Présidentielle 2017: Pour une droite enfin de droite (Au moment où elle quitte momentanément la vie publique, la plus jeune députée de la Ve République livre son manifeste politique et prend date pour l’avenir)

17 mai, 2017
Le nouveau président de la République Emmauel Macron a paradé sur les Champs-Élysées à bord d'une command car de l'armée, dimanche.Quand on me présente quelque chose comme un progrès, je me demande avant tout s’il nous rend plus humains ou moins humains. Orwell
Il existe en France actuellement deux grands partis de gauche, dont l’un s’appelle la droite. Ghislain de Diesbach
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Hussein Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
On vous demande une carte blanche, et vous salissez l’adversaire, et vous proférez des mensonges. Votre projet, c’est de salir, c’est de mener une campagne de falsifications, de vivre de la peur et des mensonges. La France que je veux vaut beaucoup mieux que ça. Il faut sortir d’un système qui vous a coproduit. Vous en vivez. Vous êtes son parasite. L’inefficacité des politiques de droite et de gauche, c’est l’extrême droite qui s’en nourrit. Je veux mener la politique qui n’a jamais été menée ces trente dernières années. Emmanuel Macron
Securing national borders seems pretty orthodox. In an age of anti-Western terrorism, placing temporary holds on would-be immigrants from war-torn zones until they can be vetted is hardly radical. Expecting “sanctuary cities” to follow federal laws rather than embrace the nullification strategies of the secessionist Old Confederacy is a return to the laws of the Constitution. Using the term “radical Islamic terror” in place of “workplace violence” or “man-caused disasters” is sensible, not subversive. Insisting that NATO members meet their long-ignored defense-spending obligations is not provocative but overdue. Assuming that both the European Union and the United Nations are imploding is empirical, not unhinged. Questioning the secret side agreements of the Iran deal or failed Russian reset is facing reality. Making the Environmental Protection Agency follow laws rather than make laws is the way it always was supposed to be. Unapologetically siding with Israel, the only free and democratic country in the Middle East, used to be standard U.S. policy until Obama was elected. (…) Expecting the media to report the news rather than massage it to fit progressive agendas makes sense. In the past, proclaiming Obama a “sort of god” or the smartest man ever to enter the presidency was not normal journalistic practice. (…) Half the country is having a hard time adjusting to Trumpism, confusing Trump’s often unorthodox and grating style with his otherwise practical and mostly centrist agenda. In sum, Trump seems a revolutionary, but that is only because he is loudly undoing a revolution. Victor Davis Hanson
The globalised model (…) primarily based on an international division of labour, creates substantial wealth but does nothing to bond society as a whole. The job market has become deeply polarised and mainly concentrated in big cities, squeezing out the middle classes. For the first time in history, working people no longer live in the places where jobs and wealth are created. Those groups, which have lost out due to globalisation, no longer identify with traditional political parties. The rift between the global market’s winners and losers has replaced the old right-left split. This social and political divide coincides with a visible faultline between global centres plugged into the world economy and deprived outlying areas. All over the developed world the populist vote is gathering strength outside the big cities, in small and middling towns, and the countryside. In France these “peripheral” territories are driving the FN dynamic. In the US, the peripheral states put Trump in power, much as Brexit prevailed thanks to peripheral areas of the UK. In Austria support for Norbert Hofer, the far-right candidate in the recent presidential contest, comes from similar places. They are home to the majority of the working classes, disconnected and increasingly sedentary. Such territorial dynamics gather momentum as more mobile groups – the higher social classes, immigrants and minorities – concentrate in the cities. In this way the new social geography renews the old divide between sedentary and nomadic. But social issues are not the only determinant of the populist vote. Identity is essential too, linked as it is to the emergence of a multicultural society, which feeds anxiety in working-class environments. At a time of fluctuating majorities and minorities, amid demographic instability, the fear of tipping into a minority is creating considerable cultural insecurity in developed countries. Unlike the upper classes, who can afford to raise invisible barriers between themselves and the “other” (immigrants or minorities), the working classes want a powerful state apparatus to protect them, socially and culturally. So the populist surge is re-activating a real class vote. Christophe Guilluy
Faire le jeu de Le Pen, qui l’a fait mieux et avec une science plus consommée que le mortifère Mitterrand en son temps ? Il y a d’ailleurs eu quelque chose de profondément déplaisant à voir la fille de celui-ci venir sur un plateau déclarer avec candeur qu’elle allait voter Chirac en se bouchant le nez, sans qu’aucun serf médiatique ose lui rappeler que s’il y a bien quelqu’un qui a savamment peloté à son profit pendant quatorze ans la boule puante qui vient de nous exploser au nez c’est son père. De même, par la bouche mielleuse de ses représentants, la gauche sublime et fracassée, mais toujours aussi magnifique, ne s’est-elle pas privée de reprocher tartuffiennement à la droite de ne pas manifester à ses côtés dans la rue. Et personne n’a osé lui répondre que d’abord c’était sa rue, gloubiboulguisée à son image et ressemblance, et transformée en espaces de création, en zones franches pour le libre tapage des teufeurs sacrés de la scène techno ; et, surtout, que c’était son Le Pen. On leur laisse tout ça. Qui d’autre en a l’usage ?Pour comprendre dans ses tréfonds l’extase anti-lepéniste de ces derniers jours, il suffit de se souvenir, a contrario, de l’enthousiasme très modéré qu’avait suscité chez ces mêmes anti-lepénistes, à la fin de 1998, la brutale scission du Front national. L’éditorialiste Serge July, sous le coup de cette surprise, qui aurait dû être considérée, et à bon droit cette fois, pour divine, mais qui ne le fut pas du tout, alla jusqu’à écrire avec mélancolie : « Jean-Marie Le Pen est devenu bizarrement indispensable au bon fonctionnement de la démocratie française. »Il fallait comprendre que la modernité emballée en avait besoin pour rendre ses surenchères de toute façon plus aimables que lui ; et que s’il n’existait plus, il fallait le réinventer. Eh bien ça y est. Le malheur des temps l’a ressuscité in extremis. Philippe Muray (2002)
Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, donc tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi, à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste. D’abord le procès en fascisme à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la fois absurde et scandaleux. Je suis profondément attaché à l’identité nationale et je crois même ressentir et savoir ce qu’elle est, en tout cas pour moi. L’identité nationale, c’est notre bien commun, c’est une langue, c’est une histoire, c’est une mémoire, ce qui n’est pas exactement la même chose, c’est une culture, c’est-à-dire une littérature, des arts, la philo, les philosophies. Et puis, c’est une organisation politique avec ses principes et ses lois. Quand on vit en France, j’ajouterai : l’identité nationale, c’est aussi un art de vivre, peut-être, que cette identité nationale. Je crois profondément que les nations existent, existent encore, et en France, ce qui est frappant, c’est que nous sommes à la fois attachés à la multiplicité des expressions qui font notre nation, et à la singularité de notre propre nation. Et donc ce que je me dis, c’est que s’il y a aujourd’hui une crise de l’identité, crise de l’identité à travers notamment des institutions qui l’exprimaient, la représentaient, c’est peut-être parce qu’il y a une crise de la tradition, une crise de la transmission. Il faut que nous rappelions les éléments essentiels de notre identité nationale parce que si nous doutons de notre identité nationale, nous aurons évidemment beaucoup plus de mal à intégrer. Lionel Jospin (France Culture, 29.09.07)
Si le candidat d’En marche! ne prend pas en charge les réalités populaires et les aspirations que dévoile cette élection, sa victoire sera une victoire à la Pyrrhus. La dynamique populiste est enclenchée et ne cessera de monter si on ne traite pas toutes les questions économiques, sociales et culturelles qui sont en jeu. La présidentielle de 2017 et la victoire d’Emmanuel Macron n’offrent qu’un sursis à ce monde d’en haut, mais, si le chef de l’État n’apporte aucune réponse aux catégories populaires, à cette France d’en bas qui se sent exclue de la mondialisation, il est probable que la bascule s’opère alors en 2022 avec le parti le plus à même de représenter cette dynamique-là. Le modèle actuel n’est pas socialement durable. Si la France d’en haut ne parvient toujours pas à être exemplaire et à parler à celle d’en bas, ses jours sont comptés. (…) À l’issue de mes travaux, j’ai distingué une fracture française qui se situe entre les grandes métropoles mondialisées et le reste, la « France périphérique ». Celle- ci n’est donc pas exclusivement rurale et englobe également des petites et moyennes villes. Elle concerne ainsi tous les territoires qui se trouvent à l’écart des grands pôles urbains, pôles qui créent le plus d’emplois et se trouvent insérés dans la mondialisation. Cette fracture s’observe d’ailleurs aussi bien en France que dans les autres pays européens ou aux États Unis: la logique est partout la même et provient d’une disparition des classes moyennes « le plus grand plan social de l’histoire. Ces classes sont devenues de nouvelles classes populaires, qui ont le sentiment d’être invisibles et de ne pas être économiquement intégrées. Comme partout dans les pays développés, les ressorts de la dynamique populiste reposent d’une part sur la destruction de la classe moyenne traditionnelle et sa mise à l’écart des métropoles mondialisées,et d’autre part sur l’émergence d’une société multiculturelle. Si une partie de la France populaire est réceptive au discours de Marine Le Pen, celle-ci ne rallie qu’une partie du monde d’en bas. Il est toutefois effectivement frappant de constater que son vote est surreprésenté dans cette France périphérique et sous-représenté dans la France des grandes métropoles. Le constat est inverse pour Emmanuel Macron, incarnation de la nouvelle bourgeoisie. Par ses propos sur la « société ouverte » , le néolibéralisme, le libre-échangisme, le candidat d’En marche! a été le candidat des grandes métropoles.. Partout en France, comme aux États-Unis ou en Grande-Bretagne, les richesses et la création se concentrent dans les métropoles. Et partout dans le monde, ce modèle crée sa contestation populiste. Celle-ci émane des catégories qui constituaient hier le socle de la classe moyenne – ouvriers, employés, paysans – , et des  mêmes territoires. Catégories qui ont été les grandes perdantes du processus d’adaptation des économies occidentales aux normes de l’économie-monde. La mondialisation repose, en effet, sur une division internationale du travail qui condamne sur le temps long la classe moyenne occidentale. L’émergence d’une classe moyenne chinoise ou indienne s’est ainsi réalisée au détriment des ouvriers ou employés américains, français ou britanniques. Ce terrible constat explique que nous vivons depuis trente ans un processus de la sortie de la classe moyenne” qui vit désormais sur des territoires éloignés des zones d’emploi dynamiques. Et le vote Trump est porté par l’Amérique périphérique, le Brexit par la Grande-Bretagne périphérique, le vote Le Pen par la France périphérique (…) On observe déjà une division entre l’Est, qui a principalement voté pour Marine Le Pen, et l’Ouest, qui a davantage voté Macron. Mais cette géographie sociale provient de l’héritage industriel, où les industries étaient présentes essentiellement dans l’Est, et le rural et le tertiaire dans l’Ouest. Il est plus instructif de zoomer sur chaque territoire. Que ce soit dans des régions où Marine Le Pen est en tête ou d’autres dans lesquelles Macron l’emporte, une même logique s’opère. Ainsi, à l’issue du premier tour, en Bretagne, où Macron a obtenu plus de voix, celles-ci ont été gagnées dans les grandes villes bretonnes, comme Rennes. Dans cette dernière, Marine Le Pen a fait moins de 6%, mais a dépassé les 20% dans certaines zones rurales bretonnes. De la même manière, à l’Est, la candidate du FN fait un score moins bon dans des grandes villes comme Nancy, alors qu’elle triomphe dans les petites villes de la région. On le constate, la dynamique France périphérique-métropole marche à l’intérieur de chaque région. Il y a donc une sociologie assez similaire. Le premier tour révèle donc l’ »implosion des partis traditionnels. (…) Si les affaires ont évidemment joué, la difficulté de la droite a été ,dès le départ, d’arriver à convaincre cet électorat de la France périphérique, désormais arrimé au Front national. Il ne se sent pas représenté par la droite traditionnelle, perçue comme trop libérale. L’entrée en campagne de François Fillon sur le mode de réduction des dépenses publiques et d’adaptation aux normes de l’ économie mondialisée a eu un effet destructeur. Son échec réside dans son incapacité à se connecter avec cet électorat populaire et dans le fait que son discours s’est en partie adressé à une classe moyenne en voie de disparition. (…) ]Pour le vote Fillon] Une minorité, à la marge, parce qu’elle est totalement dans une logique anti- système, a voté FN. Mais le reste des électeurs de cette France insoumise s’est plus largement reporté sur Emmanuel Macron ou réfugié dans l’abstention, pour une raison simple : les voix de Jean-Luc Mélenchon proviennent davantage de l’ électorat populaire des banlieues des grandes villes que des véritables périphéries. Cela reste un vote plutôt des grandes métropoles, avec beaucoup d’ électeurs de la fonction publique et de la gauche classique. Christophe Guilluy
Sur les plans géographique, culturel et social, il existe bien des points communs entre les situations françaises et américaines, à commencer par le déclassement de la classe moyenne. C’est « l’Amérique périphérique » qui a voté Trump, celle des territoires désindustrialisés et ruraux qui est aussi celle des ouvriers, employés, travailleurs indépendants ou paysans. Ceux qui étaient hier au cœur de la machine économique en sont aujourd’hui bannis. Le parallèle avec la situation américaine existe aussi sur le plan culturel, nous avons adopté un modèle économique mondialisé. Fort logiquement, nous devons affronter les conséquences de ce modèle économique mondialisé : l’ouvrier – hier à gauche –, le paysan – hier à droite –, l’employé – à gauche et à droite – ont aujourd’hui une perception commune des effets de la mondialisation et rompent avec ceux qui n’ont pas su les protéger. La France est en train de devenir une société américaine, il n’y a aucune raison pour que l’on échappe aux effets indésirables du modèle. (…) Dans l’ensemble des pays développés, le modèle mondialisé produit la même contestation. Elle émane des mêmes territoires (Amérique périphérique, France périphérique, Angleterre périphérique… ) et de catégories qui constituaient hier la classe moyenne, largement perdue de vue par le monde d’en haut. (…) la perception que des catégories dominantes – journalistes en tête – ont des classes populaires se réduit à leur champ de vision immédiat. Je m’explique : ce qui reste aujourd’hui de classes populaires dans les grandes métropoles sont les classes populaires immigrées qui vivent dans les banlieues c’est-à-dire les minorités : en France elles sont issues de l’immigration maghrébine et africaine, aux États-Unis plutôt blacks et latinos. Les classes supérieures, qui sont les seules à pouvoir vivre au cœur des grandes métropoles, là où se concentrent aussi les minorités, n’ont comme perception du pauvre que ces quartiers ethnicisés, les ghettos et banlieues… Tout le reste a disparu des représentations. Aujourd’hui, 59 % des ménages pauvres, 60 % des chômeurs et 66 % des classes populaires vivent dans la « France périphérique », celle des petites villes, des villes moyennes et des espaces ruraux. (…) Faire passer les classes moyennes et populaires pour « réactionnaires », « fascisées », « pétinisées » est très pratique. Cela permet d’éviter de se poser des questions cruciales. Lorsque l’on diagnostique quelqu’un comme fasciste, la priorité devient de le rééduquer, pas de s’interroger sur l’organisation économique du territoire où il vit. L’antifascisme est une arme de classe. Pasolini expliquait déjà dans ses Écrits corsaires que depuis que la gauche a adopté l’économie de marché, il ne lui reste qu’une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n’existe pas. C’est exactement ce qui est en train de se passer. (…) Il y a un mépris de classe presque inconscient véhiculé par les médias, le cinéma, les politiques, c’est énorme. On l’a vu pour l’élection de Trump comme pour le Brexit, seule une opinion est présentée comme bonne ou souhaitable. On disait que gagner une élection sans relais politique ou médiatique était impossible, Trump nous a prouvé qu’au contraire, c’était faux. Ce qui compte, c’est la réalité des gens depuis leur point de vue à eux. Nous sommes à un moment très particulier de désaffiliation politique et culturel des classes populaires, c’est vrai dans la France périphérique, mais aussi dans les banlieues où les milieux populaires cherchent à préserver ce qui leur reste : un capital social et culturel protecteur qui permet l’entraide et le lien social. Cette volonté explique les logiques séparatistes au sein même des milieux modestes. Une dynamique, qui n’interdit pas la cohabitation, et qui répond à la volonté de ne pas devenir minoritaire. (…) La bourgeoisie d’aujourd’hui a bien compris qu’il était inutile de s’opposer frontalement au peuple. C’est là qu’intervient le « brouillage de classe », un phénomène, qui permet de ne pas avoir à assumer sa position. Entretenue du bobo à Steve Jobs, l’idéologie du cool encourage l’ouverture et la diversité, en apparence. Le discours de l’ouverture à l’autre permet de maintenir la bourgeoisie dans une posture de supériorité morale sans remettre en cause sa position de classe (ce qui permet au bobo qui contourne la carte scolaire, et qui a donc la même demande de mise à distance de l’autre que le prolétaire qui vote FN, de condamner le rejet de l’autre). Le discours de bienveillance avec les minorités offre ainsi une caution sociale à la nouvelle bourgeoisie qui n’est en réalité ni diverse ni ouverte : les milieux sociaux qui prônent le plus d’ouverture à l’autre font parallèlement preuve d’un grégarisme social et d’un entre-soi inégalé. (…) Nous, terre des lumières et patrie des droits de l’homme, avons choisi le modèle libéral mondialisé sans ses effets sociétaux : multiculturalisme et renforcement des communautarismes. Or, en la matière, nous n’avons pas fait mieux que les autres pays. (…) Le FN n’est pas le bon indicateur, les gens n’attendent pas les discours politiques ou les analyses d’en haut pour se déterminer. Les classes populaires font un diagnostic des effets de plusieurs décennies d’adaptation aux normes de l’économie mondiale et utilisent des candidats ou des référendums, ce fut le cas en 2005, pour l’exprimer. (…) [Macron] Il y a au moins une chose qu’on ne peut pas lui reprocher : il n’avance pas masqué ! Il ne cherche pas à faire semblant de tenir un discours « de gauche ». Il dit : « pour s’en sortir, il faut encore plus de libéralisme » ce qui est assez cohérent intellectuellement et assez représentatif de ce qu’est devenue la gauche. Christophe Guilluy
Le clivage sépare ceux qui bénéficient de la mondialisation de ceux qui en pâtissent. Il est à la fois géographique et social. Que ce soit aux États-Unis, en Suède, au Danemark, aux Pays-Bas ou en Autriche, les territoires s’adaptent toujours de la même façon au modèle économique mondialisé : les métropoles deviennent de nouvelles citadelles, un monde fermé auquel on ne peut accéder sans ticket d’entrée. Impossible pour les classes populaires d’y acheter leur logement, compliqué d’y louer, à moins d’habiter dans des quartiers de logements sociaux. On nous explique que la révolution numérique efface les différences entre New York et le Cantal, ce n’est pas vrai. Les catégories supérieures se replient de plus en plus dans les territoires gagnants de la mondialisation, alors que la classe moyenne disparaît. (…) Nous assistons à un clivage à l’intérieur même des classes populaires. Le FN reste en tête avec un score de 37 % chez les ouvriers et Jean-Luc Mélenchon engrange effectivement des voix, notamment au sein des catégories populaires de banlieue. Ce sont les mêmes qui avaient voté Hollande en 2012. À l’inverse, les catégories populaires de la France périphérique ont plutôt voté FN. La question culturelle et identitaire s’est invitée au cœur des stratégies électorales des partis politiques. (…) il y a une dimension ethnoculturelle très nette. Ce fonctionnement est en place depuis plus de quinze ans, rien de très neuf. Nous ne sommes plus sur un clivage strictement social. Prenez une cité d’Hénin-Baumont par exemple, le « petit Blanc » va voter FN et le « petit beur » va voter Mélenchon… Alors même que les deux partagent une réalité géographique et sociale, leur vote diverge ! Cela signifie bien que la question culturelle et identitaire s’est invitée au cœur des stratégies électorales des partis politiques ! Les partis dits républicains prétendent le contraire la main sur le cœur, mais c’est bien évidemment faux. Au moins sur la question de l’émergence de la société multiculturelle, les partis américains ont moins de pudeur sur le sujet. (…) C’est ce fait de ne pas pouvoir partager un capital culturel ou historique commun que j’appelle l’insécurité culturelle. Ce phénomène est assez universel, par exemple, la petite bourgeoisie magrébine quitte les quartiers où se concentre l’immigration africaine. En réalité, personne ne souhaite être minoritaire, car cela signifie dépendre de la bienveillance de la majorité. (…) On constate une féminisation de cet électorat  [FN], même s’il reste majoritairement masculin, et une progression dans des catégories jusqu’ici peu séduites par le FN. C’est le cas des employés, dont 32 % ont voté en faveur de Marine Le Pen, ou des salariés de la fonction publique, qui sont 27 % à avoir porté leurs voix en faveur de la représentante du FN. Sur le plan géographique, le vote progresse dans des régions que l’on disait traditionnellement plus hermétiques à ce vote, comme la Bretagne avec plus de 15 % en faveur du FN. Cela peut sembler inattendu, mais c’est en réalité très logique. (…) Il faut regarder sur le temps long : le Brexit puise ses racines dans la politique menée par Margaret Thatcher dans les années 80. De la même manière, l’élection de Donald Trump n’aurait pu se produire sans la financiarisation de l’économie sous Bill Clinton… En France, la désaffiliation politique des classes populaires germe à la fin des années 70, lors du démarrage de la désindustrialisation. Cette désaffiliation augmente en même temps que la classe moyenne disparaît catégorie après catégorie. Cela a commencé avec les ouvriers, puis les paysans, maintenant les employés… Des bataillons entiers sortent progressivement de la classe moyenne, basculent dans le chômage ou la précarisation de leur emploi. Il y a dans l’esprit des gens l’idée que les classes populaires, c’est une France finissante vouée à disparaître un jour ou l’autre. Sauf que les gens ne disparaissent pas physiquement ! Prenez les 15 premières métropoles de France. Elles représentent 40 % de la population. Si l’on remonte les recensements, les mêmes métropoles en 1968 représentaient… 40 % de la population ! Cela peut sembler contre-intuitif, mais leur poids démographique n’a pas bougé, car, contrairement à ce que l’on imagine, la croissance des territoires a suivi celle des métropoles. (…) Ce qui est frappant, c’est qu’il y a un potentiel majoritaire avec des gens qui se croient minoritaires. En somme, c’est un conflit de classe, sans conscience de classe. Nous ne sommes pas la Grèce : il y a encore beaucoup de gens qui ont beaucoup à perdre. Les retraités et les fonctionnaires, qui sont protégés de la mondialisation, n’ont aucune raison de renverser la table. Il y a aussi, à la marge, le vote des minorités qui va se porter vers le parti le moins anti-immigrés. On voit bien que le Front national est bloqué par sa sociologie : les catégories populaires ne lui suffiront pas. Mais les coups de boutoir seront de plus en plus violents. On peut très bien imaginer demain voir un FN atteindre les 30-35 % au premier tour. Cela signifiera que les digues sont en train de céder. Pour l’instant, la difficulté que rencontre Emmanuel Macron est la suivante : comment tenir un discours optimiste sur la mondialisation, tout en captant les voix des perdants de cette mondialisation, ceux dont le niveau de vie a diminué ces vingt dernières années ? Pas facile. (…) Tout d’abord, le clivage gauche-droite ne structure plus complètement l’opinion. La preuve : le candidat de droite comme le candidat de gauche ont été éjectés dès le premier tour. Ceux qui ont franchi l’obstacle, ce sont des candidats qui se revendiquent « ni de droite ni de gauche ». Ce vieux clivage n’est encore pertinent que pour les retraités et les fonctionnaires. Les autres électeurs se déterminent désormais par des thématiques, comme la mondialisation ou l’immigration. Cela n’en fait pas spécifiquement des gens de gauche ou de droite. Si le pays avait vraiment « basculé à droite », l’État providence serait par exemple remis en question par l’opinion. Or, c’est tout le contraire. L’attachement aux services publics se vérifie, tout particulièrement dans la France périphérique, où la fermeture d’un bureau de poste peut devenir un casus belli. Même chose sur la question de la laïcité : il existe des électeurs de droite comme de gauche qui y sont attachés. Le clivage gauche-droite était le clivage du XIXe et du XXe siècle. Ce qui détermine le vote aujourd’hui, c’est le rapport à la mondialisation, à l’économie et le niveau de désaffiliation aux partis. (…) Les résultats du second tour devraient dessiner une carte « chimiquement pure » de cette France périphérique, qui ne nous dira pas ce qui est urbain ou rural, mais qui nous éclairera sur la proximité ou non du marché de l’emploi. Deux grands pôles sont en train de se mettre en place. La question des clivages de classe, clivages culturels, clivages géographiques va enfin être posée. (…) On meurt de l’absence de conflits et de débats ! Si on veut éviter les violences réelles, il faut que cette conflictualité se traduise en débats à l’Assemblée nationale. Il serait tout à fait sain que les députés s’affrontent autour de thèmes qui parlent à l’opinion. Le pire moment est celui que nous vivons : il n’existe aucune connexion entre le monde d’en haut et celui d’en bas. Cela conduit à l’assèchement de la pensée. Malheureusement, pour l’heure, la France « d’en haut » est encore dans ce mode de fonctionnement, très pratique pour ne jamais mettre les vraies questions sur la table. Cette posture applique la règle suivante : « Ceux qui votent pour le FN sont fascistes. Les classes populaires votent FN, donc, elles sont fascistes. Et comme on ne parle pas aux fascistes, on ne parle pas aux classes populaires. » Fermez le ban ! Si on assiste réellement à l’émergence de ces deux blocs, les gens « d’en bas » considéreraient enfin que l’Assemblée nationale travaille pour eux. Ils auraient envie d’élire des majorités qui vont les représenter, disposer de ministres qui défendent leurs intérêts… Cette recomposition, les partis politiques n’ont pas voulu l’entreprendre, alors que le corps électoral l’attendait depuis des années. Christophe Guilluy
J’avais l’impression qu’il [Nicolas Sarkozy] avait déjà cette géographie sociale bien en tête. Comme s’il savait que cette France populaire, qui l’avait élu en 2007, allait être une nouvelle fois l’enjeu de cette présidentielle. (…) Je ne pense pas que le qualificatif de droitisation soit pertinent. Pour cette France-là, on est arrivé à la fin de la bipolarisation droite-gauche. Par exemple, en matière d’immigration, tout le monde pense grosso modo la même chose, à gauche comme à droite. Quand on regarde comment se comportent les Français – là où ils vont vivre, là où ils souhaitent scolariser leurs enfants -, on s’aperçoit que tout le monde évolue dans une même logique. Ce qui change, c’est le discours de justification de ses actes… Par ailleurs, cette France populaire reste très attachée à l’Etat providence, aux services publics, à la laïcité, aux thématiques traditionnelles de la gauche. (…) Ce qui définit cette classe qui se sent menacée de déclassement, c’est son incapacité à ériger des frontières symboliques avec un monde qu’elle juge menaçant. Le bobo de Belleville, qui habite en plein cœur d’un quartier très métissé, peut résider dans un immeuble de lofts, socialement homogène, et contourner la carte scolaire. Les prolétaires de la Picardie, eux, n’ont pas les moyens d’ériger ce type de frontière invisible. C’est pour ça que cette classe populaire exprime aujourd’hui une demande d’Etat fort et de protectionnisme. La question sociale est centrale pour elle, à la condition qu’elle se combine avec une question d’ordre culturel. (…) Sur ces questions culturelles et identitaires, la gauche tient un discours peu clair. Car elle a la trouille de dire les choses. Je pense qu’on vit désormais dans une société multiculturelle sans oser le dire. Pour la première fois dans notre histoire, dans certains espaces, se pose la question d’appartenir à une majorité ou à une minorité relative. C’est ce que révèle l’épisode sur la viande halal : au-delà la question de l’étiquetage, le sentiment diffus de pouvoir devenir, sans le savoir, minoritaire, est très présent. (…) C’est compliqué pour [François Hollande] car il ne faut pas désespérer «Boboland», c’est-à-dire ces classes intellectuelles et supérieures qui vivent en centre-ville, profitent des bienfaits de la mondialisation et votent en majorité pour la gauche. Je dis cela sans mépris. C’est une réalité sociologique importante pour la gauche. Il est difficile de tenir un discours pour cette France des centres-ville et celle rejetée à la périphérie. Un exemple : le protectionnisme européen. François Hollande avait la possibilité de reprendre à son compte les thèses qu’Arnaud Montebourg avait développées pendant la primaire. Mais aujourd’hui depuis le discours de Villepinte de Nicolas Sarkozy, je pense que c’est trop tard. Christophe Guilluy
On brode beaucoup sur la non intégration des jeunes de banlieue. En réalité, ils sont totalement intégrés culturellement. Leur culture, comme le rap, sert de référence à toute la jeunesse. Ils sont bien sûr confrontés à de nombreux problèmes mais sont dans une logique d’intégration culturelle à la société monde. Les jeunes ruraux, dont les loisirs se résument souvent à la bagnole, le foot et l’alcool, vivent dans une marginalité culturelle. En feignant de croire que l’immigration ne participe pas à la déstructuration des plus modestes (Français ou immigrés), la gauche accentue la fracture qui la sépare des catégories populaires. Fracture d’autant plus forte qu’une partie de la gauche continue d’associer cette France précarisée qui demande à être protégée de la mondialisation et de l’immigration à la « France raciste ». Dans le même temps, presque malgré elle, la gauche est de plus en plus plébiscitée par une « autre France », celle des grands centres urbains les plus actifs, les plus riches et les mieux intégrés à l’économie-monde ; sur ces territoires où se retrouvent les extrêmes de l’éventail social (du bobo à l’immigré), la mondialisation est une bénédiction. Christophe Guilluy
En 2012, la participation frôle les 80 %, ce qui est important. Si elle est de 4 points inférieure à celle de 2007, elle est très supérieure à ce que les instituts de sondage prévoyaient : un effondrement proche de 10 points ! A mon sens, on doit y voir la très forte mobilisation de la gauche dans son rejet du sarkozysme. L’autre manifestation de cette colère à l’égard du président sortant s’est traduite par une plus faible participation des villes où Nicolas Sarkozy avait fait le plein en 2007. Typiquement, le retraité qui a voté pour le candidat UMP, il y a cinq ans, s’est abstenu au premier tour cette fois-ci. Ce qui laisse une certaine marge de progression pour le convaincre de se déplacer au second tour. En revanche, François Hollande semble ne disposer que de peu de réserve parmi les abstentionnistes du premier tour. (…)  Si l’on met l’accent sur sa deuxième place, on pourrait conclure à un échec par rapport aux présidents sortants tous arrivés en tête. Seulement, en 2002, Jacques Chirac, dont le bilan est jugé comme inexistant, a certes respecté la règle en s’offrant la première marche du podium, mais en ne captant que moins de 20% des voix. Aussi dire que la stratégie Buisson, ou plutôt Buisson-Guaino a échoué, est-il, à mon sens une erreur d’analyse. Christophe Guilluy
Il serait temps de comprendre que les millions de Français qui votent pour le FN ne veulent pas moins mais plus de République. Ils ont tort ? Admettons. Mais était-ce républicain de construire une Europe dans laquelle les décisions échappent largement aux élus du peuple ? Était-ce républicain d’inventer, au nom d’une conception mécanique de l’égalité, le collège unique dont la grande œuvre aura été de tirer les bons élèves vers le bas plutôt que les mauvais vers le haut ? Était-ce républicain de tergiverser pendant vingt ans avant d’interdire les signes religieux à l’école ? Était-ce républicain d’encourager l’idéologie de la repentance qui légitime la détestation de la France ? Était-ce républicain de prôner l’ouverture à tous les vents de la mondialisation, qu’elle fût économique ou culturelle ? Était-ce républicain de décréter que dans les écoles de Strasbourg on servirait “de la viande halal par respect pour la diversité, mais pas de poisson le vendredi par respect pour la laïcité” — impayable logique du maire socialiste de la ville ? Était-ce républicain de minimiser l’antisémitisme et le sexisme qui sévissaient et sévissent encore dans les “territoires perdus de la République” au motif que ceux qui les propageaient étaient victimes de l’exclusion sociale ? Était-ce républicain de traiter de salauds, de cons ou de fachos les électeurs qui, lassés d’être les cocus de la mondialisation, se sont tournés vers le FN ? Ou étaient-ils, durant toutes ces années, tous ces Républicains sourcilleux qui affichent aujourd’hui leurs âmes pures et leurs mains blanches ? Peut-être serait-il naïf ou imprudent de décerner à Marine Le Pen un brevet de vertu républicaine. En attendant, si la République semble aujourd’hui si mal en point, elle n’en est pas, loin s’en faut, la première responsable. Elisabeth Lévy
Marine Le Pen aurait pu être la porte-parole du parti de l’inquiétude, elle aurait pu faire venir sur le plateau l’humeur de cette partie du pays qui voit sa disparition programmée et s’en désole. Elle aurait pu évoquer le séparatisme islamiste et l’immense tâche qui nous attend consistant à convaincre des dizaines, peut-être des centaines, de milliers de jeunes Français de l’excellence de leur pays, de ses arts, ses armes et ses lois. Or, du début à la fin, elle a paru retourner à son adversaire le procès en légitimité dont elle est sans cesse l’objet. Incapable de lui concéder le moindre point, autant que de lui opposer une véritable vision, elle a ânonné des mots-clefs comme « UOIF » et « banquier », croyant sans doute que cela suffirait à faire pleuvoir les votes, ce qui laisse penser qu’elle tient ses électeurs en piètre estime. Les insinuations sur l’argent de son adversaire, sa façon de dire à demi-mot au téléspectateur « si vous êtes dans la mouise, c’est parce que lui et ses amis se goinfrent », m’ont rappelé les heures sombres de l’affaire Fillon, quand des journalistes répétaient en boucle le même appel au ressentiment. L’autre France, celle qui n’a pas envie de l’avenir mondialisé et multiculti qu’on lui promet, mérite mieux que ce populisme ras des pâquerettes. (…) On n’est pas obligé, cependant, de hurler avec les bisounours. Quoi que répètent fiévreusement ceux qui adorent voler au secours des victoires, un faux pas, même de taille, ne suffit pas à faire de Marine Le Pen quelqu’un d’infréquentable. À la différence de l’intégralité de mes confrères qui se frottent les mains sur l’air de « je vous l’avais bien dit ! », je ne suis pas sûre qu’elle ait « montré son vrai visage ». L’ayant interviewée à plusieurs reprises, nous avons eu avec elles des engueulades homériques : jamais je ne l’ai vue, dans ces circonstances, faire preuve de la mauvaise foi fielleuse qu’elle a opposée à son adversaire – et je ne lui avais jamais vu, même sur un plateau, ce masque sarcastique. Avait-elle en quelque sorte intégré sa propre illégitimité, a-t-elle été mal conseillée par son cher Florian Philippot ou était-elle décidément très mal préparée à la fonction qu’elle briguait ? Toujours est-il qu’elle a raté son rendez-vous avec le peuple français. (…) Il faudra bien résoudre un jour ce petit problème de logique : il existe chez nous un parti que les tribunaux ne peuvent pas interdire, qui a le droit de se présenter aux élections, mais les électeurs n’ont pas le droit de voter pour lui et ses dirigeants n’ont pas le droit de gagner. Ce qui, on en conviendra, est assez pratique pour ceux qui l’affrontent en duel. On me dit qu’il respecte le cadre de la République, mais pas ses fameuses valeurs. Sauf que, pardon, qui est arbitre des valeurs, Le Monde, les Inrocks, Jacques Attali ? N’est-ce pas une façon bien commode d’exclure de la compétition ceux qui vous déplaisent ? Je ne me résous pas à vivre dans un monde où il y a une seule politique possible, un seul vote raisonnable et un seul point de vue acceptable. (…) Post Scriptum : je viens d’entendre un bout de la chronique de François Morel, l’un des papes du comico-conformisme sur France Inter. Il comparait – ou assimilait je ne sais – Marine Le Pen à une primate: Taubira, c’était dégueulasse; mais pour une Le Pen, c’est normal. Digne conclusion de la quinzaine de la haine (et de l’antifascisme nigaud) que nous a offerte la radio publique. Elisabeth Lévy
J’ai suivi cette campagne avec un sentiment de malaise franchement (…) qui s’est peu à peu transformé en honte.  (…) Malaise parce que la deuxième France, dont vous parlez, la France qui est périphérique, qui hésite entre Marine Le Pen et rien,  je me suis rendu compte que je ne la comprenais pas, que je ne la voyais pas, que j’avais perdu le contact. Et ça, quand on veut écrire des romans, je trouve que c’est une faute professionnelle assez lourde.  (….) Parce que je ne la vois plus, je fais partie de l’élite mondialisée, maintenant. (…) Et pourtant, je viens de cette France. (…) Elle habite pas dans les mêmes quartiers que moi. Elle habite pas à Paris. A Paris, Le Pen n’existe pas. Elle habite dans des zones périphériques décrites par Christophe Guilluy. Des zones mal connues. (…) Mais le fait est que j’ai perdu le contact. (…) Non, je la comprends pas suffisamment, je veux dire, je pourrais pas écrire dessus. C’est ça qui me gêne, c’est pour ça que suis mal à l’aise. (…) Non, je suis pas dans la même situation. Moi, je ne crois pas au vote idéologique, je crois au vote de classe. Bien que le mot est démodé. Il y a une classe qui vote Le Pen, une classe qui vote Macron, une classe qui vote Fillon. Facilement identifiables et on le voit tout de suite. Et que je le veuille ou non, je fais partie de la France qui vote Macron. Parce que je suis trop riche pour voter Le Pen ou Mélenchon. Et parce que je suis pas un hériter, donc je suis pas la classe qui vote Fillon. (…) Ce qui est apparu et qui est très surprenant – alors, ça, c’est vraiment un phénomène imprévu – c’est un véritable parti confessionnel, précisément catholique. Dans tout ce que j’ai suivi – et, je vous dis, j’ai tout suivi  – Jean-Frédéric Poisson était quand même le plus étonnant. (…) Une espèce d’impavidité et une défense des valeurs catholiques qui est inhabituelle pour un parti politique. (….) Ca m’a interloqué parce que je croyais le catholicisme mourant. (…) [Macron] L’axe de sa  campagne, j’ai l’impression que c’est une espèce de thérapie de groupe pour convertir les Français à l’optimisme. Michel Houellebecq
Leçon numéro 1. Le sacrifice de François Fillon, unique objet du premier tour, est complètement raté. Certes, sa candidature a été tuée, mais les électeurs ne sont pas en phase avec les sacrificateurs. Or, l’immolation est faite pour construire du consensus, pour détendre tout le monde, et le bourreau est supposé être l’artisan de la justice. Dans le cas de Fillon, l’exécution a exaspéré la méfiance à l’égard des gouvernants, de la justice, des médias, et de ses adversaires politiques. Au lieu de les libérer, le sacrifice a exaspéré les tensions. Leçon numéro 2. Le sacrifice de Marine Le Pen, objet unique du second tour, est non moins raté. Certes, elle ne gagnera très probablement pas, car une partie des électeurs est encore en faveur de l’ancienne liturgie dans laquelle un Front Républicain fait barrage au Mal, mais le doute a gagné les partisans du Bien – doute qui s’exprime dans l’abstention ou tout simplement dans le peu de conviction avec laquelle la « diabolisation » s’exprime – et les partisans du Mal deviennent de plus en plus décontractés, de moins en moins concernés par l’injonction morale, l’admonestation solennelle, l’argument d’autorité « antifa ». Leçon numéro 3. Donc, la victoire de Macron apparaîtra comme le résultat d’un double sacrifice raté. On le regardera comme une sorte d’importun, voire d’imposteur, qui n’aura pas réussi à transformer sa victoire sur les autres en victoire pour tout le pays. Il ne sera pas élu, il sera placé premier. Et nul doute que tout le monde réclamera la vidéo car le match a été scandaleusement arbitré. Leçon numéro 4. Nous avions bien compris, et toute la campagne l’a montré : le monde de Macron, c’est le hub France, avec ce raffinement de cruauté qu’il est en plus drogué à la dépense publique. Le hub France, c’est l’aéroport de Roissy. Au premier étage, une entrée réservée et discrète : dans des fauteuils cools, des dirigeants zens s’envoient un whisky japonais pas pingre en discutant avec leur private banker sur Internet. Au rez-de-chaussée, des cadres moyens sirotent de la bière et grignotent des cacahouètes dans un confort relatif, en gérant leur crédit revolving sur leur application bancaire de masse. Au sous-sol, les bagagistes payés au lance-pierre n’ont d’autre choix que le fondamentalisme (anti-immigré ou musulman) ou le vote Mélenchon. Faute de leur avoir enseigné La Fontaine et leur avoir donné des perspectives décentes, difficile de leur en vouloir, même s’il faut les dominer. Personne ne veut de ce monde-là. Nous allons voter pour. Le masochisme est officiellement devenu une catégorie de la pensée citoyenne. Ça faisait longtemps que ça couvait, ont noté les meilleurs observateurs. Leçon numéro 5. Il y a plus : sur le plan de la politique économique, Macron, c’est la double peine : le socialisme en grand et le libéralisme en roue libre. L’Etat local hypertrophié entièrement au service de la mondialisation, c’est-à-dire de la séparation des pauvres et des riches à l’échelle planétaire, comme elle déjà eu lieu à l’échelle urbaine, et entre les villes et les campagnes. Des entraves étatiques partout, obsédantes, au service de la libération des forces du marché, c’est-à-dire de la cupidité décomplexée. Le pire de la bourgeoisie, le pire de la bureaucratie. Le Français contemporain doit s’habituer à avoir deux maîtres : l’inquisition de la cupidité et l’inquisition administrative. Comme tout le monde ne peut pas avoir un parcours d’inspecteur des finances, élite pointue qui peut avoir une carrière de double inquisiteur, très peu gagneront dans ce monde. Gageons que sur les 250 000 marcheurs que revendique le mouvement d’Emmanuel Macron, à peine mille verront leur avenir s’éclaircir. Aux yeux des Français, Macron peut passer en six mois pour un uber gandin au centre d’une cour de gastéropodes liberticides, valets de l’esprit ploutocratique. Leçon numéro 6. Ce n’est pas parce qu’il est devenu à peu près normal que le FN est devenu intelligent. Sa fonction était de transformer la colère et la méchanceté irréfléchies en proposition politique pour lutter contre leurs racines même : l’ignorance, l’oisiveté démunie, le sentiment d’avoir été abandonnés par les dirigeants de la communauté nationale, la fierté blessée, l’humiliation de l’expulsé, l’angoisse du déracinement, la morsure du mépris. Le FN a beau dire qu’avec la bénédiction de Nicolas Dupont-Aignan, il a opéré la jonction des républicains et des patriotes, il y a des trous dans la raquette républicaine et des trous dans la raquette patriotique. Des trous dans la raquette républicaine, car son programme est marqué par une sorte de naïveté restauratrice – c’était mieux avant, retournons-y -, par la préférence pour une pédagogie punitive, et par l’absence de stratégie globale tant sur le plan européen que sur le plan économique, qui sont à pleurer. Sa conception de la République est celle d’un colonel d’infanterie en 1950. Respectable, mais l’expérience du monde réel et l’imagination véritablement constructive sont ailleurs. Et des trous dans la raquette patriotique, car, quand bien même le mot de souverainisme met d’accord les patriotes et les nationalistes, la ligne de fracture en ces deux sensibilités persiste, et reste lourde de malentendus, de querelles, de conflits. J’appelle patriotique le sentiment que la patrie doit être respectée et aimée comme l’espace qui nous vient du temps, si je puis dire, et dans lequel la communauté s’organise solidairement pour continuer son histoire ; j’appelle nationaliste ce sentiment d’exaltation qui nous vient des batailles, de la culture de la guerre, et qui nous porte à préférer la France à tout, y compris à la réflexion et à la sympathie. La difficulté qu’a le FN à se débarrasser des hibernatus maurrassiens qui se nourrissent à sa racine belliqueuse est le signe malheureux de son incapacité à distinguer les deux, et à en tirer les conséquences politiques. Il va falloir choisir entre la psychologie de la guerre et celle de la paix, quand on parle de la France. Marin de Viry
On a le sentiment d’un monde parisiano-parisien qui joue un jeu légèrement autiste. Celui de se rassurer. Celui des postures… Un monde qui regarde la France depuis son piédestal, la tête dans les nuages, dans la ouate rassurante de l’entre-soi du VIe arrondissement, et qui refuse d’être à l’écoute du peuple, qui est, soit dit en passant, souvent son public… et qui donnera vraisemblablement dimanche un score supérieur à 40% à la candidate du FN. En faisant pourtant un effort simple cette élite aurait certainement pu approcher et interroger les origines du mal, les racines du vote extrémiste – dans un contexte de crise économique interminable, de promesses non tenues de redressement de la courbe du chômage, et de pays sous tension, gangréné par la montée des fondamentalismes, le terrorisme qui est un cancer de ce siècle, et des violences quotidiennes. Mais pour comprendre ça, cette caste aurait peut-être dû faire l’effort de sortir la tête de sa poubelle dorée. Cette élite qui cherche encore à faire l’opinion, qui a le monopole de la parole public, qui possède les médias, quand elle n’est pas possédée par eux… Ce week-end, dans le cadre de la manifestation traditionnelle du 1er mai, en fin de cortège, les forces de l’ordre ont été l’objet d’attaques violentes de la part de casseurs et des membres des « Black Blocs », prétendument antifascistes. Frappé par un cocktail Molotov, un CRS d’une quarantaine d’années s’est transformé en torche humaine. L’image a fait le tour du monde, et notamment la Une du New-York Times. Elle semble avoir un peu moins passionné la presse française. L’homme est dans un état grave, brûlé au troisième degré. Où étaient, ces derniers jours, les pétitionnaires qui réclamaient encore il y a peu « justice pour Théo », et propageaient de manière irresponsable l’idée d’une police en guerre totale contre les jeunes-des-quartiers© ? Où étaient-ils pour dénoncer cette image – qui aura certainement plus d’impact que la plupart des discours, des débats, et des mises en garde pontifiantes sur le vote de dimanche ? Et ce n’est là qu’un exemple. Et dans la France macronienne hors-sol qui s’annonce, le ressentiment qui nourrit le vote extrême ne peut que prospérer. Dans la France de Macron, que l’on entrevoit dans son programme et ses discours, son effervescence de mots vides et de phrases creuses ; son charabia managérial ; La France « Start-up nation » ; la France de l’ubérisation ; la France qui fait (quoi ?) ; la France qui ose (quoi ?) ; quelle place pour l’autre France ? Celle que l’on a appelé « périphérique », qui souffre, qui est déclassée et se sent trahie ? Contre la montée en puissance de ce ressentiment, la farandole antifasciste, les cocktails dinatoires au théâtre du Rond-Point et les imprécations médiatiques n’auront aucun impact. Et ne feront même que renforcer ce sentiment d’humiliation. Continuons sur ce ton et nous aurons vraiment le Front national au pouvoir en 2022. Et, comme le rajoutait en plaisantant un ami, certainement Hans Gruber en 2027… François-Xavier Ajavon
Ce qui m’a frappé dans les débats des dernières années, c’est la difficulté avec lesquels ils sont parvenus à émerger. Car les plus importants d’entre eux portent précisément sur les sujets dont le «Parti des médias» – pour reprendre l’expression créée par Marcel Gauchet – tente d’empêcher l’évocation… Il y a comme ça, à chaque époque, des problèmes vitaux qui forment comme un angle mort du débat public. Ce sont précisément ceux qui vont décider de l’avenir. (…) Aujourd’hui, l’histoire est à nouveau en phase d’accélération brutale et le défi qui nous est lancé par l’islamisme politique, entré en phase de conquête du monde, est redoutable. Mais le Parti des médias, aveuglé par ses bons sentiments, préfère nous abreuver de petites nouvelles insignifiantes, d’une part, de ses grandes indignations, de l’autre. (…) chaque fois que le discours lénifiant sur le «vivre-ensemble» est contredit par des faits, ceux-ci font l’objet d’un remontage. Combien d’attentats islamistes ont été requalifiés en «actes commis par un déséquilibré»? Ou alors, on organise à la hâte une diversion. (…) Sur tous les plans, on se rapproche de la vérité en marchant en crabe. Ça ne facilite pas le règlement des problèmes. (…) Ayant vécu une partie de mon adolescence au Liban, repris des études à Oxford à 42 ans, enseigné trois ans en Pologne, beaucoup bourlingué en Europe, du Nord au Sud et d’Est en Ouest, j’avais fait mienne l’idée d’Attali selon laquelle les nations étaient en train de devenir des hôtels où l’on pose provisoirement ses valises, en prenant pour critère le rapport qualité/prix. En s’attaquant aux Juifs, comme l’ont fait Merah et Coulibaly, à un symbole de l’esprit de ma génération, comme Charlie, les infiltrés du djihad, cette cinquième colonne islamiste, m’ont «rendu la France», comme disait Aragon. Poète communiste, il a tourné patriote lors de l’occupation, après avoir longtemps conspué le drapeau et la Marseillaise. (…) L’hégémonie intellectuelle est toujours détenue par «presse qui pense», même si elle a de moins en moins de lecteurs: Télérama, Les Inrocks, Le Nouvel Obs, Libé, etc. C’est elle qui donne le ton, décerne des brevets et censure ce qu’ils appellent les «dérapages». Ces contestataires professionnels sont étonnés et furieux d’être à leur tour contestés. C’est que l’espèce de bouillie intellectuelle, ce néo-marxisme rudimentaire à base de slogans creux qui leur sert de pensée s’est fracassé sur la réalité sociale. Souvent demeurés intellectuellement dans les années 1960/70 (Derrida, Foucault, etc.), ils s’acharnent à «transgresser», à «renverser des tabous», alors qu’il n’y a plus, en face, que le vide. Ils rejouent éternellement la scène originelle de 68, alors qu’on a radicalement changé d’époque. C’est pourquoi les gens qui pensent juste ont opéré, depuis le début de notre XXI° siècle, ce retour à Camus, à Arendt, à Orwell – qui n’étaient certes pas des penseurs «réactionnaires». «Empêcher que le monde ne se défasse», comme disait Camus. Et ne pas pousser la tolérance à l’absurde, en prétendant tolérer la barbarie. Ne pas justifier l’inacceptable au nom du relativisme des valeurs. (…) lorsque je me retrouve devant mon ordinateur, avec un article à écrire, je pense: comment Christopher Hitchens tournerait-il ça? Orwellien lui aussi, «Hitch» savait comme personne mettre le doigt sur l’hypocrisie, la mauvaise foi, le double standard moral. Et c’était un esprit absolument libre. Un véritable voltairien de la fin du XX° siècle. Il n’a aucun équivalent en français, mais quelques héritiers en Angleterre, comme Nick Cohen. (…) Les dirigeants de l’UE ont refusé à l’Europe toute identité, toute substance, toute limite géographique: ils ont créé une coquille vide, un ensemble flou dans lesquels les citoyens ne reconnaissent pas. Comment s’étonner que ceux-ci se réfugient dans leurs États-nations. Au moins, pensent-ils, on en contrôle les dirigeants en les remplaçant lorsqu’ils prennent de mauvaises décisions. Et on peut en défendre les frontières, ce que l’UE refuse de faire, face à une crise migratoire qui va s’aggraver. (…) il y a aussi quelque chose de positif dans ce que les élites baptisent «populisme»: les simples gens ont parfois une vision plus juste que des dirigeants vivant hors-sol, dans l’ignorance des vrais problèmes de la population. Brice Couturier
J’admire la campagne qu’Emmanuel Macron a menée. Il a défendu les valeurs libérales. (…) Il s’adresse aux espoirs des gens et non à leurs peurs. Barack Hussein Obama
On vous demande une carte blanche, et vous salissez l’adversaire, et vous proférez des mensonges. Votre projet, c’est de salir, c’est de mener une campagne de falsifications, de vivre de la peur et des mensonges. La France que je veux vaut beaucoup mieux que ça. Il faut sortir d’un système qui vous a coproduit. Vous en vivez. Vous êtes son parasite. Emmanuel Macron
Notre culture, ça ne peut plus être une assignation à résidence. Il n’y aurait pas la culture des uns et la culture des autres, il n’y aurait pas cette formidable richesse française, qui est là, dont on devrait nier une partie, il n’y a d’ailleurs pas une culture française, il y a une culture en France, elle est diverse, elle est multiple. Et je ne veux pas sortir du champ de cette culture, certains auteurs ou certains musiciens ou certains artistes, sous prétexte qu’ils viendraient d’ailleurs. Emmanuel Macron
Le débat de l’entre-deux-tours a précipité la décision de Marion Maréchal-Le Pen de prendre du champ. Elle l’a jugé « catastrophique » et ruineux pour l’image présidentiable de Marine Le Pen. Elle se met en réserve du parti, en attente d’une occasion pour prendre sa part dans les recompositions politiques qui toucheront le FN, lui aussi. (…) Selon nos informations, non seulement la jeune femme et bientôt ex-députée se place en réserve de la politique, mais elle se tient de surcroît prête à jouer un rôle dans la grande recomposition politique à l’œuvre aujourd’hui, qui immanquablement touchera le FN. Aucun calendrier n’est fixé et ses intentions de rejoindre le monde de l’entreprise réelles – plusieurs grands groupes l’auraient d’ailleurs approchée. Mais depuis plusieurs mois déjà, des signaux lui sont envoyés par des élus LR qui rêvent de la création d’un grand parti clairement positionné à droite dans lequel la petite-fille de Jean-Marie Le Pen aurait toute sa place. Il semblerait que la jeune femme ne soit pas totalement indifférente à ces sollicitations. D’autant qu’à la différence de bien d’autres personnalités du FN, elle a su se tenir à l’écart des affaires financières du parti, la mettant à l’abri des éclaboussures inévitables consécutives aux poursuites judiciaires. « Elle est la seule à n’avoir pas souscrit aux crédits obligatoires du micro-parti Jeanne lors des élections régionales », rappelle fort à propos une élue de la région PACA. (…) Mais personne n’ignorait ses désaccords stratégiques avec le vice-président Florian Philippot et la direction de campagne emmenée par David Rachline, maire de Fréjus. Pour elle, le dogme de la sortie de l’euro devait être dépassé, et de ce point de vue, l’alliance avec Nicolas Dupont-Aignan lui était apparue comme une chance historique de rassemblement d’une partie de la droite autour du FN. « Dommage que cette alliance ne soit pas allée plus loin qu’une place de vedette américaine offerte à Dupont-Aignan lors du meeting de Villepinte », aurait-elle confié à ses proches.  (…) Personne n’imaginait une position aussi radicale, même si certains la redoutaient. Car chacun connaît l’étendue de la popularité de la plus jeune députée de France. Bien plus qu’un long et épuisant combat d’opposition interne en vue du prochain congrès prévu pour l’hiver prochain, Marion Maréchal a choisi le clash et l’effet de sidération. Ne restait qu’à l’habiller de raisons personnelles, réelles, pour éviter l’affrontement public. Mais le message est clair, son onde de choc n’est pas près de se dissoudre, les échanges que nous avons eus avec quelques élus importants ne laissent place à aucun doute. Marianne
Pour sûr, la politique a pris un coup de vieux. L’élection d’Emmanuel Macron, 39 ans, 66,10 % des voix, est aussi la victoire de son mouvement, En marche !, qui ringardise les partis. (…) Toutefois, sa « révolution démocratique » n’est qu’un mot creux ; un trompe-l’œil. L’immuable idéologie conformiste, technicienne et élitiste, reste son soutien. (…) C’est le « casse du siècle » que le cerveau d’En marche ! a commis sous les vivats de la gauche. L’Élysée n’a pu étouffer ses applaudissements, dimanche soir. Lundi, lors de la célébration de la capitulation allemande, François Hollande a affiché son paternalisme avec celui qui l’accompagnait dans ses premiers pas présidentiels. Catherine Barbaroux, membre du PS dès les années 1970, a pris la présidence d’En marche ! Croiser les sourires de la plupart des socialistes de cœur confirme le tour de passe-passe : la gauche éreintée a réussi l’exploit de se maintenir au pouvoir en rajeunissant la façade et en criant à la menace fasciste. Non content d’avoir participé à la suspicion sans preuve contre François Fillon et à l’immature hystérie contre Le Pen, le stratège inspiré espère l’explosion des Républicains en faisant miroiter des places aux gourmands. Faut-il le rappeler aux étourdis et aux dormeurs ? Le 7 mai 2017, la France a confirmé le choix, dissimulé par le flou, d’une rupture dans son modèle de civilisation. Le projet de Macron pour la France, approuvé par 20,4 millions d’électeurs, porte en lui la disparition de la nation assimilatrice, une et indivisible, au profit d’un « Hexagone » vu comme un « open space » où les minorités seront protégées par des discriminations positives et où la quête de visibilité de l’islam politique sera laissée en paix. 92 % des Français musulmans ont voté Macron, contre 62 % des catholiques. Celui qui chante La Marseillaise la main sur le cœur, comme aux États-Unis, a été félicité par Barack Obama et le Canadien Justin Trudeau, symboles de la cause postnationale, c’est-à-dire des sociétés ouvertes à la mondialisation et au multiculturalisme. Or ces deux causes sont au cœur de la crise identitaire, oubliée au profit de diversions sur la moralité de Fillon ou de Le Pen. Il y a de la farce démocratique dans ce hold-up électoral où les enjeux existentiels n’auront jamais été abordés par le vainqueur. Est-ce pour les avoir évoqués que Manuel Valls subit les humiliations des Macron’s boys ? La foule qui a applaudi l’élu, dimanche au pied de la pyramide du Louvre, partage probablement sa lassitude de l’État- nation, appelé à se diluer dans un monde où l’étranger ne se différencie plus du citoyen. Cette vision est celle de la pensée dominante, qui a grimé en affreux ceux qui parlaient de souveraineté et de limites. Cependant, 60 % des électeurs de Macron ont fait un choix par défaut pour s’opposer à Le Pen, qui a tout de même recueilli 10,5 millions de voix. De surcroît, 16,1 millions ont choisi l’abstention et le vote blanc ou nul, tournant le dos aux ordres d’abattre l’ennemi intérieur. Le socle électoral du président est donc fragile. Certes, sa victoire l’autorise à tout. Pour autant, il n’a pas reçu de blanc-seing pour disloquer un peu plus la France malade, au nom d’un optimisme insouciant. Des Français seront là pour le lui rappeler. Reste que Marine Le Pen n’a pas été à la hauteur de sa mission, qui était de représenter les oubliés de la mondialisation et les inquiets du libéralisme libertarien. (..) Sa confrontation télévisée du 3 mai, jugée vulgaire et désastreuse, est une des causes de son effondrement. L’immigration n’y a même pas été abordée. La diabolisation du FN a pu aussi effrayer plus d’un esprit perméable aux prêches du moralisme. Cependant, c’est bien sa stratégie d’ouverture à la gauche extrême qui a été incomprise. (…) La décision de Marion Maréchal-Le Pen, 27 ans, de se retirer du FN, mercredi, pour rejoindre la vie réelle, n’est pas motivée par son seul désir de se consacrer à sa petite fille. C’est un univers borné de branquignols adeptes de « fake news » (fausses nouvelles) et d’idées économiquement mal ficelées que l’élue a aussi choisi de quitter. (…) Si En marche ! a su fédérer la classe privilégiée des mondialistes (diplômés, urbains, riches), mise au service du seul pouvoir personnel de son leader narcissique, il reste à mobiliser ceux qui, en face, pourraient se reconnaître dans un conservatisme libéral et social. L’introuvable union des droites pourrait enfin voir là son issue. Ceux qui espéraient voir les Français en colère rejeter la tyrannie du politiquement correct, qui oblige à marcher les yeux grands fermés, ont perdu en beauté. La victoire de Macron conforte courtisans et médias. Tous ont défendu sa vision du monde, angélique mais fausse, au prix d’une infantilisation des peurs contre un « populisme » forcément nauséabond. Malheur aux vaincus ! Ivan Rioufol
Ce n’est pas seulement en revenant à un chômage minimum qu’on résoudra le malaise français. Il y a aussi des questions culturelles (« d’identité », de « vivre-ensemble », de « collectif », appelons-les comme on veut) qui se posent avec acuité. Malheureusement, elles sont souvent écartées d’un revers de la main dans le débat public, ce qui interdit à la fois d’y réfléchir et d’y répondre. (…) L’une des clés d’analyse, mais surement pas la seule, est qu’une partie de la population occidentale – pas seulement française ! – a l’impression que sa vie lui échappe, qu’elle ne contrôle plus rien, qu’elle subit ; et qu’à l’inverse, une autre partie profite pleinement et de manière injuste du monde et de ses opportunités. D’une certaine manière, la colère contre les inégalités (d’un Occupy Wall Street, Podemos et France Insoumise) rejoint le malaise identitaire (exprimé par Donald Trump ou le Front national) : l’un et l’autre expriment une demande d’unité, de cohésion identitaire et/ou sociale. Le test de l’ »insécurité sociale » est simple: voir si on appelle extrême la tradition. Sans jugement de valeur. Dire que la société doit s’ordonner librement autour/pour des personnes françaises, nées d’un père et d’une mère également considérés et mariés, et justement rémunérées pour le travail que doit leur ménager fraternellement la société est en général la définition du centrisme. C’est aujourd’hui ce qui est qualifié d’extrême, laissant au « nouveau centre » la source de l’insécurité sociale. Lorsqu’on en reviendra à dire que MLP est centre-droit et Mélanchon centre-gauche on comprendra sans doute mieux la pensée de la multitude déstabilisée face à celle de l’élite déracinée.. Cette impression d’abandon est cruciale et motive une demande de reconnaissance multiple : les citoyens concernés veulent « simplement » qu’on admette que leur mode de vie est aussi valable que les autres, que leur attachement à certaines traditions n’est pas méprisable, que leur vision du travail, notamment industriel, n’est pas une ineptie. Or, tout un discours politique décrit un sens unique du progrès intellectuel et moral, et désigne comme des arriérés voire des coupables ceux qui, pour une raison ou une autre, y résistent. Erwan Le Noan
Aujourd’hui le clivage droite/gauche n’est plus idéologique, mais philosophique et moral. (…) Quoiqu’ils en disent, les programmes respectifs de Nicolas Sarkozy et de François Hollande ne sont pas si éloignés que cela. L’époque où la droite et la gauche proposaient deux types de sociétés diamétralement opposées est révolue. Pour des raisons de fond, qu’on analysera pas ici, mais aussi pour des motifs plus conjoncturels: les caisses de l’Etat sont vides, les marges de manœuvre fort étroites, nombre de décisions ne se prennent plus à Paris mais à Bruxelles, et la mondialisation est passée par là. Est-ce à dire pour autant qu’il n’y a plus de droite ni de gauche? La réponse est clairement non. S’il est vrai que le libéralisme social de la droite (classique) et le socialisme libéral de la gauche (réformiste) se rejoignent aujourd’hui sur l’essentiel, on voit bien, à travers la personnalité et le style de leurs deux candidats, qu’il y a derrière deux visions du monde, de l’homme et de la société. Qui renvoient à des valeurs bien distinctes. Hervé Bentégeat
Le problème, c’est que cette droite, bien que majoritaire, continue d’être paralysée par la malédiction politico-morale pesant sur la prétendue « extrême droite ». Le fait que le programme de cette dernière ressemble comme deux gouttes d’eau à celui du RPR des années 80, que ses valeurs et ses références soient empruntées pour l’essentiel au général De Gaulle, que son leader, née 24 ans après la Libération, soit peu suspecte d’avoir collaboré avec les nazis, le fait enfin que bon nombre de ses cadres soient issus de la mouvance chevènementiste, n’y change rien. On ne dîne pas avec le diable, même avec une grande cuillère, et même quand ce n’est pas le diable : ce qui fait qu’en définitive, on ne mange pas très souvent. Le coup de génie de Mitterrand, plus machiavélique que jamais, qui permit au Front National de prendre son essor tout en prononçant un anathème perpétuel contre toute tentative d’alliance avec lui, a fragilisé la position de la droite depuis un quart de siècle- et ouvert régulièrement les portes du pouvoir à une gauche minoritaire. Mitterrand, qui croyait aux forces de l’esprit, en rigole encore. Le piège a fonctionné bien au-delà de ses espérances – avec la complicité résignée d’une droite dite républicaine qui n’a pas voulu prendre le risque de l’alliance et n’a en outre jamais osé retourner l’argument moral contre la gauche socialiste. En n’ayant pas eu l’audace de dénoncer l’alliance du PS avec le parti qui déclarait jadis que « Staline est l’homme que nous aimons le plus », la droite perdait automatiquement le droit de juger les autres. Frédéric Rouvillois
Ce concept de « droitisation » est le plus sûr indice de la confusion mentale qui s’est emparée de certains esprits. Si la « droitisation » consiste à prendre en compte la souffrance sociale des Français les plus exposés et les plus vulnérables, c’est que les anciennes catégories politiques n’ont plus guère de sens… et que le PS est devenu – ce qui me paraît une évidence – l’expression des nouvelles classes dominantes. (…) Est-ce Nicolas Sarkozy qui se « droitise » en plaçant la maîtrise des flux migratoires au cœur de la question sociale ou la gauche qui se renie en substituant à la question sociale le combat sociétal en faveur d’un communautarisme multiculturel ? L’impensé du candidat socialiste sur l’immigration est tout sauf accidentel : il témoigne d’une contradiction à ce jour non résolue. L’idéologie du « transfrontiérisme » n’est pas celle des Français. Près de deux Français sur trois et près d’un sympathisant de gauche sur deux approuvent la proposition de Nicolas Sarkozy de réduire de moitié l’immigration légale. Le projet que porte Nicolas Sarkozy s’adresse à tout l’électorat populaire. Il est clairement le candidat d’une Europe des frontières. C’est en cela qu’il est le candidat du peuple qui souffre de l’absence de frontières et de ses conséquences en chaîne : libre-échangisme sans limites, concurrence déloyale, dumping social, délocalisation de l’emploi, déferlante migratoire. Les frontières, c’est la préoccupation des Français les plus vulnérables. Les frontières, c’est ce qui protège les plus pauvres. Les privilégiés, eux, ne comptent pas sur l’Etat pour construire des frontières. Ils n’ont eu besoin de personne pour se les acheter. Frontières spatiales et sécuritaires : ils habitent les beaux quartiers. Frontières scolaires : leurs enfants fréquentent les meilleurs établissements. Frontières sociales : leur position les met à l’abri de tous les désordres de la mondialisation et en situation d’en recueillir tous les bénéfices. Patrick Buisson
Le mépris dans lequel les tient la classe dirigeante a quelque chose de sidérant. Nos élites sont mues par une invraisemblable prolophobie dont elles n’ont parfois même pas conscience. (…) Les impensés de la gauche sur la sécurité et l’immigration témoignent d’un déni persévérant de celle-ci face à l’expression de certaines souffrances sociales. (…) Avant d’être une posture politique, le front républicain est d’abord un réflexe de classe et de caste. Patrick Buisson
En 2007, Sarkozy, c’était Bonaparte au pont d’Arcole ! Il s’est emparé de thèmes, comme l’identité nationale, que Chirac avait totalement abandonnés. Il a désenclavé la droite en agrégeant un vote populaire au vote de droite traditionnel. Comme de Gaulle en 1958 ! Le problème, c’est qu’il manquait d’hommes pour appliquer la révolution culturelle qu’il incarnait, car la droite chiraquisée s’est soumise à l’hégémonie intellectuelle de la gauche depuis des décennies, au point de perdre ses repères. Alors que l’extrême gauche infiltrait le PS et le PCF tout en maintenant une expression politique autonome grâce à ses partis et ses associations, la droite n’a pas formé ses cadres ! On ne peut pas exiger d’un homme qu’il fasse en cinq ans ce que deux ou trois générations n’ont pas pu ou n’ont pas su faire avant lui !  Patrick Buisson
On assiste à ce que j’appelle, la révolution conservatrice. C’est le mot de Napoléon à ses ministres : ‘N’ayez pas peur du peuple, il est encore plus conservateur que vous’. C’est en cela que Juppé, qui s’est fait le porte-parole de la modernité, tient un discours absolument ringard. Il ne se rend pas compte que cette révolution conservatrice est partout à l’œuvre dans la société occidentale. Fillon a fait une campagne qui, a sa manière – moins triviale, moins brutale que celle de Sarkozy -, était une campagne de transgression des tabous. Maurice Druon avait l’habitude de dire qu’en France, il y a deux partis de gauche dont l’un s’appelle la droite. C’est cette anomalie française qui est en train de prendre fin. Fillon assume une droite conservatrice. Juppé sera très probablement battu dimanche soir. Il représentait cette tradition de cette droite qui ne s’assume pas. Cette hypothèque qui pesait sur la droite est en train de sauter et c’est en cela que, dans l’histoire des idées, c’est un moment historique. Patrick Buisson (24.11.2016)
Le vote Macron est un simple désir d’appartenance sociale. Faire partie des vainqueurs. Patrick Buisson
À peine élu, notre nouveau président de la République court un mortel danger (…) les cataractes de compliments, les kilomètres de dithyrambes, les récits hagiographiques qui, depuis quelques jours, se déversent sans pitié et à flots continus sur l’infortuné chef de l’État. Ce dernier, insouciant, n’a pas l’air, pour l’instant, de prendre conscience de l’étendue de la pandémie. Il devrait pourtant se méfier, car le mal est sournois. Au début, la douche est délicieusement tiède et chatouille très agréablement l’épiderme. L’intéressé n’est, sans doute, pas tout à fait dupe du traitement flatteur qui lui est infligé. Mais, même s’il cultive une certaine méfiance envers les flagorneurs et les tient en piètre estime, il ne peut probablement pas s’empêcher de penser que ces portraits flatteurs, tout excessifs qu’ils soient, sont, après tout, en partie fondés. Ainsi va la nature humaine… Car Emmanuel Macron, n’en doutez pas, est le nouveau Richelieu de la politique, le Mozart de la finance, le Pic de la Mirandole de la culture. Il est aussi Jupiter, Chronos (grand maître des horloges en langage commun), nouveau Bonaparte, réincarnation de Clausewitz. Il marche sur les eaux du renouveau, ouvre la mer Rouge de la recomposition politique. Il met à jour la République d’Aristote en ajoutant aux trois catégories de gouvernement du philosophe grec (royauté, aristocratie, république) un objet politique novateur : le macronisme en marche. Il déroute le pèlerinage de Compostelle vers le Faubourg-Saint-Honoré. Il entame un bref service militaire juché sur un command car et les chaînes d’information continue se pâment d’admiration au spectacle de ce moderne Alexandre. L’histoire ne dit pas si, tel le roi de France après le sacre de Reims, il guérit les écrouelles, mais c’est éminemment probable. Le président Macron devrait être vigilant : on peut être asphyxié par un excès d’encens. Et après le miel vient le fiel. Il ne faut jamais perdre de vue que la roche Tarpéienne n’est pas bien éloignée du Capitole. Les sept collines de Rome sont pleines d’embûches : il convient de faire très attention où l’on met les pieds. Surtout, la vieille règle médiatique des trois « l » se vérifie souvent : d’abord on lèche, ensuite on lâche, enfin on lynche. Cela s’appelle des « séquences ». François Hollande en sait quelque chose… Pierre Beylau
Obama blanc Qui se souvient de la façon dont a été accueillie, par certains médias français, l’élection du nouveau président américain il y a maintenant plus de huit ans ?
Que n’a-t-on entendu sur la révolution douce en marche que le premier président noir allait sans aucun doute faire déferler sur une Amérique sclérosée.
Huit ans plus tard, quel résultat ? Donald TRUMP à la maison blanche ! Que nos médias bienveillants se souviennent et se méfient de ce qu’ils écrivent sur notre tout jeune et fringant président français. Ils pourraient déchanter. Mais nous avons la mémoire courte, alors… aw35
Le nouveau président, après avoir mis KO debout le Parti socialiste, est en train de faire éclater la droite. Nul n’ignore que la nomination d’Edouard Philippe, que l’on présente en un saisissant oxymore comme un «héritier spirituel d’Alain Juppé», vient habilement redonner au camp du centre-droit désavoué par les électeurs des primaires, de nouvelles perspectives. Sans surprise, Nathalie Kosciusko-Morizet ou Jean-Louis Borloo ont affiché depuis quelques jours leur volonté de saisir la perche tendue par Emmanuel Macron, et Bruno Lemaire a franchi le Rubicon en héritant d’un portefeuille-clef avec Bercy, mais qui mouille habilement la droite dans la responsabilité de la lutte contre le chômage. En réalité, ce centre-droit est cohérent: rien, absolument rien, ne le distingue du centre-gauche que Macron a miraculeusement sorti du bourbier dans lequel le désastreux quinquennat de François Hollande l’avait enlisé. Un même libéralisme économique doctrinaire et rigide, soumis aux injonctions de Bruxelles, un même refus de remettre en question le dévoiement d’une construction européenne qui est allée dans le mur, une même volonté de progressisme sociétal, un même manque d’imagination et de volonté pour réduire la fracture sociale. Cette situation serait pain bénit pour le Front national, si le débat du 3 mai n’avait fait éclater la grande supercherie en faisant la démonstration de l’incompétence et de la vulgarité de Marine Le Pen. Si l’on ajoute le retrait de Marion Maréchal Le Pen – dont on peut souhaiter qu’il lui permettra de prendre du champ face à une histoire politique et familiale dont elle semble prisonnière – on assiste peut-être au début du déclin de ce parti qui depuis plus de trente ans a d’abord servi à distiller de l’amertume, à déconsidérer l’amour de la patrie et à stériliser toute tentative de refuser la logique impérialiste de la grande marchandisation. Le FN aura beau revendiquer la justesse de son analyse sur «l’UMPS», il n’est pas certain qu’il soit en état de profiter de cette situation aux prochaines législatives. Paradoxalement, le gouvernement nommé par Emmanuel Macron et Edouard Philippe pourrait au contraire permettre à la droite de procéder à une saine clarification. Le scénario optimiste pour celle-ci serait que le traditionnel attelage entre ce qu’on appelait le RPR et l’UDF montre son caractère bancal et oblige à une recomposition en profondeur. A côté de ce centre-droit logiquement rallié (si ce n’est aujourd’hui, ce sera demain) à la majorité présidentielle, une droite au discours résolument patriote, décidée à refonder l’Europe sur le respect des nations, faisant de la réduction de la fracture sociale une priorité, conservatrice sur les valeurs qui fondent notre société (amour de la France, défense de la famille, refondation de l’école) a un boulevard théorique devant elle: entre, d’un côté, le sentiment des électeurs de droite d’avoir été volés de «leur élection» avec l’explosion en plein vol de la fusée Fillon, d’avoir été trahis par ses élites, et, de l’autre, la décrédibilisation du Front National, la marge de manœuvre est réelle. C’est ce qu’a bien compris par exemple Laurent Wauquiez. Mais c’est là où le bât blesse. A part ce dernier, dont la sincérité politique manque de crédibilité, aucune grande voix à droite ne vient porter un projet de rupture. Celle de François Fillon est devenue inaudible, et, comme je l’avais écrit ici au sortir des primaires, avant les affaires, son discours était trop imprécis par rapport à sa conception de l’Europe, et trop peu volontariste sur la question sociale, pour avoir pu parfaitement incarner cette aspiration à un changement en profondeur. Toujours est-il que celui que les électeurs des primaires avaient plébiscité est aujourd’hui discrédité. Il faut bien le reconnaître: depuis la disparition de Philippe Séguin, plus personne n’incarne cette droite gaulliste, patriote et sociale. Pour se recomposer, la droite doit avoir de vrais leaders. Elle en manque cruellement. Le scénario catastrophe pour elle serait d’être aspirée dans le sillage de la nouvelle donne imposée par Macron. Soit elle échouera avec lui, et elle sera d’autant plus affaiblie qu’elle hérite de la responsabilité de l’économie dans le gouvernement Philippe ; et alors, la route sera réellement ouverte aux extrêmes de droite et de gauche. Soit le président réussira et il se pourrait qu’il en recueille toute la gloire. Dans les deux cas, ce pourrait être une recomposition manquée et une décomposition plus ou moins complète. (…) Réussir pour la France signifierait rien moins que de restaurer le sens du politique, le souci du bien commun, l’amour du pays, la protection des plus fragiles ; reprendre sur de nouvelles bases la construction européenne, au service des nations ; avoir le courage de réformer l’Etat en reconstruisant et en préservant les plus pauvres. François Huguenin
Je pense que la stratégie victorieuse réside dans l’alliance de la bourgeoisie conservatrice et des classes populaires. C’était la synergie qu’avait réussie Nicolas Sarkozy en 2007. Indéniablement, il y a des gagnants et des perdants de la mondialisation, une fracture territoriale, une France périphérique, une fracture mondialistes-patriotes, mais je crois que la droite traditionnelle et les classes populaires ont un souci commun, c’est celui de leur identité. Pas l’identité comme un folklore artificiel ou comme un musée qu’on dépoussière, mais comme un ciment social. L’identité, c’est ce qui nous donne le sentiment d’être un peuple, en dépit de lieux de vie différents, de modes de vie différents. Et ce ciment social a été brisé à plusieurs égards. L’enjeu essentiel de civilisation, à mon sens, est de savoir comment conserver, protéger, transmettre et vivifier ce ciment social. C’est là qu’intervient la question de l’école, de la transmission, de la culture, de nos traditions, de notre patrimoine, d’un certain mode de vie. Le philosophe François-Xavier Bellamy dit que l’avantage de la culture, c’est que c’est le seul bien qui se partage indéfiniment sans jamais léser personne. Si on s’attache à la transmission et à la vivification de la France, nation littéraire, nation philosophique, nation historique, à partir de là, on peut défendre ce ciment social et sauver le pays des fractures qui l’attendent. (…) La question identitaire permet de transcender les clivages. Elle comporte une dimension abstraite, c’est vrai, avec des symboles, la Marseillaise, la devise, notre patrimoine républicain, et une dimension charnelle, notre terre, notre terroir, notre gastronomie, la pierre locale avec laquelle on construit sa maison. Ces deux dimensions sont complémentaires. Pour parler de stratégie, le souci commun de l’électorat de la droite conservatrice et de la France périphérique, qui n’ont pas le même rapport à la mondialisation, c’est le souci de la transmission de leur patrimoine matériel et immatériel. À partir de ce constat, on peut imaginer des passerelles pour les rassembler et apporter des réponses en commun.(…) Quand une partie de la France conservatrice défend le mariage et la filiation, elle défend aussi une partie de l’identité française avec une certaine idée des rapports humains basée sur le bien commun et l’intérêt du plus faible plutôt que sur la jouissance et l’envie de l’individu dans une liberté sans limite. C’est donc un combat identitaire, qui peut rejoindre le combat identitaire des classes populaires plus axé sur les questions liées à l’immigration et au multiculturalisme. Bien sûr, il peut y avoir des divergences économiques, mais les moteurs de vote sont essentiellement spirituel, culturel et identitaire : les masses ne bougent pas autour de l’économie. Ce qui relie ces deux électorats, c’est donc le conservatisme. Il peut s’agir de conservation de l’identité, d’un mode de vie, mais aussi du patrimoine, des entreprises, d’un modèle économique à défendre en régulant la mondialisation. (…) je défends la conservation de ce qui est beau et juste dans notre histoire, je souhaite conserver les leçons de nos expériences passées ainsi qu’une certaine vision de l’homme, de sa dignité, du refus de sa marchandisation, d’ailleurs partagée par une majorité de Français. (…) Je pense que les courants de droite et de gauche continuent d’exister et de structurer la vie politique, car il y a des héritages philosophiques, culturels, des références et des logiciels qui continuent d’irriguer la vie politique française. C’est un clivage qui continue d’exister mais qui est inexact dans la structuration actuelle des partis. Pour caricaturer un peu, je reprendrais la phrase de l’historien Ghislain de Diesbach : « Il existe en France actuellement deux grands partis de gauche, dont l’un s’appelle la droite. » Pour être plus exacte, je dirais que les deux grands partis, Les Républicains et le PS, se retrouvent aujourd’hui dans un grand bloc centre droit, centre gauche en accord sur tous les sujets fondamentaux. (…) Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui, cette union patriotique que j’appelle de mes vœux n’a pas de sens en prenant en compte les partis actuels : je ne vois pas comment le FN pourrait faire une alliance nationale avec Les Républicains au regard de la façon dont ils gouvernent et du logiciel qui est le leur. (…) Ce qui reste possible, c’est l’union des hommes. Il existe aujourd’hui une zone blanche, entre certains courants chez Les Républicains, que je qualifierais de droite nationale conservatrice, Nicolas Dupont-Aignan, ceux qui sortent du champ politique, comme Philippe de Villiers, certains élus et cadres de la droite, et le FN. Dans cette zone blanche, il y a une recomposition à opérer, qui s’apparenterait à l’union de certaines droites. Mais sans doute pas avec cette droite des Républicains, qui est une droite reniée. (…) un profil comme Laurent Wauquiez change la donne. Mais il faut voir ce qu’il fera de ce pouvoir ! Si c’est pour avoir un nouveau Sarkozy, ce n’est pas utile… Laurent Wauquiez est-il sincère ? Je ne sonde pas les cœurs et les reins. Est-il capable de mettre en place des alliances intéressantes ? Seul l’avenir le dira. Ce qui est sûr, c’est que, dans le paysage politique actuel à droite, il fait partie de ceux dont les déclarations laissent penser qu’on aurait des choses à se dire et à faire ensemble, je ne vais pas dire le contraire. Néanmoins, pour être honnête, je ne suis pas certaine que Laurent Wauquiez mènerait spontanément cette politique au conseil régional s’il n’y avait pas un groupe FN aussi fort, devenu incontournable électoralement. La présence du FN contraint la droite à mener une certaine politique et à se remettre en question. La réalité, c’est que la droite a été sous la coupe psychologique de la gauche pendant des années et que le poids du FN la force aujourd’hui à se repositionner. [la tentative de structurer une droite “hors les murs”, à mi-chemin entre Les Républicains et le FN]  ne pouvait marcher que dans l’optique d’être une passerelle entre la droite et le FN, or Les Républicains ne sont pas suffisamment en difficulté électorale pour accepter de bouger. La droite a une clientèle électorale, notamment chez les personnes âgées, qui lui reste très fidèle, lui permettant de survivre, en l’empêchant d’envisager cette recomposition. Les choses seront peut-être différentes dans dix ans. La génération qui vient a déjà mis un bulletin FN dans l’urne, elle est complètement décomplexée, plus du tout sensible à la diabolisation, n’a pas baigné dans le rêve européen et n’a rien à perdre. Dans les dix ans qui viennent, les cartes seront totalement rebattues… [Les figures de cette droite “hors les murs”, Buisson, Villiers, Zemmour] J’écoute ce qu’ils disent, je les lis. Ils sont assez complémentaires. Philippe de Villiers mène un combat culturel, Éric Zemmour un combat journalistique et Patrick Buisson un combat idéologique. Chacun à sa manière, ils ont fait bouger des lignes et réussissent à s’adresser à un lectorat transversal qui va du FN aux Républicains en passant par Dupont-Aignan. Ils incarnent cette droite intellectuelle à laquelle la gauche au pouvoir a permis de réémerger, mais c’est trop peu, ils sont trop peu nombreux, et il reste encore beaucoup à faire. Notamment par le biais d’Internet : l’enjeu de la génération patriote qui vient va être de mettre ses compétences au service d’une cause. (…) Lorsqu’on me demande à quelle droite j’appartiens, je réponds, en reprenant la classification de René Rémond, que je suis à la confluence de la droite légitimiste et de la droite bonapartiste. Mais, pour prendre une catégorie plus récente, j’appartiens à la “droite Buisson”. J’ai été très marquée, récemment, par son livre la Cause du peuple, dans lequel j’ai vu, exposés de manière claire, les fondements de cette droite nationale, identitaire, sociale, qui est la mienne. (…) [François Fillon] J’ai lu l’intégralité de son projet. On m’avait dit qu’il était formidable et je l’ai trouvé très décevant sur le fond. Je reconnais un certain talent à François Fillon parce qu’il a réussi, notamment à l’issue de la primaire, à se fabriquer de manière totalement artificielle la réputation d’un homme souverainiste, de droite, conservateur, alerte sur la question identitaire, alors que, quand on regardait dans le détail, c’était extrêmement léger, très peu ambitieux. De toute façon, sa campagne était impossible, il a été inaudible à cause des affaires… [Et sa posture de rebelle, de survivant, antisystème et anti-médias] Il l’a adoptée extrêmement tardivement… Si le but était de jouer comme Trump, c’était un peu petit bras. Je l’ai trouvé bon dans l’Émission politique, sur France 2. Il n’est pas un mauvais orateur. Mais j’ai senti qu’il avait des réserves, qu’il n’osait pas y aller. Il a par exemple supprimé la référence au Qatar et à l’Arabie saoudite dans un discours sur l’islamisme. Cet homme a manqué de courage dans sa campagne. [clivage entre “mondialistes” et “patriotes”]  Je crois que nous sommes confrontés aujourd’hui à une élite d’émigrés spirituels, au sens où, spirituellement, ceux qui nous dirigent ne sont plus nos compatriotes. Leur vie est à l’échelle mondiale, ils passent leur temps dans les business class entre New York, Doha et Singapour, la France est étriquée à leurs yeux, ils ne raisonnent plus à l’échelle nationale. Leur cynisme est d’autant plus fort que ces gens se sont évertués à briser les frontières des Français pour fabriquer de nouvelles frontières à leur profit grâce à l’argent. Ils ont, eux, des frontières géographiques, vivent dans les meilleurs quartiers en se préservant des problèmes liés à l’immigration et aux tensions culturelles qu’ils imposent aux Français. Ils ont, eux, des frontières sociales, se cooptent aux meilleurs postes, alors qu’il n’y a jamais eu aussi peu de fils d’ouvriers dans les grandes écoles. Ils ont, eux, des frontières scolaires, mettent leurs enfants dans les écoles privées quand les enfants des Français doivent subir les lamentables programmes et méthodes qu’ils ont mis en place. Et je trouve cela profondément injuste. En face, les patriotes sont tout simplement les partisans de l’enracinement, ce qui n’empêche pas d’être lucide sur les défis de la mondialisation. (…) Macron en est une belle incarnation. J’aime la formule de Finkielkraut : pour Macron, « la France n’est plus une histoire, la France n’est plus même un pays, c’est un pur espace ». À ses yeux, la France est une start-up multiculturelle, un business, qui doit être le plus rentable possible. S’il faut faire rentrer un million d’immigrés dans le pays parce que c’est rentable, quelles que soient les conséquences sociales, il le fera. Pour lui, la France est un territoire, pas une patrie ; c’est une population, pas un peuple ; ce sont des individus, pas des personnes. (…) Macron accomplit Mai 68. Avec lui, c’est l’idéologie du progrès, le culte du renouveau, qui implique nécessairement de faire table rase du passé. C’est l’idée soixante-huitarde selon laquelle l’homme ne peut s’émanciper que s’il se délie de tout héritage, de toute autorité, de tout cadre culturel. Je pense que c’est une erreur fondamentale. (…) Macron considère que la société apaisée, qui fonctionne, est celle dans laquelle les liens sociaux sont uniquement régis par les liens économiques, les liens égoïstes, le contrat. L’État est réduit au minimum, c’est le libéralisme intégral, une idéologie née à gauche, où l’individu prime sur toute autre considération. Macron ne voulait d’ailleurs pas avoir de programme, mais proposait un « contrat avec la nation ». Cela a des conséquences politiques très claires : quand vous avez une distension brutale du lien social, avec le terrorisme par exemple, que répond M. Macron ? Qu’il faut deux points de PIB en plus, qu’il faut réduire le chômage et investir dans les banlieues françaises. Il apporte une réponse strictement économique, alors qu’en fait, cette distension du lien social ne relève pas principalement de l’économie, mais du domaine moral et culturel. Ces gens-là n’arriveront pas à répondre à ces défis, ils sont à côté de la plaque, ils sont dans la négation anthropologique. Ce qui fait un peuple, ce n’est pas le contrat, c’est la pure gratuité. C’est, selon la formule de Renan, « d’avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l’avenir ». C’est ce sentiment commun qui permet naturellement le civisme, la politesse et la solidarité sans y avoir nécessairement un intérêt égoïste. (…) … C’est un bon communicant… Je suis frappée par sa capacité à mettre à profit la formule du cardinal de Retz, « on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ». Il l’a théorisée, intellectualisée, et surfe sur une ambiguïté générale. Macron est l’incarnation de ce concept, c’est assez fort. Il est progressiste, mais j’ai envie de lui répondre par Orwell : « Quand on me présente quelque chose comme un progrès, je me demande avant tout s’il nous rend plus humains ou moins humains. » Moi, je ne trouve pas plus humain de mettre en place un modèle économique qui fait fabriquer nos produits par des esclaves à l’autre bout du monde, d’avoir un Whirlpool en Pologne plutôt qu’en France, de créer des mouvements de population qui rendent tout le monde malheureux et génèrent des situations tendues et conflictuelles, que les droits de l’enfant d’avoir un référent père et mère soient niés, que les femmes louent leur ventre et vendent leur bébé. Cette vision de la société me fait peur. (…) je pense que Marine a bien perçu que la génération qui va subir tous les manquements et toutes les lâchetés de la classe politique, a de quoi être raide… C’est ma génération qui va payer les fractures territoriale et sociale ; qui va subir à grande échelle les cassures entraînées par le multiculturalisme ; qui va devoir combattre le fléau de l’islam politique et radical qui gangrène les banlieues ; qui va encore probablement connaître des dizaines de morts lors d’attentats ; qui va subir la casse sociale, le chômage de masse ; qui va payer les abus de la génération 68, qui a joué la cigale tout l’été et nous laisse des déficits incommensurables, des privilèges de classe intenables et irréformables… Quand on sait cela, il y a de quoi avoir une certaine raideur et une certaine exigence, car c’est ma génération qui va devoir se retrousser les manches et relever ces défis immenses. J’appartiens peut-être à une génération un peu dure, mais la vie est dure. Le chômage nous touche particulièrement, les jeunes sont les plus confrontés à l’insécurité du quotidien, à la cohabitation multiculturelle, aux difficultés de logement. Ma génération est désenchantée, elle sait que les lendemains ne chanteront pas et a compris qu’elle vivra moins bien que celle de ses parents. Nous sommes raides, mais l’angoisse est importante. Marion Maréchal-Le Pen

Attention: une jeunesse peut en cacher une autre !

