Médias: Le Monde ressuscite l’Index (Who will fact-check the fact-checkers ?)

12 février, 2017
decodex
Exemple de fiabilité pour le site de «Valeurs actuelles» et le blog «les Crises»le-monde-decodexNous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor (février 2007)
Nous avons recensés 600 sites, majoritairement français mais aussi anglais et américains et quelques allemands, avec cinq niveaux de fiabilité, repérés par cinq couleurs. Nous distinguons en gris les sites collectifs, donc non classés, comme Wikipedia, en bleu les sites parodiques, comme Le Gorafi ou NordPresse, en rouge les sites pas du tout fiables, complotistes ou trompeurs, comme le portail IVG.net qui, sous couvert d’informations, veut manipuler les femmes pour les décourager d’avorter, en orange les sites peu fiables ou très orientés, type FdeSouche, ou les attrape-clics qui republient des informations non recoupées, et enfin en vert les sites très fiables. C’est n’est pas un jugement sur leur opinion, mais sur leur démarche journalistique. L’idée n’est pas de faire du clic ni de l’argent, c’est une démarche citoyenne. Samuel Laurent
L’Index librorum prohibitorum (Index des livres interdits) est un catalogue instauré par le pape Paul IV en 1559 durant le Concile de Trente (1545-1563). Il s’agit d’une liste d’ouvrages que les catholiques romains n’étaient pas autorisés à lire. Le but de cette liste était d’empêcher la lecture de « livres pernicieux » jugés immoraux ou contraires à la foi. La Congrégation de l’Index fut instituée en 1571. L’Index fut régulièrement mis à jour jusqu’en 1961, par ajout de la Congrégation de l’Inquisition ou du pape. La liste n’était pas un simple travail de réaction ; les auteurs étaient invités à défendre leurs travaux, qu’ils pouvaient corriger et rééditer s’ils désiraient éviter l’interdiction, et une censure avant publication était encouragée. (…) Depuis la « Notification de la suppression de l’index des livres interdits », émise par le Vatican en 1966, cet index perd son caractère obligatoire et n’a plus valeur de censure, même s’il reste un guide moral. C’est de cet Index qu’est venue l’expression “Être mis à l’Index“. Ainsi, cette censure a gravement attenté à la Liberté d’expression, et a pourri le débat public pendant plus de 400 ans. Nous en étions débarrassés depuis plus de 50 ans, croyant être enfin entrés définitivement dans une période de liberté de pensée et d’expression. Et puis Le Monde a ressuscité l’Index… Les Crises
En proposant à ses lecteurs un moteur de recherche permettant de vérifier la fiabilité des sites d’information, «le Monde» se met dans une situation où il est à la fois juge et partie. (…) Jusqu’à présent, les fact-checkeurs se contentaient de fact-checker au détail, article par article, rumeur par rumeur, photo par photo, assertion par assertion, chiffre faux par chiffre faux. C’était (quasi) irréprochable déontologiquement, même si ce travail indispensable n’a pas empêché, aux Etats-Unis, l’élection de l’affabulateur complotiste Trump. Mais sans doute rien ne pouvait-il empêcher l’élection de Donald Trump, face à l’impopularité de Hillary Clinton. Désormais, donc, le Monde décode en gros. Tant de savoir accumulé devait trouver un débouché. Sur le papier, le saut est défendable. Dans la pratique, le diable est dans les détails. Depuis que l’extension est entrée en service, les critiques ont été nombreuses, essentiellement de la part des classés rouges. On pouvait s’y attendre. Encore faut-il distinguer les grandes objections qu’on peut faire au projet. (…) Plus sérieuse est une troisième critique : le Monde a catégorisé à la hache. A ma droite, en vert, tous les médias «professionnels», avec journalistes encartés. A ma gauche, en rouge, tous les autres. Hors carte de presse, point de salut. D’un coup d’un seul, l’apport historique d’Internet à l’enrichissement de l’info traditionnelle est jeté avec l’eau du bain Trump-Brexit. Ainsi, Valeurs actuelles, et sa condamnation à la haine raciale, est en vert, alors que Fakir, le site de François Ruffin, auteur de Merci patron !, est en rouge. Sur le point particulier de Valeurs actuelles, on sent d’ailleurs bien l’embarras de Decodex, qui assure dans le même mouvement que «le site est en principe plutôt fiable», tout en nuançant que «certaines enquêtes sont à prendre avec précaution». Décode qui pourra. Mais ce n’est pas le pire. Le pire, c’est que ce partage lui-même ne vaut que pour la presse française. Si le Monde n’a pas voulu se fâcher avec les chers confrères (et concurrents) français en les badigeonnant tous de vert, il n’a pas les mêmes scrupules s’agissant de la presse étrangère. Prenons la Grande-Bretagne. Le Daily Mail, pro-Brexit, qui a repris les mensonges du camp du «Leave», est catalogué orange («présente souvent les faits de manière racoleuse et exagérée»). Pourquoi pas ? Mais le Guardian, média phare du Remain anti-Brexit, qui a multiplié les prédictions apocalyptiques pour l’instant nullement confirmées dans les faits, est catalogué fiable. Pourquoi l’un et pas l’autre ? Plus sérieux : de quel droit, une source d’information vient-elle dire que d’autres sources d’informations concurrentes sont fiables ou non ? Quelle est sa fiabilité ? C’est comme si on demandait à la compagnie de taxis G7 de labelliser Uber ou aux agences immobilières de dire si Airbnb est une appli cool. Journal favorable à la mondialisation, le Monde classe en vert les journaux pro-mondialisation et les autres en rouge. Le Monde est purement et simplement en conflit d’intérêts. Juge et partie. Mort (provisoire ?) d’une belle idée. Daniel Schneidermann
Verificator arrive. Les menteurs n’ont qu’à bien se tenir. Orwell aurait pu l’inventer : un outil qui prétend distinguer le vrai du faux, ça aurait fait rêver Big Brother. C’est Le Monde qui l’offre aujourd’hui au lecteur-citoyen supposé égaré dans le maquis de l’information. Grâce à une panoplie informatique appelée Decodex (dont fait partie Verificator), il pourra se repérer et distinguer le bon grain journalistique de l’ivraie propagandiste. Dès ce matin, 600 sites, français en majorité, seront notés par un moteur de recherches à l’aide d’un système de pastilles de couleurs notant leur fiabilité: gris pour les sites collectifs, comme Wikipedia, bleu pour les sites parodiques, comme Le Gorafi, rouge pour les sites « pas du tout fiables, complotistes ou trompeurs », orange pour les sites « peu fiables ou très orientés », vert pour les sites « très fiables ». Ce système rappelle furieusement celui qui classe les voitures en fonction de leur nocivité pour l’environnement. Faut-il comprendre que Le Monde fait la chasse aux pollueurs du web ? (…) C’est tout de même curieux. En général, les journalistes du Monde n’aiment pas du tout qu’on les accuse d’être des donneurs de leçon. Or, voilà qu’ils se proclament eux-mêmes arbitres des élégances morales de la profession. Au nom de quoi le service « Décodeurs » du Monde serait-il habilité à décerner des brevets de fiabilité ? N’y aurait-il pas un petit conflit d’intérêt dans le fait que Le Monde, qui est producteur d’information, soit aussi celui qui délivre l’AOC ? Bien sûr, Jérôme Fenoglio, interrogé sur France Inter par une Sonia Devillers en pamoison devant tant de génie, se défend de toute volonté de censure idéologique : il s’agit simplement d’offrir à ceux qui le veulent (il insiste sur le fait qu’on n’est pas obligés, ouf) un moyen de savoir s’ils sont chez des charlatans ou chez des gens sérieux, si ce qu’ils consomment est de l’information ou une contrefaçon. Intention fort louable bien sûr. Reste à savoir comment on distingue les uns des autres. Et, à entendre les rares exemples donnés par les initiateurs de cette usine à gaz, on peut déjà redouter un filtre idéologique. Ainsi sait-on déjà que FDesouche sera classé « orange », en raison, suppose-t-on, de son caractère « très orienté ». Comme FDesouche ne publie que des informations puisées ailleurs, dans des médias certainement labellisés « verts » par Decodex, cela signifie qu’une information cachère dans Le Parisien devient immangeable chez FDesouche. En réalité, FDesouche publie des informations avérées et orientées. Tout comme Le Monde qui a, des années durant, dénoncé à grand bruit la menace populiste, et informé à très bas bruit sur la menace islamiste. La conclusion, c’est qu’une sélection particulière d’informations parfaitement exactes peut se révéler « très orientée ». En attendant, on aimerait savoir si l’Humanité et les Inrocks auront droit à leur pastille orange. Mais peut-être Verificator considèrera-t-il que ces titres, certes « très orientés », le sont aussi très bien. Qu’on ne se méprenne pas, quand Jérôme Fenoglio affirme qu’on peut être en désaccord à condition d’être d’accord sur les faits, il soulève un problème grave. Les complotistes de tout poil, qui pullulent sur internet, menacent le monde commun. Mais ce n’est pas un label décerné par Le Monde qui y changera quelque chose. Nos vaillants décodeurs oublient que ne s’informent sur les sites complotistes que ceux qui veulent croire aux complots. Et pour ceux-là, la pastille orange décernée par Le Monde fonctionnera comme un signe de ralliement plutôt que comme une marque d’infamie. En réalité, Decodex repose sur une définition pour le moins problématique de l’information. Celle-ci serait faite de faits dont le journaliste, nous disent Fenoglio et ses camarades, n’est que l’humble interprète. Interprète est le mot juste. Car si on a besoin d’interpréter les faits c’est qu’il n’est pas si facile de les définir. On peut sans doute savoir assez facilement combien de gens ont assisté à l’intronisation de Donald Trump (ou en tout cas avoir la certitude que le président américain ment). Mais la plupart des faits sont étroitement dépendants de celui qui les observe : s’il existait des faits autonomes, il serait facile de savoir si, oui ou non, le niveau baisse à l’école (sujet sur lequel les journalistes de Causeur et ceux du Monde n’ont pas la même vérité). Ou si l’intégration progresse. Ou si les Français sont de plus en plus racistes. Et il ne suffit pas de brandir des chiffres. Le problème, presque insoluble, c’est que, souvent, les mots n’ont pas le même sens pour tout le monde. On peut dire, chiffres à l’appui, que les capacités de lecture des élèves s’améliorent. Mais le mot « lecture » ne désigne plus la même réalité. Croire qu’on réinventera le monde commun à coups d’algorithme relève au mieux de la naïveté technologique, au pire de l’arrogance politique. Aucun robot ne résoudra pour nous la difficile question de la vérité. Alors chers confrères, arrêtez de décoder ! Elisabeth Lévy

Vous en aviez rêvé, Le Monde l’a fait !

Au lendemain d’une revanche des bouseux

Qui a décidément, du côté des mauvais perdants, beaucoup de mal à passer …

Et ce, malgré l’accumulation, entre accusation de piratage russe ou du système électoral, des excuses et des coups bas …

Devinez ce que viennent de nous sortir les décodeurs du Monde ?

Non content de s’écrire désormais avec l’histoire et la sociologie dans les prétoires …

Le journalisme va enfin pouvoir disposer, digne de la Sorbonne ecclésiastique des plus beaux jours, de son propre Index à lui tout seul  !

I. Quand le Monde ressuscite l’Index librorum prohibitorum

L’Index librorum prohibitorum (Index des livres interdits) est un catalogue instauré par le pape Paul IV en 1559 durant le Concile de Trente (1545-1563).

Il s’agit d’une liste d’ouvrages que les catholiques romains n’étaient pas autorisés à lire. Le but de cette liste était d’empêcher la lecture de « livres pernicieux » jugés immoraux ou contraires à la foi.

La Congrégation de l’Index fut instituée en 1571. L’Index fut régulièrement mis à jour jusqu’en 1961, par ajout de la Congrégation de l’Inquisition ou du pape. La liste n’était pas un simple travail de réaction ; les auteurs étaient invités à défendre leurs travaux, qu’ils pouvaient corriger et rééditer s’ils désiraient éviter l’interdiction, et une censure avant publication était encouragée.

On a ainsi pu trouver parmi les centaines d’auteurs dans l’Index : René Descartes, Daniel Defoe, Blaise Pascal, Pierre-Joseph Proudhon, Jean de La Fontaine, Johannes Kepler, Alexandre Dumas, Érasme, Honoré de Balzac, Charles Baudelaire, François Rabelais, Jean-Jacques Rousseau, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Pierre Larousse, Fénelon, Gustave Flaubert, Fontenelle, John Locke, Martin Luther, Jean Calvin, Anatole France, Baruch Spinoza, Nicolas Machiavel, Frédéric II de Prusse, André Gide, Auguste Comte, Condorcet, Nicolas Copernic, Thomas Hobbes, David Hume, Emmanuel Kant, Montaigne, Montesquieu, Voltaire, Victor Hugo, Émile Zola…

J’ai une pensée émue pour toutes ces personnes, qui, un jour, ont découvert qu’elles étaient mises à l’Index et que c’était diabolique de les lire – vous comprenez pourquoi.

Depuis la « Notification de la suppression de l’index des livres interdits », émise par le Vatican en 1966, cet index perd son caractère obligatoire et n’a plus valeur de censure, même s’il reste un guide moral.

C’est de cet Index qu’est venue l’expression “Être mis à l’Index“.

Ainsi, cette censure a gravement attenté à la Liberté d’expression, et a pourri le débat public pendant plus de 400 ans.

Nous en étions débarrassés depuis plus de 50 ans, croyant être enfin entrés définitivement dans une période de liberté de pensée et d’expression.

Et puis Le Monde a ressuscité l’Index…

Voir aussi:

Au Monde, on décode à pleins tubes!

Decodex est en ligne

Elisabeth Lévy
est fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur.

Causeur

02 février 2017

Verificator arrive. Les menteurs n’ont qu’à bien se tenir. Orwell aurait pu l’inventer : un outil qui prétend distinguer le vrai du faux, ça aurait fait rêver Big Brother. C’est Le Monde qui l’offre aujourd’hui au lecteur-citoyen supposé égaré dans le maquis de l’information. Grâce à une panoplie informatique appelée Decodex (dont fait partie Verificator), il pourra se repérer et distinguer le bon grain journalistique de l’ivraie propagandiste. Dès ce matin, 600 sites, français en majorité, seront notés par un moteur de recherches à l’aide d’un système de pastilles de couleurs notant leur fiabilité: gris pour les sites collectifs, comme Wikipedia, bleu pour les sites parodiques, comme Le Gorafi, rouge pour les sites « pas du tout fiables, complotistes ou trompeurs », orange pour les sites « peu fiables ou très orientés », vert pour les sites « très fiables ». Ce système rappelle furieusement celui qui classe les voitures en fonction de leur nocivité pour l’environnement. Faut-il comprendre que Le Monde fait la chasse aux pollueurs du web ? En tout cas, pour Causeur, les paris sont ouverts. J’avoue qu’une pastille verte me vexerait presque.

Un léger conflit d’intérêt

C’est tout de même curieux. En général, les journalistes du Monde n’aiment pas du tout qu’on les accuse d’être des donneurs de leçon. Or, voilà qu’ils se proclament eux-mêmes arbitres des élégances morales de la profession. Au nom de quoi le service « Décodeurs » du Monde serait-il habilité à décerner des brevets de fiabilité ? N’y aurait-il pas un petit conflit d’intérêt dans le fait que Le Monde, qui est producteur d’information, soit aussi celui qui délivre l’AOC ? Bien sûr, Jérôme Fenoglio, interrogé sur France Inter par une Sonia Devillers en pamoison devant tant de génie, se défend de toute volonté de censure idéologique : il s’agit simplement d’offrir à ceux qui le veulent (il insiste sur le fait qu’on n’est pas obligés, ouf) un moyen de savoir s’ils sont chez des charlatans ou chez des gens sérieux, si ce qu’ils consomment est de l’information ou une contrefaçon. Intention fort louable bien sûr. Reste à savoir comment on distingue les uns des autres. Et, à entendre les rares exemples donnés par les initiateurs de cette usine à gaz, on peut déjà redouter un filtre idéologique.

FDesouche classé « orange », en raison, suppose-t-on, de son caractère « très orienté »

Ainsi sait-on déjà que FDesouche sera classé « orange », en raison, suppose-t-on, de son caractère « très orienté ». Comme FDesouche ne publie que des informations puisées ailleurs, dans des médias certainement labellisés « verts » par Decodex, cela signifie qu’une information cachère dans Le Parisien devient immangeable chez FDesouche. En réalité, FDesouche publie des informations avérées et orientées. Tout comme Le Monde qui a, des années durant, dénoncé à grand bruit la menace populiste, et informé à très bas bruit sur la menace islamiste. La conclusion, c’est qu’une sélection particulière d’informations parfaitement exactes peut se révéler « très orientée ». En attendant, on aimerait savoir si l’Humanité et les Inrocks auront droit à leur pastille orange. Mais peut-être Verificator considèrera-t-il que ces titres, certes « très orientés », le sont aussi très bien.

Pas de problème pour Les Inrocks ou l’Humanité

Problème de référence?

Qu’on ne se méprenne pas, quand Jérôme Fenoglio affirme qu’on peut être en désaccord à condition d’être d’accord sur les faits, il soulève un problème grave. Les complotistes de tout poil, qui pullulent sur internet, menacent le monde commun. Mais ce n’est pas un label décerné par Le Monde qui y changera quelque chose. Nos vaillants décodeurs oublient que ne s’informent sur les sites complotistes que ceux qui veulent croire aux complots. Et pour ceux-là, la pastille orange décernée par Le Monde fonctionnera comme un signe de ralliement plutôt que comme une marque d’infamie.

En réalité, Decodex repose sur une définition pour le moins problématique de l’information. Celle-ci serait faite de faits dont le journaliste, nous disent Fenoglio et ses camarades, n’est que l’humble interprète. Interprète est le mot juste. Car si on a besoin d’interpréter les faits c’est qu’il n’est pas si facile de les définir. On peut sans doute savoir assez facilement combien de gens ont assisté à l’intronisation de Donald Trump (ou en tout cas avoir la certitude que le président américain ment). Mais la plupart des faits sont étroitement dépendants de celui qui les observe : s’il existait des faits autonomes, il serait facile de savoir si, oui ou non, le niveau baisse à l’école (sujet sur lequel les journalistes de Causeur et ceux du Monde n’ont pas la même vérité). Ou si l’intégration progresse. Ou si les Français sont de plus en plus racistes. Et il ne suffit pas de brandir des chiffres. Le problème, presque insoluble, c’est que, souvent, les mots n’ont pas le même sens pour tout le monde. On peut dire, chiffres à l’appui, que les capacités de lecture des élèves s’améliorent. Mais le mot « lecture » ne désigne plus la même réalité.

Croire qu’on réinventera le monde commun à coups d’algorithme relève au mieux de la naïveté technologique, au pire de l’arrogance politique. Aucun robot ne résoudra pour nous la difficile question de la vérité. Alors chers confrères, arrêtez de décoder !

Voir aussi:

Chronique «Médiatiques»
Decodex décodé
En proposant à ses lecteurs un moteur de recherche permettant de vérifier la fiabilité des sites d’information, «le Monde» se met dans une situation où il est à la fois juge et partie.

Daniel Schneidermann

Libération

5 février 2017

Dans le monde merveilleux des surveillants surveillés et des fact-checkeurs fact-checkés, amusons-nous aujourd’hui à décoder Decodex. Decodex, c’est le nouveau joujou mis en ligne la semaine dernière par le Monde, et qui partage les médias en ligne entre plutôt fiables et pas fiables du tout. Vous arrivez sur pipeule.com ou sur bidon.fr, et le joujou, pardon l’extension, vous le classe en vert ou en rouge, avec quelques lignes d’explication de vote.

C’est un pari audacieux. Jusqu’à présent, les fact-checkeurs se contentaient de fact-checker au détail, article par article, rumeur par rumeur, photo par photo, assertion par assertion, chiffre faux par chiffre faux. C’était (quasi) irréprochable déontologiquement, même si ce travail indispensable n’a pas empêché, aux Etats-Unis, l’élection de l’affabulateur complotiste Trump. Mais sans doute rien ne pouvait-il empêcher l’élection de Donald Trump, face à l’impopularité de Hillary Clinton.

Désormais, donc, le Monde décode en gros. Tant de savoir accumulé devait trouver un débouché. Sur le papier, le saut est défendable. Dans la pratique, le diable est dans les détails. Depuis que l’extension est entrée en service, les critiques ont été nombreuses, essentiellement de la part des classés rouges. On pouvait s’y attendre. Encore faut-il distinguer les grandes objections qu’on peut faire au projet.

Première objection : Decodex ne convaincra que les convaincus. Seuls la téléchargeront ceux qui font a priori confiance au Monde, pour discerner la bonne de la mauvaise info. Objection rejetée : entre les convaincus de la fiabilité, par nature, de la presse traditionnelle, et les convaincus de sa congénitale propension au mensonge et à la manip, reste heureusement le grand marais de tous ceux qui doutent, cherchent, tâtonnent, hésitent, recoupent. Et donc, oui, il existe pour une initiative de ce genre un public intéressé.

Objection de rechange : auprès de la seconde catégorie, l’anathème jeté par Decodex sur les sites «douteux» n’aura aucun effet. Il ne fera que les conforter dans leur certitude que l’objet de cet anathème est digne de confiance, du fait même de l’anathème d’un «média du système». Objection retenue cette fois, mais c’est un risque à courir.

Plus sérieuse est une troisième critique : le Monde a catégorisé à la hache. A ma droite, en vert, tous les médias «professionnels», avec journalistes encartés. A ma gauche, en rouge, tous les autres. Hors carte de presse, point de salut. D’un coup d’un seul, l’apport historique d’Internet à l’enrichissement de l’info traditionnelle est jeté avec l’eau du bain Trump-Brexit. Ainsi, Valeurs actuelles, et sa condamnation à la haine raciale, est en vert, alors que Fakir, le site de François Ruffin, auteur de Merci patron !, est en rouge. Sur le point particulier de Valeurs actuelles, on sent d’ailleurs bien l’embarras de Decodex, qui assure dans le même mouvement que «le site est en principe plutôt fiable», tout en nuançant que «certaines enquêtes sont à prendre avec précaution». Décode qui pourra.

Mais ce n’est pas le pire. Le pire, c’est que ce partage lui-même ne vaut que pour la presse française. Si le Monde n’a pas voulu se fâcher avec les chers confrères (et concurrents) français en les badigeonnant tous de vert, il n’a pas les mêmes scrupules s’agissant de la presse étrangère. Prenons la Grande-Bretagne. Le Daily Mail, pro-Brexit, qui a repris les mensonges du camp du «Leave», est catalogué orange («présente souvent les faits de manière racoleuse et exagérée»). Pourquoi pas ? Mais le Guardian, média phare du Remain anti-Brexit, qui a multiplié les prédictions apocalyptiques pour l’instant nullement confirmées dans les faits, est catalogué fiable. Pourquoi l’un et pas l’autre ?

Plus sérieux : de quel droit, une source d’information vient-elle dire que d’autres sources d’informations concurrentes sont fiables ou non ? Quelle est sa fiabilité ? C’est comme si on demandait à la compagnie de taxis G7 de labelliser Uber ou aux agences immobilières de dire si Airbnb est une appli cool. Journal favorable à la mondialisation, le Monde classe en vert les journaux pro-mondialisation et les autres en rouge. Le Monde est purement et simplement en conflit d’intérêts. Juge et partie. Mort (provisoire ?) d’une belle idée.

Voir également:

«Qui fact-checkera les fact-checkeurs ?» : le Decodex du Monde suscite des critiques

Des journalistes ont exprimé leur scepticisme envers la démarche du Monde qui consiste à établir le degré de fiabilité des sites d’information sur internet. Certains acteurs mis à l’index se demandent ce qui fonde la légitimité du Monde à distribuer les bons points.

«Un premier pas vers la vérification de masse de l’information». C’est ainsi que se définit «Decodex» le nouvel outil du Monde pour décrypter la fiabilité de l’information sur internet et lutter contre les intox qui pullulent sur le web. La démarche, qui se veut pédagogique, prend notamment la forme d’un moteur de recherche, le logiciel classe les sites soumis en plusieurs couleurs: vert pour «plutôt fiable», jaune pour «peu fiable» rouge pour «très peu fiable» ou bleu pour «parodique». Ainsi le site Gorafi reçoit une pastille bleue, tandis que «Fdesouche», la revue de presse identitaire, reçoit une gommette jaune, et le site ivg.net, dans le viseur du gouvernement parce qu’il culpabiliserait les femmes désirant avorter, une pastille rouge. La liste de tous les sites classés par Decodex assortis des commentaires a par ailleurs été publiée par un blog.

Labellisation du bon journalisme

A première vue, l’idée de séparer le bon grain de l’ivraie journalistique peut paraître louable. Mais très vite, des voix se sont élevées pour dénoncer un monopole de la labellisation du «bon journalisme» assez contestable. Où est la part de la ligne éditoriale dans le jugement de ce qu’est un site fiable? Par exemple le site «Valeurs

actuelles» d’abord classé en vert, s’est vu attribuer la gommette orange «peu fiable» quelques jours plus tard. En cause, la condamnation de l’hebdo pour «provocation à la haine raciale» pour sa Une sur les Roms en 2015. «Certaines enquêtes ou reprises d’autres médias sont à prendre avec précaution.» indique le «Decodex».

Du côté de l’hebdo droitier, on préfère rire de cette mise à l’index. «Au début nous étions très inquiets d’être en vert, mais on s’est très vite rassurés en voyant qu’on était passé au orange», se gausse Geoffroy Lejeune, le directeur de la rédaction. «Nous songeons d’ailleurs à Valeurs Actuelles à mettre en œuvre notre propre Decodex. Les Décodeurs du Monde y seraient en violet ou en marron», lâche-t-il.

Autre mécontent: Olivier Berruyer, blogueur et fondateur du site Les Crises, qui s’est vu lui carrément décerner l’infamante étiquette rouge «très peu fiable» en raison de la diffusion de «théories conspirationnistes, notamment sur la crise ukrainienne.». Il se retrouve dans le même sac qu’Égalité et réconciliation, le site d’Alain Soral, ou le site complotiste antisémite Panamza. Pour justifier son choix, Le Monde s’appuie sur une source unique: un article issu d’un blog hébergé par…. le Monde. Dans un article documenté, Olivier Berruyer, développe un long argumentaire contre ce qu’il appelle une «liste maccarthyste» et compare le Decodex à l‘Index librorum prohibitorum, la liste établie par l’Eglise des ouvrages que les catholiques n’avaient pas le droit de lire. «Je n’ai pas créé un site d’information, mais un simple blog personnel pour échanger avec les lecteurs ; et le Monde n’a pas à utiliser l’immense poids de son image pour tenter de me discréditer – sans fondement en plus.», se plaint le blogueur. La journaliste Aude Lancelin, auteur du Monde libre, un brûlot remarqué sur les dérives du journalisme, l’a soutenu.

Juge et partie

Outre les plaintes de réprouvés, Decodex suscite des doutes chez d’autres journalistes. «Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage. Qui veut discréditer un site trouvera toujours une fausse information quelque part.» remarque Vincent Glad qui tient un blog sur le site de Libération. Le journaliste fait remarquer que si le blog de l’économiste souverainiste Jacques Sapir est classé «orange» parce qu’il «il relaie parfois de fausses informations, niant la présence de soldats russes en Ukraine en 2014, pourtant établie», «il serait facile de rétorquer que Le Monde publie aussi à l’occasion de fausses informations, comme récemment le faux piratage par les Russes d’une centrale américaine.» On peut aussi noter que le magazine people France dimanche reçoit une pastille verte «plutôt fiable», alors que le journal avait annoncé en Une le divorce d’Emmanuel Macron, ce qui avait suscité une plainte de ce dernier.

«Au nom de quoi le service «Décodeurs» du Monde serait-il habilité à décerner des brevets de fiabilité? N’y aurait-il pas un petit conflit d’intérêt dans le fait que Le Monde, qui est producteur d’information, soit aussi celui qui délivre l’AOC?» se demande Élisabeth Lévy dans Causeur. Pour Daniel Schneiderman, fondateur du site de critique des médias Arrêts sur image, il y a également une difficulté à ce que Le Monde soit à la fois juge et partie. «De quel droit, une source d’information vient-elle dire que d’autres sources d’informations concurrentes sont fiables ou non? Quelle est sa fiabilité? C’est comme si on demandait à la compagnie de taxis G7 de labelliser Uber ou aux agences immobilières de dire si Airbnb est une appli cool», écrit-il dans Libération.

Derrière cette polémique, c’est toutes les mutations du journalisme contemporain qui sont en question. A l’ère des populismes, des réseaux sociaux, et de la «post-vérité», les médias traditionnels peuvent-ils garder le monopole de l’information? Y-a-t’il une définition «légale» du journalisme? Certains ont eu beau jeu de rappeler que Le Monde et Libération avaient applaudi en une l’entrée des Khmers rouges dans Phnom Penh en 1975, et qu’il n’y a pas d’objectivité journalistique pure, définissable a priori.

D’aucuns soulignent qu’en plus d’être contestable, cette démarche pourrait bien être inefficace et ne prêcher que les convertis, à l’heure où la confiance des Français dans leurs médias n’a jamais été aussi faible. Ainsi, pour Jean-François Kahn, une telle opération ne peut être crédible que si les médias font leur mea-culpa. «Cette démarche pourrait être positive et courageuse si elle était précédée d’un examen de conscience», explique au Figaro l’ancien directeur de Marianne.

«Il y a une telle suspicion envers les médias qui se sont trompés qu’il faut reconquérir la confiance des gens. Il faudrait faire un grand examen de conscience médiatique sur le traitement de l’Irak, la Libye, la Syrie par exemple.» Il s’interroge aussi sur les modalités que pourrait prendre une éventuelle labellisation des sources: «Il faudrait que ce soit une institution, un genre de Conseil constitutionnel de journalistes, qui puisse élaborer cette classification.»

Voir encore:

Who will check Facebook’s ‘fact checkers?’

In response to recent concerns about “fake news” and opinion-swaying hoaxes, Facebook has unveiled new measures to address the issue. But unless done right, these steps may create more problems than they solve — and boost claims that the “fake news crisis” is an attempt to impose political controls on the media.

One Facebook measure gives power to consumers themselves: Anyone will be able to report a hoax by clicking the upper right hand corner of a post.

This may accomplish some good, but the potential for abuse is immediately obvious. People can flood the system with fake reports of fake news, either to punish websites and news organizations they dislike or to subvert the fake-news-flagging process itself

More than a few people on the right and the “anti-establishment” left will get a huge kick out of slapping the “fake news” label on The New York Times, The Washington Post or CNN.

However, Facebook’s main mechanism for “fake news” oversight will be a program involving third-party fact-checkers. These organizations will check stories submitted as “fake” by readers. If they are, in fact, determined to be fake, they will be flagged as “disputed by third parties.”

People will see the “disputed” warning when they are about to share a link to such a story and will be encouraged to read the fact-checking report. Opportunities for advertising revenue from “disputed” news items will be severely limited as well.

Of course, that brings us to the great question first posed by the Roman satirical poet Juvenal some 2000 years ago: Who will watch the watchmen?

The announcement that established fact-checking organizations will be in charge of classifying some stories as fake was quickly met with derision on the right.

Indeed, conservatives have long claimed that fact-checking was riddled with anti-conservative bias and even conflicts of interest (as when PolitiFact, one of Facebook’s six United States-based fact-checkers, shot down a critique of a Clinton Foundation initiative without disclosing that one of that program’s principal funders was a major donor to PolitiFact’s parent organization, the Poynter Institute).

Conservatives argue that most fact-checking is opinion dressed up in the mantle of “Just the facts” — a blatant liberal attempt to control the discourse.

Are those charges fair? Depends on how you look at it.

For instance, in 2013 the Center for Media and Public Affairs found that over a four-month period, PolitiFact had rated 32 percent of Republicans’ claims as totally false (“pants on fire”) compared to just 11 percent of claims by Democrats, while rating 22 percent of Democratic claims and just 11 percent of Republican claims as “entirely true.”

The CMPA did not evaluate these ratings but merely tabulated them. Does this mean that PolitiFact was biased, or that Democrats were actually more truthful? The only thing we know for sure is that the fact-checking is, to use Facebook’s terms, “disputed.”

A look at fact-checkers’ explanations of their ratings will show that truth and falsehood are rarely black and white, at least in the mouths of politicians. More often than not, the devil is in the details — or in the context.

In at least some cases, accusations of dishonest fact-checking have been based on highly tendentious interpretation.

For instance, fact-checkers from several organizations took a lot of flak for branding then-Republican presidential candidate Carly Fiorina a liar after she talked about watching a pro-life group’s video exposé of Planned Parenthood, supposedly showing:

“a fully formed fetus on the table, its heart beating, its legs kicking while someone says we have to keep it alive to harvest its brain.”

In fact, one of the videos showed a former Planned Parenthood technician, now a pro-life activist, claiming that she had witnessed such a scene; her account was illustrated by footage of an aborted fetus with its leg twitching.

Conservative critics argued that since the fetus in the clip was “the same gestational age” as in the former technician’s account, Fiorina’s assertion was fundamentally accurate. But an uncorroborated allegation illustrated by unrelated footage is not even close to a video record of an actual incident — which is what Fiorina claimed.

Those who side with Fiorina over the fact-checkers should try turning the political tables.

Suppose a Democratic candidate had described watching video footage of a white police officer hurling racial slurs while repeatedly firing his gun into an unarmed, helpless black man. Suppose the actual video showed an ex-cop turned Black Lives Matter activist asserting that he had witnessed such an incident, with his story accompanied by footage of a dead body from a different police shooting.

Would any conservatives rise to defend the Democrat’s truthfulness?

In other instances, the fact-checkers fully deserved the backlash.

Last year, PolitiFact gave Donald Trump a “pants on fire” rating for his claim that “crime is rising,” based on government crime data from 1993 to 2014 (which show a steady drop in both violent crime and property crimes).

In response, the American Enterprise Institute, a conservative think tank, pointed to preliminary data from 2015 which do, in fact, show an upward trend in crime statistics.

But PolitiFact stood by its rating, arguing that Trump’s claim was false since it was made in the context of “sweeping rhetoric about a nation in decline” and did not include such qualifiers as “recently” or “in the past year.”

That’s not fact-checking, it’s nit-picking.

You don’t have to like or support Trump to conclude that on this matter, PolitiFact was being more political than factual.

What lessons does this offer for fake news-checking?

Unlike claims by politicians, many “fake news” stories that have made the rounds in the past year have involved outright fabrications, not just skewed reporting.

Pope Francis endorsing Donald Trump, Hillary Clinton selling weapons to ISIS, or Trump rally-goers shouting anti-black slogans is not a matter of context or interpretation; these stories were simply made up.

If Facebook’s third-party fact-checkers limit themselves to flagging stories that are straightforward hoaxes, that will go a long way toward making them credible. Tendentious reporting is not “fake news;” it happens all the time, across the political spectrum, and the only answer to it is more critical thinking on the part of readers and viewers, not more social-media controls.

Adding more conservatives to fact-checking operations would also help.

A fact-checking panel made up of journalists and experts from news organizations and think tanks across the political spectrum would be an excellent addition to the media landscape. It would promote cooperation across ideological lines, something that is becoming regrettably rare.

Most importantly, it would allay fears that the pushback against “fake news” is a vehicle for censoring real news and opinion.

Cathy Young is a contributing editor for Reason magazine and a columnist for Newsday. Follow her on Twitter at @CathyYoung63.


Affaire Fillon: A qui profite le crime ? (French presidential election: Hope and change now so things can stay as they are tomorrow)

9 février, 2017

francois fillon penelope juges medias
Sondage : Macron le plus capable pour l\'Elysée, Hamon le plus honnête
https://www.thesun.co.uk/wp-content/uploads/2017/02/nintchdbpict000300125351.jpg?strip=all&w=960

‘All further migration from mainly Muslim countries should be stopped’

Il faut que tout change pour que rien ne change. Le Guépard
Is France on the brink of a political revolution? Already, four established candidates for the presidency — two former presidents and two former prime ministers — have backed out or been rejected by the voters, and another, François Fillon, is on the ropes. The campaign is being taken over by outsiders, principally the Front National’s Marine Le Pen and a youthful former banker, Emmanuel Macron, while the Socialists have chosen an eccentric radical, Benoît Hamon. Should we welcome a shake-up in the cradle of European revolutions? What kind of shake-up might it be — socialist (the least likely), liberal with Macron or nationalist with Le Pen? Or can the outsiders still be beaten by an electoral system designed to keep them out of power? France in its modern history has worn out five monarchies, five republics and 16 constitutions — and two of this year’s presidential hopefuls are demanding a 17th. Its people are still more ready than most to go into the streets. It was, and is, a country in which rhetoric and visions play a prominent part in politics. (…) This is because France fluctuates between short spasms of change and longer periods of immobility. It has developed institutional barriers and tacit compromises to hold things steady. Its current Fifth Republic is a ‘republican monarchy’, with parliament downgraded and a powerful president supposed to unite the nation — a task sadly beyond most politicians. Another, less noticed, institution goes back even further than Enjolras’s fictional death on the barricades: the two-round ballot, designed in the 1820s to prevent hotheads like him from winning elections. It gives voters and politicians a second chance, not so much to reconsider their own choices as to react against the choices of others. In the first round you vote for the person you want; in the second you vote against the person you fear. (…) Consider the long-term consequences of the two-round voting system. Many British commentators — and indeed some in France — call periodically for a ‘French Thatcher’ to sweep away institutional barriers to economic dynamism. Nicolas Sarkozy was one who briefly claimed this mantle. The latest is Emmanuel Macron, a former economics minister of Blairite tinge in François Hollande’s socialist government. But Margaret Thatcher could never have been elected in a French-style second round. The British system not only can but regularly does give power to a united minority over a divided majority. Mrs Thatcher could carry out a peaceful revolution without ever having the clear support of a majority of voters. In a French-style system, she and her parliamentary supporters would inevitably have been defeated in second-round ballots by a combination of Labour and the Liberals: Jim Callaghan would have been triumphantly re-elected. In short, precisely because of its turbulent political history, France has developed a series of barriers against radical change. A leading sociologist, Michel Crozier, described it in 1970 as a ‘société bloquée’ — a ‘stalemate society’. Of course, much in France does change: but the price of political stability is that certain fundamental rights and privileges remain untouched. Advantageous retirement rights and pensions. Certain influential professions. Farmers, sheltered by the Common Agricultural Policy. People in permanent employment, protected by laws penalising redundancy and limiting hours of work. The public sector — in French le service public, significantly in the singular — is the core of this system: schools, public hospitals, railways, universities, local government, the post office. All are arms of the state. Think of le service public as the NHS multiplied by five. The politics of its workforce, combining a real sense of public service with a jealous defence of rights and privileges, explains why France is the most anti-capitalist country in Europe. There are benefits. Many British people have happy memories of French hospitals, schools or trains. But one does not need very right-wing views to see the accumulating disadvantages. The highest taxes in the developed world, especially on businesses. Chronic unemployment, worst among the young and ethnic minorities. Slow growth, including among small companies afraid of the burden of regulation incurred by getting too big. Crumbling infrastructure. Anyone who arrives at the Gare du Nord must see that something is amiss. People in France do too, and have done for years. Even in the 1980s President Mitterrand lamented national ‘moroseness’. Bookshops have long been piled high with works by economists, politicians and academics warning that France was in accelerating decline. Young people emigrate, over 200,000 to London alone. On top of this chronic malaise has come the tension between republican secularism and Islam, sparked off three decades ago by a row about girls wearing headscarves in a provincial secondary school. It is a fraught mixture of cultural difference, social deprivation and historic mistrust, but none can doubt its brooding presence, hugely inflamed by a series of terrorist attacks. (…) None of these observations is unique to France. Characteristic of France, however, is the seeming inability of the political system to do much about them, even over many years. Here we come back to the ‘stalemate society’ problem. Even limited reforms — by British standards minor tinkering — with the education system or the labour market have caused huge and prolonged student demonstrations and sit-ins, and damaging strikes by public-sector unions. They often produce complicated half-measures that create a destabilising sense of unresolved problems and leave continuing tensions. A ‘French Thatcher’ — assuming that there is one, however diluted — faces not only the electoral barrier but a wider ideological polarisation than that of Britain in the 1980s. Then a large minority, even at times a majority, felt that something radical had to be done, and accepted that this included weakening the trade unions and increasing the freedom of the market. There is little sign that any such consensus exists in France, where both left and right are deeply suspicious of economic liberalism. Marine Le Pen thunders against free trade and ‘unfair’ competition. The very word ‘liberal’ has long been a political kiss of death: we shall see whether Macron is immune. So there is widespread dissatisfaction, but no accepted solution. Robert Tombs
If Macron’s unique selling point is unclear, his unique talking point is that he married his former school teacher, a lady 24 years older than him. This startling fact, when first encountered, tends to bring political discussion to a halt, while all pause for a few moments of profound reflection. His latest fan is Ségolène Royal. Ségolène is the current minister of the environment, and, by chance, she too is 24 years older than the dynamic new arrival. She has repeatedly spoken of her affection and admiration for Macron. Ségolène was the defeated Socialist presidential candidate of 2007, but last week she urged the party’s voters to ignore their own candidate, Benoît Hamon — a hardline leftist sacked as education minister by Valls in 2014 — and back Macron instead. Macron has not just divided the Socialists, he has replaced them. So how has this apparently isolated and underfunded individual managed all this in such a short time? It is clear that Macron has powerful supporters behind the scenes, and a clue may lie in the little-discussed fact that some years ago he was identified as a member of ‘les Gracques’ — a discreet centre-left pressure group loosely staffed by influential chief executives and civil service mandarins. They are pro-market socialists who long ago gave up on the Socialist party. Many are fellow ‘énarques’ (graduates of ENA) and every step of Macron’s career could have been directed by them. Spotted as a brilliant and charming student, Macron could first have been launched into the prestigious state Finance Inspectorate, then switched into Rothschild to gain business experience (and wealthy support) and then placed like a time bomb in Hollande’s outer office, where he ticked away until he could be moved into the heart of the Valls government. Last August he finally exploded into action at the perfect moment to cause maximum damage to Hollande, Valls and the entire Socialist presidential election campaign. Macron’s rise bears all the hallmarks of a classic ENA undercover operation, a fundamental part of the énarques’ stock-in-trade and one in which the country’s leading bureaucrats are cynically trained. Now that the Socialists have lumbered themselves with a dinosaur — Hamon — as their candidate, Macron is in an even stronger position. He will be able to tune his campaign to attract moderate Socialist voters as well as the centrists and centre-rightists who flock to his meetings and are having second thoughts about François Fillon. Mr Fillon and his British wife Penelope are currently under investigation for misuse of public funds. The Spectator
No one in France disputes Fillon’s right to have paid his wife as an “assistant” over the course of eight years. While nepotism laws in America prohibit such practices — unless you are president — not so in France. More than one-fifth of French parliamentary representatives — 115 of 577 — employ one or more family members as “assistants.” Yet, while it is not illegal for political officeholders in France to hire family members, it is illegal to create so-called emplois fictifs, or make-believe jobs where you pay relatives for work they have not, are not, and never intend to do. Herein lies the rub with the Fillons. Until the Canard’s scoop, there was no reason to believe that the Welsh-born Penelope Fillon devoted her life to anything other than her family of five (unless you count the five horses stabled near the family’s 12th-century chateau). Mme Fillon has previously conceded that she had extra time on her hands. (…) Fillon did not help his cause by revealing in the same interview that, while a senator, he had also paid two of his children to handle specific cases for him because of “their particular competence as lawyers.” (The problem, as several newspapers quickly pointed out, is that neither child was a lawyer yet; the latest Canard story reports that they were paid approximately $90,000 for their work.) Over the weekend, fresh news broke out that between 2005 and 2007, Fillon had written himself seven checks totaling about $28,000 from an account earmarked for paying assistants; then came the new revelations that his wife’s pay had been even more than first thought. The two pillars of Fillon’s candidacy have been the economic imperative of scaling back the state’s social protections, and the political imperative of being untouched by scandal. The two are interconnected; the former relies on the latter. That Penelope Fillon drew an exorbitant salary for reading her husband’s speeches before saddling up for a morning canter will not go down well with an electorate being asked to make financial sacrifices. At the same time, Fillon has always emphasized that his hands, unlike those of his fellow Gaullist contenders, were clean. (…) France is not a particularly corrupt country, in global terms, but in the West it is something of an outlier. According to Transparency International’s 2016 “corruption perception” index, France ranked 23rd among 176 nations, just behind Estonia and just ahead of the Bahamas. It is not, of course, Somalia or Syria. But neither is it Denmark, New Zealand, Canada, or even the United States. In Western Europe, it outranks only Portugal, Italy, and Spain. What may make matters worse is that French corruption is particularly high-profile: It doesn’t come in the form of cops asking for petty bribes, or companies buying off bureaucrats. Rather, thanks to the peculiarly French principle of a republican monarchy, French corruption involves vast sums and takes place at the highest levels of government. Created by De Gaulle in 1958, the Fifth Republic hands vast power and prestige to the presidency. The president, in principle, is not answerable to Parliament; the president, in essence, reigns and his ministers merely rule. While De Gaulle also endowed the office with his personal imperiousness and incorruptibility, his descendants have held tight to the former while mostly trashing the latter. From the late 1970s, when Central African Republic Emperor Jean-Bedel Bokassa showered Valéry Giscard d’Estaing with diamonds, through the 1980s, when Chirac, while mayor of Paris, embezzled public funds for his presidential campaign, to Sarkozy and the kaleidoscope of court cases confronting him, ranging from influence peddling to accepting $54 million in campaign financing from former Libyan dictator Muammar al-Qaddafi, the French presidency has been consistently mired in scandals worthy of the Bourbons. (François Hollande, for all his fecklessness, has — to give credit where it’s due — kept his hands relatively clean during his time in office; his scandals have been of the personal sort.) This relentless drip of scandals both dampens public attitudes toward the mainstream parties — a Transparency International poll taken late last year revealed that three-quarters of the French believe that parliamentary deputies and government ministers are corrupt — and continues to raise the boat of the far-right National Front (FN). Marine Le Pen’s party has its own instances of financial misbehavior: The European Union had determined that the FN defrauded the European Parliament budget of more than $324,000, which it used to illicitly pay FN staffers. Perhaps because the victim was Brussels, however, and because Le Pen was not enriching herself personally, the scandal has had little traction in France; this week, while Fillon was busy battling for his political life, Le Pen was scoffing at the notion that she might return the funds. More to the point, it hasn’t stopped Le Pen from positioning herself as the only candidate able to drain the French swamp. Given the steady 25 to 26 percent support her party attracts in polls, a sizable group, it seems, believes her. The reluctance of French governments to address the problem of corruption is well known. In 2014, a European Union report rapped France’s knuckles for its faulty firewalls in campaign financing, its judiciary’s relative lack of independence, and the absence of political willpower to tackle a culture of corruption. Until recently, moreover, the foot-dragging of politicians over these issues has not unduly bothered French voters. As Jean-Christophe Picard of the watchdog group Anticor notes, through the 1980s and 1990s the public mostly tolerated such wheeling and dealing. “In France, there is the idea that defrauding and wasting public money is not too serious a problem as long as there are no direct victims,” he said in a recent interview with the weekly French magazine L’Obs. There have been some recent attempts to remedy the problem: Last year, the country enacted the Sapin II Law, which, for the first time, creates an anti-corruption agency, requires members of Parliament to render public the names of everyone listed on their official payrolls, and affords fuller legal protection to lanceurs d’alerte, the rather awkward French term for whistleblowers. The law has been hailed as an important step by transparency advocacy groups, but much of the law is aimed at targets lower down than the Élysée. It is still too early to tell if the recent revelations will bar Fillon from the presidency, but it is looking increasingly likely. He has already vowed that he will end his campaign if formal charges are brought against him; on Tuesday, police were spotted at his parliamentary office looking for evidence. Even if the courts do not act before this spring’s election, Fillon’s reputation has already taken a serious hit. In an Odoxa poll taken after the Canard’s scoop, 61 percent of respondents had a bad opinion of Fillon, while just 38 percent thought favorably of him — a 4 percent drop since Jan. 8. An even more recent poll, conducted by Elabe, shows that Fillon is now in danger of not even making it past the first round of France’s two-stage election process. One of the beneficiaries of his decline will be Le Pen, who even before Penelope-gate had overtaken Fillon in a Le Monde poll; another may be Emmanuel Macron, the center-left independent whose campaign continues to gain momentum. French politics is looking more unpredictable than ever, and much can still happen between now and the first round of the election, which is slated for late April. But one thing does seem clear: With Penelope-gate, a long French tradition looks set to continue. Foreign Policy
Trois pays qui ont profondément modernisé leur administration dans les vingt dernières années, le Canada, la Suède et la Nouvelle-Zélande (…) ont en commun d’avoir mis en œuvre cette réforme en réponse justement à des situations de crise économique profonde. (…) L’expérience de ces trois pays montre que plusieurs éléments doivent se conjuguer pour mener à bien ces transformations : tout d’abord la légitimité sortie des urnes pour une équipe qui place le redressement de l’économie et la défense d’un contrat social comme objectif prioritaire à atteindre, la réforme de l’État n’étant qu’un moyen d’y parvenir. Ensuite, la prise de conscience à travers une grave crise économique et budgétaire de la rareté de la ressource publique et de la nécessité d’en « avoir pour son argent ». Désormais, les exigences des citoyens sont renforcées, ce qui rend impossible le maintien de prélèvements obligatoires élevés et le blocage des réformes indispensables. Enfin, la réforme implique une attitude pragmatique des parties prenantes : c’est la recherche d’une plus grande efficacité du modèle social qui doit être mise en avant par les pouvoirs publics, plus qu’une simple logique comptable. Pour les syndicats, c’est un changement de stratégie qui passe par la négociation des réformes plutôt qu’une opposition systématique. C’est au prix de ces efforts que l’on pourra, en France, réussir la réforme de l’État et des politiques publiques. Sandrine Gorreri (2009)
Il n’y a pas une culture française, il y a une culture en France et elle est diverse. Emmanuel Macron
Que voulez-vous que j’en pense? Il est cynique. Un peu homme, un peu femme, c’est la mode du moment. Androgyne. Ce qui vous plait chez Macron, c’est que vous aimez toujours ceux qui ne vous obligent pas à choisir. Nicolas Sarkozy
Sur les « qualités nécessaires » pour être chef de l’Etat, le candidat de la droite est certes à la deuxième place. L’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy est cité en premier ou deuxième par 36% des personnes interrogées. Seul Emmanuel Macron fait mieux, cité en premier ou deuxième par 46%. Benoît Hamon est cité par 34% des Français, devant Marine Le Pen (28%) et Jean-Luc Mélenchon (18%). François Fillon est même celui qui est le plus cité en premier, par 22% des personnes interrogées, contre 21% à l’ancien ministre de l’Economie de François Hollande. Sur la question de l’honnêteté, le palmarès est radicalement différent, même si Emmanuel Macron reste bien placé puisqu’il est sur la deuxième marche du podium, cité (en premier ou second) par 30% des Français. Cette-fois, c’est Benoît Hamon qui arrive en tête. Le candidat du PS est cité (toujours en premier ou deuxième) par 33% des personnes interrogées. Suivent Marine Le Pen (25%), Jean-Luc Mélenchon (23%) et François Bayrou (21%). Plombé par la polémique sur les emplois présumés fictifs de son épouse Penelope, François Fillon est à la peine : 17% seulement le citent en premier ou deuxième parmi les candidats « les plus honnêtes ». Il ne devance que les petits candidat (Nicolas Dupont-Aignan, Philippe Poutou, Nathalie Artaud, Jannick Jadot), qui pâtissent, eux, de leur manque de notoriété dans l’opinion. Les Echos (01.02.2017)
Poland showed the strongest opposition to migrants arriving from Muslim countries, with 71 per cent supporting the ban. Opposition to further migration was also intense in Austria (65 per cent), Belgium (64 per cent), Hungary (64 perc cent) and France (61 per cent) and Greece (58 per cent). The idea of a Trump-style ban also received support in Germany, with 53 per cent calling for increased curbs and 51 per cent in Italy. But there was not majority support in Britain or Spain, which was most opposed to the idea of a ban with only 41 per cent voicing support. Overall, across all ten of the European countries an average of 55 per cent agreed that all further migration from mainly Muslim countries should be stopped. The Sun
Selon une étude menée par l’institut de recherche britannique Chatham House, les Européens seraient majoritairement favorables à la fermeture de leurs frontières aux individus originaires de pays musulmans. 55% des personnes interrogées ont ainsi déclaré être d’accord avec cette affirmation : “Toute immigration supplémentaire venant de pays à majorité musulmane doit cesser”. Un chiffre impressionnant. Dans le commentaire de l’étude, l’institut livre ses conclusions : “Nos résultats sont frappants et donnent à réfléchir. Ils suggèrent que l’opposition à l’immigration venant de pays à majorité musulmane n’est pas confinée à l’électorat de Donald Trump aux Etats-Unis mais est largement répandue”. Largement, mais plus spécialement dans les pays qui “ont été au centre de la crise migratoire ou ont vécu des attaques terroristes ces dernières années”. La Pologne (71%), l’Autriche (65%), la Hongrie et la Belgique (64%), ainsi que la France (61%), sont ainsi parmi les plus favorables à l’assertion de départ. Valeurs actuelles
Jusqu’en 2012, les députés pouvaient conserver le reliquat du crédit collaborateurs qui leur était attribué. Vincent Goyet
Marine Le Pen bénéfice d’un électorat fidèle et déjà très mobilisé: 76% de ses anciens électeurs en 2012 se disent d’ores-et-déjà certains d’aller voter à la présidentielle, 90% de ses anciens électeurs en 2012 voteraient à nouveau pour elle en 2017 et parmi eux, près de huit sur dix se disent sûrs de leur choix. (…) Telle n’est pas la situation d’Emmanuel Macron, dont l’électorat potentiel apparaît sensiblement plus incertain, une personne sur deux exprimant une intention de vote en sa faveur nous disant qu’elle peut encore changer d’avis. Ceci s’explique par la nouveauté qu’incarne Emmanuel Macron et la structure politique de son électorat potentiel. Sa volonté de transcender les clivages politiques traditionnels séduit une partie des électeurs, et nos récents sondages attestent de sa capacité à attirer sur son nom d’anciens électeurs de François Hollande, de Nicolas Sarkozy et François Bayrou. Reste à savoir si cette alliance perdurera jusqu’au au premier tour de l’élection présidentielle, ce qui n’est pas acquis. Un moment de vérité sera certainement le jour où il dévoilera officiellement son programme, ce qui est annoncé pour fin février ou début mars. C’est à ce moment-là que l’on pourra juger avec davantage de certitude de sa capacité à fédérer sur son nom des électeurs venus de divers horizons politiques, et donc de la solidité de son électorat potentiel. (…) Dans notre enquête, ce sont 72% à 75% des électeurs potentiels de François Fillon qui se déclarent d’ores-et-déjà sûrs de leur choix. C’est un peu moins que Marine Le Pen, et nettement plus que pour Emmanuel Macron, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon. Ce résultat doit toutefois être mis en perspective avec l’érosion qu’a connue le socle électoral de François Fillon ces dernières semaines, nous rapprochant d’un noyau dur d’électeurs qui lui sont acquis quoiqu’il arrive. Ceci contribue à augmenter mécaniquement la proportion d’électeurs se disant certains de leur choix. Notons d’ailleurs que ceci tendrait à valider l’hypothèse selon laquelle le potentiel à la baisse pour François Fillon est désormais limité. Reste à savoir dans quelle mesure il lui sera possible, d’ici au premier tour, d’inverser la tendance et de regagner les parts de voix qu’il a subitement perdues. Alexis Feertchak
François Fillon (…) a vigoureusement posé les termes du débat et de l’affrontement. D’un côté le tribunal médiatique – il a affirmé sa confiance pour l’issue judiciaire -, de l’autre le peuple français. François Fillon de retour n’a été animé par rien d’autre que le souci de rendre à une part importante de celui-ci une victoire qu’on croyait déjà lui avoir volée. Philippe Bilger
Le lynchage médiatique de François Fillon et l’écho qu’il semble rencontrer dans l’opinion montrent à quel point le système politico-médiatico-judiciaire tombe en déliquescence. Mise à mal par le gouvernement des juges et des médias la démocratie représentative est en danger. (…) Il est stupéfiant de constater la façon dont certaines des allégations sorties par Le Canard enchaîné et Médiapart sont reprises en boucle par presque tous les médias. Ces affirmations sont totalement à charge et peu de rédactions osent donner des arguments à décharge, alors que ceux-ci existent et sont d’importance. Il est encore plus stupéfiant de constater que la justice s’est emparée de cette affaire alors que rien ne justifie qu’elle le fasse. (…) A tel point que même les plus ardents supporters de François Fillon se sont mis à douter de son honnêteté. Et l’information est devenue un feuilleton quotidien. (…) Pourquoi cette affaire sort-elle précisément en janvier 2017 alors que les faits reprochés remontent à plusieurs années ? Pourquoi la justice s’en empare-t-elle avec une telle diligence ? Quel objectif cherchent à atteindre ceux qui ont manipulé et fabriqué l’opinion, ceux qui l’ont mise sous tutelle ? La réponse est évidente. Dans un premier temps, il s’agit de faire baisser François Fillon dans les sondages et dans les intentions de vote pour arriver au constat que le candidat de la droite et du centre ne sera pas qualifié pour le second tour de l’élection présidentielle. L’objectif suivant étant de l’obliger, sous la pression des mauvais sondages, à renoncer à se présenter à l’élection pour laisser le champ libre au duel rêvé par les médias – entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron (ce dernier est d’ailleurs une pure fabrication du système médiatique). Dès que l’objectif sera atteint, la presse cessera de s’intéresser au cas de François Fillon. Le « PénélopeGate » disparaîtra immédiatement des radars médiatiques. Concernant la justice, notons que c’est le parquet national financier (PNF) qui s’est autosaisi de l’affaire, 24 heures seulement après les révélations du Canard enchaîné. Le PNF, présenté comme « autonome », a été installé par le gouvernement socialiste le 6 décembre 2013, et son procureur, la magistrate Éliane Houlette – une proche de Ségolène Royal – a été choisie et nommée à la discrétion de François Hollande. Marc Joncour
François Fillon fait l’objet d’un lynchage en règle depuis plusieurs semaines. Chaque nouvelle information sur lui, même la plus anodine, est présentée comme un délit potentiel. Quoi qu’il dise, on considère qu’il aggrave son cas. Les circonstances commanderaient pourtant que l’on fasse le tri entre ce qui doit lui être reproché et ce qui est sans conséquence, et que l’on aille jusqu’à faire l’effort de ne pas publier dans la presse les faits et gestes relevant de la seconde catégorie. Comment peut-on accepter que cet homme et sa famille soient scannés avec une telle obsession, un tel niveau de détails, une telle suspicion ? Ce délire donne la nausée. Si François Fillon a octroyé un emploi fictif à sa femme et/ou à ses enfants, il est normal qu’il soit sanctionné. La décision relèvera d’un tribunal et sera prise à la lumière du contexte dans lequel ces contrats ont été conclus, des éléments fournis par les personnes mises en cause et des éclairages apportés par les enquêteurs. Ce n’est pas aux journaux, même les plus prestigieux, d’en décider. En attendant, il conviendrait de ne pas faire preuve d’une mauvaise foi telle qu’elle ne pourrait que révéler une forme d’animosité. Certains ont écrit que la fille de M. Fillon, lorsqu’elle travaillait à ses côtés au Sénat, était sortie de ses fonctions en participant à l’écriture d’un ouvrage publié par son père, comme si François Fillon était le seul responsable politique à se faire aider pour écrire ses livres ! On a pareillement reproché au fils de M. Fillon d’avoir planché sur le programme … Charles Consigny
Les réseaux sociaux s’en donnent à cœur joie, ces temps-ci. Les twittos lynchent comme ils respirent. Bienvenue dans le monde de Dark Vador, chez les aigris, les haineux en furie. Dommage qu’on ne puisse pas marcher dessus, ça porterait bonheur. Il paraît que cette meute électronique incarne la modernité. Mille excuses, mais elle n’a pas le pouvoir qu’elle croit. Sous l’Occupation, ses ancêtres parvenaient à leurs fins quand ils envoyaient leurs lettres de dénonciation à la Kommandantur. Aujourd’hui, son hystérie a tendance à se retourner contre elle : l’élection de sa bête noire, Donald Trump l’a hélas confirmé. Nous voilà sommés de condamner sans autre forme de procès François Fillon, qui, de tout évidence,a fauté, comme nous l’avons écrit la semaine dernière.  Les bois de justice sont déjà dressés, il est urgent de raccourcir le prévenu. Depuis peu, il règne sur la France un climat qui rappelle, à certains égards, celui de la terreur de 1793. Sauf que la guillotine est devenue métaphorique. Les médias, ces nouveaux dieux ont soif. Franz-Olivier Giesbert
Macron, c’est tout ce que les Français sensibles à la fragilité du pays rejettent. Annoncer vouloir voter pour lui, même en dernier recours, est incompatible avec la défense d’une nation unifiée et assimilatrice. Son usage du mot « hexagone », vocabulaire désincarné qu’il partage avec Hamon, fait comprendre la froide distance qui sépare Macron de l’âme française. Samedi, à Lyon, le faux rebelle d’un Système qui le soutient a défendu le modèle multiculturel, qui est au cœur de la crise identitaire abordée par Fillon, mais aussi Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan. Il a déclaré : « Il n’y a pas une culture française ; il y a une culture en France : elle est diverse, elle est multiple ». Il a aussi dénoncé l’ »obscurantisme », mais il le voit chez Donald Trump, et non dans l’idéologie islamiste qui nargue la République et a pris le monde occidental pour cible. Macron dit refuser les murs, les quotas, les frontières, les conflits. Un tel homme à l’Elysée signifierait l’abandon de la société d’intégration au profit d’une « inclusion » dans un espace ouvert et bienveillant. Pour le leader d’En Marche!, le FN représente « une France qui n’a jamais existé ». Mais le communautariste qu’il avalise, et qui se consolide dans les cités, est celui qui produit les tensions et annonce les guerres civiles. Lundi soir, à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) des policiers encerclés ont dû tirer en l’air à balles réelles. Si la droite ne s’affirme pas, elle poussera nombre d’électeurs dans les bras de Marine. Ivan Rioufol
Dans l’affaire Fillon, le « plan B » s’appelle Marine Le Pen : voilà à quoi ont conduit les justiciers qui, depuis deux semaines, chargent le dossier contre le candidat de la droite, plébiscité par la primaire. S’il y a un scandale à ce stade c’est celui qui consiste à faire taire, à moins de trois mois de la présidentielle, un homme qui a su désigner le libéralisme comme allié et le totalitarisme islamique comme ennemi. La tentative de kidnapping du favori pour l’Elysée, devenu le symbole d’une classe politique déconnectée de la vie des gens, n’est pas plus respectable que les pratiques dénoncées, sans preuve pour l’instant, par les donneurs de leçons. Le spectacle donné par ceux qui, chez Les Républicains paniqués, pressent Fillon de céder la place, illustrent la pusillanimité qui habite les opportunistes et les carriéristes. Alain Juppé est resté, ce lundi, à la bonne hauteur quand il a une nouvelle fois rejeté les appels du pied pour remplacer Fillon : « Clairement et définitivement, c’est non ! ». Ni lui, ni Nicolas Sarkozy, ne seraient acceptés d’un électorat qui les a clairement éliminés, dans un jeu de massacre qui n’est pas terminé. Pour ces raisons, Fillon a raison de tenir bon. Lui qui refusait le « tribunal médiatique » donnera, ce lundi à 16 heures, une conférence de presse. Il est attendu de lui qu’il dise tout, de ses erreurs de jugement comme de ceux qui veulent l’abattre. Le hold-up électoral peut encore être déjoué, tant les méthodes de chasse à l’homme sont odieuses. Ivan Rioufol
Une constatation se dégage du « Pénélopegate » : le troublant amateurisme de François Fillon. Cette impréparation apparaît d’autant plus que, comme il l’a souligné mardi, il doit faire front à « une opération de calomnies très professionnelles, d’une extrême ampleur, sans précédent sous la Ve République ». Ses fautes de communication et ses imprécisions dans des faits qu’il a tardé à reconnaître s’ajoutent aux maladresses de ses porte-paroles qui, avant même cette affaire, avaient déjà laissé voir un manque de coordination et une impréparation au sommet. Face aux révélations du Canard Enchaîné, qui en remet une louche ce mercredi sur les sommes perçues par l’épouse du candidat Les Républicains (près d’un million d’euros au final) et deux de leurs enfants (84.000 euros), Fillon a fait le choix, erroné selon moi, de se draper dans sa dignité bafouée et sa présomption d’innocence. Or le tribunal médiatique, cette régression démocratique, est pareil aux anciens Comités de salut public : il juge et condamne sur le champ celui qui ne sait se défendre dans l’urgence. Ce qui est en cause ici dépasse le népotisme de Fillon, qui est commun à d’autres hommes politiques, de droite ou de gauche. François Mitterrand faisait travailler ses fils à l’Elysée, et Jacques Chirac sa fille. Le problème se situe dans les largesses annexes que se sont accordés les parlementaires, ces nouveaux fermiers généraux. Rien ne semblait interdire à Fillon de puiser dans les fonds mis à sa disposition pour rémunérer des assistants. Mais cette pratique doit être réformée. Sa position de nouveau « paria de la République », que dénonce Maxime Tandonnet, en fait le bouc-émissaire d’un système politique qui a trop longtemps vécu dans l’entre-soi des carriéristes. Cette relative injustice s’ajoute à l’acharnement visant à faire taire un homme ayant choisi de répondre à la crise identitaire qui taraude la société. Ceux qui, derrière Le Canard, veulent méthodiquement abattre Fillon, qui se défend mal pour l’instant, sont à deux doigts de réussir leur dessein. Les dégâts sont déjà considérables dans l’opinion. Cependant, la gauche à la manœuvre suit là une stratégie agressive à courte vue. Rien ne dit qu’elle sera profitable à Macron, cet avatar d’un hollandisme rhabillé de neuf. Seule Marine Le Pen partage avec Fillon, au-delà des divergences économiques, la même inquiétude sur la crise de civilisation et les moyens d’y répondre. Forcer Fillon à renoncer à représenter le courant conservateur, très majoritairement choisi par les électeurs de la primaire, donnerait au FN l’opportunité de se placer en recours pour la droite orpheline. La chasse à l’homme lancée par les Fouquier-Tinville peut amener Le Pen à l’Elysée. Ivan Rioufol
L’éviction de Valls laisse un boulevard aux défenseurs du multiculturalisme, cheval de Troie de la charia. Emmanuel Macron partage avec Hamon la vision irénique d’un « Hexagone » ouvert à tous. À droite, Alain Juppé défendait cette posture, qui récuse l’exigence d’assimilation. La large victoire de François Fillon à la primaire était venue porter un coup d’arrêt à cette défrancisation voulue par les « modernistes ». Mais, depuis, les accusations qu’il subit l’affaiblissent dangereusement. Oui, la droite, majoritaire dans le pays, peut perdre. Il suffit de lire les satisfactions de la twittosphère islamiste après l’élection de Hamon pour constater la proximité entre le candidat du PS et la partie militante de l’électorat musulman. La mouvance fondamentaliste peut se frotter les mains : l’élimination de Valls, coupable d’avoir nommé le djihadisme comme fauteur de guerre, est une aubaine qui s’ajoute à l’avenir incertain de Fillon, pourfendeur du nouveau totalitarisme coranique. L’autre jour, à Paris, l’historien de la Shoah, Georges Bensoussan, a comparu en correctionnelle pour avoir décrit l’antisémitisme culturel qui s’exprime dans des banlieues : à côté du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), qui milite pour rendre l’islam intouchable, s’étaient joints, comme accusateurs, la Licra, SOS-Racisme, le Mrap, la Ligue des droits de l’homme. Et c’est Bensoussan que la jeune procureur a éreinté. La trahison des mouvements antiracistes, qui trouvent chez des magistrats l’appui pour poursuivre ceux qui dénoncent la nouvelle judéophobie, fait mesurer l’emprise de l’idéologie conquérante sur les esprits… Ivan Rioufol
Une victoire de Macron en mai viendrait concrétiser la stratégie du trou de souris, cette opportunité que François Hollande se réservait pour lui-même. Macron serait surtout la victoire des minorités militantes qui voient dans la consolidation d’une France multiculturelle l’opportunité d’affirmer encore davantage leur visibilité. Ceux qui, de ce point de vue, soutiennent Hamon sont les mêmes qui espèrent en une victoire de Macron. C’est donc bien un choix de société, capital, qui est en jeu dans la présidentielle. Mais alors que la société civile fait savoir, majoritairement, son attachement à la nation unitaire et assimilatrice, l’option communautariste peut espérer l’emporter en jouant sur les droites divisées. Ivan Rioufol
Macron incarnerait la gauche moderne, européenne, mondialisée, affranchie des traditions politiques françaises : ceux qui rêvent du postnational l’adulent. D’un coup, n’importe quelle occasion semble bonne pour lui tresser des lauriers. La dernière en date, c’est ce discours en anglais, prononcé en Allemagne, qui selon l’expression employée par certains journalistes, aurait « ringardisé » la majorité de la classe politique … il y a dans les élites françaises une agaçante fascination pour l’anglais, et même une délirante anglomanie. À la télévision comme au quotidien, on parlera des « news », de son « smartphone », de la « battle de France », de la « society », du « Coca light », des « mails », des « guests », comme si ces termes ne trouvaient aucune correspondance en français. Qu’on me pardonne cette référence personnelle : on peut comprendre les Québécois d’intégrer plus de mots anglais qu’ils ne le devraient dans leur vocabulaire courant : ils vivent aux marches de l’empire américain, et, dans la mesure du possible, ils y résistent, même si la tentation est forte de s’y laisser dissoudre. Mais la France est moins soumise à l’impérialisme américain qu’elle ne semble hypnotisée par lui. Comment ne pas voir dans l’anglomanie des élites françaises une forme de dévalorisation de soi, comme si le français était la langue d’un monde déclassé ? Mathieu Bock-Côté
La droite française, déstabilisée à la première bourrasque alors qu’elle se veut, à juste titre, majoritaire dans le pays, devrait réfléchir à sa fragilité. Elle semble ne pas comprendre le moment historique, ni même savoir ce qu’elle est dans ce moment, au point que, incapable de faire bloc, elle se laisse manœuvrer par toutes les opérations de l’adversaire. Pourtant, la théorie gramscienne du «bloc historique», qu’on cite sans cesse mais en ne l’effleurant que du bout de l’aile, et sous son acception la plus lapidaire (l’idée que la pensée précède le combat politique – «Au fond des victoires d’Alexandre, on trouve toujours Aristote» comme disait de Gaulle) donnerait de fameuses clefs, si du moins on se donnait la peine de l’étudier de plus près. Le théoricien italien observait que les générations constituaient à tour de rôle des «blocs historiques» soudant l’ensemble d’une société autour de paradigmes communs – subversifs d’abord, puis peu à peu dominants, avant de se faner et décliner. Ces ensembles idéologiques sont d’abord élaborés par les «intellectuels centraux» (écrivains, universitaires, autorités morales qui, par des livres ou des revues, «donnent les mots») avant de faire peu à peu système et «d’infuser» par degrés l’ensemble de la population: les intellectuels de seconde ligne (professeurs, instituteurs, journalistes…), puis les dirigeants politiques, les hauts-fonctionnaires et les magistrats, les chefs d’entreprise, les professions libérales, et, par degrés, l’ensemble d’un peuple ainsi soudé autour de «points de communion». S’est de la sorte constitué, dans les années 70 (en France, les dates majeures sont 1968, 1974 et 1981), un bloc historique progressiste, fait de cette gauche particulière que Chevènement nomma «gauche américaine», celle qui tient que la «modernité» a toujours raison et le passé toujours tort, et qui croit même que l’on peut tout changer, peuples, hommes, femmes, institutions etc. -voir son slogan de 1974, «Tout est possible». En quelques années, une jeune escouade de «déconstructeurs» (de la langue, des codes et, surtout, du socle politique classique – Etat, nation, civilisation), donna mots et paradigmes à la vaste ruche des professions intellectuelles ; ils finirent par devenir omniprésents à l’université, dans l’édition, puis dans les médias, parmi les cléricatures et les magistratures, et même chez les grands patrons, lesquels trouvèrent grand intérêt au fameux «jouir sans entrave» qui fut le passeport du consumérisme à outrance, comme le «sans frontiérisme» festif fut celui du libre-échange généralisé. La doxa moderniste conquit finalement l’immense majorité des politiques, y compris de la dite «droite» – celle-ci finit même par accepter de se lire dans une typologie extérieure, et très contestable, celle de René Rémond dont deux des trois branches l’orléanisme et le bonapartisme sont en fait des centrismes… La droite perdit ainsi jusqu’à son nom, ce légitimisme ou, pour mieux dire, ce classicisme politique qui ne sut jamais actualiser ses paradigmes et mots de passe, ni conséquemment se rassembler, et qui, divisée, se laissa exclure du débat public. Une génération intellectuelle domine en général une trentaine d’années -telle la génération précédente, que l’on peut dire «de la reconstruction», qui fut dominante entre 1944 et 1970, déclinante ensuite. Celle qui prit tous les pouvoirs dans les années 70 et 80 devrait donc disparaître depuis quelques années. Certes, elle s’épuise: le Non de 2005 prit à angle droit la pensée unique – les oligarques se revanchant vite à Lisbonne. Plusieurs de ses bastions se lézardent: il n’est un secret pour personne que la presse de gauche vit sous perfusion d’argent public, tandis que celle de droite progresse. L’éclatante réussite de la Manif Pour Tous, celle du Puy du Fou exhumant l’archaïque national (est archaïque non ce qui est vieux et passé, mais au contraire ce qui fonde et ne passe pas), les succès de librairie de Patrick Buisson, Philippe de Villiers ou Eric Zemmour sont autant de signes ; par dessus tout, on voit peu à peu ressurgir une droite classique (Patrick Buisson parla de «révolution conservatrice») dont la manifestation fut la victoire aux «primaires» de François Fillon, le catholique qui refuse Babel, ne croit pas que les arbres montent au ciel ni que l’on puisse dépenser sans limite, qui entend restaurer les frontières, l’Europe des nations, les enseignements classiques -on pourrait dire un «identitaire», comme le fut de Gaulle. Hélas, si le grand reversement idéologique est différé, et si la victoire politique est conséquemment si difficile, c’est que la droite française, qui n’a soutenu nul écrivain, nulle revue, nul grand média capable de jouer le rôle décisif que joua par exemple, dans la génération précédente le Nouvel Observateur, a négligé un travail intellectuel qu’elle ne regarde encore qu’avec un profond mépris -ou non moins profonde paresse. (…)  On comprend la violence des jours que nous vivons, qui sont peut-être ceux de la crise maximale: le bloc UMPS disparaît (qui peut encore assimiler Hamon et Fillon?), la droite, en son cœur légitimiste, menace directement, et au moment crucial des présidentielles, un bloc soixante-huitard attardé qui jette ses dernières forces de ses derniers bastions et cela sans préparation idéologique sérieuse, de sorte que, comme on voit hélas, elle se débande assez vite – à commencer par les parlementaires «républicains» qui révèlent à cette occasion combien la presse de gauche a prise sur eux, et si profondément qu’ils utilisent le vocabulaire même de leur adversaire. Pendant ce temps, la complicité entre puissances d’argent, médias et magistrature joue encore à fond: un article le mercredi, une audition le vendredi, un mauvais sondage le dimanche, une perquisition le lundi puis vient le pilonnage médiatique, certes disproportionné (les problèmes qui font sous nos yeux disparaître la France comme nation, comme Etat et comme civilisation sont sans rapport de gravité avec la façon dont le candidat a utilisé son enveloppe parlementaire) mais capable de faire vaciller le favori, issu pour la première fois depuis longtemps d’une droite assumée – mais si mal préparée au combat idéologico-judiciaro-médiatique qu’elle n’a pour arme qu’internet, ou des manifestations de rue. Bref: les mains nues. C’est pour cela que M. Fillon doit tenir coûte que coûte ; et qu’il faut toutes affaires cessantes reconstruire une droite idéologique, à commencer par ses paradigmes, qui réunira ses composantes et permettra de conquérir les places décisives, à l’université, dans l’édition, dans les médias et la haute fonction publique sans lesquelles il n’est pas de légitimité forte, donc par de puissance de gouvernement. (Au passage, souhaitons que la droite étourdie, du coup la plus bête du monde, sache enfin sortir du piège de Mitterrand qui la coupant depuis trente ans en deux camps, en commençant par jouer des porosités avec le FN. Si, alors que la relève est pourtant là, et que les jeunes plumes ne manquent pas, nous échouons à opérer ce grand renversement qui est dans els rythmes mêmes de l’Histoire, il est possible qu’une nouvelle relève, un modernisme plus violent encore (tel le trans-humanisme) prenne sa place, et nous partons alors vers une «civilisation» qui n’aura plus rien à voir avec ce que nous appelons encore la France. Pendant ce temps la gauche perdure alors que toute sa matrice est disqualifiée, tirant encore de fameuses salves sur une droite sans leviers ni relais et plongée dans l’hébétude. Il est donc temps de lire Gramsci, puis, comme disait Boutang, de «reprendre le Pouvoir» -de le reprendre réellement, et de l’exercer. Paul-Marie Coûteaux Les masques tombent : l’affaire François Fillon se révèle être un véritable assassinat politique, mené tambour battant et avec une efficacité redoutable. (…) Ce matin, sur France Info, un journaliste s’indignait de la réaction de ceux qui critiquent la charge médiatique sur François Fillon en vociférant (enfin presque) « mais on fait notre travail de journaliste ! ». Cette proclamation « On fait notre travail de journaliste » m’a laissé rêveur quand on songe à ce que nous dit, en creux, cette affaire Fillon sur le mode de fonctionnement de notre démocratie. (…) La plupart des élus, si ce n’est la totalité, emploient des proches sur des postes directement rattachés à l’exercice de leur mandat électif : la femme, l’époux, les enfants, la maitresse ou l’amant et parfois d’autres parents, sont rémunérés sur des postes d’attaché parlementaire. La pratique est courante, non interdite par la loi et connue de la presse depuis des lustres. C’est légal, mais évidemment moralement douteux dans un pays où tant de gens sont au chômage et où on invoque à tout bout de champ la nécessité de faire ses preuves. Certains, dans notre République, bénéficient de piston, de rente de situation en étant les parents ou ami(e)s intimes d’un élu. C’est triste mais ce n’est affreusement pas nouveau. Ce que l’on peut reprocher à François Fillon sur ce point, c’est d’avoir été comme les autres élus, ni plus, ni moins vertueux. Or, on attend d’un candidat à la présidence de la République une droiture certaine et une exemplarité de fait. Bon, ça c’est dans un monde idéal. Dans nos démocraties du 21ème siècle, la droiture et la moralité sont en dose limitée dans le sang du politique. En somme, sur la question du principe de la rémunération de Pénélope Fillon par François Fillon, il est difficile de faire les vierges effarouchées qui découvrent comment on fait des enfants sauf à avoir une sacré dose d’hypocrisie. (…) Les parlementaires rémunèrent leurs collaborateurs en puisant dans une enveloppe mise à leur disposition par les institutions. Le montant mensuel de cette enveloppe est de 9 561 euros (si l’Assemblée Nationale est en charge de la gestion du contrat de travail et paye les charges sociales) ou de 14 341 euros (dans ce cas c’est l’élu qui gère le contrat de travail et qui verse lui-même les charges patronales à prélever dans cette enveloppe). Mme Fillon a été rémunérée de 1989 à 2013 pour un montant de 830 000 euros…..bruts ! Et oui, la presse brandit ce montant proche du million d’euros en omettant de préciser que la somme est en euros bruts. En net, Mme Fillon a perçu 639 000 euros et l’Etat a récupéré 191 000 euros ! En salaire mensuel net, sur la période considérée, Mme Fillon a donc perçu 2 218,75 euros. C’est une jolie somme, mais le travail d’un attaché parlementaire correspond à un travail d’agent de catégorie A de la fonction publique et le montant du salaire net n’est pas manifestement choquant ni déraisonnable. (…) François Fillon, à la différence de M. Macron, n’est pas un jeune nouveau dans le paysage politique. Il a détenu différents portefeuilles ministériels et il a été Premier ministre de Nicolas Sarkozy pendant cinq années… Cinq années au cours desquelles son épouse a perçu une rémunération d’attaché parlementaire. Etrange que la presse qui fait son travail ne se soit pas emparée de cette question à l’époque. Curieusement, ce sujet qui est un vrai sujet légitime, n’est évoqué qu’au lendemain de la primaire de la droite et à quelques mois de l’élection présidentielle. Les Français et les électeurs ne sont pas des gens dénués de sens critique. Il est clair que tout ce remue ménage à un but : tuer politiquement François Fillon. Pourquoi le tuer ? Assurément pour l’empêcher d’accéder au poste de Président de la République. Pour comprendre les vrais motifs du lynchage médiatique de François Fillon, il convient de voir en quoi François Fillon se distingue des autres candidats et quel(s) autre(s) candidat(s) à l’élection présidentielle est susceptible de tirer les marrons du feu. Sans se lancer dans une analyse approfondie du programme de François Fillon, ce qu’il conviendrait de faire pour mettre en parallèle ce programme avec celui du (des) candidat(s) avantagé(s) par cette affaire, on peut déjà identifier quelques lignes de force qui distingue François Fillon des autres : sa volonté de réforme, sa vision d’un monde multipolaire, son catholicisme affiché, sa volonté de renouer les liens avec Moscou et la Syrie, sortir le pays d’une situation d’endettement, l’idée de redonner à la France une place forte au sein de l’Union européenne. En clair, François Fillon est une « horreur » pour le système qui depuis des décennies est aux commandes. (…) Dans cette affaire, François Fillon a eu le tort de ne pas être le candidat du système en place. Les électeurs de la primaire ont placé en tête de leur choix un candidat qui ne satisfaisait pas aux critères du système. (…) La désignation inattendue de Fillon par les électeurs de la primaire a coupé l’herbe sous le pied de ceux qui attendaient la désignation d’Alain Juppé, un candidat en tout point conforme aux désirs du système. Il était donc nécessaire de virer Fillon et nous assistons aujourd’hui à son assassinat politique pour que ce dernier n’accède pas à la fonction présidentielle. Cette mise à l’écart de Fillon est d’autant plus nécessaire qu’un autre beau et jeune candidat, sorti de presque nulle part, est en vogue et correspond en tout point au profil du candidat du système : Emmanuel Macron. Méditons sur le beau travail des journalistes qui laissent dans l’ombre cette fameuse histoire des 120 000 euros (80% de l’enveloppe budgétaire de représentation du ministère de l’économie) consommée par Macron avant son départ de Bercy pour financer des prestations sans lien avec le ministère de l’économie mais en très fort lien avec la préparation de sa candidature présidentielle. Sur ce sujet, mutisme de la presse. On objectera que si 120 000 euros c’est une somme, elle est toujours inférieure aux 639 000 euros de Mme Fillon, heu pardon, reprenons la méthode de désinformation des médias… les 830 000 euros de Mme Fillon. C’est moins important mais cela s’est produit sur une échelle de temps bien plus courte. Mais vu l’efficacité de la dépense de M. Macron, je vous laisse calculer ce que cela aurait représenté sur 24 ans d’activités politiques…cela donne des frissons.. (…) Enfin la chronologie des évènements parle de façon assez claire : le 25 janvier 2017, le Canard enchaîné publie son article sur l’affaire « Pénélope Fillon », le 26 janvier 2017, le Parquet national financier ouvre une enquête judiciaire et le lendemain plusieurs témoins sont auditionnés….il faut vite virer Fillon. En conclusion, vous l’avez compris : la démocratie a « dérapé » en plaçant François Fillon candidat de la droite française. Le système a vite réagi pour sortir ce candidat gênant de la scène politique et tracer un boulevard à un autre candidat construit, façonné et adulé par le système. Si ce dernier candidat ne devait pas percer, alors ce n’est pas un problème car le nouveau candidat de la droite fera l’affaire car, quel qu’il soit, il sera forcement le candidat désigné de force par le système. Sauf erreur d’analyse de ma part, François Fillon va être sommé de renoncer à l’élection présidentielle pour être remplacé par un candidat cautionné par le système. Les millions d’électeurs qui se sont prononcés lors de la primaire sont donc désavoués et rappelés à l’ordre : vous deviez désigner celui qui était le favori des sondages ! Regis Desmarais 
Depuis janvier 2015, il a été le sujet de plus de 8 000 articles dans Libération, l’Obs, le Monde et l’Express. C’est plus que tout autre candidat, sans parler des multiples couvertures de Paris Match ou VSD façon couple glamour avec sa femme. Et personne ne pourra l’accuser de ne pas savoir trouver les mots qui font rêver et galvanisent les foules (…) De fait, trouver les mots, aussi creux soient-ils, fut le grand travail de sa campagne et dans ce domaine, rien ne fut laissé au hasard. Là encore, on ne pourra pas reprocher à Emmanuel Macron de ne pas avoir exploité à fond toutes les possibilités de la magie du verbe pour captiver un auditoire prêt à tomber en pâmoison. Au cours d’une « grande marche » qui s’est déroulée en porte-à-porte cet été, des « Marcheurs » ont eu « 100 000 conversations » et ont recueilli « 25 000 questionnaires », constituant autant de verbatim dont les mots – pardon on dit « prédicats » à présent – furent analysés via des algorithmes complexes, par la société Liegey Muller Pons, la « première start-up de stratégie électorale en Europe » et par Proxem dont le métier consiste à « changer les conversations en données » (au contraire des journalistes dont le métier consiste à transformer des conversations en courants d’air chaud). (…) Ce discours, ce style, ce show bien orchestré plaisent beaucoup, aux médias, aux socialistes en mal de représentation politique, à tous ceux qui cherchent une nouvelle tête, à tous ceux qui attendent un discours rassurant du type « Yes We Can », à tous ceux qui veulent gagner en liberté sans perdre en protection tutélaire de l’État, à tout ceux qui pensent qu’il suffit d’améliorer la gestion de nos structures sans les remettre en cause fondamentalement. Bonne pioche ! Emmanuel Macron se dit d’une « gauche qui se confronte au réel », c’est-à-dire typiquement d’une gauche sociale-démocrate façon Rocard et même Hollande, le style et la persuasion en plus. Forcément, ça attire : d’après les responsables, En marche ! aurait à ce jour 170 000 adhérents. L’adhésion gratuite, en ligne, ça aide. Bonne pioche toujours, lorsque Benoît Hamon est désigné candidat du PS. Bonne pioche encore, lorsque les affaires embourbent Fillon dans des emplois présumés fictifs. Et super bonne pioche, lorsque les sondages placent finalement notre héros en deuxième position au premier tour de la présidentielle ! (…) Aux grincheux qui pointent régulièrement l’absence d’un vrai programme politique derrière les envolées lyriques, les « Marcheurs », tendrement hypnotisés par leur candidat, rétorquent que si Macron les attire, c’est justement parce qu’il « fédère une vision, il y a une espèce de fluide ». Lubrifiant qui permet d’éviter les frottements douloureux et de rêver à son aise à un monde meilleur (…) C’est ainsi que les 35 heures sont « une avancée sociale non contestable » qui présente « un bilan contrasté » qu’il faudra « adapter sans remettre en cause le principe ». Jolie bourrasque d’air tiède. On souhaite bon courage au futur ministre de l’économie si d’aventure Emmanuel était élu ! Si le mystère reste entier quant au programme de gouvernement de Macron, on a cependant quelques idées sur ce qu’il sera en observant les soutiens qui s’agglutinent à lui. (…) À gauche, on peut citer Gérard Collomb et tous les députés socialistes orphelins de la candidature Valls, les hommes d’affaires Marc Simoncini (Meetic), Xavier Niel (Free) et Pierre Bergé, les deux derniers étant de plus co-propriétaires de l’Obs qui a largement ouvert ses pages à Macron, l’écrivain Erik Orsenna, ancienne plume de Mitterrand, Daniel Cohn-Bendit, Alain Minc, Bernard Kouchner, sans oublier Ségolène Royal qui apporte indirectement le parrainage de François Hollande et une caution de sérieux assez originale dans la gestion des affaires publiques, et sans oublier non plus Geneviève de Fontenay, génialissime caution populaire, venue spécialement à Lyon pour vérifier que Macron n’avait pas  ♥ «  une banque à la place du cœur  » ♥ ! À cette brochette de cadors, ajoutons la droite énarchiste et étatiste représentée par Renaud Dutreil, ancien ministre responsable de la création du pitoyable RSI (que Macron veut réformer, pas forcément pour le bien des Indépendants) et Anne-Marie Idrac, ancienne secrétaire d’État aux transports sous Chirac et ex-présidente de ces fleurons de la réussite nationale que sont la RATP et la SNCF. (…) Il n’en reste pas moins que le vide grandiloquent de ses propos associé au déjà-vu, au progressisme revendiqué et à l’étatisme assumé de l’équipe qui l’entoure fait irrésistiblement penser à la réflexion de Tancrède à son oncle le prince Salina dans le Guépard : « Il faut que tout change pour que rien ne change. » Nathalie MP et H16

