Présidence Macron: Cherchez la femme ! (Face à la révolution des dupes, qui saura réunir la droite populaire libérale et sociale ?)

20 mai, 2017
Et maintenant, John Fitzgerald Macron veut évincer les journalistes politiques
Trop, c’est trop. Ce cirque dure depuis deux ans. Je ne reconnais plus mon quartier. Il est devenu une “zone interdite”. À partir de 18 heures, je n’ose même plus sortir dans la rue avec mon mari. On ne se sent pas en sécurité. Les tentes sont parties mais les migrants et les trafiquants campent encore les trottoirs jour et nuit. Mieux vaut être encerclé par des grillages et des blocs de pierre que de revivre à proximité d’un bidonville. Marie-Christine (retraitée, 78 ans)
Je n’ai pas le choix, je n’ai pas les moyens financiers de me loger ailleurs. Je pensais qu’avec l’évacuation du camp en novembre dernier, la situation s’arrangerait. Mais ce n’est pas le cas. Le quartier est devenu une poubelle géante. Élisa (étudiante, 19 ans)
Les squares et les espaces de jeux ont quasiment tous été fermés pour virer les rats, qui se sont multipliés. Sans parler de l’odeur d’urine qui flotte constamment dans l’air. C’est vraiment invivable. Ces gens ne devraient pas dormir dans la rue. C’est inhumain. J’ai vu qu’il y avait des enfants. Cela m’a brisé le cœur. Ils méritent d’être traités avec un peu plus de dignité. Mère de famille
Ces grilles sont une honte! Elles ont été mises en place dans le seul but d’empêcher les migrants de s’installer. Les rues de Paris sont à tout le monde. C’est une première bataille de gagner. Militante
Le quartier ressemble à une prison et la circulation des piétons dans le quartier est entravée. Il était urgent de rendre les espaces publics de nouveau accessibles aux habitants des quartiers Nord-est de Paris. Anne Souyris (groupe écologiste de Paris)
«Oppressantes», «dérangeantes», «hideuses»… Les grilles métalliques, successivement érigées le long de la voie de métro entre Stalingrad et la Chapelle, ne feront bientôt plus partie du paysage urbain. La mairie de Paris, à la demande de plusieurs élus écologistes, a annoncé leur retrait avant cet été. Le Figaro
Les femmes, une espèce en voie de disparition au coeur de Paris. ll y a les insultes, dans toutes les langues : “Salope, sale pute, je vais te baiser…” ll y a les vols à la tire, les pickpockets, l’alcoolisme de rue, les crachats, les déchets partout, l’odeur entêtante d’urine. Il y a les trafics qui s’enracinent: êtres humains, drogues, cigarettes, vente à la sauvette, ou encore faux documents. Les employés de ces trafics nous signifient chaque jour que nous sommes indésirables, nous et nos enfants. Désormais la place de la Chapelle, la rue Pajol, la rue Philippe de Girard, la rue Marx Dormoy, la station de métro et le boulevard de la Chapelle sont abandonnés aux seuls hommes: plus une femme, dans les cafés comme la Royale ou le Cyclone. Pas un enfant dans le square Louise de Marillac. Certaines d’entre nous se terrent chez elles. Cela doit cesser. Pétition de femmes du quartier parisien de la Chapelle
Pour une ère nouvelle, c’est une ère nouvelle. Vous vous souvenez des photos du gouvernement, sur le large perron de l’Elysée ? Fini. C’était l’ancien monde. La vieille pensée. Le Système. Le gouvernement Kennedy Macron s’est donc fait tirer le portrait dans une sorte d’entonnoir. On a cherché ce qu’on pouvait trouver de plus étroit : un escalier (le couloir des toilettes n’était pas libre ?). Résultat, cet attroupement de mâles (il faut être sacrément fort, soit dit en passant, pour donner cette impression de pack de rugby, quand on photographie un groupe humain strictement paritaire). A propos, vous voyez la personne, au fond, dont on distingue à peine la moitié du visage ? C’est la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa. Daniel Schneidermann
Monsieur le Premier Ministre, vous avez déclaré constater « la montée de l’antisémitisme, qui se nourrit dans les quartiers populaires » dont vous affirmez qu’ils seraient « antisémites ».(…) Oui, comme tant d’autres, je me sens visée par vos propos quand vous parlez de l’antisémitisme des quartiers populaires. Non, nous qui venons des quartiers populaires ne sommes pas antisémites. Les gens qui habitent, travaillent, vivent dans les quartiers populaires ne sont pas antisémites dans leur ensemble, intrinsèquement, par essence. Présumer que la lutte pour la liberté du peuple palestinien ne pourrait qu’être de l’antisémitisme caché est un raccourci grossier. Ne peut-on pas lutter contre la politique d’un gouvernement sans être soupçonné de haïr l’ensemble d’un peuple? Lutter contre la politique de Berlusconi a-t-il fait de vous un raciste anti-Italiens? Votre déclaration, monsieur le Premier Ministre, est un dangereux cliché, stéréotypé et stigmatisant, contre les quartiers populaires. L’antisémitisme est un fléau, une horreur, une abomination. Il existe en France. Mais les quartiers populaires ne l’ont pas créé et il ne se nourrit pas à Belleville où des athées vont parfois rompre le jeûne du Ramadan avec des Musulmans et des Chrétiens dans un restaurant casher. (…) L’article 1er de la loi de 1905 prévoit que la République « ne reconnaît ne salarie ne subventionne aucun culte ». Ni plus ni moins. Interdire le voile c’est reconnaître le voile comme signe religieux, donc reconnaître une religion, interdire le voile à l’école est donc contraire à la loi de 1905. Interdire aux femmes voilées d’accompagner les sorties scolaires de leurs enfants relève ni plus ni moins de l’islamophobie. L’obligation de neutralité religieuse s’applique d’après la loi de 1905 aux fonctionnaires, représentants de l’Etat, pas aux parents d’élèves qui ne représentent qu’eux-mêmes.Le Président Hollande avait promis dans son programme, par l’engagement 59, de défendre la paix et la reconnaissance de la Palestine (…) A l’exception de quelques extrémistes violents, haineux, sectaires et contre-productifs comme il y en dans tous les bords, dans toutes les familles politiques y compris dans la nôtre, les habitants des quartiers populaires qui ont manifesté, réclamaient simplement l’application de l’engagement 59 de notre président. Marlène Schiappa (22.07.2014)
La diffusion sur France Télévisions – qui est une télévision publique financée en très grande partie par l’argent public -, des messes et différents programmes religieux (…) est une infraction à la laïcité (…). C’est de la théologie et c’est finalement la promotion du fait religieux et de l’oppression des femmes. Marlène Schiappa (future secrétaire d’État à l’égalité femmes-hommes)
Une des erreurs fondamentales de ce quinquennat a été d’ignorer une partie du pays qui a de bonnes raisons de vivre dans le ressentiment et les passions tristes. C’est ce qui s’est passé avec le mariage pour tous, où on a humilié cette France-là. Il ne faut jamais humilier, il faut parler, il faut « partager » des désaccords. Emmanuel Macron
Je suis favorable à une loi qui ouvrira la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires. Emmanuel Macron
Nous ouvrirons la PMA à toutes les femmes et combattrons l’homophobie du quotidien grâce à des tests aléatoires au travail. Benjamin Griveaux (porte-parole d’En Marche !)
Il [François Fillon] a fait tout ce qu’il a pu. Mais il reconnaît quelques erreurs, notamment de ne pas avoir envoyé assez de signaux vis-à-vis des classes populaires dans son programme. Elu parisien
Le soutien de l’Allemagne ne peut pas se substituer à la politique en France. La France doit prendre ses propres décisions et prendra ses propres décisions. Angela Merkel
Nous sommes confrontés avec la France à un problème particulier, les Français dépensent trop d’argent et ils dépensent au mauvais endroit. Jean-Claude Juncker
Les critères d’attribution des logements sociaux doivent être revus parce que dans certains quartiers périphériques, on risque de créer des ghettos avec un tiers d’Italiens et un tiers d’étrangers hors Union européenne. (…) Le modèle français des banlieues est un échec. (…) Les familles rom qui n’envoient pas leurs enfants à l’école doivent être punies. Et parmi les punitions, on retire aussi le logement. Ce n’est pas une question de racisme, c’est une question de civilisation. Dario Nardella (maire de Florence)
Le monde virtuel a eu beau agir sur le monde réel, la fâcheuse sphère électronique en a limité considérablement les effets. Les foules, sans doute dans leur souvenir confus des meurtres de masse, n’ont pas eu le cœur à faire la liesse. La parenthèse magique et anesthésique va bientôt se refermer. Déjà, dans quelques jours, une autre consultation aura lieu, où la part artistique sera plus congrue. La pleine saison va reprendre pour la délinquance et l’immigration forcée de masse, et l’islam radical comme la dette n’accorderont aucun délai de grâce. Le multiculturalisme n’a pas encore définitivement gagné la partie, mais en dépit de l’opposition d’une majorité du pays, par la grâce médiatique et artistique, il n’a pas perdu. Quand l’heure sera venue de lui dire vraiment non, c’est peut-être parce qu’il sera trop tard. Gilles-William Goldnadel
Tandis que des syndicats lycéens essaient d’attirer l’attention sur le sexisme qui sévit maintenant dans les rapports entre filles et garçons dès le plus jeune âge en organisant ce vendredi 19 mai, une journée de la jupe, l’actualité nous a démontré hier à quel point l’initiative était nécessaire, tant les droits des femmes reculent pendant que les politiques continuent à détourner le regard. À tel point qu’aujourd’hui, dans certains endroits, sortir dans la rue quand on est une femme devient une prise de risque, une provocation et une mise en danger. Et hélas, on ne parle pas ici de Raqqah, Ryad ou Kaboul, mais de Paris. Intra-muros. Dans un reportage publié dans Le Parisien du 18 mai, «Paris: les femmes chassées des rues dans le quartier Chapelle-Pajol», Cécile Beaulieu décrit le quotidien des habitantes du quartier, lesquelles ne peuvent plus se déplacer seules, ni porter jupes ou vêtements moulants sans se faire injurier voire agresser. La rue, les trottoirs, les cafés, les bars, les squares leur sont interdits, à tel point que quitter son appartement devient une transgression. Ce territoire est celui des hommes et ils font régner leur loi. Une situation qui tend à s’étendre dans les quartiers les plus populaires. Mais pour choquant que soit pour nous ce contrôle social d’un autre âge, cette véritable oppression qui s’abat sur toutes les femmes dans un pays où l’égalité est inscrite au fronton des bâtiments publics, ce qui est encore plus déstabilisant ce sont les réactions, ou plutôt l’absence de réaction des élus. Être une femme suffit à être en danger dans certains endroits et auprès de certaines populations, car il y a un point commun entre cette situation et celle qui a tant choqué en Allemagne le 31 décembre à Cologne. Des agressions sexuelles massives y avaient été commises et l’enquête avait révélé que celles-ci étaient le fait de réfugiés et de migrants économiques, venant du Maroc et d’Algérie et arrivés au cours de la même année. Que croyez-vous que l’on fit alors? Et bien au lieu de s’interroger sur ce qui pouvait pousser ces hommes à croire qu’ils avaient le droit de se comporter ainsi dans un pays qui les accueille, au lieu d’interroger les références culturelles qui permettent de considérer comme acceptable cette violence faite aux femmes, au lieu d’interroger les obligations qui devraient être liées à l’accueil, on fit le procès en racisme de tous ceux qui dénonçaient le soubassement culturel et cultuel, qui fait de la femme un être inférieur, propriété d’un homme ou de tous si elle a le culot de revendiquer sa liberté, phénomène que la misère sexuelle, que la montée du fondamentalisme religieux renforce et accentue dans les pays du proche et Moyen-Orient. Pour avoir évoqué cet aspect du problème, Kamel Daoud fut cloué au pilori. (…) Le fait que les agresseurs de femmes appartiennent à une population pauvre et marginale, élevée au rang de victime absolue, fait que leur transformation en bourreau paralyse à la fois le discours politique et l’action publique. Ce sont alors les citoyens qui jouent le rôle de variable d’ajustement en voyant leurs droits abandonnés et leurs libertés non défendues. Cela plus qu’une dérive fasciste de la société explique l’explosion du vote FN. (…) Pendant ce temps, vendeurs à la sauvette, dealers, migrants et passeurs tiennent les rues et politiquement correct oblige, on oublie de dire que cette mentalité d’un autre âge, cet obscurantisme dont on constate chaque jour qu’il gagne du terrain, est lié à la volonté de ces hommes d’imposer leur mentalité patriarcale, leur vision étriquée des relations humaines et une conception des rapports sociaux et intimes inégalitaires et contraignants au pays qui les a accueilli. On évite de dire que ces tensions se réveillent aussi parce que ces populations sont la cible des fondamentalistes et des tenants de l’Islam politique qui chauffent à blanc les replis identitaires et font de la remise en cause des fondations mêmes des sociétés occidentales par la revendication identitaire et religieuse, le seul axe d’affirmation politique et sociale des communautés qu’ils influencent de plus en plus. (…) L’enjeu aujourd’hui est de faire vivre nos grands principes pour tout le monde, de faire en sorte que les libertés que la loi garantit ne dépendent pas de notre niveau culturel et social ou de notre lieu de vie. C’est cela le sens même de la politique: garantir les droits de tous ceux qui vivent sur son territoire. Et cela ne se fera pas sans fermeté, ni justice. Aujourd’hui la protection de la loi n’est accordée qu’aux hyperinclus, à ceux qui ont les moyens financiers de choisir leur environnement. Pour beaucoup d’autres, c’est retour au moyen âge: il faut se soumettre à ses voisins et à l’homme de la rue car la protection de la loi ne peut plus s’incarner. (…) Et pendant ce temps, notre nouveau gouvernement prône la libéralité en matière de laïcité tout en promettant de lutter contre l’islamisme. Le problème c’est que l’on ne lutte pas contre qui veut vous détruire en renonçant à ses principes et à ses idéaux et qu’en ce domaine, la libéralité équivaut à livrer les plus faibles à leurs oppresseurs. Il serait dommage qu’à force d’aveuglement sur ces questions, la France devienne un pays qui ne garantit que les libertés de ceux qui ont les moyens de choisir leur voisinage et leur environnement. Céline Pina
Le nouveau président, après avoir mis KO debout le Parti socialiste, est en train de faire éclater la droite. Nul n’ignore que la nomination d’Edouard Philippe, que l’on présente en un saisissant oxymore comme un «héritier spirituel d’Alain Juppé», vient habilement redonner au camp du centre-droit désavoué par les électeurs des primaires, de nouvelles perspectives. Sans surprise, Nathalie Kosciusko-Morizet ou Jean-Louis Borloo ont affiché depuis quelques jours leur volonté de saisir la perche tendue par Emmanuel Macron, et Bruno Lemaire a franchi le Rubicon en héritant d’un portefeuille-clef avec Bercy, mais qui mouille habilement la droite dans la responsabilité de la lutte contre le chômage. En réalité, ce centre-droit est cohérent: rien, absolument rien, ne le distingue du centre-gauche que Macron a miraculeusement sorti du bourbier dans lequel le désastreux quinquennat de François Hollande l’avait enlisé. Un même libéralisme économique doctrinaire et rigide, soumis aux injonctions de Bruxelles, un même refus de remettre en question le dévoiement d’une construction européenne qui est allée dans le mur, une même volonté de progressisme sociétal, un même manque d’imagination et de volonté pour réduire la fracture sociale. Cette situation serait pain bénit pour le Front national, si le débat du 3 mai n’avait fait éclater la grande supercherie en faisant la démonstration de l’incompétence et de la vulgarité de Marine Le Pen. Si l’on ajoute le retrait de Marion Maréchal Le Pen – dont on peut souhaiter qu’il lui permettra de prendre du champ face à une histoire politique et familiale dont elle semble prisonnière – on assiste peut-être au début du déclin de ce parti qui depuis plus de trente ans a d’abord servi à distiller de l’amertume, à déconsidérer l’amour de la patrie et à stériliser toute tentative de refuser la logique impérialiste de la grande marchandisation. Le FN aura beau revendiquer la justesse de son analyse sur «l’UMPS», il n’est pas certain qu’il soit en état de profiter de cette situation aux prochaines législatives. Paradoxalement, le gouvernement nommé par Emmanuel Macron et Edouard Philippe pourrait au contraire permettre à la droite de procéder à une saine clarification. Le scénario optimiste pour celle-ci serait que le traditionnel attelage entre ce qu’on appelait le RPR et l’UDF montre son caractère bancal et oblige à une recomposition en profondeur. A côté de ce centre-droit logiquement rallié (si ce n’est aujourd’hui, ce sera demain) à la majorité présidentielle, une droite au discours résolument patriote, décidée à refonder l’Europe sur le respect des nations, faisant de la réduction de la fracture sociale une priorité, conservatrice sur les valeurs qui fondent notre société (amour de la France, défense de la famille, refondation de l’école) a un boulevard théorique devant elle: entre, d’un côté, le sentiment des électeurs de droite d’avoir été volés de «leur élection» avec l’explosion en plein vol de la fusée Fillon, d’avoir été trahis par ses élites, et, de l’autre, la décrédibilisation du Front National, la marge de manœuvre est réelle. C’est ce qu’a bien compris par exemple Laurent Wauquiez. Mais c’est là où le bât blesse. A part ce dernier, dont la sincérité politique manque de crédibilité, aucune grande voix à droite ne vient porter un projet de rupture. Celle de François Fillon est devenue inaudible, et, comme je l’avais écrit ici au sortir des primaires, avant les affaires, son discours était trop imprécis par rapport à sa conception de l’Europe, et trop peu volontariste sur la question sociale, pour avoir pu parfaitement incarner cette aspiration à un changement en profondeur. Toujours est-il que celui que les électeurs des primaires avaient plébiscité est aujourd’hui discrédité. Il faut bien le reconnaître: depuis la disparition de Philippe Séguin, plus personne n’incarne cette droite gaulliste, patriote et sociale. Pour se recomposer, la droite doit avoir de vrais leaders. Elle en manque cruellement. Le scénario catastrophe pour elle serait d’être aspirée dans le sillage de la nouvelle donne imposée par Macron. Soit elle échouera avec lui, et elle sera d’autant plus affaiblie qu’elle hérite de la responsabilité de l’économie dans le gouvernement Philippe ; et alors, la route sera réellement ouverte aux extrêmes de droite et de gauche. Soit le président réussira et il se pourrait qu’il en recueille toute la gloire. Dans les deux cas, ce pourrait être une recomposition manquée et une décomposition plus ou moins complète. (…) Réussir pour la France signifierait rien moins que de restaurer le sens du politique, le souci du bien commun, l’amour du pays, la protection des plus fragiles ; reprendre sur de nouvelles bases la construction européenne, au service des nations ; avoir le courage de réformer l’Etat en reconstruisant et en préservant les plus pauvres. François Huguenin
Je pense que la stratégie victorieuse réside dans l’alliance de la bourgeoisie conservatrice et des classes populaires. C’était la synergie qu’avait réussie Nicolas Sarkozy en 2007. Indéniablement, il y a des gagnants et des perdants de la mondialisation, une fracture territoriale, une France périphérique, une fracture mondialistes-patriotes, mais je crois que la droite traditionnelle et les classes populaires ont un souci commun, c’est celui de leur identité. Pas l’identité comme un folklore artificiel ou comme un musée qu’on dépoussière, mais comme un ciment social. L’identité, c’est ce qui nous donne le sentiment d’être un peuple, en dépit de lieux de vie différents, de modes de vie différents. Et ce ciment social a été brisé à plusieurs égards. L’enjeu essentiel de civilisation, à mon sens, est de savoir comment conserver, protéger, transmettre et vivifier ce ciment social. C’est là qu’intervient la question de l’école, de la transmission, de la culture, de nos traditions, de notre patrimoine, d’un certain mode de vie. (…) La question identitaire permet de transcender les clivages. Elle comporte une dimension abstraite, c’est vrai, avec des symboles, la Marseillaise, la devise, notre patrimoine républicain, et une dimension charnelle, notre terre, notre terroir, notre gastronomie, la pierre locale avec laquelle on construit sa maison. Ces deux dimensions sont complémentaires. Pour parler de stratégie, le souci commun de l’électorat de la droite conservatrice et de la France périphérique, qui n’ont pas le même rapport à la mondialisation, c’est le souci de la transmission de leur patrimoine matériel et immatériel. À partir de ce constat, on peut imaginer des passerelles pour les rassembler et apporter des réponses en commun.(…) Quand une partie de la France conservatrice défend le mariage et la filiation, elle défend aussi une partie de l’identité française avec une certaine idée des rapports humains basée sur le bien commun et l’intérêt du plus faible plutôt que sur la jouissance et l’envie de l’individu dans une liberté sans limite. C’est donc un combat identitaire, qui peut rejoindre le combat identitaire des classes populaires plus axé sur les questions liées à l’immigration et au multiculturalisme. Bien sûr, il peut y avoir des divergences économiques, mais les moteurs de vote sont essentiellement spirituel, culturel et identitaire : les masses ne bougent pas autour de l’économie. Ce qui relie ces deux électorats, c’est donc le conservatisme. Il peut s’agir de conservation de l’identité, d’un mode de vie, mais aussi du patrimoine, des entreprises, d’un modèle économique à défendre en régulant la mondialisation. (…) je défends la conservation de ce qui est beau et juste dans notre histoire, je souhaite conserver les leçons de nos expériences passées ainsi qu’une certaine vision de l’homme, de sa dignité, du refus de sa marchandisation, d’ailleurs partagée par une majorité de Français. (…) Je pense que les courants de droite et de gauche continuent d’exister et de structurer la vie politique, car il y a des héritages philosophiques, culturels, des références et des logiciels qui continuent d’irriguer la vie politique française. C’est un clivage qui continue d’exister mais qui est inexact dans la structuration actuelle des partis. Pour caricaturer un peu, je reprendrais la phrase de l’historien Ghislain de Diesbach : « Il existe en France actuellement deux grands partis de gauche, dont l’un s’appelle la droite. » Pour être plus exacte, je dirais que les deux grands partis, Les Républicains et le PS, se retrouvent aujourd’hui dans un grand bloc centre droit, centre gauche en accord sur tous les sujets fondamentaux. (…) Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui, cette union patriotique que j’appelle de mes vœux n’a pas de sens en prenant en compte les partis actuels : je ne vois pas comment le FN pourrait faire une alliance nationale avec Les Républicains au regard de la façon dont ils gouvernent et du logiciel qui est le leur. (…) Ce qui reste possible, c’est l’union des hommes. Il existe aujourd’hui une zone blanche, entre certains courants chez Les Républicains, que je qualifierais de droite nationale conservatrice, Nicolas Dupont-Aignan, ceux qui sortent du champ politique, comme Philippe de Villiers, certains élus et cadres de la droite, et le FN. Dans cette zone blanche, il y a une recomposition à opérer, qui s’apparenterait à l’union de certaines droites. Mais sans doute pas avec cette droite des Républicains, qui est une droite reniée. (…) La présence du FN contraint la droite à mener une certaine politique et à se remettre en question. La réalité, c’est que la droite a été sous la coupe psychologique de la gauche pendant des années et que le poids du FN la force aujourd’hui à se repositionner. [la tentative de structurer une droite “hors les murs”, à mi-chemin entre Les Républicains et le FN]  ne pouvait marcher que dans l’optique d’être une passerelle entre la droite et le FN, or Les Républicains ne sont pas suffisamment en difficulté électorale pour accepter de bouger. La droite a une clientèle électorale, notamment chez les personnes âgées, qui lui reste très fidèle, lui permettant de survivre, en l’empêchant d’envisager cette recomposition. Les choses seront peut-être différentes dans dix ans. La génération qui vient a déjà mis un bulletin FN dans l’urne, elle est complètement décomplexée, plus du tout sensible à la diabolisation, n’a pas baigné dans le rêve européen et n’a rien à perdre. Dans les dix ans qui viennent, les cartes seront totalement rebattues… (…) Je crois que nous sommes confrontés aujourd’hui à une élite d’émigrés spirituels, au sens où, spirituellement, ceux qui nous dirigent ne sont plus nos compatriotes. Leur vie est à l’échelle mondiale, ils passent leur temps dans les business class entre New York, Doha et Singapour, la France est étriquée à leurs yeux, ils ne raisonnent plus à l’échelle nationale. Leur cynisme est d’autant plus fort que ces gens se sont évertués à briser les frontières des Français pour fabriquer de nouvelles frontières à leur profit grâce à l’argent. Ils ont, eux, des frontières géographiques, vivent dans les meilleurs quartiers en se préservant des problèmes liés à l’immigration et aux tensions culturelles qu’ils imposent aux Français. Ils ont, eux, des frontières sociales, se cooptent aux meilleurs postes, alors qu’il n’y a jamais eu aussi peu de fils d’ouvriers dans les grandes écoles. Ils ont, eux, des frontières scolaires, mettent leurs enfants dans les écoles privées quand les enfants des Français doivent subir les lamentables programmes et méthodes qu’ils ont mis en place. Et je trouve cela profondément injuste. En face, les patriotes sont tout simplement les partisans de l’enracinement, ce qui n’empêche pas d’être lucide sur les défis de la mondialisation. (…) Macron en est une belle incarnation. J’aime la formule de Finkielkraut : pour Macron, « la France n’est plus une histoire, la France n’est plus même un pays, c’est un pur espace ». À ses yeux, la France est une start-up multiculturelle, un business, qui doit être le plus rentable possible. S’il faut faire rentrer un million d’immigrés dans le pays parce que c’est rentable, quelles que soient les conséquences sociales, il le fera. Pour lui, la France est un territoire, pas une patrie ; c’est une population, pas un peuple ; ce sont des individus, pas des personnes. (…) Macron accomplit Mai 68. Avec lui, c’est l’idéologie du progrès, le culte du renouveau, qui implique nécessairement de faire table rase du passé. C’est l’idée soixante-huitarde selon laquelle l’homme ne peut s’émanciper que s’il se délie de tout héritage, de toute autorité, de tout cadre culturel. Je pense que c’est une erreur fondamentale. (…) Macron considère que la société apaisée, qui fonctionne, est celle dans laquelle les liens sociaux sont uniquement régis par les liens économiques, les liens égoïstes, le contrat. L’État est réduit au minimum, c’est le libéralisme intégral, une idéologie née à gauche, où l’individu prime sur toute autre considération. Macron ne voulait d’ailleurs pas avoir de programme, mais proposait un « contrat avec la nation ». Cela a des conséquences politiques très claires : quand vous avez une distension brutale du lien social, avec le terrorisme par exemple, que répond M. Macron ? Qu’il faut deux points de PIB en plus, qu’il faut réduire le chômage et investir dans les banlieues françaises. Il apporte une réponse strictement économique, alors qu’en fait, cette distension du lien social ne relève pas principalement de l’économie, mais du domaine moral et culturel. Ces gens-là n’arriveront pas à répondre à ces défis, ils sont à côté de la plaque, ils sont dans la négation anthropologique. Ce qui fait un peuple, ce n’est pas le contrat, c’est la pure gratuité. C’est, selon la formule de Renan, « d’avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l’avenir ». C’est ce sentiment commun qui permet naturellement le civisme, la politesse et la solidarité sans y avoir nécessairement un intérêt égoïste. Marion Maréchal-Le Pen
Contrairement aux «quinze membres maximum» qu’il avait annoncés, le président a nommé un gouvernement composé de dix-huit ministres. Il a également renoncé au «ministère plein et entier des Droits des femmes». (…) «Il y aura un ministère plein et entier des Droits des Femmes», avait également assuré Emmanuel Macron en avril sur Twitter, promettant de faire de cette question une «cause nationale du quinquennat». Il s’est pourtant «contenté» d’un secrétariat d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes, confié à Marlène Schiappa. Le Figaro
Si par droitisation on désigne une demande d’autorité croissante, le phénomène d’opinion que j’ai décrit se poursuit. Plus de 60 % de Français pensent qu’il y a trop d’immigrés, 70 % se disent favorables à l’internement préventif des fichés S, et une majorité voudrait renforcer l’état d’urgence. Alors que les Américains hésitent sur la question des exécutions extrajudiciaires de leurs concitoyens djihadistes sur les terres de l’État islamique, 80 % des Français plébiscitent cette méthode expéditive. Malgré tout, la société française s’est montrée très résiliente après la salve d’attentats qu’elle a traversée en 2015-2016. (…) Aucune ratonnade ne s’est produite en représailles, pas même à Nice ou Magnanville, deux territoires marqués par une très forte ségrégation ethnoculturelle avec un vote FN qui peut varier du simple au triple d’un quartier à l’autre, à quelques centaines de mètres d’écart. Le contrepoids de cette bonne tenue du corps social français peut s’exprimer ainsi : « On ne se fait pas justice nous-mêmes, mais, comme le dit Max Weber, l’État a le monopole de la violence légitime, il faut donc que l’État soit intraitable et que sa main ne tremble pas. » C’est sans doute le message qu’avait compris Hollande au lendemain du 13 novembre 2015, quand il a proposé la déchéance de nationalité. Même Macron, très silencieux sur la question identitaire, a pris Le Drian dans ses bagages pour rassurer sur le plan sécuritaire. (…) Marine Le Pen a pâti des affaires judiciaires qui ont freiné sa dynamique et l’ont placée sur la défensive, mais aussi de ses hésitations sur la ligne idéologique. Son tropisme personnel lui fait manifestement approuver la ligne Philippot à travers l’accent mis sur le social et l’euro. Or l’essentiel des marges de progression du FN se trouve sur la droite. Le climat général a aussi pesé dans la balance. Alors qu’au moment des régionales de 2015 la question du terrorisme était première, loin devant les préoccupations économiques et sociales, à la présidentielle le chômage a légèrement pris le pas sur l’enjeu sécuritaire. Cela a notamment profité à Jean-Luc Mélenchon. Autre élément indépendant de la volonté de Marine Le Pen, l’offre électorale qu’elle avait en face d’elle. En l’occurrence, François Fillon qui a donné toute une série de gages sur le terrorisme, l’islam et l’immigration, avec son insistance sur les chrétiens d’Orient, qui signifiait en sous-texte le refus de la dhimmitude dans notre propre pays. (…) Au sein de l’électorat de Marine Le Pen, la part des pessimistes monte à 70 %, l’exact inverse des macroniens, à 70 % optimistes. Les cartes des votes Macron et Le Pen au premier tour sont le négatif l’une de l’autre au sens photographique du terme, et cela s’est accentué au second tour. On retrouve là le théorème autrichien.  (…) La présidentielle autrichienne ressemblait furieusement à la nôtre, avec un candidat d’extrême droite (qui a obtenu au premier et au second tour un score beaucoup plus élevé que Marine Le Pen) face à un candidat hors parti – soutenu par les écologistes mais qui débarquait de nulle part –, et les deux grands partis de gouvernement éliminés. On a également observé un clivage sociologique très marqué. Les catégories populaires ont massivement soutenu l’extrême droite, les cadres et les bobos votant pour le candidat écolo, et ce phénomène s’est amplifié au second tour. Les deux électorats éliminés (chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates) se sont fracturés sociologiquement et culturellement, si bien que les reports sur les deux finalistes se sont opérés sur cette ligne de partage des eaux. Chez nous, Marine Le Pen a rassemblé 40 % des ouvriers au premier tour et 60 % au second…  (…) À mon avis, il n’y aura pas de majorité claire. Emmanuel Macron n’a pas vraiment été élu sur son programme, et le front républicain a beaucoup joué dans sa large victoire. L’inconnue est d’autant plus grande que pour la première fois la loi sur le non-cumul va s’appliquer aux députés, libérant une grande partie des sièges du palais Bourbon. Dans ces conditions, combien y aura-t-il de triangulaires ? Cela pourrait donner un résultat très éclaté avec 150 à 200 députés En Marche !, flanqués de 20 bayrouistes, 20 vallsistes, 20 juppéistes entrant dans une majorité présidentielle face à une droite campant dans l’opposition, le FN à 20 ou 30 sièges, un PS très affaibli et La France insoumise en guerre contre le Parti communiste. Bref, retour vers la IVe République ! Jérome Fourquet
Il existe une différence importante entre le fait d’incarner arithmétiquement la première force d’opposition, ce qui est à ce stade le cas du FN, et incarner, aux yeux des électeurs, l’alternance la plus souhaitée. Sans une stratégie d’union des droites, dont la mise en œuvre ne dépend d’ailleurs pas que de lui, le FN est encore loin du pouvoir. Parce que le mode de scrutin législatif limite le nombre des sièges qu’il peut gagner à un seuil inférieur à son poids réel. Mais aussi parce que, face à une recomposition politique visant a dépasser le clivage droite-gauche, celui qui sera à la tête de l’opposition doit se situer résolument à droite, pas «ailleurs». La constitution d’un groupe parlementaire serait déjà une réussite. Ensuite, si c’est pour que ledit groupe se retrouve, comme en 1986-88, totalement isolé dans le travail parlementaire, cela limite forcément le résultat à une visibilité accrue et a la rétribution symbolique de ceux qui sont élus. À moins que certains élus Républicains acceptent de travailler avec les élus frontistes . C’est possible sur les enjeux identitaires, presque impossible sur la sortie de l’UE. [la «ligne Philippot» a gagné] À court terme, sans doute, puisque c’est celle des deux campagnes. Mais avec un coût, qui est de crédibilité (un débat télévise absolument manqué) et de contestation interne, avec la mise en retrait de Marion Maréchal-Le Pen. Car il ne fait aucun doute qu’elle n’est pas encore sortie du jeu. Elle a une ligne politique, une popularité et le temps devant elle. Nous pourrons mesurer en juin les effets électoraux de son départ dans la région qu’elle avait choisie, et plus tard si elle et ses proches ont l’intention de se préparer pour 2022 en créant une structure propre. Si c’est son choix au moins, elle n’aura pas dégainé la première, puisque Florian Philippot a lancé la sienne. Les changements de nom sont monnaie courante en politique! Ce qui compte, c’est la ligne idéologique, qui peut être soit nationale-républicaine avec l’entourage présent de Marine Le Pen, soit libérale-identitaire avec Marion Maréchal-Le Pen. Sur la base de ce qu’on voit ailleurs en Europe, en Autriche en particulier, c’est le second positionnement qui marche le mieux. Or le FPO n’a pas changé de nom. Son passé et celui de ses dirigeants sont assumés. Et les électeurs suivent. Laurent Wauquiez n’a pas lancé de signaux en direction de Marion Maréchal-Le Pen et (…) n’est pas celui qui tire la campagne des Républicains! La grande implosion de ceux-ci est l’espoir du FN. Il ne se réalise pas pour l’instant car les électeurs de droite croient dans leur majorité, que leur parti est réformable de l’intérieur. C’est bien pour cela que Fillon a gagné la primaire. Jean-Yves Camus
Depuis la parution des «Territoires perdus de la République», en 2002, la situation n’a fait que s’aggraver. Les émeutes de 2005 et 2007, le débat houleux sur l’identité nationale et la diversité au début du mandat de Nicolas Sarkozy, autant d’étapes témoignant d’une fébrilité sur les questions d’identité et de laïcité. Celles-ci sont restées en suspens depuis et n’ont jamais été réellement traitées par les gouvernements en place. Quand on se penche sur les polémiques plus récentes autour du port de la burqa ou du burkini, on mesure que les prémices mais aussi les mécanismes de ces « affaires » étaient déjà annoncés dans notre livre. (…) Il existe un climat de peur au sein de populations qui subissent ces pressions au quotidien, dans une grande solitude. Elles ont été abandonnées par les pouvoirs publics, notamment sur l’autel du clientélisme électoral. S’il concerne tous les partis, ce phénomène touche particulièrement les municipalités d’extrême gauche qui ont enfermé les membres de la communauté musulmane dans leur identité religieuse et les ont confiés à des associations communautaires dont certaines sont de type salafiste. Lors des émeutes de 2005, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, s’est attaché les services d’associations liées à l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) qui tapissaient les quartiers, la gratifiant ainsi d’une légitimité qu’elle n’avait pas : celle de représenter les musulmans de France. Nous en payons le prix aujourd’hui. Des mouvements laïcs se sont retrouvés entre deux feux, entre ceux qui essaient de faire advenir un projet politique religieux de manière habile et le chantage des pouvoirs publics qui invoquent la peur des émeutes. (…)  Nombre de fonctionnaires de police, de l’éducation nationale et des collectivités territoriales ont en effet peur d’être mal vus par leur hiérarchie. On leur demande d’acheter la paix sociale, d’éviter les violences. (…) L’antisémitisme est toujours le signal d’une démocratie en train de se perdre. Idem pour l’atteinte à la liberté des femmes. L’assassinat d’Ilan Halimi, en 2006, a marqué le basculement dans le passage à l’acte extrêmement violent de cet antisémitisme débridé que nous constations auprès d’une certaine population dans les quartiers dits sensibles. L’antisémitisme est devenu un code culturel généralisé en France. On parle des Juifs de manière décomplexée et agressive. Dans ces quartiers sensibles, l’activisme virulent du mouvement BDS conforte un grand nombre de jeunes ignares d’un point de vue historique et géopolitique dans leur antisémitisme et leur antisionisme qui n’en est que le faux nez. La parole des pouvoirs publics sur le devoir de mémoire est aujourd’hui inopérante face aux déversements de haine sur les réseaux sociaux, non pas de néo-nazis, mais de jeunes animés par une puissante haine antijuive, haine dont ils sont aussi les héritiers, le travail d’histoire dans le monde arabe sur ce que fut la condition juive avant la colonisation n’existe pas. Ces sociétés sont maintenues dans le culte victimaire et ici, en France, les Indigènes de la République en sont l’illustration. Si les Juifs quittent la France aujourd’hui, ce n’est pas à cause des vieillards de Rivarol. Barbara Lefebvre
La France qui gagne a gagné. (…) Dans ces conditions, tous ceux qui se pensaient déjà comme des perdants, qui n’adhèrent pas dans l’enthousiasme au grand vent du progressisme mondialisé, ont l’impression d’avoir perdu. Les détromper devrait être l’une des missions prioritaires du nouveau président. (…) Ce sont les gens oubliés ou craignant de l’être par la modernité économique et/ou culturelle, ceux qui redoutent que l’histoire s’écrive sans eux. «Des ploucs et des bourgeois», résume drôlement Finkielkraut. Vincent Tremolets de Villers a parlé du «parti de l’inquiétude». De Whirlpool à Versailles, de l’ouvrier licencié au catho déboussolé, de l’éleveur ruiné au diplômé précaire, beaucoup de Français sont en effet inquiets, parce qu’ils se méfient de l’Europe, qu’ils sont attachés à une certaine conception de l’identité française ou qu’ils ont peur de l’immigration de masse, mais aussi, pour une part, parce qu’ils vouent aux gémonies le grand capital. Quoi qu’il en soit, les raisons de leurs inquiétudes n’ont pas disparu par enchantement. Macron ne guérit pas les écrouelles et, au risque de casser l’ambiance, je ne crois pas que son élection suffira à guérir les fractures françaises. Alors espérons qu’il entende la demande de continuité historique de beaucoup de Français. (…) pour la première fois depuis le référendum sur le traité de Maastricht, un responsable a été élu en portant ouvertement, donc dans une forme presque chimiquement pure, un projet européen et libre-échangiste, ainsi que le progressisme culturel et sociétal bon teint qui va avec. Pour faire court, c’est la banque centrale européenne pour le «dur» – l’économie, la monnaie, les affaires -, et Terranova pour le supplément d’âme, c’est-à-dire, notamment les questions d’intégration et d’immigration. Or, cette politique, enrubannée dans le joli mot «ouverture», plait d’abord à tous ceux qui, protégés des tracas du vivre-ensemble au quotidien par d’invisibles frontières culturelles, bénéficient de la disparition des frontières économiques avec en plus, le luxe de sentir bons et d’aimer l’Autre. Ça ne fait pas d’eux des salauds, plutôt des chanceux. Avant d’être une réalité politique, le macronisme possède déjà une sociologie: relativement homogène dans ses intérêts et dans ses représentations, cette coalition des chanceux a tout d’une classe sociale. (…) à la différence de ses prédécesseurs qui devaient avancer masqués et feindre d’être, un peu souverainistes pour Chirac et Sarkozy, toujours croyants dans la vraie gauche pour Hollande et Mitterrand, Macron joue à visage découvert, ce qui lui confère une grande cohérence idéologique, sur laquelle il a commencé à construire une alliance politique, en rassemblant des européistes des deux bords. (…) Aujourd’hui, le président a toutes les cartes en main (ou il les aura sans doute à l’issue des législatives) pour mettre en œuvre sa politique. La contrepartie, c’est que, si elle échoue, on ne pourra plus nous dire qu’il faut encore plus d’Europe, plus de libre-échange et plus de multiculturalisme. (…) Le progressisme façon Macron, c’est une nouvelle ruse de l’Histoire pour nous faire croire à sa fin dans les heureuses épousailles de la démocratie et du marché. Faites couler l’argent, le reste suivra. Dans les faits, cela risque de ressembler à une liquidation de tout ce qui est un peu trop national sur les bords. Or, contrairement à ce qu’il a dit, qu’y a-t-il de plus national, dans le sens de «situé», «ancré», «hérité», que la culture? Certains de mes confrères s’émerveillent de ce que le Président fasse de nombreuses références à nos grands héros. Ce name-dropping historique ne me convainc guère après qu’il a choisi la culture en France contre la culture française, c’est-à-dire la géographie et le droit contre l’histoire, ce qui est ici et maintenant contre ce qui a été. Mais en plus de cela, on peut craindre que ce progressisme soit la poursuite du déni par d’autres moyens. (…) Il cache, en l’ignorant, la crise grave de l’intégration qui se traduit par la sécession mentale d’une partie de notre jeunesse, il cache l’avancée d’un islam radical et séparatiste qui prétend, là où il est en position de force, imposer sa loi aux corps et aux âmes de nos concitoyens de naissance ou de foi musulmane. Or, non seulement le nouveau président n’a, à aucun moment, semblé prendre la mesure de la gravité de la situation, mais il est allé câliner les enfants d’immigrés dans le sens du poil victimaire en allant, à Alger, expliquer que la colonisation tout entière était un crime contre l’Humanité – merci pour les pères blancs, les instituteurs et la mère d’Albert Camus. Benjamin Stora a expliqué dans Libération que la jeunesse des quartiers avait apprécié l’attention. Ce n’est pas tout. Quand Emmanuel Macron se rend à Sarcelles, il joue au foot, fait des selfies et nous sert un discours gentillet sur la richesse de nos banlieues, mais il se garde de toute allusion aux sujets qui fâchent – fondamentalisme, sexisme, antisémitisme…. Et contre le FN, il sort l’artillerie lourde de l’antinazisme et des heures les plus sombres. Seulement, les antisémites qui pourrissent la vie des juifs ne se trouvent pas au Front national, mais à Sarcelles (ce qui ne signifie nullement que tous les habitants de Sarcelles soient antisémites). Pour avoir parlé sans détours de cette montée, dans les quartiers, de la haine antijuive, Manuel Valls avait pratiquement été traité de raciste par une certaine Marlène Schiappa, la nouvelle ministre de l’égalité des sexes. Alors, ne menons pas de procès d’intention. Peut-être Emmanuel Macron va-t-il découvrir les territoires perdus et lancer le combat culturel qui présidera à leur reconquête. Ce vendredi, le Parisien évoquait le quartier de La Chapelle-Pajol à Paris, où les femmes sont empêchées de circuler sur la voie publique. Quand le choc des civilisations s’invite dans la capitale, on voudrait savoir ce que le chef de l’Etat compte faire pour y faire respecter la loi républicaine. (…) En attendant, permettez-moi de vous rappeler que, outre le karma que lui prêtent les journalistes, Emmanuel Macron a reçu le concours de forces plus terrestres: sans les affaires Fillon et sans le ravissement que sa candidature a suscitée dans nombre de grands médias, vous seriez peut-être en train de louer ma clairvoyance. Par ailleurs, une coalition disparate de refus ne fait pas un projet commun. Le président ne bénéficie peut-être pas de l’adhésion d’une majorité de Français, mais il représente assurément la minorité la plus importante. De plus, si la droite n’est pas aux manettes aujourd’hui, c’est parce que, au moment où le monde devait être repensé et de nouveaux clivages explorés, elle a renoncé à tout travail sur les idées, surfant d’une ligne à l’autre le nez sur les sondages sans jamais se demander s’il n’y avait pas une petite contradiction entre les causes qu’elle chérissait et les conséquences qu’elle abhorrait ou, pour le dire autrement, entre son moi libéral et son surmoi conservateur. Résultat, face au progressisme macronien, il n’existe pas aujourd’hui d’alternative (raisonnablement) conservatrice qui définirait par exemple un protectionnisme tempéré et l’usage raisonnable de frontières dont on ne voit pas pourquoi elles devraient être ouvertes ou fermées. Et l’alternative populiste, qu’elle soit de droite ou de gauche, a échoué à séduire suffisamment d’électeurs. (…) [Marine Le Pen] aurait dû être la porte-parole de l’inquiétude française ; en manquant à la courtoisie la plus élémentaire, elle l’a attisée. Pour autant, je n’ai aucune envie de participer à la curée avec tous mes confrères qui répètent avec gourmandise qu’elle a montré son vrai visage. Elle a lamentablement raté ce rendez-vous crucial et comme l’a noté Finkielkraut, ce n’est pas en faisant du Pétain, mais du Trump. J’ignore quelle sera la suite de sa carrière. Mais je me garderais d’affirmer que le visage pénible qu’elle a montré ce soir-là était le vrai. Elisabeth Lévy
C’est la « révolution » des dupes qui se profile : là où François Fillon voulait interdire les Frères musulmans, Macron évitera l’épreuve de force avec l’islam politique. Sa descente des Champs-Élysées en véhicule militaire tenait  du jeu de rôle. L’optimisme d’État  récuse l’offensive du totalitarisme  islamique, mise sur le compte de la crise  économique et de l’Occident  colonisateur. François Bayrou, ministre  de la Justice, appuie cet angélisme. Pour  Henri IV, Paris valait bien une messe.  Son biographe devenu macroniste  n’est pas loin de penser que la France  de demain vaudra bien quelques sourates. Michel Houellebecq a tout dit  dans  Soumission. Alors que les chrétiens  et les juifs ont eu à se soumettre aux  exigences brutales de l’État, nombreux  sont ceux qui plaident pour un régime  de faveur vis-à-vis de l’islam  conquérant. Cette capitulation, si elle  devait se confirmer, tirerait un trait sur  les territoires perdus de la République. Les Républicains qui appellent  la droite à  « répondre à la main tendue  par  Emmanuel Macron »  cautionnent  peu ou prou ce choix communautariste  d’une nation libanisée prête à acheter  la paix multiculturelle. Parmi eux :  Gérald Darmanin, devenu ministre,  Thierry Solère, Franck Riester, etc.,  dont on comprend mieux les réticences  qu’ils affichaient à soutenir Fillon dans  son désir de  « vaincre le totalitarisme  islamique ».  Néanmoins, Macron a le mérite,  en secouant le cocotier républicain,  d’obliger cette famille de façade  à en finir avec les faux-semblants.  Le courant juppéiste et centriste a toute  sa place dans le camp de Macron, qui  a renoncé à assimiler les minorités  culturelles. Les attentistes qui veulent  prolonger la cohabitation au cœur  de la droite plutôt que d’acter le divorce  rendent illusoire une opposition  structurée. Comment les responsables  qui, comme François Baroin, ont appelé  à voter pour Macron au deuxième tour  peuvent-ils espérer convaincre de voter  massivement pour les Républicains aux  législatives ? (…) La duperie (…) a aussi fait gober  la  « farce  antifasciste » , dont Alain  Finkielkraut craint, dans  Causeur,  que les juifs ne soient les dindons.  Le palestinisme a désormais ses entrées  en haut lieu. Richard Ferrand, ancien  secrétaire d’En marche ! devenu  ministre, a financé France Palestine  Solidarité en 2016. Marlène Schiappa,  secrétaire d’État, soutient la  « lutte  pour  la liberté du peuple palestinien ». (…) Le clivage élitaire et mondialiste qui s’opère derrière Macron, dans lequel  l’horizontalité de la société civile a vite laissé place à la verticalité du pouvoir,  est une aubaine pour la droite populaire  libérale et sociale. Qui saura la réunir ? Ivan Rioufol

Cherchez la femme !

A l’heure où après la farce démocratique et la comédie antifasciste que l’on sait …

Comme le déluge hagiographique qui a suivi …

Nos nouveaux dirigeants redécouvrent, entre sondages trumpiens et rappels à l’ordre européens,  la dure réalité qu’ils croyaient avoir quittée …

Et où, entre plan secret du refus éventuel du résultat des urnes, dénonciation des messes à la télévision ou imposition de la PMA pour tous, le nouveau pouvoir commence à montrer ses vraies couleurs

Pendant qu’à l’instar de la si discrète parité de la photo du nouveau gouvernement, les femmes se voient littéralement exclues de certains quartiers

Comment ne pas voir avec l’éditorialiste du Figaro Ivan Rioufol

Contre la « révolution » des dupes et la capitulation préventive en cours face  au totalitarisme islamique …

Et le fourvoiement gauchisant que l’on sait de la droite nationale-républicaine …

Pour commencer à réunir enfin …

Une droite populaire à la fois et authentiquement libérale et sociale …

L’option qui devrait logiquement s’imposer …

Bientôt débarrassée peut-être de son désormais encombrant héritage …

De la future ex-plus jeune députée de la Ve République ?

La Chapelle & Pajol : Les femmes, espèce en voie de disparition au coeur de Paris

Les femmes, une espèce en voie de disparition au coeur de Paris

ll y a les insultes, dans toutes les langues : “Salope, sale pute, je vais te baiser…”
ll y a les vols à la tire, les pickpockets, l’alcoolisme de rue, les crachats, les déchets partout, l’odeur entêtante d’urine.

Il y a les trafics qui s’enracinent: êtres humains, drogues, cigarettes, vente à la sauvette, ou encore faux documents. Les employés de ces trafics nous signifient chaque jour que nous sommes indésirables, nous et nos enfants.

Désormais la place de la Chapelle, la rue Pajol, la rue Philippe de Girard, la rue Marx Dormoy, la station de métro et le boulevard de la Chapelle sont abandonnés aux seuls hommes: plus une femme, dans les cafés comme la Royale ou le Cyclone. Pas un enfant dans le square Louise de Marillac. Certaines d’entre nous se terrent chez elles.

Cela doit cesser!