A l’heure où avec le plus jeune président de la Ve république …

A la fois, à 20 ou 25 ans près, Blair ou Clinton français …

Voire Obama blanc et maitre du brouillage des cartes et du mélange des genres …

Nos médias tentent avec les déluges de louanges que l’on sait de nous faire oublier …

La véritable confiscation de vote, entre coup d’Etat légal et fatwa prétendument républicaine, que nous venons de subir …

Comment ne pas voir …

Avec la plus jeune et probablement la plus lucide de nos députés …

Au moment où elle se met momentanément et peut-être bientôt littéralement en retrait de sa famille politique …

Face à ces élites qui refusent à tous les frontières résidentielles, sociales ou scolaires qu’ils ont subtilement rétablies pour eux-mêmes …

Et qui imposent aux Français les problèmes dont leur argent et leurs privilèges leur permettent de se préserver …

Que la seule solution pour redonner espoir à ces 60% de Français que la nouvelle élection laisse de côté …

Ne peut passer comme la candidature Fillon ne l’avait hélas qu’esquissé …

Que par l’alliance de la bourgeoisie conservatrice et des classes populaires ?

Geoffroy Lejeune
Valeurs actuelles

17 mai 2017

Testament. À 27 ans, elle quitte la politique pour des « raisons personnelles ». Pourtant, en seulement cinq ans de mandat, elle est parvenue à incarner une ligne singulière à droite et au sein du Front national. Pour Valeurs actuelles, la plus jeune députée de la Ve République livre en exclusivité son manifeste politique. Et prend date pour l’avenir.

Vous quittez la vie politique à seulement 27 ans, après cinq années de mandat. Depuis votre arrivée à l’Assemblée, en 2012, la notoriété a-t-elle été un poids ?
La notoriété a toujours fait partie de ma vie. J’ai grandi à l’ombre de celle de mon grand-père, de celle de mon père, plus tard de celle de ma tante : elle fait partie de mon quotidien. J’ai toujours été la “petite-fille de”, où que j’aille, quoi que je fasse, je n’ai jamais pu y échapper. Je n’ai jamais connu l’anonymat. Mais même si c’était assez pesant, cela s’est avéré positif et m’a permis de ne pas être grisée par la notoriété le jour où j’y ai été confrontée. J’ai donc un rapport assez détaché à cela, dépassionné. Pour moi, la notoriété est un outil dans le cadre de mon travail, pas une fin en soi. Cette exposition naturelle m’a permis aussi de ne pas chercher la médiatisation, d’avoir une communication raisonnée, maîtrisée, de ne pas chercher le bruit médiatique, de choisir pendant cinq ans certaines émissions, certains formats, de ne parler que lorsque j’avais quelque chose à dire, de ne pas être uniquement dans le slogan médiatique, mais dans une vraie construction politique.

Lorsqu’on est arrêté dans la rue, à 22 ans, qu’on ne peut plus être anonyme, cela joue-t-il psychologiquement ?
Oui, bien sûr. Ce qui est dur, c’est d’essayer de continuer à avoir une vie normale. Pour des raisons de sécurité, je n’y suis pas réellement parvenue : je suis passée d’une vie où je prenais les transports en commun, où je vivais comme tout le monde, à une vie plus cachée. Mais certains domaines m’ont permis de me préserver, de m’en extraire. Mes amis les plus proches ne viennent pas du milieu politique, ils sont des Français de tous profils, ils sont cadres dans l’événementiel, commerciaux, avocats, et en continuant à vivre avec ces gens-là je ne me suis pas déconnectée de la réalité. J’ai gardé ces amis, et leur vie simple. Je ne suis jamais sortie dans des endroits huppés, je ne vais pas dans les grands restaurants, j’ai des loisirs et des vacances simples, je n’ai jamais vécu grand train. Mon environnement social immédiat, c’est la classe moyenne.

Qu’avez-vous perdu en faisant de la politique ?
Je n’ai pas trop perdu, parce que j’y ai pris garde, mais je pense qu’en politique, on a tendance à perdre les amis capables de nous critiquer. Il y a un phénomène de cour qui s’installe assez naturellement, le côté “vu à la télé” biaise complètement les rapports humains, d’autant plus quand il y a des jeux de pouvoir dans les partis. On perd aussi beaucoup de sa liberté privée. On voit souvent la politique comme un milieu de profiteurs, mais c’est aussi un milieu sacrificiel à bien des égards, car il y a une grande porosité entre la vie publique et la vie privée, il est très difficile de garder un équilibre. Et puis il y a la contrainte des partis politiques, qui est frustrante. On peut critiquer le système des partis, légitimement à certains égards, mais ils sont incontournables dans le cadre institutionnel actuel. Malheureusement les initiatives isolées de la société civile, que l’on peut admirer par ailleurs, fonctionnent peu sur le plan électoral. Pour être efficace, il faut donc se plier à une discipline de parti, ce n’est pas toujours évident.

Vous avez le sentiment d’avoir perdu en liberté durant cinq ans ?
Forcément, c’est logique, surtout quand on a face à soi des gens qui passent leur temps à essayer de nous diviser, politiquement et humainement. J’ai toujours eu le souci de ne pas me dédire tout en ne faisant pas les choux gras des médias.

Cette contrainte vous a-t-elle oppressée ?
J’en ai été parfois un peu frustrée, oui, surtout à 27 ans. J’avais peur de devenir comme certains responsables politiques qui sont des moulins à slogans, ne servent que des éléments de langage. Ce n’est pas mon modèle.

Qu’avez-vous appris durant votre mandat ?
J’ai acquis des expertises et des compétences. La politique demande une grande capacité d’adaptation.

Au moment de votre élection, vous étiez particulièrement scrutée. On épiait la jeune fille blonde, certains ironisaient au sujet de “Barbie fait de la politique”, et vous vous êtes finalement révélée travailleuse, presque bonne élève…
Mon jeune âge a été indéniablement un handicap en termes de crédibilité. Lorsque je suis arrivée à l’Assemblée, j’ai suivi un parcours administratif et, au moment de créer mon adresse mail, on m’a demandé de quel député j’étais l’assistante ! De même, lors de mes premières réunions avec des responsables syndicaux agricoles, ils ne me regardaient pas, moi, mais mon assistant de 45 ans, qui était un homme. Ce n’est pas méchant, mais ce monde a du mal à avoir une interlocutrice de mon âge. Ma jeunesse a donc été davantage un handicap que ma féminité, qui, dans le jeu politique actuel, est un atout. Nous vivons encore dans le pays de la galanterie ! Je peux dire des choses fortes qui seront plus audibles que dans la bouche d’un homme ; l’agressivité à mon égard peut être assez vite mal perçue, et cela force aussi mes adversaires politiques à aller sur le fond en évitant les postures.

Vous prenez à rebrousse-poil les discours de femmes politiques qui se plaignent du sexisme…
J’ai toujours refusé de jouer les victimes. À une certaine époque, les gens s’enorgueillissaient d’être des héros, aujourd’hui ils se félicitent d’être des victimes ! Je trouve délétère cette victimisation permanente eu égard à son sexe, à son handicap, à son origine. Je n’ai jamais voulu jouer de ma féminité comme d’un handicap, je n’ai jamais été victime de misogynie, je le dis franchement, au contraire, cette féminité a été un atout. J’ai toujours trouvé cela très paradoxal que les femmes, surtout à gauche, disons-le, s’enferment dans cet élan victimaire pour pouvoir justifier certaines erreurs ou certaines carences.

François Fillon s’adressait à la droite traditionnelle, Marine Le Pen a séduit les classes populaires. Tous deux ont perdu cette élection présidentielle. Est-il possible de réconcilier ces deux électorats ?
Je pense que la stratégie victorieuse réside dans l’alliance de la bourgeoisie conservatrice et des classes populaires. C’était la synergie qu’avait réussie Nicolas Sarkozy en 2007. Indéniablement, il y a des gagnants et des perdants de la mondialisation, une fracture territoriale, une France périphérique, une fracture mondialistes-patriotes, mais je crois que la droite traditionnelle et les classes populaires ont un souci commun, c’est celui de leur identité. Pas l’identité comme un folklore artificiel ou comme un musée qu’on dépoussière, mais comme un ciment social. L’identité, c’est ce qui nous donne le sentiment d’être un peuple, en dépit de lieux de vie différents, de modes de vie différents. Et ce ciment social a été brisé à plusieurs égards. L’enjeu essentiel de civilisation, à mon sens, est de savoir comment conserver, protéger, transmettre et vivifier ce ciment social. C’est là qu’intervient la question de l’école, de la transmission, de la culture, de nos traditions, de notre patrimoine, d’un certain mode de vie. Le philosophe François-Xavier Bellamy dit que l’avantage de la culture, c’est que c’est le seul bien qui se partage indéfiniment sans jamais léser personne. Si on s’attache à la transmission et à la vivification de la France, nation littéraire, nation philosophique, nation historique, à partir de là, on peut défendre ce ciment social et sauver le pays des fractures qui l’attendent.

La question identitaire unifierait donc toutes les droites ?
La question identitaire permet de transcender les clivages. Elle comporte une dimension abstraite, c’est vrai, avec des symboles, la Marseillaise, la devise, notre patrimoine républicain, et une dimension charnelle, notre terre, notre terroir, notre gastronomie, la pierre locale avec laquelle on construit sa maison. Ces deux dimensions sont complémentaires. Pour parler de stratégie, le souci commun de l’électorat de la droite conservatrice et de la France périphérique, qui n’ont pas le même rapport à la mondialisation, c’est le souci de la transmission de leur patrimoine matériel et immatériel. À partir de ce constat, on peut imaginer des passerelles pour les rassembler et apporter des réponses en commun.

Mais le programme très libéral de Fillon était un repoussoir pour les classes populaires, et la sortie de l’euro de Marine Le Pen effraie la droite…
Voilà pourquoi je parle de passerelles. Quand une partie de la France conservatrice défend le mariage et la filiation, elle défend aussi une partie de l’identité française avec une certaine idée des rapports humains basée sur le bien commun et l’intérêt du plus faible plutôt que sur la jouissance et l’envie de l’individu dans une liberté sans limite. C’est donc un combat identitaire, qui peut rejoindre le combat identitaire des classes populaires plus axé sur les questions liées à l’immigration et au multiculturalisme. Bien sûr, il peut y avoir des divergences économiques, mais les moteurs de vote sont essentiellement spirituel, culturel et identitaire : les masses ne bougent pas autour de l’économie. Ce qui relie ces deux électorats, c’est donc le conservatisme. Il peut s’agir de conservation de l’identité, d’un mode de vie, mais aussi du patrimoine, des entreprises, d’un modèle économique à défendre en régulant la mondialisation.

Vous revendiquez-vous conservatrice ?
Oui, car je défends la conservation de ce qui est beau et juste dans notre histoire, je souhaite conserver les leçons de nos expériences passées ainsi qu’une certaine vision de l’homme, de sa dignité, du refus de sa marchandisation, d’ailleurs partagée par une majorité de Français.

Croyez-vous à la persistance du clivage gauche-droite ?
Je pense que les courants de droite et de gauche continuent d’exister et de structurer la vie politique, car il y a des héritages philosophiques, culturels, des références et des logiciels qui continuent d’irriguer la vie politique française. C’est un clivage qui continue d’exister mais qui est inexact dans la structuration actuelle des partis. Pour caricaturer un peu, je reprendrais la phrase de l’historien Ghislain de Diesbach : « Il existe en France actuellement deux grands partis de gauche, dont l’un s’appelle la droite. » Pour être plus exacte, je dirais que les deux grands partis, Les Républicains et le PS, se retrouvent aujourd’hui dans un grand bloc centre droit, centre gauche en accord sur tous les sujets fondamentaux.

L’union des droites reste-t-elle un de vos objectifs ?
Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui, cette union patriotique que j’appelle de mes vœux n’a pas de sens en prenant en compte les partis actuels : je ne vois pas comment le FN pourrait faire une alliance nationale avec Les Républicains au regard de la façon dont ils gouvernent et du logiciel qui est le leur.

Et au regard du logiciel du FN, qui se situe à gauche sur de nombreux sujets, notamment en économie ?
Ce qui reste possible, c’est l’union des hommes. Il existe aujourd’hui une zone blanche, entre certains courants chez Les Républicains, que je qualifierais de droite nationale conservatrice, Nicolas Dupont-Aignan, ceux qui sortent du champ politique, comme Philippe de Villiers, certains élus et cadres de la droite, et le FN. Dans cette zone blanche, il y a une recomposition à opérer, qui s’apparenterait à l’union de certaines droites. Mais sans doute pas avec cette droite des Républicains, qui est une droite reniée.

Vous avez à de nombreuses reprises cité des personnalités de droite comme Henri Guaino, Jacques Myard, Pierre Lellouche, Alain Marsaud, Éric Ciotti, en disant que pourriez travailler avec eux. Si, demain, Laurent Wauquiez dirige Les Républicains, cela changera-t-il la donne ?
Oui, un profil comme Laurent Wauquiez change la donne. Mais il faut voir ce qu’il fera de ce pouvoir ! Si c’est pour avoir un nouveau Sarkozy, ce n’est pas utile… Laurent Wauquiez est-il sincère ? Je ne sonde pas les cœurs et les reins. Est-il capable de mettre en place des alliances intéressantes ? Seul l’avenir le dira. Ce qui est sûr, c’est que, dans le paysage politique actuel à droite, il fait partie de ceux dont les déclarations laissent penser qu’on aurait des choses à se dire et à faire ensemble, je ne vais pas dire le contraire. Néanmoins, pour être honnête, je ne suis pas certaine que Laurent Wauquiez mènerait spontanément cette politique au conseil régional s’il n’y avait pas un groupe FN aussi fort, devenu incontournable électoralement. La présence du FN contraint la droite à mener une certaine politique et à se remettre en question. La réalité, c’est que la droite a été sous la coupe psychologique de la gauche pendant des années et que le poids du FN la force aujourd’hui à se repositionner.

Pourquoi la tentative de structurer une droite “hors les murs”, à mi-chemin entre Les Républicains et le FN, a-t-elle échoué politiquement ?
Elle ne pouvait marcher que dans l’optique d’être une passerelle entre la droite et le FN, or Les Républicains ne sont pas suffisamment en difficulté électorale pour accepter de bouger. La droite a une clientèle électorale, notamment chez les personnes âgées, qui lui reste très fidèle, lui permettant de survivre, en l’empêchant d’envisager cette recomposition. Les choses seront peut-être différentes dans dix ans. La génération qui vient a déjà mis un bulletin FN dans l’urne, elle est complètement décomplexée, plus du tout sensible à la diabolisation, n’a pas baigné dans le rêve européen et n’a rien à perdre. Dans les dix ans qui viennent, les cartes seront totalement rebattues…

Les figures de cette droite “hors les murs”, Buisson, Villiers, Zemmour, vous ont-elles influencée ?
J’écoute ce qu’ils disent, je les lis. Ils sont assez complémentaires. Philippe de Villiers mène un combat culturel, Éric Zemmour un combat journalistique et Patrick Buisson un combat idéologique. Chacun à sa manière, ils ont fait bouger des lignes et réussissent à s’adresser à un lectorat transversal qui va du FN aux Républicains en passant par Dupont-Aignan. Ils incarnent cette droite intellectuelle à laquelle la gauche au pouvoir a permis de réémerger, mais c’est trop peu, ils sont trop peu nombreux, et il reste encore beaucoup à faire. Notamment par le biais d’Internet : l’enjeu de la génération patriote qui vient va être de mettre ses compétences au service d’une cause.

À quelle droite appartenez-vous ?
Lorsqu’on me demande à quelle droite j’appartiens, je réponds, en reprenant la classification de René Rémond, que je suis à la confluence de la droite légitimiste et de la droite bonapartiste. Mais, pour prendre une catégorie plus récente, j’appartiens à la “droite Buisson”. J’ai été très marquée, récemment, par son livre la Cause du peuple, dans lequel j’ai vu, exposés de manière claire, les fondements de cette droite nationale, identitaire, sociale, qui est la mienne.

Vous ne vous dites pas bonapartiste ?
Il y a un côté très révolutionnaire chez Napoléon. J’ai une fascination pour ce personnage exceptionnel, pour ce génie militaire, qui a structuré de manière très efficace notre État nation, mais je trouve cette fascination un peu morbide : au service de ses ambitions personnelles, il a quand même été capable de sacrifier à une échelle industrielle des Français, et sa démarche fait peu de cas de la vie humaine, il a également réhabilité certains responsables à l’origine du massacre des Vendéens.

Qu’avez-vous pensé de la campagne de François Fillon ?
J’ai lu l’intégralité de son projet. On m’avait dit qu’il était formidable et je l’ai trouvé très décevant sur le fond. Je reconnais un certain talent à François Fillon parce qu’il a réussi, notamment à l’issue de la primaire, à se fabriquer de manière totalement artificielle la réputation d’un homme souverainiste, de droite, conservateur, alerte sur la question identitaire, alors que, quand on regardait dans le détail, c’était extrêmement léger, très peu ambitieux. De toute façon, sa campagne était impossible, il a été inaudible à cause des affaires…

Et sa posture de rebelle, de survivant, antisystème et anti-médias ?
Il l’a adoptée extrêmement tardivement… Si le but était de jouer comme Trump, c’était un peu petit bras. Je l’ai trouvé bon dans l’Émission politique, sur France 2. Il n’est pas un mauvais orateur. Mais j’ai senti qu’il avait des réserves, qu’il n’osait pas y aller. Il a par exemple supprimé la référence au Qatar et à l’Arabie saoudite dans un discours sur l’islamisme. Cet homme a manqué de courage dans sa campagne.

Croyez-vous réellement au clivage entre “mondialistes” et “patriotes” ?
Je crois que nous sommes confrontés aujourd’hui à une élite d’émigrés spirituels, au sens où, spirituellement, ceux qui nous dirigent ne sont plus nos compatriotes. Leur vie est à l’échelle mondiale, ils passent leur temps dans les business class entre New York, Doha et Singapour, la France est étriquée à leurs yeux, ils ne raisonnent plus à l’échelle nationale. Leur cynisme est d’autant plus fort que ces gens se sont évertués à briser les frontières des Français pour fabriquer de nouvelles frontières à leur profit grâce à l’argent. Ils ont, eux, des frontières géographiques, vivent dans les meilleurs quartiers en se préservant des problèmes liés à l’immigration et aux tensions culturelles qu’ils imposent aux Français. Ils ont, eux, des frontières sociales, se cooptent aux meilleurs postes, alors qu’il n’y a jamais eu aussi peu de fils d’ouvriers dans les grandes écoles. Ils ont, eux, des frontières scolaires, mettent leurs enfants dans les écoles privées quand les enfants des Français doivent subir les lamentables programmes et méthodes qu’ils ont mis en place. Et je trouve cela profondément injuste. En face, les patriotes sont tout simplement les partisans de l’enracinement, ce qui n’empêche pas d’être lucide sur les défis de la mondialisation.

À vos yeux, Macron est l’incarnation de ces élites ?
Macron en est une belle incarnation. J’aime la formule de Finkielkraut : pour Macron, « la France n’est plus une histoire, la France n’est plus même un pays, c’est un pur espace ». À ses yeux, la France est une start-up multiculturelle, un business, qui doit être le plus rentable possible. S’il faut faire rentrer un million d’immigrés dans le pays parce que c’est rentable, quelles que soient les conséquences sociales, il le fera. Pour lui, la France est un territoire, pas une patrie ; c’est une population, pas un peuple ; ce sont des individus, pas des personnes.

Macron est un héritier des soixante-huitards ?
Macron accomplit Mai 68. Avec lui, c’est l’idéologie du progrès, le culte du renouveau, qui implique nécessairement de faire table rase du passé. C’est l’idée soixante-huitarde selon laquelle l’homme ne peut s’émanciper que s’il se délie de tout héritage, de toute autorité, de tout cadre culturel. Je pense que c’est une erreur fondamentale.

Et sur le plan économique ?
Macron considère que la société apaisée, qui fonctionne, est celle dans laquelle les liens sociaux sont uniquement régis par les liens économiques, les liens égoïstes, le contrat. L’État est réduit au minimum, c’est le libéralisme intégral, une idéologie née à gauche, où l’individu prime sur toute autre considération. Macron ne voulait d’ailleurs pas avoir de programme, mais proposait un « contrat avec la nation ». Cela a des conséquences politiques très claires : quand vous avez une distension brutale du lien social, avec le terrorisme par exemple, que répond M. Macron ? Qu’il faut deux points de PIB en plus, qu’il faut réduire le chômage et investir dans les banlieues françaises. Il apporte une réponse strictement économique, alors qu’en fait, cette distension du lien social ne relève pas principalement de l’économie, mais du domaine moral et culturel. Ces gens-là n’arriveront pas à répondre à ces défis, ils sont à côté de la plaque, ils sont dans la négation anthropologique. Ce qui fait un peuple, ce n’est pas le contrat, c’est la pure gratuité. C’est, selon la formule de Renan, « d’avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l’avenir ». C’est ce sentiment commun qui permet naturellement le civisme, la politesse et la solidarité sans y avoir nécessairement un intérêt égoïste.

Trouvez-vous une qualité à Macron ?
… C’est un bon communicant… Je suis frappée par sa capacité à mettre à profit la formule du cardinal de Retz, « on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ». Il l’a théorisée, intellectualisée, et surfe sur une ambiguïté générale. Macron est l’incarnation de ce concept, c’est assez fort. Il est progressiste, mais j’ai envie de lui répondre par Orwell : « Quand on me présente quelque chose comme un progrès, je me demande avant tout s’il nous rend plus humains ou moins humains. » Moi, je ne trouve pas plus humain de mettre en place un modèle économique qui fait fabriquer nos produits par des esclaves à l’autre bout du monde, d’avoir un Whirlpool en Pologne plutôt qu’en France, de créer des mouvements de population qui rendent tout le monde malheureux et génèrent des situations tendues et conflictuelles, que les droits de l’enfant d’avoir un référent père et mère soient niés, que les femmes louent leur ventre et vendent leur bébé. Cette vision de la société me fait peur.

Marine Le Pen vous a affublée, il y a quelques semaines, du qualificatif « raide », comme votre génération, disait-elle…
Oui, je pense que Marine a bien perçu que la génération qui va subir tous les manquements et toutes les lâchetés de la classe politique, a de quoi être raide… C’est ma génération qui va payer les fractures territoriale et sociale ; qui va subir à grande échelle les cassures entraînées par le multiculturalisme ; qui va devoir combattre le fléau de l’islam politique et radical qui gangrène les banlieues ; qui va encore probablement connaître des dizaines de morts lors d’attentats ; qui va subir la casse sociale, le chômage de masse ; qui va payer les abus de la génération 68, qui a joué la cigale tout l’été et nous laisse des déficits incommensurables, des privilèges de classe intenables et irréformables… Quand on sait cela, il y a de quoi avoir une certaine raideur et une certaine exigence, car c’est ma génération qui va devoir se retrousser les manches et relever ces défis immenses. J’appartiens peut-être à une génération un peu dure, mais la vie est dure. Le chômage nous touche particulièrement, les jeunes sont les plus confrontés à l’insécurité du quotidien, à la cohabitation multiculturelle, aux difficultés de logement. Ma génération est désenchantée, elle sait que les lendemains ne chanteront pas et a compris qu’elle vivra moins bien que celle de ses parents. Nous sommes raides, mais l’angoisse est importante.

Avez-vous, par moments, été frustrée dans votre activité de député ?
Forcément, car le fonctionnement actuel des institutions ne permet pas à un député non inscrit d’être entendu. J’ai fait une fois voter un amendement très technique, pas politique, en commission, qui a été annulé deux heures plus tard à la suite d’une nouvelle réunion expresse de la même commission : voilà un exemple qui illustre à quel point l’intérêt général a complètement déserté cette Assemblée. J’ajoute que l’Assemblée nationale est en grande partie une chambre d’enregistrement des directives du Parlement européen, qu’on vit un simulacre de débat en commission, en sachant pertinemment que la France n’a pas de marge de manœuvre. Ensuite, les disciplines de parti sont tellement présentes qu’il n’y a aucun suspense sur les votes, on a beau argumenter, débattre, cela ne sert à rien. Ce fonctionnement est assez médiocre et très frustrant sur le plan intellectuel. Cela a d’ailleurs tué la qualité du débat car chacun récite sans emphase ses arguments. J’avais discuté avec un fonctionnaire présent depuis longtemps qui m’expliquait avoir vécu l’effondrement progressif du niveau des députés de législature en législature…

Continuerez-vous, une fois retirée, à intervenir dans le débat public ?
A priori non, ce n’est pas prévu.

Excluez-vous de mener un combat parallèle, sur le plan culturel par exemple ?
Non, je ne l’exclus pas. Si ma reconversion professionnelle me le permet, j’essaierai de le faire. Mais en tout cas, je ne ferai pas que cela.

Que retenez-vous du fonctionnement des médias, auxquels vous avez eu beaucoup affaire ?
Ce fonctionnement ne me convient pas du tout puisqu’il privilégie la superficialité, l’instantanéité et l’agitation du moment. J’ai constaté que certains journalistes, qui reprochent beaucoup de choses aux politiques, sont en réalité le strict reflet de leur médiocrité. À mesure que les politiques devenaient des petits technos formatés sortis de Sciences Po et de l’Ena, les journalistes devenaient des petits clones formatés sortis des écoles de journalisme. J’ai assez peu d’estime pour la profession, où je n’ai trouvé presque aucune culture historique, politique, où j’ai entendu du slogan et des éléments de langage, où beaucoup reprennent la dépêche AFP du matin, recopient ce qu’a écrit le collègue. Mais cet univers est le reflet du fonctionnement actuel de la société. J’avais lu une analyse scientifique expliquant que le fonctionnement cérébral des générations qui viennent était radicalement différent de celui de la génération de nos grands-parents. Les connexions neuronales se façonnent en fonction des stimuli extérieurs et de notre environnement : nos grands-parents, qui étaient soumis à moins d’informations, développaient leur mémoire et leur concentration, et ont beaucoup de mal avec la saturation de l’information et le zapping. La génération qui vient, elle, a une capacité à passer très vite d’une information à une autre mais de moins en moins de capacité de concentration et de mémoire. Cela pose un vrai problème de société : au lieu de contrer ce phénomène général, l’école l’accompagne, au lieu d’être un sanctuaire qui force le cerveau à développer ses capacités, elle s’aligne et baisse le niveau d’exigence. Et les médias s’adaptent à cela, au temps de cerveau disponible. Cela pose également un problème démocratique : on ne peut pas être un citoyen éclairé si on n’a pas un minimum de mémoire, de capacité d’analyse et de concentration. Disons-le aussi, le fonctionnement de certains médias, notamment leur financement, pour ceux qui vivent non pas de leurs lecteurs mais d’aides directes ou indirectes, ne les aide pas à se confronter à la réalité, les empêche de sortir de leur monde dogmatique, sectaire, idéologique.

Trouvez-vous les journalistes conformistes ?
Beaucoup sont bien-pensants, mais, pire : ils sont ultra-prévisibles. Certains journalistes commentent davantage qu’ils n’informent. On peut aujourd’hui faire de la politique à très haut niveau en répétant trois slogans à la radio le matin ; si on veut être paresseux, cet univers permet de l’être. Les formats sont toujours les mêmes, quand on va dans une émission, on sait exactement ce qu’on va entendre parce qu’ils répètent tous la même chose. J’ai vu un vrai manque de travail et une vraie paresse intellectuelle, et, très rarement, j’ai rencontré des journalistes pertinents dans leur approche, originaux. Dans certaines émissions, l’invité a parfois même moins d’importance que le journaliste qui est devenu le propre objet de l’émission.

Quels écrivains vous ont marquée, construite intellectuellement et politiquement ?
J’aime beaucoup Simone Weil, j’ai lu sa Note sur la suppression générale des partis politiques. Je suis marquée par les analyses d’Alain de Benoist, sans être d’accord avec lui sur tout, mais il a une capacité à démocratiser les sujets éminemment complexes notamment dans son livre sur la théorie du genre, les Démons du bien. Plus jeune, j’ai été marquée par les livres de Jean Sévillia, Historiquement correct, Moralement correct, le Terrorisme intellectuel, qui remettent en cause tous les paradigmes dans lesquels on évolue, cela m’avait fait énormément de bien. J’ai beaucoup aimé aussi les Fleurs d’Ulysse, de Jacques Trémolet de Villers, ainsi que son récent livre sur Jeanne d’Arc. J’apprécie la critique du libéralisme de Michéa, qui en pointe les dérives. J’ai aimé également le livre de Frédéric Rouvillois, Être (ou ne pas être) républicain. Les Déshérités de François-Xavier Bellamy est aussi un livre qui a compté pour moi politiquement.

Quelles sont vos références majeures parmi les classiques ?
Je suis une fervente lectrice de Péguy et Barrès, qui parlent mieux que quiconque de la France, même si ce n’est pas très politiquement correct. J’ai lu l’Anthologie de la poésie française de Pompidou, je l’ai toujours à côté de moi. J’ai lu Balzac, il y a longtemps, j’ai adoré Rousseau — sur le plan littéraire, moins sur le plan politique —, je vais lire le “petit Lavisse”, j’ai découvert au moment des commémorations de la Première Guerre mondiale Orages d’acier d’Ernst Jünger et les Croix de bois de Roland Dorgelès, qui retracent la ferveur patriotique de ces millions d’hommes dans l’horreur… J’ai en mémoire, aussi, un texte magnifique de Pic de La Mirandole sur la différence entre la nature animale et la nature humaine, De la dignité de l’homme. Au sujet de l’homme, il écrit : « À lui, il est donné d’avoir ce qu’il désire et d’être ce qu’il veut. »

Voir aussi:

Macron menacé par les coups d’encensoir
Attention danger : le malheureux nouveau président est assiégé par les flagorneurs, asphyxié par l’encens, assommé par les cascades de flatteries !
Pierre Beylau

Le Point

16/05/2017

À peine élu, notre nouveau président de la République court un mortel danger. La menace ne vient nullement des revanchards d’un Parti socialiste démembré, d’une droite en état de sidération, d’un Front national dont la boussole indique obstinément le Sud.

Non, le risque existentiel, vital, fourbe est tapi ailleurs : dans les cataractes de compliments, les kilomètres de dithyrambes, les récits hagiographiques qui, depuis quelques jours, se déversent sans pitié et à flots continus sur l’infortuné chef de l’État. Ce dernier, insouciant, n’a pas l’air, pour l’instant, de prendre conscience de l’étendue de la pandémie.

Il devrait pourtant se méfier, car le mal est sournois. Au début, la douche est délicieusement tiède et chatouille très agréablement l’épiderme. L’intéressé n’est, sans doute, pas tout à fait dupe du traitement flatteur qui lui est infligé. Mais, même s’il cultive une certaine méfiance envers les flagorneurs et les tient en piètre estime, il ne peut probablement pas s’empêcher de penser que ces portraits flatteurs, tout excessifs qu’ils soient, sont, après tout, en partie fondés. Ainsi va la nature humaine…

On lèche, on lâche, on lynche
Car Emmanuel Macron, n’en doutez pas, est le nouveau Richelieu de la politique, le Mozart de la finance, le Pic de la Mirandole de la culture. Il est aussi Jupiter, Chronos (grand maître des horloges en langage commun), nouveau Bonaparte, réincarnation de Clausewitz. Il marche sur les eaux du renouveau, ouvre la mer Rouge de la recomposition politique. Il met à jour la République d’Aristote en ajoutant aux trois catégories de gouvernement du philosophe grec (royauté, aristocratie, république) un objet politique novateur : le macronisme en marche. Il déroute le pèlerinage de Compostelle vers le Faubourg-Saint-Honoré.

Il entame un bref service militaire juché sur un command car et les chaînes d’information continue se pâment d’admiration au spectacle de ce moderne Alexandre. L’histoire ne dit pas si, tel le roi de France après le sacre de Reims, il guérit les écrouelles, mais c’est éminemment probable.

Le président Macron devrait être vigilant : on peut être asphyxié par un excès d’encens. Et après le miel vient le fiel. Il ne faut jamais perdre de vue que la roche Tarpéienne n’est pas bien éloignée du Capitole. Les sept collines de Rome sont pleines d’embûches : il convient de faire très attention où l’on met les pieds. Surtout, la vieille règle médiatique des trois « l » se vérifie souvent : d’abord on lèche, ensuite on lâche, enfin on lynche. Cela s’appelle des « séquences ». François Hollande en sait quelque chose…

Voir également:

Gouvernement Macron : « La droite conservatrice a un boulevard devant elle, mais pas de leader »

François Huguenin
Le Figaro
17/05/2017

FIGAROVOX/ANALYSE – Pour François Huguenin, le nouveau gouvernement Edouard Philippe prouve que la droite doit être recomposée pour constituer une force politique cohérente.


François Huguenin, historien des idées et essayiste est l’auteur d’une Histoire intellectuelle des droites (éd. Tempus, 2013) et dernièrement Les grandes figures catholiques de France (éd. Perrin, 2016).


On s’y attendait. L’unanimité avec laquelle les ténors de la droite ont entonné le soir du premier tour l’hymne du ralliement au futur président, sans aucune des réserves qui auraient pu l’accompagner et éviter qu’il soit interprété comme une ruée sur la gamelle, préparait une drôle de pagaille. La nomination d’un Premier ministre de droite est signée de la griffe Macron: entre une formidable habileté tactique qui jour après jour apparaît inédite dans la vie politique française depuis François Mitterrand, et un souci du rassemblement dont on ne saurait décréter a priori sans mauvaise foi qu’il est seulement calculateur.

En tous les cas, le nouveau président, après avoir mis KO debout le Parti socialiste, est en train de faire éclater la droite. Nul n’ignore que la nomination d’Edouard Philippe, que l’on présente en un saisissant oxymore comme un «héritier spirituel d’Alain Juppé», vient habilement redonner au camp du centre-droit désavoué par les électeurs des primaires, de nouvelles perspectives. Sans surprise, Nathalie Kosciusko-Morizet ou Jean-Louis Borloo ont affiché depuis quelques jours leur volonté de saisir la perche tendue par Emmanuel Macron, et Bruno Lemaire a franchi le Rubicon en héritant d’un portefeuille-clef avec Bercy, mais qui mouille habilement la droite dans la responsabilité de la lutte contre le chômage. En réalité, ce centre-droit est cohérent: rien, absolument rien, ne le distingue du centre-gauche que Macron a miraculeusement sorti du bourbier dans lequel le désastreux quinquennat de François Hollande l’avait enlisé. Un même libéralisme économique doctrinaire et rigide, soumis aux injonctions de Bruxelles, un même refus de remettre en question le dévoiement d’une construction européenne qui est allée dans le mur, une même volonté de progressisme sociétal, un même manque d’imagination et de volonté pour réduire la fracture sociale.

Cette situation serait pain bénit pour le Front national, si le débat du 3 mai n’avait fait éclater la grande supercherie en faisant la démonstration de l’incompétence et de la vulgarité de Marine Le Pen. Si l’on ajoute le retrait de Marion Maréchal Le Pen – dont on peut souhaiter qu’il lui permettra de prendre du champ face à une histoire politique et familiale dont elle semble prisonnière – on assiste peut-être au début du déclin de ce parti qui depuis plus de trente ans a d’abord servi à distiller de l’amertume, à déconsidérer l’amour de la patrie et à stériliser toute tentative de refuser la logique impérialiste de la grande marchandisation. Le FN aura beau revendiquer la justesse de son analyse sur «l’UMPS», il n’est pas certain qu’il soit en état de profiter de cette situation aux prochaines législatives. Paradoxalement, le gouvernement nommé par Emmanuel Macron et Edouard Philippe pourrait au contraire permettre à la droite de procéder à une saine clarification.

Le scénario optimiste pour celle-ci serait que le traditionnel attelage entre ce qu’on appelait le RPR et l’UDF montre son caractère bancal et oblige à une recomposition en profondeur. A côté de ce centre-droit logiquement rallié (si ce n’est aujourd’hui, ce sera demain) à la majorité présidentielle, une droite au discours résolument patriote, décidée à refonder l’Europe sur le respect des nations, faisant de la réduction de la fracture sociale une priorité, conservatrice sur les valeurs qui fondent notre société (amour de la France, défense de la famille, refondation de l’école) a un boulevard théorique devant elle: entre, d’un côté, le sentiment des électeurs de droite d’avoir été volés de «leur élection» avec l’explosion en plein vol de la fusée Fillon, d’avoir été trahis par ses élites, et, de l’autre, la décrédibilisation du Front National, la marge de manœuvre est réelle. C’est ce qu’a bien compris par exemple Laurent Wauquiez.

Mais c’est là où le bât blesse. A part ce dernier, dont la sincérité politique manque de crédibilité, aucune grande voix à droite ne vient porter un projet de rupture. Celle de François Fillon est devenue inaudible, et, comme je l’avais écrit ici au sortir des primaires, avant les affaires, son discours était trop imprécis par rapport à sa conception de l’Europe, et trop peu volontariste sur la question sociale, pour avoir pu parfaitement incarner cette aspiration à un changement en profondeur. Toujours est-il que celui que les électeurs des primaires avaient plébiscité est aujourd’hui discrédité. Il faut bien le reconnaître: depuis la disparition de Philippe Séguin, plus personne n’incarne cette droite gaulliste, patriote et sociale. Pour se recomposer, la droite doit avoir de vrais leaders. Elle en manque cruellement. Le scénario catastrophe pour elle serait d’être aspirée dans le sillage de la nouvelle donne imposée par Macron. Soit elle échouera avec lui, et elle sera d’autant plus affaiblie qu’elle hérite de la responsabilité de l’économie dans le gouvernement Philippe ; et alors, la route sera réellement ouverte aux extrêmes de droite et de gauche. Soit le président réussira et il se pourrait qu’il en recueille toute la gloire. Dans les deux cas, ce pourrait être une recomposition manquée et une décomposition plus ou moins complète.

Mais pour la France, on ne peut que souhaiter qu’Emmanuel Macron réussisse. Il n’est d’ailleurs pas complètement absurde de penser que cet homme qui a conquis le pouvoir à la hussarde, ne se satisfasse pas d’un quinquennat médiocre et qu’il ait compris que sa seule vraie réussite sera celle du pays – contrairement à ses trois prédécesseurs qui ont été (surtout Chirac et Hollande) des hommes des partis et n’ont pas été à la hauteur de leurs promesses. Celui qui a été à l’école de Paul Ricœur et qui semble avoir compris que la France est le composé hautement instable d’une tradition monarchique et d’une tradition républicaine, a de toute évidence une vision de la politique. Il est même possible d’imaginer, avec une bonne dose d’optimisme, je le concède, que l’homme qui semble avoir si facilement endossé le costume présidentiel ne se sentira pas tenu par les soutiens qui ont facilité sa prise du pouvoir, car un monarque n’est jamais lié par les promesses du dauphin. Mais réussir pour la France impliquerait de dépasser le système des partis dans une Ve République orpheline de de Gaulle, et non pas de revenir aux combines anarchiques de la IVe. Sans majorité stable, ce sera impossible. Réussir pour la France signifierait rien moins que de restaurer le sens du politique, le souci du bien commun, l’amour du pays, la protection des plus fragiles ; reprendre sur de nouvelles bases la construction européenne, au service des nations ; avoir le courage de réformer l’Etat en reconstruisant et en préservant les plus pauvres. L’ancien banquier le voudra-t-il? En aura-t-il le désir et la volonté? On peut légitimement émettre des doutes à ce sujet, mais on ne peut pas décider a priori que c’est impossible. Il est certain qu’il a la main, alors que la droite, promise au pouvoir il y a six mois, semble profondément désemparée, comme privée de toute énergie vitale, de toute capacité d’invention, et surtout de convictions fortes. C’est le plus inquiétant pour elle. Mais ce qui compte est bien, plus que jamais, la situation de la France.

Voir encore:

Front national : Marion s’en va, Marine resteVirginie Le Guay

Paris Match
17/05/2017

La petite-fille de Jean-Marie Le Pen part pour mieux revenir. Le temps de la remise en ordre de la maison lepéniste.

Marine Le Pen n’a pas su ­choisir. Marion le fait à sa place. Usée par les atermoiements incessants de sa tante tout au long de ces ­derniers mois. Horrifiée même du spectacle donné, lors du débat d’entre-deux-tours, par une candidate agressive, perdue dans ses dossiers et confuse dans ses propos. Une entreprise de ­démolition qui a fini par la démolir elle-même. Incompréhensible. Comme un acte suicidaire. La goutte d’eau de trop en tout cas pour la parlementaire qui hésitait depuis ­plusieurs mois sur la conduite à tenir. Partir ou rester ? Le score final (33,9 %), bien en deçà des espérances affichées, a achevé de la convaincre. Il était urgent de prendre l’air. A charge pour sa tante de faire un ménage qui n’a que trop tardé.

 Elle part donc. Officiellement pour mieux s’occuper de son enfant, Olympe, 3 ans en septembre prochain, qu’elle a eue avec Matthieu Decosse dont elle est aujourd’hui séparée. « Ma fille me manque », déplore souvent cette jeune mère qui depuis plusieurs mois la partage avec son ex-mari. « Je veux la voir grandir. » Marion Maréchal-Le Pen, âgée de 27 ans, a trop souffert elle-même des intrusions incessantes de la politique dans le clan familial. Difficile aussi d’oublier les vexations répétées de Marine Le Pen pendant la campagne. « Elle est trop raide », a laissé ­échapper, un jour, la patronne du FN à l’encontre de sa nièce. Ou encore : « Si je suis élue, elle n’aura pas sa place dans mon gouvernement. Je ne lui dois rien. » Pas très motivant comme perspectives de carrière…Convaincue que la ligne trop souverainiste de Florian Philippot n’était pas la bonne, Marion Maréchal-Le Pen, qui défendait un positionnement libéral et identitaire, a longtemps serré les dents. « Elle a joué corporate », résume son père Samuel Maréchal. Evincée des grands meetings et des réunions stratégiques par un vice-président omnipotent qui ne voulait entendre aucune voix dissonante, elle a multiplié en solo les réunions de soutien. Et surtout réfléchi à son avenir.

Elle veut démontrer qu’il y a une vie en dehors de la politique.

Entrée en politique il y a cinq ans à l’instigation de Jean-Marie Le Pen, qui de son propre aveu, a beaucoup fait pour la convaincre, elle s’est fait élire en 2012 dans la 3e circonscription du Vaucluse, choisie tout spécialement pour elle par son autoritaire aïeul. Ses premiers pas à l’Assemblée nationale furent hésitants. On la vit pleurer devant les caméras. La suite démontra sa capacité de travail et de progrès. Sur les plateaux télé, sa blondeur et sa fermeté firent des étincelles. Son compère, le rusé Gilbert Collard, député du Gard, n’eut, très vite, plus besoin de la prendre sous son aile. La « petite », qui lors du congrès du Front national de 2014 arrivait en tête du vote des militants pour le comité central – devant Louis Aliot, Steeve Briois et Florian Philippot – était devenue grande. Aujourd’hui, elle décide de partir dans le privé, le temps d’acquérir­ une expérience professionnelle. Et de démontrer qu’il y a une vie en dehors de la politique. Même et surtout lorsqu’on s’appelle Le Pen.

« Reviens quand tu veux. Tu es ici chez toi », lui a assuré sa tante

A en croire sa garde rapprochée, Marion Maréchal-Le Pen ne travaillera pas avec son père – toujours marié, mais séparé de Cécile Houphouët-Boigny, ­l’arrière-petite-fille de l’ex-président ivoirien Félix Houphouët-Boigny – comme le bruit en a couru. Elle aurait reçu de nombreuses propositions entre lesquelles elle hésite encore. En attendant, bien qu’elle ne soit pas candidate à sa succession dans le Vaucluse, elle fera campagne pour les législatives. « Marion soutiendra tous les candidats frontistes qui le lui demanderont. »

Comme une mini-­tournée d’adieu pour la fille aînée de Yann Le Pen, qui, forte des nombreux messages de soutien reçus sur sa boîte mail, n’exclut pas de revenir au FN dans quelques années. Elle s’en est ouverte « franchement » lors d’un entretien récent avec Marine Le Pen, qui s’est montrée « compréhensive » avec sa nièce. Epuisée elle-même par un emploi du temps infernal, la présidente du mouvement d’extrême droite l’a assurée de sa solidarité : « Reviens quand tu veux. Tu es ici chez toi. » L’une et l’autre ont décidé d’ignorer la réaction épidermique de Jean-Marie Le Pen, qui a qualifié le départ de sa petite-fille de « désertion ». « Aucune importance », a tranché Marion Maréchal, qui pourrait abandonner le patronyme maternel dans sa nouvelle vie. « L’avantage de commencer jeune, c’est qu’on a du temps devant soi. On peut choisir de desserrer l’étau », reconnaît Samuel Maréchal, très fier de la prise d’indépendance de sa fille qui devrait commencer sa nouvelle vie professionnelle en septembre.

Voir par ailleurs:

Rift between global market’s winners and losers has replaced the old left-right split

The Observer

All over Europe and the US, the populist dynamic is surfing on two basic trends: the demise of the traditional middle classes and the emergence of a multicultural society. The populist fever that has seized France, the UK and the US is consequently here to stay, reflecting a profound shift in western society and heralding political re-alignment along new social, territorial and cultural faultlines.

One of the forces driving the populist dynamic is the gradual sapping of the social categories which used to form the basis of the middle classes. In France, Britain, the Netherlands, Austria and the US the same people – blue- and white-collar workers, intermediate occupations and farmers – are joining the populist revolt. Moreover, this movement started long ago. Support for Trump is rooted in the rise of financial capitalism which started during the Clinton era. Brexit goes back to the rollback of industry initiated by Thatcher. In France, the (far-right) Front National (FN) began gaining momentum when heavy industry went into decline in the 1980s.

So does this mean that the globalised model is not working? Not at all, but it is absurd to look at the global economy in binary terms, for or against. For or against neoliberalism. The truth is that this model, primarily based on an international division of labour, creates substantial wealth but does nothing to bond society as a whole. The job market has become deeply polarised and mainly concentrated in big cities, squeezing out the middle classes. For the first time in history, working people no longer live in the places where jobs and wealth are created.

Those groups, which have lost out due to globalisation, no longer identify with traditional political parties. The rift between the global market’s winners and losers has replaced the old right-left split. This social and political divide coincides with a visible faultline between global centres plugged into the world economy and deprived outlying areas.

All over the developed world the populist vote is gathering strength outside the big cities, in small and middling towns, and the countryside. In France these “peripheral” territories are driving the FN dynamic. In the US, the peripheral states put Trump in power, much as Brexit prevailed thanks to peripheral areas of the UK. In Austria support for Norbert Hofer, the far-right candidate in the recent presidential contest, comes from similar places. They are home to the majority of the working classes, disconnected and increasingly sedentary. Such territorial dynamics gather momentum as more mobile groups – the higher social classes, immigrants and minorities – concentrate in the cities. In this way the new social geography renews the old divide between sedentary and nomadic.

But social issues are not the only determinant of the populist vote. Identity is essential too, linked as it is to the emergence of a multicultural society, which feeds anxiety in working-class environments. At a time of fluctuating majorities and minorities, amid demographic instability, the fear of tipping into a minority is creating considerable cultural insecurity in developed countries. Unlike the upper classes, who can afford to raise invisible barriers between themselves and the “other” (immigrants or minorities), the working classes want a powerful state apparatus to protect them, socially and culturally. So the populist surge is re-activating a real class vote.

Christophe Guilluy is the author of Le crépuscule de la France d’en haut (The Twilight of Elite France)

Voir enfin:

The French fracture

A social thinker illuminates his country’s populist divides.

The property market in any sophis­ticated city reflects deep aspirations and fears. If you had a feel for its ups and downs – if you understood, say, why young parents were picking this neighbourhood and drunks wound up relegated to that one – you could make a killing in property, but you also might be able to pronounce on how society was evolving more generally. In 2016, a real-estate developer even sought – and won – the presidency of the United States.

In France, a property expert has done something almost as improbable. Christophe Guilluy calls himself a geographer. But he has spent decades, as a housing consultant in various rapidly changing neighbourhoods north of Paris, studying gentrification, among other things. And he has crafted a convincing narrative tying together France’s various social problems – immigration tensions, inequality, deindustrialisation, economic decline, ethnic conflict and the rise of populist parties. Such an analysis had previously eluded the Parisian caste of philosophers, political scientists, literary journalists, government-funded researchers and party ideologues.

Guilluy is none of these. Yet in a French political system that is as polarised as the American, both the outgoing Socialist president, François Hollande, and his Gaullist predecessor Nicolas Sarkozy sought his counsel. Marine Le Pen, whose Front National dismisses both major parties as part of a corrupt establishment, is equally enthusiastic about his work.

Guilluy has published three books, as yet untranslated, since 2010, with the newest, Le crépuscule de la France d’en haut (roughly: “Twilight of the French Elite”), ­arriving in bookshops last autumn. The volumes focus closely on French circumstances, institutions and laws, so they might not be translated any time soon. But they give the best ground-level look available at the economic, residential and democratic consequences of globalisation in France. They also give an explanation for the rise of the Front National that goes beyond the usual imputation of stupidity or bigotry to its voters.

Guilluy’s work thus tells us something important about British voters’ decision to withdraw from the European Union and the astonishing rise of Donald Trump – two phenomena that have drawn on similar grievances.

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At the heart of Guilluy’s inquiry is globalisation. Internationalising the division of labour has brought significant economic efficiencies. But it has also brought inequalities unseen for a century, demographic upheaval and cultural disruption. Now we face the question of what – if anything – we should do about it.

A process that Guilluy calls métropolisation has cut French society in two. In 16 dynamic urban areas (Paris, Lyons, Marseilles, Aix-en-Provence, Toulouse, Lille, Bordeaux, Nice, Nantes, Strasbourg, Grenoble, Rennes, Rouen, Toulon, Douai-Lens and Montpellier), the world’s resources have proved a profitable complement to those found in France. These urban areas are home to all the country’s leading educational and financial institutions, as well as almost all its corporations and the many well-paying jobs that go with them. Here, too, are the individuals – the entrepreneurs and engineers and CEOs, the fashion designers and models, the film directors and chefs and other “symbolic analysts”, as Robert Reich once called them – who shape the country’s tastes, form its opinions and renew its prestige.

Cheap labour, tariff-free consumer goods and new markets of billions of people have made globalisation a windfall for such ­prosperous places. But globalisation has had no such galvanising effect on the rest of France. Cities that were lively for hundreds of years – Tarbes, Agen, Albi, Béziers – are now, to use Guilluy’s word, “desertified”, haunted by the empty shopfronts and blighted downtowns that Rust Belt Americans know well.

Guilluy doubts that any place exists in France’s new economy for working people as we’ve previously understood them. Paris offers the most striking case. As it has prospered, the City of Light has stratified, resembling, in this regard, London or American cities such as New York and San Francisco. It’s a place for millionaires, immigrants, tourists and the young, with no room for the median Frenchman. Paris now drives out the people once thought of as synonymous with the city.

Yet economic opportunities for those unable to prosper in Paris are lacking elsewhere in France. Journalists and politicians assume that the stratification of France’s flourishing metropoles results from a glitch in the workings of globalisation. Somehow, the rich parts of France have failed to impart their magical formula to the poor ones. Fixing the problem, at least for certain politicians and policy experts, involves coming up with a clever short cut: perhaps, say, if Romorantin had free wifi, its citizens would soon find themselves wealthy, too. Guilluy disagrees. For him, there is no reason to expect that Paris (and France’s other dynamic spots) will generate a new middle class, or to assume that broad-based ­prosperity will develop elsewhere in the country (which happens to be where the majority of the population live). If he is right, we can understand why every major Western country has seen the rise of political movements taking aim at the present system.

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In our day, the urban property market is a pitiless sorting machine. Rich people and up-and-comers buy the private housing stock in desirable cities and thereby bid up its cost. Guilluy notes that one estate agent on the Île Saint-Louis in Paris now sells “lofts” of three square metres, or about 30 square feet, for €50,000 (£42,000). The situation resembles that in London, where, according to Le Monde, the average monthly rent (£2,580) now exceeds the average monthly salary (£2,300).

The laid-off, the less educated, the mistrained – all must rebuild their lives in what Guilluy calls (in the title of his second book) la France périphérique. This is the key term in Guilluy’s sociological vocabulary, and is much misunderstood in France, so it is worth clarifying: it is neither a synonym for the boondocks nor a measure of distance from the city centre. (Most of France’s small cities, in fact, are in la France périphérique.) Rather, the term measures distance from the functioning parts of the global economy. France’s best-performing urban nodes have arguably never been richer or better stocked with cultural and retail amenities. But too few such places exist to carry a national economy. When France’s was a national economy, its median workers were well compensated and well protected from illness, age and other vicissitudes. In a knowledge economy, these workers have largely been exiled from the places where the economy still functions. They have been replaced by immigrants.

After the mid-20th century, the French state built a vast stock – about five million units – of public housing, which now ­accounts for a sixth of the country’s households. Much of it is hideous-looking, but it’s all more or less affordable. Its purpose has changed, however. It is now used primarily for billeting not native French workers, as once was the case, but immigrants and their descendants, millions of whom arrived from North Africa, starting in the 1960s, with yet another wave of newcomers from sub-Saharan Africa and the Middle East arriving today. In the rough northern suburb of Aubervilliers, for instance, three-quarters of the young people are of immigrant background. Again, Paris’s future seems visible in contemporary London. Between 2001 and 2011, the population of white Londoners fell by 600,000, even as the city grew by one million: from 58 per cent white British at the turn of the century, London is currently 45 per cent white.

While rich Parisians may not miss the presence of the middle class, they do need people to serve tables, trim shrubbery, watch babies and change bedpans. Immi­grants – not native French workers – do most of these jobs. Why this should be so is an economic controversy. Perhaps migrants will do certain tasks that French people will not – at least not on the prevailing wage. Perhaps employers don’t relish paying €10 an hour to a native Frenchman who, ten years earlier, was making €20 in his old position and has resentments to match. Perhaps the current situation is an example of the economic law named after the 18th-/19th-century French economist Jean-Baptiste Say: a huge supply of menial labour from the developing world has created its own demand.

This is not Guilluy’s subject, though. He aims only to show that, even if French people were willing to do the work that gets offered in these prosperous urban centres, there would be no way for them to do it, ­because there is no longer any place for them to live. As a new bourgeoisie has taken over the private housing stock, poor foreigners have taken over the public – which thus serves the metropolitan rich as a kind of taxpayer-subsidised servants’ quarters. Public-housing inhabitants are almost never ethnically French; the prevailing culture there nowadays is often heavily, intimidatingly Muslim.

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At the opening of his new book, Guilluy describes 21st-century France as “an ‘American’ society like any other, unequal and multicultural”. It’s a controversial premise – that inequality and racial diversity are linked as part of the same (American-type) system and that they progress or decline together. Though this premise has been confirmed in much of the West for half a century, the assertion will shock many Americans, conditioned to place “inequality” (bad) and “diversity” (good) at opposite poles of a Manichaean moral order. This disconnect is a key reason American political discussions have turned so illogical and rancorous. Certain arguments – for instance, that raising the incomes of American workers requires limiting immigration – can be cast as either sensible or superstitious, legitimate or illegitimate, good or evil, depending on whether the person making them is deemed to be doing so on the grounds of economics or identity.

At a practical level, considerations of economics and ethnicity are getting harder to disentangle. Guilluy has spent years in and out of buildings in northern Paris (his sisters live in public housing), and he is sensitive to the way this works in France. A public-housing development is a community, yes, and one can wish that it be more diverse. But it is also an economic resource that, more and more, is getting fought over tribally. An ethnic Frenchman moving into a heavily North African housing project finds himself threatening a piece of property that members of “the community” think of as theirs. Guilluy speaks of a “battle of the eyes” fought in the lobbies of apartment buildings across France every day, in which one person or the other – the ethnic Frenchman or the immigrant’s son – will drop his gaze to the floor first.

Most places where migrant and native French cultures mix, Guilluy expects, will evolve as did the northern Paris suburbs where he works. Twenty years ago, these neighbourhoods remained a hub of Parisian Jewish life; nowadays, they’re heavily Arab. The young men living in them feel a burning solidarity with their Muslim brethren in the Middle East and often a loathing for Israel. Jews have faced steady intimidation in northern Paris since at least 2002, when the aftermath of the 9/11 attacks overlapped with the Palestinian “second intifada”.

Violence is rising. July 2014 saw a wave of attacks on Jewish businesses and synagogues in the suburb of Sarcelles. Jews have evacuated some municipalities north of Paris where, until recently, they were an integral part: Saint-Denis, La Courneuve, Aubervilliers, Stains, Pierrefitte-sur-Seine, Trappes, Aulnay-sous-Bois and Le Blanc-Mesnil. Many Jews still live safely and well in France, of course, but they cluster together in a smaller number of secure neighbourhoods, several of them on Paris’s western edge. Departures of French Jews to Israel run to about 7,000 a year, according to the Jewish Agency of France. The leavers are disproportionately young.

Guilluy has written much about how little contact the abstract doctrines of “diversity” and “multiculturalism” make with this morally complex world. In the neighbourhoods, well-meaning people of all backgrounds “need to manage, day in, day out, a thousand and one ethnocultural questions while trying not to get caught up in hatred and violence”. Last winter, he told the magazine Causeur:

“Unlike our parents in the 1960s, we live in a multicultural society, a society in which ‘the other’ doesn’t become ‘somebody like yourself’. And when ‘the other’ doesn’t become ‘somebody like yourself’, you constantly need to ask yourself how many of the other there are – whether in your neighbourhood or your apartment building. Because nobody wants to be a minority.”

Thus, when 70 per cent of Frenchmen tell pollsters, as they have for years now, that “too many foreigners” live in France, they are not necessarily being racist; but they are not necessarily not being racist, either. It’s a complicated sentiment, and identifying “good” and “bad” strands of it – the better to draw them apart – is getting harder to do.

France’s most dangerous political battles play out against this backdrop. The central fact is the 70 per cent that we just spoke of: they oppose immigration and are worried, we can safely assume, about the prospects for a multi-ethnic society. Their wishes are consistent, their passions high; and a demo­cracy is supposed to translate the wishes and passions of the people into government action. Yet that hasn’t happened in France.

Guilluy breaks down public opinion on immigration by class. Top executives (at 54 per cent) are content with the current number of migrants in France. But only 38 per cent of mid-level professionals, 27 per cent of labourers and 23 per cent of clerical workers feel similarly. As for the ­migrants themselves (whose views are seldom taken into account in French immi­gration discussions), living in Paris instead of Bamako is a windfall even under the worst of circumstances.

In certain respects, migrants actually have it better than natives, Guilluy stresses. He is not referring to affirmative action. Inhabitants of government-designated “sensitive urban zones” (ZUSs) do receive special benefits these days. But because the French cherish equality of citizenship as a political ideal, racial preferences in hiring and education took much longer to be imposed than in other countries. They’ve been operational for little more than a decade. A more important advantage, as the geographer Guilluy sees it, is that immigrants living in the urban slums, despite appearances, remain “in the arena”. They are near public transportation, schools, and a real job market that might have hundreds of thousands of vacancies. At a time when rural France is  getting more sedentary, the ZUSs are the places in France that enjoy the most residential mobility: it’s better in the banlieue.

In France, the Parti Socialiste (PS), like the Democratic Party in the US or Labour in Britain, has remade itself based on a recognition of this new demographic and political reality. François Hollande built his 2012 presidential victory on a strategy outlined in October 2011 by Bruno Jeanbart and the late Olivier Ferrand of the socialist think tank Terra Nova. Largely because of cultural questions, the authors warned, the working class no longer voted for the left. The consultants suggested a replacement coalition of ethnic minorities, people with advanced degrees (usually prospering in new-economy jobs), women, youths and non-Catholics – a French version of the Obama bloc. It did not make up, in itself, an electoral majority, but it possessed sufficient cultural power to attract one.

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Guilluy came to the attention of many French readers at the turn of the millennium, through the pages of the leftist Paris daily Libération, where he promoted the American journalist David Brooks’s book Bobos in Paradise. Guilluy was fascinated by the figure of the “bobo”, an acronym combining “bourgeois” and “bohemian”, which described the new sort of upper-middle-class person who had emerged in the late-1990s tech-bubble economy. The word may have faded from the memory of English-language readers, but it stuck in France. You can find bobo in any good French dictionary, alongside bébédada and tutu.

For Brooks, “Bobo” was a term of endearment. Our nouveaux riches differed from those of yesteryear in being more sensitive and cultured, the kind of folk who shopped at Restoration Hardware for the vintage 1950s Christmas lights that reminded them of their childhoods. For Guilluy, as for most French intellectuals, “bobo” is a slur. These nouveaux riches differed from their predecessors in being more predatory and less troubled by conscience. They chased the working-class population from neighbourhoods it had spent years building up – and then expected the country to thank them.

In France, as in America, the bobos were both cause and effect of a huge cultural shift. The nation’s cultural institutions – from its universities to its television studios to its comedy clubs to (this being France) its government – remain where they were. But the sociology of the community that surrounds them has been transformed. The culture industry now sits in territory that is 100 per cent occupied by the beneficiaries of globalisation. No equivalent exists any more of Madame Vauquer’s boarding house in Balzac’s Père Goriot, where the upwardly mobile Rastignac had to rub shoulders with those who had few prospects of advancement. In most parts of Paris, working-class Frenchmen are just gone, priced out of even the football stadiums that were a bastion of French proledom until the country’s World Cup victory in 1998. The national culture has changed.

So has French politics. Since the age of ­social democracy, we have assumed that contentious political issues inevitably pit “the rich” against “the poor” and that the fortunes of one group must be wrested from the other. But the metropolitan bourgeoisie no longer live cheek-by-jowl with native French people of lesser means and different values. In Paris and other cities of Guilluy’s fortunate France, one often encounters an appearance of civility, even consensus, where once there was class conflict. But this is an illusion: one side has been driven from the field.

The old bourgeoisie hasn’t been supplanted; it has been supplemented by a second bourgeoisie that occupies the previously non-bourgeois housing stock. For every old-economy banker in an inherited high-ceilinged Second Empire apartment off the Champs-Élysées, there is a new-economy television anchor or hi-tech patent attorney living in some exorbitantly remodelled mews house in the Marais. A New Yorker might see these two bourgeoisies as analogous to residents of the Upper East and Upper West sides. They have arrived through different routes, and they might once have held different political opinions, but they don’t now. Guilluy notes that the conservative former French prime minister Alain Juppé, now the mayor of Bordeaux, and Gérard Collomb, the Socialist running Lyons, pursue identical policies. As Paris has become not just the richest city in France but the richest city in the history of France, its residents have come to describe their politics as “on the left” – a judgement that tomorrow’s historians might dispute. Most often, Parisians mean what Guilluy calls la gauche hashtag, or what we might call the “glass-ceiling left”, preoccupied with redistribution among, not from, elites: “We may have done nothing for the poor, but we did appoint the first disabled lesbian parking commissioner.”

Upwardly mobile urbanites, observes Guilluy, call Paris “the land of possibilities”, the “ideapolis”. One is reminded of Richard Florida and other extollers of the “Creative Class”. The good fortune of Creative Class members appears (to them) to have nothing to do with any kind of capitalist struggle. Never have conditions been more favourable for deluding a class of fortunate people into thinking that they owe their privilege to being nicer, or smarter, or more honest, than everyone else. Why would they think otherwise? They never meet anyone who disagrees with them. The immigrants with whom the creatives share the city are dazzlingly different, exotic, even frightening, but on the central question of our time – whether the global economic system is working or failing – they see eye to eye. “Our immigrants, our strength”, was the ­title of a New York Times op-ed signed by the Mayor of London, Sadiq Khan, the mayor of New York, Bill de Blasio, and the mayor of Paris, Anne Hidalgo, after September’s terrorist bomb blasts in New York. This estrangement is why electoral results around the world last year – from Brexit to the election of Donald Trump – proved so difficult to anticipate. Those outside the city gates in la France périphérique are invisible, their wishes incomprehensible. It’s as if they didn’t exist. But they do.

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People used to think of the economy as congruent with society – it was the earning-and-spending ­aspect of the nation just living its life. All citizens inhabited the same economic system (which isn’t to say that all took an equal share from it). As Guilluy describes it, the new economy is more like a private utility: it provides money and goods the way, say, a power company provides electricity. If you’ve always had electricity in your house, what’s the worry? But it’s quite possible to get cut off.

For those cut off from France’s new-economy citadels, the misfortunes are serious. They’re stuck economically. Three years after finishing their studies, three-quarters of French university graduates are living on their own; by contrast, three-quarters of their contemporaries without university degrees still live with their parents. And they’re dying early. In January 2016, the national statistical institute Insee announced that life expectancy had fallen for both sexes in France for the first time since the Second World War, and it’s the native French working class that is likely driving the decline. The French outsiders are failing not just in income and longevity but also in family formation, mental health and education. Their political alienation is striking. Less than 2 per cent of legislators in France’s National Assembly today come from the working class, as opposed to 20 per cent just after the Second World War.

Unlike their parents in Cold War France, the excluded have lost faith in efforts to distribute society’s goods more equitably. Political plans still abound to fight the “system”, ranging from the 2017 Socialist presidential candidate Benoît Hamon’s proposals for a guaranteed minimum income to those of his rival Emmanuel Macron, the former economics minister, to make labour markets more flexible. But these programmes are seen by their intended beneficiaries as further proof of a rigged system. The welfare state is now distrusted by those whom it is meant to help. France’s expenditure on the heavily immigrant banlieue is already vast, in this view; to provide yet more public housing would be to widen the invitation to unwanted immigrants. To build any large public-works project is to do the same. To invest in education, in turn, is to offer more advantages to the rich, who are best positioned to benefit from it. In a society as divided as Guilluy describes, traditional politics can find no purchase.

With its opposition to free trade, open immigration and the European Union, the Front National has established itself as the main voice of the anti-globalisers. At regional elections in 2015, it took 55 per cent of workers’ votes. The Socialists, Républicains, Greens and the hard left took 18 per cent among them. In an effort to ward off the Front National, the traditional parties now collude as often as they compete. In the second round of those regional elections, the Socialists withdrew in favour of their Républicains rivals, seeking to create a barrage républicain against the FN. The banding together of establishment parties to defend the system against anti-system parties is happening all over the world. Germany has a “grand coalition” of its two largest parties, and Spain may have one soon. In the US, the Trump and the Sanders candidacies both gained much of their support from voters worried that the two main parties were offering essentially the same package.

Guilluy has tried to clarify French politics with an original theory of political correctness. The dominance of metropolitan elites has made it hard even to describe the most important conflicts in France, except in terms that conform to their way of viewing the world. In the last decade of the 20th century, Western statesmen sang the praises of the free market. In our own time, they defend the “open society” – a wider concept that embraces not just the free market but also the welcoming and promotion of people of different races, religions and sexualities. The result, in terms of policy, is a number of what Guilluy calls “top-down social movements”. He doesn’t specify them, but they would surely include the Hollande government’s legalisation of gay marriage, which in 2013 and 2014 brought millions of protesters opposing the measure on to the streets of Paris – one of the largest demonstrations in the country since the Second World War.

French elites have convinced themselves that their social supremacy rests not on their economic might but on their common decency. Doing so allows them to “present the losers of globalisation as embittered people who have problems with diversity”, says Guilluy. It’s not our privilege that the French “deplorables” resent, the elites claim; it’s the colour of some of our employees’ skin. French elites have a thesaurus full of colourful vocabulary for those who resist the open society: repli (“reaction”), crispation identitaire (“ethnic tension”) and populisme (an accusation equivalent to fascism which somehow does not require an equivalent level of proof). One need not say anything racist or hateful to be denounced as a member of “white, xenophobic France” or even as a “fascist”. To express mere discontent with the political system is dangerous enough. It is to faire le jeu de (“to play the game of”) the Front National.

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In France, political correctness is more than a ridiculous set of opinions; it’s also – and primarily – a tool of government coercion. Not only does it tilt any political discussion in favour of one set of arguments; it also gives the ruling class a doubt-expelling myth that provides a constant boost to morale and esprit de corps, much as class systems did in the days before democracy. People tend to snicker when the question of political correctness is raised: its practitioners because no one wants to be thought politically correct; and its targets because no one wants to admit to being coerced. But it determines the current polarity in French politics. Where you stand depends largely on whether you believe that anti-racism is a sincere response to a genuine upsurge of public hatred or an ­opportunistic posture for elites seeking to justify their rule.

Guilluy is ambivalent on the question. He sees deep historical and economic processes at work behind the evolution of France’s residential spaces. “There has been no plan to ‘expel the poor’, no conspiracy,” he writes. “Just a strict application of market principles.” But he is moving towards a more politically engaged view: that the rhetoric of an “open society” is “a smokescreen meant to hide the emergence of a closed society, walled off for the benefit of the upper classes”.

It would be wrong, though, to see Guilluy as the partisan of any political project, let alone “playing the game” of one. Ideologically and intellectually, he is difficult to place. Sometimes he sounds like Paul Mason, author of the 2015 book PostCapitalism. That is, he looks at the destruction of working-class sources of power (from trade unions to industrial jobs) not as unfortunate collateral damage of the past thirty years of economic policy but as the overarching goal of it. He is more interested in how people act (where they move, the jobs they take, the way they form families) than in the opinions they spout. In a French context, he would be seen as among those in left-wing circles on whom certain civilisational truths once considered “conservative” have dawned. These include the novelist Michel Houellebecq, the philosopher Michel Onfray and the political philosopher Jean-Claude Michéa, who has been heavily influenced by the American historian Christopher Lasch. Guilluy, too, acknow­ledges Lasch’s influence, and one hears it when he writes, in La France périphérique, of family and community as constituting “the capital of the poor”.

Guilluy’s work is the most successful attempt to tow French political sociology out of the rut that it has been mired in since the Cold War and to direct it towards the pressing matters of our day. The “American” society that Guilluy describes – unequal and multicultural – can appear quite stable, but signs abound that it is in crisis. For one thing, it requires for its own replication a growing economy.

Since Tocqueville, we have understood that our democratic societies are emulative. Nobody wants to be thought a bigot if the membership board of the country club takes pride in its multiculturalism. But as the prospect of rising in the world is hampered or extinguished, the inducements to ideological conformism weaken. Dissent appears. Political correctness grows more draconian. Finally the ruling class reaches a dangerous stage, in which it begins to lose not only its
legitimacy, but also a sense of what its legitimacy rested on in the first place. l

Christopher Caldwell is a senior editor at the Weekly Standard. This article was first published in the quarterly magazine City Journal


Présidentielle 2007: Qui nous délivrera des comités Théodule ? (Jean-Paul Delevoye, proche d’Emmanuel Macron, mis en cause pour sa tentative de modernisation du CESE)

