Télévision/Three girls: Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe (Political correctness gone wild: BBC Muslim gang rapes mini-series reveals how the police and social workers abandoned hundreds of British girls to Pakistani prostitution rings for years)

15 juin, 2018
 
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Un sondage Ifop commandé par Alliance Vita souligne l’importance et la singularité de la figure du père aux yeux des Français.
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. Chesterton
Il faut peut-être entendre par démocratie les vices de quelques-uns à la portée du plus grand nombre. Henry Becque
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
Les images violentes accroissent (…) la vulnérabilité des enfants à la violence des groupes (…) rendent la violence ‘ordinaire’ en désensibilisant les spectateurs à ses effets, et elles augmentent la peur d’être soi-même victime de violences, même s’il n’y a pas de risque objectif à cela. Serge Tisseron
Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de “mariage” dans un code civil et laïque. Le “mariage”, valeur religieuse, sacrale, hétérosexuelle – avec voeu de procréation, de fidélité éternelle, etc. -, c’est une concession de l’Etat laïque à l’Eglise chrétienne – en particulier dans son monogamisme qui n’est ni juif (il ne fut imposé aux juifs par les Européens qu’au siècle dernier et ne constituait pas une obligation il y a quelques générations au Maghreb juif) ni, cela on le sait bien, musulman. En supprimant le mot et le concept de “mariage”, cette équivoque ou cette hypocrisie religieuse et sacrale, qui n’a aucune place dans une constitution laïque, on les remplacerait par une “union civile” contractuelle, une sorte de pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non imposé.(…) C’est une utopie mais je prends date. Jacques Derrida
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
Il m’était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème. Je leur demandais : « Pourquoi ne jouez-vous pas ensemble, pourquoi m’avez-vous choisi, moi, et pas d’autres gosses? » Mais s’ils insistaient, je les caressais quand même ». Daniel Cohn-Bendit (Grand Bazar, 1975)
La profusion de jeunes garçons très attrayants et immédiatement disponibles me met dans un état de désir que je n’ai plus besoin de réfréner ou d’occulter. (…) Je n’ai pas d’autre compte à régler que d’aligner mes bahts, et je suis libre, absolument libre de jouer avec mon désir et de choisir. La morale occidentale, la culpabilité de toujours, la honte que je traîne volent en éclats ; et que le monde aille à sa perte, comme dirait l’autre. Frédéric Mitterrand (”La mauvaise vie”, 2005)
Ce ne sont pas les différences qui provoquent les conflits mais leur effacement. René Girard
En présence de la diversité, nous nous replions sur nous-mêmes. Nous agissons comme des tortues. L’effet de la diversité est pire que ce qui avait été imaginé. Et ce n’est pas seulement que nous ne faisons plus confiance à ceux qui ne sont pas comme nous. Dans les communautés diverses, nous ne faisons plus confiance à ceux qui nous ressemblent. Robert Putnam
Illegal and illiberal immigration exists and will continue to expand because too many special interests are invested in it. It is one of those rare anomalies — the farm bill is another — that crosses political party lines and instead unites disparate elites through their diverse but shared self-interests: live-and-let-live profits for some and raw political power for others. For corporate employers, millions of poor foreign nationals ensure cheap labor, with the state picking up the eventual social costs. For Democratic politicos, illegal immigration translates into continued expansion of favorable political demography in the American Southwest. For ethnic activists, huge annual influxes of unassimilated minorities subvert the odious melting pot and mean continuance of their own self-appointed guardianship of salad-bowl multiculturalism. Meanwhile, the upper middle classes in coastal cocoons enjoy the aristocratic privileges of having plenty of cheap household help, while having enough wealth not to worry about the social costs of illegal immigration in terms of higher taxes or the problems in public education, law enforcement, and entitlements. No wonder our elites wink and nod at the supposed realities in the current immigration bill, while selling fantasies to the majority of skeptical Americans. Victor Davis Hanson
Who are the bigots — the rude and unruly protestors who scream and swarm drop-off points and angrily block immigration authority buses to prevent the release of children into their communities, or the shrill counter-protestors who chant back “Viva La Raza” (“Long Live the Race”)? For that matter, how does the racialist term “La Raza” survive as an acceptable title of a national lobby group in this politically correct age of anger at the Washington Redskins football brand? How can American immigration authorities simply send immigrant kids all over the United States and drop them into communities without firm guarantees of waiting sponsors or family? If private charities did that, would the operators be jailed? Would American parents be arrested for putting their unescorted kids on buses headed out of state? Liberal elites talk down to the cash-strapped middle class about their illiberal anger over the current immigration crisis. But most sermonizers are hypocritical. Take Nancy Pelosi, former speaker of the House. She lectures about the need for near-instant amnesty for thousands streaming across the border. But Pelosi is a multimillionaire, and thus rich enough not to worry about the increased costs and higher taxes needed to offer instant social services to the new arrivals. Progressives and ethnic activists see in open borders extralegal ways to gain future constituents dependent on an ever-growing government, with instilled grudges against any who might not welcome their flouting of U.S. laws. How moral is that? Likewise, the CEOs of Silicon Valley and Wall Street who want cheap labor from south of the border assume that their own offspring’s private academies will not be affected by thousands of undocumented immigrants, that their own neighborhoods will remain non-integrated, and that their own medical services and specialists’ waiting rooms will not be made available to the poor arrivals. … What a strange, selfish, and callous alliance of rich corporate grandees, cynical left-wing politicians, and ethnic chauvinists who have conspired to erode U.S. law for their own narrow interests, all the while smearing those who object as xenophobes, racists, and nativists. Victor Davis Hanson
Selon Stanley Cohen (1972), une « panique morale » surgit quand « une condition, un événement, une personne ou un groupe de personnes est désigné comme une menace pour les valeurs et les intérêts d’une société ». Le sociologue propose également qu’on reconnaisse dans toute « panique morale » deux acteurs majeurs : les « chefs moraux » (« moral entrepreneurs »), initiateurs de la dénonciation collective ; et les « boucs-émissaires » (« folk devils »), personnes ou groupes désignés à la vindicte. Des chercheurs spécialisés dans la culture numérique, tels Henry Jenkins aux Etats-Unis, ou Hervé Le Crosnier, maître de conférence à l’université de Caen, utilisent également le terme de panique morale pour désigner la peur disproportionnée des médias et d’une partie de la population face à la transformation induite par tout changement technologique, perçue comme un grand danger à la portée de chacun. Les « paniques morales » sont souvent liées à des controverses, et sont généralement nourries par une couverture médiatique intense (bien que des paniques semi-spontanées puissent exister. L’hystérie collective peut être une composante de ces mouvements, mais la panique morale s’en distingue parce que constitutivement interprétée en termes de moralité. Elle s’exprime habituellement davantage en termes d’offense ou d’outrage qu’en termes de peur. Les « paniques morales » (telles que définies par Stanley Cohen) s’articulent autour d’un élément perçu comme un danger pour une valeur ou une norme défendue par la société ou mise en avant par les médias ou institutions. L’un des aspects les plus marquants des paniques morales est leur capacité à s’auto-entretenir. La médiatisation d’une panique tendant à légitimer celle-ci et à faire apparaître le problème (parfois illusoire), comme bien réel et plus important qu’il n’est. La médiatisation de la panique engendrant alors un accroissement de la panique. Les effets de ce genre de réactions sont par ailleurs nombreux dans le domaine politique et juridique. (…) Le terme « panique morale » a été inventé par Stanley Cohen (en 1972 pour décrire la couverture médiatique des Mods et des Rockers au Royaume-Uni dans les années soixante. On fait remonter aux Middletown Studies, conduites en 1925 pour la première fois, la première analyse en profondeur de ce phénomène : les chercheurs découvrirent que les communautés religieuses américaines et leurs chefs locaux condamnaient alors les nouvelles technologies comme la radio ou l’automobile en arguant qu’elles faisait la promotion de conduites immorales. Un pasteur interrogé dans cette étude désignait ainsi l’automobile comme une « maison close sur roues » et condamnait cette invention au motif qu’elle donnait aux citoyens le moyen de quitter la ville alors qu’ils auraient dû être à l’église. Cependant, dès les années 30, Wilhem Reich avait développé le concept de peste émotionnelle qui, sous une forme plus radicale, est la base théorique de la panique morale. (…) Le risque lié aux paniques morales est multiple. Les plus importants sont de ne plus croire ce qui est rapporté par les médias ou même de ne plus croire les informations justes, constituant ainsi le terreau du complotisme qui se répand au XXIe siècle avec la prédominance des échanges sur internet. C’est aussi mettre sur un même plan d’importance des éléments pourtant très différents. Ainsi,  certaines paniques dites “mineures” par Divan Frau-Meigs pourraient se retrouver à une même importance que des paniques morales majeures (le traitement de l’obésité au même niveau que la peur du terrorisme par exemple). Wikipedia
It has been Cohen’s longstanding contention that the term moral panic is, for its utility, problematic insofar as the term ‘panic’ implies an irrational reaction which a researcher is rejecting in the very act of labelling it such. That was the case when he was studying the media coverage of the Mods and Rockers and when Young was studying the reaction to drug taking in the late 1960s and the early 1970s. Currently , Cohen has started to feel uncomfortable with the blanket application the term ’panic’ in the study of any reactions to deviance, as he argues for its possible use in ‘good moral panics’. Cohen discusses the changes that have occurred in society and how this has had re-directed the ‘moral panic’ analysis and has contributed to the development of the concept. To begin with, the modern moral entrepreneurs have adopted a status similar to the social analyst (in terms of class, education and ideology) and the likelihood for the two of them to perceive the problem in the same way has increased substantially. Secondly, the alliances between the various political forces has become more flexible and as a result, panics about ‘genuine’ victims (of natural disasters or terrorist attacks) are more likely to generate consensus that the ‘unworthy’ victims (the homeless). Thirdly, whereas the traditional moral panics where in nature elite-engineered, the contemporary ones are much more likely to populist-based, giving more space for social movements’ and victims’ participation in the process. Fourthly, in contrast to the old moral panics, the new ones are interventionist-focused. The new criminalizers who address the moral panics are either post-liberals who share a common background with a decriminalized generation, or are from the new right who argue for increased focus on private morality (sexuality, abortion, lifestyle). In addition, Cohen considers the possibility of certain moral panics being understood as ‘anti-denial’ movements. In contemporary times the denial of certain events, their cover-up, evasion and tolerance is perceived as morally wrong, and such denied realities should be brought to the public attention, which would result in widespread moral condemnation and denunciation. In this sense, it could be argued that certain panics should also be considered as ‘acceptable’ and thus a binarity between ‘good’ and ‘bad’ moral panics can be developed. Such as heuristic between ‘good’ and ‘bad’ can be useful as such a distinction in effect widens the scope of moral panic studies beyond those examples that are regarded as ‘inappropriate’ and ‘irrational’. Potentially, this could also lead to the questioning of the notions of rationality, disproportionality and other normative judgements that have characterised the studies of moral panics. Such an approach of analysing ‘moral panics’ is in contrast with the work of Critcher, to whom the concept of can be best understood in the relations of power and regulation. Whereas both Critcher and Cohen agree that each moral panic should be seen in a wider conceptual framework, the latter does not adopt Critcher’s suggestion that the term ‘moral’ panic should not be applied in cases where dominant elites reinforce dominant practices by way of scapegoating outsiders. By contrast to Critcher, Cohen accepts the possibility of counter-hegemonic moral panics. In addition, Critcher stresses the need to focus not only on the politics of moral panics, but also consider the economic factors that might limit or promote their development. Moving beyond moral panics, Hunt has argued that a shift has taken place in the processes of moral regulation over the past century, whereby the boundaries that separate morality from immorality have been blurred. As a result, an increasing number of everyday activities have become moralized and the expression of such moralization can be found in hybrid configurations of risk and harm. The moralization of everyday life contains a dialectic that counterposes individualizing discourses against collectivizing discourses and moralization has become an increasingly common feature of contemporary political discourse. Moral panics can also be seen as volatile manifestations of an ongoing project of moral regulation, where the ‘moral’ is represented as practices that are specifically designed to promote the care of the self. With the shift towards neo-liberalism, such regulatory scripts have taken the form of discourses of risk, harm and personal responsibility. As Hier the implementation of such a ‘personalization’ discourse is not straightforward due to the fact that moral callings are not always accepted. The moral codes that are supposed to regulate behaviour, expression and self-presentation are themselves contestable and their operation is not bound in a time-space frame. Thus, ‘moralization’ is conceptualized as a recurrent sequence of attempts to negotiate social life; a temporary ‘crisis’ of the ‘code’ (moral panic) is therefore far more routine than extraordinary. The problems with such an argument for expanding the focus of moral panics to encompass forms of moral regulation is that it is too broad and a more specific scope of moral regulation should be defined in order to conduct such analysis. Dimitar Panchev (2013)
« We do more workshops in middle schools than in high schools, » says Bell, executive director of Bebashi-Transition to Hope, the local nonprofit that works on prevention of HIV and other sexually transmitted diseases. « Teachers call us because their kids are acting out sexually. They’ll catch them in the bathroom or the stairwell. They hear that kids are cutting schools to have orgies. » (…) « We follow 200 teenagers with HIV, and the youngest is 12, » says Jill Foster, director of the Dorothy Mann Center for Pediatric and Adolescent HIV at St. Christopher’s Hospital for Children. « When we started doing HIV treatment in 1998, the average age of patients was 16 or 17. The first time we got a 13-year-old was mind-blowing. » (…) Because a recent report from the Centers for Disease Control and Prevention has identified Philadelphia as having the earliest age of sexual initiation – 13 – among cities participating in the study, she says, it’s crucial to make condoms available to younger kids. People gasp at that, says Foster, who diagnoses new HIV cases at a rate of two to three teens a month, up from one every four months just a decade ago. « But people have no idea how tough it is to be a kid who’s exposed to sexual media images and peer pressure. It’s routine for 12- and 13-year-olds to talk about sex. Younger kids hear them and they want to be part of that ‘older’ world, » she says. « They don’t have maturity or impulse control, so if we can get them to have condoms with them when they start having sex, they are going to be safer. « I wish it weren’t necessary, » she says. « Unfortunately, it is. » It would be easy to play the « appalled citizen » card and decry the inclusion of kids as young as 11 in Philadelphia’s STD-prevention campaign. But I won’t. Because there are two groups of children in this city: Those lucky enough to have at least one caring, available adult to guide them through sex-charged adolescence. And those left on their own. Like the child being raised by a single mom whose two jobs keep her from supervising her child. Or the kids being raised by a tired grandmom who’s asleep by 9 and doesn’t know that the kids have snuck out of the house. Or the homeless teen who crashes on couches and must choose between saying no to a friend’s creepy uncle or wandering the streets at night. These kids deserve protection from the fallout of STDs and unplanned pregnancy as much as kids from « good » families do – kids who, by the way, get in trouble, too. They just have more support to get them through it. « We know that sexual activity in young adolescents doesn’t change overnight, » says Donald Schwarz, a physician who worked with adolescents for years at Children’s Hospital of Philadelphia before being appointed city health commissioner in 2008. « But children need to be protected while we get our heads around whatever the long-term strategies should be here. » He mentions a recent, awful survey of sixth-graders in West Philly, which showed that 25 percent of the children, who were just 11 years old, had had sex. « Clearly, we don’t think it’s OK for 11-year-olds to be having sex, » says Schwarz. « But we don’t have the infrastructure in place to fix [that] problem fast. We can, however, make condoms available fairly quickly to whoever needs them. (…) There are no easy solutions. This is a complicated problem, exacerbated by generational poverty and family collapse that paralyzes our cities in ways too myriad to address in one column. Ronnie Polaneczky
Giving out free condoms at school is not a surefire way to avoid teenage pregnancy – or it might not be enough. Access to condoms in schools increases teen fertility rates by about 10 per cent, according to a new study by the University Of Notre Dame. However the increase happened in schools where no counseling was provided when condoms were given out – and giving out guidance as well as birth control could have the opposite effect, economists Kasey Buckles and Daniel Hungerman said in the study. Access to other kinds of birth control, such as the contraceptive pill, IUDs and implants, has been shown to lower teen fertility rates – but condoms might have opposite consequences due to their failure rate as well as the time and frequency at which they’re used. (…) Times have changed already and teenagers today are overall less likely to have sex and less likely to become pregnant, they wrote. Most of the free condoms programs in the study began in 1992 or 1993 and about two thirds involved mandatory counseling. The 10 per cent increased occurred as a result of schools that gave out condoms without counseling, Buckles and Hungerman said. ‘These fertility effects may have been attenuated, or perhaps even reversed, when counseling was mandated as part of condom provision,’ they wrote. Teenage girls were also more likely to develop  gonorrhea when condoms were given for free – and again, the increase happened as a result of schools giving out condoms without counseling. Access to contraceptives in general has been shown to lower teen fertility, Buckles and Hungerman noted, or in some cases had no effect at all. But condoms might have a different impact because of several factors, such as the fact that their failure rate is more important than that of other contraceptives. Condoms also rely ‘more heavily on the male partner’, which is an important factor given that an unplanned pregnancy will have different consequences for each gender, Buckle and Hungerman wrote. The time at which condoms are used could also explain why they have a different impact than other types of birth control. Condoms have to be used at the time of intercourse, whereas the pill, IUDs and implants are all taken in advance. Using condoms also results from a short-term decision rather than long-term. Free condom programs in schools could have led to two additional births per 1,000 teenage women so far, Buckle and Hungerman found. This could increase to 5 extra births per 1,000 teenage girls if the country’s entire high-school-aged population had access to condoms. Condom distribution programs could promote the use of condoms over more efficient birth control methods, drive schools to use their resources for condom distribution rather than more effective programs, or might encourage ‘risky’ sexual behaviors, Buckle and Hungerman wrote. Daily Mail
L’upskirt (anglicisme argotique, littéralement « sous la jupe ») est une forme d’érotisme ou de pornographie particulièrement présente sur Internet, constituée de photographies ou de videos prises sous les jupes des femmes (le plus souvent en contre-plongée en position debout, ou de face en position assise), dans le but de montrer leurs sous-vêtements, voire leurs parties génitales et/ou leurs fesses. Bien que les prises de vues puissent être faites avec le consentement des sujets, les spectateurs de ce type de scènes recherchent le plus souvent des clichés pris furtivement, notamment dans des lieux publics, et donc, selon toute vraisemblance, à l’insu des personnes représentées, ce qui fait de l’upskirt une forme de voyeurisme. L’avènement des téléphones mobiles équipés d’appareils photo et de caméras est souvent présenté comme étant à l’origine du développement de cette pratique, mais en réalité, l’upskirt existe depuis que la mode a démocratisé la minijupe, c’est-à-dire vers le milieu des années 60. Une telle pratique sans le consentement de la personne photographiée peut être considérée comme illégale dans certaines juridictions. Wikipedia
Critiqué par ses fans pour avoir accepté de chanter lors de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde, Robbie Williams a terminé sa prestation en faisant un doigt d’honneur. Un geste, réalisé juste après avoir rajouté un «I did it for free» dans les paroles de «Rock DJ», qui a immédiatement été très commenté sur les réseaux sociaux. L’Equipe
il s’agit de respecter une souffrance. Samia Maktouf (avocate de familles de victimes de l’attentat islamiste du Bataclan en réaction à la programmation dans la salle d’un certain Médine ayant intitulé l’un de ses disques « Jihad »)
Finalement, Viktor Orban pourrait avoir gagné. Le maître de Budapest fut le premier à dresser des barbelés contre l’exode, celui des Syriens en août 2015. Sa prophétie n’est pas loin de se réaliser quand l’Italie, jusqu’ici ouverte à la misère du monde, renvoie en pleine mer un bâtiment chargé de 629 migrants africains. Basculement. Électrochoc. Malgré le trouble d’Angela Merkel et les blâmes d’Emmanuel Macron, la question pour l’Europe n’est plus de savoir si elle doit renforcer sa frontière commune. Mais si elle peut encore éviter le retour aux barrières nationales. En trois ans, l’exception hongroise s’est propagée à toute l’Europe centrale. Varsovie, Prague et Bratislava jurent avec Budapest que la religion musulmane n’est pas soluble dans l’UE. Tous applaudissent le coup de force italien. À ce quatuor de Visegrad, il faudrait désormais ajouter un trio d’acteurs qui va de l’extrême droite à la droite dure: l’Italien Matteo Salvini, l’Autriche de Sebastian Kurz et Horst Seehofer, monument bavarois et ministre allemand de l’Intérieur. Ces trois-là forment le nouvel «axe» anti-immigration que décrit le jeune chancelier autrichien, avant de prendre la présidence tournante de l’UE le 1er juillet. La fronde dessine un périmètre curieusement semblable à celui de l’empire des Habsbourg. Elle est aussi pétrie de contradictions. Même s’ils partagent la hantise de l’islam, Viktor Orban et ses amis d’Europe centrale se garderont bien de rejoindre l’axe autrichien. Et inversement. À l’intérieur de l’axe alpin, la pire chose qui puisse arriver au chancelier Kurz serait que Matteo Salvini, nouvel homme fort du pouvoir romain, obtienne ce qu’il demande: le partage avec le reste de l’Europe – Autriche comprise – de tout ou partie des quelque 500.000 «irréguliers» qui croupissent en Italie. Quant au projet prêté à Horst Seehofer d’expulser d’Allemagne tous les migrants déjà enregistrés ailleurs dans l’UE, il n’inquiète pas que la Chancellerie à Berlin. Si cette foule doit vraiment retraverser la montagne, c’est bien évidemment en Autriche puis en Italie qu’elle aboutira. Là est le problème des slogans «populistes» et autres remèdes réputés nationaux. Sur le papier, ils sont identiques et se prêtent à de magnifiques alliances. Dans la réalité, ils sont incompatibles, sauf à fâcher les voisins et à cadenasser toutes les frontières. (…) Cynisme contre hypocrisie, Emmanuel Macron et Matteo Salvini ont vidé mardi leur aigreur à propos de l’Aquarius et des 629 clandestins repêchés au nord de la Libye. Du côté français comme du côté allemand, il apparaît que les deux semaines qui mènent au sommet vont décider si Rome penche vers l’ouest ou vers l’est. Paris admet que l’Union européenne a un problème quand l’Italie doit accueillir 80 % des migrants venus de Libye. Le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, reconnaît qu’il faut se forcer «à voir la réalité à travers d’autres regards européens». L’Élysée a confirmé jeudi des pistes déjà explorées pour rendre la réalité plus supportable à des Italiens confrontés, chez eux, à des centaines de points de fixation comparables à l’ex-ghetto de migrants à Calais. Il sera donc question d’aides financières démultipliées par l’UE et de mobilisation du contingent de gardes-frontières européens. Au-delà de ces palliatifs communautaires, la France et ses voisins doivent se préparer à deux exutoires plus vigoureux s’il faut vraiment soulager l’Italie, prévient Pierre Vimont, ex-pilier du Quai d’Orsay et conseiller de l’UE durant la crise de 2015-2016. D’abord l’accueil direct des rescapés de la Méditerranée sur leur territoire, sujet jusqu’ici tabou que l’Espagne a commencé de rompre en acceptant les passagers de l’Aquarius. (…) Ensuite, l’ouverture de «centres de tri» hors de l’UE (peut-être en Albanie), ce qui permettrait d’évacuer le problème italien. (…) Mais attention, prévient l’ambassadeur Vimont, «il ne s’agit pas de s’en laver les mains. Si la question africaine n’est pas réglée dans la durée, les migrants reviendront inévitablement frapper à notre porte». Le Figaro
C’est une information qui devrait compter dans les débats bioéthiques du moment. Un sondage Ifop commandé par Alliance Vita (1) et dévoilé aujourd’hui par La Croix souligne l’importance et la singularité de la figure du père aux yeux des Français. Pour l’association, il s’agit avant tout de braquer les projecteurs sur l’un des enjeux des discussions actuelles sur l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, envisagée dans le cadre de la révision des lois de bioéthique. Ainsi, 93 % des Français considèrent que les pères ont un « rôle essentiel pour les enfants », tandis que les trois quarts d’entre eux adhèrent à l’affirmation selon laquelle « les rôles du père et de la mère sont différents et complémentaires » ; et 89 % jugent que « l’absence de père, c’est quelque chose qui marque toute la vie ». (…) À un moment où la question sur la PMA polarise toutes les attentions, selon ce sondage, 61 % des Français estiment qu’« il faut privilégier le besoin de chaque enfant d’avoir un père en réservant la PMA aux couples homme-femme ayant un problème médical d’infertilité ». Mais 39 % jugent plutôt qu’« il faut privilégier le désir d’enfant en permettant la PMA sans père pour les femmes seules ou les couples de femmes ». Des chiffres qui peuvent surprendre comparés aux autres enquêtes menées par l’Ifop, notamment celles publiées dans La Croix et L’Obs en janvier, ou encore cette semaine par Ipsos pour France Télévisions. Ces enquêtes donnaient systématiquement des proportions opposées quant à l’adhésion des Français à l’extension de la PMA : 60 % y étaient favorables, 40 % étaient contre.(…) Si les Français portent un regard très majoritairement positif sur le rôle des pères, il existe cependant des différences d’approche, notamment entre les hommes qui sont pères et ceux qui ne connaissent pas l’expérience de la paternité. Ainsi 58 % des pères sont tout à fait d’accord lorsqu’on leur demande si « l’absence de père est quelque chose qui marque toute une vie ». Le chiffre tombe à 41 % pour les hommes qui n’ont pas d’enfants. Soit une différence de 17 points. Autre intervalle notable : celui qui s’établit entre les générations : 39 % des 18-24 ans estiment qu’il ne faut pas étendre la PMA, alors qu’ils sont 78 % des plus de 65 ans. « C’est la preuve qu’au fur et à mesure des générations, les références traditionnelles vont être chamboulées », estime Jérôme Fourquet. La Croix
Tout dépend de la manière dont on pose la question : si on met en avant l’ouverture d’un droit, en demandant aux Français s’ils sont pour une extension de la PMA, ils y sont majoritairement favorables. En revanche, si on présente le droit de l’enfant à avoir un père, ils sont majoritairement opposés à une évolution de la loi. (…) Quelle que soit la question, vous avez 40 % de gens qui sont favorables, 40 % d’opposés, et 20 % qui oscillent. Ce sont ces derniers qui portent la tension éthique et dont la réponse peut varier selon la façon dont la question est posée. Jérome Fourquet
On assiste aujourd’hui à un grand affaiblissement de l’image du père dans nos sociétés. C’est aussi le cas pour celle de la mère. La paternité est par nature une expérience subjective, mais je vois aujourd’hui beaucoup de couples qui, au milieu de la trentaine, hésitent à être parents. Les naissances surviennent plus tard qu’auparavant : cela montre bien que l’aventure de la paternité est devenue quelque chose d’éminemment subjectif, et donc de plus fragile. Elle n’est plus portée par la société et ne bénéficie plus d’un soutien collectif. Jacques Sédat (psychanalyste)
Le militant nationaliste britannique Tommy Robinson a été arrêté à Leeds et presque immédiatement condamné à 13 mois de prison ferme alors qu’il tentait de filmer les suspects d’un procès dont les médias locaux n’ont pas le droit de parler. Un épais voile noir n’en finit plus d’envelopper la liberté d’expression dans les démocraties occidentales. Il se montre particulièrement oppressant dès lors qu’il s’agit de museler des opinions critiques au sujet de la crise migratoire, des dangers de l’islamisme et, plus largement, du dogme multiculturaliste comme modèle supposé de société. Ces opinions critiques, si elles peuvent en choquer moralement certains, ne constituent pourtant pas des délits, ou en tout cas, pas encore…Les voies employées sont multiples et complémentaires. Sur le plan répressif, on peut mentionner les fermetures abusives et arbitraires de comptes sur les réseaux sociaux, soit par décision hautement inquisitrice des autorités facebookiennes (comme ce fut le cas par exemple pour Génération identitaire dont le compte a été récemment clos sans autre forme de procès), soit sous pression d’activistes qui, en procédant à des signalements massifs se lancent dans des sortes de fatwas numériques et finissent promptement par obtenir la fermeture des comptes qui les dérangent. On pense notamment au truculent dessinateur Marsault, mais les cas semblables sont légion. La voie judiciaire est également très utilisée pour faire taire les récalcitrants. On a pu assister par exemple à la condamnation ubuesque d’Éric Zemmour pour ce qui finit par s’apparenter, ni plus ni moins, à du délit d’opinion et à l’introduction piano sano d’un délit d’islamophobie et de blasphème dans les cours européennes. Le sort actuel de l’activiste britannique, Tommy Robinson (de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon), s’inscrit dans ce contexte sinistré. Le britannique de 35 ans, fondateur de l’English Defence League, hostile à l’islam radical et à la charia (ce qui peut plaire ou déplaire mais demeure une conviction de l’ordre de l’opinion et ne constitue donc pas un délit), est dans le collimateur des autorités de son pays. L’homme a été arrêté, le vendredi 25 mai, tandis qu’il diffusait une vidéo filmée en direct des abords du tribunal de Leeds où se tenait un procès mystérieux. Mystérieux car il existe une disposition du droit britannique permettant aux autorités judiciaires d’ordonner une « reporting restriction ». C’est-à-dire un embargo pendant lequel personne n’a le droit d’évoquer publiquement (journalistes inclus, donc) une affaire en cours de jugement. Cette mesure est décidée dans un but de bonne administration de la justice, de bon déroulement des procès, afin que l’émoi populaire suscité par telle ou telle affaire ne vienne pas nuire à la bonne et sereine marche d’une justice que l’on imagine naturellement impartiale, afin également d’en protéger les parties, plaignants ou accusés. Tommy Robinson, et c’est là son tort et sa limite, n’a pas souhaité se soumettre à cette curieuse loi d’airain, et s’est donc tout de même rendu au palais de justice pour y interpeller les accusés de ce qu’il a décrit comme étant supposément le procès des viols de fillettes dont les accusés sont des gangs pakistanais, notamment dans la région de Telford, exactions qui se sont produites pendant plusieurs décennies et qui ont mis un temps infini à être révélées puis prises en compte par des autorités surtout préoccupées par le risque de stigmatisation des communautés ethno-religieuses concernées, plutôt que par la protection des populations locales. Cette information sur la nature réelle du procès n’a pas pu être formellement vérifiée ni énoncée puisque, de toute façon, dans cette situation orwellienne, la presse n’est pas autorisée à en parler. Il s’agit donc ici de propos qu’on n’a pas le droit de tenir au sujet d’une affaire qu’il faut taire. Tommy Robinson a été interpellé et, dans une hallucinante et inhabituelle célérité, la justice l’a presque immédiatement condamné à une peine ferme de 13 mois de prison, sans que celui-ci n’ait pu avoir droit à un procès équitable ni consulter l’avocat de son choix. Tout ceci s’est déroulé sans que la presse n’ait vraiment le droit d’évoquer son cas, puisque les juges ont appliqué à sa condamnation une seconde « reporting restriction », sorte de couche supplémentaire dans le mille-feuille de silences et de censures nimbant déjà ce dossier décidément gênant. Au pays de l’Habeas corpus, cette affaire fait du bruit. Aussitôt, une pétition rassemblant vite plus de 500 000 signatures a circulé dans le monde entier, et l’émoi que l’on voulait mater s’est au contraire amplifié, par le biais notamment des réseaux sociaux dont on comprend bien qu’ils fassent l’objet de toutes les tentatives de restrictions et de lois liberticides à venir. Des personnalités aussi diverses que la demi-sœur de Meghan Markle ou le fils de Donald Trump, le leader néerlandais Geert Wilders, le chanteur Morrissey ou la secrétaire générale adjointe des Républicains, Valérie Boyer, et beaucoup d’autres célèbres ou anonymes, se sont émus et ont interpellé les autorités britanniques sur cette curieuse conception de la justice, expéditive pour les uns, anormalement complaisante et longue pour les autres. Des manifestants excédés ont même fini par s’en prendre à la police, samedi 9 juin, près de Trafalgar Square à Londres. Tommy Robinson se savait attendu au tournant ; il a toutefois bravé la loi en toute connaissance de cause, comme il l’avait déjà fait dans un précédent procès sur une affaire similaire, écopant alors de trois mois avec sursis, lesquels sont alors venus s’ajouter à la peine récemment prononcée pour « atteinte à l’ordre public ». On peut toutefois légitimement s’interroger sur plusieurs points qui choquent l’opinion publique ainsi que le bon sens. Tout d’abord, est-il judicieux bien que judiciaire, de la part des autorités britanniques, de décider de faire régner de nouveau le silence dans le traitement d’une affaire dans laquelle, précisément, c’est le silence complice des autorités qui est en partie mis en cause par les opinions publiques ? N’est-ce pas redoubler le mal et contribuer à rendre légitimes les soupçons d’étouffement de ces affaires pour des motifs idéologiques ? Peut-on encore parler du réel, le nommer, le montrer, sans encourir les foudres morales ni risquer l’embastillement ou le sort d’Oscar Wilde à la Reading Gaol ? Les démocraties occidentales qui se conçoivent pourtant comme « libérales » et s’opposent idéologiquement à ce qu’elles qualifient dédaigneusement de « démocraties illibérales » et populistes, ont-elles conscience de déroger, par ces silences complices et ces actions douteuses de musèlement, au libéralisme d’opinion qui fonde les régimes démocratiques et institue, normalement, les libertés fondamentales ? Ont-elles conscience de renforcer le fort soupçon de manipulation des opinions qui pèse de plus en plus sur elles, Brexit après Brexit, vote « populiste » après vote « populiste », rejet après rejet ? Ont-elles conscience que plus une censure s’applique, plus la réaction à cette censure est forte, que plus elles se conduisent ainsi, plus la colère et la révolte – qu’elles s’imaginent étouffer – grondent ? Ont-elles conscience que loin de protéger l’image des populations prétendument stigmatisées dans ces affaires, elles ne font que nourrir les interrogations et les soupçons à leur sujet ? (…) Les autorités ignorent-elles par ailleurs le sort réservé aux militants de ces mouvances hostiles à l’islam radical lorsqu’ils sont jetés ainsi en pâture dans des prisons tenues par les gangs que ces militants dénoncent précisément ? Kevin Crehan, condamné à 12 mois de prison pour avoir (certes stupidement) jeté du bacon sur une mosquée, n’a pas survécu à son incarcération. Tommy Robinson, lui-même précédemment incarcéré dans une affaire de prêt familial, a été victime de graves violences.  Sa sécurité fait-elle l’objet de garanties spécifiques au vu du contexte ? Enfin, le silence gêné de certains des principaux médias sur cette affaire ne pose-t-il pas de nouveau la question du pluralisme et de la liberté d’expression réelle dans le paysage médiatique occidental ? Anne-Sophie Chazaud (Causeur)
A man who drove a van into a crowd of Muslims near a London mosque has been found guilty of murder. Darren Osborne, 48, ploughed into people in Finsbury Park in June last year, killing Makram Ali, 51, and injuring nine others. Osborne, from Cardiff, was also found guilty of attempted murder and is due to be sentenced on Friday. (…) Police later found a letter in the van written by Osborne, referring to Muslim people as « rapists » and « feral ». He also wrote that Muslim men were « preying on our children ». The trial heard Osborne became « obsessed » with Muslims in the weeks leading up to the attack, having watched the BBC drama Three Girls, about the Rochdale grooming scandal. BBC
Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. Ahmed (violeur pakistanais)
A l’exception d’un demandeur d’asile afghan, tous sont d’origine pakistanaise. Toutes les filles sont blanches. L’équation est aussi froide et simple qu’explosive, dans un Royaume-Uni en proie au doute sur son modèle multiculturel. (…) Dans les semaines suivant le procès, les médias égrènent les noms de villes où des gangs similaires à celui de Rochdale sont démantelés : Nelson, Oxford, Telford, High Wycombe… Et, fin octobre, c’est à nouveau à Rochdale qu’un groupe de neuf hommes est appréhendé. Chaque fois, les violeurs sont en grande majorité d’origine pakistanaise. Les micros se tendent vers les associations ou les chercheurs spécialisés dans la lutte contre les abus sexuels. Selon leurs conclusions, entre 46 % et 83 % des hommes impliqués dans ce type précis d’affaires – des viols commis en bande par des hommes qui amadouent leurs jeunes victimes en « milieu ouvert » – sont d’origine pakistanaise (les statistiques ethniques sont autorisées en Grande-Bretagne). Pour une population d’origine pakistanaise évaluée à 7 %. (…) En septembre, un rapport gouvernemental conclura à un raté sans précédent des services sociaux et de la police, qui renforce encore l’opinion dans l’idée qu’un « facteur racial » a joué dans l’affaire elle-même, mais aussi dans son traitement par les autorités : entre 2004 et 2010, 127 alertes ont été émises sur des cas d’abus sexuels sur mineurs, bon nombre concernant le groupe de Shabir Ahmed, sans qu’aucune mesure soit prise. A plusieurs reprises, les deux institutions ont estimé que des jeunes filles âgées de 12 à 17 ans « faisaient leurs propres choix de vie ». Pour Ann Cryer, ancienne députée de Keighley, une circonscription voisine, aucun doute n’est permis : police et services sociaux étaient « pétrifiés à l’idée d’être accusés de racisme ». Le ministre de la famille de l’époque, Tim Loughton, reconnaît que « le politiquement correct et les susceptibilités raciales ont constitué un problème ». L’air est d’autant plus vicié que, à l’audience, Shabir Ahmed en rajoute dans la provocation. Il traite le juge de « salope raciste » et affirme : « Mon seul crime est d’être musulman. » Un autre accusé lance : « Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. » (…) un employé de la mairie s’interroge. Anonymement. « Où est la limite du racisme ? Les agresseurs voyaient ces filles comme du « déchet blanc », c’est indéniablement raciste. Mais les services sociaux, des gens bien blancs, ne les ont pas mieux considérées. » A quelques rues de là, dans sa permanence, Simon Danczuk, député travailliste de Rochdale qui a été l’un des premiers à parler publiquement d’un « facteur racial », juge tout aussi déterminant ce qu’il appelle le « facteur social » : « Les responsables des services sociaux ont pu imaginer que ces filles de même pas 15 ans se prostituaient, alors qu’ils en auraient été incapables à propos de leurs propres enfants. » (…) Mohammed Shafiq estime qu’ »une petite minorité d’hommes pakistanais voient les femmes comme des citoyens de seconde catégorie et les femmes blanches comme des citoyens de troisième catégorie ». Mais, pour lui, les jeunes filles agressées étaient surtout vulnérables. « Le fait qu’elles traînent dehors en pleine nuit, qu’elles soient habillées de façon légère, renforçait les agresseurs dans leur idée qu’elles ne valaient rien, qu’elles étaient inférieures. Mais cela faisait surtout d’elles des proies faciles, alors que les filles de la communauté pakistanaise sont mieux protégées par leur famille, et qu’un abus sexuel y est plus difficilement dissimulable. » Le Monde
Evocation juste et déchirante de la difficulté de la dénonciation de viols par des gamines de quinze ans dans le Nord de l’Angleterre, “Three Girls” est une œuvre puissante et nécessaire, inspirée de faits réels. A revoir en replay sur Arte.tv jusqu’au 21 juin 2018. Holly, 15 ans, est nouvelle dans son lycée. Elle a peu d’amis, à part deux sœurs désœuvrées qu’elle suit souvent dans un restaurant pakistanais où les employés les traitent comme des reines. Holly ne voit pas le piège qui se referme, jusqu’à ce qu’un des commerçants la viole dans l’arrière-boutique. La police ne prête pas attention à ses dires. Même ses parents doutent d’elle et ne la voient pas s’enfoncer dans l’engrenage d’un réseau de prostitution. Inspirée d’une histoire vraie, Three Girls nous plonge, avec un réalisme déchirant, dans l’horreur d’un trafic sexuel de grande ampleur, en n’éludant aucun aspect dérangeant, comme la terrible négligence des services sociaux et de la police. Une illustration supplémentaire de l’incommensurable difficulté de la dénonciation d’un viol, pour des victimes que la société juge, consciemment ou non, coupables (la retranscription des vraies paroles des avocats de la défense lors des scènes de procès est effarante). Three Girls est une œuvre formellement percutante, interprétée par des actrices formidables (Molly Windsor vient de remporter un Bafta pour le rôle de Holly). Une fois de plus, les Britanniques proposent une approche lucide et rigoureuse, quasi journalistique, de l’injustice et des défaillances de leurs institutions. Courageux et nécessaire. Télérama
Les tabloïds se sont contentés de rester en surface. Three Girls creuse en profondeur les faits et leur impact sur les victimes. Nous voulions faire entendre leurs voix, trop longtemps ignorées. Il nous a ­fallu trois ans pour engager le dia­logue et obtenir leur confiance. Cela a été un véritable travail de mémoi­re, où chaque nouvelle discussion ­apportait son lot de détails. (…) Three Girls est aussi l’histoire d’un intolérable mépris envers les classes sociales les plus pauvres, que l’on refuse de voir et d’écouter. Les victimes de Rochdale étaient des « filles à problèmes », venant de familles avec des antécédents criminels. Elles avaient sans doute bien cherché ce qui leur arrivait…(…) C’est d’autant plus une œuvre d’utilité publique que la BBC nous a soutenus de bout en bout. La charte de la chaîne dit qu’elle doit « divertir, éduquer et informer ». Nous n’avons pas cherché à divertir, seulement à éduquer et informer. Simon Lewis
Ces filles ont vécu l’horreur avant d’être humiliées par la police et les services sociaux, qui les ont traitées de menteuses et de gamines narcissiques. Personne n’a voulu les croire quand elles ont dénoncé leurs agresseurs ! Chacun des trois épisodes de la série s’attache à montrer les ratés de la police, puis de la justice et des services sociaux. (…) Il a fallu imaginer une narration rapide, pleine d’ellipses, au risque de ne pas coller à l’ensemble des faits. Mais chaque scène, même la plus succincte, est inspirée par nos entretiens ou notre étude des archi­ves de l’affaire. Rien n’est gratuit ni n’a été imaginé pour manipuler les émotions des téléspectateurs. (…) J’ai commencé ma carrière en réalisant des documentaires et j’ai ­appliqué les mêmes techniques de ­recherche et de mise en scène. Mais nous ne pouvions pas montrer le ­visage des filles et de leurs familles, révéler leur identité. Nous avons donc dû tourner un drame au plus près des faits — les scènes de tribunal respectent mot pour mot les ­minutes du procès —, et l’écriture ­fictionnelle nous a permis d’être au plus près des émotions des dif­férents protagonistes. (…)  La série a été diffusée peu de temps avant les élections générales bri­tanniques [l’équivalent de nos légis­latives, ndlr], en mai 2017, et a sans doute profité de l’appétit politique du public. Plus de huit millions de télé­spectateurs l’ont suivie lors de sa ­diffusion sur la BBC, et nous avons été assaillis de demandes pour la diffuser dans des écoles ou des centres culturels. Avec, à chaque fois, une même envie d’apprendre des erreurs qui y sont dénoncées. Philippa Lowthorpe
By date of conviction, we have evidence of such exploitation taking place in Keighley (2005 and 2013), Blackpool (2006), Oldham (2007 and 2008), Blackburn (2007, 2008 and 2009), Sheffield (2008), Manchester (2008 and 2013) Skipton (2009), Rochdale (two cases in 2010, one in 2012 and another in 2013), Nelson (2010), Preston (2010) Rotherham (2010) Derby (2010), Telford (2012), Bradford (2012), Ipswich (2013), Birmingham (2013), Oxford (2013), Barking (2013) and Peterborough (2013). This is based on a trawl of news sources so is almost certainly incomplete. (…) Ceop data about the ethnicity of offenders and suspects identified by those 31 police forces in 2012 is incomplete. The unit says: “All ethnicities were represented in the sample. However, a disproportionate number of offenders were reported as Asian.” Of 52 groups where ethnicity data was provided, 26 (50 per cent) comprised all Asian offenders, 11 (21 per cent) were all white, 9 (17 per cent) groups had offenders from multiple ethnicities, 4 (8 per cent) were all black offenders and there were 2 (4 per cent) exclusively Arab groups. Of the 306 offenders whose ethnicity was noted, 75 per cent were categorised as Asian, 17 per cent white, and the remaining 8 per cent black (5 per cent) or Arab (3 per cent). By contrast, the seven “Type 2 groups” – paedophile rings rather than grooming gangs – “were reported as exclusively of white ethnicity”. Ceop identified 144 victims of the Type 1 groups. Again, the data was incomplete. Gender was mentioned in 118 cases. All were female. Some 97 per cent of victims were white. Girls aged between 14 and 15 accounted for 57 per cent of victims. Out of 144 girls, 100 had “at least one identifiable vulnerability” like alcohol or drug problems, mental health issues or a history of going missing. More than half of the victims were in local authority care. The 27 court cases that we found led to the convictions of 92 men. Some 79 (87 per cent) were reported as being of South Asian Muslim origin. Three were white Britons, two were Indian, three were Iraqi Kurds, four were eastern European Roma and one was a Congolese refugee, according to reports of the trials. Considerable caution is needed when looking at these numbers, as our sample is very unscientific. There are grooming cases we will have missed, and there will undoubtedly be offences that have not resulted in convictions. (…) Ceop says: “The comparative levels of freedom that white British children enjoy in comparison to some other ethnicities may make them more vulnerable to exploitation. “They may also be more likely to report abuse. This is an area requiring better data and further research.” Channel 4 news
Child sexual exploitation is one of the most sickening crimes of our age, yet the scale is unknown because, by its very nature, boys and girls frequently go missing in an underworld of systematic abuse. Barnardo’s has 22 projects across the country dedicated to finding and helping these young people, and has been campaigning for years to bring the issue to the forefront of the government’s agenda. The past weeks have seen a welcome shift in recognition of this problem, but the focus has been on the ethnicity of abusers, based on two high-profile cases in particular parts of England. It’s crucial to recognise that just as the ethnicity of the perpetrators differs across the UK, so does that of the children. We need to pull away from the growing stereotypes: it is not just Asian men who commit this crime, nor are the victims only white – black and Asian girls are targeted too. They are used like puppets by these abhorrent men and women – groomed and manipulated to a point where they are brainwashed, raped and scarred for life. I have met some very brave girls and boys who we are helping to overcome the tragic childhood that they will never get back. One of them is Aaliyah. Her story isn’t unusual. As 14 she began to become estranged from her parents and started to go out a lot. She was introduced to men older than her, who would impress her with their flash cars and gifts. Desperate for love and attention the affection they showed her seemed very real, until it turned nasty. The unthinkable cruelty she suffered will never be forgotten – Aaliyah was physically and mentally abused, with one so-called boyfriend pulling her out of his car by her hair and threatening to cut her legs off with an axe before driving her to a hotel room, « to have his friends come over and do what they wanted to me ». We worked with more than a thousand children and young people like Aaliyah last year, and we believe that is likely to be the tip of the iceberg. Wherever we have looked for exploitation, we have found it. We need to use the momentum of current debate to highlight what really matters: protecting these vulnerable children. It is 16 years since Barnardo’s opened its first service dedicated to sexually exploited children in Bradford. Today we release a report, Puppet on a String, that highlights three new issues: trafficking around the UK is becoming more common; sexual exploitation is more organised and grooming more sophisticated, with technology being used to find, isolate and control victims; and increasingly younger children are being abused. Emma’s sexual exploitation began in a similar way to Aaliyah’s. When, aged 14, she met a man in his early 30s who showered her with gifts and attention, she fell in love, but soon her « boyfriend » began abusing her and forcing her to sleep with different men. Her words are heartbreaking: « I just hoped that one day one of the men would be a real boyfriend, that he’d like me for the real me and that he’d want to save me. But it never happened. » Anne-Marie Carrie
By now surely everyone knows the case of the eight men convicted of picking vulnerable underage girls off the streets, then plying them with drink and drugs before having sex with them. A shocking story. But maybe you haven’t heard. Because these sex assaults did not take place in Rochdale, where a similar story led the news for days in May, but in Derby earlier this month. Fifteen girls aged 13 to 15, many of them in care, were preyed on by the men. And though they were not working as a gang, their methods were similar – often targeting children in care and luring them with, among other things, cuddly toys. But this time, of the eight predators, seven were white, not Asian. And the story made barely a ripple in the national media. Of the daily papers, only the Guardian and the Times reported it. There was no commentary anywhere on how these crimes shine a light on British culture, or how middle-aged white men have to confront the deep flaws in their religious and ethnic identity. Yet that’s exactly what played out following the conviction in May of the « Asian sex gang » in Rochdale, which made the front page of every national newspaper. Though analysis of the case focused on how big a factor was race, religion and culture, the unreported story is of how politicians and the media have created a new racial scapegoat. In fact, if anyone wants to study how racism begins, and creeps into the consciousness of an entire nation, they need look no further. (…) the intense interest in the Rochdale story arose from a January 2011 Times « scoop » that was based on the conviction of at most 50 British Pakistanis out of a total UK population of 1.2 million, just one in 24,000 (…) Even the Child Protection and Online Protection Centre (Ceop), which has also studied potential offenders who have not been convicted, has only identified 41 Asian gangs (of 230 in total) and 240 Asian individuals – and they are spread across the country. But, despite this, a new stereotype has taken hold: that a significant proportion of Asian men are groomers (and the rest of their communities know of it and keep silent). But if it really is an « Asian » thing, how come Indians don’t do it? If it’s a « Pakistani » thing, how come an Afghan was convicted in the Rochdale case? And if it’s a « Muslim » thing, how come it doesn’t seem to involve anyone of African or Middle Eastern origin? The standard response to anyone who questions this is: face the facts, all those convicted in Rochdale were Muslim. Well, if one case is enough to make such a generalisation, how about if all the members of a gang of armed robbers were white; or cybercriminals; or child traffickers? (All three of these have happened.) Would we be so keen to « face the facts » and make it a problem the whole white community has to deal with? Would we have articles examining what it is about Britishness or Christianity or Europeanness, that makes people so capable of such things? (…) Whatever the case, we know that abuse of white girls is not a cultural or religious issue because there is no longstanding history of it taking place in Asia or the Muslim world. How did middle-aged Asian men from tight-knit communities even come into contact with white teenage girls in Rochdale? The main cultural relevance in this story is that vulnerable, often disturbed, young girls, regularly out late at night, often end up in late-closing restaurants and minicab offices, staffed almost exclusively by men. After a while, relationships build up, with the men offering free lifts and/or food. For those with a predatory instinct, sexual exploitation is an easy next step. This is an issue of what men can do when away from their own families and in a position of power over badly damaged young people. It’s a story repeated across Britain, by white and other ethnic groups: where the opportunity arises, some men will take advantage. The precise method, and whether it’s an individual or group crime, depends on the particular setting – be they priests, youth workers or networks on the web. (…) if the tables were turned and the victims were Asian or Muslim, we would have been subjected to equally skewed « expert » commentary asking: what is wrong with how Muslims raise girls? Why are so many of them on the streets at night? Shouldn’t the community face up to its shocking moral breakdown? (…) We have been here before, of course: in the 1950s, West Indian men were labelled pimps, luring innocent young white girls into prostitution. By the 1970s and 80s they were vilified as muggers and looters. And two years ago, Channel 4 ran stories, again based on a tiny set of data, claiming there was an endemic culture of gang rape in black communities. The victims weren’t white, though, so media interest soon faded. It seems that these stories need to strike terror in the heart of white people for them to really take off. What is also at play here is the inability of people, when learning about a different culture or race, to distinguish between the aberrations of a tiny minority within that group, and the normal behaviour of a significant section. Some examples are small in number but can be the tip of a much wider problem: eg, knife crime, which is literally the sharp end of a host of problems affecting black communities ranging from family breakdown, to poverty, to low school achievement and social exclusion. Joseph Harker
In May 2012, nine men from the Rochdale area of Manchester were found guilty of sexually exploiting a number of underage girls. Media reporting on the trial focused on the fact that eight of the men were of Pakistani descent, while all the girls were white. Framing similar cases in Preston, Rotherham, Derby, Shropshire, Oxford, Telford and Middlesbrough as ethnically motivated, the media incited moral panic over South Asian grooming gangs preying on white girls. While these cases shed light on the broader problem of sexual exploitation in Britain, they also reveal continuing misconceptions that stereotype South Asian men as ‘natural’ perpetrators of these crimes due to culturally-specific notions of hegemonic masculinity. Examining newspaper coverage from 2012 to 2013, this article discusses the discourse of the British media’s portrayal of South Asian men as perpetrators of sexual violence against white victims, inadvertently construing ‘South Asian men’ as ‘folk devils’. Aisha K Gill (University of Roehampton) and Karen Harrison (University of Hull)
In more inflammatory terms, the Mail Online referred to the perpetrators as a ‘small minority who see women as second class citizens, and white women probably as third class citizens’ (Dewsbury 2012) Aisha K Gill (University of Roehampton) and Karen Harrison (University of Hull)
There is a small minority of Pakistani men who believe that white girls are fair game. And we have to be prepared to say that. You can only start solving a problem if you acknowledge it first. This small minority who see women as second class citizens, and white women probably as third class citizens, are to be spoken out against. (…) These were grown men, some of them religious teachers or running businesses, with young families of their own. Whether or not these girls were easy prey, they knew it was wrong. (…) In mosque after mosque, this should be raised as an issue so that anybody remotely involved should start to feel that the community is turning on them. Communities have a responsibility to stand up and say, ‘This is wrong, this will not be tolerated’. (…) Cultural sensitivity should never be a bar to applying the law. (…) Failure to be “open and front-footed” would “create a gap for extremists to fill, a gap where hate can be peddled.  (…) Leadership is about moving people with you, not just pissing them off. Baroness Warsi
The terrible story of the Oxford child sex ring has brought shame not only on the city of dreaming spires, but also on the local Muslim community. It is a sense of repulsion and outrage that I feel particularly strongly, working as a Muslim leader and Imam in this neighbourhood and trying  to promote genuine  cultural integration. (…) But apart from its sheer depravity, what also depresses me about this case is the widespread refusal to face up to its hard realities. The fact is that the vicious activities of the Oxford ring are bound up with religion and race: religion, because all the perpetrators, though they had different nationalities, were Muslim; and race, because they deliberately targeted vulnerable white girls, whom they appeared to regard as ‘easy meat’, to use one of their revealing, racist phrases. Indeed, one of the victims who bravely gave evidence in court told a newspaper afterwards that ‘the men exclusively wanted white girls to abuse’. But as so often in fearful, politically correct modern Britain, there is a craven unwillingness to face up to this reality. Commentators and politicians tip-toe around it, hiding behind weasel words. We are told that child sex abuse happens ‘in all communities’, that white men are really far more likely to be abusers, as has been shown by the fall-out from the Jimmy Savile case. One particularly misguided commentary argued that the predators’ religion was an irrelevance, for what really mattered was that most of them worked in the night-time economy as taxi drivers, just as in the Rochdale child sex scandal many of the abusers worked in kebab houses, so they had far more opportunities to target vulnerable girls. But all this is deluded nonsense. While it is, of course, true that abuse happens in all communities, no amount of obfuscation can hide the pattern that has been exposed in a series of recent chilling scandals, from Rochdale to Oxford, and Telford to Derby. In all these incidents, the abusers were Muslim men, and their targets were under-age white girls. Moreover, reputable studies show that around 26 per cent of those involved in grooming and exploitation rings are Muslims, which is around five times higher than the proportion of Muslims in the adult male population. To pretend that this is not an issue for the Islamic community is to fall into a state of ideological denial. But then part of the reason this scandal happened at all is precisely because of such politically correct thinking. All the agencies of the state, including the police, the social services and the care system, seemed eager to ignore the sickening exploitation that was happening before their eyes. Terrified of accusations of racism, desperate not to undermine the official creed of cultural diversity, they took no action against obvious abuse. (…) Amazingly, the predators seem to have been allowed by local authority managers to come and go from care homes, picking their targets to ply them with drink and drugs before abusing them. You can be sure that if the situation had been reversed, with gangs of tough, young white men preying on vulnerable Muslim girls, the state’s agencies would have acted with greater alacrity. Another sign of the cowardly approach to these horrors is the constant reference to the criminals as ‘Asians’ rather than as ‘Muslims’. In this context, Asian is a completely meaningless term.  The men were not from China, or India or Sri Lanka or even Bangladesh. They were all from either Pakistan or Eritrea, which is, in fact, in East Africa rather than Asia. What united them in their outlook was their twisted, corrupt mindset, which bred their misogyny and racism. (…) In the misguided orthodoxy that now prevails in many mosques, including several of those in Oxford, men are unfortunately taught that women are second-class citizens, little more than chattels or possessions over whom they have absolute authority. That is why we see this growing, reprehensible fashion for segregation at Islamic events on university campuses, with female Muslim students pushed to the back of lecture halls. There was a telling incident in the trial when it was revealed that one of the thugs heated up some metal to brand a girl, as if she were a cow. ‘Now, if you have sex with someone else, he’ll know that you belong to me,’ said this criminal, highlighting an attitude where women are seen as nothing more than personal property. The view of some Islamic preachers towards white women can be appalling. They encourage their followers to believe that these women are habitually promiscuous, decadent and sleazy — sins which are made all the worse by the fact that they are kaffurs or non-believers. Their dress code, from mini-skirts to sleeveless tops, is deemed to reflect their impure and immoral outlook. According to this mentality, these white women deserve to be punished for their behaviour by being exploited and degraded. On one level, most imams in the UK are simply using their puritanical sermons to promote the wearing of the hijab and even the burka among their female adherents. But the dire result can be the brutish misogyny we see in the Oxford sex ring. (…) It is telling, though, that they never dared to target Muslim girls from the Oxford area. They knew that they would be sought out by the girls’ families and ostracised by their community. But preying on vulnerable white girls had no such consequences — once again revealing how intimately race and religion are bound up with this case. (…) Horror over this latest scandal should serve as a catalyst for a new approach, but change can take place only if we abandon the dangerous blinkers of political correctness and antiquated multiculturalism. Dr. Taj Hargey (Imam of the Oxford Islamic Congregation)

Attention: un entrainement peut en cacher un autre !

Au lendemain de la diffusion sur Arte, un an après la Grande-Bretagne, de la mini-série britannique Three girls

Sur la découverte, contre les services de la police et des services sociaux, d’un trafic sexuel de jeunes mineures par notamment des réseaux d’origine pakistanaise qui a touché pendant des années une dizaine de villes britanniques …

A l’heure où les peuples européens commencent à se rebiffer contre la folie tant immigrationniste que « sociétale » que prétendent leur imposer à coup de sondages ventriloques des dirigeants eux-mêmes protégés des conséquences de leurs décisions …

Pendant qu’entre nos écrans, nos scènes musicales et les téléphones portables de nos jeunes, l’on rivalise de vulgarité et d’irrespect y compris pour les morts …

Comment ne pas voir une nouvelle illustration de ce politiquement correct …

Qui contre les membres mêmes de ces communautés les plus lucides comme la baronesse Warsi ou l’imam d’Oxford Taj Hargey, va jusqu’à nier l’évidence …

A savoir l’existence et la sur-représentation d’une partie des immigrés pakistanais et donc musulmans qui considèrent les femmes et les filles blanches comme des « proies faciles » et des « citoyennes de 3e zone » …

Mais aussi contre le discours déligitimateur de nos sociologues maitres ès « paniques morales » qui à force de crier au loup finissent par produire les passages à l’acte mêmes des individus ou des groupes qu’ils dénoncent …

La dimension éminemment salutaire de ce sursaut de lucidité …

Face tant à la conjonction de la désagrégation des familles blanches les plus fragilisées et de l’indéniable radicalisation des prêches de certains imams …

Qu’à cette perversion de la démocratie qui voudrait, entre deux distributions de préservatifs et bientôt de godemichés (pardon: de « sex toys » !) à des gamines de 11 ans

Imposer « au plus grand nombre », selon le mot d’Henry Berque, les « vices de quelques-uns » ?

Entretien
“Three Girls”, une série qui révèle “l’intolérable mépris envers les classes les plus pauvres”
Pierre Langlais
Télérama
14/06/2018

iaux : une minisérie de la BBC revient sur l’inaction des institutions britanniques dans l’affaire des adolescentes de Rochdale, victimes de trafic sexuel. Fruit d’un minutieux “travail de mémoire”, elle a contribué à libérer la parole outre-Manche.

Entre 2008 et 2010, quarante-sept adolescentes, pour les plus jeunes âgées d’à peine 13 ans, ont été victimes d’un réseau de trafic sexuel à Roch­dale, dans la banlieue de Manchester, dans le nord de l’Angleterre. Three Girls, minisérie de la BBC en trois épisodes, reconstitue le calvaire de trois d’entre elles dans un drame bouleversant, ­rigoureusement documenté. Une œuvre filmée à hauteur de ses jeunes héroïnes, doublée d’une dénonciation puissante des injustices sociales et des ratés institutionnels que l’affaire révéla, comme l’expliquent sa réalisatrice, Philippa Lowthorpe, et son producteur, Simon Lewis (1).

La presse britannique a largement relaté cette affaire à l’époque des faits. Qu’aviez-vous à ajouter ?

Simon Lewis : Les tabloïds se sont contentés de rester en surface. Three Girls creuse en profondeur les faits et leur impact sur les victimes. Nous voulions faire entendre leurs voix, trop longtemps ignorées. Il nous a ­fallu trois ans pour engager le dia­logue et obtenir leur confiance. Cela a été un véritable travail de mémoi­re, où chaque nouvelle discussion ­apportait son lot de détails.

C’est aussi l’histoire d’un terrible manquement des institutions…

Philippa Lowthorpe : Ces filles ont vécu l’horreur avant d’être humiliées par la police et les services sociaux, qui les ont traitées de menteuses et de gamines narcissiques. Personne n’a voulu les croire quand elles ont dénoncé leurs agresseurs ! Chacun des trois épisodes de la série s’attache à montrer les ratés de la police, puis de la justice et des services sociaux.

S.L. : Three Girls est aussi l’histoire d’un intolérable mépris envers les classes sociales les plus pauvres, que l’on refuse de voir et d’écouter. Les victimes de Rochdale étaient des « filles à problèmes », venant de familles avec des antécédents criminels. Elles avaient sans doute bien cherché ce qui leur arrivait…

Chaque scène, même la plus succincte, est inspirée par nos entretiens ou notre étude des archi­ves de l’affaire.”

Comment condenser en trois heures une affaire qui a duré cinq ans [le procès a eu lieu en 2012, ndlr] ?

P.L. : Il a fallu imaginer une narration rapide, pleine d’ellipses, au risque de ne pas coller à l’ensemble des faits. Mais chaque scène, même la plus succincte, est inspirée par nos entretiens ou notre étude des archi­ves de l’affaire. Rien n’est gratuit ni n’a été imaginé pour manipuler les émotions des téléspectateurs.

Dans ce cas, pourquoi ne pas avoir choisi la forme documentaire ?

P.L. : J’ai commencé ma carrière en réalisant des documentaires et j’ai ­appliqué les mêmes techniques de ­recherche et de mise en scène. Mais nous ne pouvions pas montrer le ­visage des filles et de leurs familles, révéler leur identité. Nous avons donc dû tourner un drame au plus près des faits — les scènes de tribunal respectent mot pour mot les ­minutes du procès —, et l’écriture ­fictionnelle nous a permis d’être au plus près des émotions des dif­férents protagonistes.

“Three Girls” a été diffusé sur le service public. Le considérez-vous comme une œuvre d’utilité publique ?

P.L. : La série a été diffusée peu de temps avant les élections générales bri­tanniques [l’équivalent de nos légis­latives, ndlr], en mai 2017, et a sans doute profité de l’appétit politique du public. Plus de huit millions de télé­spectateurs l’ont suivie lors de sa ­diffusion sur la BBC, et nous avons été assaillis de demandes pour la diffuser dans des écoles ou des centres culturels. Avec, à chaque fois, une même envie d’apprendre des erreurs qui y sont dénoncées.

S.L. : C’est d’autant plus une œuvre d’utilité publique que la BBC nous a soutenus de bout en bout. La charte de la chaîne dit qu’elle doit « divertir, éduquer et informer ». Nous n’avons pas cherché à divertir, seulement à éduquer et informer.

(1) Interview réalisée dans le cadre du Festival de la fiction TV de La Rochelle, en septembre 2017.


on aime passionnément Three Girls, jeudi à 20.55 sur Arte et dès maintenant sur arte.tv.

Voir aussi:

Streaming
Regardez en replay “Three Girls”, mini-série puissante et nécessaire

Sébastien Mauge
Télérama
15/06/2018

Evocation juste et déchirante de la difficulté de la dénonciation de viols par des gamines de quinze ans dans le Nord de l’Angleterre, “Three Girls” est une œuvre puissante et nécessaire, inspirée de faits réels. A revoir en replay sur Arte.tv jusqu’au 21 juin 2018.

Holly, 15 ans, est nouvelle dans son lycée. Elle a peu d’amis, à part deux sœurs désœuvrées qu’elle suit souvent dans un restaurant pakistanais où les employés les traitent comme des reines. Holly ne voit pas le piège qui se referme, jusqu’à ce qu’un des commerçants la viole dans l’arrière-boutique. La police ne prête pas attention à ses dires. Même ses parents doutent d’elle et ne la voient pas s’enfoncer dans l’engrenage d’un réseau de prostitution.

Inspirée d’une histoire vraie, Three Girls nous plonge, avec un réalisme déchirant, dans l’horreur d’un trafic sexuel de grande ampleur, en n’éludant aucun aspect dérangeant, comme la terrible négligence des services sociaux et de la police. Une illustration supplémentaire de l’incommensurable difficulté de la dénonciation d’un viol, pour des victimes que la société juge, consciemment ou non, coupables (la retranscription des vraies paroles des avocats de la défense lors des scènes de procès est effarante). Three Girls est une œuvre formellement percutante, interprétée par des actrices formidables (Molly Windsor vient de remporter un Bafta pour le rôle de Holly). Une fois de plus, les Britanniques proposent une approche lucide et rigoureuse, quasi journalistique, de l’injustice et des défaillances de leurs institutions. Courageux et nécessaire.

The Oxford sex ring and the preachers who teach young Muslim men that white girls are cheap

The terrible story of the Oxford child sex ring has brought shame not only on the city of dreaming spires, but also on the local Muslim community.

It is a sense of repulsion and outrage that I feel particularly strongly, working as a Muslim leader and Imam in this neighbourhood and trying  to promote genuine  cultural integration.

There is no doubt that the evil deeds of these men have badly set back the cause of cross-community harmony.

In its harrowing details, this grim saga of exploitation, misogyny, perversion and cruelty fills me not only with desperate sorrow for those girls and their families, but also with dread and despair.

Seven members of a paedophile ring were found guilty at the Old Bailey of a catalogue of child sex abuse charges: The case has brought shame not only on the city of dreaming spires, but also on the local Muslim community

If I were the judge in this case, I would hand out the harshest possible jail sentences to these monstrous predators, both to see that justice is done for their victims and to send out a message to other exploiters.

And when I say harsh, I mean it: none of this fashionable nonsense about prisoners being released only a quarter of the way through their sentences. There is no pattern of good conduct these men could follow behind bars that could possibly make up for all the terrible suffering they have inflicted on others.

Depravity

But apart from its sheer depravity, what also depresses me about this case is the widespread refusal to face up to its hard realities.

The fact is that the vicious activities of the Oxford ring are bound up with religion and race: religion, because all the perpetrators, though they had different nationalities, were Muslim; and race, because they deliberately targeted vulnerable white girls, whom they appeared to regard as ‘easy meat’, to use one of their revealing, racist phrases.

Indeed, one of the victims who bravely gave evidence in court told a newspaper afterwards that ‘the men exclusively wanted white girls to abuse’.

Brothers Bassam Karrar (left) and Mohammed Karrar (right) were found guilty at the Old Bailey yesterday. It can not be ignored that all all the perpetrators, though they had different nationalities, were Muslim

But as so often in fearful, politically correct modern Britain, there is a craven unwillingness to face up to this reality.

Commentators and poli-ticians tip-toe around it, hiding behind weasel words.

We are told that child sex abuse happens ‘in all communities’, that white men are really far more likely to be abusers, as has been shown by the fall-out from the Jimmy Savile case.

One particularly misguided commentary argued that the predators’ religion was an irrelevance, for what really mattered was that most of them worked in the night-time economy as taxi drivers, just as in the Rochdale child sex scandal many of the abusers worked in kebab houses, so they had far more opportunities to target vulnerable girls.

‘As so often in fearful, politically correct modern Britain, there is a craven unwillingness to face up to the reality that their actions are tied up with religion and race’

But all this is deluded nonsense. While it is, of course, true that abuse happens in all communities, no amount of obfuscation can hide the pattern that has been exposed in a series of recent chilling scandals, from Rochdale to Oxford, and Telford to Derby.

In all these incidents, the abusers were Muslim men, and their targets were under-age white girls.

Moreover, reputable studies show that around 26 per cent of those involved in grooming and exploitation rings are Muslims, which is around five times higher than the proportion of Muslims in the adult male population.

To pretend that this is not an issue for the Islamic community is to fall into a state of ideological denial.

But then part of the reason this scandal happened at all is precisely because of such politically correct thinking. All the agencies of the state, including the police, the social services and the care system, seemed eager to ignore the sickening exploitation that was happening before their eyes.

Terrified of accusations of racism, desperate not to undermine the official creed of cultural diversity, they took no action against obvious abuse.

Brothers Anjum Dogar (left) and Akhtar Dogar (right) have been convicted of offences involving underage girls. one of the victims who bravely gave evidence in court told a newspaper afterwards that ‘the men exclusively wanted white girls to abuse’

Amazingly, the predators seem to have been allowed by local authority managers to come and go from care homes, picking their targets to ply them with drink and drugs before abusing them. You can be sure that if the situation had been reversed, with gangs of tough, young white men preying on vulnerable Muslim girls, the state’s agencies would have acted with greater alacrity.

Another sign of the cowardly approach to these horrors is the constant reference to the criminals as ‘Asians’ rather than as ‘Muslims’.

In this context, Asian is a completely meaningless term.  The men were not from China, or India or Sri Lanka or even Bangladesh. They were all from either Pakistan or Eritrea, which is, in fact, in East Africa rather than Asia.

Zeeshan Ahmed (left) and Kamar Jamil (right) were among those who were convicted at the Old Bailey. Some aspects of the trial highlighted an attitude where women are seen as nothing more than personal property

What united them in their outlook was their twisted, corrupt mindset, which bred their misogyny and racism.

If they had been real, genuine followers of Islam, they would not have dreamt of indulging in such vile crimes, for true Islam preaches respect for women and warns against all forms of sexual licence, including adultery and exploitation.

Contempt

Assad Hussain was convicted of having sex with a child. Reputable studies show that around 26 per cent of those involved in grooming and exploitation rings are Muslims

By all accounts, this was not the version that these men heard in their mosques. On the contrary, they would have been drip-fed for years a far less uplifting doctrine, one that denigrates all women, but treats whites with particular contempt.

In the misguided orthodoxy that now prevails in many mosques, including several of those in Oxford, men are unfortunately taught that women are second-class citizens, little more than chattels or possessions over whom they have absolute authority.

That is why we see this growing, reprehensible fashion for segregation at Islamic events on university campuses, with female Muslim students pushed to the back of lecture halls.

There was a telling incident in the trial when it was revealed that one of the thugs heated up some metal to brand a girl, as if she were a cow. ‘Now, if you have sex with someone else, he’ll know that you belong to me,’ said this criminal, highlighting an attitude where women are seen as nothing more than personal property.

The view of some Islamic preachers towards white women can be appalling. They encourage their followers to believe that these women are habitually promiscuous, decadent and sleazy — sins which are made all the worse by the fact that they are kaffurs or non-believers.

Their dress code, from mini-skirts to sleeveless tops, is deemed to reflect their impure and immoral outlook. According to this mentality, these white women deserve to be punished for their behaviour by being exploited and degraded.

Brutish

On one level, most imams in the UK are simply using their puritanical sermons to promote the wearing of the hijab and even the burka among their female adherents. But the dire result can be the brutish misogyny we see in the Oxford sex ring.

For those of us who support effective and meaningful integration, it is dispiriting to see how little these criminals, several of them second-generation Britons, have been integrated into our society.

If they were possessed by the slightest sense of belonging or shared citizenship, they would have had some respect for the welfare of these girls.

Instead, they saw only people from an alien world with which they felt no connection. For them, there was no sense of kinship or solidarity for people in their neighbourhood who were not Muslims.

It is telling, though, that they never dared to target Muslim girls from the Oxford area. They knew that they would be sought out by the girls’ families and ostracised by their community. But preying on vulnerable white girls had no such consequences — once again revealing how intimately race and religion are bound up with this case.

We will build a secure society only when we are all taught to have respect for one another, regardless of creed or colour.

Horror over this latest scandal should serve as a catalyst for a new approach, but change can take place only if we abandon the dangerous blinkers of political correctness and antiquated multiculturalism.

Voir aussi:

Full interview with Baroness Warsi: Father asked me ‘why be a leader if you don’t take the lead?’
Joe Murpy
The Evening Standard
18 May 2012

Baroness Warsi may be a Cabinet minister with all the finely-honed minds of the civil service to call upon, but sometimes the adviser she trusts most is simply her dad.

So it was when the horrific details of the Rochdale sexual grooming scandal poured out in a shocking court case this month.

Five white girls, aged 13 to 15, were plied with alcohol, food and money and subjected to multiple sex attacks. The guilty men were Muslims of mainly Pakistani origin, some regarded as pillars of their community.

Shortly after nine men were convicted, Lady Warsi sat down to dinner at her parents’ house and her father asked what the Government was going to do about it. She did not know. The baroness recalled: “Dad then said, ‘Well, what are you doing about it?’ I said, ‘Oh, it’s not me, it’s a Home Office issue’.” At this her father, Safdar, gave her a remarkable lecture.

“He said to me: ‘Sayeeda, what is the point in being in a position of leadership if you don’t lead on issues that are so fundamental? This is so stomach churningly sick that you should have been out there condemning it as loudly as you could. Uniquely, you are in a position to show leadership on this.’

“I thought to myself, he’s absolutely right.” Today she has decided to use an interview with the Evening Standard to do as her father advised.

Until now, Lady Warsi — Britain’s most senior Muslim politician and the first Muslim woman to reach the Cabinet — has declined media requests for comment on the case. But in fact, the 41-year-old former solicitor has strong views of what went so badly wrong in a community just like the one in which she was raised.

“There is a small minority of Pakistani men who believe that white girls are fair game,” she said — choosing her words with care but not mincing them. “And we have to be prepared to say that. You can only start solving a problem if you acknowledge it first.”

She is clear that the colour of the victims’ skin, as well as their vulnerability, helped to make them a target. “This small minority who see women as second class citizens, and white women probably as third class citizens, are to be spoken out against,” she said.

This puts her at odds with some commentators who argue that the racial element was coincidental and that sex abuse occurs in white gangs. She says the Rochdale case was “even more disgusting” than cases of girls being passed around street gangs. “These were grown men, some of them religious teachers or running businesses, with young families of their own,” she said. Whether or not these girls were easy prey, they knew it was wrong.”

Her second challenge is to British Muslim leaders and preachers who have been equally appalled but nervous of speaking out.

“In mosque after mosque, this should be raised as an issue so that anybody remotely involved should start to feel that the community is turning on them,” she said. “Communities have a responsibility to stand up and say, ‘This is wrong, this will not be tolerated’.”

So far, she added, the response from organisations like the British Muslim Forum and the Muslim Council of Britain has been “fantastic”.

Her third plea is for the authorities to stop being squeamish about investigating allegations involving minorities. “Cultural sensitivity should never be a bar to applying the law,” she said.

Failure to be “open and front-footed” would “create a gap for extremists to fill, a gap where hate can be peddled”.  The leader of the racist BNP, Nick Griffin, has already gloated about “Muslim paedophile rapists”.

Nobody could accuse Lady Warsi of what she calls “pussyfooting” around political minefields. In her five years as a top-level Tory she has hit out at voting fraud, attacked “militant secularisation”, been pelted by eggs and gone eyeball to eyeball against Mr Griffin.

But she says her aim is to resolve this issue, not pick a fight. “Leadership is about moving people with you, not just pissing them off,” she said.

Her passion is catching. She talks non-stop in a broad Yorkshire accent, acquired in her childhood in Dewsbury where she went to a state school.

Fluent in English, Urdu and Punjabi, she is a comfortable mix of cultures. Her mum, Hafeeza, arranged her first marriage, which lasted 17 years. In  2009 she married ”my rock”,  Iftikhar Azam, in a ceremony at her parents’ house in Dewsbury.  Although a practicing Muslim, who eschews alcohol and fasts at Ramadan, she hints at bending some rules. “Strictly, I should be doing my prayers five times a day. But I hate answering that: If I answer it truthfully my mum won’t be best pleased. If I said I was perfect, I would be lying.”