Vous avez dit déjà vu ?

A l’heure où sur l’immigration, l’Europe vote Trump

Et où comme pour ledit Trump et à l’aide de violations sytématiques et continues du secret judiciaire, se déchaine la curée médiatique contre le seul véritable espoir d’alternative pour la prochaine présidentielle française …

Coupable certes d’avoir largement profité, avec nombre de ses confrères, de pratiques longtemps légales de maximisation (récupération comprise, jusqu’à 2012, des reliquats non utilisés ?) de ses enveloppes d’assistance parlementaire …

Mais seul, 20 ou 30 ans après la Suède, la Nouvelle-Zélande ou le Canada, à avoir le courage d’affronter enfin au nom d’une plus grande efficacité du modèle social …

La véritable réforme de l’État et des politiques publiques qui pourra enfin sortir notre pays du chômage de masse qui le mine …

Comment ne pas voir avec l’excellent billet de nos confrères des blog Nathalie MP et H16 …

Et face tant à l’irrationnalité mariniste qu’à l’honnêteté hamoniste à 300 milliards …

Le véritable bénéficiaire de tant d’acharnement et dernier avatar en date, après ses versions Obama, Hollande ou Trudeau …

A savoir, selon la formule du célébrissime film de Visconti

Celui du changement maintenant pour que rien ne change vraiment ?

Avec Macron, le changement, c’est mollement !

Nathalie MP
9 février 2017

Article écrit en commun par   h16 et Nathalie MP.

Personne ne pourra accuser Emmanuel Macron de ne pas soigner tous les détails de sa candidature présidentielle. Ainsi, fini les petits couinements et le passage aux ultrasons éraillés comme à la fin de son grand meeting de la porte de Versailles en décembre dernier : il suit maintenant les cours d’un chanteur d’opéra ! ♫♪♬ ! 

Macron Couv Maris Match 110816Personne ne pourra l’accuser non plus de négligence avec les médias. Depuis janvier 2015, il a été le sujet de plus de 8 000 articles dans Libération, l’Obs, le Monde et l’Express. C’est plus que tout autre candidat, sans parler des multiples couvertures de Paris Match ou VSD façon couple glamour avec sa femme.

Et personne ne pourra l’accuser de ne pas savoir trouver les mots qui font rêver et galvanisent les foules :

Notre révolution est En Marche… On ne peut plus faire comme avant, il faut dépasser les clivages, rebattre les cartes, remettre la France en mouvement, libérer les forces et apporter l’espérance… Je compte sur votre mobilisation et votre engagement, c’est notre force ! etc…

Pour Manu, qui s’adresse ♫♪♬ « à tous les recalés de l’âge et du chômage, les privés du gâteau, les exclus du partage » ♫♪♬,  il faut dépasser les clivages ♥ et le chacun pour soi. Quand il pense à eux, il pense à lui ❥ et la coïncidence avec les Restos du Cœur ♥ n’est pas tout à fait fortuite parce que c’est de cœur ♥qu’il s’agit, mes amis, mes amours, mes enfants, ♥♥♥♫♪♬ ! 

Voici en substance la teneur de ses appels (vidéo ci-dessous), voici ce qu’il martèle de meeting en meeting sous les applaudissements frénétiques (ou médusés) de milliards milliers de personnes.

Lorsqu’il parade au Palais des Sports de Lyon, des millions milliers de personnes viennent boire ses paroles : 8 000 selon les organisateurs, 800 000 selon les médias et plusieurs milliers d’autres, massées aux abords. Telle une rock-star, Macron fend la foule en musique (vidéo ci-dessous), voit dans « ce mur de présence » un désir d’avenir, une « démonstration d’envie de sa candidature », et, se prenant manifestement pour Napoléon Ier à Austerlitz et prenant visiblement ses « Marcheurs » (le petit nom des « adhérents ») pour les fantassins de sa campagne, lance avec cette modestie onctueuse de ceux qui osent tout (et c’est à ça qu’on les reconnaît) :

« Vous pourrez dire : ‘J’étais là’. Parce que nous allons changer les choses encore aujourd’hui et nous continuerons à avancer. Ensemble ! »

Dans la même veine, voici une petite vidéo hautement réjouissante alignant les « meilleurs moments » d’Emmanuel Macron aux instruments à vent : « Ce que nous ferons pour la culture, mes amis, c’est un chemin » – « Je veux réconcilier la France avec le Monde » – etc … etc…

De fait, trouver les mots, aussi creux soient-ils, fut le grand travail de sa campagne et dans ce domaine, rien ne fut laissé au hasard. Là encore, on ne pourra pas reprocher à Emmanuel Macron de ne pas avoir exploité à fond toutes les possibilités de la magie du verbe pour captiver un auditoire prêt à tomber en pâmoison.

Au cours d’une « grande marche » qui s’est déroulée en porte-à-porte cet été, des « Marcheurs » ont eu « 100 000 conversations » et ont recueilli « 25 000 questionnaires », constituant autant de verbatim dont les mots – pardon on dit « prédicats » à présent – furent analysés via des algorithmes complexes, par la société Liegey Muller Pons, la « première start-up de stratégie électorale en Europe » et par Proxem dont le métier consiste à « changer les conversations en données » (au contraire des journalistes dont le métier consiste à transformer des conversations en courants d’air chaud).

Cette « grande marche », au-delà du côté proximité, écoute et rencontre avec la France « vraie de vraie », a surtout eu pour objectif de définir au mieux le discours qui sera « le plus intelligible possible pour le plus de monde possible. » En clair, le discours qui ratissera le plus large, déclenchera le plus de réactions positives et transformera les auditeurs en adhérents scotchés.

Ajoutez qu’Emmanuel Macron est jeune, intelligent, tout beau et tout nouveau. Il n’a jamais été élu, mais l’Elysée direct, ça ne lui fait même pas peur ! Mieux encore : il est de gauche (il l’a dit cent fois) mais il peut aussi être de droite si besoin est, d’autant qu’il n’est plus membre du PS tout en étant socialiste, et ayant participé à un gouvernement de gauche, « mais quelle importance ? » (vidéo 01′ 10″) :

Ce discours, ce style, ce show bien orchestré plaisent beaucoup, aux médias, aux socialistes en mal de représentation politique, à tous ceux qui cherchent une nouvelle tête, à tous ceux qui attendent un discours rassurant du type « Yes We Can », à tous ceux qui veulent gagner en liberté sans perdre en protection tutélaire de l’État, à tout ceux qui pensent qu’il suffit d’améliorer la gestion de nos structures sans les remettre en cause fondamentalement.

Bonne pioche ! Emmanuel Macron se dit d’une « gauche qui se confronte au réel », c’est-à-dire typiquement d’une gauche sociale-démocrate façon Rocard et même Hollande, le style et la persuasion en plus. Forcément, ça attire : d’après les responsables, En marche ! aurait à ce jour 170 000 adhérents. L’adhésion gratuite, en ligne, ça aide.

Bonne pioche toujours, lorsque Benoît Hamon est désigné candidat du PS. Bonne pioche encore, lorsque les affaires embourbent Fillon dans des emplois présumés fictifs. Et super bonne pioche, lorsque les sondages placent finalement notre héros en deuxième position au premier tour de la présidentielle !

Décidément, Manu Macron, c’est de la très bonne pioche !

Aux grincheux qui pointent régulièrement l’absence d’un vrai programme politique derrière les envolées lyriques, les « Marcheurs », tendrement hypnotisés par leur candidat, rétorquent que si Macron les attire, c’est justement parce qu’il « fédère une vision, il y a une espèce de fluide ». Lubrifiant qui permet d’éviter les frottements douloureux et de rêver à son aise à un monde meilleur :

« Un président, ce n’est pas un épicier. L’important, c’est d’avoir une vision, pas forcément d’être dans les détails de la comptabilité. » (un participant au meeting de Lyon, 4 février 2017)

Malgré tout, ce programme trop diaphane gêne certains militants. Sa divulgation ayant été souvent annoncée puis repoussée, pour être finalement fixée à début mars, les « Jeunes avec Macron » ont pris sur eux de construire un site internet reprenant les principales déclarations de leur leader pour leur donner un semblant de consistance.

Ça ne s’invente pas, ce site s’appelle « Vision Macron » et surfe avec application sur un océan de lieux communs des plus vagues, dispatchés en une partie « Diagnostic » puis une partie « Action ». La partie « Réaction » est laissée comme exercice au lecteur.

C’est ainsi que les 35 heures sont « une avancée sociale non contestable » qui présente « un bilan contrasté » qu’il faudra « adapter sans remettre en cause le principe ». Jolie bourrasque d’air tiède. On souhaite bon courage au futur ministre de l’économie si d’aventure Emmanuel était élu !

Si le mystère reste entier quant au programme de gouvernement de Macron, on a cependant quelques idées sur ce qu’il sera en observant les soutiens qui s’agglutinent à lui.

Au-delà de sa tendresse pour le socialisme du réel qui signe son tropisme social-démocrate, on constate sans trop de surprise que les ralliements qu’il enregistre en nombre sont tous le fait d’individus extrêmement à l’aise dans « le système » dont il prétend s’affranchir et que certains d’entre eux sont de vieux routards de la politique depuis des dizaines d’années.

À gauche, on peut citer Gérard Collomb et tous les députés socialistes orphelins de la candidature Valls, les hommes d’affaires Marc Simoncini (Meetic), Xavier Niel (Free) et Pierre Bergé, les deux derniers étant de plus co-propriétaires de l’Obs qui a largement ouvert ses pages à Macron, l’écrivain Erik Orsenna, ancienne plume de Mitterrand, Daniel Cohn-Bendit, Alain Minc, Bernard Kouchner, sans oublier Ségolène Royal qui apporte indirectement le parrainage de François Hollande et une caution de sérieux assez originale dans la gestion des affaires publiques, et sans oublier non plus Geneviève de Fontenay, génialissime caution populaire, venue spécialement à Lyon pour vérifier que Macron n’avait pas  ♥ «  une banque à la place du cœur  » ♥ !

À cette brochette de cadors, ajoutons la droite énarchiste et étatiste représentée par Renaud Dutreil, ancien ministre responsable de la création du pitoyable RSI (que Macron veut réformer, pas forcément pour le bien des Indépendants) et Anne-Marie Idrac, ancienne secrétaire d’État aux transports sous Chirac et ex-présidente de ces fleurons de la réussite nationale que sont la RATP et la SNCF.

Le vrai défi, maintenant, consistera à croire que ce sont ces personnes qui seront capables de mettre en marche une révolution vertueuse, alors qu’elles sont toutes liées à tout ce que la France fait sans succès depuis quarante ans en terme de chômage, de dépenses publiques, de déficit et de dette.

Il va en falloir, de la foi, pour imaginer que l’État, gonflé d’orgueil à l’idée d’être stratège, va continuer à l’être sans se fracasser sur des catastrophes financières qui se chiffrent en milliards d’euros.

Il va en falloir, de la ferveur, pour voir en Emmanuel Macron l’artisan d’une transformation libérale de la France, lui dont le bilan se résume à des conseils catastrophiques pendant un quinquennat calamiteux et à une loi qui aura permis d’ouvrir quelques lignes d’autocars et quelques magasins un nombre limité de dimanches.

Conclusion

Certes, Emmanuel Macron s’est montré particulièrement habile à mobiliser médias et public autour de lui. Certes, il a su trouver les mots les plus susceptibles de toucher des Français désorientés et désireux de changement, mais aussi de protection et d’attention. Certes, il a su faire passer un message de nouveauté et de modernité en menant une campagne aussi originale que calibrée au millimètre comme s’il vendait le produit Macron à des consommateurs et non pas un programme politique à des électeurs. Soit.

Il n’en reste pas moins que le vide grandiloquent de ses propos associé au déjà-vu, au progressisme revendiqué et à l’étatisme assumé de l’équipe qui l’entoure fait irrésistiblement penser à la réflexion de Tancrède à son oncle le prince Salina dans le Guépard : « Il faut que tout change pour que rien ne change. »

Emmanuel Macron n’est rien d’autre que la nouvelle frimousse « hors-système » choisie par le « système », coterie de médias et de politiciens qui nous gouvernent. C’est un changement purement formel, sans rien de fondamental pour la France et les Français, qui préservera nos élites au pouvoir.

Le navire de gauche a coulé. Celui de droite prend l’eau. Les rats quittent ces navires incertains pour courir chez Macron, ce « révolutionnaire » qui rassure tous les étatistes et leur promet qu’il suffit de dire que tout va changer pour que finalement rien ne change. ♫♪♬ !

Voir aussi:

Lynchage de Fillon: la France est-elle encore une démocratie?

Non au gouvernement des juges et des médias
Marc Joncour est retraité de l’informatique.

09 février 2017

Le lynchage médiatique de François Fillon et l’écho qu’il semble rencontrer dans l’opinion montrent à quel point le système politico-médiatico-judiciaire tombe en déliquescence. Mise à mal par le gouvernement des juges et des médias la démocratie représentative est en danger

Jusqu’à une date récente, le lynchage médiatique était plutôt une spécialité anglo-saxonne. La presse française pouvait s’honorer d’être plus mesurée et plus équilibrée que ses consœurs britanniques ou américaines. Mais l’arrivée d’Internet, des réseaux sociaux, des chaînes d’informations permanentes, a bouleversé le paysage médiatique partout dans le monde. La France n’y échappe pas.

Il est stupéfiant de constater la façon dont certaines des allégations sorties par Le Canard enchaîné et Médiapart sont reprises en boucle par presque tous les médias. Ces affirmations sont totalement à charge et peu de rédactions osent donner des arguments à décharge, alors que ceux-ci existent et sont d’importance. Il est encore plus stupéfiant de constater que la justice s’est emparée de cette affaire alors que rien ne justifie qu’elle le fasse.

Quelles sont les accusations formulées ? François Fillon aurait employé son épouse et deux de ses enfants au cours de ses mandats successifs de député puis de sénateur. Et ces emplois ne seraient pas réels mais fictifs.

Collaborateur parlementaire, tout un métier

Quels sont les journalistes qui ont étudié la loi concernant le statut et les fonctions des collaborateurs parlementaires ? Quels sont les journalistes qui ont rapporté à leurs lecteurs ces éléments de base permettant de se faire une opinion éclairée sur les allégations formulées par les accusateurs ? Quasiment aucun ! Ce qui montre la partialité de la majorité des organes de presse et leur absence éhontée de déontologie !

Alors rappelons la loi telle qu’elle existe. Chaque député dispose d’un crédit mensuel forfaitaire de 9.561 € lui permettant de recruter et rémunérer jusqu’à cinq collaborateurs. Quant au sénateur, il dispose d’un crédit de 7.593 € pour la rémunération, lui aussi, d’un maximum de cinq collaborateurs. Pour la simplicité du propos, je me limite ci-après au seul cas des députés.

Chacun des députés a la qualité d’employeur. Le collaborateur est le salarié du député, non celui de l’Assemblée nationale. Les collaborateurs sont recrutés sur la base d’un contrat de travail de droit privé. Le député recrute librement ses collaborateurs, licencie, fixe les conditions de travail et le salaire de son personnel, dans le respect des dispositions du code du travail. Les contrats de travail comportent deux stipulations directement liées au mode de gestion du crédit collaborateur. La première, relative à l’objet du contrat, dispose que « le député-employeur, agissant pour son compte personnel, engage le salarié qui lui est juridiquement et directement subordonné et a toute sa confiance pour l’assister dans l’exercice de son mandat parlementaire ». La seconde précise que « la cessation, pour quelque cause que ce soit, du mandat du député-employeur constitue une juste cause de rupture automatique du contrat ». Depuis 1978, des indemnités de fin de contrat, financées par l’Assemblée nationale,  sont allouées aux collaborateurs en cas de cessation du mandat du député-employeur (ce qui justifie les indemnités – qualifiées de « licenciement » par le Canard enchaîné – perçues deux fois par Pénélope Fillon).

La fiction des emplois fictifs

Certains prétendent qu’il s’agirait d’emplois fictifs. Dès lors que les contrats de travail et les feuilles de paie existent en bonne et due forme – ce qui semble être le cas – il ne peut pas y avoir emploi fictif puisque la seule personne à pouvoir juger et contrôler le contenu et la valeur du travail effectué est le parlementaire lui-même. Imagine-t-on la justice intervenir dans une entreprise pour vérifier la réalité du travail d’un de ses salariés ? Seul l’employeur a qualité pour le faire.

On reproche à François Fillon de ne pas apporter de preuves du travail réel effectué par Pénélope. Peut-être en a-t-il d’ailleurs fourni à la justice. Mais en tout état de cause, comment prouver qu’on a préparé un discours du député, qu’on l’a corrigé à plusieurs reprises, qu’on a préparé les réponses aux nombreux courriers des administrés, qu’on a mené un travail de réflexion ou de recherche sur un sujet donné ?

La façon dont les médias ont traité cette affaire est assez exceptionnelle. Les accusations à l’encontre de François et Pénélope Fillon ont monopolisé depuis plus de deux semaines la quasi-totalité de l’information en France. Paul Valéry affirmait à juste titre : « Le mensonge et la crédulité s’accouplent et engendrent l’opinion ». Jamais ces paroles n’ont été aussi vraies. A tel point que même les plus ardents supporters de François Fillon se sont mis à douter de son honnêteté. Et l’information est devenue un feuilleton quotidien, chacun cherchant à justifier les propos de Samuel Butler, cet écrivain britannique du XIXe siècle : « Le meilleur menteur est celui qui fait servir le même mensonge le plus longtemps possible ».

L’opinion sous influence

Pourquoi cette affaire sort-elle précisément en janvier 2017 alors que les faits reprochés remontent à plusieurs années ? Pourquoi la justice s’en empare-t-elle avec une telle diligence ? Quel objectif cherchent à atteindre ceux qui ont manipulé et fabriqué l’opinion, ceux qui l’ont mise sous tutelle ?

La réponse est évidente. Dans un premier temps, il s’agit de faire baisser François Fillon dans les sondages et dans les intentions de vote pour arriver au constat que le candidat de la droite et du centre ne sera pas qualifié pour le second tour de l’élection présidentielle. L’objectif suivant étant de l’obliger, sous la pression des mauvais sondages, à renoncer à se présenter à l’élection pour laisser le champ libre au duel rêvé par les médias – entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron (ce dernier est d’ailleurs une pure fabrication du système médiatique). Dès que l’objectif sera atteint, la presse cessera de s’intéresser au cas de François Fillon. Le « PénélopeGate » disparaîtra immédiatement des radars médiatiques.

Concernant la justice, notons que c’est le parquet national financier (PNF) qui s’est autosaisi de l’affaire, 24 heures seulement après les révélations du Canard enchaîné. Le PNF, présenté comme « autonome », a été installé par le gouvernement socialiste le 6 décembre 2013, et son procureur, la magistrate Éliane Houlette – une proche de Ségolène Royal – a été choisie et nommée à la discrétion de François Hollande.

La démocratie confisquée

François Fillon risque d’être la dernière victime en date de cette presse uniquement motivée par la réussite des lynchages médiatiques qu’elle met en œuvre. Dans la série des assassinats politiques, il succédera ainsi à Jacques Chaban-Delmas (l’affaire de sa feuille de paye et de l’avoir fiscal), à Valéry Giscard d’Estaing (l’affaire des diamants de Bokassa), à Pierre Bérégovoy (l’affaire de son prêt à taux zéro qui le conduira au suicide), mais aussi à Dominique Baudis, Michèle Alliot-Marie ou Nicolas Sarkozy.

À propos de l’action du PNF dans l’affaire Fillon, un ancien juge interrogé par Valeurs actuelles dénonce une « très belle opération de déstabilisation » et « un coup d’État de droit ! ». Il ajoute : « Ces officines pensent qu’elles peuvent disqualifier un candidat à la présidentielle, c’est extrêmement choquant. » Dans le même journal, un ancien ministre s’indigne : « Pour la première fois dans l’histoire dela Ve République, on a créé un “cabinet noir légal” au service de l’exécutif. »

La question est désormais simple : sommes-nous en train de glisser vers une dictature des médias et des juges, auquel cas la démocratie représentative serait en grand danger ! Notre démocratie, qui donne au peuple le pouvoir ultime, va-t-elle être confisquée par ceux qui se prétendent être ses défenseurs, à savoir les juges et les médias ?

Quatre millions et demi de Français se sont déplacés au mois de novembre dernier pour désigner – à une très large majorité – François Fillon comme candidat de la droite et du centre à la prochaine élection présidentielle. Ils ont voté pour un programme et ils ont voté pour l’homme en capacité de le mener à bien. Si cet homme devait se trouver dans l’impossibilité de poursuivre sa candidature, le peuple français vivrait alors un véritable déni de démocratie.

Le risque, après toute cette affaire, c’est de faire le jeu de Marine Le Pen au second tour de l’élection, en amenant tous les électeurs qui se seront fait confisquer leur élection par le retrait forcé de François Fillon, à voter en masse pour elle. Dès lors, bonjour le destin de la France !

Voir également:

L’assassinat politique de François Fillon
Regis Desmarais
4 févr. 2017

Les masques tombent : l’affaire François Fillon se révèle être un véritable assassinat politique, mené tambour battant et avec une efficacité redoutable. Pourtant, un léger recul permet de voir cette affaire d’une façon différente et instructive. Ce qui se passe n’est rien de moins que la révélation des simulacres dans lesquels nos démocraties ont sombré.

Ce matin, sur France Info, un journaliste s’indignait de la réaction de ceux qui critiquent la charge médiatique sur François Fillon en vociférant (enfin presque) « mais on fait notre travail de journaliste ! ». Cette proclamation « On fait notre travail de journaliste » m’a laissé rêveur quand on songe à ce que nous dit, en creux, cette affaire Fillon sur le mode de fonctionnement de notre démocratie.

Pour décrypter et comprendre ce que cache l’affaire Fillon, il convient évidemment de s’abstraire du tumulte médiatique pour poser à plat les données de cette affaire, en apprécier la portée, voir les mécanismes de pouvoir en jeu et essayer d’identifier qui sera bénéficiaire de tout ce brouhaha médiatique.

Que se passe-t-il dans la maison Fillon ? La révélation, au moment où François Fillon est devenu le candidat de la droite à l’élection présidentielle française, d’une pratique commune dans le microcosme politique : rémunérer ses proches à des postes laissés à discrétion de l’élu.

La rémunération de Pénélope Fillon par François Fillon

M. Fillon a ainsi rémunéré sa femme sur un poste d’attaché parlementaire. Sur ce sujet, rien de neuf dans le monde politique. La plupart des élus, si ce n’est la totalité, emploient des proches sur des postes directement rattachés à l’exercice de leur mandat électif : la femme, l’époux, les enfants, la maitresse ou l’amant et parfois d’autres parents, sont rémunérés sur des postes d’attaché parlementaire. La pratique est courante, non interdite par la loi et connue de la presse depuis des lustres. C’est légal, mais évidemment moralement douteux dans un pays où tant de gens sont au chômage et où on invoque à tout bout de champ la nécessité de faire ses preuves. Certains, dans notre République, bénéficient de piston, de rente de situation en étant les parents ou ami(e)s intimes d’un élu. C’est triste mais ce n’est affreusement pas nouveau.

Ce que l’on peut reprocher à François Fillon sur ce point, c’est d’avoir été comme les autres élus, ni plus, ni moins vertueux. Or, on attend d’un candidat à la présidence de la République une droiture certaine et une exemplarité de fait. Bon, ça c’est dans un monde idéal. Dans nos démocraties du 21ème siècle, la droiture et la moralité sont en dose limitée dans le sang du politique. En somme, sur la question du principe de la rémunération de Pénélope Fillon par François Fillon, il est difficile de faire les vierges effarouchées qui découvrent comment on fait des enfants sauf à avoir une sacré dose d’hypocrisie.

Un autre argument est abondamment déversé par la presse afin d’effarer le citoyen électeur : le montant des salaires versés.

Des salaires pharamineux perçus par Mme Fillon ?

Les parlementaires rémunèrent leurs collaborateurs en puisant dans une enveloppe mise à leur disposition par les institutions. Le montant mensuel de cette enveloppe est de 9 561 euros (si l’Assemblée Nationale est en charge de la gestion du contrat de travail et paye les charges sociales) ou de 14 341 euros (dans ce cas c’est l’élu qui gère le contrat de travail et qui verse lui-même les charges patronales à prélever dans cette enveloppe).

Mme Fillon a été rémunérée de 1989 à 2013 pour un montant de 830 000 euros…..bruts ! Et oui, la presse brandit ce montant proche du million d’euros en omettant de préciser que la somme est en euros bruts. En net, Mme Fillon a perçu 639 000 euros et l’Etat a récupéré 191 000 euros ! En salaire mensuel net, sur la période considérée, Mme Fillon a donc perçu 2 218,75 euros. C’est une jolie somme, mais le travail d’un attaché parlementaire correspond à un travail d’agent de catégorie A de la fonction publique et le montant du salaire net n’est pas manifestement choquant ni déraisonnable.

Les salaires perçus par Mme Fillon sont-il pharamineux ? La réponse est non et cette réponse résulte des chiffres eux-mêmes et non d’un sentiment ou d’une opinion personnelle sur ce que devrait être le salaire d’un attaché parlementaire.

Autre argument avancé pour déstabiliser la candidature de François Fillon : l’effectivité du travail réalisé par Mme Fillon.

Mme Fillon a-t-elle perçu une rémunération de complaisance ?

Une interview de Mme Fillon circule dans laquelle elle dit qu’elle n’avait pas travaillé pour son mari. Là, c’est désastreux. Ou bien Mme Fillon a perçu 2 218,75 euros nets par mois pour un travail effectif ou bien elle a perçu cet argent sans contrepartie. Comment répondre à cette question à la place du principal et de la principale intéressée ? En essayant de suivre un raisonnement logique. Si Mme Fillon n’a pas travaillé pour son mari pendant 24 ans alors quelqu’un d’autre a exercé ces fonctions d’attaché parlementaire car il est impossible à un élu national d’exercer son mandat électif sans l’aide d’un attaché. Or, que pouvons-nous observer ? Un grand silence de la presse à ce sujet. Personne ne nous dit qui a réellement travaillé et surtout qui a travaillé pendant 24 ans pour les beaux yeux de François Fillon, c’est-à-dire gratuitement puisque l’enveloppe réservée à la rémunération de l’attaché parlementaire de M. Fillon servait à rémunérer une femme qui ne faisait rien.

Vous connaissez beaucoup de gens qui travaillent pendant 24 ans sans percevoir de salaire ? Moi non. La logique veut que Mme Fillon ait bel et bien travaillé pour son mari. Alors cette interview ? Rappelons que cette interview a été sortie de son contexte, est ancienne et est l’interview d’une femme qui ne considérait sans doute pas que travailler pour son mari était un travail classique, voire un travail tout court. Je ne vais pas écrire que le couple Fillon est innocent et que le travail a été effectif en l’absence de preuves matérielles mais le bon sens et la logique doivent nous interpeller et nous conduire à poser les bonnes questions. Qui aurait alors travaillé pendant 24 ans sans rémunération pour François Fillon ? Personne assurément. De fait, Mme Fillon n’est certainement pas restée inerte pendant toute cette période. Avant de hurler à la mort politique du candidat Fillon, les journalistes qui font leur travail devraient creuser cette question.

Tout ceci nous interpelle sur le contexte dans lequel surgit cette affaire…

Le contexte

François Fillon, à la différence de M. Macron, n’est pas un jeune nouveau dans le paysage politique. Il a détenu différents portefeuilles ministériels et il a été Premier ministre de Nicolas Sarkozy pendant cinq années… Cinq années au cours desquelles son épouse a perçu une rémunération d’attaché parlementaire. Etrange que la presse qui fait son travail ne se soit pas emparée de cette question à l’époque. Curieusement, ce sujet qui est un vrai sujet légitime, n’est évoqué qu’au lendemain de la primaire de la droite et à quelques mois de l’élection présidentielle. Les français et les électeurs ne sont pas des gens dénués de sens critique. Il est clair que tout ce remue ménage à un but : tuer politiquement François Fillon. Pourquoi le tuer ? Assurément pour l’empêcher d’accéder au poste de Président de la République. Pour comprendre les vrais motifs du lynchage médiatique de François Fillon, il convient de voir en quoi François Fillon se distingue des autres candidats et quel(s) autre(s) candidat(s) à l’élection présidentielle est susceptible de tirer les marrons du feu.

Sans se lancer dans une analyse approfondie du programme de François Fillon, ce qu’il conviendrait de faire pour mettre en parallèle ce programme avec celui du (des) candidat(s) avantagé(s) par cette affaire, on peut déjà identifier quelques lignes de force qui distingue François Fillon des autres : sa volonté de réforme, sa vision d’un monde multipolaire, son catholicisme affiché, sa volonté de renouer les liens avec Moscou et la Syrie, sortir le pays d’une situation d’endettement, l’idée de redonner à la France une place forte au sein de l’Union européenne. En clair, François Fillon est une « horreur » pour le système qui depuis des décennies est aux commandes. Quel est ce système : celui du monde financier dont le seul dieu est l’argent et dont le moteur est la consommation des masses sans cesse développée grâce à l’endettement. Système dont le rêve est celui d’un monde globalisé où les populations se distinguent par leur indistinction car toutes soumises au dictat de la dépense avec pour finalité à l’existence : consommer pour vivre et vivre pour s’endetter. Je sais, je force le trait mais il n’est pas nécessaire de trop appuyer le feutre sur le papier pour le forcer.

Dans cette affaire, François Fillon a eu le tort de ne pas être le candidat du système en place. Les électeurs de la primaire ont placé en tête de leur choix un candidat qui ne satisfaisait pas aux critères du système. Or, vous le savez bien, qui a l’argent possède le pouvoir. Dans un monde ou plus de 99% des richesses planétaires sont entre les mains de 1% de la population mondiale, il est hors de question que la démocratie, qui par nature est la loi de la majorité donc des moins fortunée, laisse passer des candidats qui ne sont pas autorisés et souhaités par le système. Ce que les électeurs citoyens doivent comprendre dans cette affaire, c’est que nos démocraties contemporaines sont des simulacres. Oui, on choisit les candidats puis celui qui occupe la fonction suprême mais à la condition que ces candidats soient validés et pré-filtrés par le système lequel est le système financier et le lieu de pouvoir de ces 1% de la population qui possède plus de 99% de la richesse mondiale (8 personnes au monde possèdent même en patrimoine ce que possède la moitié de la population planétaire la plus pauvre cela donne le vertige et permet de comprendre que nos démocraties sont aujourd’hui des simulacres).

La désignation inattendue de Fillon par les électeurs de la primaire a coupé l’herbe sous le pied de ceux qui attendaient la désignation d’Alain Juppé, un candidat en tout point conforme aux désirs du système. Il était donc nécessaire de virer Fillon et nous assistons aujourd’hui à son assassinat politique pour que ce dernier n’accède pas à la fonction présidentielle.

Cette mise à l’écart de Fillon est d’autant plus nécessaire qu’un autre beau et jeune candidat, sorti de presque nulle part, est en vogue et correspond en tout point au profil du candidat du système : Emmanuel Macron. Méditons sur le beau travail des journalistes qui laissent dans l’ombre cette fameuse histoire des 120 000 euros (80% de l’enveloppe budgétaire de représentation du ministère de l’économie) consommée par Macron avant son départ de Bercy pour financer des prestations sans lien avec le ministère de l’économie mais en très fort lien avec la préparation de sa candidature présidentielle. Sur ce sujet, mutisme de la presse. On objectera que si 120 000 euros c’est une somme, elle est toujours inférieure aux 639 000 euros de Mme Fillon, heu pardon, reprenons la méthode de désinformation des médias… les 830 000 euros de Mme Fillon. C’est moins important mais cela s’est produit sur une échelle de temps bien plus courte. Mais vu l’efficacité de la dépense de M. Macron, je vous laisse calculer ce que cela aurait représenté sur 24 ans d’activités politiques…cela donne des frissons.. M. Macron ne vient pas vraiment de nulle part mais de la banque Rothschild…eh oui M. Macron est un pur produit du système financier et du monde de l’argent. Regardons ses soutiens : Jacques Attali, Pierre Bergé ou le maire de Lyon qui récemment hurlait sa douleur existentielle en déclarant que vivre qu’avec 4 000 euros par mois était insupportable… Jamais un candidat se déclarant anti-système n’aura été un candidat à ce point issu du système et validé par ce système.

Enfin la chronologie des évènements parle de façon assez claire : le 25 janvier 2017, le Canard enchaîné publie son article sur l’affaire « Pénélope Fillon », le 26 janvier 2017, le Parquet national financier ouvre une enquête judiciaire et le lendemain plusieurs témoins sont auditionnés….il faut vite virer Fillon.

En conclusion, vous l’avez compris : la démocratie a « dérapé » en plaçant François Fillon candidat de la droite française. Le système a vite réagi pour sortir ce candidat gênant de la scène politique et tracer un boulevard à un autre candidat construit, façonné et adulé par le système. Si ce dernier candidat ne devait pas percer, alors ce n’est pas un problème car le nouveau candidat de la droite fera l’affaire car, quel qu’il soit, il sera forcement le candidat désigné de force par le système. Sauf erreur d’analyse de ma part, François Fillon va être sommé de renoncer à l’élection présidentielle pour être remplacé par un candidat cautionné par le système. Les millions d’électeurs qui se sont prononcés lors de la primaire sont donc désavoués et rappelés à l’ordre : vous deviez désigner celui qui était le favori des sondages ! Pour la première fois, jamais le simulacre de la démocratie ne se sera dévoilé avec autant de pertinence aux citoyens qui acceptent d’ouvrir les yeux et de raisonner en dehors de tout mouvement d’humeur. Un conseil, pour l’élection présidentielle, comme tout est joué d’avance, autant aller à la pêche et conserver en vous une place pour le souvenir de François Fillon, martyr du simulacre de démocratie.

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Philippe Bilger : «François Fillon est de retour !»
Philippe Bilger
Le Figaro

06/02/2017

FIGAROVOX/OPINION – Le magistrat honoraire, Philippe Bilger, a regardé la conférence de presse de François Fillon. Il a trouvé la plaidoirie du candidat LR convaincante.

Magistrat honoraire, président de l’Institut de la parole, Philippe Bilger a été plus de vingt ans avocat général à la Cour d’Assises de Paris. Auteur de très nombreux ouvrages, il tient le blog Justice au singulier et vient de publier La parole, rien qu’elle (éd. Le Cerf, 2017).
Depuis ses remarquables prestations politiques et médiatiques pour la primaire de la droite et du centre, François Fillon avait en quelque sorte disparu.

Comme si l’éclat de sa victoire l’avait presque déstabilisé à cause des immenses responsabilités qu’elle faisait peser sur lui.

Puis il y a eu l’article sur les prétendus emplois fictifs de son épouse Pénélope dans le Canard enchaîné du 25 janvier. Cet hebdomadaire, dont on aimerait qu’il s’attachât avec tant d’obstination et de malignité à d’autres responsables politiques de haut niveau, n’a jamais cessé de s’en prendre à François Fillon et ce depuis longtemps. Mediapart s’est associé à cette entreprise qui ressemblait plus à de la démolition qu’à de l’investigation.

Il y a eu, cette campagne lancée contre lui, un flot inouï d’attaques, d’insinuations, d’absurdités, de partialités et de trahisons qui avaient tous pour objectifs de présumer François Fillon coupable, de désespérer la droite qui avait enfin trouvé un candidat à la fois intègre, courageux et digne et de laisser croire à certains ambitieux qu’ils avaient leurs chances à sa place. Il faudra retenir leur nom si la campagne présidentielle confirme le prélude de la primaire.

Comment n’y aurait-il pas eu de la part de François Fillon plus qu’un flottement, comme un bouleversement, des variations, des tentatives presque désespérées pour faire admettre sa bonne foi et l’ignoble du procès médiatique intenté à la famille Fillon?

Qui aurait pu résister à ce terrifiant cumul d’une autorité judiciaire se saisissant dans l’urgence après un simple article, de quelques médias acharnés à sa perte, de la honte et de l’indignité déversées sur un couple et ses enfants, du lynchage voluptueux d’une personnalité à laquelle il fallait faire payer le fait qu’elle avait eu le droit de donner des leçons de morale, de prétendus soutiens se plaisant à distiller le doute et le soupçon à son encontre, d’un pouvoir qui à l’évidence n’était pas resté indifférent à ce qui se déroulait et qui aurait pu aboutir à rien de moins qu’à l’élimination du candidat de la droite honorable et heureusement radicale du second tour de l’élection présidentielle? Qui aurait pu affronter sans faiblesse ni approximations ce maelstrom de quelques jours?

D’autant plus que le moins qu’on puisse dire est que la cellule de communication auprès de François Fillon a connu des ratés qu’un amateur aurait su prévenir, notamment dans la distinction trop lentement appréhendée entre le légal et le décent, au cœur de l’affaire Fillon.

François Fillon a eu le courage de l’avouer lors de la conférence de presse qui a marqué son retour. Il a été assommé, il a pris un coup dans l’estomac et a perdu un temps sa réactivité et sa lucidité. Encore troublé, ému, affecté, mais sa maîtrise recouvrée, il a offert non seulement une défense mais une justification de qualité. Non seulement il n’a transgressé aucune loi mais il a toujours favorisé, par son action politique, l’élévation de la morale publique.

Je ne me fais aucune illusion. On ne le laissera quitte de rien. Les officines du pouvoir et les médias ne désirant l’impartialité que pour leurs amis continueront à le harceler.
Lors de cette rencontre avec les journalistes qui n’a duré que 45 minutes, il a été si convaincant, si clair, si net, si vigoureux dans certaines de ses répliques, si lucide dans l’analyse politique de cette machine de guerre lancée contre lui, son programme et donc le peuple de droite auquel on prétendait voler son enthousiasme d’avoir enfin une personnalité à soutenir par adhésion et non plus par défaut que les professionnels du questionnement sont vite demeurés cois.

Rien sur La Revue des Deux Mondes, des interrogations répétées sur un éventuel remboursement. S’ils n’ont pas été à la hauteur, cela tenait d’abord au fait qu’une baudruche enflée jusqu’à la démesure avait éclaté et surtout à ce constat qu’ayant enfin décidé de s’expliquer et de tout dire, François Fillon avait réduit à néant tout un dispositif qui se plaisait, sans véritable contradiction, à l’accabler alors que l’honnêteté, la sincérité et peut-être une certaine maladresse étaient de l’autre côté.

Pour ma part, j’ai apprécié que François Fillon ait maintenu sa phrase sur la mise en examen, qu’un remboursement serait injuste pour ses proches et qu’en définitive il soit parvenu à faire réapparaître celui qu’il avait été lors de la primaire.

Je ne me fais aucune illusion. On ne le laissera quitte de rien. Les officines du pouvoir et les médias ne désirant l’impartialité que pour leurs amis continueront à le harceler.

Mais quelque chose a changé.

Enfin il a compris. Il ne s’agissait pas seulement de Français troublés mais de bien plus. Il a présenté ses regrets, des excuses. Il l’a affirmé avec force: ce qui est légal peut être perçu comme peu moral.

Il a vigoureusement posé les termes du débat et de l’affrontement. D’un côté le tribunal médiatique – il a affirmé sa confiance pour l’issue judiciaire -, de l’autre le peuple français.

François Fillon de retour n’a été animé par rien d’autre que le souci de rendre à une part importante de celui-ci une victoire qu’on croyait déjà lui avoir volée.

Voir de plus:

«François Fillon doit lire Gramsci»

Paul-Marie Coûteaux

Le Figaro
06/02/2017

FIGAROVOX/TRIBUNE – Avec Benoît Hamon et François Fillon, l’opposition historique entre droite et gauche est redevenue maximale. Pour l’ancien eurodéputé souverainiste, «il faut toutes affaires cessantes reconstruire une droite idéologique».


Paul-Marie Coûteaux, né le 31 juillet 1956 à Paris, est un haut fonctionnaire, essayiste et homme politique français. Il a été député européen souverainiste de 1999 à 2009.


La droite française, déstabilisée à la première bourrasque alors qu’elle se veut, à juste titre, majoritaire dans le pays, devrait réfléchir à sa fragilité. Elle semble ne pas comprendre le moment historique, ni même savoir ce qu’elle est dans ce moment, au point que, incapable de faire bloc, elle se laisse manœuvrer par toutes les opérations de l’adversaire. Pourtant, la théorie gramscienne du «bloc historique», qu’on cite sans cesse mais en ne l’effleurant que du bout de l’aile, et sous son acception la plus lapidaire (l’idée que la pensée précède le combat politique – «Au fond des victoires d’Alexandre, on trouve toujours Aristote» comme disait de Gaulle) donnerait de fameuses clefs, si du moins on se donnait la peine de l’étudier de plus près.

Le théoricien italien observait que les générations constituaient à tour de rôle des «blocs historiques» soudant l’ensemble d’une société autour de paradigmes communs – subversifs d’abord, puis peu à peu dominants, avant de se faner et décliner. Ces ensembles idéologiques sont d’abord élaborés par les «intellectuels centraux» (écrivains, universitaires, autorités morales qui, par des livres ou des revues, «donnent les mots») avant de faire peu à peu système et «d’infuser» par degrés l’ensemble de la population: les intellectuels de seconde ligne (professeurs, instituteurs, journalistes…), puis les dirigeants politiques, les hauts-fonctionnaires et les magistrats, les chefs d’entreprise, les professions libérales, et, par degrés, l’ensemble d’un peuple ainsi soudé autour de «points de communion». S’est de la sorte constitué, dans les années 70 (en France, les dates majeures sont 1968, 1974 et 1981), un bloc historique progressiste, fait de cette gauche particulière que Chevènement nomma «gauche américaine», celle qui tient que la «modernité» a toujours raison et le passé toujours tort, et qui croit même que l’on peut tout changer, peuples, hommes, femmes, institutions etc. -voir son slogan de 1974, «Tout est possible».

En quelques années, une jeune escouade de «déconstructeurs» (de la langue, des codes et, surtout, du socle politique classique – Etat, nation, civilisation), donna mots et paradigmes à la vaste ruche des professions intellectuelles ; ils finirent par devenir omniprésents à l’université, dans l’édition, puis dans les médias, parmi les cléricatures et les magistratures, et même chez les grands patrons, lesquels trouvèrent grand intérêt au fameux «jouir sans entrave» qui fut le passeport du consumérisme à outrance, comme le «sans frontiérisme» festif fut celui du libre-échange généralisé. La doxa moderniste conquit finalement l’immense majorité des politiques, y compris de la dite «droite» – celle-ci finit même par accepter de se lire dans une typologie extérieure, et très contestable, celle de René Rémond dont deux des trois branches l’orléanisme et le bonapartisme sont en fait des centrismes… La droite perdit ainsi jusqu’à son nom, ce légitimisme ou, pour mieux dire, ce classicisme politique qui ne sut jamais actualiser ses paradigmes et mots de passe, ni conséquemment se rassembler, et qui, divisée, se laissa exclure du débat public.

Vers le grand renversement

Une génération intellectuelle domine en général une trentaine d’années -telle la génération précédente, que l’on peut dire «de la reconstruction», qui fut dominante entre 1944 et 1970, déclinante ensuite. Celle qui prit tous les pouvoirs dans les années 70 et 80 devrait donc disparaître depuis quelques années. Certes, elle s’épuise: le Non de 2005 prit à angle droit la pensée unique – les oligarques se revanchant vite à Lisbonne. Plusieurs de ses bastions se lézardent: il n’est un secret pour personne que la presse de gauche vit sous perfusion d’argent public, tandis que celle de droite progresse. L’éclatante réussite de la Manif Pour Tous, celle du Puy du Fou exhumant l’archaïque national (est archaïque non ce qui est vieux et passé, mais au contraire ce qui fonde et ne passe pas), les succès de librairie de Patrick Buisson, Philippe de Villiers ou Eric Zemmour sont autant de signes ; par dessus tout, on voit peu à peu ressurgir une droite classique (Patrick Buisson parla de «révolution conservatrice») dont la manifestation fut la victoire aux «primaires» de François Fillon, le catholique qui refuse Babel, ne croit pas que les arbres montent au ciel ni que l’on puisse dépenser sans limite, qui entend restaurer les frontières, l’Europe des nations, les enseignements classiques -on pourrait dire un «identitaire», comme le fut de Gaulle.

Hélas, si le grand reversement idéologique est différé, et si la victoire politique est conséquemment si difficile, c’est que la droite française, qui n’a soutenu nul écrivain, nulle revue, nul grand média capable de jouer le rôle décisif que joua par exemple, dans la génération précédente le Nouvel Observateur, a négligé un travail intellectuel qu’elle ne regarde encore qu’avec un profond mépris -ou non moins profonde paresse. Significative fut la mésaventure d’une revue lancée en 1998 par Philippe Séguin, Une certaine Idée, que j’eus l’honneur de diriger aux cotés de Jean de Boishue, et qui releva le gant du «débat d’idées» jusqu’à ce que, dès sa création, l’UMP la fasse disparaitre au profit d’une Fondation, la FondaPol, confiée à… un homme de gauche.

On comprend la violence des jours que nous vivons, qui sont peut-être ceux de la crise maximale: le bloc UMPS disparaît (qui peut encore assimiler Hamon et Fillon?), la droite, en son cœur légitimiste, menace directement, et au moment crucial des présidentielles, un bloc soixante-huitard attardé qui jette ses dernières forces de ses derniers bastions et cela sans préparation idéologique sérieuse, de sorte que, comme on voit hélas, elle se débande assez vite – à commencer par les parlementaires «républicains» qui révèlent à cette occasion combien la presse de gauche a prise sur eux, et si profondément qu’ils utilisent le vocabulaire même de leur adversaire. Pendant ce temps, la complicité entre puissances d’argent, médias et magistrature joue encore à fond: un article le mercredi, une audition le vendredi, un mauvais sondage le dimanche, une perquisition le lundi puis vient le pilonnage médiatique, certes disproportionné (les problèmes qui font sous nos yeux disparaître la France comme nation, comme Etat et comme civilisation sont sans rapport de gravité avec la façon dont le candidat a utilisé son enveloppe parlementaire) mais capable de faire vaciller le favori, issu pour la première fois depuis longtemps d’une droite assumée – mais si mal préparée au combat idéologico-judiciaro-médiatique qu’elle n’a pour arme qu’internet, ou des manifestations de rue. Bref: les mains nues.

C’est pour cela que M. Fillon doit tenir coûte que coûte ; et qu’il faut toutes affaires cessantes reconstruire une droite idéologique, à commencer par ses paradigmes, qui réunira ses composantes et permettra de conquérir les places décisives, à l’université, dans l’édition, dans les médias et la haute fonction publique sans lesquelles il n’est pas de légitimité forte, donc par de puissance de gouvernement. (Au passage, souhaitons que la droite étourdie, du coup la plus bête du monde, sache enfin sortir du piège de Mitterrand qui la coupant depuis trente ans en deux camps, en commençant par jouer des porosités avec le FN. Si, alors que la relève est pourtant là, et que les jeunes plumes ne manquent pas, nous échouons à opérer ce grand renversement qui est dans els rythmes mêmes de l’Histoire, il est possible qu’une nouvelle relève, un modernisme plus violent encore (tel le trans-humanisme) prenne sa place, et nous partons alors vers une «civilisation» qui n’aura plus rien à voir avec ce que nous appelons encore la France. Pendant ce temps la gauche perdure alors que toute sa matrice est disqualifiée, tirant encore de fameuses salves sur une droite sans leviers ni relais et plongée dans l’hébétude. Il est donc temps de lire Gramsci, puis, comme disait Boutang, de «reprendre le Pouvoir» -de le reprendre réellement, et de l’exercer.

Voir également:

Pourquoi M. Fillon sera élu président de la République
Maxime Tandonnet

7 février 2017

Paradoxalement, les événements de ces derniers jours me confortent dans l’idée que F Fillon sera élu président de la République en mai prochain. Sept raisons me font dire qu’il est aujourd’hui le mieux placé des grands candidats pour gagner la présidentielle.

Le lynchage médiatique qu’il subit depuis deux semaines a pris une tournure caricaturale. Presse, télévisions, radios, sites Internet, réseaux sociaux, dans une sorte de délire mimétique et d’acharnement, se livrent à une chasse à l’homme rituelle qui va provoquer une réaction naturelle de victimisation du paria et un retournement de l’opinion en sa faveur, en tant que gibier de potence d’un système politico-médiatique dont les Français ne veulent plus.

Malgré cette curée d’une violence sans précédent lors d’une campagne, il a tenu bon dans la tempête. Au plus fort de cette tentative d’assassinat politique, son niveau dans les sondages n’est pas descendu à moins de 18%, signe d’un socle de popularité solide.

L’opposition républicaine a tenu bon autour de lui, aucun des grands leaders battus des primaires n’a manqué à la solidarité, bien au contraire, notamment A. Juppé et N. Sarkozy qui lui ont apporté un soutien sans failles. L’assise politique est solide.

Le néant de ses principaux adversaires est effarant. Le succès de M. Macron est spectaculaire, mais au-delà de son visage avenant et de son sourire, nul n’a la moindre idée des orientations qu’il propose, surtout sur le régalien (sécurité, terrorisme, international, frontières). Les propositions lepénistes sont sidérantes d’irréalisme: par exemple le « référendum d’initiative populaire » à la demande de 500 000 signataires (à la portée de tout groupuscule et de toutes les démagogies) plongerait l’Etat de droit dans un chaos permanent et une banalisation destructrice de la procédure référendaire. Un jour ou l’autre, la torpeur générale à cet égard prendra fin.

Fillon est le seul à pouvoir espérer disposer d’une majorité parlementaire cohérente et à réussir l’alternance que souhaitent les Français. M. Macron qui se dit « ni droite ni gauche », détesté par une partie de la gauche,  ne disposerait pas d’une majorité socialiste stable et devrait compter sur une vague alliance centriste de circonstance, totalement instable. Quant à la candidate lepéniste, élue, elle se trouverait face à un Parlement  presque unanimement hostile et serait radicalement paralysée.

Seul F. Fillon se présente comme un personnage expérimenté, ayant une longue expérience du sommet de l’Etat et en politique étrangère. Or les Français n’attendent pas un président « zébulon », bavard et gesticulant, faute de pouvoir agir, mais une forme de sagesse et de recul à l’Elysée. Le temps des super communicants est passé et celui de la vérité et de l’action est venu. A cet égard, il semble mieux placé que les autres candidats pour rendre de la hauteur à la fonction présidentielle, même s’il doit encore donner des gages à ce sujet.

Lui seul offre une forme de troisième voie entre le repli nationaliste qu’exprime le lepénisme (thème de la « préférence nationale » ou de la taxe à 3% sur les importations qui entraînerait des représailles foudroyantes sur les exportations) et la grande ouverture à tous les vents, sans limite ni protection, que reflète M. Macron.

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Affaire Fillon : un ex-attaché parlementaire témoigne

Vincent Goyet
02-02-2017

Titulaire à la Sorbonne d’une licence de philosophie politique et d’une maîtrise d’Histoire contemporaine, puis d’un master en stratégie et décision publiques et politiques de l’ISMaPP , Vincent Goyet a travaillé durant cinq ans, comme attaché parlementaire à l’Assemblée nationale. Il nous confie son témoignage.

Parce que j’ai été attaché parlementaire, beaucoup de ceux qui me connaissent m’ont demandé comment faire le tri entre tous les éléments qu’ils ont lus dans la presse ces derniers jours à propos du fonctionnement de l’équipe qui entoure chaque député. Je tiens à préciser tout de suite que si je soutiens François Fillon depuis la défaite et le départ de Nicolas Sarkozy en mai 2012, les éléments que je donne ci-dessous sont ma propre analyse et mon propre ressenti. Je laisse chacun y puiser ce qu’il voudra.

Avant tout, le cabinet parlementaire fonctionne de fait comme une TPE. Le député embauche et rémunère librement ses collaborateurs, sur la base de contrats de travail de droit privé, qui prennent automatiquement fin en cas d’interruption du mandat parlementaire. Pour rémunérer ses collaborateurs, chaque député dispose d’une enveloppe mensuelle de 9 561 € (lorsqu’il laisse l’Assemblée nationale gérer ces contrats et payer les charges patronales), 14 341 € s’il décide de tout gérer lui-même. Sur les 9 561 €, il doit donc encore acquitter les charges salariales (précision technique pour les puristes). Dans les faits, l’immense majorité des députés laisse l’Assemblée s’occuper de tout.

Chaque député organise à sa guise le travail de son équipe, avec des collaborateurs dont le travail peut être très divers : agenda, logistique, courriers, dossiers législatifs, dossiers locaux, réunions, questions au Gouvernement, amendements, relations presse, relations avec les élus, relations avec la population, communication, rendez-vous, représentation, conseil, etc. Ce travail répond en fait aux trois fonctions remplies par un parlementaire : 1/ il représente le peuple ; 2/ il vote les lois ; 3/ il contrôle l’action du Gouvernement et des administrations.                             Bref, le travail est gigantesque, et la politique est bien souvent le lieu où les militants viennent donner un coup de main bénévole (mise sous pli, distribution de documents à la population, logistique des réunions publiques, réseaux sociaux, etc.). Il y a plutôt trop de travail que pas assez !

François Fillon est aujourd’hui attaqué non pas pour avoir rémunéré son épouse et deux de ses enfants, mais parce que certains soupçonnent qu’il s’agirait d’emplois fictifs, sans travail réalisé en contrepartie. Comme je viens de le souligner, ce n’est pas le travail qui manque autour d’un député. J’ai croisé des dizaines et des dizaines de parlementaires, davantage encore de collaborateurs, et la plupart d’entre eux sont des passionnés, qui ne comptent pas leurs heures. De même, il est inimaginable qu’un élu fasse une carrière politique durant 35 ans (François Fillon a été élu pour la première fois en 1981) sans que sa / son conjoint(e) ne lui apporte au quotidien un soutien et une aide de tous les instants, surtout si elle / il n’a pas une autre activité professionnelle à côté.

Quid du niveau de rémunération pour le conjoint non salarié du chef d’entreprise ? Comme dans n’importe quelle TPE, il est fréquent que le conjoint participe de fait à l’activité sans percevoir de salaire. Quand la structure trouve l’espace d’une rémunération, il peut y avoir ensuite une forme de rattrapage salarial, en contrepartie de toutes les années de bénévolat. S’agissant de Pénélope Fillon, elle n’a pas été rémunérée entre 1981 et 1988. Puis elle a bénéficié d’un salaire comme attachée parlementaire jusqu’en 2013 (avec manifestement un rattrapage salarial). Elle a perçu 639 000 euros net sur cette période (les médias parlent en brut pour gonfler la somme). Ramené à 35 années de travail aux côtés de son mari, nous arrivons à l’équivalent d’un salaire net mensuel de 1521 €.                                                                                                            Tous ceux qui se scandalisent du montant de 830 000 € brut devraient méditer sur la période concernée… Si j’avais travaillé durant 35 ans aux côtés de François Fillon, sur la base du salaire de 2600 € net que je touchais en 2007, j’aurais coûté bien plus de 830 000 € brut (faites le calcul : 1,4 million d’euros brut – et par souci de simplicité, je n’ai pas tenu compte du 13e mois…).

Mais quel travail a donc bien pu réaliser Pénélope Fillon ? Sans doute un travail de petite main pour un grand nombre de courriers reçus au domicile (François Fillon n’avait pas de permanence parlementaire en circonscription). Un soutien logistique également. Un travail de conseil, relecture (c’est ce qui semble ressortir de la bouche de l’avocat de François Fillon). Un travail de représentation, aussi, accompagnant son mari, ou se substituant à lui quand il n’était pas disponible.                                                                                                                                   Pénélope Fillon n’aurait-elle pas pu remplir toutes ces tâches sans être rémunérée ? Si, sans doute. Mais en France, la loi autorise les parlementaires à salarier leurs proches. De très, très nombreux élus le font, ponctuellement ou de façon pérenne. C’est fréquemment le cas pour les enfants étudiants des députés ou sénateurs, dont les parents mettent ainsi le pied à l’étrier professionnel.

Mais alors, pourquoi cette brusque poussée de fièvre concernant François Fillon ? Qui ne voit pas l’opération de déstabilisation à quelques semaines de la présidentielle ? « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose » proclame Francis Bacon dans son Essai sur l’athéisme.

Interrogeons-nous maintenant sur le niveau de rémunération des enfants de parlementaires : n’est-il pas excessif ? On peut parfaitement le penser dans certains cas. Mais 1/ ce montant reste à la discrétion du parlementaire et 2/ on sort du débat sur le caractère fictif de l’emploi. Les enfants de Fillon avaient fait des études de droit, l’un d’eux a d’ailleurs obtenu son diplôme d’avocat l’année suivante. Ils avaient donc des compétences utiles pour aider leur père dans ses missions parlementaires. Il ne s’agit pas d’emplois fictifs. Or, c’est là-dessus que Fillon est attaqué.

Certains s’étonnent aussi que Pénélope Fillon n’avait pas de badge pour accéder à l’Assemblée, ni d’adresse e-mail personnalisée. J’ai travaillé durant 5 ans à l’Assemblée (entre 2002 et 2007), j’avais évidemment un badge pour accéder à mon lieu de travail, mais ce n’était pas le cas de tous mes collègues de circonscription. Je n’ai par ailleurs jamais eu d’adresse e-mail professionnelle à mon nom : j’ai toujours utilisé l’adresse des parlementaires pour lesquels j’ai travaillé.

Autres questions légitimes que se posent beaucoup de gens : pourquoi Pénélope Filllon a-t-elle été rémunérée par le suppléant de François Fillon ? A quel travail est-ce que cela correspond ? Pourquoi un salaire si élevé ? Lorsqu’un parlementaire devient ministre, il conserve un lien avec le territoire d’où il est originaire. Les collaborateurs du suppléant devenu député font souvent le lien et la navette entre la circonscription et le ministère. Et Pénélope Fillon a pu être d’autant plus sollicitée dans ce cadre que l’agenda de son mari le rendait beaucoup moins disponible. Le suppléant de François Fillon était par ailleurs peut-être davantage présent en circonscription qu’à Paris, n’ayant pas forcément les mêmes ambitions et appétences pour le travail législatif que son prédécesseur.                                                                                                                     Enfin, un élément important : jusqu’en 2012, les députés pouvaient conserver le reliquat du crédit collaborateurs qui leur était attribué. Cet argent ne serait donc pas resté dans les caisses de l’Assemblée. Ceux qui demandent à Pénélope Fillon de « rendre l’argent » ignorent manifestement qu’il s’agirait de le rendre… à François Fillon lui-même.

Mais alors, pourquoi Pénélope Filllon a-t-elle dit qu’elle ne travaillait pas et ne s’était jamais mêlée de politique ? Peut-être simplement parce qu’elle ne considérait pas son action comme un travail, mais comme un engagement aux côtés de son mari. Il n’empêche que si elle n’avait pas été là, toutes les tâches qu’elle a accomplies auraient dû l’être par quelqu’un d’autre. En outre, un attaché parlementaire ne fait pas de politique : il travaille dans le domaine politique, mais c’est le parlementaire qui fait de la politique. Pas ses collaborateurs.

Posons-nous maintenant la question de l’orchestration de cette affaire politico-médiatique :

– le mercredi 25 janvier, le Canard Enchaîné publie un article

– le jeudi 26 janvier, le Parquet national financier ouvre une enquête judiciaire

– le vendredi 27 janvier, ce même parquet auditionne plusieurs témoins

Une vitesse absolument stupéfiante !

Pour rappel, le parquet national financier a été créé par Christiane Taubira en 2014, qui y a placé ses amis : le procureur du PNF, Eliane Houlette, était commissaire du gouvernement auprès du Conseil des ventes volontaires. Elle doit son incroyable et fulgurante promotion au Garde des Sceaux de l’époque, laquelle a également constitué une équipe de procureurs adjoints et vice-procureurs parmi ses très proches (Michel Pelegry, Ulrika Delaunay-Weiss, Patrice Amar, Monica d’Onofrio…). Rappelons aussi qu’en France, le parquet (a fortiori le parquet national financier) n’est pas indépendant du pouvoir exécutif : les procureurs dépendent directement du ministre de la Justice, ce qui est d’ailleurs pointé du doigt par la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

La vitesse avec laquelle le parquet s’est jeté sur François Fillon ne manquera pas d’interpeller tous ceux qui déplorent les lenteurs habituelles de la Justice. La perquisition de l’Assemblée nationale qui a eu lieu hier après-midi relève là encore de l’exceptionnel. Parallèlement, quand des journalistes publient dans le livre « Nos très chers émirs » des accusations nominatives de corruption envers un ministre du Gouvernement, le même parquet reste curieusement muet. Pourquoi une telle différence de traitement ?

Face à cette situation, je suis persuadé de l’impossibilité pour Pénélope Fillon de ne pas avoir participé au travail parlementaire de son mari. Son travail n’a pas été fictif, et il dure depuis 35 ans. Je suis aussi persuadé que cette opération de déstabilisation a été sciemment préparée et orchestrée. Je n’ai pas voulu croire à une machination envers DSK en 2011, ses propres turpitudes étant suffisantes pour provoquer la chute d’un candidat annoncé par tous comme le prochain président français. La similitude de l’acharnement qu’il a subi alors, avec l’acharnement subi aujourd’hui par François Fillon, fait naître le doute. Les mêmes officines semblent à l’oeuvre. D’ailleurs, ce sont les mêmes qui en furent et en seraient les grands bénéficiaires : François Hollande et ses proches, du PS à Macron.

Et toute cette agitation éloigne les citoyens de ce qui devrait nous préoccuper à titre principal : la situation de la France, qui compte un nombre record de chômeurs, dont la dette n’a jamais été aussi élevée, et qui n’offre aux jeunes générations que le choix entre le déclassement ou l’émigration.

Voilà pourquoi je continue plus que jamais à soutenir François Fillon. Parce que le projet qu’il porte me semble nécessaire pour redresser notre pays. Parce qu’il faut desserrer l’étau de l’étatisme. Parce qu’il faut permettre à chacun de travailler davantage s’il le souhaite pour gagner davantage. Parce qu’il faut améliorer le financement et la couverture maladie de notre assurance sociale. Parce que la France doit redevenir un interlocuteur crédible sur la scène internationale. Et parce que je ne suis pas dupe du matraquage médiatique actuel.