14 mai, 2017
Le siège du Conseil économique social et environnemental (Cese) au palais d’Iena à Paris.
From the looks of Emmanuel Macron’s sweeping victory in the French presidential election, France seems to be recovering its self-confidence. But appearances can deceive: Macron will inherit a deeply divided country that remains mired in dysfunction and despair. (…) France’s malaise is not fake news; it is old news. (…) During the recent election, puzzlement gave way to shock. In the first round, Marine Le Pen of the far-right National Front and Jean-Luc Mélenchon, a far-left ex-Trotskyist, each won around 20% of the vote. In fact, of the 78% of voters who turned out for the first round, almost half cast their ballots for anti-establishment candidates who openly oppose institutions such as the European Union and NATO. (…) According to the World Values Survey, only 36% of French people have confidence in the market economy – a response that stands in stark contrast to other large economies, such as China (74%), Germany (65%), and even Russia (43%). (…) Tirole deplores the fact that in French high schools, and even in elite grandes écoles, students’ first exposure to economics often comes late, if it comes at all. (…) the French state is so bloated, overweening, and wasteful that public spending is equivalent to 56% of GDP. Government outlays allocated with the best intentions routinely end up fueling an engine of rent extraction. For evidence of this, one need look no further than the explosion of public-sector jobs and the ever-expanding bureaucracy that extends from the Parisian center into every small village. To pay for this exorbitant public spending, successive governments have racked up debt and levied a complex array of taxes and quasi-taxes (so-called social contributions) on companies, while sparing households. And, in addition to being squeezed by taxation, companies have to navigate a dense thicket of labor regulations. This has severely undermined France’s competitiveness, while causing chronic, shockingly high unemployment. As of March, the unemployment rate had edged back up to 10.1%, surpassing the eurozone average, which comprises much weaker economies such as Italy and Greece.  Moreover, owing largely to its dysfunctional labor market, France has failed to integrate properly its large community of predominantly Muslim immigrants. This has created a vicious cycle in which economic and social marginalization give rise to Islamist radicalization, homegrown terrorism, and atavistic identity politics that play into the hands of far-right nationalists such as Le Pen. (…) According to Tirole and Verdier-Molinié, a narrow, entitled oligarchy presides over this bleak landscape. It is composed almost entirely of alumni of the École nationale d’administration – France’s top civil-service school – and other grandes écoles, who shuttle freely between public-service roles and high-paid management or supervisory board positions in state-controlled companies. For Tirole, this perverse incentive structure explains why the French state is still playing the role of owner, producer, and planner, when it should be acting as a more hands-off market referee. But Tirole reserves his strongest criticism for incumbents who use subsidies and regulations to rig the system in their favor. In the labor market, this comes at the expense of new entrants, who are typically younger, or those returning to the labor force after being unemployed. And in the education sector – which Tirole describes as an “insiders’ racket” – it comes at the expense of underprivileged children. Not surprisingly, a 2016 OECD study found that the correlation between educational outcomes and family background is stronger in France than in almost any other developed country (giving the lie to France’s self-image as a bastion of equality and meritocracy). (…) For example, the printed version of the French labor code currently weighs 1.5 kilograms (3.3 pounds), three times more than it weighed in 1985. And France now has 400,000 business regulations, 11,500 laws, and 360 taxes – 192 of which yield less than €150 million ($163 million) in annual revenues – not to mention 470 tax loopholes and exemptions and 37 different pension regimes. The list goes on. Verdier-Molinié’s litany may sound wearisome, but her book’s clear structure, analytical coherence, and eye-popping subject matter are enough to keep almost any reader engaged. (…) The social geographer Christophe Guilluy has been doing groundbreaking work to map those costs in detail. (…) Guillluy juxtaposes France’s prosperous big cities, which have been fully integrated into the global economy, with the “peripheral France” of his book’s title – rural areas, small towns, suburbs, and the banlieues (the housing estates surrounding urban cores which are now host to many immigrant communities). In the eyes of metropolitan sophisticates – or “bobos” – these “peripherals” are not unlike the Donald Trump supporters whom Hillary Clinton labeled “deplorables” during the 2016 US presidential campaign. Guilluy shows how this deep fracture in French society has benefited populist parties such as the National Front, but he is careful not to over-emphasize electoral politics. Rather, he depicts a large cohort of society that has turned inward, away from a threatening and alien wider world. (…) Macron will need more than his innate intelligence and determination; he will also need abundant political capital and a solid parliamentary majority after the National Assembly election in June. Given the strong support for anti-establishment candidates in the first round of the presidential election, he shouldn’t count on getting either. Brigitte Granville
L’essentiel pour moi, ce n’est pas ce que peuvent penser le comité Gustave, le comité Théodule ou le comité Hippolyte, c’est ce que veut le pays. Général de Gaulle (1963)
Le renouvellement de notre vie publique s’imposera à tous dès demain. La moralisation de notre vie publique, la reconnaissance du pluralisme seront dès le premier jour le socle de mon action. Emmanuel Macron (2017)
Il a monté les marches quatre à quatre, à une vitesse incroyable. Ça rappelle Jacques Chaban-Delmas. Franck Ferrand (France 2)
C’est l’investiture la plus romanesque de la Ve République. On est véritablement dans le roman, et même, osons le mot, dans l’épopée. France 2
Ce visage, ce masque d’Emmanuel Macron, cette gravité qui arrive. (… ) c’est le protecteur de la Nation qui se présente à nous. Laurent Delahousse
Des personnes se sont réfugiées dans ses bras. Autrefois, les rois touchaient les écrouelles le lendemain du sacre, il y a un peu de ça. Intervenant (France 2)
Les aciéries font des métaux spéciaux. Il est d’un autre métal. Eric Fottorino (ancien patron du Monde)
L’image de Gérard Collomb bouleversé, ça me fait penser à Mitterrand embrassant Mendès-France. Serge Moati
C’est la marque d’Emmanuel Macron. Tout en rendant hommage à tous les présidents qui l’ont précédé (…) lui, il veut trancher. C’est le personnage Macron qui parle, sa jeunesse, son énergie, sa volonté de rendre les choses différentes. Ruth Elkrief
On voit que l’alignement des planètes continue pour Emmanuel Macron : aujourd’hui il fait beau, et en plus la passation d’Emmanuel Macron tombe un dimanche. C’est génial, ça permet une audience maximale, tous les Français peuvent être devant leur télé et assister aux premiers pas d’Emmanuel Macron. Et puis ça va permettre peut-être à plus de badauds d’être sur les Champs-Élysées ». Ludovic Vigogne (l’Opinion)
On est vraiment dans l’invention d’une politique, la redéfinition d’une fonction en direct, c’est très inédit. BFMTV
On retiendra quand même cette image spectaculaire d’Emmanuel Macron sur cet engin militaire. BFMTV
Français Bayrou en avait fait la condition de son ralliement, Emmanuel Macron en a fait l’un des six chantiers de son quinquennat. Il en a esquissé quelques principaux points dans son programme, auxquels il pourrait encore ajouter des mesures. Conséquence directe des révélations sur la société de conseil de François Fillon (2F Conseil), le nouveau président de la République compte interdire aux parlementaires d’exercer une activité de conseil « parallèlement à leur mandat ». Actuellement, il est interdit aux élus de débuter une activité de conseil durant leur mandat, mais pas de la conserver s’ils l’exerçaient avant leur élection. François Fillon avait ouvert sa société de conseil onze jours avant le début de son mandat, en 2012. Emmanuel Macron a aussi déclaré à Transparency International qu’il encadrerait strictement les pratiques de lobbying en « imposant un horaire et un lieu précis pour les réunions qui relèvent de ces pratiques au Parlement ». Ayant fondé sa candidature sur l’idée de renouvellement de la classe politique, Emmanuel Macron entend interdire aux parlementaires de briguer plus de trois mandats consécutifs. Il a également promis une mesure inédite : la modulation du financement des partis en fonction du renouvellement des candidats. Enfin, et c’était là aussi une exigence de François Bayrou, Emmanuel Macron s’est engagé à instaurer une dose de proportionnelle pour les élections législatives. Cette proposition ne figurait toutefois pas explicitement dans son programme et le nouveau chef de l’Etat n’a pas précisé combien de députés seraient élus selon ce mode de scrutin. (…) Ses propositions les plus fortes concernent l’exigence vis-à-vis des parlementaires, après une campagne marquée par les affaires de M. Fillon et Mme Le Pen. Pour répondre aux enjeux soulevés ces derniers mois, Emmanuel Macron prévoit d’interdire les emplois familiaux pour les élus et les ministres. Un casier judiciaire vierge de niveau B2 (hors condamnations mineures et contraventions) sera également nécessaire pour pouvoir devenir parlementaire. Par ailleurs, le candidat élu souhaite revenir sur ce qui est perçu comme des avantages financiers donnés aux élus : leur indemnité de mandat et leur retraite. (…) Le nouveau président veut soumettre l’ensemble de l’indemnité parlementaire des députés à l’impôt (y compris l’IRFM), les obliger à justifier de leurs frais en fournissant les factures et supprimer le régime spécial de retraite. Ce dernier point ne pourra cependant sûrement être mis en place qu’avec la réforme générale des régimes de retraite envisagée par Emmanuel Macron, et qui n’est pas prévue dans l’immédiat. Reste ensuite à savoir si le nouveau chef de l’Etat aura la majorité pour voter ce texte… et si les parlementaires accepteront de voter des mesures qui les concernent directement. Le Monde
Des assistants parlementaires servent en réalité le parti politique et non le parlementaire… Lorsque j’ai été élue au Parlement européen en 2009, le Modem avait exigé de moi qu’un de mes assistants parlementaires travaille au siège parisien. J’ai refusé en indiquant que cela me paraissait d’une part contraire aux règles européennes et d’autre part illégal. Le Modem n’a pas osé insister mais mes collègues ont été contraints de satisfaire cette exigence. Ainsi, durant cinq ans, la secrétaire particulière de François Bayrou a été payée… par l’enveloppe d’assistance parlementaire de Marielle de Sarnez, sur fonds européen. Corinne Lepage
De plus en plus dans la lumière, Pauline Doussau de Bazignan cultive pourtant une nature discrète. La quadragénaire essaie en effet, autant que faire se peut, de rester en dehors des affaires de son mari et de la politique. « Avec Pauline, nous avons essayé beaucoup de formules possibles pour conjuguer vie publique et vie privée. Le pire aura été de mélanger les deux », a écrit le candidat à la primaire dans son livre A nos enfants. Une conclusion sans doute liée aux révélations de Mediapart. En 2013, le site d’investigation a en effet révélé que depuis six ans, l’épouse de Bruno Le Maire était rémunérée aux frais de l’Hémicycle pour un poste à temps plein et ce, alors qu’au cours d’une interview accordée à Paris Match, elle se décrivait elle-même comme étant « petite-fille d’agriculteurs, artiste-peintre et mère ». Et si Pauline Doussau de Bazignan ne mentionnait pas son poste à l’Assemblée, son mari ne le faisait pas non plus. En réalité, madame Le Maire était en charge du site Internet de son mari, ce qui consistait notamment à rédiger des posts de blog, ce qu’elle pouvait faire depuis chez elle, a par la suite précisé Mediapart. De là à en oublier qu’elle était rémunérée pour cela ? C’était une « erreur de parcours », a par la suite reconnu celui que son épouse surnomme « coquito ». Depuis, ils ne travaillent plus ensemble. Planet.fr
Lorsque j’ai été élue au Parlement européen en 2009, le MoDem avait exigé de moi qu’un de mes assistants parlementaires travaille au siège parisien. J’ai refusé en indiquant que cela me paraissait d’une part contraire aux règles européennes, et d’autre part illégal. Le MoDem n’a pas osé insister mais mes collègues ont été contraints de satisfaire à cette exigence. Corinne Lepage (2004)
Les révélations sur les emplois présumés fictifs d’assistants parlementaires (François Fillon, Bruno Le Roux…), les promesses d’exemplarité, semblent libérer la parole de certains ex-collaborateurs. C’est le cas d’un Nantais qui assure avoir occupé, il y a vingt ans, deux emplois fictifs au profit du parti de… François Bayrou. (…) « Quand j’ai vu que François Bayrou se posait en monsieur Propre, en caution morale et père vertueux de la politique, mon sang n’a fait qu’un tour. » Pierre, appelons-le ainsi, la quarantaine, assure avoir occupé des emplois fictifs auprès de deux élus centristes, un député breton actuellement retraité de la politique, et un sénateur devenu juge constitutionnel. « Je ne les ai vus que trois fois en un an. J’ai perçu un salaire, des fiches de paie pour une activité que je n’exerçais pas. Je travaillais en fait pour le magazine Démocratie Moderne du parti Force Démocrate présidé par François Bayrou », révèle-t-il, contrats de travail et un bulletin de salaire à l’appui. La consigne à sa prise de poste, selon lui ? « Si l’on vous demande ce que vous faites au parti, ne dites pas que vous y travaillez. Répondez que vous êtes un militant. » Le Télégramme
Nicolas Grégoire a bien été en contact avec un journaliste de Libé peu après la publication de son premier article. Et il est vrai que nous n’avons rien fait sur le sujet. Par manque de temps, à cause de l’actu folle, parce que cette histoire datée n’est pas apparue aux yeux du journaliste comme une priorité, parce qu’enfin (ce n’est peut-être pas la meilleure raison mais le rapport à la source importe aussi dans ce métier) le ton des échanges (entre parano et accusations diverses) a conduit le journaliste de Libé à y mettre un terme. Il est difficile de dire que Libé a eu ou pas raison. Nous sommes sans cesse contraints à des choix. Peut-être qu’une histoire liée à l’UDF il y a vingt ans semblait moins prioritaire que de se consacrer aux affaires actuelles (Le FN par exemple). L’histoire (si elle se vérifie) aurait sûrement donné des éléments de contexte intéressant sur des pratiques dénoncées pour Fillon mais répandues au delà de ce cas précis. Bref, nous ne l’avons pas fait. Pourquoi les autres média ont visiblement fait le même choix? Peut-être pour les mêmes raisons. Mais il y a une chose qu’on peut dire, c’est que le deuxième article de Nicolas Grégoire, dénonçant la censure médiatique, la presse aux ordres de Bayrou, donc en fait Macron (quelle originalité!) n’a plus rien de journalistique. Le choix de Libé (peut-être mauvais) a été un choix éditorial, d’un seul journaliste qui n’aurait eu aucun mal à écrire sur le sujet s’il en avait eu le temps et l’envie. La question du traitement de l’affaire n’a été évoquée à aucun moment par la direction. Parler de censure est faux, tout simplement. Cédric Mathiot (Libération)
François Fillon a bénéficié, comme tant d’autres, d’un mode de fonctionnement inéquitable, incroyablement opaque, lui permettant d’employer des proches comme attachés parlementaires sans avoir de comptes à rendre ou presque sur leur salaire (plafonné à la moitié de l’enveloppe globale) et la nature de leur travail. Parce qu’il est devenu, du jour au lendemain, le favori de la présidentielle et qu’il a axé sa campagne sur la probité, de telles pratiques ont choqué, à juste titre. Mais il a payé pour tous les autres. Ceux qui avaient piqué dans la caisse, qui avaient nié leur évasion fiscale les yeux dans les yeux ou qui, simplement, s’étaient autoproclamés exemplaires alors qu’ils claquaient 10 000 euros par mois pour se faire shampouiner aux frais du contribuable. Dans une France qui totalise plus de six millions de chômeurs, près de neuf millions de pauvres et soixante-six millions de désenchantés, les petits arrangements comme les grosses arnaques ne passent plus. «Au début de l’année 2016, un député sur six employait parmi ses collaborateurs un membre de sa famille», rappelle pourtant René Dosière. Au-delà de cette dimension «morale», François Fillon a aussi essuyé les plâtres d’un projet sans doute mal ficelé, jugé par une partie de l’opinion trop libéral, trop imprécis et préjudiciable à la Sécurité sociale. En charge du dossier, le Parquet national financier a finalement ouvert une information judiciaire, de crainte que l’entrée en vigueur d’une nouvelle loi ne prescrive les faits reprochés à François Fillon. Preuve que les éléments n’étaient sans doute pas si solides, en dépit du déchaînement médiatique qu’ils ont suscité. Trois juges d’instruction ont ainsi hérité de l’affaire, dont l’intraitable Serge Tournaire, réputé pour son intransigeance et sa ténacité, décrit par ses contempteurs comme «un type techniquement très compétent, avec une épouvantable mentalité d’inquisiteur». Nicolas Sarkozy peut en attester: c’est lui qui a décidé de le mettre en examen, dans le cadre du financement de sa campagne de 2012, contre l’avis de ses collègues Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loir. C’est encore lui qui a récemment tranché, dans l’affaire Bygmalion, pour son renvoi en correctionnelle, là aussi malgré le désaccord de Van Ruymbeke. On murmure que l’ambiance ne serait pas à la franche camaraderie entre les deux juges. Et là, patatras, le candidat des Républicains se voit convoqué le 15 mars prochain en vue d’une mise en examen. Soit deux jours avant la date limite des dépôts de candidature pour la présidentielle. C’est fou ce que la justice française a fait comme progrès en termes de vélocité ces dernières semaines. Enfin, pas pour tout le monde. Personne n’a eu l’idée de venir enquiquiner François Bayrou, dont la secrétaire particulière a, pendant cinq ans, «été payée par l’enveloppe d’assistance parlementaire de Marielle de Sarnez, sur fonds européens», révélait en 2015 Corinne Lepage dans son livre Les mains propres. En revanche, le Parlement européen semble très enclin à lever l’immunité de Marine Le Pen pour une ridicule histoire de tweets: l’eurodéputée frontiste avait eu l’outrecuidance de poster des visuels de crimes barbares de l’État islamique. Un dénouement qui surgit décidément à point nommé, pour une enquête ouverte en France en …2015. Faute de pouvoir la coincer sur les emplois présumés fictifs de ses assistants parlementaires, on fait avec ce qu’on a sous le coude.  Personne n’a eu la curiosité d’enquêter sur la fortune d’Emmanuel Macron qui, comme le résume le blog d’Olivier Berruyer les-crises.fr, a omis de déclarer son ISF à plusieurs reprises, a engrangé plus de 3,3 millions d’euros de revenus en six ans, et dispose de 266 000 euros de liquidités. De même, quand l’ouvrage Dans l’enfer de Bercy, des journalistes Marion L’Hour et Frédéric Says, mentionne qu’à son départ de Bercy en août dernier, il avait utilisé «à lui seul 80 % de l’enveloppe annuelle des frais de représentation accordée à son ministère» beaucoup se demandent en vain si cet argent n’a pas servi à mettre sur pied son mouvement. Mais le vibrionnant énarque «en marche» est le candidat des médias et des milieux financiers. Pas touche. De telles inégalités de traitement laissent perplexe voire amer. «La justice est en train d’aller dans le mur», redoute Bernard Debré, fervent soutien de l’ex-premier ministre, qui parle, lui, d’un «assassinat politique» et d’un «État de droit violé». Comment ne pas lui donner raison, au vu de cette subite avalanche de procédures, d’accusations, de harcèlements, qui semblent n’avoir pour objectif que de confisquer le libre arbitre des votants, de jeter le trouble pour saborder tout discernement dans une course à l’Élysée de plus en plus abracadabrantesque, dont on voudrait nous imposer l’issue. Eloïse Lenesley
François Fillon est le candidat conservateur plébiscité par les électeurs de son parti pour une élection présidentielle qu’il a toutes les chances de remporter. Le complexe médiatico-idéologique ne pouvait pas laisser passer cela. Ce qui est nouveau, c’est la qualification juridique retenue pour justifier l’intervention du juge pénal dans une pratique banale. Est-ce à dire que désormais tout élu, fonctionnaire, collaborateur public ou membre d’un conseil ou comité Théodule quelconque qui ne travaille pas en proportion exacte de ce qu’un procureur estime nécessaire à sa rétribution devrait en passer par la case prison au motif qu’il s’agirait d’un « détournement de fonds » ? Ça promet du monde dans nos établissements pénitentiaires déjà surchargés. (…) il faudrait d’abord faire une perquisition de grande envergure au Conseil économique, social et environnemental où il est de notoriété publique qu’une l’indemnité mensuelle brute de 3800 euros est versée à 233 conseillers dilettantes qui ont l’habitude de quitter les quelques très rares réunions auxquelles ils sont convoqués aussitôt après avoir badgé. Chacun sait d’ailleurs que les membres des organisations « représentatives » qui y siègent reversent une part de leur indemnité à leur syndicat d’origine. Les nominations de « personnalités qualifiées » (dites PQ) y sont depuis toujours utilisées par le gouvernement en place pour servir des prébendes à des amis de toutes sortes, souvent dépourvus de toute qualification. La Cour des comptes a d’ailleurs constaté que le personnel administratif de ladite institution jouit aussi, par voie de conséquence, d’un temps de travail très limité. Anne-Marie Le Pourhiet
Les Conseils économiques et sociaux sont inutiles et coûteux, pourquoi l’Etat continue-t-il de les financer ? (…) Le Conseil économique et social fête son cinquantième anniversaire, puisqu’il a été institué dans sa forme actuelle par la Constitution de la Ve République du 4 octobre 1958. En juillet dernier, il est rebaptisé Conseil économique, social et environnemental. Il a de nombreux clones : les Conseils économiques et sociaux régionaux, et le Conseil économique et social européen. Le Conseil économique, social et environnemental est une assemblée « consultative » auprès des pouvoirs publics, consultée moins de cinq fois par an, dont les avis n’obligent personne. Les conseillers économiques et sociaux perçoivent de copieux émoluments pour une activité presque inexistante. Ils produisent, à un rythme modéré, des rapports sans écho. L’absentéisme sévit. En 2008, le Conseil aura coûté 36,3 millions d’euros aux contribuables. Pourquoi l’État continue-t-il à le financer ? Son véritable rôle est de fournir des sinécures à la classe politique. Il constitue un moyen commode de récompenser des militants, de recaser d’anciens ministres, de consoler des candidats malheureux aux élections, d’émousser la pugnacité de certains opposants… Et il participe au financement des syndicats : près du tiers des sièges sont occupés par des syndicalistes – ils ne représentent pourtant, à l’échelle nationale, que 8,2 % des salariés – dont les indemnités échappent à l’impôt et sont reversées au Syndicat auquel ils appartiennent. Contribuables associés
Le véritable rôle du Conseil économique, social et environnemental – et  de  ses  clones  régionaux  et  européen  –  est  de  fournir  des  sinécures  à  la  classe  politique.  Aussi,  après  avoir  fait  le  bonheur  de  la  IV e  République,  a-t-il été pérennisé par la constitution de la V e  République. mais voilà, c’est le contribuable qui paie. C’est  pourquoi  nous  proposons,  non  pas  de  réformer  cette  institution  –  elle  aggrave  la  surproduction  de  rapports  administratifs  –,  mais  de  la  supprimer  purement  et  simplement.  Ses  défenseurs  font  valoir  qu’elle  sert de lubrifiant à la machine politique française. Mais, alors que la dette  publique ne cesse de s’accroître, il n’est pas acceptable que les politiques  continuent à bénéficier de telles faveurs. Comment demander aux Français de «  travailler plus pour gagner  plus  », tout en continuant à distribuer à des privilégiés des emplois  quasi-fictifs  au  Conseil  économique,  social  et  environnemental,  dans les Conseils économiques et sociaux régionaux et au Conseil  économique et social européen  ? Il  incombe  aux  responsables  politiques  de  montrer  l’exemple  à  l’ensemble de la société française, en renonçant à ces facilités. Eric Letty
On fustige la manie des commissions et des comités théodules de chaque gouvernement, et chacun ironise volontiers et se plaît à dénoncer  la permanence de cette pratique. ().  De 40 à  45 millions par an pour le National et 30 Millions pour les comités régionaux. Les conseillers touchent près de 4 000 euros brut par mois, sans compter les a côtés,  pour quelques séances du comité. Le CESE a été consulté deux fois en 2009, 2 fois en 2010. Leur suppression ne pose aucun problème. Si une enquête spécifique, une étude utile, une analyse particulière, doit être commandée pourquoi ne pas créer un groupe ad hoc, une commission spécifique, « un jury populaire » de gens concernés, avec cette mission limitée dans le temps; cette commission ne durant que le temps de la mission. Pour un autre problème, il peut y avoir un autre groupe de personnes concernées. Pourquoi avoir un (CESE) organisme permanent avec toujours les mêmes représentants de la société civile. Ce ne sont pas toujours les mêmes personnes, les mêmes organismes,les mêmes associations, supposées représentatives qui sont compétentes pour tout. (…) Mais l’actualité  de ce Comité Economique, Social, et Environnemental  confirme, si besoin était, le scandale permanent de l’existence de cet organisme. (…) Depuis la réforme constitutionnelle de 2008, les citoyens peuvent saisir par voie de pétition le CESE pour avis, à condition de rassembler  500 000 signataires. C’est un chiffre extravagant lorsque l’on sait que les pétitions rassemblant plus de 20 000 signatures sont rarissimes. Mais la pétition contre « le mariage pour tous »  a réussi  à en rassembler  700 000 ; c’est un tour de force incroyable, et donc le CESE a été saisi pour avis.  Avant même d’en informer son conseil, le Président du CESE, Jean-Paul Delevoye sollicite un éclairage de Matignon non seulement sur un point technique de la Constitution mais aussi sur la capacité d’action du Cese. (…)  Trois jours après, le gouvernement fait savoir par un rapport que la demande est irrecevable, et une semaine plus tard, le conseil du Comité entérine une irrecevabilité sur le fond de l’affaire. (…) il est inconcevable  que sur des questions liées à ce nouveau droit de pétition au CESE, celui ci consulte le pouvoir exécutif au lieu du Conseil constitutionnel.  Le CESE s’est ainsi révélé  comme dépendant d’une note du premier ministre.  Ainsi même le Président du CESE devient un courtisan car il clair que le comité n’a d’utilité que s’il exprime une opinion indépendante des pouvoirs publics! Si le CESE demande au pouvoir exécutif ce qu’il doit annoncer, on ne comprend pas bien l’intérêt d’une telle institution, qui constitutionnellement a été créée pour donner des avis éclairés aux pouvoirs politiques. Bernard Unguen
A quelques jours du second tour de la présidentielle, le 25 avril 2012, le conseiller sondages de Nicolas Sarkozy, Jean-Baptiste de Froment, 34 ans, normalien, était nommé maître des requêtes au Conseil d’Etat. Au tour extérieur. Quelques jours plus tard, Camille Pascal, agrégé d’histoire et plume de l’ancien chef de l’Etat, était nommé à un grade plus élevé, celui de conseiller d’Etat. Le Conseil, installé au Palais-Royal, est un corps administratif prestigieux qui attire les meilleurs de l’ENA. Et comme d’autres grands corps, il sert à consoler ou à caser les amis du pouvoir, généralement ceux du président de la République. Sous François Mitterrand, la nomination de Paule Dayan, fille de son ami Georges, avait provoqué des hoquets, bien qu’elle fût magistrate. La liste est longue de ceux dont les nominations au Conseil ont fait jaser: Erik Orsenna, Régis Debray, Michel Barnier, Christine Albanel, Jean-Jacques de Peretti, Arno Klarsfeld, Hugues Gall, les journalistes Philippe Boucher et Guy Thomas… En France, un président de la République peut récompenser, promouvoir comme bon lui semble. Cela fait partie des usages de notre république monarchique. Planques, sinécures, prébendes, placards dorés, fromages, le pouvoir nomme, comme autrefois le roi distribuait les charges. François Hollande n’est pas insensible à cette prérogative. « Il y attache un soin particulier », avoue un proche. Olivier Schrameck, Jack Lang mais aussi nombre d’anonymes en ont bénéficié. Les ministres ne sont pas en reste. Christine Lagarde a fait nommer au poste de contrôleur général économique et financier son ex-conseillère parlementaire, dotée du seul diplôme d’infirmière. Laurent Wauquiez a recasé au même poste son ex-chef de cabinet. Jean-Louis Borloo et Brice Hortefeux ont placé des proches à l’inspection générale de l’Administration du développement durable. Manuel Valls a promu des préfets… Certes, privatisations obligent, le périmètre de l’Etat s’est réduit, et les planques sont moins prestigieuses. Mais elles subsistent. La plus connue est le Conseil économique, social et environnemental. Très prisés également, les postes d’ambassadeur auprès de l’OCDE ou de l’Unesco. Certaines affectations tiennent du burlesque. L’ancien ministre Gilles de Robien a le titre d’ambassadeur « chargé de promouvoir la cohésion sociale ». L’ancien sénateur Louis de Broissia, celui d’ambassadeur « pour l’audiovisuel extérieur », ce qui leur permet de voyager dans le monde entier aux frais de l’Etat. Ghislaine Ottenheimer
Remercié sans ménagement fin 2015 de la présidence du Conseil économique, social et environnemental (CESE), Jean-Paul Delevoye, l’ex-ministre chiraquien devenu depuis « Monsieur législatives » du candidat Macron, voit sa gestion durement critiquée par un audit indépendant sur les risques psycho-sociaux au Conseil. Un document à charge contre sa gestion sociale qu’il avait soigneusement enterré et que LPLD.fr révèle aujourd’hui en exclusivité et in extenso. (…) « Crise de modernisation » « augmentation du stress et des facteurs anxiogènes », « dévalorisation des agents », « confusion des missions et des moyens »… C’est bien un rapport d’audit très à charge qu’avait rédigé en 2014 le cabinet d’expertise Technologia* au sujet du management de l’ancien Président du CESE (et de ses équipes) vis-à-vis des agents du Conseil. Avec, au passage et à en croire les enquêteurs, une suspicion de conflit d’intérêts pour ce dernier. On comprend beaucoup mieux, désormais, à la lecture de ce document de 103 pages que nous publions en exclusivité, pourquoi l’ex-président du CESE a tout fait pour empêcher sa publication. LPLD

Sinécures à 4000 euros par mois, retraites dorées pour recaser amis, anciens ministres ou collaborateurs et syndicalistes méritants,  « experts  culturels  »  à la Georgette  Lemaire,  Danièle  Delorme,  Marie-France  Pisier  ou Brigitte  Fossey, accusations d’  » augmentation du stress et des facteurs anxiogènes », « dévalorisation des agents », « confusion des missions et des moyens », refus de recevoir la pétition de la Manif pour tous …

Attention: un emploi fictif peut en cacher bien d’autres !

Alors qu’après la ô combien salutaire élimination que l’on sait du drôle de paroissien pilleur de troncs

Et l’éviction non moins salvatrice de la chamionne parasite de la haine de l’autre et ses questions qui fâchent

La patrie tout entière se réjouit

De la véritable nuit du quatre août et moralisation de la vie publique que nous promet notre nouvel élu …

Comment ne pas néanmoins s’inquiéter …

Alors qu’entre comités fantômes, commissions inutiles, missions obscures, gestion douteuse, jeu  de doublons …

Et l’enthousiasme commissioniste du gouvernement même de l’ancien ministre des finances …

La Cour des comptes ne dénombre pas moins, rapport après rapport, de 1244 agences d’Etat

De l’accueil quelque peu mitigé qu’avait eu lors de son passage à la tête du Conseil économique, social et environnemental

L’autre opération mains propres du Monsieur Propre d’Emmanuel Macron ?

Le rapport enterré qui accable un proche d’Emmanuel Macron
valeursactuelles.com
3 mai 2017

CESE. Jean-Paul Delevoye, proche d’Emmanuel Macron et président du Conseil économique, social et environnemental de 2010 à 2015, est mis en cause par un rapport dont la publication avait été reportée sine die.
C’est un rapport qui avait été soigneusement enterré. Commandé par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) au cabinet Technologia, il devait évaluer l’état de l’institution après cinq années de présidence de Jean-Paul Delevoye, devenu depuis président de la commission nationale d’investiture du mouvement En Marche !. Mais le contenu en avait été jugé tellement explosif que la direction avait préféré l’enterrer.

Des conditions de travail “anxiogènes” pour plus de la moitié des salariés
Après plusieurs années passées dans l’oubli, le site Internet L’œil pour le dire a retrouvé sa trace et en a publié le contenu mercredi. Le portrait qu’il brosse des années Delevoye est accablant : “climat délétère” marqué par la “désillusion” et la “démotivation”, organisation “aux rouages bloqués”, “mépris des agents”, les qualificatifs peu élogieux ne manquent pas. Les salariés dénoncent notamment une ambiance “tendue” (pour 62 % d’entre eux), “conflictuelle” (58 %), “anxiogène” (53 %) ou encore “malveillante” (30 %).

Sur le même sujet
Débat 2017 : ce que Marine Le Pen réserve à Emmanuel Macron
Si cela ne suffisait pas, Technologia dénonce également la double casquette de Delevoye, à la fois Président du CESE et maire de la ville de Bapaume (jusque début 2014). Le rapport relève ainsi une “confusion des missions et des moyens due à la détention en parallèle d’un mandat électif”, en clair la possible utilisation des moyens du Conseil pour servir les intérêts électoraux. “On a l’impression qu’il est juste venu pour se servir et pas pour servir cette assemblée”, dénonce un salarié cité dans le rapport.

Des critiques qui pourraient coûter cher à Emmanuel Macron
A elles seules, ces critiques pourraient déjà coûter cher au président de n’importe quelle organisation. Adressées à un proche d’Emmanuel Macron, elles font encore plus mal : Delevoye, élu à divers échelons politiques depuis 1980, était déjà loin d’être l’incarnation du renouvellement en politique. Il semble désormais ne plus incarner non plus la probité voulue par son candidat à la présidentielle.

Voir aussi:

Un rapport accablant – et enterré- plombe Jean-Paul Delevoye, l’ex-président du CESE devenu lieutenant d’Emmanuel Macron

  • Cédrik Viala
  • LPLD.fr

Remercié sans ménagement fin 2015 de la présidence du Conseil économique, social et environnemental (CESE), Jean-Paul Delevoye, l’ex-ministre chiraquien devenu depuis « Monsieur législatives » du candidat Macron, voit sa gestion durement critiquée par un audit indépendant sur les risques psycho-sociaux au Conseil. Un document à charge contre sa gestion sociale qu’il avait soigneusement enterré et que LPLD.fr révèle aujourd’hui en exclusivité et in extenso.  L’équipe LPLD

Rapport Technologia surnommé à juste titre pendant 3 ans le « Rapport Fantôme »

EXCLUSIF : Un rapport accablant – et enterré- plombe Jean-Paul Delevoye, l’ex-président du CESE devenu lieutenant d’Emmanuel Macron

« Crise de modernisation » « augmentation du stress et des facteurs anxiogènes », « dévalorisation des agents », « confusion des missions et des moyens »… C’est bien un rapport d’audit très à charge qu’avait rédigé en 2014 le cabinet d’expertise Technologia* au sujet du management de l’ancien Président du CESE (et de ses équipes) vis-à-vis des agents du Conseil. Avec, au passage et à en croire les enquêteurs, une suspicion de conflit d’intérêts pour ce dernier. On comprend beaucoup mieux, désormais, à la lecture de ce document de 103 pages que nous publions en exclusivité, pourquoi l’ex-président du CESE a tout fait pour empêcher sa publication.

« Le CESE en situation de crise »

Rappel du dossier… Suite à une réforme interne lancée par l’équipe Delevoye après son élection en 2010, le climat social se tend très sérieusement au sein du personnel du CESE (150 agents, fonctionnaires pour la plupart).

Multiplication des arrêts de travail et des cas de burn out, tentative de suicide avérée par la médecine du travail, plainte en justice pour harcèlement, distributions de tracts syndicaux à l’intérieur et à l’extérieur de la maison – une première dans l’histoire du Conseil- mobilisation des partenaires sociaux…, sous la pression, le Comité d’hygiène et de sécurité au travail (CHSCT) est contraint de diligenter une enquête qui sera confiée au cabinet Technologia, proche du syndicat Force ouvrière.

Quatre de ses experts sont ainsi à pied d’œuvre au Palais d’Iéna entre 2013 et 2014. Rédigé sur 103 pages, leur constat est, au total, sans appel pour la politique « ressources humaines » menée par la présidence du Conseil.  « La mise en place des chantiers et la méthode employée ont été très mal reçues par les agents » constatent (p 4) d’entrée de jeu les auteurs du rapport « il apparait rapidement que le CESE se trouve dans une situation de crise de modernisation gestionnaire qui perturbe et contraint le jeu des identités professionnelles ».

Ce qui signifie en langage moins codé que, selon un spécialiste des risques psycho-sociaux, « le climat social était devenu explosif et que les risques de dérapages étaient réels ».

D’ailleurs, rappellent les rapporteurs, cette situation a eu d’autant plus d’impact qu’elle a été très largement médiatisée à l’époque (p 5) : « une plainte pour harcèlement fait l’objet d’un contentieux judiciaire et a été relayée par la presse, ce qui a écorné l’image d’ordinaire consensuelle de l’Institution ».  (Voir la revue de presse ci-dessous)

Bien qu’à priori « non opposés à la mise en place du changement » les experts   observent (p 12) que « les agents ont été rapidement déçus par la nouvelle mandature car ils ont considéré que le changement avait été mal orchestré, au sens où le changement a été érigé en principe de gouvernance sans concertation préalable et en méconnaissant la culture du travail du CESE ».

Constat très lourd sur le fond étayé par un témoignage percutant (p 12) : « C’est très frustrant car j’ai connu l’Institution qui était respectée, on sentait que c’était vraiment la 3 ème assemblée ; on ressent maintenant du mépris et on est amené à ne plus avoir de respect pour les gens qui nous dirigent ».  Un autre (p 13) d’enchainer : « le changement a été ressenti comme brutal et déployé en méconnaissant les pratiques et les savoir-faire des métiers du CESE ».

« Des conséquences très négatives sur le climat interne »

Guère étonnant dans ces conditions qu’une majorité des agents interrogés (51%) «…pas satisfaits » des chantiers de l’équipe (p 15) «  ressentent un climat délétère » ainsi que «  désillusion, démotivation » (p 20) et une ambiance de travail qui «  s’est considérablement dégradées au cours des derniers mois, aussi bien vis-à-vis de la Direction qu’entre les agents » (p 22). Avec, au passage, des remarques acerbes (p 23) : « il y a du mépris des agents ne serait-ce que pour leur dire merci ; on est plutôt dans l’humiliation que dans la reconnaissance » ou « mais ça a été une violence inouïe : on en souffre encore aujourd’hui ; ça a impacté sur nos relations humaines ; sur notre vie de famille ».

Concernant la question ultra-sensible du degré d’exposition à l’épuisement professionnel, le cabinet Technologia estime (p 27) que « 27,5% des répondants sont exposés de manière élevée ou très élevée à l’épuisement professionnel ». Un taux, paraît-il, jamais atteint dans le secteur public…

Pas étonnant, selon les experts, que la relation de confiance se soit brisée entre la présidence du CESE et une partie importante de ses personnels. « C’est, de fait, un sentiment de gâchis qui prédomine, car les agents considèrent qu’ils ont tout pour être heureux mais que la politique de gestion et de pilotage insufflée par la Direction Générale (NDLR : le Secrétariat général au CESE) a conduit à une augmentation du stress et à créer des facteurs anxiogènes » (p 30). « Perte de confiance », « générateur de stress », « sentiment de dévalorisation », les qualificatifs sont forts (p 31). Témoignage parmi d’autres : « je trouve que le CESE ne joue plus son rôle d’assemblée plénières ; je trouve que le travail est bâclé désormais ; aujourd’hui c’est un musée comme on le voit avec le défilé » (p36).

Le tableau qualifiant l’ambiance sociale au sein de l’Institution (p 40) est d’ailleurs sans appel : tendue : 62%, conflictuelle 58%, anxiogène 53%, malveillance (sic !) 19% ; froide 8%. « Avec de tels chiffres n’importe quel patron est poussé à la démission d’une manière ou d’une autre car la situation est in-te-na-ble » estime en privé un responsable de Technologia…

« Confusion des missions et des moyens »

Certes, la présidence du CESE prendra après coup un certain nombre de mesures pour tenter d’arrondir les angles. Mais, le rapport, outre les graves problèmes de management, met l’accent sur l’autre casquette de Jean-Paul Delevoye également maire de Bapaume, ville de 15 000 habitants dans le Pas de Calais.

Or, sur ce point, les enquêteurs de Technologia signalent non sans une certaine ostentation (p 50) un « certain malaise quant à une confusion des missions et des moyens due à la détention en parallèle d’un mandat électif par le Président a également été relevé ».

Autrement dit une suspicion de conflits d’intérêts corroborée, selon les experts, par des témoignages internes. Dans un contexte où la moralisation de la vie publique est tout particulièrement au centre de la campagne des présidentielles, de telles révélations pourraient, par exemple, intéresser un Parquet National Financier très pointilleux sur ce genre d’affaire.

Quoiqu’il en soit, après un premier classement sans suite d’une première plainte, une nouvelle enquête pénale serait diligentée par le juge parisien Aline BATOZ.

« Demande stricte de non transmission du rapport »

Alors que le président du CESE s’était engagé officiellement à le rendre public en juin 2014, ce document – que la presse française a recherché avec insistance- n’est, paradoxalement, jamais sorti des coffres forts (cf ; revue de presse ci-dessous).  D’où son surnom de … « rapport fantôme » d’une valeur de 30 000 euros ! Un comble au Conseil économique où la principale activité consiste à publier des… rapports !

A en croire le cabinet d’expertise, c’est à la demande expresse de Jean-Paul Delevoye lui-même que l’audit a été enterré. Comme le révèle une note non-datée (ci-dessous)** de Technologia, le président du CESE, après présentation orale de l’audit par le directeur général du cabinet, le 12 mars 2014, lui a intimé l’ordre de ne pas communiquer le document sous quelle que forme que ce soit.

« Lors de cette réunion du 12 mars, le Président du Conseil nous a pour sa part confirmé sa demande stricte de non transmission du rapport sous un format papier ou électronique, peut-on y lire dans la note. Nous avons bien entendu respecté cette demande de notre client. Le rapport n’a donc jamais été remis au donneur d’ordre de la mission. Le Président nous ayant garanti que le non-respect sur ce point (NDLR : il s’agissait d’un marché public avec appel d’offre et obligation de résultat), de l’appel d’offre que nous avions remporté ne nous serait pas reproché ultérieurement ». Consigne de silence respectée à la lettre par ce cabinet en dépit de l’urgence de la situation et des attentes des personnels.

Evidemment, on comprend mieux, après lecture du rapport Technologia pourquoi Jean-Paul Delevoye n’avait probablement aucune envie de voir ce document mis sur la place publique comme certaines voix l’ont pourtant réclamé à l’époque.

Ce n’est sans doute pas tant pour « protéger les agents » comme il l’expliquait alors que pour se protéger lui-même. En tout cas aujourd’hui, même avec trois années de retard, LPLD s’enorgueillie en publiant ce rapport confidentiel qui permettra d’aider Jean-Paul Delevoye (que notre rédaction a tenté de joindre à plusieurs reprises sans succès), à tenir une de ses promesses de transparence contre vents et marées.

Par Cédrik Viala avec la rédaction de LPLD.fr

*www.technologia.fr

**Note exclusive Technologia

Ces « organismes » d’Etat qui ne servent à rien

DECRYPTAGE François Hollande a invité ce week-end ses ministres à faire le ménage parmi les 680 comités de réflexion qu’ils financent. Un nettoyage qui ne devrait pas rapporter grand chose.

Challenges

17.07.2012

Lors de son intervention télévisée du 14 juillet, François Hollande a pressé ses ministres de « voir tout ce qu’on peut économiser ». Le chef de l’Etat les a notamment invité à « dégager un certain nombre d’organismes qui ne servent absolument à rien ». Autrement dit, une bonne partie des 680 comités et commissions, que certains appellent depuis l’époque du général de Gaulle « comité Théodule », et qui gravitent autour des ministères. « Dans les années 1960, Théodule était un prénom drôle de la France rurale, affublé à celui qui ne sert à rien », rappelle René Dosière, le député PS auteur de L’Argent de l’Etat (Seuil, 2012).

Ces instances administratives se composent de fonctionnaires, d’universitaires, ou d’anciens élus, parfois rémunérés mais le plus souvent uniquement défrayés. Elles disposent d’un pouvoir soit « consultatif », soit « délibératif ». En 2010, 237 de ces 680 organismes ont déclaré des coûts de fonctionnement dans le cadre du projet de loi de Finances rectificatives. En les additionnant on peut avoir une première évaluation du coût pour l’Etat de leur maintien : plus de 24 millions d’euros. Mais ce chiffre n’inclut pas l’indemnisation de frais annexes, tels les déplacements ou encore la mise à disposition de fonctionnaires et de locaux.

Un rythme de 50 suppressions par an

Les coupes claires ont débuté en 2009, quand le gouvernement de l’époque a décidé la suppression de 225 groupes. Les années suivantes, l’Etat a continué de tailler dans le gras avec 51 dissolutions en 2010 et 48 l’an passé. Ces suppressions ont ainsi par exemple concerné « l’Observatoire national du comportement canin » ou encore le « Haut conseil de l’éducation », un doublon avec « le Conseil supérieur de l’éducation ».

A en croire le PLF 2012, certains de ces comités n’ont semblent-ils jamais ou rarement siégé. C’est le cas par exemple du « Comité d’orientation et d’évaluation de l’académie nationale du renseignement », créé en 2010 et qui n’a aucune réunion à son actif, ou encore la « Commission consultative des recherches archéologiques à l’étranger » qui s’est réunie une fois en un an, tout comme la « Commission nationale de la coopération décentralisée », le « Comité national pour l’érection et la conservation du mémorial de la déportation du Struthof », ou encore le « Conseil national du paysage ».

Trois commissions au-dessus du million d’euros et les AAI

Celles qui semblent n’avoir d’existence que sur le papier, dépensent évidemment peu, mais d’autres affichent des coûts de fonctionnement conséquents. Trois commissions se situent au-dessus du million d’euros : la « Commission pour l’indemnisation des victimes de spoliations intervenues du fait des législations antisémites en vigueur pendant l’Occupation » (2 millions d’euros), « le Conseil d’orientation des retraites » et ses 39 membres (1,2 millions d’euros), et « l’Assemblée des Français de l’étranger » (3,4 millions d’euros). Mais les économies générées par leur éventuelle suppression restent négligeables au regard des budgets des ministères concernés. Dans l’hémicycle, on estime d’ailleurs que le sujet ne mérite pas qu’on s’y attarde. « Le coût est extrêmement faible. C’est proche de zéro », fait valoir Charles de Courson, le député centriste interrogé par Challenges.

Reste qu’à l’heure de l’effort juste, cette kyrielle de comités n’est pas la seule à dénoter. L’Assemblée nationale s’était également penchée en janvier 2011 sur la quarantaine d’AAI, les Autorités administratives indépendantes qui restent « liées budgétairement à un ministère ». En octobre 2010, les députés René Dosière et Christian Vanneste préconisaient d’ailleurs la fusion du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) et de l’ARCEP ou encore celle du CSA et l’Hadopi; autant d’autorités dans la liste des AAI qui « coûtent chères », affirme René Dosière.

Certains élus s’indignent ouvertement du coût pour l’Etat de ces AAI. Déjà, en janvier 2011, un rapport parlementaire portant sur les conflits d’intérêts, et notamment sur ces autorités de contrôle, pointait les biens immobiliers mis à disposition : « 24m² par agent », selon les calculs du député UMP Lionel Tardy. L’élu de Haute-Savoie prévoit d’ailleurs de déposer un projet de loi à la rentrée sur le sujet.

Et la nouvelle « commission Jospin » ?

Certains rétorqueront qu’au moment même où François Hollande invite ses ministres à supprimer des comités qui ne servent à rien, il crée une commission sur « la moralisation de la vie politique », présidée par Lionel Jospin et à laquelle participeront des membres de l’opposition comme Roselyne Bachelot. « Mais là c’est différent, le délai de cette commission est limité et le sujet est tout à fait d’actualité », souligne René Dosière.

Voir aussi:

Ces agences d’Etat inutiles et aux missions obscures
Caroline Piquet
Le Figaro

01/05/2014

Manuel Valls a promis de réduire les coûts de fonctionnement des agences de l’État qui représentent chaque année 50 milliards d’euros. Voici l’inventaire de ces comités fantômes auxquels le gouvernement pourrait s’attaquer.

Les agences de l’Etat sont dans le collimateur du gouvernement. Afin de réduire de 18 milliards d’euros les dépenses de l’Etat d’ici 2017, le premier ministre s’est engagé à réduire le coût de fonctionnement de cette kyrielle de comités dont l’efficacité est souvent remise en question. Pour ce faire, Bercy – qui n’a toujours pas préciser sa feuille de route – pourra s’appuyer sur plusieurs rapports qui ont déjà suggéré des pistes d’économies pour réduire le train de vie de ces commissions. Mais il ne suffira pas de réduire les effectifs, baisser les salaires ou modifier leur mode de financement pour alléger les dépenses de ces comités, qui s’élèvent à 50 milliards d’euros par an. Comme le préconisait un rapport alarmant de l’inspection générale des finances en 2012, le gouvernement devra aussi faire le ménage parmi les 1244 agences de l’Etat* et s’attaquer à ces comités inutiles, fantômes, dont les missions restent parfois énigmatiques. En voici quelques exemples.

• Ces agences aux missions obscures
Un certain nombre d’agences présentent des missions aux contours très flous. L’inspection générale des Finances avait notamment pris pour exemple l’Agence de développement de la culture Kanak et l’Agence bibliographique de l’enseignement supérieur. Mais la liste est beaucoup plus longue. Que fait exactement le Centre technique du livre de l’enseignement supérieur (CTLES)? Et le Service Culture, éditions, ressources pour l’Éducation nationale (SCEREN)? Les missions qui incombent à l’opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la culture restent également très opaques.

• Ces comités fantômes
À en croire une annexe du Projet de loi de finances 2014, certains comités, placés directement sous la houlette du gouvernement, siègent rarement, pour ne pas dire jamais. C’est notamment le cas du Comité national des secteurs d’activités d’importance vitale, qui est composé de 26 membres et qui n’avait aucune réunion à son agenda en 2012. Idem pour le Comité stratégique de la sécurité des systèmes d’information dont les coûts de fonctionnement s’élèvent à 24.600 euros en 2012. «Mais ces comités sont composés de fonctionnaires et dépensent peu d’argent», nuance René Dosière, député apparenté PS et spécialiste de la gestion des dépenses publiques.

• Ces agences jugées «inutiles»
C’est ainsi que la Cour de comptes avait qualifié l’agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF) dans son rapport annuel en 2009. La juridiction financière avait alors écrit qu’il s’agissait d’«une agence de financement aux ambitions limitées, privée de ses moyens» et qu’elle était «désormais inutile». En conclusion, elle recommandait sa suppression en intégrant ses activités à la DGITM (La direction générale des Infrastructures des Transports et de la Mer). Toujours en exercice, cette agence a voté son budget 2014 en février 2014. Comme les années précédentes, l’AFITF prévoit de dépenser 1,8 milliard d’euros sur l’année et affiche une dette de 108 millions d’euros.

• Ces agences à la gestion douteuse
La Sovafim est sûrement l’un des meilleurs exemples d’agences dont la gestion soulève de nombreuses questions. Chargé de vendre des terrains et des bâtiments de Réseaux ferrés de France depuis sa création en 2006, l’établissement a écoulé l’intégralité des 158 biens qui lui avaient été confiés. Pour compenser la baisse de ses revenus, la société a donc cherché à diversifier ses activités en louant des biens immobiliers ou en investissant dans la production d’énergie solaire! Or, «cette mutation, nullement prévue lors de sa création, a été opérée dans un cadre juridique dépourvu de stabilité et de clarté», signale la Cour des comptes dans son dernier rapport. La juridiction financière relève également un équilibre économique «incertain» et rappelle que la Sovafim n’a pas reversé un seul centime à Bercy depuis 2008. Sa suppression permettrait de récupérer une trésorerie nette de 65 millions d’euros. Dans son dernier rapport, elle a jugé cette société publique inutile et susceptible de faire courir des risques financiers à l’Etat.

L’inspection générale des Finances avait également pointé du doigt l’étrange fonctionnement de la Bibliothèque publique d’information du centre d’art contemporain Beaubourg, qui possède sa propre gestion et son propre financement, au lieu d’être tout simplement reliée au musée.

• Le jeu des doublons
Le secteur de la santé est le parfait exemple des doublons entre agences. L’Anap (Agence nationale d’appui à la performance des établissements de santé et médico-sociaux), la HAS (Haute autorité de santé) et l’Anesm (Agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux) ont toutes les trois la même mission, faire des recommandations, mais rien ne semble les différencier vraiment les unes des autres. L’Inspection générale des finances avait d’ailleurs dénoncé une dispersion des efforts et un manque de lisibilité institutionnelle.

Même constat dans le secteur de la formation où se côtoient le Conseil national de la formation de tout au long de la vie (CNFPTLV), le Conseil national de l’insertion par l’activité économique (CNIAE), le Centre pour le développement de l’information sur la formation permanente (Centre Inffo), l’Association pour la formation professionnelles des adultes (Afpa), l’Institut national du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle et bien d’autres encore.

Entre 2008 et 2012, l’ancien gouverment n’a supprimé que 19 agences et en a regroupé près de 136. Une goutte d’eau au regard des 1244 entitées dénombrées par l’Inspection générale des finances. Au total, l’Etat pourrait économiser près de 2 milliards d’euros en s’attaquant efficacement à cette nébuleuse de comités.

*Une agence de l’Etat est une entité publique chargée de la réalisation d’une mission d’intérêt général. Il existe une multitude de statuts juridiques: les établissements publics administratifs (Epa), les établissements publics industriels et commerciaux (Epic), les autorités administratives indépendantes, les groupements d’intérêt public, associations.

Voir encore:

Le nom du président du Conseil économique, social et environnemental (Cese) sera connu mardi 1er décembre. La bataille se joue entre le sortant Jean-Paul Delevoye, le vice-président démissionnaire du Medef Patrick Bernasconi et un « outsider », le syndicaliste Gérard Aschieri.Une élection qui a lieu sur fond de débat récurrent sur l’utilité de cette institution.

Et c’est reparti pour un tour. Le mandat des 233 membres du Conseil économique social et environnemental est arrivé à échéance le 15 novembre. Syndicats, représentants du patronat, des agriculteurs, des professions libérales, des coopératives, mais aussi de la vie associative, des associations familiales et environnementales, des jeunes, bref tout ce que les « forces vives » comptent d’organisations ont nommé leurs nouveaux conseillers, auxquels s’ajoutent 40 personnalités qualifiées désignées par le gouvernement.

Nommée pour cinq ans, cette assemblée toute neuve élit le 1er décembre le président du CESE parmi trois candidats (lire ci-dessous). Lesquels, comme à chaque élection, promettent de réveiller l’institution endormie, censée exprimer le point de vue de la société civile de façon à éclairer le gouvernement dans ses choix.

Fusionner le CESE avec le Sénat

Car effectivement, la vitalité de cette institution, dont l’existence est gravée dans le marbre de la Constitution, ne saute pas aux yeux du grand public. Ni même des élus politiques, qui proposent régulièrement de fusionner le CESE avec le Sénat, comme vient de la faire Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale.

Le montant des indemnités versées aux conseillers (2 900 € net pour 8 demi-journées de présence par mois, plus le travail hors séance) étonne, même si la plupart des membres s’engagent à reverser cette indemnité à leur organisation et si, désormais, celle-ci peut être rognée en cas d’absentéisme.

Le régime de retraites spécifique des conseillers, lui, irrite car il sert une pension très avantageuse, même si une réforme récente va diviser par deux la pension servie pour un mandat (d’environ 700 € brut à 350 € par mois). Et le temps de travail et les salaires des 140 agents ont encore été pointés du doigt en février par la Cour des comptes, qui note cependant les réformes faites sous le mandat de Jean-Paul Delevoye (celles-ci ont bousculé la maison au point de déclencher une plainte pour harcèlement).

Un coup de pied dans la fourmilière

Malgré tous ces reproches, le budget du CESE reste raisonnable avec ses 38,4 millions d’euros, auquel il faut ajouter 2,5 millions d’euros de « ressources propres » en 2015 provenant, grande nouveauté, de la location du Palais d’Iéna pour accueillir des séminaires ou encore, choc des cultures, le défilé du couturier Prada. « Même si beaucoup reste à faire, je crois que chacun peut convenir que nous avons beaucoup œuvré pour valoriser le CESE et améliorer la clarté des règles », affirme le président sortant, candidat à sa réélection.

Bref « il faut reconnaître à Jean-Paul Delevoye d’avoir donné un petit coup de pied dans la fourmilière. Mais il faudrait aller beaucoup plus loin. Dans cette maison, le pouvoir est très dilué et les tentatives de réformes sont souvent bloquées », estime la patronne Sophie de Menthon, fondatrice du mouvement Ethic. Plus sévère encore, le groupe des personnalités qualifiées écrit dans un document interne que « soit le CESE est capable d’évoluer », soit « sa raison d’être sera de plus en plus mise en cause ».

Éclairer le gouvernement dans ses choix

La question de l’utilité du CESE est donc toujours en suspens. En théorie, sa légitimité est pourtant avérée. « Quand il y a cinq ans, explique le syndicaliste Gérard Aschieri, candidat FSU à la présidence, mon syndicat m’a proposé d’aller au CESE, comme tout le monde, je pensais que ça ne servait pas à grand-chose. Mais en siégeant, je me suis rendu compte de l’intérêt d’avoir une chambre où s’exprime la diversité des points de vue, puisqu’on y rencontre des gens issus d’univers complètement différents avec lesquels on ne dialogue nulle part ailleurs. »

Surtout, l’originalité du CESE tient dans sa vocation à produire du consensus de façon à éclairer le gouvernement dans ses choix. « C’est la seule chambre qui fonctionne en essayant de reprocher les points de vue, alors quand le CESE dit que tout le monde est d’accord pour faire telle réforme, ça devrait quand même intéresser le gouvernement », note le candidat patronal Patrick Bernasconi, qui a le soutien des syndicats réformistes.

L’utilité du Cese en question

Reste que, concrètement, le CESE n’éclaire gère le décideur. Sur les 134 avis et rapports du mandat écoulé, moins de 30 l’ont été sur saisie du Parlement ou du gouvernement. Et peu nombreux sont ceux qui ont été repris dans une loi. Peut-être parce que la tiédeur de ces avis, forcément consensuels, n’est guère encourageante. Le choix des sujets sur lesquels le CESE s’autosaisit, parfois obscurs, contribue à ce désintérêt. De même, la multiplication des hauts conseils, qui eux aussi sont censés éclairer les décideurs, dilue l’utilité du CESE.

Enfin, le Conseil a échoué a se saisir de toutes ses responsabilités, comme l’évaluation des politiques publiques. Et l’on se souvient d’une grande occasion ratée : alors que depuis 2008, tout citoyen peut saisir le CESE pour avis dès lors que le sujet est soutenu par 500 000 signatures, la pétition de 700 000 noms de la Manif pour tous avait été refusée par le bureau au motif que la loi était en cours d’examen au Parlement.

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Trois candidats pour un fauteuil

Jean-Paul Delevoye, 68 ans, ancien ministre de Jacques Chirac et ancien médiateur de la République, a été élu en 2010. Il brigue un second mandat. Il est soutenu par Force ouvrière.

Patrick Bernasconi, 60 ans, vice-président du Medef, fait figure de favori car il est soutenu par un collectif de 18 organisations parmi lesquelles le patronat, des syndicats réformistes (CFDT, CFE-CGC, Unsa, CFTC) et des associations.

Gérard Aschieri, 63 ans, ancien numéro un du syndicat FSU, est soutenu par son syndicat, ainsi que par la CGT et Solidaires.

Voir également:

Mariage gay : Delevoye sans voix

Le Conseil économique et social a failli exister

Théophane Le Méné
Journaliste, il contribue régulièrement au FigaroVox et au mensuel Causeur.

Causeur

06 mars 2013

De 2004 à 2010, Jean-Paul Delevoye a été médiateur de la République. Organe administratif créé en 1973, cette institution a pour but de suppléer les carences des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire sans toutefois se substituer à eux et en leur laissant toujours le privilège du préalable. Sur le modèle de l’ombudsman scandinave, il s’agit d’installer une forte mais souple autorité morale capable d’apprécier les situations d’administrés s’estimant lésés par l’administration. Mais la réforme constitutionnelle de 2008 est venue signer l’aveu d’échec de cette institution morte de son manque d’audace et l’a remplacée par le poste de défenseur des droits, accordé à l’ancien maire de Toulouse Dominique Baudis.
En 2010, Jean-Paul Delevoye rejoint le Conseil économique, social et environnemental en tant que Président. Le parcours semble logique. Comme l’ombudsman qui a vocation à jouer un rôle de contrepoids aux parlements et à l’action politique au quotidien pour rapprocher administrés et administration, le Conseil économique, social et environnemental, troisième assemblée de la République, se veut une martingale populaire supplémentaire. Les forces vives de la nation pour donner leur avis, plutôt que le député godillot, voilà de quoi raviver la flamme démocratique des plus sceptiques. Surtout lorsque le CESE peut-être saisi par le peuple lui-même.

L’année 2013 aurait pu être celle de la consécration du CESE. Pour la première fois de son histoire, le Conseil était saisi par 700 000 citoyens pour « donner son avis sur le projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe et son contenu ». La symbolique était immense. Le CESE tenait là une occasion unique de chasser à tout jamais son image de comité Théodule. Mais Jean-Paul Delevoye aura joué petit. Le jour même du dépôt des pétitions, il sollicitait directement l’avis du Premier ministre par courrier  en ces termes : « Dans la perspective du prochain bureau du CESE fixé au 26 février 2013, je me permets d’appeler votre attention sur les questions liées à la recevabilité de cette pétition ». Trois jours plus tard, le secrétaire général du gouvernement adressait au Palais d’Iéna deux pages d’analyse justifiant la non-recevabilité de la pétition. Interrogé le 22 février sur la décision qu’il serait amené à rendre, le Président lâchait le morceau au prix d’un beau mensonge et avant même d’avoir statué dans les règles : « La pétition demande que le Cese se prononce pour ou contre la loi. Constitutionnellement, c’est impossible. C’est donc irrecevable sur le fond ». Puis le 26 février la décision tombe : « Le bureau a constaté que les conditions de nombre et de forme étaient réunies […] Pour autant, et en vertu de l’article 69 de la Constitution et de l’article 2 de l’ordonnance du 29 décembre 1958 portant loi organique relative au Conseil économique social et environnemental, la saisine du Cese pour avis sur un projet de loi relève exclusivement du Premier ministre ». Interrogé la semaine dernière par nos confrères du Figaro, le professeur Didier Maus, spécialiste de droit constitutionnel, voyait pourtant l’issue de cette saisine d’un autre œil : « Rien n’empêche le Cese de se pencher sur des “évolutions sociales”, un terme à l’interprétation plus large qui figure dans la modification de la loi organique de 2010, ni de remplir un rôle d’expertise dans le domaine de l’actualité législative ».
Qui a déjà vu un organisme indépendant et souverain venir prendre ses ordres auprès du pouvoir politique, à part en Union soviétique ? Et arguer du droit pour mieux le renier ? « Tout votre beau système de droit n’est que négation du droit, injustice suprême », aurait hurlé le Doyen Carbonnier s’il avait été de ce monde pour assister à cette ineptie.

Si le général de Gaulle avait eu l’impuissance de Delevoye en 1962, nous ne bénéficierions peut-être pas du suffrage universel qu’il eut le culot d’imposer par référendum en se soustrayant à l’exigence de modification constitutionnelle du Parlement. Si les sages du Conseil constitutionnel avaient partagé le manque d’audace de Delevoye en 1971, ils n’auraient pas eu l’audace d’élargir eux-mêmes leur champ de compétence au bloc de constitutionnalité pour protéger toujours plus l’Etat de droit. Si les juristes du XIXème siècle avaient eu la faiblesse de Delevoye, jamais la prérogative de puissance publique n’aurait pu être limitée par le droit administratif dont Prosper Weil qualifiait l’existence de miracle.

Ce sont les hommes qui font l’institution. Que Jean-Paul Delevoye médite cette maxime.

Voir encore:

Le scandale du CESE (comité économique, social et environnemental)

Comme  tout un chacun, j’ai toujours considéré le CESE au niveau national, comme les CESRs au niveau régional comme des institutions inutiles voire néfastes.

On fustige la manie des commissions et des comités théodules de chaque gouvernement, et chacun ironise volontiers et se plaît à dénoncer  la permanence de cette pratique. Les réflexions communément partagées face à cette multiplication de comités d’experts, de grenelles, d’états généraux, de commissions donc, de tables rondes, de colloques, de collectifs de reflexion..ne manquent pas. (voir aujourd’hui même sur médiapart http://blogs.mediapart.fr/blog/hubert-huertas/280213/commissions-ca-brille-et-commissions-ca-brule ).

Puisque lorsqu’un problème surgit  (ou pas d’ailleurs) on organise des réunions spécifiques, ON DOIT  poser sérieusement la question de l’utilité de notre Conseil Economique, Social et Environnemental, constitutionnellement  consacré à l’étude des questions sociales et économiques, voire sociétales.  (Ainsi par exemple « Le député  Hervé Mariton considère que le « débat public » pourrait être « autrement plus fécond » dans des instances consacrées à un seul sujet, à l’image du Conseil d’orientation pour l’emploi, du Conseil d’orientation des retraites ou des Etats généraux de la bioéthique..)

Il y déjà beaucoup d’autres critiques à faire à l’encontre de cet organisme, (consolidation des corporatismes, financement abusif des permanents d’organisations professionnelles ou sociales, d’associations diverses et variées,  placement de personnalités pour « services rendus », récompense  d’amis fidèles qui deviennent autant d’obligés etc etc ..),  mais lorsque même ses fonctions et compétences sont ainsi remises en cause et contestées,  il est de salubrité publique de FAIRE l’ECONOMIE ( à tous les points de vue) de ce parasite institutionnel. (voir l’article ;http://www.rue89.com/2011/01/26/le-conseil-economique-et-social-merite-t-il-ses-40-millions-187475).  De 40 à  45 millions par an pour le National et 30 Millions pour les comités régionaux. Les conseillers touchent prés de 4 000 euros brut par mois, sans compter les a côtés,  pour quelques séances du comité. le CESE a été consulté deux fois en 2009, 2 fois en 2010 ..

Leur suppression ne pose aucun problème. Si une enquête spécifique, une étude utile, une analyse particulière, doit être commandée pourquoi ne pas créer un groupe ad hoc, une commission spécifique, « un jury populaire » de gens concernés, avec cette mission limitée dans le temps; cette commission ne durant que le temps de la mission. Pour un autre problème, il peut y avoir un autre groupe de personnes concernées. Pourquoi avoir un (CESE) organisme permanent avec toujours les mêmes représentants de la société civile. Ce ne sont pas toujours les mêmes personnes, les mêmes organismes,les mêmes associations, supposées représentatives qui sont compétentes pour tout.

Par ailleurs les organismes, associations,  personnalités du CESE, reconnues, installées, subventionnées  deviennent des porte-voix ou des obligés qui nuisent ou freinent durablement l’action bénévole, militante et syndicale, les initiatives concurrentes dans la société civile.

Mais l’actualité  de ce Comité Economique, Social, et Environnemental  confirme, si besoin était, le scandale permanent de l’existence de cet organisme.

Depuis la réforme constitutionnelle de 2008, les citoyens peuvent saisir par voie de pétition le CESE pour avis, à condition de rassembler  500 000 signataires. C’est un chiffre extravagant lorsque l’on sait que les pétitions rassemblant plus de 20 000 signatures sont rarissimes. Mais la pétition contre « le mariage pour tous »  a réussi  à en rassembler  700 000 ; c’est un tour de force incroyable, et donc le CESE a été saisi pour avis.    Avant même d’en informer son conseil, le Président du CESE, Jean-Paul Delevoye sollicite un éclairage de Matignon non seulement sur un point technique de la Constitution mais aussi sur la capacité d’action du Cese. « Il interroge le premier ministre sur l’article 69 de la Constitution, «qui pourrait conduire à considérer que le droit à pétition ne saurait porter sur un projet de loi» et sur «l’étendue des pouvoirs du bureau du Cese tels que définis par l’article 4-1 de la loi organique qui (…) pourrait se limiter à un contrôle de régularité ou au contraire, autoriser un contrôle d’opportunité». »  ;  Trois jours après , le gouvernement fait savoir par un rapport que la demande est irrecevable, et une semaine plus tard, le conseil du Comité entérine une irrecevabilité sur le fond de l’affaire.  ( pour un développement sur cette affaire voir http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/02/27/01016-20130227ARTFIG00474-mariage-gay-quand-le-cese-sollicitait-l-avis-de-matignon.php  )

Il ne s’agit pas ici de revenir sur l’objet de la pétition mais de la procédure.  Et il est inconcevable  que sur des questions liées à ce nouveau droit de pétition au CESE, celui ci consulte le pouvoir excécutif au lieu du Conseil constitutionnel.  Le CESE s’est ainsi révélé  comme dépendant d’une note du premier ministre.  Ainsi même le Président du CESE devient un courtisan car il clair que le comité n’a d’utilité que s’il exprime une opinion indépendante des pouvoirs publics! Si le CESE demande au pouvoir exécutif ce qu’il doit annoncer, on ne comprend pas bien l’intérêt d’une telle institution, qui constitutionnellement a été créée pour donner des avis éclairés aux pouvoirs politiques.

En fait je crois que le CESE fait bien dans le décor institutionnel, ça enrichit la constitution de la Véme d’un organisme dit « participatif » ,et ceci permet aux pouvoirs régionaux par exemple de dire qu’il y a deux assemblées au niveau régional. Ce qui est faux. Il y a l’Assemblée Régionale et le CESR qui sert de marche pied au pouvoir régional. les travaux ou avis du CESR, parfois utiles, ne font l’objet d’aucune communication ni information. Le CESR n’est pas partie prenante d’un débat démocratique contradictoire au niveau régional. Il y aurait beaucoup à dire au niveau régional sur ces instances.

Il faut donc supprimer le CESE comme l’avait déjà proposé le Général de Gaulle par référendum en 1969. C’est devenu une oeuvre de salubrité publique.

Dans le Pacte Démocratique, (http://pacte-democratique.blogspot.fr/2011/05/pouvoir-citoyen-2012-un-nouveau-contre.html ) on propose de transformer  le CESE en Chambre de citoyens  (membres tirés au sort) pour contrôler le fonctionnement de nos institutions parlementaires, organismes publics et para publics de concert avec la Cour des Comptes, pour en faire la premiere pierre d’un véritable Contre Pouvoir Citoyen, qui devient plus qu’urgent d’institutionnaliser.

Voir de plus:

Les planques de la République

Les caisses de l’Etat sont vides, pourtant notre république monarchique continue d’accorder des rentes à ses serviteurs. François Hollande a promis de remettre de l’ordre. Mais les pratiques perdurent.

Challenges

15.02.2013

A quelques jours du second tour de la présidentielle, le 25 avril 2012, le conseiller sondages de Nicolas Sarkozy, Jean-Baptiste de Froment, 34 ans, normalien, était nommé maître des requêtes au Conseil d’Etat. Au tour extérieur. Quelques jours plus tard, Camille Pascal, agrégé d’histoire et plume de l’ancien chef de l’Etat, était nommé à un grade plus élevé, celui de conseiller d’Etat. Le Conseil, installé au Palais-Royal, est un corps administratif prestigieux qui attire les meilleurs de l’ENA. Et comme d’autres grands corps, il sert à consoler ou à caser les amis du pouvoir, généralement ceux du président de la République.

Sous François Mitterrand, la nomination de Paule Dayan, fille de son ami Georges, avait provoqué des hoquets, bien qu’elle fût magistrate. La liste est longue de ceux dont les nominations au Conseil ont fait jaser: Erik Orsenna, Régis Debray, Michel Barnier, Christine Albanel, Jean-Jacques de Peretti, Arno Klarsfeld, Hugues Gall, les journalistes Philippe Boucher et Guy Thomas… En France, un président de la République peut récompenser, promouvoir comme bon lui semble. Cela fait partie des usages de notre république monarchique. Planques, sinécures, prébendes, placards dorés, fromages, le pouvoir nomme, comme autrefois le roi distribuait les charges. François Hollande n’est pas insensible à cette prérogative. « Il y attache un soin particulier », avoue un proche. Olivier Schrameck, Jack Lang mais aussi nombre d’anonymes en ont bénéficié.

Les ministres ne sont pas en reste. Christine Lagarde a fait nommer au poste de contrôleur général économique et financier son ex-conseillère parlementaire, dotée du seul diplôme d’infirmière. Laurent Wauquiez a recasé au même poste son ex-chef de cabinet. Jean-Louis Borloo et Brice Hortefeux ont placé des proches à l’inspection générale de l’Administration du développement durable. Manuel Valls a promu des préfets…

Certes, privatisations obligent, le périmètre de l’Etat s’est réduit, et les planques sont moins prestigieuses. Mais elles subsistent. La plus connue est le Conseil économique, social et environnemental. Très prisés également, les postes d’ambassadeur auprès de l’OCDE ou de l’Unesco. Certaines affectations tiennent du burlesque. L’ancien ministre Gilles de Robien a le titre d’ambassadeur « chargé de promouvoir la cohésion sociale ». L’ancien sénateur Louis de Broissia, celui d’ambassadeur « pour l’audiovisuel extérieur », ce qui leur permet de voyager dans le monde entier aux frais de l’Etat.

La République est exsangue, surendettée, mais il existe encore quelques hochets, des bribes de pouvoir qui permettent d’améliorer l’ordinaire: carte de visite, bureau, secrétaire, indemnité. Depuis des années, les députés René Dosière (PS), Jean-Luc Warsmann (UMP) et Lionel Tardy (UMP) font la chasse aux comités Théodule et aux autorités administratives indépendantes qui, bout à bout, finissent par coûter quelques dizaines de millions d’euros. Un travail de Sisyphe. Entre 2009 et 2010, 50 comités ont été supprimés, mais 30 autres ont été créés! Le 8 janvier, le président de la République a critiqué la multiplication des autorités administratives indépendantes (les AAI) et annoncé la chasse aux comités Théodule. Par nécessité économique, mais également éthique. Aura-t-il autant d’audace que le Premier ministre britannique, David Cameron, qui a supprimé 900 zinzins de ce type d’un trait de plume?

La démarche est difficile et impopulaire, car les bénéficiaires s’accrochent à leurs petits privilèges. Et la République a pris l’habitude d’accorder des rentes à ses serviteurs. A commencer par les anciens présidents de la République, qui jouissent d’un statut unique au monde.

Voir encore:

Les quatre nouveaux «comités Théodule» de François Hollande

  • Jim Jarrassé
  • Le Figaro
  • 15/01/2014

Conseil stratégique de la dépense publique, observatoire des contreparties… La passion du chef de l’État pour les commissions consultatives est raillée par l’opposition.

François Hollande serait-il atteint de «commissionnite aiguë»? Lors de sa conférence de presse à l’Élysée, le chef de l’État a évoqué pas moins de quatre nouvelles commissions consultatives. On pourrait aussi les appeler «comités Théodule», référence à une déclaration du général de Gaulle: «L’essentiel pour moi, ce n’est pas ce que peuvent penser le comité Gustave, le comité Théodule ou le comité Hippolyte, c’est ce que veut le pays», disait-il en 1963. Preuve que le débat n’est pas nouveau, Clemenceau avait déjà théorisé ce «mal français» par une formule devenue célèbre: «En France, quand on veut enterrer un problème, on crée une commission.» À la recherche permanente du consensus, François Hollande perpétue aujourd’hui cette tradition.

» Un Conseil stratégique de la dépense publique

Il se réunira sous l’autorité de l’Élysée tous les mois pour «évaluer les dépenses publiques», dixit François Hollande. Objectif: trouver des marges de manœuvre afin d’atteindre l’objectif de 50 milliards de réduction de déficit d’ici à 2017. Avec ce conseil, le chef de l’État compte inaugurer une «nouvelle méthode»: plutôt que de «faire des coupes budgétaires aveugles», François Hollande mise sur la mise en œuvre de «réformes structurelles» et une redéfinition intelligente «des principales missions de l’État» et des «mécanismes de redistribution».

» Un Observatoire des contreparties

Pour rassurer son aile gauche, qui réclame des engagements précis de la part des employeurs en retour de la baisse des charges, François Hollande a annoncé la création d’un «Observatoire des contreparties», auquel le Parlement sera associé. Cette commission aura pour rôle de définir, par branches professionnelles, les compensations exigées aux entreprises. «Elles porteront sur des objectifs chiffrés d’embauches, d’insertion des jeunes, de travail des seniors, de qualité de l’emploi, de formation, d’ouvertures de négociations sur les rémunérations et la modernisation du dialogue social», a détaillé François Hollande.

» Un Conseil de l’attractivité

Il aura pour objectif de définir, en collaboration avec des chefs d’entreprise, des solutions «afin qu’il y ait plus d’entreprises et de talents qui viennent s’installer en France», a expliqué François Hollande, sans donner plus de détails. Le chef de l’État a simplement oublié de préciser que cette instance a été créée il y a maintenant dix ans et se réunit chaque année sous la tutelle de Matignon. En 2011, Nicolas Sarkozy avait lui-même présidé les travaux du «Conseil stratégique de l’attractivité», réunissant 25 chefs d’entreprise à l’Élysée. La prochaine réunion aura lieu d’ici à la fin du premier semestre et associera une vingtaine de dirigeants de groupes internationaux, indique Bercy.

» Un Conseil de simplification

Il a déjà officiellement été créé par décret du 8 janvier. Piloté par le député PS Thierry Mandon et le chef d’entreprise Guillaume Poitrinal, il sera chargé du suivi des quelque 200 mesures du «choc de simplification» annoncé par le chef de l’État. Et devra proposer de nouvelles idées. Composé de chefs d’entreprise, d’experts et de représentants de l’État, une dizaine de groupes de travail se pencheront sur les difficultés rencontrées par les entreprises, notamment dans leurs rapports avec l’administration.

Les comités Théodule, un «réflexe gauchiste»?

C’est Xavier Bertrand qui prétend cela. Sur France Inter, mercredi, l’ancien ministre a fustigé «la création de trois trucs, trois machins», critiquant la gestion «technocratique» de François Hollande. «La République des comités Théodule est donc de retour!», a commenté le patron de l’UDI, Jean-Louis Borloo. Le député UMP Hervé Mariton a quant à lui ironisé sur le nom des commissions, évoquant une «novlangue soviétiforme».

La création de commissions consultatives serait-elle l’apanage des socialistes? En réalité, aucun gouvernement n’est réellement parvenu à contrôler l’essor de ces instances, qui sont aujourd’hui plus de 650. La liste, réactualisée chaque année en annexe du projet de loi de finances, prête parfois à sourire: on y retrouve le Comité de l’environnement polaire, le Comité national du calcul intensif ou encore le Comité national pour l’initiative française pour les récifs coralliens… Les doublons sont légion: quelle différence entre le Conseil supérieur de l’éducation, le Haut Conseil de l’éducation et le Conseil territorial de l’Éducation nationale?

En 2009, le gouvernement Fillon a voulu faire le ménage en supprimant 225 comités Théodule quasiment inactifs. Mais, chaque année, de nouvelles structures sont créées: 30 en 2011, 33 en 2012… À nouveau, Jean-Marc Ayrault a souhaité marquer les esprits en janvier dernier: 100 commissions sont passées à la trappe. Ce qui n’empêchait pas le premier ministre de signer, quelques mois plus tôt, un décret reconduisant pour cinq ans la Commission des téléphériques. Constituée de 26 membres, elle ne se réunit qu’une à deux fois par an…

Voir de même:

Et pour commencer, la moralisation de la vie publique

Elu président de la République, Emmanuel Macron a promis, dimanche soir, que cette réforme « sera le socle de (son) action ».

Eléa Pommiers

Le Monde

07.05.2017

Au-delà de la nomination du gouvernement et des cérémonies officielles, Emmanuel Macron promet d’aller vite dans la mise en œuvre de son programme. Mais il va lui falloir patienter encore un mois – et espérer que son mouvement remporte les législatives – pour pouvoir engager ses premières mesures. Les députés ne siègent plus depuis fin février et ne voteront aucune loi avant l’élection de la nouvelle majorité parlementaire, en juin.

Le nouveau chef de l’Etat a cependant promis d’élaborer un premier texte avant même les élections législatives et il ne s’agit pas de la réforme du droit du travail. Sur France 2, il s’est engagé, jeudi 4 mai, à présenter son projet de loi de moralisation de la vie publique avant juin, pour qu’il soit « connu de tous les candidats et donc de tous les futurs parlementaires ».

La moralisation de notre vie publique « sera le socle de mon action », a-t-il assuré dimanche 7 mai. « Le renouvellement de notre vie publique s’imposera à tous dès demain. La moralisation de notre vie publique, la reconnaissance du pluralisme seront dès le premier jour le socle de mon action ». J’agirai « avec humilité, dévouement et détermination », a-t-il dit.

Que peut faire le chef de l’Etat avant les législatives ?

Officiellement, la fin de la législature est fixée au 19 juin. Par conséquent, le président de l’Assemblée nationale pourrait rappeler tous les députés sortants, mais ces derniers n’étant pas acquis à Emmanuel Macron, le nouveau président de la République ne pourrait concrètement rien obtenir. Il lui faudra donc attendre les élections des 11 et 18 juin.

La passation de pouvoir entre François Hollande et son ancien ministre de l’économie aura lieu le dimanche 14 mai. La formation du gouvernement aura lieu dans la foulée.

  • Les décrets

Avant les législatives, le gouvernement et le président vont pouvoir signer des décrets de nomination. Ils peuvent également faire passer par décret certaines dispositions qui ne nécessitent pas le vote d’une loi, mais elles sont peu nombreuses. En 2012, François Hollande avait, par exemple, diminué son salaire et celui de tous les ministres de 30 %, dès le premier conseil des ministres.

  • Préparation de projets de loi

Le gouvernement peut préparer des projets de lois en amont, même si les textes ne pourront être débattus et mis en œuvre qu’une fois l’Assemblée nationale élue. Un texte de loi nécessite plusieurs semaines – voire des mois – d’élaboration et doit être officiellement adopté en conseil des ministres pour pouvoir être présenté aux députés. Emmanuel Macron souhaite que son projet de loi sur la moralisation de la vie publique soit sur le bureau de l’Assemblée dès que celle-ci prendra ses fonctions, le 27 juin.

Que contiendrait le projet de loi sur la moralisation de la vie publique ?

Français Bayrou en avait fait la condition de son ralliement, Emmanuel Macron en a fait l’un des six chantiers de son quinquennat. Il en a esquissé quelques principaux points dans son programme, auxquels il pourrait encore ajouter des mesures.

  • La lutte contre les conflits d’intérêts

Conséquence directe des révélations sur la société de conseil de François Fillon (2F Conseil), le nouveau président de la République compte interdire aux parlementaires d’exercer une activité de conseil « parallèlement à leur mandat ». Actuellement, il est interdit aux élus de débuter une activité de conseil durant leur mandat, mais pas de la conserver s’ils l’exerçaient avant leur élection. François Fillon avait ouvert sa société de conseil onze jours avant le début de son mandat, en 2012.

Emmanuel Macron a aussi déclaré à Transparency International qu’il encadrerait strictement les pratiques de lobbying en « imposant un horaire et un lieu précis pour les réunions qui relèvent de ces pratiques au Parlement ».

  • Renouvellement de la vie politique

Ayant fondé sa candidature sur l’idée de renouvellement de la classe politique, Emmanuel Macron entend interdire aux parlementaires de briguer plus de trois mandats consécutifs. Il a également promis une mesure inédite : la modulation du financement des partis en fonction du renouvellement des candidats.

Enfin, et c’était là aussi une exigence de François Bayrou, Emmanuel Macron s’est engagé à instaurer une dose de proportionnelle pour les élections législatives. Cette proposition ne figurait toutefois pas explicitement dans son programme et le nouveau chef de l’Etat n’a pas précisé combien de députés seraient élus selon ce mode de scrutin.

  • L’efficacité du travail parlementaire

Difficile de savoir si ce volet de mesures figurerait dans le projet de loi sur la moralisation de la vie publique, puisque certaines d’entre elles nécessitent une modification de la Constitution.

De son expérience au gouvernement, Emmanuel Macron a tiré la conclusion que les procédures parlementaires étaient trop longues et trop peu « efficaces ». Aujourd’hui, un texte est généralement examiné deux fois par chaque assemblée. Lorsqu’il arrive à l’Assemblée nationale ou au Sénat, il passe d’abord par une commission parlementaire (un groupe réduit de parlementaires qui se consacre à un domaine) qui examine le texte une première fois avant qu’il ne soit débattu et voté en séance publique par tous les parlementaires. Le gouvernement peut s’opposer à l’examen de tout amendement qui n’a pas été soumis à la commission, mais pas à ce qu’un amendement écarté en commission soit réexaminé.

  • Accélérer l’examen des textes et consacrer plus de temps à l’évaluation des politiques

Le nouveau chef de l’Etat souhaite qu’un texte de loi ne soit plus examiné qu’une fois par chaque chambre et que tout amendement qui a été écarté en commission parlementaire ne puisse plus être à nouveau examiné en séance publique.

Dernière ambition d’Emmanuel Macron : réduire le nombre de lois afin de laisser plus de temps au Parlement pour l’évaluation de l’action du gouvernement. Les parlementaires seraient moins nombreux et disposeraient de plus de moyens pour accomplir leurs tâches.

C’est aussi dans l’idée d’une meilleure évaluation de l’action de l’exécutif qu’il s’engage à présenter tous les ans son bilan international devant le Parlement réuni en Congrès.

  • L’exemplarité des élus

Ses propositions les plus fortes concernent l’exigence vis-à-vis des parlementaires, après une campagne marquée par les affaires de M. Fillon et Mme Le Pen. Pour répondre aux enjeux soulevés ces derniers mois, Emmanuel Macron prévoit d’interdire les emplois familiaux pour les élus et les ministres. Un casier judiciaire vierge de niveau B2 (hors condamnations mineures et contraventions) sera également nécessaire pour pouvoir devenir parlementaire.

  • Revenir sur certaines exceptions financières accordées aux élus

Par ailleurs, le candidat élu souhaite revenir sur ce qui est perçu comme des avantages financiers donnés aux élus : leur indemnité de mandat et leur retraite. Aujourd’hui, un député dispose d’une indemnité mensuelle de base (son salaire) de 5 380 euros net, à laquelle s’ajoutent une indemnité représentative de frais de mandat (IRFM), non imposable, de 5 372 euros net pour payer ses dépenses courantes et un crédit pour rémunérer ses collaborateurs de 9 618 euros. Aucune justification de leurs dépenses ne leur est demandée.

Les parlementaires bénéficient en outre d’un régime de retraite particulier, qui leur ouvre des droits après cinq ans de cotisations. Un mandat permet par exemple aux anciens députés de toucher 731 euros par mois de retraite de base – quand le montant moyen du régime général est à 663 euros – et 400 euros de retraite complémentaire. En moyenne, les anciens députés retraités perçoivent ainsi 2 700 euros net par mois. Le montant est plus élevé pour les sénateurs et atteint environ 4 470 euros.

Le nouveau président veut soumettre l’ensemble de l’indemnité parlementaire des députés à l’impôt (y compris l’IRFM), les obliger à justifier de leurs frais en fournissant les factures et supprimer le régime spécial de retraite. Ce dernier point ne pourra cependant sûrement être mis en place qu’avec la réforme générale des régimes de retraite envisagée par Emmanuel Macron, et qui n’est pas prévue dans l’immédiat.

Lire aussi :   Présidentielle 2017 : les propositions (quasi) inapplicables du programme d’Emmanuel Macron

Reste ensuite à savoir si le nouveau chef de l’Etat aura la majorité pour voter ce texte… et si les parlementaires accepteront de voter des mesures qui les concernent directement.

Voir de même:

Le roi est mort, vive le roi

L’intronisation d’Emmanuel Macron tourne à l’extase chez les commentateurs télé

À l’occasion de la passation de pouvoir entre François Hollande et Emmanuel Macron, certains journalistes ont viré « gagas ». Exemple avec France 2 et BFMTV.

Une partie de la presse avait déjà tressé des lauriers en or massif à Emmanuel Macron, au soir de sa victoire du 7 mai. Pour son investiture au cours de la passation de pouvoir avec François Hollande ce 14 mai, certaines chaînes de télévision n’ont pas moins versé dans la flagornerie.

En ce dimanche matin, le service public était particulièrement en forme, à l’heure de semer sur le parcours du nouveau président mille qualificatifs plus élogieux les uns que les autres. Compilés par certains twittos, dont le journaliste Samuel Gontier, les saillies des commentateurs de France 2 ne laissent guère planer de doutes sur la cote d’amour d’Emmanuel Macron auprès de ces derniers. Florilège.

Laurent Delahousse orchestrait « ces instants républicains« , avec une myriade d’envoyés spéciaux dans les rues de Paris. La seule remontée des marches en courant du nouveau président suscite l’admiration : « Il a monté les marches quatre à quatre, à une vitesse incroyable. Ça rappelle Jacques Chaban-Delmas », apprécie le journaliste Franck Ferrand.

Tandis que les figures obligées de la passation de pouvoir se déroulent sans surprise particulière, le plateau de France 2 est en ébullition : « C’est l’investiture la plus romanesque de la Ve République« , « On est véritablement dans le roman, et même, osons le mot, dans l’épopée« . Rien que ça. Et quand Laurent Delahousse y va de sa description du nouveau président, voilà le résultat : « Ce visage, ce masque d’Emmanuel Macron, cette gravité qui arrive ».

Le journaliste vedette de France 2 peut bien feindre de demander si « les Français avaient besoin d’être réassurés sur la présidentialisation d’Emmanuel Macron ? », pour lui, il n’y a aucun doute. D’ailleurs, quand Emmanuel Macron prend une femme en larmes dans ses bras, « c’est le protecteur de la Nation » qui se présente à nous. « Des personnes se sont réfugiées dans ses bras. Autrefois, les rois touchaient les écrouelles le lendemain du sacre, il y a un peu de ça« , lâche un intervenant, dans une comparaison tout en simplicité.

Invité sur le plateau, l’ancien patron du Monde Eric Fottorino voit lui en Emmanuel Macron « un alliage ». Et pas de la camelote, s’il vous plaît : « Les aciéries font des métaux spéciaux. Il est d’un autre métal. » Plus fort, plus rare, plus indestructible, cela va de soi.

Serge Moati, lui, est marqué au fer par Gérard Collomb, incapable de retenir ses larmes au moment de serrer la main de celui en qui il a cru avant bien d’autres : « L’image de Gérard Collomb bouleversé, ça me fait penser à Mitterrand embrassant Mendès-France », estime le journaliste.

Et puis, le type a « de la gueule », selon un autre intervenant sur le plateau de France 2 ce dimanche matin. D’ailleurs, Nathalie Saint-Cricq ne se sent « pas autorisée en tant que femme à dire qu’il a le physique de l’emploi », renvoyant cette responsabilité incongrue à ses collègues masculins, mais il se passe clairement quelque chose dans le coeur de la patronne du service politique de la chaîne.

Au moment où Emmanuel Macron revient de son petit tour de voiture à l’Élysée, costume détrempé, en refusant le parapluie tendu par un membre du personnel, c’est l’éclat de rire charmé sur le plateau de France 2. Même rigolade quelques secondes plus tard, quand on entend Emmanuel Macron dire sur le perron « Je vais me changer, je pense ». Les commentateurs s’extasient devant tant d’autodérision.

 

Sur BFMTV, on avait choisi un consultant bien particulier en la personne de Mounir Mahjoubi, candidat La République en marche pour les législatives et proche d’Emmanuel Macron. Une façon d’éviter les remarques de pisse-froid en ce jour de gloire pour le nouvel arrivant à l’Élysée. En complément, un curieux dispositif permettait d’entendre Ruth Elkrief au téléphone, dans une liaison qui donnait l’impression que l’éditorialiste de BFMTV avait été envoyée à Bagdad. Elle s’exprimait en fait de la salle de presse de l’Élysée, mezza voce pour ne pas déranger les confrères. Ce qui ne l’a pas empêché d’en faire des tonnes : « C’est la marque d’Emmanuel Macron, s’extasie Ruth Elkrief après le premier discours du nouveau président. Tout en rendant hommage à tous les présidents qui l’ont précédé (…) lui, il veut trancher. C’est le personnage Macron qui parle, sa jeunesse, son énergie, sa volonté de rendre les choses différentes ».

Ludovic Vigogne, journaliste à l’Opinion, estime pour sa part que Macron a la baraka : « On voit que l’alignement des planètes continue pour Emmanuel Macron : aujourd’hui il fait beau, et en plus la passation d’Emmanuel Macron tombe un dimanche. C’est génial, ça permet une audience maximale, tous les Français peuvent être devant leur télé et assister aux premiers pas d’Emmanuel Macron. Et puis ça va permettre peut-être à plus de badauds d’être sur les Champs-Élysées ».

Le fait de ne pas encore connaître le nom de celui qui sera le Premier ministre d’Emmanuel Macron, annoncé le lendemain ? Sur le plateau de BFMTV, on s’enflamme : « On est vraiment dans l’invention d’une politique, la redéfinition d’une fonction en direct, c’est très inédit. »

Vers 14h, le journaliste en plateau sur BFMTV pouvait lâcher, en guise de résumé, à l’évocation d’Emmanuel Macron remontant les Champs Élysées sur un véhicule de l’armée : « On retiendra quand même cette image spectaculaire d’Emmanuel Macron sur cet engin militaire ». On retiendra aussi sans doutes ces envolées des commentateurs, tout aussi spectaculaires.

Voir enfin:

Les Conseils économiques et sociaux [monographie 17]

Les Conseils économiques et sociaux sont inutiles et coûteux, pourquoi l’Etat continue-t-il de les financer ? Voici la 17ème étude publiée par Contribuables Associés et réalisée par Eric Letty en octobre 2008

Le Conseil économique et social fête son cinquantième anniversaire, puisqu’il a été institué dans sa forme actuelle par la Constitution de la Ve République du 4 octobre 1958.

En juillet dernier, il est rebaptisé Conseil économique, social et environnemental. Il a de nombreux clones : les Conseils économiques et sociaux régionaux, et le Conseil économique et social européen.

Le Conseil économique, social et environnemental est une assemblée « consultative » auprès des pouvoirs publics, consultée moins de cinq fois par an, dont les avis n’obligent personne.

Les conseillers économiques et sociaux perçoivent de copieux émoluments pour une activité presque inexistante. Ils produisent, à un rythme modéré, des rapports sans écho.

L’absentéisme sévit. En 2008, le Conseil aura coûté 36,3 millions d’euros aux contribuables.

Pourquoi l’État continue-t-il à le financer ? Son véritable rôle est de fournir des sinécures à la classe politique.

Il constitue un moyen commode de récompenser des militants, de recaser d’anciens ministres, de consoler des candidats malheureux aux élections, d’émousser la pugnacité de certains opposants… Et il participe au financement des syndicats : près du tiers des sièges sont occupés par des syndicalistes – ils ne représentent pourtant, à l’échelle nationale, que 8,2 % des salariés – dont les indemnités échappent à l’impôt et sont reversées au Syndicat auquel ils appartiennent.

Voir enfin:

Présidentielle: le piège Macron-Le Pen
Pourquoi l’heure est grave
Régis de Castelnau
est avocat.
03 mai 2017

Le remake de la grande quinzaine antifasciste de 2002 dépasse toutes les espérances. On pense bien sûr irrésistiblement à la fameuse citation de Marx sur le passage de la tragédie à la farce en histoire, et l’on pourrait rire de la bouffonnerie si les enjeux n’étaient aussi graves. On ne reviendra pas sur les commentaires qui ont analysé ce premier tour en long et en large, si ce n’est pour dire que le seul vote qui avait vraiment du sens, était celui qui aurait permis de gripper la machine avec la présence de Jean-Luc Mélenchon au second tour. Malheureusement, nous sommes coincés entre les deux mâchoires du piège. Tous ceux qui ont intérêt à ce que surtout rien ne change et que se poursuive la mutation de la France en un länder de deuxième niveau sont passés en mode hystérique et nous donnent l’ordre de bien voter, à coup d’insultes, d’anathèmes et d’injonctions comminatoires. Tout ceci est d’une violence assez stupéfiante et risque de laisser des traces cuisantes. En attendant les institutions de la République, déjà en partie démolies par la tragique présidence Hollande, risquent d’être définitivement mises à bas. Et chacun sait que le président qui sortira des urnes après des élections trafiquées n’aura pas la légitimité pour être celui de tous les Français et conduire le pays dans une période aussi difficile.

Et c’est la raison pour laquelle le refus de participer peu ou prou à cette mascarade, d’accepter cet attentat contre la démocratie, de lui donner une quelconque légitimité est une position politique responsable. Et ce pour trois raisons.

D’abord, j’ai dit à plusieurs reprises dans ces colonnes que je considérais que nous étions en présence d’un coup d’État. Immédiatement traité de « complotiste », l’insulte qui permet d’éviter le débat, j’avais pourtant relevé une évidence, la grossière partialité de la partie médiatico-judiciaire de l’opération, qui a permis la disqualification de François Fillon.

Antifascisme de pacotille
Mais il y a pire : d’autres institutions ont abdiqué leurs missions de contrôle, et on a pu voir la campagne électorale se dérouler en dehors de toutes les règles prévues par la loi et la jurisprudence en la matière. La sincérité d’un scrutin est le moyen fondamental d’assurer la légitimité de l’élection. Pendant qu’une justice peu soucieuse d’impartialité et de respect des règles s’acharnait sur le candidat LR, CSA, Commission des Comptes de Campagne, Conseil Constitutionnel sont restés muets malgré les évidentes et grossières violations de la réglementation dans la campagne électorale d’Emmanuel Macron. Le système médiatique, service public en tête, a soutenu cette candidature dans des proportions insensées, et dans des conditions manifestement illégales.

Le second tour Macron-Le Pen qui seul pouvait permettre l’avènement du télévangéliste, faisait bien sûr partie de l’opération. Lorsque l’on est confronté à une telle agression de l’appareil d’État contre un déroulement régulier de l’élection la plus importante de la Ve République, on s’y oppose et on refuse d’y participer. C’est la première raison.

Ensuite, l’antifascisme de pacotille qui se déploie sans limites, à partir d’anachronismes idiots, d’assimilations abusives, et de mensonges éhontés est insupportable. Je combats le Front national depuis toujours et je l’ai dit à plusieurs reprises. C’est une épicerie familiale dont la direction rassemble une partie de la fine fleur d’une extrême droite à tendance passablement fascisante. Mais ce n’est pas un parti de masse, il n’y a pas de troupes de nervis, de paramilitaires armés, pas de retraite aux flambeaux, pas d’autodafés, pas de grands rassemblements dans les stades, pas de meurtrières bagarres de rue, toutes choses que les fascismes européens pratiquaient avant leur prise de pouvoir. Il est l’équivalent de ces partis populistes d’extrême droite que l’on rencontre désormais dans beaucoup de pays de l’Union Européenne. Et il faut rappeler que l’avènement au pouvoir de régimes fascistes s’est toujours produit, dès lors que le grand capital et l’oligarchie l’avait décidé. L’arrivée d’Hitler en est le plus bel exemple, et les dictatures d’Amérique latine installées, financés et conseillées par les États-Unis en sont autant d’autres. Pour l’instant les dominants ont choisi Macron. Alors prétendre que Marine Le Pen élue présidente de la République procéderait à une nazification de la France en six mois, c’est de la propagande.