Nous demandons aux autorités, Mairie de Paris, Préfecture de Police, Procureur de la République, de faire enfin respecter lois et règlements, notamment dans les endroits où se fixent les trafiquants, de diligenter des enquêtes sur les filières, de renforcer le nombre et les moyens des policiers affectés à ce secteur
Les femmes de la Chapelle et leurs ami(e)s, compagnons, maris, pères, enfants et voisins des 10ème et 18ème arrondissements

Pétition soutenue par les Associations Demain La Chapelle et SOS La Chapelle

A l’attention de :

Monsieur Emmanuel Macron – Président de la République Française

Monsieur Edouard Philippe – Premier Ministre

Monsieur Gérard Collomb – Ministre de L’Intérieur

Monsieur François Bayrou – Garde des Sceaux Ministre de la Justice

Madame Marlène Schiappa –Secrétaire d’Etat à l’égalité entre les Femmes et les Hommes

Monsieur François Molins – Procureur de la République

Monsieur Michel Delpuech – préfet de police de Paris

Madame Anne Hidalgo – Maire de Paris

Monsieur Eric Lejoinde – Maire du 18ème arrondissement de Paris

Monsieur Rémi Féraud- Maire du 10ème arrondissement de Paris

Voir aussi:

Femmes chassées des rues dans le quartier Chapelle-Pajol : le cri d’alarme de Céline Pina

  • Céline Pina
  • Le Figaro
  • 19/05/2017

FIGAROVOX/ANALYSE – Alors que les lycées organisent une « journée de la jupe » pour dénoncer le sexisme, Céline Pina rappelle que dans certains quartiers de Paris, sortir de chez elle pour une femme est une provocation, et dénonce l’indifférence des élus.


Céline Pina est ancienne conseillère régionale d’Ile-de-France. Elle s’intéresse particulièrement aux questions touchant à la laïcité, à l’égalité, au droit des femmes, à la santé et aux finances sociales. Elle est l’auteur de Silence Coupable (éditions Kero).


Tandis que des syndicats lycéens essaient d’attirer l’attention sur le sexisme qui sévit maintenant dans les rapports entre filles et garçons dès le plus jeune âge en organisant ce vendredi 19 mai, une journée de la jupe, l’actualité nous a démontré hier à quel point l’initiative était nécessaire, tant les droits des femmes reculent pendant que les politiques continuent à détourner le regard. À tel point qu’aujourd’hui, dans certains endroits, sortir dans la rue quand on est une femme devient une prise de risque, une provocation et une mise en danger.

Et hélas, on ne parle pas ici de Raqqah, Ryad ou Kaboul, mais de Paris. Intra-muros. Dans un reportage publié dans Le Parisien du 18 mai, «Paris: les femmes chassées des rues dans le quartier Chapelle-Pajol», Cécile Beaulieu décrit le quotidien des habitantes du quartier, lesquelles ne peuvent plus se déplacer seules, ni porter jupes ou vêtements moulants sans se faire injurier voire agresser. La rue, les trottoirs, les cafés, les bars, les squares leur sont interdits, à tel point que quitter son appartement devient une transgression. Ce territoire est celui des hommes et ils font régner leur loi. Une situation qui tend à s’étendre dans les quartiers les plus populaires.

Mais pour choquant que soit pour nous ce contrôle social d’un autre âge, cette véritable oppression qui s’abat sur toutes les femmes dans un pays où l’égalité est inscrite au fronton des bâtiments publics, ce qui est encore plus déstabilisant ce sont les réactions, ou plutôt l’absence de réaction des élus.

Être une femme suffit à être en danger dans certains endroits et auprès de certaines populations, car il y a un point commun entre cette situation et celle qui a tant choqué en Allemagne le 31 décembre à Cologne. Des agressions sexuelles massives y avaient été commises et l’enquête avait révélé que celles-ci étaient le fait de réfugiés et de migrants économiques, venant du Maroc et d’Algérie et arrivés au cours de la même année. Que croyez-vous que l’on fit alors? Et bien au lieu de s’interroger sur ce qui pouvait pousser ces hommes à croire qu’ils avaient le droit de se comporter ainsi dans un pays qui les accueille, au lieu d’interroger les références culturelles qui permettent de considérer comme acceptable cette violence faite aux femmes, au lieu d’interroger les obligations qui devraient être liées à l’accueil, on fit le procès en racisme de tous ceux qui dénonçaient le soubassement culturel et cultuel, qui fait de la femme un être inférieur, propriété d’un homme ou de tous si elle a le culot de revendiquer sa liberté, phénomène que la misère sexuelle, que la montée du fondamentalisme religieux renforce et accentue dans les pays du proche et Moyen-Orient. Pour avoir évoqué cet aspect du problème, Kamel Daoud fut cloué au pilori.

À Cologne, la Maire conseilla aux femmes de se faire discrètes et de se tenir à l’écart des hommes. Comme si elles étaient en partie responsable des violences qu’elles subissaient. Et aujourd’hui, savez-vous ce que l’on répond, en France, à ces femmes qui, habitant la capitale de notre pays, ne jouissent déjà plus des droits que la loi est censée accorder à tous les citoyens? D’abord que porter plainte ne sert à rien. Donc, en France, on peut vous ôter la liberté de vous déplacer parce que vous êtes une femme dans la plus totale indifférence. Nul ne peut rien y faire, parce que les autorités publiques s’en moquent et que cette question est anecdotique pour le pouvoir. Voilà ce que signifie le «porter plainte ne sert à rien». On parle bien d’opérations de police à répétition dans l’article, plus de 110 depuis janvier mais elles n’ont aucun effet. Pourtant, si celles-ci se traduisaient plus souvent par des expulsions ou de véritables sanctions, nul doute qu’elles changeraient la donne. Mais si les interpellés en sont quittes pour revenir quelques heures ou jours après, cela devient un jeu qui signe plus l’impuissance des autorités que leur utilité et finit par valider ce qu’il est censé empêcher.

Il y a bien une élue citée dans le reportage, l’adjointe à l’égalité hommes-femmes de la mairie de XVIIIeme. Elle conseille d’organiser une marche exploratoire pour faire le repérage des lieux où les femmes sont indésirables et maltraitées. Il parait même que «leurs remarques seront examinées avec la plus grande attention». Je suis sûre que cette personne est consciente du caractère dérisoire de cette injonction qui invite ces femmes à se mettre en danger pour effectuer un tel relevé topographique et qu’elle a conscience que rien ne saurait moins incarner la loi et le devoir de protection qu’ont les élus envers leur population, qu’une telle attitude, mais elle n’a probablement rien d’autre à proposer. Le fait que les agresseurs de femmes appartiennent à une population pauvre et marginale, élevée au rang de victime absolue, fait que leur transformation en bourreau paralyse à la fois le discours politique et l’action publique. Ce sont alors les citoyens qui jouent le rôle de variable d’ajustement en voyant leurs droits abandonnés et leurs libertés non défendues. Cela plus qu’une dérive fasciste de la société explique l’explosion du vote FN.

Pendant ce temps, vendeurs à la sauvette, dealers, migrants et passeurs tiennent les rues et politiquement correct oblige, on oublie de dire que cette mentalité d’un autre âge, cet obscurantisme dont on constate chaque jour qu’il gagne du terrain, est lié à la volonté de ces hommes d’imposer leur mentalité patriarcale, leur vision étriquée des relations humaines et une conception des rapports sociaux et intimes inégalitaires et contraignants au pays qui les a accueilli. On évite de dire que ces tensions se réveillent aussi parce que ces populations sont la cible des fondamentalistes et des tenants de l’Islam politique qui chauffent à blanc les replis identitaires et font de la remise en cause des fondations mêmes des sociétés occidentales par la revendication identitaire et religieuse, le seul axe d’affirmation politique et sociale des communautés qu’ils influencent de plus en plus. Et s’ils se sentent autorisés à le faire, c’est aussi parce que nul ne se soucie, chez ceux qui nous représentent, ni d’expliquer les règles aux nouveaux arrivants, encore moins de les faire respecter. Ceux-ci alors essaient de recréer un environnement qui leur est familier et, marginalisés et sans grandes perspectives, ils se donnent un sentiment de virilité et de prise sur le monde en exerçant leur pouvoir sur les femmes. Ils sont encouragés dans ces attitudes par les prédicateurs bas de plafond dont ils sont la cible et qui ont table ouverte dans notre pays. Alors il ne s’agit pas ici de dire que tous les migrants sont ainsi, ce serait aussi injuste qu’insultant, mais de s’interroger sur notre réticence à défendre ce que nous sommes face à des comportements qui ne sont ni respectables ni tolérables et nous renvoient à un obscurantisme et à une violence intrinsèquement méprisable et face à laquelle nos autorités ne devraient pas être tétanisées.

L’air est connu: souvenez-vous du reportage d’Antenne 2 tourné à Sevran et à Villeurbanne où un homme chassait des femmes d’un café en leur expliquant: «Ici c’est pas Paris, c’est comme au bled».

Ce qui signifie, non seulement cette zone nous appartient et tu dois savoir rester à ta place, donc chez toi. Mais aussi que sur certains territoires, la France n’existe plus et ses lois ne s’appliquent pas. Ainsi, l’espace public n’est plus partagé, commun. Sur certains territoires, il est réservé à ceux qui ont une existence sociale, donc aux mâles, pas à celles qui leur appartiennent et n’existent que dans la sphère de l’intime. Pour avoir dénoncé ces phénomènes dont seuls ceux qui nous représentent semblent totalement inconscients, la journaliste de France 2 et Nadia Remadna de la brigade des mères, ont été violemment attaquées par le Bondy Blog et ceux qui ont relayé ce reportage ont été comme d’habitude accusés de mensonges, de racisme et d’appartenir à la fachosphère. Et ce quand bien même les témoignages de cette tentative d’imposer un apartheid sexuel en France se multiplient.

L’enjeu aujourd’hui est de faire vivre nos grands principes pour tout le monde, de faire en sorte que les libertés que la loi garantit ne dépendent pas de notre niveau culturel et social ou de notre lieu de vie. C’est cela le sens même de la politique: garantir les droits de tous ceux qui vivent sur son territoire. Et cela ne se fera pas sans fermeté, ni justice.

Aujourd’hui la protection de la loi n’est accordée qu’aux hyperinclus, à ceux qui ont les moyens financiers de choisir leur environnement. Pour beaucoup d’autres, c’est retour au moyen âge: il faut se soumettre à ses voisins et à l’homme de la rue car la protection de la loi ne peut plus s’incarner. Une des phrases que l’on entend le plus dans les zones sous influence des islamistes et des identitaires, c’est «chez nous, c’est comme ça» et ce «chez nous» n’évoquent pas la France, alors même que ceux qui tiennent ce discours sont Français, pas même forcément les règles du pays d’origine, mais ce mélange de tradition et de religion dont les islamistes entendent faire le fond d’écran des mentalités qu’ils façonnent. C’est ainsi que les passages à l’acte se multiplient, rite d’initiation du refus de la citoyenneté et de l’affirmation des valeurs patriarcales validées par les représentations religieuses, le tout sur fond d’impunité des agresseurs et de mise en accusation de ceux qui dénoncent l’abandon des autorités comme une faute politique majeure.

Et pendant ce temps, notre nouveau gouvernement prône la libéralité en matière de laïcité tout en promettant de lutter contre l’islamisme. Le problème c’est que l’on ne lutte pas contre qui veut vous détruire en renonçant à ses principes et à ses idéaux et qu’en ce domaine, la libéralité équivaut à livrer les plus faibles à leurs oppresseurs. Il serait dommage qu’à force d’aveuglement sur ces questions, la France devienne un pays qui ne garantit que les libertés de ceux qui ont les moyens de choisir leur voisinage et leur environnement.

Voir également:

Paris : des femmes victimes de harcèlement dans les rues du quartier Chapelle-Pajol
Cécile Beaulieu
Le Parisien
18 mai 2017

Des femmes de ce quartier de l’est de Paris se plaignent de ne pas pouvoir se déplacer sans essuyer des remarques et des insultes de la part des hommes. Ce sont plusieurs centaines de mètres carrés de bitume abandonnés aux seuls hommes, et où les femmes n’ont plus droit de cité. Cafés, bars et restaurants leur sont interdits. Comme les trottoirs, la station de métro et les squares. Depuis plus d’un an, le quartier Chapelle-Pajol, à Paris (Xe- XVIIIe), a totalement changé de physionomie : des groupes de dizaines d’hommes seuls, vendeurs à la sauvette, dealeurs, migrants et passeurs, tiennent les rues, harcelant les femmes.

REACTIONS

Révoltées, des habitantes du quartier ont décidé de lancer une vaste pétition pour dénoncer la situation. Et un quotidien de plus en plus oppressant. Celui des jeunes filles, qui ne peuvent plus sortir seules, porter une jupe ou un pantalon trop près du corps sans recevoir une bordée d’injures : l’une d’elles raconte avoir subi un jet de cigarette allumée dans les cheveux.

«Des réflexions incessantes»

«Nous avons toutes droit à un traitement insupportable», souligne Nathalie, 50 ans, qui revendique trente années dans le quartier, et un climat «inédit» ces derniers mois : «Ce sont des injures, des réflexions incessantes. L’ambiance est angoissante, au point de devoir modifier notre itinéraire, notre tenue vestimentaire. Certaines ont même renoncé à sortir de chez elles». A l’image de cette vieille dame de 80 ans, agressée sexuellement alors qu’elle rentrait dans son immeuble, et désormais retranchée dans son appartement.

«Un repaire masculin»

Aurélie, une jeune femme de 38 ans, avoue ne pas reconnaître le quartier où elle vit depuis 15 ans, rue Perdonnet (Xe) : «Le simple fait de circuler est devenu problématique. Le café, en bas de chez moi, un bistrot autrefois sympa, s’est transformé en repaire exclusivement masculin et en permanence bondé : j’ai droit à mon lot de remarques lorsque je passe devant, d’autant plus qu’ils boivent énormément : il y a quelques jours, le simple fait de me mettre à ma fenêtre a déclenché un flot d’injures, et j’ai dû m’enfermer dans mon appartement. Il y a quelque temps encore, j’empruntais le boulevard de la Chapelle depuis Stalingrad, même tard le soir… C’est impensable aujourd’hui».

Le métro Chapelle, Laure l’évite soigneusement. Comme la place du même nom : «Ces dernières semaines, j’ai été prise au milieu d’une bagarre de vendeurs à la sauvette. Affolée, je me suis mise à crier, et deux d’entre eux ont sorti des couteaux pour me menacer. J’ai cru que ma dernière heure était arrivée. Et ça fait des mois que ma fille de 12 ans ne va plus seule au collège, ni nulle part dans le quartier, d’ailleurs».

Porter plainte aurait peu d’effet
Comment lutter contre le phénomène ? Les femmes de La Chapelle le savent : porter plainte aurait peu d’effets. Alors, d’un commun accord, et sur les conseils de Nadine Mezence, adjointe à l’égalité hommes-femmes du maire (PS) du XVIIIe, elles ont décidé d’organiser prochainement une marche exploratoire. Ensemble, elles parcourront tous les lieux du quartier où elles sont indésirables. Puis, rendront compte, aux pouvoirs publics de leurs observations… En espérant être entendues. A la mairie d’arrondissement, on assure que leurs remarques seront examinées avec la plus grande attention.

110 opérations de police depuis le mois de janvier
La question du harcèlement des femmes, et notamment celle de la présence de dizaines de migrants rue Pajol, sera évoquée ce lundi en conseil d’arrondissement par l’élu (LR), Pierre Liscia. Tandis qu’au cabinet du maire (PS) du XVIIIe, Eric Lejoindre, on reconnaît la complexité de la situation : «Les femmes ont un sentiment de vulnérabilité devant cette violence, souvent associée à l’alcoolisation, mais la réponse publique est essentiellement policière».

Précisément, depuis lancement du dispositif «Barbès respire», au mois de janvier, par le préfet de police avec déploiement de renforts sur le secteur, 110 opérations ont donné lieu à plus de 19 000 évictions de vendeurs à la sauvette et 884 personnes ont été arrêtées. Mais les habitantes, elles, veulent des opérations de plus vaste ampleur pour retrouver leur sérénité perdue…
Les femmes, une espèce en voie de disparition au cœur de Paris «Désormais, notre quartier est abandonné aux seuls hommes : plus une femme dans les cafés. Pas un enfant dans le square Louise-de-Marillac. Certaines d’entre nous se terrent chez elles».

Les habitantes de la Chapelle-Pajol viennent de rédiger une pétition, intitulée «Les femmes, une espèce en voie de disparition au cœur de Paris», qu’elles espèrent voir parapher par de nombreux soutiens et victimes avant de l’envoyer à la mairie, à la préfecture de police et au procureur de la République. Leur demandant de «faire enfin respecter lois et règlement dans les endroits où se fixent les trafiquants, de diligenter des enquêtes sur les filières et de renforcer le nombre de moyens policiers affectés au secteur».

«Il y a les insultes dans toutes les langues, les vols, l’alcoolisme de rue. Les trafics qui s’enracinent, et les employés de ces trafics, qui nous signifient chaque jour que nous sommes indésirables, nous et nos enfants. Cela doit cesser.»

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«Macron, ou la “révolution” des dupes»
Ivan Rioufol
Le Figaro
18/05/2017

CHRONIQUE – Le courant juppéiste et centriste a toute sa place dans le camp Macron, qui a renoncé à assimiler les minorités culturelles.

Le savoir: Édouard Phillippe, choisi lundi par Emmanuel Macron comme premier ministre, pratique la laïcité flexible. Maire (LR) du Havre, il avait en 2012 fait jeter 8500 desserts destinés aux cantines parce qu’ils contenaient de la gélatine de porc. Plutôt que de s’en tenir à la neutralité républicaine, l’élu s’était soumis à l’interdit alimentaire de la charia (loi islamique). L’anecdote est à retenir: elle laisse craindre d’autres détournements de la laïcité, un des piliers de la civilisation française. Macron, élu par beaucoup pour faire échec au «fascisme» de Marine Le Pen, a promis une «bienveillance exigeante» avec l’idéologie islamique. Ce choix de l’apaisement guide, mezzo voce, la recomposition politique en cours. Philippe, proche d’Alain Juppé, partage avec lui la mondialisation heureuse, l’accommodement raisonnable, la discrimination positive. Le chef de l’État est sur cette même vision « inclusive ». « Je veux accompagner les mutations », a-t-il dit dimanche lors de sa prise de fonctions. Son gouvernement libéral mondialiste accélérera la cadence.

La marginalisation de Manuels Valls, qui voit la laïcité comme rempart à l’islamisme, confirme la stratégie arrangeante du macronisme. La République en marche a refusé son investiture à l’ancien premier ministre socialiste, qui n’aura néanmoins pas de concurrent face à lui. Commentaire de Valls (dans le JDD) : « Macron est méchant (…), il n’a pas de codes, donc pas de limites (…). Autant sur les questions économiques et sociales il n’y a pas de différence entre Macron et moi, autant sur l’identité on a un vrai désaccord. » Malek Boutih (PS), remarqué pour ses alertes contre l’emprise des prêcheurs de haine dans les cités, s’est pareillement vu écarter du parti gouvernemental, qui présentera un candidat face à lui. Durant sa campagne, Macron s’était gardé de désavouer le soutien de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), classée parmi les organisations terroristes par les Émirats arabes unis.

C’est la « révolution » des dupes qui se profile : là où François Fillon voulait interdire les Frères musulmans, Macron évitera l’épreuve de force avec l’islam politique. Sa descente des Champs-Élysées en véhicule militaire tenait  du jeu de rôle. L’optimisme d’État  récuse l’offensive du totalitarisme  islamique, mise sur le compte de la crise  économique et de l’Occident  colonisateur. François Bayrou, ministre  de la Justice, appuie cet angélisme. Pour  Henri IV, Paris valait bien une messe.  Son biographe devenu macroniste  n’est pas loin de penser que la France  de demain vaudra bien quelques sourates. Michel Houellebecq a tout dit  dans  Soumission . Alors que les chrétiens  et les juifs ont eu à se soumettre aux  exigences brutales de l’État, nombreux  sont ceux qui plaident pour un régime  de faveur vis-à-vis de l’islam  conquérant. Cette capitulation, si elle  devait se confirmer, tirerait un trait sur  les territoires perdus de la République.

Les Républicains qui appellent  la droite à  « répondre à la main tendue  par  Emmanuel Macron »  cautionnent  peu ou prou ce choix communautariste  d’une nation libanisée prête à acheter  la paix multiculturelle. Parmi eux :  Gérald Darmanin, devenu ministre,  Thierry Solère, Franck Riester, etc.,  dont on comprend mieux les réticences  qu’ils affichaient à soutenir Fillon dans  son désir de  « vaincre le totalitarisme  islamique » .

Néanmoins, Macron a le mérite,  en secouant le cocotier républicain,  d’obliger cette famille de façade  à en finir avec les faux-semblants.  Le courant juppéiste et centriste a toute  sa place dans le camp de Macron, qui  a renoncé à assimiler les minorités  culturelles. Les attentistes qui veulent  prolonger la cohabitation au cœur  de la droite plutôt que d’acter le divorce  rendent illusoire une opposition  structurée. Comment les responsables  qui, comme François Baroin, ont appelé  à voter pour Macron au deuxième tour  peuvent-ils espérer convaincre de voter  massivement pour les Républicains aux  législatives ?

L’artifice de la théâtrocratie La théâtrocratie que privilégie le chef de l’État, maître des horloges et de ses  gestes, lui permet de demeurer dans  l’ambiguïté. C’est ainsi que la question  identitaire n’arrive pas à être abordée  de face. Les courtisans rappellent  l’homme de lettres et de culture qu’il  est. Son premier ministre ne raffole-t-il  pas de la série des  Trois Mousquetaires ,  qu’il dit relire tous les dix ans ? D’autres  thuriféraires croient reconnaître la  silhouette du premier consul dans son  « regard au profil d’aigle » . N’y a-t-il pas aussi, tant qu’on y est, un Bonaparte  dans cette manière qu’à Macron de  prendre l’oreille de ses grognards ?  Dimanche, Gérard Collomb (devenu  ministre de l’Intérieur) avait les larmes  aux yeux, tandis que le chef passait ses  briscards en revue en leur caressant  nuque et joue. Pour le téléspectateur  distrait, ces scénographies sur la  continuité historique font leur effet.  Il n’empêche : la vigilance devra être  de tous les instants, tant est grande  la tentation du président de voir dans  les  « quartiers  populaires »  l’unique  expression du peuple français et de son  destin. Dimanche, il a d’ailleurs boudé  la grande parade parisienne.

Là aussi est la duperie : dans l’artifice qui s’attache au macroniste quand il  parle de  « clarté » . Elle a aussi fait gober  la  « farce  antifasciste » , dont Alain  Finkielkraut craint, dans  Causeur ,  que les juifs ne soient les dindons.  Le palestinisme a désormais ses entrées  en haut lieu. Richard Ferrand, ancien  secrétaire d’En marche ! devenu  ministre, a financé France Palestine  Solidarité en 2016. Marlène Schiappa,  secrétaire d’État, soutient la  « lutte  pour  la liberté du peuple palestinien » . Quant  à l’exigence de transparence et  de moralité qui ouvre ce quinquennat,  elle pèche aussi par ses exceptions.  Vouloir éviter les conflits d’intérêts en  exigeant des politiques qu’ils dévoilent  leurs éventuelles relations d’affaires est  une bonne chose. Cependant, le chef de  l’État ne dit rien de son réseau d’amis  banquiers, responsables du CAC 40,  créateurs de start-up, hommes  d’influence qui ont financé sa campagne  jusqu’à 15 millions d’euros  (voir mon  blog) . Par qui Macron a-t-il été soutenu  et pour quel objectif ? Question sans  intérêt probablement.

Clivage élitaire-populaire Le clivage élitaire et mondialiste qui s’opère derrière Macron, dans lequel  l’horizontalité de la société civile a vite  laissé place à la verticalité du pouvoir,  est une aubaine pour la droite populaire  libérale et sociale. Qui saura la réunir ?

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Polémique autour du retrait des grilles supposées empêcher l’installation de migrants
Alicia.Paule
Le Figaro
07/04/2017

REPORTAGE – La mairie de Paris va enlever en juin les grillages installés depuis plusieurs mois le long de la voie du métro entre Stalingrad et la Chapelle. Cette décision suscite l’inquiétude parmi les riverains qui craignent l’installation de nouveaux campements sauvages.

«Oppressantes», «dérangeantes», «hideuses»… Les grilles métalliques, successivement érigées le long de la voie de métro entre Stalingrad et la Chapelle, ne feront bientôt plus partie du paysage urbain. La mairie de Paris, à la demande de plusieurs élus écologistes, a annoncé leur retrait avant cet été. «Le quartier ressemble à une prison et la circulation des piétons dans le quartier est entravée. Il était urgent de rendre les espaces publics de nouveau accessibles aux habitants des quartiers Nord-est de Paris», explique Anne Souyris, co-présidente du groupe écologiste de Paris.

Une initiative saluée par plusieurs associations humanitaires dont le collectif Solidarité Migrants Wilson. «Ces grilles sont une honte! Elles ont été mises en place dans le seul but d’empêcher les migrants de s’installer. Les rues de Paris sont à tout le monde. C’est une première bataille de gagner», confie au Figaro une militante.

Parmi les riverains du XIXème arrondissement de Paris, confrontés depuis plusieurs mois à l’arrivée massive de migrants dans leur arrondissement, la décision ne fait pas l’unanimité et suscite de nombreuses inquiétudes. «Elles sont indispensables! Si la mairie les enlève, les campements sauvages vont revenir et ça, ce n’est vraiment pas possible», s’insurge Didier, patron d’un bistrot situé près de la place de Stalingrad, qui a vu son chiffre d’affaires chuté de 12%.

«La mairie peut enlever les grilles, cela ne changera rien au problème. Les migrants reviendront se poser là. Je n’ai rien contre eux. Mais il faut être honnête depuis qu’ils se sont installés dans le coin, c’est devenu l’enfer pour nous. On a dû fermer plusieurs fois la pharmacie après que des bagarres ont éclaté entre eux et les forces de police», confie Myriam, qui travaille à la pharmacie située à l’angle de la rue d’Aubervilliers.

Colère partagée par Marie-Christine, qui habite sur l’avenue de Flandre (XIXe). «Trop, c’est trop. Ce cirque dure depuis deux ans. Je ne reconnais plus mon quartier. Il est devenu une “zone interdite”. À partir de 18 heures, je n’ose même plus sortir dans la rue avec mon mari. On ne se sent pas en sécurité. Les tentes sont parties mais les migrants et les trafiquants campent encore les trottoirs jour et nuit. Mieux vaut être encerclé par des grillages et des blocs de pierre que de revivre à proximité d’un bidonville», affirme la retraitée de 78 ans, membre de l’association Demain la Chapelle.

Élisa, étudiante qui loue une chambre depuis plus d’un an près du métro Stalingrad, estime quant à elle «avoir honte» de vivre dans ce quartier. «Je n’ai pas le choix, je n’ai pas les moyens financiers de me loger ailleurs. Je pensais qu’avec l’évacuation du camp en novembre dernier, la situation s’arrangerait. Mais ce n’est pas le cas. Le quartier est devenu une poubelle géante», confie la jeune fille de 19 ans. Le long des grilles, des débris de verre, des sacs plastique, des restes de nourritures jonchent les trottoirs.

Deux centres d’accueil ouverts

«Les squares et les espaces de jeux ont quasiment tous été fermés pour virer les rats, qui se sont multipliés. Sans parler de l’odeur d’urine qui flotte constamment dans l’air. C’est vraiment invivable», déplore une mère de famille. Pour elle, cette situation n’est pas la faute des migrants mais bien celle des politiques qui ne font rien pour les aider. «Ces gens ne devraient pas dormir dans la rue. C’est inhumain. J’ai vu qu’il y avait des enfants. Cela m’a brisé le cœur. Ils méritent d’être traités avec un peu plus de dignité», ajoute-t-elle.

Depuis le démantèlement de la «Jungle» de Calais en octobre 2016, la capitale a vu l’arrivée de plusieurs milliers de migrants. Ils sont originaires d’Afghanistan, de Syrie, d’Érythrée ou encore du Soudan. Les exilés ont établi des campements sur les trottoirs et sous les ponts de Paris. Leur point de chute: au carrefour du Xe, VIIIe et XIXe arrondissement, où se situe l’association France terre d’asile. Des installations précaires qui sont quotidiennement évacuées par les forces de police.

Face à cette crise, la mairie de Paris a ouvert depuis novembre deux centres d’accueil: l’un situé à Porte de la Chapelle, l’autre à Ivry-sur-Seine. Tout deux déjà dépassé par l’afflux des réfugiés. Amahr, un Syrien de 19 ans qui est arrivé en France il y a six mois, fait la queue tous les jours pour tenter d’avoir un hébergement pour lui et son jeune frère. «Je dors dans une tente juste à côté du centre d’accueil. Chaque jour, j’y vais pour obtenir une place pour mon frère, il n’a que dix ans à peine. Moi, je peux rester dehors, mais pour lui c’est dur», confie-t-il dans un français approximatif lors d’un repas solidaire organisé jeudi par l’association Positive Planet. Aujourd’hui, près de «8000 migrants sont actuellement hébergés en Ile-de-France, dont 90 % relèvent de la demande d’asile», selon les estimations de la préfecture de Paris.

Mais la mesure est jugée «bien trop insuffisante» pour Pierre Henry, directeur général de l’association France terre d’asile. «La situation ne s’arrangera pas tant qu’il n’y aura pas une politique publique adaptée. Il est nécessaire de créer des centres pour migrants plus grands et surtout répartis à travers la France».

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Elisabeth Lévy : «Emmanuel Macron est un adversaire que j’aime déjà combattre»

  • Alexandre Devecchio
  • le Figaro
  • 20/05/2017

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – A l’occasion de la sortie du dernier numéro de la revue Causeur, Elisabeth Lévy revient pour FigaroVox sur le sacre d’Emmanuel Macron. Son analyse est caustique et sans concession.


Élisabeth Lévy est journaliste et directrice de la rédaction de Causeur. Son dernier numéro consacre un dossier à l’élection d’ Emmanuel Macron


Emmanuel Macron est donc le huitième président de la Ve République. Sa victoire n’est-elle pas un peu votre échec?

En tout cas, la France qui gagne a gagné. Le système est mort, vive le système!, pourrait-on ajouter. En effet, nous n’assistons pas à une révolution, plutôt à un changement de dynastie. Le président de la République incarne, avec talent, et surtout avec clarté, ce qu’on a appelé la «pensée unique», et le «cercle de la Raison», expression inventée je crois par Alain Minc. Il ne prétend pas renverser la table, en l’occurrence la technostructure – économique, administrative, culturelle – qui, derrière les élus, participe à la conduite de la société, il veut la sauver en lui donnant de nouveaux visages. Dans ces conditions, tous ceux qui se pensaient déjà comme des perdants, qui n’adhèrent pas dans l’enthousiasme au grand vent du progressisme mondialisé, ont l’impression d’avoir perdu. Les détromper devrait être l’une des missions prioritaires du nouveau président.

Qu’entendez-vous par «perdants», les pauvres, les chômeurs? Et que devrait faire le Président pour les rassurer?

Ce sont les gens oubliés ou craignant de l’être par la modernité économique et/ou culturelle, ceux qui redoutent que l’histoire s’écrive sans eux. «Des ploucs et des bourgeois», résume drôlement Finkielkraut. Vincent Tremolets de Villers a parlé du «parti de l’inquiétude». De Whirlpool à Versailles, de l’ouvrier licencié au catho déboussolé, de l’éleveur ruiné au diplômé précaire, beaucoup de Français sont en effet inquiets, parce qu’ils se méfient de l’Europe, qu’ils sont attachés à une certaine conception de l’identité française ou qu’ils ont peur de l’immigration de masse, mais aussi, pour une part, parce qu’ils vouent aux gémonies le grand capital. Quoi qu’il en soit, les raisons de leurs inquiétudes n’ont pas disparu par enchantement. Macron ne guérit pas les écrouelles et, au risque de casser l’ambiance, je ne crois pas que son élection suffira à guérir les fractures françaises. Alors espérons qu’il entende la demande de continuité historique de beaucoup de Français.

La France qui gagne, la France qui perd: n’est-ce pas un peu caricatural?

Peut-être, mais pas plus que le score réalisé par Macron à Paris: 90 %! Cependant, rassurez-vous, la frontière entre les deux France n’est pas étanche: même à Causeur, où règne cette aimable pagaille idéologique que l’on appelle pluralisme, il y a quelques macronistes du premier tour et de la première heure (j’espère qu’on s’en rappellera quand nous serons jugés pour dissidence). Ils ont essuyé force blagues pendant nos réunions de rédaction et maintenant, ils se paient notre tête. Ce sont les amusements de la démocratie. Plus sérieusement, pour la première fois depuis le référendum sur le traité de Maastricht, un responsable a été élu en portant ouvertement, donc dans une forme presque chimiquement pure, un projet européen et libre-échangiste, ainsi que le progressisme culturel et sociétal bon teint qui va avec. Pour faire court, c’est la banque centrale européenne pour le «dur» – l’économie, la monnaie, les affaires -, et Terranova pour le supplément d’âme, c’est-à-dire, notamment les questions d’intégration et d’immigration. Or, cette politique, enrubannée dans le joli mot «ouverture», plait d’abord à tous ceux qui, protégés des tracas du vivre-ensemble au quotidien par d’invisibles frontières culturelles, bénéficient de la disparition des frontières économiques avec en plus, le luxe de sentir bons et d’aimer l’Autre. Ça ne fait pas d’eux des salauds, plutôt des chanceux. Avant d’être une réalité politique, le macronisme possède déjà une sociologie: relativement homogène dans ses intérêts et dans ses représentations, cette coalition des chanceux a tout d’une classe sociale.

En attendant, il n’y a rien de très nouveau dans l’incantation européenne.

Sauf que, à la différence de ses prédécesseurs qui devaient avancer masqués et feindre d’être, un peu souverainistes pour Chirac et Sarkozy, toujours croyants dans la vraie gauche pour Hollande et Mitterrand, Macron joue à visage découvert, ce qui lui confère une grande cohérence idéologique, sur laquelle il a commencé à construire une alliance politique, en rassemblant des européistes des deux bords. Le mois dernier, l’excellent Basile de Koch écrivait ceci dans Causeur: «Non seulement il n’y a qu’une politique possible, mais personne n’a jamais réussi à l’appliquer.» Aujourd’hui, le président a toutes les cartes en main (ou il les aura sans doute à l’issue des législatives) pour mettre en œuvre sa politique. La contrepartie, c’est que, si elle échoue, on ne pourra plus nous dire qu’il faut encore plus d’Europe, plus de libre-échange et plus de multiculturalisme.

Au-delà de la synthèse libérale-libertaire réalisé depuis longtemps par des rebelles devenus publicitaires, comment définiriez-vous le progressisme de Macron?

En partie comme une façon de feindre d’organiser les mystères qui nous dépassent, c’est-à-dire d’adhérer au changement qui survient et que l’on tient pour inéluctable. Le progressisme façon Macron, c’est une nouvelle ruse de l’Histoire pour nous faire croire à sa fin dans les heureuses épousailles de la démocratie et du marché. Faites couler l’argent, le reste suivra. Dans les faits, cela risque de ressembler à une liquidation de tout ce qui est un peu trop national sur les bords. Or, contrairement à ce qu’il a dit, qu’y a-t-il de plus national, dans le sens de «situé», «ancré», «hérité», que la culture? Certains de mes confrères s’émerveillent de ce que le Président fasse de nombreuses références à nos grands héros. Ce name-dropping historique ne me convainc guère après qu’il a choisi la culture en France contre la culture française, c’est-à-dire la géographie et le droit contre l’histoire, ce qui est ici et maintenant contre ce qui a été. Mais en plus de cela, on peut craindre que ce progressisme soit la poursuite du déni par d’autres moyens.

Que voulez-vous dire? Que cacherait ce déni?

Il cache, en l’ignorant, la crise grave de l’intégration qui se traduit par la sécession mentale d’une partie de notre jeunesse, il cache l’avancée d’un islam radical et séparatiste qui prétend, là où il est en position de force, imposer sa loi aux corps et aux âmes de nos concitoyens de naissance ou de foi musulmane. Or, non seulement le nouveau président n’a, à aucun moment, semblé prendre la mesure de la gravité de la situation, mais il est allé câliner les enfants d’immigrés dans le sens du poil victimaire en allant, à Alger, expliquer que la colonisation tout entière était un crime contre l’Humanité – merci pour les pères blancs, les instituteurs et la mère d’Albert Camus. Benjamin Stora a expliqué dans Libération que la jeunesse des quartiers avait apprécié l’attention. Ce n’est pas tout. Quand Emmanuel Macron se rend à Sarcelles, il joue au foot, fait des selfies et nous sert un discours gentillet sur la richesse de nos banlieues, mais il se garde de toute allusion aux sujets qui fâchent – fondamentalisme, sexisme, antisémitisme…. Et contre le FN, il sort l’artillerie lourde de l’antinazisme et des heures les plus sombres. Seulement, les antisémites qui pourrissent la vie des juifs ne se trouvent pas au Front national, mais à Sarcelles (ce qui ne signifie nullement que tous les habitants de Sarcelles soient antisémites). Pour avoir parlé sans détours de cette montée, dans les quartiers, de la haine antijuive, Manuel Valls avait pratiquement été traité de raciste par une certaine Marlène Schiappa, la nouvelle ministre de l’égalité des sexes. Alors, ne menons pas de procès d’intention. Peut-être Emmanuel Macron va-t-il découvrir les territoires perdus et lancer le combat culturel qui présidera à leur reconquête. Ce vendredi, le Parisien évoquait le quartier de La Chapelle-Pajol à Paris, où les femmes sont empêchées de circuler sur la voie publique. Quand le choc des civilisations s’invite dans la capitale, on voudrait savoir ce que le chef de l’Etat compte faire pour y faire respecter la loi républicaine.

En attendant, il a gagné. Votre diagnostic sur la société française n’était-il pas complètement à côté de la plaque?

Voulez-vous dire, comme Zemmour l’a lancé à Finkielkraut l’autre soir, que nous sommes devenus désuets, ringards, et que la France, revigorée par un grand bol d’optimisme macronien, n’a que faire des attachements dont nous nous encombrons? Ringard vous-même! On verra si Macron est un antidote à la dépression identitaire. En attendant, permettez-moi de vous rappeler que, outre le karma que lui prêtent les journalistes, Emmanuel Macron a reçu le concours de forces plus terrestres: sans les affaires Fillon et sans le ravissement que sa candidature a suscitée dans nombre de grands médias, vous seriez peut-être en train de louer ma clairvoyance. Par ailleurs, une coalition disparate de refus ne fait pas un projet commun. Le président ne bénéficie peut-être pas de l’adhésion d’une majorité de Français, mais il représente assurément la minorité la plus importante. De plus, si la droite n’est pas aux manettes aujourd’hui, c’est parce que, au moment où le monde devait être repensé et de nouveaux clivages explorés, elle a renoncé à tout travail sur les idées, surfant d’une ligne à l’autre le nez sur les sondages sans jamais se demander s’il n’y avait pas une petite contradiction entre les causes qu’elle chérissait et les conséquences qu’elle abhorrait ou, pour le dire autrement, entre son moi libéral et son surmoi conservateur. Résultat, face au progressisme macronien, il n’existe pas aujourd’hui d’alternative (raisonnablement) conservatrice qui définirait par exemple un protectionnisme tempéré et l’usage raisonnable de frontières dont on ne voit pas pourquoi elles devraient être ouvertes ou fermées. Et l’alternative populiste, qu’elle soit de droite ou de gauche, a échoué à séduire suffisamment d’électeurs.

Les questions identitaires ont été très peu abordées durant cette campagne. Est-ce seulement la faute des journalistes ou intéressent-elles finalement moins les Français que les questions économiques et sociales?

Il est difficile de répondre à cette question de poule et d’œuf mais le résultat est là. J’ai été atterrée par la focalisation de la campagne, en particulier des débats télévisés, sur les questions économiques ou plutôt micro-économiques, comme si on votait en fonction de ses seuls intérêts matériels: combien d’impôts, quelle retraite, quelles charges? Il est normal de se soucier de son niveau de vie et de celui de sa famille, mais la contribution de nos générations à l’histoire humaine sera-t-elle d’avoir inventé un homme qui se nourrisse exclusivement de pain? Que l’économie, c’est-à-dire l’organisation de la production, des échanges et de la redistribution, qui modèle l’ensemble de la société, soit au cœur de l’action publique, c’est légitime. Qu’elle en soit l’unique finalité, le seul critère, est un brin déprimant car cela entretient le feu croisé des ressentiments, chacun étant sans cesse invité à compter ce qu’il n’a pas, donc à recenser ce que son pays devrait faire pour lui. François Hollande a installé comme une évidence l’idée que sa réussite se mesurerait exclusivement à l’inversion de la courbe du chômage. Si, pour vaincre le chômage, la France devait devenir une petite province du marché mondial, parlerait-on de réussite? Pardon de sortir les grands mots, mais l’avenir de notre civilisation ne pourrait-il pas être l’un des horizons de la politique? L’élection présidentielle n’est pas l’entretien d’embauche d’un chef de service.

Emmanuel Macron a plutôt réussi ses premiers pas. Le soir de sa victoire, il a su s’adresser aux perdants de la mondialisation qui n’avaient pas voté pour lui. Lors de la passation de pouvoir, il a également fait preuve d’une verticalité qu’on ne lui connaissait pas. Pourriez-vous être séduite? Et si vous vous étiez trompée sur son compte …

Je serais enchantée d’être déçue en bien, comme on dit en Suisse. Et je ne l’exclus pas. Il faut peut-être rappeler que l’opposition n’a nullement besoin de détestation. Durant l’entre-deux tours, on a assisté à un déferlement de haines concurrentes: des «fachos» – ça c’est un devoir citoyen -, des ni-nistes, traqués comme traîtres à la sainte cause. Emmanuel Macron en a eu plus que sa part, que l’on songe à la tribune dans laquelle François Ruffin, auteur de Merci Patron et héros de la France insoumise, répète avec délectation: «Vous êtes haï, vous êtes haï, vous êtes haï». Et pourquoi tant de haine? Parce que le chef de l’Etat a été banquier, un crime intolérable, et qu’il est «riche» – ce qui est assez relatif et parfaitement autorisé. Au-delà même de son projet, on peut trouver son côté premier de la classe – ou gendre idéal – agaçant et ses tics de langage insupportables. La haine, je n’achète pas.

Mais vous me demandez si je pourrais être séduite. On verra: on ne m’a pas si facilement, avec quelques jolies phrases! Je ne me lasse pas du spectacle de tous ces routiers du pouvoir s’extasiant et s’attendrissant sur la jeunesse et sur les innombrables qualités du jeune prince. Certes, cette jeunesse lui permet d’apprendre vite. De fait, il n’a pas répété au soir du 7 mai les erreurs qu’il avait commises le 23 avril. Et comme la verticalité est largement affaire de rituels, je vous accorde qu’il se verticalise, même si, comme l’observe Régis Debray, en même temps, il s’américanise. Cependant, nous n’allons pas passer le quinquennat à commenter les symboles du Président d’autant plus que, sur ce terrain là, le syndrome «en même temps» joue à plein, il suffit de gratifier chaque groupe de sa petite dose. Allez, je vous fais un aveu. Après François Hollande qui gouvernait sous la surveillance du Monde, que Macron tienne la dragée haute aux journalistes m’amuse beaucoup. Les sociétés de rédacteurs s’étranglent de rage parce que l’Elysée prétend, semble-t-il, choisir des interlocuteurs compétents, ce qui est assez outrecuidant, et, plus généralement, ne manifeste pas à l’égard de la profession la déférence à laquelle elle est habituée. Je trouve cette ingratitude très présidentielle. Et pour le coup passablement verticale.

Marine Le Pen s’est montrée brouillonne, agressive, grossière lors du débat. Ne vous étiez vous pas trompée également sur son compte? Comment expliquez-vous un tel naufrage?

La démocratie, c’est l’espace de l’engueulade civilisée. Ce soir-là, Emmanuel Macron avait l’air de quelqu’un avec qui on peut s’engueuler. Pas elle. Elle aurait dû être la porte-parole de l’inquiétude française ; en manquant à la courtoisie la plus élémentaire, elle l’a attisée. Pour autant, je n’ai aucune envie de participer à la curée avec tous mes confrères qui répètent avec gourmandise qu’elle a montré son vrai visage. Elle a lamentablement raté ce rendez-vous crucial et comme l’a noté Finkielkraut, ce n’est pas en faisant du Pétain, mais du Trump. J’ignore quelle sera la suite de sa carrière. Mais je me garderais d’affirmer que le visage pénible qu’elle a montré ce soir-là était le vrai.

Macron se dit, «Et de droite et de gauche» et refuse ainsi de confondre la gauche avec le camp du bien. Une absence de manichéisme qui devrait vous plaire …

Ah oui, quel grand Président! Blague à part, je sais gré à Emmanuel Macron d’avoir brisé le sortilège sémantique qui obligeait la plupart de ses anciens amis à attester régulièrement la ferveur de leur foi «de gauche». Quand Manuel Valls, cédant à l’intimidation, a longtemps donné des gages de la sienne, Macron, en avance sur ses camarades, se fichait de l’Église et de son clergé. Le plus triste est que la gauche laïque ait disparu dans la bataille: si République en marche ne présente pas de candidat face à Manuel Valls, ce n’est pas grâce à sa singularité laïque, mais malgré elle. Et que Malek Boutih n’ait pas bénéficié du même traitement est de fort mauvais augure. Reste que le mot magique qui a fait la pluie et le beau temps dans la vie intellectuelle – et empêché pas mal de monde de penser -, autrement dit, le mot «gauche», est en passe d’être sérieusement démonétisé. Il ne mordra plus personne. Tant mieux.

Le macronisme a également le mérite de clarifier le débat politique et de révéler les vrais clivages au-delà des petites guerres partisanes…

En effet, la recomposition qui commence est une clarification et je m’en félicite. Après avoir clamé pendant des années que la droite de la gauche et la gauche de la droite partageaient l’essentiel, et menaient, peu ou prou, la même politique dont tous assuraient que c’était la seule possible tout en jurant qu’elle tranchait radicalement avec celle de leurs adversaires, je ne vois pas comment on peut hurler à la trahison au prétexte que Gérard Collomb, Jean-Yves Le Drian, Bruno Le Maire et pourquoi pas demain NKM ou Juppé travaillent ensemble sous la houlette d’Emmanuel Macron. Reste à savoir ce qui se passera dans le reste du champ politique.

L’élection est également un défi pour Causeur et les idées que la revue défend. Sa victoire vous invite-t-elle à vous réinventer? La dérision et la contestation doivent-elles davantage laisser la place à la persuasion et la proposition?

D’abord nous ne pratiquons pas la dérision mais l’ironie et la critique. Nous ne sommes ni cyniques, ni méchants. Ensuite, cette élection et la situation qu’elle crée sont au contraire un puissant excitant pour qui aime réfléchir à la chose publique et au mouvement des idées. La seule question du libéralisme pourrait nous occuper tout le quinquennat. Et puis nous comptons bien jouer un rôle de vigie sur le front de la laïcité, de la République, des territoires perdus. Bref, Emmanuel Macron est un adversaire que j’aime déjà combattre. D’ailleurs, grâce à lui nous avons connu les disputes les plus animées de toute l’histoire de Causeur. C’est un bon début, non?

Voir encore:

Macron a incarné le «dégagisme soft»

Entretien avec le sondeur Jérôme Fourquet

Daoud Boughezala
Causeur

19 mai 2017

Le président élu a su faire fructifier l’aspiration au renouvellement et l’espoir d’un retour à une certaine unité nationale. Mais il aurait tort d’oublier les inquiétudes identitaires des Français.

Propos recueillis par Daoud Boughezala

Causeur. Depuis plusieurs années, vous observez la droitisation de la société française. Or les scores cumulés de Marine Le Pen, François Fillon et Nicolas Dupont-Aignan atteignent à peine 45 % au premier tour…

Jérôme Fourquet.1Si par droitisation on désigne une demande d’autorité croissante, le phénomène d’opinion que j’ai décrit se poursuit. Plus de 60 % de Français pensent qu’il y a trop d’immigrés, 70 % se disent favorables à l’internement préventif des fichés S, et une majorité voudrait renforcer l’état d’urgence. Alors que les Américains hésitent sur la question des exécutions extrajudiciaires de leurs concitoyens djihadistes sur les terres de l’État islamique, 80 % des Français plébiscitent cette méthode expéditive. Malgré tout, la société française s’est montrée très résiliente après la salve d’attentats qu’elle a traversée en 2015-2016.

Qu’entendez-vous par là ?

Aucune ratonnade ne s’est produite en représailles, pas même à Nice ou Magnanville, deux territoires marqués par une très forte ségrégation ethnoculturelle avec un vote FN qui peut varier du simple au triple d’un quartier à l’autre, à quelques centaines de mètres d’écart. Le contrepoids de cette bonne tenue du corps social français peut s’exprimer ainsi : « On ne se fait pas justice nous-mêmes, mais, comme le dit Max Weber, l’État a le monopole de la violence légitime, il faut donc que l’État soit intraitable et que sa main ne tremble pas. » C’est sans doute le message qu’avait compris Hollande au lendemain du 13 novembre 2015, quand il a proposé la déchéance de nationalité. Même Macron, très silencieux sur la question identitaire, a pris Le Drian dans ses bagages pour rassurer sur le plan sécuritaire.

Malgré cette forte demande d’autorité, Marine Le Pen a réalisé une performance en demi-teinte. Faut-il l’imputer à sa stratégie gauchisante ?

Marine Le Pen a pâti des affaires judiciaires qui ont freiné sa dynamique et l’ont placée sur la défensive, mais aussi de ses hésitations sur la ligne idéologique. Son tropisme personnel lui fait manifestement approuver la ligne Philippot à travers l’accent mis sur le social et l’euro. Or l’essentiel des marges de progression du FN se trouve sur la droite. Le climat général a aussi pesé dans la balance. Alors qu’au moment des régionales de 2015 la question du terrorisme était première, loin devant les préoccupations économiques et sociales, à la présidentielle le chômage a légèrement pris le pas sur l’enjeu sécuritaire. Cela a notamment profité à Jean-Luc Mélenchon. Autre élément indépendant de la volonté de Marine Le Pen, l’offre électorale qu’elle avait en face d’elle. En l’occurrence, François Fillon qui a donné toute une série de gages sur le terrorisme, l’islam et l’immigration, avec son insistance sur les chrétiens d’Orient, qui signifiait en sous-texte le refus de la dhimmitude dans notre propre pays.

Passons au tracé de la carte électorale. Pour être élu, notre nouveau président n’a pas séduit que des traders…

Quels que soient les couches sociales et les territoires, Emmanuel Macron a bénéficié d’un matelas minimum d’à peu près 15 % partout, avec des pointes beaucoup plus élevées dans les segments acquis. Cela tient au fait que ce vote s’est appuyé sur des ressorts très présents et assez consensuels dans la société française. On a ainsi un candidat qui se positionne comme l’incarnation du renouvellement. Dans un esprit de « dégagisme soft », il s’agissait avant tout de virer toutes les vieilles badernes. Deuxième élément, les enquêtes d’opinion montrent depuis longtemps qu’il y a une très forte aspiration à ce que tous les humanistes de bonne volonté se donnent la main et forment une grande coalition à l’allemande pour sortir le pays de l’ornière. Grâce au ralliement de socialistes, de centristes, de libéraux, Macron a alors incarné ce que Bayrou n’avait pas réussi à faire par le passé. Troisième élément: il a été le seul candidat à brandir le drapeau européen. Ce n’est pas quelque chose qui est très à la mode aujourd’hui, mais il reste une frange conséquente de la population attachée à l’idéal européen.

