Duneton: Attention, un appauvrissement peut en cacher un autre ! (Confessions of an oblate)

1 octobre, 2017
https://images-na.ssl-images-amazon.com/images/I/519Z9D1E93L._SX283_BO1,204,203,200_.jpgOn en a marre de parler français normal comme les riches, les petits bourges… parce que c’est la banlieue ici. Élève d’origine maghrébine (Pantin, TF1, 1996)
On parle en français, avec des mots rebeus, créoles, africains, portugais, ritals ou yougoslaves « , puisque  » blacks, gaulois, Chinois et Arabes  » y vivent ensemble.  Raja (21 ans)
Le bavardage grossier, loin de combler l’écart entre les rangs sociaux, le maintient et l’aggrave ; sous couleur d’irrévérence et de liberté, il abonde dans le sens de la dégradation, il est l’auto-confirmation de l’infériorité. Jean Starobinski
Les linguistes ont raison de dire que toutes les langues se valent linguistiquement; ils ont tort de croire qu’elles se valent socialement. P. Bourdieu (Ce que parler veut dire: l’économie des échanges linguistiques, 1982)
J’appelle stratégies de condescendance ces transgressions symboliques de la limite qui permettent d’avoir à la fois les profits de la conformité à la définition et les profits de la transgression : c’est le cas de l’aristocrate qui tape sur la croupe du palefrenier et dont on dira «II est simple», sous-entendu, pour un aristocrate, c’est-à-dire un homme d’essence supérieure, dont l’essence ne comporte pas en principe une telle conduite. En fait ce n’est pas si simple et il faudrait introduire une distinction : Schopenhauer parle quelque part du «comique pédant», c’est-à-dire du rire que provoque un personnage lorsqu’il produit une action qui n’est pas inscrite dans les limites de son concept, à la façon, dit-il, d’un cheval de théâtre qui se mettrait à faire du crottin, et il pense aux professeurs, aux professeurs allemands, du style du Professor Unrat de V Ange bleu, dont le concept est si fortement et si étroitement défini, que la transgression des limites se voit clairement. A la différence du professeur Unrat qui, emporté par la passion, perd tout sens du ridicule ou, ce qui revient au même, de la dignité, le consacré condescendant choisit délibérément de passer la ligne ; il a le privilège des privilèges, celui qui consiste à prendre des libertés avec son privilège. C’est ainsi qu’en matière d’usage de la langue, les bourgeois et surtout les intellectuels peuvent se permettre des formes d’hypocorrection, de relâchement, qui sont interdites aux petits-bourgeois, condamnés à l’hypercorrection. Bref, un des privilèges de la consécration réside dans le fait qu’en conférant aux consacrés une essence indiscutable et indélébile, elle autorise des transgressions autrement interdites : celui qui est sûr de son identité culturelle peut jouer avec la règle du jeu culturel, il peut jouer avec le feu, il peut dire qu’il aime Tchaikovsky ou Gershwin, ou même, question de «culot», Aznavour ou les films de série B. Pierre Bourdieu
 L’argot, dont on a fait la «langue populaire» par excellence, est le produit de ce redoublement qui porte à appliquer à la «langue populaire» elle-même les principes de division dont elle est le produit. Le sentiment obscur que la conformité linguistique enferme une forme de reconnaissance et de soumission, propre à faire douter de la virilité des hommes qui lui sacrifient, joint à la recherche active de l’écart distinctif, qui fait le style, conduisent au refus d’«en faire trop» qui porte à rejeter les aspects les plus fortement marqués du parler dominant, et notamment les prononciations ou les formes syntaxiques les plus tendues, en même temps qu’à une recherche de l’expressivité, fondée sur la transgression des censures dominantes — notamment en matière de sexualité — et sur une volonté de se distinguer des formes d’expression ordinaires. La transgression des normes officielles, linguistiques ou autres, est dirigée au moins autant contre les dominés «ordinaires», qui s’y soumettent, que contre les dominants ou, a fortiori, contre la domination en tant que telle. La licence linguistique fait partie du travail de représentation et de mise en scène que les «durs», surtout adolescents, doivent fournir pour imposer aux autres et à eux-mêmes l’image du «mec» revenu de tout et prêt à tout qui refuse de céder au sentiment et de sacrifier aux faiblesses de la sensibilité féminine. Et de fait, même si elle peut, en se divulguant, rencontrer la propension de tous les dominés à faire rentrer la distinction, c’est-à-dire la différence spécifique, dans le genre commun, c’est-à-dire dans l’universalité du biologique, par l’ironie, le sarcasme ou la parodie, la dégradation systématique des valeurs affectives, morales ou esthétiques, où tous les analystes ont reconnu «l’intention» profonde du lexique argotique, est d’abord une affirmation d’aristocratisme. Forme distinguée — aux yeux mêmes de certains des dominants — de la langue «vulgaire», l’argot est le produit d’une recherche de la distinction, mais dominée, et condamnée, de ce fait, à produire des effets paradoxaux, que l’on ne peut comprendre lorsqu’on veut les enfermer dans l’alternative de la résistance ou de la soumission, qui commande la réflexion ordinaire sur la «langue (ou la culture) populaire». Il suffit en effet de sortir de la logique de la vision mythique pour apercevoir les effets de contre-finalité qui sont inhérents à toute position dominée lorsque la recherche dominée de la distinction porte les dominés à affirmer ce qui les distingue, c’est-à-dire cela même au nom de quoi ils sont dominés et constitués comme vulgaires, selon une logique analogue à celle qui porte les groupes stigmatisés à revendiquer le stigmate comme principe de leur identité, faut-il parler de résistance ? Et quand, à l’inverse, ils travaillent à perdre ce qui les marque comme vulgaires, et à s’approprier ce qui leur permettrait de s’assimiler, faut-il parler de soumission ? (…) C’est évidemment chez les hommes et, parmi eux, chez les plus jeunes et les moins intégrés, actuellement et surtout potentiellement, à l’ordre économique et social, comme les adolescents issus de familles immigrées, que se rencontre le refus le plus marqué de la soumission et de la docilité qu’implique l’adoption des manières de parler légitimes. La morale de la force qui trouve son accomplissement dans le culte de la violence et des jeux quasi-suicidaires, moto, alcool ou drogues dures, où s’affirme le rapport à l’avenir de ceux qui n’ont rien à attendre de l’avenir, n’est sans doute qu’une des manières de faire de nécessité vertu. Le parti-pris affiché de réalisme et de cynisme, le refus du sentiment et de la sensibilité, identifiés à une sensiblerie féminine ou efféminée, cette sorte de devoir de dureté, pour soi comme pour les autres, qui conduit aux audaces désespérées de l’aristocratisme de paria, sont une façon de prendre son parti d’un monde sans issue, dominé par la misère et la loi de la jungle, la discrimination et la violence, où la moralité et la sensibilité ne sont d’aucun profit. La morale qui constitue la transgression en devoir impose une résistance affichée aux normes officielles, linguistiques ou autres, qui ne peut être soutenue en permanence qu’au prix d’une tension extraordinaire et, surtout pour les adolescents, avec le renfort constant du groupe. (…) L’argot, et c’est là, avec l’effet d’imposition symbolique, une des raisons de sa diffusion bien au-delà des limites du «milieu» proprement dit, constitue une des expressions exemplaires et, si l’on peut dire, idéales — avec laquelle l’expression proprement politique devra compter, voire composer — de la vision, pour l’essentiel édifiée contre la «faiblesse» et la «soumission» féminines (ou efféminées), que les hommes les plus dépourvus de capital économique et culturel ont de leur identité virile et d’un monde social tout entier placé sous le signe de la dureté. Il faut toutefois se garder d’ignorer les transformations profondes que subissent, dans leur fonction et leur signification, les mots ou les locutions empruntés lorsqu’ils passent dans le parler ordinaire des échanges quotidiens : c’est ainsi que certains des produits les plus typiques du cynisme aristocratique des «durs» peuvent, dans leur emploi commun, fonctionner comme des sortes de conventions neutralisées et neutralisantes qui permettent aux hommes de dire, dans les limites d’une très stricte pudeur, l’affection, l’amour, l’amitié, ou, tout simplement, de nommer les êtres aimés, les parents, le fils, l’épouse (l’emploi, plus ou moins ironique, de termes de référence comme «la patronne», la «reine-mère», ou «ma bourgeoise» permettant par exemple d’échapper à des tours tels que «ma femme» ou le simple prénom, ressentis comme trop familiers). (…) Nul ne peut ignorer complètement la loi linguistique ou culturelle et toutes les fois qu’ils entrent dans un échange avec des détenteurs de la compétence légitime et surtout lorsqu’ils se trouvent placés en situation officielle, les dominés sont condamnés à une reconnaissance pratique, corporelle, des lois de formation des prix les plus défavorables à leurs productions linguistiques qui les condamne à un effort plus ou moins désespéré vers la correction ou au silence. Il reste qu’on peut classer les marchés auxquels ils sont affrontés selon leur degré d’autonomie, depuis les plus complètement soumis aux normes dominantes (comme ceux qui s’instaurent dans les relations avec la justice, la médecine ou l’école) jusqu’aux plus complètement affranchis de ces lois (comme ceux qui se constituent dans les prisons ou les bandes de jeunes). L’affirmation d’une contre-légitimité linguistique et, du même coup, la production de discours fondée sur l’ignorance plus ou moins délibérée des conventions et des convenances caractéristiques des marchés dominants ne sont possibles que dans les limites des marchés francs, régis par des lois de formation des prix qui leur sont propres, c’est-à-dire dans des espaces propres aux classes dominées, repaires ou refuges des exclus dont les dominants sont de fait exclus, au moins symboliquement, et pour les détenteurs attitrés de la compétence sociale et linguistique qui est reconnue sur ces marchés. L’argot du «milieu», en tant que transgression réelle des principes fondamentaux de la légitimité culturelle, constitue une affirmation conséquente d’une identité sociale et culturelle non seulement différente mais opposée, et la vision du monde qui s’y exprime représente la limite vers laquelle tendent les membres (masculins) des classes dominées dans les échanges linguistiques internes à la classe et, plus spécialement, dans les plus contrôlés et soutenus de ces échanges, comme ceux du café, qui sont complètement dominés par les valeurs de force et de virilité, un des seuls principes de résistance efficace, avec la politique, contre les manières dominantes de parler et d’agir. (…) On comprend que le discours qui a cours sur ce marché ne donne les apparences de la liberté totale et du naturel absolu qu’à ceux qui en ignorent les règles ou les principes : ainsi l’éloquence que la perception étrangère appréhende comme une sorte de verve débridée, n’est ni plus ni moins libre en son genre que les improvisations de l’éloquence académique ; elle n’ignore ni la recherche de l’effet, ni l’attention au public et à ses réactions, ni les stratégies rhétoriques destinées à capter sa bienveillance ou sa complaisance ; elle s’appuie sur des schèmes d’invention et d’expression éprouvés mais propres à donner à ceux qui ne les possèdent pas le sentiment d’assister à des manifestations fulgurantes de la finesse d’analyse ou de la lucidité psychologique ou politique. Pierre Bourdieu
La France est une garce et on s’est fait trahir Le système, voilà ce qui nous pousse à les haïr La haine, c’est ce qui rend nos propos vulgaires On nique la France sous une tendance de musique populaire On est d’accord et on se moque des répressions On se fout de la République et de la liberté d’expression Faudrait changer les lois et pouvoir voir Bientôt à l’Elysée des arabes et des noirs au pouvoir (Nique la France, Sniper, 2010)
La lecture, c’est pour les pédés! Réponse de collégiens français
Le parler «caillera», ce «langage des exclus» longtemps vu comme une contre-culture «voyou», voire une sous-culture, serait-il devenu tendance chez les jeunes nantis ? Un langage pourtant ultra-code, qui mêle vieil argot et verlan, expressions arabes et africaines. Des mots cash, trash, parfois sexistes, souvent décriés parce qu’ils véhiculeraient la «haine» ? L’intéressée hausse les épaules. «Ca fait longtemps que le verlan a dépassé les limites de la cité», explique-t-elle. De la cour de récré aux boîtes de nuit branchées, il se répand comme une traînée de poudre. On ne rit plus, on s’tape des barres ou on s’charrie. En teuf on kiffe sa race sur de la bonne zik, du son chanmé en matant des meufs. Un vrai truc de ouf. Popularisé avec le «Nique ta mère» de Jamel Debbouze et le tube «Mets ta cagoule» de Michaël Youn, démocratisé par les animateurs radio Maurad et Difool, le verlan a définitivement passé le périph. Le Nouvel Observateur
Doit-on se satisfaire de l’affaiblissement du français ? Certainement pas. En même temps, la langue française n’est pas menacée à domicile, même si elle l’est à l’international. Que faire alors ? Pour être constructif, plusieurs idées peuvent être avancées. Il faut par exemple renouveler et redynamiser notre langue en s’appuyant sur le français des quartiers, source permanente d’invention linguistique. On compte aujourd’hui plusieurs milliers de mots en verlan qui enrichissent notre langue. Valorisons-les dans les dictionnaires et les écoles. Frédéric Martel
Les défenseurs de l’éducation bilingue disent qu’il est important d’ enseigner un enfant dans la langue de sa famille. Moi, je dis qu’on ne peut pas utiliser la langue familiale dans la classe – la nature même de la classe exige que vous vous serviez de la langue d’une manière publique. (…) L’intimité n’a rien à faire dans les salles de classe. Richard Rodriguez
Il n’y a rien de surprenant qu’au moment où les universités américaines se sont engagées sérieusement dans la diversité, elles soient devenues des prisons de la pensée. Personne ne parle de la diversité d’aucune manière véritable. On ne parle que de versions brune, noire et blanche de la même idéologie politique. Il est très curieux qu’aux Etats-Unis comme au Canada on réduit la diversité à la race et à l’appartenance ethnique. On ne pense jamais que ça pourrait aussi signifier plus de nazis ou plus de baptistes du sud. Ca aussi, c’est la diversité, vous savez. Pour moi, la diversité n’est pas une valeur. La diversité, c’est l’Irlande du Nord. La diversité, c’est Beyrouth. La diversité, c’est le frère qui massacre son frère. Là où la diversité est partagée – où je partage avec vous ma différence – celle-ci peut avoir une valeur. Mais le simple fait que nous sommes différents est une notion terrifiante. Richard Rodriguez
Par-delà les discours pétris de bonne conscience sur l’égale dignité de toutes les pratiques linguistiques, on oublie de préciser que les exclus de la langue de Molière ont toutes les chances de devenir des exclus tout court. Alain Bentolila
Il y a un réel engouement bourgeois pour cette culture. Mais c’est aussi la marque d’un encanaïllement un peu pervers. Car à la différence d’un jeune des cités, un «fils de» n’aura aucun mal à jongler avec un autre registre de langue lorsqu’il s’agira de reprendre la boîte de papa… (…) L’écrit que pratiquent ces jeunes aujourd’hui a changé de perspective et de nature. C’est un écrit de l’immédiateté, de la rapidité et de la connivence: réduit au minimum, il n’est destiné à être compris que par celui à qui on s’adresse. Or, la spécificité de l’écrit par rapport à l’oral est qu’il permet de communiquer en différé et sur la durée: il est arrivé dans la civilisation pour laisser des traces. (…) Ce qui a changé, c’est que nos enfants, qu’on a cru nourrir de nos mots, utilisent un vocabulaire très restreint, réduit à environ 1 500 mots quand ils parlent entre eux – et à 600 ou 800 mots dans les cités. » Les adolescents les plus privilégiés possèdent, certes, une « réserve » de vocabulaire qui peut être très importante et dans laquelle ils piochent en cas de nécessité (à l’école, avec des adultes, lors d’un entretien d’embauche…), ce qui leur permet une « socialisation » plus importante. Mais globalement, ce bagage de mots que possèdent les jeunes a tendance à s’appauvrir quel que soit leur milieu. (…) Il y a une loi simple en linguistique: moins on a de mots à sa disposition, plus on les utilise et plus ils perdent en précision. On a alors tendance à compenser l’imprécision de son vocabulaire par la connivence avec ses interlocuteurs, à ne plus communiquer qu’avec un nombre de gens restreint. La pauvreté linguistique favorise le ghetto; le ghetto conforte la pauvreté linguistique. En ce sens, l’insécurité linguistique engendre une sorte d’autisme social. Quand les gamins de banlieue ne maîtrisent que 800 mots, alors que les autres enfants français en possèdent plus de 2 500, il y a un déséquilibre énorme. Tout est «cool», tout est «grave», tout est «niqué», et plus rien n’a de sens. Ces mots sont des baudruches sémantiques: ils ont gonflé au point de dire tout et son contraire. «C’est grave» peut signifier «c’est merveilleux» comme «c’est épouvantable». (…) C’est de la démagogie! Ces néologismes sont spécifiques des banlieues et confortent le ghetto. L’effet est toujours centrifuge. Les enfants des milieux aisés vampirisent le vocabulaire des cités, mais ils disposent aussi du langage général qui leur permet d’affronter le monde. L’inverse n’est pas vrai. Arrêtons de nous ébahir devant ces groupes de rap et d’en faire de nouveaux Baudelaire! La spécificité culturelle ne justifie jamais que l’on renonce en son nom à des valeurs universelles. Cela est valable pour l’excision, la langue des sourds comme pour le langage des banlieues. Dans une étude récente en Seine-Saint-Denis, on a demandé à des collégiens ce que représentait pour eux la lecture. Plusieurs ont fait cette réponse surprenante: «La lecture, c’est pour les pédés!» Cela signifie que, pour eux, la lecture appartient à un monde efféminé, qui les exclut et qu’ils rejettent. Accepter le livre et la lecture serait passer dans le camp des autres, ce serait une trahison. (…) Même les aides jardiniers ou les mécaniciens auto doivent maîtriser des catalogues techniques, entrer des données, procéder à des actes de lecture et d’écriture complexes. Or 11,6% des jeunes Français entre 17 et 25 ans comprennent difficilement un texte court, un mode d’emploi ou un document administratif et ne savent pas utiliser un plan ou un tableau. (…) Il y a trente ans, l’école affichait cyniquement sa vocation à reproduire les inégalités sociales: l’examen de sixième éjectait du cursus scolaire deux tiers des enfants, en majorité issus des classes populaires, qui passaient alors leur certificat d’études primaires (avec d’ailleurs une orthographe très supérieure à celle des enfants du même âge aujourd’hui). Or on est passé de ce tri affiché à l’objectif de 80% d’élèves au bac, imposant à une population scolaire qui autrefois aurait suivi la filière courte du certificat d’études de rester au collège et au lycée jusqu’à 16 ans. (…) mais alors il fallait changer complètement les programmes, les méthodes, les structures, les rythmes! Cela n’a pas été fait. A part quelques morceaux de sparadrap appliqués ici et là, l’école est restée la même. Il faut comprendre que l’apprentissage du langage n’est pas aussi naturel qu’il y paraît. C’est un travail. Quand un enfant apprend à parler, il le fait d’abord dans la proximité, dans un cercle étroit de connivence: la langue confirme ce qu’il voit, avec peu de mots. Petit à petit, en élargissant son langage, il quitte ce cocon douillet pour passer à l’inconnu: il va s’adresser à des gens qu’il n’a jamais vus, pour dire des choses dont ces gens n’ont jamais entendu parler. Il faut avoir l’ambition d’élargir le monde pour s’emparer des mots, et il faut s’emparer des mots pour élargir le monde. Mais, pour cela, l’enfant a absolument besoin d’un médiateur adulte à la fois bienveillant et exigeant qui transforme ses échecs en conquêtes nouvelles – «Je n’ai pas compris ce que tu veux me dire; il est important pour moi de te comprendre» – quelqu’un qui manifeste cette dimension essentielle du langage: l’altérité. (…) A cause de l’évolution sociologique de ces trente dernières années, l’activité professionnelle des mères, l’éloignement des grands-parents, l’école a accepté des enfants de 2 ans sans rien changer à sa pratique: ces petits se retrouvent dans des classes de 30, avec une maîtresse et, au mieux, une aide maternelle, à un âge où le langage explose (on passe de 50 à 300 mots et on inaugure les premières combinaisons syntaxiques). Dans ce contexte, ils restent entre eux. Cette réponse de l’école maternelle n’est pas honorable. Elle creuse encore le fossé culturel. C’est une catastrophe pour l’épanouissement psycholinguistique de l’enfant! (…) Pour aggraver les choses, on enseigne le français dans les filières professionnelles comme en maîtrise de linguistique: on leur fait étudier le «schéma narratif», l’«arrière-plan» et l’«avant-plan», le «champ lexical» ou encore les «connecteurs d’argumentation», des concepts de pseudo-analyse sémiotique éloignés de l’univers du bon sens. C’est une forme de désespoir pédagogique qui révèle un vrai renoncement à faire partager à des élèves de culture populaire la vibration intime qu’engendre un beau texte. Alain Bentolila (linguiste et spécialiste de l’illettrisme)
Toute langue possède une dimension argotique ; en effet, toute société humaine fonctionne avec des interdits, des tabous, entre autres, d’ordre social, politique, religieux, moral, qui sont véhiculés par la (ou les) forme(s) légitimée(s) de la langue. Comment peut-il être dès lors imaginé une société au sein de laquelle aucune personne, aucun groupe ne chercherait à se doter de moyens pour contourner ces interdits et ces tabous, ne serait-ce que par transgression langagière ? De telles pratiques sociales et langagières constituent les foyers les plus actifs nécessaires à l’émergence de formes argotiques, qui sont elles-mêmes autant de preuves des stratégies d’évitement, de contournement des interdits et tabous sociaux mises en œuvre par les locuteurs, les groupes de locuteurs qui produisent de telles formes. Une contre-légitimité linguistique peut ainsi s’établir . La situation linguistique française n’échappe pas à ce schéma et des parlers argotiques, plus ou moins spécifiques à tel(s) ou tel(s) groupe(s) ont toujours existé de manière concomitante avec ce que l’on appelle par habitude  » langue populaire ».  (….) Toute langue a bel et bien toujours eu, génère continuellement et aura toujours un registre argotique, qui permet la mise en place de stratégies de contournement, voire aussi de cryptage, de masquage. Au XVe siècle, François Villon a rédigé ses fameuses ballades dans une langue de malfrats, le parler de la Coquille, un argot d’une confrérie de malandrins, qui livrèrent sous la torture une partie de leur vocabulaire. Si l’on considère ce qui s’est passé en France depuis environ cent ans pour l’argot traditionnel, qu’il s’agisse de ses manifestations de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, de celles des années 1920-1930, d’après-guerre ou bien des années 1950-1960, une différence fondamentale doit être notée par rapport à ce que l’on constate aujourd’hui sur le terrain : de nos jours les épices apportées à la langue française sont de plus en plus empruntées à des langues étrangères. Même si l’argot traditionnel a su s’alimenter de termes étrangers, il le faisait à l’époque dans des proportions moindres. Un facteur déterminant est intervenu depuis et s’est amplifié : celui de l’immigration. Au temps de la Mouffe (rue Mouffetard), de la Butte (butte Montmartre), des Fortifs (Fortifications remplacées actuellement par le boulevard périphérique) un brassage de populations avait lieu dans Paris intra-muros, tout comme dans la majeure partie des grandes villes françaises. Les formes argotiques et les formes non légitimées dites  » populaires  » de la langue française se rejoignaient et c’est une des raisons qui ont permis alors aux mots des argotiers, des jargonneux de tel ou tel  » petit  » métier de passer du statut d’argot particulier à celui d’argot commun avant même de transiter par l’intermédiaire de la langue familière vers la langue française circulante, voire la langue académique, celle que l’on peut aussi écrire, y compris à l’école. Cambriole, cambriolage, cambrioler et cambrioleur ne sont plus du tout perçus de nos jours comme des mots d’origine argotique, ce qu’ils sont en réalité, puisque tous proviennent de l’argot cambriole qui désigne la chambre, la pièce que l’on peut voler. (…) Évolution rapide des formes de type argotique ? En voici un exemple : entrer dans un café et demander un casse-dalle avec une petite mousse  » un sandwich avec une bière  » appartient, d’un point de vue linguistique, à une autre époque, qui se termine à la fin des années 60-70 du siècle passé. Ce n’est plus le temps de la gapette  » casquette (à la mode ancienne)  » sur l’œil et de la cibiche  » cigarette  » au coin des lèvres. La casquette, aujourd?hui de marque Nike, est vissée sur le crâne, s’accompagne de baskets de même marque ou avec le logo Adidas aux pieds et les lascars  » jeunes des cités et quartiers français contemporains  » se désignent comme des casquettes-baskets par opposition aux costards-cravates, ceux qui sont en dehors de la cité, ceux qui sont en place, dans la place  » ont un travail, sont arrivés socialement « . De nos jours, au féca  » café, bistrot  » du coin on dame un dwich  » mange un sandwich  » et on tise une teillbou de 8.6  » boit une bouteille de bière titrant 8,6o d’alcool « . Il en va ainsi de l’évolution du lexique oral. Les personnes qui vivent dans des cités de banlieue ou dans des quartiers dits  » défavorisés  » – entre des tours et des barres – parlent de plus en plus fréquemment une forme de français que certaines d’entre elles nomment  » verlan « , d’autres  » argot « , voire  » racaille-mot  » (  » mots de la racaille « ). Cette variété de français, que l’on peut désigner par  » argot des cités  » ou  » argot de banlieue  » est en réalité la manifestation contemporaine la plus importante d’une variété de français, qui au cours des dernières décennies, tout comme les diverses populations qui l’ont parlée, a perdu tout d’abord son caractère rural, par la suite toute indexation ouvrière, voire prolétaire, pour devenir le mode d?expression de groupes sociaux insérés dans un processus d’urbanisation. Progressivement se sont alors développés les parlers urbains français, qui sont pratiqués de manière plus ou moins effective (usages actifs / passifs) par des millions de personnes en France, que celles-ci soient françaises d’origine ou non, issues de l’immigration ou étrangères. Pendant toutes les années 1990, cet argot de cités, désigné plus haut par français contemporain des cités (FCC en abrégé), est sorti d’entre les tours et les barres, qui l’ont vu naître, émerger, exploser au début des années 1980. Les formes lexicales du FCC sont puisées d’une part dans le vieux français et ses variétés régionales, d’autre part dans le vieil argot, celui de Mimile, mais aussi dans les multiples langues des communautés liées à l’immigration. Par ailleurs le FCC comporte aussi un nombre important de créations lexicales spécifiques, qui ne sont pas uniquement du verlan, comme on peut le croire communément. Étant donné les pratiques langagières des communautés d’origines diverses, de cultures et de langues non moins différentes, qui cohabitent dans les cités ou les quartiers des grandes villes françaises une interlangue émerge entre le français véhiculaire dominant, la langue circulante, et l’ensemble des vernaculaires qui compose la mosaïque linguistique des cités : arabe maghrébin, berbère, diverses langues africaines et asiatiques, langues de type tsigane, créoles antillais (à base lexicale française) pour ne citer que ces langues. (…) Dans ces variétés linguistiques se met alors en place un processus de déstructuration de la langue française circulante par ceux-là même qui l’utilisent et y introduisent leurs propres mots, ceux de leur origine, de leur culture. Les formes linguistiques ainsi créées et leurs diverses variantes régionales deviennent dès lors autant de marqueurs, voire des stéréotypes identitaires ; elles exercent de ce fait pleinement leurs fonctions d’indexation. L’instillation d’un grand nombre de traits spécifiques, qui proviennent du niveau identitaire, dans le système linguistique dominant correspond alors à une volonté permanente de créer une diglossie, qui devient la manifestation langagière d’une révolte avant tout sociale. (…) La déstructuration de la langue s’opère aussi par introduction dans les énoncés de formes parasitaires, ce qui constitue une procédure argotique bien connue des linguistes. Ceux et celles qui utilisent de telles formes linguistiques peuvent de ce fait s’approprier la langue française circulante, qui devient alors leur langue ; ils et elles peuvent grâce à elle non seulement se fédérer mais aussi et surtout espérer résister et échapper à toute tutelle en se donnant ainsi un outil de communication qui se différencie des différents parlers familiaux, qu’ils ou elles pratiquent, peu ou prou, par ailleurs mais aussi de la forme véhiculaire de la langue française dominante, par conséquent légitimée. Les normes linguistiques maternelles sont alors développées comme autant de  » contrenormes  » à la langue française, académique, ressentie comme langue  » étrangère  » par rapport à sa propre culture. L’École a une fonction primordiale : elle se doit de fournir aux enfants scolarisés les outils nécessaires pour parvenir à une maîtrise efficace de la langue française tant sous ses diverses manifestations orales que sous sa forme écrite, orthographique par conséquent. Dans le cas de groupes scolaires implantés dans des cités, la langue utilisée par les élèves est à bien des égards distante du français circulant, compte tenu de la multitude des éléments linguistiques identitaires qui y sont instillés. Ceci contribue aussi dans le cadre de l’école à la mise en place de la fracture linguistique. Le rôle des enseignants devient dès lors prépondérant ; il s’agit de pouvoir éviter l’instauration de rapports d’exclusion au nom des sacro-saints  » ils ne parlent pas français « ,  » ils n’expriment que de la violence, leur violence « ,  » il n’y a que des mots grossiers dans ces parlers  » et autres  » on ne sait plus parler français dans les banlieues « . Bien au contraire, c’est un réel foisonnement lexical que l’on constate lors de l’analyse des diverses variétés du FCC. En effet, si les anciens argots de métiers eux-mêmes et l’argot commun traditionnel reflétaient une véritable  » fécondité en matière lexicale « , une  » effervescence du vocabulaire… dans des groupes sociaux mal armés chez lesquels on s’attendrait à un stock lexical réduit »,  il en est de même pour ce qui est des formes langagières actuelles des cités. (…) Les pratiques argotiques contemporaines doivent être resituées dans le temps. En France au cours du XXe siècle les argots de métiers cèdent progressivement la place aux argots sociologiques. Ces deux types d’argots se différencient entre eux par l’importance relative des fonctions qu’ils exercent : pour les argots de métiers les fonctions sont essentiellement cryptiques, voire crypto-ludiques ; les fonctions identitaires, quant à elles, n’occupent qu’une place secondaire. Une inversion des rapports intervient dans le cas des argots sociologiques des cités. Les fonctions identitaires jouent pleinement leur rôle et la revendication langagière de jeunes et de moins jeunes qui  » se situent en marge des valeurs dites légitimes (…) est avant tout l’expression d’une jeunesse confrontée à un ordre socio-économique de plus en plus inégalitaire, notamment en matière d’accès au travail. Jean-Pierre Goudaillier
Duneton’s description of the paradox of working-class kids made good who enter the teaching profession has another echo in Bourdieu’s sociological writings. Bourdieu often uses the term oblate, a word which originated in the Middle Ages to describe a young man of modest means entrusted to a religious foundation to be trained for the priesthood. Bourdieu borrows the term to suggest the intensity of institutional loyalty felt by the teacher of humble origins who owes his whole education and culture to the state educational system. The oblates of the modern world are all teachers. An alternative title for Je suis comme une truie qui doute might be Confessions of an Ex-Oblate. (…) A teacher who becomes sceptical of the very value of schooling and the very value of the culture he is supposed to disseminate is about as much use as a farmyard sow who refuses to eat. This realization is at the heart of Je suis comme une truie qui doute and, of course, explains the text’s surreal title. Duneton doesn’t only stress the linguistic alienation of many working-class and predominantly rural kids. He also emphasises their very real linguistic abilities. These kids are not illiterate they are simply not in possession of the `right’ kind of French accepted within the school system. For Duneton it is important that children from rural areas are encouraged to learn and speak at school the kind of French spoken at home and with peers from their own region. For some children with knowledge of Occitan or other regional languages, this can benefit them in their learning of other foreign languages. Tony McNeill
Ça fausse un peu le jugement d’être une exception. On a tendance à croire que les autres, peuvent en faire autant … Mais ce qui fausse encore plus le jugement, c’est que, si nous avons réussi à sauter les barrières, c’est précisément parce que nous avons assimilé en profondeur les règles du jeu. Ces règles-là conditionnent aujourd’hui notre pensée. On nous a fait jouer aux échecs, blaque à part, et nous avons gagné. Alors nous continuons à faire jouer les autres en espérant que ça se passera bien aussi pour eux. (…) Ben oui. On ne nous avait pas dit que les littérateurs se foutaient de nous. On nous les faisait révérer comme nos grands frères, ces visages pâles! Claude Duneton
… les livres de classe présentent la société sous un angle bien détérminé; sous prétexte de vie quotidienne et de condition moyenne ils offrent aux enfants attentifs un univers essentiellement petit- bourgeois. (…) la langue française, c’était au début du siècle la langue d’une infime minorité de la population française. C’est curieux à dire, mais la France n’est francophone que depuis cinquante ans à peine! … La haute bourgeoisie de notre pays avait, depuis des siècles, une langue à elle, une belle langue, réputée, qu’elle s’était faite toute seule, en secret. Elle en avait déjà fait présent à plusieurs cours d’Europe, quand, tout d’un coup, au début de ce siècle, elle en a fait cadeau aux Français.
Pendant longtemps, lorsque j’entendais le mot culture, je pensais d’abord à un champ de pommes de terre … Oh c’était pas méchant! C’est pas comme l’autre avec son revolver! – Non, j’avais simplement la connotation rustique … Et puis je me rappelais bien vite que c’était pas ça: qu’il s’agissait de la Grande Culture, de l’unique, de la vaste, de la très belle, de la Culture aux grands pieds! `L’ensemble de connaissances acquises qui permettent à l’esprit de développer son sens critique, son goût, son jugement’, comme dit Robert. – Oui mais c’est très orienté tout ça, non? … Le goût, le jugement … L’ensemble de connaissances acquises peut-être, mais ça dépend tout de même lesquelles! On ne dit jamais de quelqu’un par exemple: `Cet homme est très cultivé, il connaît Marx et Lénine sur le bout du doigt.’ Hein? C’est vrai, ça fait curieux comme remarque … A l’oreille, ça ne passe pas. Pas plus que: `Cultivé? Vous pensez, il travaille sur les nouveaux ordinateurs Machin!’ Ce serait choquant à la limite … Non, un homme cultivé ce n’est pas ça. Il connaît d’abord ses classiques. Non pas pour en faire une critique historique circonstanciée, non, comme ça, pour l’ornement de ses pensées. Racine, il en cite deux ou trois vers … Mallarmé. Il sait reconnaître un Breughel, un Beethoven. Il a lu Proust en entier, Balzac … Bref il est cultivé quoi! On dit aussi que la culture c’est ce qui reste quand on a tout oublié. Ben oui. Ce qui reste c’est un sentiment, une impression, une manière de voir les choses – une vision. Comme on a oublié d’où elle vient cette vision, elle nous paraît naturelle, la seule qui soit. C’est comme celui qui porte des lunettes de soleil, il oublie ses verres teintés; ça lui colore l’existence, il cherche pas à en savoir plus long.
Que la manoeuvre de dépassement soit réussie ou non, pour quelqu’un qui fait des études, il reste tout de même une sérieuse dualité entre le parler familial et celui de l’école, du lycée, de l’université.
Combien j’en ai vu des petits garçons taciturnes, qui traînent à longueur de cours, de semaines, d’années scolaires, sans presque desserrer les dents! Et puis on les surprend, un soir du côté du garage à vélos, ou bien dehors, dans un groupe, près du portail. Le gosse est en discussion animée avec les copains. Il a la voix rapide, le geste sec, un vrai harangueur … Il ne vous a pas vu venir. Tout à coup il vous voit: ça s’arrête net dans sa gorge. Il rougit, sourit, gêné … Les autres rigolent. Ils savent, eux, qu’il parle autant qu’un autre. Et ça n’est pas parce que vous n’êtes pas gentil, parce que vous lui faites peur personnellement. C’est autre chose – qu’il ignore d’ailleurs – : c’est qu’il vit mal sa dualité.
Mais toutes les langues sont `de culture’ si on sait les prendre, et si l’on donne à ce mot un sens un peu plus profonde que `source inépuisable d’extraits de morceaux choisis’. A condition de dissocier culture et littérature de classe, sans jeu de mots.
Vieux con. Lui aussi, l’inspecteur, il est souvent l’enfant d’un tâcheron. Le petit fils d’un besogneux des terres occitanes, d’un haveur de charbon presque belge … Le descendant d’un ajusteur. Le fils de bourgeois ne font pas l’enseignement. Ils occupent les ministères. (…) Bref il n’a jamais été question de savoir si j’aimerais enseigner les gosses. La question aurait été aussi saugrenu que pour un prisonnier en cavale qui voit un train démarrer de demander si la direction du train est la bonne, et à quelle heure il arrive là où il va. Il saute dans le premier wagon le type, et voilà! – Vocation? … Vous voulez rire! La vocation générale des prolétaires occitans depuis un demi-siècle était de véhiculer des messages: dans les Postes, cela va de soi, les Chemins de Fer, ou alors le message culturel par excellence: l’Enseignement. Les classes laborieuses n’ont pas de vocation, elles prennent la porte qui se trouve ouverte devant leur nez. (…) Pour un enfant de prolétaire l’apprentissage du langage intellectuel constitue un pas important à franchir. Il n’y a pas que la vision qui doit changer. Ce langage non affectif, cultivé, à la musicalité plus `distinguée’ que la sienne, tend à le couper de son milieu familial. Toute une série de forces inconscientes s’opposent violemment à cette séparation, le retiennent. En fait il s’agit de dépasser le père, de le rejeter, avec la mère, en un mot, dans le symbolique freudienne, de le tuer. Même s’il n’est pas perçu en tant que tel, c’est un rude moment intérieur, souvent autour de la puberté. C’est quelquefois dur à crever un père travailleur manuel. `La rigidité particulière des tissus’, vous savez … Et puis on s’y attache. C’est dur de passer de l’autre bord, de mépriser. En plus de la combine oedipienne commune à tous, il faut renier toute une façon d’être, de sentir, une façon de rire et de pleurer. Certains ont de la peine, ils réussissent moins bien leur assassinat. Ça fait des cancres. Claude Duneton
Personne ne me contredira si j’affirme que le vocabulaire de la jeunesse s’est appauvri depuis trente ans. Et ce ne sont pas les quelques dizaines de mots arrachés par les médias dans les champs de sabir mythifiés appelés «banlieues» qui compensent les pertes. Contrairement à une idée reçue, le parler ordinaire des adolescents s’est rétréci non pas seulement parce que les termes convenus leur échappent (ne disons pas «littéraires») ; leur vocabulaire s’est allégé aussi parce que les mots vulgaires leur manquent! – Je m’entends. On l’ignore généralement, la phraséologie familière traditionnelle que tout Français et la plupart des Françaises utilisaient sans penser à mal au XXe siècle -, ce français d’entre soi, «bas» peut-être, mais rigolo, tellement rejeté par l’école de nos pères, cet «argot» enfin qui faisait la vie et la saveur des palabres, leur fait lui aussi défaut. (…) À quoi le phénomène est-il dû? J’aimerais bien le savoir. Plusieurs causes, dont probablement l’absence de vie familiale intime, absorbée qu’elle est par la télévision. Donc peu d’échanges avec les parents, moins encore avec les grands-parents, jadis gros transmetteurs, quand ce n’est pas avec toute catégorie d’adultes – cette tendance va s’affirmer avec la consommation de portables. La parole n’étant plus transmise, la pénurie s’installe – durablement. Claude Duneton

Attention: un appauvrissement peut en cacher un autre !

Alors que Le Figaro nous ressort une vielle chronique du célèbre défenseur de l’argot et des langues régionales Claude Duneton

Se lamentant de  l’appauvrissement, entre « calendos », « guincher » ou « radiner », non tant du français de nos adolescents …

Que de celui de leur argot …

Comment ne pas s’étonner …

De cette étrange conjonction de contresens et d’aveuglements …
Venant de quelqu’un qui à la fois issu des classes dominées (fils de paysans corréziens) et auteur reconnu (premier de la classe devenu professeur) a consacré sa vie à la question …
Et pourtant semble refuser le processus inexorable, via notamment le verlan, de l’argotisation …
Et ne pas voir que la multi-ethnisisation accrue en plus entre parlers arabe, berbère, africain, antillais ou gitan …
Le même phénomène est à l’oeuvre d’attachement identitaire aux racines qu’il avait voué sa vie à défendre …
Si bien décrit,  dans son livre le plus personnel, comme le « vivre mal de sa dualité » d’une « truie qui doute »
Et comment ne pas voir l’appauvrissement autrement plus conséquent …
Que serait l’apprentissage qu’il semble, à l’instar des impasses américaines de l’ebonics ou de l’enseignement bilingue, appeler de ses voeux …
D’un vocabulaire par définition dépassé …
Pour des jeunes dont le principal problème reste et a toujours été d’intégrer
Via justement la maitrise de la langue légitime
Le marché du travail dont à l’image de leurs quartiers en voie de ghettoïsation …
Ils sont souvent les premiers exclus ?

L’appauvrissement du français est en marche

Claude Duneton

Le Figaro

«Calendos», «guincher», «radiner»… Tous ces mots, jadis présents dans nos conversations ont disparu du langage de nos adolescents. Claude Duneton (1935-2012) notait ce rétrécissement de notre champ lexical il y a quelques années dans une chronique. La voici.

Personne ne me contredira si j’affirme que le vocabulaire de la jeunesse s’est appauvri depuis trente ans. Et ce ne sont pas les quelques dizaines de mots arrachés par les médias dans les champs de sabir mythifiés appelés «banlieues» qui compensent les pertes. Contrairement à une idée reçue, le parler ordinaire des adolescents s’est rétréci non pas seulement parce que les termes convenus leur échappent (ne disons pas «littéraires») ; leur vocabulaire s’est allégé aussi parce que les mots vulgaires leur manquent! – Je m’entends.

On l’ignore généralement, la phraséologie familière traditionnelle que tout Français et la plupart des Françaises utilisaient sans penser à mal au XXe siècle -, ce français d’entre soi, «bas» peut-être, mais rigolo, tellement rejeté par l’école de nos pères, cet «argot» enfin qui faisait la vie et la saveur des palabres, leur fait lui aussi défaut.

Calendos, confiote et burlingue

Voyons cela de près et non pas en rêve. Vous qui savez ce qu’est un calendos, coulant ou plâtreux, (Ah, les pique-niques sur l’herbe!), demandez voir à des gens qui ont entre 13 et 18 ans ce que ce mot veut dire: un seul questionné sur dix évoquera le fromage rond de Normandie ; les neuf autres répondront que c’est… un calendrier! Idem pour le compères auciflard… La même proportion de jeunes n’identifie pas un couteau dans un schlass, de même que le verbe se radiner (Radine-toi en vitesse!), sera plutôt associé à «se vanter, économiser, être radin avec soi-même», au choix. Un sur deux ne connaît pas le mot confiote, ou le mot caoua pour «café».

Neuf gamins sur dix (90 %) ignorent le mot burlingue– ils pensent qu’il s’agit d’une voiture – et bien que tous ces gens fument comme des pompiers, le même pourcentage ne sait pas ce qu’est une sèche (on confond avec «une question à laquelle on ne sait pas répondre», par extrapolation d’antisèche).

« La parole n’étant plus transmise, la pénurie s’installe – durablement »

Je tiens ces statistiques d’un professeur de français que la curiosité titille, Mme Yveline Couf, qui n’enseigne pas à Versailles mais dans une grande ville ouvrière (un peu sinistrée) de province. Cette prof a présenté des listes de mots familiers à des élèves de 4e et de 3e , en leur demandant de donner pour chacun une définition, comme dans le jeu du dictionnaire. Et cela, c’est du concret, pas du rêve bleu. Ce sondage recoupe exactement les observations que j’avais pu faire moi-même sur ce terrain il y a huit ou neuf ans.

Sur vingt-trois participants volontaires – donc intéressés par la langue (qu’eût-ce été sur un échantillon brut de brutes?) – cinq connaissaient le mot pèze ; il est vrai qu’on dit surtout fric, pognon, et thune. Cinq aussi savent le troquet, mais bistro domine. On remarquera que certains termes d’argot sont sortis aussi de l’usage des adultes ; on n’entend guère le mot greffier pour un chat: aucun ne le connaissait (Boileau serait content!). Mais sept seulement identifient le mot colback, ce qui paraît surprenant:«J’lai choppée par le colback, J’lui ai dit: «Tu m’fous les glandes»…» (Renaud, de Marche à l’ombre).

Une absence de vie intime et trop de télévision

Bon, que ce soit les gens d’un certain âge qui parlent de leur palpitant, je veux bien le croire (l’âge des artères), mais qu’il ne fasse sens que pour trois pelés, c’est peu – c’est la coupure avec les grands-pères… Entraver pour «comprendre» n’est saisi que par un seul élève sur vingt-trois – tous les autres pensant que le verbe signifie «passer au travers». Quant à la proportion de 1 sur 23 pour le verbe de joyeuse source populaire guincher, c’est raide! Autrement dit, la perte de vocabulaire par les nouvelles générations ne se limite pas au français châtié, comme on croit: le sens fuit également par le bout roturier.

À quoi le phénomène est-il dû? J’aimerais bien le savoir. Plusieurs causes, dont probablement l’absence de vie familiale intime, absorbée qu’elle est par la télévision. Donc peu d’échanges avec les parents, moins encore avec les grands-parents, jadis gros transmetteurs, quand ce n’est pas avec toute catégorie d’adultes – cette tendance va s’affirmer avec la consommation de portables. La parole n’étant plus transmise, la pénurie s’installe – durablement. Zut alors! C’est mauvais signe… Que veut dire «zut»? – Je parierais que la moitié des vingt-trois cobayes de Mme Yveline ne le sait plus… À vérifier autour de vous. Vous serez surpris, vous direz «Mince alors!» – Mince? Quel «mince»? – Oh flûte!

Retrouvez les chroniques de Claude Duneton (1935-2012) chaque semaine. Écrivain, comédien et grand défenseur de la langue française, il tenait avec gourmandise la rubrique Le plaisir des mots dans les pages du Figaro Littéraire.

Voir aussi:

La fin des truffes
Claude Duneton
On ne peut pas enseigner une chose dont on doute.
ENTREVUE AVEC CLAUDE DUNETON

Claude Duneton a un peu plus de quarante ans. Il a enseigné l’anglais pendant vingt ans. Avant d’apprendre l’anglais il avait dû apprendre le français, sa langue maternelle étant l’occitan. Il est né en Corrèze dans une famille paysanne très humble. Il s’en souvient. Son premier livre, Parler Croquant, a suscité beaucoup d’intérêt, notamment au Québec. Dans son dernier livre, Je suis comme une truie qui doute, il s’est vidé le coeur, sans savoir peut-être qu’il le faisait au nom de dizaines de milliers d’enseignants qui, depuis, lui ont manifesté leur solidarité, soit en lui écrivant, soit en lisant son livre, dont le titre insolite est expliqué ainsi:

Enseigner le doute est une bien cruelle entreprise. Apprendre à chercher la vérité c’est très joli, mais si on ne la trouve pas, ou alors chacun la sienne, parcimonieusement, c’est moins exaltant. Monter tout un système de recherche en ne sachant pas très bien ce que l’on cherche, et surtout ne jamais tomber sur un morceau de trouvaille pour s’encourager les méninges c’est vraiment ardu. C’est plus ardu que de dresser un cochon à chercher la truffe. Parce que le cochon d’abord on lui fait savoir ce qu’il cherche, clairement et sans ambiguïté. On lui fait goûter de la truffe au départ. Ensuite, de temps à autre, on lui en met des morceaux cachés qu’il a la joie de découvrir en poussant la terre du groin. Ça lui remet du coeur à l’ouvrage. Tandis que le môme à qui l’on dit: Cherche! Allez cherche! … sans jamais lui annoncer quoi – c’est peut-être çi, c’est peut-être ça … Il en perd l’allant et l’enthousiasme.

Claude Duneton. Je vous préviens tout de suite, puisque vous êtes venu de loin: je ne parle pas hélas! Comme j’écris. Je n’ai pas la même façon, j’écris pour me consoler de ne pas pouvoir parler comme je le voudrais.

CRITÈRE. Ce qui ne vous empêche pas de marquer des points dans les débats auxquels vous participez.

C.D. J’ai peut-être une supériorité sur les bien parleurs. Pendant qu’ils font de jolies phrases, je cherche péniblement mes mots, ce qui me donne le temps de réfléchir. La réflexion aidant, je pose souvent des questions qui font tout resurgir. Vous pouvez voir là une espèce de revanche sur ces Français dont j’ai dû apprendre la langue.

CRITÈRE. Quand je vous ai téléphoné pour prendre rendez-vous, vous m’avez dit que vous veniez de recevoir une lettre très intéressante d’une québécoise qui enseigne le français.

C.D. C’est ce que je dis sur l’embourgeoisement de la culture qui l’a surtout intéressée. Sa lettre m’a plu parce que j’attache beaucoup d’importance à cette question.

CRITÈRE. En tout cas, vous en parlez sur un ton qui tranche avec l’habituel ronron, comme dans cette réplique silencieuse à un parent d’élève, peiné à la pensée que sa fille n’apprendra pas les belles récitations d’autrefois:

Une société qui bouge tout le temps est une société sur laquelle on ne peut pas danser. C’est à vous donner le mal de mer, à dégueuler tripes et boyaux par-dessus bastingages. C’est vrai. On nous a fauché le petit Jésus, à présent voilà François Coppée qui se barre! Merde on nous prend tout! Les cerises n’ont plus le même goût … Et l’autre Einstein avec sa tête auréolée de frisettes, qui est allé baver de relativité. Que ce qu’on voit ce n’est pas exactement ce qu’on voit … Qu’on est mortel pour tout de bon sur une foutue planète de désespoir, voilà ce qu’il ressent le père au fond de la classe, la figure toute rouge d’émotion. Il en pleurerait que sa fille n’apprenne plus par coeur les belles litanies rassurantes, il en pleurerait comme s’il venait de toucher son cercueil, tout froid. Fossoyeur va! … A quoi ça sert de faire de la peine à ce monsieur? Pour initier sa fille à quoi finalement?

Devons-nous en conclure que vous accepteriez de mettre n’importe quoi au programme?

C.D. Je n’ai rien contre l’admiration. C’est à l’admiration inconditionnelle, à l’admiration sur commande que je m’attaque.

CRITÈRE. Sur commande depuis Paris surtout…

C.D. Nous reviendrons sur ce problème de la colonisation intérieure des Français par les Français. Pourquoi Racine, pourquoi Corneille plutôt que Chrétien de Troyes ou tel de nos auteurs occitans. On ne s’est jamais vraiment posé la question. La réponse est pourtant très simple: on en a décidé ainsi. Par «on», entendez la bourgeoisie française. Il s’agissait de raffiner une langue de classe complètement coupée de 90% des Français.

Croyez-bien que je n’aime pas les mots bourgeois, classes, dominés, dominants. Ils gênent. Je les utilise parce que je n’en connais pas qui conviennent mieux. J’étais récemment au milieu d’un groupe de jeunes qui avaient toujours à la bouche les mots discours dominants, discours dominés. Devant des exemples concrets que j’ai analysés avec eux, ils n’ont pas su comment réagir. Ils se sont trompés. lis avaient les yeux obstrués par les mots qui auraient dû les dessiller.

CRITERE. La pureté de la langue de Racine n’en fait-elle pas un modèle qui s’impose de lui-même, sans l’aide de Paris et de ses bourgeois?