La France d’en haut se sauve
J’ai toujours combattu le vrai fascisme, que j’ai connu en Espagne avec le franquisme finissant, et en Grèce avec la dictature des colonels, et surtout en Amérique latine. Je n’ai aucune, mais vraiment aucune, leçon à recevoir de quiconque sur ce terrain. C’est la deuxième raison.

Il y a enfin la gravité de ce qui vient de se produire. Il y a désormais une véritable convergence dans les analyses des fractures françaises et sur le retour de la lutte des classes. France des riches, des privilégiés, des enfants gâtés de la mondialisation, la France d’en haut, contre celle des pauvres, des chômeurs, des déclassés, des invisibles. Le problème est que ceux qui profitent de la mondialisation financière et libérale veulent absolument continuer. Et sont prêts à tout pour le faire. Y compris et surtout, comme le démontre le fonctionnement de leur chère UE, en mettant en cause la démocratie représentative. Ils rêvent d’une démocratie sans le « démos » et les attaques systématiques des idéologues du mainstream contre le principe même du suffrage universel à chaque référendum ou élection perdue ne sont pas des paroles en l’air. Le mépris d’un peuple qui proteste et s’exprime, s’est transformé aujourd’hui en haine. Emmanuel Macron, n’est pas en reste qui qualifie les électeurs de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon « d’assaillants », et les qualifie d’ennemis: « ce sont eux nos vrais ennemis, puissants, organisés, habiles, déterminés. Vous les croisez dans les rues dans les campagnes, sur la toile, bien souvent masqué, aussi haineux que lâches ».

Comment Macron fut fabriqué
Penchons-nous un peu sur le stupéfiant accouchement du télévangéliste. Des hommes de l’ombre sont passés au clair-obscur, et on a vu une couche particulière diriger la manœuvre du début à la fin. L’opération ne nécessitait pas de cabinet noir, simplement l’existence de réseaux qui ont permis de relier naturellement un certain nombre de choses. Dans son fameux discours du Caire, de Gaulle dressait la liste de ceux qui avaient mis à bas la IIIe République en 1940 : «Une clique de politiciens tarés, d’affairistes sans honneur, de fonctionnaires arrivistes et de mauvais généraux ». Pour les politiciens tarés, pas de problème, ils sont en rangs serrés derrière le télévangéliste, les affairistes sans honneur, sont là aussi, tenant le porte-monnaie ouvert. Pas question pour l’instant de mauvais généraux, ceux qui nous intéressent sont les fonctionnaires arrivistes. Le système pervers du fonctionnement de la haute fonction publique d’État, fait qu’aujourd’hui celui-ci est confisqué par une caste qui a fini de prendre ses aises sans coup férir pendant le mandat Hollande. Nous avons Jean-Pierre Jouyet qui surplombe l’ensemble c’est lui qui a recruté Emmanuel Macron. L’inspection des finances, les grands corps, ceux qui dirigent les grandes institutions et tous ces pantoufleurs qui dans des soigneux jeux de chaises musicales, se gavent en profitant du capitalisme de connivence. Car ce qui les lie est certes l’attrait du pouvoir, mais aussi et surtout l’argent.

Le coup d’Etat permanent
La politique étrangère de la France, aujourd’hui toute de vassalité, a été confisquée par un groupe de hauts fonctionnaires néoconservateurs. Le Conseil d’État est sous contrôle, idem pour le CSA, le Conseil Constitutionnel, et la Commission Nationale du Financement de la Vie Politique, jusqu’au service public de radiotélévision, tous dirigés par des amis de la caste. L’appareil judiciaire est beaucoup moins maniable, l’ENM n’est pas l’ENA. Alors on a créé des juridictions d’exception comme le pôle financier flanqué du PNF, au recrutement soigneux et qui se sont révélées bien utiles. Il n’est pas nécessaire de dresser une liste, les noms viennent à l’esprit de chacun. Ce sont eux qui sont à la manœuvre, les politiques de troisième ordre nommés ministres ne sont là que pour les inaugurations et ne disposent d’aucune autorité sur les services. Cette confiscation a donc permis la création complètement artificielle d’un probable futur Président de la République choisi par cette caste, à l’aide d’une opération frauduleuse. Le quinquennat Hollande a été celui de la mise en place de dispositifs clairement liberticides que Macron développera, puisqu’il l’a annoncé. Ce qui amène d’ailleurs aujourd’hui certains socialistes à en faire un argument. « Vous vous rendez compte si ces pouvoirs arrivaient entre les mains de Marine Le Pen ! » Sans blague !

Aude Lancelin avait dénoncé un « coup d’État médiatique », par lequel le CAC 40 aurait choisi un candidat directement issu de ses rangs. Je ne partage pas cette analyse qui n’est que partielle, l’opération a plusieurs facettes, et le grand capital s’est rangé au choix de la « noblesse d’État » après avoir plutôt penché dans un premier temps pour Alain Juppé. Tout ceci est inquiétant pour la société française, que l’on veut brutalement amener dans une direction qu’elle refuse pourtant majoritairement. Il ne faut pas laisser à cette opération qui constituerait un précédent mortifère pour la République, ne serait-ce qu’une parcelle de légitimité. Et entre les deux mâchoires du piège, celle de Macron est probablement à terme, la plus dangereuse pour la France.

Voir par ailleurs:

La Condition Française

From the looks of Emmanuel Macron’s sweeping victory in the French presidential election, France seems to be recovering its self-confidence. But appearances can deceive: Macron will inherit a deeply divided country that remains mired in dysfunction and despair.

Brigitte Granville

Project Syndicate
May 12, 2017 

Jean Tirole, Économie du bien commun (Presses Universitaire de France, 2016; English edition, Princeton University Press, 2017)
Agnès Verdier-Molinié, On va dans le mur (Albin Michel, 2015)
Agnès Verdier-Molinié, Ce que doit faire le (prochain) président (Albin Michel, 2017)
Christophe Guilluy, La France périphérique, Comment on a sacrifié les classes populaires (Flammarion, 2014)
Brice Teinturier, “Plus rien à faire, plus rien à foutre” (Robert Laffont, 2017)
Gilles Finchelstein, Piège d’identité (Fayard, 2016)

PARIS – Emmanuel Macron’s overwhelming victory in the French presidential election has opened a window of opportunity for France to recover its self-confidence and banish xenophobic populism back to the depths from which it emerged. To take advantage of it, however, Macron faces an unenviable task: recreate the dynamism that transformed France in the three decades (les trente glorieuses) after World War II, when General Charles de Gaulle established the French Fifth Republic. Because the modern French presidency was built for de Gaulle’s outsized character, it confers on the incumbent the power that he once exercised as a virtual republican monarch. But, unlike de Gaulle, Macron will have to do more than simply pursue a “certain vision of France.”

France’s malaise is not fake news; it is old news. But this national morosité still perplexes many outsiders, who regard France as a beautiful, bountiful country, and wonder why it consistently ranks below most other Western European countries in global happiness surveys.

During the recent election, puzzlement gave way to shock. In the first round, Marine Le Pen of the far-right National Front and Jean-Luc Mélenchon, a far-left ex-Trotskyist, each won around 20% of the vote. In fact, of the 78% of voters who turned out for the first round, almost half cast their ballots for anti-establishment candidates who openly oppose institutions such as the European Union and NATO. Macron is clearly inheriting a deeply divided country. But several recent books by leading French thinkers and researchers provide much-needed clarity about France’s predicament.

An Unsentimental Education

Jean Tirole’s Economics for the Common Good is the only book discussed here that has been translated into English. And English-speaking readers will have much to learn from Tirole, who won the Nobel Prize in Economics in 2014 for distinguished microeconomic research on industrial organization and competition. And yet his is not so much a conventional book about France as it is a book for France. Tirole has set his sights on an issue that aggravates many of the country’s other problems: economic illiteracy. According to the World Values Survey, only 36% of French people have confidence in the market economy – a response that stands in stark contrast to other large economies, such as China (74%), Germany (65%), and even Russia (43%).

Économie du bien communTirole offers a personal account of how economics and economic reasoning can improve public policymaking. Anglo-Saxon readers will already be familiar with this genre and its leading exponents, such as Paul Krugman, Mervyn King, and Michael Spence, each of whom Tirole generously acknowledges. But educated French readers have had far fewer opportunities to see top-flight economic thinking applied to their own country’s problems. To be sure, Thomas Piketty’s best-selling Capital in the Twenty-First Century based its conclusions partly on French data. But Piketty’s book is far more concerned with wealth and income inequalities across advanced economies than with any problem particular to France.

Economics for the Common Good can best be described as a didactic general advertisement for economics as a discipline. In Tirole’s telling, economics is a necessary, though not always sufficient, tool for addressing the complex problems of modern societies. The result is impressive. Tirole surveys a wide array of economic-policy topics, without ever seeming as though his Nobel Prize had gone to his head. Rather than trying to have the last word on everything, he works through his material with unfailing precision, clarity, and intellectual tenacity. The reader is left with a better understanding of the subtle connections that give rise to unintended consequences in a modern political economy.

Tirole deplores the fact that in French high schools, and even in elite grandes écoles, students’ first exposure to economics often comes late, if it comes at all. Having also taught future French leaders with no economic intuitions or prior training in the field, I, too, can attest to this. One hopes that Tirole’s book changes France for the better, by inspiring bright students to take serious economics courses, and by prompting adults to encourage their children to explore the field.

A French Leviathan

Tirole provides an extensive discussion of France’s particular problems, and it is worth comparing his treatment to that of the more polemical Agnès Verdier-Molinié, the Director of the French Institute for Research on Public Administration and Politics. In 2015, Verdier-Molinié published On va dans le mur (We Are Hitting the Wall). And to coincide with the French presidential election this year, she recently published what amounts to an update: Ce que doit faire le (prochain) président (What the (Next) President Should Do).

On va dans le murDespite their contrasting styles, both authors furnish a dire description of France’s political economy that will remain with readers, whether they are new to the topic or already broadly familiar with it. The story that they tell is worth summarizing at length.

For starters, both Tirole and Verdier-Molinié consider France’s large-scale welfare state to be unsustainable, despite the real but still relatively modest achievements it can claim in reducing poverty and inequality. Indeed, the French state is so bloated, overweening, and wasteful that public spending is equivalent to 56% of GDP. Government outlays allocated with the best intentions routinely end up fueling an engine of rent extraction. For evidence of this, one need look no further than the explosion of public-sector jobs and the ever-expanding bureaucracy that extends from the Parisian center into every small village.

Ce que doit faire le (prochain) présidentTo pay for this exorbitant public spending, successive governments have racked up debt and levied a complex array of taxes and quasi-taxes (so-called social contributions) on companies, while sparing households. And, in addition to being squeezed by taxation, companies have to navigate a dense thicket of labor regulations. This has severely undermined France’s competitiveness, while causing chronic, shockingly high unemployment. As of March, the unemployment rate had edged back up to 10.1%, surpassing the eurozone average, which comprises much weaker economies such as Italy and Greece.

Moreover, owing largely to its dysfunctional labor market, France has failed to integrate properly its large community of predominantly Muslim immigrants. This has created a vicious cycle in which economic and social marginalization give rise to Islamist radicalization, homegrown terrorism, and atavistic identity politics that play into the hands of far-right nationalists such as Le Pen.

Let Them Eat Cake?

According to Tirole and Verdier-Molinié, a narrow, entitled oligarchy presides over this bleak landscape. It is composed almost entirely of alumni of the École nationale d’administration – France’s top civil-service school – and other grandes écoles, who shuttle freely between public-service roles and high-paid management or supervisory board positions in state-controlled companies. For Tirole, this perverse incentive structure explains why the French state is still playing the role of owner, producer, and planner, when it should be acting as a more hands-off market referee.

But Tirole reserves his strongest criticism for incumbents who use subsidies and regulations to rig the system in their favor. In the labor market, this comes at the expense of new entrants, who are typically younger, or those returning to the labor force after being unemployed. And in the education sector – which Tirole describes as an “insiders’ racket” – it comes at the expense of underprivileged children. Not surprisingly, a 2016 OECD study found that the correlation between educational outcomes and family background is stronger in France than in almost any other developed country (giving the lie to France’s self-image as a bastion of equality and meritocracy).

Whereas Tirole relies on a forensic scalpel, Verdier-Molinié wields a polemical sledgehammer, delivering example after example to shatter the notion that France can simply muddle through its current malaise. For example, the printed version of the French labor code currently weighs 1.5 kilograms (3.3 pounds), three times more than it weighed in 1985. And France now has 400,000 business regulations, 11,500 laws, and 360 taxes – 192 of which yield less than €150 million ($163 million) in annual revenues – not to mention 470 tax loopholes and exemptions and 37 different pension regimes. The list goes on. Verdier-Molinié’s litany may sound wearisome, but her book’s clear structure, analytical coherence, and eye-popping subject matter are enough to keep almost any reader engaged.

And engaged readers will be rightly worried. State bankrupcty has played an important role in France’s past, not least by triggering the 1789 French Revolution. But Tirole and Verdier-Molinié both warn that bankruptcy could be a part of France’s future, too. Verdier-Molinié comes to this conclusion as a patriot who is determined to defend her country from a shameful calamity, whereas Tirole cloaks his patriotism in a rational quest for the “common good.” Still, his indignation occasionally bubbles up, such as when he discusses the human cost of unemployment, which is too often a result of public money being used to protect jobs.

A Country Divided

The social geographer Christophe Guilluy has been doing groundbreaking work to map those costs in detail. His book-length study, La France périphérique, has one of those perfectly descriptive subtitles: “How the working classes have been sacrificed.” Guillluy juxtaposes France’s prosperous big cities, which have been fully integrated into the global economy, with the “peripheral France” of his book’s title – rural areas, small towns, suburbs, and the banlieues (the housing estates surrounding urban cores which are now host to many immigrant communities).

La France périphérique, Comment on a sacrifié les classes populairesIn the eyes of metropolitan sophisticates – or “bobos” – these “peripherals” are not unlike the Donald Trump supporters whom Hillary Clinton labeled “deplorables” during the 2016 US presidential campaign. Guilluy shows how this deep fracture in French society has benefited populist parties such as the National Front, but he is careful not to over-emphasize electoral politics. Rather, he depicts a large cohort of society that has turned inward, away from a threatening and alien wider world.

Brice Teinturier, the Director of the Ipsos France polling agency, considers this theme of alienation from a more political perspective in his lucid new book, Plus rien à faire, plus rien à foutre”. The title refers to attitudes of political detachment and disenchantment that intensify into disgust and a desire to tear down the status quo. But even more telling is Teinturier’s subtitle: “The real crisis of democracy.”

Plus rien à faire, plus rien à foutreTeinturier shows that, while the most “disgusted” contingent of French workers may be fervid National Front supporters, an even larger group has simply lost faith in public institutions and no longer believes that the government can change anything. As Teinturier points out, this would explain why voter turnout in recent years has declined by 15-25% in all elections except those for president.

According to Teinturier, widespread alientation makes the political landscape increasingly difficult to decipher. To help make sense of things, he develops an analytical framework based on three alternative political divides. In addition to a traditional left-right perspective, Teinturier includes “people versus elites,” the classic rallying cry of populists everywhere; and “open versus closed” – or what Le Pen would call the struggle between the forces of globalization and sovereign nations.

France’s Identity Crisis

Piege d'identiteTeinturier attributes this framework to the political thinker Gilles Finchelstein, whose book Piège d’identité (Identity Trap) was published a few months before Teinturier’s own. This is only fitting: no selection of books about France’s political economy would be complete without a short tract by a left-wing Parisian intellectual. But Piège d’identité is no caricature of that genre. Its limpid style is thoroughly modern, and it offers an earnest response to what Finchelstein describes as a dangerous transformation in French and Western politics since the 1980’s.

Finchelstein is nostalgic for the days when left-right competition defined political life. Although his personal loyalties lie with the left, he argues that competition is worthy for its own sake, because it yields outcomes that strike a balance between efficiency and equality. As long as this healthy dialectic obtains, it is possible both to make the economic pie bigger and to divide the slices more fairly.

Today, however, immigration and Islamist-inspired terrorism have pushed people back toward the type of identity politics championed by the National Front. What Teinturier frames as “open versus closed,” Finchelstein originally rendered as “equality versus identity.” Finchelstein wants to remind us that, whether we live in Northern Ireland, a struggling African country, or France, civic democracy can always be stifled by ethnic or sectarian identity politics.

If French public intellectuals are the country’s secular clergy, then Finchelstein’s little book makes for a fine sermon. But the genre that it represents does not allow for much quantitative analysis, let alone economics. For example, the Scandinavian social-welfare system has been gaining in popularity on the French left for some time now. But if Finchelstein’s readers were to read Tirole’s book as well, they would learn about studies attributing that model’s success to Scandinavian societies’ social homogeneity. With an influx of immigrants from vastly different cultures, the model could falter.

Économie 101

Directly or indirectly, all of these books highlight the central role of economics in today’s social, political, and cultural debates. Without more robust growth and rising living standards, France will never escape its current predicament. One obvious way to spur enough growth to sustain painful structural reforms would be currency devaluation; but this expedient is not an option for France unless it leaves the eurozone. On this question, even Tirole suspends his typically measured approach and breathlessly extols the virtues of the “European dream.”

Verdier-Molinié, for her part, concludes with a ten-point checklist of immediate measures that the newly elected president should implement by August, before the political window for reforms has closed. Her recommendations are sobering. For Macron to complete her checklist, he will have to do away with many prized entitlements, which means confronting deeply entrenched vested interests.

And Macron will need more than his innate intelligence and determination; he will also need abundant political capital and a solid parliamentary majority after the National Assembly election in June. Given the strong support for anti-establishment candidates in the first round of the presidential election, he shouldn’t count on getting either.


Présidentielle 2017: Le roi est mort, vive le roi ! (Are France’s presidents turning into African sacred kings and their terms into the extended intermissions of a violent sacrificial ritual ?)

8 mai, 2017

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Le roi ne règne qu’en vertu de sa mort future; il n’est rien d’autre qu’une victime en instance de sacrifice, un condamné à mort qui attend son éxécution. (…) Prévoyante, la ville d’Athènes entretenait à ses frais un certain nombre de malheureux […]. En cas de besoin, c’est-à-dire quand une calamité s’abattait ou menaçait de s’abattre sur la ville, épidémie, famine, invasion étrangère, dissensions intérieures, il y avait toujours un pharmakos à la disposition de la collectivité. […] On promenait le pharmakos un peu partout, afin de drainer les impuretés et de les rassembler sur sa tête ; après quoi on chassait ou on tuait le pharmakos dans une cérémonie à laquelle toute la populace prenait part. […] D’une part, on […] [voyait] en lui un personnage lamentable, méprisable et même coupable ; il […] [était] en butte à toutes sortes de moqueries, d’insultes et bien sûr de violences ; on […] [l’entourait], d’autre part, d’une vénération quasi-religieuse ; il […] [jouait] le rôle principal dans une espèce de culte.  René Girard
Le roi a une fonction réelle et c’est la fonction de toute victime sacrificielle. Il est une machine à convertir la violence stérile et contagieuse en valeurs culturelles positives. René Girard

Le règne du roi n’est que l’entracte prolongé d’un rituel sacrificiel violent.
Gil Bailie
Il arrive que les victimes d’une foule soient tout à fait aléatoires ; il arrive aussi qu’elles ne le soient pas. Il arrive même que les crimes dont on les accuse soient réels, mais ce ne sont pas eux, même dans ce cas-là, qui joue le premier rôle dans le choix des persécuteurs, c’est l’appartenance des victimes à certaines catégories particulièrement exposées à la persécution. (…) il existe donc des traits universels de sélection victimaire (…) à côté des critères culturels et religieux, il y en a de purement physiques. La maladie, la folie, les difformités génétiques, les mutilations accidentelles et même les infirmités en général tendent à polariser les persécuteurs. (…) l’infirmité s’inscrit dans un ensemble indissociable du signe victimaire et dans certains groupes — à l’internat scolaire par exemple — tout individu qui éprouve des difficultés d’adaptation, l’étranger, le provincial, l’orphelin, le fils de famille, le fauché, ou, tout simplement, le dernier arrivé, et plus ou moins interchangeables avec l’infirme. (…) lorsqu’un groupe humain a pris l’habitude de choisir ses victimes dans une certaine catégorie sociale, ethnique, religieuse, il tend à lui attribuer les infirmités ou les difformités qui renforceraient la polarisation victimaire si elles étaient réelles. (…) à la marginalité des miséreux, ou marginalité  du dehors, il faut en ajouter une seconde, la marginalité du dedans, celle des riches et du dedans. Le monarque et sa cour font parfois songer à l’oeil d’un ouragan. Cette double marginalité suggère une organisation tourbillonnante. En temps normal, certes, les riches et les puissants jouissent de toutes sortes de protections et de privilèges qui font défaut aux déshérités. Mais ce ne sont pas les circonstances normales qui nous concernent ici, ce sont les périodes de crise. Le moindre regard sur l’histoire universelle révèle que les risques de mort violente aux mains d’une foule déchaînée sont statistiquement plus élevés pour les privilégiés que pour toute autre catégorie. A la limite ce sont toutes les qualités extrêmes qui attirent, de temps en temps, les foudres collectives, pas seulement les extrêmes de la richesse et de la pauvreté, mais également ceux du succès et de l’échec, de la beauté et de la laideur, du vice de la vertu, du pouvoir de séduire et du pouvoir de déplaire ; c’est la faiblesse des femmes, des enfants et des vieillards, mais c’est aussi la force des plus forts qui devient faiblesse devant le nombre (…)  (…) La reine appartient à plusieurs catégories victimaires préférentielles; elle n’est pas seulement reine mais étrangère. Son origine autrichienne revient sans cesse dans les accusations populaires. Le tribunal qui la condamne est très fortement influencé par la foule parisienne. Notre premier stéréotype est également présent: on retrouve dans la révolution tous les traits caractéristiques des grandes crises qui favorisent les persécutions collectives. (…) Je ne prétends pas que cette façon de penser doive se substituer partout à nos idées sur la Révolution française. Elle n’en éclaire pas moins d’un jour intéressant une accusation souvent passée sous silence mais qui figure explicitement au procès de la reine, celui d’avoir commis un inceste avec son fils. René Girard
Mais surtout dès que je la vis entrer, dans son manteau de crêpe, je m’aperçus — ce qui m’avait échappé à Paris — que ce n’était plus ma mère que j’avais sous les yeux, mais ma grand’mère. Comme dans les familles royales et ducales, à la mort du chef le fils prend son titre et, de duc d’Orléans, de prince de Tarente ou de prince des Laumes, devient roi de France, duc de la Trémoïlle, duc de Guermantes, ainsi souvent, par un avènement d’un autre ordre et de plus profonde origine, le mort saisit le vif qui devient son successeur ressemblant, le continuateur de sa vie interrompue. Peut-être le grand chagrin qui suit, chez une fille telle qu’était maman, la mort de sa mère, ne fait-il que briser plus tôt la chrysalide, hâter la métamorphose et l’apparition d’un être qu’on porte en soi et qui, sans cette crise qui fait brûler les étapes et sauter d’un seul coup des périodes, ne fût survenu que plus lentement. Marcel Proust
On ne va pas s’allier avec le FN, c’est un parti de primates. Il est hors de question de discuter avec des primates. Claude Goasguen (UMP, Paris, 2011)
Ne laissez pas la grande primate de l’extrême goitre prendre le mouchoir … François Morel (France inter)
J’ai suivi cette campagne avec un sentiment de malaise franchement (…) qui s’est peu à peu transformé en honte.  (…) Malaise parce que la deuxième France, dont vous parlez, la France qui est périphérique, qui hésite entre Marine Le Pen et rien,  je me suis rendu compte que je ne la comprenais pas, que je ne la voyais pas, que j’avais perdu le contact. Et ça, quand on veut écrire des romans, je trouve que c’est une faute professionnelle assez lourde.  (….) Parce que je ne la vois plus, je fais partie de l’élite mondialisée, maintenant. (…) Et pourtant, je viens de cette France. (…) Elle habite pas dans les mêmes quartiers que moi. Elle habite pas à Paris. A Paris, Le Pen n’existe pas. Elle habite dans des zones périphériques décrites par Christophe Guilluy. Des zones mal connues. (…) Mais le fait est que j’ai perdu le contact. (…) Non, je la comprends pas suffisamment, je veux dire, je pourrais pas écrire dessus. C’est ça qui me gêne, c’est pour ça que suis mal à l’aise. (…) Non, je suis pas dans la même situation. Moi, je ne crois pas au vote idéologique, je crois au vote de classe. Bien que le mot est démodé. Il y a une classe qui vote Le Pen, une classe qui vote Macron, une classe qui vote Fillon. Facilement identifiables et on le voit tout de suite. Et que je le veuille ou non, je fais partie de la France qui vote Macron. Parce que je suis trop riche pour voter Le Pen ou Mélenchon. Et parce que je suis pas un hériter, donc je suis pas la classe qui vote Fillon. (…) Ce qui est apparu et qui est très surprenant – alors, ça, c’est vraiment un phénomène imprévu – c’est un véritable parti confessionnel, précisément catholique. Dans tout ce que j’ai suivi – et, je vous dis, j’ai tout suivi  – Jean-Frédéric Poisson était quand même le plus étonnant. (…) Une espèce d’impavidité et une défense des valeurs catholiques qui est inhabituelle pour un parti politique. (….) Ca m’a interloqué parce que je croyais le catholicisme mourant. (…) [Macron] L’axe de sa  campagne, j’ai l’impression que c’est une espèce de thérapie de groupe pour convertir les Français à l’optimisme. Michel Houellebecq
PORTRAIT – Récit de l’histoire d’un jeune conseiller du roi qui, saisi par l’impuissance de son maître, décide sans vraiment le savoir de le remplacer et part à la conquête de l’Élysée, seul contre tous. Le Figaro (07.05.2017)
La trahison se paie souvent cash en politique. Mais l’élève aura réussi la prouesse de ne pas abîmer son image en prenant peu à peu la place du maître. « Le hold-up du siècle », résume la ministre de la santé, Marisol Touraine. Ou le crime parfait. « Il y aura Clausewitz, Sun Tzu et Emmanuel Macron », dit le patron des députés socialistes, Olivier Faure. Reste une question qui hante le chef de l’Etat et les siens : tout cela était-il prémédité ? Depuis quand le natif d’Amiens regarde-t-il le bureau de François Hollande, au premier étage du palais, en se disant qu’il pourrait être le sien ? (…) C’était en 2008. L’ancien conseiller spécial de François Mitterrand, Jacques Attali, tient à lui présenter un nouveau talent. Sorti de l’ENA en 2004, membre de la prestigieuse inspection des finances, soutien de Jean-Pierre Chevènement en 2002, le jeune loup qui se pique de philosophie et de littérature rêve surtout de politique. (…) Hollande termine alors son mandat de premier secrétaire du Parti socialiste. Le jeune Macron, qui a déjà su s’attirer les bonnes grâces de bon nombre de messieurs importants dans le monde politique ou dans celui des affaires, fait des étincelles comme rapporteur de la « commission Attali pour la libération de la croissance », nommée par Nicolas Sarkozy. Il brigue une implantation dans le Nord-Pas-de-Calais. « Si tu veux cette vie-là, je te présenterai qui il faut », lui promet Hollande, séduit par l’intelligence du prodige. Aujourd’hui, il relativise : « Je n’ai pas été particulièrement ébloui… C’était un jeune haut fonctionnaire qui voulait faire de la politique. » Les caciques du vieux parti d’Epinay s’opposent à l’arrivée d’un énarque jamais passé par le syndicalisme étudiant ou par le Mouvement des jeunes socialistes (MJS). Emmanuel Macron comprend qu’il devra patienter longtemps avant de décrocher une investiture. Ce sera donc le privé et la banque Rothschild. Mais les retrouvailles avec François Hollande se feront plus vite que prévu, cette fois par l’intermédiaire de Jean-Pierre Jouyet, l’ami intime de l’actuel chef de l’Etat, alors à la tête de l’Inspection générale des finances. Il introduit le banquier dans le cercle des conseillers qui préparent la primaire de la gauche de 2011, puis la présidentielle. Rapide, travailleur, charmeur, toujours de bonne humeur, Macron réunit une fois par semaine un groupe d’économistes à La Rotonde, une brasserie du quartier Montparnasse. « Déjà, pendant la campagne, il n’y avait pas un iota entre ce que pensaient Hollande et Macron, se souvient l’ancien conseiller élyséen Aquilino Morelle. Ils étaient très proches. » Le président élu appelle naturellement son protégé, alors âgé de 34 ans, à l’Elysée. Il est promis au poste de sherpa. Mais, pour le banquier, qui accepte de baisser drastiquement son salaire, ce sera secrétaire général adjoint, sinon rien. Il n’est encore personne, mais il s’impose déjà. Très vite, le conseiller au physique de jeune premier prend la lumière. Le Tout-Paris cherche à le rencontrer. Lui profite de ce prestigieux bureau élyséen pour étoffer son carnet d’adresses. De son côté, le chef de l’Etat développe une véritable affection pour ce surdoué, dans lequel il voit une projection de lui-même. « Emmanuel, c’est le fils qu’on voudrait avoir », confie-t-il à son conseiller Gaspard Gantzer. « Emmanuel, c’est moi », déclare-t-il un autre jour aux journalistes du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme (« Un président ne devrait pas dire ça… », Stock). (…) « Macron n’a pas choisi le couteau mais le poison lent, résume alors un poids lourd de la majorité. Il est dans une stratégie d’empêchement. » (…) Jusqu’au dernier moment, Hollande refuse de voir l’évidence. Devant Gérard Davet et Fabrice Lhomme, il prend systématiquement la défense de son protégé. Confidences édifiantes. « Macron n’est pas quelqu’un qui cherche à se faire une existence politique au détriment du gouvernement, veut-il croire à l’automne 2015. Il peut avoir de la maladresse, mais pas de perversité (…). C’est un garçon gentil. Il n’est pas duplice. » Au début de l’été 2016, alors que les preuves du contraire s’accumulent, même naïveté : « Je pense qu’il est loyal. » « Macron a mieux cerné la psychologie du président que le président a compris la sienne », résume le député PS Richard Ferrand, secrétaire général d’En marche !. Lui continue d’avancer, capitalisant sur l’impopularité et la fragilité du chef de l’Etat. Son premier meeting, le 12 juillet, à la Mutualité, est un coup de tonnerre. A la fin de son discours survolté fusent des premiers « Macron président ! ». A deux jours de l’intervention du chef de l’Etat pour le 14-Juillet, c’est une provocation insensée. (…) « A lui de commettre la faute », conclut le président. « Macron sait qu’il a un “problème Brutus”, analyse Julien Dray. S’il part, ce ne sera plus le gendre idéal. Il préférait se faire virer, pour se libérer. » (…) Hollande est effondré. Revisitant les cinq années qui viennent de s’écouler, il dit le soir même devant ses proches : « Il m’a trahi avec méthode. » (…) Quinze jours plus tard, François Hollande annonce, depuis l’Elysée, qu’il renonce à briguer un second mandat. « Macron a été une des causes objectives de l’empêchement, a analysé le président devant ses proches. Il y en a d’autres, notamment la contestation dans mon propre camp et la division de la gauche… » (…) Hollande, lui, jure qu’il préfère voir Emmanuel Macron lui succéder plutôt que François Fillon ou Marine Le Pen. « Si Emmanuel est élu, ce ne serait pas la plus mauvaise sortie pour toi, l’a conforté Julien Dray. Un pied de nez de l’Histoire ! » Le Monde
L’élection présidentielle française est loin d’avoir seulement une dimension politique. Comme l’explique Quartz, d’un point de vue symbolique, psychanalytique et psychologique, les deux adversaires du second tour illustrent jusqu’à la caricature le complexe d’Œdipe mis en avant par Sigmund Freud. Freud croyait que tous les hommes ont de façon inconsciente le désir de tuer leur père et d’épouser leur mère. De la même façon, les femmes voudraient inconsciemment tuer leur mère et épouser leur père. Il a baptisé ce complexe du nom d’Œdipe, ce roi de la mythologie grecque qui a, comme l’avait prévu la prophétie, a tué son père et épousé sa mère. Emmanuel Macron et Marine le Pen, au moins sur le plan symbolique, correspondent bien aux schémas psychanalytiques. Concernant Emmanuel Macron, il n’est pas difficile de considérer comme un figure maternelle une professeure plus âgée de 25 ans. Et de la même façon, Marine Le Pen a politiquement détruit et éliminé son père pour prendre sa place. Slate
Attention aux effets d’optiques ! Depuis le début de cette longue soirée électorale, tous les experts, présentateurs et politologues vous annoncent les résultats en pourcentages. Et c’est normal puisque la participation est un pourcentage du nombre d’électeurs et les résultats cruciaux de 20 heures donnant les scores du résultat des deux finalistes sont deux pourcentages qui sont scandés pendant des heures. Mais il est bon aussi de revenir à l’essentiel, c’est à dire au nombre de voix et à ces simples bulletins de vote jetés à un à un dans près de 50.000 bureaux de vote partout en France tout au long de cette journée. 46,9 millions de français sont inscrits sur les listes électorales dont 1,3 million à l’étranger. Le taux d’abstention étant de 26 %, cela ramène le nombre de votants à 34,7 millions. Le nombre de bulletins blancs ou nuls s’établit à 4,16 millions selon les décodeurs du Monde (12 % des votants, contre 2 % au premier tour). Ce qui ramène donc à 30,5 millions le nombre de suffrages exprimés. Pour l’heure le score estimé d’Emmanuel Macron est de 65,7 %. Ce qui lui confère en théorie 20 millions de voix. Ce qui représente à peine deux millions de voix de plus que François Hollande en 2012 et quelques centaines de milliers de voix de plus que Nicolas Sarkozy en 2007. On est donc bien loin d’une victoire triomphale telle qu’elle nous est présentée par les médias. Ce n’est pas vrai quand il est dit et répété ce soir que deux tiers des français ont voté Macron, puisque seulement 42 % des français ont déposé dans l’urne un bulletin à son nom alors qu’ils étaient 62 % à avoir réellement voter Chirac en 2002. Mais le plus grave, c’est que selon les estimations d’Ipsos, seulement 40 % des électeurs d’Emmanuel Macron adhèrent à son projet. Voici donc un Président élu avec un score officiel de 65,7 %, mais avec le soutien effectif de seulement 8 millions d’électeurs, soit 17 % des inscrits. Rarement un Président a paru si bien élu, avec le soutien de 90 % des médias. Mais rarement aussi il a disposé de si peu de soutiens pour appliquer sa politique. Cela explique pourquoi 61 % des français sondés aujourd’hui souhaitent une victoire de la droite aux élections législatives des 11 et 18 juin. Le message est clair. A la droite de l’écouter et de faire ce qu’il faut. Yves de Kerdrel
Seulement 4 % des 17 047 personnes interrogées dans la 7e vague de l’enquête électorale du Cevipof se déclarent satisfaits (3 % « plutôt satisfaits », 1 % « très satisfaits ») de l’action de François Hollande. C’est le taux le plus faible enregistré depuis le lancement de ce vaste sondage, en novembre 2015. Lors de la première vague, 12 % des sondés se disaient satisfaits. Ce taux était tombé à 8 % six semaines plus tard, en janvier, lors de la controverse sur la déchéance de nationalité. Puis, de mars à septembre, il a oscillé entre 5 et 6 %. La proportion d’insatisfaits atteint 70 % (+1 par rapport à septembre), soit deux points en dessous du record d’insatisfaction qui avait été enregistré en mai, au plus fort des crispations sur la loi El Khomri. (…) François Hollande n’a toutefois pas attendu cette nouvelle vague de sondage pour battre le record d’impopularité d’un président français depuis 1958. Dès novembre 2013, l’institut de sondage Ipsos l’avait fait franchir ce cap, avec une côte de popularité à 20 %, avant que tous les instituts de sondages finissent par s’accorder sur ce record, en septembre 2014. Le Monde (25.10.16)
Une enquête électorale du Cevipof pour « Le Monde » ce mardi 25 octobre montre que seuls 4% des Français se disent « satisfaits » de l’action du président de la République. « Un record d’impopularité », soulignent de nombreux observateurs. Mais inutile de tirer sur l’ambulance : si François Hollande cumule bien les records d’impopularité, ce sondage-ci a une particularité qui relativise son résultat… (…) Depuis le mois de novembre 2015, cette enquête mesure régulièrement le taux de satisfaction à l’égard de l’action de François Hollande. Lequel avait démarré très bas, après déjà trois ans de présidence, à seulement 12% de satisfaits. Un taux tombé à 8% dès janvier, avant d’osciller depuis mars entre 5 et 6%. Ce mois-ci, le chef de l’Etat perd donc encore deux points. Sauf que de là à dire que le Président bat son record d’impopularité, il y a un pas qu’on ne peut objectivement pas franchir. Si 4% est effectivement le score le plus bas qu’il ait atteint dans ce baromètre-ci, il n’est pas comparable aux chiffres habituels de popularité. Car à la différence des autres baromètres, celui du Cevipof pour Le Monde propose aux personnes interrogées trois réponses : Satisfait (…)Pas satisfait (…) Ni satisfait ni insatisfait (…) Ce que révèle ce sondage Cevipof par rapport aux autres, c’est donc surtout qu’un quart des Français est incapable de dire ce qu’ils pensent de l’action de François Hollande. Alors que les autres sondages ne leur donnent pas l’opportunité de se dire indécis. Les sondés y ont simplement la possibilité de ne pas répondre à la question, ce qui les classe le cas échéant dans la catégorie « Ne se prononce pas » (NSP). La « popularité » de François Hollande au sens où on l’entend habituellement, c’est-à-dire mesurée sur la base de sondages ne proposant que deux réponses possibles (« oui » ou « non », « satisfait » ou « insatisfait »…) s’établit donc pour le mois d’octobre entre 13 et 18% selon les enquêtes (…) De fait, en termes d’impopularité, François Hollande vole de record en record depuis… 2013. En novembre de cette année-là, sa cote avait baissé à 20% dans le baromètre de l’IFOP pour le JDD, qui est le plus ancien de tous, soit le score le plus bas enregistré par un président français depuis le début de la Ve République, en 1958. En septembre 2014, François Hollande avait encore creusé son propre record à 13%, le plancher le plus bas qu’il ait jamais atteint à ce jour. Marianne
Abstention de 25,3%, et bulletins blancs et nuls de 8,8%, deux chiffres qui relativisent l’ampleur de la victoire de Macron. Mathieu Gaillard (Ipsos)
La tradition de « retenue » du juge à la veille d’une élection a toujours été scrupuleusement respectée par le juge administratif. Elle le conduit, à l’approche d’une élection, à reporter certaines décisions – découpage des circonscriptions, affaire mettant en cause un candidat, etc. – et à en suspendre l’instruction – pour éviter de perturber les opérations électorales ou d’altérer la sincérité du scrutin. C’est aussi une question de dignité de la justice qui ne doit ni se laisser instrumentaliser par les joutes politiques ni donner le sentiment qu’elle cède à un biais partisan. C’est enfin une question de déontologie et d’éthique de la responsabilité. Le juge du siège, a fortiori le parquet – dont la mission est d’apprécier l’opportunité des poursuites – ne peuvent se désintéresser des conséquences de leurs actes. Ainsi, la considération de l’impact d’une décision sur l’ordre public ou la prise en compte de l’état d’encombrement carcéral influent fréquemment sur la nature et les modalités d’exécution des mesures d’instruction ou de la peine prononcée. L’anticipation, par le juge, des incidences de ses actes sur l’environnement social se justifie plus encore pour le calendrier de la procédure, dès lors, d’une part, que les poursuites peuvent avoir lieu ultérieurement et que, d’autre part, les faits ne sont pas si graves et avérés que la célérité s’impose nonobstant le contexte. En l’espèce, l’empressement à poursuivre, souligné par la promptitude de la mise en examen – dont les répercussions sur l’opinion publique sont considérables, celle-ci y voyant une confirmation de la culpabilité –, fait fi des réalités du temps électoral. S’il n’y a pas volonté de faire échec à une candidature, ce qui constituerait un cas gravissime de « partialité subjective », il y a du moins froissement de « l’impartialité objective » : un magistrat ne doit pas seulement être impartial, il doit aussi donner à voir qu’il l’est. En la matière, comme nous le répète avec insistance la Cour européenne des droits de l’homme, les apparences comptent. L’indépendance du juge doit s’affirmer « à la cantonade » non seulement à l’égard des autres pouvoirs, mais encore à l’endroit de ses propres inclinations, préjugés et passions. Comment, dans ces conditions, ne pas ressentir un profond malaise devant un feuilleton judiciaire devenu le carburant essentiel du bûcher médiatique, alimentant régulièrement celui-ci, à coups de communiqués et de fuites, aux dépens de la présomption d’innocence, des droits de la défense et du secret de l’enquête et de l’instruction ? Pourquoi cette mise en examen décidée quelques jours après l’ouverture de l’instruction, en plein recueil des parrainages, alors que, dans les cas ordinaires, sauf évidence accablante ou demande du justiciable, la mise en examen n’intervient qu’après des semaines ou des mois ? L’impression produite est que le contexte est bien, en effet, pris en compte, mais à l’inverse de ce à quoi invite le respect des échéances démocratiques. Le candidat est plus malmené que le justiciable ordinaire. L’électeur devient l’otage de la procédure. Comment ne pas s’inquiéter de la santé de notre vie démocratique en voyant une personnalité politique éminente, porteuse d’un projet qui, quoi qu’on en pense sur le fond, a rallié des millions de suffrages lors d’une primaire impeccablement conduite, déstabilisée en plein compte à rebours de l’élection présidentielle – y compris après que le décret de convocation a été publié au Journal officiel – par des imputations diffusées en boucle, portant sur des faits anciens, non avérés et d’importance subalterne au regard des perspectives collectives ? Comment ne pas se désoler, en tant que citoyen, en voyant les questions programmatiques évincées par un battage que l’intéressé ne peut combattre qu’en se faisant accuser de conspirer contre l’indépendance de la justice et la liberté de la presse, s’enferrant ainsi dans un piège qui rappelle les procès staliniens – peloton d’exécution en moins, mais avec un même enjeu d’élimination d’un acteur politique ? Quels lendemains ce charivari aux conséquences imprévisibles prépare-t-il aux rapports entre élus et justice ? Et, plus généralement, à une collectivité nationale qui, remontée contre les partis de gouvernement, habitée par la petite musique du « tous pourris », troublée par ce qu’elle comprend d’autant moins qu’on le lui ressasse de façon brouillonne, se tourne de plus en plus vers des aventuriers ? (…) En l’espèce, la retenue judiciaire n’aurait pourtant pas eu d’effet exonérateur et n’aurait pas rompu l’égalité devant la justice, puisque des poursuites sont possibles au lendemain de la défaite du candidat ou, s’il est élu président de la République, à l’expiration de son mandat. Les délais de prescription sont, en effet, suspendus en vertu de l’article 67 de la Constitution dans sa rédaction issue de la loi constitutionnelle du 23 février 2007. Bien sûr, comme le souligne le garde des sceaux, la justice n’a pas à suspendre son cours à la veille d’une élection. Mais il ne s’agit, ici, ni de la justice en général ni de la généralité des instances. Il s’agit d’une affaire singulière, intéressant un événement crucial pour notre vie démocratique. Il était loisible au parquet, en l’absence de toute plainte d’un tiers, d’ouvrir son enquête – ou du moins l’instruction – après le scrutin, s’il estimait que les faits le méritaient et qu’il était compétent pour en connaître. L’obstination à poursuivre se manifeste, en outre, de façon significative, par la saisine du juge d’instruction la veille, ou presque, de la publication de la loi du 27 février 2017 portant réforme de la prescription en matière pénale, qui aurait provoqué la prescription de la plus grande partie des faits incriminés. Jean-Eric Schoettl
En ce 8 mai 2017, la France (…) s’éveille en pleine supercherie, vaguement honteuse d’avoir dû juguler le Mal. «L’hypocrisie est, chez une nation, le dernier degré du vice. C’est donc faire acte de citoyen que de s’opposer à cette tartuferie sous laquelle on couvre ses débordements» écrivait Balzac. La République est « sauvée ». Vraiment ? Simulacre et coup d’État démocratique. Bienvenue en post-République. Le 25 octobre 2016, Hollande était crédité de 4 % d’opinions favorables, selon une enquête Ipsos pour le CEVIPOF et Le Monde. Jamais un chef d’État n’avait autant été discrédité. Et jamais un parti politique au pouvoir, son leader et la politique menée durant 5 ans n’avaient été à ce point rejetés. Hollande ne pouvait pas se représenter. Une première. (…) Les élections ? Une mitraillette de tartufferies. Du simulacre à répétition. Fort de sa popularité et de ses réussites, Hollande engage tranquillement sa Conquête de Plassans. Comme chez Zola, il dépêche un émissaire sur le terrain. De quoi s’agit-il ? De conserver un pouvoir devenu illégitime. Un nouveau président de la République élu comme « candidat officiel du pouvoir ». (….) En marche vers les larmes. Tartufferie ? Au 1er tour, le candidat Macron a obtenu 8 656 346 voix, soit 24 % des votants. 18,19 % des inscrits. Un peu plus de 8 millions de voix sur les 33 millions de votes exprimés. 8 millions sur les 47 millions d’inscrits. Lors de sa campagne de 2e tour, notre nouveau président a répété que son projet était légitime car « porté en tête par les Français ». Pour adresser une fin de non-recevoir aux demandes des Insoumis. 8 millions d’électeurs, ce n’est pas la France. Tartufferie ? Un scénario électoral trop beau pour être vrai. Pas besoin d’évoquer un « cabinet noir » ou des thèses complotistes pour remarquer que beaucoup, dans cette élection, s’est déroulé dans le meilleur des mondes macronien possible. En la personne de Marine Le Pen, le « danger » nécessaire et voulu pour être élu au 2e tour était au rendez-vous. Et ce « danger » a été massivement monté en épingle par des médias menant aussi campagne En Marche. À de rares exceptions près. Les règles de la déontologie médiatique ont été bafouées entre les deux tours, où nous avons assisté à un remake de la lutte entre les forces de la lumière et des ténèbres. Dans le rôle-titre des ténèbres, la candidate Le Pen ramenée à sa responsabilité présumée dans les drames de la 2e Guerre Mondiale. Macron s’est rendu sur des lieux de mémoire, histoire de nous dire combien un parti politique républicain puisque autorisé est… en fait un parti antirépublicain démoniaque. Que l’on pense au ridicule d’un David Pujadas tentant de transformer Marine Le Pen en héritière de l’antisémitisme français. Vieille supercherie à laquelle plus personne ne croit, pas même ceux qui l’utilisent. (…) Tartufferie de nombre de médias, acquis aux thèses politiques dominantes et aux divers pouvoirs qui appliquent ces thèses depuis le tournant libéral de Mitterrand, à droite comme à gauche. Tartufferie dès l’offensive anti-Fillon. Présumé innocent en théorie, l’homme a été abattu en vol. Il ne cadrait pas dans le scénario. Coupable ou pas ? Pour l’heure, personne ne le sait. Promis pour être élu mais éliminé. Sauf mauvaise foi, personne ne peut décemment soutenir que la machinerie mise en œuvre contre Fillon avait la morale pour finalité… L’avenir dira ce qu’il en a été. Et nous ne sommes peut-être pas au bout de nos surprises. Que se passera-t-il si Fillon est innocenté et s’il parvient à démontrer la culpabilité de certains médias dans la propagation de fausses accusations ayant influées sur cette élection ? Les médias contre Fillon, c’était du très grand Tartuffe. (…) Tartuffe au Pays des Français, cela vaut bien Tintin au pays des Soviets. Une campagne électorale indigne. Le sentiment d’un scénario écrit par avance. D’un président élu par une minorité agissante, un relent de copinages à tous les étages. Macron, légitimité zéro malgré le score obtenu dimanche 7 mai, un score qui n’a aucune signification réelle. (…) Ce 8 mai 2017, le peuple de France se réveille victime d’un hold-up au forceps, à nouveau berné par des élites mondialisées minoritaires ayant fait le job comme disent les Américains : faire en sorte que le vote voulu soit le vote obtenu. Le président représente 18 % du corps électoral. Et la démocratie ? Le pouvoir aux sans-dents, ça ne va pas la tête ? Bienvenue en post-République française. Allez Dany, dis-le un peu pour voir : « élections, piège à cons ? ». Dis-moi, Dany, il est comment le bon côté du manche ? Mathieu Baumier
Pendant la guerre froide, on les nommait les « idiots utiles ». Ils n’étaient pas membres du Parti communiste, mais ils le considéraient d’un œil favorable, parlaient de lui positivement et ne condamnaient pas les idées de Lénine et Staline. Au 21ème siècle, le communisme a globalement disparu, mais l’islamisme a pris le relais de principale menace mondiale. De la même manière que le communisme produisait ses Idiots utiles, le totalitarisme islamique produit ses « Infidèles utiles ». A une importante différence près : à l’époque de l’Union soviétique, les Idiots utiles étaient des intellectuels. Maintenant, les Infidèles utiles sont des politiciens, et l’un d’entre vient d’être élu président de la République française. Emmanuel Macron, Infidèle Utile, n’est pas un partisan du terrorisme ou de l’islamisme. C’est pire : il ne voit même pas la menace. Peu après les horribles attaques du 13 novembre 2015 à Paris, Macron a déclaré que la société française devait assumer une « responsabilité » dans le « terreau » sur lequel le djihadisme a pu prospérer. « Quelqu’un sous prétexte qu’il a une barbe ou un nom à consonance qu’on pourrait croire musulmane, a quatre fois moins de chances d’avoir un entretien d’embauche qu’un autre » a-t-il ajouté. Ce qui revient à considérer que faire ses bagages pour la Syrie et revenir en France armé d’une kalachnikov et d’une ceinture d’explosifs ne peut être que le geste de dépit d’un chômeur de longue durée. Macron en vient presque à accuser les Français d’être racistes et « islamophobes ». « Nous avons une part de responsabilité », a-t-il averti » parce que ce totalitarisme se nourrit de la défiance que nous avons laissée s’installer dans la société. Il se nourrit de cette lèpre insidieuse qui divise les esprits, et, si demain nous n’y prenons pas garde, il les divisera plus encore ». Par conséquent, a conclu M. Macron, la société française « doit changer et être plus ouverte ». Plus ouverte à quoi? À l’islam, bien sûr. Le 20 avril 2017, après qu’un terroriste islamiste ait assassiné un policier et blessé deux autres à Paris, sur les Champs Elysées, Macron a déclaré : « Je ne vais pas inventer un programme de lutte contre le terrorisme en une nuit ». Après deux ans d’attentats terroristes ininterrompus sur le territoire français, le candidat à la présidence de la République considère les problèmes de sécurité du pays comme quantité négligeable. (…) Il serait bien sur absurde d’affirmer que Emmanuel Macron est un promoteur patenté de l’islamisme et du terrorisme en France. Mais il est plus juste et plus politiquement correct de dire qu’il est un « mondialiste » et un « partisan déclaré du multiculturalisme ». En tant que tel, il ne considère pas l’islamisme comme une menace nationale parce que, pour lui, la nation française ou, comme il l’a dit, la culture française n’existe pas réellement. Macron a en effet nié que la France avec son histoire et sa culture n’a pas d’existence réelle. Le 22 février, en visite aux expatriés français à Londres, Macron a déclaré : « La culture française n’existe pas, il y a une culture en France et elle est diverse ». En d’autres termes, sur le territoire français, la culture française et les traditions françaises n’ont aucune priorité par rapport aux cultures immigrées importées. Le même jour, à Londres, il a ajouté : « l’art français? Je ne l’ai jamais rencontré ». Multiculturaliste et politicien, Macron ne s’adresse pas à la population française mais à des publics segmentés. En Algérie, Macron a déclaré que la colonisation française était un « crime contre l’humanité » pour séduire les votes des citoyens français d’origine algérienne. Mais au magazine Causeur dont les positions anti-islamistes sont connues, il déclare :« La France n’a jamais été et ne sera jamais un pays multiculturel ». Désormais président, Macron ne pourra plus tenir ces discours multiples et contradictoires. Mais les Français qui tiennent à leur culture, à leur langue, à leur patrimoine historique ainsi qu’à l’idée qu’ils se font de leur pays pourraient bien avoir quelques déceptions. Yves Mamou
L’élection d’Emmanuel Macron (66,10% des voix) a été saluée, dimanche à 20H, par « une salve d’applaudissements » venant de l’Elysée. (…) Bref, le renouvellement, unanimement salué ce lundi, ressemble fort, dans ses premiers pas en tout cas, à une authentique duperie. Voici en effet le retour flamboyant des figures socialistes, des commentateurs de la victorieuse presse de gauche, des journalistes cireurs de pompes, des hagiographes du « nouveau Bonaparte », des gendarmes de la pensée lisse. Voici le retour en force de la bien-pensance, confortée par les soutiens de Barack Obama (Etats-Unis) et Justin Trudeau (Canada), qui ont porté le conformisme intellectuel à son apex. L’élection de Macron, ce casse du siècle dont il faudra un jour connaître les coulisses, est la victoire du progressisme et de ses leçons de morale. Les médias unanimes auront largement contribué à soutenir ce candidat du Bien, en désignant son adversaire comme le Mal incarné. Si la presse veut être à la hauteur de son rôle de contre-pouvoir, elle va devoir cesser de se pelotonner contre lui. (…) Mais l’écueil pour Macron serait de poursuivre dans ce faux confort qui, au prétexte légitime de « renouer avec l’optimisme », en viendrait à fermer encore plus les oeillières sur les réalités en se chatouillant sous les bras. La France en colère n’est pas prête à chantonner : « Tout va très bien, Madame la marquise …  » derrière la macromania qui se profile, avec sa cour, son show-biz, ses flatteurs. Seuls 40% des 20,4 millions d’électeurs de Macron ont voté pour son projet libéral, multiculturel, européen, mondialiste. 60% ont voté Macron pour faire obstacle à Le Pen, qui a néanmoins encore accru ses soutiens (10,5 millions). 17 millions de Français ont choisi de voter blanc ou nul (4 millions) ou de s’abstenir (13 millions) en dépit des mises en garde des faux résistants à un « fascisme » inexistant. La France en colère pèse plus lourd que le noyau de l’électorat Macron, qui représente en fait un quart des votants. Si Macron se montre incapable d’entendre très vite ces Oubliés, il est à craindre qu’ils ne respectent longtemps ce tour de passe-passe démocratique, qui a fait se réjouir l’Elysée, hier soir à 20h. Ivan Rioufol
Présidentielle: Fillon sacrifié, Le Pen dépassée, Macron bientôt martyrisé? (…) Leçon numéro 1. Le sacrifice de François Fillon, unique objet du premier tour, est complètement raté. Certes, sa candidature a été tuée, mais les électeurs ne sont pas en phase avec les sacrificateurs. Or, l’immolation est faite pour construire du consensus, pour détendre tout le monde, et le bourreau est supposé être l’artisan de la justice. Dans le cas de Fillon, l’exécution a exaspéré la méfiance à l’égard des gouvernants, de la justice, des médias, et de ses adversaires politiques. Au lieu de les libérer, le sacrifice a exaspéré les tensions. Leçon numéro 2. Le sacrifice de Marine Le Pen, objet unique du second tour, est non moins raté. Certes, elle ne gagnera très probablement pas, car une partie des électeurs est encore en faveur de l’ancienne liturgie dans laquelle un Front Républicain fait barrage au Mal, mais le doute a gagné les partisans du Bien – doute qui s’exprime dans l’abstention ou tout simplement dans le peu de conviction avec laquelle la « diabolisation » s’exprime – et les partisans du Mal deviennent de plus en plus décontractés, de moins en moins concernés par l’injonction morale, l’admonestation solennelle, l’argument d’autorité « antifa ». Leçon numéro 3. Donc, la victoire de Macron apparaîtra comme le résultat d’un double sacrifice raté. On le regardera comme une sorte d’importun, voire d’imposteur, qui n’aura pas réussi à transformer sa victoire sur les autres en victoire pour tout le pays. Il ne sera pas élu, il sera placé premier. Et nul doute que tout le monde réclamera la vidéo car le match a été scandaleusement arbitré. Leçon numéro 4. Nous avions bien compris, et toute la campagne l’a montré : le monde de Macron, c’est le hub France, avec ce raffinement de cruauté qu’il est en plus drogué à la dépense publique. Le hub France, c’est l’aéroport de Roissy. Au premier étage, une entrée réservée et discrète : dans des fauteuils cools, des dirigeants zens s’envoient un whisky japonais pas pingre en discutant avec leur private banker sur Internet. Au rez-de-chaussée, des cadres moyens sirotent de la bière et grignotent des cacahouètes dans un confort relatif, en gérant leur crédit revolving sur leur application bancaire de masse. Au sous-sol, les bagagistes payés au lance-pierre n’ont d’autre choix que le fondamentalisme (anti-immigré ou musulman) ou le vote Mélenchon. Faute de leur avoir enseigné La Fontaine et leur avoir donné des perspectives décentes, difficile de leur en vouloir, même s’il faut les dominer. Personne ne veut de ce monde-là. Nous allons voter pour. Le masochisme est officiellement devenu une catégorie de la pensée citoyenne. Ça faisait longtemps que ça couvait, ont noté les meilleurs observateurs. Leçon numéro 5. Il y a plus : sur le plan de la politique économique, Macron, c’est la double peine : le socialisme en grand et le libéralisme en roue libre. L’Etat local hypertrophié entièrement au service de la mondialisation, c’est-à-dire de la séparation des pauvres et des riches à l’échelle planétaire, comme elle déjà eu lieu à l’échelle urbaine, et entre les villes et les campagnes. Des entraves étatiques partout, obsédantes, au service de la libération des forces du marché, c’est-à-dire de la cupidité décomplexée. Le pire de la bourgeoisie, le pire de la bureaucratie. Le Français contemporain doit s’habituer à avoir deux maîtres : l’inquisition de la cupidité et l’inquisition administrative. Comme tout le monde ne peut pas avoir un parcours d’inspecteur des finances, élite pointue qui peut avoir une carrière de double inquisiteur, très peu gagneront dans ce monde. Gageons que sur les 250 000 marcheurs que revendique le mouvement d’Emmanuel Macron, à peine mille verront leur avenir s’éclaircir. Aux yeux des Français, Macron peut passer en six mois pour un uber gandin au centre d’une cour de gastéropodes liberticides, valets de l’esprit ploutocratique. Leçon numéro 6. Ce n’est pas parce qu’il est devenu à peu près normal que le FN est devenu intelligent. Sa fonction était de transformer la colère et la méchanceté irréfléchies en proposition politique pour lutter contre leurs racines même : l’ignorance, l’oisiveté démunie, le sentiment d’avoir été abandonnés par les dirigeants de la communauté nationale, la fierté blessée, l’humiliation de l’expulsé, l’angoisse du déracinement, la morsure du mépris. Le FN a beau dire qu’avec la bénédiction de Nicolas Dupont-Aignan, il a opéré la jonction des républicains et des patriotes, il y a des trous dans la raquette républicaine et des trous dans la raquette patriotique. Des trous dans la raquette républicaine, car son programme est marqué par une sorte de naïveté restauratrice – c’était mieux avant, retournons-y -, par la préférence pour une pédagogie punitive, et par l’absence de stratégie globale tant sur le plan européen que sur le plan économique, qui sont à pleurer. Sa conception de la République est celle d’un colonel d’infanterie en 1950. Respectable, mais l’expérience du monde réel et l’imagination véritablement constructive sont ailleurs. Et des trous dans la raquette patriotique, car, quand bien même le mot de souverainisme met d’accord les patriotes et les nationalistes, la ligne de fracture en ces deux sensibilités persiste, et reste lourde de malentendus, de querelles, de conflits. J’appelle patriotique le sentiment que la patrie doit être respectée et aimée comme l’espace qui nous vient du temps, si je puis dire, et dans lequel la communauté s’organise solidairement pour continuer son histoire ; j’appelle nationaliste ce sentiment d’exaltation qui nous vient des batailles, de la culture de la guerre, et qui nous porte à préférer la France à tout, y compris à la réflexion et à la sympathie. La difficulté qu’a le FN à se débarrasser des hibernatus maurrassiens qui se nourrissent à sa racine belliqueuse est le signe malheureux de son incapacité à distinguer les deux, et à en tirer les conséquences politiques. Il va falloir choisir entre la psychologie de la guerre et celle de la paix, quand on parle de la France. Marin de Viry
La participation médiocre, les conditions de cette victoire dans le contexte du «Fillongate», puis face à un adversaire «repoussoir», dans sa fonction d’épouvantail traditionnel de la politique française, donnent à cette élection un goût d’inachevé. Les Français ont-ils jamais été en situation de «choisir»? Tandis que la France «d’en haut» célèbre son sauveur providentiel sur les plateaux de télévision, une vague de perplexité déferle sur la majorité silencieuse. Que va-t-il en sortir? Par-delà l’euphorie médiatique d’un jour, le personnage de M. Macron porte en lui un potentiel de rejet, de moquerie et de haine insoupçonnable. Son style «jeunesse dorée», son passé d’énarque, d’inspecteur des finances, de banquier, d’ancien conseiller de François Hollande, occultés le temps d’une élection, en font la cible potentielle d’un hallucinant lynchage collectif, une victime expiatoire en puissance des frustrations, souffrances et déceptions du pays. Quant à la «France d’en haut», médiatique, journalistique, chacun sait à quelle vitesse le vent tourne et sa propension à brûler ce qu’elle a adoré. Jamais une présidence n’a vu le jour sous des auspices aussi incertains. Cette élection, produit du chaos, de l’effondrement des partis, d’une vertigineuse crise de confiance, signe-t-elle le début d’une renaissance ou une étape supplémentaire dans la décomposition et la poussée de violence? En vérité, M. Macron n’a aucun intérêt à obtenir, avec «En marche», une majorité absolue à l’Assemblée qui ferait de lui un nouvel «hyperprésident» censé détenir la quintessence du pouvoir. Sa meilleure chance de réussir son mandat est de se garder des sirènes de «l’hyperprésidence» qui mène tout droit au statut de «coupable idéal» des malheurs du pays, à l’image de tous ses prédécesseurs. De la part du président Macron, la vraie nouveauté serait dans la redécouverte d’une présidence modeste, axée sur l’international, centrée sur l’essentiel et le partage des responsabilités avec un puissant gouvernement réformiste et une Assemblée souveraine, conformément à la lettre – jamais respectée – de la Constitution de 1958. Maxime Tandonnet (07.05.2017)
La violente polémique qui secoue la candidature de François Fillon à l’élection présidentielle n’a rien d’une surprise. Il fallait s’y attendre. La vie politique française n’a jamais supporté les têtes qui dépassent, les personnalités qui prennent l’ascendant. Dans l’histoire, les hommes d’État visionnaires, ceux qui ont eu raison avant tout le monde, ont été descendus en flammes et leur image est restée maudite des décennies ou des siècles après leur mort (…) Dans mon livre les Parias de la République(Perrin, 2017), j’ai raconté la descente aux enfers de ces parias qui furent aussi de grands hommes d’État, et une femme Premier ministre, leur diabolisation qui les poursuit jusqu’aux yeux de la postérité. Cet ouvrage annonce aussi la généralisation et la banalisation de la figure du paria dans la vie politique contemporaine. La médiatisation, Internet et la puissance des réseaux sociaux, les exigences de transparence, la défiance face à l’autorité et surtout, la personnalisation du pouvoir à outrance, transforme tout homme ou femme incarnant de pouvoir en bouc émissaire des frustrations et des angoisses d’une époque. Qui ne se souvient à quel point Nicolas Sarkozy fut traîné dans la boue de 2007 à 2012? Dans un tout autre genre, François Hollande a aussi connu, à la tête de l’État, le vertige de l’humiliation. La diabolisation des hommes politiques s’accélère: non seulement Sarkozy, puis Hollande, mais aussi Alain Juppé et Manuel Valls viennent de chuter. L’hécatombe est désormais inarrêtable… Sans aucun doute, le tour viendra d’Emmanuel Macron, et sa chute sera aussi subite et aussi violente que son ascension fondée sur la sublimation d’une image. (…) Oui, il fallait s’attendre, tôt ou tard, à la lapidation de François Fillon. Le prétexte de l’emploi de son épouse à ses côtés est ambigu. Le recrutement de proches par des responsables politiques est une vieille – et mauvaise – habitude française. Alexandre Millerand , Vincent Auriol, François Mitterrand employaient leur fils à l’Elysée et Jacques Chirac sa fille. Combien de ministres ont recruté un proche dans leurs cabinets? Combien de fils et de fille «de» ont hérité de la position politique de leur père? 20% des parlementaires emploient un membre de leur famille. L’un des plus hauts responsables actuels de la République a l’habitude de salarier sa femme auprès de lui. Tout cela est bien connu. À l’évidence, cette pratique n’est pas à l’honneur de notre République. Mais tout le monde s’en est jusqu’à présent accommodé, hypocritement, sans poser de question. Personne ne s’est interrogé sur la nature et l’effectivité des tâches accomplies par le conjoint ou le parent. Et voici que soudain, le dossier est opportunément rouvert, contre François Fillon. (…) L’homme se prête particulièrement à une diabolisation. Son caractère à la fois discret et volontariste a tout pour exaspérer un microcosme politico-médiatique plus enclin à idolâtrer le clinquant stérile et l’impuissance bavarde. La ligne de défense de François Fillon transparaît dans son discours du 29 janvier. Il s’apprête à endosser le rôle de paria, comptant sur un retournement en sa faveur. En témoigne la présence de Pénélope à ses côtés. Sa parole, conservatrice et libérale, semble avoir été façonnée pour exacerber les haines des idéologues de la table rase: «On me décrit comme le représentant d’une France traditionnelle. Mais celui qui n’a pas de racines marche dans le vide. Je ne renie rien de ce qu’on m’a transmis, rien de ce qui m’a fait, pas plus ma foi personnelle que mes engagements politiques». Peut-il réussir? In fine, le résultat des élections de 2017 dépendra du corps électoral: emprise de l’émotionnel ou choix d’un destin collectif? Mais au-delà, une grande leçon de ces événements devrait s’imposer: l’urgence de refonder la vie politique française, sur une base moins personnalisée et plus collective, tournée vers le débat d’idées et non plus l’émotion – entre haine et idolâtrie – autour de personnages publics. Maxime Tandonnet (30.01.2017)
Un homme d’État doit concilier trois qualités: une vision de l’histoire, le sens du bien commun et le courage personnel. Ils sont très peu nombreux à avoir durablement émergé dans l’histoire politique française. En effet, en raison de leur supériorité, ils sont rapidement pris en chasse par le marais et réduits au silence avant d’être lapidés. Le véritable homme d’État est un paria en puissance. Le Général de Gaulle fut un paria tout à fait particulier, un paria qui a réussi. Il faut se souvenir de la manière dont il fut traité dans les années 1950 et 1960. Il était en permanence insulté, qualifié de réactionnaire et de fasciste. Dans Le Coup d’État permanent, François Mitterrand utilise à son propos les mots de «caudillo, duce, führer…». C’est un comble pour le chef de la résistance française au nazisme… S’il fut un paria qui a réussi, c’est en raison de sa place hors norme dans l’histoire, auteur de l’appel du 18 juin 1940 et de la décolonisation. Mais dès lors, il n’est plus vraiment un paria au sens de la définition que j’en donne, son image à la postérité étant largement positive et consensuelle. (…) la lecture des livres de René Girard, notamment La violence et le sacré et Les choses cachées depuis la fondation du monde m’a inspiré l’idée de cet ouvrage sur les parias de la République. Sa grille de lecture peut s’appliquer à l’histoire politique française: la quête d’un bouc émissaire, victime expiatoire de la violence collective, et son lynchage par lequel la société politique retrouve son unité. Le cas d’Édith Cresson est intéressant à cet égard. Quand on lit la presse de l’époque, quand on replonge dans les actualités du début des années 1990, la violence, la férocité de son lynchage nous apparaissent comme sidérantes. On a beaucoup parlé de ses maladresses, provocations et fautes de communication qui furent réelles. Mais l’acharnement contre elle, les insultes, la caricature, la diffamation contre une femme Premier ministre qui prenait une place convoitée par des hommes, a atteint des proportions vertigineuses. On en a oublié des aspects positifs de sa politique: le rejet des 35 heures, la promotion de l’apprentissage, des privatisations et de la politique industrielle, la volonté de maîtriser les frontières. Elle fut vraiment une femme lynchée. Et sur ce sacrifice, les politiques de son camp ont tenté de se refaire une cohésion. Sans succès. Encore aujourd’hui, je constate à quel point elle fut haïe. Des personnalités de droite ou de gauche m’ont vivement reproché de tenter de la «réhabiliter» parmi mes parias! De fait, je ne cherche pas à la réhabiliter et ne cache rien de ses erreurs, mais je mets le doigt sur un épisode qui n’est pas à l’honneur de la classe politique française. La violence est certes inhérente à la république dès lors que la république suppose une concurrence pour les postes, les mandats, les honneurs. Cette violence devrait être tempérée par la morale, le sens de l’honneur, du respect des autres, par les valeurs au sens du duc de Broglie. Elle ne l’a pas été à l’égard d’Édith Cresson. Elle l’est de moins en moins aujourd’hui, comme en témoigne la multiplication des lynchages politico-médiatiques à tout propos. (…) Nicolas Sarkozy a fait l’objet d’un lynchage permanent et violent pendant son quinquennat: insultes au jour le jour, calomnies et les aspects positifs du bilan de son action ont été étrangement passés sous silence. Pourtant, il me semble trop tôt pour lui appliquer le qualificatif de paria au sens où je l’entends dans mon ouvrage, supposant un bannissement qui se poursuit dans l’histoire. Comment sera-t-il jugé dans vingt ans? Qui peut le dire? Souvenons-nous de Mitterrand et de Chirac. Leur fin de règne fut pathétique, pitoyable. Qui s’en souvient encore? La mémoire contemporaine est tellement courte… Aujourd’hui, ils sont plutôt encensés et n’ont rien de parias… (…) [François Fillon] a le profil d’un bouc émissaire, sans aucun doute, faute de pouvoir parler de paria à ce stade. D’ici à l’élection présidentielle et par la suite, s’il l’emporte, il sera inévitablement maltraité et son tempérament à la fois réservé et volontaire ne peut qu’exciter la hargne envers lui. Il faut noter que François Hollande, quoi qu’on en pense, n’a pas été épargné par le monde médiatique et la presse qu’il croyait tout acquise à sa cause… C’est une vraie question que je me pose: le président de la République, qui incarnait du temps du général de Gaulle et de Pompidou, le prestige, l’autorité, la grandeur nationale, est-il en train de devenir le bouc émissaire naturel d’un pays en crise de confiance? Ultramédiatisé, il incarne à lui tout seul le pouvoir politique dans la conscience collective. Mais ne disposant pas d’une baguette magique pour régler les difficultés des Français, apaiser leurs inquiétudes, il devient responsable malgré lui de tous les maux de la création. Je pense qu’il faut refonder notre vision du pouvoir politique, lui donner une connotation moins personnelle et individualiste. Le temps est venu de redécouvrir les vertus d’une politique davantage axée sur l’engagement collectif, le partage de la responsabilité, entre le chef de l’État, le Premier ministre, la majorité, la nation, au service du bien commun. Maxime Tandonnet (13.01.2017)

Attention: un sacrifice peut en cacher un autre !

Jet de l’éponge inédit d’un président trop normal en fin de premier mandat, mise à mort juridico-médiatique du seul véritable candidat de l’alternance, mise au pilori national pour cause de malpensance d’une candidate et de son électorat de sans dents, score presque africain – et même avec 90% soviétique ou nord-coréen à Paris ! – au tour final de l’élection présidentielle, abstention, votes nuls et blancs records (pas moins de 16 millions – du jamais vu depuis près de 50 ans ! – face aux 20 millions de voix du vainqueur !) …

Après les 20% transformés magiquement face à un épouvantail créé de toutes pièces en 80% africains puis en dix longues années d’immobilisme de l’escroc Chirac …

Et l’explosion en vol in extremis d’un DSK associé à l’ignoble diabolisation de son prédécesseur transmutant un François Hollande trop « normal » en président par défaut puis, après un chemin de croix de cinq ans jusqu’à, dans un sondage récent, un 4% historique de satisfaits, en recordman de l’impopularité de la Ve république …

Comment ne pas voir …

Derrière le sacre hier soir sur les pavés mêmes de l’ancien palais des rois de France …

Et surtout entre cabinet noir et cabale des juges et des médias

Le nouveau président que viennent de se faire imposer hier soir les Français …

Comme autre chose, malgré ses couleurs affichées, qu’un nouveau président accidentel dans ce qui commence à devenir une série ?

Et surtout ne pas repenser …

Au moment où le mort saisit le vif

A cet entretien prophétique, deux semaines à peine avant le lancement de l’affaire par le Canard enchainé …

De cet ancien conseiller de Nicolas Sarkozy et auteur d’un livre girardien sur les « parias de la République » dans le Figaro …

Voyant en François Fillon « le profil d’un bouc émissaire, sans aucun doute » …

Et  à l’heure où les mandats présidentiels ressemblent de plus en plus aux entractes prolongés du processus sacrificiel

Ne pas s’inquiéter …

Pour le sort s’il persiste à oublier les circonstances ô combien particulières de son élection

Comme la montée de la colère des oubliés qu’il a tant stigmatisés pour ce faire …

D’un président que certains n’hésitent pas à accuser déjà …

D’avoir sans compter les soupçons d’homosexualité

Figurativement tué père et épousé mère ?

Maxime Tandonnet : «La classe politique est en quête permanente d’un bouc émissaire
Alexis Feertchak
Le Figaro
13/01/2017

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – A l’occasion de la sortie de son livre, Les parias de la République, Maxime Tandonnet a accordé un entretien fleuve au FigaroVox. L’auteur décrit plus d’un siècle de vie républicaine où une violence collective imméritée s’abat parfois sur certains hommes d’État.


Ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, haut-fonctionnaire, Maxime Tandonnet décrypte chaque semaine l’exercice de l’État pour le FigaroVox. Auteur de nombreux ouvrages, dont Histoire des présidents de la République (éd. Perrin, 2013) et Au cœur du Volcan, carnet de l’Élysée (éd. Flammarion, 2014), il vient de publier Les parias de la République (éd. Perrin, 2017). Découvrez également ses chroniques sur son blog.


FIGAROVOX. – Votre dernier ouvrage, Les parias de la République, dresse le portrait de huit parias de la République, personnages politiques haut en couleur devenus pestiférés, rejetés de tous, diabolisés. Quel est leur rôle dans l’histoire?

Maxime TANDONNET. – Les huit parias de la République sont des hommes et des femmes qui ont tous pris une part active au gouvernement du pays. Ce ne sont pas de simples trublions ou provocateurs qui se seraient contentés de paroles et de protestations ou de démagogie. Ils ont été confrontés à la réalité du pouvoir et aux responsabilités. Ils furent présidents du Conseil, Premier ministre, président de la République pour l’un d’eux, ou bien un ministre essentiel. Ils ont été des décideurs, des gouvernants, de hauts dirigeants, animés de convictions ou d’une volonté politique forte. Cependant, du fait de leur intelligence, de leur culture, de leur volontarisme et de leur attachement au bien commun, ils n’ont pas été compris par les élites, la classe politique de leur temps. Donc, ils ont été rejetés, diabolisés, maudits à leur époque. Mais ce qui m’a le plus sidéré, c’est la poursuite de leur statut de pestiférés dans le temps. Malgré les aspects positifs de leur action, leur image reste maudite des décennies ou des siècles plus tard. Cette injustice souligne la vanité de toute prétention à laisser «sa trace dans l’histoire».

Au fond, sont-ce des caractères indépendants et visionnaires qui ont eu raison avant tout le monde?

Oui, c’est un point essentiel. Chaque époque a sa pensée unique ou son idéologie dominante. Les parias sont des personnalités qui, du fait de leur intelligence visionnaire, se sont élevées au-dessus du conformisme triomphant. Souvent, ils ont eu raison avant tout le monde. C’est pourquoi, ils ont été broyés par leur époque. On a beaucoup caricaturé le duc de Broglie et la formule d’«ordre moral» qui lui fut prêtée dans les années 1870. De fait, sa passion des valeurs traditionnelles notamment autour de la famille, se présente comme une mise en garde contre l’anomie, un monde relativiste, sans repères, sans principes, sans valeurs. Il voyait poindre dès 1875 les horreurs du XXe siècle, d’une société relativiste, sans bien ni mal, la barbarie, les guerres sanguinaires, les régimes totalitaires. Dans un tout autre genre, Joseph Caillaux est un personnage hors norme. Il était l’un des seuls, dans la classe politique et intellectuelle, à mettre en garde son époque contre l’ultra-nationalisme dominant dans les années 1900 et à prédire les atrocités de la Grande guerre ainsi que ses conséquences épouvantables: le totalitarisme, les guerres apocalyptiques, la cascade «de malheurs sans nom», l’effondrement de l’Europe. Non seulement il n’a pas été écouté, mais il a été persécuté par la classe dirigeante de l’époque. De même, Alexandre Millerand et André Tardieu furent de véritables visionnaires dans les années 1920 et 1930, fustigeant la faiblesse de la IIIe République et l’angélisme des élites françaises devant la montée du nationalisme allemand puis du nazisme. Eux aussi ont été ignorés et traités comme des pestiférés.

Attention, je ne dis pas que ces hommes eurent toujours raison! Ils se sont parfois trompés. Je songe à Georges Bidault, prophétique dans son engagement dans la résistance au côté de Jean Moulin et dans les années de reconstruction, visionnaire de la réconciliation franco-allemande, mais sombrant dans un étrange aveuglement face à la décolonisation… De mes huit parias, il est celui dont le destin est le plus mystérieux, le plus insaisissable. Quant à Michel Poniatowski, lui aussi avec ses forces et ses faiblesses, ses excès et ses erreurs, il fut le premier des hommes politique français en 1974 à tirer la sonnette d’alarme contre la montée de la violence dans des sociétés privées de repères, le communautarisme, la fragmentation de la société, la nécessité de maîtriser les frontières. Trop tôt, trop fort: son appel en faveur de l’autorité de l’État, quelques années après mai 1968, ne lui a pas été pardonné.

Un homme d’État est-il un paria qui a réussi?

Un homme d’État doit concilier trois qualités: une vision de l’histoire, le sens du bien commun et le courage personnel. Ils sont très peu nombreux à avoir durablement émergé dans l’histoire politique française. En effet, en raison de leur supériorité, ils sont rapidement pris en chasse par le marais et réduits au silence avant d’être lapidés. Le véritable homme d’État est un paria en puissance. Le Général de Gaulle fut un paria tout à fait particulier, un paria qui a réussi. Il faut se souvenir de la manière dont il fut traité dans les années 1950 et 1960. Il était en permanence insulté, qualifié de réactionnaire et de fasciste. Dans Le Coup d’État permanent, François Mitterrand utilise à son propos les mots de «caudillo, duce, führer…». C’est un comble pour le chef de la résistance française au nazisme… S’il fut un paria qui a réussi, c’est en raison de sa place hors norme dans l’histoire, auteur de l’appel du 18 juin 1940 et de la décolonisation. Mais dès lors, il n’est plus vraiment un paria au sens de la définition que j’en donne, son image à la postérité étant largement positive et consensuelle.

Votre description des parias fait penser à la figure chère à René Girard du bouc émissaire. Le bouc émissaire chez Girard sert à réguler la violence de la société par une violence qui converge vers une unique personne. Les parias que vous décrivez traduisent-ils une violence inhérente à la forme démocratique et au régime républicain?

En effet, pour tout vous dire, la lecture des livres de René Girard, notamment La violence et le sacré et Les choses cachées depuis la fondation du monde m’a inspiré l’idée de cet ouvrage sur les parias de la République. Sa grille de lecture peut s’appliquer à l’histoire politique française: la quête d’un bouc émissaire, victime expiatoire de la violence collective, et son lynchage par lequel la société politique retrouve son unité. Le cas d’Édith Cresson est intéressant à cet égard. Quand on lit la presse de l’époque, quand on replonge dans les actualités du début des années 1990, la violence, la férocité de son lynchage nous apparaissent comme sidérantes. On a beaucoup parlé de ses maladresses, provocations et fautes de communication qui furent réelles. Mais l’acharnement contre elle, les insultes, la caricature, la diffamation contre une femme Premier ministre qui prenait une place convoitée par des hommes, a atteint des proportions vertigineuses. On en a oublié des aspects positifs de sa politique: le rejet des 35 heures, la promotion de l’apprentissage, des privatisations et de la politique industrielle, la volonté de maîtriser les frontières. Elle fut vraiment une femme lynchée. Et sur ce sacrifice, les politiques de son camp ont tenté de se refaire une cohésion. Sans succès. Encore aujourd’hui, je constate à quel point elle fut haïe. Des personnalités de droite ou de gauche m’ont vivement reproché de tenter de la «réhabiliter» parmi mes parias! De fait, je ne cherche pas à la réhabiliter et ne cache rien de ses erreurs, mais je mets le doigt sur un épisode qui n’est pas à l’honneur de la classe politique française. La violence est certes inhérente à la république dès lors que la république suppose une concurrence pour les postes, les mandats, les honneurs. Cette violence devrait être tempérée par la morale, le sens de l’honneur, du respect des autres, par les valeurs au sens du duc de Broglie. Elle ne l’a pas été à l’égard d’Édith Cresson. Elle l’est de moins en moins aujourd’hui, comme en témoigne la multiplication des lynchages politico-médiatiques à tout propos.

Parmi les huit parias que vous décrivez, si vous deviez en choisir un, qui vous serait particulièrement cher, lequel serait-ce?

J’éprouve une tendresse particulière pour André Tardieu et rêverais de pouvoir passer une heure avec lui. C’est un grand bourgeois parisien d’une puissance intellectuelle hors normes, éternel major des concours les plus prestigieux. Avec ses allures de dandy, il fréquente les restaurants et l’opéra, ne se prend jamais au sérieux. D’une gaîté et d’une drôlerie permanente, charismatique, éblouissant, d’où son surnom de Mirobolant, il est un grand séducteur des plus jolies actrices de son temps. Parvenu au pouvoir en 1929, il pressent avant tout le monde la gravité de la crise de 1929-1932 et lance, trois ans avant Roosevelt une politique de relance par les grands investissements, un véritable New Deal français. Totalement incompris, notamment pas le parti radical, il est chassé du pouvoir et empêché d’accomplir son projet de modernisation du pays. C’est un tournant de sa vie. Il en conçoit une profonde amertume et bascule dans une vision tragique du monde. Il met en garde les élites françaises contre la faiblesse des institutions de la IIIe République qui ne permettent pas de gouverner. Il dénonce, bien avant tout le monde, dès 1933, le danger mortel que le nazisme fait courir à la civilisation, contre l’angélisme de la classe politique et des élites à cet égard. Il réclame un renforcement du pouvoir du gouvernement face aux partis politiques alors tout puissants. Non seulement il n’est pas écouté, mais il est véritablement lynché, traité de réactionnaire et de fasciste, par la gauche, mais aussi par la droite, dont ses anciens amis politiques par exemple Paul Reynaud. Dès lors, il se retire en 1936 dans la solitude absolue du hameau de Monti, sur les hauteurs de Menton, pour y trouver le soleil. Je trouve profondément injuste le procès qui lui est fait encore aujourd’hui. Il suffit de lire dans son œuvre maîtresse La Révolution à refaire, son engagement en faveur du vote des femmes – contre l’ensemble de la classe politique de l’époque, surtout la gauche radicale – pour comprendre à quel point sa vision est moderne et démocratique. Elle a inspiré, de A à Z, la Ve République du général de Gaulle qui hélas, ne lui a pas assez rendu hommage…

Pourquoi insistez-vous tant sur la vie privée de vos parias? N’est-ce pas une forme de voyeurisme?

Je ne le pense pas. Leur vie intime explique beaucoup de leurs convictions et de leur politique. On ne peut pas comprendre leur engagement sans une analyse approfondie de leur caractère, de leur histoire personnelle, et sans se plonger délibérément dans leur vie privée. Si je parle longuement des amours de Joseph Caillaux et du drame de l’assassinat du directeur du Figaro, Gaston Calmette, par sa seconde épouse, Henriette, c’est parce que ce drame, fruit d’un hallucinant quiproquo, a peut-être eu des conséquences vertigineuses sur la grande histoire… De même, la vie de famille de Jules Moch est au centre de son comportement et de sa politique. La mort de son fils aîné, André, qu’il aimait passionnément, grand résistant assassiné par la Milice en 1944, fut un traumatisme infini qui peut expliquer certains aspects de son engagement. Chez lui, le désordre et le chaos sont la voie royale vers la guerre, la dictature et le crime. Homme de gauche d’une autre époque, difficilement compréhensible aujourd’hui, il est foncièrement attaché à l’ordre républicain et à la stabilité qui sont les garanties de la paix. La liberté et l’égalité sont incompatibles avec le désordre. Il est réellement socialiste, au sens de son époque, favorable à l’étatisme et à l’égalité. Mais il ne supporte pas l’anarchie. Il est d’une gauche autoritaire, qui trouve ses racines dans la Convention, mais aussi dans la politique de Clemenceau et dans la Résistance, étant l’un des Quatre-Vingts parlementaires qui ont refusé les pleins pouvoirs à Pétain. Sa diabolisation actuelle et sa réputation «d’assassin des ouvriers» sont une grave injustice. Contrairement à la légende, il n’a jamais ordonné de «tirer sur les mineurs». Dans un pays dévasté par les pénuries alimentaires et de charbon en 1947-1948, vivant sous la menace des chars de Staline, alors que l’Europe de l’Est était placée sous le joug soviétique, Jules Moch, ministre de l’Intérieur, a assuré le maintien de l’ordre et la sauvegarde de la Nation. Cet ami fidèle de Léon Blum dont il était particulièrement proche, était alors considéré, jusqu’à 1950, comme un véritable sauveur et encensé par toute la classe politique, en particulier le parti socialiste, à l’exception des communistes. Il a refusé le tournant «libéral libertaire» de mai 1968 de la gauche française et détestait Mitterrand, symbole à ses yeux du «social-narcissisme». Ennemi du désordre, obsédé par l’horreur de la guerre et de l’oppression, détestant l’arme atomique, homme d’autorité, une autorité républicaine, mais hostile à toute forme de culte de la personnalité, il est le plus inclassable de tous nos parias…

Vous écrivez également que notre société ne permet plus aujourd’hui à de grands parias politiques d’émerger, comme s’ils étaient tués dans l’œuf car pour qu’il y ait de grands parias, encore faut-il qu’il y ait de forts tempéraments? La fin des grands parias signe-t-elle la mort de la politique?