THE key to her confidence and success was a father whom she describes as “an amazing feminist” as well as a remarkable success story. Safdar Hussain came to Britain from a rural village in the Punjab with £2.50 to his name and worked double-shifts in a rag mill to make ends meet.

He became a bus conductor, bus driver, taxi driver and driving instructor before co-founding a firm manufacturing hand-made beds that now turns over £5 million a year.

Safdar encouraged his wife to have driving lessons in the Seventies, put his five daughters through university and into professional careers — and told them all to embrace the best of their Pakistani heritage as well as British culture.

When travelling abroad, she urges Muslim parents to give their girls the same chances, arguing that the Koran clearly exhorts followers to acquire knowledge. “Nowhere does it say, ‘Only if you are a bloke’.”

It’s hard to imagine any bloke telling Lady Warsi what to do. Except, of course, her dad.

Voir également:

Sexual exploitation of children: Derby and Rochdale are tip of an iceberg
Grooming is becoming more widespread and sophisticated throughout the UK. We must tackle the full horror of this abhorrent abuse
Anne Marie Carrie
The Guardian
17 January 2011

Child sexual exploitation is one of the most sickening crimes of our age, yet the scale is unknown because, by its very nature, boys and girls frequently go missing in an underworld of systematic abuse. Barnardo’s has 22 projects across the country dedicated to finding and helping these young people, and has been campaigning for years to bring the issue to the forefront of the government’s agenda.

The past weeks have seen a welcome shift in recognition of this problem, but the focus has been on the ethnicity of abusers, based on two high-profile cases in particular parts of England. It’s crucial to recognise that just as the ethnicity of the perpetrators differs across the UK, so does that of the children. We need to pull away from the growing stereotypes: it is not just Asian men who commit this crime, nor are the victims only white – black and Asian girls are targeted too.

They are used like puppets by these abhorrent men and women – groomed and manipulated to a point where they are brainwashed, raped and scarred for life. I have met some very brave girls and boys who we are helping to overcome the tragic childhood that they will never get back.

One of them is Aaliyah. Her story isn’t unusual. As 14 she began to become estranged from her parents and started to go out a lot. She was introduced to men older than her, who would impress her with their flash cars and gifts. Desperate for love and attention the affection they showed her seemed very real, until it turned nasty. The unthinkable cruelty she suffered will never be forgotten – Aaliyah was physically and mentally abused, with one so-called boyfriend pulling her out of his car by her hair and threatening to cut her legs off with an axe before driving her to a hotel room, « to have his friends come over and do what they wanted to me ».

We worked with more than a thousand children and young people like Aaliyah last year, and we believe that is likely to be the tip of the iceberg. Wherever we have looked for exploitation, we have found it. We need to use the momentum of current debate to highlight what really matters: protecting these vulnerable children.

It is 16 years since Barnardo’s opened its first service dedicated to sexually exploited children in Bradford. Today we release a report, Puppet on a String, that highlights three new issues: trafficking around the UK is becoming more common; sexual exploitation is more organised and grooming more sophisticated, with technology being used to find, isolate and control victims; and increasingly younger children are being abused.

Emma’s sexual exploitation began in a similar way to Aaliyah’s. When, aged 14, she met a man in his early 30s who showered her with gifts and attention, she fell in love, but soon her « boyfriend » began abusing her and forcing her to sleep with different men. Her words are heartbreaking: « I just hoped that one day one of the men would be a real boyfriend, that he’d like me for the real me and that he’d want to save me. But it never happened. »

If we are to truly learn from the lessons of the cases in Derby and Rochdale, the government must recognise this as a child protection issue and appoint a dedicated children’s minister to formulate a national action plan to fully address the scale and horror of child sexual exploitation in the UK.

This issue must not be a flash in the pan – we need to use the leverage that the current media debate has given us to ensure that this hidden issue is now very much out in the open and tackled at all levels.

Our « Cut them free » campaign hopes to turn around the lives of these young victims. We want better training for professionals who work with children in order to improve early identification of child sexual exploitation, including police, schools and social services. Statutory responses and the provision of services for exploited children must also be improved. We need greater clarity about the numbers of children abused in this way, so methods of gathering evidence and data kept on the numbers of children being sexually exploited should be strengthened. And we absolutely must see improvements in prosecution procedures in order to increase the number of cases that lead to a conviction.

We need to send a loud and clear message to perpetrators – we will find them and they will be punished for the intolerable abuse they have inflicted upon so many young lives.

Voir de plus:

Finsbury Park van attack
How London mosque attacker became a terrorist in three weeks
Darren Osborne’s warped beliefs led him to Finsbury Park, where he killed Makram Ali for his faith
Vikram Dodd Crime correspondent

The Guardian

1 Feb 2018

Darren Osborne rented a van and drove from Cardiff to London intending to kill Muslims. Photograph: Frank Augstein/AP
In a country that prides itself on tolerance, and in a city that celebrates its diversity, Makram Ali’s final journey to honour his god ended with him being murdered for his religion.

He lived in Finsbury Park, north London, about 400 yards from the mosque he had attended for the past 25 years, located in Muslim Welfare House.

On a warm June evening last year, Ali walked, through pain and with the aid of a stick, to join late-night prayers. It was Ramadan, an especially holy time for Muslims.

Ali’s faith guided a life that saw him raise four daughters and two sons, and feel pride in seeing two of the eldest children reach university. Those who knew him knew a man who demonstrated the values of a model British citizen, despite hardships with health and money that would lead others to make excuses and embrace the worst values. Ali, 51, was about to come across one such person.

In the weeks before that day, Darren Osborne had found a warped belief system, styling himself as an extremist rightwing “soldier”. On 18 June 2017, he left his home in Cardiff in a rented van and drove to London, looking for Muslims to kill.

He scoured the centre of London for an Islamic pro-Palestinian march, and then moved on to the south in search of a mosque. By 11.30pm, he found a target in the north of the city. Having reached the Finsbury Park area, Osborne asked for directions to the mosque, and left his van to walk there, police believe, to carry out reconnaissance ahead of his attack.

Just after midnight, prayers ended. As worshippers headed home, Ali fell to the floor, unwell, on a cul-de-sac off Seven Sisters Road. He was breathing, speaking barely audibly, but still alive.

Makram Ali had six children and was said to be a model British citizen. Photograph: Metropolitan police/PA
Other Muslims rushed to Ali’s aid, offering him water and help. For Osborne, the crowd, some of them wearing Islamic clothing, was the target he sought for his hatred.

He was driving a rented white Citroën, which veered left across Seven Sisters Road, across a bus lane, and then across the pavement.

Osborne was driving at 16mph (26km/h) as his van slammed into the crowd. It was the fourth terrorist attack in Britain in three months, but this time, the ideology behind it was not Islamist.

Ibrahim Benaounda described the impact as like “being on a rollercoaster, spinning round and round. I felt everything. I felt my bones breaking”.

Mohammed Geedi was also knocked to the ground. When he got up, he said he saw people “splattered all over the place”.

Adnan Mohamud had called 999 for help for the stricken Ali. He was still on the phone when the van hit.

Mohamud shouted: “Someone’s just come and run over a whole lot of people … People are dying, man.”

One witness described a limb being stuck under the van’s wheel. Waleed Salim said he and others tried to lift the van to get his cousin, Hamdi Alfaiq, out from underneath it. Alfaiq, who suffered extensive injuries and needed months of rehabilitation, was one of 12 people wounded.

The front van’s offside wheel ran over Ali on the upper right side of his chest, leaving a tyre track across his torso. Within an hour, he died, struck down 100 yards from where he lived.

Watching were some of his family, who had been alerted that Ali had fallen ill. Toufik Kacimi of Muslim Welfare House said: “His daughter saw the van hit her dad.”

Osborne fled the van. Despite his claims to the contrary at the trial, where he said he had been changing his trousers in the footwell while someone else drove, CCTV footage showed he was alone. He tried to escape, shouting “I want to kill more Muslims”. The Muslim people Osborne had tried to murder captured him, then saved him.

Mohammed Mahmoud, the mosque’s imam, shielded Osborne from the crowd. He told Woolwich crown court: “I shouted ‘No one touch him’ [and] told people to get back, and said: ‘We are handing him in unscathed to the police’.

“He should answer for his crime in a court, and not in a court in the street.”

In the van, Osborne had left a note, which he had written 24 hours before in a Cardiff pub, from which he was ejected after making racist and anti-Muslim remarks.

The note gave voice to what was inside him, and showed the attack was premeditated.

“Why are their terrorists on our streets today? We’ve had three recent terror attacks …” Osborne wrote.

It referenced the Rotherham sexual abuse scandal, which involved gruesome attacks by men from a mainly Pakistani, and therefore Muslim, background. It had led to claims that surfaced in mainstream media debate that there was something in the men’s heritage that made them target white girls.

The note railed against the Labour leader, Jeremy Corbyn, and the London mayor, Sadiq Khan. It mentioned the Islamist terrorist attacks on London and Manchester between March and June 2017. It echoed the talking points of extremist propaganda.

Osborne launched into further diatribes while in police custody. But in contrast to some other committed violent extremists, he started to ramble about losing control of the van, rather than claiming the attack as a deliberate act of which he was proud.

Commander Dean Haydon of Scotland Yard’s counter-terrorism command said: “He is a devious, vile and hate-filled individual.”

Despite his violence, Osborne had not been a hardcore, long-term ideologue. Unlike Thomas Mair, who murdered the MP Jo Cox in 2016, he did not have a longstanding interest in extremist rightwing propaganda.

Some of his behaviour in court was jarringly mundane. In the dock as the prosecution started its case against him, Osborne turned to one of his guards. She was young, female and black. Osborne smiled and winked at her. She smiled back, then turned her head out of his view and let the disgust show on her face.

Sarah Andrews, his estranged partner, told detectives that Osborne was radicalised into a terrorist murderer in three weeks. Friends and family say there were no previous signs of racism or extremism.

The catalyst, police believe, came three weeks before the attack, when his attitudes began to metastasise after he watched Three Girls, a BBC TV drama about the Rochdale grooming scandal. He also read extremist rightwing propaganda online that left him “brainwashed” and a “ticking timebomb”.
Paul Gill, a terrorism expert and senior lecturer at at University College London, said radicalisation can be rapid, making it almost impossible to detect.

“It is rare, but violent extremism can occur quickly,” he said. “Brusthom Ziamani was a Jehovah’s Witness three months prior to his arrest for an Isis-inspired plot. It is usually expedited by primitive attack plans and a history of criminal activity and violence.”

Andrews, for her part, said she believed Osborne had become angry “about seeing young girls exploited” and developed his fixation with Muslims from that point.

“In recent weeks, he has become obsessed with Muslims, accusing them all of being rapists and being part of paedophile gangs,” she said.

Osborne gorged on social media postings by the former EDL leader Tommy Robinson, as well as members of the far-right group Britain First.

Like much of the modern British far right, it rails against multiculturalism and Muslims.

Osborne had not worked for a decade and had mental health issues, as well as problems with alcohol and drug abuse. He had convictions for violence, once serving a two-year jail term, and had an unpredictable temper.

Haydon confirmed that none of the material Osborne viewed from the extreme right crossed the line into being either criminal or breaking terrorism laws. “We are concerned about the role the internet played in this case,” he said.

Some see the pathway to Osborne’s extreme rightwing views being smoothed by some mainstream media opinion allegedly demonising all Muslims for the atrocities and violent extremist views of a small minority.

Harun Khan, the secretary general of the Muslim Council of Britain, said: “Osborne was motivated by anti-Muslim groups and Islamophobic tropes not only prevalent in far-right circles, but also made acceptable in our mainstream. The case tells us that we must all exercise caution when tempted to stigmatise any group of people.”

Security officials fear Osborne may be more than a one-off. They are concerned about extremist rightwing attacks being incited in the same way as Islamist violence: insidious propaganda cast out wide online, only needing some people to be infected by it to believe they should carry out violence. The consequent effects on society would be, to put it mildly, destabilising.

One senior counter-terrorism source told the Guardian that extremist rightwing activity was on the increase and a growing threat to national security. But there were also concerns that violence from Islamists and white terrorists would become symbiotic, citing the fear of each other to bolster support for their calls to terrorism.

The government has banned three far-right groups, and counter-terrorism sources say operations targeting the extreme right are increasing. Haydon said 30% of referrals to Prevent concern domestic extremism.

Gill said: “If you’ve got nothing else going on in your life and experience personal grievances, then rightwing propaganda helps turn your sadness from something personal into something much bigger.”

Osborne’s rage came as his life had stalled, and the hatred from extremist propaganda spoke to, then exacerbated, his existing demons. It was a tragedy for Ali’s family that Osborne found his voice only in such dangerous and destructive language.

Voir encore:

By now surely everyone knows the case of the eight men convicted of picking vulnerable underage girls off the streets, then plying them with drink and drugs before having sex with them. A shocking story. But maybe you haven’t heard. Because these sex assaults did not take place in Rochdale, where a similar story led the news for days in May, but in Derby earlier this month. Fifteen girls aged 13 to 15, many of them in care, were preyed on by the men. And though they were not working as a gang, their methods were similar – often targeting children in care and luring them with, among other things, cuddly toys. But this time, of the eight predators, seven were white, not Asian. And the story made barely a ripple in the national media.

Of the daily papers, only the Guardian and the Times reported it. There was no commentary anywhere on how these crimes shine a light on British culture, or how middle-aged white men have to confront the deep flaws in their religious and ethnic identity. Yet that’s exactly what played out following the conviction in May of the « Asian sex gang » in Rochdale, which made the front page of every national newspaper. Though analysis of the case focused on how big a factor was race, religion and culture, the unreported story is of how politicians and the media have created a new racial scapegoat. In fact, if anyone wants to study how racism begins, and creeps into the consciousness of an entire nation, they need look no further.

Imagine you were living in a town of 20,000 people – the size of, say, Penzance in Cornwall – and one day it was discovered that one of its residents had been involved in a sex crime. Would it be reasonable to say that the whole town had a cultural problem, that it needed to address the scourge – that anyone not doing so was part of a « conspiracy of silence »? But the intense interest in the Rochdale story arose from a January 2011 Times « scoop » that was based on the conviction of at most 50 British Pakistanis out of a total UK population of 1.2 million, just one in 24,000: one person per Penzance.

Make no mistake, the Rochdale crimes were vile, and those convicted deserve every year of their sentences. But where, amid all the commentary, was the evidence that this is a racial issue; that there’s something inherently perverted about Muslim or Asian culture?

Even the Child Protection and Online Protection Centre (Ceop), which has also studied potential offenders who have not been convicted, has only identified 41 Asian gangs (of 230 in total) and 240 Asian individuals – and they are spread across the country. But, despite this, a new stereotype has taken hold: that a significant proportion of Asian men are groomers (and the rest of their communities know of it and keep silent).

But if it really is an « Asian » thing, how come Indians don’t do it? If it’s a « Pakistani » thing, how come an Afghan was convicted in the Rochdale case? And if it’s a « Muslim » thing, how come it doesn’t seem to involve anyone of African or Middle Eastern origin? The standard response to anyone who questions this is: face the facts, all those convicted in Rochdale were Muslim. Well, if one case is enough to make such a generalisation, how about if all the members of a gang of armed robbers were white; or cybercriminals; or child traffickers? (All three of these have happened.) Would we be so keen to « face the facts » and make it a problem the whole white community has to deal with? Would we have articles examining what it is about Britishness or Christianity or Europeanness, that makes people so capable of such things?

In fact, Penzance had not just one paedophile, but a gang of four. They abused 28 girls, some as young as five, and were finally convicted two years ago. All were white. And last month, at a home affairs select committee, deputy children’s commissioner Sue Berelowitz quoted a police officer who had told her that « there isn’t a town, village or hamlet in which children are not being sexually exploited ».

Whatever the case, we know that abuse of white girls is not a cultural or religious issue because there is no longstanding history of it taking place in Asia or the Muslim world.

How did middle-aged Asian men from tight-knit communities even come into contact with white teenage girls in Rochdale? The main cultural relevance in this story is that vulnerable, often disturbed, young girls, regularly out late at night, often end up in late-closing restaurants and minicab offices, staffed almost exclusively by men. After a while, relationships build up, with the men offering free lifts and/or food. For those with a predatory instinct, sexual exploitation is an easy next step. This is an issue of what men can do when away from their own families and in a position of power over badly damaged young people.

It’s a story repeated across Britain, by white and other ethnic groups: where the opportunity arises, some men will take advantage. The precise method, and whether it’s an individual or group crime, depends on the particular setting – be they priests, youth workers or networks on the web.

Despite all we know about racism, genocide and ethnic cleansing, the Rochdale case showed how shockingly easy it is to demonise a community. Before long, the wider public will believe the problem is endemic within that race/religion, and that anyone within that group who rebuts the claims is denying this basic truth. Normally, one would expect a counter-argument to force its way into the discussion. But in this case the crimes were so horrific that right-thinking people were naturally wary of being seen to condone them. In fact, the reason I am writing this is that I am neither Asian nor Muslim nor Pakistani, so I cannot be accused of being in denial or trying to hide a painful truth. But I am black, and I know how racism works; and, more than that, I have a background in maths and science, so I know you can’t extrapolate a tiny, flawed set of data and use it to make a sweeping generalisation.

I am also certain that, if the tables were turned and the victims were Asian or Muslim, we would have been subjected to equally skewed « expert » commentary asking: what is wrong with how Muslims raise girls? Why are so many of them on the streets at night? Shouldn’t the community face up to its shocking moral breakdown?

While our media continue to exclude minority voices in general, such lazy racial generalisations are likely to continue. Even the story of a single Asian man acting alone in a sex case made the headlines. As in Derby this month, countless similar cases involving white men go unreported.

We have been here before, of course: in the 1950s, West Indian men were labelled pimps, luring innocent young white girls into prostitution. By the 1970s and 80s they were vilified as muggers and looters. And two years ago, Channel 4 ran stories, again based on a tiny set of data, claiming there was an endemic culture of gang rape in black communities. The victims weren’t white, though, so media interest soon faded. It seems that these stories need to strike terror in the heart of white people for them to really take off.

What is also at play here is the inability of people, when learning about a different culture or race, to distinguish between the aberrations of a tiny minority within that group, and the normal behaviour of a significant section. Some examples are small in number but can be the tip of a much wider problem: eg, knife crime, which is literally the sharp end of a host of problems affecting black communities ranging from family breakdown, to poverty, to low school achievement and social exclusion.

But in Asia, Pakistan or Islam there is no culture of grooming or sex abuse – any more than there is anywhere else in the world – so the tiny number of cases have no cultural significance. Which means those who believe it, or perpetuate it, are succumbing to racism, much as they may protest. Exactly the same mistake was made after 9/11, when the actions of a tiny number of fanatics were used to cast aspersions against a 1.5 billion-strong community worldwide. Motives were questioned: are you with us or the terrorists? How fundamental are your beliefs? Can we trust you?

Imagine if, after Anders Breivik’s carnage in Norway last year, which he claimed to be in defence of the Christian world, British people were repeatedly asked whether they supported him? Lumped together in the same white religious group as the killer and constantly told they must renounce him, or explain why we should believe that their type of Christianity – even if they were non-believers – is different from his. « It’s nothing to do with me », most people would say. But somehow that answer was never good enough when given by Muslims over al-Qaida. And this hectoring was self-defeating because it caused only greater alienaton and resentment towards the west and, in particular, its foreign policies.

Ultimately, the urge to vilify groups of whom we know little may be very human, and helps us bond with those we feel are « like us ». But if we are going to deal with the world as it is, and not as a cosy fantasyland where our group is racially and culturally supreme, we have to recognise when sweeping statements are false.

And if we truly care about the sexual exploitation of girls, we need to know that we must look at all communities, across the whole country, and not just at those that play to a smug sense of superiority about ourselves.

Voir encore:

What do we know about the grooming gangs?
Patrick Worrall
Channel 4 Fact check
28 Aug 2014

The publication of a damning report into how the authorities handled child exploitation in Rotherham has prompted the leader of the local council to resign.

The independent inquiry by Professor Alexis Jay found that 1,400 youngsters suffered sexual exploitation including rape and trafficking in the South Yorkshire town over a 16-year period.

We know that the case which led to the conviction of five men in Rotherham is not the only one of its kind. Could the abuse that has already come to light be just the tip of the iceberg?

Here’s what we know (and what we don’t) about the child grooming gangs.

How many gangs?

The Child Exploitation and Online Protection Centre (Ceop) – the national anti-paedophile police command – divides networks of sex offenders into two groups.

So-called “Type 1 offenders” target young people “on the basis of their vulnerability, rather than as a result of a specific preferential sexual interest in children”.

Ceop received intelligence from 31 out of 43 police forces on groups like this who were known or suspected to have abused vulnerable children in 2012.

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There were 57 such groups, ranging from two to 25 suspects, on the radar of those 31 constabularies. We don’t know if any have now been convicted.

So-called “Type 2” groups – where the offenders have a long-standing sexual interest in children, were much less common. Only seven known or suspected paedophile rings were reported to Ceop.

It is possible to track cases that have been through the courts via media reports, although this is pretty unscientific.

In 2011 the Times journalist Andrew Norfolk identified 17 cases that had led to convictions where there had been a similar pattern of grooming.

In all cases, the victims were vulnerable teenage girls, often in the care of social services. They were approached on the street by men, befriended and plied with alcohol or drugs, before being sexually abused.

Updating the list to include more recent convictions that fit the same pattern, we find that there have been at least 27 similar cases in the last decade.

By date of conviction, we have evidence of such exploitation taking place in Keighley (2005 and 2013), Blackpool (2006), Oldham (2007 and 2008), Blackburn (2007, 2008 and 2009), Sheffield (2008), Manchester (2008 and 2013) Skipton (2009), Rochdale (two cases in 2010, one in 2012 and another in 2013), Nelson (2010), Preston (2010) Rotherham (2010) Derby (2010), Telford (2012), Bradford (2012), Ipswich (2013), Birmingham (2013), Oxford (2013), Barking (2013) and Peterborough (2013).

This is based on a trawl of news sources so is almost certainly incomplete.

Race and religion

The Jay report into failings in Rotherham says: “By far the majority of perpetrators were described as Asian by victims, yet throughout the entire period, councillors did not engage directly with the Pakistani-heritage community to discuss how best they could jointly address the issue.

“Some councillors seemed to think it was a one-off problem, which they hoped would go away. Several staff described their nervousness about identifying the ethnic origins of perpetrators for fear of being thought racist; others remembered clear direction from their managers not to do so.”

Ceop data about the ethnicity of offenders and suspects identified by those 31 police forces in 2012 is incomplete.

The unit says: “All ethnicities were represented in the sample. However, a disproportionate number of offenders were reported as Asian.”

Of 52 groups where ethnicity data was provided, 26 (50 per cent) comprised all Asian offenders, 11 (21 per cent) were all white, 9 (17 per cent) groups had offenders from multiple ethnicities, 4 (8 per cent) were all black offenders and there were 2 (4 per cent) exclusively Arab groups.

Of the 306 offenders whose ethnicity was noted, 75 per cent were categorised as Asian, 17 per cent white, and the remaining 8 per cent black (5 per cent) or Arab (3 per cent).

By contrast, the seven “Type 2 groups” – paedophile rings rather than grooming gangs – “were reported as exclusively of white ethnicity”.

Ceop identified 144 victims of the Type 1 groups. Again, the data was incomplete. Gender was mentioned in 118 cases. All were female. Some 97 per cent of victims were white.

Girls aged between 14 and 15 accounted for 57 per cent of victims. Out of 144 girls, 100 had “at least one identifiable vulnerability” like alcohol or drug problems, mental health issues or a history of going missing. More than half of the victims were in local authority care.

The 27 court cases that we found led to the convictions of 92 men. Some 79 (87 per cent) were reported as being of South Asian Muslim origin.

Three were white Britons, two were Indian, three were Iraqi Kurds, four were eastern European Roma and one was a Congolese refugee, according to reports of the trials.

Considerable caution is needed when looking at these numbers, as our sample is very unscientific. There are grooming cases we will have missed, and there will undoubtedly be offences that have not resulted in convictions.

Why are so many victims white?

We’re into the realm of opinion now.

Sentencing nine men in 2012 over offences in Rochdale, judge Gerald Clifton told the defendants they had treated their victims “as though they were worthless and beyond all respect”, adding: “I believe that one of the factors that led to that was that they were not of your community or religion.”

But at the Derby trial in 2010 the judge said he thought the race of the victims and their abusers was “coincidental”.

One of the victims of the Oxford gang told the Guardian that her abusers had asked her to recruit other teenagers and “specified that they wanted only white girls”.

Ceop says: “The comparative levels of freedom that white British children enjoy in comparison to some other ethnicities may make them more vulnerable to exploitation.

“They may also be more likely to report abuse. This is an area requiring better data and further research.”

How many children are at risk?

A report by the Office of the Children’s Commissioner found that 2,409 children were confirmed as victims of sexual exploitation in gangs and groups in the 14 months between August 2010 to October 2011.

If that sounds low compared to the 1,400 identified in Rotherham alone, remember that this number covers 16 years.

This probably only scratches the surface of the real number of victims, and the children’s commissioner said that at least 16,500 children had been identified as being “at risk of sexual exploitation” during one year.

Voir encore:

Gangs, Girls and Grooming: The Truth

Standpoint
December 2010

At Sheffield Crown Court throughout September and October, eight men sat in the dock accused of rape and other sexual crimes against four girls, three aged 13 and one 16. The case resulted in five being convicted and three acquitted. All of the eight defendants were Pakistani Muslims and the girls white British. Does this matter? Not for the reasons the British National Party would have us believe, but it is nonetheless significant.

Razwan Razaq, 30, his 24-year-old brother Umar, Muhammed Zafran Ramzan, 21, Adil Hussain, 20, and Mohsin Khan, 21, were sent to prison for between four-and-a-half to 11 years.

The crimes were committed in and around Rotherham, a fairly typical south Yorkshire town. Although unemployment is fairly high, Rotherham is now also a popular summer visitors’ destination when All Saints Square is transformed into a seaside beach. Every month, there is a farmers’ market that sells produce from local farmers and traders, and Jamie Oliver’s TV series, Jamie’s Ministry of Food, tried to teach the town’s inhabitants to establish healthy eating as part of daily life.

But many parents are concerned far more with the safety of their children than with organic food. Rotherham, along with many other towns, cities and villages in northern England has become infected with the vile activities of criminal gangs using children as currency. While child sexual abuse occurs in every community and culture, what is happening in Rotherham and elsewhere in Yorkshire and Lancashire is organised pimping of girls by Asian gangs who trade their victims for cash and favours.

« These men all know and trust each other, » says Jane, the mother of one of the victims. « They don’t abuse these girls because they are Muslim, but because they are criminals who think they are above the law. »

Although there is no hard evidence of financial gain in the Rotherham case, child protection professionals tell me that the pattern in such cases is that the girls are traded for cash as well as favours between criminals. A number of the gangs operating in the region have found that the sharp drop in the price of drugs has led them to losing considerable income, and that selling girls is increasingly filling the gap.

Jane’s daughter Sophie (not their real names) was a happy, ordinary 12-year-old until she met a group of adult males who would control every aspect of her life. Before she escaped, a year later, Sophie had been raped by the gang members as a way of « breaking her in » and then passed around various other men for sex.

The methods used by the pimps are sophisticated and sinister. First, the girls are identified in locations, such as parks, schools, leisure facilities and shopping malls after which boys of their age are sent to befriend them. After a friendship is established, the boys introduce their contacts to young men whom they often describe as cousins.

Then the grooming process gets really under way. The young man will take the girl out in his car, give her vodka, cigarette and cannabis, and take her to venues she would not normally experience until older.

Often giving the girl a mobile telephone as a « gift », the pimp is then able to track her every move by calls and texting, which eventually will be used by him to send instructions as to details of arrangements with punters. The men sell the girls on to contacts for around £200 a time or as currency for a business deal. « I was always asked why I kept going back to my pimp, » says Sophie, « but they flatter you and make you think you are really loved. I thought he was my boyfriend until it was too late to get away. » Another tactic of the pimp is getting the girl to despise and mistrust her own parents in order that he can achieve total control over her. The pimps routinely tell their victims that their parents are racist towards Asian people and that they disapprove of the relationships because the men are of Pakistani Muslim heritage, not because they are older. Some of the parents I met were racist, and some had developed almost a phobia against Asian men, fuelled by the misinformation and bigotry trotted out by racist groups in response to the pimping gangs.

The Leeds-based Coalition for the Removal of Pimping (Crop) supports the families of children caught up in sexual exploitation networks. Crop is understandably reticent about commenting on any issues concerning the race or religion of child abusers and pimps. As far as it is concerned, we should not focus on one particular ethnic group because the problem is about men’s abuse of children. Its research earlier this decade found that the vast majority of the children groomed are white and the majority of perpetrators of Asian origin. « Society seeks to condemn female sexual activity, and culturally within the statutory sector and community the victims are seen as asking for it, » says Crop’s Rachel Loise. « The perpetrators are the last to be condemned. Prosecutions are rare, and sentencing is not severe enough. »

Unfortunately, the reluctance of the various anti-child abuse campaigns and charities to engage openly with the fact that, in the north of England, the majority of men involved in child-grooming criminal gangs are Pakistani Muslim means that racist organisations such as the BNP hijack the issue.

« The fact that these particular gangs are made up of Pakistani men is significant but not in the way racists would have us believe, » says one child protection expert who asked not to be named. « While the BNP would have us believe that abusing white girls is an endemic part of these men’s culture — which it absolutely is not — the truth is that these men are aware that the police do not want to be accused of racism in today’s climate. »

In 2004, Channel 4 withdrew Edge of the City, its controversial documentary made by Annie Hall that depicted parents trying to stop groups of young Asian men grooming white girls as young as 11 for sex. It had been seized on by the BNP as a party political broadcast.

Colin Cramphorn, the then Chief Constable of West Yorkshire, joined groups such as Unite against Fascism in calling for the documentary to be withdrawn. Channel 4 complied, saying that the issue was not censorship but timing because of the proximity with the local and European elections. But many argued at the time that the delay in transmission had strengthened the case of the BNP.

After the film was withdrawn, one of the mothers sent Annie Hall a text message: « It’s a real shame when votes come before young girls’ lives. »

For many white girls growing up in fairly traditional communities, the unfamiliarity of boys and men from different ethnic backgrounds can be exciting and attractive.

« The man I thought was my boyfriend used to dress really well and always smelt nice, » says Sophie, « and I thought it were dead nice the way he talked, and even his manners seemed better than boys I were used to. »

Emma Jackson knows exactly how the pimping gangs operate in Rotherham because she was also a victim of one. When Emma was 12, she was befriended by Asian boys around her own age who soon introduced her to relatives in their twenties and thirties.

Emma had no idea she was being groomed and brainwashed until one day, totally out of the blue, she was taken to wasteland and raped by the gang leader. The attack was watched by laughing gang members and recorded on a number of mobile phones.

« People ask me why I kept going back to Tarik, even after he raped me, » says Emma, « but he threatened to firebomb my home and rape my own mother if I tried to escape. »

Emma now gives support, through a charity set up to prevent the sexual abuse of children, to a number of victims of pimping gangs and has found that the girls are being targeted at an even younger age.

« The gangs want virgins and girls who are free of sexual diseases. Most of the men buying sex with the girls have Muslim wives and they don’t want to risk infection. The younger you look, the more saleable you are. »

One youth worker in south Yorkshire told me that because religious Muslims are being pressurised to marry virgins within their own extended family networks, it means that some are more likely to view white girls as easily available and « safer » than Pakistani girls.

When I first wrote about the issue of Asian grooming gangs in 2007, my name was included on the website Islamophobia Watch: Documenting anti-Muslim Bigotry. So was that of Ann Cryer, the former Labour MP for Keighley in Yorkshire, who had been at the forefront of attempting to tackle the problem, after receiving requests for help from some of the parents of children caught up with the gangs in her constituency.

According to some of the mothers, a fear of being branded racist makes many of the police and social services reluctant to investigate the crimes as organised and connected. One mother from Rotherham, whose 14-year-old daughter was groomed into prostitution and multiply raped during a 12-month period, told me that almost every man convicted of these crimes in the north of England is from Pakistan but that the authorities insist that it is not relevant.

There are, however, a growing number of individuals within the Muslim communities who are willing to speak out against the criminals. Mohammed Shafiq, the director of the Lancashire-based Ramadhan Foundation, a charity working for peaceful harmony between different ethnic communities, advocates better education about sexual exploitation to be disseminated through imams and other community leaders.

« I was one of the first within the Muslim community to speak out about this, four years ago, » says Shafiq, « and at the time I received death threats from some black and Asian people. But what I said has been proved right — that if we didn’t tackle it there would be more of these abusers and more girls getting harmed. »

Shafiq says he is « disgusted » to hear some perpetrators refer to their victims as « white trash ». He adds: « I say to them, would you treat your sister or daughter like this? »

Joyce Thacker, the strategic director of the children and young people’s services directorate at Rotherham Metropolitan Borough Council, has a vast amount of experience in dealing with sexual exploitation of young people. She says that it is « interesting » to note that most of the men involved are Asian but that it is primarily an issue of the abuse of children by older men.

« What about the younger boys who are sent to befriend the girls in the first place? » says Thacker, « Are they also victims of abuse? Certainly we need to ensure that more work is done within all communities that explores positive, healthy relationships, or these young men may end up being the abusers themselves. »

Rotherham-based Apna Haq offers support for women and their children suffering domestic abuse. Its director Zlakha Ahmed told me that much of the community express their disgust at what came out in the recent trial in private and that there needs to be more public discussion of the issues. « This abuse is appalling and needs to be raised within the community. There are still people denying that it happens so the more of us who speak out about it the better. »

Emma Jackson is now 22 and devotes much of her time raising awareness about grooming networks among child-protection workers, police officers and the general community. Much remains to be done, she says, to end the complacency in dealing with the criminal gangs. « I didn’t have much help from police or agencies because grooming and sexual exploitation had not been recognised and understood when it happened to me. Now it has, I think it’s important that all agencies work together to protect these children and their families to help stamp out the problem. »

These gangs will be allowed to operate with impunity if we deny their existence in some sort of twisted attempt to be anti-racist and culturally sensitive. Some people, including many white liberals, are loath to admit what it is going on. If we do not tackle the problem head-on, and work together to combat this dreadful abuse of children, the only beneficiaries will be the extremists.

Voir par ailleurs:

Darren Osborne guilty of Finsbury Park mosque murder

BBC

1 February 2018

A man who drove a van into a crowd of Muslims near a London mosque has been found guilty of murder.

Darren Osborne, 48, ploughed into people in Finsbury Park in June last year, killing Makram Ali, 51, and injuring nine others.

Osborne, from Cardiff, was also found guilty of attempted murder and is due to be sentenced on Friday.

Prosecutors said they were « clear throughout that this was a terrorist attack ».

The jury took an hour to return the verdict at Woolwich Crown Court after a nine day trial.

Sue Hemming, from the Crown Prosecution Service, said: « Darren Osborne planned and carried out this attack because of his hatred of Muslims. He must now face the consequences of his actions. »

Cdr Dean Haydon from the Metropolitan Police said: « Osborne’s evil and cowardly actions meant a family has tragically lost a husband, father and grandfather. »

Some of those injured « could suffer from health issues for the rest of their lives », he added.

Jurors heard the area outside the Muslim Welfare House had been busy with worshippers attending Ramadan prayers on 19 June.

Mr Ali had collapsed at the roadside in the minutes before the attack.

Several of those who went to help him said he was alive and conscious in the moments before being struck by the van.

Osborne drove the van into the crowd at about 00:15. Jurors were told the van only stopped when it hit some bollards.

He then got out of the van and ran towards the crowd.

Police later found a letter in the van written by Osborne, referring to Muslim people as « rapists » and « feral ».

He also wrote that Muslim men were « preying on our children ».

The trial heard Osborne became « obsessed » with Muslims in the weeks leading up to the attack, having watched the BBC drama Three Girls, about the Rochdale grooming scandal.

Analysis

Dominic Casciani, BBC home affairs correspondent

In just a few weeks, Darren Osborne went from a troubled, angry and unpredictably violent alcoholic to a killer driven by ideology.

The rapid radicalisation – the way he became fixated on the idea that Muslims in Britain were some kind of nation within a nation, is one of the most shocking parts of this awful crime.

The sources of that radicalisation, including his obsession with a television programme about the Rochdale abuse scandal, show how difficult it is to predict who will become a danger to society.

But the fact that he smiled contentedly after he had run over and killed Makram Ali proved to the jury that his motive was ideological.

Osborne is not the first terrorist to have radicalised so quickly. In 2014, a young man who was groomed by Islamists went through a similarly rapid change.

The speed at which these men and others went from a change of mindset to planning an attack is one of the issues that most concerns the security services.

Osborne told the court he had originally hired the van to kill Labour leader Jeremy Corbyn at a march he was due to attend.

He said it « would have been even better » if London Mayor Sadiq Khan had been present, adding: « It would have been like winning the lottery. »

Responding to the verdict, Mr Corbyn – who is MP for the area where the attack took place – said it was « a hate-filled attack that… shocked us all ».

« I was proud of how, in the wake of this terrible event, we all came together to reject hate and embrace hope, and that is the kind of country we live in, » he added.

‘Loner and alcoholic’

A statement from his partner Sarah Andrews, read out in court, said he seemed « brainwashed » and « totally obsessed ».

Ms Andrews – who had been in a relationship with Mr Osborne for about 20 years and with whom she had four children – described him as a « loner and a functioning alcoholic » with an « unpredictable temperament ».

Osborne started following Tommy Robinson, one of the founders of the English Defence League (EDL), and other far-right leaders on social media, in the fortnight before the attack.

Mr Robinson sent him a group email saying: « There is a nation within a nation forming beneath the surface of the UK. It is a nation built on hatred, on violence and on Islam. »

Cdr Haydon said the investigation had the « full weight » of the Met’s Counter Terrorism Command behind it.

He warned that online material had played a « significant role » in how Osborne was radicalised and « brainwashed ».

If Osborne’s aim had been to « create divisions and hate between communities », then he had « failed », he said.

« The response [of those involved], and the overwhelmingly positive reaction my officers and teams have witnessed since, highlights how far from reality Osborne’s sick and twisted views really are, » he added.

‘Scars will stay’

The Muslim Council of Britain (MCB) welcomed the verdict, but added: « We cannot be complacent and regard this as a one-off terrorist incident. »

Harun Khan, secretary general of the MCB, said: « The scenes we witnessed last summer were the most violent manifestation of Islamophobia yet in our country.

« The case tells us that we must all exercise caution when tempted to stigmatise any group of people, regardless of colour, creed or community. »

Khalid Oumar, a trustee of the mosque and founder of the Finsbury Park Attack victims’ voice forum, praised the strength of the community, adding: « The scars will stay with them forever, but the community is determined to go about daily life without fear and to stand together against victimisation and violence. »

Voir aussi:

Ronnie Polaneczky: If you think 11-year-olds in this city don’t need condoms, think again
Ronnie Polaneczky
The Enquirer
April 13, 2011

THE EMAIL was from a wigged-out mom I know well.

She was appalled that the city’s campaign to reduce sexually transmitted diseases allows kids as young as 11 to get free condoms via mail-order from the Public Health Department. Eleven!

Go to the website www.takecontrolphilly.org and see for yourself. Be warned: The site contains very straightforward info, including explicit animations illustrating the proper way to don or insert a condom.

« Every girl is different, » the website notes in its instructions on female-condom use. « Figure out what position works for you. You can stand with one foot on a chair, sit on the edge of a chair, lie down, squat, or for fun, have your partner help you out. »

The idea of an 11-year-old reading this makes me want to cry.

« As a parent, I am personally outraged, » wrote my friend, who has a 14-year-old. « What’s the back story on this campaign? What is it telling our youth? I get the sex-education thing for kids in schools, but mail-order condoms for 11-year-olds??? It’s shocking to me. »

We don’t know the half of what’s going on out there.

Depress us, Gary Bell.

« We do more workshops in middle schools than in high schools, » says Bell, executive director of Bebashi-Transition to Hope, the local nonprofit that works on prevention of HIV and other sexually transmitted diseases. « Teachers call us because their kids are acting out sexually. They’ll catch them in the bathroom or the stairwell. They hear that kids are cutting schools to have orgies. »

Good Lord. Orgies?

« Yes, indeed, » says Bell. « It’s sad. It’s horrifying. »

But no longer startling to those on the front lines of adolescent sexuality.

« We follow 200 teenagers with HIV, and the youngest is 12, » says Jill Foster, director of the Dorothy Mann Center for Pediatric and Adolescent HIV at St. Christopher’s Hospital for Children. « When we started doing HIV treatment in 1998, the average age of patients was 16 or 17. The first time we got a 13-year-old was mind-blowing. »

Now, Foster and her colleagues barely twitch when a child barely in his or her teens tests positive for HIV.

Because a recent report from the Centers for Disease Control and Prevention has identified Philadelphia as having the earliest age of sexual initiation – 13 – among cities participating in the study, she says, it’s crucial to make condoms available to younger kids.

People gasp at that, says Foster, who diagnoses new HIV cases at a rate of two to three teens a month, up from one every four months just a decade ago.

« But people have no idea how tough it is to be a kid who’s exposed to sexual media images and peer pressure. It’s routine for 12- and 13-year-olds to talk about sex. Younger kids hear them and they want to be part of that ‘older’ world, » she says.

« They don’t have maturity or impulse control, so if we can get them to have condoms with them when they start having sex, they are going to be safer.

« I wish it weren’t necessary, » she says. « Unfortunately, it is. »

It would be easy to play the « appalled citizen » card and decry the inclusion of kids as young as 11 in Philadelphia’s STD-prevention campaign. But I won’t. Because there are two groups of children in this city:

Those lucky enough to have at least one caring, available adult to guide them through sex-charged adolescence.

And those left on their own.

Like the child being raised by a single mom whose two jobs keep her from supervising her child. Or the kids being raised by a tired grandmom who’s asleep by 9 and doesn’t know that the kids have snuck out of the house.

Or the homeless teen who crashes on couches and must choose between saying no to a friend’s creepy uncle or wandering the streets at night.

These kids deserve protection from the fallout of STDs and unplanned pregnancy as much as kids from « good » families do – kids who, by the way, get in trouble, too. They just have more support to get them through it.

« We know that sexual activity in young adolescents doesn’t change overnight, » says Donald Schwarz, a physician who worked with adolescents for years at Children’s Hospital of Philadelphia before being appointed city health commissioner in 2008. « But children need to be protected while we get our heads around whatever the long-term strategies should be here. »

He mentions a recent, awful survey of sixth-graders in West Philly, which showed that 25 percent of the children, who were just 11 years old, had had sex.

« Clearly, we don’t think it’s OK for 11-year-olds to be having sex, » says Schwarz. « But we don’t have the infrastructure in place to fix [that] problem fast. We can, however, make condoms available fairly quickly to whoever needs them.

« I don’t have all the answers on this, » says Schwarz. « But I do think in economic terms. I think that jobs and education are the key to turning this ship. But it will take time and hard work in a period when the city is struggling financially. »

There are no easy solutions. This is a complicated problem, exacerbated by generational poverty and family collapse that paralyzes our cities in ways too myriad to address in one column.

Like I said, thinking about it makes me want to cry.

But that’s not a good enough reason to keep condoms out of the backpacks of 11-year-olds who will be sexually active whether we like it or not.

Voir de même:

Free condoms at school don’t always help teen girls avoid pregnancy and when given out can actually INCREASE fertility rates
Access to condoms in school increases teen fertility rates by about 10 per cent according to a new study
However giving teens counseling in addition to birth control could have the opposite effect, Notre Dame researchers found
Access to other kinds of birth control has been shown to lower teen fertility rate – or do nothing at all
But condoms might have a different effect because of their failure rate and the time and frequency at which they’re used
Access to free condoms in high schools could have led to two extra births per 1,000 teenage women so far
Clemence Michallon

The Daily mail

4 July 2016

Giving out free condoms at school is not a surefire way to avoid teenage pregnancy – or it might not be enough.

Access to condoms in schools increases teen fertility rates by about 10 per cent, according to a new study by the University Of Notre Dame.

However the increase happened in schools where no counseling was provided when condoms were given out – and giving out guidance as well as birth control could have the opposite effect, economists Kasey Buckles and Daniel Hungerman said in the study.

Access to other kinds of birth control, such as the contraceptive pill, IUDs and implants, has been shown to lower teen fertility rates – but condoms might have opposite consequences due to their failure rate as well as the time and frequency at which they’re used.

Access to condoms in schools increases teen fertility by about 10 per cent, according to a new study by the University Of Notre Dame (file picture)
Buckles and Hungerman looked at 22 school districts located in 12 different states, using data from the 1990s.
Times have changed already and teenagers today are overall less likely to have sex and less likely to become pregnant, they wrote.

Most of the free condoms programs in the study began in 1992 or 1993 and about two thirds involved mandatory counseling.

The 10 per cent increased occurred as a result of schools that gave out condoms without counseling, Buckles and Hungerman said.

‘These fertility effects may have been attenuated, or perhaps even reversed, when counseling was mandated as part of condom provision,’ they wrote.

Teenage girls were also more likely to develop  gonorrhea when condoms were given for free – and again, the increase happened as a result of schools giving out condoms without counseling.

Access to contraceptives in general has been shown to lower teen fertility, Buckles and Hungerman noted, or in some cases had no effect at all.

But condoms might have a different impact because of several factors, such as the fact that their failure rate is more important than that of other contraceptives.

Condoms also rely ‘more heavily on the male partner’, which is an important factor given that an unplanned pregnancy will have different consequences for each gender, Buckle and Hungerman wrote.

The time at which condoms are used could also explain why they have a different impact than other types of birth control. Condoms have to be used at the time of intercourse, whereas the pill, IUDs and implants are all taken in advance.

Using condoms also results from a short-term decision rather than long-term.

Free condom programs in schools could have led to two additional births per 1,000 teenage women so far, Buckle and Hungerman found.

This could increase to 5 extra births per 1,000 teenage girls if the country’s entire high-school-aged population had access to condoms.

Condom distribution programs could promote the use of condoms over more efficient birth control methods, drive schools to use their resources for condom distribution rather than more effective programs, or might encourage ‘risky’ sexual behaviors, Buckle and Hungerman wrote.

But these findings should be used with caution when reflecting on policy proposals, they added.

Health clinics based in schools that offered contraceptives were shown to significantly lower teen fertility in a 2014 study.

‘If health clinics can effectively combine contraception access and counseling, this may lead to very different effects than access alone,’ Buckle and Hungerman said.

Voir de plus:

Ce si gênant Tommy Robinson…

La condamnation du militant nationaliste pose la question de la liberté d’expression


Le militant nationaliste britannique Tommy Robinson a été arrêté à Leeds et presque immédiatement condamné à 13 mois de prison ferme alors qu’il tentait de filmer les suspects d’un procès dont les médias locaux n’ont pas le droit de parler. 

Un épais voile noir n’en finit plus d’envelopper la liberté d’expression dans les démocraties occidentales. Il se montre particulièrement oppressant dès lors qu’il s’agit de museler des opinions critiques au sujet de la crise migratoire, des dangers de l’islamisme et, plus largement, du dogme multiculturaliste comme modèle supposé de société. Ces opinions critiques, si elles peuvent en choquer moralement certains, ne constituent pourtant pas des délits, ou en tout cas, pas encore…Les voies employées sont multiples et complémentaires. Sur le plan répressif, on peut mentionner les fermetures abusives et arbitraires de comptes sur les réseaux sociaux, soit par décision hautement inquisitrice des autorités facebookiennes (comme ce fut le cas par exemple pour Génération identitaire dont le compte a été récemment clos sans autre forme de procès), soit sous pression d’activistes qui, en procédant à des signalements massifs se lancent dans des sortes de fatwas numériques et finissent promptement par obtenir la fermeture des comptes qui les dérangent. On pense notamment au truculent dessinateur Marsault, mais les cas semblables sont légion.

La voie judiciaire est également très utilisée pour faire taire les récalcitrants. On a pu assister par exemple à la condamnation ubuesque d’Éric Zemmour pour ce qui finit par s’apparenter, ni plus ni moins, à du délit d’opinion et à l’introduction piano sano d’un délit d’islamophobie et de blasphème dans les cours européennes.

Tommy Robinson et ce dont on ne doit pas dire le nom

Le sort actuel de l’activiste britannique, Tommy Robinson (de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon), s’inscrit dans ce contexte sinistré. Le britannique de 35 ans, fondateur de l’English Defence League, hostile à l’islam radical et à la charia (ce qui peut plaire ou déplaire mais demeure une conviction de l’ordre de l’opinion et ne constitue donc pas un délit), est dans le collimateur des autorités de son pays. L’homme a été arrêté, le vendredi 25 mai, tandis qu’il diffusait une vidéo filmée en direct des abords du tribunal de Leeds où se tenait un procès mystérieux. Mystérieux car il existe une disposition du droit britannique permettant aux autorités judiciaires d’ordonner une « reporting restriction ». C’est-à-dire un embargo pendant lequel personne n’a le droit d’évoquer publiquement (journalistes inclus, donc) une affaire en cours de jugement.

Cette mesure est décidée dans un but de bonne administration de la justice, de bon déroulement des procès, afin que l’émoi populaire suscité par telle ou telle affaire ne vienne pas nuire à la bonne et sereine marche d’une justice que l’on imagine naturellement impartiale, afin également d’en protéger les parties, plaignants ou accusés.

Tommy Robinson, et c’est là son tort et sa limite, n’a pas souhaité se soumettre à cette curieuse loi d’airain, et s’est donc tout de même rendu au palais de justice pour y interpeller les accusés de ce qu’il a décrit comme étant supposément le procès des viols de fillettes dont les accusés sont des gangs pakistanais, notamment dans la région de Telford, exactions qui se sont produites pendant plusieurs décennies et qui ont mis un temps infini à être révélées puis prises en compte par des autorités surtout préoccupées par le risque de stigmatisation des communautés ethno-religieuses concernées, plutôt que par la protection des populations locales. Cette information sur la nature réelle du procès n’a pas pu être formellement vérifiée ni énoncée puisque, de toute façon, dans cette situation orwellienne, la presse n’est pas autorisée à en parler. Il s’agit donc ici de propos qu’on n’a pas le droit de tenir au sujet d’une affaire qu’il faut taire.

Le vendredi noir de Tommy Robinson

Tommy Robinson a été interpellé et, dans une hallucinante et inhabituelle célérité, la justice l’a presque immédiatement condamné à une peine ferme de 13 mois de prison, sans que celui-ci n’ait pu avoir droit à un procès équitable ni consulter l’avocat de son choix. Tout ceci s’est déroulé sans que la presse n’ait vraiment le droit d’évoquer son cas, puisque les juges ont appliqué à sa condamnation une seconde « reporting restriction », sorte de couche supplémentaire dans le mille-feuille de silences et de censures nimbant déjà ce dossier décidément gênant. Au pays de l’Habeas corpus, cette affaire fait du bruit.

Aussitôt, une pétition rassemblant vite plus de 500 000 signatures a circulé dans le monde entier, et l’émoi que l’on voulait mater s’est au contraire amplifié, par le biais notamment des réseaux sociaux dont on comprend bien qu’ils fassent l’objet de toutes les tentatives de restrictions et de lois liberticides à venir. Des personnalités aussi diverses que la demi-sœur de Meghan Markle ou le fils de Donald Trump, le leader néerlandais Geert Wilders, le chanteur Morrissey ou la secrétaire générale adjointe des Républicains, Valérie Boyer, et beaucoup d’autres célèbres ou anonymes, se sont émus et ont interpellé les autorités britanniques sur cette curieuse conception de la justice, expéditive pour les uns, anormalement complaisante et longue pour les autres. Des manifestants excédés ont même fini par s’en prendre à la police, samedi 9 juin, près de Trafalgar Square à Londres.

Tommy Robinson se savait attendu au tournant ; il a toutefois bravé la loi en toute connaissance de cause, comme il l’avait déjà fait dans un précédent procès sur une affaire similaire, écopant alors de trois mois avec sursis, lesquels sont alors venus s’ajouter à la peine récemment prononcée pour « atteinte à l’ordre public ». On peut toutefois légitimement s’interroger sur plusieurs points qui choquent l’opinion publique ainsi que le bon sens.

Les démocraties libérales contre elles-mêmes

Tout d’abord, est-il judicieux bien que judiciaire, de la part des autorités britanniques, de décider de faire régner de nouveau le silence dans le traitement d’une affaire dans laquelle, précisément, c’est le silence complice des autorités qui est en partie mis en cause par les opinions publiques ? N’est-ce pas redoubler le mal et contribuer à rendre légitimes les soupçons d’étouffement de ces affaires pour des motifs idéologiques ? Peut-on encore parler du réel, le nommer, le montrer, sans encourir les foudres morales ni risquer l’embastillement ou le sort d’Oscar Wilde à la Reading Gaol ? Les démocraties occidentales qui se conçoivent pourtant comme « libérales » et s’opposent idéologiquement à ce qu’elles qualifient dédaigneusement de « démocraties illibérales » et populistes, ont-elles conscience de déroger, par ces silences complices et ces actions douteuses de musèlement, au libéralisme d’opinion qui fonde les régimes démocratiques et institue, normalement, les libertés fondamentales ? Ont-elles conscience de renforcer le fort soupçon de manipulation des opinions qui pèse de plus en plus sur elles, Brexit après Brexit, vote « populiste » après vote « populiste », rejet après rejet ? Ont-elles conscience que plus une censure s’applique, plus la réaction à cette censure est forte, que plus elles se conduisent ainsi, plus la colère et la révolte – qu’elles s’imaginent étouffer – grondent ? Ont-elles conscience que loin de protéger l’image des populations prétendument stigmatisées dans ces affaires, elles ne font que nourrir les interrogations et les soupçons à leur sujet ?

Certes, Tommy Robinson est condamné pour avoir troublé le bon fonctionnement d’un procès, tel est le motif juridique invoqué contre lui. Mais personne n’est dupe du montage judiciaire qui a abouti à son arrestation, jugement et emprisonnement en 5 heures chrono. Les autorités ignorent-elles par ailleurs le sort réservé aux militants de ces mouvances hostiles à l’islam radical lorsqu’ils sont jetés ainsi en pâture dans des prisons tenues par les gangs que ces militants dénoncent précisément ? Kevin Crehan, condamné à 12 mois de prison pour avoir (certes stupidement) jeté du bacon sur une mosquée, n’a pas survécu à son incarcération. Tommy Robinson, lui-même précédemment incarcéré dans une affaire de prêt familial, a été victime de graves violences.  Sa sécurité fait-elle l’objet de garanties spécifiques au vu du contexte ? Enfin, le silence gêné de certains des principaux médias sur cette affaire ne pose-t-il pas de nouveau la question du pluralisme et de la liberté d’expression réelle dans le paysage médiatique occidental ?

Voir  également:

Un nouvel «axe alpin» se constitue en Europe contre les migrants

De notre correspondant à Bruxelles,

Finalement, Viktor Orban pourrait avoir gagné. Le maître de Budapest fut le premier à dresser des barbelés contre l’exode, celui des Syriens en août 2015. Sa prophétie n’est pas loin de se réaliser quand l’Italie, jusqu’ici ouverte à la misère du monde, renvoie en pleine mer un bâtiment chargé de 629 migrants africains. Basculement. Électrochoc. Malgré le trouble d’Angela Merkel et les blâmes d’Emmanuel Macron, la question pour l’Europe n’est plus de savoir si elle doit renforcer sa frontière commune. Mais si elle peut encore éviter le retour aux barrières nationales. En trois ans, l’exception hongroise s’est propagée à toute l’Europe centrale. Varsovie, Prague et Bratislava jurent avec Budapest que la religion musulmane n’est pas soluble dans l’UE. Tous applaudissent le coup de force italien.

À ce quatuor de Visegrad, il faudrait désormais ajouter un trio d’acteurs qui va de l’extrême droite à la droite dure: l’Italien Matteo Salvini, l’Autriche de Sebastian Kurz et Horst Seehofer, monument bavarois et ministre allemand de l’Intérieur. Ces trois-là forment le nouvel «axe» anti-immigration que décrit le jeune chancelier autrichien, avant de prendre la présidence tournante de l’UE le 1er juillet.

La fronde dessine un périmètre curieusement semblable à celui de l’empire des Habsbourg. Elle est aussi pétrie de contradictions. Même s’ils partagent la hantise de l’islam, Viktor Orban et ses amis d’Europe centrale se garderont bien de rejoindre l’axe autrichien. Et inversement. À l’intérieur de l’axe alpin, la pire chose qui puisse arriver au chancelier Kurz serait que Matteo Salvini, nouvel homme fort du pouvoir romain, obtienne ce qu’il demande: le partage avec le reste de l’Europe – Autriche comprise – de tout ou partie des quelque 500.000 «irréguliers» qui croupissent en Italie.

» LIRE AUSSI – Les pays de l’Est veulent avoir voix au chapitre sur l’avenir du projet européen

Quant au projet prêté à Horst Seehofer d’expulser d’Allemagne tous les migrants déjà enregistrés ailleurs dans l’UE, il n’inquiète pas que la Chancellerie à Berlin. Si cette foule doit vraiment retraverser la montagne, c’est bien évidemment en Autriche puis en Italie qu’elle aboutira. Là est le problème des slogans «populistes» et autres remèdes réputés nationaux. Sur le papier, ils sont identiques et se prêtent à de magnifiques alliances. Dans la réalité, ils sont incompatibles, sauf à fâcher les voisins et à cadenasser toutes les frontières.

Cynisme contre hypocrisie

Les Italiens, même déçus de l’UE et gouvernés par des extrémistes, restent assez réalistes pour chercher la solution dans un cadre européen, plutôt qu’à Vienne ou à Budapest. C’est donc à Paris et à Berlin que Giuseppe Conte a pris des rendez-vous, avant son premier sommet à Bruxelles le 28 juin. De leur côté, l’Allemagne et la France surmontent leurs réticences à accueillir à bras ouverts le rejeton de la Ligue et du Mouvement 5 étoiles. Si l’on suit la fameuse formule de Lyndon B. Johnson, mieux vaut que l’Italie soit à l’intérieur de la tente pissant à l’extérieur, plutôt que l’inverse.

» LIRE AUSSI – Aquarius: retour sur la passe d’armes entre Paris et Rome

Cynisme contre hypocrisie, Emmanuel Macron et Matteo Salvini ont vidé mardi leur aigreur à propos de l’Aquarius et des 629 clandestins repêchés au nord de la Libye. Du côté français comme du côté allemand, il apparaît que les deux semaines qui mènent au sommet vont décider si Rome penche vers l’ouest ou vers l’est. Paris admet que l’Union européenne a un problème quand l’Italie doit accueillir 80 % des migrants venus de Libye. Le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, reconnaît qu’il faut se forcer «à voir la réalité à travers d’autres regards européens».

L’Élysée a confirmé jeudi des pistes déjà explorées pour rendre la réalité plus supportable à des Italiens confrontés, chez eux, à des centaines de points de fixation comparables à l’ex-ghetto de migrants à Calais. Il sera donc question d’aides financières démultipliées par l’UE et de mobilisation du contingent de gardes-frontières européens.

Au-delà de ces palliatifs communautaires, la France et ses voisins doivent se préparer à deux exutoires plus vigoureux s’il faut vraiment soulager l’Italie, prévient Pierre Vimont, ex-pilier du Quai d’Orsay et conseiller de l’UE durant la crise de 2015-2016. D’abord l’accueil direct des rescapés de la Méditerranée sur leur territoire, sujet jusqu’ici tabou que l’Espagne a commencé de rompre en acceptant les passagers de l’Aquarius. À charge pour ces capitales de traiter les demandes d’asile et de renvoyer les déboutés au sud du Sahara. Ensuite, l’ouverture de «centres de tri» hors de l’UE (peut-être en Albanie), ce qui permettrait d’évacuer le problème italien. C’est un projet imaginé par David Cameron que ressuscitent aujourd’hui Vienne et Copenhague. Mais attention, prévient l’ambassadeur Vimont, «il ne s’agit pas de s’en laver les mains. Si la question africaine n’est pas réglée dans la durée, les migrants reviendront inévitablement frapper à notre porte».

Voir de même:

GB: les photos sous les jupes des filles bientôt passibles de prison

Prendre secrètement une photo sous la robe d’une personne devrait devenir une infraction passible de deux ans d’emprisonnement au Royaume-Uni, après que le gouvernement britannique a décidé de soutenir une proposition de loi en ce sens. « Ce type de comportement est une intrusion odieuse dans la vie privée, qui laisse les victimes en détresse », a déclaré la secrétaire d’État à la Justice, Lucy Frazer.

« En faisant de ce comportement une infraction spécifique, nous envoyons un message clair que cela ne sera pas toléré et que les auteurs seront punis », a-t-elle ajouté. Elle a salué la campagne menée par Gina Martin, une jeune femme de 26 ans, elle-même victime de cette pratique voyeuriste désignée par le terme « upskirting » en anglais. La jeune femme avait lancé une campagne pour demander aux autorités de légiférer sur la question.

« C’est évidemment une excellente nouvelle », a réagi l’intéressée, « et c’est grâce à toutes celles et ceux qui nous ont soutenu dans notre démarche. Il reste du chemin à faire, mais il semble désormais que cela aboutira sans trop d’accrocs ». Gina Martin s’était lancée dans cette campagne en 2017, après que deux hommes avaient pris une photo sous sa jupe lors d’un festival à Londres. Alors qu’ils partageaient la photo à partir de leurs téléphones, Gina Martin avait tenté d’alerter la police, mais aucune poursuite n’avait pu être engagée.

L’interdiction de tels comportements doit être intégrée dans une proposition de loi contre le voyeurisme portée par la députée Wera Hobhouse, membre du Parti libéral-démocrate. Le texte est soumis vendredi au vote de la Chambre des Communes. Il a reçu un soutien trans-partis et la position du gouvernement devrait faciliter son adoption. « Le fait que le gouvernement ait entendu notre appel témoigne du large consensus sur l’existence d’une lacune dans la loi à laquelle il fallait s’attaquer », a commenté Wera Hobhouse.

Voir encore:

À deux jours de la fête des pères, dimanche 17 juin, un sondage Ifop mené pour Alliance Vita met en lumière l’importance de la figure paternelle.

Une donnée essentielle dans le débat entre les partisans et les opposants de l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules.

Un sondage Ifop commandé par Alliance Vita souligne l’importance et la singularité de la figure du père aux yeux des Français.

C’est une information qui devrait compter dans les débats bioéthiques du moment. Un sondage Ifop commandé par Alliance Vita (1) et dévoilé aujourd’hui par La Croix souligne l’importance et la singularité de la figure du père aux yeux des Français. Pour l’association, il s’agit avant tout de braquer les projecteurs sur l’un des enjeux des discussions actuelles sur l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, envisagée dans le cadre de la révision des lois de bioéthique.

Ainsi, 93 % des Français considèrent que les pères ont un « rôle essentiel pour les enfants », tandis que les trois quarts d’entre eux adhèrent à l’affirmation selon laquelle « les rôles du père et de la mère sont différents et complémentaires » ; et 89 % jugent que « l’absence de père, c’est quelque chose qui marque toute la vie ».

Sondage Les Français et la paternité

Ifop pour Alliance VITA

« Il est frappant de voir à quel point le rôle du père est consensuel, alors que nous assistons aujourd’hui à un fort questionnement de son rôle », analyse le délégué général d’Alliance Vita, Tug­dual Derville. « Il apparaît aussi clairement que le fait de connaître son père relève de l’intérêt supérieur de l’enfant pour une majorité de nos concitoyens », poursuit-il. À un moment où la question sur la PMA polarise toutes les attentions, selon ce sondage, 61 % des Français estiment qu’« il faut privilégier le besoin de chaque enfant d’avoir un père en réservant la PMA aux couples homme-femme ayant un problème médical d’infertilité ». Mais 39 % jugent plutôt qu’« il faut privilégier le désir d’enfant en permettant la PMA sans père pour les femmes seules ou les couples de femmes ».

« Quelle que soit la question, vous avez 40 % de gens qui sont favorables, 40 % d’opposés, et 20 % qui oscillent »

Des chiffres qui peuvent surprendre comparés aux autres enquêtes menées par l’Ifop, notamment celles publiées dans La Croix et L’Obs en janvier, ou encore cette semaine par Ipsos pour France Télévisions. Ces enquêtes donnaient systématiquement des proportions opposées quant à l’adhésion des Français à l’extension de la PMA : 60 % y étaient favorables, 40 % étaient contre.

« Ces résultats ne sont absolument pas contradictoires », affirme Jérôme Fourquet, le directeur du département Opinion et Stratégies de l’Ifop. « Tout dépend de la manière dont on pose la question : si on met en avant l’ouverture d’un droit, en demandant aux Français s’ils sont pour une extension de la PMA, ils y sont majoritairement favorables. En revanche, si on présente le droit de l’enfant à avoir un père, ils sont majoritairement opposés à une évolution de la loi. »

En France, un enfant sur trente est conçu grâce à la PMA

Faut-il y voir un signe de la versatilité de l’opinion publique ? « Non, répond Jérôme Fourquet. Quelle que soit la question, vous avez 40 % de gens qui sont favorables, 40 % d’opposés, et 20 % qui oscillent. Ce sont ces derniers qui portent la tension éthique et dont la réponse peut varier selon la façon dont la question est posée. »

Des différences d’approche

Si les Français portent un regard très majoritairement positif sur le rôle des pères, il existe cependant des différences d’approche, notamment entre les hommes qui sont pères et ceux qui ne connaissent pas l’expérience de la paternité. Ainsi 58 % des pères sont tout à fait d’accord lorsqu’on leur demande si « l’absence de père est quelque chose qui marque toute une vie ». Le chiffre tombe à 41 % pour les hommes qui n’ont pas d’enfants. Soit une différence de 17 points.

Autre intervalle notable : celui qui s’établit entre les générations : 39 % des 18-24 ans estiment qu’il ne faut pas étendre la PMA, alors qu’ils sont 78 % des plus de 65 ans. « C’est la preuve qu’au fur et à mesure des générations, les références traditionnelles vont être chamboulées », estime Jérôme Fourquet.

Extension de la PMA, les médecins plus réticents que l’ensemble des Français

Une analyse que ne partage pas Tugdual Derville, le délégué général d’Alliance Vita. « Je ne pense pas que nous soyons face à une évolution inéluctable, avance-t-il. J’y vois plutôt le poids de l’expérience : lorsque l’on est père, on se rend davantage compte de la nécessité de cette présence. Dans tous ces sujets, l’expérience de la vie n’est pas inutile. »

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« L’aventure de la paternité n’est plus portée par la société »

Jacques Sédat, Psychanalyste, membre d’Espace analytique (1)

« On assiste aujourd’hui à un grand affaiblissement de l’image du père dans nos sociétés. C’est aussi le cas pour celle de la mère. La paternité est par nature une expérience subjective, mais
je vois aujourd’hui beaucoup de couples qui, au milieu de la trentaine, hésitent à être parents. Les naissances surviennent plus tard qu’auparavant : cela montre bien que l’aventure de la paternité est devenue quelque chose d’éminemment subjectif, et donc de plus fragile. Elle n’est plus portée par la société et ne bénéficie plus d’un soutien collectif. »

(1) Auteur de Sigmund Freud. Les grandes étapes de la pensée freudienne, Armand Colin, 2e édition, 2013.

Loup Besmond de Senneville

(1) Réalisé entre le 7 et le 11 juin 2018, par questionnaire auto-administré, auprès de 2016 personnes sélectionnées selon la méthode des quotas

Voir enfin:

Good Moral Panics and Late Modernity

Dimitar Panchev

Lasala foundation

2013

/…/

As Rohloff and Wright (2010) point out, the concept of ‘moral panic’ has several problems. The first one is the problem of normativity. Since its introduction the concept has been used as a form of social critique where panics were characterised as social reactions that are ‘irrational’ and misdirected (Rohloff and Wright, 2010). Hier (2002a) argues that it is the concept’s normativity that has made it unappealing to newer developments in social theory. Second comes the problem of temporality, according to which moral panics can be characterized as short-lived episodes (exceptions are Hall et al.’s (1978) analysis of the mugging panic and Jenkins’ (1998) study on child molestation). In other words, the moral panics studied do not focus on the historically structured processes that have an impact on the development of the moral panics in the first place. Subsequent revisions have led to the acknowledgement of the necessity for a time-frame and contextual analysis: ‘…Moral panics are a crucial element of the fabric of social change. They are not marginal, exotic, trivial phenomena, but one key by which we can unlock the mysteries of social life…’ (Goode and Ben – Yehuda, 1994: 229). The third problem is the one of (un)intentionality which ultimately is concerned with the question of responsibility. In Cohen’s (1972) original analysis, the moral panic surrounding the mods and the rockers was presented as unintended and unanticipated, with focus being placed on the media as medium for deviancy amplification and stigmatization. In contrast, the analysis of the mugging moral panic (Hall et al. 1978) presented the scare as a strategy on behalf of the ruling elites in order to divert public attention from the crisis in the capitalist system. Last but not least, Goode and Ben-Yehuda (1994) constructed the problem as one of intentional actions versus unintentional developments. Their approach distinguished between grassroots, interest groups and elite- engineered moral panics.

The first model based the problem onto sentiments that were present in society in the general. The second model suggested that the reaction should be considered as an outcome of the efforts of specific moral entrepreneurs and particular interest groups in society. The last model, the elite-engineered panic, was presented as a deliberated organised propaganda campaign aimed at diverting attention from real structural problems. Revision of these ‘ideal types’ (ibid.) of moral panics have moved towards the more rigorous appreciation of the plurality of reactions that might accompany the process of moral assertion and an appreciation of the resistance efforts which might occur in line with the panics (Hier, 2002b; McRobbie & Thorton, 1995; de Young, 2004). Even with such contribution being made, the concept has been criticised for falling short of providing alternative means of explanation and theorisation (Hier, 2008).

Attempts have been made to tackle the ‘heuristic’ nature of the concept by incorporating the developments in risk theory and the works of Norbert Elias (Rohloff and Wright, 2010). A fourth problem is the one of anthropomorphizing. The claim that a society can engage in hysterical, panic-stricken behaviour has been criticised on the grounds that collective social processes cannot be rendered as individual psychological ones. Some of the earlier analyses of moral panics discussed ‘society’ and ‘social reaction’ as if they were unified and undifferentiated, when in fact the interests of the police, the media and the public were quite different (McRobbie and Thornton, 1995). Another problem, outlined by Garland (2008) is concerned with the ethics of attribution, according to which the critical ascriptions which the concept carries also have an impact on its use. This creates situations in which the conditions for the analysis of a moral panic exist, but due to ethical consideration such an inquiry is not pursued. An example is the post- 9/11 response of the media and the government (ibid.).

The aftermath of the tragedy contained all the necessary conditions included in the definition of the concept – expressed concern, hostility, disproportionality, consensus and a moral dimension was attached to all of the above, yet the episode itself was not categorised as a moral panic. The commentators involved into the analysis of the terrorist attack avoid the use of the term and considerable caution was exercised when discussing the event (Walker, 2002). According to Garland (2008) one explanation is the widespread uncertai nty of the nature of the attack itself. Secondly, and what he considers more important, the reluctance of applying the label ‘successfully’ was based on ethical reasons. The use of the concept would clash with the prevailing moral sentiments of fear and grief that drove the reaction to the attack.

Thus it took some time for the first academic publication considering the post- 9/11 as an example of a moral panic to be published (Rothe and Muzzatti, 2004; Welch, 2006). Even though Garland (2008) himself notes that the ethical inhibitors might not be as important, they will have some impact on the way in which tragedies and disasters are approached by ‘moral panic’ scholars. What it shows, however, is the relationship that exists between the analysts and the social actors and the way in which they influence each other. It has been Cohen’s longstanding contention that the term moral panic is, for its utility, problematic insofar as the term ‘panic’ implies an irrational reaction which a researcher is rejecting in the very act of labelling it such. That was the case when he was studying the media coverage of the Mods and Rockers and when Young was studying the reaction to drug taking in the late 1960s and the early 1970s.

Currently , Cohen has started to feel uncomfortable with the blanket application the term ’panic’ in the study of any reactions to deviance, as he argues for its possible use in ‘good moral panics’ (Cohen, 2002: xxxi – xxxv). Cohen (2011) discusses the changes that h ave occurred in society and how this has had re – directed the ‘moral panic’ analysis and has contributed to the development of the concept. To begin with, the modern moral entrepreneurs have adopted a status similar to the social analyst (in terms of class, education and ideology) and the likelihood for the two of them to perceive the problem in the same way has increased substantially. Secondly, the alliances between the various political forces has become more flexible and as a result, panics about ‘genuin e’ victims (of natural disasters or terrorist attacks) are more likely to generate consensus that the ‘unworthy’ victims (the homeless). Thirdly, whereas the traditional moral panics where in nature elite – engineered, the contemporary ones are much more lik ely to populist – based, giving more space for social movements’ and victims’ participation in the process. Fourthly, in contrast to the old moral panics, the new ones are interventionist – focused.

The new criminalizers (Cohen, 1988) who address the moral panics are either post – liberals who share a common background with a decriminalized generation, or are from the new right who argue for increased focus on private morality (sexuality, abortion, lifestyle). In addition, Cohen (2011) considers the possibility of certain moral panics being understood as ‘anti – denial’ movements. In contemporary times the denial of certain events, their cover – up, evasion and tolerance is perceived as morally wrong, and such denied realities should be brought to the public attentio n, which would result in widespread moral condemnation and denunciation. In this sense, it could be argued that certain panics should also be considered as ‘acceptable’ and thus a binarity between ‘good’ and ‘bad’ moral panics can be developed. Such as heu ristic between ‘good’ and ‘bad’ can be useful as such a distinction in effect widens the scope of moral panic studies beyond those examples that are regarded as ‘inappropriate’ and ‘irrational’. Potentially, this could also lead to the questioning of the notions of rationality, disproportionality and other normative judgements that have characterised the studies of moral panics. Such an approach of analysing ‘moral panics’ is in contrast with the work of Critcher (2003, 2009; 2011), to whom the concept of can be best understood in the relations of power and regulation.

Whereas both Critcher and Cohen agree that each moral panic should be seen in a wider conceptual framework, the latter does not adopt Critcher’s suggestion that the term ‘moral’ panic should not be applied in cases where dominant elites reinforce dominant practices by way of scapegoating outsiders. By contrast to Critcher, Cohen accepts the possibility of counter – hegemonic moral panics. In addition, Critcher stresses the need to focus not only on the politics of moral panics, but also consider the economic factors that might limit or promote their development. Moving beyond moral panics, Hunt (1999 ) has argued that a shift has taken place in the processes of moral regulation over the past centu ry, whereby the boundaries that separate morality from immorality have been blurred. As a result, an increasing number of everyday activities have become moralized and the expression of such moralization can be found in hybrid configurations of risk and harm. The moralization of everyday life contains a dialectic that counterposes individualizing discourses against collectivizing discourses and moralization has become an increasingly common feature of contemporary political discourse (Garland, 2001; Biressi and Nunn, 2003; Haggerty, 2003).

Moral panics (Hier, 2002a, 2008) can also be seen as volatile manifestations of an ongoing project of moral regulation, where the ‘moral’ is represented as practices that are specifically designed to promote the care of th e self. With the shift towards neo – liberalism, such regulatory scripts have taken the form of discourses of risk, harm and personal responsibility. As Hier (2008) the implementation of such a ‘personalization’ discourse is not straightforward due to the fa ct that moral callings are not always accepted. The moral codes that are supposed to regulate behaviour , expression and self – presentation are themselves contestable and their operation is not bound in a time – space frame. Thus, ‘moralization’ is conceptualized as a recurrent sequence of attempts to negotiate social life; a temporary ‘crisis’ of the ‘code’ (moral panic) is therefore far more routine than extraordinary. The problems with such an argument for expanding the focus of moral panics to encompass for ms of moral regulation is that it is too broad (Critcher, 2009) and a more specific scope of moral regulation should be defined in order to conduct such analysis.

Conclusion

The aim of the following paper was to provide an overview of the concept of ‘moral panics’ and the possibility for applying its analytical tools in the study of ‘good moral panics’. As the focus of the concept was expanded significantly over the past 40 years, it can be argued that such a task is within the scope of academia due the cha nging nature of the contemporary world and social relation. In fact, in such a world full of insecurity and one that is characterized by a constant fear of falling (Young, 2007a) such an approach of putting reality on trial would be much appreciated.