C.D. La pureté pour qui? Pour la bourgeoisie qui a ses belles manières à elle et qui veut les conserver, soit! On est entre nous, si on me passe cette expression, à moi qui n’appartiens à ce monde que par une culture apprise tardivement dans les livres. Mais les règles du jeu ne sont plus du tout les mêmes depuis que les fils d’ouvriers ont commencé à envahir les lycées. Il faudrait des modèles qui ont un rapport direct avec leur vie à eux. Racine n’en a aucun. Je suppose que mes remarques valent aussi pour le Québec, que le peuple chez vous est moins touché par Racine que par Antonine Maillet. Antonine Maillet! Je l’ai vue à la télévision. Quelle admirable leçon d’authenticité et de français elle nous a donnée. Il y aura un texte d’elle dans l’antimanuel que je prépare avec un camarade. Même impression devant René Lévesque. Il parlait directement, sans détours, avec chaleur. Quel contraste avec la rhétorique répétitive de nos hommes politiques.

CRITÈRE. Ai-je bien compris votre position? Si on supprime les classiques, chaque professeur aura-t-il la possibilité de les remplacer par des auteurs dont il estimera qu’ils représentent bien le peuple auquel il s’adresse? Je parle pour la France, bien entendu, car au Québec il y a longtemps que tout est permis.

C.D. Ne vous méprenez pas. Je suis partisan d’une étude très rigoureuse de l’histoire de la littérature. L’auteur qui a eu le plus grand succès au XVIle siècle, c’est Sorel, non Racine. Il faut étudier aussi Sorel si l’on veut comprendre le XVIle siècle. Comprendre une autre époque, c’est l’essentiel.

Je m’intéresse surtout au moyen-âge. La connaissance de cette époque me paraît de première importance pour la compréhension de la nôtre. Les Xle et Xlie siècles furent une période de progrès. Il y eut ensuite stagnation, croissance zéro, bouleversement des mentalités. Où en sommes-nous maintenant? Vu depuis le Xlie, le XXe siècle n’est pas précisément ce qu’on avait pris l’habitude d’imaginer.

Il faut situer les auteurs dans leur siècle Il n’est pas nécessaire de les admirer et de les faire admirer pour cela.

CRITÈRE. Oui, je saisi Sous l’angle critique, tout peut devenir intéressant. Astérix devient l’égal d’Ulysse dans ces conditions. Mais est-ce ainsi qu’on se rapproche du peuple, comme vous le souhaitez. Vous parlez de Sorel. Par rapport au peuple actuel, il a tout de même l’inconvénient d’avoir vécu il y a 300 ans. Pourquoi pas Guy des Cars? Pour ce qui est de la popularité, il est à notre siècle ce que Sorel fut au sien. Au Québec, ce serait Claude-Henri Grignon, l’auteur de Séraphin Poudrier. Malheureusement, l’un et l’autre sont l’objet du mépris unanime des professeurs de français. Quand on parle d’une littérature qui doit être comprise du peuple, de quel peuple s’agit_il? Du peuple réel, dont les goûts sont parfois décevants, ou du peuple idéal, celui qui a été lavé de ses imperfections par des penseurs qui veulent son bien? Il faudrait s’entendre.

C.D. Je vous avouerai que je fais des choses interdites: je vais voir des films de Louis de Funès. Eh bien, à côté des conneries, de la multitude de conneries, il y a des trouvailles dans ses films. Je suis persuadé que, dans vingt ou trente ans, ceux qui feront l’histoire du cinéma compareront ces trouvailles à celles des plus grands cinéastes.

CRITÈRE. Permettez-moi de poursuivre ma chasse aux critères. Si j’avais le choix entre Séraphin et la Sagouine, qui parle aussi au peuple, je choisirais la Sagouine parce que la langue y est plus belle et le contenu plus humain.

C.D. J’admire beaucoup Céline, Voltaire, Chrétien de Troyes, ce qui ne veut pas dire qu’il ne serait pas intéressant d’étudier Guy Des Cars pour comprendre notre siècle.

CRITÈRE. Mais enfin, quel doit être notre premier objectif, rendre les gens plus critiques en leur faisant analyser le passé ou les rendre plus humains en les mettant en contact avec les plus belles oeuvres? Parmi les oeuvres qui font partie de l’arsenal bourgeois, n’y en a-t-il pas qui méritent notre attention parce qu’elles n’ont aucun lien trop étroit avec une époque donnée ou une classe sociale déterminée. Je pense, en particulier, à l’illiade et à l’Odyssée. Il y a aussi le problème du fond commun. Ces dernières années, pendant que les programmes de français achevaient de s’atomiser, de se dissoudre dans la subjectivité, le grand public regardait l’Odyssée à la télévision. Si bien que l’Odyssée est, encore aujourd’hui, l’une des seules oeuvres dans laquelle on puisse puiser des exemples en étant sûr d’être compris d’à peu près tout le monde.

C.D. Je suis d’accord avec vous au sujet d’Homère. On pourrait ajouter la Bible. Il faut lire la Bible, Jérémie, les jérémiades. Que peut-on comprendre de la littérature franaise si on n’a pas lu la Bible.

Mais le problème du fond commun est plus complexe. Le prétendu fond commun de la culture française présente deux inconvénients: il n’est pas commun et ce n’est pas un fond. J’ai déjà dit pourquoi, je vais le dire d’une autre manière. Imaginez un programme de littérature française qui aurait été conçu par et pour des marins pêcheurs de Bretagne. Homère s’il avait été à ce programme aurait sans doute convenu aux savoyards et aux bourguignons, mais sûrement pas la multitude d’histoires de pêche et de poissons qu’on y aurait trouvées. Et bien, l’imposition à toute la rance d’un programme élaboré dans et par la bourgeoisie parisienne est tout aussi insensée.

CRITÈRE. Croyez-vous qu’on pourrait régler le problème que vous soulevez en confiant la responsabilité des programmes à des gouvernements régionaux.

C.D. Sûrement pas à l’heure actuelle. Ce sont les harkis qui prendraient le pouvoir dans les régions. Ils s’empresseraient de refaire les erreurs du gouvernement central.

CRITÈRE. Les harkis?

C.D. Eh oui, les Français sont colonisés par les Français. Les harkis, ce sont les Algériens qui ont pris fait et cause pour la France lors de la guerre l’indépendance. L’élite régionale – je n’aime pas ce mot – est constituée en France de harkis, de notables qui se consolent par des abus de pouvoir de leur impuissance face à l’Etat central. La France, vous savez, n’est pas un pays démocratique.

CRITÈRE. Et si par impossible vous deveniez ministre de l’éducation en Occitanie, y aurait-il un programme? Par qui serait-il établi?

C.D. Il y aurait un programme, bien entendu. Pour l’établir, il faudrait interroger les gens, attendre qu’ils manifestent leurs désirs. L’enseignement de la langue et de la littérature occitane ne serait sûrement pas interdit. Mais je n’ai jamais beaucoup réfléchi à ces problèmes de pouvoir.

CRITÈRE. D’un côté donc, les choses les plus universelles, Homère, la Bible; de l’autre, les choses les plus particulières. Cette élimination de la culture nationale n’évoque-t-elle pas les thèses des fédéralistes européens qui, pour la plupart, sont en même temps régionalistes?

C.D. On peut faire ce rapprochement.

CRITÈRE. Etant donné vos idées sur la colonisation des Français par les Français et sur la démocratie, on s’attend à ce que vous dénonciez les examens qui sont, en France, la façon traditionnelle d’opérer la sélection. Vous écrivez pourtant:

par le respect de l’individu c’est peut-être bien après tout l’examen. Mais alors sérieux, approfondi, pas plie ou face! Pas laissé au hasard de dix minutes d’entretien avec le premier bizarre venu. Un examen qui n’ait pas honte de l’être, avec double et triple correction sur des épreuves très étudiées, et pas en forme de devinettes, qui permettent de dire simplement: un Tel a acquis dans tel domaine tel niveau de connaissance. Un point. Comment les a-t-il acquises? Ça le regarde. Qu’il ait bûché deux ans ou deux mois, selon ses goûts, son temps, ses possibilités, son âge, voire son métier, là n’est pas la question. La seule question est de savoir si oui ou non il faut les contrôler ces fameuses connaissances.

C.D. Le contrôle continu, qui est la solution de remplacement, me paraît dangereux pour la liberté et, par surcroît, plus injuste qu’un bon système d’examen. Etre fiché jour après jour, mois après mois, depuis la maternelle, ce n’est pas supportable. En deux mois de paresse ou d’égarement, vous pouvez compromettre toute une existence. J’aurais sûrement été tué par un tel système.

CRITÈRE. Et l’injustice?

C.D. On en mesure l’ampleur quand on veut bien se rendre à certaines évidences. Le rapport du maître à ses élèves ressemble à s’y méprendre au rapport de l’amant à sa maîtresse, aspects négatifs inclus, bien entendu. Parmi ces aspects négatifs, il y a la jalousie. Le professeur a besoin de penser que ses élèves ont tout appris de lui.

Tel professeur de mathématiques que j’ai très bien connu mettait zéro à tous ses étudiants quand il prenait une nouvelle classe. Comment, disait-il, vous n’avez rien fait dans le passé! Qui donc vous a déformés à ce point? Il les terrorisait de cette façon, puis il relevait leurs notes graduellement pour bien leur faire sentir qu’il était le seul responsable de leurs progrès. Or le collègue qui le précédait était un excellent professeur. La campagne de dénigrement dont il a été l’objet l’a tué littéralement. Hors de moi, point de salut!

Il s’agit d’un cas caricatural, mais l’attitude qu’il trahit est beaucoup plus répandue qu’on ne le croit généralement. Il y a encore beaucoup de salauds dans la profession. Il y a aussi, à l’autre extrême, le cas du professeur séducteur qui fausse tout lui aussi en suscitant chez ses élèves un enthousiasme tel que leur succès est dû plus à un mimétisme sans lendemain qu’à un solide apprentissage. Non vraiment, le professeur est trop engagé, trop amoureusement engagé.

Paradoxalement, il aurait été plus facile d’instaurer le contrôle continu il y a quarante ou cinquante ans, à l’époque où l’on savait ce qu’il fallait savoir.

CRITÈRE. Ne croyez-vous pas qu’en plus de permettre un plus grand respect de l’individu et une plus grande justice, l’examen, tel que vous le concevez, donnerait au professeur une occasion d’être reconnu a sa juste valeur et de prendre lui-même sa véritable mesure?

C.D. C’est vrai aussi pour l’institution à laquelle il appartient. Ce que vous dites est très intéressant. Je n’avais pas pensé à cet aspect de la question. Mais il y a aussi le danger du bachotage. Le baccalauréat dans sa forme actuelle forme des super-caméléons. Pour le réussir, il faut surtout apprendre à être hypocrite, à ruser avec le savoir et avec les examinateurs. Nos hommes politiques sont des produits typiques de ce système.

CRITÈRE. Que dites-vous de la solution qui consiste à séparer complètement les contrôles de la fréquentation de l’école? S’il faut des contrôles, et vous dites vous-mêmes qu’il en faut, cette solution n’est-elle pas celle qui est le plus en conformité avec le respect de l’individu tel que vous le concevez? Le professeur pourrait dans ces conditions devenir un artisan ou un professionnel comme les autres, c’est-à-dire un homme qui rend des services quand on lui en fait la demande.

C.D. Ce serait l’idéal, tout particulièrement pour l’enseignement des langues vivantes, où les voyages sont généralement plus instructifs que les cours. J’ai souvent rêvé de recevoir un à un mes élèves, de trouver avec eux des méthodes adaptées à leur situation.

On attache souvent trop d’importance à la relation maître-élève. J’ai eu au lycée un excellent professeur de physique. Nous n’existions pas pour lui. Il ne nous connaissait pas et ne voulait pas nous connaître. En retour, il ne nous demandait que deux choses: le laisser parler et passer l’examen. Il nous faisait de magnifiques conférences. C’était reposant. Je n’aimais pas les professeurs qui avaient besoin de se sentir aimés de nous, qui pour nous motiver, forçaient notre intimité, nous séduisaient un à un. Le professeur absent comme mon professeur de physique s, améliorait en vieillissant. Il connaissait de mieux en mieux sa matière. Sa tâche lui devenait de plus en plus facile. Pour les professeurs engagés que nous sommes, le vieillissement est devenu un cauchemar.

CRITÈRE. Est-ce la raison pour laquelle vous avez changé de métier?

C.D. Je suis resté dans le domaine de l’enseignement. J’aimais les mômes, je les aime encore. Si j’avais vingt ans je serais enthousiaste, aucun défi ne m’effraierait. Mais maintenant, je n’en puis plus. Des mômes j’en ai aimé trois mille. J’ai atteint mon point de saturation. Puis je me suis adapté à tant de vagues, à tant de nouvelles formes de sensibilité: rock, beattles, bandes dessinées!

CRITÈRE. À propos de la télévision, vous soulignez dans votre livre un phénomène qui, bien qu’il ait été remarqué par d’autres, n’a pas été suffisamment pris en considération. Etonné par l’indiscipline non violente de vos élèves, vous écrivez:

Après bien des récriminations je me suis aperçu qu’ils sont sincères. ils ne comprennent pas que leur bavardage puisse déranger. C’est que leurs habitudes ont changé: ils transportent en classe la manière dont ils regardent la télé … Attention: il ne s’agit pas d’accuser encore une fois la télévision mais d’observer un comportement pratiquement irréversible et le décalage qui en résulte avec nos façons de procéder. Nous avons à présent des générations pour lesquelles le discours plus ou moins continu est apparu pour la première fois de leur vie au petit écran, fût-ce sous la forme de Nounours. Il en résulte qu’ils ont grandi avec le sens de la parole différée et qu’ils n’ont pas acquis le même rapport de personne à personne que nous avions dans le déroulement du discours. Autrement dit, ils confondent quelque part la voix du prof avec celle du type qui cause dans la boîte.

C.D. J’ai moi-même vu la mutation s’opérer. J’enseignais en Corrèze quand la télévision est apparue. D’année en année, j’ai vu les changements S’opérer chez les mômes.

CRITÈRE. Cela n’a pas accru votre optimisme. Des dizaines de milliers d’enseignants vous ont lu. Plusieurs vous écrivent pour vous dire : Vous m’avez ouvert les yeux, j’ai donné ma démission. Partagez-vous les idées d’Illich?

C.D. Certaines. Pas toutes. Dans un pays comme la France, il est absolument nécessaire pour les enfants de travailleur.

CRITERE Vous continuez pourtant de l’attaquer. Avez-vous une solution de remplacement?

C.D. Nous en sommes à la phase du minage. Je ne sais ni quand ni comment la reconstruction se fera.

CRITÈRE. En attendant, le moral des enseignants continuera de se détériorer.

C.D. Les mômes je les adore! Il ne faut pas jouer avec les mômes, il ne faut pas faire semblant. Il ne faut pas être hypocrite. Si on ne croit plus en rien, si on ne sait plus où l’on va, il vaut mieux se l’avouer à soi-même. C’est plus sain et c’est plus respectueux pour les mômes.

CRITÈRE. Un de vos collègues de Bretagne s’apprête à publier un livre qui aura pour titre: Dieu est mort, Marx est mort et moi je ne me porte pas très bien. Vous, comment vous portez-vous?

C.D. Vous savez, je suis désespéré. Êtes-vous chrétien?

CRITÈRE. Il y a deux choses au monde dont je n’ai jamais douté:
Je suis la Vérité et la Vie, la Vérité vous délivrera. Douce ou amère, la vérité est toujours une nourriture. Si j’ai aimé votre livre, c’est parce que vous dites la vérité comme aucun enseignant, à ma connaissance, ne l’a dite avant vous. À l’exception de Simone Weil, il y a déjà quarante ans.

C.D. Tout ça, c’est parce que j’ai beaucoup aimé mon métier et que je l’aime encore. J’aime les mômes.

LE DÉRACINEMENT

Car le second facteur de déracinement est l’instruction telle qu’elle est conçue aujourd’hui. La Renaissance a partout provoqué une coupure entre les gens cultivés et la masse; mais en séparant la culture de la tradition nationale, elle la plongeait du moins dans la tradition grecque. Depuis, les liens avec les traditions nationales n’ont pas été renoués, mais la Grèce a été oubliée. Il en est résulté une culture qui s’est développée dans un milieu très restreint, séparé du monde, dans une atmosphère confinée, une culture considérablement orientée vers la technique et influencée par elle, très teintée de pragmatisme, extrêmement fragmentée par la spécialisation, tout à fait dénuée à la fois de contact avec cet univers-çi et d’ouverture vers l’autre monde.

De nos jours, un homme peut appartenir aux milieux dits cultivés, d’une part sans avoir aucune conception concernant la destinée humaine, d’autre part sans savoir par, exemple, que toutes les constellations ne sont pas visibles en toutes saisons. On croit couramment qu’un petit paysan d’aujourd’hui, élève de I’école primaire, en sait plus que Pythagore, parce qu’il répète docilement que la terre tourne autour soleil. Mais en fait il ne regarde plus les étoiles. Ce soleil ont on lui parle en classe n’a pour lui aucun rapport avec celui qu’il voit. On l’arrache à l’univers qui l’entoure, comme on arrache les petits polynésiens à leur passé en les forçant à répéter : Nos ancêtres Gaulois avaient les cheveux blonds.

Ce qu’on appelle aujourd’hui instruire les masses, c’est prendre cette culture moderne, élaborée dans un milieu tellement fermé, tellement taré, tellement indifférent à la vérité, en ôter tout ce qu’elle peut encore contenir d’or pur, opération qu’on nomme vulgarisation, et enfourner le résidu tel quel dans la mémoire des malheureux qui désirent apprendre, comme on donne la becquée à des oiseaux.

D’ailleurs le désir d’apprendre pour apprendre, le désir de vérité est devenu
très rare. Le prestige de la culture est devenu presque exclusivement social, aussi bien chez le paysan qui rêve d’avoir un fils instituteur ou l’instituteur qui rêve d’avoir un fils normalien, que chez les gens du monde qui flagornent les savants et les écrivains réputés.

Les examens exercent sur la jeunesse des écoles, le même pouvoir d’obsessions que les sous sur les ouvriers qui travaillent aux pièces. Un système social est profondément malade quand un paysan travaille la terre avec la pensée que, s’il est paysan, c’est parce qu’il n’était pas assez intelligent pour devenir instituteur.

Le mélange d’idées confuses et plus ou moins fausses connu sous le nom da marxisme, mélange auquel depuis Marx il n’y a guère eu que des intellectuels bourgeois médiocres qui aient eu part, est aussi pour les ouvriers un apport complètement étranger, inassimilable, et d’ailleurs en soi dénué de valeur nutritive, car on l’a vidé de presque toute la vérité contenue dans les écrits de Marx. On y ajoute parfois une vulgarisation scientifique de qualité encore inférieure. Le tout ne peut que porter le déracinement des ouvriers à son comble.

Simone Weil, L’enracinement, NRF, Gallimard, 1949, pp 64-65.

Voir également:

La linguistique

2002/1 (Vol. 38)

 


1

Toute langue possède une dimension argotique ; en effet, toute société humaine fonctionne avec des interdits, des tabous, entre autres, d’ordre social, politique, religieux, moral, qui sont véhiculés par la (ou les) forme(s) légitimée(s) de la langue. Comment peut-il être dès lors imaginé une société au sein de laquelle aucune personne, aucun groupe ne chercherait à se doter de moyens pour contourner ces interdits et ces tabous, ne serait-ce que par transgression langagière ? De telles pratiques sociales et langagières constituent les foyers les plus actifs nécessaires à l’émergence de formes argotiques, qui sont elles-mêmes autant de preuves des stratégies d’évitement, de contournement des interdits et tabous sociaux mises en œuvre par les locuteurs, les groupes de locuteurs qui produisent de telles formes. Une contre-légitimité linguistique peut ainsi s’établir [1][1]  Cette contre-légitimité linguistique ne peut s?affirmer,…. La situation linguistique française n’échappe pas à ce schéma et des parlers argotiques, plus ou moins spécifiques à tel(s) ou tel(s) groupe(s) ont toujours existé de manière concomitante avec ce que l’on appelle par habitude  » langue populaire «  [2][2]  Comme le rappelle Françoise Gadet,  » La notion de…. Le linguiste descriptiviste est intéressé par l’analyse de ces  » parlures argotiques «  [3][3]  On pourra se reporter, entre autres, à Denise François-Geiger…, qu?elles soient contemporaines ou non, car elles sont particulièrement révélatrices de pratiques linguistiques, qui relèvent de l’oral et sont soumises à des faits d?évolution particulièrement rapides. D’où la nécessité pour le linguiste d?en rendre compte de la manière la plus précise et la plus adéquate possible dans le cadre de l’argotologie définie comme l’étude des procédés linguistiques mis en œuvre pour faciliter l’expression des fonctions crypto-ludiques, conniventielles et identitaires, telles qu’elles peuvent s’exercer dans des groupes sociaux spécifiques qui ont leurs propres parlers, cette approche argotologique étant incluse dans une problématique de sociolinguistique urbaine.

2

À l’échelle du français en particulier et des langues du monde de manière plus générale, l’émergence de pratiques langagières argotiques n’est en aucune manière un phénomène récent. Toute langue a bel et bien toujours eu, génère continuellement et aura toujours un registre argotique, qui permet la mise en place de stratégies de contournement, voire aussi de cryptage, de masquage. Au XVe siècle, François Villon a rédigé ses fameuses ballades dans une langue de malfrats, le parler de la Coquille, un argot d’une confrérie de malandrins, qui livrèrent sous la torture une partie de leur vocabulaire. Plus près de nous, on peut, entre autres, rappeler que pendant le régime communiste pratiquement chaque goulag avait son argot. Univers carcéral oblige ! Il en est souvent ainsi dans de tels univers et on constate à maintes reprises, quelles que soient les langues considérées, l’existence d’argots de prisons, dans lesquels s’exerce pleinement la fonction cryptique du langage. En Tchécoslovaquie, plus particulièrement à partir du Printemps de Prague, certains groupes de dissidents, étudiants et intellectuels, qui constituèrent plus tard le groupe des  » chartistes « , avaient pour habitude de s’exprimer dans un langage crypté, codé donc, dans le seul but de ne pas être compris de la police politique ; ils pouvaient ainsi parler de sujets subversifs tels le voyage ou les pays extérieurs au bloc soviétique. La langue devenait de ce fait un magnifique moyen d?évasion au travers de ses représentations.

3

Si l’on considère ce qui s’est passé en France depuis environ cent ans pour l’argot traditionnel, qu’il s’agisse de ses manifestations de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, de celles des années 1920-1930, d’après-guerre ou bien des années 1950-1960, une différence fondamentale doit être notée par rapport à ce que l’on constate aujourd’hui sur le terrain : de nos jours les épices apportées à la langue française sont de plus en plus empruntées à des langues étrangères. Même si l’argot traditionnel a su s’alimenter de termes étrangers, il le faisait à l’époque dans des proportions moindres [4][4]  Cf. ici-même l’article d’Estelle Liogier à propos…. Un facteur déterminant est intervenu depuis et s’est amplifié : celui de l’immigration. Au temps de la Mouffe (rue Mouffetard), de la Butte (butte Montmartre), des Fortifs (Fortifications remplacées actuellement par le boulevard périphérique) un brassage de populations avait lieu dans Paris intra-muros, tout comme dans la majeure partie des grandes villes françaises. Les formes argotiques et les formes non légitimées dites  » populaires  » de la langue française se rejoignaient et c’est une des raisons qui ont permis alors aux mots des argotiers, des jargonneux de tel ou tel  » petit  » métier de passer du statut d’argot particulier à celui d?argot commun avant même de transiter par l’intermédiaire de la langue familière vers la langue française circulante, voire la langue académique, celle que l’on peut aussi écrire, y compris à l’école. Cambriole, cambriolage, cambrioler et cambrioleur ne sont plus du tout perçus de nos jours comme des mots d’origine argotique, ce qu’ils sont en réalité, puisque tous proviennent de l’argot cambriole qui désigne la chambre, la pièce que l’on peut voler. Le cas de loufoque est tout aussi illustratif. Ce vocable est issu du largonji des loucherbems  » jargon des bouchers  » et correspond à un procédé de formation très caractéristique de ce parler, à savoir le remplacement de la première consonne du mot par un [l], cette première consonne étant déplacée en même temps à la fin du mot, auquel on ajoute un suffixe de type argotique, en -oque dans ce cas : [fu] [luf] [lufôk], lui-même tronqué par apocope en [luf].

4

Évolution rapide des formes de type argotique ? En voici un exemple : entrer dans un café et demander un casse-dalle avec une petite mousse  » un sandwich avec une bière  » appartient, d’un point de vue linguistique, à une autre époque, qui se termine à la fin des années 60-70 du siècle passé. Ce n’est plus le temps de la gapette  » casquette (à la mode ancienne)  » sur l’œil et de la cibiche  » cigarette  » au coin des lèvres. La casquette, aujourd?hui de marque Nike, est vissée sur le crâne, s’accompagne de baskets de même marque ou avec le logo Adidas aux pieds et les lascars  » jeunes des cités et quartiers français contemporains  » se désignent comme des casquettes-baskets par opposition aux costards-cravates, ceux qui sont en dehors de la cité, ceux qui sont en place, dans la place  » ont un travail, sont arrivés socialement « . De nos jours, au féca  » café, bistrot  » du coin on dame un dwich  » mange un sandwich  » et on tise une teillbou de 8.6  » boit une bouteille de bière titrant 8,6o d’alcool « . Il en va ainsi de l’évolution du lexique oral.

5

Suivent quelques exemples d’énoncés en français contemporain des cités (FCC en abrégé) avec leurs traductions en argot traditionnel (précédées de v.a. pour vieil argot) [5][5]  D?autres exemples sont présentés dans J.-P. Goudaillier,… ; il est intéressant de noter à partir de ces exemples l’évolution survenue en deux, trois décennies tant en ce qui concerne le lexique utilisé que le type de phraséologie mise en œuvre.

6

FCC : il a roulé à donf avec la seucai. L’est dangereux c’te keum ! L’est complètement ouf !

7

v.a. : y?est allé le champignon à fond avec la tire. Complètement louf le mec !

8

 » il est allé très vite avec la voiture. C’est un vrai danger public. Il est fou de rouler si vite ! « 

9

FCC : choume l’hamster, l’arrête pas de béflan d’vant les taspèches

10

v.a. : zyeute moi c’te mec qu?arrête pas d’rouler des biscotos d’vant les grognasses

11

 » regarde voir ce gars-là ; il n’arrête pas de faire le beau devant les filles « 

12

FCC : quand tu l’chouffes le luice, t’vois bien qu’il arrive direct d’son bled

13

v.a. : pas b’soin d’le mater cinq plombes pour voir qu’il débarque d’sa cambrouse

14

 » rien qu’à le voir, tu comprends qu?il arrive tout droit de son village natal « 

15

FCC : c’te keum, l’a qu’des blèmes !

16

v.a. : à croire qu’ce mec-là et les problocs ça ne fait qu’un !

17

 » c’est un gars, qui ne connaît que des problèmes « 

18

FCC : le patron, i capte qu?tchi à ma tchatche

19

v.a. : ma jactance, mon dab y entrave qu’dalle

20

 » mon père ne comprend pas du tout mon langage « 

21

FCC : plus de vailtra je deale le techi chanmé

22

v.a. : plus de turbin je fourgue du hasch à toute berzingue

23

 » plus de travail je passe tout mon temps à vendre du haschisch « 

24

FCC : quand les chtars raboulent, on s’nachave dans toute la téci

25

v.a. : qu’les bourres rappliquent et c?est la grand’ caval’ dans la cité

26

 » quand les policiers arrivent, on s?enfuit dans toute la cité « 

27

FCC : l’est chtarbé hypergrave !

28

v.a. : il est vraiment agité du bocal

29

 » il est complètement fou ! « 

30

FCC : on y va en caisse ou à iep ?

31

v.a. : on prend la bagnole ou on y va à pinces ?

32

 » nous y allons en voiture ou à pied ? « 

33

FCC : on galère à la téci ou on va au manès à Ripa

34

v.a. : on glandouille ici ou on va au cinoche à Pantruche

35

 » on reste à rien faire à la cité ou bien on va au cinéma à Paris « 

36

Les personnes qui vivent dans des cités de banlieue ou dans des quartiers dits  » défavorisés  » – entre des tours et des barres – parlent de plus en plus fréquemment une forme de français que certaines d’entre elles nomment  » verlan « , d’autres  » argot « , voire  » racaille-mot  » (  » mots de la racaille « ). Cette variété de français, que l’on peut désigner par  » argot des cités  » ou  » argot de banlieue  » est en réalité la manifestation contemporaine la plus importante d’une variété de français, qui au cours des dernières décennies, tout comme les diverses populations qui l’ont parlée, a perdu tout d’abord son caractère rural, par la suite toute indexation ouvrière, voire prolétaire, pour devenir le mode d?expression de groupes sociaux insérés dans un processus d’urbanisation [6][6]  Pour Pierre Guiraud (Argot, Encyclopedia Universalis,…. Progressivement se sont alors développés les parlers urbains français, qui sont pratiqués de manière plus ou moins effective (usages actifs / passifs) par des millions de personnes en France, que celles-ci soient françaises d’origine ou non, issues de l’immigration ou étrangères [7][7]  Pour P. Bourdieu  » … ce qui s?exprime avec l’habitus…. Bien souvent ces personnes subissent au quotidien une  » galère  » (ou violence) sociale, que reflète leur expression verbale, au même titre que leur  » violence réactive «  [8][8]   » … l’argot assume souvent une fonction expressive ;….

37

Pendant toutes les années 1990, cet argot de cités, désigné plus haut par français contemporain des cités (FCC en abrégé), est sorti d’entre les tours et les barres, qui l’ont vu naître, émerger, exploser au début des années 1980 [9][9]  Voir à ce sujet Christian Bachman et Luc Basier, 1984,…. Les formes lexicales du FCC sont puisées d’une part dans le vieux français et ses variétés régionales, d?autre part dans le vieil argot, celui de Mimile, mais aussi dans les multiples langues des communautés liées à l’immigration [10][10]  Geneviève Vermes et Josiane Boutet (sous la dir. de),…. Par ailleurs le FCC comporte aussi un nombre important de créations lexicales spécifiques, qui ne sont pas uniquement du verlan, comme on peut le croire communément.

38

Étant donné les pratiques langagières des communautés d’origines diverses, de cultures et de langues non moins différentes, qui cohabitent dans les cités ou les quartiers des grandes villes françaises une interlangue émerge entre le français véhiculaire dominant, la langue circulante, et l’ensemble des vernaculaires qui compose la mosa ïque linguistique des cités : arabe maghrébin, berbère, diverses langues africaines et asiatiques, langues de type tsigane, créoles antillais (à base lexicale française) pour ne citer que ces langues.

39

Dans Paroles de banlieues de Jean-Michel Décugis et Aziz Zemouri [11][11]  Jean-Michel Décugis et Aziz Zemouri, 1995, Paroles…, Raja (21 ans) précise que dans les cités  » on parle en français, avec des mots rebeus, créoles, africains, portugais, ritals ou yougoslaves « , puisque  » blacks, gaulois, Chinois et Arabes  » y vivent ensemble (p. 104). Des ressortissants de nationalités étrangères, des Français d’origine étrangère et des céfrans aussi appelés des de souches  » français de souche  » communiquent grâce à un parler véhiculaire interethnique [12][12]  Cf. Jacqueline Billiez, 1990, Le parler véhiculaire… et le brassage des communautés permet l’émergence de diverses formes de FCC.

40

Dans ces variétés linguistiques se met alors en place un processus de déstructuration de la langue française circulante par ceux-là même qui l’utilisent et y introduisent leurs propres mots, ceux de leur origine, de leur culture. Les formes linguistiques ainsi créées et leurs diverses variantes régionales deviennent dès lors autant de marqueurs, voire des stéréotypes [13][13]  Pour les notions de marqueurs, de stéréotypes (et… identitaires ; elles exercent de ce fait pleinement leurs fonctions d’indexation. L’instillation d’un grand nombre de traits spécifiques, qui proviennent du niveau identitaire, dans le système linguistique dominant correspond alors à une volonté permanente de créer une diglossie, qui devient la manifestation langagière d’une révolte avant tout sociale [14][14]  Voir aussi David Lepoutre, 1997, Cœur de banlieue….. L’environnement socio-économique immédiat des cités et autres quartiers vécu au quotidien est bien souvent défavorable et parallèlement à la fracture sociale une autre fracture est apparue : la fracture linguistique [15][15]  J.-P. Goudaillier, 1996, Les mots de la fracture linguistique,…. De nombreuses personnes se sentent de ce fait déphasées par rapport à l’univers de la langue circulante, d’autant que l’accès au monde du travail, qui utilise cette autre variété langagière, leur est barré. Elles en sont exclues. Le sentiment de déphasage, d’exclusion est d’autant plus fort, qu’une part importante de ces personnes subissent de véritables situations d’échec scolaire ; il ne leur reste plus qu?à faire usage d’une langue française qu’elles tordent dans tous les sens et dont elles modifient les mots en les coupant, en les renversant [16][16]  Il s?agit d?établir, ainsi que le rappelle Louis-Jean…. La déstructuration de la langue s’opère aussi par introduction dans les énoncés de formes parasitaires, ce qui constitue une procédure argotique bien connue des linguistes.

41

Ceux et celles qui utilisent de telles formes linguistiques peuvent de ce fait s’approprier la langue française circulante, qui devient alors leur langue ; ils et elles peuvent grâce à elle non seulement se fédérer mais aussi et surtout espérer résister et échapper à toute tutelle en se donnant ainsi un outil de communication qui se différencie des différents parlers familiaux, qu’ils ou elles pratiquent, peu ou prou, par ailleurs mais aussi de la forme véhiculaire de la langue française dominante, par conséquent légitimée [17][17]  Pour ce qui est des cas de déplacements en intercation,…. Les normes linguistiques maternelles sont alors développées comme autant de  » contrenormes  » à la langue française, académique, ressentie comme langue  » étrangère  » par rapport à sa propre culture [18][18]   » On en a marre de parler français normal comme les….

42

L’École a une fonction primordiale : elle se doit de fournir aux enfants scolarisés les outils nécessaires pour parvenir à une maîtrise efficace de la langue française tant sous ses diverses manifestations orales que sous sa forme écrite, orthographique par conséquent. Dans le cas de groupes scolaires implantés dans des cités, la langue utilisée par les élèves est à bien des égards distante du français circulant, compte tenu de la multitude des éléments linguistiques identitaires qui y sont instillés. Ceci contribue aussi dans le cadre de l’école à la mise en place de la fracture linguistique. Le rôle des enseignants devient dès lors prépondérant ; il s’agit de pouvoir éviter l’instauration de rapports d?exclusion au nom des sacro-saints  » ils ne parlent pas français « ,  » ils n’expriment que de la violence, leur violence « ,  » il n’y a que des mots grossiers dans ces parlers  » et autres  » on ne sait plus parler français dans les banlieues « .

43

Bien au contraire, c’est un réel foisonnement lexical que l’on constate lors de l’analyse des diverses variétés du FCC. En effet, si les anciens argots de métiers eux-mêmes et l’argot commun traditionnel reflétaient une véritable  » fécondité en matière lexicale « , une  » effervescence du vocabulaire… dans des groupes sociaux mal armés chez lesquels on s?attendrait à un stock lexical réduit «  [19][19]  Denise François-Geiger, 1988, Les paradoxes des argots,…, il en est de même pour ce qui est des formes langagières actuelles des cités.

44

L’émergence de rapports d?exclusion, qui permettent par ailleurs de refuser de manière systématique tout ce qui émane du quartier, de la cité dans lequel se trouve l’établissement scolaire, aurait pour seule conséquence l’effet contraire de celui qui est recherché. Or,  » la réussite scolaire des enfants de milieu populaire dépend de la nature des interactions entre l’école et le quartier. Le développement et l’image d’un quartier populaire dépendent de la qualité de ses établissements scolaires et des actions éducatives qui y sont menées «  [20][20]  Gérard Chauveau et Lucile Duro-Courdesses (sous la…. Ainsi, parmi d’autres, l’expérience qui a été menée par Boris Seguin et Frédéric Teillard [21][21]  Boris Seguin et Frédéric Teillard, 1996, Les céfrans… dans le collège de la Cité des Courtillères à Pantin (Seine-Saint-Denis) est à notre sentiment de ce point de vue exemplaire. Ces enseignants de français ont conduit leurs élèves à réfléchir sur leur propre variété de français, au travers de ses modes de fonctionnement. Ces élèves ont ainsi été à même d’analyser leur propre parler et de rendre compte des résultats de cette analyse dans un dictionnaire, qu’ils ont rédigé avec l’aide de leurs enseignants. C’est de toute évidence la meilleure façon possible d?apprendre à se servir du dictionnaire de langue, cet outil indispensable à toute progression scolaire.

45

L?erreur du début de ce siècle qui a consisté à mettre au ban de l’école mais aussi de la Cité, de la société tout enfant qui parlait une autre langue que le français, ne doit pas être répétée. Prendre en compte l’altérité de la langue de l’autre, par conséquent l’identité de celui-ci, doit être le maître mot. Si une telle prise en compte a lieu, l’accès à la langue circulante, celle du travail et de l’ascension sociale, peut dès lors être ouvert aux jeunes qui parlent tout autre chose qu’une langue normée, légitimée. C?est dans ce sens qu?un travail pédagogique important doit être non seulement initié mais véritablement mis en place. Au sein de l’école, les formes non légitimées du langage à l’école doivent être acceptées et il faut pouvoir les reconnaître, les analyser, d’autant plus que certains enfants et adolescents ne dominent bien souvent ni la langue française ni la langue de leurs parents, car l’insécurité sociale environnante vient renforcer leur insécurité linguistique.

46

Les pratiques argotiques contemporaines doivent être resituées dans le temps. En France au cours du XXe siècle les argots de métiers cèdent progressivement la place aux argots sociologiques. Ces deux types d’argots se différencient entre eux par l’importance relative des fonctions qu?ils exercent : pour les argots de métiers les fonctions sont essentiellement cryptiques, voire crypto-ludiques ; les fonctions identitaires, quant à elles, n’occupent qu’une place secondaire. Une inversion des rapports intervient dans le cas des argots sociologiques des cités. Les fonctions identitaires jouent pleinement leur rôle et la revendication langagière de jeunes et de moins jeunes qui  » se situent en marge des valeurs dites légitimes (…) est avant tout l’expression d’une jeunesse confrontée à un ordre socio-économique de plus en plus inégalitaire, notamment en matière d’accès au travail «  [22][22]  Fabienne Melliani, 2000, La langue du quartier. Appropriation…. Les fonctions crypto-ludiques n’occupent plus désormais la première place, ce que récapitule le tableau ci-après.

47

Importances des fonctions linguistiques exercées [23][23]  Cf. aussi à ce sujet J.-P. Goudaillier, 1997, Quelques… Argots de métiers / argots sociologiques contemporains

Tableau 1

48

D’un point de vue sociolinguistique, cette inversion de l’ordre d?importance des fonctions a lieu parallèlement à un phénomène qu’il convient de rappeler : la disparition progressive de toute référence d?appartenance à un groupe pratiquant la langue dite populaire. Lors des dernières décennies du XXe siècle, cette disparition est allée de paire avec l’émergence des classes moyennes au détriment de la classe ouvrière. Contrairement à ce que l’on peut constater aujourd?hui ces mutations ont abouti à une homogénéisation des comportements à la fois sociaux et linguistiques. L’argotier traditionnel se sentait lié au lieu où il vivait, travaillait, par voie de conséquence à la variété dite populaire – non légitimée de ce fait – de la langue française qui y était parlée ; les locuteurs des cités, banlieues et quartiers d’aujourd’hui ne peuvent trouver de refuge linguistique, identitaire que dans leurs propres productions linguistiques, coupées de toute référence à une langue française  » nationale  » qui vaudrait pour l’ensemble du territoire.

49

Compte tenu du caractère éphémère d’un grand nombre de mots, les personnes qui pratiquent le FCC font un usage important des multiples procédés de formation lexicale à leur disposition pour parvenir à un renouvellement constant des mots.

50

Parmi les procédés les plus productifs, que l’on peut relever, existent des procédés sémantiques tels que l’emprunt à diverses langues ou parlers, l’utilisation de mots issus du vieil argot français, le recours à la métaphore et à la métonymie et des procédés formels tels que la déformation de type verlanesque, la troncation avec ou sans resuffixation et le redoublement hypocoristique. Plusieurs de ces procédés peuvent bien entendu être utilisés à la fois pour la formation d?un seul et même mot.

51

Les procédés formels et sémantiques utilisés en FCC ne lui sont pas propres ; il s?agit en fait d’une accumulation – trait caractéristique de toute pratique argotique – de procédés relevés par ailleurs dans la langue française circulante et non de procédés particuliers à cette variété de français.

52

La déstructuration de la langue française circulante apparaît bien au travers des formes linguistiques de type verlanesque et de celles formées par troncation. Comme en argot traditionnel, beaucoup de mots du FCC sont construits par apocope, ce qu’illustrent les exemples ci-après :

53

brelic ( brelica, verlan de calibre  » revolver « ) ;

54

dèk ( dékis, verlan de kisdé  » policier, flic « ) ;

55

djig ( djiga, verlan de gadji  » fille, femme « ) ;

56

lique ( liquide abrév. d?argent liquide) ;

57

painc ( painco, verlan de copain) ;

58

pet ( pétard pour joint  » cigarette de haschisch « ) ;

59

pouc ( poucav  » indicateur de police, balance « ) ;

60

reuf ( reufré, verlan de frère) ;

61

séropo ( séropositif) ;

62

stonb ( stonba, verlan de baston  » bagarre « ) ;

63

tasse ( taspé, verlan de pétasse) ;

64

téç ( téci, verlan de cité) ;

65

teush ( teushi, verlan de shit  » haschisch « ) ;

66

tox ( toxicomane) ;

67

turve ( turvoi, verlan de voiture) ;

68

trom ( tromé, verlan de métro[politain]).

69

Fait nouveau et particulièrement notable : l’aphérèse prend de plus en plus d’importance par rapport à l’apocope ; sur ce point précis, le FCC se différencie très nettement du français circulant, comme le montrent les exemples suivants :

70

blème ( problème) ; caille ( racaille) ; cil ( facile) ;

71

dic ( indic[ateur de police]) dicdic (par redoublement) ;

72

dwich ( sandwich) ; fan ( enfant) fanfan ;

73

gen ( argent) gengen ; gine ( frangine  » sœur « ) ;

74

gol ( mongol) ; leur ( contrôleur) leurleur ;

75

pouiller ( dépouiller  » voler « ) ; tasse ( pétasse )  » fille  » [péjoratif]) ;

76

teur ( inspecteur de police) teurteur ;

77

vail ( travail) ; zic ( musique) ziczic ;

78

zesse ( gonzesse) ; zon ( prison) zonzon.

79

La resuffixation après troncation est un procédé formel typiquement argotique et l’argot traditionnel connaît des resuffixations en -asse (conasse, grognasse, etc.), -os (musicos, crados, etc.), -ard (nullard, conard, etc.), etc. En FCC on peut relever, entre autres, les cas de resuffixations suivants :

80

chichon (resuffixation en -on de chicha, verlan de haschisch)

81

[acic] [cica] (verlan) [cic] (troncation) [cic] (resuffixation) ;

82

bombax (resuffixation en -ax de bombe)  » très belle fille « )

83

[bbe] [bb] (troncation) [bbaks] (resuffixation) ;

84

couillav (resuffixation en -av de couillonner  » tromper quelqu?un « )

85

[kujone] [kuj] (troncation) [kujav] (resuffixation) ;

86

fillasse (resuffixation en -asse de fille)

87

[fije] [fij] (troncation) [[@ ijas](resuffixation) ;

88

pourav (resuffixation en -ave de pourri)

89

[pui] [pu] (troncation) [puav] (resuffixation) ;

90

rabzouille (resuffixation en -ouille de rabza, verlan de les arabes)

91

[abza] [abz] (troncation) [abzuj] (resuffixation) ;

92

reunous (resuffixation en -ous de reunoi, verlan de noir)

93

[nwa] [n] (troncation) [nus] (resuffixation) ;

94

taspèche (resuffixation en -èche de taspé, verlan de pétasse)

95

[taspe] [tasp] (troncation) [taspèc] (resuffixation).

96

Même si le procédé linguistique de verlanisation est très abondamment utilisé en langue des cités, tous les mots ne se prêtent pas à la verlanisation et aucun énoncé n’est construit avec la totalité des mots en verlan. Lorsque l’on transforme un mot monosyllabique en son correspondant verlanisé, le passage d?une structure de type C(C)V(C)C à sa forme verlanisée nécessite un passage obligé par un mot de type dissyllabique avant même que ce mot ne devienne à nouveau du fait d’une troncation (apocope) un monosyllabique, toujours de type C(C)V(C)C ; ainsi à partir des mots :

97

femme, flic, père, faire, nègre, mec, sac, mère,

98

on obtient respectivement :

99

meuf, keuf, reup, reuf, greun, keum, keuss, reum,

100

après être passé par deux mots dissyllabiques (attestés ou non), le premier avant que ne s’opère la verlanisation et le deuxième après verlanisation :

101

*fameu *meufa ; *flikeu *keufli ; *pèreu *reupé ;

102

*frèreu *reufré ; *nègreu *greuné ; mèkeu *keumé ;

103

*sakeu *keusa ; *mèreu *reumé.

104

* Indique que cette forme a pu ou peut être ou non attestée ; par exemple meufa et keufli sont des formes attestées, qui ont progressivement laissé la place à meuf et keuf.

105

Phonétiquement ces tranformations par le procédé du verlan peuvent être récapitulées comme suit :

106

femme [fam] [fam] [mfa] [mœf] meuf ;

107

flic [flik] [flik] [kfli] [kœf] keuf ;

108

père [pè] [pè] [pe] [œp] reup ;

109

frère [fè] [fè] [fE] [œf] reuf ;

110

nègre [nèg] [nèg] [gne] [gœn] greun ;

111

mec [mèk] [mèk] [kme] [kœm] keum ;

112

sac [sak] [sak] [ksa] [œs] keuss ;

113

mère [mè] [mè] [me] [œm] reum.

114

Ce procédé de verlanisation ne fonctionne pas, lorsque la structure syllabique du mot est de type CV, ce qui est par exemple le cas pour des mots tels là, ça, etc. Dans de tels cas on permute entre elles la voyelle et la consonne ; ce verlan de type  » monosyllabique  » ne nécessite pas de passage par une phase dissyllabique et occasionne par conséquent une modification de la structure syllabique du mot qui sert de base et qui est de structure de type CV ; le mot en verlan est, quant à lui, de structure de type VC. La structure syllabique du mot verlanisé est le  » miroir  » (VC) du mot de départ (CV). Variante de ce verlan : lorsque la structure est de type C1C2V, la forme qui est dérivée est de type C2VC1. Suivent quelques exemples de ce verlan de type  » monosyllabique  » :

115

 » ça  » ; ainf  » faim  » ; àl  » là  » ; ap  » pas  » ; auch  » chaud  » ;

116

dèp ( pèd pédéraste) ; eins  » sein  » ; iech  » chier  » ;

117

ienb  » bien  » ; iench  » chien  » ; ienv  » [je, tu] viens, [il] vient  » ; iep  » pied  » ; ieuv  » vieux, vieille  » ; ieuvs  » vieux, parents  » ;

118

og ( wollof go  » fille « ) ; oid  » doigt  » ; oilp  » poil  » à oilp  » à poil  » ; oinj  » joint  » ; onc  » con  » ; ouak  » quoi  » ; ouam  » moi  » ; ouat  » toi  » ; ouc  » coup  » ; ouf  » fou  » ; uc  » cul  » ; uil  » lui  » ; ur  » rue « .

119

Ces exemples peuvent être notés phonétiquement de la manière suivante :

120

[sa] [as] ; [f ï] [ ïf] ; [pa] [ap] ;

121

[co] [ôc] ; [pèd] [dèp] ; [ ïs] [s ï] ;

122

[cje] [jèc] ; [bj ï] [j ïb] ; [cj ï] [j ïc] ;

123

[vj ï] [j ïv] ; [pje] [jèp] ; [vj] [jœv] ;

124

[go] [ôg] ; [dwa] [wad] ; [pwal] [walp] ;

125

[apwal] [awalp] ; [jw ï] [w ïj] ; [k] [k] ;

126

[kwa] [wak] ; [mwa] [wam] ; [twa] [wat] ;

127

[ku] [uk] ; [fu] [uf] ; [l9i] [9il] ; [y] [y].

128

Les transformations de type verlanesque peuvent être opérées de manière intersyllabique et/ou intrasyllabique : lorsque l’on transforme chinois en noichi, il s’agit d’un changement de place des deux syllabes [ci] et [nwa]. Par contre, lorsque l’on forme oinich à partir de chinois, ceci nécessite non seulement le déplacement des syllabes [wa] et [nic] (verlan intersyllabique) mais aussi une interversion des deux consonnes de [cin] pour obtenir [nic] (verlan intrasyllabique). C?est ce même type de modification intrasyllabique qui fournit peuoch à partir de peucho ( verlan de v.a. choper  » attraper « ).

129

Il convient de mentionner, en plus de ces exemples de verlan  » phonétique « , une autre tendance dans le processus de verlanisation. Les cas suivants de verlan  » orthographique  » sont basés sur la graphie des mots et non pas sur leur phonie :

130

à donf  » à fond  » ; ulc  » cul  » ; zen  » nez « 

131

(prononcés respectivement : [adöf] ; [ylk] ; [zèn]).

132

L’utilisation importante du procédé de verlanisation est particulièrement caractéristique des types de pratiques linguistiques rencontrées dans les cités, plus précisément en région parisienne [24][24]   » … le Marseillais, il parle pas verlan, c?est le…. On peut supposer que le verlan est une pratique langagière qui vise à établir une distanciation effective par rapport à la dure réalité du quotidien, ceci dans le but de pouvoir mieux la supporter. Le lien au référent serait plus lâche et la prégnance de celui-ci moins forte, lorsque le signifiant est inversé, verlanisé : parler du togué, de la téci, du tierquar et non pas du ghetto, de la cité, du quartier, où l’on habite, serait un exemple parmi d’autres de cette pratique. Les situations relevées en région parisienne et à Marseille ne sont pas comparables. À Marseille, qui est une ville structurée en quartiers, une osmose peut s’opèrer entre d?une part des parlers liés à l’immigration la plus récente dans diverses parties de cette ville et d’autre part les langues romanes (italien, espagnol, portugais, etc.) des immigrés les plus anciens et ce qui reste des anciens parlers locaux et/ou régionaux (provençal, corse, etc.). Une telle situation liée à l’existence de quartiers populaires à forte concentration de personnes issues de l’immigration (le Panier en plein centre, la Savine au nord, etc.) est caractéristique de Marseille. Elle n?est en aucune manière comparable à ce qui peut se passer dans les grandes conurbations françaises et plus particulièrement dans la région parisienne, où la notion même de banlieues, dans lesquelles vivent des populations  » au ban du lieu  » est une réalité. Ceci n’est pas sans incidence sur les formes linguistiques et divers indices amènent à penser que les pratiques langagières faisant appel au verlan sont d?autant plus fortes qu’une fracture géographique importante existe par rapport aux espaces urbains extérieurs à celui, dans lequel on vit [25][25]  À propos des modes d?appropriation de l’espace, se….