Voir encore:

Sondage : Macron le plus capable pour l’Elysée, Hamon le plus honnête
Pierre-Alain Furbury

Les Echos

Le 01/02/17

EXCLUSIF + DOCUMENT et VIDEO – Pour les Français sondés par Elabe pour « Les Echos », le leader d’En Marche est celui qui a le plus « les capacités nécessaires » pour l’Elysée et le porte-drapeau du PS celui qui est le plus « honnête ». Victime de l’« affaire Penelope », Fillon apparaît capable, moins honnête.

Quels sont les candidats à la présidentielle qui ont, dans l’opinion publique, « les qualités nécessaires » pour être à l’Elysée ? Et quels sont « les plus honnêtes ». L’institut Elabe a interrogé ces lundi et mardi les Français et les résultats, pour « Les Echos » et Radio classique, illustrent à la fois la progression d’Emmanuel Macron et Benoît Hamon, qui accèdent respectivement à la deuxième et quatrième places dans les intentions de vote. Et la chute de François Fillon, qui, à 19-20%, serait aujourd’hui éliminé dès le premier tour .

Sur les « qualités nécessaires » pour être chef de l’Etat, le candidat de la droite est certes à la deuxième place. L’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy est cité en premier ou deuxième par 36% des personnes interrogées. Seul Emmanuel Macron fait mieux, cité en premier ou deuxième par 46%. Benoît Hamon est cité par 34% des Français, devant Marine Le Pen (28%) et Jean-Luc Mélenchon (18%). François Fillon est même celui qui est le plus cité en premier, par 22% des personnes interrogées, contre 21% à l’ancien ministre de l’Economie de François Hollande.

Sur la question de l’honnêteté, le palmarès est radicalement différent, même si Emmanuel Macron reste bien placé puisqu’il est sur la deuxième marche du podium, cité (en premier ou second) par 30% des Français. Cette-fois, c’est Benoît Hamon qui arrive en tête. Le candidat du PS est cité (toujours en premier ou deuxième) par 33% des personnes interrogées. Suivent Marine Le Pen (25%), Jean-Luc Mélenchon (23%) et François Bayrou (21%).

Plombé par la polémique sur les emplois présumés fictifs de son épouse Penelope, François Fillon est à la peine : 17% seulement le citent en premier ou deuxième parmi les candidats « les plus honnêtes ». Il ne devance que les petits candidat (Nicolas Dupont-Aignan, Philippe Poutou, Nathalie Artaud, Jannick Jadot), qui pâtissent, eux, de leur manque de notoriété dans l’opinion.

Voir par ailleurs:

Who’s behind the mysterious rise of Emmanuel Macron?

Until recently, he had no visible record of political commitment. But he might be about to destroy the Socialist party

The Spectator

4 February 2017

Before the horrified gaze of its militants, the French Socialist party — which has been a major force in French politics since 1981, and forms the present government — is falling to pieces.

There are many reasons behind this catastrophe. They go back to 2005 and the dithering leadership of the then secretary-general, François Hollande, at a time when the party was dangerously divided after the referendum on a European constitution. And they continue up to 1 December last year, when President Hollande, after again dithering for months, announced on national television, in tears, that he had bowed to the inevitable — his own failure and unpopularity — and would not run for re-election. But the most significant reason for the Socialist implosion is the sudden arrival of a man from nowhere called Emmanuel Macron.

Macron, at 39, would normally be considered at least 15 years too young to mount a serious presidential challenge in France, but the most recent polls show him in third place, just behind the front-runner, the far-right Front National’s leader, Marine Le Pen, and François Fillon, the candidate of the conservative party, Les Républicains.

His rapid rise makes Macron a genuine original in French politics and his opponents do not know what to make of him. Unlike all other serious contenders, he has no visible record of political commitment. In 2004 he graduated from the National School of Administration (ENA) and joined the upper civil service. Then, in 2008, he paid €50,000 to buy himself out of his government contract and became an investment banker with Rothschild, where he was highly regarded and quickly made a small fortune. Then, in 2012, with the election of President Hollande, his career took another unexpected change of direction: he left Rothschild to become deputy secretary-general at the Elysée. When Manuel Valls became Hollande’s second prime minister in 2014, with instructions to deregulate the French economy, Macron was catapulted into the economics ministry.

Hollande and Valls congratulated themselves on an imaginative choice, and Macron set out to please Brussels by cutting France’s deficit while encouraging business activity. In 2015 he introduced la loi Macron, a measure designed to stimulate growth by abolishing public service monopolies and union restrictions on hours. This had to be forced through the National Assembly by decree, against the opposition of Socialist deputies, an unpopular move that consecrated Macron as the bête noire of the left.

As the months in office passed, Macron openly developed a separate political agenda, often disagreeing in public with Valls. Soon after his appointment, a mysterious movement appeared called ‘Les Jeunes avec Macron’ (‘Young people for Macron’). This was launched as a ‘spontaneous’ internet site, but quickly grew into a well-organised group numbering several thousand activists whose average age was said to be 33.

Macron then began to dominate the debate on European and welfare policy — but Hollande and Valls did nothing to rein him in. In 2015, a few days after Hollande insisted that Macron was ‘respecting his authority’, the maverick minister attacked the wealth tax — a central plank of Socialist fiscal policy since it was introduced in 1989. Meanwhile, party leaders mocked his inexperience and lack of support on the left, and estimated his electoral appeal at 6 per cent.

Undaunted, the economics minister announced that he was forming his own political ‘movement’, ‘En Marche!’ (Let’s Go!), ‘open to everyone of progressive views’ and ‘aimed at younger voters’. Last August he started touring French holiday resorts appealing for a vision that would ‘re-forge the country’s politics, culture and ideology’. At the end of the month he announced his resignation, and in November he launched the presidential campaign that he must have been secretly preparing ever since he joined the government.

While the seven hapless candidates for the Socialist party’s nomination were struggling throughout December to achieve three-figure attendance at their meetings, Macron — with no party machine behind him — was attracting thousands. In Clermont-Ferrand it was 2,500, in Lille 4,000, and in Paris last month 12,000 people packed into the hall to hear him speak.

As a presidential candidate, Macron is seen as an outsider, someone who will ‘break the system’ and challenge the stifling consensus of unions, over-entitled functionaries and remarkably youthful pensioners that prevents France from responding to the challenges of globalisation. He usually describes himself as ‘centrist’ but he also objects to being called ‘anti-socialist’.

If Macron’s unique selling point is unclear, his unique talking point is that he married his former school teacher, a lady 24 years older than him. This startling fact, when first encountered, tends to bring political discussion to a halt, while all pause for a few moments of profound reflection. His latest fan is Ségolène Royal. Ségolène is the current minister of the environment, and, by chance, she too is 24 years older than the dynamic new arrival. She has repeatedly spoken of her affection and admiration for Macron. Ségolène was the defeated Socialist presidential candidate of 2007, but last week she urged the party’s voters to ignore their own candidate, Benoît Hamon — a hardline leftist sacked as education minister by Valls in 2014 — and back Macron instead.

Macron has not just divided the Socialists, he has replaced them. So how has this apparently isolated and underfunded individual managed all this in such a short time? It is clear that Macron has powerful supporters behind the scenes, and a clue may lie in the little-discussed fact that some years ago he was identified as a member of ‘les Gracques’ — a discreet centre-left pressure group loosely staffed by influential chief executives and civil service mandarins. They are pro-market socialists who long ago gave up on the Socialist party. Many are fellow ‘énarques’ (graduates of ENA) and every step of Macron’s career could have been directed by them. Spotted as a brilliant and charming student, Macron could first have been launched into the prestigious state Finance Inspectorate, then switched into Rothschild to gain business experience (and wealthy support) and then placed like a time bomb in Hollande’s outer office, where he ticked away until he could be moved into the heart of the Valls government. Last August he finally exploded into action at the perfect moment to cause maximum damage to Hollande, Valls and the entire Socialist presidential election campaign. Macron’s rise bears all the hallmarks of a classic ENA undercover operation, a fundamental part of the énarques’ stock-in-trade and one in which the country’s leading bureaucrats are cynically trained.

Now that the Socialists have lumbered themselves with a dinosaur — Hamon — as their candidate, Macron is in an even stronger position. He will be able to tune his campaign to attract moderate Socialist voters as well as the centrists and centre-rightists who flock to his meetings and are having second thoughts about François Fillon.

Mr Fillon and his British wife Penelope are currently under investigation for misuse of public funds. Both deny the accusations. Interestingly, the information that has placed him under suspicion seems to have come from dissident members of Les Républicains, his own party — angry that neither ex–president Nicolas Sarkozy nor Alain Juppé, mayor of Bordeaux, won the nomination. If Mr Fillon is formally charged, he has said that he will not run. In which case the most likely solution for his party, at this short notice, would be to select Mr Juppé in his place.

Voir encore:

The French election is now Marine Le Pen vs a collapsing French establishment

A Le Pen victory would be the worst crisis for half a century. Even if she doesn’t, the system is in deep trouble

The Spectator

11 February 2017

Is France on the brink of a political revolution? Already, four established candidates for the presidency — two former presidents and two former prime ministers — have backed out or been rejected by the voters, and another, François Fillon, is on the ropes. The campaign is being taken over by outsiders, principally the Front National’s Marine Le Pen and a youthful former banker, Emmanuel Macron, while the Socialists have chosen an eccentric radical, Benoît Hamon. Should we welcome a shake-up in the cradle of European revolutions? What kind of shake-up might it be — socialist (the least likely), liberal with Macron or nationalist with Le Pen? Or can the outsiders still be beaten by an electoral system designed to keep them out of power?

France in its modern history has worn out five monarchies, five republics and 16 constitutions — and two of this year’s presidential hopefuls are demanding a 17th. Its people are still more ready than most to go into the streets. It was, and is, a country in which rhetoric and visions play a prominent part in politics. In Victor Hugo’s Les Misérables, the romantic revolutionary Enjolras waxes lyrical from the top of his barricade about the glorious time when ‘thinkers will be completely free, believers completely equal, no more hatred, fraternity in the workshop and the school, jobs and rights for all’. But Enjolras gets killed, and his wish list is still at the top of the agenda nearly two centuries on.

This is because France fluctuates between short spasms of change and longer periods of immobility. It has developed institutional barriers and tacit compromises to hold things steady. Its current Fifth Republic is a ‘republican monarchy’, with parliament downgraded and a powerful president supposed to unite the nation — a task sadly beyond most politicians. Another, less noticed, institution goes back even further than Enjolras’s fictional death on the barricades: the two-round ballot, designed in the 1820s to prevent hotheads like him from winning elections. It gives voters and politicians a second chance, not so much to reconsider their own choices as to react against the choices of others. In the first round you vote for the person you want; in the second you vote against the person you fear.

This evolved historically into what was called ‘republican discipline’: in the first round there could be a range of competing candidates of all shades, but in the second round all loyal republicans, from the mildest liberal to the reddest communist, would vote for the candidate best placed to beat the enemy of the republic — usually a royalist or authoritarian nationalist. The apparition of Jean-Marie Le Pen’s Front National in the 1970s, combining traditionalist conservatives, embittered nationalists and nostalgic fascists, met the same response. When Le Pen shocked France by getting through to the second round of the 2002 presidential election, he was crushed by Jacques Chirac, who got 82 per cent of the vote. Good republicans rallied, including those on the far left: ‘Better a crook than a fascist’ said one slogan. The crucial question in this election is whether the republican reflex still operates. If not, Marine Le Pen could win.

Consider the long-term consequences of the two-round voting system. Many British commentators — and indeed some in France — call periodically for a ‘French Thatcher’ to sweep away institutional barriers to economic dynamism. Nicolas Sarkozy was one who briefly claimed this mantle. The latest is Emmanuel Macron, a former economics minister of Blairite tinge in François Hollande’s socialist government. But Margaret Thatcher could never have been elected in a French-style second round. The British system not only can but regularly does give power to a united minority over a divided majority. Mrs Thatcher could carry out a peaceful revolution without ever having the clear support of a majority of voters. In a French-style system, she and her parliamentary supporters would inevitably have been defeated in second-round ballots by a combination of Labour and the Liberals: Jim Callaghan would have been triumphantly re-elected.

In short, precisely because of its turbulent political history, France has developed a series of barriers against radical change. A leading sociologist, Michel Crozier, described it in 1970 as a ‘société bloquée’ — a ‘stalemate society’. Of course, much in France does change: but the price of political stability is that certain fundamental rights and privileges remain untouched. Advantageous retirement rights and pensions. Certain influential professions. Farmers, sheltered by the Common Agricultural Policy. People in permanent employment, protected by laws penalising redundancy and limiting hours of work. The public sector — in French le service public, significantly in the singular — is the core of this system: schools, public hospitals, railways, universities, local government, the post office. All are arms of the state. Think of le service public as the NHS multiplied by five. The politics of its workforce, combining a real sense of public service with a jealous defence of rights and privileges, explains why France is the most anti-capitalist country in Europe.

There are benefits. Many British people have happy memories of French hospitals, schools or trains. But one does not need very right-wing views to see the accumulating disadvantages. The highest taxes in the developed world, especially on businesses. Chronic unemployment, worst among the young and ethnic minorities. Slow growth, including among small companies afraid of the burden of regulation incurred by getting too big. Crumbling infrastructure. Anyone who arrives at the Gare du Nord must see that something is amiss. People in France do too, and have done for years. Even in the 1980s President Mitterrand lamented national ‘moroseness’. Bookshops have long been piled high with works by economists, politicians and academics warning that France was in accelerating decline. Young people emigrate, over 200,000 to London alone.

On top of this chronic malaise has come the tension between republican secularism and Islam, sparked off three decades ago by a row about girls wearing headscarves in a provincial secondary school. It is a fraught mixture of cultural difference, social deprivation and historic mistrust, but none can doubt its brooding presence, hugely inflamed by a series of terrorist attacks. Had I risked forgetting this, I would have been dramatically reminded a few weeks ago when in a quiet street in Paris I walked into a 25-man military patrol in full combat gear.

None of these observations is unique to France. Characteristic of France, however, is the seeming inability of the political system to do much about them, even over many years. Here we come back to the ‘stalemate society’ problem. Even limited reforms — by British standards minor tinkering — with the education system or the labour market have caused huge and prolonged student demonstrations and sit-ins, and damaging strikes by public-sector unions. They often produce complicated half-measures that create a destabilising sense of unresolved problems and leave continuing tensions.

A ‘French Thatcher’ — assuming that there is one, however diluted — faces not only the electoral barrier but a wider ideological polarisation than that of Britain in the 1980s. Then a large minority, even at times a majority, felt that something radical had to be done, and accepted that this included weakening the trade unions and increasing the freedom of the market. There is little sign that any such consensus exists in France, where both left and right are deeply suspicious of economic liberalism. Marine Le Pen thunders against free trade and ‘unfair’ competition. The very word ‘liberal’ has long been a political kiss of death: we shall see whether Macron is immune. So there is widespread dissatisfaction, but no accepted solution.

The party structure, always weak in France, has struggled to produce agreed strategies or new generations of politicians. Party funding problems have produced endless financial scandals, in which Sarkozy is now again entangled. Many politicians have roots in local government, and in one way that’s a strength. But it also creates what the French call fiefs — feudal domains — which can provide impregnable political bases for big beasts and questionable sources of funds. Not untypical is Alain Juppé, mayor of the great city of Bordeaux — and, despite his advanced age and conviction for corruption, until recently regarded as the leading presidential candidate. He has memorably remarked that only death ends a political career in France: he might still prove it again.

Parties struggle to clear out the dead wood and choose new people. It is telling that the charismatic Macron, astonishingly young for French politics at 39, has never held elected office and must stand as an independent, having created his own party. However, the recent introduction of party primaries, which started with the Socialists, has unexpectedly let the frustrated grass roots see off a succession of ‘big-beast’ candidates including Juppé, Sarkozy and the former Socialist prime minister Manuel Valls, whose defeat marks the Corbynisation of the Socialist party under the evidently unelectable Benoît Hamon.

So is France in crisis? It remains one of the world’s richest, most powerful and most active states, which should make us beware excessive pessimism. The historian Emile Chabal has noted that the French often talk up crisis as ‘a key catalyst’ for change. But this time the crisis is more than just rhetoric: many voters really have lost faith in the established parties and see change as coming from outside the system. The main embodiment of disillusion is Marine Le Pen. Her Front National continues to grow in rust-belt regions and those with high levels of immigration, largely by attracting disaffected working-class voters. It is probably France’s largest party, supported by nearly a third of the electorate.

Le Pen has laboured since taking over from her father in 2011 to convince voters that the Front National, though still radical, is no longer ‘anti-republican’, and indeed is the staunchest upholder of republican secularism against Islamic encroachment. The message is that voting for her is not a betrayal of the republican heritage so central to France’s self-image.

She has added to her nationalist agenda vehement denunciation of the European Union as a foreign capitalist plot. Nearly the whole French establishment unquestioningly accepts the EU as France’s historic destiny. The Front National’s denunciation makes support for it a shibboleth of progressive values. The country is more polarised than Britain: more people strongly support the EU, but also more people strongly reject it. So while Brexit provoked some asperity in private and a few polite demonstrations in public, any attempt at a French exit would cause mayhem.

Le Pen will surely win through to the second round of the election, and it is quite possible that she will head the poll in the first round on 23 April. Fillon was supposed to be able to rally moderate conservative and moderate Socialist voters and beat her in the second round. But a tawdry financial scandal (which many suspect was leaked by a vengeful and still ambitious Sarkozy) has damaged and may eliminate him. He fought back by producing his diffident Welsh-born wife Penelope — accused of being paid for a fake job — at a rally where she tearfully held his hand while supporters shouted ‘Je suis Penelope!’ Polls indicate that two thirds of conservative voters still support him. How many of the other third might defect to Le Pen?

Brexit and Trump have created a sense that the unthinkable is possible, which could further weaken the taboo against voting for her. But it will mobilise her opponents too. I cannot believe that enough moderate voters will stay away from the second-round poll to let ‘the fascists’ win. ‘Republican discipline’ should still rally support for whoever polls best against Le Pen, which at the moment looks likely to be Macron.

Nevertheless, few now rule out a Le Pen victory completely, and if Macron’s campaign runs into serious trouble, all bets are off. Every new scandal or terrorist incident plays into her hands. If she did become president, France would face a genuine crisis, the worst for half a century. There would certainly be strikes and violent demonstrations by those who would see themselves as defending the republic against fascism. How she could form a viable government or win a majority in parliament is unclear. We would see a conflict between the Fifth Republic’s powerful president and its parliament under a constitutional system that one liberal critic has called dangerous even in the hands of a saint. The consequences for the euro, the EU, western security and Britain’s relations with one of its closest allies would be dire.

More likely is that a very different kind of outsider, Emmanuel Macron, will win in the second round. This would gain him goodwill and authority — for a time. But his, and France’s, problems would not be over. He is committed to liberal economic reforms likely to arouse widespread and even turbulent opposition. He is a one-man band, and established politicians of right and left have an interest in his failure. He himself will have won only because people who dislike him have seen him as a barrier to Le Pen. She will probably get a higher vote than ever and will continue working inexorably towards the next election. A French friend recently said to me, ‘I am not voting for anyone. I’m only voting against.’ This is the depressing mantra of French politics today.

Robert Tombs is professor of French history at St John’s College, Cambridge. He discusses the fate of the Fifth Republic in this week’s Spectator podcast, available at www.spectator.co.uk/podcast. He is the author of The English and Their History, and, with his wife, Isabelle, That Sweet Enemy: the British and the French from the Sun King to the Present.

Voir enfin:

Why Is France So Corrupt?
France’s lax ethical standards are catching up with Francois Fillon — and boosting Marine Le Pen’s campaign for president.
Robert Zaretsky
Foreign Policy
February 1, 2017

Last week, France’s Les Républicains had an American Republican moment — namely, they relived Richard Nixon’s televised 1952 Checkers speech. Just as the U.S. vice presidential candidate responded to charges that he and his family had dipped into a political campaign fund, so too did François Fillon, the French Républicains’ presidential candidate, appear on television to defend himself against similar charges.

Nixon’s gamble paid off. His remark that his wife, Pat, wore a “respectable Republican cloth coat” instead of mink won over enough Republican voters to salvage his place on Dwight Eisenhower’s ticket. Whether Fillon’s will do the same remains to be seen. He faces greater odds. As the satirical and investigative weekly Le Canard Enchaîné revealed last Wednesday, Fillon had funneled enough money — about $540,000 — from his taxpayer-funded parliamentary account into his wife’s private bank account for her to buy plenty of fur, should she so choose. One week later, the news got worse: turns out, according to Canard, the figure was closer to $900,000.

No one in France disputes Fillon’s right to have paid his wife as an “assistant” over the course of eight years. While nepotism laws in America prohibit such practices — unless you are president — not so in France. More than one-fifth of French parliamentary representatives — 115 of 577 — employ one or more family members as “assistants.” Yet, while it is not illegal for political officeholders in France to hire family members, it is illegal to create so-called emplois fictifs, or make-believe jobs where you pay relatives for work they have not, are not, and never intend to do. Herein lies the rub with the Fillons. Until the Canard’s scoop, there was no reason to believe that the Welsh-born Penelope Fillon devoted her life to anything other than her family of five (unless you count the five horses stabled near the family’s 12th-century chateau). Mme Fillon has previously conceded that she had extra time on her hands. In 2007, she told an interviewer with The Telegraph that she had just enrolled in a Shakespeare class: “I realized that my children have only known me as just a mother but I did a French degree, I qualified as a lawyer and I thought ‘Look here, I’m not that stupid.’ This will get me working and thinking again.”

During his televised interview, Fillon insisted that his wife’s work was real: Penelope Fillon reviewed his speeches, met with associates, gathered and collated news stories, and the like. And yet not only was she never seen in the halls of the National Assembly, even the residents of Sablé-sur-Sarthe (the village that is home to chateau Fillon ) were astonished to learn she was her husband’s assistant. As one local official told a journalist, “The separation was always clear: He took care of politics, she took care of the family.”

And if the goal of appearing on television was to contain the damage, it does not appear to have worked: Fillon did not help his cause by revealing in the same interview that, while a senator, he had also paid two of his children to handle specific cases for him because of “their particular competence as lawyers.” (The problem, as several newspapers quickly pointed out, is that neither child was a lawyer yet; the latest Canard story reports that they were paid approximately $90,000 for their work.) Over the weekend, fresh news broke out that between 2005 and 2007, Fillon had written himself seven checks totaling about $28,000 from an account earmarked for paying assistants; then came the new revelations that his wife’s pay had been even more than first thought.

The two pillars of Fillon’s candidacy have been the economic imperative of scaling back the state’s social protections, and the political imperative of being untouched by scandal. The two are interconnected; the former relies on the latter. That Penelope Fillon drew an exorbitant salary for reading her husband’s speeches before saddling up for a morning canter will not go down well with an electorate being asked to make financial sacrifices. At the same time, Fillon has always emphasized that his hands, unlike those of his fellow Gaullist contenders, were clean. During his primary debate with Alain Juppé, who was found guilty in 2004 of creating phony jobs while serving under Jacques Chirac, Fillon announced: “One cannot lead France if one is not irreproachable.” Fillon also blasted his rival Nicolas Sarkozy’s many entanglements over alleged campaign finance shenanigans by evoking the moral rectitude of the national conservative patriarch Charles de Gaulle: “Who could imagine the Général ever being taken in for a police questioning?” Now that finance inspectors have begun a preliminary investigation into Fillon’s case, the General seems more alone than ever.

France is not a particularly corrupt country, in global terms, but in the West it is something of an outlier. According to Transparency International’s 2016 “corruption perception” index, France ranked 23rd among 176 nations, just behind Estonia and just ahead of the Bahamas. It is not, of course, Somalia or Syria. But neither is it Denmark, New Zealand, Canada, or even the United States. In Western Europe, it outranks only Portugal, Italy, and Spain.

What may make matters worse is that French corruption is particularly high-profile: It doesn’t come in the form of cops asking for petty bribes, or companies buying off bureaucrats. Rather, thanks to the peculiarly French principle of a republican monarchy, French corruption involves vast sums and takes place at the highest levels of government. Created by De Gaulle in 1958, the Fifth Republic hands vast power and prestige to the presidency. The president, in principle, is not answerable to Parliament; the president, in essence, reigns and his ministers merely rule. While De Gaulle also endowed the office with his personal imperiousness and incorruptibility, his descendants have held tight to the former while mostly trashing the latter. From the late 1970s, when Central African Republic Emperor Jean-Bedel Bokassa showered Valéry Giscard d’Estaing with diamonds, through the 1980s, when Chirac, while mayor of Paris, embezzled public funds for his presidential campaign, to Sarkozy and the kaleidoscope of court cases confronting him, ranging from influence peddling to accepting $54 million in campaign financing from former Libyan dictator Muammar al-Qaddafi, the French presidency has been consistently mired in scandals worthy of the Bourbons. (François Hollande, for all his fecklessness, has — to give credit where it’s due — kept his hands relatively clean during his time in office; his scandals have been of the personal sort.)

This relentless drip of scandals both dampens public attitudes toward the mainstream parties — a Transparency International poll taken late last year revealed that three-quarters of the French believe that parliamentary deputies and government ministers are corrupt — and continues to raise the boat of the far-right National Front (FN). Marine Le Pen’s party has its own instances of financial misbehavior: The European Union had determined that the FN defrauded the European Parliament budget of more than $324,000, which it used to illicitly pay FN staffers. Perhaps because the victim was Brussels, however, and because Le Pen was not enriching herself personally, the scandal has had little traction in France; this week, while Fillon was busy battling for his political life, Le Pen was scoffing at the notion that she might return the funds. More to the point, it hasn’t stopped Le Pen from positioning herself as the only candidate able to drain the French swamp. Given the steady 25 to 26 percent support her party attracts in polls, a sizable group, it seems, believes her.

The reluctance of French governments to address the problem of corruption is well known. In 2014, a European Union report rapped France’s knuckles for its faulty firewalls in campaign financing, its judiciary’s relative lack of independence, and the absence of political willpower to tackle a culture of corruption. Until recently, moreover, the foot-dragging of politicians over these issues has not unduly bothered French voters. As Jean-Christophe Picard of the watchdog group Anticor notes, through the 1980s and 1990s the public mostly tolerated such wheeling and dealing. “In France, there is the idea that defrauding and wasting public money is not too serious a problem as long as there are no direct victims,” he said in a recent interview with the weekly French magazine L’Obs.

There have been some recent attempts to remedy the problem: Last year, the country enacted the Sapin II Law, which, for the first time, creates an anti-corruption agency, requires members of Parliament to render public the names of everyone listed on their official payrolls, and affords fuller legal protection to lanceurs d’alerte, the rather awkward French term for whistleblowers. The law has been hailed as an important step by transparency advocacy groups, but much of the law is aimed at targets lower down than the Élysée.

It is still too early to tell if the recent revelations will bar Fillon from the presidency, but it is looking increasingly likely. He has already vowed that he will end his campaign if formal charges are brought against him; on Tuesday, police were spotted at his parliamentary office looking for evidence. Even if the courts do not act before this spring’s election, Fillon’s reputation has already taken a serious hit. In an Odoxa poll taken after the Canard’s scoop, 61 percent of respondents had a bad opinion of Fillon, while just 38 percent thought favorably of him — a 4 percent drop since Jan. 8. An even more recent poll, conducted by Elabe, shows that Fillon is now in danger of not even making it past the first round of France’s two-stage election process. One of the beneficiaries of his decline will be Le Pen, who even before Penelope-gate had overtaken Fillon in a Le Monde poll; another may be Emmanuel Macron, the center-left independent whose campaign continues to gain momentum. French politics is looking more unpredictable than ever, and much can still happen between now and the first round of the election, which is slated for late April. But one thing does seem clear: With Penelope-gate, a long French tradition looks set to continue.


Primaire de la droite: Attention, une campagne dégueulasse peut en cacher une autre ! (In France’s deeply ingrained statist culture, guess who is denounced as an ultra-liberal and medieval reactionary Thatcherite !)

23 novembre, 2016
 fillonthatcher ali-juppe2
collectivite
fillon-not-a-chancejuppe-deja-gagneQu’est-ce que c’est, dégueulasse ? Patricia
Quand j’ai lu le livre de Houellebecq, quelques jours après les assassinats à Charlie Hebdo, il m’a semblé que ses intuitions sur la vie politique française étaient tout à fait correctes. Les élites françaises donnent souvent l’impression qu’elles seraient moins perturbées par un parti islamiste au pouvoir que par le Front national. La lecture du travail de Christophe Guilluy sur ces questions a aiguisé ma réflexion sur la politique européenne. Guilluy se demande pourquoi la classe moyenne est en déclin à Paris comme dans la plupart des grandes villes européennes et il répond: parce que les villes européennes n’ont pas vraiment besoin d’une classe moyenne. Les emplois occupés auparavant par les classes moyennes et populaires, principalement dans le secteur manufacturier, sont maintenant plus rentablement pourvus en Chine. Ce dont les grandes villes européennes ont besoin, c’est d’équipements et de services pour les categories aisées qui y vivent. Ces services sont aujourd’hui fournis par des immigrés. Les classes supérieures et les nouveaux arrivants s’accomodent plutôt bien de la mondialisation. Ils ont donc une certaine affinité, ils sont complices d’une certaine manière. Voilà ce que Houellebecq a vu. Les populistes européens ne parviennent pas toujours à développer une explication logique à leur perception de l’immigration comme origine principale de leurs maux, mais leurs points de vues ne sont pas non plus totalement absurdes. (…) ce qui se passe est un phénomène profond, anthropologique. Une culture – l’islam – qui apparaît, quels que soient ses défauts, comme jeune, dynamique, optimiste et surtout centrée sur la famille entre en conflit avec la culture que l’Europe a adoptée depuis la seconde guerre mondiale, celle de la «société ouverte» comme Charles Michel et Angela Merkel se sont empressés de la qualifier après les attentats du 22 Mars. En raison même de son postulat individualiste, cette culture est timide, confuse, et, surtout, hostile aux familles. Tel est le problème fondamental: l’Islam est plus jeune, plus fort et fait preuve d’une vitalité évidente. (…) Pierre Manent (…) a raison de dire que, comme pure question sociologique, l’Islam est désormais un fait en France. Manent est aussi extrêmement fin sur les failles de la laïcité comme moyen d’assimiler les musulmans, laïcité qui fut construite autour d’un problème très spécifique et bâtie comme un ensemble de dispositions destinées à démanteler les institutions par lesquelles l’Église catholique influençait la politique française il y a un siècle. Au fil du temps les arguments d’origine se sont transformés en simples slogans. La France invoque aujourd’hui, pour faire entrer les musulmans dans la communauté nationale, des règles destinées à expulser les catholiques de la vie politique. Il faut aussi se rappeler que Manent a fait sa proposition avant les attentats de novembre dernier. De plus, sa volonté d’offrir des accomodements à la religion musulmane était assortie d’une insistance à ce que l’Islam rejette les influences étrangères, ce qui à mon sens ne se fera pas. D’abord parce que ces attentats ayant eu lieu, la France paraîtrait faible et non pas généreuse, en proposant un tel accord. Et aussi parce que tant que l’immigration se poursuivra, favorisant un établissement inéluctable de l’islam en France, les instances musulmanes peuvent estimer qu’elles n’ont aucun intérêt à transiger. (…) L’Europe ne va pas disparaître. Il y a quelque chose d’immortel en elle. Mais elle sera diminuée. Je ne pense pas que l’on puisse en accuser l’Europe des Lumières, qui n’ a jamais été une menace fondamentale pour la continuité de l’Europe. La menace tient pour l’essentiel à cet objectif plus recent de «société ouverte» dont le principe moteur est de vider la société de toute métaphysique, héritée ou antérieure (ce qui soulève la question, très complexe, de de la tendance du capitalisme à s’ériger lui-même en métaphysique). A certains égards, on comprend pourquoi des gens préfèrent cette société ouverte au christianisme culturel qu’elle remplace. Mais dans l’optique de la survie, elle se montre cependant nettement inférieure. Christopher Caldwell
Il n’y en aura que deux, Juppé et Sarkozy. Fillon n’a aucune chance. Non parce qu’il n’a pas de qualités, il en a sans doute; ni un mauvais programme, il a le programme le plus explicite; non parce qu’il n’a pas de densité personnelle … Mais son rôle est tenu par Juppé. C’est-à-dire pourquoi voter Fillon alors qu’il y a Juppé ? il n’y aurait pas Juppé, je dirais, oui, sans doute que Fillon est le mieux placé pour disputer à Sarkozy l’investiture. Mais il se trouve qu’il y a Juppé. François Hollande
Le masque d’Alain Juppé va tomber tôt ou tard quand les Français s’apercevront qu’il est le même qu’en 1986, le même qu’en 1995. À savoir, un homme pas très sympathique qui veut administrer au pays une potion libérale. François Hollande
C’est un Corrézien qui avait succédé en 1995 à François Mitterrand. Je veux croire qu’en 2012, ce sera aussi un autre Corrézien qui reprendra le fil du changement. François Hollande
Chirac, c’est l’empathie avec les gens, avec le peuple, c’est la capacité d’écoute. C’est un peu l’exemple que je cherche à suivre». (…) Je veux poursuivre l’œuvre de Jacques Chirac. Alain Juppé
Je relis les magnifiques pages des Mémoires d’Outre-Tombe que Chateaubriand consacre à l’épopée napoléonienne. Alain Juppé (16/10/2016)
Nous devons (…) gagner pour sortir la France du marasme où elle stagne aujourd’hui. (…) La première condition sera de rassembler dès le premier tour les forces de la droite et du centre autour d’un candidat capable d’affronter le Front national d’un côté et le PS ou ce qui en tiendra lieu de l’autre. Si nous nous divisons, l’issue du premier tour devient incertaine et les conséquences sur le deuxième tour imprévisibles. Alain Juppé (20/08/2014)
Est-ce vraiment un revenu universel ? Est-ce que tout le monde va le toucher, de Madame Bettencourt (…) à la vendeuse de Prisunic. Alain Juppé
Je vais mettre toute la gomme ! Alain Juppé
J’ai la pêche et avec vous, j’ai la super pêche ! Alain Juppé
Je suis baptisé, je m’appelle Alain Marie, je n’ai pas changé de religion. Alain Juppé
Je suis candidat pour porter un projet de rupture et de progrès autour d’une ambition : faire de la France la première puissance européenne en dix ans. François Fillon
Quand ma maman allait à la messe, elle portait un foulard. Alain Juppé
J’aurais aimé qu’un certain nombre de mes compétiteurs condamnent cette campagne ignominieuse, je le répète. Mais lorsque la calomnie se cache derrière l’anonymat, la bonne foi est impuissante et je vous demande de vous battre contre ces messages parce qu’ils ont fait des dégâts.  Et j’ai des témoignages précis, dans les queues au moment du bureau de vote la semaine dernière, de personnes qui parfois ont changé leur vote parce qu’elles avaient été impressionnées par cette campagne dégueulasse, je n’hésite pas à le dire ! Alain Juppé
Il y a un discours privé et un discours public très différents l’un de l’autre. Il n’assume pas et il omet. Il faut qu’il clarifie les choses. Évoquer la Manif pour tous comme si elle était infréquentable, quand il nous a reçus, tout à fait à l’écoute, en acceptant des pistes de travail communes, notamment sur la question de la filiation et de l’adoption, et de l’intérêt supérieur de l’enfant, je trouve ça étonnant. J’ai rencontré tous les candidats à la primaire (de la droite). Le dernier, c’était Juppé. Est-il purement électoraliste ? (…) S’il traite François Fillon de traditionaliste pour sa proximité avec la Manif pour tous, le lien est exactement le même avec lui. Ludivine de la Rochère (Manif pour tous)
 Il y a beaucoup à dire sur les naïvetés d’Alain Juppé en matière de lutte contre l’intégrisme, catholique ou musulman. On a raison de s’inquiéter de sa complicité, ancienne, avec l’imam de Bordeaux. Tareq Oubrou a beau passer pour un modéré sur toutes les antennes, il n’a jamais renié son appartenance à l’UOIF, ni ses maîtres à penser, et joue les entremetteurs entre les islamistes et l’extrême droite. Pas vraiment un atout contre la radicalisation. Caroline Fourest
Suppression des 35 heures et de l’ISF, coupes dans la fonction publique, détricotage des lois Taubira, rétablissement de la double peine… Le programme ultraconservateur et ultralibéral de François Fillon. Libération
Journée des dupes. Beaucoup d’électeurs ont voulu écarter un ancien président à leurs yeux trop à droite. Impuissants devant la mobilisation de la droite profonde, ils héritent d’un candidat encore plus réac. C’est ainsi que le Schtroumpf grognon du conservatisme se retrouve en impétrant probable. «Avec Carla, c’est du sérieux», disait le premier. Avec Fillon, c’est du lugubre. Bonjour tristesse… La droitisation de la droite a trouvé son chevalier à la triste figure. C’est vrai en matière économique et sociale, tant François Fillon en rajoute dans la rupture libérale, décidé à démolir une bonne part de l’héritage de la Libération et du Conseil national de la Résistance. Etrange apostasie pour cet ancien gaulliste social, émule de Philippe Séguin, qui se pose désormais en homme de fer de la révolution conservatrice à la française. Aligner la France sur l’orthodoxie du laissez-faire : le bon Philippe doit se retourner dans sa tombe. On comprend le rôle tenu par les intellectuels du déclin qui occupent depuis deux décennies les studios pour vouer aux gémonies la «pensée unique» sociale-démocrate et le «droit-de-l’hommisme» candide : ouvrir la voie au meilleur économiste de la Sarthe, émule de Milton Friedman et de Vladimir Poutine. Nous avions l’Etat-providence ; nous aurons la providence sans l’Etat. C’est encore plus net dans le domaine sociétal, où ce chrétien enraciné a passé une alliance avec les illuminés de la «manif pour tous». Il y a désormais en France un catholicisme politique, activiste et agressif, qui fait pendant à l’islam politique. Le révérend père Fillon s’en fait le prêcheur mélancolique. D’ici à ce qu’il devienne une sorte de Tariq Ramadan des sacristies, il n’y a qu’un pas. Avant de retourner à leurs querelles de boutique rose ou rouge, les progressistes doivent y réfléchir à deux fois. Sinon, la messe est dite. Libération
François Fillon est triplement coupable d’être de droite, d’être croyant et, pour parachever le mauvais goût, d’avoir été soutenu par le mouvement catholique Sens commun. (…) Tous les coups bas sont permis, y compris en provenance des alliés politiques. Alain Juppé, chassé de son piédestal de grand favori consensuel, ne se prive pas de patauger dans les mesquineries boueuses de ce terrain glissant, jusqu’à faire passer son rival pour un affreux réac. Il l’accuse même d’avoir bénéficié des voies de la fachosphère, comme s’il y pouvait quelque chose. Que ne ferait-on pour draguer le camp d’en face. De celui qui fut lui-même Premier ministre il y a plus de vingt ans, on attendait une hauteur de vue qu’on n’espérait plus de la part de Nicolas Sarkozy. Erreur. Le second a ravalé la rancœur de la défaite derrière un discours digne, responsable et, osons le mot, élégant, appelant à voter Fillon ; tandis que le premier s’est cramponné à ses avidités électorales et ratisse tous azimuts. Aurait-il dû se retirer de la course? Dans l’absolu, c’eût été l’attitude la plus respectable: faire bloc autour du vainqueur. (…) Ce deuxième tour aura toutefois l’avantage de permettre à François Fillon de clarifier son projet et de court-circuiter les critiques de la gauche et du FN qui ne manqueront pas de pleuvoir durant la campagne de 2017. La tactique usée jusqu’à la corde est déjà perceptible. Le débat sera déplacé vers le registre de l’affect: Fillon deviendra l’émissaire du Malin qui veut anéantir le modèle social français et le service public, en supprimant 500 000 postes de fonctionnaires. Manuel Valls fourbit ses armes, au cas où. Sait-on jamais. Il dénonce des «solutions ultralibérales et conservatrices» qui déboucheront sur «moins de gendarmes, moins de profs, moins de police». Comme si la fonction publique à la sauce socialiste, totalement désorganisée par les 35 heures, avait gagné en efficacité. Ultralibéral, Fillon? Non, libéral. L’économiste Marc de Scitivaux voit dans ses objectifs une «remise à niveau» consistant à accomplir «avec vingt ans de retard tout ce que les autres pays ont fait». 40 milliards de baisse de charges pour les entreprises, ses 10 milliards d’allègements sociaux et fiscaux pour les ménages et ses 100 milliards de réduction des dépenses publiques sur cinq ans: la méthode Fillon se veut le défibrillateur qui réanimera un Hexagone réduit à l’état végétatif par les Trente Frileuses d’une gouvernance bureaucratique. Sa France sera «celle de l’initiative contre celle des circulaires». Il joue franc-jeu: les deux premières années, à l’issue desquelles s’opérera le retournement, seront difficiles – elles devraient en outre coûter 1,5 % de PIB, prévient Emmanuel Lechypre. Le redressement sera effectif au bout du quinquennat et fera de la France la première nation de l’Europe au terme d’une décennie, annonce le candidat en meeting près de Lyon. Ambitieux, flamboyant. Et irréaliste, tancent ses opposants, conditionnés dans l’idée qu’il est urgent de ne rien faire ou si peu. Eloïse Lenesley
Mr. Fillon (…) says France “for 40 years hasn’t understood that it is private firms that create jobs—not the state.” His solution is to reverse the balance of power between state and citizens. He proposes cutting €100 billion ($105.92 billion) in public spending over five years, reducing government expenditure as a share of gross domestic product to less than 50% from 57% (the comparable figure is 44% in Germany and 38% in the U.S.). He proposes to abolish the 35-hour workweek and a wealth tax that are the bane of job creators in France. Mr. Fillon also wants to cut €40 billion in corporate taxes and “social fees” and €10 billion in personal taxes. And he calls for a €12 billion expansion in defense and security spending in response to Europe’s perilous security climate. Many of Mr. Fillon’s economic plans track those of Mr. Juppé, who also has been a longtime critic of the French welfare state. Where the two men mainly differ is on foreign policy. Mr. Juppé is more of a traditional Atlanticist, while Mr. Fillon seems to have a fondness for Russia’s Vladimir Putin and says he favors Bashar Assad in Syria’s civil war. He also indulges the French tendency to disparage the U.S. on foreign and trade policy, and he rails against a European free-trade agreement with America. These columns endorse ideas, not candidates, and we’ve long been disappointed in center-right French politicians promising economic reforms but never delivering. Still, if Sunday’s primary says anything, it’s that France’s center-right voters are eager for a leader who will deliver a smaller government and faster growth, not another subsidy to a favored constituency. That’s progress. WSJ
Alors que la France devrait baisser le nombre de fonctionnaires pour diminuer son déficit et ses dépenses publiques, leur nombre augmente. Nous avons le plus grand pourcentage (24 %) de fonctionnaires (avec statut) par rapport à la population active de tous les pays membres de l’OCDE (en moyenne, 15 %). En France, il y a 90 fonctionnaires pour 1000 habitants alors qu’il y en a seulement 50 pour 1000 en Allemagne ! L’explication est simple : nous sommes incapables de créer des emplois et nous continuons à augmenter la taille de l’Etat et des collectivités locales. Et nous avons perdu le contrôle. (…) Il existe des difficultés car dans de nombreux pays les fonctionnaires ne bénéficient plus d’un statut comme en France. Plus d’emploi à vie, ni de privilèges. Prenons un exemple. Dans le tableau de l’OCDE, en Suède, la proportion de fonctionnaires par rapport à la population active serait encore plus élevée qu’en France (27 % contre 24 %). Or, en Suède, il n’y a plus de statut, ni d’emploi à vie. Ces fonctionnaires sont employés comme dans le privé et peuvent être licenciés. (…)  La France reste pratiquement le seul pays à ne pas avoir touché au statut ! (…)  Partout, le nombre de fonctionnaires baisse et on transfère au privé des missions de l’Etat. Le Canada et la Suède l’ont fait dans les années 1990, l’Allemagne au début des années 2000. En Grande-Bretagne par exemple, depuis 2010 et l’arrivée au gouvernement des conservateurs, le secteur public a vu entre 500 000 et 600 000 emplois publics supprimés. Entre 2009 et décembre 2012, sous Obama, le nombre de fonctionnaires territoriaux a connu une chute spectaculaire aux Etats-Unis : – 560 000 (- 4%). Sur (presque) la même période (2009-déc. 2011), le nombre de fonctionnaires des collectivités locales françaises a augmenté de… 70 000 personnes (+ 4%). Au total, plus de 720 000 postes de fonctionnaires ont été supprimés aux Etats-Unis depuis 2009. D’autres pays comme l’Irlande, le Portugal, l’Espagne ou même la Grèce ont drastiquement baissé le nombre de fonctionnaires. L’Irlande  a réduit leurs salaires jusqu’à 20% tandis que l’Espagne est allé jusqu’à 15% et, comme le Portugal, a choisi de remplacer seulement 1 fonctionnaire sur 10 ! Contrairement à la France, ces Etats qui ont décidé de tailler dans le vif montrent – Grande-Bretagne, Etats-Unis et Irlande en tête – affichent de vrais signes de reprise économique. (…) La sécurité sociale et l’Education sont les secteurs avec la plus grande bureaucratie. C’est là qu’on pourrait économiser plusieurs milliards en coupant dans les effectifs. Mais tout cela ne peut être réalisé que grâce à des réformes structurelles : ouverture à la concurrence du secteur de la santé, privatisation des écoles… C’est ce qui a été fait aux Pays-Bas, en Allemagne, en Suède ou en Suisse. Mais ce n’est pas la voie empruntée par le gouvernement socialiste… (…) J’ai déjà écrit sur Météo-France qu’il faudrait fermer car depuis Internet, la météo est fournie par de nombreux organismes beaucoup moins chers. Mais on peut s’attaquer à de plus grands organismes qui coûtent encore plus cher : la Banque de France par exemple, où les frais de personnel sont 2 fois plus élevés que ceux de la Bundesbank (4000 employés de plus !),  les salaires, 24 % de plus qu’à la Bundesbank et le coût des retraites, 300 Millions d’euros de plus. (…)  Dans les années 1990, la Suède, le Canada ou les Pays-Bas ont fait des coupes drastiques dans leurs dépenses et ont diminué le nombre de fonctionnaires. Des ministères ont eu leur budget divisé par deux et les postes de fonctionnaires par trois ou quatre. Le statut des fonctionnaires a même été supprimé, en Suède par exemple, et certaines administrations sont devenues des organismes mi-publics, mi-privé. Il faut noter aussi que ces réformes ont été menées par des gouvernements de centre-gauche ou de gauche comme en Suède ou au Canada, pays terriblement étatisés et au bord de la faillite au début des années 1980. Au Canada, on a adopté à l’époque la règle suivante : 7 dollars d’économies pour 1 dollar d’impôts nouveaux (en France, le chiffre est plus qu’inversé aujourd’hui : 20 euros d’impôts nouveaux pour 1 euro d’économie). Dans ces pays, les fonctionnaires n’ont pas été mis à la porte du jour au lendemain. On a privilégié les retraites anticipées avec des primes au départ. Mais, en même temps, les nouveaux venus perdaient tous les avantages de leurs prédécesseurs : plus de statut, ni de privilèges. C’est un bon exemple pour la France. Nicolas Lecaussin
La France est en effet l’un cinq des pays de l’OCDE où la part des employés publics (ce qui est plus large encore car il faut inclure de nombreux emplois qui ne sont pas fonctionnaires) dans le total des personnes employées est la plus forte. Cela s’explique certainement par une tradition d’interventionnisme public très fort en France depuis la fin de Seconde guerre mondiale. L’augmentation continue de la dépense publique est allée de pair avec des recrutements massifs, qui représentent environ un quart de la dépense publique (c’est à dire de l’Etat, des collectivités locales et de la Sécurité sociale). Les rémunérations des seuls fonctionnaires représentent 13% du PIB et un tiers du budget de l’Etat. Or un fonctionnaire représente une dépense rigide de très long terme : le contribuable doit payer son salaire et sa retraite. Le poids de l’emploi public s’explique également, comme le montre la note de l’INSEE, par la multiplication des échelons administratifs : départements, régions, communes, intercommunalités … à chaque niveau cela suppose des agents (pour la sécurité, l’entretien, le secrétariat, le suivi des dossiers). (…) Dans les autres pays de l’Union européenne, la tendance n’est pas vraiment à la hausse de l’emploi public, faute de moyens. En Grande-Bretagne par exemple, le Gouvernement avait annoncé dès 2010 la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires… La question qui se pose réellement est celle de l’efficacité de ce poids des fonctionnaires. D’un point de vue économique, elle n’est pas évidente. Les fonctionnaires ont plus de vacances (INSEE), partent à la retraite plus tôt (DREES) et sont en moyenne mieux payés (INSEE). Est-ce justifié par une efficacité claire pour la collectivité ? Plus largement, le poids des fonctionnaires dans l’économie entretient les connivences et le copinage, ce qui nuit à la performance économique et à l’équité sociale. Au-delà, ce poids des fonctionnaires pose des questions démocratiques. Ils sont surreprésentés à l’Assemblée Nationale et leur engagement dans la vie politique pose clairement des conflits d’intérêts : comment comprendre qu’un magistrat administratif, qui doit juger en toute impartialité, affiche des préférences politiques. (…) L’Etat a eu tendance, ces dernières années, à baisser le nombre de ses fonctionnaires, alors que les collectivités locales ont fait exploser tous les plafonds. En ce sens, la rationalisation du nombre d’échelons administratifs, comme l’a proposé Manuel Valls, est une bonne chose. Pour autant, il faut aller plus loin et se poser la question de l’efficacité de la dépense publique. Le Président Hollande, jusqu’à maintenant, a fait le choix de partir du principe que la quantité d’agents publics était une réponse pertinente : c’est ce qu’il fait par exemple avec le dogme des « 60 000 postes » dans l’Education nationale. Or, ce n’est absolument pas évident. En Grande-Bretagne, David Cameron a tenu le discours suivant en matière d’éducation : gardons la dépense publique, pour autant qu’elle soit efficace ; pour cela, l’Etat pourra se tourner vers des partenaires privés pour fournir les services scolaires. En l’occurrence, il a fait appel aux parents, qui ont créé leurs propres écoles. La France doit faire une révolution mentale. Même Terra Nova a défendu l’idée qu’on peut très bien avoir un service public rendu par une entreprise privée et des salariés privés. Ce qui importe, c’est la qualité du service rendu à l’usager, pas la nature du contrat de l’agent qui le fournit ni la nature juridique (publique ou privée) du prestataire. Erwan Le Noan
La dépense publique n’a (…) pas reculé en valeur en France depuis 1960, date des premières statistiques de l’Insee dans ce domaine. En revanche, il est possible de réduire le poids relatif de l’Etat dans l’économie. La Suède ou le Canada ont enregistré des succès en la matière au début des années 1990. « Mais ces pays ont dû effectuer des arbitrages. Ils ont choisi que telle ou telle fonction ne dépendrait plus de l’Etat mais relèverait désormais de la sphère privée « , selon Olivier Chemla, économiste à l’Association française des entreprises privées (Afep). En clair, la politique du rabot ne peut suffire à faire maigrir l’Etat. Dans leur ouvrage « Changer de modèle » paru l’an passé, les économistes Philippe Aghion, Gilbert Cette et Elie Cohen calculaient que, entre 1995 et 2012, les pays rhénans (Allemagne, Belgique et Pays-Bas) avaient réduit la part des dépenses publiques dans le PIB de 7 points, à 48,8 %. Sur la même période, celle des pays scandinaves (Suède, Danemark et Finlande) a reculé de 6 points, à 56 %. En Suède, la part des prestations sociales dans le PIB est passée de 22,2 % en 1994 à 18,5 % en 1997. Le nombre de fonctionnaires est passé de 400.000 à 250.000 entre 1993 et 2000. Les réformes sont donc douloureuses. Elles interviennent à chaque fois après une crise et après qu’un nouveau gouvernement a été mis en place, notent les trois auteurs. Seulement, à chaque fois aussi, les politiques sont coordonnées : la couronne suédoise et le dollar canadien se sont beaucoup dépréciés au moment où les réformes ont été entreprises, afin de relancer l’activité. L’Allemagne aussi, qualifiée d’« homme malade de l’Europe » au début des années 2000, a profité de la bonne santé économique de ses partenaires commerciaux pour entamer ses réformes… pour finir en excédent budgétaire cette année. Toute la difficulté de la politique économique réside entre une rigueur nécessaire pour les finances publiques sans pour autant casser l’activité. Ce qui signifie une coordination entre la politique budgétaire et la politique monétaire, dont l’absence dans la zone euro n’a pas cessé d’être critiquée par Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne. Comme le disait l’économiste John Maynard Keynes, « les périodes d’expansion, et non pas de récession, sont les bonnes pour l’austérité « . (…) Dans la zone euro, outre l’Allemagne, le seul grand pays à avoir réellement réussi à faire baisser l’importance de ses dépenses publiques est l’Espagne, au prix d’un effort drastique. Les Echos
Notre pays est probablement le seul parmi les membres les plus riches de l’OCDE à ne pas avoir touché au nombre de fonctionnaires et à leurs privilèges. Et pourtant, plus de 23 % de la population active travaille pour l’Etat et les collectivités locales contre 14 % en moyenne dans les pays de l’OCDE. Nous avons 90 fonctionnaires pour 1 000 habitants contre 50 pour 1 000 en Allemagne. Notre Etat dépense en moyenne 135 Mds d’euros de plus par an que l’Etat allemand. Et, d’après les calculs de Jean-Philippe Delsol, 14.5 millions de Français vivent, directement ou indirectement, de l’argent public. Il y a donc urgence à faire de vraies réformes. D’autant plus que tout le monde l’a fait ou est en train de le faire. Un Rapport (Economic Policy Reforms 2014) de l’OCDE qui vient de sortir (février 2014) montre que pratiquement tous les pays membres (à l’exception de plusieurs émergents) ont mis en place depuis le début de la crise de 2008 des réformes structurelles importantes. Parmi ceux qui ont agi le plus figurent aussi les plus touchés par la crise : l’Irlande, l’Espagne, le Portugal ou bien la Grèce. L’Irlande par exemple a été l’un des pays les plus touchés par la crise de 2008. Les dépenses publiques et le chômage ont explosé, par l’effet direct de l’écroulement du secteur immobilier et des faillites bancaires. Fin 2010, l’économie du pays était à l’agonie, dont la dette et les déficits récurrents le prédestinaient à un avenir toujours plus morose. Dès 2011, le Fonds monétaire international et l’Union européenne venaient à son secours et débloquaient 85 Md€ d’aides financières, soit plus de la moitié de son PIB. Dès 2010, l’Irlande décide de réduire sont budget de 10 Md€, soit 7 % du PIB (l’Irlande est d’ailleurs championne d’Europe de la baisse des dépenses publiques). Par comparaison, c’est l’équivalent d’une réduction de la dépense publique de l’ordre de 120 Md€ en France ! Pour y parvenir, l’Irlande sabre dans les services publics, et réduit de 20 % les traitements de ses fonctionnaires, ainsi que les pensions de retraites. De plus, l’Irlande décide de ne pas céder au chantage de l’Union européenne et de garder son taux d’IS (Impôt sur les sociétés) à 12.5 %. Cet entêtement a porté ses fruits : Il y a trois ans, le marché de l’emploi détruisait 7 000 emplois par mois. Aujourd’hui, on assiste à une création nette mensuelle de 5 000 postes. En Espagne, pour économiser 50 Mds d’euros sur trois ans, le Premier ministre de l’époque, Zapatero a annoncé en 2010 une réduction en moyenne de 5 % des salaires des fonctionnaires (le gouvernement s’appliquera une réduction de 15%), le renouvellement d’un seul fonctionnaire sur 10 partant à la retraite et la baisse de l’investissement public de 6 Mds d’euros en 2010 et en 2011. En 2012, le nouveau chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, décide de frapper fort en baissant drastiquement les dépenses publiques. Les budgets des ministères espagnols sont réduits de 17 % en moyenne et les salaires des fonctionnaires restent gelés. On prévoit aussi la suppression de la plupart des niches fiscales et une amnistie fiscale pour lutter contre l’économie au noir qui représenterait environ 20 % du PIB. Les communautés autonomes sont aussi obligées de baisser leurs dépenses afin d’arriver à l’équilibre budgétaire. Le Portugal a baissé le nombre de fonctionnaires et leurs salaires (jusqu’à 20 % de réduction sur la fiche de paye). Même la Grèce l’a fait : 150 000 postes de fonctionnaires supprimés entre 2011 et 2014, soit 20 % du total ! En Grande-Bretagne on ne parle que du chiffre de 700.000. C’est le nombre de fonctionnaires que le gouvernement anglais a programmé de supprimer entre 2011 et 2017 : 100.000 par an. Par comparaison, la France a supprimé, au titre de la politique de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, seulement 31 600 en 2011. Trois fois moins qu’en Grande-Bretagne qui a – déjà – beaucoup moins de fonctionnaires que la France : 4 millions contre 6 millions… Depuis 2010, et l’arrivée au gouvernement des conservateurs, le secteur public a vu entre 500 000 et 600 000 emplois publics supprimés (et cela continue) là où le secteur privé a créé 1,4 millions. La Grande-Bretagne ne fait pas aussi bien que les Etats-Unis (1 emploi public supprimé et 5 emplois créés dans le privé) mais elle se situe nettement au-dessus de la France : 2.8 emplois créés dans le privé pour 1 emploi supprimé dans le public entre 2010 et 2013. Aux Etats-Unis donc, sous Obama, entre 2010 et début 2013, on a supprimé 1.2 millions d’emplois dans le secteur public ! Plus de 400 000 postes de fonctionnaire centraux ont été supprimés et aussi plus de 700 000 postes de fonctionnaires territoriaux. A titre de comparaison, sur la même période (2010-2013), le nombre d’agents publics a augmenté de 13 000 en France (surtout au niveau local) et on a compté 41 000 emplois privés détruits tandis que l’Amérique en créait 5.2 millions ! Toutes ces réformes ont été provoquées par la crise de 2008 mais aussi par les exemples canadien et suédois. Ces pays ont déjà diminué le poids de l’Etat dès le début des années 1990. Et cela s’est vu car les deux pays ont plutôt été épargnés par la crise comme l’Allemagne qui a aussi réformé durant les années Gerhart Schroeder. Une comparaison mérite l’attention. Le Canada a supprimé environ 23 % de sa fonction publique en trois ans (entre 1992 et 1995). Si la France faisait la même réforme et dans les mêmes proportions, 1.3 millions de fonctionnaires français devraient quitter leurs postes ! Mais les réformes ont concerné aussi la fiscalité. (…) Il y a deux ans, la Grande-Bretagne avait annoncé une baisse de l’impôt sur les sociétés de 28 à 24 %. Mais le gouvernement de David Cameron veut aller encore plus loin et annonce une baisse jusqu’à 22 % d’ici 2015. Moins 6 points en 3 ans seulement. En janvier 2013, l’impôt sur les sociétés a baissé de 26.3 à 22 % en Suède. Une baisse sensible, qui suit l’exemple d’autres pays comme l’Allemagne (de 30 à 26 %). La Finlande l’a fait aussi (de 28 à 26 %). Et le Danemark : son taux d’impôt sur les sociétés passera d’ici 2016 de 25 à 22 %. Tous les pays ont d’ailleurs compris qu’il faut soulager les entreprises sauf… la France. Dans le classement des taux d’imposition sur les sociétés, la France est championne européenne avec un taux à plus de 36 %. L’IREF a même montré que parmi les membres de l’OCDE, c’est en Norvège que l’IS génère le plus de rentrées fiscales (11 % du PIB). Et pourtant, le taux de l’IS se situe à 24 %, plus de 10 points de moins que l’IS français (36 %) qui ne fait rentrer que… 2.5 % du PIB. Voici d’autres exemples : au Luxembourg, le taux d’IS est à 17.1 % mais les recettes générées représentent 5 % du PIB, le double de ce qu’elles génèrent en France. En Grande-Bretagne, c’est 3 % du PIB pour un IS à 26,7 %. En Belgique, c’est 3 % du PIB pour un IS à 17 %. Faut-il encore rappeler le 12,5 % de l’Irlande qui avec 2,6 % du PIB rapporte davantage que ce que nous vaut le taux français, trois fois supérieur ! IREF
La Suède a supprimé le statut de fonctionnaire. Il y en a encore, mais sans la garantie de l’emploi. Elle a licencié 20% des effectifs. Une cure deux fois plus sévère que celle proposée par François Fillon dans son programme. Elle l’a fait en dix ans dans les années 90. Au Royaume-Uni, ce sont 15% des effectifs des fonctionnaires qui ont été supprimés par David Cameron de 2010 à 2014, notamment dans la police, la défense et les transports. Au Canada, ce sont plus de 20% des fonctionnaires qui ont été licenciés en seulement trois ans dans les années 2000. Chaque ministère a dû couper dans ses budgets et là encore privatisation des chemins de fer et des aéroports. Conséquences, des dysfonctionnements dans les urgences à cause des fermetures d’hôpitaux au Canada. Au Royaume-Uni, le nombre d’élèves par classe a augmenté. La dette a néanmoins été divisée par deux en dix ans au Canada. Jean-Paul Chapel
Le refrain de « l’ultra-libéralisme » est en effet entonné dans tous les médias de gauche et par Manuel Valls lui-même à l’encontre de François Fillon. Notons d’abord la connotation doublement polémique de ce terme dans notre culture politique : « ultra » renvoie aux aristocrates réactionnaires de la Restauration qui, selon le mot de Talleyrand, n’avaient « rien appris, ni rien oublié ». Quant à « libéral », on sait qu’il est chez nous l’équivalent de « loi de la jungle » de « droit du plus fort » et d’ »anti-social ». François Hollande vient ainsi de tweeter que le « libéralisme, c’est la liberté des uns contre celle des autres ». Notre tradition étatiste et égalitariste nous a fait largement oublié que le libéralisme est d’abord une philosophie de la liberté qui a inspiré notamment la Déclaration des droits de l’homme, l’instruction publique et l’émancipation féminine. Autrement dit, personne n’est plus « anti-ultra » que les libéraux ! La dénonciation de « l’ultra-libéralisme » est donc, en même temps qu’une double charge polémique, un double contre-sens historique et idéologique. A quoi s’ajoute que, de Montesquieu à Revel en passant par Tocqueville, Bastiat, Alain et Aron, la France est très riche de cette pensée libérale.  Mais nos lycéens et même nos étudiants n’ont pas le droit de le savoir… Dans votre question, il y a le mot « remise en ordre » : de fait la volonté d’ordre est plus typique de l’horizon politique de la droite conservatrice que de celle du libéralisme qui croit davantage à l’ordre spontané du marché, sous réserve d’une régulation juridique de l’Etat, ce que l’on oublie toujours. Quant au sérieux budgétaire, il n’a rien de libéral en soi : tout dépend des circonstances. Poincaré, Rueff, Barre ou Bérégovoy y croyaient parce qu’ils constataient l’impasse de la gabegie budgétaire. Il est vrai que la chose s’est un peu perdue depuis les années 2000. Allons plus loin : en bon libéral, je m’interroge sur les motivations de tant commentateurs qui hurlent au loup (c’est-à-dire à « l’ultra-libéralisme ») devant le programme de F. Fillon. Et je constate que ces hurlements viennent des innombrables rentiers de l’Etat qui s’inquiètent naturellement de la perspective d’une baisse des dépenses publiques et défendent non moins naturellement leurs intérêts : fonctionnaires, syndicats, classe politique, audiovisuel public et une bonne partie de la presse…Pour certains, comme Libération, c’est une question de survie : on comprend leur violence anti-Fillon. Cette hostilité de « l’establishment d’Etat » va rendre la tâche très difficile à ce dernier, dès cette semaine et plus encore lors de la campagne présidentielle, s’il franchit les primaires. (…) François Fillon l’a dit lui-même : son libéralisme n’est pas un « choix idéologique » mais un « constat » : l’excès des charges pesant sur les entreprises et sur le travail est l’une des causes majeures du déclin français. Le taux de prélèvements obligatoires est passé de 30 à 45% du PIB depuis 1960. Il n’y nulle contradiction dans son nouveau positionnement qui est simplement lié à l’évolution des choses et notamment du niveau de la dépense publique. J’observe que les commentaires de la plupart des médias présentent ce programme comme « dur », « violent ». Mais pour qui ? Certainement pas pour les entreprises qui vont connaître une baisse sans précédent de leurs charges sociales et fiscales (40 milliards), ni pour les familles des classe moyennes ; ni pour les millions de chômeurs qui sont évincés d’un marché du travail hyper-rigide ; ni pour les commerçants et indépendants dont le régime fiscal et social sera aligné sur le statut d’autoentrepreneur . Demandez-leur s’ils redoutent davantage « l’ultralibéralisme » supposé de Fillon ou la spoliation actuelle du RSI ? Curieusement, on ne parle jamais de ces catégories fort nombreuses lorsqu’on aborde l’impact des « mesures Fillon » sur les uns ou les autres… Pour le reste, le parcours de F. Fillon est celui d’un gaulliste social. Son programme vise à mettre en place des coopérations renforcées en Europe, nullement un Etat supranational. De plus, son indulgence pour Poutine ne traduit pas, c’est le moins qu’on puisse dire, un penchant libéral. Pas plus que ces positions dans le domaine sociétal. François Fillon est donc non pas un libéral mais un PRAGMATIQUE en matière économique, un conservateur en matière sociétale (mais non un réactionnaire puisqu’il ne reviendra ni sur le mariage pour tous ni sur l’avortement) et un champion de « l’intérêt national » sur le plan extérieur. En somme, la parfaite définition d’un gaulliste qui raisonne et agit, comme disait le Général, « les choses étant ce qu’elles sont ». Avec un léger penchant russophile, comme de Gaulle lui-même au demeurant. (…) On mesure ici le non-libéralisme de Fillon qui ne croit pas aux vertus du libre-échange. Celui-ci n’est pas un « dogme » mais une démonstration économique que l’on doit à Ricardo et un constat des résultats positifs de l’intégration économique européenne sur notre pouvoir d’achat ou de la mondialisation en matière de baisse spectaculaire de la pauvreté (ce que les Français ignorent). F. Fillon se méfie de la mondialisation, même s’il ne propose pas -pragmatisme là encore oblige- de « démondialisation ». Il s’oppose au TAFTA, comme… Trump, qui n’est pas non plus un libéral. La bonne position aurait été de défendre bec et ongles les intérêts français et européens – ce que l’on n’a pas assez fait avec la Chine – mais non de renoncer dès à présent au TAFTA. Le risque de surenchère protectionniste est réel et devrait nous alerter quand on connaît les précédents, tant au XIXème siècle que dans les années 30. L’un dans l’autre, Génération libre n’avait mis que 12/20 à Fillon en matière de libéralisme. Il est vrai qu’avec cette note il arrivait quand même en deuxième position derrière NKM. Ce qui en dit long sur le libéralisme de nos hommes politiques, droite comprise… Christophe de Voogd
La droite française depuis plus de 20 ans est beaucoup plus à gauche et antilibérale que les droites classiques européennes, et même que certaines gauches sociales-démocrates (Blair et même Schroeder plus libéraux que Chirac, etc.). Et dans ce contexte franchouillard, oui, Fillon est libéral. Mais le fait que Gorbatchev était plus libéral que Brejnev et beaucoup plus libéral que Staline n’en faisait pas pour autant un authentique libéral. C’est l’histoire du borgne aux pays des aveugles : Fillon est un poil plus libéral que l’archétype des énarques (Juppé), que l’idéal-type des énarques (Le Maire) et que le prince des interventionnistes (Sarkozy). Mais il ne faut pas avoir peur du ridicule pour le comparer à Margareth Thatcher. Cette dernière avait un programme, des troupes, du courage. On est aussi assez loin de Jacques Rueff. A moins que Fillon nous étonne sur le tard, c’est plus un « budgétariste » et éventuellement un réformateur qu’un libéral. Il est plus proche de Juppé que de Madelin (regardez sur son site internet le chapitre « créer des géants européens du numérique », par exemple, on est bien loin de la Sillicon Valley, idem sur la culture, le logement, l’agriculture, etc.). Ce sera un bon administrateur, il a un track record de cinq ans en la matière, pas un libéral, là il n’y a guère que la privatisation de France Telecom à son actif. Mais dans l’opinion cela suffira peut-être : après cinq années de hollandisme, n’importe quelle présidence même centriste apparaîtra comme très libérale.  (…) Séguiniste à 18 ans (mais pas après, faut pas déconner…), je suis sans doute mal placé pour critiquer le sombre passé politique du futur président. Il y a tout de même des passés plus troubles que celui là (Chirac ancien communiste pas vraiment repenti, Jospin ancien trotsko pas vraiment repenti, Mitterrand ancien pétainiste pas vraiment repenti, etc.). Ce n’est certes pas le parcours d’un pur libéral, mais c’est logique puisqu’un libéral intransigeant ne rassemblerait pas 44% des voix dans une primaire de la droite en France. Il faudra juger sur les actes, et ce n’est certainement pas en promettant de monter la TVA que Fillon deviendra le grand président libéral de notre pays socialiste. (…) En déclarant qu’il ne considère pas « le libre-échange comme l’alpha et l’oméga de la pensée économique », Fillon joue un jeu dangereux. Cela s’accompagne comme toujours de la petite musique traditionnelle selon laquelle « les USA, eux, savent défendre leurs intérêts », musique idiote dans la mesure où : a) ce n’est pas parce que les autres se tirent une balle dans le pied qu’il faut impérativement en faire autant, b) on fait mine ainsi de penser que nous avons les marges de manœuvre d’un pays cinq fois plus peuplé, six fois plus riche et cinquante fois plus libre monétairement,  c) ce sont souvent les mêmes qui dénoncent le néoprotectionnisme américain et qui soulignent dans le même temps leur activisme dans les instances libre-échangistes globales et/ou l’amplitude de leurs déficits commerciaux ; comprenne qui pourra. (…) Toujours, bien entendu, pour protéger les plus démunis, alors que ce sont les rentiers qui demandent et qui obtiennent des protections. Mais Fillon, comme Hollande ou Merkel, sait surfer sur ce qui marche et éviter les combats impopulaires, et il se trouve que le TAFTA n’est pas en odeur de sainteté par les temps qui courent. Pas sûr qu’il ait lu Bastiat, comme Ronald Reagan. Pas sûr par conséquent qu’il reste très « libéral » entre 2017 et 2022 si les vents de l’opinion deviennent (comme c’est probable) trop défavorables à cette orientation, a fortiori s’il veut rassembler sa famille puis donner quelques gages à la gauche après une victoire au 2e tour contre Le Pen. Mathieu Mucherie

Vous avez dit dégueulasse ?

Alors qu’au lendemain d’un premier tour d’une primaire qui, fidèle au scénario inauguré par le référendum du Brexit et la présidentielle américaine, a bousculé tous les pronostics

Le lecteur exalté des Mémoires d’Outre-Tombe et héritier chiraquien revendiqué qui peine, entre « Prisunic », « gomme » et « super pêche », à faire oublier ses vénérables 71 ans

Dénonce, tout en jouant sur tous les tableaux, la « France nostalgique de l’ordre ancien » prétendument personnifiée par son adversaire …

Mais aussi, pour sa notoire complaisance avec l’islam politique, la « campagne dégueulasse » et « ignominieuse » dont il est l’objet de la part de sites d’extrême-droite …

Pendant que l’ancien banquier d’affaires et ministre d’un gouvernement socialiste ne nous sort rien de moins que la « Révolution » …

Comment ne pas voir …

Avec le site Atlantico

La véritable campagne de désinformation de nos dûment stipendiés médias …

Face au prétendu, Libération et sa couverture de Fillon Thatcherisé dixit, « programme ultraconservateur et ultralibéral » et « Tariq Ramadan des sacristies » …

D’un  candidat ancien séguiniste et anti-TAFTA que l’actuel président n’arrivait même pas à distinguer d’Alain Juppé lui-même ?

Comme les côtés autant surréalistes que révélateurs d’un tel débat …

Dans un pays qui alors qu’après le Canada et la Suède dans les années 90 la plupart des pays occidentaux ont réduit drastiquement leur fonction publique …

Continue à employer quelque 5,5 millions de fonctionnaires soit un Français sur cinq (24 % de la population active contre 15 % en moyenne pour l’OCDE) ?

Pourquoi François Fillon n’est pas l’ultra-libéral que veulent voir ses opposants de tous bords
Si l’accusation d’ultra-libéral revient souvent dans la bouche des opposants à François Fillon, le parcours politique du candidat LR à la primaire de la droite et ses prises de position sur certains sujets majeurs sont pourtant loin de coller avec la pensée « ultra-libérale »

Atlantico

22 novembre 2016

Atlantico : En termes de vision économique, François Fillon est souvent taxé d’ultra-libéral par une partie de ses opposants. Est-ce vraiment un « procès » qu’on peut lui faire ? Le sérieux budgétaire et la volonté de remise en ordre qu’il incarne sont-ils vraiment une marque « d’ultra-libéralisme » ?

Christophe de Voogd : Le refrain de « l’ultra-libéralisme » est en effet entonné dans tous les médias de gauche et par Manuel Valls lui-même à l’encontre de François Fillon. Notons d’abord la connotation doublement polémique de ce terme dans notre culture politique : « ultra » renvoie aux aristocrates réactionnaires de la Restauration qui, selon le mot de Talleyrand, n’avaient « rien appris, ni rien oublié ». Quant à « libéral », on sait qu’il est chez nous l’équivalent de « loi de la jungle » de « droit du plus fort » et d’ »anti-social ». François Hollande vient ainsi de tweeter que le « libéralisme, c’est la liberté des uns contre celle des autres ». Notre tradition étatiste et égalitariste nous a fait largement oublié que le libéralisme est d’abord une philosophie de la liberté qui a inspiré notamment la Déclaration des droits de l’homme, l’instruction publique et l’émancipation féminine. Autrement dit, personne n’est plus « anti-ultra » que les libéraux ! La dénonciation de « l’ultra-libéralisme » est donc, en même temps qu’une double charge polémique, un double contre-sens historique et idéologique. A quoi s’ajoute que, de Montesquieu à Revel en passant par Tocqueville, Bastiat, Alain et Aron, la France est très riche de cette pensée libérale.  Mais nos lycéens et même nos étudiants n’ont pas le droit de le savoir…

Dans votre question, il y a le mot « remise en ordre » : de fait la volonté d’ordre est plus typique de l’horizon politique de la droite conservatrice que de celle du libéralisme qui croit davantage à l’ordre spontané du marché, sous réserve d’une régulation juridique de l’Etat, ce que l’on oublie toujours. Quant au sérieux budgétaire, il n’a rien de libéral en soi : tout dépend des circonstances. Poincaré, Rueff, Barre ou Bérégovoy y croyaient parce qu’ils constataient l’impasse de la gabegie budgétaire. Il est vrai que la chose s’est un peu perdue depuis les années 2000.

Allons plus loin : en bon libéral, je m’interroge sur les motivations de tant commentateurs qui hurlent au loup (c’est-à-dire à « l’ultra-libéralisme ») devant le programme de F. Fillon. Et je constate que ces hurlements viennent des innombrables rentiers de l’Etat qui s’inquiètent naturellement de la perspective d’une baisse des dépenses publiques et défendent non moins naturellement leurs intérêts : fonctionnaires, syndicats, classe politique, audiovisuel public et une bonne partie de la presse…Pour certains, comme Libération, c’est une question de survie : on comprend leur violence anti-Fillon. Cette hostilité de « l’establishment d’Etat » va rendre la tâche très difficile à ce dernier, dès cette semaine et plus encore lors de la campagne présidentielle, s’il franchit les primaires.