Oui, mais il me faut être clair: j’éprouve une immense admiration pour les maires et les grands élus politiques qui consacrent leur vie à l’intérêt général, souvent dans la discrétion et la modestie. En revanche, il me semble que globalement, la vie politique médiatisée, apparente, nationale, sombre dans une médiocrité toujours plus grande, de l’extrême droite à l’extrême gauche. Je ne suis pas sûr qu’il existe en ce moment des hommes ou femmes d’État potentiels, visionnaires, davantage concernés par le bien public que par leur destin personnel, sans peur et déterminés. La vie politique médiatisée devient de plus en plus une affaire d’image, de coups médiatiques, de manipulations, de polémiques et de posture. Elle est orientée vers le culte du «moi», le bavardage, la communication narcissique au détriment de l’action et du bien public. Jusqu’aux années 1980, les grands politiques étaient souvent des personnes d’une haute culture historique et littéraire, qui leur donnait une hauteur, un recul, une vision historique, une perspective par rapport à l’actualité, à leur propre destin, à l’avenir du pays.

Aujourd’hui, nous assistons au triomphe du narcissisme qui faisait horreur à Jules Moch. C’est pourquoi nous n’avons plus semble-t-il de grands parias de l’histoire, maudits à cause de leur supériorité intellectuelle et de leur caractère. De tels tempéraments sont étouffés dans l’œuf, écartés par anticipation de la carrière politique. Il me semble que les jeunes les plus brillants d’une génération choisissent d’autres voies que la politique qui de toute façon devient de plus en plus, à la base, une affaire de réseau personnel, familial ou clanique. Jadis, me semble-t-il, les politiques, candidats aux élections, à l’exemple de mes parias, étaient souvent repérés et désignés pour leurs qualités personnelles, intelligence et caractère. Aujourd’hui, les choses se jouent davantage sur le népotisme familial ou le copinage. D’où cette impression de médiocratie montante. Nous avons en revanche, dans notre univers politique ultra-médiatisé, une multitude de petits parias quotidiens qui font l’objet d’un passage à tabac médiatique, mimétique, à la suite de fautes de comportement, de paroles déviantes au regard du politiquement correct, ou de la pure calomnie. Ces parias d’un jour, d’une semaine, banalisés, n’ont rien à voir avec les grands parias de l’histoire, en voie de disparition… Ce phénomène exprime bien un déclin de la vie politique et démocratique.

Vous avez été le conseiller de Nicolas Sarkozy. Considérez-vous qu’il fut un paria?

Franchement, c’est difficile à dire en l’absence de recul historique. Nicolas Sarkozy a fait l’objet d’un lynchage permanent et violent pendant son quinquennat: insultes au jour le jour, calomnies et les aspects positifs du bilan de son action ont été étrangement passés sous silence. Pourtant, il me semble trop tôt pour lui appliquer le qualificatif de paria au sens où je l’entends dans mon ouvrage, supposant un bannissement qui se poursuit dans l’histoire. Comment sera-t-il jugé dans vingt ans? Qui peut le dire? Souvenons-nous de Mitterrand et de Chirac. Leur fin de règne fut pathétique, pitoyable. Qui s’en souvient encore? La mémoire contemporaine est tellement courte… Aujourd’hui, ils sont plutôt encensés et n’ont rien de parias…

François Fillon a choisi d’incarner une droite assez dure, stratégie validée lors de primaires où il a su d’adresser au cœur de son électorat, mais qui se heurte aujourd’hui à un électorat beaucoup plus large, peut-être apeuré par son programme économique. L’ancien Premier ministre est austère, d’aucuns diront rigide. A-t-il le profil d’un paria?

Il a le profil d’un bouc émissaire, sans aucun doute, faute de pouvoir parler de paria à ce stade. D’ici à l’élection présidentielle et par la suite, s’il l’emporte, il sera inévitablement maltraité et son tempérament à la fois réservé et volontaire ne peut qu’exciter la hargne envers lui. Il faut noter que François Hollande, quoi qu’on en pense, n’a pas été épargné par le monde médiatique et la presse qu’il croyait tout acquise à sa cause… C’est une vraie question que je me pose: le président de la République, qui incarnait du temps du général de Gaulle et de Pompidou, le prestige, l’autorité, la grandeur nationale, est-il en train de devenir le bouc émissaire naturel d’un pays en crise de confiance? Ultramédiatisé, il incarne à lui tout seul le pouvoir politique dans la conscience collective. Mais ne disposant pas d’une baguette magique pour régler les difficultés des Français, apaiser leurs inquiétudes, il devient responsable malgré lui de tous les maux de la création. Je pense qu’il faut refonder notre vision du pouvoir politique, lui donner une connotation moins personnelle et individualiste. Le temps est venu de redécouvrir les vertus d’une politique davantage axée sur l’engagement collectif, le partage de la responsabilité, entre le chef de l’État, le Premier ministre, la majorité, la nation, au service du bien commun.

Voir aussi:

François Fillon : le nouveau paria de la République ?
Maxime Tandonnet
Le Figaro
30/01/2017

FIGAROVOX/TRIBUNE – Alors qu’il fait l’objet d’accusations concernant l’emploi de son épouse, le candidat des Républicains tenait dimanche son grand meeting à La Villette. Pour Maxime Tandonnet, il s’apprête à endosser le rôle de paria, comptant sur un retournement en sa faveur.


Maxime Tandonnet est haut-fonctionnaire, historien et auteur des Parias de la République (éd. Perrin, 2017).


La violente polémique qui secoue la candidature de François Fillon à l’élection présidentielle n’a rien d’une surprise. Il fallait s’y attendre. La vie politique française n’a jamais supporté les têtes qui dépassent, les personnalités qui prennent l’ascendant. Dans l’histoire, les hommes d’État visionnaires, ceux qui ont eu raison avant tout le monde, ont été descendus en flammes et leur image est restée maudite des décennies ou des siècles après leur mort: le duc Albert de Broglie qui lançait un cri d’alarme contre l’affaiblissement de la morale et le risque de l’anomie ; Joseph Caillaux, prophète du carnage de la Grande guerre et de «la cascade de malheurs sans fins» qui devait en résulter ; Alexandre Millerand et André Tardieu, pourfendeurs des faiblesses de la IIIe République, traités de «réactionnaires» et de «fascistes» pour avoir réclamé un renforcement du gouvernement face à la montée du nationalisme en Europe et du nazisme ; Jules Moch, socialiste d’ordre, authentique résistant au nazisme – dont le fils aîné fut massacré par la Milice – et à la menace stalinienne en pleine guerre froide, injustement traité «d’assassin des ouvriers» ; Michel Poniatowski, chantre de l’autorité de l’État contre le chaos sociétal, six ans après mai 1968 et dès lors voué aux gémonies, Edith Cresson, seule femme Premier ministre, dont les bonnes idées ont été gâchées par une communication défaillante et les jalousies…

Dans mon livre les Parias de la République(Perrin, 2017), j’ai raconté la descente aux enfers de ces parias qui furent aussi de grands hommes d’État, et une femme Premier ministre, leur diabolisation qui les poursuit jusqu’aux yeux de la postérité.

Cet ouvrage annonce aussi la généralisation et la banalisation de la figure du paria dans la vie politique contemporaine. La médiatisation, Internet et la puissance des réseaux sociaux, les exigences de transparence, la défiance face à l’autorité et surtout, la personnalisation du pouvoir à outrance, transforme tout homme ou femme incarnant de pouvoir en bouc émissaire des frustrations et des angoisses d’une époque. Qui ne se souvient à quel point Nicolas Sarkozy fut traîné dans la boue de 2007 à 2012? Dans un tout autre genre, François Hollande a aussi connu, à la tête de l’État, le vertige de l’humiliation. La diabolisation des hommes politiques s’accélère: non seulement Sarkozy, puis Hollande, mais aussi Alain Juppé et Manuel Valls viennent de chuter. L’hécatombe est désormais inarrêtable… Sans aucun doute, le tour viendra d’Emmanuel Macron, et sa chute sera aussi subite et aussi violente que son ascension fondée sur la sublimation d’une image.

Oui, il fallait s’attendre, tôt ou tard, à la lapidation de François Fillon. Le prétexte de l’emploi de son épouse à ses côtés est ambigu. Le recrutement de proches par des responsables politiques est une vieille – et mauvaise – habitude française. Alexandre Millerand , Vincent Auriol, François Mitterrand employaient leur fils à l’Elysée et Jacques Chirac sa fille. Combien de ministres ont recruté un proche dans leurs cabinets? Combien de fils et de fille «de» ont hérité de la position politique de leur père? 20% des parlementaires emploient un membre de leur famille. L’un des plus hauts responsables actuels de la République a l’habitude de salarier sa femme auprès de lui. Tout cela est bien connu. À l’évidence, cette pratique n’est pas à l’honneur de notre République. Mais tout le monde s’en est jusqu’à présent accommodé, hypocritement, sans poser de question. Personne ne s’est interrogé sur la nature et l’effectivité des tâches accomplies par le conjoint ou le parent. Et voici que soudain, le dossier est opportunément rouvert, contre François Fillon.

L’homme se prête particulièrement à une diabolisation. Son caractère à la fois discret et volontariste a tout pour exaspérer un microcosme politico-médiatique plus enclin à idolâtrer le clinquant stérile et l’impuissance bavarde. La ligne de défense de François Fillon transparaît dans son discours du 29 janvier. Il s’apprête à endosser le rôle de paria, comptant sur un retournement en sa faveur. En témoigne la présence de Pénélope à ses côtés. Sa parole, conservatrice et libérale, semble avoir été façonnée pour exacerber les haines des idéologues de la table rase: «On me décrit comme le représentant d’une France traditionnelle. Mais celui qui n’a pas de racines marche dans le vide. Je ne renie rien de ce qu’on m’a transmis, rien de ce qui m’a fait, pas plus ma foi personnelle que mes engagements politiques». Peut-il réussir? In fine, le résultat des élections de 2017 dépendra du corps électoral: emprise de l’émotionnel ou choix d’un destin collectif? Mais au-delà, une grande leçon de ces événements devrait s’imposer: l’urgence de refonder la vie politique française, sur une base moins personnalisée et plus collective, tournée vers le débat d’idées et non plus l’émotion – entre haine et idolâtrie – autour de personnages publics.

Voir également:

Maxime Tandonnet : « En marche… mais vers quoi ? »
Maxime Tandonnet
Le Figaro
07/05/2017

FIGAROVOX/ANALYSE- Pour Maxime Tandonnet, malgré sa victoire, le flou qui entoure la vision et le programme d’Emmanuel Macron n’est toujours pas dissipé.


Maxime Tandonnet, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, auteur d’Histoire des présidents de la République (2013, 2017) et des Parias de la République (2017) Perrin.


L’élection d’Emmanuel Macron, le 7 mai 2017, a l’apparence d’un «miracle républicain». Le système politique français est depuis longtemps accusé de sclérose et d’incapacité à se renouveler. En 2016-2017, l’électorat a donné un fulgurant coup de balai dans la fourmilière et l’homme qui entre à l’Élysée est à 39 ans le plus jeune président de l’histoire. La vie politique française se trouvait empêtrée dans le vieux clivage droite/gauche. Soudain, cet archaïsme semble voler en éclats. Sa victoire ébranle un système de partis discrédité, annonçant peut-être une recomposition du jeu politique. Elle écarte les solutions démagogiques. Son exploit apporte un air de fraîcheur à la vie publique. L’histoire n’offre aucun exemple équivalent de l’ascension fulgurante d’un inconnu qui bouscule les chasses gardées et les rentes de situation, à l’exception de Louis-Napoléon Bonaparte, élu président de la République le 10 décembre 1848 à 40 ans.

Miracle français ou étrange illusion? Aujourd’hui, les interrogations l’emportent sur les certitudes. Que sait-on de M. Macron? Sa percée médiatique fut le résultat de déclarations tonitruantes qui rompaient avec les dogmes de son camp (35 heures). Inclassable, il donne des gages à la droite comme à la gauche. Mais comment sortira-t-il du flou sans provoquer de vifs mécontentements? Adulé des médias, merveilleux communicant, sans aucun doute, mais cette qualité ne préjuge en rien, chez un homme peu expérimenté, de sa capacité à s’élever au rang d’homme d’État, de décideur et de visionnaire. De quel renouveau parle-t-on? Au-delà du visage neuf qu’il apporte, son accession au pouvoir est-elle réellement synonyme de renouvellement de la classe politique, de son état d’esprit? Ses soutiens affichés n’incarnent pas un franc rajeunissement… Comment échappera-t-il au soupçon d’un recyclage des notables du parti socialiste?

M. Macron affiche ses convictions libérales sur le plan économique. Mais en revanche, ses intentions sur les sujets de société qui préoccupent les Français – éducation, sécurité, autorité de l’État, maîtrise des frontières – demeurent mystérieuses. Dans son positionnement atypique, ni droite/ni gauche, quelle est la part de l’authenticité et celle de la posture? Et que dire de son mouvement, «En marche» cette étrange coalition centrale aux contours et ligne indéfinis qui renvoie au souvenir des Radicaux sous la IIIe République? «En marche», oui, mais vers quoi?

L’autre inconnue majeure tient aux sentiments profonds des Français envers leur nouveau président. La jubilation médiatique qui accompagne cette élection est-elle le reflet d’un phénomène d’adhésion dans les profondeurs du pays? Rien de moins sûr. La participation médiocre, les conditions de cette victoire dans le contexte du «Fillongate», puis face à un adversaire «repoussoir», dans sa fonction d’épouvantail traditionnel de la politique française, donnent à cette élection un goût d’inachevé. Les Français ont-ils jamais été en situation de «choisir»? Tandis que la France «d’en haut» célèbre son sauveur providentiel sur les plateaux de télévision, une vague de perplexité déferle sur la majorité silencieuse. Que va-t-il en sortir?

Par-delà l’euphorie médiatique d’un jour, le personnage de M. Macron porte en lui un potentiel de rejet, de moquerie et de haine insoupçonnable. Son style «jeunesse dorée», son passé d’énarque, d’inspecteur des finances, de banquier, d’ancien conseiller de François Hollande, occultés le temps d’une élection, en font la cible potentielle d’un hallucinant lynchage collectif, une victime expiatoire en puissance des frustrations, souffrances et déceptions du pays. Quant à la «France d’en haut», médiatique, journalistique, chacun sait à quelle vitesse le vent tourne et sa propension à brûler ce qu’elle a adoré. Jamais une présidence n’a vu le jour sous des auspices aussi incertains.

Cette élection, produit du chaos, de l’effondrement des partis, d’une vertigineuse crise de confiance, signe-t-elle le début d’une renaissance ou une étape supplémentaire dans la décomposition et la poussée de violence? En vérité, M. Macron n’a aucun intérêt à obtenir, avec «En marche», une majorité absolue à l’Assemblée qui ferait de lui un nouvel «hyperprésident» censé détenir la quintessence du pouvoir. Sa meilleure chance de réussir son mandat est de se garder des sirènes de «l’hyperprésidence» qui mène tout droit au statut de «coupable idéal» des malheurs du pays, à l’image de tous ses prédécesseurs. De la part du président Macron, la vraie nouveauté serait dans la redécouverte d’une présidence modeste, axée sur l’international, centrée sur l’essentiel et le partage des responsabilités avec un puissant gouvernement réformiste et une Assemblée souveraine, conformément à la lettre – jamais respectée – de la Constitution de 1958.

Voir de même:

Présidentielle: Fillon sacrifié, Le Pen dépassée, Macron bientôt martyrisé?

Sept leçons et un espoir

Marin de Viry

Causeur

05 mai 2017

Leçon numéro 1. Le sacrifice de François Fillon, unique objet du premier tour, est complètement raté. Certes, sa candidature a été tuée, mais les électeurs ne sont pas en phase avec les sacrificateurs. Or, l’immolation est faite pour construire du consensus, pour détendre tout le monde, et le bourreau est supposé être l’artisan de la justice. Dans le cas de Fillon, l’exécution a exaspéré la méfiance à l’égard des gouvernants, de la justice, des médias, et de ses adversaires politiques. Au lieu de les libérer, le sacrifice a exaspéré les tensions.

Leçon numéro 2. Le sacrifice de Marine Le Pen, objet unique du second tour, est non moins raté. Certes, elle ne gagnera très probablement pas, car une partie des électeurs est encore en faveur de l’ancienne liturgie dans laquelle un Front Républicain fait barrage au Mal, mais le doute a gagné les partisans du Bien – doute qui s’exprime dans l’abstention ou tout simplement dans le peu de conviction avec laquelle la « diabolisation » s’exprime –  et les partisans du Mal deviennent de plus en plus décontractés, de moins en moins concernés par l’injonction morale, l’admonestation solennelle, l’argument d’autorité « antifa ».

Macron et le hub France

Leçon numéro 3. Donc, la victoire de Macron apparaîtra comme le résultat d’un double sacrifice raté. On le regardera comme une sorte d’importun, voire d’imposteur, qui n’aura pas réussi à transformer sa victoire sur les autres en victoire pour tout le pays. Il ne sera pas élu, il sera placé premier. Et nul doute que tout le monde réclamera la vidéo car le match a été scandaleusement arbitré.

Leçon numéro 4. Nous avions bien compris, et toute la campagne l’a montré : le monde de Macron, c’est le hub France, avec ce raffinement de cruauté qu’il est en plus drogué à la dépense publique. Le hub France, c’est l’aéroport de Roissy. Au premier étage, une entrée réservée et discrète : dans des fauteuils cools, des dirigeants zens s’envoient un whisky japonais pas pingre en discutant avec leur private banker sur Internet. Au rez-de-chaussée, des cadres moyens sirotent de la bière et grignotent des cacahouètes dans un confort relatif, en gérant leur crédit revolving sur leur application bancaire de masse. Au sous-sol, les bagagistes payés au lance-pierre n’ont d’autre choix que le fondamentalisme (anti-immigré ou musulman) ou le vote Mélenchon. Faute de leur avoir enseigné La Fontaine et leur avoir donné des perspectives décentes, difficile de leur en vouloir, même s’il faut les dominer. Personne ne veut de ce monde-là. Nous allons voter pour. Le masochisme est officiellement devenu une catégorie de la pensée citoyenne. Ça faisait longtemps que ça couvait, ont noté les meilleurs observateurs.

Leçon numéro 5. Il y a plus : sur le plan de la politique économique, Macron, c’est la double peine : le socialisme en grand et le libéralisme en roue libre. L’Etat local hypertrophié entièrement au service de la mondialisation, c’est-à-dire de la séparation des pauvres et des riches à l’échelle planétaire, comme elle déjà eu lieu à l’échelle urbaine, et entre les villes et les campagnes. Des entraves étatiques partout, obsédantes, au service de la libération des forces du marché, c’est-à-dire de la cupidité décomplexée. Le pire de la bourgeoisie, le pire de la bureaucratie. Le Français contemporain doit s’habituer à avoir deux maîtres : l’inquisition de la cupidité et l’inquisition administrative. Comme tout le monde ne peut pas avoir un parcours d’inspecteur des finances, élite pointue qui peut avoir une carrière de double inquisiteur, très peu gagneront dans ce monde. Gageons que sur les 250 000 marcheurs que revendique le mouvement d’Emmanuel Macron, à peine mille verront leur avenir s’éclaircir. Aux yeux des Français, Macron peut passer en six mois pour un uber gandin au centre d’une cour de gastéropodes liberticides, valets de l’esprit ploutocratique.

La naïveté restauratrice du FN

Leçon numéro 6. Ce n’est pas parce qu’il est devenu à peu près normal que le FN est devenu intelligent. Sa fonction était de transformer la colère et la méchanceté irréfléchies en proposition politique pour lutter contre leurs racines même : l’ignorance, l’oisiveté démunie, le sentiment d’avoir été abandonnés par les dirigeants de la communauté nationale, la fierté blessée, l’humiliation de l’expulsé, l’angoisse du déracinement, la morsure du mépris. Le FN a beau dire qu’avec la bénédiction de Nicolas Dupont-Aignan, il a opéré la jonction des républicains et des patriotes, il y a des trous dans la raquette républicaine et des trous dans la raquette patriotique. Des trous dans la raquette républicaine, car son programme est marqué par une sorte de naïveté restauratrice – c’était mieux avant, retournons-y -, par la préférence pour une pédagogie punitive, et par l’absence de stratégie globale tant sur le plan européen que sur le plan économique, qui sont à pleurer. Sa conception de la République est celle d’un colonel d’infanterie en 1950. Respectable, mais l’expérience du monde réel et l’imagination véritablement constructive sont ailleurs. Et des trous dans la raquette patriotique, car, quand bien même le mot de souverainisme met d’accord les patriotes et les nationalistes, la ligne de fracture en ces deux sensibilités persiste, et reste lourde de malentendus, de querelles, de conflits. J’appelle patriotique le sentiment que la patrie doit être respectée et aimée comme l’espace qui nous vient du temps, si je puis dire, et dans lequel la communauté s’organise solidairement pour continuer son histoire ; j’appelle nationaliste ce sentiment d’exaltation qui nous vient des batailles, de la culture de la guerre, et qui nous porte à préférer la France à tout, y compris à la réflexion et à la sympathie. La difficulté qu’a le FN à se débarrasser des hibernatus maurrassiens qui se nourrissent à sa racine belliqueuse est le signe malheureux de son incapacité à distinguer les deux, et à en tirer les conséquences politiques. Il va falloir choisir entre la psychologie de la guerre et celle de la paix, quand on parle de la France.

Leçon numéro 7. Nous vivons dans une démocratie où l’intimidation était jusqu’à très récemment considérée comme une technique argumentative supérieure à la délibération dans le calme. J’écris « était », car c’est fini, les puissances intimidantes ont été tellement odieuses qu’elles sont puissamment rejetées. Mais tout de même, on se pose beaucoup la question autour de moi : «au fait, comment appelle-t-on un régime qui fait financer par l’impôt l’immixtion à contretemps de l’autorité judiciaire dans un processus démocratique qui vise à choisir l’exécutif, la partialité voire la propagande des médias publics (il faudra en juger calmement, car c’est un scandale), et l’aide directe et indirecte à une presse contrôlée par des gens en affaire avec le pouvoir ? ». Il doit y avoir un mot…

J’ai fait un rêve…

Espoir unique. Au fond, tout va bien. A peine Macron élu, un mouvement intellectuel va exploser : il viendra de tous ceux qui ne supportent plus que la grandeur de l’homme, la dignité du citoyen, et la solidarité réelle entre les Français soient foulés aux pieds, et qui pensent que l’histoire de notre pays, notre espace politique, nos ressources de toutes natures contiennent les idées et les moyens qui nous permettront de redresser le pays et de donner à chacun sa chance et son dû, pourvu que le pouvoir reste dans la patrie et qu’il en soit fait un usage sage, intelligent, ardent, imaginatif. Et surtout : pensé par nous, pensé pour nous et tous ceux qui s’y reconnaîtraient dans le monde. Emmanuel Macron sera un bon point de repère pour ce mouvement, un peu comme une sorte d’amer sinistre que les marins laissent le plus au large possible. Nous allons lui tomber dessus démocratiquement, mais à bras raccourcis. Nous allons faire la fête au cyber mirliflore et aux turbos bécassines. Nous allons démonter son petit hub, boulon par boulon. Ce sera la France contre les robots, enfin ! Emmanuel Macron, merci d’avance pour ce moment.

Voir de plus:

La machine à « éliminer Fillon rappelle les procès staliniens »

Jean-Eric Schoettl, ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel, estime que le candidat François Fillon est plus malmené que le justiciable ordinaire. Pour lui, l’électeur est devenu l’otage de la procédure.

Jean-Eric Schoettl (ancien secrétaire général du Conseil Constitutionnel (1997-2007)

Le Monde

02.03.2017

[Dans sa déclaration mercredi 1er mars, François Fillon a fait référence à une analyse de Jean-Eric Schoettl publiée dans la revue Les Petites Affiches, mardi 14 février. Consacré aux assistants parlementaires du candidat LR dans le cadre de l’enquête préliminaire, ce texte insistait notamment sur la séparation des pouvoirs. M. Schoettl livre ici une tribune en défense de M. Fillon.]

La reconnaissance empressée par le juge judiciaire de sa compétence – pourtant contestable – dans ce qui est devenu l’affaire Fillon, pose d’autant plus problème qu’elle accompagne un pilonnage médiatique ayant pour effet, sinon pour objet, de fausser le jeu du suffrage universel à la veille d’une élection déterminante pour l’avenir de la nation. Elle est préoccupante pour l’équilibre des institutions parce que, au-delà de la notion juridique de séparation des pouvoirs, elle fait objectivement interférer la justice avec une échéance électorale majeure.

La tradition de « retenue » du juge à la veille d’une élection a toujours été scrupuleusement respectée par le juge administratif. Elle le conduit, à l’approche d’une élection, à reporter certaines décisions – découpage des circonscriptions, affaire mettant en cause un candidat, etc. – et à en suspendre l’instruction – pour éviter de perturber les opérations électorales ou d’altérer la sincérité du scrutin. C’est aussi une question de dignité de la justice qui ne doit ni se laisser instrumentaliser par les joutes politiques ni donner le sentiment qu’elle cède à un biais partisan. C’est enfin une question de déontologie et d’éthique de la responsabilité.

Le juge du siège, a fortiori le parquet – dont la mission est d’apprécier l’opportunité des poursuites – ne peuvent se désintéresser des conséquences de leurs actes. Ainsi, la considération de l’impact d’une décision sur l’ordre public ou la prise en compte de l’état d’encombrement carcéral influent fréquemment sur la nature et les modalités d’exécution des mesures d’instruction ou de la peine prononcée.

L’anticipation, par le juge, des incidences de ses actes sur l’environnement social se justifie plus encore pour le calendrier de la procédure, dès lors, d’une part, que les poursuites peuvent avoir lieu ultérieurement et que, d’autre part, les faits ne sont pas si graves et avérés que la célérité s’impose nonobstant le contexte. En l’espèce, l’empressement à poursuivre, souligné par la promptitude de la mise en examen – dont les répercussions sur l’opinion publique sont considérables, celle-ci y voyant une confirmation de la culpabilité –, fait fi des réalités du temps électoral.

S’il n’y a pas volonté de faire échec à une candidature, ce qui constituerait un cas gravissime de « partialité subjective », il y a du moins froissement de « l’impartialité objective » : un magistrat ne doit pas seulement être impartial, il doit aussi donner à voir qu’il l’est. En la matière, comme nous le répète avec insistance la Cour européenne des droits de l’homme, les apparences comptent. L’indépendance du juge doit s’affirmer « à la cantonade » non seulement à l’égard des autres pouvoirs, mais encore à l’endroit de ses propres inclinations, préjugés et passions.

Un feuilleton judiciaire

Comment, dans ces conditions, ne pas ressentir un profond malaise devant un feuilleton judiciaire devenu le carburant essentiel du bûcher médiatique, alimentant régulièrement celui-ci, à coups de communiqués et de fuites, aux dépens de la présomption d’innocence, des droits de la défense et du secret de l’enquête et de l’instruction ? Pourquoi cette mise en examen décidée quelques jours après l’ouverture de l’instruction, en plein recueil des parrainages, alors que, dans les cas ordinaires, sauf évidence accablante ou demande du justiciable, la mise en examen n’intervient qu’après des semaines ou des mois ?

L’impression produite est que le contexte est bien, en effet, pris en compte, mais à l’inverse de ce à quoi invite le respect des échéances démocratiques. Le candidat est plus malmené que le justiciable ordinaire. L’électeur devient l’otage de la procédure.

Comment ne pas s’inquiéter de la santé de notre vie démocratique en voyant une personnalité politique éminente, porteuse d’un projet qui, quoi qu’on en pense sur le fond, a rallié des millions de suffrages lors d’une primaire impeccablement conduite, déstabilisée en plein compte à rebours de l’élection présidentielle – y compris après que le décret de convocation a été publié au Journal officiel – par des imputations diffusées en boucle, portant sur des faits anciens, non avérés et d’importance subalterne au regard des perspectives collectives ?

Comment ne pas se désoler, en tant que citoyen, en voyant les questions programmatiques évincées par un battage que l’intéressé ne peut combattre qu’en se faisant accuser de conspirer contre l’indépendance de la justice et la liberté de la presse, s’enferrant ainsi dans un piège qui rappelle les procès staliniens – peloton d’exécution en moins, mais avec un même enjeu d’élimination d’un acteur politique ?

Quels lendemains ce charivari aux conséquences imprévisibles prépare-t-il aux rapports entre élus et justice ? Et, plus généralement, à une collectivité nationale qui, remontée contre les partis de gouvernement, habitée par la petite musique du « tous pourris », troublée par ce qu’elle comprend d’autant moins qu’on le lui ressasse de façon brouillonne, se tourne de plus en plus vers des aventuriers ?

Obstination à poursuivre

C’est à ces lendemains qui déchantent que risque de mener, quoi qu’on en dise, l’empressement à poursuivre. Pense-t-on vraiment que la justice n’a pas à s’en soucier ? L’indépendance du juge est-elle synonyme d’autisme ? Doit-elle se payer au prix fort d’une issue électorale chaotique ?

En l’espèce, la retenue judiciaire n’aurait pourtant pas eu d’effet exonérateur et n’aurait pas rompu l’égalité devant la justice, puisque des poursuites sont possibles au lendemain de la défaite du candidat ou, s’il est élu président de la République, à l’expiration de son mandat. Les délais de prescription sont, en effet, suspendus en vertu de l’article 67 de la Constitution dans sa rédaction issue de la loi constitutionnelle du 23 février 2007.

Bien sûr, comme le souligne le garde des sceaux, la justice n’a pas à suspendre son cours à la veille d’une élection. Mais il ne s’agit, ici, ni de la justice en général ni de la généralité des instances. Il s’agit d’une affaire singulière, intéressant un événement crucial pour notre vie démocratique. Il était loisible au parquet, en l’absence de toute plainte d’un tiers, d’ouvrir son enquête – ou du moins l’instruction – après le scrutin, s’il estimait que les faits le méritaient et qu’il était compétent pour en connaître.

L’obstination à poursuivre se manifeste, en outre, de façon significative, par la saisine du juge d’instruction la veille, ou presque, de la publication de la loi du 27 février 2017 portant réforme de la prescription en matière pénale, qui aurait provoqué la prescription de la plus grande partie des faits incriminés. La mission du parquet est d’apprécier l’opportunité des poursuites et, dans ce cadre, de tenir compte du retentissement que peut avoir une collision entre temps judiciaire et temps électoral.

Voir de plus:

Emmanuel Macron, plébiscité mais fragile
Ivan Rioufol
8 mai 2017

L’élection d’Emmanuel Macron (66,10% des voix) a été saluée, dimanche à 20H, par « une salve d’applaudissements » venant de l’Elysée. La précision a été donnée par France 2, lors de sa soirée électorale. Sur le plateau, Ségolène Royal ouvrait le bal, dans un troublant retour en arrière mettant en scène également François Bayrou et quelques autres acteurs du monde ancien. Deux éditorialistes du Monde et de France Inter avaient été chargés par la chaîne publique de commenter d’emblée l’événement et la plate défaite de Marine Le Pen (33,90%). Ce lundi, François Hollande a reconnu ressentir « beaucoup d’émotion » à la perspective de donner « la marche à suivre » à son successeur. Il aurait sans doute aimé dire : son hériter. Bref, le renouvellement, unanimement salué ce lundi, ressemble fort, dans ses premiers pas en tout cas, à une authentique duperie. Voici en effet le retour flamboyant des figures socialistes, des commentateurs de la victorieuse presse de gauche, des journalistes cireurs de pompes, des hagiographes du « nouveau Bonaparte », des gendarmes de la pensée lisse. Voici le retour en force de la bien-pensance, confortée par les soutiens de Barack Obama (Etats-Unis) et Justin Trudeau (Canada), qui ont porté le conformisme intellectuel à son apex. L’élection de Macron, ce casse du siècle dont il faudra un jour connaître les coulisses, est la victoire du progressisme et de ses leçons de morale. Les médias unanimes auront largement contribué à soutenir ce candidat du Bien, en désignant son adversaire comme le Mal incarné. Si la presse veut être à la hauteur de son rôle de contre-pouvoir, elle va devoir cesser de se pelotonner contre lui.

Clint Eastwood avait expliqué son soutien à Donald Trump en pestant contre « une génération de mauviettes ». « Tout le monde est fatigué par le politiquement correct. On est en plein dans une génération lèches-cul », s’était agacé l’acteur américain avant la victoire de Trump. Il faut croire qu’une partie des citoyens français ne ressent pas cette exaspération devant l’angélisme et le béni-oui-ouisme que supporte le pays depuis des décennies. Apparemment, cette France-là en redemanderait même. Mais l’écueil pour Macron serait de poursuivre dans ce faux confort qui, au prétexte légitime de « renouer avec l’optimisme », en viendrait à fermer encore plus les oeillières sur les réalités en se chatouillant sous les bras. La France en colère n’est pas prête à chantonner : « Tout va très bien, Madame la marquise …  » derrière la macromania qui se profile, avec sa cour, son show-biz, ses flatteurs. Seuls 40% des 20,4 millions d’électeurs de Macron ont voté pour son projet libéral, multiculturel, européen, mondialiste. 60% ont voté Macron pour faire obstacle à Le Pen, qui a néanmoins encore accru ses soutiens (10,5 millions). 17 millions de Français ont choisi de voter blanc ou nul (4 millions) ou de s’abstenir (13 millions) en dépit des mises en garde des faux résistants à un « fascisme » inexistant. La France en colère pèse plus lourd que le noyau de l’électorat Macron, qui représente en fait un quart des votants. Si Macron se montre incapable d’entendre très vite ces Oubliés, il est à craindre qu’ils ne respectent longtemps ce tour de passe-passe démocratique, qui a fait se réjouir l’Elysée, hier soir à 20h.

Voir encore:

Emmanuel Macron. Rarement un Président a paru si bien élu, avec le soutien de 90 % des médias. Mais rarement il a disposé de si peu de soutiens pour appliquer sa politique.

Yves de Kerdrel

7 mai 2017

Attention aux effets d’optiques ! Depuis le début de cette longue soirée électorale, tous les experts, présentateurs et politologues vous annoncent les résultats en pourcentages. Et c’est normal puisque la participation est un pourcentage du nombre d’électeurs et les résultats cruciaux de 20 heures donnant les scores du résultat des deux finalistes sont deux pourcentages qui sont scandés pendant des heures.

Mais il est bon aussi de revenir à l’essentiel, c’est à dire au nombre de voix et à ces simples bulletins de vote jetés à un à un dans près de 50.000 bureaux de vote partout en France tout au long de cette journée.

A peine deux millions de voix de plus que François Hollande en 2012

46,9 millions de français sont inscrits sur les listes électorales dont 1,3 million à l’étranger. Le taux d’abstention étant de 26 %, cela ramène le nombre de votants à 34,7 millions. Le nombre de bulletins blancs ou nuls s’établit à 4,16 millions selon les décodeurs du monde (12 % des votants, contre 2 % au premier tour). Ce qui ramène donc à 30,5 millions le nombre de suffrages exprimés.

Pour l’heure le score estimé d’Emmanuel Macron est de 65,7 %. Ce qui lui confère en théorie 20 millions de voix. Ce qui représente à peine deux millions de voix de plus que François Hollande en 2012 et quelques centaines de milliers de voix de plus que Nicolas Sarkozy en 2007. On est donc bien loin d’une victoire triomphale telle qu’elle nous est présentée par les médias. Ce n’est pas vrai quand il est dit et répété ce soir que deux tiers des français ont voté Macron, puisque seulement 42 % des français ont déposé dans l’urne un bulletin à son nom alors qu’ils étaient 62 % à avoir réellement voter Chirac en 2002.

Mais le plus grave, c’est que selon les estimations d’Ipsos, seulement 40 % des électeurs d’Emmanuel Macron adhèrent à son projet. Voici donc un Président élu avec un score officiel de 65,7 %, mais avec le soutien effectif de seulement 8 millions d’électeurs, soit 17 % des inscrits. Rarement un Président a paru si bien élu, avec le soutien de 90 % des médias. Mais rarement aussi il a disposé de si peu de soutiens pour appliquer sa politique. Cela explique pourquoi 61 % des français sondés aujourd’hui souhaitent une victoire de la droite aux élections législatives des 11 et 18 juin. Le message est clair. A la droite de l’écouter et de faire ce qu’il faut.

Voir aussi:

Macron président: Tartuffe au pays des Français

Bienvenue en post-République!

Matthieu Baumier
est essayiste et romancier.

Valeurs actuelles

08 mai 2017

En ce 8 mai 2017, la France a un nouveau président de la République. Elle s’éveille en pleine supercherie, vaguement honteuse d’avoir dû juguler le Mal. «L’hypocrisie est, chez une nation, le dernier degré du vice. C’est donc faire acte de citoyen que de s’opposer à cette tartuferie sous laquelle on couvre ses débordements» écrivait Balzac. La République est « sauvée ». Vraiment ? Simulacre et coup d’État démocratique. Bienvenue en post-République.

Le 25 octobre 2016, Hollande était crédité de 4 % d’opinions favorables, selon une enquête Ipsos pour le CEVIPOF et Le Monde. Jamais un chef d’État n’avait autant été discrédité. Et jamais un parti politique au pouvoir, son leader et la politique menée durant 5 ans n’avaient été à ce point rejetés. Hollande ne pouvait pas se représenter. Une première.

Échec de la lutte contre le chômage de masse, malgré les manipulations de chiffres. Échec de la relance de l’économie libérale, malgré l’affirmation indécente selon  laquelle le pays se porterait mieux. Échec de la politique scolaire, jamais les fondamentaux n’ayant autant manqué aux enfants. Échec de la politique de sécurité, malgré un État d’urgence où l’urgence n’implique pas l’interdiction de manifestations, au risque d’attentats dans la foule, et où l’on traverse sans souci des frontières abandonnées. La France, un État en guerre, attaqué, des citoyens et des policiers assassinés dans les rues par des tueurs se déplaçant librement. La France, un État dans lequel des groupuscules d’extrême gauche brûlent des policiers le 1er mai. État d’urgence ? Ces mêmes groupuscules — ou faut-il écrire « ligues » ? — dont le pouvoir politique n’imagine même pas la dissolution. Il a parfois suffit de moins pour des factions d’autres bords. Après tout, à l’instar de ces groupes, l’ennemi de Hollande c’était la finance. Hollande, son humour a toujours été remarqué. Garcimore sortant Macron de son chapeau. Un candidat officiel pour un régime aux abois.

Un parfum de Second empire

Les élections ? Une mitraillette de tartufferies. Du simulacre à répétition. Fort de sa popularité et de ses réussites, Hollande engage tranquillement sa Conquête de Plassans. Comme chez Zola, il dépêche un émissaire sur le terrain. De quoi s’agit-il ? De conserver un pouvoir devenu illégitime. Un nouveau président de la République élu comme « candidat officiel du pouvoir ». Souvenirs du Second empire. En marche pour continuer les politiques économiquement libérales et culturellement libertaires à l’œuvre depuis plus de 30 ans. Belle tartufferie que celle-ci : se mettre en marche dans les pas de Hollande et prétendre incarner la « nouveauté », la « modernité » en politique.

Rien de surprenant sous le soleil, ni dans le personnel politique recyclé ni dans la politique annoncée, qui sera bien plus gestionnaire d’options venues d’ailleurs que « révolutionnaire », n’en déplaise à un titre de livre. Gestion ? Tendance DRH en phase de « licenciement soft ». Tout dans la gestuelle de Macron s’inscrit dans ce monde des communicants et des DRH, le lecteur verra Corporate et comprendra. En marche vers les larmes. Tartufferie ? Au 1er tour, le candidat Macron a obtenu 8 656 346 voix, soit 24 % des votants. 18,19 % des inscrits. Un peu plus de 8 millions de voix sur les 33 millions de votes exprimés. 8 millions sur les 47 millions d’inscrits. Lors de sa campagne de 2e tour, notre nouveau président a répété que son projet était légitime car « porté en tête par les français ». Pour adresser une fin de non-recevoir aux demandes des Insoumis. 8 millions d’électeurs, ce n’est pas la France. Tartufferie ? Un scénario électoral trop beau pour être vrai.

Pire qu’un complot, une supercherie!

Pas besoin d’évoquer un « cabinet noir » ou des thèses complotistes pour remarquer que beaucoup, dans cette élection, s’est déroulé dans le meilleur des mondes macronien possible. En la personne de Marine Le Pen, le « danger » nécessaire et voulu pour être élu au 2e tour était au rendez-vous. Et ce « danger » a été massivement monté en épingle par des médias menant aussi campagne En Marche. À de rares exceptions près. Les règles de la déontologie médiatique ont été bafouées entre les deux tours, où nous avons assisté à un remake de la lutte entre les forces de la lumière et des ténèbres. Dans le rôle-titre des ténèbres, la candidate Le Pen ramenée à sa responsabilité présumée dans les drames de la 2e Guerre Mondiale. Macron s’est rendu sur des lieux de mémoire, histoire de nous dire combien un parti politique républicain puisque autorisé est… en fait un parti antirépublicain démoniaque. Que l’on pense au ridicule d’un David Pujadas tentant de transformer Marine Le Pen en héritière de l’antisémitisme français. Vieille supercherie à laquelle plus personne ne croit, pas même ceux qui l’utilisent. Un Tartufisme, cette « sottise prétentieuse de notre époque » ou « pureté dégoûtante », à lire Cocteau.

La (bonne) surprise Mélenchon

Une petite surprise tout de même : Mélenchon. L’homme a de l’honneur. Il respecte ses idées et ses électeurs. Ses engagements. En laissant libres les Insoumis. Comme prévu. Que n’entend-il pas ! Le voici transformé en soutien du FN. À ce point de ridicule, il n’y a plus de dupes. Tartufferie de nombre de médias, acquis aux thèses politiques dominantes et aux divers pouvoirs qui appliquent ces thèses depuis le tournant libéral de Mitterrand, à droite comme à gauche. Tartufferie dès l’offensive anti-Fillon. Présumé innocent en théorie, l’homme a été abattu en vol. Il ne cadrait pas dans le scénario. Coupable ou pas ? Pour l’heure, personne ne le sait. Promis pour être élu mais éliminé. Sauf mauvaise foi, personne ne peut décemment soutenir que la machinerie mise en œuvre contre Fillon avait la morale pour finalité… L’avenir dira ce qu’il en a été. Et nous ne sommes peut-être pas au bout de nos surprises. Que se passera-t-il si Fillon est innocenté et s’il parvient à démontrer la culpabilité de certains médias dans la propagation de fausses accusations ayant influées sur cette élection ? Les médias contre Fillon, c’était du très grand Tartuffe. À côté, la libération d’un otage le jour du vote ou un macronleaks, c’est peanuts. Il faut aussi un peu de chance pour gagner.

Le vrai front républicain a perdu

Tartuffe au Pays des Français, cela vaut bien Tintin au pays des Soviets. Une campagne électorale indigne. Le sentiment d’un scénario écrit par avance. D’un président élu par une minorité agissante, un relent de copinages à tous les étages. Macron, légitimité zéro malgré le score obtenu dimanche 7 mai, un score qui n’a aucune signification réelle. Un pays dans un état déplorable, pour lequel les mêmes hommes, devenus officiellement interchangeables, se préparent à mettre en œuvre les mesures qui auraient été prises aussi bien par Hollande, Fillon, Macron, Sarkozy, DSK, Juppé, Valls, Baroin, Bayrou ou Royal. Et à oublier toutes les promesses de campagne, ce qui sera aisé tant tout et n’importe quoi a été promis. Une sordide impression de sectarisme quand ces personnalités politiques affirment qu’il n’est qu’un chemin possible. Un seul chemin ? Alors, pourquoi des élections ? Et pourquoi un peuple ? Le voici revenu en 2005, ce peuple, même s’il ne le sait pas encore.

18% du corps électoral

Ce 8 mai 2017, le peuple de France se réveille victime d’un hold-up au forceps, à nouveau berné par des élites mondialisées minoritaires ayant fait le job comme disent les américains : faire en sorte que le vote voulu soit le vote obtenu. Le président représente 18 % du corps électoral. Et la démocratie ? Le pouvoir aux sans-dents, ça ne va pas la tête ? Bienvenue en post-République française. Allez Dany, dis-le un peu pour voir : « élections, piège à cons ? ». Dis-moi, Dany, il est comment le bon côté du manche ?

Voir  également:

Hollande-Macron, récit d’un parricide

S’il doit beaucoup à François Hollande, le candidat d’En marche ! a capitalisé sur l’impopularité et la fragilité du chef de l’Etat. Une opération menée de main de maître.

Solenn de Royer et Vanessa Schneider

Le Monde

31.03.2017

Il ne peut pas ne pas y penser. A cette matinée de mai, dans la cour d’honneur de l’Elysée, où il pourrait remettre à Emmanuel Macron, si c’est lui que les Français ont choisi, les clés de ce palais qu’il aura occupé pendant cinq ans. Lui, le président sortant, se faire raccompagner sur le perron par son ancien conseiller âgé de 39 ans, jamais élu, inconnu des Français il y a encore trois ans, auquel il aura donné, sans le vouloir, sa place et son destin. Cruauté de la vie politique. Chez tout autre que lui, un tel scénario provoquerait rage et sentiment d’humiliation. Mais François Hollande semble prendre son parti de cette éventualité inédite. Comme à son habitude, il s’en tire par une pirouette : « Je ne vais pas m’accrocher aux rideaux, me cacher dans un coin, dire à Emmanuel : Retourne dans ton bureau, je garde le mien !” »

La trahison se paie souvent cash en politique. Mais l’élève aura réussi la prouesse de ne pas abîmer son image en prenant peu à peu la place du maître. « Le hold-up du siècle », résume la ministre de la santé, Marisol Touraine. Ou le crime parfait. « Il y aura Clausewitz, Sun Tzu et Emmanuel Macron », dit le patron des députés socialistes, Olivier Faure. Reste une question qui hante le chef de l’Etat et les siens : tout cela était-il prémédité ? Depuis quand le natif d’Amiens regarde-t-il le bureau de François Hollande, au premier étage du palais, en se disant qu’il pourrait être le sien ?

« Je te présenterai qui il faut »

La première fois qu’il a rencontré Emmanuel Macron, le président s’en souvient encore. C’était en 2008. L’ancien conseiller spécial de François Mitterrand, Jacques Attali, tient à lui présenter un nouveau talent. Sorti de l’ENA en 2004, membre de la prestigieuse inspection des finances, soutien de Jean-Pierre Chevènement en 2002, le jeune loup qui se pique de philosophie et de littérature rêve surtout de politique.

Les trois hommes se retrouvent au Bristol, un palace de la rive droite, pour un verre. Hollande termine alors son mandat de premier secrétaire du Parti socialiste. Le jeune Macron, qui a déjà su s’attirer les bonnes grâces de bon nombre de messieurs importants dans le monde politique ou dans celui des affaires, fait des étincelles comme rapporteur de la « commission Attali pour la libération de la croissance », nommée par Nicolas Sarkozy. Il brigue une implantation dans le Nord-Pas-de-Calais. « Si tu veux cette vie-là, je te présenterai qui il faut », lui promet Hollande, séduit par l’intelligence du prodige. Aujourd’hui, il relativise : « Je n’ai pas été particulièrement éblouiC’était un jeune haut fonctionnaire qui voulait faire de la politique. »

Les caciques du vieux parti d’Epinay s’opposent à l’arrivée d’un énarque jamais passé par le syndicalisme étudiant ou par le Mouvement des jeunes socialistes (MJS). Emmanuel Macron comprend qu’il devra patienter longtemps avant de décrocher une investiture. Ce sera donc le privé et la banque Rothschild. Mais les retrouvailles avec François Hollande se feront plus vite que prévu, cette fois par l’intermédiaire de Jean-Pierre Jouyet, l’ami intime de l’actuel chef de l’Etat, alors à la tête de l’Inspection générale des finances. Il introduit le banquier dans le cercle des conseillers qui préparent la primaire de la gauche de 2011, puis la présidentielle.

Rapide, travailleur, charmeur, toujours de bonne humeur, Macron réunit une fois par semaine un groupe d’économistes à La Rotonde, une brasserie du quartier Montparnasse. « Déjà, pendant la campagne, il n’y avait pas un iota entre ce que pensaient Hollande et Macron, se souvient l’ancien conseiller élyséen Aquilino Morelle. Ils étaient très proches. »

« Le fils qu’on voudrait avoir »

Le président élu appelle naturellement son protégé, alors âgé de 34 ans, à l’Elysée. Il est promis au poste de sherpa. Mais, pour le banquier, qui accepte de baisser drastiquement son salaire, ce sera secrétaire général adjoint, sinon rien. Il n’est encore personne, mais il s’impose déjà. Très vite, le conseiller au physique de jeune premier prend la lumière. Le Tout-Paris cherche à le rencontrer. Lui profite de ce prestigieux bureau élyséen pour étoffer son carnet d’adresses.

De son côté, le chef de l’Etat développe une véritable affection pour ce surdoué, dans lequel il voit une projection de lui-même. « Emmanuel, c’est le fils qu’on voudrait avoir », confie-t-il à son conseiller Gaspard Gantzer. « Emmanuel, c’est moi », déclare-t-il un autre jour aux journalistes du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme (« Un président ne devrait pas dire ça… », Stock). En plus de son intelligence, Hollande apprécie par-dessus tout l’humour de Macron qui « apporte de la joie et de la fantaisie dans le travail ».

Un jour, à l’Elysée, où doit se tenir un conseil sur l’attractivité, le jeune homme arrive sans cravate. François Hollande s’en irrite, mais préfère en rire. « Il lui passait tout », se souvient un membre du gouvernement. Le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, se moque de cet entichement pour celui qu’il surnomme « le petit marquis poudré ». Les hollandistes, Stéphane Le Foll en tête, prennent en grippe ce conseiller si peu discret dont les idées sociales-libérales font tousser la gauche.

Mais, peu à peu, l’ancien banquier déchante. Comme d’autres, il découvre la difficulté de travailler pour un président solitaire, qui cultive le flou et l’ambiguïté, repousse les arbitrages. Dans les dîners en ville, il ne retient plus ses flèches. Insolent, il lui reproche notamment de « baisser son bénard ». Le conseiller, qui a préparé le tournant libéral de 2014, juge le rythme et l’intensité des réformes insuffisants. Il piaffe d’impatience d’aller plus loin. Impudent et imprudent, il envoie de son portable à des poids lourds du gouvernement une photo d’une fausse plaque de médecin où il est écrit : « Institut international de la procrastination. Revenez demain. »

Un ministre, alors simple député, se souvient d’un drôle d’entretien : « Il a passé notre rendez-vous à se moquer d’un président passant ses soirées tout seul, accroché à son portable, à guetter les dépêches de l’AFP. Depuis le début, il est l’un de ceux qui ont fait passer Hollande pour un charlot dans tout Paris. » « C’est un agent immobilier, cingle un ex-ministre de premier plan. Il dit à chacun ce qu’il a envie d’entendre. »

L’un des premiers, le ministre de l’éducation nationale, Vincent Peillon, prévient le président : « Méfie-toi, Macron dit du mal de toi dans tout Paris. » Hollande hausse les épaules, sans y croire. Comme il ne perçoit pas à quel point, avec sa légèreté habituelle, il blesse son protégé lorsque celui-ci enterre Monette, sa grand-mère préférée, en 2013. De retour des funérailles, le chef de l’Etat, pourtant parfaitement au courant, fait remarquer son absence à « Emmanuel », qui ne compte pas ses heures à l’Elysée : « Ah tu es là, toi ? Je t’ai cherché ! » L’intéressé glisse à Aquilino Morelle : « Ça, je ne lui pardonnerai jamais… »

« On se retrouvera… »

Au lendemain des municipales perdues par la gauche, François Hollande est rattrapé par la somme de ses indécisions passées et doit tout changer d’un coup. Il congédie Jean-Marc Ayrault, le remplace par Manuel Valls. A l’Elysée, il exfiltre le secrétaire général, Pierre-René Lemas, et appelle son ami intime Jean-Pierre Jouyet. Déception de Macron, qui visait le poste. Valls propose alors de le faire entrer au gouvernement, au budget. Mais le président, qui se méfie des technos n’ayant jamais été élus, s’y oppose. Doublement amer, l’ancien banquier décide de quitter l’Elysée, pour enseigner et créer une société de conseil. Alors que Lemas hérite de la prestigieuse Caisse des dépôts, lui part sans rien. « Emmanuel considère qu’il a construit son parcours de manière indépendante, insiste son porte-parole Benjamin Griveaux. Il n’y a pas de lien de féodalité. »

Lors du pot de départ de son conseiller, le 15 juillet 2014, François Hollande lui rend un affectueux hommage. Ce soir-là, son ironie a quelque chose de prémonitoire : « Qui ne connaît pas Emmanuel ? Souvent, on me dit : “C’est vous qui travaillez avec M. Macron ?” » Ce dernier le remercie pour sa « confiance ». Et conclut ainsi ses adieux : « Il reste trente-quatre mois. A la fin, il y aura de nouveaux combats. Je serai là, à coup sûr ! » Le chef de l’Etat en est persuadé : « Avec Emmanuel, on se retrouvera… »

Les retrouvailles seront plus rapides qu’imaginé. Emmanuel Macron a quitté le palais depuis deux mois à peine qu’Arnaud Montebourg défie François Hollande à la Fête de la rose de Frangy-en-Bresse. Il faut remanier. Hollande et Valls évoquent plusieurs noms pour le remplacer à Bercy : Gérard Collomb, Bertrand Delanoë ou Louis Gallois, qui déclinent. Le premier ministre revient donc à la charge avec Macron, cette fois avec succès. « Valls était aux anges, se souvient un ex-ministre. Il pense qu’il a renforcé l’aile droite au gouvernement. Il ne sait pas encore qu’il a mis le ver dans le fruit. »

Dans l’ivresse du succès, Emmanuel Macron multiplie les provocations, notamment sur les 35 heures (qu’il attaque) ou la déchéance de la nationalité (qu’il condamne). Manuel Valls comprend le danger : le jeune ministre lui ravit le créneau de la transgression et de la modernité. A l’Elysée, sûr de lui et de sa suprématie, Hollande croit tirer les ficelles, utilisant Macron pour neutraliser Valls. Sans le savoir, le chef de l’Etat est en train de mettre en place un triangle des Bermudes, dont lui et son premier ministre ne réchapperont pas.

Pour l’heure, le chef du gouvernement croit avoir gagné un point en brandissant le 49.3 sur la loi Macron, alors que le ministre de l’économie avait passé des heures à convaincre les députés de voter chacun des articles. Plus tard, il convainc le président de ne pas laisser à ce ministre iconoclaste la possibilité de froisser une nouvelle fois la majorité, déjà excédée par la déchéance de la nationalité : il n’y aura donc pas de « loi Macron 2 » sur le déverrouillage de l’économie. Au remaniement de février 2016, Macron sera même rétrogradé dans l’ordre protocolaire. « Macron était en souffrance au gouvernement, rappelle le ministre Thierry Mandon. Valls serrait le nœud coulant. »

Depuis sa citadelle de Bercy, le ministre de l’économie observe l’état de décomposition du quinquennat et de la gauche. Tout au long de l’hiver, il assure, bravache, à ses interlocuteurs que le président ne sera pas en situation de se représenter. Il rencontre des parlementaires socialistes à la chaîne, pour les sonder. « Hollande ne sera pas candidat, dit-il ainsi au député de l’Hérault Sébastien Denaja, fidèle soutien du chef de l’Etat. Tu auras le choix entre Valls et moi. »

« Un summum dans la duplicité »

La jeune garde du gouvernement, Fleur Pellerin, Matthias Fekl ou Axelle Lemaire, agacés par les tours qu’il essaie de leur jouer, voient clair dans le jeu de leur collègue, qui prend toute la lumière. « Il est sans foi ni loi, assure l’un d’eux. On voyait bien qu’il n’était pas loyal. » Dans l’entourage du président, l’inquiétude grandit, alors que la presse commence à relayer les escapades du ministre à l’étranger pour lever des fonds. Lors d’un dîner à l’Elysée, Julien Dray prévient François Hollande.

L’ami du président a pris Macron sous son aile. Insomniaques, les deux hommes, qui ont sympathisé, aiment dialoguer par SMS au milieu de la nuit. Mais Dray constate que Macron supporte de moins en moins la critique. « Il est en train de t’échapper !, dit-il à Hollande. Comme Ségolène [Royal] en 2006. Mais tu ne veux pas voir… » Michel Sapin y va lui aussi de ses prédictions pessimistes : « Depuis qu’il a fini sa loi, Macron est ailleurs. Sa stratégie est d’une autre nature. » Le chef de l’Etat écoute d’une oreille. « Je sais ce que tu penses, soupire le ministre des finances, que je suis jaloux. Je te dis juste que, pour toi, ça va être un problème… »

Prisonnier de son vieux logiciel politique et de son attachement aux partis, Hollande ne croit pas que Macron puisse réussir son pari. A l’époque, il est surtout obsédé par sa réélection. Tous les samedis matin se tient, dans le plus grand secret, une réunion stratégique à l’Elysée avec sa garde rapprochée, Jean-Pierre Jouyet, Vincent Feltesse et Gaspard Gantzer, et deux communicants amis, Robert Zarader et Philippe Grangeon, devenus depuis conseils du candidat d’En marche !. Le 2 avril 2016, ce cénacle s’ouvre à ceux qui sont alors considérés comme de fidèles piliers de la Hollandie, dont Ségolène Royal et… Emmanuel Macron, pour un premier séminaire de campagne. C’est ce jour-là, entre deux portes, que le ministre de l’économie confie au président, l’air de rien : « Tiens, au fait, je voulais te dire : je fais un truc à Amiens le 6 avril, je lance un mouvement de jeunesse, une sorte de think tank. » « Il a atteint ce jour-là un summum dans la duplicité », se rappelle un ex-conseiller.

Quatre jours plus tard, à Amiens, Emmanuel Macron lance En marche !, dont le point de mire apparaît alors clairement : l’Elysée. Le lendemain, François Hollande masque son inquiétude d’une pirouette : « Il est en marche ? Mais moi je cours, je cours… » Encalminé dans les sondages, le président se trouve au contraire dans une impasse. Plutôt que de l’aider à s’en extirper, le ministre de l’économie a décidé d’accélérer, pour le doubler. « Macron n’a pas choisi le couteau mais le poison lent, résume alors un poids lourd de la majorité. Il est dans une stratégie d’empêchement. »

En effet, les grandes manœuvres sont lancées. Le 13 avril, Paris Match fait sa « une » sur le couple Macron, « ensemble, sur la route du pouvoir ». Le lendemain, à la télévision, Hollande se décide enfin à hausser le ton : « C’est entre nous, non pas simplement une question de hiérarchie – il sait ce qu’il me doit –, mais une question de loyauté personnelle et politique. » Comme Jacques Chirac avec Nicolas Sarkozy (« Je décide, il exécute »), les mots claquent mais restent sans effet. « Je ne suis pas son obligé », répond crânement Macron dans un entretien au Dauphiné libéré, le 22 avril.

Les deux hommes se retrouvent le jour même à l’Elysée, en marge d’une réunion consacrée à EDF. Comme souvent, Macron jure à Hollande que ses propos ont été « sortis de leur contexte ». Le président préfère croire son poulain. « Emmanuel ne partira pas », répète-t-il. Il imagine toujours que, le moment venu, son ministre pourra l’aider à « ratisser » plus large. Il songe même à en faire son directeur de campagne et, pourquoi pas, en cas de victoire, son premier ministre. Mais l’intéressé caresse déjà des projets bien plus ambitieux. « La vie est inventive, il faut lui faire confiance », résume aujourd’hui au Monde celui qui s’est hissé aux premières places dans les sondages.

« Problème Brutus »

Jusqu’au dernier moment, Hollande refuse de voir l’évidence. Devant Gérard Davet et Fabrice Lhomme, il prend systématiquement la défense de son protégé. Confidences édifiantes. « Macron n’est pas quelqu’un qui cherche à se faire une existence politique au détriment du gouvernement, veut-il croire à l’automne 2015. Il peut avoir de la maladresse, mais pas de perversité (…). C’est un garçon gentil. Il n’est pas duplice. » Au début de l’été 2016, alors que les preuves du contraire s’accumulent, même naïveté : « Je pense qu’il est loyal. » « Macron a mieux cerné la psychologie du président que le président a compris la sienne », résume le député PS Richard Ferrand, secrétaire général d’En marche !.

Lui continue d’avancer, capitalisant sur l’impopularité et la fragilité du chef de l’Etat. Son premier meeting, le 12 juillet, à la Mutualité, est un coup de tonnerre. A la fin de son discours survolté fusent des premiers « Macron président ! ». A deux jours de l’intervention du chef de l’Etat pour le 14-Juillet, c’est une provocation insensée. Ce soir-là, les leaders de la majorité, qui dînent à l’Elysée, suivent en direct le meeting sur leurs smartphones. Fou de rage, Manuel Valls, avec le soutien de Stéphane Le Foll, enjoint à François Hollande de sévir : « Ça suffit, il faut le virer ! » Le sujet du maintien ou non de Macron au gouvernement se pose jusqu’au défilé du de la Fête nationale. « A lui de commettre la faute », conclut le président. « Macron sait qu’il a un problème Brutus, analyse Julien Dray. S’il part, ce ne sera plus le gendre idéal. Il préférait se faire virer, pour se libérer. »

Malgré ses doutes, sa décision est prise : il quittera le gouvernement. L’attentat de Nice, au soir du 14-Juillet, lui fait changer son plan. Début août, le ministre et son épouse partent se reposer à Biarritz. Le couple pose sur la plage pour une fausse « paparrazade », maillot de bain à fleurs pour elle, caleçon et polo marine pour lui. Nouvelle « une » de Paris Match, au creux de l’été. Pendant leur séjour, la sénatrice PS des Pyrénées-Atlantiques, Frédérique Espagnac, retrouve Emmanuel et Brigitte pour dîner. Quand elle les quitte, tard dans la soirée, c’est avec la conviction qu’il est prêt à claquer la porte. Elle téléphone aussitôt à Hollande : « Tu as une semaine pour le voir… ! » Le président ignore ce conseil.

Sauf progression spectaculaire du FN, Hollande ne devrait pas soutenir son ancien conseiller avant le premier tour. Il sait aussi qu’un appel de sa part pourrait être contre-productif

De retour à Paris, le ministre invite ses proches à déjeuner à Bercy. Un 24 août, journée caniculaire. Impatients de voir leur poulain se lancer dans la course à l’Elysée, les convives l’incitent à accélérer. « Tes soutiens vont se démotiver. Tu dois clarifier », lance un élu fidèle. « Je ne serai jamais le rabatteur de Hollande », rétorque le ministre. Tout est dit. Mais il veut créer la surprise. Le 29 août, dans le bureau du président, ce dernier lui pose clairement la question : « Tu t’en vas ? » « Je ne sais pas », répond Macron… avant de lui remettre sa démission le lendemain. Le chef de l’Etat est abasourdi : « Mais moi, je ne t’avais pas nommé pour que tu sortes ! Tu t’en vas pour faire quoi ? » L’ancien conseiller lui jure qu’il ne fera « rien » contre lui. « Je suis parti sur un désaccord politique, explique-t-il aujourd’hui. Je n’avais pas la même vision que lui sur la refondation de la vie politique, le PS et les primaires. Ç’a été coûteux pour l’un comme pour l’autre de se séparer. Ce qui s’est passé n’enlève rien à l’amitié que nous nous portons. » Ce 30 août, Hollande est effondré. Revisitant les cinq années qui viennent de s’écouler, il dit le soir même devant ses proches : « Il m’a trahi avec méthode. »

Deux mois et demi plus tard, le 16 novembre, Emmanuel Macron se déclare candidat à l’élection présidentielle. Sans attendre la décision du chef de l’Etat. C’est un choc dans la majorité. « C’est destructeur pour le président », note alors le député PS Christophe Caresche, qui juge le geste « sidérant de la part d’un ex-collaborateur ». Le soir même, sur France 2, Macron assure que sa candidature est « irrévocable », même si Hollande est lui aussi candidat. En vol entre Marrakech et Paris, le président a suivi le JT dans son A330, grâce à la cabine de retransmission. Il va aussitôt, à l’arrière de l’avion, retrouver deux députés fidèles, Sébastien Denaja et Razzy Hammadi, qui l’ont accompagné au Maroc pour le lancement de la COP 22. « Vous avez vu, il a dit que sa candidature était irrévocable ? », leur dit le président, troublé. « Irrévocable, comme ta candidature, François ! », répond Denaja. « Dans son œil, on a vu qu’il se disait non, pas comme moi », se souvient le député de l’Hérault. Ce jour-là, j’ai compris que c’était fini. »

« Pied de nez de l’Histoire »

Quinze jours plus tard, François Hollande annonce, depuis l’Elysée, qu’il renonce à briguer un second mandat. « Macron a été une des causes objectives de l’empêchement, a analysé le président devant ses proches. Il y en a d’autres, notamment la contestation dans mon propre camp et la division de la gauche… » Puis, comme pour l’excuser encore une fois, il ajoute : « Il n’a pas fait cette démarche contre moi. » Le ministre Michel Sapin décrypte : « Ce n’est jamais facile de s’avouer à soi-même qu’on s’est trompé. »

Hollande et Macron ne se sont pas revus depuis, à part au dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France, brièvement, le 22 février dernier. Mais ils échangent toujours des SMS. Le président, qui dissèque la stratégie de son ancien protégé, lui conseille notamment de « rester de gauche ». Malin, jamais Macron n’attaque son ancien mentor. « Je fais attention à être respectueux de lui et des institutions », dit-il. Jacques Chirac avait eu le cœur crevé de laisser son bureau à Nicolas Sarkozy. Hollande, lui, jure qu’il préfère voir Emmanuel Macron lui succéder plutôt que François Fillon ou Marine Le Pen. « Si Emmanuel est élu, ce ne serait pas la plus mauvaise sortie pour toi, l’a conforté Julien Dray. Un pied de nez de l’Histoire ! »

Sauf progression spectaculaire du FN, Hollande ne devrait pas soutenir son ancien conseiller avant le premier tour. Il sait aussi qu’un appel de sa part pourrait être contre-productif. « Je ne veux pas prendre une position qui pourrait lui être défavorable, a-t-il récemment confié à des visiteurs. Déjà que Fillon dit qu’il est mon porte-serviettes”… » Emmanuel Macron, lui, avec l’aplomb dont il ne s’est jamais départi, ne doute pas un seul instant que le chef de l’Etat saura l’aider au bon moment : « Il regarde ce qu’il y a autour comme offre, le chemin que je trace n’est pas celui qui le rend le plus triste. » Quand bien même il le serait, François Hollande n’en montrerait rien, comme toujours. « Il le vivra avec humour, anticipe Julien Dray. Il fera une petite blague sur le tapis rouge. Ce sera sa manière de se protéger. »

Voir encore:

L’une a tué son père et l’autre a épousé sa mère, la Présidentielle française est freudienne

Slate.fr

01.05.2017

L’élection présidentielle française est loin d’avoir seulement une dimension politique. Comme l’explique Quartz, d’un point de vue symbolique, psychanalytique et psychologique, les deux adversaires du second tour illustrent jusqu’à la caricature le complexe d’Œdipe mis en avant par Sigmund Freud.

Freud croyait que tous les hommes ont de façon inconsciente le désir de tuer leur père et d’épouser leur mère. De la même façon, les femmes voudraient inconsciemment tuer leur mère et épouser leur père. Il a baptisé ce complexe du nom d’Œdipe, ce roi de la mythologie grecque qui a, comme l’avait prévu la prophétie, a tué son père et épousé sa mère.

Emmanuel Macron et Marine le Pen, au moins sur le plan symbolique, correspondent bien aux schémas psychanalytiques. Concernant Emmanuel Macron, il n’est pas difficile de considérer comme un figure maternelle une professeure plus âgée de 25 ans. Et de la même façon, Marine Le Pen a politiquement détruit et éliminé son père pour prendre sa place.

Mais comme le reconnaît Quartz, les thèses oedipiennes de Freud sont aujourd’hui très contestées par de nombreux experts en psychologie. Tout d’abord cette théorie est impossible à démontrer scientifiquement. Ensuite, elle définit l’être humain comme avant tout déterminé par des impulsions perverses inconscientes. C’est attirant, mais sans doute simpliste et réducteur.

Voir  de plus:

4% de satisfaits : pourquoi ce n’est pas (encore) le record d’impopularité de Hollande

Une enquête électorale du Cevipof pour « Le Monde » ce mardi 25 octobre montre que seuls 4% des Français se disent « satisfaits » de l’action du président de la République. « Un record d’impopularité », soulignent de nombreux observateurs. Mais inutile de tirer sur l’ambulance : si François Hollande cumule bien les records d’impopularité, ce sondage-ci a une particularité qui relativise son résultat…

C’est le chiffre star de la journée de ce mardi 25 octobre. Seuls 4% des Français se disent « satisfaits » de l’action de François Hollande comme président de la République, révèle la dernière vague de l’enquête électorale du Cevipof pour Le Monde.

Depuis le mois de novembre 2015, cette enquête mesure régulièrement le taux de satisfaction à l’égard de l’action de François Hollande. Lequel avait démarré très bas, après déjà trois ans de présidence, à seulement 12% de satisfaits. Un taux tombé à 8% dès janvier, avant d’osciller depuis mars entre 5 et 6%. Ce mois-ci, le chef de l’Etat perd donc encore deux points.

Sauf que de là à dire que le Président bat son record d’impopularité, il y a un pas qu’on ne peut objectivement pas franchir. Si 4% est effectivement le score le plus bas qu’il ait atteint dans ce baromètre-ci, il n’est pas comparable aux chiffres habituels de popularité. Car à la différence des autres baromètres, celui du Cevipof pour Le Monde propose aux personnes interrogées trois réponses :

  • Satisfait (4% en octobre, donc)

  • Pas satisfait (70%, +1 point)

  • Ni satisfait ni insatisfait (26%, +1 point)

Un Français sur 4 ne sait pas quoi penser de Hollande

Ce que révèle ce sondage Cevipof par rapport aux autres, c’est donc surtout qu’un quart des Français est incapable de dire ce qu’ils pensent de l’action de François Hollande. Alors que les autres sondages ne leur donnent pas l’opportunité de se dire indécis. Les sondés y ont simplement la possibilité de ne pas répondre à la question, ce qui les classe le cas échéant dans la catégorie « Ne se prononce pas » (NSP).

La « popularité » de François Hollande au sens où on l’entend habituellement, c’est-à-dire mesurée sur la base de sondages ne proposant que deux réponses possibles (« oui » ou « non », « satisfait » ou « insatisfait »…) s’établit donc pour le mois d’octobre entre 13 et 18% selon les enquêtes :

  • Pour Odoxa, 16% des Français diraient qu’il est « un bon président de la République », un chiffre stable par rapport à septembre (pas de NSP)

  • Pour Kantar TNS dans Le Figaro-Magazine, 13% disent « faire confiance » à François Hollande « pour résoudre les problèmes qui se posent en France actuellement » (pas de NSP)

  • Pour l’Ifop dans le JDD, 14% des Français se disent « satisfaits » de François Hollande comme Président de la République (1% de NSP)

  • Pour Ipsos dans Le Point, 18% portent un jugement « défavorable » sur l’action de François Hollande (3% de NSP)

De fait, en termes d’impopularité, François Hollande vole de record en record depuis… 2013. En novembre de cette année-là, sa cote avait baissé à 20% dans le baromètre de l’IFOP pour le JDD, qui est le plus ancien de tous, soit le score le plus bas enregistré par un président français depuis le début de la Ve République, en 1958. En septembre 2014, François Hollande avait encore creusé son propre record à 13%, le plancher le plus bas qu’il ait jamais atteint à ce jour. Et non pas (encore) 4%.

Voir de même:

Il est le huitième président de la Ve République. Emmanuel Macron a été élu ce dimanche 7 mai avec 65,5% des suffrages exprimés, contre 34,5% pour Marine Le Pen, selon une estimation Ipsos Sopra-Steria.

Ce second tour a été marqué par un taux d’abstention particulièrement élevé, autour de 25-26% des inscrits. C’est l’abstention la plus forte depuis 1969.

Autre record, celui des votes blancs et nuls : plus de 4,2 millions des électeurs qui se sont déplacés ce dimanche ont mis un bulletin blanc ou nul dans l’urne. Selon plusieurs instituts de sondages, le taux de blancs et nuls est de 8,8% (Ipsos-Steria) ou 9% (Elabe) des inscrits, soit environ 12% des votants.

« Cela ferait au total plus d’un Français sur trois qui aurait choisi de ne pas choisir entre les deux candidats. C’est vraiment beaucoup pour une présidentielle. »

Deux fois plus qu’en 2012

Au premier tour de la présidentielle de 2017, 2,56% des électeurs avaient voté blanc ou nul. C’était plus qu’au premier tour de 2012 (1,92%) et 2007 (1,4%), mais moins qu’en 2002 (3,38%), selon les chiffres du ministère de l’Intérieur.

Si le nombre de bulletins blancs ou nuls est traditionnellement plus élevé au second tour qu’au premier, un taux de 12% des votants est exceptionnellement élevé.

Les blancs et nuls sont ainsi près de deux fois plus nombreux qu’au second tour de 2012 où 2,15 millions de personnes (5,82% des votants) n’avaient pas voulu trancher entre François Hollande et Nicolas Sarkozy. En 2002, l’abstention avait atteint un niveau record de 28,4% au premier tour mais la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour avait mobilisé massivement, provoquant une chute de l’abstention à 20,3%.

Les raisons du non-choix

Selon un sondage Ipsos-Steria pour France Télévisions, Radio-France, LCP/Public Sénat, France24, « le Point » et « le Monde », 51% de ceux qui ont voté blanc ont refusé de choisir entre deux candidats, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, qu’ils « rejettent totalement ».

Pour 39% d’entre eux, ce vote ne manifeste pas un rejet mais « aucun ne correspond à leurs idées ». Enfin pour 10%, un vote ne servait à rien, la victoire d’Emmanuel Macron étant certaine.

Pour ce qui est de l’abstention, 31% des abstentionnistes disent avoir « refusé de choisir entre deux candidats [qu’ils] rejettent totalement », 28% trouvent que « aucun des deux candidats ne correspond à leurs idées », 16% considéraient que Marine Le Pen serait battue, 15% n’étaient « pas disponibles » le jour du scrutin, et 10% ne s’intéressent pas à la politique.

Le désarroi à gauche

Le vote blanc et nul ainsi que l’abstention sont donc principalement motivés par une opposition aux deux candidats du second tour.

« Le vote blanc est revendiqué comme de l’abstention civique, cela manifeste un attachement à l’exercice du droit de vote tout en renvoyant dos à dos les candidats », commente Anne Jadot.

Une partie des électeurs de gauche ont exprimé à l’issue du premier tour leurs tiraillements en vue du second. Voter Macron ? Blanc ? S’abstenir ? Pour trancher, La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, arrivée en quatrième position, avait consulté ses soutiens en ligne. Les résultats témoignaient du clivage : 36,12% souhaitaient voter blanc ou nul, 34,83% pour Emmanuel Macron et 29,05% se disaient favorables à une abstention

A. R. avec AFP

Voir encore:

Voir par ailleurs:

Why My Father Votes for Le Pen

At 18, thanks to a series of lucky breaks and miracles, I became a student of philosophy in Paris, at a school considered one of the most prestigious in France. I was the first in my family to attend college. So far from the world where I’d grown up, living in a little studio on the Place de la République, I decided to write a novel about where I came from.

I wanted to bear witness to the poverty and exclusion that were part of our everyday experience. I was struck and troubled that the life I knew all those years never appeared in books, in newspapers or on TV. Every time I heard someone talk about “France,” on the news or even in the street, I knew they weren’t talking about the people I’d grown up with.

Two years later, I finished the book and sent it to a big Paris publisher. Less than two weeks later, he sent a reply: He couldn’t publish my manuscript because the poverty I wrote about hadn’t existed in more than a century; no one would believe the story I had to tell. I read that email several times, choked with rage and despair.

In the 2000s, when I was growing up, every member of my family voted for Mr. Le Pen. My father went into the polling station with my older brothers to make sure they really were voting for the National Front. The mayor and his staff members didn’t say anything when they saw my father doing this. In our village, with its population of only a few hundred, everyone had attended the same school. Everyone saw everyone else at the bakery in the morning or in the cafe at night. No one wanted to pick a fight with my father.

A vote for the National Front was of course a vote tinged with racism and homophobia. My father looked forward to the time when we would “throw out the Arabs and the Jews.” He liked to say that gay people deserved the death penalty — looking sternly at me, who already in primary school was attracted to other boys on the playground.

And yet what those elections really meant for my father was a chance to fight his sense of invisibility. My father understood, long before I did, that in the minds of the bourgeoisie — people like the publisher who would turn down my book a few years later — our existence didn’t count and wasn’t real.

My father had felt abandoned by the political left since the 1980s, when it began adopting the language and thinking of the free market. Across Europe, left-wing parties no longer spoke of social class, injustice and poverty, of suffering, pain and exhaustion. They talked about modernization, growth and harmony in diversity, about communication, social dialogue and calming tensions.

My father understood that this technocratic vocabulary was meant to shut up workers and spread neoliberalism. The left wasn’t fighting for the working class, against the laws of the marketplace; it was trying to manage the lives of the working class from within those laws. The unions had undergone the same transformation: My grandfather was a union man. My father was not.

When he was watching TV and a socialist or a union representative appeared on the screen, my father would complain, “Whatever — left, right, now, they’re all the same.” That “whatever” distilled all of his disappointment in those who, in his mind, should have been standing up for him but weren’t.

By contrast, the National Front railed against poor working conditions and unemployment, laying all the blame on immigration or the European Union. In the absence of any attempt by the left to discuss his suffering, my father latched on to the false explanations offered by the far right. Unlike the ruling class, he didn’t have the privilege of voting for a political program. Voting, for him, was a desperate attempt to exist in the eyes of others.

I don’t know for sure how he voted last month, in the first round of the presidential election, and I don’t know for sure how he will vote on Sunday, in the runoff. He and I almost never speak. Our lives have grown too far apart, and whenever we try to talk on the phone, we are reduced to silence by the pain of having become strangers to each other. Usually we hang up after a minute or two, embarrassed that neither of us can think of anything to say.

But even if I can’t ask him directly, I’m confident he is still voting for the National Front. In his village, Marine Le Pen came out way ahead in the first round of the election.

Today, writers, journalists and liberals bear the weight of responsibility for the future. To persuade my family not to vote for Marine Le Pen, it’s not enough to show that she is racist and dangerous: Everyone knows that already. It’s not enough to fight against hate or against her. We have to fight for the powerless, for a language that gives a place to the most invisible people — people like my father.

Revue du MAUSS

2003/2 (no 22)


« Je fais ici œuvre de science pure, car la science pure doit précéder la science expérimentale. »

HOCART.

1

La science ne se réduit pas à l’érudition. Elle ne consiste pas seulement, disait Hocart, à accumuler des faits, mais aussi à trouver des leviers permettant de soulever la masse des faits. Fidèles à cette idée, les pages qui suivent ne contribuent pas à l’ethnographie de la royauté, ni à l’histoire des idées monarchiques, mais constituent un essai d’anthropologie théorique ou fondamentale. On n’y trouvera pas de nouvelles données relatives à la royauté, mais un effort pour rendre l’institution plus intelligible. Ni un panorama des théories de la monarchie, mais une sélection de quelques hypothèses convergentes et complémentaires. Ni une vérification empirique de ces hypothèses et de leurs implications, mais quelques principes unificateurs dont elles peuvent être tirées.

2

Dans le domaine considéré, la masse des faits déjà recueillis par les ethnographes et les historiens est énorme et risque de nous écraser, mais les leviers requis pour la soulever sont d’ores et déjà disponibles. C’est tout ce que nous voudrions montrer. Une théorie plus générale et plus complète serait possible, mais exigerait de longs développements [2][2] Pour une ébauche, voir L. Scubla, « Voir sans être…. On se propose ici de jeter seulement les bases d’une axiomatique de la royauté.

AU COMMENCEMENT ÉTAIT FRAZER : ROYAUTÉ SACRÉE ET RÉGICIDE

3

Frazer a bâti sa théorie de la royauté à partir de deux idées maîtresses. La première est une donnée factuelle : la royauté n’est pas un pouvoir discrétionnaire, mais une lourde charge conduisant presque toujours son titulaire à l’échafaud. La seconde est une intuition géniale : l’étrange royauté du bois de Némi n’est pas un phénomène atypique, mais un condensé de tout le système monarchique et la clé de son interprétation.

4

Ces deux thèmes du Rameau d’or sont bien connus, mais méritent toujours la même attention. Rappelons brièvement, pour chacun d’eux, quelques points essentiels.

« Le fardeau de la royauté »

5

La compilation des données historiques et ethnographiques montre que, dans son principe, la royauté n’est pas un pouvoir politique, mais une charge rituelle écrasante dont l’issue est le plus souvent la mise à mort du monarque.

6

Régner ne consiste pas à gouverner ni à donner des ordres, mais à garantir l’ordre du monde et de la société en observant des prescriptions rituelles. Le roi est un personnage sacré, mais pour cette raison même, il est « ligoté » par le rituel. Assigné à résidence et reclus dans son palais, il est soumis au même type de restrictions que les êtres en état d’impureté : femmes indisposées, guerriers ayant donné la mort, criminels. Il est comme un condamné à mort en attente d’exécution. Le régicide n’est pas un accident, mais fait partie intégrante de l’institution.

7

Voici comment Frazer résume ses informations :

8

« L’idée que les royaumes primitifs sont des États despotiques, où le peuple

n’existe que pour le souverain, est entièrement inapplicable aux monarchies

que nous étudions. Au contraire, le souverain, ici, n’existe que pour ses sujets;

sa vie n’a de valeur qu’autant qu’il s’acquitte des fonctions que comporte sa

position, en ordonnant le cours de la nature pour le bien de son peuple. Dès

qu’il manque à ses devoirs, les soins, le dévouement, les hommages religieux

qu’on lui prodiguait auparavant s’évanouissent pour faire place à la haine et

au mépris; on chasse ignominieusement le monarque déchu, et il peut se

féliciter s’il en échappe avec la vie. Adoré comme un dieu la veille, il est tué

comme criminel le lendemain. Mais il n’y a rien là de capricieux ou d’illogique

de la part de ses sujets. Leur conduite est, au contraire, très conséquente. Si

le roi est leur dieu, il est, ou devrait être, aussi celui qui les préserve; et s’il

a échoué, il doit céder la place à un autre qui n’échouera pas. Tant qu’il répond

à leur attente, ils prennent de leur souverain des soins infinis, et le forcent à

prendre de lui-même ces mêmes soins. Un roi de ce genre vit emprisonné

dans un protocole, un réseau d’interdictions et d’observances, dont le but n’est

pas de contribuer à sa dignité, encore moins à son bien-être, mais de l’empêcher

d’agir d’une façon qui, en dérangeant l’harmonie de la nature, pourrait

l’entraîner, lui, son peuple et l’univers, dans une commune catastrophe. Loin

d’augmenter ses aises, ces règles, en embarrassant chacun de ses actes,

annihilent sa liberté; et, tout en cherchant à préserver sa vie, lui en font souvent

une peine et un fardeau » [Frazer, 1981, p. 489-490].

9

Toutes les données recueillies depuis la parution du Rameau d’or corroborent ce tableau, en lui apportant tout au plus quelques compléments [3][3] Voir, par exemple, deux livraisons très riches de Systèmes…. Le roi n’est pas maître mais captif de l’institution. Même s’il n’est pas toujours tué, il doit pour ainsi dire frôler la mort – comme le roi moundang, mis à nu et entouré de son peuple en armes, pendant la fête de la pintade [Adler, 1982, p. 364-365] – ou un substitut rituel doit mourir à sa place, souvent dans des conditions violentes ou ignominieuses – comme le cheval du roi mossi, assommé à coups de bâton par des esclaves de la cour [ cf. Izard, 1990, p. 85, et communication personnelle].

10

En revanche, l’explication de ces coutumes royales n’a guère avancé. Le seul « progrès » notable des dernières décennies est la réhabilitation de Frazer, après un assez long purgatoire. Les spécialistes sont d’accord avec sa présentation des faits et postulent comme lui la cohérence de l’institution royale. Mais cette cohérence ne va pas de soi. Si le roi est un personnage sacré, ou même d’essence divine, il n’est pas évident que ses sujets soient habilités à le juger et à le mettre à mort. Dans le passage que nous venons de citer, l’auteur du Rameau d’or parle du régicide comme d’une conséquence nécessaire, et presque anodine, d’une règle de bon sens : « Si le roi est leur dieu, il est, ou devrait être, aussi celui qui les préserve; et s’il a échoué, il doit céder la place à un autre qui n’échouera pas. » Mais à prétendre ainsi expliquer les actions des hommes par leurs représentations, on ne fait que déplacer la question. Le sacré et le divin ne sont pas des données primitives dont on pourrait déduire les institutions. Il faut rendre compte à la fois des actions et des représentations. Nous y reviendrons après avoir terminé le rappel des principales vues de Frazer.

« Le roi du bois »

11

Frazer n’est pas le seul à avoir été intrigué par le rituel étrange de Némi, mais il est le premier à pressentir que son explication contribuerait à rendre intelligibles la plupart des mythes et des rites. Si le Rameau d’or se présente comme un énorme roman policier visant à résoudre une toute petite énigme, c’est parce que la solution attendue est censée éclairer l’ensemble des « formes élémentaires de la vie religieuse ». La singulière monarchie du bois sacré n’est pas seulement un « rite de référence » qui serait semblable au « mythe de référence » du « dénicheur d’oiseaux » dans les Mythologiques de Lévi-Strauss.

12

Il ne s’agit pas d’un point de départ arbitraire [4][4] Nous nous écartons sur ce point de M. Izard et N.Belmont…, d’un terme quelconque d’une série dont tous les autres termes s’obtiendraient de proche en proche par de simples transformations structuralistes, mais bien d’un modèle réduit de toutes les institutions monarchiques, d’un élément générateur de tout le système royal et de ses avatars transformationnels.

13

Relisons la description qu’en donne Frazer :

14

« Dans le bosquet sacré se dressait un certain arbre auprès duquel, à toute

heure du jour, voire aux heures avancées de la nuit, un être au lugubre visage

restait embusqué. À la main, il tenait un glaive dégainé; de ses yeux inquisi-

teurs, il paraissait chercher sans répit un ennemi ardent à l’attaquer. Ce per-

sonnage tragique était à la fois prêtre et meurtrier, et celui qu’il guettait sans

relâche devait tôt ou tard le mettre à mort afin d’exercer lui-même la prêtrise

à sa place. Telle était la loi du sanctuaire. Quiconque briguait le sacerdoce de

Némi ne pouvait exercer les fonctions qu’après avoir tué son prédécesseur

de sa main; le meurtre perpétré, il restait en possession de la charge jusqu’à

l’heure où un autre, plus rusé ou plus vigoureux que lui, le mettait à mort à

son tour.

À la jouissance de cette tenure précaire s’attachait le titre de roi; mais

jamais tête couronnée n’a dû dormir d’un sommeil aussi fiévreux, hanté de

rêves aussi sanguinaires, car d’un bout de l’année à l’autre, hiver, été, sous

la pluie ou par le soleil, il avait à monter sa garde solitaire » [Frazer, 1981,

p. 19].