Y compris au sein de la France périphérique, que Christophe Guilluy estime très hostile à l’ UE ?

Certainement. Même à Vierzon, certes dans des proportions moindres qu’à Paris, on rencontre des profs qui ont fait Erasmus et trouvent ça génial. Là où je me distingue un peu de Christophe Guilluy, dont la grille d’analyste reste cependant pleinement opérante, c’est que les chiffres que je recueille ne s’inscrivent pas totalement dans une logique de système. Quand on regarde en détail les résultats électoraux, on a rarement du 90 %-10 % mais plutôt du 60 %-40 % ou 70 %-30 %. Même dans la France périphérique, il y a toujours un « résidu » au sens statistique du terme. 50 % des Français pensent que l’avenir du pays est sombre quand 50 % sont optimistes. Or on retrouve des optimistes partout même s’ils sont nettement moins nombreux dans la France périphérique qu’au cœur de Paris. Au sein de l’électorat de Marine Le Pen, la part des pessimistes monte à 70 %, l’exact inverse des macroniens, à 70 % optimistes. Les cartes des votes Macron et Le Pen au premier tour sont le négatif l’une de l’autre au sens photographique du terme, et cela s’est accentué au second tour. On retrouve là le théorème autrichien.

C’est-à-dire ?

La présidentielle autrichienne ressemblait furieusement à la nôtre, avec un candidat d’extrême droite (qui a obtenu au premier et au second tour un score beaucoup plus élevé que Marine Le Pen) face à un candidat hors parti – soutenu par les écologistes mais qui débarquait de nulle part –, et les deux grands partis de gouvernement éliminés. On a également observé un clivage sociologique très marqué. Les catégories populaires ont massivement soutenu l’extrême droite, les cadres et les bobos votant pour le candidat écolo, et ce phénomène s’est amplifié au second tour. Les deux électorats éliminés (chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates) se sont fracturés sociologiquement et culturellement, si bien que les reports sur les deux finalistes se sont opérés sur cette ligne de partage des eaux. Chez nous, Marine Le Pen a rassemblé 40 % des ouvriers au premier tour et 60 % au second…

Les législatives arrivent. En marche ! et le président Macron auront-ils une majorité ?

À mon avis, il n’y aura pas de majorité claire. Emmanuel Macron n’a pas vraiment été élu sur son programme, et le front républicain a beaucoup joué dans sa large victoire. L’inconnue est d’autant plus grande que pour la première fois la loi sur le non-cumul va s’appliquer aux députés, libérant une grande partie des sièges du palais Bourbon. Dans ces conditions, combien y aura-t-il de triangulaires ? Cela pourrait donner un résultat très éclaté avec 150 à 200 députés En Marche !, flanqués de 20 bayrouistes, 20 vallsistes, 20 juppéistes entrant dans une majorité présidentielle face à une droite campant dans l’opposition, le FN à 20 ou 30 sièges, un PS très affaibli et La France insoumise en guerre contre le Parti communiste. Bref, retour vers la IVe République !…

Voir également:

Et maintenant, John Fitzgerald Macron veut évincer les journalistes politiques

L’idée n’est pas absurde, mais ce n’est pas au pouvoir d’en décider.

Daniel Schneidermann
Le Nouvel Obs
19 mai 2017

Pour une ère nouvelle, c’est une ère nouvelle. Vous vous souvenez des photos du gouvernement, sur le large perron de l’Elysée ? Fini. C’était l’ancien monde. La vieille pensée. Le Système. Le gouvernement Kennedy Macron s’est donc fait tirer     le portrait dans une sorte d’entonnoir.

On a cherché ce qu’on pouvait trouver de plus étroit : un escalier (le couloir des toilettes n’était pas libre ?). Résultat, cet attroupement de mâles (il faut être sacrément fort, soit dit en passant, pour donner cette impression de pack de rugby, quand on photographie un groupe humain strictement paritaire). A propos, vous voyez la personne, au fond, dont on distingue à peine la moitié du visage ?

C’est la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa.

Evincer les journalistes politique

Son portrait tiré, le gouvernement ayant manifestement du temps libre, et sans doute pas assez de sujets sérieux à traiter, il s’est mis en tête de réformer le travail de la presse accréditée.

En substance, comme vous l’avez lu ici hier, de décider à la place des rédactions quels journalistes seraient autorisés à suivre John Fitzgerald Macron dans ses déplacements triomphaux. Objectif avoué : évincer les journalistes politiques au bénéfice des journalistes spécialisés (le rubricard santé dans une visite d’hôpital, le rubricard oenologie dans une exploitation viticole, etc).

Objectif, selon le communicant de l’Elysée Sylvain Fort, interrogé par @si : répondre à des questions « plus techniques, plus pertinentes ». Cet évincement des journalistes politiques est un fantasme ancestral des responsables politiques. Précisons : des politiques une fois parvenus au pouvoir. Autant le journaliste politique est indispensable à l’opposant, ou au challenger, pour « exister » médiatiquement, autant il est alors suralimenté en confidences, en offs, en gossips, en dézingages des rivaux, autant il devient encombrant aux yeux de l’homme de pouvoir, qui n’a plus pour objectif que de faire valoriser son « action », ses projets, ses plans, et ses rataplans.

La presse est assez grande

En elle-même, l’idée n’est pas absurde. Le poids des journalistes politiques, dans les rédactions, au détriment de tous les autres spécialistes, est une des raisons (la principale ?) de la superficialité de cette presse. 99 fois sur cent, les reportages sur un voyage ou un déplacement politiques se réduisent à une petite phrase sur la péripétie politicienne du jour, au détriment de l’usine pilote, du quartier réhabilité, de la ferme modèle, du service hospitalier innovant, sur lesquels on voulait attirer l’attention, et qui se réduisent à une sorte de vague décor estompé.

C’est totalement idiot, abêtissant pour les citoyens, et on comprend que ce soit rageant pour le pouvoir. Mais ce n’est évidemment pas au pouvoir d’en décider. Ce n’est pas au pouvoir de choisir le type de traitement médiatique dont il souhaite bénéficier.

Dans la nouvelle ère comme dans l’ancienne, la presse est bien assez grande pour se sauver, ou pour couler, toute seule.

Voir encore:

Non, cher Manuel Valls, les quartiers populaires ne sont pas antisémites
Huffington Post

22/07/2014
Marlène Schiappa Secrétaire d’Etat chargée de l’Égalité femmes-hommes

Monsieur le Premier Ministre,

Vous avez déclaré constater « la montée de l’antisémitisme, qui se nourrit dans les quartiers populaires » dont vous affirmez qu’ils seraient « antisémites ». Comme vous, j’ai grandi dans des quartiers que l’on qualifie pudiquement de « sensibles » et qui ont l’honneur de passer régulièrement dans des émissions du style: « Dans l’enfer des cités parisiennes où la police ne va plus ». Mon collège se trouvait en ZEP, et j’ai vécu à Lupino, un quartier chaud de Bastia, présenté comme « périphérique, difficile ». Façon polie de dire qu’il est ravitaillé par les corbeaux et que les enfants jouent dans les carcasses de voitures le soir en bas des barres d’immeubles.

Dans Le Livre de la Jungle, Kipling écrit « on peut sortir l’enfant du cœur de la jungle, mais on ne peut pas sortir la jungle du cœur de l’enfant. » Aujourd’hui, on peut sortir l’enfant du cœur du « quartier populaire », mais on ne peut pas sortir le « quartier populaire » du cœur de l’enfant. C’est pourquoi, même après être passée par un lycée du 16e arrondissement de Paris et même après avoir pris l’ ascenseur social jusqu’aux banlieues dorées des Hauts-de-Seine, j’ai toujours continué à travailler avec, pour et dans les « quartiers populaires ». Et quinconque a grandi dans une banlieue, dans une cité, ne peut s’empêcher de répondre quand son quartier est interpellé.

Oui, comme tant d’autres, je me sens visée par vos propos quand vous parlez de l’antisémitisme des quartiers populaires. Non, nous qui venons des quartiers populaires ne sommes pas antisémites. Les gens qui habitent, travaillent, vivent dans les quartiers populaires ne sont pas antisémites dans leur ensemble, intrinsèquement, par essence. Présumer que la lutte pour la liberté du peuple palestinien ne pourrait qu’être de l’antisémitisme caché est un raccourci grossier. Ne peut-on pas lutter contre la politique d’un gouvernement sans être soupçonné de haïr l’ensemble d’un peuple? Lutter contre la politique de Berlusconi a-t-il fait de vous un raciste anti-Italiens? Votre déclaration, monsieur le Premier Ministre, est un dangereux cliché, stéréotypé et stigmatisant, contre les quartiers populaires.

L’antisémitisme est un fléau, une horreur, une abomination. Il existe en France. Mais les quartiers populaires ne l’ont pas créé et il ne se nourrit pas à Belleville où des athés vont parfois rompre le jeûne du Ramadan avec des Musulmans et des Chrétiens dans un restaurant casher. Voltaire parlait au XVIIIe siècle des Juifs comme du « peuple le plus abominable de la terre » et, si les Voltairiens évoquent l’ironie, il n’en reste pas moins que les écrits témoignent d’une haine des Juifs en France à son époque. En 1886, Edouard Drumont, alors directeur du journal Le Monde, publie « La France Juive », vendu à plus de 150.000 exemplaires et considéré comme une des bases de l’antisémitisme français. Il affirme par exemple que « La Révolution [française] a profité au Juif. Tout vient du Juif, tout revient au Juif. »

Dreyfus au XIXème siècle, condamné par qui? Par les habitants des quartiers populaires? Sont-ce les quartiers populaires qui gouvernaient sous Vichy? Qui ont édicté, de leur propre chef, des lois comme: Exclure les Juifs de la fonction publique, confisquer leurs biens, les dénaturaliser, les acheminer vers les camps… Non, monsieur le Premier Ministre, ces actes horribles que vous avez vous-même dénoncés hier ne sont pas le fait des habitants des quartiers populaires. Et ne sont pas plus tolérables quand ils viennent des beaux quartiers.

Les quartiers dits populaires sont les plus métissés de France. Dans le quartier des Sablons, au Mans, 27 nationalités vivent ensemble. Les habitants des quartiers populaires n’ont pas créé le communautarisme, ils en sont les victimes. Et quand enfin ils et elles pensent avoir un peu de répit, enfin, une trêve pour eux aussi, une pause dans les insoutenables rejets, refus, stigmatisations; non pas de logement pour vous, non pas de travail non plus, et pas d’entrée en soirées; quand enfin, les habitants des quartiers populaires s’imaginent avoir droit au respect et à une vie sereine, une loi interdit aux mères de famille voilées d’accompagner les sorties scolaires au nom de la laïcité dévoyée!

L’article 1er de la loi de 1905 prévoit que la République « ne reconnaît ne salarie ne subventionne aucun culte ». Ni plus ni moins. Interdire le voile c’est reconnaître le voile comme signe religieux, donc reconnaître une religion, interdire le voile à l’école est donc contraire à la loi de 1905. Interdire aux femmes voilées d’accompagner les sorties scolaires de leurs enfants relève ni plus ni moins de l’islamophobie. L’obligation de neutralité religieuse s’applique d’après la loi de 1905 aux fonctionnaires, représentants de l’Etat, pas aux parents d’élèves qui ne représentent qu’eux-mêmes.

D’après l’Observatoire des Inégalités, le chômage est 2,5 fois plus élevé dans les quartiers populaires que partout ailleurs sur le territoire, atteignant 24% de la population. Les habitants des quartiers populaires subissent la discrimination à l’embauche concernant leur adresse, en plus parfois de leur origine ou de leur genre, voire de leur religion réelle ou supposée: « Français ou immigré, je ne recrute personne qui vienne de quartiers chauds, on va pas se mentir ce sont des fouteurs de merde et leurs RER sont toujours en retard » avait ainsi déclaré le DRH d’une grosse PME en marge d’une conférence sur l’emploi, l’an dernier.

Pour ces raisons ou parce que l’accès à une formation qualifiante y est plus difficile qu’ailleurs, chez les moins de 24 ans, dans les quartiers populaires, le chômage atteint même 45% de la classe d’âge! Le taux de pauvreté y atteint 40% d’après une étude du Centre d’observation et de mesure des politiques sociales pour la Gazette des communes. Et que dire de l’image renvoyée par certains grands médias? Acrimed note ainsi « En dépit de leur diversité, la plupart des médias diffusent une représentation tellement partielle et partiale des quartiers et des classes populaires que celle-ci renforce, en les justifiant ou en les banalisant, les formes d’injustice ou de discrimination dont elles sont par ailleurs l’objet. »

Oui, monsieur le Premier Ministre, les habitants des quartiers populaires vivent dans des conditions matérielles, financières, humaines, extrêmement difficiles; de Roubaix aux quartiers Nord de Marseille. Le Président Hollande avait promis dans son programme, par l’engagement 59, de défendre la paix et la reconnaissance de la Palestine: « Je prendrai des initiatives pour favoriser, par de nouvelles négociations, la paix et la sécurité entre Israël et la Palestine. Je soutiendrai la reconnaissance internationale de l’État palestinien. » A l’exception de quelques extrémistes violents, haineux, sectaires et contre-productifs comme il y en dans tous les bords, dans toutes les familles politiques y compris dans la nôtre, les habitants des quartiers populaires qui ont manifesté, réclamaient simplement l’application de l’engagement 59 de notre président.

On ne lutte pas contre l’intolérable stigmatisation des Juifs de France en stigmatisant tout aussi intolérablement les habitants des quartiers populaires. Les Roms, les Musulmans, les habitants des quartiers populaires ne doivent pas, pas plus que les Juifs, être désignés comme les ennemis publics de la République. Il devient urgent de nous souvenir de notre dénominateur commun, de ce qui nous fait vivre ensemble dans une République une et indivisible.

Non, monsieur le Premier Ministre, on ne répare pas une discrimination par une autre discrimination.

Voir de même:

Barbara Lefebvre : « L’antisémitisme est devenu un code culturel généralisé en France »

Co-auteure de « Une France soumise. Les voix du refus*», un recueil de témoignages et d’expertises sur l’offensive de l’islam radical, cette professeure d’histoire-géographie examine la sécession culturelle à l’œuvre sur le territoire.

Actualité Juive : En quinze ans, ce qui était alors des « territoires perdus » de la République se sont étendus plus largement dans le pays. Quelles ont été les dates charnières de ce pourrissement social et idéologique ?

Barbara Lefebvre : Depuis la parution des «Territoires perdus de la République», en 2002, la situation n’a fait que s’aggraver. Les émeutes de 2005 et 2007, le débat houleux sur l’identité nationale et la diversité au début du mandat de Nicolas Sarkozy, autant d’étapes témoignant d’une fébrilité sur les questions d’identité et de laïcité. Celles-ci sont restées en suspens depuis et n’ont jamais été réellement traitées par les gouvernements en place. Quand on se penche sur les polémiques plus récentes autour du port de la burqa ou du burkini, on mesure que les prémices mais aussi les mécanismes de ces « affaires » étaient déjà annoncés dans notre livre.

A.J.: « Une France soumise » décrit par le menu la stratégie de grignotement des islamistes pour accroître leur domination dans les esprits mais aussi sur des pans entiers de territoire. « Une seconde société tente de s’imposer insidieusement au sein de notre République, tournant le dos à celle-ci, visant explicitement le séparatisme, voire la sécession », s’alarme la philosophe Elisabeth Badinter, dans la préface au livre. Comment les « voix du refus » auxquelles vous avez tendu l’oreille résistent-elles à cette offensive ?

B. L. : Il existe un climat de peur au sein de populations qui subissent ces pressions au quotidien, dans une grande solitude. Elles ont été abandonnées par les pouvoirs publics, notamment sur l’autel du clientélisme électoral. S’il concerne tous les partis, ce phénomène touche particulièrement les municipalités d’extrême gauche qui ont enfermé les membres de la communauté musulmane dans leur identité religieuse et les ont confiés à des associations communautaires dont certaines sont de type salafiste.

Lors des émeutes de 2005, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, s’est attaché les services d’associations liées à l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) qui tapissaient les quartiers, la gratifiant ainsi d’une légitimité qu’elle n’avait pas : celle de représenter les musulmans de France. Nous en payons le prix aujourd’hui.

Des mouvements laïcs se sont retrouvés entre deux feux, entre ceux qui essaient de faire advenir un projet politique religieux de manière habile et le chantage des pouvoirs publics qui invoquent la peur des émeutes.

A.J.: La fameuse injonction « pas de vague »…

B. L. : Nombre de fonctionnaires de police, de l’éducation nationale et des collectivités territoriales ont en effet peur d’être mal vus par leur hiérarchie. On leur demande d’acheter la paix sociale, d’éviter les violences.

Si les Juifs quittent la France aujourd’hui, ce n’est pas à cause des vieillards de Rivarol

A.J.: Ces quinze dernières années ont également vu progresser en France ce que vous qualifiez d’ « antisémitisme décomplexé ». De quelle manière cette judéophobie s’articule-t-elle au phénomène plus global de désagrégation que vous dénoncez ?

B. L. : L’antisémitisme est toujours le signal d’une démocratie en train de se perdre. Idem pour l’atteinte à la liberté des femmes. L’assassinat d’Ilan Halimi, en 2006, a marqué le basculement dans le passage à l’acte extrêmement violent de cet antisémitisme débridé que nous constations auprès d’une certaine population dans les quartiers dits sensibles.

L’antisémitisme est devenu un code culturel généralisé en France. On parle des Juifs de manière décomplexée et agressive. Dans ces quartiers sensibles, l’activisme virulent du mouvement BDS conforte un grand nombre de jeunes ignares d’un point de vue historique et géopolitique dans leur antisémitisme et leur antisionisme qui n’en est que le faux nez. La parole des pouvoirs publics sur le devoir de mémoire est aujourd’hui inopérante face aux déversements de haine sur les réseaux sociaux, non pas de néo-nazis, mais de jeunes animés par une puissante haine antijuive, haine dont ils sont aussi les héritiers, le travail d’histoire dans le monde arabe sur ce que fut la condition juive avant la colonisation n’existe pas. Ces sociétés sont maintenues dans le culte victimaire et ici, en France, les Indigènes de la République en sont l’illustration. Si les Juifs quittent la France aujourd’hui, ce n’est pas à cause des vieillards de Rivarol.

Voir enfin:

Si Le Pen avait été élue… le plan secret pour « protéger la République »

Les pouvoirs publics, qui redoutaient, en cas de victoire du Front national, des manifestations violentes, avaient imaginé un scénario politique totalement inédit. Révélations.

Mathieu Delahousse
Nouvel Obs
17 mai 2017

Le plan n’a jamais été écrit noir sur blanc, mais tout était fin prêt. Son déroulé était si précisément envisagé qu’une poignée de membres du gouvernement, de directeurs de cabinet et de très hauts responsables de l’Etat peuvent encore le décrire de tête, étape par étape. Ce plan, qui pourrait s’intituler « Protéger la République », a été construit de façon informelle alors que la candidate du Front national grimpait dans les sondages et que des remontées d’informations faisaient craindre des troubles majeurs à l’ordre public si elle était élue. Un des hommes mis au courant de ce projet commente anonymement :

« C’était une fusée à plusieurs étages. La philosophie, et la priorité impérative, c’était de maintenir la paix civile en respectant totalement nos règles constitutionnelles. »

Pour en donner les détails, « l’Obs » a recoupé les éléments auprès de trois sources, au sein du gouvernement sortant et d’institutions de l’Etat.

Le pays au bord du chaos

Les stratèges qui ont conçu ce plan B anticipent qu’au lendemain de la victoire du Front national le pays risque de se retrouver au bord du chaos. Etat de sidération, manifestations républicaines, mais surtout violences extrêmes, notamment …

Sondage : Macron et Philippe privés d’état de grâce

  • Tristan Quinault Maupoil
  • Le Figaro
  • 18/05/2017

Le couple exécutif n’a pas la confiance de la majorité des Français au lendemain de sa victoire.

Un premier sondage Elabe pour Les Echos et Radio classique (*) indique jeudi que les Français ne sont pas prêts à faire confiance les yeux fermés au nouveau couple exécutif. Le président de la République bénéficie de 45% de cote de confiance. 46% des Français ne lui font pas confiance, 9% sont sans opinion. Au même stade de son mandat, François Hollande obtenait, en 2012, un meilleur taux de confiance (58%). De même pour Nicolas Sarkozy en 2007 (59%) ou encore Jacques Chirac (61% en 1995 et 53% au début de son deuxième mandat en 2002). «On sent un certain attentisme des Français et face à eux, un président de la République et un premier ministre qui vont avant tout devoir faire leurs preuves», commente Yves-Marie Cann, le directeur des études politiques d’Elabe cité par Les Echos.

Sans surprise, c’est chez ses électeurs du premier tour qu’Emmanuel Macron obtient sa meilleure cote de confiance (92%). Viennent ensuite les électeurs de Benoît Hamon (56%) puis les électeurs de François Fillon (49%). «La double déception, suite à la fois au quinquennat de Nicolas Sarkozy à droite et celui de François Hollande à gauche, fait que les Français ne se contentent plus des promesses et ne s’attendent pas à ce que la situation s’améliore sous le seul effet de l’élection», juge Yves-Marie Cann.

Le score d’Edouard Philippe n’est pas plus positif, loin de là. Le premier ministre obtient seulement 36% de confiance. A noter que 21% des personnes interrogées se disent «sans opinion» à son egard, preuve que le maire du Havre pâtit d’un manque de notoriété. Lorsque Jean-Marc Ayrault est arrivé à Matignon, il bénéficiait d’une cote de 56%.

Issu des rangs de la droite, Edouard Philippe ne parvient pas à obtenir la confiance de tous les électeurs de François Fillon. 45% lui font confiance, quand 40% ne la lui accordent pas. C’est chez les électeurs d’Emmanuel Macron qu’il obtient le meilleur score (73%).

Législatives: la majorité présidentielle en hausse

Si les taux de confiance du couple exécutif ne sont pas très élevés, cela n’empêche pas les électeurs d’envisager de voter pour la majorité présidentielle aux élections législatives de juin. 32% envisagent de le faire selon une enquête Harris Interactive pour France télévisions, publiée jeudi (**). C’est trois points de plus que lors de la précédente enquête du 11 mai et six points de plus que dans l’enquête du 7 mai. Surtout, c’est huit points de plus que le score d’Emmanuel Macron au premier tour de l’élection présidentielle.

À l’inverse, les Républicains et l’UDI sont crédités de 19% des voix (-3 points par rapport au 7 mai). Un score et une tendance identiques pour le Front national. La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon progresse (15%; +2 points) et le Parti socialiste continue sa descente infernale, crédité de 6% des voix (-2points).

(*) Sondage réalisé les 16 et 17 mai auprès d’un échantillon de 999 personnes, par Internet, selon la méthode des quotas.

(**) Enquête réalisée en ligne du 15 au 17 mai 2017 (après la nomination d’Édouard Philippe comme premier ministre, et avant la présentation du nouveau gouvernement), auprès d’un échantillon 5 015 personnes, représentatif des Français âgés de 18 ans et plus comprenant un échantillon de 4 598 inscrits sur les listes électorales.

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Présidentielle américaine: Attention, un sexisme peut en cacher un autre (All victimhood and apple pie: From sexual liberation to the infantilization of women in terms Queen Victoria would find reassuring)

11 octobre, 2016
chippendalesposterslutwalk5 slutwalk3 slut-walkslutwalkmelbournesopranos3Il faut peut-être entendre par démocratie les vices de quelques-uns à la portée du plus grand nombre. Henry Becque
Lay, lady, lay, lay across my big brass bed (…) Why wait any longer for the world to begin You can have your cake and eat it too … Bob Dylan (1969)

NEW YORK, NY - MAY 04: Jay Z (L) and Beyonce attend the "China: Through The Looking Glass" Costume Institute Benefit Gala at the Metropolitan Museum of Art on May 4, 2015 in New York City. (Photo by Mike Coppola/Getty Images)

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bubbassexualantics
Paparazzi, catch my fly, and my cocky fresh I’m so reckless when I rock my Givenchy dress (stylin’) Oh yeah, baby, oh yeah I, ohhhhh, oh, yes, I like that I did not come to play with you hoes, haha I came to slay, bitch When he fuck me good I take his ass to Red Lobster, cause I slay If he hit it right, I might take him on a flight on my chopper, cause I slay Drop him off at the mall, let him buy some J’s, let him shop up, cause I slay I might get your song played on the radio station, cause I slay ... Beyonce
You know I thug em, fuck em, love em, leave em Cause I don’t fuckin need em Take em out the hood, keep em lookin good But I don’t fuckin feed em First time they fuss I’m breezin Talkin bout, “What’s the reasons?” I’m a pimp in every sense of the word, bitch Better trust than believe em In the cut where I keep em til I need a nut, til I need to beat the guts Then it’s, beep beep and I’m pickin em up Let em play with the dick in the truck Many chicks wanna put Jigga fist in cuffs Divorce him and split his bucks Just because you got good head, I’m a break bread so you can be livin it up? Shit I parts with nothin, y’all be frontin Me give my heart to a woman? Not for nothin, never happen. Jay Z
I have used sex as a marketing tool and it has worked. I mean, my TV show is called Inside Amy Schumer.” This blushing Victorian violet explains: “My whole life I found friends that are just like me, young girls that were just like me, like we were all whores. Amy Schumer
A cruder and raunchier America of Miley Cyrus and Beyoncé is now far more sexually sensitive than was the staid America of half a century ago — as if the dirtier we become, the more sanctimonious we end up. Past presidents, such as John F. Kennedy and Bill Clinton, trumped even Trump in unleashing their reckless libidos on quite young White House staffers, an array of mistresses, and random women. But they were then young, liberal, loved by the media, and skilled incumbent politicians holding the power of the country at key moments in history. Private buccaneer Trump so far has no such mitigating arguments to contextualize his reprehensible private banter. (…) There are still agendas. Despite the defects of the two candidates, as the debate showed, the race still offers two quite different visions of how America might continue after Obama’s doubling of the debt, racial polarization, foreign-policy disasters, health-care mess, and rampant alphabetic corruption of the FBI, IRS, GSA, VA, and EPA. Hillary will double down on Obamaism, not because she necessarily likes Obama, but because as a past Obama servant she is embedded within his legacy and has mortgaged her political soul to the far Left. (…) The turn-offs of the two candidates are a matter of relative taste and ideology: The more conservative message delivered with uncooked vulgarity, or progressivism baked in refined and polished corruption. Oddly, Obama is the real winner: The more the two sling mud, the more an absentee Obama by default looks better — as long as he stays near comatose, out of sight and sound, and leaves us with the idea rather than the reality of his failing presidency. (…)  Republicans perhaps delude themselves into thinking that if they had nominated another — and more moral — candidate, there would have been far less exposure to left-wing hits. McCain and Romney were unusually decent people by any standard. They ran exemplary, gentlemanly campaigns. They were political moderates of sober speech and judicious temperament. Both lost. Had Rubio or Cruz been nominated, by this juncture we would be reading of their deplorable personal sins — in the manner of John McCain pseudo-extramarital affair or of Romney’s supposed tax avoidance, slurs about the non-federal-income-tax-paying 47 percent, or his various crudities from dog mistreatment to wearing holy underwear. There is no honor among thieves. The law-abiding right wing has excused WikiLeaks scoundrel Julian Assange as a speaker of truth to power in attacking Hillary. Similarly, Russian hackers are now hardly seen as saboteurs of a U.S. campaign, on the theory that they damage Hillary so far more than they do Trump. Leftists, who pose as protectors of privacy, don’t care that Trump’s private taxes were leaked. No one worries that recordings of his private profanity of more than a decade past were dug up — any more than Obama worried about leaking private divorce records in his 2004 primary and general elections. The ends justify the means. Nothing is private, nothing sacred. All that is different is that unethical disclosures and lies are bragged upon rather than excused. So a repugnant dolt like Harry Reid still boasts that his lying about Romney’s tax returns helped sink his campaign. (…) An expiring Trump has revealed yet another life, and may find yet another with a final strong debate. But barring a news bombshell, the cruder, more conservative candidate will still probably lose to the more dishonest and more liberal candidate. Money, the media, and the establishment in cahoots are hard to beat. Hillary has all three. Victor Davis Hanson
Now why might it be that men regard women as sex objects? Surely the ravenous purchase by females of stiletto heels, push-up bras, butt-hugging mini-skirts, plunging necklines, false eyelashes, hair extensions, breast implants, butt implants, lip implants, and mascara, rouge, and lipstick to the tune of billions a year has nothing to do with it. Females would never ever exploit their sexuality to seek attention from men. (…)  How surprising that Trump and Bush noticed Zucker’s legs! As documented in the video, she is wearing a skimpy purple dress, with an extremely short hem cut on the bias, a low neckline and fully exposed back. She is in high heels to accentuate her bare legs. The ratio of exposed skin between Zucker, on the one hand, and Trump and Bush, on the other, is perhaps 100 to one. But all that bare flesh must simply be because Zucker has a high metabolism and gets exceedingly warm; she would never want to broadcast her sexuality to men or have men notice her. The fact that she swishes her hips when she walks must just be a quirk of anatomy. (…)  If any of these newfound exponents of female modesty felt any comparable nausea at the blatant display of female sexuality and, dare I say it, “pussy,” in Beyoncé’s acclaimed rock video “Formation,” say, they kept it to themselves. Beyoncé and her female chorus line rhythmically thrust their butts, crotches, and breasts to the camera, while Beyoncé brags of her sexual prowess (…) Sounds like a sexual quid pro quo, ripe for a harassment lawsuit. The “Formation” video, which inspired Beyoncé’s Super Bowl halftime performance in January (to another universal swoon from the entertainment industry), also shows a very young girl engaging in some precocious twerking, a grotesque travesty of childhood. No objections to that destruction of the innocence of childhood from the DNC. President Obama has singled out Beyoncé for praise, and the singer is a big Hillary Clinton supporter, to not a word of protest from Clinton regarding her status as a role model for young girls. Bill Clinton met with Beyoncé and her husband, rapper Jay Z, in September. If Bill or Hillary thinks the lyrics of Jay Z’s “Big Pimpin‘” “horrific,” in Hillary’s words, they are not letting on (…) The Washington Post primly headlined its scoop on Trump’s bus conversation with Bush: “Trump recorded having extremely lewd conversation about women in 2005.” The New York Times’ follow-up story also labelled Trump’s remarks “lewd.” If either of those paper’s critics have ever objected to such lewdness in popular culture, it has escaped attention. Have they objected to college campus sex weeks, which routinely invite porn stars to offer how-to demonstrations on S & M sex? Do they squirm with discomfort when campus administrators pass out tips on the use of sex toys to achieve better orgasms? Not on the record, at least. (…) The sudden onset of Victorian vapors among the liberal intelligentsia and political class at the revelation of Trump’s locker-room talk is part and parcel of the Left’s hypocrisy when it comes to feminism and sexual liberation. A routine objection to Trump is that he makes, in the words of the New York Times, “gutter attacks on women.” But why should women be exempt from Trump’s gutter attacks on anyone he wants to humiliate? (…) But the feminists can’t have it both ways: declaring that women should be equal to men in all things and then still demand a chivalric deference to female’s delicate sensibilities. Either women are the same as men or they’re not. It is particularly galling to see the selective resurrection of Victorian values from the same crowd that has been pushing transgender locker rooms on the world, in an effort to destroy the last shred of girls’ innate sexual modesty. This opportunistic, on-again, off-again appearance of traditional sexual values characterizes the campus-rape myth as well. Needless to say, actual sexual assault is both criminal and intolerable. But college co-eds insist on the prerogative of maximal promiscuity at the same time that they revert to the role of helpless damsel in distress, when, after drinking themselves blotto to lower their sexual inhibitions, they regret a boozy hook-up and declare themselves raped. The logic is always that the male was responsible for the female’s well-being; the female cannot help drinking herself to a reckless state. It is for the chivalric male to look out for her. Following the release of the studio bus tape, Trump said in his defense that Bill Clinton “has said far worse to me on the golf course.” That may be the most credible thing that Trump has ever uttered. But both Republicans and Democrats are fatally compromised in their responses to the Trump tapes, deliberately released right before the make-or-break second presidential debate. Republicans, having flogged the Bill Clinton sex scandals way past any possible point of relevance, are now not well positioned to dismiss these comments (nor are they trying to), though there is a huge difference between the reality TV star Trump bragging about his libido on a studio bus and Bill Clinton exploiting the power of the presidency to seduce a young intern. But Democrats are the most shameless in their outrage over the Trump braggadocio, having dismissed Bill Clinton’s White House and gubernatorial escapades for years, and standing as the party of maximal sexual liberation, unlike the Republicans. The New York Times rejects the relevance of Clinton’s predatory White House behavior on the ground that “Mr. Clinton is not running for president.” But the Times did not find Clinton’s behavior significant when Clinton was in office, either. Ideally, no man would ever paw a female or push himself on her. The default norm of sexual modesty, coupled with the chivalric ideal that gentlemen should treat females like ladies, used to be the most effective defense against such high-testosterone behavior. Feminism, however, has declared both modesty and chivalry sexist, leaving females to improvise a response to the inevitable excesses of the male sex drive, when they are not trying to leverage it to their own advantage. The only good thing to come out of this tacky episode may be the jettisoning of the ongoing resurrection of the tired Clinton White House escapades by Trump and his supporters. Otherwise, it stands merely as a reminder of how enduring the stance of offended female virtue is, even in the age of crude sexual exhibitionism. Heather Mac Donald
Go beyond the current campaign to the wider culture, and this uproar over Trump’s comments reflects the sexual schizophrenia that for decades has corrupted our understanding of women’s sexuality. When feminism took off in the Sixties, it was all about empowering women to have the same sexual agency as men. All the taboos against female sexual behavior were dismantled, the dreaded “double standard” was discarded, and women started acting just like men. They are free to choose their partners, and the frequency and variety of sexual acts, without judgment from prudish patriarchs and Christian “fundamentalists.” They can go to Chippendales shows and leer and grope the strippers with the same gusto as the wise-guys in the Bada Bing. They can watch pornography on television, and read best-selling soft-porn sadomasochistic novels and then enjoy a girls’ night out to enjoy the movie version. They can drop F-bombs with abandon, objectivize men into sexual commodities, dress like prostitutes, and banter about their conquests. And any criticism of female promiscuity is demonized as “slut-shaming.” Around the Nineties the bill started coming due for this uncritical abandonment of traditional morality. Sexual disease, frequent abortion, children without fathers, and the psychological costs of being objectivized and degraded by men––who were delighted to find that women were now their sexual equals––were all the bitter fruit of liberation. The response to these unforeseen consequences was the new Victorianism, as Rene Denfeld’s perceptive study called it. The sexual freedom would remain, but now men were expected to observe a whole host of minute rules and limitations in order to protect women from the consequences of their own free choices. College students had the right to get drunk at frat parties and make a bad sexual choice of an equally drunk sexual partner, but were absolved by being transformed into victims of sexual predators who were now held to a higher standard––just like in patriarchal Victorian times. Apparently the Victorian feminists didn’t understand that if men should know better, then at some level they are better. Women were now the equal of men, but simultaneously not as resilient or strong enough to own the consequences of their behavior. Our larger public culture is equally schizophrenic. We have easy access to porn, a fashion industry that dresses even pre-teens like prostitutes, television shows and movies filled with casual sex, and an obsession with sexual beauty that drives a whole industry of surgical enhancement. Yet at the same time, we rigorously police our language and jokes for infractions of “sexual harassment,” which is what any woman at any time for any reason believes creates a “hostile and intimidating workplace,” in the words of the law. And we have redefined “sexual assault” to include bad decisions one would think a confident, strong, adult woman would see as a learning experience and try to avoid. Instead we infantilize women in terms Queen Victoria would find reassuring. Democrats promote this identity of victimhood because it delivers political dividends. Remember Obama’s 2012 “Life of Julia” campaign cartoon? The message was the federal government can be a woman’s husband, boyfriend, and father, with the result, of course, that women would be just as dependent as they were in the dark days of patriarchy. Or think of Hillary’s main argument for becoming president: it’s time to elect a woman and correct the continuing injustices of sexism––despite the fact that today on average women are better educated and live longer than the average male. But conservatives should know better and not jump so quickly to validate a dishonest narrative that benefits the other side. True conservatism knows the traditional wisdom that talk is cheap, and that actions speak louder than words. And true conservatism recognizes that freedom is the highest secular good, but that there is no true freedom without acceptance of the consequences of one’s actions. This latest Trump episode illustrates how clearly our sexual schizophrenia marks the decline of conservatism and the dominance of progressivism in our culture and politics. Bruce Thornton

Vous avez dit le beurre et l’argent du beurre ?

Alors qu’en cette veille de la fête où nos amis juifs se rémémorent l’institution qui donna au monde le terme et la théorie pour débusquer le phénomème dit de bouc émissaire mais aussi l’actuelle fétichisation de la victimisation …

S‘acharnent sur le seul Donald  les anciens partisans d’un ex-président qui avait en son temps pas moins d’une quinzaine d’accusations d’abus voire de viols de femmes…

Pendant qu’au nom sacro-saint de la victimisation et avec les conséquences catastrophiques que l’on sait …

C’est, après le coup du premier président noir, celui de la première femme que l’on prétend nous faire …

Comment ne pas voir avec les commentateurs Bill Thornton et Heather Mac Donald …

Tant le deux poids deux mesures …

Que  l’hypocrisie et la véritable schizophrénie …

D’une société qui après avoir revendiqué à grands cris dans l’habillement comme dans le comportement ou le langage …

L’égalité pour les femmes d’une irresponsabilité, sur fond de marches des salopes, jusque là réservée aux hommes …

Prétend aujourd’hui, condamner au nom d’une pudibonderie qui n’aurait rien à envier aux Victoriens …

Les seuls hommes en question quand ceux-ci s’avisent de les prendre au mot ?

Trump, Politics, and Our Sexual Schizophrenia Conservatives should know better than to so quickly validate a dishonest narrative that benefits the other side
Bruce Thornton
Frontpage Mag
October 10, 2016

Bruce Thornton is a Shillman Journalism Fellow at the David Horowitz Freedom Center.

A few minutes into Sunday’s debate Donald Trump’s decade-old crude sexual banter with a reporter from an entertainment show was mentioned by the CNN moderator. Donald again apologized for the comments, and Hillary immediately pounced on Trump’s misogyny, throwing in his alleged racism and Islamophobia. To his credit, Trump ignored her slurs and attacked her record. When Democrat loyalist Martha Raddatz pressed on, Trump let loose with a powerful contrast with Bill’s record of abuse––which Hillary side-stepped.

Welcome to another debate on everything except the issues. Consider the reporting on Trump’s comments, which is the mother of all dog-bites-man-stories. I don’t know what cocoon you have to come from not to know that every single day millions of men––and women–– of all ages, races, and sexual persuasions exchange vulgar, crude banter about sex. And you’d have to be particularly dumb, or duplicitous, to be shocked that a New Yorker with a flamboyant and braggadocios personality who is involved in casinos, reality television, construction, and beauty pageants probably would do so on a regular basis. Or, if not dumb, then a partisan hack indulging in rank hypocrisy in order to gain political advantage. Welcome to another episode of America’s political hypocrisy and sexual schizophrenia.

The Dems, of course, and their minions in the media are hyping this story for obvious reasons. Their candidate has a long history of lies and money-grubbing, possesses no political charisma, and touts no policy proposals other than the same dull progressive clichés and failed ideas. Donald’s juvenile sex-talk is a perfect distraction from the steady drip of revelations about Hillary’s email and server scandal, pay-for-play foundation, video evidence of her questionable health, and news reports from abroad documenting daily her disastrous management of foreign affairs while Secretary of State.  And don’t forget the WikiLeaks release of her Wall Street speeches transcripts, which show her political duplicity and cozy ties to the 1%.

What makes this latest bout of misdirection particularly hypocritical is the glaringly obvious record of Bill Clinton’s sexual depredations, from his time in Arkansas to his sex-tourism on convicted pedophile Jeffrey Epstein’s Lolita Express. Most men engage in smutty talk of exaggerated sexual conquests and fantasies about future trophies. But we know of only one who as governor and then president abused his power to fulfill his sordid wishes in the Arkansas State House and the White House, besmirching the dignity and honor of an office supposedly devoted to serving the people and upholding the Constitution. And few women, when their guilty husband is exposed, unleash a nuclear bombardment of harassment and vilification of the sort famous “feminist” Hillary Clinton launched. The same woman who is now calling Trump’s banter “horrific” was described by her own courtier George Stephanopoulos as someone who will “savage her enemies,” as she did the victims of Bill’s sexual assaults.

But once again, the Democrats and their Republican fifth column think words are more important than reality. Indeed, Planned Parenthood, recipient of much Democrat largesse and political cover, said, “What Trump described in these tapes amounts to sexual assault.” But real sexual assault like Bill Clinton’s gets a yawn when the perpetrator is politically simpatico. I understand why the Democrats do it, but the Republicans’ motives elude me. They seem to be driven by some standard of “conservative” purity of the sort for which they regularly criticize the Tea Party, or by class prejudices that find Trump and his supporters vulgar, stupid upstarts who refuse to listen to their betters. They may be jumping ship to preserve their careers and influence, or making an electoral calculation about getting the woman’s vote. They seem to forget that squeaky-clean Mitt Romney was savaged as a sexist for his “binders” full of the resumes of qualified women. Memo to NeverTrumpers: no matter what a Republican does, no matter how much he panders, he will always be a racist and sexist capitalist pig.

There’s something else, though, going on––some Republicans’ bad habit of accepting identity-politics narratives about race or women, and then preemptively cringing to prove that they are not benighted racists or sexists deserving of political and social shaming. That is, the same gutlessness in the face of political correctness that in part fueled Trump’s improbable rise to become the Republican candidate for president.

So Paul Ryan, who earlier called Trump a “racist,” said that Trump’s comments were “sickening.” No, Congressman, using the power of the presidency to get sexual favors, and then perjuring yourself when questioned about it, is sickening. Calling yourself a feminist and telling us that victims of sexual assault “have a right to be believed,” when you have “savaged” victims of your own husband’s depredations, is sickening. So too with all the other Republicans, including party chairman Reince Priebus, who have eagerly jumped on the holier-than-thou bandwagon. So too with the NeverTrumpers, who have started a campaign to get the candidate to step down. All their ostentatious dudgeon is based not on proven actions, but on sexual big-talk as common in our Republic as flies. When there’s clear evidence that Trump has in fact sexually coerced or assaulted women, then will be the time for condemnation.

Go beyond the current campaign to the wider culture, and this uproar over Trump’s comments reflects the sexual schizophrenia that for decades has corrupted our understanding of women’s sexuality. When feminism took off in the Sixties, it was all about empowering women to have the same sexual agency as men. All the taboos against female sexual behavior were dismantled, the dreaded “double standard” was discarded, and women started acting just like men. They are free to choose their partners, and the frequency and variety of sexual acts, without judgment from prudish patriarchs and Christian “fundamentalists.” They can go to Chippendales shows and leer and grope the strippers with the same gusto as the wise-guys in the Bada Bing. They can watch pornography on television, and read best-selling soft-porn sadomasochistic novels and then enjoy a girls’ night out to enjoy the movie version. They can drop F-bombs with abandon, objectivize men into sexual commodities, dress like prostitutes, and banter about their conquests. And any criticism of female promiscuity is demonized as “slut-shaming.”

Around the Nineties the bill started coming due for this uncritical abandonment of traditional morality. Sexual disease, frequent abortion, children without fathers, and the psychological costs of being objectivized and degraded by men––who were delighted to find that women were now their sexual equals––were all the bitter fruit of liberation. The response to these unforeseen consequences was the new Victorianism, as Rene Denfeld’s perceptive study called it. The sexual freedom would remain, but now men were expected to observe a whole host of minute rules and limitations in order to protect women from the consequences of their own free choices. College students had the right to get drunk at frat parties and make a bad sexual choice of an equally drunk sexual partner, but were absolved by being transformed into victims of sexual predators who were now held to a higher standard––just like in patriarchal Victorian times. Apparently the Victorian feminists didn’t understand that if men should know better, then at some level they are better. Women were now the equal of men, but simultaneously not as resilient or strong enough to own the consequences of their behavior.

Our larger public culture is equally schizophrenic. We have easy access to porn, a fashion industry that dresses even pre-teens like prostitutes, television shows and movies filled with casual sex, and an obsession with sexual beauty that drives a whole industry of surgical enhancement. Yet at the same time, we rigorously police our language and jokes for infractions of “sexual harassment,” which is what any woman at any time for any reason believes creates a “hostile and intimidating workplace,” in the words of the law. And we have redefined “sexual assault” to include bad decisions one would think a confident, strong, adult woman would see as a learning experience and try to avoid. Instead we infantilize women in terms Queen Victoria would find reassuring.

Democrats promote this identity of victimhood because it delivers political dividends. Remember Obama’s 2012 “Life of Julia” campaign cartoon? The message was the federal government can be a woman’s husband, boyfriend, and father, with the result, of course, that women would be just as dependent as they were in the dark days of patriarchy. Or think of Hillary’s main argument for becoming president: it’s time to elect a woman and correct the continuing injustices of sexism––despite the fact that today on average women are better educated and live longer than the average male.

But conservatives should know better and not jump so quickly to validate a dishonest narrative that benefits the other side. True conservatism knows the traditional wisdom that talk is cheap, and that actions speak louder than words. And true conservatism recognizes that freedom is the highest secular good, but that there is no true freedom without acceptance of the consequences of one’s actions. This latest Trump episode illustrates how clearly our sexual schizophrenia marks the decline of conservatism and the dominance of progressivism in our culture and politics.

Voir aussi:

Trumped-Up Outrage

The Left condemns the GOP candidate even as it celebrates crudity and sexual exhibitionism throughout the culture.

Heather Mac Donald

October 9, 2016

Democrats and their media allies, joined by many Republicans, are calling on Donald Trump to withdraw from the presidential race after a newly released, decade-old tape of a frat-house-level conversation between Trump and television host Billy Bush in 2005, in which Trump boasted of his heavy-handed pursuit of females. Trump describes trying unsuccessfully to seduce a married woman by taking her furniture shopping, speaking in the crudest terms. He brags that because he was a star he could “grab [females] by the pussy” and claims to Bush that he starts kissing beautiful women “like a magnet. Just kiss.  I don’t even wait. And when you’re a star, they let you do it.  You can do anything.”  Bush eggs him on:  “Whatever you want!” (Bush being a more admiring confidante than Leporello to Don Giovanni).

The response has been swift and apocalyptic. Hillary Clinton tweeted: “This is horrific. We cannot allow this man to become president.” Vice Presidential candidate Tim Kaine told reporters: “It makes me sick to my stomach.” Slate’s science editor wrote that “I feel sicker after seeing it than I can remember feeling in a while.” Another Slate columnist writes that Trump and Bush “can’t see their female colleagues as anything but collections of fuckable or unfuckable body parts. They exhibit a complete disregard for women’s humanity, agency, and internal lives.”

Now why might it be that men regard women as sex objects? Surely the ravenous purchase by females of stiletto heels, push-up bras, butt-hugging mini-skirts, plunging necklines, false eyelashes, hair extensions, breast implants, butt implants, lip implants, and mascara, rouge, and lipstick to the tune of billions a year has nothing to do with it. Females would never ever exploit their sexuality to seek attention from men. Bush and Trump, driving to the set of Days of Our Lives on a studio bus, comment on the legs of actress Arianne Zucker who is coming to meet them: “Oh, nice legs, huh?” Trump says. “Your girl’s hot as shit, in the purple,” Bush says. How surprising that Trump and Bush noticed Zucker’s legs! As documented in the video, she is wearing a skimpy purple dress, with an extremely short hem cut on the bias, a low neckline and fully exposed back. She is in high heels to accentuate her bare legs. The ratio of exposed skin between Zucker, on the one hand, and Trump and Bush, on the other, is perhaps 100 to one. But all that bare flesh must simply be because Zucker has a high metabolism and gets exceedingly warm; she would never want to broadcast her sexuality to men or have men notice her. The fact that she swishes her hips when she walks must just be a quirk of anatomy.

When Trump and Bush emerge from the bus, they are the embodiment of jocular decorum—this too counts against them in the eyes of the feminist brigades. Writes Slate’s Susan Matthews: “As if public Donald Trump wasn’t bad enough, this video reminds us that there’s an aspect of the man that’s even worse than what he shows to the public. You see it in the transformation Trump and his conversation partner Billy Bush undergo when they exit the bus and move from [what they assumed was] a private sphere into a public one. They are still committing acts of sexual harassment and abusing their power when they ask the actress who greets them to give each of them a hug. But they’re buttoning up—they know the tone of the conversation they had on the bus cannot be repeated in anything close to a public sphere.” Isn’t this a good thing that Trump in this case at least has obeyed the rules of public behavior? Matthews, we are to believe, would never say anything in private that she would not repeat in the public sphere.

If any of these newfound exponents of female modesty felt any comparable nausea at the blatant display of female sexuality and, dare I say it, “pussy,” in Beyoncé’s acclaimed rock video “Formation,” say, they kept it to themselves. Beyoncé and her female chorus line rhythmically thrust their butts, crotches, and breasts to the camera, while Beyoncé brags of her sexual prowess:

Paparazzi, catch my fly, and my cocky fresh
I’m so reckless when I rock my Givenchy dress (stylin’)
Oh yeah, baby, oh yeah I, ohhhhh, oh, yes, I like that
I did not come to play with you hoes, haha
I came to slay, bitch
When he fuck me good I take his ass to Red Lobster, cause I slay
If he hit it right, I might take him on a flight on my chopper, cause I slay
Drop him off at the mall, let him buy some J’s, let him shop up, cause I slay
I might get your song played on the radio station, cause I slay

Sounds like a sexual quid pro quo, ripe for a harassment lawsuit. The “Formation” video, which inspired Beyoncé’s Super Bowl halftime performance in January (to another universal swoon from the entertainment industry), also shows a very young girl engaging in some precocious twerking, a grotesque travesty of childhood. No objections to that destruction of the innocence of childhood from the DNC.

President Obama has singled out Beyoncé for praise, and the singer is a big Hillary Clinton supporter, to not a word of protest from Clinton regarding her status as a role model for young girls. Bill Clinton met with Beyoncé and her husband, rapper Jay Z, in September. If Bill or Hillary thinks the lyrics of Jay Z’s “Big Pimpin‘” “horrific,” in Hillary’s words, they are not letting on:

You know I thug em, fuck em, love em, leave em
Cause I don’t fuckin need em
Take em out the hood, keep em lookin good
But I don’t fuckin feed em
First time they fuss I’m breezin
Talkin bout, “What’s the reasons?”
I’m a pimp in every sense of the word, bitch
Better trust than believe em
In the cut where I keep em
til I need a nut, til I need to beat the guts
Then it’s, beep beep and I’m pickin em up
Let em play with the dick in the truck
Many chicks wanna put Jigga fist in cuffs
Divorce him and split his bucks
Just because you got good head, I’m a break bread
so you can be livin it up? Shit I
parts with nothin, y’all be frontin
Me give my heart to a woman?
Not for nothin, never happen.