133

Les divers types de formations linguistiques de type verlanesque présentés plus haut tendent à montrer que les variétés langagières relevées dans les cités françaises ont un mode de fonctionnement  » en miroir  » par rapport à ce que l’on constate généralement dans la langue française :

134

— le verlan  » monosyllabique  » permet de créer des mots qui, du point de vue syllabique, sont autant de miroirs (structure de type VC) des mots avant même que ne s’opère la verlanisation (structure de type CV) ;

135

— l’émergence de l’aphérèse au détriment de l’apocope est un autre exemple de ce fonctionnement  » en miroir  » ; la langue française procède en règle générale par apocope pour abréger les mots, ce qui est de moins en moins le cas pour le français contemporain des cités.

136

D’autres faits, qui n’ont pas été présentés ici même, viennent conforter l’hypothèse de ce fonctionnement  » en miroir  » :

137

— les mots verlanisés, surtout ceux qui sont formés par verlanisation avec phase dissyllabique (procédé le plus fréquent, qui est d?ailleurs employé pour la reverlanisation), ne présentent dans la majeure partie des cas qu?un seul timbre de voyelle, à savoir [œ]. Une neutralisation de l’ensemble des timbres vocaliques au bénéfice de cette voyelle [œ] s’opère dans de tels cas. Ceci ne correspond nullement aux règles habituelles du fonctionnement phonologique du français et met en valeur plutôt les schèmes consonantiques, de toute évidence au détriment des voyelles ;

138

— d’un point de vue accentuel, on note de plus en plus fréquemment un déplacement systématique de l’accent vers la première syllabe, ce qui ne correspond évidemment pas aux règles accentuelles communément utilisées en français.

139

L’identité linguistique affirmée (  » le français, c?est une langue, c’est pas la mienne « ,  » l’arabe c’est ma langue « ,  » l’espagnol c’est ma langue mais c’est pas ce que je parle  » ), elle-même corrélée de manière très forte à l’identité ethnique, va pouvoir être exprimée par les locuteurs qui pratiquent le FCC grâce à l’utilisation de termes empruntés aux langues de leur culture d?origine. Ceci peut s’opérer non seulement de manière intercommunautaire (étrangers et personnes issues de l’immigration / Français de souche ; Maghrébins/Africains/Antillais/Asiatiques, etc. ; strates d?immigration plus anciennes / nouveaux arrivants) mais aussi par rapport à l’extérieur de la cité, du quartier où l’on réside. On note ce type de comportements plus particulièrement chez les jeunes issus de l’immigration, qui tiennent à se distinguer de ceux qui ont un mode de socialisation lié au travail, alors qu’eux-mêmes se sentent exclus du monde du travail et marginalisés [26][26]  J.-P. Goudaillier, 1998, La langue des cités françaises…. Pour les jeunes issus de l’immigration  » la langue d?origine acquiert une valeur symbolique indéniable… cette représentation lignagière de la langue d’origine ne va pas obligatoirement de pair avec un usage intensif de cette langue ni même sa connaissance  » ainsi que le précisent Louise Dabène et Jacqueline Billiez [27][27]  Louise Dabène et Jacqueline Billiez, 1987, Le parler…, qui rappellent par ailleurs que les jeunes d »origine étrangère  » sont encore plus défavorisés que les jeunes de souche française, appartenant à la même couche sociale… Le déroulement de leur scolarité est marqué par l’échec scolaire… Ces jeunes en situation d’échec se retrouvent à l’adolescence massivement au chômage et sont confrontés à une véritable crise d’identité «  [28][28]  Louise Dabène et Jacqueline Billiez, 1987, Le parler….

140

Pour laisser leur marque identitaire dans la langue, les locuteurs des cités et quartiers vont utiliser des mots d’origine arabe (parlers maghrébins essentiellement) ou d’origine berbère, tels

141

ahchouma  » honte  » ( arabe hacma  » honte « ) ; arhnouch  » policier  » ( arabe hnaec  » serpent, policier « ) ; casbah  » maison  » ( arabe qasba ; maison) ; choune  » sexe féminin  » ( berbère haetcun / htun  » sexe féminin « ) ; haram  » péché  » ( arabe hraem  » péché « ) ; heps  » prison  » ( arabe haebs  » prison « ) ; hralouf  » porc  » ( arabe hluf  » porc « ) ; kif  » mélange de canabis et de tabac  » ; maboul  » fou, idiot  » ( arabe mahbûl  » fou « ) ; mesquin  » pauvre type, idiot  » ( arabe miskin  » pauvre « ) ; msrot  » fou, dingue  » ; roloto  » quelqu?un de nul  » ; roumi  » Français de souche  » ( arabe rumi  » homme européen « ) ; shitan  » diable  » ( arabe cetan ou citan  » diable « ) ; toubab  » Français de souche  » ( arabe tebib  » savant  » / arabe maghrébin algérien tbîb  » sorcier « ) ; zetla [29][29]  Il s?agit de la forme phonétique relevée, entre autres,…  » haschisch « .

142

Des mots d’origine tzigane tels :

143

bédo  » cigarette de haschisch  » ; bicrav  » vendre en participant à des actions illicites  » ; bouillav  » posséder sexuellement ; tromper quelqu?un  » ; chafrav  » travailler  » ; choucard  » bien, bon  » ; chourav  » voler  » ; craillav  » manger  » ; gadji  » fille, femme  » ; gadjo  » gars, homme  » ; gavali  » fille, femme  » ; marav  » battre, tuer  » ; minch  » petite amie  » ; racli  » fille, femme  » ; raclo  » gars, homme  » ; rodav  » regarder, repérer  » ; schmitt  » policier «  [30][30]  Les mots bédo, chafrav, choucard, chourav, gadjo,….

144

Voire des faux mots tziganes (les six verbes suivants, malgré leur terminaison verbale en -av(e) caractéristique des verbes d’origine tzigane, sont en fait des constructions ad hoc liées aux pratiques linguistiques des locuteurs de FCC et doivent être considérés comme des faux mots tziganes) :

145

bédav  » fumer  » ; carnav  » arnaquer  » ; couillav  » tromper quelqu?un  » ; graillav  » manger  » ; pourav  » puer  » ; tirav  » voler à la tire « .

146

Des mots d?origine africaine tels :

147

go  » fille, femme  » ; gorette  » fille, jeune femme  » (du wolof go:r  » homme « ).

148

Des mots d’origine antillaise tels :

149

maconmé  » homosexuel  » (français ma commère) ; timal  » homme, gars  » (français petit mâle).

150

Et des mots issus du vieil argot français tels :

151

artiche(s)  » argent  » ; baston  » bagarre  » ; bastos  » balle [arme à feu]  » ; biffeton  » billet  » ; blase  » nom  » ; caisse  » voiture  » ; calibre  » arme ([de poing]  » ; condé  » policier  » ; fafiot  » billet  » ; flag  » flagrant délit  » ; mastoc  » costaud, fort  » ; poudre (+ verlan dreupou)  » héro ïne, coca ïne  » ; serrer  » attraper, arrêter quelqu?un  » ; taf  » travail  » ; taule  » maison  » ; tune  » argent  » ; daron  » père  » ; taupe  » fille, femme  » ; tireur (+ verlan reurti)  » voleur à la tire « .

152

Compte tenu de l’importance sans cesse croissante de la part que représente en français l’ensemble des productions linguistiques élaborées en FCC, il importe que soient développées, dans une perspective de sociolinguistique urbaine, des études qui utilisent une approche argotologique. Il peut être ainsi rendu compte de pratiques langagières, qui nécessitent la mise en œuvre de divers procédés linguistiques permettant l’expression de fonctions essentiellement identitaires, tels que ceux-ci peuvent être mis au jour dans des groupes de locuteurs identifiés par ailleurs d?un point de vue sociologique. Le Centre de recherches argotologiques (CARGO) [31][31]  Directeur : Jean-Pierre Gouudaillier. de l’Université René-Descartes – Paris 5, produit des travaux de recherche qui s’inscrivent dans ce schéma et analysent non seulement les productions mais aussi les attitudes, les représentations des locuteurs pratiquant à des degrés divers le FCC [32][32]  On pourra se reporter, entre autres, à Alma Sokolija-Brouillard,…. L?époque qui voit l’argot perdre son individualité par rapport à la langue  » populaire  » en donnant ses épices à celle-ci, qui l’influence en retour, est révolue [33][33]   » … argot et langue populaire ont dû, à la fin du…. Les deux dernières décennies du siècle passé ont été celles de l’effondrement des formes  » traditionnelles  » du français dit populaire et de l’émergence d?un ensemble de parlers identitaires tout d?abord périurbains avant de devenir urbains. La situation actuelle, celle du français contemporain des cités (FCC) ou argot des banlieues, est bel et bien différente : les éléments linguistiques qui constituent ce type de français, essentiellement lexicaux mais appartenant aussi à d’autres niveaux tels que la phonologie, la morphologie et la syntaxe, sont le réservoir principal des formes linguistiques du français du XXIe siècle qui se construit à partir de formes argotiques, identitaires. Il convient par conséquent de rendre compte de cette situation par une analyse sociolinguistique des pratiques langagières et des procédés linguistiques qui les sous-tendent pour mieux apprécier les phénomènes d’ordre synchronique dynamique qui existent en français contemporain.

 

Notes

[1]

Cette contre-légitimité linguistique ne peut s?affirmer, conformément à ce qu’indique Pierre Bourdieu, que  » dans les limites des marchés francs, c’est-à-dire dans des espaces propres aux classes dominées, repères ou refuges des exclus dont les dominants sont de fait exclus, au moins symboliquement  » (P. Bourdieu, 1983, Vous avez dit  » populaire « , Actes de la recherche en sciences sociales, Paris, Minuit, no 46, p. 98-105, p. 103).

[2]

Comme le rappelle Françoise Gadet,  » La notion de français populaire est plus interprétative que descriptive : la qualification de « populaire » nous apprend davantage sur l’attitude envers un phénomène que sur le phénomène lui-même « , Le français populaire, 1992, Paris, PUF,  » Que sais-je ? « , no 1172, p. 122.

[3]

On pourra se reporter, entre autres, à Denise François-Geiger et J.-P. Goudaillier, 1991, Parlures argotiques, Langue française, Paris, Larousse, no 90, 125 p.

[4]

Cf. ici-même l’article d’Estelle Liogier à propos de la description du français parlé par les jeunes de cités, plus particulièrement le paragraphe intitulé  » Un mélange de codes « .

[5]

D’autres exemples sont présentés dans J.-P. Goudaillier, 2001, Comment tu tchatches ! Dictionnaire du français contemporain des cités, Paris, Maisonneuve & Larose (1re éd., 1997), 305 p.

[6]

Pour Pierre Guiraud (Argot, Encyclopedia Universalis, p. 934)  » … les parlers populaires des grandes villes… se muent en argots modernes soumis aux changements accélérés par la société « .

[7]

Pour P. Bourdieu  » … ce qui s’exprime avec l’habitus linguistique, c’est tout l’habitus de classe dont il est une dimension, c’est-à-dire, en fait, la position occupée, synchroniquement et diachroniquement, dans la structure sociale  » (P. Bourdieu, 1984, Ce que parler veut dire. L’économie des échanges linguistiques, Paris, Fayard, 1re éd., 1982, p. 85).

[8]

 » … l’argot assume souvent une fonction expressive ; il est le signe d’une révolte, un refus et une dérision de l’ordre établi incarné par l’homme que la société traque et censure. Non plus la simple peinture d’un milieu exotique et pittoresque, mais le mode d’expression d’une sensibilité  » (P. Guiraud, Argot, Encyclopedia Universalis, p. 934).

[9]

Voir à ce sujet Christian Bachman et Luc Basier, 1984, Le verlan : argot d’école ou langue des keums, Mots, no 8, p. 169-185.

[10]

Geneviève Vermes et Josiane Boutet (sous la dir. de), 1987, France, pays multilingue, Paris, L?Harmattan, coll.  » Logiques sociales « , t. I : Les langues en France, un enjeu historique et social, 204 p. et t. II : Pratiques des langues en France, 209 p.

[11]

Jean-Michel Décugis et Aziz Zemouri, 1995, Paroles de banlieues, Paris, Plon, 231 p.

[12]

Cf. Jacqueline Billiez, 1990, Le parler véhiculaire interethnique de groupes d’adolescents en milieu urbain, Actes du Colloque  » Des langues et des villes «  (Dakar, 15-17 décembre 1990, p. 117-126).

[13]

Pour les notions de marqueurs, de stéréotypes (et d?indicateurs) en sociolinguistique, on se reportera, entre autres, à William Labov, 1976, Sociolinguistique, Paris, Minuit.

[14]

Voir aussi David Lepoutre, 1997, Cœur de banlieue. Codes, rites et langages, Paris, Éditions Odile Jacob, 362 p.

[15]

J.-P. Goudaillier, 1996, Les mots de la fracture linguistique, La Revue des Deux-Mondes, mars 1996, p. 115-123.

[16]

Il s?agit d’établir, ainsi que le rappelle Louis-Jean Calvet  » si les langues des banlieues ne constituent que de la variation (…) ou si, au contraire, la cassure sociale est telle qu’elle produit sous nos yeux une cassure linguistique  » (Louis-Jean Calvet, 1997, Le langage des banlieues : une forme identitaire, Colloque Touche pas à ma langue ! [ ?] / Les langages des banlieues (Marseille, IUFM, 26-28 septembre 1996), Skholê (Cahiers de la recherche et du développement, IUFM de l’Académie d?Aix-Marseille, numéro hors série, p. 151-158, p. 157).

[17]

Pour ce qui est des cas de déplacements en intercation, cf. Caroline Juillard, 2001, Une ou deux langues ? Des positions et des faits, La Linguistique, Paris, PUF, vol. 37, fasc. 2, p. 3-31, p. 10-11 et s.

[18]

 » On en a marre de parler français normal comme les riches, les petits bourges… parce que c’est la banlieue ici  » (Élève d’origine maghrébine du Groupe scolaire Jean-Jaurès de Pantin dans un reportage diffusé lors du journal télévisé de 20 heures sur TF1 le 14 février 1996).

[19]

Denise François-Geiger, 1988, Les paradoxes des argots, Actes du Colloque  » Culture et pauvretés « , Tourette (L’Arbresle), 13-15 décembre 1985, édités par Antoine Lion et Pedro de Meca, La Documentation française, p. 17-24.

[20]

Gérard Chauveau et Lucile Duro-Courdesses (sous la dir. de), 1989, Écoles et quartiers ; des dynamiques éducatives locales, Paris, L?Harmattan, coll.  » Cresas « , no 8, p. 183.

[21]

Boris Seguin et Frédéric Teillard, 1996, Les céfrans parlent aux Français. Chronique de la langue des cités, Paris, Calmann-Lévy, 230 p.

[22]

Fabienne Melliani, 2000, La langue du quartier. Appropriation de l’espace et identités urbaines chez des jeunes issus de l’immigration maghrébine en banlieue rouennaise, Paris, L?Harmattan, coll.  » Espaces discursifs « , 220 p., p. 50. Ceci  » nécessite cependant des locuteurs qu’ils se situent sur un autre marché, plus restreint, que celui sur lequel évolue la variété légitime  » (p. 50).

[23]

Cf. aussi à ce sujet J.-P. Goudaillier, 1997, Quelques procédés de formation lexicale de la langue des banlieues (verlan monosyllabique, aphérèse, resuffixation), Colloque Touche pas à ma langue ! [ ?] / Les langages des banlieues, Marseille, IUFM, 26-28 septembre 1996, Skholê (Cahiers de la recherche et du développement, IUFM de l’Académie d?Aix-Marseille), numéro hors série, p. 75-86, p. 78. Divers cas d’alternances et de ruptures linguistiques en interaction sont analysés par Fabienne Melliani. De tels cas sont à différencier de ceux présentés par Caroline Juillard, cf. n. 17.

[24]

 » … le Marseillais, il parle pas verlan, c’est le Parisien qui parle verlan… Le Marseillais, il emprunte des mots dans certaines langues…  » (Ali Ibrahima du Groupe B-Vice, Émission La Grande Famille, Canal+, 24 janvier 1996 à propos de la langue de La Savine, quartier situé au nord de Marseille).

[25]

À propos des modes d?appropriation de l’espace, se reporter, entre autres, à D. Lepoutre, Cœur de banlieue…, chap. 1 et plus précisément p. 57-63. D. Lepoutre indique par ailleurs que  » les meilleurs locuteurs de verlan sont généralement les adolescents les plus intégrés au groupe des pairs et à sa culture  » (p. 122).

[26]

J.-P. Goudaillier, 1998, La langue des cités françaises comme facteur d?intégration ou de non-intégration, Rapport de la Commission nationale  » Culture, facteur d?intégration  » de la Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture, Paris, Conseil économique et social, 16 février 1996, in  » Culture et intégration : expériences et mode d?emploi « , Voiron, Éditions de  » La lettre du cadre territorial « , février 1998, p. 3-14.

[27]

Louise Dabène et Jacqueline Billiez, 1987, Le parler des jeunes issus de l’immigration, France, pays multilingue (sous la dir. de Geneviève Vermes et Josiane Boutet), Paris, L?Harmattan, t. II, p. 62-77, p. 65.

[28]

Louise Dabène et Jacqueline Billiez, 1987, Le parler des jeunes…, p. 63-64.

[29]

Il s?agit de la forme phonétique relevée, entre autres, à Tunis pour désigner la SEITA (Société des tabacs français) pendant la période de la colonisation française. Ce terme a successivement désigné le tabac à priser, le tabac à chiquer, avant même de désigner la cigarette de haschisch puis le haschisch lui-même.

[30]

Les mots bédo, chafrav, choucard, chourav, gadjo, gadji et gavali existent déjà en argot traditionnel.

[31]

Directeur : Jean-Pierre Gouudaillier.

[32]

On pourra se reporter, entre autres, à Alma Sokolija-Brouillard, 2001, Comparaison des argots de la région de Sarajevo et de la région parisienne, Thèse de doctorat de linguistique (sous la dir. de J.-P. Goudaillier), Université René-Descartes – Paris 5, 2 vol., 598 p. + annexe et plus particulièrement p. 58 et s., 160 et s.

[33]

 » … argot et langue populaire ont dû, à la fin du XIXe siècle et au début de ce siècle avoir des affinités qui ont peut-être disparu ou se sont atténuées aujourd?hui. Cela tient sans nul doute à un nivellement des couches sociales qui entraîne un relatif nivellement langagier  » (Denise François-Geiger, 1991, Panorama des argots contemporains, Parlures argotiques, Langue française, Paris, Larousse, no 90, p. 5-9, p. 6).

 

 

Publicités

Affaire Fillon: On l’a bien niqué (As corruption allegations spread to another member of Macron’s team, shady suit donor and Sarkozy close friend confirms how he delivered the final blow to Fillon with the help of the media)

28 juin, 2017
https://s1-ssl.dmcdn.net/MmRw/320x240-cbP.jpgAu fond, je n’ai jamais cru en Fillon. (…) C’est Sarko que j’aime. C’est un bandit mais je l’aime. Il est comme moi : un affectif, un métèque. D’ailleurs, je ne l’ai jamais trahi, je lui racontais tout de mes discussions avec Fillon. (…) J’ai appuyé sur la gâchette. (…) À la fin, il m’a dit “T’as vu Robert : On l’a bien niqué.”  Robert Bourgi
Ce n’est qu’au prix de beaucoup d’hypocrisie que l’on se voile la face sur la collusion entre certains juges et les médias. Les premiers livrent aux seconds des informations couvertes par le secret professionnel, ils reçoivent en contrepartie un soutien tactique de leur action par une promotion médiatique compréhensive de leur démarche. Il ne s’agit rien de moins que d’une instrumentalisation réciproque avec les dangers que cela comporte, chacun pouvant finalement être dupe de l’autre, et le citoyen des deux. Jean-Claude Magendie
L’habit ne fait pas le moine. Que @francoisfillon soit transparent sur ses frais, ses collaborateurs et Force Républicaine ! Rachida Dati (09.07.2014)
Si Fillon donne sa circo à NKM, ce sera la guerre, et, faites gaffe, j’ai des munitions, je vais lui pourrir sa campagne. Rachida Dati (18.01.2017)
Ceux qui ne respectent pas les lois de la République ne devraient pas pouvoir se présenter devant les électeurs. Il ne sert à rien de parler d’autorité quand on n’est pas soi-même irréprochable. Qui imagine le général de Gaulle mis en examen ? François Fillon (28.08.2016)
De nous, les Français attendent transparence et intégrité : pour rétablir ordre et confiance, l’exemple doit venir d’en haut. François Fillon (18.09.2016)
Lorsque j’ai été élue au Parlement européen en 2009, le MoDem avait exigé de moi qu’un de mes assistants parlementaires travaille au siège parisien. J’ai refusé en indiquant que cela me paraissait d’une part contraire aux règles européennes, et d’autre part illégal. Le MoDem n’a pas osé insister mais mes collègues ont été contraints de satisfaire à cette exigence. Corinne Lepage (2004)
Est-il normal qu’un parlementaire embauche un membre de sa famille ? C’est parfaitement légal en France, parfaitement illégal au niveau européen et c’est du reste la raison pour laquelle Marine Le Pen a rencontré des difficultés pour l’emploi de son compagnon Monsieur Alliot. C’est légal, est-ce éthique ? Le sujet dépasse bien évidemment François Fillon puisqu’il concernerait le cinquième des membres du Parlement. Pour autant, il semble bien que les Français n’acceptent plus cette forme de népotisme. Mais il est évident que François Fillon n’est pas dans un cas particulier même s’il était quelque peu choquant de l’entendre dire que le parlementaire faisait ce qu’il voulait de l’enveloppe qui lui était remise dans la mesure où il s’agit quand même de fonds publics. Il n’est probablement pas contestable que Pénélope Fillon ait soutenu son mari dans sa carrière politique. Pour autant, était-ce un travail d’attaché parlementaire et ce travail a-t-il été différent lorsque elle était rémunérée et lorsqu’elle ne l’était pas. Deux autres questions se posent : quel type de travail a-t-il été fait durant la période où Madame Fillon a été employée par le suppléant de son mari ; quel a été le travail fait pour la revue des deux mondes en dehors des deux notes de lecture dont il a été fait état. C’est à toutes ces questions qu’il faudra répondre très rapidement pour évacuer ou non la question juridique. Il n’en reste pas moins que les affirmations de Madame Fillon elle-même, les contradictions entre les déclarations de François Fillon et celles de ses soutiens dont Bernard Accoyer sur la présence de Madame Fillon au Parlement, les pressions qui auraient été exercées sur Christine Kelly qui doit être entendue aujourd’hui par les enquêteurs laissent une impression désagréable. Au-delà, c’est tout un mode de fonctionnement du monde politique qui est interpellé. Corinne Lepage (27.01.2017)
Je vois les incroyables conséquences de toutes ces affaires. La première, c’est que, évidemment, lorsque vous vous présentez avec un programme très dur devant les gens, en leur demandant des sacrifices et des efforts et qu’il se découvre que pour vous-même, vous n’avez pas les mêmes règles, les mêmes disciplines ou les mêmes exigences, ça rend extrêmement difficile ce programme. Ça, c’est la première chose. (…) Et puis, deuxième chose, il y a une idée que je combattrai sans cesse avec indignation, cette idée qu’on essaie de faire passer, c’est que tout le monde fait la même chose. Et je veux dire que ce n’est pas vrai ! Je veux dire qu’il y a en France des élus qui respectent les règles, des gens qui trouvent normal d’avoir la discipline élémentaire d’être simplement dans une démarche de bonne foi, et je trouve scandaleux et même infâme qu’on essaie de faire croire que tout le monde ferait la même chose. François Bayrou (26.02.2017)
J’ai accompagné François Fillon au Trocadéro car je pensais qu’il abandonnait. François Baroin
François pensait que c’était un bon moyen d’accompagner Fillon vers la sortie. Il estimait que plus on taperait sur Fillon, plus on le braquerait, c’est pour ça qu’il était là au Trocadéro ! Proche de François Baroin
En dépit d’une présentation arrangée et orientée à dessein, il n’est fait état de strictement aucune forme d’illégalité dans cet article. Par conséquent, il n’y a rien à commenter. Seule la loi doit primer, l’État de droit, rien que l’État de droit, pas un pseudo ordre moral. Proche de Richard Ferrand
Muriel Penicaud n’a pas contesté l’irrégularité (…) Maintenant il y a une enquête. Cette enquête doit permettre d’y voir clair. Je vous invite à attendre les résultats de l’enquête avant de montrer du doigt tel ou tel qui serait en responsabilité.  Et je vous invite même à ne pas chercher à affaiblir tel ou tel (…) parce que vous avez raison, nous sommes dans un moment important pour la ministre du Travail. Christophe Castaner (porte-parole du gouvernement Philippe)
Garrido et Corbière vivent-ils indûment dans un HLM ? Les accusations portées à l’encontre du couple sont inexactes mais la défense de Raquel Garrido l’est également. Car de fait, ils vivent bien dans un HLM, depuis peu, même si ce n’était pas le cas au départ. (…) Le nouvel appartement, dans l’extrême est parisien, est un F4 d’un peu plus de 80 mètres carrés dans lequel le couple vit désormais avec trois enfants. Lors de l’emménagement en 2003, l’appartement est un logement «à loyer libre». Au début des années 2000, le parc immobilier des bailleurs sociaux parisiens compte environ 50 000 de ces logements particuliers. Pour y entrer, aucun plafond de ressource, ni de plafonnement des loyers similaire aux seuils en vigueur pour les HLM. Du coup, ces appartements sont en dessous des prix du marché, mais au-dessus des loyers HLM. Actuellement, le couple paye 1 230 euros (955 hors charges) pour 84 mètres carrés. En décembre 2007, Jean-Paul Bolufer, le directeur de cabinet de Christine Boutin (alors ministre du Logement), est épinglé pour son appartement, dans le Ve arrondissement de Paris, de 190 mètres carrés pour 1 200 euros par mois, soit à peine 6,30 euros du mètre carré. Il s’agit évidemment… d’un logement à loyer libre, loué par la même RIVP. Plusieurs élus sont dans la même situation. La municipalité socialiste de Paris demande alors aux ministres et parlementaires concernés de rendre leurs logements sociaux et annonce sa volonté de «reconventionner» ces logements, c’est-à-dire de les reverser au parc HLM. L’objectif : «créer» du logement social à moindres frais et «moraliser» le parc social. Ce que Raquel Garrido ne précise pas, c’est que l’immeuble où se situe l’appartement du couple fait partie de ceux qui ont été reconventionnés, nous indique une source de la RIVP. Plus précisément, le logement est depuis 2016 un prêt locatif à usage social (PLUS), le plus commun des HLM. Il s’agit de la catégorie intermédiaire, entre les PLAI (prêt locatif aidé d’intégration), correspondant aux logements dits «très sociaux», et les PLS (prêt locatif social), sorte de HLM «de luxe». (…) Ce qui signifie que si le couple de porte-parole n’a pas intégré de logement social en 2003, il vit bien dans un HLM depuis environ un an, contrairement à ce qu’a affirmé Raquel Garrido. (…) le couple jouit aujourd’hui d’un loyer très en deçà des prix du marché, sans pour autant que leur situation n’apparaisse choquante à la RIVP. Celle-ci a en effet la possibilité de faire jouer l’article 17-2 de la loi du 6 juillet 1989 pour augmenter un loyer, si celui-ci est manifestement sous-estimé au regard des prix du marché. C’est l’extrêmité à laquelle la régie est arrivée concernant Jean-Pierre Chevènement : alors sénateur, il occupait un de leurs logements sociaux, un «bel appartement de 120 mètres carrés dans le quartier du Panthéon, pour 1 519 euros mensuels, un loyer qui s’élèverait dans le privé à 3 500 euros», comme nous l’écrivions en 2011. Compte tenu de son patrimoine immobilier par ailleurs important, la RIVP avait fait jouer l’article 17-2 et révisé son loyer à la hausse. Le fait que Garrido et Corbière ne soient pas visés par une telle démarche de la RIVP montre donc que leur situation, pour être avantageuse, n’est en rien comparable à celle de l’ancien maire de Belfort. Libération
C’est compliqué de trouver en deux semaines, mais oui, je vais habiter dans ma circonscription. Est-ce que ça aura lieu dans trois, quatre ou cinq mois, je ne peux pas vous dire. Je ne sais pas si ce sera à Bagnolet ou à Montreuil, je ne sais pas si je vais acheter ou louer, et je je dois aussi négocier avec mes trois enfants… Mais je tiendrai parole. Alexis Corbière
Ce fut une très fructueuse opération pour chacun, une sorte de hold-up républicain dont le gras butin permit de rétribuer généreusement chacun des complices. (…) Ensuite, il ne faut pas perdre de vue que la majorité macronienne, hors abstention, votes blancs et nuls, suffrages d’opposition et désormais votes modémistes est en réalité très faible dans le pays. Le soufflé En marche ne s’est pas pour le moment transformé en meringue solide et ce n’est pas la relation ambiguë qu’entretiennent Macron et son Premier ministre, Philippe, qui facilitera ce travail de densification. (…) Le divorce Macron-Bayrou n’est donc pas la fin d’un marché de dupes mais la manifestation d’une rapide clarification. Le problème est qu’on ne sait pas ce qu’elle clarifie vraiment, le macronisme étant l’expression d’un pouvoir personnel purement opportuniste, prêt à s’adapter sans souci de formes à toutes les circonstances, s’appuyant sur des élus ayant tous trahi leurs formations d’origine. Quand la réalité est volatile, l’extrême souplesse est un atout qui peut tourner à la confusion. Dans cette sarabande, Bayrou, désormais à nouveau dans l’opposition, va pouvoir retrouver son goût inné pour cette dernière. Ivan Rioufol
L’affaire Richard Ferrand, sortie par Le Canard Enchaîné dans son édition du 24 mai, aurait pu être révélée par l’AFP. Des journalistes de l’Agence étaient en effet en possession des informations, mais la rédaction en chef France n’a pas jugé le sujet digne d’intérêt. Qu’un possible scoop sur une affaire politico-financière impliquant le numéro deux du nouveau parti au pouvoir ne soit pas jugé intéressant, voilà qui est troublant. Surtout après les affaires Fillon et Le Roux qui ont émaillé la campagne présidentielle, et alors que le nouveau président Emmanuel Macron affirme vouloir moraliser la vie politique. Généralement, un média met les bouchées doubles pour enquêter sur ce type d’informations quand elles se présentent. Pas à l’AFP, où les courriels de journalistes adressés à la rédaction-en-chef France soit sont restés sans réponse, soit ont reçu une réponse peu encourageante. Faute d’avoir pu donner l’affaire Ferrand en premier, ces mêmes journalistes de l’AFP ont eu la possibilité de sortir un nouveau scoop deux jours après l’article du Canard : le témoignage exclusif de l’avocat qui était au coeur de la vente de l’immeuble litigieux des Mutuelles de Bretagne en 2010-11. Mais avant même qu’une dépêche ait été écrite, la rédaction en chef France a refusé le sujet. C’était pourtant la première fois qu’une source impliquée dans le dossier confirmait les informations du Canard et pointait la possibilité d’une infraction pénale de M. Ferrand. L’AFP se contentera, quelques jours plus tard, de mentionner d’une phrase le témoignage de l’avocat interviewé par Le Parisien. Ce même témoignage qui conduira à l’ouverture d’une enquête par le parquet de Brest…. Ce n’est pas tout : avant l’affaire Ferrand, le 17 mai, juste après la nomination du nouveau gouvernement, une dépêche annonce que François Bayrou, nouveau garde des Sceaux, devra lui-même faire face à des juges, dès le 19 mai, après son renvoi en correctionnelle pour diffamation. Mais la dépêche n’a pas été diffusée, la rédaction en chef France trouvant son intérêt « trop limité ». Deux jours plus tard, l’info sera en bonne place dans les médias nationaux. L’AFP décidera alors de la reprendre ! Interrogée jeudi par les syndicats lors de la réunion mensuelle des délégués du personnel, la direction de l’information de l’AFP s’est montrée incapable de justifier de manière argumentée les choix de sa rédaction en chef. Tout cela fait beaucoup d’infos sensibles étouffées en quelques jours. Pour ceux qui ont travaillé sur le dossier, il y a de quoi être écoeuré et découragé. L’Agence France Presse, l’une des trois grandes agences d’informations mondiales, dont le statut rappelle l’indépendance, a-t-elle peur de diffuser des informations sensibles quand celles-ci risquent de nuire au nouveau pouvoir politique élu ? Le SNJ-CGT appelle la direction et la rédaction en chef de l’AFP à s’expliquer sur le traitement incompréhensible de l’affaire Ferrand. SNJ-CGT AFP
Richard Ferrand est à nouveau visé par des révélations du Canard enchaîné. Contrairement à ce qu’il affirmait quand François Fillon était sous le feu des critiques, le député et nouveau patron de la République en marche à l’Assemblée nationale estime qu’il ne doit pas subir le tempo du tribunal médiatique… Il n’envisage donc aucune démission. L’hebdomadaire satirique évoque pourtant cette semaine les faveurs accordées par l’ancien socialiste à sa compagne, Sandrine Doucen. En 2000, elle est embauchée aux Mutuelles de Bretagne, dont il est alors le patron. Elle devient, à 25 ans et encore étudiante en droit, directrice du personnel. Elle complète aussi ses revenus par un “petit job” au château de Trévarez, un domaine qui appartient au département du Finistère. Il est géré par un comité d’animation, lui-même présidé par le conseiller général… Ferrand. En 2004, elle quitte son emploi aux mutuelles de Bretagne, ayant terminé ses études pour devenir avocat. Elle a, pendant ce laps de temps, touché 80 000 euros. “Financée par les mutualistes et les contribuables locaux”… Valeurs actuelles
Je n’ai pas énoncé que la destitution de Bachar al-Assad était un préalable à tout. Car personne ne m’a présenté son successeur légitime ! Mes lignes sont claires. Un : la lutte absolue contre tous les groupes terroristes. Ce sont eux, nos ennemis. […] Nous avons besoin de la coopération de tous pour les éradiquer, en particulier de la Russie. Deux : la stabilité de la Syrie, car je ne veux pas d’un État failli. L’utilisation d’armes chimiques donnera lieu à des répliques, y compris de la France seule. Emmanuel Macron
Un jour, je parlerai, mais c’est trop tôt. J’ai envie de savoir d’où c’est venu et comment ça s’est passé. François Fillon
François Fillon (…) reste taraudé par cette unique question : qui a déclenché, voire orchestré les affaires qui ont ruiné son image, puis ses chances? Pour lui, c’est certain, quelqu’un « a guidé la main » de ses accusateurs… Dans sa tête tournent et retournent trois hypothèses : « Le pouvoir ; quelqu’un de mon camp ; un autre personnage extérieur à la politique [dont il ne veut pas dire le nom]. (…) Tout a commencé par un tête à tête dans un restaurant parisien. François Fillon et Anne Méaux, dirigeante de l’agence de communication Image 7, dînent au calme pour préparer la primaire. Anne Méaux, qui s’apprête à superviser la com de la campagne, dit avoir « posé la question franchement » : « François, est-ce qu’il y a des choses que je dois savoir? » L’interrogation est abrupte, bien dans le style de cette femme d’affaires coriace et avisée, experte en gestion de crise, toujours l’air mal réveillé et le portable jamais très loin de l’oreille, dont la réputation est de parler cash à ses clients, les grands patrons comme les politiques. Ce qu’elle demande ce soir-là, c’est si François Fillon a des casseroles. Comme un dernier check avant le décollage. Elle n’a pas oublié la réponse : « Sans la moindre hésitation, il m’a dit : ‘Non Anne, il n’y a rien.’ » Avec le recul de la défaite et l’avalanche des révélations qui ont piégé son champion, Anne Méaux reste persuadée qu’il était sincère : « Fillon est quelqu’un d’honnête. » (…) « François a voulu gagner du temps, il misait sur le fait que l’affaire n’allait pas prendre », raconte un membre de l’équipe, persuadé qu’il aurait fallu au contraire s’excuser au plus vite, voire promettre de rembourser pour tenter de tuer l’affaire dans l’œuf… Anne Méaux, en déplacement, assure n’avoir appris les accusations contre Penelope Fillon que ce soir-là. De retour le lendemain, elle va s’investir à fond dans la gestion de crise de la campagne. (…) Elle assure avoir été interloquée en entendant le candidat promettre qu’il renoncerait en cas de mise en examen. « C’était une improvisation totale, dit-elle. En sortant, je lui demandé pourquoi il avait dit cela. Il m’a simplement répondu : ‘Mais Anne, parce que je ne serai jamais mis en examen.’ » À sa décharge, la plupart des avocats discrètement consultés pronostiquaient alors que Fillon était à l’abri de toute poursuite… Au QG aussi, dans le bureau du directeur de campagne, le staff est stupéfait. Seul Stefanini, devant sa télé, trouve l’improvisation géniale. « Plus personne n’osera le mettre en examen maintenant! » prédit-il à chaud. Mais le « Penelopegate » est désormais un feuilleton judiciaire. « C’est vite devenu une campagne impossible », se souvient Thierry Solère. Les sondages plongent. À chaque déplacement, le candidat est attendu par des militants de gauche armés de casseroles. « J’ai vu François avoir peur physiquement », raconte un élu. « On a multiplié des visites sécurisées, se rappelle un membre de l’équipe. En février, l’agenda s’est vidé. » Au fil des semaines, les avocats du couple Fillon, Antonin Lévy et Pierre Cornut-Gentille, comprennent que l’affaire ne sera pas classée. Le 17 février dans Le Figaro, le candidat martèle qu’il ira « jusqu’à la victoire » quoi qu’il arrive, signe qu’il n’exclut plus une mise en examen. Plus qu’un revirement, une volte-face. Le bateau tangue. La campagne s’enfonce. « Il fallait déminer un truc par jour, y compris mille choses fausses, peste Anne Méaux. On m’a appelée pour savoir si j’avais prêté 50.000 euros à Fillon! » Le candidat, lui, semble sur un chemin de croix. « François tenait bon, mais il était anéanti par ce qu’il faisait vivre à sa famille, se remémore la conseillère. Je l’ai vu avoir envie de tout arrêter à plusieurs reprises, pour que leur cauchemar à eux s’arrête. Dans ces moments de doute, il disait : si je lâche, je suis lâche. » D’où l’idée de recaler la stratégie de com : « On a insisté sur son courage, cela pouvait devenir une force. » (…) « Tous les éléments de l’affaire judiciaire étaient sur la table, on s’était expliqué sur tout, martèle Anne Méaux. On allait pouvoir reparler du programme, le plus dur était derrière nous. Mais le dimanche suivant, il y a eu les costumes… » Elle refuse d’entrer dans les détails de cette matinée, où elle fut interrogée sur le chèque de 13.000 euros signé le 20 février par un « ami donateur » pour offrir deux costumes sur mesure à François Fillon. A-t-elle cru, sur le moment, à une nouvelle « fake news »? Probable. Elle appelle aussitôt Fillon qui, contre toute attente, confirme l’épisode et lui révèle le nom du donateur : Robert Bourgi, l’intrigant avocat des réseaux franco-africains. (…) avec la révélation sur les costumes, elle s’est mise à douter à son tour de la suite – même si elle dit avoir cru jusqu’au bout à un miracle dans les urnes. « Son score de 20%, c’est quand même mieux que celui de Chirac en 2002, plaide-t-elle à présent. C’était jouable. » « Aujourd’hui encore, je ne sais pas ce qu’il fallait faire », confie François Fillon. Le perdant de mai a regardé les législatives de juin « de l’extérieur, en spectateur ». Il assure avoir « tourné la page ». Il continue de jongler à l’infini avec ses « trois hypothèses » et espère bien connaître un jour le nom de celui qui, en lançant le « Penelopegate », l’a empêché de devenir président. JDD
Ce fut le coup de grâce, comme le pensent les proches du candidat déchu. « Les costumes nous ont tués », dit sa communicante Anne Méaux quelques jours après le premier tour de l’élection présidentielle. Sans eux, la campagne eut sans doute été différente ; Fillon commençait à surmonter le « Penelopegate » quand, le 11 mars, Le Journal du dimanche a révélé l’existence de ces mystérieux cadeaux à plus de 40 000 euros. « Qui a payé les costumes de François Fillon ? » titrait alors le journal sans révéler l’identité du bienfaiteur. Il a fallu quatre jours à peine pour que Robert Bourgi, 72 ans, « Bob » pour les intimes, entre en scène. Son nom est sorti dans la presse, toujours associé aux mêmes termes – « Françafrique », « porteur de valises », « intermédiaire sulfureux » – tel un secret d’initiés, sans que l’on sache qui est réellement cet homme. Personne n’a cherché à comprendre quels liens réels l’unissent à François Fillon. Comment ce sphinx enrichi sous le soleil des Bongo, ce « bourricot », comme il s’appelle lui-même, roi de la diplomatie parallèle adoubé par Sarkozy, a-t-il pu approcher de si près le candidat de la droite ? (…) Fillon prend le large, Bob se sent méprisé. Alors il dégaine. Et il l’avoue aujourd’hui sans gêne, lové dans son cashmere bleu ciel : « J’ai appuyé sur la gâchette. » Samedi 11 mars 2017, Anne Méaux appelle François Fillon sur son portable. « Est-ce qu’il y a quelqu’un qui t’a offert des costumes ? Un mec un peu bizarre, paraît-il… » Le JDD, sous la plume de Laurent Valdiguié, s’apprête à sortir l’affaire le lendemain, sans révéler le nom de l’avocat, à sa demande. « Merde… Bourgi », lâche Fillon. Sa communicante est effondrée, le « Penelopegate » n’était donc qu’un zakouski. (…) deux costumes ont été payés par chèque pour un montant de 13 000 euros. Étrange… D’habitude, il règle en liquide. Le nom de Bourgi circule dans les rédactions – de nombreux journalistes connaissent ses largesses. L’avocat leur susurrait d’ailleurs depuis quelques semaines : « Quand même, ce Fillon, il est gourmand, il a des goûts de luxe… » Un premier Tweet évoque son nom avant que Le Monde confirme. (…) Puis, après avoir annoncé sa décision de rendre les costumes, Fillon le traite sur BFM d’« homme âgé qui n’a plus aucune espèce de responsabilité ». « Tu m’as traité de vieux ? Là, tu as franchi la ligne jaune, gronde Bob au téléphone. Tu n’aurais pas dû, tu as fait pleurer ma petite Clémence. Je ne te le pardonnerai jamais. » Le supplice chinois n’en finit pas, alors que le premier tour de la présidentielle approche. Sur RTL et Mediapart, Bourgi cogne encore, prétendant que Fillon n’a pas rendu les costumes. (…) Quelques jours après la défaite de François Fillon au pre mier tour, Robert Bourgi va déjeuner rue de Miromesnil, dans les bureaux de Nicolas Sarkozy. (…) Bourgi le salue puis tombe dans les bras de Sarkozy. Ils ont mille choses à se dire ; la droite est à terre, la gauche en miettes, un jeune de 39 ans va entrer à l’Élysée, voilà de quoi réfléchir à l’avenir. (…) À la fin, il m’a dit “T’as vu Robert : On l’a bien niqué.” » Bob a ri puis il est reparti, le cœur un peu lourd. Si Fillon l’avait écouté, pense-t-il ; s’il l’avait surtout bien traité, l’histoire aurait peut-être été différente. Sur le chemin, une nouvelle fois, Bourgi a essayé d’appeler l’ami auquel il voulait du bien. Sophie des Déserts

Vous avez dit collusion ?

Alors qu’avec la démission de déjà quatre ministres en trois jours dont celui de la Justice

Et la reprise, une fois l’élection passée, du feuilleton des affaires concernant une nouvelle ministre

Que – l’on croit rêver – le porte-parole vient d’enjoindre la presse de ménager

Pendant que du côté de l’opposition républicaine et entre deux passages au camp de l’adversaire, le dézingage a repris de plus belle contre leur ancien candidat …

Et que l’on apprend, sur fond d’obamisation rampante d’une présidence de plus en plus versaillaise et désormais pro-russe

Comment l’AFP étouffe les informations gênantes pour le nouveau pouvoir …

Que leurs homologues américains inventent …

Comment ne pas voir…

Avec le peu d’intérêt qu’a soulevé le long portrait, pourtant particulièrement révélateur, que vient de consacrer Vanity Fair  à Robert Bourgi  …

La confirmation, via l’assassinat politique du seul véritable adversaire de l’actuel président  puis le classique barrrage au FN, du hold up électoral que l’on vient de vivre …

Où, dépité du rôle de conseiller Afrique espéré après l’échec à la primaire de son ami Sarkozy puis la soudaine prise de distance de son vainqueur Fillon …

L’ancien et sulfureux avocat de la Françafrique avait …

Avec l’affaire des costumes et la complicité active des médias et des juges comme de ses prétendus amis

Porté le coup de grâce au candidat de la droite et du centre …

Qui sûr de son bon droit avait certes bien imprudemment lancé les hostilités

Mais commençait justement à surmonter le « Penelopegate » ?

My tailor is rich
Robert Bourgi a offert au candidat des Républicains les fameux costumes qui ont précipité sa chute. Puis il est retourné en coulisses. Qui est cet étrange bienfaiteur ? À quel jeu joue-t-il ? A-t-il agi dans l’ombre de son vieil ami Nicolas Sarkozy ?
Sophie des Déserts l’a écouté et mené l’enquête pour démêler l’écheveau de sa vérité.
Sophie des Déserts
Vanity Fair
Juillet 2017

L’ami Fillon ne répond plus. Ces premiers jours de mai, il a encore tenté de le joindre mais rien, toujours cette messagerie pénible au bout du fil et le muguet fané dans son bureau parisien de l’avenue Pierre-I er -de-Serbie. « François est aux abonnés absents, se désole Robert Bourgi en cet après-midi pluvieux. Il a disparu, personne ne sait où il est. » La voix se traîne, onctueuse dans un parfum d’encens « rapporté de La Mecque », précise-t-il, soucieux des détails. Café serré, verbe délié, il suggère le tutoiement. L’air est un peu lourd dans cette pièce sans lumière chargée d’un demi-siècle de souvenirs : statues, bibelots, grigris d’Afrique et peintures d’Orient, photos des enfants et des présidents sur la cheminée – Jacques Chirac en bras de chemise vintage avec Bernadette, Nicolas Sarkozy tout sourire. Bourgi s’enfonce dans son fauteuil, poupon repu prêt à faire la sieste. Ses doigts caressent le tissu de sa veste. « C’est du Arnys, note-t-il, lèvres joueuses. Tout… même mes chaussettes. » Bourgi répète à l’envi le nom de l’enseigne luxueuse désormais célèbre jusque dans les campagnes françaises, la griffe des fameux costumes qu’il a offerts à François Fillon.

Ce fut le coup de grâce, comme le pensent les proches du candidat déchu. « Les costumes nous ont tués », dit sa communicante Anne Méaux quelques jours après le premier tour de l’élection présidentielle. Sans eux, la campagne eut sans doute été différente ; Fillon commençait à surmonter le « Penelopegate » quand, le 11 mars, Le Journal du dimanche a révélé l’existence de ces mystérieux cadeaux à plus de 40 000 euros. « Qui a payé les costumes de François Fillon ? » titrait alors le journal sans révéler l’identité du bienfaiteur. Il a fallu quatre jours à peine pour que Robert Bourgi, 72 ans, « Bob » pour les intimes, entre en scène. Son nom est sorti dans la presse, toujours associé aux mêmes termes – « Françafrique », « porteur de valises », « intermédiaire sulfureux » – tel un secret d’initiés, sans que l’on sache qui est réellement cet homme. Personne n’a cherché à comprendre quels liens réels l’unissent à François Fillon. Comment ce sphinx enrichi sous le soleil des Bongo, ce « bourricot », comme il s’appelle lui-même, roi de la diplomatie parallèle adoubé par Sarkozy, a-t-il pu approcher de si près le candidat de la droite ?

« Toi, tu ne connais pas Robert Bourgi », m’a-t-il dit d’un rire gourmand lors de notre première rencontre. Il y en aura cinq autres, dans ce bureau où son épouse avocate, Catherine, passait quelquefois une tête timide avant de se faire rabrouer. Il faut écouter longuement Bourgi pour comprendre, digérer toutes ces anecdotes romanesques qu’il balance sans filet, tenter de les recouper et aussi interroger ceux, nombreux, qui ont croisé sa route sinueuse – diplomates, journalistes, politiques. L’un d’entre eux m’a soufflé un soir : « Méfiez-vous, Robert Bourgi, c’est de la nitroglycérine. »

Il a charmé Fillon au volant d’une Aston Martin. Ce printemps 2008, Bob fait chanter le moteur V12 biturbo de son bolide dans la cour de Matignon. Le premier ministre vient l’accueillir : « Décidément, tu ne te refuses rien… » Berluti aux pieds, Bourgi soulève le capot, s’incline fièrement. Qu’il est heureux de ce déjeuner de retrouvailles. « Sacré François », il n’a pas tellement changé depuis leur rencontre en 1980 : toujours ce petit côté province, un peu envieux, un peu raide. Bourgi retrouve le « beau garçon timide » qu’il était, jeune attaché parlementaire au côté de son député, Joël Le Theule, l’élu de la Sarthe devenu ministre de la défense. À l’époque, Bourgi aussi se tenait bien sage dans l’ombre de Jacques Foccart. « Le Doyen », comme il l’appelait, grand manitou de la Françafrique, l’introduisait alors dans les cercles du pouvoir, par fidélité à son père, Mahmoud Bourgi, un riche commerçant libanais chiite installé au Sénégal qui fut l’un de ses correspondants.

Robert, né Hassan avant d’être francisé par les bonnes sœurs de Dakar comme son frère jumeau, décédé si vite, a fait des études de droit, une thèse remarquée sur « De Gaulle et l’Afrique noire ». En ce début des années 1980, Foccart le présentait alors aux dirigeants français et africains, dont Omar Bongo, le président de ce Gabon rempli de pétrole et d’uranium, si stratégique pour la France et si prodigue pour le RPR (le Rassemblement pour la République, dissous dans l’UMP en 2002, lui-même rebaptisé Les Républicains en 2015). C’était le bon vieux temps. Bourgi se pose depuis toujours en héritier du Doyen. Tant pis si son maître ne lui a donné aucun rôle officiel (hormis un poste de conseiller en 1986 au ministère de la coopération), ni même quelques lignes dans ses Mémoires. Tant pis si Bourgi, devenu avocat en 1992, a finalement surtout servi les potentats africains, Omar Bongo, bien sûr, son généreux « Papa » qui l’a couvert d’or durant trente ans, mais aussi Denis Sassou-Nguesso (président du Congo), Abdoulaye Wade (Sénégal), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Laurent Gbagbo (Côte d’Ivoire)… Dieu sait qu’il a fallu œuvrer pour les contenter tous, gérer les commissions, les fonds secrets, les opposants, les journalistes, les maîtresses, les enfants cachés… Mais enfin, de là à prétendre servir la France, en fils autoproclamé de Foccart ! Bourgi ne craint rien puisque le vieux gaulliste n’a pas eu de descendance. Et puis quand Parkinson a rongé le Doyen, quand il n’y avait plus personne, Bob, lui, était là. Il débarquait avec son grand rire et ses boîtes de caviar Beluga. Les dernières confidences, les vrais, jure-t-il, ont été pour lui.