15

Comme on le voit, le roi du bois est vraiment un personnage singulier. Il réunit des traits ou des fonctions qui sont normalement séparés :ceux de meurtrier et de roi, de roi et de prêtre, mais aussi de sacrificateur et de victime sacrificielle, puisque la mise à mort est ici un acte rituel, et enfin d’esclave et de roi, puisque le titulaire de la charge était un esclave fugitif qui ne devait son salut qu’à ravir le poste de son prédécesseur [Frazer, 1981, p. 20].

16

Par un raccourci saisissant, le rituel lui-même rassemble, en un seul acte, le régicide qui met fin à un règne et le cérémonial d’installation qui inaugure un nouveau règne. Le roi est mort, vive le roi : jamais on n’aura mieux marqué la continuité de l’institution royale, malgré la mort, et par son truchement même.

17

Enfin, la royauté de Némi a beau être un rite marginal de la religion romaine, elle est aussi la plus stable des institutions du monde latin, n’ayant disparu, semble-t-il, qu’avec la chute de l’empire [ ibid., p. 19, note2]. Comme les singularités mathématiques, elle concentre des propriétés généralement disjointes et constitue ainsi le germe de toute une diversité déployée dans une multitude d’institutions [5][5] Pour une présentation très élémentaire des notions…. C’est pourquoi résoudre l’énigme de Némi et construire une théorie générale de la royauté ne sont vraisemblablement qu’une seule et même chose.

18

Il est vrai que, au terme de son enquête, Frazer donne le sentiment d’avoir en grande partie échoué [ 1984, p. 5] : de n’avoir élucidé entièrement ni le mystère de Némi ni la nature des institutions qui s’y rattachent. Car on sait que, pour résoudre l’énigme du roi condamné à mort, il propose deux théories qu’il n’arrive pas à bien articuler.

19

Selon la première théorie, le roi représente les forces de la nature et il est le garant de la prospérité générale : il doit être mis à mort dès que ses forces commencent à décliner, car il risque alors de nuire à son entourage. Selon la seconde théorie, le roi est un bouc émissaire, prenant en charge tous les maux qui peuvent atteindre le groupe : il doit être mis à mort pour purifier la collectivité dès que le salut de celle-ci paraît l’exiger.

20

Frazer pense que ces deux explications du régicide sont complémentaires plutôt que concurrentes, mais que la première l’emporte sur la seconde.

21

D’où l’ordre dans lequel elles apparaissent dans le Rameau d’or, les places respectives qu’elles y occupent (du moins, en première lecture) et les efforts de l’auteur pour greffer la seconde hypothèse sur la première. Mais sa démonstration est loin d’être parfaite et n’a guère convaincu la plupart de ses lecteurs.

22

Ni le poids respectif des hypothèses retenues ni leur compatibilité n’ont été établis clairement.

23

Or, à bien des égards, les choses n’ont guère progressé depuis la mort de Frazer, mais les descriptions accumulées par les spécialistes de la monarchie sacrée ont mis en évidence un point important, que laissait déjà entrevoir une lecture attentive du Rameau d’or. Elles montrent que le roi est avant tout, et non pas accessoirement, un bouc émissaire. C’est ce qui ressort, en particulier, de travaux récents de Luc de Heusch [6][6] Voir de Heusch [ 1990 et 1997 – traduction anglaise,… et de Declan Quigley. Nous voudrions faire quelques pas de plus dans la même direction, en essayant d’expliciter cette découverte et ses conséquences théoriques.

24

Reprenons les deux théories de Frazer pour les examiner du point de vue de leur cohérence respective. La première a un inconvénient peu remarqué mais rédhibitoire : elle n’explique pas le régicide. Le déclin des forces du roi, nous dit-on, risque d’entraîner celui de son entourage, voire du monde tout entier : il faut donc s’en débarrasser. Mais de deux choses l’une, le roi tient ce pouvoir contagieux, tantôt bénéfique tantôt maléfique, soit de la nature soit du rituel. S’il lui vient de la nature, son influence délétère va, certes, s’étendre de proche en proche à tout ce qui l’entoure, mais la mort du roi ne pourrait que précipiter les choses. Loin d’arrêter le mal, le régicide l’aggraverait et devrait même entraîner la destruction de l’univers. Si, comme il est beaucoup plus vraisemblable, le roi tient son pouvoir du rituel d’intronisation– et cela même si le titulaire de la charge a été choisi pour sa vitalité propre, à plus forte raison, quand elle est dévolue à un vieillard [7][7] Voir A. deSurgy, inSystèmes de pensée en Afrique noire,… –, il suffirait de le déposer et de le remplacer par un autre. À quoi bon le tuer ? Bref, la première théorie de Frazer n’est pas plausible puisque, dans les deux cas possibles, le régicide n’apparaît pas comme un élément nécessaire de l’institution monarchique, mais comme une pièce rapportée, soit superflue, soit parasite.

25

En revanche, la seconde théorie est d’emblée satisfaisante. Si le roi est un bouc émissaire, on comprend que le moyen le plus radical de se défaire du mal qu’il incarne est de le mettre à mort. Le régicide est cette fois intelligible et quasiment nécessaire.

26

Si le rituel de Némi peut servir de pierre de touche, il conduit au même résultat. Car, si le roi doit être avant tout le garant de la prospérité, on ne voit pas pourquoi il devrait commencer sa carrière par une transgression, comme c’est le cas non seulement dans le rite romain, mais dans la plupart des rites d’intronisation. Mais, s’il est un bouc émissaire potentiel, le meurtre qu’il commet dans le bosquet sacré, aussi bien que l’inceste ou le cannibalisme rituel, le chargent d’un premier crime qui le met d’entrée de jeu en position de réceptacle potentiel de tous les maux de son groupe, de « tas d’ordures » de son peuple, comme le disent si bien certains chants d’intronisation mossi [Girard, 1972, p. 154-155; de Heusch, 1990, p. 26, note] ou samo [Héritier, 1973, p. 121; de Heusch 1990, p. 26], et justifient qu’il soit tué à son tour : le régicide de Némi élimine un bouc émissaire et en crée un autre simultanément.

27

Cela acquis, il faut revenir sur la compatibilité éventuelle des deux théories, ou plus exactement des deux thèses de Frazer [8][8] Comme les logiciens, nous appelons thèse une proposition…. Car, même si elle n’explique pas le régicide, la première thèse – selon laquelle le roi est le garant de la fertilité – n’est pas une invention gratuite de Frazer. Le Rameau d’or rassemble en sa faveur de nombreux témoignages et, depuis sa parution, d’autres données ethnographiques sont venues la corroborer. Elle a donc, elle aussi, une part de vérité, mais dont la nature exacte reste encore à préciser. Car elle peut ou bien s’appliquer à des formes de l’institution royale qui échappent à la théorie du roi bouc émissaire, ou bien constituer un complément, voire une suite naturelle, de cette même théorie.

28

Dans une synthèse de monographies récentes, dont il existe deux versions successives, L.deHeusch [ 1990; 1997] semble d’abord s’orienter vers la première hypothèse. Il n’y aurait pas de modèle unique de la royauté [ 1990, p. 18], mais les deux « thèses » de Frazer – nous dirions plutôt ses deux « théories » – correspondraient à deux formes possibles de l’institution entre lesquelles les sociétés pourraient choisir. Toutefois, l’examen des faits montre que les deux fonctions royales sont presque toujours réunies et que les sociétés se bornent à mettre l’accent sur l’une ou l’autre d’entre elles. On n’a donc pas affaire à des formes essentiellement différentes et exclusives, mais à une seule et même institution qui combine différemment les mêmes traits. Aussi L. de Heusch croit-il pouvoir conclure son enquête par une adhésion pure et simple à la doctrine frazérienne standard : le roi garantit la prospérité et sert, le cas échéant, de bouc émissaire [9][9] « Though it appears in diverse historical forms, sacred….

29

Mais cette conclusion n’est pas la seule possible. Il y a une autre façon, plus simple, de réunir les deux thèses de Frazer en une seule doctrine. Elle consiste à partir de la thèse du roi bouc émissaire – qui, nous l’avons vu, explique immédiatement le régicide – pour tenter d’en déduire également – et pas seulement lui ajouter – la thèse du roi garant de la prospérité. Cette manière de faire a l’avantage d’être plus élégante, de rendre l’institution plus cohérente, et de s’accorder beaucoup mieux avec le corpus étudié par L. de Heusch. En effet, si l’on regarde de plus près le dossier instruit par l’anthropologue belge, on s’aperçoit qu’il contient, pour ainsi dire, toutes les pièces à conviction.

30

Les postulats généraux de la méthode structurale, et un survol rapide des faits, semblent d’abord nous inviter à interpréter les deux théories du régicide comme des théories partielles de la royauté, qui correspondraient chacune à une variante de l’institution :

31

« Tantôt le roi est mis à mort parce que son affaiblissement physique menace

l’univers et la société, tantôt il est tué en tant que bouc émissaire. Les

Rukuba semblent avoir opté pour la seconde solution, les Jukun pour la

première. Il est remarquable que les chefs sacrés des Rukuba, responsables

des catastrophes de tous ordres, ne sont en rien des maîtres de la nature. Ils

n’accomplissent même pas les rites agraires […] Ils n’assurent pas non plus

le contrôle de la pluie. [… ] Les Jukun, en revanche, mettent l’accent sur la

première fonction de la royauté sacrée, celle qui correspond à la première

thèse de Frazer. Ils identifient leur roi aux plantes cultivées » [de Heusch,

1990, p. 16].

32

Mais cette conjecture structuraliste est tout de suite réfutée car, le roi jukun, note de Heusch, « est aussi traité, le cas échéant, comme bouc émissaire ». En dépit d’un rituel – l’ando ku – au cours duquel il était censé se régénérer, en tuant un esclave de ses propres mains, et bénéficier ainsi d’un nouveau bail de sept ans [ ibid., p. 15], « il était secrètement mis à mort après une succession de mauvaises récoltes ou de sécheresses » [ ibid., p. 16].

33

Les deux thèses de Frazer ne sont donc pas exclusives. Elles ne renvoient pas à deux formes différentes de royauté, mais à deux aspects, plus ou moins accentués, selon les cas, de la même institution. De plus, la comparaison des royautés jukun et rukuba apporte une indication supplémentaire. Les deux rois ont un trait commun et un trait différentiel : ils sont l’un et l’autre des boucs émissaires, et le roi jukun est aussi responsable de la végétation. Dire que le roi jukun est aussi un bouc émissaire, c’est permuter les attributions, c’est postuler entre celles-ci un ordre de préséance que la comparaison des deux monarchies ne justifie absolument pas, mais tendrait plutôt à mettre en question.

34

Ce n’est pas tout. Le rituel jukun de régénération montre que certaines fonctions peuvent être déléguées : lorsque le roi tue un esclave, au terme de son premier septennat, il confie, en quelque sorte, à son serviteur la charge de mourir à sa place. Cela suggère que les différentes fonctions royales ne sont pas nécessairement dévolues à un seul et même personnage, mais pourraient être distribuées entre plusieurs dignitaires, aux attributions distinctes mais solidaires.

35

Deux nouveaux exemples, également accouplés par L.deHeusch, ceux de la chefferie samo et du royaume mossi, viennent conforter cette hypothèse.

36

Leur commentateur les confronte lorsqu’il s’interroge sur l’émergence de l’État, c’est-à-dire sur l’apparition d’une nouvelle fonction du roi, le pouvoir politique, qui s’ajoute à ses fonctions rituelles traditionnelles. Cette question est importante, car en Afrique comme en Europe – tous les historiens sont d’accord sur ce point –, les institutions préétatiques et l’État moderne lui-même ont été forgés (ou engendrés) par la royauté. Il est donc crucial de comprendre comment le roi, originellement prisonnier de son peuple et promis à une mort violente, peut se métamorphoser en chef de l’État, c’est-à-dire en détenteur unique de la violence légitime. Or, les deux exemples précités montrent que les fonctions de base de la chefferie sacrée peuvent être endossées par un seul ou partagées par plusieurs personnages sacrés et que le pouvoir politique émerge à la faveur d’une telle dissociation. Mais surtout, ils confirment que la première fonction est bien celle de bouc émissaire, qui constituerait donc la clef de voûte du système monarchique et de toutes ses transformations.

37

Chez les Samo, le tyiri « cumule [… ] les deux fonctions frazériennes » [ ibid., p. 26]: il est faiseur de pluie et faiseur de paix, mais aussi et avant tout bouc émissaire. Comme le dit textuellement un chant cérémoniel recueilli par Françoise Héritier [ 1973, p. 121], il est « le tas d’ordures, celui qui ramasse et qui prend tout sur lui ». Chez les Mossi, où la royauté est une association « du naam, autorité légitime s’exerçant avec mesure, et du panga, la violence prédatrice » [de Heusch, 1990, p. 19], ces deux qualités opposées sont réparties entre un roi de la paix et un roi de la guerre. Mais, chose remarquable, ces deux dignitaires sont liés de la manière suivante : « Le “roi de la paix”ne peut prolonger son règne tous les sept ans que grâce à la mise à mort de son double, le “roi de la guerre”, qui assume, comme le fera le kurita [le fils cadet du roi] lors de l’interrègne, la violence prédatrice du roi. [… ] Le chef de guerre comme le kurita jouent le rôle de boucs émissaires du roi, le premier tout au long de son règne, le second après sa mort naturelle » [ ibid., p. 22]. C’est L.deHeusch lui-même qui met en relief cette relation entre les deux rois, dont il avait d’abord craint qu’elle n’ait échappé à MichelIzard, l’ethnographe des Mossi [comparer 1990, p. 22, et 1997, p. 221]. Or, elle établit clairement la prééminence de la fonction de bouc émissaire : celle-ci n’est pas seulement le trait invariant de l’institution royale, c’est la condition de possibilité des autres fonctions.

38

Dans tous les cas considérés, nous avons donc affaire à des variantes de la même figure : la royauté est toujours double, avec une face noire et une face blanche, une mauvaise part et une bonne part, et dans des conditions telles – L. deHeusch a bien raison de mettre l’accent sur ce point – que le côté positif soit subordonné au côté négatif. Cela prouve que les deux thèses de Frazer ne sont pas seulement compatibles mais que, à condition de renverser leur ordre de préséance, on devrait pouvoir déduire la première de la seconde. En effet, si l’élimination du roi bouc émissaire est un remède à tous les maux qui peuvent atteindre le groupe, on comprend que, par extension, la personne royale puisse être tenue pour la source de tous les biens; si c’est elle qui assure la permanence de l’institution et stabilise l’ordre social, on comprend qu’elle puisse être vue comme le garant de l’ordre naturel. Mais, pour que les choses soient parfaitement claires, il faudrait pouvoir expliquer le mécanisme du bouc émissaire lui-même et les effets qui en dérivent : en particulier, la dualité fondamentale de la personne royale, illustrée par le cas samo, et son dédoublement rituel dont le cas mossi donne un exemple. Bref, il faudrait tenter de mettre au jour les principes générateurs de l’institution monarchique et la dynamique qui préside à ses transformations. Nous allons y venir mais, au préalable, il faut ajouter quelques remarques sur la chefferie samo et le royaume mossi.

39

On pourrait nous objecter que ces deux institutions ne corroborent pas vraiment la théorie frazérienne remodelée que nous venons d’ébaucher. Selon cette théorie, la fonction royale serait double, d’abord de bouc émissaire, ensuite de garant de la fécondité, et elle serait soit indivise soit partagée. Mais, dira-t-on, ni les Samo ni les Mossi n’illustrent parfaitement ces deux cas. Car chez les Samo, le tyiri est bien à la fois bouc émissaire et maître de la pluie, mais il est associé à un maître de la terre, tudana, qui a notamment pour attribution de désigner le tyiri [Héritier, 1973, p. 127; de Heusch, 1990, p. 26]. Ils ont donc déjà une double chefferie. Quant aux Mossi, ils ont bien un roi de la guerre, endossant la fonction de bouc émissaire, et couplé avec un roi de la paix, mais ce dernier n’est pas garant de la fécondité [de Heusch, 1990, p. 22].

40

En réalité, ces objections ne sont pas décisives. Ou plutôt, elles confirment que la première fonction de Frazer, apparemment absente chez les Mossi, n’est décidément pas la plus importante, ce qui montre incidemment que sa théorie, même remaniée et remise sur ses pieds, n’est encore qu’une approximation. Mais une bonne approximation. Car, si le naam, attribution spécifique du roi de paix mossi, est un pouvoir politique, chez les Tallensi, qui relèvent du même groupe linguistique, le même terme désigne le pouvoir d’assurer le bien-être et la fertilité en accomplissant des rites [de Heusch, 1990, p. 24; 1997, p. 225]. Nous ne sommes donc pas très loin du modèle frazérien rectifié. Par ailleurs, chez les Samo, le tyiri est bien, dans son principe, le seul à supporter le fardeau de la royauté, non seulement parce qu’il est toujours bouc émissaire et faiseur de pluie, mais exerce parfois, en plus, les fonctions de tudana quine sont pas nécessairement disjointesdes siennes : « Dans certains villages, nous dit Françoise Héritier [ 1973, p. 123], elles sont assumées par une même personne. »

41

Ce n’est pas tout. Le cas samo suggère que la royauté peut difficilement rester une monarchie, au sens strict du terme, c’est-à-dire une fonction indivise, détenue par une seule personne. Il s’agit d’un composé instable qui tend spontanément à se démultiplier pour se stabiliser. Et le cas mossi, exemple de double royauté accomplie, suggère que le roi, de maître présumé de la nature peut devenir maître effectif des hommes et de la société lorsque ses fonctions de bouc émissaire sont totalement prises en charge par un ou plusieurs de ses doubles. Tout se passe donc comme si le pouvoir politique émergeait à la faveur ou sous l’effet d’une dynamique interne du système royal conduisant celui-ci vers un état plus stable par dissociation et déploiement équilibré de ses composantes. Le chef samo, bouc émissaire prisonnier de son peuple, est déjà un faiseur de paix, mais seulement comme il est un faiseur de pluie, c’est-à-dire qu’il est tenu pour responsable des conflits comme il l’est de la sécheresse. Le roi de la paix mossi, délesté de ses fonctions de bouc émissaire, est réellement maître de la paix et maître des conflits qu’il peut garantir ou réprimer par la force, sans avoir besoin de demeurer maître de la nature.

42

Les pages que Luc de Heusch consacre à l’apparition et au développement du pouvoir politique sont à la fois stimulantes et ambiguës. Malgré de nombreux récits décrivant le roi comme un conquérant ou un captif étranger, il suggère que la constitution d’un pouvoir coercitif serait due, pour l’essentiel, à un processus endogène. Il émergerait d’une « division interne au groupe, qui ne doit rien à la conquête militaire » [ 1990, p. 26], d’une « coupure » entre un centre sacré et le reste de la société, présente aussi bien « dans les vastes royaumes que dans les petites sociétés villageoises » [ ibid., p. 29] et donc antérieure à celle de l’État [ ibid., p. 30], mais pouvant lui servir de point d’appui. Toutefois, lorsque L. de Heusch décrit le royaume mossi, il ne présente pas son organisation étatique comme la transformation spontanée d’une structure rituelle sous-jacente, mais comme « le détournement politique d’une vérité d’un autre ordre » [ ibid., p. 24], c’est-à-dire comme l’effet d’une puissance dotée d’une causalité propre qui serait venue parasiter de l’extérieur le système rituel primitif. Ce qui revient à prendre acte du surgissement de l’État, sans du tout l’expliquer.

43

Les lignes suivantes, qui terminent la comparaison entre la chefferie samo et le royaume mossi, montrent bien les limites d’une explication qui voudrait s’en tenir à l’orthodoxie frazérienne et à un structuralisme statique :

44

« L’exemple des Samo nous contraint à ne pas enfermer le problème du pouvoir

sacré dans la dialectique des conquérants et des autochtones. C’est de l’intérieur

même de la société indivise que l’on extrait de force le responsable de la pluie

et de la paix, qui présente toutes les caractéristiques d’un chef sacré. Mais

loin d’imposer la moindre autorité, il demeure le prisonnier du groupe qui

l’a élu pour porter le poids rituel du pouvoir. Du chef sacré samo au puissant

roi mossi, un renversement spectaculaire s’opère : l’association nouvelle de

la violence et du sacré. Ce phénomène qui n’a rien d’original, comme le

suppose arbitrairement René Girard, est lié à la naissance de l’État, comme

force coercitive, avec sa division des statuts socio-économiques, voire des

classes » [ ibid., p. 29].

45

Lier le renversement structural, qui propulse le roi sacré du statut de bouc émissaire à celui de chef d’État, à la naissance de l’État, c’est tout simplement constater que le pouvoir politique centralisé est présent ici et non là.

46

Dissimuler cette tautologie en reprochant à René Girard de n’avoir pas vu que la structure étatique – si nous comprenons bien [10][10] Par « association nouvelle de la violence et du sacré »,… – associerait pour la première fois la violence et le sacré, est pour le moins étrange. C’est faire bon marché du régicide qui, même dans le cadre de la théorie standard de Frazer, reste le trait le plus saillant de la royauté sacrée.

47

Il est d’autant plus fâcheux de récuser Girard, sans autre forme de procès, que ses hypothèses permettent de clarifier l’ensemble de l’institution royale et de ses développements potentiels : de retrouver tous les traits caractéristiques de la monarchie sacrée et de laisser entrevoir comment le roi peut s’exhausser de la position de bouc émissaire à celle de roi divin et de chef d’État, non par un basculement spectaculaire et mystérieux, mais par un processus morphogénétique intelligible [11][11] Dans un passage de la version anglaise de son texte,….

48

Toutefois, avant de rappeler les idées maîtresses de Girard, il faut examiner l’apport d’un théoricien de la royauté dont l’ouvrage posthume, Social Origins, peut servir de charnière entre le Rameau d’or et la Violence et le Sacré.

49

Nous voulons parler de Hocart, curieusement omis non seulement par deHeusch, mais par tous ses collègues africanistes dont il commente les travaux [12][12] C’est du moins le cas de tous les textes réunis dans….

LE RENVERSEMENT HOCARTIEN : LE RÉGICIDE EST ANTÉRIEUR À LA ROYAUTÉ

50

À la décharge des anthropologues qui négligent Hocart, il faut reconnaître que la lecture de ses travaux est parfois déroutante. Dans son histoire de l’anthropologie britannique, George Stocking [ 1995, p. 220-228] le présente à l’aide d’une jolie formule : « The Boasian ethnographer as Frazerian diffusionist ». Nous dirions plutôt que l’auteur de Kingship associe le souci du détail ethnographique à l’exigence d’intelligibilité et la transcription méticuleuse des informations à la recherche de principes explicatifs universels.

51

Tout en admirant son génie, Lévi-Strauss [ 1954, p. 134] l’avait qualifié jadis de « peintre du dimanche » de l’ethnologie. Il s’agirait plutôt d’un grand maître dont nous aurions seulement des carnets de croquis. Ou d’un mathématicien à la Fermat, pouvant laisser des théorèmes sans démonstration. Du travail est donc nécessaire pour ressaisir sa démarche, refaire ses raisonnements, vérifier ses conjectures ou les compléter. Nous nous y sommes exercé ailleurs [Scubla, 1985]. Nous nous bornerons ici à revenir brièvement sur quelques points essentiels [13][13] Pour une autre présentation, un peu plus complète,….

52

Premier point : l’unité de tous les rites. Les rites d’installation et de consécration du roi sont tous bâtis sur le même modèle et constitués des mêmes éléments [Hocart, 1927], et tous les autres rites et sacrements dérivent des cérémonies royales dont ils retiennent seulement quelques traits [Hocart, 1927, 1954]. Le mariage, par exemple, est d’abord une partie importante de la cérémonie d’intronisation; à ce titre, il est d’abord réservé au roi, puis il est étendu aux dignitaires de la cour et finit par gagner, de proche en proche, toutes les couches de la société. De nombreux rituels de mariage conservent d’ailleurs les traces de leurs origines royales, comme le couronnement des conjoints au cours de la cérémonie.

53

Sans doute peut-on améliorer la liste des items retenus par Hocart dans son énumération des rites royaux [1927, p. 70-71], car on n’y trouve pas la transgression rituelle (inceste, meurtre ou cannibalisme) qui constitue un élément essentiel de la cérémonie d’installation. Mais, dans son principe, elle reste une excellente base de travail [Fortes, 1967]. Le dossier africain, rassemblé par L. de Heusch, en apporte la confirmation. Chez les Mossi, le mariage du roi est avant tout un rite de succession : l’épouse principale, qui porte le titre de reine, est une jeune veuve de son prédécesseur, avec laquelle il passe une nuit et n’aura ensuite ni relations sexuelles ni enfants [deHeusch, 1990, p. 20]. On trouve aussi, chez eux, l’idée hocartienne selon laquelle la cérémonie de couronnement est associée à une hiérogamie cosmique : le lignage royal est issu de l’union du ciel et de la terre [ cf. de Heusch, ibid., p. 23, et Hocart, 1936, chap. XX].

54

Deuxième point : les origines rituelles de la culture. De nombreuses techniques et la plupart des institutions viennent des besoins du culte [Hocart, 1933]. La division du travail n’est pas, dans son principe, une nécessité économique mais une exigence rituelle [ 1936, p. 108-110], et le système des castes permet de comprendre comment elle peut conduire à la spécialisation professionnelle [ 1938, p. 261-262]. Il en est de même des institutions politiques. Contrairement aux institutions religieuses, elles ne sont pas plus nécessaires aux sociétés que le système nerveux aux unicellulaires. La fonction première du roi n’est pas de gouverner mais de régner, c’est-à-dire d’être le personnage principal des grandes cérémonies. C’est seulement à la faveur du dédoublement des fonctions rituelles du roi que le pouvoir politique et l’organisation de l’État émergent et se développent. Hocart a consacré un livre tout entier à cette question [ 1936]. De son côté, la guerre, avant d’être une affaire de politique extérieure, est une activité rituelle, visant à procurer des victimes sacrificielles [Hocart, 1954, p. 143-144].

55

Bref, on pourrait dire, dans le vocabulaire marxiste, que le rituel ne constitue pas une superstructure idéologique ou symbolique, mais l’infrastructure des sociétés humaines. C’est la source du lien social et des moyens institutionnels et matériels qui permettent de le consolider. De Heusch redécouvre cette idée, qui ressort fort bien du dossier africain. Les fonctions rituelles du roi sont un trait primitif de l’institution et non le reflet ou le déguisement d’un « ordre socio-économique hiérarchisé, aux composantes hétérogènes » [1990, p. 10]. Ce sont elles qui imposent aux sociétés, au moins dans l’aire voltaïque, un « dualisme structural plus fondamental » que les rapports, internes ou externes, de domination politique ou militaire, qui peuvent ensuite se greffer sur lui [ ibid., p. 25]. Mais tout en reconnaissant que la royauté sacrée a réellement modelé la vie sociale et joué un rôle capital dans l’histoire de l’humanité [ 1997, p. 231], l’éminent africaniste raisonne comme si ces résultats étaient pour ainsi dire accidentels, ou comme s’il suffisait, pour les rendre intelligibles, de qualifier de « symbolique [14][14] Comme Vincent Descombes l’a bien montré, le recours… » le pouvoir rituel du roi.

56

Comme Frazer, il reste au fond tributaire de l’idée que le roi est d’abord un magicien, que son « corps-fétiche » [ 1997, p. 231] est doté de pouvoirs imaginaires ne lui donnant jamais qu’une maîtrise illusoire de la nature et de la société. Alors que Hocart, comme Durkheim avant lui, voit bien que, à défaut de maîtriser les forces de la nature, le rituel, par l’organisation même qu’il implique, permet aux hommes de se maîtriser eux-mêmes et de présenter un front uni contre les coups du sort [Hocart, 1927, p. 56-57]. Autrement dit, qu’il constitue une sorte d’auto-domestication de l’homme [15][15] Nous sommes redevable de cette expression à René Girard,… et d’autorégulation de la vie sociale, d’où peuvent ensuite sortir tous les autres moyens, les uns plus solides, les autres plus précaires, de maîtriser la nature ou de gouverner la société.

57

Troisième point :les premiers rois furent des rois morts. Revenons à l’unité de tous les rites, qui ressort de leur étude comparative. La parenté des différents sacrements conduit à dresser leur arbre généalogique et à leur chercher une souche commune [Hocart, 1954, p. 76 et tableau récapitulatif, p. 85].

58

Puisqu’ils proviennent tous du rituel d’installation du roi, il s’agit de savoir quelle est la forme originelle de la cérémonie royale. Cela revient à rechercher la partie la plus éminente et la plus caractéristique de cette cérémonie, puis à remonter à sa source [16][16] Nous reconstruisons librement le raisonnement de Hocart…. La comparaison des sacrements fait d’abord apparaître deux solutions possibles : le mariage et les funérailles, au cours desquels on met en œuvre une grande partie du rituel. Or, la seconde solution est la meilleure, car chaque sacrement (de naissance, d’initiation, de mariage, etc.) élève son bénéficiaire à un rang supérieur, et la promotion suprême a lieu lors des funérailles. D’où une première difficulté : comment la royauté pourrait-elle commencer par des funérailles ? Comment celles-ci pourraient-elles être de nature royale, demande Hocart, s’il n’y a pas encore de royauté ?

59

À la seule condition, répond-il, que les premiers rois aient été des rois morts [ 1954, p. 77]. Hypothèse qui serait absurde si la première fonction du roi était d’être un chef politique, mais qui est tout à fait plausible si elle consiste à être le personnage central de tous les grands rituels, puisque c’est justement cette place qu’occupe le mort – et non l’officiant principal – dans n’importe quel service funèbre. Certes, si tous les hommes meurent, tous ne deviennent pas rois. La mort naturelle ne suffit pas pour faire un roi; il faut donc supposer que celui qui devient roi ne meurt pas spontanément mais qu’il est mis à mort rituellement. C’est d’autant plus vraisemblable que la cérémonie d’installation, telle que nous la connaissons, comprend toujours une mise à mort fictive suivie de renaissance. Or, « c’est une règle invariable qu’une fiction soit un sub-stitut de la réalité » [ 1954, p. 76]. Puisque l’on fait semblant de tuer le roi, c’est qu’autrefois on le tuait réellement. On devient roi en mourant comme victime sacrificielle, et le sacrement originel, le rite-souche auquel tous les autres rites se rattachent, est donc le sacrifice humain [17][17] Bien qu’il présente le sacrifice humain comme étant… [ ibid, p. 78,117].

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Ce résultat confirme et renverse à la fois la thèse centrale de la théorie frazérienne. Le régicide n’est plus seulement une issue fatale, il est au principe même de la royauté. Chez Frazer, on tue le roi; chez Hocart, on tue un homme pour qu’il devienne roi. Dans le Rameau d’or, le règne s’achève par la mise à mort, dans Social Origins, il commence par elle. D’un côté, la mise à mort, même ritualisée, est négative. Elle vise seulement à chasser le mal : les forces déclinantes du roi qui, par contagion, peuvent entraîner un déclin général de la société ou les souillures, répandues dans le groupe, que le roi bouc émissaire emporte avec lui. De l’autre, elle est source de vie et même génératrice du sacré et du divin, qui sont les propriétés caractéristiques du roi, une fois investi de ses fonctions.

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La thèse de Hocart peut sembler audacieuse, mais le dossier africain, qui nous sert à illustrer chaque étape de cette enquête sur le régicide, nous fournit, une fois de plus, des exemples probants. Chez les Evhé du Sud-Togo, la durée de sept ans qui s’écoule entre l’installation du roi-prêtre et sa mise à mort rituelle « peut être considérée comme une période d’initiation à la royauté et le règne effectif commence lorsque le roi se trouve dans l’au-delà » [deHeusch, 1990, p. 17]. Autrement dit, le vrai roi est un roi mort. Par ailleurs, nous avons vu que le sacrifice humain pouvait être source de vie : le roi mossi prolonge son règne de sept ans grâce à la mise à mort de son double, et le roi jukun se régénère, lui aussi pour accomplir un nouveau septennat, en tuant de ses mains un esclave. Dans tous les cas, c’est la mise à mort qui confère la royauté, mais elle peut être déplacée sur un bouc émissaire, ou simplement mise en scène, sans exécution, comme dans la plupart des rites d’intronisation.

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Les faits donnent donc raison à Hocart, mais laissent subsister une énigme.

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Car, si le sacrifice humain est bien le sacrement originel, s’il est la source de la royauté et de toutes les institutions qui en dérivent, s’il est bien, comme son étymologie le suggère, générateur du sacré et, par suite, non seulement des rois mais des dieux eux-mêmes, d’où lui vient une telle puissance ? De nombreux mythes racontent que tous les biens culturels, voire l’univers tout entier, sont issus du corps d’une victime. Or, la thèse de Hocart n’est pas loin d’accréditer cette idée. Pour s’assurer qu’elle ne participe pas d’une illusion collective, il faudrait expliquer dans quelles conditions et pour quelles raisons la mise à mort d’un homme, loin d’être un acte négatif ou de se réduire à un moindre mal, pourrait non seulement passer pour la source de la civilisation, mais être réellement la base du lien social et de toutes les institutions et les représentations qui le soutiennent et l’entretiennent.

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Malheureusement, Hocart lui-même néglige ce problème. Alors que l’examen des faits le conduit à faire du sacrifice humain la matrice de toute la culture, on ne trouve, dans ses écrits, pas même l’ébauche d’une théorie de ce rite sanglant dont les origines, dit-il seulement, restent très obscures [ 1954, p. 143]. De toute évidence, c’est à son corps défendant qu’il a dû lui reconnaître, dans un écrit au demeurant posthume, un rôle de premier plan [18][18] Il est possible que son étude du système des castes,…. Dans Kingship, le sacrifice est seulement l’un quelconque des vingt-six rites constitutifs de la cérémonie d’installation [ 1927, p. 70-71]. Bien mieux, dans Social Origins, il ne figure même plus dans la liste des rites fondamentaux [ 1954, p. 39], quoiqu’on en retrouve la trace dans presque tous les chapitres, mais comme ingrédient et dans l’ombre d’autres rites, par exemple, noyé, pour ainsi dire, dans le bain rituel des cérémonies fidjiennes [p. 45]. Détail significatif :

Hocart utilise le moins possible le terme de sacrifice, auquel il préfère celui de sacrement, car, dit-il, bien que les deux mots aient des sens voisins, le premier, qui avait à l’origine une extension très large, est maintenant fâcheusement associé à l’idée d’égorgement d’une victime, c’est-à-dire à un épisode particulier du rituel qui est loin d’être le plus important [ 1935, p. 175; 1951, p. 501; 1954, p. 48]. Mais coup de théâtre, il lui a fallu, en fin de compte, reconnaître à cet épisode la place éminente de sacrement originel.

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À vrai dire, Hocart n’a pas attendu les toutes dernières années de sa vie pour intégrer le sacrifice dans sa théorie générale du rituel et même lui accorder, en un certain sens, une place centrale. Sa définition du rituel, comme « une organisation dont le but [est] de contribuer à la vie, à la fertilité, à la prospérité – en ôtant la vie à des objets qui en regorgent pour la communiquer à d’autres moins bien pourvus » [ 1978, p. 71] – n’est rien d’autre qu’une description de la mise à mort rituelle et des effets bénéfiques qui en sont attendus. Mais cette définition implicite du sacrifice fait de lui un simple transfert de vie. Sauf régression à l’infini, elle suppose, comme la première théorie de Frazer, que certains êtres sont, par nature, dotés de vertus propres, mais transférables à d’autres êtres. Or cela s’accorde mal avec un principe fondamental du rituel, suivant lequel il n’existe pas de personne ou d’objet « possédant une vertu inhérente à soi-même », et aux termes duquel tout être doué d’un pouvoir l’a acquis « par la consécration, c’est-à-dire après avoir reçu “la vie”» au cours d’une cérémonie appropriée [1935, p. 224].

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Car, si le sacrifice humain est bien le sacrement originel, ce principe nous invite à penser la mise à mort rituelle non plus comme transfert de vie, mais comme source de vie.

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Mais c’est ce dernier pas que Hocart ne parvient pas à franchir, ni avant ni après avoir découvert que les premiers rois furent des rois morts et que le sacrifice est générateur de la royauté sacrée et de toutes les institutions qui en dérivent. Sans doute écrivait-il, dans Progress of Man, que « le rituel tout entier est fondé sur cette notion que nul objet ne possède par soi-même une vertu inhérente ». Mais il ajoutait aussitôt : « Le but essentiel du rituel est précisément de transférer le pouvoir d’un récipiendaire à un autre » [1935, p. 225], ouvrant ainsi la voie à une régression interminable, qui deviendra explicite dans le chapitre X de Social Origins. Ce dernier a beau être intitulé « L’origine des sacrements », il étudie en fait leurs transformations, en remontant, il est vrai, aussi loin que possible dans le passé, et même en reconstruisant une forme hypothétique de cérémonie royale primitive, mais sans jamais pouvoir atteindre un terme vraiment premier. Car, si l’on n’est pas roi par nature, mais seulement à titre de victime sacrificielle, comment acquiert-on, au préalable, le statut de victime digne d’être immolée ? Nul n’étant sacré par lui-même, il faut supposer un rite de consécration de la victime [ 1954, p. 81]. Mais alors le sacrifice humain proprement dit, c’est-à-dire la mise à mort, n’est plus le rite primordial, et ainsi de suite. Ce n’est pas tout. Car, si tout rite suppose un autre rite qui, à son tour, suppose une société déjà instituée, on ne peut plus soutenir, non plus, la thèse de l’origine rituelle de la société.

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Pour sortir de ces apories, il faudrait pouvoir remonter jusqu’à une matrice prérituelle de la société, c’est-à-dire découvrir un processus spontané propre à engendrer les rites eux-mêmes, à commencer par le sacrifice humain, qui forment, nous le savons, l’infrastructure de la vie sociale. C’est le mérite des auteurs dont nous allons parler maintenant d’avoir affronté cette difficulté : d’avoir moins cherché la forme originelle et les transformations du rituel prototypique que sa genèse à partir de conditions universelles et de situations récurrentes.

L’APPORT GIRARDIEN : DE LA VICTIME SACRIFICIELLE À LA VICTIME ÉMISSAIRE

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C’est à la veille de sa mort, en 1939, que Hocart, prolongeant la théorie frazérienne de la royauté sacrée, découvre que le roi est dans son principe une victime sacrificielle, autrement dit que c’est la mise à mort rituelle qui élève un individu au statut de roi, qui fait de lui le personnage central de toutes les cérémonies collectives, le pivot ou la clef de voûte du groupe social. Or, c’est à la même époque que Freud, grand lecteur de Frazer et de Robertson Smith, disparu lui aussi en 1939, reprend et approfondit, dans Moïse et le monothéisme, sa théorie du lien social fondé sur le meurtre du Père, qu’il avait déjà présentée dans Totem et Tabou.

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Pour l’un comme pour l’autre, donc, la société se forme et s’organise autour d’un cadavre, et plus précisément celui d’une victime. Mais chez Hocart, il s’agit d’une victime mise à mort rituellement par un sacrificateur, et chez Freud, de la victime d’un meurtre collectif spontané. L’anthropologue remonte aux commencements de la vie sociale, le psychanalyste à ses origines. L’un décrit les premières formes sacramentelles de la vie collective, l’autre leurs racines psychologiques et historiques. Leurs démarches sont à la fois très proches et différentes, l’une beaucoup plus prudente, l’autre plus ambitieuse.

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Dans sa recherche des fondements rituels de la vie sociale, Hocart voit bien la nécessité de déduire tous les sacrements, attestés par l’ethnographie et l’histoire, non de l’un d’entre eux pris en particulier, mais d’une souche commune qui leur est extérieure. Mais, dans son esprit, cette souche est encore un autre sacrement, plus ancien et protypique : elle a le même statut qu’une langue hypothétique disparue dont on postule l’existence pour comprendre les propriétés des langues accessibles à l’observation, sans expliquer pour autant l’origine du langage.

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Freud, en revanche, cherche la source même de l’organisation sociale et de ses formes rituelles, et il voit bien que, pour y parvenir, il faut se placer dans un état préculturel situé en amont des rites et des institutions, et permettant d’en faire, ou d’en refaire, la genèse. Son ambition est légitime, et il faut la mettre à son crédit. Mais sa méthode a deux défauts importants : celui de vouloir tirer, d’un événement unique et exceptionnel, toute l’histoire familiale, religieuse et politique de l’humanité; et celui de présupposer la principale des structures que cet événement est censé engendrer, à savoir la relation œdipienne, déjà implicitement présente dans la horde primitive.

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Pourtant, en dépit de ces faiblesses, le travail de Freud reste une importante contribution à la science. À bien regarder les choses, il décrit moins les traces obsédantes d’un crime originel inexpiable qu’il ne montre comment les sociétés se défont et se refont sous l’effet de causes générales et récurrentes, et comment elles repassent périodiquement par un point fixe, en commémorant rituellement, ou même en reproduisant spontanément, la scène primitive. En effet, sans le dire expressément, Moïse et le monothéisme laisse entrevoir que le meurtre fondateur n’est pas un événement sans précédent ni retour possible, mais qu’il pourrait se répéter à chaque fois que des conditions génériques se trouvent à nouveau réunies.

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Malheureusement, Freud lui-même n’aura pas le temps de développer cette découverte tardive ni même de l’apercevoir clairement, et ses successeurs négligeront de la reprendre et de l’approfondir. Psychanalystes et anthropologues s’entendront, au contraire, pour jeter un voile pudique sur cette partie de son œuvre. Aussi faudra-t-il attendre 1972 pour voir un esprit libre rouvrir, en étudiant la tragédie grecque, un dossier abandonné depuis 1939, retrouver les meilleures intuitions de Freud et de Hocart, et découvrir les moyens de bâtir avec elles la première théorie plausible des origines violentes des sociétés humaines.

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Nous voulons parler de René Girard [19][19] Ajoutons que l’année 1972 est également celle de la… qui, dans la Violence et le Sacré, jette les bases d’une théorie générale des formes élémentaires de la vie religieuse et sociale, sans remonter vers un improbable rite primordial dont tous les autres seraient issus, ni vers un événement préhistorique qui aurait laissé son empreinte sur toutes les sociétés présentes ou passées, mais en mettant au jour un mécanisme universel et intemporel dont les opérations et les effets peuvent se réactiver indéfiniment et qui constitue une matrice permanente, prérituelle et préinstitutionnelle, des rites et des institutions.

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Ce n’est pas le lieu d’exposer en détail les analyses et les raisonnements de Girard, ni même d’en résumer la substance, mais seulement de désamorcer les contresens qui font obstacle à sa compréhension et de montrer sa pertinence pour l’étude de la royauté.

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Il faut d’abord dissiper un premier malentendu. Bien qu’il tienne le plus grand compte des données recueillies par l’éthologie sur l’agressivité intra-spécifique, ainsi que sur sa propension à la ritualisation, déjà présente dans le règne animal, Girard ne prend pas parti sur la question de savoir si cette agressivité est ou non une pulsion autonome. En ce qui le concerne, loin de postuler une nature humaine intrinsèquement violente, il caractérise l’humanité par le mimétisme, propriété déjà fort développée chez les singes supérieurs, mais plus accentuée encore chez les hommes, qui seraient donc les animaux les plus mimétiques. C’est à partir de cette unique propriété, tenue pour discriminante et dont il tire systématiquement les conséquences, qu’il entend déduire l’ensemble des autres traits caractéristiques de l’humanité, en particulier tout ce que l’on nomme la culture, tout ce qui, en elle, relève de l’ethnologie proprement dite et non de la simple éthologie. Son travail prolonge tout naturellement les résultats de ceux qui avaient déjà établi l’origine rituelle de la civilisation, car il montre qu’un surcroît de mimétisme entraîne un surcroît d’agressivité intra-spécifique dont la régulation exige l’apparition de nouvelles formes rituelles.

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Comme la langue, selon Ésope, le mimétisme est, pour l’humanité, la meilleure et la pire des choses. Il a, sur la culture et sur la société, les effets les plus contrastés, pouvant affaiblir ce qu’il aide à prospérer et guérir le mal qu’il produit. Principal facteur de transmission et de diffusion des coutumes, comme l’avait noté Hocart [ 1973, chap. XIII], il favorise la reproduction et la stabilité des cultures. Mais facteur d’homogénéité, il risque d’effacer les différences, constitutives – pour Girard comme pour Lévi-Strauss – de l’essence même de la culture, et de provoquer ou d’accélérer la « crise sacrificielle », dont l’illustration type est la confusion du sacrifice et du meurtre dans la tragédie grecque [Girard, 1972, chap. II; Burkert, 1966]. Opérateur de convergence des désirs et des actions, il peut être alternativement facteur de division ou d’union. En dirigeant les désirs des individus vers les mêmes objets non partageables, et en les entraînant dans le jeu de miroir de la réciprocité négative, il divise le groupe en frères ennemis dont il attise les rivalités et il déclenche la crise sacrificielle, en finissant par faire disparaître tout point d’ancrage externe, tout autre objet de conflit que le conflit même. En canalisant, par simple contagion mimétique, toutes les violences sur un seul individu – la victime émissaire –, il recompose spontanément l’unité du groupe dans l’unanimité retrouvée, dans le tous-contre-un de la violence collective, et met fin à la crise en rétablissant entre les sociétaires un tiers objet extérieur : la victime, le dieu qui a déclenché la panique puis résolu la crise en ramenant la paix, le roi sacré, le totem ou tout autre médiateur transcendant.

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Cela posé, il est facile de dissiper deux autres malentendus. Contrairement à des idées reçues, la théorie girardienne ne privilégie pas tel ou tel rite particulier, mais montre leur commune origine, et elle ne présuppose pas l’existence de la société, mais décrit un mécanisme capable de l’engendrer ou de la réengendrer. C’est Hocart, nous l’avons vu, qui, après avoir déduit toutes les institutions des sacrements, semblait tenté, dans ses derniers écrits, de déduire tous les sacrements d’un rite particulier, en l’occurrence le sacrifice qui, comme tout rite spécifiquement humain, présupposait la société déjà instituée, ce qui le conduisait d’ailleurs à postuler un rite de sélection de la victime, antérieur au rite supposé originel, etc.

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Girard évite de telles impasses, avec sa théorie de la double substitution [ 1972, p. 146-149 et p. 372] et la distinction très nette qu’elle implique entre le meurtre fondateur et la mise à mort rituelle (sacrifice, régicide, etc.). Le meurtre fondateur, nous venons de le voir, est le produit d’un mécanisme spontané qui substitue, à toute la collectivité en crise, un seul de ses membres, la « victime émissaire ». Dans un sacrifice, ou toute autre mise à mort sacralisée, ce processus spontané est relayé par une procédure rituelle consistant à substituer à la victime émissaire une victime sacrifiable prise en dehors ou en marge du groupe (animal, prisonnier de guerre, criminel, etc.) et à l’immoler après l’avoir intégré au groupe (l’ours des Aïnous est nourri au sein par une femme, le prisonnier tupinamba épouse une femme du groupe qui l’a capturé, etc.). Mais d’autres formations substitutives sont possibles, avec d’autres rites, mais aussi des traits permanents. Dans la plupart des chefferies mélanésiennes ou des monarchies africaines, le roi, qu’il soit mis à mort ou non, est, comme la victime sacrificielle, souvent un étranger, à la fois extérieur au groupe et centre vivifiant du groupe. Chez les chasseurs de tête mundurucu, c’est autour de la tête d’un ennemi, mais décorée avec le tatouage du groupe preneur, que l’on célèbre le grand rituel collectif, et c’est le preneur de têtes qui est soumis aux mêmes interdits qu’un roi sacré [Menget, 1996].

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Issus de la même matrice, tous ces rites sont apparentés, et pourtant fort différents.

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Le dernier malentendu porte sur la nature de cette matrice : le meurtre fondateur girardien, quand il n’est pas confondu avec le rite sacrificiel ou celui du bouc émissaire, est souvent assimilé au meurtre du père de la horde primitive. Loin d’expliquer scientifiquement la société, Girard la ferait naître de rites qui la supposent ou alors forgerait tout simplement une nouvelle variante du mythe freudien. Ce grief est étonnant, car la Violence et le Sacré a précisément la vertu d’échapper à cette alternative spécieuse, en empruntant une troisième voie que ni Social origins ni Totem et Tabou n’ont réussi à découvrir. La crise sacrificielle et sa résolution violente ne sont ni des institutions ni des événements archaïques, mais des formes canoniques de déstructuration et de restructuration du tissu social, qui peuvent resurgir à tout moment de l’histoire d’un groupe humain quelconque, car elles sont dues à des causes générales et permanentes, sous-jacentes à toutes les institutions.

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Ce type de modèle explicatif a d’ailleurs une forme tout à fait classique, qui met encore mieux en valeur son contenu propre, et devrait contribuer à le rendre plus intelligible. Par bien des côtés, en effet, le travail de Girard ressemble à celui de Hobbes. L’un comme l’autre veulent comprendre comment le lien social se forme et se stabilise. Or, comparons les premiers chapitres de la Violence et le Sacré avec les chapitres XIII à XVII du Léviathan. La crise sacrificielle de Girard a le même statut que l’état de nature de Hobbes, ils proviennent à peu près des mêmes causes et ont en gros le même effet : l’émergence d’un tiers transcendant, situé à la fois au centre et en dehors de la société.

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D’un côté comme de l’autre, il ne s’agit pas de décrire un moment quelconque de l’histoire humaine, mais les conditions permanentes des interactions des individus et des groupes [20][20] La seule différence importante entre Hobbes et Girard…. Si l’état de nature, chez Hobbes, est nécessairement un état de guerre, ce n’est pas parce que les hommes seraient méchants par essence, c’est seulement parce qu’ils ont en commun de redouter la mort et d’être rationnels. L’homme est un loup pour l’homme parce que les désirs des individus peuvent converger sur des objets non partageables et que, en l’absence de médiation institutionnelle, nul n’est tenu d’agir autrement que ses semblables : si bien que chacun anticipe le conflit et le rend inévitable, en prenant les devants, de crainte d’en être la première victime. Si l’homme est un animal mimétique, comme le suppose Girard, la convergence des désirs, de possible qu’elle était chez Hobbes devient nécessaire, et la guerre de tous contre tous s’installe par simple contagion des conflits, sans avoir à faire appel au postulat de rationalité.

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L’hypothèse girardienne montre encore mieux son élégance et sa puissance quand il s’agit d’expliquer la résolution de la crise. Parce que les hommes sont rationnels, reprend Hobbes, ils cherchent à sortir de l’état de guerre : ils se mettent donc tous d’accord pour faire allégeance et remettre les pleins pouvoirs à l’un d’entre eux, le Souverain qui, tout en n’étant pas partie prenante du contrat, garantit la paix par sa seule existence, comme « un dieu mortel sous le Dieu immortel ». Par simple mimétisme, montre Girard, les conflits convergent mécaniquement sur une seule victime pour engendrer le roi mort de Hocart, le roi sacré de Frazer et le monarque absolu de Hobbes qui sont tous des avatars successifs de la victime émissaire.

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On peut même améliorer cette démonstration. Contrairement à la théorie girardienne, qui fait d’une pierre deux coups, celle de Hobbes montre seulement que les hommes doivent se donner un roi sans expliquer comment celui-ci peut être choisi. Mais un bon commentateur du Léviathan a réussi à combler cette lacune, en établissant que, des prémisses de Hobbes, il résulte que le Souverain ne peut être que l’ennemi public, celui qui, dans l’état de nature, a eu maille à partir avec l’ensemble des autres individus [Dumouchel, 1986]. Conséquence étonnante : celui qui reste le seul à pouvoir tuer tout le monde – c’est la définition même du souverain – serait celui-là même que tout le monde souhaiterait tuer. Ce renversement serait paradoxal si nous ne connaissions déjà la proximité du roi et du bouc émissaire. Et ce n’est pas tout. Commentant des faits recueillis par Susan Drucker-Brown [ 1991], l’auteur d’une belle étude du serment montre que, chez les Mamprusi, le groupe social s’organise autour d’un personnage ambigu, commençant son règne par un parjure qui le met à la fois, lui aussi, en position de chef et d’ennemi public [Devictor, 1993]. L’accord de ces résultats est d’autant plus remarquable qu’ils sont, en grande partie, indépendants. Le raisonnement de Dumouchel est purement axiomatique et ignore l’ethnographie, celui de Devictor s’appuie exclusivement sur l’anthropologie du serment et l’ethnographie des Mamprusi. Le seul point commun des auteurs est d’avoir lu la Violence et le Sacré et d’en faire travailler les principes en dehors de leur champ d’origine, Girard lui-même ne disant pas un mot de la théorie politique de Hobbes ni des pratiques juratoires.

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En revanche, la théorie girardienne aborde explicitement le thème de la royauté [ 1972, p. 149-169,415-425; 1978, p. 59-66; 1985, p. 128-141] et, couronnant les travaux de Frazer et de Hocart, semble capable de rendre compte de tous les aspects de l’institution. Car, si le roi est un avatar de la victime émissaire, on comprend immédiatement sa fonction, les rites auxquels il est soumis, les transformations et variantes possibles de son statut, et l’émergence du pouvoir politique. Deux raisons principales expliquent que la victime émissaire puisse contenir virtuellement toutes les modalités de l’institution monarchique et bien d’autres choses encore, deux raisons qui sont liées à la temporalité du meurtre fondateur et de sa reprise rituelle.

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Première raison : la superposition de deux figures opposées de la victime émissaire qui, juste avant sa mise à mort, apparaît comme un monstre et un fauteur de troubles, et juste après, comme une divinité tutélaire ayant rétabli l’ordre et la paix, par un retournement d’une mort ignominieuse en apothéose. De ce contraste fondamental dérivent toute l’ambiguïté de la personne sacrée du roi, oscillant entre l’impureté et la sainteté, toutes les précautions rituelles prises pour s’en protéger ou pour le protéger, et le dédoublement rituel de ce composé instable dont la royauté mossi nous a donné une illustration.

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Seconde raison :un délai plus ou moins important s’écoule entre le moment où la victime rituelle, substituée à la victime émissaire, est sélectionnée et le moment où elle est immolée. Si ce délai est très court, nous avons le sacrifice et la divinité, qui apparaîtra plus tard comme son destinataire, mais qui est d’abord engendrée par le rite et tenue par lui à bonne distance [21][21] Pour l’analyse d’un exemple africain montrant clairement…. Si le délai s’allonge, nous avons la royauté sacrée et le régicide, et c’est à la faveur de ce délai, dit Girard, que le roi peut transformer sa charge rituelle en pouvoir politique, grâce au principe de substitution qui est l’âme du mécanisme victimaire, et permet à un double rituel d’endosser la face sombre de l’institution. Mais bien entendu, il existe des formes intermédiaires comme la captivité du prisonnier tupinamba, déjà évoquée, et par ailleurs le dieu et le roi ne sont jamais complètement séparés : comme le roi est une espèce de dieu vivant, la divinité est « une espèce de roi mort, ou tout au moins “absent” » [Girard, 1978, p. 66].

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Tout cela confirme que le roi est d’abord un bouc émissaire, comme les obscurités de la théorie frazérienne standard nous l’avaient déjà fait comprendre. Mais la théorie girardienne nous montre que cette fonction n’est pas magique ou symbolique. Le mécanisme victimaire nous révèle au contraire que, bien avant de conquérir le pouvoir politique, le roi, comme substitut de la victime émissaire, est ipso facto un régulateur de la vie sociale. Cela n’est pas trivial. Lorsqu’il présente le rituel comme un moyen de s’unir contre l’adversité, Hocart songe surtout aux dangers venus de l’extérieur – sécheresse, intempéries, maladies, etc. – alors que les forces les plus redoutables, comme l’a bien vu Hobbes, sont inhérentes à la nature humaine. Or, c’est précisément pour endiguer ces dernières que les hommes ont besoin de rites royaux ou sacrificiels. Comme les Samo le disent fort justement, le tyiri, le roi bouc émissaire, est celui qui « “rassemble” ou “tient” le village, au sens de maintenir ensemble des éléments juxtaposés » [Héritier, 1973, p. 127].

91

Bien que « ligoté » par son peuple et par le rituel, il est à sa manière et à son corps défendant l’artisan du lien social. Comme la victime sacrificielle, et pour la même raison, il est un étranger au sein de son peuple, et comme la victime émissaire dont tous les deux proviennent, il est le vinculum substantiale de la collectivité.

92

De tels faits sont d’ailleurs bien connus et attestés par de multiples exemples, mais la théorie girardienne est la seule à les rendre pleinement intelligibles [22][22] Pour une excellente présentation de la théorie girardienne….

93

On montrerait facilement que l’on peut en déduire la structure des grands rites royaux, à commencer par les cérémonies d’installation, ainsi que de nombreux rites apparentés, présents dans les sociétés les plus diverses. Mais notre propos était seulement de poser les principes. Une fois ceux-ci établis, le reste est simplement affaire d’exécution.


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  • HAMERTON -KELLY R. G. (sous la dir. de), 1987, Violent Origins, Walter Burkert, René
  • Girard, and Jonathan Z. Smith on Ritual Killing and Cultural Formation, Stanford,
  • Stanford University Press.
  • HÉRITIER F., 1973, « La paix et la pluie. Rapports d’autorité et rapport au sacré chez les Samo », L’Homme XIII-3, p. 121-138.
  • HEUSCH L. DE, 1990, « Introduction » à « Chefs et rois sacrés », Systèmes de pensée en Afrique noire, 10, p. 7-33.
  • – 1997,« The symbolic mecanisms of sacred kingship :rediscovering Frazer », Journal of the Royal Anthropological Institute (N.S.), 3, p. 213-232.
  • HOCART A. M., 1927, Kingship, Londres, Oxford University Press.
  • – [ 1933] 1935, Les Progrès de l’homme, traduit de l’anglais par G. Montandon.
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  • – 1951, « Sacrifice », Encyclopædia of the Social Sciences, XIII, p. 501-503.
  • – 1954, Social Origins, Londres, Watts.
  • – 1973, Le Mythe sorcier et autres essais, traduit de l’anglais par F.Verne, Paris, Payot.
  • – [ 1936], 1978, Rois et Courtisans, traduit de l’anglais par M.Karnoouh et R.Sabban,
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  • LÉVI-STRAUSS C., 1954,« L’art de déchiffrer les symboles », Diogène n°5, p. 128-135.
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  • – 2001, « Voir sans être vu : la place royale », à paraître dans les actes du colloque « Culture et spatialité », Québec, octobre.
  • – 2002, « Hocart and the royal road for understanding anthropology », Social
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  • SYSTÈMES DE PENSÉE EN AFRIQUE NOIRE, 1990, n° 10, « Chefs et rois sacrés », textes présentés par L. deHeusch.
  • – 1996, n° 14, « Destins de meurtriers », textes réunis par Michel Cartry et
  • MarcelDetienne.

Notes

[1]

Nous remercions Mark Anspach de ses suggestions.

[2]

Pour une ébauche, voir L. Scubla, « Voir sans être vu : la place royale » dans les actes du colloque « Culture et spatialité », Québec, octobre 2001 (à paraître).

[3]

Voir, par exemple, deux livraisons très riches de Systèmes de pensée en Afrique noire : « Chefs et rois sacrés » (textes réunis par L.deHeusch) [ 1990] et « Destins de meurtriers » (textes réunis par M. Cartry et M. Detienne [ 1996].

[4]

Nous nous écartons sur ce point de M. Izard et N.Belmont [ in Frazer 1981, p. XXIX ] dont l’introduction au Rameau d’or contient par ailleurs des remarques fort utiles.

[5]

Pour une présentation très élémentaire des notions de singularité et de déploiement, ainsi que de leur usage possible en anthropologie, cf. Scubla [ 1993]; pour une esquisse du déploiement canonique de l’institution royale, cf. Scubla [ 2001, à paraître].

[6]

Voir de Heusch [ 1990 et 1997 – traduction anglaise, par D.Quigley, d’une version remaniée du texte de 1990].

[7]

Voir A. deSurgy, inSystèmes de pensée en Afrique noire, 10, p. 97.

[8]

Comme les logiciens, nous appelons thèse une proposition et théorie une explication, c’est-à-dire une relation d’inférence entre des propositions. Cette distinction est utile pour énoncer avec précision notre point de vue :la première théorie de Frazer n’est pas probante (elle n’explique pas le régicide), mais contient une thèse vraie (le roi est garant de la prospérité). On notera que L. de Heusch [ 1990,1997], qui ne relève pas les faiblesses de la première théorie, appelle pour sa part « thèses de Frazer » ce que nous appelons « théories de Frazer ».

[9]

« Though it appears in diverse historical forms, sacred kingship always has a common theme : the body-fetish of the chief or king articulates the natural and social orders. It is a body condemned to be sacrificed before its natural end, and which, in the event of calamity, will be society’s scapegoat. It is just as Frazer envisaged it » [de Heusch, 1997, p. 231].

[10]

Par « association nouvelle de la violence et du sacré », il faut entendre, semble-t-il, non pas une nouvelle association, mais une association qui constituerait une nouveauté, alors que Girard y verrait une donnée originelle (et non pas « originale », comme dirait fautivement le texte français). C’est du moins ce qui ressort de la version anglaise de ce passage de Heusch [ 1997, p. 225]. Cela dit, il y a bien, dans un royaume de type mossi, une nouvelle forme d’association de la violence et du sacré, en ce sens que la violence n’y est plus exercée contre le chef, mais par le chef.

[11]

Dans un passage de la version anglaise de son texte, où il commente un article d’EmmanuelTerray, deHeusch voit bien que la royauté sacrée est une institution qui transforme la violence brute en une violence légitime dont le chef de l’État va devenir le dépositaire. Mais il en reste là [ cf. 1997, p. 229]. Dans La Violence et le Sacré, Girard met au jour le mécanisme qui opère cette transformation et explique le « formidable ritual power » [ ibid.] qui va servir de souche au pouvoir politique.

[12]

C’est du moins le cas de tous les textes réunis dans le cahier 10 de Systèmes de pensée en Afrique noire.

[13]

Pour une autre présentation, un peu plus complète, des thèses principales de Hocart, voir Scubla [ 2002].

[14]

Comme Vincent Descombes l’a bien montré, le recours au terme de « symbolique », jugé plus élégant que celui de « sacré », n’a pas amélioré la compréhension des phénomènes religieux. « En échangeant le sacré, notion assurément inquiétante, contre le symbolique, la sociologie française a cru progresser dans l’intelligence de son objet. Mais elle demande à ce symbolique des services qu’il est incapable de lui rendre. Il faudrait qu’il soit à la fois du côté de l’algèbre, c’est-à-dire de la manipulation des symboles, et du côté de l’“efficacité symbolique”, comme dira Lévi-Strauss, c’est-à-dire du côté des sacrements. Le sacrifice et les sacrements ont pour effet la production du corps social d’où surgissent les algébristes : on en vient à rêver d’une auto-production, d’une algèbre qui permettrait de manipuler le corps social. Ainsi la théorie du? ? symbolique est-elle toujours assise entre deux chaises, mi-algèbre algébrique, mi-algèbre religieuse. Il est donc indispensable de renoncer à ce mystérieux “symbolique” pour pouvoir envisager à nouveau, par-delà le structuralisme, la réalité énigmatique du sacré » [ 1980, p. 93].

[15]

Nous sommes redevable de cette expression à René Girard, qui l’avait employée jadis dans une réunion publique.

[16]

Nous reconstruisons librement le raisonnement de Hocart [ 1954, chap. X], en essayant d’être le plus cohérent et le plus complet, mais aussi le plus fidèle possible.

[17]

Bien qu’il présente le sacrifice humain comme étant le « sacrement originel » [ 1954, p. 117], Hocart en parle aussi comme d’un rite antérieur aux sacrements proprement dits lorsqu’il écrit que « la [mise à] mort du roi a été commuée en un sacrement » [ 1954, p. 82].

[18]

Il est possible que son étude du système des castes, explicitement défini comme une organisation sacrificielle [ 1938, p. 29], ait joué un rôle dans cette découverte. Mais le raisonnement développé dans le chapitre X de Social Origins ne dépend pas de données empiriques particulières.

[19]

Ajoutons que l’année 1972 est également celle de la parution de Homo necans, un livre de Walter Burkert qui marque, lui aussi, la renaissance de la grande anthropologie religieuse. Comme Girard, Burkert [ 1966] a écrit de belles pages sur les rapports de la tragédie grecque et du sacrifice. Pour une présentation rapide de leurs thèses respectives, voir Scubla [ 1999], et pour un débat entre les deux auteurs, voir Hamerton-Kelly [ 1987].

[20]

La seule différence importante entre Hobbes et Girard est d’ordre épistémologique. Hobbes est constructiviste :il estime que les objets et les théorèmes de la science politique peuvent être construits et établis a priori comme les objets et les théorèmes mathématiques, alors que nous pouvons seulement tenter de reconstruire a posteriori les objets du monde physique ( De Homine, X, 5). Girard est plus modeste : il tente seulement de reconstruire la morphogenèse spontanée de l’ordre social.

[21]

Pour l’analyse d’un exemple africain montrant clairement que les dieux du sacrifice ne sont que la violence humaine, réifiée et extériorisée par le meurtre fondateur et les rites qui le relaient, voir Scubla [ 1999, p. 157-159].

[22]

Pour une excellente présentation de la théorie girardienne avec des développements originaux, voir Simonse [ 1991].


Présidentielle 2017: Oui, la politique, c’est vraiment ça et dans tous les partis ! (Un ancien attaché parlementaire fictif de Bayrou découvre les dessous d’une élection ou tout s’accordait, jusqu’au sommet de l’Etat, pour protéger Emmanuel Macron)

7 mai, 2017
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La Commission nationale de contrôle a été saisie vendredi soir par le mandataire de M. Macron à la suite d’une attaque informatique dont son mouvement a été l’objet, et qui a donné lieu à la diffusion sur les réseaux sociaux de données présentées comme issues des systèmes d’information du candidat, mais dont une partie est probablement constituée de faux. Dans l’immédiat, compte tenu de l’entrée dans la période de réserve depuis vendredi minuit, et dans l’attente de la réunion de la Commission qui interviendra dans les prochaines heures, son président appelle l’attention des médias sur le sens des responsabilités dont ils doivent faire preuve, alors que sont en jeu la libre expression du suffrage des électeurs et la sincérité du scrutin. Il demande donc aux organes de presse, et notamment à leurs sites internet, de ne pas rendre compte du contenu de ces données, en rappelant que la diffusion de fausses informations est susceptible de tomber sous le coup de la loi, notamment pénale. Commission électorale
Le mouvement En Marche ! a été victime d’une action de piratage massive et coordonnée donnant lieu ce soir à la diffusion sur les réseaux sociaux d’informations internes de nature diverse (mails, documents comptables, contrats…). Les fichiers qui circulent ont été obtenus il y a plusieurs semaines grâce au hacking de boîtes mail personnelles et professionnelles de plusieurs responsables du mouvement. Ceux qui font circuler ces documents ajoutent à des documents authentiques nombre de faux documents afin de semer le doute et la désinformation. Intervenant dans la dernière heure de la campagne officielle, cette opération relève manifestement de la déstabilisation démocratique, comme cela s’est déjà vu aux Etats-Unis pendant la dernière campagne présidentielle. (…) Bien évidemment, les documents provenant du piratage sont tous légaux et traduisent le fonctionnement normal d’une campagne présidentielle. Leur diffusion rend publiques des données internes mais n’est pas de nature à nous inquiéter sur la remise en cause de la légalité et de la conformité des documents concernés. (…) Nous appelons les médias désireux de rendre compte de cette opération à prendre leurs responsabilités en conscience. Il ne s’agit en effet pas d’une simple opération de piratage mais bel et bien d’une tentative de déstabiliser l’élection présidentielle française. Il importe par conséquent de prendre en considération la nature des documents fuités, de bien prendre conscience de ce qu’une grande partie d’entre eux sont purement et simplement des faux et l’opportunité de l’écho à donner à cette opération de déstabilisation. Nous prendrons toutes les initiatives nécessaires auprès des acteurs publics et privés pour faire la clarté sur cette opération inédite dans une campagne électorale française. La gravité des faits est d’ores et déjà une certitude et nous ne saurions tolérer que les intérêts vitaux de la démocratie soient ainsi mis en danger. Communiqué En Marche !
On savait qu’il y aurait ces risques-là durant la campagne présidentielle puisque ça s’était produit ailleurs. Rien ne sera laissé sans réponse (…) S’il y a eu effectivement un certain nombre de parasitages ou de captations, il y aura des procédures qui vont entrer en vigueur. Il faut laisser les enquêtes se faire. François Hollande
De plus en plus dans la lumière, Pauline Doussau de Bazignan cultive pourtant une nature discrète. La quadragénaire essaie en effet, autant que faire se peut, de rester en dehors des affaires de son mari et de la politique. « Avec Pauline, nous avons essayé beaucoup de formules possibles pour conjuguer vie publique et vie privée. Le pire aura été de mélanger les deux », a écrit le candidat à la primaire dans son livre A nos enfants. Une conclusion sans doute liée aux révélations de Mediapart. En 2013, le site d’investigation a en effet révélé que depuis six ans, l’épouse de Bruno Le Maire était rémunérée aux frais de l’Hémicycle pour un poste à temps plein et ce, alors qu’au cours d’une interview accordée à Paris Match, elle se décrivait elle-même comme étant « petite-fille d’agriculteurs, artiste-peintre et mère ». Et si Pauline Doussau de Bazignan ne mentionnait pas son poste à l’Assemblée, son mari ne le faisait pas non plus. En réalité, madame Le Maire était en charge du site Internet de son mari, ce qui consistait notamment à rédiger des posts de blog, ce qu’elle pouvait faire depuis chez elle, a par la suite précisé Mediapart. De là à en oublier qu’elle était rémunérée pour cela ? C’était une « erreur de parcours », a par la suite reconnu celui que son épouse surnomme « coquito ». Depuis, ils ne travaillent plus ensemble. Planet.fr
Lorsque j’ai été élue au Parlement européen en 2009, le MoDem avait exigé de moi qu’un de mes assistants parlementaires travaille au siège parisien. J’ai refusé en indiquant que cela me paraissait d’une part contraire aux règles européennes, et d’autre part illégal. Le MoDem n’a pas osé insister mais mes collègues ont été contraints de satisfaire à cette exigence. Corinne Lepage (2004)
Oui, bon, j’ai dû rendre service à Force Démocrate. Je me rappelle très bien de cette personne. (…) Mais ce n’est pas l’affaire Fillon, hein ! En tout cas, à l’époque, cela ne me paraissait pas répréhensible. (…) « C’était normal qu’on aide son parti. Le mien était petit. Quand on pouvait, on lui donnait donc des moyens. Soit sous la forme d’une collaboration, soit via une cotisation exceptionnelle chaque mois. Moi j’ai fait ça pendant un certain nombre d’années. Ancien sénateur
Cela se pratiquait, c’est une réalité. Cela peut paraître choquant aujourd’hui. Cela ne l’était pas à l’époque. D’ailleurs, il y a vingt ans, vous ne m’auriez même pas appelé pour me poser ces questions. » L’élu poursuit : « Aujourd’hui, c’est mieux encadré. Et en raison des affaires, cela le sera encore davantage demain. Notre société avance comme cela, toujours en réaction à un accident. Ce n’est pas vertueux, mais c’est ainsi. Parlementaire socialiste
Les révélations sur les emplois présumés fictifs d’assistants parlementaires (François Fillon, Bruno Le Roux…), les promesses d’exemplarité, semblent libérer la parole de certains ex-collaborateurs. C’est le cas d’un Nantais qui assure avoir occupé, il y a vingt ans, deux emplois fictifs au profit du parti de… François Bayrou. (…) « Quand j’ai vu que François Bayrou se posait en monsieur Propre, en caution morale et père vertueux de la politique, mon sang n’a fait qu’un tour. » Pierre, appelons-le ainsi, la quarantaine, assure avoir occupé des emplois fictifs auprès de deux élus centristes, un député breton actuellement retraité de la politique, et un sénateur devenu juge constitutionnel. « Je ne les ai vus que trois fois en un an. J’ai perçu un salaire, des fiches de paie pour une activité que je n’exerçais pas. Je travaillais en fait pour le magazine Démocratie Moderne du parti Force Démocrate présidé par François Bayrou », révèle-t-il, contrats de travail et un bulletin de salaire à l’appui. La consigne à sa prise de poste, selon lui ? « Si l’on vous demande ce que vous faites au parti, ne dites pas que vous y travaillez. Répondez que vous êtes un militant. » Le Télégramme
Nicolas Grégoire a bien été en contact avec un journaliste de Libé peu après la publication de son premier article. Et il est vrai que nous n’avons rien fait sur le sujet. Par manque de temps, à cause de l’actu folle, parce que cette histoire datée n’est pas apparue aux yeux du journaliste comme une priorité, parce qu’enfin (ce n’est peut-être pas la meilleure raison mais le rapport à la source importe aussi dans ce métier) le ton des échanges (entre parano et accusations diverses) a conduit le journaliste de Libé à y mettre un terme. Il est difficile de dire que Libé a eu ou pas raison. Nous sommes sans cesse contraints à des choix. Peut-être qu’une histoire liée à l’UDF il y a vingt ans semblait moins prioritaire que de se consacrer aux affaires actuelles (Le FN par exemple). L’histoire (si elle se vérifie) aurait sûrement donné des éléments de contexte intéressant sur des pratiques dénoncées pour Fillon mais répandues au delà de ce cas précis. Bref, nous ne l’avons pas fait. Pourquoi les autres média ont visiblement fait le même choix? Peut-être pour les mêmes raisons. Mais il y a une chose qu’on peut dire, c’est que le deuxième article de Nicolas Grégoire, dénonçant la censure médiatique, la presse aux ordres de Bayrou, donc en fait Macron (quelle originalité!) n’a plus rien de journalistique. Le choix de Libé (peut-être mauvais) a été un choix éditorial, d’un seul journaliste qui n’aurait eu aucun mal à écrire sur le sujet s’il en avait eu le temps et l’envie. La question du traitement de l’affaire n’a été évoquée à aucun moment par la direction. Parler de censure est faux, tout simplement. Cédric Mathiot (Libération)
Pendant presque deux ans, j’ai eu deux emplois fictifs. A l’Assemblée nationale, et au Sénat. Je percevais un salaire, des fiches de paie, pour une activité que je n’exerçais pas. Jamais personne ne s’en est ému. Pourquoi suis-je le seul, en vingt ans, à l’avouer sans contrainte ? Durant mon séjour rue de l’Université, bordée par l’Assemblée, quadrillée de partis politiques et refuge de l’ENA, je n’ai vu mes parlementaires, Jean-Jacques Hyest et Ambroise Guellec, que trois fois. Pour signer mes contrats. Pour travailler une matinée à trier du courrier. Et enfin, vidé et amer, en perte totale de repères, pour demander à être licencié. Fraîchement diplômé en journalisme européen, c’est un peu par hasard que j’ai rejoint l’équipe de Force démocrate, jeune parti d’un petit nouveau plein d’ambition : François Bayrou. Démocratie Moderne, magazine du parti dont Bayrou était directeur de la publication, cherchait un rédacteur. Jeune, malléable, pas regardant sur le salaire et recommandé par un ancien cadre, j’ai fait l’affaire. (…) A peine arrivé, je suis appelé au bureau de Huguette Ducloux, directrice des services. “Le parti n’a pas beaucoup d’argent, donc les parlementaires détachent des assistants pour nous aider”, me dit-elle. “L’utilisation des fonds est à leur discrétion, mais si l’on vous demande ce que vous faites au parti, vous ne dites pas que vous y travaillez. Vous dites que vous êtes un militant”, conclut-elle avec un demi-sourire entendu. Deux affirmations contradictoires dans une même phrase. Double langage politique, auquel j’allais vite m’habituer. (…)  Aujourd’hui, je me revois dans cette période un peu comme un étranger. Un nihiliste qui, à la moindre difficulté, cherchait à écraser. Un homme que le titre gonflé, “je suis attaché parlementaire”, suffisait à faire passer devant tout le monde aux urgences, sans avoir rien demandé. Comme tous les politiques, le pouvoir m’aidait à panser des plaies profondes, allant jusqu’à l’enfance. Je vois aisément pourquoi, après des décennies d’impunité, François Fillon ne comprend pas qu’on l’emmerde “pour des costards” ou son indemnité parlementaire. Sa réalité n’est pas la nôtre. Devant les affaires, je regarde les pantomimes d’outrage et les appels au complot avec une ironie toute professionnelle. L’enrichissement, les cadeaux, les voyages, les grands travaux avant les municipales, les élections internes truquées… Je n’ai plus jamais voté. Les sortants sont balayés. Les nouveaux jurent que tout va changer. Et on recycle. Ad nauseam. Malgré tout j’ai mal. Pour mon pays, car j’y habite. Et parce que j’ai cru en lui. (…) Bayrou, évidemment, nie. En politique, il faut toujours nier. Même la main dans le sac. “Si ça se sait, il niera”, ai-je tellement entendu sur d’autres sujets. Il me semblerait un peu naïf de ne pas y voir un système. Un système peut-être accentué chez les petits partis, qui n’ont pas beaucoup de subventions. Mais dont on retrouve la trace du PS au FN. Un système dans un monde politique qui se juge lui-même. Se finance lui-même. Et se renouvelle entre lui. C’est cette impunité, cette indignité cachée entre phrases choc et plateaux télé, qui a fait le lit de l’extrémisme qui sans une révolution morale finira, un jour, à l’Elysée. Aujourd’hui je regrette d’avoir délaissé une carrière de journaliste pour, même de quelques décimales, participer à la lente putréfaction des institutions françaises. Et je regrette d’avoir joui de cette impunité, qui transforme tant de politiques en fossoyeurs du bien public. “Tu te rends compte que tu vas être diabolisé ? Tu ne pourras plus travailler nulle part”, me dit un ancien du Figaro. Fonctionnement mafieux. Où seule la loyauté est récompensée. Et la trahison punie. Parfois jusqu’à la mort. “Qu’ils viennent. De toutes façons, je ne peux pas tomber de ma fenêtre, j’habite au rez-de-chaussée !” Nicolas Grégoire
Le 2 avril, j’ai décrit dans une tribune mon parcours dans les bas fonds de la politique. Emplois fictifs, extorsion, agressions sexuelles, tout y était, version François Bayrou. Plus de soixante-dix mille lecteurs plus tard, j’ai découvert les dessous d’une élection ou tout s’accordait, jusqu’au sommet de l’Etat, pour protéger Emmanuel Macron. (…) Oui, la politique, c’est vraiment ça : les avantages, les passe-droits. La vie en première classe. Oui, les emplois fictifs sont répandus. Dans tous les partis. (…) Le jour de la parution de Fictif(s), je reçois un email d’un journaliste de Marianne. “Compte-tenu de sa qualité, seriez-vous intéressé pour une éventuelle reprise sur le site de Marianne ?” J’accepte. Deux jours plus tard, je relance. Aucune réponse. Le lendemain, Marianne publie deux pages d’interview exclusive de François Bayou. Mediapart, qui n’avait pas voulu de mon papier, le publie maintenant sans mon autorisation. En signant “la rédaction de Mediapart”. Mes mails de protestation et de demande d’accès abonné n’ont pas de réponse. (…) Je contacte le Canard Enchaîné, dont je connais le rédacteur en chef, Erik Emptaz. “Le Canard vous remercie d’avoir pensé à lui, me répond la secrétaire de rédaction. Votre message est transmis à Erik Emptaz”. Soulagé, je réponds “vous vous réveillez enfin, c’est bien. Je commençais à me demander si vous protégiez Bayrou”. Le Canard ne publiera rien. Et enchaînera les révélations sur Fillon et Le Pen. (…) Quand les autres rédactions bloquent le sujet, Hervé Chambonnière, grand reporter au quotidien régional Le Télégramme, mène son enquête. Avec sérieux, courant après le scoop, il analyse mes preuves, appelle mon ancienne secrétaire de rédaction. Qui lui confirme que je travaillais au parti. Il rend visite à Jean-Jacques Hyest et Ambroise Guellec, mes financiers. Qui nient me connaître et m’avoir embauché. “Après 1988, impossible !” lui jure Hyest. Avant de retrouver la mémoire, devant un CDI signé de sa main. (…) Et pourtant les beaux jours sont terminés. Je vais découvrir les rouages d’une machine à influencer le résultat de l’élection présidentielle. Une alliance d’intérêts dont je n’aurais jamais deviné l’existence ou l’ampleur. (…) J’interpelle journalistes et rédactions sur Twitter. “Et ça, pourquoi vous n’en parlez pas ?” Je contacte les quotidiens. Ils connaissent mon papier, que de nombreux journalistes ont relayé sur les médias sociaux. J’envoie des mails à des adresses souvent bien cachées. (…) Et il ne se passe rien. D’abord réservé, Hervé Chambonnière finit par partager mon incrédulité. “C’est fou. Personne ?” Ce qui n’était qu’une possibilité devient pour moi une évidence : on protège François Bayrou. Mais surtout, via lui, Emmanuel Macron. La bonne société parisienne a choisi son candidat. (…) 21 avril. J’écris à un journaliste de Libération : “je viens avec des preuves d’un système de financement illégal d’un parti (fiches de paie, contrats de travail, preuves que je bossais à l’UDF) et ça ne sort pas. (…) Tous les jours on sort des trucs (et c’est bien) sur Fillon et Le Pen. Et Bayrou, allié de Macron, rien. C’est quand même plus que bizarre, vous ne trouvez pas ? D’ailleurs pourquoi Libé ou aucun quotidien national ne couvre ? J’aimerais qu’on m’explique en quoi les emplois fictifs chez Bayrou ce n’est pas de la news.” (…) Alors que chaque jour sort une révélation sur Fillon ou le FN, le clan Macron a l’air blanc comme neige. Sur les plateaux télé, François Bayrou donne des leçons d’honnêteté. Et personne ne lui pose la question qui dérange. 24 avril. Mediapart sort un article, La revanche de François Bayrou. Ses détournements de fonds n’y sont pas mentionnés, alors que Mediapart dispose des preuves. Nicolas Grégoire

Il fallait tout simplement sauver le soldat Macron !

En cette journée où, sous peine d’excommunication morale, la France entière est appelée …

Pour bouter à nouveau hors de la patrie en danger la « bête immonde »

A valider par son vote le choix de l’ancien conseiller et ministre d’un président qui termine son unique mandat à 12% d’avis favorables …

Suite à l’élimination par le coup d’Etat juridico-médiatique que l’on sait du véritable candidat de l’alternance

Retour sur les tentatives infructueuses d’un ancien attaché parlementaire fictif de Bayrou …

Pour révéler à des médias qui s’étaient montrés pourtant si courageux pour dénoncer les abus du système par le seul Fillon

Les dessous d’une élection ou tout s’accordait, jusqu’au bout et jusqu’au sommet de l’Etat, pour protéger Emmanuel Macron ?

Pas avant le deuxième tour

En dénonçant Bayrou, je voulais changer la politique. Censuré, espionné, cambriolé, j’ai découvert que je ne pouvais pas gagner.

Nicolas Grégoire

3 mai 2017

Le 2 avril, j’ai décrit dans une tribune mon parcours dans les bas fonds de la politique. Emplois fictifs, extorsion, agressions sexuelles, tout y était, version François Bayrou. Plus de soixante-dix mille lecteurs plus tard, j’ai découvert les dessous d’une élection ou tout s’accordait, jusqu’au sommet de l’Etat, pour protéger Emmanuel Macron. Chronique d’un échec annoncé. Et d’une France qui n’est pas la nôtre.

Maintenant ou jamais

“Bonjour ! Je m’appelle Nicolas Grégoire, j’ai eu deux emplois fictifs à l’UDF pour François Bayrou. Et aujourd’hui, je balance”

C’était le bon moment : un mois avant le premier tour. Dans une élection qui s’annonçait serrée. Avec un bon texte, des preuves et une campagne sur les réseaux sociaux, tout le monde m’entendrait. Les médias, d’abord réticents, finiraient par relayer. Et François Hollande, soucieux de sa réputation et peu enclin à protéger ennemis et traîtres, resterait neutre.

En lisant mon brouillon, mes amis découvrent un Nicolas inconnu, un peu inquiétant. “Tout est vrai, sauf le rez-de-chaussée. Je préfère qu’on ne sache pas à quel étage j’habite”. Après quelques jours de relecture, ma souris reste comme suspendue au-dessus de Publier. Le temps ralentit. Avec l’angoisse des grandes décisions, mon doigt s’écrase sur le bouton.

Quinze minutes de célébrité

“Si vous devez lire une chose aujourd’hui, lisez-ça. Vraiment” — quelqu’un sur Twitter

D’abord partagé par trois personnes, Fictif(s) se propage sur les réseaux sociaux. De programmeur en programmeur. Puis un journaliste informatique. Puis France Culture. Puis Cécile Duflot. Puis tout le monde. Pendant deux jours je regarde, fasciné, mon histoire sillonner la France. Et faire le tour des rédactions.

Très vite, les demandes d’interviews arrivent. En choisissant mes mots, je leur dis la même chose. Oui, la politique, c’est vraiment ça : les avantages, les passe-droits. La vie en première classe. Oui, les emplois fictifs sont répandus. Dans tous les partis. “Ah bon, François Bayrou ne me connaît pas ? Pourtant, quand il y avait une coquille dans le journal du parti, il savait où me trouver !” J’insiste sur l’urgence de changer la vie politique avant que, demain ou après-demain, Marine Le Pen gagne l’Elysée. “François Bayrou a l’amnésie pratique. Je ne crois pas qu’il aura l’honneur d’admettre. Oui, il faut moraliser la vie politique. Mais Bayrou ne peut en être ni la caution, ni l’instrument”.

Le jour de la parution de Fictif(s), je reçois un email d’un journaliste de Marianne. “Compte-tenu de sa qualité, seriez-vous intéressé pour une éventuelle reprise sur le site de Marianne ?” J’accepte. Deux jours plus tard, je relance. Aucune réponse. Le lendemain, Marianne publie deux pages d’interview exclusive de François Bayou.

Mediapart, qui n’avait pas voulu de mon papier, le publie maintenant sans mon autorisation. En signant “la rédaction de Mediapart”. Mes mails de protestation et de demande d’accès abonné n’ont pas de réponse.

Très vite, la qualité de mes conversations téléphoniques avec les journalistes est particulièrement mauvaise. Après deux ou trois minutes, les voix se hachent, deviennent métalliques. “Vous voyez, j’habite dans une zone où ça capte plutôt mal. Ça va, mais je capte tout juste. Et là, clairement, quand j’appelle certaines personnes, de la bande passante s’échappe quelque part”.

Je contacte le Canard Enchaîné, dont je connais le rédacteur en chef, Erik Emptaz. “Le Canard vous remercie d’avoir pensé à lui, me répond la secrétaire de rédaction. Votre message est transmis à Erik Emptaz”. Soulagé, je réponds “vous vous réveillez enfin, c’est bien. Je commençais à me demander si vous protégiez Bayrou”. Le Canard ne publiera rien. Et enchaînera les révélations sur Fillon et Le Pen.