The Washington Post primly headlined its scoop on Trump’s bus conversation with Bush: “Trump recorded having extremely lewd conversation about women in 2005.” The New York Times’ follow-up story also labelled Trump’s remarks “lewd.” If either of those paper’s critics have ever objected to such lewdness in popular culture, it has escaped attention. Have they objected to college campus sex weeks, which routinely invite porn stars to offer how-to demonstrations on S & M sex? Do they squirm with discomfort when campus administrators pass out tips on the use of sex toys to achieve better orgasms? Not on the record, at least.

Other Hillary Clinton supporters have hardly been shy about exploiting sex to get ahead. Clinton fan Amy Schumer admits: “I have used sex as a marketing tool and it has worked. I mean, my TV show is called Inside Amy Schumer.” This blushing Victorian violet explains: “My whole life I found friends that are just like me, young girls that were just like me, like we were all whores.” During a lace-clad photo shoot for Marie Claire that of course had nothing to do with projecting sexuality, Schumer joked about her sexual exploits: “My best friend would describe me as loyal . . . to the boyfriend I stole from her.” She confesses to a “weakness for orgasms.” Democratic National Convention star, Hillary fan, and pseudo-campus rape victim Lena Dunham has not exactly set herself up as a model of sexual prudence, either, nor has she shrunk from using her promiscuity as a selling point in the entertainment market.

The sudden onset of Victorian vapors among the liberal intelligentsia and political class at the revelation of Trump’s locker-room talk is part and parcel of the Left’s hypocrisy when it comes to feminism and sexual liberation. A routine objection to Trump is that he makes, in the words of the New York Times, “gutter attacks on women.” But why should women be exempt from Trump’s gutter attacks on anyone he wants to humiliate? Trump’s gratuitous nastiness to men and women alike, kicking  people when they are down, unfits him to serve as the premier civic role model for the nation’s children. But the feminists can’t have it both ways: declaring that women should be equal to men in all things and then still demand a chivalric deference to female’s delicate sensibilities. Either women are the same as men or they’re not. It is particularly galling to see the selective resurrection of Victorian values from the same crowd that has been pushing transgender locker rooms on the world, in an effort to destroy the last shred of girls’ innate sexual modesty.

This opportunistic, on-again, off-again appearance of traditional sexual values characterizes the campus-rape myth as well. Needless to say, actual sexual assault is both criminal and intolerable. But college co-eds insist on the prerogative of maximal promiscuity at the same time that they revert to the role of helpless damsel in distress, when, after drinking themselves blotto to lower their sexual inhibitions, they regret a boozy hook-up and declare themselves raped. The logic is always that the male was responsible for the female’s well-being; the female cannot help drinking herself to a reckless state. It is for the chivalric male to look out for her.

Following the release of the studio bus tape, Trump said in his defense that Bill Clinton “has said far worse to me on the golf course.” That may be the most credible thing that Trump has ever uttered. But both Republicans and Democrats are fatally compromised in their responses to the Trump tapes, deliberately released right before the make-or-break second presidential debate. Republicans, having flogged the Bill Clinton sex scandals way past any possible point of relevance, are now not well positioned to dismiss these comments (nor are they trying to), though there is a huge difference between the reality TV star Trump bragging about his libido on a studio bus and Bill Clinton exploiting the power of the presidency to seduce a young intern. But Democrats are the most shameless in their outrage over the Trump braggadocio, having dismissed Bill Clinton’s White House and gubernatorial escapades for years, and standing as the party of maximal sexual liberation, unlike the Republicans. The New York Times rejects the relevance of Clinton’s predatory White House behavior on the ground that “Mr. Clinton is not running for president.” But the Times did not find Clinton’s behavior significant when Clinton was in office, either.

Ideally, no man would ever paw a female or push himself on her. The default norm of sexual modesty, coupled with the chivalric ideal that gentlemen should treat females like ladies, used to be the most effective defense against such high-testosterone behavior. Feminism, however, has declared both modesty and chivalry sexist, leaving females to improvise a response to the inevitable excesses of the male sex drive, when they are not trying to leverage it to their own advantage.

The only good thing to come out of this tacky episode may be the jettisoning of the ongoing resurrection of the tired Clinton White House escapades by Trump and his supporters. Otherwise, it stands merely as a reminder of how enduring the stance of offended female virtue is, even in the age of crude sexual exhibitionism.

Trump, companies accused of mistreating women in at least 20 lawsuits

Here is a list of Republicans abandoning Donald Trump after the leaked tape of his vulgar comments about women in 2005. USA TODAY

One woman sued Donald Trump’s Miami resort saying she lost her job because she got pregnant.

Two others claimed they were fired after complaining that co-workers sexually harassed them.

And a number of women testified in a lawsuit that Trump himself repeatedly instructed managers to hire younger, prettier workers at his Los Angeles golf club.

The release of a video Friday showing Trump’s sexist remarks in 2005 has created a firestorm of controversy that threatens to derail his campaign. But an ongoing USA TODAY investigation of Trump’s 4,000-plus lawsuits shows that he and his companies have been accused for years of mistreating women. Allegations outlined in at least 20 separate lawsuits accuse Trump and managers at his companies of discriminating against women, ignoring sexual harassment complaints and even participating in the harassment themselves.

The details of these allegations, some not reported until now, suggest that the kinds of lewd and discriminatory actions reported last week may be more prevalent within Trump’s organization than previously known.

In one lawsuit, a female supervisor at Trump National Golf Club near Los Angeles said Trump pulled her aside one day to complain about hiring.

“I want you to get some good looking hostesses here,” Trump told Sue Kwiatkowski, she recounted in a sworn statement corroborated by many other employees’ testimony. She said he went on to say, “People like to see good looking people when they come in.” Managers acted on Trump’s directive, she and colleagues testified, to hire younger and “prettier” staff and to make sure other female workers were not seen whenever the big boss visited.

Another supervisor testified she refused to fire a female employee even after her boss threatened punishment, citing Trump’s desire for the woman to be fired because she was “fat.”

One married waitress testified that Trump always flirted with her, asking whenever she served him whether she was “still happily married.” She didn’t like it, but felt powerless to complain about a powerful, famous man like Trump.

The cases involving women are among about 130 employment cases involving Trump’s companies dating back to the 1980s, although many of them involve the individual companies’ employees and managers rather than Trump personally. A definitive accounting of women claiming mistreatment by Trump or his companies isn’t possible because many such complaints are resolved internally and never escalate to a lawsuit. And, researchers consistently have found, many women don’t report such workplace behavior at all.

Two such examples are at the heart of two of last week’s explosive stories about Trump. Monday, The Associated Press reported that Trump systematically demeaned women during filming of NBC’s The Apprentice television show, discussing in front of them which ones he’d like to have sex with and asking other men in the room which ones they’d like to have sex with, among other vulgar behavior. Friday, The Washington Post published video of Trump’s bragging, in lewd terms, with Billy Bush about his aggressive sexual advances on Nancy O’Dell, a married television host. None of those women have sued, and it’s unknown whether any of them complained to bosses at NBC or the shows’ producers.

Jill Martin, a vice president and assistant general counsel for The Trump Organization who handles the company’s labor cases, told USA TODAY last month that the number of those kind of lawsuits across Trump’s businesses is small for an organization of its size.

The Trump Organization “has a strong policy and does not tolerate harassment of any kind,” she told USA TODAY in response to questions about some of the sexual harassment lawsuits involving Trump’s companies. “We promptly investigate any claims and discipline upon substantiation of those claims and have an open door policy to encourage reporting of any discrimination.”

Sexual harassment? ‘You’re fired!’

This summer, Trump weighed in on the sexual harassment case against Fox News chief Roger Ailes by saying if his daughter Ivanka was sexually harassed, he would tell her to “find another career or find another company.” Eric Trump, vice president of The Trump Organization, added his sister wouldn’t “allow herself to be subjected to that” and would report it to human resources.

In at least three lawsuits reviewed by USA TODAY, women working for Trump companies allege that’s exactly what they did: they reported sexual discrimination or harassment and they lost their jobs. In several other cases, women described retaliation for making such complaints.

Just this summer, a woman who supervised the Trump Kids Club at the billionaire’s golf resort in Jupiter, Fla., sued Trump saying she endured “persistent, unwelcome sexual advances” by a manager. Erin Breen said she alerted human resources and her supervisor. In court, and in separate complaints to the Florida Commission on Human Relations and the Equal Employment Opportunity Commission, Breen said Trump managers fired her two weeks after she complained.

Trump attorneys have yet to file an official response, but assistant general counsel Martin said the allegation is “without merit” and “we look forward to defeating her claims in court.”

Trump’s Chicago hotel also defended a lawsuit in 2010 over similar circumstances. A female server at Sixteen Chicago, a restaurant inside Trump Hotel and Tower, alleged she was subjected to “unwanted and offensive touchings” and “offensive sexual material” by a male chef.

Nausheen Nurani claimed she approached a general manager in 2008 about the issues and was fired two weeks later. Nurani sued and also filed complaints with the federal EEOC and Illinois Department of Human Rights. Trump’s lawyers fought the lawsuit, but a judge rejected their attempt to get the case tossed out. Trump settled the lawsuit in 2010, with undisclosed terms, a tactic that USA TODAY’s investigation has found in hundreds of lawsuits Trump has settled.

At Trump’s other Florida golf resort, a woman sued alleging she lost her job at Trump National Doral after becoming pregnant and complaining about her boss’ treatment after that. In state and federal lawsuits, Itzel Hudek claimed that despite a strong performance record, accommodations to her schedule during her pregnancy annoyed her supervisor, who she said retaliated. Ten days after returning from leave, Hudek said she was told to train another employee to do her job and then was laid off from the Miami resort.

Trump’s lawyers settled the lawsuits, but the terms are not disclosed in court records. Hudek told USA TODAY that she would rather not talk publicly about the case.

Staff not ‘pretty’ enough for Trump

While those claims involve Trump employees and no clear implication of his direct involvement, the case at Trump’s Los Angeles golf course includes a host of sworn statements by employees telling tales about how Trump himself directed managers to discriminate against women who didn’t meet his standard for attractiveness – and those managers’ acquiescence to his wishes.

In a class-action lawsuit Trump’s lawyers settled in 2013 for nearly a half-million dollars, waitress Lucy Messerschmidt alleged Trump’s club in Rancho Palos Verdes, Calif., fired her after she complained about being denied work shifts because of her age and appearance. The suit, on behalf of nearly 1,000 golf club employees over wide-ranging labor issues, features sworn statement after sworn statement claiming discriminatory hiring, firing and on-the-job treatment of women Trump and other senior managers perceived as older, less attractive or overweight.

Messerschmidt, a restaurant hostess in her 40s, said she routinely was rotated off shifts when Trump visited the golf course because he “likes to see fresh faces” and “young girls,” according to court records. She complained to bosses because she was “not being scheduled to work when Donald Trump was on the premises because of my age and Mr. Trump’s known preference for young, pretty women in the hostess position,” according to a sworn statement filed in the case.

Messerschmidt has declined to talk publicly about the lawsuit. Several other employees made similar sworn statements, including catering director Hayley Strozier, who pushed back against male superiors when told that Trump preferred younger women on duty and was disappointed in one of her bosses “as a man and as a father” for abiding Trump’s wishes to fire one female employee because Trump thought she was “fat” and didn’t like seeing her when he visited.

Employee Stacia Solis testified she noticed that – before Messerschmidt complained – younger, prettier waitresses would be assigned to serve Trump’s table, although they weren’t the most talented servers at the resort. One male employee testified he never saw a male waiter serve Trump.

Waitress Maral Bolsajian said she did meet Trump five or six times while serving at the club from 2007 until 2010. The encounters bothered her because she felt Trump was too forward.

“Mr. Trump regularly greeted me with expressions like ‘How’s my favorite girl?’ Later, after he learned (by asking me) that I was married – and happily so – he regularly asked ‘Are you still happily married?’ whenever he saw me.” Bolsajian testified that Trump “regularly” asked her to pose with him for photographs.

“I found these actions inappropriate and uncomfortable, but felt I had little recourse given that Donald Trump is not only the head of the company but also one of the most powerful, well-known people in the United States.”

The ‘American Dream’ calendar girls

In a more well-known case getting renewed attention, Jill Harth alleges Trump repeatedly made verbal and physical sexual advances while she and her future husband, George Houraney, partnered with Trump on a beauty pageant deal called the American Dream Festival.

In a federal lawsuit – filed while she and her husband were suing Trump for allegedly not paying them what he owed on the American Dream contract – Harth alleged that Trump forcibly touched her, time and again, at various meetings and parties over about a year’s time.

At one dinner party at Trump’s Plaza Hotel, she said in the lawsuit that Trump touched her thigh under the table, attempting to grab her “intimate private parts.” She alleged Trump also forced her into a bedroom at his Mar-A-Lago estate in Palm Beach, touched her “private parts in an act that constituted attempted rape.”

What’s more, in her lawsuit and in several interviews she’s given in recent weeks, Harth contends that Trump also harassed several of the models who were part of the American Dream pageant – offering them career opportunities in exchange for sexual encounters.

Harth dropped the suit in 1997 as a condition of Trump agreeing to settle the separate breach of contract lawsuit with American Dream. The terms are undisclosed in court records, though she has said in interviews it was about $100,000.

Trump’s team denied the claims at the time and attacked Harth in the press. As the allegations resurfaced, Trump told the Boston Globe in March that Harth’s claims were “nonsense” and that the sexual harassment allegations were spawned by the soured business deal.

Trump and his aides told The New York Times in May, as part of an article about Trump’s interactions with women that included Harth’s story, that her account should be discredited because she has continued to write Trump’s staff with warm wishes and asking for work as late as this fall and winter, expressing support for his presidential campaign.

Removing female dealers from floor

Beyond the lawsuits, there are other incidents documented in government records. For example, the state of New Jersey fined a Trump casino and its managers $200,000 after investigators found they discriminated against workers to cater to a rich gambler.

The New Jersey investigators said Trump’s casino managers would remove female dealers from the Trump Plaza floor because a particular high-roller gambler didn’t want women – or for that matter, black people – working at his tables when he played.

Employee Cathy Carlino testified at one state hearing that patron Robert Libutti “started cursing, screaming, banging the table, ‘I don’t want no (expletive) woman here. I don’t need these (expletive) in my game. I told you people before. Get her out of here. Why are you doing this to me?’” Lubutti, who has since died, was later banned from all Atlantic City casinos over alleged ties to the mafia. He was cited repeatedly in casino board investigations of Trump’s managers’ penchant for catering to him to keep him spending money at Trump casinos.

“There are, or ought to be, certain things that a casino hotel cannot sell or provide to a customer in order to assure his continued patronage,” then casino commissioner Steven Perskie said. “These things include honor and decency and simple human courtesy and an unwavering commitment to statutory obligations, including the law against discrimination.”

Contributing: Karen Yi and Kevin McCoy


Burkini: Aussi symbolique de l’islam que le col Mao de la culture chinoise (Look what they’ve done to our nuns’s coiffe, Ma !)

22 août, 2016
KabulIranFemale_hijab_in_Islamburkini-not-allowedcol-mao LangJack_Lang_MottakiFencingJe suis et demeure un combattant révolutionnaire. Et la Révolution aujourd’hui est, avant tout, islamique. Illich Ramirez Sanchez (dit Carlos)
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme.  René Girard
Au printemps, le keffieh se portera en étendard : en version classique noir et blanc, en bleu indigo ou de toutes les couleurs… Magazine féminin  
Le tourisme halal est une sous-catégorie du tourisme religieux qui s’adresse aux familles musulmanes se conformant aux règles de l’islam. Les hôtels de ces destinations ne servent pas d’alcool et ont des piscines et spas séparés pour les hommes et les femmes. La Malaisie, la Turquie ainsi que beaucoup d’autres pays tentent d’attirer les touristes musulmans du monde entier en leur proposant des services conformes à leurs convictions religieuses. L’industrie du tourisme Halal offre aussi des vols où l’on ne sert ni alcool ni produits à base de porc, où les horaires de prière sont annoncés et où des émissions religieuses font partie des divertissements proposés à bord de l’avion. Wikipedia
En Turquie, les hôtels répondant aux règles islamiques voient leur fréquentation croître de façon exponentielle. Cet engouement va de pair avec l’enrichissement de classes sociales amatrices d’un tourisme de loisir mais aussi culturel. Saphir news
Austria‘s alpine towns of Zell am See and Kaprun have been criticised for producing an eight-page guide for Middle Eastern tourists, featuring « cultural advice » on how to behave. The booklet, in English and Arabic, features tips such as the idea that Austrian shopkeepers do not expect haggling over prices, and that eating on the floor in hotel rooms is a « no-no ». Drivers are informed that wearing seatbelts is compulsory, and they will be given guidance on understanding road signs, to reduce their risks while driving. Visitors are also advised not to wear burkas, and to « adopt the Austrian mentality ». (…) It explains that there are many restaurants where Halal meat is served, and with Arabic-speaking staff, but that Austrians also pride themselves on their food. (…) Alpine destinations are exceedingly popular in the summer with Middle Eastern travellers, who look to escape the extreme heat of their home countries. (…) Leo Bauernberger, executive director of the Salzburger Land Tourism company, told the Austria Press Agency that « Arabs are here in the summer for more than 470,000 nights, making them the second largest visitor group after Germans ». But Peter Padourek, mayor of Zell am See, said that tourists wearing the burka was a cause of friction in the area.(…) But other hotel operators have criticised the leaflets, saying that it unfairly stigmatised Arab visitors – who spend an average of £195 per person per day; more than double the daily amount dispensed with by European tourists. Telegraph
SURFERS Paradise and Broadbeach will convert to Islam and feature more prayer rooms, halal restaurants and extended trading hours, says Mayor Tom Tate. On his return from the Middle East, Cr Tate will meet with traders, restaurant owners, hotels and marketing bodies to look at how both tourism areas can better cater for high-yield Middle Eastern tourists. He also wants to extend trading hours during Ramadan to cater for the later rising and dining tourists as one of the major criticisms was the early closing hours of many Gold Coast restaurants. About 20,000 Gulf tourists visit the region each year, staying on average for about a month with combined spending of between $53 million and $75 million.  Gold coast.com
C’est en fait un bikini deux pièces islamique, ce qui peut sembler idiot. Aheda Zanetti 
Le climat politique actuel n’est pas facile, les musulmans sont scrutés à la loupe et j’espère que les gens comprennent à travers moi ce que veut dire être musulmane. Ibtihaj Muhammad
In 2009, a public swimming pool in Emerainville excluded a burkini-wearing woman, on the grounds that she violated pool rules by wearing street clothes. But burkinis only erupted into a national political issue on Aug. 12 when the mayor of Cannes, a resort town on the French Riviera, banned burkinis (without legally defining what exactly they are) on the Cannes beaches because it represents Islamism. (…) This development astonishes me, someone who has argued that the burqa (and the niqab, a similar article of clothing that leaves a slit for the eyes) needs to be banned from public places on security grounds. Those formless garments not only hide the face, permitting criminals and jihadis to hide themselves but they permit the wearer to hide, say, an assault rifle without anyone knowing. Men as well as women use burqas as accessories to criminal and jihadi purposes. Indeed, I have collected some 150 anecdotes of bank robberies, abductions, murders, and jihadi attacks since 2002; Philadelphia has become the Western capital of burqas and niqabs as criminal accessories, with at least 34 incidents in 9 years. In contrast, the burkini poses no danger to public security. Unlike the burqa or niqab, it leaves the face uncovered; relatively tight-fitting, it leaves no place to hide weapons. Men cannot wear it as a disguise. Further, while there are legitimate arguments about the hygiene of large garments in pools (prompting some hotels in Morocco to ban the garment), this is obviously not an issue on the coastal beaches of France.Accordingly, beach burkinis should be allowed without restriction. Cultural arguments, such as the one made by Valls, are specious and discriminatory. If a woman wishes to dress modestly on the beach, that is her business, and not the state’s. It’s also her prerogative to choose unflattering swimwear that waterlogs when she swims. The Islamist threat to the West is very real, from the Rushdie rules to sex gangs, taharrush, polygyny, honor killings, partial no-go zones, and beheadings. With the influx to Europe of millions of unvetted Muslim migrants, these problems will grow along with the number of Islamists. Nerves are on edge and the political scene is changing rapidly, as symbolized by half the vote for president of Austria recently going to a hardline anti-immigration politician.Issues concerning Islam are arguably Europe’s number-one concern, ahead even of the European Union and the financial crisis; they need to be dealt with by confronting real problems, not by focusing on symbolic irrelevancies such as burkinis, halal shops, and minarets. Burqas and niqabs must be banned (as the German government may soon do), freedom of speech about Islam and Muslims must be reconfirmed, Saudi and Iranian funding for religious purposes must be cut, and a single legal code must apply to all. So, my advice: focus on these real problems and let Muslims wear what they wish to the beach. Daniel Pipes
« What is it about Philadelphia, burqas, and robberies? » (…) The demographics of Philadelphia, whose Muslim population is among the largest in the U.S., make it particularly fertile ground. While only a very small percentage of Philadelphians wear niqabs, they are sufficiently numerous to be seen with regularity. Desensitizing the public to this radical attire opens many doors. (…) Simply put, the increasing prevalence of face-cloaking Islamic garb is rendering traditional masks obsolete. Both provide anonymity, but a niqab grants the wearer access that a mask does not. Whereas spotting a masked individual entering a bank or business strongly indicates a robbery, someone in a niqab doing so may represent just another patch in Philadelphia’s multicultural quilt. Indecision about the wearer’s motives — indeed, most women in niqabs do not have criminal intent — buys crucial time for a heist to unfold on the perpetrator’s terms. The relatively common sight of niqabs, as opposed to masks, also enables a robber to travel to the crime scene in the same face-blocking apparel, further lowering the chances of being identified. Moreover, they take advantage of political correctness, which cautions against scrutinizing people who don such clothes. (…) Islamists promote this cultural paralysis. Case in point: the victimhood narrative pushed in the wake of the latest Philadelphia robberies. One imam declared them « a hate crime against Muslims, » as they allegedly put Muslim women « in danger of being stereotyped, victimized, and ostracized. » City Councilman Curtis Jones Jr. doubled down on the persecution theme: « In many ways I’m reminded of the shooting of Trayvon Martin, stereotyped because of a garment called a hoodie. » Ibrahim Hooper of the Council on American-Islamic Relations (CAIR) chimed in as well. « Islamophobes love to see this sort of thing, because it gives them fuel to express their hatred, » he claimed. « Now they can say, ‘See, this is why Muslim women shouldn’t dress the way they do.' » Therefore, banks must run the gauntlet of « Islamophobia » charges if they pursue a seemingly obvious remedy: forbidding attire that hides customers’ faces from security cameras. Financial institutions nationwide have worked to deter more conventional robberies, reportedly with some success, by implementing dress codes that ban hats, hoods, and sunglasses, but Islamists have fought restrictions on headgear. When disputes arose several years ago over women being asked to remove headscarves or be served in alternate areas, CAIR characteristically demanded more sensitive policies and issued dubious calls for federal probes. Just as predictably, the banks and credit unions tended to cave and exempt hijabs. No doubt robbers note the deference toward Islam enforced by Islamists — a phenomenon exacerbated in cities like Philadelphia with copious Muslims and an aggressive CAIR chapter. (…) How to proceed? The ultimate solution would entail proscribing face-covering apparel everywhere in public, as France and Belgium have done. Yet American banks enjoy plenty of leeway to ban it on their premises right now, assuming that they ignore CAIR’s specious threats and frequently bogus tales of Muslim victimhood. The First Amendment may protect niqabs on the streets, but banks are private entities and thus not bound by it. They also are not listed in Title II of the 1964 U.S. Civil Rights Act among « places of public accommodation » where religiously discriminating against clients is illegal — not that faith-neutral dress codes are « discriminatory » anyway, regardless of Islamists’ pleas. In addition, though numerous states, including Pennsylvania, have civil rights laws that are more expansive than the federal version, the various requirements to accommodate religious practices of customers or employees are not absolute and typically must be balanced against the hardships imposed on others. One can debate whether banks should tolerate hijabs, which often obscure less of the face than hoodies or caps, but it is inconceivable that banks are somehow obligated to welcome niqabs that purposefully hide the face and burden others by undermining safety in a venue where security is paramount. If ski masks are not permitted, niqabs should not be either. Drawing the line with clear policies that prohibit all criminal-friendly garments on bank property would be a significant step in the appropriate direction — and almost certainly a legal one. Situated at the leading edge of this problem in the U.S., Philadelphians have a special responsibility to find effective solutions. Other American cities must stay alert as well, because the ingredients that make Philadelphia a prime target exist elsewhere; Detroit comes to mind. If Philadelphia manages to curtail the trend, its approach can be a template for comparable cities to follow. But if it fails, criminals in the country’s niqab-heavy metropolitan areas may soon thank the trailblazing burqa bandits of Philadelphia for having provided a successful model of their own. David J. Rusin
Aheda Zanetti, une entrepreneuse australienne d’origine libanaise, ne s’attendait certainement pas à ce que tous les regards se braquent un jour sur sa société, Ahiida, créée en 2004 à Sydney lorsqu’elle était à peine âgée de 40 ans. (…) À l’origine, Aheda Zanetti affirme avoir eu l’idée de créer ce concept de mode pour aider les jeunes femmes musulmanes à faire du sport. Arrivée du Liban en Australie lorsqu’elle avait deux ans, la créatrice explique sur son site de vente en ligne: «J’ai remarqué que les jeunes filles et femmes qui suivent les préceptes de l’Islam, en adoptant notamment des tenues vestimentaires modestes, doivent souvent se résigner à ne pas participer aux activités sportives que l’Australie a à offrir.» Il y a 12 ans, estimant que le marché avait du potentiel, elle a donc lancé son entreprise de mode spécialisée dans les maillots de bains et tenues de sports pour les musulmanes. Elle a, dans la foulée en 2006, déposé les marques Ahiida®, Burqini® et Burkini®. Le succès a été immédiat, selon l’entrepreneuse. «Nous avons vendu plus de 700.000 tenues de bain (depuis la création de la marque, NDLR) et nous écoulons également bien nos produits en Europe et en France», explique l’entrepreneuse au Figaro. Les ventes ont, selon elle, augmenté de 40% durant l’été 2016. (…) D’après Aheda Zanetti, 40% environ du marché est porté par des clientes non-musulmanes, pour certaines des femmes qui veulent se protéger du soleil avec ces tenues. Slim fit, grande taille, anti-coup de soleil, la gamme de vêtements proposée par Ahiida est vaste. Les prix oscillent de près de 80 euros (même si en ce moment certains produits sont en promotion à environ 60 euros) jusqu’à près de 130 euros, selon les coupes, par exemple. L’entreprise propose aussi des modèles pour enfants. Malgré les polémiques récurrentes à travers le monde, et sans doute aussi un peu pour en profiter, les grandes marques commencent à s’intéresser à ce marché. Marks & Spencer a lancé une collection de burkinis au printemps dernier, une initiative que la ministre des Droits des femmes Laurence Rossignol avait alors qualifiée d’«irresponsable». De leur côté, les enseignes de mode peuvent-elles réellement passer à côté de la manne de consommation que représente la clientèle musulmane? Selon une étude de Thomson Reuters et de l’institut d’études newyorkais DinarStandard, les dépenses en habillement de la communauté musulmane dans le monde devraient passer de 230 milliards de dollars (204 mds€) en 2014 à 327 milliards (290 mds€) en 2020. Le Figaro
Contraction de « bikini » et « burqa », le burkini est un costume de bain qui enveloppe l’ensemble du corps, des cheveux jusqu’aux chevilles. Son invention est attribuée à l’Australienne Aheda Zanetti, qui a lancé sa gamme de tenues pratiques pour le sport et « religieusement correctes » en 2003. En Australie, où la plage est une véritable « culture », que ce soit pour le surf ou la simple baignade, il y avait « un vide qu’il fallait combler », expliquait-elle à l’Agence France-Presse en 2007. (…) Dans le livre sacré des musulmans, explique Franck Fregosi, spécialiste de l’islam, « il y a des éléments relatifs aux règles de pudeur, mais pas de codification ». Si plusieurs versets du Coran mentionnent le voile, son port n’est pas explicitement exigé, et les avis divergent quant à l’interprétation des textes. (…) Le burkini ne cache pas le visage. Comme le voile, il est donc autorisé en France dans les lieux publics. Seul le voile dissimulant le visage (niqab) est proscrit dans l’espace public depuis 2011. Les municipalités côtières qui ont récemment pris des arrêtés prohibant le burkini sur les plages ont mis en avant le risque de « troubles à l’ordre public » dans le contexte de menaces d’attentats. Le Point
Malgré eux, les islamistes sont des Occidentaux. Même en rejetant l’Occident, ils l’acceptent. Aussi réactionnaires que soient ses intentions, l’islamisme intègre non seulement les idées de l’Occident mais aussi ses institutions. Le rêve islamiste d’effacer le mode de vie occidental de la vie musulmane est, dans ces conditions, incapable de réussir. Le système hybride qui en résulte est plus solide qu’il n’y paraît. Les adversaires de l’islam militant souvent le rejettent en le qualifiant d’effort de repli pour éviter la vie moderne et ils se consolent avec la prédiction selon laquelle il est dès lors condamné à se trouver à la traîne des avancées de la modernisation qui a eu lieu. Mais cette attente est erronée. Car l’islamisme attire précisément les musulmans qui, aux prises avec les défis de la modernité, sont confrontés à des difficultés, et sa puissance et le nombre de ses adeptes ne cessent de croître. Les tendances actuelles donnent à penser que l’islam radical restera une force pendant un certain temps encore. Daniel Pipes
Amid all this intellectual and moral confusion, Ian Buruma and Avishai Margalit have deftly proposed the notion of « Occidentalism. » This is a play on « Orientalism, » the formulation advanced by the late Edward Said, whereby a society or its academics and intellectuals can be judged by their attitude to the « other. » Avishai Margalit is a professor at the Hebrew University of Jerusalem and has been very much identified with the secular and internationalist wing of the Israeli peace camp. Ian Buruma is known to a large audience for his witty and profound studies of Asia, Germany and England. Both authors had in common a friendship with, and a strong admiration for, Isaiah Berlin. … The authors demonstrate that there is a long history of anti-Western paranoia in the intellectual tradition of the « East, » but that much of this is rooted in non-Muslim and non-Oriental thinking. Indeed, insofar as the comparison with fascism can be made, it can be derived from some of the very origins and authors that inspired fascism itself. In many areas of German, Russian and French culture, one finds the same hatred of « decadence, » the same cultish worship of the pitiless hero, the same fascination with the infallible « leader, » the same fear of a mechanical civilization as opposed to the « organic » society based on tradition and allegiance. Christopher Hitchens
We generally understand « radical Islam » as a purely Islamic phenomenon, but Buruma and Margalit show that while the Islamic part of radical Islam certainly is, the radical part owes a primary debt of inheritance to the West. Whatever else they are, al Qaeda and its ilk are revolutionary anti-Western political movements, and Buruma and Margalit show us that the bogeyman of the West who stalks their thinking is the same one who has haunted the thoughts of many other revolutionary groups, going back to the early nineteenth century. In this genealogy of the components of the anti-Western worldview, the same oppositions appear again and again: the heroic revolutionary versus the timid, soft bourgeois; the rootless, deracinated cosmopolitan living in the Western city, cut off from the roots of a spiritually healthy society; the sterile Western mind, all reason and no soul; the machine society, controlled from the center by a cabal of insiders, often jews, pulling the hidden levers of power versus an organically knit-together one, a society of « blood and soil. » The anti-Western virus has found a ready host in the Islamic world for a number of legitimate reasons, they argue, but in no way does that make it an exclusively Islamic matter. The Economist
They are not expressions of an outburst in the West of the [Israeli-Palestinian] conflict in the Middle East. It is truly modern, aimed against American imperialism, capitalism, etc. In other words, they occupy the same space that the proletarian left had thirty years ago, that Action Directe had twenty years ago. . . . It partakes henceforth of the internal history of the West. (…) It can feel like a time-warp, a return to the European left of the 1970s and early 1980s. Europe’s radical-mosque practitioners can appear, mutatis mutandis, like a Muslim version of the hard-core intellectuals and laborers behind the aggrieved but proud Scottish National party in its salad days. (…) In the last three centuries, Europe has given birth and nourishment to most of mankind’s most radical causes. It shouldn’t be that surprising to imagine that Europe could nurture Islamic militancy on its own soil. (…) In Europe as elsewhere, Westernization is the key to the growth and virulence of hard-core Islamic radicalism. The most frightening, certainly the most effective, adherents of bin Ladenism are those who are culturally and intellectually most like us. The process of Westernization liberates a Muslim from the customary sanctions and loyalties that normally corralled the dark side of the human soul. (…) It would be a delightful irony if the more progressive political and religious debates among the Middle East’s Muslims saved their brethren in the intellectually backward lands of the European Union. Reuel Marc Gerecht
Wherever it occurs, Occidentalism is fed by a sense of humiliation, of defeat. It is a war against a particular idea of the West – a bourgeois society addicted to money, creature comforts, sex, animal lusts, self-interest, and security – which is neither new nor unique to Islamist extremism. This idea has historical roots that long precede any form of ‘U.S. imperialism’ . (…) Blood, soil, and the spirit of the Volk were what German romantics in the late 18th and early 19th centuries invoked against the universalist claims of the French Enlightenment, the French Revolution, and Napoleon’s invading armies. This notion of national soul was taken over by the Slavophiles in 19th-century Russia, who used it to attack the « Westernizers, » that is, Russian advocates of liberal reforms. It came up again and again, in the 1930s, when European fascists and National Socialists sought to smash « Americanism, » Anglo-Saxon liberalism, and « rootless cosmopolitanism » (meaning Jews). Aurel Kolnai, the great Hungarian scholar, wrote a book in the 1930s about fascist ideology in Austria and Germany. He called it War Against the West. Communism, too, especially under Stalin, although a bastard child of the Enlightenment and the French Revolution, was the sworn enemy of Western liberalism and « rootless cosmopolitanism. » Many Islamic radicals borrowed their anti-Western concepts from Russia and Germany. The founders of the Ba’ath Party in Syria were keen readers of prewar German race theories. Jalal Al-e Ahmad, an influential Iranian intellectual in the 1960s, coined the phrase « Westoxification » to describe the poisonous influence of Western civilization on other cultures. He, too, was an admirer of German ideas on blood and soil. Clearly, the idea of the West as a malign force is not some Eastern or Middle Eastern idea, but has deep roots in European soil. Defining it in historical terms is not a simple matter. Occidentalism was part of the counter-Enlightenment, to be sure, but also of the reaction against industrialization. Some Marxists have been attracted to it, but so, of course, have their enemies on the far right. Occidentalism is a revolt against rationalism (the cold, mechanical West, the machine civilization) and secularism, but also against individualism. European colonialism provoked Occidentalism, and so does global capitalism today. But one can speak of Occidentalism only when the revolt against the West becomes a form of pure destruction, when the West is depicted as less than human, when rebellion means murder. Wherever it occurs, Occidentalism is fed by a sense of humiliation, of defeat. Isaiah Berlin once described the German revolt against Napoleon as « the original exemplar of the reaction of many a backward, exploited, or at any rate patronized society, which, resentful of the apparent inferiority of its status, reacted by turning to real or imaginary triumphs and glories in its past, or enviable attributes of its own national or cultural character. » The same thing might be said about Japan in the 1930s, after almost a century of feeling snubbed and patronized by the West, whose achievements it so fervently tried to emulate. It has been true of the Russians, who have often slipped into the role of inferior upstarts, stuck in the outer reaches of Asia and Europe. But nothing matches the sense of failure and humiliation that afflicts the Arab world, a once glorious civilization left behind in every respect by the post-Enlightenment West. Humiliation can easily turn into a cult of the pure and the authentic. Among the most resented attributes of the hated Occident are its claims to universalism. Christianity is a universalist faith, but so is the Enlightenment belief in reason. Napoleon was a universalist who believed in a common civil code for all his conquered subjects. The conviction that the United States represents universal values and has the God-given duty to spread democracy in the benighted world belongs to the same universalist tradition. Some of these values may indeed be universal. One would like to think that all people could benefit from democracy or the use of reason. The Code Napoleon brought many benefits. But when universal solutions are imposed by force, or when people feel threatened or humiliated or unable to compete with the powers that promote such solutions, that is when we see the dangerous retreat into dreams of purity. Not all dreams of local authenticity and cultural uniqueness are noxious, or even wrong. As Isaiah Berlin also pointed out, the crooked timber of humanity cannot be forcibly straightened along universal standards with impunity. The experiments on the human soul by Communism showed how bloody universalist dreams can be. And the poetic romanticism of 19th-century German idealists was often a welcome antidote to the dogmatic rationalism that came with the Enlightenment. It is when purity or authenticity, of faith or race, leads to purges of the supposedly inauthentic, of the allegedly impure, that mass murder begins. The fact that anti-Americanism, anti-Zionism, anti-Semitism, and a general hostility to the West often overlap is surely no coincidence. Even in Japan, where Jews play no part in national life, one of the participants at the 1942 Kyoto conference suggested that the war against the West was a war against the « poisonous materialist civilization » built on Jewish financial capitalist power. At the same time, European anti-Semites, not only in Nazi Germany, were blaming the Jews for Bolshevism. Both Bolshevism and capitalism are universalist systems in the sense that they do not recognize national, racial, or cultural borders. Since Jews are traditionally regarded by the defenders of purity as the congenital outsiders, the archetypal « rootless cosmopolitans, » it is no wonder that they are also seen as the main carriers of the universalist virus. To be sure, Jews had sound reasons to be attracted to such notions as equality before the law, secular politics, and internationalism, whether of a socialist or capitalist stamp. Exclusivity, whether racial, religious, or nationalist, is never good for minorities. Only in the Middle East have Jews brought their own form of exclusivity and nationalism. But Zionism came from the West. And so Israel, in the eyes of its enemies, is the colonial outpost of « Westoxification. » Its material success only added to the Arab sense of historic humiliation. The idea, however, that Jews are a people without a soul, mimics with no creative powers, is much older than the founding of the State of Israel. It was one of the most common anti-Semitic slurs employed by Richard Wagner. He was neither the first to do so, nor very original in this respect. Karl Marx, himself the grandson of a rabbi, called the Jews greedy parasites, whose souls were made of money. The same kind of thing was often said by 19th-century Europeans about the British. The great Prussian novelist Theodor Fontane, who rather admired England, nonetheless opined that « the cult of the Gold Calf is the disease of the English people. » He was convinced that English society would be destroyed by « this yellow fever of gold, this sellout of all souls to the devil of Mammon. » And much the same is said today about the Americans. Calculation — the accounting of money, interests, scientific evidence, and so on — is regarded as soulless. Authenticity lies in poetry, intuition, and blind faith. The Occidentalist view of the West is of a bourgeois society, addicted to creature comforts, animal lusts, self-interest, and security. It is by definition a society of cowards, who prize life above death. As a Taliban fighter once put it during the war in Afghanistan, the Americans would never win, because they love Pepsi-Cola, whereas the holy warriors love death. This was also the language of Spanish fascists during the civil war, and of Nazi ideologues, and Japanese kamikaze pilots. The hero is one who acts without calculating his interests. He jumps into action without regard for his own safety, ever ready to sacrifice himself for the cause. And the Occidentalist hero, whether he is a Nazi or an Islamist, is just as ready to destroy those who sully the purity of his race or creed. It is indeed his duty to do so. When the West is seen as the threat to authenticity, then it is the duty of all holy warriors to destroy anything to do with the « Zionist Crusaders, » whether it is a U.S. battleship, a British embassy, a Jewish cemetery, a chunk of lower Manhattan, or a disco in Bali. The symbolic value of these attacks is at least as important as the damage inflicted. What, then, is new about the Islamist holy war against the West? Perhaps it is the totality of its vision. Islamism, as an antidote to Westoxification, is an odd mixture of the universal and the pure: universal because all people can, and in the eyes of the believers should, become orthodox Muslims; pure because those who refuse the call are not simply lost souls but savages who must be removed from this earth. Hitler tried to exterminate the Jews, among others, but did not view the entire West with hostility. In fact, he wanted to forge an alliance with the British and other « Aryan » nations, and felt betrayed when they did not see things his way. Stalinists and Maoists murdered class enemies and were opposed to capitalism. But they never saw the Western world as less than human and thus to be physically eradicated. Japanese militarists went to war against Western empires but did not regard everything about Western civilization as barbarous. The Islamist contribution to the long history of Occidentalism is a religious vision of purity in which the idolatrous West simply has to be destroyed. The worship of false gods is the worst religious sin in Islam as well as in ancient Judaism. The West, as conceived by Islamists, worships the false gods of money, sex, and other animal lusts. In this barbarous world the thoughts and laws and desires of Man have replaced the kingdom of God. The word for this state of affairs is jahiliyya, which can mean idolatry, religious ignorance, or barbarism. Applied to the pre-Islamic Arabs, it means ignorance: People worshiped other gods because they did not know better. But the new jahiliyya, in the sense of barbarism, is everywhere, from Las Vegas and Wall Street to the palaces of Riyadh. To an Islamist, anything that is not pure, that does not belong to the kingdom of God, is by definition barbarous and must be destroyed. Just as the main enemies of Russian Slavophiles were Russian Westernizers, the most immediate targets of Islamists are the liberals, reformists, and secular rulers in their own societies. They are the savage stains that have to be cleansed with blood. But the source of the barbarism that has seduced Saudi princes and Algerian intellectuals as much as the whores and pimps of New York (and in a sense all infidels are whores and pimps) is the West. And that is why holy war has been declared against the West. Ian Buruma
Il est malheureux que le Moyen-Orient ait rencontré pour la première fois la modernité occidentale à travers les échos de la Révolution française. Progressistes, égalitaristes et opposés à l’Eglise, Robespierre et les jacobins étaient des héros à même d’inspirer les radicaux arabes. Les modèles ultérieurs — Italie mussolinienne, Allemagne nazie, Union soviétique — furent encore plus désastreux …Ce qui rend l’entreprise terroriste des islamistes aussi dangereuse, ce n’est pas tant la haine religieuse qu’ils puisent dans des textes anciens — souvent au prix de distorsions grossières —, mais la synthèse qu’ils font entre fanatisme religieux et idéologie moderne. Ian Buruma et Avishai Margalit
Tell that to the creator of the burkini, the Australian designer Aheda Zanetti, who coined the name for a line of swimwear she introduced to offer women who did not want to expose their bodies — for whatever reason — the freedom to enjoy water sports and the beach. The British chef and television star Nigella Lawson wore a burkini on an Australian beach in 2011, presumably of her own free will. Meanwhile, the world has watched Muslims proudly compete at the Olympics in Rio in body-covering sportswear
Le multiculturalisme c’est justement accepter que l’autre soit culturellement différent, et l’on ne peut imposer une culture exclusive sans aliéner ceux qui s’en sentent exclus. Annika
Il est malheureux que le Moyen-Orient ait rencontré pour la première fois la modernité occidentale à travers les échos de la Révolution française. Progressistes, égalitaristes et opposés à l’Eglise, Robespierre et les jacobins étaient des héros à même d’inspirer les radicaux arabes. Les modèles ultérieurs — Italie mussolinienne, Allemagne nazie, Union soviétique — furent encore plus désastreux …Ce qui rend l’entreprise terroriste des islamistes aussi dangereuse, ce n’est pas tant la haine religieuse qu’ils puisent dans des textes anciens — souvent au prix de distorsions grossières —, mais la synthèse qu’ils font entre fanatisme religieux et idéologie moderne. Ian Buruma et Avishai Margalit
Germany is facing its hijab problem, with a number of Islamist organizations suing federal and state authorities for “religious discrimination” because of bans imposed on the controversial headgear. In the United States, several Muslim women are suing airport-security firms for having violated their First Amendment rights by asking them to take off their hijab during routine searches of passengers. All these and other cases are based on the claim that the controversial headgear is an essential part of the Muslim faith and that attempts at banning it constitute an attack on Islam. That claim is totally false. The headgear in question has nothing to do with Islam as a religion. It is not sanctioned anywhere in the Koran, the fundamental text of Islam, or the hadith (traditions) attributed to the Prophet. This headgear was invented in the early 1970s by Mussa Sadr, an Iranian mullah who had won the leadership of the Lebanese Shi’ite community. In an interview in 1975 in Beirut, Sadr told this writer that the hijab he had invented was inspired by the headgear of Lebanese Catholic nuns, itself inspired by that of Christian women in classical Western paintings. (A casual visit to the Metropolitan Museum in New York, or the Louvres in Paris, would reveal the original of the neo-Islamist hijab in numerous paintings depicting Virgin Mary and other female figures from the Old and New Testament.) Sadr’s idea was that, by wearing the headgear, Shi’ite women would be clearly marked out, and thus spared sexual harassment, and rape, by Yasser Arafat’s Palestinian gunmen who at the time controlled southern Lebanon. Sadr’s neo-hijab made its first appearance in Iran in 1977 as a symbol of Islamist-Marxist opposition to the Shah’s regime. When the mullahs seized power in Tehran in 1979, the number of women wearing the hijab exploded into tens of thousands. In 1981, Abol-Hassan Bani-Sadr, the first president of the Islamic Republic, announced that “scientific research had shown that women’s hair emitted rays that drove men insane.” To protect the public, the new Islamist regime passed a law in 1982 making the hijab mandatory for females aged above six, regardless of religious faith. Violating the hijab code was made punishable by 100 lashes of the cane and six months imprisonment. By the mid 1980s, a form of hijab never seen in Islam before the 1970s had become standard gear for millions of women all over the world, including Europe and America. Some younger Muslim women, especially Western converts, were duped into believing that the neo-hijab was an essential part of the faith. (Katherine Bullock, a Canadian, so loved the idea of covering her hair that she converted to Islam while studying the hijab.) The garb is designed to promote gender apartheid. It covers the woman’s ears so that she does not hear things properly. Styled like a hood, it prevents the woman from having full vision of her surroundings. It also underlines the concept of woman as object, all wrapped up and marked out. Muslim women, like women in all societies, had covered their head with a variety of gears over the centuries. These had such names as lachak, chador, rusari, rubandeh, chaqchur, maqne’a and picheh, among others. All had tribal, ethnic and generally folkloric origins and were never associated with religion. (In Senegal, Muslim women wear a colorful Headgear against the sun, while working in the fields, but go topless.) Muslim women could easily check the fraudulent nature of the neo-Islamist hijab by leafing through their family albums. They will not find the picture of a single female ancestor of theirs who wore the cursed headgear now marketed as an absolute “must” of Islam. This fake Islamic hijab is nothing but a political prop, a weapon of visual terrorism. It is the symbol of a totalitarian ideology inspired more by Nazism and Communism than by Islam. It is as symbolic of Islam as the Mao uniform was of Chinese civilization. It is used as a means of exerting pressure on Muslim women who do not wear it because they do not share the sick ideology behind it. It is a sign of support for extremists who wish to impose their creed, first on Muslims, and then on the world through psychological pressure, violence, terror, and, ultimately, war. The tragedy is that many of those who wear it are not aware of its implications. They do so because they have been brainwashed into believing that a woman cannot be a “good Muslim” without covering her head with the Sadr-designed hijab. Even today, less than 1 percent of Muslim women wear the hijab that has bewitched some Western liberals as a symbol of multicultural diversity. The hijab debate in Europe and the United States comes at a time when the controversial headgear is seriously questioned in Iran, the only country to impose it by law. (…) The delicious irony of militant Islamists asking “Zionist-Crusader” courts in France, Germany and the United States to decide what is “Islamic” and what is not will not be missed. The judges and the juries who will be asked to decide the cases should know that they are dealing not with Islam, which is a religious faith, but with Islamism, which is a political doctrine. Amir Taheri

Attention: une coiffe peut en cacher une autre !

A l’heure où la température du débat sur le burkini va bientôt dépasser celle du soleil sur nos plages …

Et que de l’autre côté de l’Atlantique, l’on présente comme une grande avancée de l’émancipation féminine une musulmane qui pousse la pudeur jusqu’à porter le masque sous son masque d’escrimeuse …

Pendant que pour  fustiger une France qui a dix fois plus de musulmans, le NYT lui-même monte au créneau …

Pendant que de l’autre côté de la Méditerranée l’on interdit tranquillement dans les piscines des grands hôtels …

Ou qu’entre la Turquie et la Malaisie ou l’Autriche ou l’Australie se développe le « tourisme halal »

Peut-être faudrait-il aussi rappeler avec le politologue irano-américain Amir Taheri …

Qu’au-delà des radicaux qui récupèrent ou tirent plus ou moins les ficelles derrière …

Ou, contrairement au burkini légalement non-sanctionnable, des petits malins qui s’en servent pour commettre des délits

Et bien après les pratiques ancestrales qu’elles sont censées reprendre et sans compter les fantasmes de nos orientalistes …

Le hijab comme la version plage de la burkha (c’est l’étymologie proprement oxymorique – voire « idiote » du propre aveu de sa créatrice libano-australienne – du terme burkini) sont, comme l’islamisme, toutes des inventions récentes inspirées et imitées d’inventions occidentales (la tunique, le voile et la guimpe de nos religieuses, notamment au Liban pour le premier, les tenues de plongée moderne pour le second) …

Par des musulmans immigrés en Occident ou occidentalisés redécouvrant et faisant redécouvrir à leurs contemporains, en réaction avec l’Occident qui les fascine et donc comme nouveau marqueur identitaire à la manière de nos « born again » et avec le zèle du nouveau converti (voire, pour les plus intellos, comme l’équivalent féminin de la vareuse, de la casquette ou du col du Grand Timonier aux 30 millions de morts qu’appréciaient tant nos jeunes gens engagés des années 60 ou du keffieh des terroristes palestiniens si tendance d’aujourd’hui) …

Une pratique de l’islam largement et souvent volontairement oubliée comme rétrograde par la génération de leurs parents à leur âge, Iran comme Algérie ou Afghanistan compris …

Et donc que l’on est et que l’on reste effectivement en plein multiculturalisme, invention aussi occidentale que récente !

This is Not Islam

FRANCE’S Prime Minister Jean-Pierre Raffarin has just appointed a committee to draft a law to ban the Islamist hijab (headgear) in state-owned establishments, including schools and hospitals. The decision has drawn fire from the French “church” of Islam, an organization created by Raffarin’s government last spring.

Germany is facing its hijab problem, with a number of Islamist organizations suing federal and state authorities for “religious discrimination” because of bans imposed on the controversial headgear.

In the United States, several Muslim women are suing airport-security firms for having violated their First Amendment rights by asking them to take off their hijab during routine searches of passengers.

All these and other cases are based on the claim that the controversial headgear is an essential part of the Muslim faith and that attempts at banning it constitute an attack on Islam.

That claim is totally false. The headgear in question has nothing to do with Islam as a religion. It is not sanctioned anywhere in the Koran, the fundamental text of Islam, or the hadith (traditions) attributed to the Prophet.

This headgear was invented in the early 1970s by Mussa Sadr, an Iranian mullah who had won the leadership of the Lebanese Shi’ite community.

In an interview in 1975 in Beirut, Sadr told this writer that the hijab he had invented was inspired by the headgear of Lebanese Catholic nuns, itself inspired by that of Christian women in classical Western paintings. (A casual visit to the Metropolitan Museum in New York, or the Louvres in Paris, would reveal the original of the neo-Islamist hijab in numerous paintings depicting Virgin Mary and other female figures from the Old and New Testament.)