Mathieu Mucherie : La droite française depuis plus de 20 ans est beaucoup plus à gauche et antilibérale que les droites classiques européennes, et même que certaines gauches sociales-démocrates (Blair et même Schroeder plus libéraux que Chirac, etc.). Et dans ce contexte franchouillard, oui, Fillon est libéral. Mais le fait que Gorbatchev était plus libéral que Brejnev et beaucoup plus libéral que Staline n’en faisait pas pour autant un authentique libéral. C’est l’histoire du borgne aux pays des aveugles : Fillon est un poil plus libéral que l’archétype des énarques (Juppé), que l’idéal-type des énarques (Le Maire) et que le prince des interventionnistes (Sarkozy). Mais il ne faut pas avoir peur du ridicule pour le comparer à Margareth Thatcher. Cette dernière avait un programme, des troupes, du courage. On est aussi assez loin de Jacques Rueff.

A moins que Fillon nous étonne sur le tard, c’est plus un « budgétariste » et éventuellement un réformateur qu’un libéral. Il est plus proche de Juppé que de Madelin (regardez sur son site internet le chapitre « créer des géants européens du numérique », par exemple, on est bien loin de la Sillicon Valley, idem sur la culture, le logement, l’agriculture, etc.). Ce sera un bon administrateur, il a un track record de cinq ans en la matière, pas un libéral, là il n’y a guère que la privatisation de France Telecom à son actif. Mais dans l’opinion cela suffira peut-être : après cinq années de hollandisme, n’importe quelle présidence même centriste apparaîtra comme très libérale.

Le parcours politique de François Fillon (opposition au traité de Maastricht, filiation séguiniste…) est-il vraiment en accord avec ce que l’on pourrait attendre d’un « ultra-libéral » ?

Mathieu Mucherie : La plupart des authentiques libéraux ont trouvé que le traité de Maastricht était un carcan incompatible avec les libertés à long terme et avec l’efficience économique à tous les horizons ; surtout l’idée de taux de changes nominaux fixes « pour l’éternité » avec en plus une gestion de la monnaie par une banque centrale indépendante (indépendante des autres sphères, autant dire un État dans l’État). Ce n’est pas une histoire de droite ou de gauche : quand des gens aussi éloignés que Paul Krugman, Milton Friedman ou Martin Feldstein arrivent grosso modo à la même conclusion, on peut se douter que l’édifice construit par nos élites européennes n’est peut-être pas très libéral, quelle que soit la définition que l’on donne à ce terme. Les pays les plus libéraux (Angleterre, Suisse…) ne s’y sont pas trompés.

Séguiniste à 18 ans (mais pas après, faut pas déconner…), je suis sans doute mal placé pour critiquer le sombre passé politique du futur président. Il y a tout de même des passés plus troubles que celui là (Chirac ancien communiste pas vraiment repenti, Jospin ancien trotsko pas vraiment repenti, Mitterrand ancien pétainiste pas vraiment repenti, etc.). Ce n’est certes pas le parcours d’un pur libéral, mais c’est logique puisqu’un libéral intransigeant ne rassemblerait pas 44% des voix dans une primaire de la droite en France. Il faudra juger sur les actes, et ce n’est certainement pas en promettant de monter la TVA que Fillon deviendra le grand président libéral de notre pays socialiste.

Christophe de Voogd : François Fillon l’a dit lui-même : son libéralisme n’est pas un « choix idéologique » mais un « constat » : l’excès des charges pesant sur les entreprises et sur le travail est l’une des causes majeures du déclin français. Le taux de prélèvements obligatoires est passé de 30 à 45% du PIB depuis 1960. Il n’y nulle contradiction dans son nouveau positionnement qui est simplement lié à l’évolution des choses et notamment du niveau de la dépense publique. J’observe que les commentaires de la plupart des médias présentent ce programme comme « dur », « violent ». Mais pour qui ? Certainement pas pour les entreprises qui vont connaître une baisse sans précédent de leurs charges sociales et fiscales (40 milliards), ni pour les familles des classe moyennes ; ni pour les millions de chômeurs qui sont évincés d’un marché du travail hyper-rigide ; ni pour les commerçants et indépendants dont le régime fiscal et social sera aligné sur le statut d’autoentrepreneur . Demandez-leur s’ils redoutent davantage « l’ultralibéralisme » supposé de Fillon ou la spoliation actuelle du RSI ? Curieusement, on ne parle jamais de ces catégories fort nombreuses lorsqu’on aborde l’impact des « mesures Fillon » sur les uns ou les autres…

Pour le reste, le parcours de F. Fillon est celui d’un gaulliste social. Son programme vise à mettre en place des coopérations renforcées en Europe, nullement un Etat supranational. De plus, son indulgence pour Poutine ne traduit pas, c’est le moins qu’on puisse dire, un penchant libéral. Pas plus que ces positions dans le domaine sociétal.

François Fillon est donc non pas un libéral mais un PRAGMATIQUE en matière économique, un conservateur en matière sociétale (mais non un réactionnaire puisqu’il ne reviendra ni sur le mariage pour tous ni sur l’avortement) et un champion de « l’intérêt national » sur le plan extérieur. En somme, la parfaite définition d’un gaulliste qui raisonne et agit, comme disait le Général, « les choses étant ce qu’elles sont ». Avec un léger penchant russophile, comme de Gaulle lui-même au demeurant.

En quoi la position de François Fillon sur le libre-échange, et notamment le controversé traité TAFTA, s’inscrit-elle en faux avec la pensée des économistes et politiques « ultra-libéraux » ?

Christophe de Voogd : Après tout ce qui précède, vous admettrez que j’écarte ce mot « d’ultralibéral » ! On mesure ici le non-libéralisme de Fillon qui ne croit pas aux vertus du libre-échange. Celui-ci n’est pas un « dogme » mais une démonstration économique que l’on doit à Ricardo et un constat des résultats positifs de l’intégration économique européenne sur notre pouvoir d’achat ou de la mondialisation en matière de baisse spectaculaire de la pauvreté (ce que les Français ignorent). F. Fillon se méfie de la mondialisation, même s’il ne propose pas -pragmatisme là encore oblige- de « démondialisation ». Il s’oppose au TAFTA, comme… Trump, qui n’est pas non plus un libéral. La bonne position aurait été de défendre bec et ongles les intérêts français et européens – ce que l’on n’a pas assez fait avec la Chine – mais non de renoncer dès à présent au TAFTA. Le risque de surenchère protectionniste est réel et devrait nous alerter quand on connaît les précédents, tant au XIXème siècle que dans les années 30.

L’un dans l’autre, Génération libre n’avait mis que 12/20 à Fillon en matière de libéralisme. Il est vrai qu’avec cette note il arrivait quand même en deuxième position derrière NKM. Ce qui en dit long sur le libéralisme de nos hommes politiques, droite comprise…

Mathieu Mucherie : En déclarant qu’il ne considère pas « le libre-échange comme l’alpha et l’oméga de la pensée économique », Fillon joue un jeu dangereux. Cela s’accompagne comme toujours de la petite musique traditionnelle selon laquelle « les USA, eux, savent défendre leurs intérêts », musique idiote dans la mesure où :

a) ce n’est pas parce que les autres se tirent une balle dans le pied qu’il faut impérativement en faire autant,
b) on fait mine ainsi de penser que nous avons les marges de manœuvre d’un pays cinq fois plus peuplé, six fois plus riche et cinquante fois plus libre monétairement,
c) ce sont souvent les mêmes qui dénoncent le néoprotectionnisme américain et qui soulignent dans le même temps leur activisme dans les instances libre-échangistes globales et/ou l’amplitude de leurs déficits commerciaux ; comprenne qui pourra.

En vérité, le meilleur test consiste à demander : êtes-vous favorable, partout et tout le temps, au désarmement douanier le plus total et le plus unilatéral ? un non-économiste cherchera toujours à négocier sur ce point, à tergiverser, à éluder ou à inventer des contre-exemples historiques ou théoriques, tous foireux (dans le best of, l’argument des droits de douane américains élevés au XIXe siècle, qui se garde bien de préciser où en étaient la fiscalité et la réglementation aux USA à l’époque, sans parler de la mobilité des hommes et des capitaux). Toujours, bien entendu, pour protéger les plus démunis, alors que ce sont les rentiers qui demandent et qui obtiennent des protections. Mais Fillon, comme Hollande ou Merkel, sait surfer sur ce qui marche et éviter les combats impopulaires, et il se trouve que le TAFTA n’est pas en odeur de sainteté par les temps qui courent. Pas sûr qu’il ait lu Bastiat, comme Ronald Reagan. Pas sûr par conséquent qu’il reste très « libéral » entre 2017 et 2022 si les vents de l’opinion deviennent (comme c’est probable) trop défavorables à cette orientation, a fortiori s’il veut rassembler sa famille puis donner quelques gages à la gauche après une victoire au 2e tour contre Le Pen.

Voir aussi:

Primaire
Qui veut la peau d’«Ali Juppé» ?
Laure Equy et Dominique Albertini

Libération

22 novembre 2016

Cible d’une campagne grotesque mais efficace sur sa supposée complaisance envers l’islam politique, le challenger de Fillon à la primaire de droite s’est résolu à contre-attaquer.

«Cette histoire de mosquée, ça le met dans une colère noire», soufflent ses conseillers depuis le début de la campagne. Depuis des mois, Alain Juppé a les sites et twittos d’extrême droite aux basques. Un harcèlement viral parti de sa ville de Bordeaux et qui a pris, avec la primaire, une dimension nationale. S’il a longtemps laissé courir, le candidat dénonce désormais avec force une «campagne de caniveau», «ignominieuse», «des attaques franchement dégueulasses». C’est que – son équipe et lui en sont convaincus – ces caricatures et intox relayées sur les réseaux sociaux et via des chaînes de mails ont fait dimanche de sérieux dégâts dans les urnes.

Quelle forme prend la cabale ?
A l’origine de cette campagne de diffamation, l’extrême droite et une partie de la droite dite «classique» – mais désormais alignée sur le FN en matière identitaire. Sur Internet, des représentants de ces milieux ne désignent plus le maire de Bordeaux que par le surnom d’«Ali Juppé», l’accusant de compromissions avec les franges les plus rétrogrades de l’islam.

Parce qu’il permet l’anonymat et la circulation virale de ces attaques, Internet est devenu le terrain privilégié de ce procès en islamophilie. C’est la «fachosphère» qui est à l’œuvre : un ensemble confus et mouvant de blogueurs, d’utilisateurs des réseaux sociaux ou de commentateurs des sites d’information, dont l’islamophobie est l’un des combats fédérateurs. Au sein de cette nébuleuse décentralisée, on partage avec enthousiasme les rumeurs les plus fantaisistes, mais aussi les productions les plus «réussies», notamment les images. Telle cette caricature d’un Juppé léchant la babouche de Tariq Ramadan, ou ce photomontage le représentant barbu et vêtu d’un kamis musulman.

De manière moins visible, ces attaques ont aussi atterri dans les boîtes mails de nombreux électeurs, via des «chaînes de messages» que chaque récepteur est invité à partager avec ses contacts. «Il s’agit d’un procédé de diffusion dont l’audience n’est pas quantifiable, contrairement aux réseaux sociaux, explique Jonathan Chibois, chercheur en anthropologie politique. C’est très souterrain. Ces chaînes de mails fonctionnent toutefois très bien chez ceux qui n’utilisent pas Twitter ou Facebook, notamment les personnes âgées. Quand on vit à la campagne, on s’en aperçoit bien. Même lorsque ces récits ne sont pas pris au sérieux, ils installent une ambiance, en jouant sur l’adage populaire « il n’y a pas de fumée sans feu ».»

Cette campagne a même trouvé un relais chez Jean-Frédéric Poisson, candidat à la primaire, qui a repris le couplet, évoquant une proximité entre Juppé et «des organisations directement liées aux Frères musulmans». Idem pour l’hebdo très droitier Valeurs actuelles, qui a décrit un Juppé «aux petits soins avec les Frères musulmans».

D’où viennent ces accusations ?
C’est un projet de «centre culturel et cultuel musulman», lancé au milieu des années 2000 par la Fédération musulmane de la Gironde (FMG), qui a enflammé la fachosphère. Censé répondre aux besoins des musulmans locaux, le bâtiment doit réunir une salle de prière, une bibliothèque, un restaurant ou encore une salle d’exposition. Le maire de Bordeaux n’est pas opposé au projet : «Nous sommes en discussion avec la communauté musulmane, indique-t-il en 2008. Nous avons d’excellentes relations avec ses principaux leaders. J’ai déjà indiqué qu’un terrain leur serait proposé.»

Cette ouverture vaut à Juppé d’être ciblé par l’extrême droite. En 2009, des militants du mouvement Génération identitaire occupent le toit d’un parking bordelais et y suspendent une banderole proclamant : «Ce maire commence à poser un vrai problème». Le Front national local ne tarde pas à embrayer, accusant faussement la municipalité de vouloir financer la construction de la mosquée. Et un site à la dénomination apparemment neutre, «Infos Bordeaux» – en réalité relais d’opinion pour l’extrême droite – agite depuis des années le spectre d’une «mosquée-cathédrale».

Aujourd’hui, pourtant, la «grande mosquée de Bordeaux» n’est pas sortie de terre. Selon la première adjointe, Virginie Calmels, Alain Juppé aurait exigé que le projet ne reçoive pas de financement étranger et aucun permis de construire n’a été déposé.

L’offensive contre l’édile bordelais s’était intensifiée pendant la campagne municipale de 2014 puis aux dernières régionales contre Virginie Calmels. Un tract du FN, titré «Non au centre islamique à Bordeaux», accusait la candidate (LR) pour la région Nouvelle Aquitaine et Alain Juppé de préparer «une islamisation de Bordeaux» et de vouloir financer le projet «d’un coût de 22 millions d’euros en grande partie avec l’argent des contribuables». Calmels a porté plainte pour diffamation, sans succès.

Ce n’est pas tout : c’est aussi sur ses liens avec l’imam bordelais Tareq Oubrou qu’Alain Juppé est attaqué par l’extrême droite. Probable recteur du futur lieu de culte, si celui-ci existe un jour, Obrou est membre de l’Union des organisations islamiques de France (l’UOIF), vitrine française des Frères musulmans. L’homme entretient de cordiales relations avec le maire de Bordeaux. Il n’en fallait pas plus pour que ce dernier soit accusé de connivence avec le fondamentalisme musulman – voire d’antisémitisme. «Tareq Oubrou serait-il le Premier ministre d’Ali Juppé ?» questionnait en juillet le site xénophobe et anti-islam Riposte laïque, accusant l’imam de vouloir «imposer la charia en Europe et en France». Tareq Obrou a par le passé défendu une stricte orthodoxie religieuse. Mais il promeut aujourd’hui une conception libérale de l’islam, affirmant par exemple qu’«une musulmane qui ne se couvre pas les cheveux est aussi musulmane que celle qui se couvre», ou laissant femmes et hommes prier ensemble dans sa mosquée. Peu importe pour les détracteurs de l’imam (et du maire de Bordeaux), convaincus que ce dernier dissimulerait ses vraies convictions.

Quel impact sur la campagne ?
Alors que l’ex-Premier ministre a fait le pari d’assumer son objectif de «l’identité heureuse», cette offensive visant à le faire passer pour un faible à l’égard des islamistes a pu troubler certains électeurs, «des esprits mal informés», dixit Juppé. Qu’importe si le candidat prône l’expulsion des imams radicaux ou l’obligation du prêche en français, la puissance de la charge rend parfois inaudible les déclarations du candidat et les éléments de programme.

«Cela a été un bruit de fond qui a parasité toute la campagne», soupire Aurore Bergé, responsable de la campagne numérique de Juppé, qui reconnaît la difficulté de mettre sur pied une riposte : «C’est très compliqué d’établir la bonne stratégie. On peut tenter d’opposer des arguments mais clairement, ces attaques ne parlent pas à la rationalité des gens.» Poursuivre pour diffamation ? Selon elle, beaucoup de ces comptes Twitter sont hébergés à l’étranger. Et n’est-ce pas risquer d’amplifier l’écho de leurs allégations ? Interpellés régulièrement, Juppé et son entourage ont dénoncé cette «propagande sur les réseaux sociaux», notamment au JT de TF1 en juin, mais ont préféré ne pas faire mousser leurs détracteurs. «On a considéré qu’il valait mieux traiter par le mépris car le truc est tellement invraisemblable», explique un membre de son équipe. Après avoir subi le même dénigrement en 2014, «il a été élu au premier tour à 61 %. Juppé s’est dit que les Bordelais savaient que tout cela était complètement diffamatoire, rappelle sa première adjointe, Virginie Calmels. Mais le problème est qu’on a changé d’échelle.» Pour Aurore Bergé, il faudra, si Juppé devient dimanche le candidat de la droite à la présidentielle, «trouver des modes d’action pour déconstruire la parole d’extrême droite, et pas seulement des gentils Tumblr. Même si on doit sourcer, être rigoureux sur les contenus qu’on produit».

Depuis quelques jours, et particulièrement après le premier tour, Juppé hausse le ton. Dans l’Express, il va jusqu’à souligner son pedigree catholique : «Je suis baptisé, je m’appelle Alain Marie, je n’ai pas changé de religion.» Lundi sur France 2, il concédait que «la bonne foi est souvent impuissante contre la calomnie, surtout quand elle est anonyme». Mais il s’en prend aussi à ses concurrents, remarquant mardi matin sur Europe 1 qu’aucun «n’a condamné» cette campagne contre lui. Son équipe observe d’ailleurs que des militants sarkozystes ou fillonistes n’ont pas manqué de faire tourner ces intox sur les réseaux sociaux.

Et ces attaques ne devraient pas disparaître d’ici à dimanche. «Pour contrer le vote musulman, votons Fillon en masse !» exhorte le site Riposte laïque, où l’on présente Juppé comme «le plus islamo-collabo, le plus francophobe, le plus immigrationniste» des candidats de la primaire. Jusqu’alors épargné, Fillon, désormais favori, devrait toutefois être ciblé à son tour. Depuis lundi, remontent sur Twitter des photos de lui inaugurant en 2010 la mosquée d’Argenteuil (Val-d’Oise). Un autre site islamophobe entend épingler «ces membres de l’équipe Fillon qui collaborent avec des mosquées en mairie».

Voir également:

Juppé «observe» des «soutiens d’extrême droite» pour Fillon
Libération/AFP

22 novembre 2016

Alain Juppé a observé mardi que «depuis quelques jours les soutiens d’extrême droite arrivent en force» en faveur de François Fillon, son adversaire au second tour de la primaire de la droite.

Evoquant lors d’un meeting à Toulouse «la reconstitution de l’équipe 2007-2012», M. Juppé a dit : «J’observe que depuis quelques jours d’ailleurs les soutiens de l’extrême droite arrivent en force pour cette équipe».

Interrogée, son équipe a cité les noms de Jacques Bompard et de Carl Lang, ancien secrétaire général du FN et président du Parti de la France, qui a souhaité dimanche «confirmer au deuxième tour le rejet d’Alain Juppé». Mais M. Lang a précisé à l’AFP qu’il n’entendait pas voter dimanche.

Une autre groupe d’extrême droite, Riposte laïque, a lancé un appel contre le maire de Bordeaux mardi: «pour contrer le vote musulman, votons Fillon en masse!».

Alain Juppé a lancé pour sa part: «Moi je suis soutenu par une grande partie de LR, par l’UDI, le MoDem, le rassemblement qui nous a toujours permis de gagner».

«François Fillon a reçu le soutien de Nicolas Sarkozy, ce qui reconstitue l’équipe de 2007-2012», a-t-il ajouté.

«Il paraît que François Fillon a été choqué que je lui demande de clarifier sa position sur l’IVG – c’était quand même nécessaire puisqu’il y a quelque temps il écrivait dans un livre que c’était un droit fondamental de la femme, avant de changer d’avis puis de donner un sentiment personnel et de dire qu’il ne changerait rien à la législation actuelle».

«Et je vous le dis, je ne renoncerai pas à poser d’autres questions», a-t-il lancé. «L’IVG est un droit fondamental, durement acquis par les femmes», a-t-il ajouté.

François Fillon s’est indigné mardi que son concurrent lui demande de «clarifier» sa position.

Alain Juppé s’est par ailleurs ému face aux «attaques personnelles ignominieuses» émanant des réseaux sociaux le baptisant «Ali Juppé, grand mufti de Bordeaux» et aux calomnies sur le «salafisme et l’antisémitisme». Le maire de Bordeaux s’était déjà insurgé à plusieurs reprises contre ces calommnies.

«Ca a fait des dégâts, j’ai des témoignages précis dans des queues de personnes qui parfois ont changé leur vote parce qu’ils ont été impressionnés par cette campagne dégueulasse!», s’est-il emporté. «J’aurais aimé que certains de mes compétiteurs condamnent cette campagne ignominieuse», a-t-il lancé.

Alain Juppé, arrivé près de 16 points derrière François Fillon au premier tour alors qu’il était le favori du scrutin, a de nouveau pointé «la brutalité» du programme «mal étudié» qui n’a «pas de sens» de son adversaire. «On ne supprimera pas 500.000 fonctionnaires en 5 ans», a-t-il dit. «Cela ne se fera pas», a-t-il assuré, opposant au contraire la «crédibilité» de son programme.

«J’ai dans mon conseil municipal un représentant de +Sens Commun+ (mouvement hostile au mariage pour tous qui soutient Fillon), qui appartient à ma majorité, parce que je l’ai embarqué dans ma liste – voyez que je suis ouvert d’esprit- eh bien chaque fois qu’il y a une subvention — pas souvent, de temps en temps — qui va à une association d’homosexuels eh bien il refuse de voter», a-t-il expliqué. «Ce n’est pas ma conception de la société», a-t-il déclaré.

Jean-François Copé, qui a rallié le maire de Bordeaux, a loué son «sang froid» ainsi que son «courage». Nathalie Kosciusko-Morizet avait également fait le déplacement, ralliée «pas par calcul» mais «pas par hasard». «Je me suis battue et je continuerai à le faire contre les conservatismes de droite et de gauche et aujourd’hui, c’est toi, Alain, qui portes la tête de ce combat», a-t-elle lancé.

Voir encore:

Sacristie

Laurent Joffrin
Libération
21 novembre 2016 
Édito

Journée des dupes. Beaucoup d’électeurs ont voulu écarter un ancien président à leurs yeux trop à droite. Impuissants devant la mobilisation de la droite profonde, ils héritent d’un candidat encore plus réac. C’est ainsi que le Schtroumpf grognon du conservatisme se retrouve en impétrant probable. «Avec Carla, c’est du sérieux», disait le premier. Avec Fillon, c’est du lugubre. Bonjour tristesse… La droitisation de la droite a trouvé son chevalier à la triste figure. C’est vrai en matière économique et sociale, tant François Fillon en rajoute dans la rupture libérale, décidé à démolir une bonne part de l’héritage de la Libération et du Conseil national de la Résistance. Etrange apostasie pour cet ancien gaulliste social, émule de Philippe Séguin, qui se pose désormais en homme de fer de la révolution conservatrice à la française. Aligner la France sur l’orthodoxie du laissez-faire : le bon Philippe doit se retourner dans sa tombe. On comprend le rôle tenu par les intellectuels du déclin qui occupent depuis deux décennies les studios pour vouer aux gémonies la «pensée unique» sociale-démocrate et le «droit-de-l’hommisme» candide : ouvrir la voie au meilleur économiste de la Sarthe, émule de Milton Friedman et de Vladimir Poutine. Nous avions l’Etat-providence ; nous aurons la providence sans l’Etat. C’est encore plus net dans le domaine sociétal, où ce chrétien enraciné a passé une alliance avec les illuminés de la «manif pour tous». Il y a désormais en France un catholicisme politique, activiste et agressif, qui fait pendant à l’islam politique. Le révérend père Fillon s’en fait le prêcheur mélancolique. D’ici à ce qu’il devienne une sorte de Tariq Ramadan des sacristies, il n’y a qu’un pas. Avant de retourner à leurs querelles de boutique rose ou rouge, les progressistes doivent y réfléchir à deux fois. Sinon, la messe est dite.

Voir de plus:

Alain Juppé: « La vision de François Fillon me paraît tournée vers le passé »
Presidentielle 2017
Propos recueillis par Corinne Lhaïk

Libération

22/11/2016

Alain Juppé revient dans une longue interview à L’Express sur son programme et sa vision de la France alors qu’il est confronté à François Fillon, très en avance dans les sondages, pour le second tour de la primaire à droite.
Vous décrivez une différence de degré avec vous, pas de nature…

Il y a une différence de nature quand, moi, je veux une France moderne, ouverte sur l’avenir. Sa vision me paraît beaucoup plus traditionaliste et tournée vers le passé. Sur les questions sociales, sur l’évolution des moeurs, la prise en compte de deux enjeux fondamentaux – l’égalité entre les femmes et les hommes ou la conception d’une nouvelle croissance pour sauver la planète du réchauffement climatique -, il s’est peu exprimé.

Vos positions sur des sujets de société peuvent susciter l’incompréhension de certains électeurs de droite. Que leur dites-vous?

Je leur ai toujours dit que je respectais leurs convictions. Je suis moi-même catholique, contrairement à l’ignominieuse campagne développée par je ne sais qui et qui me présente comme converti à l’islam et complaisant vis-à-vis de l’islamisme. Cette campagne de caniveau a fait des dégâts sur certains esprits mal informés. Je suis catholique, je suis baptisé, je m’appelle Alain Marie, je n’ai pas changé de religion et je comprends parfaitement le point de vue de mes coreligionnaires catholiques. Certains sont plus intégristes, moi, je me reconnais davantage dans la vision du pape François.

Voir de même:

La victoire de François Fillon au premier tour de la primaire de la droite, dimanche, a surpris jusqu’à l’Elysée, où le président n’avait pas vu venir la défaite de Nicolas Sarkozy.

Europe 1

21 novembre 2016

Un résultat sans appel qui a surpris tout le monde. Personne n’avait imaginé une telle avance pour François Fillon au premier tour de la primaire de la droite, dimanche soir. Encore moins le président de la République. François Hollande n’avait pas non plus vu venir la défaite de Nicolas Sarkozy. Dans cette soirée électorale, le chef de l’Etat a perdu son ennemi préféré et il n’a surtout plus grand-chose à quoi se raccrocher. Explications.

Hollande ne l’avait pas vu venir. Chez les proches du président, c’est l’abattement en fin de soirée. « Regardez Fillon, glisse l’un de ses proches, il était dans les choux à la rentrée. Ça prouve que rien ne se passe jamais comme prévu ». L’analyse peut paraître ironique quand on sait que le président ne prédisait pas du tout ce résultat il y a encore quelques mois. « Fillon n’a aucune chance », prophétisait-il à Gérard Davet et Fabrice Lhomme, dans le fameux livre d’entretiens Un président ne devrait pas dire ça (éditions Stock).

Fillon, le plus réactionnaire pour Hollande. Dimanche soir, devant sa télévision, dans ses appartements privés de l’Elysée, le chef de l’Etat a échangé frénétiquement par SMS avec ses conseillers, ses amis. Le message est désormais clair : François Fillon est le plus libéral, le plus réactionnaire, selon François Hollande. Face à cet adversaire, il peut encore incarner la défense du modèle social.

Personne ne veut d’un remake de 2012. Mais une partie de la gauche fait déjà une toute autre lecture du scrutin, persuadée que le résultat de dimanche montre surtout une chose : personne ne veut d’un remake de 2012. Un député proche de Manuel Valls sort déjà les crocs : « Hollande n’aura pas son match retour avec Sarkozy, c’est un signe de plus qu’il faut laisser la place ».

Voir aussi:

Hollande pense que « le masque de Juppé va tomber »

En petit comité, le chef de l’État explique que la popularité d’Alain Juppé explosera à la lumière de la primaire, quand « le masque va tomber ».

Emmanuel Berretta

Le Point
09/03/2016

Nos ancêtres les Gaulois: Attention, une ignorance peut en cacher une autre ! (Our ancestors the Gauls: With the growing challenges of globalization, mass immigration and terrorism, France rediscovers its own version of the Mayflower story)

22 septembre, 2016
francais_gaulois des-supporters-finisteriens-au-bresil
supporter-equipe-de-france-18333789-1-fre-frFrench fans sporting gauls' helmets sing prior to the men's semifinal handball match France vs Germany for the Rio 2016 Olympics Games at the Future Arena in Rio on August 19, 2016. / AFP / afp / JAVIER SORIANO (Photo credit should read JAVIER SORIANO/AFP/Getty Images)France supporters watch on giant screen the Euro 2016 final football match between Portugal and France at the Marseille Fan Zone, on July 10, 2016. / AFP PHOTO / BORIS HORVATBORIS HORVAT/AFP/Getty Images ORIG FILE ID: 553893376Et ne prétendez pas dire en vous-mêmes: Nous avons Abraham pour père! Car je vous déclare que de ces pierres-ci Dieu peut susciter des enfants à Abraham. Jésus (Matthieu 3: 9)
BluewhiteredNe croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
I was riding on the Mayflower when I thought I spied some land … Robert Zimmerman (alias Bob Dylan)
Pourquoi le Tiers-Etat ne renverrait-il pas dans les forêts de Franconie toutes ces familles qui conservent la folle prétention d’être issues de la race des conquérants …? Abbé Sieyès
La Révolution (…) a affranchi les Gaulois de la conquête des Francs. Napoléon
Nous croyons être une nation, et nous sommes deux nations sur la même terre, deux nations ennemies dans leurs souvenirs, inconciliables dans leurs projets : l’une a autrefois conquis l’autre ; et ses desseins, ses vœux éternels sont le rajeunissement de cette vieille conquête énervée par le temps, par le courage des vaincus et par la raison humaine. (…) Tout ce qu’avait produit, dans l’ordre politique, la succession des événements arrivés en Gaule depuis la chute de l’empire romain, cessa d’exister par la révolution française. Augustin Thierry (1835)
Et puis, je crois que ce n’est pas le seul cas d’invention d’un peuple. Je pense par exemple qu’à la fin du XIXe siècle, on a inventé le peuple français. Le peuple français n’existe pas en tant que tel depuis plus de 500 ans, comme on a alors essayé de le faire croire. Shlomo Sand
Il y a deux mille ans, notre pays s’appelait la Gaule et ses habitants les Gaulois. Ernest Lavisse (cours élémentaire, 1, 1884)
le président du Front national, candidat pour le deuxième tour de l'élection présidentielle, Jean-Marie Le Pen, salue des militants, le 01 mai 2002 place de l'Opéra à Paris, lors de son discours à l'occasion du défilé du FN. AFP PHOTO MAXIMILIEN LAMYIl y a dans le passé le plus lointain une poésie qu’il faut verser dans les jeunes âmes pour y fortifier le sentiment patriotique. Faisons-leur aimer nos ancêtres les Gaulois et les forêts des druides, Charles Martel à Poitiers, Roland à Roncevaux, Godefroi de Bouillon à Jérusalem, Jeanne d’Arc, Bayard, tous nos héros du passé, même enveloppés de légendes car c’est un malheur que nos légendes s’oublient, que nous n’ayons plus de contes du foyer, et que, sur tous les points de la France, on entende pour toute poésie que les refrains orduriers et bêtes, venus de Paris. Un pays comme la France ne peut vivre sans poésie. Ernest Lavisse (Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire, 1887)
SarkoBlackBlancbeurtunisie-publicZwastiskaRepubliqueparis-is-burningPar un épais brouillard de septembre, deux enfants, deux frères, sortaient de la ville de Phalsbourg en Lorraine. Augustine Fouillée  (alias G. Bruno, Le Tour de France par deux enfants, 1877)
Pour moi, l’histoire de France commence avec Clovis, choisi comme roi de France par la tribu des Francs, qui donnèrent leur nom à la France. Avant Clovis, nous avons la Préhistoire gallo-romaine et gauloise. L’élément décisif pour moi, c’est que Clovis fut le premier roi à être baptisé chrétien. Mon pays est un pays chrétien et je commence à compter l’histoire de France à partir de l’accession d’un roi chrétien qui porte le nom des Francs. Charles De Gaulle (1959)
Nous sommes français: « Nos ancêtres les Gaulois ».  Un peu romains, un peu germains, un peu juifs, un peu italiens, un peu espagnols, de plus en plus portugais, peut-être qui sait polonais et …je me demande si déjà nous ne sommes pas un peu arabes. Voici une phrase imprudente, c’est celle qui sera épinglée … François Mitterrand (1987)
Nos ancêtres les Gaulois, cheveux blonds et têtes de bois, longues moustaches et gros dadas (…) Nos ancêtres les Gaulois eurent le tort d’être grand papas et c’est pour ça qu’on est là … Boris Vian-Henri Salvador (Faut rigoler)
Vous savez la France, historiquement, a une origine plurielle. Nous revendiquons en permanence nos origines judeo-chrétiennes, latines, le fait que nous descendons des gaulois, ce qui n’a rien à voir. Et nous avons un pays, dont le nom, la France, est emprunté à d’autres tribus, les Francs. Ce qui était très différent. Il y a donc un ensemble partagé qui fait que la France était peut être le pays qui a le mieux ressenti, compris, la nécessité de l’intégration. Jacques Chirac (14 juillet 1998)
Oui, il y a parmi nos ancêtres des Gaulois. Il y a aussi des Romains, des Normands, des Celtes, des Burgondes, (…) des Niçois, des Corses, des Franc-Comtois, la Guadeloupe, la Martinique, des Arabes, des Italiens, des Espagnols… C’est ça la France. La ministre de l’Éducation que je suis connaît parfaitement les premières phrases de ce livre, Tour de France par deux enfants, d’Ernest Lavisse, sous la IIIe République : Autrefois, notre pays s’appelait la Gaule et les habitants les Gaulois. Depuis la IIIe République, on sait que ça n’est pas un roman que l’on doit raconter aux enfants, c’est l’histoire véridique telle qu’elle est. Faut-il faire un cours d’histoire à monsieur Sarkozy qui visiblement en a besoin ? Najat Vallaud-Belkacem (ministre français de l’Education nationale)
La France est bien plus qu’une identité, c’est une idée, un projet. François Hollande
Quand j’étais écolier, nos maîtres nous parlaient de nos ancêtres les Gaulois. Ni les maîtres, ni les élèves n’étaient dupes. Chacun savait bien qu’à Arles, à Nîmes, à Narbonne ou à Perpignan il n’y avait pas eu beaucoup d’ancêtres gaulois. A Oran, à Tunis ou à Dakar encore moins. Mais c’était un acte de foi. Nicolas Sarkozy
 (Nimes, 9 mai 2006)
Je veux rendre hommage à Achille Peretti, grand résistant, qui me confia mon premier mandat de conseiller municipal. Comme je veux dire mon amitié à Edouard Balladur qui m’a fait confiance en me donnant mes premières responsabilités ministérielles alors que j’étais si jeune encore. Je veux dire mon respect à Jacques CHIRAC qui en 1975 à Nice m’a offert mon premier discours. Ils m’ont enseigné, à moi petit Français au sang mêlé, l’amour de la France et la fierté d’être français. (…) A Tibhirine, j’ai compris ce qu’est la force invincible de l’amour et le sens véritable du mot  » tolérance « . A Tibhirine, le frère Christian m’a enseigné, par-delà la mort, que ce que les grandes religions peuvent engendrer de meilleur est plus grand ce qu’elles peuvent engendrer de pire, que les extrémismes et les intégrismes ne doivent jamais être confondus avec le sentiment religieux qui porte une part de l’espérance humaine. Opposer ce sentiment religieux à la morale laïque serait absurde. Nous sommes les héritiers de deux mille ans de chrétienté et d’un patrimoine de valeurs spirituelles que la morale laïque a incorporé. La laïcité à laquelle je crois, ce n’est pas le combat contre la religion. C’est le respect de toutes les religions. (…) La France (…) elle a 56 ans, le visage noir d’un petit-fils d’esclave devenu gouverneur du Tchad et premier résistant de la France d’Outre-Mer. Elle s’appelle Félix Eboué. (…) Ma France, c’est celle de tous les Français sans exception. C’est la France de Saint-Louis et celle de Carnot, celle des croisades et de Valmy. Celle de Pascal et de Voltaire. Celles des cathédrales et de l’Encyclopédie. Celle d’Henri IV et de l’Edit de Nantes. Celle des droits de l’homme et de la liberté de conscience. (…) Ma France, c’est une nation ouverte, accueillante, c’est la patrie des droits de l’homme. C’est elle qui m’a fait ce que je suis. J’aime passionnément le pays qui m’a vu naître. Je n’accepte pas de le voir dénigrer. Je n’accepte pas qu’on veuille habiter en France sans respecter et sans aimer la France. Je n’accepte pas qu’on veuille s’installer en France sans se donner la peine de parler et d’écrire le Français. Je respecte toutes les cultures à travers le monde. Mais qu’il soit entendu que si on vit en France alors on respecte les valeurs et les lois de la République. La soumission de la femme c’est le contraire de la République, ceux qui veulent soumettre leurs femmes n’ont rien à faire en France. La polygamie c’est le contraire de la République. Les polygames n’ont rien à faire en France. L’excision c’est une atteinte à la dignité de la femme, c’est le contraire de la République, ceux qui veulent la pratiquer sur leurs enfants ne sont pas les bienvenus sur le territoire de la République française. Ma France, c’est une nation qui revendique son identité, qui assume son histoire. On ne construit rien sur la haine des autres, mais on ne construit pas davantage sur la haine de soi. On ne construit rien en demandant aux enfants d’expier les fautes de leurs pères. (…) Au peuple de notre ancien empire nous devons offrir non l’expiation mais la fraternité. A tous ceux qui veulent devenir Français nous offrons non de nous repentir mais de partager la liberté, l’égalité et la fierté d’être Français. Gardons-nous de juger trop sévèrement le passé avec les yeux du présent. (…) Comment penser que l’on pourra un jour faire aimer ce que l’on aura appris à détester ? Au bout du chemin de la repentance et de la détestation de soi il y a, ne nous y trompons pas, le communautarisme et la loi des tribus. Je refuse le communautarisme qui réduit l’homme à sa seule identité visible. Je combats la loi des tribus parce que c’est la loi de la force brutale et systématique. (…)  Il ne s’agit pour personne d’oublier sa propre histoire. Les enfants des républicains espagnols parqués dans des camps de réfugiés, les enfants des Juifs persécutés par la Milice, les descendants des camisards des Cévennes, les fils des harkis n’ont rien oublié de leur histoire. Mais ils ont pris, comme moi, fils d’immigré, la culture, la langue et l’histoire de la France en partage, pour pouvoir mieux vivre une destinée commune. (…) La République de Jules Ferry n’était pas celle de Danton. Celle du Général De Gaulle n’était pas celle de Jules Ferry. Mais c’était toujours le même idéal poursuivi par des moyens différents. La République n’est pas une religion. La République n’est pas un dogme. La République est un projet toujours inachevé. Nicolas Sarkozy
Nous devons relancer une vaste politique d’assimilation des populations récemment issues de l’immigration et cette politique passe par l’Ecole de la République.Entendons-nous, il ne peut pas être question de faire réciter à tous les enfants de France, « nos ancêtres les gaulois », selon l’expression chère à Ernest Lavisse, mais il n’est plus acceptable de laisser effacer l’histoire de la Gaule au profit de l’Histoire des premiers empires éloignés du continent européen car cette histoire, aussi intéressante qu’elle soit, n’est pas l’Histoire de la France. Nicolas Sarkozy (colloque France fière, mai 2016)
La France, c’est un miracle, auquel chacun d’entre nous a décidé de croire. Un miracle millénaire, qui aurait pu dix fois, cent fois, être brisé par l’histoire. Un miracle qui a fait de la beauté un cadre de vie et de la liberté une raison de vivre. C’est quoi l’identité de la France?Ce sont d’abord ses paysages, une langue le français, ciment culturel de notre nation. C’est une histoire épique, glorieuse, tragique, dont le récit a construit la nation, c’est l’accumulation d’un héritage qui va du Mont-Saint Michel à la Sainte Chapelle. Nous ne sommes pas une page blanche. (…) Il n’est pas nécessaire d’avoir son nom sur un monument aux morts pour vibrer au récit de l’identité nationale. Il n’est pas nécessaire d’être baptisé pour aimer Bossuet, Péguy, Bernanos, et Mauriac. Il n’est pas nécessaire d’être gaulliste pour aimer Malraux, ni communiste pour aimer Aragon, c’est ça l’identité nationale. Aucun idéologue ne peut comprendre ça. (…) Tout est à reconstruire. Cette fierté d’habiter la France doit retrouver le chemin de l’école. Les manuels scolaires ne sont pas là pour dénigrer la France. Mais pour la faire connaître et aimer. Dans quel pays pourrait-on accepter que l’école enseigne autre chose que la fierté? Refuser cette civilisation, c’est s’exclure de la communauté nationale. La France, ce n’est pas un self-service. L’assimilation n’est pas une possibilité, c’est une condition à tout séjour de longue durée et à toute naturalisation. Nicolas Sarkozy (colloque France fière, mai 2016)
Il y a dans le passé le plus lointain une poésie qu’il faut verser dans les jeunes âmes pour y fortifier le sentiment patriotique. Faisons leur aimer les Gaulois et les forêts des druides, Charles Martel à Poitiers, Roland à Roncevaux, Godefroy de Bouillon à Jérusalem, Jeanne d’Arc, Bayard, tous nos héros du passé, même enveloppés de légendes. Nicolas Sarkozy
Pendant des décennies, l’intégration, c’était le devoir pour le nouvel arrivant sur notre territoire de se fondre dans la communauté nationale, d’adopter notre langue, notre culture, nos mœurs. Le minoritaire s’intégrait dans la majorité et devenait à son tour le légataire de la mémoire et de l’histoire collectives. Nous n’étions pas tous les héritiers directs de Clovis, mais tous nous nous reconnaissions dans cet ancêtre commun parce que tous, nous étions Français. Nicolas Sarkozy
Si on veut devenir français, bienvenue ! Mais dans ce cas, on aime la France, on parle français, on épouse l’histoire de la France, on vit comme un Français et on n’essaie pas de changer le mode de vie qui est le nôtre depuis tant d’années. Si l’on veut devenir français, on parle français, on vit comme un Français. (…) Mon père est hongrois, on ne m’a pas appris l’histoire de la Hongrie. Mon grand-père maternel est grec, on ne m’a pas appris l’histoire de la Grèce. Au moment où je suis Français, j’aime la France, j’apprends l’histoire de France, je parle le français et mes ancêtres sont les ancêtres de la France, c’est ça l’assimilation. Nicolas Sarkozy
La fraternité, c’est la politique de la main tendue, du rejet du rejet à l’heure des tentations de repli sur soi, des pulsions identitaires, à l’heure où notre société souffre de fractures sociales avec des inégalités de plus en plus fortes mais également de fractures culturelles se cristallisant autour de l’islam. (…) On n’en a jamais fait un projet politique. Elle devrait en être la première valeur. Abdennour Bidar
Pour la première fois, en novembre, on va fêter la fraternité. Un mot symbole de la République et qu’on connaît tous. Mais une valeur dont on a besoin de rappeler qu’elle est essentielle. C’est un mot qui, au même titre que la liberté et l’égalité, est inscrit en lettres capitales sur les frontons des mairies et des écoles. Partie intégrante de notre devise nationale, la fraternité est un principe républicain qu’un mouvement apolitique baptisé Fraternité générale ! entend promouvoir et surtout « incarner  ». Mise à mal ces derniers mois par les attentats, la fraternité va, en effet, s’inviter chaleureusement en novembre prochain dans nombre d’événements culturels et citoyens ouverts à tous lors d’une opération nationale dévoilée ce matin et dont « le Parisien » – « Aujourd’hui en France » est partenaire. L’initiative, présidée par le philosophe Abdennour Bidar, compte parmi ses ambassadeurs l’écrivain Alexandre Jardin, le sociologue Edgar Morin ou l’astrophysicien Hubert Reeves. L’objectif, c’est de « mettre en acte  » une notion parfois abstraite aux yeux du grand public. Unissez vous pour la célébrer Du 2 au 10 novembre, le mouvement Fraternité générale proposera des centaines d’événements culturels, sportifs et citoyens pour lutter contre les peurs et encourager la tolérance. Cafés et restaurants offriront leurs terrasses aux musiciens, slameurs et artistes de rue. Sur les murs, des graffeurs célébreront le vivre-ensemble. Des chaînes de télé, des cinémas et des stades diffuseront, dès le 15 octobre, une série de vidéoclips « Fraternité ». Cet événement national appartient à tout le monde. Sur un site Internet dédié (www.fraternite-generale.fr), particuliers, mairies, écoles… sont invités à annoncer dès maintenant leurs actions et à illustrer l’opération au travers d’ « une image pour la fraternité ». Le Parisien
Désormais, il ne saurait y avoir de fraternité pour les ennemis de la fête. La Fraternité Générale passe par l’expression culturelle. Elle n’est pas une devise morale mais une injonction artistique. Fraterniser, c’est adhérer à la festivalisation du pays, changé pour une semaine en une gigantesque Fête de l’Huma, Fête de la Musique ou Nuit Debout. (…) Pas une seule fois la patrie n’est citée par les promoteurs du mouvement. La fraternité selon Bidar peut très bien s’en passer car elle n’est pas nationale mais universelle. Sa fraternité à lui n’est pas celle de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, mais celle de la religion des droits de l’homme. Cette solidarité souriante et antiraciste revendiquée par le milieu culturel semble relever de la pensée magique. Assister à un concert tribal ou à un slam urbain produirait mécaniquement un sentiment fraternel. Pourtant, la fraternité républicaine est autrement plus farouche et plus exigeante. Si la fratrie familiale est une évidence de naissance, la fratrie nationale se construit. On ne nait pas frère de nation, on le devient. Et souvent par la violence – celle des guerres révolutionnaires ou celle de l’assimilation, qui est toujours un renoncement contraignant à l’identité première dans le but de se fondre dans l’identité nationale, qui seule est capable de produire une fraternité publique pérenne. Fustigeant le « repli identitaire », Abdennadour Bidar exalte au contraire la différence et l’ouverture. Elles sont pourtant les deux plus grandes ennemies de l’idéal fraternel de la Nation qui a toujours cherché à définir ses contours identitaires et territoriaux, ayant compris depuis toujours que les différences sont fratricides. Ainsi, au lieu de chercher le dénominateur commun que seule la patrie peut incarner, le mouvement cultive les particularismes, qui sont toujours source de conflit. Rechercher la concorde grâce à nos seules différences est une gageure. Au fond, pour Abdennour Bidar, nous devrions être frères par le simple fait de n’avoir rien en commun. Fraternité générale ressemble davantage à un réflexe antiraciste qu’une réflexion civique sérieuse. Alors que la grande interrogation nationale consiste à savoir si l’Oumma est oui ou non plus forte que la communauté nationale aux yeux des musulmans, une poignée d’intellectuels nous divertissent avec un projet du niveau d’une campagne publicitaire Benetton. Thomas Clavel
Le mépris dans lequel les tient la classe dirigeante a quelque chose de sidérant. Nos élites sont mues par une invraisemblable prolophobie dont elles n’ont parfois même pas conscience. (…) Les impensés de la gauche sur la sécurité et l’immigration témoignent d’un déni persévérant de celle-ci face à l’expression de certaines souffrances sociales. (…) Avant d’être une posture politique, le front républicain est d’abord un réflexe de classe et de caste. Patrick Buisson
Ce concept de “droitisation” est le plus sûr indice de la confusion mentale qui s’est emparée de certains esprits. Si la “droitisation” consiste à prendre en compte la souffrance sociale des Français les plus exposés et les plus vulnérables, c’est que les anciennes catégories politiques n’ont plus guère de sens… et que le PS est devenu – ce qui me paraît une évidence – l’expression des nouvelles classes dominantes. (…) Est-ce Nicolas Sarkozy qui se “droitise” en plaçant la maîtrise des flux migratoires au cœur de la question sociale ou la gauche qui se renie en substituant à la question sociale le combat sociétal en faveur d’un communautarisme multiculturel ? L’impensé du candidat socialiste sur l’immigration est tout sauf accidentel : il témoigne d’une contradiction à ce jour non résolue. L’idéologie du “transfrontiérisme” n’est pas celle des Français. Près de deux Français sur trois et près d’un sympathisant de gauche sur deux approuvent la proposition de Nicolas Sarkozy de réduire de moitié l’immigration légale. Le projet que porte Nicolas Sarkozy s’adresse à tout l’électorat populaire. Il est clairement le candidat d’une Europe des frontières. C’est en cela qu’il est le candidat du peuple qui souffre de l’absence de frontières et de ses conséquences en chaîne : libre-échangisme sans limites, concurrence déloyale, dumping social, délocalisation de l’emploi, déferlante migratoire. Les frontières, c’est la préoccupation des Français les plus vulnérables. Les frontières, c’est ce qui protège les plus pauvres. Les privilégiés, eux, ne comptent pas sur l’Etat pour construire des frontières. Ils n’ont eu besoin de personne pour se les acheter. Frontières spatiales et sécuritaires : ils habitent les beaux quartiers. Frontières scolaires : leurs enfants fréquentent les meilleurs établissements. Frontières sociales : leur position les met à l’abri de tous les désordres de la mondialisation et en situation d’en recueillir tous les bénéfices. Patrick Buisson
Si on avait fait une autre campagne, si on avait adopté une autre stratégie, Sarkozy était à 22 %, Marine Le Pen à 23 %, et c’était un 21 avril à l’envers ! Il n’y a pas besoin d’être un expert en politologie pour comprendre cela. Comment voulez-vous que des électeurs qui hésitent entre Le Pen et Sarkozy le choisissent, lui, s’il ne fait pas campagne au peuple ? On a eu la bonne stratégie. On a bien senti ce qui se passait dans le pays. (…) Ce sont les couillons qui ont parlé de nommer Bayrou Premier ministre. Vous savez bien : Juppé, Raffarin et Pécresse…(…) Le président a perdu du terrain quand il s’est mis à parler d’ouverture. Tout ça nous a fait perdre 2 points. (..)  On ne peut pas se faire élire sur un programme de droite décomplexée et prétendre gouverner avec des socialistes. Patrick Buisson (09.05.12)
Les «élites» françaises, sous l’inspiration et la domination intellectuelle de François Mitterrand, on voulu faire jouer au Front National depuis 30 ans, le rôle, non simplement du diable en politique, mais de l’Apocalypse. Le Front National représentait l’imminence et le danger de la fin des Temps. L’épée de Damoclès que se devait de neutraliser toute politique «républicaine». Cet imaginaire de la fin, incarné dans l’anti-frontisme, arrive lui-même à sa fin. Pourquoi? Parce qu’il est devenu impossible de masquer aux Français que la fin est désormais derrière nous. La fin est consommée, la France en pleine décomposition, et la république agonisante, d’avoir voulu devenir trop bonne fille de l’Empire multiculturel européen. Or tout le monde comprend bien qu’il n’a nullement été besoin du Front national pour cela. Plus rien ou presque n’est à sauver, et c’est pourquoi le Front national fait de moins en moins peur, même si, pour cette fois encore, la manœuvre du «front républicain», orchestrée par Manuel Valls, a été efficace sur les électeurs socialistes. Les Français ont compris que la fin qu’on faisait incarner au Front national ayant déjà eu lieu, il avait joué, comme rôle dans le dispositif du mensonge généralisé, celui du bouc émissaire, vers lequel on détourne la violence sociale, afin qu’elle ne détruise pas tout sur son passage. Remarquons que le Front national s’était volontiers prêté à ce dispositif aussi longtemps que cela lui profitait, c’est-à-dire jusqu’à aujourd’hui. Le parti anti-système a besoin du système dans un premier temps pour se légitimer. Nous approchons du point où la fonction de bouc émissaire, théorisée par René Girard va être entièrement dévoilée et où la violence ne pourra plus se déchaîner vers une victime extérieure. Il faut bien mesurer le danger social d’une telle situation, et la haute probabilité de renversement qu’elle secrète: le moment approche pour ceux qui ont désigné la victime émissaire à la vindicte du peuple, de voir refluer sur eux, avec la vitesse et la violence d’un tsunami politique, la frustration sociale qu’ils avaient cherché à détourner. Les élections régionales sont sans doute un des derniers avertissements en ce sens. Les élites devraient anticiper la colère d’un peuple qui se découvre de plus en plus floué, et admettre qu’elles ont produit le système de la victime émissaire, afin de détourner la violence et la critique à l’égard de leur propre action. Pour cela, elles devraient cesser d’ostraciser le Front national, et accepter pleinement le débat avec lui, en le réintégrant sans réserve dans la vie politique républicaine française. Y-a-t-il une solution pour échapper à une telle issue? Avouons que cette responsabilité est celle des élites en place, ayant entonné depuis 30 ans le même refrain. A supposer cependant que nous voulions les sauver, nous pourrions leur donner le conseil suivant: leur seule possibilité de survivre serait d’anticiper la violence refluant sur elles en faisant le sacrifice de leur innocence. Elles devraient anticiper la colère d’un peuple qui se découvre de plus en plus floué, et admettre qu’elles ont produit le système de la victime émissaire, afin de détourner la violence et la critique à l’égard de leur propre action. Pour cela, elles devraient cesser d’ostraciser le Front national, et accepter pleinement le débat avec lui, en le réintégrant sans réserve dans la vie politique républicaine française. Pour cela, elles devraient admettre de déconstruire la gigantesque hallucination collective produite autour du Front national, hallucination revenant aujourd’hui sous la forme inversée du Sauveur. Ce faisant, elles auraient tort de se priver au passage de souligner la participation du Front national au dispositif, ce dernier s’étant prêté de bonne grâce, sous la houlette du Père, à l’incarnation de la victime émissaire. Il faut bien avouer que nos élites du PS comme de Les Républicains ne prennent pas ce chemin, démontrant soit qu’elles n’ont strictement rien compris à ce qui se passe dans ce pays depuis 30 ans, soit qu’elles l’ont au contraire trop bien compris, et ne peuvent plus en assumer le dévoilement, soit qu’elles espèrent encore prospérer ainsi. Il n’est pas sûr non plus que le Front national soit prêt à reconnaître sa participation au dispositif. Il y aurait intérêt pourtant pour pouvoir accéder un jour à la magistrature suprême. Car si un tel aveu pourrait lui faire perdre d’un côté son «aura» anti-système, elle pourrait lui permettre de l’autre, une alliance indispensable pour dépasser au deuxième tour des présidentielles le fameux «plafond de verre». Il semble au contraire après ces régionales que tout changera pour que rien ne change. Deux solutions qui ne modifient en rien le dispositif mais le durcissent au contraire se réaffirment. La première solution, empruntée par le PS et désirée par une partie des Républicains, consiste à maintenir coûte que coûte le discours du front républicain en recherchant un dépassement du clivage gauche/droite. Une telle solution consiste à aller plus loin encore dans la désignation de la victime émissaire, et à s’exposer à un retournement encore plus dévastateur. (…) Car sans même parler des effets dévastateurs que pourrait avoir, a posteriori, un nouvel attentat, sur une telle déclaration, comment ne pas remarquer que les dernières décisions du gouvernement sur la lutte anti-terroriste ont donné rétrospectivement raison à certaines propositions du Front national? On voit mal alors comment on pourrait désormais lui faire porter le chapeau de ce dont il n’est pas responsable, tout en lui ôtant le mérite des solutions qu’il avait proposées, et qu’on n’a pas hésité à lui emprunter! La deuxième solution, défendue par une partie des Républicains suivant en cela Nicolas Sarkozy, consiste à assumer des préoccupations communes avec le Front national, tout en cherchant à se démarquer un peu par les solutions proposées. Mais comment faire comprendre aux électeurs un tel changement de cap et éviter que ceux-ci ne préfèrent l’original à la copie? Comment les électeurs ne remarqueraient-ils pas que le Front national, lui, n’a pas changé de discours, et surtout, qu’il a précédé tout le monde, et a eu le mérite d’avoir raison avant les autres, puisque ceux-ci viennent maintenant sur son propre terrain? Comment d’autre part concilier une telle proximité avec un discours diabolisant le Front national et cherchant l’alliance au centre? Curieuses élites, qui ne comprennent pas que la posture «républicaine», initiée par Mitterrand, menace désormais de revenir comme un boomerang les détruire. Christopher Lasch avait écrit La révolte des élites, pour pointer leur sécession d’avec le peuple, c’est aujourd’hui le suicide de celles-ci qu’il faudrait expliquer, dernière conséquence peut-être de cette sécession. Vincent Coussedière
Aujourd’hui, dès que l’on ose parler de récit national cela provoque des polémiques sans fin. En effet je pense avec Nicolas Sarkozy qu’un récit national se proposant d’apprendre à tous à aimer la France, en faisant découvrir la permanence de nos héritages doublement millénaire est possible. Et cet enseignement est indispensable à l’intelligence du temps présent et au fameux «vivre ensemble». Le récit national est une part importante et même décisive de la conscience civique. Un récit se doit d’être objectif et de restituer l’Histoire, avec ses lumières, mais aussi avec ses ombres. Malheureusement, face à nous les tenants d’une Histoire de France en perpétuelle mutation tiennent le haut de pavé que ce soit à l’université (très marquée à gauche) ou bien dans l’entourage du président Hollande. (…) La politique d’assimilation vise à inclure les étrangers dans une République universaliste fondée sur l’émancipation individuelle. À ce terme aujourd’hui dévalorisé, on préfère celui d’intégration qui vise à absorber chaque individu dans la société d’accueil par le brassage de l’école, de l’emploi, du mariage. Comme le sous-entend si bien Nicolas Sarkozy le système d’intégration «à la française» a été une grande réussite pendant 200 ans. C’est avant tout notre culture française qui est la base de notre vivre ensemble et cette culture est fondée sur la connaissance de l’Histoire du pays qui vous accueille, celui où vous vivez et travaillez et dont vous possédez la nationalité quelle que soit votre origine géographique. La bonne connaissance de l’Histoire est donc une garantie d’intégration car elle est un moyen d’accéder aux modes de compréhension de notre société française. On peut donc véritablement parler d’un creuset français qui a réussi à amalgamer en une création originale les migrations successives avec les populations les plus anciennes. (…) Là ou Sarkozy a raison c’est qu’il faut effectivement créer un grand récit national, fédérateur et équilibré, qui rassemble toutes les composantes de notre nouvelle société et lui redonne confiance. Il faut apprendre à tous la permanence de nos héritages, chrétien et monarchique d’une part, républicain et laïc d’autre part pour pouvoir avoir de nouveau confiance en l’avenir et ressouder au sein d’une communauté de destin. Si l’on veut marcher vers le futur il faut toujours retourner à ses racines… Donnons aux nouveaux venus l’amour et la passion de notre histoire et nous leur ferons aimer la France au lieu de la détester, nous réglerons ainsi bien des problèmes. (…) Ce phénomène date d’une trentaine d’années depuis que la montée du communautarisme et du fondamentalisme ronge de l’intérieur la nation française. Championne de l’autoflagellation, en proie à la déliquescence de son école, à la repentance coloniale et au danger du multiculturalisme, la France s’enfonce dans une perte d’identité totale. L’intelligentsia française très orientée à gauche à l’échiquier politique a imposé obstinément, une idéologie dominante: le paradigme de la repentance coloniale et de la pensée unique. On le voit à cette hargne qu’ont nos élites à déconstruire notre passé pour faire croire à nos enfants que les Français ont tous été d’horribles esclavagistes au XVIIIe siècle, d’infâmes colonisateurs au XIXe siècle et uniquement des collabos au XXe siècle… On joue la carte de la culpabilisation, voire de la criminalisation de l’Histoire de France. À l’effacement de notre culture classique, du grec et du latin, vient s’ajouter le saccage des derniers pans d’histoire de France à tenir encore debout après les réformes scolaires catastrophiques du dernier quinquennat. (…) Ce que l’on critique aujourd’hui comme étant un enseignement colonialiste qui voulait faire oublier aux peuples colonisés leur passé en cherchant à les assimiler de force n’a tout bonnement pas existé. Cette repentance qualifiant de «génocide culturel» l’œuvre éducative des colonies fait l’impasse sur les dernières recherches historiques qui montrent les efforts d’adaptation systématique réalisés par les instituteurs colons, appelés officiellement à valoriser l’héritage autochtone. Rappelons les travaux poursuivis par l’École française d’Extrême-Orient et par l’École des hautes études berbères de Rabat qui réapprirent leur propre histoire aux Annamites et aux Marocains. L’objectif des dirigeants français de la IIIe République tel qu’Albert Sarraut était de «changer l’homme» par l’éducation, de le faire accéder à une partie du savoir et de l’univers européen… Dimitri Casali
La question n’est pas de savoir si les Français sont ethniquement d’origine gauloise. Tout le monde sait que pour la plupart des Français ne sont pas d’origine gauloise, et qu’il y a eu dans l’Histoire des mélanges. De même, les Américains en sont pas tous descendants ethniquement des Pères pèlerins, cela ne les empêche pas de fêter Thanksgiving, pour remercier les Indiens de les avoir accueillis. De même, cela n’empêche pas les Italiens d’apprendre l’histoire de Romulus et Remus ou les Mexicains l’histoire des populations indiennes. La, nous créons un grand récit parce que nous en avons besoin. C’est le récit de l’Histoire de France qui correspond à notre nation civique qui justement n’est pas fondée sur le sang mais sur une histoire et des valeurs communes. Ces valeurs doivent être incarnées et intégrées dans cette histoire. Il ne peut y avoir de valeurs abstraites, c’est d’ailleurs un peu le problème de la gauche actuelle qui parle de république, de liberté et d’égalité mais n’accroche pas ces termes à une histoire. La question des Gaulois est absolument fondamentale. Elle signifie qu’on donne à notre nation une racine historique commune. Et une origine orientée, on ne parle pas de nos ancêtres anthropophages par exemple, pourtant c’est aussi la vérité, oui de nos ancêtres qui ont collaboré avec les nazis. Il faut que tout le monde participe à l’apprentissage de ces racines communes qui font sens. Tous ceux qui ne comprennent pas ça ne comprennent rien à la nation civique française, et je dirais même à la politique. Il est assez inquiétant de voir qu’une partie du personnel politique soit à ce point ignorante de la nécessité de construire un récit commun pour maintenir une unité nationale. La nation civique française a même besoin d’avoir un grand récit plus fort, qui remonte loin, justement parce qu’elle n’est pas fondée sur le sang, parce qu’elle n’est pas ethnique. C’est ce que pensait d’ailleurs Napoléon, qui n’hésitait pas à rappeler ces origines gauloises ou le général de Gaulle. En dérogeant à cette tradition qui avait le soutien de gens aussi différents que Clémenceau ou les révolutionnaires de 1789, François Mitterrand montrait seulement qu’il était la victime du politiquement correct laxiste et multi-culturaliste qui dominait en France au début des années 80, et qui a fait tant de mal au pays. Cet imaginaire que nous construisons par l’école, par le grand récit, par la fable, est d’ailleurs loin d’être arbitraire. Il est inscrit sur une réalité historique. Même dans notre langage, même dans les autres symboles, nous avons cette puissance de l’imaginaire gaulois. Par exemple, l’idée-même du coq, ce fameux coq que nous présentons comme le symbole de la France, vient en réalité de la Gaule et des Gaulois. Dans le vocabulaire ancien, les partenaires commerciaux des Gaulois les appelaient « Gau », ce qui signifie « coq ». Le coq se retrouve sur la monnaie, sur des médailles, des statues, des vases, dans la Gaule préromaine. On a donc une sorte de grande tradition. Le coq reste la représentation de la France, jusqu’au Saint-Empire romain germanique qui représente la France par ce « coq ») ce « gau », cette gauloiserie. L’idée donc qu’affirmer « nos ancêtres les Gaulois » serait la preuve d’une inculture est totalement sidérante. Cela prouve au contraire à quel point ceux qui critiquent ont peu de culture. Car ce grand récit est profondément républicain Il faut savoir que lorsque les Francs arrivent, ils inventèrent un autre grand récit pour maintenir l’unité du pays : « nos ancêtres les François ». Évidemment, on savait bien aussi alors qu’il y avait pléthore de Burgondes, de Gallo-Romains, d’Ostrogoths, de basques, de Wisigoths, etc. On savait bien que ce n’était pas vrai au sens ethnique du terme, mais au sens civique Clovis voulait absolument fondre cette nation dans une même unité. Ce récit des François est arrêté au XVIIIe siècle car les aristocrates d’alors inventèrent sous l’influence de l’aristocratie espagnole l’idée d’une « race française », qui aurait le sang bleu. Du coup, il y a eu une sorte d’opposition entre « François » et « Gaulois ». Quand la Révolution Française est arrivée, on a supprimé la référence aux « François et on a commencé à construire ce discours « gaulois », ce qui est devenu la référence de la IIIème République puis de la IVème. L’influence de la Gaule est d’ailleurs très forte dans l’esprit et l’imaginaire. Nous avons hérité d’eux la liberté et l’égalité. Leur esprit de liberté et d’égalité était tellement fort que le père de Vercingétorix, Celtillos, a été mis à mort par sa propre tribu parce qu’ils craignaient qu’ils veuillent devenir roi. Ce sentiment de liberté et d’égalité très puissant a d’ailleurs été noté par Suétone puis Jules César. De même, les banquets, la fabrication du vin, l’organisation de la structure du paysage français en pays sont tous un héritage gaulois. Dans les tribus, qui étaient elles-mêmes des mélanges ethniques, chacun était membre de la tribu à partir du moment où ils partageaient les valeurs de la tribu. Les Tardelli par exemple étaient ainsi un mélange de Basques et de Celtes, et étaient très fiers d’être des Tardelli, sans se préoccuper de l’origine d’untel ou d’untel. Nous avons hérité de ça. Et cet héritage, aucune autre nation du monde ne le possède même si nous trouvons chez les Gallois (le terme vient d’ailleurs de « gau » aussi) et les Ecossais des similitudes. Il est dommage que des politiques ne comprennent pas l’importance de construire un imaginaire, comme toutes les populations du monde le font. Et d’imposer une histoire commune. Nous sommes en crise et nous avons besoin de reconstruire le récit et de remettre du liant à l’intérieur de la société française. Je pense donc que c’est un mauvais procès fait à Nicolas Sarkozy. Et une preuve de l’incompétence de nos politiques à être des politiques. Yves Roucaute
Il est très frappant de constater que cette question de l’apprentissage du grand récit ne posait aucun problème aux gens qui arrivaient en France avant les années 1960. Sous l’influence du tournant des années 1960-1970, au nom du respect de la différence, c’est devenu soudainement un problème. Et, dans les années 80, les « demi-habiles » se sont emparés du pays avec le politiquement correct. Nous avons alors vu des gens qui ont commencé à dire qu’il fallait accepter les différences de ces gens-là, qu’on ne pouvait pas imposer un modèle unique aux immigrés et qu’il fallait respecter au même titre toutes les civilisations. Je note en passant qu’aucun autre pays d’où venaient ces migrants ne tient ce discours-là ! Dans ces pays, on part du principe qu’il y a des histoires propres, et on demande à ces gens d’apprendre et d’assimiler l’histoire de ces pays pour devenir des citoyens. En France, nous avons eu ce courant déstabilisant depuis les années 1970, où l’on a demandé aux Français un effort pour accepter des cultures qui n’étaient pas assimilables. Qu’un Algérien musulman ne mange pas de porc ou qu’un Hindouiste ne mange pas de viande ne pose aucun problème aux Français. Ce qui pose problème aux Français, c’est qu’on veuille imposer son mode de vie sur le leur et que l’on viole les valeurs sur lesquelles est fondée leur civilisation, telle que l’égale dignité des hommes et des femmes. Les Français considèrent qu’on doit globalement vivre en français. Ils ne veulent pas qu’on leur impose des modes de vie qui ne sont pas les leurs. Et ils comprennent parfaitement que la femme qui porte un burkini, qui met un niqab, est dans une position cde provocation et d‘agression de la France. Aujourd’hui, nous confondons un peu tout. Il faut donc hiérarchiser. Il y a des choses fondamentales où l’on ne peut pas négocier : l’égalité homme-femme, le respect de la dignité humaine, les droits individuels, le mode d’organisation sociale, etc. Le problème du multiculturalisme, c’est qu’il ne différencie rien. il mélange tout, les différences acceptables de celles qui ne le sont pas et le fait qu’il existe un mode de vie français, avec ses obligations et ses sanctions. Nous avons eu ce phénomène pendant 40 ans, surtout à gauche, mais la droite, par peur de la gauche et d’être traitée de raciste ou d’islamophobe, a suivi un peu le mouvement – et on le voit aujourd’hui encore. Il est temps qu’on apprenne à un certain nombre de gens vivant en France qu’il y a des règles à respecter en France. Et, ceux qui n’aiment pas la France doivent soit partir, si c’est possible, soit se plier à nos règles, par la force si possible. Nous manquons d’un Clémenceau. Yves Roucaute
Comme souvent, le buzz masque la teneur exacte du propos, qui est pourtant dans le cas présent assez limpide. Nicolas Sarkozy fait référence à un cliché du « roman national » – lequel a pour vertu de « parler » à tout le monde – afin d’afficher un parti-pris en faveur de l’assimilation. Il s’inscrit dans un débat en effet nécessaire, qui n’est toutefois pas le débat « récit historique ou valeurs communes » mais celui qui oppose multiculturalisme et assimilationnisme. Si on veut donner sens aux termes du débat en circulation, il faut considérer que l’assimilation et le multiculturalisme sont les deux modèles d’intégration entre lesquels il faut nécessairement choisir. Ensuite, se pose évidemment la question des modalités et, dans le cas de l’assimilation, de la conception de l’identité nationale qui fonde le projet d’assimilation. On peut vouloir l’assimilation à une conception ethnique de la nation ou l’assimilation à une conception républicaine, qui associe identité nationale et principes universels. Je suis d’ordinaire plutôt « Sarkophobe », mais je dois avouer que je suis consterné par la malveillance et la bêtise des réactions que suscite un propos dont le seul tort est d’être impeccablement républicain. Nicolas Sarkozy est peut-être inculte, mais tout de même pas au point de penser qu’un néo-Français issue de l’immigration subsaharienne descend en ligne directe des Gaulois ! Son propos est parfaitement républicain et antiraciste puisqu’il signifie qu’être Français n’est pas une question de race, d’ethnie, de racines, de souche ou que sais-je, mais exclusivement une affaire d’engagement personnel par lequel on s’inscrit volontairement dans un nouveau destin collectif. Paradoxalement (mais le paradoxe n’est qu’apparent), ce sont les réactions critiques qui véhiculent une conception raciste ou ethnique de l’identité, en évoquant notamment la notion de « racines » ou en interprétant la formule toute faite « nos ancêtres les Gaulois » dans le sens d’une lignée génétique ou culturelle. Ces réactions témoignent d’une adhésion plus ou moins confuse à un modèle multiculturaliste qui conçoit la France comme une identité informe ou métissée composée de multiples souches, races ou ethnies. Il est intéressant d’observer, à travers les réactions provoquées par un propos pourtant clair et net, à quel point les esprits sont embrouillés sur cette question de l’identité. Que l’histoire de France (comment qu’on la conçoive) soit l’histoire de tous les Français, ou le devienne s’il s’agit de nouveaux arrivants, quoi de plus incontestable ! Bien entendu, les immigrés arrivent avec dans leur bagage une histoire, une culture, des traditions. On est cependant en droit de considérer que la volonté de vivre en France et de devenir Français vaut adhésion à l’identité collective de la France. Ou alors, mais il faut l’assumer clairement, c’est qu’on considère la France comme un territoire neutre, sans identité, une nation sans histoire ni destin, exclusivement destinée à accueillir une multiplicité de traditions, d’identités ethniques et de modes de vie venus d’ailleurs. Eric Deschavanne
Comme beaucoup de Français je pense, la question de l’intégration ne me paraît pas insoluble pour peu qu’on fasse preuve d’un peu de bon sens. En effet, l’intégration n’est possible que par un effort conjoint de la population qui intègre et de celle qui s’intègre. Le débat porte aujourd’hui principalement sur l’islam. Il est évident que si l’on s’arqueboute sur une conception ethnique de la nation en considérant l’islam comme une religion par essence incompatible avec les valeurs de la République ou définitivement étrangère, l’intégration des musulmans devient impensable et impossible. Il est également évident que les musulmans qui choisissent une interprétation de l’islam et un mode de vie en rupture avec les valeurs et les moeurs françaises peuvent difficilement espérer s’intégrer sans heurts. Être équitable consiste à mes yeux à refuser aussi bien la xénophobie des identitaires que la xénophilie débile de ceux qui vous expliquent que le burkini est un vêtement comme un autre. L’argument multiculturaliste le plus dangereux, fort bien exploité par les islamistes, est celui qui consiste, en récusant la problématique de l’intégration, à affirmer que c’est la carte d’identité qui fait le Français, de sorte que si on peut montrer que les salafistes sont des Français de troisième génération (parfois, on le sait, ce sont même des convertis), cela implique de considérer désormais le salafisme comme une tradition française ou une partie de la culture française. C’est là qu’on mesure l’importance et l’intérêt de défendre l’idée qu’il existe une identité culturelle de la France. Ce qui n’a rien à voir avec le racisme, lequel consiste à estimer que seuls les Français de souche sont aptes à assimiler cette identité. Eric Deschavanne
Le mythe des Gaulois est en effet inventé par « la gauche », si on veut, ou, plus exactement, il est d’origine révolutionnaire : les aristocrates descendant des Francs, il fallait que le peuple eût une autre origine, ancrée dans un passé plus ancien, et donc une légitimité historique plus grande. La question n’est cependant pas là. On se trompe si on imagine que l’on réussira l’intégration en réactivant le roman national du 19e siècle ou en ressuscitant le service militaire. Ces billevesées polluent de débat. On peut être assimilationniste sans être bêtement réactionnaire. L’histoire de France doit être enseignée à tous, sous la forme d’un récit, certes, mais pas d’un « roman » – ni roman national, ni roman anti-national du reste. On peut et on doit faire – comme le suggère Mara Goyet dans la lignée des « Lieux de mémoire » de Pierre Nora – la pédagogie du « roman national » (lequel fait partie de l’histoire de France), afin par exemple de comprendre la place des « Gaulois » dans l’imaginaire national. Mais l’enseignement doit absolument faire prévaloir la vérité historique sur les considérations morales, idéologiques et politiques. Najat Vallaud-Belkacem, qui vient dire aujourd’hui à la télévision que l’histoire doit être véridique, avait au début du quinquennat co-signé avec Vincent Peillon un appel à rectifier les manuels d’histoire pour y faire figurer davantage de femmes – non pas par souci de vérité historique, mais pour faire progresser la cause de l’égalité hommes/femmes, pour donner aux petites filles davantage de supports d’identification. L’enseignement de l’histoire n’a pas à être progressiste ou réactionnaire, il doit se garder d’être édifiant, de prétendre cultiver l’amour de la patrie ou celui de l’égalité. Le culte de la science et de son idéal de vérité est un des marqueurs de l’identité française, héritage des Lumières, de Condorcet et du positivisme. Il faut y tenir car la vérité, par définition universelle, est une valeur commune, un Bien commun qui rassemble les hommes, tandis que l’idéologie divise. Où l’on voit que l’identité française est inséparable du culte de l’universel. Le gouvernement algérien vient de faire retirer des écoles un manuel de géographie au motif qu’il contenait non pas une erreur factuelle, mais au contraire un fait indéniable, une carte où figurait l’État d’Israël. Une telle conception idéologique du savoir scolaire s’inscrit dans un roman national, mais elle est en rupture avec l’idée d’humanité. Un tel modèle ne peut être ni multiculturaliste ni assimilationniste : il rend purement et simplement l’intégration de l’étranger impossible. L’assimilation, il ne faut pas l’oublier, est l’assimilation de l’autre, ce qui suppose l’ouverture et la reconnaissance du commun. On ne peut assimiler en opposant le particulier au particulier, en se coupant de l’universel. Nous assimilerons d’autant mieux si nous récusons la tentation du particularisme ethnique et de la partialité idéologique. Eric Deschavanne

C’est Buisson qui avait raison, imbécile !

