Gilet-jaunisme: Plaza nous prend pour des pigeons (Amazon France vs. Le Bon coin France: Who’ll finally listen to a middle class that between rising taxes, low-wage jobs, increasing distance between home and work, explosion of single-parent families, runaway immigration and ever more sophisticated and expensive new needs, keeps losing ground ?)

18 mai, 2019
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Image result for slogans gilets jaunes C'est la goutte d'essence qui fait déborder le vase-Image may contain: 1 personLe plus difficile n’est pas de dire ce que l’on voit mais d’accepter de voir ce que l’on voit. Péguy
Il faut constamment se battre pour voir ce qui se trouve au bout de son nez. Orwell
Plaza nous prend pour des pigeons. Il pense que tout le monde peut se payer une double vasque, mais nous on ne peut pas avoir de crédit pour se payer une salle de bains. Nous ne sommes pas du même monde. Didier (gilet jaune de Seine-et-Marne, agent administratif)
Il vend un “american way of life” à la française. Mais c’est inaccessible pour nous. Ouahiba (gilet jaune de Montreuil, intérimaire dans la restauration collective)
Je considère que j’ai apporté les réponses aux Françaises et aux Français sur ce qui avait conduit à ce mouvement, le 10 décembre et dans la conférence de presse que j’ai donnée. Je crois que celles et ceux qui continuent aujourd’hui à faire cela, il n’y a plus de débouché politique. Nous avons fait notre part du travail, je pense que maintenant, chacun doit aller voter aux élections, quand il porte des idées, se présenter aux élections et c’est beaucoup plus difficile de proposer un projet pour que d’être contre tout le reste. On n’avance pas en étant contre. Aujourd’hui, je vois beaucoup de gens qui sont contre. Que celles et ceux qui ont une autre vision de ce que doit devenir le pays, la dessinent politiquement, lui donnent forme et se présentent aux élections. La démocratie, ça ne se joue pas le samedi après-midi. Emmanuel Macron
Eh bien, donnez-leur du biocarburant! Brigitte Macron
Je ne pense pas vendre du rêve. Le prix moyen des maisons que nous vendons est de 350 000 euros. Ça reste correct. (…) Quand j’ai vu qu’on avait réussi à récolter 1 milliard d’euros en deux jours pour Notre-Dame, j’étais un peu écœuré. J’aurais préféré qu’on donne cet argent aux gilets jaunes. Stéphane Plaza
Lorsque le président Donald Trump a été élu, nombreux étaient ceux (y compris des prix Nobel d’économie) qui soutenaient que l’économie américaine allait s’écrouler et les marchés financiers dégringoler. Quand on a vu que la croissance revenait (en fait, il y a eu un ralentissement lors des deux dernières années d’Obama!), les mêmes ont affirmé que ça n’allait pas durer, que la croissance serait éphémère et que la récession ne saurait tarder! Dans son éditorial du 8 avril dernier publié dans le New York Times, le prix Nobel d’économie Paul Krugman s’obstine et écrit que Trump s’en prend à la Fed (la Banque centrale américaine) parce que l’impact des baisses d’impôts et des suppressions des réglementations n’aurait été que de la «poudre aux yeux» et n’aurait servi qu’à retarder la récession. Or on apprenait il y a quelques jours que l’économie affiche un taux de croissance à 3.2 % au premier trimestre 2019, largement au-dessus des prévisions. Malgré le «shutdown» de janvier, la croissance est tirée par les exportations et les investissements privés, très importants depuis 2017, ainsi que par les réformes dues à l’administration Trump. La baisse de la fiscalité des entreprises et des ménages, les réductions et suppressions de normes et de réglementations, en particulier environnementales, ont donné de l’air et plus de libertés aux entrepreneurs qui ont choisi d’investir. D’où les fortes créations d’emplois ainsi que les hausses des salaires sur un marché du travail où la main-d’œuvre se fait rare. (…) La croissance économique américaine lors des quatre derniers trimestres a été supérieure à 3 % en taux annuel alors que dans des pays européens comme la France et l’Allemagne, elle a tourné autour de 1.5 %. Après l’annonce du taux de croissance, les dernières données sur l’emploi (Labor Statistics, 4 mai) sont aussi impressionnantes: l’économie a créé 263 000 emplois supplémentaires en avril, le taux de chômage ayant chuté à 3,6%, le plus bas taux enregistré depuis cinq décennies. Mais la meilleure nouvelle est que les plus gros bénéficiaires de ce marché du travail libéré sont les personnes qui ont connu des difficultés au cours des années de croissance lente d’Obama, c’est-à-dire les personnes peu qualifiées. Les statistiques montrent que les Américains le moins diplômés bénéficient d’une croissance plus rapide des salaires et de l’emploi. (…) en avril, la hausse du salaire horaire moyen mensuel des travailleurs non qualifiés était de 0,3%, contre 0,2% pour tous les travailleurs. Le gain salarial sur 12 mois est de 3,4% pour les moins qualifiés, contre 3,2% pour l’ensemble des employés. (…) N’en déplaise aux égalitaristes et autres progressistes, ce sont bien la croissance économique et les créations d’emplois qui font reculer la pauvreté et réduisent les inégalités. Il y aura toujours des économistes comme Paul Krugman pour critiquer la politique économique du président Trump ou – ils sont plus rares aujourd’hui – pour attribuer les fruits de cette croissance au président Obama). Mais difficile de nier les faits économiques éternellement. Certes, on peut s’inquiéter de certaines positions protectionnistes de M. Trump mais la récente rencontre avec le Premier ministre japonais augure plutôt de belles perspectives de libre-échange entre les deux pays sans forcément passer par les organisations internationales. (…) L’économie mais aussi les conclusions du fameux rapport Mueller sur les prétendues collusions avec les Russes lors des élections de 2016 ont beaucoup renforcé le président américain face à ses détracteurs, et pas seulement. Nicolas Lecaussin (Institut de Recherches Economiques et Fiscales)
Les Iraniens, le peuple iranien, ils sont fatigués de quatre décennies de politiques agressives de la république islamique. (…) C’est vrai que les Américains (…) ont relancé toute une série de sanctions extrêmement lourdes qui a fait souffrir d’abord les Iraniens, il faut le dire, ensuite les dirigeants de la République islamique. Cela dit, on ne peut pas nier qu’il y a eu une certaine efficacité dans les sanctions. Les Gardiens de la Révolution islamique n’ont plus du tout la possibilité de nourrir, de payer leur proxies, leurs groupes radicaux dans la région. (…) En fait, l’impasse est ailleurs (…) les dirigeants iraniens sont parfaitement prêts à négocier avec Trump (…) Mais ils veulent avoir des négociations cachées (…) parce que leur identité, l’identité de la République islamique est essentiellement centrée sur leur animosité contre les Américains et les Israéliens. (…) Les Européens ont un peu trop encouragé les Iraniens, les dirigeants iraniens. En soutenant l’accord de 2015 (…) qui (…) ne touchait pas toutes les politiques agressives du régime dans la région (…) ils ont un peu trop encouragé les dirigeants iraniens qui sont devenus trop téméraires face aux Américains. Ca fait un an qu’ils avaient quand même la possibilité de (…) faire profil bas, mais ils ont tapé sur le tambour de guerre depuis un an. Et c’est vrai qu’aujourd’hui, la situation est catastrophique, mais les dirigeants iraniens aussi, ils sont responsables de la situation actuelle. Mahnaz Shirali
L’Hexagone entre ainsi pour la première fois dans le quintette de tête, à la cinquième place, derrière les États-Unis, l’Allemagne, le Canada et le Royaume-Uni. L’Hexagone vole la place du géant chinois, touché par la guerre commerciale, le ralentissement de sa croissance et les inquiétudes sur le niveau d’endettement des entreprises nationales. Frappé par un ralentissement économique de grande ampleur, le Japon a également reculé dans le classement; «La confiance des investisseurs s’est légèrement renforcée depuis l’élection du président Emmanuel Macron en mai 2017», note le cabinet, pour lequel «les récentes manifestations anti-gouvernementales type «gilets jaunes» à travers le pays n’ont pas affecté l’opinion» des décideurs économiques. Ces derniers restent en effet focalisés sur les changements de fond et les réformes en cours, dont la loi Pacte, validée en avril à l’Assemblée. Pour le cabinet, «l’amélioration de l’environnement des entreprises a été une priorité absolue du gouvernement», et ces transformations en cours, de même que la baisse de l’impôt sur les sociétés, constituent une base solide rassurant les décideurs. «La France reste compétitive en termes d’indicateurs poussant à investir», conclut donc le cabinet, qui souligne les atouts de l’Hexagone en matière d’innovation, de technologie de pointe et de taux d’imposition (grâce à la trajectoire à la baisse décidée à horizon 2025). Autant d’atouts dont bénéficie le pays, par exemple en attirant des fonds du titan pharmaceutique américain Merck&Co, qui a mis 3,25 milliards de dollars sur la table pour avaler le groupe Antelliq, spécialisé dans la santé animale. Ces conclusions rejoignent les estimations d’autres experts, interrogés par Le Figaro il y a quelques semaines. À l’époque, le responsable du baromètre sur l’attractivité de la France du cabinet d’audit EY, Marc Lhermitte, expliquait que la situation était «problématique mais pas dramatique»: un investisseur réfléchit en effet plutôt sur le long terme et privilégie les transformations de fond affectant un pays plutôt que ses événements ponctuels, si tant est que ceux-ci n’altèrent pas les réformes défendues par l’exécutif. «Sur le moyen terme, la question reste de savoir si le gouvernement pourra poursuivre la transformation du modèle économique et social français avec des réformes comme la baisse de l’impôt sur les sociétés, les retraites, les dépenses publiques, le coût du travail», précisait l’expert. Le Figaro
La croissance économique a été légèrement plus forte que prévu l’an dernier en France, malgré la grève à la SNCF et le mouvement des « gilets jaunes ». Une bonne nouvelle pour le gouvernement, même si l’activité devrait ralentir cette année. Selon des chiffres définitifs publiés jeudi soir par l’Insee, la progression du produit intérieur brut (PIB) a atteint 1,7% en 2018, soit 0,1 point de plus que ce qui avait été jusque-là annoncé. Il s’agit de la deuxième révision à la hausse de la croissance française par l’organisme public, qui avait évalué la progression du PIB 2018 à 1,5% dans une première estimation publiée fin janvier. A l’origine de cette nouvelle correction: le niveau plus élevé que prévu de la consommation des ménages. Elle a progressé de 0,9% au lieu de 0,8%, en raison d’une progression notable du pouvoir d’achat (1,4%). Autre élément favorable: l’évolution des exportations, qui ont augmenté de 3,5% au lieu de 3,3%, permettant à la balance commerciale de peser positivement sur l’activité (0,7 point au lieu de 0,6 point). « 0,7 point de contribution du commerce extérieur à la croissance, on n’avait pas vu ça depuis très longtemps », assure à l’AFP Denis Ferrand, directeur de l’institut de recherche Rexecode. L’investissement des entreprises, de son côté, est resté solide, mais néanmoins plus faible qu’attendu: selon l’Insee, il a progressé de 2,8% l’an dernier, au lieu de 2,9%. (…) Selon l’Insee, le taux de chômage a reculé de 0,1 point au premier trimestre, à 8,7% de la population active en France entière (hors Mayotte), soit son plus bas niveau depuis début 2009. La France a par ailleurs fait cette année son entrée dans le « top 5 » des pays les plus attractifs pour les investissements internationaux, selon le classement annuel du cabinet A.T. Kearney publié lundi. Le nouveau chiffre de croissance, qui ne modifie pas le niveau du déficit public pour 2018 (2,5%), reste cependant inférieur à la moyenne de l’Union européenne (1,9%) ainsi qu’à la moyenne de la zone euro (1,8%). Il s’affiche par ailleurs en repli par rapport à 2017, où la croissance a atteint selon l’Insee 2,3% en données brutes (2,4% en données corrigées des jours ouvrés), soit 0,1 point de plus qu’annoncé. Un ralentissement notable, qui devrait se poursuivre cette année. La croissance devrait retomber à 1,4% selon la Banque de France. Et même à 1,3% d’après l’OCDE, en raison du ralentissement de l’activité mondiale. Capital
S’il suscite beaucoup de fantasmes, le terme « black bloc » ne désigne en réalité qu’une méthode de manifestation mise au point par des militants de la gauche radicale et insurrectionnelle. Pendant les défilés auxquels ils participent, ces individus – d’abord dispersés dans le cortège – se vêtent de noir, se masquent le visage, puis se réunissent pour créer « une sorte d’énorme drapeau noir, tissé d’êtres humains. Ils forment ainsi un bloc compact permettant à chacun de préserver son anonymat. Il n’y a pas un seul black bloc, mais des black blocs, qui se forment à un instant T dans des manifestations puis qui se dissolvent avec elles. Paradoxalement, c’est cette couverture médiatique inédite qui a participé à l’exportation du phénomène. A chaque fois qu’il y a un sommet international, les militants anticapitalistes locaux décident d’imiter cette tactique. (…) C’est lors de ce mouvement [manifestations contre la loi Travail] qu’est apparu ce qu’on appelle maintenant le ‘cortège de tête’. Contrairement aux autres mobilisations, où les black blocs se constituaient habituellement au milieu des manifestations derrière les cortèges plus traditionnels de syndicats, ils ont réussi à s’imposer au premier rang. C’est une vraie particularité française qui donne au black bloc une grande visibilité. Contrairement aux autres mobilisations, où les black blocs se constituaient habituellement au milieu des manifestations derrière les cortèges plus traditionnels de syndicats, ils ont réussi à s’imposer au premier rang. C’est une vraie particularité française qui donne au black bloc une grande visibilité.  Ils se mettent en scène et essaient d’adopter l’image que les médias et les autorités donnent d’eux : celle de l’ennemi public numéro 1. Avec le black bloc, la cible est le message. On retrouve aussi des féministes et des militants queer radicaux dans le black bloc. On pense souvent le black bloc en termes masculins, mais il regroupe de plus en plus de femmes, ce qu’on ne remarque pas forcément à cause des vêtements noirs. Les black blocs ont investi les contre-sommets internationaux orchestrés par les organisations altermondialistes, auxquelles ils ne s’identifient pourtant pas. Mais ils venaient parce qu’ils partageaient avec elles une colère et des intérêts. C’est sans doute la même chose avec les ‘gilets jaunes’. Francis Dupuis-Déri (politologue)
Ces personnes sont souvent très éduquées et exercent des professions intellectuelles supérieures. C’était notamment le cas après le 1er-Mai où un homme de 29 ans, diplômé de la prestigieuse Ecole centrale et occupant un emploi de consultant rémunéré 4 200 euros par mois, figurait sur le banc des prévenus. Olivier Cahn
La tradition, chez les participants au black bloc, c’est ‘on attaque le matériel, on ne fait pas de victimes’. [les vitres brisées de l’hôpital Necker pour enfants et l’incendie d’une banque dans un immeuble d’habitation] C’est quelque chose que l’on ne voyait pas avant. Peut-être le fait de jeunes manifestants encore peu aguerris aux pratiques du black bloc. Cela montre en tout cas que le mouvement n’est pas uniforme. On retrouve dans le black bloc toutes les composantes de la gauche révolutionnaire anticapitaliste, des anarchistes, des marxistes révolutionnaires, des écologistes radicaux ou des autonomes.  Il est faux de dire que le black bloc est uniquement constitué de fils de profs. Quand on observe les cortèges à Paris, on se rend compte que les profils sont assez bigarrés. C’est assez logique qu’ils participent à un mouvement populaire comme celui des ‘gilets jaunes' », (…) le même processus a été observé lors des manifestations contre la loi Travail. Le discours du black bloc, c’est de dire que les manifestations traditionnelles n’apportent rien puisqu’elles ne font pas fléchir le pouvoir. On est exactement dans cette configuration avec les « gilets jaunes ».  Mais le black bloc n’est pas une organisation politique. Ses participants rejettent d’ailleurs toutes les structures partisanes, c’est un point commun qu’ils ont avec les ‘gilets jaunes’. » Sylvain Boulouque (historien spécialiste de l’anarchisme)
Si nous voulons être intraitables avec le populisme, il nous faut l’être avec ses causes. (…) Mon constat, qui vaut pour l’ensemble du monde occidental, est que dans les quinze dernières années les enjeux socio-culturels sont devenus aussi importants que les enjeux socio-économiques. Nos sociétés s’interrogent désormais sur des questions qui dépassent la satisfaction des besoins matériels, comme l’identité, et plus seulement sur les inégalités et la taille de l’État. C’est l’objet de ma réflexion, qui expose une division de valeurs émergentes dans nos pays – et avant tout au Royaume-Uni – entre les Somewheres et les Anywheres. Les Anywheres réussissent bien à l’école, sont passés par une bonne université et travaillent dans les grandes villes, parfois à l’étranger ; les Somewheres sont plus enracinés et se définissent par leur appartenance à des groupes et des lieux déterminés. C’est une division schématique, car chaque groupe présente une grande variété, mais j’ai inventé ces dénominations, pas les valeurs qu’elles représentent. (…) Depuis quinze ans, les classes sociales ont progressivement convergé sur les questions socio-économiques – tout le monde accepte plus ou moins l’économie de marché régulée – et divergé sur les questions socio-culturelles. La différenciation de valeurs que je décris recoupe partiellement les différences de classe, mais pas entièrement. Ensuite, le système éducatif des pays développés a connu une expansion très importante, donc une expansion du nombre d’Anywheres. Il y a toujours eu des Anywheres et des Somewheres, mais les Anywheres représentaient une couche relativement fine au sommet de la société, qui avait de l’influence mais ne dominait pas la société. Ce n’est plus le cas. (…) Ces deux visions du monde sont entièrement légitimes. Cependant, j’estime que le point de vue des Anywheres est devenu trop dominant : ils ont imposé des valeurs qui s’appliquent avant tout à eux et décident trop largement pour les autres. (…) En premier lieu, à la mobilité sociale et à la réussite scolaire. Loin de moi l’idée que les classes populaires doivent « rester à leur place ». Je crois à la méritocratie et à la mobilité mais, collectivement, nous avons fini par y croire à l’exclusion de tout autre chose, et d’une façon très étroite. (…) tout le monde n’en a pas envie ! Il ne faut pas empêcher les gens d’être mobiles, mais il faut comprendre que, si on y attache trop d’importance, on dévalorise tous ceux qui ne le sont pas et qui constituent la majorité de nos sociétés. Les êtres humains ont besoin de se sentir reconnus et valorisés. Or aujourd’hui les critères que nous utilisons pour reconnaître la valeur des gens, comme la réussite scolaire ou les capacités cognitives, sont réducteurs. Que fait-on de l’expérience et du caractère, tout aussi légitimes ? (…) [« économie de la connaissance »] Voilà un concept typiquement Anywhere ! Il est d’ailleurs indissociable de l’expansion de l’éducation supérieure, qui a grossi au détriment des formations plus techniques, comme l’apprentissage. Aujourd’hui, 45 % des élèves restent dans la filière générale après 16 ans ; si vous n’en faites pas partie, vous êtes considéré comme un raté. Nous n’avons pas construit d’alternative prestigieuse à cette voie. (…) Le concept d’« ouverture », et en particulier la libre circulation illimitée des personnes : autant elle est bénéfique aux Anywheres, autant elle nuit aux Somewheres. Elle fait baisser les salaires des moins qualifiés, qui se prennent la mondialisation en pleine figure. Les sondages sont sans ambiguïté : 75 % de la population pense que l’immigration est trop élevée. (…) Il faut faire la distinction entre la libre circulation des biens, que je défends, et celle des personnes. (…) L’immigration a des conséquences culturelles, produit des changements rapides de notre environnement. Or la grande divergence entre Anywheres et Somewheres est leur réaction au changement. Le sociologue Talcott Parsons opposait identité « assignée » et « construite ». Plus vous réussissez, plus votre identité provient de vos réalisations personnelles. Votre identité se fait « portable ». Mais, si votre identité provient de vos caractéristiques assignées, de votre lieu et groupe d’origine, le changement vous déstabilise davantage. (…) cette idéologie, sous couvert de progressisme, peut être démoralisante. Et elle produit un paradoxe : ce sont les Anywheres qui vivent de la façon la plus conservatrice – ils sont beaucoup plus susceptibles de se marier et de vivre dans des environnements stables. Inversement, nombre de valeurs libérales sont vécues avec réticence par les Somewheres. Les Anywheres infligent leur idéologie aux Somewheres sans la vivre eux-mêmes. (…) Parce que l’État providence – que je défends, car je suis social-démocrate – ne les y incite pas. (…) Par exemple, notre politique familiale est clairement hostile à la famille. Dans mon pays, il n’y a ni quotient familial ni allocations décentes. Tout cela a eu un impact plus négatif sur les foyers de Somewheres que d’Anywheres. Dans 20 % des foyers les plus pauvres, la chance pour un enfant d’être élevé par ses deux parents à l’âge de 4 ans est dix fois inférieure à celle des enfants des 20 % des foyers les plus riches. Par ailleurs, l’opinion publique méprise les femmes au foyer et moque le concept de « soutien de famille masculin ». Nous avons vécu une grande libéralisation des mœurs dans les années 1960 et c’est une bonne chose. Mais cela ne veut pas dire que les gens aspirent à une société où les hommes et les femmes sont identiques. 70 % des femmes britanniques souhaitent avoir un soutien de famille masculin quand elles ont des enfants en bas âge. (…) La dichotomie de valeurs que je décris a créé un conflit politique. Les Somewheres avaient été poussés hors de la politique, certains allant jusqu’à cesser de voter. Comme les Anywheres ont mauvaise conscience, ils donnent parfois la parole aux Somewheres. Résultat : un référendum est venu mettre à terre leurs présupposés. (…) [Les Somewheres] sont des « populistes décents ». Certains sont de vrais xénophobes. Mais ce sont des gens modernes – beaucoup soutiennent les droits des minorités ou le mariage homosexuel. Ils partagent une vision du monde vaguement libérale, même s’ils tiennent à leurs appartenances. (…) Il faut ramener la voix des Somewheres en politique. Les Anywheres doivent montrer plus d’intelligence émotionnelle et de retenue, et se garder de toujours poursuivre leurs propres intérêts au détriment de ceux des autres. Il faudrait décentraliser davantage la politique et repenser la politique familiale. Surtout, il faut restaurer le contrat social national : mettre fin à la liberté de circulation sans limites et offrir de véritables formations aux métiers techniques. Le Brexit offre une chance pour le faire. David Goodhart
Bien qu’ils travaillent, il leur est de plus en plus difficile de suivre la cadence et de disposer de tous les biens de consommation d’une classe moyenne aisée : smartphone, voiture, télévision dernier cri, cuisine tendance, etc. » (…) En clair, ce mouvement a d’abord mobilisé toute une France du « back-office », pour reprendre l’expression de Denis Maillard (c’est-à-dire les métiers de la logistique, des transports, du care…), qui fait tourner la machine économique, qui n’est pas assistée, mais qui dit : « Nous, on bosse, mais on n’y arrive plus. » Bien qu’ils travaillent, il leur est de plus en plus difficile de suivre la cadence et de disposer de tous les biens de consommation d’une classe moyenne aisée : smartphone, voiture, télévision dernier cri, cuisine tendance, etc. (…) En réalité, nous avons là l’illustration chimiquement pure d’une des principales contradictions internes de la société occidentale. Les standards de consommation ne cessent d’être rehaussés alors que beaucoup d’emplois proposés et créés le sont dans des secteurs qui ne versent pas des salaires permettant d’accéder au « must have ». Dans les années 1960-1970, dans une France fortement industrialisée, toute une partie des catégories populaires a pu s’arrimer à la classe moyenne, c’est ce que l’on a appelé le « compromis fordiste » (Ford ayant théorisé qu’il fallait suffisamment payer les ouvriers pour que ces derniers puissent acheter les voitures qui sortaient de ses usines, NDLR). Mais aujourd’hui, tout le bas de la classe moyenne est en train de décrocher. Les causes de ce décrochage sont plurielles et de nature différente : hausse des prélèvements obligatoires diminuant le salaire disponible, création d’emplois se faisant d’abord dans des secteurs à faible valeur ajoutée et moins syndiqués, donc moins bien payés. Il faut aussi évoquer l’augmentation croissante de la distance domicile/travail qui a fait flamber la facture carburant de nombreux ménages, mais également l’explosion des familles monoparentales, phénomènes très peu pris en compte dans le débat public, mais pourtant majeurs… Un phénomène comme la crise des Gilets jaunes nous oblige à sortir d’une lecture unidimensionnelle. Il faut croiser les données et les regards (politique, économique, culturel, sociologique…), sinon, on passe à côté de sa signification profonde. (…) cette partie de la société qui travaille, mais éprouve un sentiment de déclassement. Il ne s’agit pas des catégories les plus modestes, ce sont plutôt des Français juste au niveau de la ligne de flottaison. (…) Jean-François Sirinelli, dans son ouvrage Révolutions, écrit que, jusque dans les années 1960, nous étions dans une société du bonheur différé, il fallait semer avant de récolter, serrer les dents en attendant que cela porte ses fruits pour nous ou pour nos enfants. Aujourd’hui, nous sommes dans une société d’individus, où le « moi, ici et maintenant » prime tout le reste. Dans le mouvement des Gilets jaunes, il y a des revendications de différente nature, mais il y a aussi de ça. On veut posséder les biens de consommation que j’évoquais plus haut, car sinon cela signifie qu’on n’appartient plus à la classe moyenne et qu’on est un citoyen-consommateur de seconde zone. En l’espace de 50 ans, on est passé de la messe dominicale au dimanche chez Ikea… La consommation a acquis une place centrale dans notre société. L’individu se définit de plus en plus par ce qu’il consomme et non plus par ses croyances ou ses valeurs. Depuis les Trente Glorieuses, la France a progressivement adopté le modèle d’une société organisée autour d’une vaste classe moyenne… dont la déclinaison en termes de style de vie est la « suburb » américaine. Mais au pavillon de banlieue et au barbecue des débuts se sont greffés les écrans plats, la seconde voiture, la cuisine américaine et la douche à l’italienne qu’on voit dans les émissions de Stéphane Plaza. Le ticket d’entrée dans la classe moyenne devient de plus en plus élevé. Toute une partie de la population prend conscience que cet horizon-là n’est plus pour elle, mais c’est pourtant ce qu’on lui vend matin, midi et soir comme étant le « way of life » normal pour ceux qui travaillent. On a là le terreau psychosociologique sur lequel s’est déclenché le mouvement des Gilets jaunes… (… ) Ils se bricolent un mode de vie de classe démoyennisée. On assiste ainsi à l’essor d’une « économie de la débrouille ». On tente de réduire le coût de la vie quotidienne pour pouvoir continuer à rester dans la course. On opte pour des marques moins prestigieuses. Voyez le succès de l’enseigne Dacia qui a vendu au total plus d’un million de véhicules en France alors qu’elle était à l’origine destinée aux pays émergents… Ces Français fréquentent les hard discount plutôt que les supermarchés traditionnels. Derrière la recherche des prix bas pointent également en filigrane le rejet du « big business » et de la « world company » et une demande de localisme. Lidl l’a très bien compris puisque l’enseigne a lancé une vaste campagne mettant en avant le fait qu’elle se fournissait auprès de producteurs locaux. La grande distribution, Amazon et les bobos, tout ça aux yeux de cette classe démoyennisée, ce sont les « anywhere » de David Goodhart, tandis qu’elle se voit comme plus enracinée. Il n’est d’ailleurs pas anodin que les Gilets jaunes réclament que le kérosène des avions empruntés par les « anywhere » soit désormais taxé au même titre que le gasoil qu’ils mettent dans leur Sandero pour aller travailler. (…) C’est toujours l’opposition « somewhere contre anywhere ». Leboncoin, tout est dit dans le nom même du site qui est une trouvaille marketing géniale. On se vend des objets entre nous, à l’échelle du canton, dans un rayon de quelques kilomètres. L’acheteur se déplace en personne au domicile du vendeur et a, parfois, même le droit à un café. Amazon, c’est une entreprise ultra-capitaliste qui fait travailler des gens dans de grands entrepôts déshumanisés et qui sert ses clients par l’intermédiaire de livreurs qui ont des obligations de rendement intenables. Ce sont des flux immenses qui quadrillent la planète. eBay avait dit « on amènera le monde à vos pieds ». Amazon, c’est un peu pareil. Nous avons là deux modèles radicalement différents dans leur fonctionnement, mais aussi dans les valeurs qu’ils véhiculent. (…) Toutes les classes sociales sont effectivement sur leboncoin qui est l’un des premiers sites marchands du pays. Mais tout le monde n’entretient pas le même rapport et n’y cherche pas la même chose. La fréquentation de ce site n’est pas uniquement conditionnée par la recherche de la bonne affaire. Il y a aussi une dimension plus idéologique (je ne veux pas passer par des intermédiaires qui prélèvent des marges importantes) et un aspect moral : ce n’est pas parce qu’un objet ne me sert plus que je dois le jeter. Les personnes se définissant comme Gilets jaunes affichent un taux de fréquentation du Boncoin nettement plus élevé que la moyenne. C’est le signe qu’ils pratiquent davantage cette « économie de la débrouille ». À côté du succès phénoménal du Boncoin, l’engouement pour les vide-greniers, les faillitaires et autres déstockeurs constituent d’autres symptômes éloquents du développement de cette « économie de la débrouille ». On peut également citer l’essor de l’autoentrepreneuriat (on se crée son propre job à défaut d’en trouver un ou pour compléter son salaire trop faible), mais aussi le recours de plus en plus fréquent aux crédits à la consommation, dont les encours ont explosé au cours des 30 dernières années, selon la Banque de France, ou bien encore la chasse aux promotions avec « les émeutes au Nutella » survenues quelques mois avant le déclenchement de la crise des Gilets jaunes. (…) On est revenu à des prix du carburant au même niveau, voire au-dessus de ceux pratiqués au déclenchement de la crise des Gilets jaunes ; les prix de l’immobilier continuent d’augmenter dans les métropoles et leurs premières couronnes, renvoyant les ménages modestes toujours plus loin ; du fait de l’évolution de notre économie, ce sont d’abord les secteurs peu rémunérateurs de la logistique, des services à la personne et de l’intérim qui concentrent les créations d’emploi ; et les pouvoirs publics semblent incapables de faire baisser significativement les prélèvements obligatoires. Tout concourt donc à ce que le poids des dépenses contraintes continue de progresser. Dans ce contexte, des pans entiers des petites classes moyennes se trouvent pris à la gorge, car, dans le même temps, le marché crée sans cesse de nouveaux besoins ou des produits plus sophistiqués et plus chers. (…) Nous assistons de mon point de vue depuis une trentaine d’années [à]une scission au sein même du bloc central de la société. (…) Ces deux parties du bloc central se croisent, mais moins fréquemment au supermarché, qui est moins qu’avant le passage obligé. Pour la classe démoyennisée désormais, il y a Lidl, Aldi ou leboncoin quand la classe moyenne supérieure se tourne vers Naturalia et se fait livrer par Deliveroo. L’apparition et le renforcement des phénomènes dont nous avons parlé nous incitent à penser que le phénomène de « démoyennisation » est un processus qui va se renforcer au fil du temps accroissant l’archipellisation de la société française. Jérome Fourquet
Et si la crise des gilets jaunes n’était – à son commencement, en tout cas – « que » le symptôme de la prise de conscience douloureuse, violente, par une partie de la société, d’une France socialement fragmentée ?  Comment, dans ces conditions, ne pas protester quand on sent que l’on décroche ? Comment se cramponner coûte que coûte au peloton de tête dont les standards – façons de se loger, de se vêtir, de se distraire, etc. – deviennent de plus en plus étincelants, onéreux, hors d’atteinte, donc ? Dans une note rédigée pour la Fondation Jean-Jaurès et intitulée « L’adieu à la grande classe moyenne : la crise des gilets jaunes, symptôme de la « démoyennisation » », Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’Ifop et auteur de « L’archipel français » (Seuil), poursuit son étude méticuleuse des modes de vie d’une société en plein morcellement. Cette fois, les gilets jaunes constituent son point de départ. Partisan d’une lecture pluridimensionnelle du mouvement (politique, économique, sociologique, culturelle), Fourquet a voulu décortiquer, dit-il, « cette partie de la société qui travaille mais éprouve un sentiment de déclassement », preuve vivante de ce qu’il appelle « le phénomène de démoyennisation ». Peinant désormais à acquérir les biens de consommation de la classe moyenne supérieure, cette France du « back office » (l’expression est de Denis Maillard, auteur d’« Une colère française », cité par Fourquet), exerçant souvent des métiers liés à la logistique, aux transports, à l’aide à la personne, développe son propre « way of life » pour rester dans la course toujours plus folle à la consommation. « Depuis les Trente Glorieuses, la France a progressivement adopté le modèle d’une société organisée autour d’une vaste classe moyenne… dont la déclinaison en termes de style de vie est la « suburb » américaine, avance Fourquet. Mais au pavillon de banlieue et au barbecue des débuts se sont greffés les écrans plats, la seconde voiture, la cuisine américaine et la douche à l’italienne qu’on voit dans les émissions de Stéphane Plaza. Le ticket d’entrée dans la classe moyenne devient de plus en plus élevé. Toute une partie de la population prend conscience que cet horizon-là n’est plus pour elle, mais c’est pourtant ce qu’on lui vend matin, midi et soir comme étant le standard normal pour ceux qui travaillent. » Plus que leurs salaires et leurs catégories socioprofessionnelles, c’est presque une façon de consommer, d’économiser, et donc de voir le monde, qui rapproche les membres de cette société en voie de « démoyennisation ». Plus on se retrouve en marge, plus on développe des circuits parallèles de consommation. A cette « France du Boncoin », de la débrouille, du marché secondaire s’opposerait donc une France des clients d’Amazon, plus favorisée, plus mondialisée, plus macroniste aussi, peut-être. Une France qui, même en commandant les petits pots bio de ses enfants et son savon noir sur le site américain de commerce en ligne, peut s’offrir la cuisine avec verrière et carreaux de ciment repérée dans une émission de Stéphane Plaza sans compter ses sous. Une France qui achète sur Amazon tandis que certains membres de la France du Boncoin y travaillent comme cariste ou comme livreur. « On notera d’ailleurs à ce propos qu’Amazon, en tant que représentant et acteur majeur de la mondialisation économique, a été particulièrement ciblé par les gilets jaunes », écrit Jérôme Fourquet dans sa note. Et de citer l’action commando organisée le 22 décembre 2018 contre la plateforme Amazon de Montélimar ou le blocage d’un entrepôt de Saran le 16 janvier, vraisemblablement à la suite de la diffusion d’un reportage de « Capital » sur le géant américain. Mais si cette classe « démoyennisée » fustige les entreprises ultracapitalistes, développe son propre modèle et son propre style de vie, elle n’a pas encore renoncé à posséder les biens de consommation standards « car, sinon, cela signifie qu’on n’appartient plus à la classe moyenne et qu’on est un citoyen-consommateur de seconde zone », note Fourquet. Alors que les classes favorisées ont fait sécession, vivant en vase clos, d’après une précédente note de Fourquet pour la Fondation Jean-Jaurès, publiée en février 2018, elles continuent d’influencer les moins favorisées. Pour le pire ? Le Point

Attention: une hémiplégie peut en cacher une autre !

En ce 27e samedi consécutif de mobilisation gilets jaunes …

Et de son lot habituel d’enfants gâtés qui, comme aux plus beaux jours de la poétique insurrectionnelle d’il y a 50 ans , jouent à casser le samedi leurs jouets des autres jours …

Comment ne pas voir l’étrange hémiplégie …

De médias qui en fidèles échos de nos gouvernants …

N’ont pas de mots assez doux …

Pour célébrer, avec 8,4% et un recul de 0, 1% (hors Mayotte), le retour du chômage d’il y a dix ans

Comme l’accession de la France à la 5e place devant la Chine des pays les plus attractifs pour les investissements étrangers …

Et de mots assez forts pour dénoncer …

Un président américain qui avec 3,6% et le plus bas niveau de chômage depuis 50 ans (minorités comprises) et une croissance supérieure à 3 %

S’acharne sur un régime iranien qui depuis 40 ans opprime sa population et met le Moyen-orient à feu et à sang …

Et un Etat policier chinois qui, entre la répression de ses minorités et la militarisation des espaces maritimes de ses voisins et sous prétexte de développement, pille en toute impunité depuis bientôt 20 ans la propriété intellectuelle de ses prétendus partenaires occidentaux …

Mais surtout comme le rappellent les sociologues  français et britannique Jérome Fourquet et David Goodhart dans Le Point cette semaine …

Dans une France qui a remplacé la « messe dominicale » par le « dimanche chez Ikea » …

Entre hausse des taxes, emplois sous-payés et moins syndiqués, augmentation croissante de la distance domicile/travail, explosion des familles monoparentales et nouveaux besoins toujours plus sophistiqués et plus chers …

Leur singulière cécité sur l’écart que ces progrès célébrés de la globalisation ne peuvent manquer d’aggraver entre la « France d’Amazon » et celle du « Bon coin » …

Et surtout sur fond de débat interdit sur l’insécurité culturelle entrainée par une immigration hors de contrôle …

La fin quasiment programmée de cette classe moyenne qui en assez d’être les éternels pigeons de Stéphane Plaza ?

EXCLUSIF. « Le ticket d’entrée dans la classe moyenne devient de plus en plus élevé »

ENTRETIEN. Après « L’Archipel français », le sondeur Jérôme Fourquet revient avec une étude pour la Fondation Jean-Jaurès sur la « démoyennisation » de notre société.

Propos recueillis par Laureline Dupont

Le Point
La réponse de Stéphane Plaza à la note de Jérôme Fourquet

L’animateur de M6 (« Recherche appartement ou maison », « Maison à vendre », « Chasseurs d’appart ») symbolise malgré lui un monde dont une partie de ses téléspectateurs se sentent désormais exclus. « Alors que ses émissions sont très regardées, le standing qu’elles véhiculent et qu’elles érigent en norme est objectivement inatteignable pour toute une partie de la population », écrit Jérôme Fourquet. Ce qui finit par en agacer certains. « Plaza nous prend pour des pigeons. Il pense que tout le monde peut se payer une double vasque, mais nous on ne peut pas avoir de crédit pour se payer une salle de bains. Nous ne sommes pas du même monde », ironise Didier, gilet jaune de Seine-et-Marne qui travaille comme agent administratif. « Il vend un “american way of life” à la française. Mais c’est inaccessible pour nous », témoigne encore Ouahiba, gilet jaune de Montreuil, en intérim dans la restauration collective. L’intéressé, lui, se défend :« Je ne pense pas vendre du rêve. Le prix moyen des maisons que nous vendons est de 350 000 euros. Ça reste correct. » Correct ? Peut-être, mais bien trop élevé pour beaucoup. « Quand j’ai vu qu’on avait réussi à récolter 1 milliard d’euros en deux jours pour Notre-Dame, j’étais un peu écœuré. J’aurais préféré qu’on donne cet argent aux gilets jaunes », ajoute l’animateur en gage de soutien§ Hugo Domenach

Voir encore:

Pourquoi Trump remporte des victoires envers et contre tous
Nicolas Lecaussin
Le Figaro
07/05/2019

FIGAROVOX/TRIBUNE – La cote de popularité de Trump franchit la barre des 45%. Nicolas Lecaussin rappelle que cette popularité est aussi liée aux succès économiques de Trump, qu’il salue en expliquant que les facteurs à l’origine de la bonne santé américaine devraient inspirer d’autres leaders politiques, en particulier français.

Nicolas Lecaussin est Directeur de l’IREF (Institut de Recherches Economiques et Fiscales) et vient de publier Les donneurs de leçons aux Editions du Rocher.

Lorsque le président Donald Trump a été élu, nombreux étaient ceux (y compris des prix Nobel d’économie) qui soutenaient que l’économie américaine allait s’écrouler et les marchés financiers dégringoler. Quand on a vu que la croissance revenait (en fait, il y a eu un ralentissement lors des deux dernières années d’Obama!), les mêmes ont affirmé que ça n’allait pas durer, que la croissance serait éphémère et que la récession ne saurait tarder! Dans son éditorial du 8 avril dernier publié dans le New York Times, le prix Nobel d’économie Paul Krugman s’obstine et écrit que Trump s’en prend à la Fed (la Banque centrale américaine) parce que l’impact des baisses d’impôts et des suppressions des réglementations n’aurait été que de la «poudre aux yeux» et n’aurait servi qu’à retarder la récession. Or on apprenait il y a quelques jours que l’économie affiche un taux de croissance à 3.2 % au premier trimestre 2019, largement au-dessus des prévisions. Malgré le «shutdown» de janvier, la croissance est tirée par les exportations et les investissements privés, très importants depuis 2017, ainsi que par les réformes dues à l’administration Trump.

La baisse de la fiscalité des entreprises et des ménages, les réductions et suppressions de normes et de réglementations, en particulier environnementales, ont donné de l’air et plus de libertés aux entrepreneurs qui ont choisi d’investir. D’où les fortes créations d’emplois ainsi que les hausses des salaires sur un marché du travail où la main-d’œuvre se fait rare.

Le premier trimestre a également été marqué par le ralentissement de l’inflation, l’indice des prix des achats intérieurs bruts augmentant de seulement 0,8%. C’est le rythme le plus lent depuis le premier trimestre 2016. Même avec la récente hausse des prix du pétrole, il n’existe aucun risque d’inflation et la Réserve fédérale ne devrait pas relever ses taux d’intérêt.

La croissance économique américaine lors des quatre derniers trimestres a été supérieure à 3 % en taux annuel alors que dans des pays européens comme la France et l’Allemagne, elle a tourné autour de 1.5 %.

Après l’annonce du taux de croissance, les dernières données sur l’emploi (Labor Statistics, 4 mai) sont aussi impressionnantes: l’économie a créé 263 000 emplois supplémentaires en avril, le taux de chômage ayant chuté à 3,6%, le plus bas taux enregistré depuis cinq décennies. Mais la meilleure nouvelle est que les plus gros bénéficiaires de ce marché du travail libéré sont les personnes qui ont connu des difficultés au cours des années de croissance lente d’Obama, c’est-à-dire les personnes peu qualifiées.

Les statistiques montrent que les Américains le moins diplômés bénéficient d’une croissance plus rapide des salaires et de l’emploi. Le secteur de la construction par exemple a créé 33 000 emplois le mois dernier et 256 000 au cours de la dernière année (2018). Le ministère du Travail a indiqué que la productivité des travailleurs avait augmenté de 3,6% au quatrième trimestre et de 2,4% par rapport à l’année dernière à la même époque, soit le taux le plus rapide enregistré depuis 2010. Parallèlement, en avril, la hausse du salaire horaire moyen mensuel des travailleurs non qualifiés était de 0,3%, contre 0,2% pour tous les travailleurs. Le gain salarial sur 12 mois est de 3,4% pour les moins qualifiés, contre 3,2% pour l’ensemble des employés. Même le salaire minimum est en forte hausse et les décisions politiques n’y sont pour rien. Dans 21 états américains, le salaire de base augmente régulièrement grâce au marché. La société Amazon vient même de fixer le salaire minimum à 15 dollars/l’heure et ses diverses sociétés ont fait de même.

N’en déplaise aux égalitaristes et autres progressistes, ce sont bien la croissance économique et les créations d’emplois qui font reculer la pauvreté et réduisent les inégalités.

Il y aura toujours des économistes comme Paul Krugman pour critiquer la politique économique du président Trump ou – ils sont plus rares aujourd’hui – pour attribuer les fruits de cette croissance au président Obama). Mais difficile de nier les faits économiques éternellement. Certes, on peut s’inquiéter de certaines positions protectionnistes de M. Trump mais la récente rencontre avec le Premier ministre japonais augure plutôt de belles perspectives de libre-échange entre les deux pays sans forcément passer par les organisations internationales. Pour le moment, les facteurs à l’origine de la bonne santé de l’économie américaine devraient inspirer d’autres leaders politiques, en particulier français.

L’économie mais aussi les conclusions du fameux rapport Mueller sur les prétendues collusions avec les Russes lors des élections de 2016 ont beaucoup renforcé le président américain face à ses détracteurs, et pas seulement.

Voir enfin:

L’article à lire pour comprendre ce qu’est vraiment un black bloc
Mobilisation contre la loi Travail, 1er-Mai, « gilets jaunes »… Des black blocs font régulièrement incursion dans les manifestations. Mais qui sont et que veulent ces militants d’ultragauche vêtus de noir ?
Kocila Makdeche
France Télévisions
19/04/2019

Ils sont la bête noire du gouvernement. Le 16 mars, lors du 18e samedi de manifestation des « gilets jaunes », des centaines de militants de la gauche radicale et insurrectionnelle ont mis à sac des boutiques de luxe sur Champs-Elysées et ont caillassé les forces de l’ordre. Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a immédiatement pointé du doigt « les black blocs », des manifestants tous vêtus de noir de façon à rester anonymes.

Manifestations contre la loi Travail, 1er-Mai… Depuis quelques années, les cortèges voient régulièrement se former des black blocs, qui occasionnent à chaque fois d’importants dégâts. Que réclament-ils en s’attaquant aux banques et aux forces de l’ordre ? Qui sont ces militants d’ultragauche qui se cachent sous des masques ? Franceinfo lève le voile.

Bon, c’est quoi un black bloc ?

S’il suscite beaucoup de fantasmes, le terme « black bloc » ne désigne en réalité qu’une méthode de manifestation mise au point par des militants de la gauche radicale et insurrectionnelle. Pendant les défilés auxquels ils participent, ces individus – d’abord dispersés dans le cortège – se vêtent de noir, se masquent le visage, puis se réunissent pour créer « une sorte d’énorme drapeau noir, tissé d’êtres humains », explique le politologue Francis Dupuis-Déri, auteur d’un livre remarqué sur le sujet, Les Black blocs : la liberté et l’égalité se manifestent (Lux, 2019). « Ils forment ainsi un bloc compact permettant à chacun de préserver son anonymat. »

Il n’y a pas un seul black bloc, mais des black blocs, qui se forment à un instant T dans des manifestations puis qui se dissolvent avec elles.Francis Dupuis-Déri, politologueà franceinfo

Les participants défilent alors derrière des banderoles aux slogans anticapitalistes ou anti-Etat. « Certains renforcent leurs banderoles avec des plaques de bois, ce qui nous permet de nous protéger des tirs de LBD et des coups de matraque », explique à franceinfo Isidore*, un militant anarcho-communiste de l’ouest de la France. Cette configuration permet aussi « d’éviter la fragmentation du bloc », indique une note du Centre de recherche de l’école des officiers de la gendarmerie nationale (CREOGN), ajoutant que, dans ce contexte, « l’interpellation d’un individu est rendue difficile voire impossible ». 

D’où vient ce type de manifestation ?

Sortons les livres d’histoire. Ce type de manifestation est né en Allemagne, au tout début des années 1980. Le Mur est toujours debout et, à Berlin-Ouest, des militants autonomes ont investi des squats. Quand les autorités tentent d’évacuer ces lieux, certains occupants creusent des tranchées, volent des bulldozers pour dresser des barricades et n’hésitent pas à en découdre avec la police. Pour ne pas être identifiés, les squatteurs manifestent en groupe, vêtus de noir et le visage dissimulé par un masque. Lors des procès, les juges parlent de « Schwarzer Block », « black bloc » en allemand.

Cette « tactique » se diffuse au sein du milieu anarcho-punk, via la musique et les fanzines. De petits black blocs apparaissent alors ponctuellement aux Etats-Unis et au Canada, jusqu’à un sommet de l’OMC à Seattle, en 1999. Les militants altermondialistes, qui tentent de bloquer le centre des congrès où se tient l’évènement, sont aspergés de gaz lacrymogène par la police. En réponse, un black bloc constitué de plusieurs centaines de manifestants affronte les forces de l’ordre et fracasse les vitrines des banques et des multinationales de la ville. Les images, spectaculaires, font le tour du monde. Les chaînes de télévision baptisent l’évènement « la bataille de Seattle » et évoquent des « saccages anarchistes ».

« Paradoxalement, c’est cette couverture médiatique inédite qui a participé à l’exportation du phénomène, explique Francis Dupuis-Déri. A chaque fois qu’il y a un sommet international, les militants anticapitalistes locaux décident d’imiter cette tactique. » Réunions du FMI à Prague ou à Washington en 2000sommet du G8 à Gênes en 2001… On retrouve des black blocs lors de tous ces événements.

Et en France, c’est arrivé quand ?

Un black bloc se forme à l’occasion d’un sommet de l’Union européenne à Nice, en 2000, mais la première mobilisation d’ampleur a lieu en 2009 à Strasbourg, en marge d’un sommet de l’Otan. D’après les chiffres de la préfecture, 2 000 manifestants attaquent un ancien poste de douane, l’office du tourisme et des distributeurs de billets.

Un manifestant contre le sommet de l\'Otan, devant une barricade en flammes à Strasbourg, le 4 avril 2009. 
Un manifestant contre le sommet de l’Otan, devant une barricade en flammes à Strasbourg, le 4 avril 2009.  (AXEL SCHMIDT / AFP)

Logiquement, on retrouve ces formations dans les ZAD, notamment à Notre-Dame-des-Landes ou lors de la mobilisation contre le barrage de Sivens, au cours de laquelle Rémi Fraisse a été tué par une grenade lancée par les gendarmes. Les black blocs prennent une ampleur inédite en 2016, pendant les manifestations contre la loi Travail« C’est lors de ce mouvement qu’est apparu ce qu’on appelle maintenant le ‘cortège de tête' », explique Francis Dupuis-Déri.

Contrairement aux autres mobilisations, où les black blocs se constituaient habituellement au milieu des manifestations derrière les cortèges plus traditionnels de syndicats, ils ont réussi à s’imposer au premier rang. C’est une vraie particularité française qui donne au black bloc une grande visibilité.Francis Dupuis-Déri, politologueà franceinfo

Depuis, des black blocs se forment régulièrement lors de manifestations. Cela a été le cas le 1er mai 2018 ou le 16 mars dernier, quand « gilets jaunes » et black blocs ont attaqué de nombreuses enseignes des Champs-Elysées, dont le célèbre restaurant Fouquet’s. Des événements qui ont causé le limogeage du préfet de police de Paris, Michel Delpuech.

Mais pourquoi ils cassent tout ?

Manifestations des « gilets jaunes », mobilisations d’agriculteurs, blocages de lycées… En France, il n’est pas rare que les mouvements sociaux occasionnent de la « casse ». Mais les participants aux black blocs ont la particularité de revendiquer la violence et de la placer au centre de leur action. « Ils se mettent en scène et essaient d’adopter l’image que les médias et les autorités donnent d’eux : celle de l’ennemi public numéro 1, analyse Francis Dupuis-Déri. Avec le black bloc, la cible est le message. »

« On s’en prend à ce que l’on considère comme des outils de l’oppression capitaliste : les banques, les assurances, les panneaux de publicité, les enseignes de multinationales », nous énumère Isidore*. « Nous attaquons des emblèmes, des entités matérielles et non des individus (…) Ces actions replacent l’humain comme valeur fondamentale face aux objets tant adulés par le capitalisme », peut-on lire sur un texte de revendication retrouvé sur le McDonald’s saccagé lors du 1er-Mai.

« La tradition, chez les participants au black bloc, c’est ‘on attaque le matériel, on ne fait pas de victimes' », explique Sylvain Boulouque, historien spécialiste de l’anarchisme. Pourtant, deux épisodes récents semblent déroger à cette règle : les vitres brisées de l’hôpital Necker pour enfants pendant les manifestations contre la loi Travail à Paris et l’incendie d’une banque située dans un immeuble d’habitation, le 16 mars dernier, toujours à Paris. « C’est quelque chose que l’on ne voyait pas avant, remarque l’historien. Peut-être le fait de jeunes manifestants encore peu aguerris aux pratiques du black bloc. Cela montre en tout cas que le mouvement n’est pas uniforme. » 

Ce ne sont pas tous des anarchistes ?

Ce n’est pas aussi simple, d’après les spécialistes. « On retrouve dans le black bloc toutes les composantes de la gauche révolutionnaire anticapitaliste », décrypte Sylvain Boulouque, citant pêle-mêle « des anarchistes, des marxistes révolutionnaires, des écologistes radicaux ou des autonomes ». 

Ce dernier terme renvoie à un courant d’ultragauche prônant la lutte, parfois violente, pour vivre en autonomie vis-à-vis de l’Etat et de l’économie capitaliste. Par extension, l’expression « mouvance anarcho-autonome » est utilisée par les autorités – de façon souvent imprécise, comme le souligne L’Humanité – pour qualifier toute cette galaxie d’ultragauche, des zadistes de Notre-Dame-des-Landes au  « groupe de Tarnac » en passant par les participants aux black blocs.

« On retrouve aussi des féministes et des militants queer radicaux dans le black bloc, ajoute Francis Dupuis-Déri. On pense souvent le black bloc en termes masculins, mais il regroupe de plus en plus de femmes, ce qu’on ne remarque pas forcément à cause des vêtements noirs. » 

Quel est le profil des manifestants du black bloc ?

C’est la grande question. Interrogé sur ce point, Isidore répond du tac au tac : « Les médias sont obsédés par l’idée de dresser un profil sociologique type des participants aux black blocs. La réalité, c’est qu’on retrouve sous les cagoules tous ceux qui subissent ou constatent la violence étatique : des prolétaires, des étudiants, des intellectuels, des personnes racisées des quartiers populaires, des femmes… » Une mystique de la révolte anonyme et populaire que l’on retrouve régulièrement dans les publications liées aux black blocs. Ainsi, un communiqué de militants italiens affirmait : « Voulez-vous voir les visages sous les foulards, les casques, les cagoules ? Ce sont les mêmes qui vous versent un loyer pour des logements décrépits. »

Ce sont les visages qui préparent votre cappuccino, ce sont les visages de celles et ceux dont le sang est drainé par la précarité, dont la vie est de la merde, et qui n’en peuvent plus.Un communiqué de militants italiens

Cette description tranche avec les profils que l’on retrouve à la barre, lorsque des procès de black blocs sont médiatisés. Comme le note le chercheur Olivier Cahn, ces personnes sont souvent très éduquées et exercent des professions intellectuelles supérieures. C’était notamment le cas après le 1er-Mai où un homme de 29 ans, diplômé de la prestigieuse Ecole centrale et occupant un emploi de consultant rémunéré 4 200 euros par mois, figurait sur le banc des prévenus.

Faut-il, pour autant, faire de ces cas une généralité ? « Quand ils parviennent à interroger des black blocs, les journalistes ont logiquement tendance à tendre le micro à des personnes qui leur ressemblent sociologiquement. C’est la même chose pour moi qui suis chercheur. C’est une loupe déformante à laquelle il faut être attentif », alerte Francis Dupuis-Déri. Même mise en garde du côté de Sylvain Boulouque : « Il est faux de dire que le black bloc est uniquement constitué de fils de profs. Quand on observe les cortèges à Paris, on se rend compte que les profils sont assez bigarrés. » 

Qu’est-ce qu’ils font dans les manifestations de « gilets jaunes » ?

Historiquement, on retrouve régulièrement des black blocs dans les mouvements sociaux dont les revendications correspondent aux combats de la gauche radicale. « Les black blocs ont investi les contre-sommets internationaux orchestrés par les organisations altermondialistes, auxquelles ils ne s’identifient pourtant pas. Mais ils venaient parce qu’ils partageaient avec elles une colère et des intérêts. C’est sans doute la même chose avec les ‘gilets jaunes' », analyse Francis Dupuis-Déri.

« C’est assez logique qu’ils participent à un mouvement populaire comme celui des ‘gilets jaunes' », estime de son côté Sylvain Boulouque, rappelant que le même processus a été observé lors des manifestations contre la loi Travail.

Le discours du black bloc, c’est de dire que les manifestations traditionnelles n’apportent rien puisqu’elles ne font pas fléchir le pouvoir. On est exactement dans cette configuration avec les « gilets jaunes ».Sylvain Boulouque, historienà franceinfo

Mais je croyais que les « gilets jaunes » rejetaient toutes les organisations politiques…

C’est en effet le mot d’ordre depuis le début du mouvement, le 17 novembre dernier. « Mais le black bloc n’est pas une organisation politique, rappelle Sylvain Boulouque. Ses participants rejettent d’ailleurs toutes les structures partisanes, c’est un point commun qu’ils ont avec les ‘gilets jaunes’. »

Les rapports entre les « gilets jaunes » et les militants du black bloc ont d’abord été compliqués, les premiers accusant les deuxièmes d’être responsables des violences survenues lors des premiers samedis de manifestation et de donner une mauvaise image du mouvement. Aujourd’hui, la situation semble s’être inversée : en observant les débats sur les groupes Facebook des « gilets jaunes », on constate une sympathie grandissante des manifestants à l’adresse du black bloc. « Au début, j’étais contre, mais au bout d’un moment, à force de voir des ‘jaunes’ pacifistes mutilés par les forces de l’ordre, j’ai compris que c’était eux qui avaient raison », estime Nicolas, un « gilet jaune » originaire de l’Oise.

Ce rapprochement a atteint un sommet le 16 mars, quand des « gilets jaunes » et des militants du black bloc se sont retrouvés côte à côte sur les Champs-Elysées dans une brutale démonstration de force commune. Christophe Castaner a d’ailleurs dénoncé une « immense complaisance » des « gilets jaunes » vis-à-vis des « 1 500 black blocs » présents dans le cortège.

J’ai eu la flemme de tout lire, vous me faites un résumé ?

Le black bloc n’est pas un courant politique mais une manière de manifester. En France, on a pu observer des black blocs pendant des manifestations de « gilets jaunes » à Paris, Bordeaux, Toulouse ou Nantes, donnant lieu à des scènes de guérilla urbaine. Chaque fois, une multitude de militants issus de la gauche radicale et insurrectionnelle, vêtus de noir pour rester anonymes, se réunissent derrière des banderoles aux slogans anticapitalistes et anti-Etat. Une tactique née en Allemagne dans les années 1980 et utilisée pour affronter la police, considérée comme le bras armé d’un Etat autoritaire, et détruire les vitrines des banques et les panneaux publicitaires, symboles à leurs yeux de l’oppression capitaliste.

Ces violences ont atteint un niveau inédit lors du 18e samedi de mobilisation des « gilets jaunes », le 16 mars, avec l’incendie d’une banque et du Fouquet’s. Sur les réseaux sociaux, certains appellent à de nouveaux épisodes insurrectionnels, notamment le 1er-Mai. De quoi inquiéter le gouvernement, qui a fustigé « l’immense complaisance » des « gilets jaunes » vis-à-vis des black blocs.


Montée aux extrêmes: Vous avez dit République de la haine ? (Extreme democracy: from their country’s elites or their common people, Trump and Macron seem to attract more hatred than anyone can remember)

3 février, 2019
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Emmanuel Macron à l'Elysée le 9 février dernier.

Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
L’exigence chrétienne a produit une machine qui va fonctionner en dépit des hommes et de leurs désirs. Si aujourd’hui encore, après deux mille ans de christianisme, on reproche toujours, et à juste titre, à certains chrétiens de ne pas vivre selon les principes dont ils se réclament, c’est que le christianisme s’est universellement imposé, même parmi ceux qui se disent athées. Le système qui s’est enclenché il y a deux millénaires ne va pas s’arrêter, car les hommes s’en chargent eux-mêmes en dehors de toute adhésion au christianisme. Le tiers-monde non chrétien reproche aux pays riches d’être leur victime, car les Occidentaux ne suivent pas leurs propres principes. Chacun de par le vaste monde se réclame du système de valeurs chrétien, et, finalement, il n’y en a plus d’autres. Que signifient les droits de l’homme si ce n’est la défense de la victime innocente? Le christianisme, dans sa forme laïcisée, est devenu tellement dominant qu’on ne le voit plus en tant que tel. La vraie mondialisation, c’est le christianisme! René Girard
Ça n’est pas la République des fusibles, la République de la haine. On ne peut pas être chef par beau temps. S’ils veulent un responsable, il est devant vous. Qu’ils viennent le chercher. Je réponds au peuple français. Emmanuel Macron (24.07.2018)
Parce qu’on veut à tout prix se débarrasser de Trump. Joy Behar
Because we’re desperate to get Trump out of office. That’s why. I think the press jumps the gun a lot because we just — we have so much circumstantial evidence against this guy that we basically are hoping that Cohen has the goods and what have you and so it’s wishful thinking. Joy Behar
Je n’oublie pas d’où je viens. Je ne suis pas l’enfant naturel de temps calme de la vie politique. Je suis le fruit d’une forme de brutalité de l’histoire, d’une effraction parce que la France était malheureuse et inquiète, si j’oublie tout cela, ce sera le début de l’épreuve. Emmanuel Macron
Je n’ai pas souvenir que des gens aient été écartés pour des questions de morale, il n’y a pas eu de jury de moralité pour savoir si quelqu’un pouvait devenir ministre ou pas.  (…) Je n’ai pas demandé au Premier ministre si les ministres avaient fait l’objet de plainte regardée par les juges et classée sans suite parce que les faits étaient non établis et prescrits. (…) Il faut collectivement qu’on se méfie. La question est de savoir où commence le sérieux et où doit s’arrêter la nécessaire transparence et le jeu des contre-pouvoirs. On veut que les dirigeants soient exemplaires. On s’est donné des règles. Mais quand le but des contre-pouvoirs finit par être de détruire ceux qui exercent le pouvoir sans qu’il n’y ait de limite ni de principe, ce n’est plus une version équilibrée de la démocratie. Penser que quelque chose qui a été regardé, jugé, devrait, soit nous conduire à écarter quelqu’un du pouvoir, soit à l’empêcher d’exercer, ça devient une forme de République du soupçon. Emmanuel Macron
La première bataille, c’est de loger tout le monde dignement. Je ne veux plus d’ici la fin de l’année avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois. C’est une question de dignité, une question d’humanité et d’efficacité. Emmanuel Macron
Je suis le fils de cette crise. Toutes les colères que vous évoquez aujourd’hui, ce sont elles qui m’ont porté. (…) On écrase tous nos débats en France sur la fiscalité. On pense qu’on règle tout par la fiscalité. On ne règle pas par la fiscalité les vrais inégalités de départ. J’ai supprimé l’ISF pour réindustrialiser le pays, créer de l’emploi. La vraie inégalité, c’est le chômage. Est-ce qu’il y a deux ans, on vivait mieux quand il y avait l’ISF, est-ce qu’il y avait moins de SDF ? Non. Je n’ai pas supprimé l’ISF pour faire des cadeaux à certains, c’est pour qu’ils réinvestissent dans le pays. Je n’ai pas pris l’engagement de campagne qu’il y ait zéro SDF. J’entends beaucoup ça mais je n’ai jamais dit ça. J’ai eu un mot sur les demandeurs d’asile qui dorment dehors. Emmanuel Macron (24.01.2109)
Nous n’avons pas réussi. Il y a des publics fragiles qui sont en dehors des politiques publiques mises en places et (…) la pression migratoire forte en fin de trimestre.  (…) ces dernières années, de nombreuses places en chambres d’hôtel ont été ouvertes (…) ce n’est pas une bonne mesure, car on laisse les gens loin de la socialisation. aujourd’hui, on diminue la part des chambres d’hôtel pour faire de la place aux pensions de famille. Ne plus avoir de personnes qui dorment dans la rue doit rester un objectif, on ne peut pas s’accommoder de cette situation. Emmanuel Macron
Selon les chiffres donnés par certaines associations, le nombre de sans-abri s’élève à 200.000 en France. Ce sont majoritairement des hommes seuls, auxquels s’ajoutent de plus en plus de familles, notamment des familles de migrants, en situation irrégulière ou en situation de demande d’asile. RTL
J’ai été élu par les Français. (…) Il y a des gens qui pensent comme ça, avec d’ailleurs, je dois dire, des relents de choses que j’aime pas beaucoup (…) Parce que derrière, ça s’appellerait la banque Dupont, il y aurait certainement moins d’arguments !  Et ça, ça me plait pas dans votre réflexion. Il y a des gens qui vous mettent comme ça un poinçon (…) Vous savez, je suis pas un héritier. Moi, je suis né à Amiens, il y a personne personne dans ma famille qui était banquier, ni politicien, ni énarque. Ce que je dois, je le dois à une famille qui m’a appris le sens de l’effort. Ceux qui m’ont élevé, qui m’ont éduqué et après, j’ai jamais lâché le morceau ! Donc, si j’étais né banquier d’affaires, vous pourriez me faire la leçon. Si j’étais né avec une petite cuillère dans la bouche ou fils de politicien, vous pourriez me faire la leçon, c’est pas le cas ! Donc je peux vous regarder en face. Vous pouvez ne pas aimer les banquiers, en attendant, vous aurez pas de prêt sans banquier. C’est comme ça !  Emmanuel Macron (24.01.2019)
The news obsesses over the recent government shutdown, the latest Robert Mueller arrest and, of course, fake news—from the BuzzFeed Michael Cohen non-story to the smears of the Covington Catholic High School students. But aside from the weekly hysterias, the world has dramatically changed since 2016 in ways we scarcely have appreciated. The idea that China systematically rigged trade laws and engaged in technological espionage to run up huge deficits is no longer a Trump, or even a partisan, issue. The world did not fall apart after the U.S. pulled out of the flawed Iran nuclear deal. Most yawned when the U.S. left the symbolic but empty Paris Climate Accord. Ditto when the U.S. moved its embassy in Israel from Tel Aviv to Jerusalem. There is also a growing, though little reported, consensus about what created the current economic renaissance: tax cuts, massive deregulation, recalibration of trade policy, tax incentives to bring back offshore capital, and dramatic rises in oil and natural gas production. Although partisan bickering continues over the extent of the upswing, most appreciate that millions of Americans are now back again working—especially minority youth—in a manner not seen in over a decade. For all the acrimony about illegal immigration, the government shutdown over the wall and the question of amnesties, most Americans also finally favor some sort of grand bargain compromise. The public seems to be agreeing that conservatives should get more border fencing or walls in strategic areas, an end to new illegal immigration and deportation for those undocumented immigrants with criminal records. Liberals in turn will likely obtain green cards for those long-time immigrants here illegally who have a work history and have not committed violent crimes. Both sides will be forced to agree that illegal immigration, sanctuary cities and open borders should end and legal immigration should be reformed. Today U.S. foreign policy actually reflects those paradoxes. The public supports a withdrawal from the quagmires in Afghanistan and Syria. But it also approved of bombing ISIS into retreat and muscular efforts to denuclearize North Korea. Two years ago, most Americans accepted that the European Union and NATO were sacrosanct status quo institutions beyond criticism. Today there is growing agreement that our NATO allies will only pay their fair share of mutual defense if they are forced to live up to their promises. Most Americans have now concluded that while the EU may be necessary to prevent another intra-European war, it is increasingly a postmodern, anti-democratic and unstable entity. (…) Trump has not changed his campaign reputation for being mercurial, crass and crude. But what has changed is the media’s own reputation in its hysterical reaction to Trump. Instead of empirical reporting, the networks and press have become unhinged. When reporting of the presidency has proved 90 percent negative, and false news stories are legion, the media are no longer seen as the remedy to Trump but rather an illness themselves. Since 2016, polls show that Americans have assumed that the proverbial mainstream media cannot be counted on for honest reporting but will omit, twist and massage facts and evidence for the higher “truth” of neutralizing the Trump presidency. When asked on “The View” why so often the liberal press keeps making up facts, “jumps the gun” and has to “walk stuff back when it turns out wrong,” Joy Behar honestly answered, “Because we’re desperate to get Trump out of office. That’s why.” Trump’s popularity is about where it was when he was elected—ranging on average from the low to mid-forties. But many of his policies have led to more prosperity and address festering problems abroad. And despite the negative news, they are widely supported, even—or especially—if Trump himself is not given proper credit for enacting most of them. Victor Davis Hanson
Il ne faut pas dissimuler que les institutions démocratiques développent à un très haut niveau le sentiment de l’envie dans le coeur humain. Ce n’est point tant parce qu’elle offrent à chacun les moyens de s’égaler aux autres, mais parce que ces moyens défaillent sans cesse à ceux qui les emploient. Les institutions démocratiques réveillent et flattent la passion de l’égalité sans pouvoir jamais la satisfaire entièrement. Cette égalité complète s’échappe tous les jours des mains du peuples au moment où il croit la saisir, et fuit, comme dit Pascal, d’une fuite éternelle; le peuple s’échauffe à la recherche de ce bien d’autant plus précieux qu’il est assez proche pour être connu et assez loin pour ne pas être goûté. Tout ce qui le dépasse par quelque endroit lui paraît un obstacle à ses désirs, et il n’y a pas de supériorité si légitime dont la vue ne fatigue sas yeux. Tocqueville
Il y a en effet une passion mâle et légitime pour l’égalité qui excite les hommes à vouloir être tous forts et estimés. Cette passion tend à élever les petits au rang des grands ; mais il se rencontre aussi dans le cœur humain un goût dépravé pour l’égalité, qui porte les faibles à vouloir attirer les forts à leur niveau, et qui réduit les hommes à préférer l’égalité dans la servitude à l’inégalité dans la liberté. Tocqueville
Presque aucun des fidèles ne se retenait de s’esclaffer, et ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. Car l’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. C’est de la même façon que le peuple chasse ou acclame les rois. Marcel Proust
Parfois, la durée du règne [du nouveau roi] est fixée dès le départ: les rois de Djonkon (…) régnaient sept ans à l’origine. Chez les Bambaras, le nouveau roi déterminait traditionnellement lui-même la longueur de son propre règne. On lui passait au cou une bande de coton, dont deux hommes tiraient les extrémités en sens contraire pendant qu’il extrayait d’une calebasse autant de cailloux qu’il pouvait en tenir. Ces derniers indiquaient le nombre d’années de son règne, à l’expiration desquelles on l’étranglait. (…) Le roi paraissait rarement en public. Son pied nu ne devait jamais toucher le sol, car les les récoltes en eussent été desséchées; il ne devait rien ramasser sur la terre non plus. S’il venait à tomber de cheval, on le mettait autrefois à mort. Personne n’avait le droit de dire qu’il était malade; s’il contractait une maladie grave, on l’étranglait en grand secret. . . . On croyait qu’il contrôlait la pluie et les vents. Une succession de sécheresses et de mauvaises récoltes trahissait une relâchement  de sa force et on l’étranglait en secret la nuit. Elias Canetti
Le roi ne règne qu’en vertu de sa mort future; il n’est rien d’autre qu’une victime en instance de sacrifice, un condamné à mort qui attend son exécution. (…) Prévoyante, la ville d’Athènes entretenait à ses frais un certain nombre de malheureux […]. En cas de besoin, c’est-à-dire quand une calamité s’abattait ou menaçait de s’abattre sur la ville, épidémie, famine, invasion étrangère, dissensions intérieures, il y avait toujours un pharmakos à la disposition de la collectivité. […] On promenait le pharmakos un peu partout, afin de drainer les impuretés et de les rassembler sur sa tête ; après quoi on chassait ou on tuait le pharmakos dans une cérémonie à laquelle toute la populace prenait part. […] D’une part, on […] [voyait] en lui un personnage lamentable, méprisable et même coupable ; il […] [était] en butte à toutes sortes de moqueries, d’insultes et bien sûr de violences ; on […] [l’entourait], d’autre part, d’une vénération quasi-religieuse ; il […] [jouait] le rôle principal dans une espèce de culte.  René Girard
Le roi a une fonction réelle et c’est la fonction de toute victime sacrificielle. Il est une machine à convertir la violence stérile et contagieuse en valeurs culturelles positives. René Girard
Pour qu’il y ait cette unanimité dans les deux sens, un mimétisme de foule doit chaque fois jouer. Les membres de la communauté s’influencent réciproquement, ils s’imitent les uns les autres dans l’adulation fanatique puis dans l’hostilité plus fanatique encore. René Girard
Le règne du roi n’est que l’entracte prolongé d’un rituel sacrificiel violent. Gil Bailie
J’ai suivi cette campagne avec un sentiment de malaise franchement (…) qui s’est peu à peu transformé en honte.  (…) Malaise parce que la deuxième France, dont vous parlez, la France qui est périphérique, qui hésite entre Marine Le Pen et rien,  je me suis rendu compte que je ne la comprenais pas, que je ne la voyais pas, que j’avais perdu le contact. Et ça, quand on veut écrire des romans, je trouve que c’est une faute professionnelle assez lourde.  (….) Parce que je ne la vois plus, je fais partie de l’élite mondialisée, maintenant. (…) Et pourtant, je viens de cette France. (…) Elle habite pas dans les mêmes quartiers que moi. Elle habite pas à Paris. A Paris, Le Pen n’existe pas. Elle habite dans des zones périphériques décrites par Christophe Guilluy. Des zones mal connues. (…) Mais le fait est que j’ai perdu le contact. (…) Non, je la comprends pas suffisamment, je veux dire, je pourrais pas écrire dessus. C’est ça qui me gêne, c’est pour ça que suis mal à l’aise. (…) Non, je suis pas dans la même situation. Moi, je ne crois pas au vote idéologique, je crois au vote de classe. Bien que le mot est démodé. Il y a une classe qui vote Le Pen, une classe qui vote Macron, une classe qui vote Fillon. Facilement identifiables et on le voit tout de suite. Et que je le veuille ou non, je fais partie de la France qui vote Macron. Parce que je suis trop riche pour voter Le Pen ou Mélenchon. Et parce que je suis pas un hériter, donc je suis pas la classe qui vote Fillon. (…) Ce qui est apparu et qui est très surprenant – alors, ça, c’est vraiment un phénomène imprévu – c’est un véritable parti confessionnel, précisément catholique. Dans tout ce que j’ai suivi – et, je vous dis, j’ai tout suivi  – Jean-Frédéric Poisson était quand même le plus étonnant. (…) Une espèce d’impavidité et une défense des valeurs catholiques qui est inhabituelle pour un parti politique. (….) Ca m’a interloqué parce que je croyais le catholicisme mourant. (…) [Macron] L’axe de sa  campagne, j’ai l’impression que c’est une espèce de thérapie de groupe pour convertir les Français à l’optimisme. Michel Houellebecq
La participation médiocre, les conditions de cette victoire dans le contexte du «Fillongate», puis face à un adversaire «repoussoir», dans sa fonction d’épouvantail traditionnel de la politique française, donnent à cette élection un goût d’inachevé. Les Français ont-ils jamais été en situation de «choisir»? Tandis que la France «d’en haut» célèbre son sauveur providentiel sur les plateaux de télévision, une vague de perplexité déferle sur la majorité silencieuse. Que va-t-il en sortir? Par-delà l’euphorie médiatique d’un jour, le personnage de M. Macron porte en lui un potentiel de rejet, de moquerie et de haine insoupçonnable. Son style «jeunesse dorée», son passé d’énarque, d’inspecteur des finances, de banquier, d’ancien conseiller de François Hollande, occultés le temps d’une élection, en font la cible potentielle d’un hallucinant lynchage collectif, une victime expiatoire en puissance des frustrations, souffrances et déceptions du pays. Quant à la «France d’en haut», médiatique, journalistique, chacun sait à quelle vitesse le vent tourne et sa propension à brûler ce qu’elle a adoré. Jamais une présidence n’a vu le jour sous des auspices aussi incertains. Cette élection, produit du chaos, de l’effondrement des partis, d’une vertigineuse crise de confiance, signe-t-elle le début d’une renaissance ou une étape supplémentaire dans la décomposition et la poussée de violence? En vérité, M. Macron n’a aucun intérêt à obtenir, avec «En marche», une majorité absolue à l’Assemblée qui ferait de lui un nouvel «hyperprésident» censé détenir la quintessence du pouvoir. Sa meilleure chance de réussir son mandat est de se garder des sirènes de «l’hyperprésidence» qui mène tout droit au statut de «coupable idéal» des malheurs du pays, à l’image de tous ses prédécesseurs. De la part du président Macron, la vraie nouveauté serait dans la redécouverte d’une présidence modeste, axée sur l’international, centrée sur l’essentiel et le partage des responsabilités avec un puissant gouvernement réformiste et une Assemblée souveraine, conformément à la lettre – jamais respectée – de la Constitution de 1958. Maxime Tandonnet (07.05.2017)
La violente polémique qui secoue la candidature de François Fillon à l’élection présidentielle n’a rien d’une surprise. Il fallait s’y attendre. La vie politique française n’a jamais supporté les têtes qui dépassent, les personnalités qui prennent l’ascendant. Dans l’histoire, les hommes d’État visionnaires, ceux qui ont eu raison avant tout le monde, ont été descendus en flammes et leur image est restée maudite des décennies ou des siècles après leur mort (…) Dans mon livre les Parias de la République(Perrin, 2017), j’ai raconté la descente aux enfers de ces parias qui furent aussi de grands hommes d’État, et une femme Premier ministre, leur diabolisation qui les poursuit jusqu’aux yeux de la postérité. Cet ouvrage annonce aussi la généralisation et la banalisation de la figure du paria dans la vie politique contemporaine. La médiatisation, Internet et la puissance des réseaux sociaux, les exigences de transparence, la défiance face à l’autorité et surtout, la personnalisation du pouvoir à outrance, transforme tout homme ou femme incarnant de pouvoir en bouc émissaire des frustrations et des angoisses d’une époque. Qui ne se souvient à quel point Nicolas Sarkozy fut traîné dans la boue de 2007 à 2012? Dans un tout autre genre, François Hollande a aussi connu, à la tête de l’État, le vertige de l’humiliation. La diabolisation des hommes politiques s’accélère: non seulement Sarkozy, puis Hollande, mais aussi Alain Juppé et Manuel Valls viennent de chuter. L’hécatombe est désormais inarrêtable… Sans aucun doute, le tour viendra d’Emmanuel Macron, et sa chute sera aussi subite et aussi violente que son ascension fondée sur la sublimation d’une image. (…) Oui, il fallait s’attendre, tôt ou tard, à la lapidation de François Fillon. Le prétexte de l’emploi de son épouse à ses côtés est ambigu. Le recrutement de proches par des responsables politiques est une vieille – et mauvaise – habitude française. Alexandre Millerand , Vincent Auriol, François Mitterrand employaient leur fils à l’Elysée et Jacques Chirac sa fille. Combien de ministres ont recruté un proche dans leurs cabinets? Combien de fils et de fille «de» ont hérité de la position politique de leur père? 20% des parlementaires emploient un membre de leur famille. L’un des plus hauts responsables actuels de la République a l’habitude de salarier sa femme auprès de lui. Tout cela est bien connu. À l’évidence, cette pratique n’est pas à l’honneur de notre République. Mais tout le monde s’en est jusqu’à présent accommodé, hypocritement, sans poser de question. Personne ne s’est interrogé sur la nature et l’effectivité des tâches accomplies par le conjoint ou le parent. Et voici que soudain, le dossier est opportunément rouvert, contre François Fillon. (…) L’homme se prête particulièrement à une diabolisation. Son caractère à la fois discret et volontariste a tout pour exaspérer un microcosme politico-médiatique plus enclin à idolâtrer le clinquant stérile et l’impuissance bavarde. La ligne de défense de François Fillon transparaît dans son discours du 29 janvier. Il s’apprête à endosser le rôle de paria, comptant sur un retournement en sa faveur. En témoigne la présence de Pénélope à ses côtés. Sa parole, conservatrice et libérale, semble avoir été façonnée pour exacerber les haines des idéologues de la table rase: «On me décrit comme le représentant d’une France traditionnelle. Mais celui qui n’a pas de racines marche dans le vide. Je ne renie rien de ce qu’on m’a transmis, rien de ce qui m’a fait, pas plus ma foi personnelle que mes engagements politiques». Peut-il réussir? In fine, le résultat des élections de 2017 dépendra du corps électoral: emprise de l’émotionnel ou choix d’un destin collectif? Mais au-delà, une grande leçon de ces événements devrait s’imposer: l’urgence de refonder la vie politique française, sur une base moins personnalisée et plus collective, tournée vers le débat d’idées et non plus l’émotion – entre haine et idolâtrie – autour de personnages publics. Maxime Tandonnet (30.01.2017)
Un homme d’État doit concilier trois qualités: une vision de l’histoire, le sens du bien commun et le courage personnel. Ils sont très peu nombreux à avoir durablement émergé dans l’histoire politique française. En effet, en raison de leur supériorité, ils sont rapidement pris en chasse par le marais et réduits au silence avant d’être lapidés. Le véritable homme d’État est un paria en puissance. Le Général de Gaulle fut un paria tout à fait particulier, un paria qui a réussi. Il faut se souvenir de la manière dont il fut traité dans les années 1950 et 1960. Il était en permanence insulté, qualifié de réactionnaire et de fasciste. Dans Le Coup d’État permanent, François Mitterrand utilise à son propos les mots de «caudillo, duce, führer…». C’est un comble pour le chef de la résistance française au nazisme… S’il fut un paria qui a réussi, c’est en raison de sa place hors norme dans l’histoire, auteur de l’appel du 18 juin 1940 et de la décolonisation. Mais dès lors, il n’est plus vraiment un paria au sens de la définition que j’en donne, son image à la postérité étant largement positive et consensuelle. (…) la lecture des livres de René Girard, notamment La violence et le sacré et Les choses cachées depuis la fondation du monde m’a inspiré l’idée de cet ouvrage sur les parias de la République. Sa grille de lecture peut s’appliquer à l’histoire politique française: la quête d’un bouc émissaire, victime expiatoire de la violence collective, et son lynchage par lequel la société politique retrouve son unité. Le cas d’Édith Cresson est intéressant à cet égard. Quand on lit la presse de l’époque, quand on replonge dans les actualités du début des années 1990, la violence, la férocité de son lynchage nous apparaissent comme sidérantes. On a beaucoup parlé de ses maladresses, provocations et fautes de communication qui furent réelles. Mais l’acharnement contre elle, les insultes, la caricature, la diffamation contre une femme Premier ministre qui prenait une place convoitée par des hommes, a atteint des proportions vertigineuses. On en a oublié des aspects positifs de sa politique: le rejet des 35 heures, la promotion de l’apprentissage, des privatisations et de la politique industrielle, la volonté de maîtriser les frontières. Elle fut vraiment une femme lynchée. Et sur ce sacrifice, les politiques de son camp ont tenté de se refaire une cohésion. Sans succès. Encore aujourd’hui, je constate à quel point elle fut haïe. Des personnalités de droite ou de gauche m’ont vivement reproché de tenter de la «réhabiliter» parmi mes parias! De fait, je ne cherche pas à la réhabiliter et ne cache rien de ses erreurs, mais je mets le doigt sur un épisode qui n’est pas à l’honneur de la classe politique française. La violence est certes inhérente à la république dès lors que la république suppose une concurrence pour les postes, les mandats, les honneurs. Cette violence devrait être tempérée par la morale, le sens de l’honneur, du respect des autres, par les valeurs au sens du duc de Broglie. Elle ne l’a pas été à l’égard d’Édith Cresson. Elle l’est de moins en moins aujourd’hui, comme en témoigne la multiplication des lynchages politico-médiatiques à tout propos. (…) Nicolas Sarkozy a fait l’objet d’un lynchage permanent et violent pendant son quinquennat: insultes au jour le jour, calomnies et les aspects positifs du bilan de son action ont été étrangement passés sous silence. Pourtant, il me semble trop tôt pour lui appliquer le qualificatif de paria au sens où je l’entends dans mon ouvrage, supposant un bannissement qui se poursuit dans l’histoire. Comment sera-t-il jugé dans vingt ans? Qui peut le dire? Souvenons-nous de Mitterrand et de Chirac. Leur fin de règne fut pathétique, pitoyable. Qui s’en souvient encore? La mémoire contemporaine est tellement courte… Aujourd’hui, ils sont plutôt encensés et n’ont rien de parias… (…) [François Fillon] a le profil d’un bouc émissaire, sans aucun doute, faute de pouvoir parler de paria à ce stade. D’ici à l’élection présidentielle et par la suite, s’il l’emporte, il sera inévitablement maltraité et son tempérament à la fois réservé et volontaire ne peut qu’exciter la hargne envers lui. Il faut noter que François Hollande, quoi qu’on en pense, n’a pas été épargné par le monde médiatique et la presse qu’il croyait tout acquise à sa cause… C’est une vraie question que je me pose: le président de la République, qui incarnait du temps du général de Gaulle et de Pompidou, le prestige, l’autorité, la grandeur nationale, est-il en train de devenir le bouc émissaire naturel d’un pays en crise de confiance? Ultramédiatisé, il incarne à lui tout seul le pouvoir politique dans la conscience collective. Mais ne disposant pas d’une baguette magique pour régler les difficultés des Français, apaiser leurs inquiétudes, il devient responsable malgré lui de tous les maux de la création. Je pense qu’il faut refonder notre vision du pouvoir politique, lui donner une connotation moins personnelle et individualiste. Le temps est venu de redécouvrir les vertus d’une politique davantage axée sur l’engagement collectif, le partage de la responsabilité, entre le chef de l’État, le Premier ministre, la majorité, la nation, au service du bien commun. Maxime Tandonnet (13.01.2017)
La suppression de l’ISF symbolise à elle seule la fin de la solidarité des plus riches avec le reste de la société. Macron a aussi procédé à la création d’un prélèvement forfaitaire unique (PFU ou flat-tax) sur les revenus du capital, mesure moins connue du grand public mais tout aussi importante. Non seulement, les riches ne sont plus concernés par la solidarité nationale mais en plus on les dispense de la progressivité de l’impôt sur les revenus du capital, c’est-à-dire de payer leurs impôts à hauteur de leur fortune. Que vous ayez seulement quelques actions, pour peu que vous en ayez, ou que vous soyez Bernard Arnault, vous paierez tous le même impôt forfaitaire. Avec Macron, les impostures se font en cascade. Car en répétant à l’envi que cet impôt forfaitaire était de 30 %, le gouvernement a oublié de préciser que ce chiffre comprend aussi le prélèvement social, la contribution additionnelle de solidarité pour l’autonomie et le prélèvement de solidarité. Au final, l’impôt forfaitaire en tant que tel n’est que de 12,8 %. Cela signifie que le plus mal payé des contribuables paie plus en impôts sur le revenu que le plus riche des actionnaires sur chaque euro de dividendes perçus. (…) Plus encore que chez ses prédécesseurs, le profil d’Emmanuel Macron se prête à la sociologie bourdieusienne, son habitus étant en adéquation parfaite avec les conditions de la pratique de sa position sociale. Autrement dit, sa manière d’être et de gouverner est très liée au milieu dans lequel il évolue : celui du pouvoir et de l’argent. Le storytelling médiatico-politique qui a entouré son élection a voulu nous faire croire à un ovni politique, sans passif. Mais notre enquête, qui croise le contenu de sa politique sociale et économique avec sa trajectoire sociobiographique et les réseaux oligarchiques, démontre qu’il est bien un enfant du sérail, adoubé par les puissants et soutenu par de généreux donateurs. A sa sortie de l’ENA, il intègre l’inspection des finances sous la direction de Jean-Pierre Jouyet, une des figures centrales du maillage oligarchique français. Très vite, Macron participe à la fameuse «commission Attali» («pour la libéralisation de croissance») sous Sarkozy, où il rencontre les plus grands patrons. Il occupe ensuite un poste de directeur à la banque Rothschild et devient en même temps le meneur du volet économique de la campagne de François Hollande pour la présidentielle. Entre la création du CICE et le pacte de responsabilité, il imprègne ensuite le mandat socialiste de la politique de l’offre selon laquelle plus on donne aux entreprises, plus elles investissent dans l’appareil productif. Enfin, il se sert de son poste de ministre l’Economie pour concourir à la mandature suprême. (…) Macron est pieds et poings liés aux ultra-riches qui ont financé sa campagne. Il est leur obligé. Prenons une fois de plus l’exemple de la suppression de l’ISF. Cette mesure devait intervenir au 1er janvier 2018. Or sa suppression est une des premières décisions prises par Macron en octobre 2017. Cette façon de précipiter l’agenda politique néolibéral est symptomatique de la pression exercée par les puissants, les nantis, les actionnaires et les créanciers qui utilisent l’argent comme arme d’asservissement et de division des individus. Pour autant, les gilets jaunes font preuve d’une unité remarquable. En tant que sociologues, nous n’avions jamais imaginé qu’un jour un tel mouvement social surgirait. On s’est beaucoup fait à l’idée que les gens modestes, rivés aux urgences d’une vie quotidienne difficile, trouveraient leur bonheur dans l’achat d’un pavillon individuel installé à proximité d’un centre commercial. Comme si le bonheur était dans le magasin où l’on achète le dernier iPhone. C’était un leurre. Nous nous réjouissons de la colère qu’expriment les gilets jaunes. Elle ne s’arrêtera pas. Le processus est irréversible. Pour la première fois, ils ont permis d’interconnecter toutes les inégalités à partir d’une question à la fois de pouvoir d’achat et d’écologie. Ils ont mis en lumière l’imposture écologique du gouvernement. Nous savons désormais que seuls 19 % des recettes de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) seront directement dédiés à l’écologie. (…) En refusant d’être parqués sur le Champ-de-Mars le 24 novembre, ils ont attaqué les hauts lieux du pouvoir. Ils ont dénoncé l’agrégation spatiale des élites sociales dans les quartiers huppés. Cela s’est fait grâce au court-circuitage des corps intermédiaires, ne se laissant pas prendre au piège institutionnel. En se rassemblant aux abords des Champs-Elysées, les gilets jaunes ont fait le choix de ne pas s’attaquer à leurs patrons, puisqu’ils ne sont pas en grève, mais de s’adresser directement à Macron en tant que chef d’entreprise de la France. C’est Macron le capitaliste en chef qui mène la guerre de classes en France. «Le chef, c’est moi !» avait-il dit le 14 juillet 2017. C’est donc lui que les gilets jaunes interpellent. Logique. Maintenant, il faut espérer une convergence des luttes avec les syndicats, les cheminots et autres militants de gauche. Il faut être attentif à ne pas s’opposer les uns aux autres. Les gilets jaunes nous rendent le service du siècle. Monique Pinçon-Charlot
Les tyrans ont plus souvent suscité la passion et la fascination que la haine. (…) La haine personnelle qui s’attache aujourd’hui à la personne du président de la République est inédite. (…) L’explication par la seule politique semble insuffisante même s’il ne faut pas la négliger. Il est vrai que la concentration du pouvoir a pour effet de concentrer aussi les critiques et les indignations. On le sait, la Ve république confie l’essentiel du pouvoir à un monarque républicain élu par le peuple. Les révisions constitutionnelles n’ont cessé de renforcer le pouvoir du président, de l’élection au suffrage universel direct en 1962 à l’introduction du quinquennat et l’élection législative dans la foulée en 2000, sans oublier les effets de la pratique gouvernementale. En sorte que l’affaiblissement progressif des corps intermédiaires n’est pas seulement dû à la personnalité des présidents ou à leur appétit de pouvoir, mais des institutions elles-mêmes. En 1968, on s’inquiétait de ce qu’entre le général de Gaulle et Daniel Cohn-Bendit il n’y eût pas de corps intermédiaires et que la révolte des étudiants, qui souhaitaient entrer dans les dortoirs des filles, débouchât finalement sur une remise en cause de toutes les institutions. Pourtant, à l’époque, le Premier ministre négocia avec les syndicats les accords de Grenelle. Les partis politiques, en particulier le Parti communiste, pouvaient apparaître débordés par les manifestants gauchistes, mais ils organisaient encore les débats et les élections. L’élection continuait à définir la légitimité des gouvernants, seuls quelques gauchistes faisaient écho à la formule inoubliable de Jean-Paul Sartre, « élection piège à cons », quand le président de la République décida de dissoudre l’Assemblée nationale. Le Parti communiste se mit immédiatement en ordre de bataille pour organiser la campagne électorale et personne ne contesta la légitimité de l’Assemblée « introuvable » qui fut élue en juin 1968. Les institutions politiques n’ont pas changé mais aujourd’hui le délitement de la société de la démocratie qu’en empruntant à Montesquieu, j’ai appelée « extrême » est frappant. Toutes les institutions sont contestées. Seule la CFDT s’efforce héroïquement de contribuer aux débats publics, mais les autres syndicats, les partis traditionnels semblent épuisés, les pouvoirs locaux assurent la gestion et s’opposent au gouvernement central, le rôle des assemblées est affaibli et l’on n’est pas sûr qu’une dissolution de l’Assemblée nationale redonnerait une légitimité politique au président légitiment élu en 2017 et dont le mandat s’achève en 2022. Le mouvement des Gilets jaunes qui se veut sans chefs et sans organisation, purement « transversal », qui refuse de se plier aux règles qui organisent les manifestations et remet en cause la légitimité du président est à l’image d’une société qui, en profondeur, refuse les hiérarchies, l’autorité, les distinctions et les compétences. Lorsque le dialogue démocratique, qui fait appel à la raison commune, n’est plus possible, il reste la violence et la haine. La démocratie « extrême » donne à cette haine une forme particulière. Dans le monde de la passion de l’égalité et du refus de la reconnaissance des compétences, le président actuel n’est plus seulement celui qui concentre le pouvoir, et, à ce titre, concentre les critiques, comme les précédents présidents de la République. Il est celui qui tranche radicalement avec la passion égalitaire. Il est scandaleux qu’il soit aussi jeune et talentueux. De plus, il semble n’avoir connu ni les épreuves ni les échecs. Mitterrand n’a été élu qu’après une longue vie publique et deux échecs à l’élection présidentielle, Chirac n’est devenu président de la République qu’après de longues souffrances politiques et deux échecs : ces cicatrices l’ont comme rapproché de ses électeurs. Le terme d’arrogant, qui est en train de devenir une sorte d’adjectif homérique, traduit la haine à l’égard de celui qui n’a pas traversé les épreuves initiatiques. Le seul précédent qu’on puisse évoquer est celui de Valéry Giscard d’Estaing qui, à la fin de son septennat, a cristallisé une haine dont l’origine était comparable : personnalité politique talentueuse, brillant pédagogue, jeune et beau, à la silhouette athlétique. Mais cette haine fut beaucoup moins violente que celle à laquelle nous assistons aujourd’hui. La démocratie était alors moins « extrême ». La haine à l’égard de Nicolas Sarkozy était teintée d’agacement, mais sa vulgarité apparente et son goût affiché de l’argent et de la réussite matérielle n’étaient pas étrangers à ses électeurs ; si les intellectuels le trouvaient odieux, ce n’était pas le cas de la majorité de ses partisans. Quant à François Hollande, le sentiment dominant était le mépris plutôt que la haine. Or, le mépris donne des satisfactions, puisqu’il procure l’agréable impression que les autres ne nous sont pas supérieurs. Se sentir supérieur suscite un sentiment de confiance en soi – ce qui fait dire à certains anthropologues que notre appétence pour le malheur d’autrui serait un héritage des sociétés primitives. Il est difficile de mépriser l’actuel président de la République. Son électorat se recrute d’ailleurs parmi les plus diplômés et les plus assurés dans la vie sociale. En revanche, il est la victime de ce qu’on peut appeler une haine démocratique. La société démocratique, où toutes les fonctions sont formellement ouvertes à tous, suscite les espoirs et les ambitions. Elle multiplie en conséquence, à tous les niveaux le nombre des déçus et des humiliés. En organisant une concurrence générale qui ouvre formellement à tous toutes les possibilités et toutes les positions sociales, elle n’accorde plus d’excuses aux échecs inévitables que les individus n’ont plus la ressource d’expliquer par la volonté de Dieu, la naissance ou le destin. En proclamant l’égalité des chances et la méritocratie républicaine, elle déçoit inévitablement ceux qui ne réussissent pas, en nourrissant leur sentiment de l’injustice sociale et leurs ressentiments. Tous les démocrates sont jugés responsables de leurs propres échecs, alors que ceux-ci ont des causes sociales autant que personnelles. Les démocrates risquent donc de devenir insatisfaits et envieux. Ils font tous l’expérience de l’échec – même les anciens présidents de la République qui ne sont pas réélus – et nourrissent le ressentiment et la haine pour ceux qui sont trop évidemment et trop publiquement dotés par la nature des « talents » et des « vertus » qui, selon la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, sont les seules distinctions sociales légitimes et qui, ensuite, n’ont connu dans leur vie que les succès. Par leurs échecs avant leur élection, François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy avaient démontré une forme de proximité avec leurs électeurs. Il faut ajouter le rôle que jouent désormais les réseaux sociaux qui révèlent, sans aucun contrôle, des faits jugés d’autant plus scandaleux qu’on ne vérifie pas leur véracité et donnent une illusion de transparence et de compréhension sur des sujets, par définition complexes. La maîtrise dont a fait preuve le président de la République six heures devant des maires ruraux, démontrant sa connaissance des dossiers et même sa capacité à écouter et ses qualités de pédagogue, risque de renforcer cette image : il est trop jeune et trop intelligent. Arrogant en un mot… On peut craindre que nombre d’électeurs, devant ce spectacle, se sentent aussi humiliés que Mme Le Pen lors du fameux débat d’entre les deux tours de l’élection présidentielle. Lors de ce moment historique, combien d’entre eux, devant la supériorité aveuglante du futur Président de la République, se sont sentis solidaires d’une candidate écrasée par la compétence de son concurrent ? Comment alors répondre autrement que par la haine ? Dominique Schnapper

Quand il ne reste plus que la haine …

A l’heure de cet étrange et formidable chassé croisé …

Qui voit en dépit ou plutôt à cause de ses formidables succès économiques comme diplomatiques …

La tête d’un président américain littéralement mise à prix par les élites, presse comprise, de son propre pays …

Tandis que de ce côté-ci de l’Atlantique …

Désormais contraint de jouer les bateleurs de foire dans les sous-préfectures …

Le bénéficiaire du casse du siècle d’il y a à peine deux ans face au véritable assassinat politique de ses concurrents …

Se retrouve, via le mouvement des gilets jaunes, conspué depuis des mois par la base cette fois de sa population …

Comment ne pas voir …

Au-delà du « service du siècle », pour reprendre l’expression de la sociologue Monique Pinçon-Charlot, que nous rendent effectivement les gilets jaunes …

Avec la mise à jour non seulement de l’explosion d’inégalité que produit la mondialisation

Mais également face à ses perdants la profonde solidarité de classe et le mépris de ses gagnants  …

Cette montée aux extrêmes de la démocratie …

Que rappelle la sociologue Dominique Schnappner …

Ou poussé par la passion de l’égalité qu’avait si bien repéré Tocqueville …

Qui en organisant, égalité des chances et méritocratie républicaine obligent, une concurrence générale ouvrant formellement à tous toutes les possibilités et toutes les positions sociales …

Ne peut manquer de produire l’envie et le ressentiment parmi ses inévitables perdants et frustrés …

Et transformer pour les plus dotés comme l’avait rappelé René Girard …

Dans cet « entracte prolongé d’un rituel sacrificiel violent » qu’est (re)devenu, réseaux sociaux aidant, un mandat présidentiel …

La fascination des débuts en la plus grande des haines ?

Emmanuel Macron: pourquoi cette haine?
Dominique Schnapper
Telos
28 janvier 2019

Un souvenir de mars 1953, au début de ma classe d’hypokhâgne au lycée Fénelon : les larmes de l’une de mes camarades venue de Tunisie. Nous venions d’apprendre la mort de Staline. L’émotion était largement répandue, bien au-delà des militants du parti communiste. Les tyrans ont plus souvent suscité la passion et la fascination que la haine.
Un degré inédit de haine

La haine personnelle qui s’attache aujourd’hui à la personne du président de la République est inédite. A l’égard de leurs gouvernants, les Français ont manifesté au cours de l’histoire des sentiments divers et extrêmes, de l’admiration à l’attachement jusqu’à la détestation. On fait volontiers l’hypothèse que la mort de Louis XVI reste un impensé de notre histoire qui continue à marquer notre vie collective. Mais la passion autour de la personne d’Emmanuel Macron nous a pris par surprise. On peut évidemment critiquer sa politique ou son style personnel, pointer ses maladresses ou ses provocations, mais n’est-ce pas le cas de tous ceux qui sont dans l’action ?

L’explication par la seule politique semble insuffisante même s’il ne faut pas la négliger. Il est vrai que la concentration du pouvoir a pour effet de concentrer aussi les critiques et les indignations. On le sait, la Ve république confie l’essentiel du pouvoir à un monarque républicain élu par le peuple. Les révisions constitutionnelles n’ont cessé de renforcer le pouvoir du président, de l’élection au suffrage universel direct en 1962 à l’introduction du quinquennat et l’élection législative dans la foulée en 2000, sans oublier les effets de la pratique gouvernementale. En sorte que l’affaiblissement progressif des corps intermédiaires n’est pas seulement dû à la personnalité des présidents ou à leur appétit de pouvoir, mais des institutions elles-mêmes. En 1968, on s’inquiétait de ce qu’entre le général de Gaulle et Daniel Cohn-Bendit il n’y eût pas de corps intermédiaires et que la révolte des étudiants, qui souhaitaient entrer dans les dortoirs des filles, débouchât finalement sur une remise en cause de toutes les institutions. Pourtant, à l’époque, le Premier ministre négocia avec les syndicats les accords de Grenelle. Les partis politiques, en particulier le Parti communiste, pouvaient apparaître débordés par les manifestants gauchistes, mais ils organisaient encore les débats et les élections. L’élection continuait à définir la légitimité des gouvernants, seuls quelques gauchistes faisaient écho à la formule inoubliable de Jean-Paul Sartre, « élection piège à cons », quand le président de la République décida de dissoudre l’Assemblée nationale. Le Parti communiste se mit immédiatement en ordre de bataille pour organiser la campagne électorale et personne ne contesta la légitimité de l’Assemblée « introuvable » qui fut élue en juin 1968.

Les institutions politiques n’ont pas changé mais aujourd’hui le délitement de la société de la démocratie qu’en empruntant à Montesquieu, j’ai appelée « extrême » est frappant[1]. Toutes les institutions sont contestées. Seule la CFDT s’efforce héroïquement de contribuer aux débats publics, mais les autres syndicats, les partis traditionnels semblent épuisés, les pouvoirs locaux assurent la gestion et s’opposent au gouvernement central, le rôle des assemblées est affaibli et l’on n’est pas sûr qu’une dissolution de l’Assemblée nationale redonnerait une légitimité politique au président légitiment élu en 2017 et dont le mandat s’achève en 2022. Le mouvement des Gilets jaunes qui se veut sans chefs et sans organisation, purement « transversal », qui refuse de se plier aux règles qui organisent les manifestations et remet en cause la légitimité du président est à l’image d’une société qui, en profondeur, refuse les hiérarchies, l’autorité, les distinctions et les compétences.

Lorsque le dialogue démocratique, qui fait appel à la raison commune, n’est plus possible, il reste la violence et la haine. La démocratie « extrême » donne à cette haine une forme particulière. Dans le monde de la passion de l’égalité et du refus de la reconnaissance des compétences, le président actuel n’est plus seulement celui qui concentre le pouvoir, et, à ce titre, concentre les critiques, comme les précédents présidents de la République. Il est celui qui tranche radicalement avec la passion égalitaire. Il est scandaleux qu’il soit aussi jeune et talentueux. De plus, il semble n’avoir connu ni les épreuves ni les échecs. Mitterrand n’a été élu qu’après une longue vie publique et deux échecs à l’élection présidentielle, Chirac n’est devenu président de la République qu’après de longues souffrances politiques et deux échecs : ces cicatrices l’ont comme rapproché de ses électeurs. Le terme d’arrogant, qui est en train de devenir une sorte d’adjectif homérique, traduit la haine à l’égard de celui qui n’a pas traversé les épreuves initiatiques.

Le seul précédent qu’on puisse évoquer est celui de Valéry Giscard d’Estaing qui, à la fin de son septennat, a cristallisé une haine dont l’origine était comparable : personnalité politique talentueuse, brillant pédagogue, jeune et beau, à la silhouette athlétique. Mais cette haine fut beaucoup moins violente que celle à laquelle nous assistons aujourd’hui. La démocratie était alors moins « extrême ».

La haine à l’égard de Nicolas Sarkozy était teintée d’agacement, mais sa vulgarité apparente et son goût affiché de l’argent et de la réussite matérielle n’étaient pas étrangers à ses électeurs ; si les intellectuels le trouvaient odieux, ce n’était pas le cas de la majorité de ses partisans. Quant à François Hollande, le sentiment dominant était le mépris plutôt la haine. Or, le mépris donne des satisfactions, puisqu’il procure l’agréable impression que les autres ne nous sont pas supérieurs. Se sentir supérieur suscite un sentiment de confiance en soi – ce qui fait dire à certains anthropologues que notre appétence pour le malheur d’autrui serait un héritage des sociétés primitives. Il est difficile de mépriser l’actuel président de la République. Son électorat se recrute d’ailleurs parmi les plus diplômés et les plus assurés dans la vie sociale.
La haine démocratique

En revanche, il est la victime de ce qu’on peut appeler une haine démocratique. La société démocratique, où toutes les fonctions sont formellement ouvertes à tous, suscite les espoirs et les ambitions. Elle multiplie en conséquence, à tous les niveaux le nombre des déçus et des humiliés. En organisant une concurrence générale qui ouvre formellement à tous toutes les possibilités et toutes les positions sociales, elle n’accorde plus d’excuses aux échecs inévitables que les individus n’ont plus la ressource d’expliquer par la volonté de Dieu, la naissance ou le destin. En proclamant l’égalité des chances et la méritocratie républicaine, elle déçoit inévitablement ceux qui ne réussissent pas, en nourrissant leur sentiment de l’injustice sociale et leurs ressentiments. Tous les démocrates sont jugés responsables de leurs propres échecs, alors que ceux-ci ont des causes sociales autant que personnelles. Les démocrates risquent donc de devenir insatisfaits et envieux. Ils font tous l’expérience de l’échec – même les anciens présidents de la République qui ne sont pas réélus – et nourrissent le ressentiment et la haine pour ceux qui sont trop évidemment et trop publiquement dotés par la nature des « talents » et des « vertus » qui, selon la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, sont les seules distinctions sociales légitimes et qui, ensuite, n’ont connu dans leur vie que les succès. Par leurs échecs avant leur élection, François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy avaient démontré une forme de proximité avec leurs électeurs.

Il faut ajouter le rôle que jouent désormais les réseaux sociaux qui révèlent, sans aucun contrôle, des faits jugés d’autant plus scandaleux qu’on ne vérifie pas leur véracité et donnent une illusion de transparence et de compréhension sur des sujets, par définition complexes.

La maîtrise dont a fait preuve le président de la République six heures devant des maires ruraux, démontrant sa connaissance des dossiers et même sa capacité à écouter et ses qualités de pédagogue, risque de renforcer cette image : il est trop jeune et trop intelligent. Arrogant en un mot… On peut craindre que nombre d’électeurs, devant ce spectacle, se sentent aussi humiliés que Mme Le Pen lors du fameux débat d’entre les deux tours de l’élection présidentielle. Lors de ce moment historique, combien d’entre eux, devant la supériorité aveuglante du futur Président de la République, se sont sentis solidaires d’une candidate écrasée par la compétence de son concurrent ? Comment alors répondre autrement que par la haine ?

Voir aussi:

Interview

Les Pinçon-Charlot «Macron est l’obligé des ultra-riches»

Le storytelling médiatico-politique a voulu en faire un ovni politique, sans passif. Les deux sociologues affirment, au contraire, que la manière d’être et de gouverner du Président est très liée au milieu dans lequel il évolue : celui du pouvoir et de l’argent.

Simon Blin

Pas sûr que le dernier livre du couple de sociologues raccommode le Président avec les gilets jaunes. Huit ans après le Président des riches (2010), une enquête sur l’oligarchie dans la France de Sarkozy, Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, ex-directeurs de recherche au CNRS engagés à gauche, poursuivent leur travail d’investigation sur les accointances du pouvoir avec le monde de l’argent dans le Président des ultra-riches (La Découverte). Résultat, le portrait d’un gouvernant toujours plus proche des plus fortunés et encore plus éloigné du reste de la société.

Que doit-on attendre du «grand débat national», lancé le 15 janvier par Emmanuel Macron, étant donné que les principales revendications des gilets jaunes en termes de justice fiscale, dont le rétablissement de l’ISF, ne seront pas discutées ?

Peu de choses. La suppression de l’ISF symbolise à elle seule la fin de la solidarité des plus riches avec le reste de la société. Macron a aussi procédé à la création d’un prélèvement forfaitaire unique (PFU ou flat-tax) sur les revenus du capital, mesure moins connue du grand public mais tout aussi importante. Non seulement, les riches ne sont plus concernés par la solidarité nationale mais en plus on les dispense de la progressivité de l’impôt sur les revenus du capital, c’est-à-dire de payer leurs impôts à hauteur de leur fortune. Que vous ayez seulement quelques actions, pour peu que vous en ayez, ou que vous soyez Bernard Arnault, vous paierez tous le même impôt forfaitaire. Avec Macron, les impostures se font en cascade. Car en répétant à l’envi que cet impôt forfaitaire était de 30 %, le gouvernement a oublié de préciser que ce chiffre comprend aussi le prélèvement social, la contribution additionnelle de solidarité pour l’autonomie et le prélèvement de solidarité. Au final, l’impôt forfaitaire en tant que tel n’est que de 12,8 %. Cela signifie que le plus mal payé des contribuables paie plus en impôts sur le revenu que le plus riche des actionnaires sur chaque euro de dividendes perçus.

A vous lire, ce tour de passe-passe fiscal semble faire partie du code génétique du Président.

Plus encore que chez ses prédécesseurs, le profil d’Emmanuel Macron se prête à la sociologie bourdieusienne, son habitus étant en adéquation parfaite avec les conditions de la pratique de sa position sociale. Autrement dit, sa manière d’être et de gouverner est très liée au milieu dans lequel il évolue : celui du pouvoir et de l’argent. Le storytelling médiatico-politique qui a entouré son élection a voulu nous faire croire à un ovni politique, sans passif. Mais notre enquête, qui croise le contenu de sa politique sociale et économique avec sa trajectoire sociobiographique et les réseaux oligarchiques, démontre qu’il est bien un enfant du sérail, adoubé par les puissants et soutenu par de généreux donateurs.

A sa sortie de l’ENA, il intègre l’inspection des finances sous la direction de Jean-Pierre Jouyet, une des figures centrales du maillage oligarchique français. Très vite, Macron participe à la fameuse «commission Attali» («pour la libéralisation de croissance») sous Sarkozy, où il rencontre les plus grands patrons. Il occupe ensuite un poste de directeur à la banque Rothschild et devient en même temps le meneur du volet économique de la campagne de François Hollande pour la présidentielle. Entre la création du CICE et le pacte de responsabilité, il imprègne ensuite le mandat socialiste de la politique de l’offre selon laquelle plus on donne aux entreprises, plus elles investissent dans l’appareil productif. Enfin, il se sert de son poste de ministre l’Economie pour concourir à la mandature suprême.

Derrière Emmanuel Macron, diriez-vous qu’il existe en pratique une solidarité de riches ?

C’est pire que cela. Macron est pieds et poings liés aux ultra-riches qui ont financé sa campagne. Il est leur obligé. Prenons une fois de plus l’exemple de la suppression de l’ISF. Cette mesure devait intervenir au 1er janvier 2018. Or sa suppression est une des premières décisions prises par Macron en octobre 2017. Cette façon de précipiter l’agenda politique néolibéral est symptomatique de la pression exercée par les puissants, les nantis, les actionnaires et les créanciers qui utilisent l’argent comme arme d’asservissement et de division des individus.

Pour autant, les gilets jaunes font preuve d’une unité remarquable. En tant que sociologues, nous n’avions jamais imaginé qu’un jour un tel mouvement social surgirait. On s’est beaucoup fait à l’idée que les gens modestes, rivés aux urgences d’une vie quotidienne difficile, trouveraient leur bonheur dans l’achat d’un pavillon individuel installé à proximité d’un centre commercial. Comme si le bonheur était dans le magasin où l’on achète le dernier iPhone. C’était un leurre. Nous nous réjouissons de la colère qu’expriment les gilets jaunes. Elle ne s’arrêtera pas. Le processus est irréversible. Pour la première fois, ils ont permis d’interconnecter toutes les inégalités à partir d’une question à la fois de pouvoir d’achat et d’écologie. Ils ont mis en lumière l’imposture écologique du gouvernement. Nous savons désormais que seuls 19 % des recettes de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) seront directement dédiés à l’écologie.

Les gilets jaunes s’en sont pris aux beaux quartiers sur lesquels vous enquêtez depuis trente ans. Avez-vous été surpris ?

Pas tant que ça. En refusant d’être parqués sur le Champ-de-Mars le 24 novembre, ils ont attaqué les hauts lieux du pouvoir. Ils ont dénoncé l’agrégation spatiale des élites sociales dans les quartiers huppés. Cela s’est fait grâce au court-circuitage des corps intermédiaires, ne se laissant pas prendre au piège institutionnel. En se rassemblant aux abords des Champs-Elysées, les gilets jaunes ont fait le choix de ne pas s’attaquer à leurs patrons, puisqu’ils ne sont pas en grève, mais de s’adresser directement à Macron en tant que chef d’entreprise de la France. C’est Macron le capitaliste en chef qui mène la guerre de classes en France. «Le chef, c’est moi !» avait-il dit le 14 juillet 2017. C’est donc lui que les gilets jaunes interpellent. Logique. Maintenant, il faut espérer une convergence des luttes avec les syndicats, les cheminots et autres militants de gauche. Il faut être attentif à ne pas s’opposer les uns aux autres. Les gilets jaunes nous rendent le service du siècle.

Voir également:

Affaire Hulot : Emmanuel Macron met en garde contre « la République du soupçon »

Mariana Grépinet

Paris Match

Pouvoir d’achat, Syrie, migrants et SDF, service national universel et exercice du pouvoir, le chef de l’Etat a répondu pendant 2 heures à une centaine de journalistes ce soir.

Pour la première fois depuis son élection en mai dernier, Emmanuel Macron avait accepté l’invitation de l’Association de la presse présidentielle (APP) qui réunit journalistes français et étrangers. Devant une centaine d’entre eux, pendant près de deux heures ce mardi soir, il a répondu à toutes les questions.

Affaire Hulot

« Je n’ai pas souvenir que des gens aient été écartés pour des questions de morale, il n’y a pas eu de jury de moralité pour savoir si quelqu’un pouvait devenir ministre ou pas », a expliqué Emmanuel Macron. Et d’ajouter, soutenant son ministre sans jamais le citer, « je n’ai pas demandé au Premier ministre si les ministres avaient fait l’objet de plainte regardée par les juges et classée sans suite parce que les faits étaient non établis et prescrits ». « Il faut collectivement qu’on se méfie, a exhorté le chef de l’Etat. La question est de savoir où commence le sérieux et où doit s’arrêter la nécessaire transparence et le jeu des contre-pouvoirs. On veut que les dirigeants soient exemplaires. On s’est donné des règles. Mais quand le but des contre-pouvoirs finit par être de détruire ceux qui exercent le pouvoir sans qu’il n’y ait de limite ni de principe, ce n’est plus une version équilibrée de la démocratie. Penser que quelque chose qui a été regardé, jugé, devrait, soit nous conduire à écarter quelqu’un du pouvoir, soit à l’empêcher d’exercer, ça devient une forme de République du soupçon. » Emmanuel Macron a évoqué l’affaire Cahuzac, pour insister « il ne faut pas tout confondre, si tout se vaut, on perdra beaucoup ». Et d’assurer encore à propos de son ministre de la Transition écologique : « Non, je n’étais pas au courant, car ce n’est pas une question que j’ai posée. »

La foi

Interrogé sur son rapport à la foi, Emmanuel Macron a confié « Je crois oui. Si on ne croit pas en sa bonne étoile, en son pays, en son action, on n’a pas le quotidien que j’ai aujourd’hui. Je crois en une forme de transcendance. Je respecte la place que les religions occupent dans notre société. Croire en des religions, en des formes métaphysiques fait partie de la vie en société. On ne doit pas gommer cette part irréductible. »

Loger tous les SDF

Emmanuel Macron a rappelé que son engagement de ne plus avoir d’hommes ou de femmes dans les rues ou dans les bois avant la fin 2017 avait été tenu en juillet dernier lors d’un discours relatif à l’accueil des migrants. Mais il a reconnu, ce qui est rare, son échec :« Nous n’avons pas réussi. » Il a avancé deux explications, l’existence de « publics fragiles qui sont en dehors des politiques publiques mises en places » et « la pression migratoire forte en fin de trimestre ». Le président a expliqué que ces dernières années, de nombreuses places en chambres d’hôtel avaient été ouvertes « ce n’est pas une bonne mesure, car on laisse les gens loin de la socialisation ». Et de poursuivre « aujourd’hui, on diminue la part des chambres d’hôtel pour faire de la place aux pensions de famille ». Et de conclure : « Ne plus avoir de personnes qui dorment dans la rue doit rester un objectif, on ne peut pas s’accommoder de cette situation. »

Service national universel

Dans un de ses rares traits d’humour, Emmanuel Macron a reconnu à demi-mots que la parole gouvernementale n’avait pas été claire à propos du service national universel. Il a donc lui-même confirmé que ce dernier serait bien obligatoire et universel, pour les hommes et les femmes donc. Sa forme pourra être civique mais ne sera pas militaire. Or, « ce qui coûte très cher, c’est un service militaire à l’ancienne où il faut loger pendant un temps donné des gens loin de leur famille », a souligné Macron. Le service national tel qu’il l’envisage, qui a « un intérêt en terme de cohésion nationale », aura un coût « mais ne sera pas prohibitif ». Il devrait durer entre 3 et 6 mois et pourra être plus long si on y intègre une composante service civique.

Rôle de son épouse Brigitte

« Dans la fonction qui est la mienne on ne gomme pas sa vie personnelle. Mon épouse Brigitte a une fonction de représentation indispensable, qu’elle assume et qui est utile sur le pays. Et elle s’engage, comme le prévoit la charte de l’été dernier, sur des causes qui lui tiennent à cœur où sa présence peut apporter quelque chose et qui sont en cohérence avec les priorités que j’ai pu définir », a explique Emmanuel Macron et de citer les deux causes sur lesquelles, selon lui « sa présence, son regard, son action peuvent aider, accélérer, faciliter » : « tous les sujets qui relèvent de l’éducation, et en particulier pour les jeunes enfants en situation de handicap » et « le sujet des violences faites aux personnes et plus particulièrement aux femmes ». « Mettre un coup de projecteur, venir aider une association, parrainer tel événement, faciliter les choses, en appui avec le rôle des ministres, est utile et pertinent », a assuré le chef de l’Etat.

L’épreuve du pouvoir

« Depuis que j’ai été élu, j’ai pris la mesure de la charge, du poids de celle-ci, de la part de solitude qu’elle implique, de la fin de l’innocence qu’elle décrète, mais je ne crois pas que ce soit une épreuve ; c’est faire », a expliqué le président en précisant qu’il ne se sentait pas autorisé « à prendre une forme de loisir ». « Il y a une part d’ascèse », a t il encore insisté. « Je n’oublie pas d’où je viens. Je ne suis pas l’enfant naturel de temps calmes de la vie politique. Je suis le fruit d’une forme de brutalité de l’histoire. Une effraction parce que la France était malheureuse et inquiète. Si j’oublie un seul instant tout cela, ce sera sans doute le début de l’épreuve. » Et de lâcher : « Il n’y a pas d’innocence et pas de répit, mais c’est au fond ce que j’ai souhaité, je ne me plaindrai pas. »

Voir par ailleurs:

Much Has Changed for the Better Since 2016—Not That Trump Will Get Credit

Victor Davis Hanson
American greatness
January 30th, 2019

 

The news obsesses over the recent government shutdown, the latest Robert Mueller arrest and, of course, fake news—from the BuzzFeed Michael Cohen non-story to the smears of the Covington Catholic High School students.

But aside from the weekly hysterias, the world has dramatically changed since 2016 in ways we scarcely have appreciated.

The idea that China systematically rigged trade laws and engaged in technological espionage to run up huge deficits is no longer a Trump, or even a partisan, issue.

In the last two years, a mainstream consensus has grown that China poses a commercial and mercantile threat to world trade, to its neighbors and to the very security of the United States—and requires a strong response, including temporary tariffs.

The world did not fall apart after the U.S. pulled out of the flawed Iran nuclear deal. Most yawned when the U.S. left the symbolic but empty Paris Climate Accord. Ditto when the U.S. moved its embassy in Israel from Tel Aviv to Jerusalem.

In retrospect, most Americans accept that such once controversial decisions were not ever all that controversial.

There is also a growing, though little reported, consensus about what created the current economic renaissance: tax cuts, massive deregulation, recalibration of trade policy, tax incentives to bring back offshore capital, and dramatic rises in oil and natural gas production.

Although partisan bickering continues over the extent of the upswing, most appreciate that millions of Americans are now back again working—especially minority youth—in a manner not seen in over a decade.

The Supreme Court and federal judges will be far more conservative for a generation—as Trump’s judicial nominations are uniformly conservative, mostly young and well qualified.

For all the acrimony about illegal immigration, the government shutdown over the wall and the question of amnesties, most Americans also finally favor some sort of grand bargain compromise.

The public seems to be agreeing that conservatives should get more border fencing or walls in strategic areas, an end to new illegal immigration and deportation for those undocumented immigrants with criminal records.

Liberals in turn will likely obtain green cards for those long-time immigrants here illegally who have a work history and have not committed violent crimes.

Both sides will be forced to agree that illegal immigration, sanctuary cities and open borders should end and legal immigration should be reformed.

Americans have paradoxically grown tired both of costly overseas interventions and perceptions of American weakness that led to the Libyan fiasco, the Syrian genocide, the rise of the ISIS caliphate, and Iranian-inspired terrorism.

Today U.S. foreign policy actually reflects those paradoxes. The public supports a withdrawal from the quagmires in Afghanistan and Syria. But it also approved of bombing ISIS into retreat and muscular efforts to denuclearize North Korea.

Two years ago, most Americans accepted that the European Union and NATO were sacrosanct status quo institutions beyond criticism. Today there is growing agreement that our NATO allies will only pay their fair share of mutual defense if they are forced to live up to their promises.

Europe is not stable and steady, but torn by Eastern European anger at open borders, Southern European resentment at the ultimatums of German banks, and acrimonious negotiations over the withdrawal of the United Kingdom from the EU.

Most Americans have now concluded that while the EU may be necessary to prevent another intra-European war, it is increasingly a postmodern, anti-democratic and unstable entity.

Trump has not changed his campaign reputation for being mercurial, crass and crude.

But what has changed is the media’s own reputation in its hysterical reaction to Trump. Instead of empirical reporting, the networks and press have become unhinged.

When reporting of the presidency has proved 90 percent negative, and false news stories are legion, the media are no longer seen as the remedy to Trump but rather an illness themselves.

Since 2016, polls show that Americans have assumed that the proverbial mainstream media cannot be counted on for honest reporting but will omit, twist and massage facts and evidence for the higher “truth” of neutralizing the Trump presidency.

When asked on “The View” why so often the liberal press keeps making up facts, “jumps the gun” and has to “walk stuff back when it turns out wrong,” Joy Behar honestly answered, “Because we’re desperate to get Trump out of office. That’s why.”

Trump’s popularity is about where it was when he was elected—ranging on average from the low to mid-forties. But many of his policies have led to more prosperity and address festering problems abroad.

And despite the negative news, they are widely supported, even—or especially—if Trump himself is not given proper credit for enacting most of them.


Gilets jaunes: C’est la violence mimétique, imbécile !

13 janvier, 2019

La violence n’est jamais perdue pour la violence. René Girard
Ceux qui niaient le christianisme élevant la voix et ceux qui croyaient encore faisant silence, il arriva ce qui s’est vu si souvent depuis parmi nous, non seulement en fait de religion, mais en tout autre matière. […] Ce qui n’était encore que le sentiment d’une partie de la nation parut ainsi l’opinion de tous, et sembla dès lors irrésistible aux yeux mêmes de ceux qui lui donnaient cette fausse apparence.Tocqueville
Il n’en reste pas moins qu’une minorité, même très mobilisée, même bénéficiant d’un soutien de l’opinion publique, ne peut pas se substituer à la majorité et effacer les résultats des élections. Les gilets jaunes sont un mouvement d’ampleur, mais on n’a jamais eu plus de 300 000 personnes dans la rue. La foule n’est pas le peuple et 300 000 personnes ne peuvent pas décider pour le peuple. Que faire, en effet, si 300 000 personnes défilent pour demander l’interdiction de la chasse, et si la semaine d’après 300 000 défilent pour demander son maintien ? Quand les opposants au mariage pour tous ont défilé en masse, et durablement, le gouvernement aurait-il dû retirer sa loi ? Comment distinguer les revendications légitimes, qui doivent être prises en compte, des autres ? Dans le cas du mouvement des gilets jaunes, le gouvernement aurait dû comprendre plus tôt qu’il était l’expression d’un fort mécontentement chez une partie substantielle du corps électoral. Les premières réactions – ou l’absence de réaction – n’ont fait que mettre de l’huile sur le feu et cultiver chez les citoyens mobilisés l’idée qu’ils étaient déconsidérés. Il n’en reste pas moins que, dans une démocratie représentative, on ne peut laisser la rue gouverner, sinon toute réforme – qui fait généralement des gagnants qui s’ignorent et des perdants qui se mobilisent – serait exclue. En outre, comment intégrer la violence à cette équation ? Une manifestation violente est-elle plus ou moins légitime qu’une manifestation pacifique ? Certains estiment que la violence est un indice du degré de mécontentement des manifestants (de « désespoir », diraient ceux qui les soutiennent) et que le gouvernement doit être plus à l’écoute en cas de débordements. Mais, une fois encore, peut-on gouverner un pays ainsi ? Ce qui caractérise le mouvement des gilets jaunes depuis le premier jour, c’est la méconnaissance des règles habituelles de la mobilisation, qui doit opérer à travers un ensemble d’outils démocratiques et pacifiques : pétitions, tribunes dans la presse, manifestations (déclarées et encadrées), contacts avec les élus, grèves… Le mouvement avait trouvé, avec le gilet jaune, un marqueur de mobilisation très astucieux : chaque automobiliste français était équipé de cet accessoire visible, facile à porter ou à mettre en évidence sur son tableau de bord. Mais les initiateurs du mouvement ont choisi d’emblée d’opter pour des formes d’action illégales : manifestations non déclarées en préfecture et dépourvues de responsable et de service d’ordre, blocages de routes et de commerces, violences envers les automobilistes récalcitrants et les forces de l’ordre, dégradations et incendies volontaires… Ils ont en outre, par principe, refusé de rencontrer les représentants de l’État et cherché à imposer leurs revendications de manière unilatérale, dans une logique du « tout ou rien ». Si n’importe quelle organisation – mouvement politique, syndicat, association, collectif – s’était rendue coupable du dixième des exactions commises par le mouvement des gilets jaunes, elle aurait sans doute été rapidement dissoute. En l’espèce, l’impunité règne, car le mouvement n’a pas de structure et de représentants officiels : chacun peut s’improviser porte-parole des gilets jaunes auprès de médias très complaisants, sans endosser la moindre responsabilité, ou se livrer à une surenchère sur les réseaux sociaux. Certains commentateurs relativisent cette violence structurelle. Ils opposent la violence du gouvernement, qui étrangle de taxes les classes laborieuses et fait montre d’arrogance, et celle des manifestants. Ils comparent les débordements des gilets jaunes à ceux des supporters de foot les soirs de victoire ou à ceux du Nouvel An. Ils renvoient dos à dos casseurs et forces de l’ordre. Le citoyen qui se promène aujourd’hui dans les rues désolées de Paris, Bordeaux, Saint-Étienne ou Toulouse, entre carcasses de voitures brûlées, barricades et devantures de magasins défoncées, pourra difficilement considérer que ce ne sont que les inévitables effets collatéraux d’un mouvement fondamentalement non violent. La question de la violence est le nœud de ce conflit. Elle en constitue alternativement la légitimité (« Il faut prendre en compte les revendications de ces gens en colère ») et l’illégitimité (« On ne cède pas aux casseurs et aux factieux »). Car, sitôt que le pouvoir accède à des revendications exprimées avec violence – et le gouvernement n’a eu d’autre choix que de le faire, pour que la pression retombe –, on encourage d’autres groupes sociaux à adopter des comportements inciviques et délictueux. Pourquoi faire grève des semaines durant ou se réunir pacifiquement – à la manière du mouvement Nuit debout – pendant des mois sans rien obtenir si, en mettant à sac les Champs-Élysées ou en incendiant une préfecture, l’on provoque un recul immédiat du gouvernement ? La manière dont certains lycéens se sont récemment « mobilisés » – en brûlant des voitures et en s’équipant pour en découdre avec les forces de l’ordre – montre que le recul face à la violence crée des effets de contagion difficilement contrôlables. Les partisans des gilets jaunes argueront que le gouvernement n’a pas cédé à la violence, mais à l’opinion publique. Que les sondages établissent que les citoyens ont pris fait et cause pour les gilets jaunes, contre le Président. Mais qu’en est-il réellement ? D’abord, que veut dire « soutien aux gilets jaunes » ? On ne reviendra pas ici sur l’inanité de certains sondages. Interroger les gens sur leur comportement passés ou futurs (« pour qui avez-vous/allez-vous voter ? » ou sur leurs préférences « quelle est votre sensibilité politique ? ») a du sens, mais interroger les gens sur des questions vagues ou très complexes, donne des résultats qui doivent être considérés avec prudence. Éprouver une forme de sympathie pour des citoyens qui protestent contre la hausse des taxes, réclament plus de pouvoir d’achat et de services publics, s’élèvent contre des réformes impopulaires, et dénoncent le mépris des élites, ne revient pas à valider l’ensemble de leurs revendications ou à souscrire à un changement de pouvoir ou de régime. On rappellera alors que 80 % des Français désapprouvent l’action du Président. Mais qui peut se dire satisfait de son action alors que la France vit une situation insurrectionnelle, que les citoyens sont empêchés de circuler à leur guise ou de travailler, que les chaînes de télévision passent en boucle des images de guérilla urbaine ? Le citoyen de bonne foi ne peut que constater que le Président s’y prend mal pour gouverner le pays. Pour autant, est-ce que les 80 % de sondés seraient prêts à porter Jacline Mouraud ou Éric Drouet au pouvoir, ou l’un des leaders de l’opposition ? Jean‑Luc Mélenchon, Marine Le Pen, Laurent Wauquiez et Olivier Faure soufflent sur les braises depuis le début du mouvement, en espérant tirer leur épingle du jeu et rejouer la présidentielle, mais les citoyens ne sont pas dupes : les sondages les plus récents montrent qu’aucun ne tire bénéfice du mouvement et ne constitue une alternative politique crédible. Nul ne sait où va ce mouvement. La mobilisation est numériquement en baisse, mais les plus radicaux pensent leur heure venue et ne vont sans doute pas relâcher la pression. Les échauffourées ne sont plus le fait de gilets jaunes, mais d’extrémistes, de casseurs et d’opportunistes. (…) On rappellera aussi que le mouvement des gilets jaunes n’a, initialement, guère laissé le choix au quidam. Face à un barrage, il était contraint, plus ou moins aimablement, d’enfiler son gilet jaune, de prêter allégeance à la cause, d’y contribuer éventuellement par une obole, afin de pouvoir aller travailler ou conduire ses enfants à l’école. Nombreux étaient les automobilistes qui arboraient un gilet jaune dans leur véhicule, « au cas où ». Face à ces pressions, face à la quasi-unanimité des responsables politiques, des commentateurs et des leaders d’opinion, il semblait difficile pour le citoyen de faire part de ses doutes. Mais, sauf à penser que l’électorat modéré, qui a dominé les élections l’an passé, s’est subitement volatilisé ou a radicalement changé d’orientation politique, on peut faire l’hypothèse qu’une partie des citoyens a dissimulé ses préférences. Il y a près de deux siècles, Tocqueville avait révélé les falsifications auxquelles pouvaient conduire certaines contraintes, en prenant l’exemple du sentiment religieux durant la Révolution française. Selon lui, les pressions qui s’exerçaient sur les croyants, qui jugeaient malvenu d’exprimer leur attachement au christianisme, avaient fait apparaître l’opinion publique comme antireligieuse, alors qu’elle ne l’était pas. Ce phénomène s’entretenait de lui-même, la faiblesse supposée du nombre des croyants au sein de la société française les incitant à continuer de taire leurs convictions. Olivier Costa
Lorsqu’une foule se réunit autrement que pour former le cortège d’une marche blanche (Denis Salas), dès qu’elle prend une couleur quelconque, même la plus claire d’entre elles en l’occurrence, le jaune, elle peine à maîtriser la violence, quand elle ne la déchaîne pas par la provocation pour se placer en situation de légitime défense victime des forces de l’ordre. Il aura donc suffi d’une série de maladresses et de contretemps politiques de la part du Président de la République et du gouvernement pour donner l’occasion à la violence de rappeler qu’elle est le principal objet du politique, vérité que ses instances ne cessent pourtant de refouler. La boîte à revendications a été ouverte et, dans le même temps, la supériorité de leur expression violente a été accréditée par les concessions d’un pouvoir rétif à tenir compte de revendications pacifiquement exprimées dans le respect du cadre légal. Cette boîte sera bien difficile à refermer. Si ces revendications sont contradictoires et donc impossible à toutes satisfaire simultanément, elles se retrouvent sous un même dénominateur, la forme politique du désir mimétique, à savoir la revendication d’une égale puissance d’être. Cette REPE, la mode étant aux sigles, est suscitée par la promesse de la citoyenneté démocratique. De ce point de vue, la réponse en termes de pouvoir d’achat, même si elle pouvait être généreuse, ce qui ne sera pas le cas, serait très loin du compte. Le référendum d’initiative citoyenne (RIC) vient, s’il en était besoin, à l’appui de cette assertion. Dans cette hypothèse, les citoyens ont l’initiative, font rapport (comme le suggère l’étymologie de referendum) et décident. Les représentants élus ou issus des corps intermédiaires sont disqualifiés dans ces trois domaines. Chacun détient sa puissance d’être d’une manière égale (un citoyen, une voix) qu’il doit pouvoir exprimer à son initiative. L’alternance quinquennale (voire plus rapprochée), pourtant quasi-systématique depuis la fin des années 1970, ne suffit plus à l’expression périodique de ses opinions. La REPE se manifeste dans les cahiers de doléance, dont les premières synthèses remontent, d’abord et avant tout par la contestation des élites considérées comme privilégiées, notamment les hauts fonctionnaires, les élus nationaux et les représentants des corps intermédiaires. La fonction de maire échappe à cet opprobre. Sans doute parce que la plupart des maires sont perçus comme au service de ses administrés plus qu’en position d’augmenter son propre pouvoir, ce qui est particulièrement vrai dans les petites communes rurales où résident la plupart des contributeurs aux cahiers de doléance. Le rétablissement de l’ISF est un autre marqueur de ce désir mimétique en forme d’envie : à défaut d’augmenter sa propre puissance d’être suffisamment, diminuons celle des nantis. Quant aux préoccupations relatives à l’immigration, elles traduisent la crainte d’un partage de cette puissance d’être avec des nouveaux venus qui feraient mécaniquement diminuer celle des citoyens nationaux, selon la logique de ces derniers. On retrouve ici comme un écho aux revendications des niveleurs dans la première moitié du XVIIe siècle en Angleterre. Nous assistons aussi à l’affrontement de deux souverainetés, celle du pseudo-monarque sacré de nos institutions, éternel bouc émissaire en sursis (comme nous l’avions suggéré dans ce même blogue il y a deux ans), et celle du peuple comme nombre, ou du moins ceux qui s’estiment assez nombreux et suffisamment soutenus pour parler en son nom. (…) Cet affrontement de deux revendications concurrentes à l’incarnation de la souveraineté du peuple est, dans l’état actuel, en attente d’une décision qui tarde à venir de la part de l’opinion publique : celle-ci se sent concernée par les revendications exprimées dont elle attend un bénéfice mais souhaite aussi pouvoir retrouver la paix publique. Selon un schéma bien connu, notamment en situation insurrectionnelle, on assiste à la lutte entre deux minorités, celle des soutiens du pouvoir et celle des gilets jaunes activistes, qui rivalisent pour s’approprier un même objet, l’opinion publique majoritaire, laquelle oscille entre ces deux attracteurs avant de basculer franchement d’un côté. Du point de vue de l’opinion, les effets de l’information en continu peuvent donner une illusion trompeuse sur le nombre et donc la puissance des gilets jaunes. L’information instantanée et sans recul est également manipulée dans une surenchère victimaire par l’évocation des blessés du côté des manifestants et de celui des forces de l’ordre. Lors d’un épisode tragi-comique, une cagnotte a été constituée pour la défense d’un ancien boxeur ayant agressé des gendarmes mobiles, ces derniers témoignant sous couvert d’anonymat de leurs blessures ; et leur situation a suggéré illico au président du conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier, l’idée d’une cagnotte symétrique pour les forces de l’ordre victimes de la violence de certains manifestants. Plus largement, le traitement actuel d’une information susceptible de glisser sur la pente de la propagande en faveur d’un des protagonistes inquiète le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel qui a diligenté une enquête. Quoi qu’il en soit, ce mouvement acéphale donne à travers sa persistance et ses manifestations violentes une image des enfants du ressentiment contemporain. Ils recherchent une puissance d’être que l’individualisme ambiant leur assigne d’obtenir dans une action collective que nul ne maîtrise. Et ils dénient à leurs leaders autoproclamés successifs d’acquérir une puissance d’être supérieure à la leur. Jean-Marc Bourdin

C’est la violence mimétique, imbécile !

La boîte de Pandore est plus facile à ouvrir qu’à refermer

Jean-Marc Bourdin

« La violence n’est jamais perdue pour la violence » comme nous le rappelle souvent notre ami Bernard Perret puisant cette assertion dans le fonds girardien.

Lorsqu’une foule se réunit autrement que pour former le cortège d’une marche blanche (Denis Salas), dès qu’elle prend une couleur quelconque, même la plus claire d’entre elles en l’occurrence, le jaune, elle peine à maîtriser la violence, quand elle ne la déchaîne pas par la provocation pour se placer en situation de légitime défense victime des forces de l’ordre.

Il aura donc suffi d’une série de maladresses et de contretemps politiques de la part du Président de la République et du gouvernement pour donner l’occasion à la violence de rappeler qu’elle est le principal objet du politique, vérité que ses instances ne cessent pourtant de refouler.

La boîte à revendications a été ouverte et, dans le même temps, la supériorité de leur expression violente a été accréditée par les concessions d’un pouvoir rétif à tenir compte de revendications pacifiquement exprimées dans le respect du cadre légal. Cette boîte sera bien difficile à refermer.

Si ces revendications sont contradictoires et donc impossible à toutes satisfaire simultanément, elles se retrouvent sous un même dénominateur, la forme politique du désir mimétique, à savoir la revendication d’une égale puissance d’être[1]. Cette REPE, la mode étant aux sigles, est suscitée par la promesse de la citoyenneté démocratique. De ce point de vue, la réponse en termes de pouvoir d’achat, même si elle pouvait être généreuse, ce qui ne sera pas le cas, serait très loin du compte. Le référendum d’initiative citoyenne (RIC) vient, s’il en était besoin, à l’appui de cette assertion. Dans cette hypothèse, les citoyens ont l’initiative, font rapport (comme le suggère l’étymologie de referendum) et décident. Les représentants élus ou issus des corps intermédiaires sont disqualifiés dans ces trois domaines. Chacun détient sa puissance d’être d’une manière égale (un citoyen, une voix) qu’il doit pouvoir exprimer à son initiative. L’alternance quinquennale (voire plus rapprochée), pourtant quasi-systématique depuis la fin des années 1970, ne suffit plus à l’expression périodique de ses opinions.

La REPE se manifeste dans les cahiers de doléance, dont les premières synthèses remontent, d’abord et avant tout par la contestation des élites considérées comme privilégiées, notamment les hauts fonctionnaires, les élus nationaux et les représentants des corps intermédiaires. La fonction de maire échappe à cet opprobre. Sans doute parce que la plupart des maires sont perçus comme au service de ses administrés plus qu’en position d’augmenter son propre pouvoir, ce qui est particulièrement vrai dans les petites communes rurales où résident la plupart des contributeurs aux cahiers de doléance. Le rétablissement de l’ISF est un autre marqueur de ce désir mimétique en forme d’envie : à défaut d’augmenter sa propre puissance d’être suffisamment, diminuons celle des nantis. Quant aux préoccupations relatives à l’immigration, elles traduisent la crainte d’un partage de cette puissance d’être avec des nouveaux venus qui feraient mécaniquement diminuer celle des citoyens nationaux, selon la logique de ces derniers.

On retrouve ici comme un écho aux revendications des niveleurs dans la première moitié du XVIIe siècle en Angleterre.

Nous assistons aussi à l’affrontement de deux souverainetés, celle du pseudo-monarque sacré de nos institutions, éternel bouc émissaire en sursis[2] (comme nous l’avions suggéré dans ce même blogue il y a deux ans), et celle du peuple comme nombre, ou du moins ceux qui s’estiment assez nombreux et suffisamment soutenus pour parler en son nom. La souveraineté du peuple est effectivement inscrite en toutes lettres dans la Constitution : le principe de la République française est le « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple » (article 2). L’article 3 précise : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice. » Quant au Président de la République, l’article 5 de ce même texte dispose qu’il « veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’État. Il est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traités. » De telles attributions lui confèrent une part importante de la souveraineté exécutive, part accrue par la pratique institutionnelle qui amène le corps électoral à lui fournir le plus souvent une majorité à l’Assemblée nationale et donc la faculté de décider des lois à adopter ou à abroger.

Cet affrontement de deux revendications concurrentes à l’incarnation de la souveraineté du peuple est, dans l’état actuel, en attente d’une décision qui tarde à venir de la part de l’opinion publique : celle-ci se sent concernée par les revendications exprimées dont elle attend un bénéfice mais souhaite aussi pouvoir retrouver la paix publique. Selon un schéma bien connu, notamment en situation insurrectionnelle, on assiste à la lutte entre deux minorités, celle des soutiens du pouvoir et celle des gilets jaunes activistes, qui rivalisent pour s’approprier un même objet, l’opinion publique majoritaire, laquelle oscille entre ces deux attracteurs avant de basculer franchement d’un côté.

Du point de vue de l’opinion, les effets de l’information en continu peuvent donner une illusion trompeuse sur le nombre et donc la puissance des gilets jaunes. L’information instantanée et sans recul est également manipulée dans une surenchère victimaire par l’évocation des blessés du côté des manifestants et de celui des forces de l’ordre. Lors d’un épisode tragi-comique, une cagnotte a été constituée pour la défense d’un ancien boxeur ayant agressé des gendarmes mobiles, ces derniers témoignant sous couvert d’anonymat de leurs blessures ; et leur situation a suggéré illico au président du conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier, l’idée d’une cagnotte symétrique pour les forces de l’ordre victimes de la violence de certains manifestants. Plus largement, le traitement actuel d’une information susceptible de glisser sur la pente de la propagande en faveur d’un des protagonistes inquiète le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel qui a diligenté une enquête.

Quoi qu’il en soit, ce mouvement acéphale donne à travers sa persistance et ses manifestations violentes une image des enfants du ressentiment contemporain. Ils recherchent une puissance d’être que l’individualisme ambiant leur assigne d’obtenir dans une action collective que nul ne maîtrise. Et ils dénient à leurs leaders autoproclamés successifs d’acquérir une puissance d’être supérieure à la leur.

Nous en sommes là à l’heure où j’écris (11 janvier 2019).

Pandore, dotée de tous les dons par Zeus, disposait aussi de celui de la séduction et de la tromperie. En ouvrant sa boîte (ou sa jarre) reçue en cadeau de mariage malgré l’interdiction qui lui avait été faite, elle libéra tous les maux qu’elle contenait, lesquels se répandirent sur la Terre. Seule l’espérance resta enfermée. Un grand débat national et quelques RIC seront-ils en mesure de libérer l’espérance et de refermer simultanément ce réceptacle sur les revendications qui ne pourront être satisfaites à leur issue ?