Devant Fillon, en ce printemps 2008, Bourgi se souvient : « Foccart t’aimait beaucoup, il disait que tu irais loin… Il avait donc raison. Moi- même, je suis impressionné par ta vaste connaissance du monde, de l’Orient, de l’Afrique. » Il sait y faire. C’est son métier, depuis trois décennies, en français, en arabe, en wolof, sur les deux rives de la Méditerranée, Bob murmure à l’oreille des puissants.

Sa question revient toujours : « Alors, comment ça va avec Sarko ? » demande Bourgi quand il voit Fillon. Le premier ministre souffre, il l’avoue ; il se plaint du mépris du président de la République, de son ingérence, de Guéant qui occupe l’espace médiatique. Bob compatit, propose de plaider sa cause. Il est proche de « Nicolas ». Fillon le sait sans imaginer à quel point. Bourgi a rallié Sarkozy dès 2005, après avoir tant « aimé », selon ses propres termes, son meilleur ennemi, Dominique de Villepin. À l’époque, cela s’est fait sans bruit. Bourgi racontera plus tard s’être senti méprisé par le premier ministre de Chirac, qui l’écartait à l’ap – proche de la présidentielle. Blessure, coup de poignard, comme un étrange avant-goût de l’histoire Fillon… Difficile de savoir ce qui s’est vraiment passé dans ces années. Avec Bob, la vérité est souvent complexe. « En réalité, Robert Bourgi a changé de cheval quand il a réalisé que Villepin, malmené à Matignon après le CPE [contrat première embauche], était grillé, affirme Michel de Bonnecorse, ancien conseiller Afrique de Chi – rac. Alors, il est parti avec armes et bagages chez Sarkozy. » Sa proximité avec les chefs d’État africains fut alors aussi précieuse que sa connaissance intime de Villepin.

« Sarko a compris qu’il valait mieux avoir Bob avec lui, pas seulement parce qu’il a une bonne capacité de nuisance et quelques facilités à rapporter des valises de billets… » glisse un proche des deux hommes. Deux ans avant la présidentielle de 2007, Bourgi a intégré le premier cercle des donateurs de Nicolas Sarkozy et fêté son investiture par l’UMP au côté de la fille d’Omar Bongo et de son ministre des finances. Il est à l’Élysée, au premier rang, le jour de la passation de pouvoir. Et quelques mois plus tard, « Nicolas » lui remet la légion d’honneur. Gloire à Bourgi, devant un parterre de hauts dignitaires africains, sa femme Catherine, leurs grands enfants et la petite dernière, Clémence, née d’un amour foudroyant dont il parle à tous avec émotion. « Cher Robert, tu sais que la passion tourmente, le taquine Sarkozy en louant son infatigable combat pour les relations franco-africaines. Cette distinction, porte-la. Porte-la pour moi et pour la France. » Bourgi ne s’en prive pas, la médaille marque tous ses costumes. Les hommes du quai d’Orsay et de la DGSE peuvent bien continuer d’écrire sur lui des notes appelant à la prudence, il s’en moque.

« Robert Bourgi s’est véritablement épanoui en Sarkozie, rappelle le journaliste Antoine Glaser, co- auteur de l’excellent Sarko en Afrique (Plon, 2008). Soudain, il ne passait plus par les petites portes, il agissait désormais au grand jour. » Tout lui est permis : garer sa Maserati dans la cour de l’Élysée, couvrir de parfums et de chocolats les secrétaires, narguer la cellule diplomatique, manœuvrer avec Claude Guéant au Bristol, imposer une rencontre avec Gbagbo et même demander la tête du secrétaire d’État à la coopération, Jean-Marie Bockel. Requête d’Omar Bongo, plaide Bourgi en mars 2008. Apparemment, le vieux président gabonais n’en pouvait plus d’entendre un sous-ministre promettre la fin « de la Françafrique moribonde ». Sarkozy renvoie Bockel. Le soir même, dans un palace, Bourgi sable le champagne avec le nouveau secrétaire d’État, Alain Joyandet, qu’il passe à Bongo par téléphone. Cadeau pour « Papa » qui, du temps de sa splendeur, faisait défiler les politiques français dans sa suite du Meurice, avec quelques petites offrandes. Bourgi suggère aussi à Joyandet d’aller s’incliner à Libreville, au bras de Claude Guéant ; lui précède le convoi, comme il le fait toujours, dans un avion privé avec une journaliste de Canal +. Alain Joyandet ne conteste pas cet épisode. Claude Guéant peine à retenir un sourire en se remémorant ce moment. « Bourgi a de la ressource et de l’orgueil aussi, derrière son côté bateleur, analyse-t-il, mine radieuse dans ses bureaux de l’avenue George-V. On ne peut pas toujours se contenter des canaux officiels, vous savez… Il m’a toujours été très utile, par ses analyses, sa connaissance charnelle de l’Afrique. »

L’affaire Bockel a été gérée en dehors de Matignon. Une fois encore, Fillon a regardé passer les trains. Bob s’en désole lors de leurs déjeuners : « Je sais, Nicolas te traite injustement. Il veut toute la lumière. Moi, je sens que tu as endossé le costume du premier ministre, tu prends de l’épaisseur. » À mesure que le quin quennat avance, les mots de Bourgi deviennent plus doux encore. Son influence fléchit avec la mort de Bongo, le départ de Guéant à Beauvau, l’arrivée de Juppé au quai d’Orsay. Bourgi a besoin d’appui pour rester dans le jeu. Fillon le voit de plus en plus souvent. À Matignon, certains conseillers s’en inquiètent. L’un d’eux se souvient lui avoir demandé : « Comment peux-tu être copain avec cette canaille de Bourgi ? » Le premier ministre s’est agacé : « Pourquoi dis-tu ça ? C’est mon ami, il est sympa, c’est un type fiable et une mine de renseignements. »

Une vieille connaissance de Sablé-sur-Sarthe, le journaliste Pierre Péan avec qui Fillon discute régulièrement, l’utilise d’ailleurs comme informateur. Grâce à Bourgi, il a révélé l’affairisme de Kouchner et ses fameux rapports sur le système de santé gabonais grassement payés par Bongo (Le Monde selon K., Fayard 2009). Bob le nourrit pour un autre ouvrage au titre prometteur : La République des mallettes. Blagues coquines au Fouquet’s S eptembre 2011, Bourgi a frappé. Seul, avant même la sortie du livre. Il lâche la bombe dans Le JDD – déjà – avec cette citation en « une » : « J’ai vu Chirac et Villepin compter les billets. » L’interview est signée Laurent Valdiguié, le journaliste qui lancera l’affaire des costumes. Bob se fait plaisir et raconte tout, comme dans un « SAS » : les noms de code utilisés pour communiquer (« Mamadou » pour Villepin, « Chambrier » pour lui) ; les djembés dans lesquels circulaient les billets de Blaise Compaoré avant la campagne de 2002 ; les valises de cash expédiées par Mobutu, Bongo, Wade…

Le système a pris fin avec Sarkozy, insiste l’avocat. Selon lui, une dizaine de millions de dollars auraient ainsi été remis à Villepin, sans compter les cadeaux, masques africains, manuscrits, buste napoléonien… Bourgi n’a pas de preuve, les faits sont prescrits, Mobutu et Bongo, morts. Wade menace de porter plainte. Mais il ne le fait pas, Villepin non plus, étrangement (seul Jean-Marie Le Pen, cité ultérieurement dans la liste des bénéficiaires, a attaqué Bourgi en diffamation et gagné). Pourquoi ? L’ancien premier ministre de Chirac a fini par me répondre, entre deux avions, indigné que ce silence judiciaire puisse être interprété comme un aveu. Il ne veut pas être cité, surtout ne pas rallumer les vieilles histoires, mais il a toujours pensé que « Robert » avait été téléguidé par le camp Sarkozy pour tuer sa candidature à la présidentielle de 2012. On rap – porte cette hypothèse à Bourgi mi-mai, devant quelques chouquettes. « Tout ça n’est pas entièrement faux… » soupire-t-il. Puis, après quelques bouffées de cigare : « À l’époque, j’ai quand même fait la “une” du Monde, souviens-toi du titre : “Les déclarations qui ont fait trembler la République”. »

Après ça, Robert Bourgi a décidé d’écrire ses Mémoires. Il a du temps, la Hollandie l’a écarté du pouvoir ; ses tentatives d’approche du nouveau président par quelques déjeuners – avec le secrétaire d’État chargé de la francophonie, Jean-Marie Le Guen, notamment – sont restées vaines. En 2013, Bourgi réunit alors ses souvenirs et quelques documents soigneusement cachés en Corse, la terre de sa femme, et à Beyrouth. Devant la vierge en bois du XVIII e siècle, cadeau de Foccart, le Coran à portée de main, il se confesse à Laurent Valdiguié. Un contrat d’éditeur est signé chez Robert Laffont, plus de 400 pages alléchantes dans lesquelles il raconte les petits arrangements de la classe politique, en incluant quelques amis sarkozystes. Il dit alors qu’il veut se laver, apaiser sa conscience. Son épouse est heureuse : elle le croit rangé des voitures. Qu’elle est douce, la vie loin du pouvoir.

François Fillon aussi souffle, il répond vite quand Bob l’appelle. Les deux amis vont déjeuner dans leurs luxueuses cantines, au Flandrin, au George-V, au Ritz ou au Fouquet’s, « sur la terrasse, pour regarder passer les filles », précise Bourgi. Fillon n’embraie pas sur ses blagues coquines, Villepin et Sarko étaient plus drôles. Mais au fil du temps, tout de même, le Sarthois se déride. Il aime la bouffe, les bons vins, surtout le Saint-Julien. Il sait apprécier les jolies choses. Les vestes forestières de Robert lui ont tapé dans l’œil. « Tiens, remarque Fillon. Ça vient de chez Arnys », belle maison mais devenue si chère. Depuis le rachat de la marque par Bernard Arnault, le président de LVMH, on ne lui fait plus de prix, il n’a plus les moyens. Son manoir de Beaucé lui coûte en entretien. Heureusement, il a quelques amis généreux qui l’invitent en vacances, Marc Ladreit de Lacharrière dans son chalet au ski, le patron de Ferrari à Capri. Il aura besoin de mécènes : Fillon se prépare pour l’Élysée. Il s’y voit, persuadé que Sarkozy va bientôt sombrer dans les affaires judiciaires. Comme toujours, la conversation glisse sur l’ancien président. « Que dit, que fait Nicolas ? » demande Fillon. Les spéculations durent des heures.

Bob jubile, il est encore au cœur des batailles de la droite, il va pouvoir raconter ça aux chefs d’États africains, redorer son blason, prouver son inoxydable influence et la monnayer. L’avocat souffle à Fillon ce qu’il veut entendre. Vraiment, oui, il a l’étoffe d’un président. Maintenant, il faut aller chercher des voix en Afrique, il l’aidera. Puis il faut se lâcher un peu, accepter les selfies avec les gens. « Vas-y, souris, va serrer des pinces, pousse-t-il Fillon au cours d’un de leurs dé jeuners. Pareil, avec les journalistes, mettre de l’huile. » Bourgi propose de lui en présenter, il les fréquente depuis si longtemps. L’avocat se targue même d’être le témoin du dernier mariage de l’ancien patron du Canard enchaîné, Claude Angeli. « Enfin, tout Paris connaît Bourgi, tonne-t-il. Je suis à ton service. » Les preuves de l’amitié sont là. Bourgi prend son téléphone, appelle quelques journalistes influents : « Fillon gagne à être connu, tu sais… Viens donc déjeuner avec nous au Véfour. » Évidemment, comme toujours, c’est lui qui régale, en cash. Le Libanais a le geste large.

À Noël 2014, un samedi matin, il re – joint « François » au Fouquet’s – le moral est faible, sa mère va mal. Bourgi le prend dans ses bras et file en Maserati chez Arnys. « Une tenue anglaise pour M. Fillon », commande-t-il au vendeur qu’il connaît bien. Allez, 5 180 euros, c’est pour lui peu de chose, il a bien offert quelques cravates Hermès à Guéant et des bottes cavalières de la même marque à une ancienne ministre. C’est ainsi en Afrique, on « cadotte », dans un mélange de calcul et de générosité sincère. L’ami François, touché, le remercie chaleureusement. « Il était si triste ce jour-là, se souvient l’avocat. J’ai voulu lui montrer mon affection. Sarko, il a tout ! Fillon, c’est facile de lui faire plaisir. » Fin août 2015, la Bentley de Bourgi file vers la Sarthe. Son chauffeur l’a déjà conduit plusieurs fois au grand hôtel de Solesmes pour déjeuner avec Fillon. Une bonne bouteille entre hommes et il repartait, sans se montrer. « Secret de deux, secret de Dieu ; Secret de trois, secret de tous », lui a appris Foccart. Une fois, une seule, il est venu accompagné de Macky Sall, le président du Sénégal qui eut droit, après les agapes, à une visite privée de l’abbaye de Solesmes.

Mais ce 26 août 2015, Bourgi apparaît en public au grand meeting de rentrée de Fillon, au milieu des militants. Il prétend que Sarkozy l’a appelé aussitôt, ivre de rage. « Je conserve mon estime et mon affection à Nicolas, indique-t-il alors, docte, au JDD. Mais ses dernières déclarations sur l’islam et l’immigration ne passent pas. »

Supplice chinois et menaces de mort

Quel jeu joue Robert Bourgi ? Ce 23 janvier 2016, il s’envole pour Bordeaux. Alain Juppé, alors favori des sondages, signe son dernier livre à la librairie Mollat. L’avocat en achète une pile pour Clémence, sa fille chérie qui brille dans une hypokhâgne de la ville. Il l’envoie au feu demander des autographes : « Je crois que vous connaissez mon père », ose-t-elle. La scène m’a été confirmée par des proches du maire de Bordeaux. Bourgi attend au fond de la salle. Il le sait : Alain Juppé ne l’apprécie guère ; il lui en veut d’avoir sali son nom, raconté partout qu’il l’avait emmené en tournée au Gabon et au Sénégal après sa condamnation en 2004. Depuis, c’est terminé. Ministre des affaires étrangères, il l’a même écarté d’un voyage officiel, pour la prestation de serment du président ivoirien Alassane Ouattara à Yamoussoukro. Là, tout de même, il le salue. Aussitôt Bourgi manifeste son envie de le revoir. « Écrivez-moi à mon QG », élude poliment Juppé. Bob a pris sa plume, s’excusant des « turpitudes du passé ». C’est sa grande formule, celle qu’il a aussi servie à Chirac et Villepin pour se faire pardonner après les révélations des mallettes. L’ancien professeur de droit écrit dans une belle langue nourrie de références à Saint-Exupéry et Malraux. Mais Juppé ne répond pas. « Pourquoi un tel mépris ? » s’interroge-t-il aujourd’hui encore.

Fillon, lui, tergiverse sur tout et ne décolle pas dans les sondages. Pas terrible pour les affaires, de miser sur le mauvais cheval… Finalement, en avril 2016, sur le site du Figaro, Bourgi « affirme haut et fort que [son] candidat s’appelle Nicolas Sar-kozy ». Un matin, on l’interroge sur ses revirements successifs. Il gémit, l’œil colère derrière les lunettes. « Oh mais elle m’embête, celle-là ! » Puis, soudain les mots jaillissent d’un trait, du fond du coffre. « Au fond, je n’ai jamais cru en Fillon. Tu comprends ma grande ? Tu me suis ? C’est Sarko que j’aime. C’est un bandit mais je l’aime. Il est comme moi : un affectif, un métèque. D’ailleurs, je ne l’ai jamais trahi, je lui racontais tout de mes discussions avec Fillon. » On écarquille les yeux, avant de se remémorer les propos de Claude Guéant entendus quelques jours plus tôt. « Bourgi est un fidèle, disait-il. Le lien avec Nicolas n’a jamais été rompu.»

Au lendemain de sa victoire à la primaire, Fillon reçoit un nouveau coup de fil de la maison Arnys : « Vous avez reçu en cadeau deux costumes. » Un vendeur passe à son appartement parisien lui présenter des liasses de tissus afin qu’il choisisse. Ses mensurations sont déjà enregistrées à la boutique. Le candidat des Républicains découvre alors le petit mot de félicitations de Bourgi. Fillon le remercie, d’un simple smiley. Mais Bob, lui, veut voir Fillon, trinquer autour d’un bon cassoulet, parler enfin sérieusement de son rôle de conseiller, de ce think tank sur l’Afrique qu’ils ont déjà évoqué. Il pense pouvoir revenir dans la course, effacer ces petits mois d’infidélité au nom de tous les bons moments passés ensemble. « Désolé. Suis sous l’eau », textote Fillon. L’Élysée est désormais à sa portée. Il ne peut plus jouer avec le feu, ignorer les mises en garde contre Bourgi, les messages envoyés par des diplomates à son directeur de campagne, Patrick Stefanini. Le député Bernard Debré se souvient d’une discussion particulièrement franche en dé cembre 2016 : « Je l’ai dit à François : “Si tu veux que je m’occupe de l’Afrique, je ne veux pas de Bourgi dans les pattes. Ce type est dangereux.” »

Fillon prend le large, Bob se sent méprisé. Alors il dégaine. Et il l’avoue aujourd’hui sans gêne, lové dans son cashmere bleu ciel : « J’ai appuyé sur la gâchette. » Samedi 11 mars 2017, Anne Méaux appelle François Fillon sur son portable. « Est-ce qu’il y a quelqu’un qui t’a offert des costumes ? Un mec un peu bizarre, paraît-il… » Le JDD, sous la plume de Laurent Valdiguié, s’apprête à sortir l’affaire le lendemain, sans révéler le nom de l’avocat, à sa demande. « Merde… Bourgi », lâche Fillon. Sa communicante est effondrée, le « Penelopegate » n’était donc qu’un zakouski. Fillon tente aussitôt de joindre Bob sur son portable. Attablé en famille au Bristol, il laisse sonner. Puis, après trois appels, finit par décrocher. « Fillon est paniqué, se souvient-il. Il me dit “Robert, ça va sortir demain. Ne dis rien, les journalistes vont te piéger. Laisse moins monter au créneau.” » L’avocat répond qu’il ne pourra ni nier, ni mentir : deux costumes ont été payés par chèque pour un montant de 13 000 euros. Étrange… D’habitude, il règle en liquide. Le nom de Bourgi circule dans les rédactions – de nombreux journalistes connaissent ses largesses. L’avocat leur susurrait d’ailleurs depuis quelques semaines : « Quand même, ce Fillon, il est gourmand, il a des goûts de luxe… » Un premier Tweet évoque son nom avant que Le Monde confirme. Bourgi fuit les caméras et s’envole pour le Liban de ses parents. Devant la télé d’un palace de Beyrouth, il mesure le respect que Fillon lui porte. « Un ami », entend-il dans sa bouche, sur France 2. Coup de fil immédiat de Bourgi le remerciant. Puis, après avoir annoncé sa décision de rendre les costumes, Fillon le traite sur BFM d’« homme âgé qui n’a plus aucune espèce de responsabilité ». « Tu m’as traité de vieux ? Là, tu as franchi la ligne jaune, gronde Bob au téléphone. Tu n’aurais pas dû, tu as fait pleurer ma petite Clémence. Je ne te le pardonnerai jamais. » Le supplice chinois n’en finit pas, alors que le premier tour de la présidentielle approche. Sur RTL et Mediapart, Bourgi cogne encore, prétendant que Fillon n’a pas rendu les costumes. L’avocat triomphe sur les ondes mais dans la rue, un retraité l’accuse de mener la droite au naufrage. Des menaces de mort lui parviennent au bureau. Son épouse le supplie de se calmer. « J’ai bien tenté, murmure-t-elle un matin, entre deux portes. Il était déchaîné. » Quelques jours après la défaite de François Fillon au pre mier tour, Robert Bourgi va déjeuner rue de Miromesnil, dans les bureaux de Nicolas Sarkozy. Comme toujours, il a des bal lotins de La Maison du chocolat dans les mains, et un petit flacon d’Habit rouge de Guerlain au fond de sa poche pour se parfumer en route. Comme toujours, il arrive en avance pour voir qui le précède. Ce jour-là, c’est Tony Estanguet qui porte la candidature de Paris aux prochains Jeux olympiques. Bourgi le salue puis tombe dans les bras de Sarkozy. Ils ont mille choses à se dire ; la droite est à terre, la gauche en miettes, un jeune de 39 ans va entrer à l’Élysée, voilà de quoi réfléchir à l’avenir. Bob annonce qu’il a finalement renoncé à publier ses Mémoires : « Trop dangereux, dit-il. Ce sera pour les Archives nationales après ma mort. » Sarkozy, qui a eu le privi- lège de lire quelques passages, salue la décision de son ami et le félicite pour ses récentes prestations à la radio. Le ton est chaleureux, la table excellente. Bourgi se régale : « Sarko n’a touché ni au vin ni à la tarte au citron, se souvient-il. Mais il était en grande forme. À la fin, il m’a dit “T’as vu Robert : On l’a bien niqué.” » Bob a ri puis il est reparti, le cœur un peu lourd. Si Fillon l’avait écouté, pense-t-il ; s’il l’avait surtout bien traité, l’histoire aurait peut-être été différente. Sur le chemin, une nouvelle fois, Bourgi a essayé d’appeler l’ami auquel il voulait du bien.

Voir aussi:

Penelopegate : dans les coulisses de la campagne de François Fillon

JDD

17 juin 2017

CONFIDENCES – « J’ai envie de savoir d’où c’est venu », indique François Fillon, qui continue à chercher la main qui aurait guidé ses accusateurs. Dimanche, le JDD raconte, de l’intérieur, toutes les coulisses de la campagne du candidat LR.

Depuis le 23 avril, il se tait. Muré dans son échec. « Un jour, je parlerai, mais c’est trop tôt », glisse François Fillon au JDD, la voix comme encore cassée par sa défaite. Puis il se reprend. « J’ai envie de savoir d’où c’est venu et comment ça s’est passé. » Il reste taraudé par cette unique question : qui a déclenché, voire orchestré les affaires qui ont ruiné son image, puis ses chances? Pour lui, c’est certain, quelqu’un « a guidé la main » de ses accusateurs… Dans sa tête tournent et retournent trois hypothèses : « Le pouvoir ; quelqu’un de mon camp ; un autre personnage extérieur à la politique [dont il ne veut pas dire le nom]. »

La façon dont lui a répondu aux soupçons et conduit sa campagne pendant la tourmente? « Honnêtement, je ne suis pas là-dessus, répond-il. Je suis tourné vers l’avenir. Et puis seul le résultat compte : si j’avais gagné, on aurait dit que j’avais tout bien géré ; comme j’ai perdu, on dit qu’on a tout fait mal. » Si c’était à refaire? « C’est tellement difficile de répondre à cette question », souffle-t-il. Et pourtant…

« François nous a menti, à tous, tout le temps »

Tout a commencé par un tête à tête dans un restaurant parisien. François Fillon et Anne Méaux, dirigeante de l’agence de communication Image 7, dînent au calme pour préparer la primaire. Anne Méaux, qui s’apprête à superviser la com de la campagne, dit avoir « posé la question franchement » : « François, est-ce qu’il y a des choses que je dois savoir? » L’interrogation est abrupte, bien dans le style de cette femme d’affaires coriace et avisée, experte en gestion de crise, toujours l’air mal réveillé et le portable jamais très loin de l’oreille, dont la réputation est de parler cash à ses clients, les grands patrons comme les politiques. Ce qu’elle demande ce soir-là, c’est si François Fillon a des casseroles. Comme un dernier check avant le décollage. Elle n’a pas oublié la réponse : « Sans la moindre hésitation, il m’a dit : ‘Non Anne, il n’y a rien.' »

Avec le recul de la défaite et l’avalanche des révélations qui ont piégé son champion, Anne Méaux reste persuadée qu’il était sincère : « Fillon est quelqu’un d’honnête. » Sincère peut-être, mais surtout secret, insondable. Y compris pour ses proches. « Il nous a menti, à tous, tout le temps », tranche le député Thierry Solère, qui fut le porte-parole du candidat. Une formule sèche qui résume la douloureuse épreuve que fut, pour ceux qui y ont participé, cette campagne au bord de la crise de nerfs.

Le diable a semé son premier détail un mardi. Ce 24 janvier, alors que les rotatives du Canard enchaîné impriment l’épisode 1 de ce qui va devenir le « Penelopegate », au QG de François Fillon, un immeuble froid et vitré de la rue de Vaugirard, on tire les rois. La droite ne le sait pas encore, mais elle vit ses dernières minutes de paix. Dans la galette, la fève est un chat noir. « C’était un très mauvais présage, se souvient Thierry Solère. On a ri un peu jaune, et juste après on a découvert Le Canard. » Dans l’ascenseur qui le conduit ensuite au 5e étage du QG, pour une réunion d’urgence dans le bureau du candidat, son téléphone crépite, mais il laisse sonner.

Le visage de François Fillon est sombre. « Encore un peu plus que d’habitude, se rappelle un participant. Impossible de savoir depuis quand il était au courant. » Sa garde rapprochée ignorait tout de l’affaire. Tout le monde est sonné. « Le Canard m’avait interrogé sur mes revenus et j’avais répondu, mais pas sur ma femme ; moi aussi, j’ai tout découvert ce soir-là », assure Fillon. Rien n’avait donc été anticipé pour préparer une réaction. D’autant que, lorsque ceux qui vont devoir mener la campagne avec lui le questionnent – « Y a-t-il d’autres sujets dont nous devrions parler? » – l’ancien Premier ministre oppose le même laconisme.

Cette réunion de crise est la première d’une longue série. François Fillon déteste ces moments bruyants où chacun s’exprime dans un mélange de fièvre et de confusion. « François a horreur de prendre une décision à chaud et en public », se désole un de ses anciens compagnons. Le candidat doit pourtant trancher : faut-il contre-attaquer, annoncer une plainte contre Le Canard enchaîné? « D’entrée, il a écarté cette idée, en disant qu’il ne voulait pas mêler la justice à la campagne », se souvient Thierry Solère. Dans la pièce, cette décision surprend tout le monde. Le porte-parole rédige un bref communiqué. « François a voulu gagner du temps, il misait sur le fait que l’affaire n’allait pas prendre », raconte un membre de l’équipe, persuadé qu’il aurait fallu au contraire s’excuser au plus vite, voire promettre de rembourser pour tenter de tuer l’affaire dans l’œuf… Anne Méaux, en déplacement, assure n’avoir appris les accusations contre Penelope Fillon que ce soir-là. De retour le lendemain, elle va s’investir à fond dans la gestion de crise de la campagne.

Anne Méaux : « Je ne suis peut-être pas Einstein, mais moi aussi, j’ai vu tout de suite que cet argument était désastreux »

Elle qui s’était juré de ne plus faire de politique (« Je n’aime pas ce milieu », dit-elle) a replongé pendant la primaire parce qu’elle « aimait les idées de Fillon ». Quand le scandale éclate, elle forme avec Patrick Stefanini, le directeur de campagne, un drôle de tandem autour du candidat : elle, ancienne collaboratrice de Giscard, militante d’extrême droite dans sa jeunesse, au parler rude mais qui vouvoie Fillon ; lui, ancien préfet chiraquien austère et discret, qui tutoie le candidat mais ne s’énerve jamais en public. Deux droites, deux mondes, deux styles. Tout les oppose mais ils ont gagné ensemble la primaire. Sur le front judiciaire, ce duo yin et yang va voler en éclats…

Le matin de la parution du Canard, François Fillon est en déplacement à Bordeaux. Pour sa défense, il dénonce la « misogynie » de l’article accusateur. « C’est du Méaux!, croit savoir un proche de Stefanini. Au QG, on est tombé des nues. » La conseillère enrage : « Je n’y suis strictement pour rien. Je ne suis peut-être pas Einstein, mais moi aussi, j’ai vu tout de suite que cet argument était désastreux. » Les premières tensions apparaissent et l’affaire s’emballe.

Deuxième réunion de crise, le jeudi 26 janvier dans le bureau de François Fillon. Ordre du jour : préparer son interview au 20 Heures de TF1, où il doit s’expliquer devant les Français. Thierry Solère, Patrick Stefanini, Sébastien Lecornu, directeur adjoint de la campagne planchent en attendant le candidat. Bruno Retailleau, chef des fillonistes au Sénat, les rejoint. Dans un silence lugubre, il leur annonce qu’outre sa femme, « François a également fait travailler deux de ses enfants ». « La présidence du Sénat a eu l’idée de regarder et on a découvert les deux contrats », explique Retailleau. Tous les présents se dévisagent, bouche bée. Lecornu, jeune président du conseil départemental de l’Eure (il est né en 1986) et proche de Bruno Le Maire, brise la glace : « Si ce soir François ne prend pas les devants et n’évoque pas lui-même le salaire de ses enfants, ce sera un mensonge par omission, puis un parjure, puis un feuilleton, puis la mort. »

L’hypothèse de la défaite, celle du chat noir, fait surface. À cet instant, François Fillon pousse la porte du bureau. « Il faisait la moue, relatera Lecornu. Il nous a écoutés silencieusement, puis il est parti à la télé sans que l’on sache ce qu’il avait décidé. » Anne Méaux est avec le candidat à TF1. « Bien sûr qu’il fallait anticiper, concède-t-elle. Ceux qui me connaissent savent bien que je suis pour la transparence, pour tout dire tout de suite. » À l’antenne, face à Gilles Bouleau, Fillon évoque de lui-même ses enfants. Mais en prétendant qu’il les a fait travailler pour lui au Sénat parce qu’ils étaient avocats – en réalité, ils étaient encore étudiants. Pour Anne Méaux, « François a été excellent ce soir-là… à une phrase près. » Elle assure avoir été interloquée en entendant le candidat promettre qu’il renoncerait en cas de mise en examen. « C’était une improvisation totale, dit-elle. En sortant, je lui demandé pourquoi il avait dit cela. Il m’a simplement répondu : ‘Mais Anne, parce que je ne serai jamais mis en examen.' » À sa décharge, la plupart des avocats discrètement consultés pronostiquaient alors que Fillon était à l’abri de toute poursuite…

« J’ai vu François avoir peur physiquement »

Au QG aussi, dans le bureau du directeur de campagne, le staff est stupéfait. Seul Stefanini, devant sa télé, trouve l’improvisation géniale. « Plus personne n’osera le mettre en examen maintenant! » prédit-il à chaud. Mais le « Penelopegate » est désormais un feuilleton judiciaire. « C’est vite devenu une campagne impossible », se souvient Thierry Solère. Les sondages plongent. À chaque déplacement, le candidat est attendu par des militants de gauche armés de casseroles. « J’ai vu François avoir peur physiquement », raconte un élu. « On a multiplié des visites sécurisées, se rappelle un membre de l’équipe. En février, l’agenda s’est vidé. »

Avec l’affaire, un nouveau personnage a fait son apparition : Penelope Fillon. Anne Méaux est chargée de l’assister, de la soutenir. Elle la décrit comme « une femme admirable, un peu timide, qui déteste les mondanités ». Les Français découvrent cette Galloise effacée aux cheveux courts lors du meeting parisien du 29 janvier, bouquet de fleurs dans les mains mais aux lèvres, un sourire fané. Si l’image est soigneusement calculée, la bande-son reste muette. « Bien sûr, il aurait fallu qu’elle prenne la parole plus tôt, admet Anne Méaux. C’était prévu au lendemain du meeting, cependant quand les avocats ont appris que les Fillon étaient convoqués, ils ont préféré qu’elle réserve ses explications à la police. » Ensuite, le candidat s’est envolé pour faire campagne à La Réunion. « Penelope ne voulait pas s’exprimer en son absence, c’est ce qui fait qu’on a trop traîné », précise Anne Méaux. Début février, France 2 déniche une ancienne interview, où Penelope Fillon expliquait n’avoir jamais travaillé pour son mari. Encore un jour sombre…

Je l’ai vu avoir envie de tout arrêter à plusieurs reprises, pour que leur cauchemar à eux s’arrête

Au fil des semaines, les avocats du couple Fillon, Antonin Lévy et Pierre Cornut-Gentille, comprennent que l’affaire ne sera pas classée. Le 17 février dans Le Figaro, le candidat martèle qu’il ira « jusqu’à la victoire » quoi qu’il arrive, signe qu’il n’exclut plus une mise en examen. Plus qu’un revirement, une volte-face. Le bateau tangue. La campagne s’enfonce. « Il fallait déminer un truc par jour, y compris mille choses fausses, peste Anne Méaux. On m’a appelée pour savoir si j’avais prêté 50.000 euros à Fillon! » Le candidat, lui, semble sur un chemin de croix. « François tenait bon, mais il était anéanti par ce qu’il faisait vivre à sa famille, se remémore la conseillère. Je l’ai vu avoir envie de tout arrêter à plusieurs reprises, pour que leur cauchemar à eux s’arrête. Dans ces moments de doute, il disait : si je lâche, je suis lâche. » D’où l’idée de recaler la stratégie de com : « On a insisté sur son courage, cela pouvait devenir une force. » Sans mesurer que parmi les chefs de la droite, ce courage commence à être perçu comme de l’entêtement.

Mardi 28 février, sur le coup de midi, le juge Serge Tournaire envoie un mail à Antonin Lévy. « À 16 heures dans mon bureau », ordonne le magistrat. L’avocat est à Washington, il prend le premier vol pour Paris. Son confrère Pierre Cornut-Gentille fonce au pôle financier, où il apprend de la bouche du magistrat que l’avis de mise en examen est parti. Nouvelle réunion de crise au QG dans la soirée. Comment rendre la nouvelle publique sans donner l’impression de subir ? Anne Méaux, jusque-là favorable aux conférences de presse (« des face-à-face physiques », dit-elle), prône « une banalisation de l’annonce », le lendemain matin, au Salon de l’agriculture, où le candidat est attendu. Fillon choisit l’option inverse : il annule sa visite et convoque les journalistes le lendemain, après avoir vu les ténors de la droite.

« Tu crois que je devrais renoncer? »

À l’issue de la réunion, Patrick Stefanini quitte un François Fillon « touché ». Pour le directeur de campagne, l’hypothèse du retrait prend du poids. « Je vais réfléchir, en parler avec ma femme », lui dit le candidat en partant. Cette nuit-là, l’ancien Premier ministre est décidé de ne rien lâcher à personne, y compris aux fidèles qui attendront en vain, le lendemain matin, à l’entrée du Salon porte de Versailles. « Il y avait trop de risque de fuites », justifie Anne Méaux, critiquant d’une formule crue bien à elle ces « politiques qui parlent sous eux ».

Le 1er mars à 8h10 tombe le communiqué qui annonce l’annulation de sa visite porte de Versailles, sans autre précision. Au même moment, Fillon appelle Stefanini depuis sa voiture. « Tu crois que je devrais renoncer? » interroge-t-il pour la première fois. « Oui », répond sobrement Stefanini. Le candidat ne dévoile rien de ses intentions. Quelque chose vient de se briser entre eux. « Ce matin-là, Anne Méaux et Bruno Retailleau ont pris le contrôle, décode un proche de Stefanini. Ils se sont installés au secrétariat et ils ont classé dans l’ordre ceux qui pourraient rentrer dans le bureau de Fillon. » Quand Bruno Le Maire arrive au QG, il n’est pas au courant de la mise en examen. « Retailleau refusait qu’on lui dise! Stefanini a pris sur lui de lui annoncer », raconte un témoin de la scène. Xavier Bertrand est introduit dans le bureau du candidat. « En ne demandant pas à Fillon de partir ce matin-là, Bertrand a eu un rôle déterminant », expliquera Stefanini à ses proches. Dans l’équipe, tout le monde se renvoie la faute. Seuls Gérard Larcher et Bernard Accoyer, le président du Sénat en exercice et l’ex-président de l’Assemblée, plaident droit dans les yeux pour l’abandon (même s’ils s’en défendront après-coup). « À partir de là, on a vu défiler les fillonistes de deuxième zone, se souvient un témoin. Ils étaient mobilisés pour regonfler Fillon à bloc. » Solère, partisan du retrait, affirme avoir été empêché de voir celui dont il était censé être le porte-parole.

Ébranlé, le candidat s’accroche encore. « Jusqu’au meeting du Trocadéro [le dimanche suivant], toutes les options sont restées ouvertes », confie Anne Méaux. Solère démissionne. Lecornu s’en va. Les juppéistes jettent l’éponge. Stefanini renonce à son tour. Quand le JDD.fr dévoile sa lettre de démission, le QG est le théâtre d’une scène surréaliste : pendant que Fillon est en ligne avec l’AFP pour affirmer que Stefanini reste à son côté, le même Stefanini indique sur une autre ligne à un autre journaliste de l’agence qu’il s’en va. Une équipe B va entrer en piste. « Dès la fin de matinée, on a vu arriver au QG des gens de Sens commun », se souvient un des démissionnaires.

C’est cette deuxième équipe qui organise le meeting du Trocadéro. Ce dimanche matin, 5 mars, Penelope Fillon parle pour la première fois, dans le JDD. « Oui, j’ai vraiment travaillé pour mon mari », jure l’épouse du candidat. L’entretien, décidé le vendredi soir, n’annonce en rien un retrait. Au contraire, il prouve que le clan a formé le carré, quand les juppéistes et les sarkozystes n’en finissent pas de se diviser. Plus la droite est fracturée, plus Fillon croit en ses chances. « Tous les éléments de l’affaire judiciaire étaient sur la table, on s’était expliqué sur tout, martèle Anne Méaux. On allait pouvoir reparler du programme, le plus dur était derrière nous. Mais le dimanche suivant, il y a eu les costumes… » Elle refuse d’entrer dans les détails de cette matinée, où elle fut interrogée sur le chèque de 13.000 euros signé le 20 février par un « ami donateur » pour offrir deux costumes sur mesure à François Fillon. A-t-elle cru, sur le moment, à une nouvelle « fake news »? Probable. Elle appelle aussitôt Fillon qui, contre toute attente, confirme l’épisode et lui révèle le nom du donateur : Robert Bourgi, l’intrigant avocat des réseaux franco-africains. « Dans cette histoire, j’aurai tout appris au fur et à mesure », analyse Anne Méaux, spectatrice aux premières loges du mystère Fillon – une énigme personnelle et psychologique bien plus que judiciaire.

« Avec les costumes de Bourgi, Anne a été vraiment soufflée, certifie un ami de la communicante. Fillon l’a bien senti, à tel point qu’il lui a demandé si elle aussi, elle allait le lâcher. » Anne Méaux ne confirme pas ce propos. « Ce n’est pas mon genre de lâcher les gens », avance-t-elle pour toute réponse. Cependant, avec la révélation sur les costumes, elle s’est mise à douter à son tour de la suite – même si elle dit avoir cru jusqu’au bout à un miracle dans les urnes. « Son score de 20%, c’est quand même mieux que celui de Chirac en 2002, plaide-t-elle à présent. C’était jouable. » Nombreux sont ceux, dans l’entourage du candidat, qui pensent au contraire que cette obstination était une folie.

« Aujourd’hui encore, je ne sais pas ce qu’il fallait faire », confie François Fillon. Le perdant de mai a regardé les législatives de juin « de l’extérieur, en spectateur ». Il assure avoir « tourné la page ». Il continue de jongler à l’infini avec ses « trois hypothèses » et espère bien connaître un jour le nom de celui qui, en lançant le « Penelopegate », l’a empêché de devenir président. Comme si d’autres responsabilités primaient sur la sienne dans son échec. Comme si ce n’était pas lui, tout simplement, le chat noir de la droite.

Voir également:

Richard Ferrand à nouveau épinglé par «le Canard enchaîné»

POLEMIQUE « En dépit d’une présentation arrangée et orientée à dessein, il n’est fait état de strictement aucune forme d’illégalité dans cet article », a réagi l’entourage du député…

20 Minutes avec AFP

 27/06/17

Les ennuis continuent pour Richard Ferrand. Le Canard enchaîné a de nouveau épinglé, dans son édition à paraître mercredi, le député de La République en marche (LREM) qu’il présente comme un « militant du mutualisme familial » en énumérant plusieurs faveurs que l’élu aurait accordées à sa compagne.

Sandrine Doucen a été dès 2000, embauchée aux Mutuelles de Bretagne, dirigées à l’époque par celui qui est devenu samedi le patron des députés de La République en marche, affirme l’hebdomadaire.

De nombreuses « faveurs » accordées à sa compagne

Alors âgée de 25 ans et étudiante en droit, Sandrine Doucen aurait été embauchée en tant que directrice du personnel. La même année, elle a complété ses revenus par un « petit job » au château de Trévarez, un domaine appartenant au département du Finistère et géré par un comité d’animation présidé par le conseiller général Ferrand, poursuit l’hebdomadaire.

Sandrine Doucen continuera d’être salariée par les Mutuelles de Bretagne jusqu’à sa prestation de serment d’avocat en septembre 2004, soutient Le Canard enchaîné, pour qui la « bienheureuse étudiante aura bénéficié d’une sorte de bourse de 80.000 euros, financée par les mutualistes et les contribuables locaux ».

« Il n’y a rien à commenter », défend l’entourage de Ferrand

« En dépit d’une présentation arrangée et orientée à dessein, il n’est fait état de strictement aucune forme d’illégalité dans cet article », a-t-on réagi mardi dans l’entourage de Richard Ferrand. « Par conséquent, il n’y a rien à commenter. Seule la loi doit primer, l’État de droit, rien que l’État de droit, pas un pseudo ordre moral », a ajouté l’entourage de ce proche d’Emmanuel Macron. Sollicité par l’AFP, Richard Ferrand n’était pas joignable dans l’immédiat.

Fin mai, Le Canard enchaîné avait déjà révélé qu’en 2011, les Mutuelles de Bretagne, dont Richard Ferrand était le directeur général, avaient choisi de louer un local à une société immobilière appartenant à sa compagne. Cette opération lui aurait permis de se doter « sans bourse délier, d’un patrimoine immobilier d’une valeur actuelle nette de 500.000 euros », selon l’hebdomadaire. Visé par une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Brest dans le cadre de cette affaire, Richard Ferrand n’est resté qu’un mois à la tête de son ministère de la Cohésion des territoires. Samedi, il a été élu président du groupe des députés LREM à l’Assemblée nationale.

Voir de même:

Macron à Las Vegas : révélations sur les arrangements de Muriel Pénicaud

La ministre du Travail, ex-directrice générale de Business France, est inquiétée par une enquête préliminaire pour favoritisme au sujet de la French Tech Night, une fête chapeautée par le cabinet d’Emmanuel Macron, alors ministre, à Las Vegas, en janvier 2016. «Libération» révèle des dysfonctionnements en cascade dans l’organisation de cette soirée, qui ont été en partie cachés.

Ismaël Halissat

Libération

27 juin 2017

Muriel Pénicaud joue gros ce mercredi. Dans la matinée, la ministre du Travail présente en Conseil des ministres son projet de loi d’habilitation pour réformer le code du travail par ordonnances. Et livre, l’après-midi, le résultat des premières concertations avec les partenaires sociaux, des discussions qui avaient été émaillées par plusieurs fuites de documents dans la presse révélant les pistes de l’exécutif.

Quasiment inconnue du grand public avant d’être nommée, Muriel Pénicaud a dirigé pendant trois ans Business France, un établissement public chargé de la promotion des entreprises françaises à l’international. La ministre du Travail a déjà passé un premier remaniement gouvernemental sans encombre alors que quatre de ses collègues ont été contraints de céder leur place, pour cause de possibles démêlés avec la justice. Elle pourrait pourtant rapidement être rattrapée par l’enquête préliminaire ouverte en mars par le parquet de Paris qui vise Business France pour délit de favoritisme, complicité et recel.

L’organisme est suspecté de s’être affranchi de la procédure d’appel d’offres en confiant à l’agence de communi­cation Havas, sans aucun cadre juridique, une grande partie des prestations relatives à ­l’organisation d’une soirée à la gloire des start-up françaises (et du ­ministre de l’Economie, ­Emmanuel Macron), à Las Vegas en janvier 2016. Le tout pour 382 000 euros (avant renégociation). Or plusieurs documents ­exclusifs que s’est procurés Libé­ration mettent à mal la communication de l’exécutif concernant la ­gestion de l’affaire par Muriel Pénicaud et l’implication du cabinet du ministre Macron dans l’organisation de l’événement.

Grand-messe

Las Vegas, 6 janvier 2016. Dans la salle de réception du luxueux hôtel The Linq, Muriel Pénicaud, alors ­directrice générale de Business France, applaudit Emmanuel Macron. Au premier rang, à ses côtés, le patron du Medef, Pierre Gattaz, est tout sourire. Cette soirée baptisée French Tech Night se tient dans le cadre du Consumer Electronics Show (CES), un salon américain consacré à l’innovation technologique.

Plusieurs centaines d’entrepreneurs et de journalistes sont venus écouter le ministre de l’Economie avant d’échanger autour d’un fastueux banquet. Dix collaborateurs d’Havas, chargés par Business France de la quasi-totalité des prestations, sont présents pour assurer le bon déroulement du show. A trois mois du lancement de son parti et à dix mois de sa candidature à l’élection présidentielle, Emmanuel Macron fait vibrer la salle. Barbe de trois jours, chemise ouverte, et pin’s à la veste, le ministre est ovationné par un parterre ravi. Les comptes rendus des journalistes sont dithy­rambiques et les premiers sous-entendus d’une possible ambition présidentielle sont distillés.

L’opération de communication est une parfaite réussite. Et pourtant, tout s’est préparé dans une urgence exceptionnelle pour l’organisation de ce genre de grand-messe, qui a obligé Business France à une sortie de route. ­Consulté par Libération, un rapport confidentiel rendu six mois après la soirée par le cabinet d’audit d’EY (ex-Ernst & Young) conclut que si Business France s’était plié à une procédure d’appel d’offres (obligatoire à partir de 207 000 euros), «il n’aurait pas été possible d’organiser la soirée dans le délai imparti. La procédure formalisée nécessite un délai de 52 à 77 jours. […] La sélection des prestataires n’aurait été effective que début janvier». Soit exactement au moment où la soirée devait se tenir. Bien trop tard. Le rapport d’EY permet d’établir une première ­chronologie des événements. En septembre 2015, une note rédigée à l’issue d’une réunion organisée par Business France évoque le CES. A cette époque, les responsabilités de chacun des ­acteurs ne sont pas encore établies. C’est seulement en novembre que Business France prend directement en charge l’organisation de cet événement, qui avait été organisé l’année précédente par le Medef.

Comment et pourquoi Havas a-t-il récupéré le contrat de la French Tech Night ? Les rapports consultés par Libération ne le disent pas. Les échanges de mails de Fabienne ­Bothy-Chesneau, qui pilote l’organisation en tant que directrice exécutive en charge de la communication et de la promotion à Business France, permettent simplement de trouver la trace d’une première réunion avec Havas le 3 décembre. Puis d’une seconde le 16 décembre, destinée à «présenter le dispositif qui sera mis en place par Havas». Le rapport de l’Inspection générale des finances (IGF), demandé fin 2016 par Michel Sapin sur l’organisation de la French Tech Night et dont plusieurs passages ont déjà été révélés par le Canard enchaîné, relève que «les prestations ont été effectuées sans bon de commande, ni devis validé, ni contrat signé, ni constatation du service fait». Les fonctionnaires insistent : «Les différentes étapes de la commande publique ont été largement ignorées ou contournées.» Dans l’urgence, le rôle d’Havas, au départ limité aux relations presse et à la communication, va ­rapidement s’étendre à la partie événementielle.

Hôtel «trop kitsch»

Quel rôle a joué le cabinet d’Emmanuel Macron dans cette succession de dysfonctionnements ? Dans le protocole transactionnel entre l’agence de communication et Business France, postérieur à l’événement, l’implication de l’entourage du ministre est subtilement reconnue. Ce document justifie le choix de confier des prestations à Havas «en considération de l’ampleur donnée à l’événement notamment par le cabinet du ministre des Finances (environ 500 personnes conviées) et de la date qui approchait». Des échanges de mails retranscrits dans l’audit d’EY ne laissent par ailleurs aucun doute sur l’implication du cabinet du ministre de l’Economie. Une attitude qui agace d’ailleurs Fabienne Bothy-Chesneau qui tente, d’après l’audit d’EY, «d’éviter que les autres parties prenantes dictent au prestataire Havas des choix non arbitrés» par son service. Dans un mail du 16 décembre, la directrice de la communication de Business France essaie de recadrer Christophe Pelletier, qui dirige l’équipe d’Havas missionnée pour organiser l’événement : «C’est Business France qui décide et nous sommes aimables et associons la mission French Tech [rattachée au ministère de l’Economie, ndlr] ainsi que le cab. Pas l’inverse.»

Le cabinet d’Emmanuel Macron s’immisce jusque dans le choix de l’hôtel : dans un mail du 3 décembre, le conseiller économique de l’ambassade de France aux Etats-Unis informe ­Bothy-Chesneau que le cabinet d’Emmanuel Macron préfère l’établissement The Linq, finalement retenu, au détriment d’un autre qu’il juge «trop kitsch». «Nous comprenons que la définition exacte des besoins a pu être en partie déterminée par des personnes extérieures à Business France, en particulier le cabinet du ministre de l’Economie», tranche même l’audit d’EY. Pourtant lorsque l’affaire est rendue publique en mars, en pleine campagne présidentielle, Muriel Pénicaud dégaine un communiqué pour couvrir Macron : «Le ministre et son cabinet n’interviennent pas dans les procédures d’appel d’offres, et donc dans la relation contractuelle entre Business France et Havas.»

Perquisitions

Côté judiciaire, l’enquête débute tout juste et les éventuelles implications pénales ne sont pas encore établies, selon une source ­proche du dossier. L’audit d’EY commandé par Muriel Pénicaud ­retient principalement la responsabilité de Fabienne Bothy-Chesneau, en première ligne à Business France pour l’organisation de l’événement et qui a quitté l’organisme en février 2016. Contactée par Libération, elle n’a pas souhaité livrer sa version des faits. Concernant le prestataire, l’IGF relève «qu’Havas n’a jamais manifesté d’inquiétude ou de réticence liées au non-respect de ces ­règles au long du processus de ­commande». «L’agence était déjà engagée avec Business France dans le cadre d’un autre ­appel d’offres, c’est pour ça que l’on a répondu à cette demande sans s’interroger sur le cadre légal», répond-on chez Havas. Le 20 juin, les policiers de l’office anticorruption (Oclciff) ont mené des perquisitions au siège du groupe Havas et dans les locaux de Business France dans le cadre de l’enquête préliminaire ouverte en mars.

Muriel Pénicaud pourrait-elle être poursuivie en tant que directrice générale de Business France ? Plusieurs cadres de l’établissement public interrogés par Libération estiment que l’actuelle ministre du Travail a difficilement pu passer à côté du pilotage d’un événement aussi important. D’ailleurs, à la lumière des documents consultés par Libération, son implication est manifeste à plusieurs titres. D’abord, elle a validé un premier versement de Business France, pourtant réalisé de façon irrégulière, en décembre 2015. A peine un mois avant la soirée, l’agence doit régler à toute vitesse un acompte de 30 000 euros à l’hôtel où se tient la réception. Mais l’établissement n’accepte pas de virement et les cartes de ­Business France ne peuvent pas dépasser un plafond de paiement de 7 000 euros. La carte bleue personnelle du directeur financier de Business France est alors utilisée pour régler l’acompte. Pénicaud valide ce contournement des règles. Le service achat de l’agence découvrira le contrat avec l’hôtel seulement une semaine après. Un deuxième versement d’un montant équivalent est également approuvé en janvier par la directrice générale, peu de temps après la réception.