A l’heure où sous la double menace de la mondialisation et de l’immigration de masse …

Et dans la foulée de leur lot de violence islamique …

Pendant que pour ce qui est des flux migratoires, l’actualité confirme chaque jour un peu plus les analyses tant du Front national que de l’ancien conseiller honni de Nicolas Sarkozy …

La France semble peu à peu redécouvrir les bienfaits oubliés de l’Etat-nation …

Comme de ses expressions concrètes jusqu’ici abandonnées à la seule extrême-droite ou aux tribunes de nos stades …

Après s’en être si longtemps gaussé chez nos alliés américains avec leurs histoires de Mayflower, Thanksgiving ou serments d’allégence au drapeau …

Tout en continuant à la dénier à nos seuls amis israéliens qualifiés systématiquement de « colons » pour leur volonté de continuer à vivre sur leurs terres ancestrales …

Comment ne pas voir …

Dans la levée de boucliers qui a suivi la reprise par l’ancien chef de l’Etat et actuel candidat à la primaire de la droite pour 2017 …

De la fameuse phrase, après l’avoir quelque peu oubliée lui-même lors de sa première campagne de 2007, des manuels d’histoire de la IIIème République « nos ancêtres les Gaulois »

Tant l’insuffisance et l’abstraction creuse des mantras politiquement corrects avec lesquels on nous bassine depuis plus de 30 ans (laïcité, républicain, métissage, culture) …

Que la continuation comme le rappellent avec le politologue Yves Roucaute et le philosophe Eric Deschavane …

De la longue et si coûteuse ignorance …

De la nécessité et de l’importance du récit national dans la construction de l’identité française ?

« Nos ancêtres les Gaulois » ou le redoutable piège tendu par Nicolas Sarkozyx à ses adversaires de tout poil
En faisant référence dans une réunion publique à l’héritage historique de nos ancêtres gaulois, Nicolas Sarkozy s’est attiré une pluie de critiques venues du monde politique. Des critiques qui oublient bien vite l’importance du récit national dans la construction de l’identité française.

Atlantico : En déclarant ce lundi à Franconville qu’à partir du moment où l’on est français, « on vit comme un Français et nos ancêtres sont les Gaulois« , Nicolas Sarkozy s’est attiré de nombreuses critiques, certains l’accusant d’inculture voire de racisme. Pourtant, cette « polémique » ne révèle-t-elle pas simplement deux conceptions de l’identité nationale française, l’une basée sur le mythe du récit historique et national comme ciment du vivre-ensemble, et l’autre basée sur l’acceptation de valeurs communes ? Ce débat n’est-il pas nécessaire dans notre démocratie ? Opposer nécessairement récit et valeurs a-t-il vraiment du sens ?

Yves Roucaute : Terrible puissance des demi-habiles ou demi-savants, dont se moquait Pascal. Les propos de Nicolas Sarkozy n’auraient pas dû soulever une telle polémique. Il est étonnant d’ailleurs que cette polémique ait été en particulier soulevée par la gauche. Historiquement, la gauche (radicale et socialiste) a toujours soutenu la thèse qu’il fallait donner aux enfants de France dans les écoles une culture commune au centre de laquelle se trouvait un grand récit, celui des origines, en particulier celui de nos ancêtres les Gaulois. Les instituteurs de la IIIème République ne se posaient pas la question de savoir s’ils avaient en face d’eux des enfants d’origine italienne, portugaise, basque, créole, maghrébine, ils se posaient la question de savoir comment ils allaient cimenter l’unité de la nation et ils avaient à leur disposition des manuels qui disaient eux aussi cette histoire de la Guyane à La Rochelle.

Il est assez facile de rire en se disant qu’un enfant noir ne peut pas être d’origine gauloise ou qu’un enfant venu d’une famille maghrébine n’a rien à voir avec les Gaulois. Mais ce ricanement montre seulement l’étendue de l’ignorance d’une grande partie de notre personnel politique qui aurait mieux fait d’apprendre comment fonctionne la politique et l’imaginaire au lieu de se croire intelligents parce qu’ils manquent d’intelligence politique.

La question n’est pas de savoir si les Français sont ethniquement d’origine gauloise. Tout le monde sait que pour la plupart des Français ne sont pas d’origine gauloise, et qu’il y a eu dans l’Histoire des mélanges.  De même, les Américains en sont pas tous descendants ethniquement des Pères pèlerins, cela ne les empêche pas de fêter Thanksgiving, pour remercier les Indiens de les avoir accueillis.  De même, cela n’empêche pas les Italiens d’apprendre l’histoire de Romulus et Remus ou les Mexicains l’histoire des populations indiennes.

La, nous créons un grand récit parce que nous en avons besoin. C’est le récit de l’Histoire de France qui correspond à notre nation civique qui justement n’est pas fondée sur le sang mais sur une histoire et des valeurs communes. Ces valeurs doivent être incarnées et intégrées dans cette histoire. Il ne peut y avoir de valeurs abstraites, c’est d’ailleurs un peu le problème de la gauche actuelle qui parle de république, de liberté et d’égalité mais n’accroche pas ces termes à une histoire.

La question des Gaulois est absolument fondamentale. Elle signifie qu’on donne à notre nation une racine historique commune. Et une origine orientée, on ne parle pas de nos ancêtres anthropophages par exemple, pourtant c’est aussi la vérité, oui de nos ancêtres qui ont collaboré avec les nazis. Il faut que tout le monde participe à l’apprentissage de ces racines communes qui font sens. Tous ceux qui ne comprennent pas ça ne comprennent rien à la nation civique française, et je dirais même à la politique. Il est assez inquiétant de voir qu’une partie du personnel politique soit à ce point ignorante de la nécessité de construire un récit commun pour maintenir une unité nationale. La nation civique française a même besoin d’avoir un grand récit plus fort, qui remonte loin, justement parce qu’elle n’est pas fondée sur le sang, parce qu’elle n’est pas ethnique. C’est ce que pensait d’ailleurs Napoléon, qui n’hésitait pas à rappeler ces origines gauloises ou le général de Gaulle. En dérogeant à cette tradition qui avait le soutien de gens aussi différents que Clémenceau ou les révolutionnaires de 1789, François Mitterrand montrait seulement qu’il était la victime du politiquement correct laxiste et multi-culturaliste qui dominait en France au début des années 80, et qui a fait tant de mal au pays.

Cet imaginaire que nous construisons par l’école, par le grand récit, par la fable, est d’ailleurs loin d’être arbitraire. Il est inscrit sur une réalité historique. Même dans notre langage, même dans les autres symboles, nous avons cette puissance de l’imaginaire gaulois. Par exemple, l’idée-même du coq, ce fameux coq que nous présentons comme le symbole de la France, vient en réalité de la Gaule et des Gaulois. Dans le vocabulaire ancien, les partenaires commerciaux des Gaulois les appelaient « Gau », ce qui signifie « coq ». Le coq se retrouve sur la monnaie, sur des médailles, des statues, des vases, dans la Gaule préromaine. On a donc une sorte de grande tradition. Le coq reste la représentation de la France, jusqu’au Saint-Empire romain germanique qui représente la France par ce « coq ») ce « gau », cette gauloiserie.

L’idée donc qu’affirmer « nos ancêtres les Gaulois » serait la preuve d’une inculture est totalement sidérante. Cela prouve au contraire à quel point ceux qui critiquent ont peu de culture.

Car ce grand récit est profondément républicain

Il faut savoir que lorsque les Francs arrivent, ils inventèrent un autre grand récit pour maintenir l’unité du pays : « nos ancêtres les François ». Évidemment, on savait bien aussi alors qu’il y avait pléthore de Burgondes, de Gallo-Romains, d’Ostrogoths, de basques, de Wisigoths, etc. On savait bien que ce n’était pas vrai au sens ethnique du terme, mais au sens civique Clovis voulait absolument fondre cette nation dans une même unité. Ce récit des François est arrêté au XVIIIe siècle car les aristocrates d’alors inventèrent sous l’influence de l’aristocratie espagnole l’idée d’une « race française », qui aurait le sang bleu. Du coup, il y a eu une sorte d’opposition entre « François » et « Gaulois ». Quand la Révolution Française est arrivée, on a supprimé la référence aux « François et on a commencé à construire ce discours « gaulois », ce qui est devenu la référence de la IIIème République puis de la IVème.

L’influence de la Gaule est d’ailleurs très forte dans l’esprit et l’imaginaire. Nous avons hérité d’eux la liberté et l’égalité. Leur esprit de liberté et d’égalité était tellement fort que le père de Vercingétorix, Celtillos, a été mis à mort par sa propre tribu parce qu’ils craignaient qu’ils veuillent devenir roi. Ce sentiment de liberté et d’égalité très puissant a d’ailleurs été noté par Suétone puis Jules César.

De même, les banquets, la fabrication du vin, l’organisation de la structure du paysage français en pays sont tous un héritage gaulois. Dans les tribus, qui étaient elles-mêmes des mélanges ethniques, chacun était membre de la tribu à partir du moment où ils partageaient les valeurs de la tribu. Les Tardelli par exemple étaient ainsi un mélange de Basques et de Celtes, et étaient très fiers d’être des Tardelli, sans se préoccuper de l’origine d’untel ou d’untel. Nous avons hérité de ça.

Et cet héritage, aucune autre nation du monde ne le possède même si nous trouvons chez les Gallois (le terme vient d’ailleurs de « gau » aussi) et les Ecossais des similitudes.

Il est dommage que des politiques ne comprennent pas l’importance de construire un imaginaire, comme toutes les populations du monde le font. Et d’imposer une histoire commune. Nous sommes en crise et nous avons besoin de reconstruire le récit et de remettre du liant à l’intérieur de la société française. Je pense donc que c’est un mauvais procès fait à Nicolas Sarkozy. Et une preuve de l’incompétence de nos politiques à être des politiques.

 Voir aussi:

Sarkozy et les Gaulois : pourquoi le récit national est devenu tabou
Le Figaro
20/09/2016
FIGAROVOX/ENTRETIEN – Nicolas Sarkozy a créé une polémique en évoquant le mythe de «nos ancêtres les Gaulois» pour justifier le modèle de l’assimilation. Pour Dimitri Casali, les deux mille ans d’histoire de France sont indispensables à l’intelligence du temps présent.

Historien, ancien professeur en «ZEP», Dimitri Casali a notamment publié Notre histoire: tout ce que nos enfants devraient apprendre à l’école (éd. La Martinière, préface de J.P. Chevènement) ; L’altermanuel d’histoire de France (éd. Perrin, 2011) ; L’histoire de France interdite (éd. JC Lattès, 2013) et dernièrement Désintégration française (éd. JC Lattès, 2016).

FIGAROVOX. – Nicolas Sarkozy a déclenché une polémique en déclarant: «Dès que l’on devient français, nos ancêtres sont gaulois». Le roman national est-il devenu un tabou?

Dimitri CASALI. – Tout à fait, mais j’utiliserai plutôt le terme plus juste scientifiquement de «récit national». La France n’a pas besoin de «romancer» son Histoire, elle est suffisamment riche telle qu’elle est. Oui aujourd’hui, dès que l’on ose parler de récit national cela provoque des polémiques sans fin. En effet je pense avec Nicolas Sarkozy qu’un récit national se proposant d’apprendre à tous à aimer la France, en faisant découvrir la permanence de nos héritages doublement millénaire est possible. Et cet enseignement est indispensable à l’intelligence du temps présent et au fameux «vivre ensemble». Le récit national est une part importante et même décisive de la conscience civique. Un récit se doit d’être objectif et de restituer l’Histoire, avec ses lumières, mais aussi avec ses ombres. Malheureusement, face à nous les tenants d’une Histoire de France en perpétuelle mutation tiennent le haut de pavé que ce soit à l’université (très marquée à gauche) ou bien dans l’entourage du président Hollande.

L’ancien président de la République a continué: «Mon père est hongrois, on ne m’a pas appris l’histoire de la Hongrie. Mon grand-père maternel est grec, on ne m’a pas appris l’histoire de la Grèce. Au moment où je suis Français, j’aime la France, j’apprends l’histoire de France, je parle le français et mes ancêtres sont les ancêtres de la France, c’est ça l’assimilation». Est-ce une bonne définition du modèle de l’assimilation?

La politique d’assimilation vise à inclure les étrangers dans une République universaliste fondée sur l’émancipation individuelle. À ce terme aujourd’hui dévalorisé, on préfère celui d’intégration qui vise à absorber chaque individu dans la société d’accueil par le brassage de l’école, de l’emploi, du mariage. Comme le sous-entend si bien Nicolas Sarkozy le système d’intégration «à la française» a été une grande réussite pendant 200 ans. C’est avant tout notre culture française qui est la base de notre vivre ensemble et cette culture est fondée sur la connaissance de l’Histoire du pays qui vous accueille, celui où vous vivez et travaillez et dont vous possédez la nationalité quelle que soit votre origine géographique. La bonne connaissance de l’Histoire est donc une garantie d’intégration car elle est un moyen d’accéder aux modes de compréhension de notre société française. On peut donc véritablement parler d’un creuset français qui a réussi à amalgamer en une création originale les migrations successives avec les populations les plus anciennes.

Certains ont considéré les propos de Nicolas Sarkozy comme la marque d’une identité biologique. Ne s’agit-il pas au contraire d’une identité davantage politique fondée sur la volonté d’un peuple de se réunir autour d’un passé mythologique commun?

Là ou Sarkozy a raison c’est qu’il faut effectivement créer un grand récit national, fédérateur et équilibré, qui rassemble toutes les composantes de notre nouvelle société et lui redonne confiance. Il faut apprendre à tous la permanence de nos héritages, chrétien et monarchique d’une part, républicain et laïc d’autre part pour pouvoir avoir de nouveau confiance en l’avenir et ressouder au sein d’une communauté de destin. Si l’on veut marcher vers le futur il faut toujours retourner à ses racines… Donnons aux nouveaux venus l’amour et la passion de notre histoire et nous leur ferons aimer la France au lieu de la détester, nous réglerons ainsi bien des problèmes.

Votre dernier essai* est sous-titré: «Pourquoi notre pays renie son histoire et nos enfants perdent leurs repères». De quand date ce phénomène de reniement?

Ce phénomène date d’une trentaine d’années depuis que la montée du communautarisme et du fondamentalisme ronge de l’intérieur la nation française. Championne de l’autoflagellation, en proie à la déliquescence de son école, à la repentance coloniale et au danger du multiculturalisme, la France s’enfonce dans une perte d’identité totale. L’intelligentsia française très orientée à gauche à l’échiquier politique a imposé obstinément, une idéologie dominante: le paradigme de la repentance coloniale et de la pensée unique. On le voit à cette hargne qu’ont nos élites à déconstruire notre passé pour faire croire à nos enfants que les Français ont tous été d’horribles esclavagistes au XVIIIe siècle, d’infâmes colonisateurs au XIXe siècle et uniquement des collabos au XXe siècle… On joue la carte de la culpabilisation, voire de la criminalisation de l’Histoire de France. À l’effacement de notre culture classique, du grec et du latin, vient s’ajouter le saccage des derniers pans d’histoire de France à tenir encore debout après les réformes scolaires catastrophiques du dernier quinquennat.

Quand «Nos ancêtres les Gaulois» ont-ils disparu des manuels scolaires?

La formule exacte est issue du manuel d’histoire primaire Le Petit Lavisse écrit par le grand historien Ernest Lavisse, édité en 1884 et réédité cinquante fois jusqu’en 1950: «Il y a deux mille ans, notre pays s’appelait la Gaule et ses habitants les Gaulois». Cependant les petits indigènes des colonies récitant par cœur cette formule ne correspond pas du tout à la réalité historique de l’époque. Ce que l’on critique aujourd’hui comme étant un enseignement colonialiste qui voulait faire oublier aux peuples colonisés leur passé en cherchant à les assimiler de force n’a tout bonnement pas existé. Cette repentance qualifiant de «génocide culturel» l’œuvre éducative des colonies fait l’impasse sur les dernières recherches historiques qui montrent les efforts d’adaptation systématique réalisés par les instituteurs colons, appelés officiellement à valoriser l’héritage autochtone. Rappelons les travaux poursuivis par l’École française d’Extrême-Orient et par l’École des hautes études berbères de Rabat qui réapprirent leur propre histoire aux Annamites et aux Marocains. L’objectif des dirigeants français de la IIIe République tel qu’Albert Sarraut était de «changer l’homme» par l’éducation, de le faire accéder à une partie du savoir et de l’univers européen…

* Dimitri CASALI, Désintégration française, éd. Jean-Claude Lattès, 2016.

Voir également:

Nos ancêtres les Gaulois » ou le redoutable piège tendu par Nicolas Sarkozyx à ses adversaires de tout poil

En faisant référence dans une réunion publique à l’héritage historique de nos ancêtres gaulois, Nicolas Sarkozy s’est attiré une pluie de critiques venues du monde politique. Des critiques qui oublient bien vite l’importance du récit national dans la construction de l’identité française.

Atlantico : En déclarant ce lundi à Franconville qu’à partir du moment où l’on est français, « on vit comme un Français et nos ancêtres sont les Gaulois« , Nicolas Sarkozy s’est attiré de nombreuses critiques, certains l’accusant d’inculture voire de racisme. Pourtant, cette « polémique » ne révèle-t-elle pas simplement deux conceptions de l’identité nationale française, l’une basée sur le mythe du récit historique et national comme ciment du vivre-ensemble, et l’autre basée sur l’acceptation de valeurs communes ? Ce débat n’est-il pas nécessaire dans notre démocratie ? Opposer nécessairement récit et valeurs a-t-il vraiment du sens ?

Yves Roucaute : Terrible puissance des demi-habiles ou demi-savants, dont se moquait Pascal. Les propos de Nicolas Sarkozy n’auraient pas dû soulever une telle polémique. Il est étonnant d’ailleurs que cette polémique ait été en particulier soulevée par la gauche. Historiquement, la gauche (radicale et socialiste) a toujours soutenu la thèse qu’il fallait donner aux enfants de France dans les écoles une culture commune au centre de laquelle se trouvait un grand récit, celui des origines, en particulier celui de nos ancêtres les Gaulois. Les instituteurs de la IIIème République ne se posaient pas la question de savoir s’ils avaient en face d’eux des enfants d’origine italienne, portugaise, basque, créole, maghrébine, ils se posaient la question de savoir comment ils allaient cimenter l’unité de la nation et ils avaient à leur disposition des manuels qui disaient eux aussi cette histoire de la Guyane à La Rochelle.

Il est assez facile de rire en se disant qu’un enfant noir ne peut pas être d’origine gauloise ou qu’un enfant venu d’une famille maghrébine n’a rien à voir avec les Gaulois. Mais ce ricanement montre seulement l’étendue de l’ignorance d’une grande partie de notre personnel politique qui aurait mieux fait d’apprendre comment fonctionne la politique et l’imaginaire au lieu de se croire intelligents parce qu’ils manquent d’intelligence politique.

La question n’est pas de savoir si les Français sont ethniquement d’origine gauloise. Tout le monde sait que pour la plupart des Français ne sont pas d’origine gauloise, et qu’il y a eu dans l’Histoire des mélanges.  De même, les Américains en sont pas tous descendants ethniquement des Pères pèlerins, cela ne les empêche pas de fêter Thanksgiving, pour remercier les Indiens de les avoir accueillis.  De même, cela n’empêche pas les Italiens d’apprendre l’histoire de Romulus et Remus ou les Mexicains l’histoire des populations indiennes.

La, nous créons un grand récit parce que nous en avons besoin. C’est le récit de l’Histoire de France qui correspond à notre nation civique qui justement n’est pas fondée sur le sang mais sur une histoire et des valeurs communes. Ces valeurs doivent être incarnées et intégrées dans cette histoire. Il ne peut y avoir de valeurs abstraites, c’est d’ailleurs un peu le problème de la gauche actuelle qui parle de république, de liberté et d’égalité mais n’accroche pas ces termes à une histoire.

La question des Gaulois est absolument fondamentale. Elle signifie qu’on donne à notre nation une racine historique commune. Et une origine orientée, on ne parle pas de nos ancêtres anthropophages par exemple, pourtant c’est aussi la vérité, oui de nos ancêtres qui ont collaboré avec les nazis. Il faut que tout le monde participe à l’apprentissage de ces racines communes qui font sens. Tous ceux qui ne comprennent pas ça ne comprennent rien à la nation civique française, et je dirais même à la politique. Il est assez inquiétant de voir qu’une partie du personnel politique soit à ce point ignorante de la nécessité de construire un récit commun pour maintenir une unité nationale. La nation civique française a même besoin d’avoir un grand récit plus fort, qui remonte loin, justement parce qu’elle n’est pas fondée sur le sang, parce qu’elle n’est pas ethnique. C’est ce que pensait d’ailleurs Napoléon, qui n’hésitait pas à rappeler ces origines gauloises ou le général de Gaulle. En dérogeant à cette tradition qui avait le soutien de gens aussi différents que Clémenceau ou les révolutionnaires de 1789, François Mitterrand montrait seulement qu’il était la victime du politiquement correct laxiste et multi-culturaliste qui dominait en France au début des années 80, et qui a fait tant de mal au pays.

Cet imaginaire que nous construisons par l’école, par le grand récit, par la fable, est d’ailleurs loin d’être arbitraire. Il est inscrit sur une réalité historique. Même dans notre langage, même dans les autres symboles, nous avons cette puissance de l’imaginaire gaulois. Par exemple, l’idée-même du coq, ce fameux coq que nous présentons comme le symbole de la France, vient en réalité de la Gaule et des Gaulois. Dans le vocabulaire ancien, les partenaires commerciaux des Gaulois les appelaient « Gau », ce qui signifie « coq ». Le coq se retrouve sur la monnaie, sur des médailles, des statues, des vases, dans la Gaule préromaine. On a donc une sorte de grande tradition. Le coq reste la représentation de la France, jusqu’au Saint-Empire romain germanique qui représente la France par ce « coq ») ce « gau », cette gauloiserie.

L’idée donc qu’affirmer « nos ancêtres les Gaulois » serait la preuve d’une inculture est totalement sidérante. Cela prouve au contraire à quel point ceux qui critiquent ont peu de culture.

Car ce grand récit est profondément républicain

Il faut savoir que lorsque les Francs arrivent, ils inventèrent un autre grand récit pour maintenir l’unité du pays : « nos ancêtres les François ». Évidemment, on savait bien aussi alors qu’il y avait pléthore de Burgondes, de Gallo-Romains, d’Ostrogoths, de basques, de Wisigoths, etc. On savait bien que ce n’était pas vrai au sens ethnique du terme, mais au sens civique Clovis voulait absolument fondre cette nation dans une même unité. Ce récit des François est arrêté au XVIIIe siècle car les aristocrates d’alors inventèrent sous l’influence de l’aristocratie espagnole l’idée d’une « race française », qui aurait le sang bleu. Du coup, il y a eu une sorte d’opposition entre « François » et « Gaulois ». Quand la Révolution Française est arrivée, on a supprimé la référence aux « François et on a commencé à construire ce discours « gaulois », ce qui est devenu la référence de la IIIème République puis de la IVème.

L’influence de la Gaule est d’ailleurs très forte dans l’esprit et l’imaginaire. Nous avons hérité d’eux la liberté et l’égalité. Leur esprit de liberté et d’égalité était tellement fort que le père de Vercingétorix, Celtillos, a été mis à mort par sa propre tribu parce qu’ils craignaient qu’ils veuillent devenir roi. Ce sentiment de liberté et d’égalité très puissant a d’ailleurs été noté par Suétone puis Jules César.

De même, les banquets, la fabrication du vin, l’organisation de la structure du paysage français en pays sont tous un héritage gaulois. Dans les tribus, qui étaient elles-mêmes des mélanges ethniques, chacun était membre de la tribu à partir du moment où ils partageaient les valeurs de la tribu. Les Tardelli par exemple étaient ainsi un mélange de Basques et de Celtes, et étaient très fiers d’être des Tardelli, sans se préoccuper de l’origine d’untel ou d’untel. Nous avons hérité de ça.

Et cet héritage, aucune autre nation du monde ne le possède même si nous trouvons chez les Gallois (le terme vient d’ailleurs de « gau » aussi) et les Ecossais des similitudes.

Il est dommage que des politiques ne comprennent pas l’importance de construire un imaginaire, comme toutes les populations du monde le font. Et d’imposer une histoire commune. Nous sommes en crise et nous avons besoin de reconstruire le récit et de remettre du liant à l’intérieur de la société française. Je pense donc que c’est un mauvais procès fait à Nicolas Sarkozy. Et une preuve de l’incompétence de nos politiques à être des politiques.

Eric Deschavanne : Comme souvent, le buzz masque la teneur exacte du propos, qui est pourtant dans le cas présent assez limpide. Nicolas Sarkozy fait référence à un cliché du « roman national » – lequel a pour vertu de « parler » à tout le monde – afin d’afficher un parti-pris en faveur de l’assimilation. Il s’inscrit dans un débat en effet nécessaire, qui n’est toutefois pas le débat « récit historique ou valeurs communes » mais celui qui oppose multiculturalisme et assimilationnisme. Si on veut donner sens aux termes du débat en circulation, il faut considérer que l’assimilation et le multiculturalisme sont les deux modèles d’intégration entre lesquels il faut nécessairement choisir. Ensuite, se pose évidemment la question des modalités et, dans le cas de l’assimilation, de la conception de l’identité nationale qui fonde le projet d’assimilation. On peut vouloir l’assimilation à une conception ethnique de la nation ou l’assimilation à une conception républicaine, qui associe identité nationale et principes universels.

Je suis d’ordinaire plutôt « Sarkophobe », mais je dois avouer que je suis consterné par la malveillance et la bêtise des réactions que suscite un propos dont le seul tort est d’être impeccablement républicain. Nicolas Sarkozy est peut-être inculte, mais tout de même pas au point de penser qu’un néo-Français issue de l’immigration subsaharienne descend en ligne direct des Gaulois ! Son propos est parfaitement républicain et antiraciste puisqu’il signifie qu’être Français n’est pas une question de race, d’ethnie, de racines, de souche ou que sais-je, mais exclusivement une affaire d’engagement personnel par lequel on s’inscrit volontairement dans un nouveau destin collectif. Paradoxalement (mais le paradoxe n’est qu’apparent), ce sont les réactions critiques qui véhiculent une conception raciste ou ethnique de l’identité, en évoquant notamment la notion de « racines » ou en interprétant la formule toute faite « nos ancêtres les Gaulois » dans le sens d’une lignée génétique ou culturelle. Ces réactions témoignent d’une adhésion plus ou moins confuse à un modèle multiculturaliste qui conçoit la France comme une identité informe ou métissée composée de multiples souches, races ou ethnies. Il est intéressant d’observer, à travers les réactions provoquées par un propos pourtant clair et net, à quel point les esprits sont embrouillés sur cette question de l’identité. Que l’histoire de France (comment qu’on la conçoive) soit l’histoire de tous les Français, ou le devienne s’il s’agit de nouveaux arrivants, quoi de plus incontestable ! Bien entendu, les immigrés arrivent avec dans leur bagage une histoire, une culture, des traditions. On est cependant en droit de considérer que la volonté de vivre en France et de devenir Français vaut adhésion à l’identité collective de la France. Ou alors, mais il faut l’assumer clairement, c’est qu’on considère la France comme un territoire neutre, sans identité, une nation sans histoire ni destin, exclusivement destinée à accueillir une multiplicité de traditions, d’identités ethniques et de modes de vie venus d’ailleurs.

Le discours d’acceptation de valeurs communes est-il équitablement adressé à tous les Français selon vous ? Alors qu’une partie de la gauche semble demander des efforts d’acceptation d’autrui, qu’en est-il de la population française issue de l’immigration ? En fait-elle assez pour s’inscrire justement dans ce « moule républicain », dans le respect de ces valeurs qui contribuent à façonner l’identité française ?

Yves Roucaute : Il est très frappant de constater que cette question de l’apprentissage du grand récit ne posait aucun problème aux gens qui arrivaient en France avant les années 1960. Sous l’influence du tournant des années 1960-1970, au nom du respect de la différence, c’est devenu soudainement un problème.  Et, dans les années 80, les « demi-habiles » se sont emparés du pays avec le politiquement correct.

Nous avons alors vu des gens qui ont commencé à dire qu’il fallait accepter les différences de ces gens-là, qu’on ne pouvait pas imposait un modèle unique aux immigrés et qu’il fallait respecter au même titre toutes les civilisations.

Je note en passant qu’aucun autre pays d’où venaient ces migrants ne tient ce discours-là ! Dans ces pays, on part du principe qu’il y a des histoires propres, et on demande à ces gens d’apprendre et d’assimiler l’histoire de ces pays pour devenir des citoyens.

En France, nous avons eu ce courant déstabilisant depuis les années 1970, où l’on a demandé aux Français un effort pour accepter des cultures qui n’étaient pas assimilables. Qu’un Algérien musulman ne mange pas de porc ou qu’un Hindouiste ne mange pas de viande ne pose aucun problème aux Français. Ce qui pose problème aux Français, c’est qu’on veuille imposer son mode de vie sur le leur et que l’on viole les valeurs sur lesquelles est fondée leur civilisation, telle que l’égale dignité des hommes et des femmes. Les Français considèrent qu’on doit globalement vivre en français. Ils ne veulent pas qu’on leur impose des modes de vie qui ne sont pas les leurs. Et ils comprennent parfaitement que la femme qui porte un burkini, qui met un niqab, est dans une position cde provocation et d‘agression de la France.

Aujourd’hui, nous confondons un peu tout. Il faut donc hiérarchiser. Il y a des choses fondamentales où l’on ne peut pas négocier : l’égalité homme-femme, le respect de la dignité humaine, les droits individuels, le mode d’organisation sociale, etc. Le problème du multiculturalisme, c’est qu’il ne différencie rien. il mélange tout, les différences acceptables de celles qui ne le sont pas et le fait qu’il existe un mode de vie français, avec ses obligations et ses sanctions.

Nous avons eu ce phénomène pendant 40 ans, surtout à gauche, mais la droite, par peur de la gauche et d’être traitée de raciste ou d’islamophobe, a suivi un peu le mouvement – et on le voit aujourd’hui encore. Il est temps qu’on apprenne à un certain nombre de gens vivant en France qu’il y a des règles à respecter en France. Et, ceux qui n’aiment pas la France doivent soit partir, si c’est possible, soit se plier à nos règles, par la force si possible. Nous manquons d’un Clémenceau.

Voir encore:

Pour Nicolas Sarkozy, «dès que l’on devient Français, nos ancêtres sont Gaulois»
Le Figaro/AFP
19/09/2016

LE SCAN POLITIQUE – En campagne pour la primaire Les Républicains, l’ancien chef de l’État a tenu un discours depuis Franconville, dans le Val-d’Oise, dans lequel il promet d’être le président de «la communauté nationale» contre la «tyrannie des minorités».

Nicolas Sarkozy, candidat à la primaire Les Républicains, s’est fendu d’une phrase qui risque de faire du bruit. Lors d’un meeting à Franconville, dans le Val-d’Oise, ce lundi, l’ancien chef de l’État a affirmé qu’à partir du moment où l’on devient Français, «l’on vit comme un Français et nos ancêtres sont les Gaulois». L’ex-président de la République a également dénoncé «l’islam extrémiste et politique», dont le but est de «provoquer la République», lors d’une réunion publique.

Promettant de mener «une guerre impitoyable» au terrorisme islamiste, Nicolas Sarkozy a promis qu’il serait, s’il est élu, «le président de l’action», et a ajouté qu’il n’acceptait pas «les 238 morts», victimes des attentats depuis janvier 2015. «Je n’accepterai pas les comportements moyenâgeux qui veulent qu’un homme se baigne en maillot de bain, quand les femmes sont enfermées» dans des burkinis, a-t-il également affirmé.

Dénonçant à nouveau «la tyrannie des minorités», il a assuré que s’il gagnait en 2017, il serait «le président de la communauté nationale car en France, la seule communauté qui vaille est la communauté française». «Si l’on veut devenir français, on parle français, on vit comme un Français. Nous ne nous contenterons plus d’une intégration qui ne marche plus, nous exigerons l’assimilation. Dès que vous devenez français, vos ancêtres sont gaulois. J’aime la France, j’apprends l’histoire de France, je vis comme un Français», doit se dire celui qui devient français, a-t-il ajouté.

«Le porte-parole de la majorité silencieuse»

«La situation de la France est grave. C’est un combat extraordinairement difficile. Nous avons à combattre la gauche, qui fera de moi son adversaire habituel, nous avons à combattre l’extrême droite qui fera de moi son adversaire privilégié. Elle a compris que j’étais le plus dangereux», a-t-il également déclaré. Selon lui, il faut donc «combattre la pensée unique dans ce qu’elle a de plus insupportable (…) Si on dit que l’islam pose un problème d’intégration, comme à l’époque, les catholiques ont posé un problème à la République, on est islamophobe. C’est insupportable. Si on dit qu’on ne peut plus continuer avec l’immigration (…) alors on est traité de raciste. C’est insupportable».

«Quand on dit qu’on n’est pas de gauche, on se demande si vous avez un cœur qui bat. Si vous avez des questions à me poser, France Télévisions, posez-les!», a-t-il ironisé, faisant allusion à L’Émission politique, sur France 2, dont il a été le premier invité jeudi. «Je veux être le porte-parole de la majorité silencieuse», a-t-il ajouté, sous les applaudissements du public.

Voir encore:

«Nos ancêtres les Gaulois», un vieux credo de Nicolas Sarkozy
Aymeric Misandeau
Le Figaro
20/09/2016

LE SCAN POLITIQUE/VIDÉOS – Une partie du discours prononcé par le candidat à la primaire de la droite lundi soir a créé la polémique. Ça n’est pourtant pas la première fois que l’ancien chef de l’Etat invoque le roman national lorsqu’il donne sa version de l’assimilation.

«Dès que l’on devient Français, nos ancêtres sont Gaulois», a asséné Nicolas Sarkozy à Franconville, dans le Val d’Oise lundi soir. Une manière de défendre l’assimilation plutôt que l’intégration. Si la phrase a connu un important retentissement, force est de constater que l’ancien chef de l’Etat a fait de nombreuses assertions similaires depuis au moins 2006 et sa première candidature à l’élection présidentielle.

Pour trouver une évocation récente des Gaulois dans les discours de Nicolas Sarkozy, pas besoin de chercher bien loin. Lors d’un colloque organisé par le think-tank «France fière» en mai dernier, celui qui n’était pas encore candidat reprenait le dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire publié en 1887 par Ernest Lavisse: «Il y a dans le passé le plus lointain une poésie qu’il faut verser dans les jeunes âmes pour y fortifier le sentiment patriotique. Faisons leur aimer les Gaulois et les forêts des druides, Charles Martel à Poitiers, Roland à Roncevaux, Godefroy de Bouillon à Jérusalem, Jeanne d’Arc, Bayard, tous nos héros du passé, même enveloppés de légendes», reprenait l’ancien chef de l’Etat.

En juin dernier, face aux militants rassemblés à Saint-André-lez-Lille, dans la banlieue lilloise, pour un discours sur l’identité nationale, l’ancien président des Républicains avait fait appel à une autre grande figure du roman national, Clovis, pour faire passer la même idée. «Pendant des décennies, l’intégration, c’était le devoir pour le nouvel arrivant sur notre territoire de se fondre dans la communauté nationale, d’adopter notre langue, notre culture, nos mœurs, expliquait Nicolas Sarkozy. Le minoritaire s’intégrait dans la majorité et devenait à son tour le légataire de la mémoire et de l’histoire collectives. Nous n’étions pas tous les héritiers directs de Clovis, mais tous nous nous reconnaissions dans cet ancêtre commun parce que tous, nous étions Français».

Mais la rhétorique est bien plus ancienne: dans un discours du 9 mai 2006, à Nîmes, celui qui était encore ministre de l’Intérieur rôdait déjà ses arguments. «Quand j’étais écolier, nos maîtres nous parlaient de nos ancêtres les Gaulois. Ni les maîtres, ni les élèves n’étaient dupes. Chacun savait bien qu’à Arles, à Nîmes, à Narbonne ou à Perpignan il n’y avait pas eu beaucoup d’ancêtres gaulois. A Oran, à Tunis ou à Dakar encore moins. Mais c’était un acte de foi», avait alors expliqué le rival de Dominique de Villepin.

L’argument du «petit Français de sang-mêlé»

Pour appuyer son propos, Nicolas Sarkozy s’est aussi servi de son vécu de «petit Français de sang-mêlé», comme il se définissait lui même lors de son discours d’investiture de 2007. «Mon père est hongrois, on ne m’a pas appris l’histoire de la Hongrie. Mon grand-père maternel est grec, on ne m’a pas appris l’histoire de la Grèce. Au moment où je suis Français, j’aime la France, j’apprends l’histoire de France, je parle le français et mes ancêtres sont les ancêtres de la France, c’est ça l’assimilation», expliquait-il. Une référence à son propre passé qu’on retrouve dans son discours à Nîmes en 2006. «Fils d’immigré hongrois, je sais ce que cela signifie de prendre en partage une histoire qui n’est pas celle de ses ancêtres et d’épouser la cause de la France comme une évidence qui s’impose d’elle-même», disait-il déjà.

Là encore, rien de nouveau dans l’argumentaire sarkozyste. Le 9 juin, invité de la matinale d’Europe 1, Nicolas Sarkozy avait déjà récité: «Mon père est hongrois, mon grand-père maternel était grec. On ne m’a pas appris le hongrois et je n’ai pas appris l’histoire de la Hongrie, ni l’histoire de la Grèce. J’ai appris l’histoire de France. Et quand on a des parents d’origine étrangère, notamment maghrébine, on n’apprend pas l’histoire de l’Algérie ou du Maroc. Quand on vient en France, on adopte le mode de vie français. L’identité française, nous ne voulons pas que ça disparaisse».

Voir par ailleurs:

Sarkozy fustige les «idéologues du multiculturalisme»
Eugénie Bastié
Le Figaro
24/05/2016

Invité mardi soir au colloque organisé par «France Fière», un think-tank de droite qui veut s’adresser aux quartiers populaires, l’ex-président de la République a donné sa définition de l’identité française.

«Hier encore, affirmer publiquement qu’il existait une identité française était considéré comme une insupportable provocation. Aujourd’hui, la fierté de la France est un drapeau. On peut organiser un colloque sur ce sujet. Nous avons gagné un combat culturel et politique majeur» a commencé Nicolas Sarkozy, invité par le think-tank «France Fière» qui consacrait mardi soir un colloque ayant pour thème l’identité française. Dans le sous-sol des Invalides, à quelques mètres du tombeau de Napoléon, une centaine de personnes, pour la plupart issues de la «diversité» était présente pour débattre sur le thème de l’identité française, dont Nicolas Sarkozy avait fait un cheval de bataille en 2007 et 2012.

«La France, c’est un miracle, auquel chacun d’entre nous a décidé de croire. Un miracle millénaire, qui aurait pu dix fois, cent fois, être brisé par l’histoire. Un miracle qui a fait de la beauté un cadre de vie et de la liberté une raison de vivre.», a-t-il commencé. «C’est quoi l’identité de la France?» s’est interrogé le patron des Républicains: «Ce sont d’abord ses paysages, une langue le français, ciment culturel de notre nation. C’est une histoire épique, glorieuse, tragique, dont le récit a construit la nation, c’est l’accumulation d’un héritage qui va du Mont-Saint Michel à la Sainte Chapelle. Nous ne sommes pas une page blanche.»

Un discours aux tonalités buissoniennes

Nicolas Sarkozy, qui a tenu à rappeler ses origines de «Français de sang-mêlé» a poursuivi dans un discours aux tonalités buissoniennes, plaidant pour le «culte de la transmission de l’identité», à travers notamment «l’école de la République». «Il n’est pas nécessaire d’avoir son nom sur un monument aux morts pour vibrer au récit de l’identité nationale. Il n’est pas nécessaire d’être baptisé pour aimer Bossuet, Péguy, Bernanos, et Mauriac. Il n’est pas nécessaire d’être gaulliste pour aimer Malraux, ni communiste pour aimer Aragon, c’est ça l’identité nationale», a-t-il martelé. «Aucun idéologue ne peut comprendre ça.»

Fustigeant les «idéologues du multiculturalisme», et «les sociologues des inégalités», il a qualifié d’«erreur monumentale» le fait d’avoir renoncé à l’assimilation. «Tout est à reconstruire», a-t-il affirmé. «Cette fierté d’habiter la France doit retrouver le chemin de l’école. Les manuels scolaires ne sont pas là pour dénigrer la France. Mais pour la faire connaître et aimer. Dans quel pays pourrait-on accepter que l’école enseigne autre chose que la fierté?» «Refuser cette civilisation, c’est s’exclure de la communauté nationale, a-t-il poursuivi. La France, ce n’est pas un self-service. L’assimilation n’est pas une possibilité, c’est une condition à tout séjour de longue durée et à toute naturalisation.»

L’ex-président a plaidé pour «un nouveau pacte d’assimilation». «Je n’ai pas changé. L’addition des différences s’inscrit dans le temps long.» Il s’est mis du côté des «récents Français qui l’aiment sans doute plus que les autres.» . Dans son discours d’une trentaine de minutes, il a évité soigneusement toute référence à la «laïcité».

Plusieurs personnalités issues de la «diversité» étaient conviés à ce colloque, parmi lesquelles l’historien Mohamed Mekada, l’ancien commissaire à la diversité et à l’égalité des chances Yazid Sabeg, ou encore l’imam de Bordeaux Tareq Oubrou. La maire du 7ème arrondissement de Paris, Rachida Dati, avait ouvert la soirée en rappelant que son «élection dans cet arrondissement est l’illustration de ce colloque.». Elle s’est dite personnellement «pas favorable à l’assimilation» «A l’identité heureuse, je préfère l’identité de conviction», a-t-elle affirmé. Parmi les politiques, on trouvait aussi l’entrepreneur Charles Beigbeder, l’adjoint à la mairie de Versailles François Xavier Bellamy, le député Olivier Marleix et le candidat aux primaires Hervé Mariton.

«On vise l’ISF, pas le RSA»

Cette soirée était organisée par le think-tank «France Fière» qui se dit lui «patriote, libéral et laïc». Il a été fondé par Hayette Hamidi et Yassin Lamaoui en juin 2015. «Nous voulons être un espace de réflexion pour proposer des solutions concrètes aux quartiers populaires» tient à rappeler, au Figaro, Hayette Hamidi, actuellement secrétaire nationale des Républicains. Cette jeune femme de 32 ans appartient au mouvement Sens commun issu de la Manif pour Tous. Élue du Blanc-Mesnil en Seine Saint-Denis et avocate de formation, cette native de Drancy, petite fille d’Algériens et fille de Français ambitionne d’attirer l’électorat musulman dans le giron de la droite. «Depuis 30 ans on assiste à un échec de la gauche qui se sentait propriétaire d’un certain électorat de banlieue», diagnostique-t-elle. «Le basculement a eu lieu lors des municipales de 2014. L’électorat des quartiers populaires a découvert qu’il n’était pas de gauche, ni sur le plan sociétal ni sur le plan économique». «L’identité française n’est pas multiculturelle. Il faut transmettre une culture française forte pour une intégration sereine», ajoute celle qui a eu «la chance» d’effectuer sa scolarité dans un établissement catholique qui lui a transmis «l’amour de la France.»
«France Fière» se veut aussi résolument libéral. Comme le résume Yassin Lamaoui, son vice-président: «On vise l’ISF, pas le RSA».

Ce think-tank revendique 300 membres, pour la plupart élus locaux ou entrepreneurs. Il ne choisira pas de poulain pour les primaires ni pour la présidentielle, se contentant de faire des propositions que tout le monde pourra reprendre. Le groupe, soutenu à ses débuts par Alain Juppé, a rencontré aussi Jean-François Copé et aimerait bien rencontrer Emmanuel Macron.

Voir par ailleurs:

Fraternité générale: Sans patrie ni frontières?

Bidar et Jardin sur un chemin pavé de bonnes intentions

Thomas Clavel

Causeur

22 septembre 2016

Alexandre Jardin et Abdennour Bidar lancent le mouvement « Fraternité générale » qui espère ressouder la société à coups de projections de films, concours de poésie et affiches exaltant les différences. La fraternité s’appuie pourtant sur un socle culturel commun, non sur la base d’un antiracisme hors-sol.

Présidé par le philosophe Abdennour Bidar, le projet Fraternité Générale prévoit une semaine d’animations culturelles partout en France en novembre prochain afin de mettre en acte « cette grande oubliée de la devise républicaine » a précisé l’auteur de Self Islam sur BFM TV et RMC le 20 septembre dernier. L’association, qui compte parmi ses ambassadeurs l’écrivain Alexandre Jardin, le sociologue Edgar Morin et des personnalités du monde audiovisuel se revendique comme un mouvement « apolitique et participatif » visant une « mobilisation générale » suite aux attentats qui ont ensanglanté la France afin que le peuple fraternise et se réapproprie la troisième vertu nationale. Selon son président, « on n’a jamais eu l’audace de faire de la fraternité un vrai projet politique ». Le philosophe en donne d’ailleurs une définition légèrement remaniée: « C’est la politique de la main tendue, du rejet du rejet à l’heure des tentations de repli sur soi, des pulsions identitaires, à l’heure où notre société souffre de fractures sociales avec des inégalités de plus en plus fortes mais également de fractures culturelles se cristallisant autour de l’islam ». En somme, il s’agit de chanter « l’ouverture à l’autre » et la « tolérance vis-à-vis de toutes les différences ».

Une fraternité culturelle

Ainsi, du 2 au 10 novembre, le mouvement Fraternité générale proposera des centaines d’événements culturels et sportifs pour  « lutter contre les peurs ». Cafés et restaurants ouvriront leurs terrasses aux musiciens, slameurs et artistes de rue. Sur les murs offerts par les municipalités des graffeurs célébreront le vivre-ensemble. Des chaînes de télévision diffuseront une série de vidéoclips. L’école ne sera pas épargnée avec force projections de films, concours de poésie et réalisation d’affiches qui exalteront les différences. Toutes ces initiatives sont recensées sur un site consacré.

En France, la fraternité républicaine s’est toujours faite à coups d’épée. Ou plutôt de sabres, de canonnades et de guillotines tandis que la Commune de Paris imposait d’inscrire en 1793 sur tous les édifices publics « La République une et indivisible – Liberté, Égalité, Fraternité ou la mort ». A chaque fois que le terme de fraternité est brandi, c’est que la nation est au bord de la guerre civile. En ce sens, l’intuition d’Abdennour Bidar n’est peut-être pas mauvaise.

Mais pour le philosophe, la fraternité sera désormais festive ou ne sera pas. En effet, « ce mouvement spontané, issu d’un groupe d’amis et de cinéastes veut largement promouvoir la solidarité à travers la culture, le lien le puisant entre les gens ». Ainsi, le philosophe nous apprend que la chose culturelle serait le vrai ciment de la chose publique et de la fraternité nationale.

Il est certain que le programme de la huitaine s’annonce moins sanglant qu’une pleine semaine place de Révolution.

En décembre 1790, dans un discours à l’Assemblée Nationale, Robespierre déclarait: « Voyez comme partout, à la place de l’esprit de domination ou de servitude, naissent les sentiments de l’égalité, de la fraternité, de la confiance, et toutes vertus douces et généreuses qu’ils doivent nécessairement enfanter. » En matière de douceur, les années qui suivirent ne furent probablement pas les plus fécondes. Car il ne pouvait pas y avoir de fraternité pour les ennemis de l’égalité et les adversaires de la liberté.

Désormais, il ne saurait y avoir de fraternité pour les ennemis de la fête. La Fraternité Générale passe par l’expression culturelle. Elle n’est pas une devise morale mais une injonction artistique. Fraterniser, c’est adhérer à la festivalisation du pays, changé pour une semaine en une gigantesque Fête de l’Huma, Fête de la Musique ou Nuit Debout.

Culte des différences, l’impossible fraternité 

Pas une seule fois la patrie n’est citée par les promoteurs du mouvement. La fraternité selon Bidar peut très bien s’en passer car elle n’est pas nationale mais universelle. Sa fraternité à lui n’est pas celle de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, mais celle de la religion des droits de l’homme. Cette solidarité souriante et antiraciste revendiquée par le milieu culturel semble relever de la pensée magique. Assister à un concert tribal ou à un slam urbain produirait mécaniquement un sentiment fraternel.

Pourtant, la fraternité républicaine est autrement plus farouche et plus exigeante. Si la fratrie familiale est une évidence de naissance, la fratrie nationale se construit. On ne nait pas frère de nation, on le devient. Et souvent par la violence – celle des guerres révolutionnaires ou celle de l’assimilation, qui est toujours un renoncement contraignant à l’identité première dans le but de se fondre dans l’identité nationale, qui seule est capable de produire une fraternité publique pérenne.

Fustigeant le « repli identitaire », Abdennadour Bidar exalte au contraire la différence et l’ouverture. Elles sont pourtant les deux plus grandes ennemies de l’idéal fraternel de la Nation qui a toujours cherché à définir ses contours identitaires et territoriaux, ayant compris depuis toujours que les différences sont fratricides.

Ainsi, au lieu de chercher le dénominateur commun que seule la patrie peut incarner, le mouvement cultive les particularismes, qui sont toujours source de conflit.

Rechercher la concorde grâce à nos seules différences est une gageure. Au fond, pour Abdennour Bidar, nous devrions être frères par le simple fait de n’avoir rien en commun.

Fraternité générale ressemble davantage à un réflexe antiraciste qu’une réflexion civique sérieuse. Alors que la grande interrogation nationale consiste à savoir si l’Oumma est oui ou non plus forte que la communauté nationale aux yeux des musulmans, une poignée d’intellectuels nous divertissent avec un projet du niveau d’une campagne publicitaire Benetton.

La fraternité, c’est quoi au juste ?
Vincent Mongaillard

Le Parisien

20 septembre 2016

Pour la première fois, en novembre, on va fêter la fraternité. Un mot symbole de la République et qu’on connaît tous. Mais une valeur dont on a besoin de rappeler qu’elle est essentielle.

C’est un mot qui, au même titre que la liberté et l’égalité, est inscrit en lettres capitales sur les frontons des mairies et des écoles. Partie intégrante de notre devise nationale, la fraternité est un principe républicain qu’un mouvement apolitique baptisé Fraternité générale ! entend promouvoir et surtout « incarner  ».

Mise à mal ces derniers mois par les attentats, la fraternité va, en effet, s’inviter chaleureusement en novembre prochain dans nombre d’événements culturels et citoyens ouverts à tous lors d’une opération nationale dévoilée ce matin (lire l’encadré) et dont « le Parisien » – « Aujourd’hui en France » est partenaire.

L’initiative, présidée par le philosophe Abdennour Bidar, compte parmi ses ambassadeurs l’écrivain Alexandre Jardin, le sociologue Edgar Morin ou l’astrophysicien Hubert Reeves. L’objectif, c’est de « mettre en acte  » une notion parfois abstraite aux yeux du grand public.

Parce que la fraternité, c’est quoi au juste ? « C’est la politique de la main tendue, du rejet du rejet à l’heure des tentations de repli sur soi, des pulsions identitaires, à l’heure où notre société souffre de fractures sociales avec des inégalités de plus en plus fortes mais également de fractures culturelles se cristallisant autour de l’islam  », analyse Abdennour Bidar.

Du latin fraternitas, qui désigne les relations entre frères, entre peuples, la fraternité est, selon le Petit Larousse illustré 2016, le « lien de solidarité et d’amitié entre des êtres humains, entre les membres d’une société  ».

C’est lors de la Révolution française que cette notion est entrée dans le langage courant : entre citoyens, le bonjour d’alors se dit « Salut et fraternité ». Pour autant, elle est absente de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.

Mais lors de la Fête de la Fédération, le 14 juillet 1790, à l’occasion du premier anniversaire de la prise de la Bastille, La Fayette, commandant de la garde nationale, la consacre lorsqu’il prête serment : « Nous jurons de demeurer unis à tous les Français par les liens indissolubles de la fraternité.  » Il faudra attendre 1848 et la constitution de la Deuxième République pour que cette valeur donne naissance au triptyque Liberté, Egalité, Fraternité.

« De cette idée de fraternité découle celle des droits sociaux du citoyen à qui la République doit un travail et une assistance », décrypte l’historien Jean Guarrigues.

Ces dernières semaines, ce spécialiste a observé dans les débats un retour en force de cette valeur. « La fraternité, c’est tout le contraire du clivage communautaire, il y a l’idée de rassemblement et d’obligation d’une solidarité collective  », explique-t-il.

Abdennour Bidar, chef d’orchestre de l’association Fraternité générale !, regrette, lui, qu’elle soit devenue « un idéal un peu vide », qu’elle soit « la grande oubliée » de notre devise républicaine. « On n’en a jamais fait un projet politique. Elle devrait en être la première valeur  », prône l’intellectuel, favorable à la création d’un ministère de la Fraternité.

Unissez vous pour la célébrer
Du 2 au 10 novembre, le mouvement Fraternité générale proposera des centaines d’événements culturels, sportifs et citoyens pour lutter contre les peurs et encourager la tolérance. Cafés et restaurants offriront leurs terrasses aux musiciens, slameurs et artistes de rue. Sur les murs, des graffeurs célébreront le vivre-ensemble. Des chaînes de télé, des cinémas et des stades diffuseront, dès le 15 octobre, une série de vidéoclips « Fraternité ». Cet événement national appartient à tout le monde. Sur un site Internet dédié (www.fraternite-generale.fr), particuliers, mairies, écoles… sont invités à annoncer dès maintenant leurs actions et à illustrer l’opération au travers d’« une image pour la fraternité  ».

SARKOZY, UN ÉMIGRÉ QUI S’ASSIMILE MAIS N’ASSIMILE PAS L’HISTOIRE

 Toussain Sauveur Felix

Cabrinato

21 Septembre 2016

Nous le savions peu cultivé, mais là il est inculte à moins qu’il ne veuille, aujourd’hui, favoriser une vision simpliste de l’Histoire qu’hier il vilipendait.

Tout historien sait que nos ancêtres n’étaient pas les Gaulois. Tout simplement parce qu’il n’y a pas de Gaulois. La Gaulle de cette époque était peuplée de tribus et peuplades diverses. Ce n’était pas encore une nation mais un territoire d’invasion. La notion de France-nation date du XI ème siècle. Et le nom même de notre pays vient, évidemment, des Francs qui n’étaient pas des Gaulois. La Gaule ne fut la Gaule que parce que les Romains, qui l’envahirent à leur tour, la nommaient ainsi et leurs habitants furent appelés d’un terme générique les Gaulois pour regrouper une ensemble hétéroclite venu d’ailleurs, et notamment de ce que ces mêmes Romains, nommaient Germanie, mais aussi d’Helvétie, de la péninsule italienne…. (Jules César « de bello galico » ). Sous l’ancien régime la monarchie cherchait en permanence ses origines Franques, jamais ses origines gauloises. Sous les premiers Capétiens encore, on aspirait au mariage avec des « princesses de bonne race franque ».

C’est pour accélérer une unité républicaine et nationale que la troisième République réécrit l’Histoire, comme elle tua les langues locales aussi. Ce fut le fameux manuel d’Ernest Lavisse* qui créa la notion de « nos ancêtres les Gaulois ». Il fallait une origine simple et assimilable (décidément) pour les petits français. Une origine aussi moins centrée sur la mythologie d’une monarchie plus « franque » que gauloise. Une origine qui ne s’oppose pas au développement de l’idée républicaine à une époque ou la République renaissait à peine et avait à combattre les survivances d’une domination religieuse et conservatrice de l’ancien régime. La « Gueuse »** devait se défendre et fit donner les « hussards noirs de la République » qu’étaient les instituteurs.

On se rappellera que dans un accès de lucidité le petit Nicolas dit un jour à Libération
« Entendons-nous, il ne peut être question de faire réciter à tous les enfants , « nos ancêtres les Gaulois », selon l’expression chère à Ernest Lavisse……..».

C’était en mai 2016 !

Oui mais aujourd’hui il faut revaloriser la notion d’identité nationale, qui était l’apanage du Front National, fut-ce au prix de la reprise de mensonges historiques. Mais si ces mensonges étaient condamnables ils avaient, tout de même, un but louable : l’unité nationale et la consolidation de l’idée répubicaine. Aujourd’hui leur utilisation n’a qu’un but tristement électoral.

Sarkozy ne sera jamais un homme d’État. Tout au plus un bateleur de foire.

* Mathilde Larrère / Maitre de conférence en histoire et Laurence de Cock / professeure d’histoire et chercheuse en sciences de l’éducation

** Nom donné à la République par ses adversaires

 


14-juillet/134e: Grandeurs et misères de la démocratie (From persecuted to persecutors: looking back at democracy’s unique risks and vulnerabilities)

14 juillet, 2016
https://jcdurbant.files.wordpress.com/2013/11/80825-marie_antoinette_execution.jpghttps://i2.wp.com/www.carnavalet.paris.fr/sites/default/files/styles/oeuvre_zoom/public/la_prise_de_la_bastille_bd.jpgfederation
July14.1880
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J’aime la piété et non les sacrifices, et la connaissance de Dieu plus que les holocaustes. Osée 6: 6-7
L’arbre de la liberté doit être revivifié de temps en temps par le sang des patriotes et des tyrans. Jefferson
Une nation ne se régénère que sur un  monceau de cadavres. Saint-Just
La punition d’un tyran, obtenue après tant de débats odieux, sera-t-elle donc le seul hommage que nous ayons rendu à la liberté et à l’égalité ? Souffrirons-nous qu’un être non moins coupable, non moins accusé par la Nation, et qu’on a ménagé jusqu’ici, comme par un reste de superstition pour la royauté; souffrirons-nous qu’il attende tranquillement ici le fruit de ses crimes ? Une grande République, outragée avec tant d’insolence, trahie avec tant d’audace, attend de vous l’impulsion qui doit ranimer dans tous les cœurs une sainte antipathie pour la royauté, et donner une nouvelle force à l’esprit public. Robespierre (27 mars 1793)
Qu’un sang impur abreuve nos sillons! Air connu
Une civilisation est testée sur la manière dont elle traite ses membres les plus faibles. Pearl Buck
Je crois que le moment décisif en Occident est l’invention de l’hôpital. Les primitifs s’occupent de leurs propres morts. Ce qu’il y a de caractéristique dans l’hôpital c’est bien le fait de s’occuper de tout le monde. C’est l’hôtel-Dieu donc c’est la charité. Et c’est visiblement une invention du Moyen-Age.René Girard
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la « victime inconnue », comme on dirait aujourd’hui le « soldat inconnu ». Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
La reine appartient à plusieurs catégories victimaires préférentielles; elle n’est pas seulement reine mais étrangère. Son origine autrichienne revient sans cesse dans les accusations populaires. Le tribunal qui la condamne est très fortement influencé par la foule parisienne. Notre premier stéréotype est également présent: on retrouve dans la révolution tous les traits caractéristiques des grandes crises qui favorisent les persécutions collectives. (…) Je ne prétends pas que cette façon de penser doive se substituer partout à nos idées sur la Révolution française. Elle n’en éclaire pas moins d’un jour intéressant une accusation souvent passée sous silence mais qui figure explicitement au procès de la reine, celui d’avoir commis un inceste avec son fils. René Girard
Une femme ça souffre. Un Noir, une Noire, ou un (une) Arabe ça souffre. Un migrant(te), un immigré, ça souffre. Un gay ça souffre. Une lesbienne ça souffre. Tout ça, on le sait depuis longtemps. C’est disponible dans toutes les boutiques qui ont pour enseigne “abrutis du monde entiers unissez-vous !”. Mais, comme on dit, on n’arrête pas le progrès. De nouveaux produits ont fait leur apparition, plus fins, plus modernes, plus pointus. Ils sont regroupés sous l’appellation de “intersectionnalité”. C’est un concept -je recopie Libération- “visant à regrouper les discriminations de classe, de sexe et de race.” Si j’ai bien compris, l’intersectionnalité prend en compte l’addition de plusieurs handicaps cumulés par la même personne. Par exemple : femme + Noire + lesbienne + immigrée. Dès lors la souffrance devient insupportable : c’est triple ou quadruple peine. La question est posée en ces termes. “On sait les discriminations dont les femmes sont victimes. On étudie celles qui visent les Français d’origine algérienne ou les homosexuels. Mais quelle est la situation des femmes migrantes ou celle des hommes d’origine algérienne homosexuels ?”. Il est vrai qu’on peut avoir en même temps un rhume, une jambe cassée, une crise de foie. Plus c’est compliqué, mieux c’est… “L’intersectionnalité permet de penser de manière plurielle la domination masculine” écrit l’historienne Florence Rochefort. Donc, vous pensez, en bonne logique, que le port du voile serait l’exemple le pus frappant de la “domination masculine”. Vous n’y êtes pas, mais pas du tout. (…) Au royaume des fous (je ne dis pas des folles, ça pourrait être mal compris), la compétition est rude pour savoir qui s’assiéra sur le trône. Comme ça, pour le plaisir, j’ai tenté ma chance. Avec un produit du terroir. Un Creusois catholique (habitant du département de la Creuse, le plus pauvre de France) vivant du RMI, transsexuel et séropositif ! J’ai été brutalement retoqué au motif que la couleur n’était pas bonne, et la religion non plus. Tenace je n’ai pas abandonné le combat. Il fallait, ai-je compris tardivement, s’ouvrir vers le vaste monde. J’ai trouvé un produit qui approche de l’excellence. Une Erythréenne noire, voilée, lesbienne, migrante et handicapée moteur ! On m’a félicité mais on ne m’a rien promis tant la concurrence est forte. Benoît Rayski
The police force in Nottinghamshire, East Midlands, will become the first in the U.K. to record misogyny as a hate crime in an effort to tackle the increasing number of incidents in the county. Misogynist hate crime is defined by the force as:  » Incidents against women that are motivated by an attitude of a man towards a woman and includes behaviour targeted towards a woman by men simply because they are a woman. » The new category will include everything from verbal comments to unwanted physical approaches. The use of mobile devices to send uninvited messages or take photographs without consent will also warrant police attention. When reported, Nottinghamshire police will investigate the claim and specially trained officers will provide support for the victim. Domestic abuse will not be recorded as a misogyny hate crime because it already has a separate comprehensive procedure. « What women face, often on a daily basis, is absolutely unacceptable and can be extremely distressing, » said Chief Constable Sue Fish. « Nottinghamshire Police is committed to taking misogynistic hate crime seriously and encourages anyone who is affected by it to contact us without hesitation. » The urgent need to provide greater support for women facing abuse of various kinds became clear during the Nottinghamshire Safer for Women Conference last year, when, while reporting on the event, Sarah Teale, a BBC broadcaster was verbally harassed by a man in the street. Newsweek
The people now armed themselves with such weapons as they could find in armourer shops & privated houses, and with bludgeons, & were roaming all night through all parts of the city without any decided & practicable object. The next day the states press on the King to send away the troops, to permit the Bourgeois of Paris to arm for the preservation of order in the city, & offer to send a deputation from their body to tranquilize them. He refuses all their propositions. A committee of magistrates & electors of the city are appointed, by their bodies, to take upon them its government. The mob, now openly joined by the French guards, force the prisons of St. Lazare, release all the prisoners, & take a great store of corn, which they carry to the corn market. Here they get some arms, & the French guards begin to to form & train them. The City committee determine to raise 48,000 Bourgeois, or rather to restrain their numbers to 48,000, On the 16th they send one of their numbers (Monsieur de Corny whom we knew in America) to the Hotel des Invalides to ask arms for their Garde Bourgeoise. He was followed by, or he found there, a great mob. The Governor of the Invalids came out & represented the impossibility of his delivering arms without the orders of those from whom he received them. De Corny advised the people then to retire, retired himself, & the people took possession of the arms. It was remarkable that not only the invalids themselves made no opposition, but that a body of 5000 foreign troops, encamped with 400 yards, never stirred. Monsieur De Corny and five others were then sent to ask arms of Monsieur de Launai, Governor of the Bastille. They found a great collection of people already before the place, & they immediately planted a flag of truce, which was answered by a like flag hoisted on the parapet. The depositition prevailed on the people to fall back a little, advanced themselves to make their demand of the Governor. & in that instant a discharge from the Bastille killed 4 people of those nearest to the deputies. The deputies retired, the people rushed against the place, and almost in an instant were in possession of a fortification, defended by 100 men, of infinite strength, which in other times had stood several regular sieges & had never been taken. How they got in, has as yet been impossible to discover. Those, who pretend to have been of the party tell so many different stories as to destroy the credit of them all. They took all the arms, discharged the prisoners & such of the garrison as were not killed in the first moment of fury, carried the Governor and Lieutenant Governor to the Greve (the place of public execution) cut off their heads, & sent them through the city in triumph to the Palais royal… I have the honor to be with great esteem & respect, Sir, your most obedient and most humble servant. Thomas Jefferson (lettre à John Jay, 19 juillet 1789)
Le 14 juillet, c’est la Révolution tout entière. C’est bien plus que le 4 août, qui est l’abolition des privilèges féodaux ; c’est bien plus que le 21 septembre, qui est l’abolition du privilège royal, de la monarchie héréditaire. C’est la victoire décisive de l’ère nouvelle sur l’Ancien Régime. Les premières conquêtes qu’avait values à nos pères le serment du Jeu de paume étaient menacées ; un effort suprême se préparait pour étouffer la Révolution dans son berceau ; une armée en grande partie étrangère se concentrait autour de Paris. Paris se leva, et, en prenant la vieille citadelle du despotisme, il sauva l’Assemblée nationale et l’avenir. Il y eut du sang versé le 14 juillet : les grandes transformations des sociétés humaines – et celle-ci a été la plus grande de toutes – ont toujours jusqu’ici coûté bien des douleurs et bien du sang. Nous espérons fermement que, dans notre chère patrie, au progrès par les révolutions, succède, enfin ! le progrès par les réformes pacifiques. Mais, à ceux de nos collègues que des souvenirs tragiques feraient hésiter, rappelons que le 14 juillet 1789, ce 14 juillet qui vit prendre la Bastille, fut suivi d’un autre 14 juillet, celui de 1790, qui consacra le premier par l’adhésion de la France entière, d’après l’initiative de Bordeaux et de la Bretagne. Cette seconde journée du 14 juillet, qui n’a coûté ni une goutte de sang ni une larme, cette journée de la Grande Fédération, nous espérons qu’aucun de vous ne refusera de se joindre à nous pour la renouveler et la perpétuer, comme le symbole de l’union fraternelle de toutes les parties de la France et de tous les citoyens français dans la liberté et l’égalité. Le 14 juillet 1790 est le plus beau jour de l’histoire de France, et peut-être de toute l’histoire. C’est en ce jour qu’a été enfin accomplie l’unité nationale, préparée par les efforts de tant de générations et de tant de grands hommes, auxquels la postérité garde un souvenir reconnaissant. Fédération, ce jour-là, a signifié unité volontaire. Elles ont passé trop vite, ces heures où tous les cœurs français ont battu d’un seul élan ; mais les terribles années qui ont suivi n’ont pu effacer cet immortel souvenir, cette prophétie d’un avenir qu’il appartient à nous et à nos fils de réaliser. Henri Martin (29 juin 1880)
Les journées les plus décisives de la Révolution française sont contenues, sont impliquées dans ce premier fait qui les enveloppe : le 14 juillet 1789. Et voilà pourquoi aussi c’est la vraie date révolutionnaire, celle qui fait tressaillir la France ! On comprend que ce jour-là notre Nouveau Testament nous a été donné et que tout doit en découler. Léon Gambetta (14 juillet 1872)
La Fête de la Fédération: Il s’agit de la fête la plus célèbre de la Révolution française. Fête emblématique, au point qu’aujourd’hui encore notre fête nationale réunit en elle deux adversaires : la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, et la Fédération du 14 juillet 1790. L’intention primitive de la fête n’était pourtant pas celle d’une célébration unanime. L’idée était née en province, dans cet hiver 1790 où les alliances défensives, hantées par les souvenirs de la Grande Peur, n’avaient cessé de se nouer entre les gardes nationales et l’armée tout entière. Des fêtes locales et toutes militaires scellaient ces pactes. Paris s’inquiète alors de l’agitation qui risque de gagner les troupes régulières et choisit de la contrôler en convoquant dans la capitale, pour le 14 juillet, les députations provinciales. Mais le caractère conservateur d’une fête destinée à garantir l’ordre est vite débordé par l’enthousiasme collectif d’où la Fédération tire son prestige légendaire. Mona Ozouf
Les légitimistes s’évertuent alors à démonter le mythe du 14 Juillet, à le réduire à l’expression violente d’une foule (pas du peuple) assoiffée de sang (les meurtres des derniers défenseurs de la Bastille malgré la promesse de protection) allant jusqu’au sacrilège du cadavre (des têtes dont celle du gouverneur Launay parcourant Paris plantée au bout d’une pique) (…) la Bastille n’était pas un bagne, occupée qu’elle était par quelques prisonniers sans envergure, elle n’était pas la forteresse du pouvoir royal absolu tourné contre le peuple à travers l’instrumentalisation des canons, elle n’était pas la forteresse à partir de laquelle la reconquête de la ville pouvait être envisagée puisqu’elle n’était défendue que par quelques soldats qui du reste se sont rendus en fin d’après-midi. Le mythe de la prise de la Bastille tombe de lui-même pour les monarchistes et même plus il est une création politique construisant artificiellement le mythe du peuple s’émancipant, plus encore il apparaît comme annonciateur de la Terreur, justifiant les surnoms de « saturnales républicaines », de « fête de l’assassinat »… Pierrick Hervé
Le 14 juillet 1935: La SFIO se rallient aux communistes et acceptent une grande alliance avec les Radicaux. Un « Congrès international des écrivains pour la défense et la culture », réuni à Paris , rassemble des humanistes et des anti-fascistes allemands. Le mouvement Amsterdam-Pleyel propose de manifester le 14 juillet 1935 dans toute la France contre le fascisme. Le jour de la fête nationale, des délégués venus de tous les départements jurent de « défendre les libertés démocratiques, de donner du pain aux travailleurs, du travail à la jeunesse et au monde la grande paix humaine ». 500 000 personnes défilent de la Bastille à Vincennes avec Léon Blum à leur tête. Le leader de la SFIO est accompagné de Maurice Thorez (PC), de Benoît Frachon (CGTU) et Léon Jouhaux (CGT) ainsi que Edouard Daladier (Parti Radical). En Province, les manifestations atteignent également du 12 février 1934. On entend en même temps l’Internationale et la Marseillaise, on mêle le drapeau tricolore au drapeau rouge. Cette fois, l’unité est en marche pour de bon. Et dès le lendemain, on crée le comité national du Rassemblement populaire pour le pain la paix et la liberté. L’expression Front Populaire s’impose dans le langage. David Martin
Dans les grandes démocraties du monde, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les Etats-unis, le Canada, les fêtes nationales se fêtent sans défilé militaire. Ce sont les dictatures qui font les défilés militaires. C’est l’URSS, c’est la Chine, c’est l’iran; ce sont des pays non démocratiques. Et la France est l’une des seules démocraties à organiser sa fête nationale autour d’un défilé militaire: ça n’a aucune justification même historique. Sylvain Garel (élu vert de Paris, 02.07.10)
Le défilé du 14 Juillet tel que nous le connaissons aujourd’hui n’a été instauré qu’en 1880, grâce à un vote de l’Assemblée nationale faisant du 14 juillet le jour de la Fête nationale française. La jeune IIIe République cherche à créer un imaginaire républicain commun pour souder le régime, après des décennies d’instabilité (Directoire, Consulat, premier et second Empire, IIe République …). C’est dans la même période que la Marseillaise sera adoptée comme hymne national. La date a pourtant fait polémique au sein de l’hémicycle. Pouvait-on adopter comme acte fondateur de la Nation la sanglante prise de la Bastille? Les conservateurs s’y opposent. Le rapporteur de la loi, Benjamin Raspail, propose alors une autre date : le 14 juillet 1790, jour de la Fête de la Fédération. Le premier anniversaire de la prise de la Bastille avait été célébré à Paris par le défilé sur le Champ-de-Mars de milliers de «fédérés», députés et délégués venus de toute la France. Louis XVI avait prêté serment à la Nation, et avait juré de protéger la Constitution. (…) Convaincue, l’Assemblée nationale a donc adopté le 14 Juillet comme Fête nationale, mais sans préciser si elle se réfèrait à 1789 ou 1790. (…) La IIIe République est née en 1870 après la défaite de l’Empereur Napoléon III à Sedan contre la Prusse. La France y a perdu l’Alsace et la Lorraine, ce qui sera vécu comme un traumatisme national. Dix ans après la défaite, le régime veut montrer que le pays s’est redressé. Jules Ferry, Léon Gambetta et Léon Say remettent aux militaires défilant à Longchamp de nouveaux drapeaux et étendards, remplaçant ceux de 1870. L’armée est valorisée comme protectrice de la Nation et de la République. Hautement symbolique, ce premier défilé du 14 Juillet permet également de montrer à l’opinion nationale et internationale le redressement militaire de la France, qui compte bien reconquérir les territoires perdus. Le caractère militaire du 14 Juillet est définitivement acquis lors du «Défilé de la victoire» de 1919 sur les Champs-Elysées. Le Figaro (16.07.11)
En fait, la Révolution française n’est qu’un aspect d’une révolution occidentale, ou plus exactement atlantique, qui a commencé dans les colonies anglaises d’Amérique peu après 1763, s’est prolongée par les révolutions de Suisse, des Pays-Bas, d’Irlande avant d’atteindre la France en 1787 et 1789. Jacques Godechot
Je constate qu’après la formation de leur Etat, les Juifs, de victimes, sont devenus bourreaux. Ils ont pris les maisons, les terres des Palestiniens. Abbé Pierre (1991)
Qui eût pu penser à la fin de la seconde guerre mondiale, qu’après les siècles d’humiliation et de déni, l’affaire Dreyfus, le ghetto de Varsovie, Auschwitz, les descendants et héritiers de cette terrible expérience feraient subir aux palestiniens occupés humiliations et dénis? Comment comprendre le passage du juif persécuté à l’Israélien persécuteur? Edgar Morin (1997)
On a peine à imaginer qu’une nation de fugitifs, issue du peuple le plus longtemps persécuté dans l’histoire de l’humanité, ayant subi les pires humiliations et le pire mépris, soit capable de se transformer en deux générations en « peuple dominateur et sûr de lui » et, à l’exception d’une admirable minorité, en peuple méprisant ayant satisfaction à humilier.Les juifs d’Israël, descendants des victimes d’un apartheid nommé ghetto, ghettoïsent les Palestiniens. Les juifs qui furent humiliés, méprisés, persécutés, humilient, méprisent, persécutent les Palestiniens. Les juifs qui furent victimes d’un ordre impitoyable imposent leur ordre impitoyable aux Palestiniens. Les juifs victimes de l’inhumanité montrent une terrible inhumanité. Les juifs, boucs émissaires de tous les maux, « bouc-émissarisent » Arafat et l’Autorité palestinienne, rendus responsables d’attentats qu’on les empêche d’empêcher. Edgar Morin (1997)
Eli [sic] Wiesel soutenait les droits de l’Homme pour tous sauf les Palestiniens, où il défendait plus de politiques israéliennes contre notre peuple. Xavier Abu Eid (conseiller de l’OLP)
Les Palestiniens se rappelleront d’Elie Wiesel pour son racisme et sa propagande aux services de leurs oppresseurs, nettoyeurs ethniques et tueurs. Ali Abuminah (Electronic Intifada)
Elie Wiesel était un escroc qui a menti sur son expérience et soutenu le nettoyage ethnique du peuple palestinien dans le processus. Rien d’honorable. Abbas Hamideh (Al-Awda)
La promesse de Wiesel de ne jamais être en paix devant la souffrance d’un être humain était un mensonge. Reza Aslan (auteur irano-américain)
 Wiesel est passé de grande victime de crimes de guerre à apologue de ceux qui en commettent. Hassan (Al-Jazeera)
Elie Wiesel est passé de victime de crimes de guerre à soutien de ceux qui en commettent. Il a fait plus de mal que de bien, et ne devrait pas être honoré. Max Blumenthal (journaliste américain)
Vous avez dit hommage à propos d’Elie Wiesel. Sûrement qu’il y aura un hommage rendu pour Elie Wiesel. Il y aura beaucoup de gens pour le faire. Mais moi c’est quand même un peu différent, parce que je ne suis pas fanatique d’Elie Wiesel à beaucoup d’égards. (…) l’idée que je réalise Shoah semblait le rendre fou (…) La Shoah, cétait, pensait-il, son domaine à lui et moi, je n’étais pas survivant d’un camp (…) Imre Kertész, dans “Être sans destin”, dit ceci, c’est que Elie Wiesel a passé à Auschwitz en tout et pour tout trois ou quatre nuits et jours, le reste du temps il était à Buchenwald. Il n’était pas à Auschwitz. C’est un témoin fiable, Imre Kertész. Claude Lanzmann
Pour moi, il était évident que le préjugé était au contraire un phénomène universel, et que toutes les minorités, tous les groupes qui n’occupaient pas le sommet de l’échelle sociale devenaient par là même des victimes potentielles. (…) Dénoncer l’antisémitisme sans dénoncer la cruauté humaine en général, voilà qui me tourmentait en permanence. L’aveuglement général est tel que j’ai entendu des Juifs se désoler sans retenue devant le phénomène de l’antisémitisme pour aborder sans se démonter la question afro-américaine et en parler en petits Hitler. Si je le leur faisais remarquer en protestant énergiquement, ils se retournaient contre moi. Ils ne se rendaient pas du tout compte de ce qu’ils faisaient. J’ai entendu une fois une dame tenir des propos enflammés sur les gentils qui n’avaient rien fait pour sauver les Juifs d’Europe. « On ne peut pas leur faire confiance », affirmait- elle. J’ai laissé passer un temps, puis je lui ai subitement demandé : « Et vous, qu’est-ce que vous faites pour aider les Noirs à obtenir leurs droits civiques ? — Ecoutez, m’a-t-elle rétorqué. J’ai assez avec mes propres problèmes. » Et moi : « C’est exactement ce que se sont dit les gentils d’Europe. » (…) en mai 1977. J’étais convié à une table ronde en compagnie notamment d’Elie Wiesel, qui a survécu à l’Holocauste et, depuis, ne sait plus parler d’autre chose. Ce jour-là, il m’a agacé en prétendant qu’on ne pouvait pas faire confiance aux savants, aux techniciens, parce qu’ils avaient contribué à rendre possible l’Holocauste. Voilà bien une généralisation abusive ! Et précisément le genre de propos que tiennent les antisémites : « Je me méfie des Juifs, parce que jadis, des Juifs ont crucifié mon Sauveur. » J’ai laissé les autres débattre un moment en remâchant ma rancœur puis, incapable de me contenir plus longtemps, je suis intervenu : « Monsieur Wiesel, vous faites erreur ; ce n’est pas parce qu’un groupe humain a subi d’atroces persécutions qu’il est par essence bon et innocent. Tout ce que montrent les persécutions, c’est que ce groupe était en position de faiblesse. Si les Juifs avaient été en position de force, qui sait s’ils n’auraient pas pris la place des persécuteurs ? » A quoi Wiesel m’a répliqué, très emporté : « Citez-moi un seul cas où des Juifs auraient persécuté qui que ce soit ! » Naturellement, je m’y attendais. « Au temps des Macchabées, au IIe siècle av. J.-C., Jean Hyrcan de Judée a conquis Edom et donné à choisir aux Edomites entre la conversion au judaïsme et l’épée. N’étant pas idiots, les Edomites se sont convertis, mais par la suite, on les a quand même traités en inférieurs, car s’ils étaient devenus des Juifs, ils n’en restaient pas moins des Edomites. » Et Wiesel, encore plus énervé : « Il n’y a pas d’autre exemple. » — C’est qu’il n’y a pas d’autre période dans l’histoire où les Juifs aient exercé le pouvoir, ai-je répondu. La seule fois où ils l’ont eu, ils ont fait comme les autres. » (…) J’aurais pu aller plus loin. Faire allusion au sort réservé par les Israélites aux Cananéens au temps de David et de Salomon, par exemple. Et si j’avais pu prédire l’avenir, j’aurais évoqué ce qui se passe en Israël aujourd’hui. Les Juifs d’Amérique auraient une vision plus claire de la situation s’ils se représentaient un renversement des rôles : les Palestiniens gouvernant le pays et les Juifs les bombardant de pierres avec l’énergie du désespoir. J’ai eu le même type de querelle avec Avram Davidson, brillant auteur de science-fiction qui, naturellement, est juif, et a été, du moins à une époque, ostensiblement orthodoxe. J’avais consacré un essai au Livre de Ruth, où je voyais un appel à la tolérance par opposition aux édits du cruel scribe Ezra, qui incitait les Juifs à « répudier » leurs épouses étrangères. Ruth était une Moabite, peuple haï des juifs s’il en est ; pourtant, elle est dépeinte dans l’Ancien Testament sous les traits d’une femme modèle ; en outre, elle compte parmi les ancêtres de David. Avram Davidson a pris ombrage de mon sous-entendu (les Juifs présentés comme intolérants) et j’ai eu droit à une lettre fort sarcastique dans laquelle il me demandait lui aussi si les Juifs s’étaient jamais livrés à des persécutions. Je lui ai répondu notamment : « Avram, vous et moi vivons dans un pays à 95 % non juif et cela ne nous pose pas de problème particulier. En revanche, qu’adviendrait-il de nous si nous étions des gentils habitant un pays à 95 % juif orthodoxe ? » (…)  En réalité, là encore le phénomène est universel. Au temps où Rome persécutait les premiers chrétiens, ceux-ci plaidaient pour la tolérance. Mais quand le christianisme l’a emporté, est-ce la tolérance qui a régné ? Jamais de la vie. Au contraire, les persécutions ont aussitôt repris dans l’autre sens. Prenez les Bulgares, qui réclamaient la liberté à leur régime dictatorial et qui, une fois qu’ils l’ont eue, s’en sont servis pour agresser leur minorité turque. Ou le peuple d’Azerbaïdjan, qui a exigé de l’Union soviétique une liberté dont il était privé par le pouvoir central pour s’en prendre aussitôt à la minorité arménienne. La Bible enseigne que les victimes de persécutions ne doivent en aucun cas devenir à leur tour des persécuteurs : « Vous n’attristerez et vous n’affligerez pas l’étranger, parce que vous avez été étrangers vous-mêmes dans le pays d’Egypte » (Exode 22 : 21).  Isaac Asimov

C’est universel, imbécile !