*

L’article d’Olivier Costa, Directeur de recherche au CNRS / Directeur des Etudes politiques au Collège d’Europe –, Sciences Po Bordeaux éclaire ce point de vue en rappelant dans son article ci-après, paru dans TheConversation le 10 décembre 2018 : « Débat : La foule n’est pas le peuple ».

https://theconversation.com/debat-la-foule-nest-pas-le-peuple-108487?utm_medium=email&utm_campaign=La%20lettre%20de%20The%20Conversation%20France%20du%2010%20dcembre%202018%20-%201182710758&utm_content=La%20lettre%20de%20The%20Conversation%20France%20du%2010%20dcembre%202018%20-%201182710758+CID_c5cfc373a932a52e01eb3cc31b2326e4&utm_source=campaign_monitor_fr&utm_term=Dbat%20%20La%20foule%20nest%20pas%20le%20peuple

Je signale également le texte d’un prêtre, Jean Casanave, qui pose la question de l’espérance dans son blogue « Éclats de vie, réflexions d’un curé de campagne ».

http://jeancasanave.blogspot.com/2019/01/france-quas-tu-fait-de-lesperance.html

[1] Telle que je la nomme dans mes deux derniers essais.

[2] L’actuel Président de la République a au demeurant fait beaucoup pour concentrer sur lui toutes les animosités et faire de son départ le préalable à tout apaisement chez de nombreux gilets jaunes.

Voir aussi:

On a entendu, depuis un mois, beaucoup d’approximations sur ce que la démocratie est censée être, du côté des gilets jaunes et des responsables politiques qui entendent récupérer leur mouvement, mais aussi du côté de certains journalistes et chroniqueurs.

Au nom du peuple…

Certains affirment à satiété depuis un mois que « les gilets jaunes sont le peuple ». C’est un raccourci problématique à plusieurs égards. Dans un système démocratique, « le peuple », c’est la communauté formée par l’ensemble des citoyens. C’est une abstraction, un idéal qui permet de penser le vivre en commun.

Il reste à savoir ce que veut le peuple. Par convention, on peut s’en approcher par le suffrage universel. Aux présidentielles de 2017, rappelons que 37 millions de citoyens se sont rendus aux urnes. On peut insister sur l’importance de l’abstention et du vote blanc et nul, mais 37 millions, cela reste 100 fois plus que les plus importantes mobilisations de gilets jaunes.

La règle majoritaire est une approximation de ce que « veut » le peuple. En France, pour certaines élections du moins, notamment pour les présidentielles, le mode de scrutin veille à ce qu’une majorité se dégage. Au second tour, on contraint les électeurs à choisir entre deux candidats seulement, de sorte que le vainqueur puisse clamer avoir été élu par une majorité. C’est là encore une illusion, mais les électeurs jouent habituellement le jeu. Ainsi, ils confirment toujours le résultat de l’élection lors des élections législatives, car ils savent que – en France du moins – l’existence d’une majorité claire est indispensable au bon fonctionnement des institutions et à la conduite de l’action publique.

Certes, cette majorité est un peu artificielle, et Emmanuel Macron a sans doute perdu de vue qu’il a été élu par de nombreux citoyens qui entendaient, avant tout, s’opposer à Marine Le Pen. En outre, la démocratie ne s’épuise pas dans le vote, et la majorité ne peut pas tout imposer. Les citoyens doivent pouvoir s’exprimer entre deux élections. C’est la raison pour laquelle la démocratie garantit le droit de s’exprimer, de s’engager dans un parti, un syndicat ou une association, de manifester, de faire grève, de signer une pétition. Par ailleurs, les droits des minorités doivent être défendus par la Constitution et le droit, et par les autorités.

Distinguer les revendications légitimes

En France, la démocratie reste largement fondée sur la représentation. Les mécanismes de démocratie participative jouent un rôle modeste, les corps intermédiaires sont traditionnellement considérés avec suspicion, les juges ont une influence relativement modeste, et les élus ont une grande autonomie d’action. En effet, les députés ne sont pas censés représenter leurs électeurs, mais la Nation, et le Président jouit d’importantes prérogatives, dans une approche de sa fonction très gaullienne, voire bonapartiste.

La crise des gilets jaunes est sans doute l’occasion de repenser tout cela, et de donner plus de poids à des mécanismes de démocratie participative et délibérative. Elle est aussi une salutaire mise en garde pour les gouvernants qui ont trop fait abstraction de la manière dont certaines mesures ont été perçues par la population. Réforme de l’ISF, baisse des APL, hausse de la CSG pour les retraités, limitation à 80 km/h ou fiscalité sur le gazole sont autant de décisions qui ont suscité de fortes récriminations qui n’ont pas été entendues, au nom de l’idée que le Président avait un mandat clair et un projet pour la France, et qu’il devait garder le cap.

Il n’en reste pas moins qu’une minorité, même très mobilisée, même bénéficiant d’un soutien de l’opinion publique, ne peut pas se substituer à la majorité et effacer les résultats des élections. Les gilets jaunes sont un mouvement d’ampleur, mais on n’a jamais eu plus de 300 000 personnes dans la rue. La foule n’est pas le peuple et 300 000 personnes ne peuvent pas décider pour le peuple.

Que faire, en effet, si 300 000 personnes défilent pour demander l’interdiction de la chasse, et si la semaine d’après 300 000 défilent pour demander son maintien ? Quand les opposants au mariage pour tous ont défilé en masse, et durablement, le gouvernement aurait-il dû retirer sa loi ? Comment distinguer les revendications légitimes, qui doivent être prises en compte, des autres ?

Dans le cas du mouvement des gilets jaunes, le gouvernement aurait dû comprendre plus tôt qu’il était l’expression d’un fort mécontentement chez une partie substantielle du corps électoral. Les premières réactions – ou l’absence de réaction – n’ont fait que mettre de l’huile sur le feu et cultiver chez les citoyens mobilisés l’idée qu’ils étaient déconsidérés.

Il n’en reste pas moins que, dans une démocratie représentative, on ne peut laisser la rue gouverner, sinon toute réforme – qui fait généralement des gagnants qui s’ignorent et des perdants qui se mobilisent – serait exclue.

La logique du « tout ou rien »

En outre, comment intégrer la violence à cette équation ? Une manifestation violente est-elle plus ou moins légitime qu’une manifestation pacifique ? Certains estiment que la violence est un indice du degré de mécontentement des manifestants (de « désespoir », diraient ceux qui les soutiennent) et que le gouvernement doit être plus à l’écoute en cas de débordements. Mais, une fois encore, peut-on gouverner un pays ainsi ?

Ce qui caractérise le mouvement des gilets jaunes depuis le premier jour, c’est la méconnaissance des règles habituelles de la mobilisation, qui doit opérer à travers un ensemble d’outils démocratiques et pacifiques : pétitions, tribunes dans la presse, manifestations (déclarées et encadrées), contacts avec les élus, grèves…

Le mouvement avait trouvé, avec le gilet jaune, un marqueur de mobilisation très astucieux : chaque automobiliste français était équipé de cet accessoire visible, facile à porter ou à mettre en évidence sur son tableau de bord. Mais les initiateurs du mouvement ont choisi d’emblée d’opter pour des formes d’action illégales : manifestations non déclarées en préfecture et dépourvues de responsable et de service d’ordre, blocages de routes et de commerces, violences envers les automobilistes récalcitrants et les forces de l’ordre, dégradations et incendies volontaires…

Ils ont en outre, par principe, refusé de rencontrer les représentants de l’État et cherché à imposer leurs revendications de manière unilatérale, dans une logique du « tout ou rien ». Si n’importe quelle organisation – mouvement politique, syndicat, association, collectif – s’était rendue coupable du dixième des exactions commises par le mouvement des gilets jaunes, elle aurait sans doute été rapidement dissoute.

En l’espèce, l’impunité règne, car le mouvement n’a pas de structure et de représentants officiels : chacun peut s’improviser porte-parole des gilets jaunes auprès de médias très complaisants, sans endosser la moindre responsabilité, ou se livrer à une surenchère sur les réseaux sociaux.

La question de la violence, nœud du conflit

Certains commentateurs relativisent cette violence structurelle. Ils opposent la violence du gouvernement, qui étrangle de taxes les classes laborieuses et fait montre d’arrogance, et celle des manifestants. Ils comparent les débordements des gilets jaunes à ceux des supporters de foot les soirs de victoire ou à ceux du Nouvel An. Ils renvoient dos à dos casseurs et forces de l’ordre. Le citoyen qui se promène aujourd’hui dans les rues désolées de Paris, Bordeaux, Saint-Étienne ou Toulouse, entre carcasses de voitures brûlées, barricades et devantures de magasins défoncées, pourra difficilement considérer que ce ne sont que les inévitables effets collatéraux d’un mouvement fondamentalement non violent.

La question de la violence est le nœud de ce conflit. Elle en constitue alternativement la légitimité (« Il faut prendre en compte les revendications de ces gens en colère ») et l’illégitimité (« On ne cède pas aux casseurs et aux factieux »). Car, sitôt que le pouvoir accède à des revendications exprimées avec violence – et le gouvernement n’a eu d’autre choix que de le faire, pour que la pression retombe –, on encourage d’autres groupes sociaux à adopter des comportements inciviques et délictueux.

Pourquoi faire grève des semaines durant ou se réunir pacifiquement – à la manière du mouvement Nuit debout – pendant des mois sans rien obtenir si, en mettant à sac les Champs-Élysées ou en incendiant une préfecture, l’on provoque un recul immédiat du gouvernement ? La manière dont certains lycéens se sont récemment « mobilisés » – en brûlant des voitures et en s’équipant pour en découdre avec les forces de l’ordre – montre que le recul face à la violence crée des effets de contagion difficilement contrôlables.

Les sondages, un outil à manier avec prudence

Les partisans des gilets jaunes argueront que le gouvernement n’a pas cédé à la violence, mais à l’opinion publique. Que les sondages établissent que les citoyens ont pris fait et cause pour les gilets jaunes, contre le Président. Mais qu’en est-il réellement ? D’abord, que veut dire « soutien aux gilets jaunes » ? On ne reviendra pas ici sur l’inanité de certains sondages. Interroger les gens sur leur comportement passés ou futurs (« pour qui avez-vous/allez-vous voter ? » ou sur leurs préférences « quelle est votre sensibilité politique ? ») a du sens, mais interroger les gens sur des questions vagues ou très complexes, donne des résultats qui doivent être considérés avec prudence.

Éprouver une forme de sympathie pour des citoyens qui protestent contre la hausse des taxes, réclament plus de pouvoir d’achat et de services publics, s’élèvent contre des réformes impopulaires, et dénoncent le mépris des élites, ne revient pas à valider l’ensemble de leurs revendications ou à souscrire à un changement de pouvoir ou de régime.

On rappellera alors que 80 % des Français désapprouvent l’action du Président. Mais qui peut se dire satisfait de son action alors que la France vit une situation insurrectionnelle, que les citoyens sont empêchés de circuler à leur guise ou de travailler, que les chaînes de télévision passent en boucle des images de guérilla urbaine ? Le citoyen de bonne foi ne peut que constater que le Président s’y prend mal pour gouverner le pays.

Pour autant, est-ce que les 80 % de sondés seraient prêts à porter Jacline Mouraud ou Éric Drouet au pouvoir, ou l’un des leaders de l’opposition ? Jean‑Luc Mélenchon, Marine Le Pen, Laurent Wauquiez et Olivier Faure soufflent sur les braises depuis le début du mouvement, en espérant tirer leur épingle du jeu et rejouer la présidentielle, mais les citoyens ne sont pas dupes : les sondages les plus récents montrent qu’aucun ne tire bénéfice du mouvement et ne constitue une alternative politique crédible.Une vaste majorité attachée aux institutions et à la paix sociale

Nul ne sait où va ce mouvement. La mobilisation est numériquement en baisse, mais les plus radicaux pensent leur heure venue et ne vont sans doute pas relâcher la pression. Les échauffourées ne sont plus le fait de gilets jaunes, mais d’extrémistes, de casseurs et d’opportunistes.

Les chercheurs en sciences sociales n’aiment pas faire de prédictions : ils sont scientifiquement mal équipés pour cela et préfèrent plus prudemment « prédire le passé », en analysant le déroulement d’événements dont on connaît l’issue. On peut néanmoins penser que, à ce stade du mouvement, l’opinion publique va se retourner.

L’émotion passée, les citoyens français, dont la vaste majorité est attachée aux institutions, à l’ordre public et à la paix sociale, s’entendront sans doute pour considérer qu’une insurrection hebdomadaire n’est pas le moyen le plus sûr d’améliorer le sort des Français, et que le coup de semonce à l’endroit du gouvernement était suffisant. Désormais, rares sont les personnalités et les acteurs de la société civile qui affichent leur soutien à un mouvement marqué par une ligne politique confuse, par sa fascination pour la violence et par son refus de la négociation.

Les Français ont, dans un premier temps, largement approuvé les gilets jaunes parce qu’ils partageaient leurs revendications, étaient déçus par le gouvernement ou manifestaient une certaine sympathie pour un mouvement inédit. Certains étaient sans doute aussi mus par une forme de suivisme, de culpabilité de classe, de griserie médiatique ou de romantisme révolutionnaire. D’autres refusaient d’afficher leur soutien à un gouvernement sourd aux revendications, et désapprouvaient le discours de ceux qui affichaient leur mépris pour cette mobilisation populaire ou dénonçaient un peu rapidement la « peste brune ».

On rappellera aussi que le mouvement des gilets jaunes n’a, initialement, guère laissé le choix au quidam. Face à un barrage, il était contraint, plus ou moins aimablement, d’enfiler son gilet jaune, de prêter allégeance à la cause, d’y contribuer éventuellement par une obole, afin de pouvoir aller travailler ou conduire ses enfants à l’école. Nombreux étaient les automobilistes qui arboraient un gilet jaune dans leur véhicule, « au cas où ».

« Ce qui n’était encore que le sentiment d’une partie de la nation parut ainsi l’opinion de tous… »

Face à ces pressions, face à la quasi-unanimité des responsables politiques, des commentateurs et des leaders d’opinion, il semblait difficile pour le citoyen de faire part de ses doutes. Mais, sauf à penser que l’électorat modéré, qui a dominé les élections l’an passé, s’est subitement volatilisé ou a radicalement changé d’orientation politique, on peut faire l’hypothèse qu’une partie des citoyens a dissimulé ses préférences.

Il y a près de deux siècles, Tocqueville avait révélé les falsifications auxquelles pouvaient conduire certaines contraintes, en prenant l’exemple du sentiment religieux durant la Révolution française. Selon lui, les pressions qui s’exerçaient sur les croyants, qui jugeaient malvenu d’exprimer leur attachement au christianisme, avaient fait apparaître l’opinion publique comme antireligieuse, alors qu’elle ne l’était pas.

Ce phénomène s’entretenait de lui-même, la faiblesse supposée du nombre des croyants au sein de la société française les incitant à continuer de taire leurs convictions :

« Ceux qui niaient le christianisme élevant la voix et ceux qui croyaient encore faisant silence, il arriva ce qui s’est vu si souvent depuis parmi nous, non seulement en fait de religion, mais en tout autre matière. […] Ce qui n’était encore que le sentiment d’une partie de la nation parut ainsi l’opinion de tous, et sembla dès lors irrésistible aux yeux mêmes de ceux qui lui donnaient cette fausse apparence. » (De la démocratie en Amérique. Laffont, p. 1045)


Polémique Chouard: Attention, un hommage fâcheux peut en cacher un autre ! (When Ruffin quotes Chouard, guess who quotes Castro and Chavez ?)

24 décembre, 2018

"Macron -whore of the Jews"

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Les fascistes de demain s’appelleront eux-mêmes antifascistes. Huey Long (?)
Il y a autant de racismes qu’il y a de groupes qui ont besoin de se justifier d’exister comme ils existent, ce qui constitue la fonction invariante des racismes. Il me semble très important de porter l’analyse sur les formes du racisme qui sont sans doute les plus subtiles, les plus méconnaissables, donc les plus rarement dénoncées, peut-être parce que les dénonciateurs ordinaires du racisme possèdent certaines des propriétés qui inclinent à cette forme de racisme. Je pense au racisme de l’intelligence. (…) Ce racisme est propre à une classe dominante dont la reproduction dépend, pour une part, de la transmission du capital culturel, capital hérité qui a pour propriété d’être un capital incorporé, donc apparemment naturel, inné. Le racisme de l’intelligence est ce par quoi les dominants visent à produire une « théodicée de leur propre privilège », comme dit Weber, c’est-à-dire une justification de l’ordre social qu’ils dominent. (…) Tout racisme est un essentialisme et le racisme de l’intelligence est la forme de sociodicée caractéristique d’une classe dominante dont le pouvoir repose en partie sur la possession de titres qui, comme les titres scolaires, sont censés être des garanties d’intelligence et qui ont pris la place, dans beaucoup de sociétés, et pour l’accès même aux positions de pouvoir économique, des titres anciens comme les titres de propriété et les titres de noblesse. Pierre Bourdieu
Un État d’Israël guerrier et résolu à s’agrandir” et “un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur” qui “en dépit du flot tantôt montant, tantôt descendant, des malveillances qu’ils provoquaient, qu’ils suscitaient plus exactement dans certains pays et à certaines époques” … Charles De Gaulle (conférence de presse de nov. 67)
Ah, Vichy, Ah Pétain (…) c’était un vieillard un peu dépassé mais… magnifique … Une carrière ainsi brisée à trente-cinq ans, ce n’est pas supportable… Bousquet en souffrait cruellement. Imaginez cette cassure, cette carrière foudroyée … François Mitterrand (sur Pétain et l’ancien secrétaire général de la police de Vichy René Bousquet)
Ce n’est pas une politique de tuer des enfants. Chirac (accueillant Barak à Paris, le 4 octobre 2000)
La situation est tragique mais les forces en présence au Moyen-Orient font qu’au long terme, Israël, comme autrefois les Royaumes francs, finira par disparaître. Cette région a toujours rejeté les corps étrangers. Dominique de Villepin (Paris, automne 2001)
Pourquoi accepterions-nous une troisième guerre mondiale à cause de ces gens là? Daniel Bernard (ambassadeur de France, après avoir qualifié Israël de « petit pays de merde », Londres, décembre 2001)
Les Israéliens se sont surarmés et en faisant cela, ils font la même faute que les Américains, celle de ne pas avoir compris les leçons de la deuxième guerre mondiale, car il n’y a jamais rien de bon à attendre d’une guerre. Et la force peut détruire, elle ne peut jamais rien construire, surtout pas la paix. Le fait d’être ivre de puissance et d’être seul à l’avoir, si vous n’êtes pas très cultivé, enfant d’une longue histoire et grande pratique, vous allez toujours croire que vous pouvez imposer votre vision. Israël vit encore cette illusion, les Israéliens sont probablement dans la période où ils sont en train de comprendre leurs limites. C’était Sharon le premier général qui s’est retiré de la bande de Gaza car il ne pouvait plus la tenir. Nous défendons absolument le droit à l’existence d’Israël et à sa sécurité, mais nous ne défendons pas son droit à se conduire en puissance occupante, cynique et brutale … Michel Rocard (Al Ahram, 2006)
Cet attentat odieux a voulu frapper les israélites qui se rendaient à la synagogue, il a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic. Raymond Barre (le 3 octobre 1980, TFI, suite à l’attentat de la synagogue parisienne de la rue Copernic, 4 morts, 20 blessés)
J’ai tellement entendu les propos de M. Gollnisch à Lyon que cela finissait par ne plus m’émouvoir. Quand on entend à longueur de journée tout ce qui se dit à droite et à gauche, à la fin on n’y porte plus attention. Raymond Barre
Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, donc tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi, à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste. D’abord le procès en fascisme à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la fois absurde et scandaleux. Je suis profondément attaché à l’identité nationale et je crois même ressentir et savoir ce qu’elle est, en tout cas pour moi. L’identité nationale, c’est notre bien commun, c’est une langue, c’est une histoire, c’est une mémoire, ce qui n’est pas exactement la même chose, c’est une culture, c’est-à-dire une littérature, des arts, la philo, les philosophies. Et puis, c’est une organisation politique avec ses principes et ses lois. Quand on vit en France, j’ajouterai : l’identité nationale, c’est aussi un art de vivre, peut-être, que cette identité nationale. Je crois profondément que les nations existent, existent encore, et en France, ce qui est frappant, c’est que nous sommes à la fois attachés à la multiplicité des expressions qui font notre nation, et à la singularité de notre propre nation. Et donc ce que je me dis, c’est que s’il y a aujourd’hui une crise de l’identité, crise de l’identité à travers notamment des institutions qui l’exprimaient, la représentaient, c’est peut-être parce qu’il y a une crise de la tradition, une crise de la transmission. Il faut que nous rappelions les éléments essentiels de notre identité nationale parce que si nous doutons de notre identité nationale, nous aurons évidemment beaucoup plus de mal à intégrer. Lionel Jospin (France Culture, 29.09.07)
Je n’oublie pas d’où je viens. Je ne suis pas l’enfant naturel de temps calme de la vie politique. Je suis le fruit d’une forme de brutalité de l’histoire, d’une effraction parce que la France était malheureuse et inquiète, si j’oublie tout cela, ce sera le début de l’épreuve. Emmanuel Macron
French Jews have become a focal point for the “Yellow Vest” protests across France, with an increase in anti-Semitism by demonstrators. In recent days, the Jewish community has reported numerous anti-Semitic videos, graffiti and actual threats appearing in central locations and on social media. Last Saturday, the Chabad House on the Champs-Elysées Boulevard temporarily closed its doors for the first time due to safety concerns. (…) On Route A6, the main artery between Paris and Marseilles, a huge banner was hung on a bridge, accusing Jews of controlling French President Emmanuel Macron. The banner read: “Macron is a whore of the Jews.” Social networks have also become an arena for spreading anti-Semitic expression. Thus, for example, a message circulated by an anonymous source wearing a mask: “It was the rich Jews who brought Macron to power so that he would be their puppet and they are pulling the strings. The Jews are responsible for the lowering of taxes on the rich and for the whole financial situation.” In another video, an activist from the “Yellow Vests” invited demonstrators to come to a Chabad Hanukkah candle lighting, saying: “The Jewish people celebrate while the French have nothing to eat.” The anti-Semitic French entertainer Dieudonné M’bala M’bala and his admirers joined the demonstrators and gave the Nazi salute. (…) The International Fellowship of Christians and Jews, which helps Jews immigrate to Israel, noted that following the events in France there has been a surge in the number of Jews interested in immigrating to Israel. Uriel Saada, head of the France Desk at the Fellowship, said that he received dozens of requests from Jewish families interested in immigrating to Israel. Ynet
Inconnu de la plupart des Français, le militant politique est devenu en une grosse dizaine d’années une des étoiles de la contre-culture politique sur Internet. Sa notoriété remonte à 2005, au moment de la campagne référendaire sur le Traité constitutionnel européen (TCE). Âgé de 48 ans, Etienne Chouard est alors un anonyme prof de lycée à Marseille, électeur sans grande conviction du Parti socialiste (PS). Happé par les débats autour du TCE, il se décide à analyser de près le projet de nouveau traité européen, et en tire une tribune percutante, publiée sur son blog, qui dénonce le projet comme un « secret cancer de notre démocratie ». Fouillé, argumenté, offensif voire excessif, le texte est partagé en masse et se répand comme la poudre. Etienne Chouard devient, à sa propre surprise, un des chefs de file discrets du camp du « non », qui triomphe au référendum. Il change de dimension. Le professeur se fait penseur et militant : lui qui ne s’y était jamais intéressé dévore des milliers de livres sur la politique et économique, partage ses réflexions sur son blog, donne des conférences. Il forme autour de lui une communauté de fidèles qui répandent ses idées, surnommés les « gentils virus ». Chantre de l’éducation populaire, Etienne Chouard élabore de bric et de broc sa propre doctrine politique. Au centre de sa réflexion, la nécessité d’un « processus constituant ». D’après lui, l’origine des maux de nos sociétés est inscrite dans la Constitution : en laissant le soin aux « responsables politiques, aux mains des grands marchands », de « l’écrire à notre place », nous (c’est-à-dire les 99% de moins riches) leur (les 1%) avons cédé le pouvoir. Dans la pensée de Chouard, toutes les dérives du capitalisme financier (inégalités, pauvreté, disparition des services publics, destruction de l’écosystème) sont reliées à ce péché originel : confier le pouvoir à des représentants, acte qui équivaudrait immanquablement à en priver le peuple. (…) Afin d’y remédier, le blogueur exclut logiquement toute élection : il veut former une assemblée constituante tirée au sort, qui définirait par la discussion collective des nouvelles institutions. Celles-ci devraient faire la part belle à la démocratie directe : les responsables seraient tirés au sort, pourraient être révoqués à tout moment, et le peuple prendrait lui-même l’initiative d’écrire les lois… grâce au RIC, évidemment. (…) En attendant cette révolution pacifique, le blogueur s’est attaché à appliquer ses principes au niveau local, en organisant des « ateliers constituants » destinés à faire de simples citoyens des « adultes politiques », souverains et capables de penser le bien commun. Influencé par la pensée anarchiste, il se définit comme un démocrate radical, persuadé que le peuple est « capable de mener lui-même ses affaires » ; convaincu de la nature intrinsèquement bonne des humains, Etienne Chouard est convaincu que « si on prend les décisions ensemble à la majorité, ce ne seront pas les quelques affreux, égoïstes, violents, méchants, qui sont minoritaires, qui vont faire la loi. » A cette pensée politique, le sexagénaire adjoint des idées économiques radicalement opposées au libéralisme de l’Union Européenne. Dénonçant le statut de la Banque centrale européenne, Chouard affirme que « le premier privilège est celui pour un petit nombre de créer la monnaie », et que « les peuples qui ont perdu, renoncé à la création monétaire publique ont perdu en même temps leur souveraineté politique. La création monétaire est actuellement entre les mains des banquiers. » Invité de l’émission de Frédéric Taddeï Ce soir ou jamais en 2014, Etienne Chouard s’y livre à une longue tirade, très partagée sur Internet, qui synthétise ses idées. Elle lui permet d’accroître encore sa notoriété (…) Détournement de la démocratie, désir de représentation des idées populaires, impuissance du politique face aux grands intérêts économiques : les thèmes développés par Etienne Chouard depuis 13 ans sont en parfaite concordance avec le mouvement des gilets jaunes. Il n’est donc pas très étonnant de voir le blogueur, abondamment cité sur les rond-points par des gilets jaunes ayant formé leur réflexion politique sur Internet, soutenir le mouvement et s’afficher à ses côtés. Jacline Mourand, l’une des têtes d’affiches, l’a spontanément mentionné comme influence clé auprès de Marianne. Le 4 décembre, à Saint-Claire du Rhône (Isère), il a tenu une réunion publique sur le RIC en compagnie de plusieurs gilets jaunes, dont Maxime Nicolle, alias « Fly Rider », un autre leader. Mais Etienne Chouard, ce n’est pas que la démocratie directe et la critique des banques. Entre 2005 et aujourd’hui, dans sa volonté effrénée de dialogue avec tous les pans de la société, le professeur a frayé avec de nombreuses figures controversées… sans s’en détacher clairement, et parfois en les soutenant ouvertement. Ainsi, le 9 décembre 2007, Etienne Chouard conseille sur son blog le visionnage d’un « entretien passionnant » entre Thierry Meyssan (écrivain et diffuseur privilégié de théories du complot concernant le 11 septembre 2001) et l’essayiste Alain Soral, connu pour sa vision conspirationniste et violemment antisémite du monde. Ce dernier, qu’il rencontre en chair et en os dans les années 2010, ne va plus cesser d’empoisonner la réputation d’Etienne Chouard : incapable de s’en détacher clairement, le blogueur s’est longtemps montré d’une complaisance incompréhensible avec ce pamphlétaire virulent, condamné par la justice à de multiples reprises pour injures antisémites ou incitation à la haine raciale. Récusant les propos de Soral concernant les homosexuels et les féministes, Chouard ne le situe pas moins dans L’Express en 2014 comme « à gauche parce qu’il se bat contre les privilèges », et indique qu’il l’a « rendu sensible » à la problématique du sionisme. Les qualificatifs élogieux pleuvent : « courageux », « résistant », « lanceur d’alerte qui proteste contre l’ordre établi »… Comme un renvoi d’ascenseur, Etienne Chouard est alors mis régulièrement en valeur sur Egalité et Réconciliation (E&R), le site internet qui promeut les idées d’Alain Soral. Culture libre, une association dont l’animateur est un responsable local d’E&R, diffuse et commercialise même certaines des conférences de Chouard. Iconoclaste ou sulfureux, Etienne Chouard brouille en tout cas tous les repères politiques traditionnels : originellement identifié dans les rangs de la gauche radicale, il s’affiche avec des personnalités de l’autre versant : conférence commune sur les Lumières avec Marion Sigaut, militante d’E&R, en novembre 2012. Proximité avec François Asselineau, candidat souverainiste à la présidentielle de 2017 (Chouard a finalement voté pour Jean-Luc Mélenchon) et fondateur de l’Union populaire républicaine (UPR). Il conseille aussi des lectures pour le moins curieuses aux visiteurs de son blog – notamment les ouvrages du conspirationnistes Antony C. Sutton et du négationniste Eustace Mullins. Chouard défend son éthique politique : la volonté de se situer en dehors des clivages partisans et des critères de respectabilité édictés par le mainstream. « Cela fait douze ans que je travaille, parle en public, réfléchis aux pouvoirs et abus de pouvoir ; que je cherche à mettre un processus constituant qui, à mon avis, doit intégrer tout le monde », argumente le prof de gestion, bien décidé à n’exclure personne tout en enjambant le clivage gauche-droite. Mais il ne s’est pas contenté de discuter : au fil des années, les contacts avec la sphère « dissidente » ont semblé infuser dans les analyses d’Etienne Chouard. Dans un entretien vidéo en 2014, il qualifie l’Union européenne de « projet fasciste », et applaudit la manière dont Alain Soral « dénonce le colonialisme guerrier du sionisme, explique que le sionisme est un projet colonial, raciste, militaire (…) ». Ses développements s’apparentent fréquemment au complotisme : on y trouve les mêmes méthodes d’analyse, trouvant dans un grand complot ourdi par les plus riches l’unique explication des malheurs du monde, élaborant des chaînes d’équivalence bancales mais définitives, faisant référence à des faits historiques parfois obscurs (notamment la création de la banque d’Angleterre en 1694) mais considérés comme capitaux… Etienne Chouard a également une manière bien à lui de définir le fascisme : dans un entretien avec le média Internet La Mutinerie, il explique refuser de « lyncher untel ou untel parce qu’il est fasciste, parce qu’il est d’extrême droite ». D’après lui, on commet une erreur en utilisant le vocable ‘fasciste’ pour « désigner ceux qui ont un avis non conforme sur les étrangers, sur la peine de mort, sur l’avortement, sur la religion catholique, sur la nation. » Les vrais fascistes ? Ce sont « les grands propriétaires, les possédants, les ultra-privilégiés, qui veulent bien de la République quand les élections leur donnent tout le pouvoir. Ils se montrent comme fascistes et d’extrême droite quand ils sentent qu’ils vont perdre les élections. C’est les 1% contre les 99%. C’est ça l’extrême droite. » Une classification qui permet notamment à Chouard de ranger le Parti socialiste dans le camp du fascisme… A sa manière, Etienne Chouard est parfaitement représentatif des « gentils virus » qui le soutiennent : comme eux, il a construit sa culture politique sur le tas. Sur Internet et dans les livres plutôt que par l’intermédiaire de professeurs dispensant un savoir officiel. (…) Résultat : les constructions idéologiques traditionnelles sont totalement brouillées. Dans cette « culture YouTube », faite de liberté et de désordre, on a parfois l’impression que tout ce qui se situe en dehors du mainstream est adoubé par principe comme faisant partie du combat pour la démocratie. (…) Dans une longue analyse publiée en 2013, où il était déjà accusé de complaisances avec Etienne Chouard, François Ruffin livrait une lecture similaire, qualifiant la « construction idéologique » du blogueur, bâtie « en accéléré, de bric et de broc, comme tout le monde », de « bien récente, bien fragile, bien confuse ».  Ces errances ont valu de nombreuses excommunications à Chouard, faisant souvent suite à des pressions exercées par des groupes antifascistes. Comme en novembre 2012, où les cinémas Utopia et le Front de gauche annulent la venue du blogueur à une projection, après avoir découvert que le site de Chouard mentionnait dans sa liste de liens le Réseau Voltaire ainsi qu’Egalité & Réconciliation. Un an plus tard survient la première explication avec François Ruffin, que le fondateur de Fakir a donc relatée sur le site de son journal, qui venait alors de faire la promotion de la pièce de théâtre d’Etienne Chouard, La dette expliquée à mon banquier. Après une première rencontre peu productive en 2009, Ruffin aborde frontalement la question de l’antisémitisme d’Alain Soral avec Chouard, qui se borne alors à répondre que l’auteur de Comprendre l’empire évoque l’antisionisme, refuse de « trier selon les appartenances politiques » et affirme sa volonté de « toucher tout le monde de gauche à droite ». Finalement, Ruffin tiendra encore un dialogue avec Etienne Chouard, sans parvenir à se mettre tout à fait d’accord avec lui, mais indiquant qu’il se sent « davantage son ‘ami’, un peu, pas trop mais un peu, après ces échanges. » (…) En novembre 2014, Etienne Chouard s’est nettement éloigné du penseur d’extrême droite. Faisant le constat des « accusations violentes » reçues après avoir posté le lien d’E&R sur son blog, le militant écrivait avoir « rapidement compris que [Soral] n’est pas du tout un démocrate », mais estimait que « une partie de son analyse du monde actuel » lui semblait « utile ». Abordant enfin la question de l’antisémitisme, Chouard regrette que l’injure « antisémite » serve trop souvent « à qualifier tous ceux (même ceux qui ne sont absolument racistes) qui critiquent et condamnent la politique — elle, officiellement raciste et criminelle — du gouvernement israélien ». Mais il se rend enfin à l’évidence, après avoir découvert une vidéo accablante datée de juin 2014, dans laquelle Soral tient « des propos terribles et dangereux ». Reconnaissant s’être « trompé en publiant un lien sans mise en garde », Chouard retire le lien d’E&R de son site, dénonçant un « mélange toxique » entre une « lutte légitime et courageuse contre de redoutables projets de domination » et « un sexisme, une homophobie, et maintenant un antisémitisme assumés ». Et aujourd’hui ? A franceinfo, il assure qu’il refuse désormais les invitations d’E&R et a coupé tous les liens avec son leader, tout en objectant : « Le danger pour la société humaine, ça n’est pas Soral ! On n’en a rien à foutre de ces mecs-là, ils ne représentent que des groupuscules ». Il a également publié une nouvelle note de blog ce jeudi 20 décembre, dans laquelle il assure que depuis son billet de 2014, il « ne parle jamais de Soral, absolument jamais, et que, par contre, tous ceux qui [l’]accusent de le fréquenter (ce qui n’est pas vrai), eux, en parlent tout le temps… » Populaire et controversée, la figure d’Etienne Chouard illustre à sa manière les clivages qui minent la France insoumise en interne. Certains, adeptes d’une stratégie « populiste », estiment que LFI a vocation a s’adresser à des figures qui transcendent son électorat traditionnel de gauche radicale, devenu très minoritaire – sans forcément aller jusqu’à prôner un dialogue régulier avec Etienne Chouard. D’autres, qui défendent plutôt une union de la gauche, sont partisans d’un strict « cordon sanitaire » et jugent que LFI se compromettrait en approchant des figures n’étant pas clairement identifiées sur le spectre politique. Les deux conceptions ont leurs raisons d’être, et également leurs dérives. A vouloir ratisser trop large pour ne pas s’enfermer à gauche, on court ainsi le risque de s’acoquiner avec des personnalités a priori peu compatibles avec le « nouvel humanisme » défendu par Jean-Luc Mélenchon ; de l’autre côté, en cherchant à excommunier tous ceux qui ne s’identifient pas à la gauche, la base se rétrécit, et ceux qui cherchent à dialoguer avec d’autres reçoivent des anathèmes insensés. Autre lecture possible : François Ruffin, qui donne des gages à l’une ou l’autre des deux options à intervalles réguliers, a tout simplement pris acte du fait que s’agissant du référendum d’initiative citoyenne, Etienne Chouard est devenu en France une référence incontournable. Qu’on l’apprécie ou non. Hadrien Mathoux (Marianne)
Mon curseur politique est simple, c’est celui de la révolution. Celui qui soutient le peuple qui veut se soulever contre ses maîtres est à gauche. A droite, il y a la défense des privilèges. Etienne Chouard
Pour Chouard, il suffit de critiquer l’Union Européenne, les banques, la mondialisation, le capitalisme, pour être du bon côté. Philippe Marlière
Et puis, on a vu aussi le petit Elkabach (..) qui est finalement  le petit sémite sépharade (…) se soumettre comme une femme à quelqu’un qui représente encore – je dirais – la virilité aryenne. Alain Solal
Mon sentiment profond, c’est que tu es comme un adolescent en politique. Tu voles d’émerveillements en indignations. C’est beau, en un sens, ça apporte de la naïveté, de la fraîcheur, de la hardiesse aussi. Mais ça comporte une part d’errance. François Ruffin
Le référendum d’initiative citoyenne a fleuri. Oh, il n’a pas fleuri par hasard. Il a fleuri parce que des hommes de conviction – nommons-les : Etienne Chouard et ses amis – ont semé, ont arrosé, depuis des années. François Ruffin (député LFI)
Je suis évidemment en phase avec la proposition pour le RIC mais j’avoue, je n’aurais pas pris en modèle Etienne Chouard. Mais sans doute suis-je trop sensible aux dérives rouge-brun…Clémentine Autain (députée LFI)
J’ai cité Chouard dans mon discours sur le RIC hier. Parce que, objectivement, quel nom revient sur les ronds-points : le sien. Parce que, avec honnêteté, il faut dire que sur ce RIC, avec foi, il a battu la campagne et les estrades depuis une décennie. Ce qui n’ôte rien à nos désaccords, déjà signalés avec force, avec clarté, il y a plusieurs années. Depuis, Chouard a mis fin à ses étranges liens. Alors, doit-on éternellement traiter les hommes en pestiférés ? Tel n’est pas [mon] choix. François Ruffin (député LFI)
De grands médias et des politiciens de métier sont en train d’essayer de faire de moi un « Soralien », ce qui leur permettrait de discréditer d’un coup, sans argument de fond, la proposition ultra-démocratique de processus constituant populaire que je défends depuis dix ans. (…) Un jour, il y a trois ans je pense, je suis tombé sur une vidéo de Soral, que je ne connaissais pas, qui m’a intéressé : il y dénonçait le colonialisme raciste du gouvernement israélien et le sionisme comme idéologie de conquête, aux États-Unis mais aussi en France (en s’appuyant sur les livres — bouleversants — d’Israël Shahak, de Shlomo Sand, de Gilad Atzmon et d’autres que nous devrions tous lire, je pense). Pour moi qui travaille sur les abus de pouvoir, il est naturel d’être intéressé par toute étude d’un projet de domination, quel qu’il soit. En regardant un peu son site, j’ai vu qu’il étudiait, condamnait et résistait (comme moi), entre autres, à l’Union européenne, au capitalisme, à l’impérialisme, au colonialisme, au racisme, aux communautarismes, aux multinationales, aux complexes militaro-industriels et aux grandes banques d’affaires, à la prise de contrôle des grands médias par les banques et par les marchands d’armes, au libre-échange et au sabotage monétaire, aux innombrables et scandaleuses trahisons des élites, à toutes les guerres, à toutes les réductions des libertés publiques justifiées par la « lutte contre le terrorisme », etc. Bref, tous ces fronts de résistance étant, à mon avis, des fronts de gauche, et même de gauche radicale et vraie, j’ai ajouté naturellement un lien sur ma page d’accueil vers le site de Soral. Un lien, parmi des milliers — je ne savais pas encore que cela allait faire de moi, en quelques années, un homme à abattre. Je n’ai pas fait l’exégèse de l’auteur et du site signalés : j’ai juste cité le lien déniché, comptant comme d’habitude sur l’intelligence des gens — que je considère comme des adultes — pour distinguer ce qui y est pertinent de ce qui ne l’est pas, ce qui est bon de ce qui est mauvais. Et puis, je suis passé à autre chose, évidemment ; ma vie est une course permanente d’une idée à l’autre. À partir de ce moment, j’ai reçu des accusations violentes et des injonctions — souvent anonymes — à retirer ce lien, jugé diabolique. Or, j’ai horreur qu’on m’impose ce que je dois penser ou dire ; je veux bien changer d’avis (j’aime découvrir que je me trompe et progresser en changeant d’opinion), mais il ne suffit pas d’affirmer que je me trompe, même en criant que je suis un fasciste (sic), il faut me le prouver. Et si on veut me forcer à retirer un lien, il y a toutes les chances pour que je m’obstine (bêtement, je sais). (…) Pour revenir à Soral, j’ai rapidement compris qu’il n’est pas du tout un démocrate, évidemment : il est autoritaire et il défend une idéologie autoritaire, au strict opposé de ce que je défends moi. Je ne veux pas plus de sa « dictature éclairée » que de n’importe quelle dictature, évidemment. Mais malgré cela, une partie de son analyse du monde actuel (et non pas ses projets de société) me semble utile, objectivement, pour mon projet à moi, de compréhension des abus de pouvoir et de constituante populaire. Donc, pour ma part, je ne monte pas en épingle ce qui me déplaît chez Soral, je prends ce qui m’intéresse (les infos sur les fronts de gauche et sur la résistance au sionisme) et je laisse le reste, comme l’adulte libre de penser et de parler que je suis. On reproche à Soral un antisémitisme intense et assumé. Pourtant, quand on lui demande « êtes-vous antisémite ? », Soral répond « NON, dans le vrai sens du mot c’est-à-dire raciste ». Et il souligne aussitôt que le mot « antisémite », avec des guillemets, a progressivement changé de sens pour servir aujourd’hui de bouclier anti-critiques (ce que Mélenchon dénonce lui aussi, amèrement, avec raison et courage, je trouve, en appelant cette calomnie systématique « le rayon paralysant du CRIF ») : dans ce nouveau sens, complètement dévoyé, « antisémite » sert à qualifier tous ceux (même ceux qui ne sont ABSOLUMENT PAS racistes) qui critiquent et condamnent la politique — elle, officiellement raciste et criminelle — du gouvernement israélien (critiques d’un racisme qui sont donc un antiracisme). C’est ce nouveau sens seulement que Soral assumait, en martelant, en substance : « j’en ai marre de ce chantage à « l’antisémitisme » et de ces intimidations permanentes de la part d’ultra-racistes qui osent accuser de racisme des résistants à leur racisme ». Je trouve que ça se défend très bien, si on arrive à tenir le cap de l’humanisme, c’est-à-dire à ne pas devenir soi-même raciste en réaction à un racisme premier : il est essentiel, je pense, de ne pas devenir antisémite en réaction au sionisme : il ne faut surtout pas s’en prendre à tous les juifs au motif que certains sionistes seraient odieux et dangereux. Or, tout récemment, j’ai découvert dans une publication de Soral des propos terribles et dangereux qui me conduisent à changer d’avis sur la portée du lien que j’ai mis sur mon site. Dans une vidéo en direct de juin 2014 (1 minute, à partir de 47:54), Soral dit les mots suivants, que je n’avais jamais entendus de lui avant, et qui me choquent tous profondément : [Bon, j’ai commencé à transcrire, mais j’ai honte de seulement écrire des trucs pareils… Donc, j’arrête. Je vous laisse lire le lien si ça vous chante.] Je ne peux évidemment pas valider une parole pareille, froidement raciste, sexiste, autoritaire. Je n’avais jamais vu Soral parler comme ça. C’est un peu comme un désaveu, parce que je l’ai entendu maintes fois jurer qu’il n’était pas antisémite. Alors, je cède, je reconnais que me suis trompé, en publiant un lien sans mise en garde : il y a un risque d’escalade des racismes. Ce mélange de lutte légitime et courageuse contre de redoutables projets de domination (résistance qui m’intéresse toujours et dont je ne me désolidarise pas), avec un sexisme, une homophobie, et maintenant un antisémitisme assumés (qui me hérissent vraiment), ce mélange est toxique. Stop. Et puis, je n’arrive plus à m’occuper de nos ateliers constituants : on nous interpelle sans arrêt sur notre prétendue identification à Soral, et la violence des échanges qui s’en suivent partout me désespère ; j’en ai assez, il faut faire quelque chose pour marquer une différence, une limite : je supprime le lien de mon site vers Soral. Désormais, je ferai le filtre, en évoquant moi-même les auteurs que je trouve utiles, comme Shlomo Sand, Jacob Cohen, Bernard Lazare, Israël Shahak, Gilad Atzmon, Norman Finkelstein, Gideon Levy, Mearsheimer et Walt, Éric Hazan, etc. En conclusion, j’insisterai sur l’essentiel : à mon avis, tous ces reproches sont montés en épingle de mauvaise foi par les professionnels de la politique pour entretenir une CONFUSION entre les vrais démocrates et « l’extrême droite » ; confusion qui leur permet de se débarrasser des vrais démocrates à bon compte, sans avoir à argumenter. Étienne Chouard (28.11.2014)
Je vais donc remettre un lien, différent, commenté, vers E&R, que je considère comme un portail utile pour comprendre et résister à certains abus de pouvoir terribles, même s’il est évidemment très critiquable par certains côtés (comme tout le monde) ; je reviens donc à ma position ouverte d’avant-hier, que je tiens depuis des années : il faut que chacun se forge une opinion en adulte, et une vraie démocratie doit laisser une place aux non démocrates. Et pour les ulcérés, faut quand même pas charrier, ce n’est qu’un lien suggéré, pas du tout une identité, une allégeance ou une caution : je ne suis pas « soralien », je cherche à RENDRE POSSIBLE UN MONDE VRAIMENT COMMUN, je ne suis pas « complaisant avec le fascisme » que je combats du mieux que je peux, en conscience, librement, à ma façon, et je vous pense tous libres de penser. Soyez gentils de ne pas tout surinterpréter, tâchez de modérer. Vous savez maintenant ce que je pense de l’antisémitisme et du racisme : je les considère comme des fléaux, une honte pour l’humanité. Mais je pense que les combattre en traitant les gens de « racistes » comme si c’était leur nature, et en leur coupant la parole (comme on coupe une tête), c’est croire éteindre un incendie en jetant de l’essence sur les flammes. Etienne Chouard (29.11.2014)
Je désapprouve ce prix qui entre dans les rites, les ritournelles du Parlement. C’est la troisième fois qu’un Cubain reçoit ce prix de la part d’un Parlement qui n’a pas trouvé une minute pour condamner le coup d’Etat au Honduras, et ne s’est jamais intéressé aux Cinq de Miami. Le Parlement européen est embrigadé dans des croisades anticommunistes qui m’exaspèrent. Ça ne veut pas dire qu’on approuve l’emprisonnement, ça veut dire qu’on désapprouve la manière dont le Parlement est bienveillant pour des dictatures fascistes, et malveillant vis-à-vis du camp progressiste. Jean-Luc Mélenchon
Les dirigeants du PS français et de la social-démocratie européenne, en effet, sont en général des personnages que je considère comme des poulets élevés en batterie. Ils sortent des grandes écoles, sans aucun passé militant dans les luttes populaires, et encore moins dans l’internationalisme politique. Ils montent les marches du pouvoir politique en croyant que leur discours de gestionnaires, c’est du socialisme. Et ils font croire que ça se résume à ça. Ces dirigeants n’ont jamais compris ce qui se passe en Amérique latine parce qu’ils ne se sentent pas concernés. Dans le meilleur des cas, ils se contentent de reproduire le discours de la propagande étasunienne, repris par la majorité des médias. (…) Le président Hugo Chavez note, comme moi : « Les gens ne veulent pas comprendre que pour redistribuer les richesses auprès des pauvres, il faut changer les institutions ». Et Chavez nous interpelle : « Parce qu’il existerait une alternative ? Et où se trouvent donc vos magnifiques modèles, vous les Européens, que l’on devrait prétendument imiter ? ». (…) C’est donc pour cela que j’ai demandé à ces dirigeants qu’ils se taisent, et qu’ils observent avec respect le chemin montré par Chavez, Evo Morales en Bolivie, Rafael Correa en Équateur ou José Mujica en Uruguay. Non pas pour les imiter, mais pour apprendre d’euxJean-Luc Mélenchon
Soljenitsyne était une baderne passéiste absurde et pontifiante, machiste, homophobe, et confis en bigoteries nostalgiques de la grande Russie féodale et croyante.(…) C’était un perroquet utile de la propagande « occidentale ». Utile car au contraire de tous ceux qui avaient dénoncé avant lui le goulag et les camps staliniens, Soljenitsyne était une voix de droite parmi les plus réactionnaire. Jean-Luc Mélenchon (sénateur membre du bureau national du PS, 04/08/08)
Je ne partage pas du tout l’enthousiasme béat pour le Dalaï-lama ni pour le régime qu’il incarne. (…) seule l’enquête « d’arrêt sur image » rapporte que les « évènements du Tibet » ont commencé par un pogrom de commerçants chinois par des « Tibétains ». (…) autant dire que le gouvernement français de l’époque a ordonné de pousser deux jeunes dans un transformateur électrique à Clichy Sous Bois au motif qu’il avait alors une politique de main dure face aux banlieues. Personne n’oserait avancer une bêtise aussi infâme. Dans les émeutes urbaines américaines la répression a aussi la main lourde. (…) Robert Ménard est un défenseur des droits de l’homme à géométrie variable. A-t-il mené une seule action, même ultra symbolique, quand les Etats-Unis d’Amérique ont légalisé la torture ? A-t-il mené une seule action pour que les détenus de Guantanamo soient assistés d’avocat ? (…) Le Tibet est chinois depuis le quatorzième siècle. (…) Parler « d’invasion » en 1959 pour qualifier un évènement à l’intérieur de la révolution chinoise est aberrant. Dit-on que la France a « envahi » la Vendée quand les armées de notre République y sont entrées contre les insurgés royalistes du cru ? (…) La version tibétaine de la Charia a pris fin avec les communistes. La révolte de 1959 fut préparée, armée, entretenue et financée par les USA dans le cadre de la guerre froide. (…) Depuis la scolarisation des enfants du Tibet concerne 81% d’entre eux là où il n’y en avait que 2% au temps bénis des traditions. Et l’espérance de vie dans l’enfer chinois contemporain prolonge la vie des esclaves de cette vallée de larmes de 35, 5 à 67 ans. Jean-Luc Melenchon
Parler d’invasion en 1959 pour qualifier un événement à l’intérieur de la révolution chinoise est aberrant. Jean-Luc Mélenchon
Il y a entre nous une culture commune bien plus étendue et profonde qu’avec les Nord-Américains. Les Chinois, comme nous, accordent depuis des siècles une place centrale à l’Etat dans leur développement. Dans leurs relations internationales, ils ne pratiquent pas l’impérialisme aveugle des Américains. La Chine est une puissance pacifique. Il n’existe aucune base militaire chinoise dans le monde. (…) La Chine n’est pas intéressée au rapport de forces de cet ordre. Jean-Luc Mélenchon
Car la consigne (« Qu’ils s’en aillent tous ») ne visera pas seulement ce président, roi des accointances, et ses ministres, ce conseil d’administration gouvernemental de la clique du Fouquet’s ! Elle concernera toute l’oligarchie bénéficiaire du gâchis actuel. « Qu’ils s’en aillent tous ! » : les patrons hors de prix, les sorciers du fric qui transforment tout ce qui est humain en marchandise, les émigrés fiscaux, les financiers dont les exigences cancérisent les entreprises. Qu’ils s’en aillent aussi, les griots du prétendu « déclin de la France » avec leurs salles refrains qui injectent le poison de la résignation. Et pendant que j’y suis, « Qu’ils s’en aillent tous » aussi ces antihéros du sport, gorgés d’argent, planqués du fisc, blindés d’ingratitude. Du balai ! Ouste ! De l’air ! Jean-Luc Mélenchon (extrait du livre)
Je suis toujours partisan d’interdire les partis contre-républicains. Jean-Luc Mélenchon
Quand Ruffin cite Chouard, devinez qui cite… Castro et Chavez ?
 
 Alors qu’à la faveur de la levée des censures qui a suivi la remise en cause, par la France d’en bas des gilets jaunes, du casse du siècle présidentiel et législatif du printemps 2017
Ressurgissent avec le retour du réel et faisant opportunément oublier la vraie menace islamiste et tout simplement musulmane, tant le racisme ordinaire des « déplorables » que la version prétendument « savante » des professionnels de l’antisémitisme à la Dieudonné ou Soral …
Et que l’antifachosphère bruisse et bourdonne de l’ « hommage fâcheux » du député de la France insoumise Ruffin au chantre anti-européen du référendum d’initiative citoyenne et actuel théoricien des gilets jaunes Etienne Chouard …
Qui rejetant avec raison la stigmatisation faschisante systématique de toute pensée refusant la pensée unique …
Dont on a tant abusé pour condamner les avertissements qui se sont révélés ô combien justifiés du Front national contre l’immigration incontrôlée …
S’était un temps laissé tenter emporté par son révolutionnarisme attrape-tout …
Par la séparation condamnée à l’avance entre l’antisémitisme « dévoyé » …
Et l’antisémitisme prétendument légitime d’un Soral
Qui  entre la défense de la « virilité aryenne » d’un Poutine et la condamnation de la « soumission » féminine d’un « petit sémite sépharade » comme Elkabach …
Dénonce le colonialisme raciste du gouvernement israélien et le sionisme comme idéologie de conquête aux États-Unis mais aussi en France » …
Comment ne pas s’étonner en même temps …
De l’étrange indulgence pour le chef de file d’un mouvement et parti qui a lui multiplié les références …
A Castro et Chavez ?
Portrait

Vrai démocrate ou complotiste infréquentable ? Le blogueur Etienne Chouard divise la France insoumise

Marianne
21/12/2018

Militant infatigable du référendum d’initiative citoyenne, le blogueur s’est imposé comme une référence des gilets jaunes. Mais ses fréquentations sulfureuses et ses ambiguïtés avec l’extrême droite ont valu à François Ruffin, qui l’a cité, une polémique au sein de la France insoumise…

Bastien Lachaud et Caroline Fiat échangent un regard interloqué. Adrien Quatennens sursaute et tourne la tête vers ses collègues, bientôt suivi dans sa surprise par Michel Larive. Ce mardi 18 décembre, réunis pour une conférence de presse de soutien à l’idée de « référendum d’initiative citoyenne » (RIC), les députés de la France insoumise (LFI) sont pris de court. François Ruffin, membre du groupe parlementaire, vient de rendre un hommage inattendu à Etienne Chouard : « Le référendum d’initiative citoyenne a fleuri. Oh, il n’a pas fleuri par hasard. Il a fleuri parce que des hommes de conviction – nommons-les : Etienne Chouard et ses amis – ont semé, ont arrosé, depuis des années. »

La référence au blogueur de 61 ans n’est pas anodine : depuis 2005, ce professeur de gestion est devenu un des chantres de la démocratie directe, un penseur influent voire un gourou pour certains… mais dans le même temps, ses « errances » et ambivalences lui ont valu d’être considéré comme infréquentable par toute une partie de la gauche. Clémentine Autain, députée LFI de Seine-Saint-Denis, a ainsi dégainé un tweet offensif à l’encontre de François Ruffin : « Je suis évidemment en phase avec la proposition pour le RIC mais j’avoue, je n’aurais pas pris en modèle Etienne Chouard. Mais sans doute suis-je trop sensible aux dérives rouge-brun… »

Le qualificatif est lancé : « rouge-brun », adjectif infamant désignant des personnalités politiques issues du marxisme et du communisme ayant dérivé vers le fascisme ou l’extrême droite. Il a forcé François Ruffin à une mise au point, via Twitter lui aussi : « J’ai cité Chouard dans mon discours sur le RIC hier. Parce que, objectivement, quel nom revient sur les ronds-points : le sien. Parce que, avec honnêteté, il faut dire que sur ce RIC, avec foi, il a battu la campagne et les estrades depuis une décennie. Ce qui n’ôte rien à nos désaccords, déjà signalés avec force, avec clarté, il y a plusieurs années. Depuis, Chouard a mis fin à ses étranges liens. Alors, doit-on éternellement traiter les hommes en pestiférés ? Tel n’est pas [mon] choix. »

Qui donc est Etienne Chouard, et pourquoi fait-il tant parler ? Inconnu de la plupart des Français, le militant politique est devenu en une grosse dizaine d’années une des étoiles de la contre-culture politique sur Internet. Sa notoriété remonte à 2005, au moment de la campagne référendaire sur le Traité constitutionnel européen (TCE). Âgé de 48 ans, Etienne Chouard est alors un anonyme prof de lycée à Marseille, électeur sans grande conviction du Parti socialiste (PS). Happé par les débats autour du TCE, il se décide à analyser de près le projet de nouveau traité européen, et en tire une tribune percutante, publiée sur son blog, qui dénonce le projet comme un « secret cancer de notre démocratie« . Fouillé, argumenté, offensif voire excessif, le texte est partagé en masse et se répand comme la poudre. Etienne Chouard devient, à sa propre surprise, un des chefs de file discrets du camp du « non », qui triomphe au référendum. Il change de dimension. Le professeur se fait penseur et militant : lui qui ne s’y était jamais intéressé dévore des milliers de livres sur la politique et économique, partage ses réflexions sur son blog, donne des conférences. Il forme autour de lui une communauté de fidèles qui répandent ses idées, surnommés les « gentils virus« .

Un démocrate radical

Chantre de l’éducation populaire, Etienne Chouard élabore de bric et de broc sa propre doctrine politique. Au centre de sa réflexion, la nécessité d’un « processus constituant« . D’après lui, l’origine des maux de nos sociétés est inscrite dans la Constitution : en laissant le soin aux « responsables politiques, aux mains des grands marchands« , de « l’écrire à notre place« , nous (c’est-à-dire les 99% de moins riches) leur (les 1%) avons cédé le pouvoir. Dans la pensée de Chouard, toutes les dérives du capitalisme financier (inégalités, pauvreté, disparition des services publics, destruction de l’écosystème) sont reliées à ce péché originel : confier le pouvoir à des représentants, acte qui équivaudrait immanquablement à en priver le peuple.

« Les grands marchands, notamment les marchands d’argent ont pris le contrôle du politique et c’est une catastrophe, affirmait-il ainsi l’an dernier dans un long entretien pour Thinkerview. Depuis 200 ans, les marchands se sont mis à écrire la Constitution, ils ont donc mis en place l’élection leur permettant de désigner les acteurs qui les aideraient et qui sont donc leur « chose » écrivant leurs lois (…)« . Afin d’y remédier, le blogueur exclut logiquement toute élection : il veut former une assemblée constituante tirée au sort, qui définirait par la discussion collective des nouvelles institutions. Celles-ci devraient faire la part belle à la démocratie directe : les responsables seraient tirés au sort, pourraient être révoqués à tout moment, et le peuple prendrait lui-même l’initiative d’écrire les lois… grâce au RIC, évidemment. « Le suffrage universel digne de ce nom, c’est : nous devrions voter nos propres lois« , soutient le professeur Chouard.

En attendant cette révolution pacifique, le blogueur s’est attaché à appliquer ses principes au niveau local, en organisant des « ateliers constituants » destinés à faire de simples citoyens des « adultes politiques« , souverains et capables de penser le bien commun. Influencé par la pensée anarchiste, il se définit comme un démocrate radical, persuadé que le peuple est « capable de mener lui-même ses affaires » ; convaincu de la nature intrinsèquement bonne des humains, Etienne Chouard est convaincu que « si on prend les décisions ensemble à la majorité, ce ne seront pas les quelques affreux, égoïstes, violents, méchants, qui sont minoritaires, qui vont faire la loi. »

1% contre 99%

A cette pensée politique, le sexagénaire adjoint des idées économiques radicalement opposées au libéralisme de l’Union Européenne. Dénonçant le statut de la Banque centrale européenne, Chouard affirme que « le premier privilège est celui pour un petit nombre de créer la monnaie« , et que « les peuples qui ont perdu, renoncé à la création monétaire publique ont perdu en même temps leur souveraineté politique. La création monétaire est actuellement entre les mains des banquiers. »

Invité de l’émission de Frédéric Taddeï Ce soir ou jamais en 2014, Etienne Chouard s’y livre à une longue tirade, très partagée sur Internet, qui synthétise ses idées. Elle lui permet d’accroître encore sa notoriété : « C’est une erreur de penser que les politiques sont impuissants, incapables ou ne comprennent pas. Comme s’ils voulaient servir l’intérêt général et n’étaient pas bons. Si on renverse la perspective en comprenant que ces gens-là servent les intérêts de ceux qui les ont fait élire, à savoir les 1% les plus riches de la population, à ce moment-là ce n’est pas une catastrophe. C’est même formidable : tout se passe comme prévu. (…) Tout se passe bien du point de vue des 1% qui se gavent plus que jamais. (…) Les gens sont gentils, ils croient les candidats pendant les campagnes électorales. Mais après 200 ans d’échec du suffrage universel qui permet aux riches d’acheter le pouvoir politique… Le fait de désigner des maîtres au lieu de voter des lois est une imposture politique. Nous ne sommes pas en démocratie. En démocratie, nous voterions nos lois nous-mêmes. L’impuissance politique est programmée, il y a un endroit où il est proclamé que le peuple n’a aucune puissance : ça s’appelle la constitution, le problème c’est que tout le monde s’en fout. »

Détournement de la démocratie, désir de représentation des idées populaires, impuissance du politique face aux grands intérêts économiques : les thèmes développés par Etienne Chouard depuis 13 ans sont en parfaite concordance avec le mouvement des gilets jaunes. Il n’est donc pas très étonnant de voir le blogueur, abondamment cité sur les rond-points par des gilets jaunes ayant formé leur réflexion politique sur Internet, soutenir le mouvement et s’afficher à ses côtés. Jacline Mourand, l’une des têtes d’affiches, l’a spontanément mentionné comme influence clé auprès de Marianne. Le 4 décembre, à Saint-Claire du Rhône (Isère), il a tenu une réunion publique sur le RIC en compagnie de plusieurs gilets jaunes, dont Maxime Nicolle, alias « Fly Rider », un autre leader.

Sulfureuses fréquentations

Mais Etienne Chouard, ce n’est pas que la démocratie directe et la critique des banques. Entre 2005 et aujourd’hui, dans sa volonté effrénée de dialogue avec tous les pans de la société, le professeur a frayé avec de nombreuses figures controversées… sans s’en détacher clairement, et parfois en les soutenant ouvertement. Ainsi, le 9 décembre 2007, Etienne Chouard conseille sur son blog le visionnage d’un « entretien passionnant » entre Thierry Meyssan (écrivain et diffuseur privilégié de théories du complot concernant le 11 septembre 2001) et l’essayiste Alain Soral, connu pour sa vision conspirationniste et violemment antisémite du monde. Ce dernier, qu’il rencontre en chair et en os dans les années 2010, ne va plus cesser d’empoisonner la réputation d’Etienne Chouard : incapable de s’en détacher clairement, le blogueur s’est longtemps montré d’une complaisance incompréhensible avec ce pamphlétaire virulent, condamné par la justice à de multiples reprises pour injures antisémites ou incitation à la haine raciale.

Récusant les propos de Soral concernant les homosexuels et les féministes, Chouard ne le situe pas moins dans L’Express en 2014 comme « à gauche parce qu’il se bat contre les privilèges« , et indique qu’il l’a « rendu sensible » à la problématique du sionisme. Les qualificatifs élogieux pleuvent : « courageux« , « résistant« , « lanceur d’alerte qui proteste contre l’ordre établi« … Comme un renvoi d’ascenseur, Etienne Chouard est alors mis régulièrement en valeur sur Egalité et Réconciliation (E&R), le site internet qui promeut les idées d’Alain Soral. Culture libre, une association dont l’animateur est un responsable local d’E&R, diffuse et commercialise même certaines des conférences de Chouard.

Brouilleur de repères

Iconoclaste ou sulfureux, Etienne Chouard brouille en tout cas tous les repères politiques traditionnels : originellement identifié dans les rangs de la gauche radicale, il s’affiche avec des personnalités de l’autre versant : conférence commune sur les Lumières avec Marion Sigaut, militante d’E&R, en novembre 2012. Proximité avec François Asselineau, candidat souverainiste à la présidentielle de 2017 (Chouard a finalement voté pour Jean-Luc Mélenchon) et fondateur de l’Union populaire républicaine (UPR). Il conseille aussi des lectures pour le moins curieuses aux visiteurs de son blog – notamment les ouvrages du conspirationnistes Antony C. Sutton et du négationniste Eustace Mullins. Chouard défend son éthique politique : la volonté de se situer en dehors des clivages partisans et des critères de respectabilité édictés par le mainstream. « Cela fait douze ans que je travaille, parle en public, réfléchis aux pouvoirs et abus de pouvoir ; que je cherche à mettre un processus constituant qui, à mon avis, doit intégrer tout le monde« , argumente le prof de gestion, bien décidé à n’exclure personne tout en enjambant le clivage gauche-droite.

Proximité de la sphère « dissidente »… d’extrême-droite

Mais il ne s’est pas contenté de discuter : au fil des années, les contacts avec la sphère « dissidente » ont semblé infuser dans les analyses d’Etienne Chouard. Dans un entretien vidéo en 2014, il qualifie l’Union européenne de « projet fasciste« , et applaudit la manière dont Alain Soral « dénonce le colonialisme guerrier du sionisme, explique que le sionisme est un projet colonial, raciste, militaire (…) ».

Ses développements s’apparentent fréquemment au complotisme : on y trouve les mêmes méthodes d’analyse, trouvant dans un grand complot ourdi par les plus riches l’unique explication des malheurs du monde, élaborant des chaînes d’équivalence bancales mais définitives, faisant référence à des faits historiques parfois obscurs (notamment la création de la banque d’Angleterre en 1694) mais considérés comme capitaux… Etienne Chouard a également une manière bien à lui de définir le fascisme : dans un entretien avec le média Internet La Mutinerie, il explique refuser de « lyncher untel ou untel parce qu’il est fasciste, parce qu’il est d’extrême droite« .

D’après lui, on commet une erreur en utilisant le vocable ‘fasciste’ pour « désigner ceux qui ont un avis non conforme sur les étrangers, sur la peine de mort, sur l’avortement, sur la religion catholique, sur la nation. » Les vrais fascistes ? Ce sont « les grands propriétaires, les possédants, les ultra-privilégiés, qui veulent bien de la République quand les élections leur donnent tout le pouvoir. Ils se montrent comme fascistes et d’extrême droite quand ils sentent qu’ils vont perdre les élections. C’est les 1% contre les 99%. C’est ça l’extrême droite. » Une classification qui permet notamment à Chouard de ranger le Parti socialiste dans le camp du fascisme…

A sa manière, Etienne Chouard est parfaitement représentatif des « gentils virus » qui le soutiennent : comme eux, il a construit sa culture politique sur le tas. Sur Internet et dans les livres plutôt que par l’intermédiaire de professeurs dispensant un savoir officiel. Chouard indique avoir dévoré, depuis 2005, plus de 3.500 ouvrages en tous genres. « (…) Je lis beaucoup, dans toutes les directions, tout ce qui touche aux pouvoirs, aux abus de pouvoir et aux institutions : histoire, droit, économie, philosophie politique, sociologie, anthropologie, de la bible à nos jours, tout m’intéresse, pourvu que ça me donne des idées et des forces pour organiser la résistance des êtres humains à tous les systèmes de domination« , écrit-il sur son blog. Tout y passe, et est partagé instantanément et « exposé à l’intérêt et à la critique de [ses] lecteurs« . Résultat : les constructions idéologiques traditionnelles sont totalement brouillées.

Dans cette « culture YouTube« , faite de liberté et de désordre, on a parfois l’impression que tout ce qui se situe en dehors du mainstream est adoubé par principe comme faisant partie du combat pour la démocratie. Ce que résumait ainsi Chouard en 2014 dans L’Express : « Mon curseur politique est simple, c’est celui de la révolution. Celui qui soutient le peuple qui veut se soulever contre ses maîtres est à gauche. A droite, il y a la défense des privilèges. » Philippe Marlière, universitaire de gauche opposé au professeur de gestion, est plus sévère : « Pour Chouard, il suffit de critiquer l’Union Européenne, les banques, la mondialisation, le capitalisme, pour être du bon côté« .

Sentiments mêlés de Ruffin

Dans une longue analyse publiée en 2013, où il était déjà accusé de complaisances avec Etienne Chouard, François Ruffin livrait une lecture similaire, qualifiant la « construction idéologique » du blogueur, bâtie « en accéléré, de bric et de broc, comme tout le monde« , de « bien récente, bien fragile, bien confuse« . « Mon sentiment profond, c’est que tu es comme un adolescent en politique, jugeait alors Ruffin. Tu voles d’émerveillements en indignations. C’est beau, en un sens, ça apporte de la naïveté, de la fraîcheur, de la hardiesse aussi. Mais ça comporte une part d’errance. » Ces errances ont valu de nombreuses excommunications à Chouard, faisant souvent suite à des pressions exercées par des groupes antifascistes. Comme en novembre 2012, où les cinémas Utopia et le Front de gauche annulent la venue du blogueur à une projection, après avoir découvert que le site de Chouard mentionnait dans sa liste de liens le Réseau Voltaire ainsi qu’Egalité & Réconciliation.

Un an plus tard survient la première explication avec François Ruffin, que le fondateur de Fakir a donc relatée sur le site de son journal, qui venait alors de faire la promotion de la pièce de théâtre d’Etienne Chouard, La dette expliquée à mon banquier. Après une première rencontre peu productive en 2009, Ruffin aborde frontalement la question de l’antisémitisme d’Alain Soral avec Chouard, qui se borne alors à répondre que l’auteur de Comprendre l’empire évoque l’antisionisme, refuse de « trier selon les appartenances politiques » et affirme sa volonté de « toucher tout le monde de gauche à droite« . Finalement, Ruffin tiendra encore un dialogue avec Etienne Chouard, sans parvenir à se mettre tout à fait d’accord avec lui, mais indiquant qu’il se sent « davantage son ‘ami’, un peu, pas trop mais un peu, après ces échanges. »

Plus de liens avec Soral depuis 2014

Depuis, le blogueur qui divise s’est-il rangé de ces douteuses fréquentations ? C’est toute la question. D’après le site Conspiracy Watch, la réponse est non. « Non seulement le blogueur n’est jamais revenu sur les multiples théories du complot qu’il a pu diffuser publiquement sur son blog ou dans des interviews mais, le 6 août 2018, Le Média pour tous, la chaîne YouTube récemment lancée par l’ancien collaborateur d’Alain Soral, Vincent Lapierre, mettait en ligne un entretien de 14 minutes avec lui« , relève l’observatoire sur son site, tout en précisant que « Chouard n’a, du reste, jamais pris ses distances avec la nébuleuse antisémite gravitant autour d’Alain Soral et d’E&R » et n’est « jamais non plus revenu sur ses propos élogieux concernant Alain Soral« .

Une assertion quelque peu inexacte. En novembre 2014, Etienne Chouard s’est nettement éloigné du penseur d’extrême droite. Faisant le constat des « accusations violentes » reçues après avoir posté le lien d’E&R sur son blog, le militant écrivait avoir « rapidement compris que [Soral] n’est pas du tout un démocrate« , mais estimait que « une partie de son analyse du monde actuel » lui semblait « utile« . Abordant enfin la question de l’antisémitisme, Chouard regrette que l’injure « antismémite » serve trop souvent « à qualifier tous ceux (même ceux qui ne sont absolument racistes) qui critiquent et condamnent la politique — elle, officiellement raciste et criminelle — du gouvernement israélien« . Mais il se rend enfin à l’évidence, après avoir découvert une vidéo accablante datée de juin 2014, dans laquelle Soral tient « des propos terribles et dangereux« .