«Pas d’autre choix»

Mais le plus compromettant sur le plan politique pour l’actuelle ministre est ailleurs. La semaine dernière, Christophe Castaner, le porte-parole du gouvernement, usait de beaucoup d’énergie pour la couvrir en affirmant ne pas être «inquiet» des conséquences de cette affaire : «Muriel Pénicaud a provoqué immédiatement un audit, puis une inspection générale.» Les documents consultés par Libération permettent de remettre en cause cette version de l’histoire vendue par l’exécutif. Muriel Pénicaud, qui refusé de répondre à nos questions en invoquant un agenda trop chargé, a, en réalité, donné l’impression de vouloir enterrer l’affaire.

Début février 2016, la responsable du service des achats reçoit ­une demande de refacturation ­d’Havas de 248 925 dollars (environ 220 000 euros) et alerte la directrice générale. «A ce moment-là, ­Pénicaud n’avait pas vraiment d’autre choix que de déclencher un audit», commente un haut fonctionnaire de Bercy. Par la suite, la désormais ­ministre du Travail n’informera pas avant la fin de l’année 2016 les instances internes de contrôle et les ministères de tutelle : Bercy et le Quai d’Orsay. Pourtant en juin, le comité d’audit de l’organisme s’était réuni. «La direction de Business France a fait le choix de ne pas l’informer lors de cette réunion de l’audit externe qui avait été demandé à EY, qui à cette date était presque finalisé», note l’IGF.

Daté du 28 juillet, le rapport alarmiste d’EY va dormir dans le placard de Muriel Pénicaud pendant encore quelques mois. Et le 5 décembre 2016, la directrice soumet à un nouveau comité d’audit, qui a la charge de préparer le conseil d’administration qui doit se tenir dix jours plus tard, un simple résumé du rapport d’EY ainsi qu’un protocole transactionnel déjà signé par Havas. Ce qui est contraire aux règles habituelles. Le contrôleur économique et financier de Business France, qui siège au comité d’audit, découvre à cette occasion la situation et refuse alors de signer la transaction, puis alerte les ministères de tutelle. C’est Michel Sapin, succédant au ministère de l’Economie à Emmanuel Macron après sa démission, qui saisit alors l’IGF pour établir un rapport. Et regrette dans sa lettre de mission cette absence d’information de la future ministre.

L’affaire en dates

Novembre 2015. Business France prend en charge l’organisation de la soirée French Tech Night prévue à Las Vegas en janvier

Décembre 2015. La quasi-totalité des prestations est confiée à Havas, sans procédure d’appel d’offres. Le cabinet de Macron participe activement à l’organisation. Un premier paiement irrégulier est validé dans l’urgence par Muriel Pénicaud.

6 janvier 2016. Malgré ces conditions d’organisation, la soirée a lieu.

Février 2016. Après une alerte interne, Pénicaud commande un audit.

Juillet 2016. L’audit alarmiste est remis à Pénicaud mais elle ne prévient ni les organes internes de contrôle ni ses ministères de tutelle.

5 décembre 2016. Pénicaud tente de faire passer le protocole transactionnel avec Havas lors d’un comité, fournissant une simple synthèse de la situation. Le contrôleur économique et financier avertit alors les ministères de tutelle.

21 décembre 2016. Michel Sapin, nouveau ministre de l’Economie, saisit l’IGF.

28 février 2017. Le rapport de l’IGF reprend largement les observations de l’audit et son auteur fait un signalement au parquet pour une suspicion de délit de favoritisme.

8 mars 2017. Le Canard enchaîné publie des extraits du rapport de l’IGF.

13 mars 2017. Ouverture d’une enquête préliminaire pour favoritisme, complicité et recel.

20 juin 2017. Perquisition au siège d’Havas et de Business France.

Voir encore:

Quand l’AFP étouffe des informations gênantes pour le nouveau pouvoir

COMMUNIQUÉ DU SNJ-CGT DE L’AFP

L’affaire Richard Ferrand, sortie par Le Canard Enchaîné dans son édition du 24 mai, aurait pu être révélée par l’AFP. Des journalistes de l’Agence étaient en effet en possession des informations, mais la rédaction en chef France n’a pas jugé le sujet digne d’intérêt.

Qu’un possible scoop sur une affaire politico-financière impliquant le numéro deux du nouveau parti au pouvoir ne soit pas jugé intéressant, voilà qui est troublant. Surtout après les affaires Fillon et Le Roux qui ont émaillé la campagne présidentielle, et alors que le nouveau président Emmanuel Macron affirme vouloir moraliser la vie politique.

Généralement, un média met les bouchées doubles pour enquêter sur ce type d’informations quand elles se présentent. Pas à l’AFP, où les courriels de journalistes adressés à la rédaction-en-chef France soit sont restés sans réponse, soit ont reçu une réponse peu encourageante.

Faute d’avoir pu donner l’affaire Ferrand en premier, ces mêmes journalistes de l’AFP ont eu la possibilité de sortir un nouveau scoop deux jours après l’article du Canard : le témoignage exclusif de l’avocat qui était au coeur de la vente de l’immeuble litigieux des Mutuelles de Bretagne en 2010-11. Mais avant même qu’une dépêche ait été écrite, la rédaction en chef France a refusé le sujet. C’était pourtant la première fois qu’une source impliquée dans le dossier confirmait les informations du Canard et pointait la possibilité d’une infraction pénale de M. Ferrand.

L’AFP se contentera, quelques jours plus tard, de mentionner d’une phrase le témoignage de l’avocat interviewé par Le Parisien. Ce même témoignage qui conduira à l’ouverture d’une enquête par le parquet de Brest….

INTÉRÊT « TROP LIMITÉ »

Ce n’est pas tout : avant l’affaire Ferrand, le 17 mai, juste après la nomination du nouveau gouvernement, une dépêche annonce que François Bayrou, nouveau garde des Sceaux, devra lui-même faire face à des juges, dès le 19 mai, après son renvoi en correctionnelle pour diffamation. Mais la dépêche n’a pas été diffusée, la rédaction en chef France trouvant son intérêt « trop limité ». Deux jours plus tard, l’info sera en bonne place dans les médias nationaux. L’AFP décidera alors de la reprendre !

Interrogée jeudi par les syndicats lors de la réunion mensuelle des délégués du personnel, la direction de l’information de l’AFP s’est montrée incapable de justifier de manière argumentée les choix de sa rédaction en chef.

Tout cela fait beaucoup d’infos sensibles étouffées en quelques jours. Pour ceux qui ont travaillé sur le dossier, il y a de quoi être écoeuré et découragé. L’Agence France Presse, l’une des trois grandes agences d’informations mondiales, dont le statut rappelle l’indépendance, a-t-elle peur de diffuser des informations sensibles quand celles-ci risquent de nuire au nouveau pouvoir politique élu ?

Le SNJ-CGT appelle la direction et la rédaction en chef de l’AFP à s’expliquer sur le traitement incompréhensible de l’affaire Ferrand.

Le SNJ-CGT rappelle que l’AFP est et doit rester indépendante, que ses journalistes doivent pouvoir enquêter librement et publier toute information même si elle est gênante pour tout type de pouvoir, en particulier le pouvoir politique.

Le SNJ-CGT, Paris le 20 juin 2017

Voir de plus:

Bayrou, ou le moralisme pour les Nuls

Ce n’est plus de la tartufferie, mais de la guignolade. Il est hilarant d’observer les donneurs de leçons de morale, François Bayrou en tête, recevoir en boomerang les conseils qu’ils entendaient prescrire aux autres. La démission, ce mercredi, du ministre de la Justice, porteur de la loi rebaptisée entre temps « rétablissement de la confiance dans l’action publique », vient après celle de Marielle de Sarnez, ministre des Affaires européennes, et de Sylvie Goulard, ministre des Armées, qui avait pris courageusement les devants dès mardi. Ces trois ministres issus du MoDem ont à répondre de soupçons sur le financement d’assistants parlementaires européens. Jusqu’alors, seul le FN était accusé de telles pratiques. Dès 2014, Corinne Lepage avait pourtant dévoilé les arrangements douteux tolérés par le parti présidé par Bayrou. Pour sa part, Richard Ferrand, qui s’était illustré dans ses attaques féroces contre la moralité du candidat François Fillon, a été exfiltré par le chef de l’Etat lui-même pour être placé à la tête des députés de La République en marche. Sarnez devrait semblablement prendre la tête du groupe MoDem (42 élus) à l’Assemblée. Cet épisode croquignolesque, qui entache le sérieux du macronisme, a une allure de fable sur la sagesse. Le moralisme pour les Nuls est le degré zéro de la politique quand celle-ci n’a rien d’autre à dire.

Le camp du Bien, qui avait repris des joues ces derniers temps au contact de la Macronie, mérite toutes les moqueries de l’arroseur arrosé. Les Intouchables, qui s’auto-promeuvent exemplaires depuis des décennies, font partie des impostures qui fleurissent dans cette république des faux gentils. J’en avais dénoncé les tares en 2004 dans un essai, qui mériterait depuis le rajout de nombreux autres chapitres. Mardi, dans Le Figaro, l’universitaire Anne-Marie Le Pourhiet s’étonnait à son tour que ce projet de loi prétendument audacieux de Bayrou n’avait pas jugé utile, par exemple, « d’imposer la publication des noms, des fonctions, et des montants des donateurs français et étrangers aux partis comme aux candidats, afin que les citoyens sachent envers qui nos gouvernants sont redevables ». J’avais moi-même déploré en mai, ici, que Macron ne dise rien de son réseau d’amis banquiers, responsables du Cac 40, créateurs de start-up, hommes d’influence qui ont financé sa campagne jusqu’à 15 millions d’euros. En fait, comme le démontre Le Pourhiet, la moralisation de la vie politique n’est qu’un vulgaire « plan « com » populiste ». Une bulle, parmi d’autres bulles qui forment la constellation cheap de la Macronie. Celle-ci vient d’éclater. A qui le tour ?

Voir enfin:

Désintox
Les porte-parole de La France insoumise occupent-ils indûment un HLM ?
Valentin Graff

Libération

19 mai 2017

Régulièrement accusés d’occuper un logement social sans y être éligibles, Alexis Corbière et Raquel Garrido se sont défendus… quitte à déformer la vérité. Désintox fait le point, une bonne fois pour toutes.

Les porte-parole de La France insoumise occupent-ils indûment un HLM ?
INTOX. Avec la campagne des législatives, les vieux dossiers sont de sortie. Le couple de porte-parole de La France insoumise, Alexis Corbière (candidat à Montreuil) et Raquel Garrido, se voit de nouveau reprocher d’occuper un logement social de Paris. Une affaire qui traîne depuis des années.

«On fait croire qu’on défend les pauvres mais on a pris leur logement social. On gagne plus de 4 000 euros par mois mais on vous emmerde : c’est légal. Votez pour Corbière et Garrido, des Insoumis sans moralité !» dénonce un tweet largement partagé et illustré d’une photographie de Paris Match montrant le couple dans son appartement. Une coalition hétéroclite, composée d’internautes proches de l’extrême droite et du mouvement En marche, accompagnés d’un sénateur UDI, relaie la réquisition à l’aide du mot-clé #rendsl’appart. Certains évoquent, en guise de circonstance aggravante, un «HLM de luxe».

Confrontée à ces accusations, Raquel Garrido a pris la peine de répondre à ses détracteurs, niant que le couple gagne 4 000 euros mensuels et habite un HLM.

L’accusation est ancienne. Son origine remonte à un article du Monde publié en juin 2011 : on y apprenait qu’Alexis Corbière, alors premier adjoint de la maire PS du XIIe arrondissement de Paris, louait un logement de la régie immobilière de la ville de Paris (RIVP), l’un des quatre bailleurs sociaux de la capitale. En novembre de la même année, le site d’extrême droite Riposte laïque s’émeut de la nouvelle.

Fin 2012, lors d’une prestation remarquée de Corbière face à un militant du Bloc identitaire sur la chaîne Numéro 23, la fachosphère fait son œuvre et déniche l’information : Pierre Sautarel, l’animateur du site réactionnaire Fdesouche, moque «Alexis Corbière, l’ami du peuple qui vit dans un HLM alors qu’il est au-dessus du seuil». Il est imité par Damien Rieu, alors militant de Génération identitaire, qui prendra la tête de la communication de la ville de Beaucaire conquise par le FN en 2014.

Fin 2013, Mediapart révèle que cinq adjoints à la mairie de Paris sont dans la même situation. Anne Hidalgo, alors candidate à la succession de Bertrand Delanoë, annonce qu’elle demandera aux conseillers de Paris de renoncer à leurs logements sociaux. Cela vaut à Alexis Corbière d’être à nouveau cité dans un article du Monde, avec à la clé de nouveaux tweets indignés.

En 2014, suite à une altercation, le député PS Alexis Bachelay demande à Raquel Garrido, compagne d’Alexis Corbière, de «laisser [son] logement social à quelqu’un qui en a vraiment  besoin». L’avocate rétorque simplement : «Que savez-vous de mes revenus ?», laissant penser que ceux-ci pourraient lui permettre de prétendre légitimement à un logement social.

DÉSINTOX. Alors, Garrido et Corbière vivent-ils indûment dans un HLM ? Les accusations portées à l’encontre du couple sont inexactes mais la défense de Raquel Garrido l’est également. Car de fait, ils vivent bien dans un HLM, depuis peu, même si ce n’était pas le cas au départ. Explications.

Raquel Garrido, contactée par Désintox, explique la chronologie des faits : en 2000, Alexis Corbière et elle entrent dans le parc locatif de la RIVP. En 2003, après une deuxième naissance dans la famille, ils échangent leur appartement au sein de la RIVP et emménagent dans leur logement actuel, dans le XIIe arrondissement de Paris, où Alexis Corbière est à l’époque adjoint à la mairie. C’est la ville de Paris qui attribue ces logements, étant l’unique réservataire des logements à «loyer libre», contrairement aux HLM répartis à parts égales entre la commune, la préfecture et le 1% logement.

Le nouvel appartement, dans l’extrême est parisien, est un F4 d’un peu plus de 80 mètres carrés dans lequel le couple vit désormais avec trois enfants. Lors de l’emménagement en 2003, l’appartement est un logement «à loyer libre». Au début des années 2000, le parc immobilier des bailleurs sociaux parisiens compte environ 50 000 de ces logements particuliers. Pour y entrer, aucun plafond de ressource, ni de plafonnement des loyers similaire aux seuils en vigueur pour les HLM. Du coup, ces appartements sont en dessous des prix du marché, mais au-dessus des loyers HLM. Actuellement, le couple paye 1 230 euros (955 hors charges) pour 84 mètres carrés.

En décembre 2007, Jean-Paul Bolufer, le directeur de cabinet de Christine Boutin (alors ministre du Logement), est épinglé pour son appartement, dans le Ve arrondissement de Paris, de 190 mètres carrés pour 1 200 euros par mois, soit à peine 6,30 euros du mètre carré. Il s’agit évidemment… d’un logement à loyer libre, loué par la même RIVP. Plusieurs élus sont dans la même situation. La municipalité socialiste de Paris demande alors aux ministres et parlementaires concernés de rendre leurs logements sociaux et annonce sa volonté de «reconventionner» ces logements, c’est-à-dire de les reverser au parc HLM. L’objectif : «créer» du logement social à moindres frais et «moraliser» le parc social.

Ce que Raquel Garrido ne précise pas, c’est que l’immeuble où se situe l’appartement du couple fait partie de ceux qui ont été reconventionnés, nous indique une source de la RIVP. Plus précisément, le logement est depuis 2016 un prêt locatif à usage social (PLUS), le plus commun des HLM. Il s’agit de la catégorie intermédiaire, entre les PLAI (prêt locatif aidé d’intégration), correspondant aux logements dits «très sociaux», et les PLS (prêt locatif social), sorte de HLM «de luxe». Ce logement n’est donc pas «de luxe», contrairement à ce que dénonçaient plusieurs internautes.

Raquel Garrido et Alexis Corbière vivent bien dans un HLM depuis un an
Ce qui signifie que si le couple de porte-parole n’a pas intégré de logement social en 2003, il vit bien dans un HLM depuis environ un an, contrairement à ce qu’a affirmé Raquel Garrido.

Corbière et Garrido occupent-ils leur HLM indûment ? En aucun cas, d’un point de vue légal. Les deux porte-parole ont investi l’appartement à un moment où il n’y avait pas de conditions de ressources. Auraient-ils dû le quitter en 2016 lors du «reconventionnement» ? En aucun cas non plus.

Reste une question : le couple, en vivant dans un HLM, prend-il la place de personnes en ayant plus besoin ? Rien n’indique que leurs revenus excèdent le plafond de ressources correspondant au nouveau statut de leur logement, fixé à 64 417 euros annuels pour un foyer de 5 personnes en 2017. Raquel Garrido affirme que ce n’est pas le cas. Alexis Corbière n’est plus élu depuis 2014 et a repris un poste à plein temps dans un lycée professionnel, tandis que Raquel Garrido est avocate depuis 2011 avec «des bonnes et des mauvaises années». Elle assure n’avoir jamais été rémunérée pour ses activités politiques.

Quoi qu’il en soit, les occupants, quels que soient leurs revenus, ne pourront être délogés. Deux cas de figure se posent en cas de reconventionnement : si les occupants du logement ont des revenus inférieurs au plafond de ressources correspondant au nouveau régime HLM de l’immeuble, leur loyer peut être revu à la baisse. Dans le cas contraire, avec des revenus supérieurs au plafond, ils peuvent demeurer sur place avec loyer inchangé.

En théorie, et à condition que leurs revenus soient inférieurs au plafond, le couple pourrait donc même bénéficier… d’une révision à la baisse de son loyer. Pour cela, Garrido et Corbière devraient d’abord changer de bail, une formalité administrative qu’il leur revient d’effectuer ou non. Ils restent en attendant liés par le bail d’origine, une situation qui peut être prolongée indéfiniment. A ce jour, Raquel Garrido explique n’avoir encore effectué aucune démarche de changement de bail.

Seule certitude : le couple jouit aujourd’hui d’un loyer très en deçà des prix du marché, sans pour autant que leur situation n’apparaisse choquante à la RIVP. Celle-ci a en effet la possibilité de faire jouer l’article 17-2 de la loi du 6 juillet 1989 pour augmenter un loyer, si celui-ci est manifestement sous-estimé au regard des prix du marché. C’est l’extrêmité à laquelle la régie est arrivée concernant Jean-Pierre Chevènement : alors sénateur, il occupait un de leurs logements sociaux, un «bel appartement de 120 mètres carrés dans le quartier du Panthéon, pour 1 519 euros mensuels, un loyer qui s’élèverait dans le privé à 3 500 euros», comme nous l’écrivions en 2011. Compte tenu de son patrimoine immobilier par ailleurs important, la RIVP avait fait jouer l’article 17-2 et révisé son loyer à la hausse. Le fait que Garrido et Corbière ne soient pas visés par une telle démarche de la RIVP montre donc que leur situation, pour être avantageuse, n’est en rien comparable à celle de l’ancien maire de Belfort


Polémique Arte: Vous avez dit accablant ? (The worst documentary on antisemitism, except for all the others)

23 juin, 2017

Agression de NKM: Attention, une violence peut en cacher une autre ! (At last, extremism experts start to worry about the democratization of radicalism on the left)

18 juin, 2017
L'humoriste Kathy Griffin a choqué en postant cette photo sur les réseaux sociaux
https://media.townhall.com/townhall/reu/ha/2017/165/8a9a8a20-2069-4188-ba91-b4ef3c4c93d6.jpg
https://i2.wp.com/cdn.timesofisrael.com/uploads/2017/06/Screen-Shot-2017-06-17-at-5.17.11-PM-e1497709084178-635x357.png
https://cdn.jihadwatch.org/wp-content/uploads/2017/06/Three-Palestinians-killed-BBC.pngL’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers au poing, à descendre dans la rue et à tirer, au hasard, tant qu’on peut dans la foule. André Breton
Il faut avoir le courage de vouloir le mal et pour cela il faut commencer par rompre avec le comportement grossièrement humanitaire qui fait partie de l’héritage chrétien. (..) Nous sommes avec ceux qui tuent. Breton
Cette violence irrépressible il le montre parfaitement, n’est pas une absurde tempête ni la résurrection d’instincts sauvages ni même un effet du ressentiment : c’est l’homme lui-même se recomposant. Cette vérité, nous l’avons sue, je crois, et nous l’avons oubliée : les marques de la violence, nulle douceur ne les effacera : c’est la violence qui peut seule les détruire. Et le colonisé se guérit de la névrose coloniale en chassant le colon par les armes. Quand sa rage éclate, il retrouve sa transparence perdue, il se connaît dans la mesure même où il se fait ; de loin nous tenons sa guerre comme le triomphe de la barbarie ; mais elle procède par elle-même à l’émancipation progressive du combattant, elle liquide en lui et hors de lui, progressivement, les ténèbres coloniales. Dès qu’elle commence, elle est sans merci. Il faut rester terrifié ou devenir terrible ; cela veut dire : s’abandonner aux dissociations d’une vie truquée ou conquérir l’unité natale. Quand les paysans touchent des fusils, les vieux mythes pâlissent, les interdits sont un à un renversés : l’arme d’un combattant, c’est son humanité. Car, en ce premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ; le survivant, pour la première fois, sent un sol national sous la plante de ses pieds. Sartre (préface aux damnés de la terre, 1961)
Kidnapper des personnages célèbres pour leurs activités artistiques, sportives ou autres et qui n’ont pas exprimé d’opinions politiques peut vraisemblablement constituer une forme de propagande favorable aux révolutionnaires. ( …) Les médias modernes, par le simple fait qu’ils publient ce que font les révolutionnaires, sont d’importants instruments de propagande. La guerre des nerfs, ou guerre psychologique, est une technique de combat reposant sur l’emploi direct ou indirect des médias de masse.( …) Les attaques de banques, les embuscades, les désertions et les détournements d’armes, l’aide à l’évasion de prisonniers, les exécutions, les enlèvements, les sabotages, les actes terroristes et la guerre des nerfs sont des exemples. Les détournements d’avions en vol, les attaques et les prises de navires et de trains par les guérilleros peuvent également ne viser qu’à des effets de propagande. Carlos Marighela (« Minimanuel de guerilla urbaine », 1969)
Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux du sport et de la télévision et ils ont répondu à nos prières. Terroriste palestinien (Jeux olympiques de Munich, 1972)
Les mots sont responsables: il leur est répondu. Les paroles de haine des avant-gardes ont préparé la mort des individus. (…) Pourquoi l’avant-garde a-t-elle été fascinée par le meurtre et a fait des criminels ses héros, de Sade aux sœurs Papin, et de l’horreur ses délices, du supplice des Cent morceaux en Chine à l’apologie du crime rituel chez Bataille, alors que dans l’Ancien Monde, ces choses là étaient tenues en horreur? (…) Il en résulte que la fascination des surréalistes ne s’est jamais éteinte dans le petit milieu de l’ intelligentsia parisienne de mai 1968 au maoïsme des années 1970. De l’admiration de Michel Foucault pour ‘l’ermite de Neauphle-le-Château’ et pour la ‘révolution’ iranienne à… Jean Baudrillard et à son trouble devant les talibans, trois générations d’intellectuels ont été élevées au lait surréaliste. De là notre silence et notre embarras. Jean Clair
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. (…) Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
More ink equals more blood,  newspaper coverage of terrorist incidents leads directly to more attacks. It’s a macabre example of win-win in what economists call a « common-interest game. Both the media and terrorists benefit from terrorist incidents, » their study contends. Terrorists get free publicity for themselves and their cause. The media, meanwhile, make money « as reports of terror attacks increase newspaper sales and the number of television viewers ». Bruno S. Frey (University of Zurich) et Dominic Rohner (Cambridge)
Un des jeunes tueurs de Littleton, Eric Harris, avait passé une centaine d’heures à reprogrammer le jeu vidéo Doom pour que tout corresponde plus ou moins à son école (…) [jusqu’à] « incorporer le plan du rez-de-chaussée du lycée Columbine dans son jeu. En outre, il l’avait reprogrammé pour fonctionner « en mode Dieu », où le joueur est invincible. (…) Le 1er décembre 1997, à Paducah (Kentucky), Michael Carneal, alors âgé de 14 ans et armé de six pistolets, avait attendu la fin de la session quotidienne de prière à l’école pour tuer trois fillettes (…) et d’en blesser cinq autres. Lorsque la police a saisi son ordinateur, on a découvert qu’il en était un usager assidu, recherchant souvent sur Internet les films obscènes et violents. Parmi ses favoris, Basketball Diaries et Tueurs nés, film qui a influencé aussi les tueurs de Littleton. (…) En examinant l’ordinateur de Michael Carneal, la police a également découvert qu’il était un passionné de Doom, le fameux jeu qui consiste pour l’essentiel à passer rapidement d’une cible à l’autre et à tirer sur ses « ennemis » en visant surtout la tête. Le jeune Carneal, qui n’avait jamais utilisé d’arme auparavant, a réussi à toucher huit personnes, cinq à la tête, trois à la poitrine, avec seulement huit balles – un exploit considérable même pour un tireur bien entraîné. (…) Le colonel David Grossman, psychologue militaire, qui donne des cours sur la psychologie du meurtre à des Bérets verts et des agents fédéraux, est un témoin-expert dans ce procès. Il fait remarquer que les jeux vidéos consistant à viser et à tirer ont le même effet que les techniques d’entraînement militaire utilisées pour amener le soldat à surmonter son aversion à tuer. Selon lui, ces jeux sont encore plus efficaces que les exercices d’entraînement militaire, si bien que les Marines se sont procurés une version de « Doom » pour entraîner leurs soldats.  Helga Zepp-LaRouche
La tuerie de la Columbine High School a mis en lumière une double forme de criminalité qui ne retient pas habituellement l’attention du public. Il s’agit pourtant d’un acte sur lequel la police intervient à intervalles réguliers.  Le Violence Policy Center estime que près de 1 500 « meurtres-suicides » (murder suicides) ont lieu chaque année. L’acte en question consiste à tuer un parent, un proche ou un étranger avant de se faire justice. Dans les vingt dernières années, quelques cas ont frappé par leur aspect aussi horrible que gratuit. Ils ont tous été ponctués par le suicide du meurtrier. En 1986, le postier Patrick Sherrill qui est menacé de licenciement abat dans l’Oklahoma 14 collègues et en blesse six autres.  En 1991, George Hennard, un routier texan, lance son camion dans un restaurant. 23 clients sont tués et 20 autres blessés. En 1999, à Atlanta, Géorgie, Mark Barton tue sa femme et ses enfants avec un marteau et se rend ensuite chez un courtier où il abat neuf personnes et en blesse 13 autres. Au Texas en 1999, Larry Ashbrook pénètre dans une église baptiste avant un concert, tue sept spectateurs et lance des explosifs sans faire de victimes. En 2001, un employé de la firme Navistar en Illinois est armé jusqu’aux dents quand il tue quatre collègues et en blesse quatre autres. (…) La majorité des meurtres-suicides révèle que l’acte prétendument vengeur précède immédiatement l’autodestruction. Daniel Royot
Les images violentes accroissent (…) la vulnérabilité des enfants à la violence des groupes (…) rendent la violence ‘ordinaire’ en désensibilisant les spectateurs à ses effets, et elles augmentent la peur d’être soi-même victime de violences, même s’il n’y a pas de risque objectif à cela. Serge Tisseron
L’effet cliquet, ou effet de cliquet, est un phénomène ou procédé énoncé par Thomas M. Brown, qui empêche le retour en arrière d’un processus une fois un certain stade dépassé.Il est parfois lié à un « effet mémoire » : « une consommation atteinte est difficilement réduite du fait des habitudes et des engagements qui ont été pris ». L’« effet cliquet » fait analogiquement et métaphoriquement référence au cliquet d’horlogerie (mécanisme d’échappement à ancre interdisant tout retour en arrière d’une roue dentée). Cette métaphore est utilisée dans de nombreux domaines, de la politique au management et à la théorie de l’évolution. (…) Il est parfois lié à la théorie de l’effet de démonstration ou d’imitation développée par James Stemble Duesenberry en 1949. La consommation peut dépendre de la consommation de la classe sociale ou du groupe social de référence. Selon lui, c’est un effet de « démonstration » : il y a une démonstration des classes aisées sur les classes inférieures qui les imitent. De par ce fait, la classe immédiatement inférieure consomme alors de la même manière. Pour Duesenberry, la consommation, à une période donnée dépend non seulement du revenu de cette période, mais aussi des habitudes de consommation acquises antérieurement. Si la consommation dépend du revenu courant mais aussi de la consommation passée (…) Duesenberry évoque également l’effet d’imitation — « tout citoyen d’une classe sociale donnée tend à acquérir le comportement de la classe immédiatement au-dessus. ». De ce point de vue, le club des « privilégiés » servirait de modèle de référence aux autres catégories sociales qui tentent de suivre ses dépenses lorsque leurs revenus augmentent ou lorsque la production de masse banalise les objets. Pour Duesenberry, il s’agit donc d’une course poursuite au modèle supérieur. (…) L’hypothèse faite par Duesenberry est que la consommation dépend du plus haut niveau de consommation durant la période précédente. (…) Dans ce domaine, ce terme permet de décrire l’incapacité d’un gouvernement à réduire les énormes bureaucraties, une fois que celles-ci ont été mises en place, comme par exemple en temps de guerre pour couvrir l’ensemble des besoins des troupes. On peut retrouver ce phénomène dans la réforme des organisations internationales due aux nombreuses couches de bureaucratie créées précédemment. L’économiste Robert Higgs de l’école autrichienne a lui aussi utilisé le terme pour décrire l’apparente expansion irréversible du gouvernement en temps de crise dans son livre Crise et Leviathan. Le phénomène de cliquet a également été théorisé par Yves-Marie Adeline dans son ouvrage La Droite impossible paru en 2012 (édition modifiée de La Droite piégée datant de 1996) : il y démontre comment, dans un système démocratique dont les fondements sont de gauche, les lois sociétales de la gauche sont irréversibles, car la droite, quand elle revient au pouvoir, ne se sent pas libre de les abroger. Cela ne vaut pas pour l’économie (comme le montre le Thatcherisme qui a pu défaire l’Etat-providence issu de la guerre ), mais cela vaut pour les évolutions sociétales. (…) L’effet cliquet désigne « l’irréversibilité du progrès technique ». Wikipedia
Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, donc tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi, à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste.D’abord le procès en fascisme à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la fois absurde et scandaleux. Je suis profondément attaché à l’identité nationale et je crois même ressentir et savoir ce qu’elle est, en tout cas pour moi. L’identité nationale, c’est notre bien commun, c’est une langue, c’est une histoire, c’est une mémoire, ce qui n’est pas exactement la même chose, c’est une culture, c’est-à-dire une littérature, des arts, une, la philo, les philosophies. Et puis c’est une organisation politique avec ses principes et ses lois. Quand on vit en France, j’ajouterai : l’identité nationale, c’est aussi un art de vivre, peut-être, que cette identité nationale. Je crois profondément que les nations existent, existent encore, et en France, ce qui est frappant, c’est que nous sommes à la fois attachés à la multiplicité des expressions qui font notre nation, et à la singularité de notre propre nation. Et donc ce que je me dis, c’est que s’il y a aujourd’hui une crise de l’identité, crise de l’identité à travers notamment des institutions qui l’exprimaient, la représentaient, c’est peut-être parce qu’il y a une crise de la tradition, une crise de la transmission. Il faut que nous rappelions les éléments essentiels de notre identité nationale parce que si nous doutons de notre identité nationale, nous aurons évidemment beaucoup plus de mal à intégrer. Lionel Jospin (France Culture, 29.09.07)
Car la consigne (« Qu’ils s’en aillent tous ») ne visera pas seulement ce président, roi des accointances, et ses ministres, ce conseil d’administration gouvernemental de la clique du Fouquet’s ! Elle concernera toute l’oligarchie bénéficiaire du gâchis actuel. « Qu’ils s’en aillent tous ! » : les patrons hors de prix, les sorciers du fric qui transforment tout ce qui est humain en marchandise, les émigrés fiscaux, les financiers dont les exigences cancérisent les entreprises. Qu’ils s’en aillent aussi, les griots du prétendu « déclin de la France » avec leurs salles refrains qui injectent le poison de la résignation. Et pendant que j’y suis, « Qu’ils s’en aillent tous » aussi ces antihéros du sport, gorgés d’argent, planqués du fisc, blindés d’ingratitude. Du balai ! Ouste ! De l’air ! Jean-Luc Mélenchon (extrait du livre)
Quand Mélenchon titre son livre Chassez-les tous (sic), c’est d’une violence extraordinaire. Mais lui est invité partout.  Jean-Marie Aphatie
C’est une chose complètement acceptée. Certains antifa ne partagent pas ces codes-là, mais dans le noyau dur du mouvement, ils s’habillent de la même façon et avec les mêmes marques que le camp d’en face. Parce que les racines de leurs mouvements sont les mêmes: les skinheads. Les deux ont divergé entre redskins et skins d’extrême-droite, mais l’origine est la même. (…) depuis que les antifa se revendiquent plus ouvertement skinheads, et se rasent même la tête, ce sont les mêmes au niveau du look. Avec les mêmes bombers, les mêmes Dr Martens, les mêmes origines culturelles, et la même fascination pour la baston. Ce sont les frères ouverts contre les frères fermés, en somme. (…) c’est un grand classique. Les boutiques qui vendent des fringues «rock» au sens très large du terme sont peu nombreuses, donc c’est un lieu de croisement. Dans le XVe arrondissement parisien, une boutique qui distribue ces marques est surtout visitée par les skinheads d’extrême droite, mais peut l’être par l’autre bord aussi. Il y a déjà eu plusieurs bastons autour de la boutique, surtout entre 1990 et 1995. (…) pratiquement tous les skins et les antifafs qui portent ces marques s’habillent là-bas. Ils ont généralement peu de moyens, et comme les prix de ces marques sont élevés, ils attendent ces réductions pour se fournir. Depuis deux, trois ans, il y a des tensions lors de ces ventes, des individus des deux bords s’y croisent, il y a des regards. On peut presque dire que ce drame était inéluctable. Marc-Aurèle Vecchione
La différence entre eux et moi, c’est que je n’ai pas peur : je n’ai pas peur pour notre culture, je n’ai pas peur pour la France. Je crois profondément que la France n’a jamais été et ne sera jamais une nation multiculturelle. Si un risque existe qu’elle le devienne, je le combattrai en redonnant à notre langue sa prééminence dans l’enseignement, en sanctionnant sans transiger tous ceux qui se soustraient aux lois de la République et à ses usages, en travaillant inlassablement sur ce qui nous est commun, non pas en satisfaisant des « aspirations opposées » mais en rappelant aux Français que ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous sépare. C’est tout le sens de mon combat politique. (…) Combattre l’islam radical, ce n’est pas de l’islamophobie : c’est le minimum qu’on puisse attendre de responsables politiques soucieux de préserver l’unité nationale et l’ordre public. Mais lorsque l’islam pratiqué par des millions de nos compatriotes devient lui aussi suspect de n’être pas compatible avec les lois de la République, lorsqu’on vous démontre qu’il est de la nature de l’islam d’être contraire à nos lois, alors commence l’islamophobie. Organiser et réguler l’islam de France, notamment en le coupant de ses liens consulaires, permettra de mettre un terme à ces craintes, et permettra à nos compatriotes musulmans de vivre leur foi à l’abri des suspicions. C’est mon projet, et ma détermination à cet égard est sans faille. (…) Notre société a peur. Peur d’un avenir incertain, peur des vents de la mondialisation, peur du terrorisme, peur de la montée des communautarismes radicalisés… Pourtant, nous tenons bon. La France reste un pays aux valeurs fortes, et qui sait s’unir dans l’adversité, comme elle l’a démontré lors de la vague d’attentats. Pour vaincre cette peur collective, il faut que les Français se rassurent sur leur destin dans ce monde nouveau. Nous devons retrouver la confiance dans ce que nous sommes, à savoir une nation faite pour l’universel, et non pour le repli identitaire ou communautaire, une nation entreprenante, une nation qui sait encore parler au monde et tenir son rang face aux tentations totalitaires qui renaissent. La France n’a jamais été tant aimée que lorsqu’elle portait un projet conforme à son histoire et à son génie, mobilisant tous les Français et non pas seulement une petite élite. Nous entrons dans ce monde neuf avec une histoire, des talents, une compréhension du monde qui constituent des atouts uniques. C’est de cela que je veux convaincre nos compatriotes, pour que cesse cette défiance envers nous-mêmes, qui m’est insupportable. Emmanuel Macron
Monsieur le Premier Ministre, vous avez déclaré constater « la montée de l’antisémitisme, qui se nourrit dans les quartiers populaires » dont vous affirmez qu’ils seraient « antisémites ».(…) Oui, comme tant d’autres, je me sens visée par vos propos quand vous parlez de l’antisémitisme des quartiers populaires. Non, nous qui venons des quartiers populaires ne sommes pas antisémites. Les gens qui habitent, travaillent, vivent dans les quartiers populaires ne sont pas antisémites dans leur ensemble, intrinsèquement, par essence. Présumer que la lutte pour la liberté du peuple palestinien ne pourrait qu’être de l’antisémitisme caché est un raccourci grossier. Ne peut-on pas lutter contre la politique d’un gouvernement sans être soupçonné de haïr l’ensemble d’un peuple? Lutter contre la politique de Berlusconi a-t-il fait de vous un raciste anti-Italiens? Votre déclaration, monsieur le Premier Ministre, est un dangereux cliché, stéréotypé et stigmatisant, contre les quartiers populaires. L’antisémitisme est un fléau, une horreur, une abomination. Il existe en France. Mais les quartiers populaires ne l’ont pas créé et il ne se nourrit pas à Belleville où des athées vont parfois rompre le jeûne du Ramadan avec des Musulmans et des Chrétiens dans un restaurant casher. (…) L’article 1er de la loi de 1905 prévoit que la République « ne reconnaît ne salarie ne subventionne aucun culte ». Ni plus ni moins. Interdire le voile c’est reconnaître le voile comme signe religieux, donc reconnaître une religion, interdire le voile à l’école est donc contraire à la loi de 1905. Interdire aux femmes voilées d’accompagner les sorties scolaires de leurs enfants relève ni plus ni moins de l’islamophobie. L’obligation de neutralité religieuse s’applique d’après la loi de 1905 aux fonctionnaires, représentants de l’Etat, pas aux parents d’élèves qui ne représentent qu’eux-mêmes.Le Président Hollande avait promis dans son programme, par l’engagement 59, de défendre la paix et la reconnaissance de la Palestine (…) A l’exception de quelques extrémistes violents, haineux, sectaires et contre-productifs comme il y en dans tous les bords, dans toutes les familles politiques y compris dans la nôtre, les habitants des quartiers populaires qui ont manifesté, réclamaient simplement l’application de l’engagement 59 de notre président. Marlène Schiappa (22.07.2014)
 Je n’en peux plus, d’entendre ce discours ultra-sécuritaire, qui n’a rien donné depuis dix ans. Je n’en peux plus d’entendre dire que dans nos quartiers, c’est la radicalisation. Caroline Reverso-Meinietti (candidate macroniste à Nice)
Nous vivons dans un temps bizarre. Une dénonciation anonyme se multiplie et à partir de là, on peut avoir des vagues extrêmement déstabilisantes. (…) On en jugera une fois que les faits seront établis. Je ne sais pas si ça a un lien avec la moralisation de la vie publique, mais en tout cas je (la) porterai. François Bayrou
Ces intellectuels tétanisés par la culpabilité postcoloniale battent la campagne médiatique. Ils font de l’islamophobie le ressort exclusif des grandes manifestations antiterroristes du 11 janvier… Proclamer « Je suis Charlie », c’est pour eux faire acte d’islamophobie ! Cette cécité les conduit à minimiser le péril djihadiste de peur de désespérer Molenbeek comme les compagnons de route du Parti communiste s’interdisaient de dénoncer les exactions du stalinisme de peur de « désespérer Billancourt ». Par-delà l’organisation terroriste Daech, qui a fracturé la cohésion rêvée de la patrie, je crois que deux forces de désintégration sont à l’œuvre dans la société française. D’une part, les mouvements communautaristes, qui font prévaloir l’appartenance religieuse et ses marqueurs dans l’espace public. De l’autre, une conception identitaire et étroite de la France, dont le fond est ethno-racial et xénophobe. Mon livre est destiné à nourrir le grand débat de société qui doit absolument précéder les élections présidentielle et législatives de 2017. En tant qu’universitaire travaillant sur ces enjeux depuis trois décennies, je me livre à une analyse sans dramatisation mais sans complaisance du défi mortel que pose le djihadisme à notre pays et que cherchent à occulter une partie de nos intellectuels de gauche (…) [le 7 janvier] du point de vue jihadiste, c’est l’attentat le plus réussi. Pourquoi ? Parce que les dessinateurs de « Charlie Hebdo » sont perçus, dans une partie de la jeunesse musulmane européenne et française, comme des gens qui l’ont bien cherché. De même qu’il y avait eu des milliers de like sur Facebook pour Merah, il y en a eu pour les frères Kouachi, pour Coulibaly, etc. Cela aboutit à ce clivage, qui est exacerbé par toute cette mouvance islamogauchiste dont Emmanuel Todd se fait le porte-parole, sans doute inconscient à l’époque, avec son livre « Qui est Charlie ? ». (…) Ce qui est fascinant, c’est que, du 14 juillet jusqu’au 26 juillet (l’assassinat du père Hamel), la France est dépeinte dans la presse internationale et notamment anglo-saxonne comme victime de la terreur. Elle est plainte, il y a de la commisération. Et soudain, à partir du mois d’août, lorsque arrivent les arrêtés anti-burkini des municipalités du littoral méditerranéen, la victime va se transformer d’un jour à l’autre en bourreau. Cette inversion paradoxale, qui est une imposture exceptionnelle, est menée en particulier par un groupe qui s’appelle le Collectif contre l’Islamophobie en France (CCIF), organisation proche des Frères musulmans, qui va tirer profit de la frustration de jeunes musulmans qui en ont assez de devoir rappeler qu’ils ne sont pas des terroristes. (…) Au mois de mai dernier, j’ai été invité par le Bondy Blog à participer à un débat. J’ai beaucoup travaillé sur la Seine-Saint-Denis, à Clichy, Montfermeil, et j’avais des contacts avec leurs journalistes. Des jeunes issus de l’immigration qui étaient dans une logique d’insertion sociale, qui voulaient créer un journalisme alternatif et ouvert. A ma stupéfaction, les trois journalistes chargés de m’interviewer m’ont accusé pendant tout l’entretien d’être islamophobe ! C’était juste avant que je sois condamné à mort par Larossi Abballa dans sa vidéo du 13 juin au soir. Mais ils ne parlaient jamais des attentats et uniquement de l’islamophobie : les femmes voilées traînées par terre, la société française islamophobe, etc. J’ai compris depuis lors que le Bondy Blog avait été totalement repris en main par cette frange frériste qui a fait de l’ »islamophobie » son principal slogan. Pour les Frères musulmans, dans la mouvance de Tariq Ramadan, comme pour Marwan Muhammad (le directeur exécutif du CCIF), il y a une volonté manifeste de mobiliser cette jeunesse musulmane en occultant le phénomène des attentats, en se refusant à le penser. C’est la « forclusion », comme on dirait en psychanalyse lacanienne, des attentats, pour se focaliser sur une victimisation communautaire de la population concernée. Ce que les jihadistes ne parviennent pas à faire, c’est-à-dire à mobiliser, parce qu’ils font horreur, les Frères musulmans le réussissent en offrant un regroupement de défense identitaire. Les Frères musulmans ont été durablement affaiblis en Egypte par le régime du maréchal Sissi, et beaucoup sont aujourd’hui exilés en Turquie. Et c’est à partir de la Turquie que leur stratégie de conquête de l’Europe s’est construite, soutenue par le Qatar. Le CCIF est le produit de cette stratégie. Le CCIF s’adresse à cette jeunesse qui a fait des études (Marwan Muhammad a été trader, formé à l’université Léonard-de-Vinci de Charles Pasqua) et qui se perçoit en dissidence culturelle avec la société française ; mais contrairement aux salafistes – qui visent la hijra, c’est-à-dire la rupture culturelle, éventuellement le départ – et contrairement aux jihadistes qui veulent tuer tout le monde –, eux sont dans la logique de construction d’un lobby communautaire. (…) [Marwan Muhammad] est le directeur exécutif du Comité contre l’Islamophobie, le CCIF. Il a fait la une du « New York Times » comme porte-parole de l’islam de France, avant que ce quotidien ne dépeigne la France comme une sorte de goulag pour les musulmans, et dont la laïcité tiendrait lieu de stalinisme. Souvenez-vous de l’affaire de Tremblay-en-France, au cours de laquelle deux jeunes femmes voilées, dans des circonstances qui restent encore obscures, n’ont pas été servies par un restaurateur. Le lendemain, le 28 août, Marwan Muhammad s’est rendu à la mosquée de Tremblay. Là, il prononce un discours fondamental pour comprendre la stratégie des Frères musulmans… Il dit la nécessité de rassembler les musulmans de France autour de questions éthiques, et cela dans la perspective de l’élection de 2017, où le CCIF décernera aux différents candidats le label « islamophobe » ou « moins islamophobe » : il s’agit donc clairement de construire un lobby communautaire qui va monnayer politiquement ses voix. (…) Ainsi, les gauchistes, qui sont en perte de vitesse idéologique dans la société, se sont mis à considérer les enfants d’immigrés musulmans comme leur nouveau prolétariat messianique. Faire un bout de chemin avec les musulmans exploités contre la bourgeoisie devenait plus important que de s’en tenir à la ligne qui faisait de la religion l’opium du peuple du marxisme fondamental. Ce qui est cocasse, c’est qu’on a, d’un côté, un islam du gauchisme et, de l’autre côté, un communautarisme électoral porté par la droite – qui va aussi jusqu’à l’extrême droite. (…) Aujourd’hui, le clivage entre la droite et la gauche sur lequel était fondée la vie politique française n’a plus de signification. La société comporte actuellement un néo-prolétariat dans les banlieues populaires, dans lequel il y a beaucoup d’enfants d’immigrés qui n’ont plus accès au marché du travail, non seulement à cause des discriminations, mais parce que notre système éducatif est découplé des besoins de l’économie numérique postindustrielle. Et c’est parmi ceux qui vont à l’université que la mouvance des Frères musulmans recrute – alors que le salafisme touche des milieux moins éduqués. En même temps, il y a une marginalisation croissante de classes populaires, si j’ose dire, « de souche », qui sont confrontées à des situations de précarité. A la logique de clôture communautaire des uns s’oppose la logique de clôture identitaire des autres. C’est cet affrontement qui est en train de devenir un des éléments structurants du débat politique français. La petite bourgeoisie périurbaine, qui votait à gauche, est en train de basculer vers Marine Le Pen. Ainsi, une partie des enseignants votent pour le Front national parce qu’ils sont confrontés dans les collèges des ZEP et ailleurs à des élèves qui sont dans une telle logique d’affirmation communautariste qu’ils mettent en cause les enseignants qui, pour 2.000 euros par mois en fin de carrière, font un boulot extrêmement dur, et ne sont pas suivis par leur hiérarchie qui ne veut pas faire de vagues. (…) En 2012, Hollande a gagné avec une marge très faible. S’il n’y avait pas eu ce vote « musulman » massif en sa faveur, il ne serait pas passé. Or il le perd à partir du projet de mariage pour tous. Dès les élections partielles de décembre 2012, dans les circonscriptions où le Conseil constitutionnel a invalidé les résultats de juin, on voit que certains quartiers populaires basculent vers des candidats de droite, dont plusieurs m’ont dit leur stupéfaction. Ils avaient vu des bureaux de vote « musulmans » qui leur avaient donné moins de 10% des voix en juin 2012 leur conférer une large majorité en décembre. Pourquoi ? Parce que l’imam en chaire le vendredi précédent avait appelé à sanctionner dans les urnes les « socialistes corrupteurs sur la terre », qui avaient permis le mariage homosexuel. Et c’est un enjeu très important, qui va se traduire par la participation d’un certain nombre d’associations islamiques à la Manif pour tous. Ainsi Kamel Bechikh de Fils de France, par ailleurs proche du Front national, est l’un des porte-parole du mouvement. La sanction électorale la plus frappante a lieu en Seine-Saint-Denis (municipales de 2014), où sur 40 communes 21 seront remportées par la droite et 19 par la gauche. C’est une tendance qu’a bien su exploiter Jean-Christophe Lagarde (le patron de l’UDI en Seine-Saint-Denis). Ainsi, Bobigny, qui était communiste depuis que le communisme existe, va basculer à droite. Les groupes islamistes s’y allient aux politiciens conservateurs au nom de revendications si j’ose dire « éthiques », disons plutôt de morale sociale contre l’hédonisme. (…) Les salafistes ne préconisent pas la violence, puisqu’ils sont liés au système saoudien et que l’Arabie saoudite n’a aucune envie de faire la guerre avec ceux qui lui achètent son pétrole. Mais il fournit le socle de la fracture culturelle sur laquelle se construira assez aisément le passage à l’acte violent lorsque les jihadistes le prêcheront. (…) Olivier Roy, qui n’a plus fait de travail de terrain depuis des années et qui ignore la langue arabe, s’efforce de me « zemmouriser ». Je les renvoie l’un à l’autre : tel Ulysse, je m’efforce de mener ma barque universitaire entre les sirènes de ce Charybde et de ce Scylla sur lesquelles la pensée ne peut que se fracasser… Lorsqu’il dit que j’islamise tout, c’est de bonne guerre rhétorique, mais c’est faux. J’essaie simplement de montrer quelles sont les stratégies par lesquelles jihadistes d’un côté, salafistes d’un autre, Frères musulmans d’un troisième s’efforcent de capter la population musulmane de France, sans du reste y arriver pour l’instant. Je ne suis pas pessimiste. Je suis convaincu que la laïcité de la République, à condition d’être pensée comme une laïcité d’inclusion et non pas une laïcité de séparation, est porteuse de l’avenir de notre pays. Maintenant, prétendre que la tentation du jihad découle d’un nihilisme mortifère, d’une volonté de suicide qui aurait revêtu par hasard les oripeaux de l’islamisme, c’est très insuffisant. Les individus qui sont prêts à sacrifier leur vie le font parce qu’ils sont sûrs que leur mort va amener la rédemption de l’humanité. Ce qui n’a rien à voir avec le suicide nihiliste. Je reste persuadé qu’il faut revenir aux textes : lire les écrits de Daech. Si on n’analyse pas la spécificité du jihadisme actuel, si on ne l’inscrit pas dans la relation avec le Moyen-Orient, avec l’Afrique du Nord, si on ne comprend pas ce que ça signifie que, dans l’idéologie du jihadisme de troisième génération, l’Europe soit identifiée spécifiquement comme le ventre mou de l’Occident … on passe à côté du phénomène. (…) Que certains jeunes passent par la délinquance, et ensuite voient dans le jihadisme une rédemption, c’est un fait. Mais pour cela, ils passent par la case mentale du salafisme : la rupture culturelle. A partir du moment où quelqu’un comme vous ou moi est considéré comme un infidèle, un blasphémateur, la rupture est consommée. La condamnation à mort par les jihadistes s’ensuit aisément. Je pense qu’il ne faut pas sous-estimer le pouvoir de l’idéologie religieuse, telle qu’elle est manipulée aujourd’hui dans un monde où internet fournit les imams numériques, de mobiliser les individus. Faire l’impasse là-dessus, c’est considérer que les acteurs sociaux sont totalement étrangers à leur destin. Or ce n’est pas le cas. Si on analyse les écoutes du téléphone d’Adel Kermiche, on comprend que celui-ci, pendant un an, en prison, a été exposé dans sa cellule à des prédicateurs qui lui ont appris l’arabe. J’ai vu la cassette de serment d’allégeance qu’il a faite. Son arabe n’est pas parfait, il bute sur les mots, mais il est très correct : la prison française, c’est l’ENA du jihad. D’autre part, pourquoi est-il allé tuer un prêtre ? Parce que les chrétiens représentent le mal, les kouffar (les mécréants) qui ne se sont pas dissociés du bombardement de la coalition des croisés sur l’Etat islamique. C’est bien au nom d’une vision salafiste de fracture du monde. (…) Quand en 2012 Mohamed Merah met en œuvre les injonctions d’un prédicateur, Abou Moussab al-Souri (que lui-même les ait lues ou pas, ça n’a pas d’importance, le monde du tweet les traduit et les dilue à l’infini), au fond notre haute fonction publique et nos politiciens n’y comprennent rien. Ils font de Merah un loup solitaire… Cinq ans après, le procès n’a toujours pas eu lieu. Il y a recours contre recours. Au fond, l’affaire Merah, c’est l’échec complet de la hiérarchie du renseignement à ce moment-là. Mais on est dans un monde pyramidal, où la haute fonction publique est incapable de se remettre en question; de ce point de vue, le quinquennat de François Hollande a été désastreux puisque l’université y a été méprisée, que les études arabes y ont été détruites. Aujourd’hui, on est démuni face à ce phénomène, ce qui explique la floraison d’ »experts » bidon, dont les constructions idéologiques se fondent sur l’ignorance du terrain comme des textes. Le postulat de l’islamo-gauchisme est : ce n’est pas la peine de connaître l’idéologie dont se réclament les jihadistes qui sont avant tout des nihilistes. On songe aux beaux esprits de la république de Weimar, qui tenaient « Mein Kampf » à sa parution en 1925, pour les élucubrations exaltées d’un peintre dénué de talent… L’enjeu, aujourd’hui, c’est de poser le diagnostic le plus juste possible sur le phénomène : bien évidemment cela est fait de controverses, c’est tout à fait légitime, à condition que cela repose sur une vraie connaissance de ce dont on parle. Et comme ce sera largement à l’élu(e) de 2017 de mettre en œuvre la thérapie de la fracture, nos concitoyens ont le droit d’être informés pour se prononcer en connaissance de cause, et non de se faire balader par des charlatans… Gilles Kepel
C’est à ces occasions que saute aux yeux le système, dont d’ailleurs les défenseurs du festival n’ont pas dit un mot, celui de ces habitants des grandes métropoles connectées qui élisent scrupuleusement Anne Hidalgo et Sadiq Khan, en profitant grassement de la mondialisation et acclamant Emmanuel Macron. Qui sont généreux, humanistes, pas racistes pour deux sous, mais trouvent parfaitement normal que leurs domestiques, les nounous, les femmes de ménage, les plongeurs, les chauffeurs, les caissières soient parqués dans des banlieues pourries, et viennent les servir dans les centres-villes, en circulant de préférence sous la terre. Tôt le matin pour les femmes de ménage, et tard le soir pour les plongeurs, quand les « insiders » repus sortent des restaurants branchés où ils ont passé la soirée. Et surtout pas en voiture. En auraient-il qui n’ont pas été brûlées par les racailles dans leur quartier, la circulation est volontairement rendue insupportable, et les voies rapides confisquées pour la promenade de quelques-uns, et la valorisation du patrimoine immobilier de tous les autres. Une photo significative a été publiée dans la presse, et a circulé sur les réseaux. On y voyait un groupe de femmes noires manifestant devant l’Hôtel de Ville de Paris. Bel atelier non mixte, puisqu’il s’agissait des femmes de ménage de la Ville qui, soutenues par la CGT, exprimaient leur volonté de voir améliorer leurs conditions de travail dont on imagine facilement qu’elles ne doivent pas être folichonnes. Une autre photo lui succède ce matin, celle du « dîner en blanc », qui a eu lieu cette année sur… le même esplanade de l’Hôtel de Ville. Le « dîner en blanc » est ce «flash-mob» inventé il y a une trentaine d’années, c’est-à-dire bien avant Facebook, au cours duquel les grands, moyens, et petits-bourgeois de Paris, se rassemblent par centaines, voire par milliers, à un endroit connu au dernier moment pour y dîner, de pied en cap habillés de blanc. Investissant sans autorisation préfectorale, en plein état d’urgence, et avec une arrogance ingénue, l’espace public, ces gens-là festoient sans mesurer l’indécence de cette prétention à signifier que la règle commune ne leur est pas applicable. Autre façon de dire qu’ils sont les maîtres puisque les autorités laissent faire. Cette année, c’était sous les fenêtres d’Anne Hidalgo. Rapprochement absolument meurtrier, que de voir cet autre atelier non-mixte, où cette multitude de personnes blanches de peau et de tenue occupent illégalement l’espace commun. On imagine en plus que beaucoup d’entre eux protestent hautement (à juste titre et comme moi) contre les prières de rue. Sans mesurer qu’il y a quand même un petit problème et qu’ils ne sont pas idéalement placés. Les organisateurs, sûrs d’eux, nous annoncent encore plus grand pour le 30e anniversaire l’année prochaine. Rappelez-moi le score d’Emmanuel Macron à Paris le 7 mai. 89,69 % ? La « start-up nation », je crois que je vais avoir du mal. Causeur
Les paiements versés par l’Autorité palestinienne aux terroristes et à leurs familles encouragent les attaques haineuses, comme celle que nous avons vue aujourd’hui. Les dirigeants palestiniens continuent à jurer qu’ils soutiennent la paix tout en versant de l’argent tous les mois aux terroristes et en éduquant leurs enfants à la haine. La communauté internationale doit demander que les Palestiniens mettent un terme à ces actes de violence intolérables. J’appelle le Conseil de sécurité à condamner immédiatement cet attentat terroriste. Danny Danon (ambassadeur israélien à l’ONU)
Les cambriolages se multiplient dans le secteur et rien n’est fait. Les gendarmes n’ont plus aucun moyen actuellement. Je suis hors de moi et j’invite le nouveau ministre de l’intérieur qui ne cesse de parler de sécurité à tout va à se rendre dans la France profonde. Vincent Debraize
Si la rencontre ne se fait pas avec les Français, si les électeurs préfèrent Nathalie Kosciusko-Morizet ou la ligne politique d’Edouard Philippe, j’en tirerai les conséquences. Jamais personne ne me fera voter pour Emmanuel Macron. Je veux défendre mes convictions. C’est une question de bon sens, de morale. J’assume totalement mes positions. Si en politique on n’assume pas ses positions aussi mûrement réfléchies auxquelles l’histoire a donné raison, ce n’est pas la peine de faire de la politique. Henri Guaino
L’électorat qui a voté dans la 2e circonscription de Paris est à mes yeux à vomir. D’un côté les bobos qui sont dans l’entre soi de leur égoïsme, de l’autre cette espèce de bourgeoisie traditionnelle de droite qui va à la messe, envoie ses enfants au catéchisme et après vote pour un candidat qui pendant 30 ans a triché par tous les moyens. Des gens un peu pétainistes. (…) Aujourd’hui je suis libre, donc je peux dire ce que je pense. Henri Guaino
Je n’ai pas parlé de toute la France. je ne visais  que « les bobos qui vivent dans l’entre-soi » et « cette droite traditionnelle tellement hypocrite, au fond un peu pétainiste, qui n’est pas capable de se comporter conformément aux valeurs qu’elle proclame. Je n’ai pas insulté, j’ai dit ma vérité. A partir de dimanche soir je n’étais plus un homme politique, j’étais un citoyen. Henri Guaino
We accept that our original headline did not appropriately reflect the nature of the events and subsequently changed it. Whilst there was no intention to mislead our audiences, we regret any offence caused. BBC
I think we’re in a time when we can’t ignore the extremism from the Left. When we have anti-fascist counterprotests — not that they are the same as white supremacists — that can ratchet up the violence at these events, and it means we can see people who are violent on their own be attracted to that. I hate to say it, but it feels inevitable. Oren Segal (Center on Extremism, Anti-Defamation League)
 If you think about it, leftists never joined the National Rifle Association — unless they were radicals, they never thought about stockpiling weapons. Ok. Well, maybe we’re entering a period where leftists will start thinking about things in that way, like the eco-radicals did in the ’70s. These days, that kind of sentiment is popping up in the middle and on the left; it’s not just in the sovereign citizen movement. I’m really worried about rising civil strife in the U.S. Chris Hamilton (Washburn University, Topeka, Kansas)
 I’ve been going up and down the state of California meeting with law enforcement officials about this. I’m very concerned about it. What we’re seeing is the democratization of extremism and the tactics of radicalism. I’ve been warning about this, and nobody gave a shit. Brian Levin (Center for the Study of Hate and Extremism, California State University)
Left-wing extremism, of course, is nothing new. Groups like the Weather Underground and the Black Panthers have deep roots, and in the years after 9/11, Segal says, the largest source of extremist violence was from the Left: eco-terrorists and animal rights activists. But those later organizations mostly targeted institutions; in the modern era, politically motivated violence perpetrated by angry lone-wolf attackers bearing automatic rifles, of the sort carried out in Wednesday’s attack, has until now largely been a modus operandi of the far right. (…) Redneck Revolt doesn’t self-identify as “left,” but its ideals tend to fall along the liberal side of the spectrum: pro-Muslim, pro-immigrant, pro-LGBT, anti–economic inequality. But Mitch said that as the group has reached out to other organizations, like the local Three Percenter Militia, a largely right-wing, anti-Obama group, they found unlikely sources of commonality, particularly in their focus on local sovereignty, and general concerns about the direction of the country. Some former members of Three Percenters have even become involved in their activities — after “extensive vetting,” Mitch said. Vice