Les interviews s’enchaînent. On m’enregistre. On prend note. J’avertis : “Attention, il va y avoir des pressions !” Et toujours la même réponse. “Ah mais Bayrou et ses amis ne font pas la loi chez nous !” Et le sujet ne sort pas.

6 avril. Pour répondre aux demandes des médias et faire taire les mauvaises langues, je publie toutes mes preuves sur Twitter. Et mets les originaux en lieu sûr. Corinne Lepage, qui avait avant moi dénoncé les emplois fictifs chez François Bayrou, retweete immédiatement. Deux minutes plus tard, elle se rétracte.

22h. Dans un appartement éteint et silencieux, je lis à côté de ma fille qui dort à poings fermé. Mon chien bondit en direction de la porte d’entrée en poussant des hurlements. Exactement comme il y a huit ans, quand on essayait de me cambrioler. Je me lève. “Qu’est ce qui se passe, mon chien ?” J’entends quelqu’un dévaler l’escalier. Je reste là, une bonne minute. Le doute s’installe. Dans quoi me suis-je foutu.

Ca sort !

“C’est lui, Grégoire, qui vous a donné ça ? Il est gonflé, le mec !” — Jean-Jacques Hyest, devant mon contrat de travail

Quand les autres rédactions bloquent le sujet, Hervé Chambonnière, grand reporter au quotidien régional Le Télégramme, mène son enquête. Avec sérieux, courant après le scoop, il analyse mes preuves, appelle mon ancienne secrétaire de rédaction. Qui lui confirme que je travaillais au parti. Il rend visite à Jean-Jacques Hyest et Ambroise Guellec, mes financiers. Qui nient me connaître et m’avoir embauché. “Après 1988, impossible !” lui jure Hyest. Avant de retrouver la mémoire, devant un CDI signé de sa main.

Quatre jours après mes révélations, le Télégramme sort en exclusivité un article d’une page.

Bayrou se réfugie derrière son entourage, qui crie à l’élucubration. J’exulte. J’ai dû m’auto-publier. Me dénoncer. Mais la vérité, maintenant, règne. Et Sylvain Maillard, porte parole d’En Marche, me suit sur Twitter.

Le Télégramme en poche, j’appelle l’AFP. On prend mon message. A 20h, un SMS. “Bonjour, je suis journaliste AFP au bureau de Rennes. Pouvons-nous nous rencontrer ?” Tout sourire, mon ex-femme me dit “tu avais raison. Il suffisait qu’un seul le sorte !” L’ancien du Figaro, naguère si pessimiste, me félicite.

Et pourtant les beaux jours sont terminés. Je vais découvrir les rouages d’une machine à influencer le résultat de l’élection présidentielle. Une alliance d’intérêts dont je n’aurais jamais deviné l’existence ou l’ampleur.

Pressions, surveillance et petites lâchetés

“Mon rédacteur en chef ne veut pas le passer. Je comprends pas, je lui ai montré les preuves” — un journaliste de RMC.

10 avril. Trois journalistes d’Europe 1 me contactent en cinq minutes. A Paris, un homme à la voix de chroniqueur m’enregistre dans la cabine. “Mettez vos ceintures, le tourbillon médiatique va commencer”, dis-je à mes proches. On me dit que ça va passer au journal de 18 heures, ou à la matinale. Et le lendemain, sur Europe 1, j’entends : “sinon en politique aujourd’hui, pas grand-chose. On tourne en rond”.

Je contacte le journaliste. “On va le passer votre témoignage, me dit-il. Mais il y a beaucoup d’actu en ce moment”. Agacé, je prolonge par texto. “Bayrou, c’est au moins 12 ans de permanents du siège payés avec des contrats parlementaires : vous avez mon témoignage en 97 et celui de Lepage en 2009. (…) C’est un système couvert par tout le monde, amnistié cette année par un gouvernement de gauche. On n’est pas dans l’anecdote. C’est un scandale énorme. Faites votre enquête”. Une semaine après, je relance. On me répond “ce sujet est en attente”.

11 avril. Après un détour obligatoire sur une messagerie cryptée, je vois la journaliste de l’AFP au café du coin. Nous parlons longuement. Elle semble très intéressée.

12 avril. France Info m’invite à la matinale. “A la suite de votre annonce sur l’emploi fictif en tant qu’attaché parlementaire, seriez-vous disponible pour qu’on en discute pour une éventuelle interview en studio demain matin à 7h40 ?” J’accepte. Quelques heures plus tard, la chargée de production me dit “non, c’est trop compliqué pour demain. (…) Et comme on a déjà fait un sujet dessus ma rédaction en chef préfère attendre. Je suis désolée”. Je ne trouve aucune trace du sujet. Je demande qu’on me donne le nom du journaliste qui a couvert. Pas de réponse.

Le même jour, le responsable des investigations du Nouvel Observateur me dit “je vais prendre vos coordonnées, un journaliste va vous rappeler”. Personne ne rappelle. Et pourtant l’Obs couvre avec assiduité les affaires Fillon et Le Pen.

Après un début fracassant, je me sens cerné par un mur de silence. Au téléphone, l’ancien du Figaro est furieux. “C’est très grave ! On parle d’une élection présidentielle ! Bien sûr que quand ton rédac-chef te refuse un sujet comme ça, tu as envie de ne rien dire pour ne pas perdre ta place. Mais journaliste, c’est pas n’importe quel métier ! On a des responsabilités ! Il faut s’insurger !”

L’enthousiasme fait place à l’impatience. Puis à l’indignation. J’interpelle journalistes et rédactions sur Twitter. “Et ça, pourquoi vous n’en parlez pas ?” Je contacte les quotidiens. Ils connaissent mon papier, que de nombreux journalistes ont relayé sur les médias sociaux. J’envoie des mails à des adresses souvent bien cachées. En y mettant des pisteurs très sophistiqués. Certains ne les détectent pas. A Libération, l’Express, on ouvre mon mail, on clique sur ma tribune. Je les vois faire en direct. Et il ne se passe rien. D’abord réservé, Hervé Chambonnière finit par partager mon incrédulité. “C’est fou. Personne ?” Ce qui n’était qu’une possibilité devient pour moi une évidence : on protège François Bayrou. Mais surtout, via lui, Emmanuel Macron. La bonne société parisienne a choisi son candidat.

— T’as vu, ça sort nulle part !

— Attends, tu viens avec des preuves, et tu n’as aucun rédac-chef qui sort le truc, parce qu’ils ont tous peur d’être punis. Je vais te dire notre profession, elle est morte.

Silences et barbouzeries

“Le message est très clair : tu ne sortiras rien le week-end du premier tour. C’est déjà serré, tu vas pas faire chier”

18 avril. Je formate mon téléphone et mets à jour sa sécurité. Les problèmes de batterie et de qualité sonore disparaissent.

20 avril. Sur l’écran de mon ordinateur, une alerte de l’antivirus. “Votre protection est désactivée”. Impossible de reprendre la main sur le système. Au bout de trois minutes, tout revient à la normale.

21 avril. J’écris à un journaliste de Libération : “je viens avec des preuves d’un système de financement illégal d’un parti (fiches de paie, contrats de travail, preuves que je bossais à l’UDF) et ça ne sort pas. (…) Tous les jours on sort des trucs (et c’est bien) sur Fillon et Le Pen. Et Bayrou, allié de Macron, rien. C’est quand même plus que bizarre, vous ne trouvez pas ? D’ailleurs pourquoi Libé ou aucun quotidien national ne couvre ? J’aimerais qu’on m’explique en quoi les emplois fictifs chez Bayrou ce n’est pas de la news.” Et j’ajoute, écoeuré : “puisque c’est ainsi, je vais sortir un deuxième papier sur les trucs hallucinants qui se passent de mon côté (…). En tous cas, je n’épargnerai personne”.

J’appelle ensuite une amie, journaliste en Suède. En lui racontant ma semaine, j’ai l’impression d’évoluer dans une réalité parallèle. Où l’information est sous contrôle. Où l’on espionne les lanceurs d’alertes. “Bon allez, je te laisse, dis-je, il faut que j’aille à la piscine avec ma fille. A bientôt !” Deux heures plus tard, je m’installe à mon bureau, allume mon ordinateur. Rien. Des pans entiers de mon disque dur ont été effacés. Je pense à un piratage. Puis me souviens avoir éteint ma machine. Il fallait donc y accéder physiquement. On s’est introduit chez moi. Un vertige me prend. La voix tremblante, j’appelle l’ancien du Figaro.

— On m’a effacé mon disque dur.

— Tu sais qui fait ça…

— Les services ?

— Bah oui… C’est illégal. Quelqu’un risque sa carrière. Mais ils le font surtout pour te déstabiliser. Ne t’inquiètes pas, dans quinze jours, ça sera fini.

Comment les services auraient-ils pu aller si loin sans l’aval de l’Elysée ? En tous cas, mission accomplie. Alors que chaque jour sort une révélation sur Fillon ou le FN, le clan Macron a l’air blanc comme neige. Sur les plateaux télé, François Bayrou donne des leçons d’honnêteté. Et personne ne lui pose la question qui dérange.

24 avril. Mediapart sort un article, La revanche de François Bayrou. Ses détournements de fonds n’y sont pas mentionnés, alors que Mediapart dispose des preuves. Sur Twitter, encore une fois, je m’immisce. “Et les emplois fictifs de Bayrou, vous ne couvrez pas ?” Silence. Cette nuit-là, je rêve que je rentre chez moi. Que quelqu’un m’attend dans mon entrée. Ganté de cuir, pour m’étrangler.

— On va te traiter de parano, de conspirationniste.

— Je m’en doute. Mais je me suis pas cambriolé moi-même, non plus !

L’agence prend son temps

“Je vous prie d’arrêter d’être désobligeant” — journaliste de l’AFP

En plein blackout médiatique, je m’accroche à l’AFP. Et encore une fois, j’attends. Le 18, une semaine après l’interview, la journaliste me dit ne pas avoir “contacté tous les protagonistes. Ca devrait sortir mardi matin”.

Le 21 avril, jour de mon cambriolage et vendredi d’avant le premier tour, nouveau texto : “Avez-vous le contact de l’ancienne secrétaire de l’UDF ?” J’en suis sur le cul. Elle n’a même pas fini son article. “Dix jours pour faire une dépêche AFP ! Mais je te la dicte tout de suite, moi : ‘Un ancien assistant parlementaire accuse François Bayrou d’avoir favorisé un système d’emplois fictifs…’ Ca tient en une colonne”.

L’AFP ajoute “je ne connais pas la date de publication, car nous attendons la réaction de M. Bayrou”. Immédiatement, je tape :

— C’est honteux.

— Pardon ?

— Bayrou refuse de réagir en espérant que ça ne sorte pas et vous rentrez dans son jeu. C’est hallucinant.

— Ecoutez, ma collègue ne l’a pas encore contacté car elle croule sous le travail et je dois encore avoir M. Hyest. Evitez certains commentaires. Bonne journée.

— Vous avez des preuves, des contrats de travail. Le Télégramme est sorti il y a dix jours. Contrairement à vous, je dirai et j’écrirai ce que je voudrai.

— Vous n’allez pas me dicter ce que je dois faire ou écrire. Je vous prie d’arrêter d’être désobligeant.

— Oh, je ne vous dicte rien. Vous n’avez pas besoin de moi.

J’appelle Chambonnière. “Je vais sortir un deuxième papier. Mais cette fois-ci, je vais m’attaquer aux médias”. Il a un blanc. “C’est pas une bonne idée”.

Iceberg, droit devant

“Tous les animaux sont égaux, mais (il semble que cela ait été rajouté) il y en a qui le sont plus que d’autres.” — Georges Orwell, La ferme des animaux

Le soir, je regarde le ballet des motards autour de la voiture de Macron. Le dîner dans son Fouquet’s à lui. Au diable les apparences.

Le mercredi d’après le premier tour, l’AFP me demande encore des précisions. Quinze jours ! La dépêche n’est pas encore prête ! “Je n’ai jamais vu une attitude pareille, même Bayrou que je viens d’avoir au téléphone n’a pas été aussi agressif”, me glisse miss AFP Bretagne. Elle m’écrit ensuite “l’unique raison pour laquelle je n’ai pas rédigé le papier c’est tout simplement que je n’ai pas eu le temps. (…) Je vous aurais dit si mes chefs bloquaient le papier”. Tout va bien alors. Mais cela n’a plus d’importance. “De toutes façons, écris-je en conclusion, il fallait que ça sorte avant le premier tour, pour qu’acculés, Bayrou et surtout son allié Macron fassent des promesses fortes. Maintenant que Macron est assuré d’avoir la présidence, tout cela ne sert plus à grand-chose. J’ai perdu mon pari”.

La dépêche devrait sortir quelques jours avant l’élection. Devrait. Hier sûrement confiant d’avoir Matignon, Bayrou tremble, pantomime l’indignation. Il est sale, il le sait. Et pourtant, il s’absout. Comme je l’ai entendu dire en bureau politique : “on me dit ‘tu ne ramènes pas autant que Léotard’. C’est vrai, et j’en suis fier”. “Et quand il revenait d’Afrique, rigole un élu, il avait les mains vides. Parce que c’était Lehideux qui portait les valises !”

En politique, on a une drôle vision de la morale. Qui s’élastifie encore pour les élections. Macron trahit Hollande. Valls trahit Hamon. Les Républicains trahissent Juppé pour Fillon. Puis Fillon pour Juppé. Et retournent vers Fillon. Nicolas Dupont-Aignan trahit la République. Et l’Elysée trahit la liberté d’expression. Comme disait déjà Cicéron en s’adressant au Sénat : “vous êtes des putes”.

Cette réalité, les grands médias la connaissent bien. Mais vous comprenez, le peuple est trop simplet. Il faut lui tenir la main. Des grands médias contrôlés par une poignée de milliardaires. Et des journalistes politiques emplis d’eux-mêmes. Inféodés. Accros aux confidences de cocktails. A leurs places dans le Falcon présidentiel. Des journalistes méprisés par les politiques, qui jouissent à les manipuler.

Il est loin le temps où Maurice Maréchal, directeur du Canard Enchaîné, virait son journaliste pour avoir eu la Légion d’honneur. “Il ne fallait pas la mériter !” Ces copinages, cette soumission au clic de la grande presse, et surtout cette confusion entre informer et occulter, font le lit des extrémismes.

Pendant ce temps, dans l’Aisne, un homme vole une pièce de vingt centimes et écope d’un mois ferme. A Bordeaux, un autre homme sans ressources prend quinze jours pour un paquet de saucisses, des gâteaux et une brosse à dents. Et ma voisine fait des ménages au noir, pour compléter sa retraite. Avec quarante-deux ans de cotisation et une prothèse de genou. Noyée dans les vaines promesses, une France s’écroule. Le Front National a huit millions de votants. Le 7 mai, ils seront peut-être le double. Dans cinq ou dix ans, ils fêteront leur victoire. C’est le début de la fin pour une Cinquième usée, presque impotente.

Les politiques doivent être tenus en laisse. Il faut réformer la rémunération des parlementaires. Qu’ils arrêtent de l’utiliser pour s’acheter, légalement, des villas sur la côte d’Azur. Il faut punir sévèrement toute corruption. Tout favoritisme. Par une peine de prison ferme et l’inéligibilité à vie. Il faut une vraie transparence. Que pour tout, les politiques rendent des comptes. Il faut une nouvelle République, avec comme modèle la Suisse.

Et surtout il faut sortir cette race de seigneurs de ses palais, ses banquets, ses voitures à cocardes, ses gardes armés, ses jets privés, ses centre-villes privatisés. Ces politiques qui ne représentent qu’eux-mêmes.

La France appartient à ses habitants.

Epilogue

“C’est quand même sympa de la part de l’AFP de ne pas vouloir perturber l’élection avec de veilles affaires. Comme pour Fillon !”

3 mai. Histoire de laisser une dernière chance, j’écris encore à l’AFP.

— Bonjour, vous êtes vraiment sûre que vos chefs ne bloquent pas le sujet ?

— Pour être honnête, je ne sais pas. Dès que j’en sais plus je vous dis. Ca peut effectivement paraître après le second tour. Je ne suis plus décisionnaire depuis que je l’ai rédigé.

Dépité, je pars au bistrot du coin. Et m’épanche auprès de la tenancière. “Les médias décident pour qui on doit voter”. Elle hausse les épaules en essuyant un verre. “Ça c’est pas nouveau”. Je touille mon café chantilly. “Oui, mais il faut pas que Bayrou ait Matignon. Sinon je suis dans la merde”. Elle s’empare d’un plat de pommes de terre. “Bayrou premier ministre ? Quelle drôle d’idée ! Il passera pas, Macron. C’est Le Pen qui va passer”. J’arrête de touiller. “Ah bon ?” Elle nappe les pommes de terre d’huile. “De toutes façons on l’aura à un moment ou à un autre. Autant l’avoir maintenant.”

Voir aussi:

Fictif(s) : deux ans à l’UDF payé par la République

Parcours dans les bas-fonds de la politique française

Emploi fictif. Le terme resurgit de scandale en scandale. Pendant presque deux ans, j’ai eu deux emplois fictifs. A l’Assemblée nationale, et au Sénat. Je percevais un salaire, des fiches de paie, pour une activité que je n’exerçais pas. Jamais personne ne s’en est ému. Pourquoi suis-je le seul, en vingt ans, à l’avouer sans contrainte ?

Durant mon séjour rue de l’Université, bordée par l’Assemblée, quadrillée de partis politiques et refuge de l’ENA, je n’ai vu mes parlementaires, Jean-Jacques Hyest et Ambroise Guellec, que trois fois. Pour signer mes contrats. Pour travailler une matinée à trier du courrier. Et enfin, vidé et amer, en perte totale de repères, pour demander à être licencié.

Fraîchement diplômé en journalisme européen, c’est un peu par hasard que j’ai rejoint l’équipe de Force démocrate, jeune parti d’un petit nouveau plein d’ambition : François Bayrou.

Démocratie Moderne, magazine du parti dont Bayrou était directeur de la publication, cherchait un rédacteur. Jeune, malléable, pas regardant sur le salaire et recommandé par un ancien cadre, j’ai fait l’affaire.

“Force démocrate, c’est le parti qui monte, avec six ministres au gouvernement”, me confie d’un ton feutré Rémy le Gall, rédacteur-en-chef de Démocratie Moderne, peu avant mon embauche. “Au début, il faut faire profil bas, surtout ne menacer personne. Et après, tout naturellement, tu t’imposes, comme une évidence.”

A peine arrivé, je suis appelé au bureau de Huguette Ducloux, directrice des services. “Le parti n’a pas beaucoup d’argent, donc les parlementaires détachent des assistants pour nous aider”, me dit-elle. “L’utilisation des fonds est à leur discrétion, mais si l’on vous demande ce que vous faites au parti, vous ne dites pas que vous y travaillez. Vous dites que vous êtes un militant”, conclut-elle avec un demi-sourire entendu. Deux affirmations contradictoires dans une même phrase. Double langage politique, auquel j’allais vite m’habituer.

Au pouvoir

Au cours des mois, je découvre les nombreux avantages de l’appartenance au “troisième plateau” de Force démocrate, qui allait dévorer l’UDF. A un poste modeste mais stratégique, je fais partie du clan. Le clan protège les siens. Et le pouvoir corrompt.

Besoin d’envoyer quelque chose du bureau ? Colis et lettres sont livrés par des motards de la gendarmerie nationale, qui font les coursiers pour le parti sans broncher. “Je t’envoie un motard !”

Problème avec la banque ? Il suffit de tourner son siège. “Dis moi, tu as un contact pour ma banque à Paris ?” Au services des élections, quelqu’un lève le nez et s’empare d’un énorme Rolodex, qu’il appelle “la bomba”. “Bouge pas… Voilà. Tu notes ?” Le directeur de la banque au détail d’une grande banque à trois lettres est dérangé en pleine réunion sur sa ligne directe. Mon agence passera des lettres de menaces à l’obtention d’un prêt. En me déclarant fonctionnaire. Et en saisissant de fausses données financières dans son système informatique, “pour que ça passe”. Prêt que, gagnant 9200 francs par mois (1405 €) je ne rembourserai jamais. La banque à trois lettres ne fit jamais valoir sa créance.

Vol d’une console vidéo dans mon bagage à Orly ? Un fax autoritaire à Aéroports de Paris, avec en-tête de l’Assemblée. Je suis immédiatement remboursé, sans demande de justificatifs. Je réalise que j’aurais pu inventer un ordinateur portable, engranger des milliers d’euros.

Contrôle routier ? Le motard regarde ma carte du Sénat avec autorité. “Et vous êtes assistant de quel sénateur ? Depuis combien de temps ?” En costume de banquier, je hausse immédiatement le ton. “Non mais dites donc, vous allez arrêter de m’emmerder, ou vous allez avoir de gros problèmes !” En à peine un an, j’ai adopté du politique le langage, dont la classique menace de “problèmes”. Immédiatement, son binôme plus âgé le pousse de côté. “Excusez-le monsieur. C’est un jeune, il est pas habitué. Excusez-le”. “Bon, ça va.” Je repars en trombe, énervé d’avoir été pris de haut par ce qui n’est plus pour moi qu’un coursier.

Une matinée à l’Assemblée

Député mais aussi vice-président du Conseil régional de Bretagne, Ambroise Guellec fit un jour part de son déplaisir de me voir passer mon temps au parti. Je me retrouve dans son petit bureau de la rue de l’Université. En bon assistant, je commence par trier le courrier. Demande après demande d’aide, de subventions, de locaux. Certains y incluent, naïfs, leur carte du parti. Une lettre et un projet sortent du lot. Je passe à Guellec : “ça m’a l’air bien, ça.” Après un bref coup d’œil, il la repose sur mon liège. “Non, on ne peut pas les aider”. Je demande pourquoi. Il me regarde, visiblement exaspéré. “Mais parce que c’est une association de gauche !”

Le soir même, je reviens “au siège” et demande à Rémy le Gall de me sortir de cette situation. “Tu y vas, et tu lui dis que t’as pas le temps”, me répond-il tranquillement. “Mais comment ça, je peux pas lui dire ça !” Le Gall me jette un de ses sourires narquois. “Tu lui dis que tu as vu ça avec Bayrou.”

C’est ainsi que, le lendemain, j’annonce à un parlementaire que mon activité illégale étant trop prenante, je ne vais plus bosser pour lui. “Et bien si c’est ça, j’arrête de payer !” me lance-t-il. “Non, je réponds tranquillement. J’ai vu ça avec François. Vous allez continuer à payer. Et je ne travaillerai plus pour vous.” Il baisse la tête, vaincu. Le pouvoir n’est pas toujours où l’on croit.

Fin de partie

Tout commence avec la fille de l’accueil. Appelons-la Emilie. Dans l’entrée du siège, spartiate espace sur cour composé d’un bureau, d’un canapé et de l’escalier principal, elle arrondit ses fins de mois en faisant la permanence du soir. Elle est très belle, rayonnante. Nous flirtons. Un soir, elle m’appelle. Et me dit s’être fait agresser sexuellement par Le Gall.

Les policiers refusent de prendre sa plainte. Elle me raconte aller de commissariat en commissariat avant de comprendre la futilité de sa démarche. Le lendemain, elle décide d’en informer Ducloux. Qui, me dit-elle, l’écoute patiemment, puis lui dit “à qui cherchez-vous à nuire ?” Emilie n’en trouve plus ses mots. Elle quitte le siège en pleurs.

La rumeur, grâce à moi, enfle. En comité de rédaction, Rémy le Gall prend les devants. “J’imagine que vous avez entendu les accusations portées contre moi. Tout cela est bien évidemment faux. Je pense ne pas avoir besoin de ça pour séduire”. Pour garder mon job, je me tais. C’est à mon tour de baisser la tête. “Rémy. Tu ries comme lui”, me dit Emilie, soudain distante. La lune de miel est terminée.

Un conseiller municipal me propose un HLM. 80 m² dans le 12e, pour 190 €. “Là j’ai un pompier, et puis après je t’en file un, si tu veux.” Je refuse. “C’est gentil, mais je suis sûr que d’autres gens en ont plus besoin que moi.” Il est stupéfait. On me propose la fédération des Jeunes du 8e. Je refuse. Maintenant le clan se méfie. Les regards changent.

Et puis vient ce déjeuner. Lors d’une grande tablée à La Poule au Pot, cantine officieuse de l’UDF, quelqu’un me reproche d’être un jeune apparatchik, mené uniquement par l’ambition. “C’est vrai, j’aime les responsabilités. Mais au fond, si je fais ce métier c’est pour, un jour, aider la France.” La salle hurle de rire. Rémy le Gall, rouge pivoine et larme à l’œil, se tourne vers moi. “Tu es un idéaliste, c’est bien !” Et j’ai compris qu’il fallait partir. Que ces gens me menaçaient. Au plus profond de mon être.

Que sont-ils devenus ?

En 1999, Huguette Ducloux devient conseillère de Nicole Fontaine, présidente du Parlement européen. Elle est aujourd’hui retraitée.

Rémy le Gall devient directeur de la communication de la mairie de Versailles. Scénariste de bande-dessinée, il publie quatre fictions sur la politique. En 2012, il est décoré Chevalier des Arts et Lettres. En 2016, il est condamné à six mois de prison pour harcèlement sexuel sur quatre de ses subordonnées. Durant son procès, il est décrit comme faisant “régner la terreur, la manipulation et le mensonge”.

En 2004, Jean-Jacques Hyest est élu président de la Commission des Lois du Sénat. En 2015, il est nommé au Conseil constitutionnel. Hyest siège également à la Haute Cour de justice de la République. Il est décoré Chevalier dans l’ordre des Palmes académiques.

Ambroise Guellec reste vice-président de la région Bretagne jusqu’en 2004. Il y est toujours conseiller régional.

De ralliement en retournement, François Bayrou est sûrement toujours convaincu d’être, un jour, président de la République. La moralité et l’exemplarité sont ses derniers chevaux de bataille.

Épilogue

Aujourd’hui, je me revois dans cette période un peu comme un étranger. Un nihiliste qui, à la moindre difficulté, cherchait à écraser. Un homme que le titre gonflé, “je suis attaché parlementaire”, suffisait à faire passer devant tout le monde aux urgences, sans avoir rien demandé. Comme tous les politiques, le pouvoir m’aidait à panser des plaies profondes, allant jusqu’à l’enfance.

Je vois aisément pourquoi, après des décennies d’impunité, François Fillon ne comprend pas qu’on l’emmerde “pour des costards” ou son indemnité parlementaire. Sa réalité n’est pas la nôtre.

Devant les affaires, je regarde les pantomimes d’outrage et les appels au complot avec une ironie toute professionnelle. L’enrichissement, les cadeaux, les voyages, les grands travaux avant les municipales, les élections internes truquées… Je n’ai plus jamais voté. Les sortants sont balayés. Les nouveaux jurent que tout va changer. Et on recycle. Ad nauseam. Malgré tout j’ai mal. Pour mon pays, car j’y habite. Et parce que j’ai cru en lui.

Dans son livre “Les mains propres”, publié en 2014, Corinne Lepage écrit :

“Lorsque j’ai été élue au Parlement européen en 2009, le MoDem avait exigé de moi qu’un de mes assistants parlementaires travaille au siège parisien. J’ai refusé en indiquant que cela me paraissait d’une part contraire aux règles européennes, et d’autre part illégal. Le MoDem n’a pas osé insister mais mes collègues ont été contraints de satisfaire à cette exigence.”

Bayrou, évidemment, nie. En politique, il faut toujours nier. Même la main dans le sac. “Si ça se sait, il niera”, ai-je tellement entendu sur d’autres sujets. Il me semblerait un peu naïf de ne pas y voir un système. Un système peut-être accentué chez les petits partis, qui n’ont pas beaucoup de subventions. Mais dont on retrouve la trace du PS au FN. Un système dans un monde politique qui se juge lui-même. Se finance lui-même. Et se renouvelle entre lui. C’est cette impunité, cette indignité cachée entre phrases choc et plateaux télé, qui a fait le lit de l’extrémisme qui sans une révolution morale finira, un jour, à l’Elysée.

Aujourd’hui je regrette d’avoir délaissé une carrière de journaliste pour, même de quelques décimales, participer à la lente putréfaction des institutions françaises. Et je regrette d’avoir joui de cette impunité, qui transforme tant de politiques en fossoyeurs du bien public.

“Tu te rends compte que tu vas être diabolisé ? Tu ne pourras plus travailler nulle part”, me dit un ancien du Figaro. Fonctionnement mafieux. Où seule la loyauté est récompensée. Et la trahison punie. Parfois jusqu’à la mort. “Qu’ils viennent. De toutes façons, je ne peux pas tomber de ma fenêtre, j’habite au rez-de-chaussée !”


Vous voulez des preuves ? Elles sont .

Voir également:

«Fictif(s): deux ans à l’UDF payé par la République»

La rédaction de Mediapart
3 avril 2017

« Emploi fictif. Le terme resurgit de scandale en scandale. Pendant presque deux ans, j’ai eu deux emplois fictifs. A l’Assemblée nationale, et au Sénat. Je percevais un salaire, des fiches de paie, pour une activité que je n’exerçais pas. Jamais personne ne s’en est ému. Pourquoi suis-je le seul, en vingt ans, à l’avouer sans contrainte ?

« Durant mon séjour rue de l’Université, bordée par l’Assemblée, quadrillée de partis politiques et refuge de l’ENA, je n’ai vu mes parlementaires, Jean-Jacques Hyest et Ambroise Guellec, que trois fois. Pour signer mes contrats. Pour travailler une matinée à trier du courrier. Et enfin, vidé et amer, en perte totale de repères, pour demander à être licencié.

Fraîchement diplômé en journalisme européen, c’est un peu par hasard que j’ai rejoint l’équipe de Force démocrate, jeune parti d’un petit nouveau plein d’ambition : François Bayrou.

Démocratie Moderne, magazine du parti dont Bayrou était directeur de la publication, cherchait un rédacteur. Jeune, malléable, pas regardant sur le salaire et recommandé par un ancien cadre, j’ai fait l’affaire.

“Force démocrate, c’est le parti qui monte, avec six ministres au gouvernement”, me confie d’un ton feutré Rémy le Gall, rédacteur-en-chef de Démocratie Moderne, peu avant mon embauche. “Au début, il faut faire profil bas, surtout ne menacer personne. Et après, tout naturellement, tu t’imposes, comme une évidence.” »

La suite de ce billet de Nicolas Grégoire, qui se définit comme « rédacteur omnivore » et « petit politique repenti »est à lire sur son blog Medium.

Voir encore:


Présidentielle 2017: Vous avez dit racisme de classe ? (Will Obamalike Macron’s take on his country’s « deplorables » eventually pave the way for a future Trumplike presidency in France ?)

6 mai, 2017
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Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Hussein Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
On vous demande une carte blanche, et vous salissez l’adversaire, et vous proférez des mensonges. Votre projet, c’est de salir, c’est de mener une campagne de falsifications, de vivre de la peur et des mensonges. La France que je veux vaut beaucoup mieux que ça. Il faut sortir d’un système qui vous a coproduit. Vous en vivez. Vous êtes son parasite. L’inefficacité des politiques de droite et de gauche, c’est l’extrême droite qui s’en nourrit. Je veux mener la politique qui n’a jamais été menée ces trente dernières années. Emmanuel Macron
C’est le comportement de quelqu’un qui ne pense plus en français… qui pense dans la langue de la finance internationale. Jean-Luc Mélenchon (sur Pierre Moscovici, 23.03.13)
Ce jour est un jour de deuil pour nous et pour de très nombreux peuples et militants. Nous nous sentons liés de cœur. Chavez a été la pointe avancée d’un processus large dans l’Amérique latine qui a ouvert un nouveau cycle pour notre siècle, celui de la victoire des révolutions citoyennes. (…) Ce qu’est Chavez ne meurt jamais. C’est l’idéal inépuisable de l’espérance humaniste, de la révolution. (…) Il n’a pas seulement fait progresser la condition humaine des Vénézuéliens, il a fait progresser d’une manière considérable la démocratie.  (…) Les Européens si prétentieux, arrogants, méprisants, l’infecte social-démocratie qui depuis 24 heures se répand en injure contre les figures progressistes d’Amérique latine feraient bien de se souvenir qu’au Venezuela contrairement à la France (…) on a fait reculer la pauvreté de manière spectaculaire, éradiqué ce qui est classé comme extrême pauvreté (…) l’analphabétisme a été éradiqué (…) on est parvenu à faire progresser de 70% la scolarisation des enfants. Voilà le bilan que nous portons fièrement à l’heure où l’image d’Hugo Chavez va se retirer. J’ai honte pour nous tous en Europe du niveau lamentable des commentaires que j’ai vus. Comment pouvez-vous être aussi infâmes et aussi bas? Comment pouvez-vous être devenus à ce point aussi insensibles à ce que représente le progressisme latino-américain dans ces moments de l’histoire pour avoir pour tout commentaire des insultes ?. (…) Les cendres de Chavez sont chaudes, sont brûlantes, et nous avons au cœur non seulement l’idée que nous continuons ce combat mais la haine intacte que nous avons contre les puissants et les puissances qui même à l’heure de la mort sont incapables du respect qu’ils manifestent pour tant d’autres qui le méritent moins. Jean-Luc Mélenchon (2013)
On ne va pas s’allier avec le FN, c’est un parti de primates. Il est hors de question de discuter avec des primates. Claude Goasguen (UMP, Paris, 2011)
Ne laissez pas la grande primate de l’extrême goitre prendre le mouchoir … François Morel (France inter)
A la limite, je préfère la savoir dans un arbre qu’au ministère de la Justice. Anne-Sophie Leclère
Anne-Sophie Leclère, ancienne candidate du Front national aux municipales dans les Ardennes, a été condamnée mercredi à 3.000 euros d’amende avec sursis pour injure raciale, après avoir comparé l’ancienne ministre de la Justice Christiane Taubira à un singe. Le parquet avait requis deux mois de prison avec sursis. RTL
Pourquoi on tolérerait tous ces chanteurs de cantiques de l’Internationale et pas les autres? Jean-Claude Gaudin
A representative of the globalist elite faces a tribune of globalization’s victims. That’s the superficial read on Sunday’s presidential runoff between Emmanuel Macron and Marine Le Pen in France. The deeper question is whether French voters accommodate themselves to reality or cling tighter to their economic illusions. Plenty of clues about which path France might take were on display during the May Day holiday. Start with the France of illusions. An estimated 40,000 red-clad activists snaked their way from the Place de la République to the Place de la Nation in the early afternoon. Hammer-and-sickle flags abounded. So did portraits of beloved mass murderers like Che Guevara. Gangs of masked youth set off firecrackers that boomed like gunshots. One placard showed Ms. Le Pen and Mr. Macron side by side, asking: “Plague or Cholera?” A typical slogan was “Neither nation nor boss!”—a double rejection of Ms. Le Pen’s nationalism and Mr. Macron’s free-market liberalism. These sum up the views of supporters of Jean-Luc Mélenchon, the leftist firebrand who was eliminated, barely, in the first round last month. The Mélenchonists have a great deal in common with Ms. Le Pen’s National Front, which held its own angry rally earlier in the day. Both camps would lower the retirement age to 60 from 62. Ms. Le Pen would keep the 35-hour workweek while Mr. Mélenchon would shorten it to 32 hours. Both would boost welfare spending and sever or strain the country’s trade ties in various ways. The Le Pen-Mélenchon Venn diagram has a large overlapping set, because both camps blame everyone but the French for the country’s malaise. (…) Yet it wasn’t shadowy globalists who in 1999 imposed a 35-hour workweek to make overtime labor prohibitively expensive. The law was meant to encourage firms to hire more workers, but like most efforts to subjugate markets to politics, it ended up doing more harm than good. Now it’s the main barrier to hiring in a country where the unemployment rate is stuck north of 10%. Nor was it global markets that levied a corporate tax rate of 33% (plus surcharges for larger firms), a top personal rate of 45%, and a wealth tax and other “social fees” that repelled investors and forced the country’s best and brightest to seek refuge in places like London, New York and Silicon Valley. Nor did globalization build a behemoth French bureaucracy that crowds out the private economy. As of January, this has created a 98% public-debt-to-GDP ratio. Perhaps the strangest aspect of the recrudescence of collectivist politics in France is the willingness of some American conservatives to indulge it. Yes, Ms. Le Pen and Mr. Mélenchon are intemperate and authoritarian, the thinking goes, but they give voice to real frustrations with globalization and other market evils like gentrification and automation. If vituperation alone conferred political credibility, Louis Farrakhan would be the most credible figure in American politics. What U.S. conservatives tempted by Ms. Le Pen don’t notice is that much of her rage against globalization is the same old conspiratorial anti-Americanism dressed up for a new age of anxiety. (…) Whether a President Macron turns out to be the reformer France needs remains to be seen. His platform is if anything too modest, and he has a tendency to speak to both sides of every issue. But give Mr. Macron and his supporters this: They don’t peddle dangerous illusions. NYT
As France picks its next president on Sunday, National Front nominee Marine Le Pen, 48, enjoys significant support among an unlikely population: gay voters. According to a survey released Wednesday by Hornet, a gay social network, 36.5 percent back Le Pen, while 63.5 percent favor former Socialist Party member and reputed centrist Emmanuel Macron, 39. Among Hornet’s younger subscribers, 43.5 percent of 18-to-29-year-olds want Le Pen — and fully 49 percent of those age 25. While Le Pen surely would appreciate even higher numbers, pundits are surprised that the so-called far-Right candidate does this well with typically Left-leaning voters. Why? Le Pen’s previously hostile party now welcomes gays, and militant-Islamic attacks inside and outside of France have ushered gays into Le Pen’s largely open arms. Le Pen has “un-demonized” the National Front by distancing herself from the party’s founder (her anti-Semitic father), appealing to Jewish voters, avoiding mass protests against gay marriage (although her party’s platform promises to scrap it), and choosing gay men Florian Philippot as her chief deputy and Sébastien Chenu as her leading adviser. These efforts have boosted the party among gay voters. In April 2012’s presidential election, 26 percent of gay Parisians picked Le Pen. She scored just 16 percent of the straight vote. A third of gays who married after same-sex nuptials were legalized in 2013 reportedly voted for her party in 2015’s regional contests. Many of these “homonationalists,” as they’ve been dubbed, applaud Le Pen’s straight talk about Islamic fundamentalism’s existential challenge to French lives and lifestyles. NY Post
The paradox of France is that it is desperate for reform — and desperate not to be reformed. It wants the benefits of a job-producing competitive economy but fears relinquishing a job-protecting uncompetitive one. A Macron presidency will have to devote its intellectual and rhetorical energies to explaining that it can be one or the other, but not both. I don’t want to close this column without allowing for the awful chance that Le Pen might win. That would be a moral tragedy for France and a probable disaster for Europe. But it would also be a reminder that chronic economic stagnation inevitably begets nationalist furies. In the United States, a complacent left acquits itself too easily of its role in paving the way to the Trump presidency. Many of Le Pen’s supporters might be bigots, but their case against the self-satisfaction, self-dealing, moral preening and economic incompetence of the French ruling classes is nearly impeccable. Bret Stephens
A la préfecture de police de Paris, pendant la cérémonie en l’honneur de Xavier Jugelé, l’officier de police tué à Paris le mois dernier, son compagnon Etienne Cardiles, accablé de douleur, parla de l’amour qu’ils se portaient et adressa ces mots au meurtrier: «Vous n’aurez pas ma haine». Cette affirmation était en cohérence avec la résolution et la dignité qu’affiche la France face au terrorisme qui frappe le pays depuis quelques années. La République, plus éprouvée dernièrement que les Etats-Unis, n’a succombé ni à la peur ni au fanatisme. Elle a tenu tête et ainsi renforcé, en ces temps d’indignité, la dignité de l’état français. Dimanche, en votant pour élire son prochain président — soit Marine Le Pen, à droite, soit Emmanuel Macron, au centre — la France aura plusieurs choix à faire, notamment le choix entre maintenir ou renoncer aux valeurs de la République, entre rester au-dessus de la mêlée ou descendre dans le bourbier. (…) Si Le Pen était élue, une ombre tomberait sur la France et sur l’Europe. (…) Les Américains qui se sont gaussés du candidat improbable qu’était Donald Trump pour ensuite découvrirent qu’il était soudain devenu leur président reconnaîtront les facteurs qui ont contribué à la montée en puissance de Le Pen. Parmi ceux-ci il y a la colère contre le système, la conviction que la mondialisation n’est qu’un instrument au service des plus riches, l’exaspération envers l’impunité des responsables de l’effondrement financier en 2008 et de la crise de l’euro, l’abîme culturel et économique séparant les métropoles connectées de la périphérie dystopique les inégalités grandissantes, et les bassins industriels désertés. (…) Elle est aussi, et toujours, la porte-parole d’un parti raciste et qui hait les musulmans; une adversaire de l’Union européenne, qui pourtant tira le continent de ses heures les plus sombres; un membre de plein droit du club en plein essor des nationalistes-autocrates, avec ses arborescences à Moscou, Ankara et Washington; et l’avocate d’un nationalisme «La France d’abord» dont l’issue finale, comme le notait le Président François Mitterrand, est la guerre. (…) Macron est une valeur inconnue. Personne ne sait ce qu’il a dans les tripes. Mais il s’est montré courageux, en particulier dans son soutien à l’Union européenne et sa résistance à la caricature dénigrante faite des migrants, et il est déterminé à revitaliser une France qui stagne. A l’heure qu’il est, c’est le meilleur espoir pour la France, pour l’Europe et pour la civilité. Dimanche, les électeurs français peuvent dire: «Vous n’aurez pas ma haine». Je pense qu’ils le feront. Et dans ce cas, le monde aura de quoi leur être reconnaissant. Roger Cohen
Marine Le Pen aurait pu être la porte-parole du parti de l’inquiétude, elle aurait pu faire venir sur le plateau l’humeur de cette partie du pays qui voit sa disparition programmée et s’en désole. Elle aurait pu évoquer le séparatisme islamiste et l’immense tâche qui nous attend consistant à convaincre des dizaines, peut-être des centaines, de milliers de jeunes Français de l’excellence de leur pays, de ses arts, ses armes et ses lois. Or, du début à la fin, elle a paru retourner à son adversaire le procès en légitimité dont elle est sans cesse l’objet. Incapable de lui concéder le moindre point, autant que de lui opposer une véritable vision, elle a ânonné des mots-clefs comme « UOIF » et « banquier », croyant sans doute que cela suffirait à faire pleuvoir les votes, ce qui laisse penser qu’elle tient ses électeurs en piètre estime. Les insinuations sur l’argent de son adversaire, sa façon de dire à demi-mot au téléspectateur « si vous êtes dans la mouise, c’est parce que lui et ses amis se goinfrent », m’ont rappelé les heures sombres de l’affaire Fillon, quand des journalistes répétaient en boucle le même appel au ressentiment. L’autre France, celle qui n’a pas envie de l’avenir mondialisé et multiculti qu’on lui promet, mérite mieux que ce populisme ras des pâquerettes. (…) On n’est pas obligé, cependant, de hurler avec les bisounours. Quoi que répètent fiévreusement ceux qui adorent voler au secours des victoires, un faux pas, même de taille, ne suffit pas à faire de Marine Le Pen quelqu’un d’infréquentable. À la différence de l’intégralité de mes confrères qui se frottent les mains sur l’air de « je vous l’avais bien dit ! », je ne suis pas sûre qu’elle ait « montré son vrai visage ». L’ayant interviewée à plusieurs reprises, nous avons eu avec elles des engueulades homériques : jamais je ne l’ai vue, dans ces circonstances, faire preuve de la mauvaise foi fielleuse qu’elle a opposée à son adversaire – et je ne lui avais jamais vu, même sur un plateau, ce masque sarcastique. Avait-elle en quelque sorte intégré sa propre illégitimité, a-t-elle été mal conseillée par son cher Florian Philippot ou était-elle décidément très mal préparée à la fonction qu’elle briguait ? Toujours est-il qu’elle a raté son rendez-vous avec le peuple français. (…) Il faudra bien résoudre un jour ce petit problème de logique : il existe chez nous un parti que les tribunaux ne peuvent pas interdire, qui a le droit de se présenter aux élections, mais les électeurs n’ont pas le droit de voter pour lui et ses dirigeants n’ont pas le droit de gagner. Ce qui, on en conviendra, est assez pratique pour ceux qui l’affrontent en duel. On me dit qu’il respecte le cadre de la République, mais pas ses fameuses valeurs. Sauf que, pardon, qui est arbitre des valeurs, Le Monde, les Inrocks, Jacques Attali ? N’est-ce pas une façon bien commode d’exclure de la compétition ceux qui vous déplaisent ? Je ne me résous pas à vivre dans un monde où il y a une seule politique possible, un seul vote raisonnable et un seul point de vue acceptable. (…) Post Scriptum : je viens d’entendre un bout de la chronique de François Morel, l’un des papes du comico-conformisme sur France Inter. Il comparait – ou assimilait je ne sais – Marine Le Pen à une primate: Taubira, c’était dégueulasse; mais pour une Le Pen, c’est normal. Digne conclusion de la quinzaine de la haine (et de l’antifascisme nigaud) que nous a offerte la radio publique. Elisabeth Lévy
Faire le jeu de Le Pen, qui l’a fait mieux et avec une science plus consommée que le mortifère Mitterrand en son temps ? Il y a d’ailleurs eu quelque chose de profondément déplaisant à voir la fille de celui-ci venir sur un plateau déclarer avec candeur qu’elle allait voter Chirac en se bouchant le nez, sans qu’aucun serf médiatique ose lui rappeler que s’il y a bien quelqu’un qui a savamment peloté à son profit pendant quatorze ans la boule puante qui vient de nous exploser au nez c’est son père. De même, par la bouche mielleuse de ses représentants, la gauche sublime et fracassée, mais toujours aussi magnifique, ne s’est-elle pas privée de reprocher tartuffiennement à la droite de ne pas manifester à ses côtés dans la rue. Et personne n’a osé lui répondre que d’abord c’était sa rue, gloubiboulguisée à son image et ressemblance, et transformée en espaces de création, en zones franches pour le libre tapage des teufeurs sacrés de la scène techno ; et, surtout, que c’était son Le Pen. On leur laisse tout ça. Qui d’autre en a l’usage ?Pour comprendre dans ses tréfonds l’extase anti-lepéniste de ces derniers jours, il suffit de se souvenir, a contrario, de l’enthousiasme très modéré qu’avait suscité chez ces mêmes anti-lepénistes, à la fin de 1998, la brutale scission du Front national. L’éditorialiste Serge July, sous le coup de cette surprise, qui aurait dû être considérée, et à bon droit cette fois, pour divine, mais qui ne le fut pas du tout, alla jusqu’à écrire avec mélancolie : « Jean-Marie Le Pen est devenu bizarrement indispensable au bon fonctionnement de la démocratie française. »Il fallait comprendre que la modernité emballée en avait besoin pour rendre ses surenchères de toute façon plus aimables que lui ; et que s’il n’existait plus, il fallait le réinventer. Eh bien ça y est. Le malheur des temps l’a ressuscité in extremis. Philippe Muray (2002)
Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, donc tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi, à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste. D’abord le procès en fascisme à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la fois absurde et scandaleux. Je suis profondément attaché à l’identité nationale et je crois même ressentir et savoir ce qu’elle est, en tout cas pour moi. L’identité nationale, c’est notre bien commun, c’est une langue, c’est une histoire, c’est une mémoire, ce qui n’est pas exactement la même chose, c’est une culture, c’est-à-dire une littérature, des arts, la philo, les philosophies. Et puis, c’est une organisation politique avec ses principes et ses lois. Quand on vit en France, j’ajouterai : l’identité nationale, c’est aussi un art de vivre, peut-être, que cette identité nationale. Je crois profondément que les nations existent, existent encore, et en France, ce qui est frappant, c’est que nous sommes à la fois attachés à la multiplicité des expressions qui font notre nation, et à la singularité de notre propre nation. Et donc ce que je me dis, c’est que s’il y a aujourd’hui une crise de l’identité, crise de l’identité à travers notamment des institutions qui l’exprimaient, la représentaient, c’est peut-être parce qu’il y a une crise de la tradition, une crise de la transmission. Il faut que nous rappelions les éléments essentiels de notre identité nationale parce que si nous doutons de notre identité nationale, nous aurons évidemment beaucoup plus de mal à intégrer. Lionel Jospin (France Culture, 29.09.07)
La France comprend trois foyers d’expression de l’antisémitisme très forts. Le premier, ce sont les proches du Front National et les électeurs de Marine Le Pen […] Le deuxième groupe, c’est parmi les Français musulmans […] Et puis le troisième groupe ce sont les proches du Front de gauche et les électeurs de Jean-Luc Mélenchon 2012, où là aussi on trouve, à un dégré moindre, et sur des ajustements ou, je dirais des agencements différents, l’expression d’un antisémitisme fort. (…) On a [dans ce groupe] une adhésion beaucoup plus forte que la moyenne à des préjugés qui relèvent de cet antisémitisme anticapitaliste et antiglobalisation. Cette idée que les juifs contrôlent l’économie. Qu’il y a un capitalisme cosmopolite, que le monde de la finance est un monde cosmopolite. Dominique Reynié
Toutes les violences aujourd’hui sont commises par des jeunes musulmans, et bien sûr c’est une toute petite minorité de la communauté musulmane et les musulmans en sont les premières victimes. Roger Cukierman
Et voilà que Roger Cukierman s’avise soudainement (…) de dire des banalités : d’abord, les violences antijuives sont très majoritairement commises par des musulmans, deuxio que Marine Le Pen, sur ce point est irréprochable – bon, je n’aurais peut-être pas dit irréprochable, mais je dois être plus politique que lui. Ces propos déclenchent un charivari indescriptible et la défection bruyante de Boubakeur. Mais le véritable scandale, celui qui déclenche des réactions furibardes de Jack Lang à Sarkozy, c’est le quitus accordé à Cukierman à Marine Le Pen, comme si, en la lavant du soupçon d’antisémitisme, il risquait de faire sauter la dernière digue qui empêche pas mal d’électeurs, et pas seulement les juifs, de voter FN. L’indignation enfle de toutes parts jusqu’à ce que, le lendemain, Cukierman fasse piteusement repentance en jurant qu’on l’a mal compris et en affirmant que Marine Le Pen n’est finalement pas si irréprochable que cela. La franchise de Cukierman me semble à vrai dire plus honorable que sa reddition. Qu’il ait été lynché pour avoir dit des vérités ou en tout cas des choses raisonnables prouve, si besoin est, que le déni de réel est en passe de devenir un devoir civique. Elisabeth Lévy
J’ai suivi cette campagne avec un sentiment de malaise franchement (…) qui s’est peu à peu transformé en honte.  (…) Malaise parce que la deuxième France, dont vous parlez, la France qui est périphérique, qui hésite entre Marine Le Pen et rien,  je me suis rendu compte que je ne la comprenais pas, que je ne la voyais pas, que j’avais perdu le contact. Et ça, quand on veut écrire des romans, je trouve que c’est une faute professionnelle assez lourde.  (….) Parce que je ne la vois plus, je fais partie de l’élite mondialisée, maintenant. (…) Et pourtant, je viens de cette France. (…) Elle habite pas dans les mêmes quartiers que moi. Elle habite pas à Paris. A Paris, Le Pen n’existe pas. Elle habite dans des zones périphériques décrites par Christophe Guilluy. Des zones mal connues. (…) Mais le fait est que j’ai perdu le contact. (…) Non, je la comprends pas suffisamment, je veux dire, je pourrais pas écrire dessus. C’est ça qui me gêne, c’est pour ça que suis mal à l’aise. (…) Non, je suis pas dans la même situation. Moi, je ne crois pas au vote idéologique, je crois au vote de classe. Bien que le mot est démodé. Il y a une classe qui vote Le Pen, une classe qui vote Macron, une classe qui vote Fillon. Facilement identifiables et on le voit tout de suite. Et que je le veuille ou non, je fais partie de la France qui vote Macron. Parce que je suis trop riche pour voter Le Pen ou Mélenchon. Et parce que je suis pas un hériter, donc je suis pas la classe qui vote Fillon. (…) Ce qui est apparu et qui est très surprenant – alors, ça, c’est vraiment un phénomène imprévu – c’est un véritable parti confessionnel, précisément catholique. Dans tout ce que j’ai suivi – et, je vous dis, j’ai tout suivi  – Jean-Frédéric Poisson était quand même le plus étonnant. (…) Une espèce d’impavidité et une défense des valeurs catholiques qui est inhabituelle pour un parti politique. (….) Ca m’a interloqué parce que je croyais le catholicisme mourant. (…) [Macron] L’axe de sa  campagne, j’ai l’impression que c’est une espèce de thérapie de groupe pour convertir les Français à l’optimisme. Michel Houellebecq
La France est la perdante du pénible débat, mercredi, entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. La foire d’empoigne a montré la gravité de la crise de la politique. Ce sont deux candidats immatures – Macron arrogant, Le Pen provocante – qui vont prétendre dimanche au pouvoir suprême. Ce délitement reflète le mal qui ronge la nation, vidée de son génie par quarante ans d’un lent décervelage visant à la rendre malléable. Macron est le produit du manichéisme officiel ; il lui fait dire qu’il a accepté de se « salir un peu » en affrontant son adversaire. Le Pen est l’expression de l’exaspération de ceux qui veulent se faire entendre ; cette impatience lui a fait refuser de jouer le jeu d’une confrontation policée. Le résultat n’est pas à la hauteur de la France ni de sa civilité. (…) Ceux qui, écœurés, veulent quitter la politique (Pierre Lellouche, Henri Guaino, etc.) prennent acte de la fin d’une époque. Mais la transition s’annonce chaotique. Les insultes et obscénités jetées sur Nicolas Dupont-Aignan après son choix, vendredi 28 avril, de rejoindre Le Pen sont aussi à l’image de cette campagne, médiocre et déloyale. Les « progressistes » trépignent de joie à l’idée d’annoncer, dimanche, la victoire de Macron : elle serait la revanche inespérée de François Hollande, son ombre tutélaire. Mais le bruit et la fureur qui ont accompagné l’ascension du prodige, aspiré par son ambition, ont accumulé des nuages noirs. Ils portent les souvenirs du lynchage de François Fillon et de l’hystérie des moralistes. Ceux-là assurent, devant les tueurs djihadistes : « Vous n’aurez pas ma haine ». Mais ils la réservent à ceux qui veulent se protéger des fanatiques et en finir avec la faiblesse d’État. Pour avoir, après Marie-France Garaud, rompu le cordon sanitaire avec le FN, Dupont-Aignan subit la rage du Système piqué au vif. L’ébauche de recomposition politique a peu de chances de remporter cette élection déjà ficelée. Mais seule une union des droites fera obstacle à cette gauche redoutablement stratège. Le Macron « antifasciste » manie les grosses ficelles laissées par François Mitterrand : il y a trente ans, il déclarait le FN hérétique afin d’asseoir la gauche sur une droite éclatée. Ivan Rioufol
La Commission nationale de contrôle a été saisie vendredi soir par le mandataire de M. Macron à la suite d’une attaque informatique dont son mouvement a été l’objet, et qui a donné lieu à la diffusion sur les réseaux sociaux de données présentées comme issues des systèmes d’information du candidat, mais dont une partie est probablement constituée de faux. Dans l’immédiat, compte tenu de l’entrée dans la période de réserve depuis vendredi minuit, et dans l’attente de la réunion de la Commission qui interviendra dans les prochaines heures, son président appelle l’attention des médias sur le sens des responsabilités dont ils doivent faire preuve, alors que sont en jeu la libre expression du suffrage des électeurs et la sincérité du scrutin. Il demande donc aux organes de presse, et notamment à leurs sites internet, de ne pas rendre compte du contenu de ces données, en rappelant que la diffusion de fausses informations est susceptible de tomber sous le coup de la loi, notamment pénale. Commission électorale
Le mouvement En Marche ! a été victime d’une action de piratage massive et coordonnée donnant lieu ce soir à la diffusion sur les réseaux sociaux d’informations internes de nature diverse (mails, documents comptables, contrats…). Les fichiers qui circulent ont été obtenus il y a plusieurs semaines grâce au hacking de boîtes mail personnelles et professionnelles de plusieurs responsables du mouvement. Ceux qui font circuler ces documents ajoutent à des documents authentiques nombre de faux documents afin de semer le doute et la désinformation. Intervenant dans la dernière heure de la campagne officielle, cette opération relève manifestement de la déstabilisation démocratique, comme cela s’est déjà vu aux Etats-Unis pendant la dernière campagne présidentielle. (…) Bien évidemment, les documents provenant du piratage sont tous légaux et traduisent le fonctionnement normal d’une campagne présidentielle. Leur diffusion rend publiques des données internes mais n’est pas de nature à nous inquiéter sur la remise en cause de la légalité et de la conformité des documents concernés. (…) Nous appelons les médias désireux de rendre compte de cette opération à prendre leurs responsabilités en conscience. Il ne s’agit en effet pas d’une simple opération de piratage mais bel et bien d’une tentative de déstabiliser l’élection présidentielle française. Il importe par conséquent de prendre en considération la nature des documents fuités, de bien prendre conscience de ce qu’une grande partie d’entre eux sont purement et simplement des faux et l’opportunité de l’écho à donner à cette opération de déstabilisation. Nous prendrons toutes les initiatives nécessaires auprès des acteurs publics et privés pour faire la clarté sur cette opération inédite dans une campagne électorale française. La gravité des faits est d’ores et déjà une certitude et nous ne saurions tolérer que les intérêts vitaux de la démocratie soient ainsi mis en danger. Communiqué En Marche !
On savait qu’il y aurait ces risques-là durant la campagne présidentielle puisque ça s’était produit ailleurs. Rien ne sera laissé sans réponse (…) S’il y a eu effectivement un certain nombre de parasitages ou de captations, il y aura des procédures qui vont entrer en vigueur. Il faut laisser les enquêtes se faire. François Hollande
Leçon numéro 1. Le sacrifice de François Fillon, unique objet du premier tour, est complètement raté. Certes, sa candidature a été tuée, mais les électeurs ne sont pas en phase avec les sacrificateurs. Or, l’immolation est faite pour construire du consensus, pour détendre tout le monde, et le bourreau est supposé être l’artisan de la justice. Dans le cas de Fillon, l’exécution a exaspéré la méfiance à l’égard des gouvernants, de la justice, des médias, et de ses adversaires politiques. Au lieu de les libérer, le sacrifice a exaspéré les tensions. Leçon numéro 2. Le sacrifice de Marine Le Pen, objet unique du second tour, est non moins raté. Certes, elle ne gagnera très probablement pas, car une partie des électeurs est encore en faveur de l’ancienne liturgie dans laquelle un Front Républicain fait barrage au Mal, mais le doute a gagné les partisans du Bien – doute qui s’exprime dans l’abstention ou tout simplement dans le peu de conviction avec laquelle la « diabolisation » s’exprime – et les partisans du Mal deviennent de plus en plus décontractés, de moins en moins concernés par l’injonction morale, l’admonestation solennelle, l’argument d’autorité « antifa ». Leçon numéro 3. Donc, la victoire de Macron apparaîtra comme le résultat d’un double sacrifice raté. On le regardera comme une sorte d’importun, voire d’imposteur, qui n’aura pas réussi à transformer sa victoire sur les autres en victoire pour tout le pays. Il ne sera pas élu, il sera placé premier. Et nul doute que tout le monde réclamera la vidéo car le match a été scandaleusement arbitré. Leçon numéro 4. Nous avions bien compris, et toute la campagne l’a montré : le monde de Macron, c’est le hub France, avec ce raffinement de cruauté qu’il est en plus drogué à la dépense publique. Le hub France, c’est l’aéroport de Roissy. Au premier étage, une entrée réservée et discrète : dans des fauteuils cools, des dirigeants zens s’envoient un whisky japonais pas pingre en discutant avec leur private banker sur Internet. Au rez-de-chaussée, des cadres moyens sirotent de la bière et grignotent des cacahouètes dans un confort relatif, en gérant leur crédit revolving sur leur application bancaire de masse. Au sous-sol, les bagagistes payés au lance-pierre n’ont d’autre choix que le fondamentalisme (anti-immigré ou musulman) ou le vote Mélenchon. Faute de leur avoir enseigné La Fontaine et leur avoir donné des perspectives décentes, difficile de leur en vouloir, même s’il faut les dominer. Personne ne veut de ce monde-là. Nous allons voter pour. Le masochisme est officiellement devenu une catégorie de la pensée citoyenne. Ça faisait longtemps que ça couvait, ont noté les meilleurs observateurs. Leçon numéro 5. Il y a plus : sur le plan de la politique économique, Macron, c’est la double peine : le socialisme en grand et le libéralisme en roue libre. L’Etat local hypertrophié entièrement au service de la mondialisation, c’est-à-dire de la séparation des pauvres et des riches à l’échelle planétaire, comme elle déjà eu lieu à l’échelle urbaine, et entre les villes et les campagnes. Des entraves étatiques partout, obsédantes, au service de la libération des forces du marché, c’est-à-dire de la cupidité décomplexée. Le pire de la bourgeoisie, le pire de la bureaucratie. Le Français contemporain doit s’habituer à avoir deux maîtres : l’inquisition de la cupidité et l’inquisition administrative. Comme tout le monde ne peut pas avoir un parcours d’inspecteur des finances, élite pointue qui peut avoir une carrière de double inquisiteur, très peu gagneront dans ce monde. Gageons que sur les 250 000 marcheurs que revendique le mouvement d’Emmanuel Macron, à peine mille verront leur avenir s’éclaircir. Aux yeux des Français, Macron peut passer en six mois pour un uber gandin au centre d’une cour de gastéropodes liberticides, valets de l’esprit ploutocratique. Leçon numéro 6. Ce n’est pas parce qu’il est devenu à peu près normal que le FN est devenu intelligent. Sa fonction était de transformer la colère et la méchanceté irréfléchies en proposition politique pour lutter contre leurs racines même : l’ignorance, l’oisiveté démunie, le sentiment d’avoir été abandonnés par les dirigeants de la communauté nationale, la fierté blessée, l’humiliation de l’expulsé, l’angoisse du déracinement, la morsure du mépris. Le FN a beau dire qu’avec la bénédiction de Nicolas Dupont-Aignan, il a opéré la jonction des républicains et des patriotes, il y a des trous dans la raquette républicaine et des trous dans la raquette patriotique. Des trous dans la raquette républicaine, car son programme est marqué par une sorte de naïveté restauratrice – c’était mieux avant, retournons-y -, par la préférence pour une pédagogie punitive, et par l’absence de stratégie globale tant sur le plan européen que sur le plan économique, qui sont à pleurer. Sa conception de la République est celle d’un colonel d’infanterie en 1950. Respectable, mais l’expérience du monde réel et l’imagination véritablement constructive sont ailleurs. Et des trous dans la raquette patriotique, car, quand bien même le mot de souverainisme met d’accord les patriotes et les nationalistes, la ligne de fracture en ces deux sensibilités persiste, et reste lourde de malentendus, de querelles, de conflits. J’appelle patriotique le sentiment que la patrie doit être respectée et aimée comme l’espace qui nous vient du temps, si je puis dire, et dans lequel la communauté s’organise solidairement pour continuer son histoire ; j’appelle nationaliste ce sentiment d’exaltation qui nous vient des batailles, de la culture de la guerre, et qui nous porte à préférer la France à tout, y compris à la réflexion et à la sympathie. La difficulté qu’a le FN à se débarrasser des hibernatus maurrassiens qui se nourrissent à sa racine belliqueuse est le signe malheureux de son incapacité à distinguer les deux, et à en tirer les conséquences politiques. Il va falloir choisir entre la psychologie de la guerre et celle de la paix, quand on parle de la France. Marin de Viry
On a le sentiment d’un monde parisiano-parisien qui joue un jeu légèrement autiste. Celui de se rassurer. Celui des postures… Un monde qui regarde la France depuis son piédestal, la tête dans les nuages, dans la ouate rassurante de l’entre-soi du VIe arrondissement, et qui refuse d’être à l’écoute du peuple, qui est, soit dit en passant, souvent son public… et qui donnera vraisemblablement dimanche un score supérieur à 40% à la candidate du FN. En faisant pourtant un effort simple cette élite aurait certainement pu approcher et interroger les origines du mal, les racines du vote extrémiste – dans un contexte de crise économique interminable, de promesses non tenues de redressement de la courbe du chômage, et de pays sous tension, gangréné par la montée des fondamentalismes, le terrorisme qui est un cancer de ce siècle, et des violences quotidiennes. Mais pour comprendre ça, cette caste aurait peut-être dû faire l’effort de sortir la tête de sa poubelle dorée. Cette élite qui cherche encore à faire l’opinion, qui a le monopole de la parole public, qui possède les médias, quand elle n’est pas possédée par eux… Ce week-end, dans le cadre de la manifestation traditionnelle du 1er mai, en fin de cortège, les forces de l’ordre ont été l’objet d’attaques violentes de la part de casseurs et des membres des « Black Blocs », prétendument antifascistes. Frappé par un cocktail Molotov, un CRS d’une quarantaine d’années s’est transformé en torche humaine. L’image a fait le tour du monde, et notamment la Une du New-York Times. Elle semble avoir un peu moins passionné la presse française. L’homme est dans un état grave, brûlé au troisième degré. Où étaient, ces derniers jours, les pétitionnaires qui réclamaient encore il y a peu « justice pour Théo », et propageaient de manière irresponsable l’idée d’une police en guerre totale contre les jeunes-des-quartiers© ? Où étaient-ils pour dénoncer cette image – qui aura certainement plus d’impact que la plupart des discours, des débats, et des mises en garde pontifiantes sur le vote de dimanche ? Et ce n’est là qu’un exemple. Et dans la France macronienne hors-sol qui s’annonce, le ressentiment qui nourrit le vote extrême ne peut que prospérer. Dans la France de Macron, que l’on entrevoit dans son programme et ses discours, son effervescence de mots vides et de phrases creuses ; son charabia managérial ; La France « Start-up nation » ; la France de l’ubérisation ; la France qui fait (quoi ?) ; la France qui ose (quoi ?) ; quelle place pour l’autre France ? Celle que l’on a appelé « périphérique », qui souffre, qui est déclassée et se sent trahie ? Contre la montée en puissance de ce ressentiment, la farandole antifasciste, les cocktails dinatoires au théâtre du Rond-Point et les imprécations médiatiques n’auront aucun impact. Et ne feront même que renforcer ce sentiment d’humiliation. Continuons sur ce ton et nous aurons vraiment le Front national au pouvoir en 2022. Et, comme le rajoutait en plaisantant un ami, certainement Hans Gruber en 2027… François-Xavier Ajavon
Sur les plans géographique, culturel et social, il existe bien des points communs entre les situations françaises et américaines, à commencer par le déclassement de la classe moyenne. C’est « l’Amérique périphérique » qui a voté Trump, celle des territoires désindustrialisés et ruraux qui est aussi celle des ouvriers, employés, travailleurs indépendants ou paysans. Ceux qui étaient hier au cœur de la machine économique en sont aujourd’hui bannis. Le parallèle avec la situation américaine existe aussi sur le plan culturel, nous avons adopté un modèle économique mondialisé. Fort logiquement, nous devons affronter les conséquences de ce modèle économique mondialisé : l’ouvrier – hier à gauche –, le paysan – hier à droite –, l’employé – à gauche et à droite – ont aujourd’hui une perception commune des effets de la mondialisation et rompent avec ceux qui n’ont pas su les protéger. La France est en train de devenir une société américaine, il n’y a aucune raison pour que l’on échappe aux effets indésirables du modèle. (…) Dans l’ensemble des pays développés, le modèle mondialisé produit la même contestation. Elle émane des mêmes territoires (Amérique périphérique, France périphérique, Angleterre périphérique… ) et de catégories qui constituaient hier la classe moyenne, largement perdue de vue par le monde d’en haut. (…) la perception que des catégories dominantes – journalistes en tête – ont des classes populaires se réduit à leur champ de vision immédiat. Je m’explique : ce qui reste aujourd’hui de classes populaires dans les grandes métropoles sont les classes populaires immigrées qui vivent dans les banlieues c’est-à-dire les minorités : en France elles sont issues de l’immigration maghrébine et africaine, aux États-Unis plutôt blacks et latinos. Les classes supérieures, qui sont les seules à pouvoir vivre au cœur des grandes métropoles, là où se concentrent aussi les minorités, n’ont comme perception du pauvre que ces quartiers ethnicisés, les ghettos et banlieues… Tout le reste a disparu des représentations. Aujourd’hui, 59 % des ménages pauvres, 60 % des chômeurs et 66 % des classes populaires vivent dans la « France périphérique », celle des petites villes, des villes moyennes et des espaces ruraux. (…) Faire passer les classes moyennes et populaires pour « réactionnaires », « fascisées », « pétinisées » est très pratique. Cela permet d’éviter de se poser des questions cruciales. Lorsque l’on diagnostique quelqu’un comme fasciste, la priorité devient de le rééduquer, pas de s’interroger sur l’organisation économique du territoire où il vit. L’antifascisme est une arme de classe. Pasolini expliquait déjà dans ses Écrits corsaires que depuis que la gauche a adopté l’économie de marché, il ne lui reste qu’une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n’existe pas. C’est exactement ce qui est en train de se passer. (…) Il y a un mépris de classe presque inconscient véhiculé par les médias, le cinéma, les politiques, c’est énorme. On l’a vu pour l’élection de Trump comme pour le Brexit, seule une opinion est présentée comme bonne ou souhaitable. On disait que gagner une élection sans relais politique ou médiatique était impossible, Trump nous a prouvé qu’au contraire, c’était faux. Ce qui compte, c’est la réalité des gens depuis leur point de vue à eux. Nous sommes à un moment très particulier de désaffiliation politique et culturel des classes populaires, c’est vrai dans la France périphérique, mais aussi dans les banlieues où les milieux populaires cherchent à préserver ce qui leur reste : un capital social et culturel protecteur qui permet l’entraide et le lien social. Cette volonté explique les logiques séparatistes au sein même des milieux modestes. Une dynamique, qui n’interdit pas la cohabitation, et qui répond à la volonté de ne pas devenir minoritaire. (…) La bourgeoisie d’aujourd’hui a bien compris qu’il était inutile de s’opposer frontalement au peuple. C’est là qu’intervient le « brouillage de classe », un phénomène, qui permet de ne pas avoir à assumer sa position. Entretenue du bobo à Steve Jobs, l’idéologie du cool encourage l’ouverture et la diversité, en apparence. Le discours de l’ouverture à l’autre permet de maintenir la bourgeoisie dans une posture de supériorité morale sans remettre en cause sa position de classe (ce qui permet au bobo qui contourne la carte scolaire, et qui a donc la même demande de mise à distance de l’autre que le prolétaire qui vote FN, de condamner le rejet de l’autre). Le discours de bienveillance avec les minorités offre ainsi une caution sociale à la nouvelle bourgeoisie qui n’est en réalité ni diverse ni ouverte : les milieux sociaux qui prônent le plus d’ouverture à l’autre font parallèlement preuve d’un grégarisme social et d’un entre-soi inégalé. (…) Nous, terre des lumières et patrie des droits de l’homme, avons choisi le modèle libéral mondialisé sans ses effets sociétaux : multiculturalisme et renforcement des communautarismes. Or, en la matière, nous n’avons pas fait mieux que les autres pays. (…) Le FN n’est pas le bon indicateur, les gens n’attendent pas les discours politiques ou les analyses d’en haut pour se déterminer. Les classes populaires font un diagnostic des effets de plusieurs décennies d’adaptation aux normes de l’économie mondiale et utilisent des candidats ou des référendums, ce fut le cas en 2005, pour l’exprimer. (…) [Macron] Il y a au moins une chose qu’on ne peut pas lui reprocher : il n’avance pas masqué ! Il ne cherche pas à faire semblant de tenir un discours « de gauche ». Il dit : « pour s’en sortir, il faut encore plus de libéralisme » ce qui est assez cohérent intellectuellement et assez représentatif de ce qu’est devenue la gauche. Christophe Guilluy
Le clivage sépare ceux qui bénéficient de la mondialisation de ceux qui en pâtissent. Il est à la fois géographique et social. Que ce soit aux États-Unis, en Suède, au Danemark, aux Pays-Bas ou en Autriche, les territoires s’adaptent toujours de la même façon au modèle économique mondialisé : les métropoles deviennent de nouvelles citadelles, un monde fermé auquel on ne peut accéder sans ticket d’entrée. Impossible pour les classes populaires d’y acheter leur logement, compliqué d’y louer, à moins d’habiter dans des quartiers de logements sociaux. On nous explique que la révolution numérique efface les différences entre New York et le Cantal, ce n’est pas vrai. Les catégories supérieures se replient de plus en plus dans les territoires gagnants de la mondialisation, alors que la classe moyenne disparaît. (…) Nous assistons à un clivage à l’intérieur même des classes populaires. Le FN reste en tête avec un score de 37 % chez les ouvriers et Jean-Luc Mélenchon engrange effectivement des voix, notamment au sein des catégories populaires de banlieue. Ce sont les mêmes qui avaient voté Hollande en 2012. À l’inverse, les catégories populaires de la France périphérique ont plutôt voté FN. La question culturelle et identitaire s’est invitée au cœur des stratégies électorales des partis politiques. (…) il y a une dimension ethnoculturelle très nette. Ce fonctionnement est en place depuis plus de quinze ans, rien de très neuf. Nous ne sommes plus sur un clivage strictement social. Prenez une cité d’Hénin-Baumont par exemple, le « petit Blanc » va voter FN et le « petit beur » va voter Mélenchon… Alors même que les deux partagent une réalité géographique et sociale, leur vote diverge ! Cela signifie bien que la question culturelle et identitaire s’est invitée au cœur des stratégies électorales des partis politiques ! Les partis dits républicains prétendent le contraire la main sur le cœur, mais c’est bien évidemment faux. Au moins sur la question de l’émergence de la société multiculturelle, les partis américains ont moins de pudeur sur le sujet. (…) C’est ce fait de ne pas pouvoir partager un capital culturel ou historique commun que j’appelle l’insécurité culturelle. Ce phénomène est assez universel, par exemple, la petite bourgeoisie magrébine quitte les quartiers où se concentre l’immigration africaine. En réalité, personne ne souhaite être minoritaire, car cela signifie dépendre de la bienveillance de la majorité. (…) On constate une féminisation de cet électorat  [FN], même s’il reste majoritairement masculin, et une progression dans des catégories jusqu’ici peu séduites par le FN. C’est le cas des employés, dont 32 % ont voté en faveur de Marine Le Pen, ou des salariés de la fonction publique, qui sont 27 % à avoir porté leurs voix en faveur de la représentante du FN. Sur le plan géographique, le vote progresse dans des régions que l’on disait traditionnellement plus hermétiques à ce vote, comme la Bretagne avec plus de 15 % en faveur du FN. Cela peut sembler inattendu, mais c’est en réalité très logique. (…) Il faut regarder sur le temps long : le Brexit puise ses racines dans la politique menée par Margaret Thatcher dans les années 80. De la même manière, l’élection de Donald Trump n’aurait pu se produire sans la financiarisation de l’économie sous Bill Clinton… En France, la désaffiliation politique des classes populaires germe à la fin des années 70, lors du démarrage de la désindustrialisation. Cette désaffiliation augmente en même temps que la classe moyenne disparaît catégorie après catégorie. Cela a commencé avec les ouvriers, puis les paysans, maintenant les employés… Des bataillons entiers sortent progressivement de la classe moyenne, basculent dans le chômage ou la précarisation de leur emploi. Il y a dans l’esprit des gens l’idée que les classes populaires, c’est une France finissante vouée à disparaître un jour ou l’autre. Sauf que les gens ne disparaissent pas physiquement ! Prenez les 15 premières métropoles de France. Elles représentent 40 % de la population. Si l’on remonte les recensements, les mêmes métropoles en 1968 représentaient… 40 % de la population ! Cela peut sembler contre-intuitif, mais leur poids démographique n’a pas bougé, car, contrairement à ce que l’on imagine, la croissance des territoires a suivi celle des métropoles. (…) Ce qui est frappant, c’est qu’il y a un potentiel majoritaire avec des gens qui se croient minoritaires. En somme, c’est un conflit de classe, sans conscience de classe. Nous ne sommes pas la Grèce : il y a encore beaucoup de gens qui ont beaucoup à perdre. Les retraités et les fonctionnaires, qui sont protégés de la mondialisation, n’ont aucune raison de renverser la table. Il y a aussi, à la marge, le vote des minorités qui va se porter vers le parti le moins anti-immigrés. On voit bien que le Front national est bloqué par sa sociologie : les catégories populaires ne lui suffiront pas. Mais les coups de boutoir seront de plus en plus violents. On peut très bien imaginer demain voir un FN atteindre les 30-35 % au premier tour. Cela signifiera que les digues sont en train de céder. Pour l’instant, la difficulté que rencontre Emmanuel Macron est la suivante : comment tenir un discours optimiste sur la mondialisation, tout en captant les voix des perdants de cette mondialisation, ceux dont le niveau de vie a diminué ces vingt dernières années ? Pas facile. (…) Tout d’abord, le clivage gauche-droite ne structure plus complètement l’opinion. La preuve : le candidat de droite comme le candidat de gauche ont été éjectés dès le premier tour. Ceux qui ont franchi l’obstacle, ce sont des candidats qui se revendiquent « ni de droite ni de gauche ». Ce vieux clivage n’est encore pertinent que pour les retraités et les fonctionnaires. Les autres électeurs se déterminent désormais par des thématiques, comme la mondialisation ou l’immigration. Cela n’en fait pas spécifiquement des gens de gauche ou de droite. Si le pays avait vraiment « basculé à droite », l’État providence serait par exemple remis en question par l’opinion. Or, c’est tout le contraire. L’attachement aux services publics se vérifie, tout particulièrement dans la France périphérique, où la fermeture d’un bureau de poste peut devenir un casus belli. Même chose sur la question de la laïcité : il existe des électeurs de droite comme de gauche qui y sont attachés. Le clivage gauche-droite était le clivage du XIXe et du XXe siècle. Ce qui détermine le vote aujourd’hui, c’est le rapport à la mondialisation, à l’économie et le niveau de désaffiliation aux partis. (…) Les résultats du second tour devraient dessiner une carte « chimiquement pure » de cette France périphérique, qui ne nous dira pas ce qui est urbain ou rural, mais qui nous éclairera sur la proximité ou non du marché de l’emploi. Deux grands pôles sont en train de se mettre en place. La question des clivages de classe, clivages culturels, clivages géographiques va enfin être posée. (…) On meurt de l’absence de conflits et de débats ! Si on veut éviter les violences réelles, il faut que cette conflictualité se traduise en débats à l’Assemblée nationale. Il serait tout à fait sain que les députés s’affrontent autour de thèmes qui parlent à l’opinion. Le pire moment est celui que nous vivons : il n’existe aucune connexion entre le monde d’en haut et celui d’en bas. Cela conduit à l’assèchement de la pensée. Malheureusement, pour l’heure, la France « d’en haut » est encore dans ce mode de fonctionnement, très pratique pour ne jamais mettre les vraies questions sur la table. Cette posture applique la règle suivante : « Ceux qui votent pour le FN sont fascistes. Les classes populaires votent FN, donc, elles sont fascistes. Et comme on ne parle pas aux fascistes, on ne parle pas aux classes populaires. » Fermez le ban ! Si on assiste réellement à l’émergence de ces deux blocs, les gens « d’en bas » considéreraient enfin que l’Assemblée nationale travaille pour eux. Ils auraient envie d’élire des majorités qui vont les représenter, disposer de ministres qui défendent leurs intérêts… Cette recomposition, les partis politiques n’ont pas voulu l’entreprendre, alors que le corps électoral l’attendait depuis des années. Christophe Guilluy

Comment ça, deux poids deux mesures ?

« Sauvagerie », « obsessions tribales », « primate » …

A l’heure où avec une belle unanimité et un rare civisme

Les mêmes médias qui nous avaient abreuvé quotidiennement de révélations supposées confidentielles mais toujours plus croustillantes du dossier judiciaire d’un candidat …

Qui se trouvait être lors du premier tour le seul candidat d’une véritable alternance

Et dont l’élimination, par explosion en vol programmée, allait permettre l’élection probable à nouveau demain soir d’un futur président accidentel  …

Se refusent, à la demande de la Commission de contrôle de la campagne électorale, de publier les informations confidentielles sur  ce dernier obtenues par des hackers russes …

Et les mêmes qui avaient littéralement encensé …

Les imprécations, entre Hugo et Jaurès, du néo-léniniste et chavéziste de la France insoumise

Et qui viennent à jet continu deux semaines durant de nous sommer de voter sous peine d’excommunication morale …

Pour le même futur président par défaut pour contrer le prétendu retour de la bête immonde …

Contre laquelle où, qualifications de « primate » comprises, tous les coups semblent désormais permis …

Comment ne pas voir ….

Derrière cette fascisation d’une classe entière d’électeurs

Au-delà des évidentes inepties économiques, largement partagées à l’autre extrême de l’échiquier, de leur candidate …

Après le précédent américain comme le rappelle le géographe Christophe Guilluy …

La véritable arme de classe de toute une bonne société …

Permettant d’éviter, entre deux attentats ou prises d’otages par la racaille de quartiers entiers, les questions qui fâchent

Sur le sort d’une bonne moitié d’une population dont la mondialisation n’a tout simplement plus besoin ?

« Faire passer les classes populaires pour fascisées est très pratique »
De l’Amérique de Trump à la France périphérique, il n’y a qu’un pas. Le géographe Christophe Guilluy nous explique pourquoi. Interview.
Propos recueillis par Clément Pétreault
Le Point
16/11/2016

« Trumpisation » de la société, « lepénisation des esprits », « jeanpierrepernaultisation de l’information », les éditorialistes ne savent plus qui accabler pour expliquer la montée des populismes. Il existe pourtant une autre lecture du phénomène. Christophe Guilluy est le géographe maudit de la gauche française. Ses torts ? Une analyse qui prend les réformistes à rebrousse-poil et des livres qui décortiquent les rouages inconscients de notre ordre social. Si Manuel Valls considère qu’expliquer, c’est déjà vouloir excuser, Christophe Guilluy préfère comprendre plutôt que condamner.

Le Point.fr : L’élection d’un populiste comme Donald Trump ne semble pas vous étonner. Un tel scénario pourrait-il advenir en France ?

Christophe Guilluy : Étant donné l’état de fragilisation sociale de la classe moyenne majoritaire française, tout est possible. Sur les plans géographique, culturel et social, il existe bien des points communs entre les situations françaises et américaines, à commencer par le déclassement de la classe moyenne. C’est « l’Amérique périphérique » qui a voté Trump, celle des territoires désindustrialisés et ruraux qui est aussi celle des ouvriers, employés, travailleurs indépendants ou paysans. Ceux qui étaient hier au cœur de la machine économique en sont aujourd’hui bannis. Le parallèle avec la situation américaine existe aussi sur le plan culturel, nous avons adopté un modèle économique mondialisé. Fort logiquement, nous devons affronter les conséquences de ce modèle économique mondialisé : l’ouvrier – hier à gauche –, le paysan – hier à droite –, l’employé – à gauche et à droite – ont aujourd’hui une perception commune des effets de la mondialisation et rompent avec ceux qui n’ont pas su les protéger. La France est en train de devenir une société américaine, il n’y a aucune raison pour que l’on échappe aux effets indésirables du modèle.

Vous considérez que personne n’a vu venir le phénomène Trump ou le Brexit, car les représentations des classes populaires sont erronées…

Dans l’ensemble des pays développés, le modèle mondialisé produit la même contestation. Elle émane des mêmes territoires (Amérique périphérique, France périphérique, Angleterre périphérique… ) et de catégories qui constituaient hier la classe moyenne, largement perdue de vue par le monde d’en haut.

Oui, la perception que des catégories dominantes – journalistes en tête – ont des classes populaires se réduit à leur champ de vision immédiat. Je m’explique : ce qui reste aujourd’hui de classes populaires dans les grandes métropoles sont les classes populaires immigrées qui vivent dans les banlieues c’est-à-dire les minorités : en France elles sont issues de l’immigration maghrébine et africaine, aux États-Unis plutôt blacks et latinos. Les classes supérieures, qui sont les seules à pouvoir vivre au cœur des grandes métropoles, là où se concentrent aussi les minorités, n’ont comme perception du pauvre que ces quartiers ethnicisés, les ghettos et banlieues… Tout le reste a disparu des représentations. Aujourd’hui, 59 % des ménages pauvres, 60 % des chômeurs et 66 % des classes populaires vivent dans la « France périphérique », celle des petites villes, des villes moyennes et des espaces ruraux.

Pour expliquer l’élection de Trump, les médias américains évoquent « la vengeance du petit blanc ». Un même désir de vengeance pourrait-il peser dans la prochaine élection française ?

Faire passer les classes moyennes et populaires pour « réactionnaires », « fascisées », « pétinisées » est très pratique. Cela permet d’éviter de se poser des questions cruciales. Lorsque l’on diagnostique quelqu’un comme fasciste, la priorité devient de le rééduquer, pas de s’interroger sur l’organisation économique du territoire où il vit. L’antifascisme est une arme de classe. Pasolini expliquait déjà dans ses Écrits corsaires que depuis que la gauche a adopté l’économie de marché, il ne lui reste qu’une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n’existe pas. C’est exactement ce qui est en train de se passer.

C’est-à-dire ?

Il y a un mépris de classe presque inconscient véhiculé par les médias, le cinéma, les politiques, c’est énorme. On l’a vu pour l’élection de Trump comme pour le Brexit, seule une opinion est présentée comme bonne ou souhaitable. On disait que gagner une élection sans relais politique ou médiatique était impossible, Trump nous a prouvé qu’au contraire, c’était faux. Ce qui compte, c’est la réalité des gens depuis leur point de vue à eux. Nous sommes à un moment très particulier de désaffiliation politique et culturel des classes populaires, c’est vrai dans la France périphérique, mais aussi dans les banlieues où les milieux populaires cherchent à préserver ce qui leur reste : un capital social et culturel protecteur qui permet l’entraide et le lien social. Cette volonté explique les logiques séparatistes au sein même des milieux modestes. Une dynamique, qui n’interdit pas la cohabitation, et qui répond à la volonté de ne pas devenir minoritaire.

Voir aussi:

« Il n’existe aucune connexion entre le monde d’en haut et celui d’en bas »
Pour le géographe Christophe Guilluy, qui dénonce un « assèchement de la pensée », le rapport à la mondialisation détermine désormais le vote.
Clément Pétreault
02/05/2017

Le géographe Christophe Guilluy avait depuis longtemps théorisé la fracture entre deux France, celle globalisée des métropoles et celle populaire des périphéries. Pour Le Point, l’auteur du Crépuscule de la France d’en haut (Flammarion) et de La France périphérique (Flammarion) analyse le second tour d’une élection présidentielle qui, selon lui, confirme que la mondialisation ou l’immigration sont devenues les vrais sujets de clivage au-delà de la droite ou de la gauche.