Reconnaissant s’être « trompé en publiant un lien sans mise en garde« , Chouard retire le lien d’E&R de son site, dénonçant un « mélange toxique » entre une « lutte légitime et courageuse contre de redoutables projets de domination » et « un sexisme, une homophobie, et maintenant un antisémitisme assumés« . Et aujourd’hui ? A franceinfo, il assure qu’il refuse désormais les invitations d’E&R et a coupé tous les liens avec son leader, tout en objectant : « Le danger pour la société humaine, ça n’est pas Soral ! On n’en a rien à foutre de ces mecs-là, ils ne représentent que des groupuscules ». Il a également publié une nouvelle note de blog ce jeudi 20 décembre, dans laquelle il assure que depuis son billet de 2014, il « ne parle jamais de Soral, absolument jamais, et que, par contre, tous ceux qui [l’]accusent de le fréquenter (ce qui n’est pas vrai), eux, en parlent tout le temps… »

Illustration des clivages de FI

Populaire et controversée, la figure d’Etienne Chouard illustre à sa manière les clivages qui minent la France insoumise en interne. Certains, adeptes d’une stratégie « populiste », estiment que LFI a vocation a s’adresser à des figures qui transcendent son électorat traditionnel de gauche radicale, devenu très minoritaire – sans forcément aller jusqu’à prôner un dialogue régulier avec Etienne Chouard. D’autres, qui défendent plutôt une union de la gauche, sont partisans d’un strict « cordon sanitaire » et jugent que LFI se compromettrait en approchant des figures n’étant pas clairement identifiées sur le spectre politique. Les deux conceptions ont leurs raisons d’être, et également leurs dérives.

A vouloir ratisser trop large pour ne pas s’enfermer à gauche, on court ainsi le risque de s’acoquiner avec des personnalités a priori peu compatibles avec le « nouvel humanisme » défendu par Jean-Luc Mélenchon ; de l’autre côté, en cherchant à excommunier tous ceux qui ne s’identifient pas à la gauche, la base se rétrécit, et ceux qui cherchent à dialoguer avec d’autres reçoivent des anathèmes insensés. Autre lecture possible : François Ruffin, qui donne des gages à l’une ou l’autre des deux options à intervalles réguliers, a tout simplement pris acte du fait que s’agissant du référendum d’initiative citoyenne, Etienne Chouard est devenu en France une référence incontournable. Qu’on l’apprécie ou non.

Voir aussi:

Quand Ruffin cite Chouard, un hommage fâcheux

Rachid Laïreche
Libération
19 décembre 2018

Une scène étrange. Mardi matin, dans une petite salle de presse du Palais-Bourbon, La France insoumise (LFI) a organisé une conférence de presse afin de présenter sa proposition de loi visant à instaurer le référendum d’initiative citoyenne, le fameux RIC. Huit députés sur la petite estrade, parmi eux, François Ruffin. Et l’élu de la Somme, jamais avare d’effet de style, ne s’est pas adressé à la petite poignée de journalistes face à lui, mais à la caméra de son collaborateur. Un discours tourné vers l’extérieur sous le regard de ses collègues insoumis les bras croisés, la mine sérieuse. Une gêne mal dissimulée face à l’envolée Ruffin, digne de ses prestations sur les parkings de Goodyear ou Norauto.

Entre les mots et sa rage contre les politiciens qui se «goinfrent» de «petits fours», le député de la Somme a rendu hommage à Etienne Chouard, le chantre du tirage au sort, qui a porté, bien avant la naissance des gilets jaunes, l’idée de référendum d’initiative citoyenne. Une dédicace qui passe mal. Pour cause : il a été un temps proche d’Alain Soral, qui avait des «positions intéressantes» selon lui, et au passage, il a également répandu quelques théories du complot. François Ruffin connaît la réputation d’Etienne Chouard sur le bout des doigts. En 2013, dans un long papier sur Fakir, il soulignait sa trajectoire à sa manière : «Etienne, tu voles d’émerveillements en indignations. C’est beau, en un sens, ça apporte de la naïveté, de la fraîcheur, de la hardiesse aussi. Mais ça comporte une part d’errance.»

Depuis, plusieurs collègues insoumis tirent la tronche. Notamment Clémentine Autain. «Je suis évidemment en phase avec la proposition pour le RIC mais j’avoue, je n’aurais pas pris en modèle Etienne Chouard. Mais sans doute suis-je trop sensible aux dérives rouge-brun», a-t-elle tapoté sur les réseaux sociaux. D’autres élus LFI se grattent la tête en cachette. Ils évitent de sortir publiquement, pas question de paraître divisés face au «parti médiatique». Au risque de trinquer collectivement ? «C’est vrai que ce n’est pas toujours évident mais tout le monde sait que François a son style et qu’il parle très souvent en son nom», affirme un député.

Ces derniers mois, François Ruffin évite de répondre aux polémiques qui le concernent. Pas cette fois. «J’ai cité Chouard dans mon discours sur le RIC hier. Parce que, objectivement, quel nom revient sur les ronds-points : le sien. […] Ce qui n’ôte rien à nos désaccords, déjà signalés ici, avec force, avec clarté, il y a plusieurs années. Depuis, Chouard a mis fin à ses étranges liens. Alors, doit-on éternellement traiter les hommes en pestiférés ?» a-t-il argumenté sur Twitter.

Résultat : François Ruffin, après avoir assuré que la DGSI a enquêté sur lui et demandé la démission de Macron de manière étrange, crée une nouvelle polémique. Le député de la Somme, au-delà de sa personne, met en porte-à-faux les insoumis en marchant sur un fil brûlant, persuadé que le peuple est derrière lui, au risque de trébucher, et surtout de se perdre en route.

 Voir de plus:

Pour que les choses soient claires
Etienne Chouard
28 novembre 2014

De grands médias et des politiciens de métier sont en train d’essayer de faire de moi un « Soralien », ce qui leur permettrait de discréditer d’un coup, sans argument de fond, la proposition ultra-démocratique de processus constituant populaire que je défends depuis dix ans.

Quels sont les faits ?

Depuis la bagarre de 2005 contre l’anticonstitution européenne, je travaille jour et nuit pour donner de la force à une idée originale d’émancipation du peuple par lui-même et pas par une élite : je soutiens l’idée que nous n’avons pas de constitution digne de ce nom et que, si nous voulons nous réapproprier une puissance politique populaire et nous débarrasser du capitalisme, nous devrons apprendre à écrire nous-mêmes notre Constitution, notre contrat social, en organisant nous-mêmes un peu partout des ateliers constituants populaires. Selon moi, ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir, ce n’est pas aux professionnels de la politique d’écrire ou de modifier la Constitution, qu’ils doivent craindre et pas maîtriser.

Depuis dix ans, donc, je lis beaucoup, dans toutes les directions, tout ce qui touche aux pouvoirs, aux abus de pouvoir et aux institutions : histoire, droit, économie, philosophie politique, sociologie, anthropologie, de la bible à nos jours, tout m’intéresse, pourvu que ça me donne des idées et des forces pour organiser la résistance des êtres humains à tous les systèmes de domination. J’essaie de comprendre comment on en est arrivé au monde injuste et violent qui est le nôtre, et comment on pourrait (réellement) améliorer la vie sur terre. Chaque fois que je déniche un livre, une thèse, une idée, un fait, une preuve, un intellectuel, un texte, une vidéo, ou tout document qui me semble utile pour comprendre les abus de pouvoir et y résister, je le signale sur mon site et on en parle ensemble. Depuis dix ans, ce sont ainsi des dizaines de milliers de liens que j’ai exposés à l’intérêt et à la critique de mes lecteurs.

Sur le plan de la méthode, même si je me sens (de plus en plus) sûr de moi quant à ma thèse radicalement démocratique, je suis pourtant toujours à l’affût des arguments de TOUS ceux qui ne pensent PAS comme moi ; c’est comme une hygiène de pensée, je cherche les pensées contraires aux miennes, autant pour les comprendre vraiment (ce qui facilite ensuite les échanges constructifs avec des adversaires que je considère, malgré notre opposition, comme des êtres humains, donc ipso facto légitimes pour défendre leur point de vue, quel qu’il soit), que pour détecter mes éventuelles propres erreurs. Comme tout le monde, je ne progresse que dans la controverse.

Un jour, il y a trois ans je pense, je suis tombé sur une vidéo de Soral, que je ne connaissais pas, qui m’a intéressé : il y dénonçait le colonialisme raciste du gouvernement israélien et le sionisme comme idéologie de conquête, aux États-Unis mais aussi en France (en s’appuyant sur les livres — bouleversants — d’Israël Shahak, de Shlomo Sand, de Gilad Atzmon et d’autres que nous devrions tous lire, je pense). Pour moi qui travaille sur les abus de pouvoir, il est naturel d’être intéressé par toute étude d’un projet de domination, quel qu’il soit. En regardant un peu son site, j’ai vu qu’il étudiait, condamnait et résistait (comme moi), entre autres, à l’Union européenne, au capitalisme, à l’impérialisme, au colonialisme, au racisme, aux communautarismes, aux multinationales, aux complexes militaro-industriels et aux grandes banques d’affaires, à la prise de contrôle des grands médias par les banques et par les marchands d’armes, au libre-échange et au sabotage monétaire, aux innombrables et scandaleuses trahisons des élites, à toutes les guerres, à toutes les réductions des libertés publiques justifiées par la « lutte contre le terrorisme », etc. Bref, tous ces fronts de résistance étant, à mon avis, des fronts de gauche, et même de gauche radicale et vraie, j’ai ajouté naturellement un lien sur ma page d’accueil vers le site de Soral. Un lien, parmi des milliers — je ne savais pas encore que cela allait faire de moi, en quelques années, un homme à abattre.

Je n’ai pas fait l’exégèse de l’auteur et du site signalés : j’ai juste cité le lien déniché, comptant comme d’habitude sur l’intelligence des gens — que je considère comme des adultes — pour distinguer ce qui y est pertinent de ce qui ne l’est pas, ce qui est bon de ce qui est mauvais. Et puis, je suis passé à autre chose, évidemment ; ma vie est une course permanente d’une idée à l’autre.

À partir de ce moment, j’ai reçu des accusations violentes et des injonctions — souvent anonymes — à retirer ce lien, jugé diabolique. Or, j’ai horreur qu’on m’impose ce que je dois penser ou dire ; je veux bien changer d’avis (j’aime découvrir que je me trompe et progresser en changeant d’opinion), mais il ne suffit pas d’affirmer que je me trompe, même en criant que je suis un fasciste (sic), il faut me le prouver. Et si on veut me forcer à retirer un lien, il y a toutes les chances pour que je m’obstine (bêtement, je sais).

Autre fait qui m’est reproché : depuis 2011, les militants d’E&R relaient souvent mes textes et vidéos sur leur site (documents qui ne parlent que de démocratie, de constitution d’origine populaire, et de gestion commune du bien commun), signe d’intérêt de militants « de droite » pour la vraie démocratie que — en toute logique — je ne prends pas comme une preuve évidente de « fascisme »…  Lorsque je constate qu’un parti ou un journal ou une radio ou un site quel qu’il soit relaie ma prose radicale d’émancipation par l’auto-institution de la société, je ne peux y voir que des raisons d’être satisfait : mon message est universel, il n’est pas réservé à une famille politique ; plus on sèmera des graines de démocratie auto-instituée, un peu partout, sans exclusive aucune, mieux ce sera.

Justement, j’ai observé une évolution qui me semble importante : les jeunes gens qui suivent et soutiennent Soral, et qui étaient assez radicalement antidémocrates quand ils m’ont connu, étaient en fait « anti-fausse-démocratie », mais ils ne le savaient pas encore : ils pensaient (comme tout le monde) que l’alternative politique était 1) capitalisme-libéralisme-« démocratie » (complètement pourri, mafieux, esclavagiste, des millions de morts, à vomir) ou 2) communisme-socialisme-« démocratie populaire » (complètement pourri, un capitalisme d’État, avec police de la pensée, des camps de travail en Sibérie, des millions de morts, à vomir) ou 3) fascisme-« non-démocratie » (violent aussi, mais sans corruption — choix terrifiant, selon moi, évidemment)… Et puis, voilà qu’ils découvrent, en lisant les livres que je signale (Manin, Hansen, Rousseau, Sintomer, Castoriadis, Guillemin…) un régime alternatif, une quatrième voie, une organisation politique dont personne ne nous a jamais parlé sérieusement à l’école ou dans les journaux : la vraie démocratie, sans guillemets, avec une vraie constitution et des vrais contrôles, que nous écririons nous-mêmes, directement parce que entraînés, pour être sûrs de ne pas nous faire tromper à nouveau… Eh bien, je suis sûr (je l’ai ressenti souvent, nettement) que nombre de ces jeunes militants (de droite dure au début par dépit de la corruption généralisée et faute d’alternative autre — processus identique à la naissance du nazisme en Allemagne) sont en train de devenir (ou sont déjà devenus) des démocrates réels. Non pas par magie, mais parce que cette alternative démocratique réelle est à la fois crédible et prometteuse, elle fait vibrer tous les hommes de bonne volonté. Alors, je maintiens qu’il est pertinent et nécessaire de parler avec enthousiasme de vraie démocratie à absolument tout le monde, en étant convaincu qu’un être humain, ça peut changer d’avis 1) si on le respecte en tant qu’être humain, et 2) si ce qu’on lui propose est émancipant, libérateur, puissant, prometteur.

Et puis, quand on me reproche les médias — soi-disant parfois peu fréquentables— par lesquels sont relayées mes graines de démocratie réelle, je réponds que je ne m’identifie pas au média qui me tend son micro, que je reste moi-même quelle que soit la personne à qui je parle, et surtout que je n’ai guère le choix puisqu’AUCUN grand journal ni aucune grande radio de gauche (que j’aime quand même, hein) — ni Là-bas-si-j’y-suis, ni le Diplo, ni Politis, ni Terre-à-terre, dont je parle pourtant souvent, moi, depuis 2005 —, aucun de ces médias n’a jamais relayé / signalé / commenté mon travail, depuis DIX ans (!)… Comme si la démocratie vraie ne les intéressait pas du tout, ou comme si elle leur faisait peur. Il n’y a QUE les militants de base qui m’invitent à venir débattre sur ces questions : l’idée d’un processus constituant qui deviendrait populaire et d’une procédure authentiquement démocratique comme le tirage au sort, ça n’intéresse pas du tout les chefs, même ceux des médias de gauche…

Parmi les faits qui me sont reprochés, il y a aussi une conférence avec Marion Sigaut (que j’ai trouvée bien intéressante, d’ailleurs), sur la réalité du mouvement des « Lumières ». On s’empaille souvent, Marion et moi : on n’est pas d’accord du tout sur Rousseau, sur Robespierre, sur la Vendée, et sur quelques points historiques importants, mais on arrive bien à se parler, tous les deux, malgré nos désaccords, en essayant de comprendre l’autre, d’apprendre l’un de l’autre, en se respectant, ce qui s’appelle une controverse, processus qui est à la base du progrès de la connaissance. Cet échange intellectuel avec Marion, m’a fait découvrir des faits et documents particulièrement importants sur l’Ancien régime — par exemple, le livre passionnant « Le pain, le peuple et le roi » de Steven Kaplan —, et les intrigues fondatrices des « Philosophes » des « Lumières » (riches et marchandes, tiens tiens), pour faire advenir le « libéralisme », c’est-à-dire la tyrannie-des-marchands-libérés-devenus-législateurs qu’on appelle aujourd’hui le capitalisme.

Pour revenir à Soral, j’ai rapidement compris qu’il n’est pas du tout un démocrate, évidemment : il est autoritaire et il défend une idéologie autoritaire, au strict opposé de ce que je défends moi. Je ne veux pas plus de sa « dictature éclairée » que de n’importe quelle dictature, évidemment.

Mais malgré cela, une partie de son analyse du monde actuel (et non pas ses projets de société) me semble utile, objectivement, pour mon projet à moi, de compréhension des abus de pouvoir et de constituante populaire. Donc, pour ma part, je ne monte pas en épingle ce qui me déplaît chez Soral, je prends ce qui m’intéresse (les infos sur les fronts de gauche et sur la résistance au sionisme) et je laisse le reste, comme l’adulte libre de penser et de parler que je suis.

On reproche à Soral un antisémitisme intense et assumé. Pourtant, quand on lui demande « êtes-vous antisémite ? », Soral répond « NON, dans le vrai sens du mot c’est-à-dire raciste ». Et il souligne aussitôt que le mot « antisémite », avec des guillemets, a progressivement changé de sens pour servir aujourd’hui de bouclier anti-critiques (ce que Mélenchon dénonce lui aussi, amèrement, avec raison et courage, je trouve, en appelant cette calomnie systématique « le rayon paralysant du CRIF ») : dans ce nouveau sens, complètement dévoyé, « antisémite » sert à qualifier tous ceux (même ceux qui ne sont ABSOLUMENT PAS racistes) qui critiquent et condamnent la politique — elle, officiellement raciste et criminelle — du gouvernement israélien (critiques d’un racisme qui sont donc un antiracisme). C’est ce nouveau sens seulement que Soral assumait, en martelant, en substance : « j’en ai marre de ce chantage à « l’antisémitisme » et de ces intimidations permanentes de la part d’ultra-racistes qui osent accuser de racisme des résistants à leur racisme ».

Je trouve que ça se défend très bien, si on arrive à tenir le cap de l’humanisme, c’est-à-dire à ne pas devenir soi-même raciste en réaction à un racisme premier : il est essentiel, je pense, de ne pas devenir antisémite en réaction au sionisme : il ne faut surtout pas s’en prendre à tous les juifs au motif que certains sionistes seraient odieux et dangereux.

Or, tout récemment, j’ai découvert dans une publication de Soral des propos terribles et dangereux qui me conduisent à changer d’avis sur la portée du lien que j’ai mis sur mon site.

Dans une vidéo en direct de juin 2014 (1 minute, à partir de 47:54), Soral dit les mots suivants, que je n’avais jamais entendus de lui avant, et qui me choquent tous profondément :

[Bon, j’ai commencé à transcrire, mais j’ai honte de seulement écrire des trucs pareils… Donc, j’arrête. Je vous laisse lire le lien si ça vous chante.]

Je ne peux évidemment pas valider une parole pareille, froidement raciste, sexiste, autoritaire. Je n’avais jamais vu Soral parler comme ça. C’est un peu comme un désaveu, parce que je l’ai entendu maintes fois jurer qu’il n’était pas antisémite.

Alors, je cède, je reconnais que me suis trompé, en publiant un lien sans mise en garde : il y a un risque d’escalade des racismes. Ce mélange de lutte légitime et courageuse contre de redoutables projets de domination (résistance qui m’intéresse toujours et dont je ne me désolidarise pas), avec un sexisme, une homophobie, et maintenant un antisémitisme assumés (qui me hérissent vraiment), ce mélange est toxique. Stop. Et puis, je n’arrive plus à m’occuper de nos ateliers constituants : on nous interpelle sans arrêt sur notre prétendue identification à Soral, et la violence des échanges qui s’en suivent partout me désespère ; j’en ai assez, il faut faire quelque chose pour marquer une différence, une limite : je supprime le lien de mon site vers Soral. Désormais, je ferai le filtre, en évoquant moi-même les auteurs que je trouve utiles, comme Shlomo Sand, Jacob Cohen, Bernard Lazare, Israël Shahak, Gilad Atzmon, Norman Finkelstein, Gideon Levy, Mearsheimer et Walt, Éric Hazan, etc.

En conclusion, j’insisterai sur l’essentiel : à mon avis, tous ces reproches sont montés en épingle de mauvaise foi par les professionnels de la politique pour entretenir une CONFUSION entre les vrais démocrates et « l’extrême droite » ; confusion qui leur permet de se débarrasser des vrais démocrates à bon compte, sans avoir à argumenter.

Post scriptum: si le système de domination parlementaire arrive finalement à me faire passer pour un diable hirsute, infréquentable et banni, ce n’est pas grave, je ne suis qu’une cellule du corps social et je ne cherche absolument aucun pouvoir personnel (je ne perds donc rien d’essentiel si je suis ostracisé par le système, à part le bonheur de bien servir à quelque chose d’utile, que je ressens en ce moment) : prenez alors le relais vous-mêmes ! Notre cerveau collectif survivra très bien à la disparition d’un neurone, changez de nom, et continuez à défendre vous-mêmes, un peu partout et tout le temps, cette idée importante qui va tout changer, mais seulement si on est très nombreux à s’être bien polarisés sur la même idée, simple et forte : ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir, DONC, il ne faut SURTOUT PAS ÉLIRE l’Assemblée constituante ; si on veut une constitution, il faudra l’écrire nous-mêmes et il faut donc, dès maintenant et tous les jours (!), nous entraîner réellement en organisant et en animant partout des mini-ateliers constituants ultra-contagieux.

« Fais ce que tu dois, et advienne que pourra. »

Voir encore:

Pour que les choses soient claires – suite
Etienne Chouard
29 Nov 2014

Quand on s’aperçoit qu’on se trompe, il faut se corriger.

Quand on s’aperçoit qu’on a trop corrigé, ou pas assez, il faut encore se corriger.
C’est un travail qui dure toute la vie.

Ça donne une trajectoire en zig-zag, qui peut suggérer une instabilité ou une fragilité, mais c’est plutôt le résultat d’une honnêteté, et il faut l’assumer : tout ce qui est vivant sur terre se trompe, et se trompe souvent ; et il faut donc s’adapter. Je ne prétends pas, comme les donneurs de leçon qui prétendent avoir définitivement tout compris mieux que tout le monde, avoir trouvé la vérité le premier et ensuite tenir un cap sûr et droit, déterminé à n’en pas changer. Si vous m’accompagnez, préparez-vous à zig-zaguer.

Sur le plan de la pression que je subis, ça devient raide, je vous prie de croire. Je suis là tout seul devant mon clavier, et vous êtes des milliers — des milliers ! — à parler, ou à crier, soit pour féliciter, soit pour condamner, soit pour exiger, soit pour renoncer, mais des milliers c’est inhumain, presque incompréhensible tellement c’est varié et animé de pensées argumentées, contrastées, violemment opposées. Essayer de tous vous contenter, c’est certainement devenir bientôt fou à lier. Je vais donc me retourner sur moi-même, c’est plus simple, et tâcher d’évaluer — isolé — ce que j’ai fait.

J’ai passé des jours et des nuits à préparer le billet d’hier, et il me semble équilibré. Sauf à la fin, où ma conclusion va trop loin, parce qu’elle est, je pense, exagérée. Il fallait exprimer — clairement, fortement — mon opposition farouche aux paroles dangereuses, et peut-être corriger le lien en lui ajoutant un commentaire explicite sur le risque d’escalade des racismes ; mais pas supprimer un lien, ce petit lien, avec toute une communauté (geste trop fort, symboliquement), même pour cause de très mauvaises paroles. En coupant complètement les ponts, je me rends moi-même coupable, précisément, du travers anti-politique que je condamne d’habitude.

Je vous rappelle quelle est ma position sur le racisme et sur « l’antiracisme » :

Je pense (et c’est précisément ce qu’on me reproche, si j’ai bien compris) que, pour servir à quelque chose d’utile, le mot « extrême droite » devrait servir à désigner les ennemis extrêmes du peuple et du bien commun, et PAS « les racistes » ; car les paroles racistes sont un fléau qu’on retrouve partout et elles sont plus une conséquence des problèmes sociaux qu’une cause. J’utilise l’expression paroles racistes car je refuse le mot « raciste » pour désigner une personne, comme si elle n’allait jamais changer d’avis, comme si sa nature c’était d’être raciste, comme si elle n’était plus humaine, inférieure politiquement… Je trouve cette façon de penser précisément… raciste, antipolitique.

La haine de la haine, c’est encore de la haine. En traitant quelqu’un de « raciste », avec haine (et… racisme), en enfermant l’adversaire (à vie) dans ses mauvaises paroles du moment, on s’interdit absolument, selon moi, d’améliorer la situation, aussi peu que ce soit : les accusés vont s’enferrer dans leurs mauvais discours et même se préparer à une guerre. Contre les paroles racistes, je ne vois pas d’autre issue que politique : la vision raciste du monde est une grave erreur d’analyse, une honte au regard de l’humanité, mais ça se démontre, ça ne s’impose pas.

N’oubliez pas que ceux qui ont aujourd’hui des paroles racistes sont des êtres humains. N’oubliez pas que, DONC, ils changent. Peut-être cette personne que vous détestez aujourd’hui (parce qu’elle pense et dit effectivement des horreurs) vous sauvera-t-elle la vie demain. Il ne faut jamais renoncer à l’action politique (qui n’est PAS la guerre sans merci des partis, misérable parodie d’action politique). Il vaut mieux chercher les causes premières du racisme que d’invectiver ceux qui sont aujourd’hui frappés de cette maladie (honteuse).

En plus, quand vous mettez toutes vos forces dans « l’antiracisme » (sic), vous ne mettez plus aucune force dans la lutte contre le capitalisme : contre les 1% « libéraux »-esclavagistes, ni contre leurs « élus » et leurs traîtrises. Donc, ces derniers doivent bien se frotter les mains de « l’antiracisme », ce « confusionnisme politique, sciemment organisé, intellectuellement structuré, qui vise à déplacer la vraie ligne de divergence démocratique majeure entre les héritiers possédants et les dépossédés »…

Et si l’expression extrême droite désigne simplement, comme je pense que nous devrions le décider, la droite extrême, je pense qu’elle est déjà AU POUVOIR en ce moment, et que les chiffons rouges (Soral, Le Pen, etc.) qu’on agite frénétiquement devant nous dans toutes nos discussions servent de LEURRES, qui nous distraient de l’essentiel et qui nous empêchent — littéralement — de penser et de progresser.

Hier, sans m’en apercevoir, je me suis rendu coupable moi-même de cet « antiracisme » qui fabrique une race des « racistes », sorte de sous-hommes à combattre en toute matière pour cause de péché impardonnable, de crime de la pensée : quand on repère une parole raciste, il faut la combattre, bien sûr, en dénoncer fortement le danger, la honte et l’inhumanité, mais pas couper les ponts avec les hommes, pas couper l’humanité en deux catégories (les purs : les non racistes, et les impurs : les racistes), sinon on n’arrivera jamais à faire société : il faut garder confiance dans la politique : les êtres humains peuvent changer, et il faut s’y atteler. Les exclure, c’est y renoncer.

Je vais donc remettre un lien, différent, commenté, vers E&R, que je considère comme un portail utile pour comprendre et résister à certains abus de pouvoir terribles, même s’il est évidemment très critiquable par certains côtés (comme tout le monde) ; je reviens donc à ma position ouverte d’avant-hier, que je tiens depuis des années : il faut que chacun se forge une opinion en adulte, et une vraie démocratie doit laisser une place aux non démocrates. Et pour les ulcérés, faut quand même pas charrier, ce n’est qu’un lien suggéré, pas du tout une identité, une allégeance ou une caution : je ne suis pas « soralien », je cherche à RENDRE POSSIBLE UN MONDE VRAIMENT COMMUN, je ne suis pas « complaisant avec le fascisme » que je combats du mieux que je peux, en conscience, librement, à ma façon, et je vous pense tous libres de penser. Soyez gentils de ne pas tout surinterpréter, tâchez de modérer.

Vous savez maintenant ce que je pense de l’antisémitisme et du racisme : je les considère comme des fléaux, une honte pour l’humanité. Mais je pense que les combattre en traitant les gens de « racistes » comme si c’était leur nature, et en leur coupant la parole (comme on coupe une tête), c’est croire éteindre un incendie en jetant de l’essence sur les flammes.

Je suis désolé de vous mécontenter, ceux d’hier et ceux d’aujourd’hui ; ce ne sont pas les mêmes et je risque fort de tous vous énerver. Je vous demande de me pardonner. Je suis bouleversé, tout noué, mal au bide, comme percé par la violence des mille commentaires qui fusent de toute part chaque jour, comme si je devais ne jamais me tromper, ou comme si, pour m’être trompé, je devais maintenant expier. Vous tous, qui m’aimez ou qui me détestez, vous m’épuisez. Quelque temps, je vais m’éloigner.

Je fais ce que je peux, mais là, je n’en peux plus.

Étienne.

[Edit, 22h30 : j’ai supprimé carrément tous mes liens.]

Voir enfin:

Une mauvaise constitution
qui révèle un secret cancer de notre démocratie
Etienne Chouard
Marseille, le 17 juin 2005

Chers collègues et amis,

Après six mois de réflexion intense, se cristallise une argumentation autour du « traité constitutionnel », à partir de lui mais au-delà de lui, une argumentation qui n’est ni de droite ni de gauche, et qui montre un danger historique pour nous tous, au-dessus de la politique. Pour ces raisons, cette courte argumentation devrait intéresser les citoyens de tous bords.

Il y a six mois, en septembre 2004, j’étais, comme tout le monde, favorable à ce texte sans l’avoir lu, par principe, « pour avancer », même si je savais bien que les institutions étaient très imparfaites. Je ne voulais pas être de ceux qui freinent l’Europe. Je crois vraiment que l’immense majorité des Européens, au-delà des clivages gauche/droite, aiment cette belle idée d’une Europe unie, plus fraternelle, plus forte. C’est un rêve de paix, consensuel, très majoritaire.

Je n’avais pas lu le texte et je n’avais absolument pas le temps : trop de travail… Et puis l’Europe c’est loin, et puis avec tous ces hommes politiques, je me sentais protégé par le nombre : en cas de dérive, il allait bien y en avoir quelques-uns pour nous défendre… et je me dispensais de « faire de la politique », c’est-à-dire que je me dispensais de m’occuper de mes propres affaires.

Déjà des appels s’élevaient contre le traité, mais ils venaient des « extrêmes » de l’échiquier politique et pour cette simple raison, je ne commençais même pas à lire leurs arguments, restant en confiance dans le flot de l’avis du plus grand nombre sans vérifier par moi-même la force des idées en présence.

Et puis soudain, des appels sont venus de personnes non suspectes d’être antieuropéennes. J’ai alors lu leurs appels, sans souci des étiquettes, et j’ai trouvé les arguments très forts. Je me suis mis à lire, beaucoup, des livres entiers, de tous bords, Fabius, Strauss-Kahn, Giscard, Jennar, Fitoussi, Généreux, etc. et beaucoup plus d’articles des partisans du traité parce que je voulais être sûr de ne pas me tromper. Et plus je lis, plus je suis inquiet. Finalement, aujourd’hui, je ne pense plus qu’à ça, je ne dors presque plus, j’ai peur, simplement, de perdre l’essentiel : la protection contre l’arbitraire.

Je continue aujourd’hui à lire toutes les interventions, ceux qui sont pour, ceux qui sont contre, je continue à chercher où est la faille dans mon raisonnement et le présent texte est un appel à réfléchir et à progresser : si vous sentez une faille, parlons-en, s’il vous plaît, tranquillement, honnêtement, c’est très important. Je peux me tromper, je cherche sincèrement à l’éviter, réfléchissons ensemble, si vous le voulez bien.

Je sens que c’est mon rôle de professeur de droit[1] d’en parler un peu plus que les autres, d’en parler à mes collègues, mais aussi à mes élèves, aussi aux journalistes. Je serais complice si je restais coi.

J’ai ainsi trouvé plus de dix raisons graves de s’opposer à ce texte dangereux, et encore dix autres raisons de rejeter un texte désagréable, pas fraternel du tout en réalité. Mais les cinq raisons les plus fortes, les plus convaincantes, celles qui traversent toutes les opinions politiques parce qu’elles remettent en cause carrément l’intérêt d’avoir une réflexion politique, me sont apparues tardivement car il faut beaucoup travailler pour les mettre en évidence. Ce sont ces raisons-là, les cinq plus importantes, sur lesquelles je voudrais attirer votre attention et solliciter votre avis pour que nous en parlions ensemble, puisque les journalistes nous privent de débats publics.

Dans cette affaire d’État, les fondements du droit constitutionnel sont malmenés, ce qui rappelle au premier plan cinq principes traditionnels conçus pour protéger les citoyens.

  1. Une Constitution doit être lisible pour permettre un vote populaire : ce texte-là est illisible.
  2. Une Constitution n’impose pas une politique ou une autre : ce texte-là est partisan.
  3. Une Constitution est révisable : ce texte-là est verrouillé par une exigence de double unanimité.
  4. Une Constitution protège de la tyrannie par la séparation des pouvoirs et par le contrôle des pouvoirs : ce texte-là n’organise pas un vrai contrôle des pouvoirs ni une réelle séparation des pouvoirs.
  5. Une Constitution n’est pas octroyée par les puissants, elle est établie par le peuple lui-même, précisément pour se protéger de l’arbitraire des puissants, à travers une assemblée constituante, indépendante, élue pour ça et révoquée après : ce texte-là entérine des institutions européennes qui ont été écrites depuis cinquante ans par les hommes au pouvoir, à la fois juges et parties.

Préalable : Constitution ou traité ?

Quelle est la juste qualification de ce projet ?

Il faut rappeler ce qu’est une Constitution et pourquoi on entoure son élaboration de précautions particulières.

Une Constitution est un pacte passé entre les hommes et leurs gouvernants. C’est parce qu’ils ont signé ce pacte que les hommes acceptent d’obéir aux lois. C’est par ce pacte que l’autorité trouve sa légitimité. Ce pacte doit protéger les hommes contre l’injustice et l’arbitraire. Les principes dont on va parler servent à garantir que le pacte joue son rôle protecteur et que les hommes pourront le contrôler.

Le projet de Traité établissant une Constitution pour l’Europe (TCE) est exécutoire sans limitation de durée[2], il s’impose sur presque tous les sujets essentiels à la vie des gens[3], sa force juridique est supérieure à toutes nos normes nationales (règlements, lois, Constitution)[4], il met en place les grands pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire) et il en règle les équilibres.

Le projet de TCE est donc, par nature, une Constitution, il fixe « le droit du droit ».

Les débats en cours montrent que ce préalable est au centre des réfutations. Je renforce donc mon affirmation par une citation d’Olivier Gohin, professeur à l’Université de Paris II : « Le nouveau Traité est une véritable Constitution dès lors qu’elle correspond à la définition matérielle de toute constitution : organisation des pouvoirs publics et garantie des libertés fondamentales, avec identification d’un pouvoir constituant (…) la nouvelle Union européenne réunit, dès à présent, les éléments nécessaires de la définition de l’État »[5].

De plus, la primauté du droit européen, même d’un simple règlement, sur l’ensemble du droit des États membres, même sur leur Constitution, est fortement démontrée par plusieurs professeurs d’Université qui tempêtent évidemment contre ce séisme juridique sciemment sous-évalué par le Conseil Constitutionnel (voir les textes de Frédéric Rouvillois et Armel Pécheul, note 4)

Le plus important n’est donc pas, à mon avis, la qualification que les auteurs ont eux-mêmes donnée à leur texte, puisque les principes dont on va parler servent à protéger les citoyens contre des institutions dangereuses : tout texte fondamental qui définit ou modifie les pouvoirs des institutions devrait donc respecter ces principes, quelle que soit sa dénomination officielle.

Est-ce que ce texte à vocation constitutionnelle, donc, offre les garanties qu’on peut en attendre ?[6]

Premier principe de droit constitutionnel : une Constitution est un texte lisible.

Une constitution doit être acceptée, directement, par le peuple qui s’y soumet.

Pour que cette acceptation ait un sens, il faut que le texte soit lisible par le peuple, celui qui va signer (et pas seulement par des experts).

De ce point de vue, le « traité constitutionnel » est long et complexe[7] : 485 pages A4, soit presque une ramette (dans la version compacte actuellement disponible sur le site http://www.constitution-europeenne.fr).

Cette longueur, unique au monde pour une Constitution, se double d’une multiplicité de renvois qui la rendent simplement illisible pour les citoyens de base.

Certains points importants comme la définition des SIEG n’apparaissent pas dans le texte[8].

Des contradictions apparaissent même entre des parties éloignées[9].

Pour illustrer encore la difficulté de lecture de ce texte, on doit relever également, et c’est grave, l’absence de liste des domaines dans lesquels chaque institution peut créer le droit. Ainsi, on ne trouve nulle part (et on peut donc parfaitement ignorer qu’existe) la liste des domaines où le Parlement européen est complètement tenu à l’écart du droit de légiférer (ce n’est pourtant ni banal, ni anodin). Pour connaître cette répartition, il faut scruter les centaines d’articles un à un, en espérant de ne pas en avoir oublié (voir plus loin). Est-ce qu’on peut parler de lisibilité ?

D’autres articles importants, comme l’article I-33 qui institue les « actes non législatifs » (règlements et décisions) qui permettent à une Commission (non élue) de créer sans contrôle parlementaire des normes aussi contraignantes que des lois[10], ne sont pas suivis d’une liste contrôlable.

Cette longueur et cette complexité interdisent la critique pour le commun des mortels[11].

Les 75% d’Espagnols votants qui ont approuvé ce texte, comme les 60% qui se sont abstenus, ne l’ont probablement pas lu : ni les ministres, ni les parlementaires, ni les professeurs, ni les journalistes, ni les citoyens, qui ont tous autre chose à faire : qui a le temps matériel de lire 500 pages A4 ? Il suffit de se poser la question pour soi-même : ce n’est pas différent pour les autres.

Ces citoyens prennent ainsi le risque majeur, pour eux, mais aussi pour leurs enfants et leurs petits-enfants, de découvrir trop tard ce qu’ils ne pourront plus changer.

Il faut évidemment lire et comprendre ce que l’on signe.   Ou bien, on refuse de signer.

Même s’il était simple (et il ne l’est pas), un texte aussi long ne permet pas de le juger avec discernement.

Et pourtant, il faut bien avoir un avis. Comment faire pour avoir un avis sur un texte qu’on ne peut pas lire ? En s’alignant sur « les autres », on se rassure, comme les moutons de Panurge.

Cette longueur est, par elle-même, non démocratique : le débat est réservé aux experts.

Une Constitution est la loi fondamentale, elle est « le droit du droit », elle doit pouvoir être lue par tous, pour être approuvée ou rejetée en connaissance de cause.

Deuxième   principe de droit constitutionnel : une Constitution n’impose pas une politique ou une autre, elle permet le débat politique sans en imposer l’issue

Une Constitution démocratique n’est pas de droite ou de gauche, elle n’est pas socialiste ou libérale, une Constitution n’est pas partisane : elle rend possible le débat politique, elle est au-dessus du débat politique.

À l’inverse, le TCE, en plus de fixer la règle du jeu politique, voudrait fixer le jeu lui-même !

En imposant dans toutes ses parties[12] (I, II et surtout III) des contraintes et références libérales, ce texte n’est pas neutre politiquement : il impose pour longtemps des choix de politique économique qui devraient évidemment dépendre du débat politique quotidien, variable selon la conjoncture. C’est une sorte de hold-up sur l’alternance des politiques économiques.

Notamment, ce texte confirme pour longtemps que l’Europe se prive elle-même des trois principaux leviers économiques qui permettent à tous les États du monde de gouverner :

Pas de politique monétaire : nous sommes les seuls au monde à avoir rendu notre banque centrale totalement indépendante, avec en plus, comme mission principale, constitutionnelle, intangible, la lutte contre l’inflation et pas l’emploi ou la croissance[13]. Aucun moyen n’est accordé aux pouvoirs politiques pour modifier ces missions. On sait pourtant que les politiques anti-inflation­nistes se paient en chômage[14], par un effet presque mécanique. (bien lire la note 14)

Pas de politique budgétaire : le pacte de stabilité[15] enferme les États dans une rigueur budgétaire qui est certes une politique possible, mais qui ne doit pas être la seule ad vitam aeternam. Aucune relance de type Keynésien (grands travaux) n’est plus possible.

Pas de politique industrielle : l’interdiction de toute entrave à la concurrence[16] emporte avec elle l’interdiction d’aider certains acteurs nationaux en difficulté ou fragiles.

C’est une politique de l’impuissance économique décrite par l’économiste Jean-Paul Fitoussi[17] qui est ainsi institutionnalisée, imposée pour longtemps.

À ce sujet, il faut lire la passionnante synthèse de douze économistes contre le TCE[18].

Le projet de TCE infantilise les citoyens d’Europe : il nous prive tous de l’intérêt de réfléchir à des alternatives. À quoi bon continuer le débat politique, en effet, puisque toute alternative réelle est expressément interdite dans le texte suprême ?

Concrètement, si demain, une majorité européenne voulait changer de direction et repasser à un mode d’organisation non marchand, plus solidaire, elle ne le pourrait pas : il faudrait l’unanimité.

Mise à part la constitution soviétique (qui imposait, elle aussi, une politique, le collectivisme), cette constitution partisane serait un cas unique au monde.

Troisième principe de droit constitutionnel : une Constitution démocratique est révisable

Tous les peuples du monde vivant en démocratie peuvent réviser leur pacte de gouvernement.

Le projet de TCE est beaucoup trop difficilement révisable[19] : pour changer une virgule à ce texte, il faut d’abord l’unanimité des gouvernements pour tomber d’accord sur un projet de révision, puis il faut l’unanimité des peuples (parlements ou référendums) pour le ratifier (cela s’appelle la procédure de révision ordinaire).

Avec 25 États, cette procédure de double unanimité est une vraie garantie d’intangibilité pour les partisans de l’immobilisme. Ce texte semble pétrifié dès sa naissance.

Concrètement, si une large majorité d’Européens souhaitent modifier leur loi fondamentale, ils ne le pourront pas. C’est ça qui est choquant, inquiétant.

C’est inacceptable pour une Constitution[20] et ce serait, là encore, un cas unique au monde.

On me répond en mettant en avant le mot « traité » pour prétendre que l’unanimité est normale (ce qui est vrai en matière de traités), mais ça ne tient pas : ce texte, à l’évidence, joue le rôle d’une constitution et l’oxymore « Traité constitutionnel » (assemblage de mots contradictoires) conduit, en jouant sur les mots, à créer une norme suprême trop rigide, trop difficile à réviser.

Curieusement, cette rigidité excessive avoisine une souplesse étonnante à l’occasion d’une autre procédure qui, elle, ne requiert pas l’accord direct des peuples : la procédure de révision simplifiée[21] autorise un des organes de l’Union (le Conseil des ministres) à modifier de sa propre initiative l’un des éléments clefs de la Constitution qui conditionne le degré de souveraineté conservé par les États membres dans tel ou tel domaine (puisque le passage à la majorité fait perdre à tous le droit de blocage)[22].   Ça, c’est grave : cette Constitution est à géométrie variable, mais sans l’aval direct des peuples à chaque variation.

Par ailleurs, pour l’entrée d’un nouvel État dans l’UE, la règle de l’unanimité est une protection, mais ce n’est pas l’unanimité des peuples consultés par référendum qui est requise : c’est d’abord l’unanimité des 25 représentants des gouvernements (dont beaucoup ne sont pas élus, et dont aucun ne l’est avec le mandat de décider sur ce point important), puis l’unanimité des États selon leur procédure nationale de ratification[23]. Seuls les pays qui ont une procédure référendaire, et la France en fait partie, verront donc leur peuple directement consulté.

On dirait vraiment que la volonté des peuples compte peu pour ceux qui les gouvernent.

Quatrième  principe de droit constitutionnel : une Constitution démocratique garantit contre l’arbi­traire en assurant à la fois la séparation des pouvoirs et le contrôle des pouvoirs

L’esprit des lois décrit par Montesquieu est sans doute la meilleure idée de toute l’histoire de l’Humanité : tous les pouvoirs tendent naturellement, mécaniquement, à l’abus de pouvoir. Il est donc essentiel, pour protéger les humains contre la tyrannie, d’abord de séparer les pouvoirs, et ensuite d’organiser le contrôle des pouvoirs : pas de confusion des pouvoirs, et pas de pouvoir sans contre-pouvoirs.

Ainsi le peuple dit : « Toi, le Parlement, tu fais les lois, mais tu ne les exécutes pas. Et toi, le Gouvernement, tu exécutes les lois, mais tu ne peux pas les écrire toi-même. » Ainsi, aucun pouvoir n’a, à lui seul, les moyens d’imposer sa volonté.   Ceci est essentiel.

« D’autre part, si l’un des pouvoirs estime que l’autre a un comportement inacceptable, il peut le révoquer : l’assemblée peut renverser le gouvernement, et le gouvernement peut dissoudre l’assemblée. Dans les deux cas, on en appelle alors à l’arbitrage (élection) du peuple qui doit rester la source unique de tous les pouvoirs. » Il faut que chaque pouvoir ait à rendre des comptes et se sache contrôlé à tout moment.     Ceci est également essentiel.

C’est peut-être ça, la meilleure idée du monde, celle qui libère de la crainte d’un despote.

Même dans le cadre moderne d’une union d’États, on ne voit pas pourquoi ces principes protecteurs de bons sens auraient perdu leur valeur.

L’équilibre entre les trois pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) est cependant difficile à trouver.

Le pouvoir législatif tire une forte légitimité du suffrage universel direct et il est tentant de le rendre plus fort que les autres. Mais une assemblée, même légitime, peut tout à fait devenir tyrannique car le mécanisme de l’élection ne tient absolument pas lieu de contre-pouvoir. Par ailleurs, une assemblée n’est pas nécessairement le meilleur lieu pour décider : des effets de foule ou une certaine dilution de la responsabilité individuelle au moment de décider collectivement peuvent conduire à des excès[24].

C’est pourquoi on prévoit souvent des limites au pouvoir parlementaire malgré la souveraineté qu‘il incarne : on prévoit ainsi souvent deux chambres (système bicaméral) pour que l’une tempère l’autre : en France, c’est le Sénat, élu lui aussi, mais plus âgé, qui joue ce rôle modérateur de l’Assemblée Nationale, modérateur mais sans risque de blocage (en cas de désaccord, c’est l’Assemblée nationale qui a le dernier mot).

Souvent, on prévoit une autre limite importante au pouvoir législatif : il faut pouvoir dissoudre l’assemblée, toujours dans cette optique essentielle des contre-pouvoirs qui responsabilisent les acteurs publics.

Dans le cadre de ces limites (deux chambres et menace de dissolution), le Parlement devrait jouer un vrai rôle législatif, avec l’initiative des lois, la possibilité d’amender les textes dans tous les domaines, un vrai rôle dans la fixation des impôts (c’est un de ses rôles primitifs essentiels : contrôler le poids des prélèvements opérés par l’autorité publique)…

Ce n’est pas exactement ce qui est prévu dans le projet de TCE : le Parlement n’a pas du tout l’initiative des lois[25], ce qui est déjà inacceptable, et son rôle dans le vote du budget, quoique augmenté, reste limité, et surtout il est exclu de la délibération des lois dans certains domaines, réservés au Conseil des Ministres (procédures législatives spéciales[26]).

En fait, c’est peut-être plus grave : j’ai longtemps concentré mon attention sur les lois (actes législatifs), et je suis en train de découvrir avec étonnement les « décisions », (art. I-33, I-35), « actes non législatifs » bien distincts des simples règlements. Il n’y a rien à redire au règlement qui est un texte d’application, comme les décrets et arrêtés en France, qui justifie un pouvoir normatif limité traditionnellement conféré à l’exécutif pour fixer rapidement les simples modalités pratiques de l’applica­tion des lois. Mais les « décisions » sont différentes, elles sont décrites à part[27].

Les « décisions » semblent aussi contraignantes que les lois, elles peuvent avoir une portée générale, mais semblent plus faciles à créer que les lois, moins contrôlées (probablement par la CJE mais pas par une discussion parlementaire). En lisant le texte du TCE, je cherche : qui peut prendre ces « décisions » qui ressemblent à des « lois sans Parlement » ? Le Conseil européen (entre chefs d’États et de gouvernements), le Conseil des ministres et la Commission (tous membres de l’exécutif, au niveau national ou européen, et souvent non élus), et… la BCE. La BCE a le pouvoir de prendre seule des « décisions ». Et qui la contrôle, cette banque centrale ? Quels sont les garde-fous qui existent autour de ces normes élaborées sans discussion parlementaire ?

Il nous reste à faire ensemble l’inventaire (puisque la liste ne nous est pas fournie) des articles du TCE qui permettent (pour l’instant) de produire ainsi des « lois sans parlement » (procédure législative spéciale et actes non législatifs à portée générale). À suivre…

On nous présente donc un « triangle » composé du Parlement qui représente les peuples, du Conseil des Ministres qui représente les États et de la Commission qui représente l’intérêt général (sic).

La Commission est principalement l’émanation du Conseil[28] qui en nomme les membres avec un droit de regard du Parlement qui « élit » même son Président (sur proposition du Conseil). La commission est totalement indépendante, elle ne doit recevoir de consignes de personne, mais elle peut quand même être révoquée par le Parlement à travers une motion de censure et chacun des commissaires peut être « démissionné » par le Président de la Commission.

C’est la Commission qui est en charge de la préparation technique du droit et qui soumet ses propositions au Conseil des Ministres et au Parlement, présentés comme deux organes législatifs.

On présente donc le Conseil des Ministres comme une « chambre haute » qui jouerait le rôle du Sénat, mais c’est inacceptable : d’abord, les ministres ne sont pas élus, mais surtout, ils détiennent dans leur pays le pouvoir exécutif, c’est-à-dire qu’il maîtrisent la force publique qui leur permettra, en rentrant au pays, d’appliquer les règles qu’ils ont eux-mêmes élaborées.

Ce sont donc les mêmes personnes qui créent le droit au niveau européen et qui l’appliquent au niveau national (une fois transposé) : il y a donc ici une évidente confusion des pouvoirs.
Le Conseil des M. est un organe clairement lié à l’exécutif à qui on a confié un rôle législatif.

Avec la non séparation des pouvoirs, c’est un important rempart contre l’arbitraire qui nous échappe. Même si c’est sur un nombre limité de sujets (21 ? qui sait ?), c’est dangereux.

Laurent Lemasson, dans l’article précité[29], fait remarquer, lui, que le Parlement est composé d’une seule chambre, et que le Parlement est irresponsable : personne ne peut le dissoudre. On a vu qu’il est privé de l’initiative des lois, mais il peut révoquer la Commission qui dispose de cette initiative, ce qui donne au Parlement un certain ascendant sur elle pour « suggérer » des propositions. L. Lemasson voit dans cette organisation des pouvoirs un risque de régime d’assemblée (une sorte de tyrannie parlementaire). Cette crainte est sans doute exagérée car la censure n’est possible qu’aux deux tiers des suffrages exprimés et surtout seulement sur la gestion de la Commission, ce qui semble bien exclure la censure politique[30].

On peut concevoir la codécision positivement, comme un contre-pouvoir dans les deux sens : ainsi, le Parlement ne peut pas abuser de son pouvoir, et le Conseil des Ministres non plus. Mais on aurait trouvé plus démocratique un système bicaméral qui mette en jeu, par exemple, une Assemblée des Parlements nationaux ou une Assemblée des Régions, plutôt qu’une « Assemblée des Ministres ».

En plus, cette codécision disparaît quand le Parlement est carrément mis à l’écart d’une série de sujets où les Conseils, la Commission et la BCE créent le droit seuls (comme par hasard ce sont des domaines économiques importants) (Art. III-130-3 : marché intérieur et Art. III-163 et III-165 : règles de la concurrence). Alors ça, c’est choquant parce que, sur ces sujets, il n’y a presque plus de contre-pouvoir : la Commission (qui garde souvent l’initiative) peut-elle être considérée comme une vraie force capable de s’interposer en cas de dérive arbitraire des Conseils (dont elle est si proche) ?

Il semble donc y avoir un vrai problème démocratique dans tous les domaines enlevés au Parlement : ni séparation, ni contrôle. La liste de ces sujets interdits n’existe nulle part, et cette exclusion du Parlement de certains domaines n’est même jamais formulée clairement.[31]

Là où le contrôle des pouvoirs n’existe pas, c’est encore un rempart essentiel contre l’arbitraire qui va nous manquer.

Pour un citoyen qui débarque là sans avoir été conditionné psychologiquement au préalable, c’est choquant. Mais peut-être que je me trompe. Peut-on m’expliquer cet étrange « équilibre » des pouvoirs ? Pour qui a-t-on écrit ce texte ?

En tant que citoyen, on aimerait qu’on nous explique pourquoi cette exclusion existe, sur quels critères on a choisi ces sujets interdits, et pourquoi aucune liste explicite (et donc critiquable) n’a été formulée.

On aimerait aussi savoir qui est réellement responsable de ses actes dans cette organisation européenne, car enfin :

Le parlement n’est responsable devant personne (en dehors des élections dont on a déjà dit qu’elles ne peuvent pas tenir lieu de contre-pouvoir) car il n’y a pas de procédure de dissolution.

Le Conseil européen n’est responsable devant personne au niveau européen (et il faut s’en remettre à la lointaine responsabilité nationale pour mettre en cause ses membres un par un). Le fait qu’il soit évidemment difficile d’organiser cette responsabilité, puisqu’il s’agit des chefs d’État, ne suffit pas à nous rassurer car le résultat est quand même une irresponsabilité au niveau fédéral.

Le Conseil des Ministres n’est responsable devant personne au niveau européen (et il faut encore s’en remettre à la responsabilité nationale pour mettre en cause ses membres un par un). Le fait qu’il soit, là aussi, évidemment difficile d’organiser cette responsabilité, puisqu’il s’agit des ministres dépositaires d’une autre souveraineté populaire que celle de l’Europe, ne suffit pas à rassurer non plus car le résultat est quand même une irresponsabilité là où sont prises les décisions.
Sans compter que la mise en œuvre de cette responsabilité paraît aussi compliquée qu’illusoire.

La Cour Européenne de Justice (CJE), non élue, dont les juges dépendent directement des exécutifs qui les nomment (ça c’est fou), est aussi hors de contrôle (parlementaire ou citoyen), (c’est souvent le cas mais avec des juges vraiment indépendants) et sans recours, malgré les pouvoirs immenses dont elle est dotée à travers l’interprétation de tous les textes et l’arbitrage de tous les litiges.   Démocratiques, ces institutions ?   (À lire : [32]).

La Banque Centrale Européenne (BCE), non élue, rigoureusement indépendante des pouvoirs publics, est également hors de contrôle, donc irresponsable, malgré l’influence considérable de ses décisions sur la vie quotidienne des 450 millions d’européens (voir plus haut).

C’est quand même consternant cette impression d’irresponsabilité générale, non ?
Est-il si urgent de signer un texte pareil ?

La commission, finalement, est la seule qui risque quelque chose[33] : la censure globale par le Parlement, d’une part, (mais seulement aux 2/3 ce qui est beaucoup, et seulement pour sa « gestion », ce qui rend peut-être la censure théorique), et d’autre part la démission individuelle d’un commissaire qui peut être exigée par le Président de la Commission.

Mais la Commission est-elle réellement le siège du pouvoir ? Là-dessus, les avis sont partagés, mais compte tenu du tableau d’ensemble, j’aurais tendance à penser comme Yves Salesse[34] que le vrai pouvoir est détenu par le Conseil des Ministres (irresponsable) et que la Commission fait écran, une sorte de « fusible politique », un bouc émissaire commode qui permet aux ministres de créer le droit tout en disant « C’est pas moi, c’est elle, et je n’y peux rien, je ne peux pas la forcer : elle est indépendante… ».

La Commission est cependant un lieu de pouvoir important. Exemple : le commissaire chargé du commerce international, par le mandat qu’il a reçu une fois pour toutes, est le représentant unique de l’Union dans toutes les négociations internationales (OMC et autres). À lui seul, cet homme concentre donc un pouvoir vertigineux. C’est à ce titre qu’il négocie l’AGCS (Accord général sur les services, gigantesque projet de dérégulation[35], version mondiale de la directive Bolkestein) au nom de tous les Européens, mais dans le plus grand secret : il ne rend aucun compte au Parlement des négociations qu’il mène sur un accord qui va pourtant profondément changer la vie de tous les Européens, et le Parlement ne peut pas lui imposer de rendre des comptes[36].

On peut donc déjà observer des signes tangibles d’une dérive de type tyrannique. Et le « traité constitutionnel » verrouille pour longtemps un déséquilibre institutionnel qui le permet.

La commission peut être censurée par le Parlement, mais seulement à la majorité des deux tiers, ce qui signifie que la Commission peut gouverner 450 millions de personnes avec l’accord d’un tiers seulement du Parlement.

Même le mode de scrutin (par liste) garantit aux leaders des partis leur place au Parlement sans aucun risque, ce qui rend plus théorique la responsabilité de ces élus au moment des élections.

Tous ces pouvoirs sans contrôle réel, cette irresponsabilité générale… Où est la démocratie ?
Où sont les garde-fous contre l’arbitraire ?

Il paraît que, depuis vingt ans, les manuels scolaires des étudiants en sciences politiques appellent ça pudiquement le « déficit démocratique » de l’UE. Un terme bien anodin pour désigner en fait un abandon des peuples, trop confiants en ceux qu’ils ont désignés pour les défendre.

Il me semble que toutes les conversations des citoyens de base devraient en ce moment analyser point par point ce recul de la démocratie : dans les institutions européennes, les organes de l’Union semblent être presque tous irresponsables, la volonté des peuples semble compter peu pour les gouvernants, et une certaine politique économique est imposée pour longtemps.

Comment les analystes et commentateurs peuvent-ils glisser là-dessus comme si c’était secondaire ? C’est l’Europe à tout prix ? N’importe quelle Europe ? Même non démocratique ?! On n’a pas le droit d’en parler sans être qualifié d’antieuropéen ?

L’argument selon lequel « c’est partout pareil » ne me rassure pas mais m’inquiète plus encore : pendant que la plupart des citoyens négligent la démocratie, hypnotisés par la pub, le foot et la télé, d’autres s’en occupent activement, et discrètement, on voit comment.

On nous dit : « ce texte est meilleur qu’avant, il faudrait être idiot pour refuser de progresser ». C’est masquer qu’avec ce texte, on ne ferait pas que progresser : on figerait, on bloquerait, on entérinerait, on renforcerait, on donnerait une caution populaire aux textes qui s’en sont dispensés jusque-là, (à l’exception de Maastricht pour la France), on voit pour quel résultat.

Même mieux qu’avant, le texte proposé est dangereux. Montesquieu se retourne dans sa tombe.

Triste paradoxe que ces peuples qui accepteraient eux-mêmes le recul de la démocratie, c’est-à-dire des différents remparts qui les protègent de l’injuste loi du plus fort.

On voudrait nous faire croire que tous ces défauts trouvent une juste compensation dans des avancées spectaculaires :

Par exemple, ceux qui claironnent la naissance d’un référendum d’initiative populaire à l’initiative d’un million de citoyens[37] n’ont pas bien lu : le traité ne définit qu’un triste droit de pétition sans aucune force contraignante pour la Commission qui n’est qu’invitée à réfléchir et qui peut parfaitement jeter la proposition à la poubelle sans même devoir se justifier[38].

Un lecteur vient de m’envoyer la Constitution du Venezuela. J’y ai trouvé des exemples académiques (vivants) de démocratie authentique : ainsi l’article 72 qui permet à 20 % des électeurs inscrits de demander, et à 25 % de provoquer, la révocation de n’importe quel élu et le rappel aux urnes. Il faut un certain courage politique et un réel souci démocratique, je trouve, pour exposer ainsi à tout moment son propre pouvoir à la censure citoyenne. L’instabilité est évitée car cette révocation d’initiative populaire n’est possible qu’après un demi mandat et une seule fois par mandat. Cette procédure a déjà fonctionné plusieurs fois sans semer le trouble. D’autres référendums d’initiative populaire sont également prévus pour créer ou supprimer des lois. On est bien loin, en Europe, d’une telle responsabilité politique des acteurs institutionnels, aussi bien au niveau national qu’au niveau de l’Union. L’article I-47.4 du TCE est bien affligeant.

De la même façon, les beaux principes généraux et généreux, répétés partout, sur toutes les radios, les télés, les journaux, tout au long des spots officiels, sont en fait en recul par rapport à notre droit actuel[39]. Par ailleurs, leur force contraignante est extrêmement controversée parmi les plus grands juristes, qui expriment les plus vifs désaccords sur ce point[40].

Partout, ce texte est en trompe-l’œil et masque une maladie mortelle de la démocratie : progressivement et subrepticement, en affirmant le contraire sans vergogne, les exécutifs nationaux, de droite comme de gauche, à l’occasion de la naissance de l’Europe, sont en train, en cinquante ans, de s’affranchir du contrôle parlementaire là où ils en ont le plus besoin (en matière économique), et d’une façon plus générale de toute responsabilité réelle de la plupart de leurs décisions politiques.

Cinquième  principe de droit constitutionnel : une Constitution démocratique est forcément établie par une assemblée indépendante des pouvoirs en place

Une Constitution n’est pas octroyée au peuple par les puissants. Elle est définie par le peuple lui-même, ou par des représentants choisis pour cette tâche précise, précisément pour se protéger de l’arbitraire des puissants.

À l’inverse, les institutions européennes ont été écrites (depuis cinquante ans) par les hommes politiques au pouvoir qui sont donc évidemment juges et parties : de droite comme de gauche, en fixant eux-mêmes les contraintes qui allaient les gêner tous les jours, ces responsables ont été conduits, c’est humain mais c’est aussi prévisible, à une dangereuse partialité.

C’est, là encore, un cas unique au monde, pour une démocratie.

Et on observe les résultats comme une caricature de ce qu’il faut éviter : un exécutif complètement libre de ses mouvements sur des sujets économiques choisis, presque tous les organes de l’Union irresponsables à leur niveau de décision, une apparence de démocratie avec des trompe-l’œil partout, de petits progrès montés en épingle, mais un recul réel des garanties contre l’arbitraire.

La seule voie crédible pour créer un texte fondamental équilibré et protecteur est une assemblée constituante, indépendante des pouvoirs en place, élue pour élaborer une Constitution, rien que pour ça, révoquée après, et respectant une procédure très publique et très contradictoire[41] (en droit, le mot « contradictoire » signifie que les points de vue opposés doivent pouvoir s’exprimer totalement).

C’est aux citoyens d’imposer cette procédure si les responsables politiques tentent de s’en affranchir.

La composition assez variée et riche en personnalités de grande valeur de la Convention Giscard n’est pas un argument satisfaisant : on reste à mille lieues d’une assemblée Constituante : ses membres n’ont pas été élus avec ce mandat, ses membres n’étaient pas tous indépendants des pouvoirs en place, et surtout ses membres n’avaient pas les pouvoirs pour écrire un nouveau texte, équilibré et démocratique : ils ne pouvaient que valider, compiler (et légèrement modifier) les textes antérieurs écrits par des acteurs à la fois juges et parties[42].

De plus, la réécriture du texte, encore par les gouvernants au pouvoir, pendant une année après que la Convention a rendu sa proposition, est encore une énormité d’un point de vue constitutionnel[43].   Ce n’est pas au pouvoir en place d’écrire le droit du droit. L’État n’est pas le peuple.

En établissant une Constitution par voie de traité, procédure beaucoup moins contraignante qu’une lourde assemblée constituante, (publique, longuement contradictoire et validée directement par le peuple), les parlements et gouvernements, de droite comme de gauche, ont fait comme s’ils étaient propriétaires de la souveraineté populaire, et ce traité, comme les précédents, peut s’analyser comme un abus de pouvoir : nos élus, tout élus qu’ils sont, n’ont pas reçu le mandat d’abdiquer notre souveraineté. C’est au peuple, directement, de contrôler que les conditions de ce transfert, (à mon avis souhaitable pour construire une Europe forte et pacifiée), sont acceptables.

Je respecte profondément, bien sûr, tous les membres éminents de la Convention, mais je crois simplement qu’ils n’avaient pas mandat pour faire ce qu’ils ont fait.

On est d’ailleurs sidéré de voir de nombreux acteurs politiques de premier plan qui osent regretter tout haut que le TCE ait été soumis à référendum, en soulignant que tout ça aurait été moins compliqué et moins incertain avec le Parlement qui aurait voté ça comme un seul homme, sans même rien lire peut-être[44]Que valent les peuples pour nos élites ?

À propos, les nombreux gouvernements qui ont fait ratifier ce texte par leur Parlement national[45], plutôt que par leur peuple (référendum), signent une véritable forfaiture : les peuples de ces pays sont ainsi privés à la fois du débat et de l’expression directe qui leur aurait permis de résister au recul démocratique qui les expose à l’arbitraire.

Quel moyen reste-t-il à ces citoyens pour résister à cette confiscation de leur souveraineté ?[46]
Il y a une solution plus pacifique que l’émeute : un Non ferme et résolu du peuple français.

Ce mépris des peuples et de leurs choix réels est très révélateur du danger qui grandit dans la plus grande discrétion : nos élites, de droite comme de gauche, se méfient de la démocratie et nous en privent délibérément, progressivement et insidieusement.

Conclusion

Le TCE paraît donc dangereux à plusieurs titres. Que m’a-t-on répondu pour l’instant ?
(Pardon pour les arguments encore oubliés, mais c’est un travail immense de compiler tout ça.)

Pour calmer mes craintes, on me parle de progrès, mais à la vérité tout est dans la référence qu’on prend pour évaluer le progrès : car en effet, si l’on prend la situation de Nice (que je tiens pour déplorable sur le plan démocratique), c’est effectivement « mieux », c’est un « progrès », et on comprend donc pourquoi on se réfère à ce texte pour nous vendre le TCE.

Mais si je me réfère à la démocratie nationale que je perds au profit de la « démocratie européenne » que je gagne, c’est objectivement un recul qu’on me demande d’entériner : recul sur la responsabilité des actes quotidiens de tous les pouvoirs, recul sur le contrôle du pouvoir exécutif sur ses (x) domaines réservés, recul sur les droits fondamentaux et surtout recul sur la politique économique imposée, très probablement cause du chômage endémique et de la croissance molle en Europe, et imposée clairement pour longtemps.

Or je rappelle que c’est la première fois en cinquante ans qu’on me demande mon avis : en tant que citoyen, je ne suis donc pas cosignataire de Nice, ni des traités précédents. À Maastricht, on m’interrogeait sur la monnaie et les contraintes économiques, si je me souviens bien, pas ou peu sur l’équilibre et le contrôle des pouvoirs. Et pour les contraintes économiques (les critères de convergence), on s’était bien promis de faire le bilan. A-t-on fait ce bilan ? A-t-on de bonnes raisons d’être satisfaits des performances économiques de ces institutions pourtant à vocation plus économique que politique ? Relire Fitoussi et Généreux.

Pourquoi n’aurais-je donc à juger que du petit différentiel qui sépare Nice du TCE ?

Pourquoi n’aurais-je pas mon mot à dire (« moi », citoyen de base, évidemment) sur l’ensemble de ce fantastique coup de force des exécutifs nationaux, depuis cinquante ans, sur le contrôle citoyen des politiques menées ?

Je ne vois pas pourquoi il faudrait que le texte soumis au vote soit artificiellement circonscrit aux quelque 50 articles nouveaux du TCE.

Quand je vois d’éminents experts prétendre qu’il n’y a que 60 pages à juger, 50 petits articles de rien du tout, prétendre que le reste existe déjà et se trouve donc hors du sujet, pas soumis au référendum, quand j’entends ça, je me dis, et j’ai l’impression que je ne suis pas tout à fait seul, qu’il est temps de se réveiller.

Si on refuse cette vue d’ensemble dont je parle, si cette période de cinquante ans est sacrée, promue intouchable, irréversible, si on impose Nice comme référence, alors, effectivement, le TCE est un « bon texte » puisqu' »on progresse« , mais il ne vous apparaît pas qu’il manque une petite partie de la démonstration ? qu’on nous impose ainsi de valider un chemin qui n’est pas bon ?

C’est vrai que c’est sans doute une erreur (pour ceux qui construisent cette Europe peu démocratique)  d’avoir qualifié le texte de Constitution (ils nous ont mis la puce à l’oreille), et une autre erreur d’avoir proposé le texte par référendum à ces râleurs arrogants que sont les français, mais pour nous, citoyens, j’ai bien l’impression que ces deux erreurs nous donnent une chance historique, celle de voir plus clairement le danger et d’enfin résister.

Il y a quand même un progrès incontestable dans ce traité… C’est la nouvelle possibilité qui est offerte de s’échapper du piège : Article I-60-1 : « Le retrait volontaire de l’Union Tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union. ». Ce droit actuellement n’existe pas, ce qui fait du rejet du texte un enfermement dans un autre piège, celui de Nice. C’est gai…

Finalement, ce « traité constitutionnel » est un révélateur qui met en lumière ce qui se décide sans nous depuis longtemps.

D’une certaine façon, le loup est sorti du bois et les citoyens peuvent enfin voir le danger, et résister.

Une des grandes erreurs, probablement, c’est de faire passer l’économique avant le politique, c’est de renoncer à la possibilité d’agir, c’est de s’en remettre aveuglément aux marchés, c’est de confier la barre aux économistes alors qu’ils devraient rester dans les soutes pour faire tourner le moteur (c’est Bernard Maris, dans son savoureux antimanuel d’économie, qui le suggère en souriant).

En prônant la liberté comme une valeur supérieure, au lieu de la fraternité, en institutionnalisant la compétition, la concurrence, au lieu de la collaboration et l’entraide, en l’imposant dans le texte suprême à travers le dogme de la concurrence absolue, et finalement une morale du « chacun pour soi et contre tous », en détruisant la régulation par l’État, gardien de l’intérêt général, pour instaurer la régulation par le marché, somme d’intérêts particuliers, les économistes néolibéraux s’en prennent aux fondements de la démocratie pour, tout compte fait, affranchir les principaux décideurs économiques de tout contrôle.

La dérégulation systématique menée en Europe (par ses institutions, par sa politique et par le verrou de la Constitution non révisable), et plus généralement sur la terre entière (OMC, AGCS, ADPIC) est un recul de la civilisation, un retour vers la barbarie de la loi du plus fort[47].

Par optimisme, par crédulité, par indifférence, les peuples modernes laissent s’affaiblir leur bien le plus précieux, très rare sur cette planète, celui qui conditionne leur sérénité quotidienne : les différentes protections contre l’arbitraire des hommes forts, depuis le cœur des entreprises (droits sociaux) jusqu’à la patrie (institutions démocratiques contrôlées et révocables).

La démocratie n’est pas éternelle, elle est même extrêmement fragile. En la croyant invulnérable, nous sommes en train de la laisser perdre.

Même après le refus de ce texte-là, il faudra se battre pour la garder, et continuer à militer pour imposer à nos représentants de construire une autre Europe, simplement démocratique.            Je n’ai pas d’alternative toute prête, peut-être d’autres en ont-ils.
Sinon, il faut l’imaginer et la construire.

Ce texte fondateur en trompe-l’œil est présenté aux citoyens à travers un débat lui aussi en trompe-l’œil[48].

De nombreux journalistes, en assimilant les opposants au texte à des opposants à l’Europe, font un amalgame malhonnête : la double égalité « Oui au traité=Oui à l’Europe, Non au traité=Non à l’Europe » est un mensonge insultant, une inversion de la réalité, un slogan trompeur jamais démontré, fait pour séduire ceux qui n’ont pas lu le traité et qui n’ont pas étudié les arguments, pourtant forts, de ceux qui s’opposent à ce traité précisément pour protéger la perspective d’une Europe démocratique.

Les journalistes sont un rempart essentiel, moderne, pour protéger la démocratie. Montesquieu ne pouvait pas prévoir l’importance capitale qu’ils allaient prendre, mais c’est certain : le pouvoir immense des journalistes mériterait lui-même un vrai contre-pouvoir (de ce point de vue, on peut sûrement se demander si on ne commet pas une grave erreur en laissant acheter et vendre les médias comme de simples marchandises) et leur responsabilité est ici historique.

Plus de 70% des temps de parole pour le Oui, moins de 30% pour le Non, tout un attirail qui ressemble à une propagande d’État, et ces questions bienveillantes quand on questionne un partisan du Oui, ces questions malveillantes quand on questionne un partisan du Non

Est-ce que ce projet est honnête pour nécessiter tant de ruses ?
Consulter le dossier très riche en détails : http://www.acrimed.org/article1950.html

C’est, pour l’instant, l’Internet qui est le média le plus démocratique, non censuré, le meilleur outil pour résister. Si ce message vous semble utile, diffusez-le vite dans vos propres réseaux et au-delà de l’Internet, sur papier.

Conseil aux partisans du TCE (je ne peux pas les aider, je n’ai pas trouvé moi-même les arguments qui leur manquent ;o) : pour rassurer ceux qui sentent un grand danger dans le TCE, c’est une mauvaise réponse de souligner ce qui est bon dans le TCE : ça ne suffit pas à rassurer, évidemment. On ne signe pas un texte s’il contient ne serait-ce qu’une seule ligne inacceptable, quand bien même il contiendrait par ailleurs monts et merveilles. Et ce traité comporte de nombreux points inacceptables.