Attention: une violence peut en cacher une autre !

En ces temps décidément étranges et inquiétants …

Où contaminé par la fureur djihadiste …

Le premier suicidé ou déséquilibré venu se sent désormais obligé d’emporter avec lui qui une rue entière qui la totalité des 150 passagers d’un avion de ligne

Ou alors encore hier la jeune et courageuse vie d’une policière dont, pour cause de nationalité israélienne, aucune Tour Eiffel ne s’éteindra jamais …

Et au lendemain …

Coup sur coup, des deux côtés de l’Atlantique et en ce premier anniversaire du meurtre d’une jeune député travailliste

De l’agression sur un marché de la  « parachutée » de l’ancienne et si convoitée circonscription parisienne de François Fillon de Paris (5e, 6e et 7e arrondissements) …

Par le maire d’une petite commune normande et soutien d’un des adversaires de NKM au premier tour de la législative lui aussi malheureux, l’ancienne plume de Nicolas Sarkozy Henri Guaino …

Qui venait justement d’agresser verbalement les électeurs qu’il disait « vomir » de ne pas avoir voté pour lui …

Comment ne pas voir …

Au-delà de la colère qui monte de toute une partie de l’électorat se sentant non seulement délaissée mais méprisée par une nouvelle caste prétendument « progressiste » …

Dont tout drapé d’une fausse geste gaullienne après le véritable hold up électoral que l’on sait, l’actuel maitre du déni du réel de l’Elysée est devenu en France le nouveau chef de file …

L’irresponsabilité de ceux qui à droite font fi de la violence incitatrice et contagieuse,   complicité  des médias aidant, des mots comme des images

Mais aussi de l’autre bord dit « progressiste » la longue et tout aussi irresponsable complicité …

D’Hollywood à Saint Germain et entre appels à l’assassinat pour rire et têtes ensanglantées

Non seulement une violence verbale de nos belles âmes et beaux esprits des beaux quartiers …

Contre certes des responsables politiques qui de Marine Le Pen à Donald Trump manient et abusent eux aussi de l’agressivité verbale …

Mais aussi toute une violence de rue prétendument « antifachiste » ou « antisoniste » longtemps tolérée voire encouragée …

Dont les militants comme l’a montré la fusillade par un ancien fidèle de Bert Saunders contre des parlementaires républicains américains la semaine dernière …

Pourraient, selon certaines informations, désormais commencer à s’armer ?

Extremism experts are starting to worry about the left

WASHINGTON — In the spring of 2016, Brian Levin found himself in an uncomfortable position: trying to save the life of a Ku Klux Klan member.

Levin, a former New York City cop who studies domestic extremism as the director of the Center for the Study of Hate and Extremism at California State University, was documenting a Klan rally in Anaheim, California, when a counterprotest suddenly took a violent swing — forcing Levin to physically place himself between a Klansman and a furious, anti-fascist mob that seemed ready to kill.

It made Levin wonder if in his focus on the obvious subject — the white supremacists — he’d overlooked a growing source of extremism: the far left. “At that point, I said we have something coalescing on the hard left,” Levin told VICE News.

Wednesday morning’s shooting of Republican lawmakers at a baseball practice in Virginia seemed to raise the question again. The shooter, James T. Hodgkinson, was a Bernie Sanders-supporting man from Illinois with a record of anti-Trump rantings on social media. His politics have quickly become a talking point among some conservative pundits seeking a quick political score: proof of a looming leftist campaign against the government.

Experts in homegrown extremism say it’s not so simple — Hodgkinson had no known association to any left-wing extremist group. But they also say that the past few months have seen enough of a rise in politically motivated violence from the far left that monitors of right-wing extremism have begun shifting their focus, and sounding the alarm. They see indications that the uptick in extremist rhetoric and anti-government activism that characterized the early years of the Obama presidency are beginning to manifest on the far left in the early days of Trump’s, and that the two sides are increasingly headed for confrontation.

“I think we’re in a time when we can’t ignore the extremism from the Left,” said Oren Segal, the director of the Center on Extremism, an arm of the Anti-Defamation League. Over the past few months, the ADL, which hosts regular seminars on homegrown extremism for law enforcement officials, has begun warning of the rising threat posed by far-left groups, most recently at a seminar just this past Sunday. “When we have anti-fascist counterprotests — not that they are the same as white supremacists — that can ratchet up the violence at these events, and it means we can see people who are violent on their own be attracted to that,” Segal said. “I hate to say it, but it feels inevitable.”

The evidence is so far largely anecdotal. Levin says that since December 2015, he’s documented nearly two-dozen episodes in California where political events turned violent because of agitation on both sides, something he says he hardly ever saw before. Now, there are violent clashes on college campuses involving groups like Antifa, the anti-fascist group, taking on the alt-right; and aggressive anti-Trump rallies attended by members of the Redneck Revolt, a new pro-minority, anti-supremacist group that encourages its members to train with rifles. Online, hard leftists increasingly discuss politics in dire terms, and rationalize violence as a necessity— even the true inheritor of traditional progressive activism. (Or, in the case of the “Punch a Nazi” meme, a fun game.)

Left-wing extremism, of course, is nothing new. Groups like the Weather Underground and the Black Panthers have deep roots, and in the years after 9/11, Segal says, the largest source of extremist violence was from the Left: eco-terrorists and animal rights activists. But those later organizations mostly targeted institutions; in the modern era, politically motivated violence perpetrated by angry lone-wolf attackers bearing automatic rifles, of the sort carried out in Wednesday’s attack, has until now largely been a modus operandi of the far right.

In a recent interview with VICE News Tonight, a chapter leader of one newly formed anti-fascist group called Redneck Revolt said the group has taken up guns only in self-defense. “We are a response to a rise in politically motivated violence and intimidation against vulnerable communities,” said the chapter leader, who asked to be identified only by a first name, Mitch. “That doesn’t mean that we’re, like, looking for a fight. We’re just trying to defend ourselves.”

Redneck Revolt doesn’t self-identify as “left,” but its ideals tend to fall along the liberal side of the spectrum: pro-Muslim, pro-immigrant, pro-LGBT, anti–economic inequality. But Mitch said that as the group has reached out to other organizations, like the local Three Percenter Militia, a largely right-wing, anti-Obama group, they found unlikely sources of commonality, particularly in their focus on local sovereignty, and general concerns about the direction of the country. Some former members of Three Percenters have even become involved in their activities — after “extensive vetting,” Mitch said.

Chris Hamilton, an expert on American extremist movements at Washburn University in Topeka, Kansas, says anti-authoritarian sentiment may be blurring what once seemed to be clear ideological lines. “If you think about it, leftists never joined the National Rifle Association — unless they were radicals, they never thought about stockpiling weapons,” he said. “Ok. Well, maybe we’re entering a period where leftists will start thinking about things in that way, like the eco-radicals did in the ’70s.”

Hamilton says that as he browses far-left websites and listens to left-wing talk radio, he hears some of the same sentiments he’s been hearing for years on the right. “These days, that kind of sentiment is popping up in the middle and on the left; it’s not just in the sovereign citizen movement,” he said. “I’m really worried about rising civil strife in the U.S.”

Levin is worried about it too: The embrace by the far left of tactics that were previously the purview of the far right means the level of political tension in the country can only go up. “I’ve been going up and down the state of California meeting with law enforcement officials about this. I’m very concerned about it,” he said. “What we’re seeing is the democratization of extremism and the tactics of radicalism. I’ve been warning about this, and nobody gave a shit.”

Voir aussi:

The slow-burning hatred that led Thomas Mair to murder Jo Cox
25 years before he killed the MP, Mair told a far-right magazine that the ‘white race’ faced a long and very bloody struggle
Ian Cobain, Nazia Parveen and Matthew Taylor
The Guardian
23 November 2016

Reclusive, nervous and by his own account gripped by feelings of worthlessness, Thomas Mair struck his neighbours and many of his relatives as odd but quite harmless. “Tommy’s nowt to worry about,” they used to say on the Fieldhead estate in Birstall, West Yorkshire. “He wouldn’t hurt a fly.”

In truth, Mair was racist and a terrorist in the making, his home stuffed with far-right books and Nazi memorabilia and his mind brimming with a belief that white people were facing an existential threat. “The white race,” Mair once wrote, was about to be plunged into “a very bloody struggle”. His greatest obsession, however, and his deepest bitterness was over those white people whom he condemned in his writings as “the collaborators”: the liberals, the left and the media.

The seeds of the hatred that drove him to murder his MP, Jo Cox, appear to have been sown years earlier, when he began to acquire the means to kill. They germinated during the febrile countdown to the EU referendum.

Brexit campaigners were claiming that a remain vote would result in “swarms” of immigrants entering the UK, that it could trigger mass sexual attacks. Just hours before the murder, Ukip unveiled its infamous “breaking point” anti-immigration poster. Mair came to regard Cox as one of “the collaborators”, a traitor to his race. The passionate defender of immigration and the remain campaign was a legitimate target in his eyes.

Mair was an extremely slow burner. He appears to have fantasised about killing a “collaborator” for more than 17 years, drawing inspiration from another rightwing terrorist, David Copeland.

Over 13 days in April 1999, Copeland planted three nail bombs in London, targeting first black people, then Asians and finally gay people. Three died and more than 140 were injured, some losing limbs.

Copeland was a former member of the British National party (BNP) and an admirer of the late William Pierce, once the leader of a US neo-Nazi organisation, the National Alliance. Pierce’s novel The Turner Diaries, which depicts an apocalyptic race war, had been particularly influential.

Copeland was arrested on 30 April that year, shortly after planting his third and final bomb at the Admiral Duncan, a gay pub in the Soho area of the capital. He appeared in court four days later. The bombings were front-page news and dominated the airwaves. It is fair to assume that Mair would have been following events.

On 13 May 1999, 10 days after Copeland’s first court appearance, staff at the National Alliance offices near the small town of Hillsboro, West Virginia, were packing a consignment of goods to be sent to Mair’s home on the Fieldhead estate.

A packing slip subsequently obtained by the Southern Poverty Law Center (SPLC), a US civil rights body, showed Mair had bought a range of items from the organisation. They included manuals on the construction of bombs and the assembly of homemade pistols, six back issues of the Alliance journal called Free Speech, and a copy of Ich Kämpfe, a tract handed out to Nazi party members in 1943, the year that Germany’s wartime fortunes began to wane.

Having been galvanised by Copeland’s attacks, Mair took his first steps on the long road that would lead to his own hate crime.

Other records the SPLC obtained show this was one of a series of purchases that Mair made from the National Alliance over a four-year period. He began to subscribe to Free Speech, and other publications with titles such as Secret of the Runes and We Get Confessions were packed up in Hillsboro and sent to the semi-detached council house where Mair had been living alone since the death of his grandmother three years earlier. In total, he spent more than $620 (£500) on Alliance purchases.

Mair amassed a small library about the Nazis, German military history and white supremacy, which he kept in a bedroom at his home on a bookshelf topped by a gold-coloured Third Reich eagle with a swastika. SS Race Theory and Mate Selection Guidelines was the title of one, fairly typical text. Uniforms and Traditions of the Luftwaffe Volume Two was another.

He also subscribed to a rightwing magazine called SA Patriot, which was initially published in South Africa by the Springbok Club, but moved to the UK and became SA Patriot in Exile in 1991. That year, Mair had written a letter to the magazine in which he railed against the killing of loyalist paramilitaries in Northern Ireland and attacked the UK media’s coverage of South African affairs “which … never fails to present whites in the worst possible light”.

He tried to end his letter on a positive note: “Despite everything, I still have faith that the white race will prevail, both in Britain and in South Africa.” But then his pessimism got the better of him: “I fear that it’s going to be a very long and very bloody struggle.”

Eight years later, around the time Mair purchased the bomb-making manual from the US, the magazine ran another of his letters. He praised the publishers for “carrying on the struggle”, before returning to his ultimate obsession. “I was glad you strongly condemned collaborators in the white South African population. In my opinion the greatest enemy of the old apartheid system was not the ANC and the black masses but white liberals and traitors.”

The Springbok Club still runs a blog, which just two weeks before Cox’s murder urged UK readers to vote to leave the EU in order to renew links with their “ethnic brothers and sisters” elsewhere in the world.

The magazine’s editor, Alan Harvey, told the Guardian: “He sent us a fiver, which would have been enough for about five issues, but I’ve never met him. I know nothing at all about him.”

Because Mair was so reclusive, few people do.

Far-right links

Thomas Alexander Mair was born in the Scottish town of Kilmarnock in August 1963, the son of James, a machine operator in the lace industry, and Mary, a factory worker. He was named after his grandfathers. The Mairs had a second son, Scott, but the marriage did not last long, and Mary and the boys moved to Birstall, a mill town eight miles south-west of Leeds. Mary remarried, and Mair has a half brother, Duane St Louis.

Mair’s links with far-right groups in the US and South Africa are well documented, but his associations with similar organisations closer to home appear more tenuous. He told the SA Patriot in Exile that he had had some contact with the National Front in the early 1990s, he was seen at an English Defence League rally and attended a meeting of nationalists in London.

Supporters of various far-right organisations in West Yorkshire deny, however, that Mair was ever part of the local scene, and anti-fascist campaign groups say he had not crossed their radar. “He’s not on any of our lists,” a spokesman for one such group said, before adding quickly: “Not that we keep any lists, you understand.”

Nor had he ever come to the attention of the police. He had no previous convictions.

Speaking after the verdict Det Sup Nick Wallen, from West Yorkshire Police, said Mair had never had so much as a conversation with the police.

He described him as a “loner in the truest sense of the word.”

“This is a man who never held down a job never had a girlfriend never any friends to speak of.” Wallen said Mair had had never had “so much as a conversation” with the police.

There would have been no shortage of opportunities for Mair to make common cause with rightwing extremists in his area. The demographic changes in the towns and villages around Birstall and nearby Batley happened a generation or more ago, but it has remained fertile ground for the far right, for whom the many Muslims in the area represent a highly visible enemy.

In the mid-90s, one local man formed an offshoot of the National Alliance, which he called the National Socialist Alliance. In 2006, after a jury at Leeds crown court cleared Nick Griffin, the then BNP leader, and another party member of inciting racial hatred, Griffin hailed West Yorkshire as “an unusually radicalised” part of the UK; meaning, apparently, that he believed a considerable proportion of people there shared his views.

Three years later, when a list of BNP members was leaked, significant numbers were found to live in the towns and villages west of Leeds, with a couple of dozen near Birstall.

A year after that, police discovered 54 homemade bombs and a dozen firearms at a house in Batley. The occupant, Terence Gavan, a BNP member, was jailed for 11 years after admitting a series of offences under the Terrorism Act 2000. The court heard that Gavan showed “strong hostility” towards immigrants.

Since then, a number of smaller fringe groups – the British Movement, National Action, the National Front, the Yorkshire Infidels and Liberty GB – have recruited members in the area. The NF, the BNP and Liberty GB fielded candidates in the byelection triggered by the Labour MP’s murder. The Conservatives, Liberal Democrats and Ukip all declined to stand.

Members of the far right have staged several marches in the area over the past two years. Such was the level of concern this year at the local authority, Kirklees council, that it asked Tell Mama, an organisation that monitors anti-Muslim incidents, if it could help devise a strategy to ease community tensions that were being caused or exacerbated, in part, by the far right.

It appears that Mair, however, had little to do with such groups, perhaps because he was so reclusive. He preferred his relationships with the far right to be long-distance affairs.

He was a frequent visitor to Birstall’s public library, where he used the computers. One of the librarians, Beverley Fletcher, recalled how he would walk in and simply utter the word “computer”. “Thomas Mair doesn’t engage in conversation and he doesn’t give much eye contact,” she told police. “And I don’t remember him ever getting a book out of the library.”

Earlier this year he was using the library’s computers to research such matters as the BNP, white supremacists, Nazis and public shootings.

In the days before the murder he sought out information about the Ku Klux Klan, the Waffen SS, Israel, serial killers and matricide. He read up on the death of Ian Gow, the last MP to have been murdered, killed by an IRA car bomb in 1990. He accessed the Wikipedia page of the former foreign secretary William Hague, a Yorkshire politician who, like Cox, supported the campaign to remain in the UK.

Mair had acquired a firearm, a German made Weihrauch .22 bolt-action rifle, from which the stock and most of the barrel had been removed.

It was stolen from the boot of a sports utility vehicle in nearby Keighley in August 2015. But detectives admit they still do not know how “true loner” Mair, who had no social network, got hold of it.

“How he came to be in possession of that gun is an active line of inquiry for us,” said DS Wallen after verdict.

Mair had carried out online research into .22 ammunition, reading one page that offered an answer to the question: “Is a .22 round deadly enough to kill with one shot to a human’s head?” He also bought a replica British army second world war dagger.

Mair was particularly fascinated by the Norwegian Anders Breivik, who murdered 77 people in gun and bomb attacks in 2011, and kept newspaper clippings about the case. Despite his identification with violent figures of the far right, however, he made little effort to make any real contact with others of a like mind.

Mental health

In the immediate aftermath of the murder, there were suggestions among some neighbours that Mair had a history of mental illness.

According to members of his family, he had been treated for obsessive compulsive disorder, and it is said that he was so anxious about cleanliness that he had been known to scrub himself with pan scourers.

Police discovered evidence of behaviour associated with OCD when they searched his home. It was sparse and obsessively orderly, and inside his kitchen cupboards, tinned food was carefully arranged in precise rows, with each label pointing in exactly the same direction.

Mair himself claimed to be in need of treatment for mental health problems. In 2010, while volunteering at a country park near his home, he suggested to an interviewer from the Huddersfield Examiner that he had previously received such treatment. “Many people who suffer from mental illness are socially isolated and disconnected from society,” he said. “Feelings of worthlessness are also common, mainly caused by long-term unemployment.”

After his arrest, he was examined by a psychiatrist who could find no evidence that his mental health was so poor that he was not responsible for his actions. He was essentially a sane man.

Mair is clearly an extraordinarily troubled individual. Some psychologists who have studied people responsible for acts of “lone-wolf terrorism” have concluded that they frequently identify strongly with one group so strongly that they are prepared to make considerable sacrifices for what they see as the good of the group.

The authors of one study wrote that “positive identification with a group, combined with the perception that this group is being victimised, produces negative identification with the group perpetrating the injustice”. This appears to chime with Mair’s belief that “collaborators” were operating to the detriment of white people.

The authors also found that individuals who are radicalised by a sense of grievance “can be steady, planful and workmanlike – as indeed many lone-wolf attackers seem to have been”.

Those in Birstall who believed Mair to have been odd but harmless say he was devoted to his mother, who lived nearby, and many commented on the way he tended elderly neighbours’ gardens. Neighbours, who knew nothing of his links with white supremacists, said they had no reason to believe he was racist. His half-brother, Duane, whose late father, Reginald, was originally from Grenada, said he had never heard him express racist sentiments.

Others in the town tell a different story. A number of Asian taxi drivers say Mair would utter insulting comments to them. “He’d been reported by a few taxi drivers for making racist remarks,” said Zein Ali, a controller at Oakwell and Rex taxis. “When they dropped him off and he was paying them, he’d say racist things. We always thought he was a racist.”

The books and magazines that police recovered from his home and the examination of library computers on which he had browsed the internet left no room for doubt.

Turning to murder

The question remains as to why Mair turned to murder in June, 25 years after he first made contact with the Springbok Club and 17 years after he purchased a manual describing the assembly of a homemade pistol.

Copeland was also a slow burner, taking a number of years to convince himself that he should turn to terrorism. At his trial, the prosecuting counsel said he had told police that the seed had been planted in July 1996, when the Olympic Games in Atlanta were bombed. The following month, during the Notting Hill carnival in west London, Copeland found himself fantasising about a bomb exploding among the crowds.

“To start with he treated the thought as a joke, but he could not get it out of his head,” said Nigel Sweeney QC. “The thought became stronger. He woke up one day and decided he was going to do it.”

It appears that Mair also woke up one day and decided he was going to do it.

Cox was a vocal supporter of the remain campaign. Her constituency is a place where anti-European feelings run high, and each day during the referendum campaign, Mair was surrounded by red and orange Vote Leave notices. St George’s cross flags fluttered from windows. His “death to traitors” outburst during his first court appearance shows he regarded Cox as one of “the collaborators”, the white people who had betrayed their race.

Perhaps he was provoked by the far-right literature he devoured. It is possible that, like Copeland, he hoped to become the spark that would ignite a racial war. One of the last searches he conducted on Birstall library computers was into people who had been executed as traitors.

On 16 June, on a warm and sunny afternoon, Mair stepped out of a shadow as Cox walked towards the library where she was due to hold a surgery for constituents. He raised his sawn-off rifle and shot her. Then he pulled her to the ground, dragged her between two parked cars, and stabbed her repeatedly with his dagger. When Bernard Carter-Kenny, a 77-year-old passerby, tried to intervene, Mair stabbed him too. He then stepped back a little, as if he had finished. But when he heard Cox warn her two assistants to flee – shouting “get away, let him hurt me, don’t let him hurt you!” – he stood over her and shot her twice more, and stabbed her again.

Cox was shot twice in the head and once in the chest. Rounds passed through both hands as she tried to protect herself. Some of the eyewitnesses gave evidence at Mair’s trial, but one became so unwell as a consequence of what she saw that she could not attend. Mair was said to have appeared calm throughout. “Cold” was the word one witness used to describe him. They saw Mair swing the knife again and again as he stabbed Cox 15 times in her heart, lungs and abdomen. One blow pierced her chest after passing through her right arm.

He did so, according to the eyewitness, while saying: “Britain first, keep Britain independent, Britain will always come first.”

Finally, he yelled: “This is for Britain.”

Voir encore:

Solange Bied-Charreton
Valeurs actuelles

18 juin 2017

Polémique. Festivals interdits aux Blancs, communautarisme ethnique, instrumentalisation de la discrimination… La nouvelle nébuleuse antiraciste, rarement inquiétée par la justice, n’en finit pas d’attiser la haine.

Anne Hidalgo a trouvé « un accord ». Virulente tout d’abord, elle avait lâché, fin mai, le mot d’“interdiction”. Mais la maire de Paris a finalement opté pour un accommodement raisonnable permettant au festival afroféministe Nyansapo — dont 80 % des activités proposées sont réservées aux femmes noires — d’avoir lieu, fin juillet. La Générale, local initialement mis à disposition par la municipalité, accueillera l’espace ouvert à tous et la majeure partie du festival se tiendra quant à elle autre part. Racisme et discrimination sexuelle sont donc légitimés, permis, pourvu que leur scénario se déroule dans un cadre privé. Le collectif Mwasi, organisateur du festival, le précise tout de même : il n’est « ni contre les hommes ni contre les autres groupes ethno-raciaux ». Ceux-ci pourraient même se voir considérer comme alliés, « après concertation des membres du collectif ». Nous voilà rassurés.

Le rétropédalage de l’édile parisienne, qui avait d’abord demandé au préfet une interdiction du festival, en dit long sur l’impuissance politique face à la banalisation d’un phénomène qui a pris de l’ampleur depuis quelques années. En 2010 déjà, Lilian Thuram, les historiens Pascal Blanchard et François Durpaire, l’activiste Rokhaya Diallo et Marc Cheb Sun, alors directeur de la rédaction de Respect Mag, lançaient un appel, relayé par le Monde, pour « une République multiculturelle et post raciale ». Le gros du programme ayant été axé sur la culpabilité postcoloniale et la lutte contre les discriminations subies par les minorités visibles, il faisait présager pourtant exactement le contraire de cette France unie et réconciliée qu’il annonçait. De fait, il ouvrait la boîte de Pandore et une série de prises de parole et d’initiatives déroulent aujourd’hui la feuille de route du Parti des indigènes de la République (PIR), fondé cette même année 2010, sur la base du Mouvement du même nom, qui avait éclos cinq ans auparavant.

Si, pour Sadri Khiari, l’un de ses fondateurs, « le Blanc est un rapport social et non un fait naturel. Il n’existe en tant que tel que comme moment d’un rapport social d’oppression et de lutte contre cette oppression », c’est qu’il est coupable par principe. « Le Blanc est une forteresse inexpugnable », écrit encore Houria Bouteldja, porte-parole du Parti des indigènes de la République, dans les Blancs, les juifs et nous (La Fabrique Éditions). Un discours qui instrumentalise les notions d’exclusion et de discrimination pour faire valoir une prétendue égalité. Au coeur des idées indigénistes, la dénonciation d’un racisme d’État, mais surtout d’une oppression de fait des “racisés” par les “non-racisés”, logorrhée venant à l’appui d’une idéologie que l’espace médiatique, politique et public dans son ensemble tend de plus en plus à accepter et à banaliser. « Comme à l’extrême droite, il s’agit, explique Fatiha Boudjahlat, candidate MRC aux législatives dans la 4e circonscription de Haute-Garonne, cofondatrice, avec Céline Pina, de Viv(r)e la République, d’appliquer une stratégie de “retraditionnalisation” visant à coaliser une communauté, mise à mal dans une société ouverte comme la société occidentale. Avec, selon cette logique, l’idée raciste qu’on n’atteint l’authenticité qu’en restant entre soi, sans mélange. »

Le burkini, offensive islamiste, défendu au nom de la lutte contre l’islamophobie

La reconstruction de l’identité raciale a ses mentors et ses militants qu’ils forment, comme en août dernier, au “camp d’été décolonial” de Reims interdit aux Blancs, lequel n’avait rien provoqué de plus que de l’indignation et un débat dans la presse… Au même moment déferlait sur la France la polémique du burkini, offensive islamiste défendue par une partie des féministes, comme la journaliste militante Sihame Assbague, sur le principe de la lutte contre les discriminations envers les musulmans. On retrouvait également dans ces rangs l’historienne activiste Laurence De Cock, pour laquelle, par ailleurs, la question des femmes poussées hors de l’espace public dans le secteur la Chapelle-Pajol, à Paris, n’est qu’une expression parmi d’autres de la “panique identitaire” (du nom d’un ouvrage qu’elle a coécrit) de l’Occident face aux cultures venues d’ailleurs et se règle, comme le suggérait aussi Caroline De Haas, par des mesures d’aménagement urbain.

Dévoiement de l’antiracisme, dévoiement du féminisme

Omerta sur la violence d’un racisme excusé, accompagné le plus souvent d’un antisémitisme virulent, au prétexte de défendre de la cause palestinienne. Mépris du corps de la femme, de sa personne. Ce sont également les ingrédients du scandale qui, l’hiver dernier, émailla la bien-pensance en mal de figures victimaires autour de Mehdi Meklat, chroniqueur, écrivain et documentariste issu des banlieues qui crachait à longueur de tweets, depuis de nombreuses années, son admiration pour le djihadiste Mohammed Merah, sa haine des Français de France, des juifs, des homosexuels ou des femmes. Couvert par la presse de gauche, qui connaissait son pseudonyme et passait tout au jeune homme, au motif qu’il faisait partie de la caste des opprimés, sa success story était pourtant impeccable. Si l’emballement médiatique a eu raison de Meklat, une seule opération de com d’Anne Hidalgo a suffi au collectif Mwasi pour gagner la bataille du festival Nyansapo.

Dévoiement de l’antiracisme, dévoiement du féminisme, matérialisés par les ateliers “non mixtes” du festival, qui se tiendront comme prévu, fin juillet, malgré la condamnation de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), assimilée pour l’occasion par les organisateurs à l’extrême droite. « Une vraie régression ethnique », selon Fatiha Boudjahlat, qui rappelle que le développement séparé (femmes séparées des hommes, Noirs séparés des Blancs) est la définition même de l’apartheid. « La victoire politique d’Anne Hidalgo consiste à faire croire qu’elle s’est mobilisée contre le festival alors qu’elle n’a rien obtenu. Elle capitalise sur une absence de résultat. » Les enjeux sont pourtant d’importance si, à en croire les tweets de la maire de la capitale, « Paris est une ville mixte ». Les séminaires de réflexion réservés aux femmes ne datent pas d’hier, le féminisme des années 1970 en faisait son ordinaire, en France ou aux États-Unis. Ils auraient pour vocation d’amener les femmes à parler sans pression et sans jugement. Pourtant, pour ce qui concerne le festival Nyansapo, les intentions sont claires : il s’agit de former des militantes, non seulement en clivant les genres, mais surtout en séparant les ethnies. Ainsi, la présence des hommes, comme la présence des Blancs, est vécue comme une violence en elle-même.

« S’appuyant assez malhonnêtement sur le modèle de la ségrégation raciale aux États-Unis jusqu’aux années 1960, ils sont encore dans la phase de mobilisation et de militantisme, affirme Fatiha Boudjahlat, mais il existe bel et bien un agenda politique, avec des étapes, dont le but est la fragmentation de la société. » Elle oppose cet antiracisme — qui n’est qu’un ethno-différencialisme — au chemin d’émancipation de l’individu proposé par l’antiracisme initial, républicain, fondé sur l’universalisme, pour lequel ce n’est pas la commu nauté (raciale ou religieuse) qui constitue le projet politique commun, mais bien la nation.

Sans toutefois que le lieu en soit connu, un second camp d’été décolonial est déjà prévu, pour août prochain, « réservé uniquement aux personnes subissant à titre personnel le racisme d’État ». Fatiha Boudjahlat ne se fait aucune illusion. Le Grand Détournement, son livre, qui portera la réflexion sur ces questions, paraîtra aux Éditions du Cerf en septembre prochain.

Voir par ailleurs:

Netanyahu demande que l’AP condamne l’attentat de Jérusalem
Le Fatah a accusé Israël de “crime de guerre” pour la mort des terroristes ; Liberman et Rivlin ont rendu hommage à Hadas Malka, “une inspiration pour nous tous”
Times of Israel
18 juin 2017

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a demandé samedi que l’Autorité palestinienne (AP) condamne l’attentat terroriste de Jérusalem commis par trois Palestiniens, qui ont poignardé à mort Hadas Malka, garde-frontière de 23 ans.

« Le Premier ministre demande que l’Autorité palestinienne condamne l’attentat, et attend que la communauté internationale le fasse aussi », a indiqué un communiqué de son bureau.

Vendredi soir, le Fatah a déclaré dans un communiqué que la mort des trois terroristes, qui ont attaqué en deux emplacements de la Vieille Ville de Jérusalem, était un « crime de guerre ».

Avigdor Liberman, le ministre de la Défense, a sèchement répondu à la déclaration du Fatah, affirmant qu’elle « montre qu’il n’y a pas de partenaire [pour la paix] de l’autre côté. »

Liberman a rendu hommage à Malka, 23 ans, qui a tenté de prendre son arme et a combattu contre son attaquant pendant qu’il la poignardait, pour la « détermination et le courage » avec lesquels elle a agi. Elle était « une inspiration pour nous tous », a-t-il dit.

Le président Reuven Rivlin a lui aussi rendu hommage à Malka samedi.

« Mon cœur est avec la famille de Hadas, la gardienne de nos murs, pendant ces moments difficiles de profond chagrin, a dit Rivlin. Que sa mémoire soit bénie. »

« J’envoie de la consolation et de l’aide à sa famille, et je remercie profondément tous ceux qui combattent héroïquement et résolument pour la paix de nos citoyens », a dit Rivlin.

Malka a été enterrée à minuit et demi samedi soir, à Ashdod. Elle laisse derrière elle ses parents, ses trois sœurs et ses deux frères.

« Nos pensées vont avec cette combattante courageuse, qui, d’après ses photographies, semblaient pleine de joie de vivre, et d’un amour pour le service important auquel elle a voulu participer », a dit Rivlin.

Il a également rendu hommage aux forces de sécurité israéliennes.

« La réactivité de nos forces [de sécurité] nous permet de continuer à vivre ici, à Jérusalem, et dans tout le pays, une vie de sécurité et de routine face aux forces assassines des organisations terroristes », a ajouté Rivlin, promettant qu’Israël « poursuivra tous ceux qui aident le terrorisme, où qu’ils soient. »

Voir de plus:

France Soir
17 Juin 2017
INFO FRANCE SOIR – Un homme, maire de la petite commune de Champignolles (Eure, Haute-Normandie), est en garde à vue depuis 8h30 ce samedi dans l’affaire de l’agression de Nathalie Kosciusko-Morizet. Il est le principal suspect de cette enquête ouverte pour violences volontaires sur personne chargée d’une mission de service public (Article mis à jour).
L’agresseur avait pris la fuite et était parti vers la bouche de métro la plus proche.

INFO FRANCE SOIR – L’enquête progresse. Un homme a été interpellé ce samedi 17 au matin, soupçonné d’avoir agressé jeudi 15 Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate Les Républicains aux élections législatives, a-t-on appris de source proche du dossier.

Le suspect a été placé en garde à vue à 8h30 « pour des faits de violences volontaires sur personne chargée d’une mission de service public » après cette agression contre l’ancienne ministre sur un marché du Ve arrondissement, a indiqué cette source. Selon les informations de France Soir, il s’agirait de Vincent Debraize, 54 ans (4 septembre 1962), ex-UDI et maire de la petite commune de Champignolles dans l’Eure. L’homme avait donné son parrainage à Henri Guaino pour l’élection présidentielle 2017, le même Guaino qui a été éliminé au premier tour des législatives, dimanche 11, par NKM et Gilles Legendre (LREM), et s’est illustré le soir-même en dérapant en direct sur BFMTV. Il avait dit que les électeurs étaient « à vomir ».

De cet homme, FranceSoir a découvert qu’outre son mandat d’élu local il est gérant de la société Alkade (présentée comme une agence de publicité) domiciliée à Paris, dans le IXe arrondissement, après la liquidation d’une précédente société en 2016 (Qui est Vincent Debraize? Son portrait détaillé à lire ici). Son placement en garde à vue l’empêchera de tenir la présidence de l’unique bureau de vote de sa commune dimanche 18 pour le second tour des élections législatives comme il était prévu.

Après cette altercation en présences de journalistes, l’agresseur avait pris la fuite et était parti vers la bouche de métro la plus proche. Un bénévole de l’équipe de NKM, Jean-Baptiste Goulard, a poursuivi dans le métro l’homme, qui est sorti à la station suivante, Cluny-La Sorbonne (ligne 10). Il a affirmé à avoir alors reçu des coups de sa part. L’homme a, là encore, pris la fuite. Son signalement a été donné à la police.

L’ancienne ministre avait été admise à l’hôpital Cochin à Paris dans la foulée de l’agression dont elle a été victime. Elle avait quitté l’établissement le lendemain après des examens. « Je voudrais profiter de votre présence pour remercier tout le personnel de l’hôpital Cochin qui a été absolument formidable, ceux qui m’ont témoigné leur sympathie et leur soutien, en particulier le Premier ministre qui s’est déplacé hier, et le président de la République qui m’a envoyé un message« , avait-elle expliqué à la presse à sa sortie de l’hôpital.

[MAJ à 15h55]: Afin que l’agresseur soit formellement identifié, NKM sera confrontée ce samedi en fin d’après-midi à Vincent Debraize selon les informations de BFMTV.

Voir également:

Qui est Vincent Debraize, maire dans l’Eure, en garde à vue après l’agression de NKM sur un marché

L’homme de 55 ans s’est présenté à la police après une convocation.

POLITIQUE – Il a été placé en garde-à-vue ce samedi 17 juin. Deux jours après l’agression de Nathalie Kosciusko-Morizet, Vincent Debraize s’est présenté à la police parisienne pour répondre à une convocation, selon RTL. Suspecté d’être l’homme qui a mis à terre la candidate LR, il est entendu pour des faits de « violences volontaires sur personne chargée d’une mission de service public ».

Âgé de 55 ans, cet homme est le maire sans-étiquette d’un petit village de l’Eure. Champignolles, situé à 35 km à l’ouest d’Evreux, ne compte en effet qu’une quarantaine d’habitants. Vincent Debraize, cadre dans le secteur privé a été élu en 2008 et réélu en 2014.

« Il a passé toute la journée de vendredi à Champignolles. Le soir, il a dit à des collègues qu’il devait remonter sur Paris parce qu’il était convoqué à la police. Et il leur a expliqué pourquoi », a raconté au Parisien un colistier de l’intéressé.

Quelques semaines après sa réélection, il avait lancé une pétition pour dénoncer « l’insécurité intolérable » rencontrée dans son canton. Dans un article publié par Le Réveil Normand à propos d’un cambriolage sanglant dans sa commune en 2014, le maire invitait « le nouveau ministre de l’intérieur [Bernard Cazeneuve, ndlr] qui ne cesse de parler de sécurité à tout va à se rendre dans la France profonde ».

À l’occasion de la dernière présidentielle, il faisait partie des 33 élus qui avaient parrainé la candidature de Henri Guaino; ce dernier a affronté NKM lors des législatives dans la 2e circonscription de Paris.

Vincent Debraize devait tenir le bureau de vote de sa commune dimanche matin pour le second tour des élections législatives, précise RTL. Des proches du maire ont confirmé au Parisien qu’il sera bien présent pour assurer cette permanence.

Voir enfin:

BBC News changes headline, deletes Tweet after anger at portrayal of terror attack in Jerusalem

On the evening of June 16th three Palestinian terrorists from a village near Ramallah carried out a combined attack in Jerusalem. Border Police officer Hadas Malka was critically wounded while responding to the incident and doctors were unable to save her life. In addition, four more people were wounded. While ISIS claimed responsibility for the attack, Hamas rejected that claim:

“Early on Saturday morning, Hamas rejected IS’s claim of responsibility, saying the three belonged to Palestinian terrorist organizations.

“The claim by the Islamic State group is an attempt to muddy the waters,” said Sami Abou Zouhri, spokesman for the terrorist group which runs the Gaza strip.

The attack was carried out by “two Palestinians from the Popular Front for the Liberation of Palestine and a third from Hamas,” he said.”

The BBC’s report on the attack currently appears on the BBC News website under the headline “Israeli policewoman stabbed to death in Jerusalem“. However, the article was originally titled “Three Palestinians killed after deadly stabbing in Jerusalem” and that was also how the BBC portrayed the incident on social media – much to the ire of many Twitter users.

 

As we see, that headline and sub-heading both fail to inform BBC audiences that the “Palestinians killed” were the terrorists who carried out the “deadly stabbing”.

As a result of public pressure, the BBC deleted that Tweet and posted a replacement some 24 hours after the attack took place. Readers may recall that this is by no means the first time that a BBC headline concerning a terror attack in Israel has prompted public outrage.

As is inevitably the case in BBC coverage of Palestinian terror attacks in Israel – and in stark contrast to BBC portrayal of similar attacks in Europe – the article does not describe the incident as a terror attack.

Moreover, in the later version of the report readers found the following representation of a statement from Israeli officials saying that there was no indication that the terrorists were connected to ISIS:

“Police said there was “no indication” of a link between the suspects and a terror group.”

In fact – as the Times of Israel reported:

“All three of the assailants were members of Palestinian terrorist organizations, according to… Israel’s Shin Bet…

The attackers were identified by the Shin Bet internal security agency as Bra’a Salah and Asama Atta, both born in 1998, and Adel Ankush, born the following year. They were shot dead by security forces as they carried out their attacks.

The three were from Deir Abu-Mashal, a village near Ramallah. All had previously been arrested for or involved in terrorist activity, a Shin Bet statement said.”

Erasing the foreign nationals (including one Palestinian) murdered by Palestinian terrorists over the last 21 months, the report tells readers that:

“Forty-two Israelis have been killed in knife, gun and car-ramming attacks by Palestinians or Israeli Arabs since October 2015.

In late 2015 and 2016, such attacks happened with near-daily frequency but the rate has declined in recent months.”

That latter inaccurate claim is recycled from a previous BBC report. In fact, while in late 2015 the frequency of attacks was far beyond “near-daily”, around a hundred attacks still take place every month meaning that they remain on average a daily occurrence on average, notwithstanding the BBC’s failure to cover the vast majority of attacks.

As readers then see, the BBC continues to employ the “Israel says” formula in its portrayal of Palestinian terrorists killed while carrying out attacks.

“More than 240 Palestinians – most of them attackers, Israel says – have also been killed in that period. Others have been killed in clashes with Israeli troops.” [emphasis added]

The article closes with a mantra that the BBC has been promoting for many months:

“Israel says Palestinian incitement has fuelled the attacks. The Palestinian leadership has blamed frustration rooted in decades of Israeli occupation.”

Once again, it is worth remembering that since the surge in terror attacks began in late 2015, the BBC has consistently failed to provide its audiences with any serious reporting on the topic of incitement and glorification of terrorism by Palestinian officials. Readers are hence unable to judge for themselves whether or not what ‘Israel says’ is accurate.

Likewise, it is noteworthy that the portrayal of terrorism as being attributable to “frustration rooted in decades of occupation” conforms to a guidance document for members of the international media put out by the PLO in November 2015.

Update:

According to Ynet, the BBC has released the following statement:

“We accept that our original headline did not appropriately reflect the nature of the events and subsequently changed it. Whilst there was no intention to mislead our audiences, we regret any offence caused.”