En cette journée où, via un défilé militaire digne des dernières dictatures de la planète, l’une des grandes démocraties du monde fête sa fondation

Célébrant le lynchage en fait d’un gouverneur de garnison à l’origine, puis tour à tour la reprise en main de l’agitation provinciale, la préparation de la revanche après une défaite militaire et enfin la fête d’une victoire militaire …

Et inspirée de la guerre d’indépendance et de la révolution de la première grande démocratie du monde …

Fondée accessoirement sur le massacre d’une de ses minorités et l’esclavage d’une autre …

Elle-même issue de la révolution de la nation qui a inventé le parlementarisme moderne avec décapitation puis expulsion de ses rois …

Et au lendemain d’une autre fête nationale (sportive cette fois) censée à l’origine raviver la fusion « black-blanc-beur » et requinquer un pouvoir aux abois mais gâchée par la défaite, les gaz lacrymogènes et les incendies de voitures de police ou de mobilier urbain  …

Après l’hommage quasi-universel la semaine dernière d’une des figures les plus reconnues – survivant de la Shoah et prix Nobel de la Paix – et encensées de l’après-guerre flétrie par la polémique de quelques uns …

Comment ne pas voir avec l’extrait de l’autobiographie du père de la science-fiction Isaac Asimov qui relate justement sa polémique avec Elie Wiesel …

La vérité et la grandeur d’un monde occidental qui s’efforce d’élargir chaque jour un peu plus le cercle des individus ou des groupes qu’il cherche à défendre ou secourir  …

Mais aussi, derrière les origines inévitablement violentes de ses principales incarnations nationales, la menace spécifique qui hante ce type de régime …

Et donc, à l’instar de son plus petit et seul représentant au sein de l’immensité totalitaire du Moyen-Orient, sa vulnérabilité particulière face aux dénonciations intéressées de ses ennemis ?

Isaac Asimov, Elie Wiesel et l’antisémitisme
Isaac Asimov, né en 1920 à Petrovitchi, en Russie, et mort en 1992 à New York, est l’un des plus grands auteurs de science-fiction. Il est notamment le père du cycle « Fondation » et du cycle des « Robots ». Il a écrit une autobiographie, « Moi, Asimov », parue chez Denoël en 1996. Il y évoque notamment ses origines juives et la polémique qui l’opposa à Elie Wiesel, dans un passage que je reproduis ci-après (1).
Alain Gresh
Le Monde Diplomatique
18 janvier 2010

Mon père était fier de dire qu’il n’y avait jamais eu de pogrom dans sa petite ville natale, où juifs et gentils cohabitaient sans problème. En fait, lui-même avait pour ami un fils de gentils à qui il donnait un coup de main pour ses devoirs du soir. Après la Révolution [de 1917], il s’avéra que l’ami d’enfance était devenu fonctionnaire local du Parti ; à son tour, il aida mon père à réunir les papiers nécessaires pour émigrer aux Etats-Unis. Ce détail a son importance, car j’ai souvent lu sous la plume de romantiques échevelés que ma famille avait fui la Russie pour échapper aux persécutions. D’après eux, c’est tout juste si, pour quitter le pays, nous n’avions pas traversé le Dniepr en sautant de bloc de glace en bloc de glace, avec sur les talons une meute de chiens assoiffés de sang et la totalité de l’Armée rouge.

Evidemment, il n’en est rien. Nous n’avons nullement été persécutés, et c’est en toute légalité que nous sommes partis de chez nous, sans plus de tracasseries administratives qu’on ne peut en attendre de la bureaucratie en général, et de la nôtre en particulier. Tant pis si c’est une déception.

Je n’ai pas non plus d’histoires horribles à raconter sur ma vie aux Etats-Unis. Littéralement, je n’ai jamais eu à souffrir d’être juif ; je veux dire qu’on ne m’a ni frappé ni maltraité de quelque façon que ce soit. En revanche, j’ai été maintes fois provoqué, ouvertement par les jeunes butors, plus subtilement par les gens instruits. Mais j’acceptais ; pour moi, ces choses faisaient inévitablement partie d’un univers que je ne pouvais changer.

Je savais aussi que de vastes secteurs de la société américaine me resteraient fermés parce que j’étais juif, mais qu’il en allait ainsi dans toutes les sociétés chrétiennes, et cela depuis deux mille ans ; là encore, cela faisait partie des choses de la vie. Difficile à supporter en revanche fut le sentiment d’insécurité permanente, et parfois même de terreur, face à ce qui se passait dans le monde. Je veux parler ici des années 30 et de l’ascension d’Hitler, avec sa folie antisémite toujours plus féroce et toujours plus meurtrière.

Nul Juif américain ne pouvait ignorer alors que, d’abord en Allemagne, puis en Autriche, les Juifs étaient constamment humiliés, maltraités, emprisonnés, torturés et assassinés simplement parce qu’ils étaient juifs. Nous ne pouvions fermer les yeux sur le fait que des partis « naziisants » voyaient le jour dans d’autres régions d’Europe en faisant de l’antisémitisme leur maître mot. Même la France et la Grande-Bretagne furent touchées ; toutes deux virent l’émergence d’un parti de type fasciste, et toutes deux avaient déjà un lourd passé en matière d’antisémitisme.

Nous n’étions pas même en sécurité aux Etats-Unis, pays où sévissait en permanence un antisémitisme sous-jacent et qui n’était pas à l’abri d’une bouffée de violence occasionnelle chez les gangs de rue les plus frustes. Là aussi existait une certaine attirance pour le nazisme. Ne parlons pas du German-American Bund, cette antenne déclarée des nazis, mais on a pu entendre des individus comme le père Charles Coughlin, ou encore Charles Lindbergh, exprimer ouvertement des opinions antisémites. Sans parler des mouvements fascisants autochtones qui se rassemblaient autour de la bannière de l’antisémitisme.

Comment les juifs américains ont-ils pu supporter cette pression ? Comment n’ont-ils pas cédé sous son poids ? La plupart, je présume, ont simplement appliqué la stratégie du « déni », du refus de voir les choses en face. Ils se sont efforcés de ne pas y penser et ont fait de leur mieux pour continuer à vivre comme avant. Et dans une large mesure, c’est ce que j’ai fait moi aussi. On n’avait pas le choix. (Les juifs d’Allemagne se sont comportés de la même manière jusqu’à ce que l’orage éclate et qu’il soit trop tard.) En outre, j’avais trop foi en mon pays, les Etats-Unis d’Amérique, pour croire qu’il pourrait suivre un jour l’exemple allemand.

Il est un fait que les outrances d’Hitler, non seulement dans le racisme mais aussi dans le nationalisme va-t-en-guerre, ajoutées à une paranoïa galopante de plus en plus manifeste, suscitaient le dégoût et la colère chez un nombre non négligeable d’Américains. Le gouvernement des Etats-Unis avait beau se montrer globalement réservé sur le sort funeste des juifs d’Europe, les citoyens étaient de plus en plus opposés à Hitler. C’est du moins ce qu’il me semblait, et j’y trouvais quelque réconfort.

J’essayais par ailleurs de ne pas me laisser désagréablement obnubiler par le sentiment que l’antisémitisme était le problème mondial majeur. Autour de moi, beaucoup de Juifs divisaient la population de la terre en deux camps : les Juifs et les autres, point final. Nombreux étaient ceux qui ne prenaient en compte aucun autre problème que l’antisémitisme, quels que soient le lieu et l’époque.

Pour moi, il était évident que le préjugé était au contraire un phénomène universel, et que toutes les minorités, tous les groupes qui n’occupaient pas le sommet de l’échelle sociale devenaient par là même des victimes potentielles. Dans l’Europe des années 30, ce sont les Juifs qui en ont pâti de manière spectaculaire, mais aux Etats-Unis, ce n’étaient pas eux les plus mal traités. Chez nous, quiconque ne se fermait pas délibérément les yeux voyait bien que c’étaient les Afro-Américains. Pendant deux siècles, ils avaient été réduits en esclavage. Puis on avait théoriquement mis fin à cet état de fait, mais un peu partout, ils n’avaient accédé qu’au statut de quasi- esclaves : on les avait privés de leurs droits les plus fondamentaux, traités par le mépris et délibérément exclus de ce qu’il est convenu d’appeler le « rêve américain ».

Quoique juif, et pauvre de surcroît, j’ai pu bénéficier du système éducatif américain dans ce qu’il a de meilleur et fréquenter une de ses meilleures universités ; je me demandais, à l’époque, combien d’Afro-Américains se verraient offrir la même chance. Dénoncer l’antisémitisme sans dénoncer la cruauté humaine en général, voilà qui me tourmentait en permanence. L’aveuglement général est tel que j’ai entendu des Juifs se désoler sans retenue devant le phénomène de l’antisémitisme pour aborder sans se démonter la question afro-américaine et en parler en petits Hitler. Si je le leur faisais remarquer en protestant énergiquement, ils se retournaient contre moi. Ils ne se rendaient pas du tout compte de ce qu’ils faisaient.

J’ai entendu une fois une dame tenir des propos enflammés sur les gentils qui n’avaient rien fait pour sauver les Juifs d’Europe. « On ne peut pas leur faire confiance », affirmait- elle.

J’ai laissé passer un temps, puis je lui ai subitement demandé : « Et vous, qu’est-ce que vous faites pour aider les Noirs à obtenir leurs droits civiques ?

— Ecoutez, m’a-t-elle rétorqué. J’ai assez avec mes propres problèmes. »

Et moi : « C’est exactement ce que se sont dit les gentils d’Europe. » J’ai lu une totale incompréhension dans son regard. Elle ne voyait pas où je voulais en venir. Qu’y faire ? Le monde entier semble brandir en permanence une bannière clamant : « Liberté !… mais pas pour les autres. »

Je me suis publiquement exprimé là-dessus une seule fois, dans des circonstances délicates. C’était en mai 1977. J’étais convié à une table ronde en compagnie notamment d’Elie Wiesel, qui a survécu à l’Holocauste et, depuis, ne sait plus parler d’autre chose. Ce jour-là, il m’a agacé en prétendant qu’on ne pouvait pas faire confiance aux savants, aux techniciens, parce qu’ils avaient contribué à rendre possible l’Holocauste. Voilà bien une généralisation abusive ! Et précisément le genre de propos que tiennent les antisémites : « Je me méfie des Juifs, parce que jadis, des Juifs ont crucifié mon Sauveur. »

J’ai laissé les autres débattre un moment en remâchant ma rancœur puis, incapable de me contenir plus longtemps, je suis intervenu : « Monsieur Wiesel, vous faites erreur ; ce n’est pas parce qu’un groupe humain a subi d’atroces persécutions qu’il est par essence bon et innocent. Tout ce que montrent les persécutions, c’est que ce groupe était en position de faiblesse. Si les Juifs avaient été en position de force, qui sait s’ils n’auraient pas pris la place des persécuteurs ? »

A quoi Wiesel m’a répliqué, très emporté : « Citez-moi un seul cas où des Juifs auraient persécuté qui que ce soit ! »

Naturellement, je m’y attendais. « Au temps des Macchabées, au IIe siècle av. J.-C., Jean Hyrcan de Judée a conquis Edom et donné à choisir aux Edomites entre la conversion au judaïsme et l’épée. N’étant pas idiots, les Edomites se sont convertis, mais par la suite, on les a quand même traités en inférieurs, car s’ils étaient devenus des Juifs, ils n’en restaient pas moins des Edomites. »

Et Wiesel, encore plus énervé : « Il n’y a pas d’autre exemple. »

— C’est qu’il n’y a pas d’autre période dans l’histoire où les Juifs aient exercé le pouvoir, ai-je répondu. La seule fois où ils l’ont eu, ils ont fait comme les autres. »

Ce qui mit fin à la discussion. J’ajoute cependant que l’auditoire était totalement acquis à Elie Wiesel.

J’aurais pu aller plus loin. Faire allusion au sort réservé par les Israélites aux Cananéens au temps de David et de Salomon, par exemple. Et si j’avais pu prédire l’avenir, j’aurais évoqué ce qui se passe en Israël aujourd’hui. Les Juifs d’Amérique auraient une vision plus claire de la situation s’ils se représentaient un renversement des rôles : les Palestiniens gouvernant le pays et les Juifs les bombardant de pierres avec l’énergie du désespoir.

J’ai eu le même type de querelle avec Avram Davidson, brillant auteur de science-fiction qui, naturellement, est juif, et a été, du moins à une époque, ostensiblement orthodoxe. J’avais consacré un essai au Livre de Ruth, où je voyais un appel à la tolérance par opposition aux édits du cruel scribe Ezra, qui incitait les Juifs à « répudier » leurs épouses étrangères. Ruth était une Moabite, peuple haï des juifs s’il en est ; pourtant, elle est dépeinte dans l’Ancien Testament sous les traits d’une femme modèle ; en outre, elle compte parmi les ancêtres de David. Avram Davidson a pris ombrage de mon sous-entendu (les Juifs présentés comme intolérants) et j’ai eu droit à une lettre fort sarcastique dans laquelle il me demandait lui aussi si les Juifs s’étaient jamais livrés à des persécutions. Je lui ai répondu notamment : « Avram, vous et moi vivons dans un pays à 95 % non juif et cela ne nous pose pas de problème particulier. En revanche, qu’adviendrait-il de nous si nous étions des gentils habitant un pays à 95 % juif orthodoxe ? »

Je n’ai jamais reçu de réponse.

A l’heure où j’écris, on assiste à un afflux de Juifs ex-soviétiques en Israël. S’ils fuient leur pays, c’est bien parce qu’ils redoutent des persécutions de nature religieuse. Pourtant, dès qu’ils posent le pied sur le sol d’Israël, ils se muent en sionistes extrémistes impitoyables à l’égard des Palestiniens. Ils passent en un clin d’œil du statut de persécutés à celui de persécuteurs.

Cela dit, les Juifs ne sont pas les seuls dans ce cas. Si je suis sensible à ce problème particulier, c’est parce que je suis juif moi-même. En réalité, là encore le phénomène est universel. Au temps où Rome persécutait les premiers chrétiens, ceux-ci plaidaient pour la tolérance. Mais quand le christianisme l’a emporté, est-ce la tolérance qui a régné ? Jamais de la vie. Au contraire, les persécutions ont aussitôt repris dans l’autre sens. Prenez les Bulgares, qui réclamaient la liberté à leur régime dictatorial et qui, une fois qu’ils l’ont eue, s’en sont servis pour agresser leur minorité turque. Ou le peuple d’Azerbaïdjan, qui a exigé de l’Union soviétique une liberté dont il était privé par le pouvoir central pour s’en prendre aussitôt à la minorité arménienne.

La Bible enseigne que les victimes de persécutions ne doivent en aucun cas devenir à leur tour des persécuteurs : « Vous n’attristerez et vous n’affligerez pas l’étranger, parce que vous avez été étrangers vous-mêmes dans le pays d’Egypte » (Exode 22 : 21). Mais qui obéit à cet enseignement ? Personnellement, chaque fois que je tente de le répandre, je m’attire des regards hostiles et je me rends impopulaire.

Isaac Asimov, Moi, Asimov, traduit de l’américain par Hélène Collon, Folio Science Fiction, Paris, 1996 [1994]

Voir aussi:

Elie Wiesel. Les réactions après l’annonce de son décès
Ouest France

03/07/2016

Voici les premières réactions politiques et de la société civile à la mort samedi à New York de l’écrivain Elie Wiesel, prix Nobel de la paix et rescapé de la Shoah.

– Barack Obama, président des Etats-Unis, a salué la mémoire d’un « ami », « de l’une des grandes voix morales de notre temps, et à bien des égards, la conscience du monde ». M. Wiesel ne se battait pas uniquement contre l’antisémitisme, a rappelé le locataire de la Maison blanche, soulignant son engagement contre la haine, la bigoterie et l’intolérance sous toutes ses formes.

-Benyamin Nétanyahou, premier ministre israélien, a salué sa mémoire, faisant valoir qu’il était un « rayon de lumière et un exemple d’humanité croyant en la bonté de l’homme ». « L’Etat d’Israël et le peuple juif pleurent avec amertume la mort d’Elie Wiesel », a dit M. Nétanyahou.
En France
– Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères: « l’humanité perd un grand témoin de l’holocauste, un infatigable combattant de la mémoire et un prodigieux homme de lettres de langue française ». « Notre devoir est de faire vivre son message, qui lui avait valu le prix Nobel de la Paix, et les valeurs qu’il incarnait » (communiqué).

– Bernard Cazeneuve, ministre français de l’Intérieur, salue « la mémoire de cet homme exceptionnel, qui fut un immense écrivain, luttant par son oeuvre contre les forces de l’oubli et de l’indifférence, mais aussi un militant inlassable des droits de l’homme, appelant l’attention de l’opinion mondiale sur les individus et sur les peuples victimes de persécutions ». « Le monde perd un témoin de l’univers concentrationnaire, l’une des grandes voix qui ont contribué à révéler au monde l’horreur singulière de la Shoah et à en perpétuer la mémoire » (communiqué).

– Audrey Azoulay, ministre de la Culture, rend hommage à un « soldat de la paix ». Cet « homme au regard si doux, avait connu le pire de ce que l’humanité peut produire, mais avait fait de sa vie une victoire. Il avait gardé confiance en l’homme, défendu ses droits dans les tribunes internationales comme ses livres ». (communiqué)

– Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France): « Elie Wiesel était une figure emblématique de la mémoire de la Shoah et de la souffrance des Juifs. Toute sa vie, il fut un intellectuel engagé ». « Pour le Crif, il fut un résistant à l’oubli et un militant de la mémoire. C’est un phare pour l’humanité qui disparaît. »

– Eric Ciotti, député LR des Alpes-Maritimes: « Avec la disparition d’un infatigable et admirable témoin, il nous reste la force du témoignage de paix, par l’un de ceux qui ont été confrontés à l’horreur absolue ». Sa « lutte contre l’indifférence, l’intolérance et l’injustice a aujourd’hui force d’exemple » (communiqué).

– Anne Hidalgo, maire de Paris: « De l’importance du devoir de mémoire. « Celui qui ne connaît pas l’Histoire est condamné à la revivre », disait Elie Wiesel. N’oublions jamais ».

– Jack Lang, ancien ministre de la Culture: « C’était d’abord un ami fidèle auquel me liait des liens étroits d’affection. Il fut aussi indéfectiblement attaché à la personne de François Mitterrand dont il a suivi l’action en permanence. Elie Wiesel était l’élégance même, la grandeur, la générosité. Les horribles souffrances que la vie lui a infligées ont fait grandir en lui sa profonde humanité. Immense écrivain, il a su admirablement exprimer la densité de l’âme humaine. Son amour de la France le portait à écrire dans la langue française qu’il savourait avec passion. Elie, ce cher et grand Elie, appartient au Panthéon des hommes de lumière » (communiqué).

– Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education nationale: « Grande tristesse, Elie Wiesel nous a quittés. Une conscience universelle disparaît dont la voix ne s’éteindra jamais » (tweet)

– Gérard Larcher, président (LR) du Sénat: « E. #Wiesel restera cet infatigable militant au service de la paix et des Droits de l’Homme » (tweet)

– François Fillon, ancien Premier ministre: « c’est une voix de paix qui s’éteint. Une mémoire, une conscience, un grand écrivain. N’oublions jamais ». (tweet)

– Christiane Taubira, ancienne ministre: « #ElieWiesel, ou la défaite de l’horreur absolue : un esprit lumineux invaincu, une conscience vigilante au monde » (tweet)

– Nathalie Kosciusko-Morizet, députée LR et chef de file de la droite parisienne: « Elie Wiesel, rescapé de la Shoah, intellectuel brillant, humaniste engagé. C’est une conscience qui nous quitte. Son combat reste le nôtre ». (tweet)

Voir également:

‘L’hommage’ acerbe de Claude Lanzmann à Elie Wiesel
Au micro de France Inter, le réalisateur juif français a fortement critiqué l’écrivain et prix Nobel de la Paix
Times of Israel

6 juillet 2016

Les hommages à Elie Wiesel, prix Nobel de la Paix et survivant de la Shoah, décédé le 2 juillet dernier, se succèdent, mais certains sont plus critiques que d’autres.

Des militants pro-palestiniens ont ainsi reproché à l’écrivain son soutien public de Benjamin Netanyahu et de l’Etat d’Israël, allant jusqu’à le traiter « d’escroc » sur Twitter et d’allié du « nettoyage ethnique du peuple palestinien ».

Un journaliste américain a écrit que Wiesel ne méritait aucun honneur, et qu’il était « passé de victime de crimes de guerre à soutien de ceux qui en commettent. Il a fait plus de mal que de bien, et ne devrait pas être honoré. »

En France, et dans une moindre dimension, la critique est notamment venue de Claude Lanzmann qui s’est exprimé au micro de France Inter dimanche matin. selon lui, l’écrivain juif américain tenait beaucoup, voire trop, à son statut d’icône de la Shoah : « la Shoah, c’était, pensait-il, son domaine à lui, et moi je n’étais pas survivant d’un camp », a déclaré le réalisateur de « Shoah » – qui, ironiquement, a souvent été accusé d’effectuer un monopole sur le récit de la Shoah.

Le cinéaste explique qu’il avait en effet rencontré Wiesel dans les années 70, souhaitant centrer son film magistral autour du philosophe, mais que sa réaction à l’annonce du projet lui avait donné l’impression d’avoir commis « un crime de lèse-majesté ».

C’est donc une voix discordante, qui « n’est pas fanatique d’Elie Wiesel », qui s’élève à France Inter, face à Laetitia Gayet, qui tente tant bien que mal de garder l’interview sur les rails.

Car Claude Lanzmann, âgé de 90 ans, continue et critique le statut même de Wiesel comme survivant d’Auschwitz : « Elie Wiesel a passé à Auschwitz, en tout et pour tout, trois ou quatre nuits et jours. Le reste du temps, il était à Buchenwald, il n’était pas à Auschwitz ».

Comme le note le Nouvel Obs, dans une fine analyse de l’interview, « [Lanzmann] affirme avoir lu ça dans « Etre sans destin » du Hongrois Imre Kertész, prix Nobel de littérature et survivant des camps, qu’il considère comme ‘un témoin fiable’.

Il n’en fallait pas plus pour agiter la presse française : pendant que le Point titre « Lanzmann règle ses comptes avec Elie Wiesel », les sites antisémites s’en donnent à cœur joie et utilisent les propos de Lanzmann – qui s’est probablement trompé, comme l’explique le journaliste de l’Obs – pour nier le calvaire enduré par les survivants de la Shoah.

Et l’Obs de conclure, très justement, « l’hostilité que Lanzmann essuie depuis dimanche pour son refus bourru de « rendre hommage » illustre tragiquement notre incapacité à être sereins face à la mémoire du génocide ».

Voir encore:

Après sa mort, Wiesel est critiqué pour son soutien à Israël
Des activistes pro-palestiniens crient au scandale après les éloges sur le défenseur des droits de l’Homme
Times of Israel
3 juillet 2016

La mort du survivant de l’Holocauste et prix Nobel de la Paix Elie Wiesel, 87 ans, était largement déplorée dimanche, mais certains critiques d’Israël et militants pro-palestiniens se sont concentrés sur le soutien ardent de Wiesel au sionisme, disant que son soutien à l’Etat juif a terni sa réputation de défenseur des droits de l’Homme.

Wiesel était un soutien public du Premier ministre de droite Benjamin Netanyahu, qui est très impopulaire parmi les Palestiniens.

Le leader juif et auteur prolifique a aussi ouvertement reproché à son ami, le président américain Barack Obama, d’appeler à la fin de la construction dans les implantations, et de négocier un accord nucléaire levant les sanctions avec l’Iran. La position de Wiesel sur ces sujets a été critiquée, même par ses admirateurs de longue date.

« Eli [sic] Wiesel soutenait les droits de l’Homme pour tous sauf les Palestiniens, où il défendait plus de politiques israéliennes contre notre peuple », a écrit sur Twitter Xavier Abu Eid, conseiller en communications du département de négociations de l’OLP [Organisation de libération de la Palestine].

Après avoir survécu à l’Holocauste, Wiesel, romancier et militant, est devenu célèbre, l’un des témoins principaux de l’Holocauste et un homme qui a non seulement documenté les horreurs du passé mais aussi cherché à empêcher de futures tragédies en se battant pour els droits de l’Homme.

« En tant qu’écrivain, qu’orateur, que militant, et en tant qu’intellectuel, il était l’une de ces personnes qui ont changé le monde en tant que citoyen du monde, plus que ceux qui ont des mandats et des postes traditionnels de pouvoir. Sa vie, et la puissance de son exemple, nous appelle à faire mieux », a déclaré Obama samedi soir.

Pendant plus d’un demi-siècle, Wiesel a exprimé ses croyances passionnées aux dirigeants mondiaux, aux célébrités et à des publics généraux au nom des victimes de violence et d’oppression. Il a écrit 57 livres, mais son roman le plus influant est de loin La nuit, un classique rangé aux côtés du Journal d’Anne Frank dans les lectures classiques sur l’Holocauste.

Mais pour certains militants pro-palestiniens, son soutien à Israël l’a emporté sur le reste de son héritage.

« Les Palestiniens se rappelleront d’Elie Wiesel pour son racisme et sa propagande aux services de leurs oppresseurs, nettoyeurs ethniques et tueurs », a écrit Ali Abuminah, cofondateur du blog palestinien Electronic Intifada.

Abbas Hamideh, cofondateur d’Al-Awda, une association qui vise à permettre aux réfugiés palestiniens de la guerre d’indépendance israélienne de 1948 à revenir sur leurs anciennes terres, a déclaré que Wiesel était un « escroc ».

« Elie Wiesel était un escroc qui a menti sur son expérience et soutenu le nettoyage ethnique du peuple palestinien dans le processus. Rien d’honorable », a-t-il écrit.

Certaines personnalités médiatiques internationales ont aussi utilisé Twitter pour critiquer les hommages mondiaux unanimes au militant des droits de l’Hommes récemment décédé.

Reza Aslan, auteur irano-américain et chercheur en religion qui apparait souvent dans les médias américains, a déclaré que la promesse de Wiesel de ne jamais être en paix devant la souffrance d’un être humain était un mensonge.

Mehdi Hassan, présentateur de télévision et journaliste pour Al Jazeera, a suggéré que les fortes louanges de Wiesel étaient sans fondement étant donné sa position envers les Palestiniens.

« Pauvres vieux Palestiniens, le seul peuple dont vous pouvez ignorer/compromettre les droits et être toujours appelé un défenseur des droits de l’Hommes quand vous mourrez », a écrit Hassan.

Dans un autre tweet, le journaliste d’Al-Jazeera a essayé de clarifier son opinion, écrivant que « pour être clair, il est possible d’apprécier le combat de Wiesel, son héritage et sa littérature tout en étant repoussé par son soutien aux colons. »

Max Blumenthal, journaliste, militant, et fils de Sidney Blumenthal, conseiller de longue date de la candidate à la présidentielle américaine Hillary Clinton, a affirmé que Wiesel ne méritait aucun honneur.

« Elie Wiesel est passé de victime de crimes de guerre à soutien de ceux qui en commettent. Il a fait plus de mal que de bien, et ne devrait pas être honoré. »

Un important diplomate arabe a cependant publiquement rendu hommage à Wiesel sans mentionner les Palestiniens.

Khalid Bin Ahmad, ministre des Affaires étrangères de Bahreïn depuis 2005, a écrit, « Repose en paix #ElieWiesel. Ton noble héritage survivra. »

La chancelière allemande Angela Merkel a estimé qu’avec la mort « de l’une des personnalités les plus marquantes du siècle passé », « une voix de la morale et de l’humanité s’était (s’est) tue ».

« Elie Wiesel nous a tendu la main à nous, les Allemands et a travaillé avec nous inlassablement pour rendre possible un monde meilleur », a-t-elle insisté.

Voir de plus:

Face à Elie Wiesel : Claude Lanzmann, Jean Robin et Isaac Asimov sonnent la charge !
Play Mobil
Agoravox
5 juillet 2016

Elie Wiesel est décédé le 2 juillet 2016. Rescapé de la Shoah, il constituait une figure d’autorité très respectée : Grand-croix de la Légion d’honneur et commandeur de l’ordre de l’Empire britannique, ayant reçu aux États-Unis la médaille d’or du Congrès et la médaille présidentielle de la Liberté, fait docteur honoris causa par plus de cent universités parmi lesquelles Harvard, Yale, Stanford, Cambridge, Princeton, Columbia, l’École normale supérieure, Oxford, la Sorbonne et l’université hébraïque de Jérusalem, il reçoit le Prix Nobel de la paix en 1986. Son livre La Nuit est resté sur la liste des meilleures ventes du New York Times pendant neuf semaines d’affilée, un record inégalé pour un livre de non-fiction.

Le personnage faisait pourtant polémique, comme en témoignent plusieurs réactions fracassantes émises ou exhumées ces derniers jours.

Lanzmann règle ses compte avec Wiesel

Invité de France Inter dimanche 3 juillet peu avant 8 heures, Claude Lanzmann, le réalisateur de Shoah, reproche d’abord au Prix Nobel de ne pas lui avoir réservé un bon accueil lorsqu’il lui a annoncé à New York qu’il allait préparer le film. «  L’idée que je réalise Shoah le rendait fou. Je crois que l’explication est simple. La Shoah était, pensait-il, son domaine à lui et moi, je n’étais pas survivant d’un camp », explique Lanzmann.

Plus tard, il dresse Imre Kertész, Prix Nobel de littérature, contre Wiesel en lisant un extrait d’un de ses ouvrages : « Imre Kertész, dans “Être sans destin”, dit ceci : Elie Wiesel a passé à Auschwitz en tout et pour tout trois ou quatre nuits et jours, le reste du temps il était à Buchenwald. Il n’était pas à Auschwitz. […] C’est un témoin fiable, Imre Kertész. »

L’interview de près de 8 minutes, donné à France Inter, n’était plus disponible ce mardi matin sur le site de la radio, qui semble avoir choisi la voie de la censure, mais quelques blogueurs l’ont néanmoins conservée. Le Point (qui a récupéré l’enregistrement) propose ainsi à ses lecteurs de l’écouter in extenso :

Une enquête explosive mais très controversée

Autre réaction, celle de l’inénarrable Jean Robin, écrivain, journaliste et éditeur exilé en Polynésie suite à un appel de son Seigneur Jésus Christ. Celui-ci prétend avoir démontré « que Wiesel n’a jamais mis les pieds à Auschwitz de sa vie« , et donc que « Lanzmann ment et va jusqu’au maximum de ce qu’il peut aller sans accuser Wiesel d’être un faux déporté« .

Ses accusations, étayées par plusieurs articles, sont terribles :

« Elie Wiesel, qui a menti sur son identité, son tatouage à Auschwitz qu’il n’avait pas, et sa détention imaginaire à Buchenwald, comme nous l’avons prouvé, vient de mourir. Tous les médias vont faire l’éloge d’un faussaire de l’histoire, dont les mensonges ont permis aux négationnistes de mettre en doute la Shoah elle-même. »

Jean Robin a bien conscience qu’il marche sur des oeufs : Wiesel « étant devenu un demi-dieu, il est désormais interdit de le critiquer, sous peine d’accusation en négationnisme, antisémitisme, nazisme, etc. » Le bougre, repris par le site de son ennemi juré, Alain Soral (qui ne manque pas une information pouvant aller dans le sens du révisionnisme, si ce n’est du négationnisme), n’a pas tardé à en faire les frais, comme il nous le confie sur son site :

« Je viens d’ailleurs d’en faire les frais en me faisant virer sans notification et après maintes insultes du groupe des amis de Guy Millière, dont je suis quand même l’éditeur de 3 livres. »

Selon l’écrivain Michaël de Saint-Cheron, Elie Wiesel est aujourd’hui critiqué par des « personnes inqualifiables qui cherchent non pas à salir mais à démolir la statue morale » qu’il incarne. Il mentionne l’Américaine Carolyn Yeager et le juif hongrois Miklos Grüner. Ce dernier, rescapé d’Auschwitz, accuse Wiesel d’avoir « usurpé le numéro matricule A-7713 d’un certain Lazar Wiesel et [de s’être] approprié le récit de ce dernier sur son passage à Auschwitz ». Cette thèse se trouve soutenue par des négationnistes, ainsi que par Jean Robin, qui aurait reçu des archives du Musée national Auschwitz-Birkenau un courriel selon lequel le déporté immatriculé A-7713 était nommé Lazar Wiesel et avait pour année de naissance 1913 (alors qu’Elie Wiesel est né en 1928). Michaël de Saint-Cheron met en question la fiabilité de ces archives, soutient que Wiesel a progressivement changé l’orthographe de son prénom (Lazar étant le diminutif yiddish d’Eliezer), et affirme avoir vu par lui-même son tatouage.

On espère que des journalistes contre-enquêteront sur l’enquête de Robin. Si ce dernier prétend que ce sont les supposés « mensonges » de Wiesel qui feraient le jeu des négationnistes, d’autres l’accusent désormais de faire, lui, le jeu des négationnistes.

La sagesse d’Isaac Asimov : les persécutés deviennent les persécuteurs… lorsqu’ils sont les plus forts

Le troisième témoignage, plus apaisé et profond, est post-mortem, et nous le devons à Jean Bricmont, qui l’a publié dès le 3 juillet sur sa page Facebook. Il est signé Isaac Asimov.

Né en 1920 à Petrovitchi, en Russie, et mort en 1992 à New York, Asimov est l’un des plus grands auteurs de science-fiction. Il est notamment le père du cycle Fondation et du cycle des Robots. Il a écrit une autobiographie, Moi, Asimov, parue chez Denoël en 1996. Il y évoque notamment ses origines juives et la polémique qui l’opposa en 1977 à Elie Wiesel (le passage qui suit a été publié en 2010 par Le Monde diplomatique) :

Mon père était fier de dire qu’il n’y avait jamais eu de pogrom dans sa petite ville natale, où juifs et gentils cohabitaient sans problème. En fait, lui-même avait pour ami un fils de gentils à qui il donnait un coup de main pour ses devoirs du soir. Après la Révolution [de 1917], il s’avéra que l’ami d’enfance était devenu fonctionnaire local du Parti ; à son tour, il aida mon père à réunir les papiers nécessaires pour émigrer aux Etats-Unis. Ce détail a son importance, car j’ai souvent lu sous la plume de romantiques échevelés que ma famille avait fui la Russie pour échapper aux persécutions. D’après eux, c’est tout juste si, pour quitter le pays, nous n’avions pas traversé le Dniepr en sautant de bloc de glace en bloc de glace, avec sur les talons une meute de chiens assoiffés de sang et la totalité de l’Armée rouge.

Evidemment, il n’en est rien. Nous n’avons nullement été persécutés, et c’est en toute légalité que nous sommes partis de chez nous, sans plus de tracasseries administratives qu’on ne peut en attendre de la bureaucratie en général, et de la nôtre en particulier. Tant pis si c’est une déception.

Je n’ai pas non plus d’histoires horribles à raconter sur ma vie aux Etats-Unis. Littéralement, je n’ai jamais eu à souffrir d’être juif ; je veux dire qu’on ne m’a ni frappé ni maltraité de quelque façon que ce soit. En revanche, j’ai été maintes fois provoqué, ouvertement par les jeunes butors, plus subtilement par les gens instruits. Mais j’acceptais ; pour moi, ces choses faisaient inévitablement partie d’un univers que je ne pouvais changer.

Je savais aussi que de vastes secteurs de la société américaine me resteraient fermés parce que j’étais juif, mais qu’il en allait ainsi dans toutes les sociétés chrétiennes, et cela depuis deux mille ans ; là encore, cela faisait partie des choses de la vie. Difficile à supporter en revanche fut le sentiment d’insécurité permanente, et parfois même de terreur, face à ce qui se passait dans le monde. Je veux parler ici des années 30 et de l’ascension d’Hitler, avec sa folie antisémite toujours plus féroce et toujours plus meurtrière.

Nul Juif américain ne pouvait ignorer alors que, d’abord en Allemagne, puis en Autriche, les Juifs étaient constamment humiliés, maltraités, emprisonnés, torturés et assassinés simplement parce qu’ils étaient juifs. Nous ne pouvions fermer les yeux sur le fait que des partis « naziisants » voyaient le jour dans d’autres régions d’Europe en faisant de l’antisémitisme leur maître mot. Même la France et la Grande-Bretagne furent touchées ; toutes deux virent l’émergence d’un parti de type fasciste, et toutes deux avaient déjà un lourd passé en matière d’antisémitisme.

Nous n’étions pas même en sécurité aux Etats-Unis, pays où sévissait en permanence un antisémitisme sous-jacent et qui n’était pas à l’abri d’une bouffée de violence occasionnelle chez les gangs de rue les plus frustes. Là aussi existait une certaine attirance pour le nazisme. Ne parlons pas du German-American Bund, cette antenne déclarée des nazis, mais on a pu entendre des individus comme le père Charles Coughlin, ou encore Charles Lindbergh, exprimer ouvertement des opinions antisémites. Sans parler des mouvements fascisants autochtones qui se rassemblaient autour de la bannière de l’antisémitisme.

Comment les juifs américains ont-ils pu supporter cette pression ? Comment n’ont-ils pas cédé sous son poids ? La plupart, je présume, ont simplement appliqué la stratégie du « déni », du refus de voir les choses en face. Ils se sont efforcés de ne pas y penser et ont fait de leur mieux pour continuer à vivre comme avant. Et dans une large mesure, c’est ce que j’ai fait moi aussi. On n’avait pas le choix. (Les juifs d’Allemagne se sont comportés de la même manière jusqu’à ce que l’orage éclate et qu’il soit trop tard.) En outre, j’avais trop foi en mon pays, les Etats-Unis d’Amérique, pour croire qu’il pourrait suivre un jour l’exemple allemand.

Il est un fait que les outrances d’Hitler, non seulement dans le racisme mais aussi dans le nationalisme va-t-en-guerre, ajoutées à une paranoïa galopante de plus en plus manifeste, suscitaient le dégoût et la colère chez un nombre non négligeable d’Américains. Le gouvernement des Etats-Unis avait beau se montrer globalement réservé sur le sort funeste des juifs d’Europe, les citoyens étaient de plus en plus opposés à Hitler. C’est du moins ce qu’il me semblait, et j’y trouvais quelque réconfort.

J’essayais par ailleurs de ne pas me laisser désagréablement obnubiler par le sentiment que l’antisémitisme était le problème mondial majeur. Autour de moi, beaucoup de Juifs divisaient la population de la terre en deux camps : les Juifs et les autres, point final. Nombreux étaient ceux qui ne prenaient en compte aucun autre problème que l’antisémitisme, quels que soient le lieu et l’époque.

Pour moi, il était évident que le préjugé était au contraire un phénomène universel, et que toutes les minorités, tous les groupes qui n’occupaient pas le sommet de l’échelle sociale devenaient par là même des victimes potentielles. Dans l’Europe des années 30, ce sont les Juifs qui en ont pâti de manière spectaculaire, mais aux Etats-Unis, ce n’étaient pas eux les plus mal traités. Chez nous, quiconque ne se fermait pas délibérément les yeux voyait bien que c’étaient les Afro-Américains. Pendant deux siècles, ils avaient été réduits en esclavage. Puis on avait théoriquement mis fin à cet état de fait, mais un peu partout, ils n’avaient accédé qu’au statut de quasi-esclaves : on les avait privés de leurs droits les plus fondamentaux, traités par le mépris et délibérément exclus de ce qu’il est convenu d’appeler le « rêve américain ».

Quoique juif, et pauvre de surcroît, j’ai pu bénéficier du système éducatif américain dans ce qu’il a de meilleur et fréquenter une de ses meilleures universités ; je me demandais, à l’époque, combien d’Afro-Américains se verraient offrir la même chance. Dénoncer l’antisémitisme sans dénoncer la cruauté humaine en général, voilà qui me tourmentait en permanence. L’aveuglement général est tel que j’ai entendu des Juifs se désoler sans retenue devant le phénomène de l’antisémitisme pour aborder sans se démonter la question afro-américaine et en parler en petits Hitler. Si je le leur faisais remarquer en protestant énergiquement, ils se retournaient contre moi. Ils ne se rendaient pas du tout compte de ce qu’ils faisaient.

J’ai entendu une fois une dame tenir des propos enflammés sur les gentils qui n’avaient rien fait pour sauver les Juifs d’Europe. « On ne peut pas leur faire confiance », affirmait-elle.

J’ai laissé passer un temps, puis je lui ai subitement demandé : « Et vous, qu’est-ce que vous faites pour aider les Noirs à obtenir leurs droits civiques ?

— Ecoutez, m’a-t-elle rétorqué. J’ai assez avec mes propres problèmes. »

Et moi : « C’est exactement ce que se sont dit les gentils d’Europe. » J’ai lu une totale incompréhension dans son regard. Elle ne voyait pas où je voulais en venir. Qu’y faire ? Le monde entier semble brandir en permanence une bannière clamant : « Liberté !… mais pas pour les autres.  »

Je me suis publiquement exprimé là-dessus une seule fois, dans des circonstances délicates. C’était en mai 1977. J’étais convié à une table ronde en compagnie notamment d’Elie Wiesel, qui a survécu à l’Holocauste et, depuis, ne sait plus parler d’autre chose. Ce jour-là, il m’a agacé en prétendant qu’on ne pouvait pas faire confiance aux savants, aux techniciens, parce qu’ils avaient contribué à rendre possible l’Holocauste. Voilà bien une généralisation abusive ! Et précisément le genre de propos que tiennent les antisémites : « Je me méfie des Juifs, parce que jadis, des Juifs ont crucifié mon Sauveur. »

J’ai laissé les autres débattre un moment en remâchant ma rancœur puis, incapable de me contenir plus longtemps, je suis intervenu : « Monsieur Wiesel, vous faites erreur ; ce n’est pas parce qu’un groupe humain a subi d’atroces persécutions qu’il est par essence bon et innocent. Tout ce que montrent les persécutions, c’est que ce groupe était en position de faiblesse. Si les Juifs avaient été en position de force, qui sait s’ils n’auraient pas pris la place des persécuteurs ? »

A quoi Wiesel m’a répliqué, très emporté : « Citez-moi un seul cas où des Juifs auraient persécuté qui que ce soit !  »

Naturellement, je m’y attendais. « Au temps des Macchabées, au IIe siècle av. J.-C., Jean Hyrcan de Judée a conquis Edom et donné à choisir aux Edomites entre la conversion au judaïsme et l’épée. N’étant pas idiots, les Edomites se sont convertis, mais par la suite, on les a quand même traités en inférieurs, car s’ils étaient devenus des Juifs, ils n’en restaient pas moins des Edomites. »

Et Wiesel, encore plus énervé : « Il n’y a pas d’autre exemple. »

— C’est qu’il n’y a pas d’autre période dans l’histoire où les Juifs aient exercé le pouvoir, ai-je répondu. La seule fois où ils l’ont eu, ils ont fait comme les autres. »

Ce qui mit fin à la discussion. J’ajoute cependant que l’auditoire était totalement acquis à Elie Wiesel.

J’aurais pu aller plus loin. Faire allusion au sort réservé par les Israélites aux Cananéens au temps de David et de Salomon, par exemple. Et si j’avais pu prédire l’avenir, j’aurais évoqué ce qui se passe en Israël aujourd’hui. Les Juifs d’Amérique auraient une vision plus claire de la situation s’ils se représentaient un renversement des rôles : les Palestiniens gouvernant le pays et les Juifs les bombardant de pierres avec l’énergie du désespoir.

J’ai eu le même type de querelle avec Avram Davidson, brillant auteur de science-fiction qui, naturellement, est juif, et a été, du moins à une époque, ostensiblement orthodoxe. J’avais consacré un essai au Livre de Ruth, où je voyais un appel à la tolérance par opposition aux édits du cruel scribe Ezra, qui incitait les Juifs à « répudier » leurs épouses étrangères. Ruth était une Moabite, peuple haï des juifs s’il en est ; pourtant, elle est dépeinte dans l’Ancien Testament sous les traits d’une femme modèle ; en outre, elle compte parmi les ancêtres de David. Avram Davidson a pris ombrage de mon sous-entendu (les Juifs présentés comme intolérants) et j’ai eu droit à une lettre fort sarcastique dans laquelle il me demandait lui aussi si les Juifs s’étaient jamais livrés à des persécutions. Je lui ai répondu notamment : « Avram, vous et moi vivons dans un pays à 95 % non juif et cela ne nous pose pas de problème particulier. En revanche, qu’adviendrait-il de nous si nous étions des gentils habitant un pays à 95 % juif orthodoxe ?  »

Je n’ai jamais reçu de réponse.

A l’heure où j’écris, on assiste à un afflux de Juifs ex-soviétiques en Israël. S’ils fuient leur pays, c’est bien parce qu’ils redoutent des persécutions de nature religieuse. Pourtant, dès qu’ils posent le pied sur le sol d’Israël, ils se muent en sionistes extrémistes impitoyables à l’égard des Palestiniens. Ils passent en un clin d’œil du statut de persécutés à celui de persécuteurs.

Cela dit, les Juifs ne sont pas les seuls dans ce cas. Si je suis sensible à ce problème particulier, c’est parce que je suis juif moi-même. En réalité, là encore le phénomène est universel. Au temps où Rome persécutait les premiers chrétiens, ceux-ci plaidaient pour la tolérance. Mais quand le christianisme l’a emporté, est-ce la tolérance qui a régné ? Jamais de la vie. Au contraire, les persécutions ont aussitôt repris dans l’autre sens. Prenez les Bulgares, qui réclamaient la liberté à leur régime dictatorial et qui, une fois qu’ils l’ont eue, s’en sont servis pour agresser leur minorité turque. Ou le peuple d’Azerbaïdjan, qui a exigé de l’Union soviétique une liberté dont il était privé par le pouvoir central pour s’en prendre aussitôt à la minorité arménienne.

La Bible enseigne que les victimes de persécutions ne doivent en aucun cas devenir à leur tour des persécuteurs : « Vous n’attristerez et vous n’affligerez pas l’étranger, parce que vous avez été étrangers vous-mêmes dans le pays d’Egypte » (Exode 22 : 21). Mais qui obéit à cet enseignement ? Personnellement, chaque fois que je tente de le répandre, je m’attire des regards hostiles et je me rends impopulaire.

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Isaac Asimov, Moi, Asimov, traduit de l’américain par Hélène Collon, Folio Science Fiction, Paris, 1996 [1994].

Voir encore:

Quel procès pour ceux qui mettent Elie Wiesel en procès ?
Michaël de Saint-Cheron
11 mars 2013

Aujourd’hui, avec l’affaire Wiesel, c’est sa déportation qui est insidieusement remise en cause

Laisserons-nous outrepasser la simple critique intellectuelle par des personnes inqualifiables qui cherchent non pas à salir mais à démolir la statue morale d’Elie Wiesel ? Sur quel autre rescapé juif des camps a-t-on aussi gratuitement déblatéré, menti de façon éhontée, trahi la vérité historique, non pas depuis hier mais grosso-modo depuis qu’il fut lauréat du prix Nobel de la paix à Oslo en 1986 ?

Parmi les premiers à se déchaîner contre cette attribution, se trouvaient les amis de Simon Wiesenthal puis quelque Suédois me rappelait encore Elie Wiesel au téléphone cette semaine. Cette fois c’est un Juif hongrois, Miklos Grüner, dans un procès pour diffamation contre le rabbin Shlomo Köves dans lequel le cas de Wiesel fut très présent, qu’il perdit en première instance et en appel. Parmi toutes les impostures, celle de ce Miklos Grüner est l’une des plus énormes. Pour lui l’écrivain, prix Nobel, est un « imposteur qui a usurpé le numéro matricule A-7713 d’un certain Lazar Wiesel et s’est approprié le récit de ce dernier sur son passage à Auschwitz. » Tout le document sur ce procès intenté à l’écrivain par le rescapé juif hongrois, est en ligne sur un site à mouvance révisionniste, sous le titre « Affaire Elie Wiesel » ou encore sur un site intitulé « Résistance » [mais de quelle résistance parle-t-on ? sûrement pas de celle à l’infamie] avec ce titre « Elie Wiesel est-il un imposteur ? »

On se souvient que Simone Veil, ministre de la santé, défendant le projet de loi sur l’IVG (si mal appliquée et toujours si mal considérée en France, mais c’est un tout autre débat !) avait été la cible d’attaques antisémites ignobles d’opposants catholiques intégristes et/ou d’extrême-droite. « Dommage que tu n’y sois pas restée ! », lui lançaient certaines lettres infâmes et anonymes !

Aujourd’hui, avec l’affaire Wiesel, c’est sa déportation qui est simplement remise en cause, donc tout naturellement son récit La Nuit jusqu’à sa renommée morale qui lui valut son prix Nobel…

Est-il utile ou plus exactement nécessaire de répondre à autant de calomnies sans queue ni tête, quant elles ne sont guidées que par un esprit malin, quant ce n’est un esprit qui ne sait pas discerner l’immoral du moral ? On sait qu’il existe un site américain alimenté par une certaine Carolyn Yeager « Elie Wiesel cons the world » (Elie Wiesel escroque le monde), qui se consacre au « faux-témoignage du plus célèbre survivant de l’Holocauste ».

Revenons-en aux faits de cette dernière affaire, sans doute la plus ignoble de toutes celles qui se sont portées contre Wiesel depuis toutes ces décennies. On ne veut ni plus ni moins le dénantir de sa condition de survivant. Miklos Grüner, rejoint par quelques tristes individus se réclamant pour la plupart de thèses révisionnistes, pour qui tout combat de cette nature est salutaire, même les plus risibles, réfute ni plus ni moins que le numéro tatoué [« qu’Elie Wiesel dit avoir »] sur son avant bras-gauche : A-7713 (que j’ai vu de mes yeux !) est vraiment le sien… S’il n’est pas le sien, il n’est pas tatoué et ne fut pas déporté à Birkenau au printemps 1944 ! Nous sommes entre le rêve et le cauchemar. La thèse qui s’ensuit est donc qu’Elie Wiesel aurait usurpé l’identité d’un autre déporté, au nom étrangement voisin : Lazar Wiesel, qui ne porta jamais plainte pour usurpation d’identité – et pour cause… Lazar ou plus exactement Leizer, est le diminutif yiddish d’Eliezer, qu’après la guerre Wiesel simplifia en Elie. L’un des journalistes du site Enquête & Débat (mais de quelles enquêtes et de quels débats s’agit-il au fait ?), qui se dit « anti-antisémite » et entend défendre la mémoire de la Shoah, a écrit au responsable des archives du Museum d’État d’Auschwitz-Birkenau à Oświęcim, pour en avoir confirmation et le courriel reçu fait bien état d’un Lazar Wiesel né en 1913, sauf qu’Elie Wiesel est né en 1928, soit quinze plus tard.

Les archives d’Auschwitz-Birkenau sont-elles fiables ? On peut en douter à lire de pareilles informations erronées.

Après quoi il écrivit à Elie Wiesel et à son assistante à New York, leur demandant d’apporter des preuves sur sa déportation, i.e. son véritable numéro tatoué…

Un website a repris tout ce procès fou intenté à l’écrivain sous le titre « eliewieseltattoo.com ». Faut-il aller plus avant dans la dénonciation de la supercherie, de la haine qui se cachent ici derrière de faux-semblants tragiques et pathétiques ?

On arbore une photo de Wiesel son bras gauche nu et replié sans que l’on y discerne le tatouage et l’on en déduit qu’aucun numéro n’y figure. Mais ce tatouage beaucoup de gens qui ont connu ou connaissent Wiesel l’ont vu – dont je suis. Que cherchent alors à prouver ces calomniateurs ? Que la haine, dans son travail d’élaboration, a beaucoup de temps à faire perdre à ceux qui en sont devenus ni plus ni moins ses instruments aveugles.

Alors qu’il devient de plus en plus impossible de nier l’existence des chambres à gaz, il reste à s’attaquer par tous les moyens à ce qui est encore tangible. Or, parmi les dernières figures d’écrivains ou d’intellectuels survivants de l’extermination des Juifs, tels qu’Imre Kertész pourtant prix Nobel de littérature, ou Aharon Appelfeld, Wiesel reste celui qui continue à attiser les haines les plus irrationnelles et les plus farouches…

Quand on a encore à l’oreille les paroles de la sœur aînée d’Elie Wiesel, Hilda, morte voici deux ans à Nice, se souvenant de l’ultime scène sur le quai maudit de Birkenau avec sa mère lui disant  : « cours, cours dire à papa de ne pas se séparer de ton frère[1] ! », il est absolument immoral, indécent, de se poser simplement la question de la véracité du dire d’Elie Wiesel.

Il est un texte dans l’Evangile où il est dit que tous les péchés seront remis, sauf le péché contre l’Esprit ! Il faut croire que les coupables de crimes contre l’humanité et ceux qui de près ou de loin font le lit de ces abominations de la désolation, ont commis et commettent chaque jour un péché contre l’Esprit inexpiable. Ceux qui attentent aujourd’hui un tel procès à Elie Wiesel au nom d’une  mémoire qu’ils disent servir, diffament cette mémoire.
[1] Voir son témoignage dans mon livre Elie Wiesel, l’homme de la mémoire,Bayard éditions, 1998

Voir de plus:

Elie Wiesel l’imposteur et Jérusalem

Alain Gresh
Le Monde  diplomatique
18 avril 2010

Dans une publicité intitulée « For Jerusalem » et reproduite par l’International Herald Tribune (16 avril 2010), Elie Wiesel, prix Nobel de la paix, réaffirme son inquiétude. Ce texte affirme hautement que « Jérusalem est au-dessus de la politique ». Ce qui, pour l’auteur, signifie qu’elle doit… rester israélienne.

Pour lui, précise-t-il, sa présence dans l’histoire juive est totale, elle est mentionnée « 600 fois dans les écritures et pas une seule fois dans le Coran ». Outre que cela est discutable (je ne vais pas entrer ici dans une interprétation du texte coranique), on ne voit pas en quoi la mention d’une ville dans un texte vieux de quelques milliers d’années donnerait un droit de propriété à quiconque. Ou alors il faudrait redéfinir les frontières de l’Europe en fonction des textes latins du Moyen Age ou des textes grecs de l’Antiquité.

Lire aussi Philippe Rekacewicz & Dominique Vidal, « Comment Israël confisque Jérusalem-Est », Le Monde diplomatique, février 2007. « Il n’y a pas de prière plus émouvante dans l’histoire juive, poursuit-il, que celle qui exprime notre (les juifs) désir ardent de retourner à Jérusalem. » Cette interprétation politique d’une prière n’a évidemment aucun sens. Pendant des siècles, les juifs religieux ont effectivement prononcé cette prière, mais sans jamais vouloir la mettre en œuvre. Jusqu’en 1948, les juifs pouvaient se rendre à Jérusalem (certains y allaient pour être enterrés). C’est seulement avec la naissance du mouvement sioniste que l’objectif est devenu politique. Comme l’écrit si pertinemment Gilles Perrault dans sa biographie d’Henri Curiel, Un homme à part (Fayard), « la minorité sioniste exceptée, personne ne ressentait la nécessité d’un Etat juif et l’on n’éprouvait pas le besoin de psalmodier “l’an prochain à Jérusalem” quand il suffisait de prendre le train de 9h45 pour s’y rendre ».

« Aujourd’hui, poursuit Wiesel, pour la première fois dans l’histoire, juifs, chrétiens et musulmans peuvent accomplir leurs rites religieux librement. Et, contrairement à certaines affirmations des médias, juifs, chrétiens et musulmans ONT (en capitale) l’autorisation de construire leurs foyers n’importe où dans la ville. »

Il faut le dire clairement : il s’agit d’un honteux mensonge. Non seulement chrétiens et musulmans sont sans arrêt interdits d’accès à leurs lieux saints, non seulement ils n’ont pas le droit de construire dans Jérusalem, mais les maisons qu’ils ont sont détruites, comme l’ont reconnu mille et un rapports d’organisations diverses, mais aussi de gouvernements. Même les Etats-Unis se sont émus de la destruction de maisons arabes (« U.S. furious over Israel’s demolition of East Jerusalem homes », par Barak Ravid et Natasha Mozgovaya, Haaretz, 22 mars 2009). Et il suffit de lire le rapport des consuls européens à Jérusalem. Wiesel l’ignore-t-il ?

Lire aussi Alain Gresh, « Jérusalem, le rapport occulté », Le Monde diplomatique, juillet 2009. Dans une réponse à ce texte, « For Jerusalem, a response to Elie Wiesel » (Haaretz, 18 avril), Yossi Sarid écrit :

« Quelqu’un vous a trompé, mon cher ami. Non seulement un Arabe ne peut pas construire “n’importe où”, mais il peut remercier son Dieu s’il n’est pas expulsé de sa maison et jeté à la rue avec sa famille et des biens. Peut-être avez-vous entendu parler de résidents arabes de Sheikh Jarrah, qui ont vécu là depuis 1948, qui sont à nouveau devenus des réfugiés déracinés, parce que certains juifs se jouent des contraintes de l’espace à Jérusalem. »

« Ces juifs zélés insistent même pour s’insérer comme autant d’os dans les gorges des quartiers arabes, pour les purifier et les judaïser avec l’aide de riches bienfaiteurs américains, dont vous connaissez plusieurs personnellement. Dans les coulisses, notre premier ministre et le maire de Jérusalem activent les fils de ce spectacle de marionnettes tout en se défaussant de leur responsabilité face à cette anarchie et cette cupidité. C’est la raison réelle pour laquelle “les nouvelles et les anciennes tensions” dont vous parlez dans votre lettre refont surface, “avec une telle rapidité”. »

Wiesel conclut en appelant à ne pas résoudre le problème de Jérusalem, c’est-à-dire, clairement, à maintenir la ville sous occupation.

Ce n’est pas sa première intervention sur la question de Jérusalem. Déjà, durant les négociations entre Israéliens et Palestiniens avant la seconde Intifada, alors que la presse évoquait un partage de Jérusalem, il prenait la plume et publiait une tribune dans le quotidien Le Monde (« Jérusalem, il est urgent d’attendre », 17 janvier 2001), reprochant au premier ministre israélien d’alors ses éventuelles concessions. Ce texte, repris sur tous les sites pro-israéliens les plus extrémistes, pouvait ainsi se résumer : mieux vaut le mur des lamentations que la paix.

Dans les deux textes, celui de l’IHT et celui du Monde, Wiesel cite le rabbin hassidique Nahman de Breslev (né en 1772) pour justifier ses dires. Que dirait-on d’un intellectuel musulman qui citerait une sommité religieuse de l’époque des califes pour justifier la revendication musulmane sur Jérusalem ?

Cette « grande conscience », rarement critiquée publiquement, est pourtant un imposteur moral qui mériterait un traitement différent dans les médias.

Rappelons que, outre ses positions sur le conflit israélo-palestinien, il a fait l’éloge de la torture, celle du financier Bernard Madoff chez qui il avait placé une partie de sa fortune (il ne lui a jamais semblé immoral de gagner des millions de dollars grâce à lui quand ses combinaisons financières marchaient), comme le rapportait LeMonde.fr (« Bernard Madoff est un “psychopathe”, selon Elie Wiesel », 27 février 2009).

« “Psychopathe est un mot trop gentil pour le qualifier”, a déclaré M. Wiesel. “Il devrait être placé à l’isolement pendant au moins cinq ans avec un écran sur lequel seraient diffusées des photos de ses victimes. […] Il faudrait inventer n’importe quoi pour le faire souffrir. (…) Il devrait être présenté à des juges qui trouveraient un châtiment”, a ajouté ce survivant de l’Holocauste. »

D’autre part, comme le rappelle Max Blumenthal, un membre du lobby J-street, Elie Wiesel s’est adressé le 25 octobre 2009 à 6 000 chrétiens sionistes adeptes du pasteur John Hagee, un homme qui tient des propos homophobes, mais aussi négationistes et antisémites (rappelons qu’une partie des chrétiens sionistes sont antisémites) (« Elie Wiesel’s “Dear Pastor” Hagee Trashes Obama (and my response to Goldfarb/Goldberg) », 29 octobre 2009). En échange, si l’on peut dire, il a obtenu un chèque de 500 000 dollars pour sa fondation. Cette somme était d’autant plus nécessaire que la crise financière a frappé ce pauvre Wiesel et qu’il ne s’en est pas remis.

Nous avons déjà rappelé ce que le grand auteur de science-fiction Isaac Asimov écrivait de Wiesel, « qui a survécu à l’Holocauste et, depuis, ne sait plus parler d’autre chose. Ce jour-là, il m’a agacé en prétendant qu’on ne pouvait pas faire confiance aux savants, aux techniciens, parce qu’ils avaient contribué à rendre possible l’Holocauste. Voilà bien une généralisation abusive ! Et précisément le genre de propos que tiennent les antisémites : “Je me méfie des Juifs, parce que jadis, des Juifs ont crucifié mon Sauveur.” » Et Asimov ajoute : « J’ai laissé les autres débattre un moment en remâchant ma rancœur puis, incapable de me contenir plus longtemps, je suis intervenu : “Monsieur Wiesel, vous faites erreur ; ce n’est pas parce qu’un groupe humain a subi d’atroces persécutions qu’il est par essence bon et innocent. Tout ce que montrent les persécutions, c’est que ce groupe était en position de faiblesse. Si les Juifs avaient été en position de force, qui sait s’ils n’auraient pas pris la place des persécuteurs ?” »

Voir de même:

Elie Wiesel n’a pas le tatouage d’Auschwitz qu’il prétend avoir
Jean Robin
24 décembre 2012

Enquête exclusive d’Enquête & Débat. (To read the English version of this article, click here)

Qui ne connaît pas Elie Wiesel ? Véritable conscience vivante de la Shoah, il est l’un des survivants des camps, sinon le survivant le plus connu et reconnu mondialement. Prix Nobel de la paix en 1986, plus de 10 millions d’exemplaires de son livre La nuit ont été écoulés dans le monde entier depuis sa sortie en 1958, docteur honoris causa de plus d’une centaine d’universités dans le monde, Grand-croix de la Légion d’honneur en France, il a également reçu la Médaille d’or du Congrès américain. Or, notre enquête démontre et confirme qu’Elie Wiesel n’a pas le tatouage d’Auschwitz qu’il prétend avoir (dans son livre La nuit, qui n’est pas une fiction selon lui, et dans d’autres déclarations publiques, y compris certaines sous serment), le numéro A-7713. Le premier à l’avoir révélé, dans un silence médiatique total, fut Nikolaus Grüner, survivant d’Auschwitz lui aussi, qui a écrit un livre où il le révèle, ainsi que bien d’autres choses sur Elie Wiesel. Ne pouvant vérifier tout ce qu’il affirme dans son livre, Stolen Identity (Identité volée), nous avons voulu vérifier le fait le plus accablant, en contactant Auschwitz d’abord par mail, puis par téléphone. C’est le responsable des archives du musée, M. Plosa, qui a confirmé que le numéro A-7713, revendiqué par Elie Wiesel sans jamais l’avoir montré, avait été attribué à Lazar Wisel, né 15 ans avant lui, et qui ne peut donc par conséquent pas être confondu avec lui.

Voici tout d’abord notre échange téléphonique avec M. Plosa :

Et voici le mail traduit en français (pour voir la version originale en anglais cliquez ici) qu’il nous avait envoyé quelques jours auparavant :
“Oświęcim, 17 Décembre 2012
L.dz.I.Arch-577//202
Mr. Jean ROBIN
e-mail: jean@enquete-debat.fr

Cher Mr. Robin,
Merci beaucoup pour votre message du 4 Décembre 2012. J’aimerais vous informer qu’en nous basant sur les documents des archives dont nous disposons il est possible de déterminer les choses suivantes :
Le numéro de prisonnier A-7713 a été attribué le 24 mai 1944 à Mr. Lazar WISEL, né le 4 Septembre 1913 à Marmaroasieget (Hongrie). Après la liquidation et l’évacuation du camp d’Auschwitz, Mr. Lazar Wisel a été transféré à KL Buchenald. Son arrivée à ce camp date du 26 Janvier 1945.

Mr. Nikolaus GRÜNER, né le 4 ou le 6 avril 1928 à Nyiregihaza (Hongrie), avait dans le camp KL Auschwitz le numéro de prisonnier A-11104. Cela signifie que Mr. Grüner a été enregistré dans le camp le 31 mai 1944 après l’arrivée du transport depuis la Hongrie. Après la liquidation et l’évacuation du camp d’Auschwitz Mr. Nikolaus Grüner a été transféré à KL Buchenald. Son arrivée dans ce camp date du 26 Janvier 1945.
Cordialement
Wojciech Płosa
Responsables des Archives
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau à Oświęcim”

Ce mail était la réponse au nôtre (pour voir l’e-mail original en anglais cliquez ici) :

“Madame, monsieur,

Je suis un journaliste français qui travaille pour Enquête & Débat, et nous voulions nous assurer qu’Elie Wiesel a bien été prisonnier à Auschwitz.
Comme vous le savez, des rumeurs courent sur Internet selon lesquelles il n’a jamais été prisonnier à Auschwitz, puisque le numéro de prisonnier (A-7713 dans son cas) n’est pas tatoué sur son avant-bras gauche, comme on peut le voir sur cette vidéo.
Un autre prisonnier à Auschwitz, Miklos Grüner, prétend qu’Elie Wiesel n’était pas prisonnier à Auschwitz mais que Lazar Wiesel l’était, et Lazar Wiesel avait ce numéro A-7713 mais pas Elie Wiesel.
Donc pour savoir qui dit la vérité, pourriez-vous nous confirmer qu’Elie Wiesel, Miklos Grüner et Lazar Wiesel étaient prisonniers à Auschwitz, sous quelle identité et quel numéro ?

Cela nous aidera à nous débarrasser des négationnistes qui ont exploité cette suspicion depuis plus de 3 ans maintenant.
Bien cordialement
Jean Robin
(par ailleurs je suis également intéressé par ces questions car la partie juive de ma famille du côté de ma mère a péri en partie à Auschwitz, et mon arrière-grand-père paternel, Noël Robin, a été déporté à Buchenwald et à Dora – où il est mort – pour acte de résistance contre les nazis).”

Pourquoi avoir enquêté sur cette question maintenant ?

Certains d’entre vous, surtout si vous découvrez ainsi Enquête & Débat, se demanderont peut-être pourquoi nous avons décidé d’enquêter maintenant sur cette question. En effet, Nikolaus Grüner a publié ces révélations (et bien d’autres sur Elie Wiesel) il y a déjà quelques années dans son livre, dont nous vous recommandons la lecture. Même nous qui sommes extrêmement informés sur ces questions, et ce depuis de nombreuses années, nous n’en avions jamais entendu parler. Il a fallu que l’antisémite Alain Soral nous lance le défi de mener cette enquête, dans sa vidéo d’octobre 2012 (cliquez ici, et allez vers la 11ème minute), pour que nous en prenions connaissance. C’est alors qu’en nous penchant sur cette question, nous avons découvert que ce sujet était largement traité par les antisémites, négationnistes et autres nazis depuis plusieurs années. Ainsi, le frère Nathanaël sur lequel Soral s’appuie est un antisémite revendiqué et rabique : un rapide survol de son site internet ne laisse aucun doute à ce sujet. Soral lui-même est obsédé par les juifs et s’est même revendiqué de l’antisémitisme. Enfin, Carolyn Yeager, une nazie elle aussi revendiquée traque Wiesel depuis 2010 via un site où elle diffuse tout ce qui peut avoir un rapport direct ou indirect à la question du tatouage d’Elie Wiesel.

Or la dernière chose à faire serait de faire le cadeau du réel aux antisémites et aux négationnistes, pour paraphraser Alain Finkielkraut. Ces antisémites carabinés utilisent et instrumentalisent le travail et le prestige de Nikolaus Grüner, authentique déporté à Auschwitz et Buchenwald, sur lequel ne pèse aucun doute (il a même montré son tatouage à la télévision américaine) et qui prétend défendre la mémoire de son ami Lazar. Mais les véritables responsables de cette instrumentalisation du travail de Grüner par des antisémites, ce sont les médias et les personnalités en général qui ont eu vent de cette affaire Wiesel et qui n’ont jamais enquêté, ou contre-enquêté, comme nous venons de le faire. En effet, garder tout cela tabou permet à l’antisémitisme de grandir et de se parer des atours du réel, tout en renforçant la négation de la Shoah. En effet, si Wiesel n’est pas celui qu’il prétend être et qu’aucun média ni aucune personnalité ne l’a dénoncé alors qu’un livre avec des preuves factuelles est paru sur le sujet, alors les antisémites peuvent expliquer aux esprits faibles ou corrompus que l’antisémitisme ou le négationnisme a raison, quand l’anti-antisémitisme a tort, et ce factuellement. Encore plus quand il s’agit de l’un des symboles des rescapés de l’holocauste. En mémoire des déportés, dont un bon nombre de membres de ma propre famille, on ne peut laisser passer cela.