Il faut donc plutôt démontrer qu’il n’y a pas de raison de s’inquiéter, par exemple que chaque organe de l’Union est pleinement responsable de ses actes (au-delà du simple mécanisme électoral) dans toutes les phases de création du droit, que les politiques économiques ne sont pas aussi encagées qu’il y paraît, que les volontés à venir des peuples européens ont toutes les garanties d’être respectées… Cette démonstration devra bien sûr s’appuyer sur le texte plutôt que sur des incantations ou des imprécations injurieuses.

Quant aux opposants au traité, ils ne convaincront vraiment ceux qui, pour l’instant, votent oui en se bouchant le nez faute de mieux (il y en a tant…) qu’en proposant une alternative crédible, une perspective plausible.

La masse des messages que je reçois tous les jours a une unité, une cohérence, une force : quel que soit le bord politique (et ça vient vraiment de partout), le sentiment général est fondamentalement proeuropéen et exigeant sur la démocratie et le respect de la volonté des peuples. Et il y a beaucoup d’humanité et de générosité dans ces messages (à part les affreux qui m’insultent, mais ils sont rares).

J’y vois un socle (ou un germe de socle) pour que les politiques professionnels se ressourcent, se regroupent différemment, modifient leurs programmes, et imaginent un projet pour l’après non, une vraie Europe pour les hommes, pas pour les États.

On a bien deux ou trois ans pour rallier nos frères européens et engager cet élan partout, n’est-ce pas ? Et si c’était les peuples d’Europe qui réclamaient fermement aux partis politiques cette refondation démocratique, en partant de la base, communiquant à travers le net pour se passer le mot sans forcément respecter les clivages des partis ? On peut rêver…

Je prends conscience, en effet, que ce sont les États (ou leur personnel politique ?) qui ne veulent pas de l’Europe et qui refusent les transferts de souveraineté.

Ne faut-il pas commencer par le commencement : demander aux 25 peuples s’ils veulent s’unir pour créer une République européenne ? Puis engager, seulement avec les pays qui le veulent, un vrai processus constituant, organisé par les pouvoirs en place mais indépendant d’eux ?

On peut y réfléchir, non ?

J’ai entendu à la radio, il y a quelques semaines, une phrase qui a fait mouche, qui depuis résonne sans cesse dans ma tête et qui me change.   Elle dit : on ne naît pas citoyen : on le devient.

Étienne Chouard, Trets (Marseille).
Texte mis à jour le 17 juin 2005.

Je répète ici que je n’ai absolument aucune autorité pour expliquer le droit communautaire que je découvre en ce moment, pas à pas (de surprise en surprise).

Post scriptum (3 & 12 avril 2005) :

Ce texte a un succès inattendu et il a déjà suscité des milliers de réactions. Des centaines de messages me parviennent chaque jour, presque toujours enthousiastes, parfois critiques, ce qui m’a permis de progresser. Certaines questions, des doutes aussi, reviennent dans les messages et je voudrais ici, d’un mot, y répondre pour anticiper les prochaines.

Je suis professeur de droit, d’économie et d’informatique, en BTS, dans un lycée de Marseille, j’ai 48 ans, quatre enfants, je n’appartiens à aucun parti, syndicat ou association. Dans ma vie, j’ai fait beaucoup plus de parapente que de politique où je suis vierge, un débutant absolu qui s’est « réveillé » il y a six mois, et où je ne ferai pas de vieux os (le vol libre est une drogue dure qui me rappellera vite à elle).

Je ne suis donc le « sous-marin » de personne (question marrante reçue récemment).

Je suis un simple citoyen, « de base »… :o)

J’ai reçu des propositions de publication sur des sites ou dans des revues que j’ai acceptées sans contrôler que la CIA ou le KGB n’agisse en sous-main. De nombreux sites ont déjà publié des liens vers ce texte, parfois sans m’en parler, et ils font bien.

Je voudrais anticiper sur les probables calomnies à venir, à base d’étiquetage politique hâtif en vue d’un discrédit facile. Je ne suis pas un homme politique, je n’aspire pas à le devenir, je ne prétends pas non plus être juriste pour imposer mon point de vue de façon prétentieuse mais pour expliquer ma démarche, d’ailleurs je ne suis pas vraiment juriste, j’ai surtout une formation de juriste, ce n’est, de toutes façons, pas important car je voudrais que le débat reste concentré sur le fond des problèmes sans dériver sur de stériles et parfois malveillantes querelles de personne ou procès d’intention dont les commentateurs politiques ont le secret

Ne me rendez pas non plus responsable de tout ce que devient ce document, de toutes les prévisibles récupérations et déformations. Chacun comprendra qu’il m’échappe et vit sa vie tout seul… :o)

Je ne cherche à manipuler personne : je me trompe peut-être dans mon analyse, j’attends simplement qu’on me le démontre et un débat respectueux est toujours fertile : « de la discussion jaillit la lumière » me disait mon père quand j’étais petit.

S’il vous plaît, fiez-vous surtout aux idées et arguments, abordez le débat comme si votre interlocuteur était de bonne foi, sans noires arrière-pensées, et ne vous laissez pas polluer l’analyse par des considérations parasites.

Ce débat important appartient au commun des mortels, c’est la beauté de la démocratie, ne le laissez pas confisquer par les experts. Lisez, réfléchissez et prenez la parole sans complexes   :o)

Ne me reprochez pas les erreurs éventuelles comme si j’étais malhonnête : elles sont prévisibles, prévues, et pas du tout définitives si on recherche sincèrement à identifier les vrais enjeux de ce traité : admettez que la tâche est rude avec ce texte complexe et sibyllin, et qu’on est beaucoup plus forts à plusieurs pour affiner une critique qui deviendra (peut-être) finalement irréfutable.      

Enfin, vous avez compris que ce texte évolue, s’améliore, au gré de vos contributions, il est donc daté. Pour le faire circuler, envoyez donc de préférence un lien vers le site, plutôt qu’un document pdf figé, pour être sûr que ce soit la version la plus récente qui circule.

J’exprime ici un chaud merci aux milliers de personnes qui, c’est émouvant je peux vous dire, m’ont exprimé leur enthousiasme depuis que j’ai lancé cet appel au débat comme on jette une bouteille à la mer. Je voulais un débat, je suis servi :o)

Merci aussi à tous ceux qui, profondément en désaccord avec mes analyses iconoclastes, m’ont écrit des mails splendides, très argumentés, respectueux et comprenant ma crainte sans pourtant la partager. Ces interlocuteurs de toutes origines me font beaucoup progresser, je change, j’essaie de leur répondre individuellement mais je n’y arrive plus comme je voudrais, je dois avoir 1 500 mails de retard (4 000 à la mi mai)…
Ne m’en veuillez pas, c’est juste impossible, vous êtes trop nombreux.

Merci à tous pour votre écoute attentive et bienveillante :o)

ÉC
BIBLIOGRAPHIE

Parmi les livres et articles que j’ai lu depuis six mois, tous profondément proeuropéens, certains aident particulièrement à se forger une opinion construite et solidement argumentée sur ce texte complexe, et plus généralement sur la construction européenne et la dérégulation mondiale :

  • Raoul Marc Jennar, docteur en sciences politiques, chercheur pour le compte de l’ONG OXFAM, « Europe, la trahison des élites», 280 pages, décembre 2004, Fayard : pour un réquisitoire rigoureux et passionnant. Une étude consternante des rouages européens et des dérives foncièrement antidémocratiques de cette Europe qui ment tout le temps. Comment la défense des intérêts privés des grands groupes a d’ores et déjà pris la place de celle de l’intérêt général. Les chapitres sur l’OMC, l’AGCS et l’ADPIC sont absolument é-di-fiants. Un livre essentiel, à lire d’urgence.
    Tous les journalistes, par exemple, devraient avoir lu ce livre.
  • Laurent Lemasson, diplômé de l’IEP de Paris, docteur en droit public et sciences politiques, chargé de cours à l’ESSEC, a écrit un article captivant « Constitution européenne : l’Europe y trouve-t-elle son compte ? », 15 déc. 2004 : une lectrice m’a envoyé cette référence il y a quelques jours et je pense que c’est l’analyse la plus finement argumentée, la plus pénétrante qu’il m’ait été donné de lire sur la question de l’équilibre et du contrôle des pouvoirs. À lire absolument, ça va vous passionner. C’est sur le site le d’institut Thomas More : http://www.institut-thomas-more.org/showNews/24.
  • À 15 jours du scrutin, un jeune homme vient d’écrire un argumentaire, passionnant, serré, convaincant qui s’intitule « témoignage d’un revenu du oui, suivi d’un inventaire d’arguments inédits en faveur du Non », par Thibaud de La Hosseraye. C’est à http://www.ineditspourlenon.com/.
  • « Douze économistes contre le projet de constitution européenne », par Gilles Raveaud, docteur en économie et enseignant (Institut d’études européennes, Université Paris VIII, et onze autres : une analyse remarquable, très argumentée, du projet actuel de l’Union, plus économique que politique, à lire :
    http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=2231 et http://econon.free.fr/index.html
  • Paul Alliès, « Une constitution contre la démocratie ? Portrait d’une Europe dépolitisée », 223 pages, mars 2005, Climats : ce professeur de sciences politiques à l’Université de Montpellier I rappelle d’abord les fondements de la démocratie, parmi lesquels un authentique processus constituant, et explique ensuite que le projet de TCE interdit à l’Europe de devenir une véritable puissance politique, sonne le glas d’un gouvernement économique et plus grave encore, d’un fonctionnement démocratique.
  • Stéphane Marchand, « L’Europe est mal partie », 361 pages, février 2005, Fayard : ce journaliste au Figaro a un style agréable à lire, il nous raconte l’Europe politique d’une façon vivante, il défend une Europe des cercles. Un livre optimiste malgré son titre, vraiment intéressant.
  • « La nouvelle Union européenne. Approches critiques de la constitution européenne », 182 pages, avril 2005, éd. XF de Guibert. Sous la direction d’Olivier Gohin et Armel Pécheul, préface de Jean Foyer, tous professeurs de l’Université : ce petit livre important regroupe les analyses de neuf jeunes constitutionnalistes universitaires et argumente de façon rigoureuse sur les vices rédhibitoires du TCE au regard de la démocratie. (rapport du colloque du 12 mars 2005, disponible sur commande, 3 rue JF Gerbillon 75006 PARIS).
  • Anne-Marie Le Pourhiet, professeur de droit public, a écrit dans le Monde, le 11 mars 2005, un article qui résume bien l’essentiel : « Qui veut de la post-démocratie ? »: un article court (une page) et percutant : http://decrypt.politique.free.fr/constitution/lemonde.shtml.
  • Jean-Paul Fitoussi, économiste distingué, Professeur des Universités à l’Institut d’Études Politiques de Paris, Président du Conseil Scientifique de l’IEP de Paris, Président de l’OFCE et Secrétaire général de l’Association Internationale des Sciences Économiques, propose : « La Politique de l’impuissance», 160 pages, janvier 2005, Arléa : un passionnant petit livre d’entretiens avec Jean-Claude Guillebaud pour comprendre comment l’Europe abandonne sciemment la démocratie et renonce à l’intervention économique des États. En nous rappelant la chronologie des grandes décisions, on comprend quelle progression insensible nous a conduit là. Fitoussi est d’une rigueur étonnante, un grand personnage de l’analyse économique.
  • Raoul Marc Jennar, « Quand l’Union Européenne tue l’Europe», 40 pages, janvier 2005 : une brochure résumant un argumentaire serré contre le « traité constitutionnel ». Également un DVD où Jennar présente lui-même, de façon pédagogique, très posée, trois exposés sur l’AGCS, la directive Bolkestein et le traité On y sent très fortement la terrifiante cohérence qui relie ces textes. Documents importants disponibles sur www.urfig.org.
  • Jacques Généreux, économiste, professeur à Sciences Po, « Manuel critique du parfait Européen – Les bonnes raisons de dire « non » à la constitution », 165 pages, février 2005, Seuil : encore un excellent petit livre, très clair, vivant, incisif, très argumenté, avec une tonalité à la fois économique et très humaine.
    Encore un enthousiasmant plaidoyer pour une vraie Europe !
  • « Contre rapport – l’Europe des démocraties », par un groupe de conventionnels qui ont refusé de signer le projet de TCE, jugé comme « allant à l’encontre de tous les principes démocratiques », pour une série de raisons qui méritent d’être étudiées. Voir l’annexe III, pages 21 à 24:
    http://europa.eu.int/constitution/futurum/documents/contrib/doc180703_fr.pdf
  • Dominique Strauss-Kahn, « Oui ! Lettre ouverte aux enfants d’Europe », 173 pages, oct. 2004, Grasset : un petit livre facile à lire qui défend bien les points forts du Traité, avec un style énergique, agréable à lire. Il tempête contre les opposants au traité en insistant sur les avancées qu’on perdrait avec un Non, mais il ne les rassure pas sur les points inacceptables du texte.
  • Laurent Fabius, « Une certaine idée de l’Europe », 125 pages, nov. 2004, Plon : un petit livre sans longueurs, agréable à lire, qui résume bien ce qui n’est pas acceptable et qui dédramatise le Non.
  • Yves Salesse, membre du Conseil d’État, « Manifeste pour une autre Europe », 120 pages, janvier 2005, Le Félin : un argumentaire précis, rigoureux, constructif. Agréable à lire et très instructif.
  • Yves Salesse a également rédigé un article plus court qui résume en 10 pages son analyse : « Dire non à la « constitution » européenne pour construire l’Europe »:
    http://www.fondation-copernic.org/Flash-septembre2004.pdf.
  • Un document passionnant de Raoul Marc Jennar, daté d’avril 2004, intitulé « Combien de temps encore Pascal Lamy ? »: on y comprend rapidement ce qu’est en fait « l’indépendance » de la Commission, l’incroyable perméabilité des commissaires aux pressions extérieures, on découvre l’imbuvable ADPIC (accord sur les droits de propriété intellectuelle) et ses implications en matière de médicaments, on y retrouve le révoltant AGCS (accord général sur le commerce des services). Il faut lire cet article important : http://politique.eu.org/archives/2004/04/11.html.
  • Un petit film d’une demi-heure résume de façon pédagogique les griefs contre le TCE recensés par Jennar, Salesse et Cassen : clip téléchargeable à http://www.fondation-copernic.org/
  • Valéry Giscard d’Estaing, « présente la Constitution pour l’Europe », 396 pages, sept. 2003, Albin Michel : l’introduction est intéressante car elle décrit les travaux de la Convention, les difficultés rencontrées, les choix effectués. Le plus gros du livre est le texte du TCE mais avec une ancienne numérotation.
  • Olivier Duhamel, « Pour l’Europe, le texte intégral de la Constitution expliqué et commenté », Seuil 2004: une explication de texte de première main, par un grand professeur de droit constitutionnel qui a participé à la Convention et à l’écriture du TCE.
  • Ces temps-ci, une source majeure d’information non censurée, très orientée politiquement (à gauche), mais absolument foisonnante, est le site portail rezo.net. J’y trouve chaque jour au moins un document intéressant.
  • Bernard Maris, « Ah Dieu ! Que la guerre économique est jolie», novembre 1999, Albin Michel : pour une démonstration de l’imposture de « l’indispensable guerre économique », avec un parallèle très convaincant avec la guerre de 1914 : comme d’habitude, la guerre n’est pas inévitable, et ceux qui poussent à faire la guerre ne sont pas ceux qui se battent et qui souffrent. Un bel appel à la désertion.
    À mettre en parallèle avec la religion de la concurrence (compétition) sans entrave, rabâchée par le « traité constitutionnel » qui, finalement, monte les États et les peuples les uns contre les autres, à coups de dumping social, fiscal, et environnemental.
  • Bernard Maris, « Anti-manuel d’économie », 355 pages, octobre 2003, Bréal : un livre important et savoureux pour comprendre l’ineptie du dogme de la religion du marché et de la concurrence. Un livre qui remet de la chair et du sang dans les théories économiques, qui fait l’éloge de la collaboration et de la gratuité. Passionnant, souvent drôle. Un livre formidable, à lire et à relire. Un économiste enthousiasmant.
  • Agnès Bertrand et Laurence Kalafatides, « OMC, le pouvoir invisible», 325 pages, juillet 2003, Fayard : un livre palpitant et éclairant pour comprendre les objectifs et les moyens de cette énorme machine à déréguler que sont le GATT puis l’OMC, outils de contrainte pour les États mais jamais pour les entreprises. Ce livre permet de ressentir fortement la parfaite cohérence qui existe entre les objectifs et les influences de l’OMC et ceux de la construction européenne actuelle. À lire en priorité.
  • Joseph E. Stiglitz, « La grande désillusion », 324 pages, sept. 2003, Fayard : un pavé dans la mare : un grand économiste libéral, patron de la banque mondiale, qui a travaillé avec les plus grands hommes de ce monde, et qui décrit en détail le dogmatisme aveugle et criminel des technocrates libéraux du FMI et ses conséquences sur les économies et les peuples. Un style soigné, 0% de matière grasse. Un grand bouquin, une référence. À lire en priorité.
  • Pour comprendre la logique d’ensemble de ce qui prend forme au niveau planétaire, il faut lire l’article à la fois terrifiant et lumineux de Lori M. Wallach, « Le nouveau manifeste du capitalisme mondial », dans Le Monde diplomatique de février 1998, à propos de l’Accord Multilatéral sur l’investissement (AMI), (une de ces « décisions Dracula », appelées ainsi parce qu’elles ne supportent pas la lumière, tellement elles sont évidemment inacceptables) : http://www.monde-diplomatique.fr/1998/02/WALLACH/10055.
    On y perçoit clairement, comme grâce à une caricature, la logique qui sous-tend de nombreux textes et accords essentiels en préparation aujourd’hui : AGCS, Construction européenne libérale, OMC, ADPIC, directive Bolkestein, etc. La parenté de tous ces textes devient évidente : un redoutable « air de famille ».
  • Serge Halimi, « Le grand bond en arrière, comment l’ordre libéral s’est imposé au monde », 618 pages, mars 2004, Fayard : un gros bouquin qui permet de comprendre comment on en est arrivé là. On retrouve cette cohérence d’ensemble, et on ne lit plus le TCE de la même façon après avoir lu Jennar et Halimi. On change. On a l’impression de se réveiller. Référence passionnante.
  • Robert Joumard et Christian Darlot, enfin, simples citoyens comme moi apparemment, ont fait la même démarche : ils ont beaucoup lu, digéré, résumé, rassemblé, organisé tout ça avec talent pour faire deux synthèses un peu longues, comme la mienne, mais vraiment très intéressantes.
    Deux documents très bien faits à : http://institut.fsu.fr/chantiers/europe/traite_constit/joumard.pdf et Liens.

Mise au point importante (21 avril 2005)

Je viens d’apprendre que des hommes politiques se font interpeller dans leurs meetings par des citoyens qui leur demandent : « Que répondez-vous à Étienne Chouard, prof de droit à Marseille qui dit (citation de Chouard) »

Je viens aussi de recevoir un fichier pdf carrément intitulé « Fac de droit Marseille », avec la version du 25 mars qui suit derrière ce titre inventé, cette première version qui contenait encore de gênantes erreurs (sur la Turquie et la durée du traité de Nice, notamment).

Je comprends mieux les messages furieux de quelques profs de fac qui crient à l’imposture.

Si ça tourne comme ça, ils ont raison, il ne faut pas du tout me lire comme si j’étais un spécialiste de droit international, il ne faut pas me présenter comme ça, c’est un malentendu : je n’ai rigoureusement aucune autorité pour dire le droit communautaire, et je commets, comme tout le monde en ce moment parce que le texte n’est pas simple, des erreurs.

Je précise dès mon introduction qu’il y a encore six mois, « comme tout le monde », je m’occupais peu de l’Europe et je ne connaissais donc pas grand-chose au droit communautaire. Je dis partout que je peux me tromper et que je cherche précisément à progresser. Il est paradoxal, et c’est vrai, dangereux pour la qualité de l’information de tous, que je passe après seulement 15 jours pour « le prof de fac de droit public qui fait autorité ».

Ce malentendu m’est imputable par le style que j’employais au début, mais ce document n’était pas destiné à la terre entière. L’enchaînement rapide des faits a, lui aussi, créé ce malentendu.

Il est essentiel de rétablir la réalité de mon message qui est en train d’aller, sans que j’y puisse grand-chose, bien au-delà de ce que j’imaginais au départ : voyez, pour me comprendre, la page Avertissement de mon site, que j’ai actualisée hier matin.

Les interpellations publiques devraient plutôt être ainsi formulées : « Que répondez-vous à Étienne Chouard, citoyen à Marseille qui dit (citation) ».

Je parle en citoyen. J’ai d’ailleurs retiré dans cette version de mon texte (trop tard, je le reconnais, je n’avais pas vu le problème) cette litanie « N’est-ce pas la mission des profs… ? ».

J’insiste : il y a en ce moment un grand débat qui s’amplifie entre citoyens, pour mieux décrypter ce texte complexe qui sera peut-être notre Constitution. Je vois tous les jours, à travers des centaines de messages, des gens qui découvrent aujourd’hui l’importance d’une Constitution dans leur vie quotidienne et qui se plongent dans le TCE.

Je trouve remarquable que les citoyens de base s’investissent autant dans le texte qui dit pour eux le droit du droit.

Je regrette que le temps nous manque pour mieux échanger entre nous.

S’il vous plaît, faites disparaître les anciennes versions de mon texte et discutons de bonne foi sur l’état actuel de nos réflexions respectives.

Notre échange me fait vraiment évoluer, c’est une réalité.

Je prends conscience d’une irresponsabilité quasi générale dans cette « Europe-qui-a-besoin-d’une-Constitution-pour-être-plus-forte ». Je constate aussi le peu d’importance donnée aux citoyens pour infléchir les politiques qui régissent leurs vies. Oui, nous avons évidemment besoin d’une Constitution. Mais celle-là protège-t-elle vraiment les peuples censés s’unir pour se renforcer ?

On a vraiment un problème de rapport démocratique entre les peuples et leurs élites.

Que ce texte est compliqué à évaluer… et quelle maladie grave il révèle pour notre Cité.

NOTES

[1]   Je suis professeur d’Éco-Gestion au lycée Marcel Pagnol à Marseille, en BTS. J’ai été longtemps prof de droit civil, commercial et constitutionnel en Terminale, et prof de droit fiscal en BTS Compta. Aujourd’hui, je suis devenu essentiellement professeur d’informatique et je suis aussi administrateur du réseau de 150 PC de mon lycée.
J’invoque mon métier de professeur pour qu’on comprenne mon goût d’expliquer, pas du tout pour me servir d’un argument d’autorité que je ne mérite pas. En effet, je ne suis pas prof de fac, pas prof de droit public, pas spécialisé en droit constitutionnel. Mais ma formation de juriste (maîtrise) m’a donné le goût du droit et je parle ici en simple citoyen, étonné par l’absence de débat constaté au début de l’année 2005. Je commets sans doute des erreurs, mais je les corrige si on me les signale.
Je prétends que les citoyens eux-mêmes, tout ignorants du droit communautaire qu’ils sont, comme moi, devraient être invités à réfléchir à leur Constitution
, et que ce texte devrait être élaboré par des représentants élus pour ça, avec un programme politique adapté à la circonstance. À mon avis, ce débat-là ne doit pas être confisqué par les spécialistes. Il le sera finalement peut-être.
Ce texte « Une mauvaise constitution… » m’échappe aujourd’hui complètement. Tout ce que je peux faire, et c’est l’idée de départ, c’est corriger mes erreurs ou les mauvaises formulations et le compléter parfois, au gré de mes lectures qui se poursuivent et des innombrables conseils de mes lecteurs bienveillants.

[2]   Durée d’application du texte : Art. IV-446 : « Le présent traité est conclu pour une durée illimitée. »

[3]   Liste des domaines où l’Europe est compétente : Article I-13 : « Les domaines de compétence exclusive : §1. L’Union dispose d’une compétence exclusive dans les domaines suivants: a) l’union douanière; b) l’établissement des règles de concurrence nécessaires au fonctionnement du marché intérieur; c) la politique monétaire pour les États membres dont la monnaie est l’euro; d) la conservation des ressources biologiques de la mer dans le cadre de la politique commune de la pêche; e) la politique commerciale commune. §2. L’Union dispose également d’une compétence exclusive pour la conclusion d’un accord international lorsque cette conclusion est prévue dans un acte législatif de l’Union, ou est nécessaire pour lui permettre d’exercer sa compétence interne, ou dans la mesure où elle est susceptible d’affecter des règles communes ou d’en altérer la portée. » Article I-14 : « Les domaines de compétence partagée : (…) §2. Les compétences partagées entre l’Union et les États membres s’appliquent aux principaux domaines suivants: a) le marché intérieur; b) la politique sociale, pour les aspects définis dans la partie III; c) la cohésion économique, sociale et territoriale; d) l’agriculture et la pêche, à l’exclusion de la conservation des ressources biologiques de la mer; e) l’environnement; f) la protection des consommateurs; g) les transports; h) les réseaux transeuropéens; i) l’énergie; j) l’espace de liberté, de sécurité et de justice; k) les enjeux communs de sécurité en matière de santé publique, pour les aspects définis dans la partie III. (…)».

Parmi les compétences exclusives, voir l’art.I-13, §1 : « e) la politique commerciale commune. »…
Les parlements nationaux sont ainsi totalement dépouillés, par exemple, de la moindre capacité d’influencer les accords commerciaux internationaux (AGCS, ADPIC et autres avatars de l’OMC), alors que la vie des citoyens est promise à des bouleversements majeurs à l’occa­sion de ces accords qui se préparent dans la plus grande discrétion.

[4]   Force supérieure des normes européennes sur toutes les autres normes, nationales et internationales : Art. I-6 : « La Constitution et le droit adopté par les institutions de l’Union, dans l’exercice des compétences qui sont attribuées à celle-ci, priment le droit des États membres. »
C’est la première fois qu’un traité européen qui se veut Constitution énonce expressément cette règle et, surtout, rien n’impose à la Cour de Justice Européenne (CJE), seul arbitre au final (sans recours), d’interpréter ce texte de façon restrictive comme l’a fait notre Conseil Constitutionnel (CC, 19 nov. 2004, 505 DC) : il est même hautement probable qu’elle lui donne toute sa portée possible, c’est-à-dire que la moindre norme européenne primera jusqu’à la Constitution des États membres. Voir la passionnante analyse de Frédéric Rouvillois, professeur à l’Université » de Paris V, dans le chapitre 1 « Le double jeu du Conseil constitutionnel » du petit livre « La nouvelle Union européenne. Approches critiques de la Constitution européenne », (éditions XF de Guibert).
Art. I-12 : « §1. Lorsque la Constitution attribue à l’Union une compétence exclusive dans un domaine déterminé, seule l’Union peut légiférer et adopter des actes juridiquement contraignants, les États membres ne pouvant le faire par eux-mêmes que s’ils sont habilités par l’Union, ou pour mettre en oeuvre les actes de l’Union. ».
Voir aussi « La primauté du droit communautaire sur la constitution française : l’abrogation implicite de la Constitution », par Armel Pécheul, professeur à l’Université d’Angers (20 p.), chap. 3 du même livre « La nouvelle UE. Approches critiques … », (XF de Guibert) :
« Dans sa décision n°2004-505 DC du 19 nov. 2004, le Conseil Constitutionnel affirme simplement que la constitutionnalisation du principe de primauté ne va pas au-delà de ce que requiert actuellement la Cour de Justice des Communautés Européennes (CJCE).
Mais, précisément, c’est déjà beaucoup. La Cour de Luxembourg a effectivement déjà tout dit sur ce sujet et ce qu’elle a dit est essentiel puisqu’elle impose la primauté du droit communautaire sur les Constitutions nationales ! »
Un peu plus loin, p. 54, Armel Pécheul rappelle l’arrêt Tanja Kreil du 11 janvier 2000 (CJCE, aff. C-285/98, Rec. I, p. 69) où une simple directive du Conseil de 1976 s’est imposée à des dispositions spécifiques et expresses de la Constitution allemande (article 12) et dans un domaine qui n’était pas communautarisé puisqu’il s’agissait du domaine de la défense.
Je cite Armel Pécheul, dans sa conclusion d’un argumentaire rigoureux : « l’essence de la Constitution française, l’ADN, les dispositions spécifiques et expresses, les dispositions inhérentes à sa structure fondamentale ne sont plus protégées par le gardien de la Constitution [le Conseil Constitutionnel]. Celui-ci en a donné les clefs aux juges européens. Elles ne dépendent pas plus du pouvoir constituant puisque le peuple français est appelé à confirmer cet abandon par la ratification du Traité. Alors oui, l’essentiel est bien remis en cause, c’est-à-dire comme le dit le Président Mazeaud l’existence même de la Constitution française. »
Quelles sont les différentes normes prévues par le TCE ?
Art. I-33 : « Les actes juridiques de l’Union : Les institutions, pour exercer les compétences de l’Union, utilisent comme instruments juridiques, conformément à la partie III, la loi européenne, la loi-cadre européenne, le règlement européen, la décision européenne, les recommandations et les avis.
• La loi européenne est un acte législatif de portée générale. Elle est obligatoire dans tous ses éléments et directement applicable dans tout État membre.
• La loi-cadre européenne est un acte législatif qui lie tout État membre destinataire quant au résultat à atteindre, tout en laissant aux instances nationales la compétence quant au choix de la forme et des moyens.
• Le règlement européen est un acte non législatif de portée générale pour la mise en oeuvre des actes législatifs et de certaines dispositions de la Constitution. Il peut soit être obligatoire dans tous ses éléments et directement applicable dans tout État membre, soit lier tout État membre destinataire quant au résultat à atteindre, tout en laissant aux instances nationales la compétence quant au choix de la forme et des moyens.
La décision européenne est un acte non législatif obligatoire dans tous ses éléments. Lorsqu’elle désigne des destinataires, elle n’est obligatoire que pour ceux-ci. [Voir autre note, un peu plus loin, sur ce point]
• Les recommandations et les avis n’ont pas d’effet contraignant. »

[5]   Voir les arguments d’Olivier Gohin, dans le chapitre 4 du petit livre « La nouvelle Union européenne. Approches critiques de la Constitution européenne », éd. XF de Guibert.

Certains professeurs vont plus loin : « la personnalité juridique de l’Union, instituée par l’art. I-7 », selon François-Guilhem Bertrand, professeur émérite à l’Université de Paris XI, « doit se lire avec l’arrêt du 31 mars 1971 de la Cour de Justice AETR qui décide que la personnalité donnée à l’Europe efface celle des États membres et leur interdit de se manifester lorsque l’Europe s’exprime » (même ouvrage).

C’est peut-être exagéré, C’est peut-être la réalité, c’est peut-être bien ou mal, je n’ai pas de certitude là-dessus, mais on pourrait au moins en débattre, au lieu de faire comme si de rien n’était et de parler du sexe des anges comme cette Charte ou ce droit de pétition qui n’imposent quasiment rien à personne.

[6]   On retrouvera la plupart de ces principes, entre autres, dans le livre de Paul Alliès, professeur de sciences politiques à l’Université de Montpellier I, « Une constitution contre la démocratie ? Portrait d’une Europe dépolitisée ».   Encore un livre absolument passionnant. Extrait (chaque mot compte) :
« La construction européenne a mis silencieusement en péril la tradition de souveraineté populaire qui justifiait l’exercice du pouvoir par les autorités étatiques, leurs décisions n’étant qu’une émanation du peuple souverain. Elle l’a fait de deux façons : d’un côté, le droit constitutionnel européen ignore le moindre souverain constituant ; si bien que les décisions des autorités sont imputées à une entité, l’Union, qui n’est pas une communauté politique. D’un autre côté, il est de plus en plus difficile d’imputer les normes nationales, déduites des normes européennes, au peuple que les Constitutions de chacun des pays membres proclament souverain.
Nous entrons donc dans un système inédit, celui de l’Union où ni les traités en vigueur ni la Constitution ne mentionne aucun « souverain ». Aucun de ces textes n’a su désigner une source légitime du pouvoir de l’Union pour mieux faire semblant de respecter l’héritage d’une souveraineté populaire nationalement morcelée État par État. Le problème n’est pas là de savoir si sociologiquement, ou culturellement, un peuple européen existe. Il est de trancher la nature politique de l’Union à travers le fondement du pouvoir qu’elle contient. Jusqu’ici, le pouvoir constituant inventait un peuple et le faisait vivre. Désormais, une Constitution invente une autorité sans sujet ni fin. » (page 57)

[7]   Constitution européenne : Comment se procurer le texte intégral ?
http://www.constitution-europeenne.fr
À lire avant de voter :
a/ Le traité établissant une Constitution pour l’Europe – 349 pages.
b/ Les protocoles et annexes I et II – 382 pages. Document nommé « Addendum 1 au document CIG 87/04 REV 1.
c/ Les déclarations à annexer à l’acte final de la CIG et l’acte final – 121 pages. Doc. Nommé « Addendum 2 au document CIG 87/04 REV 2.         Total : 349 + 382 + 121 = 852 pages dans la version fin 2004.
La version actuellement disponible (mi avril 2005) est désormais plus compacte : un seul fichier pdf : 485 pages. En écrivant serré, en petite taille, et sur des grandes pages de journal, on peut tout faire tenir en moins de cinquante pages.
À titre de comparaison, les Constitutions françaises et américaines font chacune environ 20 pages.
Autres unités de mesure, moins sujettes à variation typographique, les mots et les caractères : la Constitution européenne contient 70 904 mots, soit 14,7 fois plus que la Constitution française, et 441 895 caractères (contre 46 515).

Argument quantitatif des défenseurs du traité : « Pour réunir 450 millions de personnes, le texte fondateur ne peut pas être court. » La seule raison de cette longueur extravagante (448 articles) est la troisième partie, inutile d’en chercher les raisons ailleurs. Intéressé par cette approche quantitative, je suis allé chercher la constitution de l’Inde, un milliard d’individus, et j’ai trouvé… 151 articles ;o)   http://www.oefre.unibe.ch/law/icl/in00000_.html.
De son côté, la Constitution des USA, 300 millions de personnes, tient en 7 articles.

Enfin, un lien intéressant qui permet de comparer de nombreuses constitutions à travers le monde :
http://mjp.univ-perp.fr/constit/constitintro.htm

[8]   Pourtant, malgré sa longueur, tout n’y figure pas : une information aussi essentielle que la définition des SIEG, services d’intérêt économique général, (cités aux art. II-96, III-122, III-166), à ne pas confondre avec les services publics, ne figurent pas dans les 485 pages : il faut, dans cet exemple, consulter le « livre blanc » de la Commission pour apprendre que les SIG et SIEG ne sont pas synonymes de « services publics » :
http://europa.eu.int/comm/secretariat_general/services_general_interest/index_fr.htm , p. 23 : « Il convient de souligner que les termes « service d’intérêt général » et « service d’intérêt économique général » ne doivent pas être confondus avec l’expression « service public » (…) ».

[9]   Il faut lire toutes les pages jusqu’au bout : l’interprétation de la Charte des droits fondamentaux est décrite en dehors de la Constitution elle-même, dans un texte qui s’appelle Déclaration 12 : le préambule de la Charte prévoit que « Dans ce contexte, la Charte sera interprétée par les juridictions de l’Union et des États membres en prenant dûment en considération les explications établies sous l’autorité du praesidium de la Convention qui a élaboré la Charte. »
Dans cette déclaration n°12, on trouve parfois le contraire de ce que la Charte affirme haut et fort.
Ainsi, après qu’ait été affirmé le droit à la vie et l’interdiction de la peine de mort dans l’article II-62 de la Charte, l’article 2 de la déclaration n°12, page 435 (qui parle de texte lisible ?) précise : «La mort n’est pas considérée comme infligée en violation de cet article dans les cas où elle résulterait d’un recours à la force rendu absolument nécessaire:
a) pour assurer la défense de toute personne contre la violence illégale;
b) pour effectuer une arrestation régulière ou pour empêcher l’évasion d’une personne régulièrement détenue;
c) pour réprimer, conformément à la loi, une émeute ou une insurrection
Le même article précise aussi : « «Un État peut prévoir dans sa législation la peine de mort pour des actes commis en temps de guerre ou de danger imminent de guerre; une telle peine ne sera appliquée que dans les cas prévus par cette législation et conformément à ses dispositions…». On constate donc que tout n’est pas dit dans la Charte elle-même et qu’il faut bien lire toutes les pages.

[10] Le danger des « actes non législatifs », qui permettent aux organes non parlementaires (non élus) de créer librement des règles contraignantes de portée générale, a été dénoncé par le contre rapport des conventionnels jugeant le TCE non démocratique. Un document intéressant, à lire à :
http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=14058
Pour les actes juridiques de l’Union, voir l’art. I-33, note ci-dessus.

[11] Extrait du cours de droit administratif de J. Morand-Deviller (éd. Montchrestien), page 256 : « C’est un problème préoccupant que l’inflation des textes, de plus en plus bavards et confus. Cette inclination, si préjudiciable à la sécurité juridique et contraire à la belle rigueur du droit français, a été dénoncée en des termes énergiques dans le rapport public du Conseil d’État pour 1991 : « surproduction normative… logorrhée législative et réglementaire… Qui dit inflation dit dévalorisation : quand le droit bavarde, le citoyen ne lui prête plus qu’une oreille distraite… Si l’on n’y prend garde, il y aura demain deux catégories de citoyens : ceux qui auront les moyens de s’offrir les services d’un expert pour détourner ces subtilités à leur profit, et les autres, éternels égarés du labyrinthe juridique, laissés-pour-compte de l’État de droit. » Le Conseil Constitutionnel a fait du principe de « l’accessibilité » et de ‘l’intelligibilité de la loi » un objectif à valeur constitutionnelle (décision du 16 décembre 1999). »

[12] Des livres entiers ont été écrits pour dénoncer fortement cette institutionnalisation du néolibéralisme
C’est vrai qu’il faut les lire pour comprendre leurs arguments :o)
On peut citer quelques articles qui portent en eux le néolibéralisme (le néolibéralisme pouvant se résumer à la dépossession des États de leur moyens d’intervention économique au profit de la liberté individuelle, qui débouche finalement invariablement sur la loi du plus fort) :

  • Article I-3.2 « L’Union offre à ses citoyens un espace de liberté, de sécurité et de justice sans frontières intérieures, et un marché intérieur où, la concurrence est libre et non faussée. »
    Si l’on comprend « non faussée par les grands groupes», on ne peut qu’acquiescer.
    Mais si l’on comprend « non faussée par l’État », on voit le néolibéralisme trouver ici des racines institutionnelles.
  • L’indépendance de la BCE, c’est une dérégulation, c’est priver les États du levier monétaire pour gouverner, c’est du libéralisme doctrinaire, à un degré unique au monde. (Article I-30 et III-188).
  • Un budget minuscule (1,27%) et l’impossibilité pour le Parlement d’augmenter ce budget (pas de pouvoir parlementaire sur les recettes), c’est la garantie d’une Europe relativement pauvre donc peu interventionniste, c’est néolibéral.
  • Article III-314 : L’Union contribue (…) à la suppression progressive des restrictions aux échanges internationaux et aux investissements étrangers directs, ainsi qu’à la réduction des barrières douanières et autres.
    Cet article interdit aux États d’interdire, ce qui s’appelle la dérégulation, c’est de l’ultra libéralisme. L’expression apparemment anodine « et autres » est nouvelle par rapport à Nice et permet toutes les dérives futures : suppression des barrières sociales, environnementales, etc.
  • Article III-148 : Les États membres s’efforcent de procéder à la libéralisation des services au-delà de la mesure qui est obligatoire (…) si leur situation économique générale et la situation du secteur intéressé le leur permettent.
    On demande à chaque État d’être « plus royaliste que le roi », carrément par principe.
    Si ce n’est pas de l’ultra libéralisme, ça…
    Je rappelle que le contexte mondial est l’OMC et l’AGCS qui dérégulent méthodiquement toute la planète et qui finiront par tuer tous les services publics ainsi que toute forme de résistance des États contre les grandes firmes. Est-il urgent que la Constitution européenne confirme et amplifie cette épouvantable tendance ?
  • Article III-156 : les restrictions tant aux mouvements de capitaux qu’aux paiements entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites.
    Encore une interdiction d’interdire, encore un levier d’action important dont sont privés les États membres, encore le néolibéralisme… Pour le bien de qui ? Pour le peuple ?
    Chacun peut noter la force impérative (qui ne laisse que peu de place à l’interprétation jurispruden­tielle) qu’il y a dans cette disposition à vocation économique et qui fait bien défaut dans les grands beaux principes des parties I et II.
  • Article III-167.1: Sauf dérogations prévues par la Constitution, sont incompatibles avec le marché intérieur, dans la mesure où elles affectent les échanges entre États membres, les aides accordées par les États membres ou au moyen de ressources d’État sous quelque forme que ce soit qui faussent ou qui menacent de fausser la concurrence en favorisant certaines entreprises ou certaines productions.
    L’interdiction d’aider tout acteur, sous quelque forme que ce soit, devient le principe central. C’est encore une marque du néolibéralisme qui vise progressivement l’affaiblissement de l’État providence, même si des exceptions sont encore prévues dans l’alinéa suivant (pour combien de temps ?).
  • Article 178 : Les États membres et l’Union agissent dans le respect du principe d’une économie de marché ouverte où la concurrence est libre, favorisant une allocation efficace des ressources (…)
    « C’est une loi fondamentale de la théorie économique néolibérale qui entre dans le traité : l’économie de marché libre assure l’allocation efficace des ressources. C’est aussi faux, insensé et politiquement choquant que d’écrire que la planification centrale de l’économie assure une allocation efficace des ressources. » (Jacques Généreux, prof à Sciences Po, p. 88).
  • Le comble est atteint avec l’article III-131 dont on se demande s’il faut en rire ou en pleurer : en cas de guerre ou de tension internationale grave constituant une menace de guerre… (c’est grave) …les États membres se consultent (jusque là, on est d’accord), en vue de prendre en commun les dispositions nécessaires (ils font bien…) pour éviter que le fonctionnement du marché intérieur ne soit affecté par les mesures qu’un État membre peut être appelé à prendre en cas de troubles intérieurs graves affectant l’ordre public…
    Ça ne s’invente pas : même en cas de guerre, il est interdit aux États d’interdire, pour protéger le saint marché, et les autres États s’en portent garants. Plus dogmatique, comme libéralisme, tu meurs !

J’arrête les citations d’articles parce que la partie III est simplement truffée de ce libéralisme qui suinte partout et qui ligote les États membres. Chacun peut le constater en lisant le texte.

Le fait que des ultras extrémistes outre-Manche réclament encore plus et rejettent ce traité parce qu’il n’est pas assez libéral n’est pas la démonstration que le TCE n’est pas une bible libérale. Chacun doit lire le texte et constater le sort qu’on fait aux États et à leur pouvoir d’intervention.

Comme le démontre bien Jacques Généreux (prof à Sciences Po), « au total, la prétendue Constitution pour l’Europe nous promet une compétition toujours plus dure et une exposition croissante aux méfaits sociaux et écologiques de la guerre économique. »

Le libéralisme débridé, c’est le dogme de la responsabilité individuelle, c’est « chacun pour soi et contre tous », la négation de la civilisation et de l’humanisme.

Le néolibéralisme doctrinaire est juste aussi redoutable pour les hommes que le collectivisme aveugle.

À propos, j’ai trouvé la vraie définition de l’expression (trompeuse) « économie sociale de marché ». Frédéric Lordon rappelle fort opportunément la génèse de ce vocable dans son passionnant document « Le mensonge social de la Constitution », http://www.sociotoile.net/article104.html, p. 8 et suiv. où l’on découvre que cette expression désigne un libéralisme extrême, plus encore que celui d’Hayek lui-même, et où le mot social n’a rigoureusement rien à voir avec ce que les français y devinent. « Ce social là n’est que l’effet du marché lui-même et pas autre chose, certainement pas une régulation qui lui serait adjointe de l’extérieur. » Il faut lire ce texte de Lordon, il est fort, il éclaire bien l’aspect profondément doctrinaire du TCE (voir ma page ‘Liens et docs’ sur http://etienne.chouard.free.fr/Europe/index.htm).

[13] Indépendance et missions de la banque centrale : art. I-30 : « §1 (…) La Banque centrale européenne et les banques centrales nationales des États membres dont la monnaie est l’euro, qui constituent l’Eurosystème, conduisent la politique monétaire de l’Union. §2. Le Système européen de banques centrales est dirigé par les organes de décision de la Banque centrale européenne. L’objectif principal du Système européen de banques centrales est de maintenir la stabilité des prix. Sans préjudice de cet objectif, il apporte son soutien aux politiques économiques générales dans l’Union pour contribuer à la réalisation des objectifs de celle-ci. Il conduit toute autre mission de banque centrale conformément à la partie III et au statut du Système européen de banques centrales et de la Banque centrale européenne. §3. La Banque centrale européenne est une institution. Elle a la personnalité juridique. Elle est seule habilitée à autoriser l’émission de l’euro. Elle est indépendante dans l’exercice de ses pouvoirs et dans la gestion de ses finances. Les institutions, organes et organismes de l’Union ainsi que les gouvernements des États membres respectent cette indépendance. » et art. III-188 : « ni la Banque centrale européenne, ni une banque centrale nationale, ni un membre quelconque de leurs organes de décision ne peuvent solliciter ni accepter des instructions des institutions, organes ou organismes de l’Union, des gouvernements des États membres ou de tout autre organisme. »

[14] Voir JP Fitoussi, Professeur des Universités à l’Institut d’Études Politiques de Paris, Président du Conseil Scientifique de l’IEP de Paris, Président de l’OFCE et Secrétaire général de l’Association Internationale des Sciences Économiques, entretiens avec JC Guillebaud, « La politique de l’impuissance », 2005, Arléa :

– JCG : « Vous êtes en train de dire qu’au fond, obsédé par la lutte contre l’inflation, on a littéralement consenti au chômage. »
– JPF : « Pis que ça ! On a dans une première phase instrumentalisé le chômage pour combattre l’inflation. Chaque « banquier central » de la planète sait que, dès qu’il augmente les taux d’intérêts, il met au chômage une partie des catégories les plus vulnérables de la population. Non seulement il le sait, mais c’est précisément pour ça qu’il le fait. Pourquoi augmente-t-on les taux d’intérêts ? Parce qu’on est persuadé que la demande est trop forte et que les entreprises produisant à pleine capacité ne pourraient la satisfaire qu’en augmentant leurs prix. La douche froide des taux d’intérêts réduit ainsi la demande et incite les entreprises à licencier. » (p. 45)
(…)
– JCG : « Que pensez-vous des deux arguments martelés à cette époque [après 1982] à propos de l’inflation et du respect des grands équilibres ? Premièrement on a dit qu’il était légitime (y compris moralement) de lutter contre l’inflation parce qu’elle pénalisait les plus pauvres ; deuxièmement, qu’il fallait maintenir les grands équilibres par simple respect et générosité pour les générations à venir, afin de ne pas faire peser une charge trop lourde sur la tête de nos enfants. On a habillé, en quelque sorte, cette politique d’un discours de générosité… »
– JPF : « C’était un double mensonge. En augmentant les taux d’intérêts, et surtout en les maintenant à un niveau élevé une fois l’inflation vaincue, on savait qu’on favorisait ceux qui détiennent le capital financier, et que l’on excluait de l’accès aux biens durables (qui exigent un recours à l’emprunt) les catégories les plus vulnérables de la population. (…) Le second mensonge, c’est qu’en augmentant les taux d’intérêt on faisait du service de la dette un des postes les plus importants du budget de l’État. » (P. 46)

– JPF : « Que l’orientation des politiques économiques de l’Union soit, pour l’essentiel, indépendante de tout processus démocratique est à la fois contraire aux traditions politiques des peuples européens, et dangereux pour l’efficacité économique de l’ensemble. » (p. 72)

– JPF : « En forçant le trait, on pourrait affirmer que le « gouvernement économique » de l‘Europe se rapproche à s’y méprendre d’un despote éclairé qui, à l’abri des pressions populaires, chercherait le bien commun au travers de l’application d’une doctrine rigoureuse – le libéralisme -, supposée supérieure à toutes les autres en termes d’efficacité économique. La démocratie ne serait donc pas le système politique le mieux à même d’appréhender l’intérêt général ; elle placerait les gouvernements en position de vulnérabilité devant les pressions des populations en faveur de la redistribution.  Le pouvoir a ainsi changé de mains. Les politiques ont préféré le confier à des agences indépendantes. (…)

Mais il est vrai aussi que, dès l’origine, la construction européenne fut l’œuvre d’une démocratie des élites, plutôt que de la démocratie tout court. Cependant les élites ont changé (…) aujourd’hui elles ont tendance à assimiler le bien public au marché.»

La suite est édifiante… Un petit livre important, à lire…

[15] Pacte de stabilité : art. III-184 (2 pages) et art. 1 du protocole n°10 sur la procédure concernant les déficits excessifs « Les valeurs de référence visées à l’article III-184, paragraphe 2, de la Constitution sont les suivantes: a) 3 % pour le rapport entre le déficit public prévu ou effectif et le produit intérieur brut aux prix du marché; b) 60 % pour le rapport entre la dette publique et le produit intérieur brut aux prix du marché. » Voir aussi la note précédente.

[16] Interdiction de fausser la concurrence : cette interdiction est partout dans le texte, elle est formelle et contraignante, y compris pour les entreprises publiques :
Art. III-166 : « §1. Les États membres, en ce qui concerne les entreprises publiques et les entreprises auxquelles ils accordent des droits spéciaux ou exclusifs, n’édictent ni ne maintiennent aucune mesure contraire à la Constitution, notamment à l’article I-4, paragraphe 2 [non discrimination], et aux articles III-161 à III-169 [règles de concurrence].
§2. Les entreprises chargées de la gestion de services d’intérêt économique général ou présentant le caractère d’un monopole fiscal sont soumises aux dispositions de la Constitution, notamment aux règles de concurrence, dans la mesure où l’application de ces dispositions ne fait pas échec à l’accomplissement en droit ou en fait de la mission particulière qui leur a été impartie. Le développement des échanges ne doit pas être affecté dans une mesure contraire à l’intérêt de l’Union. §3. La Commission veille à l’application du présent article et adopte, en tant que de besoin, les règlements ou décisions européens appropriés. »
Article III-167 : « §1. Sauf dérogations prévues par la Constitution, sont incompatibles avec le marché intérieur, dans la mesure où elles affectent les échanges entre États membres, les aides accordées par les États membres ou au moyen de ressources d’État sous quelque forme que ce soit qui faussent ou qui menacent de fausser la concurrence en favorisant certaines entreprises ou certaines productions. »

[17] « La politique de l’impuissance » : voir le petit livre lumineux de Jean-Paul Fitoussi (économiste de premier plan) qui démontre cette dépossession progressive des responsables politiques par méfiance de la démocratie. Voir extrait plus haut.
Voir aussi le livre enthousiasmant de Jacques Généreux, Professeur à Sciences Po, « Manuel critique du parfait européen » qui proteste, lui aussi, contre le sabordage des outils européens d’intervention économique, et contre le dogmatisme aveugle qui soutient cette folie unique au monde. On lit ce livre sans pouvoir s’arrêter…

[18] « Douze économistes contre le projet de constitution européenne », par Gilles Raveaud, docteur en économie et enseignant (Institut d’études européennes, Université Paris VIII, et onze autres : une analyse remarquable, très argumentée, du projet actuel de l’Union, projet plus économique que politique, à lire : http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=2231 et http://econon.free.fr/index.html

[19] Procédure de révision ordinaire : art. IV-443.3 : « Une Conférence des représentants des gouvernements des États membres est convoquée par le président du Conseil en vue d’arrêter d’un commun accord les modifications à apporter au présent traité. Les modifications entrent en vigueur après avoir été ratifiées par tous les États membres conformément à leurs règles constitutionnelles respectives. »

[20] Rappel : l’article 28 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de l’an I de la République française (1793) précisait : « Un peuple a toujours le droit de revoir, de réformer et de changer sa Constitution. Une génération ne peut pas assujettir à ses lois les générations futures. »

[21] Procédure de révision simplifiée :
art. IV-444 : « 1. Lorsque la partie III prévoit que le Conseil statue à l’unanimité dans un domaine ou dans un cas déterminé, le Conseil européen peut adopter une décision européenne autorisant le Conseil à statuer à la majorité qualifiée dans ce domaine ou dans ce cas.
Le présent paragraphe ne s’applique pas aux décisions ayant des implications militaires ou dans le domaine de la défense.
2. Lorsque la partie III prévoit que des lois ou lois-cadres européennes sont adoptées par le Conseil conformément à une procédure législative spéciale, le Conseil européen peut adopter une décision européenne autorisant l’adoption desdites lois ou lois-cadres conformément à la procédure législative ordinaire.
3. Toute initiative prise par le Conseil européen sur la base des paragraphes 1 ou 2 est transmise aux parlements nationaux. En cas d’opposition d’un parlement national notifiée dans un délai de six mois après cette transmission, la décision européenne visée aux paragraphes 1 ou 2 n’est pas adoptée. En l’absence d’opposition, le Conseil européen peut adopter ladite décision.
Pour l’adoption des décisions européennes visées aux paragraphes 1 et 2, le Conseil européen statue à l’unanimité, après approbation du Parlement européen, qui se prononce à la majorité des membres qui le composent. »

[22] Voir la passionnante analyse de Laurent Lemasson, diplômé de l’Institut d’Études Politiques de Paris, titulaire d’un doctorat en Droit Public et Sciences Politiques et chargé de cours à l’Essec, « Constitution européenne : l’Europe y trouve-t-elle son compte ? », document à lire sur le site de l’institut Thomas More : http://www.institut-thomas-more.org/showNews/24. Pour le risque d’extension des pouvoirs des institutions de leur propre initiative et sans l’accord direct des peuples, voir page 10.

[23] Procédure de ratification pour l’entrée d’un nouvel État dans l’UE : Article I-58 : « Critères d’éligibilité et procédure d’adhésion à l’Union : (…) §2. Tout État européen qui souhaite devenir membre de l’Union adresse sa demande au Conseil. Le Parlement européen et les parlements nationaux sont informés de cette demande. Le Conseil statue à l’unanimité après avoir consulté la Commission et après approbation du Parlement européen, qui se prononce à la majorité des membres qui le composent. Les conditions et les modalités de l’admission font l’objet d’un accord entre les États membres et l’État candidat. Cet accord est soumis par tous les États contractants à ratification, conformément à leurs règles constitutionnelles respectives. » Ces derniers mots font dépendre du droit national la procédure de ratification de l’entrée d’un nouveau membre.
En février 2005, le Parlement français, réunis en Congrès, a changé la Constitution française pour que cette ratification soit forcément soumise au référendum : article 2 de la loi de révision : « I. – Le titre XV de la Constitution est complété par un article 88-5 ainsi rédigé : « Art. 88-5. – Tout projet de loi autorisant la ratification d’un traité relatif à l’adhésion d’un État à l’Union européenne et aux Communautés européennes est soumis au référendum par le Président de la République. » » Quand le texte précise « est soumis », c’est obligatoire (en droit, l’indicatif vaut impératif).

[24] Je renvoie encore à la lecture de l’excellent article de Laurent Lemasson, page 5 :
http://www.institut-thomas-more.org/showNews/24

[25] Exclusivité de l’initiative des lois pour l’exécutif :
Article I-26 : « (…) §2. Un acte législatif de l’Union ne peut être adopté que sur proposition de la Commission, sauf dans les cas où la Constitution en dispose autrement.
Les autres actes sont adoptés sur proposition de la Commission lorsque la Constitution le prévoit. »
Donc, pour les actes non législatifs (voir note suivante), la norme est l’initiative libre : même pas besoin de la Commission si la Constitution ne le prévoit pas expressément.

[26] Domaines exclusifs, où l’exécutif peut légiférer seul :
Le principe de la codécision :
art. I-34, §1 : « Les lois et lois-cadres européennes sont adoptées, sur proposition de la Commission, conjointement par le Parlement européen et le Conseil conformément à la procédure législative ordinaire visée à l’article III-396. Si les deux institutions ne parviennent pas à un accord, l’acte en question n’est pas adopté.
Les exceptions à la codécision (dans les deux sens) :
art. I-34, §2 : Dans les cas spécifiques prévus par la Constitution, les lois et lois-cadres européennes sont adoptées par le Parlement européen avec la participation du Conseil ou par celui-ci avec la participation du Parlement européen, conformément à des procédures législatives spéciales
La « participation » pouvant être la simple consultation (non contraignante), le principe de la possibilité de « lois sans Parlement » semble donc ici acquis (première surprise), mais aucune liste claire (et donc contrôlable) n’est précisée (deuxième surprise).

[27] Un outil politique antidémocratique ? Les décisions européennes :
Article I-33 : Les actes juridiques de l’Union : [rappel]
« (…) Le règlement européen est un acte non législatif de portée générale pour la mise en oeuvre des actes législatifs et de certaines dispositions de la Constitution. Il peut soit être obligatoire dans tous ses éléments et directement applicable dans tout État membre, soit lier tout État membre destinataire quant au résultat à atteindre, tout en laissant aux instances nationales la compétence quant au choix de la forme et des moyens.
La décision européenne est un acte non législatif obligatoire dans tous ses éléments. Lorsqu’elle désigne des destinataires, elle n’est obligatoire que pour ceux-ci. » Et quand elle ne désigne pas des destinataires ?… Pourrait-on expliquer aux citoyens quelle est la différence avec une loi, à part la source ? On dirait qu’il n’y en a aucune. Pour l’instant, je dirais que les décisions ressemblent diablement à des « lois sans parlement » (pauvre Montesquieu) :
Article I-35 : Les actes non législatifs :
1. Le Conseil européen adopte des décisions européennes dans les cas prévus par la Constitution.
2. Le Conseil et la Commission, notamment dans les cas prévus aux articles I-36 et I-37, ainsi que la Banque centrale européenne dans les cas spécifiques prévus par la Constitution, adoptent des règlements ou décisions européens.
On note que le Parlement est exclu (par définition ? Alors pourquoi ne pas avoir exclu aussi le Conseil des Ministres qu’on nous présente comme une « chambre haute » composant le pouvoir législatif ?) de ces « actes non législatifs » et alors que les auteurs de ces normes sont rarement élus et souvent hors contrôle. Les « actes non législatifs » ont été décriés comme antidémocratiques par certains conventionnels auteurs d’un « Contre rapport » qui juge le TCE comme « allant à l’encontre de tous les principes démocratiques ». Voir l’annexe III, pages 21 à 24 :
http://europa.eu.int/constitution/futurum/documents/contrib/doc180703_fr.pdf

[28] Qui nomme les commissaires :
l’art. I-19 établit que l’expression « Conseil » sans autre précision désigne le Conseil des ministres : « —le Conseil des ministres (ci-après dénommé «Conseil »), ».
L’art. I-27.2 qui décrit la désignation des commissaires parle de « Conseil » sans autre précision :
« 2.Le Conseil, d’un commun accord avec le président élu, adopte la liste des autres personnalités qu’il propose de nommer membres de la Commission. »   Quel Conseil ? Le paragraphe précédent de l’article 27 fait référence au Conseil Européen (pour nommer le Président de la Commission) : « 1.En tenant compte des élections au Parlement européen, et après avoir procédé aux consultations appropriées, le Conseil européen, statuant à la majorité qualifiée, propose au Parlement européen un candidat à la fonction de président de la Commission. Ce candidat est élu par le Parlement européen à la majorité des membres qui le composent. Si ce candidat ne recueille pas la majorité, le Conseil européen, statuant à la majorité qualifiée, propose, dans un délai d’un mois, un nouveau candidat,qui est élu par le Parlement européen selon la même procédure. » On peut se demander quel est le Conseil dont il est question au paragraphe 2 : qui nomme les membres de la Commission ?

[29] Laurent Lemasson, diplômé de l’Institut d’Études Politiques de Paris, titulaire d’un doctorat en Droit Public et Sciences Politiques et chargé de cours à l’Essec, « Constitution européenne : l’Europe y trouve-t-elle son compte ? », document à lire sur le site de l’institut Thomas More :
http://www.institut-thomas-more.org/showNews/24.

[30] Censure de la Commission par le Parlement :
Article I-26.8 : 8 : « La Commission, en tant que collège, est responsable devant le Parlement européen. Le Parlement européen peut adopter une motion de censure de la Commission conformément à l’article III-340.Si une telle motion est adoptée, les membres de la Commission doivent démissionner collectivement de leurs fonctions et le ministre des Affaires étrangères de l’Union doit démissionner des fonctions qu’il exerce au sein de la Commission. »
Article III-340 : « Le Parlement européen, saisi d’une motion de censure sur la gestion de la Commission, ne peut se prononcer sur cette motion que trois jours au moins après son dépôt et par un scrutin public. Si la motion de censure est adoptée à la majorité des deux tiers des suffrages exprimés et à la majorité des membres qui composent le Parlement européen, les membres de la Commission doivent démissionner collectivement de leurs fonctions et le ministre des Affaires étrangères de l’Union doit démissionner des fonctions qu’il exerce au sein de la Commission. (…) »

[31] Apparemment, il n’y a pas de liste des domaines réservés à l’exécutif législateur (Montesquieu fait la toupie dans sa tombe avec des expressions pareilles), c’est-à-dire les domaines réservés d’une part grâce aux exceptions à la codécision (I-34-§2), et d’autre part grâce à l’existence même des décisions européennes (I-33 et I-35) : il faut partir à la pêche dans les 485 pages pour trouver les articles qui prévoient une procédure législative spéciale (sans le Parlement), ou bien le pouvoir de créer du droit par « décision » (sans le Parlement).

Ces domaines étant en quelque sorte une zone franche de contrôle parlementaire, on aimerait pourtant savoir simplement quelles sont les matières concernées.

Ne trouvant pas ce que je cherchais dans mes 485 pages du texte original, j’ai trouvé les explications suivantes sur http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=2157 : « Les 21 domaines dont le Parlement est exclu et où le Conseil des ministres décide seul sont d’une importance décisive : le marché intérieur, l’essentiel de la Politique Agricole Commune, le Tarif Douanier Commun, la Politique Étrangère et de Sécurité Commune, la politique économique, la politique sociale, la fiscalité… ».

Interrogé sur les sources de cette affirmation, l’auteur Jean-Jacques Chavigné m’a rapidement donné les n° d’articles précis en commentant : « il ne sera jamais écrit noir sur blanc que le Parlement est exclu de la décision. Il faudra comprendre qu’il est exclu lorsqu’un article de la Constitution précisera que c’est le Conseil décide et/ou que le Parlement sera simplement consulté. (JJC) »

Opacité incroyable du texte suprême qui devrait pourtant être absolument clair, on comprend bien ici pourquoi.  JJC continue : « Voilà donc les domaines (ou les parties de domaine) les plus importants où le Conseil décide seul et où le Parlement n’est pas co-décideur : (JJC jusqu’à la fin de la note) »

Politique Étrangère et de Sécurité Commune :
Article III-295 : Alinéa 1 : « Le Conseil européen définit les orientations générales de la politique étrangère et de sécurité commune, y compris pour les questions ayant des implications en matière de défense ».
Article III-300, Alinéa 1 : « Les décisions européennes visées au présent chapitre sont adoptées par le Conseil statuant à l’unanimité ».
Alinéa 2 : « Par dérogation au paragraphe 1, le Conseil statue à la majorité qualifiée ».
Le rôle du Parlement est défini à l’article III-304 : Alinéa 1 : « Le ministre des affaires étrangères de l’Union consulte et informe le Parlement européen… »
Alinéa 2 : « Le Parlement européen peut adresser des questions ou formuler des recommandations… »

Marché intérieur :
Article III-130-3 :
« Le Conseil, sur proposition de la Commission adopte les règlements ou décisions européens… »

Tarif Douanier Commun :
Article III-151-5 : « Le Conseil sur proposition de la Commission adopte les règlements ou décisions européens qui fixent les droits du tarif douanier commun ».

Concurrence :
Article III-163 : « Le Conseil, sur proposition de la Commission, adopte les règlements européens pour l’application des principes fixés aux articles III-161 et III-162 [règles de concurrence]. Il statue après consultation du Parlement européen. »
Le Conseil s’occupe des « règlements », et le Parlement aura les « recommandations ».
Est-ce qu’on s’est préoccupé de la séparation et du contrôle des pouvoirs ?

Politique Agricole Commune :
Article III-231 : Alinéa 2 : « La loi ou loi-cadre européenne établit l’organisation commune des marchés… »
L’expression « Loi-cadre européenne », sans autre précision, signifie que la procédure législative ordinaire, définie à l’article III-396 s’applique. Il s’agit alors d’une co-décision du Conseil et du Parlement européen. Ce qui est un progrès par rapport aux traités précédents.

Mais :
Alinéa 3 : « Le Conseil sur proposition de la Commission adopte les règlements ou décisions européens relatifs à la fixation des prix, des prélèvements, des aides et des limitations quantitatives… ». Le Conseil décide donc seul, sur proposition de la Commission, des prix, des aides, des quotas

Fiscalité :
Article III-171 : « Une loi-cadre européenne du Conseil établit les mesures concernant l’harmonisation des législations relatives aux taxes sur le chiffre d’affaires, aux droits d’accises et autres impôts indirects, pour autant que cette harmonisation soit nécessaire pour assurer l’établissement ou le fonctionnement du marché intérieur et éviter des distorsions de concurrence. Le Conseil statue à l’unanimité, après consultation du Parlement européen et du Comité économique et social ».

Social :
Il faut distinguer trois niveaux :
1er niveau : domaine de co-décision :
Article III-210-1 :
a- L’amélioration du milieu de travail…
b- Les conditions de travail.
e- L’information et la consultation des travailleurs.
h- l’intégration des personnes exclues du marché du travail
i- L’égalité entre hommes et femmes.
j- La lutte contre l’exclusion sociale
k- La modernisation des systèmes de protection sociale, sans préjudice du point c.
2ème niveau : le Conseil décide seul :
Article III-210-3 : « … dans les domaines visés au paragraphe 1, point c, d, f et g, la loi ou loi-cadre européenne est adoptée par le Conseil statuant à l’unanimité, après consultation du Parlement européen… »
c- la sécurité sociale et la protection sociale des travailleurs.
d- La protection des travailleurs en cas de résiliation du contrat de travail.
f- La représentation et la défense collective des intérêts des travailleurs et des employeurs y compris la cogestion, sous réserve du paragraphe 6.
g- Les conditions d’emploi des ressortissants de pays tiers se trouvant en séjour régulier sur le territoire de l’Union.
3ème niveau : l’Union (que ce soit le Conseil seul ou le Parlement avec le Conseil) n’est pas compétente :
Article III-210-6 :
« Le présent article ne s’applique ni aux rémunérations, ni au droit d’association, ni au droit de grève, ni au lock-out… »
Ce qui rend impossible tout Smic européen.
Ce qui vide de son contenu l’article II-210-3-f.
Ce qui vide de son contenu l’article II-88 : le droit de grève ne pourra être imposé par l’Union à un Etat-membre qui ne le prévoirait pas ou le retirait de sa législation. Ce qui a l’avantage de ne pas, non plus, imposer le « lock out » à une législation nationale qui (telle la législation française) ne le reconnaîtrait pas. (JJC)

[32] La CJE : pierre angulaire du TCE ? La CJE joue à la fois le rôle de Cour de Cassation et de Conseil constitutionnel. En France, le CC est nommé pour partie par le Sénat, l’AN et le Psdt de la République, ce qui permet à chaque pouvoir de se retrouver un peu dans le tribunal suprême. Rien de tel en Europe : le Parlement n’intervient pas dans la nomination des juges qui dépendent directement de l’exécutif.
On lira dans le livre de Paul Alliès, professeur de droit constitutionnel et de sciences politiques à l’Université de Montpellier, « Une constitution contre la démocratie », des explications passionnantes (pages 121 et s.) sur le danger que constitue la Cour de Justice Européenne (CJE), ex CJCE :
« La CJE s’est érigée peu à peu en véritable Cour suprême de l’Union. (…)
La CJE comprend toujours un juge par État membre désigné par eux. (…) Ces juges sont donc nommés dans la plus grande discrétion, à l’opposé de ce qu’on connaît aux États-Unis où la procédure de confirmation par le Sénat donne une publicité maximale à leur sélection. (…) Ils sont privés de garantie d’inamovibilité. Leur mandat est de six ans, ce qui est très bref, d’autant plus qu’ils sont renouvelables. Ce double caractère est traditionnellement considéré comme contraire à l’indépendance des juges qui peuvent ainsi avoir le souci de ne pas déplaire à l’autorité à laquelle ils doivent leur nomination et leur carrière. On comprend aisément que les gouvernements soient attachés à ce dispositif.
Ils ont repoussé, lors de l’adoption du traité de Maastricht, une proposition du Parlement européen qui voulait porter à douze ans la durée du mandat sans réélection possible. »  (page 122) (…)

« C’est par la voie d’autres recours [que le « recours en manquement »] que la cour s’est imposée comme cour constitutionnelle. Par le « recours en annulation », elle est appelée à contrôler la conformité des actes de toutes les institutions européennes, y compris la Banque centrale, à la demande de l’une d’entre elles. Par le « recours en carence », elle peut imposer à une institution l’obligation d’appliquer un acte normatif, à la demande des organes de l’Union, des États membres et des personnes privées. Enfin et surtout, par le « recours préjudiciel » introduit par le traité de Rome, elle accueille les saisines des juridictions nationales confrontées à des contentieux concernant des particuliers et incluant des questions de droit communautaire.
Elle détient donc le monopole de l’interprétation centralisée et unifiée du droit européen en général, ainsi que de celui de son application obligatoire par toutes les composantes de l’Union, des États membres, y compris leurs juridictions nationales. » (page 123)

Paul Alliès prend ensuite l’exemple de la laïcité pour illustrer l’immense danger d’un gouvernement des juges : « L’article II-70 (…) est en contradiction absolue avec le droit français de la laïcité depuis un siècle. (…) Au terme de l’art. II-112, la CJE devra interpréter la Charte au regard des explications (…) du Praesidium de la Convention. (…) Voici donc que le socle de la laïcité dépend de la sagesse de la CJE. (…) Bref, tous les éléments sont réunis pour que (…) la Cour crée un droit spécifique en matière de sécularisation au sein de l’Union. (…) Le secret des délibérations et l’absence de publicité des « opinions dissidentes » n’incitent pas à l’optimisme. » (Page 132)

[33] La Commission peut être censurée par le Parlement, en bloc : voir note 30 ci-dessus.
Un commissaire peut aussi être « démissionné » par le président de la Commission (lui-même entériné par le Parlement) : art. 1-27, dernier § : « Un membre de la Commission présente sa démission si le président le lui demande. ».
Mais ni le Conseil des ministres, ni le Conseil européen, ne sont responsables devant personne.
Le Conseil européen nomme les membres de la Commission (art.1-27 §2), seul le Président de la Commission est « élu » par le Parlement (art. 1-27 §1) sur proposition du Conseil européen. Ce n’est pas le parlement qui choisit le Président. Le parlement n’est pas responsable non plus : personne ne peut le dissoudre.

[34] Yves Salesse, membre du Conseil d’État, « Manifeste pour une autre Europe », pages 36 et s. :

« Le pouvoir de la Commission est surestimé. En droit comme en fait, ce pouvoir est fondamentalement détenu par le Conseil des Ministres. (…) La Commission n’est pas dépourvue de pouvoir, mais elle est subordonnée au premier. Elle est composée de politiques et de fonctionnaires des États qui n’ont pas rompu avec ceux-ci. (…) Ainsi, non seulement le pouvoir de la Commission est subordonné, mais la tendance n’est pas à son renforcement. Elle est au contraire au développement de l’emprise des États.
Lorsqu’ils prétendent avoir été surpris par une décision, ils mentent.