Présidentielle 2017: Pour une droite enfin de droite (Au moment où elle quitte momentanément la vie publique, la plus jeune députée de la Ve République livre son manifeste politique et prend date pour l’avenir)

17 mai, 2017
Le nouveau président de la République Emmauel Macron a paradé sur les Champs-Élysées à bord d'une command car de l'armée, dimanche.Quand on me présente quelque chose comme un progrès, je me demande avant tout s’il nous rend plus humains ou moins humains. Orwell
Il existe en France actuellement deux grands partis de gauche, dont l’un s’appelle la droite. Ghislain de Diesbach
 La droite mourut d’un crime majoritairement commis par la gauche (hormis les communistes, bien sûr, mais à partir de juin 1941). Eric Zemmour
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Hussein Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
On vous demande une carte blanche, et vous salissez l’adversaire, et vous proférez des mensonges. Votre projet, c’est de salir, c’est de mener une campagne de falsifications, de vivre de la peur et des mensonges. La France que je veux vaut beaucoup mieux que ça. Il faut sortir d’un système qui vous a coproduit. Vous en vivez. Vous êtes son parasite. L’inefficacité des politiques de droite et de gauche, c’est l’extrême droite qui s’en nourrit. Je veux mener la politique qui n’a jamais été menée ces trente dernières années. Emmanuel Macron
Le drame aujourd’hui est que les partis censés incarner les clivages politiques, au demeurant légitimes, ne représentent plus les Français. Nous allons au-devant de recompositions majeures en 2017. Il existe un espace politique – conservateur et souverainiste – qui n’est pas investi. Je verrais d’un très bon œil que cet espace se structure. Son objectif serait de rassembler le peuple français autour de l’identité culturelle de la France. (…) Les esprits sont mûrs pour faire quelque chose de neuf à droite. Cela dit, Sens Commun ne se reconnaît vraiment pas dans le discours d’un Florian Philippot ou d’une Marine Le Pen, tant sur le fond que sur la forme, notamment en raison de leur étatisme en matière d’économie ou pour l’éducation, qu’ils souhaitent centraliser encore plus ! Il existerait d’autres alternatives qu’une fusion pure et simple dans le FN. Encore faut-il être prêt à se détacher de tout logique partisane ou dynastique… (…) Je vous rejoins sur la question de l’urgence d’aimer et de faire aimer la France pour fondre tous les Français dans une vraie communauté de destin dans laquelle ils aient des repères communs. Il n’y a pas de fraternité possible s’il n’y pas de repères partagés. Là où je vous rejoins aussi, c’est dans la responsabilité de nos dirigeants, et en grande partie de nos dirigeants socialistes, qui ont toujours privilégié la diversité sur l’unité de la nation, et qui ont fondé leur politique, non pas sur la recherche du bien commun, mais sur les revendications des minorités, de telle sorte qu’ils ont sapé l’idée de destinée commune. Pour retrouver cette destinée commune, nous devons renouer avec notre passé. Or le drame de la France, c’est d’avoir dépossédé ses jeunes de leur Histoire et de leurs repères culturels. L’école n’assure plus cette mission d’intégration et de transmission, même si – et c’est pour cela qu’il faut savoir voir aussi les signes d’espoir, et pas seulement dénoncer ce qui ne va pas – des écoles sous contrat résistent, notamment à la réforme du collège, en continuant de transmettre cette culture de l’exigence. Des modèles alternatifs émergent aussi, comme la Fondation Espérance banlieues… Madeleine de Jessey (Sens commun)
Le combat des années à venir, c’est le combat identitaire. Il est multiforme. Je suis optimiste, car je constate, après les Manifs pour tous, qu’il y a – et ce n’était pas arrivé depuis extrêmement longtemps – une convergence des aspirations entre une jeunesse plutôt bourgeoise et une jeunesse populaire. Les aspirations de la première touchent surtout la vision de l’homme et de la femme, et celle de l’institution du mariage. Pour la seconde, elles concernent l’aspect identitaire, c’est-à-dire les mœurs et les modes de vie, car cette jeunesse-là est davantage confrontée au problème du multiculturalisme. Ces questions d’identité sont d’autant plus fondamentales que, un jour ou l’autre, nous deviendrons une communauté parmi les autres. Et ce jour-là, il deviendra extrêmement compliqué de changer la donne. (…)  Que les choses soient claires, je n’ai pas une vision racialiste de la France. Je crois en l’assimilation. Néanmoins, force est de constater que notre pays est devenu une usine à fabrication industrielle de Français de papier. La nationalité française est démonétisée pour deux raisons : le regroupement familial, qui a été une bascule terrible, et le droit du sol. L’assimilation ne fonctionnant plus, un certain nombre de communautés ne vivent plus ensemble, mais les unes à côté des autres en se regardant en chien de faïence. Quand je dis que la communauté française deviendra une communauté minoritaire, je parle de ceux qui seront encore porteurs de notre Histoire, de nos traditions, de nos mœurs et de cette façon de vivre à la française. (…) La sécession culturelle de nos banlieues, la montée de l’islam radical ou la multiplication des voiles dans la rue ne sont pas nées par elles-mêmes. Elles sont la conséquence directe du fait que, s’il est possible d’assimiler des individus, il n’est pas possible d’assimiler des peuples. La question du nombre se pose, ainsi que celle du grand remplacement. Marion Maréchal
À droite de l’échiquier politique, Madeleine de Jessey et Marion Maréchal-Le Pen incarnent une nouvelle génération. Elles n’ont ni le même itinéraire, ni la même philosophie politique. Mais si leurs stratégies politiques divergent, leurs univers ne sont pas si éloignés. Toutes deux sont nées en 1989 et ont fréquenté les mêmes bancs du lycée catholique hors contrat Saint-Pie X à Saint-Cloud. Elles incarnent aussi, chacune à sa manière, la jeune génération engagée dans les manifestations de 2013 pour la famille. Aujourd’hui, elles aspirent à changer la façon de faire de la politique, à remettre en question le primat de l’économie, quitte à bousculer leurs formations respectives. Madeleine de Jessey, après avoir été une des initiatrices des Veilleurs, plaide avec Sens Commun pour une réforme à l’intérieur des Républicains. Objectif : peser dans la primaire à droite. Marion Maréchal-Le Pen, elle, a repris un nom et une marque politique anti-système. Elle assume en son sein un ancrage catholique et des combats en faveur de la famille et de la bioéthique. Famille chrétienne
Securing national borders seems pretty orthodox. In an age of anti-Western terrorism, placing temporary holds on would-be immigrants from war-torn zones until they can be vetted is hardly radical. Expecting “sanctuary cities” to follow federal laws rather than embrace the nullification strategies of the secessionist Old Confederacy is a return to the laws of the Constitution. Using the term “radical Islamic terror” in place of “workplace violence” or “man-caused disasters” is sensible, not subversive. Insisting that NATO members meet their long-ignored defense-spending obligations is not provocative but overdue. Assuming that both the European Union and the United Nations are imploding is empirical, not unhinged. Questioning the secret side agreements of the Iran deal or failed Russian reset is facing reality. Making the Environmental Protection Agency follow laws rather than make laws is the way it always was supposed to be. Unapologetically siding with Israel, the only free and democratic country in the Middle East, used to be standard U.S. policy until Obama was elected. (…) Expecting the media to report the news rather than massage it to fit progressive agendas makes sense. In the past, proclaiming Obama a “sort of god” or the smartest man ever to enter the presidency was not normal journalistic practice. (…) Half the country is having a hard time adjusting to Trumpism, confusing Trump’s often unorthodox and grating style with his otherwise practical and mostly centrist agenda. In sum, Trump seems a revolutionary, but that is only because he is loudly undoing a revolution. Victor Davis Hanson
The globalised model (…) primarily based on an international division of labour, creates substantial wealth but does nothing to bond society as a whole. The job market has become deeply polarised and mainly concentrated in big cities, squeezing out the middle classes. For the first time in history, working people no longer live in the places where jobs and wealth are created. Those groups, which have lost out due to globalisation, no longer identify with traditional political parties. The rift between the global market’s winners and losers has replaced the old right-left split. This social and political divide coincides with a visible faultline between global centres plugged into the world economy and deprived outlying areas. All over the developed world the populist vote is gathering strength outside the big cities, in small and middling towns, and the countryside. In France these “peripheral” territories are driving the FN dynamic. In the US, the peripheral states put Trump in power, much as Brexit prevailed thanks to peripheral areas of the UK. In Austria support for Norbert Hofer, the far-right candidate in the recent presidential contest, comes from similar places. They are home to the majority of the working classes, disconnected and increasingly sedentary. Such territorial dynamics gather momentum as more mobile groups – the higher social classes, immigrants and minorities – concentrate in the cities. In this way the new social geography renews the old divide between sedentary and nomadic. But social issues are not the only determinant of the populist vote. Identity is essential too, linked as it is to the emergence of a multicultural society, which feeds anxiety in working-class environments. At a time of fluctuating majorities and minorities, amid demographic instability, the fear of tipping into a minority is creating considerable cultural insecurity in developed countries. Unlike the upper classes, who can afford to raise invisible barriers between themselves and the “other” (immigrants or minorities), the working classes want a powerful state apparatus to protect them, socially and culturally. So the populist surge is re-activating a real class vote. Christophe Guilluy
Faire le jeu de Le Pen, qui l’a fait mieux et avec une science plus consommée que le mortifère Mitterrand en son temps ? Il y a d’ailleurs eu quelque chose de profondément déplaisant à voir la fille de celui-ci venir sur un plateau déclarer avec candeur qu’elle allait voter Chirac en se bouchant le nez, sans qu’aucun serf médiatique ose lui rappeler que s’il y a bien quelqu’un qui a savamment peloté à son profit pendant quatorze ans la boule puante qui vient de nous exploser au nez c’est son père. De même, par la bouche mielleuse de ses représentants, la gauche sublime et fracassée, mais toujours aussi magnifique, ne s’est-elle pas privée de reprocher tartuffiennement à la droite de ne pas manifester à ses côtés dans la rue. Et personne n’a osé lui répondre que d’abord c’était sa rue, gloubiboulguisée à son image et ressemblance, et transformée en espaces de création, en zones franches pour le libre tapage des teufeurs sacrés de la scène techno ; et, surtout, que c’était son Le Pen. On leur laisse tout ça. Qui d’autre en a l’usage ?Pour comprendre dans ses tréfonds l’extase anti-lepéniste de ces derniers jours, il suffit de se souvenir, a contrario, de l’enthousiasme très modéré qu’avait suscité chez ces mêmes anti-lepénistes, à la fin de 1998, la brutale scission du Front national. L’éditorialiste Serge July, sous le coup de cette surprise, qui aurait dû être considérée, et à bon droit cette fois, pour divine, mais qui ne le fut pas du tout, alla jusqu’à écrire avec mélancolie : « Jean-Marie Le Pen est devenu bizarrement indispensable au bon fonctionnement de la démocratie française. »Il fallait comprendre que la modernité emballée en avait besoin pour rendre ses surenchères de toute façon plus aimables que lui ; et que s’il n’existait plus, il fallait le réinventer. Eh bien ça y est. Le malheur des temps l’a ressuscité in extremis. Philippe Muray (2002)
Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, donc tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi, à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste. D’abord le procès en fascisme à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la fois absurde et scandaleux. Je suis profondément attaché à l’identité nationale et je crois même ressentir et savoir ce qu’elle est, en tout cas pour moi. L’identité nationale, c’est notre bien commun, c’est une langue, c’est une histoire, c’est une mémoire, ce qui n’est pas exactement la même chose, c’est une culture, c’est-à-dire une littérature, des arts, la philo, les philosophies. Et puis, c’est une organisation politique avec ses principes et ses lois. Quand on vit en France, j’ajouterai : l’identité nationale, c’est aussi un art de vivre, peut-être, que cette identité nationale. Je crois profondément que les nations existent, existent encore, et en France, ce qui est frappant, c’est que nous sommes à la fois attachés à la multiplicité des expressions qui font notre nation, et à la singularité de notre propre nation. Et donc ce que je me dis, c’est que s’il y a aujourd’hui une crise de l’identité, crise de l’identité à travers notamment des institutions qui l’exprimaient, la représentaient, c’est peut-être parce qu’il y a une crise de la tradition, une crise de la transmission. Il faut que nous rappelions les éléments essentiels de notre identité nationale parce que si nous doutons de notre identité nationale, nous aurons évidemment beaucoup plus de mal à intégrer. Lionel Jospin (France Culture, 29.09.07)
Si le candidat d’En marche! ne prend pas en charge les réalités populaires et les aspirations que dévoile cette élection, sa victoire sera une victoire à la Pyrrhus. La dynamique populiste est enclenchée et ne cessera de monter si on ne traite pas toutes les questions économiques, sociales et culturelles qui sont en jeu. La présidentielle de 2017 et la victoire d’Emmanuel Macron n’offrent qu’un sursis à ce monde d’en haut, mais, si le chef de l’État n’apporte aucune réponse aux catégories populaires, à cette France d’en bas qui se sent exclue de la mondialisation, il est probable que la bascule s’opère alors en 2022 avec le parti le plus à même de représenter cette dynamique-là. Le modèle actuel n’est pas socialement durable. Si la France d’en haut ne parvient toujours pas à être exemplaire et à parler à celle d’en bas, ses jours sont comptés. (…) À l’issue de mes travaux, j’ai distingué une fracture française qui se situe entre les grandes métropoles mondialisées et le reste, la « France périphérique ». Celle- ci n’est donc pas exclusivement rurale et englobe également des petites et moyennes villes. Elle concerne ainsi tous les territoires qui se trouvent à l’écart des grands pôles urbains, pôles qui créent le plus d’emplois et se trouvent insérés dans la mondialisation. Cette fracture s’observe d’ailleurs aussi bien en France que dans les autres pays européens ou aux États Unis: la logique est partout la même et provient d’une disparition des classes moyennes « le plus grand plan social de l’histoire. Ces classes sont devenues de nouvelles classes populaires, qui ont le sentiment d’être invisibles et de ne pas être économiquement intégrées. Comme partout dans les pays développés, les ressorts de la dynamique populiste reposent d’une part sur la destruction de la classe moyenne traditionnelle et sa mise à l’écart des métropoles mondialisées,et d’autre part sur l’émergence d’une société multiculturelle. Si une partie de la France populaire est réceptive au discours de Marine Le Pen, celle-ci ne rallie qu’une partie du monde d’en bas. Il est toutefois effectivement frappant de constater que son vote est surreprésenté dans cette France périphérique et sous-représenté dans la France des grandes métropoles. Le constat est inverse pour Emmanuel Macron, incarnation de la nouvelle bourgeoisie. Par ses propos sur la « société ouverte » , le néolibéralisme, le libre-échangisme, le candidat d’En marche! a été le candidat des grandes métropoles.. Partout en France, comme aux États-Unis ou en Grande-Bretagne, les richesses et la création se concentrent dans les métropoles. Et partout dans le monde, ce modèle crée sa contestation populiste. Celle-ci émane des catégories qui constituaient hier le socle de la classe moyenne – ouvriers, employés, paysans – , et des  mêmes territoires. Catégories qui ont été les grandes perdantes du processus d’adaptation des économies occidentales aux normes de l’économie-monde. La mondialisation repose, en effet, sur une division internationale du travail qui condamne sur le temps long la classe moyenne occidentale. L’émergence d’une classe moyenne chinoise ou indienne s’est ainsi réalisée au détriment des ouvriers ou employés américains, français ou britanniques. Ce terrible constat explique que nous vivons depuis trente ans un processus de la sortie de la classe moyenne” qui vit désormais sur des territoires éloignés des zones d’emploi dynamiques. Et le vote Trump est porté par l’Amérique périphérique, le Brexit par la Grande-Bretagne périphérique, le vote Le Pen par la France périphérique (…) On observe déjà une division entre l’Est, qui a principalement voté pour Marine Le Pen, et l’Ouest, qui a davantage voté Macron. Mais cette géographie sociale provient de l’héritage industriel, où les industries étaient présentes essentiellement dans l’Est, et le rural et le tertiaire dans l’Ouest. Il est plus instructif de zoomer sur chaque territoire. Que ce soit dans des régions où Marine Le Pen est en tête ou d’autres dans lesquelles Macron l’emporte, une même logique s’opère. Ainsi, à l’issue du premier tour, en Bretagne, où Macron a obtenu plus de voix, celles-ci ont été gagnées dans les grandes villes bretonnes, comme Rennes. Dans cette dernière, Marine Le Pen a fait moins de 6%, mais a dépassé les 20% dans certaines zones rurales bretonnes. De la même manière, à l’Est, la candidate du FN fait un score moins bon dans des grandes villes comme Nancy, alors qu’elle triomphe dans les petites villes de la région. On le constate, la dynamique France périphérique-métropole marche à l’intérieur de chaque région. Il y a donc une sociologie assez similaire. Le premier tour révèle donc l’ »implosion des partis traditionnels. (…) Si les affaires ont évidemment joué, la difficulté de la droite a été ,dès le départ, d’arriver à convaincre cet électorat de la France périphérique, désormais arrimé au Front national. Il ne se sent pas représenté par la droite traditionnelle, perçue comme trop libérale. L’entrée en campagne de François Fillon sur le mode de réduction des dépenses publiques et d’adaptation aux normes de l’ économie mondialisée a eu un effet destructeur. Son échec réside dans son incapacité à se connecter avec cet électorat populaire et dans le fait que son discours s’est en partie adressé à une classe moyenne en voie de disparition. (…) ]Pour le vote Fillon] Une minorité, à la marge, parce qu’elle est totalement dans une logique anti- système, a voté FN. Mais le reste des électeurs de cette France insoumise s’est plus largement reporté sur Emmanuel Macron ou réfugié dans l’abstention, pour une raison simple : les voix de Jean-Luc Mélenchon proviennent davantage de l’ électorat populaire des banlieues des grandes villes que des véritables périphéries. Cela reste un vote plutôt des grandes métropoles, avec beaucoup d’ électeurs de la fonction publique et de la gauche classique. Christophe Guilluy
Sur les plans géographique, culturel et social, il existe bien des points communs entre les situations françaises et américaines, à commencer par le déclassement de la classe moyenne. C’est « l’Amérique périphérique » qui a voté Trump, celle des territoires désindustrialisés et ruraux qui est aussi celle des ouvriers, employés, travailleurs indépendants ou paysans. Ceux qui étaient hier au cœur de la machine économique en sont aujourd’hui bannis. Le parallèle avec la situation américaine existe aussi sur le plan culturel, nous avons adopté un modèle économique mondialisé. Fort logiquement, nous devons affronter les conséquences de ce modèle économique mondialisé : l’ouvrier – hier à gauche –, le paysan – hier à droite –, l’employé – à gauche et à droite – ont aujourd’hui une perception commune des effets de la mondialisation et rompent avec ceux qui n’ont pas su les protéger. La France est en train de devenir une société américaine, il n’y a aucune raison pour que l’on échappe aux effets indésirables du modèle. (…) Dans l’ensemble des pays développés, le modèle mondialisé produit la même contestation. Elle émane des mêmes territoires (Amérique périphérique, France périphérique, Angleterre périphérique… ) et de catégories qui constituaient hier la classe moyenne, largement perdue de vue par le monde d’en haut. (…) la perception que des catégories dominantes – journalistes en tête – ont des classes populaires se réduit à leur champ de vision immédiat. Je m’explique : ce qui reste aujourd’hui de classes populaires dans les grandes métropoles sont les classes populaires immigrées qui vivent dans les banlieues c’est-à-dire les minorités : en France elles sont issues de l’immigration maghrébine et africaine, aux États-Unis plutôt blacks et latinos. Les classes supérieures, qui sont les seules à pouvoir vivre au cœur des grandes métropoles, là où se concentrent aussi les minorités, n’ont comme perception du pauvre que ces quartiers ethnicisés, les ghettos et banlieues… Tout le reste a disparu des représentations. Aujourd’hui, 59 % des ménages pauvres, 60 % des chômeurs et 66 % des classes populaires vivent dans la « France périphérique », celle des petites villes, des villes moyennes et des espaces ruraux. (…) Faire passer les classes moyennes et populaires pour « réactionnaires », « fascisées », « pétinisées » est très pratique. Cela permet d’éviter de se poser des questions cruciales. Lorsque l’on diagnostique quelqu’un comme fasciste, la priorité devient de le rééduquer, pas de s’interroger sur l’organisation économique du territoire où il vit. L’antifascisme est une arme de classe. Pasolini expliquait déjà dans ses Écrits corsaires que depuis que la gauche a adopté l’économie de marché, il ne lui reste qu’une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n’existe pas. C’est exactement ce qui est en train de se passer. (…) Il y a un mépris de classe presque inconscient véhiculé par les médias, le cinéma, les politiques, c’est énorme. On l’a vu pour l’élection de Trump comme pour le Brexit, seule une opinion est présentée comme bonne ou souhaitable. On disait que gagner une élection sans relais politique ou médiatique était impossible, Trump nous a prouvé qu’au contraire, c’était faux. Ce qui compte, c’est la réalité des gens depuis leur point de vue à eux. Nous sommes à un moment très particulier de désaffiliation politique et culturel des classes populaires, c’est vrai dans la France périphérique, mais aussi dans les banlieues où les milieux populaires cherchent à préserver ce qui leur reste : un capital social et culturel protecteur qui permet l’entraide et le lien social. Cette volonté explique les logiques séparatistes au sein même des milieux modestes. Une dynamique, qui n’interdit pas la cohabitation, et qui répond à la volonté de ne pas devenir minoritaire. (…) La bourgeoisie d’aujourd’hui a bien compris qu’il était inutile de s’opposer frontalement au peuple. C’est là qu’intervient le « brouillage de classe », un phénomène, qui permet de ne pas avoir à assumer sa position. Entretenue du bobo à Steve Jobs, l’idéologie du cool encourage l’ouverture et la diversité, en apparence. Le discours de l’ouverture à l’autre permet de maintenir la bourgeoisie dans une posture de supériorité morale sans remettre en cause sa position de classe (ce qui permet au bobo qui contourne la carte scolaire, et qui a donc la même demande de mise à distance de l’autre que le prolétaire qui vote FN, de condamner le rejet de l’autre). Le discours de bienveillance avec les minorités offre ainsi une caution sociale à la nouvelle bourgeoisie qui n’est en réalité ni diverse ni ouverte : les milieux sociaux qui prônent le plus d’ouverture à l’autre font parallèlement preuve d’un grégarisme social et d’un entre-soi inégalé. (…) Nous, terre des lumières et patrie des droits de l’homme, avons choisi le modèle libéral mondialisé sans ses effets sociétaux : multiculturalisme et renforcement des communautarismes. Or, en la matière, nous n’avons pas fait mieux que les autres pays. (…) Le FN n’est pas le bon indicateur, les gens n’attendent pas les discours politiques ou les analyses d’en haut pour se déterminer. Les classes populaires font un diagnostic des effets de plusieurs décennies d’adaptation aux normes de l’économie mondiale et utilisent des candidats ou des référendums, ce fut le cas en 2005, pour l’exprimer. (…) [Macron] Il y a au moins une chose qu’on ne peut pas lui reprocher : il n’avance pas masqué ! Il ne cherche pas à faire semblant de tenir un discours « de gauche ». Il dit : « pour s’en sortir, il faut encore plus de libéralisme » ce qui est assez cohérent intellectuellement et assez représentatif de ce qu’est devenue la gauche. Christophe Guilluy
Le clivage sépare ceux qui bénéficient de la mondialisation de ceux qui en pâtissent. Il est à la fois géographique et social. Que ce soit aux États-Unis, en Suède, au Danemark, aux Pays-Bas ou en Autriche, les territoires s’adaptent toujours de la même façon au modèle économique mondialisé : les métropoles deviennent de nouvelles citadelles, un monde fermé auquel on ne peut accéder sans ticket d’entrée. Impossible pour les classes populaires d’y acheter leur logement, compliqué d’y louer, à moins d’habiter dans des quartiers de logements sociaux. On nous explique que la révolution numérique efface les différences entre New York et le Cantal, ce n’est pas vrai. Les catégories supérieures se replient de plus en plus dans les territoires gagnants de la mondialisation, alors que la classe moyenne disparaît. (…) Nous assistons à un clivage à l’intérieur même des classes populaires. Le FN reste en tête avec un score de 37 % chez les ouvriers et Jean-Luc Mélenchon engrange effectivement des voix, notamment au sein des catégories populaires de banlieue. Ce sont les mêmes qui avaient voté Hollande en 2012. À l’inverse, les catégories populaires de la France périphérique ont plutôt voté FN. La question culturelle et identitaire s’est invitée au cœur des stratégies électorales des partis politiques. (…) il y a une dimension ethnoculturelle très nette. Ce fonctionnement est en place depuis plus de quinze ans, rien de très neuf. Nous ne sommes plus sur un clivage strictement social. Prenez une cité d’Hénin-Baumont par exemple, le « petit Blanc » va voter FN et le « petit beur » va voter Mélenchon… Alors même que les deux partagent une réalité géographique et sociale, leur vote diverge ! Cela signifie bien que la question culturelle et identitaire s’est invitée au cœur des stratégies électorales des partis politiques ! Les partis dits républicains prétendent le contraire la main sur le cœur, mais c’est bien évidemment faux. Au moins sur la question de l’émergence de la société multiculturelle, les partis américains ont moins de pudeur sur le sujet. (…) C’est ce fait de ne pas pouvoir partager un capital culturel ou historique commun que j’appelle l’insécurité culturelle. Ce phénomène est assez universel, par exemple, la petite bourgeoisie magrébine quitte les quartiers où se concentre l’immigration africaine. En réalité, personne ne souhaite être minoritaire, car cela signifie dépendre de la bienveillance de la majorité. (…) On constate une féminisation de cet électorat  [FN], même s’il reste majoritairement masculin, et une progression dans des catégories jusqu’ici peu séduites par le FN. C’est le cas des employés, dont 32 % ont voté en faveur de Marine Le Pen, ou des salariés de la fonction publique, qui sont 27 % à avoir porté leurs voix en faveur de la représentante du FN. Sur le plan géographique, le vote progresse dans des régions que l’on disait traditionnellement plus hermétiques à ce vote, comme la Bretagne avec plus de 15 % en faveur du FN. Cela peut sembler inattendu, mais c’est en réalité très logique. (…) Il faut regarder sur le temps long : le Brexit puise ses racines dans la politique menée par Margaret Thatcher dans les années 80. De la même manière, l’élection de Donald Trump n’aurait pu se produire sans la financiarisation de l’économie sous Bill Clinton… En France, la désaffiliation politique des classes populaires germe à la fin des années 70, lors du démarrage de la désindustrialisation. Cette désaffiliation augmente en même temps que la classe moyenne disparaît catégorie après catégorie. Cela a commencé avec les ouvriers, puis les paysans, maintenant les employés… Des bataillons entiers sortent progressivement de la classe moyenne, basculent dans le chômage ou la précarisation de leur emploi. Il y a dans l’esprit des gens l’idée que les classes populaires, c’est une France finissante vouée à disparaître un jour ou l’autre. Sauf que les gens ne disparaissent pas physiquement ! Prenez les 15 premières métropoles de France. Elles représentent 40 % de la population. Si l’on remonte les recensements, les mêmes métropoles en 1968 représentaient… 40 % de la population ! Cela peut sembler contre-intuitif, mais leur poids démographique n’a pas bougé, car, contrairement à ce que l’on imagine, la croissance des territoires a suivi celle des métropoles. (…) Ce qui est frappant, c’est qu’il y a un potentiel majoritaire avec des gens qui se croient minoritaires. En somme, c’est un conflit de classe, sans conscience de classe. Nous ne sommes pas la Grèce : il y a encore beaucoup de gens qui ont beaucoup à perdre. Les retraités et les fonctionnaires, qui sont protégés de la mondialisation, n’ont aucune raison de renverser la table. Il y a aussi, à la marge, le vote des minorités qui va se porter vers le parti le moins anti-immigrés. On voit bien que le Front national est bloqué par sa sociologie : les catégories populaires ne lui suffiront pas. Mais les coups de boutoir seront de plus en plus violents. On peut très bien imaginer demain voir un FN atteindre les 30-35 % au premier tour. Cela signifiera que les digues sont en train de céder. Pour l’instant, la difficulté que rencontre Emmanuel Macron est la suivante : comment tenir un discours optimiste sur la mondialisation, tout en captant les voix des perdants de cette mondialisation, ceux dont le niveau de vie a diminué ces vingt dernières années ? Pas facile. (…) Tout d’abord, le clivage gauche-droite ne structure plus complètement l’opinion. La preuve : le candidat de droite comme le candidat de gauche ont été éjectés dès le premier tour. Ceux qui ont franchi l’obstacle, ce sont des candidats qui se revendiquent « ni de droite ni de gauche ». Ce vieux clivage n’est encore pertinent que pour les retraités et les fonctionnaires. Les autres électeurs se déterminent désormais par des thématiques, comme la mondialisation ou l’immigration. Cela n’en fait pas spécifiquement des gens de gauche ou de droite. Si le pays avait vraiment « basculé à droite », l’État providence serait par exemple remis en question par l’opinion. Or, c’est tout le contraire. L’attachement aux services publics se vérifie, tout particulièrement dans la France périphérique, où la fermeture d’un bureau de poste peut devenir un casus belli. Même chose sur la question de la laïcité : il existe des électeurs de droite comme de gauche qui y sont attachés. Le clivage gauche-droite était le clivage du XIXe et du XXe siècle. Ce qui détermine le vote aujourd’hui, c’est le rapport à la mondialisation, à l’économie et le niveau de désaffiliation aux partis. (…) Les résultats du second tour devraient dessiner une carte « chimiquement pure » de cette France périphérique, qui ne nous dira pas ce qui est urbain ou rural, mais qui nous éclairera sur la proximité ou non du marché de l’emploi. Deux grands pôles sont en train de se mettre en place. La question des clivages de classe, clivages culturels, clivages géographiques va enfin être posée. (…) On meurt de l’absence de conflits et de débats ! Si on veut éviter les violences réelles, il faut que cette conflictualité se traduise en débats à l’Assemblée nationale. Il serait tout à fait sain que les députés s’affrontent autour de thèmes qui parlent à l’opinion. Le pire moment est celui que nous vivons : il n’existe aucune connexion entre le monde d’en haut et celui d’en bas. Cela conduit à l’assèchement de la pensée. Malheureusement, pour l’heure, la France « d’en haut » est encore dans ce mode de fonctionnement, très pratique pour ne jamais mettre les vraies questions sur la table. Cette posture applique la règle suivante : « Ceux qui votent pour le FN sont fascistes. Les classes populaires votent FN, donc, elles sont fascistes. Et comme on ne parle pas aux fascistes, on ne parle pas aux classes populaires. » Fermez le ban ! Si on assiste réellement à l’émergence de ces deux blocs, les gens « d’en bas » considéreraient enfin que l’Assemblée nationale travaille pour eux. Ils auraient envie d’élire des majorités qui vont les représenter, disposer de ministres qui défendent leurs intérêts… Cette recomposition, les partis politiques n’ont pas voulu l’entreprendre, alors que le corps électoral l’attendait depuis des années. Christophe Guilluy
J’avais l’impression qu’il [Nicolas Sarkozy] avait déjà cette géographie sociale bien en tête. Comme s’il savait que cette France populaire, qui l’avait élu en 2007, allait être une nouvelle fois l’enjeu de cette présidentielle. (…) Je ne pense pas que le qualificatif de droitisation soit pertinent. Pour cette France-là, on est arrivé à la fin de la bipolarisation droite-gauche. Par exemple, en matière d’immigration, tout le monde pense grosso modo la même chose, à gauche comme à droite. Quand on regarde comment se comportent les Français – là où ils vont vivre, là où ils souhaitent scolariser leurs enfants -, on s’aperçoit que tout le monde évolue dans une même logique. Ce qui change, c’est le discours de justification de ses actes… Par ailleurs, cette France populaire reste très attachée à l’Etat providence, aux services publics, à la laïcité, aux thématiques traditionnelles de la gauche. (…) Ce qui définit cette classe qui se sent menacée de déclassement, c’est son incapacité à ériger des frontières symboliques avec un monde qu’elle juge menaçant. Le bobo de Belleville, qui habite en plein cœur d’un quartier très métissé, peut résider dans un immeuble de lofts, socialement homogène, et contourner la carte scolaire. Les prolétaires de la Picardie, eux, n’ont pas les moyens d’ériger ce type de frontière invisible. C’est pour ça que cette classe populaire exprime aujourd’hui une demande d’Etat fort et de protectionnisme. La question sociale est centrale pour elle, à la condition qu’elle se combine avec une question d’ordre culturel. (…) Sur ces questions culturelles et identitaires, la gauche tient un discours peu clair. Car elle a la trouille de dire les choses. Je pense qu’on vit désormais dans une société multiculturelle sans oser le dire. Pour la première fois dans notre histoire, dans certains espaces, se pose la question d’appartenir à une majorité ou à une minorité relative. C’est ce que révèle l’épisode sur la viande halal : au-delà la question de l’étiquetage, le sentiment diffus de pouvoir devenir, sans le savoir, minoritaire, est très présent. (…) C’est compliqué pour [François Hollande] car il ne faut pas désespérer «Boboland», c’est-à-dire ces classes intellectuelles et supérieures qui vivent en centre-ville, profitent des bienfaits de la mondialisation et votent en majorité pour la gauche. Je dis cela sans mépris. C’est une réalité sociologique importante pour la gauche. Il est difficile de tenir un discours pour cette France des centres-ville et celle rejetée à la périphérie. Un exemple : le protectionnisme européen. François Hollande avait la possibilité de reprendre à son compte les thèses qu’Arnaud Montebourg avait développées pendant la primaire. Mais aujourd’hui depuis le discours de Villepinte de Nicolas Sarkozy, je pense que c’est trop tard. Christophe Guilluy
On brode beaucoup sur la non intégration des jeunes de banlieue. En réalité, ils sont totalement intégrés culturellement. Leur culture, comme le rap, sert de référence à toute la jeunesse. Ils sont bien sûr confrontés à de nombreux problèmes mais sont dans une logique d’intégration culturelle à la société monde. Les jeunes ruraux, dont les loisirs se résument souvent à la bagnole, le foot et l’alcool, vivent dans une marginalité culturelle. En feignant de croire que l’immigration ne participe pas à la déstructuration des plus modestes (Français ou immigrés), la gauche accentue la fracture qui la sépare des catégories populaires. Fracture d’autant plus forte qu’une partie de la gauche continue d’associer cette France précarisée qui demande à être protégée de la mondialisation et de l’immigration à la « France raciste ». Dans le même temps, presque malgré elle, la gauche est de plus en plus plébiscitée par une « autre France », celle des grands centres urbains les plus actifs, les plus riches et les mieux intégrés à l’économie-monde ; sur ces territoires où se retrouvent les extrêmes de l’éventail social (du bobo à l’immigré), la mondialisation est une bénédiction. Christophe Guilluy
En 2012, la participation frôle les 80 %, ce qui est important. Si elle est de 4 points inférieure à celle de 2007, elle est très supérieure à ce que les instituts de sondage prévoyaient : un effondrement proche de 10 points ! A mon sens, on doit y voir la très forte mobilisation de la gauche dans son rejet du sarkozysme. L’autre manifestation de cette colère à l’égard du président sortant s’est traduite par une plus faible participation des villes où Nicolas Sarkozy avait fait le plein en 2007. Typiquement, le retraité qui a voté pour le candidat UMP, il y a cinq ans, s’est abstenu au premier tour cette fois-ci. Ce qui laisse une certaine marge de progression pour le convaincre de se déplacer au second tour. En revanche, François Hollande semble ne disposer que de peu de réserve parmi les abstentionnistes du premier tour. (…)  Si l’on met l’accent sur sa deuxième place, on pourrait conclure à un échec par rapport aux présidents sortants tous arrivés en tête. Seulement, en 2002, Jacques Chirac, dont le bilan est jugé comme inexistant, a certes respecté la règle en s’offrant la première marche du podium, mais en ne captant que moins de 20% des voix. Aussi dire que la stratégie Buisson, ou plutôt Buisson-Guaino a échoué, est-il, à mon sens une erreur d’analyse. Christophe Guilluy
Il serait temps de comprendre que les millions de Français qui votent pour le FN ne veulent pas moins mais plus de République. Ils ont tort ? Admettons. Mais était-ce républicain de construire une Europe dans laquelle les décisions échappent largement aux élus du peuple ? Était-ce républicain d’inventer, au nom d’une conception mécanique de l’égalité, le collège unique dont la grande œuvre aura été de tirer les bons élèves vers le bas plutôt que les mauvais vers le haut ? Était-ce républicain de tergiverser pendant vingt ans avant d’interdire les signes religieux à l’école ? Était-ce républicain d’encourager l’idéologie de la repentance qui légitime la détestation de la France ? Était-ce républicain de prôner l’ouverture à tous les vents de la mondialisation, qu’elle fût économique ou culturelle ? Était-ce républicain de décréter que dans les écoles de Strasbourg on servirait “de la viande halal par respect pour la diversité, mais pas de poisson le vendredi par respect pour la laïcité” — impayable logique du maire socialiste de la ville ? Était-ce républicain de minimiser l’antisémitisme et le sexisme qui sévissaient et sévissent encore dans les “territoires perdus de la République” au motif que ceux qui les propageaient étaient victimes de l’exclusion sociale ? Était-ce républicain de traiter de salauds, de cons ou de fachos les électeurs qui, lassés d’être les cocus de la mondialisation, se sont tournés vers le FN ? Ou étaient-ils, durant toutes ces années, tous ces Républicains sourcilleux qui affichent aujourd’hui leurs âmes pures et leurs mains blanches ? Peut-être serait-il naïf ou imprudent de décerner à Marine Le Pen un brevet de vertu républicaine. En attendant, si la République semble aujourd’hui si mal en point, elle n’en est pas, loin s’en faut, la première responsable. Elisabeth Lévy
Marine Le Pen aurait pu être la porte-parole du parti de l’inquiétude, elle aurait pu faire venir sur le plateau l’humeur de cette partie du pays qui voit sa disparition programmée et s’en désole. Elle aurait pu évoquer le séparatisme islamiste et l’immense tâche qui nous attend consistant à convaincre des dizaines, peut-être des centaines, de milliers de jeunes Français de l’excellence de leur pays, de ses arts, ses armes et ses lois. Or, du début à la fin, elle a paru retourner à son adversaire le procès en légitimité dont elle est sans cesse l’objet. Incapable de lui concéder le moindre point, autant que de lui opposer une véritable vision, elle a ânonné des mots-clefs comme « UOIF » et « banquier », croyant sans doute que cela suffirait à faire pleuvoir les votes, ce qui laisse penser qu’elle tient ses électeurs en piètre estime. Les insinuations sur l’argent de son adversaire, sa façon de dire à demi-mot au téléspectateur « si vous êtes dans la mouise, c’est parce que lui et ses amis se goinfrent », m’ont rappelé les heures sombres de l’affaire Fillon, quand des journalistes répétaient en boucle le même appel au ressentiment. L’autre France, celle qui n’a pas envie de l’avenir mondialisé et multiculti qu’on lui promet, mérite mieux que ce populisme ras des pâquerettes. (…) On n’est pas obligé, cependant, de hurler avec les bisounours. Quoi que répètent fiévreusement ceux qui adorent voler au secours des victoires, un faux pas, même de taille, ne suffit pas à faire de Marine Le Pen quelqu’un d’infréquentable. À la différence de l’intégralité de mes confrères qui se frottent les mains sur l’air de « je vous l’avais bien dit ! », je ne suis pas sûre qu’elle ait « montré son vrai visage ». L’ayant interviewée à plusieurs reprises, nous avons eu avec elles des engueulades homériques : jamais je ne l’ai vue, dans ces circonstances, faire preuve de la mauvaise foi fielleuse qu’elle a opposée à son adversaire – et je ne lui avais jamais vu, même sur un plateau, ce masque sarcastique. Avait-elle en quelque sorte intégré sa propre illégitimité, a-t-elle été mal conseillée par son cher Florian Philippot ou était-elle décidément très mal préparée à la fonction qu’elle briguait ? Toujours est-il qu’elle a raté son rendez-vous avec le peuple français. (…) Il faudra bien résoudre un jour ce petit problème de logique : il existe chez nous un parti que les tribunaux ne peuvent pas interdire, qui a le droit de se présenter aux élections, mais les électeurs n’ont pas le droit de voter pour lui et ses dirigeants n’ont pas le droit de gagner. Ce qui, on en conviendra, est assez pratique pour ceux qui l’affrontent en duel. On me dit qu’il respecte le cadre de la République, mais pas ses fameuses valeurs. Sauf que, pardon, qui est arbitre des valeurs, Le Monde, les Inrocks, Jacques Attali ? N’est-ce pas une façon bien commode d’exclure de la compétition ceux qui vous déplaisent ? Je ne me résous pas à vivre dans un monde où il y a une seule politique possible, un seul vote raisonnable et un seul point de vue acceptable. (…) Post Scriptum : je viens d’entendre un bout de la chronique de François Morel, l’un des papes du comico-conformisme sur France Inter. Il comparait – ou assimilait je ne sais – Marine Le Pen à une primate: Taubira, c’était dégueulasse; mais pour une Le Pen, c’est normal. Digne conclusion de la quinzaine de la haine (et de l’antifascisme nigaud) que nous a offerte la radio publique. Elisabeth Lévy
J’ai suivi cette campagne avec un sentiment de malaise franchement (…) qui s’est peu à peu transformé en honte.  (…) Malaise parce que la deuxième France, dont vous parlez, la France qui est périphérique, qui hésite entre Marine Le Pen et rien,  je me suis rendu compte que je ne la comprenais pas, que je ne la voyais pas, que j’avais perdu le contact. Et ça, quand on veut écrire des romans, je trouve que c’est une faute professionnelle assez lourde.  (….) Parce que je ne la vois plus, je fais partie de l’élite mondialisée, maintenant. (…) Et pourtant, je viens de cette France. (…) Elle habite pas dans les mêmes quartiers que moi. Elle habite pas à Paris. A Paris, Le Pen n’existe pas. Elle habite dans des zones périphériques décrites par Christophe Guilluy. Des zones mal connues. (…) Mais le fait est que j’ai perdu le contact. (…) Non, je la comprends pas suffisamment, je veux dire, je pourrais pas écrire dessus. C’est ça qui me gêne, c’est pour ça que suis mal à l’aise. (…) Non, je suis pas dans la même situation. Moi, je ne crois pas au vote idéologique, je crois au vote de classe. Bien que le mot est démodé. Il y a une classe qui vote Le Pen, une classe qui vote Macron, une classe qui vote Fillon. Facilement identifiables et on le voit tout de suite. Et que je le veuille ou non, je fais partie de la France qui vote Macron. Parce que je suis trop riche pour voter Le Pen ou Mélenchon. Et parce que je suis pas un hériter, donc je suis pas la classe qui vote Fillon. (…) Ce qui est apparu et qui est très surprenant – alors, ça, c’est vraiment un phénomène imprévu – c’est un véritable parti confessionnel, précisément catholique. Dans tout ce que j’ai suivi – et, je vous dis, j’ai tout suivi  – Jean-Frédéric Poisson était quand même le plus étonnant. (…) Une espèce d’impavidité et une défense des valeurs catholiques qui est inhabituelle pour un parti politique. (….) Ca m’a interloqué parce que je croyais le catholicisme mourant. (…) [Macron] L’axe de sa  campagne, j’ai l’impression que c’est une espèce de thérapie de groupe pour convertir les Français à l’optimisme. Michel Houellebecq
Leçon numéro 1. Le sacrifice de François Fillon, unique objet du premier tour, est complètement raté. Certes, sa candidature a été tuée, mais les électeurs ne sont pas en phase avec les sacrificateurs. Or, l’immolation est faite pour construire du consensus, pour détendre tout le monde, et le bourreau est supposé être l’artisan de la justice. Dans le cas de Fillon, l’exécution a exaspéré la méfiance à l’égard des gouvernants, de la justice, des médias, et de ses adversaires politiques. Au lieu de les libérer, le sacrifice a exaspéré les tensions. Leçon numéro 2. Le sacrifice de Marine Le Pen, objet unique du second tour, est non moins raté. Certes, elle ne gagnera très probablement pas, car une partie des électeurs est encore en faveur de l’ancienne liturgie dans laquelle un Front Républicain fait barrage au Mal, mais le doute a gagné les partisans du Bien – doute qui s’exprime dans l’abstention ou tout simplement dans le peu de conviction avec laquelle la « diabolisation » s’exprime – et les partisans du Mal deviennent de plus en plus décontractés, de moins en moins concernés par l’injonction morale, l’admonestation solennelle, l’argument d’autorité « antifa ». Leçon numéro 3. Donc, la victoire de Macron apparaîtra comme le résultat d’un double sacrifice raté. On le regardera comme une sorte d’importun, voire d’imposteur, qui n’aura pas réussi à transformer sa victoire sur les autres en victoire pour tout le pays. Il ne sera pas élu, il sera placé premier. Et nul doute que tout le monde réclamera la vidéo car le match a été scandaleusement arbitré. Leçon numéro 4. Nous avions bien compris, et toute la campagne l’a montré : le monde de Macron, c’est le hub France, avec ce raffinement de cruauté qu’il est en plus drogué à la dépense publique. Le hub France, c’est l’aéroport de Roissy. Au premier étage, une entrée réservée et discrète : dans des fauteuils cools, des dirigeants zens s’envoient un whisky japonais pas pingre en discutant avec leur private banker sur Internet. Au rez-de-chaussée, des cadres moyens sirotent de la bière et grignotent des cacahouètes dans un confort relatif, en gérant leur crédit revolving sur leur application bancaire de masse. Au sous-sol, les bagagistes payés au lance-pierre n’ont d’autre choix que le fondamentalisme (anti-immigré ou musulman) ou le vote Mélenchon. Faute de leur avoir enseigné La Fontaine et leur avoir donné des perspectives décentes, difficile de leur en vouloir, même s’il faut les dominer. Personne ne veut de ce monde-là. Nous allons voter pour. Le masochisme est officiellement devenu une catégorie de la pensée citoyenne. Ça faisait longtemps que ça couvait, ont noté les meilleurs observateurs. Leçon numéro 5. Il y a plus : sur le plan de la politique économique, Macron, c’est la double peine : le socialisme en grand et le libéralisme en roue libre. L’Etat local hypertrophié entièrement au service de la mondialisation, c’est-à-dire de la séparation des pauvres et des riches à l’échelle planétaire, comme elle déjà eu lieu à l’échelle urbaine, et entre les villes et les campagnes. Des entraves étatiques partout, obsédantes, au service de la libération des forces du marché, c’est-à-dire de la cupidité décomplexée. Le pire de la bourgeoisie, le pire de la bureaucratie. Le Français contemporain doit s’habituer à avoir deux maîtres : l’inquisition de la cupidité et l’inquisition administrative. Comme tout le monde ne peut pas avoir un parcours d’inspecteur des finances, élite pointue qui peut avoir une carrière de double inquisiteur, très peu gagneront dans ce monde. Gageons que sur les 250 000 marcheurs que revendique le mouvement d’Emmanuel Macron, à peine mille verront leur avenir s’éclaircir. Aux yeux des Français, Macron peut passer en six mois pour un uber gandin au centre d’une cour de gastéropodes liberticides, valets de l’esprit ploutocratique. Leçon numéro 6. Ce n’est pas parce qu’il est devenu à peu près normal que le FN est devenu intelligent. Sa fonction était de transformer la colère et la méchanceté irréfléchies en proposition politique pour lutter contre leurs racines même : l’ignorance, l’oisiveté démunie, le sentiment d’avoir été abandonnés par les dirigeants de la communauté nationale, la fierté blessée, l’humiliation de l’expulsé, l’angoisse du déracinement, la morsure du mépris. Le FN a beau dire qu’avec la bénédiction de Nicolas Dupont-Aignan, il a opéré la jonction des républicains et des patriotes, il y a des trous dans la raquette républicaine et des trous dans la raquette patriotique. Des trous dans la raquette républicaine, car son programme est marqué par une sorte de naïveté restauratrice – c’était mieux avant, retournons-y -, par la préférence pour une pédagogie punitive, et par l’absence de stratégie globale tant sur le plan européen que sur le plan économique, qui sont à pleurer. Sa conception de la République est celle d’un colonel d’infanterie en 1950. Respectable, mais l’expérience du monde réel et l’imagination véritablement constructive sont ailleurs. Et des trous dans la raquette patriotique, car, quand bien même le mot de souverainisme met d’accord les patriotes et les nationalistes, la ligne de fracture en ces deux sensibilités persiste, et reste lourde de malentendus, de querelles, de conflits. J’appelle patriotique le sentiment que la patrie doit être respectée et aimée comme l’espace qui nous vient du temps, si je puis dire, et dans lequel la communauté s’organise solidairement pour continuer son histoire ; j’appelle nationaliste ce sentiment d’exaltation qui nous vient des batailles, de la culture de la guerre, et qui nous porte à préférer la France à tout, y compris à la réflexion et à la sympathie. La difficulté qu’a le FN à se débarrasser des hibernatus maurrassiens qui se nourrissent à sa racine belliqueuse est le signe malheureux de son incapacité à distinguer les deux, et à en tirer les conséquences politiques. Il va falloir choisir entre la psychologie de la guerre et celle de la paix, quand on parle de la France. Marin de Viry
On a le sentiment d’un monde parisiano-parisien qui joue un jeu légèrement autiste. Celui de se rassurer. Celui des postures… Un monde qui regarde la France depuis son piédestal, la tête dans les nuages, dans la ouate rassurante de l’entre-soi du VIe arrondissement, et qui refuse d’être à l’écoute du peuple, qui est, soit dit en passant, souvent son public… et qui donnera vraisemblablement dimanche un score supérieur à 40% à la candidate du FN. En faisant pourtant un effort simple cette élite aurait certainement pu approcher et interroger les origines du mal, les racines du vote extrémiste – dans un contexte de crise économique interminable, de promesses non tenues de redressement de la courbe du chômage, et de pays sous tension, gangréné par la montée des fondamentalismes, le terrorisme qui est un cancer de ce siècle, et des violences quotidiennes. Mais pour comprendre ça, cette caste aurait peut-être dû faire l’effort de sortir la tête de sa poubelle dorée. Cette élite qui cherche encore à faire l’opinion, qui a le monopole de la parole public, qui possède les médias, quand elle n’est pas possédée par eux… Ce week-end, dans le cadre de la manifestation traditionnelle du 1er mai, en fin de cortège, les forces de l’ordre ont été l’objet d’attaques violentes de la part de casseurs et des membres des « Black Blocs », prétendument antifascistes. Frappé par un cocktail Molotov, un CRS d’une quarantaine d’années s’est transformé en torche humaine. L’image a fait le tour du monde, et notamment la Une du New-York Times. Elle semble avoir un peu moins passionné la presse française. L’homme est dans un état grave, brûlé au troisième degré. Où étaient, ces derniers jours, les pétitionnaires qui réclamaient encore il y a peu « justice pour Théo », et propageaient de manière irresponsable l’idée d’une police en guerre totale contre les jeunes-des-quartiers© ? Où étaient-ils pour dénoncer cette image – qui aura certainement plus d’impact que la plupart des discours, des débats, et des mises en garde pontifiantes sur le vote de dimanche ? Et ce n’est là qu’un exemple. Et dans la France macronienne hors-sol qui s’annonce, le ressentiment qui nourrit le vote extrême ne peut que prospérer. Dans la France de Macron, que l’on entrevoit dans son programme et ses discours, son effervescence de mots vides et de phrases creuses ; son charabia managérial ; La France « Start-up nation » ; la France de l’ubérisation ; la France qui fait (quoi ?) ; la France qui ose (quoi ?) ; quelle place pour l’autre France ? Celle que l’on a appelé « périphérique », qui souffre, qui est déclassée et se sent trahie ? Contre la montée en puissance de ce ressentiment, la farandole antifasciste, les cocktails dinatoires au théâtre du Rond-Point et les imprécations médiatiques n’auront aucun impact. Et ne feront même que renforcer ce sentiment d’humiliation. Continuons sur ce ton et nous aurons vraiment le Front national au pouvoir en 2022. Et, comme le rajoutait en plaisantant un ami, certainement Hans Gruber en 2027… François-Xavier Ajavon
Ce qui m’a frappé dans les débats des dernières années, c’est la difficulté avec lesquels ils sont parvenus à émerger. Car les plus importants d’entre eux portent précisément sur les sujets dont le «Parti des médias» – pour reprendre l’expression créée par Marcel Gauchet – tente d’empêcher l’évocation… Il y a comme ça, à chaque époque, des problèmes vitaux qui forment comme un angle mort du débat public. Ce sont précisément ceux qui vont décider de l’avenir. (…) Aujourd’hui, l’histoire est à nouveau en phase d’accélération brutale et le défi qui nous est lancé par l’islamisme politique, entré en phase de conquête du monde, est redoutable. Mais le Parti des médias, aveuglé par ses bons sentiments, préfère nous abreuver de petites nouvelles insignifiantes, d’une part, de ses grandes indignations, de l’autre. (…) chaque fois que le discours lénifiant sur le «vivre-ensemble» est contredit par des faits, ceux-ci font l’objet d’un remontage. Combien d’attentats islamistes ont été requalifiés en «actes commis par un déséquilibré»? Ou alors, on organise à la hâte une diversion. (…) Sur tous les plans, on se rapproche de la vérité en marchant en crabe. Ça ne facilite pas le règlement des problèmes. (…) Ayant vécu une partie de mon adolescence au Liban, repris des études à Oxford à 42 ans, enseigné trois ans en Pologne, beaucoup bourlingué en Europe, du Nord au Sud et d’Est en Ouest, j’avais fait mienne l’idée d’Attali selon laquelle les nations étaient en train de devenir des hôtels où l’on pose provisoirement ses valises, en prenant pour critère le rapport qualité/prix. En s’attaquant aux Juifs, comme l’ont fait Merah et Coulibaly, à un symbole de l’esprit de ma génération, comme Charlie, les infiltrés du djihad, cette cinquième colonne islamiste, m’ont «rendu la France», comme disait Aragon. Poète communiste, il a tourné patriote lors de l’occupation, après avoir longtemps conspué le drapeau et la Marseillaise. (…) L’hégémonie intellectuelle est toujours détenue par «presse qui pense», même si elle a de moins en moins de lecteurs: Télérama, Les Inrocks, Le Nouvel Obs, Libé, etc. C’est elle qui donne le ton, décerne des brevets et censure ce qu’ils appellent les «dérapages». Ces contestataires professionnels sont étonnés et furieux d’être à leur tour contestés. C’est que l’espèce de bouillie intellectuelle, ce néo-marxisme rudimentaire à base de slogans creux qui leur sert de pensée s’est fracassé sur la réalité sociale. Souvent demeurés intellectuellement dans les années 1960/70 (Derrida, Foucault, etc.), ils s’acharnent à «transgresser», à «renverser des tabous», alors qu’il n’y a plus, en face, que le vide. Ils rejouent éternellement la scène originelle de 68, alors qu’on a radicalement changé d’époque. C’est pourquoi les gens qui pensent juste ont opéré, depuis le début de notre XXI° siècle, ce retour à Camus, à Arendt, à Orwell – qui n’étaient certes pas des penseurs «réactionnaires». «Empêcher que le monde ne se défasse», comme disait Camus. Et ne pas pousser la tolérance à l’absurde, en prétendant tolérer la barbarie. Ne pas justifier l’inacceptable au nom du relativisme des valeurs. (…) lorsque je me retrouve devant mon ordinateur, avec un article à écrire, je pense: comment Christopher Hitchens tournerait-il ça? Orwellien lui aussi, «Hitch» savait comme personne mettre le doigt sur l’hypocrisie, la mauvaise foi, le double standard moral. Et c’était un esprit absolument libre. Un véritable voltairien de la fin du XX° siècle. Il n’a aucun équivalent en français, mais quelques héritiers en Angleterre, comme Nick Cohen. (…) Les dirigeants de l’UE ont refusé à l’Europe toute identité, toute substance, toute limite géographique: ils ont créé une coquille vide, un ensemble flou dans lesquels les citoyens ne reconnaissent pas. Comment s’étonner que ceux-ci se réfugient dans leurs États-nations. Au moins, pensent-ils, on en contrôle les dirigeants en les remplaçant lorsqu’ils prennent de mauvaises décisions. Et on peut en défendre les frontières, ce que l’UE refuse de faire, face à une crise migratoire qui va s’aggraver. (…) il y a aussi quelque chose de positif dans ce que les élites baptisent «populisme»: les simples gens ont parfois une vision plus juste que des dirigeants vivant hors-sol, dans l’ignorance des vrais problèmes de la population. Brice Couturier
J’admire la campagne qu’Emmanuel Macron a menée. Il a défendu les valeurs libérales. (…) Il s’adresse aux espoirs des gens et non à leurs peurs. Barack Hussein Obama
On vous demande une carte blanche, et vous salissez l’adversaire, et vous proférez des mensonges. Votre projet, c’est de salir, c’est de mener une campagne de falsifications, de vivre de la peur et des mensonges. La France que je veux vaut beaucoup mieux que ça. Il faut sortir d’un système qui vous a coproduit. Vous en vivez. Vous êtes son parasite. Emmanuel Macron
Notre culture, ça ne peut plus être une assignation à résidence. Il n’y aurait pas la culture des uns et la culture des autres, il n’y aurait pas cette formidable richesse française, qui est là, dont on devrait nier une partie, il n’y a d’ailleurs pas une culture française, il y a une culture en France, elle est diverse, elle est multiple. Et je ne veux pas sortir du champ de cette culture, certains auteurs ou certains musiciens ou certains artistes, sous prétexte qu’ils viendraient d’ailleurs. Emmanuel Macron
Le débat de l’entre-deux-tours a précipité la décision de Marion Maréchal-Le Pen de prendre du champ. Elle l’a jugé « catastrophique » et ruineux pour l’image présidentiable de Marine Le Pen. Elle se met en réserve du parti, en attente d’une occasion pour prendre sa part dans les recompositions politiques qui toucheront le FN, lui aussi. (…) Selon nos informations, non seulement la jeune femme et bientôt ex-députée se place en réserve de la politique, mais elle se tient de surcroît prête à jouer un rôle dans la grande recomposition politique à l’œuvre aujourd’hui, qui immanquablement touchera le FN. Aucun calendrier n’est fixé et ses intentions de rejoindre le monde de l’entreprise réelles – plusieurs grands groupes l’auraient d’ailleurs approchée. Mais depuis plusieurs mois déjà, des signaux lui sont envoyés par des élus LR qui rêvent de la création d’un grand parti clairement positionné à droite dans lequel la petite-fille de Jean-Marie Le Pen aurait toute sa place. Il semblerait que la jeune femme ne soit pas totalement indifférente à ces sollicitations. D’autant qu’à la différence de bien d’autres personnalités du FN, elle a su se tenir à l’écart des affaires financières du parti, la mettant à l’abri des éclaboussures inévitables consécutives aux poursuites judiciaires. « Elle est la seule à n’avoir pas souscrit aux crédits obligatoires du micro-parti Jeanne lors des élections régionales », rappelle fort à propos une élue de la région PACA. (…) Mais personne n’ignorait ses désaccords stratégiques avec le vice-président Florian Philippot et la direction de campagne emmenée par David Rachline, maire de Fréjus. Pour elle, le dogme de la sortie de l’euro devait être dépassé, et de ce point de vue, l’alliance avec Nicolas Dupont-Aignan lui était apparue comme une chance historique de rassemblement d’une partie de la droite autour du FN. « Dommage que cette alliance ne soit pas allée plus loin qu’une place de vedette américaine offerte à Dupont-Aignan lors du meeting de Villepinte », aurait-elle confié à ses proches.  (…) Personne n’imaginait une position aussi radicale, même si certains la redoutaient. Car chacun connaît l’étendue de la popularité de la plus jeune députée de France. Bien plus qu’un long et épuisant combat d’opposition interne en vue du prochain congrès prévu pour l’hiver prochain, Marion Maréchal a choisi le clash et l’effet de sidération. Ne restait qu’à l’habiller de raisons personnelles, réelles, pour éviter l’affrontement public. Mais le message est clair, son onde de choc n’est pas près de se dissoudre, les échanges que nous avons eus avec quelques élus importants ne laissent place à aucun doute. Marianne
Pour sûr, la politique a pris un coup de vieux. L’élection d’Emmanuel Macron, 39 ans, 66,10 % des voix, est aussi la victoire de son mouvement, En marche !, qui ringardise les partis. (…) Toutefois, sa « révolution démocratique » n’est qu’un mot creux ; un trompe-l’œil. L’immuable idéologie conformiste, technicienne et élitiste, reste son soutien. (…) C’est le « casse du siècle » que le cerveau d’En marche ! a commis sous les vivats de la gauche. L’Élysée n’a pu étouffer ses applaudissements, dimanche soir. Lundi, lors de la célébration de la capitulation allemande, François Hollande a affiché son paternalisme avec celui qui l’accompagnait dans ses premiers pas présidentiels. Catherine Barbaroux, membre du PS dès les années 1970, a pris la présidence d’En marche ! Croiser les sourires de la plupart des socialistes de cœur confirme le tour de passe-passe : la gauche éreintée a réussi l’exploit de se maintenir au pouvoir en rajeunissant la façade et en criant à la menace fasciste. Non content d’avoir participé à la suspicion sans preuve contre François Fillon et à l’immature hystérie contre Le Pen, le stratège inspiré espère l’explosion des Républicains en faisant miroiter des places aux gourmands. Faut-il le rappeler aux étourdis et aux dormeurs ? Le 7 mai 2017, la France a confirmé le choix, dissimulé par le flou, d’une rupture dans son modèle de civilisation. Le projet de Macron pour la France, approuvé par 20,4 millions d’électeurs, porte en lui la disparition de la nation assimilatrice, une et indivisible, au profit d’un « Hexagone » vu comme un « open space » où les minorités seront protégées par des discriminations positives et où la quête de visibilité de l’islam politique sera laissée en paix. 92 % des Français musulmans ont voté Macron, contre 62 % des catholiques. Celui qui chante La Marseillaise la main sur le cœur, comme aux États-Unis, a été félicité par Barack Obama et le Canadien Justin Trudeau, symboles de la cause postnationale, c’est-à-dire des sociétés ouvertes à la mondialisation et au multiculturalisme. Or ces deux causes sont au cœur de la crise identitaire, oubliée au profit de diversions sur la moralité de Fillon ou de Le Pen. Il y a de la farce démocratique dans ce hold-up électoral où les enjeux existentiels n’auront jamais été abordés par le vainqueur. Est-ce pour les avoir évoqués que Manuel Valls subit les humiliations des Macron’s boys ? La foule qui a applaudi l’élu, dimanche au pied de la pyramide du Louvre, partage probablement sa lassitude de l’État- nation, appelé à se diluer dans un monde où l’étranger ne se différencie plus du citoyen. Cette vision est celle de la pensée dominante, qui a grimé en affreux ceux qui parlaient de souveraineté et de limites. Cependant, 60 % des électeurs de Macron ont fait un choix par défaut pour s’opposer à Le Pen, qui a tout de même recueilli 10,5 millions de voix. De surcroît, 16,1 millions ont choisi l’abstention et le vote blanc ou nul, tournant le dos aux ordres d’abattre l’ennemi intérieur. Le socle électoral du président est donc fragile. Certes, sa victoire l’autorise à tout. Pour autant, il n’a pas reçu de blanc-seing pour disloquer un peu plus la France malade, au nom d’un optimisme insouciant. Des Français seront là pour le lui rappeler. Reste que Marine Le Pen n’a pas été à la hauteur de sa mission, qui était de représenter les oubliés de la mondialisation et les inquiets du libéralisme libertarien. (..) Sa confrontation télévisée du 3 mai, jugée vulgaire et désastreuse, est une des causes de son effondrement. L’immigration n’y a même pas été abordée. La diabolisation du FN a pu aussi effrayer plus d’un esprit perméable aux prêches du moralisme. Cependant, c’est bien sa stratégie d’ouverture à la gauche extrême qui a été incomprise. (…) La décision de Marion Maréchal-Le Pen, 27 ans, de se retirer du FN, mercredi, pour rejoindre la vie réelle, n’est pas motivée par son seul désir de se consacrer à sa petite fille. C’est un univers borné de branquignols adeptes de « fake news » (fausses nouvelles) et d’idées économiquement mal ficelées que l’élue a aussi choisi de quitter. (…) Si En marche ! a su fédérer la classe privilégiée des mondialistes (diplômés, urbains, riches), mise au service du seul pouvoir personnel de son leader narcissique, il reste à mobiliser ceux qui, en face, pourraient se reconnaître dans un conservatisme libéral et social. L’introuvable union des droites pourrait enfin voir là son issue. Ceux qui espéraient voir les Français en colère rejeter la tyrannie du politiquement correct, qui oblige à marcher les yeux grands fermés, ont perdu en beauté. La victoire de Macron conforte courtisans et médias. Tous ont défendu sa vision du monde, angélique mais fausse, au prix d’une infantilisation des peurs contre un « populisme » forcément nauséabond. Malheur aux vaincus ! Ivan Rioufol
Ce n’est pas seulement en revenant à un chômage minimum qu’on résoudra le malaise français. Il y a aussi des questions culturelles (« d’identité », de « vivre-ensemble », de « collectif », appelons-les comme on veut) qui se posent avec acuité. Malheureusement, elles sont souvent écartées d’un revers de la main dans le débat public, ce qui interdit à la fois d’y réfléchir et d’y répondre. (…) L’une des clés d’analyse, mais surement pas la seule, est qu’une partie de la population occidentale – pas seulement française ! – a l’impression que sa vie lui échappe, qu’elle ne contrôle plus rien, qu’elle subit ; et qu’à l’inverse, une autre partie profite pleinement et de manière injuste du monde et de ses opportunités. D’une certaine manière, la colère contre les inégalités (d’un Occupy Wall Street, Podemos et France Insoumise) rejoint le malaise identitaire (exprimé par Donald Trump ou le Front national) : l’un et l’autre expriment une demande d’unité, de cohésion identitaire et/ou sociale. Le test de l’ »insécurité sociale » est simple: voir si on appelle extrême la tradition. Sans jugement de valeur. Dire que la société doit s’ordonner librement autour/pour des personnes françaises, nées d’un père et d’une mère également considérés et mariés, et justement rémunérées pour le travail que doit leur ménager fraternellement la société est en général la définition du centrisme. C’est aujourd’hui ce qui est qualifié d’extrême, laissant au « nouveau centre » la source de l’insécurité sociale. Lorsqu’on en reviendra à dire que MLP est centre-droit et Mélanchon centre-gauche on comprendra sans doute mieux la pensée de la multitude déstabilisée face à celle de l’élite déracinée.. Cette impression d’abandon est cruciale et motive une demande de reconnaissance multiple : les citoyens concernés veulent « simplement » qu’on admette que leur mode de vie est aussi valable que les autres, que leur attachement à certaines traditions n’est pas méprisable, que leur vision du travail, notamment industriel, n’est pas une ineptie. Or, tout un discours politique décrit un sens unique du progrès intellectuel et moral, et désigne comme des arriérés voire des coupables ceux qui, pour une raison ou une autre, y résistent. Erwan Le Noan
Aujourd’hui le clivage droite/gauche n’est plus idéologique, mais philosophique et moral. (…) Quoiqu’ils en disent, les programmes respectifs de Nicolas Sarkozy et de François Hollande ne sont pas si éloignés que cela. L’époque où la droite et la gauche proposaient deux types de sociétés diamétralement opposées est révolue. Pour des raisons de fond, qu’on analysera pas ici, mais aussi pour des motifs plus conjoncturels: les caisses de l’Etat sont vides, les marges de manœuvre fort étroites, nombre de décisions ne se prennent plus à Paris mais à Bruxelles, et la mondialisation est passée par là. Est-ce à dire pour autant qu’il n’y a plus de droite ni de gauche? La réponse est clairement non. S’il est vrai que le libéralisme social de la droite (classique) et le socialisme libéral de la gauche (réformiste) se rejoignent aujourd’hui sur l’essentiel, on voit bien, à travers la personnalité et le style de leurs deux candidats, qu’il y a derrière deux visions du monde, de l’homme et de la société. Qui renvoient à des valeurs bien distinctes. Hervé Bentégeat
Le problème, c’est que cette droite, bien que majoritaire, continue d’être paralysée par la malédiction politico-morale pesant sur la prétendue « extrême droite ». Le fait que le programme de cette dernière ressemble comme deux gouttes d’eau à celui du RPR des années 80, que ses valeurs et ses références soient empruntées pour l’essentiel au général De Gaulle, que son leader, née 24 ans après la Libération, soit peu suspecte d’avoir collaboré avec les nazis, le fait enfin que bon nombre de ses cadres soient issus de la mouvance chevènementiste, n’y change rien. On ne dîne pas avec le diable, même avec une grande cuillère, et même quand ce n’est pas le diable : ce qui fait qu’en définitive, on ne mange pas très souvent. Le coup de génie de Mitterrand, plus machiavélique que jamais, qui permit au Front National de prendre son essor tout en prononçant un anathème perpétuel contre toute tentative d’alliance avec lui, a fragilisé la position de la droite depuis un quart de siècle- et ouvert régulièrement les portes du pouvoir à une gauche minoritaire. Mitterrand, qui croyait aux forces de l’esprit, en rigole encore. Le piège a fonctionné bien au-delà de ses espérances – avec la complicité résignée d’une droite dite républicaine qui n’a pas voulu prendre le risque de l’alliance et n’a en outre jamais osé retourner l’argument moral contre la gauche socialiste. En n’ayant pas eu l’audace de dénoncer l’alliance du PS avec le parti qui déclarait jadis que « Staline est l’homme que nous aimons le plus », la droite perdait automatiquement le droit de juger les autres. Frédéric Rouvillois
Ce concept de « droitisation » est le plus sûr indice de la confusion mentale qui s’est emparée de certains esprits. Si la « droitisation » consiste à prendre en compte la souffrance sociale des Français les plus exposés et les plus vulnérables, c’est que les anciennes catégories politiques n’ont plus guère de sens… et que le PS est devenu – ce qui me paraît une évidence – l’expression des nouvelles classes dominantes. (…) Est-ce Nicolas Sarkozy qui se « droitise » en plaçant la maîtrise des flux migratoires au cœur de la question sociale ou la gauche qui se renie en substituant à la question sociale le combat sociétal en faveur d’un communautarisme multiculturel ? L’impensé du candidat socialiste sur l’immigration est tout sauf accidentel : il témoigne d’une contradiction à ce jour non résolue. L’idéologie du « transfrontiérisme » n’est pas celle des Français. Près de deux Français sur trois et près d’un sympathisant de gauche sur deux approuvent la proposition de Nicolas Sarkozy de réduire de moitié l’immigration légale. Le projet que porte Nicolas Sarkozy s’adresse à tout l’électorat populaire. Il est clairement le candidat d’une Europe des frontières. C’est en cela qu’il est le candidat du peuple qui souffre de l’absence de frontières et de ses conséquences en chaîne : libre-échangisme sans limites, concurrence déloyale, dumping social, délocalisation de l’emploi, déferlante migratoire. Les frontières, c’est la préoccupation des Français les plus vulnérables. Les frontières, c’est ce qui protège les plus pauvres. Les privilégiés, eux, ne comptent pas sur l’Etat pour construire des frontières. Ils n’ont eu besoin de personne pour se les acheter. Frontières spatiales et sécuritaires : ils habitent les beaux quartiers. Frontières scolaires : leurs enfants fréquentent les meilleurs établissements. Frontières sociales : leur position les met à l’abri de tous les désordres de la mondialisation et en situation d’en recueillir tous les bénéfices. Patrick Buisson
Le mépris dans lequel les tient la classe dirigeante a quelque chose de sidérant. Nos élites sont mues par une invraisemblable prolophobie dont elles n’ont parfois même pas conscience. (…) Les impensés de la gauche sur la sécurité et l’immigration témoignent d’un déni persévérant de celle-ci face à l’expression de certaines souffrances sociales. (…) Avant d’être une posture politique, le front républicain est d’abord un réflexe de classe et de caste. Patrick Buisson
En 2007, Sarkozy, c’était Bonaparte au pont d’Arcole ! Il s’est emparé de thèmes, comme l’identité nationale, que Chirac avait totalement abandonnés. Il a désenclavé la droite en agrégeant un vote populaire au vote de droite traditionnel. Comme de Gaulle en 1958 ! Le problème, c’est qu’il manquait d’hommes pour appliquer la révolution culturelle qu’il incarnait, car la droite chiraquisée s’est soumise à l’hégémonie intellectuelle de la gauche depuis des décennies, au point de perdre ses repères. Alors que l’extrême gauche infiltrait le PS et le PCF tout en maintenant une expression politique autonome grâce à ses partis et ses associations, la droite n’a pas formé ses cadres ! On ne peut pas exiger d’un homme qu’il fasse en cinq ans ce que deux ou trois générations n’ont pas pu ou n’ont pas su faire avant lui !  Patrick Buisson
On assiste à ce que j’appelle, la révolution conservatrice. C’est le mot de Napoléon à ses ministres : ‘N’ayez pas peur du peuple, il est encore plus conservateur que vous’. C’est en cela que Juppé, qui s’est fait le porte-parole de la modernité, tient un discours absolument ringard. Il ne se rend pas compte que cette révolution conservatrice est partout à l’œuvre dans la société occidentale. Fillon a fait une campagne qui, a sa manière – moins triviale, moins brutale que celle de Sarkozy -, était une campagne de transgression des tabous. Maurice Druon avait l’habitude de dire qu’en France, il y a deux partis de gauche dont l’un s’appelle la droite. C’est cette anomalie française qui est en train de prendre fin. Fillon assume une droite conservatrice. Juppé sera très probablement battu dimanche soir. Il représentait cette tradition de cette droite qui ne s’assume pas. Cette hypothèque qui pesait sur la droite est en train de sauter et c’est en cela que, dans l’histoire des idées, c’est un moment historique. Patrick Buisson (24.11.2016)
Le vote Macron est un simple désir d’appartenance sociale. Faire partie des vainqueurs. Patrick Buisson
À peine élu, notre nouveau président de la République court un mortel danger (…) les cataractes de compliments, les kilomètres de dithyrambes, les récits hagiographiques qui, depuis quelques jours, se déversent sans pitié et à flots continus sur l’infortuné chef de l’État. Ce dernier, insouciant, n’a pas l’air, pour l’instant, de prendre conscience de l’étendue de la pandémie. Il devrait pourtant se méfier, car le mal est sournois. Au début, la douche est délicieusement tiède et chatouille très agréablement l’épiderme. L’intéressé n’est, sans doute, pas tout à fait dupe du traitement flatteur qui lui est infligé. Mais, même s’il cultive une certaine méfiance envers les flagorneurs et les tient en piètre estime, il ne peut probablement pas s’empêcher de penser que ces portraits flatteurs, tout excessifs qu’ils soient, sont, après tout, en partie fondés. Ainsi va la nature humaine… Car Emmanuel Macron, n’en doutez pas, est le nouveau Richelieu de la politique, le Mozart de la finance, le Pic de la Mirandole de la culture. Il est aussi Jupiter, Chronos (grand maître des horloges en langage commun), nouveau Bonaparte, réincarnation de Clausewitz. Il marche sur les eaux du renouveau, ouvre la mer Rouge de la recomposition politique. Il met à jour la République d’Aristote en ajoutant aux trois catégories de gouvernement du philosophe grec (royauté, aristocratie, république) un objet politique novateur : le macronisme en marche. Il déroute le pèlerinage de Compostelle vers le Faubourg-Saint-Honoré. Il entame un bref service militaire juché sur un command car et les chaînes d’information continue se pâment d’admiration au spectacle de ce moderne Alexandre. L’histoire ne dit pas si, tel le roi de France après le sacre de Reims, il guérit les écrouelles, mais c’est éminemment probable. Le président Macron devrait être vigilant : on peut être asphyxié par un excès d’encens. Et après le miel vient le fiel. Il ne faut jamais perdre de vue que la roche Tarpéienne n’est pas bien éloignée du Capitole. Les sept collines de Rome sont pleines d’embûches : il convient de faire très attention où l’on met les pieds. Surtout, la vieille règle médiatique des trois « l » se vérifie souvent : d’abord on lèche, ensuite on lâche, enfin on lynche. Cela s’appelle des « séquences ». François Hollande en sait quelque chose… Pierre Beylau
Obama blanc Qui se souvient de la façon dont a été accueillie, par certains médias français, l’élection du nouveau président américain il y a maintenant plus de huit ans ?
Que n’a-t-on entendu sur la révolution douce en marche que le premier président noir allait sans aucun doute faire déferler sur une Amérique sclérosée.
Huit ans plus tard, quel résultat ? Donald TRUMP à la maison blanche ! Que nos médias bienveillants se souviennent et se méfient de ce qu’ils écrivent sur notre tout jeune et fringant président français. Ils pourraient déchanter. Mais nous avons la mémoire courte, alors… aw35
Le nouveau président, après avoir mis KO debout le Parti socialiste, est en train de faire éclater la droite. Nul n’ignore que la nomination d’Edouard Philippe, que l’on présente en un saisissant oxymore comme un «héritier spirituel d’Alain Juppé», vient habilement redonner au camp du centre-droit désavoué par les électeurs des primaires, de nouvelles perspectives. Sans surprise, Nathalie Kosciusko-Morizet ou Jean-Louis Borloo ont affiché depuis quelques jours leur volonté de saisir la perche tendue par Emmanuel Macron, et Bruno Lemaire a franchi le Rubicon en héritant d’un portefeuille-clef avec Bercy, mais qui mouille habilement la droite dans la responsabilité de la lutte contre le chômage. En réalité, ce centre-droit est cohérent: rien, absolument rien, ne le distingue du centre-gauche que Macron a miraculeusement sorti du bourbier dans lequel le désastreux quinquennat de François Hollande l’avait enlisé. Un même libéralisme économique doctrinaire et rigide, soumis aux injonctions de Bruxelles, un même refus de remettre en question le dévoiement d’une construction européenne qui est allée dans le mur, une même volonté de progressisme sociétal, un même manque d’imagination et de volonté pour réduire la fracture sociale. Cette situation serait pain bénit pour le Front national, si le débat du 3 mai n’avait fait éclater la grande supercherie en faisant la démonstration de l’incompétence et de la vulgarité de Marine Le Pen. Si l’on ajoute le retrait de Marion Maréchal Le Pen – dont on peut souhaiter qu’il lui permettra de prendre du champ face à une histoire politique et familiale dont elle semble prisonnière – on assiste peut-être au début du déclin de ce parti qui depuis plus de trente ans a d’abord servi à distiller de l’amertume, à déconsidérer l’amour de la patrie et à stériliser toute tentative de refuser la logique impérialiste de la grande marchandisation. Le FN aura beau revendiquer la justesse de son analyse sur «l’UMPS», il n’est pas certain qu’il soit en état de profiter de cette situation aux prochaines législatives. Paradoxalement, le gouvernement nommé par Emmanuel Macron et Edouard Philippe pourrait au contraire permettre à la droite de procéder à une saine clarification. Le scénario optimiste pour celle-ci serait que le traditionnel attelage entre ce qu’on appelait le RPR et l’UDF montre son caractère bancal et oblige à une recomposition en profondeur. A côté de ce centre-droit logiquement rallié (si ce n’est aujourd’hui, ce sera demain) à la majorité présidentielle, une droite au discours résolument patriote, décidée à refonder l’Europe sur le respect des nations, faisant de la réduction de la fracture sociale une priorité, conservatrice sur les valeurs qui fondent notre société (amour de la France, défense de la famille, refondation de l’école) a un boulevard théorique devant elle: entre, d’un côté, le sentiment des électeurs de droite d’avoir été volés de «leur élection» avec l’explosion en plein vol de la fusée Fillon, d’avoir été trahis par ses élites, et, de l’autre, la décrédibilisation du Front National, la marge de manœuvre est réelle. C’est ce qu’a bien compris par exemple Laurent Wauquiez. Mais c’est là où le bât blesse. A part ce dernier, dont la sincérité politique manque de crédibilité, aucune grande voix à droite ne vient porter un projet de rupture. Celle de François Fillon est devenue inaudible, et, comme je l’avais écrit ici au sortir des primaires, avant les affaires, son discours était trop imprécis par rapport à sa conception de l’Europe, et trop peu volontariste sur la question sociale, pour avoir pu parfaitement incarner cette aspiration à un changement en profondeur. Toujours est-il que celui que les électeurs des primaires avaient plébiscité est aujourd’hui discrédité. Il faut bien le reconnaître: depuis la disparition de Philippe Séguin, plus personne n’incarne cette droite gaulliste, patriote et sociale. Pour se recomposer, la droite doit avoir de vrais leaders. Elle en manque cruellement. Le scénario catastrophe pour elle serait d’être aspirée dans le sillage de la nouvelle donne imposée par Macron. Soit elle échouera avec lui, et elle sera d’autant plus affaiblie qu’elle hérite de la responsabilité de l’économie dans le gouvernement Philippe ; et alors, la route sera réellement ouverte aux extrêmes de droite et de gauche. Soit le président réussira et il se pourrait qu’il en recueille toute la gloire. Dans les deux cas, ce pourrait être une recomposition manquée et une décomposition plus ou moins complète. (…) Réussir pour la France signifierait rien moins que de restaurer le sens du politique, le souci du bien commun, l’amour du pays, la protection des plus fragiles ; reprendre sur de nouvelles bases la construction européenne, au service des nations ; avoir le courage de réformer l’Etat en reconstruisant et en préservant les plus pauvres. François Huguenin
Je pense que la stratégie victorieuse réside dans l’alliance de la bourgeoisie conservatrice et des classes populaires. C’était la synergie qu’avait réussie Nicolas Sarkozy en 2007. Indéniablement, il y a des gagnants et des perdants de la mondialisation, une fracture territoriale, une France périphérique, une fracture mondialistes-patriotes, mais je crois que la droite traditionnelle et les classes populaires ont un souci commun, c’est celui de leur identité. Pas l’identité comme un folklore artificiel ou comme un musée qu’on dépoussière, mais comme un ciment social. L’identité, c’est ce qui nous donne le sentiment d’être un peuple, en dépit de lieux de vie différents, de modes de vie différents. Et ce ciment social a été brisé à plusieurs égards. L’enjeu essentiel de civilisation, à mon sens, est de savoir comment conserver, protéger, transmettre et vivifier ce ciment social. C’est là qu’intervient la question de l’école, de la transmission, de la culture, de nos traditions, de notre patrimoine, d’un certain mode de vie. Le philosophe François-Xavier Bellamy dit que l’avantage de la culture, c’est que c’est le seul bien qui se partage indéfiniment sans jamais léser personne. Si on s’attache à la transmission et à la vivification de la France, nation littéraire, nation philosophique, nation historique, à partir de là, on peut défendre ce ciment social et sauver le pays des fractures qui l’attendent. (…) La question identitaire permet de transcender les clivages. Elle comporte une dimension abstraite, c’est vrai, avec des symboles, la Marseillaise, la devise, notre patrimoine républicain, et une dimension charnelle, notre terre, notre terroir, notre gastronomie, la pierre locale avec laquelle on construit sa maison. Ces deux dimensions sont complémentaires. Pour parler de stratégie, le souci commun de l’électorat de la droite conservatrice et de la France périphérique, qui n’ont pas le même rapport à la mondialisation, c’est le souci de la transmission de leur patrimoine matériel et immatériel. À partir de ce constat, on peut imaginer des passerelles pour les rassembler et apporter des réponses en commun.(…) Quand une partie de la France conservatrice défend le mariage et la filiation, elle défend aussi une partie de l’identité française avec une certaine idée des rapports humains basée sur le bien commun et l’intérêt du plus faible plutôt que sur la jouissance et l’envie de l’individu dans une liberté sans limite. C’est donc un combat identitaire, qui peut rejoindre le combat identitaire des classes populaires plus axé sur les questions liées à l’immigration et au multiculturalisme. Bien sûr, il peut y avoir des divergences économiques, mais les moteurs de vote sont essentiellement spirituel, culturel et identitaire : les masses ne bougent pas autour de l’économie. Ce qui relie ces deux électorats, c’est donc le conservatisme. Il peut s’agir de conservation de l’identité, d’un mode de vie, mais aussi du patrimoine, des entreprises, d’un modèle économique à défendre en régulant la mondialisation. (…) je défends la conservation de ce qui est beau et juste dans notre histoire, je souhaite conserver les leçons de nos expériences passées ainsi qu’une certaine vision de l’homme, de sa dignité, du refus de sa marchandisation, d’ailleurs partagée par une majorité de Français. (…) Je pense que les courants de droite et de gauche continuent d’exister et de structurer la vie politique, car il y a des héritages philosophiques, culturels, des références et des logiciels qui continuent d’irriguer la vie politique française. C’est un clivage qui continue d’exister mais qui est inexact dans la structuration actuelle des partis. Pour caricaturer un peu, je reprendrais la phrase de l’historien Ghislain de Diesbach : « Il existe en France actuellement deux grands partis de gauche, dont l’un s’appelle la droite. » Pour être plus exacte, je dirais que les deux grands partis, Les Républicains et le PS, se retrouvent aujourd’hui dans un grand bloc centre droit, centre gauche en accord sur tous les sujets fondamentaux. (…) Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui, cette union patriotique que j’appelle de mes vœux n’a pas de sens en prenant en compte les partis actuels : je ne vois pas comment le FN pourrait faire une alliance nationale avec Les Républicains au regard de la façon dont ils gouvernent et du logiciel qui est le leur. (…) Ce qui reste possible, c’est l’union des hommes. Il existe aujourd’hui une zone blanche, entre certains courants chez Les Républicains, que je qualifierais de droite nationale conservatrice, Nicolas Dupont-Aignan, ceux qui sortent du champ politique, comme Philippe de Villiers, certains élus et cadres de la droite, et le FN. Dans cette zone blanche, il y a une recomposition à opérer, qui s’apparenterait à l’union de certaines droites. Mais sans doute pas avec cette droite des Républicains, qui est une droite reniée. (…) un profil comme Laurent Wauquiez change la donne. Mais il faut voir ce qu’il fera de ce pouvoir ! Si c’est pour avoir un nouveau Sarkozy, ce n’est pas utile… Laurent Wauquiez est-il sincère ? Je ne sonde pas les cœurs et les reins. Est-il capable de mettre en place des alliances intéressantes ? Seul l’avenir le dira. Ce qui est sûr, c’est que, dans le paysage politique actuel à droite, il fait partie de ceux dont les déclarations laissent penser qu’on aurait des choses à se dire et à faire ensemble, je ne vais pas dire le contraire. Néanmoins, pour être honnête, je ne suis pas certaine que Laurent Wauquiez mènerait spontanément cette politique au conseil régional s’il n’y avait pas un groupe FN aussi fort, devenu incontournable électoralement. La présence du FN contraint la droite à mener une certaine politique et à se remettre en question. La réalité, c’est que la droite a été sous la coupe psychologique de la gauche pendant des années et que le poids du FN la force aujourd’hui à se repositionner. [la tentative de structurer une droite “hors les murs”, à mi-chemin entre Les Républicains et le FN]  ne pouvait marcher que dans l’optique d’être une passerelle entre la droite et le FN, or Les Républicains ne sont pas suffisamment en difficulté électorale pour accepter de bouger. La droite a une clientèle électorale, notamment chez les personnes âgées, qui lui reste très fidèle, lui permettant de survivre, en l’empêchant d’envisager cette recomposition. Les choses seront peut-être différentes dans dix ans. La génération qui vient a déjà mis un bulletin FN dans l’urne, elle est complètement décomplexée, plus du tout sensible à la diabolisation, n’a pas baigné dans le rêve européen et n’a rien à perdre. Dans les dix ans qui viennent, les cartes seront totalement rebattues… [Les figures de cette droite “hors les murs”, Buisson, Villiers, Zemmour] J’écoute ce qu’ils disent, je les lis. Ils sont assez complémentaires. Philippe de Villiers mène un combat culturel, Éric Zemmour un combat journalistique et Patrick Buisson un combat idéologique. Chacun à sa manière, ils ont fait bouger des lignes et réussissent à s’adresser à un lectorat transversal qui va du FN aux Républicains en passant par Dupont-Aignan. Ils incarnent cette droite intellectuelle à laquelle la gauche au pouvoir a permis de réémerger, mais c’est trop peu, ils sont trop peu nombreux, et il reste encore beaucoup à faire. Notamment par le biais d’Internet : l’enjeu de la génération patriote qui vient va être de mettre ses compétences au service d’une cause. (…) Lorsqu’on me demande à quelle droite j’appartiens, je réponds, en reprenant la classification de René Rémond, que je suis à la confluence de la droite légitimiste et de la droite bonapartiste. Mais, pour prendre une catégorie plus récente, j’appartiens à la “droite Buisson”. J’ai été très marquée, récemment, par son livre la Cause du peuple, dans lequel j’ai vu, exposés de manière claire, les fondements de cette droite nationale, identitaire, sociale, qui est la mienne. (…) [François Fillon] J’ai lu l’intégralité de son projet. On m’avait dit qu’il était formidable et je l’ai trouvé très décevant sur le fond. Je reconnais un certain talent à François Fillon parce qu’il a réussi, notamment à l’issue de la primaire, à se fabriquer de manière totalement artificielle la réputation d’un homme souverainiste, de droite, conservateur, alerte sur la question identitaire, alors que, quand on regardait dans le détail, c’était extrêmement léger, très peu ambitieux. De toute façon, sa campagne était impossible, il a été inaudible à cause des affaires… [Et sa posture de rebelle, de survivant, antisystème et anti-médias] Il l’a adoptée extrêmement tardivement… Si le but était de jouer comme Trump, c’était un peu petit bras. Je l’ai trouvé bon dans l’Émission politique, sur France 2. Il n’est pas un mauvais orateur. Mais j’ai senti qu’il avait des réserves, qu’il n’osait pas y aller. Il a par exemple supprimé la référence au Qatar et à l’Arabie saoudite dans un discours sur l’islamisme. Cet homme a manqué de courage dans sa campagne. [clivage entre “mondialistes” et “patriotes”]  Je crois que nous sommes confrontés aujourd’hui à une élite d’émigrés spirituels, au sens où, spirituellement, ceux qui nous dirigent ne sont plus nos compatriotes. Leur vie est à l’échelle mondiale, ils passent leur temps dans les business class entre New York, Doha et Singapour, la France est étriquée à leurs yeux, ils ne raisonnent plus à l’échelle nationale. Leur cynisme est d’autant plus fort que ces gens se sont évertués à briser les frontières des Français pour fabriquer de nouvelles frontières à leur profit grâce à l’argent. Ils ont, eux, des frontières géographiques, vivent dans les meilleurs quartiers en se préservant des problèmes liés à l’immigration et aux tensions culturelles qu’ils imposent aux Français. Ils ont, eux, des frontières sociales, se cooptent aux meilleurs postes, alors qu’il n’y a jamais eu aussi peu de fils d’ouvriers dans les grandes écoles. Ils ont, eux, des frontières scolaires, mettent leurs enfants dans les écoles privées quand les enfants des Français doivent subir les lamentables programmes et méthodes qu’ils ont mis en place. Et je trouve cela profondément injuste. En face, les patriotes sont tout simplement les partisans de l’enracinement, ce qui n’empêche pas d’être lucide sur les défis de la mondialisation. (…) Macron en est une belle incarnation. J’aime la formule de Finkielkraut : pour Macron, « la France n’est plus une histoire, la France n’est plus même un pays, c’est un pur espace ». À ses yeux, la France est une start-up multiculturelle, un business, qui doit être le plus rentable possible. S’il faut faire rentrer un million d’immigrés dans le pays parce que c’est rentable, quelles que soient les conséquences sociales, il le fera. Pour lui, la France est un territoire, pas une patrie ; c’est une population, pas un peuple ; ce sont des individus, pas des personnes. (…) Macron accomplit Mai 68. Avec lui, c’est l’idéologie du progrès, le culte du renouveau, qui implique nécessairement de faire table rase du passé. C’est l’idée soixante-huitarde selon laquelle l’homme ne peut s’émanciper que s’il se délie de tout héritage, de toute autorité, de tout cadre culturel. Je pense que c’est une erreur fondamentale. (…) Macron considère que la société apaisée, qui fonctionne, est celle dans laquelle les liens sociaux sont uniquement régis par les liens économiques, les liens égoïstes, le contrat. L’État est réduit au minimum, c’est le libéralisme intégral, une idéologie née à gauche, où l’individu prime sur toute autre considération. Macron ne voulait d’ailleurs pas avoir de programme, mais proposait un « contrat avec la nation ». Cela a des conséquences politiques très claires : quand vous avez une distension brutale du lien social, avec le terrorisme par exemple, que répond M. Macron ? Qu’il faut deux points de PIB en plus, qu’il faut réduire le chômage et investir dans les banlieues françaises. Il apporte une réponse strictement économique, alors qu’en fait, cette distension du lien social ne relève pas principalement de l’économie, mais du domaine moral et culturel. Ces gens-là n’arriveront pas à répondre à ces défis, ils sont à côté de la plaque, ils sont dans la négation anthropologique. Ce qui fait un peuple, ce n’est pas le contrat, c’est la pure gratuité. C’est, selon la formule de Renan, « d’avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l’avenir ». C’est ce sentiment commun qui permet naturellement le civisme, la politesse et la solidarité sans y avoir nécessairement un intérêt égoïste. (…) … C’est un bon communicant… Je suis frappée par sa capacité à mettre à profit la formule du cardinal de Retz, « on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ». Il l’a théorisée, intellectualisée, et surfe sur une ambiguïté générale. Macron est l’incarnation de ce concept, c’est assez fort. Il est progressiste, mais j’ai envie de lui répondre par Orwell : « Quand on me présente quelque chose comme un progrès, je me demande avant tout s’il nous rend plus humains ou moins humains. » Moi, je ne trouve pas plus humain de mettre en place un modèle économique qui fait fabriquer nos produits par des esclaves à l’autre bout du monde, d’avoir un Whirlpool en Pologne plutôt qu’en France, de créer des mouvements de population qui rendent tout le monde malheureux et génèrent des situations tendues et conflictuelles, que les droits de l’enfant d’avoir un référent père et mère soient niés, que les femmes louent leur ventre et vendent leur bébé. Cette vision de la société me fait peur. (…) je pense que Marine a bien perçu que la génération qui va subir tous les manquements et toutes les lâchetés de la classe politique, a de quoi être raide… C’est ma génération qui va payer les fractures territoriale et sociale ; qui va subir à grande échelle les cassures entraînées par le multiculturalisme ; qui va devoir combattre le fléau de l’islam politique et radical qui gangrène les banlieues ; qui va encore probablement connaître des dizaines de morts lors d’attentats ; qui va subir la casse sociale, le chômage de masse ; qui va payer les abus de la génération 68, qui a joué la cigale tout l’été et nous laisse des déficits incommensurables, des privilèges de classe intenables et irréformables… Quand on sait cela, il y a de quoi avoir une certaine raideur et une certaine exigence, car c’est ma génération qui va devoir se retrousser les manches et relever ces défis immenses. J’appartiens peut-être à une génération un peu dure, mais la vie est dure. Le chômage nous touche particulièrement, les jeunes sont les plus confrontés à l’insécurité du quotidien, à la cohabitation multiculturelle, aux difficultés de logement. Ma génération est désenchantée, elle sait que les lendemains ne chanteront pas et a compris qu’elle vivra moins bien que celle de ses parents. Nous sommes raides, mais l’angoisse est importante. Marion Maréchal-Le Pen