 

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La Rose blanche/75e: Après la tragédie, la farce (75 years after the WWII anti-nazi student group, Hollywood’s joke of an anti-sexual harassment movement picks up the white rose symbol)

26 février, 2018
Hans et Sophie Scholl et leur ami Christoph ProbstHegel fait remarquer quelque part que, dans l’histoire universelle, les grands faits et les grands personnages se produisent, pour ainsi dire, deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde comme farce. Marx
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude.  G.K. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
La Rose blanche (en allemand Die Weiße Rose) est le nom d’un groupe de résistants allemands, fondé en juin 1942, pendant la Seconde Guerre mondiale, et composé de quelques étudiants et de leurs proches. Ce nom aurait été choisi par Hans Scholl en référence à la romance de Clemens Brentano (Les Romances du Rosaire, 1852), ou au roman de B. Traven La Rose blanche (1929). Ce groupe a été arrêté en février 1943 par la Gestapo et ses membres ont été exécutés. Wikipedia
We choose the white rose because historically it stands for hope, peace, sympathy and resistance. Voices in Entertainment
 The colour white, of course, represents peace, but it is also has history in the women’s movement. White was one of the trio of colours adopted by the suffragette movement, along with green and purple; white stood for purity. Hillary Clinton’s white pantsuit, which she wore to accept the nomination as Democratic candidate for the 2016 election, was seen making a feminist statement. The Guardian
When he landed in New Delhi last Saturday, Trudeau was greeted on the tarmac, not by the Prime Minister or Foreign Minister but by the junior minister for agriculture and farmers’ welfare. Other world leaders, including Barack Obama and Benjamin Netanyahu, have been given a personal welcome by Narendra Modi. Prime Minister Modi, a savvy social media user, failed even to note Trudeau’s arrival on Twitter, though on the same day he found time to tweet about plans to unveil a new shipping container terminal. He did not acknowledge Trudeau until five days later and only met him the day before the Canadian PM and his family were to return home. Why were the Indians so frosty in their reception? They suspect Trudeau’s government of private sympathy for the Khalistani separatist movement, which wants to form a breakaway Sikh state in Punjab. Thankfully, Trudeau didn’t do anything to inflame those suspicions. Well, unless you count inviting a notorious Khalistani separatist to a reception. And then to dinner. With the Prime Minister. Not just any separatist, either. Jaspal Atwal is a former member of the International Sikh Youth Federation, proscribed as a terror group in both India and Canada, and was convicted of the attempted assassination of Indian cabinet minister Malkiat Singh Sidhu. Best of all, he even got a photo taken with Trudeau’s wife Sophie. But there were still a few Indians unoffended by the image-obsessed Canadian PM and he quickly remedied that. He turned up for one event in a gaudy golden kurta, churidars and chappals. At another, he broke into the traditional Bhaṅgṛā dance only to stop midway through when no one else joined in. Only after the local press pointed out that this was a little condescending and a lot tacky was Justin-ji finally photographed wearing a suit. It was less like a state visit and more like a weeklong audition for the next Sanjay Leela Bhansali movie. Here was Justin Trudeau, the progressive’s progressive, up to his pagṛi in cultural appropriation. At least he achieved his goal of bringing Indians and Canadians closer together: both have spent the past week cringing at this spectacle of well-meaning minstrelsy. I want to like Justin Trudeau. I really do. He’s a centrist liberal in an age where neither the adjective nor the noun is doing very well. Trump to his south, Brexit and Corbyn across the water, Putin beyond that: Trudeau should be a hero for liberal democrats. Instead, from his Eid Mubarak socks at Toronto Pride to his preference for ‘peoplekind’ over ‘mankind’, Trudeau presents like an alt-right parody of liberalism. He’s gender-neutral pronouns. He’s avocado toast and flaxseed soy smoothies. He’s safe spaces and checked privileges. Trudeau is a cuck. And all that would be fine. In fact, it would be a hoot to have a liberal standard-bearer who could troll the 4chan pale males in their overvaped, undersexed basements. But far from an icon for the middle ground, Trudeau is the sort of right-on relativist who gives liberals a bad name. He has spoken of his ‘admiration’ for China’s dictatorship for ‘allowing them to turn their economy around on a dime’. He called Fidel Castro ‘larger than life’ and ‘a remarkable leader’ who showed ‘tremendous dedication and love for the Cuban people’. Trudeau’s government refused to accept the Islamic State’s ethnic cleansing of the Yazidis was a genocide until the UN formally recognised it as such. In 2016 he issued a statement on Holocaust Remembrance Day that neglected to mention Jewish victims of the Shoah and the following year unveiled a memorial plaque with the same omission. Trudeau’s problem is that he always agrees with the last good intention he encountered. He seems to have picked up his political philosophy from Saturday morning cartoons: by your powers combined, I am Captain Snowflake. There is no spine of policy, no political compass, no vision beyond the next group hug or national apology. The centre ground needs a champion and instead it got an inspirational quote calendar with abs. Trudeau’s not a Grit, he’s pure mush. The Spectator
On y voit comment pousse sous nos yeux, non pas un simple fascisme local, mais un racisme proche du nazisme à ses débuts. Comme toute idéologie, le racisme allemand, lui aussi, avait évolué, et, à l’origine, il ne s’en était pris qu’aux droits de l’homme et du citoyen des juifs. Il est possible que sans la seconde guerre mondiale, le « problème juif » se serait soldé par une émigration « volontaire » des juifs des territoires sous contrôle allemand. Après tout, pratiquement tous les juifs d’Allemagne et d’Autriche ont pu sortir à temps. Il n’est pas exclu que pour certains à droite, le même sort puisse être réservé aux Palestiniens. Il faudrait seulement qu’une occasion se présente, une bonne guerre par exemple, accompagnée d’une révolution en Jordanie, qui permettrait de refouler vers l’Est une majeure partie des habitants de la Cisjordanie occupée. Les Smotrich et les Zohar, disons-le bien, n’entendent pas s’attaquer physiquement aux Palestiniens, à condition, bien entendu, que ces derniers acceptent sans résistance l’hégémonie juive. Ils refusent simplement de reconnaître leurs droits de l’homme, leur droit à la liberté et à l’indépendance. Dans le même ordre d’idées, d’ores et déjà, en cas d’annexion officielle des territoires occupés, eux et leurs partis politiques annoncent sans complexe qu’ils refuseront aux Palestiniens la nationalité israélienne, y compris, évidemment, le droit de vote. En ce qui concerne la majorité au pouvoir, les Palestiniens sont condamnés pour l’éternité au statut de population occupée. La raison en est simple et clairement énoncée : les Arabes ne sont pas juifs, c’est pourquoi ils n’ont pas le droit de prétendre à la propriété d’une partie quelconque de la terre promise au peuple juif. Pour Smotrich, Shaked et Zohar, un juif de Brooklyn, qui n’a peut-être jamais mis les pieds sur cette terre, en est le propriétaire légitime, mais l’Arabe, qui y est né, comme ses ancêtres avant lui, est un étranger dont la présence est acceptée uniquement par la bonne volonté des juifs et leur humanité. Le Palestinien, nous dit Zohar, « n’a pas le droit à l’autodétermination car il n’est pas le propriétaire du sol. Je le veux comme résident et ceci du fait de mon honnêteté, il est né ici, il vit ici, je ne lui dirai pas de s’en aller. Je regrette de le dire mais [les Palestiniens] souffrent d’une lacune majeure : ils ne sont pas nés juifs ». Ce qui signifie que même si les Palestiniens décidaient de se convertir, commençaient à se faire pousser des papillotes et à étudier la Torah et le Talmud, cela ne leur servirait à rien. Pas plus qu’aux Soudanais et Erythréens et leurs enfants, qui sont israéliens à tous égards – langue, culture, socialisation. Il en était de même chez les nazis. Ensuite vient l’apartheid, qui, selon la plupart des « penseurs » de la droite, pourrait, sous certaines conditions, s’appliquer également aux Arabes citoyens israéliens depuis la fondation de l’Etat. Pour notre malheur, beaucoup d’Israéliens, qui ont honte de tant de leurs élus et honnissent leurs idées, pour toutes sortes de raisons, continuent à voter pour la droite. Zeev Sternhell
The central complaint of Netanyahu’s critics is that he has failed to make good on the promise of his 2009 speech at Bar-Ilan University, where he claimed to accept the principle of a Palestinian state. Subsidiary charges include his refusal to halt settlement construction or give former Palestinian Prime Minister Salam Fayyad a sufficient political boost. It should go without saying that a Palestinian state is a terrific idea in principle — assuming, that is, that it resembles the United Arab Emirates. But Israelis have no reason to believe that it will look like anything except the way Gaza does today: militant, despotic, desperate and aggressive. Netanyahu’s foreign critics are demanding that he replicate on a large scale what has failed catastrophically on a smaller scale. It’s an absurd ask. It’s also strange that the same people who insist that Israel help create a Palestinian state in order to remain a democracy seem so indifferent to the views of that democracy. Israel’s political left was not destroyed by Netanyahu. It was obliterated one Palestinian suicide bombing, rocket salvo, tunnel attack and rejected statehood offer at a time. Bibi’s long tenure of office is the consequence, not the cause, of this. Specifically, it is the consequence of Israel’s internalization of the two great lessons of the past 30 years. First, that separation from the Palestinians is essential — in the long term. Second, that peace with the Palestinians is impossible — in the short term. The result is a policy that amounts to a type of indefinite holding pattern, with Israel circling a runway it knows it cannot yet land on even as it fears running out of gas. The risks here are obvious. But it’s hard to imagine any other sort of approach, which is why any successor to Netanyahu will have to pursue essentially identical policies — policies whose chief art will consist in fending off false promises of salvation. There’s a long Jewish history of this. For all of his flaws, few have done it as well as Bibi, which is why he has endured, and will probably continue to do so. Bret Stephens
Un Israélien qui compare Israël au « nazisme des débuts », voilà qui ne peut qu’enchanter, du Monde à France Inter, de Mediapart au Muslim Post. D’autant plus que Zeev Sternhell a l’avantage de conférer une pseudo-scientificité à deux grandes causes, la détestation de la France et la haine d’Israël – quel autre sentiment peut inspirer un pays en voie de nazification ? En effet, avant de devenir le savant utile de l’antisionisme extrême gauchiste européen, Sternhell s’est rendu célèbre avec Ni droite, ni gauche, publié en 1983, une analyse du fascisme français qui est à peu près partout et toujours prête à resurgir, thèse assez proche de celle de L’idéologie française de BHL, paru deux ans plus tôt, et recyclée depuis en mépris du populo et de ses idées nauséabondes. Bref, avec Shlomo Sand, l’historien qui considère que le peuple juif est un mythe, et quelques autres, Sternhell fait partie des Israéliens fréquentables. Et pour les sites islamistes il est le « bon juif » idéal. Ce qui est marrant, c’est que, même concernant le fascisme français, Shlomo Sand lui conteste la qualité d’historien. De fait, outre qu’elle est abjecte, sa comparaison est idiote car elle oublie un léger détail : il n’y avait pas, en 1930, de conflit entre les Juifs et l’Allemagne, ni de Juifs souhaitant bruyamment la disparition de l’Allemagne ou célébrant la mort de petites filles allemandes. Le plus écœurant, c’est la gourmandise avec laquelle notre radio publique s’est jetée sur cette bonne feuille. En dépit d’une actualité chargée, sur France Culture, on lui a accordé l’honneur des titres, honneur inédit pour un texte de cette nature. Emportée par son élan – ou son inconscient-, la journaliste a annoncé : « Un intellectuel israélien compare Israël au nazisme des années 1940. » Sternhell, et c’est déjà dingue, parle du nazisme des débuts. Celui des années 1940, c’est celui de la fin – de l’extermination. Peu importent ces distinctions, nombre de journalistes, imbus de leurs grands sentiments et de leur méconnaissance totale du dossier, étaient trop heureux de trouver, sous une plume israélienne, cette confirmation de tous les poncifs qu’ils ont en tête. (…) Surtout, tout occupé qu’il est à déceler les germes de nazisme chez ses concitoyens, Sternhell oublie de porter son regard un peu plus loin. S’il l’avait fait, il aurait pu entendre et voir des expressions beaucoup plus inquiétantes du nationalisme trempé dans l’antisémitisme le plus crasse, expressions qui vont jusqu’au poignard, à la roquette, sans oublier la volonté de destruction tranquillement assumée dans des mosquées ou des salles de classe. Ajoutons qu’en Israël, Sternhell et les autres ont pignon sur rue et c’est très bien. S’il y a des partisans de la paix avec Israël dans le monde arabe, ils rasent les murs, ou sont menacés de mort. Et dans les pays arabes, il n’y a pas de question juive. S’il avait vu tout cela, Sternhell aurait compris que la volonté de conserver une majorité juive ne révèle nullement une haine raciale. La plupart des Israéliens le savent, sans majorité juive, il n’y a plus d’Etat juif. Fin du sionisme, chapitre clos. C’est d’ailleurs ce souci qui devrait conduire le gouvernement israélien à rechercher une séparation négociée avec les Palestiniens, qu’ils soient ou pas (et ils ne le sont pas) les partenaires idéaux. Oui, l’occupation qui pourrit la vie des Palestiniens opère un travail de sape souterrain dans la société israélienne. Mais le danger, pour Israël, n’est pas de sombrer dans le nazisme. Il est de perdre le sens de la pluralité – et de finir par ressembler à ses voisins. Elisabeth Lévy
 Attention: une rose blanche peut en cacher une autre !

Au lendemain du 75e anniversaire de la décapitation du groupe de résistance d’étudiants antinazis dit de la Rose blanche

Et la reprise du même symbole par Hollywood et le monde de la chanson pour symboliser sa lutte contre le harcèlement sexuel …
Pendant que déguisé en acteur de Bollywood, la véritable caricature de progressisme qui sert actuellement de premier ministre à nos pauvres amis canadiens achevait de ridiculiser son pays sur la scène internationale …
Et qu’oubliant qu’il n’y avait pas dans les années 30 de « Juifs souhaitant bruyamment la disparition de l’Allemagne ou célébrant la mort de petites filles allemandes », un historien israélien qui compare Israël au « nazisme des débuts » se voit gratifié d’une tribune du Monde
Comment ne pas repenser …
Pour qualifier cette étrange époque que nous vivons entre « Génération Flocon de neige » et « idées chrétiennes devenues folles » …
Au fameux mot de Marx sur la répétition tragi-comique, par son premier président et dernier monarque de la nation française de neveu, du coup d’État du 18 brumaire par Napoléon un demi-siècle après ?

Zeev Sternhell, savant utile de l’antisionisme
L’historien israélien a comparé l’Etat hébreu au « nazisme à ses débuts »…
Elisabeth Lévy
Causeur
20 février 2018

Un Israélien qui compare Israël au « nazisme des débuts », voilà qui ne peut qu’enchanter, du Monde à France Inter, de Mediapart au Muslim Post. D’autant plus que Zeev Sternhell a l’avantage de conférer une  pseudo-scientificité à deux grandes causes, la détestation de la France et la haine d’Israël – quel autre sentiment peut inspirer un pays en voie de nazification ? En effet, avant de devenir le savant utile de l’antisionisme extrême gauchiste européen, Sternhell s’est rendu célèbre avec Ni droite, ni gauche, publié en 1983, une analyse du fascisme français qui est à peu près partout et toujours prête à resurgir, thèse assez proche de celle de L’idéologie française de BHL, paru deux ans plus tôt, et recyclée depuis en mépris du populo et de ses idées nauséabondes.

Sternhell, leur « bon juif » idéal

Bref, avec Shlomo Sand, l’historien qui considère que le peuple juif est un mythe, et quelques autres, Sternhell fait partie des Israéliens fréquentables. Et pour les sites islamistes il est le « bon juif » idéal. Ce qui est marrant, c’est que, même concernant le fascisme français, Shlomo Sand lui conteste la qualité d’historien. De fait, outre qu’elle est abjecte, sa comparaison est idiote car elle oublie un léger détail : il n’y avait pas, en 1930, de conflit entre les Juifs et l’Allemagne, ni de Juifs souhaitant bruyamment la disparition de l’Allemagne ou célébrant la mort de petites filles allemandes.

Le plus écœurant, c’est la gourmandise avec laquelle notre radio publique s’est jetée sur cette bonne feuille. En dépit d’une actualité chargée, sur France Culture, on lui a accordé l’honneur des titres, honneur inédit pour un texte de cette nature. Emportée par son élan – ou son inconscient-, la journaliste a annoncé : « Un intellectuel israélien compare Israël au nazisme des années 1940. » Sternhell, et c’est déjà dingue, parle du nazisme des débuts. Celui des années 1940, c’est celui de la fin – de l’extermination. Peu importent ces distinctions, nombre de journalistes, imbus de leurs grands sentiments et de leur méconnaissance totale du dossier, étaient trop heureux de trouver, sous une plume israélienne, cette confirmation de tous les poncifs qu’ils ont en tête. Saluons donc Bernard Guetta qui, ce mardi matin, a remis les pendules à l’heure.

Tout n’est pas faux, bien sûr, dans le libelle publié, lundi 19 février, par Le Monde sous le titre accrocheur : « En Israël pousse un racisme proche du nazisme à ses débuts ». Sternhell s’appuie sur des projets du gouvernement de geler par la loi et pour toujours le statut de Jérusalem, ainsi que sur des signes réels de la montée d’un nationalisme raciste. Mais, faute de regard historique (ou, dit plus simplement, de la prise en compte du contexte), il sort subrepticement de la route de l’argumentation pour dérouler un scénario qui conduit au mieux à l’apartheid et au pire suivez mon regard.

La hallalisation des esprits fait son chemin

Il y a en effet en Israël des rabbins qui ont appelé à l’assassinat d’Yitzhak Rabin, ou des élus qui réclament des salles d’accouchement séparées pour les Arabes et pour les Juives. Le nationalisme extrémiste, volontiers raciste sur les bords, progresse, y compris dans l’armée. En tout cas, la hallalisation des esprits (c’est-à-dire la propension à diviser le monde entre pur et impur) fait son chemin chez pas mal de juifs.

Mais il y a aussi des juifs pour la Palestine, des soldats militant pour la paix, une presse déchaînée, des ONG brailleuses et une intelligentsia raffinée, sans oublier une justice, une police et tout le reste, pour défendre l’Etat de droit s’il est menacé. Bref, toute une cacophonie judéo-israélienne dans laquelle on souhaite bonne chance à un dictateur.

Surtout, tout occupé qu’il est à déceler les germes de nazisme chez ses concitoyens, Sternhell oublie de porter son regard un peu plus loin. S’il l’avait fait, il aurait pu entendre et voir des expressions beaucoup plus inquiétantes du nationalisme trempé dans l’antisémitisme le plus crasse, expressions qui vont jusqu’au poignard, à la roquette, sans oublier la volonté de destruction tranquillement assumée dans des mosquées ou des salles de classe. Ajoutons qu’en Israël, Sternhell et les autres ont pignon sur rue et c’est très bien. S’il y a des partisans de la paix avec Israël dans le monde arabe, ils rasent les murs, ou sont menacés de mort. Et dans les pays arabes, il n’y a pas de question juive.

Sans majorité juive, il n’y a plus d’Etat juif

S’il avait vu tout cela, Sternhell aurait compris que la volonté de conserver une majorité juive ne révèle nullement une haine raciale. La plupart des Israéliens le savent, sans majorité juive, il n’y a plus d’Etat juif. Fin du sionisme, chapitre clos. C’est d’ailleurs ce souci qui devrait conduire le gouvernement israélien à rechercher une séparation négociée avec les Palestiniens, qu’ils soient ou pas (et ils ne le sont pas) les partenaires idéaux.

Oui, l’occupation qui pourrit la vie des Palestiniens opère un travail de sape souterrain  dans la société israélienne. Mais le danger, pour Israël, n’est pas de sombrer dans le nazisme. Il est de perdre le sens de la pluralité – et de finir par ressembler à ses voisins.

Voir aussi:

Zeev Sternhell : « En Israël pousse un racisme proche du nazisme à ses débuts »
Dans une tribune au « Monde », l’historien spécialiste du fascisme, se lance dans une comparaison entre le sort des juifs avant la guerre et celui des Palestiniens aujourd’hui.
Zeev Sternhell (Historien, membre de l’Académie israélienne des sciences et lettres, professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem, spécialiste de l’histoire du fascisme)
Le Monde
18.02.2018

[L’annonce est autant symbolique que contestée à l’international : le 6 décembre 2017, le président américain Donald Trump a décidé de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël. L’ambassade américaine, actuellement établie à Tel-Aviv, ouvrira ses portes avant fin 2019. L’initiative a rapidement été saluée par le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou. Depuis, à la Knesset, le Parlement, la droite mène une offensive sur plusieurs fronts. Le 2 janvier, les députés ont voté un amendement à la loi fondamentale, c’est-à-dire constitutionnelle, rendant impossible toute cession d’une partie de Jérusalem sans un vote emporté à la majorité des deux-tiers. Plusieurs députés ont aussi avancé des projets de loi visant à redéfinir le périmètre de la ville, en rejetant des quartiers arabes entiers se trouvant au-delà du mur de séparation, ou bien en intégrant de vastes colonies. Pour l’historien Zeev Sternhell, ces décisions visent à imposer aux Palestiniens d’accepter sans résistance l’hégémonie juive sur le territoire, les condamnant pour l’éternité au statut de population occupée.]

Tribune. Je tente parfois d’imaginer comment essaiera d’expliquer notre époque l’historien qui vivra dans cinquante ou cent ans. A quel moment a-t-on commencé, se demandera-t-il sans doute, à comprendre en Israël que ce pays, devenu Etat constitué lors de la guerre d’indépendance de 1948, fondé sur les ruines du judaïsme européen et au prix du sang de 1 % de sa population, dont des milliers de combattants survivants de la Shoah, était devenu pour les non-juifs, sous sa domination, un monstre ? Quand, exactement, les Israéliens, au moins en partie, ont-ils compris que leur cruauté envers les non-juifs sous leur emprise en territoires occupés, leur détermination à briser les espoirs de liberté et d’indépendance des Palestiniens ou leur refus d’accorder l’asile aux réfugiés africains commençaient à saper la légitimité morale de leur existence nationale ?

La réponse, dira peut-être l’historien, se trouve en microcosme dans les idées et les activités de deux importants députés de la majorité, Miki Zohar (Likoud) et Bezalel Smotrich (Le Foyer juif), fidèles représentants de la politique gouvernementale, récemment propulsés sur le devant de la scène. Mais ce qui est plus important encore, c’est le fait que cette même idéologie se trouve à la base des propositions de loi dites « fondamentales », c’est-à-dire constitutionnelles, que la ministre de la justice, Ayelet Shaked, avec l’assentiment empressé du premier ministre, Benyamin Nétanyahou, se propose de faire adopter rapidement par la Knesset.

Shaked, numéro deux du parti de la droite religieuse nationaliste, en plus de son nationalisme extrême, représente à la perfection une idéologie politique selon laquelle une victoire électorale justifie la mainmise sur tous les organes de l’Etat et de la vie sociale, depuis l’administration jusqu’à la justice, en passant par la culture. Dans l’esprit de cette droite, la démocratie libérale n’est rien qu’un infantilisme. On conçoit facilement la signification d’une telle démarche pour un pays de tradition britannique qui ne possède pas de Constitution écrite, seulement des règles de comportement et une armature législative qu’une majorité simple suffit pour changer.

« Il s’agit d’un acte constitutionnel nationaliste dur, que Mme Le Pen n’oserait pas proposer »

L’élément le plus important de cette nouvelle jurisprudence est une législation dite « loi sur l’Etat-nation » : il s’agit d’un acte constitutionnel nationaliste dur, que le nationalisme intégral maurrassien d’antan n’aurait pas renié, que Mme Le Pen, aujourd’hui, n’oserait pas proposer, et que le nationalisme autoritaire et xénophobe polonais et hongrois accueillera avec satisfaction. Voilà donc les juifs qui oublient que leur sort, depuis la Révolution française, est lié à celui du libéralisme et des droits de l’homme, et qui produisent à leur tour un nationalisme où se reconnaissent facilement les plus durs des chauvinistes en Europe.

L’impuissance de la gauche

En effet, cette loi a pour objectif ouvertement déclaré de soumettre les valeurs universelles des Lumières, du libéralisme et des droits de l’homme aux valeurs particularistes du nationalisme juif. Elle obligera la Cour suprême, dont Shaked, de toute façon, s’emploie à réduire les prérogatives et à casser le caractère libéral traditionnel (en remplaçant autant que possible tous les juges qui partent à la retraite par des juristes proches d’elle), à rendre des verdicts toujours conformes à la lettre et à l’esprit de la nouvelle législation.

Mais la ministre va plus loin encore : elle vient juste de déclarer que les droits de l’homme devront s’incliner devant la nécessité d’assurer une majorité juive. Mais puisque aucun danger ne guette cette majorité en Israël, où 80 % de la population est juive, il s’agit de préparer l’opinion publique à la situation nouvelle, qui se produira en cas de l’annexion des territoires palestiniens occupés souhaitée par le parti de la ministre : la population non-juive restera dépourvue du droit de vote.

Grâce à l’impuissance de la gauche, cette législation servira de premier clou dans le cercueil de l’ancien Israël, celui dont il ne restera que la déclaration d’indépendance, comme une pièce de musée qui rappellera aux générations futures ce que notre pays aurait pu être si notre société ne s’était moralement décomposée en un demi-siècle d’occupation, de colonisation et d’apartheid dans les territoires conquis en 1967, et désormais occupés par quelque 300 000 colons.

Aujourd’hui, la gauche n’est plus capable de faire front face à un nationalisme qui, dans sa version européenne, bien plus extrême que la nôtre, avait presque réussi à anéantir les juifs d’Europe. C’est pourquoi il convient de faire lire partout en Israël et dans le monde juif les deux entretiens faits par Ravit Hecht pour Haaretz (3 décembre 2016 et 28 octobre 2017) avec Smotrich et Zohar. On y voit comment pousse sous nos yeux, non pas un simple fascisme local, mais un racisme proche du nazisme à ses débuts.

Comme toute idéologie, le racisme allemand, lui aussi, avait évolué, et, à l’origine, il ne s’en était pris qu’aux droits de l’homme et du citoyen des juifs. Il est possible que sans la seconde guerre mondiale, le « problème juif » se serait soldé par une émigration « volontaire » des juifs des territoires sous contrôle allemand. Après tout, pratiquement tous les juifs d’Allemagne et d’Autriche ont pu sortir à temps. Il n’est pas exclu que pour certains à droite, le même sort puisse être réservé aux Palestiniens. Il faudrait seulement qu’une occasion se présente, une bonne guerre par exemple, accompagnée d’une révolution en Jordanie, qui permettrait de refouler vers l’Est une majeure partie des habitants de la Cisjordanie occupée.

Le spectre de l’apartheid

Les Smotrich et les Zohar, disons-le bien, n’entendent pas s’attaquer physiquement aux Palestiniens, à condition, bien entendu, que ces derniers acceptent sans résistance l’hégémonie juive. Ils refusent simplement de reconnaître leurs droits de l’homme, leur droit à la liberté et à l’indépendance. Dans le même ordre d’idées, d’ores et déjà, en cas d’annexion officielle des territoires occupés, eux et leurs partis politiques annoncent sans complexe qu’ils refuseront aux Palestiniens la nationalité israélienne, y compris, évidemment, le droit de vote. En ce qui concerne la majorité au pouvoir, les Palestiniens sont condamnés pour l’éternité au statut de population occupée.

Pour Miki Zohar, les Palestiniens “souffrent d’une lacune majeure : ils ne sont pas nés juifs”

La raison en est simple et clairement énoncée : les Arabes ne sont pas juifs, c’est pourquoi ils n’ont pas le droit de prétendre à la propriété d’une partie quelconque de la terre promise au peuple juif. Pour Smotrich, Shaked et Zohar, un juif de Brooklyn, qui n’a peut-être jamais mis les pieds sur cette terre, en est le propriétaire légitime, mais l’Arabe, qui y est né, comme ses ancêtres avant lui, est un étranger dont la présence est acceptée uniquement par la bonne volonté des juifs et leur humanité. Le Palestinien, nous dit Zohar, « n’a pas le droit à l’autodétermination car il n’est pas le propriétaire du sol. Je le veux comme résident et ceci du fait de mon honnêteté, il est né ici, il vit ici, je ne lui dirai pas de s’en aller. Je regrette de le dire mais [les Palestiniens] souffrent d’une lacune majeure : ils ne sont pas nés juifs ».

Ce qui signifie que même si les Palestiniens décidaient de se convertir, commençaient à se faire pousser des papillotes et à étudier la Torah et le Talmud, cela ne leur servirait à rien. Pas plus qu’aux Soudanais et Erythréens et leurs enfants, qui sont israéliens à tous égards – langue, culture, socialisation. Il en était de même chez les nazis. Ensuite vient l’apartheid, qui, selon la plupart des « penseurs » de la droite, pourrait, sous certaines conditions, s’appliquer également aux Arabes citoyens israéliens depuis la fondation de l’Etat. Pour notre malheur, beaucoup d’Israéliens, qui ont honte de tant de leurs élus et honnissent leurs idées, pour toutes sortes de raisons, continuent à voter pour la droite.

Voir de même:
Don’t Count Bibi Out — Yet
Bret Stephens
The NYT
Feb. 23, 2018

If you follow the news from Israel, you might surmise that Benjamin Netanyahu’s days as prime minister are numbered. The police recommend that he be charged on multiple counts of bribery, fraud and breach of trust. Fresh charges may yet be brought in additional investigations. A former top aide to Netanyahu agreed this week to serve as a witness against him. Press reports suggest a man clinging to power.

Don’t be so sure. If an election were held tomorrow, Bibi — as Netanyahu is universally known in Israel — and his Likud party would likely win, according to recent polls. Roughly half of Israelis think the prime minister should quit, but that’s down from 60 percent in December. Netanyahu has no intention of resigning, even if the attorney general chooses to indict him. The Likud rank-and-file remain loyal to their leader. His coalition partners may detest him, but for now they see greater political advantage in a wounded prime minister than in a fresh one.

Besides, Bibi has been, for Israelis, a pretty good prime minister. Some indicators:

Economy: Since Netanyahu returned to power in 2009, the economy has grown by nearly 30 percent in constant dollars — nearly twice the growth rate of Germany or the United States. Some 3.6 million tourists visited Israel in 2017, a record for the Jewish state. On Monday, Israel announced a $15 billion dollar deal to export natural gas to Egypt from its huge offshore fields.

Diplomacy: Netanyahu’s personal ties to Indian Prime Minister Narendra Modi are exceptionally close, as they are with Japan’s Shinzo Abe. Israel’s relations with African countries and the Arab world are the best they’ve been in decades; reaction in Riyadh and Cairo to the Trump administration’s decision to move the U.S. embassy to Jerusalem amounted to a shrug. Netanyahu’s 2015 speech to Congress opposing the Iran deal, billed as an affront to the Obama administration, turned out to be an inspiration for Israel’s neighbors. And Netanyahu’s arguments against the deal now prevail in the current White House.

Security: In 2002, at the height of the second intifada, Israelis suffered more than 400 terrorism fatalities. In 2017 there were fewer than two dozen. Two wars in and around Gaza, both initiated by Hamas, were devastating for Palestinians but resulted in relatively few Israeli casualties. The Israeli Air Force lost an F-16 after coming under heavy Syrian antiaircraft fire, but that seems to have been a fluke. For the most part, Israel has been able to strike Syrian, Iranian and Hezbollah targets at will.

None of this makes much of an impression on non-Israelis. Diaspora Jews were infuriated last year by the government’s backtracking on a plan to let men and women pray together at the Western Wall. Israel’s bad decision to forcibly deport African migrants has stirred additional, and warranted, indignation.

And then there are the Palestinians. The central complaint of Netanyahu’s critics is that he has failed to make good on the promise of his 2009 speech at Bar-Ilan University, where he claimed to accept the principle of a Palestinian state. Subsidiary charges include his refusal to halt settlement construction or give former Palestinian Prime Minister Salam Fayyad a sufficient political boost.

It should go without saying that a Palestinian state is a terrific idea in principle — assuming, that is, that it resembles the United Arab Emirates. But Israelis have no reason to believe that it will look like anything except the way Gaza does today: militant, despotic, desperate and aggressive. Netanyahu’s foreign critics are demanding that he replicate on a large scale what has failed catastrophically on a smaller scale. It’s an absurd ask.

It’s also strange that the same people who insist that Israel help create a Palestinian state in order to remain a democracy seem so indifferent to the views of that democracy. Israel’s political left was not destroyed by Netanyahu. It was obliterated one Palestinian suicide bombing, rocket salvo, tunnel attack and rejected statehood offer at a time. Bibi’s long tenure of office is the consequence, not the cause, of this.

Specifically, it is the consequence of Israel’s internalization of the two great lessons of the past 30 years. First, that separation from the Palestinians is essential — in the long term. Second, that peace with the Palestinians is impossible — in the short term. The result is a policy that amounts to a type of indefinite holding pattern, with Israel circling a runway it knows it cannot yet land on even as it fears running out of gas.

The risks here are obvious. But it’s hard to imagine any other sort of approach, which is why any successor to Netanyahu will have to pursue essentially identical policies — policies whose chief art will consist in fending off false promises of salvation.

There’s a long Jewish history of this. For all of his flaws, few have done it as well as Bibi, which is why he has endured, and will probably continue to do so. ☐

Voir également:

Justin Trudeau takes his Captain Snowflake act to India
Stephen Daisley
The Spectator
24 February 2018

If your week was less than fun, spare a thought for Justin Trudeau. The Canadian Prime Minister’s seven-day visit to India went down like an undercooked biriyani on the subcontinent.

When he landed in New Delhi last Saturday, Trudeau was greeted on the tarmac, not by the Prime Minister or Foreign Minister but by the junior minister for agriculture and farmers’ welfare. Other world leaders, including Barack Obama and Benjamin Netanyahu, have been given a personal welcome by Narendra Modi. Prime Minister Modi, a savvy social media user, failed even to note Trudeau’s arrival on Twitter, though on the same day he found time to tweet about plans to unveil a new shipping container terminal. He did not acknowledge Trudeau until five days later and only met him the day before the Canadian PM and his family were to return home.

Why were the Indians so frosty in their reception? They suspect Trudeau’s government of private sympathy for the Khalistani separatist movement, which wants to form a breakaway Sikh state in Punjab. Thankfully, Trudeau didn’t do anything to inflame those suspicions. Well, unless you count inviting a notorious Khalistani separatist to a reception. And then to dinner. With the Prime Minister. Not just any separatist, either. Jaspal Atwal is a former member of the International Sikh Youth Federation, proscribed as a terror group in both India and Canada, and was convicted of the attempted assassination of Indian cabinet minister Malkiat Singh Sidhu. Best of all, he even got a photo taken with Trudeau’s wife Sophie.

But there were still a few Indians unoffended by the image-obsessed Canadian PM and he quickly remedied that. He turned up for one event in a gaudy golden kurta, churidars and chappals. At another, he broke into the traditional Bhaṅgṛā dance only to stop midway through when no one else joined in. Only after the local press pointed out that this was a little condescending and a lot tacky was Justin-ji finally photographed wearing a suit.

It was less like a state visit and more like a weeklong audition for the next Sanjay Leela Bhansali movie. Here was Justin Trudeau, the progressive’s progressive, up to his pagṛi in cultural appropriation. At least he achieved his goal of bringing Indians and Canadians closer together: both have spent the past week cringing at this spectacle of well-meaning minstrelsy.

I want to like Justin Trudeau. I really do. He’s a centrist liberal in an age where neither the adjective nor the noun is doing very well. Trump to his south, Brexit and Corbyn across the water, Putin beyond that: Trudeau should be a hero for liberal democrats. Instead, from his Eid Mubarak socks at Toronto Pride to his preference for ‘peoplekind’ over ‘mankind’, Trudeau presents like an alt-right parody of liberalism. He’s gender-neutral pronouns. He’s avocado toast and flaxseed soy smoothies. He’s safe spaces and checked privileges. Trudeau is a cuck.

And all that would be fine. In fact, it would be a hoot to have a liberal standard-bearer who could troll the 4chan pale males in their overvaped, undersexed basements. But far from an icon for the middle ground, Trudeau is the sort of right-on relativist who gives liberals a bad name. He has spoken of his ‘admiration’ for China’s dictatorship for ‘allowing them to turn their economy around on a dime’. He called Fidel Castro ‘larger than life’ and ‘a remarkable leader’ who showed ‘tremendous dedication and love for the Cuban people’. Trudeau’s government refused to accept the Islamic State’s ethnic cleansing of the Yazidis was a genocide until the UN formally recognised it as such. In 2016 he issued a statement on Holocaust Remembrance Day that neglected to mention Jewish victims of the Shoah and the following year unveiled a memorial plaque with the same omission.

Trudeau’s problem is that he always agrees with the last good intention he encountered. He seems to have picked up his political philosophy from Saturday morning cartoons: by your powers combined, I am Captain Snowflake. There is no spine of policy, no political compass, no vision beyond the next group hug or national apology. The centre ground needs a champion and instead it got an inspirational quote calendar with abs. Trudeau’s not a Grit, he’s pure mush.

Voir encore:

White roses and black velvet: the Grammys red carpet
Monochrome dominated the award ceremony last night, as politics remained fashionable for celebrities
Lauren Cochrane
The Guardian
29 Jan 2018

On the Grammys red carpet on Sunday, celebrities spelt out messages in black and white. While the Golden Globes earlier this month saw black dominate as a protest in line with the Times Up campaign, music’s biggest award ceremony switched to monochrome as default setting.

Some stuck to the black dress code, such as Miley Cyrus, Beyoncé, Lady Gaga and Sarah Silverman.

Others went for the impact of white. SZA, Cardi B and Childish Gambino were in this camp, while Lana Del Rey took the angelic angle further. She wore a gown embroidered with silver stars, accessorised with a halo.

Some celebrities carried white roses with them, with men including Kendrick Lamar and Trevor Noah pinning them to their lapels, and Cyrus licking hers with that famous tongue.

This was a campaign in support of the Times Up initiative. The rose idea was pushed by Meg Harkins, senior vice president of marketing at Roc Nation, Karen Rait, head of rhythm promotions at Interscope Geffen A&M Records, and other high-profile women in the music industry. “We all agreed it was really necessary,” Harkins said. “We’ve all felt the political and cultural change in the last couple of months.” In an email sent to attendees of the Grammys, the collective explained their choice of the flower. “We choose the white rose because historically it stands for hope, peace, sympathy and resistance,” it read.

The colour white, of course, represents peace, but it is also has history in the women’s movement. White was one of the trio of colours adopted by the suffragette movement, along with green and purple; white stood for purity. Hillary Clinton’s white pantsuit, which she wore to accept the nomination as Democratic candidate for the 2016 election, was seen making a feminist statement.

Beyoncé, never one to miss an opportunity to win at visual statements, skipped the red carpet and the white rose, but her six-year-old daughter, Blue Ivy, was dressed in head-to-toe white. Kesha – an artist who has firsthand experience of sexual misconduct – performed all in white, with a supporting cast including Cyndi Lauper and Camilla Cabelo also in the colour.

Other microtrends were noted too – there was an upswing of trousers for women, with Janelle Monae, Anna Kendrick and Kesha wearing them. This in itself is a protest against the pageant-y end of the red carpet. Burgundy seemed to be a sleeper colour, worn by both multiple winner Bruno Mars and Hillary Clinton during an onscreen cameo. Rihanna saw the opportunity to wear three outfits – a brown PVC wrap dress, pink slipdress and black and gold metallic co-ords.

White roses might be more discreet, and politics might have been less in the foreground for fashion at the Grammys, but the 2018 red carpet remains a place where protest can be signposted. These visual statements arguably stand with the signs on the Women’s March last weekend. As images that will be broadcast around the world, the optics are undeniable. This award season, a political issue remains the best accessory.

Voir enfin:

22 février 1943
Décapitation de la « Rose blanche »

Le 22 février 1943, trois étudiants allemands d’une vingtaine d’années sont guillotinés dans la prison de Stadelheim, près de Munich. Leur crime est d’avoir dénoncé le nazisme dans le cadre d’un mouvement clandestin, « La Rose blanche » (Die Weiße Rose en allemand).

Comment, de juin 1942 à février 1943 une poignée de jeunes étudiants chrétiens ont-ils pu défendre les valeurs démocratiques au prix de leur vie ? Comment ont-ils pu diffuser six tracts incendiaires tout en écrivant le soir des slogans pacifistes et antinazis sur les murs de Munich ?

Pierre Le Blavec de Crac’h
Hérodote
2018-02-18

Les prémices de la résistance

Résidant à Ulm et âgé de 14 ans en 1933, le lycéen Hans Scholl n’est pas au début insensible aux discours de Hitler. Comme tous les jeunes Allemands de son âge, il s’engage avec sa soeur Sophie (12 ans) dans les Jeunesses Hitlériennes mais prend assez vite ses distances.

Aidé par ses parents et encouragé par l’éditeur Carl Muth du mensuel catholique Hochland, il rompt avec le national-socialisme et se consacre à ses études de médecine. Il lit les penseurs chrétiens (Saint Augustin, Pascal) et l’écriture sainte. Mais il est arrêté et emprisonné en 1938 pour sa participation à un groupe de militants catholiques.

Quatre ans plus tard, sa décision est prise. Il décide d’entrer en résistance par l’écrit après avoir lu des sermons de l’évêque de Münster Mgr von Galen dénonçant  la politique du gouvernement à l’égard des handicapés.

Un noyau dur se constitue autour de Hans et Sophie Scholl (protestants) et de trois étudiants en médecine que lie une solide amitié : Alexander Schmorell (25 ans, orthodoxe et fils d’un médecin de Munich) ; Christoph Probst (23 ans marié et père de trois jeunes enfants), et Willi Graf (24 ans, catholique). Il est bientôt rejoint par Traute Lafrenz, une amie de Hans.

En juin 1942, alors que Hitler est au sommet de sa puissance, le petit groupe décide d’appeler les étudiants de Munich à la résistance contre le régime nazi, qualifié de « dictature du mal ». Sophie se garde d’informer de ses actions son fiancé, un soldat engagé sur le front de l’Est.

La rose s’épanouit

En moins de quinze jours, les jeunes gens rédigent et diffusent 4 tracts, signés « La Rose blanche » (Die Weiße Rose). Imprimés dans l’atelier de Munich mis à leur disposition par l’écrivain catholique Théodore Haecker, ils sont diffusés de la main à la main, déposés chez des restaurateurs de la ville ou adressés par la poste à des intellectuels non-engagés, des écrivains, des professeurs d’université, des directeurs d’établissements scolaires, des libraires ou des médecins soigneusement choisis.

Les tracts font référence à d’éminents penseurs (Schiller, Goethe, Novalis, Lao Tseu, Aristote) et citent parfois la Bible. Leurs lecteurs sont invités à participer à une « chaîne de résistance de la pensée » en les reproduisant et en les envoyant à leur tour au plus grand nombre possible de gens.

Willi Graf est enrôlé dans l’armée en juillet 1942 et découvre à cette occasion nombre d’atrocités. Quant à Hans Scholl et Alexander Schmorell, incorporés comme maréchal des logis dans la Wehrmacht en tant qu’étudiants en médecine, ils passent trois mois sur le front russe et constatent avec effroi l’horreur des traitements infligés aux juifs, aux populations locales et aux prisonniers soviétiques.

À partir de novembre 1942, les résistants de La Rose Blanche bénéficient du soutien de leur professeur Kurt Huber (49 ans, catholique convaincu) de l’université de Munich, qui devient leur mentor. Ils impriment et diffusent leurs tracts à des milliers d’exemplaires dans les universités allemandes et autrichiennes d’Augsbourg, Francfort, Graz, Hambourg, Linz, Salzburg, Sarrebruck, Stuttgart, Vienne et même de Berlin !

Le petit groupe collecte en même temps du pain pour les détenus de camps de concentration et s’occupe de leurs familles. Il est toutefois déçu par le peu d’écho de ses initiatives au sein de la population étudiante.

Un cinquième tract intitulé « Tract du mouvement de résistance en Allemagne » est distribué à plusieurs milliers d’exemplaires dans les rues, sur les voitures en stationnement et les bancs de la gare centrale de Munich ! Plus fort encore, en février 1943, Hans Scholl et Alexander Schmorell écrivent la nuit des slogans sur les murs du quartier universitaire : « Liberté ! Hitler massacreur des masses ! A bas Hitler !… »

Imprimé à plus de 2.000 exemplaires, distribué et envoyé par la poste, le sixième et dernier tract commente la défaite de Stalingrad, condamne les méthodes nazies et invite la jeunesse du pays à se mobiliser. Comme quelques centaines de ces tracts n’ont pu être expédiés, Hans Scholl décide de les diffuser dans l’Université de médecine.

Malheureusement, le matin du 18 février 1943, Hans et sa soeur Sophie sont aperçus par le concierge de l’université en train de jeter un dernier paquet de tracts du haut du deuxième étage donnant sur le hall. Ils sont aussitôt arrêtés avec leurs amis, livrés à la Gestapo (la police politique) et emprisonnés à Stadelheim.

Un procès expéditif

Le 22 février 1943, après une rapide instruction, le Tribunal du peuple (Volksgerichtshof) chargé des « crimes politiques » se réunit pour un procès expéditif de trois heures.

Il est présidé par Roland Freisler, venu exprès de Berlin. Cet ancien communiste est l’un des chefs nazis les plus brutaux qui soient. Sophie Scholl, qui a eu une jambe brisée au cours de son « interrogatoire » par la Gestapo et comparaît sur des béquilles, lui fait face avec un courage inébranlable.

Freisler prononce lui-même la condamnation à mort pour trahison de Hans Scholl, de sa soeur et de leur ami Christoph Probst – baptisé quelques heures avant son exécution par un prêtre de la prison.

Sophie et Hans sont exécutés par les fonctionnaires de la prison de Stadelheim après avoir revu une dernière fois leurs parents, Robert et Magdalene Scholl. Hans Scholl s’écrie « Vive la Liberté ! » avant de mourir sur la guillotine (cet instrument a été importé de France en Bavière au XIXe siècle, à la suite des guerres napoléoniennes). Depuis, les trois jeunes martyrs reposent les uns à côté des autres dans le cimetière voisin de la forêt de Perlach.

Quelques mois plus tard, un second procès frappe quatorze accusés pris dans la même vague d’arrestations : le professeur Kurt Huber, Alexander Schmorell et son camarade Willi Graf sont condamnés à mort. À l’automne 1943, le réseau de Hambourg est lui aussi démantelé par la Gestapo.

Dix autres membres de la Rose Blanche – amis des Scholl, jeunes étudiants des universités d’Ulm et de Sarrebruck, ou sympathisants actifs comme Eugen Grimminger qui les avait aidés financièrement – sont envoyés en camp de concentration où ils paieront aussi de leur vie leur participation aux activités du mouvement.

Malgré son caractère confidentiel, la Rose Blanche bénéficie d’une notoriété nationale et même mondiale. Le 27 juin 1943, parlant de « la naissance d’une foi nouvelle, celle de l’honneur et de la liberté », l’écrivain allemand en exil Thomas Mann lui rend hommage sur les ondes de la BBC tandis que durant l’été 1943, l’aviation anglaise jette sur le pays un million d’exemplaires du dernier tract rédigé par le professeur Huber.

L’ami de coeur de Sophie, qui était sur le front de l’Est, obtient une permission sitôt qu’il apprend son arrestation mais il arrive à Munich deux heures après son exécution. Il va entrer dès lors dans la résistance au péril de sa vie…

La Rose Blanche a vécu à peine un an mais la mémoire d’une lutte héroïque – contre la résignation et pour la défense de la liberté d’opinion lorsqu’elle est menacée -, elle, ne s’éteindra jamais.

Un film émouvant et vrai

Sophie Scholl, le dernier jourLe cinéaste allemand Marc Rothemund a réalisé en 2005 un film émouvant et rigoureux, Sophie Scholl, les derniers jours (en allemand Sophie Scholl, die letzten Tage). Il relate l’arrestation du groupe de jeunes gens, l’instruction de leur procès et leur exécution.

Son film suit fidèlement la réalité historique telle que relatée dans le livre de souvenirs publié en 1953 par la soeur de Hans et Sophie Scholl : Die weisse Rose (mal traduit, l’ouvrage a répandu dans le public français quelques erreurs factuelles, notamment en traduisant le mot allemand Fallbeil par hache au lieu de guillotine).


Société: Comme une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang (From François Fillon to David Hamilton, the same fashion the populace banishes or acclaims its kings)

4 février, 2018

Presque aucun des fidèles ne se retenait de s’esclaffer, et ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. Car l’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. C’est de la même façon que le peuple chasse ou acclame les rois. Marcel Proust
Saniette (Monsieur): Homme foncièrement bon et simple, d’une grande timidité, il recherche le contact humain mais fait souvent preuve de maladresse. Il fréquente assidûment le salon des Verdurin qui se disent être ses amis, en fait, il est leur souffre-douleur ainsi que celui de la « petite bande ». Parfois la cruauté des convives à son égard atteint des sommets surprenants. Les Verdurin sont heureux d’avoir tous les soirs à leur table un bouc émissaire mais pour que Saniette n’abandonne pas définitivement leur salon, ils alternent savamment méchanceté et paroles aimables. Lorsque, encouragé par l’acquiescement des convives, M Verdurin devient par trop cruel et grossier envers le falot Saniette, sa femme intervient pour le tempérer, non pas par bonté d’âme mais tout simplement pour que Saniette ne quitte pas le salon. Mais les remissions sont de courte durée et les attaques reprennent de plus belle. Malgré les humiliations, Saniette retourne fidèlement chez ses bourreaux comme un chien battu retourne chez son maître (est-ce un hasard si le nom de « Saniette » est l’anagramme de « Sainteté » ?). Proust, ses personnages
Jewish religious law holds that the child of a Jewish mother is a Jew, but Proust never considered himself one, and neither did his friends. Still, his parentage occasionally presented difficulties. Once, as a young man, he stood silent and unresponsive when a revered mentor, Comte Robert de Montesquiou-Fezensac, delivered an anti-Semitic tirade in the company of friends and then asked Proust for his opinion on the 1894 conviction of Captain Alfred Dreyfus, a Jew, who had been tried for treason on the charge of selling military secrets to the Germans. The next day, Proust wrote to Montesquiou that he had not said anything because, although he himself was Catholic like his father and brother, his mother was Jewish: “I am sure you understand that this is reason enough for me to refrain from such discussions.” Whether Proust’s private frankness made up for his public reticence is a vexing question, and all the more so because he went on to confide that he was “not free to have the ideas I might otherwise have on the subject.” Proust’s tacit fear, in other words, was that if he defended the Jews he would be taken for a Jew, and what he wanted above all was to be thought of as a Christian gentleman. He even seemed to leave open the possibility that Montesquiou might be right: that only filial piety forbade him from thinking as Montesquiou did. (…) Proust was only as forthright as his social cowardice—his fear of sacrificing his respectability—would allow. He was to find his courage when events made it easier to be courageous. By 1898, more and more people had become convinced that Dreyfus had been railroaded, and an uproar ensued that was to shake French society for years. The salon of Mme. Genevieve Straus (the widow of the composer Georges Bizet), where Proust had been a habitue for several years, turned into a Dreyfusard hotbed. Old friends of the anti-Dreyfus persuasion, including the painter Edgar Degas, stalked off and never came back. Drawing strength from those around him, Proust now joined in the growing drumbeat for a retrial that was led by the novelist Emile Zola. He was even to boast that he was the first of the Dreyfusards, because he secured the signature of his literary hero Anatole France on a petition. Still, when an anti-Semitic newspaper numbered him among the “young Jews” who defied decency and right thinking, Proust, who at first thought to correct the paper’s misapprehension, decided to keep quiet, lest he draw any more attention to himself. He must have known that, in the eyes of anti-Dreyfusards, his political affiliations only served to confirm the sad fact of his birth. If the Dreyfus affair exposed the moral cretinism that extended into the upper echelons of French society, this hardly deterred Proust from wanting a place in that world. His social career had begun during his last year of high school, when, thanks to the mothers of some of his school friends, he gained admission to certain exclusive Parisian salons. His chum Jacques Bizet, whom he had tried to seduce, without success, made it up to him by serving as his ticket to the beau monde. At the salon of Mme. Straus, young Bizet’s mother, Proust became acquainted with artistic and aristocratic grandees like the composer Gabriel Fauré, the writer Guy de Maupassant, the actress Sarah Bernhardt, and Princesse Mathilde, the niece of Napoleon I. In time he became a regular at Princesse Mathilde’s as well, where the old-line nobility rubbed shoulders with arrivistes, and distinguished Jews mingled with those who detested them. (The writer Léon Daudet, to whom Proust would dedicate a volume of his novel, confided to his diary after one party: “The imperial dwelling was infested with Jews and Jewesses.”) Another hostess conquered by the high-flying young Proust was Mme. Madeleine Lemaire, renowned for her musical gatherings. It was she who introduced him to Montesquiou-Fezensac, the aristocratic poet whose opinions on Jews Proust was willing to overlook for the sake of the Count’s artistic and social cachet. And there was something else: Montesquiou was boldly aboveboard about his homosexuality, at a time when, as Carter writes, “few Frenchmen dared, if they cared for their reputation and social standing, to display amorous affection for another man.” This frankness earned Proust’s regard—although he was, of course, ambivalent about going public on the issue of his own sexual nature. (…) Normality, decency, goodness are, in short, the rarest of commodities in Proust’s world. Nor does their scarcity make them prized, except in the eyes of Marcel and a few other uncharacteristic souls. Instead, decency is seen by most as a social handicap; the Verdurins’ circle of bourgeois snobs, for example, barely tolerates a stammering, clumsy paleographer named Saniette. Monsieur Verdurin’s mockery of Saniette’s speech impediment makes “the faithful burst out laughing, looking like a group of cannibals in whom the sight of a wounded white man has aroused the thirst for blood.” And nowhere is this savage tribalism more marked than in the antipathy that those who consider themselves true Frenchmen feel for Jews. Anti-Semitism is everywhere in Proust’s novel. Perhaps the most repellent instance occurs when the madam of a cheap brothel Marcel is visiting touts the exotic richness of the prostitute Rachel’s flesh: “And with an inane affectation of excitement which she hoped would prove contagious, and which ended in a hoarse gurgle, almost of sensual satisfaction: ‘Think of that, my boy, a Jewess! Wouldn’t that be thrilling? Rrrr!’ ” Those in the highest reaches of society share the sentiments of the lowest. Thus, Charlus is given to maniacal explosions of loathing for Jews, while the Prince de Guermantes, Swann tells Marcel, hates Jews so much that, when a wing of his castle caught fire, he let it burn to the ground rather than send for fire extinguishers to the house next door, which happened to be the Rothschilds’. Swann is himself one of the rare Jews allowed entrance to the highest society, which leads to the outrage of the Duc de Guermantes when Swann, who had always impressed him as a Jew of the right sort, “an honorable Jew,” turns out to be an outspoken Dreyfusard. As in its sentiments toward Jews, so in every other way, the social world in Proust is revealed as a “realm of nullity.” Any glimmer of moral discrimination, let alone of true understanding, shines like a beacon; for the most part, darkness prevails. In the famous closing scene of The Guermantes Way, the duke and duchess, on their way to a dinner party, are bidding good evening to Swann and Marcel. The duchess inquires whether Swann will join them on a trip to Italy ten months hence; Swann replies that he is mortally ill and will be dead by then. The duchess does not know how to respond: “placed for the first time in her life between two duties as incompatible as getting into her carriage to go out to dinner and showing compassion for a man who was about to die, she could find nothing in the code of conventions that indicated the right line to follow.” With his “instinctive politeness,” Swann senses the duchess’s discomfort and says he must not detain them: “he knew that for other people their own social obligations took precedence over the death of a friend.” And yet, although the duke and duchess do not have a moment to spare to comfort their dying friend, they nevertheless do delay their departure while the duchess, who is wearing black shoes with her red dress, changes at her husband’s insistence into a more suitable pair of red shoes. This portrait of gross moral insensibility in the face of death is comedy of manners at its most scathing, perhaps even overdone: the duke complains that his wife is dead-tired, and that he is dying of hunger. The indignant Marcel rewards the stupidity of these preposterous creatures with unforgettable strokes of cold fury. Marcel’s triumph is that he does find a way to bear it, indeed to overcome it. In Time Regained, after spending years in a sanatorium, he is on his way to a party hosted by the Duchesse de Guermantes. The previous day he had experienced what he thought was his final disillusionment with the life of literature, but as he enters the courtyard of the Guermantes mansion a revelatory sensation changes his life. A car nearly hits him, and when he steps back out of its way he places his foot on a paving stone that is slightly lower than the one next to it; this unevenness underfoot fills him with an inexplicable and extraordinary joy. Rocking back and forth on the irregular pavement, Marcel remembers standing on two uneven stones in the baptistery of St. Mark’s in Venice, and all the various sensations associated with that particular moment come flooding back. Similar marvels await him when he enters the Guermantes house and, twice more, involuntary memories overwhelm him in their glory. He is supremely happy, but cannot at first explain it. Why should this sudden efflorescence of memory have “given me a joy which . . . sufficed, without any other proof, to make death a matter of indifference”? He concludes that such episodes of transfiguring lucidity, for as long as they last, annihilate time, and are the most that a living man will know of eternity. (…) At last Marcel has penetrated the real world, and sees what he is supposed to do with his new knowledge: to write the book that one is reading. The awareness of time’s passing spurs him to get down to the serious work that will offer him life’s supreme pleasure: illuminating the nature of timelessness. “How happy would he be, I thought, the man who had the power to write such a book! What a task awaited him!” (…) His vision of human solitude in the face of death reminds one of Edvard Munch’s great and dreadful painting Grief, in which a roomful of people are arrayed around the bed of a dead woman: no one touches or even looks at anyone else; each is locked in his own impenetrable sorrow, mourning by himself and, one suspects, for himself. But unlike Munch, Proust does admit the possibility of consolation, even of redemption. The writer Bergotte dies while sitting in a museum and looking at a patch of yellow wall in a painting by his beloved Vermeer. This devotional attitude moves Marcel to think of “a different world, a world based on kindness, scrupulousness, self-sacrifice, a world entirely different from this one and which we leave in order to be born on this earth, before perhaps returning there. . . . So that the idea that Bergotte was not permanently dead is by no means improbable.” It is this spiritual capaciousness that Saul Bellow’s Mr. Sammler has in mind when he speaks of In Search of Lost Time as “a high-ceilinged masterpiece.” (…) A lifetime of hard suffering went into this masterpiece, and, for better and for worse, it is humanity in its heartache and failure that enjoys pride of place. Algis Valiunas
Le règne du roi n’est que l’entracte prolongé d’un rituel sacrificiel violent. Gil Bailie
Parfois, la durée du règne [du nouveau roi] est fixée dès le départ: les rois de Djonkon (…) régnaient sept ans à l’origine. Chez les Bambaras, le nouveau roi déterminait traditionnellement lui-même la longueur de son propre règne. On lui passait au cou une bande de coton, dont deux hommes tiraient les extrémités en sens contraire pendant qu’il extrayait d’une calebasse autant de cailloux qu’il pouvait en tenir. Ces derniers indiquaient le nombre d’années de son règne, à l’expiration desquelles on l’étranglait. (…) Le roi paraissait rarement en public. Son pied nu ne devait jamais toucher le sol, car les les récoltes en eussent été desséchées; il ne devait rien ramasser sur la terre non plus. S’il venait à tomber de cheval, on le mettait autrefois à mort. Personne n’avait le droit de dire qu’il était malade; s’il contractait une maladie grave, on l’étranglait en grand secret. . . . On croyait qu’il contrôlait la pluie et les vents. Une succession de sécheresses et de mauvaises récoltes trahissait une relâchement  de sa force et on l’étranglait en secret la nuit. Elias Canetti
Le roi ne règne qu’en vertu de sa mort future; il n’est rien d’autre qu’une victime en instance de sacrifice, un condamné à mort qui attend son exécution. (…) Prévoyante, la ville d’Athènes entretenait à ses frais un certain nombre de malheureux […]. En cas de besoin, c’est-à-dire quand une calamité s’abattait ou menaçait de s’abattre sur la ville, épidémie, famine, invasion étrangère, dissensions intérieures, il y avait toujours un pharmakos à la disposition de la collectivité. […] On promenait le pharmakos un peu partout, afin de drainer les impuretés et de les rassembler sur sa tête ; après quoi on chassait ou on tuait le pharmakos dans une cérémonie à laquelle toute la populace prenait part. […] D’une part, on […] [voyait] en lui un personnage lamentable, méprisable et même coupable ; il […] [était] en butte à toutes sortes de moqueries, d’insultes et bien sûr de violences ; on […] [l’entourait], d’autre part, d’une vénération quasi-religieuse ; il […] [jouait] le rôle principal dans une espèce de culte.  René Girard
Le roi a une fonction réelle et c’est la fonction de toute victime sacrificielle. Il est une machine à convertir la violence stérile et contagieuse en valeurs culturelles positives. René Girard
Pour qu’il y ait cette unanimité dans les deux sens, un mimétisme de foule doit chaque fois jouer. Les membres de la communauté s’influencent réciproquement, ils s’imitent les uns les autres dans l’adulation fanatique puis dans l’hostilité plus fanatique encore. René Girard
Il arrive que les victimes d’une foule soient tout à fait aléatoires ; il arrive aussi qu’elles ne le soient pas. Il arrive même que les crimes dont on les accuse soient réels, mais ce ne sont pas eux, même dans ce cas-là, qui joue le premier rôle dans le choix des persécuteurs, c’est l’appartenance des victimes à certaines catégories particulièrement exposées à la persécution. (…) il existe donc des traits universels de sélection victimaire (…) à côté des critères culturels et religieux, il y en a de purement physiques. La maladie, la folie, les difformités génétiques, les mutilations accidentelles et même les infirmités en général tendent à polariser les persécuteurs. (…) l’infirmité s’inscrit dans un ensemble indissociable du signe victimaire et dans certains groupes — à l’internat scolaire par exemple — tout individu qui éprouve des difficultés d’adaptation, l’étranger, le provincial, l’orphelin, le fils de famille, le fauché, ou, tout simplement, le dernier arrivé, est plus ou moins interchangeables avec l’infirme. (…) lorsqu’un groupe humain a pris l’habitude de choisir ses victimes dans une certaine catégorie sociale, ethnique, religieuse, il tend à lui attribuer les infirmités ou les difformités qui renforceraient la polarisation victimaire si elles étaient réelles. (…) à la marginalité des miséreux, ou marginalité  du dehors, il faut en ajouter une seconde, la marginalité du dedans, celle des riches et du dedans. Le monarque et sa cour font parfois songer à l’oeil d’un ouragan. Cette double marginalité suggère une organisation tourbillonnante. En temps normal, certes, les riches et les puissants jouissent de toutes sortes de protections et de privilèges qui font défaut aux déshérités. Mais ce ne sont pas les circonstances normales qui nous concernent ici, ce sont les périodes de crise. Le moindre regard sur l’histoire universelle révèle que les risques de mort violente aux mains d’une foule déchaînée sont statistiquement plus élevés pour les privilégiés que pour toute autre catégorie. A la limite ce sont toutes les qualités extrêmes qui attirent, de temps en temps, les foudres collectives, pas seulement les extrêmes de la richesse et de la pauvreté, mais également ceux du succès et de l’échec, de la beauté et de la laideur, du vice de la vertu, du pouvoir de séduire et du pouvoir de déplaire ; c’est la faiblesse des femmes, des enfants et des vieillards, mais c’est aussi la force des plus forts qui devient faiblesse devant le nombre (…) La reine appartient à plusieurs catégories victimaires préférentielles; elle n’est pas seulement reine mais étrangère. Son origine autrichienne revient sans cesse dans les accusations populaires. Le tribunal qui la condamne est très fortement influencé par la foule parisienne. Notre premier stéréotype est également présent: on retrouve dans la révolution tous les traits caractéristiques des grandes crises qui favorisent les persécutions collectives. (…) Je ne prétends pas que cette façon de penser doive se substituer partout à nos idées sur la Révolution française. Elle n’en éclaire pas moins d’un jour intéressant une accusation souvent passée sous silence mais qui figure explicitement au procès de la reine, celui d’avoir commis un inceste avec son fils. René Girard
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
La participation médiocre, les conditions de cette victoire dans le contexte du «Fillongate», puis face à un adversaire «repoussoir», dans sa fonction d’épouvantail traditionnel de la politique française, donnent à cette élection un goût d’inachevé. Les Français ont-ils jamais été en situation de «choisir»? Tandis que la France «d’en haut» célèbre son sauveur providentiel sur les plateaux de télévision, une vague de perplexité déferle sur la majorité silencieuse. Que va-t-il en sortir? Par-delà l’euphorie médiatique d’un jour, le personnage de M. Macron porte en lui un potentiel de rejet, de moquerie et de haine insoupçonnable. Son style «jeunesse dorée», son passé d’énarque, d’inspecteur des finances, de banquier, d’ancien conseiller de François Hollande, occultés le temps d’une élection, en font la cible potentielle d’un hallucinant lynchage collectif, une victime expiatoire en puissance des frustrations, souffrances et déceptions du pays. Quant à la «France d’en haut», médiatique, journalistique, chacun sait à quelle vitesse le vent tourne et sa propension à brûler ce qu’elle a adoré. Jamais une présidence n’a vu le jour sous des auspices aussi incertains. Cette élection, produit du chaos, de l’effondrement des partis, d’une vertigineuse crise de confiance, signe-t-elle le début d’une renaissance ou une étape supplémentaire dans la décomposition et la poussée de violence? En vérité, M. Macron n’a aucun intérêt à obtenir, avec «En marche», une majorité absolue à l’Assemblée qui ferait de lui un nouvel «hyperprésident» censé détenir la quintessence du pouvoir. Sa meilleure chance de réussir son mandat est de se garder des sirènes de «l’hyperprésidence» qui mène tout droit au statut de «coupable idéal» des malheurs du pays, à l’image de tous ses prédécesseurs. De la part du président Macron, la vraie nouveauté serait dans la redécouverte d’une présidence modeste, axée sur l’international, centrée sur l’essentiel et le partage des responsabilités avec un puissant gouvernement réformiste et une Assemblée souveraine, conformément à la lettre – jamais respectée – de la Constitution de 1958. Maxime Tandonnet (07.05.2017)
La violente polémique qui secoue la candidature de François Fillon à l’élection présidentielle n’a rien d’une surprise. Il fallait s’y attendre. La vie politique française n’a jamais supporté les têtes qui dépassent, les personnalités qui prennent l’ascendant. Dans l’histoire, les hommes d’État visionnaires, ceux qui ont eu raison avant tout le monde, ont été descendus en flammes et leur image est restée maudite des décennies ou des siècles après leur mort (…) Dans mon livre les Parias de la République(Perrin, 2017), j’ai raconté la descente aux enfers de ces parias qui furent aussi de grands hommes d’État, et une femme Premier ministre, leur diabolisation qui les poursuit jusqu’aux yeux de la postérité. Cet ouvrage annonce aussi la généralisation et la banalisation de la figure du paria dans la vie politique contemporaine. La médiatisation, Internet et la puissance des réseaux sociaux, les exigences de transparence, la défiance face à l’autorité et surtout, la personnalisation du pouvoir à outrance, transforme tout homme ou femme incarnant de pouvoir en bouc émissaire des frustrations et des angoisses d’une époque. Qui ne se souvient à quel point Nicolas Sarkozy fut traîné dans la boue de 2007 à 2012? Dans un tout autre genre, François Hollande a aussi connu, à la tête de l’État, le vertige de l’humiliation. La diabolisation des hommes politiques s’accélère: non seulement Sarkozy, puis Hollande, mais aussi Alain Juppé et Manuel Valls viennent de chuter. L’hécatombe est désormais inarrêtable… Sans aucun doute, le tour viendra d’Emmanuel Macron, et sa chute sera aussi subite et aussi violente que son ascension fondée sur la sublimation d’une image. (…) Oui, il fallait s’attendre, tôt ou tard, à la lapidation de François Fillon. Le prétexte de l’emploi de son épouse à ses côtés est ambigu. Le recrutement de proches par des responsables politiques est une vieille – et mauvaise – habitude française. Alexandre Millerand , Vincent Auriol, François Mitterrand employaient leur fils à l’Elysée et Jacques Chirac sa fille. Combien de ministres ont recruté un proche dans leurs cabinets? Combien de fils et de fille «de» ont hérité de la position politique de leur père? 20% des parlementaires emploient un membre de leur famille. L’un des plus hauts responsables actuels de la République a l’habitude de salarier sa femme auprès de lui. Tout cela est bien connu. À l’évidence, cette pratique n’est pas à l’honneur de notre République. Mais tout le monde s’en est jusqu’à présent accommodé, hypocritement, sans poser de question. Personne ne s’est interrogé sur la nature et l’effectivité des tâches accomplies par le conjoint ou le parent. Et voici que soudain, le dossier est opportunément rouvert, contre François Fillon. (…) L’homme se prête particulièrement à une diabolisation. Son caractère à la fois discret et volontariste a tout pour exaspérer un microcosme politico-médiatique plus enclin à idolâtrer le clinquant stérile et l’impuissance bavarde. La ligne de défense de François Fillon transparaît dans son discours du 29 janvier. Il s’apprête à endosser le rôle de paria, comptant sur un retournement en sa faveur. En témoigne la présence de Pénélope à ses côtés. Sa parole, conservatrice et libérale, semble avoir été façonnée pour exacerber les haines des idéologues de la table rase: «On me décrit comme le représentant d’une France traditionnelle. Mais celui qui n’a pas de racines marche dans le vide. Je ne renie rien de ce qu’on m’a transmis, rien de ce qui m’a fait, pas plus ma foi personnelle que mes engagements politiques». Peut-il réussir? In fine, le résultat des élections de 2017 dépendra du corps électoral: emprise de l’émotionnel ou choix d’un destin collectif? Mais au-delà, une grande leçon de ces événements devrait s’imposer: l’urgence de refonder la vie politique française, sur une base moins personnalisée et plus collective, tournée vers le débat d’idées et non plus l’émotion – entre haine et idolâtrie – autour de personnages publics. Maxime Tandonnet (30.01.2017)
Un homme d’État doit concilier trois qualités: une vision de l’histoire, le sens du bien commun et le courage personnel. Ils sont très peu nombreux à avoir durablement émergé dans l’histoire politique française. En effet, en raison de leur supériorité, ils sont rapidement pris en chasse par le marais et réduits au silence avant d’être lapidés. Le véritable homme d’État est un paria en puissance. Le Général de Gaulle fut un paria tout à fait particulier, un paria qui a réussi. Il faut se souvenir de la manière dont il fut traité dans les années 1950 et 1960. Il était en permanence insulté, qualifié de réactionnaire et de fasciste. Dans Le Coup d’État permanent, François Mitterrand utilise à son propos les mots de «caudillo, duce, führer…». C’est un comble pour le chef de la résistance française au nazisme… S’il fut un paria qui a réussi, c’est en raison de sa place hors norme dans l’histoire, auteur de l’appel du 18 juin 1940 et de la décolonisation. Mais dès lors, il n’est plus vraiment un paria au sens de la définition que j’en donne, son image à la postérité étant largement positive et consensuelle. (…) la lecture des livres de René Girard, notamment La violence et le sacré et Les choses cachées depuis la fondation du monde m’a inspiré l’idée de cet ouvrage sur les parias de la République. Sa grille de lecture peut s’appliquer à l’histoire politique française: la quête d’un bouc émissaire, victime expiatoire de la violence collective, et son lynchage par lequel la société politique retrouve son unité. Le cas d’Édith Cresson est intéressant à cet égard. Quand on lit la presse de l’époque, quand on replonge dans les actualités du début des années 1990, la violence, la férocité de son lynchage nous apparaissent comme sidérantes. On a beaucoup parlé de ses maladresses, provocations et fautes de communication qui furent réelles. Mais l’acharnement contre elle, les insultes, la caricature, la diffamation contre une femme Premier ministre qui prenait une place convoitée par des hommes, a atteint des proportions vertigineuses. On en a oublié des aspects positifs de sa politique: le rejet des 35 heures, la promotion de l’apprentissage, des privatisations et de la politique industrielle, la volonté de maîtriser les frontières. Elle fut vraiment une femme lynchée. Et sur ce sacrifice, les politiques de son camp ont tenté de se refaire une cohésion. Sans succès. Encore aujourd’hui, je constate à quel point elle fut haïe. Des personnalités de droite ou de gauche m’ont vivement reproché de tenter de la «réhabiliter» parmi mes parias! De fait, je ne cherche pas à la réhabiliter et ne cache rien de ses erreurs, mais je mets le doigt sur un épisode qui n’est pas à l’honneur de la classe politique française. La violence est certes inhérente à la république dès lors que la république suppose une concurrence pour les postes, les mandats, les honneurs. Cette violence devrait être tempérée par la morale, le sens de l’honneur, du respect des autres, par les valeurs au sens du duc de Broglie. Elle ne l’a pas été à l’égard d’Édith Cresson. Elle l’est de moins en moins aujourd’hui, comme en témoigne la multiplication des lynchages politico-médiatiques à tout propos. (…) Nicolas Sarkozy a fait l’objet d’un lynchage permanent et violent pendant son quinquennat: insultes au jour le jour, calomnies et les aspects positifs du bilan de son action ont été étrangement passés sous silence. Pourtant, il me semble trop tôt pour lui appliquer le qualificatif de paria au sens où je l’entends dans mon ouvrage, supposant un bannissement qui se poursuit dans l’histoire. Comment sera-t-il jugé dans vingt ans? Qui peut le dire? Souvenons-nous de Mitterrand et de Chirac. Leur fin de règne fut pathétique, pitoyable. Qui s’en souvient encore? La mémoire contemporaine est tellement courte… Aujourd’hui, ils sont plutôt encensés et n’ont rien de parias… (…) [François Fillon] a le profil d’un bouc émissaire, sans aucun doute, faute de pouvoir parler de paria à ce stade. D’ici à l’élection présidentielle et par la suite, s’il l’emporte, il sera inévitablement maltraité et son tempérament à la fois réservé et volontaire ne peut qu’exciter la hargne envers lui. Il faut noter que François Hollande, quoi qu’on en pense, n’a pas été épargné par le monde médiatique et la presse qu’il croyait tout acquise à sa cause… C’est une vraie question que je me pose: le président de la République, qui incarnait du temps du général de Gaulle et de Pompidou, le prestige, l’autorité, la grandeur nationale, est-il en train de devenir le bouc émissaire naturel d’un pays en crise de confiance? Ultramédiatisé, il incarne à lui tout seul le pouvoir politique dans la conscience collective. Mais ne disposant pas d’une baguette magique pour régler les difficultés des Français, apaiser leurs inquiétudes, il devient responsable malgré lui de tous les maux de la création. Je pense qu’il faut refonder notre vision du pouvoir politique, lui donner une connotation moins personnelle et individualiste. Le temps est venu de redécouvrir les vertus d’une politique davantage axée sur l’engagement collectif, le partage de la responsabilité, entre le chef de l’État, le Premier ministre, la majorité, la nation, au service du bien commun. Maxime Tandonnet (13.01.2017)
«J’avais ourdi le complot» raconte l’avocat Robert Bourgi dans l’émission de BFM, intitulée «Qui a tué François Fillon?» Son témoignage nous remémore le fond des ténèbres atteintes par la politique française il y a tout juste un an. (…) Aujourd’hui, la mode est à l’optimisme. Le discours dominant dans les médias et la presse sublime la recomposition de la classe politique et son rajeunissement. Le nouveau monde aurait définitivement enterré l’ancien. Les événements de l’hiver 2017 semblent être à des années-lumière. La France a le plus jeune président de son histoire. Un grand balayage a entraîné le renouvellement du visage des députés et des ministres. La croissance est au rendez-vous, et «France is back», la France est de retour. Et si tout cela n’était qu’illusion? Et si les causes profondes du Fillongate de 2017, la pire catastrophe démocratique de l’histoire contemporaine, bien loin de se résorber, n’avaient jamais été aussi vivaces sous le couvercle du brouhaha quotidien? Le déclin de la culture et de l’intelligence politiques est au centre du grand malaise, touchant en premier lieu les élites dirigeantes et médiatiques. (…) Où a-t-on vu, depuis la déflagration de 2017, le moindre essai de réflexion sur un régime politique évidemment à bout de souffle, fondé sur l’idolâtrie narcissique, la démagogie, la dissimulation, l’impuissance publique, la frime inefficace, la fuite devant la réalité et le sens de l’intérêt général au profit de l’image? Nulle part! Cette réflexion est comme interdite, étouffée par le carcan d’un abêtissement collectif. (…) La cassure entre le peuple et la classe dirigeante, comme le souligne le nouveau sondage CEVIPOF 2018 sur la confiance des Français, n’a jamais été aussi profonde: comme les années précédentes, 77 % des Français ont une image négative de la politique qui leur inspire de la méfiance (39 %), du dégoût (25 %), de l’ennui (9 %), de la peur (3%). Loin de l’effervescence joyeuse de la «France d’en haut», la fracture démocratique, ce mal qui ronge le pays, ne cesse de s’aggraver. L’obsession élyséenne, quintessence de la dérive mégalomaniaque de la politique française au détriment du bien commun de la Nation, et les guerres d’ego qui ont conduit les Républicains à cette hallucinante déflagration de 2017, vont-elles enfin cesser? En effet, la chute du FN et du PS, les tâtonnements de LREM, pourraient ouvrir un nouvel espace aux Républicains. Ont-ils enfin décidé de se mettre au service du pays et non d’eux-mêmes? Tout laisse penser que non. La révolte des barons contre M. Wauquiez donne le sentiment que rien n’a changé à cet égard. (…) Le récit de M. Bourgi sur BFM est purement anecdotique. Il est l’arbre qui cache la forêt. La politique française connaît une vertigineuse crise du sens dont le séisme de 2017 fut la première manifestation. D’autres viendront, plus terribles encore. Aujourd’hui, rien n’a changé. Le mélange de nihilisme et de fureur narcissique, sur les ruines de l’intelligence politique, n’en finit pas de détruire la démocratie. Vous avez aimé 2017? Vous allez adorer 2022! Maxime Tandonnet
J’apprends non sans stupéfaction que Flavie Flament, dans l’émission « Philosophie » d’Arte, que chacun peut consulter, se réjouit, trente ans après, de la stratégie qu’elle a mise en œuvre pour devenir « le bourreau de son bourreau », stratégie qui lui a permis de se « reconstruire ». Elle parle d’Hamilton comme d’un monstre de lâcheté, mort de manière vulgaire et sans panache, le visage couvert d’un sac en plastique, car il ne supportait pas de voir son image. On a rarement été plus loin dans l’ignominie. (…) Cette sordide histoire m’a rappelé celle de Valérie Solanas, intellectuelle féministe radicale, qui appelait dans son Scum Manifeste à châtrer les hommes et qui tenta d’abattre Andy Warhol et deux de ses compagnons. Elle passera trois ans en prison, soutenue par les féministes américaines (le National Organization for Women) qui voyait en elle la championne la plus remarquable des droits des femmes. Lou Reed, lui, chanta: « Je crois bien que j’aurais appuyé sur l’interrupteur de la chaise électrique moi-même. » Sans recourir à de telles extrémités, on s’interrogera légitimement – Houellebecq l’avait fait à l’époque – sur la haine des sexes et la férocité du désir de vengeance de femmes sans doute humiliées et blessées à un âge où elles idéalisaient encore les rapports amoureux. Mais quoi qu’ait subi Flavie Flament de la part de David Hamilton, ce qui n’est pas prouvé, sa jouissance à l’annonce de son suicide et la stratégie à long terme mise pour y parvenir, me laisse pour le moins songeur. Je me garderai bien de me scandaliser, ne sachant ce qui relève d’une obsession pathologique ou d’un désir immodéré de rester sous les feux de la rampe en un temps où ce genre de dénonciation vous valorise plus qu’il n’inspire le dégoût. Faut-il vraiment, comme le suggère Madame Taubira, que les hommes apprennent ce qu’est l’humiliation ? Auquel cas je ne saurai leur conseiller meilleure maîtresse que Flavie Flament. Roland Jaccard
Tout au long de la campagne, les affaires ont contribué à envoyer par le fond les chances de succès de l’ancien Premier ministre. Ces révélations poursuivaient-elles un calcul politique ou personnel? Qui a tué François Fillon? Voilà les questions posées par une équipe de BFMTV dans un documentaire exceptionnel diffusé ce lundi soir sur notre antenne. A la croisée des regards, les journalistes du Canard enchaîné, bien sûr, qui ont dévoilé peu à peu les vicissitudes présumées du clan Fillon. Devant nos caméras, Hervé Liffran et Isabelle Barré l’assurent: leur travail ne doit rien à une « taupe » à droite, ni à une quelconque aide extérieure. C’est naturellement qu’après le premier tour de la primaire, ils se sont penchés sur les déclarations de patrimoine et de revenus du couple, puis ont découvert, intrigués, que Penelope Fillon avait travaillé pour La Revue des deux mondes, mais aussi et surtout comme collaboratrice parlementaire de son mari et du suppléant de celui-ci pendant huit ans, dans la plus grande discrétion. Naturellement que les montants perçus pour une activité peu évidente (100.000 euros brut entre mai 2012 et décembre 2013 pour la revue et 500.000 euros brut perçus auprès du Palais-Bourbon) les ont intéressés. « Pas de Dark Vador, pas de force obscure », sourit aujourd’hui Isabelle Barré. Pourtant le 24 janvier à 18 heures, lorsque le compte Twitter du Canard enchaîné jette son pavé dans la mare, les principales figures de la droite, alors réunies autour d’une galette des rois dans les locaux de campagne de leur candidat, sont persuadées qu’il s’agit là d’un acte de malveillance, peut-être venu de l’intérieur. Parmi les figures entretenant une inimitié notoire avec François Fillon, les noms de Jean-François Copé et Rachida Dati courent sur les lèvres. Tous deux écartent toujours ces allégations. « Si on devait mettre en cause tous ceux à qui François Fillon a fait du mal, la liste serait longue », ajoute l’ancien ministre du Budget. La piste d’un « cabinet noir » élyséen, lancée par François Fillon lui-même, ne mènera pas plus loin. De toute façon, les revenus des Fillon ne sont pas un secret pour tout le monde: à l’Assemblée nationale, 95 personnes ont accès aux fiches de paie des collaborateurs dans le cadre de leur travail. S’il est difficile de savoir d’où sont partis les premiers coups, nombreux sont ceux à avoir cherché à achever François Fillon. Dès fin janvier, c’est François Bayrou qui cherche un « plan B » à la droite et au centre. Début février, le président du Sénat, Gérard Larcher, veut mettre un terme à l’équipée, après avoir appris que les enfants de François Fillon avaient aussi été rémunérés par la Haute assemblée durant le mandat sénatorial de leur père. Peu à peu, les leaders de la droite prennent leurs distances. (…) Pendant toute cette période, Nicolas Sarkozy, vaincu à la primaire, joue un jeu trouble. Comme nous le raconte Rachida Dati, tout le monde ne cesse de l’appeler: Xavier Bertrand, François Bertrand, Laurent Wauquiez. Tous veulent qu’il pousse François Fillon à l’abandon. « A la faveur de chacun d’entre eux… Tout le monde voulait y aller! » s’amuse l’ancienne Garde des Sceaux. BFM
L’homme qui a offert des costumes à François Fillon, Robert Bourgi, s’est vanté chez Jean-Jacques Bourdin, avec une faconde que n’auraient pas reniée «Les Tontons flingueurs», d’avoir «ourdi un complot» contre le candidat pour peser dans sa chute. Invité chez Jean-Jacques Bourdin sur RMC ce 29 janvier, Robert Bourgi, proche de Nicolas Sarkozy et des cercles du pouvoir, a fait de nouvelles révélations sardoniques sur son ancien «ami» François Fillon. L’homme de loi a reconnu avoir monté un complot contre l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy, avec l’intention de «le niquer» pendant la campagne présidentielle. Sa ruse : lui offrir des costumes hors de prix. Le jour de la diffusion du documentaire «Qui a tué François Fillon ?» sur BFM TV, Robert Bourgi est venu livrer les dessous de son «complot». Il donne le ton en jetant d’emblée à Jean-Jacques Bourdin : «Votre service de sécurité m’a enlevé ma boîte à outils. J’avais la sulfateuse, le marteau et les clous pour le cercueil pour Monsieur Fillon mais pour vous, j’ai quelque chose.» Et l’homme de dégainer un mètre de couturière, pour prendre les mesures de l’animateur. «Ce sera pas Arny’s, ce sera Petit Bateau», rit-il, très content de sa blague. Il déroule alors l’historique qui le fait apparaître comme un intriguant, avide de relations de pouvoir, éclairant d’un jour nouveau les réseaux d’influence et alliances impitoyables autour des têtes de l’UMP, devenue les Républicains en 2015. L’avocat d’origine libano-sénégalaise Robert Bourgi, figure de la Françafrique, a toujours courtisé les puissants : Jacques Chirac, Omar Bongo, Laurent Gbagbo et surtout son «ami» Nicolas Sarkozy. Il explique avoir fréquenté régulièrement François Fillon pendant son mandat de Premier ministre. (…) Mais Robert Bourgi s’est retourné contre l’ancien Premier ministre lorsque deux journalistes lui ont livré un scoop signé François Hollande durant la campagne de la primaire. Le duo confie à l’avocat : «Ton ami Fillon a demandé la peau de ton ami Sarko.» L’ancien chef du gouvernement avait demandé que la justice accélère concernant les affaires dans lesquelles était impliqué l’ancien chef d’Etat. Dès lors, Robert Bourgi se métamorphose en nettoyeur des couloirs feutrés des cabinets ministériels. (…) Il décide alors de fomenter un complot, selon ses propres termes, contre le Sarthois en exploitant ses faiblesses. (…) Robert Bourgi ne souhaitait pas parler chiffon mais tentait d’influencer François Fillon sur le choix de ses lieutenants. Il souhaitait le voir s’entourer «de compagnons de Nicolas Sarkozy» qui voulaient le «servir», en lui conseillant de les inclure dans son «comité politique». Aucun retour. Et c’est en homme vexé de ne pas arriver à faire aboutir ses petites manœuvres qu’il se plaint : «Il m’a humilié.» Russia Today
Je lui ai dit : « Nicolas, il n’ira jamais à l’Elysée » […] parce que je vais le niquer, j’avais ourdi le complot […] à cause du comportement de Fillon à mon endroit qui n’était pas correct. Je savais exactement que j’allais payer ces costumes par chèque et que j’allais appeler mon ami Valdiguié au JDD, lui montrer le chèque. Quand on a fait campagne sur les vertus morales, la difficulté des Français à joindre les deux bouts, je me suis dit : « C’est quelque chose qui va le tuer ». Robert Bourgi
François Fillon, j’ai décidé de le tuer pour diverses raisons. D’abord parce qu’il a violé toutes les règles de l’amitié avec moi. J’ai toujours été correct avec lui, […] j’ai toujours défendu la position de Fillon auprès de Nicolas dans le but de les réunir un jour ou l’autre. […] Il passait son temps à démolir Nicolas Sarkozy. Il l’a toujours détesté, il a toujours eu les mots les plus inélégants à son égard. A chaque fois je lui disais : « François, tu n’as pas le droit de parler de Nicolas comme ça » […] François Fillon m’avait promis d’être un peu plus loyal à l’endroit de Nicolas Sarkozy, il n’a jamais tenu parole. Robert Bourgi
En fait, je fais au mois de janvier, une conférence sur Bourreaux et victimes. Et on se rend compte qu’à un moment donné, la victime peut devenir aussi quelque part – c’est pour ça que je parlais de stratégie – le bourreau de son bourreau en retournant effectivement ça. Et je pense que c’est là-dessus qu’on se reconstruit. (…) Et la façon dont il est mort m’a vraiment interrogée. Il est mort avec un sac en plastique sur la tête. (…) Il est mort d’une façon vulgaire. (…) Il avait pas de panache.  Certains mettent en scène leur mort (…) Je me suis consolée quelque part en me disant qu’il s’était regardé. Quand on se met un sac en plastique de supermarché  sur la tête et qu’on disparait de cette façon là dans un petit appartement du boulevard de Montparnasse, il y a quand même (…) quelque chose de fou. Flavie Flamant
Au lieu de lui tirer une balle, vous lui envoyez un missile. Raphael Enthoven