Sadr’s idea was that, by wearing the headgear, Shi’ite women would be clearly marked out, and thus spared sexual harassment, and rape, by Yasser Arafat’s Palestinian gunmen who at the time controlled southern Lebanon.

Sadr’s neo-hijab made its first appearance in Iran in 1977 as a symbol of Islamist-Marxist opposition to the Shah’s regime. When the mullahs seized power in Tehran in 1979, the number of women wearing the hijab exploded into tens of thousands.

In 1981, Abol-Hassan Bani-Sadr, the first president of the Islamic Republic, announced that “scientific research had shown that women’s hair emitted rays that drove men insane.” To protect the public, the new Islamist regime passed a law in 1982 making the hijab mandatory for females aged above six, regardless of religious faith. Violating the hijab code was made punishable by 100 lashes of the cane and six months imprisonment.

By the mid 1980s, a form of hijab never seen in Islam before the 1970s had become standard gear for millions of women all over the world, including Europe and America.

Some younger Muslim women, especially Western converts, were duped into believing that the neo-hijab was an essential part of the faith. (Katherine Bullock, a Canadian, so loved the idea of covering her hair that she converted to Islam while studying the hijab.)

The garb is designed to promote gender apartheid. It covers the woman’s ears so that she does not hear things properly. Styled like a hood, it prevents the woman from having full vision of her surroundings. It also underlines the concept of woman as object, all wrapped up and marked out.

Muslim women, like women in all societies, had covered their head with a variety of gears over the centuries.
These had such names as lachak, chador, rusari, rubandeh, chaqchur, maqne’a and picheh, among others.

All had tribal, ethnic and generally folkloric origins and were never associated with religion. (In Senegal, Muslim women wear a colorful Headgear against the sun, while working in the fields, but go Topless.)

Muslim women could easily check the fraudulent nature of the neo-Islamist hijab by leafing through their family albums. They will not find the picture of a single female ancestor of theirs who wore the cursed headgear now marketed as an absolute “must” of Islam.

This fake Islamic hijab is nothing but a political prop, a weapon of visual terrorism. It is the symbol of a totalitarian ideology inspired more by Nazism and Communism than by Islam. It is as symbolic of Islam as the Mao uniform was of Chinese civilization.

It is used as a means of exerting pressure on Muslim women who do not wear it because they do not share the sick ideology behind it.
It is a sign of support for extremists who wish to impose their creed, first on Muslims, and then on the world through psychological pressure, violence, terror, and, ultimately, war.

The tragedy is that many of those who wear it are not aware of its implications. They do so because they have been brainwashed into believing that a woman cannot be a “good Muslim” without covering her head with the Sadr-designed hijab.

Even today, less than 1 percent of Muslim women wear the hijab that has bewitched some Western liberals as a symbol of multicultural diversity. The hijab debate in Europe and the United States comes at a time when the controversial headgear is seriously questioned in Iran, the only country to impose it by law.

Last year, the Islamist regime authorized a number of girl colleges in Tehran to allow students to discard the hijab while inside school buildings. The experiment was launched after a government study identified the hijab as the cause of “widespread depression and falling academic standards” and even suicide among teenage girls.

The Ministry of Education in Tehran has just announced that the experiment will be extended to other girls schools next month when the new academic year begins. Schools where the hijab was discarded have shown “real improvements” in academic standards reflected in a 30 percent rise in the number of students obtaining the highest grades.

Meanwhile, several woman members of the Iranian Islamic Majlis (parliament) are preparing a draft to raise the legal age for wearing the hijab from six to 12, thus sparing millions of children the trauma of having their heads covered.

Another sign that the Islamic Republic may be softening its position on hijab is a recent decision to allow the employees of state-owned companies outside Iran to discard the hijab. (The new rule has enabled hundreds of women, working for Iran-owned companies in Paris, London, and other European capitals, for example, to go to work without the cursed hijab.)

The delicious irony of militant Islamists asking “Zionist-Crusader” courts in France, Germany and the United States to decide what is “Islamic” and what is not will not be missed. The judges and the juries who will be asked to decide the cases should know that they are dealing not with Islam, which is a religious faith, but with Islamism, which is a political doctrine.

The hijab-wearing militants have a right to promote their political ideology. But they have no right to speak in the name of Islam.

Voir aussi:

France’s Burkini Bigotry

By THE EDITORIAL BOARD
The NYT

After bans on full-face veils, head scarves in schools and rules about students’ skirt lengths, France’s perennial problem with Muslim women’s attire has taken its most farcical turn yet with a new controversy over the “burkini,” body-covering swimwear whose name is an amalgam of burqa and bikini. As of Thursday, five French mayors had banned the burkini, calling it, variously, a threat to public order, hygiene, water safety and morality, tantamount to a new weapon of war against the French republic. Thierry Migoule, an official with the city of Cannes, the first to ban the burkini, declared the swimwear “clothing that conveys an allegiance to the terrorist movements that are waging war against us.”

This hysteria threatens to further stigmatize and marginalize France’s Muslims at a time when the country is listing to the Islamophobic right in the wake of a series of horrific terrorist attacks. And with presidential elections scheduled for next spring and the right-wing National Front’s popularity on the rise, French officials and politicians have leapt to support the mayors.

Prime Minister Manuel Valls on Wednesday called the burkini a symptom of “the enslavement of women” that “is not compatible with the values of France” and said “the nation must defend itself.” France’s women’s rights minister, Laurence Rossignol, declared the burkini “the beach version of the burqa” and said “it has the same logic: Hide women’s bodies in order to better control them.”

Tell that to the creator of the burkini, the Australian designer Aheda Zanetti, who coined the name for a line of swimwear she introduced to offer women who did not want to expose their bodies — for whatever reason — the freedom to enjoy water sports and the beach. The British chef and television star Nigella Lawson wore a burkini on an Australian beach in 2011, presumably of her own free will. Meanwhile, the world has watched Muslims proudly compete at the Olympics in Rio in body-covering sportswear.

The fact that French parents are increasingly dressing their toddlers in remarkably similar suits to protect them from the sun, or that a wet suit also covers the head and body, adds to the hypocrisy of this debate. But at the heart of the dispute is something far darker: French politicians’ paternalistic pronouncements on the republic’s duty to save Muslim women from enslavement — by dictating to them what they can and can’t wear. The burkini rumpus is also a convenient distraction from the problems France’s leaders have not been able to solve: high unemployment, lackluster economic growth and a still very real terrorist threat.

Voir également:

Burkini®, une marque déposée en 2006 en Australie

La société Ahiida a été créé en Australie en 2004 par Aheda Zanetti. Elle est aujourd’hui implantée au Moyen Orient, au Canada, à Singapour, en Afrique du Sud et en Europe. D’autres marques se sont lancées sur ce créneau.

Aheda Zanetti, une entrepreneuse australienne d’origine libanaise, ne s’attendait certainement pas à ce que tous les regards se braquent un jour sur sa société, Ahiida, créée en 2004 à Sydney lorsqu’elle était à peine âgée de 40 ans. En pleine polémique sur le burkini en France -qui s’étend en Espagne-, des voix s’élèvent pour demander une loi afin d’interdire ce type de tenue de plage couvrant le corps et la tête des femmes. À l’origine, Aheda Zanetti affirme avoir eu l’idée de créer ce concept de mode pour aider les jeunes femmes musulmanes à faire du sport. Arrivée du Liban en Australie lorsqu’elle avait deux ans, la créatrice explique sur son site de vente en ligne: «J’ai remarqué que les jeunes filles et femmes qui suivent les préceptes de l’Islam, en adoptant notamment des tenues vestimentaires modestes, doivent souvent se résigner à ne pas participer aux activités sportives que l’Australie a à offrir.»

Il y a 12 ans, estimant que le marché avait du potentiel, elle a donc lancé son entreprise de mode spécialisée dans les maillots de bains et tenues de sports pour les musulmanes. Elle a, dans la foulée en 2006, déposé les marques Ahiida®, Burqini® et Burkini®. Le succès a été immédiat, selon l’entrepreneuse. «Nous avons vendu plus de 700.000 tenues de bain (depuis la création de la marque, NDLR) et nous écoulons également bien nos produits en Europe et en France», explique l’entrepreneuse au Figaro. Les ventes ont, selon elle, augmenté de 40% durant l’été 2016.

À l’international, Ahiida a désormais un pied sur chaque continent. L’entreprise est, d’après son site, implantée au Moyen Orient, au Canada, à Singapour, en Afrique du Sud et en Europe. «Nous sommes ravis du volume de commandes internationales, passées par des femmes en quête de tenues de bain et de sports pudiques», commente Aheda Zanetti. «Nos marchés les plus importants sont les États-Unis, le Canada et l’Europe.» Selon elle, les ventes de l’entreprise ne souffrent pas des interdictions prononcées dans certains pays, comme cela a été le cas au Maroc. «Nous pensons que les femmes européennes, notamment, ont adhéré à nos lignes Burkini Swimwear et Hijood Sportwear et à ce qu’elles représentent.» D’après Aheda Zanetti, 40% environ du marché est porté par des clientes non-musulmanes, pour certaines des femmes qui veulent se protéger du soleil avec ces tenues.

Boom de la consommation musulmane

Slim fit, grande taille, anti-coup de soleil, la gamme de vêtements proposée par Ahiida est vaste. Les prix oscillent de près de 80 euros (même si en ce moment certains produits sont en promotion à environ 60 euros) jusqu’à près de 130 euros, selon les coupes, par exemple. L’entreprise propose aussi des modèles pour enfants.

Malgré les polémiques récurrentes à travers le monde, et sans doute aussi un peu pour en profiter, les grandes marques commencent à s’intéresser à ce marché. Marks & Spencer a lancé une collection de burkinis au printemps dernier, une initiative que la ministre des Droits des femmes Laurence Rossignol avait alors qualifiée d’«irresponsable». De leur côté, les enseignes de mode peuvent-elles réellement passer à côté de la manne de consommation que représente la clientèle musulmane? Selon une étude de Thomson Reuters et de l’institut d’études newyorkais DinarStandard, les dépenses en habillement de la communauté musulmane dans le monde devraient passer de 230 milliards de dollars (204 mds€) en 2014 à 327 milliards (290 mds€) en 2020.

Voir encore:

Histoire du burkini, des origines aux polémiques

Après la polémique, retour sur l’histoire du burkini : son invention, son apparition en France, et le marché qu’il représente aujourd’hui.

Source AFP

 Le Point
17/08/2016|

Mutilations génitales: A quand une journée de l’excision pour tous ? (It’s islam, stupid ! – Data show a negative relationship between education and excision and between schooling and Islam)

23 avril, 2016

ESCALADE_A_SCIENCES_POHijabforaday2fgm2aslanCNNPrevalence of excision féminicide_2011tif_wmlogo3

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Percentage of girls and women aged 15 to 49 years who have undergone FGM, by religion
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Ô Umm ‘Atiya, coupe légèrement et n’exagère pas car c’est plus agréable pour la femme et meilleur pour le mari. Hadith
 La circoncision est une sunna pour l’homme et un honneur pour la femme. Hadith
Comment une religion qui protège l’être humain pourrait-elle recommander un acte si douloureux, si mutilant, si handicapant pour celle qui l’a subi ? Il serait incohérent d’attribuer à l’islam une telle pratique alors que celui-ci accorde à la femme de nombreux droits dont celui d’être satisfaite par son mari. Aslim Taslam
Toute la jurisprudence islamique, depuis l’avènement de l’islam il y a 14 siècles, reconnait et permet l’excision. Il existe des désaccords concernant le statut de l’excision dans la charia. Certains estiment que l’excision est exigée par la charia tout comme l’est la circoncision masculine. D’autres estiment que c’est une pratique traditionnelle. Mais tout au long de l’histoire de l’islam, jamais personne n’a émis l’idée que l’excision est un crime. Il y a un consensus religieux sur ce point depuis 14 siècles. Muhammad Al-Mussayar, Al-Azhar)
Concernant la circoncision féminine, il y a consensus parmi les savants que la circoncision féminine est Sunnah, qu’elle est recommandée par la charia. Coupez légèrement et ne coupez pas beaucoup. C’est susceptible d’encourager la chasteté des organes sexuels et c’est meilleur pour le mari. Cheikh Haitham al-Haddad (basé au Royaume-Uni)
La « mutilation génitale féminine » est avant tout une étiquette désobligeante et subversive L’utilisation préemptive de cette expression est aussi blessante que de commencer une conversation au sujet du droit des femmes à l’IVG en qualifiant l’avortement de « meurtre d’une vie innocente ». Les avocats revendiquant le droit à l’avortement ont raison de s’opposer au dénigrement implicite de cette étiquette; beaucoup de femmes africaines s’opposent pareillement à qualifier de « mutilation» une pratique qu’elles décrivent en termes locaux comme « fête » ou « purification » ou « nettoyage » ou « embellissement ». Il est d’ailleurs significatif que dans la plupart des groupes ethniques où les opérations génitales féminines sont courantes, les opérations génitales masculines sont également courantes et décrites dans les mêmes termes. Richard Shweder (anthropologue, Université de Chicago, 05.12. 07)
Oui, c’est une évidence flagrante qu’il y a des risques liés aux infibulations. Mais il est tout aussi évident qu’une petite entaille, pratique qui ne comporte aucune ablation de tissu ou d’altération définitive des organes génitaux féminins, n’est pas plus risquée que les formes de circoncision masculine ou de piercing qui sont largement (bien qu’évidemment pas uniformément) admises dans la société occidentale. (…) La recherche épidémiologique nous renseigne sur le degré de risque de divers types associé à différentes formes de pratiques. Elle ne nous dit pas quand le risque est trop grand. Et qui décide quand le risque devient trop important ? Cela doit-il être décidé par des organismes internationaux? Des gouvernements ? Quand cela devient-il une nouvelle forme d’impérialisme culturel? Bettina Coquille-Duncan (anthropologue, université de Washington, 28.02.08)
Il serait peut-être plus efficace, en guise de compromis, pour éviter un mal plus grand, que les lois fédérales et les états autorisent les pédiatres à pratiquer une entaille rituelle pour satisfaire la demande des familles. Académie de Pédiatrie Américaine (06.05.10)
Les médecins australiens envisagent d’accepter une forme de mutilation sexuelle chez les nouveau-nés de sexe féminin. La mutilation aurait lieu dans un environnement clinique adapté pour empêcher les pratiques “sauvages” réalisées par les immigrés africains. The Daily Telegraph
Un des risques pour la science est quand des résultats politiquement corrects sont bien accueillis, aisément publiés et sans cesses cités, alors que des résultats politiquement embarrassants sont ignorés ou marginalisés. Ceci n’est peut-être jamais plus évident que dans l’étude « de la mutilation génitale féminine » où les rôles des chercheurs et des activistes politiques semblent souvent confondus. (…) La question clé est la suivante: Accepterions-nous aussi aisément les résultats de la recherche qui contredisent la connaissance médicale existante dans d’autres domaines que « la mutilation génitale féminine »? Les résultats de la recherche au sujet du diabète ou de l’asthme seraient-ils acceptés par exemple sans les habituelles procédures de contrôle les plus rigoureuses? Sara Johnsdotter et Birgitta Essen (Uppsala University, 23.02.08)
A partir de quelle quantité de sang les parents seront-ils satisfaits? Il y a de par le monde des pays où battre sa femme est autorisé, où l’esclavage et les abus sexuels sur les enfants sont permis. Nous n’autorisons pas ces coutumes dans notre pays. Nous n’autorisons pas les gens à pratiquer “un peu d’esclavage” parce qu’ils risquent de le pratiquer malgré tout. Nous n’autorisons pas les gens à battre leur femme “un petit peu”, pour prévenir le fait qu’ils le feront de toute façon. Georganne Chapin (directrice de Intact America)
Ce que nous proposons, c’est que des formes inoffensives de rituels génitaux féminins soient permises en vertu de la loi, et que les gens qui pratiquent les mutilations génitales soient encouragés à pratiquer cette procédure mineure plutôt que la mutilation. Il s’agit essentiellement d’une procédure où l’extérieur du vagin, la vulve, est entaillée avec un bistouri ou une aiguille, causant un écoulement de sang de manière stérile avec un crème anesthésiante. (…) Il n’y a aucune ablation. On parle d’une coupure d’environ un millimètre, qui devrait guérir complètement et rapidement sans laisser de cicatrice, de problèmes sexuels, de problèmes de reproduction, ou de douleur résiduelle. Le but est d’offrir aux gens qui croient qu’il doit y avoir une procédure rituelle spécifique selon le sexe – par exemple certaines cultures ou religions pratiquent la circoncision des garçons – une alternative sûre, dans la mesure où ils sont disposés à l’accepter. (…) C’est un manque de sensibilité culturelle car ces choses sont importantes pour des gens, et nous leur disons qu’ils ont tort, qu’ils sont des criminels. Et dans certains cas – pas avec l’infibulation, mais avec quelque chose comme une entaille vulvaire – nous autorisons des procédures comparables dans la culture majoritaire. Si c’est une chose à laquelle nous sommes habitués, nous permettrons la circoncision masculine, si une adolescente veut modifier la forme de ses seins, nous lui permettrons de subir cette opération. Si nous devons faire une comparaison avec l’entaille vulvaire : nous permettons aux parents de percer les oreilles de leurs fillettes, mais si la culture est étrangère, si elle est plus exotique, s’il s’agit d’une culture que beaucoup de gens n’aiment pas, dans ce cas, les procédures les plus minimalistes telles qu’une entaille vulvaire sont criminelles, et cela semble discriminatoire. (…) On parle d’un nouveau-né, peut-être un nouveau-né qui n’a pas développé la sensation de ses organes génitaux. On parle d’une entaille qui dure une seconde, qui est complètement guérie dans une couple de jours et dont les effets objectifs ne diffèrent pas du perçage des oreilles. La différence, bien sûr, est qu’il s’agit des organes génitaux, et tout ce qui touche à ces organes suscite des réactions très fortes. Dr Allan Jacobs (2016)
It is incredibly comfortable and there’s no sun block and you’re not getting a tan. Celebrity chef Nigella Lawson
A Sciences-Po chaque jour est une fête. Grâce à un bureau des étudiants hyperactif, l’année est plus rythmée qu’une semaine au Club Med. On connaissait bien sûr la Queer Week, «espace d’action et de réflexion autour des genres et des sexualités», organisée depuis 2010, dont la marraine était cette année la «lesbienne invisible» Océane RoseMarie. Cette année, durant une semaine en mars 2016, les étudiant-e-s et leurs professeur-e-s ravi-e-s ont pu admirer les stands de la Brigade du Stupre, ou celui du collectif GARCES dont l’animatrice confie «arpenter les manifs pour crier des misandries intersectionnelles et emmerder les mascu». Après Océane Rosemarie, il se dit que le Concombre Masqué parrainera l’édition 2017, placée sous le signe de l’intersectionnalité heureuse et du mascu vaincu. Non mais c’est vrai quoi : H&M se lance dans le burkini et le petit hijab fashion et Sciences-Po devrait rester les bras croisés sans réagir ? Si le mois de mars était celui de la guerre des genres, du dévoilement transgressif et de la chasse au mascu, en avril en revanche on ne se découvrira pas d’un fil à Sciences-Po puisqu’un autre collectif «d’étudiant-e-s» a décidé d’organiser cette fois un «hijab day» dans les murs de la vénérable institution qui doit quelquefois se fatiguer elle-même d’être de tous les combats. Après la récente polémique de la mode islamique, les étudiants de Sciences-Po ont dû penser qu’il était temps d’inverser la vapeur et de hisser les voiles pour voler au secours des minorités opprimées tout en restant trop tendance. Non mais c’est vrai quoi: H&M se lance dans le burkini et le petit hijab fashion et Sciences-Po devrait rester les bras croisés sans réagir? Pas question, quand on étudie à deux pas des plus jolies enseignes parisiennes, de laisser passer la sortie d’une nouvelle collection printemps-été! Et puis afficher sa solidarité avec les femmes voilées c’est bien, Esther Benbassa l’avait dit et Europe-Ecologie-Les Verts avait organisé une ‘journée hijab’ contre la voilophobie il y a près de trois ans, en août 2013, dans le sillage de la styliste américaine Nazma Khan qui a lancé l’initiative reprise aujourd’hui dans 140 pays… sauf la France, se désolaient il y a quelques mois les initiateurs du World Hijab Day Lyon, «un événement destiné à déconstruire les préjugés», malheureusement interdit en janvier dernier par le méchant préfet Delpuech et la préfecture de Lyon, sous couvert d’état d’urgence. Heureusement que Sciences-Po Paris est là pour rattraper le coup! Quand on pense que 116 pays ont pu tranquillement organiser une journée du hijab, que la ville d’Ottawa a même accepté que s’organise une journée d’ateliers d’essayage pour inviter les non-musulmanes à «porter le foulard islamique pour mieux comprendre la réalité des hijabis, leurs sœurs voilées», on comprend qu’un collectif d’étudiants de Sciences-Po ait décidé qu’il était temps que la patrie d’Yves Saint-Laurent, Dior et Chanel soit moins voilophobe et textilorétrograde. Et puis même Geneviève de Fontenay est d’accord: «Moi je les soutiens ces femmes musulmanes! Quand on voit la mode française avec ses jeans troués et rapiécés, tout cet exhibitionnisme, soyons au moins tolérants!» Avec une caution pareille, comment ne pas se sentir légitime? Pour remercier Geneviève, les étudiants de Sciences-Po auraient dû imposer en sus du hijab celui du chapeau à large bord pour toutes les étudiantes. Que les réfractaires se rassurent cependant, Fatima Elo, présidente-fondatrice de l’association Politiqu’Elles, association féministe soutenant l’initiative du Hijab Day de Sciences-Po, expliquait ce mercredi matin à l’antenne de Jean-Jacques Bourdin sur RMC, que «personne ne sera forcé à porter le voile, c’est du volontariat». Par contre, on ne s’assiéra plus à côté des grincheux voilophobes à la cantine. Apporter son joli foulard pour aborder avec humour le traitement des femmes voilées et même dans certains coins de banlieue de France où le port du voile n’est pas vraiment présenté comme du volontariat, c’est vrai que la blague était à faire. Fatima Elo expliquait également ce matin chez Bourdin que derrière l’initiative du Hijab Day de Sciences-Po, «l’idée était d’aborder la question du voile avec humour». Apporter son joli foulard pour aborder avec humour le traitement des femmes voilées et même dans certains coins de banlieue de France où le port du voile n’est pas vraiment présenté comme du volontariat, c’est vrai que la blague était à faire, et les nombreuses intéressées qui subissent menaces, insultes et violences quand elles refusent de porter le voile ont dû bien rire à cette bonne blague et être soulagées que les étudiants de Sciences-Po s’intéressent enfin à leur sort. Comme les y invitait ce matin une twitto: «Aux nanas de @sciencespo qui font le #HijabDay n’oubliez pas de servir les garçons à table à midi et de mettre des gants pour serrer la main.» Mais la blagounette a l’air d’être mal passée, à en juger par l’avalanche de réactions négatives qu’elle a provoqué dans la presse. On pourrait presque croire que le sujet est devenu ces derniers temps un peu sensible…Et comme on n’est jamais aussi bien trahi que par les siens, voilà que l’antenne FN de Sciences-Po Paris produit un communiqué assassin: «Ce geste relève de l’imposture politique d’une bourgeoisie parisienne déconnectée des réalités sociales, qui exacerbe par ce jeu naïf les tensions communautaires». Maudit Richard Descoings! En instituant ses antennes ZEP et ses bourses à destination des étudiants plus défavorisés, l’ex-vénéré directeur de Sciences-Po a fait rentrer dans les murs une cohorte de jeunes loups qui ont grossi les rangs du parti lepéniste et lui ont permis de faire une entrée fracassante dans le pré carré du progressisme éclairé où il vient désormais s’autoriser à gâcher la fête en toutes occasions. Laurent Cantamessi 
While we would consider female genital surgeries as both unnecessary and hazardous—unnecessary because they have no health benefit, and hazardous because the risks they are associated with are considered high—these two convictions, in fact, constitute fundamental points of disagreement. In the societies where they are practiced, female genital surgeries may be considered necessary for reasons that have nothing to do with health but that are thought to be crucial to the definition of a beautiful feminine body, the marriageability of daughters, the balance of sexual desire between the sexes, or the sense of value and identity that comes from following the traditions of the group (…). In that sense, these operations may be compared to some of the « unnecessary » surgeries that men and women undergo in other societies, a topic on which much has been written. The parallels have been made, and readily come to mind: what about the circumcision of male infants? and what about breast implants, nose jobs, and other plastic surgeries? Are female genital surgeries different from the former because of what they excise—an organ whose sole purpose is sexual enjoyment, compared to a somewhat less indispensable piece of skin? Do they differ from the latter because of who makes the decision—the person herself versus her parents? And if so, then is the harm less in the exact consequences of the operations than in the fact that they are carried out without the true consent of the individual? It be- comes clear from these questions that unequivocal answers cannot emerge from applying objective criteria, and that scientific assessments are inseparable from subjective judgments and ethical principles. In addition, female genital surgeries would not be perceived to be especially risky by the population if it is, in fact, true that most women go through them without severe complications, and because the extent to which discomfort is expected and thought to be unavoidable varies greatly among different groups. The actuarial notion of health risk that is familiar to most individuals in societies with high literacy and numeracy, as well as extensive health systems and insurance coverage, is not as likely to be found in societies where schooling is limited, life expectancy is lower, health systems are rudimentary, and pain must often be confronted. Hence, modifying the evaluation that individuals make of the risks of genital surgeries entails not merely education about the possible health damage, but also changes in a whole set of factors that shape the demography, economy, and health care of the population. Carla Makhlouf Obermeyer (Harvard)
Dans les régions (d’Afrique) où il fait chaud, les gens sont contraints d’exciser les filles à titre de thérapie car dans ces régions, les clitoris sont trop grands et gênent l’époux. On excise ce qu’il y a en plus, mais ce n’est pas vrai que l’excision supprime le plaisir chez les femmes, c’est l’occident qui a exagéré le sujet. L’excision est une opération esthétique pour la femme. Habib Ellouze (député tunisien Ennahda, 2013)
L’excision n’est mentionnée dans aucune tradition islamique ni dans le Coran. Les textes qui la recommandent sont totalement trafiqués, comme le soulignait le grand imam de la Mosquée Al Azhar au Caire en 1997 pour justifier son interdiction. De toute façon, l’excision est pratiquée autant chez les Coptes, les chrétiennes d’Egypte, que chez les musulmanes. Cette horreur remonte à la nuit des temps, celle des Pharaons. Jusqu’à aujourd’hui, puisque malgré les lois les filles du Nil n’en sont toujours pas préservées : en 2008, on estimait à 70% le nombre d’Egyptiennes excisées ! Martine Gozlan (Marianne)
Dans le monde, 100 à 140 millions de filles et de  femmes  ont  subi  une  mutilation  sexuelle.  (…) Le  phénomène est présent essentiellement en Afrique sub-saharienne et dans quelques régions du Proche-Orient  et de l’Asie du Sud-Est (Yémen, Indonésie et Malaisie).  Près de 5  % des victimes vivent dans des pays du Nord,  soit  plus  de  6,5  millions  de  filles  et  de  femmes.  Elles  résident principalement dans les pays européens d’immigration africaine ainsi qu’en Amérique du Nord. Une trentaine de pays d’Afrique concernés. En  Afrique,  on  recense  28  pays  où  les  mutilations  sexuelles  féminines  sont  pratiquées. (…) D’un  pays à l’autre, la proportion de femmes excisées varie  beaucoup,  s’échelonnant  de  1,4  %  au  Cameroun  à  96  %  en  Guinée  au  début  des  années  2000.  Trois  groupes de pays se distinguent  : les pays où la  grande  majorité  des  femmes  sont  excisées  (plus  de  85  %)  ; ceux où la proportion varie selon l’ethnie, la  catégorie  sociale et la génération, seules certaines fractions de la population étant touchées, et où, au total,  entre  25  et  85  %  des  femmes  sont  excisées  ;  enfin,  les  pays où seules quelques minorités ethniques sont concernées et où la proportion d’excisées est inférieure à 25  %. (…) La pratique des mutilations sexuelles féminines  est souvent présentée comme la conséquence d’injonctions religieuses, notamment de l’islam. Pourtant, l’excision  était  pratiquée  en  Afrique  bien  avant  l’arrivée  des religions monothéistes et aucun texte religieux ne  permet de la justifier. Il n’y a pas de relation entre la  diffusion de l’islam dans un pays et la proportion de  femmes qui y sont excisées et on rencontre tous les cas  de  figures  en  Afrique.  En  Éthiopie,  par  exemple,  les  trois quarts des femmes sont excisées alors qu’un tiers  seulement de la population est musulmane. Dans  l’autre sens, au Niger, seule une toute petite minorité de femmes est excisée (2  %) alors que le pays est presque  entièrement musulman. En revanche, dans le pays voisin à l’Ouest, le Mali, également musulman, plus de 90  %  des  femmes  sont  excisées.  Quant  aux  pays  voisins  d’Afrique du Nord, l’Algérie, la Libye, mais aussi la Tunisie et le Maroc, l’excision n’y existe pas alors que la quasi- totalité de la population est de confession musulmane. En réalité, le principal facteur du risque de mutilation est l’appartenance ethnique et non la religion, ces  pratiques s’inscrivant traditionnellement dans les rites  d’initiation associés à l’entrée dans l’âge adulte dans  certains groupes ethniques. Ainsi, au Sénégal, musulman à 95  %, et où un peu plus d’un quart seulement des  femmes sont excisées, le groupe ethnique majoritaire,  les Wolofs, ne pratique pas l’excision. Traditionnellement,  elle  n’existe  que  chez  les  minorités,  notamment  les  Peuls, les Toucouleurs, les Soninkés et les Malinkés. La  pratique  recule  dans  la  plupart  des  pays  depuis  quelques années, même si les changements sont lents  dans certains. (…) Le recul dépend beaucoup du degré de mobilisation  des  États  (…)  Des  lois  existent  dans  la  plupart  des  pays mais sont encore rarement appliquées. Par ailleurs, la scolarisation croissante des femmes a  un effet favorable, l’instruction ayant un rôle protecteur  :  dans tous les pays, le risque de mutilation décroît avec  l’augmentation du niveau d’instruction. Armelle Andro et Marie Lesclingand (INED, 2007)
S’il est exact que l’excision n’est pas mentionnée dans le Coran, les « malikites salafistes » affirment néanmoins qu’une certaine forme de « circoncision féminine » (khifâd) serait recommandée pour les filles dans le rite musulman malékite. Ils invoquent le principe d’égalité entre les hommes et les femmes comme argument clé pour justifier l’excision. (…) Certains intellectuels, notamment américains, défendent l’excision au nom du relativisme culturel et de la liberté de culte et remettent en cause la gravité de ses conséquences sur la santé et la sexualité des femmes. La lutte contre l’excision est décrite comme une forme de colonialisme. Les principaux anthropologues qui remettent en cause la lutte contre l’excision sont Richard Shweder, Janice Boddy, Carla Obermeyer, Ellen Gruenbaum et Fuambai Ahmadu, auxquels se joignent certains féministes africains. L’un des arguments les plus forts de ceux qui défendent l’excision explique qu’elle serait l’équivalent d’opérations de chirurgie esthétique pratiquées en Occident, comme la pose d’implants mammaires ou la rhinoplastie. Les militants contre l’excision mettent en avant, eux, que l’excision est la plupart du temps réalisée de manière forcée, sans le consentement de celle à qui les organes génitaux appartiennent. (…) En Afrique, on recense 28 pays où les mutilations sexuelles féminines sont pratiquées. La proportion de femmes excisées varie selon les pays. Trois groupes peuvent être distingués (chiffres au début des années 2000) : les pays où la grande majorité des femmes sont excisées soit plus de 85 % : Djibouti, Égypte, Éthiopie, Érythrée, Guinée, Mali, Sierra Leone, Somalie, Soudan. les pays où seules certaines fractions de la population étant touchées et où 25 à 85 % des femmes sont excisées, proportion variant selon l’ethnie, la catégorie sociale et la génération : Burkina Faso, Centrafrique, Côte d’Ivoire, Gambie, Guinée-Bissau, Kenya, Liberia, Mauritanie, Sénégal, Tchad. les pays où seules quelques minorités ethniques sont concernées et où la proportion d’excisées est inférieure à 25 % : Bénin, Cameroun, Ghana, Niger, Nigeria, Ouganda, République démocratique du Congo, Tanzanie, Togo. Selon l’UNICEF, 13 pays africains disposent de lois réprimant les mutilations sexuelles féminines et autres types de violences faites aux femmes. Wikipedia
Bien qu’aucun texte religieux ne prescrive cette intervention, les praticiens pensent souvent qu’elle a un fondement religieux. Les autorités religieuses adoptent des positions variables à l’égard des mutilations sexuelles féminines: certaines les préconisent, d’autres les considèrent comme étrangères à la religion et d’autres encore contribuent à leur élimination. Les structures locales du pouvoir et de l’autorité, tels que les dirigeants communautaires, les chefs religieux, les circonciseurs et même certains agents de santé peuvent contribuer à conforter cette pratique. Dans la plupart des sociétés, les mutilations sexuelles féminines sont considérées comme une tradition culturelle, argument souvent avancé pour les perpétuer. Dans certaines sociétés l’adoption récente de cette pratique s’explique par la volonté de copier les traditions de groupes voisins. On trouve parfois à son origine un mouvement de recrudescence religieuse ou traditionnelle. OMS (2016)
Le capuchon clitoridien ou prépuce, repli, peu développé chez les occidentales est beaucoup plus long chez certaines asiatiques ou africaines, ce qui fait procéder à une circoncision (chez les abyssins notamment). Brigitte Mauroy (article « Vulve », Dictionnaire de la sexualité, 2004)
Lisant dans le Dictionnaire de la sexualité (éditions l’Esprit du temps) auquel nous avons collaboré, l’article Vulve que vous avez signé, je me suis grandement étonné de certaines descriptions, sous la plume d’un professeur d’anatomie, de surcroît femme, et dans un ouvrage se voulant à la pointe du progrès scientifique. le prépuce du clitoris des abyssines, pas plus que celui des Turques, Bambaras, Malinkés ou Asiatiques ne souffre d’aucune « hypertrophie ethnique » légitimant un « retranchement » qui n’est en fait qu’une excision clitoridienne complète; suivie de la salutaire infibulation, triomphe de « l’intégration symbolique » au groupe ethno-culturel. Cette fable d’anatomie-fiction sert d’excuse aux coupeuses de filles. Les premiers « explorateurs des pays chauds » ont gobé ces inepties, qu’Ambroise Paré et Voltaire ont avalées à leur tour… Il y a quelques siècles. Alors qu’ils n’avaient jamais vu de près la moindre Abyssine ou Turque adulte, et surtout porteuse de son clitoris natif, amputé dès l’enfance. Évidemment les tout dévoués « ethno-psychologues » du style de l’abominable Ehrlich, toujours prêts à venir défendre les plus ignobles mutilatrices, du moment qu’ils peuvent pérorer dans les prétoires, se font l’écho de ces billevesées. Mon Atlas du sexe de la femme (la Musardine, 2001) pourra vous montrer, sur ses 150 photos, des prépuces clitoridiens de toutes les couleurs, mais de conformation rigoureusement identique chez les Européennes, Africaines ou Asiatiques. (…)  Qu’une anatomiste du XXIe siècle cautionne ces racontars « hors d’âge » et donc la légitimation de la « rectification clitoridienne » de millions de fillettes massacrées, m’a profondément choqué. Il reste à souhaiter qu’une deuxième édition, après le gros succès de l’ouvrage permette de remettre les pendules à l’heure… Docteur Gérard Zwang (2004)
Par maladresse, ou en toute lucidité (son refus de répondre plaide pour la seconde hypothèse), Brigitte Mauroy se rend complice de mutilation sexuelle. Antonio Fischetti (Charlie hebdo)
La référence à l’Abyssinie n’a pas été produite par hasard. En effet, c’est dans ce territoire que dès le XVIe siècle des missionnaires jésuites portugais, qui avaient converti la population, ont tenté d’interdire toutes les sortes de circoncision – masculine et féminine. Ils n’agissaient pas par « humanisme » mais pour abolir ce qu’ils croyaient être un rite juif. Aussi se sont-ils heurtés à une forte résistance. Par la suite, rappelle F. Hosken, « les missionnaires se tournèrent alors vers Rome, et appelèrent à l’aide le Collège des Cardinaux de propaganda fide (pour la propagation de la foi) qui dépêcha sur place une mission composée de médecins expérimentés, pour faire un rapport sur la situation. A leur retour, ces médecins déclarèrent qu’à cause de la chaleur, du climat ou de toute autre cause naturelle, « les parties » des femmes de ces pays étaient exceptionnellement développées. Ce qui provoquait le dégoût chez l’homme, et constituait donc un obstacle au mariage. En conséquence, le clergé catholique autorisa ces opérations, à condition toutefois que les Éthiopiens déclarent « qu’elles n’avaient aucun rapport avec la religion juive ». Le clergé proclama que « tout obstacle au mariage devait être supprimé » et l’excision obtint ainsi la bénédiction papale. » En d’autres termes, il y a 500 ans, l’Église a admis que chez les Abyssins la taille des organes sexuels féminins – « exceptionnellement » développés, faisant « obstacle » au mariage – faisait procéder à une « circoncision ». Hélas !, cette « bénédiction papale » a visiblement couru les siècles. Un ouvrage « de référence » en anatomie, figurant dans la bibliographie de l’article de Mauroy, nous en donne une idée terrifiante. En 1889, l’anatomiste Léo Testut publiait la première édition de son Traité d’anatomie humaine, republié huit fois jusqu’en 1948. Et – « ironie » de l’histoire ? –, dans son chapitre consacré à la vulve, il écrit exactement – un peu plus d’un siècle, donc, avant Mauroy –, que le « capuchon du clitoris ou prépuce », ce « repli préputial est relativement peu développé dans nos races européennes. Chez certains peuples de l’Asie et de l’Afrique, il atteint une longueur beaucoup plus considérable et l’on sait que quelques-uns d’entre eux, notamment les Abyssins pratiquent la circoncision chez la femme aussi bien que chez l’homme. » On l’aura compris, la phrase de Mauroy est un plagiat grossier. Une mauvaise copie d’un texte de 1889, dont le propos original est réduit « indélicatement » : le mot « race » – encore heureux – disparaît de la copie, mais chez Testut, il n’est pas écrit « ce qui fait procéder »… Aussi pour en finir, après avoir autopsié cette phrase, rappelons les arguments portés par Mauroy pour la défendre. (…) Tout d’abord, l’argumentation de la plaignante souligne le fait que la phrase traite de « circoncision » et non d’excision, donc de mutilation. Comme nous l’avons vu plus haut, cette assertion n’est aucunement fondée. D’abord parce que la pratique en question n’est pas précise, ni précisée ; ensuite parce que la classification qui fait autorité, celle de l’OMS, définit ce type de « circoncision » comme une mutilation. A ce propos, Fischetti raconte que, en appel, quand son avocat « l’interroge là-dessus, Brigitte Mauroy dit qu’il faudrait changer la classification de l’OMS ! » Et toujours selon le journaliste : « il est question, ici, de l’ablation du capuchon clitoridien, le morceau de peau qui recouvre le clitoris. Cette opération, l’urologue lilloise l’appelle « circoncision », car c’est l’équivalent de l’ablation du prépuce chez l’homme (ce qui est vrai). Elle la différencie de l’« excision » en tant qu’ablation du clitoris, et, comme la circoncision masculine est très répandue, Brigitte Mauroy banalise l’ablation du capuchon clitoridien. Dans ses colloques, elle dénonce donc l’ablation du clitoris, mais pas la circoncision du capuchon clitoridien. » Encore faut-il que la « circoncision du capuchon clitoridien » soit effectuée pour « raisons médicales », par des « professionnels de la santé »… On trouve sur Internet le compte-rendu d’un colloque dans lequel Mauroy est intervenue – organisé en 2006 à Lille par l’association Gynécologie Sans Frontières. En introduction, le gynécologue Richard Matis rappelle que « la circoncision [masculine] est le plus souvent réalisée dans des conditions chirurgicales correctes et les complications revêtent un caractère exceptionnel. Or les mutilations sexuelles féminines n’entrent pas dans ce cas de figure. La circoncision masculine peut être le sujet d’un débat, mais celui-ci se trouve dépourvu de rapport avec la question des mutilations sexuelles féminines. » Lorsqu’une « circoncision du capuchon clitoridien » est opérée à des fins « non médicales », sur des fillettes, il s’agit d’une mutilation sexuelle féminine : c’est le cas « chez les abyssins notamment » où l’on peut franchement douter des « conditions chirurgicales » réunies par les « praticiennes traditionnelles » qui, comme nous l’avons dit, y détiennent un « monopole ». Celui du rasoir qui ne fait aucune différence entre « capuchon », « gland » ou « corps » du clitoris. Il tranche. Deuxièmement l’urologue et son conseil ont affirmé, en première instance et en appel, que cette phrase est chargée d’une portée historique. Elle serait un rappel de ce qui se faisait/se disait jadis. Certes, les références bibliographiques de son article « Vulve » sont diachroniques, d’un traité d’anatomie datant de 1791 aux manuels les plus récents. Et, cela a été dit, la phrase est en réalité une copie d’un texte de 1889. Mais aucune référence n’indique qu’elle est tirée du Testut ou qu’elle se rapporte à telle ou telle époque. De plus, elle n’est pas entourée de guillemets de citation et, plus exactement, est conjuguée au présent, un présent de vérité générale. Il est donc impossible de cerner la moindre analyse diachronique ou de comprendre que Mauroy a « repris » Testut. A ce propos l’argument entendu en première instance selon lequel l’article en question constitue un texte de vulgarisation scientifique qu’il conviendrait de lire avec plus d’indulgence laisse perplexe. Car vulgariser ne veut pas dire bâcler. Ni plagier. Vulgariser ne permet pas d’oublier la rigueur et la méthode critique. Bien au contraire puisque, par définition, un texte de vulgarisation sera moins soumis aux critiques de la communauté scientifique et plus directement exposé au reste de la société. Il s’agit donc pour son auteur de redoubler de vigilance. D’autant plus lorsque le scientifique aborde une « coutume » mutilatrice, pratiquée sur des fillettes, par des « praticiennes traditionnelles » et chez des peuples qu’il ne connaît pas. (…) A nos yeux, les enjeux voilés par ce procès « de presse » ne sont d’aucune commune mesure avec la réputation d’une savante, entrée en politique et par là dans la ligne de mire d’un journal que nous ne soutenons guère. Que devient son statut de « scientifique » quand, de peur d’être disgraciée, elle refuse d’étayer ou de réfuter ses dires, mis en cause par un membre de sa corporation ? Tout ça n’est que politique. Cette histoire est certes « inutilement blessante », mais pas pour la plaignante… Elle l’est pour les victimes, exclusivement pour les victimes de mutilations sexuelles. Lillie 43000
À quoi peuvent bien songer à cette heure les patientes qui attendent leur tour dans les cabinets respectifs des docteurs Kavita Shah Arora et Allan J. Jacobs, à Cleveland, Ohio ? Sont-elles en train de feuilleter le dernier numéro du Journal of Medical Ethics, dans lequel ces deux gynécologues américains se déclarent favorables à des excisions « minimalistes », au nom d’un « compromis » permettant de préserver les « traditions culturelles et religieuses » tout en restant civilisé et en pratiquant des honoraires libres ? N’éprouvent-elles pas une légère appréhension au moment de poser les pieds sur les étriers du siège ? Si j’étais une femme, j’y réfléchirais à deux fois avant de confier la santé de mes parties intimes à de tels praticiens… Certes, ces deux experts en « éthique » médicale semblent imbattables en finasseries sémantiques – ils répugnent à employer le terme « mutilation » pour qualifier l’excision, préférant parler d’ « altération génitale » -, mais je doute que le fait de passer un coup de langue de bois sur le clitoris avant de le trancher rende l’opération plus agréable. Ni plus justifiable. Charlie hebdo (0.03.2016)
Jews from Arab countries where FGM  is practiced do not practice FGM. However, major  immigration of Jews from Ethiopia to Israel permit- ted study of this practice. We confirmed the report  that Ethiopian Jews did practice FGM in Ethiopia (17).  Moreover, we reported the dramatic and total cessation  of this custom among this community after immigra- tion to Israel. This study of FGM is one of the few to  combine  anthropological  interviewing  techniques   with physical gynecological examination. Interviews  were conducted in two different absorption centers for  recent Ethiopian immigrants. First we interviewed (18)  six elderly women from the Tigray area and six elderly  women from the Gondar area. They were considered  to be good informants by social welfare staff. Two  young educated translators, one from Tigray and one  from Gondar, were also interviewed. One member of  each group had been a professional female circumciser  (Gherazit)  in Ethiopia (…) All interviewed women agreed that FGM was norma- tive among Jews in Ethiopia. None felt that the custom  was a result of assimilation into Christianity.  (…) y  contrast  with  the   Bedouin, Ethiopian Jews give up FGM immediately on  arrival in Israel. They see themselves a part of a Jewish  society that does not practice FGM. No signs of distress  or nostalgia for the custom were expressed. These data  suggest that cultural change is often a function of iden- tity. Rapid cultural change without evident distress may be possible, if individuals or a group consciously accepts  a new identity. An additional finding in this study, as  in the Bedouin study (3), was a gap between physical  findings and the anthropological report. Although  FGM was normative for all Jewish female infants in  Ethiopia, only about a third had evidence of old genital  scars, and only 27% had clitoridectomy. This illustrates  a well-known phenomenon in anthropology whereby  interviews elicit descriptions of accepted norms that  may reflect behavior of only a minority of individuals in  practice. For instance, interviews of Israeli or American  adults about marriage would yield various normative  customs, although in practice divorce, out of wedlock  motherhood, and adultery are commonplace. It would  be interesting to discover what factors affect whether a  Gherazit  made a major or minor incision in practice,  despite the normative custom of clitoridectomy. This study and its predecessor (3) are among the few  studies of FGM to combine anthropological interviews  with physical examination (19, 20). Most knowledge of  the physical nature of FGM comes from the occasional  cases that reach hospital because of medical complica – tions; these could be only the most extreme forms in  the population. Our study also emphasizes the dangers  of drawing conclusions from interview data only, since  many women are unaware of the anatomical nature of  their own FGM. RH Belmaker (2012)
In the UNICEF’s document (…) the percentage of 91% is given as prevalence of FGM in Egyptian girls and women in reproductive age, that is between 15 and 49 years (…) does not differentiate between Muslim and Christian Egyptian girls and women. (…) Unlike in Islam, FGM has no religious backing whatsoever in Christianity; nonetheless, it’s practiced by Copts, and it has become a social norm within Coptic communities, in the sense that Coptic families that have their daughters cut do that a. because others who matter to them have their daughters cut; and b. and because they believe that others who matter to them think they should have their daughters cut. This is a consequence of assimilation to the dominant Muslim society. (…) The first thing to note is that the prevalence of FGM in the Copts is lower than that in Muslim Egyptian society but, nevertheless, it’s still high: 92% in Muslims and 74% in Copts, a difference of 18%. (…)  56% of Muslim girls and women support FGM while only 22% Copts support it. Coptic boys and men are, too, ahead in their support for the discontinuation of FGM when compared to Muslim boys and men, all aged 15-49 years: Only 20% of Coptic boys and men support FGM while 60% Muslim boys and men support it. (…)  In my opinion, the FGM problem within the Muslim society is religious and social – in the Coptic society the forces that work to sustain it are social and not religious. Dioscorius Boles
Circumcision is a part of the Islamic teachings that were recommended for Muslims, both male and female. The MUI and Islamic organizations in the country firmly stand against any efforts to ban female circumcision. Amrisyah Tambunan (MUI)
I’m happy. My daughter is now clean. Many girls are getting pregnant out of wedlock these days. Circumcision hopefully will prevent my daughter from becoming oversexed, and will make her less amorous when she grows up. Yuli (27-year-old seamstress, Bandung)
Half of girls under 11 years old in Indonesia are circumcised, according to the latest finding by UNICEF, raising awareness and calls for bans on female genital mutilation (FGM) practices in the world’€™s most populous Muslim majority country. It is the first time the global report has included Indonesia on the list, but the country ‘€” combined with Egypt and Ethiopia ‘€” accounts for half of 200 million girls and women in 30 countries that have undergone FGM, the study reveals. (…) According to the data, 14-year-old girls and below represent 44 million of those who have been cut, and Indonesia is among the three countries with the highest prevalence of FGM among this age group, along with Gambia and Mauritania. (…) The practice is common in Jakarta, which is among the 10 provinces with the highest percentage of circumcised girls aged 11 and below, at 68.1 percent. (…) FGM in Indonesia is strongly related to culture and religion. In Gorontalo, girls are circumcised before their third birthday in a traditional ceremony called mongubingu, as proof of their compliance to Islam. Indonesian authorities tried to ban FGM 10 years ago, but the Indonesian Ulema Council (MUI) issued a fatwa saying that female circumcision was part of religious practice. In response, the Health Ministry softened its stance, issuing regulations that said the practice should only be done by medical professionals in a noninvasive way that did not injure girls and women. However, in 2013, the ministry revoked its regulations on female circumcision. The ministry’€™s director general of mother and child health and nutrition supervision, Anung Sugihantono, said the government did not acknowledge female genital mutilation as a medical practice. The reasoning behind it is that the government acknowledges female circumcision only as a part of Indonesian culture, according to him. The government’€™s definition of female circumcision was ‘€œan act of scratching the skin that covers the front of the clitoris without injuring the clitoris’€. The Jakarta Post
Various forms of FGM/C are practised in different parts of  Indonesia. Type I (commonly referred to as clitoridectomy)  and less invasive procedures (Type IV) are the two forms  generally practised in the country. A  fatwa  issued by the  Indonesian Ulema Council ( Majelis Ulama Indonesia  – MUI) 1 in 2008 recommends that female Muslims undergo FGM/C  since it is considered a rule and symbol of Islam. According  to the  fatwa , the practice should be done by eliminating the  membrane (jaldah/colum/praeputium) that covers the clitoris  but that it should not involve cutting, injuring or damaging  the clitoris by either incision or excision. According to the Ministry of Health regulation (Article 1,  paragraph 1 Permenkes 1636/2010), FGM/C is an act of  scratching the skin that covers the front of the clitoris,  without injuring the clitoris. It is cleaning the vulva from  dirt/smegma or mucus that exists between the cover/frenu- lum of the clitoris and the glans of the clitoris. UNICEF
Unlike findings of FGM practices in Africa that tends to ruin almost all female  genital parts, from the cutting of all the clitoris, labia minora, to even stitching the vagina  and only leaving a hole for sexual intercourse, the literature review on FC practices in  Indonesia could not present sufficient evidence of a harmful traditional practice with  sexual, reproductive and psychological health impacts.  This implies that any efforts to  eliminate FC can not be carried out by health and development advocates simply using  legal and international human rights mechanisms related to the concept of women’s equity,  health rights and bodily integrating.   The FC practices in Indonesia  seem to relate to the descriptions in the unclassified type (Type IV) which combines:  pricking, piercing or inc ising of the clitoris and/or labia, stretching of the clitoris and/or  labia, cauterization by burning of the clitoris and surrounding tissue; scraping of tissue  surrounding the vaginal orifice or cutting of the vagina, introduction of corrosive  substances  or herbs into the vagina to cause bleeding or for the purposes of tightening or  narrowing it; and any other procedure that falls under the definition of FGM given above  (WHO, 1998). The existing literature could not present any evidence that FC in Indonesi a is  similar to FC in Egypt and some African countries.  (…) Previous studies in Indonesia confirmed findings from international literat ure that  FC is not a religious requirement for Muslims in Indonesia.  FC is merely the practice of  tradition.  There is no verses in the Qur’an that support FC, however, many associated the  practice with the hadith or sayings in which the Prophet Muhammad  PBUH instructed the  circumciser to  “Cut off only the foreskin (the prepuce or outer fold of skin over the clitoris)  and do not cut off deeply (not cutting the clitoris itself), for this is brighter for the face (of  the girl) and more favorable with husband.”   This hadith is quoted by many Islamic  scholars such as Al – Hakim, Al – Baihaqi, and Abu Dawood.   Most Indonesian Muslim leaders know that, “Circumcision is a commendable act  for men ( sunnah ) and merely an honorable thing for women ( makromah )” (Al – Shawkan i  cited in Badawi, 2002, Salim Al – Awwa, n.d).   Sunnah  includes the words, actions and  approval (or consent) of Prophet Muhammad.  In the context of religious obligation,  sunnah  refers to acts that are commendable but not obligatory.  Therefore, the above hadith  distinguishes male circumcision (MC) as a religious obligatory practice from the non-obligatory of female circumcision (FC) by using the term s unnah.   The existing hadiths  that refer to the removal of a miniscule segment of skin from the female prepu ce clearly  emphasize that FC practice should not provide any harm to the girl-child.  This is merely a  ritual act of tolerance to the pre – Islamic practices (the dark age or  jahiliyah ).  It is clear that  removal of partial or complete clitoris (clitoridectomy) or the entire labia minora, and  medial part of labia majora (infibulation) were never mandated because these acts will  impair a woman’s ability to enjoy sexual relations ( http://www.minaret.org/fgm.htmhttp://www.jannah.org/genderequity/equityappendix.html ).  Unfortunately, individual interpretation in various places has turned this cultural  tradition into a religious doctrine that commands FC as a basic element of religious faith,  similar to the abstention of pork in daily food.  Th ey declared FC practices as a required  act of purification, or a pre – condition to become a Muslim (Ramali, 1951, cited in Feillard  and Marcoes, 1998; Adrina et al, 1998; Tatapangarsa, 1980; Research Team of LSPPA,  1999).  In Limbangan, Central Java, the Is lamic religious leaders perceived that FC is  required by the Islamic law (sunnah  or recommended by the Prophet), a duty for male  believers as well as for the females.  However, the researchers found out that in reality  circumcision was practiced by non – Islamic Javanese too, a practice inherited as a custom  or tradition  (Research Team of LSPPA, 1999).  Feillard and Marcoes (1998) concluded that FC practices in Indonesia were  introduced by Islamic scholars who introduced Islam, because these practices were  p resented only in regions where the majority of the population are Muslim and is non – 10 existent in the areas where non – Muslim ethnic groups live such as the islands of Nias,  Timor, Lombok, Sumba, Flores, Solor, Roti, and among the ethnics of Batak in North  Su matra and Dayaks in Kalimantan. (…) Almost all of the mothers surveyed themselves reported as Islam followers.  They  stated that religious duty was the main reason for practicing FC.  When asked about the  source of such information, they said that the information came from their Islamic teachers  or their parents.  None of the mothers, however, could mention  specific sources or  statements on female circumcision if it were written in the Islamic Holy Book (Al Qur’an)  or the Prophet Guidance (Hadith).  At the same time, many mothers also regarded FC as an  inherited tradition, with inherent cultural value indepe ndent of specific religious obligation.  From in – depth interviews with religious leaders about the basis for FC in Islamic  law, we found that FC had never been an issue in their ‘ dakwah’  and there is no concensus  or ‘ fatwa’  among religious leaders about t he Islamic law or basis for FC.  The law varies  from one  mazhab  to another, from ‘ wajib ’ (obligatory), to ‘ sunnah ’ (recommended but  optional), while some place it at the lowest level of religious duty.  Most of religious  leaders said that not many follower s had ever questioned FC as a subject, and therefore  they seemed to be unprepared to answer questions about FC. (…) Since only households with at least one girl under 19 years of age were included,  the survey encompassed more girl children (2,660) than boys (1,516) from the households  sampled.  The survey demonstrated that circumcisio n among girls and boys is a universal  practice in the study sites.  Across the sites, among all the children aged 15 – 18, 86 – 100% of  the girls and 100% of the boys were reported already circumcised. USAID
91 percent of Egyptian women have had their clitorises forcibly removed. 98 percent of Somalian women have. Bill Maher
It’s a central African problem. Eritrea has almost 90 percent female genital mutilation. It’s a Christian country. Ethiopia has 75 percent female genital mutilation. It’s a Christian country. Nowhere else in the Muslim, Muslim-majority states is female genital mutilation an issue. (…) You know, but this is the problem, is that these kinds of conversations that we’re having aren’t really being had in any kind of legitimate way. We’re not talking about women in the Muslim world. We’re using two or three examples to justify a generalization. That’s actually the definition of bigotry. Reza Aslan
Seven of the top eight countries with very high rates of female circumcision are majority Muslim, including the « almost universal » levels in Somalia, Egypt, Guinea and Djibouti. But Eritrea, as Aslan said, is No. 5 among countries with high prevalence at 89 percent, and it is home to more Christians than Muslims, according to Pew Research’s Religion and Public Life Project. Ethiopia, which is 63 percent Christian and 34 percent Muslim, has a moderately high rate of 74 percent, making it No. 11 on the list. So the countries in which female genital cutting is a practice are mostly Muslim, but they are not exclusively Muslim. Of the 29 countries tracked by UNICEF, 14 are home to more Christians than Muslims. The two Middle Eastern, and predominantly Muslim, countries, Yemen and Iraq, have much lower rates of 23 percent and 8 percent, respectively. Other majority-Muslim countries, such as Saudi Arabia and Iran, are not listed. While it stems from neither Christianity nor Islam, some women in Chad, Guinea and Mauritania report a « religious requirement » as a benefit of cutting. Some communities consider a clitoridectomy — one type of female genital mutilation — as « sunna, » which is Arabic for « tradition » or « duty, » according to the UNICEF report. However, it is not a requirement of the Koran and has been specifically rejected by some Muslim leaders in Egypt. « There are different positions within Islam on the issue, » said Marit Tolo Østebø, a University of Florida lecturer on human rights and culture, global sexuality, and anthropology of religion. « So you would have some Islamic scholars who will say, and might use parts from the hadith, to support that it’s good to do some cutting, but they will often emphasize that it is not an obligation. » (The hadith refers to commentary about the Koran that explains the traditions of the Prophet Mohammad.) However, UNICEF and international groups consider it a « global » problem since it happens in parts of Asia, Europe and North America because of immigration … PundictFact
Of course, correlation does not prove causation. Why there is this relationship between Islam and FGM is a separate question. And certainly the outliers—Senegal, Yemen and especially Niger—suggest that there is no necessary connection between Islam and FGM. So what other factors may be at work? Poverty? Healthcare? Education? Here are some UN development data for the same 28 countries: Gross National Income / capita, life expectancy, years of schooling, and a composite Human Development Index (HDI). Of these, Islam remains the single best predictor. And surprisingly, there is no relationship between FGM and income, life expectancy or development. But there is a negative relationship between education and FGM (-.44) (And schooling is strongly negatively correlated with Islam [-.55]). So who knows, perhaps education is key … Oliver Scott Curry