Quelles conséquences ont ces révélations ?

Cet échange avec le responsable des archives d’Auschwitz, ainsi que le mail reçu de leur part peu de temps auparavant, ne permet plus de douter. Il n’est même plus temps de vouloir demander à M. Wiesel (qui n’est pas revenu vers nous quand nous l’avons contacté par le biais de sa fondation) de montrer son tatouage pour faire taire les rumeurs. Il est temps pour les grands médias surtout, voire des personnalités prétendant être concernées par la Shoah, de se réveiller enfin et de ne plus laisser passer cela.

Je le répète : les médias n’ont pas fait leur travail, étant donné que le travail de recherche d’un ancien détenu indiscutable d’Auschwitz et de Buchenwald, donc témoin direct, existe depuis des années, et que nous avons pu le vérifier sur un point majeur.

La catastrophe, la Shoah, doit impérativement empêcher et interdire tout soupçon de fraude à son sujet. En plus M. Wiesel a été couvert d’éloges et d’argent depuis une cinquantaine d’années grâce ou à cause de la Shoah. Un survivant aussi illustre de la Shoah que M. Wiesel doit impérativement avoir un comportement exemplaire. J’en appelle donc à la communauté juive dans le monde, aux personnalités qui se sentent concernées par la Shoah et l’avenir de sa mémoire, ainsi qu’aux grands médias pour prendre leurs responsabilités et l’obliger à répondre aux questions graves qui se posent à son sujet. Il faut le faire pendant que MM. Wiesel et Grüner, les deux principaux concernés dans cette affaire, sont encore en vie, ce qui est une chance mais ne durera hélas plus très longtemps vu leur âge (ils ont tous deux plus de 80 ans).

Nous ignorons tout à fait si tout cela cache autant de choses que le prétend M. Grüner dans son livre. Mais cela nous suffit à publier noir sur blanc cet article factuel nourri d’indignation, de stupéfaction et de colère. Sans faire le moindre lien entre Elie Wiesel et les autres personnes dont il est question juste après, il convient de rappeler que l’histoire récente nous a fourni des exemples de fraudeurs et d’exploiteurs de la Shoah, qui ont porté un tort incommensurable à la mémoire des victimes et des déportés. Citons Misha Defonseca (1), et le film tiré du livre Survivre avec les loups, dont l’histoire était totalement inventée. Herman Rosenblat, qui avait inventé son histoire d’amour avec sa femme venant lui jeter des pommes de l’autre côté du camp de concentration. Etc.

M. Wiesel n’a désormais plus le choix, il doit la vérité au monde. Les honneurs qu’il a reçus depuis si longtemps, sa fortune, et sa gloire ne peuvent souffrir plus longtemps le doute, car l’affaire est désormais connue de trop de monde pour ne pas faire plus de dégâts. Alain Soral touche désormais des centaines de milliers de personnes avec ses vidéos, et Internet lui permet de doubler son audience tous les trimestres environ depuis 2 ans. Il n’est pas le seul antisémite revendiqué, hélas, à surfer sur la vague grandissante de la haine anti-juive, et la pire des choses consisteraient à fermer les yeux en attendant que l’orage passe. Non, l’orage ne passera pas, il ne fait que commencer.

Des médias qui n’enquêtent plus

La conclusion la plus amère à tirer de toute cette affaire revient sans doute aux médias. Alors qu’ils étaient les chiens de garde de la démocratie et de la liberté d’expression, ils en sont devenus les premiers ennemis. Nous avions déjà l’exemple de Matt Drudge, qui avait révélé l’affaire Monika Lewinski alors que de grands médias américains détenaient les mêmes informations que lui mais sans oser les publier. Wikileaks, avec ses limites, démontre également que les médias cachent bon nombre d’informations utiles à la démocratie. Maintenant cette affaire Wiesel démontre que les médias n’enquêtent plus, car cette affaire du numéro A-7713 était révélée en 2007 par une source sûre, et démontrée factuellement, preuves à l’appui. Nous n’avons fait que revérifier une information à sa source, et la porter à l’attention du grand public.

A l’ère d’Internet, les rapports de force entre citoyens et médias ne sont plus les mêmes. N’importe quel citoyen peut devenir un enquêteur, une source voire un journaliste de qualité. Les journalistes dits professionnels ont le plus souvent été formatés dans des écoles de journalisme dont le but est de faire “pisser de la copie” selon un format conforme aux attentes de l’actionnaire principal, qu’il s’agisse de l’État ou d’une multinationale en contrat avec l’État. Tout cela ne peut plus durer, de nouveaux médias totalement indépendants des anciens et de tout pouvoir politique ou financier doivent émerger afin de protéger voire réinstaurer la vérité là où elle a été bâillonnée. La démocratie en dépend.

Addendum 10 janvier 2013 : l’assistante d’Elie Wiesel nous raccroche au nez en guise de réponse.

(1) Elie Wiesel avait d’ailleurs soutenu et cautionné le livre de Misha Defonseca, contrairement à Raul Hilberg, Lawrence L. Langer of Newton et d’autres spécialistes de la Shoah qui avaient trouvé dès 2001 l’histoire impossible. La supercherie sera révélée en 2008.

Voir par ailleurs:

Chronique de la bêtise triomphante
Le comble du chic : être migrant + noir (ou arabe) + femme + homosexuelle…
C’est un nouveau produit qui s’expose en vitrine du magasin « la pensée folle ». Et ça se vend très bien.
Avec Benoît Rayski
Atlantico
7 Juillet 2015

Une femme ça souffre. Un Noir, une Noire, ou un (une) Arabe ça souffre. Un migrant(te), un immigré, ça souffre. Un gay ça souffre. Une lesbienne ça souffre. Tout ça, on le sait depuis longtemps. C’est disponible dans toutes les boutiques qui ont pour enseigne “abrutis du monde entiers unissez-vous !”.

Mais, comme on dit, on n’arrête pas le progrès. De nouveaux produits ont fait leur apparition, plus fins, plus modernes, plus pointus. Ils sont regroupés sous l’appellation de “intersectionnalité”. C’est un concept -je recopie Libération- “visant à regrouper les discriminations de classe, de sexe et de race.” Si j’ai bien compris, l’intersectionnalité prend en compte l’addition de plusieurs handicaps cumulés par la même personne. Par exemple : femme + Noire + lesbienne + immigrée. Dès lors la souffrance devient insupportable : c’est triple ou quadruple peine.

La question est posée en ces termes. “On sait les discriminations dont les femmes sont victimes. On étudie celles qui visent les Français d’origine algérienne ou les homosexuels. Mais quelle est la situation des femmes migrantes ou celle des hommes d’origine algérienne homosexuels ?”. Il est vrai qu’on peut avoir en même temps un rhume, une jambe cassée, une crise de foie. Plus c’est compliqué, mieux c’est… “L’intersectionnalité permet de penser de manière plurielle la domination masculine” écrit l’historienne Florence Rochefort.

Donc, vous pensez, en bonne logique, que le port du voile serait l’exemple le pus frappant de la “domination masculine”. Vous n’y êtes pas, mais pas du tout. Car vous n’avez pas fait d’études de sociologie et la vie ne vous a donné qu’un CAP de bon sens qui ne vaut pas un sou sur le marché de l’intersectionnalité. Océane Rosemarie sait, elle. Elle est comédienne, très certainement cultivée et présente un spectacle intitulé “La Lesbienne invisible”. Pour elle, en effet « lutter contre l’islamophobie est une priorité ». Car, c’est une autre givrée qui parle, les attaques contre les femmes voilées sont également “sexistes”.

Au royaume des fous (je ne dis pas des folles, ça pourrait être mal compris), la compétition est rude pour savoir qui s’assiéra sur le trône. Comme ça, pour le plaisir, j’ai tenté ma chance. Avec un produit du terroir. Un Creusois catholique (habitant du département de la Creuse, le plus pauvre de France) vivant du RMI, transsexuel et séropositif ! J’ai été brutalement retoqué au motif que la couleur n’était pas bonne, et la religion non plus. Tenace je n’ai pas abandonné le combat. Il fallait, ai-je compris tardivement, s’ouvrir vers le vaste monde. J’ai trouvé un produit qui approche de l’excellence. Une Erythréenne noire, voilée, lesbienne, migrante et handicapée moteur ! On m’a félicité mais on ne m’a rien promis tant la concurrence est forte.

PS : Dans les années 80, il y eu un chanteur très connu : Sammy Davis Jr. Il était de son propre aveu « noir, juif et borgne ». Il ne s’en plaignait pas. Aujourd’hui il serait recalé par les examinatrices de l’intersectionnalité : un mot de trop.

Voir aussi:

CHRONIQUE «AU MOT»
Intersectionnalité [nom] : concept visant à révéler la pluralité des discriminations de classe, de sexe et de race
Sonya Faure
Libération
2 juillet 2015

Intersectionnalité [nom] : concept visant à révéler la pluralité des discriminations de classe, de sexe et de race

Décryptage d’un terme qui apparaît ou ressurgit dans le débat public. Aujourd’hui, à l’occasion du partenariat de «Libération» avec le documentaire «Trop noire pour être Française ?», analyse du terme «intersectionnalité», de plus en plus débattu par les militants anti-racistes ou féministes.

Intersectionnalité [nom] : concept visant à révéler la pluralité des discriminations de classe, de sexe et de race

Comme en géométrie, ça parle de trajectoires qui se croisent et de zones de recoupement. Mais en France «l’intersectionnalité» est une notion avant tout utilisée par les sociologues. Le concept est à première vue simple: montrer que la domination est plurielle et tenter de mesurer l’impact de discriminations multiples – de sexe, de classe, de race surtout, mais aussi de handicap ou d’orientation sexuelle – qui se croisent, parfois se renforcent, mais pas toujours.

On sait les discriminations dont les femmes sont victimes. On étudie celles qui visent les Français d’origine algérienne. Ou les homosexuels. Mais quelle est la situation spécifique des femmes migrantes ou celle des hommes d’origine algérienne homosexuels? Peu connue du grand public, «l’intersectionnalité» fait aujourd’hui l’objet de multiples colloques universitaires et vient nourrir à nouveau les débats militants.
Un «hit concept»

A l’origine du concept, une juriste féministe américaine, Kimberlé Crenshaw, qui conceptualise alors une idée issue du black feminism américain. Dans un article de droit écrit en 1989 et devenu fameux (1), elle tente de comprendre pourquoi les femmes noires ont du mal à faire reconnaître par la justice les discriminations qu’elles subissent au travail. En droit américain, les victimes de discrimination doivent choisir le fondement de discrimination sur lequel elles vont engager leurs poursuites: le sexe ou la race par exemple. Or, cette contrainte joue contre les Noires, explique Crenshaw. Comme le résumait la juriste française Stéphanie Hennette-Vauchez, lors d’un colloque consacré à l’intersectionnalité à Brest, «si elles se présentent comme victimes de discriminations fondées sur le sexe, les juridictions les déboutent en soulignant que d’autres femmes (blanches) ne rencontrent pas les difficultés dont elles se plaignent. Si elles se présentent comme victimes de discriminations fondées sur la race, les juridictions les déboutent en soulignant que d’autres Noirs (des hommes) ne rencontrent pas les mêmes difficultés qu’elles.» Voilà l’exemple type de la discrimination intersectionnelle, écrit Crenshaw : les femmes noires ne sont pas discriminées comme femmes, ni comme Noires. Elles sont discriminées comme femmes noires. C’est à cela que doit servir l’intersectionnalité: révéler la spécificité de situations souvent invisibilisées.

Rapidement, l’intersectionnalité s’exporte et fait fureur – au risque de devenir «gadget», note Florence Rochefort. «Il est très étonnant de voir à quel point elle est devenue un «hit concept», pointe la philosophe Elsa Dorlin, qui vient de créer une nouvelle revue, «Comment s’en sortir», dont le premier numéro, passionnant, est consacré aux Féminismes noirs (2). Cette dissémination internationale repose d’ailleurs aussi sur un malentendu.» Issu d’une critique du droit américain, un cas d’école qui ne peut pas être transposé tel quel dans d’autres pays comme la France, l’intersectionnalité est devenu un mot-clef pour désigner les interactions plus générales entre le genre et d’autres situations de discrimination.
Penser de manière plurielle la domination masculine

En France justement, où elle débarque dans les années 2000, «l’intersectionnalité a permis de penser de manière plurielle la domination masculine», reconnaît l’historienne Florence Rochefort. Et la domination tout court, qui, traditionnellement en France, était avant tout étudiée comme un rapport de classe. Non pas que le croisement entre classe et sexe n’ait jamais été étudié. «Danièle Kergoat avait bien montré que la situation des ouvriers n’était pas la même que les ouvrières: ce n’est ni mieux ni moins bien, ce n’est simplement pas le même rapport de domination», rappelle la sociologue Armelle Testenoire.

Armelle Testenoire est de celles qui pensent que l’intersectionnalité est un outil utile, aussi bien dans le champ universitaire que politique. «Non seulement il offre une gymnastique intellectuelle et nous interdit de « raisonner toute chose égale par ailleurs ». Mais il permet d’étudier si telle ou telle mesure de politique publique visant à aider les femmes « en général » n’est pas en réalité discriminante pour une partie d’entre elles.»

Venue du militantisme féministe noir américain, devenue un outil de réflexion juridique puis sociologique et philosophique, l’intersectionnalité agite à nouveau depuis plusieurs années les milieux militants français – féministes notamment. Le mot y est devenu synonyme de la convergence des luttes contre le sexisme, l’homophobie ou le racisme. Mais il peut provoquer des débats houleux. Une nouvelle génération de féministes reproche en effet aux plus anciennes de ne pas assez s’ouvrir aux dimensions raciales et culturelles. «On ne peut pas considérer que toutes les femmes sont blanches», résume Rokhaya Diallo. A contrario, bien des associations antiracistes ne prennent pas en compte la question féministe ou les discriminations vécues par les homosexuels. La question du voile est l’acmé de ces dissensions. « La grande majorité des actes islamophobes concernent des femmes voilées, et sont donc manifestement sexistes. Or cela ne suscite aucune réaction des associations féministes traditionnelles», regrette Rokhaya Diallo.

Pour les militantes «traditionnelles» justement, comme au Collectif national pour les droits des femmes (CNDF) qui estime que le voile est avant tout un «instrument de marquage et d’oppression», l’intersectionnalité est mal comprise par les jeunes féministes françaises. «Plaquer les théories du black feminism sur le contexte français est tiré par les cheveux et ce n’est pas en regroupant un agrégat de gens qui ne se sentent pas représentés qu’on fait de l’intersectionnalité!, estime Suzy Rojtman, porte-parole du CNDF. Nous avons parlé de féminisme de classe dès les années 70, nous travaillons avec les femmes de ménages des hôtels de luxe: ça aussi c’est de l’intersectionnalité!»

Pour donner un visage à ce mot ardu, on aurait bien pensé à Oceanerosemarie dont le spectacle, «La lesbienne invisible», parle justement d’identités multiples. Pas si simple. Car pour la comédienne, derrière le mot «intersectionnalité» si souvent revendiqué, se cache parfois une certaine «hypocrisie»: «Beaucoup de féministes blanches se réclament de ce concept à la mode, qui ne leur pose pas de problème tant qu’il faut marcher avec les homosexuels pour le mariage gay, explique Oceanerosemarie. Mais leur intersectionnalité s’arrête quand il s’agit de manifester contre l’islamophobie, avec des associations, certes très problématiques, comme l’UOIF. Etre intersectionnelle suppose à  mon avis d’avoir des priorités: aujourd’hui la lutte contre l’islamophobie. Et donc d’accepter, parfois, d’être en présence de personnes qu’on aurait préféré ne jamais côtoyer.»

(1) « Demarginalizing the Intersection of Race and Sex: A Black Feminist Critique of Antidiscrimination Doctrine, Feminist Theory and Antiracist Politics », University of Chicago Legal Forum, 1989

(2) «Féminismes noirs», Revue Comment s’en sortir, n°1, Editions iXe, 14 euros et sur internet http://www.commentsensortir.org

(3) «Qu’est-ce que l’intersectionnalité» ? Revue L’Homme et la Société n°176, L’Harmattan

(4) Dans un article reproduit en français dans les Cahiers du genre en 2005.

Voir enfin:

Misogyny To Be Considered a Hate Crime For First Time in U.K.

Women in Nottinghamshire encouraged to report misogynist incidents in an effort to tackle sexual harassment.

The police force in Nottinghamshire, East Midlands, will become the first in the U.K. to record misogyny as a hate crime in an effort to tackle the increasing number of incidents in the county.

Misogynist hate crime is defined by the force as:  » Incidents against women that are motivated by an attitude of a man towards a woman and includes behaviour targeted towards a woman by men simply because they are a woman. »

The new category will include everything from verbal comments to unwanted physical approaches. The use of mobile devices to send uninvited messages or take photographs without consent will also warrant police attention. When reported, Nottinghamshire police will investigate the claim and specially trained officers will provide support for the victim. Domestic abuse will not be recorded as a misogyny hate crime because it already has a separate comprehensive procedure.

« What women face, often on a daily basis, is absolutely unacceptable and can be extremely distressing, » said Chief Constable Sue Fish. « Nottinghamshire Police is committed to taking misogynistic hate crime seriously and encourages anyone who is affected by it to contact us without hesitation. »

The urgent need to provide greater support for women facing abuse of various kinds became clear during the Nottinghamshire Safer for Women Conference last year, when, while reporting on the event, Sarah Teale, a BBC broadcaster was verbally harassed by a man in the street.

« We’re pleased to see Nottinghamshire Police recognize the breadth of violence and intimidation that women experience on a daily basis in our communities,” said Melanie Jeffs, centre manager at Nottingham Women’s Centre. « Understanding this as a hate crime will help people to see the seriousness of these incidents and hopefully encourage more women to come forward and report offences. »

Sam Smethers, Chief Executive at The Fawcett Society, the leading U.K. charity campaigning for women’s rights, is supportive of Nottinghamshire Police’s decision:

« This is what the Fawcett Society has been calling for. Nottinghamshire Police’s commitment to taking misogynistic hate crime seriously should be welcomed and rolled out nationwide, » she said in a statement issued to Newsweek. “We need to call out misogyny for what it is – a hate crime. Women and girls face a tidal wave of abuse and harassment every day. Our law has to send a clear signal that this is not acceptable. It is a crime.”

Rachel Noble, Women’s Rights Policy Adviser at ActionAid U.K., a charity providing hands-on support to women and children in need, agrees.  She also hopes that the initiative will draw attention to female harassment across the world: « Nottinghamshire Police force have taken an important step in recognising the scope and scale of the violence and harassment that women face every day, » she told Newsweek.

“For far too long women and girls in this country and around the world have endured misogynistic abuse as they go about their daily lives, amongst many other forms of violence and harassment. ActionAid’s own research highlights that globally three in four women experience harassment on the streets of their cities. »


Bac 2016: Avez-vous déjà giflé un mort ? (Exquisite corpses in the closet: How French students learn to let the dead bury their dead)

19 juin, 2016
CadavreCadavre2"Un cadavre " le document original Suis-moi, et laisse les morts ensevelir leurs morts. Jésus (Matthieu 8: 22)
La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion. Notre civilisation est incapable de construire un temple ou un tombeau. Elle sera contrainte de trouver sa valeur fondamentale, ou elle se décomposera. C’est le grand phénomène de notre époque que la violence de la poussée islamique. Sous-estimée par la plupart de nos contemporains, cette montée de l’islam est analogiquement comparable aux débuts du communisme du temps de Lénine. Les conséquences de ce phénomène sont encore imprévisibles. A l’origine de la révolution marxiste, on croyait pouvoir endiguer le courant par des solutions partielles. Ni le christianisme, ni les organisations patronales ou ouvrières n’ont trouvé la réponse. De même aujourd’hui, le monde occidental ne semble guère préparé à affronter le problème de l’islam. En théorie, la solution paraît d’ailleurs extrêmement difficile. Peut-être serait-elle possible en pratique si, pour nous borner à l’aspect français de la question, celle-ci était pensée et appliquée par un véritable homme d’Etat. Les données actuelles du problème portent à croire que des formes variées de dictature musulmane vont s’établir successivement à travers le monde arabe. Quand je dis «musulmane» je pense moins aux structures religieuses qu’aux structures temporelles découlant de la doctrine de Mahomet. Dès maintenant, le sultan du Maroc est dépassé et Bourguiba ne conservera le pouvoir qu’en devenant une sorte de dictateur. Peut-être des solutions partielles auraient-elles suffi à endiguer le courant de l’islam, si elles avaient été appliquées à temps. Actuellement, il est trop tard ! Les «misérables» ont d’ailleurs peu à perdre. Ils préféreront conserver leur misère à l’intérieur d’une communauté musulmane. Leur sort sans doute restera inchangé. Nous avons d’eux une conception trop occidentale. Aux bienfaits que nous prétendons pouvoir leur apporter, ils préféreront l’avenir de leur race. L’Afrique noire ne restera pas longtemps insensible à ce processus. Tout ce que nous pouvons faire, c’est prendre conscience de la gravité du phénomène et tenter d’en retarder l’évolution.  André Malraux (1956)
Pas de culture sans tombeau, pas de tombeau sans culture ; à la limite le tombeau c’est le premier et le seul symbole culturel. René Girard
There are many cumbersome ways to kill a man. You can make him carry a plank of wood to the top of a hill and nail him to it. To do this properly you require a crowd of people wearing sandals, a cock that crows, a cloak to dissect, a sponge, some vinegar and one man to hammer the nails home. (…) Simpler, direct, and much more neat is to see that he is living somewhere in the middle of the twentieth century, and leave him there. Edwin Brock (1990)
Nous ruinerons cette civilisation qui vous est chère… Monde occidental tu es condamné à mort. Nous sommes les défaitistes de l’Europe… Voyez comme cette terre est sèche et bonne pour tous les incendies. Aragon (1925)
Que les trafiquants de drogue se jettent sur nos pays terrifiés. Que l’Amérique au loin croule de ses buildings blancs… André Breton (1925)
L’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers au poing, à descendre dans la rue et à tirer, au hasard, tant qu’on peut dans la foule. Breton
Il faut avoir le courage de vouloir le mal et pour cela il faut commencer par rompre avec le comportement grossièrement humanitaire qui fait partie de l’héritage chrétien. (..) Nous sommes avec ceux qui tuent. Breton
Pourquoi l’avant-garde a-t-elle été fascinée par le meurtre et a fait des criminels ses héros, de Sade aux sœurs Papin, et de l’horreur ses délices, du supplice des Cent morceaux en Chine à l’apologie du crime rituel chez Bataille, alors que dans l’Ancien Monde, ces choses là étaient tenues en horreur? (…) Il en résulte que la fascination des surréalistes ne s’est jamais éteinte dans le petit milieu de l’ intelligentsia parisienne de mai 1968 au maoïsme des années 1970. De l’admiration de Michel Foucault pour ‘l’ermite de Neauphle-le-Château’ et pour la ‘révolution’ iranienne à… Jean Baudrillard et à son trouble devant les talibans, trois générations d’intellectuels ont été élevées au lait surréaliste. De là notre silence et notre embarras. Jean Clair
Balzac est l’auteur de nombreux romans réunis sous le titre deComédie humaine, somme de ses observations sur l’ensemble de la société de son temps.M. de Balzac était un des premiers parmi les plus grands, un des plus hauts parmi les meilleurs. Ce n’est pas le lieu de dire ici tout ce qu’était cette splendide et souveraine intelligence. Tous ses livres ne forment qu’un livre, livre vivant, lumineux, profond, où l’on voit aller et venir et marcher et se mouvoir, avec je ne sais quoi d’effaré et de terrible mêlé au réel, toute notre civilisation contemporaine ; livre merveilleux que le poète a intitulé comédie et qu’il aurait pu intituler histoire, qui prend toutes les formes et tous les styles, qui dépasse 1 Tacite et qui va jusqu’à Suétone, qui traverse Beaumarchais et qui va jusqu’à Rabelais ; livre qui est l’observation et qui est l’imagination ; qui prodigue le vrai, l’intime, le bourgeois, le trivial, le matériel, et qui par moment, à travers toutes les réalités brusquement et largement déchirées, laisse tout à coup entrevoir le plus sombre et le plus tragique idéal. À son insu, qu’il le veuille ou non, qu’il y consente ou non, l’auteur de cette œuvreimmense et étrange est de la forte race des écrivains révolutionnaires. Balzac va droit au but. Il saisit corps à corps la société moderne. Il arrache à tous quelque chose, aux uns l’illusion, aux autres l’espérance, à ceux-ci un cri, à ceux-là un masque. Il fouille le vice, il dissèque la passion. Il creuse et sonde l’homme, l’âme, le cœur, les entrailles, le cerveau, l’abîme que chacun a en soi. Et, par un don de sa libre et vigoureuse nature, par un privilège des intelligences de notre temps qui, ayant vu de près les révolutions, aperçoivent mieux la fin de 2 3 l’humanité et comprennent mieux la providence , Balzac se dégage souriant et serein de ces redoutables études qui produisaient la mélancolie chez Molière et la misanthropie chez Rousseau. Voilà ce qu’il a fait parmi nous.Voilà l’œuvre qu’il nous laisse, œuvre haute et solide, robuste entassement d’assises de granit, monument, œuvre du haut de laquelle resplendira désormais sa renommée. Les grands hommes font leur propre piédestal ; l’avenir se charge de la statue. Sa mort a frappé Paris de stupeur. Depuis quelques mois, il était rentré en France. Se sentant mourir, il avait voulu revoir la patrie, comme la veille d’un grand voyage on vient embrasser sa mère. Sa vie a été courte, mais pleine ; plus remplie d’œuvres que de jours. Hélas ! ce travailleur puissant et jamais fatigué, ce philosophe, ce penseur, ce poète, ce génie, a vécu parmi nous de cette vie d’orages, de luttes, de querelles, de combats, commune dans tous les temps à tous les grands hommes. Aujourd’hui, le voici en paix. Il sort des contestations et des haines. Il entre, le même jour, dans la gloire et dans le tombeau. Il va briller désormais, au-dessus de toutes ces nuées qui sont sur nos têtes, parmi les étoiles de la patrie ! Victor Hugo (Discours prononcé aux funérailles de M. Honoré de Balzac, 29 août 1850)
Maupassant est un écrivain français né en 1850 et mort en 1893. MESSIEURS, C’est au nom de la Société des Gens de Lettres et de la Société des Auteurs dramatiques que je dois parler. Mais qu’il me soit permis de parler au nom de la littérature française, et que ce ne soit pas le confrère, mais le frère d’armes, l’aîné, l’ami qui vienne ici rendre un suprême hommage à Guy de Maupassant. J’ai connu Maupassant, il ydix-huit à vingt ans déjà, chez Gustave Flaubert. Je le a revois encore, tout jeune, avec ses yeux clairs et rieurs, se taisant, d’un air de modestie filiale, devant le maître. Il nous écoutait pendant l’après-midi entière, risquait à peine un mot de loin en loin ; mais de ce garçon solide, à la physionomie ouverte et franche, sortait un air de gaîté si heureuse, de vie si brave, que nous l’aimions tous, pour cette bonne odeur de santé qu’il nous apportait. Il adorait les exercices violents ; des légendes de prouesses surprenantes couraient déjà sur lui. L’idée ne nous venait pas qu’il pût avoir un jour du talent. Et puis éclataBoule-de-Suif, ce chef-d’œuvre, cette œuvre parfaite de tendresse, d’ironie et de vaillance. Du premier coup, il donnait l’œuvre décisive, il se classait parmi les maîtres. Ce fut une de nos grandes joies ; car il devint notre frère, à nous tous qui l’avions vu grandir sans soupçonner son génie. Et, à partir de ce jour, il ne cessa plus de produire, avec une abondance, une sécurité, une force magistrale, qui nous émerveillaient. Il collaborait à plusieurs journaux. Les contes, les nouvelles se succédaient, d’une variété infinie, tous d’une perfection admirable, apportant chacun une petite comédie, un petit drame complet, ouvrant une brusque fenêtre sur la vie. On riait et l’on pleurait, et l’on pensait, à le lire. Je pourrais citer tels de ces courts récits qui contiennent, en quelques pages, la moelle même de ces gros livres que d’autres romanciers auraient écrits certainement. Mais il me faudrait tous les citer, et certains ne sont-ils pas déjà classiques, comme une fable de La Fontaine ou un conte de Voltaire ? Maupassant voulut élargir son cadre, pour répondre à ceux qui le spécialisaient, en l’enfermant dans la nouvelle; et, avec cette énergie tranquille, cette aisance de belle santé qui le caractérisait, il écrivit des romans superbes, où toutes les qualités du conteur se retrouvaient comme agrandies, affinées par la passion de la vie. Le souffle lui était venu, ce grand souffle humain qui fait les œuvres passionnantes et vivantes. DepuisUne viejusqu’àNotre Cœur, en passant parBel-Ami, parLa Maison Tellier etFort comme la Mort, c’est toujours la même vision forte et simple de l’existence, une analyse impeccable, une façon tranquille de tout dire, une sorte de franchise saine et généreuse qui conquiert tous les cœurs. Et je veux même faire une place à part àPierre et Jean, qui est, selon moi, la merveille, le joyau rare, l’œuvre de vérité et de grandeur qui ne peut être dépassée. Émile Zola (Discours prononcé aux obsèques de Guy de Maupassant, 7 juillet 1893)
Messieurs, Rendant à Émile Zola au nom de ses amis les honneurs qui lui sont dus, je ferai taire ma douleur et la leur. Ce n’est pas par des plaintes et des lamentations qu’il convient de célébrer ceux qui laissent une grande mémoire, c’est par de mâles louanges et par la sincère image de leur œuvre et de leur vie.L’œuvre littéraire de Zola est immense.Vous venez d’entendre le président de la Société des gens de lettres en définir le caractère avec une admirable précision. Vous avez entendu le ministre de l’Instruction publique en développer éloquemment le sens intellectuel et moral. Permettez qu’à mon tour je la considère un moment devant vous.Messieurs, lorsqu’on la voyait s’élever pierre par pierre, cette œuvre, on en mesurait la grandeur avec surprise. On admirait, on s’étonnait, on louait, on blâmait. Louanges et blâmes 1 étaient poussés avec une égale véhémence . On fit parfois au puissant écrivainje le sais par 2 3 moi-même des reproches sincères, et pourtant injustes. Les invectives et les apologies s’entremêlaient. Et l’œuvre allait grandissant.Aujourd’hui qu’on en découvre dans son entier la forme colossale, on reconnaît aussi l’esprit dont elle est pleine. C’est un esprit de bonté. Zola était bon. Il avait la candeur et la simplicité des grandes âmes. Il était profondément moral. Il a peint le vice d’une main rude et vertueuse. Son pessimisme apparent, une sombre humeur répandue sur plus d’une de ses pages cachent mal un optimisme réel, une foi obstinée au progrès de l’intelligence et de la justice. Dans ses romans, qui sont des études sociales, il poursuivit d’une haine vigoureuse une société oisive, frivole, une aristocratie basse et nuisible, il combattit le mal du temps : la puissance de l’argent. Démocrate, il ne flatta jamais le peuple et il s’efforça de lui montrer les servitudes de l’ignorance, les dangers de l’alcool qui le livre imbécile et sans défense à toutes les oppressions, à toutes les misères, à toutes les hontes. Il combattit le mal social partout où il le rencontra. Telles furent ses haines. Dans ses derniers livres, il montra tout entier son amour fervent de l’humanité. Il s’efforça de deviner et de prévoir une société meilleure. Anatole France (Éloge funèbre d’Émile Zola, 5 octobre 1902)
Robert Desnos, lui, n’aura connu votre pays que pour y mourir. Et ceci nous rapproche encore plus de vous. Jusqu’à la mort, Desnos a lutté pour la liberté. Tout au long de ses poèmes, l’idée de liberté court comme un feu terrible, le mot de liberté claque comme un drapeau parmi les images les plus neuves, les plus violentes aussi. La poésie de Desnos, c’est la poésie du courage. Il a toutes les audaces possibles de pensée et d’expression. Il va vers l’amour, vers la vie, vers la mort sans jamais douter. Il parle, il chante très haut, sans embarras. Il est le fils prodigue d’un peuple soumis à la prudence, à l’économie, à la patience, mais qui a quand même toujours étonné le monde par ses colères brusques, sa volonté d’affranchissement et ses envolées imprévues.Il y a eu en Robert Desnos deux hommes, aussi dignes d’admiration l’un que l’autre : un homme honnête, conscient, fort de ses droits et de ses devoirs et un pirate tendre et fou, fidèle comme pas un à ses amours, à ses amis, et à tous les êtres de chair et de sang dont il ressent violemment le bonheur et le malheur, les petites misères et les petits plaisirs.Desnos a donné sa vie pour ce qu’il avait à dire. Et il avait tant à dire. Il a montré que rien ne pouvait le faire taire. Il a été sur la place publique, sans se soucier des reproches que lui adressaient, de leur tour d’ivoire, les poètes intéressés à ce que la poésie ne soit pas ce 1 fermentde révolte, de vie entière, de liberté qui exalte les hommes quand ils veulent rompre les barrières de l’esclavage et de la mort. Paul Éluard (Allocution prononcée à la légation de Tchécoslovaquie à l’occasion du retour des cendres de Robert Desnos, 15 octobre 1945)
Anatole France n’est pas mort ; il ne mourra jamais. Quelques braves écrivains dans une dizaine d’années auront inventé un nouvel Anatole. Il y a des gens qui ne peuvent pas se passer de ce personnage comique, le « plus grand homme du siècle » ou « un maître écrivain ». On recueille ses moindres mots, on étudie à la loupe ses moindres phrases et puis on bêle : « Comme c’est beau…, mais c’est magnifique, c’est splendide ! » Le maître éternel. (…) On reste étonné, lorsqu’on a le courage de parcourir les articles nécrologiques, de la pauvreté des éloges décernés à feu France. Quelles tristes couronnes en simili-celluloïd ! On rapporte régulièrement le mot de Barrès : « C’était un mainteneur ». Quelle cruauté ! le mainteneur de la langue française : cela fait penser à un adjudant ou à un maître d’école très pédant. Je pense que c’est une singulière idée que de perdre quelques minutes à adresser des adieux à un cadavre dont on a retiré le cerveau ! Puisqu’enfin tout est fini, n’en parlons plus. Philippe Soupault
Le visage de la gloire, le visage de la mort, celui d’Anatole France vivant ou mort. Tes semblables, cadavre, nous ne les aimons pas. Que de bonnes raisons, pourtant, ils ont de durer, comme la beauté et l’harmonie qui les remplissent d’aise, qui leur mettent aux lèvres un bon sourire, un sourire de père de famille. La beauté, cadavre, nous la connaissons bien et si nous nous y prêtons, c’est qu’elle ne nous donne pas précisément à sourire. Nous n’aimons le feu et l’eau que depuis que nous avons envie de nous y jeter. L’harmonie, ah ! l’harmonie, le noeud de ta cravate, mon cher cadavre, et ta cervelle à l’écart, bien rangée dans le cercueil et les larmes qui sont si douces, n’est-ce pas. (…) Le scepticisme, l’ironie, la lâcheté, France, l’esprit français, qu’est-ce ? Un grand souffle d’oubli me traîne loin de tout cela. Peut-être n’ai-je jamais rien lu, rien vu, de ce qui déshonore la Vie ? Paul Eluard
La France est morte ? Vive la France. (…) Quelle perte, mes enfants. Cette France-là, c’était la vraie, la seule, celle qu’on montre aux étrangers, et celle dont nous nous congratulons confortablement depuis quelques années que nous avons pris si claire conscience de notre clair génie. Je vous plains, mes enfants, d’avoir perdu un tel arrière-grand-père. Je vous plains pour l’avenir qui vous attend : je vous vois gentiment aplatis sous l’énorme et délicat héritage de ce grand vieux homme. Mon métier m’a amené à visiter toutes les maisons où, à la flamme louche des cierges, s’allume la gloire, la vraie, la posthume – eh bien ! de tant de chuchotements dans l’ombre j’ai appris que cet Anatole France était le seul écrivain qui ait su écrire en français, dans tout un siècle de perdition – mais écrire, ce qui s’appelle écrire, avec une table, de l’encre, des livres, et des ciseaux » ? (…) Bien sûr : Anatole France nous a sauvés. Il a sauvé les meubles. Victor Hugo écrivait bien en prose, vous savez ! Choses vues, mais après lui, en attendant Barrès ? Eh bien ! oui ! il y a eu Anatole France. Il a sauvé les mots… non, pas les mots, Dieu sait que les mots ne se sont jamais si bien portés qu’au XIXe… mais pourtant certains mots, comme sur la langue la saveur essentielle du pain et du sel… mais il a maintenu cette présence, cette vigilance, cette prudence qui fait que les mots vivent ensemble comme une nation unie et forte : cela s’appelle la syntaxe, cela peut être comme l’amour entre les citoyens. Chez lui, c’était comme le gouvernement de la France de ce temps, de ce temps-ci encore : une régence méfiante, sèche, peureuse avec, pourtant, cet air de bonhomie républicaine. C’est le grand-père qui a fait des économies : mais il nous lègue une maligne fortune d’avare. Si nous n’avions eu que lui pour vivre, pour vivre et pour mourir ? Encore un qui a vécu en cet âge d’or, d’avant la guerre, à quoi nous ne comprenons rien. C’est même le Français par excellence de cet âge-là, cette France-là. (…) Nous ne pouvons pas oublier qu’à quatorze ans on nous faisait adorer ces vieux bonshommes : Bergeret, Coignard, Bonnard. Vieux marcheurs, vieux pions habiles. Notre amour est ailleurs, et notre espoir, ô métamorphoses, mais notre amertume est de ce côté. Il est bon qu’on la sente dans les larmes des crocodiles qui vont ramper sur l’avenue du Bois, religieux. Pierre Drieu La Rochelle
ANATOLE FRANCE OU LA MEDIOCRITE DOREE Eh bien non, je ne peux pas, je ne veux pas le nommer : Maître ! Il y a dans cette appellation quelque chose de haut et de grave à quoi cet esprit bas n’a jamais atteint. Et lorsque je dis esprit bas, j’entends : à l’étiage de la foule. Il y a entre A. France et un calicot une différence de quantité et non pas de qualité. Eh bien, je n’aime, je ne respecte que la qualité. Oui, je sais, tous les tempéraments femelles se pâment devant sa prose : mais les mâles ! Cet homme médiocre a réussi à étendre les limites du médiocre. Cet écrivain de talent a poussé son talent jusqu’à la porte du génie. Mais il est resté à la porte. On raconte qu’un jour, à M. Léopold Kahn lui disant : « Vous êtes le meilleur des hommes ! » Anatole France répondit : « Je crois être, au moins, un civilisé. » Ah !combien prophétique parole, et qu’il me plaît de lui appliquer dans son sens le plus moche, des reliures de veau, de l’esprit, une tasse de thé à la main, un civilisé, oui mon cher, un civilisé ! – Nous, nous avons besoin de barbares ! Poli ! Cet homme a été pleinement, infiniment poli, dans sa personne et dans son style. Poli comme une perle ! Mais le moindre grain de mil… Nous avons soif et nous avons faim. Anatole France, c’est le régime des hors-d’oeuvre ! (…) Il a été notre Voltaire, qu’ils disent ! Oui, Voltaire, et rien que Voltaire. Or ce n’est pas de Voltaires que nous avons besoin (cela pullule, les petits Voltaires, les Voltaires au petit pied), nous avons besoin de Rousseaux, de Bonapartes, de Robespierres… Et que son titre de communiste ne nous en impose point ! Là où manquent les actes, la parole est stérilité. Blanqui passa quarante ans en prison. Je n’admets les communistes qu’en prison… En réalité, Anatole France dut beaucoup aux salons. Parbleu, c’est le salonnard-type, ou si vous préférez, le salonneux… C’est un vase – vide. Ce bibelot peut amuser l’oeil un instant, mais il ne saurait prendre l’homme jusqu’aux entrailles. Cette perfection formelle manque de profondeur et de jus. Vide ! Tout est vide en lui et autour de lui. Ses livres coulent entre les doigts comme du sable. Son oeuvre est bâtie sur le sable… (…)  Ce sceptique, cet aimable sceptique me laisse froid. C’est pour la passion que je me passionne. C’est d’optimisme, de foi, d’ardeur et de sang que je raffole. J’aime la vie, et mon coeur ne bat que pour la vie. Anatole France est mort ! Joseph Delteil
REFUS D’INHUMER Si, de son vivant, il était déjà trop tard pour parler d’Anatole France, bornons-nous à jeter un regard de reconnaissance sur le journal qui l’emporte, le méchant quotidien qui l’avait amené. Loti, Barrès, France, marquons tout de même d’un beau signe blanc l’année qui coucha ces trois sinistres bonhommes : l’idiot, le traître et le policier. Ayons, je ne m’y oppose pas, pour le troisième, un mot de mépris particulier. Avec France, c’est un peu de la servilité humaine qui s’en va. Que ce soit fête le jour où l’on enterre la ruse, le traditionnalisme, le patriotisme, l’opportunisme, le scepticisme, le réalisme et le manque de coeur ! Songeons que les plus vils comédiens de ce temps ont eu Anatole France pour compère et ne lui pardonnons jamais d’avoir paré des couleurs de la Révolution son inertie souriante. Pour y enfermer son cadavre, qu’on vide si l’on veut une boîte des quais de ces vieux livres « qu’il aimait tant » et qu’on jette le tout à la Seine. Il ne faut plus que mort cet homme fasse de la poussière. André Breton
AVEZ-VOUS DEJA GIFLE UN MORT ? (…) Les conseils municipaux de localités à mes yeux indistinctes s’émeuvent aujourd’hui d’une mort, posent au fronton de leurs écoles des plaques où se lit un nom. Cela devrait suffire à dépeindre celui qui vient de disparaître, car l’on n’imagine pas Baudelaire, par exemple, ou tout autre qui se soit tenu à cet extrême de l’esprit qui seul défie la mort, Baudelaire célébré par la presse et ses contemporains comme un vulgaire Anatole France. Qu’avait-il, ce dernier, qui réussisse à émouvoir tous ceux qui sont la négation même de l’émotion et de la grandeur ? Un style précaire, et que tout le monde se croit autorisé à juger par le voeu même de son possesseur ; un langage universellement vanté quand le langage pourtant n’existe qu’au-delà, en dehors des appréciations vulgaires. Il écrivait bien mal, je vous jure, l’homme de l’ironie et du bon sens, le piètre escompteur de la peur du ridicule. Et c’est encore très peu que de bien écrire, que d’écrire, auprès de ce qui mérite un seul regard. Tout le médiocre de l’homme, le limité, le peureux, le conciliateur à tout prix, la spéculation à la manque, la complaisance dans la défaite, le genre satisfait, prudhomme, niais, roseau pensant, se retrouvent, les mains frottées, dans ce Bergeret dont on me fera vainement valoir la douceur. Merci, je n’irai pas finir sous ce climat facile une vie qui ne se soucie pas des excuses et du qu’en dira-t-on. Je tiens tout admirateur d’Anatole France pour un être dégradé. Il me plaît que le littérateur que saluent à la fois aujourd’hui le tapir Maurras et Moscou la gâteuse, et par une incroyable duperie Paul Painlevé lui-même, ait écrit pour battre monnaie d’un instinct tout abject, la plus déshonorante des préfaces à un conte de Sade, lequel a passé sa vie en prison pour recevoir à la fin le coup de pied de cet âne officiel. Ce qui vous flatte en lui, ce qui le rend sacré, qu’on me laisse la paix, ce n’est pas même le talent, si discutable, mais la bassesse, qui permet à la première gouape venue de s’écrier : « Comment n’y avais-je pas pensé plus tôt ! » Exécrable histrion de l’esprit, fallait-il qu’il répondît vraiment à l’ignominie française pour que ce peuple obscur fût à ce point heureux de lui avoir prêté son nom ! Balbutiez donc à votre aise sur cette chose pourrissante, pour ce ver qu’à son tour les vers vont posséder, râclures de l’humanité, gens de partout, boutiquiers et bavards, domestiques d’état, domestiques du ventre, individus vautrés dans la crasse et l’argent, vous tous, qui venez de perdre un si bon serviteur de la compromission souveraine, déesse de vos foyers et de vos gentils bonheurs. Je me tiens aujourd’hui au centre de cette moisissure, Paris, où le soleil est pâle, où le vent confie aux cheminées une épouvante et sa langueur. Autour de moi, se fait le remuement immonde et misérable, le train de l’univers où toute grandeur est devenue l’objet de la dérision. L’haleine de mon interlocuteur est empoisonnée par l’ignorance. En France, à ce qu’on dit, tout finit en chansons. Que donc celui qui vient de crever au coeur de la béatitude générale, s’en aille à son tour en fumée ! Il reste peu de choses d’un homme : il est encore révoltant d’imaginer de celui-ci, que de toute façon il a été. Certains jours j’ai rêvé d’une gomme à effacer l’immondice humaine. Louis Aragon
 Quelles sont les qualités des écrivains célébrés dans les textes du corpus ? (…) Vous commenterez le discours d’Anatole France (…) Les écrivains ont-ils pour mission essentielle de célébrer ce qui fait la grandeur de l’être humain ? (…) A l’occasion d’une commémoration, vous prononcez un discours élogieux à propos d’un écrivain dont vous admirez l’œuvre. Ce discours pourra réutiliser les procédés, à vos yeux les plus efficaces, mis en œuvre par les auteurs du corpus. Sujets bac français 2016 (ES-S)
Exemple de bonne copie pour le sujet dissertation : « Les écrivains ont-ils pour mission essentielle de célébrer ce qui fait la grandeur de l’être humain ? ». Pour le Figaro Etudiant, « le devoir est guidé par la problématique inaugurale, chaque partie de la dissertation contribue à y répondre efficacement ». Cela peut donc aboutir à ce type de plan : I/ Oui, les écrivains ont pour mission de célébrer ce qui fait la grandeur de l’être humain (Ils chantent la gloire des hommes, ils célèbrent la beauté, l’amour. II/ Mais non, ce n’est pas leur mission essentielle (Leur mission est parfois de dénoncer, les écrivains sont des artistes avant tout, ils recherchent le beau). III/ Ils ne célèbrent pas la grandeur de l’être humain : ils rendent compte de l’âme humaine telle qu’elle est. Corrigé du bac de français S et ES

Et si la littérature, ça servait aussi à faire la guerre ?

‘Il ne faut plus que mort, cet homme fasse de la poussière », « Avez-vous déjà giflé un mort ? », « médiocrité dorée », « policier », « servilité humaine », « ruse », « traditionalisme », « patriotisme », « opportunisme », « scepticisme », « manque de cœur », « inertie souriante », « immondice humaine » …

A l’heure où après l’antisionisme et la folie des hauteurs, nos lycéens sont invités, à l’instar des grands maitres du passé Hugo, Zola, France et Eluard, à écrire leurs propre éloge funèbre d’écrivain …

Et à se demander si la mission essentielle des écrivains serait de « célébrer ce qui fait la grandeur de l’être humain » …

Comment ne pas s’étonner …

De cette apparente affinité des épreuves du baccalauréat pour les occasions manquées et la neutralisation de tout ce qu’elles touchent …

Et notamment pour la formidable violence que peut contenir le monde en apparence si feutré de la vie littéraire …

Comme aurait pu le suggérer peut-être la simple évocation …

De ces fameux cadavres  (exquis ou non) dans le placard que furent, en forme justement de contre-éloges funèbres, deux des premiers manifestes collectifs du surréalisme …

D’abord pour démolir, comme punition de ses funérailles nationales et aux frais de Drieu la Rochelle et sans compter la participation du même compagnon de route Eluard qui fera plus tard l’éloge en Tchécoslovaquie de son petit camarade Desnos …

Le prix Nobel de littérature dreyfusard, co-fondateur de la Ligue des droits de l’homme et dénonciateur du génocide arménien qu’avait été Anatole France …

Puis, avec le contre-contre pamphlet des exclus suivant leur excommunication, pour célèbrer …

La mort souhaitée du pape du surréalisme et apologue de la violence aveugle lui-même …

Présenté en couverture sous une couronne d’épines ?

UN CADAVRE

Il était devenu si hideux, qu’en passant sa main sur son visage il sentit sa laideur.

  1. FRANCE (Thaïs)

L’ERREUR

Anatole France n’est pas mort ; il ne mourra jamais. Quelques braves écrivains dans une dizaine d’années auront inventé un nouvel Anatole. Il y a des gens qui ne peuvent pas se passer de ce personnage comique, le « plus grand homme du siècle » ou « un maître écrivain ». On recueille ses moindres mots, on étudie à la loupe ses moindres phrases et puis on bêle : « Comme c’est beau…, mais c’est magnifique, c’est splendide ! » Le maître éternel.

Celui qui vient de disparaître n’était pourtant pas très sympathique. Il n’a jamais songé qu’à son petit intérêt, à sa petite santé. Il attendait la mort, paraît-il. C’est une jolie solution. Mais à part cela, sérieusement qu’a-t-il fait, à quoi a-t-il pensé ? Puisqu’il ne s’agit aujourd’hui que de déposer une palme sur un cercueil, qu’elle soit aussi lourde que possible et qu’on étouffe ce souvenir.

Un peu de dignité, Messieurs de la famille ! Pleurez toutes les larmes de votre corps. Anatole a rendu ce qu’on appelait son âme. Vous n’avez rien à attendre de cette mémoire molle et sèche. C’est fini !

La nuit descend déjà. On reste étonné, lorsqu’on a le courage de parcourir les articles nécrologiques, de la pauvreté des éloges décernés à feu France. Quelles tristes couronnes en simili-celluloïd ! On rapporte régulièrement le mot de Barrès : « C’était un mainteneur ». Quelle cruauté ! le mainteneur de la langue française : cela fait penser à un adjudant ou à un maître d’école très pédant. Je pense que c’est une singulière idée que de perdre quelques minutes à adresser des adieux à un cadavre dont on a retiré le cerveau ! Puisqu’enfin tout est fini, n’en parlons plus.

J’ai assisté aujourd’hui à de bien jolis spectacles. Des croque-morts qui se disputaient en marchant devant un cercueil. J’ai vu aussi une femme en deuil, voilée de crêpes, aller à l’hôpital tailler une bavette avec son moribond de mari et lui montrer les beaux habits tout neufs qu’elle avait achetés le matin en attendant sa mort.

Philippe Soupault

UN VIEILLARD COMME LES AUTRES

Le visage de la gloire, le visage de la mort, celui d’Anatole France vivant ou mort. Tes semblables, cadavre, nous ne les aimons pas. Que de bonnes raisons, pourtant, ils ont de durer, comme la beauté et l’harmonie qui les remplissent d’aise, qui leur mettent aux lèvres un bon sourire, un sourire de père de famille. La beauté, cadavre, nous la connaissons bien et si nous nous y prêtons, c’est qu’elle ne nous donne pas précisément à sourire. Nous n’aimons le feu et l’eau que depuis que nous avons envie de nous y jeter. L’harmonie, ah ! l’harmonie, le noeud de ta cravate, mon cher cadavre, et ta cervelle à l’écart, bien rangée dans le cercueil et les larmes qui sont si douces, n’est-ce pas.

Ce que je ne puis plus imaginer sans avoir les larmes aux yeux, la Vie, elle apparaît encore aujourd’hui dans de petites choses dérisoires auxquelles la tendresse seule sert maintenant de soutien. Le scepticisme, l’ironie, la lâcheté, France, l’esprit français, qu’est-ce ? Un grand souffle d’oubli me traîne loin de tout cela. Peut-être n’ai-je jamais rien lu, rien vu, de ce qui déshonore la Vie ?

Paul Eluard

NE NOUS LA FAITES PAS A L’OSEILLE

La France est morte ? Vive la France. La France vient encore de mourir en Touraine : une maison ferme à jamais ses persiennes, comme tant d’autres, dans ces campagnes qui font entendre partout le même claquement funèbre : les vieux s’enfouissent dans la terre, les jeunes, quand il y en a, s’en vont quelques années de reste, traîner des noms fanés sur le bitume.

Mais ce n’est qu’une France qui vient de mourir, il y en a plusieurs, il y en a qui naissent, étranges et terribles. Dans le siècle : une France comme un Far-West brut, pleine d’étrangers inquiétants, de mines de fer, d’autos et d’avions, avec des millions de nègres et un avenir de Byzance battue et fortifiée par la barbarie – hors du siècle : une poésie française qui éclate dans la peinture, qui gronde inentendue depuis cinquante ans, dans plusieurs livres téméraires, merveilleux, austères.

Et par là-dessus, il y a une France éternelle, qui a été et qui sera, comme une amoureuse qu’on n’oublie pas, même si, éventrée, crevée par une invasion, elle expire son âme personnelle, mais nous ne la connaissons pas, et personne n’a le droit d’en appeler parmi nous, que nous soyons vivants ou morts, car si depuis toujours sa figure fut tracée tout entière d’un trait foudroyant, nous ne sommes qu’un des imperceptibles siècles dont elle est tissue, et seules les étoiles contemplent cette figure dans la touchante corbeille des visages humains.

Est-ce pour ces raisons astronomiques que nous avons un peu envie de soulever nos épaules aujourd’hui quand le croque-mort vient nous dire avec des airs satisfaits : « Je vous l’avais bien dit, voilà encore la France morte. Quelle perte, mes enfants. Cette France-là, c’était la vraie, la seule, celle qu’on montre aux étrangers, et celle dont nous nous congratulons confortablement depuis quelques années que nous avons pris si claire conscience de notre clair génie. Je vous plains, mes enfants, d’avoir perdu un tel arrière-grand-père. Je vous plains pour l’avenir qui vous attend : je vous vois gentiment aplatis sous l’énorme et délicat héritage de ce grand vieux homme. Mon métier m’a amené à visiter toutes les maisons où, à la flamme louche des cierges, s’allume la gloire, la vraie, la posthume – eh bien ! de tant de chuchotements dans l’ombre j’ai appris que cet Anatole France était le seul écrivain qui ait su écrire en français, dans tout un siècle de perdition – mais écrire, ce qui s’appelle écrire, avec une table, de l’encre, des livres, et des ciseaux » ?

Mais nous n’écoutons pas les larbins. Nous savons ce que nous avons perdu, nous qui – jeunes encore – avons tant perdu de divers côtés, et par exemple des amis de notre âge qui tiendraient peut-être mieux que nous la place.

Bien sûr : Anatole France nous a sauvés. Il a sauvé les meubles. Victor Hugo écrivait bien en prose, vous savez ! Choses vues, mais après lui, en attendant Barrès ? Eh bien ! oui ! il y a eu Anatole France. Il a sauvé les mots… non, pas les mots, Dieu sait que les mots ne se sont jamais si bien portés qu’au XIXe… mais pourtant certains mots, comme sur la langue la saveur essentielle du pain et du sel… mais il a maintenu cette présence, cette vigilance, cette prudence qui fait que les mots vivent ensemble comme une nation unie et forte : cela s’appelle la syntaxe, cela peut être comme l’amour entre les citoyens. Chez lui, c’était comme le gouvernement de la France de ce temps, de ce temps-ci encore : une régence méfiante, sèche, peureuse avec, pourtant, cet air de bonhomie républicaine.

C’est le grand-père qui a fait des économies : mais il nous lègue une maligne fortune d’avare. Si nous n’avions eu que lui pour vivre, pour vivre et pour mourir ?

Encore un qui a vécu en cet âge d’or, d’avant la guerre, à quoi nous ne comprenons rien. C’est même le Français par excellence de cet âge-là, cette France-là.

Mais vous vous apercevez que toute notre piété est tournée d’un autre côté, puisqu’elle n’est pas disponible pour ce trépas douillet, pour ces funérailles abondantes qui durent depuis deux ans – que de pleureuses, à barbe.

Non, notre piété est restée à ceux qui sont morts jeunes, à qui la parole ne fut pas laissée dans la bouche comme un antique morceau de sucre, mais à qui on l’a arrachée dans le sang et l’écume. Et je vous le demande – et cette question faite, toute mon excuse pour ce ton qu’il faut bien prendre ici pour qu’on n’entende pas en Europe que des gens qui se mouchent et qui peut seul s’accorder à cette pensée fondamentale que France mort, vit la France, vivent des Frances nombreuses que d’aucuns voudraient étouffer aujourd’hui sous ce catafalque, des Frances mystiques, crédules, obscures, brutales, merveilleusement insolites dans un décor vieilli, – je vous le demande, ces enfants-là, de quel secours leur fut ce grand-père ?

Drôle de grand-père qui ressemble à beaucoup trop de grands-pères français : sans Dieu, sans amour touchant, sans désespoir insupportable, sans colère magnifique, sans défaites définitives, sans victoires complètes.

Ignorance totale de Dieu – nous nous entendons, n’est-ce pas, ô poètes éperdus dans le vide. Maigre, maigre philosophie : vous comprenez que le Jardin d’Epicure nous a fait bayer d’une inanition trop creuse, pour que l’écho n’en arrive pas jusqu’aujourd’hui. Et la politique, l’allure nationale : il nous a bien laissé tomber entre la République du boudoir de l’Histoire contemporaine, la Révolution sournoisement trahie des Dieux ont soif et le bolchevisme qui l’a peloté comme un banquier anglais. Maurras ! ce n’est pas généreux d’avoir aussi flatté cet historien-là !

Et l’amour ? les amours, à la française. Le pauvre amour du Lys Rouge. Je demande pardon aux femmes. Et l’art, la littérature ! Ce grand-père a ignoré ou bafoué tous ceux que nous aimons parmi nos pères ou nos oncles.

Non, nous ne pouvons pas oublier tout cela, si nous nous rappelons que pourtant nous lui devons l’outil qui nous fait travailler et vivre et qui peut-être se cassera dans nos mains épaissies sur la crosse du fusil ou sur le volant. Il nous a donné la vie, mais il a manqué nous tuer. Alors quoi ?

Nous ne pouvons pas oublier qu’à quatorze ans on nous faisait adorer ces vieux bonshommes : Bergeret, Coignard, Bonnard. Vieux marcheurs, vieux pions habiles.

Notre amour est ailleurs, et notre espoir, ô métamorphoses, mais notre amertume est de ce côté. Il est bon qu’on la sente dans les larmes des crocodiles qui vont ramper sur l’avenue du Bois, religieux.

Pierre Drieu La Rochelle

ANATOLE FRANCE OU LA MEDIOCRITE DOREE

Eh bien non, je ne peux pas, je ne veux pas le nommer : Maître ! Il y a dans cette appellation quelque chose de haut et de grave à quoi cet esprit bas n’a jamais atteint. Et lorsque je dis esprit bas, j’entends : à l’étiage de la foule. Il y a entre A. France et un calicot une différence de quantité et non pas de qualité. Eh bien, je n’aime, je ne respecte que la qualité.

Oui, je sais, tous les tempéraments femelles se pâment devant sa prose : mais les mâles !

Cet homme médiocre a réussi à étendre les limites du médiocre. Cet écrivain de talent a poussé son talent jusqu’à la porte du génie. Mais il est resté à la porte.

On raconte qu’un jour, à M. Léopold Kahn lui disant : « Vous êtes le meilleur des hommes ! » Anatole France répondit : « Je crois être, au moins, un civilisé. » Ah !combien prophétique parole, et qu’il me plaît de lui appliquer dans son sens le plus moche, des reliures de veau, de l’esprit, une tasse de thé à la main, un civilisé, oui mon cher, un civilisé ! – Nous, nous avons besoin de barbares !

Poli ! Cet homme a été pleinement, infiniment poli, dans sa personne et dans son style. Poli comme une perle ! Mais le moindre grain de mil…

Nous avons soif et nous avons faim. Anatole France, c’est le régime des hors-d’oeuvre !

Vraiment, il ne m’intéresse pas, il ne nous intéresse pas. C’est de l’indifférence absolue. Il ne jouait aucun rôle dans notre vie, dans nos recherches, dans nos combats. Il vivait solitaire, hermétiquement clos. Chez lui, pas la moindre trace de curiosité pour l’ardente jeunesse, pas un cri, pas un geste. Oui, nous nous intéressons aussi peu à lui qu’il s’est intéressé à nous. – N’est-ce pas notre droit ?

Il a été notre Voltaire, qu’ils disent ! Oui, Voltaire, et rien que Voltaire. Or ce n’est pas de Voltaires que nous avons besoin (cela pullule, les petits Voltaires, les Voltaires au petit pied), nous avons besoin de Rousseaux, de Bonapartes, de Robespierres…

Et que son titre de communiste ne nous en impose point ! Là où manquent les actes, la parole est stérilité. Blanqui passa quarante ans en prison. Je n’admets les communistes qu’en prison…

En réalité, Anatole France dut beaucoup aux salons. Parbleu, c’est le salonnard-type, ou si vous préférez, le salonneux…

C’est un vase – vide. Ce bibelot peut amuser l’oeil un instant, mais il ne saurait prendre l’homme jusqu’aux entrailles. Cette perfection formelle manque de profondeur et de jus. Vide ! Tout est vide en lui et autour de lui. Ses livres coulent entre les doigts comme du sable. Son oeuvre est bâtie sur le sable…

C’est une surface plane – une seule dimension. Aujourd’hui, ce côté dubitatif, négatif de son intelligence, cela nous paraît si facile ! C’est vraiment trop simple !

Seule la mémoire fonctionne dans son univers. Des réminiscences rassemblées avec goût. Et certes je ne nie pas le goût. Je ne nie pas la grâce, l’agilité d’esprit, les heureuses manières, la limpidité de la langue, l’harmonie et le miel ; mais je dis que dépourvues de substance et de moelle, isolées et stériles, toutes ces vertus, je m’en fous !

Ce sceptique, cet aimable sceptique me laisse froid. C’est pour la passion que je me passionne. C’est d’optimisme, de foi, d’ardeur et de sang que je raffole. J’aime la vie, et mon coeur ne bat que pour la vie.

Anatole France est mort !

Joseph Delteil

REFUS D’INHUMER

Si, de son vivant, il était déjà trop tard pour parler d’Anatole France, bornons-nous à jeter un regard de reconnaissance sur le journal qui l’emporte, le méchant quotidien qui l’avait amené. Loti, Barrès, France, marquons tout de même d’un beau signe blanc l’année qui coucha ces trois sinistres bonhommes : l’idiot, le traître et le policier. Ayons, je ne m’y oppose pas, pour le troisième, un mot de mépris particulier. Avec France, c’est un peu de la servilité humaine qui s’en va. Que ce soit fête le jour où l’on enterre la ruse, le traditionnalisme, le patriotisme, l’opportunisme, le scepticisme, le réalisme et le manque de coeur ! Songeons que les plus vils comédiens de ce temps ont eu Anatole France pour compère et ne lui pardonnons jamais d’avoir paré des couleurs de la Révolution son inertie souriante. Pour y enfermer son cadavre, qu’on vide si l’on veut une boîte des quais de ces vieux livres « qu’il aimait tant » et qu’on jette le tout à la Seine. Il ne faut plus que mort cet homme fasse de la poussière.

André Breton

AVEZ-VOUS DEJA GIFLE UN MORT ?

La colère me prend si, par quelque lassitude machinale, je consulte parfois les journaux des hommes. C’est qu’en eux se manifeste un peu de cette pensée commune, autour de laquelle, vaille que vaille, un beau jour ils tombent d’accord. Leur existence est fondée sur une croyance en cet accord, c’est là tout ce qu’ils exaltent, et il faut pour qu’un homme recueille enfin leurs suffrages, pour qu’aussi un homme recueille les suffrages des derniers des hommes, qu’il soit une figure évidente, une matérialisation de cette croyance.

Les conseils municipaux de localités à mes yeux indistinctes s’émeuvent aujourd’hui d’une mort, posent au fronton de leurs écoles des plaques où se lit un nom. Cela devrait suffire à dépeindre celui qui vient de disparaître, car l’on n’imagine pas Baudelaire, par exemple, ou tout autre qui se soit tenu à cet extrême de l’esprit qui seul défie la mort, Baudelaire célébré par la presse et ses contemporains comme un vulgaire Anatole France. Qu’avait-il, ce dernier, qui réussisse à émouvoir tous ceux qui sont la négation même de l’émotion et de la grandeur ? Un style précaire, et que tout le monde se croit autorisé à juger par le voeu même de son possesseur ; un langage universellement vanté quand le langage pourtant n’existe qu’au-delà, en dehors des appréciations vulgaires. Il écrivait bien mal, je vous jure, l’homme de l’ironie et du bon sens, le piètre escompteur de la peur du ridicule. Et c’est encore très peu que de bien écrire, que d’écrire, auprès de ce qui mérite un seul regard. Tout le médiocre de l’homme, le limité, le peureux, le conciliateur à tout prix, la spéculation à la manque, la complaisance dans la défaite, le genre satisfait, prudhomme, niais, roseau pensant, se retrouvent, les mains frottées, dans ce Bergeret dont on me fera vainement valoir la douceur. Merci, je n’irai pas finir sous ce climat facile une vie qui ne se soucie pas des excuses et du qu’en dira-t-on.

Je tiens tout admirateur d’Anatole France pour un être dégradé. Il me plaît que le littérateur que saluent à la fois aujourd’hui le tapir Maurras et Moscou la gâteuse, et par une incroyable duperie Paul Painlevé lui-même, ait écrit pour battre monnaie d’un instinct tout abject, la plus déshonorante des préfaces à un conte de Sade, lequel a passé sa vie en prison pour recevoir à la fin le coup de pied de cet âne officiel. Ce qui vous flatte en lui, ce qui le rend sacré, qu’on me laisse la paix, ce n’est pas même le talent, si discutable, mais la bassesse, qui permet à la première gouape venue de s’écrier : « Comment n’y avais-je pas pensé plus tôt ! » Exécrable histrion de l’esprit, fallait-il qu’il répondît vraiment à l’ignominie française pour que ce peuple obscur fût à ce point heureux de lui avoir prêté son nom ! Balbutiez donc à votre aise sur cette chose pourrissante, pour ce ver qu’à son tour les vers vont posséder, râclures de l’humanité, gens de partout, boutiquiers et bavards, domestiques d’état, domestiques du ventre, individus vautrés dans la crasse et l’argent, vous tous, qui venez de perdre un si bon serviteur de la compromission souveraine, déesse de vos foyers et de vos gentils bonheurs.

Je me tiens aujourd’hui au centre de cette moisissure, Paris, où le soleil est pâle, où le vent confie aux cheminées une épouvante et sa langueur. Autour de moi, se fait le remuement immonde et misérable, le train de l’univers où toute grandeur est devenue l’objet de la dérision. L’haleine de mon interlocuteur est empoisonnée par l’ignorance. En France, à ce qu’on dit, tout finit en chansons. Que donc celui qui vient de crever au coeur de la béatitude générale, s’en aille à son tour en fumée ! Il reste peu de choses d’un homme : il est encore révoltant d’imaginer de celui-ci, que de toute façon il a été. Certains jours j’ai rêvé d’une gomme à effacer l’immondice humaine.

Louis Aragon

A LA PROCHAINE OCCASION IL Y AURA UN NOUVEAU CADAVRE (1)

Voir aussi:

Five Ways To Kill A Man
Edwin Brock (1990)

There are many cumbersome ways to kill a man.
You can make him carry a plank of wood
to the top of a hill and nail him to it. To do this
properly you require a crowd of people
wearing sandals, a cock that crows, a cloak
to dissect, a sponge, some vinegar and one
man to hammer the nails home.

Or you can take a length of steel,
shaped and chased in a traditional way,
and attempt to pierce the metal cage he wears.
But for this you need white horses,
English trees, men with bows and arrows,
at least two flags, a prince, and a
castle to hold your banquet in.

Dispensing with nobility, you may, if the wind
allows, blow gas at him. But then you need
a mile of mud sliced through with ditches,
not to mention black boots, bomb craters,
more mud, a plague of rats, a dozen songs
and some round hats made of steel.

In an age of aeroplanes, you may fly
miles above your victim and dispose of him by
pressing one small switch. All you then
require is an ocean to separate you, two
systems of government, a nation’s scientists,
several factories, a psychopath and
land that no-one needs for several years.

These are, as I began, cumbersome ways
to kill a man. Simpler, direct, and much more neat
is to see that he is living somewhere in the middle
of the twentieth century, and leave him there.


Nuit debout: Le problème avec les morts mal enterrés, c’est qu’ils reviennent (Occupy the Republique: With the government’s proposed reform of the labor code, France’s far left finds itself a providential rallying cry for its anti-capitalism)

18 avril, 2016
https://i0.wp.com/www.lemondejuif.info/wp-content/uploads/2014/07/DSCN1348.jpgZwastiskaRepubliquemerci-patron«Occupons République sans l'État et sa police.» Les occupants critiquent l'usage de la force par les autorités. Chacune des trois Nuit Debout a été dispersée par les policiers.«Désobéis aux lois injustes»«L'insoumission est la solution», peut-on dire sur cette bannière de plastique étirée entre deux piliers, le 2 avril, place de la République.