Attention: une curée peut en cacher une autre !

A l’heure où, forts de leur coup, BFM et France 5 nous balancent en boucle …

Leur publireportage sur le « niquage » du candidat Fillon il y a un an par un porte-flingue de Nicolas Sarkozy …

Mais où, fortes du nombre désormais de leur côté et avec la complicité active de prétendus philosophes sur des prétendues chaines culturelles, certaines femmes se laissent emporter par la plus primaire des vindictes anti-hommes

Comment avec Maxime Tandonnet …

Qui, après avoir un moment conseillé l’ancien président Sarkozy, avait écrit des pages éloquentes sur la bouc-émissarisation de la politique française …

Ne pas repenser à la si pertinente définition proustienne du fonctionnement fondamental de nos sociétés comme de nos foules …

Qui « gouvernées par l’instinct d’imitation et l’absence de courage » …

Se muent pour « chasser ou acclamer ses rois » …

En « bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang » ?

Derrière Bourgi, la déliquescence de la politique française
Maxime Tandonnet
Le Figaro
31/01/2018

FIGAROVOX/TRIBUNE – Après la diffusion d’un reportage de BFM en début de semaine, on voudrait croire que c’est bien Robert Bourgi qui a «tué François Fillon». Il n’en est rien, selon Maxime Tandonnet : l’assassin court toujours, et il n’a pas fini de faire des victimes. Il s’agit de la crise du sens que traverse la politique française.


Ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, haut-fonctionnaire, Maxime Tandonnet décrypte chaque semaine l’exercice de l’État pour le FigaroVox. Il a écrit Les parias de la République (éd. Perrin, 2017).


«J’avais ourdi le complot» raconte l’avocat Robert Bourgi dans l’émission de BFM, intitulée «Qui a tué François Fillon?» Son témoignage nous remémore le fond des ténèbres atteintes par la politique française il y a tout juste un an. Qu’est-ce que la politique? En principe, le débat d’idées, le choix d’un projet en vue de bâtir un destin commun et de régler le mieux possible les défis du présent et de l’avenir. Ces révélations donnent un nouvel aperçu du pire de la vie publique, un cocktail de batailles d’ego, de rancœurs, de vengeances personnelles qui anéantit toute idée de bien commun et d’intérêt général.

Aujourd’hui, la mode est à l’optimisme. Le discours dominant dans les médias et la presse sublime la recomposition de la classe politique et son rajeunissement. Le nouveau monde aurait définitivement enterré l’ancien. Les événements de l’hiver 2017 semblent être à des années-lumière. La France a le plus jeune président de son histoire. Un grand balayage a entraîné le renouvellement du visage des députés et des ministres. La croissance est au rendez-vous, et «France is back», la France est de retour.

Et si tout cela n’était qu’illusion? Et si les causes profondes du Fillongate de 2017, la pire catastrophe démocratique de l’histoire contemporaine, bien loin de se résorber, n’avaient jamais été aussi vivaces sous le couvercle du brouhaha quotidien?

Le déclin de la culture et de l’intelligence politiques est au centre du grand malaise, touchant en premier lieu les élites dirigeantes et médiatiques. Toute la vie politico-médiatique se ramène désormais à des effets de personnalisation narcissique au détriment des convictions. La Nation doit voter pour l’image d’un individu, les sensations qu’il inspire, une image parfaitement volatile, conditionnée par les soubresauts des émotions collectives, au fil de l’actualité et du matraquage médiatique. Dès lors s’efface la notion de choix de société sur les grands sujets du moment: l’école, l’industrie, la dette, l’immigration, le chômage, l’autorité de l’État, la sécurité, la refondation de l’Europe…

Où a-t-on vu, depuis la déflagration de 2017, le moindre essai de réflexion sur un régime politique évidemment à bout de souffle, fondé sur l’idolâtrie narcissique, la démagogie, la dissimulation, l’impuissance publique, la frime inefficace, la fuite devant la réalité et le sens de l’intérêt général au profit de l’image? Nulle part! Cette réflexion est comme interdite, étouffée par le carcan d’un abêtissement collectif.

«Renouvellement», disiez-vous? La cassure entre le peuple et la classe dirigeante, comme le souligne le nouveau sondage CEVIPOF 2018 sur la confiance des Français, n’a jamais été aussi profonde: comme les années précédentes, 77 % des Français ont une image négative de la politique qui leur inspire de la méfiance (39 %), du dégoût (25 %), de l’ennui (9 %), de la peur (3%). Loin de l’effervescence joyeuse de la «France d’en haut», la fracture démocratique, ce mal qui ronge le pays, ne cesse de s’aggraver.

L’obsession élyséenne, quintessence de la dérive mégalomaniaque de la politique française au détriment du bien commun de la Nation, et les guerres d’ego qui ont conduit les Républicains à cette hallucinante déflagration de 2017, vont-elles enfin cesser? En effet, la chute du FN et du PS, les tâtonnements de LREM, pourraient ouvrir un nouvel espace aux Républicains. Ont-ils enfin décidé de se mettre au service du pays et non d’eux-mêmes? Tout laisse penser que non. La révolte des barons contre M. Wauquiez donne le sentiment que rien n’a changé à cet égard. Summum de l’absurdité et de l’obsession élyséenne: plutôt que de se pencher sur les raisons profondes de la crise politique française, certains, songeant uniquement à leur destin personnel, ramènent déjà la question des «primaires» de 2022, sans la moindre considération pour leur faillite en 2016-2017!

Le récit de M. Bourgi sur BFM est purement anecdotique. Il est l’arbre qui cache la forêt. La politique française connaît une vertigineuse crise du sens dont le séisme de 2017 fut la première manifestation. D’autres viendront, plus terribles encore. Aujourd’hui, rien n’a changé. Le mélange de nihilisme et de fureur narcissique, sur les ruines de l’intelligence politique, n’en finit pas de détruire la démocratie. Vous avez aimé 2017? Vous allez adorer 2022!

Voir aussi:

David Hamilton: Flament glose…
Roland Jaccard

Causeur

3 février 2018

J’aimais bien David Hamilton de quelques années mon aîné, que je croisais parfois boulevard Montparnasse. Ses photos avaient bercé mon adolescence. Et personne n’y voyait rien d’obscène. Les plus grands artistes avaient travaillé avec lui et même Alain Robbe-Grillet avait signé un livre : Rêves de jeunes filles avec Hamilton dont la notoriété s’étendait au monde entier. Il y régnait un érotisme doux, presque chaste, qui n’offusquait personne. Ses films, en revanche, passaient inaperçus : le photographe avait éclipsé le cinéaste dont on retiendra néanmoins Laura ou les ombres de l’été avec Dawn Dunlap actrice à laquelle Olivier Mathieu a rendu un bel hommage dans Le Portrait de Dawn Dunlap.

Je savais par un ami commun que la situation de David Hamilton était devenue précaire et que certaines rétrospectives de son œuvre avaient été annulées après des accusations de pédophilie : sans doute portait-il aux très jeunes filles un amour immodéré. Mais jamais la justice, en dépit de deux plaintes, ne l’avait jugé coupable. Et voici que trente années plus tard, une présentatrice de télévision, Flavie Flament, un de ses anciens modèles le prend pour cible dans un médiocre roman intitulé : La Consolation. Le nom de Hamilton sent alors le soufre, tout comme ceux de Weinstein, d’Allen, de Polanski, de Balthus et de tant d’autres.

Devenir « le bourreau de son bourreau »
Sans doute lassé par une époque où la délation et la vulgarité commandent l’esprit du temps, David Hamilton se donne la mort dans des circonstances encore mal élucidées. On le trouve étouffé dans la nuit du 25 novembre 2016 « avec un sac plastique sur la tête » et la porte ouverte de son appartement. Certains pensent qu’il aurait pu être assassiné. Je crois surtout qu’il était dégoûté par un monde où il n’avait plus sa place et qu’il en a tiré la conclusion logique.

Mais j’apprends non sans stupéfaction que Flavie Flament, dans l’émission « Philosophie » d’Arte, que chacun peut consulter, se réjouit, trente ans après, de la stratégie qu’elle a mise en œuvre pour devenir « le bourreau de son bourreau », stratégie qui lui a permis de se « reconstruire ».

Elle parle d’Hamilton comme d’un monstre de lâcheté, mort de manière vulgaire et sans panache, le visage couvert d’un sac en plastique, car il ne supportait pas de voir son image. On a rarement été plus loin dans l’ignominie. Et, au passage, tous ceux qui ont eu recours au sac plastique pour se suicider apprécieront… s’ils en ont encore l’occasion.

Au mauvais souvenir de Lou Reed
Cette sordide histoire m’a rappelé celle de Valérie Solanas, intellectuelle féministe radicale, qui appelait dans son Scum Manifeste à châtrer les hommes et qui tenta d’abattre Andy Warhol et deux de ses compagnons. Elle passera trois ans en prison, soutenue par les féministes américaines (le National Organization for Women) qui voyait en elle la championne la plus remarquable des droits des femmes. Lou Reed, lui, chanta: « Je crois bien que j’aurais appuyé sur l’interrupteur de la chaise électrique moi-même. »

Sans recourir à de telles extrémités, on s’interrogera légitimement – Houellebecq l’avait fait à l’époque – sur la haine des sexes et la férocité du désir de vengeance de femmes sans doute humiliées et blessées à un âge où elles idéalisaient encore les rapports amoureux. Mais quoi qu’ait subi Flavie Flament de la part de David Hamilton, ce qui n’est pas prouvé, sa jouissance à l’annonce de son suicide et la stratégie à long terme mise pour y parvenir, me laisse pour le moins songeur. Je me garderai bien de me scandaliser, ne sachant ce qui relève d’une obsession pathologique ou d’un désir immodéré de rester sous les feux de la rampe en un temps où ce genre de dénonciation vous valorise plus qu’il n’inspire le dégoût. Faut-il vraiment, comme le suggère Madame Taubira, que les hommes apprennent ce qu’est l’humiliation ? Auquel cas je ne saurai leur conseiller meilleure maîtresse que Flavie Flament.

Voir également:

DOCUMENTAIRE – Qui a tué François Fillon? L’enquête de BFMTV

BFM

29/01/2018

D’affaire en affaire, de coup de théâtre en coup de théâtre, les espoirs de la droite et de son candidat à la présidentielle, François Fillon, se sont évaporés pendant la campagne. Un mystère demeure: quelqu’un voulait-il la peau de François Fillon? C’est la question que s’est posée une équipe de BFMTV dans un documentaire exceptionnel diffusé ce lundi soir à 22h40 sur notre antenne.

La campagne présidentielle s’est éloignée depuis longtemps et, avec elle, ses illusions perdues, mais François et Penelope Fillon sont toujours mis en examen pour détournement de fonds publics. L’enquête doit être bouclée au cours de cette année 2018.

« Pas de Dark Vador »
S’ils sont sous le coup de cette procédure judiciaire, c’est en raison d’une affaire qui a éclaté au grand jour il y a un an: les soupçons d’emplois fictifs visant Penelope Fillon, l’épouse de celui qui était le candidat de la droite au scrutin suprême. Tout au long de la campagne, les affaires ont contribué à envoyer par le fond les chances de succès de l’ancien Premier ministre. Ces révélations poursuivaient-elles un calcul politique ou personnel? Qui a tué François Fillon? Voilà les questions posées par une équipe de BFMTV dans un documentaire exceptionnel diffusé ce lundi soir sur notre antenne.

A la croisée des regards, les journalistes du Canard enchaîné, bien sûr, qui ont dévoilé peu à peu les vicissitudes présumées du clan Fillon. Devant nos caméras, Hervé Liffran et Isabelle Barré l’assurent: leur travail ne doit rien à une « taupe » à droite, ni à une quelconque aide extérieure. C’est naturellement qu’après le premier tour de la primaire, ils se sont penchés sur les déclarations de patrimoine et de revenus du couple, puis ont découvert, intrigués, que Penelope Fillon avait travaillé pour La Revue des deux mondes, mais aussi et surtout comme collaboratrice parlementaire de son mari et du suppléant de celui-ci pendant huit ans, dans la plus grande discrétion. Naturellement que les montants perçus pour une activité peu évidente (100.000 euros brut entre mai 2012 et décembre 2013 pour la revue et 500.000 euros brut perçus auprès du Palais-Bourbon) les ont intéressés. « Pas de Dark Vador, pas de force obscure », sourit aujourd’hui Isabelle Barré.

Des fiches de paie accessibles à 95 personnes
Pourtant le 24 janvier à 18 heures, lorsque le compte Twitter du Canard enchaîné jette son pavé dans la mare, les principales figures de la droite, alors réunies autour d’une galette des rois dans les locaux de campagne de leur candidat, sont persuadées qu’il s’agit là d’un acte de malveillance, peut-être venu de l’intérieur. Parmi les figures entretenant une inimitié notoire avec François Fillon, les noms de Jean-François Copé et Rachida Dati courent sur les lèvres. Tous deux écartent toujours ces allégations. « Si on devait mettre en cause tous ceux à qui François Fillon a fait du mal, la liste serait longue », ajoute l’ancien ministre du Budget.

La piste d’un « cabinet noir » élyséen, lancée par François Fillon lui-même, ne mènera pas plus loin. De toute façon, les revenus des Fillon ne sont pas un secret pour tout le monde: à l’Assemblée nationale, 95 personnes ont accès aux fiches de paie des collaborateurs dans le cadre de leur travail.

Qui veut débrancher la candidature de François Fillon?
S’il est difficile de savoir d’où sont partis les premiers coups, nombreux sont ceux à avoir cherché à achever François Fillon. Dès fin janvier, c’est François Bayrou qui cherche un « plan B » à la droite et au centre. Début février, le président du Sénat, Gérard Larcher, veut mettre un terme à l’équipée, après avoir appris que les enfants de François Fillon avaient aussi été rémunérés par la Haute assemblée durant le mandat sénatorial de leur père.

Peu à peu, les leaders de la droite prennent leurs distances. François Fillon lui-même ne se rend pas service, en affirmant à la télévision qu’il renoncera s’il venait à être mis en examen. Or, quand cette mise en examen lui est notifiée le 28 février par une convocation judiciaire que lui annonce Patrick Stefanini, son directeur de campagne, François Fillon ne renonce pas à faire campagne. Et le meeting du Trocadéro, lors de la matinée pluvieuse du 5 mars à Paris, lui servira de tremplin vers le mur du premier tour du 23 avril.

Pendant toute cette période, Nicolas Sarkozy, vaincu à la primaire, joue un jeu trouble. Comme nous le raconte Rachida Dati, tout le monde ne cesse de l’appeler: Xavier Bertrand, François Bertrand, Laurent Wauquiez. Tous veulent qu’il pousse François Fillon à l’abandon. « A la faveur de chacun d’entre eux… Tout le monde voulait y aller! » s’amuse l’ancienne Garde des Sceaux. Alain Juppé l’appelle aussi, mais tombe sur le répondeur de l’ancien président de la République, à ce moment-là tranquillement installé au parc des Princes devant un match du Paris-Saint-Germain. Devant le peu de cohésion de son camp, et l’obstination de François Fillon, le maire de Bordeaux jette lui aussi l’éponge.

Voir de même:

«Je vais le niquer» : les révélations truculentes de Robert Bourgi, le «tueur» de Fillon

L’homme qui a offert des costumes à François Fillon, Robert Bourgi, s’est vanté chez Jean-Jacques Bourdin, avec une faconde que n’auraient pas reniée «Les Tontons flingueurs», d’avoir «ourdi un complot» contre le candidat pour peser dans sa chute.

Invité chez Jean-Jacques Bourdin sur RMC ce 29 janvier, Robert Bourgi, proche de Nicolas Sarkozy et des cercles du pouvoir, a fait de nouvelles révélations sardoniques sur son ancien «ami» François Fillon. L’homme de loi a reconnu avoir monté un complot contre l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy, avec l’intention de «le niquer» pendant la campagne présidentielle. Sa ruse : lui offrir des costumes hors de prix.

Le jour de la diffusion du documentaire «Qui a tué François Fillon ?» sur BFM TV, Robert Bourgi est venu livrer les dessous de son «complot». Il donne le ton en jetant d’emblée à Jean-Jacques Bourdin : «Votre service de sécurité m’a enlevé ma boîte à outils. J’avais la sulfateuse, le marteau et les clous pour le cercueil pour Monsieur Fillon mais pour vous, j’ai quelque chose.» Et l’homme de dégainer un mètre de couturière, pour prendre les mesures de l’animateur. «Ce sera pas Arny’s, ce sera Petit Bateau», rit-il, très content de sa blague.

Il déroule alors l’historique qui le fait apparaître comme un intriguant, avide de relations de pouvoir, éclairant d’un jour nouveau les réseaux d’influence et alliances impitoyables autour des têtes de l’UMP, devenue les Républicains en 2015.

L’avocat d’origine libano-sénégalaise Robert Bourgi, figure de la Françafrique, a toujours courtisé les puissants : Jacques Chirac, Omar Bongo, Laurent Gbagbo et surtout son «ami» Nicolas Sarkozy. Il explique avoir fréquenté régulièrement François Fillon pendant son mandat de Premier ministre. L’homme de loi révèle que le Sarthois souhaitait savoir ce que Nicolas Sarkozy pensait de lui.

Mais Robert Bourgi s’est retourné contre l’ancien Premier ministre lorsque deux journalistes lui ont livré un scoop signé François Hollande durant la campagne de la primaire. Le duo confie à l’avocat : «Ton ami Fillon a demandé la peau de ton ami Sarko.» L’ancien chef du gouvernement avait demandé que la justice accélère concernant les affaires dans lesquelles était impliqué l’ancien chef d’Etat.

Une haine nourrie envers François Fillon pour défendre Nicolas Sarkozy

Dès lors, Robert Bourgi se métamorphose en nettoyeur des couloirs feutrés des cabinets ministériels.

«François Fillon, j’ai décidé de le tuer pour diverses raisons. D’abord parce qu’il a violé toutes les règles de l’amitié avec moi. J’ai toujours été correct avec lui, […] j’ai toujours défendu la position de Fillon auprès de Nicolas dans le but de les réunir un jour ou l’autre. […] Il passait son temps à démolir Nicolas Sarkozy», explique-t-il. Et Robert Bourgi ne plaisante pas avec le sujet. «Il l’a toujours détesté, il a toujours eu les mots les plus inélégants à son égard. A chaque fois je lui disais : « François, tu n’as pas le droit de parler de Nicolas comme ça » […] François Fillon m’avait promis d’être un peu plus loyal à l’endroit de Nicolas Sarkozy, il n’a jamais tenu parole», déplore l’avocat.

J’avais déjà conçu le projet que j’ai réalisé de niquer François Fillon

Il décide alors de fomenter un complot, selon ses propres termes, contre le Sarthois en exploitant ses faiblesses. «J’avais déjà conçu le projet que j’ai réalisé de niquer François Fillon, c’est mieux que tuer», explique-t-il en toute décontraction. «Je savais que l’homme avait des relations étranges avec l’argent parce que nous avions beaucoup parlé, François Fillon et moi», avoue-t-il.

Au cours d’un petit déjeuner au Ritz, Robert Bourgi piège François Fillon. «Je lui dis : « Comme je te sens amoureux de belles choses je vais t’offrir trois costumes pour ta campagne« », raconte-t-il. Le candidat LR accepte sur le champ, mais Robert Bourgi ne règle pas les complets, laissant passer quatre mois jusqu’en février 2017. Pendant ce temps, il dit avoir envoyé de nombreux textos à l’élu de la Sarthe, qui n’a jamais répondu.

Les petites manœuvres de Robert Bourgi pour placer d’anciens proches de Sarkozy

Robert Bourgi ne souhaitait pas parler chiffon mais tentait d’influencer François Fillon sur le choix de ses lieutenants. Il souhaitait le voir s’entourer «de compagnons de Nicolas Sarkozy» qui voulaient le «servir», en lui conseillant de les inclure dans son «comité politique». Aucun retour. Et c’est en homme vexé de ne pas arriver à faire aboutir ses petites manœuvres qu’il se plaint : «Il m’a humilié.»

J’avais ourdi le complot

Alors que François Fillon est en lice pour le second tour de la primaire de la droite, Nicolas Sarkozy confie à l’avocat lors d’un rendez-vous : «Tu as suivi les sondages, ils sont favorables à Fillon. Tu sais, il va droit à l’Elysée.» «Je lui ai dit : « Nicolas, il n’ira jamais à l’Elysée » […] parce que je vais le niquer, j’avais ourdi le complot […] à cause du comportement de Fillon à mon endroit qui n’était pas correct. Je savais exactement que j’allais payer ces costumes par chèque et que j’allais appeler mon ami Valdiguié [rédacteur en chef] au JDD, lui montrer le chèque. Quand on a fait campagne sur les vertus morales, la difficulté des Français à joindre les deux bouts, je me suis dit : « C’est quelque chose qui va le tuer »», justifie l’avocat.

 Ne t’inquiète pas ma fille, je me vengerai

Puis l’affaire s’emballe, en écho avec les soupçons d’emplois fictifs visant sa femme Pénélope Fillon. Sur le plateau du même Jean-Jacques Bourdin, François Fillon qualifie l’avocat d’«homme âgé qui n’a plus aucune espèce de responsabilité». La fille de Robert Bourgi l’appelle en larmes pour l’en informer. L’avocat piqué au vif, toujours aussi à l’aise avec son rôle de porte-flingue, conclut son entreprise de démolition : «Je lui ai dit : « Ne t’inquiète pas ma fille, je me vengerai »». Mission accomplie.

Voir par ailleurs:

Proust’s Way

Love, death, society, art, time, timelessness–and (perhaps) the greatest novelist of the 20th century.

Among the great modern artists, some seem to possess a boundless vitality, a spiritual extravagance that, even in the face of life’s hot suffering, causes them to profess their gratitude for the very fact of existence and to pour forth their praise of nobility, goodness, beauty, fortitude, love. Goethe, Beethoven, Victor Hugo, and Tolstoy are perhaps the foremost such figures.

Admirers of Wagner might place him, too, among the life-enhancers; yet he could write, at the age of thirty-nine, “I lead an indescribably worthless life . . . [F]or me, enjoyment, love are imaginary, not experienced.” Flaubert, who consecrated himself to a prose so beautiful that no real life could touch it, found himself exclaiming with envy at the sight of a bourgeois family enjoying a picnic, “They have it right.” In bitterness of heart, Kafka let loose with “I am made of literature,” meaning he was unfit for life.

And then there is the case of Marcel Proust (1871-1922), whose 3,000-page novels À la recherche du temps perdu (In Search of Lost Time) outshines the masterworks of Wagner, Flaubert, and Kafka but whose life makes theirs look unattainably bold and merry by comparison. Proust may have been the greatest novelist of the 20th century, but he is almost singlehandedly responsible for turning the term “exquisite sensibility” into a jeer. Everyone knows about the madeleine that Proust’s narrator, Marcel, dunks in his tea, triggering a monumental reflux of childhood memories; the asthma that hounded Proust to an early death; the silent, cork-lined room that he rarely left. Speaking to William F. Buckley, Jr. at the height of the cold war, a prominent European intellectual upheld the honor of European manhood by declaring, “We’re not all a bunch of little Prousts over there.”

Sickly, homosexual, addicted to the social whirl, the real-life Proust seemed, to his contemporaries, irreparably frivolous, terminally brittle. Everyone recognized his brilliance, but no one thought he would forge anything lasting out of it. An 1893 portrait by Jacques-Emile Blanche, who was to make his reputation by painting artistic eminences, depicts Proust as a ludicrous dandy in wing collar and cravat. His forehead has a greenish cast, like a week-old bruise, while the rest of his face is waxen. The flower on his lapel, which picks up his facial coloring, bears a disturbing resemblance to an out-sized malign insect. The eyes, though large and alert, do not reveal anything remarkable behind them. There is nothing to indicate that this young man might be more than a fop smitten with his own elegance. The only hint of otherworldliness is in the morbid tints of his face, which suggest that life is already beginning to prove too much for him and that his days are numbered.

To be sure, modern art has made room for, has even become the preserve of, wayward and misshapen souls. In 1918, with his masterpiece largely finished, Proust himself wrote that contemporary reality yielded its subtlest favors to the debauched and the incurable, and (referring to certain 19th-century artists) that “an unknown part of the mind or an additional nuance of affection was bursting with all the drunkenness of a Musset or a Verlaine, with all the perversions of a Baudelaire or a Rimbaud, even a Wagner, with the epilepsy of a Flaubert.” Suffering has its perquisites, and Proust took them for everything he could.

Yet he was also to prove himself a titan. Two identically titled new biographies help us see how, from unprepossessing beginnings, he did it. Both William C. Carter’s Marcel Proust: A Life1 and Jean-Yves Tadié’s Marcel Proust: A Life2 provide moving and cogent accounts of a life that ultimately had a single raison d’être.

The two books differ somewhat in approach. Carter, a professor of French at the University of Alabama at Birmingham, is more considerate to the American reader, deftly filling in the social and political background of Proust’s life and work—as in the case of the Dreyfus affair, which figures so prominently in Proust’s novel. Tadié, who teaches at the Sorbonne in Paris and is widely acknowledged as the world’s leading authority on Proust, takes it for granted that his reader knows things that most Americans do not. His book, which appeared in France in 1996 and which Carter cites repeatedly and respectfully, is the superior work of scholarship, but it is studded with impedimenta that sometimes make for tough going. (Tadié will record who wrote a review in a certain newspaper on a given day, for instance, but not what the review said, or set down the guest lists for parties that Proust attended, without a clue as to who these people were.) Still, there is much that Tadié knows that one is grateful to have between the covers of a book, and taken together Carter and Tadié constitute a treasure trove.

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Marcel Proust was the son of Adrien Proust, an eminent Parisian doctor, and his wife, born Jeanne Weil. The father was Catholic and the mother Jewish. Although she herself refused to convert, Jeanne agreed that their children would be raised as Catholics. As it happened, however, neither parent practiced his faith and, once Marcel had made his first communion, his church-going days were pretty much over.

Jewish religious law holds that the child of a Jewish mother is a Jew, but Proust never considered himself one, and neither did his friends. Still, his parentage occasionally presented difficulties. Once, as a young man, he stood silent and unresponsive when a revered mentor, Comte Robert de Montesquiou-Fezensac, delivered an anti-Semitic tirade in the company of friends and then asked Proust for his opinion on the 1894 conviction of Captain Alfred Dreyfus, a Jew, who had been tried for treason on the charge of selling military secrets to the Germans. The next day, Proust wrote to Montesquiou that he had not said anything because, although he himself was Catholic like his father and brother, his mother was Jewish: “I am sure you understand that this is reason enough for me to refrain from such discussions.”

Whether Proust’s private frankness made up for his public reticence is a vexing question, and all the more so because he went on to confide that he was “not free to have the ideas I might otherwise have on the subject.” Proust’s tacit fear, in other words, was that if he defended the Jews he would be taken for a Jew, and what he wanted above all was to be thought of as a Christian gentleman. He even seemed to leave open the possibility that Montesquiou might be right: that only filial piety forbade him from thinking as Montesquiou did. In Carter’s view, “Proust stated his position and his independence, but he might have been less ambiguous about the ethical implications of racist remarks.” Carter is too kind. Proust was only as forthright as his social cowardice—his fear of sacrificing his respectability—would allow.

He was to find his courage when events made it easier to be courageous. By 1898, more and more people had become convinced that Dreyfus had been railroaded, and an uproar ensued that was to shake French society for years. The salon of Mme. Genevieve Straus (the widow of the composer Georges Bizet), where Proust had been a habitue for several years, turned into a Dreyfusard hotbed. Old friends of the anti-Dreyfus persuasion, including the painter Edgar Degas, stalked off and never came back. Drawing strength from those around him, Proust now joined in the growing drumbeat for a retrial that was led by the novelist Emile Zola. He was even to boast that he was the first of the Dreyfusards, because he secured the signature of his literary hero Anatole France on a petition. Still, when an anti-Semitic newspaper numbered him among the “young Jews” who defied decency and right thinking, Proust, who at first thought to correct the paper’s misapprehension, decided to keep quiet, lest he draw any more attention to himself. He must have known that, in the eyes of anti-Dreyfusards, his political affiliations only served to confirm the sad fact of his birth.

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If the Dreyfus affair exposed the moral cretinism that extended into the upper echelons of French society, this hardly deterred Proust from wanting a place in that world. His social career had begun during his last year of high school, when, thanks to the mothers of some of his school friends, he gained admission to certain exclusive Parisian salons. His chum Jacques Bizet, whom he had tried to seduce, without success, made it up to him by serving as his ticket to the beau monde. At the salon of Mme. Straus, young Bizet’s mother, Proust became acquainted with artistic and aristocratic grandees like the composer Gabriel Fauré, the writer Guy de Maupassant, the actress Sarah Bernhardt, and Princesse Mathilde, the niece of Napoleon I. In time he became a regular at Princesse Mathilde’s as well, where the old-line nobility rubbed shoulders with arrivistes, and distinguished Jews mingled with those who detested them. (The writer Léon Daudet, to whom Proust would dedicate a volume of his novel, confided to his diary after one party: “The imperial dwelling was infested with Jews and Jewesses.”)

Another hostess conquered by the high-flying young Proust was Mme. Madeleine Lemaire, renowned for her musical gatherings. It was she who introduced him to Montesquiou-Fezensac, the aristocratic poet whose opinions on Jews Proust was willing to overlook for the sake of the Count’s artistic and social cachet. And there was something else: Montesquiou was boldly aboveboard about his homosexuality, at a time when, as Carter writes, “few Frenchmen dared, if they cared for their reputation and social standing, to display amorous affection for another man.” This frankness earned Proust’s regard—although he was, of course, ambivalent about going public on the issue of his own sexual nature.

Not that it was any secret to those who knew him. In high school, Proust had laid elaborate sexual siege to friends, writing them letters fraught with passion. When his disposition became apparent to his father, in the name of decency the agitated Dr. Proust slipped the boy ten francs and sent him off to a (female) prostitute; the mission wound up a fiasco when Proust broke a chamber pot and spoiled the romance of the moment.

Such happiness as Proust had from love was not made to last. Probably his first consummated affair was with the composer Reynaldo Hahn, whom he met at Mme. Lemaire’s when he was twenty-two and Hahn nineteen. Raw nerves and ceaseless importunity characterized Proust’s love for Hahn, who quickly tired of his friend’s demanding antics. But it was really Proust who fell out of love first, as he fell in love with the stripling Lucien Daudet, son of the novelist Alphonse Daudet and brother of the venomous Leon. Proust would even fight a duel with a journalist, himself homosexual, who hinted salaciously in print that his friendship with Lucien was not quite respectable; both duelists fired and missed.

Proust had good reason to keep his intimate proclivities under wraps. But biographers have their job to do, and Carter and Tadié leave little unsaid. Both record his favored mode of sexual recreation: going to a homosexual brothel and masturbating while watching as the man he had hired masturbated in front of him. If this procedure failed of its effect, the obliging prostitute would bring in a pair of hungry rats and loose them on each other, a spectacle that would invariably afford Proust the needed relief. (For this information we have the testimony both of one such prostitute and of the writer André Gide, in whom Proust confided.)

To the innocent observer, Proust’s sexual preferences may well appear about as demented as such things get; but normality of any kind was never Proust’s strong suit. Abysmal health plagued him his life long, and he cultivated the perpetual invalid’s peculiarities. Wracked by asthma, he spent six hours a day burning eucalyptus powders and inhaling the fumes. He needed veronal and opium and morphine to sleep, caffeine to revive him and also to help his asthma. The huge doses he took of caffeine brought on angina; the sedatives and painkillers destroyed his ability to register temperature, so that on sweltering days he would wear a heavy coat. A year’s supply of medications cost him the equivalent of $20,000 in today’s money. (His parents left him an inheritance of some $4.6 million, so the expenses were not insupportable.)

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From his early twenties, Proust kept vampire’s hours, sleeping during the day and venturing abroad only under cover of darkness. As he grew older and sicker, he ventured out less and less. His cork-lined room became his refuge. Illness, he wrote to a friend, had made it necessary for him “to do without nearly everything and to replace people by their images and life by thought.” He subscribed to a device called the theatrophone, over which he could hear live operatic and dramatic performances without leaving his bed. He hired the best string quartet in Paris to play just for him in the middle of the night. In his latter days, he subsisted largely on ice cream and iced beer, ordered from the Ritz.

And through the worst of his misery, when it was almost impossible to eat, sleep, or breathe, he worked. From his youth he had wanted to be a writer, but the full seriousness of his vocation did not impress itself upon him until he was well into his thirties. His first book, Plaisirs et Jours (Pleasures and Days), a collection of stories, poems, and pastiches, had appeared when he was twenty-three and was generally dismissed as a fussy curiosity. Fuming at the critics’ condescension, Proust set to work on a vast autobiographical novel, Jean Santeuil, which he abandoned after five years and a thousand pages. He translated a volume of John Ruskin, the English art and social critic; produced essays of his own on such artists as Watteau, Chardin, Rembrandt, Moreau, and Monet; and worked abortively on another novel that converged with a study of the literary critic Sainte-Beuve.

His painful failures made for an invaluable apprenticeship. Though the record is hazy, it was perhaps in 1908 that Proust conceived the work for which he would be known; by the next year, the novel was well tinder way. Carter says that by 1916 or soon thereafter, Proust “gave his book its ultimate shape if not its final dimensions,” but his tugging and worrying at the manuscript would continue to his final days. À la recherche du temps perdu appeared in eight volumes, published between 1913 and 1927, the last four posthumously. The titles of the constituent parts are Du côté de chez Swann (Swann’s Way), À l’ombre des jeunes filles en fleur (In the Shade of the Young Girls in Flower), Le côté de Guermantes (The Guermantes Way), Sodome et Gomorrhe (Sodom and Gomorrah), La prisonnière (The Captive), Albertine disparue (Albertine Gone), and Le temps retrouvé (Time Regained).3

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Proust’s novel takes as its great themes the illusions and disappointments of love, friendship, and society (in the limited sense of that word), and the joyous satisfactions of art. The book opens with the narrator’s reminiscence—his name is Marcel, although one has to read over 2,000 pages to find that out—of lying in bed as a boy and waiting for his mother’s good-night kiss; proceeds to a recollection of youthful days in the countrified Parisian suburb of Combray; then goes back to a time before Marcel was born and portrays the agonizing love of Monsieur Swann, an old friend of the family, for the courtesan Odette de Crécy.

Most of the rest of the book has to do with Marcel’s being in love, seeing others in love, and going to parties. His first romance, physically quite innocent but emotionally flaying, is with the Swanns’ daughter, Gilberte. (Unlike his creator, Marcel is heterosexual.) Next comes Albertine, whom Marcel singles out from a fascinating crowd of rowdy girls in the seaside resort of Balbec; this love is not innocent and is even more destructive. Meanwhile Marcel becomes friendly with the Duchesse de Guermantes, who embodies a social grandeur that sets him dreaming; gets to know the novelist Bergotte and the painter Elstir, who provide lessons in what art can and cannot do; mixes with the Verdurins, a couple of distasteful bourgeois climbers, and their circle of fools; and is courted in a most unnerving fashion by the Baron de Charlus, lord prince of the sodomites. Interleaved throughout are meditations and conversations on actual and imagined works of art, ladies’ fashions, etymology, military strategy, homosexuality, anti-Semitism, social transformations, time, and timelessness.

For most of the novel, finally, Marcel is a writer manqué, an aspirant who lacks the understanding to conceive a novel and the will to see it through. The book then records the process by which he becomes the writer who has written the extraordinary work one is reading. “And thus,” he concludes, “my whole life up to the present day might and yet might not have been summed up under the title: A Vocation.”

What does that “vocation” reveal? No other writer/narrator has attended with such extravagant care to the surface of things: the grace or ungainliness of a gesture, the historical associations of a great name, the import of a gravely formal bow in response to a friendly greeting, the radiance of a distinguished smile or shirtfront, party talk that goes on for miles. Yet, although the charms of love, friendship, and society present a brilliant and beguiling surface, they never please Marcel for long. Real life is to be found elsewhere, and only the rare soul manages to find it.

For Marcel, there is no desire more imperious than the desire to know. It is the motive force of his life and of his relentless pursuit of what he calls reality. The words “real” and “reality” must recur a thousand times in this novel, being signposts—like “virtue” for Machiavelli, “happiness” for Tolstoy, or “good” for Hemingway—that lead the reader to the heart of its unfolding significance. But to disclose the reality at life’s core requires one to experience illusion, in all its manifold and obdurate guises, and this experience is Marcel’s meat and drink.

Nowhere in Proust’s world are illusion’s guises harder to penetrate than when it comes to sex and love. The Proustian lover typically ascribes to the object of his desire all manner of enchanting virtues, which generally have no basis in fact, and then torments himself with a plague of suspected vices, which as a rule prove only too real. Every conceivable infidelity must be envisioned in gross detail, since as long as one is in love one can never assure oneself of the reality of the beloved’s heart. This ignorance is torture—but knowledge brings an end to love itself. Even carnal knowledge is no knowledge at all, only an initiation into the pangs of uncertainty.

In the early stages of Swann’s love for Odette, he believes he knows her better than anyone else does; the rumors he has heard that she is an elegant whore who has been kept by a number of men cannot be true, for she is incomparably sensitive and kind and good. In time he finds out otherwise. But even when Swann falls out of love, he cannot be indifferent to Odette unless he continues to possess her; his only recourse is to marry this woman whom he knows to be a slut.

Marcel emulates Swann in his need—ruinous to a lover, exceedingly useful to an aspiring writer—to know everything about the woman he loves, especially the worst. Albertine’s fishy answers to some pointed questions about a sexually charged encounter she has had with Gilberte (Swann’s daughter and Marcel’s first love) set the young man’s mental wheels turning. Once the lever is tripped and the questions begin, there is no stopping them. Jealous obsession is a perpetual-motion machine; it will quit its savage taunting only when love is smashed to pieces, and maybe not even then.

As it happens—as it always happens in Proust—Marcel’s worst imaginings turn out to be true: tireless researches and numberless rounds of cat and mouse confirm that Albertine is a lesbian. When she leaves him and is killed in a riding accident, Marcel is grief-stricken; but in due course his tender memories give way to renewed jealousy, a jealousy “stamped with the character, at once tormenting and solemn, of puzzles left forever insoluble by the death of the one person who could have explained them.”

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Then there is the case of the Baron de Charlus, who chats with the young man at a party and invites him up to his place afterward. This nobleman, whom Marcel has heard spoken of as the lover of Mme. Swann, is a caricature of virility, swaggering like a preening cock and proclaiming his disgust with the effeminacy of modern youth. He intimates to Marcel that he might be interested in taking him under his protection and bestowing upon him the untold benefits of his exalted position, his peerless taste, his unrivaled knowledge of the world. But when they next meet, Charlus is outraged at the young man’s ignorance, presumption, and cloddishness. Their friendship is finished before it ever really gets started.

The next sighting clarifies matters: Marcel spies Charlus in the courtyard of the Guermantes mansion—Charlus belongs to that venerable family—evidently bemused by the look of a tailor named Jupien who has a shop there. After a wordless mating dance, the two men withdraw to Jupien’s shop, where they have at it with vociferous gusto. The noise they make—Marcel can hear but cannot see them—sounds as though one might be slitting the other’s throat, so close are the groans of pleasure to those of pain. Once the indispensable facts are known, everything else falls into place. Charlus is in love with an ideal manliness because he is, in the crucial respect, a woman.

The long meditation on homosexuality that follows this episode is often taken to be Proust’s definitive word on the subject. Some passages are certainly heartfelt and magniloquent: “a race upon which a curse is laid and which must live in falsehood and perjury because it knows that its desire, that which constitutes life’s dearest pleasure, is held to be punishable, shameful, an inadmissible thing.” Marcel is even capable of attributing to sexual collisions like Charlus’s and Jupien’s a kind of sublime necessity:

[T]his Romeo and this Juliet may believe with good reason that their love is not a momentary whim but a true predestination, determined by the harmonies of their temperaments, and not only by their own personal temperaments but by those of their ancestors, by their most distant strains of heredity, so much so that the fellow creature who is conjoined with them has belonged to them from before their birth, has attracted them by a force comparable to that which governs the worlds on which we spent our former lives.

But as Marcel comes to know more and more about Charlus, his frothy enthusiasm turns to disgust and horror. At the funeral of Charlus’s wife, whom Charlus has spoken of as the most noble and beautiful person he had ever known, the Baron tries to pick up an altar boy. When World War I depletes the supply of eligible men, he takes to molesting children. He bankrolls a male brothel, of which Jupien becomes the innkeeper. There Marcel, who has wandered in innocently one night, sees Charlus chained to a bed and beaten with a whip studded with nails, afterward protesting to Jupien that his torturer was not “sufficiently brutal.” When Charlus leaves, Jupien boasts to Marcel that his establishment has the toniest, most cultivated clientele. Marcel replies that it is “worse than a madhouse, since the mad fancies of the lunatics who inhabit it are played out as actual, visible drama—it is a veritable pandemonium.”

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Normality, decency, goodness are, in short, the rarest of commodities in Proust’s world. Nor does their scarcity make them prized, except in the eyes of Marcel and a few other uncharacteristic souls. Instead, decency is seen by most as a social handicap; the Verdurins’ circle of bourgeois snobs, for example, barely tolerates a stammering, clumsy paleographer named Saniette. Monsieur Verdurin’s mockery of Saniette’s speech impediment makes “the faithful burst out laughing, looking like a group of cannibals in whom the sight of a wounded white man has aroused the thirst for blood.” And nowhere is this savage tribalism more marked than in the antipathy that those who consider themselves true Frenchmen feel for Jews.

Anti-Semitism is everywhere in Proust’s novel. Perhaps the most repellent instance occurs when the madam of a cheap brothel Marcel is visiting touts the exotic richness of the prostitute Rachel’s flesh: “And with an inane affectation of excitement which she hoped would prove contagious, and which ended in a hoarse gurgle, almost of sensual satisfaction: ‘Think of that, my boy, a Jewess! Wouldn’t that be thrilling? Rrrr!’ ”

Those in the highest reaches of society share the sentiments of the lowest. Thus, Charlus is given to maniacal explosions of loathing for Jews, while the Prince de Guermantes, Swann tells Marcel, hates Jews so much that, when a wing of his castle caught fire, he let it burn to the ground rather than send for fire extinguishers to the house next door, which happened to be the Rothschilds’. Swann is himself one of the rare Jews allowed entrance to the highest society, which leads to the outrage of the Duc de Guermantes when Swann, who had always impressed him as a Jew of the right sort, “an honorable Jew,” turns out to be an outspoken Dreyfusard.

As in its sentiments toward Jews, so in every other way, the social world in Proust is revealed as a “realm of nullity.” Any glimmer of moral discrimination, let alone of true understanding, shines like a beacon; for the most part, darkness prevails. In the famous closing scene of The Guermantes Way, the duke and duchess, on their way to a dinner party, are bidding good evening to Swann and Marcel. The duchess inquires whether Swann will join them on a trip to Italy ten months hence; Swann replies that he is mortally ill and will be dead by then. The duchess does not know how to respond: “placed for the first time in her life between two duties as incompatible as getting into her carriage to go out to dinner and showing compassion for a man who was about to die, she could find nothing in the code of conventions that indicated the right line to follow.”

With his “instinctive politeness,” Swann senses the duchess’s discomfort and says he must not detain them: “he knew that for other people their own social obligations took precedence over the death of a friend.” And yet, although the duke and duchess do not have a moment to spare to comfort their dying friend, they nevertheless do delay their departure while the duchess, who is wearing black shoes with her red dress, changes at her husband’s insistence into a more suitable pair of red shoes.

This portrait of gross moral insensibility in the face of death is comedy of manners at its most scathing, perhaps even overdone: the duke complains that his wife is dead-tired, and that he is dying of hunger. The indignant Marcel rewards the stupidity of these preposterous creatures with unforgettable strokes of cold fury. On another distressing occasion, a doctor preoccupied with his social calendar pronounces casually that Marcel’s grandmother is dying, and Marcel observes, “Each of us is indeed alone.” One has friends and lovers and family, one mixes in the best society, but finally one has no intimates. Death comes for us strictly one by one—a thought hardly to be borne.

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Marcel’s triumph is that he does find a way to bear it, indeed to overcome it. In Time Regained, after spending years in a sanatorium, he is on his way to a party hosted by the Duchesse de Guermantes. The previous day he had experienced what he thought was his final disillusionment with the life of literature, but as he enters the courtyard of the Guermantes mansion a revelatory sensation changes his life. A car nearly hits him, and when he steps back out of its way he places his foot on a paving stone that is slightly lower than the one next to it; this unevenness underfoot fills him with an inexplicable and extraordinary joy.

Rocking back and forth on the irregular pavement, Marcel remembers standing on two uneven stones in the baptistery of St. Mark’s in Venice, and all the various sensations associated with that particular moment come flooding back. Similar marvels await him when he enters the Guermantes house and, twice more, involuntary memories overwhelm him in their glory. He is supremely happy, but cannot at first explain it. Why should this sudden efflorescence of memory have “given me a joy which . . . sufficed, without any other proof, to make death a matter of indifference”? He concludes that such episodes of transfiguring lucidity, for as long as they last, annihilate time, and are the most that a living man will know of eternity.

But just when he believes himself certain of the ultimate reality of timelessness, he is reminded sharply that time, too, is undeniably real. The party to which he is presently admitted strikes him, at first, as a masquerade, where everyone has been made up to look old. But the truth is that everyone looks old because everyone is old. Marcel has been away a long time, and time has done its work. Withered, sagging, shuffling, sputtering, wheezing, this assemblage of geezers and crones is the sad remnant of a company once distinguished for its beauty and vigor.

At last Marcel has penetrated the real world, and sees what he is supposed to do with his new knowledge: to write the book that one is reading. The awareness of time’s passing spurs him to get down to the serious work that will offer him life’s supreme pleasure: illuminating the nature of timelessness. “How happy would he be, I thought, the man who had the power to write such a book! What a task awaited him!”

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Love, death, society, art: Proust takes on the great themes. Does he do them justice?

Love as Proust writes about it is love as he experienced it: a neediness so desperate no possible response can satisfy it, a relentless harrying demand for complete possession, intensified by the perversity or promiscuity or unavailability of the beloved. What Proust knows of love he knows as almost no one else does. On jealousy—and the hatred and self-hatred it causes—he is an indisputable authority, who has perhaps only Shakespeare for a rival. But about love itself, Shakespeare knows a great deal else, while Proust has the specialist’s habit of going on about his subject as though it were the only thing deserving attention. The effect is of moral lopsidedness and incompletion, as though Tolstoy had devoted the whole of Anna Karenina to Anna and Vronsky’s wretched adultery without the counterweight of Levin and Kitty’s triumphant love; such a novel could still be a great one, but something vital would be missing.

Complicating this picture of Proustian love is Marcel’s attitude toward homosexuality. Although Proust enjoys cult status among homosexuals, the treatment of homosexuality in his great novel is, as we have seen, anything but purely admiring. André Gide, outspoken champion of homosexual freedom, chastised Proust, though only in private, for the disservice he did the cause: by taking an “impartial point of view,” Gide said, Proust had “branded this subject with a red-hot iron that serves conventional morality far more effectively than the most emphatic moral treatises.” (And Gide was commenting only on Sodom and Gomorrah; he had yet to read the brothel scene, which takes place in Time Regained.)

Gide later relented of his severity, after a conversation with Proust left him with the realization “that what we find ignoble, derisive, or disgusting [in his book] does not seem to him so repulsive.” But can it really be that Proust intended the reader to see Marcel’s revulsion at the scene in the male brothel as wrong, or as some sort of moral defect? Admittedly, there are passages (like the one quoted earlier) in which Marcel rises to an overt defense of homosexuality; and a rhetorical ploy he favors is to compare the plight of homosexuals to that of the Jews. Yet although Marcel may claim that the two conditions are morally comparable, he shows otherwise. If there is an unsavory Jew or two in the novel—the social-climbing writer Bloch, for instance—their peccadilloes do not approach the patent monstrosities of Charlus.

While Proust spends countless pages of fevered analysis on love, death gets only a few brief passages—but they are extraordinary. Marcel’s most exacting criticism of society is that its forms do not accommodate the fact of mortality: the overriding concern with propriety turns the heart to stone, and the death of a friend or relative only gets in the way of those who go on living. His vision of human solitude in the face of death reminds one of Edvard Munch’s great and dreadful painting Grief, in which a roomful of people are arrayed around the bed of a dead woman: no one touches or even looks at anyone else; each is locked in his own impenetrable sorrow, mourning by himself and, one suspects, for himself.

But unlike Munch, Proust does admit the possibility of consolation, even of redemption. The writer Bergotte dies while sitting in a museum and looking at a patch of yellow wall in a painting by his beloved Vermeer. This devotional attitude moves Marcel to think of “a different world, a world based on kindness, scrupulousness, self-sacrifice, a world entirely different from this one and which we leave in order to be born on this earth, before perhaps returning there. . . . So that the idea that Bergotte was not permanently dead is by no means improbable.” It is this spiritual capaciousness that Saul Bellow’s Mr. Sammler has in mind when he speaks of In Search of Lost Time as “a high-ceilinged masterpiece.”

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In the end, of course, there is only one sort of life that Proust believes to be worth living: the life of the artist. Neither bourgeois respectability nor aristocratic gaiety possesses any lasting hold on Marcel; both represent the unreal world he finds his way out of, and are of interest only insofar as they give him something to write about. But more towering artists than Proust have rendered ordinary lives with an imaginative sympathy that makes such lives extraordinary. Indeed, this imaginative sympathy, this sense that life holds out the possibility of fulfillment and happiness even for people who do not happen to be artists, is what makes both Goethe and Tolstoy greater writers than Proust.

As for those masters—Flaubert, Joyce, Wallace Stevens—who claim that art is the best thing life has to offer, none of them delivers so grandly as Proust. But here another irony needs to be registered. For what lives most memorably in his novel is not the “real” world of Marcel’s highest aspirations but the “unreal” world, the world of thumbscrew love and puddinghead society; the timeless reality Marcel evokes seems dim indeed beside Charlus’s bed of pain or the duchess’s red shoes. A lifetime of hard suffering went into this masterpiece, and, for better and for worse, it is humanity in its heartache and failure that enjoys pride of place.

Whether Proust found the joy in the writing of his novel that Marcel professes to know is a question. The writing certainly took everything he had. His devoted housekeeper Céleste Albaret recalled that one night in the spring of 1922 Proust summoned her and declared, “I have important news. Tonight, I wrote the word ‘end.’ Now I can die.” He did everything that he had it in him to do. That is a claim few can make.

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1 Yale University Press, 960 pp., $35.00.

2 Translated by Evan Cameron. Viking, 934 pp., $45.00.

3 The first English translation of the novel (1922-1931), by C.K. Scott-Moncrieff, is justly renowned; F. Scott Fitzgerald called it “a masterpiece in itself.” Revised by Terence Kilmartin (1982), it is still available under the title Remembrance of Things Past, and this is the translation I will be referring to (Vintage paperback). D.J. Enright’s further revision of this version bears the more accurate title In Search of Lost Time (Modern Library). Penguin Books promises yet another translation due out next year.


Société: Vous avez dit flocons de neige ? (Guess who created Generation Snowflake ?)

18 janvier, 2018

‘Generation Snowflake’ is a fragile, thin-skinned younger generation that can’t cope with conflicting views
« Avec l’affaire Weinstein et « balance ton porc », on a un renversement de perspective : le problème n’est plus la culture de l’agresseur, c’est sa nature même de mâle, d’animal, de cochon. La nature a remplacé la culture comme origine de la violence. »Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Le mouvement #Metoo est une bonne chose mais (…) ne transformons pas les femmes en flocons de neige. N’infantilisons pas les femmes. Condoleeza Rice
Depuis cet automne et le début de la campagne #MeToo, on pouvait en effet avoir l’impression de vivre dans un monde caractérisé par l’exploitation sexuelle, l’avilissement et la haine des femmes ou les violences qui leur sont faites. Sauf que non, le mouvement #MeToo ne se préoccupait pas des régions du monde où tout cela est vrai. Il n’était pas question de ces pays où les femmes sont la propriété d’hommes, qui peuvent faire ce qu’ils veulent d’elles – les lapider ou les asperger d’acide. Il ne s’agissait pas de celles qui ont urgemment besoin d’aide. On parlait ici des femmes occidentales. C’est à Hollywood, berceau de grandes épopées sur la liberté, l’amour et l’aventure, qu’a commencé le mouvement. Le producteur Harvey Weinstein avait fait une offre implicite à l’actrice Ashley Judd : coucher pour décrocher un rôle. Elle n’était pas la seule. Elles étaient nombreuses dans le même cas, peut-être toutes [à Hollywood]. Mais personne n’avait rien dit. C’est alors que la folie a commencé : des millions de femmes, vivant dans les pays les plus libéraux, les plus éclairés et les plus prospères de la planète, se sont mises à écrire sur Twitter de quels abus elles avaient été victimes. De l’acte le plus grave au plus anodin, tout a été mis sur le même plan. C’était comme si plus aucune femme en Occident ne pouvait prendre l’ascenseur ou entrer dans une salle de réunion sans se retrouver humiliée. Die Welt
There is a bit of a witch hunt happening too. (…) There is a movement happening and it’s healthy and it’s across every industry. The focus seems to be on Hollywood but it’s across every industry. Liam Neeson
Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste. A la suite de l’affaire Weinstein a eu lieu une légitime prise de conscience des violences sexuelles exercées sur les femmes, notamment dans le cadre professionnel, où certains hommes abusent de leur pouvoir. Elle était nécessaire. Mais cette libération de la parole se retourne aujourd’hui en son contraire : on nous intime de parler comme il faut, de taire ce qui fâche, et celles qui refusent de se plier à de telles injonctions sont regardées comme des traîtresses, des complices ! Or c’est là le propre du puritanisme que d’emprunter, au nom d’un prétendu bien général, les arguments de la protection des femmes et de leur émancipation pour mieux les enchaîner à un statut d’éternelles victimes, de pauvres petites choses sous l’emprise de phallocrates démons, comme au bon vieux temps de la sorcellerie. De fait, #metoo a entraîné dans la presse et sur les réseaux sociaux une campagne de délations et de mises en accusation publiques d’individus qui, sans qu’on leur laisse la possibilité ni de répondre ni de se défendre, ont été mis exactement sur le même plan que des agresseurs sexuels. Cette justice expéditive a déjà ses victimes, des hommes sanctionnés dans l’exercice de leur métier, contraints à la démission, etc., alors qu’ils n’ont eu pour seul tort que d’avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses « intimes » lors d’un dîner professionnel ou d’avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l’attirance n’était pas réciproque. Cette fièvre à envoyer les « porcs » à l’abattoir, loin d’aider les femmes à s’autonomiser, sert en réalité les intérêts des ennemis de la liberté sexuelle, des extrémistes religieux, des pires réactionnaires et de ceux qui estiment, au nom d’une conception substantielle du bien et de la morale victorienne qui va avec, que les femmes sont des êtres « à part », des enfants à visage d’adulte, réclamant d’être protégées. En face, les hommes sont sommés de battre leur coulpe et de dénicher, au fin fond de leur conscience rétrospective, un « comportement déplacé » qu’ils auraient pu avoir voici dix, vingt ou trente ans, et dont ils devraient se repentir. La confession publique, l’incursion de procureurs autoproclamés dans la sphère privée, voilà qui installe comme un climat de société totalitaire. La vague purificatoire ne semble connaître aucune limite. Là, on censure un nu d’Egon Schiele sur une affiche ; ici, on appelle au retrait d’un tableau de Balthus d’un musée au motif qu’il serait une apologie de la pédophilie ; dans la confusion de l’homme et de l’œuvre, on demande l’interdiction de la rétrospective Roman Polanski à la Cinémathèque et on obtient le report de celle consacrée à Jean-Claude Brisseau. Une universitaire juge le film Blow-Up, de Michelangelo Antonioni, « misogyne » et « inacceptable ». A la lumière de ce révisionnisme, John Ford (La Prisonnière du désert) et même Nicolas Poussin (L’Enlèvement des Sabines) n’en mènent pas large. Déjà, des éditeurs ­demandent à certaines d’entre nous de rendre nos personnages masculins moins « sexistes », de parler de sexualité et d’amour avec moins de démesure ou encore de faire en sorte que les « traumatismes subis par les personnages féminins » soient rendus plus évidents ! (…) Le philosophe Ruwen Ogien défendait une liberté d’offenser indispensable à la création artistique. De même, nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle. Nous sommes aujourd’hui suffisamment averties pour admettre que la pulsion sexuelle est par nature offensive et sauvage, mais nous sommes aussi suffisamment clairvoyantes pour ne pas confondre drague maladroite et agression sexuelle. Surtout, nous sommes conscientes que la personne humaine n’est pas monolithe : une femme peut, dans la même journée, diriger une équipe professionnelle et jouir d’être l’objet sexuel d’un homme, sans être une « salope » ni une vile complice du patriarcat. Elle peut veiller à ce que son salaire soit égal à celui d’un homme, mais ne pas se sentir traumatisée à jamais par un frotteur dans le métro, même si cela est considéré comme un délit. Elle peut même l’envisager comme l’expression d’une grande misère sexuelle, voire comme un non-événement. En tant que femmes, nous ne nous reconnaissons pas dans ce féminisme qui, au-delà de la dénonciation des abus de pouvoir, prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité. Nous pensons que la liberté de dire non à une proposition sexuelle ne va pas sans la liberté d’importuner. Et nous considérons qu’il faut savoir répondre à cette liberté d’importuner autrement qu’en s’enfermant dans le rôle de la proie. Pour celles d’entre nous qui ont choisi d’avoir des enfants, nous estimons qu’il est plus judicieux d’élever nos filles de sorte qu’elles soient suffisamment informées et conscientes pour pouvoir vivre pleinement leur vie sans se laisser intimider ni culpabiliser. Les accidents qui peuvent toucher le corps d’une femme n’atteignent pas nécessairement sa dignité et ne doivent pas, si durs soient-ils parfois, nécessairement faire d’elle une victime perpétuelle. Car nous ne sommes pas réductibles à notre corps. Notre liberté intérieure est inviolable. Et cette liberté que nous chérissons ne va pas sans risques ni sans responsabilités. Collectif
Oui, j’ai signé cette pétition, et cependant, il me paraît absolument nécessaire aujourd’hui de souligner mon désaccord avec la manière dont certaines pétitionnaires s’octroient individuellement le droit de se répandre dans les médias, dénaturant l’esprit même de ce texte. Dire sur une chaîne de télé qu’on peut jouir lors d’un viol est pire qu’un crachat au visage de toutes celles qui ont subi ce crime. Non seulement ces paroles laissent entendre à ceux qui ont l’habitude d’user de la force ou de se servir de la sexualité pour détruire que ce n’est pas si grave, puisque finalement il arrive que la victime jouisse. Mais quand on paraphe un manifeste qui engage d’autres personnes, on se tient, on évite de les embarquer dans sa propre incontinence verbale. C’est indigne. Et évidemment rien dans le texte ne prétend que le harcèlement a du bon, sans quoi je ne l’aurais pas signé. (…) «J’ai enfin signé ce texte pour une raison qui, à mes yeux, est essentielle : le danger des nettoyages dans les arts. Va-t-on brûler Sade en Pléiade ? Désigner Léonard de Vinci comme un artiste pédophile et effacer ses toiles ? Décrocher les Gauguin des musées ? Détruire les dessins d’Egon Schiele ? Interdire les disques de Phil Spector ? Ce climat de censure me laisse sans voix et inquiète pour l’avenir de nos sociétés. «On m’a parfois reproché de ne pas être féministe. Dois-je rappeler que j’étais une des 343 salopes avec Marguerite Duras et Françoise Sagan qui a signé le manifeste « Je me suis fait avorter » écrit par Simone de Beauvoir ? L’avortement était passible de poursuite pénale et emprisonnement à l’époque. C’est pourquoi je voudrais dire aux conservateurs, racistes et traditionalistes de tout poil qui ont trouvé stratégique de m’apporter leur soutien que je ne suis pas dupe. Ils n’auront ni ma gratitude ni mon amitié, bien au contraire. Je suis une femme libre et je le demeurerai. Je salue fraternellement toutes les victimes d’actes odieux qui ont pu se sentir agressées par cette tribune parue dans le Monde, c’est à elles et à elles seules que je présente mes excuses. Catherine Deneuve
Quelque chose vient de changer dans la dénonciation des agressions sexuelles. Qu’on se rappelle celles de Cologne lors du Nouvel An 2016, ou bien le débat sur la circulation des femmes dans les « quartiers » : la faute était attribuée alors à la culture des agresseurs (en l’occurrence, bien sûr, l’islam). Les agressions commises par des hommes occidentaux bien sous tous les rapports étaient soit minimisées, soit présentées comme relevant d’une pathologie individuelle. Et la solution était de promouvoir les « valeurs occidentales » de respect de la femme. Or avec l’affaire Weinstein et « balance ton porc », on a un renversement de perspective : le problème n’est plus la culture de l’agresseur (de toutes races et de toutes religions, éduqué, cultivé voire même, en public, grand défenseur des « valeurs occidentales »), c’est sa nature même de mâle, d’animal, de cochon. La nature a remplacé la culture comme origine de la violence. Mais on ne soigne pas le mal du mâle de la même manière quand il s’agit d’un retour d’animalité ou d’un conditionnement culturel. Ce changement de perspective (qu’il soit ou non pertinent, qu’il soit une vraie révolution ou bien un coup de mode) a de profondes conséquences anthropologiques. En effet, jusqu’ici, comme l’ont noté depuis longtemps les auteures féministes, toutes les grandes constructions idéologiques expliquant l’origine de la société s’entendaient pour faire de l’homme l’acteur du passage à la culture, et pour voir en la femme celle qui garde un pied (voire plus) dans la nature. Et pas la peine de revenir aux pères de l’Eglise. La philosophie des Lumières, qu’on crédite de nos « valeurs » séculières modernes, faisait de l’homme l’acteur du contrat social, qui arrachait l’humanité à un état de nature dans lequel restait largement immergée la femme, logiquement dépourvue de droits civiques jusqu’à récemment ; cette dernière mettait au monde l’être humain, l’homme en faisait un citoyen. L’anthropologie a longtemps fait de l’échange des femmes la condition (ou le signe) du passage à la société, et donc du passage à la culture (on ne parle jamais d’échange des hommes, et les rares sociétés matriarcales ne remettent pas en cause la domination politique de l’homme). La psychanalyse, dans son versant mythologique (Totem et Tabou), pulsionnel (les aventures du pénis) ou symbolique (que le père soit la métaphore de la loi ou la loi la métaphore du père), a gardé l’homme au centre de la sublimation culturelle. Le seul progrès, c’est que le masculin n’est plus nécessairement un homme biologique mais un principe : les femmes peuvent enfin porter la culotte (même si le salaire ne suit pas). Mais elles ne se transforment pas pour autant en prédatrices sexuelles : cela reste l’apanage du mâle. Evidemment, la violence masculine n’a jamais été ignorée par les cultures. Toutes ont développé des stratégies pour à la fois la canaliser et la légitimer (une fois canalisée) : de l’honneur à la séduction, nos sociétés occidentales ont su socialiser, voire esthétiser, la virilité (juste pour mémoire, ce qu’on appelle aujourd’hui « crime d’honneur » dans les autres sociétés s’appelait chez nous « crime passionnel » et valait circonstances atténuantes ; le meurtre d’une épouse n’a longtemps été, pour les journaux, qu’un « drame familial », comme si, par définition, la société n’était pas concernée). Il suffit de voir la nostalgie des sites conservateurs français où on se gausse discrètement de l’hystérie (si ! si !) des campagnes contre le harcèlement, qui noieraient la « séduction à la française », chère à nos films en noir et blanc, sous la tyrannie du puritanisme américain d’Hollywood. Question d’« atmosphère », comme dirait Arletty. Cette domestication/valorisation de la violence masculine a donc toujours été transmutée en culture, voire en haute culture. Et la définition même de la culture, c’est de mettre en ordre la nature, de l’inscrire dans un système partagé de sens, de symboles, de langage, devenu implicite au point de passer pour une seconde nature. C’est ce que Bourdieu analyse (entérine, pour des auteurs féministes) sous le nom d’habitus, un comportement collectif normé, acquis et inconscient. La transgression et la faute ne font sens qu’à partir de ce système. (…) Mais alors, pourquoi la révolte est-elle possible aujourd’hui, alors qu’elle n’est appuyée par aucune violence, aucune prise de pouvoir, aucune nouvelle gouvernance (au contraire, les cibles se trouvent avant tout dans l’establishment, lequel n’est pas menacé en tant que tel) ? On ne peut même pas parler de mobilisation populaire, encore moins de révolte politique. Comment penser cette vague de fond ? Qu’est-ce qui a changé ? Il faut, bien sûr, revenir aux origines récentes du féminisme comme mouvement social, c’est-à-dire à la grande vague des années 1960 dénonçant l’ordre établi et le patriarcalisme, prônant l’utopie et la libération sexuelle, et faisant de la sexualité une question politique (ce qu’elle est restée). Mai 68 est bien une révolution des mœurs. Mais il y a ici un paradoxe : comment expliquer qu’un mouvement qui s’est défini par la libération sexuelle se traduise in fine par une entreprise systématique de codification normative des comportements sexuels ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit : on ne demande pas au « porc » de se cultiver (il s’agit souvent de gens très cultivés justement, et contraints à la contrition ou à l’exil par l’acharnement judiciaire ou la vox populi : ils ont plus à voir avec l’émigré de Coblence qu’avec l’immigré de Cologne, car comme le premier, ils n’ont souvent rien appris ni rien oublié). Il doit se repentir et apprendre un nouveau code de comportement qui, pour lui, relève d’une langue étrangère. On remarquera par exemple que les artistes, acteurs et auteurs accusés d’agressions sexuelles voient leurs œuvres être soudainement « néantisées », voire, pour des acteurs, leur présence physique effacée des films. Il n’y a plus d’argument culturel pour l’excuser ou pour le sauver, mais une tabula rasa, sur laquelle on pose l’animalité brute. Et le problème surgit alors : comment socialiser cette animalité, comment humaniser le cochon ? On touche ici peut-être le nœud de la question, qui est toujours le lien entre culture et nature. L’apologie philosophique, voire idéologique, de la nature comme désir, c’est-à-dire en fait comme liberté de la pulsion débarrassée du poids de la culture, produit aujourd’hui son contraire : le triomphe de la normativité. Mais d’une normativité débarrassée aussi du poids de la culture. Car il ne s’agit en rien d’un retour à l’ordre moral de l’ancien temps. On a d’ailleurs un intéressant paradoxe : les plus réticents devant cette nouvelle police du corps sont justement les conservateurs traditionnels, chrétiens en particulier. (…) Il y a bien un mouvement de fond car, déjà avant l’affaire Weinstein, les campus américains s’étaient lancés dans la prévention du harcèlement sexuel. Or ces campagnes ont une caractéristique intéressante : elles ne sont pas fondées sur une approche éthique, mais sur une pédagogie autoritaire, où l’on doit mémoriser un nouveau code de gestuelle et d’énoncés, comme si la mise en œuvre des nouvelles normes supposait que les hommes soient incapables de comprendre d’eux-mêmes quel est le problème. Si nous revenons à la comparaison avec Cologne, dans les deux cas, l’étudiant blanc du campus et l’immigré basané sont traités de la même manière par une pédagogie directive et condescendante : en Allemagne, on distribue des affichettes comminatoires (une main aux fesses barré d’un NEIN en noir et d’une croix en rouge, comme un panneau de code de la route) ; dans les campus américains (où l’on peut aussi trouver ce type d’affichettes), on instaure des cours obligatoires avec exercices pratiques où John, immobile (et debout) doit demander à Sarah : « Puis-je poser ma main sur ton épaule ? », attendre un oui clair et explicite puis, de nouveau, : « Sarah, puis-je poser ma deuxième main sur ton autre épaule ? », attendre un oui et ainsi de suite au fil des jours, jusqu’à ce qu’ils se marient et fassent beaucoup d’enfants (on peut toujours rêver). On leur apprend non seulement ce qu’il ne faut pas faire (ce qui est légitime), mais surtout ce qu’il faut faire, comme si, d’un seul coup, l’instinct avait disparu, ou plutôt comme si, entre deux êtres, il n’y avait plus de culture partagée, c’est-à-dire d’implicite et de non-dit. Tout doit être dit, la vie est un contrat à renouveler à chaque instant : c’est la sexualité en CDD (d’ailleurs institutionnalisée de manière plus ludique, et peut-être jouissive, par les sites de rencontres). (…) Surtout, ce glissement de la culture au code n’est pas confiné à la question sexuelle. C’est une caractéristique profonde de la mondialisation, qui entraîne une crise des cultures. (…) Il y a par ailleurs un rapport étroit entre le fondamentalisme religieux et la normativité issue de la culture hippie : pour ceux que cela surprend, l’évangélisme contemporain et le mouvement hippie ont le même lieu et la même date de naissance (et beaucoup sont passés du second au premier) : la Californie des années 1960, qui est devenue aujourd’hui un des lieux où la vie quotidienne est la plus normée de tout le monde occidental, tout en se réclamant d’une utopie libertaire. L’on retrouve dans les fondamentalismes religieux contemporains cette obsession de la normativité des gestes de la vie quotidienne, cette difficulté à gérer le cochon qui sommeille, même si on le baptise du nom de péché originel, cette volonté de contrôler le corps et le sexe. Dans le fond, le hippie et le salafi sont des cousins qui s’ignorent. Olivier Roy
Vous n’êtes pas exceptionnels. Vous n’êtes pas un flocon de neige merveilleux et unique. Vous êtes faits de la même substance organique pourrissante que tout le reste. Nous sommes la merde de ce monde, prête à servir à tout. Tyler Durden (Fight club)

Comment « flocon de neige » est devenu une insulte pour toute une génération

Ne pas accepter le Brexit, manifester contre Donald Trump ou être jeune, tout simplement : il n’en faut pas plus pour se faire traiter de « flocon de neige » au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Un flocon de neige, c’est délicat, gracieux, féérique. Ça fait penser à la magie de Noël, au vin chaud dégusté au pied des pistes et à La Reine des Neiges. C’est un terme aux sonorités douces qui renvoie à des images positives, réconfortantes. Mais au Royaume-Uni et aux États-Unis, « flocon de neige » (« snowflake » en VO) est devenu une étiquette péjorative, voire une insulte, qui s’est largement répandue en 2016.