Cachez cette religion que je ne saurai voir !

A l’heure où rivalisant dans la cécité volontaire entre deux attentats ou actes de barbarie, nos belles âmes et nos beaux esprits nous répètent que l’islam n’a rien à voir avec l’évidente brutalisation qui s’étend progressivement à l’ensemble de la planète …

Et où se confirment les soupçons de financement des attentats du 11/9 par le même Etat qui depuis une cinquantaine d’années inocule le monde avec son idéologie mortifère …

Pendant qu’après nos boutiques de prêt-à-porter, c’est au tour de nos grandes écoles d’initier nos jeunes filles au port ludique du voile alors qu’à Genevilliers on célèbre à sa manière la journée de la jupe …

Et sans parler de l’apologie, par nos propres médecins et au nom du respect des différences culturelles, des « excisions minimalistes » (pardon: de l' »altération génitale« ) …

Qui parle encore …

Hormis peut-être quelques esprits mal tournés à la Bill Maher ou Charlie hebdo …

Des liens jusqu’ici déniés des mutilations génitales et de l’islam ?

Qui prend la peine de regarder derrière les quelques exceptions systématiquement et commodément mises en avant comme l’Erythrée et l’Ethiopie à majorité traditionnellement chrétienne (passée récemment de 63 à 50% pour l’Erythrée) ou le Niger à majorité musulmane

Le cas du plus grand pays musulman du monde avec ses 50 % de jeunes filles au-dessous de 11 ans excisées (68%, bien que d’une forme plutôt « atténuée« , à Jakarta !) ?

Qui  fait l’effort de voir au-delà des chiffres par pays qui peuvent souvent cacher un décalage de pratiques sur place (un pays à majorité chrétienne et à très faible minorité juive – dont les membres l’abandonnent d’ailleurs dès leur arrivée en Israël – comme l’Ethiopie peut quand même avoir plus de musulmans pratiquant l’excision) …

Et derrière la ligne officielle (« rien dans le Coran ») …

La réalité du terrain (les hadiths qui, aussi « faibles » sont-ils censés être, gouvernent probablement en fait la pratique de la  majorité ) ?

Qui  ose encore suggérer …

Mis à part quelque obscur professeur d’anthropologie évolutionniste d’Oxford …

Qu’il pourrait bien y avoir, via le problème de l’alphabétisation des femmes, une surpratique de l’excision dans les pays à dominante musulmane ?

The relationship between Islam and female genital mutilation

Dr. Oliver Scott Curry works on the evolution of morality at the Institute of Cognitive and Evolutionary Anthropology at Oxford. Just to check out Reza Aslan’s claim that female genital mutilation (FGM) was an African rather than an Islamic problem, Curry did a preliminary statistical analysis. As you’ll see below, his results (and he emphasizes again that they’re tentative and need deeper analysis) don’t support the “African Hypothesis”. Note that “rs” is the nonparametric Spearman rank correlation coefficient between two variables, a measure of their association. It ranges from -1 (perfect negative correlation) through 0 (no correlation) to 1 (perfect positive correlation). The statistically significant positive relationship between Islam and FGM is given in his title.

*******

Question: What’s the relationship between Islam and Female Genital Mutilation? Answer: rs=.54

Oliver Scott Curry

Readers of this blog will be familiar with the debate between Bill Maher and Reza Aslan about Islam and female genital mutilation (FGM). Maher has argued that FGM is an Islamic problem, pointing out that: “91 percent of Egyptian women have had their clitorises forcibly removed. 98 percent of Somalian women have.” Aslan countered that it is “empirically, factually, incorrect” to say that FGM is an Islamic problem, rather it is an African problem: “Eritrea has almost 90 percent female genital mutilation. It’s a Christian country. Ethiopia has 75 percent female genital mutilation. It’s a Christian country. Nowhere else in the Muslim, Muslim-majority states is female genital mutilation an issue.”

Who’s right? You can’t tell on the basis of these cherry-picked examples, as you have to look at all of the data. This is not my area… but the data is not difficult to find. We have WHO data on FGM, and Pew data on the prevalence of Islam (and from Wikipedia, Christianity), in 28 African countries (and Yemen as well).

These data [JAC: presented as a plot below] clearly show that there is a large significant positive correlation between the percentage of women subject to FGM, and the prevalence of Islam. Both variables are non-normal, so technically we should report a Spearman’s correlation: rs=0.54, p=.003. The correlation between FGM and Christianity is negative (rs=-0.48, p=.01).

So Aslan is wrong. There is a “factual, empirical” relationship between Islam and FGM. Maher’s examples illustrate this relationship, whereas Aslan’s examples are conspicuous outliers.

Aslan is also wrong to say that “Nowhere else in the Muslim, Muslim-majority states is female genital mutilation an issue”. It would be more accurate to say that we just don’t know whether the relationship between Islam and FGM holds elsewhere because (as far as I can tell) there is no reliable data on FGM outside of Africa. Absence of evidence is not evidence of absence.

Of course, correlation does not prove causation. Why there is this relationship between Islam and FGM is a separate question. And certainly the outliers—Senegal, Yemen and especially Niger—suggest that there is no necessary connection between Islam and FGM. So what other factors may be at work? Poverty? Healthcare? Education? Here are some UN development data for the same 28 countries: Gross National Income / capita, life expectancy, years of schooling, and a composite Human Development Index (HDI). Of these, Islam remains the single best predictor. And surprisingly, there is no relationship between FGM and income, life expectancy or development. But there is a negative relationship between education and FGM (-.44) (And schooling is strongly negatively correlated with Islam [-.55]). So who knows, perhaps education is key.

Like I said, this is not my area. I don’t know how this problem might be solved. (Perhaps a reader of this blog with expert knowledge of FGM can help illuminate the issue, or point to additional data.) But I do know that it won’t be solved by misrepresenting the evidence. As Aslan himself says in the CNN interview: “You know, this is the problem, is that these kinds of conversations we’re having aren’t really being had in a legitimate way. We’re not talking about women in the Muslim world. We’re using two or three examples to justify a generalization. That’s actually the definition of bigotry.”

Voir aussi:

PREVALENCE OF AND SUPPORT FOR FEMALE GENITAL MUTILATION WITHIN THE COPTS OF EGYPT: UNICEF REPORT (2013)
March 12, 2014

I a previous article, I surveyed Egypt’s statistics in respect of the prevalence of and support for female genital mutilation (FGM) as revealed in the UNICEF’s document, published in July 2013, Female Genital Mutilation/Cutting: A statistical overview and exploration of the dynamics of change. The figures given are concerned with Egypt as a whole, and so when the percentage of 91% is given as prevalence of FGM in Egyptian girls and women in reproductive age, that is between 15 and 49 years, it does not differentiate between Muslim and Christian Egyptian girls and women.  Now, I am going to try to find the statistics relevant to the Coptic Christians.

Unlike in Islam, FGM has no religious backing whatsoever in Christianity; nonetheless, it’s practiced by Copts, and it has become a social norm within Coptic communities, in the sense that Coptic families that have their daughters cut do that a. because others who matter to them have their daughters cut; and b. and because they believe that others who matter to them think they should have their daughters cut. This is a consequence of assimilation to the dominant Muslim society.

When the UNICEF published its general figures about Egypt as a whole, it made use of the Egyptian state Demographic and Health Surveys of the years 1995, 2000, 2003, 2005 and 2008; however, when separating figures by religion, it used only the latest DHS 2008. This survey studied some odd 900 individuals. We do not know how many Copts were represented in that sample, and so there are criticisms about its accuracy when it comes to the Copts.  There is a real need to study the Coptic community separately, using large samples, and asking more relevant questions.

But let us use what we have in the UNICEF’s Female Genital Mutilation/Cutting. The first thing to note is that the prevalence of FGM in the Copts is lower than that in Muslim Egyptian society but, nevertheless, it’s still high: 92% in Muslims and 74% in Copts, a difference of 18%.

How many Coptic girls and women aged 15-49 years support the continuation of FGM in comparison to Muslim girls and women of the same age group? 56% of Muslim girls and women support FGM while only 22% Copts support it.

Coptic boys and men are, too, ahead in their support for the discontinuation of FGM when compared to Muslim boys and men, all aged 15-49 years: Only 20% of Coptic boys and men support FGM while 60% Muslim boys and men support it.

This is not to demonise one group over the other but it’s an attempt to study the prevalence of and support for FGM within the Copts, an essential matter for us to know where we stand on FGM. The strategies that one can employ to end FGM must differ to some extent in each group. The problem of FGM in both Muslims and Copts, despite the noticeable difference in prevalence, is huge. Further, the mechanisms by which FGM endures in each community are different. In my opinion, the FGM problem within the Muslim society is religious[3] and social – in the Coptic society the forces that work to sustain it are social and not religious. One hopes that the lesser support for the FGM within Coptic communities, together with the support of the Coptic Church, which clearly condemns the practice[4], and the activism of Coptic civil society, will end this child abuse. The Coptic nationalists strongly condemn it, inter alia, as an alien tradition and a produce of Arabisation and Islamic assimilation[5] that must be resisted by all means.

Our efforts must not undermine the general Egyptian attempt to eradicate FGM from Egypt. Muslim girls and women concern us no less than Coptic girls and women. But by better understanding of the variation in prevalence of and support for FGM within the Muslims and Coptic Christians of Egypt, the causes of its endurance, and the strategies we should employ to tackle the problem, we will be more successful in our common efforts to end this barbaric tradition.

[1] The graph is mine and created on the figures given in UNICEF, Female Genital Mutilation/Cutting (2013), pp. 178-179.

[2] The graph is mine and is based on the figures given in p. 180.

[3] It is not the intention of the writer to talk about the religious support in Islam for FGM but there must be no doubt that Muhammad’s traditions support FGM as is the Shafii School of Islamic Jurisdiction that is widespread in Egypt. The UNICEF report gives a figure of 52% of Egyptian boys and men (15-49 years) and 49% of Egyptian girls and women (15-49 years) who regard FGM as a religious requirement (see p. 73). Again, 72% in DHS 1995, 73% in the DSH 2000, and 72% in the DHS 2003 of ever-married girls and women aged 15 to 49 years in Egypt agreed with the statement that “FGM is an important religious tradition (see p. 95). This, in this sense, let’s agree, is a Muslim problem that needs to be tackled religiously.

[4] The reader is advised to read: The Position of the Coptic Church on Female Genital Mutilation.

[5] For these two processes, go here.

Voir également:

FGM in Indonesia hits alarming level
Anggi M. Lubis and Hans Nicholas Jong
The Jakarta Post
February 6 2016

Half of girls under 11 years old in Indonesia are circumcised, according to the latest finding by UNICEF, raising awareness and calls for bans on female genital mutilation (FGM) practices in the world’€™s most populous Muslim majority country.

It is the first time the global report has included Indonesia on the list, but the country ‘€” combined with Egypt and Ethiopia ‘€” accounts for half of 200 million girls and women in 30 countries that have undergone FGM, the study reveals.

The inclusion of Indonesia on the list, published on Friday, has raised the tally from 130 million circumcised girls and women in 29 countries estimated in 2014, albeit the study claimed that the prevalence of FGM has fallen significantly.

According to the data, 14-year-old girls and below represent 44 million of those who have been cut, and Indonesia is among the three countries with the highest prevalence of FGM among this age group, along with Gambia and Mauritania.

UNICEF Indonesia spokeswoman Kinanti Pinta Karana said the survey indicated that 13.4 million Indonesian girls aged 11 and below might have undergone FGM.

She said the government’€™s involvement in the global report was a good sign of increasing awareness of the practice, which is illegal and deemed a violation of human rights in several countries.

‘€œThis is a significant step toward eradicating the practice because data collection is critical to increase understanding of FGM and what leads to its decline or vice versa,’€ she said.

UNICEF data said prevalence of FGM in Indonesia was generally high in every province, with only Papua, East Nusa Tenggara and Bali recording one-digit percentages of circumcised girls in their respective populations. The practice is common in Jakarta, which is among the 10 provinces with the highest percentage of circumcised girls aged 11 and below, at 68.1 percent.

FGM in Indonesia is strongly related to culture and religion. In Gorontalo, girls are circumcised before their third birthday in a traditional ceremony called mongubingu, as proof of their compliance to Islam.

Indonesian authorities tried to ban FGM 10 years ago, but the Indonesian Ulema Council (MUI) issued a fatwa saying that female circumcision was part of religious practice.

In response, the Health Ministry softened its stance, issuing regulations that said the practice should only be done by medical professionals in a noninvasive way that did not injure girls and women. However, in 2013, the ministry revoked its regulations on female circumcision.

The ministry’€™s director general of mother and child health and nutrition supervision, Anung Sugihantono, said the government did not acknowledge female genital mutilation as a medical practice.

The reasoning behind it is that the government acknowledges female circumcision only as a part of Indonesian culture, according to him. The government’€™s definition of female circumcision was ‘€œan act of scratching the skin that covers the front of the clitoris without injuring the clitoris’€.

National Commission on Violence Against Women (Komnas Perempuan) vice chairwoman Budi Wahyuni said her commission saw the practice as sexual violence toward children and called on the government to be more consistent in regulating FGM.

Budi said they could limit the ability to orgasm, thus it was vital for individuals to gain a thorough understanding of genital cutting before undergoing a procedure.

‘With no sanctions and no visible harms, parents will opt to circumcise their daughters so that they can grow up as a sholihah [pious woman],’€ she explained
INDONESIA – ISLAM
Indonesian Ulema in favour of female circumcision: a « human right »
Mathias Hariyadi
Asia news
01.24.2013

The practice is « recommended » and according to « tradition », although it can not be made compulsory. For the head of the MUI it is within the « human rights » and is « guaranteed by the Constitution. » Judge who « joked » about rape of women risks expulsion from judiciary.

Jakarta (AsiaNews) – The Indonesian Council of Ulema (MUI) is in favour of female circumcision (and men) that, although it can not be considered mandatory, it is still « morally recommended. » This is shown by the words of the leader of the largest Islamic organization in the most populous Muslim country in the world. He warns, however, to avoid « excesses », coming to the removal or cutting of the clitoris. In the meantime, has come under investigation and will be prosecuted by a court « ethical » the judge who, in recent days, he « joked » about sexual violence to women, causing a veritable wave of outrage (see AsiaNews 15/01 / 2013 Ordinary Indonesians against judges and politicians who « justify » sexual violence).

The reference point for Islamic issues (such as the legality of a food and a drink), a « consultor » to the government in matters of faith, the body responsible for issuing fatwas – the answers on Muslim questions of faith and morals – the MUI has taken a position on female circumcision. And by the mouth of his head, Kiai Hajj Amin Ma’ruf, pointed out that it is an »advisable practise on moral grounds », at the same time, he rejects any attempt to declare this practice illegal or contrary to the principles. It comes under the sphere of « human rights, » said the Islamist leader, and is « guaranteed by the Constitution. »

« Female circumcision – said Amin – is commonly practiced by cutting out parts that cover the clitoris » and, at the same time, he invites believers to refrain from « excessive circumcision » that ends up becoming a real mutilation genital. He recalled that the Mui can not make this practice « mandatory », but « strongly rejects » the possible cancellation of this « tradition » which is performed in a « ritualistic ceremony » and also applies to men.

Meanwhile, a committee has called for trial before an « ethical » court for the judge Daming Sunusi. During a question and answer session – in the context of a competition for a few places in the Supreme Court, headed by a parliamentary committee – responding to a question regarding a rape, the judge had stated that « both the rapist because the victim ‘enjoyed’ sexual intercourse . For this reason the death penalty should not be applied to rapists ».

Colleagues have branded the words of the judge Sunusi as « reprehensible », which have outraged the country’s civil society and women’s rights groups, rape and abuse victims. The proposed sanctions include expulsion from the judiciary. Following his statement he has tried to tone down the controversy by saying that it was a « joke » in order to ease the tension of the exam.

Female circumcision not mutilation: Jakarta
Japan Times
AFP-JIJI
Mar 25, 2013

Thrashing wildly, 5-year-old Reta wails as she is hoisted onto a bed during a circumcision ceremony in a school hall-turned-clinic on Indonesia’s island of Java. “No, no, no,” she cries, punching and kicking as her mother cups her tear-soaked face to soothe her.

Doctors cheer encouragingly. One of them gently swipes the girl’s genital area with antiseptic and then swiftly pricks the hood of her clitoris with a fresh sewing needle, drawing no blood. The ordeal is over in seconds.

Doctors say the procedure will have no effect on the girl, her sexual pleasure in later life or ability to bear a child.

“I’m happy. My daughter is now clean,” her mother Yuli, a 27-year-old seamstress who goes by one name, said at a mass circumcision of 120 girls at the Assalaam Foundation’s Islamic school in the city of Bandung.

She believes the ritual will nevertheless have an effect.

“Many girls are getting pregnant out of wedlock these days,” she noted. “Circumcision hopefully will prevent my daughter from becoming oversexed, and will make her less amorous when she grows up.”

Indonesia, home to the world’s biggest Muslim population, argues that this form of circumcision is largely symbolic, not harmful and should not be seen as mutilation.

The U.N. thinks otherwise. In December, it passed a resolution banning female genital mutilation, which extends to the form of circumcision practiced in Indonesia. Procedures such as pricking, piercing, incising, scraping, cauterization or burning that are carried out for nonmedical purposes are classed by the WHO as mutilation, along with practices that alter or remove any part of the genitals. The more extreme practices can lead to severe bleeding, urination problems and complications during childbirth, according to the WHO.

A ritual dating back thousands of years and typically seen in parts of Africa, Asia and the Middle East, its most brutal forms require stitching together the inner and outer labia, or excising all or part of the clitoris.

Indonesia says genital cutting does not take place and that it has worked to eradicate other more extreme circumcisions as it seeks compromise between conforming with international standards and placating cultural and religious traditions. It banned female circumcision in 2006 but backtracked in 2010, arguing many parents were still having their daughters circumcised, often by unskilled traditional doctors who often botched the procedure.

In response to the ban, the Indonesian Ulema Council (MUI), the country’s top Islamic clerical body, issued a fatwa in 2008 allowing the practice but did not make it compulsory.

While no official data is available to measure the extent of the practice in Indonesia, it is common among its 240 million people, according to aid agencies. A 2003 study by the Population Council found that 22 percent of 1,307 female circumcision cases were excisions, meaning part of the clitoris or labia was removed. Of the rest, 49 percent involved incisions while 28 percent were “symbolic.”

Jakarta issued a 2010 regulation allowing “scraping the clitoral hood, without injuring the clitoris” — a practice that is nevertheless defined by the WHO as mutilation — while criminalizing more severe procedures.

Islamic foundations such as the Assalaam Foundation in Bandung say they ditched scissor-snipping for pinpricks. “In the past, we had used one or two doctors and more traditional healers and they used scissors to snip a bit on the hood. We abandoned that method many years ago,” said the foundation’s coordinator, Eulis Sri Karyati.

Health Ministry official Budi Sampurno said Indonesia wants to replace scraping with swiping “with a cotton bud,” hoping the U.N. would not view this as mutilation. Jakarta has not indicated how it would enforce it.

Despite the U.N. resolution, the custom still has deep meaning for Indonesian Muslims and will likely remain, officials say.

Housewife Tita Lishaini Jamilah, 28, said Indonesia should not bow to the U.N.’s ban on the practice, insisting that the ritual was safe. “Why would any parent hurt her child? If any doctor were to mutilate my daughter, I’d be the first to protest,” she said.

L’excision, le cauchemar des Africaines
La pratique de l’excision est en baisse en Afrique, mais n’a pas disparu. Synonyme de souffrance, elle plonge dans la détresse de nombreuses femmes.
Nicole Suzis
Slate Afrique
20.11.2012

Mise à jour du 28 novembre 2012: l’Assemblée générale de l’ONU a adopté le 26 novembre sa première résolution dénonçant les mutilations génitales féminines qui affectent quelque 140 millions de femmes dans le monde.

Ces pratiques, dont l’excision, sont illégales dans une vingtaine de pays africains et en Europe ainsi qu’aux Etats-Unis et au Canada notamment, mais elles n’avaient encore jamais fait l’objet d’une condamnation à un tel niveau dans les instances de l’ONU. Plus de 110 pays, dont une cinquantaine africains, ont soutenu conjointement ce texte qui demande aux Etats membres de «compléter les mesures punitives par des activités d’éducation et d’information».

*****

La femme africaine est pétrie des différentes facettes de sa culture. Elle y est naturellement attachée, qu’elle le veuille ou non.

L’une des facettes de cette culture est l’excision. Certaines femmes l’acceptent malgré elles. Mais elles représentent une minorité. Ces femmes veulent tout simplement respecter les décisions des parents. Ne pas le faire est un sacrilège.

D’autres femmes la rejettent de toutes leurs forces, au grand dam des lourdes conséquences dans les relations familiales.

La majorité des femmes qui subissent l’excision sont de confession musulmane, une infime partie est chrétienne ou animiste. Les femmes en souffrent terriblement dans leur corps et dans leur cœur au quotidien.

Comment est-elle pratiquée?

La pratique de l’excision diffère selon les pays, les villages ou les ethnies. L’âge de la jeune femme varie tout autant: certaines femmes sont excisées avant leur puberté, alors que d’autres le sont après.

L’excision se fait en trois phases: la première est l’ablation du clitoris seul, la deuxième consiste en l’ablation du clitoris et des petites lèvres et enfin la troisième phase, la plus sévère on enlève le clitoris, les petites lèvres et les grandes lèvres. Il ne lui reste qu’un orifice…

Certains témoignages sont édifiants en Côte d’Ivoire où j’ai commencé mon enquête. L’excision est pratiquée chez les Yacouba, les Guéré, les Wobè  et surtout dans le nord. Mais elle est pratiquée aussi dans plusieurs autres ethnies.

Au Bénin, au Mali, en Indonésie ou dans plusieurs pays arabes, les mutilations sexuelles aux femmes sont monnaie courante.

Pour l’honneur de la famille

L’excision a été instituée dans les us et coutumes prétendument pour le salut de la femme. Une femme excisée ne ressent pas de désir sexuel. Son homme peut s’absenter du foyer pendant des années: dix, vingt ans et parfois plus, il est assuré qu’elle ne le trompera jamais. Ce serait pour préserver l’honneur de la femme, de son couple et de sa famille car, une femme divorcée fait la honte à ses parents et toute sa communauté.

K.T est excisée depuis l’âge de 10 ans:

«Un matin, ma mère m’a dit, tu vas être une vraie femme maintenant. Mes tantes et mes parents m’ont offert des friandises et plusieurs autres cadeaux. Puis, on m’emmena chez une vieille femme. Son regard profond et froid m’a fait comprendre que quelque chose de grave allait se passer. Elle donna l’ordre qu’on me tienne fermement, les jambes écartées. J’ai cru que j’allais mourir. Je n’avais jamais eu autant mal… J’ai vu du sang et un pansement. Elle m’a tout enlevé. Le clitoris, les petites lèvres et les grandes lèvres. A 18 ans, je me suis mariée. Ma vie sexuelle est un cauchemar. Je suis mère de quatre enfants, après 15 ans de mariage. Pourtant, pour préserver mon couple, je simule l’orgasme…»

Mme D, imposante femme catholique et professeure d’anglais, mère de trois enfants n’en veut pas à ses parents. Elle fait partie de ces femmes qui ont accepté l’excision pour respecter la tradition. Mais elle a promis de protéger ses filles de cette pratique et son mari la soutient dans son combat:

«Je suis excisée du clitoris et des petites lèvres. A chaque accouchement c’est le calvaire. Pendant les menstrues, les petits morceaux de chair se fragilisent de plus en plus et je suis obligée parfois de mettre un pansement. Lors des rapports avec mon mari, je n’ai aucun plaisir. Lorsque mes copines et moi parlons de l’orgasme, je donne aussi mon avis. Pourtant, je ne sais pas ce que c’est. Pardonnez-moi, mais j’aime mes enfants et je refuse que mon mari prenne une seconde épouse, si je me plains. Je ne fais pas l’amour, je subis l’acte sexuel. A certains moments, mon époux pense que je pleure de plaisir

Une vie dans la souffrance

Le cas de M.K, un jeune mannequin de 28 ans est plus triste. Elle pense souvent au suicide, sa vie n’a plus de sens, selon elle. Pas d’histoires d’amour ni de projets. Elle est introvertie et souffre de son état. Elle a failli mettre fin à ses jours en se tailladant  les veines des deux poignets. Sa sœur l’a retrouvée inanimée, alors qu’elle se vidait de son sang. Aujourd’hui, elle en parle encore les larmes aux yeux:

«Je n’ai connu que trois hommes dans ma vie, pourtant je suis très courtisée. Les hommes me trouvent très belle. Mes collègues pensent que je suis imbue de ma personne et orgueilleuse. Une femme qui attend l’homme parfait, quoi. Mais non, ce n’est pas le cas. J’ai simplement honte que des hommes s’aperçoivent que je suis excisée. Alors je souffre en silence. Je les éconduis, alors que je suis parfois follement amoureuse

Certaines femmes n’ont pas le choix. Elles essayent de trouver ce fameux plaisir dans les bras d’autres hommes tout en préservant leur couple. C’est l’histoire vécue par S.B.,  mariée depuis dix ans:

«Un jour, j’ai franchi malheureusement le pas. J’ai rencontré un homme dans un avion alors que j’allais à Paris pour affaires. Je me suis dit pourquoi pas? J’ai pour la première fois de ma vie connu la jouissance dans les bras d’un homme. Une semaine plus tard, il a su me rendre heureuse. Son épouse est excisée aussi. Il pouvait m’aimer pendant deux ou trois heures. Depuis, je trouve toujours une excuse d’être à Paris. Mon métier me sauve, je suis commerçante. Mes voyages me permettent de retrouver mon amant. Cette relation m’a équilibrée dans ma vie de femme, je me sens plus épanouie. J’aime mon mari et pour rien au monde je ne le quitterais.»

L’excision, «une abomination»

Ces témoignages m’ont poussée à aller plus loin dans ma quête d’informations. J’ai discuté avec Ali, un directeur de banque de 45 ans, marié et père de quatre garçons:

«Ma femme et moi avions beaucoup souffert pendant trois ans. Je n’arrivais pas à lui donner du plaisir. Alors que  moi j’y parvenais à chaque rapport. J’ai donc commencé à pratiquer la retenue: pendant nos rapports, au moment où je sentais que j’allais jouir, je me bloquais volontairement quelques secondes et reprenais de plus belle mon acte d’amour. Un jour, au bout de deux heures, elle y est arrivée. Il faut beaucoup d’amour et de patience pour y arriver. Et surtout de l’endurance. Depuis, notre couple se porte à merveille.»

J’ai poussé mes investigations au Ghana, pays qui a pratiquement les mêmes traditions que le sud de la Côte-d’Ivoire.

Là-bas, quelles que soient les ethnies et les confessions religieuses, l’excision est un sujet tabou. J’étais parfois regardée avec curiosité et servie par un mutisme total. Un jour, j’ai croisé John, pasteur depuis bientôt cinq ans, et lui ai demandé ce qu’il pensait de l’excision:

«L’excision ? C’est une abomination, Madame. Je n’en dirai pas plus. Comprenez-moi.»

Pas un mot de plus.

Vers un bannissement?

C’est finalement par le truchement d’un notable à Accra, qui a bien voulu m’expliquer ce mutisme des Ghanéens sur l’excision que j’ai pu savoir qu’elle était  pratiquée au nord du Ghana.

Les femmes en ont beaucoup souffert et certaines gardent encore psychologiquement des séquelles. A l’instar de plusieurs pays, elle a été interdite depuis plusieurs décennies. Au point qu’aujourd’hui dans ce pays, l’excision ne fait plus partie des conversations. Pour le peuple du Ghana, ce n’est plus qu’un mauvais souvenir. Un très mauvais souvenir…

Dans certains pays africains tel que le Mali, où l’on pratique l’excision, en dehors de la fidélité évoquée comme raison primordiale, j’ai voulu savoir ce qu’on faisait du clitoris. J’ai eu droit à un mutisme total. C’est un secret, m’a-t-on répondu.

Les gouvernants ont pris des résolutions fermes, l’excision est interdite dans leurs différents pays. Les récidivistes sont emprisonnées.

Ces femmes ont finalement accepté de ne plus l’exercer en recevant l’aide de leurs Etats pour qu’elles gagnent leur vie autrement. L’excision tend à disparaître progressivement mais sûrement. Ce qui est souhaitable c’est qu’elle disparaisse à jamais.

Chantal Compaoré, épouse du président du Burkina Faso en a fait son combat. En effet, dans son pays, les mutilations sexuelles faites aux femmes persistent encore.

A la tribune des Nations-unies à New-York, elle a demandé qu’une résolution soit prise très rapidement, afin de convaincre tous les pays où malheureusement l’on note encore des poches de résistance, de la bannir totalement.

Voir également:

Tunisie : le « cyclone salafiste » appelle à l’excision

Il a osé le dire. Rached Ghannouchi, le leader d’Ennahda, le gourou du nouvel islamisme d’Etat, s’est offert une déclaration attendrie et compréhensive sur  ceux qu’il appelle «  les frères salafistes » dans une interview au . Voici des extraits de ses propos, relevés par plusieurs sites d’information tunisiens :

« Nous ne pensons pas que l’approche de l’intimidation et les distorsions pratiquées par certaines forces dites modernistes réussiront à faire plier le phénomène du salafisme en Tunisie. Par contre, nous sommes appelés en tant que Tunisiens à nous adapter aux différents courants et à vivre ensemble dans le cadre du respect mutuel de l’Islam et des vraies valeurs de la modernité »

Le problème est que ce discours, plein d’une pieuse empathie, tombe au plus mal : , invité par plusieurs associations religieuses ( Pour l’apprentissage du Coran, Pour la prédication et autres douceurs bigotes) déclenche un nouveau scandale. L’homme est une star et une télé-star salafiste. Ghanim défend l’excision, l’ablation du clitoris, qu’il qualifie avec ravissement « d’opération esthétique ».

Il appelle à l’application de la charia, ce qui est du reste parfaitement contradictoire avec son goût pour la mutilation des petites filles au rasoir : la charia est affreusement prolixe sur les châtiments corporels. D’autant plus que l’excision n’est mentionnée dans aucune tradition islamique ni dans le Coran. Les textes qui la recommandent sont totalement trafiqués, comme le soulignait le en 1997 pour justifier son interdiction.

De toute façon, l’excision est pratiquée autant chez les Coptes, les chrétiennes d’Egypte, que chez les musulmanes. Cette horreur remonte à la nuit des temps, celle des Pharaons. Jusqu’à aujourd’hui, puisque malgré les lois les filles du Nil n’en sont toujours pas préservées : en 2008, on estimait à 70% le nombre d’Egyptiennes excisées !
Ce combat prioritaire des féministes — là-dessus fermement soutenues par Suzanne Moubarak, l’épouse du Raïs déchu — est aujourd’hui dénoncé par les salafistes, plébiscités à plus de 20% de voix aux législatives en Egypte.

Les Frères musulmans, crédités de 50% des voix à ces mêmes élections, ne sont pas très clairs non plus sur le sujet.
« L’excision, c’est un débat en Islam » m’avait déclaré au Caire en décembre 2011 une candidate du parti Liberté et Justice, la branche politique des Frères Musulmans. Cette « sœur », Omaima Kamel, médecin et m’affirmant être très engagée sur le terrain de la misère féminine. Visage angélique, drapée dans un beau voile bleu, le Dr Kamel bredouillait ainsi avec un embarras manifeste :
«  Bon… Je ne vais pas pousser les gens à l’excision… mais je ne peux pas l’interdire… je ne peux pas dire que c’est un crime… parfois il y a des indications… » Avec de pareilles alliées, les malheureuses Egyptiennes risquent de suivre encore longtemps le chemin du sang et de la honte.

Revenons en Tunisie. Wajdi Ghanim a donc fait sa tournée à Tunis, et dans de nombreuses villes. Les salafistes avaient vu grand pour lui offrir un succès extraordinaire, et tant les voilées intégrales que les longues barbes étaient au rendez-vous. On se demande si les dames en noir, invisibles mais bien présentes, avaient vraiment envie d’être excisées. Etaient-elles seulement au courant de qui les avait manipulé, instrumentalisé, chosifié ?
En tous cas, à l’un des rendez-vous, sous le chapiteau d’ El Kobba, dans la toute proche banlieue de Tunis,
« il y avait au moins 5 000 personnes » constatait .
Tous les observateurs ont également été témoins d’une déferlante de slogans antisémites, dans le style de ceux qui avaient accueilli Ismaïl Haniye, Premier ministre Hamas de Gaza, le 5 janvier dernier, à l’aéroport de Tunis :
« Dehors les Juifs, dehors ! Nous sommes prêts ! »

Saigner les femmes, saigner les juifs : l’horrible bal pornographique des fantasmes intégristes battait son plein.
Mais le lendemain, quel choc ! C’est le sursaut. Les avocats et de nombreuses associations montent un collectif, animé notamment par et qui n’entend pas céder à la suivante. Ils portent immédiatement plainte pour atteinte aux droits élémentaires de la personne humaine, enjoignant le gouvernement de mettre un terme à de tels débordements.

Ils sont appuyés par , qui organise un meeting de mobilisation. Tous ceux qui ont fait la révolution sont dans la salle. Ceux qui en ont récolté les fruits sans prendre une balle ni une grenade lacrymogène, eux, sont au pouvoir. Une rumeur terrible court : il y aurait eu des petites filles excisées après le passage de Wajdi Ghanim. Ce n’est pas encore vérifié.

La révolte paie : le ministre de la Santé, tout islamiste qu’il soit, est forcé de monter au créneau. Il rappelle dans un communiqué les conséquences catastrophiques de l’excision, l’adhésion de la Tunisie aux conventions internationales qui interdisent les mutilations génitales et appelle les médecins tunisien à rejeter formellement cette pratique.
Personne, cependant, que je sache, n’a osé virer manu militari du sol tunisien Wajdi Ghanim, qui devait s’en retourner, repu d’anathèmes et de vivats, ce vendredi dans son Egypte natale.

En revanche, pendant que se déroulait tranquillement sa tournée, on a arrêté pour de bon des « perturbateurs ». Des journalistes, figurez-vous. Ceux du quotidien arabophone qui s’était amusé à mettre en une un footballeur d’origine tunisienne, Sami Khedine, de nationalité allemande, et qui enlaçait sa fiancée à la poitrine sans autre voile que les paumes du bien-aimé. Enfer et damnation ! Directeur, directeur de la rédaction et rédacteur ont été immédiatement déférés au parquet  pour «  trouble à l’ordre public ». Ils risquent entre 6 mois et 5 ans de prison. Montrer la beauté d’un corps de femme amoureuse, c’est un crime dans la Tunisie islamiste. Défendre la mutilation au rasoir du sexe des petites filles, c’est une opinion.

Pour protester contre ce qu’on appelle désormais à Tunis « le cyclone salafiste » et les horreurs qui se succèdent, une manifestation est prévue samedi 18 février, à midi au Bardo. Devant ce même Parlement, dont les révolutionnaires du 14 janvier refusent qu’il devienne la chambre d’enregistrement de la grande régression.

Voir encore:

«Excisions minimalistes»: Pourquoi cette idée de gynécologues américain révolte les associations

SOCIETE Des gynécologues américains ont proposé de pratiquer des excisions qui seraient moins traumatisantes que celles exercées hors du cadre hospitalier…

Audrey Chauvet
20 minutes

23.02.2016

Un « compromis » : c’est ainsi que Kavita Shah Arora et Allan J.Jacobs présentent leur idée d’excision « minimaliste » dans un article paru dans le Journal of medical ethics. Ils pensent qu’une excision bénigne, qu’ils qualifient « d’altération génitale », pourrait concilier la tradition culturelle et la santé des femmes alors que la pratique de l’excision est en forte hausse aux Etats-Unis : 150.000 à 200.000 jeunes filles seraient susceptibles d’y être excisées et ce chiffre a augmenté de 35 % entre 1990 et 2000, d’après les dernières statistiques officielles sur le sujet.

L’excision médicalisée, une fausse bonne idée

Les mutilations sexuelles féminines sont interdites aux Etats-Unis depuis 1996. Mais les excisions clandestines, pratiquées avec des outils rudimentaires, continuent et exposent les fillettes à de graves complications médicales (hémorragies, infections, douleurs, puis plus tard difficultés pendant les rapports sexuels et complications à l’accouchement). Faire pratiquer les excisions par des médecins ne serait pas une meilleure option, estime Isabelle Gillette-Faye, sociologue et directrice du Gams (Groupe Femmes pour l’abolition des mutilations sexuelles) : « En Egypte par exemple, 50 % des excisions sont pratiquées en milieu médical et paramédical, mais même en admettant que ça peut éliminer le risque d’hémorragie et d’arrêt cardiaque, l’excision demeure un traumatisme et les complications à moyen-terme restent possibles. » Une jeune fille de 13 ans est ainsi morte en Egypte en 2013 des suites d’une excision pratiquée par un « convoi médical » qui sillonnait les villages afin d’y exciser les jeunes filles.

Les gynécologues américains estiment eux que des excisions qui n’auraient aucun effet durable sur l’apparence ou le fonctionnement des organes génitaux, ou qui modifieraient « légèrement » leur apparence sans effet durable sur la capacité de reproduction ou l’épanouissement sexuel des femmes seraient tolérables, au même titre que la circoncision, très pratiquée aux Etats-Unis toutes confessions religieuses confondues. « Mais l’excision n’est pas l’équivalent de la circoncision, rappelle Isabelle Gillette-Faye. L’équivalent, ce serait une ablation du gland du pénis. »

Le chirurgien français Pierre Foldes, l’inventeur de la technique de réparation de l’excision, a été confronté à quelques cas de femmes qui avaient été excisées par des médecins: «C’est une catastrophe», annonce-t-il d’emblée. «Ce n’est pas une chirurgie « minimale » car les conséquences en sont dramatiques: certaines femmes peuvent le ressentir très mal, parfois cela conduit à supprimer toute sexualité pour elles. Et ce n’est pas de la médecine de faire des mutilations sur des femmes non consentantes», explique-t-il à 20 Minutes.

« Nous ne laissons pas des gens être « un peu » esclavagistes »

Pourquoi ces deux médecins américains ont-ils jeté ce pavé dans la mare ? Pour éviter des catastrophes dans des familles qui ne sont pas prêtes à abandonner cette pratique, selon eux. Pour le business, selon Isabelle Gillette-Faye : « C’est un moyen pour certains de se faire de l’argent. Ça l’était à l’époque où l’excision était pratiquée aux Etats-Unis sur des jeunes filles américaines, au 19e siècle notamment avec le mouvement des orificialistes [qui excisaient les fillettes coupables de se masturber]. »

Pierre Foldès rappelle que l’excision est aussi un trafic qui doit être dénoncé: «En France, les familles peuvent payer 6.000 euros une exciseuse traditionnelle. Alors qu’on a obtenu que la réparation soit indemnisée par la Sécurité sociale.»

En 2010, des médecins américains avaient déjà avancé une idée pour éviter que les familles n’envoient leurs filles à l’étranger pour être excisée : une piqûre, qui serait administrée par un docteur comme un rituel. La levée de bouclier des associations de défense des femmes avait été unanime. Georganne Chapin, directrice de l’association Intact America, avait déclaré : « Il y a des pays dans le monde où il est permis de battre sa femme, de réduire des gens en esclavage et d’abuser des enfants, mais nous n’autorisons pas ces pratiques dans notre pays. Nous ne laissons pas des gens être « un peu » esclavagistes ou de battre « un peu » leur femme en disant qu’ils le feront de toute façon. »

Voir de même:

Deux gynécologues choquent en proposant des excisions «minimalistes»

POLEMIQUE Dans leur argumentation, les deux spécialistes comparent cette pratique assimilée à une mutilation à la circoncision…

20 Minutes avec AFP

23.02.2016

Limiter des dégâts qu’on ne peut, de toute façon, pas éviter. Telle est, en substance, la position de deux gynécoloques américains qui suscitent la controverse avec leur proposition de rendre possible la pratique d’excisions «minimalistes». Ce type d’opération permettrait de respecter les traditions culturelles sans mettre en danger la santé des femmes, soutiennent ces médecins.

«Nous ne disons pas que les interventions sur les organes génitaux de la femmes sont souhaitables, mais plutôt que certaines interventions devraient être tolérées par des sociétés libérales», écrivent les deux auteurs dans une revue spécialisée, le Journal of Medical Ethics.

Plutôt que de parler de mutilation génitale, ils préconisent d’utiliser le terme «d’altération génitale» pour décrire les différents procédés d’excision et les risques qui leur sont associés. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui a lancé une campagne contre cette pratique, quelque 200 millions de femmes ont été victimes d’excisions dans le monde, principalement en Afrique et au Moyen-Orient.

Une comparaison avec la circoncision

L’intervention consiste en l’ablation totale ou partielle des organes génitaux externes féminins (clitoris, petites et grandes lèvres) et est pratiquée sur des fillettes, parfois très jeunes, et sur des adolescentes pour des raisons culturelles, religieuses, voire sociales. C’est une opération qui peut entraîner la mort de la patiente, en cas de choc hemorragique.

Pour les Drs Kavita Shah Arora et Allan J. Jacobs, tous deux de Cleveland (États-Unis), deux types d’excisions pourraient être tolérées : celles qui n’ont aucun effet durable sur l’apparence ou le fonctionnement des organes génitaux ou celles qui modifient «légèrement» leur apparence, sans avoir d’effet durable sur la capacité de reproduction ou sur l’épanouissement sexuel des femmes. Ils comparent ces interventions à la circoncision masculine qui est légale dans le monde occidental. En revanche, explique-t-ils, toutes les excisions aboutissant à perturber la sexualité et le déroulement de la grossesse ou de l’accouchement doivent en revanche être interdits.

« Une tradition destinée à contrôler les femmes»

Une prise de position qui suscite de très vives réactions dans le milieu médiacal américain. Selon le Pr Ruth Mackin du College de médecine Albert Einstein de New York, «une tradition culturelle destinée à contrôler les femmes, même dans sa forme la moins nocive, doit être abandonnée». Brian D. Earp, un chercheur américain en bioéthique redoute pour sa part que l’autorisation d’excisions «minimalistes» aboutisse à un «fiasco», en multipliant les problèmes légaux, réglementaires, médicaux et sexuels.

Il préconise également une «attitude moins tolérante» face à la circoncision, soulignant que les enfants des deux sexes «ne doivent pas avoir leurs organes sexuels endommagés ou retirés avant qu’ils ne soient en âge de comprendre et de donner leur accord à ce type d’intervention». Le Dr Arianne Shahvisi de l’Université britannique du Sussex estime de son côté qu’une approche minimaliste aurait peu de chance d’aboutir au but recherché «qui est de contrôler l’appétit sexuel des femmes».

Voir aussi:

Brigitte Mauroy: annulation de la condamnation de Charlie Hebdo pour diffamation
Nord éclair
23/11/2011

La Cour de cassation a annulé la condamnation de Charlie Hebdo pour diffamation de l’urologue Brigitte Mauroy, accusée en 2008 par le journal de «justifier» l’excision.