La méconnaissance du pouvoir des États a des conséquences politiques. Elle exonère les gouvernements de leur responsabilité dans les décisions européennes. Ils sont les premiers à propager : « C’est pas nous, c’est Bruxelles
. »

[35] Voir de bonnes explications sur l’AGCS sur le site www.urfig.org (par Raoul Marc Jennar).

[36] Voir le détail de l’humiliation infligée par Pascal Lamy aux parlementaires qui voulaient consulter les documents préparatoires pour l’AGCS dans le livre passionnant de Raoul Marc Jennar, « Europe, la trahison des élites », pages 64 et s., et notamment 70 et 71.
Voir aussi un passionnant article de Jennar intitulé « Combien de temps encore Pascal Lamy ? », à propos des deux accords AGCS et ADPIC : http://politique.eu.org/archives/2004/04/11.html.

[37] Noëlle Lenoir, alors ministre française déléguée aux affaires européennes du gouvernement Raffarin, a déclaré : « il suffira de rassembler un million de signatures en Europe pour obliger la Commission à engager une procédure législative » (Le Monde, 30 octobre 2003).

[38] Droit de pétition : art. I-47, §4 : « Des citoyens de l’Union, au nombre d’un million au moins, ressortissants d’un nombre significatif d’États membres, peuvent prendre l’initiative d’inviter la Commission, dans le cadre de ses attributions, à soumettre une proposition appropriée sur des questions pour lesquelles ces citoyens considèrent qu’un acte juridique de l’Union est nécessaire aux fins de l’application de la Constitution. La loi européenne arrête les dispositions relatives aux procédures et conditions requises pour la présentation d’une telle initiative citoyenne, y compris le nombre minimum d’États membres dont les citoyens qui la présentent doivent provenir. » On est vraiment à mille lieues du référendum d’initiative populaire (suisse, américain ou vénézuélien) qu’on fait miroiter aux électeurs.

[39] Pour le détail des reculs des droits fondamentaux par rapport au droit en vigueur : voir Raoul Marc Jennar, « Europe, la trahison des élites », pages 102 et s.
Voir aussi le point de vue d’Alain Lecourieux, « L’illusion des droits fondamentaux dans la Constitution européenne » : http://www.eleves.ens.fr/attac/Lecourieux-droits-fondam.pdf
Voir aussi la thèse de Anne-Marie Le Pourhiet, professeur à l’Université Rennes I : « Les valeurs et objectifs de l’Union », dans le livre « La nouvelle UE. Approches critiques de la Constitution européenne ».
Voir aussi Jacques Généreux, dans son « manuel critique du parfait européen », pages 113 et s. : aucune avancée des droits sociaux.

[40] Article II-111 : « Champ d’application [de la Charte] :
1. Les dispositions de la présente Charte s’adressent aux institutions, organes et organismes de l’Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu’aux États membres uniquement lorsqu’ils mettent en oeuvre le droit de l’Union. En conséquence, ils respectent les droits, observent les principes et en promeuvent l’application, conformément à leurs compétences respectives et dans le respect des limites des compétences de l’Union telles qu’elles lui sont conférées dans les autres parties de la Constitution.
2. La présente Charte n’étend pas le champ d’application du droit de l’Union au-delà des compétences de l’Union, ni ne crée aucune compétence ni aucune tâche nouvelles pour l’Union et ne modifie pas les compétences et tâches définies dans les autres parties de la Constitution.

Article II-112 : Portée et interprétation des droits et des principes [de la Charte] :
1. Toute limitation de l’exercice des droits et libertés reconnus par la présente Charte doit être prévue par la loi et respecter le contenu essentiel desdits droits et libertés. Dans le respect du principe de proportionnalité, des limitations ne peuvent être apportées que si elles sont nécessaires et répondent effectivement à des objectifs d’intérêt général reconnus par l’Union ou au besoin de protection des droits et libertés d’autrui.
2. Les droits reconnus par la présente Charte qui font l’objet de dispositions dans d’autres parties de la Constitution s’exercent dans les conditions et limites y définies. [Cet alinéa fait de la Charte une partie inférieure aux autres parties, et pas l’inverse]
3. Dans la mesure où la présente Charte contient des droits correspondant à des droits garantis par la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, leur sens et leur portée sont les mêmes que ceux que leur confère ladite convention. Cette disposition ne fait pas obstacle à ce que le droit de l’Union accorde une protection plus étendue.
4. Dans la mesure où la présente Charte reconnaît des droits fondamentaux tels qu’ils résultent des traditions constitutionnelles communes aux États membres, ces droits doivent être interprétés en harmonie avec lesdites traditions.
5. Les dispositions de la présente Charte qui contiennent des principes peuvent être mises en œuvre par des actes législatifs et exécutifs pris par les institutions, organes et organismes de l’Union, et par des actes des États membres lorsqu’ils mettent en oeuvre le droit de l’Union, dans l’exercice de leurs compétences respectives. Leur invocation devant le juge n’est admise que pour l’interprétation et le contrôle de la légalité de tels actes. »

J’ai reçu cet après-midi un mail formidable : un espagnol nommé Rodrigo, avocat à Bruxelles, ancien professeur de droit communautaire et fervent partisan du TCE, il parle un français impeccable. Avec un respect parfait, presque déjà de l’amitié, il me dit qu’il est enthousiaste pour ce que je fais en ce moment même s’il n’est absolument pas d’accord avec moi. Puis il m’explique en long, en large et en travers pourquoi c’est excessif de dire que l’article 111-2 « stérilise » la Charte. Je lis attentivement ses explications, je les recoupe avec ce que dit Paul Alliès (c’est l’interprétation de la CJE qui fera la force ou pas de la Charte, et cette force est potentielle, mais réelle)… OK, je retire de mon texte le paragraphe « 111-2 stérilisant » et je ne garde que le recul sur le fond (plutôt moins de droits que plus) et de simples réserves sur la force de la partie. Après, on s’est parlé une heure au téléphone. C’est un exemple, très chaleureux, des échanges que suscite ce débat. On n’est pas obligés de s’empailler sur ce sujet, on survivra au oui comme au non, on peut rêver ensemble d’une autre Europe.

[41] Élection d’une Assemblée Constituante pour fonder une démocratie : chaque fois que l’ONU organise la démocratie dans un pays, elle commence toujours par programmer l’élection d’une Assemblée Constituante.
Donc, le modèle fondateur que l’ONU propose à tous les pays du monde est cette procédure-là.
Je suis donc étonné de constater que certains juristes européens acceptent de s’en affranchir.

[42] Sur ce qu’on peut reprocher à la convention « Giscard », lire l’analyse de Robert Joumard, page 13 et s., voir aussi celle de Christian Darlot. Voir aussi Paul Alliès (professeur en sciences Politiques à l’Universi­té Montpellier I), « Une Contitution contre la démocratie ? », p. 38 et s. Voir aussi le contre rapport des Conventionnels cité plus haut.

[43] Lire à ce propos la position de Pervenche Berès, membre de la convention Giscard, coauteur du texte donc, qui renie pourtant le résultat final tant il a été défiguré par les gouvernements dans l’année qui a suivi, et qui appelle finalement à « Dire « non » pour sauver l’Europe » : http://www.ouisocialiste.net/IMG/pdf/beresMonde290904.pdf.

[44] « Vérole » antidémocratique ? Le Figaro, 11 avril 2005, Alain Minc parle : « Valéry Giscard d’Estaing n’a commis qu’une seule erreur : nommer le texte du traité «Constitution». C’est précisément cette dénomination qui a empêché une ratification par la voie parlementaire. Le référendum est pareil à une «vérole» antidémocratique que la France aurait propagée dans l’ensemble de l’Europe. »
Cette phrase résonne dans ma tête depuis une semaine, elle prend son sens, comme un aveu.
Je ne veux plus que ces gens-là décident de mon sort. Je vais cesser de faire confiance aveuglément et je vais maintenant essayer de m’occuper moi-même de mes affaires.

[45] Planning des ratifications :

Pays qui ne soumettent pas le traité à leur peuple : Lituanie (11 décembre 2004), Hongrie (20 décembre 2004), Italie (25 janvier 2005), Slovénie (1er février 2005), Allemagne (12 mai 2005), Slovaquie (mai 2005), Chypre (mai 2005), Autriche (printemps 2005), Belgique (printemps 2005), Grèce (printemps 2005), Malte (juillet 2005), Suède (décembre 2005 et pourtant 58 % des suédois réclament un référendum), Estonie (2005), Finlande (fin 2005), Lettonie (?).

Pays qui ont opté pour le référendum : Espagne (20 février 2005), Pays-Bas (1er juin 2005), France (29 mai 2005), Luxembourg (10 juillet 2005), Danemark (27 septembre 2005), Portugal (octobre 2005), Pologne (fin 2005), Royaume-Uni (printemps 2006), République tchèque (juin 2006), Irlande (2006).

Trois référendums ne sont que consultatifs (Espagne, Pays-Bas et Luxembourg) et, finalement, seuls six peuples sont véritablement consultés dans ce projet:
le Portugal et l’Irlande (qui vont vraisemblablement voter Oui)
et la République Tchèque, la Pologne, la Grande Bretagne et la France (qui s’apprêtent à voter Non).

Six pays réellement consultés sur vingt-cinq…
Je trouve que ça en dit long sur ce que représente la volonté des peuples pour leurs dirigeants en Europe.

[46] RM Jennar à raison : il faut réaffirmer nos fondamentaux et rappeler ce que proclamait, le 26 juin 1793, l’article 35 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de l’an I : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ». (« Europe, la trahison… », p. 218).

[47] Selon la célèbre formule de Lacordaire :  » Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit ».
Chacun peut prévoir ce qu’il adviendra avec des renards libres dans un poulailler libre.
Les charmes de la liberté débridée sont une fable, une imposture.

[48] Lire les analyses du site Acrimed sur la partialité des médias sur cette affaire :
http://www.acrimed.org/article1950.html.
Lire aussi l’article de Bernard Cassen dans Le Monde diplomatique : « Débat truqué sur le traité constitutionnel » : http://www.monde-diplomatique.fr/2005/02/CASSEN/11908

O O O O O

Vous pouvez m’écrire à etienne.chouard@free.fr mais je n’ai plus le temps de vous répondre comme il le faudrait, ou seulement de temps en temps. Pardon, vous êtes trop nombreux.

Vous pouvez lire des compléments et télécharger ce document à : http://etienne.chouard.free.fr/Europe
et le diffuser comme bon vous semble, mais envoyez de préférence un lien vers mon site, car un fichier fige mon texte alors que je l’améliore sans cesse grâce à vos vigilantes, bienveillantes et patientes observations.

Voir par ailleurs:

France’s ‘Yellow Vest’ protests take an antisemitic turn
Banner hung on main road calls Macron ‘whore of the Jews’; Paris synagogues shuttered for first time as spike in emigration inquiries is reported
Itamar Eichner
YNET

French Jews have become a focal point for the “Yellow Vest” protests across France, with an increase in anti-Semitism by demonstrators. In recent days, the Jewish community has reported numerous anti-Semitic videos, graffiti and actual threats appearing in central locations and on social media.
Last Saturday, the Chabad House on the Champs-Elysées Boulevard temporarily closed its doors for the first time due to safety concerns. The Chabad House issued a message saying that “for the first time, the Chabad House will not open on Shabbat morning; the police do not have the situation under control and today is a very dangerous day.”
At another synagogue in the city, emails were sent to members of the community before Shabbat, warning of the riots. “In the Eli Dray synagogue they recommended us not to conduct services in the morning,” said Tova and Yehoshua Nagler who were staying in the city for Shabbat. “The caretaker announced that anyone who nevertheless wants to go will only be able to enter until nine in the morning, and take into account that the synagogue will remain closed until evening because the gates will be closed from inside, so they asked people who come to pray to bring food along.”
‘The Jews are pulling the strings’
On Route A6, the main artery between Paris and Marseilles, a huge banner was hung on a bridge, accusing Jews of controlling French President Emmanuel Macron. The banner read: “Macron is a whore of the Jews.” Social networks have also become an arena for spreading anti-Semitic expression. Thus, for example, a message circulated by an anonymous source wearing a mask: “It was the rich Jews who brought Macron to power so that he would be their puppet and they are pulling the strings. The Jews are responsible for the lowering of taxes on the rich and for the whole financial situation.”
In another video, an activist from the “Yellow Vests” invited demonstrators to come to a Chabad Hanukkah candle lighting, saying: “The Jewish people celebrate while the French have nothing to eat.” The anti-Semitic French entertainer Dieudonné M’bala M’bala and his admirers joined the demonstrators and gave the Nazi salute.
A video circulated on the social networks of French musician Stephen Ballet, who lives in Istanbul, inciting protesters to “understand that the real enemy is the Jews.” Ballet, an esteemed musician with a racist reputation, last week uploaded a YouTube video which garnered 36,000 views before it was blocked. In the video, Ballet claims that lighting Hanukkah candles in front of the Eiffel Tower “while the French are dying of hunger” is a deliberate provocation by Jews against the French people. He also expressed regret that he could not come and “say hello” to the Jews who lit the candles.

An increase in number of French Jews wishing to emigrate

The International Fellowship of Christians and Jews, which helps Jews immigrate to Israel, noted that following the events in France there has been a surge in the number of Jews interested in immigrating to Israel. Uriel Saada, head of the France Desk at the Fellowship, said that he received dozens of requests from Jewish families interested in immigrating to Israel.
“Only last Friday I received about ten phone calls, which is very rare because usually they do not call at all on Fridays,” he said. According to Saada, since police forces in Paris are occupied with the riots and attempts to restore order, the Jews began to secure the synagogues themselves, and even warned the weekend that it would be better not to bring children to prayers.
He also noted that the trend of Jewish families planning to immigrate to Israel is increasing. “As long as the activists do not accept what they are demanding — raising the minimum wage — the situation will continue and may even escalate. I do not think that everyone will rush in and make this move, but there is no visible end to this protest.”
Rabbi Yechiel Eckstein, president of the Fellowship, said: “Anti-Semitism in France has become widespread and very blatant in recent years, and the authorities are still acting feebly against it. Due to the situation, we are prepared with the necessary resources to assist any Jew who wishes to immigrate to Israel through us and be successfully absorbed in Israel.”We are also working in France and throughout Europe to secure Jewish institutions. I hope that the European leadership will succeed in its efforts to eradicate anti-Semitism, but until then it is important that we all stand guard.”

Miss France 2019: A quand le QI comme critère d’admission ? (Is Miss America turning into the thinking woman’s debutante ball ?)

16 décembre, 2018

San Remo (Italie, 1949)San Remo (Italie, 1949)San Remo (Italie, 1949)Break the dull steak habit poster (1968)Image result for social origins of Miss America winners since 1920Miss France 2016 IMCMonique Lemaire (Miss France 1962)Irène Tunc (Miss France 1954)Sonia Rolland (Miss France 2000)Sylvie Tellier (Miss France 2002)Iris Mittenaere (Miss France/Miss Universe 2016)Miss France 2019Image result for Miss France 2019 costumes de super-héroïnesimage.pngImage result for Miss France 2019 costumes de super-héroïnesVaimalama Chaves (Miss France 2019)

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Share of employees reported as having very good looks by occupation in Germany

 

 

Car on donnera à celui qui a; mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a. Jésus (Marc 4: 25)
Il y a autant de racismes qu’il y a de groupes qui ont besoin de se justifier d’exister comme ils existent, ce qui constitue la fonction invariante des racismes. Il me semble très important de porter l’analyse sur les formes du racisme qui sont sans doute les plus subtiles, les plus méconnaissables, donc les plus rarement dénoncées, peut-être parce que les dénonciateurs ordinaires du racisme possèdent certaines des propriétés qui inclinent à cette forme de racisme. Je pense au racisme de l’intelligence. (…) Ce racisme est propre à une classe dominante dont la reproduction dépend, pour une part, de la transmission du capital culturel, capital hérité qui a pour propriété d’être un capital incorporé, donc apparemment naturel, inné. Le racisme de l’intelligence est ce par quoi les dominants visent à produire une « théodicée de leur propre privilège », comme dit Weber, c’est-à-dire une justification de l’ordre social qu’ils dominent. (…) Tout racisme est un essentialisme et le racisme de l’intelligence est la forme de sociodicée caractéristique d’une classe dominante dont le pouvoir repose en partie sur la possession de titres qui, comme les titres scolaires, sont censés être des garanties d’intelligence et qui ont pris la place, dans beaucoup de sociétés, et pour l’accès même aux positions de pouvoir économique, des titres anciens comme les titres de propriété et les titres de noblesse. Pierre Bourdieu
Dans le débat sur la parité (…) on risque de remplacer des hommes bourgeois par des femmes encore plus bourgeoises. Si du moins on se dispense de faire ce qu’il faudrait pour que cela change vraiment : par exemple, un travail systématique, notamment à l’école, pour doter les femmes des instruments d’accès à la parole publique, aux postes d’autorité. Sinon, on aura les mêmes dirigeants politiques, avec seulement une différence de genre. Bourdieu
Les corps auraient toutes les chances de recevoir un prix strictement proportionné à la position de leurs possesseurs dans la structure de la distribution des autres propriétés fondamentales si l’autonomie de la logique de l’hérédité biologique par rapport à la logique de l’hérédité sociale n’accordait parfois aux plus démunis sous tous les autres rapports les propriétés corporelles les plus rares, par exemple la beauté (que l’on dit parfois «fatale» parce qu’elle menace l’ordre établi) et si, à l’inverse, les accidents de la biologie ne privaient parfois les «grands» des attributs corporels de leur position comme la grande taille ou la beauté. Bourdieu
One of the more fascinating aspects of beauty pageants is that virtually everyone involved with pageants, including the contestants, deny that beauty is the driving force behind the pageant. This denial is stunning, considering that the events are called, after all, beauty pageants. Beauty is a four-letter word in the pageant business. But it wasn’t always that way. Up until the 1960’s, no one seemed to have a problem acknowledging the importance of « beauty » in beauty pageants. It was during that decade that feminists became particularly vocal in their criticism of judging beauty, especially within the context of a beauty pageant. (…) debutante balls, unlike the more egalitarian and working class ritual of beauty pageants, are more controlled and influenced by money than looks alone, though beauty is a dominant factor in both. Anthony Napoleon
Beauty pageants are an extension of the competition between women that begins at birth. All women are in competition with other women to get themselves a good husband. Alfred Patricelli (Miss World-USA)
Les statistiques, c’est comme le bikini: ça donne des idées mais ça cache l’essentiel! Aaron Levenstein (repris par Coluche)
Well, obviously it’s great outer beauty. I mean, we could say politically correct that look doesn’t matter, but the look obviously matters. Like you wouldn’t have your job if you weren’t beautiful. Donald Trump (2014)
It is a well-established view amongst economists that good-looking people have a better chance of employment and can earn more than those who are less physically attractive. A “beauty premium” is particularly apparent in jobs where there is a productivity gain associated with good looks, though this is different for women and men, and 
varies across countries. People also sort into occupations according to the relative returns to their physical characteristics; good-looking people take jobs where physical appearance is deemed important while less-attractive people steer away from them, or they are 
required to be more productive for the same wage. (…) There is substantial empirical evidence that supports the existence of employer discrimination against less-attractive or short workers. In theory, there could be two reasons why employers may choose to avoid working with less-attractive people. First, employers may believe that physically attractive employees are better workers and are more productive. This is the stereotypical view that better-looking people might be more capable at performing their tasks, and does not take into account the innate ability of workers. Second, employers may simply prefer to work with individuals who are more pleasing to look at, even though they do not have any overt prejudice regarding their abilities as workers (“taste-based discrimination”). (…) There is evidence that, in an experimental setting, more-attractive people receive additional call-backs from employers compared to people who are deemed to be less-attractive. (…) As a result, less-attractive or unattractive workers may have to accept lower wages for the same level of productivity as attractive people. Or, alternatively, they will need to be more productive for the same wage. Another explanation for why people’s looks could affect their labor market outcomes is “customer discrimination.” In some occupations, where looks are deemed to be important, physically attractive workers may be more productive than unattractive ones. These occupations might include, for example, salespeople (e.g. in cosmetics or car dealerships); actors; sales assistants; waiting staff, etc. Such occupations generally require extensive worker–customer engagement and interaction. Therefore, if customers prefer to interact with physically attractive workers this could generate advantages in terms of workers’ productivity and thus customer satisfaction. (…) Attractive salespeople generally enjoy the benefits from this type of customer “discrimination.” Purchasers interacting with an attractive salesperson are more likely to book an appointment for a demonstration and, as a result, are probably more likely to go on to purchase the product. Moreover, perceptions of attractiveness appear to induce buyers to behave more favorably toward better-looking sellers. (…) Evidence also indicates that workers appear to “sort” themselves into occupations according to their looks. Individuals who are relatively more endowed with physical beauty seem to concentrate in occupations where the payoff to appearance is high. These occupations usually require very extensive interactions with customers (such as sales assistants), where the effect of physical appearance can be quite significant. Thus, overall, attractive people tend to work in jobs where appearance is important, while less-attractive individuals prefer professions that do not demand good looks. (…) The empirical evidence suggests that good-looking women cluster in managerial and administrative types of jobs and are less likely to be found in blue-collar jobs, such as operative or skilled-craft occupations. (…) A different strand of literature has focused on the extra return to beauty on wages as a result of the fact that good looks may be related to other labor-market-enhancing skills, such as communication skills, confidence, leadership capabilities, test scores, etc. Such skills are valued in the labor market and could have an enhancing effect on physical appearance. They could also effectively increase a worker’s productivity and thus their payoff in the labor market. Research has found that cognitive and non-cognitive skills that have been acquired during secondary education also prove to be important in future labor market outcomes. These include test scores, college enrollment, social behavior, employment, occupational attainment, and wages. Different activities in secondary school contribute to the development of these skills during adolescence, via socialization or other high-school activities. For example, a child who is good looking tends to be given more time and attention by teachers and peers. This suggests that physical attractiveness at younger ages already contributes to the development of the individual’s human capital and investment in future employment. Similarly, attractive and/or tall adolescents are more likely to take part in extracurricular activities at secondary school, such as sports and general interest clubs. Participation in these activities results in a relatively higher acquisition of confidence compared to other peers and this in turn promotes higher future wages. Since good looks may be correlated with cognitive/non-cognitive skills, research estimates could be biased toward the effect of attractiveness. In order to accommodate this, some studies have included IQ scores, secondary school activities, and, if the data permits, the “big five” personality traits (openness, conscientiousness, extraversion, agreeableness, and neuroticism). In general, better-looking individuals exhibit better communication skills, have more confidence, and are more extroverted. These skills most often translate into higher wages. However, one study compared the effects of beauty and confidence measures in Germany and Luxembourg and found wages to be driven more by looks than self-esteem. More attractive young adults also exhibit a lower tendency toward criminal activity, which is again explained by higher student human capital development during high school. Physical attractiveness at the secondary school and university levels has been shown to be correlated with better individual cognitive skills, such as higher test scores and superior study performance. Good looks and capabilities—those qualities/characteristics that would allow you to perform well at your job—have also been found to be complementary at high levels of physical attractiveness, but substitutable at low levels. This means that for attractive individuals an increase in their capabilities would increase the wage premium, while for less-attractive individuals there could be negative returns to capabilities. Women and men differ in the way they make their decisions to participate in the labor market. Consequently, the effect of “attractiveness” on labor market outcomes also differs for the two groups. At the same time, an individual’s physical appearance results in different opportunities for men and women in the labor market. For example, for some occupations (such as sales assistants, waiting staff, television presenters, etc.), good-looking women will have a higher probability of obtaining a job and securing a higher wage than less-attractive women. In addition, better-looking women might be more likely to work in the first place because they are more confident that they will find a job. Since beauty is very likely to enhance their productivity at work, women will also be more inclined to take advantage of this opportunity. However, less-attractive women, given the payoff to good looks, will be more likely to avoid entering the labor market precisely because of the perceived disincentives. (…) In addition, since women may be self-selecting into the labor market according to their good looks, this may alter the distribution of good looks that we observe in the labor market. In other words, better-looking women are more likely to take jobs, while less good-looking women are more likely to stay out of the labor force. As a result, there is less beauty variation in the labor market among women and so the payoff to good looks for women will be smaller. However, the same does not hold true for men. In their case, selection based on physical appearance is smaller and they have higher labor force participation rates in general. This suggests that, in theory, they will also have larger premiums due to good looks compared 
with women. However, with the increased labor force participation of women, the gap in the effect is expected to decrease. This argument is supported by empirical studies from different countries and using different data. For example, studies in the US and Canada report that less-attractive men incur a 9% penalty in hourly earnings, while those who are deemed as having above-average attractiveness receive an earnings premium of 5%. Women, on the other hand, receive a lower beauty premium than men of around 4%, and a similar plainness penalty as men of about 5% in hourly earnings. Other research that captures information about good looks at younger ages indicates that men who are rated as “homely” at both age seven and 11 incur a large and significant pay penalty of 14.9% later in life. This pattern also applies to their female counterparts, with a lower penalty for plain looks of about 10.9%. Within occupations, effects for men are also stronger than for women. Accordingly, men receive higher premiums or penalties than women. One study shows that good-looking men receive higher salaries at the beginning of their careers and continue to earn more over time. Women’s starting salaries, however, do not exhibit a beauty effect; but better-looking women do earn more with experience than their average-looking counterparts. Examining payoffs of law school graduates from the 1970s and 1980s finds that even five years after graduation there is still a statistically significant effect of physical appearance on male, but not on female, wages. (…) There is some cross-country variation in the beauty–wage premium and penalty. Good looks lead to a wage premium in most of the countries examined. The highest beauty premiums are present in Germany and China. And the return is particularly large for women. British and Australian studies show the largest penalties for “below-average” looks . In the UK, however, individuals do not receive a wage premium for good looks, while in Australia, good-looking women also do not receive a positive wage effect for physical appearance. This similarity in the payoff of physical appearance in the two countries may be a result of similarities in their historical economic structures, as well as in their cultures. Eva Sierminska
Since the late ’80s, Miss America has been adjusting its image to maintain relevance and keep viewership. Part of that is about the culture around it. At some point people didn’t need to see scantily clad ladies on the stage anymore — they could see it on their computers. Margot Mifflin (City University of New York)
Sans mon QI, je n’aurais pas été invitée. Je n’y croyais pas quand on me l’a dit. Quand je suis rentrée chez moi et que je l’ai dit à ma mère elle n’a pas réalisé. Mais quand mon professeur l’a appelée pour expliquer les résultats on a compris que c’était une bonne chose. (…) J’ai vraiment hâte d’y être. Plus la soirée approche, plus je suis excitée et stressée. Je pense que ça va passer au moment du bal. Je vais essayer d’en profiter au maximum et de ne pas me prendre la tête. Ce qui m’effraie, c’est de me retrouver dans un univers totalement nouveau pour moi mais je vais faire ce que je peux. Lauren Marbe
C’est une tradition de la noblesse européenne qui revit depuis quelques années. Lors du Bal des Débutantes samedi, une vingtaine de jeunes filles « bien nées » d’horizons différents feront leur entrée dans l’aristocratie sous les lambris de l’Automobile club de France. Parmi elles, Lauren Marbe, une jeune Anglaise qui participera à son premier Bal. Du haut de ses 17 ans, son profil tranche avec celui des autres filles : son quotient intellectuel est plus élevé que celui d’Einstein. Avec 161 de quotient intellectuel, Lauren Marbe fait figure de surdouée. Samedi, Lauren participera à son premier Bal. Une intronisation dans le monde, selon la formule consacrée, que la jeune fille attend avec impatience. RTL
La richesse n’est pas un critère de sélection. Tout est payé par les sponsors donc peu importe la fortune de ces jeunes filles. Ce qui compte le plus, c’est de réunir des familles d’univers différents. (…) Nous choisissons essentiellement des jeunes filles bien éduquées et studieuses, qui font de bonnes études. (…) [la valse] C’est ce qui effraie le plus les filles. Certaines prennent des cours à l’avance pour apprendre à danser la valse. Nous n’organisons qu’une seule répétition de deux heures le vendredi soir, veille du bal. Ophélie Renouard
Elles ont déjà tout et pourtant elles rêvent de ce bal depuis qu’elles sont toutes petites. Inspiré d’une tradition aristocratique européenne, le Bal des débutantes de Paris, le plus renommé, donné cette année au profit de l’association Enfants d’Asie, se déroulera, samedi 30 novembre, à l’Automobile Club de France. Ce grand évènement mondain permet à vingt jeunes filles d’une douzaine de pays, triées sur le volet, de faire leur « entrée » dans le monde, comme l’exigeait le protocole dans les cours royales. Principales conditions d’éligibilité : avoir entre 16 et 22 ans, être jolie et surtout pouvoir rentrer dans les robes prêtées par les maisons de haute couture comme Dior, Chanel ou Armani. Autant dire que passé le 38, c’est fichu. Mais ces trois conditions ne suffisent pas. Si vous voulez danser la valse avec le gratin ou goûter aux petits plats du chef étoilé Christopher Hache, il vous faudra correspondre à un ou plusieurs des critères suivants. Rares sont les élues à pouvoir enfiler les Louboutin pour participer au Bal des « déb ». Tradition oblige. A l’origine, les jeunes filles issues de la noblesse du Royaume-Uni attendaient impatiemment leur dix-huitième anniversaire afin de se présenter devant la reine au bras de leur père. Si vous descendez d’une grande famille aristocratique ou, mieux, d’une famille royale, il vous sera donc plus facile de décrocher une invitation. Cette année, la Grande-Bretagne est représentée par Lady Amelia Windsor, dont le grand-père est Edward, duc de Kent et cousin germain de la reine Elizabeth II. Aux côtés de ces jeunes pousses de l’aristocratie, les filles d’acteurs et de réalisateurs sont de plus en plus souvent invitées. Samedi, Romy David, fille du producteur et acteur américain Larry David, sera de la partie. Ces dernières années, les filles de Rosanna Arquette, de Luc Besson, de Bruce Willis, de Clint Eastwood, de Sylvester Stallone ou encore d’Andie MacDowell ont pu s’illustrer à la valse, sous les ors de l’hôtel de Crillon. Mais les filles de riches industriels ou d’hommes d’affaires ne sont pas en reste. Zoe Springer, petite-fille, très tatouée, du magnat de la presse allemand Axel Springer, compte parmi les débutantes de 2013. (…) Cette année, le rôle de Cendrillon sera tenu par Lauren Marbe, dont Paris Match a fait le portrait. Cette fille d’un chauffeur de taxi londonien aura l’occasion de découvrir un monde qu’elle côtoie peu. Invitée pour son talent et non pour son patronyme, cette lycéenne britannique de 17 ans est devenue célèbre pour son QI Mensa de 161, supérieur à celui d’Einstein. Aussi riche, célèbre et « fille de » soit-elle, Paris Hilton a été recalée du Bal des débutantes. Pas assez classe pour participer. La plupart des filles ne postulent même pas pour être choisies. L’organisatrice Ophélie Renouard s’enorgueillit d’avoir acquis, au fil des ans, un réseau suffisant pour pouvoir inviter les jeunes filles « bien nées » du monde entier. Mais quelques audacieuses tentent malgré tout leur chance et se voient régulièrement refuser l’entrée. Ophélie Renouard, qui a toujours le dernier mot sur le choix des « déb », reçoit près d’une centaine de candidatures par an. (…) Cette année, c’est Kyra Kennedy, la petite-nièce du président John F. Kennedy (ici interviewée par Paris Match), qui ouvrira le bal au bras de son père. Même si une ambiance musicale plus moderne succède aux valses, vers la fin de la soirée, il vaut donc mieux avoir pris quelques cours pour ne pas se prendre les pieds dans sa robe Chanel. Pas de bal sans cavaliers, bien sûr. Les filles ont le choix d’amener le leur. « Avant, la moitié des filles venaient accompagnées. Dorénavant, elles sont paresseuses et la plupart préfèrent que je trouve moi-même leur cavalier », s’amuse Ophélie Renouard. Si vous êtes beau, riche, bien élevé et de bonne famille, vous avez une chance d’être choisi. Parmi les chevaliers servants, cette année, Anthony Ghosn, 19 ans, fils du PDG de Renault Carlos Ghosn, arrivera au bras d’une jeune Hongkongaise. Amaury de Bourbon-Parme et Pierre de L’Espée, deux jeunes aristocrates, sont eux aussi conviés. Les cavaliers qui font forte impression sont invités à revenir d’une année sur l’autre. France info
It’s a night filled with glamour and excitement and, of course, gorgeous gowns. Any girl would enjoy being dolled up and trying on fabulous gowns. When I tried on the [Dior couture] gown, I instantly knew it was the one. I love the gorgeous beadings and intricate details such as pockets on each side, which are perfect for a lip gloss and an iPhone. It also comes with a tuxedo jacket, which gives the gown an edge. Eleanor Liam
A deb needs to be well educated and well-mannered. If she needs an etiquette lesson, she won’t be on my invitation list. (…) The purpose of having the ball in Shanghai is to catch up on the international trend. Chow Wong (daughter of Beijing opera master Zhou Xinfang)
You have the ball in Paris, London, New York and now Shanghai, a city with so much history and heritage to offer. I’m proud to be Chinese … the event was memorable and out-of-the-ordinary. Soo
The introduction of international debutantes enhances the social life and experience of all participants. It also [promotes] international understanding. London Season organiser Hallam-Peel.
In this age of Facebook and other social media, these girls don’t need to be introduced to society. The event now serves as their couture and media premiere. Even if they come from privileged families, they might not have tried a couture gown or worn fabulous jewellery, and most of the time, they have not been [featured] in the media. Ophélie Renouard (founder of Parisian Le Bal)
Eleanor Lam is no stranger to high society’s glitter and glamour. Her father is entertainment tycoon Peter Lam, and her mother is actress-turned-socialite Lynn Hsieh. Lam is used to being in the spotlight but, even for her, the Parisian Le Bal des Débutantes was a once-in-a-lifetime experience. (…) Lam was among the 24 young women from around the world invited to the ball held last November at the heritage Hotel Raphael in the heart of Paris. On the night of the ball, the debs (debutantes) were dressed in lavish haute couture gowns created by top fashion houses the likes of Dior, Elie Saab and Giambattista Valli. After spending hours with a small army of make-up artists and hairstylists to perfect their looks, the debs make their entrance on the arms of their cavaliers and waltz the rest of the night away. While the original purpose of debutante balls – to introduce well-presented young women from upper-class families to society as well as to potential husbands – might have lost its cultural relevance, modern debutante balls have reinvented themselves as highly exclusive social networking events that not only appeal to eligible socialites, but also to luxury brand sponsors. The tradition has been reinvented in Paris, London and New York, and has even sparked new editions in Shanghai. In addition to the Parisian Le Bal, another prominent debutante ball in the 1960s and ’70s – The London Season – was revived by former deb Jennie Hallam-Peel in 2007. In 2011, Hallam-Peel helped Chinese socialite Vivian Chow Wong launch the Shanghai International Debutante Ball. The first edition of the Shanghai ball took place at the heritage Waldorf Astoria hotel on the Bund and has since moved to the nearby Peninsula Hotel. Luxury brands such as jeweller Chaumet and French luxury beauty brand Guerlain are among the headline sponsors for the event. (…) Le Bal, named one of the top 10 parties in the world by Forbes, was created by Renouard in 1992. It puts a modern spin on the traditional ball by bringing in French couturiers and high jewellers to dress the debs. (…) Le Bal has since grown into a party of the year, where European aristocrats mingle with heiresses of Asian and Russian billionaires, politicians and international stars. Among the debs were actor Sylvester Stallone’s daughter, Sophia Stallone; musician Phil Collins’ daughter, actress Lily Collins; Britain’s Lord Ivar Mountbatten’s daughter, Ella Mountbatten; and former Italian prime minister Silvio Berlusconi’s daughter, Barbara Berlusconi. The purpose for the debutante balls might have shifted, yet the selection of debs remain ultra-exclusive. Family background naturally comes first in the screening process. To be invited to the Le Bal, for example, Renouard says the debutante has to be very special. « Her looks, style, lineage or achievements [have to be outstanding]. (…) Family background, however, isn’t the only requirement, Renouard adds. In 2013, for example, Lauren Marbe, the then-17-year-old daughter of a British taxi driver, was invited because she has an IQ of 161 – higher than that of Albert Einstein. Lavish experience and networking aside, being part of the stellar event also helps to boost the debs’ CV – which makes the invitation to the exclusive balls a sought-after ticket for the world’s rich and famous. (…) Debutante balls have opened up to Asian socialites in recent years, addressing the booming Asian economy and the region’s ultra-high-net-worth individuals. Parisian Le Bal first included Asian debs in 2003 with the participation of Wan Baobao, granddaughter of Wan Li, former chairman of the China’s National People’s Congress, as well as Penelope Pei-Tang from China and Candy Soo from Singapore. (…) Putting Asia on the map also helps raise awareness of debutante balls. Although it takes place in China, Chow Wong says the Shanghai International Debutante Ball is an international event, hence only two to three Chinese debs are included each year. (…) Recent Asian debs include Jen Hau, daughter of Taipei’s former mayor Hau Lung-bin, and Annie Liang, a descendant of famous Chinese scholar and philosopher Liang Qichao. (…) Recent Asian debs include Jen Hau, daughter of Taipei’s former mayor Hau Lung-bin, and Annie Liang, a descendant of famous Chinese scholar and philosopher Liang Qichao. Vivian Chen
Nous ne sommes plus un concours de beauté, nous sommes une compétition. Gretchen Carlson (gagnante 1989, présidente du conseil d’administration de la Miss America Organization)
Le nouvel objectif de Miss America est de préparer de grandes femmes pour le monde, et de préparer les grandes femmes au monde. Regina Hopper (présidente de Miss America)
Aux États-Unis, le comité d’organisation de Miss America a fait paraître une annonce importante, ce mardi 5 juin. À compter de la prochaine édition de la compétition, qui doit se tenir le 9 septembre à Atlantic City, les participantes ne défileront plus devant les juges ni en maillot de bain, ni en robe de soirée. À la place, les 50 concurrentes de chaque État devront se présenter pour parler de leurs passions, de leurs engagements, de leur motivations et de leur vision du poste auquel elles aspirent de la manière qu’elles souhaitent. Autrement dit: dans des vêtements avec lesquels elles se sentent à l’aise et en sécurité, afin que leur tenue vestimentaire ne détourne pas l’attention de leurs propos. (…) En France, lors de la dernière cérémonie, plusieurs internautes s’étaient offusqués sur les réseaux sociaux et avaient dénoncé l’aspect sexiste des défilés de Miss en maillot de bain. Cette annonce pourrait-elle s’appliquer dans l’hexagone? Il semblerait que non. Contactée par Le HuffPost, Sylvie Tellier, ancienne détentrice du titre et actuelle directrice de la société Miss France, confirme que ce n’est pas à l’ordre du jour. (…) D’après les propos de Gretchen Carlson, actuelle présidente du conseil d’administration de l’organisation américaine, rien n’empêche les prétendantes au titre de défiler de la sorte. C’est à elles-seules de décider de la tenue dans laquelle elles veulent apparaître: en jean, en jupe, en robe, ou en bikini. Ça ne dépend que d’elles. Huffpost
Le concours de Miss France rassemble de nombreux téléspectateurs. C’est un programme qui fédère et plaît beaucoup aux Français. Ils sont attachés à ces éléments, aux robes de princesse, notamment. Pour reprendre les propos d’Eva Colas [Miss Corse 2017, NDLR], on peut défiler en maillot de bain et être féministe. On n’a jamais obligé une jeune femme à faire ce qu’elle ne voulait pas faire. Elles sont libres de choisir le maillot de bain ou la robe qu’elles veulent porter. Ce n’est pas une révolution. Qu’est-ce qui se passe si une concurrente a envie de défiler en maillot de bain? Sylvie Tellier
J’ai du mal à saisir le sens de ces déclarations. Si ce n’est plus un concours de beauté alors il faudrait définir ce que c’est. Une compétition d’éloquence, de talent, de chant ? Ce sont des costumes qui font partie du spectacle. Nous sommes là pour offrir du beau et transmettre le folklore de cette élection. (…) Avant le test de culture générale importait peu, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. La future Miss France a un rôle d’ambassadrice même si on ne fait pas de politique. (…) L’interview au micro fait souvent basculer les voix, preuve que les téléspectateurs ne sont pas uniquement dans une recherche esthétique. (…) c’est surtout le reflet de la massification scolaire. (…) Je connais bien l’élection de Miss USA, à ne pas confondre avec l’élection de Miss America qui est moins médiatisée. C’est peut-être un levier d’action pour revenir sur le devant de la scène. Sylvie Tellier (directrice de l’Organisation Miss France)
Cette élection sera un moment pour prendre la parole et sensibiliser les téléspectateurs sur les violences faites aux femmes. (…) L’élection de Miss France, c’est quand même trente jeunes femmes en direct à la télévision pendant trois heures, à une heure de grande écoute. C’est l’occasion de parler de la femme et de dénoncer les violences faites aux femmes qui sont encore beaucoup trop importantes en France aujourd’hui et dont on ne parle pas assez. (…) Miss France 2018 permet de soutenir des causes et de les faire avancer, la prise de parole des Miss au Pérou en est la preuve. Elles agissent à leur niveau pour améliorer la condition féminine. Sylvie Tellier (directrice générale de la société Miss France)
Il est dommage que la seule soirée de l’année dédiée aux femmes à la télévision, cultive l’idée de la femme objet. L’élection Miss France est un concours qui repose sur des critères de beauté réducteurs et ridicules. Il serait plus judicieux de valoriser les talents, plutôt que des stéréotypes physiques irréels. Raphaëlle Rémy-Leleu (Osez le féminisme)
Des body moulants et flashy au décolleté plongeant ont remplacé les maillots de bain deux pièces. En effet, pas de défilé en bikini cette année. À la place, les douze demi-finalistes du concours Miss France 2019 ont enfilé des tenues de super héroïnes… très sexy. Façon Wonder Woman, elles ont déambulé sur la scène du Zenith de Lille, capes couvertes de slogans féministes sur le dos. «Yes women can» (traduction : «Oui, les femmes peuvent») ou encore «Fight for your rights» («Battez-vous pour vos droits») a-t-on ainsi pu lire. Le tout sur les musiques des Spices Girls, «Wannabe», ou encore des Destiny’s Child, «Survivor». Sur scènes, les candidates ont été rejointes par Miss France 2018 Maëva Coucke, en body argenté, avec une cape simplement ornée des mots «Miss France». Paris Match
Ne pas être mariée, ne pas avoir d’enfant, ne pas avoir de tatouage, mesurer 1,70 mètres minimum et avoir moins de 26 ans font partie des règles imposées aux candidates et jugées archaïques et sexistes par les associations. L’Express
C’est en tout cas ce qui permet de rendre le concours socialement plus acceptable. (…) Il y a une injonction à affirmer son ‘je’. Il faut être capable de monter sur scène et prouver que l’on est la meilleure, que l’on est engagée. Pour le moment ce tempérament self-woman est surtout américain, dans la version française nous n’avons d’ailleurs pas de compétition de talents. (…) On veut que la question du jugement esthétique soit plus floue, mais elle ne recule pas. Elle est simplement davantage combinée à la personnalité. Camille Couvry
Je pense qu’un maillot une pièce ouvert sur les hanches et couvrant un peu plus les fessiers éviterait que les candidates deviennent des exhibitionnistes. Geneviève de Fontenay
Encore une fois, le corps des femmes est un objet, comme dans la publicité. Ce sont des corps souvent nus, et l’épreuve du maillot de bain est celle qui est la plus attendue. Éléonore Stévenin (Osez le féminisme)
Il est très curieux qu’en 2016, on éprouve encore le besoin de mettre en concurrence des femmes non pas sur des critères intellectuels ou de mérites, mais sur des critères purement physiques. Le plus problématique est que le concours Miss France, ultra médiatisé, impose des stéréotypes physiques irréels, sans compter le culte de la pureté avec des concurrentes sans petits amis. Cette mise en concurrence à une heure de grande écoute, entraîne beaucoup de souffrance pour d’autres femmes qui ne font pas 1,75m pour 50 kilos. Claire Serre-Combe (Osez le féminisme)
C’est un concours de beauté avec juste une limite de taille. Les critères ne sont pas seulement physiques. Sylvie Tellier
Ces concours se présentent comme de véritables fabriques : le corps des jeunes femmes est façonné par de nombreuses épreuves combinant des exercices de modelage et d’expression corporelle à des séances d’évaluation. L’appréciation de la beauté semble s’effectuer dans le double mouvement du corps regardé et du corps exposé, qui aboutit au classement des postulantes. Les progressives éliminations des candidates (dans les étapes régionales et nationales des compétitions) conduisent à la consécration de la lauréate qui a réussi à incarner l’idéal esthétique de la parfaite féminité. (…) La poursuite du rêve de la parfaite « gynométrie » (…) semble traverser les siècles et les continents. Ainsi, dans l’Inde traditionnelle, la danseuse doit exhiber autour de sa taille trois plis arrondis et gracieux. En France, les seins de Joséphine Bonaparte auraient donné la forme de la coupe à champagne. Si le corps sert de modèle, il est aussi mesuré : par exemple, les « bonnes » proportions des beautés nordiques, et en particulier de leurs jambes et de leur buste (2/3 et 1/3 de la hauteur totale de la femme), font fantasmer les hommes méditerranéens. De façon plus extrême, il peut être modelé pour approcher un idéal culturel et historique de vénusté. Jacques Gélis [1984] et France Borel [1992] rappellent les différentes formes de manipulations possibles et les objets utilisés (habits, postiches, chaussures, bandages, bistouris…), en conséquence, pour le transformer. Leur liste variée et complexe semble négliger les outils de mesure et de calibrage, indispensables à l’estimation des interventions esthétiques souhaitées. Le corps de la Miss est, a fortiori, soumis à la mesure, le rôle des jurys est essentiel dans cette opération, souvent préliminaire, de contrôle. Au sein d’un même concours se succèdent plusieurs instances de jugement : une fois passé les sélections régionales, les jeunes femmes doivent se montrer à des yeux de plus en plus qualifiés, choisis pour leur compétence ; en effet, la spécialisation du jury s’accroît au fil des étapes : les professionnels de la beauté et de la santé, les artistes et les spectateurs réunis décortiquent la jeune fille « sous toutes les coutures », préparant leur vote. Pour l’élection de Miss Italia, les instances de jugements sont multiples ; le jury technique a été composé, après la Seconde Guerre mondiale, par des professionnels de la santé chargés de vérifier les mensurations des concurrentes. En 1949, l’Institut d’éducation physique « Physicol » assurera, au nom de ses compétences, cette visite médicale. Un reportage photographique réalisé par Federico Patellani [Bolognesi, Calvenzi, 2002] nous montre des médecins et des infirmières qui, parés de blouses blanches, inspectent la dentition, pèsent et mesurent (poitrine, taille, hanche, cuisse, cheville). Comme le fait remarquer Paul Ginzborg [1989], l’Italie de l’après-guerre est sensible à l’image d’efficacité et de performance qui vient des États-Unis, les attitudes des experts et leurs équipements renvoient volontairement à ce modèle. La toise, le mètre, le compas sont sortis pour l’occasion. Toute la rigueur de la mesure est mobilisée pour offrir, à la Nation, une Miss aussi belle que saine. Le chiffre magique 90/60/90, indiquant les tours de poitrine, de taille et de hanches, a formalisé pendant longtemps la silhouette recherchée. Il n’est aboli qu’en 1990, à l’initiative du président du jury, étant considéré désuet et insuffisant quant à la définition de la beauté contemporaine. Depuis cette date, la commission technique est formée par des professionnels du monde de la mode et du show-business ayant, pour tout instrument de mesure, leur regard d’experts. Cependant, avant les finales de Salsomaggiore, d’autres présélections, régionales et nationales, sont effectuées dans le peloton des concurrentes : d’une manière radicale sont exclues de la compétition les jeunes trop maigres, celles qui ont un handicap défigurant ou encore celles à la morale douteuse. (…) Aujourd’hui, les instruments de mesure sont utilisés avec plus de discrétion lors des présélections. Toujours présents, ils s’enrichissent de cartes signalétiques et de photographies. Le comité de Miss France, dès le formulaire d’inscription – structuré comme une véritable fiche technique – demande à la candidate de fournir sur l’honneur une longue liste de renseignements, entre autres, sur sa constitution physique, son état de santé et sur sa conduite. Bien que les règlements des concours stipulent que les mensurations ne sont pas des critères exclusifs, parmi les membres du comité de Miss France 2002, on comptait le paléontologue Yves Coppens. (…)Autrefois, la candidate devait effectuer seule les choix de ses tenues et de ses coiffures, tout en se conformant au modèle attendu, voire imposé par le comité. Aujourd’hui, les nombreux sponsors, parfois membres du jury, prennent en charge avec les organisateurs la garde-robe, le « styling » et le maquillage des concurrentes pour lier leur marque à l’événement. L’économique est donc loin d’être absent dans les critères de choix : par exemple, les jambes peuvent être à l’honneur quand les sponsors du concours sont des fabricants de collants. Le port de maillots ou de toilettes « griffés » suscite des émotions dont les publicitaires et les industriels mesurent l’impact commercial. Parfois, les préférences esthétiques pour l’une ou l’autre des parties du corps se combinent à des intérêts politiques. Ainsi, dans l’Allemagne de l’après-guerre, il faut attendre 1957 pour assister au retour des blondes la blondeur ayant été considérée comme le stigmate de l’aryanité. (…) À la lecture des mensurations des élues entre 1920 et 1970, on remarque tout de suite la différence de taille des concurrentes américaines, sensiblement plus grande que celle des Européennes. On assiste, par ailleurs, à leur progressif amincissement, bien que, depuis les débuts du concours, la gagnante ait généralement présenté un poids inférieur à la moyenne nationale. Il faut voir dans ce diktat de la minceur l’influence d’une mode qui trouvait en Poirier et Coco Chanel ses créateurs, et dans les stars et les femmes du « beau monde », ses égéries. Dans le contexte des échanges globalisés, peut-on encore parler de stéréotypes localisés du beau et de ses critères spécifiques ? Ou doit-on plutôt convenir d’une uniformisation de la beauté mondiale, qui impliquerait une mondialisation [Assayag : 1999] des critères de mesure ? Le questionnement reste ouvert. Cependant, on peut remarquer dans le concours français l’émergence de « types exotiques » représentés par les ressortissantes des départements d’outre-mer, et dans le concours « Miss Italia nel mondo », la recherche du « type italien » à travers les jeunes femmes de la communauté vivant à l’étranger. (…) Les organisateurs utilisent l’uniforme, soulignant efficacement les caractéristiques propres à chaque corps, ce qui rend possible la comparaison. Les jeunes femmes défilent dans différentes tenues, souvent semblables, voire identiques. Habillée du simple maillot de bain, la candidate s’expose et est exposée parmi ses camarades. Elle est identifiée par un numéro qui permet de la reconnaître sans véritablement la connaître ; on évalue son corps comme on pourrait évaluer les proportions d’un bel animal. Paradoxalement, les instruments des juges sont aussi les armes de séduction de la Miss. Par exemple, le maillot de bain, apparat le plus simple de la manifestation, sert à la fois les logiques de l’évaluation et celle de la mise en spectacle de la Miss. (…) Appartenir au groupe et s’en distancier caractérise les attitudes que les candidates auront à tenir. Tout au long du concours, les différentes séquences des élections conduisent chacune à un progressif dévoilement, à la déclinaison de son identité : elles tenteront de séduire le public, se présenteront sous différentes facettes, suivant les critères d’un modèle idéal imposé ou affirmant des qualités personnelles. Oscillant entre subjectif et objectif, entre la norme et l’exception [Monjaret, Tamarozzi, à paraître], on passe du mesurable au non-mesurable. (…) À travers la danse, les défilés et tout type d’exercice physique, les concurrentes exposent leurs atouts et les membres du jury évaluent d’autres caractéristiques que la simple plastique : la grâce, l’équilibre des masses musculaires, l’élégance… Le « tout » est une autre clé de lecture et, par là même, de distinction des candidates. (…) Les règlements des concours sont, sur ce point, très différents. Celui de Miss Italia, par exemple, permet aux candidates qui n’ont pas atteint le podium de se représenter à deux ou plusieurs années d’intervalle. Plus récemment (1994), il consent l’accès aux jeunes épouses et mères. Quand la maturité n’est pas là, elle se fabrique de la même manière que les photographies de presse (…) la lauréate est d’abord attachée à l’année de son élection et le restera à vie. Elle représente une époque. Ainsi, les idéaux esthétiques fluctuent [Hubert, 2000]. (…) Selon François Dagognet, « la richesse de la mesure vient de ce qu’elle impose un esprit communautaire : non seulement les expérimentateurs pourront, grâce à elle, échanger leurs résultats et les comparer, mais l’intelligence d’une chose ne peut jaillir que de la comparaison avec ses semblables : il n’est pas de compréhension possible de la “particularité”, encore moins de la “singularité” qui étonne. Il faut, donc, apprendre à rapporter toute chose à ses proches (le rationnel entraîne le relationnel) » [… La règle de la beauté n’est pas absolue [Morin, 1987 : 61]. Elle se fait et se défait au gré des nouveaux impératifs de mode, des représentations du corps, pérennes ou émergentes, ainsi que de principes moraux. Le concours est, donc, avant tout, une mise à l’épreuve, physique et morale, de la jeune fille : le corps est l’instrument de sa métamorphose en femme, mais aussi le porteur des codes sociaux. L’identification au canon est un travail délicat pour la candidate qui doit conjointement jouer entre se conformer au modèle du beau et dévoiler juste le nécessaire de sa personne. (…) Malgré cette liberté, elle est cependant guidée dans son parcours. Les bulletins qu’elle aura à remplir ou les questions qui lui seront posées par le comité d’organisation donnent un aperçu des critères de sélection qui formalisent le canon idéal. Ainsi, dans celui du Comité Miss France (Geneviève de Fontenay, Endemol) disponible sur Internet, parmi les nombreuses rubriques ayant trait à la morphologie des jeunes femmes, l’une d’elles confirme son souci d’une recherche esthétique : « Avez-vous une imperfection physique ? Si oui, laquelle ? » (…) Tout du moins, la Miss doit être en bonne santé, ni trop grosse, ni trop maigre, ce qui sous-entend qu’elle suit un régime alimentaire équilibré où la gourmandise, quand elle est sage, est un signe de vitalité. (…) Dans certains concours comme celui de Miss World France, les conditions médicales sont clairement posées dans le règlement : « Attention, afin de lutter contre l’anorexie (maladie malheureusement à la mode), nous refusons toute candidate qui accusera un rapport poids/taille anormal, ou qui nous semblera trop maigre sur ses photos. » Une fois admise à concourir, la candidate ne doit plus être suspectée d’être malade. (…) Aujourd’hui, sans doute par réaction à ces diktats de la minceur et de la santé, se développent des concours du type Miss obèse, Miss transsexuel. Comme le corps, l’esprit est sondé. Les atouts physiques ne suffisent pas à faire une Miss, il lui faut des bagages intellectuels. Les fiches d’inscription détaillées, quand elles existent, ce qui n’est pas le cas pour Miss Italia, sont en cela significatives. Diplômes, langues étrangères, formations en cours, professions font partie des rubriques mentionnées. Les loisirs et les passions peuvent être aussi demandés. Le comité d’organisation se chargera par la suite de tester leur culture générale qui doit, précise le règlement de Miss World France, « correspondre à leur âge et à leur milieu social ». Jusqu’où va donc la mesure de l’esprit, de l’intelligence ? Le qi deviendra-t-il un critère d’admission ? Les candidates ne doivent donc pas se présenter comme des poupées écervelées, elles doivent également faire preuve de « bonne moralité », de savoir-vivre autant que de savoir-être. Ne pas avoir posé nues pour des photographies de charme ou pornographiques est l’une des conditions. La pudeur est de bon ton. La convenance se joue dans l’équilibre du montré et du caché. Esthétique et qualités morales se combinent pour définir les caractères de la beauté idéale. (…) La Miss est donc une femme intègre. Après la mise à plat de ces données identitaires, en quelque sorte mesurables, l’examen se poursuit pour départager les lauréates sans intégrer, en principe, les critères sociaux, confessionnels et raciaux. (…) La subjectivité et l’objectivité conjointes établissent les modalités de choix de la Miss, qui réussit à se singulariser dans l’uniformité. La souplesse de l’expertise peut conduire le public à s’étonner de la proposition finale, susciter les jalousies. Certains s’amusent à la remettre en question. Sur Internet, une rumeur circule à propos de la non-conformité de la taille de Miss France 2002. Geneviève de Fontenay aurait affirmé « qu’il était exclu que Miss France 2002 se fasse re-mesurer », comme le demandait une candidate évincée. (…) « Explicites ou implicites, connues ou secrètes, les normes de la beauté existent. Elles permettent aux cultures de forger leur identité dans un modèle » [Borel]. Le corps et ses normes deviennent étalons de la société. « C’est donc le corps, le seul instrument de mesure dont on ne puisse se passer, celui que les autres supposent, à la fois sensible et raisonnable, mesureur et mesuré […] » [Comte-Sponville, 1995 : 94]. Les modèles féminins changent ou se reproduisent selon les époques et les valeurs associées à la féminité [Fourmaux, 2001 ; Duret, Roussel, 2003]. (…) Les images du corps ne sont pas des entités rigides : nous construisons et reconstruisons sans cesse notre image » [Borel]. C’est ce qui faire dire à Desmond Morris [1978] que le titre de Miss Monde est dépourvu de sens, qu’il efface les données culturelles et peut contredire les stéréotypes locaux. De nos jours, dans les concours, nationaux ou internationaux, les critères qui permettent de classer les candidates visent principalement à la valorisation de canons qui véhiculés par les médias sont propices au développement des marchés mondiaux de la mode et de la beauté. La mesure des corps appartient à des logiques d’organisation sociale [Baudrillard, 1970], économique et, sans doute, politique. « Il est dans la nature de la mesure de devenir “commune mesure” […]. La commune mesure est une réalité éminemment politique. C’est ce à partir de quoi un groupe s’institue comme société, ce qui définit ses codes, ce qui les pacifie et lui fournit les instruments de sa régularisation. C’est aussi bien ce pour quoi on se bat, on se dispute, on se déchire, ce qu’il faut contrôler si l’on veut détenir le pouvoir et se rendre maître de la norme. Ainsi donc, les élections de Miss sont de bons observatoires de la formalisation des normes, en particulier de la norme d’exception qui s’élabore dans la tension entre mesurable et non-mesurable, universel et culturel, global et local. Anne Monjaret et Federica Tamarozzi
Au milieu des critères esthétiques d’un concours de beauté, il en est un que l’organisation se garde bien d’évoquer. Celui du poids. L’organisation a donc logiquement refusé de nous communiquer, pour ces mêmes raisons, ces données. Mais sur internet, la question continue d’être débattue. Des chiffres circulent sur les pages Wikipédia des anciennes miss France, sans que celles-ci n’interviennent. Des blogs listent inlassablement le poids des jeunes filles, sans que l’on sache le vrai du faux. Les miss livrent parfois un chiffre au détour d’une interview. Sur le modèle du travail du site américain PsychGuides, nous avons cherché à connaître l’évolution de l’indice de masse corporel, cette combinaison entre le poids et la taille d’une personne, des miss à travers le temps. Nos recherches ont permis de lister le poids de 16 miss. Cinq proviennent de sources de confiance. Le graphique ci-dessous est donc purement indicatif, mais il a le mérite de compiler et de mettre en forme les données circulant sur la question. Il en ressort qu’avec un IMC moyen de 18,1 depuis 1954, miss France n’est pas une Française comme les autres. Elle est même beaucoup plus mince. Pour les Françaises de 18 à 35 ans, l’Insee relevait un IMC de 22,4 en 2002, toujours très loin des miss France qui ne sont pas sorties d’un couloir allant de 18,5 à 16,4 entre 2000 et 2017. Plus globalement, en 2016, l’IMC d’une Française était de 23,1 selon les relevés de l’Organisation mondiale de la santé. Cette même organisation évalue l’IMC normal entre 18,5 et 25. Seules cinq miss se trouvent dans cette fourchette. Onze d’entre elles se situent par contre entre 16,5 et 18,5 et seraient donc en situation de maigreur selon l’OMS. Des chiffres inquiétants ? Pas forcément. « Il s’agit plutôt d’une situation de minceur, recadre Emmanuelle Couturier, diététicienne-nutritionniste à Marcq-en-Barœul. L’IMC n’est pas forcément très parlant, car il ne fait pas la différence entre masse graisseuse et masse musculaire. Il ne prend pas non plus en compte l’ossature. Par contre si elles font un régime pour entretenir cette minceur, c’est là que cela peut être compliqué. » La Voix du nord
Je l’ai vécue. On a moins de chance d’être élue car il n’y a pas d’identité régionale en Ile-de-France. Avant l’élection Miss France, aucun média ne s’est intéressé à moi. Je n’ai fait aucune interview, eu aucun soutien. Ça plombe le moral. Margaux Savarit (Miss Ile-de-France 2014 et 11e du concours Miss France)
Beaucoup de Parisiens ou de Franciliens viennent d’autres régions. Moi en tant qu’ancienne Miss Bourgogne vivant à Paris, j’avais tendance à soutenir Miss Bourgogne. Laure Mattioli (Comité Miss Ile-de-France)
La dimension affective liée à sa région d’origine peut se retrouver dans les votes. Le succès au concours Miss France des régions à forte identité locale ne colle pas aux revendications régionales, culturelles ou politiques. Camille Couvry
Le 16 décembre 2017, Maëva Coucke a été élue Miss France 2018, décrochant un troisième sacre pour le Nord-Pas-de-Calais. Si la beauté des jeunes filles originaires du Nord a séduit les téléspectateurs de l’élection à trois reprises ces quatre dernières années, aucune Miss originaire du Nord-Pas-de-Calais n’avait remporté le concours qui existe depuis 1919 avant…2015. Il y a 99 ans, la première Miss France élue, Agnès Souret, venait de Bayonne et portait l’écharpe de Miss Aquitaine. En tout, six jeunes femmes de cette région du Sud-Ouest ont été nommées plus belle femme de France, la dernière en 1995. Il s’agissait de Mélody Vilbert, native de Toulouse. L’Aquitaine a le même palmarès que l’Alsace et la Normandie. Tout en haut du palmarès des régions qui ont remporté l’élection de Miss France le plus grand nombre de fois : l’Ile-de-France. Entre 1933 (date de la première victoire) et 1997 (date de la dernière victoire), l’Ile-de-France a été couronnée 13 fois au concours, loin devant la région Rhône-Alpes qui totalise quant à elle 7 victoires. A l’autre bout du classement, on retrouve la Guyane, le Centre-Val-de-Loire, la Provence et la Corse qui ont chacune une victoire. Les moins bien loties sont les Miss originaires d’Auvergne, de Mayotte, de la Martinique, Champagne-Ardenne, du Limousin, de Saint-Pierre-et-Miquelon, ou encore de Saint-Martin-Saint-Barthélemy, qui n’ont jamais eu la chance de porter l’écharpe tant convoitée de Miss France. Paris Match
Depuis 1929, les Miss Paris ou Ile-de-France ont remporté 15 fois le concours Miss France. Mais la plupart des titres ont été gagnés entre 1930 et 1950. La dernière Miss France francilienne remonte à 1997 avec l’élection de Patricia Spehar. L’an dernier Lison Di Martino avait terminé 2e dauphine de Maëva Coucke. Alors que l’Ile-de-France compte 12 millions d’habitants, pourquoi sa Miss ne profite-t-elle pas du vote du public pour gagner la couronne? L’Ile-de-France aime-t-elle sa miss ? La région est la plus peuplée de France avec 12 millions d’habitants, pourtant quand Lison Di Martino, Miss Ile-de-France 2017, est arrivée dans les cinq finalistes l’an dernier, ce n’est pas elle qui a reçu le plus de votes du public mais la Nordiste Maëva Coucke. Une région avec une identité bien plus forte que l’Ile-de-France… C’est là l’une des faiblesses de la candidature francilienne. 20 minutes
Comme chaque année depuis 1920, date de création du concours de beauté par le journaliste et écrivain belge Maurice de Waleffe, une jeune femme sera en décembre élue Miss France parmi les 30 candidates en lice. Un show présenté pour la 23e année par Jean-Pierre Foucault, accompagné de Sylvie Tellier, directrice générale de la Société Miss France depuis 2010. La cérémonie, bien qu’organisée « dans le respect de la tradition », a connu bien des changements depuis sa naissance il y a près d’un siècle. Aux prémices de l’élection, Maurice de Waleffe avait choisi le terme « La plus belle femme de France » pour désigner le concours. Les portraits des candidates de la première édition étaient publiés dans le quotidien Le Journal. Chacune était présentée sous un pseudo de nom de fleur, de pierre, d’oiseau ou de déesse, révèle Le Figaro Archives dans un article réalisé en partenariat avec l’INA. Entre 1922 et 1926, le concours de beauté n’a pas lieu. Il ne reprend qu’en 1927 sous le nom qu’on lui connaît aujourd’hui : Miss France. Roberte Cusey, Miss Jura 1926, est élue cette année-là. Les jeunes femmes en lice pour le concours Miss France représentent chacune une région de l’Hexagone. Elles étaient 45 en 2006, 33 pour l’élection de Miss France 2011. Cette année, elles seront 30. La réforme territoriale de 2016 n’a pourtant pas eu d’impact sur le nombre de candidates. « Ce nouveau découpage est une affaire politique et économique et nous sommes loin de ces considérations. Notre concours est indépendant du gouvernement », avait confié Sylvie Tellier à L’Express, rappelant que sa priorité était que tous les Français « se retrouvent dans l’élection ».  D’ailleurs, le nombre de candidates n’a jamais véritablement collé à la carte administrative de la France. Pour la directrice du comité Miss France, le but est surtout « d’avoir des identités fortes ». Raison pour laquelle certaines provinces sont absorbées pour renforcer certaines identités territoriales. Les titres de Miss Centre et de Miss Orléanais ont ainsi fusionné pour devenir Miss Centre-Val-de-Loire. Les critères depuis la création de l’élection Miss France excluent une bonne partie de la population féminine. Il faut être une femme -mais pas transsexuelle- et avoir entre 18 et 24 ans. Il faut également mesurer 1,70 mètre minimum, ne pas avoir d’enfant, ni être mariée, et posséder un casier judiciaire vierge. Les tatouages sont également interdits, l’éviction de Miss Martinique en 2017 pour cause de colibri sur l’omoplate avait d’ailleurs suscité l’incompréhension des internautes. Pour Sylvie Tellier, le concours ne repose plus uniquement sur des mensurations. « Les critères ont évolué depuis la création de l’élection pour être plus en accord avec les femmes d’aujourd’hui et correspondre au rôle qui incombe à la future reine de beauté. On porte de l’attention sur la façon de se mouvoir, l’éloquence et le parcours de la jeune femme », nous expliquait la directrice dans un article consacré à la fascination des miss.  Leur temps de parole a d’ailleurs été allongé. « Cette épreuve est parfois décisive pour les candidates », affirme Sylvie Tellier. L’esthétique des jeunes femmes se combine à la personnalité. Le comité du concours Miss America a préféré remplacer le défilé en robe du soir par un exercice d’éloquence durant lequel les jeunes femmes sont habillées de la tenue de leur choix. Pour Camille Couvry, docteure en sociologie et qui a réalisé sa thèse sur les concours de beauté, « c’est surtout une manière de rendre la question du jugement esthétique plus floue et de rendre le concours socialement acceptable ». On attend aujourd’hui de la future Miss France qu’elle soit capable d’argumenter et de s’informer sur l’actualité. « J’élabore avec mes équipes le test de culture générale. Une note en-dessous de la moyenne est pour moi éliminatoire », explique Sylvie Tellier. Une épreuve qui existait déjà aux débuts du concours mais que l’ancienne Miss France 2002 a adapté en s’appuyant sur l’actualité.  (…) Une niveau d’exigence accru en adéquation avec l’augmentation du niveau d’études des candidates. Il faut remonter jusqu’en 2000 pour trouver une Miss qui n’a pas obtenu le baccalauréat. Les diplômes seraient-ils devenus un critère de sélection non-officiel pour espérer décrocher la couronne ? Pour Sylvie Tellier, c’est surtout « le reflet de la massification scolaire ». (…) Depuis 2017, les miss bénéficient de cours de bonnes manières enseignés par Jérémy Côme, auteur de L’Art de maîtriser les codes pour se sentir bien partout en toutes circonstances (éd. Michel Lafon). La future ambassadrice doit être capable de se comporter en parfaite maîtresse de maison et se doit d’être élégante en toute circonstance. Si l’on a envie de crier au sexisme, Jérémy Côme voit plutôt son intervention comme une manière « d’enlever du stress » à la future gagnante. « Je leur donne des tuyaux pour trouver de l’assurance, pour maîtriser l’art de la conversation notamment devant des assemblées -que ce soit pour remettre un prix aux NRJ Music Awards ou pour participer à l’inauguration d’un musée en local-, pour avoir une bonne posture quand on est face à quelqu’un », explique-t-il au site Pure People. Il ajoute également qu’une Miss doit « savoir être chaleureuse, ponctuelle, soignée. Il ne faut pas parler de soi. Globalement, elles n’ont pas besoin de parler d’elles puisqu’on sait qu’elles sont Miss. » Peut-on manger ou non sa salade avec un couteau, à quelle heure arriver à un dîner, comment déguster des huîtres ou qu’apporter à un hôte à l’occasion d’un repas font également partie des conseils distillés par le spécialiste. L’épreuve du passage en bikini cristallise les accusations de sexisme des associations féministes à l’encontre du concours Miss France.  Un défilé supprimé de l’élection Miss America l’année dernière mais qui sera maintenu dans la version française du concours. « Ce sont des costumes qui font partie du spectacle. Nous sommes là pour offrir du beau et transmettre le folklore de cette élection », souligne Sylvie Tellier.  L’épreuve du bikini est récente en France : elle n’a été mise en place qu’après la démission de Geneviève de Fontenay de son titre de directrice du comité Miss France en 2010. Le défilé est d’ailleurs critiqué chaque année par la dame au chapeau qui réclame le retour du maillot une pièce. (…) Le système de vote a été modifié après le départ de Geneviève de Fontenay pour l’élection de Miss France 2010. Le jour du concours, douze miss ont déjà été désignées par le jury -présidé cette année par l’actrice de 90 ans, Line Renaud- durant la semaine précédant l’élection. Pour la sélection des cinq finalistes, se mêlent le vote du public et celui du jury, composé de six célébrités. Enfin, pour déterminer la gagnante et les dauphines, les compteurs sont remis à zéro et c’est uniquement aux téléspectateurs de voter. Lancé en 1993, l’élection de Mister France, le versant masculin, peine à se faire une place sur la scène médiatique. « C’est un spectacle qui ne prend pas. La notion de compétition autour de la beauté de l’homme n’est pas assez enracinée dans notre Histoire », explique l’anthropologue Élisabeth Azoulay, qui a dirigé l’ouvrage 100 000 ans de beauté (éd. Gallimard). Il y a des choses qui ne changent pas. L’Express
Le 15 décembre, une nouvelle jeune française sera couronnée Miss France de l’année 2019. Pour la 89e année consécutive, le concours de beauté le plus célèbre de l’hexagone élira « la plus belle femme de France » devant plusieurs millions de téléspectateurs (7 millions lors de l’édition précédente). Pourtant, l’heureuse élue reste encore très éloignée du physique de la femme française. Pour devenir Miss France, plusieurs critères très précis sont à respecter. Les candidates doivent avoir entre 18 et 24 ans, être françaises de naissance (ou naturalisées) célibataires, ni veuves ni pacsées, sans enfant. Côté physique, elles doivent mesurer au minimum 1m70, ne pas avoir eu recours à la chirurgie esthétique, ne pas avoir de tatouage visible, de piercing, perruque, faux-cils ou autre « artifice tendant à transformer son aspect naturel », comme il est inscrit dans le règlement officiel. Si la liste des recommandations s’étend sur plusieurs pages, un critère important n’est jamais mentionné : le poids minimum ou maximum des futures Miss. France 24
Le critère n’existe pas, c’est sans doute qu’il n’y a aucune justification socialement acceptable par les personnes qui organisent les concours. Cela n’empêche pas les personnes qui sont engagées dans des concours – et une partie au moins de celles qui les regardent – de considérer qu’avoir un poids ‘moyen’ (relatif à la taille minimale de 1m70) est un critère de beauté et d’élégance. (…) Les processus de sélection dans les concours ne sont pas extérieurs à la société dans laquelle ils s’insèrent. Les jurés, tout comme les candidates qui évaluent leurs chances – et peuvent parfois s’auto-éliminer – sont évidemment influencés. (…) Il y a eu dans l’histoire des élections de Miss, et plus largement de la beauté, un souci de la mesure du corps et des critères de beauté. (…) Le changement pourrait venir du bas. J’ai déjà assisté à des concours locaux qui avaient éliminé le défilé en maillot de bain lors d’une ou deux éditions. Camille Couvry (Université de Rouen)
Il y a des différences entre les régions mais il est clair qu’en envoyant des photos de soi, on donne déjà une indication de ses mensurations. Ce ne sont pas seulement les comités qui votent, mais aussi le public, à 50 – 50. Si les gens votaient pour d’autres physiques, ça changerait peut-être. Il n’y a pas de régime imposé mais une observation de comment on se nourrit, ce que l’on choisit au buffet de l’hôtel par les chaperons. Si l’on se ressert plusieurs fois, ça va être remarqué. (…) C’est l’inconscient collectif qui valide des normes de beauté. Si les gens votaient pour d’autres physiques, ça pourrait changer. Pauline Darles (Miss Ile-de-France 2011)
Les métisses sont un peu plus visibles cette année dans le concours et représentent une tendance de fond de la société française, rappelle l’autrice. C’est assez intéressant parce que ça montre la réalité de la société française qui est mélangée quoi qu’on veuille nous faire croire, issue de vagues d’immigration​ très anciennes. Un Francais sur quatre a au moins un de ses grands-parents qui n’est pas né en France. C’est révélateur du métissage progressif de la société française.  Elles viennent toutes plus ou moins de la classe moyenne, et les vagues d’immigration sont souvent dans les classes populaires. Là, le fait que la plupart de ces jeunes femmes soient de classe moyenne montre l’intégration des anciens immigrés à la société française. Ces jeunes filles sont un vrai panel de ce qu’est la société française. (…) C’est un concours lié à l’apparence. Montrer davantage de femmes noires dans ce cadre ne lutte pas contre les stéréotypes parce que ça rentre dans les stéréotypes de la femme et encore plus de la femme noire [une femme très érotisée dans l’imaginaire collectif]. Il faudrait un concours sur la personnalité, le charme, la façon de s’exprimer en public, pas que sur la beauté pour que ça lutte contre les stéréotypes. Les noirs devraient intervenir comme médecin ou ministres à la télévision, pas que dans les concours de beauté et dans le foot. Jessie Magana (autrice d’ouvrages jeunesse autour de la lutte contre les stéréotypes et le sexisme)
“Miss America 2.0.” The new version of the 97-year-old pageant, Carlson and its other organizers announced, will aim to be “empowering.” And “inclusive.” And “transparent” about its own workings. “We are no longer a pageant,” Carlson said on Good Morning America. “We are a competition.”Which means, among other things, as the Times’ and so many other headlines emphasized on Tuesday morning: no more swimsuits. (Which means, even more specifically: no more bikinis.) And also: no more mandatory evening gowns. Instead, contestants will be able to choose clothing that “makes them feel confident, expresses their personal style, and shows how they hope to advance the role of Miss America.” The Tracy Flicks will have their moment. “We want you,” Carlson told prospective pageant participants, “and we want to celebrate your accomplishments and your talents and then we want to hand you scholarships.The updates are a combination of admirable and inevitable. Miss America 2.0, after all, steps onto the American stage after a scandal that involved the publication of misogynistic emails exchanged among Sam Haskell, then the CEO of the pageant organization, and his staffers: notes that critiqued the intelligence—and the sexual behaviors—of pageant contestants. Miss America 2.0 arrives, as well, after news organizations reported on the ways the pageants of Miss America’s fellow organizations, Miss Teen USA and Miss Universe, allegedly served as hunting grounds for their former owner Donald Trump. (…) On the one hand, there is Miss America, the organization that declares, “Miss America is more than a title, it’s a movement of empowering young women everywhere to achieve their dreams” … and on the other, there is Miss America, the show that equates the fulfillment of dreams with the ability to fill out a bikini top.The pageant began as a marketing ploy—in 1921, business owners in Atlantic City, looking for ways to extend the summer season, established a September competition that sought to find “The Most Beautiful Bathing Girl in America”—and the event that was eventually dubbed the “Miss America” pageant remains true to that initial vision. The event that still takes place in late summer is an extended advertisement not for taffy shops on the boardwalk, or even for particular Beautiful Bathing Girls, but indeed for the opposite: for the Beautiful Bathing Girl, as a general idea. For feminine beauty itself—as a standard. As a structure. As a set of rigidly enforced rules. (…) What might a pageant, shed of the myth, actually look like? When Gretchen Carlson announces that Miss America 2.0 will help young women “learn leadership skills and pay for college and be able to show the world who you are as a person from the inside of your soul” … what, realistically, will that mean? Will Miss America become a speech contest? Will it become a talent show? An essay competition? A spelling bee? A platform for young women to share their visions for a better world—ted, but with better clothes? The NewYorker
Fifty years ago, the swimsuit-wearing beauties of the Miss America pageant were confronted with a spectacle on the Atlantic City boardwalk: 100 feminists throwing bras, girdles, curling irons, false eyelashes and other “instruments of female torture” into a trash can labeled “Freedom.” The protesters had planned to set the can on fire but could not get the right permits — so, alas, no bras were burned that summer day, though it is the origin of the term “bra burning.” They were condemning what even then they saw as an antiquated institution, which had mostly male judges scrutinize women’s bodies, women of color at one point not allowed to compete, corporations profiting on the event, and three in four American households watching it all happen on television. “Everybody tuned into Miss America back then — this was like the Oscars,” said the author Alix Kates Shulman, 85, one of the organizers of that 1968 protest. Fifty years later, it appears that #MeToo has done what a protest could not: eradicate one of the most derided aspects of the competition, the swimsuit. The Miss America Organization — whose chief executive resigned in December over lewd emails and whose new chairwoman, Gretchen Carlson, once sued Fox News for sexual harassment — on Tuesday announced it would scrap both the swimsuit and evening gown portion of the competition, replacing them with “a live interactive session with the judges” in which a contestant “will highlight her achievements and goals in life.” (…) The changes will take effect at the national finals, again in Atlantic City, in September. State and local competitions will follow suit after that, but they are likely to continue including swimsuits during the current season. Ms. Carlson said the decision was made in March by a unanimous vote from the organization’s leadership committee. This, of course, is Miss America’s new leadership committee, the one appointed after chief executive Sam Haskell was ousted and replaced by a woman, and a new board was reappointed. Seven of the nine board members are women. (…) Contestants take part in community service, and the organization said it awarded more than $2 million in scholarships last year. But swimsuits have for at least as long defined the pageant — and been at the heart of the debate over its place in American culture. “Speaking for myself, when I competed 20 years ago, I found the swimsuit competition oddly empowering, because once I could walk across the stage in a two-piece swimsuit and high heels I could do just about anything,” said Kate Shindle, the 1998 Miss America who is now a board member of the organization. “But I also don’t think I processed everything at the time. It’s strange — it gives strangers a kind of ownership over your body that you don’t quite anticipate.” The Miss America competition began in Atlantic City in 1921 — one year after women gained the right to vote in the United States — as a way to extend the summer tourist season beyond Labor Day. It “was, literally, about the use of women’s bodies to sell a product — or a place,” the author Jennifer Weiner recently wrote in a column in The New York Times. At the time, it was not only rare to see a woman in a swimsuit in public, it was barred — and so the event, with eight contestants, required the temporary suspension of a ban on revealing beachwear. It was all beauty pageant until 1936, when a talent portion was added. The competition was limited to never-married women ages 18 to 28, and for a time, until 1940, it was written in the guidelines that they must be “of good health and of the white race.” The organization would not have its first African-American winner until Vanessa Williams earned the 1984 crown. “The Miss America state and national process was — and maybe still is — the single largest source of scholarship money for women in the U.S., yet the crucial requirements were physical, not intellectual,” the author and feminist Gloria Steinem said in an interview on Tuesday. “If the same were true for men, people would be saying, ‘No wonder China is winning!’” “It’s not just the bathing suits, it’s physical appearance, irrelevant talents and, until very recently, being white,” Ms. Steinem added. “It’s also less about being unique than conformist.” (…) And in 1995, Miss America encouraged its viewers to call a 1-900 number to say whether swimsuits should be scrapped: two out of three said no. “We are not stupid,” Leonard Horn, then the organization’s chief executive, said in 1993. “We are very sensitive to the fact that the swimsuit competition has always been our Achilles’ heel. The swimsuit competition has been controversial since the early 1920s, but it’s been retained because the majority of the people like it.” Appearing on ABC News to announce the change on Tuesday, Ms. Carlson declared, “We are not going to judge you on your outward appearance.” But it is hard to imagine what Miss America would be without conventional beauty standards at its core. The 2017 Judges’ Manual lists the qualities and attributes required of titleholders, in this order: “beautiful, well-spoken, intelligent, talented, able to relate to young people, reflective of women her age (she should not be a 35-year-old trapped inside a 20-year-old body), charismatic, dynamic/energetic — that ‘IT’ quality that is so hard to define, mature enough to handle the job and all of its responsibilities, comfortable ‘in her own skin,’ manageable, punctual and flexible.” “The American public has an expectation that she will be beautiful and physically fit,” the manual continues. “This is the same expectation they have for all of their celebrities, from music and film to sports, and Miss America is no exception. You must look at her physical beauty as well as her physical fitness. » (…) Tuesday’s announcement was quickly added to the lengthy list of stunning changes that have reverberated through Hollywood, politics and workplaces around the world in the wake of #MeToo. It was a ripple effect, so to speak — one that expanded the conversation from sexual harassment to the larger way that women’s bodies are viewed and consumed. Still, it seemed like a small step to some. “If Miss America wants to get out of the sexism game, it should probably end Miss America,” the writer Jill Filipovic posted on Twitter. NYT
Les candidates à l’élection Miss America ne défileront pas en bikini lors de la prochaine édition du concours. Dans un communiqué publié le 5 juin, les organisateurs ont annoncé la suppression de la présentation des candidates en maillot de bain qui comptait pour 10% de la note finale. Elle est remplacée par un dialogue avec les membres du jury. Le temps pour les participantes d’évoquer les causes pour lesquelles elles souhaiteraient s’investir si elles étaient élues. Autre changement dans les règles du concours dont l’édition 2019 sera diffusé le 9 septembre prochain sur la chaîne américaine ABC, le passage des jeunes femmes en robe de soir -15% de la note finale- deviendra une présentation des candidates, habillées dans une tenue de leur choix. Gretchen Carlson, gagnante du concours Miss America en 1989 et nommée présidente du conseil d’administration de la Miss America Organization affiche clairement sa volonté de nettoyer l’élection de son image sexiste. (…) Une prise de décision qui ne trouve pas écho auprès de Sylvie Tellier. (…) Impossible pour la directrice de l’Organisation Miss France d’envisager le concours annuel sans le défilé en robe couture ou sans le passage en maillot de bain. (…) Mais peut-on encore parler de concours de beauté si la majorité des critères pour remporter l’élection tendent à s’orienter sur des qualités intellectuelles et sur la personnalité plus que sur le physique ? (…) En France aussi, les règles ont évolué. Une note inférieure à la moyenne au test de culture générale est éliminatoire. (…) Le temps de parole consacré aux Miss a été augmenté et c’est désormais le vote des téléspectateurs à 100% qui décide de la gagnante. (…) Le niveau d’études des candidates a lui aussi augmenté. Il faut remonter le temps jusqu’en 2000 pour trouver une gagnante qui n’a pas obtenu le bac. Ces dernières années, la grande majorité des jeunes femmes en lice pour remporter la couronne étaient diplômées d’un BTS, d’une licence ou d’un master. Marine Lorphelin -Miss France 2013- était étudiante en médecine, Iris Mittenaere -Miss France 2016- étudiante en cinquième année de chirurgie dentaire et plus récemment Maëva Coucke – actuelle Miss France 2018- est étudiante en licence de droit. Les diplômes sont-ils devenus un critère de sélection pour redorer le blason d’un rendez-vous qui a mauvaise presse du côté des féministes ? (…) L’appréciation physique tend à être reléguée au second plan, pour laisser place à une recherche de personnalité. (…) L’actualisation des règles du concours de Miss America est aussi une façon de s’adapter -sous-couvert de féminisme- à une évolution de la représentation des femmes dans notre société. Sylvie Tellier s’interroge sur la sincérité de l’organisation américaine à l’origine de la polémique (…) Paradoxalement, les critères de sélection pour se présenter au concours de Miss France, eux, ne bougent pas d’un iota. Il faut avoir entre 18 et 24 ans, mesurer minimum 1m70 et n’avoir jamais eu recours à la chirurgie esthétique. La personnalité et les éventuels engagements des jeunes femmes sont évidemment un plus, mais ne sont pas mentionnés dans le règlement. L’évaluation du corps des femmes demeure omniprésente dans ce type de concours, même si l’on supprime le défilé en bikini. (…) Les Miss ne sont plus soumises à la maxime « sois belle et tais toi ». L’art oratoire en France et la maîtrise d’un talent artistique aux Etats-Unis -chant, théâtre- pèsent considérablement dans la balance. Si la beauté est un avantage considérable et demeure une condition sine qua non pour accéder à ce type de concours, cela ne suffit plus. L’Express