Le mois dernier, Chuck Palahniuk, l’auteur du best-seller Fight Club (1996), s’en octroyait la paternité. Interrogé par l’Evening Standard, il rappelait que son anti-héros Tyler Durden, un anticonformiste qui encourage des hommes à retrouver leur virilité en se battant, dit à ses disciples : « Vous n’êtes pas spécial. Vous n’êtes pas un flocon de neige, beau et unique. » Une réplique reprise nonchalamment par Brad Pitt dans le film de David Fincher (1999) :

Après la victoire du Brexit le 23 juin 2016 et celle de Donald Trump le 8 novembre dernier, le « flocon de neige » s’est répandu telle une trainée de poudre. Dans le discours politique, dans les médias, sur les réseaux sociaux, les grands gagnants utilisent ce mot innocent pour se moquer des pro-européens et des anti-Trump qui n’acceptent pas le nouveau paysage politique. Pour clouer le bec aux manifestants, aux journalistes (comme le site phare de l’alt-right américaine Breitbart), à ceux qui ne pensent pas comme eux… ou tout simplement à ceux qui ne comprennent pas leur humour. Le mois dernier, Michael Gove, l’une des grandes figures de la campagne pro-Brexit, s’en servait pour défendre Boris Johnson, critiqué pour avoir comparé François Hollande à un bourreau de la Seconde Guerre mondiale.

« Les personnes ‘offensées’ par les commentaires du ministre des Affaire étrangères sont des flocons de neige qui manquent d’humour et délibérément obtus. C’est une métaphore pleine d’esprit. »

Le jeune, ce punching ball

Offenser. Ce mot rime désormais avec flocon de neige. Pour les amateurs de cette insulte, les manifestants pro-européens et anti-Trump pleurent, geignent et sont colériques comme des enfants pourris gâtés. D’ailleurs, ce sont souvent les jeunes adultes qui sont visés. Pas étonnant vu que 75 % des 18-24 ans britanniques ont voté pour rester dans l’UE et que 55 % des 18-29 ans américains ont donné leur voix à Hillary Clinton (37 % ont soutenu Donald Trump).

Un mois après le référendum du Brexit, dans une tribune publiée sur le Huffington Post, Janice Atkinson – une députée européenne indépendante (virée du UKIP pour des soupçons de fraude) et membre du groupe coprésidé par Marine Le Pen L’Europe des nations et des libertés – tournait en dérision cette génération « dont les études médiatiques, de cinéma, de chant et de danse sont des pertes de temps » qui « coûtent de l’argent aux contribuables ». Outre-Atlantique, Kellyanne Conway, conseillère du nouveau président américain, se désolait sur Fox News : « Nous traitons les adolescents et les millennials comme des précieux flocons de neige. » Ah, le fameux mythe d’une génération à prendre avec des pincettes !

« Moins résilients, plus susceptibles »

Tous les ans, le Collins English Dictionary dresse la liste des 10 mots ou expressions qui ont marqué l’année. Entre le « Brexit », qui est sans surprise le grand gagnant de 2016, et le « hygge », la recette danoise du bonheur, l’expression « generation snowflake » s’est glissée dans ce top 10. Selon le prestigieux dico britannique, elle désigne « les jeunes adultes des années 2010, qui sont perçus comme moins résilients et plus susceptibles que les générations précédentes ».

En un mot, c’est une énième expression pour qualifier les millennials, les personnes nées dans les années 1980-1990, que les médias anglophones adorent opposer à leurs parents, les baby boomers. Mais si le terme « millennial » est parfois utilisé pour simplement souligner les spécificités du mode de vie des jeunes adultes (par exemple, ils investissent moins dans l’immobilier que leurs parents), l’expression « generation snowflake » ne leur laisse aucune chance. Éditorialistes et écrivains ont trouvé une nouvelle variante lexicale pour leur taper dessus.

Panique sur les campus

De la version britannique de GQ au conservateur The Spectator, en passant par le tabloid très à droite (et très limite) The Daily Mail, un profil se dessine : le millennial de base se plaint et aime se plaindre, ne supporte pas les critiques et est facilement outragé. La Britannique Claire Fox a probablement contribué à sa généralisation au Royaume-Uni en publiant en mai 2016 l’ouvrage (de 200 pages tout de même) I Find That Offensive qui définit, en quelque sorte, la generation snowflake. En prenant un ton volontairement provocateur, et un poil moralisateur, la directrice du think tank Institute of Ideas déplore pêle-mêle que :

  • Dans des universités américaines, « des étudiants demandent des ‘trigger warnings’ [le fait de prévenir qu’un contenu peut s’avérer choquant, ndlr] pour des textes classiques divers comme Mrs Dalloway de Virginia Woolf, en raison de ses ‘tendances suicidaires’, ou Les Métamorphoses d’Ovide, en raison de ses ‘agressions sexuelles’. » ;
  • « les safe spaces [espaces mis en place sur des campus réservés à des groupes spécifiques (femmes, LGBT…), pour que ses membres puissent discuter sans être confrontés à des discours de haine, ndlr] sont devenus une indéniable menace à la liberté d’expression » ;
  • « les étudiants souffrent réellement d’anxiété à cause de désagréments mineurs et d’une pression académique tout à fait normale« .

Les concepts de « trigger warning », « safe space » ou encore de « no-platforming » – le fait d’empêcher une personnalité controversée de participer à un débat public – sont intrinsèquement liés à la generation snowflake. Ils englobent des initiatives qui se sont multipliées sur les campus américains puis britanniques ces dernières années. Au point que certains universitaires et intellectuels, outre-Manche et outre-Atlantique, craignent qu’elles portent atteinte à la liberté d’expression. Il faut reconnaître que certains exemples extrêmes desservent ces concepts facilement tournés en dérision, comme dans cet épisode de South Park.

Frankenstein des temps modernes

« Nous avons, en résumé, créé notre propre monstre de Frankenstein [sic] extrêmement anxieux mais arrogant, facilement offensé mais qui s’en réserve le droit, et très susceptible », conclut Claire Fox, qui insiste sur la responsabilité des baby boomers et leur mode d’éducation trop protecteur. « Il y a eu un changement culturel à la fin du XXe siècle. La société est devenue plus individualiste, les parents plus préoccupés par leurs enfants, ce qui a certainement eu un impact sur leur manière de se sociabiliser », reconnaît Jennie Bristow, professeure de sociologie à l’université de Canterbury.

Pour autant, et c’est toujours le problème avec ce genre d’expression généraliste, la generation snowflake est un gros fourre-tout qui n’est certainement pas représentatif de toute une classe d’âge. Et même s’il y a un fond de vérité, on ne peut pas dire que les millennials, les anti-Brexit et les anti-Trump ont le monopole de la susceptibilité. Après tout, c’est le Donald qui geint sur Twitter quand Alec Baldwin l’imite sur le plateau du Saturday Night Live. C’est qui le flocon de neige maintenant ?

Voir aussi:

« Flocon de neige », l’insulte préférée des Trumpistes

Le Parisien
24 février 2017
Génération « snowflake »: « la génération des personnes devenues adultes dans les années 2010, perçues comme moins résistantes et plus susceptibles de se sentir insultées que les générations précédentes ».
Telle est la définition introduite dans le dictionnaire anglais Collins en 2016 pour ce terme péjoratif, employé aux Etats-Unis par les conservateurs et les partisans de Donald Trump dans le but de railler leurs adversaires de gauche, présentés comme des geignards allergiques à la liberté d’expression. Des « flocons de neige », si sensibles et fragiles qu’ils s’effondreraient à l’écoute du moindre discours antagoniste.
A la grande conférence annuelle des conservateurs américains CPAC, près de Washington, des ateliers forment des étudiants venus des quatre coins du pays à militer dans un climat de plus en plus « politiquement correct ».
« Etre conservateur sur un campus, c’est comme lorsqu’on était gay auparavant », explique Max Ortengren, 23 ans, vice-président des républicains de la Florida Gulf Coast University. « On a peur de faire son coming out ».
Cette guerre culturelle a donné naissance à un nouveau vocabulaire.
Des étudiants issus des minorités ont réclamé ces dernières années des « espaces protégés » (« safe spaces ») sur les campus, où les propos intolérants seraient interdits. D’autres réclament des avertissements (« trigger warnings ») si des idées exprimées dans un cours ou une pièce de théâtre sont susceptibles d’heurter certaines sensibilités.
Ces précautions s’assimilent, pour les défenseurs conservateurs de la liberté d’expression, à un refus de débattre et une tentative de museler les opinions minoritaires chez les étudiants.
Max explique avoir attendu deux semaines avant de promouvoir dans son école un événement organisé avec le lobby des armes à feu, de peur que des étudiants de gauche organisent un blocage.
Chloe, 21 ans, est encore sous le choc de l’invasion d’une poignée d’étudiants à une conférence du provocateur gay conservateur Milo Yiannopoulos, sur un campus de Chicago, l’année dernière, pour dénoncer le racisme de Donald Trump. Les manifestants ont occupé la scène et forcé les organisateurs à annuler la rencontre.
« Ca a complètement dérapé », déplore-t-elle. « Pour nous, CPAC est un espace protégé! »
– « Etudiants dorlotés » –
Dans l’une des salles du centre de convention, Casey Mattox anime un atelier intitulé « Comprendre ses droits sur un campus ».
« Mon travail consiste à poursuivre votre université en justice », annonce-t-il.
Son organisation, l’Alliance de défense de la liberté, se spécialise dans la liberté d’expression et d’association des étudiants chrétiens, républicains, pro-armes… en attaquant les écoles sur leurs règlements intérieurs.
« Les gauchistes qui dominent la plupart des campus savourent l’avantage qu’ils ont sur les étudiants et abusent de leur pouvoir pour les endoctriner dans l’idéologie socialiste », lance-t-il à la quarantaine d’étudiants qui assistent à sa présentation.
L’avocat est particulièrement friand des « zones de liberté d’expression » délimitées par les universités, ou des permis préalables à tout rassemblement. Il clame 300 victoires devant les tribunaux du pays.
Dans une salle voisine, Micah Pearce, étudiant en dernière année à la Liberty University, institution évangélique renommée, présente les tactiques pour militer efficacement: être présent sur le terrain et pas seulement en ligne, éviter les noms d’oiseaux, inviter des conférenciers conservateurs connus… et filmer toute éventuelle confrontation avec des contre-manifestants, car un peu de buzz ne fait jamais de mal.
« Ils veulent vous faire taire », martèle-t-il.
Depuis la victoire de Donald Trump en novembre, la formule « flocons de neige » fait florès.
Lors des manifestations anti-Trump, sa directrice de campagne Kellyanne Conway a raillé les jeunes effondrés par la défaite d’Hillary Clinton comme des « précieux flocons de neige ».
Mais le malaise autour du développement de la culture du politiquement correct se répand à gauche également.
En septembre 2015, le président démocrate Barack Obama avait tancé les étudiants qui cherchent à empêcher des conférenciers provocateurs de s’exprimer.
« Je ne suis pas d’accord avec l’idée que les étudiants doivent être dorlotés et protégés contre des points de vue différents », a-t-il expliqué. « Si vous n’êtes pas d’accord avec quelqu’un, vous devez être capables de débattre avec lui. Vous ne devez pas le faire taire ».
Dans les allées de CPAC, les participants refusaient toutefois d’appliquer le terme « flocon de neige » à Donald Trump lui-même, qui se plaint régulièrement sur Twitter de faire l’objet de critiques des médias ou de célébrités comme l’actrice Meryl Streep.

Voir de plus:

En Angleterre, la génération « flocon de neige » ne supporte pas qu’on la juge douillette
Pauline Mille
7 décembre 2017

Génération des flocons de neige » désigne en Angleterre les ados actuels, hypersensibles et qui ne supportent aucune contradiction : or cette génération douillette ne supporte pas qu’on la désigne ainsi, elle juge cela traumatisant. Au départ de ce cercle vicieux, l’éducation.

Ce sont les assurances AVIVA qui le disent, c’est sérieux les assurances, et elles ont commandité pour cela un sondage péremptoire : 72 % des 16-24 ans jugent injuste qu’on parle de « génération flocon de neige » et 74 % pensent que cela peut avoir un effet nocif sur leur santé mentale. Soit près des trois quarts.

Un flocon de neige ne supporte rien, sinon il fond

L’adolescence est un moment délicat, surtout quand elle se prolonge, et la moitié de la génération flocon de neige affirme subir du stress et de l’angoisse, contre un tiers seulement pour l’ensemble des adultes. Un tiers aussi assure avoir du mal à parler de ces problèmes. Selon le médecin chef d’Aviva, Doug Whright, « nos recherches suggèrent que les jeunes adultes rencontrent plus fréquemment des difficultés psychologiques, et que les mots qui critiquent ce groupe d’âge peuvent aggraver le phénomène. Tout terme désobligeant pour un segment de la population est négatif en soi ». En d’autres termes, juger une génération exagérément douillette peut la traumatiser. Or, à l’origine, c’est précisément à une jeunesse nombriliste et fragile comme un Saxe que l’Américain Chuck Palahniuk s’était adressé en 1996 dans son livre Fight Club : « Vous n’êtes pas spéciaux. Vous n’êtes pas un flocon de neige beau et unique ».

L’Angleterre juge la nouvelle génération douillette

Le mot faisait référence à une génération qui végète doucement à l’ombre maternelle des universités américaines, où chacun, qu’il lise ou écoute, se trouve alerté par un signal d’alarme quand survient un passage potentiellement dérangeant, et fréquente à satiété les « safe spaces » (espaces sûrs) où certaines opinions et idées tenues pour potentiellement « offensantes ». Bref, on a élevé cette génération douillette dans un cocon hyper-protégé, de sorte que tout désaccord lui semble une agression, et qu’elle ne le supporte pas, comme le montre le sondage et comme le confirme le commentaire de Doug Whright. Or cette éducation de serre, lorsqu’elle entre en contact avec un monde de plus en plus violent et polémique, par le biais d’internet, provoque chez cette génération douillette un déséquilibre mental que ses mentors, en Angleterre, n’imaginent de guérir que par encore plus de maternage. Jusqu’à ce que les flocons de neige ne fondent devant la réalité.

Voir encore:

Londoner’s Diary: Fight Club’s Chuck Palahniuk: « I coined ‘snowflake’ and I stand by it »

In today’s Diary: Fight Club author Chuck Palahniuk talks ‘snowflakes’| Fraser Nelson on Eurovision hopefuls | David Miliband return rumours| Scientists meet the media | Moonlight special screening

After Donald Trump’s counsellor, Kellyanne Conway, allegedly biffed a guest at the new President’s inauguration ball on Friday and “snowflake” has become a slur against Trump detractors, The Londoner set to wondering: is this all about Fight Club?

So we called Chuck Palahniuk, author of the original novel, made into a film in 1999, to ask him. Chuck broke the first rule of Fight Club by talking about Fight Club. The term snowflake originates from his book. “It does come from Fight Club,” he confirmed down the phone from his home in Oregon. “There is a line, ‘You are not special. You are not a beautiful and unique snowflake.’”

In Fight Club, Tyler Durden leads a generation of emasculated men to rediscover their inner strength by beating the hell out of each other.

Two decades later, Palahniuk sees the modern generation as delicate flowers more than ever. “There is a kind of new Victorianism,” he said. “Every generation gets offended by different things but my friends who teach in high school tell me that their students are very easily offended.”

Now snowflakes have blown across the Atlantic and entered into British parlance. Last week, Boris Johnson warned François Hollande not to administer “punishment beatings” in the Brexit negotiations. His old friend Michael Gove piled in, saying those offended were “deliberately obtuse snowflakes”. And the term has already been re-appropriated by its targets: at the Women’s March in London on Saturday were signs with slogans such as “Damn right we’re snowflakes: Winter is coming”.

Chuck says this is a problem with the Left, not the Right. “The modern Left is always reacting to things,” he opined. “Once they get their show on the road culturally they will stop being so offended.” He added self-effacingly: “That’s just my bulls**t opinion.”

And what about Donald Trump, The Londoner inquired — are people too offended by him? The writer wouldn’t answer. “I’m going to pass on that one,” he said, which led The Londoner to think he might be enjoying this new pugnacious politics.

More strings to the bow for the Milibands

Could David Miliband return from New York? Last year The Londoner heard talk that David’s violinist wife Louise Shackleton might follow Sir Simon Rattle when he takes up the baton at the London Symphony Orchestra this September.

Now the Big Apple is said to have soured for David after Hillary Clinton, who once hinted at having a “big crush” on the then Foreign Secretary — “he’s vibrant, vital, attractive and smart”, she said — was defeated by Donald Trump.

With their MPs falling like ninepins, Labour might be keen to tempt Miliband back from his job at the International Rescue Committee charity. The man who coveted Britain?

All sunny smiles under the Moonlight

To The Soho Hotel last night, for a special screening of Oscar frontrunner Moonlight, where Alex Hibbert, 12, from sunny Miami, and Naomie Harris, 40, from less sunny Islington, were both there.

Harris recently added an OBE for services to drama to her trophy cabinet but she may need to make room: she missed out on a Golden Globe for Best Supporting Actress but is nominated for  a Bafta.

In Moonlight, Harris plays drug-fuelled single mum Paula, raising her son in  a rough neighbourhood. Bleakness aside,  it was all smiles from the pair. Sometimes you’ve just got to leave the drama on  the set.

Will UK have Eurovision X factor?

Our six candidates to represent the UK at Eurovision have been revealed — a crew of former X Factor contestants all presenting songs of hope and unity.

But there may be a subtext of politics among the schmaltz. The offering from Lucie Jones, who has carved an impressive career on the stage since her appearance on the ITV reality show, is an anthem for someone struggling after a split: “You’re not defeated, you’re in repair… We’ll stand tall so you don’t fall… Together we’ll dance through this storm.”

Salena Mastroianni, meanwhile, calls for listeners to set aside their differences; Nate Simpson complains at having let the future down, and Holly Brewer encourages those in imperfect relationships to make a break for it. The attempts are more subtle than a previous entry by Georgia, though: We Don’t Wanna Put In was disqualified in 2009 for veiled references to old Vlad.

So does Fraser Nelson, editor of The Spectator and unlikely Eurovision expert, fancy our chances? “I’ve given up this year,” he despaired yesterday. “Am assuming BBC will again choose an entry so bad as to be a passive-aggressive insult to a continent.”

The Spectator backed Brexit, and Nelson seems content with his side of the fence. “Only things we need from Europe: free trade, cheap flights and Eurovision,” he tweeted. “All else is bureaucracy.” Nul points, then.

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With news that Bernie Ecclestone will leave his role as chief executive of Formula 1 and be given the title chairman emeritus instead, The Londoner remembered how someone else defined “emeritus”. When Rupert Murdoch replaced Frank Giles with Andrew Neil as editor of The Sunday Times, the joke was that Giles would become editor emeritus: “E means Exit, and meritus means you deserve it.”

Dr Adam does a runner

The Science Museum hosted the 25th Scientists Meet the Media event last night. Guests including first Brit in space Helen Sharman and solar energy specialist Dame Mary Archer interacted with thermal cameras and electric mechanisms, but for Dr Adam Rutherford it was a return to the scene of a crime. Last week the science writer tweeted a photograph of himself walking on the impressive treadmill-desk of Roger Highfield, director of external affairs at the Science Museum, who was out of the office at the time. While the cat’s away…

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Tie of the day for Lord Sumption, the Supreme Court judge noted for his Olympic, polka dot and Art Deco neckpieces. Today’s looked like musical notes. Surely not the notation for the EU anthem, Beethoven’s Ode to Joy?

The term ‘snowflake’ has been thrown around with abandon in the wake of Brexit and the US election, usually to express generic disdain for young people. How can we neutralise its power – and is it a bad metaphor anyway?

Between the immediate aftermath of Brexit and the US presidential election, one insult began to seem inescapable, mostly lobbed from the right to the left: “snowflake.” Independent MEP Janice Atkinson, who was expelled from Ukip over allegations of expenses fraud, wrote a piece for the Huffington Post decrying the “wet, teary and quite frankly ludicrous outpouring of grief emails” she had received post-referendum as “snowflake nonsense”. The far-right news site Breitbart, whose executive chairman Stephen Bannon is now Donald Trump’s chief strategist, threw it around with abandon, using it as a scattershot insult against journalists, celebrities and millennials who objected to Trump’s inflammatory rhetoric; its UK site used it last week to criticise a proposed “class liberation officer” at an Oxford college who would provide more support for working-class students.

On an episode of his long-running podcast in August, Bret Easton Ellis discussed the criticism of a lascivious LA Weekly story about the pop star Sky Ferreira with a furious riposte to what he calls “little snowflake justice warriors”: “Oh, little snowflakes, when did you all become grandmothers and society matrons, clutching your pearls in horror at someone who has an opinion about something, a way of expressing themselves that’s not the mirror image of yours, you snivelling little weak-ass narcissists?”

In September, Breitbart’s Milo Yiannopoulos used it to dismiss a protester at a talk in Houston, declaring that it was his event, not the “silver-haired snowflake show”. “Madam, I’m grateful to you for coming, but to be quite honest with you, fuck your feelings,” he told her, as the crowd roared “USA! USA! USA!” in the background. “Fuck your feelings” is a crude expression of what snowflake has come to mean, but it is succinct and not entirely inaccurate.

The term has undergone a curious journey to become the most combustible insult of 2016. It emerged a few years ago on American campuses as a means of criticising the hypersensitivity of a younger generation, where it was tangled up in the debate over safe spaces and no platforming. A much-memed line from Chuck Palahniuk’s Fight Club expresses a very early version of the sentiment in 1996: “You are not special. You are not a beautiful and unique snowflake. You are the same organic and decaying matter as everyone else.”

But recently it has widened its reach, and in doing so, diluted its meaning. It has been a favoured phrase of some tabloids, which have used it as a means of expressing generic disdain for young people who are behaving differently from people older than them. Whenever a new survey appears that claims young people are having less sex, or drinking less alcohol, or having less fun, it’s there as a handy one-word explanation: they are snowflakes.

Until very recently, to call someone a snowflake would have involved the word “generation”, too, as it was typically used to describe, or insult, a person in their late teens or early 20s. At the start of November, the Collins English Dictionary added “snowflake generation” to its words of the year list, where it sits alongside other vogue-ish new additions such as “Brexit” and “hygge”. The Collins definition is as follows: “The young adults of the 2010s, viewed as being less resilient and more prone to taking offence than previous generations”. Depending on what you read, being part of the “snowflake generation” may be as benign as taking selfies or talking about feelings too much, or it may infer a sense of entitlement, an untamed narcissism, or a form of identity politics that is resistant to free speech.

The phrase came to prominence in the UK at the beginning of 2016, after Claire Fox, director of the thinktank Institute of Ideas, used it in her book I Find That Offensive to address a generation of young people whom she calls “easily offended and thin-skinned”. Fox is clearly a natural provocateur and has written about generation snowflake in bulldozing articles for the Spectator (How We Train Our Kids to Be Censorious Cry-Babies) and for the Daily Mail (Why Today’s Young Women Are Just So Feeble). As intended, both caused considerable debate – which is precisely what Fox claims generation snowflake are losing their ability to do.

On the day we speak, she is bristling over an appearance at a school in Hertfordshire, where some students had objected to her being invited in the first place. “Several of the students said, ‘How dare you invite this terrible woman to speak?’ and said to me that I’d come there and upset them. They were giving a literal demonstration of my very speech,” she says.

Much of the debate around this generation of “whingers”, as she later calls them – slightly naughtily, as she also admits that obviously not every young person is a whinger and the phrase “generation snowflake” is more useful “to demonstrate the closing down of free speech and the demand for attention” – is to do with what has been happening on university campuses in the last decade or so. She is appalled by the move towards “no platforming”, in which speakers who have views deemed by students to be controversial or offensive, from Germaine Greer to Peter Tatchell, have been barred or disinvited from speaking events. Regardless of whether their opinions are objectionable or abhorrent, Fox insists we must hear views that do not agree with our own in order to learn how to tackle them.

“People have given up trying to persuade other people, and trying to win the argument,” she says. “Demands for safe spaces are to ‘stop people coming in here, so we’re not to be exposed to this. We demand our lecturers don’t introduce these ideas.’ It’s infantilising. It’s the opposite of rebellion. It has not got any intellectual weight. I want a generation to come forth with a new philosophy of freedom, rather than playing out in practice that their teachers and parents raised them as cotton-wool kids.”

Try talking to a person whose age puts them into the “generation snowflake” category, however, and it’s apparent that the most offensive thing about the whole offence debate is being called easily offended. In June, in reaction to a slew of articles decrying wimpy, moany millennials, Angus Harrison wrote an article for Vice in which he pointed out that young people were being labelled snowflakes at the same time as being called “Generation Sensible” or “new young fogeys”. “Young people today are really old and boring and sensible. Except, they are also babies, totally unprepared for the adult world. Make sense? No, it doesn’t,” he wrote.

“I’m confused!” says Liv Little, 22-year-old editor-in-chief of the magazine gal-dem, who was recently selected as one of the BBC’s 100 most influential and inspirational women of 2016. She finds the idea that she and her peers are self-obsessed and unable to cope with the world absurd. “I don’t get what they want to happen. Do they want people to be quiet and suck it up? Do they want people to have breakdowns and be really unhappy and accept a political system that doesn’t represent them?”

Little set up gal-dem as a student in 2015, in response to a lack of diversity at her own university. It has since grown to a collective of more than 70 women of colour and recently won a prestigious award for Online Comment Site of the Year. She says that what she sees is people taking that feeling that the world isn’t working for them and turning it into something positive and active. “A lot of offensive stuff is happening. Why should people not be offended? People are offended but they’re using that feeling of being offended to bring about change. Things are so dire sometimes that it’s necessary. If I want to carve out a safe space, why shouldn’t I?”

Much of the disagreement is down to how you define these endlessly complex sticking points of campus debate. For Fox, a “safe space” is a censorious exclusionary zone. For Little, it is a starting point that doesn’t hurt anyone, not least the people who are left out. “Creating safe spaces is good for us, it’s good for our mental health, it’s good for us in terms of preparing and organising, and then when we want to welcome people in to our spaces, we can. How often have women or people of colour been excluded from so many spaces in the world? And then people are crying because we’re creating spaces for us. It doesn’t make sense!”

Often the argument that younger people are weaker and less able to cope feels like a dressed-up way of saying “things were better in my day”. We live in a time of stark generational division and animosity, in which the year’s huge political decisions, the ones that have seemed most cataclysmic – Brexit, Trump – have been decided by older voters whose opinions are vastly different from those of younger voters. Millennials are living in a time of economic uncertainty, without guaranteed access to the affordable housing, free education and decent job market enjoyed by the generations before them. “I think our generation is really under pressure,” says Little. “I look around at my peers, at women around me, and they’re all working themselves into the ground. It’s a difficult climate. We’ve sucked it up for a while and now we’re trying to take control,” says Little. “In our case, it’s for women of colour. And that’s just inherently a good thing.”

I ask her if there’s any sympathetic part of her that can understand why the people who are calling her generation snowflakes might feel inclined to do so. “Err.” There’s a long pause, in which she really does sound like she’s trying. “Um. No. I just see it as an extension of entitlement.”

When the supposedly entitled are calling their detractors entitled for calling them entitled, it’s clear that whatever impact “snowflake” may have had as an insult is in the process of being neutralised. In a remarkably speedy turnaround of its intended usage, the left have started to reclaim it, throwing it back at the people who were using it against them in the first place. Trump was repeatedly labelled a snowflake earlier this month during the row over Mike Pence getting booed during a performance of Hamilton on Broadway. Trump said the theatre should always be a “safe space”, sounding not unlike a university protester himself; the irony was not lost on many commentators, who called him “the most special snowflake of all”. Search Twitter for “snowflake” alongside the name of any prominent political figure on either side of the spectrum and you’ll find a black hole of supporters and detractors barking the word back and forth at each other.

So if the right are calling the left snowflakes for being liberal, and the left are calling the right snowflakes for expressing offence, and the old are calling the young snowflakes for being too thin-skinned, and the young are pointing out that the older generation seem to be the most offended by what they’re doing, then the only winner is the phrase itself. It’s particularly effective given that there’s really no comeback to it: in calling someone a snowflake, you are not just shutting down their opinion, but telling them off for being offended that you are doing so. And if you, the snowflake, are offended, you are simply proving that you’re a snowflake. It’s a handcuff of an insult and nobody has the key.

I called Jim Dale, senior meteorologist at British Weather Services, to see if it was ever an effective analogy in the first place. He says he can see why it was chosen. “On their own, snowflakes are lightweight. Whichever way the wind blows, they will just be taken with it. Collectively, though, it’s a different story. A lot of snowflakes together can make for a blizzard, or they can make for a very big dump of snow. In which case, people will start to look up.”

Voir par ailleurs:

Vu d’Allemagne. La tribune anti-MeToo sonne la fin de la pensée unique
En dénonçant le “climat totalitaire” engendré par #MeToo, Catherine Deneuve et les signataires du texte ont révélé les failles de ce mouvement, pointe cette journaliste allemande.

Kathrin Spoerr

Die Welt/Courrier international

16/01/2018

Dans une tribune publiée par le journal Le Monde, Catherine Deneuve réclame la fin de la “campagne de délations” à l’encontre des hommes. Une centaine de femmes ont cosigné ce texte. Ensemble, elles mettent en garde contre le “climat totalitaire” engendré par le mouvement #MeToo et qui servirait les intérêts des “ennemis de la liberté sexuelle, des extrémistes religieux [et] des pires réactionnaires”. À la lecture de ce texte, tous ceux qui ont cru devenir fous ces trois derniers mois ont enfin poussé un soupir de soulagement.
Depuis cet automne et le début de la campagne #MeToo, on pouvait en effet avoir l’impression de vivre dans un monde caractérisé par l’exploitation sexuelle, l’avilissement et la haine des femmes ou les violences qui leur sont faites. Sauf que non, le mouvement #MeToo ne se préoccupait pas des régions du monde où tout cela est vrai.
Il n’était pas question de ces pays où les femmes sont la propriété d’hommes, qui peuvent faire ce qu’ils veulent d’elles – les lapider ou les asperger d’acide. Il ne s’agissait pas de celles qui ont urgemment besoin d’aide. On parlait ici des femmes occidentales.
Des agressions mises sur le même plan
C’est à Hollywood, berceau de grandes épopées sur la liberté, l’amour et l’aventure, qu’a commencé le mouvement. Le producteur Harvey Weinstein avait fait une offre implicite à l’actrice Ashley Judd : coucher pour décrocher un rôle. Elle n’était pas la seule. Elles étaient nombreuses dans le même cas, peut-être toutes [à Hollywood]. Mais personne n’avait rien dit.
C’est alors que la folie a commencé : des millions de femmes, vivant dans les pays les plus libéraux, les plus éclairés et les plus prospères de la planète, se sont mises à écrire sur Twitter de quels abus elles avaient été victimes. De l’acte le plus grave au plus anodin, tout a été mis sur le même plan. C’était comme si plus aucune femme en Occident ne pouvait prendre l’ascenseur ou entrer dans une salle de réunion sans se retrouver humiliée.
#MeToo était partout. Tous les hommes étaient des porcs, toutes les femmes des victimes. Les femmes expliquaient au monde entier que tout compliment pouvait être vu comme une agression. Les hommes, eux, se mirent à revendiquer leur féminisme, ou à rester à l’écart du débat.
Quiconque voulait se distinguer du mouvement menaçait de faire voler en éclats la pensée unique alors présentée comme une forme de “solidarité féminine”. Cinquante ans d’émancipation et de libération sexuelle étaient ainsi pulvérisés, sans parler de la simple notion de respect et de capacité à se contenir.
Maintenant que le peuple de Hollywood a pu faire son cinéma aux Golden Globes et pointer un doigt accusateur en direction de tout le monde (sauf lui-même), la grande Catherine Deneuve dit “stop”.
Et ça fait tellement de bien.

Voir aussi:

« Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle »
Dans une tribune au « Monde », un collectif de 100 femmes, dont Catherine Millet, Ingrid Caven et Catherine Deneuve, affirme son rejet d’un certain féminisme qui exprime une « haine des hommes ».

Collectif

Le Monde

09.01.2018

Tribune. Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste.

A la suite de l’affaire Weinstein a eu lieu une légitime prise de conscience des violences sexuelles exercées sur les femmes, notamment dans le cadre professionnel, où certains hommes abusent de leur pouvoir. Elle était nécessaire. Mais cette libération de la parole se retourne aujourd’hui en son contraire : on nous intime de parler comme il faut, de taire ce qui fâche, et celles qui refusent de se plier à de telles injonctions sont regardées comme des traîtresses, des complices !

Or c’est là le propre du puritanisme que d’emprunter, au nom d’un prétendu bien général, les arguments de la protection des femmes et de leur émancipation pour mieux les enchaîner à un statut d’éternelles victimes, de pauvres petites choses sous l’emprise de phallocrates démons, comme au bon vieux temps de la sorcellerie.

Délations et mises en accusation
De fait, #metoo a entraîné dans la presse et sur les réseaux sociaux une campagne de délations et de mises en accusation publiques d’individus qui, sans qu’on leur laisse la possibilité ni de répondre ni de se défendre, ont été mis exactement sur le même plan que des agresseurs sexuels. Cette justice expéditive a déjà ses victimes, des hommes sanctionnés dans l’exercice de leur métier, contraints à la démission, etc., alors qu’ils n’ont eu pour seul tort que d’avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses « intimes » lors d’un dîner professionnel ou d’avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l’attirance n’était pas réciproque.

Cette fièvre à envoyer les « porcs » à l’abattoir, loin d’aider les femmes à s’autonomiser, sert en réalité les intérêts des ennemis de la liberté sexuelle, des extrémistes religieux, des pires réactionnaires et de ceux qui estiment, au nom d’une conception substantielle du bien et de la morale victorienne qui va avec, que les femmes sont des êtres « à part », des enfants à visage d’adulte, réclamant d’être protégées.

En face, les hommes sont sommés de battre leur coulpe et de dénicher, au fin fond de leur conscience rétrospective, un « comportement déplacé » qu’ils auraient pu avoir voici dix, vingt ou trente ans, et dont ils devraient se repentir. La confession publique, l’incursion de procureurs autoproclamés dans la sphère privée, voilà qui installe comme un climat de société totalitaire.

La vague purificatoire ne semble connaître aucune limite. Là, on censure un nu d’Egon Schiele sur une affiche ; ici, on appelle au retrait d’un tableau de Balthus d’un musée au motif qu’il serait une apologie de la pédophilie ; dans la confusion de l’homme et de l’œuvre, on demande l’interdiction de la rétrospective Roman Polanski à la Cinémathèque et on obtient le report de celle consacrée à Jean-Claude Brisseau. Une universitaire juge le film Blow-Up, de Michelangelo Antonioni, « misogyne » et « inacceptable ». A la lumière de ce révisionnisme, John Ford (La Prisonnière du désert) et même Nicolas Poussin (L’Enlèvement des Sabines) n’en mènent pas large.

Déjà, des éditeurs ­demandent à certaines d’entre nous de rendre nos personnages masculins moins « sexistes », de parler de sexualité et d’amour avec moins de démesure ou encore de faire en sorte que les « traumatismes subis par les personnages féminins » soient rendus plus évidents ! Au bord du ridicule, un projet de loi en Suède veut imposer un consentement explicitement notifié à tout candidat à un rapport sexuel ! Encore un effort et deux adultes qui auront envie de coucher ensemble devront au préalable cocher via une « appli » de leur téléphone un document dans lequel les pratiques qu’ils acceptent et celles qu’ils refusent seront dûment listées.

Indispensable liberté d’offenser
Le philosophe Ruwen Ogien défendait une liberté d’offenser indispensable à la création artistique. De même, nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle. Nous sommes aujourd’hui suffisamment averties pour admettre que la pulsion sexuelle est par nature offensive et sauvage, mais nous sommes aussi suffisamment clairvoyantes pour ne pas confondre drague maladroite et agression sexuelle.

Surtout, nous sommes conscientes que la personne humaine n’est pas monolithe : une femme peut, dans la même journée, diriger une équipe professionnelle et jouir d’être l’objet sexuel d’un homme, sans être une « salope » ni une vile complice du patriarcat. Elle peut veiller à ce que son salaire soit égal à celui d’un homme, mais ne pas se sentir traumatisée à jamais par un frotteur dans le métro, même si cela est considéré comme un délit. Elle peut même l’envisager comme l’expression d’une grande misère sexuelle, voire comme un non-événement.

En tant que femmes, nous ne nous reconnaissons pas dans ce féminisme qui, au-delà de la dénonciation des abus de pouvoir, prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité. Nous pensons que la liberté de dire non à une proposition sexuelle ne va pas sans la liberté d’importuner. Et nous considérons qu’il faut savoir répondre à cette liberté d’importuner autrement qu’en s’enfermant dans le rôle de la proie.

Pour celles d’entre nous qui ont choisi d’avoir des enfants, nous estimons qu’il est plus judicieux d’élever nos filles de sorte qu’elles soient suffisamment informées et conscientes pour pouvoir vivre pleinement leur vie sans se laisser intimider ni culpabiliser.

Les accidents qui peuvent toucher le corps d’une femme n’atteignent pas nécessairement sa dignité et ne doivent pas, si durs soient-ils parfois, nécessairement faire d’elle une victime perpétuelle. Car nous ne sommes pas réductibles à notre corps. Notre liberté intérieure est inviolable. Et cette liberté que nous chérissons ne va pas sans risques ni sans responsabilités.

Les rédactrices de ce texte sont : Sarah Chiche (écrivaine, psychologue clinicienne et psychanalyste), Catherine Millet (critique d’art, écrivaine), Catherine Robbe-Grillet (comédienne et écrivaine), Peggy Sastre (auteure, journaliste et traductrice), Abnousse Shalmani (écrivaine et journaliste).

Adhèrent également à cette tribune : Kathy Alliou (curatrice), Marie-Laure Bernadac (conservateur général honoraire), Stéphanie Blake (auteure de livres pour enfants), Ingrid Caven (actrice et chanteuse), Catherine Deneuve (actrice), Gloria Friedmann (artiste plasticienne), Cécile Guilbert (écrivain), Brigitte Jaques-Wajeman (metteuse en scène), Claudine Junien (généticienne), Brigitte Lahaie (actrice et présentatrice radio), Elisabeth Lévy (directrice de la rédaction de Causeur), Joëlle Losfeld (éditrice), Sophie de Menthon (présidente du mouvement ETHIC), Marie Sellier (auteure, présidente de la Société des gens de lettres).

Voir encore:

Tribune
«Rien dans le texte ne prétend que le harcèlement a du bon, sans quoi je ne l’aurais pas signé»
Catherine Deneuve

Libération

14 janvier 2018

Une semaine après avoir signé la tribune qui prône la «liberté d’importuner» pour préserver la «liberté sexuelle», l’actrice assume, tout en prenant ses distances avec certaines signataires. Et s’excuse auprès des victimes d’agression qui auraient pu être choquées.

Catherine Deneuve : «Rien dans le texte ne prétend que le harcèlement a du bon»
Catherine Deneuve nous a transmis ce texte sous forme de lettre, à la suite d’un entretien par téléphone, vendredi. Nous l’avions sollicitée car nous voulions entendre sa voix, savoir si elle était en accord avec l’intégralité de la tribune signée, et savoir comment elle réagissait à la prise de paroles des unes et des autres ; bref, qu’elle clarifie sa position. (You can read this letter in English version here)

«J’ai effectivement signé la pétition titrée dans le journal le Monde, « Nous défendons une liberté… », pétition qui a engendré de nombreuses réactions, nécessitant des précisions.

«Oui, j’aime la liberté. Je n’aime pas cette caractéristique de notre époque où chacun se sent le droit de juger, d’arbitrer, de condamner. Une époque où de simples dénonciations sur réseaux sociaux engendrent punition, démission, et parfois et souvent lynchage médiatique. Un acteur peut être effacé numériquement d’un film, le directeur d’une grande institution new-yorkaise peut être amené à démissionner pour des mains aux fesses mises il y a trente ans sans autre forme de procès. Je n’excuse rien. Je ne tranche pas sur la culpabilité de ces hommes car je ne suis pas qualifiée pour. Et peu le sont.

Non, je n’aime pas ces effets de meute, trop communs aujourd’hui. D’où mes réserves, dès le mois d’octobre sur ce hashtag « Balance ton porc ».

«Il y a, je ne suis pas candide, bien plus d’hommes qui sont sujets à ces comportements que de femmes. Mais en quoi ce hashtag n’est-il pas une invitation à la délation ? Qui peut m’assurer qu’il n’y aura pas de manipulation ou de coup bas ? Qu’il n’y aura pas de suicides d’innocents ? Nous devons vivre ensemble, sans « porcs », ni « salopes », et j’ai, je le confesse, trouvé ce texte « Nous défendons une liberté… » vigoureux, à défaut de le trouver parfaitement juste.

«Oui, j’ai signé cette pétition, et cependant, il me paraît absolument nécessaire aujourd’hui de souligner mon désaccord avec la manière dont certaines pétitionnaires s’octroient individuellement le droit de se répandre dans les médias, dénaturant l’esprit même de ce texte. Dire sur une chaîne de télé qu’on peut jouir lors d’un viol est pire qu’un crachat au visage de toutes celles qui ont subi ce crime. Non seulement ces paroles laissent entendre à ceux qui ont l’habitude d’user de la force ou de se servir de la sexualité pour détruire que ce n’est pas si grave, puisque finalement il arrive que la victime jouisse. Mais quand on paraphe un manifeste qui engage d’autres personnes, on se tient, on évite de les embarquer dans sa propre incontinence verbale. C’est indigne. Et évidemment rien dans le texte ne prétend que le harcèlement a du bon, sans quoi je ne l’aurais pas signé.

«Je suis actrice depuis mes 17 ans. Je pourrais évidemment dire qu’il m’est arrivé d’être témoin de situations plus qu’indélicates, ou que je sais par d’autres comédiennes que des cinéastes ont abusé lâchement de leur pouvoir. Simplement, ce n’est pas à moi de parler à la place de mes consœurs. Ce qui crée des situations traumatisantes et intenables, c’est toujours le pouvoir, la position hiérarchique, ou une forme d’emprise. Le piège se referme lorsqu’il devient impossible de dire non sans risquer son emploi, ou de subir humiliations et sarcasmes dégradants. Je crois donc que la solution viendra de l’éducation de nos garçons comme de nos filles. Mais aussi éventuellement de protocoles dans les entreprises, qui induisent que s’il y a harcèlement, des poursuites soient immédiatement engagées. Je crois en la justice.

«J’ai enfin signé ce texte pour une raison qui, à mes yeux, est essentielle : le danger des nettoyages dans les arts. Va-t-on brûler Sade en Pléiade ? Désigner Léonard de Vinci comme un artiste pédophile et effacer ses toiles ? Décrocher les Gauguin des musées ? Détruire les dessins d’Egon Schiele ? Interdire les disques de Phil Spector ? Ce climat de censure me laisse sans voix et inquiète pour l’avenir de nos sociétés.

«On m’a parfois reproché de ne pas être féministe. Dois-je rappeler que j’étais une des 343 salopes avec Marguerite Duras et Françoise Sagan qui a signé le manifeste « Je me suis fait avorter » écrit par Simone de Beauvoir ? L’avortement était passible de poursuite pénale et emprisonnement à l’époque. C’est pourquoi je voudrais dire aux conservateurs, racistes et traditionalistes de tout poil qui ont trouvé stratégique de m’apporter leur soutien que je ne suis pas dupe. Ils n’auront ni ma gratitude ni mon amitié, bien au contraire. Je suis une femme libre et je le demeurerai. Je salue fraternellement toutes les victimes d’actes odieux qui ont pu se sentir agressées par cette tribune parue dans le Monde, c’est à elles et à elles seules que je présente mes excuses.

Sincèrement à vous.

Catherine Deneuve

Voir enfin:

Violences sexuelles : « La nature a remplacé la culture comme origine de la violence »

Dans une tribune au « Monde », le politologue Olivier Roy explique que l’affaire Weinstein place la nature du mâle à l’origine de la violence.

Olivier Roy (Politologue, professeur à l’Institut universitaire européen de Florence)

Le Monde

Tribune. Quelque chose vient de changer dans la dénonciation des agressions sexuelles. Qu’on se rappelle celles de Cologne lors du Nouvel An 2016, ou bien le débat sur la circulation des femmes dans les « quartiers » : la faute était attribuée alors à la culture des agresseurs (en l’occurrence, bien sûr, l’islam). Les agressions commises par des hommes occidentaux bien sous tous les rapports étaient soit minimisées, soit présentées comme relevant d’une pathologie individuelle. Et la solution était de promouvoir les « valeurs occidentales » de respect de la femme.

Or avec l’affaire Weinstein et « balance ton porc », on a un renversement de perspective : le problème n’est plus la culture de l’agresseur (de toutes races et de toutes religions, éduqué, cultivé voire même, en public, grand défenseur des « valeurs occidentales »), c’est sa nature même de mâle, d’animal, de cochon. La nature a remplacé la culture comme origine de la violence. Mais on ne soigne pas le mal du mâle de la même manière quand il s’agit d’un retour d’animalité ou d’un conditionnement culturel.

Ce changement de perspective (qu’il soit ou non pertinent, qu’il soit une vraie révolution ou bien un coup de mode) a de profondes conséquences anthropologiques. En effet, jusqu’ici, comme l’ont noté depuis longtemps les auteures féministes, toutes les grandes constructions idéologiques expliquant l’origine de la société s’entendaient pour faire de l’homme l’acteur du passage à la culture, et pour voir en la femme celle qui garde un pied (voire plus) dans la nature. Et pas la peine de revenir aux pères de l’Eglise.

La philosophie des Lumières, qu’on crédite de nos « valeurs » séculières modernes, faisait de l’homme l’acteur du contrat social, qui arrachait l’humanité à un état de nature dans lequel restait largement immergée la femme, logiquement dépourvue de droits civiques jusqu’à récemment ; cette dernière mettait au monde l’être humain, l’homme en faisait un citoyen.

Domestication de la violence masculine

L’anthropologie a longtemps fait de l’échange des femmes la condition (ou le signe) du passage à la société, et donc du passage à la culture (on ne parle jamais d’échange des hommes, et les rares sociétés matriarcales ne remettent pas en cause la domination politique de l’homme). La psychanalyse, dans son versant mythologique (Totem et Tabou), pulsionnel (les aventures du pénis) ou symbolique (que le père soit la métaphore de la loi ou la loi la métaphore du père), a gardé l’homme au centre de la sublimation culturelle. Le seul progrès, c’est que le masculin n’est plus nécessairement un homme biologique mais un principe : les femmes peuvent enfin porter la culotte (même si le salaire ne suit pas). Mais elles ne se transforment pas pour autant en prédatrices sexuelles : cela reste l’apanage du mâle.

Evidemment, la violence masculine n’a jamais été ignorée par les cultures. Toutes ont développé des stratégies pour à la fois la canaliser et la légitimer (une fois canalisée) : de l’honneur à la séduction, nos sociétés occidentales ont su socialiser, voire esthétiser, la virilité (juste pour mémoire, ce qu’on appelle aujourd’hui « crime d’honneur » dans les autres sociétés s’appelait chez nous « crime passionnel » et valait circonstances atténuantes ; le meurtre d’une épouse n’a longtemps été, pour les journaux, qu’un « drame familial », comme si, par définition, la société n’était pas concernée).

Il suffit de voir la nostalgie des sites conservateurs français où on se gausse discrètement de l’hystérie (si ! si !) des campagnes contre le harcèlement, qui noieraient la « séduction à la française », chère à nos films en noir et blanc, sous la tyrannie du puritanisme américain d’Hollywood. Question d’« atmosphère », comme dirait Arletty.

« La définition même de la culture, c’est de mettre en ordre la nature, de l’inscrire dans un système partagé de sens, de symboles, de langage »

Cette domestication/valorisation de la violence masculine a donc toujours été transmutée en culture, voire en haute culture. Et la définition même de la culture, c’est de mettre en ordre la nature, de l’inscrire dans un système partagé de sens, de symboles, de langage, devenu implicite au point de passer pour une seconde nature. C’est ce que Bourdieu analyse (entérine, pour des auteurs féministes) sous le nom d’habitus, un comportement collectif normé, acquis et inconscient. La transgression et la faute ne font sens qu’à partir de ce système.

Le code pénal ne codifie que les violences « pensables », c’est-à-dire celles qui sont un excès de la violence admise : il n’y a de crime de guerre que parce qu’il y a une légitimité de la guerre. Le cannibalisme n’est pas un crime en soi selon le code pénal, parce qu’il n’est pas « pensable » (comme encore, souvent, l’inceste), de même, dans le fond, que le viol conjugal n’existe pas tant que l’intimité du couple échappe au social.

« Servitude volontaire »

Pourquoi les femmes ont-elles pu intérioriser les normes et les valeurs dont elles sont victimes ? Parce que la résistance aussi est presque toujours formulée dans le cadre culturel dominant : « Je ne suis pas celle que vous croyez », disait-on du temps de ma grand-mère, entérinant ainsi le grand partage entre la maman et la putain. C’est tout le problème de ce que La Boétie appelait la « servitude volontaire », qu’on qualifie aujourd’hui d’aliénation : pourquoi adhère-t-on à des normes et à des valeurs qui valident sa propre servitude ?

C’est la vision finalement toujours pessimiste de Bourdieu, où l’habitus rend la révolte improbable et fait donc de la souffrance l’horizon de la survie. Et, pourtant, « on » se révolte, même s’il n’y a pas de révolte absolue, sinon celle de la folie et de la mort. Mais on formule toujours sa révolte dans le cadre d’une culture donnée, des « suffragettes » aux « féministes islamiques ». C’est pourquoi les vraies révolutions, celles où on impose un changement brutal et autoritaire de paradigme, sont toujours sanglantes (en 1789 comme en 1917).

Mais alors, pourquoi la révolte est-elle possible aujourd’hui, alors qu’elle n’est appuyée par aucune violence, aucune prise de pouvoir, aucune nouvelle gouvernance (au contraire, les cibles se trouvent avant tout dans l’establishment, lequel n’est pas menacé en tant que tel) ? On ne peut même pas parler de mobilisation populaire, encore moins de révolte politique. Comment penser cette vague de fond ? Qu’est-ce qui a changé ? Il faut, bien sûr, revenir aux origines récentes du féminisme comme mouvement social, c’est-à-dire à la grande vague des années 1960 dénonçant l’ordre établi et le patriarcalisme, prônant l’utopie et la libération sexuelle, et faisant de la sexualité une question politique (ce qu’elle est restée). Mai 68 est bien une révolution des mœurs.

« Comment expliquer qu’un mouvement qui s’est défini par la libération sexuelle se traduise in fine par une entreprise systématique de codification normative des comportements sexuels ? »

Mais il y a ici un paradoxe : comment expliquer qu’un mouvement qui s’est défini par la libération sexuelle se traduise in fine par une entreprise systématique de codification normative des comportements sexuels ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit : on ne demande pas au « porc » de se cultiver (il s’agit souvent de gens très cultivés justement, et contraints à la contrition ou à l’exil par l’acharnement judiciaire ou la vox populi : ils ont plus à voir avec l’émigré de Coblence qu’avec l’immigré de Cologne, car comme le premier, ils n’ont souvent rien appris ni rien oublié).

Il doit se repentir et apprendre un nouveau code de comportement qui, pour lui, relève d’une langue étrangère. On remarquera par exemple que les artistes, acteurs et auteurs accusés d’agressions sexuelles voient leurs œuvres être soudainement « néantisées », voire, pour des acteurs, leur présence physique effacée des films. Il n’y a plus d’argument culturel pour l’excuser ou pour le sauver, mais une tabula rasa, sur laquelle on pose l’animalité brute. Et le problème surgit alors : comment socialiser cette animalité, comment humaniser le cochon ?

Pédagogie directive

On touche ici peut-être le nœud de la question, qui est toujours le lien entre culture et nature. L’apologie philosophique, voire idéologique, de la nature comme désir, c’est-à-dire en fait comme liberté de la pulsion débarrassée du poids de la culture, produit aujourd’hui son contraire : le triomphe de la normativité. Mais d’une normativité débarrassée aussi du poids de la culture. Car il ne s’agit en rien d’un retour à l’ordre moral de l’ancien temps. On a d’ailleurs un intéressant paradoxe : les plus réticents devant cette nouvelle police du corps sont justement les conservateurs traditionnels, chrétiens en particulier.

On voit, non sans une joyeuse surprise, Christine Boutin (oui, le Parti chrétien de France, l’égérie du retour de la Bible !) se faire l’apologiste de la « grivoiserie à la française », suivie ou précédée par le site Causeur, le média de la nostalgie grincheuse et du niveau qui baisse (tout est bon dans le passé, et donc tout ne saurait être mauvais dans le cochon).

Alors, ni révolution ni réaction, de quoi le cochon est-il le nom ? Il y a bien un mouvement de fond car, déjà avant l’affaire Weinstein, les campus américains s’étaient lancés dans la prévention du harcèlement sexuel. Or ces campagnes ont une caractéristique intéressante : elles ne sont pas fondées sur une approche éthique, mais sur une pédagogie autoritaire, où l’on doit mémoriser un nouveau code de gestuelle et d’énoncés, comme si la mise en œuvre des nouvelles normes supposait que les hommes soient incapables de comprendre d’eux-mêmes quel est le problème.

Si nous revenons à la comparaison avec Cologne, dans les deux cas, l’étudiant blanc du campus et l’immigré basané sont traités de la même manière par une pédagogie directive et condescendante : en Allemagne, on distribue des affichettes comminatoires (une main aux fesses barré d’un NEIN en noir et d’une croix en rouge, comme un panneau de code de la route) ; dans les campus américains (où l’on peut aussi trouver ce type d’affichettes), on instaure des cours obligatoires avec exercices pratiques où John, immobile (et debout) doit demander à Sarah : « Puis-je poser ma main sur ton épaule ? », attendre un oui clair et explicite puis, de nouveau, : « Sarah, puis-je poser ma deuxième main sur ton autre épaule ? », attendre un oui et ainsi de suite au fil des jours, jusqu’à ce qu’ils se marient et fassent beaucoup d’enfants (on peut toujours rêver).

L’instinct disparu ?

On leur apprend non seulement ce qu’il ne faut pas faire (ce qui est légitime), mais surtout ce qu’il faut faire, comme si, d’un seul coup, l’instinct avait disparu, ou plutôt comme si, entre deux êtres, il n’y avait plus de culture partagée, c’est-à-dire d’implicite et de non-dit. Tout doit être dit, la vie est un contrat à renouveler à chaque instant : c’est la sexualité en CDD (d’ailleurs institutionnalisée de manière plus ludique, et peut-être jouissive, par les sites de rencontres).

« La lutte contre l’agression sexuelle n’est pas porteuse d’utopie. C’est la demande de suppression d’un mal, pas l’espérance d’un monde nouveau »

Le code s’impose pour gérer la nature quand il n’y a plus de culture. On pourrait penser que ce pédagogisme formel est nécessaire le temps qu’une nouvelle culture des relations entre hommes et femmes s’instaure. C’est une vision légitime, mais j’ai des doutes. Une nouvelle culture ne se décrète pas : l’Etat produit des normes, pas des valeurs. La preuve est que la pédagogie se fait sous la menace constante de la sanction pénale.

La lutte contre l’agression sexuelle n’est pas porteuse d’utopie, contrairement aux mouvements révolutionnaires ; peu de gens pensent que l’égalité des sexes est promesse de bonheur. C’est la demande de suppression d’un mal, pas l’espérance d’un monde nouveau. Peut-on espérer qu’avec le temps le code se transformera en culture ? Pas sûr : le code de la route, un siècle après son invention, est toujours un code ; il ne devient pas un habitus et encore moins une culture (on sait tous par expérience que la seconde animalité masculine après le cochon, c’est le conducteur).

Surtout, ce glissement de la culture au code n’est pas confiné à la question sexuelle. C’est une caractéristique profonde de la mondialisation, qui entraîne une crise des cultures. Je l’ai étudié dans l’émergence des nouveaux fondamentalismes religieux (La Sainte Ignorance, Le Seuil, 2008). Il y a par ailleurs un rapport étroit entre le fondamentalisme religieux et la normativité issue de la culture hippie : pour ceux que cela surprend, l’évangélisme contemporain et le mouvement hippie ont le même lieu et la même date de naissance (et beaucoup sont passés du second au premier) : la Californie des années 1960, qui est devenue aujourd’hui un des lieux où la vie quotidienne est la plus normée de tout le monde occidental, tout en se réclamant d’une utopie libertaire.

L’on retrouve dans les fondamentalismes religieux contemporains cette obsession de la normativité des gestes de la vie quotidienne, cette difficulté à gérer le cochon qui sommeille, même si on le baptise du nom de péché originel, cette volonté de contrôler le corps et le sexe. Dans le fond, le hippie et le salafi sont des cousins qui s’ignorent. Mais c’est une autre histoire…

Olivier Roy est l’auteur de « La Peur de l’islam » (Editions de l’Aube, 2015) et « Le Djihad et la Mort » (Le Seuil, 2016).


Polémique Carmen: A quand une Passion sans crucifixion ? (What if Jesus does not die this time?)