En première instance, à Lille, le journal satirique avait été relaxé. Mais le 29 juin 2010, la cour d’appel de Douai avait infirmé cette décision et condamné le directeur de publication Philippe Val et le journaliste Antonio Fischetti à s’acquitter d’une amende de 2.000 euros chacun. Ils devaient en outre verser solidairement 10.000 euros de dommages et intérêts à la plaignante. Mme Mauroy, nièce de l’ancien Premier ministre socialiste Pierre Mauroy, réclamait plus de 70.000 euros. Charlie Hebdo s’était alors pourvu en cassation. Dans un arrêt rendu mardi, dont les motivations n’étaient pas disponibles, la chambre criminelle de la Cour de cassation a annulé l’arrêt de la cour d’appel de Douai.

Annulation définitive de la condamnation pour diffamation

Cette annulation est définitive. Le dossier n’aura pas à être rejugé par une nouvelle cour d’appel. Dans un article paru le 5 mars 2008, Antonio Fischetti dénonçait quelques lignes d’un chapitre du Dictionnaire de la sexualité humaine (2004) signé par Brigitte Mauroy. L’article était paru quatre jours avant le premier tour des élections municipales à Lille pour lesquelles Mme Mauroy figurait en 2e position sur la liste UMP.

Le journal jugeait que Brigitte Mauroy se rendait « complice de mutilations sexuelles », « par maladresse ou en toute lucidité »

L’urologue écrivait, à propos du capuchon du clitoris, que « ce repli peu développé chez les occidentales est beaucoup plus long chez certaines asiatiques ou africaines, ce qui fait procéder à une circoncision ». Antonio Fischetti l’avait accusée de « se rendre complice de mutilations sexuelles » en légitimant, « par maladresse ou en toute lucidité », l’ablation des clitoris prétendument hypertrophiés. Les juges d’appel avaient estimé que Charlie Hebdo avait porté « atteinte à l’honneur et à la considération » de Mme Mauroy, qui « a toujours fait sienne la lutte contre l’excision et les mutilations sexuelles féminines ».

Voir parallèlement:

à l’attention du Docteur Brigitte MAUROY

Centre hospitalier St Philibert de Lomme

Docteur Gérard Zwang

Mercredi 5 Mai 2004

Madame,

Lisant dans le Dictionnaire de la sexualité (éditions l’Esprit du temps) auquel nous avons collaboré, l’article Vulve que vous avez signé, je me suis grandement étonné de certaines descriptions, sous la plume d’un professeur d’anatomie, de surcroît femme, et dans un ouvrage se voulant à la pointe du progrès scientifique.

Je vous cite mes principales causes de « sursaut » :

– la fourchette n’a jamais uni les grandes lèvres, mais les nymphes, par leur extrémité postérieure : pour former le pli commissural de Jayle. Les grandes lèvres n’ont aucune commissure jointive en arrière, pas plus qu’en avant.

– « l’érection des petites lèvres » à ma connaissance n’a aucun support physiologique, ce qui ne les empêche pas de gonfler au cours du stade en plateau; de même les mamelons ne possèdent-ils aucun appareil érectile : le durcissement de leurs fibres musculaires lisses provoque non une érection, mais le thélotisme, terme consacré.

– pourquoi citer le déplorable Sabatier, qui traite « d’humeur épaisse et jaunâtre » ce qui, chez les femmes bien tenues, ne correspond qu’au sébum le plus normal et le moins répugnant ? Les salles d’eau ont fait des progrès depuis 1791… Quant à nos ancêtres paléolithiques, elles ne vivaient jamais loin d’une eau courante ou lacustre, qui leur permettait les ablutions les plus élémentaires.

– le prépuce du clitoris des abyssines, pas plus que celui des Turques, Bambaras, Malinkés ou Asiatiques ne souffre d’aucune « hypertrophie ethnique » légitimant un « retranchement » qui n’est en fait qu’une excision clitoridienne complète; suivie de la salutaire infibulation, triomphe de « l’intégration symbolique » au groupe ethno-culturel. Cette fable d’anatomie-fiction sert d’excuse aux coupeuses de filles. Les premiers « explorateurs des pays chauds » ont gobé ces inepties, qu’Ambroise Paré et Voltaire ont avalées à leur tour… Il y a quelques siècles. Alors qu’ils n’avaient jamais vu de près la moindre Abyssine ou Turque adulte, et surtout porteuse de son clitoris natif, amputé dès l’enfance. Évidemment les tout dévoués « ethno-psychologues » du style de l’abominable Ehrlich, toujours prêts à venir défendre les plus ignobles mutilatrices, du moment qu’ils peuvent pérorer dans les prétoires, se font l’écho de ces billevesées. Mon Atlas du sexe de la femme (la Musardine, 2001) pourra vous montrer, sur ses 150 photos, des prépuces clitoridiens de toutes les couleurs, mais de conformation rigoureusement identique chez les Européennes, Africaines ou Asiatiques.

Qu’une anatomiste du XXIe siècle cautionne ces racontars « hors d’âge » et donc la légitimation de la « rectification clitoridienne » de millions de fillettes massacrées, m’a profondément choqué.

Il reste à souhaiter qu’une deuxième édition, après le gros succès de l’ouvrage permette de remettre les pendules à l’heure…

Avec mes sentiments confraternels.

Voir aussi:

En mars dernier, nous vous annoncions que la nièce de l’ancien Premier ministre socialiste Pierre Mauroy, colistière du candidat UMP à la mairie de Lille, avait décider d’attaquer Charlie Hebdo en justice, car un articulet d’Antonio Fischetti l’accusait de complicité de mutilation sexuelle. Ce denier, quelques jours avant le procès qui se tient le jeudi 20 novembre à Lille [1], présente dans le journal quelles sont les positions qu’il va défendre (« Polémique clitoridienne », 12/11/08).

En premier lieu, le journaliste affirme que « l’ablation du capuchon est bien une mutilation génitale ». Argument qui repose sur une définition de l’Organisation mondiale de la santé, où l’on peut lire que l’ablation du prépuce est une forme de « clitoridectomie » (ablation du clitoris). Même si « l’ablation de cette partie n’est pas aussi grave que l’excision », concède Antonio Fischetti, « elle n’en reste pas moins moins une vraie mutilation », écrit-t-il.

Second argument, non plus institutionnel mais scientifique, « rien ne prouve que le capuchon clitoridien soit plus long chez certaines ethnies ». Selon le journaliste de Charlie, l’allégation selon laquelle les femmes originaires d’Éthiopie « auraient un capuchon surdimensionné » relève plus du cliché et du préjugé que de la science. Pour cela, il cite un article de revue scientifique sur « l’apparence génitale féminine » qui conclut qu’« il n’y a pas d’association statistiquement significative avec […] l’ethnie », étude mise en balance avec la thèse de « théoriciens de l’excision » qui avancent que la taille du clitoris varierait en fonction du climat.

Troisième point, qui rejoint le précédent, « la taille des organes : argument classique des mutilateurs ». L’excision serait justifiée lorsque le clitoris est « trop saillant », affirment les défenseurs de cette opération. L’Égypte, nous apprend A. Fischetti, vient cependant de passer une loi qui interdit l’excision « … sauf en cas de nécessité médicale ». Reste à savoir de quelle genre de « nécessité médicale » il s’agit, s’inquiète le journaliste. Pour lui, « un seul principe pour lutter contre les mutilations génitales : pas touche au sexe, un point c’est tout. »

« Brigitte Mauroy invoque une citation bibliographique : faux. » Le quatrième argument porte sur la forme. L’urologue a en effet soutenu que sa définition reposait sur un traité d’anatomie. Mais, d’après Antonio Fischetti, puisque « la phrase de Brigitte Mauroy n’est pas entre guillemet et ne renvoie à aucune source, il ne s’agit pas, en toute logique, d’une citation ». Elle ne pourrait donc pas se défausser sur les travaux qu’elle évoque.

Cinquième et dernier argument, « l’argument politicien ». Comme Brigitte Mauroy se présentait sous l’étiquette UMP, l’article de Charlie Hebdo aurait constitué une manœuvre politicienne pour déstabiliser la liste conduite par Sébastien Huyghe à Lille. « La meilleure preuve que ma motivation n’est pas politicienne, écrit le journaliste, c’est que je fais cause commune avec Gérard Zwang, qui est notoirement engagé à droite. » Antonio Fischetti réaffirme, pour conclure, son « opposition à toute forme d’atteinte génitale ».

P.-S.

À (re)lire sur Charlie enchaîné : « Trois affaires judiciaires autour de Charlie Hebdo — Lille : Brigitte Mauroy attaque Charlie Hebdo ».

Ajout du 21/11/08. Suite au commentaire de Mugen, voici un article sur le sujet trouvé sur le site Lille 43000 : « Brigitte Mauroy attaque un journaliste ».

Notes

[1] Le procès a été reporté au 12 février 2009.

Voir également:

« L’organe coupable »*. Ce que le procès Brigitte Mauroy/Charlie Hebdo ne dit pas

En février 2009 s’est tenu à Lille un procès intenté par Brigitte Mauroy contre Charlie Hebdo et son journaliste Antonio Fischetti. L’urologue poursuivait ce dernier pour diffamation à la suite d’un papier publié un an auparavant, dans lequel il affirmait qu’elle se rendait « complice de mutilation sexuelle ». En cause un article de la scientifique, intitulé « Vulve », paru en 2004 et comportant une phrase sur le prépuce du clitoris particulièrement ambigüe. Au final la justice avait tranché en prononçant une relaxe complète. Mais le 25 mai dernier, le procès en appel s’est soldé par une condamnation de Charlie, coupable cette fois d’attenter à « l’honneur et la réputation de la plaignante ». Le plus inquiétant, dans cette histoire, c’est qu’on en oublierait presque le fond du problème : les mutilations sexuelles féminines.

• Dans son article « Vulve » publié en 2004 au sein d’un ouvrage « grand public »[1], Brigitte Mauroy introduit sa description anatomique en expliquant que la connaissance des organes érectiles, « de leur morphologie, leur vascularisation et leur innervation est essentielle pour poursuivre les études physiologiques, et par là améliorer la prise en charge des dysfonctions sexuelles féminines. » Remarque préliminaire louable, qui prend pourtant une autre saveur deux pages plus loin, lorsqu’on apprend que « le capuchon clitoridien ou prépuce », ce « repli, peu développé chez les occidentales est beaucoup plus long chez certaines asiatiques ou africaines, ce qui fait procéder à une circoncision (chez les abyssins notamment) ». Puis rien, à la ligne, on passe à autre chose.

Quelques mois plus tard, Gérard Zwang – autre urologue[2] qui a participé au même ouvrage – adresse une lettre à Brigitte Mauroy pour lui faire remarquer entre autres que « le prépuce du clitoris des abyssines, pas plus que celui des Turques, Bambaras, Malinkés ou Asiatiques ne souffre d’aucune « hypertrophie ethnique » légitimant un « retranchement » » : « Qu’une anatomiste du XXIe siècle cautionne ces racontars « hors d’âge » et donc la légitimation de la « rectification clitoridienne » de millions de fillettes massacrées, m’a profondément choqué. » Mauroy ne répond pas, et la lettre atterrit sur la toile.

Quatre années se sont écoulées avant qu’Antonio Fischetti publie son papier, quelques jours avant les municipales de 2008 et l’élection de Mauroy sur une liste UMP. Partant de la lettre de Zwang, il écrit que « par maladresse, ou en toute lucidité (son refus de répondre plaide pour la seconde hypothèse), Brigitte Mauroy se rend complice de mutilation sexuelle  ». N’ayant pas daigné répondre aux questions du journaliste, l’urologue envoie après coup un droit de réponse. Mais le canard refuse de le publier et elle se décide finalement à porter plainte.

Or le 12 février 2009, en première instance du procès, trois juges – trois femmes – ont estimé que le propos de Brigitte Mauroy « pouvait être objectivement lu comme une justification anatomique de la pratique de l’excision. »[3] Le procureur lui-même, qui demandait la condamnation de Charlie, a déclaré dans son réquisitoire : « Oui, je crois que Mme Mauroy a écrit là un article dont elle se repent et se repentira.  » Hélas, celle-ci n’était pas là pour clarifier ses positions ou revenir sur cette phrase. Le rejet de ses plaintes semblait être « sans appel ».

Mais en appel justement, à Douai en mai dernier, l’urologue s’est présentée à la barre. Et cette fois, la cour – majoritairement masculine – a condamné Fischetti, jugeant qu’il avait « porté atteinte de façon particulièrement indélicate et inutilement blessante à l’honneur et à la réputation de la plaignante »[4]. Autrement dit, ce qu’a fait le journaliste, dénoncer selon le premier jugement une « justification anatomique de la pratique de l’excision », ceci devient en appel « inutilement blessant », « particulièrement indélicat »…

Au-delà de l’objet du procès, la diffamation d’un côté, la liberté de la presse de l’autre, au-delà de la personne de Brigitte Mauroy – qui, cela a été répété plusieurs fois, « milite contre les mutilations sexuelles » –, il est important de disséquer la phrase incriminée par Fischetti et avant lui par Zwang. Car le problème soulevé par ce « petit » procès de presse relève d’une toute autre gravité. Et ses enjeux dépassent largement « la réputation de la plaignante ».

Une phrase à autopsier

Le prépuce, « peu développé chez les occidentales est beaucoup plus long chez certaines asiatiques ou africaines, ce qui fait procéder à une circoncision (chez les abyssins notamment) ».

Littéralement, cette phrase pose la question de sa véracité et de sa scientificité. Est-il exact et vérifié qu’il existe des différences de taille des organes génitaux selon des critères « ethniques » ? Une recherche sur le web permet de répondre par la négative : aucune synthèse n’a été dirigée là-dessus – et encore moins sur le seul capuchon clitoridien –, et établir une « association statistiquement significative » entre dimension des organes génitaux féminins et origine ethnique semble impossible[5]. De plus, quand des observations localisées et empiriques ont été menées, l’hypothèse d’une « hypertrophie ethnique » du clitoris – organe pris au sens large[6] – a été nettement réfutée. Ainsi le « Dr Alfons Huber, un gynécologue autrichien qui a longtemps travaillé en Ethiopie dans les années 60, a examiné personnellement des milliers de femmes éthiopiennes de tout âge. Il n’a jamais constaté une fréquence anormale de cas d’hypertrophie ou de croissance inhabituelle des organes sexuels ou du clitoris. »[7]

En outre ce « beaucoup plus long », cette « hypertrophie » « fait procéder à une circoncision »… Convient-il d’entendre par là que cette hypertrophie est une « pathologie » ? Une anomalie qu’il faut, « chez les abyssins notamment », « rectifier » ? Est-ce qu’il s’agit ici, comme Mauroy le présente en introduction, d’« améliorer la prise en charge des dysfonctions sexuelles féminines » et donc d’opérer pour « raisons médicales » ? Il n’y a, bien entendu, aucune réponse dans le texte. A noter, par ailleurs, que dans le Larousse Médical le terme de « circoncision » concerne uniquement l’« ablation du prépuce » masculin, la posthectomie, pratiquée par un médecin « en pathologie ». Et que le terme « excision », se rapportant quant à lui aux mutilations sexuelles féminines, a pour premier sens : « ablation chirurgicale d’un tissu malade, ne laissant en place que des tissus sains. »[8]

Si l’on tient compte de ces définitions, le mot « circoncision », dans cette phrase, manque cruellement de « scientificité ». Cette « circoncision » en tant que telle, c’est-à-dire pratiquée sur des femmes « asiatiques ou africaines », n’a aucun fondement. Le terme doit être précisé : il s’agit d’une circoncision – ou plutôt d’une excision – dite « sunna » ou « a minima » qui vise juste le capuchon clitoridien, avec ou sans ablation totale ou partielle du clitoris. Le problème étant qu’elle est considérée par l’OMS, le FNUAP et l’UNICEF (donc l’ONU), plusieurs États, de nombreuses ONG, des médecins et militants, comme une mutilation sexuelle de type I appartenant à la catégorie de « la clitoridectomie : ablation partielle ou totale du clitoris (petite partie sensible et érectile des organes génitaux féminins) et, plus rarement, seulement du prépuce (repli de peau qui entoure le clitoris). »[9]

Ainsi il est possible d’interpréter la phrase étudiée comme suit : le prépuce est hypertrophié chez certaines Asiatiques et Africaines – différentes à ce titre des « Occidentales » –, ce qui fait procéder – mais est-ce pour des raisons médicales ? –, ce qui conduit à pratiquer la circoncision dite « sunna » – une mutilation sexuelle selon l’OMS – « chez les abyssins notamment », donc en Éthiopie principalement[10] – où, d’ailleurs, plus de 90 % des femmes déclarent avoir fait exciser leurs filles par une praticienne traditionnelle contre moins d’1 % par un professionnel de la santé (UNICEF).

Un autre problème survient : il n’est vraisemblablement pas possible, au XXIe siècle, en France, qu’une scientifique « de renom », qui publie régulièrement et milite contre les mutilations, puisse écrire en toute conscience « épistémologique » une phrase de ce genre. Car ses mots semblent dévoiler une désagréable part d’« inconscient ». Ils semblent être le reflet quasi « invisible » d’un long processus historique prenant racines dans des temps reculés. En quelques sortes, cette phrase est restée inchangée, figée, immobile, depuis des siècles.

L’« Occidental » fait appel à l’abstraction pour « classifier » les autres. Il partage le monde entre aires « de civilisation », ou plutôt entre l’aire de civilisation et les aires de non-civilisation. D’un côté les « Occidentaux », et de l’autre les « Africains », les « Asiatiques »…. Ce découpage géographique du monde, repris par Mauroy, permet de procéder à un découpage « ethnique » large et peu contraignant lorsqu’il s’agit de « dire » les prétendues différences[11]. Ceci dit, peut-être par souci de nuancer a minima, la phrase nous indique que l’hypertrophie du prépuce ne concerne que « certaines asiatiques ou africaines ». Par contre, il n’est nullement besoin de nuancer « chez les occidentales » qui ne connaissent manifestement pas cette « anomalie ». Inutile de préciser que cette affirmation, elle, suinte d’« occidentalité ». Enfin, on apprend que « chez les abyssins » on pratique cette « circoncision ». Le terme est au masculin, il évoque une pseudo-civilisation « abyssine », la culture du peuple (ou des peuples) abyssin(s). De ce fait, il englobe, encore de façon large et peu contraignante, les ethnies érythréennes, éthiopiennes, etc. ; il les homogénéise[12]. Cette phrase dévoile la manière dont l’« Occident » toise son monde[13].

Cependant moins de « théorique » s’impose ici, car la référence à l’Abyssinie n’a pas été produite par hasard. En effet, c’est dans ce territoire que dès le XVIe siècle des missionnaires jésuites portugais, qui avaient converti la population, ont tenté d’interdire toutes les sortes de circoncision – masculine et féminine. Ils n’agissaient pas par « humanisme » mais pour abolir ce qu’ils croyaient être un rite juif. Aussi se sont-ils heurtés à une forte résistance. Par la suite, rappelle F. Hosken, « les missionnaires se tournèrent alors vers Rome, et appelèrent à l’aide le Collège des Cardinaux de propaganda fide (pour la propagation de la foi) qui dépêcha sur place une mission composée de médecins expérimentés, pour faire un rapport sur la situation.

A leur retour, ces médecins déclarèrent qu’à cause de la chaleur, du climat ou de toute autre cause naturelle, « les parties » des femmes de ces pays étaient exceptionnellement développées. Ce qui provoquait le dégoût chez l’homme, et constituait donc un obstacle au mariage. En conséquence, le clergé catholique autorisa ces opérations, à condition toutefois que les Éthiopiens déclarent « qu’elles n’avaient aucun rapport avec la religion juive ». Le clergé proclama que « tout obstacle au mariage devait être supprimé » et l’excision obtint ainsi la bénédiction papale. »[14] En d’autres termes, il y a 500 ans, l’Église a admis que chez les Abyssins la taille des organes sexuels féminins – « exceptionnellement » développés, faisant « obstacle » au mariage – faisait procéder à une « circoncision ».

Hélas !, cette « bénédiction papale » a visiblement couru les siècles. Un ouvrage « de référence » en anatomie, figurant dans la bibliographie de l’article de Mauroy, nous en donne une idée terrifiante. En 1889, l’anatomiste Léo Testut publiait la première édition de son Traité d’anatomie humaine, republié huit fois jusqu’en 1948. Et – « ironie » de l’histoire ? –, dans son chapitre consacré à la vulve, il écrit exactement – un peu plus d’un siècle, donc, avant Mauroy –, que le « capuchon du clitoris ou prépuce », ce « repli préputial est relativement peu développé dans nos races européennes. Chez certains peuples de l’Asie et de l’Afrique, il atteint une longueur beaucoup plus considérable et l’on sait que quelques-uns d’entre eux, notamment les Abyssins pratiquent la circoncision chez la femme aussi bien que chez l’homme. »[15]

On l’aura compris, la phrase de Mauroy est un plagiat grossier. Une mauvaise copie d’un texte de 1889, dont le propos original est réduit « indélicatement » : le mot « race » – encore heureux – disparaît de la copie, mais chez Testut, il n’est pas écrit « ce qui fait procéder »…

Une phrase indéfendable

Notre intérêt ici ne réside pas dans le procès en tant que tel, mais dans ce qu’il ne dit pas. Nous ne cherchons pas à accuser Brigitte Mauroy, comme le fait Fischetti, et nous répétons qu’elle lui a opposé son engagement contre les mutilations sexuelles. Que cette phrase ait été écrite par elle ou non ne fait aucune différence. Le problème avec cette phrase, ce n’est pas l’« auteur », c’est simplement qu’elle existe, depuis des centaines d’années. C’est qu’elle trouve ses origines dans une « bénédiction papale » du XVIe siècle, et qu’elle est transmise depuis par un quasi travail de copiste, de traité d’anatomie en traité d’anatomie ; jusqu’en 2004… Aussi pour en finir, après avoir autopsié cette phrase, rappelons les arguments portés par Mauroy pour la défendre.

Tout d’abord, l’argumentation de la plaignante souligne le fait que la phrase traite de « circoncision » et non d’excision, donc de mutilation. Comme nous l’avons vu plus haut, cette assertion n’est aucunement fondée. D’abord parce que la pratique en question n’est pas précise, ni précisée ; ensuite parce que la classification qui fait autorité, celle de l’OMS, définit ce type de « circoncision » comme une mutilation. A ce propos, Fischetti raconte que, en appel, quand son avocat « l’interroge là-dessus, Brigitte Mauroy dit qu’il faudrait changer la classification de l’OMS ! » Et toujours selon le journaliste : « il est question, ici, de l’ablation du capuchon clitoridien, le morceau de peau qui recouvre le clitoris. Cette opération, l’urologue lilloise l’appelle « circoncision », car c’est l’équivalent de l’ablation du prépuce chez l’homme (ce qui est vrai). Elle la différencie de l’« excision » en tant qu’ablation du clitoris, et, comme la circoncision masculine est très répandue, Brigitte Mauroy banalise l’ablation du capuchon clitoridien. Dans ses colloques, elle dénonce donc l’ablation du clitoris, mais pas la circoncision du capuchon clitoridien. »[16] Encore faut-il que la « circoncision du capuchon clitoridien » soit effectuée pour « raisons médicales », par des « professionnels de la santé »…

On trouve sur Internet le compte-rendu d’un colloque dans lequel Mauroy est intervenue – organisé en 2006 à Lille par l’association Gynécologie Sans Frontières. En introduction, le gynécologue Richard Matis rappelle que « la circoncision [masculine] est le plus souvent réalisée dans des conditions chirurgicales correctes et les complications revêtent un caractère exceptionnel. Or les mutilations sexuelles féminines n’entrent pas dans ce cas de figure. La circoncision masculine peut être le sujet d’un débat, mais celui-ci se trouve dépourvu de rapport avec la question des mutilations sexuelles féminines. » Lorsqu’une « circoncision du capuchon clitoridien » est opérée à des fins « non médicales », sur des fillettes, il s’agit d’une mutilation sexuelle féminine : c’est le cas « chez les abyssins notamment » où l’on peut franchement douter des « conditions chirurgicales » réunies par les « praticiennes traditionnelles » qui, comme nous l’avons dit, y détiennent un « monopole ». Celui du rasoir qui ne fait aucune différence entre « capuchon », « gland » ou « corps » du clitoris[17]. Il tranche.

Deuxièmement l’urologue et son conseil ont affirmé, en première instance et en appel, que cette phrase est chargée d’une portée historique. Elle serait un rappel de ce qui se faisait/se disait jadis. Certes, les références bibliographiques de son article « Vulve » sont diachroniques, d’un traité d’anatomie datant de 1791[18] aux manuels les plus récents. Et, cela a été dit, la phrase est en réalité une copie d’un texte de 1889. Mais aucune référence n’indique qu’elle est tirée du Testut ou qu’elle se rapporte à telle ou telle époque. De plus, elle n’est pas entourée de guillemets de citation et, plus exactement, est conjuguée au présent, un présent de vérité générale. Il est donc impossible de cerner la moindre analyse diachronique ou de comprendre que Mauroy a « repris » Testut.

A ce propos l’argument entendu en première instance selon lequel l’article en question constitue un texte de vulgarisation scientifique qu’il conviendrait de lire avec plus d’indulgence laisse perplexe. Car vulgariser ne veut pas dire bâcler. Ni plagier. Vulgariser ne permet pas d’oublier la rigueur et la méthode critique. Bien au contraire puisque, par définition, un texte de vulgarisation sera moins soumis aux critiques de la communauté scientifique et plus directement exposé au reste de la société. Il s’agit donc pour son auteur de redoubler de vigilance. D’autant plus lorsque le scientifique aborde une « coutume » mutilatrice, pratiquée sur des fillettes, par des « praticiennes traditionnelles » et chez des peuples qu’il ne connaît pas.

En guise de conclusion

Dans son œuvre sur l’« orientalisme », E. Said écrit qu’« aucun savant […] ne peut résister aux pressions qu’exerce sur lui son pays ou la tradition érudite dans laquelle il travaille », et développe : « Les ennuis commencent quand la tradition corporatiste de l’orientalisme emporte le savant qui n’est pas vigilant, quand sa conscience professionnelle n’est pas sur ses gardes vis-à-vis d’« idées reçues » que lui transmet trop facilement sa profession »[19].

Il semble que l’idée d’un capuchon clitoridien « beaucoup plus long chez certaines asiatiques ou africaines, ce qui fait procéder à une circoncision » fasse partie des tristes « idées reçues » que la « tradition corporatiste » de l’anatomie traîne depuis des siècles. Ce « qui fait procéder à une circoncison », ce n’est aucunement une prétendue hypertrophie ; ce qui fait procéder aux mutilations, c’est uniquement la phallocratie, la misogynie, le sexisme, sur quoi les « Occidentaux » ont plaqué un langage soi-disant médical. En ce sens, il est ô combien nécessaire de critiquer cette idée reçue, de la bannir, de l’« exciser » définitivement. Ce que Brigitte Mauroy, la savante, ne fait pas. Ni dans son article, ni à la barre.

A nos yeux, les enjeux voilés par ce procès « de presse » ne sont d’aucune commune mesure avec la réputation d’une savante, entrée en politique et par là dans la ligne de mire d’un journal que nous ne soutenons guère. Que devient son statut de « scientifique » quand, de peur d’être disgraciée, elle refuse d’étayer ou de réfuter ses dires, mis en cause par un membre de sa corporation ? Tout ça n’est que politique. Cette histoire est certes « inutilement blessante », mais pas pour la plaignante… Elle l’est pour les victimes, exclusivement pour les victimes de mutilations sexuelles. •

* Nous reprenons cette expression à S. Arc (Les lesbiennes, Le Cavalier Bleu, 2006, p. 55) qui explique que dans « le Larousse de 1876, le lesbiannisme est ainsi associé à une hypertrophie clitoridienne, que l’on prétend guérir en pratiquant la résection de l’organe coupable (« clitoridectomie ») ».


[1] P. Brenot (dir.), Dictionnaire de la sexualité humaine, L’esprit du temps, 2004, p. 702.

[2] Zwang s’est fait connaître en 1967 avec son ouvrage Le sexe de la femme, réédité régulièrement depuis.

[3] Charlie Hebdo, 13/07/2010.

[4] Id.

[5] Difficile donc de parler de « normalité » en la matière, J. Lloyd et alii, «  Female genital appearance: ‘normality’ unfolds », BJOG: an International Journal of Obstetrics and Gynaecology, mai 2005.

[6] « Une petite masse cylindrique de tissu érectile et de nerfs, le clitoris est situé à la jonction antérieure des petites lèvres. Le prépuce du clitoris, une couche cutanée, se trouve au point de rencontre des petites lèvres et recouvre le corps du clitoris. La partie exposée du clitoris est le gland du clitoris. », in Tortora et Grabowski, Principes d’anatomie et de physiologie, De Boeck Université, 1994, p. 1008.

[7] F. Hosken, Les mutilations sexuelles féminines, Paris, Denoël/Gonthier, 1983, p. 82.

[8] Larousse Médical, Paris, Larousse, 2002. Le terme d’« excision » a été introduit par les Européens au XIXe siècle par souci de « médicaliser » ce qui était insaisissable à leurs yeux. Les médecins ont vite considéré que chez les femmes une « hypertrophie sexuelle » – ou toutes sortes de prétendues pathologies mentales – était causée par une hypertrophie des organes sexuels. C’est ainsi que l’« excision » a intégré les pratiques chirurgicales d’exérèse « occidentales ».

[9] Classification du Dr Robin Cook, 1995, modifiée en 2007. Ou voir ici.

[10] L’empire d’Éthiopie, aboli en 1975, a été nommé Abyssinie en Europe. « Pendant la majeure partie de son existence, il couvre ce qui est aujourd’hui l’Éthiopie et l’Érythrée ; toutefois, à son apogée, il inclut également le nord de la Somalie, Djibouti, le sud de l’Égypte, l’est du Soudan, le Yémen et l’ouest de l’Arabie saoudite. » (Wikipedia)

[11] Qu’on se souvienne du discours de Dakar, prononcé par Sarkozy en 2007, selon lequel « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire ».

[12] La situation n’est pourtant pas homogène. En Éthiopie, par exemple, on compte 80 ethnies. Et « quelque 80% des femmes éthiopiennes âgées de 15 à 49 ans ont subi une forme » de mutilation, mais « les taux de prévalence sont plus faibles chez les femmes des régions de Tigray (36%) et de Gambela (43%), alors qu’ils atteignent presque 100% dans les régions Somali et Affar. » (UNICEF)

[13] Ce qui, à nos yeux, s’apparente à une forme d’« orientalisme », au sens que lui donne E. Said : « la distribution d’une certaine conception géo-économique dans des textes d’esthétique, d’érudition, d’économie, de sociologie, d’histoire et de philologie ; c’est l’élaboration non seulement d’une distinction géographique (le monde est composé de deux moitiés inégales, l’Orient et l’Occident), mais aussi de toute une série d’« intérêts » que non seulement il crée, mais encore entretient par des moyens tels que les découvertes érudites, la reconstruction philologique, l’analyse psychologique, la description de paysages et la description sociologique ; il est (plutôt qu’il n’exprime) une certaine volonté ou intention de comprendre, parfois de maîtriser, de manipuler, d’incorporer même, ce qui est un monde manifestement différent (ou autre et nouveau) ; surtout, il est un discours qui n’est pas du tout en relation de correspondance directe avec le pouvoir politique brut, mais qui, plutôt, est produit et existe au cours d’un échange inégal avec différentes formes de pouvoirs, qui est formé jusqu’à un certain point par l’échange avec le pouvoir politique (comme dans l’establishment colonial ou impérial), avec le pouvoir intellectuel (comme dans les sciences régnantes telles que la linguistique, l’anatomie comparées, ou l’une quelconque des sciences politiques modernes), avec le pouvoir culturel (comme dans les orthodoxies et les canons qui régissent le goût, les valeurs, les textes), la puissance morale (comme dans les idées de ce que « nous » faisons et de ce qu’« ils » ne peuvent faire faire ou comprendre comme nous). », in L’orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, Éditions de Seuil, 2005 (1978 pour l’édition originale), p. 25.

[14] F. Hosken, op. cit., p. 80-81.

[15] Nous avons consulté L. Testut, Traité d’anatomie humaine, t. 4 (« Appareil de la digestion – Appareil uro-génital – Embryologie »), Paris, Octave Doin éditeur, 1905, p. 778. Mauroy donne en référence de son article l’édition de 1948, la dernière pour laquelle a été associé le nom du « fils spirituel » de Testut, Antoine Latarjet. Testut était mort en 1925.

[16] Charlie, art. cit.

[17] Non seulement il s’agit de quelques millimètres, mais c’est « également l’organe le plus sensible qu’on puisse trouver chez l’être humain avec 8 000 terminaisons nerveuses au niveau du gland » (Wikipedia).

[18] Que Zwang fustige dans sa lettre : « pourquoi citer le déplorable Sabatier, qui traite « d’humeur épaisse et jaunâtre » ce qui, chez les femmes bien tenues, ne correspond qu’au sébum le plus normal et le moins répugnant ? Les salles d’eau ont fait des progrès depuis 1791… Quant à nos ancêtres paléolithiques, elles ne vivaient jamais loin d’une eau courante ou lacustre, qui leur permettait les ablutions les plus élémentaires. »

[19] E. Said, op. cit., p. 303 et p. 351.

Voir de plus:

Les mutilations sexuelles féminines: le point sur la situation en Afrique et en France

Armelle Andro, Marie Lesclingand
Population et Sociétés
octobre 2007

Dans le monde, 100 à 140 millions de filles et de  femmes  ont  subi  une  mutilation  sexuelle.  Ces  mutilations  entraînent de nombreux problèmes de santé, variables  selon le type et la gravité de la lésion (encadré 1). Le  phénomène est présent essentiellement en Afrique sub- saharienne et dans quelques régions du Proche-Orient  et de l’Asie du Sud-Est (Yémen, Indonésie et Malaisie).  Près de 5  % des victimes vivent dans des pays du Nord,  soit  plus  de  6,5  millions  de  filles  et  de  femmes.  Elles  résident principalement dans les pays européens d’im – migration africaine ainsi qu’en Amérique du Nord [1]. Une trentaine de pays d’Afrique concernés En  Afrique,  on  recense  28  pays  où  les  mutilations  sexuelles  féminines  sont  pratiquées.  Le  nombre  de  femmes excisées et la fréquence des différentes formes  d’excision y sont mieux connues depuis le début des  années 1990 grâce à des enquêtes nationales [2]. D’un  pays à l’autre, la proportion de femmes excisées varie  beaucoup,  s’échelon nant  de  1,4  %  au  Cameroun  à  96  %  en  Guinée  au  début  des  années  2000  (carte).  Trois  groupes de pays se distinguent  : les pays où la  grande  majorité  des  femmes  sont  excisées  (plus  de  85  %)  ; ceux où la proportion varie selon l’ethnie, la  catégorie  sociale et la génération, seules certaines fractions de la population étant touchées, et où, au total,  entre  25  et  85  %  des  femmes  sont  excisées  ;  enfin,  les  pays où seules quelques minorités ethniques sont concernées et où la proportion d’excisées est inférieure à 25  %. Les mutilations sexuelles ont généralement lieu sur  les jeunes filles avant l’âge de 15 ans [1, 2]. Les plus fréquemment pratiquées sont de type I et II (encadré 1), les  mutilations de type III étant plus rares et très localisées. La pratique des mutilations sexuelles féminines  est souvent présentée comme la conséquence d’injonctions religieuses, notamment de l’islam. Pourtant, l’excision  était  pratiquée  en  Afrique  bien  avant  l’arrivée  des religions monothéistes et aucun texte religieux ne  permet de la justifier (1). Il n’y a pas de relation entre la  diffusion de l’islam dans un pays et la proportion de  femmes qui y sont excisées et on rencontre tous les cas  de  figures  en  Afrique.  En  Éthiopie,  par  exemple,  les  trois quarts des femmes sont excisées alors qu’un tiers  seulement de la population est musulmane. Dans  l’autre sens, au Niger, seule une toute petite minorité de   femmes est excisée (2  %) alors que le pays est presque  entièrement musulman. En revanche, dans le pays voisin à l’Ouest, le Mali, également musulman, plus de 90  %  des  femmes  sont  excisées.  Quant  aux  pays  voisins  d’Afrique du Nord, l’Algérie, la Libye, mais aussi la Tunisie et le Maroc, l’excision n’y existe pas alors que la quasi- totalité de la population est de confession musulmane. En réalité, le principal facteur du risque de mutilation est l’appartenance ethnique et non la religion, ces  pratiques s’inscrivant traditionnellement dans les rites  d’initiation associés à l’entrée dans l’âge adulte dans  certains groupes ethniques. Ainsi, au Sénégal, musulman à 95  %, et où un peu plus d’un quart seulement des  femmes sont excisées, le groupe ethnique majoritaire,  les Wolofs, ne pratique pas l’excision. Traditionnellement,  elle  n’existe  que  chez  les  minorités,  notamment  les  Peuls, les Toucouleurs, les Soninkés et les Malinkés.

Les mutilations en recul en Afrique

La  pratique  recule  dans  la  plupart  des  pays  depuis  quelques années, même si les changements sont lents  dans certains. Une façon de repérer les évolutions dans  un pays est de comparer la proportion de femmes excisées  parmi  celles  ayant  entre  30  et  49  ans  à  la  même  proportion dans la génération plus jeune, ayant entre  15 et 29 ans (figure 1). Dans la plupart des pays, les femmes les plus  jeunes  sont moins souvent victimes de mutilations que leurs  aînées et ce décrochage générationnel est particulièrement visible dans les pays où l’excision est très répandue,  comme  par  exemple  en  Guinée  ou  en  Érythrée.  En  outre, même dans les pays où l’excision était peu fréquente, la pratique touche encore moins les jeunes générations, à l’exception du Cameroun où il n’y a pas eu  de changements jusqu’ici (figure 1). Le recul dépend beaucoup du degré de mobilisation  des  États  :  si  dès  1952,  les  mutilations  sexuelles  féminines  apparaissent  dans  une  résolution  de  la  commission des droits de l’homme des Nations unies,  ce n’est qu’à partir des années 1990 que des recommandations internationales explicites sont diffusées et il  faut encore attendre 2003 pour que l’ensemble des pays  membres  de  l’Union  africaine  signent  un  protocole  condamnant officiellement les mutilations sexuelles et  les  interdisant.  Des  lois  existent  dans  la  plupart  des  pays mais sont encore rarement appliquées. Par ailleurs, la scolarisation croissante des femmes a  un effet favorable, l’instruction ayant un rôle protecteur  :  dans tous les pays, le risque de mutilation décroît avec  l’augmentation du niveau d’instruction (2) (figure 2).

Les mutilations sexuelles féminines  : le point sur la situation en Afrique et en France

En France, une réalité liée à l’immigration des dernières décennies Initiées dans les années 1960, les migra – tions africaines vers la France se sont  peu  à  peu  féminisées,  et  en  2004,  les  femmes sont majoritaires chez les nou – veaux entrants [4]. Mais la présence de  femmes  excisées  est  un  phénomène  connu depuis près de 30 ans. Dès le dé – but des années 1980, la pratique de l’ex – cision sur des fillettes nées en France a  suscité la réaction des pouvoirs publics  et des associations. La première réponse  apportée par l’État a pris la forme judi – ciaire (3), celle des associations étant  avant tout préventive et informative [5]. Le nombre de femmes concernées  en France reste pourtant mal connu (4).  Les mutilations sexuelles  touchent des  migrantes mais aussi des femmes nées  en  France  de  parents  originaires  de  pays où l’excision est encore pratiquée.  Elle s’est très vraisemblablement per – pétuée en France chez les filles de mi – grants jusqu’au début des années 1980.  Elle a sans doute régressé ensuite, ou a  même été abandonnée dans certaines  familles, les générations les plus récentes  ayant pu bénéficier des campagnes de  prévention  ciblées  sur  les  petites  filles.  Mais  on  ne  dispose pour l’instant  d’aucune donnée nationale sur  ces générations plus jeunes. Le seul chiffrage possible  concerne la population adulte, âgée de 18 ans ou plus.  Moyennant  quelques  hyp othèses,  on  peut  estimer  qu’il  y  a  en  France  en  2004  environ  50  000 femmes  adultes excisées (encadré 2). Pour les femmes et les jeunes filles qui ont subi une  mutilation et qui en supportent aujourd’hui les consé – quences, une politique de prise en charge sanitaire  reste à définir. Récemment, une étape marquante a été  franchie avec la mise au point d’un protocole de chirur – gie réparatrice remboursé par l’assurance maladie (5).  Cette avancée médicale ouvre la voie à la réversibilité  des lésions qu’entraîne l’excision et permet d’envisager  les conséquences des mutilations sexuelles féminines  comme un problème de santé publique. Figure 2 – Diminution du risque d’excision avec l’instruction des femmes 96 98 90 92 78 76 74 47 46 50 30 13 19 16 2,3 2,1 90 92 83 87 64 64 58 23 31 17 19 29 5 3 0,7 0,4 Guinée, 2005 Egypte, 2005 Er ythrée, 2002 Mali, 200 1 Burkina Faso, 2003 Ethiopie, 2005 Mauritanie, 200 1 RCA, 1994-95 T chad, 2004 Côte d’Ivoire, 2005 Sénégal, 2005 Nigeria**, 2003 Bénin, 2001 Ta nzanie, 2004 Niger , 1998 Cameroun, 2004 primaire ou moins secondaire et  supérieur Propor tion d’excisées (% ) parmi les femmes ayant  un niveau d’instruction:  Diminution du risque d’excisio n entre le groupe moins instruit et celui le plus instruit (rappor t de risques (odd-ratio))* Pays et date d’enquête Rappor t de risque s 1 2 3 4 6 5 INED 1 880 7 (A. Andro, M. Lesclingand,  Population & Sociétés , n° 438, Ined, octobre 2007) Lecture  :  en Côte d’Ivoire, en 2005, une femme ayant un niveau  d’instruction  primaire  ou  pas  d’instruction  a  environ  cinq  fois  plus de risques d’avoir été excisée qu’une femme ayant un ni – veau d’instruction secondaire ou supérieur. * Calcul  :  voir figure 1.  ** Voir note 2 dans le texte. Source  : Enquêtes démographiques et de santé et calculs des auteurs.. Propor tion :  supérieure à 85 % entre 25 et 85 % inférieure à 25 % Excision non pratiquée INED 1 890 7 République démocratique du congo Angola Namibie Botswana Zimbabwe Mozambique Zambie Malawi Comores Tanzanie Ouganda Kenya Somalie Madagascar Swaziland Lésotho Afrique du Sud Ethiopie Ér ythrée Dijbouti Nigeria Cameroun Guinée Equatoriale Rwanda Burundi Gabon Congo Centrafrique Soudan Egypte L ybie T chad Niger Algérie Maroc T unisie Sahara Occ. Mauritanie Mali Burkina Faso Ghana Ghana Bénin Côte- d’Ivoire Liberia Sierra Leone Guinée Guinée- Bissau Gambie Sénégal Cabinda  Carte – Proportion de femmes de 15 à 49 ans ayant subi des mutilations sexuelles selon le pays d’Afrique (situation au début des années 2000) (A. Andro, M. Lesclingand, Population & Sociétés , n° 438, Ined, octobre 2007) (3) La France est le premier pays européen à avoir intenté des procès  dès 1979  : les mutilations relèvent de l’article 222 du code pénal sur  les violences. Les peines encourues par les parents et les personnes  pratiquant  la  mutilation peuvent  aller  jusqu’à  20  ans  de  réclusion  criminelle. En outre, dans le cadre de la protection de l’enfance, les  professionnels sont soumis à un devoir de signalement (article 223-6  du Code pénal). (4) Les deux seules estimations du nombre de femmes excisées en  France  remontent  à  plus  de  quinze  ans,  à  une  époque  où  la  popu – lation  originaire  d’Afrique  sub-saharienne  était  moins  importante  qu’aujourd’hui. L’une, en 1982, estimait qu’«  environ 24  000  femmes  et  fillettes  étaient  excisées  ou  menacées  de  l’être  (pour  les  plus  jeunes)  »   ; la seconde, en 1989, évaluait à «  environ 27  000 la popula – tion féminine à risque  » [5]. (5) Actuellement, une dizaine d’hôpitaux et de cliniques proposent  l’opération, principalement en région Île-de-France. 4 résumé Dans le monde, 100 à 140 millions de femmes ont subi  une mutilation sexuelle. Habitant principalement en  Afrique sub-saharienne, 5 % vivent dans les pays euro – péens d’immigration africaine ainsi qu’en Amérique du  Nord. Dans les pays d’origine, la situation varie, certains  pays pratiquant massivement l’excision, comme la Guinée, où 96 % des femmes sont excisées, et d’autres, pres – que pas, comme le Niger,  où seulement 2 % des femmes  le sont. L’excision est par ailleurs en recul  dans ces pays.  La France compterait en 2004 autour de 50 000 femmes  adultes  excisées.  Une  enquête  est  en  préparation  pour  mieux connaître les conséquences de ces mutilations afin  d’améliorer la prise en charge sanitaire de ce problème.