Attention: une jeunesse peut en cacher une autre !

A l’heure où avec le plus jeune président de la Ve république …

A la fois, à 20 ou 25 ans près, Blair ou Clinton français …

Voire Obama blanc et maitre du brouillage des cartes et du mélange des genres …

Nos médias tentent avec les déluges de louanges que l’on sait de nous faire oublier …

La véritable confiscation de vote, entre coup d’Etat légal et fatwa prétendument républicaine, que nous venons de subir …

Comment ne pas voir …

Avec la plus jeune et probablement la plus lucide de nos députés …

Au moment où elle se met momentanément et peut-être bientôt littéralement en retrait de sa famille politique …

Face à ces élites qui refusent à tous les frontières résidentielles, sociales ou scolaires qu’ils ont subtilement rétablies pour eux-mêmes …

Et qui imposent aux Français les problèmes dont leur argent et leurs privilèges leur permettent de se préserver …

Que la seule solution pour redonner espoir à ces 60% de Français que la nouvelle élection laisse de côté …

Ne peut passer comme la candidature Fillon ne l’avait hélas qu’esquissé …

Que par l’alliance de la bourgeoisie conservatrice et des classes populaires ?

Geoffroy Lejeune
Valeurs actuelles

17 mai 2017

Testament. À 27 ans, elle quitte la politique pour des « raisons personnelles ». Pourtant, en seulement cinq ans de mandat, elle est parvenue à incarner une ligne singulière à droite et au sein du Front national. Pour Valeurs actuelles, la plus jeune députée de la Ve République livre en exclusivité son manifeste politique. Et prend date pour l’avenir.

Vous quittez la vie politique à seulement 27 ans, après cinq années de mandat. Depuis votre arrivée à l’Assemblée, en 2012, la notoriété a-t-elle été un poids ?
La notoriété a toujours fait partie de ma vie. J’ai grandi à l’ombre de celle de mon grand-père, de celle de mon père, plus tard de celle de ma tante : elle fait partie de mon quotidien. J’ai toujours été la “petite-fille de”, où que j’aille, quoi que je fasse, je n’ai jamais pu y échapper. Je n’ai jamais connu l’anonymat. Mais même si c’était assez pesant, cela s’est avéré positif et m’a permis de ne pas être grisée par la notoriété le jour où j’y ai été confrontée. J’ai donc un rapport assez détaché à cela, dépassionné. Pour moi, la notoriété est un outil dans le cadre de mon travail, pas une fin en soi. Cette exposition naturelle m’a permis aussi de ne pas chercher la médiatisation, d’avoir une communication raisonnée, maîtrisée, de ne pas chercher le bruit médiatique, de choisir pendant cinq ans certaines émissions, certains formats, de ne parler que lorsque j’avais quelque chose à dire, de ne pas être uniquement dans le slogan médiatique, mais dans une vraie construction politique.

Lorsqu’on est arrêté dans la rue, à 22 ans, qu’on ne peut plus être anonyme, cela joue-t-il psychologiquement ?
Oui, bien sûr. Ce qui est dur, c’est d’essayer de continuer à avoir une vie normale. Pour des raisons de sécurité, je n’y suis pas réellement parvenue : je suis passée d’une vie où je prenais les transports en commun, où je vivais comme tout le monde, à une vie plus cachée. Mais certains domaines m’ont permis de me préserver, de m’en extraire. Mes amis les plus proches ne viennent pas du milieu politique, ils sont des Français de tous profils, ils sont cadres dans l’événementiel, commerciaux, avocats, et en continuant à vivre avec ces gens-là je ne me suis pas déconnectée de la réalité. J’ai gardé ces amis, et leur vie simple. Je ne suis jamais sortie dans des endroits huppés, je ne vais pas dans les grands restaurants, j’ai des loisirs et des vacances simples, je n’ai jamais vécu grand train. Mon environnement social immédiat, c’est la classe moyenne.

Qu’avez-vous perdu en faisant de la politique ?
Je n’ai pas trop perdu, parce que j’y ai pris garde, mais je pense qu’en politique, on a tendance à perdre les amis capables de nous critiquer. Il y a un phénomène de cour qui s’installe assez naturellement, le côté “vu à la télé” biaise complètement les rapports humains, d’autant plus quand il y a des jeux de pouvoir dans les partis. On perd aussi beaucoup de sa liberté privée. On voit souvent la politique comme un milieu de profiteurs, mais c’est aussi un milieu sacrificiel à bien des égards, car il y a une grande porosité entre la vie publique et la vie privée, il est très difficile de garder un équilibre. Et puis il y a la contrainte des partis politiques, qui est frustrante. On peut critiquer le système des partis, légitimement à certains égards, mais ils sont incontournables dans le cadre institutionnel actuel. Malheureusement les initiatives isolées de la société civile, que l’on peut admirer par ailleurs, fonctionnent peu sur le plan électoral. Pour être efficace, il faut donc se plier à une discipline de parti, ce n’est pas toujours évident.

Vous avez le sentiment d’avoir perdu en liberté durant cinq ans ?
Forcément, c’est logique, surtout quand on a face à soi des gens qui passent leur temps à essayer de nous diviser, politiquement et humainement. J’ai toujours eu le souci de ne pas me dédire tout en ne faisant pas les choux gras des médias.

Cette contrainte vous a-t-elle oppressée ?
J’en ai été parfois un peu frustrée, oui, surtout à 27 ans. J’avais peur de devenir comme certains responsables politiques qui sont des moulins à slogans, ne servent que des éléments de langage. Ce n’est pas mon modèle.

Qu’avez-vous appris durant votre mandat ?
J’ai acquis des expertises et des compétences. La politique demande une grande capacité d’adaptation.

Au moment de votre élection, vous étiez particulièrement scrutée. On épiait la jeune fille blonde, certains ironisaient au sujet de “Barbie fait de la politique”, et vous vous êtes finalement révélée travailleuse, presque bonne élève…
Mon jeune âge a été indéniablement un handicap en termes de crédibilité. Lorsque je suis arrivée à l’Assemblée, j’ai suivi un parcours administratif et, au moment de créer mon adresse mail, on m’a demandé de quel député j’étais l’assistante ! De même, lors de mes premières réunions avec des responsables syndicaux agricoles, ils ne me regardaient pas, moi, mais mon assistant de 45 ans, qui était un homme. Ce n’est pas méchant, mais ce monde a du mal à avoir une interlocutrice de mon âge. Ma jeunesse a donc été davantage un handicap que ma féminité, qui, dans le jeu politique actuel, est un atout. Nous vivons encore dans le pays de la galanterie ! Je peux dire des choses fortes qui seront plus audibles que dans la bouche d’un homme ; l’agressivité à mon égard peut être assez vite mal perçue, et cela force aussi mes adversaires politiques à aller sur le fond en évitant les postures.

Vous prenez à rebrousse-poil les discours de femmes politiques qui se plaignent du sexisme…
J’ai toujours refusé de jouer les victimes. À une certaine époque, les gens s’enorgueillissaient d’être des héros, aujourd’hui ils se félicitent d’être des victimes ! Je trouve délétère cette victimisation permanente eu égard à son sexe, à son handicap, à son origine. Je n’ai jamais voulu jouer de ma féminité comme d’un handicap, je n’ai jamais été victime de misogynie, je le dis franchement, au contraire, cette féminité a été un atout. J’ai tou