11 janvier, 2018
Carmen assassinée : un final orthodoxe fidèle au livret de l'époque de Bizet.
Carmen à terre mais pas KO | Knight Foundation via Flickr CC License by
"Carmen" par Olivier Py à l'opéra de Lyon, en 2012.
Fille de Babylone, la dévastée, Heureux qui te rend la pareille, Le mal que tu nous as fait! Heureux qui saisit tes enfants, Et les écrase sur le roc! Psaumes 137
O Dieu, brise-leur les dents dans la bouche! Éternel, arrache les mâchoires des lionceaux Qu’ils se dissipent comme des eaux qui s’écoulent! Qu’ils ne lancent que des traits émoussés! Qu’ils périssent en se fondant, comme un limaçon; Sans voir le soleil, comme l’avorton d’une femme! Avant que vos chaudières sentent l’épine, Verte ou enflammée, le tourbillon l’emportera. Le juste sera dans la joie, à la vue de la vengeance; Il baignera ses pieds dans le sang des méchants. Et les hommes diront: Oui, il est une récompense pour le juste; Oui, il est un Dieu qui juge sur la terre. Psaumes 58: 7-11
Mon Dieu! mon Dieu! pourquoi m’as-tu abandonné, Et t’éloignes-tu sans me secourir, sans écouter mes plaintes? (…) De nombreux taureaux sont autour de moi, Des taureaux de Basan m’environnent. Ils ouvrent contre moi leur gueule, Semblables au lion qui déchire et rugit. Psaumes 22: 2-13
Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation… Donc j’ai dit: Voici, je viens. Psaume 40: 7-8
Ils ne l’ont ni tué ni crucifié (…) ce n’était qu’un faux semblant ! (…) mais Dieu l’a élevé vers Lui. Le Coran (4 : 157-158)
L’amour est enfant de Bohême, Il n’a jamais, jamais connu de loi; Si tu ne m’aimes pas, je t’aime; Si je t’aime, prends garde à toi! (Prends garde à toi!) Si tu ne m’aimes pas, Si tu ne m’aimes pas, je t’aime; (Prends garde à toi!) Mais si je t’aime, si je t’aime; Prends garde à toi! Carmen
« Dionysos contre le « crucifié » : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyr – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le « crucifié » en tant qu’il est « innocent », sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation.  (…) L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude.  G.K. Chesterton
Dans certains des Psaumes l’esprit de haine nous frappe au visage comme la chaleur d’une fournaise. Dans d’autres cas, le même esprit cesse d’être effrayant mais c’est pour devenir (aux yeux de l’homme moderne) presque comique par sa naïveté. (…) Si nous excusons les poètes des Psaumes sous prétexte qu’ils n’étaient pas chrétiens, nous devrions pouvoir montrer que les auteurs païens expriment le même genre de choses et pire encore (….) Je peux trouver en eux de la lascivité, une bonne dose d’insensibilité brutale, une froide cruauté qui va de soi pour eux, mais certainement pas cette fureur ou cette profusion de haine…. La première impression que l’on en retire est que les Juifs étaient bien plus vindicatifs et acerbes que les païens. CS Lewis
Il y a une quantité incroyable de violence dans des pièces telles que Médée ou les Bacchantes, dans la tradition dionysiaque dans son ensemble qui est centrée sur le lynchage. L’Iliade n’est rien d’autre qu’une chaîne d’actes de vengeance ; mais ce que C. S. Lewis et Nietzsche disent sur cette question est sans doute vrai si le problème est défini de la façon qu’ils le définissent il, à savoir en termes non pas de pure quantité de violence exposée mais de l’intensité de la rancoeur ou du ressentiment. (…) Même si les Bacchantes d’Euripide ne sont pas loin de prendre la défense de la victime, en fin de compte elles ne le font pas. Le lynchage du roi Penthée de la propre main de sa mère et de ses sœurs est horrible certes, mais pas mauvais; il est justifié. Le  roi Penthée est coupable de s’immiscer dans les rituels religieux des Bacchantes, coupable de s’opposer au dieu Dionysos lui-même. René Girard
On dit que les Psaumes de la Bible sont violents, mais qui s’exprime dans les psaumes, sinon les victimes des violences des mythes : “Les taureaux de Balaam m’encerclent et vont me lyncher”? Les Psaumes sont comme une fourrure magnifique de l’extérieur, mais qui, une fois retournée, laisse découvrir une peau sanglante. Ils sont typiques de la violence qui pèse sur l’homme et du recours que celui-ci trouve dans son Dieu. René Girard
Mahomet s’est établi en tuant ; Jésus-Christ en faisant tuer les siens. Mahomet en défendant de lire; Jésus-Christ en ordonnant de lire. Enfin cela est si contraire, que si Mahomet a pris la voie de réussir humainement, Jésus-Christ a pris celle de périr humainement. Et au lieu de conclure, que puisque Mahomet a réussi, Jésus-Christ a bien pu réussir ; il faut dire, que puisque Mahomet a réussi, le Christianisme devait périr, s’il n’eût été soutenu par une force toute divine. Pascal
Ceux qui considèrent l’hébraïsme et le christianisme comme des religions du bouc émissaire parce qu’elles le rendent visible font comme s’ils punissaient l’ambassadeur en raison du message qu’il apporte. René Girard
La condition préalable à tout dialogue est que chacun soit honnête avec sa tradition. A l’égard de l’islam, les chrétiens ont battu leur coulpe. Au point d’oublier que le Coran a récupéré et transposé leur patrimoine symbolique. Les figures bibliques majeures (Abraham, Moïse, Jésus) sont en effet totalement transformées, islamisées, dans le but d’accuser les  » juifs » et les  » chrétiens » d’être des falsificateurs de la Révélation, de s’être volontairement détournés de la vérité qu’ils avaient reçue à l’origine. Il y a, dans le Coran, à la fois imitation et rejet du judéo-christianisme. (…) les chrétiens ont repris tel quel le corpus de la Bible hébraïque. Saint Paul parle de  » greffe » du christianisme sur le judaïsme, ce qui est une façon de ne pas nier celui-ci. Et, au XXe siècle, les chrétiens ont eu une lucidité critique à l’égard du judaïsme, en reconnaissant qu’ils avaient pu faire une lecture abusive, antijuive de leurs Ecritures. Dans l’islam, le corpus biblique est, au contraire, totalement remanié pour lui faire dire tout autre chose que son sens initial : certains éléments sont montés en épingle, d’autres sont occultés. La récupération sous forme de torsion ne respecte pas le texte originel sur lequel, malgré tout, le Coran s’appuie. René Girard
Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques. René Girard
Pour restituer à la crucifixion sa puissance de scandale, il suffit de la filmer telle quelle, sans rien y ajouter, sans rien en retrancher. Mel Gibson a-t-il réalisé ce programme jusqu’au bout ? Pas complètement sans doute, mais il en a fait suffisamment pour épouvanter tous les conformismes. René Girard
Dans certains des Psaumes l’esprit de haine nous frappe au visage comme la chaleur d’une fournaise. Dans d’autres cas, le même esprit cesse d’être effrayant mais c’est pour devenir (aux yeux de l’homme moderne) presque comique par sa naïveté. (…) Si nous excusons les poètes des Psaumes sous prétexte qu’ils n’étaient pas chrétiens, nous devrions pouvoir montrer que les auteurs païens expriment le même genre de choses et pire encore (….) Je peux trouver en eux de la lascivité, une bonne dose d’insensibilité brutale, une froide cruauté qui va de soi pour eux, mais certainement pas cette fureur ou cette profusion de haine…. La première impression que l’on en retire est que les Juifs étaient bien plus vindicatifs et acerbes que les païens. CS Lewis
Il est utile de dissiper une opinion répandue, si souvent invoquée par les musulmans réformateurs comme par bon nombre d’intellectuels occidentaux : la Bible contiendrait encore plus de violence que le Coran, dans la mesure où elle contiendrait encore plus de passages où Dieu se montre cruel que le Livre saint de l’islam. C’est l’exemple type de l’incompréhension qui règne entre l’Occident et l’Orient, idée fixe que l’on retrouve tant dans le discours interreligieux que dans la doxa nihiliste. (…) la Bible relate l’histoire du peuple hébreu, narration parfois fastidieuse de mille pérégrinations effectuées sous le regard de Dieu. Que le texte comporte des scènes de massacre collectif, des meurtres, des viols, des supplices et des bains de sang est choquant à l’aune de l’universalisme contemporain tout en étant rigoureusement conforme à la tristesse du champ historique concerné. Christian Makarian
Il y a une quantité incroyable de violence dans des pièces telles que Médée ou les Bacchantes, dans la tradition dionysiaque dans son ensemble qui est centrée sur le lynchage. L’Iliade n’est rien d’autre qu’une chaîne d’actes de vengeance ; mais ce que C. S. Lewis et Nietzsche disent sur cette question est sans doute vrai si le problème est défini de la façon qu’ils le définissent il, à savoir en termes non pas de pure quantité de violence exposée mais de l’intensité de la rancoeur ou du ressentiment. (…) Même si les Bacchantes d’Euripide ne sont pas loin de prendre la défense de la victime, en fin de compte elles ne le font pas. Le lynchage du roi Penthée de la propre main de sa mère et de ses sœurs est horrible certes, mais pas mauvais; il est justifié. Le  roi Penthée est coupable de s’immiscer dans les rituels religieux des Bacchantes, coupable de s’opposer au dieu Dionysos lui-même. René Girard
On dit que les Psaumes de la Bible sont violents, mais qui s’exprime dans les psaumes, sinon les victimes des violences des mythes : “Les taureaux de Balaam m’encerclent et vont me lyncher”? Les Psaumes sont comme une fourrure magnifique de l’extérieur, mais qui, une fois retournée, laisse découvrir une peau sanglante. Ils sont typiques de la violence qui pèse sur l’homme et du recours que celui-ci trouve dans son Dieu. René Girard
De nombreux commentateurs veulent aujourd’hui montrer que, loin d’être non violente, la Bible est vraiment pleine de violence. En un sens, ils ont raison. La représentation de la violence dans la Bible est énorme et plus vive, plus évocatrice, que dans la mythologie même grecque. (…) Il est une chose que j’apprécie dans le refus contemporain de cautionner la violence biblique, quelque chose de rafraîchissant et de stimulant, une capacité d’indignation qui, à quelques exceptions près, manque dans la recherche et l’exégèse religieuse classiques. (…) Une fois que nous nous rendons compte que nous avons à faire au même phénomène social dans la Bible que la mythologie, à savoir la foule hystérique qui ne se calmera pas tant qu’elle n’aura pas lynché une victime, nous ne pouvons manquer de prendre conscience du fait de la grande singularité biblique, même de son caractère unique. (…) Dans la mythologie, la violence collective est toujours représentée à partir du point de vue de l’agresseur et donc on n’entend jamais les victimes elles-mêmes. On ne les entend jamais se lamenter sur leur triste sort et maudire leurs persécuteurs comme ils le font dans les Psaumes. Tout est raconté du point de vue des bourreaux. (…) Pas étonnant que les mythes grecs, les épopées grecques et les tragédies grecques sont toutes sereines, harmonieuses et non perturbées. (…) Pour moi, les Psaumes racontent la même histoire de base que les mythes mais retournée, pour ainsi dire. (…) Les Psaumes d’exécration ou de malédiction sont les premiers textes dans l’histoire qui permettent aux victimes, à jamais réduites au silence dans la mythologie, d’avoir une voix qui leur soit propre. (…) Ces victimes ressentent exactement la même chose que Job. Il faut décrire le livre de Job, je crois, comme un psaume considérablement élargi de malédiction. Si Job était un mythe, nous aurions seulement le point de vue des amis. (…) La critique actuelle de la violence dans la Bible ne soupçonne pas que la violence représentée dans la Bible peut être aussi dans les évènements derrière la mythologie, bien qu’invisible parce qu’elle est non représentée. La Bible est le premier texte à représenter la victimisation du point de vue de la victime, et c’est cette représentation qui est responsable, en fin de compte, de notre propre sensibilité supérieure à la violence. Ce n’est pas le fait de notre intelligence supérieure ou de notre sensibilité. Le fait qu’aujourd’hui nous pouvons passer jugement sur ces textes pour leur violence est un mystère. Personne d’autre n’a jamais fait cela dans le passé. C’est pour des raisons bibliques, paradoxalement, que nous critiquons la Bible. (…) Alors que dans le mythe, nous apprenons le lynchage de la bouche des persécuteurs qui soutiennent qu’ils ont bien fait de lyncher leurs victimes, dans la Bible nous entendons la voix des victimes elles-mêmes qui ne voient nullement le lynchage comme une chose agréable et nous disent en des mots extrêmement violents, des mots qui reflètent une réalité violente qui est aussi à l’origine de la mythologie, mais qui restant invisible, déforme notre compréhension générale de la littérature païenne et de la mythologie. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
La société du spectacle, [selon] Roger Caillois qui analyse la dimension ludique dans la culture (…), c’est la dimension inoffensive de la cérémonie primitive. Autrement dit lorsqu’on est privé du mythe, les paroles sacrées qui donnent aux œuvres pouvoir sur la réalité, le rite se réduit à un ensemble réglés d’actes désormais inefficaces qui aboutissent finalement à un pur jeu, loedos. Il donne un exemple qui est extraordinaire, il dit qu’au fond les gens qui jouent au football aujourd’hui, qui lancent un ballon en l’air ne font que répéter sur un mode ludique, jocus, ou loedos, société du spectacle, les grands mythes anciens de la naissance du soleil dans les sociétés où le sacré avait encore une valeur. (…) Nous vivons sur l’idée de Malraux – l’art, c’est ce qui reste quand la religion a disparu. Jean Clair
Pour l’islam (…) j’aime bien leur symbole, le croissant de lune, je le trouve beaucoup plus beau que la croix, peut-être parce qu’il n’a pas quelqu’un de cloué dessus. Pat Condell
I do think it’s a cultural catharsis, and it’s a cinematic catharsis. Even — it can even be good for the soul, actually. I mean, not to sound like a brute, but one of the things though that I actually think can be a drag for a whole lot of people about watching a movie about, either dealing with slavery or dealing with the Holocaust, is just, it’s just going to be pain, pain and more pain. And at some point, all those Holocaust TV movies — it’s like, ‘God, I just can’t watch another one of these.’ But to actually take an action story and put it in that kind of backdrop where slavery or the pain of World War II is the backdrop of an exciting adventure story — that can be something else. And then in my adventure story, I can have the people who are historically portrayed as the victims be the victors and the avengers. Tarantino
What happened during slavery times is a thousand times worse than [what] I show. So if I were to show it a thousand times worse, to me, that wouldn’t be exploitative, that would just be how it is. If you can’t take it, you can’t take it. (…) Now, I wasn’t trying to do a Schindler’s List you-are-there-under-the-barbed-wire-of-Auschwitz. I wanted the film to be more entertaining than that. … But there’s two types of violence in this film: There’s the brutal reality that slaves lived under for … 245 years, and then there’s the violence of Django’s retribution. And that’s movie violence, and that’s fun and that’s cool, and that’s really enjoyable and kind of what you’re waiting for. (…) The only thing that I’ve ever watched in a movie that I wished I’d never seen is real-life animal death or real-life insect death in a movie. That’s absolutely, positively where I draw the line. And a lot of European and Asian movies do that, and we even did that in America for a little bit of time. … I don’t like seeing animals murdered on screen. Movies are about make-believe. … I don’t think there’s any place in a movie for real death. (…)There haven’t been that many slave narratives in the last 40 years of cinema, and usually when there are, they’re usually done on television, and for the most part … they’re historical movies, like history with a capital H. Basically, ‘This happened, then this happened, then that happened, then this happened.’ And that can be fine, well enough, but for the most part they keep you at arm’s length dramatically. (…) There haven’t been that many slave narratives in the last 40 years of cinema, and usually when there are, they’re usually done on television, and for the most part … they’re historical movies, like history with a capital H. Basically, ‘This happened, then this happened, then that happened, then this happened.’ And that can be fine, well enough, but for the most part they keep you at arm’s length dramatically. Because also there is this kind of level of good taste that they’re trying to deal with … and frankly oftentimes they just feel like dusty textbooks just barely dramatized. (…) I like the idea of telling these stories and taking stories that oftentimes — if played out in the way that they’re normally played out — just end up becoming soul-deadening, because you’re just watching victimization all the time. And now you get a chance to put a spin on it and actually take a slave character and give him a heroic journey, make him heroic, make him give his payback, and actually show this epic journey and give it the kind of folkloric tale that it deserves — the kind of grand-opera stage it deserves. (…) The Westerns of the ’50s definitely have an Eisenhower, birth of suburbia and plentiful times aspect to them. America started little by little catching up with its racist past by the ’50s, at the very, very beginning of [that decade], and that started being reflected in Westerns. Consequently, the late ’60s have a very Vietnam vibe to the Westerns, leading into the ’70s. And by the mid-’70s, you know, most of the Westerns literally could be called ‘Watergate Westerns,’ because it was about disillusionment and tearing down the myths that we have spent so much time building up. Quentin Tarantino
Les films traitant de l’Holocauste représentent toujours les juifs comme des victimes. Je connais cette histoire. Je veux voir quelque chose de différent. Je veux voir des Allemands qui craignent les juifs. Ne tombons pas dans le misérabilisme et faisons plutôt un film d’action fun. Quentin Tarantino
Pourquoi me condamnerait-on ? Parce que j’étais trop brutal avec les nazis ? Quentin Tarantino
Vous savez, nous autres, en Syrie, éprouvons beaucoup d’admiration pour les Allemands ! Vous avez réussi à vous débarrasser de vos juifs, alors que nous, au Proche-Orient, nous subissons encore l’oppression des sionistes ! Migrants syriens
Soixante-dix ans après la défaite du nazisme, l’Allemagne et la Suède découvrent un nouvel antisémitisme. Agressions physiques, menaces et propos douteux : des migrants syriens biberonnés à la haine des juifs rappellent de mauvais souvenirs aux deux pays les plus hospitaliers du continent. (…) C’est donc avec stupéfaction que le public d’outre-Rhin a découvert, ces dernières semaines, qu’il était à nouveau possible de crier « mort aux juifs ! » dans les rues de Berlin. Ces appels au meurtre n’étaient pas hurlés par quelques dizaines de skinheads nostalgiques de Hitler, mais en arabe par plusieurs centaines de manifestants rassemblés devant l’ambassade des États-Unis pour protester contre la reconnaissance, par Donald Trump, de Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël. Pour la première fois depuis 1947, des drapeaux frappés de l’étoile de David sont incendiés en public dans l’ex-capitale du Reich. (…) En Suède, la situation est encore plus préoccupante. Dans ce pays qui a accueilli plus de réfugiés que l’Allemagne en proportion de sa population lors de la grande vague migratoire de 2015, on ne s’est pas contenté de brailler des slogans antijuifs lors des manifestations contre Trump à Stockholm et à Malmö, mais on est passé à l’acte : le 9 décembre, la synagogue de Göteborg, où se déroulait une fête de Hanoukka pour les jeunes de la communauté juive de la ville, a été attaquée au cocktail Molotov. (…) Ces dernières années, la France est le seul pays occidental où des juifs ont été tués pour ce qu’ils sont, par des gens prétendant mener une guerre sainte au nom de l’islam. En 2000, alors que cette judéophobie agressive s’installait dans les territoires perdus de la République, on aurait aimé que de grands journaux populaires se portent au premier rang de la résistance à cette barbarie. Cela n’a pas été le cas, et la tentation d’une soumission à la suédoise est encore bien présente chez nous. Luc Rosenzweig
J’ai vu avec Bizet [dont Brook donnera Carmen en 1981, NDLR] et c’était passionnant, que Bizet a eu un moment de pif, d’inspiration, quand il a lu cette nouvelle de Mérimée, cette petite histoire extraordinairement forte en quelques pages. Ça a touché quelque chose en Bizet qui a senti, sans pouvoir l’exprimer, que ça pourrait être un opéra. Ensuite, consciemment ou inconsciemment, il a joué le jeu : à l’Opéra-comique, la condition était une partition pour tout l’orchestre ; il y avait un chœur et il fallait le faire travailler ; il y avait aussi un chœur d’enfant… et puis un public, qui venait pour le spectacle alors il fallait des processions. Mais pour moi l’intérêt aujourd’hui est d’écouter d’une oreille aussi attentive et vierge que possible la musique. Faire sortir la pureté, la beauté, et la réalité humaine des rapports dans cette musique qui avaient disparu ensuite. Peter Brook
Le point de départ était que j’étais convaincu exactement comme des années avant, avec « La Tragédie de Carmen » que la tendance de l’opéra est de surajouter couche après couche, de ce qui est devenu figé dans une tradition d’un certain ordre. Avec cette tyrannie de la tradition à l’opéra : le compositeur a donné telle et telle indication, et il faut les suivre. Pour moi, [il s’agissait] de recommencer à zéro. On a fait ça avec « Carmen » [en 1981, aux Bouffes du Nord, NDLR] mais, par respect du travail des autres, on a changé le nom et on a dit “La Tradition de Carmen”. Nous avions fait la même chose avec « Pelléas et Mélisande » et l’avions appelé “Impressions de Pelléas” [en 1992 ndlr] et ici, par respect aux autres, ce n’est pas “LA Flûte” mais “UNE Flûte enchantée”. Peter Brook
 Toute femme est amère comme le fiel, mais elle a deux bonnes heures, une au lit, l’autre à sa mort.  Palladas (épigraphe de la nouvelle de Mérimée)
On ne peut pas applaudir le meurtre d’une femme. L’idée m’a été suggérée par le directeur du théâtre qui voulait que je trouve un moyen pour ne pas faire mourir Carmen. Il estime qu’à notre époque, marquée par le fléau des violences faites aux femmes, il est inconcevable qu’on applaudisse le meurtre de l’une d’elles. Un mois après la proposition du directeur, je suis revenu avec ma solution où Carmen ne meurt pas mais se défend contre son agresseur d’une façon inattendue, comme n’importe qui le ferait à sa place. (…) Don José se rend compte que le fait d’avoir poussé Carmen à un geste aussi extrême revient à l’avoir tuée et ses dernières paroles Vous pouvez m’arrêter. C’est moi qui l’ai tuée prennent alors une dimension symbolique (…) Bizet avait situé Carmen en 1830, soit quarante-cinq ans avant sa première représentation. J’ai donc mis la même distance entre ma version et le moment où elle est jouée, pour que les spectateurs soient placés dans les mêmes conditions temporelles vis-à-vis de l’œuvre. Mais ce n’est pas une violence gratuite, car on pourrait facilement tomber dans une vision manichéenne des choses avec d’un côté les hommes affreux, sales et méchants, et de l’autre les femmes gentilles. Don José est un homme qui combat ses démons intérieurs, il a des moments de douceur et de générosité puis des accès de grande violence comme cela arrive dans les foyers où sévissent les violences conjugales. Leo Muscato
Dans la version que j’ai faite à l’opéra de Lyon, elle ne mourait pas non plus, elle se relevait et elle partait, comme si le geste de Don José n’avait pas été un geste mortel, elle l’abandonnait à son sort. Je pense qu’il y a dans certains opéras du XIXe, une manière de traiter les personnages féminins qui, dans certains cas, n’est plus acceptable aujourd’hui. Je peux donc comprendre que l’on propose une autre fin. Nous allons avoir des difficultés, moi qui ai une Traviata dans les tuyaux, dans la représentation de la femme. Dans ces opéras du XIXe siècle, la femme est très souvent une victime. Pire encore : une victime consentante. C’est très difficile à traiter aujourd’hui. En tout cas, cela nous pose une question. Mais on peut tout faire, il n’y a absolument aucune règle. Evidemment on peut aussi faire quelque chose qui ne plait pas à certains, mais la liberté reste totale pour les artistes heureusement !  Olivier Py
Ce n’est pas la première ni la dernière fois que l’opéra tente de sortir du formol en s’offrant une petite polémique, sur fond de mise en scène peu conventionnelle. Précisons d’abord qu’à l’opéra, tout est convention: le nœud papillon, le duo d’amour, cette idée géniale et impossible que si tout le monde chante ensemble, on s’entend quand même, l’entracte et son champagne obligatoire, jusqu’aux choristes qui annoncent pendant dix minutes qu’ils s’en vont et restent sur place en tapant du pied. Modifiez une de ces conventions et vous trouverez toujours deux ou trois pisse-vinaigre pour crier aussi fort que la Malibran que c’est leurs souvenirs qu’on assassine. À Florence (Teatro del Maggio) donc, où la saison ne brille guère par l’originalité (standards de Bellini, Donizetti, Rossini, Verdi, Puccini et, donc, Carmen), on s’autorise une sortie de route savamment orchestrée. Le metteur en scène Leo Muscato dit avoir réécrit le final «parce qu’on ne peut pas applaudir le meurtre d’une femme». «L’idée m’a été suggérée par le directeur du théâtre qui voulait que je trouve un moyen pour ne pas faire mourir Carmen», a-t-il expliqué, ajoutant que le directeur estimait «qu’à notre époque marquée par le fléau des violences faites aux femmes, il est inconcevable qu’on applaudisse le meurtre de l’une d’elles». Aussitôt, le petit monde de l’opéra, tout comme ceux qui n’y foutent jamais les pieds, s’empare du sujet. Il y a les pour et les contre, c’est aussi simpliste qu’un air de ténor. L’opéra, on l’aime aussi pour ça: en gros, un type change la fin de Carmen et c’est comme s’il avait brûlé la Bibliothèque nationale et infligé à Georges Bizet un deuxième infarctus. Preuve s’il en était besoin que l’opéra est d’abord un musée où le public se précipite pour admirer La Joconde et détourne le regard lorsque Duchamp lui ajoute une moustache. Ce qui explique, à Florence comme ailleurs, que le théâtre lyrique tente souvent de se moderniser contre son public. Celui-ci préfère invariablement Les Noces de Figaro et Carmen à une œuvre de Janáček (hein, quoi?) ou de Berg (qui ça?) et sèche assidûment les créations contemporaines, dont les places sont régulièrement bradées. Raffolant du répertoire, ce public est, par essence, conservateur. Quiconque, dans une carrière de spectateur, a vu dix ou quinze fois Don Giovanni en a une idée assez précise et n’aime pas trop être bousculé dans ses certitudes. (…) Or, dans un monde multiculturel et métissé, cet entre-soi a quelque chose d’anachronique, voire de problématique parce que l’opéra coûte cher et dépend très largement de subventions publiques. Aussi l’institution donne-t-elle des gages. L’opéra est un contributeur net à l’économie locale, assure-t-on. Son public se renouvelle, se rajeunit, il ne serait pas si vieux, et il est vrai qu’on y envoie souvent des hordes de collégiens qui gloussent sous les «chuuuut !» indignés des abonnés. C’est dans ce contexte que s’inscrit un vaste mouvement de «dépoussiérage» des œuvres, sous l’impulsion de metteurs en scène venus du théâtre. Avec, à la clef, de vifs mécontentements. Le scandale le plus connu est celui du Ring de Patrice Chéreau, qui dressa contre le jeune metteur en scène français un public de wagnériens farouchement conservateurs, jusqu’à la xénophobie. Dans les années 1980, Peter Sellars défraya la chronique en transposant Mozart dans le ghetto noir de Harlem: Don Giovanni, noir, mangeant des hamburgers, se shootant à l’héro, vous n’y songez pas! Fort heureusement, c’était à Bobigny. Les théâtres allemands, belges, nééerlandais prirent l’habitude de ce que l’on nomme parfois le RegieTheater (théâtre du metteur en scène). Quelques années plus tard, avec Gérard Mortier, l’Opéra de Paris s’ouvrit à son tour à l’impensable. Et son public adora huer les metteurs en scène, qui y trouvèrent une forme de reconnaissance. Comme le plasticien du début du XXe siècle, le metteur en scène doit être sifflé pour exister. Bref, tout le monde aime le scandale, les dirigeants des théâtres aussi parce que «l’important, c’est qu’on en parle». C’est le minimum syndical que faisait joyeusement observer Lambert Wilson en 2006: «C’est la moindre des choses que des gens soient offusqués!» Le mini scandale florentin est donc bien la moindre des choses que l’opéra doit à son public. Un quart d’heure de gloire lyrique. Exister dans le brouhaha. Ce n’est pas si facile car les mises en scène sulfureuses (…) sont en train de devenir un marronnier de la critique musicale: des nazis comme s’il en pleuvait, des coïts par-ci, un viol par-là et, bien sûr, des figurants à poil. Le talent des metteurs en scène n’est pas en cause. Après tout, trouver des idées neuves lorsqu’une œuvre a été déjà montrée des milliers de fois n’est pas chose aisée. Souvent, le résultat est stimulant. Mais, peu à peu, se glisse insidieusement un déplaisant arrière-goût de marketing dans cette surenchère à la provocation et au détournement. À l’image de l’annonce de l’arrivée de Calixto Bieito à l’Opéra de Paris: «Celui par qui arrive le scandale.» Lisez: celui dont on espère le scandale. À Florence, c’est exactement ce qui est en jeu. Faire oublier qu’on programme une oeuvre archi-connue pour satisfaire son public (conservatisme) et en faire un triple salto de l’innovation bien pensante. Que Carmen refuse de se faire tuer (et c’est souvent dans une pulsion suicidaire) par Don José mais lui résiste et l’abatte, pourquoi pas? (…) De fait, Carmen, qui jouit sans entrave, est une des rares héroïnes d’opéra à refuser la soumission qu’impose l’opéra, cette Défaite des femmes, comme l’expliqua Catherine Clément. (…) Demain, si des metteurs en scène l’imaginent, on pourra aussi applaudir Carmen puritaine, lesbienne, vegan, flic, fabriquant des cigarettes électroniques, couchant avec Prosper Mérimée ou Georges Bizet, ou les deux à la fois, puis les tuant ensuite, déguisée en mante religieuse, présidente des États-Unis ou journaliste à L’Écho des Tziganes. La liberté théâtrale est celle-ci: la vérité d’un instant, la force d’une transposition, le génie d’une situation. Ça peut être sublime –c’est parfois raté– mais ça vit. Il est malheureusement regrettable qu’à Florence, ce geste s’accompagne d’un discours lénifiant et contreproductif. Il ne s’agirait pas d’une audace artistique mais d’une soumission à l’air du temps. On ne pourrait plus applaudir (donc montrer) le meurtre d’une femme aujourd’hui. Cet argument laisse pantois. Qui peut croire qu’en cachant un meurtre, celui-ci n’existe pas? Lorsque la violence faite aux femmes s’impose chaque jour dans le débat public, elle ne devrait plus être visible sur scène? L’opéra cesserait d’être un plateau pour devenir une estrade politique, un école des bonnes moeurs. Ce serait risible s’il n’y avait, hélas, des précédents. En 2006, le Deutsche Oper s’est interdit de montrer une tête de Mahomet, à côté de Bouddha et Jésus. En 2014 et 2015, une mise en scène de Dialogue des Carmélites a été interdite par la justice, jugements heureusement cassés en appel. Réfuter la liberté du metteur en scène de Carmen en la cadenassant dans un discours moral est non seulement absurde mais aussi contreproductif. Dire qu’il est « inconcevable » de montrer quelque chose au théâtre revient à donner raison aux bigots de toutes sortes qui ne rêvent que de censures et d’interdictions. C’est adopter leur langage, faire nôtre leur pauvre argumentation, céder à une peur obscurantiste, s’interdire le libre-arbitre. Jean-Marc Proust
Les transgressions sont souvent sexuelles (mais pas toujours). En 2012, une mise en scène de La Traviata de Verdi faisait polémique à La Monnaie de Bruxelles : la metteure en scène allemande Andrea Breth souhaitait déployer une réflexion sur les classes dirigeantes et l’hypocrisie sociale contemporaine à travers le livret originel, signé Francesco Maria Piave. Le scandale arrive à l’acte III : la présence d’une enfant entre les mains d’un homme bien plus âgé qu’elle, en pleine scène d’orgie, choque. Une polonaise finale dansée par des cow-boys à moitié nus pour l’opéra Eugène Onéguine, de Tchaïkovski ? C’est la variante que tricotera le metteur en scène Krzysztof Warlikowski en 2007 au Bayerische Staatsoper de Munich à partir du livret Eugène Onéguine. Un livret qui nous vient de la main même du compositeur de l’opéra, dont Warlikowski revendiquera de réinterpréter l’oeuvre à l’aune de l’homosexualité du compositeur russe. Le résultat ? Un Eugène Onéguine, dandy de Saint-Pétersbourg, prenant en duel son ami, le jeune poète Lensky… dans un lit. (…) 2015, un scandale secouera le festival d’Aix-en-Provence. Le metteur en scène autrichien, Martin Kusej, imaginera un Enlèvement au Sérail transposé à l’époque du terrorisme de Daech. Le sérail est devenu un camp djihadiste. Sans censurer totalement l’oeuvre, la direction du festival d’art lyrique contraint le metteur en scène à supprimer deux images, celle d’une décapitation, et celle d’un drapeau de Daech. (…) Mozart djihadiste et Wagner… nazi ? C’est une tarte à la crème, que le metteur en scène Bukhard Kosminski a visiblement prise au pied de la lettre en 2013, à l’opéra de Düsseldorf. Le public, bouleversé, découvrira à la première du Tannhäuser de Bukhard Kosminski une mise en scène brutale : l’intrigue est transposée dans les années 1940. Les personnages du livret écrit par Wagner lui-même, deviennent des bourreaux SS, ou leurs victimes. Rien n’est épargné aux spectateurs : des chanteurs asphyxiés d’un gaz blanc, jusqu’aux croix gammées, en passant par l’exécution d’une famille juive. (…) Des colonnes surmontées de phallus géants en guise de décor, et un Hercule viril à poil le temps d’une scène. Cette mise en scène de l’opéra de Vivaldi par John Pascoe, en 2006, a marqué les esprits. (…) Un hardeur qui traverse la scène, entièrement nu, pour évoquer la luxure du Venusberg, cette montagne mythique où Vénus retient captif le chevalier Tannhäuser ? C’était sous la houlette d’Olivier Py, à Genève en 2005. Sept ans plus tard, le metteur en scène sera à nouveau hué au lever de rideau pour la Première de sa Carmen, de Bizet, à Lyon. (…) La Carmen vue par Olivier Py est donc meneuse de revue ultra sexy – en tenue d’Ève ou en culotte soutien-gorge rouge vif la plupart du temps – d’un cabaret miteux situé dans un faubourg dangereux. (…) Peut-on passer à la trappe les passages les plus pénibles ? Il est rarissime que le Ring de Wagner soit donné dans son intégralité. En proposant une saison, un opéra cherche aussi à faire le plein et les représentations à rallonge sont réputées faire fuir le public. Aux Bouffes du Nord, Peter Brook donnera une Flûte enchantée d’1 heure 15… au lieu des 2 h 30, voire 3 heures habituelles. « Une version resserrée », dit-on pudiquement ? Un écrémage pour gagner en efficacité quitte à y perdre l’esprit originel, contestent plutôt certains puristes. (…) En décembre 2017, à l’opéra Bastille, c’est dans l’espace que le metteur en scène Claus Guth a envoyé La Bohème de Puccini, s’attirant les sifflets et les foudres des puristes. Le texte des deux librettistes Giacosa et Illica est respecté, mais alors que l’action se passe normalement dans le Paris des années 1830, tout se déroule à l’intérieur d’une navette spatiale à la dérive, puis sur une surface lunaire métaphorisant la mort. A Londres, en 2015, au prestigieux Royal Opera House, une mise en scène du Guillaume Tell de Rossini faisait scandale. Parce que le metteur en scène, Damiano Michieletto, avait décidé de transposer l’argument d’Etienne de Jouy dans la Bosnie des années 1990. Mais aussi pour son insoutenable scène de viol au troisième acte : une femme est jetée à terre, traînée, déshabillée, et vingt soldats lui passent sur le corps durant cinq longues minutes. Lors de la première représentation, les sifflets des spectateurs contraignent l’orchestre à s’interrompre un moment. Peter Brook (…) fera certes scandale à ses débuts, en adaptant Salomé à Covent Garden en 1949, mais pas pour des digressions à base de viols collectifs ou de partouzes. Brook avait alors la vingtaine, et le jeune metteur en scène défrayera la chronique pour avoir tout simplement préféré des décors construits aux habituelles toiles peintes de fond de scène. Décors qu’il confiera à Salvador Dali. Chloé Leprince et Hélène Combis-Schlumberger
Tout le monde accuse les femmes, et moi je les excuse De changer d’amour mille fois par jour ; Les uns appellent cela un vice, les autres une habitude, Quant à moi je crois que c’est une nécessité du cœur. Il ne faut pas que l’amant abusé Condamne les autres, mais se reproche sa propre erreur ; Qu’elles soient jeunes ou vieilles, belles ou laides, Répétez avec moi : elles font toutes ainsi. Cosi fan tutte
C’est une Carmen absolument enragée. Il faudrait la bâillonner et mettre un terme à ses coups de hanche effrénés en l’enfermant dans une camisole de force après l’avoir rafraîchie d’un pot à eau versé sur la tête. Critique de l’époque
Ce livret [de Cosi fan tutte] est particulier parce que, soit on le prend d’un côté très bouffe, soit on peut en faire un marivaudage assez cruel… et moi, ce qui m’a intéressé dans ce livret, c’est la brutalité. La brutalité du rapport homme femme, une espèce d’asservissement au désir. Christophe Honoré
Femme forte ou victime broyée par son amant jaloux sous vos applaudissements ? C’est la question que nous renvoie Leo Mascato, qui a carrément pris une liberté inouïe avec le livret originel en inversant la dramaturgie. Loin, très loin de la version de Carmen donnée par Kasper Holten à l’été 2017 au Bregenz Festival, en Autriche, où Don José noyait Carmen sous l’eau de la scène. Jérôme Clément
A l’opéra, même les rôles de femmes réputées fortes se révèlent souvent ambivalents, révélant combien l’époque a pu discréditer la liberté de la femme, et plus encore l’égalité entre les sexes. (…) Au cœur de la polémique Carmen recréée par le Teatro del Maggio Musicale de Florence, le contre-pied radical du metteur en scène, Leo Muscato, qui réinvente le final « parce on ne peut pas applaudir le meurtre d’une femme ». Ce n’est pas Carmen qui meurt, assassinée sur scène par son ancien amant, jaloux, mais Don José qui se fait tirer dessus par l’héroïne. Qui en sortirait grandie, assure l’opéra de Florence pour qui on ne peut plus tolérer de faire acclamer sur scène un féminicide à notre époque. Soit près de 150 ans après la création de Carmen par Bizet. Opéra le plus joué au monde, Carmen avait été créé par Georges Bizet en 1875 à Paris, à l’Opéra-Comique. L’intrigue se passe un demi-siècle plus tôt, à Séville, dans le livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy qui travaillèrent à partir de la nouvelle de Prosper Mérimée. A l’époque, le final avait fait scandale : faire assassiner une femme volage sur scène au nez et à la barbe du public bon teint de l’Opéra-Comique, réputé “familial”, avait fait des remous. Mais quand on regarde de plus près les archives du journal Le Siècle que France Musique a exhumées l’an dernier, on se rend compte que c’est au moins autant pour sa sensualité échevelée que pour le féminicide que l’on s’indigne dans la société parisienne. (…) Plus d’un siècle plus tard, c’est ce féminicide que l’opéra de Florence cherche à nouveau à dénoncer, à rebours de tout le discours habituel qui tend plutôt à faire passer Carmen la Gitane pour une incarnation de la femme forte. Femme forte ou victime broyée par son amant jaloux sous vos applaudissements ? C’est la question que nous renvoie Leo Mascato, qui a carrément pris une liberté inouïe avec le livret originel en inversant la dramaturgie. Loin, très loin de la version de Carmen donnée par Kasper Holten à l’été 2017 au Bregenz Festival, en Autriche, où Don José noyait Carmen sous l’eau de la scène. L’opéra de Luigi Cherubini, Médée, avait été créé à Paris, au théâtre Feydeau, en 1797 (…) s’inspire (…) de Sénèque et Euripide et réinvente la tragédie grecque sans trop s’en éloigner. L’argument explore en effet les fondements d’une tragédie où la figure de la femme est sacrifiée : trompée par Jason, Médée promet de se venger… et y perd à peu près tout. L’opéra de Cherubini et Hoffman en fait une mère vengeresse qui, bafouée, est prise d’une folie sanguinaire. Elle poignarde ses deux enfants et menace Jason, tandis que brûle le temple auquel elle a mis le feu (…) Figure de femme hystérique et meurtrière finalement réduite à une ombre, le personnage de Médée conférera pourtant à l’opéra du même nom un succès immense : l’accueil de l’oeuvre de Cherubini en Europe est excellent. (…) Chez Wolfgang Amadeus  Mozart, la femme n’est pas toujours une figure aussi forte que la Reine de la Nuit (dans La Flûte enchantée). Entre 1786 et 1790, Mozart livre trois opéras, Les Noces de Figaro, Don Giovanni et Cosi fan tutte. Écrits par un même librettiste, Lorenzo Da Ponte, visiblement décidé à brosser une image peu flatteuse de la femme ! Futile, bavarde et surtout infidèle, la femme est une vraie mégère. Dans Cosi fan Tutte, c’est carrément le titre de l’oeuvre qui nous raconte le propos : “Cosi fan tutte” signifie, littéralement “Elle font toutes ainsi”. C’est-à-dire : tromper leur moitié allègrement. L’opéra est créé en 1790 dans la foulée de Don Giovanni que Joseph II avait trouvé à son goût. (…) L’histoire se passe à Naples au XVIIIe siècle, et développe une histoire de trahison de leurs maris respectifs par deux fiancées volages. L’intrigue donne raison à Don Alfonso, personnage cynique qui promettait de démontrer l’infidélité des femmes. (…) Deux-cent-vingt ans plus tard, c’est Christophe Honoré qui se frottera au monument lyrique, en 2016, avec au festival d’Aix-en-Provence un Cosi fan tutte décentré dans la bonne société expatriée blanche d’Abyssinie. Ecoutez-le évoquer sa lecture de l’opéra de Mozart dans “La Grande table”, le 4 juillet 2016. Pour lui, le propos principal de cet opéra n’est pas tant la frivolité ou l’infidélité, qu’il regarde comme une lecture naïve de ce qu’a fait Mozart, mais plutôt la xénophobie et le rejet de l’autre dont il parle comme “une bêtise profonde, beaucoup plus idéologique”. Chloé Leprince
L’ouvrière Fantine, acculée misérablement à la prostitution, plutôt que de mourir de faim pourrait, en un geste de révolte féminin autant que citoyen, étrangler l’homme Javert de ses deux pauvres mains. Dans la liste de Schindler, Spielberg, sévèrement chapitré, ferait pendre à présent les SS d’Hitler par des juifs en colère. Gilles William Goldnadel
Carmen avait fait scandale en 1875. Enfin, vous n’y pensez pas, à l’opéra-Comique, le théâtre des familles, montrer la mort d’une femme ! Les conservateurs poussaient de grands cris effarouchés.Les conservateurs d’aujourd’hui, les champions de la censure tous azimuts, se recrutent dans les rangs des « progressistes ». Enfin, vous n’y pensez pas ! Montrer aujourd’hui la mort d’une femme, victime de la « violence masculine » ! Transformant de façon radicale la nouvelle de Mérimée, Meilhac et Halévy, les anciens complices d’Offenbach, avaient fait du personnage de Carmen une femme libre qui refuse justement d’être le jouet des hommes. Carmen est prête à tout pour conserver sa liberté, prête à mourir. Et elle agit, bien qu’elle sache que le destin l’attend. Sans la fatalité qui pèse sur son parcours, l’itinéraire de Carmen perd toute signification. Refusant toutes les conventions de son temps, Bizet introduisait le drame dès le prélude et construisait toute sa partition pour aboutir au duo final, point d’orgue étincelant et brutal. Musicalement les choses sont claires, Don José est un être faible et jaloux. Carmen un personnage tellement fort qu’elle n’a même pas besoin de ces grands solos usuellement employé sur la scène lyrique. Faire tuer José par Carmen c’est tout simplement n’avoir rien compris à l’œuvre. Elle endosse le rôle de Don José : un pauvre type qui n’a d’autre argument que le coup de couteau. Ne pas faire mourir Carmen c’est aussi aller contre la musique. (…) Tout le monde sait cela (…) sauf les metteurs en scène qui ne comprennent rien à la musique et qui confondent l’opéra et le théâtre. Pour eux, les « textes » ne sont que des « prétextes » à imposer la « bonne parole » au public. (…) Ils ne comprennent même pas que c’est la musique qui vient en premier à l’opéra et qu’on ne peut modifier arbitrairement un texte sans incidence sur la musique construite sur ce texte. Gérard-Michel Thermeau

Tarantinisation ou coranisation ?

En ce monde étrange d’idées chrétiennes devenues folles

Où, politiquement correct oblige, on déboulonne les statues, débaptise les rues ou élimine les croix chrétiennes qui fâchent …

Tout en se refusant à reconnaitre que l’antisémitisme des masses musulmanes qui déferlent actuellement dans nos rues …

Est le même que celui qui, sous prétexte d’occupation, assassine depuis des décennies les citoyens israéliens …

Comment ne pas voir …

La dernière lubie et l’énorme contresens d’un metteur en scène en panne de nouveauté

Qui pour dénoncer, à la Tarantino, la « violence masculine » contre les femmes …

En arrive à rien de moins que de transformer la victime en bourreau …

Abolissant du coup, sans compter le droit moral de l’auteur, 2 000 ans de tradition et d’acquis de la culture occidentale …

Fondés justement sur la révélation de la victimisation d’un parfait innocent …

Qui contrairement à la version coranique faisant de sa mort un faux-semblant …

Assume jusqu’à son ultime prix le choix de la non-violence ?

Carmen censuré à Florence

Aujourd’hui, on réécrit les œuvres du passé, comme Carmen de Bizet, pour satisfaire les fantaisies idéologiques des nouveaux moralistes

Gérard-Michel Thermeau

Contrepoints

10 janvier 2018

Aujourd’hui comme hier, Carmen offusque les bien-pensants.

Carmen avait fait scandale en 1875.

Enfin, vous n’y pensez pas, à l’opéra-Comique, le théâtre des familles, montrer la mort d’une femme ! Les conservateurs poussaient de grands cris effarouchés.

Les conservateurs d’aujourd’hui, les champions de la censure tous azimuts, se recrutent dans les rangs des « progressistes ».

Enfin, vous n’y pensez pas ! Montrer aujourd’hui la mort d’une femme, victime de la « violence masculine » !

Ainsi en ont décidé, de concert, le vertueux directeur et le non moins vertueux metteur en scène, Léo Muscato, au Teatro del Maggio (Florence) applaudis des deux mains par l’encore plus vertueux Olivier Py, qui avait déjà sauvé Carmen d’une mort affreuse, à Lyon, en 2012.

Une remarquable incompréhension

Comment peut-on être tombé aussi bas dans la bêtise crasse et l’incompréhension ?

Transformant de façon radicale la nouvelle de Mérimée, Meilhac et Halévy, les anciens complices d’Offenbach, avaient fait du personnage de Carmen une femme libre qui refuse justement d’être le jouet des hommes.

Carmen est prête à tout pour conserver sa liberté, prête à mourir. Et elle agit, bien qu’elle sache que le destin l’attend. Sans la fatalité qui pèse sur son parcours, l’itinéraire de Carmen perd toute signification.

Refusant toutes les conventions de son temps, Bizet introduisait le drame dès le prélude et construisait toute sa partition pour aboutir au duo final, point d’orgue étincelant et brutal. Musicalement les choses sont claires, Don José est un être faible et jaloux. Carmen un personnage tellement fort qu’elle n’a même pas besoin de ces grands solos usuellement employé sur la scène lyrique.

Faire tuer José par Carmen c’est tout simplement n’avoir rien compris à l’œuvre.

Et Carmen dans tout ça ?

Que devient Carmen ? Elle endosse le rôle de Don José : un pauvre type qui n’a d’autre argument que le coup de couteau.

Pardon, le couteau c’est trop sanguinolent pour notre metteur en scène soucieux d’éviter les éclaboussures.

Ne pas faire mourir Carmen c’est aussi aller contre la musique. C’est diminuer, affadir le personnage de Carmen, tomber dans la banalité.

Tout le monde sait cela.

Tout le monde, bien sûr, sauf les metteurs en scène « conscientisés » qui veulent le bonheur des femmes malgré elles.

Tout le monde, bien sûr, sauf les metteurs en scène qui ne comprennent rien à la musique et qui confondent l’opéra et le théâtre. Pour eux, les « textes » ne sont que des « prétextes » à imposer la « bonne parole » au public.

Des violences conjugales ?

Ils ne comprennent même pas que c’est la musique qui vient en premier à l’opéra et qu’on ne peut modifier arbitrairement un texte sans incidence sur la musique construite sur ce texte.

Pour tout dire, notre bon metteur en scène voit dans la relation entre Carmen et Don José un foyer où « sévissent les violences conjugales ».

Misère et désolation !

À quoi ont donc servi les efforts de Bizet pour transcender une intrigue sordide et donner aux personnages des « habits de lumière » pour reprendre l’heureuse expression de Piotr Kaminski ?1

Mais baste.

La réécriture des chefs-d’œuvre du passé est entamée depuis un certain temps déjà.

Bienvenu dans le « meilleur des mondes » ou 1984. C’est au choix.

Big Mother is watching you.

Voir aussi:

Gilles-William Goldnadel : «Ce n’est pas seulement Bizet qu’on assassin
Gilles William Goldnadel
Le Figaro

08/01/2018

FIGAROVOX/CHRONIQUE – Gilles-William Goldnadel revient cette semaine sur la réécriture de Carmen par Léo Muscato. Il y voit la marque d’un révisionnisme culturel importé tout droit des États-Unis. La culture de progrès s’arroge désormais tous les droits.

Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Il est président de l’association France-Israël. Toutes les semaines, il décrypte l’actualité pour FigaroVox.

Merveilleuse nouvelle pour les femmes, mais moins bonne pour leurs porcs: Carmen ne meurt plus assassinée, car elle donne la mort au postfranquiste Don José.
Par décret directorial du théâtre de Florence, le metteur en scène Léo Muscato a décidé de modifier la fin tragique de la belle cigarettière gitane.

En effet, selon le directeur directif et de progrès du Teatro del Maggio: «à notre époque, marquée par le fléau des violences faites aux femmes, il est inconcevable qu’on applaudisse le meurtre de l’une d’elles».

La même hystérie vengeresse s’est abattue sur le pays à partir de l’affaire hollywoodienne et ses frasques weinsteiniennes.
Je passe, hebdomadairement, mon temps à écrire assez invariablement dans ces colonnes que l’époque est dangereusement névrotique. Depuis la rentrée de septembre et les hystéries électroniques venues de l’Atlantique, je décris désormais un effet d’emballement.

Les émeutes estivales de Charleville et les destructions de statues de généraux sudistes ont traversé l’océan et fait des émules jusque dans Paris où l’on a exigé la mise à bas des suppôts d’esclavagistes Colbert et Dugommier.

La même hystérie vengeresse s’est abattue sur le pays à partir de l’affaire hollywoodienne et ses frasques weinsteiniennes. Non seulement un porc français est publiquement balancé chaque semaine par-dessus bord, mais plus gravement, le discours public est révisé et sévèrement corrigé.

C’est dans ce cadre rien moins que rationnel que j’ai été conduit à plaindre avant les fêtes le sort réservé à un humoriste du nom de Tex, congédié comme un malpropre – et dans l’indifférence – par le service public audiovisuel pour avoir osé faire de l’humour noir sur une femme imaginaire, l’œil au beurre assorti.

Pour ceux qui viendraient à douter de ce que la tragi-comédie de Carmen se situerait dans ce strict cadre révisionniste, la lecture d’un article sans état d’âme publié ce 5 janvier de l’an nouveau sur le site de France Culture est riche d’enseignements. Notamment, les déclarations approbatrices d’Olivier Py qui, comme chacun sait, siège comme un pape de la culture de progrès en Avignon.

À la question, effectivement assez pertinente, peut-on changer la fin d’un opéra datant du XIXe siècle? l’homme qui se vante d’avoir déjà réglé son compte à Don José dans une adaptation pour l’opéra de Lyon en 2012, répond doctement: «dans la version que j’ai faite à l’opéra de Lyon, Carmen ne mourait pas non plus, elle se relevait et partait, comme si le geste de Don José n’avait pas été un geste mortel, elle l’abandonnait à son sort.»

Puis ce décret moralisant pour l’avenir: «je pense qu’il y a dans certains opéras du XIXe, une manière de traiter les personnages féminins, qui, dans certains cas, n’est plus acceptable aujourd’hui. Je peux donc comprendre que l’on propose une autre fin»

Pour persuader encore le sceptique que l’œuvre de révision féministe radicalement engagée est à relier indissociablement au gauchisme culturel de toujours, celui-ci sera sans doute édifié d’apprendre que Léo Moscato à Florence, tout à son ardent désir modificateur, a également transposé le récit dans un camp de Roms des années 80 occupé illégalement par des forces de l’ordre en tenues antiémeutes: «Carmen, qui travaille dans une manufacture de cigarettes voisine du camp, est soumise aux coups de matraque répétés de Don José, un policier irascible et violent» (le Monde du 5 janvier).

Halte là! On ne passe plus les gitanes à tabac. Seulement les policiers.

À coups répétés de boutoir, la bêtise idéologique hystérique, en majesté médiatique, est en train de rendre fou, à lier, l’univers intellectuel et culturel occidental.
Ainsi, en prononçant la peine de mort contre Don José, l’homme de théâtre de progrès ne supprime pas seulement un mâle espagnol trop dominant, mais aussi un flic fascisant.

En collaborateur zélé des démiurges de progrès qui veulent désormais réviser la culture aujourd’hui inacceptable d’un passé dépassé, je propose avec empressement les modifications suivantes:

L’ouvrière Fantine, acculée misérablement à la prostitution, plutôt que de mourir de faim pourrait, en un geste de révolte féminin autant que citoyen, étrangler l’homme Javert de ses deux pauvres mains.

Dans la liste de Schindler, Spielberg, sévèrement chapitré, ferait pendre à présent les SS d’Hitler par des juifs en colère.

Je propose, encore plus définitivement, qu’à la fin, ce soit le méchant qui meurt. Donc l’homme, le policier, plutôt européen.

De manière plus générale, je suggère que l’on impose moralement pour tous les-crèves-la-faim, une meilleure fin.

Mais, trêve de persiflage. À coups répétés de boutoir, la bêtise idéologique hystérique, en majesté médiatique, est en train de rendre fou, à lier, l’univers intellectuel et culturel occidental.

Ce n’est pas seulement Bizet qu’on assassine, c’est tout simplement la raison.

Voir également:

Laissez Carmen tuer Don José (mais sans nous prendre pour des crétins)

Scandale à l’opéra de Florence: dans la mise en scène de Leo Muscato, Carmen ne succombe pas aux coups de Don José, mais se défend et l’abat. Pourquoi? Parce qu’on ne pourrait plus aujourd’hui applaudir le meurtre d’une femme. L’idée est excellente, sa justification consternante.

Jean-Marc Proust

Ce n’est pas la première ni la dernière fois que l’opéra tente de sortir du formol en s’offrant une petite polémique, sur fond de mise en scène peu conventionnelle. Précisons d’abord qu’à l’opéra, tout est convention: le nœud papillon, le duo d’amour, cette idée géniale et impossible que si tout le monde chante ensemble, on s’entend quand même, l’entracte et son champagne obligatoire, jusqu’aux choristes qui annoncent pendant dix minutes qu’ils s’en vont et restent sur place en tapant du pied. Modifiez une de ces conventions et vous trouverez toujours deux ou trois pisse-vinaigre pour crier aussi fort que la Malibran que c’est leurs souvenirs qu’on assassine.

En 2017, «on ne peut pas applaudir le meurtre d’une femme»

À Florence (Teatro del Maggio) donc, où la saison ne brille guère par l’originalité (standards de Bellini, Donizetti, Rossini, Verdi, Puccini et, donc, Carmen), on s’autorise une sortie de route savamment orchestrée.

Le metteur en scène Leo Muscato dit avoir réécrit le final «parce qu’on ne peut pas applaudir le meurtre d’une femme».

«L’idée m’a été suggérée par le directeur du théâtre qui voulait que je trouve un moyen pour ne pas faire mourir Carmen», a-t-il expliqué, ajoutant que le directeur estimait «qu’à notre époque marquée par le fléau des violences faites aux femmes, il est inconcevable qu’on applaudisse le meurtre de l’une d’elles».

Aussitôt, le petit monde de l’opéra, tout comme ceux qui n’y foutent jamais les pieds, s’empare du sujet. Il y a les pour et les contre, c’est aussi simpliste qu’un air de ténor. L’opéra, on l’aime aussi pour ça: en gros, un type change la fin de Carmen et c’est comme s’il avait brûlé la Bibliothèque nationale et infligé à Georges Bizet un deuxième infarctus. Preuve s’il en était besoin que l’opéra est d’abord un musée où le public se précipite pour admirer La Joconde et détourne le regard lorsque Duchamp lui ajoute une moustache.

Moderniser les oeuvres pour un public épris de tradition

Ce qui explique, à Florence comme ailleurs, que le théâtre lyrique tente souvent de se moderniser contre son public. Celui-ci préfère invariablement Les Noces de Figaro et Carmen à une œuvre de Janáček (hein, quoi?) ou de Berg (qui ça?) et sèche assidûment les créations contemporaines, dont les places sont régulièrement bradées. Raffolant du répertoire, ce public est, par essence, conservateur. Quiconque, dans une carrière de spectateur, a vu dix ou quinze fois Don Giovanni en a une idée assez précise et n’aime pas trop être bousculé dans ses certitudes. C’est humain: on se fiche bien de savoir, quand on est plutôt vieux et friqué, si le public se renouvelle et se diversifie –ce que tentent de faire vaillamment la plupart des théâtres. On veut sa Bohème dans un atelier d’artiste où on se les pèle, point barre.

Or, dans un monde multiculturel et métissé, cet entre-soi a quelque chose d’anachronique, voire de problématique parce que l’opéra coûte cher et dépend très largement de subventions publiques. Aussi l’institution donne-t-elle des gages. L’opéra est un contributeur net à l’économie locale, assure-t-on. Son public se renouvelle, se rajeunit, il ne serait pas si vieux, et il est vrai qu’on y envoie souvent des hordes de collégiens qui gloussent sous les «chuuuut !» indignés des abonnés.

Le metteur en scène doit être sifflé pour exister

C’est dans ce contexte que s’inscrit un vaste mouvement de «dépoussiérage» des œuvres, sous l’impulsion de metteurs en scène venus du théâtre. Avec, à la clef, de vifs mécontentements. Le scandale le plus connu est celui du Ring de Patrice Chéreau, qui dressa contre le jeune metteur en scène français un public de wagnériens farouchement conservateurs, jusqu’à la xénophobie. Dans les années 1980, Peter Sellars défraya la chronique en transposant Mozart dans le ghetto noir de Harlem: Don Giovanni, noir, mangeant des hamburgers, se shootant à l’héro, vous n’y songez pas! Fort heureusement, c’était à Bobigny. Les théâtres allemands, belges, nééerlandais prirent l’habitude de ce que l’on nomme parfois le RegieTheater (théâtre du metteur en scène).

Quelques années plus tard, avec Gérard Mortier, l’Opéra de Paris s’ouvrit à son tour à l’impensable. Et son public adora huer les metteurs en scène, qui y trouvèrent une forme de reconnaissance. Comme le plasticien du début du XXe siècle, le metteur en scène doit être sifflé pour exister. Bref, tout le monde aime le scandale, les dirigeants des théâtres aussi parce que «l’important, c’est qu’on en parle». C’est le minimum syndical que faisait joyeusement observer Lambert Wilson en 2006: «C’est la moindre des choses que des gens soient offusqués!»  

Le scandale devient une norme

Le mini scandale florentin est donc bien la moindre des choses que l’opéra doit à son public. Un quart d’heure de gloire lyrique. Exister dans le brouhaha. Ce n’est pas si facile car les mises en scène sulfureuses, ici recensées par France musique, sont en train de devenir un marronnier de la critique musicale: des nazis comme s’il en pleuvait, des coïts par-ci, un viol par-là et, bien sûr, des figurants à poil.

Le talent des metteurs en scène n’est pas en cause. Après tout, trouver des idées neuves lorsqu’une œuvre a été déjà montrée des milliers de fois n’est pas chose aisée. Souvent, le résultat est stimulant. Mais, peu à peu, se glisse insidieusement un déplaisant arrière-goût de marketing dans cette surenchère à la provocation et au détournement. À l’image de l’annonce de l’arrivée de Calixto Bieito à l’Opéra de Paris: «Celui par qui arrive le scandale Lisez: celui dont on espère le scandale. À Florence, c’est exactement ce qui est en jeu. Faire oublier qu’on programme une oeuvre archi-connue pour satisfaire son public (conservatisme) et en faire un triple salto de l’innovation bien pensante.

Une belle idée théâtrale noyée dans un déluge de bons sentiments

Que Carmen refuse de se faire tuer (et c’est souvent dans une pulsion suicidaire) par Don José mais lui résiste et l’abatte, pourquoi pas? Certes, le livret ne dit pas cela. Mais cette vision s’apparente à un véritable coup de théâtre. On applaudit.

Et ensuite?

Ensuite, on s’en fout. Mais alors complètement. Le metteur en scène a quelques représentations pour se faire applaudir (10% de chances) ou huer (90%). Sa mise en scène fera date (10% de chances) ou sera oubliée (90%). Et s’il pense que Carmen peut tuer Don José, pourquoi pas? De fait, Carmen, qui jouit sans entrave, est une des rares héroïnes d’opéra à refuser la soumission qu’impose l’opéra, cette Défaite des femmes, comme l’expliqua Catherine Clément.

Ainsi, Carmen tuera Don José. Excellente idée, qui nous bouscule en nous faisant découvrir dans l’œuvre des éléments que nous n’avions pas perçus, qui n’y sont peut-être pas mais pourraient y être, en tirant du livret une interprétation nouvelle, en modifiant la psychologie d’un personnage qu’on croyait définitivement acquise. Demain, si des metteurs en scène l’imaginent, on pourra aussi applaudir Carmen puritaine, lesbienne, vegan, flic, fabriquant des cigarettes électroniques, couchant avec Prosper Mérimée ou Georges Bizet, ou les deux à la fois, puis les tuant ensuite, déguisée en mante religieuse, présidente des États-Unis ou journaliste à L’Écho des Tziganes. La liberté théâtrale est celle-ci: la vérité d’un instant, la force d’une transposition, le génie d’une situation. Ça peut être sublime –c’est parfois raté– mais ça vit.

Il est malheureusement regrettable qu’à Florence, ce geste s’accompagne d’un discours lénifiant et contreproductif.

Le politiquement correct, un catéchisme incompatible avec le théâtre

Il ne s’agirait pas d’une audace artistique mais d’une soumission à l’air du temps. On ne pourrait plus applaudir (donc montrer) le meurtre d’une femme aujourd’hui. Cet argument laisse pantois. Qui peut croire qu’en cachant un meurtre, celui-ci n’existe pas? Lorsque la violence faite aux femmes s’impose chaque jour dans le débat public, elle ne devrait plus être visible sur scène? L’opéra cesserait d’être un plateau pour devenir une estrade politique, un école des bonnes moeurs. Ce serait risible s’il n’y avait, hélas, des précédents. En 2006, le Deutsche Oper s’est interdit de montrer une tête de Mahomet, à côté de Bouddha et Jésus. En 2014 et 2015, une mise en scène de Dialogue des Carmélites a été interdite par la justice, jugements heureusement cassés en appel.

Réfuter la liberté du metteur en scène de Carmen en la cadenassant dans un discours moral est non seulement absurde mais aussi contreproductif. Dire qu’il est « inconcevable » de montrer quelque chose au théâtre revient à donner raison aux bigots de toutes sortes qui ne rêvent que de censures et d’interdictions. C’est adopter leur langage, faire nôtre leur pauvre argumentation, céder à une peur obscurantiste, s’interdire le libre-arbitre.

Répétons-le: la liberté du metteur en scène doit être totale. Il peut tout inventer, imaginer, réécrire et tant pis pour les puristes. Mais nuancer, abriter, justifier un détournement parce que c’est politiquement correct, non, mille fois non. Si l’art n’est plus subversif, il ne dit plus rien, il s’engonce dans l’académisme. Il n’est donc pas du tout  inconcevable qu’on applaudisse le «meurtre» d’une femme, de même qu’il parfaitement «concevable» d’applaudir qu’elle se défende et tue son agresseur. On n’applaudit pas un meurtre, mais un spectacle. Et si celui-ci nous fait réfléchir, tant mieux. Mais qu’il nous interdise à l’avance et avec moult précautions, cette réflexion, en nous disant ce qu’il faut penser, et tout le monde aura envie de vomir ce catéchisme de bien-pensance.

Si le théâtre «ne peut pas», il meurt

Est-ce trop demander que de faire confiance au public? Il peut tout entendre, tout voir, tout comprendre: c’est du théâtre. Et Œdipe? On peut réinventer Sophocle, rêver que son anti-héros couche avec papa et tue maman, on peut imaginer Œdipe tombant enceint et Jocaste avortant, et cela dirait bien notre époque, mais on ne peut pas concevoir un programme nous disant: «nous avons renoncé à montrer un inceste parce que vraiment c’est pas bien, l’inceste, vous voyez». Et je veux bien qu’Agamemnon et Clytemnestre règlent leurs différends chez le juge aux affaires familiales tandis qu’Hélène et Ménélas se réconcilient grâce à un sexologue… sauf si un artiste bigot m’explique que le mariage est un lien sacré qu’il faut préserver à tout prix.

Dans ce formol de gentillesse, que deviendraient nos passions, notre petite catharsis?

Dire qu’au théâtre «on ne peut pas» est une impasse. Une mort programmée. Il faut imaginer, pas s’interdire, pas s’autocensurer. Le théâtre n’est pas là pour nous arranger mais pour déranger. Carmen poignardant Don José peut irriter, choquer, séduire, amuser, mais dit quelque chose de l’œuvre dans le monde d’aujourd’hui. C’est une belle et bonne idée de théâtre. Malheureusement gâchée par un discours lénifiant, une explication de texte qui l’aseptise. Avec de tels discours, l’opéra croit sortir du formol, alors qu’il s’y enfonce.

Mais ne soyons pas naïfs. À l’opéra de Florence, on sait tout cela. Faute de faire entendre un opéra rare, il fallait imaginer un plan média pour cette énième production de Carmen. Dépêches AFP, Reuters, grands quotidiens, radios… Las! Nous sommes tous tombés dans le piège d’un bon plan marketing.

 Voir de plus:

Violences faites aux femmes : un opéra florentin réécrit « Carmen »

Dans cette version, « parce qu’on ne peut pas applaudir le meurtre d’une femme », la célèbre héroïne de Bizet n’est pas assassinée par Don José.

Source AFP

Le Point
 

Cette archive avait été diffusée sur France Culture le 15 novembre 2017, dans l’émission “Le Réveil culturel”, alors que le film Médée de Pasolini était réédité chez Carlotta. Ecoutez la philosophe Marie-José Mondzain éclairer la manière dont le cinéaste italien avait recréé à sa manière le mythe de Médée dans “ce film énigmatique et compliqué” pour dénoncer l’écrasement du sous-prolétariat.
Sur le tournage, Maria Callas en avait même perdu sa voix : la Médée que vous entendez n’est pas elle mais sa doublure voix ! En revanche, lorsque vous entendez crier Médée à l’écran, c’est bien elle : la Callas avait tenu à se passer de doublure pour les cris (…)

3. Mozart entre marivaudage sexiste et violence idéologique

Chez Wolfgang Amadeus  Mozart, la femme n’est pas toujours une figure aussi forte que la Reine de la Nuit (dans La Flûte enchantée). Entre 1786 et 1790, Mozart livre trois opéras, Les Noces de Figaro, Don Giovanni et Cosi fan tutte. Écrits par un même librettiste, Lorenzo Da Ponte, visiblement décidé à brosser une image peu flatteuse de la femme ! Futile, bavarde et surtout infidèle, la femme est une vraie mégère. Dans Cosi fan Tutte, c’est carrément le titre de l’oeuvre qui nous raconte le propos : “Cosi fan tutte” signifie, littéralement “Elle font toutes ainsi”. C’est-à-dire : tromper leur moitié allègrement.
L’opéra est créé en 1790 dans la foulée de Don Giovanni que Joseph II avait trouvé à son goût. Le monarque Habsbourg encourage alors Mozart à poursuivre avec cet opéra-bouffe en deux actes. L’affaire ne traîne pas : en un mois, Mozart et Lorenzo Da Ponte créent livret et partition. L’histoire se passe à Naples au XVIIIe siècle, et développe une histoire de trahison de leurs maris respectifs par deux fiancées volages. L’intrigue donne raison à Don Alfonso, personnage cynique qui promettait de démontrer l’infidélité des femmes. Et le même Don Alfonso de conclure, à l’issue du spectacle, sur un air célèbre qui donne son titre à tout l’opéra :

Tout le monde accuse les femmes, et moi je les excuse

De changer d’amour mille fois par jour ;

Les uns appellent cela un vice, les autres une habitude,

Quant à moi je crois que c’est une nécessité du cœur.

Il ne faut pas que l’amant abusé

Condamne les autres, mais se reproche sa propre erreur ;

Qu’elles soient jeunes ou vieilles, belles ou laides,

Répétez avec moi : elles font toutes ainsi (« Cosi fan tutte »)

Deux-cent-vingt ans plus tard, c’est Christophe Honoré qui se frottera au monument lyrique, en 2016, avec au festival d’Aix-en-Provence un Cosi fan tutte décentré dans la bonne société expatriée blanche d’Abyssinie. Ecoutez-le évoquer sa lecture de l’opéra de Mozart dans “La Grande table”, le 4 juillet 2016. Pour lui, le propos principal de cet opéra n’est pas tant la frivolité ou l’infidélité, qu’il regarde comme une lecture naïve de ce qu’a fait Mozart, mais plutôt la xénophobie et le rejet de l’autre dont il parle comme “une bêtise profonde, beaucoup plus idéologique” :

Ce livret est particulier parce que, soit on le prend d’un côté très bouffe, soit on peut en faire un marivaudage assez cruel… et moi, ce qui m’a intéressé dans ce livret, c’est la brutalité. La brutalité du rapport homme femme, une espèce d’asservissement au désir.

 Voir de plus:

Changer la fin « Carmen » de Georges Bizet ? Cette version donnée à l’opéra Florence a fait scandale parce qu’elle entrave le droit moral de l’auteur. Mais encore faut-il réussir à le prouver. Retour sur la liberté qu’on a le droit de prendre vis-à-vis d’une oeuvre lyrique… et ses limites.

En commandant au metteur en scène Leo Muscato une Carmen iconoclaste, le teatro del Maggio Musicale de Florence savait qu’il ferait polémique : le cahier des charges était provocateur puisqu’il s’agissait rien moins qu’inverser la fin de l’intrigue et faire assassiner Don José, l’amant jaloux, à la place de Carmen.

Pour l’opéra toscan, il s’agit de prendre en compte la question de la violence faite aux femmes. Quitte à en passer par cette modification substantielle du répertoire. Car changer la fin de l’histoire revient à bouleverser en profondeur le livret signé Henri Meilhac et Ludovic Halévy, qui livrèrent à Bizet leur adaptation d’une nouvelle de Prosper Mérimée en 1870. Certes, le livret, comme la partition de l’opéra, sont tombés dans le domaine public de longue date : en France, le délai est de 70 ans après la mort de l’auteur (contre 50, par exemple, au Québec). Pourtant, ce n’est pas parce que Georges Bizet est mort en 1875 qu’on peut faire ce qu’on veut de son opéra le plus célèbre (comme des autres, d’ailleurs).

En effet, l’adaptation d’une oeuvre pose moins le problème des droits d’auteur (qui touche les dividendes sur l’exploitation d’une oeuvre) que la question du droit moral : jusqu’où a-t-on le droit d’aller avec l’opéra qu’il nous a légué ? Dans les faits, ce droit moral, qui doit garantir qu’on respecte bien la volonté de l’auteur, entre en conflit avec un autre principe de droit : la liberté de création artistique, corollaire de la liberté d’expression.

C’est la tension entre ces deux pierres angulaires du droit, et la façon dont les tribunaux tranchent le cas échéant, qui explique que certaines adaptations soient interdites… et d’autres, non.

Pour Emmanuel Pierrat, avocat spécialiste de la propriété intellectuelle et des questions artistiques, le droit moral existe dans la quasi totalité des pays du monde, qui ont en fait calqué leur législation sur la tradition juridique française. Seuls les Etats-Unis y dérogent, il n’y a pas de droit moral outre-Atlantique. Cette tradition française est ancienne : c’est un très vieux principe du droit français, puisque le droit moral trouve ses origines au XVIIIe siècle. Mais il dépend de la démonstration que feront devant les tribunaux ceux qui l’invoquent. Explications en quelques cas pratiques.

1 -Peut-on faire faire n’importe quoi aux personnages ?

Les transgressions sont souvent sexuelles (mais pas toujours). En 2012, une mise en scène de La Traviata de Verdi faisait polémique à La Monnaie de Bruxelles : la metteure en scène allemande Andrea Breth souhaitait déployer une réflexion sur les classes dirigeantes et l’hypocrisie sociale contemporaine à travers le livret originel, signé Francesco Maria Piave. Le scandale arrive à l’acte III : la présence d’une enfant entre les mains d’un homme bien plus âgé qu’elle, en pleine scène d’orgie, choque.

Une polonaise finale dansée par des cow-boys à moitié nus pour l’opéra Eugène Onéguine, de Tchaïkovski ? C’est la variante que tricotera le metteur en scène Krzysztof Warlikowski en 2007 au Bayerische Staatsoper de Munich à partir du livret Eugène Onéguine. Un livret qui nous vient de la main même du compositeur de l’opéra, dont Warlikowski revendiquera de réinterpréter l’oeuvre à l’aune de l’homosexualité du compositeur russe. Le résultat ? Un Eugène Onéguine, dandy de Saint-Pétersbourg, prenant en duel son ami, le jeune poète Lensky… dans un lit.

Sacrilège ? Si rien ne permet de prouver que l’auteur a explicitement écrit qu’il était hostile à une adaptation de l’intrigue, le droit moral ne peut pas être invoqué pour interdire une adaptation ultérieure de son oeuvre. Il revient donc à l’avocat des ayants droit de montrer que l’auteur a laissé des traces montrant qu’il était défavorable. En aucun cas, le tribunal pourra arguer uniquement des « bonnes mœurs » et prêter un refus flou à l’auteur pour faire interdire la pièce. Il faut une trace sans ambiguïté, qu’elle soit publique ou pas.

Ce sera le cas, par exemple, de Victor Hugo qui s’était démarqué d’Alexandre Dumas, son contemporain et ami : alors que Dumas multipliait les suites à ses œuvres, Hugo avait clairement signifié qu’il désapprouvait le procédé. Dans la préface à Notre Dame de Paris, Victor Hugo réclame :

Ni greffon ni soudure.

Devant le juge, Emmanuel Pierrat se saisira (avec succès) de cette préface lorsque les héritiers de Victor Hugo le solliciteront pour faire interdire une suite aux Misérables à laquelle travaillait Plon, il y a quelques années. Si Tchaïkovsky était notoirement connu pour son homophobie, ou si Verdi avait laissé des écrits permettant de sécuriser l’interprétation de son oeuvre, un avocat aurait pu demander à faire interdire ces versions données à Münich ou à Bruxelles. En droit, le ministère public pourrait même prendre l’initiative d’une procédure devant les tribunaux. Mais dans les faits, il est plus fréquent que les procureurs s’en dispensent.

En 2015, la cour d’Appel de Paris avait condamné au nom du droit moral la version du Dialogue des Carmélites, de Francis Poulenc, sur un texte de Georges Bernanos, pour avoir modifié substantiellement l’intrigue. Sous l’oeil du metteur en scène Dmitri Tcherniakov, en 2010 à l’opéra de Bavière, Blanche sauvait les carmélites pour ensuite, se suicider. Sans que Bernanos ou Poulenc n’y aient songé. Une « contradiction totale avec l’espérance, composante cardinale du christianisme », ont alors plaidé les ayants droit. Deux ans plus tard, en juin 2017, La Cour de cassation autorisera finalement cette version du Dialogue des carmélites, arguant que la décision de la cour d’appel violait la liberté de création. Une décision complexe, comme le rappelait alors Telerama :

Dans son arrêt du 22 juin, la Cour de cassation considère d’abord qu’en reconnaissant que « la mise en scène litigieuse ne modifiait ni les dialogues, absents dans cette partie des œuvres préexistantes, ni la musique », et en concluant néanmoins que « loin d’être l’expression d’une interprétation des œuvres des auteurs, elle en modifie la signification et en dénature l’esprit », la cour d’appel de Paris « n’a pas tiré les conséquences légales de ses propres constatations et a violé l’article sus-visé [l’article L.113-4 du code de la propriété intellectuelle, NDLR] ».

2 – Peut-on transformer un opéra en une ode hitlérienne ?

2015, un scandale secouera le festival d’Aix-en-Provence. Le metteur en scène autrichien, Martin Kusej, imaginera un Enlèvement au Sérail transposé à l’époque du terrorisme de Daech. Le sérail est devenu un camp djihadiste. Sans censurer totalement l’oeuvre, la direction du festival d’art lyrique contraint le metteur en scène à supprimer deux images, celle d’une décapitation, et celle d’un drapeau de Daech. Et exprime sa désapprobation par la voix de son directeur, Bernard Foccroulle :

Je ne pense pas que l’on puisse aujourd’hui utiliser l’opéra de Mozart pour un message qui est exactement l’inverse de ce que Mozart a voulu dire c’est-à-dire que même dans la civilisation opposée, il y a en fait la même humanité partagée.

Mozart djihadiste et Wagner… nazi ? C’est une tarte à la crème, que le metteur en scène Bukhard Kosminski a visiblement prise au pied de la lettre en 2013, à l’opéra de Düsseldorf. Le public, bouleversé, découvrira à la première du Tannhäuser de Bukhard Kosminski une mise en scène brutale : l’intrigue est transposée dans les années 1940. Les personnages du livret écrit par Wagner lui-même, deviennent des bourreaux SS, ou leurs victimes. Rien n’est épargné aux spectateurs : des chanteurs asphyxiés d’un gaz blanc, jusqu’aux croix gammées, en passant par l’exécution d’une famille juive. La première de cette mise en scène sera aussi la dernière. Le metteur en scène refusant d’amender sa création, l’opéra est transformé de force en version concert, et la mise en scène supprimée, tandis que l’opéra de Düsseldorf tente de se justifier sur son site au lendemain du scandale :

C’est avec la plus grande stupeur que nous constatons que certaines scènes, en particulier les scènes très réalistes d’exécution, ont provoqué chez de nombreux spectateurs une réaction visiblement trop importante sur le plan tant physique que psychique, qui les a conduit à consulter un médecin.

Après cette version SS du Tannhaüser, aucune plainte ne sera déposée en Allemagne et les représentants de la communauté juive, tout en déplorant le « mauvais goût » de Kosminski n’exigeront pas son interdiction. S’ils l’avaient fait, l’avocat de l’opéra de Düsseldorf aurait eu à prouver que, bien que d’un antisémitisme notoire, Richard Wagner n’avait finalement rien à voir avec l’Holocauste. Une ligne de crête qui correspond à ce que Me Pierrat décrit lorsqu’il explique que le tribunal, dans ces affaires de droit moral, doit vraiment faire « de la dentelle« .

Qui n’a dit mot consent, certes, mais tout est souvent question d’interprétation fine en la matière. Le même Hugo, par exemple, n’avait rien dit de l’hypothèse, tout à fait anachronique, de l’adaptation de Notre-Dame de Paris sous forme de dessin animé. Ça donnera Le Bossu de Notre-Dame par Disney, mais Emmanuel Pierrat et Pierre Hugo, l’héritier, obligeront les studios Disney à indiquer dans le générique qu’il s’agit d’une adaptation libre et qu’une oeuvre de Victor Hugo préexistait par ailleurs.

En revanche, les mêmes n’ont pas fait interdire les comédies musicales inspirées de l’oeuvre de Hugo : l’écrivain, dans les traces qu’il a laissées, montre un goût pour l’opéra comique, à son époque. Et Me Pierrat a considéré qu’on pouvait estimer que la comédie musicale était au XXIe siècle ce que l’opéra comique était au XIXe.

3 – Peut-on mettre tout le monde à poil (quand aucune didascalie ne le suggère) ?

Des colonnes surmontées de phallus géants en guise de décor, et un Hercule viril à poil le temps d’une scène. Cette mise en scène de l’opéra de Vivaldi par John Pascoe, en 2006, a marqué les esprits. A la décharge de Pascoe, rappelons que lors de sa création à Rome, cet opéra ne fut joué que par des hommes, et des castrats pour les rôles féminins : la loi pontificale interdisait la présence de femmes sur les planches.

Un hardeur qui traverse la scène, entièrement nu, pour évoquer la luxure du Venusberg, cette montagne mythique où Vénus retient captif le chevalier Tannhäuser ? C’était sous la houlette d’Olivier Py, à Genève en 2005. Sept ans plus tard, le metteur en scène sera à nouveau hué au lever de rideau pour la Première de sa Carmen, de Bizet, à Lyon. La Revue du spectacle titrera : « Les (belles) cuisses de Carmen à l’opéra de Lyon » :

La Carmen vue par Olivier Py est donc meneuse de revue ultra sexy – en tenue d’Ève ou en culotte soutien-gorge rouge vif la plupart du temps – d’un cabaret miteux situé dans un faubourg dangereux.

La question du droit moral ne concerne pas seulement son adaptation plus ou moins fidèle mais aussi sa labellisation ou le contexte dans laquelle une oeuvre est accueillie. Par exemple, un roman gentiment libertin ne peut être republié dans une collection explicitement porno sans risquer de porter atteinte au droit moral de l’auteur. Mais il reviendra alors aux ayants droit, et surtout à leur avocat qui mène alors l’enquête, de prouver qu’il tenait à son label libertin et réprouvait, par exemple, le porno. L’enquête en question peut aller jusqu’à exhumer la correspondance privée de l’artiste, fouiller dans les notes retrouvées au fond d’un tiroir d’une maison familiale.

4. Peut-on passer à la trappe les passages les plus pénibles ?

Il est rarissime que le Ring de Wagner soit donné dans son intégralité. En proposant une saison, un opéra cherche aussi à faire le plein et les représentations à rallonge sont réputées faire fuir le public. Aux Bouffes du Nord, Peter Brook donnera une Flûte enchantée d’1 heure 15… au lieu des 2 h 30, voire 3 heures habituelles. « Une version resserrée« , dit-on pudiquement ? Un écrémage pour gagner en efficacité quitte à y perdre l’esprit originel, contestent plutôt certains puristes.

Dans « Tête à tête », au micro de Frédéric Taddéï, le 16 juin 2013, Peter Brook revenait sur son travail sur Mozart, à l’occasion du retour de « sa » Flûte enchantée aux Bouffes du Nord, à Paris.

Mais cette Flûte enchantée était ce qui était sous-jacent parce que Mozart, comme tous les compositeurs, était prisonnier des conventions de l’époque. C’est exactement comme aujourd’hui : un metteur en scène, à Hollywood, est obligé, avant de commencer, d’accepter toutes les règles du jeu données par le box office, les producteurs etc.

J’ai vu avec Bizet [dont Brook donnera Carmen en 1981, NDLR] et c’était passionnant, que Bizet a eu un moment de pif, d’inspiration, quand il a lu cette nouvelle de Mérimée, cette petite histoire extraordinairement forte en quelques pages. Ça a touché quelque chose en Bizet qui a senti, sans pouvoir l’exprimer, que ça pourrait être un opéra. Ensuite, consciemment ou inconsciemment, il a joué le jeu : à l’Opéra-comique, la condition était une partition pour tout l’orchestre ; il y avait un chœur et il fallait le faire travailler ; il y avait aussi un chœur d’enfant… et puis un public, qui venait pour le spectacle alors il fallait des processions. Mais pour moi l’intérêt aujourd’hui est d’écouter d’une oreille aussi attentive et vierge que possible la musique. Faire sortir la pureté, la beauté, et la réalité humaine des rapports dans cette musique qui avaient disparu ensuite.

5. Peut-on transposer l’intrigue à n’importe quelle époque ?

En décembre 2017, à l’opéra Bastille, c’est dans l’espace que le metteur en scène Claus Guth a envoyé La Bohème de Puccini, s’attirant les sifflets et les foudres des puristes. Le texte des deux librettistes Giacosa et Illica est respecté, mais alors que l’action se passe normalement dans le Paris des années 1830, tout se déroule à l’intérieur d’une navette spatiale à la dérive, puis sur une surface lunaire métaphorisant la mort.

A Londres, en 2015, au prestigieux Royal Opera House, une mise en scène du Guillaume Tell de Rossini faisait scandale. Parce que le metteur en scène, Damiano Michieletto, avait décidé de transposer l’argument d’Etienne de Jouy dans la Bosnie des années 1990. Mais aussi pour son insoutenable scène de viol au troisième acte : une femme est jetée à terre, traînée, déshabillée, et vingt soldats lui passent sur le corps durant cinq longues minutes. Lors de la première représentation, les sifflets des spectateurs contraignent l’orchestre à s’interrompre un moment.

Peter Brook n’aura pas donné dans la version intergalactique lors de son adaptation à l’os de La Flûte enchantée de Mozart, après avoir recréé Carmen (Bizet) et Pelléas et Mélisande (Debussy) aux Bouffes du Nord. Le metteur en scène fera certes scandale à ses débuts, en adaptant Salomé à Covent Garden en 1949, mais pas pour des digressions à base de viols collectifs ou de partouzes. Brook avait alors la vingtaine, et le jeune metteur en scène défrayera la chronique pour avoir tout simplement préféré des décors construits aux habituelles toiles peintes de fond de scène. Décors qu’il confiera à Salvador Dali.

Plus de soixante ans plus tard, tout en revendiquant de s’affranchir du sanctuaire du répertoire, Peter Brook prendra toutefois la précaution d’intituler son adaptation de La Fûte enchantée, de Mozart, Une Flûte enchantée. Il l’expliquait sur France Culture toujours dans « Tête à tête » le 16 juin 2013 :

Le point de départ était que j’étais convaincu exactement comme des années avant, avec « La Tragédie de Carmen » que la tendance de l’opéra est de surajouter couche après couche, de ce qui est devenu figé dans une tradition d’un certain ordre. Avec cette tyrannie de la tradition à l’opéra : le compositeur a donné telle et telle indication, et il faut les suivre. Pour moi, [il s’agissait] de recommencer à zéro. On a fait ça avec « Carmen » [en 1981, aux Bouffes du Nord, NDLR] mais, par respect du travail des autres, on a changé le nom et on a dit “La Tradition de Carmen”.

Nous avions fait la même chose avec « Pelléas et Mélisande » et l’avions appelé “Impressions de Pelléas” [en 1992 ndlr] et ici, par respect aux autres, ce n’est pas “LA Flûte” mais “UNE Flûte enchantée”.

« Respect du travail » de ses pairs, argue Peter Brook ? Pour Me Emmanuel Pierrat, c’est aussi une très bonne approche préventive. L’avocat précise qu’il pourrait d’ailleurs donner cette préconisation juridique… même si elle est « à double détente » :

D’un côté vous montrez que vous êtes conscients d’un problème, et que vous savez que vous portez atteinte à l’oeuvre originelle. De l’autre, vous montrez à des magistrats votre bonne foi en cas de contentieux.

Ce que le juge regardera avant tout, c’est si l’on a bafoué les volontés de l’auteur, mais aussi si l’on a trompé le mélomane qui verrait un opéra modifié. Plus un metteur en scène sera explicite, par exemple dans le titre ou dans l’affiche, en prévenant par exemple le spectateur qu’il ne propose pas une version intégrale de l’oeuvre, et moins il sera attaquable. “Dans les faits en tout cas, car, sur le fond, à chaque fois qu’on modifie ou qu’on tronque, on l’est”, rappelle Me Pierrat. Mais le juge arbitre ensuite pour voir quelle est la mesure de la tromperie.

Dès le XIXe siècle, des auteurs ont attaqué des mises en scène qu’ils estimaient trop commerciales. Et, deux siècles plus tard, les avocats continuent de plaider régulièrement en ce sens, même si les contrats sont aujourd’hui beaucoup plus précis : un metteur en scène de cinéma est prévenu que si son film est diffusé à la télévision, il pourra être interrompu par une coupure pub, de même qu’un opéra stipulera dans le contrat avant de produire un opéra en langue étrangère que le livret est susceptible d’être surtitré sur la scène, même si cela affecte le spectacle.

Voir aussi:

« À Florence, Carmen ne meurt pas » : polémique sur l’adaptation du célèbre opéra
Le metteur en scène Leo Muscatto a réécrit la fin de Carmen pour que le public n’applaudisse pas le meurtre d’une femme. Certains l’accusent de dénaturer l’œuvre de Bizet.

France tv info

09/01/2018

D’un côté, il y a ceux qui crient au sacrilège et, de l’autre, ceux qui saluent la démarche du metteur en scène. L’adaptation de Carmen, le célèbre opéra de Georges Bizet, fait polémique à l’opéra florentin : « À Florence, Carmen ne meurt pas », indique le journaliste italien Gianluca Nicoletti. En effet, au lieu d’être tuée par son ancien amant jaloux Don José comme dans la version originale, Carmen se saisit d’un revolver et lui tire dessus pour se défendre.

« S’il y en a bien un opéra qui est une ode à la femme, à la liberté, c’est Carmen »
Pour le metteur en scène, Leo Muscatto, l’objectif est de sensibiliser sur les les violences faites aux femmes, un thème dans l’ère du temps. À l’origine de cette initiative, le directeur de l’opéra Cristiano Chiarot s’est aussi justifié : « Comment peut-on oser applaudir le meurtre d’une femme ? » Pourtant, c’est davantage la justification de cette réécriture que la fin elle-même qui fait polémique.