Le Point.fr : Que nous apprend la carte du vote du premier tour de la présidentielle ?

Christophe Guilluy : Il y a une confirmation du mouvement entamé ces dix dernières années avec une forte poussée du FN dans les périphéries. Quelle que soit la région, la dynamique est là. Pour le second tour, ces périphéries devraient logiquement donner de forts scores à Marine Le Pen, alors qu’Emmanuel Macron sera vainqueur dans les centres urbains. Évidemment, ces constatations n’effacent pas la géographie traditionnelle, à savoir l’Est plutôt à droite, l’Ouest à gauche. Mais le fond du décor est en train de s’estomper peu à peu.

L’analyse qui oppose un vote des villes à un vote des campagnes est-elle pertinente ?

Elle est imprécise. Le clivage sépare ceux qui bénéficient de la mondialisation de ceux qui en pâtissent. Il est à la fois géographique et social. Que ce soit aux États-Unis, en Suède, au Danemark, aux Pays-Bas ou en Autriche, les territoires s’adaptent toujours de la même façon au modèle économique mondialisé : les métropoles deviennent de nouvelles citadelles, un monde fermé auquel on ne peut accéder sans ticket d’entrée. Impossible pour les classes populaires d’y acheter leur logement, compliqué d’y louer, à moins d’habiter dans des quartiers de logements sociaux. On nous explique que la révolution numérique efface les différences entre New York et le Cantal, ce n’est pas vrai. Les catégories supérieures se replient de plus en plus dans les territoires gagnants de la mondialisation, alors que la classe moyenne disparaît.

Vous avez l’ habitude de dire que les classes populaires ont tourné le dos à la gauche. Or, 24 % des ouvriers ont voté pour Jean-Luc Mélenchon. Ce n’ est pas négligeable…

Nous assistons à un clivage à l’intérieur même des classes populaires. Le FN reste en tête avec un score de 37 % chez les ouvriers et Jean-Luc Mélenchon engrange effectivement des voix, notamment au sein des catégories populaires de banlieue. Ce sont les mêmes qui avaient voté Hollande en 2012. À l’inverse, les catégories populaires de la France périphérique ont plutôt voté FN.
La question culturelle et identitaire s’est invitée au cœur des stratégies électorales des partis politiques

Donc, pour vous, ce succès de Mélenchon chez les ouvriers, c’ est un vote ethnique ?

Pas seulement, mais il y a une dimension ethnoculturelle très nette. Ce fonctionnement est en place depuis plus de quinze ans, rien de très neuf. Nous ne sommes plus sur un clivage strictement social. Prenez une cité d’Hénin-Baumont par exemple, le « petit Blanc » va voter FN et le « petit beur » va voter Mélenchon… Alors même que les deux partagent une réalité géographique et sociale, leur vote diverge ! Cela signifie bien que la question culturelle et identitaire s’est invitée au cœur des stratégies électorales des partis politiques ! Les partis dits républicains prétendent le contraire la main sur le cœur, mais c’est bien évidemment faux. Au moins sur la question de l’émergence de la société multiculturelle, les partis américains ont moins de pudeur sur le sujet.

C ‘est ce que vous appelez « l’ insécurité culturelle »…

J’ai élaboré ce concept opérationnel pour analyser les demandes d’attribution de logement dans le parc social et pour étudier les leviers de l’ethnicisation de certaines cités. Je me suis rendu compte que, parfois, alors qu’il n’y avait ni problème d’insécurité physique ni grande précarisation, les habitants d’un quartier cherchaient à déménager pour échapper à une instabilité démographique. Cette instabilité renvoyait aux individus l’idée qu’ils étaient minoritaires ou en passe de le devenir dans leur quartier. Cette prise de conscience faisait flamber les demandes de changement d’attribution. C’est ce fait de ne pas pouvoir partager un capital culturel ou historique commun que j’appelle l’insécurité culturelle. Ce phénomène est assez universel, par exemple, la petite bourgeoisie magrébine quitte les quartiers où se concentre l’immigration africaine. En réalité, personne ne souhaite être minoritaire, car cela signifie dépendre de la bienveillance de la majorité.
Le clivage gauche-droite était le clivage du XIXe et du XXe siècle
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Le profil de l’ électeur FN change au fur et à mesure que ses scores progressent ?

Oui. On constate une féminisation de cet électorat, même s’il reste majoritairement masculin, et une progression dans des catégories jusqu’ici peu séduites par le FN. C’est le cas des employés, dont 32 % ont voté en faveur de Marine Le Pen, ou des salariés de la fonction publique, qui sont 27 % à avoir porté leurs voix en faveur de la représentante du FN. Sur le plan géographique, le vote progresse dans des régions que l’on disait traditionnellement plus hermétiques à ce vote, comme la Bretagne avec plus de 15 % en faveur du FN. Cela peut sembler inattendu, mais c’est en réalité très logique.

C ‘est-à-dire ?

Il faut regarder sur le temps long : le Brexit puise ses racines dans la politique menée par Margaret Thatcher dans les années 80. De la même manière, l’élection de Donald Trump n’aurait pu se produire sans la financiarisation de l’économie sous Bill Clinton… En France, la désaffiliation politique des classes populaires germe à la fin des années 70, lors du démarrage de la désindustrialisation. Cette désaffiliation augmente en même temps que la classe moyenne disparaît catégorie après catégorie. Cela a commencé avec les ouvriers, puis les paysans, maintenant les employés… Des bataillons entiers sortent progressivement de la classe moyenne, basculent dans le chômage ou la précarisation de leur emploi. Il y a dans l’esprit des gens l’idée que les classes populaires, c’est une France finissante vouée à disparaître un jour ou l’autre. Sauf que les gens ne disparaissent pas physiquement ! Prenez les 15 premières métropoles de France. Elles représentent 40 % de la population. Si l’on remonte les recensements, les mêmes métropoles en 1968 représentaient… 40 % de la population ! Cela peut sembler contre-intuitif, mais leur poids démographique n’a pas bougé, car, contrairement à ce que l’on imagine, la croissance des territoires a suivi celle des métropoles.

Dans ce cas, comme expliquer qu’ Emmanuel Macron soit donné gagnant au second tour, alors que la France périphérique représenterait 60 % de la population ?

Ce qui est frappant, c’est qu’il y a un potentiel majoritaire avec des gens qui se croient minoritaires. En somme, c’est un conflit de classe, sans conscience de classe. Nous ne sommes pas la Grèce : il y a encore beaucoup de gens qui ont beaucoup à perdre. Les retraités et les fonctionnaires, qui sont protégés de la mondialisation, n’ont aucune raison de renverser la table. Il y a aussi, à la marge, le vote des minorités qui va se porter vers le parti le moins anti-immigrés. On voit bien que le Front national est bloqué par sa sociologie : les catégories populaires ne lui suffiront pas. Mais les coups de boutoir seront de plus en plus violents. On peut très bien imaginer demain voir un FN atteindre les 30-35 % au premier tour. Cela signifiera que les digues sont en train de céder. Pour l’instant, la difficulté que rencontre Emmanuel Macron est la suivante : comment tenir un discours optimiste sur la mondialisation, tout en captant les voix des perdants de cette mondialisation, ceux dont le niveau de vie a diminué ces vingt dernières années ? Pas facile.
Les résultats du second tour devraient dessiner une carte « chimiquement pure » de cette France périphérique

Certains analystes affirment que l’ on assiste à une « droitisation de la France »… Pour vous, c’est un leurre ?

Tout d’abord, le clivage gauche-droite ne structure plus complètement l’opinion. La preuve : le candidat de droite comme le candidat de gauche ont été éjectés dès le premier tour. Ceux qui ont franchi l’obstacle, ce sont des candidats qui se revendiquent « ni de droite ni de gauche ». Ce vieux clivage n’est encore pertinent que pour les retraités et les fonctionnaires. Les autres électeurs se déterminent désormais par des thématiques, comme la mondialisation ou l’immigration. Cela n’en fait pas spécifiquement des gens de gauche ou de droite. Si le pays avait vraiment « basculé à droite », l’État providence serait par exemple remis en question par l’opinion. Or, c’est tout le contraire. L’attachement aux services publics se vérifie, tout particulièrement dans la France périphérique, où la fermeture d’un bureau de poste peut devenir un casus belli. Même chose sur la question de la laïcité : il existe des électeurs de droite comme de gauche qui y sont attachés. Le clivage gauche-droite était le clivage du XIXe et du XXe siècle. Ce qui détermine le vote aujourd’hui, c’est le rapport à la mondialisation, à l’économie et le niveau de désaffiliation aux partis

Pour vous, la recomposition politique qui s ‘annonce est une bonne nouvelle ?

Oui. Les résultats du second tour devraient dessiner une carte « chimiquement pure » de cette France périphérique, qui ne nous dira pas ce qui est urbain ou rural, mais qui nous éclairera sur la proximité ou non du marché de l’emploi. Deux grands pôles sont en train de se mettre en place. La question des clivages de classe, clivages culturels, clivages géographiques va enfin être posée.

Cela ne risque pas d ‘accentuer la conflictualité ?

On meurt de l’absence de conflits et de débats ! Si on veut éviter les violences réelles, il faut que cette conflictualité se traduise en débats à l’Assemblée nationale. Il serait tout à fait sain que les députés s’affrontent autour de thèmes qui parlent à l’opinion. Le pire moment est celui que nous vivons : il n’existe aucune connexion entre le monde d’en haut et celui d’en bas. Cela conduit à l’assèchement de la pensée. Malheureusement, pour l’heure, la France « d’en haut » est encore dans ce mode de fonctionnement, très pratique pour ne jamais mettre les vraies questions sur la table. Cette posture applique la règle suivante : « Ceux qui votent pour le FN sont fascistes. Les classes populaires votent FN, donc, elles sont fascistes. Et comme on ne parle pas aux fascistes, on ne parle pas aux classes populaires. » Fermez le ban ! Si on assiste réellement à l’émergence de ces deux blocs, les gens « d’en bas » considéreraient enfin que l’Assemblée nationale travaille pour eux. Ils auraient envie d’élire des majorités qui vont les représenter, disposer de ministres qui défendent leurs intérêts… Cette recomposition, les partis politiques n’ont pas voulu l’entreprendre, alors que le corps électoral l’attendait depuis des années.

Voir également:

Le Point
05.05.2017
Il a jugé la campagne « passionnante », mais il a souffert. « D’un malaise croissant qui s’est peu à peu transformé en honte. » Michel Houellebecq a fait plus d’un aveu jeudi soir àL’Émission politique sur France 2. Le premier : il ne « connaît pas » la France périphérique, cette « deuxième France », celle qui a voté Marine Le Pen ou qui hésite à ne pas voter. Et ça, pour un romancier, c’est « une faute professionnelle grave ». « J’ai perdu le contact, a reconnu l’auteur de La Carte et le Territoire. Je ne pourrais pas écrire sur elle. »
Un aveu d’autant plus frappant que l’écrivain s’est fait le chroniqueur du déclin du pays au fil de ses ouvrages. Mais il est vrai que ses narrateurs lui ressemblent, qu’il soit fonctionnaire, universitaire ou cadre en entreprise. Or, deuxième aveu : « Je fais partie de l’élite mondialisée, maintenant », explique-t-il, lui qui a longtemps choisi de vivre en Irlande avant de rentrer en France en 2013. « Elle (la France périphérique, NDLR) n’habite pas à Paris. À Paris, Le Pen n’existe pas. Elle existe dans des zones mal connues », révélées par le géographe Christophe Guilluy. Houellebecq ne croit pas « au vote idéologique, mais au vote de classe ». Désormais, explique-t-il, la France est coupée en quatre entre Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron et François Fillon. « Je suis trop riche pour voter Le Pen ou Mélenchon et je ne suis pas un héritier pour voter Fillon. »
Par déduction, donc, s’il votait, il devrait choisir Macron. Mais comme à chaque élection, excepté les référendums, dimanche 7 mai, Houellebecq restera chez lui. Et de lâcher qu’il n’est pas sûr d’avoir vu un présidentiable lors du débat laborieux de mercredi soir.

La France « ingouvernable »

À ce sujet, l’auteur de Soumission se livre à un troisième aveu : la dernière fois qu’il a voté, c’était pour… Balladur. Oui, Édouard, répond-il à Léa Salamé interloquée. Car il était « rassurant ». À l’époque, il y avait eu un détournement d’avion et l’assaut avait été lancé sur l’aéroport de Marignane. Une preuve de sang-froid, et c’est ce que lui attend d’un président : « Sang-froid, décision et écoute de ses subordonnés. »
Mais revenons à cette campagne. Houellebecq l’a trouvée « palpitante », même si, « au bout du bout, le résultat est désespérant ». Le paysage est bouleversé, le PS est mort, la droite moribonde. Pour finir, nous voilà dans un rapport de force à trois, le FN, Macron et La France insoumise – peut-être quatre, concède-t-il, si la droite arrive à « survivre » –, qui rend la France « ingouvernable ».
Et de se fendre d’un quatrième aveu : le phénomène qui l’a le plus surpris, c’est l’émergence d’un « vrai parti confessionnel, précisément catholique ». Un aveu qui affaiblit la prédiction de Soumission, son dernier roman très polémique. Rappelons que le roman imaginait l’arrivée au pouvoir en France d’un parti musulman. Il n’y avait pas trace d’un courant catholique. Au contraire, l’absence de foi dans l’électorat – excepté musulman – expliquait, entre autres, la résignation au nouvel ordre islamique qui suivait l’élection. Cependant, dans son ouvrage, il voyait « la réélection d’un président de gauche dans un pays de plus en plus ouvertement à droite ».

Autopsie de la droite républicaine

Dans ce paysage inédit et plutôt désolé qu’il décrit, que retenir du phénomène Macron ? Houellebecq y voit « une thérapie de groupe ». À ce pays malade de pessimisme, « se comparant de manière obsessionnelle à l’Allemagne », le leader d’En marche ! propose une petite cure d’optimisme.
Houellbecq, optimiste ? Quand même pas. « Si on accepte le jeu de la mondialisation – à supposer qu’on ait le choix –, on peut faire autre chose que des smartphones », juge-t-il. Quoi ? « De l’artisanat, de la gastronomie, du tourisme », comme il l’avait décrit dans La Carte et le Territoire, où la France devenait un écomusée. Certes, il le reconnaît dans une moue, ce n’est pas très glorieux, mais, souligne-t-il, « ce n’est pas délocalisable ». « Je n’ai aucune confiance dans l’entreprise, souligne Houellebecq, citant le cas de Whirlpool, une usine « bénéficiaire, qui a reçu des subsides publics » et qui, pourtant, déménage en Pologne.
Alors Houellebecq aurait-il envie de faire un roman sur cette campagne ? « J’avoue que c’est fascinant », répond-il prudemment. Et de faire ce dernier aveu. Il aimerait être dans les bureaux politiques des Républicains, pour s’y « cacher dans un coin ». « Ça doit valoir le coup. » Et de lancer cette invitation aux responsables politiques, à qui il reconnaît le droit d’être secrets. « Je ne parle pas, je peux témoigner que je ne parle pas. » À bon entendeur…

Voir encore:

Comment répondre à la France en colère

La France est la perdante du pénible débat, mercredi, entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. La foire d’empoigne a montré la gravité de la crise de la politique. Ce sont deux candidats immatures – Macron arrogant, Le Pen provocante – qui vont prétendre dimanche au pouvoir suprême. Ce délitement reflète le mal qui ronge la nation, vidée de son génie par quarante ans d’un lent décervelage visant à la rendre malléable. Macron est le produit du manichéisme officiel ; il lui fait dire qu’il a accepté de se « salir un peu » en affrontant son adversaire. Le Pen est l’expression de l’exaspération de ceux qui veulent se faire entendre ; cette impatience lui a fait refuser de jouer le jeu d’une confrontation policée. Le résultat n’est pas à la hauteur de la France ni de sa civilité. D’ailleurs, si 30 millions de téléspectateurs avaient suivi en 1988 le débat Chirac-Mitterrand, ils n’étaient plus que 15,1 millions l’autre soir. Ceux qui, écœurés, veulent quitter la politique (Pierre Lellouche, Henri Guaino, etc.) prennent acte de la fin d’une époque. Mais la transition s’annonce chaotique.

Les insultes et obscénités jetées sur Nicolas Dupont-Aignan après son choix, vendredi 28 avril, de rejoindre Le Pen sont aussi à l’image de cette campagne, médiocre et déloyale. Les « progressistes » trépignent de joie à l’idée d’annoncer, dimanche, la victoire de Macron : elle serait la revanche inespérée de François Hollande, son ombre tutélaire. Mais le bruit et la fureur qui ont accompagné l’ascension du prodige, aspiré par son ambition, ont accumulé des nuages noirs. Ils portent les souvenirs du lynchage de François Fillon et de l’hystérie des moralistes. Ceux-là assurent, devant les tueurs djihadistes : « Vous n’aurez pas ma haine ». Mais ils la réservent à ceux qui veulent se protéger des fanatiques et en finir avec la faiblesse d’État. Pour avoir, après Marie-France Garaud, rompu le cordon sanitaire avec le FN, Dupont-Aignan subit la rage du Système piqué au vif. L’ébauche de recomposition politique a peu de chances de remporter cette élection déjà ficelée. Mais seule une union des droites fera obstacle à cette gauche redoutablement stratège.

Le Macron « antifasciste » manie les grosses ficelles laissées par François Mitterrand : il y a trente ans, il déclarait le FN hérétique afin d’asseoir la gauche sur une droite éclatée.

Voir par ailleurs:

Présidentielle. L’ancienne garde des Sceaux Christiane Taubira a critiqué vendredi la “sauvagerie” de Marine Le Pen lors du débat télévisé d’entre-deux tours face à Emmanuel Macron, et appelé à un “rejet massif” de la candidate du FN en votant pour le candidat d’En Marche !.

Valeurs actuelles

5 mai 2017

“Le débat (de mercredi) a montré aussi ce que c’est que la sauvagerie, parce que cette dame-là, elle a montré, au-delà de sa vulgarité et de sa grossièreté, ce que c’est qu’une société sans règles, ce que c’est une société où on fait n’importe quoi, ce qu’on veut et on se croit au-dessus de tous”, a expliqué Christiane Taubira, invitée ce matin sur France Inter.

“Ni républicaine, ni démocrate”

L’ancienne garde des Sceaux poursuit : “Est-ce que nous pouvons être indifférents à une présence politique qui est une présence essentiellement de vulgarité, de grossièreté, de rage, de rejet ? Est-ce que nous sommes indifférents à ça ? Est-ce que nous sommes indifférents par rapport à nous-mêmes et par rapport à l’image que nous renvoyons au monde ? » A l’adresse des électeurs de Jean-Luc Mélenchon, dont une partie compte voter blanc ou s’abstenir dimanche selon les instituts de sondage, Christiane Taubira a dit qu’“il n’y a pas d’équivalence” avec Emmanuel Macron. “Mme Le Pen n’est ni républicaine, ni démocrate et j’ai déjà eu l’occasion de l’expliquer, ce n’est pas un slogan pour moi. Elle n’est pas républicaine parce qu’avec ses obsessions tribales, elle ne conçoit pas la nation civique, elle ne conçoit pas que nous soyons différents et que nous puissions faire nation, elle ne conçoit pas que nous soyons singuliers et que nous puissions être des citoyens égaux. Elle ne le conçoit pas, c’est un impossible pour elle”.

“Je pense que le 7 mai est déterminant parce que si le résultat est massif du rejet, il n’y aura pas d’ambiguïté sur l’interprétation, il y aura donc un message pour nous-mêmes, il y aura un message au monde, mais il y aura un message aussi pour le futur probable président”. Et de conclure : “La gauche a un devoir impérieux de se reconstruire, de se ressaisir parce que c’est elle qui porte l’idéal d’égalité qui est la réponse cardinale à la dislocation du monde actuel”.

Valeurs actuelles, avec AFP. 

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« Macronleaks »: Les médias appelés à ne pas relayer les documents piratés

06/05/2017

PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE- La Commission de contrôle de la campagne électorale pour la présidentielle française a appelé samedi les médias à s’abstenir de relayer les documents provenant de l’attaque informatique massive qu’a subie l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron, baptisés sur les réseaux sociaux « Macronleaks ».

Dans un communiqué, la commission a indiqué que cette attaque s’est traduite par la diffusion, sur certains réseaux sociaux, d’un nombre important de données présentées comme provenant des systèmes d’information du candidat et de comptes de messagerie de certains responsables de sa campagne.

« La Commission souligne que la diffusion ou la rediffusion de telles données, obtenues frauduleusement, et auxquelles ont pu, selon toute vraisemblance, être mêlées de fausses informations, est susceptible de recevoir une qualification pénale à plusieurs titres et d’engager la responsabilité de ses auteurs ».

Elle a par ailleurs appelé « l’ensemble des acteurs présents sur les sites internet et les réseaux sociaux, au premier chef les médias, mais également tous les citoyens, à faire preuve d’esprit de responsabilité et à ne pas relayer ces contenus, afin de ne pas altérer la sincérité du scrutin, de ne pas enfreindre les interdictions édictées par la loi et de ne pas s’exposer à la commission d’infractions pénales ».

Action de piratage massive

Le mouvement En Marche! avait indiqué vendredi soir, avoir été « victime d’une action de piratage massive et coordonnée donnant lieu ce soir à la diffusion sur les réseaux sociaux d’informations internes de nature diverse (mails, documents comptables, contrats…) ».

« Les fichiers qui circulent ont été obtenus il y a plusieurs semaines grâce au hacking de boîtes mail personnelles et professionnelles de plusieurs responsables du mouvement. Ceux qui font circuler ces documents ajoutent à des documents authentiques nombre de faux documents afin de semer le doute et la désinformation », a-t-il indiqué dans un communiqué. Cette opération « relève manifestement de la déstabilisation démocratique, comme cela s’est déjà vu aux Etats-Unis pendant la dernière campagne présidentielle ».

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Why many French gays adore Marine Le Pen

As France picks its next president on Sunday, National Front nominee Marine Le Pen, 48, enjoys significant support among an unlikely population: gay voters.

According to a survey released Wednesday by Hornet, a gay social network, 36.5 percent back Le Pen, while 63.5 percent favor former Socialist Party member and reputed centrist Emmanuel Macron, 39. Among Hornet’s younger subscribers, 43.5 percent of 18-to-29-year-olds want Le Pen — and fully 49 percent of those age 25.

While Le Pen surely would appreciate even higher numbers, pundits are surprised that the so-called far-Right candidate does this well with typically Left-leaning voters. Why? Le Pen’s previously hostile party now welcomes gays, and militant-Islamic attacks inside and outside of France have ushered gays into Le Pen’s largely open arms.

Le Pen has “un-demonized” the National Front by distancing herself from the party’s founder (her anti-Semitic father), appealing to Jewish voters, avoiding mass protests against gay marriage (although her party’s platform promises to scrap it), and choosing gay men Florian Philippot as her chief deputy and Sébastien Chenu as her leading adviser.

These efforts have boosted the party among gay voters. In April 2012’s presidential election, 26 percent of gay Parisians picked Le Pen. She scored just 16 percent of the straight vote. A third of gays who married after same-sex nuptials were legalized in 2013 reportedly voted for her party in 2015’s regional contests.

Many of these “homonationalists,” as they’ve been dubbed, applaud Le Pen’s straight talk about Islamic fundamentalism’s existential challenge to French lives and lifestyles.

In light of the November 2015 ISIS terror attacks that killed 130 in Paris, Tunisian immigrant Mohamed Lahouaiej-Bouhlel’s truck rampage that murdered 86 pedestrians in Nice last July and other acts of extremist bloodshed, Le Pen said, “Islamism is a monstrous totalitarian ideology that has declared war on our nation, on reason, on civilization.” She also wants to renew border checks and eject foreigners who are on France’s terror-watch list.

Violent Muslim-extremist homophobia has battered France for years:

  • Then-Mayor Bertrand Delanoë of Paris was stabbed in the stomach by Azedine Berkane, a devout Muslim and son of Algerian immigrants, at City Hall in October 2002. Delanoë survived after two weeks in the hospital. According to justice officials, Berkane “explained his strong religious views made him reject homosexuality as unnatural.”
  •  “Up until 2005, Bordeaux was a very gay-friendly city,” Patrick McCarthy told Britain’s The Spectator. “Same-sex couples could openly walk down the street holding hands without any problems,” the Bordeaux resident continued. “However, in the space of two months, five gay men were murdered in the city. The blame was put on Bordeaux’s Muslim community, since some of these hate crimes were carried out by people of Arabic origins.”
  •  In April 2013, Dutch librarian Wilfred de Bruijn and his boyfriend, Olivier Couderc, strolled arm in arm after dinner in a highly Muslim district in Paris. “Hey, look. They’re gays,” Couderc recalled hearing before attackers pounced. They kicked de Bruijn in the face, delivered five cranial fractures, knocked out a tooth, and left both men unconscious. Three men of North African heritage paid for this carnage in June 2014. K. Taieb and M. Abdel Malik, both 19, earned 2½-year prison terms. T. Kide, 21, received six months’ probation for not stopping this brutality.
  •  When the ISIS-tied Karim Cheurfi fired his Kalashnikov on Paris’ Champs-Élyseés on April 20, he killed Xavier Jugelé, 37, an openly gay cop. Cheurfi most likely knew nothing about Jugelé’s sexuality, but he nonetheless made Jugelé yet another gay victim of France’s Islamic-extremist mayhem.

Marine Le Pen remains Sunday’s underdog. If she manages a Trump-like upset, it may be thanks to voters like Kelvin Hopper, 25, a gay artist and Le Pen supporter in Paris. Hopper told the AP: “Faced with the current threats, particularly from radical Islam, gays have realized they’ll be the first victims of these barbarians, and only Marine is proposing radical solutions.”

Deroy Murdock is a Fox News contributor and a contributing editor with National Review Online.

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The French Illusions That Die Hard

Free markets and ‘globalists’ didn’t wreck the French economy. The political class did.

Paris

A representative of the globalist elite faces a tribune of globalization’s victims. That’s the superficial read on Sunday’s presidential runoff between Emmanuel Macron and Marine Le Pen in France. The deeper question is whether French voters accommodate themselves to reality or cling tighter to their economic illusions. Plenty of clues about which path France might take were on display during the May Day holiday.

Start with the France of illusions. An estimated 40,000 red-clad activists snaked their way from the Place de la République to the Place de la Nation in the early afternoon. Hammer-and-sickle flags abounded. So did portraits of beloved mass murderers like Che Guevara. Gangs of masked youth set off firecrackers that boomed like gunshots.

One placard showed Ms. Le Pen and Mr. Macron side by side, asking: “Plague or Cholera?” A typical slogan was “Neither nation nor boss!”—a double rejection of Ms. Le Pen’s nationalism and Mr. Macron’s free-market liberalism. These sum up the views of supporters of Jean-Luc Mélenchon, the leftist firebrand who was eliminated, barely, in the first round last month.

The Mélenchonists have a great deal in common with Ms. Le Pen’s National Front, which held its own angry rally earlier in the day. Both camps would lower the retirement age to 60 from 62. Ms. Le Pen would keep the 35-hour workweek while Mr. Mélenchon would shorten it to 32 hours. Both would boost welfare spending and sever or strain the country’s trade ties in various ways.

The Le Pen-Mélenchon Venn diagram has a large overlapping set, because both camps blame everyone but the French for the country’s malaise.

“The French try to erase historical experience,” Pascal Bruckner tells me. The literary journalist is one of a very few classical liberals among French public intellectuals. He says his compatriots “have forgotten the experience of 1989 and only see the bad aspects of capitalism and liberal democracy.”

The tragedy of France, Mr. Bruckner says, is that the country never had a Margaret Thatcher or Gerhard Schröder to implement a dramatic pro-growth program. Incremental, haphazard changes have only prolonged the crisis. “So if you’re unemployed it must be because of the market economy.”

Yet it wasn’t shadowy globalists who in 1999 imposed a 35-hour workweek to make overtime labor prohibitively expensive. The law was meant to encourage firms to hire more workers, but like most efforts to subjugate markets to politics, it ended up doing more harm than good. Now it’s the main barrier to hiring in a country where the unemployment rate is stuck north of 10%.

Nor was it global markets that levied a corporate tax rate of 33% (plus surcharges for larger firms), a top personal rate of 45%, and a wealth tax and other “social fees” that repelled investors and forced the country’s best and brightest to seek refuge in places like London, New York and Silicon Valley.

Nor did globalization build a behemoth French bureaucracy that crowds out the private economy. As of January, this has created a 98% public-debt-to-GDP ratio.

Perhaps the strangest aspect of the recrudescence of collectivist politics in France is the willingness of some American conservatives to indulge it. Yes, Ms. Le Pen and Mr. Mélenchon are intemperate and authoritarian, the thinking goes, but they give voice to real frustrations with globalization and other market evils like gentrification and automation.

If vituperation alone conferred political credibility, Louis Farrakhan would be the most credible figure in American politics. What U.S. conservatives tempted by Ms. Le Pen don’t notice is that much of her rage against globalization is the same old conspiratorial anti-Americanism dressed up for a new age of anxiety. It’s telling, too, that you never read about the 35-hour workweek in their accounts, which tend to make France sound more like America during the robber-baron era than a stultifying welfare state.

And what would happen to the unprotected if Ms. Le Pen became president? Within a year the country would become a European Venezuela, warns Mr. Bruckner. With her protectionist threats, “nobody would invest in France. Banks would close. People would withdraw their money and go abroad.”

Which brings us to the other France. It was also on display on May Day, when supporters of Mr. Macron turned out in droves to hear him speak at a convention center in northeast Paris. They were diverse, mostly young, well-dressed and well-behaved. The watchwords were opportunity, growth, aspiration, competitiveness and—yes—liberty.

Whether a President Macron turns out to be the reformer France needs remains to be seen. His platform is if anything too modest, and he has a tendency to speak to both sides of every issue. But give Mr. Macron and his supporters this: They don’t peddle dangerous illusions.

Mr. Ahmari is a Journal editorial writer in London.

Voir encore:

What Has Failed in France

Americans live to work, while the French work to live. That’s the cliché, and it’s time to retire it. If Emmanuel Macron defeats Marine Le Pen in Sunday’s election — let’s pray the polls are right this time — the message from voters will be: The vacation in Martinique will have to wait. First, we’d like to work.

That’s the real story of this election, the most stunning aspect of which isn’t that the French might possibly install a crypto-fascist in the Élysée Palace. It’s that they seem strongly inclined to elect a former Rothschild investment banker who evinces no sense of guilt about his elite pedigree, capitalist profession and market-friendly economic inclinations that include tax cuts for corporations and an easing of the 35-hour workweek.

And no wonder. The French are desperate. Jobs are the No. 1 election concern, ahead of terrorism and the migration crisis. As of March, the unemployment rate was 10.1 percent. Youth unemployment: 23.7 percent. These figures would be shocking in the midst of a recession.

What ails France? The facile answer is to cite forces beyond French control: bureaucracy in Brussels; the currency straitjacket of the euro; the European Central Bank; the dark winds of globalization. Le Pen specializes in just this sort of blame shifting, which is another way in which she and Donald Trump are kindred spirits.

But the French can thank their lucky stars for reasonably stable money, the E.C.B.’s bond-buying spree and membership in a Union that allows French job seekers a chance to find work in higher-growth economies — including an estimated 300,000 in Britain alone.

A more honest account of France’s travails starts — and pretty much ends — with what the French often call their “social model.” France ranks first in the O.E.C.D.’s tables for government spending (57 percent of gross domestic product, tied with Finland) and welfare spending (31.5 percent). As of 2014, the total tax take was second only to Denmark’s.

This isn’t just a tax-and-spend model of government. More like: tax-spend-cosset-strangle. At least until the outgoing government of President François Hollande managed to ram through some modest labor-market reforms last year, the French labor code ran to over 3,000 pages.

The code is designed to make firing a full-time employee as difficult as possible — which makes hiring them that much more unlikely. As The Times’s Adam Nossiter reported last year, “90 percent of jobs created in France” in 2015 were “unstable, poorly paid and short term.”

None of this is a mystery to a majority of the French, though it often eludes credulous foreigners who extol the benefits of the French model without counting or being subject to its costs. The French twice elected conservative presidents — Jacques Chirac in 1995 and Nicolas Sarkozy in 2007 — on the strength of promises to pare the state. Twice disappointed, they turned to the Socialist Hollande in 2012, but his flirtation with soak-the-rich policies was short-lived.

(Recent polls have been cruel to the president, but like Germany’s Gerhard Schroder, he will be remembered as one of the more courageous economic reformers in recent history, if perhaps only because he had so little politically to lose.)

Assuming Macron wins, his challenge won’t simply be political. It will also be pedagogical. Le Pen has offered him a relatively easy ideological foil, given how thoroughly tainted her party is by xenophobia and anti-Semitism.

Yet it’s one thing to make the abstract case for openness, competitiveness and globalization in the face of a bigot. The harder climb will be to press for changes that inevitably take things away from people.

The paradox of France is that it is desperate for reform — and desperate not to be reformed. It wants the benefits of a job-producing competitive economy but fears relinquishing a job-protecting uncompetitive one. A Macron presidency will have to devote its intellectual and rhetorical energies to explaining that it can be one or the other, but not both.

I don’t want to close this column without allowing for the awful chance that Le Pen might win. That would be a moral tragedy for France and a probable disaster for Europe. But it would also be a reminder that chronic economic stagnation inevitably begets nationalist furies.

In the United States, a complacent left acquits itself too easily of its role in paving the way to the Trump presidency. Many of Le Pen’s supporters might be bigots, but their case against the self-satisfaction, self-dealing, moral preening and economic incompetence of the French ruling classes is nearly impeccable.

What has failed in France is an idea — an idea about the role of the state. Macron’s challenge, should he win, is to show the French there’s a better one.

Voir enfin:

Macron et la défense de la République

A la préfecture de police de Paris, pendant la cérémonie en l’honneur de Xavier Jugelé, l’officier de police tué à Paris le mois dernier, son compagnon Etienne Cardiles, accablé de douleur, parla de l’amour qu’ils se portaient et adressa ces mots au meurtrier: «Vous n’aurez pas ma haine».

Cette affirmation était en cohérence avec la résolution et la dignité qu’affiche la France face au terrorisme qui frappe le pays depuis quelques années. La République, plus éprouvée dernièrement que les Etats-Unis, n’a succombé ni à la peur ni au fanatisme. Elle a tenu tête et ainsi renforcé, en ces temps d’indignité, la dignité de l’état français.

Dimanche, en votant pour élire son prochain président — soit Marine Le Pen, à droite, soit Emmanuel Macron, au centre — la France aura plusieurs choix à faire, notamment le choix entre maintenir ou renoncer aux valeurs de la République, entre rester au-dessus de la mêlée ou descendre dans le bourbier.

Si Le Pen était élue, une ombre tomberait sur la France et sur l’Europe.

Son père Jean-Marie façonna l’image d’un Front National raciste, antisémite, digne des héritiers de Vichy, le gouvernement français aux ordres des Nazis. Il qualifia autrefois l’Holocauste de «détail de l’histoire» et a dit de l’occupation allemande qu’elle n’avait pas été «particulièrement inhumaine». Les immigrés d’Afrique du Nord ne valaient pas mieux que de la vermine. Marine Le Pen a déployé de grands efforts pour exciser, ou du moins camoufler, tout cela.

Sur les affiches électorales, elle est simplement «Marine» et le parti n’est pas nommé. Elle s’est efforcée de remplacer la xénophobie fanatique par un discours nationaliste prônant l’opposition à l’immigration — en particulier l’immigration de musulmans — pour des raisons sécuritaires et économiques.

Combiné à l’agilité politique de Le Pen et à son affabilité terre à terre, ce relooking a été efficace. Alors que son père n’avait obtenu que 18% des votes au deuxième tour de l’élection présidentielle de 2002, elle réussira certainement à faire au moins le double de ce score. Elle pourrait même dépasser Macron, aidée par une abstention massive résultant de la posture de l’extrême gauche qui a appelé les électeurs à «faire exploser le système».

Cela est peu probable: dans les sondages, Macron, le jeune et nouvel arrivé de cette élection, a une nette avance. Mais ça n’est pas impossible. Le Front National de Marine Le Pen est devenu un parti «normal».

Les Américains qui se sont gaussés du candidat improbable qu’était Donald Trump pour ensuite découvrirent qu’il était soudain devenu leur président reconnaîtront les facteurs qui ont contribué à la montée en puissance de Le Pen. Parmi ceux-ci il y a la colère contre le système, la conviction que la mondialisation n’est qu’un instrument au service des plus riches, l’exaspération envers l’impunité des responsables de l’effondrement financier en 2008 et de la crise de l’euro, l’abîme culturel et économique séparant les métropoles connectées de la périphérie dystopique les inégalités grandissantes, et les bassins industriels désertés.

Il se passe quelque chose. Nous ne savons pas ce que c’est. Le Pen en est la porte-parole.

Elle est aussi, et toujours, la porte-parole d’un parti raciste et qui hait les musulmans; une adversaire de l’Union européenne, qui pourtant tira le continent de ses heures les plus sombres; un membre de plein droit du club en plein essor des nationalistes-autocrates, avec ses arborescences à Moscou, Ankara et Washington; et l’avocate d’un nationalisme «La France d’abord» dont l’issue finale, comme le notait le Président François Mitterrand, est la guerre.

La rénovation de son parti est une imposture. Elle nie encore la responsabilité de la France dans la déportation et la mort de 76,000 juifs au cours de la Seconde Guerre Mondiale; elle maintient encore des relations avec les negationistes; elle et son entourage font encore commerce de la calomnie de l’Islam; et elle s’efforce encore de se parer d’airs gaullistes pour dissiper la puanteur de Vichy.

Pour résumer, le choix dimanche est clair. Emmanuel Todd, un intellectuel de gauche de renom, a déclaré qu’il s’abstiendra «avec joie». Certains sympathisants de Jean-Luc Mélenchon, qui a recueilli près de 20% des voix au premier tour, tentent d’assimiler Macron le capitaliste et ex-banquier à Le Pen la xénophobe raciste, les renvoyant dos à dos comme deux exemples d’iniquité équivalents. Cela n’a aucun sens. C’est même une forme de malhonnêteté morale et intellectuelle.

La gauche française doit faire un examen de conscience, avec soin, avant d’appeler à l’abstention. Elle risque sinon d’encourager les héritiers de la droite et des fascistes ennemis du Front Populaire de Léon Blum. En 1936, Blum devint le premier chef du gouvernement de la France juif et socialiste, mais il fut par la suite condamné par le gouvernement de Vichy et emprisonné à Buchenwald.

Macron est une valeur inconnue. Personne ne sait ce qu’il a dans les tripes. Mais il s’est montré courageux, en particulier dans son soutien à l’Union européenne et sa résistance à la caricature dénigrante faite des migrants, et il est déterminé à revitaliser une France qui stagne. A l’heure qu’il est, c’est le meilleur espoir pour la France, pour l’Europe et pour la civilité.

Dimanche, les électeurs français peuvent dire: «Vous n’aurez pas ma haine». Je pense qu’ils le feront. Et dans ce cas, le monde aura de quoi leur être reconnaissant.


Présidentielle 2017: Vous avez dit danseur mondain ? (High-society dancer: Guess what France is to choose to revive the EU’s fortunes ?)

30 avril, 2017
C’est une fête toute napolitaine, monseigneur ; nous dansons sur un volcan. Comte de Salvandy
Après la révolution française, observe Marx, les aristocrates dont tout le capital incorporé consistait en un art de vivre désormais dépourvu de marché, devinrent les maitres à danser de l’Europe. Bourdieu
La majorité a toujours raison, mais la raison a bien rarement la majorité aux élections. Jean Mistler
La  plupart  d’entre  nous  persistent à croire que tous les choix, et même  les  choix  politiques,  se  font  entre  le  bien  et   le  mal,  et  que  du  moment  qu’une  chose  est   nécessaire,  elle  doit  aussi  être  bonne.  Il   nous   faudrait,   je   pense,   dépouiller   cette    croyance qui relève du jardin d’enfants. En  politique, on ne peut jamais opter que pour  un moindre mal. George  Orwell
La question du négationnisme demande tout autre chose qu’une halte rue Geoffroy L’Asnier pour mobiliser l’électorat juif contre Marine Le Pen car ce ne sont pas des jeunes militants du FN qui rendent impossible l’enseignement de la Shoah dans les écoles ou qui vont chercher des faits alternatifs aux camps de la mort. De cette terrible réalité, je ne vois guère d’écho dans la campagne d’Emmanuel Macron. Il ne cesse de faire des clins d’œil aux jeunes de banlieues et réserve ses coups à la bonne vieille bête immonde … Alain Finkielkraut
Le ralliement pourtant tout à fait prévisible de Nicolas Dupont-Aignan à Marine Le Pen suscite assez curieusement un tonnerre médiatique au nom du soi-disant front républicain. Le moment est venu de traiter sur le fond ce qu’est la vraie nature de ce front : l’une des illustrations du bannissement oligarchique, une technique de remise au pas de l’opinion qui explique largement la montée des extrêmes en France. Il faudrait donc pratiquer le front républicain, c’est-à-dire creuser et maintenir un cordon sanitaire permanent autour du Front National. Oh ! la belle rente électorale qui permet aux partis en place de faire tout et n’importe quoi en étant sûrs de ne jamais perdre les élections. Dans tous les cas, les partis de gouvernement s’allieront toujours pour empêcher un parti nouveau d’arriver aux responsabilités. Bien entendu, c’est au nom de la démocratie que ce viol caractérisé de la démocratie, consistant à interdire à une partie de l’opinion de faire valoir ses idées, est commis. La succession d’élections qui se déroulent en France depuis six mois illustre à merveille les contre-effets de la stratégie du front républicain. Au lieu d’endiguer la montée du Front National et de consolider les partis auto-proclamés démocratiques (on se souviendra ici des déchirements après l’élection de Martine Aubry au poste de Premier Secrétaire du PS en 2008, et ceux qui ont suivi la confrontation Fillon-Copé à la tête de l’UMP pour mesurer la distance qui sépare ces partis de la démocratie, m’enfin bon !), le front républicain favorise la montée du Front National, mais aussi, à gauche, des Insoumis. Dans le même temps, il a permis d’éliminer consciencieusement tous ses apôtres : Sarkozy, Juppé, Fillon, Montebourg, Valls, Hamon, etc. François Fillon à part, les candidats qui ont recueilli le plus de voix à la présidentielle sont ceux qui ne sont pas directement issus du front républicain. Cherchez l’erreur ! Et le Front National n’a jamais bénéficié d’autant de suffrages qu’auparavant. Le front républicain est le père de tous les dégagismes à venir. Si le Front National est vraiment anti-démocratique, s’il fait peser une menace sur les libertés publiques et les droits de l’homme, il faut l’interdire. La dissolution des groupes politiques dangereux pour la démocratie est prévue par la loi depuis 1936 ! (…) Sinon, qu’on le laisse, une bonne fois pour toutes, concourir normalement à la vie démocratique. Cette façon de bannir un parti sans l’interdire clairement comme la loi le permet a un effet général d’affaiblissement de nos institutions. D’un côté, les Français ont le sentiment que la démocratie réelle leur est refusée parce que le vote est orienté en faveur de quelques partis, sous peine de stigmatisation et de mise à l’index. De l’autre, ils sanctionnent durement les institutions que le front républicain est supposé protéger. (…) En 2007 comme en 2012, les deux premiers candidats avaient recueilli plus de suffrages que l’abstention. En 2002 comme en 2017, l’abstention est le premier parti de France. Depuis 10 ans, le premier candidat à l’issue du premier tour recueille de moins en moins de suffrages. Autrement dit, la stratégie du front républicain menée notamment sous le mandat de François Hollande, produit des résultats contraires à ceux attendus. Plus on fait « barrage au Front National », plus le Front National progresse, et moins les électeurs adhèrent à l’ensemble des institutions, notamment en manifestant une véritable désaffection pour les candidats qui s’opposent au second tour. (…) Personne, sur le fond, n’est dupe ! Lorsque les élites de ce pays bannissent le Front National de la vie démocratique, elles envoient un message simple : bonnes gens, la République existe, mais nous en sommes les usufruitiers. Nous prendrons de sévères mesures de rétorsion contre tous ceux qui ne suivraient pas nos choix ou contrediraient nos intérêts. Nous les clouerons au pilori et les humilieront en place de grève. C’est ce qu’on appelle la réaction nobiliaire. (…) Le bannissement comme réponse sociale à toute contestation politique visant les règles du jeu (ou l’élite qui en tire profit en toute impunité) est devenu une sanction de plus en plus dangereuse à pratiquer. Dans la troupe, la peine suscite des murmures de plus en plus houleux. La campagne pour le second tour montre la difficulté de plus en plus forte à ramener l’ordre et le calme dans les rangs par cette technique humiliante. Il faut dire qu’à force de bannir, le groupe des « dissidents » devient de plus en plus important. Avec Internet, ce groupe peut s’exprimer malgré le boycott des médias, et il peut disséminer ses idées à l’abri des regards et répandre son parfum avec une grande liberté. De plus en plus de dissidents signifie de plus en plus de « grandes gueules » qui ont un intérêt objectif à nouer des alliances tactiques contre une réaction nobiliaire de plus en plus grotesque. Prenez Mélenchon. Depuis vingt ans, les socialistes l’humilient, lui font sentir que son côté populo est insupportable, le méprisent pour ses origines et pour son éloquence qui leur fait de l’ombre et les renvoient à leur propre médiocrité. Quel Tartuffe peut s’étonner de le voir jouer avec le feu aujourd’hui ? Le drame de la réaction nobiliaire est que, année après année, elle ne cesse de grossir les rangs des Mélenchon et de faire maigrir les rangs des fidèles au régime. (…) Et tel est le cancer qui se métastase aujourd’hui dans l’opinion : entre un chaos nommé Marine Le Pen et une désespérance appelée l’immobilisme macronien, fait de phrases creuses, de déclarations péremptoires bâties sur le sable des opinions à la mode, des éléments de langage rédigés par une boîte de com payée à prix d’or, de dénis insupportables et de leçons de morale à trois balles, le choix ne coule plus de source. Eric Verhaeghe
L’antisystème  est  une  réaction  symptomatique  à  l’ignorance  et  au  mépris  dont   fait  preuve  une  partie  des  élites  vis-à-vis   des  préoccupations  et  des  angoisses  des   perdants de la mondialisation. Le discours  démagogique   fonctionne   sur   le   même    type de schéma : il met en exergue les situations  les  plus  dramatiques,  les  injustices  les  plus  criantes,  les  dysfonctionnements   démocratiques   bien   réels…   qu’il    érige  en  exemples  à  valeur  universelle,   pour  les  imputer  aussitôt  à  des  responsables qui sont toujours les mêmes et que l’on accuse  de  tous  les  maux  :  les nantis,   les   riches,   les puissants… qui eux-mêmes   sont   inféodés   au « système »   qualifié   de « financier »,  de  « capitaliste »,   de   « néolibéralisme »,  de  « politico-médiatique »…  C’est selon ou c’est tout à la fois. Sans oublier les  États-Unis  qui  condenseraient  toutes  ces   tares,  continueraient  de  régner  en  maître   absolu  sur  le  monde  et  tireraient  les  ficelles des États-marionnettes et des États- nations…   Le   complotisme   n’est   jamais    loin. L’Union européenne entre désormais  dans ce schéma. Ce n’est pas la façon dont  s’est  construite  l’Union  européenne,  la   bureaucratie, la réalité de sa crise qui sont  en question, mais l’exploitation qui en est  faite qui joue sur toutes les frustrations, les  ressentiments  et  les  haines  pour  faire  va- loir la logique du bouc émissaire et du « il  n’y   a   qu’à   »…   Les   discours   de   Marine    Le Pen et Jean-Luc Mélenchon me paraissent typiques de ce registre démagogique,  sans  parler  de  leurs  propositions  économiques  irresponsables  et  du  changement   des alliances au profit de la Russie de Vladimir Poutine. Ces discours populistes entraînent  un  peu  plus  le  pays  et  l’Union   européenne dans la dislocation et le chaos. (…) Ces oppositions caricaturales verrouillent  d’emblée   le   débat   démocratique   et   la    libre  réflexion.  Ce  sont  des  schèmes  de   communication  bien  adaptés  aux  nouvelles   techniques   d’information   et   de    communication qui favorisent les formulations  sommaires  et  la  réactivité  à  tous   crins.  On  n’entre  plus  dans  l’examen  du   contenu  des  significations  des  idées  et   dans l’argumentaire ; on en reste à la surface  des  mots  qui  fonctionnent  comme   des signes identitaires et d’appartenance  au bon ou au mauvais camp. Une fois les  étiquettes  accolées,  il  est  difficile  de  s’en   défaire  ;  ce  sont  des  tics  de  langage  qui   passent en boucle dans les médias et vous  collent à la peau.  Il est ainsi difficile d’aborder les questions anthropologiques, l’insécurité culturelle,  l’inquiétude   identitaire,   l’immigration    sauvage…  qui  sont  au  cœur  du  malaise   démocratique   sans   être   soupçonné   de    flirter  avec  l’extrême  droite  ou  de  faire   son  jeu.  Ce  genre  de  tabou  jeté  sur  ces   questions  par  une  gauche  médiatique  a   abouti  aux  résultats  que  l’on  sait  :  elle  a   permis  à  l’extrême  droite  de  se  les  approprier à sa manière.  On  ne  doit  pas  craindre  d’aborder  librement  ces  questions.  L’alternative  au  nationalisme  xénophobe  et  chauvin  n’est   pas  l’évocation  d’une  patrie  désincarnée   et  encore  moins  d’une  citoyenneté  du   monde invertébrée. Elle suppose une histoire un « héritage de gloire et de regrets  à  partager  »  et  «  dans  l’avenir  un  même   programme  à  réaliser  ».  L’identité  d’un   pays  et  d’une  civilisation  n’est  pas  une   substance immuable et fermée, mais elle  ne signifie pas pour autant une recomposition constante et indéfinie. Elle suppose  un   cadre   structurant, une   interprétation de l’histoire  qui  structure les    événements,    leur donne une signification et met en valeur les acquis de notre héritage. Jean-Pierre Le Goff
S’agissant  de l’évolution du PIB par habitant de sa population, la France voit en effet sa  situation diverger de celle des États-Unis et des autres pays de l’Union européenne  à quinze, au point qu’elle accuse  aujourd’hui un retard notable par rapport  à ces nations.  (…)  Si l’on s’attache aux facteurs  explicatifs du différentiel de prospérité  entre la France et ses voisins européens,  ce sont avant tout les faibles taux  d’activité et d’emploi de sa population  au regard des autres économies avancées  qui en constituent les principales causes,  au-delà même de leurs implications  humaines et sociales. Rapport McKinsey
Un constat s’impose lorsque l’on se penche sur un diagnostic socio-économique comparé de la France : notre pays souffre avant tout d’une panne durable de prospérité. Au-delà de tous les débats portant sur la répartition de la richesse, c’est la production de cette richesse qui doit aujourd’hui être placée en tête des priorités. S’agissant de l’évolution du PIB par habitant de sa population, la France voit en effet sa situation diverger de celle des Etats- Unis et des autres pays de l’UE à 15, au point qu’elle accuse aujourd’hui un retard notable par rapport à ces nations. Alors qu’elle figurait, jusqu’au milieu des années 1990, dans le peloton de tête européen en matière de prospérité, la France est passée en 1996 sous la moyenne européenne et a chuté depuis 2010 à la 11ème place parmi les Quinze, ne devançant plus que l’Italie, l’Espagne, le Portugal et la Grèce. A contrario, l’Allemagne est parvenue sur la même période à accentuer son avance. Si l’on s’attache aux facteurs explicatifs du différentiel de prospérité entre la France et ses voisins européens, ce sont avant tout les faibles taux d’activité et d’emploi de sa population au regard des autres économies avancées qui en constituent les principales causes, au-delà même de leurs implications humaines et sociales. Dans une moindre mesure, l’atonie de la productivité explique le recul relatif de la France. Une comparaison avec les pays d’Europe du Nord – Danemark, Finlande, Allemagne, Pays- Bas et Suède – révèle qu’au cours des années 1970 et 1980, la France s’est adjugé un solide avantage sur ces pays en matière de productivité, qui s’est toutefois érodé depuis les années 2000. Il apparaît donc que c’est en premier lieu sur le front du développement massif de l’emploi et, en parallèle, sur les gains de productivité que doivent porter les efforts de notre pays à l’heure de redresser la courbe historique de son PIB par habitant. (…) La France gagnerait à axer résolument la réforme de l’Etat sur la notion de performance du service public, c’est-à-dire sa capacité à produire un service public offrant un haut degré de qualité de service au citoyen à un coût moindre pour le contribuable. Opposer ces deux objectifs participe d’ailleurs à une forme de statu quo qui obère les capacités d’investissement du pays. Au-delà même des aspects liés à la pression des prélèvements obligatoires et donc de la compétitivité du travail et de l’attractivité économique du territoire, cet enjeu de performance devient brûlant au regard de deux facteurs dont la conjonction crée un effet ciseau entre explosion des sources de dépenses et pression croissante sur les recettes : ▪ Les effets du vieillissement de la population et les déséquilibres structurels en matière de finances publiques que celui-ci va générer. ▪ Le niveau du stock de dettes public (atteignant près de 110 % du PIB en Europe), qui réduit toute marge de manœuvre budgétaire et surtout d’investissement de la part des acteurs publics. Pour les services publics, il devient impératif de faire mieux avec moins. A ce titre, une analyse comparée de la performance des grandes politiques publiques dans plusieurs économies matures révèle que la qualité du service rendu au citoyen mesurée par des indicateurs internationaux (OCDE, Banque Mondiale, ONU, OMS…) n’est pas directement corrélée au niveau de la dépense. Ainsi, la France et l’Allemagne obtiennent des profils et des résultats très comparables en termes de performance sur bon nombre de périmètres majeurs des services publics, alors que la France consacre 57 % de son PIB à la dépense publique, contre 44 % pour l’Allemagne. En procédant à une analyse des grands programmes de réforme publique ayant fortement amélioré le ratio coût-qualité du service public dans le monde, on observe que trois catalyseurs de la transformation ont systématiquement été mis en place, sur lesquels devrait se fonder la réforme en France : ▪ Fixer des objectifs ambitieux en matière de qualité de service comme l’ont fait l’Allemagne sur les résultats Pisa ou le Royaume-Uni avec son système de santé. ▪ Maximiser la transparence sur les résultats pour donner aux utilisateurs, aux agents et à la tutelle les moyens de contrôler la qualité et la performance, mais aussi pour favoriser une dynamique d’émulation et de progrès continu. Ces dynamiques sont particulièrement observables s’agissant de l’éducation et de la santé, lorsque l’Etat favorise l’accès des citoyens à des indicateurs factuels de qualité ou d’excellence. ▪ Responsabiliser le terrain, c’est-à-dire confier un maximum de liberté et de marges d’initiatives aux responsables de la « production et de la distribution » du service public, par exemple les chefs d’établissements scolaires, les directeurs d’hôpitaux, les directeurs de laboratoire dans la recherche. (…) Comme l’illustrent les 10 enjeux, la France a peiné à négocier le tournant de la mondialisation : elle l’a davantage subi qu’elle n’a su l’anticiper. Aujourd’hui, elle ne peut manquer le virage, tout aussi fondamental, de la transformation digitale et doit faire en sorte que cette lame de fond porte nos entreprises et notre société. A l’heure où l’Europe commence à enregistrer les signes d’un redémarrage de la croissance dans les pays scandinaves, au Royaume-Uni et en Allemagne, la France doit impérativement parvenir à s’arrimer à ce train des économies renouant avec le dynamisme. Si elle parvient à se délester des pesanteurs entourant les 10 grands enjeux mis en lumière, elle pourra pleinement tirer parti de ses atouts indéniables pour relancer le moteur de création de valeur ajoutée et d’emploi de son économie. Car notre pays dispose encore de solides points d’ancrage pour bâtir sa santé future au sein d’une Europe retrouvant la voie de la croissance. Elle conserve ainsi un niveau élevé d’attractivité pour les investissements directs étrangers, qui s’appuie certes sur des indicateurs de qualité de vie pour lesquels elle figure parmi les nations les plus avancées de l’UE, mais aussi sur la fiabilité de ses infrastructures, ou encore le niveau d’éducation d’une large fraction de son capital humain. L’envergure mondiale et la performance de ses grandes entreprises la distinguent également parmi les autres pays d’Europe, tandis que plusieurs de ses secteurs de pointe (à commencer par le luxe ou l’aéronautique) ont su conserver ou consolider leur avantage compétitif… pour ne citer que certaines de ses forces. Sur les dimensions structurelles que nous mettons en lumière, un effet de « déblocage » doit donc se produire pour libérer ce potentiel et permettre à la France de retrouver la place qu’elle occupait encore il y a 20 ans dans la première moitié des pays de l’Eurozone en matière de prospérité. Au-delà des pistes évoquées une démarche prometteuse consisterait pour notre pays à s’inspirer des meilleures pratiques européennes sur les diverses dimensions socio-économiques qui fondent la compétitivité et la qualité de vie. Car notre continent héberge des leaders mondiaux sur chacune de ces dimensions, si bien qu’analyser et adapter certaines approches de nos voisins immédiats nous permettrait d’engager une bonne part des réformes structurelles nécessaires. Comme le démontrait une de nos récentes études1, une telle démarche d’alignement par le haut à l’échelle européenne permettrait de relancer une croissance durable de l’ordre de 2 à 3 % par an. Au fond, il s’agirait là d’une double opportunité majeure, à la fois pour la France et pour offrir un dessein porteur à une Europe aujourd’hui essoufflée et contestée par les opinions publiques, alors même qu’elle constitue une source de renouveau potentiel majeure pour notre économie. Rapport McKinsey
La France travaille moins que ses voisins et compte trop d’inactifs. Le problème, c’est que les partis qui ont prospéré dimanche dernier sur la colère des Français proposent de travailler encore moins. Jamais le monde n’aura été aussi prospère que sous ces deux décennies de libre-échange, de développement des nouvelles technologies et de croissance exponentielle.  Voici donc la France touchée, après les États-Unis et la Grande-Bretagne, par  cette curieuse vengeance des peuples,  par ce désir de démondialisation, et par  cette conviction que le quart de siècle  écoulé depuis la chute du mur de Berlin  aura affaibli l’Occident. Ce qui est une  lubie ! Ces années de mondialisation  et de « village planétaire » ont permis  à un milliard d’êtres humains de sortir  de la très grande pauvreté. Jamais  le monde n’aura été aussi prospère  que sous ces deux décennies de libre échange, de développement des  nouvelles technologies et de croissance  exponentielle des pays dits émergents. Malgré la crise financière de 2008,  d’ampleur séculaire, l’Europe est plus  prospère aujourd’hui qu’il y a dix ans.  La France aussi. Cela se mesure par un chiffre, toujours aussi abstrait pour la  plupart des Français : le produit  intérieur brut qui compte l’ensemble  des richesses créées par un pays. En  2016, notre pays affichait une richesse  collective de 2 200 milliards d’euros  supérieure de plus de 10 % à ce qu’elle  était en 2008 (1995 milliards).  Le problème, c’est que de tous les pays  européens, la France est celui dont  la démographie a été la plus prospère.  Si bien que le PIB par habitant n’a cessé  de se dégrader au cours des dernières  années. Comme l’a très bien montré la  semaine passée un passionnant rapport  établi par McKinsey (…)  Alors que notre pays  figurait, jusqu’au milieu des années  1990, dans le peloton de tête européen  en matière de prospérité, la France est  passée en 1996 sous la moyenne  européenne et a chuté depuis 2010 à la  11 e  place parmi les Quinze, ne devançant  plus que l’Italie, l’Espagne, le Portugal  et la Grèce. A contrario, l’Allemagne  est parvenue sur la même période  à accentuer son avance. La France s’est donc bien enrichie,  au cours de ces dernières années, grâce  notamment à la bonne santé de ses  grands groupes privés. Mais chaque  Français s’est appauvri. Et cela est hélas  incontestable sur le plan statistique.  D’où la conviction chez beaucoup de nos  concitoyens que cela est le fait de la  mondialisation (qui est pour certains  synonyme d’immigration), de l’absence  de protections nationales et de  l’incapacité de l’Europe à faire émerger  un dessein collectif. Car il est toujours  plus facile de trouver les boucs  émissaires à l’extérieur plutôt que  de regarder ce qui ne va pas chez nous  et qui fonctionne bien mieux chez nos  voisins. (…)  En clair, (…) nous travaillons moins que  nos voisins et que notre pays compte trop d’inactifs. Un phénomène qui a  débuté avec la décennie 2000 lorsque  les 35 heures ont été imposées aux  entreprises et au secteur public. En faisant cette erreur magistrale,  puis en décidant de ne reculer l’âge de la  retraite qu’à 62 ans, quand nos voisins  plaçaient ce curseur entre 65 et 67 ans,  nous avons globalement fait le choix  de travailler moins et donc de produire  moins, alors que notre population  gonflait, principalement du fait d’une  forte fécondité des Français d’origine  étrangère. Le problème c’est que les  mêmes partis qui ont prospéré dimanche  dernier sur la colère – légitime – des  Français face à cet appauvrissement  proposent tous de travailler encore  moins. Et ce n’est pas le programme  insipide d’Emmanuel Macron qui va  permettre à chaque Français de renouer  avec la prospérité. Yves de Kerdrel
The man who set up his own party to challenge the system, En Marche! (his own initials), is in fact a perfect insider-outsider. A graduate of the top administrative college, l’ENA, he made a fortune organising mergers and acquisitions for the Rothschild bank, earning €2.9 million in one takeover and getting the nickname of ‘the Mozart of finance’. In the seamless way of the French elite, he gravitated to the Elysée Palace as a Hollande adviser and became economics minister in 2014, lasting two years before resigning and setting his sights on returning as president of the republic. Macron, immaculately groomed, exudes confidence and seems to have an answer for everything, including the need not to make concessions to the UK over Brexit. He has determination and ambition, but he’d be wise to remember how lucky he’s been too. Given the Socialist Hollande’s abject unpopularity, this looked like the year when the centre-right Republicans were bound to regain the presidency. But their candidate, François Fillon, ran into fatal allegations that he arranged big payments from state funds to his wife and family for work they did not do. The Socialists split, choosing the left-winger Benoît Hamon and prompting a walk-out by social democrats like former premier Manuel Valls, who backed Macron despite bad blood between them when they were in government together. Two of the party’s important provincial figures, Lyons mayor Gérard Collombe and Jean-Yves Le Drian, president of the Regional Council of Brittany, swung behind the pretender. The rise of the hard-left Jean-Luc Mélenchon in the first round campaign, addressing huge crowds and using a hologram to appear at two rallies at a time, provided an alternative pole to Marine Le Pen for angry voters. As her polls ratings declined, she focused on her core electorate and thus limited her ability to broaden her appeal. Macron had only to ensure that the swelling ranks of En Marche! supporters remained pumped up. (…) The immediate problem is the June legislative elections. En Marche! has no members of parliament — it plans to run candidates in all 577 constituencies, but when voters choose their National Assembly representatives they often stick to candidates they know. And Macron’s movement lacks a national organisation. Last Sunday he scored well in big cities and western France but his opponents did better in swaths of the north and south. (…) That will mean a lot of old-fashioned horse-trading. The outlines of such an alliance are: social democrats and centrists plus the liberal wing of the Republicans under former prime minister Alain Juppé. But apart from requiring a lot of minding, coalitions tend not to be resolute in offering the kind of radical changes in economic and social policy Macron has offered, and which he needs to keep En Marche! mobilised. The Republican leadership will want to avoid being sucked into the new president’s orbit. The Socialists, who had a disastrous first round with only 6 per cent of the vote, will struggle for survival and will resist a Macron takeover. In short, building a new reformist, liberal, pro-Europe Jerusalem looks like being more a matter of forging alliances with skittish, self-protective partners. It is a great mistake to imagine that the anti-Le Pen line-up on 7 May will endure. The single aim of stopping the Front will be replaced by a myriad of party, regional and personal interests. The idealists of En Marche! may find that hard to stomach. A movement that came from nowhere could all too easily dissolve like snowflakes in the sun. Macron’s task is made all the more tricky by the legacy of another element in the voting last Sunday. Almost half the voters supported anti-establishment parties. Their parliamentary representation will be well short of their popular backing. That is likely to fuel street action encouraged by Mélenchon and Le Pen, whose Front is the principal political vehicle for industrial workers and has made inroads into depressed rural areas. The big CGT union federation will try to make up for declining membership by increased militancy. Vested interests, from farmers to pharmacists, will be up in arms. A rentrée chaude is on the cards for the autumn. The first-round vote showed a sharply divided nation. Le Pen took nine departments among those with the highest jobless rates. They are not likely to fall for the Macron charm or his liberal ‘open to the world’ policies. So France will come out of one election and approach another split between the haves and have-nots with two articulate rabble-rousers confronting the political start-up of the decade. Jonathan Fenby
At the height of the financial crisis, Rothschild & Cie. assigned one of its veteran bankers to groom a new hire named Emmanuel Macron. Mr. Macron had no experience in banking. Instead, he had powerful mentors who had recommended him to Rothschild as a danseur mondain—literally, high-society dancer—who could drum up business. “He was identified as being a very singular person with lots of contacts,” recalls Cyrille Harfouche, the veteran assigned to shepherd Mr. Macron. By the time Mr. Macron left Rothschild four years later, he had negotiated a multibillion-dollar deal and become one of its youngest-ever partners. Mr. Macron’s banking career followed a playbook that now has upended the political order and placed the French presidency within his grasp, with a final-round election against Marine Le Pen on May 7. Mr. Macron made friends in high places who propelled him to ever-higher echelons of French society. Along the way he acquired a repertoire of skills, from piano and philosophy to acting and finance, that helped impress future mentors. The approach allowed Mr. Macron to shortcut the traditional political path. Rather than run for office in his hometown, gradually building a constituency, he proceeded straight to Paris, where he became an expert on banking and European technocracy. He acquired a mastery of arcane regulations, from the 3,334-page French national labor code to the plumbing of the European Union’s single market, that made him a valuable potential aide to politicians being whipsawed by the EU’s complexity and the gyrations of global markets. Now the future of France, and in considerable measure of the EU itself, could be in the hands of a 39-year-old who was little-known to much of the world until this year. His duel with Ms. Le Pen over France’s place in Europe has redrawn French politics, sweeping aside mainstream candidates and the traditional left-right divide they represent. Mainstream French parties have called on their supporters to rally behind Mr. Macron in the contest against Ms. Le Pen, the far-right nationalist who would withdraw France from the EU’s common currency. A Macron win would put Europe’s second-largest economy under an outspoken EU supporter who wants to establish a command center for the Continent’s defense, create a border police force, loosen France’s rigid labor rules, cut payroll taxes and reduce French public-sector employment by 120,000. Mr. Macron is a political pragmatist who has long cast himself as an outsider. He was musician to his banking colleagues and a capitalist inside a Socialist government before squaring off with nationalists as a pro-Europe candidate. The WSJ

Vous avez dit danseur mondain ?

Au lendemain d’un premier tour qui entre machination juridico-médiatique et règlements de compte politiques …

A éliminé rien de moins que les candidats des deux principaux partis

Dont le seul représentant, à l’économique comme au régalien, d’une véritable alternance

Au profit de deux outsiders aux naïvetés et cécités presque exactement croisées ….

Pendant que pour étoffer leurs lourds dossiers contre le drôle de paroissien pilleur de troncs nos juges-justiciers en sont à faire les poubelles des journaux de province

Et qu’oubliant l’origine largement musulmane du nouvel antisémitisme, la Shoah devient argument de campagne pour racoler les électeurs juifs contre le seul Front national …

Devinez qui va se choisir …

Après cinq années d’immobilisme d’un autre président accidentel …

Une France cigale qui entre la semaine de 35 heures et la retraite à 62 ans …

Ne cesse, depuis vingt ans et entre deux attentats islamistes, de perdre du terrain par rapport à ses principaux concurrents  …

Pour danser comme en témoignent le refus du prétendu « front républicain » (étrangement silencieux sur le lénino-chaveziste de service Mélenchon) …

Ou les ralliements qui ont commencé à la candidate de la droite radicale …

Sur le volcan de la colère qui monte de toute une population marginalisée par la mondialisation ?

The Calculated Rise of France’s Emmanuel Macron

French presidential candidate skipped electoral politics, instead connecting with the elite and acquiring market experience; at stake, the future of Europe

Stacy Meichtry and William Horobin

The Wall Street Journal
April 28, 2017
PARIS—At the height of the financial crisis, Rothschild & Cie. assigned one of its veteran bankers to groom a new hire named Emmanuel Macron.
Mr. Macron had no experience in banking. Instead, he had powerful mentors who had recommended him to Rothschild as a danseur mondain—literally, high-society dancer—who could drum up business.
“He was identified as being a very singular person with lots of contacts,” recalls Cyrille Harfouche, the veteran assigned to shepherd Mr. Macron. By the time Mr. Macron left Rothschild four years later, he had negotiated a multibillion-dollar deal and become one of its youngest-ever partners.
Mr. Macron’s banking career followed a playbook that now has upended the political order and placed the French presidency within his grasp, with a final-round election against Marine Le Pen on May 7. Mr. Macron made friends in high places who propelled him to ever-higher echelons of French society. Along the way he acquired a repertoire of skills, from piano and philosophy to acting and finance, that helped impress future mentors.
The approach allowed Mr. Macron to shortcut the traditional political path. Rather than run for office in his hometown, gradually building a constituency, he proceeded straight to Paris, where he became an expert on banking and European technocracy. He acquired a mastery of arcane regulations, from the 3,334-page French national labor code to the plumbing of the European Union’s single market, that made him a valuable potential aide to politicians being whipsawed by the EU’s complexity and the gyrations of global markets.
Now the future of France, and in considerable measure of the EU itself, could be in the hands of a 39-year-old who was little-known to much of the world until this year. His duel with Ms. Le Pen over France’s place in Europe has redrawn French politics, sweeping aside mainstream candidates and the traditional left-right divide they represent.
Mainstream French parties have called on their supporters to rally behind Mr. Macron in the contest against Ms. Le Pen, the far-right nationalist who would withdraw France from the EU’s common currency.
A Macron win would put Europe’s second-largest economy under an outspoken EU supporter who wants to establish a command center for the Continent’s defense, create a border police force, loosen France’s rigid labor rules, cut payroll taxes and reduce French public-sector employment by 120,000.
Mr. Macron is a political pragmatist who has long cast himself as an outsider. He was musician to his banking colleagues and a capitalist inside a Socialist government before squaring off with nationalists as a pro-Europe candidate.
Interviews with Mr. Macron over two years, as well as with campaign aides, government officials and friends, reveal a man who set his sights on high office early, showing a willingness to defy convention in pursuit of that goal. That drive ultimately set Mr. Macron on a collision course with the one mentor who elevated him to the senior ranks of government, President François Hollande.
Born to a family of doctors in the northern city of Amiens, Mr. Macron met his future wife, Brigitte Trogneux, while he was in high school and she was his drama coach. She was more than 20 years his senior, a member of a prominent business family of chocolatiers, and married.
The teenager spent hours with Ms. Trogneux to adapt a play by the Italian playwright Eduardo de Filippo about a clever actor who tries to outsmart a powerful local official. She cast him in the lead role. “We worked a lot together,” he recalled.
Mr. Macron’s parents sent him to finish high school in Paris, but he remained in touch with Ms. Trogneux. A couple of years later, she broke off her marriage and moved to Paris to live with Mr. Macron.
By then he was making his way into rarefied circles. He studied philosophy and became the assistant of Paul Ricoeur, one of France’s best-known philosophers. He enrolled in the Ecole Nationale d’Administration, the elite academy that trains French ministers, central bankers and presidents.
Graduating near the top of his class, Mr. Macron earned a post in the Inspectorate General of Finance, a corps of state auditors that serves as a finishing school for the establishment. He cultivated powerful alumni such as French power broker Alain Minc and former Prime Minister Michel Rocard.
One alumnus he courted recalled sitting down with Mr. Macron for the first time and asking him where he saw himself in 30 years. “President of the Republic,” he replied, according to this person.
Mr. Macron remembered the exchange differently—that he simply said he was open to a career in politics.
The alumnus advised Mr. Macron to avoid conventional politics, saying it wouldn’t guarantee him financial security, and helped line up a job for him at Rothschild, a venerable investment bank that straddles the worlds of French finance and politics.
Mr. Macron impressed his bosses by seeking to do more than open doors. Mr. Harfouche said Mr. Macron wanted to learn “the hard way.” So he was given a crash course in the number-crunching and financial modeling that goes into mergers and acquisitions. Word also spread of his piano virtuosity. “He could have been an artist,” Mr. Harfouche said.
While at the Inspectorate, Mr. Macron had worked as an assistant to an economic committee of eminences grises that included Nestlé SAChairman Peter Brabeck-Letmathe. Mr. Macron began meeting with the executive regularly, pitching an acquisition target: Pfizer Inc.’sbaby-food business.
Ultimately he persuaded Nestlé about the acquisition as a way to boost its presence in China, one of the few baby-food markets where the Swiss company wasn’t a market leader. When a bidding war broke out with French rival Danone SA, Mr. Macron scrambled to clinch the $11.8 billion Nestlé purchase.

MACRON’S PLATFORM

  • Economy: Cut corporate income tax rate to 25% from 33.3%. Abolish some local taxes. Eliminate 120,000 public-sector jobs over five years. Spend more on renewable energy, upgrades to public services.
  • Labor: Cut payroll taxes. Expand unemployment-benefit eligibility. Let firms negotiate directly with employees on working hours
  • Security, Foreign Policy: Hire 10,000 more police. Increase prison capacity. Boost defense spending to 2% of GDP. Negotiate with EU countries to create border force of 5,000. Process refugee applications faster.
  • Education : Cut class size. Allow bilingual instruction. Don’t expand ban on Islamic headscarfs to universities.
  • Electoral Reform: Reduce number of lawmakers and senators. Bar them from hiring family as assistants.
The deal made Mr. Macron, by then a partner at Rothschild, a wealthy man. It also made him an adviser sought after in French political circles, including Mr. Hollande, the Socialist Party leader who was then challenging French President Nicolas Sarkozy. Mr. Hollande hired Mr. Macron as an aide, dispatching him to reassure investors and business leaders nervous about the candidate’s plan for a 75% tax on incomes above €1 million.
After winning the presidency in 2012, Mr. Hollande brought Mr. Macron to the Élysée Palace as deputy chief of staff. As business leaders threatened to leave France, citing the tax policy, Mr. Macron warned his boss in an email that he risked turning France into “Cuba without the sun.”
Mr. Hollande relented, scaling back his contentious tax plan and introducing some corporate tax cuts dubbed the “responsibility pact.” The U-turn enhanced the reputation of his pro-business consigliere among members of the Socialist Party’s frustrated free-market wing who had flocked to Mr. Macron’s side.
Among them was Gérard Collomb, a senator and mayor of Lyon. “I was quite on edge about Mr. Hollande’s policies, so [Mr. Macron] dined with me and some lawmakers to try and calm things down,” Mr. Collomb said.
Other interventions followed. When Mr. Hollande’s left-wing economy minister, Arnaud Montebourg, tried to scuttle a General Electric Co. bid for Alstom SA’s turbine business, Mr. Macron stepped in and brokered GE’s $17 billion purchase.
With the wind in his sails, Mr. Macron abruptly quit as an Hollande aide in the summer of 2014, saying he wanted to try starting his own business. Mr. Hollande hosted an elaborate Élysée Palace send-off at which the president quipped in a toast that whenever he travelled abroad, people remarked: “Ah! You work with Emmanuel Macron.”
Mr. Macron responded with a serious speech, urging the assembled politicians to overhaul the country.
Weeks later, Mr. Hollande ousted Mr. Montebourg over the economy minister’s opposition to spending cuts—and offered Mr. Macron the job.
Mr. Macron didn’t immediately say yes. He demanded a mandate to overhaul the economy.
“You will be here to reform,” Mr. Hollande replied.
Four days into the new post, Mr. Macron invited Sigmar Gabriel, then Germany’s economy minister and vice chancellor, to a private dinner in Paris. They agreed to commission a report from economists that could serve as a blueprint for a grand bargain Mr. Macron envisioned to revive the EU’s fortunes: Germany would provide stimulus by spending more, and France would become a European model of economic rectitude by paring back its generous labor protections.
“From the start I proposed a European New Deal—undertake reform, but at the same time persuade Europe to invest more,” Mr. Macron said in an interview last year shortly before declaring his run for the presidency.
In his view, France’s job market was hemmed in by a rigid educational system that set young people on a narrow career trajectory and by labor rules that discouraged companies from hiring them. The result was an unemployment rate of nearly 10%, and twice that among the young.
Mr. Macron, as economy minister, crafted a bill to streamline hiring and firing procedures, slash red tape and permit more shops to open on Sunday. The contentious proposals, dubbed the Macron Law, thrust him into the limelight as unions organized large street protests.
Mr. Hollande, fearing the bill would fail in Parliament, to the embarrassment of his government, didn’t put it to a vote. He instead stripped out key provisions that would ease hiring and firing restrictions, then enacted the bill by decree.
That sowed the seeds of Mr. Macron’s future rebellion. Interviewed by The Wall Street Journal later on that day in early 2015, Mr. Macron was asked whether he had ever harbored presidential ambitions.
“No, but when you decide to do something, it’s to do the best—to become [a] billionaire when you create a startup,” Mr. Macron said.
He joked: “Or king. I want to change the regime.”
He continued prodding Mr. Hollande, sending him a letter on Christmas Eve 2015 that again urged the president to make deeper economic changes and to push Europe and Germany to loosen their purse strings.
“We need to go further, and, at the same time, it’s crucial that Europe have a stimulus policy,” Mr. Macron said months later, describing the contents of the letter.
Mr. Hollande didn’t write back. He was grappling with historically low poll numbers that jeopardized his chance of re-election. The last thing he needed was to revive street protests.
Mr. Hollande’s inaction was a final spur to Mr. Macron’s presidential ambitions, said Richard Ferrand, a veteran Socialist politician who sometimes guided Mr. Macron in the legislative process.
In the months that followed, Mr. Macron huddled with Socialist heavyweights such as Messrs. Ferrand and Collomb to plot a run for the presidency. Without the backing of a long-established party, he would need to tap his contacts in the business world. That meant taking the unusual step in French politics of hosting private fundraising dinners, inviting people who had their own networks of potential donors.
Last spring, Mr. Macron unveiled his own political party, En Marche, or “On The Move,” mortally wounding Mr. Hollande’s re-election chances. At first, the president refused to publicly acknowledge Mr. Macron wanted his job.
“It’s not just a question of hierarchy—he knows what he owes me. It’s a question of personal and political loyalty,” Mr. Hollande said in a TV interview at the time.
Days later, Mr. Macron delivered the coup de grâce in a local newspaper interview confirmed by his spokeswoman.
“When a president names someone minister,” he said, it’s “not to make him a servant.”
Last Aug. 30, with TV cameras watching, Mr. Macron boarded a covered riverboat docked at the economy ministry and rode it down the river Seine to the Élysée Palace to deliver his resignation.
Voir aussi:

«C’est la raison qui a perdu les élections»
Yves de Kerdrel
Le Figaro
25/04/2017

CHRONIQUE – La France travaille moins que ses voisins et compte trop d’inactifs. Le problème, c’est que les partis qui ont prospéré dimanche dernier sur la colère des Français proposent de travailler encore moins.

Jean Mistler qui était un esprit fin, ancien élève du philosophe Alain et successeur de Paul Morand au Quai d’Orsay, répétait cette jolie formule: «La majorité a toujours raison, mais la raison a bien rarement la majorité aux élections.» Le premier tour de la présidentielle qui s’est déroulé dimanche dernier a fourni une nouvelle preuve de la perspicacité de cet ancien secrétaire perpétuel de l’Académie française. Puisque si l’on analyse en détail les résultats du pathétique scrutin du 23 avril, plus de la moitié des votants ont déposé dans l’urne un bulletin portant le nom d’un dénonciateur de la mondialisation, de l’Europe et de l’économie de marché.

Jamais le monde n’aura été aussi prospère que sous ces deux décennies de libre-échange, de développement des nouvelles technologies et de croissance exponentielle.  Voici donc la France touchée, après les États-Unis et la Grande-Bretagne, par  cette curieuse vengeance des peuples,  par ce désir de démondialisation, et par  cette conviction que le quart de siècle  écoulé depuis la chute du mur de Berlin  aura affaibli l’Occident. Ce qui est une  lubie ! Ces années de mondialisation  et de « village planétaire » ont permis  à un milliard d’êtres humains de sortir  de la très grande pauvreté. Jamais  le monde n’aura été aussi prospère  que sous ces deux décennies de libre échange, de développement des  nouvelles technologies et de croissance  exponentielle des pays dits émergents. Malgré la crise financière de 2008,  d’ampleur séculaire, l’Europe est plus  prospère aujourd’hui qu’il y a dix ans.  La France aussi. Cela se mesure par un chiffre, toujours aussi abstrait pour la  plupart des Français : le produit  intérieur brut qui compte l’ensemble  des richesses créées par un pays. En  2016, notre pays affichait une richesse  collective de 2 200 milliards d’euros  supérieure de plus de 10 % à ce qu’elle  était en 2008 (1995 milliards).  Le problème, c’est que de tous les pays  européens, la France est celui dont  la démographie a été la plus prospère.  Si bien que le PIB par habitant n’a cessé  de se dégrader au cours des dernières  années.

Comme l’a très bien montré la  semaine passée un passionnant rapport  établi par McKinsey :  « S’agissant  de l’évolution du PIB par habitant  de sa population, la France voit en effet sa  situation diverger de celle des États-Unis  et des autres pays de l’Union européenne  à quinze, au point qu’elle accuse  aujourd’hui un retard notable par rapport  à ces nations. »  Alors que notre pays  figurait, jusqu’au milieu des années  1990, dans le peloton de tête européen  en matière de prospérité, la France est  passée en 1996 sous la moyenne  européenne et a chuté depuis 2010 à la  11 e  place parmi les Quinze, ne devançant  plus que l’Italie, l’Espagne, le Portugal  et la Grèce. A contrario, l’Allemagne  est parvenue sur la même période  à accentuer son avance.

La France s’est donc bien enrichie,  au cours de ces dernières années, grâce  notamment à la bonne santé de ses  grands groupes privés. Mais chaque  Français s’est appauvri. Et cela est hélas  incontestable sur le plan statistique.  D’où la conviction chez beaucoup de nos  concitoyens que cela est le fait de la  mondialisation (qui est pour certains  synonyme d’immigration), de l’absence  de protections nationales et de  l’incapacité de l’Europe à faire émerger  un dessein collectif. Car il est toujours  plus facile de trouver les boucs  émissaires à l’extérieur plutôt que  de regarder ce qui ne va pas chez nous  et qui fonctionne bien mieux chez nos  voisins.

Le rapport de McKinsey mentionné  plus haut va donc plus loin et montre  que  « si l’on s’attache aux facteurs  explicatifs du différentiel de prospérité  entre la France et ses voisins européens,  ce sont avant tout les faibles taux  d’activité et d’emploi de sa population  au regard des autres économies avancées  qui en constituent les principales causes,  au-delà même de leurs implications  humaines et sociales ».  En clair, cela  signifie que nous travaillons moins que  nos voisins et que notre pays compte  trop d’inactifs. Un phénomène qui a  débuté avec la décennie 2000 lorsque  les 35 heures ont été imposées aux  entreprises et au secteur public.

En faisant cette erreur magistrale,  puis en décidant de ne reculer l’âge de la  retraite qu’à 62 ans, quand nos voisins  plaçaient ce curseur entre 65 et 67 ans,  nous avons globalement fait le choix  de travailler moins et donc de produire  moins, alors que notre population  gonflait, principalement du fait d’une  forte fécondité des Français d’origine  étrangère. Le problème c’est que les  mêmes partis qui ont prospéré dimanche  dernier sur la colère – légitime – des  Français face à cet appauvrissement  proposent tous de travailler encore  moins. Et ce n’est pas le programme  insipide d’Emmanuel Macron qui va  permettre à chaque Français de renouer  avec la prospérité. Voilà pourquoi Jean  Mistler soulignait à juste titre que  « la raison a bien rarement la majorité  aux élections » .

Voir également:

«Le climat ressemble aux heures les moins glorieuses de la Révolution française »
FIGAROVOX/ENTRETIEN – Le sociologue Jean-Pierre Le Goff livre son analyse de la campagne présidentielle. Il voit dans le succès d’Emmanuel Macron le fruit d’une nouvelle sensibilité démocratique fondée sur un mélange de raison et d’émotion. Les foules sentimentales des meetings d’En marche et de la France insoumise en sont l’illustration. Il décèle aussi le retour d’un esprit «sans-culotte» qui prête au peuple toutes les vertus, aux élites tous les vices et s’inquiète des «oppositions caricaturales qui verrouillent d’emblée le débat démocratique et la libre réflexion».
Propos recueillis par Vincent Trémolet de Villers
Le Figaro
25/04/2017
LE FIGARO. – Comment avez-vous  perçu la campagne électorale  du premier tour ?
Jean-Pierre  LE  GOFF.  –   Comme  beaucoup, j’ai éprouvé un sentiment de saturation  et  de  ras-le-bol  vis-à-vis  d’une   campagne     parasitée     par     l’«     affaire  Fillon  »  et  la  surmédiatisation.  Les  questions redondantes de certains journalistes transformés en procureurs, les commentaires  des  commentaires,  les  ragots,  les   mensonges,  les  fausses  nouvelles  circulant  dans  les  «  réseaux  sociaux  »…  ont   constamment  brouillé  les  pistes  et  détourné l’attention. Au hit-parade de l’insignifiance  figurent  en  bonne  place  les   costumes  de  François  Fillon,  la  pseudo-liaison  cachée  d’Emmanuel  Macron  et  le   tee-shirt télévisuel de l’ouvrier Poutou.  Les débats des primaires et la multiplication des candidats en fin de campagne ont offert un spectacle désolant, celui de politiques sommés de répondre au plus vite  à  des  questions  diverses  par  des  journalistes  ayant  des  allures  de  meneur  de  jeu   malicieux,   cherchant   constamment   à    mettre  en  défaut  les  candidats,  comme   pour  mieux  faire  valoir  leur  propre  ego.   Sans oublier les émissions politiques avec  des  invités  surprises  qui  peuvent  se  défouler  et  des  comiques  de  service  au  rire   obligé. Le tout est évalué à coups de taux  d’audience   et   de   part   de   marché,   de    nombre  de  tweets  et  de  «  pics  d’intérêt   sur  Google  »,  de  mots,  de  phrases  et  de   moments  «  forts  »…  Le  vainqueur  pro- clamé de cette essoreuse à idées et à émotions  sera  celui  qui  est  jugé  le  «  plus   convaincant » par des téléspectateurs qui  ont  eu  le  courage  de  suivre  l’