Attention: un racisme peut en cacher un autre !

Jury entièrement féminin, présidé par Line Renaud, moitié des candidates noires, métisses ou issues de l’immigration dont la gagnante, costumes sexy de super-héroïnes, capes couvertes de slogans féministes (« Yes women can », « Fight for your rights »), musiques de girl power (Spice Girls, Destiny’s Child) …

Au lendemain d’une bientôt centenaire élection Miss France

Qui met fin non seulement à la propre malédiction de surpoids de la gagnante

Et à 20 ans de malédiction des candidates tahitiennes « éternelles dauphines du concours » …

Mais envisage déjà, six mois après Miss America, la suppression de l’épreuve du maillot de bain …

Comment ne pas voir

Après la cantatrice, digne d’un bal de débutante, de Miss America en septembre dernier

Et cette élection d’une titulaire – multiculturelle comme il se doit elle aussi du côté français – d’un master en management …

Face, sur fond de crise de gilets jaunes vite oubliée, à celles qui n’avaient que leur physique …

La domination désormais non plus seulement physique et sociale (minceur comprise) …

Mais proprement intellectuelle de la classe moyenne supérieure diplômée ?

Concours de beauté

L’épreuve du bikini est-elle indispensable aux Miss ?

Les organisateurs de l’élection Miss America ont décrété la fin du passage en maillot de bain des candidates.

Camille Moreau

Les candidates à l’élection Miss America ne défileront pas en bikini lors de la prochaine édition du concours. Dans un communiqué publié le 5 juin, les organisateurs ont annoncé la suppression de la présentation des candidates en maillot de bain qui comptait pour 10% de la note finale. Elle est remplacée par un dialogue avec les membres du jury. Le temps pour les participantes d’évoquer les causes pour lesquelles elles souhaiteraient s’investir si elles étaient élues.

Autre changement dans les règles du concours dont l’édition 2019 sera diffusé le 9 septembre prochain sur la chaîne américaine ABC, le passage des jeunes femmes en robe de soir -15% de la note finale- deviendra une présentation des candidates, habillées dans une tenue de leur choix.

« Nous ne sommes plus un concours de beauté »

Gretchen Carlson, gagnante du concours Miss America en 1989 et nommée présidente du conseil d’administration de la Miss America Organization affiche clairement sa volonté de nettoyer l’élection de son image sexiste. « Nous ne sommes plus un concours de beauté, nous sommes une compétition », a-t-elle déclaré dans un communiqué. Et Regina Hopper, présidente de Miss America d’ajouter : « Le nouvel objectif de Miss America est de préparer de grandes femmes pour le monde, et de préparer les grandes femmes au monde. »

Une prise de décision qui ne trouve pas écho auprès de Sylvie Tellier. « J’ai du mal à saisir le sens de ces déclarations. Si ce n’est plus un concours de beauté alors il faudrait définir ce que c’est. Une compétition d’éloquence, de talent, de chant ? » Impossible pour la directrice de l’Organisation Miss France d’envisager le concours annuel sans le défilé en robe couture ou sans le passage en maillot de bain. « Ce sont des costumes qui font partie du spectacle. Nous sommes là pour offrir du beau et transmettre le folklore de cette élection. »

Une évolution des critères de sélection

Mais peut-on encore parler de concours de beauté si la majorité des critères pour remporter l’élection tendent à s’orienter sur des qualités intellectuelles et sur la personnalité plus que sur le physique ? C’est en tout cas ce « qui permet de rendre le concours socialement plus acceptable », explique Camille Couvry, docteure en sociologie et qui a réalisé sa thèse sur les concours de beauté.

En France aussi, les règles ont évolué. Une note inférieure à la moyenne au test de culture générale est éliminatoire. « Avant le test de culture générale importait peu, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. La future Miss France a un rôle d’ambassadrice même si on ne fait pas de politique », souligne Sylvie Tellier. Le temps de parole consacré aux Miss a été augmenté et c’est désormais le vote des téléspectateurs à 100% qui décide de la gagnante. « L’interview au micro fait souvent basculer les voix, preuve que les téléspectateurs ne sont pas uniquement dans une recherche esthétique », ajoute la directrice du comité Miss France.

Le niveau d’études des candidates a lui aussi augmenté. Il faut remonter le temps jusqu’en 2000 pour trouver une gagnante qui n’a pas obtenu le bac. Ces dernières années, la grande majorité des jeunes femmes en lice pour remporter la couronne étaient diplômées d’un BTS, d’une licence ou d’un master. Marine Lorphelin -Miss France 2013- était étudiante en médecine, Iris Mittenaere -Miss France 2016- étudiante en cinquième année de chirurgie dentaire et plus récemment Maëva Coucke – actuelle Miss France 2018- est étudiante en licence de droit. Les diplômes sont-ils devenus un critère de sélection pour redorer le blason d’un rendez-vous qui a mauvaise presse du côté des féministes ? Pour Sylvie Tellier, « c’est surtout le reflet de la massification scolaire ».

Laisser plus de place à la personnalité

L’appréciation physique tend à être reléguée au second plan, pour laisser place à une recherche de personnalité. « Il y a une injonction à affirmer son ‘je’. Il faut être capable de monter sur scène et prouver que l’on est la meilleure, que l’on est engagée. Pour le moment ce tempérament self-woman est surtout américain, dans la version française nous n’avons d’ailleurs pas de compétition de talents », note Camille Couvry.

L’actualisation des règles du concours de Miss America est aussi une façon de s’adapter -sous-couvert de féminisme- à une évolution de la représentation des femmes dans notre société. Sylvie Tellier s’interroge sur la sincérité de l’organisation américaine à l’origine de la polémique : « Je connais bien l’élection de Miss USA, à ne pas confondre avec l’élection de Miss America qui est moins médiatisée. C’est peut-être un levier d’action pour revenir sur le devant de la scène. »

La question esthétique, toujours bien présente

Paradoxalement, les critères de sélection pour se présenter au concours de Miss France, eux, ne bougent pas d’un iota. Il faut avoir entre 18 et 24 ans, mesurer minimum 1m70 et n’avoir jamais eu recours à la chirurgie esthétique. La personnalité et les éventuels engagements des jeunes femmes sont évidemment un plus, mais ne sont pas mentionnés dans le règlement.

L’évaluation du corps des femmes demeure omniprésente dans ce type de concours, même si l’on supprime le défilé en bikini. « On veut que la question du jugement esthétique soit plus floue, mais elle ne recule pas, estime Camille Couvry. Elle est simplement davantage combinée à la personnalité. » Les Miss ne sont plus soumises à la maxime « sois belle et tais toi ». L’art oratoire en France et la maîtrise d’un talent artistique aux Etats-Unis -chant, théâtre- pèsent considérablement dans la balance. Si la beauté est un avantage considérable et demeure une condition sine qua non pour accéder à ce type de concours, cela ne suffit plus.

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Pour Miss France, Sylvie Tellier ne compte pas suivre l’exemple de Miss America sur les défilés en maillot de bain

À compter de la prochaine édition, les participantes américaines ne défileront plus devant les juges ni en maillot de bain, ni en robe de soirée
Valentin Etancelin
Huffpost
05.06.2018

MISS – Aux États-Unis, le comité d’organisation de Miss America a fait paraître une annonce importante, ce mardi 5 juin. À compter de la prochaine édition de la compétition, qui doit se tenir le 9 septembre à Atlantic City, les participantes ne défileront plus devant les juges ni en maillot de bain, ni en robe de soirée.

À la place, les 50 concurrentes de chaque État devront se présenter pour parler de leurs passions, de leurs engagements, de leur motivations et de leur vision du poste auquel elles aspirent de la manière qu’elles souhaitent. Autrement dit: dans des vêtements avec lesquels elles se sentent à l’aise et en sécurité, afin que leur tenue vestimentaire ne détourne pas l’attention de leurs propos.

En France, lors de la dernière cérémonie, plusieurs internautes s’étaient offusqués sur les réseaux sociaux et avaient dénoncé l’aspect sexiste des défilés de Miss en maillot de bain. Cette annonce pourrait-elle s’appliquer dans l’hexagone? Il semblerait que non. Contactée par Le HuffPost, Sylvie Tellier, ancienne détentrice du titre et actuelle directrice de la société Miss France, confirme que ce n’est pas à l’ordre du jour.

« Le concours de Miss France rassemble de nombreux téléspectateurs, explique cette dernière. C’est un programme qui fédère et plaît beaucoup aux Français. Ils sont attachés à ces éléments, aux robes de princesse, notamment. »

« Défiler en maillot de bain et être féministe »

Au sujet des bikinis, pour elle, la question ne se pose même pas. « Pour reprendre les propos d’Eva Colas [Miss Corse 2017, NDLR], on peut défiler en maillot de bain et être féministe », considère Sylvie Tellier. Elle ajoute: « On n’a jamais obligé une jeune femme à faire ce qu’elle ne voulait pas faire. Elles sont libres de choisir le maillot de bain ou la robe qu’elles veulent porter. »

La responsable du concours émet quelques réserves à la suite de l’annonce du comité de Miss America. « Ce n’est pas une révolution, affirme-t-elle. Qu’est-ce qu’il se passe si une concurrente a envie de défiler en maillot de bain? »

D’après les propos de Gretchen Carlson, actuelle présidente du conseil d’administration de l’organisation américaine, rien n’empêche les prétendantes au titre de défiler de la sorte. C’est à elles-seules de décider de la tenue dans laquelle elles veulent apparaître: en jean, en jupe, en robe, ou en bikini. Ça ne dépend que d’elles.

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Miss France 2019 : douze super-héroïnes sexy

Paris Match

Cette année, pas de défilé en bikini. À la place, les douze finalistes ont enfilé des tenues de super-héroïnes… très sexy.

Des body moulants et flashy au décolleté plongeant ont remplacé les maillots de bain deux pièces. En effet, pas de défilé en bikini cette année. À la place, les douze demi-finalistes du concours Miss France 2019 ont enfilé des tenues de super héroïnes… très sexy. Façon Wonder Woman, elles ont déambulé sur la scène du Zenith de Lille, capes couvertes de slogans féministes sur le dos. «Yes women can» (traduction : «Oui, les femmes peuvent») ou encore «Fight for your rights» («Battez-vous pour vos droits») a-t-on ainsi pu lire. Le tout sur les musiques des Spices Girls, «Wannabe», ou encore des Destiny’s Child, «Survivor».

Sur scènes, les candidates ont été rejointes par Miss France 2018 Maëva Coucke, en body argenté, avec une cape simplement ornée des mots «Miss France». Après un an de règne, la Miss Nord-Pas-de-Calais 2017 posera la couronne sur la tête de celle qui lui succèdera. «J’aurais aimé rester Miss France encore un peu», nous a confié Maëva Coucke, à quelques heures du début de la cérémonie.

Parmi les trente candidates régionales, seules douze ont été sélectionnées en demi-finale et pourront faire partie des cinq finalistes. Voici la liste des demi-finalistes :
– Miss Guadeloupe, Ophély Mezino ;
– Miss Provence, Wynona Gueraïni ;
– Miss Nord-Pas-de-Calais, Annabelle Varane ;
– Miss Limousin : Aude Destour ;
– Miss Ile de France : Alice Querette ;
– Miss Franche Compté : Lauralyne Demesmay ;
– Miss Tahiti : Vaiamala Chaves ;
– Miss Lorraine : Emma Virtz ;
– Miss Aquitaine : Carla Bonesso ;
– Miss Réunion : Morgane Soucramanien ;
– Miss Côte d’Azur : Caroline Perengo ;
– Miss Languedoc : Lola Brengues.

Bal des Débutantes : « Sans mon QI, je n’aurais pas été invitée », dit une participante

INVITÉE RTL – Lauren Marbe, une jeune Anglaise dotée d’un quotient intellectuel de 161 participe ce samedi à son premier Bal des Débutantes.

C’est une tradition de la noblesse européenne qui revit depuis quelques années. Lors du Bal des Débutantes samedi, une vingtaine de jeunes filles « bien nées » d’horizons différents feront leur entrée dans l’aristocratie sous les lambris de l’Automobile club de France. Parmi elles, Lauren Marbe, une jeune Anglaise qui participera à son premier Bal. Du haut de ses 17 ans, son profil tranche avec celui des autres filles : son quotient intellectuel est plus élevé que celui d’Einstein.

Un QI de surdouée

Avec 161 de quotient intellectuel, Lauren Marbe fait figure de surdouée. « Sans mon QI, je n’aurais pas été invitée », assure la jeune fille au micro de RTL. Lauren a pris conscience de ses prédispositions après avoir passé le test de Mensa, un club international regroupant des personnes obtenant des scores parmi les 2% les plus élevés aux tests d’intelligence.

« Je n’y croyais pas quand on me l’a dit. Quand je suis rentrée chez moi et que je l’ai dit à ma mère elle n’a pas réalisé. Mais quand mon professeur l’a appelée pour expliquer les résultats on a compris que c’était une bonne chose », explique-t-elle.

Entre stress et excitation

Si sa vie « n’est plus du tout la même » depuis, la jeune Anglaise ne se sens pas différente des filles de son âge pour autant. « Je pense que je suis toujours la même personne. Je ne passe pas mon temps à le crier sous tous les toits. Je n’ai pas envie de passer pour celle qui a la grosse tête », confie-t-elle.

Samedi, Lauren participera à son premier Bal. Une intronisation dans le monde, selon la formule consacrée, que la jeune fille attend avec impatience. « J’ai vraiment hâte d’y être. Plus la soirée approche, plus je suis excitée et stressée. Je pense que ça va passer au moment du bal. Je vais essayer d’en profiter au maximum et de ne pas me prendre la tête. Ce qui m’effraie, c’est de me retrouver dans un univers totalement nouveau pour moi mais je vais faire ce que je peux« , lâche-t-elle.

Voir de même:

Le traditionnel Bal des débutantes réunira, samedi, vingt jeunes filles triées sur le volet ainsi que leurs familles au très prestigieux Automobile Club de France, place de la Concorde, à Paris.

Elles ont déjà tout et pourtant elles rêvent de ce bal depuis qu’elles sont toutes petites. Inspiré d’une tradition aristocratique européenne, le Bal des débutantes de Paris, le plus renommé, donné cette année au profit de l’association Enfants d’Asie, se déroulera, samedi 30 novembre, à l’Automobile Club de France. Ce grand évènement mondain permet à vingt jeunes filles d’une douzaine de pays, triées sur le volet, de faire leur « entrée » dans le monde, comme l’exigeait le protocole dans les cours royales.

Principales conditions d’éligibilité : avoir entre 16 et 22 ans, être jolie et surtout pouvoir rentrer dans les robes prêtées par les maisons de haute couture comme Dior, Chanel ou Armani. Autant dire que passé le 38, c’est fichu. Mais ces trois conditions ne suffisent pas. Si vous voulez danser la valse avec le gratin ou goûter aux petits plats du chef étoilé Christopher Hache, il vous faudra correspondre à un ou plusieurs des critères suivants.

Descendre d’une grande famille aristocratique

Rares sont les élues à pouvoir enfiler les Louboutin pour participer au Bal des « déb ». Tradition oblige. A l’origine, les jeunes filles issues de la noblesse du Royaume-Uni attendaient impatiemment leur dix-huitième anniversaire afin de se présenter devant la reine au bras de leur père.

Si vous descendez d’une grande famille aristocratique ou, mieux, d’une famille royale, il vous sera donc plus facile de décrocher une invitation. Cette année, la Grande-Bretagne est représentée par Lady Amelia Windsor, dont le grand-père est Edward, duc de Kent et cousin germain de la reine Elizabeth II.

Etre fille d’acteur, d’industriel ou de magnat de la presse

Aux côtés de ces jeunes pousses de l’aristocratie, les filles d’acteurs et de réalisateurs sont de plus en plus souvent invitées. Samedi, Romy David, fille du producteur et acteur américain Larry David, sera de la partie. Ces dernières années, les filles de Rosanna Arquette, de Luc Besson, de Bruce Willis, de Clint Eastwood, de Sylvester Stallone ou encore d’Andie MacDowell ont pu s’illustrer à la valse, sous les ors de l’hôtel de Crillon.

Mais les filles de riches industriels ou d’hommes d’affaires ne sont pas en reste. Zoe Springer, petite-fille, très tatouée, du magnat de la presse allemand Axel Springer, compte parmi les débutantes de 2013.

Etre intelligente ou connue pour soi-même

Ophélie Renouard, qui a créé en 1992 la version contemporaine de ce bal, tombé dans les oubliettes après 1968, l’assure à francetv info : « La richesse n’est pas un critère de sélection. Tout est payé par les sponsors donc peu importe la fortune de ces jeunes filles. Ce qui compte le plus, c’est de réunir des familles d’univers différents. »

Cette année, le rôle de Cendrillon sera tenu par Lauren Marbe, dont Paris Match a fait le portrait. Cette fille d’un chauffeur de taxi londonien aura l’occasion de découvrir un monde qu’elle côtoie peu. Invitée pour son talent et non pour son patronyme, cette lycéenne britannique de 17 ans est devenue célèbre pour son QI Mensa de 161, supérieur à celui d’Einstein.

Savoir se tenir en société et ne pas avoir fait de sex-tape

Aussi riche, célèbre et « fille de » soit-elle, Paris Hilton a été recalée du Bal des débutantes. Pas assez classe pour participer. La plupart des filles ne postulent même pas pour être choisies. L’organisatrice Ophélie Renouard s’enorgueillit d’avoir acquis, au fil des ans, un réseau suffisant pour pouvoir inviter les jeunes filles « bien nées » du monde entier. Mais quelques audacieuses tentent malgré tout leur chance et se voient régulièrement refuser l’entrée.

Ophélie Renouard, qui a toujours le dernier mot sur le choix des « déb », reçoit près d’une centaine de candidatures par an. Parfois complètement farfelues, « comme cette fille qui postule en arguant : ‘j’ai 30 ans mais je ne les fais pas' », raconte-t-elle. « Nous choisissons essentiellement des jeunes filles bien éduquées et studieuses, qui font de bonnes études. »

Savoir danser la valse

Que serait un bal sans valse ? « C’est ce qui effraie le plus les filles. Certaines prennent des cours à l’avance pour apprendre à danser la valse. Nous n’organisons qu’une seule répétition de deux heures le vendredi soir, veille du bal », explique Ophélie Renouard.

Cette année, c’est Kyra Kennedy, la petite-nièce du président John F. Kennedy (ici interviewée par Paris Match), qui ouvrira le bal au bras de son père. Même si une ambiance musicale plus moderne succède aux valses, vers la fin de la soirée, il vaut donc mieux avoir pris quelques cours pour ne pas se prendre les pieds dans sa robe Chanel.

Etre l’un des cavaliers

Pas de bal sans cavaliers, bien sûr. Les filles ont le choix d’amener le leur. « Avant, la moitié des filles venaient accompagnées. Dorénavant, elles sont paresseuses et la plupart préfèrent que je trouve moi-même leur cavalier », s’amuse Ophélie Renouard. Si vous êtes beau, riche, bien élevé et de bonne famille, vous avez une chance d’être choisi.

Parmi les chevaliers servants, cette année, Anthony Ghosn, 19 ans, fils du PDG de Renault Carlos Ghosn, arrivera au bras d’une jeune Hongkongaise. Amaury de Bourbon-Parme et Pierre de L’Espée, deux jeunes aristocrates, sont eux aussi conviés. Les cavaliers qui font forte impression sont invités à revenir d’une année sur l’autre.

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Debutante balls reinvent themselves as highly exclusive social networking events

The tradition has been reinvented in Paris, London and New York, and has even sparked new editions in Shanghai

Vivian Chen

Eleanor Lam is no stranger to high society’s glitter and glamour. Her father is entertainment tycoon Peter Lam, and her mother is actress-turned-socialite Lynn Hsieh. Lam is used to being in the spotlight but, even for her, the Parisian Le Bal des Débutantes was a once-in-a-lifetime experience. « It’s a night filled with glamour and excitement and, of course, gorgeous gowns, » she says. « Any girl would enjoy being dolled up and trying on fabulous gowns. »

Lam was among the 24 young women from around the world invited to the ball held last November at the heritage Hotel Raphael in the heart of Paris.

On the night of the ball, the debs (debutantes) were dressed in lavish haute couture gowns created by top fashion houses the likes of Dior, Elie Saab and Giambattista Valli. After spending hours with a small army of make-up artists and hairstylists to perfect their looks, the debs make their entrance on the arms of their cavaliers and waltz the rest of the night away.

While the original purpose of debutante balls – to introduce well-presented young women from upper-class families to society as well as to potential husbands – might have lost its cultural relevance, modern debutante balls have reinvented themselves as highly exclusive social networking events that not only appeal to eligible socialites, but also to luxury brand sponsors.

The tradition has been reinvented in Paris, London and New York, and has even sparked new editions in Shanghai. In addition to the Parisian Le Bal, another prominent debutante ball in the 1960s and ’70s – The London Season – was revived by former deb Jennie Hallam-Peel in 2007.

In 2011, Hallam-Peel helped Chinese socialite Vivian Chow Wong launch the Shanghai International Debutante Ball. The first edition of the Shanghai ball took place at the heritage Waldorf Astoria hotel on the Bund and has since moved to the nearby Peninsula Hotel. Luxury brands such as jeweller Chaumet and French luxury beauty brand Guerlain are among the headline sponsors for the event.

« The introduction of international debutantes enhances the social life and experience of all participants. It also [promotes] international understanding, » says London Season organiser Hallam-Peel.

Ophélie Renouard, founder of Parisian Le Bal, agrees. « In this age of Facebook and other social media, these girls don’t need to be introduced to society. The event now serves as their couture and media premiere. Even if they come from privileged families, they might not have tried a couture gown or worn fabulous jewellery, and most of the time, they have not been [featured] in the media. » Le Bal, named one of the top 10 parties in the world by Forbes, was created by Renouard in 1992. It puts a modern spin on the traditional ball by bringing in French couturiers and high jewellers to dress the debs.

Lam was fitted with a Dior couture gown which made her feel like a modern-day princess. « When I tried on the gown, I instantly knew it was the one, » she says.

« I love the gorgeous beadings and intricate details such as pockets on each side, which are perfect for a lip gloss and an iPhone. It also comes with a tuxedo jacket, which gives the gown an edge. »

Le Bal has since grown into a party of the year, where European aristocrats mingle with heiresses of Asian and Russian billionaires, politicians and international stars. Among the debs were actor Sylvester Stallone’s daughter, Sophia Stallone; musician Phil Collins’ daughter, actress Lily Collins; Britain’s Lord Ivar Mountbatten’s daughter, Ella Mountbatten; and former Italian prime minister Silvio Berlusconi’s daughter, Barbara Berlusconi.

The purpose for the debutante balls might have shifted, yet the selection of debs remain ultra-exclusive. Family background naturally comes first in the screening process. To be invited to the Le Bal, for example, Renouard says the debutante has to be very special. « Her looks, style, lineage or achievements [have to be outstanding]. »

Chow Wong agrees. « A deb needs to be well educated and well-mannered. If she needs an etiquette lesson, she won’t be on my invitation list. »

Family background, however, isn’t the only requirement, Renouard adds. In 2013, for example, Lauren Marbe, the then-17-year-old daughter of a British taxi driver, was invited because she has an IQ of 161 – higher than that of Albert Einstein.

Lavish experience and networking aside, being part of the stellar event also helps to boost the debs’ CV – which makes the invitation to the exclusive balls a sought-after ticket for the world’s rich and famous.

« When I see the number of requests that Le Bal gets every week of the year, I have to admit that the event is a true fantasy for the debs and cavaliers, » Renouard says.

Debutante balls have opened up to Asian socialites in recent years, addressing the booming Asian economy and the region’s ultra-high-net-worth individuals. Parisian Le Bal first included Asian debs in 2003 with the participation of Wan Baobao, granddaughter of Wan Li, former chairman of the China’s National People’s Congress, as well as Penelope Pei-Tang from China and Candy Soo from Singapore.

« I’m proud to be Chinese … the event was memorable and out-of-the-ordinary, » Soo says.

Putting Asia on the map also helps raise awareness of debutante balls. Although it takes place in China, Chow Wong says the Shanghai International Debutante Ball is an international event, hence only two to three Chinese debs are included each year.

« The purpose of having the ball in Shanghai is to catch up on the international trend, » says Chow Wong, whose father is Beijing opera master Zhou Xinfang. « You have the ball in Paris, London, New York and now Shanghai, a city with so much history and heritage to offer. »

Recent Asian debs include Jen Hau, daughter of Taipei’s former mayor Hau Lung-bin, and Annie Liang, a descendant of famous Chinese scholar and philosopher Liang Qichao.

Voir encore:

Les Miss France et le poids : une omerta qui perdure en 2018

Si l’on ne connaît pas encore le visage de la future Miss France, sa silhouette ne sera certainement pas une surprise. Décryptage de ce qui modèle le corps de « la plus belle femme de France ».

Le 15 décembre, une nouvelle jeune française sera couronnée Miss France de l’année 2019. Pour la 89e année consécutive, le concours de beauté le plus célèbre de l’hexagone élira « la plus belle femme de France » devant plusieurs millions de téléspectateurs (7 millions lors de l’édition précédente). Pourtant, l’heureuse élue reste encore très éloignée du physique de la femme française.

Un règlement strict, mais qui ne mentionne pas le poids

Pour devenir Miss France, plusieurs critères très précis sont à respecter. Les candidates doivent avoir entre 18 et 24 ans, être françaises de naissance (ou naturalisées) célibataires, ni veuves ni pacsées, sans enfant. Côté physique, elles doivent mesurer au minimum 1m70, ne pas avoir eu recours à la chirurgie esthétique, ne pas avoir de tatouage visible, de piercing, perruque, faux-cils ou autre « artifice tendant à transformer son aspect naturel », comme il est inscrit dans le règlement officiel. Si la liste des recommandations s’étend sur plusieurs pages, un critère important n’est jamais mentionné : le poids minimum ou maximum des futures Miss.

« Si le critère n’existe pas, c’est sans doute qu’il n’y a aucune justification socialement acceptable par les personnes qui organisent les concours », suggère à France 24 Découvertes Camille Couvry, enseignante et chercheuse au Laboratoire des Dynamiques Sociales de l’Université de Rouen. Une absence qui aurait pu être saluée, si les Miss ne faisaient pas toutes un poids plume, largement en dessous de l’IMC de la française moyenne comme le rapportait La Voix du Nord dans un article daté de décembre 2017. « Cela n’empêche pas les personnes qui sont engagées dans des concours – et une partie au moins de celles qui les regardent – de considérer qu’avoir un poids ‘moyen’ (relatif à la taille minimale de 1m70) est un critère de beauté et d’élégance », ajoute Camille Couvry.

À qui la faute ?

Pauline Darles, Miss Ile-de-France 2011, avait quitté l’aventure Miss France en plein voyage préparatoire aux Maldives car elle n’était « pas en accord » avec l’esprit du concours. Quand on l’interroge sur l’uniformité du poids des Miss, la jeune femme nous explique le processus par lequel elle est passée. « Il y a des différences entre les régions mais il est clair qu’en envoyant des photos de soi, on donne déjà une indication de ses mensurations », dit-elle avant de préciser que lors des sélections, « ce ne sont pas seulement les comités qui votent, mais aussi le public, à 50 – 50. Si les gens votaient pour d’autres physiques, ça changerait peut-être ».

Pour elle, cette omerta vient donc d’une responsabilité collective. Idée que partage Camille Couvry, qui nous rappelle que « les processus de sélection dans les concours ne sont pas extérieurs à la société dans laquelle ils s’insèrent. Les jurés, tout comme les candidates qui évaluent leurs chances – et peuvent parfois s’auto-éliminer – sont évidemment influencés. » Influencés par les réseaux sociaux, les arts, la publicité… En bref, tout ce qui ce qui prône l’idéal d’un corps féminin fin et élancé joue un rôle dans cette injonction à la minceur.

Enfin, Pauline Darles se souvient à propos de son expérience au sein de Miss France : « Il n’y a pas de régime imposé mais une observation de comment on se nourrit, ce que l’on choisit au buffet de l’hôtel par les chaperons. Si l’on se ressert plusieurs fois, ça va être remarqué ». Une loi du silence qui règne jusque dans les comportements des participantes, au sein même de la compétition. Contacté par France 24 Découvertes à plusieurs reprises, le Comité Miss France n’a pour le moment pas donné suite à nos questions.

Discours engagés et défilé en bikini 

Certes, les jeunes prétendantes au titre de Miss sont, à certains moments de l’émission, mises en valeur autrement que physiquement. Lors de leurs discours par exemple, ou des courts portraits réalisés par la production. Mais s’en suivra le traditionnel défilé en bikini, exercice très paradoxal puisqu’il consiste à juger les candidates exclusivement sur leurs corps.

À titre de comparaison, le concours Miss America avait annoncé en juin dernier que ce défilé en maillot de bain ne figurerait dorénavant plus dans leur compétition. Sylvie Tellier, directrice de l’organisation Miss France, avait quant à elle indiqué que la France ne suivrait pas cette décision, puisque ledit exercice fait « partie de la magie Miss France ».

« Il y a eu dans l’histoire des élections de Miss, et plus largement de la beauté, un souci de la mesure du corps et des critères de beauté », ajoute Camille Couvry. Des propos qui font écho à ceux des chercheuses Anne Monjaret et Frederica Tamarozzi dans l’article « Pas de demi-mesure pour les Miss : la beauté en ses critères », publié dans  la revue « Ethnologie Française » : « Il faut voir dans ce diktat de la minceur l’influence d’une mode qui trouvait en Poirier et Coco Chanel ses créateurs, et dans les stars et les femmes du ‘beau monde’, ses égéries ».

Certains milieux responsables en partie de ce culte de la minceur commencent pourtant à faire des efforts : Mattel, maison-mère de Barbie, propose depuis 2016 une poupée « plus size » aux mensurations plus généreuses que l’originale. En 2017, deux grands groupes de luxe français LVMH et Kering ont signé une charte les engageant à ne plus faire défiler de mannequin de taille 32. De petits pas en avant, mais des avancées quand même.

Pourra-t-on voir un jour une femme aux proportions plus réalistes être élue Miss France ? « Oui, c’est envisageable », affirme Pauline Darles. « C’est l’inconscient collectif qui valide des normes de beauté. Si les gens votaient pour d’autres physiques, ça pourrait changer ». De son côté, Camille Couvry pense que « le changement pourrait venir du bas ». « J’ai déjà assisté à des concours locaux qui avaient éliminé le défilé en maillot de bain lors d’une ou deux éditions », nous raconte-t-elle. Affaire à suivre, donc.

Voir aussi:

Miss France 2018 Des miss à l’IMC si éloigné de la moyenne des Françaises

Au milieu des critères esthétiques d’un concours de beauté, il en est un que l’organisation se garde bien d’évoquer. Celui du poids. En 2016, l’association Osez le féminisme avait, une nouvelle fois, soulevé la question en dénonçant «  cette mise en concurrence à une heure de grande écoute  » entraînant «  beaucoup de souffrance pour d’autres femmes qui ne font pas 1,75 m pour 50 kilos ». « C’est un concours de beauté avec juste une limite de taille. Les critères ne sont pas seulement physiques  » avait alors répondu Sylvie Tellier, directrice générale de la société organisatrice.

Pas un mot sur l’IMC des lauréates

L’organisation a donc logiquement refusé de nous communiquer, pour ces mêmes raisons, ces données. Mais sur internet, la question continue d’être débattue. Des chiffres circulent sur les pages Wikipédia des anciennes miss France, sans que celles-ci n’interviennent. Des blogs listent inlassablement le poids des jeunes filles, sans que l’on sache le vrai du faux. Les miss livrent parfois un chiffre au détour d’une interview.

Sur le modèle du travail du site américain PsychGuides, nous avons cherché à connaître l’évolution de l’indice de masse corporel, cette combinaison entre le poids et la taille d’une personne, des miss à travers le temps. Nos recherches ont permis de lister le poids de 16 miss. Cinq proviennent de sources de confiance. Le graphique ci-dessous est donc purement indicatif, mais il a le mérite de compiler et de mettre en forme les données circulant sur la question.

Cliquez ici pour ouvrir cette infographie en plein écran.

Il en ressort qu’avec un IMC moyen de 18,1 depuis 1954, miss France n’est pas une Française comme les autres. Elle est même beaucoup plus mince. Pour les Françaises de 18 à 35 ans, l’Insee relevait un IMC de 22,4 en 2002, toujours très loin des miss France qui ne sont pas sorties d’un couloir allant de 18,5 à 16,4 entre 2000 et 2017.

« Plutôt une situation de minceur »

Plus globalement, en 2016, l’IMC d’une Française était de 23,1 selon les relevés de l’Organisation mondiale de la santé. Cette même organisation évalue l’IMC normal entre 18,5 et 25. Seules cinq miss se trouvent dans cette fourchette. Onze d’entre elles se situent par contre entre 16,5 et 18,5 et seraient donc en situation de maigreur selon l’OMS. Des chiffres inquiétants ? Pas forcément. « Il s’agit plutôt d’une situation de minceur, recadre Emmanuelle Couturier, diététicienne-nutritionniste à Marcq-en-Barœul. L’IMC n’est pas forcément très parlant, car il ne fait pas la différence entre masse graisseuse et masse musculaire. Il ne prend pas non plus en compte l’ossature. Par contre si elles font un régime pour entretenir cette minceur, c’est là que cela peut être compliqué. »

Pour mieux se rendre compte de l’évolution des miss. Le diaporama vidéo ci-dessous permet de remonter le temps d’Agnès Souret à Alicia Aylies.

Miss France dédié à la cause des femmes, une hypocrisie selon des féministes
Camille Moreau

L’Express

14/12/2017

Sylvie Tellier, directrice générale de la société Miss France, affirme que l’élection Miss France 2018 aura pour objectif majeur de dénoncer les violences faites aux femmes. Des propos qui passent mal auprès des associations féministes.

L’élection de Miss France 2018 qui se tiendra le 16 décembre à Châteauroux s’inspirera-t-elle de l’élection de Miss Pérou dont les candidates avaient dénoncé les violences faites aux femmes dans le pays? C’est en tout cas ce qu’a annoncé Sylvie Tellier, directrice générale de la société Miss France, lors de la conférence de presse du concours de beauté. « Cette élection sera un moment pour prendre la parole et sensibiliser les téléspectateurs sur les violences faites aux femmes. »

Une volonté confirmée lors d’un entretien donné à nos confrères du Parisien. « L’élection de Miss France, c’est quand même trente jeunes femmes en direct à la télévision pendant trois heures, à une heure de grande écoute. C’est l’occasion de parler de la femme et de dénoncer les violences faites aux femmes qui sont encore beaucoup trop importantes en France aujourd’hui et dont on ne parle pas assez », affirme Sylvie Tellier.

« Des critères de beauté réducteurs »
Des propos qui font grincer des dents les associations féministes, jugeant le concours Miss France sexiste et dégradant. « Il est dommage que la seule soirée de l’année dédiée aux femmes à la télévision, cultive l’idée de la femme objet. L’élection Miss France est un concours qui repose sur des critères de beauté réducteurs et ridicules. Il serait plus judicieux de valoriser les talents, plutôt que des stéréotypes physiques irréels », s’est par exemple exprimée Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole de l’association Osez le féminisme.

Ne pas être mariée, ne pas avoir d’enfant, ne pas avoir de tatouage, mesurer 1,70 mètres minimum et avoir moins de 26 ans font partie des règles imposées aux candidates et jugées archaïques et sexistes par les associations. « Je ne vois pas comment on peut se battre pour l’égalité des sexes, revendiquer le respect de la femme tout en cautionnant ce genre de concours », s’indignait il y a quelques semaines une lectrice de la Styles Room.

« Miss France permet de soutenir et faire avancer des causes »

Des critiques qui n’ont pas lieu d’être pour Sylvie Tellier. « Miss France 2018 permet de soutenir des causes et de les faire avancer, la prise de parole des Miss au Pérou en est la preuve. Elles agissent à leur niveau pour améliorer la condition féminine. »

La 88e édition de Miss France sera animée pour la 23e fois par Jean-Pierre Foucault et présidée par Iris Mittenaere, Miss Univers 2017, et le couturier Jean-Paul Gaultier.

Voir également:

VIDEO. Miss France 2019: Pourquoi l’Ile-de-France, région la plus titrée, ne gagne-t-elle plus le concours?
BEAUTE Miss Ile-de-France n’a plus été élue Miss France depuis 1996. Et si cela changeait cette année? Réponse samedi soir au micro de Jean-Pierre Foucault….

Floréal Hernandez

20 minutes

le 14/12/18

Depuis 1929, les Miss Paris ou Ile-de-France ont remporté 15 fois le concours Miss France. Mais la plupart des titres ont été gagnés entre 1930 et 1950.

La dernière Miss France francilienne remonte à 1997 avec l’élection de Patricia Spehar. L’an dernier Lison Di Martino avait terminé 2e dauphine de Maëva Coucke.
Alors que l’Ile-de-France compte 12 millions d’habitants, pourquoi sa Miss ne profite-t-elle pas du vote du public pour gagner la couronne?

L’Ile-de-France aime-t-elle sa miss ? La région est la plus peuplée de France avec 12 millions d’habitants, pourtant quand Lison Di Martino, Miss Ile-de-France 2017, est arrivée dans les cinq finalistes l’an dernier, ce n’est pas elle qui a reçu le plus de votes du public mais la Nordiste Maëva Coucke. Une région avec une identité bien plus forte que l’Ile-de-France

C’est là l’une des faiblesses de la candidature francilienne. « Je l’ai vécue, avoue Margaux Savarit, Miss Ile-de-France 2014 et 11e du concours Miss France. On a moins de chance d’être élue car il n’y a pas d’identité régionale en Ile-de-France. Avant l’élection Miss France, aucun média ne s’est intéressé à moi. Je n’ai fait aucune interview, eu aucun soutien. Ça plombe le moral. »

Présidente depuis 2014 du comité Miss Ile-de-France, le plus titré avec 15 miss, Laure Mattioli rejoint l’avis de Margaux Savarit. « Beaucoup de Parisiens ou de Franciliens viennent d’autres régions. Moi en tant qu’ancienne Miss Bourgogne vivant à Paris, j’avais tendance à soutenir Miss Bourgogne. » Chercheuse en sociologie à l’université Rouen-Normandie, Camille Couvry reconnaît que « la dimension affective liée à sa région d’origine peut se retrouver dans les votes ».

L’auteure de la thèse Beauté, classe sociale et empowerment : les jeunes femmes de classes populaires dans les élections de Miss en Normandie estime possible l’hypothèse que les miss issues d’une région à forte identité soient avantagée pour capter les votes locaux. « Le succès au concours Miss France des régions à forte identité locale ne colle pas aux revendications régionales, culturelles ou politiques », souligne-t-elle. Et, elle rappelle les victoires depuis 2010 des Miss Normandie, Bourgogne ou Orléanais.

Laure Mattioli incite tout de même « les Franciliens à se sentir investis par rapport à leur miss ». Ça a été le cas pour Lison Di Martino l’an passé mais c’est resté circonscrit à son département d’origine. « La Seine-et-Marne s’est vraiment bougée pour elle, note celle qui est de la promo de Sylvie Tellier en 2002. Elle était l’une des favorites dans la presse, sur les réseaux sociaux. Ça n’a pas suffi. »

Cela va-t-il se répéter pour Alice Quérette, Miss Ile-de-France 2018, 24 ans et originaire de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) ? Margaux Savarit ne l’espère pas. « Elle est dans mon top 3 avec Franche-Comté et Languedoc-Rousillon. Je la vois aller très loin, comme l’an dernier. »

Comme en 2017, Miss Ile-de-France – « quelqu’un de bien physiquement et moralement », selon la présidente du comité régional – est l’une des favorites du concours, selon une partie de la presse présente à l’Ile Maurice avec les miss. A Lille, ce samedi, Alice Quérette sera soutenue par quinze personnes, issues de sa famille et du comité, qui s’est mobilisé sur les réseaux sociaux.

Mais, d’après une étude réalisée pour 20 Minutes sur ces mêmes réseaux sociaux à 7 jours de l’élection, et qui sera dévoilée samedi, elle ne figure pas parmi les miss les plus populaires. Si elle souhaite la victoire de sa protégée, Laure Mattioli appelle à « un vote objectif pour faire gagner la plus méritante ». Et l’ex-Miss Bourgogne de conclure : « Le public se trompe rarement. »

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Miss France 2019: La moitié des miss noires ou métisses, une avancée pour le concours?

DIVERSITE Cette année, nombreuses sont les miss noires et métisses et « 20 Minutes » s’est demandé si ça pourrait aider à combattre les stéréotypes…

Claire Barrois

20 minutes

  • Cette année, la moitié des candidates à Miss France 2019 sont noires et métisses.
  • L’élection faisant partie des programmes télé les plus regardés de l’année, nous nous sommes demandé si cela signifiait une avancée de la diversité à la télévision.

L’avez-vous remarqué ? Cette année, la moitié des candidates à la couronne de Miss France 2019 sont noires, métisses ou issues de l’immigration. Près de 8 millions de téléspectateurs vont donc assister à un concours plus proche de la société telle qu’elle est alors que la télévision ne montre quasiment que des blancs. Cette soirée peut-elle porter un message ?

Du côté des miss concernées, on n’en est pas convaincues. Miss Guadeloupe, Ophély Mézino, et Miss Picardie, Assia Kerim, partagent plutôt l’avis de Miss Guyane, Laureline Decocq, pour qui « c’est important d’être nombreuses parce que la France d’aujourd’hui c’est beaucoup de métissages. On montre toutes les facettes de la beauté française. »

« Ça représente la France d’aujourd’hui »

Pour Miss Limousin, Aude Destour, mi-Ch’ti mi-Martiniquaise, l’intérêt c’est que « nous ne sommes pas du tout les mêmes métisses. Par exemple, Miss Provence a des origines algériennes. C’est super bien pour le concours parce que ça représente la France d’aujourd’hui. Il y a aussi des origines d’autres pays d’Europe. » Un constat que partage Jessie Magana, autrice d’ouvrages jeunesse autour de la lutte contre les stéréotypes et le sexisme.

« Les métisses sont un peu plus visibles cette année dans le concours et représentent une tendance de fond de la société française, rappelle l’autrice. C’est assez intéressant parce que ça montre la réalité de la société française qui est mélangée quoi qu’on veuille nous faire croire, issue de vagues d’immigration​ très anciennes. Un Francais sur quatre a au moins un de ses grands-parents qui n’est pas né en France. C’est révélateur du métissage progressif de la société française. »

Mais selon l’autrice, ce qui est aussi intéressant dans le métissage des miss, c’est leur origine sociale. « Elles viennent toutes plus ou moins de la classe moyenne, et les vagues d’immigration sont souvent dans les classes populaires. Là, le fait que la plupart de ces jeunes femmes soient de classe moyenne montre l’intégration des anciens immigrés à la société française. Ces jeunes filles sont un vrai panel de ce qu’est la société française. » Mais cela ne suffira pas forcément à faire évoluer les mentalités.

« Les noirs devraient intervenir comme médecin ou ministres à la télévision »

« C’est un concours lié à l’apparence, rappelle Jessie Magana. Montrer davantage de femmes noires dans ce cadre ne lutte pas contre les stéréotypes parce que ça rentre dans les stéréotypes de la femme et encore plus de la femme noire [une femme très érotisée dans l’imaginaire collectif]. Il faudrait un concours sur la personnalité, le charme, la façon de s’exprimer en public, pas que sur la beauté pour que ça lutte contre les stéréotypes. Les noirs devraient intervenir comme médecin ou ministres à la télévision, pas que dans les concours de beauté et dans le foot. »

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Têtes couronnées

Miss France: ce qui a changé depuis le début de l’élection

Près de 100 ans après sa création, le concours Miss France a connu plusieurs évolutions.

Camille Moreau

L’Express

Comme chaque année depuis 1920, date de création du concours de beauté par le journaliste et écrivain belge Maurice de Waleffe, une jeune femme sera en décembre élue Miss France parmi les 30 candidates en lice. Un show présenté pour la 23e année par Jean-Pierre Foucault, accompagné de Sylvie Tellier, directrice générale de la Société Miss France depuis 2010. La cérémonie, bien qu’organisée « dans le respect de la tradition », a connu bien des changements depuis sa naissance il y a près d’un siècle.

« La plus belle femme de France »

Aux prémices de l’élection, Maurice de Waleffe avait choisi le terme « La plus belle femme de France » pour désigner le concours. Les portraits des candidates de la première édition étaient publiés dans le quotidien Le Journal. Chacune était présentée sous un pseudo de nom de fleur, de pierre, d’oiseau ou de déesse, révèle Le Figaro Archives dans un article réalisé en partenariat avec l’INA.

Entre 1922 et 1926, le concours de beauté n’a pas lieu. Il ne reprend qu’en 1927 sous le nom qu’on lui connaît aujourd’hui : Miss France. Roberte Cusey, Miss Jura 1926, est élue cette année-là.

Une baisse du nombre de candidates

Les jeunes femmes en lice pour le concours Miss France représentent chacune une région de l’Hexagone. Elles étaient 45 en 2006, 33 pour l’élection de Miss France 2011. Cette année, elles seront 30. La réforme territoriale de 2016 n’a pourtant pas eu d’impact sur le nombre de candidates. « Ce nouveau découpage est une affaire politique et économique et nous sommes loin de ces considérations. Notre concours est indépendant du gouvernement », avait confié Sylvie Tellier à L’Express, rappelant que sa priorité était que tous les Français « se retrouvent dans l’élection ».

D’ailleurs, le nombre de candidates n’a jamais véritablement collé à la carte administrative de la France. Pour la directrice du comité Miss France, le but est surtout « d’avoir des identités fortes ». Raison pour laquelle certaines provinces sont absorbées pour renforcer certaines identités territoriales. Les titres de Miss Centre et de Miss Orléanais ont ainsi fusionné pour devenir Miss Centre-Val-de-Loire.

Des critères qui ne sont pas uniquement physiques

Les critères depuis la création de l’élection Miss France excluent une bonne partie de la population féminine. Il faut être une femme -mais pas transsexuelle- et avoir entre 18 et 24 ans. Il faut également mesurer 1,70 mètre minimum, ne pas avoir d’enfant, ni être mariée, et posséder un casier judiciaire vierge. Les tatouages sont également interdits, l‘éviction de Miss Martinique en 2017 pour cause de colibri sur l’omoplate avait d’ailleurs suscité l’incompréhension des internautes.

Pour Sylvie Tellier, le concours ne repose plus uniquement sur des mensurations. « Les critères ont évolué depuis la création de l’élection pour être plus en accord avec les femmes d’aujourd’hui et correspondre au rôle qui incombe à la future reine de beauté. On porte de l’attention sur la façon de se mouvoir, l’éloquence et le parcours de la jeune femme », nous expliquait la directrice dans un article consacré à la fascination des miss.

Leur temps de parole a d’ailleurs été allongé. « Cette épreuve est parfois décisive pour les candidates », affirme Sylvie Tellier. L’esthétique des jeunes femmes se combine à la personnalité. Le comité du concours Miss America a préféré remplacer le défilé en robe du soir par un exercice d’éloquence durant lequel les jeunes femmes sont habillées de la tenue de leur choix. Pour Camille Couvry, docteure en sociologie et qui a réalisé sa thèse sur les concours de beauté, « c’est surtout une manière de rendre la question du jugement esthétique plus floue et de rendre le concours socialement acceptable ».

Des miss en prise avec l’actualité

On attend aujourd’hui de la future Miss France qu’elle soit capable d’argumenter et de s’informer sur l’actualité. « J’élabore avec mes équipes le test de culture générale. Une note en-dessous de la moyenne est pour moi éliminatoire », explique Sylvie Tellier. Une épreuve qui existait déjà aux débuts du concours mais que l’ancienne Miss France 2002 a adapté en s’appuyant sur l’actualité. « Lorsque j’avais passé le test, je me souviens qu’on m’avait demandé de décrire ma chambre. Mais aussi, quel Beatles était mort », se souvient la directrice générale dans une interview accordée au Figaro.

Une niveau d’exigence accru en adéquation avec l’augmentation du niveau d’études des candidates. Il faut remonter jusqu’en 2000 pour trouver une Miss qui n’a pas obtenu le baccalauréat. Les diplômes seraient-ils devenus un critère de sélection non-officiel pour espérer décrocher la couronne ? Pour Sylvie Tellier, c’est surtout « le reflet de la massification scolaire ».

Des cours de bonnes manières

Depuis 2017, les miss bénéficient de cours de bonnes manières enseignés par Jérémy Côme, auteur de L’Art de maîtriser les codes pour se sentir bien partout en toutes circonstances (éd. Michel Lafon). La future ambassadrice doit être capable de se comporter en parfaite maîtresse de maison et se doit d’être élégante en toute circonstance. Si l’on a envie de crier au sexisme, Jérémy Côme voit plutôt son intervention comme une manière « d’enlever du stress » à la future gagnante. « Je leur donne des tuyaux pour trouver de l’assurance, pour maîtriser l’art de la conversation notamment devant des assemblées -que ce soit pour remettre un prix aux NRJ Music Awards ou pour participer à l’inauguration d’un musée en local-, pour avoir une bonne posture quand on est face à quelqu’un », explique-t-il au site Pure People. Il ajoute également qu’une Miss doit « savoir être chaleureuse, ponctuelle, soignée. Il ne faut pas parler de soi. Globalement, elles n’ont pas besoin de parler d’elles puisqu’on sait qu’elles sont Miss. »

Peut-on manger ou non sa salade avec un couteau, à quelle heure arriver à un dîner, comment déguster des huîtres ou qu’apporter à un hôte à l’occasion d’un repas font également partie des conseils distillés par le spécialiste.

Quid du défilé en maillot de bain

L’épreuve du passage en bikini cristallise les accusations de sexisme des associations féministes à l’encontre du concours Miss France. « Encore une fois, le corps des femmes est un objet, comme dans la publicité. Ce sont des corps souvent nus, et l’épreuve du maillot de bain est celle qui est la plus attendue », dénonce Éléonore Stévenin, porte-parole d’Osez le féminisme. Un défilé supprimé de l’élection Miss America l’année dernière mais qui sera maintenu dans la version française du concours. « Ce sont des costumes qui font partie du spectacle. Nous sommes là pour offrir du beau et transmettre le folklore de cette élection », souligne Sylvie Tellier.

L’épreuve du bikini est récente en France : elle n’a été mise en place qu’après la démission de Geneviève de Fontenay de son titre de directrice du comité Miss France en 2010. Le défilé est d’ailleurs critiqué chaque année par la dame au chapeau qui réclame le retour du maillot une pièce. « Je pense qu’un maillot une pièce ouvert sur les hanches et couvrant un peu plus les fessiers éviterait que les candidates deviennent des exhibitionnistes », expliquait-elle dans une lettre envoyée à Sylvie Tellier, publiée sur le site de Jean-Marc Morandini.

Le public souverain dans le choix de la future Miss France

Le système de vote a été modifié après le départ de Geneviève de Fontenay pour l’élection de Miss France 2010. Le jour du concours, douze miss ont déjà été désignées par le jury -présidé cette année par l’actrice de 90 ans, Line Renaud- durant la semaine précédant l’élection. Pour la sélection des cinq finalistes, se mêlent le vote du public et celui du jury, composé de six célébrités. Enfin, pour déterminer la gagnante et les dauphines, les compteurs sont remis à zéro et c’est uniquement aux téléspectateurs de voter.

Lancé en 1993, l’élection de Mister France, le versant masculin, peine à se faire une place sur la scène médiatique. « C’est un spectacle qui ne prend pas. La notion de compétition autour de la beauté de l’homme n’est pas assez enracinée dans notre Histoire », explique l’anthropologue Élisabeth Azoulay, qui a dirigé l’ouvrage 100 000 ans de beauté (éd. Gallimard). Il y a des choses qui ne changent pas.

Miss France 2019 : quelle région a le plus souvent remporté le concours ?
A.B.

Quelle région de France a été couronnée le plus de fois à l’élection de Miss France? Quelles autres, au contraire, ont eu le moins les faveurs des Français? Paris Match fait les comptes.

Le 16 décembre 2017, Maëva Coucke a été élue Miss France 2018, décrochant un troisième sacre pour le Nord-Pas-de-Calais. Si la beauté des jeunes filles originaires du Nord a séduit les téléspectateurs de l’élection à trois reprises ces quatre dernières années, aucune Miss originaire du Nord-Pas-de-Calais n’avait remporté le concours qui existe depuis 1919 avant…2015.

Il y a 99 ans, la première Miss France élue, Agnès Souret, venait de Bayonne et portait l’écharpe de Miss Aquitaine. En tout, six jeunes femmes de cette région du Sud-Ouest ont été nommées plus belle femme de France, la dernière en 1995. Il s’agissait de Mélody Vilbert, native de Toulouse. L’Aquitaine a le même palmarès que l’Alsace et la Normandie. Tout en haut du palmarès des régions qui ont remporté l’élection de Miss France le plus grand nombre de fois : l’Ile-de-France. Entre 1933 (date de la première victoire) et 1997 (date de la dernière victoire), l’Ile-de-France a été couronnée 13 fois au concours, loin devant la région Rhône-Alpes qui totalise quant à elle 7 victoires.

L’Auvergne, Mayotte ou encore la Champagne-Ardenne attendent toujours une victoire

A l’autre bout du classement, on retrouve la Guyane, le Centre-Val-de-Loire, la Provence et la Corse qui ont chacune une victoire. Les moins bien loties sont les Miss originaires d’Auvergne, de Mayotte, de la Martinique, Champagne-Ardenne, du Limousin, de Saint-Pierre-et-Miquelon, ou encore de Saint-Martin-Saint-Barthélemy, qui n’ont jamais eu la chance de porter l’écharpe tant convoitée de Miss France.