La chroniqueuse de France Musique, Aliette de Laleu, regrette leur explication : « S’il y en a bien un opéra qui est une ode à la femme, à la liberté, voire au féminisme, c’est Carmen. Histoire d’une femme libre qui préfère mourir plutôt que de soumettre à un homme. » Cet avis est partagé par Hervé Lacombe, musicologue et spécialiste de l’œuvre : « C’est un opéra qui met en scène une femme libre et qui va contre toutes les formes d’ordres imposés par l’homme ». Dans sa chronique sur Europe 1, la journaliste Nadia Daam estime alors que « quand on va voir Carmen, c’est pas le meurtre qu’on applaudit mais l’oeuvre dans son ensemble ».

Toutefois, Aliette de Laleu relativise et considère que « sur le fond, changer la fin de Carmen n’est ni un crime ni une mauvaise idée. » Certains ont pourtant accusé le metteur en scène de dénaturer cette œuvre vieille de plus de 140 ans avec, parfois, des propos assez violents : « Certains ont dit que je devais pourrir en enfer parce que j’ai osé faire cela. »

En 2012, Carmen se relève après avoir été poignardée
Pourtant, ce n’est pas la première fois que Carmen est adaptée librement. En 2001 Beyonce l’interprétait dans un Hip Hopera. En 2012, dans l’adaptation d’Olivier Py, Carmen se relève après avoir été poignardée. Ou encore dans celle de Dmitri Bertman, dans les années 90, où Carmen est poignardée par la jalouse Micaela.

Voir également:

« Carmengate » : suffit-il que Carmen ne meure pas, pour sauver les femmes ?

France 24

09/01/2018

Pur opportunisme médiatique autour de l’affaire Weinstein ou réel souci éthique ? L’opéra de Florence, en Italie, propose une mise en scène de l’œuvre phare de Bizet où Carmen ne meurt pas sous les coups de Don José, mais se rebiffe.

L’idée est d’abord venue de la direction du Teatro del Maggio, à Florence. Elle suggère au metteur en scène Leo Muscato une mise en scène de ‘Carmen’ qui ne fasse pas l’apologie du féminicide. Que Don José, amoureux d’une Carmen qui elle, est éprise d’un autre, ne lui assène pas des coups de couteau… Sa justification : « À notre époque, marquée par le fléau des violences faites aux femmes, il est inconcevable qu’on applaudisse le meurtre de l’une d’elles ». Changement de paradigme, donc : Carmen échappe à la mort en tuant Don José d’une balle de revolver, en légitime défense. Résultat, les lyricomanes sont en émoi, les journalistes musicaux y vont chacun de leur analyse, le buzz est assuré, et le but largement atteint : le spectacle affiche complet pour ses six représentations.

La volonté politique du théâtre s’est donc imposée à Leo Muscato, réticent au premier abord. Une conférence sur la maltraitance et les abus sexuels a même été organisée le jour de la générale. ForumOpera s’en fait l’écho. À cette occasion, Rosa Maria Di Giorgi, vice-présidente du Sénat, s’est félicitée de voir le théâtre contribuer à « l’éducation au respect mutuel, une vocation qui fait du Maggio Musicale de Florence un patrimoine mondial non seulement artistique, mais aussi pédagogique ». Et la sénatrice italienne de vouloir faire de Carmen « la voix et la force de toutes ces femmes qui réclament le respect de la dignité et de l’inviolabilité de la personne humaine ».

La réalité des violences faites aux femmes est indéniable. Surtout en Italie, où l’on compte 600 meurtres de femmes au cours des quatre dernières années. Dans 88 % des cas, ils ont été perpétrés par leur époux, leur amant ou ex-amant, ou un autre homme de leur proche entourage, rappelle la correspondante de RFI à Rome, Anne Le Nir. Le décrier est donc un acte politique fort et nécessaire, se justifie le théâtre de Florence.

« Sortir du formol »

L’idée est louable, mais elle ne tourne pas rond. Car cette fin remanie l’intrigue jusqu’à l’absurde, font remarquer certains sur Twitter.

Pour d’autres lyricomanes, la dénaturation n’est même pas le problème. Après tout, « ça râlait moins dans les chaumières quand on a modifié la fin du Petit Chaperon Rouge pour rajouter un chasseur », ironise un autre mélomane.

Et puisque toutes les maisons d’opéra cherchent à se renouveler, à coller à l’actualité, à susciter une réflexion politique, cette mise en scène n’est-elle pas de bonne guerre ? « Ce n’est pas la première, ni la dernière fois que l’opéra tente de sortir du formol en s’offrant une petite polémique, sur fond de mise en scène peu conventionnelle », rappelle Jean-Marc Proust dans Slate, se faisant l’avocat du théâtre de Florence, pour mieux le critiquer : « Ainsi, Carmen tuera Don José. Excellente idée, qui nous bouscule en nous faisant découvrir dans l’œuvre des éléments que nous n’avions pas perçus (…) Le théâtre n’est pas là pour nous arranger mais pour déranger. Carmen poignardant Don José peut irriter, choquer, séduire, amuser, mais dit quelque chose de l’œuvre dans le monde d’aujourd’hui. C’est une belle et bonne idée de théâtre. Malheureusement gâchée par un discours lénifiant, une explication de texte qui l’aseptise. Avec de tels discours, l’opéra croit sortir du formol, alors qu’il s’y enfonce. »

Rires dans la salle

© Teatro del Maggio, Florence

C’est au mieux naïf, au pire méprisant de penser qu’il faut prendre le public par la main pour lui dire ce qui est mal ou immoral, s’insurge à son tour Nadia Daam sur Europe 1. Car la justification du théâtre est tellement appuyée qu’elle n’élève pas le débat. Pire, elle nous « prend pour des idiots, elle masque la violence pour dénoncer la violence », estime Aliette de Laleu sur France Musique, qui fait mine de s’interroger : « Je ne sais pas qui, à la fin de ‘Carmen’, applaudit le geste de Don José en hurlant : ‘Mais qu’elle crève, la bohémienne !’ ? En tout cas moi, j’applaudis la bêtise de ce genre d’argument. Oui, à l’opéra, les femmes n’ont pas toujours le beau rôle, elles sont souvent violentées, tuées, violées, mais s’il y en a bien un qui est une ode à la femme, à la liberté, voire au féminisme, c’est ‘Carmen’, l’histoire d’une femme libre qui préfère mourir plutôt que de se soumettre à un homme ».

« Ce n’est évidemment pas la mort de Carmen qu’on applaudit à la fin de l’opéra, mais l’œuvre tout entière », écrit Valérie Lehoux dans Telerama. « Le révisionnisme artistique, qui surfe sur l’actualité post-Weinstein, tourne surtout au gros coup de pub. Sur le dos des femmes. »

Le théâtre de Florence jouerait-il au héraut de l’éthique, alors que le cynisme est aux commandes ? Jean-Marc Proust prend le pari. « Ne soyons pas naïfs. À l’opéra de Florence, on sait tout cela. Faute de faire entendre un opéra rare, il fallait imaginer un plan média pour cette énième production de ‘Carmen’. Dépêches AFP, Reuters, grands quotidiens, radios… Las ! Nous sommes tous tombés dans le piège d’un bon plan marketing. »

Le théâtre s’est non seulement payé un bon coup de pub, mais aussi un grand moment de gêne, à la première représentation, rapporte ForumOpera. « A la première, alors que Carmen brandissait le pistolet en direction de José, celui-ci s’est enrayé et n’a déclenché aucune détonation. Le public attendait certes un dénouement inédit, mais pas celui-là. L’hilarité est allée crescendo quand José a dû faire mine d’être blessé pour s’effondrer. Inutile de dire que la salle n’a pas été tendre avec l’équipe de production au rideau final. »

Au bout du compte, les médias et les réseaux sociaux n’auront jamais autant débattu d’opéra, et rien que pour cela, les mélomanes remercient le théâtre de Florence pour son magnifique coup de communication raté.

Voir encore:

Carmen : si tu me réécris, prends garde à toi…

Lors de la première, « Carmen » revisitée à l’ère « Balance ton porc » n’a décidément pas connu la fin qui était prévue. Un ultime pied de nez de Georges Bizet ?

De notre correspondant à Rome, Dominique Dunglas

Le Point
 09.01.2018

Affaire Weinstein: C’est l’Esprit de vérité, imbécile ! (Blowing in the wind: The rules are changing invisibly underneath our feet and we’re just trying to catch up, Hollywood actor says)

11 novembre, 2017
Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit; mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit. Jésus (Jean 3: 8)
Si vous m’aimez, gardez mes commandements. Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre consolateur, afin qu’il demeure éternellement avec vous, l’Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne le voit point et ne le connaît point; mais vous, vous le connaissez, car il demeure avec vous, et il sera en vous. Jésus (Jean 14: 15-17)
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
The answer, my friend, is blowin’ in the wind. Robert Zimmerman
Bientôt, se retirant dans un hideux royaume, La Femme aura Gomorrhe et l’Homme aura Sodome, Et se jetant, de loin, un regard irrité, Les deux sexes mourront chacun de son côté. Vigny
« Dionysos contre le « crucifié » : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyr – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le « crucifié » en tant qu’il est « innocent », sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation. (…) L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Je condamne le christia­nisme, j’élève contre l’Église chrétienne la plus terrible de toutes les accusa­tions, que jamais accusateur ait prononcée. Elle est la plus grande corruption que l’on puisse imaginer, elle a eu la volonté de la dernière corruption possible. L’Église chrétienne n’épargna sur rien sa corruption, elle a fait de toute valeur une non-valeur, de chaque vérité un mensonge, de chaque intégrité une bassesse d’âme (…) L’ « égalité des âmes devant Dieu », cette fausseté, ce prétexte aux rancunes les plus basses, cet explosif de l’idée, qui finit par devenir Révo­lution, idée moderne, principe de dégénérescence de tout l’ordre social — c’est la dynamite chrétienne… (…) Le christianisme a pris parti pour tout ce qui est faible, bas, manqué (…) La pitié entrave en somme la loi de l’évolution qui est celle de la sélection. Elle comprend ce qui est mûr pour la disparition, elle se défend en faveur des déshérités et des condamnés de la vie. Par le nombre et la variété des choses manquées qu’elle retient dans la vie, elle donne à la vie elle-même un aspect sombre et douteux. On a eu le courage d’appeler la pitié une vertu (— dans toute morale noble elle passe pour une faiblesse —) ; on est allé plus loin, on a fait d’elle la vertu, le terrain et l’origine de toutes les vertus. Nietzsche
A l’origine, la guerre n’était qu’une lutte pour les pâturages. Aujourd’hui la guerre n’est qu’une lutte pour les richesses de la nature. En vertu d’une loi inhérente, ces richesses appartiennent à celui qui les conquiert. Les grandes migrations sont parties de l’Est. Avec nous commence le reflux, d’Ouest en Est. C’est en conformité avec les lois de la nature. Par le biais de la lutte, les élites sont constamment renouvelées. La loi de la sélection naturelle justifie cette lutte incessante en permettant la survie des plus aptes. Le christianisme est une rébellion contre la loi naturelle, une protestation contre la nature. Poussé à sa logique extrême, le christianisme signifierait la culture systématique de l’échec humain. Hitler
Jésus a tout fichu par terre. Le Désaxé (Les braves gens ne courent pas les rues, Flannery O’Connor)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Pour qu’il y ait cette unanimité dans les deux sens, un mimétisme de foule doit chaque fois jouer. Les membres de la communauté s’influencent réciproquement, ils s’imitent les uns les autres dans l’adulation fanatique puis dans l’hostilité plus fanatique encore. René Girard
Il y avait vraiment des gens qui s’agitaient devant des courts-bouillons de grenouilles et de scorpions, mais nous savons que leurs manigances n’empêcheraient pas les avions de voler (…) C’est bien pourquoi, même lorsqu’elles étaient condamnées, même lorsqu’elles étaient techniquement coupables, les sorcières étaient des boucs émissaires. René Girard
C’est parce que nos ancêtres se sont longtemps nourris de la Bible et des Evangiles que nous comprenons ces phénomènes et que nous les condamnons. (…) L’idéal d’une société étrangère à la violence remonte visiblement à la prédication de Jésus, à l’annonce du royaume de Dieu. Loin de diminuer à mesure que le christianisme s’éloigne, son intensité augmente. Ce paradoxe est facile à expliquer. Le souci des victimes est devenu un enjeu paradoxal des rivalités mimétiques, des surenchères concurrentielles. Il y a les victimes en général mais les plus intéressantes sont celles qui nous permettent de condamner nos voisins. (…) Dans notre univers, en somme, tout le monde se jette des victimes à la tête (…) Nous avons désormais nos rites victimaires, antisacrificiels, et ils se déroulent dans un ordre aussi immuable que les rites proprement religieux. On se lamente d’abord sur les victimes qu’on s’accuse mutuellement de faire ou de laisser faire. On se lamente ensuite sur l’hypocrisie de toute lamentation; on se lamente enfin  sur le christianisme, indispensable bouc émissaire  car il n’est pas de rite sans victime (…) depuis le haut Moyen Age, toutes les grandes institutions humaines évoluent dans le même sens, le droit public et privé, la législation pénale, la pratique judiciaire, le statut des personnes. Tout se modifie très lentement d’abord mais le rythme s’accélère de plus en plus, et, vue de très haut, l’évolution va toujours dans le même sens, vers l’adoucissement des peines, vers la plus grande protection des victimes. (…) Notre société a aboli l’esclavage puis le servage. Plus tard sont venues la protection de l’enfance, des fermmes, des vieillards, des étrangers du dehors et des étrangers du dedans, la lutte contre la misère et le « sous-développement ». Plus récemment encore on a universalisé les soins médicaux, la protection des handicapés, etc.Tous les jours, de nouveaux seuils sont franchis. (…) De nos jours, il s’exaspère parfois de façon caricaturale qu’il suscite le rire mais il faut se garder d’y voir une simple mode, un bavardage toujours plus inefficace. Il n’est pas d’abord une hypocrite comédie. Au cours des âges, il a créé une société incomparable à toutes les autres. Il a unifié le monde. (…) A chaque génération, les législateurs descendaient plus profondément dans un héritage ancestral qu’ils se faisaient un devoir de transformer. Là où leurs ancêtres ne voyaient rien à réformer, ils découvraient l’oppression et l’injustice. Le statu quo avait longtemps paru intouchable, déterminé par la nature ou voulu par les dieux, souvent même par le Dieu chrétien. Depuis des siècles, les vagues successives  du souci  des victimes ont révélé et réhabilité de nouvelles catégories de boucs émissaires dans les soubassements de la société, des êtres dont seuls quelques génies spirituels, dans le passé, soupçonnaient que les injustices dont ils souffraient pouvaient être éliminées. (…) Il y a une avance historique inexorable de la vérité chrétienne dans notre monde. Elle ne fait qu’un paradoxalement avec l’affaiblissement apparent du christianisme. (… ) Les mondes anciens étaient comparables entre eux, le nôtre est unique. Sa supériorité dans tous les domaines est tellement écrasante, tellement évidente  que, paradoxalement, il est interdit d’en faire état. (…) La montée en puissance de la victime ne coïncide pas par hasard avec l’avènement de la première culture vraiment planétaire. (..) Au-delà des absolus récemment écroulés, l’humanisme, le rationalisme, la révolution, la science même, il n’y a pas aujourd’hui le vide absolu qu’on nous annonçait naguère. Il y a le souci des victimes et c’est lui qui, pour le meilleur et pour le pire, domine la monoculture planétaire dans laquelle nous vivons. La mondialisation est le fruit de ce souci et non pas l’inverse. Dans toutes les activités économiques, scientifiques, artistiques et même religieuses, c’est le souci des victimes qui détermine l’essentiel, ce n’est ni le progrès des sciences, ni l’économie de marché, ni « l’histoire de la métaphysique ».  (…) De nos jours, tout se décante et le souci des victimes apparait au grand jour, dans toute sa pureté et son impureté. Rétrospectivement c’est lui, on le voit bien , qui depuis des siècles, gouverne en sous-main  l’évolution de notre monde. (…) Ce qui exigeait encore pour être repéré, il y a un siècle, la perspicacité d’un Nietzsche, aujourd’hui le premier venu le perçoit. La surenchère perpétuelle transforme le souci des victimes en une injonction totalitaire, une inquisition permanente. Les médias même s’en aperçoivent et se moquent de la « victimologie », ce qui ne les empêche pas de l’exploiter. Le fait que notre monde devienne massivement antichrétien, au moins dans ses élites, n’empêche donc pas le souci des victimes de se perpétuer et de se renforcer, tout en prenant souvent des formes aberrantes. L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. René Girard
Cela ressemble bien aux Américains d’inventer un big bang à l’origine de nos univers. Julien Green (écrivain franco-américain)
L’univers a été réglé très précisément pour l’émergence de la vie et de la conscience. Le réglage initial est d’une virtuosité époustouflante: on pourrait le comparer à l’habileté d’un archer qui réussirait à planter sa flèche au milieu d’une cible carrée de 1 centimètre de coté, éloignée de 15 milliards d’années-lumière… Trinh Xuan Thuan
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
Loin que les nécessités de la reproduction biologique déterminent l’organisation symbolique de la division sexuelle du travail, et de proche en proche, de tout l’ordre naturel et social, c’est une construction arbitraire du biologique, et en particulier du corps, masculin et féminin, de ses usages et de ses fonctions, notamment dans la reproduction biologique, qui donne un fondement en apparence naturel à la vision androcentrique de la division du travail sexuel et de la division sexuelle du travail et, par-là, de tout le cosmos. Pierre Bourdieu
Je ne veux pas éliminer les hommes, bien entendu. Ségolène Royal
In the context of sexual relationships, masculinity is expressed through ‘erection, penetration, and climax,’ so it is possible that threats to gender identity . . . manifest as sexual problems. Cornwell and Laumann
Our findings suggest the importance of socialized gender roles for sexual frequency in heterosexual marriage. (…) Couples in which men participate more in housework typically done by women report having sex less frequently. Similarly, couples in which men participate more in traditionally masculine tasks — such as yard work, paying bills, and auto maintenance — report higher sexual frequency. (…) The first mechanism—that sexual scripts activate desire and sexual behavior in the presence of gendered activity—would operate in the following fashion. Traditional gender per- formances serve as cues of masculine and feminine behavior; these cues activate individuals’ internalized cultural sexscripts, creating sexual desire and activity. In essence, traditionally masculine and feminine behaviors consciously or unconsciously serve as turn-ons for individuals. We do not argue that this takes place instantly, but rather over time, individuals perceive their spouse as more masculine or feminine as they engage in gender-traditional behaviors, and this increases sexual attraction. To the extent that masculinity and femininity are central parts of both the household division of labor and sexual attraction and activity, we expect that households with more traditionally gendered divisions of labor will experience greater sexual frequency. (…) A second possibility is that couples with more gender-traditional divisions of house- work hold more traditional beliefs and act in more gender-typical ways, which leads to more frequent sex. More masculine-identified men may value more frequent sex, and more highly feminine-identified wives may refuse sex less often because they view providing sex as part of being a good wife. Thus, men may initiate sex more frequently, and wives refuse less, with no link to desire. In essence, this mechanism suggests that both housework and sexual behavior are ways that couples do gender, and any observed relationship between the two would reflect couples’ under- lying orientations toward gender rather than causal influence. (…) A third possibility is simply that gender- traditional arrangements are linked to sexual activity because couples perceive greater affection and love when partners do more (albeit in traditionally gendered ways) in the household. Rather than couples engaging in more sexual activity because traditional divisions of housework act as signals of masculinity and femininity, couples may instead feel more affection and satisfaction within their relationships under traditional gender divisions of labor, and this leads to more frequent sex. Doing housework can convey affection, although often in traditionally gendered ways. As DeVault notes, “the gender relations of feeding and eating seem to convey the message that giving service is part of being a woman, and receiving it fundamentally part of being a man.” Gender-traditional beliefs and practices are often associated with greater marital happiness and men’s emotion work in the family. Sexual frequency appears to lie in the realm of sexual scripts, but couples are not purely interested in the amount of sex they have—they undoubtedly also care about the quality of sex. Although sexual frequency is correlated with sexual satisfaction, the correlation is far from perfect. Sabino Kornrich
« Ville sanctuaire » désigne une ville qui met en place certaines pratiques pour protéger les immigrants illégaux/sans-papiers. Elles sont une trentaine aux Etats-Unis à avoir ce « label ». Ces pratiques peuvent être définies par la loi (de jure) ou simplement dans les fait (de facto). Concrètement, une ville n’accordera aucun budget pour lutter contre l’immigration illégale ou ne permettra pas aux autorités locales de contrôler le statut d’immigrant d’un civil. Depuis 1996 et surtout depuis 2006, des séries de lois portées en majorité par le parti Républicain, lutte contre ces « libertés » accordées aux immigrants illégaux et tente de donner davantage de pouvoir au gouvernement fédéral (dont dépend la gestion de l’immigration) localement au sein des Etats. A l’heure actuelle, ce sont surtout les Etats du Sud du pays qui sont touchés : Alabama, Texas, Arizona, Mississippi et Géorgie… Mais la tendance, surtout depuis la crise financière de 2008, s’oriente vers davantage de contrôle ainsi qu’un renforcement des lois. A New York, il est possible mais peu probable que des agents de l’immigration débarquent dans un restaurant ou un bar pour faire un contrôle car vous l’aurez compris, les lois locales sont en « faveur » des immigrants. Et dans la réalité, la plupart des bars et restaurants de la ville fermeraient car la main d’œuvre utilisée par cette industrie est en majorité ici illégalement ! Dans la pratique donc, les travailleurs illégaux sont « tolérés » par les autorités locales. Dans les faits, la police peut vérifier votre identité mais n’a pas le droit (contrairement à la France) de vérifier la situation relative à votre visa. Par exemple, il est tout à fait possible en étant sans-papiers, de passer devant un juge et être condamné pour des faits mineurs, sans se faire par la suite expulser. C’est arrivé à un de nos cuisiniers mexicains… Comment est-ce possible ? Tout simplement parce que ce n’est pas le rôle de la justice locale de s’occuper de l’immigration ! Cela tient aussi au fait que le travail des différentes agences locales ou fédérales ne collaborent pas vraiment ensemble et ne travaillent pas à partir des mêmes bases de données. Lyon69rue89
Dès la Rome antique s’opère un clivage radical entre les pénétrants (les citoyens, les maîtres) et les pénétrés (souvent de jeunes esclaves). L’homme libre se devait d’être marié, d’honorer sa femme et ses maîtresses et pouvait aussi soumettre de jeunes corps masculins pour son plaisir. Pour reprendre le langage cru qu’appréciaient les Romains, un vir [un mâle romain] « encule » mais n’est pas « enculé », alors que les « culs larges » et les « suceurs de bites » étaient méprisés et insultés. Autrement dit, la virilité, c’est la pénétration active ; la dévirilisation, c’est la pénétration passive. Prenez le viol carcéral, un phénomène très répandu et largement tabou. Selon une enquête menée aux Etats-Unis par Human Rights Watch, ces viols sont majoritairement perpétrés par des prisonniers qui, hors les murs, sont hétérosexuels. Ce sont des caïds, qui n’hésitent pas à se glorifier de leurs prouesses sexuelles avec les femmes, et qui « baisent » des détenus pour les humilier et affirmer leur virilité triomphale. Les hommes victimes de ces agressions sont perçus comme féminins, car ils n’affichent pas les marqueurs de la virilité : une voix fluette, un petit gabarit, ou trop peu d’appétit pour la bagarre suffisent pour être rangés du côté des « tafioles », qu’on soit ou non homosexuel. Et, pour le violeur, il s’agit, là encore, d’imposer sa loi par l’asservissement sexuel de l’autre. (…) Ce genre de compliments [« Je t’encule » ou « Je te nique ], très prisés au volant, signifie « Je te soumets à mon phallus » et cela ne va pas te laisser un très bon souvenir. De nombreuses métaphores assimilent le pénis à une arme : pistolet, fusil, gourdin, braquemart… C’est dire que celui qui profère ce type de phrases parle de la puissance de son membre et de sa capacité à anéantir l’autre. Quant à « sale pédé », c’est une amabilité qui est aussi souvent adressée à des hétérosexuels qu’à des homosexuels. Elle vise juste à déprécier l’autre. (…) C’est parce que le féminin est dévalorisé que l’effémination est perçue comme un avilissement (…) C’est, d’après moi, l’une des leçons à tirer de l’affaire Weinstein et de ses suites : pour que les hommes changent leur regard sur les femmes et le féminin, ils doivent d’abord changer le regard qu’ils portent sur eux-mêmes, comme dominants et pénétrants. Le vrai sujet tabou, il est là. On parle énormément, et à juste titre, de la discrimination envers les femmes ; en revanche, l’oppression de l’homme par l’homme, l’homophobie, la confusion entre effémination et homosexualité sont des sujets dont on s’empare trop peu. Il y a un vrai travail de pédagogie à faire pour dissocier l’« effemination », c’est-à-dire le fait de posséder des caractères essentialisés comme féminins (la douceur, la sensibilité, la bienveillance, l’empathie…) et l’orientation sexuelle, qui est un tout autre sujet. Il existe des homos très virils et des hétéros efféminés (…) Cette discrimination archaïque entre le pénétrant-dominant et le pénétré-dominé mérite d’être définitivement abandonnée. Olivia Gazalé
I have been silenced for 20 years. I have been slut-shamed. I have been harassed. I have been maligned, and you know what? I’m just like you because what happened to me behind the scenes happens to all of us in this society. And that cannot stand, and it will not stand. No more. Name it. Shame it. Call it out. It’s time to be whole, it’s time to rise, it’s time to be brave. Rose McGowan
Well, I know what you mean. Sometimes I think that coming into the studio with you, John, is a bit like going into Harvey Weinstein’s bedroom. John goes way past groping – way past groping. You just pray that you emerge with your dignity intact, but the broader point is that, yes, you can make a fool of yourself. Michael Gove
 Le Coran comporte un grand nombre de versets concernant les juifs, dont certains leur sont très hostiles. Enfants, nous les apprenions par cœur à l’école. Les juifs étaient, pour nous, perfides, falsificateurs, immoraux, diaboliques, etc., et, chose primordiale, ces versets étaient les paroles de Dieu. Chaque enfant arabe grandit avec ces images. Dans une monarchie arabe du Golfe par exemple, on lit aujourd’hui dans les manuels scolaires que les juifs descendent des singes parce qu’un verset du Coran (II-65) menace les transgresseurs du Sabbat d’être transformés en singes. (…) les juifs du Coran étaient, en réalité, les juifs de Médine, qui avaient été d’abord perçus par Mahomet comme des alliés potentiels avant de devenir ses ennemis mortels puisqu’ils ne le reconnurent pas comme prophète. L’âge d’or de la condition juive dans le monde arabe est un mythe. Les juifs y vivaient dans une situation meilleure que celle des juifs d’Europe avec des périodes de relative tolérance mais, globalement, du Maroc à l’Irak, ils étaient méprisés, brimés et humiliés quand ils n’étaient pas massacrés de sorte qu’ils n’avaient pas d’autre choix que celui de quitter les terres de leurs ancêtres pour aller s’établir en Europe ou en Israël. C’est dans le monde arabe que les protocoles des sages de Sion ont connu et continuent de connaître leur plus grand succès de vente. L’antisémitisme des Arabes, aujourd’hui, est le même que le vieil antisémitisme européen. Il fonctionne sur le même registre, comme une paranoïa dépourvue d’argumentation. Les juifs ont beaucoup d’argent et sont solidaires entre eux. C’est ce que disait Merah, l’assassin des enfants juifs de l’école Ozar-Hatorah de Toulouse, mais aussi toute une littérature européenne d’avant 1945 (que Merah n’a certainement pas lue). Que de fois ai-je entendu des gens dire en Tunisie que les récoltes sont mauvaises parce que le Mossad empoisonne les sols ou que ce dernier est à l’origine de l’attentat du 11-Septembre, afin d’aider les Américains à mettre la main sur le pétrole irakien. Le mal est là, tapi au fond de nous. Ses racines sont profondes. Des centaines de milliers d’Arabes meurent assassinés par d’autres Arabes en Syrie, en Irak, en Libye, au Soudan, mais cela nous importe apparemment moins que les crimes commis par l’armée israélienne qui sont, eux, toujours dénoncés par une partie, fut-elle minoritaire, de la presse et de la société civile de ce pays. Said Ben Said
À la une du Parisien, le 25 octobre, seize portraits d’hommes « soutenus » par ce titre en gras : « Les hommes s’engagent. » Ces messieurs font connaître urbi et orbi qu’ils sont opposés… au harcèlement sexuel (et, sans doute, à la faim dans le monde, au dépassement d’honoraires des notaires sans cravate, aux intempéries, aux hémorroïdes) : « Après l’onde de choc créée par l’affaire Weinstein, seize personnalités masculines sollicitées par notre journal expriment leur solidarité avec les femmes. » On reconnaît l’intellectuel azuréen Christian Estrosi, et Michel Cymes, conseiller omnimédiatique à caducée. Ce dernier profite de l’occasion pour parler… de lui ! « Moi aussi, lorsque j’avais 15 ans, j’ai subi des attouchements par un homme dans le métro. C’est très perturbant. Sur le moment je n’ai rien osé dire. » Contrairement à ce que ces déclarations pourraient faire croire, le sujet de l’article n’est nullement Michel Cymes et sa psychose suburbaine, mais bel et bien la condition faite aux femmes par de grossiers personnages, qui profitent de leur pouvoir pour exiger d’elles des faveurs sexuelles. Mais, ô surprise ! Perdu au milieu des seize messagers féministes, qui voit-on ? François Hollande ! Alors, un souvenir nous revient… M. Hollande sur une estrade, à Tulle, au soir de sa victoire, le 6 mai 2012 : à ses côtés Valérie Trie – rweiler, heureuse, compagne épanouie du vainqueur et présentée comme telle à la foule. Bref, une femme amoureuse, compagne d’un homme comblé, entrait officiellement à l’Élysée. Las ! La ronde 1 des corps et des visages ne saurait suivre une voie rectiligne. M. Hollande, non pas saisi par la débauche, mais fidèle à sa devise « le changement, c’est maintenant ! » s’éprend d’une jolie comédienne. Le 10 janvier 2014, le magazine Closer le montre casqué, furtif, quittant le domicile de l’élue au petit matin. Mme Trierweiler découvre son infortune en même temps que les Français : rage, désespoir, dépression ! Le 25, s’adressant au téléphone à l’AFP, il déclare ceci : « Je fais savoir que j’ai mis fin à la vie commune que je partageais avec Valérie Trierweiler. » Par cette formule de dix-huit mots M. Hollande, ineffable « partageur » de vie commune (!) paraissait plutôt congédier une courtisane que rompre avec une compagne, et moins encore répudier une reine. Nombre d’observateurs virent d’ailleurs dans ce communiqué lapidaire et glaçant tout le caractère de la goujaterie. Patrick Mandon
Les temps d’émotion obligatoire peuvent susciter, chez les esprits contrariants, de coupables tendances goguenardes, qu’il vaudrait mieux savoir réprimer. Quand tous les marteaux du moment se mettent à taper en chœur sur le même clou, tenter de glisser un doigt de contradiction, ou plus grave encore, d’ironie, est plutôt périlleux. Ainsi, apprend-on, entre mille nouvelles de la même veine, que le ministre britannique de l’Environnement s’est fait poisser pour une « blague douteuse » – que je trouve pour ma part très drôle – et de surcroît très facile à adapter chez nous. Entrant dans le studio de BBC Radio 4, Michael Gove a déclaré : « C’est comme entrer dans la chambre à coucher de Harvey Weinstein – on espère en sortir avec sa dignité intacte. » La plaisanterie a, paraît-il, beaucoup amusé l’auditoire présent, mais précise l’article, « elle a été largement condamnée sur les réseaux sociaux », ce qui laisse penser que la merveilleuse génération ne rigole pas beaucoup. (…)  Quand Carol Galand, l’une des activistes du mouvement antiporc, se réjouit parce que « les #metoo qui se sont répandus comme un feu de forêt ont mis sur le grill des milliers de porcs, vaste méchoui d’une omerta honteuse », le mâle blanc ne s’insurge pas contre cette animalisation, il implore son pardon. On saluera BHL qui pour le coup, s’est énervé – « Je n’aime pas qu’on traite un homme de porc ! » –, Alain Finkielkraut, qui ne cède rien à la pression ambiante (…), sans oublier Jaccard, Mandon, Rosenzweig et tous ceux qui prennent le risque de se voir dénoncés comme complices de l’infâme. Mais pour l’essentiel, la gent masculine se tient à carreau. L’homme occidentalisé n’est pas un porc, mais un repentant. Face à la forêt planétaire de doigts accusateurs, il finit par croire à sa propre culpabilité. « Je me suis mal exprimé », confesse Bruno Lemaire, coupable, non pas de gestes indécents (on a vraiment du mal à l’imaginer), mais de refus de dénoncer. « J’ai honte pour les hommes », roucoule le chef Yves Camdeborde dans un numéro du Parisien qui figurera un jour dans les annales de la domination féminine, où seize people mâles (dont François Hollande, voir encadré) s’engagent pour la sauvegarde de nos amies les femmes. Ces seize- là, suppose-t-on, n’ont jamais contraint aucune femme, mais ils ne le feront plus. Plus de blagues lourdes, plus de regards insistants, plus d’avances « non désirées ». Plus rien qui puisse mettre une femme mal à l’aise, comme l’expliquera bientôt aux contrevenants le « zéro-six anti – relous » (comprenez le numéro de mobile qu’on utilisera comme un leurre antidragueur et au bout duquel le relou se fera sermonner – espérons qu’ils ne choisiront pas une voix trop sexy). À mon humble avis, beaucoup d’histoires d’amour commencent par quelque chose qui peut mettre mal à l’aise, mais passons. (…) Il faut cependant répondre, non pas à cet argument lourdingue, mais à tous ceux qui s’indignent sincèrement que l’on plaisante alors que nous voyons défiler sur nos écrans des femmes, brisées ou combatives, qui relatent pour certaines un véritable calvaire où la contrainte sexuelle se double de sévices, pour d’autres une situation pesante, pour d’autres encore un incident pénible. Certains de ces témoignages sont difficilement supportables et appellent la compassion, l’effroi, voire la furieuse envie de planter quelques coups de genou dans quelques génitoires dûment sélectionnées. Mais l’esprit de sérieux qui s’est abattu sur le féminisme ne rend pas cette souffrance plus tolérable, au contraire. Du reste, ce n’est pas seulement l’humour qui est placé sous surveillance, mais tout propos sur le sujet, surtout s’il est tenu par un homme. Le fossé abyssal entre ce qui se raconte en privé (où on blague à tout-va y compris sur les moments difficiles) et ce qu’on ose dire publiquement révèle une forme de terreur. Bien sûr, nul n’a été arrêté pour avoir contesté le déballage en cours, mais tout homme public, qu’il officie dans le show-biz, la politique ou les médias, sait qu’il pourrait perdre son job, des contrats et l’estime de ses contemporains pour un mot de trop. (…) En attendant, un pays où des adultes craignent de soutenir publiquement une opinion minoritaire n’est pas libre. Que la censure ne soit pas imposée par le pouvoir mais par les réseaux sociaux et qu’on ne risque pas sa vie mais sa vie sociale ne rend pas ce climat étouffant plus supportable. « La peur change de camp » , s’enchantent des féministes, bruyamment applaudies par des hommes qui consentent ainsi à leur destitution. Quel aveu que cette peur des hommes célébrée comme une victoire ! Ce n’est donc pas de la souffrance qu’on s’amuse, mais du flot de sottises que l’on entend à son sujet. Les indignés d’aujourd’hui ne cessent de s’émerveiller de la libération de la parole, oubliant à quel point ils la trouvaient malodorante, cette parole libérée, quand elle pointait la sécession en cours dans l’islam européen, et combien il était alors urgent de l’interdire. Tenir en suspicion les témoignages de ceux qui vivent au quoti dien le choc des civilisations (des ploucs) n’était pas un crime, mais un devoir moral. Les mêmes, aujourd’hui, ne se soucient guère de la liberté de parole de tous ceux qui trouvent la délation aussi abjecte que les agissements qu’elle vise, et encore moins de celle des porcs présumés. Il y a deux raisons fondamentales (et pas mal d’accessoires) d’être terrifié par la mécanique irrépressible qui s’est mise en place à partir d’un scandale hollywoodien certes déplorable, mais assez classique : tout d’abord, on ne saurait obtenir justice en suspendant les formes et les garanties essentielles de la justice ; ensuite, ce déferlement de vérités individuelles brosse un tableau global mensonger de la vie des femmes et des hommes en France. (…) Cette nouvelle forme du pilori envoie aussi aux oubliettes la présomption d’innocence à laquelle même le dernier des salauds a droit. (…) Il faut donc se défier du réflexe qui nous fait penser « bien fait pour sa gueule ! » quand les turpitudes de tel ou tel sont étalées – et plus encore quand l’étalage confirme la piètre opinion que l’on avait du personnage. Après avoir entendu l’effroyable récit de Henda Ayari sur Tariq Ramadan, on s’en veut de mégoter sa solidarité à une femme qui a eu le courage de parler. Car, bien sûr, on la croit, et c’est tout le problème : pour moi, comme pour les millions de Français qui l’ont entendue, Ramadan est déjà coupable. Et il a été condamné sans jugement. Il est vrai que, contrairement à tous ceux à qui on reprochera des faits prescrits, lui aura droit, malgré tout, à un procès. Mais quelle qu’en soit l’issue, il restera aux yeux de tous comme un gros dégueulasse. Au lieu de faire croire aux femmes agressées qu’elles obtiendront toutes réparation et d’agiter le fantasme de l’imprescriptibilité des crimes sexuels (également contraire à tout notre droit), on devrait avoir le courage de dire aux femmes que la justice des hommes ne peut pas réparer toutes les injustices de l’existence et que, sauf s’ils ont laissé des traces physiques, des méfaits commis entre quatre yeux ont toutes les chances de rester impunis, comme le sont du reste des milliers de crimes et délits qui passent à travers les mailles de notre système libéral. En leur racontant le contraire, en les invitant à « se lâcher », on ne les aide pas, on les traite comme des enfants qui demandent à être consolés, serait-ce par des mensonges. Moi aussi ! Moi aussi ! Mon chef ! Mon collègue ! Mon plombier ! Mon prof de macramé ! Mon dentiste ! À en juger par le succès viral de ce hashtag en forme de cri du cœur, on vivait au milieu des porcs et on ne le savait pas. Du cinéma à l’hôpital, de la fonction publique au journalisme, du monde du sport à l’armée, tous les milieux, toutes les corporations ont été invitées à faire leur examen de conscience. (…) Alors que le Code pénal sanctionne (et heureusement) tout l’éventail des mauvais traitements infligés aux femmes et que ces comportements suscitent un haut-le-cœur général, ce pathos délirant m’a donné un fou rire. (…) L’échec patent de ce happening victimaire laisse supposer que, comme pour l’écriture inclusive, c’est une avant-garde groupusculaire et radicale qui veut faire passer les déviances pour la norme et la transgression pour la règle. Notons que cette même avant-garde préfère regarder ailleurs quand l’infériorité des femmes est effectivement la norme, c’est-à-dire dans les quartiers islamisés. Caroline De Haas, qui n’a pas de la « merde raciste dans les yeux » , voit des porcs partout, sauf à Cologne ou à La Chapelle-Pajol où il n’y a, pour elle, que des victimes de l’islamophobie. Seulement, pour accomplir ce tour de passe-passe et faire admettre comme une vérité que toute femme ou presque avait déjà été harcelée, il a fallu, comme l’analyse Finkielkraut, étendre considérablement le domaine du harcèlement. (…) Si on désigne comme prédateurs tous les hommes qui ont un jour manqué de respect verbalement à une femme, on n’a pas fini de rire. Alors que se préparent les festivités du cinquantième anniversaire de Mai 68, la rage punitive et policière des héritières de la joyeuse libération sexuelle a de quoi terrifier. Toutes les femmes n’ont pas subi de violences ou d’outrages. En revanche, toutes ont eu à faire avec le désir des hommes et toutes savent que, s’il est souvent un délicieux hommage, il peut aussi être importun, pesant, embarrassant. Tant qu’il ne s’impose pas par la force physique, le chantage ou la pression morale – pratiques sanctionnées par la loi –, il relève des relations entre adultes et non de la surveillance citoyenne. (…) Quand la demande égalitaire s’offusque de toute différence, en particulier de l’entêtante différence des sexes, la sexualité demeure le refuge de la dissymétrie acceptée, de la domination fluctuante et, surtout, du secret qui protège la chambre à coucher (ou la table de la cuisine) de l’aveuglante et déprimante lumière de la transparence. Reste à savoir pour combien de temps. Elisabeth Lévy
I became an a–hole — the kind of performative masculine man my father had modeled for me to be. I lived by the motto, ‘If you don’t flirt, you die.’ And flirt I did. I flirted with all women, be they actresses, producers, or 80-year-old grandmothers. I even flirted with those who were out of bounds, like the wives of some of my best friends, which especially revolts me. I disrespected myself, and I disrespected them, and ignored my own ethics, which I regret more deeply than I can express. During those years I was swept up in a world of celebrity and drugs — which are not excuses, just truths. Since then I have had to redefine what it means to be a man, and an ethical man. I think every man on Earth has or will have to grapple with this question. But I am not an assaulter. I emphatically deny ever “exposing” myself to Jessica Teich, whom I have considered a friend for 30 years. I did flirt with her, and I remember trying to kiss Jessica as part of what I thought was a consensual seduction ritual that went on and on for many years. I am horrified and bewildered to discover that it wasn’t consensual. I didn’t get it. It makes me reassess every relationship I have ever thought was playful and mutual. There is a sea-change happening right now, which we can look upon as a problem or an opportunity. We all of us are awakening to the reality that how men have behaved toward women for eons is not OK. The rules are changing invisibly underneath our feet. I am playing catch up. Maybe we all are. I hope people can join me in honestly looking at our behavior and trying to make it right. We have to relearn every rule we thought we knew about how men and women interact, because after all getting together is the most fundamental human compulsion. And if we don’t succeed in that, what do we have? I hope this is the beginning of a larger conversation we can have as a culture. Richard Dreyfuss
Wow, I don’t quite know what to make of that. I respect that he’s trying to grapple with it, and I regret that he’s not being totally honest. Sadly, what I regret even more is I’ll never forget the sight of his penis because I was so surprised to see it there. The fact that he can’t quite acknowledge all of it is understandable. But he certainly acknowledges that something happened, and he certainly acknowledges that it might have been inappropriate now that he looks back on. Jessica Teich
It’s blowing in the wind, stupid !

Au-delà, entre tribunaux du viol universitaires ou  villes-sanctuaires et listes progressives, des habituelles et inévitables dérives et hypocrisies (les fameuses « vertus chrétiennes devenues folles » de Chesterton) …

Comme des risques de lynchage et de chasse aux sorcières que nos esprits contrariants ont raison de dénoncer …
« Quand tous les marteaux du moment se mettent à taper en chœur sur le même clou » …
Alors que du côté même de ses pratiquants la vérité sort enfin sur l’islam
Pendant qu’en Occident certains voudraient étendre à la division du travail sexuel la remise en question de la division sexuelle du travail
Comment ne pas trouver complètement fou ce que l’on est en train de vivre …
Qui aurait imaginé en effet jusqu’il y a deux ou trois semaines un tel degré d’introspection publique de la part d’un acteur d’Hollywood …
Comme cette confession que l’actualité vient d’arracher à un poids lourd d’Hollywood tel que Richard Dreyfus
Reconnaissant que « les règles sont en train de changer de manière invisible sous nos pieds et qu’on essaie juste de suivre » ?
Comment ne pas voir …
Même si on n’est pas judéo-chrétien ou girardien …
Qu’il devient ou va devenir de plus en plus difficile de ne pas être affecté …
Par le souffle désormais planétaire et instantané via les communications actuelles …
De l’autre big bang pourtant vieux de 2 000 ans …
De l’irruption du judéo-christianisme sur la scène humaine ?

L.A. Writer Says Richard Dreyfuss Sexually Harassed and Exposed Himself to Her in the 1980s

Jada Yuan

Vulture

Six days ago, the actor and writer Harry Dreyfuss gave a detailed account to BuzzFeed News, alleging that Kevin Spacey groped his crotch when he was 18, while his father, Richard Dreyfuss, was in the room. Richard confirmed to BuzzFeed that he didn’t see the groping and didn’t know about it until his son told him years later, but was present the night Harry says it occurred. “[Spacey] knew he could fondle me in a room with my father and that I wouldn’t say a word,” wrote Harry. “He knew I wouldn’t have had the guts. And I didn’t.” A few hours after the story was published, Richard tweeted a statement in support of his son:

It was a response that many applauded. But as Los Angeles–based writer Jessica Teich read the elder Dreyfuss’s tweet, she grew “bothered,” she says. “When I read about his support for his son, which I would never question, I remember thinking, But wait a minute, this guy harassed me for months,” Teich told me in an interview. “He was in a position of so much power over me, and I didn’t feel I could tell anyone about it. It just seemed so hypocritical.” She began drafting a Facebook post that she shared with her friends, one of whom is a New York staff member, who gave Teich my number. The harassment, Teich says, was constant over a two- to three-year period in the mid-1980s when she worked as a researcher and junior writer on a TV passion-project of Dreyfuss’s — and included an incident where she says that he exposed himself to her.

The project was an ABC comedy special called Funny, You Don’t Look 200: A Constitutional Vaudeville, which Dreyfuss dreamed up, hosted, co-wrote, and produced to mark the bicentennial of the American Constitution. When Teich and Dreyfuss began working together in 1984 — first at the Mark Taper Forum theater in Los Angeles, where they met, and then on 200 — Teich was in her mid-20s and in an entry-level job, fresh out of grad school. Dreyfuss was 12 years older, married with a child, and starring in a play at the Taper, where Teich was a dramaturg. At the time, he held the record for becoming the youngest Best Actor Academy Award winner ever. “He wasn’t that much older than I was, but in every possible way his position in life couldn’t have been less comparable to mine,” says Teich. “That’s how vast the power differential was. He was famous, he was rich, he had an Oscar.” And, as she pointed out to me emphatically, “He was my boss. There was no question about it.”

While they were both at the Taper, Dreyfuss had asked Teich to work on developing 200 with him, first on an informal basis over lunches, and then with the formal backing of the Disney Channel, where they had a tiny production office. Over the next several years, they spent countless hours together developing the script. One day, deep into the development process, with the TV special set to air in October 1987, Teich says Dreyfuss asked her to meet him in his trailer on the Los Angeles studio lot of a movie he was starring in at the time. As with all her script meetings with Dreyfuss, this one was set up by his female secretary. (The secretary could not be reached for comment.)

“I remember walking up the steps into the trailer and turning towards my left,” says Teich, “and he was at the back of the trailer, and just — his penis was out, and he sort of tried to draw me close to it.” Dreyfuss never asked for her to fellate him or jerk him off, Teich says, but she remembers the situation being unambiguous. “He was hard. I remember my face being brought close to his penis,” she continues. “I can’t remember how my face got close to his penis, but I do remember that the idea was that I was going to give him a blow job. I didn’t, and I left.”

How she extricated herself, she can’t recall. “It was like an out-of-body experience. I just tried to swiftly get out of the room. I pretended it hadn’t really happened,” she says. “I kept moving because it was part of my job, and I knew he was, at the time, a very important guy, and certainly important to me. I trusted him. That’s what’s always so weird. I liked him. That’s part of why it’s so painful, because of the level of innocence one brings to these things. I felt responsible, that I must have indicated in some way that I was available for this.”

Teich says that, at the time, she told no one about the exposure incident, or what she claims were years of continual, overt, lewd comments and invitations from Dreyfuss. “He created a very hostile work environment, where I felt sexualized, objectified, and unsafe,” says Teich. The exposure in the trailer, she says, was the most shocking Dreyfuss’s behavior got, but perhaps more pernicious, she contends, was that she couldn’t do her job without him coming on to her. She’s referring to moments when Dreyfuss tried to kiss her in professional settings, slip her “I love you” notes during meetings, and his unsubtle verbal sneak attacks. “He has that way of sidling up to you and saying things like, ‘I want to fuck you,’” Teich says. “That was said all the time. He would constantly steer conversations to this yucky, insinuating thing, and I would sort of try to pull us back to a place where we could actually get some work done.” Throughout the research process, Teich says, Dreyfuss set up multiple trips where it was just the two of them, to Yale, Stanford, and Washington, D.C. One morning, when they were going to meet with Ronald Reagan, Teich recalls, Dreyfuss “told me he’d spent the night with his ear next to the wall, listening to my movements in my hotel room.”

Despite how unequivocal Teich is about her experience, she believes “Richard would be very surprised if 30-odd years later he heard that I felt completely coerced and disenfranchised. I think he’d be like, ‘Oh no, I thought you really liked me.’ I don’t think he had any idea.”

Dreyfuss, who’s now 70, responded swiftly to my request for comment, through representation, and asked for a limited deadline extension so he could write something thoughtful. Here are the first, most pertinent, paragraphs of his statement:

I value and respect women, and I value and respect honesty. So I want to try to tell you the complicated truth. At the height of my fame in the late 1970s I became an asshole–the kind of performative masculine man my father had modeled for me to be. I lived by the motto, “If you don’t flirt, you die.” And flirt I did. I flirted with all women, be they actresses, producers, or 80-year-old grandmothers. I even flirted with those who were out of bounds, like the wives of some of my best friends, which especially revolts me. I disrespected myself, and I disrespected them, and ignored my own ethics, which I regret more deeply than I can express. During those years I was swept up in a world of celebrity and drugs – which are not excuses, just truths. Since then I have had to redefine what it means to be a man, and an ethical man. I think every man on Earth has or will have to grapple with this question. But I am not an assaulter.

I emphatically deny ever “exposing” myself to Jessica Teich, whom I have considered a friend for 30 years. I did flirt with her, and I remember trying to kiss Jessica as part of what I thought was a consensual seduction ritual that went on and on for many years. I am horrified and bewildered to discover that it wasn’t consensual. I didn’t get it. It makes me reassess every relationship I have ever thought was playful and mutual.

“Wow, I don’t quite know what to make of that,” Teich said, when I read the statement to her aloud. She paused for a long time before speaking again. “I respect that he’s trying to grapple with it, and I regret that he’s not being totally honest. Sadly, what I regret even more is I’ll never forget the sight of his penis because I was so surprised to see it there. The fact that he can’t quite acknowledge all of it is understandable. But he certainly acknowledges that something happened, and he certainly acknowledges that it might have been inappropriate now that he looks back on it.”

In the last 30 years, Teich, who is 58, says she confided in three people about Dreyfuss: a family member and a close confidante, who both asked to remain anonymous, and her therapist. The family member confirmed that Teich had discussed Dreyfuss’s alleged misconduct decades ago, including the exposure incident. The confidante provided a statement recalling that Teich long ago talked about her discomfort with Dreyfuss hitting on her. Her therapist declined to comment due to doctor-patient confidentiality.

Teich’s memoir, The Future Tense of Joy, released in 2016, details a year of sexual molestation and horrific beatings she endured when she was 16, at the hands of a man who was 12 years her senior, and whom she’d also met in a professional setting at an Orlando ballet company they were both in. “When I wouldn’t do some of the things that he wanted me to do, sexually, he would beat the shit out of me,” she tells me. She believes this prior experience with abuse, plus the power imbalance between her and Dreyfuss and the culture surrounding allegations of sexual assault 30 years ago, contributed to why she kept silent. “I knew it was incredibly unpleasant,” she says. “I knew I felt awful about it and during it, but it wasn’t of such greater horribleness than a lot of other things that happened. And because I had been abused as a 16-year-old, and that was my introduction to any kind of intimacy, I thought, Oh, is this okay? I just didn’t have any perspective on it because no one was talking about it.” She’d worried about going public because Dreyfuss has grown children, and his son’s story of abuse is what prompted her post. “But then I thought, ‘I have children, too’” — daughters, 16 and 21 — “and I don’t want them to live in a world where people can’t tell the truth about these things.”

In his statement, Dreyfuss concluded with a broader acknowledgment of the conversations currently happening around sexual harassment and assault:

There is a sea-change happening right now, which we can look upon as a problem or an opportunity. We all of us are awakening to the reality that how men have behaved toward women for eons is not OK. The rules are changing invisibly underneath our feet. I am playing catch up. Maybe we all are.

I hope people can join me in honestly looking at our behavior and trying to make it right. We have to relearn every rule we thought we knew about how men and women interact, because after all getting together is the most fundamental human compulsion. And if we don’t succeed in that, what do we have? I hope this is the beginning of a larger conversation we can have as a culture.

After I read Teich the statement, I asked if she felt like this was a dialogue she would ever have with Dreyfuss. “Yeah, I think if I did it in a context where there were other people involved,” she says. “Because I’m not confronting him, I’m not suing him for damages of any kind. And his statement to you is more than I thought anyone would get from him.” Still, she did take issue with certain words he’d used that she found to be “loaded.” “‘Flirt’ is absolutely not the right word,” Teich says. “It suggests something mutual, and that was not the case.” She also thought he was stretching when he called her someone “whom I have considered a friend for 30 years.” The word “friend” was problematic in this context. “The suggestion is that if I were a true colleague I never would’ve been public about this, that it should’ve all been kept among friends,” she says. “I’m not that guy’s friend. I haven’t seen that guy or spoken to him in 25 years. But as a person, I respond to the sense of hurt that underlies his words, and something in me feels compassion for him, even though he made my life hell. And that’s part of the complexity of the whole thing, I think.

Voir aussi:

Harcèlement féministe: Habeas Porcus
Les magistrates de #balancetonporc ont condamné la gent masculine
Elisabeth Lévy
Causeur
10 novembre 2017

Avant même que la justice s’en mêle, les magistrates de #balancetonporc ont déjà condamné l’ensemble de la gent masculine. Quand il s’agit de stigmatiser tous les hommes, les féministes n’ont pas peur de l’amalgame.

Les temps d’émotion obligatoire peuvent susciter, chez les esprits contrariants, de coupables tendances goguenardes, qu’il vaudrait mieux savoir réprimer. Quand tous les marteaux du moment se mettent à taper en chœur sur le même clou, tenter de glisser un doigt de contradiction, ou plus grave encore, d’ironie, est plutôt périlleux. Ainsi, apprend-on, entre mille nouvelles de la même veine, que le ministre britannique de l’Environnement s’est fait poisser pour une « blague douteuse » – que je trouve pour ma part très drôle – et de surcroît très facile à adapter chez nous. Entrant dans le studio de BBC Radio 4, Michael Gove a déclaré : « C’est comme entrer dans la chambre à coucher de Harvey Weinstein – on espère en sortir avec sa dignité intacte. » La plaisanterie a, paraît-il, beaucoup amusé l’auditoire présent, mais précise l’article, « elle a été largement condamnée sur les réseaux sociaux », ce qui laisse penser que la merveilleuse génération ne rigole pas beaucoup. Ou alors des blagues d’Alex Wizorek.

Et comme la justice se rend désormais sur Twitter, le ministre a dû s’excuser.
Le problème, c’est la blague

Cet épisode a valeur d’apologue. Pour le parti de « la parole libérée », le problème, c’est la blague. Pour les défenseurs de l’humour libre, ce sont les excuses. Quand Carol Galand, l’une des activistes du mouvement antiporc, se réjouit parce que « les #metoo qui se sont répandus comme un feu de forêt ont mis sur le grill des milliers de porcs, vaste méchoui d’une omerta honteuse », le mâle blanc ne s’insurge pas contre cette animalisation, il implore son pardon. On saluera BHL qui pour le coup, s’est énervé – « Je n’aime pas qu’on traite un homme de porc ! » –, Alain Finkielkraut, qui ne cède rien à la pression ambiante (pages 50-51), sans oublier Jaccard, Mandon, Rosenzweig et tous ceux qui prennent le risque de se voir dénoncés comme complices de l’infâme. Mais pour l’essentiel, la gent masculine se tient à carreau. L’homme occidentalisé n’est pas un porc, mais un repentant. Face à la forêt planétaire de doigts accusateurs, il finit par croire à sa propre culpabilité. « Je me suis mal exprimé », confesse Bruno Lemaire, coupable, non pas de gestes indécents (on a vraiment du mal à l’imaginer), mais de refus de dénoncer.

« J’ai honte pour les hommes », roucoule le chef Yves Camdeborde dans un numéro du Parisien qui figurera un jour dans les annales de la domination féminine, où seize people mâles (dont François Hollande, voir encadré) s’engagent pour la sauvegarde de nos amies les femmes. Ces seize- là, suppose-t-on, n’ont jamais contraint aucune femme, mais ils ne le feront plus. Plus de blagues lourdes, plus de regards insistants, plus d’avances « non désirées ». Plus rien qui puisse mettre une femme mal à l’aise, comme l’expliquera bientôt aux contrevenants le « zéro-six anti – relous » (comprenez le numéro de mobile qu’on utilisera comme un leurre antidragueur et au bout duquel le relou se fera sermonner – espérons qu’ils ne choisiront pas une voix trop sexy). À mon humble avis, beaucoup d’histoires d’amour commencent par quelque chose qui peut mettre mal à l’aise, mais passons.

L’inévitable Caroline De Haas ayant semble-t-il échoué à faire reculer le président sur sa réforme du droit du travail, elle a dégainé là où on l’atten – dait, c’est-à-dire en balançant Eugénie Bastié comme « l’alliée indéfectible des agresseurs » . Si tu n’es pas avec moi, tu es avec les cogneurs. Dialectique, quand tu nous tiens. Il faut cependant répondre, non pas à cet argument lourdingue, mais à tous ceux qui s’indignent sincère – ment que l’on plaisante alors que nous voyons défiler sur nos écrans des femmes, brisées ou combatives, qui relatent pour certaines un véritable calvaire où la contrainte sexuelle se double de sévices, pour d’autres une situation pesante, pour d’autres encore un incident pénible. Certains de ces témoignages sont difficilement supportables et appellent la compassion, l’effroi, voire la furieuse envie de planter quelques coups de genou dans quelques génitoires dûment sélectionnées. Mais l’esprit de sérieux qui s’est abattu sur le féminisme ne rend pas cette souffrance plus tolérable, au contraire. Du reste, ce n’est pas seulement l’humour qui est placé sous surveillance, mais tout propos sur le sujet, surtout s’il est tenu par un homme. Le fossé abyssal entre ce qui se raconte en privé (où on blague à tout-va y compris sur les moments difficiles) et ce qu’on ose dire publique – ment révèle une forme de terreur.

Bien sûr, nul n’a été arrêté pour avoir contesté le débal – lage en cours, mais tout homme public, qu’il officie dans le show-biz, la politique ou les médias, sait qu’il pourrait perdre son job, des contrats et l’estime de ses contempo – rains pour un mot de trop. Quelques-uns ont renoncé à intervenir dans ce numéro, persuadés de ne récolter que des ennuis – incluant parfois une bonne engueulade de madame. On ne saurait leur donner tort. En attendant, un pays où des adultes craignent de soutenir publique – ment une opinion minoritaire n’est pas libre. Que la censure ne soit pas imposée par le pouvoir mais par les réseaux sociaux et qu’on ne risque pas sa vie mais sa vie sociale ne rend pas ce climat étouffant plus supportable. « La peur change de camp » , s’enchantent des féministes, bruyamment applaudies par des hommes qui consentent ainsi à leur destitution. Quel aveu que cette peur des hommes célébrée comme une victoire ! Ce n’est donc pas de la souffrance qu’on s’amuse, mais du flot de sottises que l’on entend à son sujet. Les indignés d’aujourd’hui ne cessent de s’émerveiller de la libération de la parole, oubliant à quel point ils la trouvaient malodorante, cette parole libérée, quand elle pointait la sécession en cours dans l’islam européen, et combien il était alors urgent de l’interdire. Tenir en suspicion les témoignages de ceux qui vivent au quoti – dien le choc des civilisations (des ploucs) n’était pas un crime, mais un devoir moral. Les mêmes, aujourd’hui, ne se soucient guère de la liberté de parole de tous ceux qui trouvent la délation aussi abjecte que les agisse – ments qu’elle vise, et encore moins de celle des porcs présumés. Il y a deux raisons fondamentales (et pas mal d’acces – soires) d’être terrifié par la mécanique irrépressible qui s’est mise en place à partir d’un scandale hollywoodien certes déplorable, mais assez classique : tout d’abord, on ne saurait obtenir justice en suspendant les formes et les garanties essentielles de la justice ; ensuite, ce déferlement de vérités individuelles brosse un tableau global mensonger de la vie des femmes et des hommes en France.

« Toi aussi, raconte, en donnant le nom et les détails, un harcèlement dont tu as été victime. » C’est avec ce message, dont nous avons charitablement corrigé l’orthographe, que Sandra Muller, journaliste basée aux États-Unis, a lancé le 13 octobre le hashtag « balance ton porc », la grammaire suggérant que toute femme a un porc à balancer. Comme l’observe alors Le Monde , extatique, « le verrou a sauté. La vanne s’est ouverte ». En quelques jours, des centaines de microrécits sont publiés, l’écœurant côtoyant le futile et le sordide l’ano – din. L’une parle d’attouchements subis à 11 ans, l’autre d’une blague sur ses bottes. Très vite, des noms sont divulgués : dans la liste noire qui s’enrichit d’heure en heure, on trouve un ancien ministre balancé par la fille d’un autre, quelques journalistes et animateurs, un député promptement débarqué de son groupe. Qu’une femme ayant subi une agression sans pouvoir se défendre ait le sentiment de rétablir la balance en jetant le nom de son agresseur en pâture au public, on peut le comprendre. Il n’en est pas moins choquant que la quasi-totalité de la classe médiatique et poli – tique, garde des Sceaux compris, l’encourage dans cette fâcheuse illusion. Votée en 1679 par le Parlement anglais, la loi sur l’Habeas corpus (qui intègre des dispositions antérieures) prévoit que « toute personne arrêtée a le droit de savoir pourquoi elle est arrêtée et de quoi elle est accusée » . Ce principe, inscrit dans notre droit bien avant 1789, est encore l’un des fondements de toute justice démocratique, puisque c’est de lui que découle le caractère contradictoire d’un procès équi – table. C’est sans doute difficile à admettre quand on a eu affaire à un gros dégueulasse, mais c’est ainsi : la seule façon d’obtenir justice, c’est de porter plainte et de se plier aux règles formelles exigées par la procé – dure. La justice ne fait pas son boulot, répondra-t- on. Admettons qu’il reste dans nos commissariats et dans nos prétoires des dinosaures qui détournent la tête quand une femme vient demander leur protec – tion. On a du mal à croire que ce soit la règle. De plus, faut-il, au prétexte que la justice fonctionne mal, laisser les femmes se faire justice elles-mêmes ? Cette nouvelle forme du pilori envoie aussi aux oubliettes la présomption d’innocence à laquelle même le dernier des salauds a droit. Tandis que Murielle Salmona réclame à leur profit une « présomption de vérité » (!), des femmes se déclarent « humiliées » qu’on mette leur parole en doute. Mais le premier devoir de tout juge est de mettre en doute la parole de la victime présu – mée. Même quand elle est criante de vérité. Il faut donc se défier du réflexe qui nous fait penser « bien fait pour sa gueule ! » quand les turpitudes de tel ou tel sont étalées – et plus encore quand l’étalage confirme la piètre opinion que l’on avait du personnage. Après avoir entendu l’effroyable récit de Henda Ayari sur Tariq Ramadan, on s’en veut de mégoter sa soli – darité à une femme qui a eu le courage de parler. Car, bien sûr, on la croit, et c’est tout le problème : pour moi, comme pour les millions de Français qui l’ont enten – due, Ramadan est déjà coupable. Et il a été condamné sans jugement. Il est vrai que, contrairement à tous ceux à qui on reprochera des faits prescrits, lui aura droit, malgré tout, à un procès. Mais quelle qu’en soit l’issue, il restera aux yeux de tous comme un gros dégueulasse. Au lieu de faire croire aux femmes agressées qu’elles obtiendront toutes réparation et d’agiter le fantasme de l’imprescriptibilité des crimes sexuels (également contraire à tout notre droit), on devrait avoir le courage de dire aux femmes que la justice des hommes ne peut pas réparer toutes les injustices de l’existence et que, sauf s’ils ont laissé des traces physiques, des méfaits commis entre quatre yeux ont toutes les chances de rester impu – nis, comme le sont du reste des milliers de crimes et délits qui passent à travers les mailles de notre système libéral. En leur racontant le contraire, en les invitant à « se lâcher », on ne les aide pas, on les traite comme des enfants qui demandent à être consolés, serait-ce par des mensonges.

Moi aussi ! Moi aussi ! Mon chef ! Mon collègue ! Mon plombier ! Mon prof de macramé ! Mon dentiste ! À en juger par le succès viral de ce hashtag en forme de cri du cœur, on vivait au milieu des porcs et on ne le savait pas. Du cinéma à l’hôpital, de la fonction publique au journalisme, du monde du sport à l’armée, tous les milieux, toutes les corporations ont été invitées à faire leur examen de conscience. « Je ne savais pas que c’ était aussi répandu » , déclarent les hommes inter – rogés par Le Parisien . Sauf qu’on ne le sait toujours pas. À entendre les récits qui se succèdent, emplissant tout l’espace médiatique, confortés par une litanie de chiffres terrifiants, la révolution féministe n’a jamais eu lieu et la vie des femmes est un chemin de croix – maltraitance sur fond d’omerta. Il n’y a plus des femmes singulières, mais « nous les femmes » , comme l’écrit Laure Adler dans un texte sobrement intitulé « La nuit des femmes » et publié par Madame Figaro le 20 octobre. « Nous les femmes. Nous les femmes qui sommes déshonorées, déconsidérées, violentées dans notre intégrité physique et psychique, dans notre dignité d’ être humain. Nous les femmes qui n’osons pas énoncer la violence dont nous sommes l’objet, juste – ment parce que nous ne sommes plus sujets. Nous les femmes, quand sortirons-nous de notre nuit immémo – riale, douloureuse, silencieuse ? » Alors que le Code pénal sanctionne (et heureusement) tout l’éventail des mauvais traitements infligés aux femmes et que ces comportements suscitent un haut-le-cœur général, ce pathos délirant m’a donné un fou rire. Tout comme celui de Carol Galland qui a appelé les femmes harce – lées à manifester le dimanche 29 octobre. « Non, il n’est pas normal que la quasi-totalité des femmes cache au creux de son cœur une salissure qui la dégoûte et lui fait honte » , écrit cette amatrice de méchoui qui ne cache pas grand-chose au creux du sien car elle exhibe tous les sentiments qui s’y trouvent, assaisonnés de force formules prétendument drôles. Avant d’ajouter : « Les femmes sont tellement brisées qu’aujourd’ hui, elles vont jusqu’ à penser qu’un rassemblement #metoo ouvert aux hommes serait dangereux pour elles. » On appréciera la réduction de toutes les femmes à de petites choses perdant leurs moyens en présence d’un butor. Un siècle de féminisme pour en arriver là. Seulement, ce ne sont pas « les femmes », mais moins de 2 000 personnes qui ont répondu à son appel dans toute la France, le dimanche 29 octobre, ce qui n’a pas empêché les perroquets de la radio publique de se féliciter que le combat quitte internet pour descendre dans la rue. L’échec patent de ce happening victimaire laisse supposer que, comme pour l’écriture inclu – sive, c’est une avant-garde groupusculaire et radicale qui veut faire passer les déviances pour la norme et la transgression pour la règle. Notons que cette même avant-garde préfère regarder ailleurs quand l’infériorité des femmes est effectivement la norme, c’est-à-dire dans les quartiers islamisés. Caroline De Haas, qui n’a pas de la « merde raciste dans les yeux » , voit des porcs partout, sauf à Cologne ou à La Chapelle-Pajol où il n’y a, pour elle, que des victimes de l’islamophobie. Seulement, pour accomplir ce tour de passe-passe et faire admettre comme une vérité que toute femme ou presque avait déjà été harcelée, il a fallu, comme l’analyse Finkielkraut, étendre considérablement le domaine du harcèlement. « Si nous aussi on donnait les noms des prédateurs sexuels qui nous ont 1/ manqué de respect verbalement 2/ tenté des tripotages » , suggère Sandra Muller dans un deuxième tweet. Si on désigne comme prédateurs tous les hommes qui ont un jour manqué de respect verbalement à une femme, on n’a pas fini de rire. Alors que se préparent les festivités du cinquantième anniversaire de Mai 68, la rage puni – tive et policière des héritières de la joyeuse libération sexuelle a de quoi terrifier. Toutes les femmes n’ont pas subi de violences ou d’outrages. En revanche, toutes ont eu à faire avec le désir des hommes et toutes savent que, s’il est souvent un délicieux hommage, il peut aussi être importun, pesant, embarrassant. Tant qu’il ne s’impose pas par la force physique, le chantage ou la pression morale – pratiques sanctionnées par la loi –, il relève des relations entre adultes et non de la surveillance citoyenne.

Or, à entendre les « agitées du porte-plainte » , pour reprendre la tranchante expression de Muray, on devrait verbaliser tous les amoureux suffisamment transis pour ne pas se laisser décourager à la première rebuffade – dont notre littérature regorge. Et comme il l’a écrit en 1991 dans le texte inédit que nous publions (pages 42-43), derrière la lutte contre le harcèle – ment, « c’est bel et bien le sexuel qui est aujourd’ hui l’objet d’une entreprise de criminalisation, ou plutôt de re-criminalisation, acharnée » . Quand la demande égalitaire s’offusque de toute différence, en particulier de l’entêtante différence des sexes, la sexualité demeure le refuge de la dissymétrie acceptée, de la domination fluctuante et, surtout, du secret qui protège la chambre à coucher (ou la table de la cuisine) de l’aveuglante et déprimante lumière de la transparence. Reste à savoir pour combien de temps. Muray aimait à ce sujet citer « La Colère de Samson », poème de Vigny : « Bientôt, se retirant dans un hideux royaume, La Femme aura Gomorrhe et l’Homme aura Sodome, Et se jetant, de loin, un regard irrité, Les deux sexes mourront chacun de son côté. » Alors que l’on prétend nous faire croire que l’humanité se partage entre victimes et porcs, l’âge de la séparation a peut-être commencé.

Un goujat nommé Hollande Par Patrick Mandon À la une du Parisien , le 25 octobre, seize portraits d’hommes « soutenus » par ce titre en gras : « Les hommes s’engagent. » Ces messieurs font connaître urbi et orbi qu’ils sont opposés… au harcèlement sexuel (et, sans doute, à la faim dans le monde, au dépassement d’honoraires des notaires sans cravate, aux intempéries, aux hémorroïdes) : « Après l’onde de choc créée par l’affaire Weinstein, seize personnalités masculines sollicitées par notre journal expriment leur solidarité avec les femmes. » On reconnaît l’intellectuel azuréen Christian Estrosi, et Michel Cymes, conseiller omnimé – diatique à caducée. Ce dernier profite de l’occa – sion pour parler… de lui ! « Moi aussi, lorsque j’avais 15 ans, j’ai subi des attouchements par un homme dans le métro. C’est très perturbant. Sur le moment je n’ai rien osé dire. » Contrairement à ce que ces déclarations pour – raient faire croire, le sujet de l’article n’est nulle – ment Michel Cymes et sa psychose suburbaine, mais bel et bien la condition faite aux femmes par de grossiers personnages, qui profitent de leur pouvoir pour exiger d’elles des faveurs sexuelles. Mais, ô surprise ! Perdu au milieu des seize messagers féministes, qui voit-on ? François Hollande ! Alors, un souvenir nous revient… M. Hollande sur une estrade, à Tulle, au soir de sa victoire, le 6 mai 2012 : à ses côtés Valérie Trie – rweiler, heureuse, compagne épanouie du vain – queur et présentée comme telle à la foule. Bref, une femme amoureuse, compagne d’un homme comblé, entrait officiellement à l’Élysée. Las ! La ronde 1 des corps et des visages ne saurait suivre une voie rectiligne. M. Hollande, non pas saisi par la débauche, mais fidèle à sa devise « le chan – gement, c’est maintenant ! » s’éprend d’une jolie comédienne. Le 10 janvier 2014, le magazine Closer le montre casqué, furtif, quittant le domi – cile de l’élue au petit matin. Mme Trierweiler découvre son infortune en même temps que les Français : rage, désespoir, dépression ! Le 25, s’adressant au téléphone à l’AFP, il déclare ceci : « Je fais savoir que j’ai mis fin à la vie commune que je partageais avec Valérie Trierweiler. » Par cette formule de dix-huit mots M. Hollande, ineffable « partageur » de vie commune (!) paraissait plutôt congédier une courtisane que rompre avec une compagne, et moins encore répudier une reine. Nombre d’observateurs virent d’ailleurs dans ce communiqué lapidaire et glaçant tout le caractère de la goujaterie… 1. La Ronde , film de Max Ophüls. Nul n’a mieux montré le manège enchanté du désir qui fait tourner les femmes et les hommes, puis les rend à leur solitude fondamentale.

Voir également:

Saïd Ben Saïd : « L’antisémitisme des Arabes aujourd’hui est le même que le vieil antisémitisme européen »

Le producteur de cinéma s’exprime dans une tribune au « Monde » après avoir appris qu’il ne pouvait plus présider le jury des journées cinématographiques de Carthage (du 4 au 11 novembre) en Tunisie. On lui reproche d’avoir produit des films en Israël.

Saïd Ben Saïd (Producteur de cinéma franco-tunisien)

Tribune. J’ai reçu au début du mois d’août une invitation pour présider le jury des journées cinématographiques de Carthage (JCC) qui se déroulent du 4 au 11 novembre à Tunis.

J’ai accepté très chaleureusement la proposition mais, lorsque le délégué général, M. Nejib Ayed, a appris que je produisais le prochain film du cinéaste israélien Nadav Lapid et que j’avais fait partie du jury du dernier festival de Jérusalem, il m’a demandé un délai de réflexion de vingt-quatre heures et ne m’a plus donné signe de vie.

Une grande partie de la presse tunisienne et du public, en prenant connaissance de mes entreprises israéliennes, aurait certainement réagi avec beaucoup de virulence à cette invitation et le festival a probablement eu raison de m’épargner (et de s’épargner) un lynchage médiatique. Cet incident tout à fait fâcheux, et qui l’est d’autant plus qu’il m’a opposé bien involontairement à des personnes que je n’ai aucune envie de désobliger, est révélateur de l’état actuel du débat sur ce pays dont le nom est devenu en Tunisie imprononçable.

Je suis né en Tunisie. J’y ai grandi dans une famille musulmane pratiquante et je m’affirme aujourd’hui avec le même enthousiasme musulman, français et tunisien. Il y a dans mon pays d’origine, et dans le monde arabe de façon générale, une hostilité (quand ce n’est pas une haine) à l’égard d’Israël, qui est liée au sort dramatique des Palestiniens dont les Tunisiens et les Arabes se sentent solidaires.

Vocable antisémite

En vérité, les choses sont un peu plus compliquées que cela. Nul ne peut nier le malheur du peuple palestinien, mais il faut bien admettre que le monde arabe est, dans sa majorité, antisémite et cette haine des juifs a redoublé d’intensité et de profondeur non pas avec le conflit israélo-arabe, mais avec la montée en puissance d’une certaine vision de l’islam.

La lecture littérale du Coran, dépourvue de tout contexte historique, donne lieu depuis un siècle et demi environ à des propos délirants sur les juifs

Bien entendu, un tas de gens sont persuadés, mais alors mordicus, qu’étant des sémites, les Arabes ne peuvent être antisémites. Or, rien n’est plus faux. Le vocable antisémite, inventé en Europe au XIXe siècle, n’a jamais concerné les Arabes. Il désignait exclusivement les juifs. A la vérité, il existe dans le Coran un discours antirabbinique qui a été à travers l’histoire progressivement décontextualisé et déshistoricisé pour devenir d’abord un discours antijudaïque, puis un discours antisémite.

La lecture littérale du Coran, dépourvue de tout contexte historique, donne lieu depuis un siècle et demi environ à des propos délirants sur les juifs. Le Coran comporte un grand nombre de versets concernant les juifs, dont certains leur sont très hostiles. Enfants, nous les apprenions par cœur à l’école. Les juifs étaient, pour nous, perfides, falsificateurs, immoraux, diaboliques, etc., et, chose primordiale, ces versets étaient les paroles de Dieu. Chaque enfant arabe grandit avec ces images. Dans une monarchie arabe du Golfe par exemple, on lit aujourd’hui dans les manuels scolaires que les juifs descendent des singes parce qu’un verset du Coran (II-65) menace les transgresseurs du Sabbat d’être transformés en singes.