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Saccage1
Parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre. George Orwell
La liberté peut être menacée par les abus de la liberté comme par ceux du pouvoir. James Madison
Pour séduire les Français issus de l’immigration, le collectif table aussi sur un autre discours : la lutte contre colonialisme. Youssef Boussoumah, du PIR, intronisé porte-parole par le reste du collectif, est, avec trente ans de militantisme derrière lui, le « papa » du collectif. Le PIR est né en 2005 en réaction à la loi d’interdiction des signes religieux à l’école. « La fracture coloniale est à l’oeuvre en France. La Palestine vit aussi une injustice suprême, c’est la dernière cause coloniale. » Tous l’assurent, la question reste avant tout politique. Haoues Seniguer, chercheur au Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient, confirme en partie cette hypothèse : « Certains dans ces mouvements se mobilisent aussi au nom d’un référent commun à savoir l’islamité des Palestiniens. Mais ils savent qu’ils n’ont pas intérêt à confessionnaliser ce conflit sous peine de perdre des soutiens. » Le NPA, seule formation politique à les soutenir, se dit parfois gêné par les slogans religieux lancés lors des manifestations. Omar Al-Soumi assume pourtant que des groupes très religieux et proches du Hamas comme le Collectif du cheikh Yassine défilent à leur côté : « Cela ne nous dérange pas dans la mesure où nous soutenons toutes les résistances et la lutte armée. La diplomatie et la négociation n’ont jamais abouti. » Le Monde
Des manifestations suivies d’émeutes fleurissent partout, et nous donnent envie de renommer la ville lumière Paristan. Des commerces juifs, des synagogues, des individus juifs, sont pointés du doigt sur les réseaux sociaux et attaqués par une horde de sauvages qui ne savent même pas mettre Gaza sur une carte. Des gauchistes en mal de combats défient le gouvernement en allant manifester là où des émeutiers brûlent des drapeaux israéliens et exhibent des messages antisémites d’un autre âge, accompagnés de drapeaux du djihad et du hezbollah. Des Français « en ont marre » de cette importation du conflit, mais ne se prononcent pas, et attendent juste que ça passe en évitant certains quartiers les jours de manif. (…) Des gens prennent parti sans même se demander ce qu’ils feraient à la place d’un militaire israélien de 20 ans face à un gazaoui de 14 ans qui lui tire dessus avec une mitraillette. Ces mêmes gens prennent parti sans même se demander ce qu’ils feraient si eux et leurs enfants subissaient des bombardements quotidiens, et cerise sur le cheese cake, l’opprobre de la communauté internationale. Ces mêmes gens ne se rendent pas compte que nous aussi, israéliens, avons mal pour les civils tués quotidiennement. Et c’est pourquoi nous sommes fiers de cette armée qui prévient, qui essaye de limiter autant que possible les pertes civiles.  (…) Alors vous savez quoi ? Je crois qu’à un moment, je vais m’en foutre de ce que vous pensez. Du fait que la levée de boucliers a eu lieu quand le gouvernement français a soutenu Israël et a interdit les manifs, mais que personne ne dit rien quand l’état débloque 11 millions pour Gaza, alors que tout le monde sait très bien où va aller cet argent. (…) Nous n’allons pas nous excuser d’être en vie parce que l’état israélien fait tout pour protéger ses civils. Alors non, je ne répondrai plus aux « oui mais à Gaza quand même y’a vachement de morts ». (…) Vous pensez avoir tout compris au conflit israélo palestinien en prenant parti pour le plus faible ? Vous oubliez une chose. Israël n’est pas en conflit contre la Palestine. Mais contre le Hamas. Qui est responsable de la mort de centaines de civils. Le hamas n’est pas plus un mouvement de résistance que Boko Aram. Le hamas ne veut pas deux états, il veut détruire Israël. (…) Alors vous, la « majorité silencieuse » qui a « hâte que cela s’arrête », réveillez-vous. Quant à vous, les manifestants du dimanche (et du samedi aussi), qui vous prenez pour Che Guevara parce que vous brûlez des drapeaux israéliens le visage masqué en criant « Hitler reviens » et parce que vous détruisez le bitume parisien, sachez une chose : personne n’est dupe. Vous n’apportez rien à la cause palestinienne si ce n’est de la désolation. Vous desservez tellement votre cause que plus personne ne vous croit.  Alors oui, peut être que je dormirai mieux si je m’en fous. Si je ne regarde plus ce drapeau du djihad qui trône place de la République un samedi après midi d’été au cours d’une manifestation interdite, et organisée quand même par des partis politiques dont le NPA … Sophie Taieb
De Margerie est mort. famille taittinger en deuil. Les grands feodaux sont touches. Ils sont fragiles. Le successeur nous volera t il moins. Gérard Filoche
Je devine les hommages, les louanges, l’encensement du « grand patron » etc. La propagande pour faire croire que ces gens-là nous sauvent alors que ces puissants-là nous coulent, siphonnent nos salaires, bloquent nos emplois, polluent, détruisent l’environnement,  tournent le dos aux choix citoyens… Gérard Filoche
J’étais au café Le Conservatoire, avenue Jaurès. Les lycéens avaient fini par charger après avoir été bloqués pendant 40 minutes par les CRS. Forcément, les policiers ont chargé en retour et toutes les personnes qui se trouvaient en terrasse et d’autres personnes pas du tout impliquées dans la manif, se sont retrouvées au milieu de tout ça. Ils ont lancé leurs lacrymogènes sans réfléchir sur les personnes en terrasse vu que les lycéens ont vite reculé. Alors j’ai “gueulé” sur eux en disant aux CRS qu’ils s’en prenaient à n’importe qui, sans réfléchir. Là, je me me suis pris un coup violent et non justifié, je suis encore choquée. Tamara
C’est l’oeuvre de gens isolés qui ont noirci un mouvement avec lequel ils n’ont rien à voir. Il faut qu’on réagisse car sinon l’opinion va croire qu’on est des malades et que ces gens-là nous représentent. Participant à Nuit debout
 Céder à la violence est contre-productif et fragilise le mouvement. S’attaquer à des biens privés qui n’ont aucune portée symbolique jette un discrédit. Projet de communiqué de presse Nuit debout
C’est une stratégie délibérée pour décrédibiliser Nuit debout. Nous ne sommes pas dupes. Participant à Nuit debout
Il faut entendre cette colère qui fait suite à des années d’injustice sociale et de mépris. Projet de communiqué Nuit debout
Il y a un débat car certains contestent le jugement moral porté sur ces violences. Membre du pôle presse Nuit debout
Il y a une certaine ambiguïté dans le positionnement de l’organisation. La violence est très clairement marginale, mais cette frange est-elle à l’intérieur ou à l’extérieur de Nuit debout ? On est dans une zone grise... Les violences débutent toujours vers 1 heure du matin à la fin du concert lorsque des gens qui n’ont participé à aucun débat de la journée, généralement après une forte consommation d’alcool ou de drogue, vont au contact des policiers pour les agresser. Les forces de l’ordre essaient de les contenir, mais c’est très violent. Ça pourrait déraper. Pour ne pas disparaître, Nuit debout doit définir des objectifs, une stratégie et une tactique. Pour l’instant, on n’y est pas encore. C’est une question bien plus cruciale que le comportement d’une centaine de casseurs…  Laurent (participant Nuit debout)
On regarde les gens tout casser, uriner partout… On n’a pas formellement ordre de ne pas bouger, c’est que les ordres ne viennent pas. On est là, mais on ne peut pas intervenir. (…) C’est le même public, vous avez juste deux ou trois bobos qui se greffent pour fumer des joints. Les gens veulent faire une ZAD sur la place. Ils demandent des pissotières, et puis après ce sera des tentes, des mecs monteront des cabanes. Les CRS et policiers sont écœurés car on ne fait plus rien et quand on le fait on nous fait des reproches. Etienne (CRS)
Le Premier ministre a présenté ce lundi une nouvelle mouture aux partenaires sociaux. Les mesures les plus polémiques ont été retouchées. (…) Le barème qui devait plafonner de façon impérative les indemnités prud’homales, une des mesures-phares du projet de loi travail, sera seulement « indicatif » en raison de l’hostilité d’une grande partie des syndicats, a annoncé Manuel Valls aux partenaires sociaux réunis à Matignon. (…) Les critères de licenciements économiques précisés par l’avant-projet de loi travail ne seront pas modifiés, mais le juge pourra vérifier que les multinationales n’organisent pas artificiellement leurs difficultés économiques sur le territoire français pour licencier, a annoncé lundi Matignon. (…) Le plafond du compte personnel de formation (CPF) sera relevé de 150 à 400 heures pour les salariés sans diplôme, ce qui leur permettra « d’accéder à un niveau supplémentaire de qualification tous les 10 ans ». (…) Le compte épargne-temps, un dispositif qui permet de stocker des congés pour se les faire payer ou les décaler dans le temps, ne sera pas inclus dans le futur compte personnel d’activité, comme le réclamaient certains syndicats, selon Matignon. La proposition syndicale, qui suscitait l’inquiétude du patronat, ne figure pas dans les modifications du projet de loi travail présentées par le Premier ministre Manuel Valls aux partenaires sociaux à Matignon. Les dirigeants de petites et moyennes entreprises (PME) ne pourront pas appliquer le forfait-jours ou moduler les astreintes sans passer par un accord collectif, mais ils pourront négocier avec un salarié mandaté par un syndicat s’ils n’ont pas de représentation syndicale. Le Point
Une critique courante consiste à dire : « avec cette loi, la durée du travail quotidienne pourra passer à 12 heures par simple accord d’entreprise » Face à une telle critique, il convient de préciser que la durée quotidienne maximale de travail est actuellement fixée à 10 heures bien que certaines dérogations au dépassement de cette durée soient possibles. Celles-ci nécessitent cependant soit l’autorisation de l’inspecteur du travail, soit de conclure un accord collectif prévoyant ce dépassement sans que ce dernier ne puisse dépasser 12 heures ! (…) Une autre critique très courante, sans doute parce que le chiffre invoqué marque l’esprit de l’auditeur non informé, consiste à affirmer qu’« avec cette loi, il sera possible de faire travailler les salariés jusque 60 heures par semaine » Ici encore, la critique fait fi du contenu actuel du Code du travail puisque ce dernier prévoit qu’ »en cas de circonstances exceptionnelles, certaines entreprises peuvent être autorisées à dépasser pendant une période limitée le plafond de 48 heures, sans toutefois que ce dépassement puisse avoir pour effet de porter la durée du travail à plus de 60 heures par semaine. » Il convient de préciser que ce « super-plafond » de 60 heures existe depuis 1979 et nécessite de toute manière une autorisation administrative. (…)  Certains justifient leur opposition par le fractionnement des temps de repos créé par cette « loi scélérate ». Or, les dispositions actuelles prévoient déjà qu’un accord d’entreprise ou d’établissement peut déroger à la durée minimale de repos quotidien de 11 heures, notamment pour assurer une continuité du service en cas de surcroît d’activité ou de travaux urgents sans réduire la durée du repos en deçà de 9 heures. [Sur] les temps d’astreintes, déjà considérés comme du temps de repos (…) L’article L.3121-6 actuel considère que « exception faite de la durée d’intervention, la période d’astreinte est prise en compte pour le calcul des durées minimales de repos quotidien et de repos hebdomadaire » (…) l’avant-projet de loi (…) reprend exactement le droit existant. (…) Une des critiques les plus virulentes contre ce projet de loi serait le fait, d’après ses détracteurs, qu’ « un simple accord d’entreprise pourra abaisser la majoration de rémunération des heures supplémentaires de 25% à 10% » Or, le droit actuel permet déjà à un accord d’entreprise de réviser le taux de majoration des heures supplémentaires sans qu’il puisse être inférieur à 10%4, et ce depuis la loi 2004-391 du 4 mai 2004. [Sur] la limitation du nombre de congés pour événements familiaux (…) selon de nombreux détracteurs, la durée des congés en cas de décès d’un proche sera réduite. (…) Ici encore, l’avant-projet de loi prévoit (…) qu’à défaut d’accord, le salarié a droit, grâce à ce projet de loi, à un jour de congé supplémentaire pour le décès d’un proche (hors enfants et conjoints) par rapport au droit antérieur. Le reste demeure inchangé. La critique n’aurait de sens que si, et uniquement si, les syndicats acceptaient d’aller en-deçà du minimum prévu par les dispositions supplétives. Qui peut sérieusement penser qu’une telle chose pourrait advenir ? C’est à ce point précis de sa vérification que le spécialiste du droit du travail réalise que l’opposition de la « société civile » à cet avant-projet est une opposition à un contenu largement fantasmé, et non à son contenu réel. (…) [Sur] le licenciement économique (…) l’avant-projet de loi (…) n’apporte que des évolutions mesurées. D’abord, il vient préciser le motif économique de licenciement relatif aux difficultés économiques de l’entreprise (…) [et] incorpore dans la loi les motifs économiques créés par la jurisprudence ces vingt dernières années, à savoir la réorganisation de l’entreprise nécessaire à la sauvegarde de sa compétitivité et la cessation d’activité de l’entreprise. Sur ce point, il s’agit davantage d’une codification à droit constant que d’une réelle évolution. (…) Enfin, l’avant-projet de loi apporte un réel changement : l’appréciation des difficultés économiques, des mutations technologiques ou de la nécessité d’assurer la sauvegarde de sa compétitivité s’effectue au niveau de l’entreprise si cette dernière n’appartient pas à un groupe et, dans le cas contraire, au niveau du secteur d’activité commun aux entreprises implantées sur le territoire national du groupe auquel elle appartient. Actuellement, une entreprise appartenant à un groupe voit les difficultés économiques appréciées au niveau du secteur d’activité du groupe auquel elle appartient, c’est-à-dire à un niveau mondial. Une telle solution avait pour effet de priver de cause un licenciement justifié par la situation catastrophique du marché en France au motif que le secteur d’activité en cause se portait fort bien en Chine, au Royaume-Uni ou en Afrique du Sud. Une appréciation du motif économique au niveau du territoire national permettra d’éviter que ce genre d’absurdités ne prospère à l’aveir (…) [Sur] les ruptures pour inaptitude (…) la loi telle que rédigée actuellement oblige l’employeur à rechercher un emploi – dans son entreprise ou dans son groupe – pour un salarié inapte à tout emploi dans l’entreprise (sic) S’ajoute l’obligation de reprendre le paiement du salaire un mois après le prononcé de l’inaptitude et les contentieux riches en la matière, l’inaptitude au travail est un sujet onéreux dans les professions à risques. La réforme envisagée avance une nouvelle possibilité de licencier le salarié inapte en écartant cette obligation aberrante dès lors que l’état de santé du salarié fait obstacle à tout reclassement dans l’entreprise. Autrement dit, enfin, « à l’impossible, nul n’est tenu ». [Sur] la modulation allongée Notre droit du travail prévoit que la période de référence maximale de calcul du temps de travail est l’année. Avec la réforme, cette période pourra s’étaler jusqu’à 3 ans. Le marché du travail soumis à divers aléas se doit d’être souple : la loi permet donc par divers moyens de faire varier la durée du travail sur certaines périodes, en prévoyant des périodes hautes et des périodes basses d’activité tout en respectant sur cette période la durée légale du travail. Cependant, cette modulation du temps de travail ne peut actuellement s’effectuer que dans le cadre de l’année. La réforme vient donner de la souplesse au cadre rigide de la modulation en augmentant cette période de modulation: sur maximum 3 ans en cas d’accord collectif ; Sur maximum 16 semaines par décision unilatérale de l’employeur. Même si la période est augmentée, il faut savoir que les protections actuelles sont reprises dans l’avant-projet de loi et permettent de garantir au salarié une juste rémunération : Toute heure effectuée au-delà de la limite haute d’activité est payée en heures supplémentaires ; Toutes heures supérieures à la durée légale de travail à la fin de la période de référence sont également des heures supplémentaires. [Sur] les avantages individuels acquis  (…) source d’erreur et d’imprécision depuis des années, faute de pouvoir déterminer avec exactitude ce qui constitue un « avantage individuel acquis », la réforme El-Khomri propose de les supprimer purement et simplement et d’y substituer un principe du maintien de la rémunération perçue lors des douze derniers mois. (…) Une des critiques diffusée sur la toile depuis la publication de l’avant-projet de loi concerne l’irrespect du projet pour le principe de hiérarchie des normes (…) Or, la possibilité pour un accord collectif d’entreprise de déroger à la loi ou aux conventions de branche n’est pas nouveau. (…) Toutefois, il est vrai que cet avant-projet amplifie encore le mouvement amorcé en 1982 et renforcé en 2008. (…) Afin de renforcer la légitimité des accords collectifs (appelés à prendre une place plus importante encore), la condition d’audience électorale déterminant la validité des accords est portée de 30% à 50%. Autrement dit, pour qu’un accord soit valable, les syndicats signataires doivent représenter au moins la moitié des suffrages exprimés lors des dernières élections professionnelles, et non plus seulement 30%. Le seuil étant plus élevé pour avoir un accord valable, la valeur de la signature des syndicats augmente, et par là, leur pouvoir de négociation. (…) Loin d’être une régression abominable, ce texte est en réalité à droit constant pour la partie « temps de travail » -celle qui cristallise les appréhensions les plus fortes. Cet avant-projet de loi n’est pas non plus révolutionnaire : contenant des évolutions réelles, il n’a toutefois pas la portée démesurée que certains essaient de lui prêter. (…) Il apparaît clair que le plus gros de l’opposition au sein de la société civile repose sur deux piliers : l’ignorance et le réflexe pavlovien de haine du patron. La motivation des syndicats semble tout à fait différente : comprenant bien que la partie sur le temps de travail est à droit constant, leur opposition vise avant tout d’autres points du texte, relatifs notamment au licenciement économique ou à l’encadrement des indemnités versées dans le cadre d’un litige prud’homal. La motivation de certains politiciens de la « Vraie Gauche » relève du calcul politique. Le contenu du texte leur importe peu : il s’agit de créer un casus belli en utilisant l’ignorance des uns et les intérêts bien compris des autres pour obtenir une primaire en vue de 2017. Albin Hourder et Johan Honnet
#‎NuitDebout‬ appelle à la mobilisation de tou.te.s ! Nous sommes le 33 mars, il pleut mais la place est toujours remplie. Les assemblées générales se poursuivent dans la joie, l’écoute et le partage. Depuis le premier jour, la #NuitDebout appartient à tou.te.s et s’inscrit comme véritable assemblée citoyenne. A ceux qui sont déjà présents avec nous, un grand merci. Pour construire ce modèle de rassemblement, nous en appelons à chacun.e, quels que soient ses compétences, sa personnalité, ses convictions, son appartenance, son milieu ou son besoin. Vos propositions… nos propositions bâtiront la pensée commune de ce mouvement sans frontières. Dès maintenant et à toute heure, rejoignez-nous avec vos idées et vos moyens pour que s’organise un lieu structuré qui se réinvente chaque jour. Page Facebook
Nous étions nombreux à la Bourse du travail le 23 février dernier. Le journal Fakir avait pris l’initiative de cette soirée « Leur faire peur » dans la lancée de l’énergie des salles bondées où était projeté le film Merci Patron. Syndicalistes, intellos, zadistes, ouvriers, mal-logés, étudiants, précaires… Ce soir-là nous nous sommes retrouvés, nous nous sommes rencontrés, nous avons échangé. Tous ont parlé des nombreuses mobilisations en cours et de leur nécessaire convergence pour construire autre chose A la question « COMMENT LEUR FAIRE PEUR ? », la réponse a été unanime : « Nous ne rentrerons pas chez nous après la manif du 31 mars ». LE JEUDI 31 MARS, on participe donc aux manifestations. Mais après le défilé, on ne rentre pas chez nous. On occupe une place, un lieu, on verra bien où. On fait une projection géante de Merci patron !, à rigoler tous en chœur. On se fait des concerts pour la bonne humeur. Et aussi, surtout : on cause. On essaie d’inventer un truc, un point de fixation des espoirs et des luttes. Nous sommes un collectif informel réunis autour de la dynamique du film merci Patron et de l’équipe du journal Fakir, composé d’intermittents, de syndicalistes et de citoyens engagés, déterminés à nous unir pour faire entendre notre ras le bol de la politique gouvernementale, politique qui n’a de cesse de réduire nos droits sociaux, au seul profit des intérêts du patronat. Convergence des luttes
QUI A PEUR DE LA NUIT DEBOUT ? INVESTIR L’ESPACE PUBLIC CONTRE LA PRIVATISATION DE LA DÉMOCRATIE Depuis le 31 mars, nous investissons légalement chaque jour la place de la République. Nous partageons un objectif commun : offrir un cadre propice à l’expression de nos idées sociales et solidaires dans le but de favoriser la convergence des luttes. Sur la place chacun.e est libre de prendre la parole pour partager son combat ou pour exprimer son malaise. Les commissions s’activent, les initiatives foisonnent, nos actions illustrent la convergence à l’oeuvre : soutien aux réfugiés de la place Stalingrad, soutien aux militants du droit au logement (DAL), action avec les intermittents, action Panama Papers avec Attac etc. Nous avons dès le début cherché à offrir des conditions d’accueil saines sur la place : installation d’un tri sélectif des déchets, de toilettes sèches, d’une cantine à prix libre et sans alcool. Ces installations ont été détruites et les vendeurs ambulants invités (par les services de police ) à se rapprocher de l’agora. La mairie de Paris n’a pas donné suite à nos demandes de poubelles et de toilettes. Nous interprétons cela comme une volonté politique de voir se dégrader les conditions matérielles de la Nuit Debout, et son image auprès du public. En réponse, la place est chaque matin nettoyée par nos soins, les assemblées populaires rassemblent de plus en plus de personnes, et les soutiens nombreux sont la preuve que les tentatives d’intimidation ne fonctionnent pas. JE REVIENDRAI ET JE SERAI DES MILLIONS Nous réaffirmons que la société que nous voulons, se construit sur notre place de la République pacifiquement et dans le respect des un.e.s et des autres. Nous ouvrons un espace pour des idées qui sont continuellement étouffées par ailleurs : comment alors s’étonner que la colère légitime de certain.e.s s’exprime d’une façon différente ? Le mouvement n’est pas responsable des initiatives personnelles. De quelque façon que ce soit, nous continuerons de nous réunir chaque jour. Nous refusons de nous voir confisquer notre pouvoir démocratique par un système représentatif qui ne permet d’élire que les mêmes : les élites dominantes qui ne défendent que leurs propres intérêts, ceux du capitalisme. Soyez assurés de notre détermination. Convergence des luttes (communiqué de presse, 12.04.16)
Seul le Danemark fait pire que la France ! Le poids des prélèvements obligatoires pèse de plus en plus sur les foyers français. Selon un rapport de l’OCDE, les recettes fiscales en France ont augmenté de 0,2% en 2014, pour atteindre 45,2% du PIB, alors que cette pression fiscale est en moyenne de 34,4% dans les 29 autres pays de l’OCDE. Le Parisien
La médaille d’or de l’optimisation revient à Facebook. Le réseau social n’a payé que 3,8% d’impôt sur ses bénéfices réalisés hors des États-Unis. Avec 5,6%, Google décroche la médaille d’argent. Apple doit se contenter du bronze, le géant californien laissant au fisc des pays (hors États-Unis) où ses iPhone, ses iPad et ses Mac sont vendus, 6,2% de ses bénéfices. Rappelons que nos Gafa ne déclarent pas leur chiffre d’affaires dans le pays où leur service est utilisé, mais le facturent depuis l’Irlande (ou le Luxembourg pour Amazon). Pourtant, le taux d’imposition que nous avons calculé est très loin du taux officiel irlandais: 12,5%. Les Gafa ne sont pas les seuls: les entreprises irlandaises installées dans le vert pays ne payent que 4,2% à 5,3% d’impôt, selon une étude du Bureau of Economic Analysis du département du commerce américain. L’explication est assez simple. Ces champions de l’optimisation fiscale ne payent en réalité quasiment aucun impôt en Irlande (ou au Luxembourg pour Amazon), grâce à des montages d’optimisation fiscale qui redirigent le profit vers des paradis fiscaux où l’impôt est nul: les îles Caïmans pour Facebook, les Bermudes pour Microsoft et Google, le Delaware, Gibraltar, Jersey et les îles Vierges britanniques pour Amazon. Encore plus fort, Apple envoie ses monstrueux profits dans une société qui n’est résidente fiscale nulle part… ce qui lui garantit une tranquillité absolue sur le plan fiscal. BFM
Les participants à la Nuit Debout ont décidé de rester au mois de mars en poursuivant le décompte des jours depuis la mobilisation du 31 mars. Sur les pancartes et dans les messages, le mot-clé #32mars, bien vite suivi des #33mars et #34mars, vise à exprimer l’idée d’un lendemain hors du temps. Le slogan traditionnel de mobilisation, «Rêve général», se mêle aux autocollants «Préavis de rêve» déjà reprérés dans les défilés contre la loi Travail. Le Figaro
J’étais venu par intérêt, par curiosité, pour savoir à quoi m’en tenir, sans en passer par le filtre des médias. J’ai été expulsé d’une place où doit régner la démocratie et le pluralisme. Donc cette démocratie c’est du bobard, ce pluralisme c’est un mensonge. Je ne venais que pour écouter, je ne venais même pas pour intervenir ou pour faire valoir mes idées. Je pense que si trois ou quatre personnes n’étaient pas intervenues, je me faisais lyncher. Alain Finkielkraut
Le maître-mot de « Nuit debout », c’est le débat. Mais en réalité, le même fraye avec le même, toute altérité est bannie, l’autre c’est l’ennemi, le salaud, le représentant du vieux monde pourri. « Nuit debout » est une petite bulle gauchiste révolutionnaire plantée au milieu d’une ville complètement indifférente, c’est une assemblée populaire absolument sans peuple. Alain Finkielkraut
Il n’y a pas eu d’altercation tout de suite. Le moment où je l’ai vu, il était en train d’observer l’Assemblée populaire. Il était sur un des côtés, personne ne lui a prêté attention. Il était là, il observait, et rien ne s’est vraiment passé à ce moment-là puisque personne ne l’a empêché de regarder l’Assemblée populaire. Après, il a fait le tour de la place et il est allé plus aux alentours de la statue – donc il s’est éloigné de l’Assemblée populaire -, où il y a des personnes qui traînent, qui sont moins intéressées par l’ambiance et le dialogue. Il y a avait deux, trois mecs un peu agressifs, qui lui criaient dessus en essayant de le repousser de la place, suivis par une quinzaine d’autres personnes qui n’étaient pas très contentes de sa présence. Et là, oui, il a dû partir. L’Assemblée populaire s’est continuée normalement, et, même si sa pensée n’était pas bienvenue sur la place, la plupart des personnes sont intéressées par le dialogue et n’ont pas à repousser quelqu’un physiquement hors de la place, et ça s’est passé en marge. Marion
Pacifique le mouvement? Chaque nuit ou presque apporte son lot de dégradations et d’attaques contre des personnes. Quand ce ne sont pas des commerces, c’est du mobilier urbain qui est détruit, quand ce ne sont pas des voitures électriques Autolib qui sont endommagées, c’est une antenne de Pôle emploi. Pas d’amalgame des casseurs avec Nuit Debout? Mais au sein du mouvement, en assemblée générale, certains justifient les violences «qui arrangent bien le mouvement pour qu’on parle de nous»: «il nous faut assumer ces heurts avec la police, c’est comme cela qu’on progresse dans la lutte. Il faut aussi faire peur». Sans parler des bannières du Hamas et des militants boycotteurs d’Israël du BDS qui circulent naturellement. Il y a quelques semaines, c’est sur la même place que l’on flétrissait le terrorisme, et que l’on honorait les victimes et les flics…Antiraciste le mouvement? Sans doute à l’instar de cet inénarrable: «groupe de réflexions non mixité racisée», qui ne tolère que les paroles «non blanches». Comme le note Marie-Estelle Pech dans le même article, «seules les minorités, c’est-à-dire les femmes, les lesbiennes, transsexuelles et homosexuelles sont admises pour prendre la parole. En revanche, les «cisgenres», comprenez les hommes hétérosexuels, par trop «dominants» dans la société française sont bannis des discussions. Tolérant le mouvement? Une sorte de Hyde Park corner improvisé? Mais samedi soir, on a craché sur un philosophe qui veut rester debout et français et qui venait simplement s’informer. Consolons-nous comme nous pouvons, sous ces pavés de faux-semblants, sous l’emprise du virtuel idéologisé, la plage de vérité: la preuve est rapportée de l’insigne faiblesse de la gauche à la dérive devant les menées de la gauche gauchisante et de l’islamo-gauchisme. Sa résistance de façade n’est qu’une tartufferie. Malgré les massacres de 2015, malgré l’état d’urgence, malgré la mobilisation nécessaire de la police, la maire de Paris tolère les dégradations et le ministre de l’intérieur et son préfet ne réservent toujours leurs coups de matraque qu’aux opposants non-violents de l’autre camp. La place de la République est devenue la place de la dictature des rebelles en papier-bavard. Gilles William Goldnadel
L’apparent consensus sur les procédures de la démocratie est en train de voler en éclats. Sous prétexte de « réinventer » cette démocratie, une poignée d’agitateurs auxquels le pouvoir a abandonné un lieu public, malgré l’état d’urgence, occupent la place de la République. Soit dit en passant, la complaisance avec laquelle certains médias rendent compte de ce mouvement fait cruellement ressortir l’indigence des propositions qui en émanent. Notre collègue, Alain Finkielkraut, académicien, qui s’était aventuré sur la place, samedi soir, a été conspué et chassé sous les crachats. Le fanatisme, déguisé en approfondissement de la démocratie, supporte mal la contradiction. Il réclame le pluralisme, à condition d’être le seul à pouvoir l’exprimer. Comme l’observait Raymond Boudon, « la fin des idéologies n’a aucunement entraîné celle de l’intolérance. » Et si certains intellectuels sont possédés par le désir de comprendre et de savoir, la libido sciendi, d’autres sont des militants, conscients que « le mécontentement est un marché que l’on peut se donner pour projet d’exploiter », comme disait encore Boudon. Car le mécontentement populaire, face aux échecs des gouvernements successifs, est si profond, l’impuissance du pouvoir si manifeste, que l’idée de révolution hante à nouveau les esprits. La France, écrivait Raymond Aron, dans L’opium des intellectuels, en 1955, est un pays où l’idée de révolution flatte. D’abord parce qu’il réactualise le souvenir de nos gloires passées. Mais surtout, parce qu’elle a la faveur des intellectuels dans la mesure où elle comporte l’idée de « tout changer », quand les réformes se proposent seulement de « changer quelque chose ». Oui, les réformes sont prosaïques et ennuyeuses, quand la révolution apparaît poétique et excitante. Olivier Galland et Monique Dagnaud écrivent sur Telos : « Mais la plus grande partie des jeunes veulent moins refaire le monde que trouver leur place en son sein. C’est moins d’utopie politique qu’ils rêvent que de solutions pragmatiques à leurs problèmes d’emploi ou de logement. Et leurs suffrages politiques, aujourd’hui, tournent plutôt vers l’extrême-droite « . La spéculation sur le meilleur des mondes est plus séduisante que la prise en compte des exigences du réel. Et dans ses Mémoires, Aron en appelle à « un choix rationnel » qui résulte « d’une investigation analytique aussi scientifique que possible », afin de « mettre en garde contre les pièges de l’idéalisme et de la bonne volonté ». Mais pour y parvenir, il faut admettre, comme il le répétait, que « la politique en tant que telle est irréductible à la morale ». Brice Couturier
En quelques images, fut dévoilé le vrai visage de ces révolutionnaires antiques et en toc, qui annihilent la parole de l’autre et lui opposent le langage de la violence. Étrange époque qui oscille entre les vociférations d’agitateurs extrémistes, les émeutes urbaines des racailles en roue libre et les communions hiératiques post-attentats de foules endeuillées. La rue s’est mue en un gigantesque défouloir d’émotions et de frustrations, que le règne de François Hollande aura exacerbées à leur paroxysme. De même qu’on n’arrête pas les terroristes avec des larmes et des petites bougies, on n’éradique pas le chômage et les dérives de la mondialisation en dévastant le bien d’autrui. (…) Tous les participants de la Nuit Debout ne sont certes pas vindicatifs et survoltés, mais on peut légitimement se demander ce qu’ils attendent au juste et où mène leur détermination. Il ne suffit pas d’être debout, encore faut-il avancer quelque part et, au minimum, ne pas empêcher les autres de le faire en paralysant toute initiative gouvernementale ou en réduisant leurs contradicteurs au silence. Eloïse Enesley
Cette expulsion est terriblement révélatrice d’un état d’esprit sectaire étrangement encensé par les médias qui aiment bien jouer à la révolution de la jeunesse. «Bien fait pour sa gueule». «Qui sème le vent récolte la tempête». Ces formules souvent reprises sur les médias sociaux nous rappelaient l’incroyable capacité de la gauche radicale à culpabiliser les victimes et à victimiser les coupables, pour ne jamais sortir de ses schèmes idéologiques confortables. Alain Finkielkraut est par nature un vilain, et il ne sera jamais autre chose. En se présentant dans un espace public censé mettre en scène une démocratie améliorée, Alain Finkielkraut se serait livré à une odieuse provocation, pour créer le buzz médiatique autour de sa personne. C’est un stratège rusé qui se serait présenté Place de la République pour se faire cracher dessus, se faire traiter de fasciste et ainsi donner une mauvaise image au mouvement citoyen. Et puisque Finkielkraut, excédé, finira par répondre à une femme qui l’invectivait ardemment, on présentera finalement sa brutalisation comme une simple échauffourée entre excités idéologiques. Finkielkraut a été chassé d’un espace public confisqué par une faction idéologique qui se prend pour le peuple en marche. Apparemment, une partie de Paris appartient désormais à un groupuscule révolutionnaire qui distingue ceux qui y sont les bienvenus et ceux qui ne le sont pas. Les militants les plus engagés de Nuit Debout n’acceptent pas dans leur vision de la démocratie la possibilité même du désaccord idéologique. Ils savent à l’avance quelles positions sont respectables et lesquelles ne le sont pas. Un des plus grands philosophes français n’était pas le bienvenu comme un simple témoin dans le peuple militant. Nuit Debout veut réinventer la démocratie en renouvelant en profondeur le débat public, en le délivrant de ses entraves institutionnelles. Officiellement, la démocratie représentative serait souillée et corrompue, et étoufferait la véritable délibération. Il faudrait désormais se connecter directement au peuple, en lui permettant de parler sans filtre. C’est le rêve éternel de la démocratie directe. Mais on constate que les militants de Nuit Debout sont prêts à injurier et calomnier certaines personnes associées à des idées qui ne sont manifestement pas les bienvenues dans la conversation démocratique telle qu’ils l’imaginent. Comprenons bien la logique: la démocratie directe se pratiquera dans un éventail idéologique assez restreint. Et même si nous sommes devant un mouvement qui se dit citoyen, on constate qu’il se permet de distinguer sans complexe ceux qui sont dignes d’être citoyens et ceux qui ne le sont pas. Il a là une forme d’aristocratisme militant qui ne dit pas son nom. Entre les citoyens éclairés et les autres, il y a une différence de statut qui fonde la légitimité de l’action militante. Les premiers ont eu la révélation progressiste: les autres sont dans l’obscurité et sont au mieux à plaindre. C’est le paradoxe de la démocratie directe: elle prétend approfondir la démocratie alors qu’elle s’ouvre à la logique de la meute en se permettant de conspuer la dissidence trop ouvertement affichée. La démocratie directe ne se croit véritable que lorsqu’elle est fusionnelle et donne à ceux qui s’y investissent le sentiment de participer à une unanimité révolutionnaire. Ceux qui ne se joignent pas au mouvement sont alors présentés comme des ennemis du peuple et même, de l’humanité. Ils ne posent pas des questions légitimes: ils polluent le bel élan révolutionnaire par la mauvaise foi. Ils ne témoignent pas d’une autre conception du bien commun mais cherchent à mutiler ce dernier. Il faut en finir avec eux. Dès lors, l’insulte suprême peut-être lancée: on accusera Finkielkraut de fascisme. La fascisation de l’adversaire permet ainsi d’en finir avec lui. Car on ne débat pas avec le fascisme: on le combat. Contre le fasciste, la violence est permise et même encouragée. On le chasse de l’espace public, on l’empêche de se présenter dans une agora théoriquement ouverte à tous, on l’interdira même d’écouter ce qui s’y dit: c’est un intrus, un agent contre-révolutionnaire qui vient épier les militants du monde meilleur. Le mouvement Nuit Debout, en se transformant en théâtre d’un triste lynchage, a dévoilé sinon sa vraie nature, du moins celle de certains de ses militants, qui carburent à un fanatisme progressiste étranger aux règles élémentaires de la civilité démocratique. Mathieu Bock-Côté
Depuis le 30 mars la Place de la République est occupée par un mouvement brownien, Nuit Debout. En parfaite autogestion, la jeunesse et ses alliés donnent à la Place des airs de jungle de Calais avec un soupçon de Place Tahrir. Les médias adorent ce peuple en convergence de lutte, les AG interminables, les petites idées inscrites au feutre sur de grandes feuilles blanches, leur cantine et leur détermination. Des jeunes journalistes tendent le micro aux jeunes Nuits Debout : « ils exigent le retrait pur et simple de la loi El Khomri. » En marge, c’est toujours en marge que ça se passe et que ça casse, des cagoulés par centaines attaquent la police et des agences bancaires. Cinq ou six sont interpellés. Les Nuits Debout, affairés à ranger des idées vintage sur les présentoirs de leur pop-up store, nient tout lien avec les petits casseurs. Ils ne cherchent même pas à savoir comment, dans le nouveau monde qu’ils prétendent esquisser, on pourrait gérer cette violence qui se retournera un jour contre eux. Les pacifistes de la Place de la République, debout aux côtés d’un monument aux morts improvisé aux prémices d’une guerre mal assumée, se couchent devant les tueurs sauvages qui nous guettent. Ça commence en octobre 2000. En marge, c’est toujours en marge, d’une manifestation pro-palestinienne provoquée par la mise en scène de la « mort du petit Mohamed al Dura » on crie « mort aux Juifs ». La police ne bouge pas. Les MRAP et autres antiracistes ne se retirent pas. L’important c’est d’inscrire au sein du mouvement le message « Israël criminel » et si quelques Juifs devaient payer le prix fort par la suite tant pis, le peuple aura parlé. Les pacifistes de 2003 s’en prennent aux Juifs pour mieux exprimer leur opposition à l’ « invasion » de l’Irak par ces maudits Américains. Et ainsi de suite : bon an mal an les citoyens se sont habitués aux manifestations de haine humaniste, de violence pacifiste, des incontrôlés fidèles au poste, aux jours de colère, aux morts aux Juifs et à la mort des Juifs. Ici, en France. Et bien entendu là-bas en Israël comme ça se mérite. Jusqu’au comble de l’enthousiasme en 2014 où on fête le 13 juillet en assiégeant des fidèles dans une synagogue parisienne. S’affichant sans pudeur pro-Hamas, les Gaza-Mon-Amour se foutent des interdictions de manifester, cassent du flic, sèment la destruction à Barbès, pourchassent des Juifs dans le Marais et brûlent leurs commerces à Sarcelles … Le 26 juillet le drapeau noir du djihad flotte aux pieds de Marianne, Place de la République. Six mois plus tard les djihadistes frappent la France : Charlie Hebdo, Montrouge, Hyper Cacher. Le peuple se redresse. Ils sont des millions dans toute la France. Debout. Le mot djihad entre enfin dans le vocabulaire et les esprits. On pense avoir vu le pire mais le pire reste à venir. L’exploit Charlie n’est qu’une mise en bouche. Des djihadistes, quelle surprise, reviennent du califat niché dans les rangs des migrants conquérants. D’autres, restés en Europe, répondent aux consignes des donneurs d’ordre en Syrie. Tout ce petit monde s’organise, s’équipe et se rue sur des Parisiens aux terrasses des cafés et au Bataclan, tout près de la Place de la République. Malgré le ratage au Stade de France—ce sera pour une prochaine fois—ils ont tué 130 personnes, en ont mutilé des dizaines, blessé des centaines. Et c’est là, à côté du mémorial artisanal orné de bougies /fleurs/ messages d’amour et de chagrin, que les Nuits Debout proclament leur innocence. Ils sont contre la loi El Khomri, pour l’embauche, contre les patrons ; pour le droit au logement, contre le capital; pour les allocations, contre l’Etat ; contre les OGM et les émissions de CO2, pour la musique techno sans entraves… Zadistes, ils sont sans défense contre le djihad. (…) L’état d’urgence est trop brutal pour les tendres esprits des Nuits Debout qui occupent le devant de la scène depuis deux semaines déjà. Quid des attentats à venir. Plus vite qu’on ne pense et en plus grand. Comme des enfants qui jouent dans la boue d’un camp de réfugiés, ils s’amusent, ils font des bêtises, on est indulgent car leur innocence nous touche. Ecran de fumée, ils cachent l’impuissance d’un Etat incapable d’assumer ses responsabilités envers le peuple et les forces de l’ordre chargées de nous protéger. Nidra Poller
On ne fait pas plus local que le cas Klur. Et on ne fait pas plus global non plus. Car les Klur offrent en concentré un résumé presque complet du système. Pourtant, contrairement à bon nombre de ceux qui ont traité avant lui de la condition salariale à l’époque néolibérale, le film de François Ruffin n’a aucune visée analytique ou pédagogique. C’est un film d’un autre genre, difficilement identifiable, d’ailleurs, au regard des catégories cinématographiques habituelles. Le plus juste serait sans doute d’en dire qu’il est un film d’action directe. Car Ruffin, qui a Bernard Arnault dans le collimateur depuis un moment, veut littéralement faire quelque chose de la situation des salariés d’Ecce. En 2008, déjà, il avait fait débouler impromptu les licenciées à l’assemblée générale des actionnaires de LVMH. Cette fois, ce sera l’attaque frontale : Klur-Ruffin contre Arnault. L’époque néolibérale enseignant que si l’on ne demande pas avec ce qu’il faut de force, on n’obtient rien, Klur-Ruffin va demander. Avec ce qu’il faut de force. En l’occurrence : 45 000 euros de dédommagement pour réduction à la misère, plus un contrat à durée indéterminée (CDI) quelque part dans le groupe pour Serge ! Et sinon, campagne de presse. Pas Le Monde, pas France Inter, pas Mediapart : Fakir, journal fondé par Ruffin et basé à Amiens. Tremblez, puissants ! C’est à ce moment que le film passe d’un coup dans la quatrième dimension, et nous avec. Car dans le cortex frontal de l’éléphant, l’attaque du moustique a semé un sacré foiridon. Et le puissant se met à trembler pour de bon. On ne peut pas raconter ici la série des hilarantes péripéties qui y conduisent, mais le parti pris de spoiler commande au moins de donner tout de suite la fin de l’histoire : Bernard Arnault s’affale ! (…) Comme la physique contemporaine a établi l’existence de l’antimatière, la physique sociale de Merci patron ! nous découvre l’univers parallèle de l’antilutte des classes : tout s’y passe comme dans l’autre, mais à l’envers. C’est l’opprimé qui fait mordre la poussière à l’homme aux écus. On se doute que cette irruption de l’univers inversé dans l’univers standard est un événement rare. Mais on l’a vue, de nos yeux vue ! Alors il faut bien y croire. Avec cet effet particulier que la reddition de l’entendement donne aussitôt l’irrésistible envie de renouveler les résurgences du bon univers dans le mauvais, et pourquoi pas de l’y transfuser totalement. Passé l’incrédulité, le premier effet de ce film à nul autre pareil, c’est donc de donner le goût des ambitions révisées à la hausse. En commençant par prendre l’exacte mesure de ce qu’il annonce. D’abord, le cauchemar de la droite socialiste : lutte des classes pas morte ! Ça n’était pourtant pas faute d’avoir rédigé toutes les variantes possibles et imaginables de son acte de décès. C’est que, de la lutte des classes, on peut dire ce qu’on veut : que son paysage s’est complexifié ; que le feuilletage de la couche intermédiaire des « cadres » a créé une vaste catégorie d’êtres bifaces, partie du côté du capital (par identification imaginaire), partie du côté du salariat (par statut) ; que cette nouvelle sociologie a fait perdre à la polarisation de classes sa netteté originelle, etc. De la lutte des classes, donc, on peut dire tout cela. Mais certainement pas qu’elle a disparu. Pour en réapercevoir le noyau, il faut cependant monter des opérations de court-circuit, qui font revenir à l’os : typiquement, les ouvrières d’Ecce faisant effraction parmi les actionnaires de LVMH en train de discuter des dividendes, soit le face-à-face pur du capital exploiteur et du travail exploité. Ou alors les Klur : la misère directement rapportable à la valorisation du capital. Evidemment, ce sont là des spectacles que la droite socialiste voudrait beaucoup s’épargner, et qu’elle s’emploie d’ailleurs à conjurer autant qu’elle peut par toutes les armes de la dénégation. A l’image de la fondation Terra Nova qui, en 2011, s’était mise en devoir d’expliquer que les classes populaires (« populaires » pour ne même plus avoir à dire « ouvrières ») étaient, sinon sociologiquement inexistantes, en tout cas politiquement inintéressantes : ça n’était plus pour elles que la droite socialiste devait penser sa politique. Comme on sait, le problème avec les morts mal tués et mal enterrés, c’est qu’ils reviennent. Ici, les morts font tout de même 25 % de la population active, auxquels ajouter 25 autres pour cent d’employés — une sacrée armée de zombies. Et la promesse de nuits agitées pour tous ceux qui auront pris leurs entreprises de déréalisation pour le réel même. Il faut croire que les spectres gardent le pouvoir d’en terroriser encore quelques-uns, si l’on en juge par l’empressement de Bernard Arnault à dépêcher les sbires de sa sécurité pour négocier contre euros le silence des Klur. Le secrétaire général du groupe, un hiérarque du Parti socialiste, convaincu que le progressisme consiste essentiellement en la progression des dividendes, est à lui seul un résumé sur pattes de toute l’histoire de son parti, doublé d’un fameux cornichon, dont toutes les savantes manœuvres vont conduire Bernard Arnault à la double déconfiture : payer et la publicité ! Ainsi, il arrive aux classes « populaires » de revenir du néant où on a voulu les enfouir, et d’en revenir avec quelque fracas. C’est là sans doute la seconde bonne nouvelle de l’évangile selon saint Klur : il se pourrait que cet ordre social soit beaucoup plus fragile qu’on ne le croit. On commence en tout cas à se poser de sérieuses questions lors de cette scène sublunaire qui voit un ex-commissaire des renseignements généraux, devenu barbouze privé pour l’empire du sac à main, négocier avec les Klur devant une caméra cachée (lui cherche un magnétophone sous une chaise…) et devenir quasi hystérique à l’évocation de Fakir. (…) Rendu à ce point du visionnage, et totalement éberlué, on tente soi-même de reprendre pied pour former à nouveau quelques idées générales. D’ailleurs, avec l’aide du commissaire lui-même ! Qui, du fond de son sens commun de flic, est détenteur d’une philosophie politique à l’état pratique : pourquoi Fakir, qui est tout petit ? Parce que, explique le commissaire, « c’est les minorités agissantes qui font tout ». Si des Klur coachés par le camarade Ruffin ont le pouvoir de mettre Bernard Arnault à quatre pattes, c’est bien qu’en face, on a peur. Confusément conscience que tant de vilenies accumulées ne pourront pas rester éternellement impunies, et peur. Mais alors quid de dix, de cent Klur-Ruffin, d’une armée de Klur-Ruffin ? Et puis décidés à obtenir autre chose que la simple indemnisation de la misère ? Et si l’espoir changeait de camp, si le combat changeait d’âme ? Le propre des films d’action directe, c’est qu’ils propagent leurs effets bien après leur dernière image. De celui-ci, on sort chargé comme une centrale électrique et avec l’envie de tout renverser — puisque, pour la première fois, c’est une envie qui nous apparaît réaliste. Ecrasés que nous étions par la félonie de la droite socialiste, par l’état d’urgence et la nullité des boutiques de la gauche, Merci patron ! nous sort de l’impuissance et nous rebranche directement sur la force. Ça n’est pas un film, c’est un clairon, une possible levée en masse, un phénomène à l’état latent. De cet événement politique potentiel, il faut faire un événement réel. Frédéric Lordon
Ce que nous voulons, c’est ceci : la fin de la mondialisation libérale, la fin du pouvoir des actionnaires, la fin de la propriété des moyens de production, et tout le pouvoir aux salariés dans l’entreprise. Frédéric Lordon
 Moi, je trouve que c’est un bon journal (…) Il y a des contenus, il y a des bonnes enquêtes (…) Je peux donner acte à Plenel et Mauduit d’avoir créé Mediapart. Mais ce qui m’énerve, ce sont les retournements de veste en loucedé. Frédéric Lordon
D’abord, il y a eu cet article de Frédéric Lordon sur Merci Patron dans Le Monde Diplomatique qui disait que ce film avait tout pour mettre « le feu aux foules ». Je ne suis pas optimiste de nature mais dans le doute, je me suis dit que s’il y avait une chance qu’il dise juste, ça s’organisait. Dans les avant-premières, on voyait bien qu’il se passait quelque chose, et que les gens avaient envie d’agir. Le 23 février, on a donc organisé une rencontre publique à la Bourse du travail qu’on a baptisée : « Leur faire peur ». L’idée, c’était de faire converger des luttes dispersées, qu’il s’agisse de celle contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, de celle des ouvriers de Goodyear, de celle des profs contre la réforme des collèges, etc. On avait convié des syndicalistes, des militants, des intellectuels… Dans la salle, il y avait près de mille personnes. En deuxième partie de soirée, après les interventions publiques, est venu le temps des interventions officieuses. Des tas de gens sont venus s’agglutiner autour de Loïc Canitrot, de la Compagnie Jolie Môme, de Johanna Silva de Fakir et de moi-même, avec une question : « et maintenant, on fait quoi ? » Des mots d’ordre sont apparus. Certaines personnes voulaient se mobiliser de leur côté, sans s’appuyer sur la grande manif du 31 mars contre la Loi travail. Personnellement, je pense qu’il est toujours préférable de partir de ce qui existe déjà plutôt que d’essayer de créer une dynamique ex nihilo. C’est alors que Loïc, de Jolie Môme, a lancé son propre mot d’ordre : « après la manif, je ne rentre pas chez moi ». L’idée d’occuper un endroit et de faire une projection géante de Merci Patron a fait son chemin… D’autant que chez Fakir, on avait déjà une petite expérience en la matière avec le blocage de la zone industrielle d’Amiens, en octobre 2010, pour protester contre la réforme des retraites.Le collectif « Convergence des luttes » est né dans la foulée. Il ne faudrait surtout pas croire que Nuit Debout est un mouvement spontané, né comme par miracle de la somme de désirs communs. Ceux qui disent « oui, oui » dans l’euphorie de l’instant ne viennent pas tous mouiller leur chemise pour que la dynamique s’enclenche… Il a fallu organiser tout ça, canaliser ces aspirations disparates et ce besoin d’action. Il a fallu communiquer, distribuer des centaines de tracts lors de la manif du 31 mars, créer un site internet puis monter des barnums, acheminer le matériel pour projeter le film… (…) Cela me paraît assez flou pour l’instant… Des tas de revendications s’agrègent, sociales, écolos, anti-sécuritaires… Tout est parti du rejet de la loi El Khomri. C’est une opposition commune et solide mais aujourd’hui, on a le sentiment que c’est presque devenu un prétexte. Ce qui fédère les uns et les autres, c’est l’absence totale de perspective politique. Moi-même, je suis un déçu des partis politiques : en tant qu’ex-compagnon de route j’ai pris acte du suicide du Front de gauche. Quant aux autres formations de gauche, il suffit de voir ce qui se passe dans ma région, en Picardie : le FN est à 42 % et le PS et les Verts ne trouvent rien de mieux que de se diviser. J’ai compris qu’on était électoralement liquidé. Le changement ne passera plus par les urnes mais par un mouvement social de grande ampleur. C’est le pari presque pascalien que j’ai fait depuis la sortie de Merci Patron. (…) Je ne crois pas que ce soit comparable. D’abord, si je me souviens bien, Occupy n’a pas très bien marché finalement… Quant aux Indignés, qui ont fini par se constituer en parti politique, il s’agit d’un mouvement massif et populaire, ce que Nuit Debout est loin d’être encore. L’Espagne a connu une crise terrible, bien plus grave que celle que traverse la France… On ne peut pas dupliquer une mobilisation, il faut trouver autre chose. Le plus important et le plus urgent à mes yeux, c’est de dépasser les frontières sociales. Même si on en parle beaucoup, il est frappant de constater que les gens qui occupent la place de la République et d’autres places dans de grandes villes en France ne représentent pas grand monde. Ils appartiennent grosso modo à la même classe que moi, cela dit sans aucun mépris ni jugement : la petite bourgeoisie intellectuelle, à précarité variable. Il ne faut surtout pas en rester là. Le mouvement doit dépasser les seuls centres urbains et essaimer à la périphérie, dans les banlieues, les zones rurales et industrielles, sinon il trouvera vite ses limites. Il faut trouver le moyen de toucher des milieux populaires. Je suis persuadé que l’une des clefs du succès de Merci Patron réside dans cette rencontre entre différentes classes sociales : le journaliste et les Klur, ce couple d’ouvriers au chômage. Dans le film, j’avais d’ailleurs été très attentif à glisser tout un tas de références culturelles très popus afin que tout le monde puisse s’y reconnaître : ça allait du maroilles à La Petite Maison dans la prairie. Maintenant, si on veut que ça bouge vraiment, il va falloir aller les chercher les Klur ! (…) la prochaine étape consiste à sortir de l’entre-soi pour exporter la mobilisation jusqu’au fin fond de la France. Je rêve de Nuit Debout à Flixecourt ! François Ruffin
Frédéric Lordon aime en effet le débat, mais à la condition qu’il ne soit pas contradictoire. En bref, il aime surtout débattre… avec lui-même. Ombrageux et cabot jusqu’au bout ! Il aime parler seul et ne cherche pas à entendre ce que les autres ont à dire. Ou alors, il parle quand il est seul à une tribune et quand ses éventuels contradicteurs ont le dos tourné. (…) Incapable de produire le moindre fait ou le moindre écrit à l’appui de ses dires, il divague et déforme les faits à plaisir. On pourrait donc être tenté de ne pas y prendre garde et penser que l’économiste en question est assez représentatif de cette gauche radicale-chic qui n’a jamais su rien faire d’autre que des moulinets à parole. (…) Frédéric Lordon ne cherche pas à comprendre ni à échanger. Et encore moins à construire des solidarités démocratiques : il y a juste sa petite personne qui l’intéresse. Et ses effets de tribune. Car c’est cela, la morale de cette minuscule et triste histoire. En ces temps de crise économique et démocratique, il y a effectivement des solidarités à construire. Comme je l’ai dit devant l’AFEP, il serait opportun que les économistes attachés au pluralisme et à l’indépendance fassent front commun avec les journalistes, ceux de Mediapart notamment, qui défendent des valeurs identiques. Ce combat-là, ce combat démocratique, ce combat pour rassembler au lieu de diviser, c’est celui que mène l’Afep, sous la présidence d’André Orléan, combat dans lequel je me reconnais. Dans une logique égotiste ou solitaire, Frédéric Lordon, lui, tout à ses haines recuites, rame en sens contraire. Et c’est franchement dommage. Il ne suffit pas d’avoir du talent, encore faut-il qu’il soit employé à de justes causes… Laurent Mauduit
Ce qui frappe au premier abord dans la Nuit Debout, c’est la forte homogénéité sociale du mouvement. D’ordinaire, la place de la République est bigarrée et majoritairement occupée par des populations allogènes. Ce sentiment de mélange est volontiers accru par les événements qui se déroulent régulièrement sur la place: occupation périodique par des migrants ou par des familles africaines menacées d’expulsion et protégées par le Droit au Logement, mais aussi quadrillage par les familles Roms qui dorment dans la rue avec leurs bébés et leurs enfants. Depuis que la Nuit Debout a pris possession des lieux, l’homme ou la femme noire n’y ont plus d’autre place que celui de témoignage de la mauvaise conscience occidentale. De temps en temps, ils ont le droit, parce qu’ils sont migrants ou figure opprimée, de monter sur scène pour expliquer leurs malheurs. C’est l’intermède coloré de la Nuit Debout. Leurs 3 minutes épuisées, ils doivent ensuite céder la place à l’interminable logorrhée des intervenants en commission, qui sont essentiellement blancs bobos. (…) Une autre caractéristique de la Nuit Debout tient à son aversion pour le salarié. Celui-ci est comme un visage cousin de l’Africain. C’est l’Autre: on le plaint, on se bat pour lui, mais on ne le cotoie pas. Tout est fait, dans la Nuit Debout, pour le décourager de venir. Le premier argument est dans la définition même de la manifestation: nocturne, noctambule, elle n’est guère accessible à celui qui sort fourbu d’une journée de travail et qui doit embrayer tôt le lendemain. Il peut venir, certes, de temps à autre. Mais il doit attendre pendant des heures avant de pouvoir parler pendant trois minutes selon un formalisme figé qui laisse peu de place à l’amateurisme. (…) Autre point, bien entendu, la Nuit Debout n’aime pas les familles. Avec des séances de travail interminables, des débats épouvantablement longs sur la cantine, le temps de repas et autres détails, la participation à la Nuit équivaut à un renoncement en bonne et due forme au temps passé à la maison, le soir, pour coucher les enfants. Cette dominante sociologique s’explique par le caractère faussement improvisé du mouvement. Depuis longtemps, les indignés français sont noyautés par un petit groupe d’intellectuels auto-centrés qui n’ont nulle envie de se mélanger à d’horribles petits bourgeois qui procréent, qui s’occupent de leurs moutards et qui cultivent les relations familiales. Ceux-là sont des catholiques intégristes en puissance qu’il faut écarter. De là le caractère extraordinairement homogène du mouvement. Fait par les Blancs pour les Blancs, fait par les bourgeois pour les bourgeois, fait par les bobos pour les bobos, il ne devrait pas tarder à mourir de sa belle mort, à moins qu’une mutation du virus ne conduise à une radicalisation et une popularisation inattendue. Eric Verhaeghe
 Comme le mouvement des Indignés, la Nuit Debout part d’un réflexe libéral pour suivre une inspiration post-marxiste (particulièrement dure en France). Cette contradiction fondamentale constitue une aporie caractéristique des mouvements contestataires contemporains. La colonne vertébrale qui structure la Nuit Debout est d’essence libérale. Elle repose d’abord sur un principe de délibération égalitaire entre tous les participants (qui explique la peur que certains inspirateurs éprouvent à l’idée d’apparaître trop présents, y compris dans les médias: ils savent que cet abus de présence les condamnerait à l’excommunication), et sur l’écriture d’une constitution de la 6è République par une assemblée constituante. L’inspiration majoritaire de cette constitution est de protéger les droits des citoyens, de garantir une démocratie effective contre tous ceux qui l’ont expropriée: les partis politiques et les grands intérêts financiers, notamment les banques. (…) Cette inspiration libérale est évidemment recouverte, dissimulée, par une autre tradition: celle qui veut voir dans le « mouvement social » la seule possibilité de modifier l’ordre en place. Ce courant de pensée, directement hérité du marxisme à la sauce Mélenchon, considère que la République en place ne peut tomber et laisser la place à un autre régime que par un mouvement social, promesse du Grand Soir et de lendemains qui chantent. Ce n’est pas un hasard si les logisticiens de la Nuit Debout (le Front de Gauche, le DAL, certaines sections CGT) ont choisi la contestation contre la loi Travail pour jeter leurs forces dans la bataille. Dans le corpus idéologique dont ils sont les porteurs, seul un mouvement de salariés peut porter une révolution. (…) Face à l’homogénéité libérale des participants – homogénéité à la fois politique et sociale – les marxistes transpirent sang et eau pour réorienter en douceur le mouvement vers la « convergences des luttes », dont ils ont lu dans leurs manuels révolutionnaires qu’elle était l’étape indispensable pour garantir la survenue du bonheur universel. On entend donc régulièrement Frédéric Lordon prendre le micro pour appeler à sortir de la place de la République, ou pour répéter que ce serait tellement mieux si des ouvriers en lutte se mêlaient à la foule. Cet appel remporte chaque fois un succès d’estime, mais il comporte la même contradiction entre la foi et les actes que la Torah chez les Pharisiens. Faire un grand mouvement social d’accord! mais à condition de ne pas renoncer à la rhétorique bien huilée des délibérations interminables, et à condition de ne pas se promettre une société de demain avec de grandes barres d’immeubles uniformes entourées de Lada que l’on met 15 mois à recevoir tant la production est mal organisée. C’est évidemment le tabou premier de la Nuit Debout. Son succès tient à un refus politique d’un ordre où l’individu est broyé par les puissants. Ses logisticiens y adhèrent parce qu’ils espèrent abolir la propriété privée des moyens de production. Or cette dernière idée, qui permet l’étatisation complète de la société, est absolument orthogonale avec les pulsions immédiates du mouvement. La question de la loi Travail donne l’occasion d’un premier craquement majeur dans l’ordonnancement instable qui a présidé à la naissance du mouvement. Pour les post-marxistes qui ont apporté les gueulophones et les photocopieuses, la loi Travail était un cheval de Troie permettant la fusion du métal pour forger le glaive contre le capitalisme. Dans la pratique, le mouvement de lutte contre la loi s’essouffle, et la Nuit Debout prospère. Cette vitalité s’explique largement parce que les participants ont décidé d’abandonner la loi Travail comme motif de lutte, et ont choisi de s’occuper du reste de la société. (…) La Nuit Debout est née d’une coalition post-marxiste de tendance stalinienne (dont Lordon est une sorte de quintessence), mais sa tradition est fondamentalement anarchiste. Elle se réfère indirectement à l’anarchisme espagnol qui fit la révolution de 1936, écrasée par les Staliniens bien plus que par Franco, contrairement à ce que dit l’historiographie officielle. Or le programme économique des anarchistes espagnols était libéral et non marxiste. Les déconvenues de Podemos en Espagne le rappellent: l’anarchisme espagnol préconise un entre deux économique étranger à l’étatisation des moyens de production voulu par les marxistes. (…) Toute la question de la Nuit Debout est désormais de savoir combien de temps les contradictions et les équivoques qui l’ont vu naître pourront coexister pacifiquement. Eric Verhaeghe
Si les multiples péripéties de la loi Travail ont permis à William Martinet, jeune Président du syndicat étudiant UNEF, de gagner ses premiers galons de grand leader de gauche dressé vent debout contre toutes les précarités que les patrons veulent imposer aux travailleurs, elles ont aussi donné à Gérard Filoche, membre du Bureau national du Parti socialiste, une véritable tribune pour s’exprimer sans détour sur son sujet préféré, le droit du travail. Or selon lui, cette loi « ignominieuse » présentée par le gouvernement n’est rien de moins qu’un reniement de la gauche et une insulte aux droits de l’homme. (…) Le seul petit problème, c’est que s’il a fait de la vie au travail son combat, il le réalise à travers une lutte exclusivement centrée contre les entreprises, les actionnaires et les patrons. Dans le monde de Gérard Filoche, ces derniers sont de dangereux délinquants, sinon en fait du moins en puissance, dont l’unique objectif est de s’enrichir grassement et honteusement en pratiquant l’exploitation des salariés dans des entreprises, petites ou grandes, qui sont autant de lieux d’asservissement. Avec sa flexibilité et son inversion de la hiérarchie des normes (l’accord d’entreprise tend à primer sur la loi), la loi Travail n’est rien d’autre « qu’un revolver sur la tempe des salariés. » Elle les livre tout crus aux délires discrétionnaires des patrons, engeance détestable et détestée (…) Si les patrons et les entreprises sont les ennemis naturels des travailleurs, comment faire pour « sauver l’emploi et défendre le pouvoir d’achat » sans la coopération de quelques entrepreneurs, seuls aptes à embaucher ? Pour Gérard Filoche, c’est très simple, le Code du travail « doit échapper aux exigences de l’économie. » Pour lui comme pour tout ceux qui veulent régir a priori la vie de leurs concitoyens, l’économie ne saurait être une activité vivante et évolutive pratiquée par des individus libres et créatifs. Pas du tout. L’économie ne doit rien laisser au hasard, et pour bien faire, autant tout planifier à l’avance. Telle entreprise, dûment surveillée par des instances autorisées, l’inspection du travail par exemple, s’engagera à embaucher tant de personnes et à produire tant de parapluies de telle date à telle date. Il n’est nullement question d’adapter les horaires et la charge de travail à la demande spontanée des clients. D’après Gérard Filoche, la journée doit obligatoirement se répartir en trois parts égales : 8 heures pour travailler, 8 heures pour les loisirs et 8 heures pour se reposer. La semaine doit se limiter à quatre jours travaillés et trois jours de repos dont deux consécutifs. C’est ainsi que l’on pourra lutter contre la subordination au travail, et c’est ainsi que l’on pourra combattre le chômage, en partageant solidairement le travail entre tous. Gérard Filoche fait partie de ces personnes qui s’imaginent faussement que le travail est un gâteau fini que l’on doit partager entre tous ceux qui veulent travailler pour assurer le plein emploi. C’est exactement l’idée qui présidait à la mise en place des 35 heures par Martine Aubry à partir de l’année 2000. Sans même parler de science économique, l’expérience a montré que non seulement cette loi ne favorisait pas l’emploi, mais qu’elle avait en plus l’énorme inconvénient de désorganiser nombre d’entreprises et de services tels que les hôpitaux. Si entre 2000 et aujourd’hui le chômage a connu des phases de repli, l’explication est à chercher du côté d’un environnement économique mondial porteur, certainement pas du côté des 35 heures. Le seul gâteau qu’il est possible de partager, c’est la richesse produite. En langage socialiste, ce partage s’appelle la redistribution. Encore faudrait-il qu’il y eût quelque chose à partager. Les parts de chacun seront d’autant plus grosses que le gâteau, c’est à dire la production, sera plus vaste. Et plus les possibilités de faire un gros gâteau s’ouvriront, plus il faudra de mains pour le faire. Il est donc tout à fait vain de vouloir mener des politiques de l’emploi si par ailleurs la production est découragée, par la fiscalité du capital, par exemple, ou par des réglementations abusivement contraignantes, ou par un marché du travail si rigide que chaque embauche devient un risque trop élevé, notamment pour les petites entreprises. Mais ne parlez pas de tout ça à Gérard Filoche, il n’y croit pas. Un patron étant intrinsèquement mauvais, il faut l’obliger à embaucher puis le récompenser par une fiscalité punitive, conformément aux thèses communistes qu’il a toujours privilégiées tout au long de sa vie. (…) Pour les Filoche de ce monde, la lutte est faite pour lutter, peu importe ce qui se passe dans la vraie vie. Peu importe que le gouvernement ait proposé un projet de loi sans grand contenu. Peu importe maintenant qu’il le réduise comme peau de chagrin. Peu importe qu’il « plie sa non-réforme ». Peu importe qu’après cette fausse tentation libérale, il revienne aux bonnes vieilles méthodes de la dépense publique et du clientélisme. Peu importe finalement que le gouvernement se manifeste exactement pour ce qu’il est, c’est-à-dire un gouvernement socialiste qui déteste l’initiative privée et la liberté, préférant de beaucoup contrôler les citoyens à travers l’impôt pour les uns et les aides pour les autres. L’occasion de « bien faire », formule de François Hollande, s’est présentée et n’a pas été saisie. Filoche devrait s’en réjouir, mais la lutte continue et elle continuera, aveugle, idéologique et haineuse, tant qu’il y aura des patrons et des entreprises à traîner dans la boue. Nathalie MP
Il serait tout à fait naïf de s’imaginer que les rassemblements La Nuit debout de la place de la République à Paris, dupliqués au fil des jours dans plusieurs autres villes de France, soient parfaitement spontanés. On aurait tort de croire que des étudiants, des lycéens, des militants écologistes ou associatifs, des syndicalistes et des membres du Front de gauche s’y rencontrent par le plus grand des hasards dans un mouvement de pur désir de faire vivre le plus tard dans la nuit et le plus longtemps possible l’euphorie des manifestations contre la loi Travail. En réalité, tout ce mouvement de contestation, qui prête parfois à des comparaisons avec Occupy Wall Street ou les Indignados espagnols, n’a pas commencé le 31 mars 2016, mais en février avec la sortie du film documentaire « Merci patron ! » de François Ruffin, par ailleurs rédacteur en chef du journal alternatif de gauche Fakir. Le New York Times ne s’y est pas trompé, qui faisait hier du succès de ce film la une de son édition française, le qualifiant de « cri de ralliement contre la réforme gouvernementale visant à réformer le Code du travail » et voyant en son réalisateur un nouveau Michael Moore. Ce documentaire décrit le combat des Klur, un couple licencié par une société appartenant au groupe LVMH de Bernard Arnault. Pour Frédéric Lordon, qui en a fait une critique élogieuse dans le Monde diplomatique, il s’agit d’un film « d’action directe » qui donne « l’envie de tout renverser » :« Ça n’est pas un film, c’est un clairon, une possible levée en masse, un phénomène à l’état latent. De cet événement politique potentiel, il faut faire un événement réel. »« Un événement réel » : nous y arrivons. Lisant l’article de Frédéric Lordon, le réalisateur François Ruffin se dit que s’il y a une chance que l’économiste dise juste, il va falloir organiser tout ça, avec l’idée de faire converger des luttes dispersées comme celle des zadistes contre l’aéroport Notre-Dame-des-Landes, celle des ouvriers de Goodyear, celle des enseignants contre la réforme du collège etc… Les étudiants qui campent aujourd’hui à République ne pouvaient pas s’en douter, mais au cours d’une réunion publique organisée autour du film au moment de sa sortie en salles, le collectif Convergence des luttes est créé, les premiers slogans sont trouvés, notamment « Leur faire peur » et « Après la manif, je ne rentre pas chez moi. » Le mouvement La Nuit debout est si peu spontané que François Ruffin précise même : « Il a fallu communiquer, distribuer des centaines de tracts lors de la manif du 31 mars, créer un site internet puis monter des barnums, acheminer le matériel pour projeter le film… » La convergence des luttes est donc au cœur des intentions des organisateurs du mouvement, et Frédéric Lordon se retrouve au centre d’un dispositif scrupuleusement organisé. Dès le 30 mars 2016 à Tolbiac, devant des étudiants en grève qui, à son commandement, scandent bien gentiment « tous ensemble, tous ensemble », il rend grâce à la loi El Khomri d’avoir eu « le merveilleux pouvoir de nous réunir. » (…) Je ne sais si ce discours est marxiste dans sa version léniniste, trotskiste ou libertaire, mais il est clairement communiste et nous ramène quelques décennies en arrière. Lordon, homme intelligent au faîte de ses capacités intellectuelles au début du XXIème siècle n’a rien appris des drames du XXème siècle. La République sociale ainsi définie qu’il appelle de ses vœux a connu un certain nombre d’applications, toutes plus catastrophiques les unes que les autres. Aujourd’hui encore, on pense à Cuba, au Venezuela et même au Brésil, sans y voir la moindre espérance d’une vie meilleure. Mais peu importe pour qui se laisse porter par une idéologie qui ne souffre pas le débat contradictoire. Comment obtenir cette République sociale ? C’est le message du discours du 40 mars. Si l’on veut mettre fin au chantage et à l’arbitraire patronal, Lordon ne voit qu’un moyen : la grève générale. Le « rêve général » de nos étudiants révolutionnaires se déclinerait donc bien dans la « grève générale. » (…) Enfin, malgré tous les « Ouais !!! » enthousiastes qui ont ponctué les discours de Frédéric Lordon, je me demande si son public est si en phase que ça avec lui. Dans l’amphi de Tolbiac, il disait que « revendiquer, c’est déjà s’être soumis. Revendiquer, c’est s’adresser à des puissances tutélaires aimables […]. Les enfants réclament, grandis, ils revendiquent. » Que peut-il penser des cadeaux coûteux que Manuel Valls a lâché lundi 11 avril dernier aux syndicats étudiants après la manifestation du samedi 9 avril ? L’affluence avait pourtant été bien moindre que lors des précédentes journées d’action et elle avait été émaillée de nombreuses violences et de destructions. William Martinet et ses collègues ne sont-ils pas en plein dans la revendication que Lordon méprise ? Tout ce spectacle d’ébullition révolutionnaire alimenté par le camarade parolier Lordon me fait penser à certains traits des communistes de la guerre d’Espagne décrits par André Malraux dans L’espoir. On y retrouve le sens de l’organisation des communistes, particulièrement habiles à encadrer le spontané, on y retrouve les mots creux qui enflamment les foules pour des objectifs vagues qui semblent radieux, on y retrouve le goût pour la page blanche et on y retrouve l’exacerbation de l’excitation collective dans une illusion lyrique sans lendemain … Marie MP

Attention: des barbares peuvent en cacher d’autres !

Défense des sans papiers et réfugiés, attaque du libéralisme et du capitalisme, appel à la désobéissance, l’insoumission et l’action directe, dénonciation (après son récent encensement post-attentats) de l’action policière et de l’état d’urgence, rêve éveillé de grêve générale et de la révolution, apologie de la spontanéité et de l’invention permanente (« pour que s’organise un lieu structuré qui se réinvente chaque jour »), rejet du calendrier et du temps (#32mars, #33mars, #34mars) …

Au lendemain de l’éviction, par une poignée apparemment de militants excités, de l’essayiste et académicien Alain Finkielkraut d’une place où avait flotté, avant les fleurs et les  bougies de l’après-attentat de novembre dernier,  le drapeau noir, il y a un peu moins de deux ans, de l’Etat islamique …

Et où entre un Etat (vice-)champion du monde des prélèvements obligatoires et des méga-entreprises aux bénéfices faramineux et irrapatriables (200 milliards et 93% de ses avoirs pour la seule Apple !), continue la course au ridicule à toujours plus d’impôt d’un côté (plus de 45% !) et d’optimisation fiscale de l’autre (moins de 4 % d’impôts pour plus de 3 milliards de bénéfices hors Etats-Unis pour Facebook !) …

Comment ne pas voir …

Suite aux saccages qui accompagnent depuis bientôt trois semaines et en plein état d’urgence les marges de l’occupation nocturne – cette fois, cinq ans après les Indignés de MadridWall street ou Tel Aviv, plutôt bobo  – de la Place de la République sous prétexte de protestation contre un projet de loi Travail du gouvernement qui n’en a plus que le nom

Comme le blocage plus ou moins musclé des universités et des lycées et des manifestations qui réunissent étudiants, lycéens, militants associatifs, syndicalistes et membres du Front de gauche …

Ce « goût pour la page blanche et l’exacerbation de l’excitation collective », comme le rappelle Nathalie MP sur le site Contrepoints, encadrant et faisant converger tout ça à coup de mots creux et de lendemains qui chantent …

Mais aussi ce vieux rêve de violence salvatrice et purificatrice que l’on croyait enfin mort et enterré par près d’un siècle d’échec du communisme réel …

Et que pourtant nos gentils GO de l’antimondialisation comme nos dirigeants tétanisés ne veulent toujours pas voir ?

Qui est Frédéric Lordon, le parolier de Nuit Debout ?
La rhétorique révolutionnaire de Nuit Debout a un parolier : l’économiste et militant Frédéric Lordon.
Nathalie MP
Contrepoints
16 avril 2016

« Merci Patron » et « Merci El Khomri », voilà ce que Frédéric Lordon peut dire aujourd’hui, alors que, d’économiste « atterré » à la notoriété anti-libérale plutôt confidentielle, il vient d’accéder à la reconnaissance nationale de tous nos médias grâce à ses qualités de parolier enflammé pour le mouvement contestataire La Nuit debout qui s’est constitué dans la foulée des manifestations contre la loi Travail portée par la ministre Myriam El Khomri. 

Il serait tout à fait naïf de s’imaginer que les rassemblements La Nuit debout de la place de la République à Paris, dupliqués au fil des jours dans plusieurs autres villes de France, soient parfaitement spontanés. On aurait tort de croire que des étudiants, des lycéens, des militants écologistes ou associatifs, des syndicalistes et des membres du Front de gauche s’y rencontrent par le plus grand des hasards dans un mouvement de pur désir de faire vivre le plus tard dans la nuit et le plus longtemps possible l’euphorie des manifestations contre la loi Travail.

À l’origine, Merci patron !

En réalité, tout ce mouvement de contestation, qui prête parfois à des comparaisons avec Occupy Wall Street ou les Indignados espagnols, n’a pas commencé le 31 mars 2016, mais en février avec la sortie du film documentaire « Merci patron ! » de François Ruffin, par ailleurs rédacteur en chef du journal alternatif de gauche Fakir. Le New York Times ne s’y est pas trompé, qui faisait hier du succès de ce film la une de son édition française, le qualifiant de « cri de ralliement contre la réforme gouvernementale visant à réformer le Code du travail » et voyant en son réalisateur un nouveau Michael Moore. Ce documentaire décrit le combat des Klur, un couple licencié par une société appartenant au groupe LVMH de Bernard Arnault. Pour Frédéric Lordon, qui en a fait une critique élogieuse dans le Monde diplomatique, il s’agit d’un film « d’action directe » qui donne « l’envie de tout renverser » :

« Ça n’est pas un film, c’est un clairon, une possible levée en masse, un phénomène à l’état latent. De cet événement politique potentiel, il faut faire un événement réel. »

« Un événement réel » : nous y arrivons. Lisant l’article de Frédéric Lordon, le réalisateur François Ruffin se dit que s’il y a une chance que l’économiste dise juste, il va falloir organiser tout ça, avec l’idée de faire converger des luttes dispersées comme celle des zadistes contre l’aéroport Notre-Dame-des-Landes, celle des ouvriers de Goodyear, celle des enseignants contre la réforme du collège etc… Les étudiants qui campent aujourd’hui à République ne pouvaient pas s’en douter, mais au cours d’une réunion publique organisée autour du film au moment de sa sortie en salles, le collectif Convergence des luttes est créé, les premiers slogans sont trouvés, notamment « Leur faire peur » et « Après la manif, je ne rentre pas chez moi. » Le mouvement La Nuit debout est si peu spontané que François Ruffin précise même :

« Il a fallu communiquer, distribuer des centaines de tracts lors de la manif du 31 mars, créer un site internet puis monter des barnums, acheminer le matériel pour projeter le film… »

La convergence des luttes est donc au cœur des intentions des organisateurs du mouvement, et Frédéric Lordon se retrouve au centre d’un dispositif scrupuleusement organisé. Dès le 30 mars 2016 à Tolbiac, devant des étudiants en grève qui, à son commandement, scandent bien gentiment « tous ensemble, tous ensemble », il rend grâce à la loi El Khomri d’avoir eu « le merveilleux pouvoir de nous réunir. » 

Le lendemain, propulsé tribun de la première Nuit debout (« le comité d’organisation m’a un peu poussé au cul sur la scène »), il prend la parole avec fièvre et le répète (quatrième intervention de la vidéo ci-dessous) :

« Voilà comment le pouvoir tolère nos luttes : locales, sectorielles, dispersées et revendicatives. Eh bien pas de bol pour lui, aujourd’hui nous changeons les règles du jeu ! Nous les lui annonçons globales universelles, rassemblées et affirmatives ! »

Chaque phrase de Frédéric Lordon est saluée d’un « Ouais !!! » des jeunes rassemblés pour l’écouter, et chaque « Ouais !!! » arrache parfois un petit sourire heureux, presque gamin, à celui qui jusqu’à présent s’exprimait plutôt sur les plateaux télé avec tout le sérieux d’un sabir complexe mêlant philosophie, économie et sociologie (« Nous sommes impérieusement requis de penser le capitalisme » etc.) comme on peut le constater dans les deux premières interventions recensées dans la vidéo ci-dessous  (04′ 07″) :

Frédéric Lordon, en cinq prises de parole par libezap

Avec les manifestations contre la loi Travail et La Nuit debout, Frédéric Lordon est passé de l’état assez classique de révolutionnaire strictement intellectuel et universitaire à celui du révolutionnaire en action qui harangue les foules et les pousse à agir, et dont le visage devient le représentant privilégié de la convergence de toutes les luttes.

Brillant étudiant ingénieur à l’École des Ponts et chaussées (promo 1985), imaginait-il déjà que trente ans plus tard il enflammerait les foules étudiantes et syndicales en se dressant au pied de la statue de la République contre un gouvernement socialiste accusé de faire le jeu du néo-libéralisme et de l’arbitraire patronal et en appelant à l’inauguration d’une république sociale (cinquième intervention de la vidéo ci-dessus) pour remplacer la république bourgeoise qui opprime les esclaves du salariat, tel un bon Gérard Filoche de base ? C’est difficile à dire, mais les débuts de son parcours n’y font pas penser spontanément.

Brillant mais intransigeant

Né en 1962 d’un père dirigeant d’entreprise et d’une mère qui s’est consacrée à son foyer, il complète ses études à l’École des Ponts d’un diplôme de l’Institut supérieur des affaires correspondant à ce qu’on appelle aujourd’hui un Master HEC. Il a déclaré sur France Culture qu’à cette époque il ambitionnait de devenir patron et de « gagner plein d’argent. » Il infléchit cependant ses objectifs, préférant prendre « la voie des livres » et de la recherche.

Le changement est radical : électeur de droite, il devient communiste ; préoccupé de l’environnement social, il se tourne vers l’économie et la sociologie. Il rejoint l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), lit abondamment Marx, Bourdieu, Althusser et Spinoza, et en1993 soutient une thèse de doctorat intitulée (attention s’accrocher) « Irrégularités des trajectoires de croissances, évolutions et dynamique non-linéaire. Pour une schématisation de l’endométabolisme. » Il est membre du collectif Les économistes atterrés créé en 2011 dont l’activité consiste à faire connaître au public