Grievance studies: Quelle folie identitaire ? (As it leaks into other fields like education, social work, media, psychology and sociology, corrupt scholarship undermines the legitimacy and reputations of universities, skews politics, drowns out needed conversations and pushes the culture war to ever more toxic and existential polarization, US researchers warn)

6 octobre, 2018
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. René Girard
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
J’entends des voix apeurées qui nous appellent à construire des murs. Plutôt que des murs, nous voulons aider les gens à construire des ponts. Mark Zuckerberg
The scholars promoting this concept claim that it is a microaggression even when someone says “I don’t see you as black,” or claims to be colorblind, or purports not to be a sexist, or in general doesn’t “acknowledge” one’s race membership or gender. But let’s face it — it’s considered racist for whites to treat any trait as “black.” If we accept that, then we can’t turn around and say they’re racists to look at black people as just people. That particular aspect of the microaggression notion seems fixed so that whites can’t do anything right. One can’t help sensing a notion that this would be perhaps “payback” for whites and the nasty society they stuck us with. But all it does is create endless conflict, under an idea that basically being white is, in itself, a microaggression. That, however, is neither profound nor complex — it’s just bullying disguised as progressive thought. Let’s call it microaggression when people belittle us on the basis of stereotypes. Creating change requires at least making sense. John McWorther
Il n’y a pas longtemps, l’apartheid régnait en Afrique du sud. Reposant sur la ségrégation des Noirs, il voulait se disculper en créant des bantoustans où une autonomie factice leur était concédée. Un tel système a heureusement disparu. Et voici qu’aujourd’hui, c’est un apartheid d’un nouveau genre qui est proposé à la France, une ségrégation à l’envers grâce à laquelle les « dominés » préserveraient leur dignité en se mettant à l’abri des « dominants ». Mais alors, cela veut dire qu’une femme qui ôte le voile et sort dans la rue deviendrait une proie normale ? Cela veut dire qu’une « race » qui côtoie les autres serait humiliée ? Cela veut dire qu’une religion qui accepte de n’être qu’une parmi d’autres perdrait la face ? (…) À quoi peut donc servir ce ségrégationnisme nouvelle manière ? Doit-il seulement permettre aux soi-disant « dominés » de sauvegarder leur pureté en vivant entre eux ? N’a-t-il pas surtout pour but d’affirmer la sécession avec la communauté nationale, avec ses lois et ses mœurs ? N’est-il pas l’expression de la haine la plus caractérisée à l’égard de notre pays et de la démocratie ? Que chacun vive dans la loi de sa communauté ou de sa caste et dans le mépris de celle des autres, que chacun ne soit jugé que par les siens, cela est contraire à l’esprit de la République. Celle-ci a été fondée sur le refus de droits privés s’appliquant à des catégories spécifiques et exclusives, autrement dit sur l’abolition des privilèges. Les mêmes lois pour chacun de nous, voilà ce que nous garantit au contraire la République. C’est ce qu’on appelle tout simplement la Justice. Le nouveau séparatisme avance masqué. Il veut paraître bénin, mais il est en réalité l’arme de la conquête politique et culturelle de l’islamisme. L’islamisme veut être à part car il rejette les autres, y compris les musulmans qui ne partagent pas ses vues. L’islamisme déteste la souveraineté démocratique car elle lui refuse toute légitimité. L’islamisme se sent humilié lorsqu’il ne domine pas. Manifeste contre le séparatisme islamique
Récapitulons : Donald Trump est la vulgarité incarnée. Viktor Orban menace la démocratie. Le premier entache les États-Unis de ses comportements grossiers. Le second viole, en Hongrie, l’indépendance de la justice et la liberté de la presse. Ce tableau est brossé, en France, par la Macronie et ses médias. Pourtant, c’est le chef de l’État qui a longtemps fait obstacle à la nomination du nouveau procureur de Paris : trois candidats à la succession de François Molins, proposés par la Chancellerie, ont d’abord été retoqués par l’Élysée en dépit des usages. Le Parquet national financier, qui a sonné l’hallali contre François Fillon en 2017, a toujours ses liens avec l’exécutif. Quant à la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, elle a assigné à l’audiovisuel public la mission de « changer les mentalités sur le terrain » et de « devenir le miroir de nos différences  ». France Culture vient d’ailleurs de remercier l’impertinent Michel Onfray. Le gouvernement rêve aussi de mettre l’Internet, refuge des dissidents, sous surveillance… Bref, Emmanuel Macron reproche à Orban ce qu’il pratique. La pensée dominante en rajoute dans l’obligation de bêler en chœur, lorsqu’elle dénonce les récalcitrants comme des ennemis du Bien. Quant à ceux qui accablent Trump, ils ne voient rien de la métamorphose de Macron. Il a été salué pour avoir su se glisser, avec talent et élégance, dans les habits de président. Or, depuis, un Dorian Gray s’ébauche derrière le personnage fiévreux et transgressif. « Alexandre Benalla n’est pas mon amant  », croit utile de préciser, en juillet, le chef de l’État pour démentir un ragot sur son garde du corps. Imaginer le général de Gaulle se prêter à une telle confidence donne la mesure de l’effondrement de la politique. Pour avoir abandonné sa posture « jupitérienne », voilà le président prêt à tout pour faire peuple. À côté, Nicolas Sarkozy et François Hollande incarneraient presque la sophistication. Et c’est Trump qui, par contraste, se montre respectable. « Le pouvoir ressemble au Titanic, dont le ministre de l’Intérieur vient de s’échapper mardi. Le naufrage sera difficile à éviter. Les premiers effets du revirement dans la communication élyséenne viennent d’ailleurs de produire une image désastreuse, samedi, à Saint-Martin, aux Antilles. Une photo, prise dans la moiteur d’une HLM, montre le président en bras de chemise entouré, amusé, de deux jeunes Antillais. Celui qui est à sa droite, contre qui le président colle son épaule, est torse nu. Son pantalon largement baissé laisse voir son caleçon. Le petit voyou fait un doigt d’honneur. Celui qui est à sa gauche, casquette à l’envers, vêtu d’un débardeur blanc, s’est présenté comme braqueur tout juste sorti de prison. Tout est vulgaire: la désinvolture des deux cousins, la complicité ambiguë du président. L’image en rappelle une autre, prise à l’Élysée, en juin, lors de la Fête de la musique: le couple Macron pose, entouré du groupe techno Kiddy Smile. Les artistes se revendiquent «fils d’immigrés, noirs et pédés». Ils portent des shorts et des maillots en résille. La Macronie perd pied, en voulant voir du racisme dans les critiques portées contre ces attitudes présidentielles. Lundi, la secrétaire d’État, Marlène Schiappa, a qualifié Marine Le Pen de «leader d’un grand parti raciste, d’extrême droite» au prétexte que la présidente du RN avait jugé la photo antillaise «impardonnable». Le député LaREM, Aurélien Taché, estime que «tous ceux qui polémiquent ne supportent tout simplement pas que la France, à tous les niveaux, change de visage». En fait, le racolage ethnique auquel se prête le chef de l’État ressemble à une ode au grand remplacement racialiste. Il est loisible de voir un deux poids deux mesures dans la réaction de Macron quand, le 18 juin dernier à Paris, il rabroue un Gavroche qui venait de l’appeler «Manu»: «Tu te comportes comme il faut. Il faut que tu m’appelles Monsieur le président de la République, ou Monsieur, d’accord?» Faut-il comprendre que le Noir serait dispensé des codes exigés du Blanc? Le sommet de l’État ne tourne plus rond. (…) Du prophète exalté qui disait incarner le nouveau monde, il ne reste qu’un masque tombé à terre. Le contraste est saisissant entre la machine de guerre savamment élaborée par Macron et les siens pour accéder au pouvoir, et l’état d’impréparation que révèle la démission de Collomb. Le vide est tel, au cœur du pouvoir, que l’intérim a dû être confié au premier ministre. Il est vrai que les dossiers de l’Intérieur – immigration, islam, violence, terrorisme – ont été de ceux que le macronisme a abandonnés aux populistes, pour leur plus grand profit. Mercredi, lors de la passation de pouvoir avec Édouard Philippe, Collomb a évoqué la situation «très dégradée» des quartiers difficiles: «On vit côte à côte, je crains que demain on ne vive face à face.» Mais cela fait longtemps que l’affrontement s’enracine entre deux France, deux peuples, deux civilisations que tout sépare. Le braqueur Redoine Faïd, interpellé mercredi à Creil (Oise), passait inaperçu sous une burqa, en dépit de la loi interdisant ce voile intégral ; il est devenu banal dans les cités. Macron perpétue la démission de l’État. Shahnourh Varinag Aznavourian s’était fait appeler Charles Aznavour, en hommage à la France qui avait accueilli ses parents arméniens. «J’ai abandonné une grande partie de mon arménité pour être français. Il faut le faire, ou il faut partir», avait-il expliqué en 2013. La mort du chanteur, lundi, devrait être un hommage à l’assimilation. Ivan Rioufol
A la fin, Gérard Collomb a réalisé qu’il n’y arriverait pas ; que la situation sécuritaire de la France était telle que lui, le ministre, n’aurait pas la force de conduire ses troupes à cette dure bataille. En prime, à Lyon, une amorce de fronde à l’idée de son retour… Mais voici l’essentiel : chez les hauts cadres du ministère de l’Intérieur, chez les patrons et chefs syndicalistes de la police, chez les officiers supérieurs de la gendarmerie, la nuit-cauchemar de la victoire française en coupe du monde de foot, le 16 juillet passé, a servi de brutal révélateur ; a ouvert les yeux des plus naïfs partisans du vivre-ensemble. Oh bien sûr, le bon peuple est resté dans l’ignorance de ce que fut cette nuit chaotique. Au nom de la « diversité » et de l' »inclusion », les médias des milliardaires et les radios du « service public » ont, tant qu’ils l’ont pu, préservé le « sacre de l’équipe de France ». « Quelques incidents à déplorer…des débordements et dégradations… La fête a mal tourné… Des gestes festifs ont parfois dérivé…  » : ce soir là, euphémismes et propos édulcorants ont inondé ces médias. Mais sur le terrain, une « ambiance bon enfant », vraiment ? A Lyon, Paris, Caen, Marseille, Rouen, Grenoble, Chambéry, Aix-Les-Bains, Nice Vallauris, Menton, Toulouse, Caen, Honfleur, Mulhouse, Strasbourg, Saint-Louis, Nantes, Lille, etc., des bandes déchainées brûlent des voitures par dizaines, « sèment la désolation », transforment les centres de vingt villes en « zones de guerres ». Les racailles assaillent les policiers, agressent des filles et frappent celles qui résistent, incendient des boutiques et des commissariats au Cocktail-Molotov. Un magistrat lyonnais dénonce une « véritable guérilla urbaine ». Des fêtards sont dévalisés ou lynchés dans les rues, des boutiques pillées, du mobilier urbain détruit. Les Champs-Elysées semblent avoir subi un tsunami. En plein tumulte criminel, les pompiers et les Samu passent une nuit d’enfer, leurs véhicules de secours aux victimes parfois hors d’usage. Des journalistes filmant l’émeute sont roués de coup et finissent aux urgences. Et le football là dedans ? Les émeutiers s’en balancent, bien sûr : ce sont pour l’essentiel les mêmes qui, au stade, sifflent l’équipe de France et le drapeau français. Pour eux, le plaisir est dans l’émeute, la force de la bande – montrer qui domine le territoire ; d’ineptes sociologues osant encore parler de « violences gratuites », quand la plupart des interpellés sont  » déjà connus de la justice pour vols, violences sur dépositaires de l’ordre public, dégradations de véhicules, etc. » Cette nuit là, tous les responsables de la sécurité publique de France – ministre en tête – réalisent que les réformettes genre « police de proximité » vont à l’échec. Regardons la liste des « quartiers de reconquête républicaine de 2018-2019 » : en région parisienne, c’est une litanie des pires coupe-gorge défrayant la chronique criminelle depuis des décennies : Sarcelles-Lochères… La Dame-Blanche à Garges-les-Gonesse… Le Luth à Gennevilliers… Les Hauts d’Asnières… Le Gros-Saule à Aulnay… Les Beaudottes à Sevran… La ZSP-Torcy… Le Cours du Luzard à Noisiel… les Merisiers à Trappes… Le Bois-L’Abbé et les Mordacs à Champigny… Les Tarterêts à Corbeil… Paris-La Chapelle… Des sites-cauchemar de la « Politique de la Ville », mi-Cours des miracles, mi-Pistes Ho-chi-Minh, d’où l’ordre républicain s’est évanoui depuis parfois un demi-siècle ; où notoirement, des gangs criminels font la loi ; où des policiers et pompiers, attirés dans des embuscades, sont lynchés plus souvent qu’à leur tour. Or sans moyens massifs, la « police de sécurité du quotidien » du ministère de l’intérieur n’est qu’un risible cache-misère : saupoudrage de policiers, effilochés dans le temps… constant usage du « déshabiller Pierre pour habiller Paul »… Des gadgets high-tech (des tablettes) pour abolir un enracinement criminel de parfois cinquante ans…. Ce, quand un récent rapport sénatorial dénonce le profond malaise de forces de sécurité intérieure, démotivées et découragées. Déclassement, dénuement matériel, véhicules et parc immobilier « en état critique » : voilà l’armée de l’Intérieur censée – sans rire – « construire une société rassemblée et apaisée ». Mais le quotidien des flics du terrain, c’est plutôt « une policière tabassée devant sa fille de trois ans par un dealer et son frère » – et une préoccupante vague de suicides. Coup de grâce : Le 30 septembre, le président Macron donne un entretien d’une page et demie au Journal du Dimanche. « Face à la tempête »… mais pas une seule fois, un seul mot sur la sécurité ou quoi que ce soit d’approchant. Vous êtes ministre de l’Intérieur et votre président oblitère totalement la sécurité comme problème national majeur. Alors vous lâchez la rampe. Et laissez votre successeur – et le président – devant les décombres. Xavier Raufer
Les déclarations fracassantes de Gérard Collomb, ex-ministre de l’Intérieur, au matin de sa passation de pouvoir à Edouard Philippe, Premier ministre, montrent que la juxtaposition de ces deux nations aujourd’hui en France engendre un risque d’affrontement. Nous sommes aujourd’hui «côte à côte» (sous-entendu musulmans et non-musulmans) a dit Gérard Collomb, mais rien ne garantit que demain nous ne serons pas «face à face». Cet avis de guerre civile en bonne et due forme a été proféré par l’homme qui, pendant un an et demi, Place Beauvau, a eu sous les yeux, au quotidien, tous les rapports de police et de gendarmerie. Gérard Collomb est partie prenante de l’élite politique française. Il abandonne son poste en informant que la guerre civile est à nos portes. Une fuite qui à elle seule justifie mon titre «Le Grand Abandon». L’avertissement aurait eu plus de force s’il avait été proféré par un ministre en exercice. L’avoir prononcé sur le pas de la porte a fait que certains médias ne l’ont même pas repris. (…)  Mais en France, la nation islamique a été fabriquée de toutes pièces. Elle est le résultat d’une politique. Les élites françaises, c’est-à-dire les grands corps de l’État, les partis politiques, les experts, les magistrats, les médias, les élites culturelles… ont, pour de multiples raisons, plusieurs décennies durant – et encore aujourd’hui – encouragé et légitimé l’immigration musulmane. Cette préférence des élites pour l’islam a produit un fossé abyssal entre la France d’en haut et la France d’en bas. Le Baromètre de la Confiance que le Cevipof, le centre de recherches de Sciences Po, publie année après année, illustre parfaitement le phénomène: la majorité de la population française témoigne à l’égard de sa classe politique d’une gamme de sentiments qui va de l’écœurement au dégoût, en passant par le rejet et l’indifférence. Et sur quoi se cristallise cette rupture entre le haut et le bas de la société? Sur l’islam jugé trop invasif et l’immigration jugée excessive. Curieusement, ce baromètre du Cevipof sauve la mise de deux institutions, l’armée et la police qui jouissent d’un taux de confiance de près de 80 %. (…) L’immigration a été voulue et organisée, mais l’islamisation de cette immigration n’était sans doute pas inscrite au menu. Si l’immigration se poursuit malgré l’islamisation, c’est sans doute que nos élites la jugent insignifiante. Ou bien qu’elle leur est indifférente. (…) La constance avec laquelle le Conseil d’État a aidé à la constitution d’une nation islamique en France est sidérante. Je liste dans mon livre tous les arrêts du Conseil d’État favorables à l’immigration musulmane, favorables au voile, favorables au burkini, favorables à la burqa, favorables aux familles polygames et j’en passe. Idem pour le Conseil constitutionnel qui trouve conforme à l’intérêt général de laisser les écoles salafistes proliférer ou de supprimer, au nom de la «solidarité», les peines qui frappaient autrefois les délinquants qui facilitaient l’immigration clandestine. Mon livre passe également au crible l’étrange aveuglement de l’Observatoire de la laïcité quand il est question d’islam et l’étrange sensibilité du Conseil supérieur de l’audiovisuel aux récriminations des téléspectateurs musulmans. (…)  L’ordonnancement et la mise en relation de ces faits étayés et vérifiés entre eux mettent en lumière une évidence: il existe bel et bien une préférence des élites françaises pour l’islam. (…) Ce n’est pas seulement l’islam qui empêche aujourd’hui de faire nation. Les élites aussi ne veulent plus faire nation. (…) Je n’ai pas remarqué de mobilisation des organisations antiracistes contre le rappeur Nick Conrad qui a chanté le meurtre des Blancs et des enfants blancs dans les crèches. Ni contre les Indigènes de la République ou le syndicat SUD Éducation qui ont organisé des séminaires «racisés» fermés aux «Blancs», ni contre Médine qui rêve de crucifier les laïcards au Golgotha, ni contre Mmes Ernotte (France Télévisions) et Nyssen (ministère de la culture) qui souhaitaient voir moins de «Blancs» à la télévision. En revanche, quand Éric Zemmour a affirmé que les immigrés étaient surreprésentés dans les prisons, ou quand Georges Bensoussan a tenté d’expliquer que l’antisémitisme sévissait dans une large frange de la population musulmane en France, les associations antiracistes se sont unies pour les traîner devant un tribunal. Au nom de la lutte antiraciste! Ces quelques exemples permettent de situer la zone d’action de l’antiracisme: faire taire tout critique de la «diversité». La «diversité» n’est pas un slogan antiraciste un peu creux. Je démontre dans mon livre que la «diversité» est en réalité une politique. Et cette politique passe par les organisations antiracistes subventionnées par l’État, par l’école où l’apprentissage de l’arabe est proposé aujourd’hui dès le primaire, par une politique du ministère de la Culture qui subventionne la «diversité» au cinéma et au théâtre, par l’Afnor qui labellise les entreprises pour plus de «diversité», par le Conseil supérieur de l’audiovisuel qui, avec son Baromètre de la «diversité» rêve d’imposer des quasi quotas ethniques sur le petit écran, et par divers lobbys comme le Club XXI d’Hakim el Karoui ou l’association Coexister… (…) l’antiracisme politique et le discours diversitaire n’ont pas pour but de combattre le racisme. Ce sont des outils au service d’une réinitialisation des consciences. Ils servent à marteler que les immigrés de couleur sont par essence des victimes. Les services du Premier ministre diffusent actuellement des clips contre les violences sexistes. L’un de ces clips montre un «Blanc» qui agresse sexuellement une jeune fille d’origine maghrébine laquelle est défendue par une «Blanche» en couple avec un homme noir. Ce clip d’État d’une grande pureté idéologique assigne la violence sexuelle aux hommes Blancs et refuse d’évoquer celle qui peut aussi exister chez les «victimes» de couleur. J’affirme que cette victimisation forcenée des Français de couleur participe à la fabrication de la violence d’aujourd’hui. (…) les partis politiques, le ministère de la justice, les associations antiracistes, l’université, l’école, les experts, les intellectuels, le monde du cinéma et du théâtre et de quelques autres encore… Chacun de ces groupes ou institutions œuvre, dans le champ qui est le sien, à la promotion de la «diversité» et de son corollaire le «vivre-ensemble». J’ai déjà évoqué le cas du Conseil d’État, du Conseil constitutionnel et du Conseil supérieur de l’audiovisuel. Mais je liste également le cas des intellectuels qui pétitionnent et lynchent médiatiquement toute personnalité publique qui émet des opinions non conformes aux leurs. L’écrivain algérien Kamel Daoud en a ainsi fait les frais quand il a expliqué que les viols de masse de Cologne en 2015 étaient dus à l’importation en Allemagne d’une culture patriarcale des relations entre les sexes. Les experts justifient et encouragent l’immigration au nom de supposés bienfaits économiques. Le ministère de la justice met à mal la liberté d’expression des Zemmour et Bensoussan… etc. (…) En trente ans, la société française a quitté un modèle laïque républicain pour être projetée dans un modèle multiculturaliste, communautariste et anti-laïque. Il s’agit d’une authentique révolution qui se poursuit encore aujourd’hui sous nos yeux. Les élites politiques, économiques et institutionnelles ont balayé le vieux modèle laïque et républicain sans demander l’avis du reste de la population. Les élites françaises ont été à l’origine du plus grand casse du siècle, lequel s’avère être aussi un casse de la démocratie et de la laïcité. Pour quel profit? Je crains que seul l’islamisme soit à même de tirer les marrons du feu. (…) La gauche clientéliste flatte le communautarisme islamique: baux emphytéotiques pour la construction de mosquées, heures de piscine réservées aux femmes, etc., cela dans le but de recueillir les voix des musulmans. L’islamo-gauchisme accompagne la violence islamiste pour conquérir le pouvoir. Ce sont deux démarches différentes, mais les deux instrumentalisent les musulmans comme outil de conquête du pouvoir. (…) Le rôle des journalistes n’est pas de prendre les apparences pour le réel. Quand Macron va au Collèges des Bernardins et déclare aux plus hautes personnalités du catholicisme français qu’il faut «réparer» le lien abîmé entre l’Église et l’État, que croyez-vous qu’il fasse? Une bonne action? Non, il fait de la politique. Il s’adresse à une Église catholique blessée par cent ans de laïcité et qui souffre d’une hémorragie de fidèles. Il lui dit: oublions la laïcité, revenez dans le jeu politique. Pourquoi Macron fait-il cela? Pour se constituer des alliés dans son grand projet de bâtir ce qu’il appelle l’ «Islam de France». Macron a besoin d’alliés pour se débarrasser de la laïcité. Quel meilleur allié que l’Église? Quant à la compassion de l’Église pour les migrants musulmans, il est bon de rappeler que cette compassion est sélective. L’Église ne défend pas les Coptes quand ils sont massacrés en Égypte, elle proteste à peine contre l’authentique épuration ethnique qui frappe les chrétiens d’Orient, et elle n’a guère eu de mot charitable pour les Yazidis massacrés par l’État islamique. C’est cette sélectivité compassionnelle qui interroge. (…) la charité affichée de l’Église envers les musulmans est aussi une politique. (…) Il y a quelques jours, le Journal télévisé de France 2 a diffusé un reportage sur l’épidémie d’attaques au couteau qui sévit à Londres. Mais la même épidémie sévit en France et aucun média ne dresse un tableau de la situation. Il faut feuilleter la presse de province, journal par journal, pour se rendre compte de l’ampleur des violences gratuites, souvent mortelles, commises au quotidien. Quand un journal évoque une attaque au couteau, on ignore le nom de l’agresseur et ses motivations. Comme s’il y avait une volonté d’anonymiser le «déséquilibré»! Les médias, dans leur grande majorité, participent au casse du siècle. Ils n’informent plus sur les problèmes, ils prêchent la «diversité» et le «vivre ensemble». Yves Mamou
On brode beaucoup sur la non intégration des jeunes de banlieue. En réalité, ils sont totalement intégrés culturellement. Leur culture, comme le rap, sert de référence à toute la jeunesse. Ils sont bien sûr confrontés à de nombreux problèmes mais sont dans une logique d’intégration culturelle à la société monde. Les jeunes ruraux, dont les loisirs se résument souvent à la bagnole, le foot et l’alcool, vivent dans une marginalité culturelle. En feignant de croire que l’immigration ne participe pas à la déstructuration des plus modestes (Français ou immigrés), la gauche accentue la fracture qui la sépare des catégories populaires. Fracture d’autant plus forte qu’une partie de la gauche continue d’associer cette France précarisée qui demande à être protégée de la mondialisation et de l’immigration à la « France raciste ». Dans le même temps, presque malgré elle, la gauche est de plus en plus plébiscitée par une « autre France », celle des grands centres urbains les plus actifs, les plus riches et les mieux intégrés à l’économie-monde ; sur ces territoires où se retrouvent les extrêmes de l’éventail social (du bobo à l’immigré), la mondialisation est une bénédiction. Christophe Guilluy
Nous sommes dans un processus de sortie lente – mais dans un processus de sortie quand même – de la classe moyenne de la part des différentes catégories qui la composent, les unes après les autres. C’est ce que j’ai voulu identifier. La notion de classe moyenne est déjà morte mais on utilise encore cette catégorie comme si elle existait encore. Mais en réalité, en parlant des classes moyennes aujourd’hui, on parle des catégories supérieures. Finalement, quand on regarde les élections, toutes les vagues populistes reposent sur deux éléments. D’une part, une sociologie, c’est-à-dire le socle de l’ancienne classe moyenne que sont les catégories populaires, ouvriers, employés, petits paysans, petits indépendants, etc…et on retrouve ces mêmes catégories partout. Et d’autre part des territoires. C’est la géographie des périphéries avec à chaque fois les mêmes logiques quel que soit le pays occidental que l’on considère. (…) Les classes ouvrières britannique et américaine ont été fracassées beaucoup plus rapidement que la classe populaire française. Il y a les effets de l’État providence en France qui sont réels, et qui a fait que nous avons encore des catégories protégées dans notre pays. (…) Emmanuel Macron a fait des scores de dirigeant soviétique dans les grandes métropoles, avec des pourcentages incroyables à Paris, Bordeaux, Toulouse etc…Emmanuel Macron se sauve avec les deux gros bataillons que sont les retraités et les fonctionnaires – la majorité des fonctionnaires ont voté Macron – qui sont les deux catégories qui sont en train d’être tondues par ce président. Nous sommes donc effectivement à la limite d’un système qui se raccroche à des catégories encore protégées mais le vent tourne. (…) Aujourd’hui, 30% des 53-69 ans vivent sous le seuil de pauvreté, nous voyons les choses se transformer en douceur pour des catégories que l’on pensait préservées. Cela est le contexte français, mais en Grande Bretagne par exemple, les retraités ont été fracassés tout de suite et n’ont pas hésité à voter en faveur du Brexit. L’idée que les retraités vont continuer à protéger le système est à mon avis un leurre. C’est la même chose pour les fonctionnaires, les catégories B et C qui s’en prennent plein la figure ne vont pas éternellement protéger un système dont elles ne bénéficient pas. Cela est vraiment intéressant de constater que tout évolue partout mais toujours en fonction des contextes. (…) Les catégories modestes ont été relativement mieux protégées en France qu’elles ne l’ont été aux Etats-Unis ou en Grande Bretagne. On a bien un contexte français très particulier avec une fonction publique très importante etc…c’est là-dessus que nous faisons la différence. Mais une fois encore, cela n’est qu’une question de temps. Et le temps joue effectivement vers la disparition de cette classe moyenne. C’est donc bien la structuration sociale de l’ensemble des pays développés qui est en train de se modifier avec ces 20-30% de gens « en haut » qui vont s’en sortir et une immense classe populaire qui n’est plus dans l’espoir d’une amélioration de ses conditions de vie. (…) ces gens ont vraiment joué le jeu de la mondialisation et de l’Europe. Il n’y a jamais eu d’opposition de principe, ils ont joué le jeu et après 20 ou 30 ans ils font le diagnostic pour eux-mêmes et pour leurs enfants que finalement cela n’a pas marché. Il s’agit simplement d’un constat rationnel de leur part. Ce qui est frappant, c’est que tous les modèles sont affectés, du modèle américain au britannique, au modèle français républicain, jusqu’au modèle scandinave. (…) Mais (…) la disparition de la classe moyenne a commencé par les ouvriers, les paysans, les employés, les professions intermédiaires et demain, ce sera une fraction des catégories supérieures qui sera emportée. On voit déjà que les jeunes diplômés du supérieur n’arrivent plus à s’intégrer. Le processus est enclenché et il va détruire aussi des catégories qui pensent encore être protégées. (…) A partir du moment ou la gauche a abandonné la question sociale, elle a abandonné les catégories populaires et c’est la dessus que le divorce s’est réalisé. Ce mouvement s’est accompagné d’une forme d’ostracisation des plus modestes qui était très forte dans certains milieux de gauche, et aujourd’hui la rupture est totale. On a en plus un processus de sécession , que Christopher Lash avait vu très tôt, qui est celle des bourgeoisies, qui s’ajoute au phénomène de citadellisation des élites, qui fait qu’il n’y a pas plus de connexion entre ces catégories. (…) Il faut arrêter le discours du magistère des prétentieux. Cette idée de rééducation du peuple, en lui montrant la voie, n’est pas possible. Une société c’est une majorité de catégories modestes et l’objectif d’une démocratie, c’est de servir prioritairement ces catégories. C’est dans ce sens là qu’il faut aller. Il faut prendre ces gens au sérieux, il faut prendre en compte les diagnostics des classes populaires sur leurs souhaits d’être protégés, ce qui ne veut pas dire être assistés. Ces catégories veulent du travail, elles veulent qu’on les respectent culturellement, et ne pas se faire traiter de « déplorables » ou de sans dents » – ce qui fait partie intégrante du problème identitaire que nous avons aujourd’hui qui est le produit de ces attaques là -. (…) Les gens veulent de la protection, du travail, de la régulation économique mais aussi une régulation des flux migratoires. Je parle ici de tout le monde d’en bas, parce que la demande de régulation des flux migratoires vient de toutes les catégories modestes quelles que soient les origines. Tout le monde veut la même chose alors que lorsque les gens parlent de la question migratoire, on les place sur la question raciale, non. C’est anthropologiquement vrai pour toutes les catégories modestes, et cela est vrai partout. Dans tous les pays, les catégories modestes veulent vivre tranquillement, ce qui ne veut pas dire vivre derrière des murs, mais vivre dans un environnement que l’on connaît avec des valeurs communes. (…) Ce qui est amusant aujourd’hui, c’est qu’il y a une ethnicisation des classes moyennes – on pense blanc – cela montre bien la fin du concept qui était censé être intégrateur pour le plus grand nombre. (…) Les autoritaires ne sont pas ceux que l’on croit. Sauver les démocraties occidentales, c’est faire entendre le plus grand nombre. (…) Soit le monde d’en haut refuse d’entendre la majorité et on basculera dans une forme d’autoritarisme soft, ce qui pourrait faire durer le système un peu plus longtemps, mais avec le risque que cela se termine très mal. Soit  on essaye de faire baisser la tension en disant : « maintenant on essaye d’intégrer économiquement et culturellement le plus grand nombre ». Cette réflexion existe, il n’y a pas encore de parti politique qui représente tout cela, qui fait cette connexion, mais cela est en gestation. Il n’y a pas 50 sorties possibles de cette impasse, il n’y en a qu’une. Inclure les catégories populaires parce qu’elles sont la société elle-même. C’est pour cela que le discours sur les marges a été destructeur. Les ouvriers, les ruraux etc…ce ne sont pas des marges, c’est un tout, et ce tout est la société. Maintenant tout est sur la table, les diagnostics sont faits. Alors il faut se retrousser les manches et aller dans le dur en essayant de réellement inventer quelque chose de plus efficace, et en oubliant ce truc absurde du premier de cordée. Mais là, il faut bien remarquer le problème que nous avons concernant le personnel en place. Ils pensent tous la même chose. Il faut une révolution culturelle du monde d’en haut, ce qui devrait être à la portée des nations occidentales…cela ne coûte pas cher. La question pour eux est donc de protéger ou disparaître. Christophe Guilluy
Les catégories populaires – qui comprennent aussi les petits agriculteurs, ainsi que les jeunes et les retraités issus de ces catégories – n’ont donc nullement disparu. Leur part dans la population française est restée à peu près stable depuis un demi-siècle. La nouveauté, c’est uniquement que «le peuple» est désormais moins visible, car il vit loin des grands centres urbains. Le marché foncier crée les conditions d’accueil des populations dont les métropoles ont besoin. En se désindustrialisant, les grandes villes nécessitent beaucoup moins d’employés et d’ouvriers. Face à la flambée des prix dans le parc privé, les catégories populaires cherchent des logements en dehors des grandes agglomérations. Le problème crucial politique et social de la France, c’est donc que la majeure partie des catégories populaires ne vit plus là où se crée la richesse. Nulle volonté de «chasser les pauvres», pas de complot, simplement la loi du marché. Le projet économique de la France, tourné vers la mondialisation, n’a plus besoin des catégories populaires, en quelque sorte. C’est une situation sans précédent depuis la révolution industrielle. (…)  Dans tous les pays développés, on vérifie le phénomène déjà constaté en France: la majorité des catégories populaires vit désormais à l’écart des territoires les plus dynamiques, ceux qui créent de l’emploi. Ces évolutions dessinent les contours d’une Amérique périphérique et d’une Angleterre périphérique tout autant que d’une France périphérique. De la Rust Belt américaine au Yorkshire britannique, des bassins industriels de l’est de l’Allemagne au Mezzogiorno italien, villes petites et moyennes, régions désindustrialisées et espaces ruraux décrochent. (…)  La dimension sociale et économique du vote populiste se complète par une dynamique culturelle. Les catégories les plus fragiles socialement (celles qui ne peuvent mettre en œuvre des stratégies d’évitements résidentiels et scolaires) sont aujourd’hui les plus sensibles à la question migratoire. Les mêmes demandent à être protégés d’un modèle économique et sociétal qui les fragilise. Dans des sociétés multiculturelles, l’assimilation ne fonctionne plus. L’autre ne devient plus soi, ce qui suscite de l’inquiétude. Le nombre de l’autre importe. Personne n’a envie de devenir minoritaire dans les catégories populaires. En France, l’immobilier social, dernier parc accessible aux catégories populaires des métropoles, s’est spécialisé dans l’accueil des populations immigrées. Les catégories populaires d’origine européenne et qui sont éligibles au parc social s’efforcent d’éviter les quartiers où les HLM sont nombreux. Elles préfèrent consentir des sacrifices pour déménager en grande banlieue, dans les petites villes ou les zones rurales afin d’accéder à la propriété et d’acquérir un pavillon. Dans chacun des grands pays industrialisés, les catégories populaires « autochtones » éprouvent une insécurité culturelle. (…) ce sont bien les territoires populaires les plus éloignés des grandes métropoles qui portent la dynamique populiste. La Rust Belt et les régions désindustrialisées de Grande-Bretagne pèsent respectivement plus dans le vote Trump ou dans le Brexit que New York ou le Grand Londres. Dans les zones périurbaines de Rotterdam, ce sont bien aussi les catégories modestes (qui ne se confondent pas avec les pauvres) qui voient leur statut de référent culturel remis en question par la dynamique migratoire et qui votent pour Geert Wilders. Ainsi, si la situation de l’ouvrier allemand n’est pas celle du paysan français, de l’employé néerlandais ou d’un petit tra- vailleur indépendant italien, il existe un point commun : tous, quel que soit leur niveau de vie, font le constat d’être fragilisés par un modèle économique qui les a relégués socialement et culturellement. (…) On ne s’intègre pas à un modèle ou à un système de valeur mais à une population à qui on désire ressembler. On se marie, on tisse des liens d’amitié, de voisinage avec des gens qui sont proches. Or cette intégration ne se réalise pas dans n’importe quelle catégorie sociale, mais d’abord dans des milieux populaires. Et ce qui a changé depuis les années 1970 et surtout 1980, c’est précisément le changement de statut de ces catégories populaires. Les ouvriers, les employés, les « petites gens » sont désormais perçus en grande partie comme les perdants de la mondialisation. Quel nouveau venu dans un pays peut avoir envie de ressembler à des « autochtones » qui ne sont pas en phase d’ascension sociale et que, de surcroît, leurs propres élites méprisent en raison de l’attachement des intéressés à certaines valeurs traditionnelles ? Souvenons-nous de la phrase de Hillary Clinton présentant les électeurs de Donald Trump comme des « déplorables » pendant la campagne présidentielle de 2016 aux États-Unis. C’est pourquoi, alors que la France, les États-Unis, la Grande-Bretagne ou la Scandinavie se sont construits sur des modèles culturels très différents, tous ces pays connaissent la même dynamique populiste, la même crise sociale et identitaire et le même questionnement sur la pertinence de leurs modèles d’intégration. (…) la rupture entre le haut et le bas (…) nous conduit à un modèle qui ne fait plus société. La disparition de la classe moyenne n’en est qu’une conséquence. Le monde d’en haut refuse d’écouter celui d’en bas qui le lui rend bien notamment en grossissant les camps de l’abstention ou du vote populiste. Cette rupture du lien, y compris conflictuel, entre le haut et le bas, porte en germe l’abandon du bien commun et nous fait basculer dans l’asociété. Trump vient de l’élite américaine, c’est un des points communs qu’il partage avec Macron. Tous les deux se sont affranchis de leur propre camp pour se faire élire : Macron de la gauche, Trump du camp républicain. Ils ont enterré le vieux clivage gauche-droite. Les deux ont compris que nous étions entrés dans le temps de la disparition de la classe moyenne occidentale. L’un et l’autre ont saisi que, pour la première fois dans l’histoire, les classes populaires, celles qui constituaient hier le socle de la classe moyenne, vivent désormais sur les territoires qui créent le moins d’emplois : dans l’Amérique périphérique et dans la France périphérique. Mais la comparaison s’arrête là. Si Trump a été élu par l’Amérique périphérique, Macron a au contrai- re construit sa dynamique électorale à partir des métropoles mondialisées. Si le président français est conscient de la fragilisation sociale de la France périphérique, il pense que la solution passe par une accélération de l’adaptation de l’économie française aux normes de l’économie mondialisée. À l’opposé, le président américain fait le constat des limites d’un modèle qu’il convient de réguler (protectionnisme, remise en cause des traités de libre-échange, volonté de réguler l’immigration, politique de grands travaux) afin de créer de l’emploi sur ces territoires de la désindustrialisation américaine. Il existe un autre point de divergence fondamental, c’est le refus chez Trump d’un argumentaire moral qui sert depuis des décennies à disqualifier les classes populaires. Christophe Guilluy
We spent 10 months writing the papers, averaging one new paper roughly every thirteen days. (Seven papers published over seven years is frequently claimed to be the number sufficient to earn tenure at most major universities although, in reality, requirements vary by institution.) As for our performance, 80% of our papers overall went to full peer review, which keeps with the standard 10-20% of papers that are “desk rejected” without review at major journals across the field. We improved this ratio from 0% at first to 94.4% after a few months of experimenting with much more hoaxish papers. Because we were forced to go public before we could complete our study, we cannot be sure how many papers would have been accepted if we had had time to see them through—papers typically take 3-6 months or more to complete the entire process and one of ours was under review from December 2017 to August 2018—but an estimate of at least 10, probably 12, eventual acceptances seems warranted at the time of having to call a halt. (…) Our papers also present very shoddy methodologies including incredibly implausible statistics (“Dog Park”), making claims not warranted by the data (“CisNorm,” “Hooters,” “Dildos”), and ideologically-motivated qualitative analyses (“CisNorm,” “Porn”). Questionable qualitative methodologies such as poetic inquiry and autoethnography (sometimes rightly and pejoratively called “mesearch”) were incorporated (especially in “Moon Meetings”). (…) Many papers advocated highly dubious ethics including training men like dogs (“Dog Park”), punishing white male college students for historical slavery by asking them to sit in silence in the floor in chains during class and to be expected to learn from the discomfort (“Progressive Stack”), celebrating morbid obesity as a healthy life-choice (“Fat Bodybuilding”), treating privately conducted masturbation as a form of sexual violence against women (“Masturbation”), and programming superintelligent AI with irrational and ideological nonsense before letting it rule the world (“Feminist AI”). There was also considerable silliness including claiming to have tactfully inspected the genitals of slightly fewer than 10,000 dogs whilst interrogating owners as to their sexuality (“Dog Park”), becoming seemingly mystified about why heterosexual men are attracted to women (“Hooters”), insisting there is something to be learned about feminism by having four guys watch thousands of hours of hardcore pornography over the course of a year while repeatedly taking the Gender and Science Implicit Associations Test (“Porn”), expressing confusion over why people are more concerned about the genitalia others have when considering having sex with them (“CisNorm”), and recommending men anally self-penetrate in order to become less transphobic, more feminist, and more concerned about the horrors of rape culture (“Dildos”). None of this, except that Helen Wilson recorded one “dog rape per hour” at urban dog parks in Portland, Oregon, raised so much as a single reviewer eyebrow, so far as their reports show. (…) Our data indicate that grievance studies is a serious academic problem … with knowledge production within fields that have been corrupted by grievance studies arising from critical constructivism and radical skepticism. Among the problems are how topics like race, gender, sexuality, society, and culture are researched. Perhaps most concerning is how the current highly ideological disciplines undermine the value of more rigorous work being done on these topics and erodes confidence in the university system. Research into these areas is crucial, and it must be rigorously conducted and minimize ideological influences. The further results on these topics diverge from reality, the greater chance they will hurt those their scholarship is intended to help. Worse, the problem of corrupt scholarship has already leaked heavily into other fields like education, social work, media, psychology, and sociology, among others—and it openly aims to continue spreading. This makes the problem a grave concern that’s rapidly undermining the legitimacy and reputations of universities, skewing politics, drowning out needed conversations, and pushing the culture war to ever more toxic and existential polarization. Further, it is affecting activism on behalf of women and racial and sexual minorities in a way which is counterproductive to equality aims by feeding into right-wing reactionary opposition to those equality objectives … Our recommendation begins by calling upon all major universities to begin a thorough review of these areas of study (gender studies, critical race theory, postcolonial theory, and other “theory”-based fields in the humanities and reaching into the social sciences, especially including sociology and anthropology), in order to separate knowledge-producing disciplines and scholars from those generating constructivist sophistry. We hope the latter can be redeemed, not destroyed, as the topics they study—gender, race, sexuality, culture—are of enormous importance to society and thus demand considerable attention and the highest levels of academic rigor. Further, many of their insights are worthy and deserve more careful consideration than they currently receive. This will require them to adhere more honestly and rigorously to the production of knowledge and to place scholarship ahead of any conflicting interest rather than following from it … As for us, we intend to use the knowledge we’ve gained from grievance studies to continue to critique them and push for universities to fix this problem and reaffirm their commitment to rigorous, non-partisan knowledge production. We do this because we believe in the university, in rigorous scholarship, in the pursuit of scientific knowledge, and in the importance of social justice. Helen Pluckrose, James Lindsay and Peter Boghossian
Le savoir basé de moins en moins sur le fait de trouver la vérité et de plus en plus sur le fait de s’occuper de certaines ‘complaintes’ est devenu établi, presque totalement dominant, au sein de [certains champs des sciences sociales] et les chercheurs brutalisent de plus en plus les étudiants, les administrateurs et les autres départements qui n’adhèrent pas à leur vision du monde. (…) Nous ne devrions pas avoir été capables de publier n’importe lequel de ces papers si calamiteux dans des journaux réputés. Encore moins sept d’entre eux. (…) Il y a un problème de production du savoir au sein de champs qui ont été corrompus par les ‘grievance studies’ nées du socio-constructivisme et du scepticisme radical. Parmi les problèmes, il y a la manière dont des sujets comme la race, le genre, la sexualité, la société et la culture sont traités par la recherche. (…) Nous espérons que ceci donnera aux gens – spécialement à ceux qui croient au libéralisme, au progrès, à la modernité et à la justice sociale – une raison claire de regarder la folie identitaire qui vient de la gauche universitaire et militante, et de dire : ‘Non, je n’irai pas dans ce sens là. Vous ne parlez pas en mon nom. Helen Pluckrose, James Lindsay et Peter Boghossian
Des chercheurs ont réussi à faire publier dans plusieurs revues de référence aux Etats-Unis des essais aux thèses absolument délirantes, prônant par exemple le développement de l’usage anal de sex-toys chez les hommes pour lutter contre la transphobie et faire progresser le féminisme. Quand un homme se masturbe en pensant à une femme sans lui avoir demandé son consentement, c’est une agression sexuelle. Il existe une culture systémique du viol chez les chiens. L’astronomie est une science sexiste et pro-occidentale qui doit être remplacée par une astrologie indigène et queer. Ces thèses vous semblent loufoques, invraisemblables ? Elles le sont. Elles ont néanmoins été considérées avec le plus grand sérieux, et parfois même publiées, par des revues académiques de premier plan aux Etats-Unis, victimes de l’un des canulars universitaires les plus ambitieux jamais mis en œuvre… Helen Pluckrose, James Lindsay et Peter Boghossian sont trois chercheurs américains, persuadés que quelque chose cloche dans certains secteurs du monde académique outre-Atlantique. (…) Se désolant de ce tournant idéologique en cours dans les facs américaines, notre trio d’universitaires établit une liste des disciplines les plus gravement touchées : il s’agit des matières communément regroupées dans l’enseignement supérieur américain sous le terme de « cultural studies » ou « identity studies », « enracinées dans la branche ‘postmoderne’ de la théorie qui a émergé à la fin des années soixante ». On y trouve donc les fameuses « gender studies », les « queer studies » mais également la « critical race theory », les « fat studies » (sic) ou des pans entiers de la sociologie critique. Le point commun de ces branches universitaires, requalifiées en « grievance studies » (qu’on pourrait traduire par « études plaintives ») ? D’après les trois chercheurs, elles produisent des travaux très souvent « corrompus » par l’idéologie, qui renoncent à toute honnêteté intellectuelle dès lors qu’il s’agit de dénoncer les oppressions de toutes sortes : sexistes, raciales, post-coloniales, homophobes, transphobes, grossophobes… Pour prouver leur diagnostic, Pluckrose, Lindsay et Boghossian ont fait un pari simple… et drôle : pousser, dans des articles fantaisistes, la doxa qu’ils pointent dans ses retranchements les plus absurdes et voir si ces papiers seraient acceptés pour publication dans de très sérieuses revues scientifiques. Ils ont donc passé dix mois à écrire de faux « papers », un format universitaire anglo-saxon qu’on peut comparer au mémoire français. Recette commune de ces essais : « Des statistiques totalement invraisemblables, des assomptions non prouvées par les données, des analyses qualitatives idéologiquement biaisées, une éthique suspecte (…), une bêtise considérable ». Les chercheurs ont ensuite systématiquement envoyé leurs travaux bidons aux « journaux de référence dans les champs universitaires concernés ». Après quasiment un an de bombardement de canulars, les trois audacieux ont été forcés d’arrêter leur expérience car un de leurs textes commençait à connaître un important écho dans la presse. Mais les 20 papers écrits ont suffi à valider la pertinence de leur thèse : pas moins de sept d’entre eux ont en effet été validés par les revues universitaires, dont quatre publiés. Sept autres sont encore en cours d’examen et seulement six ont été refusés sans ambiguïté par les universitaires chargés de les évaluer. Par quatre fois, les facétieux compères ont même été invités à eux-mêmes examiner le travail de « pairs » en récompense… de leur « savoir exemplaire ». (…) Au bout du compte, la leçon que tirent les trois auteurs de leur plongée en absurdie sociologique est partagée entre amusement et réelle inquiétude. Rejetant l’idée simpliste que « le monde universitaire est corrompu » ou que « tous les universitaires et évaluateurs dans le champ des humanités qui étudient le genre, la race, la sexualité ou le poids sont corrompus », ils alarment : « Nous ne devrions pas avoir été capables de publier n’importe lequel de ces papers si calamiteux dans des journaux réputés. Encore moins sept d’entre eux ». Produisant un « savoir » considérablement orienté, ils constatent aussi avec effarement que les chercheurs relisant leurs textes ne leur réclamaient souvent « pas d’être moins biaisé politiquement et moins négligent dans le travail, mais de l’être davantage ». (…) C’est donc bien un nouvel obscurantisme que les chercheurs décrivent, une idéologie qui « rejette l’idée d’universalité scientifique et d’objectivité et insiste, pour des raisons morales, sur la nécessité d’accepter la notion de vérités multiples basées sur l’identité ». Or selon eux, ce relativisme mortifère serait devenu « autoritaire » dans les facs américaines. Marianne

Attention: une folie identitaire peut en cacher une autre !

A l’heure où après avoir si longtemps nié et caché les conséquences de leurs propres décisions dont ils ont seuls – leurs clients compris – les moyens de se préserver …

Nos bien-pensants premiers de cordée et sansfrontiéristes échevelés n’ont pas de mots assez durs pour dénoncer

Pour leur attachement d’un autre âge à leur propre identité entre religion, armes à feu et frontières, les laissés pour compte de la mondialisation

Et où peuvent se publier entre les prétendus « zoos humains » et les dérives victimaires de nos systèmes éducatifs des articles de recherche aussi loufoques que …

Le « remplacement de l’astronomie sexiste et pro-occidentale par une astrologie indigène et queer »…

Le « développement de l’usage anal de sex-toys chez les hommes pour lutter contre la transphobie et faire progresser le féminisme  » …

Ou la « culture systémique du viol chez les chiens » …

Comment ne pas voir avec trois chercheurs américains qui viennent d’en faire la démonstration dans des revues académique de premier plan …

Cette véritable folie identitaire qui s’insinue jusque dans l’éducation, le travail social, les médias, la psychologie ou la sociologie …

D’une « recherche universitaire corrompue » qui « sape la légitimité et la réputation des universités, fausse le discours politique, noie une bien nécessaire conversation et pousse la guerre culturelle vers une polarisation toujours plus toxique » ?

CQFD

« De la culture du viol chez les chiens » : l’incroyable canular qui a piégé la sociologie américaine

Des chercheurs ont réussi à faire publier dans plusieurs revues de référence aux Etats-Unis des essais aux thèses absolument délirantes, prônant par exemple le développement de l’usage anal de sex-toys chez les hommes pour lutter contre la transphobie et faire progresser le féminisme.

Quand un homme se masturbe en pensant à une femme sans lui avoir demandé son consentement, c’est une agression sexuelle. Il existe une culture systémique du viol chez les chiens. L’astronomie est une science sexiste et pro-occidentale qui doit être remplacée par une astrologie indigène et queer. Ces thèses vous semblent loufoques, invraisemblables ? Elles le sont. Elles ont néanmoins été considérées avec le plus grand sérieux, et parfois même publiées, par des revues académiques de premier plan aux Etats-Unis, victimes de l’un des canulars universitaires les plus ambitieux jamais mis en œuvre…

Helen Pluckrose, James Lindsay et Peter Boghossian sont trois chercheurs américains, persuadés que quelque chose cloche dans certains secteurs du monde académique outre-Atlantique. « Le savoir basé de moins en moins sur le fait de trouver la vérité et de plus en plus sur le fait de s’occuper de certaines ‘complaintes’ est devenu établi, presque totalement dominant, au sein de [certains champs des sciences sociales]« , écrivent-ils dans le magazine Areo, et les chercheurs brutalisent de plus en plus les étudiants, les administrateurs et les autres départements qui n’adhèrent pas à leur vision du monde ». Se désolant de ce tournant idéologique en cours dans les facs américaines, notre trio d’universitaires établit une liste des disciplines les plus gravement touchées : il s’agit des matières communément regroupées dans l’enseignement supérieur américain sous le terme de « cultural studies » ou « identity studies« , « enracinées dans la branche ‘postmoderne’ de la théorie qui a émergé à la fin des années soixante« . On y trouve donc les fameuses « gender studies« , les « queer studies » mais également la « critical race theory« , les « fat studies » (sic) ou des pans entiers de la sociologie critique. Le point commun de ces branches universitaires, requalifiées en « grievance studies » (qu’on pourrait traduire par « études plaintives ») ? D’après les trois chercheurs, elles produisent des travaux très souvent « corrompus » par l’idéologie, qui renoncent à toute honnêteté intellectuelle dès lors qu’il s’agit de dénoncer les oppressions de toutes sortes : sexistes, raciales, post-coloniales, homophobes, transphobes, grossophobes…

Recette des faux articles : « une bêtise considérable »

Pour prouver leur diagnostic, Pluckrose, Lindsay et Boghossian ont fait un pari simple… et drôle : pousser, dans des articles fantaisistes, la doxa qu’ils pointent dans ses retranchements les plus absurdes et voir si ces papiers seraient acceptés pour publication dans de très sérieuses revues scientifiques. Ils ont donc passé dix mois à écrire de faux « papers« , un format universitaire anglo-saxon qu’on peut comparer au mémoire français. Recette commune de ces essais : « Des statistiques totalement invraisemblables, des assomptions non prouvées par les données, des analyses qualitatives idéologiquement biaisées, une éthique suspecte (…), une bêtise considérable« .

Les chercheurs ont ensuite systématiquement envoyé leurs travaux bidons aux « journaux de référence dans les champs universitaires concernés« . Après quasiment un an de bombardement de canulars, les trois audacieux ont été forcés d’arrêter leur expérience car un de leurs textes commençait à connaître un important écho dans la presse. Mais les 20 papers écrits ont suffi à valider la pertinence de leur thèse : pas moins de sept d’entre eux ont en effet été validés par les revues universitaires, dont quatre publiés. Sept autres sont encore en cours d’examen et seulement six ont été refusés sans ambiguïté par les universitaires chargés de les évaluer. Par quatre fois, les facétieux compères ont même été invités à eux-mêmes examiner le travail de « pairs » en récompense… de leur « savoir exemplaire« .

Lorsqu’on examine le contenu de ces faux mémoires, on peine pourtant à croire que leur absurdité n’ait pas sauté à la figure des chercheurs chargés de les examiner. Dans un article intitulé « Passer par la porte de derrière : défier l’homo-hystérie masculine et la transphobie à travers l’usage de sex-toys pénétratifs« , les chercheurs expliquent que si les hommes utilisent rarement des sex-toys pour « s’auto-pénétrer par voie anale« , c’est parce qu’ils ont peur d’être pris pour des homosexuels ou par hostilité aux transsexuels. Conclusion : encourager cette pratique engendrerait, à coup sûr, une baisse de la transphobie et un progrès de valeurs féministes. Délirant ? Le texte a été publié dans la revue Sexuality and Culture, et qualifié de « contribution incroyablement riche et excitante à l’étude de la sexualité et de la culture » par un universitaire chargé de l’analyser.

Une de leurs inventions croquignolesques a même rencontré un réel triomphe académique : dans « Réactions humaines à la culture du viol et performativité queer au sein des parcs à chiens de Portland, Oregon« , nos chercheurs soutiennent qu’il existe « une rampante culture du viol canine » et qu’une « oppression systémique » frappe certaines races de chiens. Un mémoire qualifié « d’incroyablement innovant, riche en analyse, extrêmement bien écrit et organisé » par la revue Gender, Place, and Culture, qui lui a fait une place dans ses prestigieuses colonnes… et l’a même intégrée parmi ses 12 meilleures publications de l’année 2018 ! La chercheuse Helen Wilson, auteure de ce travail volontairement absurde, expliquant sa méthode de travail, y écrivait avoir « délicatement inspecté les parties génitales d’un peu moins de 10.000 chiens tout en interrogeant leurs propriétaires sur leur sexualité« , mais également avoir « constaté un viol de chien par heure au parc à chiens urbain de Portland » ! Pas de quoi faire lever un sourcil aux universitaires chargés de valider son article pour publication dans une revue « de référence »…

D’autres mémoires-hoax n’ont pas eu le temps d’être publiés avant que le canular soit finalement rendu public. Mais ils ont été quasiment intégralement validés par les revues auxquelles ils ont été présentés, avec des modifications mineures. On y trouve des thèses toujours aussi comiques : « L’Intelligence artificielle est intrinsèquement dangereuse car elle est programmée avec des données masculinistes, impérialistes et rationalistes« . Ou encore : « L’astronomie est et sera toujours intrinsèquement sexiste et occidentale, ce biais masculiniste et occidental peut être corrigé en incluant une astrologie féministe, queer et indigène (par exemple, des horoscopes) à la science astronomique« .

« Les éducateurs devraient discriminer selon l’identité et calculer le statut de leurs étudiants en fonction de leurs privilèges »

Et même : « Les éducateurs devraient discriminer selon l’identité et calculer le statut de leurs étudiants en fonction de leurs privilèges (…), pénalisant les plus privilégiés en refusant d’écouter leurs contributions, ridiculisant leurs efforts, en parlant plus fort qu’eux et en les forçant à s’asseoir enchaînés sur le sol » ! Toutes ces contributions n’ont reçu que des critiques de forme de la part des revues universitaires auxquelles ils ont été adressés. Celle proposant d’enchaîner des étudiants sur le sol a même été applaudie comme « une forte contribution à la littérature foisonnante s’attaquant à l’injustice épistémique dans la salle de classe« .

D’autres faux essais universitaires ont été finalement rejetés après examen par des universitaires. Mais cela ne les a pas toujours empêché de recevoir des commentaires chaleureux de la part de chercheurs chargés de les évaluer, qui ont parfois même poussé l’absurde encore plus loin. Ainsi, dans un mémoire consacré à la masturbation, les auteurs du canular écrivent que « quand un homme se masturbe en privé en fantasmant sur une femme sans qu’elle lui ait donné sa permission (…), il commet une violence métasexuelle contre elle« . Dans son évaluation, la première contributrice de Sociological Theory encourage nos chercheurs à aller plus loin encore dans cette théorie : « Je pense à d’autres scénarios où les hommes pourraient transformer en arme leur non-connaissance de manière très tangible. Par exemple, la déclaration ambiguë ‘Je pense à toi tout le temps’, dite de manière impromptue à une femme par un homme, est particulièrement insidieuse, étant donné le contexte structurel de violence métasexuelle dans le monde« .

« Juifs » remplacé par « Blancs » dans « Mein Kampf » : un chercheur applaudit

Le clou de cette fanfaronnade a été apporté par un essai présenté au magazine Sociology of Race and Ethnicity, où nos trublions prétendent « examiner de manière critique la blanchité (‘whiteness, ndlr) depuis la blanchité« . Pour cela, ils ont ni plus ni moins sélectionné – sans le dire – des extraits de Mein Kampf, l’infâme pamphlet antisémite d’Adolf Hitler, en y remplaçant le mot « Juifs » par « Blancs« . Le paper a été rejeté mais cela ne l’a pas empêché de recevoir au préalable les éloges de plusieurs pairs universitaires. « Cet article a le potentiel pour être une contribution puissante et particulière à la littérature traitant des mécanismes qui renforcent l’adhésion blanche à des perspectives suprémacistes blanches, et au processus par lequel des individus peuvent atteindre des niveaux plus profonds de conscience sociale et raciale« , écrit ainsi un chercheur enthousiaste, qui n’objecte que « des révisions concernant la précision, la clarté, l’expression d’assertions et des exemples concrets » et complimente ainsi sans le savoir une resucée de Mein Kampf.

« Nous espérons que ceci donnera aux gens une raison claire de regarder la folie identitaire qui vient de la gauche universitaire et militante, et de dire : Non »

Au bout du compte, la leçon que tirent les trois auteurs de leur plongée en absurdie sociologique est partagée entre amusement et réelle inquiétude. Rejetant l’idée simpliste que « le monde universitaire est corrompu » ou que « tous les universitaires et évaluateurs dans le champ des humanités qui étudient le genre, la race, la sexualité ou le poids sont corrompus« , ils alarment : « Nous ne devrions pas avoir été capables de publier n’importe lequel de ces papers si calamiteux dans des journaux réputés. Encore moins sept d’entre eux ». Produisant un « savoir » considérablement orienté, ils constatent aussi avec effarement que les chercheurs relisant leurs textes ne leur réclamaient souvent « pas d’être moins biaisé politiquement et moins négligent dans le travail, mais de l’être davantage ».

Le tableau final est implacable pour tout un pan du monde universitaire anglo-saxon : « Il y a un problème de production du savoir au sein de champs qui ont été corrompus par les ‘grievance studies’ nées du socio-constructivisme et du scepticisme radical. Parmi les problèmes, il y a la manière dont des sujets comme la race, le genre, la sexualité, la société et la culture sont traités par la recherche ». C’est donc bien un nouvel obscurantisme que les chercheurs décrivent, une idéologie qui « rejette l’idée d’universalité scientifique et d’objectivité et insiste, pour des raisons morales, sur la nécessité d’accepter la notion de vérités multiples basées sur l’identité« . Or selon eux, ce relativisme mortifère serait devenu « autoritaire » dans les facs américaines. Rappellent leur propre sympathie pour les mouvements des droits civiques, le féminisme et le mouvement LGBT, nos trois trublions émettent un souhait : « Nous espérons que ceci donnera aux gens – spécialement à ceux qui croient au libéralisme, au progrès, à la modernité et à la justice sociale – une raison claire de regarder la folie identitaire qui vient de la gauche universitaire et militante, et de dire : ‘Non, je n’irai pas dans ce sens là. Vous ne parlez pas en mon nom' ».

Voir aussi:

This essay, although hopefully accessible to everyone, is the most thorough breakdown of the study and written for those who are already somewhat familiar with the problems of ideologically-motivated scholarship, radical skepticism and cultural constructivism.


Part I: Introduction

Something has gone wrong in the university—especially in certain fields within the humanities. Scholarship based less upon finding truth and more upon attending to social grievances has become firmly established, if not fully dominant, within these fields, and their scholars increasingly bully students, administrators, and other departments into adhering to their worldview. This worldview is not scientific, and it is not rigorous. For many, this problem has been growing increasingly obvious, but strong evidence has been lacking. For this reason, the three of us just spent a year working inside the scholarship we see as an intrinsic part of this problem.

We spent that time writing academic papers and publishing them in respected peer-reviewed journals associated with fields of scholarship loosely known as “cultural studies” or “identity studies” (for example, gender studies) or “critical theory” because it is rooted in that postmodern brand of “theory” which arose in the late sixties. As a result of this work, we have come to call these fields “grievance studies” in shorthand because of their common goal of problematizing aspects of culture in minute detail in order to attempt diagnoses of power imbalances and oppression rooted in identity.

We undertook this project to study, understand, and expose the reality of grievance studies, which is corrupting academic research. Because open, good-faith conversation around topics of identity such as gender, race, and sexuality (and the scholarship that works with them) is nearly impossible, our aim has been to reboot these conversations. We hope this will give people—especially those who believe in liberalism, progress, modernity, open inquiry, and social justice—a clear reason to look at the identitarian madness coming out of the academic and activist left and say, “No, I will not go along with that. You do not speak for me.”

This document is a first look at our project and an initial attempt to grapple with what we’re learning and what it means. Because of its length and detail, it is organized as follows, putting the factual information up front and more detailed explanations thereafter.

  • Our methodology, which is central to contextualizing our claims;
  • A summary of this project from its beginning until we were eventually exposed and forced to go public before we could conclude our research;
  • An explanation of why we did this;
  • A summary of the problem and why it matters;
  • A clear explanation of how this project came to be;
  • The results of our study, including a full list of all of the papers we submitted, their final outcomes, and relevant reviewer comments to date;
  • A discussion of the significance of the results;
  • A summary of what may come next

Part II: Methods

Our approach is best understood as a kind of reflexive ethnography—that is, we conducted a study of a peculiar academic culture by immersing ourselves within it, reflecting its output and modifying our understanding until we became “outsiders within” it.

Our objective was to learn about this culture and establish that we had become fluent in its language and customs by publishing peer-reviewed papers in its top journals, which usually only experts in the field are capable of doing. Because we came to conceptualize this project as a kind of reflexive ethnographic study in which we sought to understand the field and how it works by participating in it, obtaining peer reviewers’ comments about what we were doing right and what needed to change to make absurd theses acceptable was central to the project. Indeed, the reviewers’ comments are in many ways more revealing about the state of these fields than the acceptances themselves.

While our papers are all outlandish or intentionally broken in significant ways, it is important to recognize that they blend in almost perfectly with others in the disciplines under our consideration. To demonstrate this, we needed to get papers accepted, especially by significant and influential journals. Merely blending in couldn’t generate the depth necessary for our study, however. We also needed to write papers that took risks to test certain hypotheses such that the fact of their acceptance itself makes a statement about the problem we’re studying (see the Papers section, below). Consequently, although this study does not qualify as being particularly controlled, we did control one important variable: the big-picture methodology we used to write every paper.

Our paper-writing methodology always followed a specific pattern: it started with an idea that spoke to our epistemological or ethical concerns with the field and then sought to bend the existing scholarship to support it. The goal was always to use what the existing literature offered to get some little bit of lunacy or depravity to be acceptable at the highest levels of intellectual respectability within the field. Therefore, each paper began with something absurd or deeply unethical (or both) that we wanted to forward or conclude. We then made the existing peer-reviewed literature do our bidding in the attempt to get published in the academic canon.

This is the primary point of the project: What we just described is not knowledge production; it’s sophistry. That is, it’s a forgery of knowledge that should not be mistaken for the real thing. The biggest difference between us and the scholarship we are studying by emulation is that we know we made things up.

This process is the one, single thread that ties all twenty of our papers together, even though we used a variety of methods to come up with the various ideas fed into their system to see how the editors and peer reviewers would respond. Sometimes we just thought a nutty or inhumane idea up and ran with it. What if we write a paper saying we should train men like we do dogs—to prevent rape culture? Hence came the “Dog Park” paper. What if we write a paper claiming that when a guy privately masturbates while thinking about a woman (without her consent—in fact, without her ever finding out about it) that he’s committing sexual violence against her? That gave us the “Masturbation” paper. What if we argue that the reason superintelligent AI is potentially dangerous is because it is being programmed to be masculinist and imperialist using Mary Shelley’s Frankenstein and Lacanian psychoanalysis? That’s our “Feminist AI” paper. What if we argued that “a fat body is a legitimately built body” as a foundation for introducing a category for fat bodybuilding into the sport of professional bodybuilding? You can read how that went in Fat Studies.

At other times, we scoured the existing grievance studies literature to see where it was already going awry and then tried to magnify those problems. Feminist glaciology? Okay, we’ll copy it and write a feminist astronomy paper that argues feminist and queer astrology should be considered part of the science of astronomy, which we’ll brand as intrinsically sexist. Reviewers were very enthusiastic about that idea. Using a method like thematic analysis to spin favored interpretations of data? Fine, we wrote a paper about trans people in the workplace that does just that. Men use “male preserves” to enact dying “macho” masculinities discourses in a way society at large won’t accept? No problem. We published a paper best summarized as, “A gender scholar goes to Hooters to try to figure out why it exists.” “Defamiliarizing,” common experiences, pretending to be mystified by them and then looking for social constructions to explain them? Sure, our “Dildos” paper did that to answer the questions, “Why don’t straight men tend to masturbate via anal penetration, and what might happen if they did?” Hint: according to our paper in Sexuality and Culture, a leading sexualities journal, they will be less transphobic and more feminist as a result.

We used other methods too, like, “I wonder if that ‘progressive stack’ in the news could be written into a paper that says white males in college shouldn’t be allowed to speak in class (or have their emails answered by the instructor), and, for good measure, be asked to sit in the floor in chains so they can ‘experience reparations.’” That was our “Progressive Stack” paper. The answer seems to be yes, and feminist philosophy titan Hypatia has been surprisingly warm to it. Another tough one for us was, “I wonder if they’d publish a feminist rewrite of a chapter from Adolf Hitler’s Mein Kampf.” The answer to that question also turns out to be “yes,” given that the feminist social work journal Affilia has just accepted it. As we progressed, we started to realize that just about anything can be made to work, so long as it falls within the moral orthodoxy and demonstrates understanding of the existing literature.

Put another way, we now have good reasons to believe that if we just appropriate the existing literature in the right ways—and there always seems to be a citation or vein of literature that makes it possible—we can say almost any politically fashionable thing we want. The underlying questions in every single case were the same: What do we need to write, and what do we need to cite (all of our citations are real, by the way) to get this academic madness published as high “scholarship”?

What Did We Do?

We wrote 20 papers and submitted them to the best journals in the relevant fields (more on this below) with considerable success, even though we had to take the project public prematurely, and thus stop the study, before it could be properly concluded. At the time of publishing this, we have:

  • 7 papers accepted.

4 of these have been published online.

3 more have been accepted without having had time to see publication through. (This can take months).

  • 7 papers still in play when we had to call a halt.

2 have been “revised and resubmitted,” and are awaiting a decision. (A judgment of “Revise and Resubmit” usually results in publication following the satisfactory completion of requested revisions. A judgment of “Reject and Resubmit” can result in publication following more substantial ones. It is very rare for papers to be accepted outright.)

1 is still under first review at its current journal

4 are left hanging with no time to submit them to journals after rejection (2), revise and resubmit (1) or reject and resubmit (1).

  • 6 retired as fatally flawed or beyond repair.
  • 4 invitations to peer-review other papers as a result of our own exemplary scholarship. (For ethical reasons, we declined all such invitations. Had we wished to fully participate in their culture in this way, however, it would have been an unrivaled opportunity to tinker with how far we could take the hypothesis that the canon of literature within these fields gets skewed in part because the peer-review process encourages the existing political and ideological biases.)
  • 1 paper (the one about rape culture in dog parks) gained special recognition for excellence from its journal, Gender, Place, and Culture, a highly ranked journal that leads the field of feminist geography. The journal honored it as one of twelve leading pieces in feminist geography as a part of the journal’s 25th anniversary celebration.

To summarize, we spent 10 months writing the papers, averaging one new paper roughly every thirteen days. (Seven papers published over seven years is frequently claimed to be the number sufficient to earn tenure at most major universities although, in reality, requirements vary by institution.) As for our performance, 80% of our papers overall went to full peer review, which keeps with the standard 10-20% of papers that are “desk rejected” without review at major journals across the field. We improved this ratio from 0% at first to 94.4% after a few months of experimenting with much more hoaxish papers. Because we were forced to go public before we could complete our study, we cannot be sure how many papers would have been accepted if we had had time to see them through—papers typically take 3-6 months or more to complete the entire process and one of ours was under review from December 2017 to August 2018—but an estimate of at least 10, probably 12, eventual acceptances seems warranted at the time of having to call a halt.

The final submitted drafts totaled just shy of 180,000 words and the entire project totaled between 300,000 and 350,000 words, including all notes, drafts, summaries, and replies to journal reviewers. The papers themselves span at least fifteen subdomains of thought in grievance studies, including (feminist) gender studies, masculinities studies, queer studies, sexuality studies, psychoanalysis, critical race theory, critical whiteness theory, fat studies, sociology, and educational philosophy. They featured radically skeptical and standpoint epistemologies rooted in postmodernism, feminist and critical race epistemology rooted in critical social constructivism as well as psychoanalysis. They all also endeavored to be humorous in at least some small way (and often, big ones). The project so far has generated more than 40 substantive editorial and expert reader reports, constituting a further 30,000 or so words of data that provide a unique insider’s look into the field and its operation.

Our papers also present very shoddy methodologies including incredibly implausible statistics (“Dog Park”), making claims not warranted by the data (“CisNorm,” “Hooters,” “Dildos”), and ideologically-motivated qualitative analyses (“CisNorm,” “Porn”). (NB: See Papers section below.) Questionable qualitative methodologies such as poetic inquiry and autoethnography (sometimes rightly and pejoratively called “mesearch”) were incorporated (especially in “Moon Meetings”).

Many papers advocated highly dubious ethics including training men like dogs (“Dog Park”), punishing white male college students for historical slavery by asking them to sit in silence in the floor in chains during class and to be expected to learn from the discomfort (“Progressive Stack”), celebrating morbid obesity as a healthy life-choice (“Fat Bodybuilding”), treating privately conducted masturbation as a form of sexual violence against women (“Masturbation”), and programming superintelligent AI with irrational and ideological nonsense before letting it rule the world (“Feminist AI”). There was also considerable silliness including claiming to have tactfully inspected the genitals of slightly fewer than 10,000 dogs whilst interrogating owners as to their sexuality (“Dog Park”), becoming seemingly mystified about why heterosexual men are attracted to women (“Hooters”), insisting there is something to be learned about feminism by having four guys watch thousands of hours of hardcore pornography over the course of a year while repeatedly taking the Gender and Science Implicit Associations Test (“Porn”), expressing confusion over why people are more concerned about the genitalia others have when considering having sex with them (“CisNorm”), and recommending men anally self-penetrate in order to become less transphobic, more feminist, and more concerned about the horrors of rape culture (“Dildos”). None of this, except that Helen Wilson recorded one “dog rape per hour” at urban dog parks in Portland, Oregon, raised so much as a single reviewer eyebrow, so far as their reports show.

Near the end of July 2018, a clear need arose to call the project to a premature end after our “dog park” paper attracted incredulous attention on social media generated by the Twitter account Real Peer Review, which is a platform dedicated to exposing shoddy scholarship. This deserved incredulity led to small and then larger journalistic publications investigating our fictitious author, Helen Wilson, and our non-existent institution, the Portland Ungendering Research Initiative (PURI) and finding no credible history of either. Under this pressure, the publishing journal, Gender, Place and Culture, asked our author to prove her identity and then released an expression of concern about the paper. This generated further attention that eventually got the Wall Street Journal involved, and far more importantly, it changed the ethics of utilizing deception within the project. With major journalistic outlets and (by then) two journals asking us to prove our authors’ identities, the ethics had shifted away from a defensible necessity of investigation and into outright lying. We did not feel right about this and decided the time had come to go public with the project. As a result, we came clean to the Wall Street Journal at the beginning of August and began preparing a summary as quickly as possible even though we still had several papers progressing encouragingly through the review process.

Part III: Why Did We Do This?

Because we’re racist, sexist, bigoted, misogynistic, homophobic, transphobic, transhysterical, anthropocentric, problematic, privileged, bullying, far right-wing, cishetero straight white males (and one white female who was demonstrating her internalized misogyny and overwhelming need for male approval) who wanted to enable bigotry, preserve our privilege, and take the side of hate?

No. None of those apply. Nevertheless, we’ll be accused of it, and we have some insights into why.

To many not involved in academia, particularly those who are skeptical of its worth generally, it may seem like we’re addressing yet another obscure academic squabble of little relevance to the real world. You are mistaken. The problem we’ve been studying is of the utmost relevance to the real world and everyone in it.

Alternatively, those who are positively inclined towards academia and ethically and/or politically in support of social science and humanities research that focuses on social justice issues may think the work researchers are doing on these topics is important and generally sound. You’d be right that it’s important but not that it is always sound—some of the work being produced is positively horrifying and surreal while exerting considerable influence on the field and beyond. You also might acknowledge that there are problems arising from the pressures of a publish-or-perish culture driven by broken university business models and taken advantage of by an opportunistic publishing industry, but be skeptical that there are any serious integral epistemological or ethical issues at work.

As liberals, we recognize that you might be resistant to acknowledging that our evidence points to an undeniable problem in academic research on important issues relevant to social justice. The work done in these fields claims to continue the vital work of the civil rights movements, liberal feminism, and Gay Pride. It seeks to address oppression of women and racial and sexual minorities. Surely, you might therefore believe, these bodies of literature must be essentially good and sound, even if you recognize some overreach and silliness.

After having spent a year immersed and becoming recognized experts within these fields, in addition to witnessing the divisive and destructive effects when activists and social media mobs put it to use, we can now state with confidence that it is neither essentially good nor sound. Further, these fields of study do not continue the important and noble liberal work of the civil rights movements; they corrupt it while trading upon their good names to keep pushing a kind of social snake oil onto a public that keeps getting sicker. For us to know anything about injustice in society and be able to show it to those who are unaware or in denial of it, scholarship into it must be rigorous. Currently, it is not, and this enables it, and social justice issues with it, to be dismissed. This is a serious problem of considerable concern, and we must address it.

What’s the Problem?

We have stated firmly that there is a problem in our universities, and that it’s spreading rapidly into culture. It is aided in this by being tricky to understand and by intentionally using emotionally powerful words—like “racist” and “sexist”—in technical ways that mean something different than their common usages. This project identifies aspects of this problem, tests them, and then exposes them.

The problem is epistemological, political, ideological, and ethical and it is profoundly corrupting scholarship in the social sciences and humanities. The center of the problem is formally termed “critical constructivism,” and its most egregious scholars are sometimes referred to as “radical constructivists.” Expressing this problem accurately is difficult, and many who’ve tried have studiously avoided doing so in any succinct and clear way. This reticence, while responsible given the complexity of the problem and its roots, has likely helped the problem perpetuate itself.

This problem is most easily summarized as an overarching (almost or fully sacralized) belief that many common features of experience and society are socially constructed. These constructions are seen as being nearly entirely dependent upon power dynamics between groups of people, often dictated by sex, race, or sexual or gender identification. All kinds of things accepted as having a basis in reality due to evidence are instead believed to have been created by the intentional and unintentional machinations of powerful groups in order to maintain power over marginalized ones. This worldview produces a moral imperative to dismantle these constructions.

Common “social constructions” viewed as intrinsically “problematic” and thus claimed to be in need of dismantling include:

  • the understanding that there are cognitive and psychological differences between men and women which could explain, at least partially, why they make different choices in relation to things like work, sex, and family life;
  • that so-called “Western medicine” (even though many eminent medical sc