Paranoïa dépourvue d’argumentation

Lorsque je suis arrivé en France à l’âge de 18 ans, je fis la connaissance de Mohamed Arkoun et Jacques Berque et je considère aujourd’hui encore ces rencontres comme un bienfait du destin. Je relus grâce à eux le Coran en m’appuyant sur un savoir construit et historique, ébranlant ainsi toutes mes certitudes passées. J’appris alors que les juifs du Coran étaient, en réalité, les juifs de Médine, qui avaient été d’abord perçus par Mahomet comme des alliés potentiels avant de devenir ses ennemis mortels puisqu’ils ne le reconnurent pas comme prophète.

L’âge d’or de la condition juive dans le monde arabe est un mythe. Les juifs y vivaient dans une situation meilleure que celle des juifs d’Europe avec des périodes de relative tolérance mais, globalement, du Maroc à l’Irak, ils étaient méprisés, brimés et humiliés quand ils n’étaient pas massacrés de sorte qu’ils n’avaient pas d’autre choix que celui de quitter les terres de leurs ancêtres pour aller s’établir en Europe ou en Israël.

Le mal est là, tapi au fond de nous. Ses racines sont profondes

C’est dans le monde arabe que les protocoles des sages de Sion ont connu et continuent de connaître leur plus grand succès de vente. L’antisémitisme des Arabes, aujourd’hui, est le même que le vieil antisémitisme européen. Il fonctionne sur le même registre, comme une paranoïa dépourvue d’argumentation. Les juifs ont beaucoup d’argent et sont solidaires entre eux. C’est ce que disait Merah, l’assassin des enfants juifs de l’école Ozar-Hatorah de Toulouse, mais aussi toute une littérature européenne d’avant 1945 (que Merah n’a certainement pas lue).

Que de fois ai-je entendu des gens dire en Tunisie que les récoltes sont mauvaises parce que le Mossad empoisonne les sols ou que ce dernier est à l’origine de l’attentat du 11-Septembre, afin d’aider les Américains à mettre la main sur le pétrole irakien.

Le mal est là, tapi au fond de nous. Ses racines sont profondes. Des centaines de milliers d’Arabes meurent assassinés par d’autres Arabes en Syrie, en Irak, en Libye, au Soudan, mais cela nous importe apparemment moins que les crimes commis par l’armée israélienne qui sont, eux, toujours dénoncés par une partie, fut-elle minoritaire, de la presse et de la société civile de ce pays.

La vérité historique me semble être une exigence morale de premier rang. Un musulman qui en fait son deuil et qui se définit uniquement par le Coran qu’il n’a pas (ou mal) lu ou par la cause palestinienne qu’il ne connaît pas me paraît manquer à sa propre islamité.

Saïd Ben Saïd a, entre autres, produit le film Elle, de Paul Verhoeven, César du meilleur film de l’année 2016.

Voir enfin:

«La norme virile valorise le pénétrant et stigmatise le pénétré», déplore la philosophe Olivia Gazalé

INTERVIEW A l’occasion de «Movember», «20 Minutes» s’intéresse au plaisir prostatique. Une pratique taboue car elle implique que l’homme soit pénétré, ce qui, symboliquement, serait associé à une perte de virilité. Entretien avec Olivia Gazalé, auteure du « Mythe de la virilité »…

  • A l’occasion de « Movember », mouvement dédié à la sensibilisation des cancers masculins, « 20 Minutes » se penche sur le plaisir prostatique. Une pratique encore taboue et source de clichés
  • « Si on veut que les hommes changent leur regard sur les femmes et le féminin, ils doivent d’abord changer le regard qu’ils portent sur eux-mêmes », analyse dans cette interview, Olivia Gazalé, enseignante en philosophie, maître de conférences à Science-Po Paris

Vous aurez peut-être remarqué qu’une des insultes les plus courantes en français est « enculé ». Plus rarement « enculée » et jamais « enculeur ». Autrement dit, l’opprobre est jeté sur celui qui est pénétré ou soupçonné de l’être. C’est peut-être ce qui explique en partie que le sujet du plaisir prostatique soit aussi tabou, cette idée que la pénétration anale passive ferait perdre à un homme sa virilité. Olivia Gazalé (photo ci-contre), enseignante en philosophie, maître de conférences à Science-Po Paris et cofondatrice des Mardis de la philo aborde ce sujet dans l’un des chapitres de son livre Le Mythe de la virilité, paru chez Robert Laffont. Entretien.

Un des chapitres de votre livre s’intitule « Entrer : l’exigence de pénétration ». Autrement dit, est viril celui qui pénètre et non celui qui est pénétré ?

Entendons-nous bien : il ne s’agit évidemment pas ici de porter un jugement de valeur sur ces pratiques, mais seulement d’observer comment elles ont été considérées l’une et l’autre au cours de l’histoire. Dès la Rome antique s’opère un clivage radical entre les pénétrants (les citoyens, les maîtres) et les pénétrés (souvent de jeunes esclaves). Les catégories d’homosexualité et d’hétérosexualité telles que nous les entendons aujourd’hui, comme deux groupes clairement séparés, n’existaient pas. L’homme libre se devait d’être marié, d’honorer sa femme et ses maîtresses et pouvait aussi soumettre de jeunes corps masculins pour son plaisir. Pour reprendre le langage cru
qu’appréciaient les Romains, un vir [un mâle romain] « encule » mais n’est pas « enculé », alors que les « culs larges » et les « suceurs de bites » étaient méprisés et insultés. Autrement dit, la virilité, c’est la pénétration active ; la dévirilisation, c’est la pénétration passive. Pour certains hommes, cela n’a pas changé depuis l’Antiquité, hélas : ils considèrent toujours leur phallus comme un outil de domination.

Qui sont ces hommes ?

Prenez le viol carcéral, un phénomène très répandu et largement tabou. Selon une enquête menée aux Etats-Unis par Human Rights Watch, ces viols sont majoritairement perpétrés par des prisonniers qui, hors les murs, sont hétérosexuels. Ce sont des caïds, qui n’hésitent pas à se glorifier de leurs prouesses sexuelles avec les femmes, et qui « baisent » des détenus pour les humilier et affirmer leur virilité triomphale. Les hommes victimes de ces agressions sont perçus comme féminins, car ils n’affichent pas les marqueurs de la virilité : une voix fluette, un petit gabarit, ou trop peu d’appétit pour la bagarre suffisent pour être rangés du côté des « tafioles », qu’on soit ou non
homosexuel. Et, pour le violeur, il s’agit, là encore, d’imposer sa loi par l’asservissement sexuel de l’autre.

Vous citez dans votre livre les insultes comme « Je t’encule » ou « Je te nique » qui, paradoxalement, peuvent être prononcées sans que celui qui les profère soit perçu comme homosexuel…

Au contraire, même ! Ce genre de compliments, très prisés au volant, signifie « Je te soumets à mon phallus » et cela ne va pas te laisser un très bon souvenir. De nombreuses métaphores assimilent le pénis à une arme : pistolet, fusil, gourdin, braquemart… C’est dire que celui qui profère ce type de phrases parle de la puissance de son membre et de sa capacité à anéantir l’autre. Quant à « sale pédé », c’est une amabilité qui est aussi souvent adressée à des hétérosexuels qu’à des homosexuels. Elle vise juste à déprécier l’autre.

Derrière cela, il y a une dimension homophobe, mais aussi misogyne ?

Oui, car l’homophobie découle de la gynéphobie. C’est parce que le féminin est dévalorisé que l’effémination est perçue comme un avilissement. C’est en ce sens que la défense de la cause des femmes et celle des LGBTQ relèvent d’un seul et même combat : celui qu’il faut continuer à mener contre le caractère aliénant des normes sexuées, qui interdisent aux individus des deux sexes de se construire librement. Cela fait déjà plus d’un siècle que les femmes ont remis en question la notion d’« éternel féminin », mais les hommes, eux, sont encore trop souvent conditionnés par les stéréotypes sexués qui leur imposent de faire sans cesse la démonstration de leur puissance, de leur performance, de leur combativité, de leur courage… et de leur hétérosexualité.

Il faudrait donc que les hommes se remettent en question ?

C’est, d’après moi, l’une des leçons à tirer de l’affaire Weinstein et de ses suites : pour que les hommes changent leur regard sur les femmes et le féminin, ils doivent d’abord changer le regard qu’ils portent sur eux-mêmes, comme dominants et pénétrants. Le vrai sujet tabou, il est là. On parle énormément, et à juste titre, de la discrimination envers les femmes ; en revanche, l’oppression de l’homme par l’homme, l’homophobie, la confusion entre effémination et homosexualité sont des sujets dont on s’empare trop peu. Il y a un vrai travail de pédagogie à faire pour dissocier l’« effémination », c’est-à-dire le fait de posséder des caractères essentialisés comme féminins (la douceur, la sensibilité, la bienveillance, l’empathie…) et l’orientation sexuelle, qui est un tout autre sujet. Il existe des homos très virils et des hétéros efféminés. Sortons des caricatures. Cette discrimination archaïque entre le pénétrant-dominant et le pénétré-dominé mérite d’être définitivement abandonnée. De même que le fait de considérer le terme de « pédé » comme une insulte. C’est à nous qu’il revient d’éduquer la prochaine génération en ce sens.

Voir encore:

Why Campus Rape Tribunals Hand Down So Many ‘Guilty’ Verdicts

Title IX training is a travesty.

In November 2014, a female member of Brown University’s debate team had oral sex with a male colleague while they watched a movie. Eleven months later, she filed a complaint with Brown, accusing him of sexual assault.

Both parties in the case had credibility issues; he had violated a no-contact order, she had withheld from the university the bulk of their text messages. But the accused student possessed strong exculpatory evidence. He produced the full record of their communications, which included texts from the accuser to him discussing the encounter in a highly positive fashion and referencing a “plan” to have sex again. Further, a friend of the accuser, who saw her shortly after the incident, recalled her raving about her “really hot” experience.

Nonetheless, Brown’s disciplinary panel returned a guilty finding by 2-to-1. The decisive vote came from Besenia Rodriguez, the university’s associate dean for curriculum.

In subsequent court testimony after the accused sued Brown, Rodriguez admitted that she had not considered the accuser’s text messages or other post-incident behavior as having any bearing on the case. The reason, she said, was the hours of training that Brown had provided to prepare her to adjudicate the complaint—training required by the federal government. Rodriguez was specifically told that the impact of trauma on sexual-assault victims often causes them to behave in counterintuitive ways, such as not being able to recount a consistent set of facts or choosing to communicate with (rather than to avoid) the alleged assailant. “I felt like it couldn’t—I couldn’t really put myself in her shoes to understand why she was representing it that way,” explained Rodriguez, “so best not to attempt to judge her behavior.”

But judging the accuser’s behavior, noted U.S. District Judge William Smith, “was precisely her job as a panel member: to interpret the evidence and make factual determinations about it.” He added, “It appears what happened here was that a training presentation was given that resulted in at least one panelist completely disregarding an entire category of evidence”—evidence severely damaging to the accuser’s credibility.

Smith invalidated the university’s decision, noting, even apart from Rodriguez’s dereliction of duty, the overall process was far from equitable. The Brown official who designed the training Rodriguez received, Alana Sacks, did not respond to a request for comment.

Since 2011, the federal government has required all universities that receive federal money to provide “training or experience in handling complaints of sexual harassment and sexual violence” to adjudicators and investigators. Since nothing in the experience of most academics prepares them to competently investigate an offense that’s a felony in all 50 states, it makes sense to train those who are assigned to investigate campus sexual-assault allegations. But the ideological regimes used on many campuses are designed more to stack the deck against accused students than to ensure a fair inquiry. The risk of injustice is enhanced by the fact that, to the best of our knowledge, no school discloses the contents of its training materials to accused students before commencing the disciplinary process. The contrast between this training regime and the instructions given by judges to jurors in criminal trials—most obviously, that they should presume defendants innocent until proven guilty—is stark.

“In a criminal trial,” says former Baltimore state’s attorney Gregg L. Bernstein, “we ask jurors to use their common sense and apply their own life experiences to determining questions of credibility and guilt or innocence. We do not ‘train’ jurors at the expense of considering equally plausible factors as to why [an alleged] victim’s testimony might not be credible.” Bernstein, who during his term in office created a special unit to handle sexual-assault cases, believes a balance “can be struck in which the victim’s account is given credence and she is respected, while at the same time, the alleged assailant has the right to test the story. We should ask for no less when a person’s reputation can be altered for life by these types of [campus] allegations.”

The training mandate originated with the Obama administration’s 2011 “Dear Colleague” letter, which dictated campus procedures for sexual-assault allegations that dramatically increased the chances of guilty findings. Expanded guidance in 2014 from the Department of Education’s Office for Civil Rights ordered that the training include “the effects of trauma, including neurobiological change”—a phrase pregnant with hidden meaning. The Obama training requirements (without the “neurobiological change” part) were then formalized in a binding federal regulation in 2015.

While Secretary of Education Betsy DeVos has rescinded the 2011 and 2014 Obama commands, the 2015 regulation keeps most of the Obama training mandate in place. All the while, the secrecy of almost all the training materials has enabled them largely to escape public scrutiny.

“The biggest problem with these training materials,” says Justin Dillon, a Washington, D.C., lawyer who has defended dozens of students accused of sexual assault, “is that if the accuser comes in, contradicts herself and the evidence, all that gets explained away because of ‘trauma.’ Junk science like that makes it extraordinarily hard for students to defend themselves effectively. Schools cherry-pick studies without actually understanding anything about them; they just take this chicanery at face value. Students would need to first pay a lawyer, and then pay that lawyer to find a neuroscience expert who is both willing and qualified to take on this issue. And if you think lawyers are expensive, wait until you see how much experts charge.”

Middlebury College’s training, for instance, urges adjudicators to “start by believing” the accuser, while asking themselves whether the accused student is “who he said he is.” The training materials twice feature a hypothetical campus rapist announcing: “I am going to have sex tonight. If it is consensual, fine. But, I am going to have sex tonight.”

The college further orders that in order to be “objective,” investigation reports must not use the word “alleged” before “victim” or “sexual assault” and must avoid passages such as “the victim’s account of the incident is not believable or credible to officers given her actions during and after the encounter with the suspect” or the “victim has inconsistencies with her story.”

The role of the investigative report is especially important at Middlebury because, like more and more schools, it has abandoned disciplinary hearings on sexual-assault claims in favor of a single-investigator system. This was designed to shield the accuser from cross-examination, but also empowers a school-appointed official to serve as “detective, judge and jury,” in the words of Greg Lukianoff, president of the Foundation for Individual Rights in Education. In the specific system used at Middlebury, a college administrator renders the final decision based primarily on a report prepared by the investigator. The accused student and his representatives have no opportunity to cross-examine the accuser or the investigator. The training’s restrictions on the content of the investigator’s report thus have a direct effect on the final outcome.

After we wrote about the Middlebury training, the firm that conducted it, Margolis Healy, removed the associated material from its website. The company did not respond to a request for comment.

Eric Rosenberg, an Ohio lawyer who has represented accused students in both state and federal lawsuits, says that the “systemic bias” in training materials extends to essentially “mandating adjudicators shield accusers from exculpatory evidence” as it might “re-victimize the victim.” A state or federal judge, Rosenberg explains, “would undoubtedly find [that any] jury pool members who promise not to re-victimize a party who alleges an injury should be stricken for cause.”

Beyond putting a thumb on the scale towards guilt, campus-training materials are permeated by highly debatable psychological theories, spawned in part by the Obama administration’s requirement of training about “neurobiological change.”

Emily Yoffe’s blockbuster September article in the Atlantic on “The Bad Science Behind Campus Response to Sexual Assault” uncovered widespread use of a concept called “tonic immobility.” Yoffe explored the pervasive influence of Rebecca Campbell, a Michigan State psychology professor, who claims that as many as half of all sexual-assault victims experience tonic immobility and that this condition, along with other neurological effects that occur during an assault, renders them unable either to resist or to recall the alleged attack accurately later. Campbell has done no empirical research on tonic immobility, and there is no clear evidence that the phenomenon—in which some prey animals go into a type of temporary paralysis when threatened—occurs in humans.

Training at Harvard Law School in 2014 borrowed heavily from Campbell’s ideas about tonic immobility, according to an article by Harvard Law professor Janet Halley. She said the school provides its tribunals with “a sixth-grade level summary of selected neurobiological research,” which claims that rape victims’ trauma causes neurological changes, which can result in tonic immobility. This “can cause the victim to appear incoherent and to have emotional swings, memory fragmentation, and ‘flat affect’ [so that her statements] can be ‘[m]isinterpreted as being cavalier about [the event] or lying.’ ” The Harvard training, Halley wrote, is “100% aimed to convince [disciplinary panelists] to believe complainants, precisely when they seem unreliable and incoherent.”

A still-pending case led U.S. District Judge John Padova to suggest that the University of Pennsylvania’s training of campus adjudicators is so biased that it may violate Title IX by discriminating against males. In a September 13, preliminary ruling, Padova cited the university’s training materials as a basis for rejecting Penn’s motion to dismiss a Title IX claim in a lawsuit filed by a student the school had found guilty of sexual assault.

Penn used a training document, “Sexual Misconduct Complaint: 17 Tips for Student Discipline Adjudicators,” disseminated by Legal Momentum, a women’s advocacy group that has harshly assailed Betsy DeVos’s efforts to make the handling of campus sexual-assault complaints more fair. The 17 “tips” about accusers include:

“The fact that a complainant recounts a sexual assault somewhat differently from one retelling to the next may reflect memory processes rather than inattentiveness or deceit.” Legal Momentum provides no guidance on how adjudicators should identify “memory processes,” “inattentiveness,” or “deceit.” The implication that inconsistencies are irrelevant to assessing credibility is contrary both to our legal traditions and human experience.

“Victim behaviors during and after a sexual assault may appear counterintuitive to those unfamiliar with sexual assault.” The Legal Momentum document goes on to offer examples suggesting that virtually any conduct or statement by an accuser—resisting or not resisting the alleged assaulter; subsequently contacting or subsequently avoiding the alleged assaulter; testifying emotionally or listlessly; recalling or not recalling events—is consistent with the guilt of the accused.

“False allegations of rape are not common” and “research places the [false rape report] rate in the general population between 2% and 10%.” But this research defines “false” extremely restrictively and excludes a great many cases in which the accused is clearly not guilty of sexual assault and many more in which the available evidence leaves unclear the veracity of the accuser’s account.

As for accused students, Penn’s training material seems designed to sow skepticism about their claims of innocence. The “typical” campus rapist, according to the document, might possess many “apparent positive attributes such as talent, charm, and maturity [and] a deep commitment to community service.” But such traits are “generally irrelevant.” Campus rapists “[p]lan and premeditate their attacks, using sophisticated strategies to groom their victims for attack and isolate them physically.”

Bernstein, the former top Baltimore prosecutor, expressed concern that the Penn training did not meet the “standards” necessary for an “objective process” that could determine the truth of allegations. Most of the tips, he notes, “leave a clear presumption of guilt in the investigator or adjudicator’s mind and provide a victim-centric explanation for otherwise inconclusive, inconsistent, and exculpatory testimony to the exclusion of other factors.” Legal Momentum did not respond to a request for comment.

The training materials and practices that have surfaced from other institutions are equally one-sided.

George Mason’s training plan contains a lengthy section instructing investigators and adjudicators to “avoid an implication of blaming a complainant,” such as by holding “the belief or expressing an opinion that a person who is alleging sexual assault was in some way responsible, whether wholly or in part, for what happened.” Testing an accuser’s truthfulness by asking about her pre-incident behavior with the accused student or why she waited for months to file a report or why she did not go to the police would all constitute blaming the victim. If even considering asking any such questions, the adjudicator is ordered by the training to adjourn the meeting and consult with fellow panelists before proceeding. There is no comparable caution regarding questions asked of accused students.

A University of Texas blueprint for sexual-assault investigations recommends reducing “the number of reports prepared by investigators,” so as to frustrate defense lawyers’ efforts to point out contradictions among an accuser’s statements. This recommendation belies any pretense that the university’s investigators are neutral fact-finders.

The training at Ohio State tells disciplinary panelists that as many as “57 percent” of college males “report perpetrating a form of sexual[ly] aggressive behavior,” among other points seemingly designed to prompt guilty findings. We are aware of no reliable study that makes such a statistical claim. The judge who cited the 57 percent did not say where Ohio State got it, and the school’s full training materials remain sealed.

Cooper Union’s training program describes a “typical” sexual-assault case as the work of a scheming predator: An upper class male who meets a freshman female at a party, accompanies her alone back to her room, and “pours ten shots out of a bottle he pulls out of his backpack” for her to drink. The accuser can later recall nothing, but believes that they had sex.

At SUNY-Plattsburgh, the school’s Title IX coordinator trains the members of sexual-assault hearing panels. In a recent appellate hearing in New York state court, it was revealed that she had misstated the university’s own definition of consent to make a guilty finding more likely, by ruling out “consent by conduct” to sex. SUNY’s lawyer conceded to the appellate judges that the coordinator’s explanations of Plattsburgh policy to the tribunal members were “admittedly confusing.”

The head of a Title IX disciplinary panel at the University of North Carolina, Charlotte, testified in federal court that his institution’s training prompted him to deny the accused student a chance to present friendly, post-incident text messages the accuser sent to him, even though they contradicted her claim that she had come to fear him after they had sex. The panel chair said that the training allowed the tribunal to consider only any messages that “directly answer[ed] the question of consent, to consent to sexual acts.” A federal judge called this exclusion of exculpatory evidence “troubling” and denied the university’s motion for summary judgment.

Such training regimes are the norm across the country, according to four lawyers we talked to and to public statements by two others who have through lawsuits obtained the training materials adopted by many schools. The training materials used by the vast majority of colleges still remain secret.

The new regulations that Betsy DeVos has promised to issue regarding campus proceedings—probably next fall, after publishing proposed rules and considering public comments—will likely continue to require training of some kind, which, at least for investigators, is sensible if it is done well.

Meanwhile, the training materials we have seen are flatly contrary to the Trump administration’s interim guidance for colleges on campus sexual-assault allegations, which provides that “training materials or investigative techniques and approaches that apply sex stereotypes or generalizations may violate Title IX.” DeVos has repeatedly called for colleges to make their processes fair to accused students as well as their accusers.

The time is ripe for some of the accused to file complaints with the Department of Education’s Office for Civil Rights challenging these training programs as violating Title IX’s prohibition on sex discrimination. Such complaints would encourage the Education Department to require that schools make public the contents of their training for sexual assault investigations and tribunals. The accused—many of whom have wrongly assumed that they would be treated fairly and the truth would set them free—would then know what they are up against.
K.C. Johnson and Stuart Taylor Jr. are the authors of The Campus Rape Frenzy: The Attack on Due Process at America’s Universities (2017).

Voir de plus:

Pedagogy questioned

Penn grad student says she’s under fire on campus and off for using a teaching technique that involves specifically calling on students from underrepresented groups.

Colleen Flaherty
Inside higher ed
October 20, 2017

Anyone who’s ever taught a class knows some students say more than others. And most professors eventually develop some way of encouraging quieter students to contribute. In one more formal discussion-management technique, called progressive stacking, professors call on students who may be — for a variety of reasons — less likely to have their say. While every student is different, the reasons typically reflect the implicit biases observed outside the classroom, such as those related to race, gender, religion, sexual orientation or disability status. So, according to progressive stacking, a professor would call on a black or Latina woman before a white man, for example.

There’s the rub, at least in one class at the University of Pennsylvania. Stephanie McKellop, a graduate teaching assistant in history there, says she is under attack by fringe-right groups for using progressive stacking in her classes and then tweeting about it. Worse, she says, the university is cowing to such groups instead of supporting her. She’s claimed on social media that her classes were canceled this week and she may be asked to leave her program.

Here’s some of what McKellop tweeted earlier this week. Her social media accounts are private, but the posts have since been shared by her supporters, some of whom have contacted Penn on her behalf. The trouble apparently began with a post in which she wrote, « I will always call on my black women students first. Other [people of color] get second-tier priority. [White women] come next. And, if I have to, white men. » In a later post, she wrote, « Penn thinks I’m racist and discriminatory towards my students for using a very well worn pedagogical tactic which includes calling on [people of color]. »

Steven J. Fluharty, dean of the School of Arts and Sciences, refuted some of those claims in a statement Thursday, saying that McKellop has not been removed from her program and that Penn has “and will continue to respect and protect the graduate student’s right to due process.”

Penn knows and values the “importance of ensuring that students in groups that were historically marginalized have full opportunity to participate in classroom discussions,” Fluharty added. “Penn is strongly committed to providing respectful work and learning environments for all members of our community.”

Yet Fluharty seemed to validate McKellop’s claim that Penn has taken issue with her teaching style, saying that Penn is “looking into the current matter involving a graduate student teaching assistant to ensure that our students were not subjected to discriminatory practices in the classroom and to ensure that all of our students feel heard and equally engaged.”

McKellop did not immediately respond to an interview request Thursday. A spokeswoman for Penn said that McKellop has not been barred from teaching, but she provided no further details. McKellop’s adviser did not respond to a request for comment.

A number of academics expressed support for McKellop on social media and for progressive stacking. In general, it doesn’t mean excluding men or white students from conversations, or forcing underrepresented students to talk. Instead, it means calling on students who want to talk in the reverse order that one might predictably do so, based on social biases.

Jessie Daniels, a professor of sociology at Hunter College and the Graduate Center of the City University of New York, said progressive stacking has been around at least since she was in graduate school in the 1990s. She still uses it informally, to right her own tendency to call on men more frequently than women.

“If I have a class of 40 students, since Hunter is predominantly young women, I may have four or five young men in class,” Daniels said. “There’s still implicit bias, where we value men’s voices more than women’s voices, or men’s voices are deeper and carry more in a class. So I’m always trying to overcome my own bias to pick on men in class more than the women.”

As to whether purposely asking a woman to answer a question over a man was a kind of discrimination, Daniels said, “That gets it the wrong way around. This is a way of dealing with discrimination that we as professors can introduce into the classroom. It’s a good strategy, if you can do it.”

Daniels said she thought that the online backlash against McKellop seemed ripped from the “playbook” of the far right, which has attacked numerous professors involved in issues of race in recent months. Worse still, she said, McKellop, as a graduate student, is a particularly vulnerable target.

Cathy Davidson, director of the Futures Initiative at CUNY’s Graduate Center, has long advocated for inclusive teaching methods, including via the Humanities, Arts, Science and Technology Alliance and Collaboratory, which she co-founded. Davidson said Thursday that she didn’t particularly like progressive stacking, and that other methods seem “far better to me than making judgments on others’ privilege.”

Davidson instead recommended « inventory » methods that require participation by all students in the classroom, such as thoughtful « exit tickets » from a session, think-pair-share exercises or asking everyone to write down and then share a memorable sentence from a given reading.

Daniels said she didn’t know how pervasive progressive stacking is, but underscored that it’s nothing new. As for the situation at Penn specifically, Daniels said it would be unfortunate for the university to punish someone trying to “uphold its values. It would be a very misguided step on the part of Penn.”

Voir également:

Cannibalism Among the Oppressed

June 10, 2013

When big-bootied FLOTUS Michelle Obama was heckled last week by a grizzled lesbian activist who sort of resembles Glenn Beck with AIDS, the entire progressive coalition nearly came crashing to the ground.

Mrs. Obama was speaking about somethin’-somethin’ black when the activist interrupted her to start screaming about somethin’-somethin’ gay, at which point Obama left the podium to confront the woman. Video documentation of the event is scant, so it’s unclear whether Obama did that black-lady thing where they wag their finger and swivel their head.

“She came right down in my face,” said gay heckler Ellen Sturtz. “I was taken aback.”

Then, but of course, Sturtz was accused of using “white privilege” and “coded racial words” to play into ancient, hateful, and obviously disproved-by-science stereotypes of an “angry black woman.”

One can only imagine the furor if the lez had accused Michelle of chimping out.

“I take tremendous pleasure when my supposed enemies start shooting each other with friendly fire.”

A fat black lesbian who says she embraces the term “BlaQueer” to describe her multiple Identities of Oppression wrote a Huffington Post puff piece about how she couldn’t decide whose side to take:

I, like many other queer people of color, can’t separate my race and its history from my sexuality (or my gender performance/identity) and its history.

Like my mom always said, “‘Can’t’ means ‘won’t.’”

In the event’s wake, pro-homo serial event-interrupters Code Pink apparently made remarks critical of Michelle Obama on Twitter, then offered a groveling apology when told to check their privilege.

This shit never ends, and I love it. Since a white penis dangles atween my legs, progressive identity groups have designated me as their natural-born enemy. Therefore, I take tremendous pleasure when my supposed enemies start shooting each other with friendly fire.

One of the most fascinating aspects of the O. J. Simpson murder trial is that it forced the progressive-minded to take sides: Do they go against the woman-killer or the racist cop?

There are numerous examples of such seemingly insoluble liberal dilemmas, all of them hilarious to me.

Do you protect the environment, or do you allow the Third World to continue breeding like dusky hamsters?

Do you support Islam or the women who are getting their clits sliced off?

Do you come down on the side of unions or illegal-alien scab laborers?

Do you support Greenpeace or Injun whalers?

Do you oppose censorship or rape jokes?

Such constant squabbling usually devolves into pissing contests about who is more oppressed and who exactly is bullying whom.

The term for when one person’s oppression collides with another’s is intersectionality. It was allegedly coined by a black female lawyer named Kimberlé Crenshaw, and the way she spells “Kimberly” is really all you need to know about her. The general concept supposedly arose in the 1970s when black feminists started bitching about white feminists over who was more oppressed. In other words, it was the fruit of infighting among leftist identity groups, the result of cannibalism among the oppressed.

People who buy into this notion that they suffer from multiple forms of oppression—rather than the more likely explanation, which is that they suffer from multiple personalities—tend to explain intersectionality in ways either histrionically angry or academically tortured.

A shining example of the histrionically angry school is a screed called “MY FEMINISM WILL BE INTERSECTIONAL OR IT WILL BE BULLSHIT!” written by a “Latina” who claims she screams so much, it sometimes scares her cat.

Intersectionality, because it is by definition an insane if unfalsifiable notion, has gained traction in the so-called social sciences. In Sweden (of course), you can get a master’s degree in it. Never have so few used so many words to say so little. Intersectionality’s proponents prattle on about standpoint epistemology and interlocking matrices of oppression, about how intercategorical approaches are needed to determine how essentialist identities foster stereotyping, about how power carries gendered connotations and has androcentric biases that promote racialized belonging, and about how straight white males suck.

This is one of the reasons I sort of hope for a wholesale economic collapse—because people who talk like this will not have jobs.

The concept of intersectionality is also related to the “progressive stack,” which assumes that white males at all times bear noxious degrees of unearned power, which is why they have to get to the back of the line and let all the legless black lesbians speak first.

So much for transcending labels and viewing one another as individuals. These people want to institutionalize such labels. They balk at the concept of “assigned identity,” yet they also seem unable to live without it. So many of these multitudinous oppressed “identities” seem like nothing more than cheap cloaks to mask nakedly annoying personalities. People with bad personalities seem to have a built-in defense mechanism that makes them believe you actually hate them for any other possible reason besides their bad personalities. With all the banter about oppression, it’s hard to think of anything that stifles free speech and free expression more than such strident humorlessness.

As an unapologetic white male and therefore a designated cultural pariah, I take a sort of emperor’s glee in the gladiatorial spectacle of these special-interest ninnies eating each other. But it’s different from lions eating Christians. It’s more like Christians eating Christians.

Personally, I found these people far more likable when they were disenfranchised.

Voir encore:

San Francisco is once again the epicenter of the sanctuary city debate with the beginning of the sad and explosive trial of one of the most well-known and infamous illegal aliens in U.S. history. Juan Garcia Zarate (also known as Juan Francisco Lopez-Sanchez), an illegal alien from Mexico with seven felony convictions and five deportations, is on trial for the murder of 32 year-old Kate Steinle. Steinle was allegedly gunned down in broad daylight as she walked arm in arm with her father near the city’s Embarcadero district.

Just months before the shooting, instead of being deported, Garcia Zarate was released from jail and allowed back onto the streets due to San Francisco’s controversial and illegal sanctuary policies. Not surprisingly, when asked why he repeatedly returned to San Francisco, Zarate told local authorities that the city attracted him because of its sanctuary policies.

For many Americans, this senseless murder was regarded as something that could have easily been prevented through adequate border enforcement and a firm federal crackdown on sanctuary cities. On the one hand, Steinle’s death served as a wake-up call for the nation, made immigration reform a rallying cry and helped to propel Donald Trump to the Oval Office.

But sadly, many California pols were more than happy to turn a deaf ear to the suffering of the Steinle family, as well as the cries from other parents across the country who had lost loved ones to illegal aliens shielded by sanctuary policies. To them, Steinle was simply an acceptable loss on the altar of open borders.Just three months after Steinle’s murder, San Francisco, her hometown, revisited the sanctuary issue and instead of scrapping the dangerous policy, doubled down on its commitment to remain a sanctuary city. By a unanimous vote, the board of supervisors embraced the longstanding policy of releasing criminal illegal aliens back onto the streets instead of notifying Immigration and Customs Enforcement so that they can be removed from the country.

The California General Assembly demonstrated equal empathy for the Steinle family, with the passage of a bill that designated California as a sanctuary state. California Assemblyman Joaquin Arambula exclaimed that the bill would ensure that “California is a safe place for immigrants,” begging the question of what, if any, value is being placed on the lives of native-born Americans and legal residents.

It’s not just in the Golden State that sanctuary fever has caught on. At the beginning of this year, FAIR estimated that there were roughly 300 sanctuary cities and jurisdictions across the nation. Unbelievably, that number has now grown to an estimated 500, according to a list compiled by the Ohio Jobs and Justice Political Action Committee, a group that has tracked the issue for a decade. Not surprisingly, 101 of them are in California.

Thankfully, there’s some good news too. President Trump campaigned on ridding the nation of dangerous sanctuary cities and his attorney general, Jeff Sessions, has promised to “claw back” key federal funds from sanctuary jurisdictions. Several cities including Miami, Florida and Dayton, Ohio, dropped their sanctuary policies to avoid losing precious federal funding. The state of Texas recently passed anti-sanctuary legislation forbidding sanctuary policies across the state, and other states, are following suit.

There is also renewed action and commitment to fight dangerous sanctuary jurisdictions on the federal level. Two bills with strong bipartisan support recently passed the House of Representatives. They are now awaiting action in the Senate and there is hope that they will soon be scheduled for a vote, despite an already crowded agenda.

Kate’s Law,” named in memory of Kate Steinle, would increase current maximum sentences for illegal reentry into the United States. The No Sanctuary for Criminals Act clarifies ICE detainer authority to hold criminal aliens for up to 48 hours so they can be handed over to ICE. At the same time, it holds state and local governments responsible for so-called sanctuary policies that protect deportable criminal aliens from being removed from the country. Additionally, the bill also protects jurisdictions that comply with detainers from being sued, while allowing victims of crime to sue jurisdictions that refuse to comply and subsequently release criminal aliens onto the streets.

The sanctuary issue might be popular with the open border pols in California, but public sentiment is clearly on the side of immigration enforcement. According to a recent Zogby poll of 11 key swing states, three out of four registered voters believe that police and sheriffs must comply with detainer requests by ICE, with Hispanic voters showing considerably stronger support. By equal margins, voters believe sanctuary jurisdictions must be held accountable for crimes committed by people who were released into the community because of those policies.

While these laws won’t be able to bring back the loved ones lost by misguided sanctuary policies, they will go a long way in preventing future heartbreak for families who needlessly lose a loved one to someone here illegally.

Dave Ray is director of communication at the Federation for American Immigration Reform (FAIR), a nonprofit aimed at promoting legal immigration.

Voir enfin:

J’ai vécu (sans encombre) à New York, dans la clandestinité

Tout a commencé au printemps 2009 lorsqu’un ami m’a proposé d’aller passer trois mois à New York pour l’été. Ses deux frères habitant à Brooklyn, il m’explique que l’on pourra loger gratuitement chez eux et travailler…

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New York – Lyon69

Tout a commencé au printemps 2009 lorsqu’un ami m’a proposé d’aller passer trois mois à New York pour l’été. Ses deux frères habitant à Brooklyn, il m’explique que l’on pourra loger gratuitement chez eux et travailler (illégalement) dans des bars et restaurants où l’on sera payé grassement en pourboires.

Je suis un brin sceptique quant à notre capacité à nous faire embaucher « sans papiers » mais ses deux frères travaillant dans l’hôtellerie me confirment que ce ne sera effectivement qu’une simple formalité.

De nature aventureuse, je me débrouille pour récupérer un congé de six mois. J’achète mon billet d’avion quelques jours plus tard et me prépare mentalement à l’idée de passer un été à New York et me remplir les poches de dollars.

L’objectif, c’était d’y rester trois mois, économiser un maximum d’argent puis d’aller le dépenser en Amérique du Sud les trois mois suivants, avant de rentrer en Europe pour reprendre le boulot.

La concurrence est rude

Première constatation : ce n’est pas si évident de trouver un job. La très grande majorité des restaurants et bars ne me demande pas si je suis en règle. En parlant avec certains employés, la plupart d’entre eux travaillent illégalement en étant payé cash, du sous-chef mexicain à la serveuse d’Europe de l’Est.

A force d’acharnement, je finis par trouver un boulot de serveur à Brooklyn. Tout va bien dans le meilleur des mondes, sauf que je ne gagne pas tant de dollars que ça et que la fin de l’été approche, tout comme la validité de mon visa touristique de 90 jours.

On décide donc avec mon ami de faire un aller-retour à Montréal pour récupérer un nouveau visa de 90 jours et poursuivre l’aventure jusqu’aux fêtes de Noël, réputées très juteuses dans la restauration.

De retour à New York (sans encombre), je dois trouver au plus vite une chambre pour me loger – après trois mois à squatter les canapés. Je ne roule malheureusement pas sur l’or après un été calamiteux sur le plan des revenus. Grâce à un collègue, je dégote cependant une chambre pas chère, mais dans un appartement de Brooklyn miteux à souhait. Après avoir changé de travail et déménagé deux fois (de plus), je finis par être bien installé ainsi qu’a gagner ma vie correctement.

La saison des fêtes s’avère très rentable et en moins de deux mois j’ai réussi à économiser un joli petit pactole. Mais mon visa arrive à échéance bientôt et je dois prendre une décision :

  • dois-je rentrer en Europe pour reprendre un boulot intéressant mais très mal payé ?
  • dois-je rester à New York à faire un travail pas intéressant mais payé cinq fois plus ?

Entre temps, je suis tombé amoureux de New York : je décide finalement de rester plus longtemps. J’achète un billet d’avion pour l’Equateur et tente de récupérer un troisième visa touristique d’affilé, avec tous les risques que cela comporte. En effet, en tant que citoyens européens, nous sommes limités par la loi à deux visas touristiques de 90 jours pour une période de douze mois.

Pour l’immigration américaine, il est indispensable de posséder un billet prouvant votre intention de quitter le territoire sous 90 jours. J’ai donc également acheté un billet d’avion New York-Montréal (remboursable) qui décolle quelques jours à peine après mon retour l’Equateur.

Le passage à la douane s’est de nouveau passé sans encombre, mais cela, je le dois aux deux pauvres passagers me précédant dans la queue, qui se sont fait embarquer pour un interrogatoire. Grâce à eux, notre agent a expédié la queue dans laquelle je me trouvais, car plusieurs passagers derrière moi se plaignaient de l’attente. Comme quoi, parfois, ça ne tient pas à grand chose…

Impossible n’est pas Américain !

Maintenant que j’ai décidé de rester aux Etats-Unis un peu plus longtemps, je dois me débrouiller pour me simplifier la vie. Je commence par ouvrir un compte en banque. Techniquement, il est « impossible » aux USA de travailler, ouvrir un compte en banque, emprunter, accéder à la sécurité sociale… sans numéro de sécurité sociale.

Dans la pratique, c’est un peu différent… J’ai ouvert un compte en banque grâce à une banquière peu regardante, signé un bail à un propriétaire qui ne posait pas de questions, ouvert un contrat de téléphonie mobile. Je vais dans un centre destiné aux immigrants pour voir un dentiste et, en cas d’urgence, je peux toujours aller dans un des nombreux hôpitaux publics de la ville pour me faire soigner.

L’un des propriétaires du restaurant où je travaille, depuis mon retour d’Equateur, vient tout juste de se faire régulariser après avoir vécu ici illégalement pendant douze ans ! Il possédait une entreprise de construction
et un bar, il avait un emprunt immobilier pour sa maison et possédait deux voitures… Ici, rien n’est impossible !

Donc, même âpres avoir vécu illégalement aux Etats-Unis pendant des années, il est tout à fait possible de se faire régulariser très facilement. Il suffit pour cela, de se marier avec un(e) citoyen(ne) américain(e).

Ce n’est plus possible dans tous les Etats mais cela reste permis dans un certain nombre, notamment l’Etat de New York et ceux du Connecticut ou de Californie. Une fois marié, il suffit de faire les démarches nécessaires et sous moins de deux mois on reçoit une « green card » temporaire ainsi qu’un numéro de sécurité sociale. Sous deux ans, votre « green card » définitive vous sera délivrée suite éventuellement à un rendez-vous avec les services de l’immigration où vous aurez à prouver que votre mariage est légitime.

Il est même possible de faire la demande d’un « numéro de taxe » (ID Tax Number) pour payer des impôts en travaillant illégalement. Aussi surprenant que cela puisse paraître, payer des impôts en travaillant illégalement, c’est tout à fait possible et même conseillé ! Car si par la suite vous parvenez à vous faire régulariser (par le mariage), toutes les années ou vous aurez payé des impôts seront alors prises en compte dans les délais d’octroi de la citoyenneté américaine.

Alors, comment se fait-il qu’il soit donc plutôt aisé de vivre et travailler illégalement aux USA ?

New York, ville « sanctuaire » pour les immigrants illégaux

« Ville sanctuaire » désigne une ville qui met en place certaines pratiques pour protéger les immigrants illégaux/sans-papiers. Elles sont une trentaine aux Etats-Unis à avoir ce « label ».

Ces pratiques peuvent être définie par la loi (de jure) ou simplement dans les fait (de facto). Concrètement, une ville n’accordera aucun budget pour lutter contre l’immigration illégale ou ne permettra pas aux autorités locales de contrôler le statut d’immigrant d’un civil. Depuis 1996 et surtout depuis 2006, des séries de lois portées en majorité par le parti Républicain, lutte contre ces « libertés » accordées aux immigrants illégaux et tente de donner davantage de pouvoir au gouvernement fédéral (dont dépend la gestion de l’immigration) localement au sein des Etats.

A l’heure actuelle, ce sont surtout les Etats du Sud du pays qui sont touchés : Alabama, Texas, Arizona, Mississippi et Géorgie… Mais la tendance, surtout depuis la crise financière de 2008, s’oriente vers davantage de contrôle ainsi qu’un renforcement des lois.

A New York, il est possible mais peu probable que des agents de l’immigration débarquent dans un restaurant ou un bar pour faire un contrôle car vous l’aurez compris, les lois locales sont en « faveur » des immigrants. Et dans la réalité, la plupart des bars et restaurants de la ville fermeraient car la main d’œuvre utilisée par cette industrie est en majorité ici illégalement ! Dans la pratique donc, les travailleurs illégaux sont « tolérés » par les autorités locales.

Dans les faits, la police peut vérifier votre identité mais n’a pas le droit (contrairement à la France) de vérifier la situation relative à votre visa.

Par exemple, il est tout à fait possible en étant sans-papiers, de passer devant un juge et être condamné pour des faits mineurs, sans se faire par la suite expulser. C’est arrivé à un de nos cuisiniers mexicains… Comment est-ce possible ? Tout simplement parce que ce n’est pas le rôle de la justice locale de s’occuper de l’immigration !

Cela tient aussi au fait que le travail des différentes agences locales ou fédérales ne collaborent pas vraiment ensemble et ne travaille pas à partir des mêmes bases de données.

Il ne faut pas être claustrophobe

Après avoir obtenu mon troisième visa touristique d’affilé, j’ai décidé, après mûre réflexion, de poursuivre l’aventure à New York, au-delà de mon visa et donc de rentrer dans la clandestinité.

Le risque je le connaissais bien : si je quittais ensuite le territoire moins de 365 jours après l’expiration de mon visa, je m’exposais à une exclusion du territoire de trois ans – plus de 365 jours, une exclusion de dix ans.

Dans le pire des cas, j’allais être banni des USA pour les dix prochaines années, mais à n’importe quel moment, il me suffisait de me marier avec une américaine pour faire sauter les sanctions.

Pour moi, l’un des principaux inconvénients de vivre illégalement aux Etats-Unis, c’est qu’on finit par se sentir légèrement enfermé… Il ne faut pas être claustrophobe.

Le voyage est l’une de mes grandes passions et il ne m’est pas vraiment possible de prendre l’avion. Techniquement, on peut prendre des lignes intérieures sans passer pas l’immigration mais il y a un risque, car il y a toujours un agent de l’immigration présent dans tous les terminaux des aéroports. Donc cela va faire bientôt deux ans et demi que je n’ai pas mis les pieds dans un avion et ça, c’est le coté un peu difficile à vivre.

Je me suis marié l’année dernière à l’Hôtel de ville de New York sans que l’on ne me pose la moindre question (une fois de plus !). Ma femme n’étant pas américaine (on ne force pas l’amour), nous avons donc décidé d’aller poursuivre notre aventure ailleurs. Mais j’ai passé trois années fantastiques à New York.

 COMPLEMENT:

Abus sexuels : le cauchemar sans fin de Hollywood
Harvey Weinstein, Kevin Spacey, Louis C. K., Brett Ratner… Les révélations en cascade d’abus sexuels bouleversent le monde du divertissement américain, au point d’écorner l’image d’une usine à rêves mythique.
Constance et Jamet Etienne Sorin
Le Figaro
14/11/2017

Il règne à Hollywood une atmosphère de guerre. On ignore qui, demain, sera le prochain à être reconnu comme prédateur sexuel. Des noms circulent. Des projets de films, de séries en cours suscitent l’inquiétude à la seule idée que l’une de leurs pièces maîtresses puisse être concernée», résume Jordan Mintzer, correspondant du Hollywood Reporter à Paris. Cela fait un mois que le New York Times et le New Yorker ont ouvert la boîte de Pandore en révélant les abus auxquels se livrait Harvey Weinstein envers ses collaboratrices, des actrices et même des journalistes. La chute du nabab a libéré la parole. D’autres harceleurs ont été dénoncés: le producteur Brett Ratner, le cinéaste et scénariste James Toback, les acteurs Steven Seagal, Louis C. K. et Kevin Spacey ou encore Roy Price, patron d’Amazon Studio, la branche de production de films du géant du commerce en ligne. Un séisme dont l’onde de choc ne montre aucun signe d’affaiblissement.

Contrairement aux scandales sexuels de l’âge d’or de Hollywood, les studios ne ferment plus les yeux. Craignant pour leurs recettes et leur image, ils affichent une tolérance zéro et prennent leur distance avec les mis en cause, enterrant ou suspendant des franchises emblématiques. « La rapidité et la sévérité de leur réponse sont d’une ampleur inédite » , confirme Jordan Mintzer. Vingt-quatre heures après les déclarations d’Anthony Rapp, l’acteur de Star Trek Discovery , qui accusait Kevin Spacey d’avoir tenté de le violer alors qu’il n’avait que 14 ans, Netflix, le diffuseur, et la société de production MRC interrompent le tournage de la saison 6 de House of Cards. Les témoignages des techniciens et assistants s’accumulant, la plateforme SVOD annonce, trois jours plus tard, limoger sa star et geler la production afin de permettre aux scé- naristes de réécrire leurs intrigues et trouver un moyen de tuer le personnage incarné par Spacey, le président américain sans scrupules Frank Underwood. Une solution d’autant plus complexe que deux épisodes étaient déjà en boîte. Netflix abandonne aussi le film co-produit par et avec Spacey, Gore, sur la relation entre un jeune homme et célèbre écrivain américain Gore Vidal, qui devait sortir l’an prochain. La postproduction était presque terminée. De son côté, Sony maintient la sortie en salle fin décembre de Tout l’argent du monde , projet phare de Ridley Scott avec Spacey dans un second rôle, par égard pour « les 800 comédiens et techniciens ayant contribué au long-métrage » . Mais, sans attendre l’aval de Sony, le réalisateur remplace, à moins de cinq semaines de la sortie, Kevin Spacey par Christopher Plummer. Un geste jamais vu qui a sidéré les observateurs. Le film était terminé ; les bandes-annonces en ligne sur YouTube. Les huit à dix jours de tournage additionnels, l’insertion dans le montage terminé de Plummer – qui nécessitera de nombreux effets spéciaux – se chiffreront en millions de dollars ! Mais cette audace pourrait valoir à Ridley Scott, qui s’était vu imposer Spacey par le studio, la nomination aux Oscars qui lui manque tant. Même bannissement pour l’humoriste Louis C. K.. Ayant bâti sa carrière sur son personnage quasi autobiographique d’artiste déprimé ayant le sexe triste, la vedette de stand-up a reconnu des comportements exhibitionnistes. Aussitôt, Netflix, la chaîne FX Networks, filiale de la Fox, et ses agents ont cessé toute collaboration. Sa comédie noire qui devait sortir le lendemain a été reportée sine die. ARP, le distributeur français qui a acheté I Love You Daddy ! au Festival de Toronto en septembre dernier, prévoyait une sortie le 27 décembre. Louis C. K. a annulé sa venue en France et ARP est tributaire de la décision des Américains. « C’est un film formidable, regrette Michèle Halberstadt, chez ARP. Malheureusement, il n’est plus montrable dans le contexte actuel. Le film ne peut plus être vu pour ce qu’il est. » Matthew Weiner, le showrunner de la série Mad Men , est quant à lui accusé de harcèlement sexuel par l’une des anciennes scénaristes du show, Kater Gordon. En pleine promotion de son premier roman, Heather, par dessus tout , il conteste les faits. Son éditeur français, Gallimard, confirme sa venue à Paris les 29 et 30 novembre prochain. Mais gare aux studios qui seraient trop lents à prendre la mesure du problème ! Partenaire majeur de Warner Bros via sa société RatPac, le producteur Brett Ratner a maltraité plusieurs femmes, dont les actrices Olivia Munn et Ellen Page. Warner Bros a annoncé rompre avec le réalisateur de block busters (Rush Hour , X-Men : L’Affrontement final ), chassé de ses bureaux. Le contrat de 450 millions de dollars liant RatPac et Warner court néanmoins jusqu’en 2018. Une ambiguïté insupportable pour Gal Gadot. La star de Wonder Woman, produit par Ra- tner, aurait exigé pour reprendre son rôle que la Warner rachète les parts du cinéaste, le privant ainsi de tout bénéfice. Même les rescapés de précédents scandales ne sont plus intouchables. Woody Allen, qui a survécu dans l’industrie en dépit d’accusations d’attouchements sur ses enfants adoptifs vieilles de vingt ans, vacille. Produit par Amazon, son prochain long-métrage, Wonder Wheel, a vu sa première supprimée in extremis mi-octobre. Le cinéaste, dont le fils Ronan Farrow est l’auteur de l’enquête dévastatrice du New Yorker, s’inquiétait du moral de Harvey Weinstein et d’une éventuelle chasse aux sorcières (avant de faire machine arrière). De quoi plomber son film et son interprète Kate Wins- let, qui pouvait espérer briller dans cette saison des prix mise complètement sens dessus dessous. Jadis silencieuse, car dépendante de la manne publicitaire des studios, la presse spécialisée a joint ses forces d’investigation au grand déballage. Variety et The Hollywood Reporter ont, ce week-end, révélé des témoignages à charge contre George Takei, l’icône de Star Trek , et Andrew Kreisberg, producteur exécutif de Supergirl , Flash et Arrow , les séries de super-héros de la CW, propriété de la Warner. « La mentalité machiste de Hollywood qu’incarnait à merveille Weinstein où une actrice, scénariste ou réalisatrice devait supporter gestes et paroles salaces pour être acceptée est désormais contestée » , veut croire Jordan Mintzer. Cependant, le journaliste du Hollywood Reporter reconnaît que l’affaire Weinstein est à double tranchant : « Les femmes devant et derrière la caméra seront sans doute mieux traitées. Mais, côté business, pour s’éviter des risques de procès, les agences et les studios pourraient freiner les embauches. »


Affaire Weinstein: Attention, une histoire peut en cacher une autre (A new manifestation of a much older story)

23 octobre, 2017

Alfred Hitchcock and Tippi Hedren, arrive at the festival theatre in Cannes, France, for the screening of The Birds in 1963

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Thémistocle offrait un sacrifice devant la trière amirale, quand on amena trois prisonniers de guerre d’une grande beauté, magnifiquement vêtus et couverts de bijoux. C’étaient, disait-on, les fils de Sandacè, la sœur du Grand Roi, et d’Artayctès. Le devin Euphrantidès les aperçut […], il saisit la main de Thémistocle et lui ordonna de consacrer les jeunes gens et de les immoler tous à Dionysos Mangeur de chair crue, en donnant à entendre le vœu de cette divinité. Un tel sacrifice, disait-il, assurerait aux Grecs le salut et la victoire. Thémistocle en fut stupéfait, comme par une prophétie grande et terrible ; mais la multitude, comme souvent dans les graves dangers et les situations difficiles, espérait son salut de l’irrationnel plus que des voies raisonnables : invoquant le dieu d’une seule voix, elle poussa les prisonniers devant l’autel, et força Thémistocle à accomplir le sacrifice, comme le devin l’avait ordonné. Plutarque
Tu ne convoiteras point la femme de ton prochain; tu ne désireras point la maison de ton prochain, ni son champ, ni son serviteur, ni sa servante, ni son boeuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain. Deutéronome 5: 21
Si le Décalogue consacre son commandement ultime à interdire le désir des biens du prochain, c’est parce qu’il reconnait lucidement dans ce désir le responsable des violences interdites dans les quatre commandements qui le précèdent. Si on cessait de désirer les biens du prochain, on ne se rendrait jamais coupable ni de meurtre, ni d’adultère, ni de vol, ni de faux témoignage. Si le dixième commandement était respecté, il rendrait superflus les quatre commandements qui le précèdent. Au lieu de commencer par la cause et de poursuivre par les conséquences, comme ferait un exposé philosophique, le Décalogue suit l’ordre inverse. Il pare d’abord au plus pressé: pour écarter la violence, il interdit les actions violentes. Il se retourne ensuite vers la cause et découvre le désir inspiré par le prochain. René Girard
Pour qu’il y ait cette unanimité dans les deux sens, un mimétisme de foule doit chaque fois jouer. Les membres de la communauté s’influencent réciproquement, ils s’imitent les uns les autres dans l’adulation fanatique puis dans l’hostilité plus fanatique encore. René Girard
Il y avait vraiment des gens qui s’agitaient devant des courts-bouillons de grenouilles et de scorpions, mais nous savons que leurs manigances n’empêcheraient pas les avions de voler (…) C’est bien pourquoi, même lorsqu’elles étaient condamnées, même lorsqu’elles étaient techniquement coupables, les sorcières étaient des boucs émissaires. René Girard
Il arriverait, si nous savions mieux analyser nos amours, de voir que souvent les femmes ne nous plaisent qu’à cause du contrepoids d’hommes à qui nous avons à les disputer, bien que nous souffrions jusqu’à mourir d’avoir à les leur disputer ; le contrepoids supprimé, le charme de la femme tombe. On en a un exemple douloureux et préventif dans cette prédilection des hommes pour les femmes qui, avant de les connaître, ont commis des fautes, pour ces femmes qu’ils sentent enlisées dans le danger et qu’il leur faut, pendant toute la durée de leur amour, reconquérir ; un exemple postérieur au contraire, et nullement dramatique celui-là, dans l’homme qui, sentant s’affaiblir son goût pour la femme qu’il aime, applique spontanément les règles qu’il a dégagées, et pour être sûr qu’il ne cesse pas d’aimer la femme, la met dans un milieu dangereux où il lui faut la protéger chaque jour. Le contraire des hommes qui exigent qu’une femme renonce au théâtre, bien que, d’ailleurs, ce soit parce qu’elle avait été au théâtre qu’ils l’ont aimée. Proust
Vous nous avez fait faire tout ce chemin pour nous montrer quoi: un triangle à la française ? Eglinton (Ulysse, James Joyce)
Elle était belle comme la femme d’un autre. Paul Morand
En 1974, un accident de la circulation impliquant le président Giscard d’Estaing, qui conduisait lui-même une voiture aux côtés d’une conquête, au petit matin dans une rue de Paris avait fait les titres de la presse satirique. (…) Mitterrand, entre deux dossiers, consacrait beaucoup de temps à son harem. Chirac nommait ses favorites au gouvernement. Ses disparitions nocturnes entraînaient l’inévitable question de Bernadette : « Savez-vous où est mon mari ce soir? » C’est ainsi: en France, sexe, amour et politique sont indissociables. Sexus Politicus
From the day the McMartin Pre-School molestation story broke on KABC-TV, on Feb. 2, 1984, the media have been major players in the story, influencing events as well as chronicling them, both by the stories they have published and broadcast and by the stories they haven’t. That is the conclusion of a three-month Times investigation completed and, except for a few relatively minor changes, written before the jury verdicts were announced Thursday. (…) Media feeding frenzies have become almost commonplace in recent years, as Gary Hart, Oliver North, Vice President Dan Quayle and Speaker of the House Jim Wright, among many others, could readily attest. But in McMartin, the media seemed especially zealous–in large part because of the monstrous, bizarre and seemingly incredible nature of the original accusations. More than most big stories, McMartin at times exposed basic flaws in the way the contemporary news organizations function. Pack journalism. Laziness. Superficiality. Cozy relationships with prosecutors. A competitive zeal that sends reporters off in a frantic search to be first with the latest shocking allegation, responsible journalism be damned. A tradition that often discourages reporters from raising key questions if they aren’t first brought up by the principals in a story. In the early months of the case in particular, reporters and editors often abandoned two of their most cherished and widely trumpeted traditions–fairness and skepticism. As most reporters now sheepishly admit–and as the record clearly shows–the media frequently plunged into hysteria, sensationalism and what one editor calls « a lynch mob syndrome. » On so volatile an issue in an election year, defense attorneys maintain, that helped make it all but inevitable that the case would be prosecuted on a scale greater than the actual evidence warranted. There were stories about child prostitution and massive child pornography rings, stories about children being exchanged between preschools for sexual purposes, stories about a connection between alleged molestation at McMartin and a murder eight years earlier. None of these charges was ultimately proved, but the media largely acted in a pack, as it so often does on big events, and reporters’ stories, in print and on the air, fed on one another, creating an echo chamber of horrors. The LA Times
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
Ca fait partie de ce puritanisme général qui nous envahit. Frédéric Mitterrand
Il m’était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème. Je leur demandais : « Pourquoi ne jouez-vous pas ensemble, pourquoi m’avez-vous choisi, moi, et pas d’autres gosses? » Mais s’ils insistaient, je les caressais quand même ». Daniel Cohn-Bendit (Grand Bazar, 1975)
La profusion de jeunes garçons très attrayants et immédiatement disponibles me met dans un état de désir que je n’ai plus besoin de réfréner ou d’occulter. (…) Je n’ai pas d’autre compte à régler que d’aligner mes bahts, et je suis libre, absolument libre de jouer avec mon désir et de choisir. La morale occidentale, la culpabilité de toujours, la honte que je traîne volent en éclats ; et que le monde aille à sa perte, comme dirait l’autre. Frédéric Mitterrand (”La mauvaise vie”, 2005)

J’étais chaque fois avec des gens de mon âge ou de cinq ans de moins. (…) Que vienne me jeter la première pierre celui qui n’a pas commis ce genre d’erreur. Parmi tous les gens qui nous regardent ce soir, quel est celui qui n’aurait pas commis ce genre d’erreur au moins une seule fois ? (…) « Ce n’est ni un roman, ni des Mémoires. J’ai préféré laissé les choses dans le vague. C’est un récit, mais au fond, pour moi, c’est un tract : une manière de raconter une vie qui ressemble à la mienne, mais aussi à celles de beaucoup d’autres gens.
 Frédéric Mitterrand
La rumeur, Frédéric Mitterrand, c’est qu’on dit ‘Frédéric Mitterrand, il aime les petits garçons. On dit, il est pédophile’. Franz-Olivier Giesbert
C’est pas vrai. Quand les gens disent les garçons, on imagine alors les petits garçons. Ça fait partie de ce puritanisme général qui nous envahit qui fait que l’on veut toujours noircir le tableau, ça n’a aucun rapport. (…) Evidemment, je cours le risque de ce genre d’amalgame. Je le cours d’autant plus facilement ce risque-là puisqu’il ne me concerne pas. (…) Il faudrait que les gens lisent le livre et ils se rendraient compte qu’en vérité c’est très clair. Frédéric Mitterrand (émission « Culture et dépendances », le 6 avril 2005)
DSK, dont tous les médias connaissent le goût pour une sexualité débridée, risquait des ennuis dans un pays qui ne plaisante pas avec la morale, en général, et le harcèlement sexuel en particulier. (…) Le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux femmes. Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement. Un travers connu des médias, mais dont personne ne parle (on est en France). (…) Or, à la différence de ce qui se passe en France, aux Etats-Unis -où se trouve le siège du FMI – le moindre « comportement inapproprié » peut coûter son poste au titulaire d’un mandat public. Les Américains ne plaisantent pas avec ce genre de chose même si cela nous fait ricaner. Si dans six mois, il y a un scandale (selon les normes US), les médias français vont-ils encore écrire: on le redoutait, mais on ne vous a rien dit ? Notre crédibilité n’en sortirait pas renforcée. (…) Pour bien connaître DSK, je sais qu’il est en séduction permanente, même s’il n’a jamais eu de gestes déplacés. Et que cela choque et a choqué, surtout hors des frontières hexagonales. Tous les journalistes qui ont couvert ses activités publiques –y compris à Marianne- le savent et les anecdotes sont nombreuses. Mais être «pressant» n’est pas un délit pénal, que cela soit clair. En revanche, aux Etats-Unis, c’est tout comme. C’est tout ce que je voulais dire : une fois à la tête du FMI, il faudra que DSK ravale son côté « French Lover » lourdingue. Jean Quatremer (correspondant de Libération à Bruxelles, juillet 2007)
On le baptise « cinq minutes douche comprise », parfois trois, parfois dix, l’expression est presque entrée dans le langage courant. « Lorsqu’il avait un rendez-vous avec une femme, c’était à la minute près. Nous le déposions, il nous donnait un horaire en sortant de la voiture et il revenait à l’horaire exact, il ne fallait surtout pas être en retard », raconte son ancien chauffeur. Des femmes qu’il chevauche, sans plus de préliminaires, parce que le temps presse, parce que la quantité a pris l’ascendant sur la qualité. « Je me souviens d’un voyage à La Réunion, au début de son septennat. Une femme l’aborde et lui demande une dédicace sur l’un de ses livres qu’elle tient à la main. Le président s’approche et lui dit, avec un culot incroyable : “Montez dans ma chambre si vous voulez ?” Et la femme de suivre Jacques Chirac, tout sourire », se souvient l’un de ses gardes du corps à la mairie de Paris. Les anecdotes se succèdent, les témoignages plus ou moins vrais le voient courir, à l’heure du laitier, dans un couloir sombre d’un immeuble du quartier Montparnasse pour rejoindre une femme qui le guette derrière la porte. Un autre jour, on l’aperçoit rue de la Convention dans les bras d’une autre, à qui il rend visite chaque semaine. Il utilise aussi régulièrement une garçonnière dans l’immeuble du 241, boulevard Saint-Germain (dont le premier étage abrite le siège départemental du RPR) pour satisfaire ses plaisirs avec une collaboratrice du RPR ou une jeune ambitieuse qui cherche la chaleur fugace du pouvoir. Il y a les régulières, les coups de cœur, les « amuse-bouches » qui réussissent à franchir les cordons de sécurité pour approcher le président, d’autres qui partagent le même avion que le président et qui attendent, nues, dans son espace privé, brûlantes de désir. Elles sont députées, ministres, conseillères, bourgeoises provinciales, des inconnues qu’on lui apporte sur un plateau, et puis il y a celles avec qui il aura une histoire parallèle, tout cela vécu simultanément, réclamant de grandes qualités d’organisation. […] La nuit où la princesse Diana trouve la mort dans un terrible accident de la circulation sous le pont de l’Alma, le président de la République est introuvable. Nous sommes le 31 août 1997. Toute la République est debout. En désespoir de cause, Jean-Pierre Chevènement, le ministre de l’Intérieur, tente un appel à Bernadette Chirac qui, désappointée, lui répond qu’elle ne sait pas où est son mari. Ce soir-là, on le dit dans les bras d’une autre femme. Jean-Claude Laumond, son inséparable chauffeur, est réveillé alors qu’il dort dans sa voiture au pied de l’immeuble où se trouve le président. Arnaud Ardoin
He told me this is how things work in Hollywood and all of the actresses that have made it have made it this way. He told me first I would have sex with him, then he would take me to parties and show me who I would sleep with after that. I didn’t think anyone would believe me. I was nobody. Why would they? Heather Kerr
J’ai honte de n’avoir rien dit à ce moment-là […] J’imagine que c’était parce que ça ne m’étais pas arrêtée à moi et donc je pensais que ce n’était pas à moi de le dire. (…) J’ai rencontré Weinstein quand j’étais déjà âgée, mais il s’intéressait plutôt aux jeunes femmes parce qu’elles sont plus vulnérables. Jane Fonda
C’était plus que les rumeurs habituelles, les ragots. (…) Je savais qu’il avait fait plusieurs de ces choses. (…) J’en savais suffisamment pour réagir plus que ce que j’ai fait. (…) ‘aimerais avoir agi de façon responsable après ce que j’ai entendu. Pour faire ce que j’aurais dû faire, il aurait fallu que je ne travaille pas avec lui. Quentin Tarantino
Let us now consider the peculiar politics of Harvey Weinstein, the disgraced movie producer. Today Weinstein is in the headlines for an astonishing array of alleged sexual harassment and assaults, but once upon a time he was renowned for something quite different: his generous patronage of liberal politicians and progressive causes. This leading impresario of awful was an enthusiastic supporter of Barack Obama and Hillary Clinton. He was a strong critic of racism, sexism and censorship. He hosted sumptuous parties to raise money for the fight against Aids. In 2004 he was a prominent supporter of a women’s group called “Mothers Opposing Bush”. And in the aftermath of the terrorist attack against the French magazine Charlie Hebdo, he stood up boldly for freedom of the press. Taking to the pages of Variety, Weinstein announced that “No one can ever defeat the ability of great artists to show us our world.” To call this man a hypocrite is to state the obvious. This champion of women is now accused of sexual harassment on an epic scale. This defender of the press was excellent at manipulating it and on one memorable occasion is said to have physically roughed up a reporter asking tough questions. (…) What explains Weinstein’s identification with progressive causes? Perhaps it was all about cozying up to power, the thrill of being a friend of Bill Clinton. Perhaps it was all about moral absolution, in the same way that lists of corporations-that-care always turn out to be led by outfits like Walmart, Goldman Sachs and Exxon-Mobil. In the world of the wealthy, liberalism is something you do to offset your rapacious behavior in other spheres. It’s no coincidence that, in Weinstein’s desperate first response to the accusations against him, he thought to promise war against the National Rifle Association and to support scholarships for women. But it’s also something deeper than that. Most people on the left think of themselves as resisters of authority, but for certain of their leaders, modern-day liberalism is a way of rationalizing and exercising class power. Specifically, the power of what some like to call the “creative class”, by which they mean well-heeled executives in industries like Wall Street, Silicon Valley and Hollywood. Worshiping these very special people is the doctrine that has allowed Democrats to pull even with Republicans in fundraising and that has buoyed the party’s fortunes in every wealthy suburb in America. That this strain of liberalism also attracts hypocrites like Harvey Weinstein, with his superlative fundraising powers and his reverence for “great artists”, should probably not surprise us. Remember, too, that Weinstein is the man who once wrote an essay demanding leniency for Roman Polanski, partially on the grounds that he too was a “great artist”.  Harvey Weinstein seemed to fit right in. This is a form of liberalism that routinely blends self-righteousness with upper-class entitlement. That makes its great pronouncements from Martha’s Vineyard and the Hamptons. (…) Countless people who should have known better are proclaiming their surprise at Harvey Weinstein’s alleged abuses. But in truth, their blindness is even more sweeping than that. They are lost these days in a hall of moral mirrors, weeping tears of admiration for their own virtue and good taste. Thomas Frank
Hollywood a du mal à expliquer comment l’une de ses personnalités les plus célèbres a pu s’en sortir en toute impunité en agissant de la sorte depuis si longtemps. (…) Est-ce l’équivalent à Hollywood du « mur du silence » en matière policière, ou bien y a-t-il quelque chose de plus clinique à l’œuvre ? Une réponse possible se trouve dans les résultats de récentes études en psychologie. Selon des scientifiques aux États-Unis et en Israël, il existe certains traits de personnalité, les « trois composantes obscures » du narcissisme, de la psychopathie et du machiavélisme, qui sont le plus souvent associées à un comportement sexuellement violent. Une découverte intéressante dans les résultats de cette recherche, publiée en 2016 dans le journal Personality and Individual Differences (La personnalité et les différences individuelles), c’est que les traits de personnalité associés à un penchant au harcèlement peuvent être des « adaptations psychologiques spécialisées » qui permettent aux individus d’exploiter des « niches » dans la société. En d’autres termes, certains prédateurs sexuels pourraient faire carrière dans certains secteurs d’activité spécifiques qui leur permettent d’exploiter les autres. Les chercheurs ont également constaté que la disposition qui motive la réussite d’une personne peut également comprendre certains traits de personnalité qui expliquent sa tendance à exploiter les autres. Les traits nécessaires pour remporter les Academy Awards, par exemple, peuvent être semblables aux traits d’une personne qui recherche un grand nombre de partenaires sexuels et des relations qui nécessitent peu d’engagement.En ce sens, cette étude suggère que nous ne devrions pas être surpris de retrouver un parallèle semblable dans bien d’autres aspects de la société. Ce n’est pas seulement à Hollywood que les caractéristiques qui font d’une personne une star peuvent faire de la même personne un agresseur. (…) Lorsque les agresseurs sont démasqués, ils cherchent souvent à rejeter leur responsabilité. Prétendre souffrir d’un trouble tel que « l’addiction sexuelle » ou suivre un programme de réadaptation dans une clinique de réadaptation pour un « traitement », comme Weinstein vient apparemment de le faire, correspond à une réponse machiavélique classique. Si les allégations se confirment, Weinstein serait un exemple extrême d’agresseur aux « trois composantes obscures ». Mais cette combinaison de traits de caractère n’est pas si rare. En fait, de puissants prédateurs pourraient bien rôder en ce moment même autour de la machine à café. Selon une enquête de 1994 menée sur les employés du gouvernement fédéral des États-Unis, citée dans l’étude sur les « trois composantes obscures », 44 % des femmes et 19 % des hommes parmi les employés ont déclaré avoir été victimes de harcèlement sexuel au travail au cours deux années précédentes. Comme nous le rappellent les auteurs de l’étude de 2016, le harcèlement sexuel ne consiste pas toujours à essayer d’obtenir des faveurs sexuelles. Mais ce sont plutôt des motivations psychologiques, notamment le besoin d’accroître le sentiment d’estime de soi, l’attrait, ou la masculinité, qui peuvent conduire à des conduites d’abus de pouvoir de la part des prédateurs, lors de rapports visant à dominer ou à rabaisser les autres. Ce qui peut être particulièrement utile pour comprendre l’affaire Weinstein, quelle qu’en soit l’issue, c’est que Hollywood est bel et bien une bulle d’énergie narcissique. Les psychologues pourraient soutenir que cette caractéristique explique l’aveuglement dont certains ont fait preuve envers les soupçons de comportement pervers de l’un de leurs collègues. Le harcèlement sexuel est la priorité immédiate dans l’affaire Weinstein, comme il se doit, étant donné la gravité des soupçons de crimes et la détresse infligée aux victimes. Mais pour les psychologues qui cherchent à comprendre l’apparente connexion entre le succès et les maltraitances, l’apparente chute Weinstein n’est que la partie émergée d’un iceberg d’analyse.
L’exploitation est omniprésente dans le cinéma, c’est pourquoi nous devons lui refuser notre soutienCes projets au budget faramineux donnent à certains un pouvoir immense, utilisé pour briser des jeunes femmes. On devrait refuser d’exposer nos esprits à ce genre de choses. Si vous voulez des histoires à visage humain, lisez un livre. Ann Althouse
Combien de secteurs disposent d’un terme précis pour désigner l’échange de faveurs sexuelles contre un emploi ? interroge John Podhoretz. Est-ce un hasard si la pratique est tellement répandue dans le milieu du cinéma qu’elle a donné lieu à la locution ‘casting couch’, [un équivalent de notre ‘promotion canapé’] ? Dans combien de secteurs organise-t-on des réunions dans des chambres d’hôtel en dehors des heures de bureau ? Et lors de ces rendez-vous, dans combien de secteurs un patron dit-il à une jeune femme qu’elle ne doit pas hésiter à se dénuder devant lui, car l’emploi qu’elle brigue exigera d’elle qu’elle soit nue face à des millions de personnes ? John Podhoretz
The commentariat’s reaction to the Weinstein revelations has been desperately confused, and for once, the confusion is constructive, because there are strange ideological and moral convergences. The most extreme argument has it that he’s really not a unique monster, that every working woman in America has encountered a Weinstein, and that the problem derives from a culture of “toxic masculinity.” This attitude is an outgrowth of the now-fashionable view that there have been no real gains for women and minorities over the past half-century, that the gains are illusory or tokenish, and that something more revolutionary is required to level the playing field. As a matter of fact in the Weinstein case, this view is false. Women have indeed encountered boors and creeps in their workplaces. But a wolf-whistler is not a rapist. Someone who leers at a woman isn’t the same as someone who masturbates in front of her. Coping with grotesque and inappropriate co-workers and bosses is something every human being, regardless of gender, has had to deal with, and will have to deal with until we are all replaced by robots. It’s worse for women, to be sure. Still, no one should have to go through such experiences. But we all have and we all do. It’s one of the many unpleasant aspects of being human. Still, the extreme view of “toxic masculinity” contains a deeper truth that is anything but revolutionary. It takes us right back to Hobbes. His central insight—indeed, the insight of civilization itself—is that every man is a potential Weinstein. This clear-eyed, even cold-eyed view of man’s nature is the central conviction of philosophical conservatism. Without limits, without having impressed upon us a fear of the legal sanction of punishment or the social sanction of shame and ostracism, we are in danger of seeking our earthly rewards in the state of nature. The revolutionary and the conservative also seem to agree there’s something viscerally disturbing about sex crimes that sets them apart. But here is where the consensus between us breaks down. Logically, if the problem is that we live in a toxic culture that facilitates these crimes, then the men who commit them are, at root, cogs in an inherently unjust system. The fault ultimately is the system’s, not theirs. Harvey Weinstein is an exceptionally clever man who spent decades standing above and outside the system, manipulating it and gaming it for his own ends. He’s no cog. Tina Brown once ran Weinstein’s magazine and book-publishing line. She wrote that “strange contracts pre-dating us would suddenly surface, book deals with no deadline attached authored by attractive or nearly famous women, one I recall was by the stewardess on a private plane.” Which means he didn’t get into book publishing, or magazine publishing, to oversee the production of books and articles. He did it because he needed entities through which he would pass through payoffs both to women he had harassed and molested and to journalists whose silence he bought through options and advances. His primary interest wasn’t in the creation of culture. It was the creation of conditions under which he could hunt. Which may explain his choice of the entertainment industry in the first place. In how many industries is there a specific term for demanding sexual favors in exchange for employment? There’s a “casting couch”; there’s no “insurance-adjustor couch.” In how many industries do people conduct meetings in hotel rooms at off hours anyway? And in how many industries could that meeting in a hotel room end up with the dominant player telling a young woman she should feel comfortable getting naked in front of him because the job for which she is applying will require her to get naked in front of millions? Weinstein is entirely responsible for his own actions, but his predatory existence was certainly made easier by the general collapse of most formal boundaries between the genders. Young women were told to meet him in private at night in fancy suites. Half a century earlier, no young woman w