RÉFÉRENCE S [1]   OMS  –  «  Female  genital  mutilation  –  new  knowledge  spurs optimism  »,  Progress in Sexual and Reproductive Health  Research , n°  72, 2006, 8 p. [2]    Y oder  P. Stanley, A bderrahim  Noureddine et  Zhuzhuni Arlinda – Female Genital Cutting in the Demographic and  Health Surveys  : A Critical and Comparative Analysis, ORC  Macro, Calverton, Maryland, ( DHS Comparative Reports n° 7 ),  2004, 65 p. [3]   UNICEF  –  Female  genital  mutilation/cutting  :  a  statistical  exploration , New York, UNICEF, 2005, 58 p. [4]  Borrel  Catherine – «  Enquêtes annuelles de recensement  2004  et  2005,  près  de  5  millions  d’immigrés  à  la  mi-2004  »,  Insee Première , n°  1098, août 2006, 4 p. [5]   Gillette -F aye  Isabelle –  La polygamie et l’excision dans  l’immigration africaine en France, analysées sous l’angle de la souf – france sociale des femmes , Villeneuve d’Ascq, Presses universi – taires du Septentrion, thèse de doctorat en sociologie, Paris 7,  2002, 352 p. Les mutilations sexuelles féminines  : le point sur la situation en Afrique et en France Tous les numéros de  Population & Sociétés  sont accessibles sur le site de l’Ined : http://www.ined.fr L’État continue de s’engager dans la lutte contre les  mutilations sexuelles à travers le renforcement de l’arsenal  juridique  [5]  et  par  la  prise  en  compte  de  cette  question dans le plan national «  Violences et Santé  » (6).  Dans le cadre de ce plan, une enquête nationale Exci – sion et handicap (ExH) est en préparation  : elle permet – tra u ne meilleure con naissance des conséquences  sanitaires, sociales et psychologiques des mutilations  sexuelles et débouchera sur des propositions pour la  prise en charge des femmes mutilées vivant aujourd’hui  en France. La prévention de l’excision chez les fillettes et les  jeunes filles vivant en France reste essentielle, et doit  continuer à être soutenue par les pouvoirs publics. Les  excisions sont désormais rarement pratiquées sur le sol  français, les filles étant excisées lors de séjours tempo – raires dans le pays d’origine de la famille, ou suite à des  reconduites.  La  prévention  passe  par  une  protection  accrue lors de ces déplacements. (6) Plan prévu par la loi du 9 août 2004, relative à la politique de santé  publique, visant à limiter l’impact des différentes formes de violence  sur la santé. Tous les numéros de  Population & Sociétés  sont accessibles sur le site de l’Ined :  http://www.ined.f r (1) La définition retenue pour la population de femmes originaires d’un pays à risque est très restrictive  : seules les femmes dont le père  et  la mère sont  originaires d’un pays à risque sont comptabilisées. Encadré 2 Nous avons estimé dans un premier temps l’effectif de femmes âgées de 18 ans et plus vivant en France et immigrées ou filles d’immigrés  d’un pays à risque, où les mutilations sexuelles sont encore pratiquées (1). Nous avons utilisé pour cela l’«  Étude de l’Histoire Familiale  »,  enquête complémentaire au recensement de 1999, réalisée auprès de 380  000 hommes et femmes, en actualisant à la hausse l’effectif de  1999 avec les données publiées jusqu’à ce jour par l’Insee [4].  Le nombre de femmes excisées parmi elles a été estimé en fai – sant  l’hypothèse  que  dans  chaque  sous-groupe  de  femmes  origi – naires d’un même pays à risque, la proportion d’excisées était la  même que dans le pays concerné (carte). On a cependant distin – gué les femmes nées au pays (8 sur 10) de celles nées en Europe  (2 sur 10). Et, au sein des premières, celles arrivées en France  après 15 ans de celles arrivées avant, pour tenir compte du fait que  les  mutilations  sexuelles  féminines  sont  essentiellement  pratiquées  avant l’âge de 15 ans. Sous l’hypothèse haute, le risque de mutilation est le même quel  que soit le lieu de naissance  : on applique les taux de prévalence à  toutes les femmes originaires d’un pays à risque. Sous l’hypothèse  moyenne, on suppose que le risque de mutilation est nul pour les  femmes nées en Europe  : on applique les taux de prévalence uni – quement aux femmes originaires et nées dans un pays à risque.  Enfin, sous l’hypothèse basse, on considère que seules les femmes  arrivées en France après l’âge de 15 ans ont été soumises au ris – que. Si l’on retient l’estimation moyenne, environ 53  000 femmes  adultes vivant en France en 2004 auraient subies des mutilations  sexuelles féminines (schéma). Combien de femmes adultes excisées en France ? (A. Andro, M. Lesclingand,  Population & Sociétés , n° 438, Ined, octobre 2007) Schéma – Estimation du nombre en 2004 de femmes adultes,  vivant en France, victimes de mutilations sexuelles fémnines Femmes originaires d’un pays à risque : Femmes non excisées Femmes excisées nées en Europe avant l’âge de 15 ans Arrivées en France : après l’âge de 15 ans nées dans un pays à risque * * * Hypothèse basse : 42 000 * Hypothèse moyenne : 53 000 Hypothèse haute : 61 000 INED 19 00 7

Pour lutter contre l’excision en France, il importe de mieux connaître la population de femmes concernées et les pratiques dans les pays d’origine, africains principalement. Armelle Andro et Marie Lesclingand nous expliquent que la situation varie d’un pays d’Afrique à l’autre, ceci indépendamment de la reli – gion. Concernant la France, elles tentent une évaluation du nombre de femmes ayant déjà subi cette mutilation sexuelle et annoncent une enquête pour mieux connaître les conséquences de cette pratique, afin d’améliorer la prise en charge de ces femmes. Les mutilations sexuelles féminines : le point sur la situation en Afrique et en France Armelle Andro* et Marie Lesclingand** * Université Paris 1 et Institut national d’études démographiques. ** Université de Nice et Institut national d’études démographiques. Éditorial – Les mutilations sexuelles féminines : le point sur la situation en Afrique et en France Une trentaine de pays d’Afrique concernés – p. 1 • Les mutilations en recul en Afrique – p. 2 • En France, une réalité liée à l’immigration des dernières décen – nies – p. 3 – Encadrés 1 : Les différents types de mutilations sexuelles féminines et leurs conséquences sur la santé des femmes – p. 2 • Encadrés 2 : Combien de femmes adultes excisées en France – p. 4 Octobre 2007 (1) Les églises protestantes sont actives depuis plusieurs décennies dans la lutte contre les mutilations sexuelles alors que l’église catho – lique s’est rangée dans les années 1990 derrière les engagements pris par la communauté internationale. Récemment, lors d’une réunion internationale à l’Université d’al-Azhar du Caire en 2006, de hauts représentants religieux sunnites ont émis une fatwa déclarant que les mutilations sexuelles féminines étaient infondées en droit musulman et appelant à lutter contre ces pratiques. 2 INED

Population & Sociétés n° 438, octobre 2007 Figure 1 – Proportion de femmes excisées parmi les 30-49 et les 15-29 ans dans quelques pays d’Afrique Guinée, 2005 Egypte, 2005 Er ythrée, 2002 Mali, 200 1 Soudan, 1990 Burkina Faso, 2003 Ethiopie, 2005 Mauritanie, 200 1 RCA, 1994-95 Tc had, 2004 Côte d’Ivoire, 2005 Sénégal, 2005 Nigeria, 2003 Bénin, 2001 Ta nzanie, 2004 Niger , 1998 Cameroun, 2004 30-49 ans 15-29 ans Diminution du risque d’excision entre les femmes de 30-49 ans et celles de 15-29 ans (rappo rt de risques (odd-ratio)) * Pays et date d’enquête Propor tion d’excisées (% ) parmi les : 98 96 94 92 90 82 80 73 48 45 44 30 23 21 18 2,6 1,5 93 96 85 92 89 73 70 70 40 45 40 27 17 14 13 2,0 1,4 Rappo rt de risque s 1 2 3 4 6 5 INED 18 70 7 P ays où la plupart des femmes sont excisées (groupe I) Pays où entre 25 et 85 % des femme s sont excisées (groupe II) Pa ys où moins de 25 % des femme s sont excisées (groupe III) (A. Andro, M. Lesclingand, Population & Sociétés , n° 438, Ined, octobre 2007) * Calcul du rapport de risques (odd-ratio) : dans un premier temps, le rapport entre l’effectif des femmes excisées et l’effec – tif des femmes non-excisées a été calculé pour chaque groupe d’âge. Le rapport pour les femmes de 30 à 49 ans a ensuite lui- même été rapporté à celui pour les femmes de 15 à 29 ans, le résultat étant un rapport de rapports. Celui-ci indique le sens des évolutions. S’il est égal à 1, le risque d’excision est iden – tique pour les femmes de 15 à 29 ans et pour les femmes de 30 à 4 9 ans. S’il est supérieur à 1, le risque a diminué pour la génération plus jeune, le facteur de diminution étant indiqué par la figure. Source : Enquêtes démographiques et de santé et calculs des auteurs. (2) Au Nigeria, les femmes instruites sont plus fréquemment excisées que celles qui ne le sont pas. Ce résultat étonnant vient de ce que seuls les Yoruba et les Igbo pratiquent l’excision dans ce pays. Or ces deux groupes ethniques sont localisés dans le sud du pays, région beaucoup plus urbanisée que le Nord, et où l’instruction est plus développée. Les différents types de mutilations sexuelles féminines et leurs conséquences sur la santé des femmes L’Organisation mondiale de la santé (OMS) distingue quatre types de mutilations sexuelles féminines : – type I : excision du capuchon, avec ou sans excision partielle ou totale du clitoris, – type II : excision du clitoris, avec excision partielle ou totale des petites lèvres, – type III : excision partielle ou totale des organes génitaux ex­ ternes et suture/rétrécissement de l’orifice vaginal (infibulation), – type IV : autre (piqûre, perforation ou incision). Les conséquences pour la santé des femmes sont liées au type de mutilation pratiquée. L’OMS les classe en trois catégories : – les conséquences médicales à court terme, telles que la dou leur, les hémorragies, le risque de rétention urinaire, les infec tions et l’état de choc consécutif à l’événement, – les conséquences médicales à long terme, comme les infec tions pelviennes, la stérilité, les difficultés menstruelles et les problèmes pendant la grossesse et l’accouchement (déchirures périnéales plus fréquentes et souffrances fœtales), les fistules vésico ­vaginales ou recto ­vaginales entraînant des problèmes d’incontinence, – les conséquences psychologiques, mentales et sociales comme l’altération de la sensibilité sexuelle ou les complications psychia triques (angoisses, dépression). Source : OMS, 2006 Encadré 1 3 INED Les mutilations sexuelles féminines : le point sur la situation en Afrique et en France Population & Sociétés n° 438, octobre 2007

Voir de plus:

L’Excision des filles au regard de l’Islam

Dr. Mohamed Salim Al-Awwa, Secretaire Géneral des Ulemas Musulmans

L’EXCISION DES FILLES AU REGARD DE L’ISLAM

ECRIT PAR DR. / MOHAMED SALIM AL-AWWA
SECRETAIRE GENERAL DE L’UNION MONDIALE DES ULEMAS MUSULMANS

pour « The National Council for Childhood and Motherhood » (Egypt), preparé pour la Conférence de Djibouti

Question (1) : Est-ce que l’excision des filles est un précepte de l’Islam et ceci conformément à des hadiths rapportés par le Prophète ?
Réponse (1) :
La Charia tire ses principes dans ses sources originales et authentiques, à savoir : le Saint Coran, la Sunna authentique du Prophète, le Consensus (Al-Ijma’) répondant aux conditions bien précises de la science de la méthodologie juridique, l’Analogie(Al-Qiyas) répondant également aux conditions d’authenticité.
Aussi, si nous souhaitons connaître l’avis de la Chari’a sur la question concernant l’excision des filles, nous devons d’abord commencer notre recherche dans le Saint Coran, puis dans la Sunna, puis le Consensus puis étudier dans quelle mesure il est possible d’appliquer l’Analogie.
– Le Coran ne contient aucun texte faisant allusion, ni de près ni de loin, à l’excision des filles. De même, il n’y a aucun consensus sur un arrêt légal (hukm char’i) concernant cette question, tout comme aucune analogie ne peut s’y appliquer,
– En effet, c’est dans la Sunna que cette question puise sa légitimité basée sur une interprétation de certains hadiths attribués au Prophète (PBSL). Toutefois, il n’existe aucun texte authentique justifiant un arrêt légal sur une question aussi importante concernant la vie humaine,
– Et selon la science, ce type de hadiths ne peut être pris en considération, seul les hadiths authentiques pouvant faire force de loi.
Les hadiths concernant l’excision :
Premier hadith, le plus répandu :
On rapporte que le Prophète (PBSL) a dit à « Umm ‘Atiya », une femme qui pratiquait l’excision des filles à Médine :
« Ô Umm ‘Atiya, coupe légèrement et n’exagère pas (ashimmi wa-la tanhaki) car c’est plus agréable (asra) pour la femme et meilleur (ahda) pour le mari ».
–         Ce hadith a été rapporté par Al-Hakim, Bayhaqi et Abu Daoud avec des versions similaires et avec une chaîne faible, comme l’a indiqué Al-Hafidh Zen Al-Din Al-‘Iraqi dans son analyse de « La revivification des Sciences de la Religion » écrit par Al-Ghazali (148/1),
–         Abu Daoud a fait le commentaire suivant sur le même hadith dans son recueil avec une version différente de la précédente : ce hadith a été rapporté par Abdallah Bin ‘Amru de Abdoul-Malik avec le même contenu et la même chaîne de transmission, mais ce hadith n’est pas authentique, il est de type « mursal » (la chaîne de garants n’est pas fiable), et son rapporteur Mohamed Bin Hassaan Al-Koufi n’est pas connu, par conséquent ce hadith est faible,
–         L’Imam Shamsel-Din Al-Haqq Al-‘Adhim Al-Abadi a, dans son commentaire du texte de Abu Daoud, écrit ceci : « le hadith est donc faible en raison de son irrégularité et parce que son rapporteur, Mohamed Bin Hassaan Al-Koufi n’est pas fiable. Ibn ‘Adi et Al-Bayhaqi ont confirmé comme Abu Daoud l’identité obscure du rapporteur, mais Al-Hafidh Abel-Ghani Bin Saïd a, quant à lui affirmé ceci : « le rapporteur s’appelle en fait Mohamed Bin Said tué pour apostasie. Aussi, Mohamed Bin Hassaan ou plutôt Mohamed Bin Said Al-Masloub est un menteur et les savants disent qu’il a inventé quatre mille hadiths qu’il a attribués au Prophète (PBSL). L’Imam Ahmed rapporte qu’il a été assassiné et crucifié par Al-Mansour pour athéisme (zandaqa).
–         Les contemporains ont rassemblé les chaînes de transmission de ce hadith mais toutes sont faibles et ne font pas force de loi. D’ailleurs, le savant Mohamed Lutfi Al-Sabbagh (Professeur des Etudes Islamiques à l’Université de Riyad en Arabie Saoudite) a, dans sa thèse sur l’excision affirmé ceci : « Prends plutôt l’avis de ces deux grands que sont Abu Daoud et AL-Bayhaqi qui l’ont jugé de faible et ne considère pas ceux qui l’ont authentifié par la suite ».
L’Imam Shamsel-Din Al-Haqq Al-Adhim Al-Abadi avait affirmé ceci : « en fait, la question de l’excision des filles a été rapportée dans plusieurs textes mais tous ces sources sont faible et peu fiables, qui ne peuvent faire en aucun cas force de loi ».
Aussi, le hadith de « umm ‘atiya » n’est en aucun cas valable.
Deuxième hadith :
Il est rapporté d’après le Prophète (PBSL) :
« La circoncision est une sunna pour l’homme et un honneur pour la femme »
–         Al-Hafidh Al-‘Iraqi a, dans son analyse de « La revivification des sciences de la Religion » affirmé que ce hadith est également faible. Les Imams Al-Bayhaqi, Ibn Abi Hatim et Ibn Abdal-Ber l’ont précédé dans ce même avis. D’ailleurs, l’ensemble des chaînes finissent par Al-Hajjaj Bin Artat qui n’est pas digne de confiance,
–         Al-Hafidh Ibn Hajr a aussi confirmé la faiblesse de ce hadith dans son livre « résumé de l’œuvre de l’actualisation des hadiths de Rafi’i) et repris les propos de Al-Bayhaqi disant « c’est un hadith faible et de transmission discontinue », ainsi que les commentaires de Ibn Abdal-Ber dans « introduction à la sémantique et aux chaînes de garants dans le Muwatta’ », a fait savoir que sa chaîne de transmission comprend un rapporteur indigne de confiance,
–         Al-Hafidh Abi Omar Bin Abdel-Ber avait écrit dans son livre « introduction à la sémantique et aux chaînes de garants dans le Muatta’ » : que ceux qui se basent sur le hadith de ce Ibn Malih pour rendre l’excision sunna ont tort, puisque le texte est rapporté par Hajjaj ibn Arta’a qui n’est pas digne de confiance, contrairement au consensus des musulmans sur la circoncision des garçons.
Aussi, ce texte ne peut faire force de loi car c’est un texte faible attribué à un rapporteur peu crédible en matière de transmission de hadiths, par conséquent on ne peut s’y référer pour justifier un arrêt légal concernant une sunna, un miracle, ou même un acte recommandable lequel est également un arrêt légal qui doit être basé sur une preuve authentique.
Ceci ne veut surtout pas dire que ce cas est isolé, au contraire, il existe d’autres hadiths comme celui d’umm ‘atiya , sauf que ceux qui se sont basés sur ces preuves ont avancé des interprétations se contredisants et rendant ces hadiths encore plus faibles.
Supposant que ce hadith soit acceptable – même s’il ne l’est pas – il ne peut y avoir de comparaison possible entre la circoncision des garçons et l’excision des filles car cette dernière n’est pas sunna, mais peut être makrumah « honorifique ». Et même si c’était le cas (makrumah), cette pratique était courante bien avant l’Islam, et l’Islam l’aurait adoucit par ces termes « coupe mais n’exagère pas » comme cela a été rapporté dans le hadith faible.
Certaines femmes de mérite ont relevé une contradiction dans le hadith même, disant que le début du texte contredit la fin : en effet, le début du hadith encourage l’excision et la fin reconnaît que le fait de garder une partie du clitoris est « plus agréable (asra) pour la femme et meilleur (ahda) pour le mari ». Or si tel est le cas, pourquoi ne pas le garder entièrement, parfaire la beauté de la femme et satisfaire le mari. Par ailleurs, le hadith ne peut supporter une autre interprétation autre que celle-ci, à supposer qu’il soit authentique.
Si le Prophète avait voulu mettre au même niveau la circoncision des garçons et l’excision des filles,
il aurait tout simplement dit « La circoncision est une sunna pour l’homme et pour la femme » ou « La circoncision est une sunna » de façon à en faire un arrêt légal général.
Tout ce raisonnement confirme les dires de l’Imam Ibn Al-Moundhir, un des grands savants du 4ème Siècle de l’Hégire « il n’existe aucun texte instituant l’excision ni aucune sunna à suivre ».
D’ailleurs, le savant et professeur Mohamed Rachid Rida a repris ces dires pour répondre à une question qui lui a été posé par le journal « Al-Manar ».
L’Imam Al-Chawkani dit à ce propos: “le hadith en soit ne peut être retenu comme preuve puisqu’il ne traite même pas le thème en question. Quant au terme « sunna », il a un sens plus large aux « yeux des législateurs (Allah et Son Messager) », par rapport aux juristes. De plus, il n’existe aucune obligation claire en ce qui concerne la circoncision des garçons même s’il est convenu que c’est une sunna. C’est le cas pour le reste des autres normes de la « fitra » (Réf : Neyl Al-Awtar), 1/135).
Le savant, Cheikh Sayid Sabeq a, dans son livre intitulé « la jurisprudence » confirmé que « les hadiths sur l’excision des filles étaient tous faibles ».
Troisième hadith :
Ce Hadith a été rapporté par Abdallah Bin Omar que lors d’un discours le Prophète a ordonné aux femmes des Ansars de faire la circoncision, mais c’est un hadith faible. Al-Chawkani dit à son propos : « dans la chaîne de transmission avancée par Abi Nou’am, un rapporteur de hadiths, on retrouve Moundil Ibn Aliqui qu’ est peu fiable, quant à la chaîne des garants avancée par Ibn ‘Adiy, on retrouve Khaled Bin ‘Amrou Al-Qarachi qui est moins crédible.
Quatrième hadith :
Dans la Sunna authentique, on retrouve un hadith rapporté par ‘Aïcha et remontant jusqu’au Prophète (PBSL) : « si les deux parties circoncises «(al-khitan) se rencontrent, les grandes ablutions s’imposent », on retrouve ce hadith dans le « Muwatta’ » de Malik, dans le « Sahih Muslim », Thirmidi et Ibn Maja le citent également ainsi que les auteurs des autres recueils de hadiths.
–         Les termes pris comme preuve ici sont « les deux parties circoncises ». En effet, certains peuvent avancer ces arguments pour légitimer l’excision puisque le Prophète a bien spécifié qu’il existe des parties circoncises chez l’homme comme chez la femme,
–         Or il n’existe aucune preuve dans ces mots légitimant l’excision des filles, car en langue arabe, il est possible de généraliser un terme pour désigner des choses similaires, en utilisant le terme le plus connu, le plus fort, le plus simple ou le plus puissant et l’on retrouve dans les dires des savants par exemple :
–         les deux Omars( pour désigner Abu Bakr et Omar), les deux lunes
( le soleil et la lune), les deux feux( également le soleil et la lune, or la lune n’émet aucune lumière mais reflète simplement celle du soleil), les deux ‘ichas soirs ( la prière du maghreb et celle de ‘icha), les deux dhouhrs ou midis (prières de midi et après midi),les deux noirs (les dattes et l’eau) alors que l’eau n’a aucune couleur. Les arabes avaient l’habitude de faire prévaloir le plus fort ou le plus capable dans la dénomination de façon générale, ils ont par ailleurs appelé le père et la mère « parents » sur le même principe, dérivant le mot à partir de « père ».
–         Nous retrouvons le même cas de figure dans Coran : sourate Al-Fatir, verset 12 : « Les deux mers ne sont pas identiques, celle-ci est potable, douce et agréable à boire, et celle-ci est salée, amère. » , la 1ère est la rivière et la 2ème la véritable mer, dans ce cas la mer prévaut sur la rivière car elle est plus imposante.
–          Parfois, c’est le féminin qui prévaut, par exemple « les marwatan » pour désigner « safa et marwa » à la Mecque, ou les deux ors « l’or et la soie », la couleur de l’or étant plus éclatante. Ces méthodes sont donc très courantes dans la langue arabe.
Par conséquent, le terme « khitan » ne peut être avancé comme preuve pour légitimer l’excision des filles puisqu’il n’a été utilisé que dans cette figure de style où le plus fort, c’est-à-dire l’homme ici, prime sur le plus faible qu’est la femme. De plus, le hadith en question évoque les grandes ablutions et ne parle pas du tout de la circoncision. Quant aux ulémas, ils interprètent ce hadith, toujours dans le sens des grandes ablutions et ne rendent celles-ci obligatoires qu’en cas de pénétration et ne s’arrêtent pas au touché. Or si le hadith n’a même pas été considéré dans son sens littéral pour le cas qu’il est sensé traiter, à savoir les grandes ablutions, comment peut-on aller loin dans son interprétation et lui attribuer d’autre notion.
Cinquième hadith :
On le retrouve dans les deux grands recueils et il est également rapporté par Abou Daoud, Al-Thirmidi, Al-Nissa’i, Ahmed et Malik dans son « Muwatta’ » : Abou Hourayra a rapporté du Prophète ceci : « la fitra consiste en cinq (normes que Dieu inculque à sa création) ou cinq appartiennent à la fitrah : le rasage du pubis, la circoncision, la coupe des moustaches, l’épilation des aisselles et la taille des ongles »
D’après Aïcha et d’autres compagnons, les normes de la « fitra » vont jusqu’à dix dont le fait de raser les moustaches et laisser pousser la barbe.
Ce hadith ne peut être considéré comme une preuve de l’institution de l’excision des filles puisque le fait de couper les moustaches et laisser pousser la barbe concerne uniquement les hommes. D’ailleurs, le hadith concernant la fitra a été rapporté par Malik, d’après Yahya, d’après Saïd : le Prophète Ibrahim (PBSL) fut le premier circoncis et tous les savants ont été unanimes à ce propos. Ibn Abdel-Bar a, dans son « introduction » rappelé que cette pratique a été observée par l’ensemble des Prophète et qu’en aucun cas il n’était permis à l’homme de l’outrepasser. Quant à l’excision des filles, il l’a rejetée.
Par conséquent, on ne peut se baser sur certains de ces hadiths pour prétendre que l’excision des filles fait partie de la fitra, car seul la circoncision a été évoqué dans ces derniers et le terme « khitan » en arabe ne fait référence qu’à la circoncision des garçons et les ulémas sont unanimes là dessus. En ce qui concerne l’excision des filles, le terme de « khitan » n’y est utilisé que dans le cadre de figure de style et non parce qu’il comprend le même sens, le terme « khifadh » serait plus approprié car il comprend le sens de diminution, de réduction.
Le fait que le Prophète(PBSL) n’ a pas excisé ses quatre filles est une preuve suffisante que l’excision n’est pas un précepte de l’Islam, car si c’en était un le Prophète (PBSL) aurait été le 1er à l’appliquer sur ses filles.
Ainsi, on ne trouve aucune trace dans la sunna authentique justifiant cette pratique, et tous les arguments avancés se basent sur des hadiths faibles ne pouvant justifier un arrêt légal. Par conséquent, cette pratique n’est qu’une tradition parmi tant d’autres que l’Islam a laissé au temps et à la science de réglementer et interdire.
Deuxième question
les écoles juridiques avancent des avis différents sur cette question, par exemple d’après l’Imam Chafi’i : « la circoncision est obligatoire pour l’homme et la femme », d’après l’Imam Ahmed Bin Hanbal : « la circoncision est obligatoire pour l’homme mais elle est honorable makrumah pour la femme », d’après l’Imam Abi Hanifa et l’Imam Malik « la circoncision est une sunna pour l’homme et makrumah pour la femme ». Aucun n’a interdit l’excision des filles. Aussi, ne peut-on pas conclure que sa pratique est permise puisque aucun ne l’interdit ?
Deuxième réponse :
Les Ulémas en jurisprudence conviennent que la science de la jurisprudence pratique est une science qui se base sur des preuves claires tirées des textes du Saint Coran, de la Sunna authentique, du consensus avec ses conditions définies par la jurisprudence et de l’analogie répondant également aux conditions bien définies.
Quant au jurisconsulte, il doit avoir, en plus d’une connaissance pratique de la jurisprudence et de la Chari’a, une connaissance du contexte dans lequel il évolue, enseigner, donner des avis et juger les gens conformément à ce contexte.
Les jurisconsultes sont des êtres humains qui se sont spécialisés dans les sciences de la Chari’a pour en tirer des lois concernant les affaire des musulmans. Mais les avis des jurisconsultes ne peuvent être considérés comme « la Chari’a même », ni constituer une preuve en matière de « religion ». C’est plutôt, une démarche qui consiste à comprendre les textes religieux pour les rendre pratique dans la réalité. Elle n’est donc pas infaillible. Cette démarche peut être sujet à l’erreur. Le jurisconsulte est rétribué dans les deux cas, s’il voit juste, il aura une double récompense et s’il commet une erreur, il obtient une récompense(pour l’effort).
D’ailleurs, l’Imam AL-Chafi’i reconnaît lui-même : « mon avis est juste et peut être sujet à l’erreur et l’avis des autres est faux mais peut devenir juste ».
Par ailleurs, tout ce qui se trouve dans les livres de la jurisprudence ne relève pas de la « religion », tels que les questions concernant la médecine, la nourriture, l’habillement, etc..
– Nous retrouvons un bel exemple illustrant cela : il s’agit du cas de la fécondation des palmiers. Le Prophète (PBSL) a, dans un premier temps interdit aux musulmans de pratiquer cette méthode, les musulmans se sont conformés aux instructions du Prophète mais la récolte n’ a pas été fructueuse et le Prophète (PBSL) a reconnu : « vous connaissez mieux (que moi) vos affaires temporelles ».
Ainsi, il a marqué une nette différence entre ses instructions concernant les questions ayant trait à la religion et le dogme et les questions relatives à la vie d’ici-bas.
Aussi, partant de ce principe, le jurisconsulte doit laisser les gens pratiquer ce qui leur convient du moment que cela ne contrevient pas à un texte authentique.
Quant aux questions concernant la médecine dans les recueils de hadiths et les livres de jurisprudence, elles ont trait au monde profane. Par conséquent, le jurisconsulte n’est sollicité qu’une fois que la science et la médecine aient statué sur une question précise, car c’est au savant et au médecin de définir la réalité et l’avis du jurisconsulte se base sur celui du médecin et non le contraire.
Si nous appliquons les règles précitées, seule une personne répondant au profil du jurisconsulte devra se penche sur une question aussi sensible et délicate touchant de très près la vie de nos filles et leur avenir, afin de mieux les guider et les orienter, et non au profil du prêcheur, exégète ou spécialiste du hadith.
De plus, celui-ci devra avoir une excellente connaissance des différentes sciences islamiques – notamment la jurisprudence et sa méthodologie – en plus d’une connaissance approfondie de la tradition en question, tant sur ses origines historiques, que ses raisons sociales et culturelles, mais également la réalité scientifique sur la fonction des parties enlevées et la perte du plaisir légitime reconnu par la religion. Le jurisconsulte pourra émettre un avis après avoir réuni tous ces éléments et non en se basant sur des considérations populaires.
Or l’avis médical sur cette question est bien clair : l’ablation d’une partie ou de la totalité des organes génitaux externes de la femme constitue une atteinte à l’intégrité physique de celle-ci et la priver du plaisir sexuel. Par conséquent, ceci est une pratique sociale visant à assujettir la femme et limiter ses droits.
Troisième question : Le fait de prouver que les hadiths concernant l’excision des filles sont faibles, n’est pas assez pour interdire cette pratique, étant donné que certains prétendent qu’il est tout à fait possible de suivre des hadiths faibles du moment qu’ils appellent à l’éthique et aux bonnes mœurs ?
Troisième réponse :
Ceux qui utilisent ces arguments font allusion aux pratiques louables et non pas aux pratiques humiliantes et laissant des séquelles physiques et psychologiques sur les êtres humains comme ceci est le cas pour l’excision.
De plus, le fait d’interdire l’excision des filles conformément aux principes de l’Islam ne se base pas uniquement sur la réfutation des hadiths relatifs mais c’est une logique basée sur plusieurs points :
Premièrement : la compréhension scientifique et sociale du phénomène et non les propos populaires, à savoir :
1-     définition scientifique de cette pratique,
2-     les fonctions naturelles des parties en question chez la femme,
3-     les conséquences médicales et psychologiques que cette pratique engendrent chez la fillette et la femme plus tard,
4-     les raisons sociales, c’est à dire quelles sont les raisons qui poussent la famille égyptienne à pratiquer l’excision de leurs filles.
Deuxièmement : l’avis du jurisconsulte basé sur une compréhension de ladite pratique tant sur le plan scientifique que social. A partir de cette démarche, il promulgue un arrêt légal tiré des sources authentiques, à savoir le Coran ; la sunna, l’analogie, etc..
Premièrement :
1- la compréhension scientifique de l’excision des filles :
* la définition scientifique : il s’agit de procéder à l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme :
La définition scientifique est différente de la définition courante dans le milieu des praticiens qui prétendent enlever une partie « excédante » de ces organes, et le terme « partie excédante » suppose que celle-ci n’a aucune fonction et que sa présence peut entraîner des problèmes de santé , alors que la définition scientifique précise qu’il s’agit d’organes, et le terme organe signifie tout ensemble de cellules nourries par les veines sanguines et traversées par des nerfs, remplissant des rôles vitaux pour l’organisme humain.
* les fonctions naturelles de ces organes selon les médecins :
– protège les autres organes du vagin,
– émet des sécrétions facilitant le rapport sexuel et augmentant le plaisir charnel de l’homme et de la femme,
– réalise la jouissance sexuelle chez la femme – légitime sur le plan religieux et humain – de façon naturelle,
– oriente le liquide urinaire vers l’extérieur sans contact avec le corps et assure par la même occasion l’hygiène de cette partie du corps.
2- LES CONSEQUENCES MEDICALES, PSYCHOLOGIQUES ET SOCIALES CAUSEES PAR L’ABLATION DE CES PARTIES :
En se basant sur tout ce qui précède , nous pouvons mesurer les conséquences médicales et psychologiques de l’excision des filles, à court et à long terme comme l’ont fait par ailleurs les livres de médecine, à savoir :
Sur le plan de la santé :
• la femme est privée d’une partie ou de la totalité des fonctions naturelles assurées par ces organes, et cela en fonction du type d’excision pratiquée,
• la petite fille puis la femme plus tard subie des complications sanitaires dont elle souffrira tout au long de sa vie.
Sur le plan psychologique et social :
• l’excision est en soi une expérience douloureuse pour la petite fille pouvant lui causer des problèmes psychologiques, telles que ; la peur, l’angoisse, la perte de confiance en soi et dans les parents,
• la fillette garde une image dénigrante de sa personne, considérée comme un être irresponsable et incapable de respecter son corps, de le préserver et de maîtriser son comportement grâce à ses principes religieux, sa raison et sa conscience. Et, qu’il faut par conséquent, procéder à l’ablation de ses organes génitaux pour l’obliger à observer une bonne conduite. De cette façon, nous inculquons de mauvais enseignements à nos filles aussi bien sur le plan individuel que collectif, d’autant plus que ces derniers sont complètement faux.
3- Pourquoi les familles égyptiennes excisent leurs filles, et quelles sont les croyances et les traditions qui favorisent sa perpétuation ?
Les chercheurs ont conclu que l’excision des filles était une coutume sociale soutenue par un ensemble de traditions ancestrales – n’ayant aucune preuve scientifique – dont les plus importantes sont les suivantes :
• l’excision contribue à la réduction de l’instinct sexuel chez la jeune fille et la femme mariée, par conséquent, elle aide à préserver la chasteté et l’honneur,
• la femme non excisée est très exigeante sur le plan sexuel, alors que la femme excisée est plus calme et moins exigeante, pouvant préserver l’honneur de son mari en cas de maladie ou d’absence. Tout cela pour garantir le bonheur et la satisfaction du mari et le rassurer sur le bon comportement de sa femme,
• les croyances légendaires concernant l’importance et le rôle de ces organes génitaux : à savoir que l’excision aiderait la jeune fille à mûrir et la préparerait au mariage la rendant plus féconde,
• l’excision est une opération esthétique et hygiénique la débarrassant de parties impures et laides.
Deuxièmement :
– la lumière de ce qui a précédé, nous pouvons exposer les principes de l’Islam pour réfuter cette coutume ancestrale :
• il n’existe aucune preuve, dans le droit musulman, instituant l’excision des filles en tant qu’obligation, sunna ou même makrumah comme nous l’avons démontré plus haut,
• la valeur de corps en Islam et les autres religions célestes, ainsi que le droit de chaque individu (homme ou femme) de jouir d’une âme et d’un corps saints, conformément au hadith du Prophète (PBSL) « ni nuisance ni préjudice ».
Ce hadith interdit à tout musulman et musulmane de porter préjudice sur soi-même ou sur les autres. Toutes les sciences nouvelles et l’expérience humaine ont démontré que l’ablation des organes génitaux de la femme la privant d’une partie vitale de son corps et des fonctions nécessaires à l’organisme que ces derniers assuraient, lui causaient des conséquences médicales et psychologiques tout au long de sa vie.
Par conséquent, il est impossible de tolérer ce préjudice conformément à la Chari’a car Dieu dit dans la sourate Al-Nissa’, verset 29 « Et ne vous tuez pas vous-même » et dans la sourate Al-Baqara, verset 195 « et ne vous jetez pas par vos propres mains dans la destruction ». Or il est évident que c’est un grand dommage et même une sorte de crime moral, de priver la femme de son droit à la jouissance à cause de cette tradition obsolète attribuée sans preuve à l’Islam.
3-interdiction de changer la création de Dieu :
Dieu dit dans Son Saint Coran, sourate Al-Tiin verset 4 « Nous avons certes créé l’Homme dans la forme la plus parfaite », est-ce que les gens viendraient prétendre que l’excision est une opération esthétique pour la femme comme si Dieu a créé le corps de la femme avec des défauts qu’ils se chargeraient de corriger. A Dieu n’en plaise !!!
Au contraire, l’excision est une transformation et déformation de la création de Dieu par la blessure et l’amputation.
De même, le Prophète a interdit de déformer la création de Dieu en maudissant « les transformateurs de la création de Dieu ». Le Coran considère comme péché l’amputation d’une partie des organes même des animaux. D’ailleurs, c’est le pacte que Satan s’est fixé pour détourner les êtres humains du droit chemin en les incitant à changer la créature de Dieu.
Dieu dit dans le Coran, sourate Al-Nissa’ verset 119 « Dieu l’ayant maudie [Le démon dit] : Oui, je prendrai un nombre déterminé de tes serviteurs; je les égarerai et je leur inspirerai de vains désirs; je leur donnerai un ordre, et ils fendront les oreilles des bestiaux; je leur donnerai un ordre, et ils changeront la création de Dieu. Et quiconque prend le diable pour allié au lieu d’Allah, sera, certes, voué à une perte évidente ».
4- les enseignements de l’Islam confirment le droit de la femme à jouir de sa relation conjugale :
Les enseignements de notre religion nous invitent à respecter la relation sexuelle entre l’homme et sa femme, et confirment le droit de chacun des partenaires à réussir cette relation. Or celle-ci est vouée à l’échec si un partenaire jouie et non l’autre. Elle devient purement sexuelle (physique)et favorise l’égoïsme, ce dont l’Islam nous interdit.
Les croyances que nous avons héritées de nos ancêtres concernant cette relation glorifie le droit de l’homme à la jouissance et n’évoque pas la femme. Aussi, ces idées se sont-elles perpétuées au fil des temps au sein de nos sociétés, au point d’associer l’excision de la femme au bonheur de l’homme et sa jouissance.
L’Islam reconnaît le besoin de l’homme et de la femme et considère la recherche du plaisir sexuel comme étant un droit naturel. Le rôle de la religion n’étant pas de combattre les normes de la nature (fitra), mais de les réglementer et assurer la réalisation du plaisir dans un cadre légal. L’Islam s’est effectivement intéressé à cette question et appelé au respect de cet aspect afin de permettre à la femme de bénéficier de son droit à la jouissance autant que l’homme.
Le Coran garantit à la femme ce droit dans la sourate Al-Baqara verset 223 « Vos épouses sont pour vous un champs de labour, allez à votre champ comme (et quand) vous le voulez et oeuvrez pour vous-mêmes à l’avance. », c’est à dire préparez vos femmes avec des avances et des préliminaires de façon à ce que la femme puisse apprécier et jouir.
On trouve dans la sunna « si l’un de vous approche son épouse, qu’il l’aborde avec des préliminaires jusqu’à ce qu’elle ressente la même chose que lui, puis qu’ils s’unissent », « et si l’un deux vous s’unie avec son épouse, qu’il la fasse jouir, après l’acte, qu’il ne se détourne pas jusqu’à ce qu’elle obtienne également satisfaction ».
Or comment pourra-t-elle le faire si elle est privée des organes qui remplissaient cette fonction vitale dans son organisme ?
L’Islam a donc respecté les sentiments de la femme, contrairement à ces traditions que nous avons héritées de nos ancêtres et qui l’ont dénigrés au point de les écraser.
5-Les enseignements de l’Islam rejettent les croyances sociales poussant la société à pratiquer l’excision des filles :
Ainsi, l’Islam rejette les croyances qui poussent les familles à pratiquer l’excision de leurs filles. Par conséquent, ceux qui prétendent que la femme est un corps sans esprit, ou qu’elle n’a pas de personnalité, ou encore que le désir sexuel chez la femme est vingt cinq fois plus puissant ( !!!) n’avancent aucune preuve logique e scientifique allant dans ce sens. De plus, ces allégations vont à l’encontre des enseignements et des principes de l’Islam, notamment le hadith suivant « les femmes sont les sœurs des hommes ». Ce texte rejette de façon catégorique toutes ces allégations.
La femme, tout comme l’homme a des sentiments, des désirs, elle est douée d’une raison et d’une conscience lui permettant de préserver les principes de la religion et respecter son corps et sa chasteté. Elle dispose de tous les moyens pour devenir pieuse préservant les principes de Son Seigneur dans toutes ses affaires.
Certains ont prétendu que « l’excision était une façon d’ordonner et de contrôler les ardeurs de la femme », ce qui est contraire à la science, qui prouve que la source du désir de la femme est le cerveau et non les organes. Le comportement sexuel de la femme est comme celui de l’homme, qu’il soit bon ou mauvais, il est provoqué par le cerveau qui transmet l’ordre aux organes, ces derniers ne faisant qu’obéir. En effet, le corps ne fait qu’obéir aux instructions du cerveau et cela dans tous les besoins de l’être humain (nourriture, sommeil, sexe, etc….). Par conséquent, ce ne sont pas les organes génitaux externes de l’homme ou de la femme qui suscitent le désir ou définissent le comportement sexuel.
L’excision de la femme ne peut donc aider celle-ci à contrôler son désir ou son comportement sexuel. Ce comportement est le même chez la femme excisée et la femme non excisée, il ne peut être régulé que par les bonnes mœurs, l’éducation de la famille dans laquelle cette dernière évolue.
Par contre, le dérèglement ne survient que chez la femme excisée en raison de l’ablations des organes naturels qui sont désormais privé de leur fonction naturelle.
En Islam, la pureté, la chasteté et la préservation sont des valeurs requises chez la femme tout comme chez l’homme. Aussi, l’éducation, l’enseignement des bonnes mœurs et la crainte de Dieu sont les meilleurs garants pour préserver l’homme et la femme.
Quatrième question : La règle étant que tout est permis, puisqu’il n’y a pas de texte qui l’interdit, l’excision est donc permise selon la famille et le tuteur de la fillette ?
Quatrième réponse :
En effet, cette règle existe effectivement en jurisprudence, et elle concerne toutes les choses que Dieu a créé pour l’homme, comme l’eau, les arbres et autres ressources naturelles, quant aux questions concernant le corps de l’être humain, ses biens, son honneur et sa réputation, la règle est plutôt l’interdiction. L’Islam considère que le fait de porter atteinte aux biens et à la réputation des gens comme étant un crime et une violation, tout comme l’agression physique (coups et blessures, etc..) , et tout cela est très sévèrement puni par la Chari’a.
Or l’excision des filles est une agression physique, condamnable par la loi et la Chari’a. La règle étant dans le cas du sang, des biens et de l’honneur, l’interdiction et non la permission.
Cinquième question : l’excision des filles est une tradition ancestrale, or les coutumes font partie intégrante de la Chari’a, aussi, est-il permis de prendre cela en considération pour légitimer cette pratique ?
Cinquième réponse :
La tradition qui sera retenue ne devra pas contredire un texte juridique et doit être bénéfique aux gens et à la société. Or l’excision contrevient à la règle qui interdit de porter atteinte à l’intégrité physique des gens. Cette pratique ne peut donc être permise quoiqu’elle dure, car les traditions ne peuvent être considérées comme étant des preuves dans le contexte de la Chari’a. Par conséquent, un jurisconsulte ou une école juridique ne peuvent prendre cette pratique en considération à partir du moment où il leur apparaît qu’il n’existe aucune preuve authentique dans la Chari’a.
Sixième question : l’accord du tuteur de la fillette ou de son propre accord ne peut-il pas permettre l’excision sur le plan de la Chari’a ?
Sixième réponse :
Non, car le corps de la fillette n’appartient ni au tuteur ni à la fillette elle-même, et celui-ci n’a aucun droit d’en faire ce que bon lui semble, ce dernier n’a que le droit de l’éduquer et de la protéger. Le corps appartient au Créateur, nous n’y avons aucun droit ? Par ailleurs, l’Islam a interdit de porter préjudice au corps comme il a interdit le suicide.
Par conséquent, l’excision des filles devient un crime selon la loi et la Chari’a. Les jurisconsultes ont d’ailleurs imposé le prix de sang au complet en cas d’ablations des lèvres (partie externe des organes génitaux de la femme), ce prix est un sanction pour la personne ayant commis l’acte et un dédommagement pour la victime, car ont-ils précisé ces deux lèvres sont « le moyen de jouissance lors de l’union ». Or toute réduction ou suppression de ce plaisir est considéré comme un délit et une sanction s’impose. Aussi, il vaut mieux l’interdire au lieu d’attendre les conséquences et punir par la suite.
Septième question
Ce que nous voulons c’est l’excision selon la sunna et non l’excision africaine ou pharaonique( les mutilations génitales ), ceci afin de se conformer à la sunna prophétique et non pas aux propos des occidentaux. Par ailleurs, est-ce que tous les problèmes de l’Egypte ont été résolus pour concentrer tous nos efforts sur l’excision des filles ?
Septième réponse :
Il n’y a aucune pratique dans la sunna qu’on appelle « excision sunna des filles », d’autant plus que la vie du Prophète et de sa famille a été relatée en détails, mais à aucun moment il n’est mentionné que le Prophète a fait exciser ses filles et ses femmes.
La plupart des pays musulmans, tels que l’Arabie Saoudite, les pays du Golfe, le Liban, la Syrie, la Palestine, la Libye, la Tunisie, l’Algérie, le Maroc, l’Indonésie, la Malaisie, etc…. ne connaissent pas cette pratique. Or, est-il possible que tous ces musulmans puissent rejeter un des préceptes de l’Islam, ou une sunna prophétique que serait l’excision des filles comme le prétendent certains ?
L’intérêt de supprimer cette pratique n’a pas été suscité par la propagande occidentale, ni ne répond aux recommandations de la Conférence Internationale sur la Population et le Développement qui s’est tenue au Caire en 1994, avec la projection d’un film représentant une opération d’excision en Egypte par la chaîne de télévision CNN, même si cela a provoqué l’indignation de tout citoyen et musulman soucieux de son pays et de sa religion.
Ce n’est pas non plus, un intérêt récent de la part des Muftis et Savants musulmans, ni de l’Etat et la société égyptienne. En effet, les médecins égyptiens ont appelé à la suppression de cette pratique pour des raisons de santé et ceci dès les années 20, à travers l’association des médecins (à ce moment-là le syndicat des médecins n’existait pas encore).
De même, il existe depuis les années 40, des fatwas (avis juridique) affirmant que l’excision des filles n’a rien à voir avec la sunna et qu’il n’y avait aucun mal à l’abandonner. A titre d’exemple, on citera la fatwa du grand savant et mufti égyptien Sheikh Hassanayn Makhlouf en 1949 , celle de Sayed Sabeq, auteur de « La jurisprudence » dans les années 40, une œuvre qui est devenue par la suite une référence car il y a traité tout les aspects de la jurisprudence musulmane en se basant sur les sources les plus authentiques. Celui-ci a écrit dans son livre : « les hadiths concernant l ‘excision des filles sont tous faibles ». De même, les fatwas du Mufti Mohamed Rachid Rida dans le journal « Al-Manar » de 1904 vont dans le même sens.
Par conséquent, l’intérêt pour cette question est d’ordre humanitaire avant tout. Je me demande comment un père ou une mère conscient des conséquences présentes et futures de cette opération peuvent l’accepter.
Alors, craignons Dieu en ce qui concerne nos filles et rappelons-nous le conseil du Proph&

Voir par ailleurs:

Les burkinis « Marks & Spencer » font polémique
Soumission aux diktats religieux ? La chaîne de magasins britannique est critiquée pour ses maillots de bain couvrant l’intégralité du corps féminin.
Clara Brunel
Le Point
31/03/2016

La mode « pudique » a le vent en poupe. Après la firme japonaise Uniqlo et sa récente commercialisation de voiles islamiques (hidjabs) dans sa boutique londonienne, c’est au tour de la chaîne de magasins anglaise Marks & Spencer de lancer son tout premier burkini, néologisme né de « burqa » et de « bikini ». Disponible en ligne pour 62,95 euros, la tenue bleue à motifs floraux garantit « couvrir l’ensemble du corps à l’exception du visage, des mains et des pieds, sans faire de compromis sur le style ». Légère, elle permettrait aux consommatrices concernées de nager à l’aise.

Appels au boycott
La mise en vente sur le site de M&S de cette « combinaison de bain trois pièces » a suscité une avalanche de commentaires déplaisants, allant jusqu’à l’appel au boycott. « Désolé, M&S, mais vous venez de perdre un client de longue date », « Par pitié, n’encouragez pas ces bêtises en Angleterre », « Et moi qui croyais vivre dans un pays chrétien… » comptent parmi les critiques acerbes signées des résidents du Royaume-Uni. En France, où ce type de vêtement est souvent pointé du doigt, le débat fait également rage. La ministre des Droits des femmes en personne a fustigé l’essor du style vestimentaire islamique favorisé par certaines enseignes de distribution. « Lorsque des marques investissent ce marché […] parce qu’il est lucratif, elles se mettent en retrait de leur responsabilité sociale et font, d’un certain point de vue, la promotion de cet enfermement du corps des femmes », a souligné Laurence Rossignol mercredi au micro de  RMC .

L’homme d’affaires Pierre Bergé lui donne également raison. L’ex-compagnon d’Yves Saint Laurent a lancé dans la foulée un appel aux créateurs impliqués : « J’ai toujours cru qu'[ils] étaient là pour embellir les femmes, pour leur donner la liberté, pas pour être complices de cette dictature », a-t-il entre autres asséné sur les ondes d’Europe 1. Pour la créatrice Agnès b., l’épineux sujet mérite réflexion. Interrogée par Le Parisien, la styliste estime que la question a trait au religieux autant qu’à la mode : « Il y a un côté obscène à proposer des tenues pour des femmes riches dans des pays où certaines fuient les bombes avec leur voile de fortune sur la tête. Moi, je n’en ferai jamais. »

Dans la foulée de H&M
Le plus grand distributeur de prêt-à-porter du Royaume-Uni emboîte en fait le pas au géant suédois H&M. Dans un spot publicitaire mis en ligne début septembre, une jeune femme musulmane aux cheveux recouverts d’un foulard bicolore se démarquait des autres mannequins. « Il n’y a pas de règle dans la mode, sauf une : recyclez vos vêtements », énonçait alors la griffe pour promouvoir sa campagne écologique. Un coup de pub réussi qui avait valu au modèle, originaire du Maroc, une pluie d’éloges sur les réseaux sociaux. Côté haute couture, la maison italienne Dolce et Gabbana s’était jetée à l’eau en janvier avec une ligne de hidjabs et d’abayas (robe islamique modeste, NDLR), clou du spectacle de la collection printemps-été 2016.

Voir de même:

Hijab Day : quand Sciences-Po hisse les voiles du politiquement correct
Laurent Cantamessi
Le Figaro
20/04/2016

FIGAROVOXTRIBUNE – Des étudiants de Sciences-Po Paris ont lancé l’opération «Hijab Day», invitant leurs camarades à «se couvrir les cheveux d’un voile le temps d’une journée», ce mercredi. Une initiative idéologique et déconnectée des réalités, estime Laurent Cantamessi.

Laurent Cantamessi est co-animateur du site Idiocratie.

A Sciences-Po chaque jour est une fête. Grâce à un bureau des étudiants hyperactif, l’année est plus rythmée qu’une semaine au Club Med. On connaissait bien sûr la Queer Week, «espace d’action et de réflexion autour des genres et des sexualités», organisée depuis 2010, dont la marraine était cette année la «lesbienne invisible» Océane RoseMarie. Cette année, durant une semaine en mars 2016, les étudiant-e-s et leurs professeur-e-s ravi-e-s ont pu admirer les stands de la Brigade du Stupre, ou celui du collectif GARCES dont l’animatrice confie «arpenter les manifs pour crier des misandries intersectionnelles et emmerder les mascu». Après Océane Rosemarie, il se dit que le Concombre Masqué parrainera l’édition 2017, placée sous le signe de l’intersectionnalité heureuse et du mascu vaincu.

Non mais c’est vrai quoi : H&M se lance dans le burkini et le petit hijab fashion et Sciences-Po devrait rester les bras croisés sans réagir ?
Si le mois de mars était celui de la guerre des genres, du dévoilement transgressif et de la chasse au mascu, en avril en revanche on ne se découvrira pas d’un fil à Sciences-Po puisqu’un autre collectif «d’étudiant-e-s» a décidé d’organiser cette fois un «hijab day» dans les murs de la vénérable institution qui doit quelquefois se fatiguer elle-même d’être de tous les combats. Après la récente polémique de la mode islamique, les étudiants de Sciences-Po ont dû penser qu’il était temps d’inverser la vapeur et de hisser les voiles pour voler au secours des minorités opprimées tout en restant trop tendance. Non mais c’est vrai quoi: H&M se lance dans le burkini et le petit hijab fashion et Sciences-Po devrait rester les bras croisés sans réagir? Pas question, quand on étudie à deux pas des plus jolies enseignes parisiennes, de laisser passer la sortie d’une nouvelle collection printemps-été! Et puis afficher sa solidarité avec les femmes voilées c’est bien, Esther Benbassa l’avait dit et Europe-Ecologie-Les Verts avait organisé une ‘journée hijab’ contre la voilophobie il y a près de trois ans, en août 2013, dans le sillage de la styliste américaine Nazma Khan qui a lancé l’initiative reprise aujourd’hui dans 140 pays… sauf la France, se désolaient il y a quelques mois les initiateurs du World Hijab Day Lyon, «un événement destiné à déconstruire les préjugés», malheureusement interdit en janvier dernier par le méchant préfet Delpuech et la préfecture de Lyon, sous couvert d’état d’urgence. Heureusement que Sciences-Po Paris est là pour rattraper le coup! Quand on pense que 116 pays ont pu tranquillement organiser une journée du hijab, que la ville d’Ottawa a même accepté que s’organise une journée d’ateliers d’essayage pour inviter les non-musulmanes à «porter le foulard islamique pour mieux comprendre la réalité des hijabis, leurs sœurs voilées», on comprend qu’un collectif d’étudiants de Sciences-Po ait décidé qu’il était temps que la patrie d’Yves Saint-Laurent, Dior et Chanel soit moins voilophobe et textilorétrograde. Et puis même Geneviève de Fontenay est d’accord: «Moi je les soutiens ces femmes musulmanes! Quand on voit la mode française avec ses jeans troués et rapiécés, tout cet exhibitionnisme, soyons au moins tolérants!» Avec une caution pareille, comment ne pas se sentir légitime? Pour remercier Geneviève, les étudiants de Sciences-Po auraient dû imposer en sus du hijab celui du chapeau à large bord pour toutes les étudiantes. Que les réfractaires se rassurent cependant, Fatima Elo, présidente-fondatrice de l’association Politiqu’Elles, association féministe soutenant l’initiative du Hijab Day de Sciences-Po, expliquait ce mercredi matin à l’antenne de Jean-Jacques Bourdin sur RMC, que «personne ne sera forcé à porter le voile, c’est du volontariat». Par contre, on ne s’assiéra plus à côté des grincheux voilophobes à la cantine.

Apporter son joli foulard pour aborder avec humour le traitement des femmes voilées et même dans certains coins de banlieue de France où le port du voile n’est pas vraiment présenté comme du volontariat, c’est vrai que la blague était à faire.
Fatima Elo expliquait également ce matin chez Bourdin que derrière l’initiative du Hijab Day de Sciences-Po, «l’idée était d’aborder la question du voile avec humour». Apporter son joli foulard pour aborder avec humour le traitement des femmes voilées et même dans certains coins de banlieue de France où le port du voile n’est pas vraiment présenté comme du volontariat, c’est vrai que la blague était à faire, et les nombreuses intéressées qui subissent menaces, insultes et violences quand elles refusent de porter le voile ont dû bien rire à cette bonne blague et être soulagées que les étudiants de Sciences-Po s’intéressent enfin à leur sort. Comme les y invitait ce matin une twitto: «Aux nanas de @sciencespo qui font le #HijabDay n’oubliez pas de servir les garçons à table à midi et de mettre des gants pour serrer la main.»

Mais la blagounette a l’air d’être mal passée, à en juger par l’avalanche de réactions négatives qu’elle a provoqué dans la presse. On pourrait presque croire que le sujet est devenu ces derniers temps un peu sensible…Et comme on n’est jamais aussi bien trahi que par les siens, voilà que l’antenne FN de Sciences-Po Paris produit un communiqué assassin: «Ce geste relève de l’imposture politique d’une bourgeoisie parisienne déconnectée des réalités sociales, qui exacerbe par ce jeu naïf les tensions communautaires». Maudit Richard Descoings! En instituant ses antennes ZEP et ses bourses à destination des étudiants plus défavorisés, l’ex-vénéré directeur de Sciences-Po a fait rentrer dans les murs une cohorte de jeunes loups qui ont grossi les rangs du parti lepéniste et lui ont permis de faire une entrée fracassante dans le pré carré du progressisme éclairé où il vient désormais s’autoriser à gâcher la fête en toutes occasions.

Et puisqu’un malheur n’arrive jamais seul, voilà qu’un collectif d’empêcheurs de voiler en rond s’est rassemblé contre le Hijab Day pour proposer de contrecarrer l’initiative de l’association Politiqu’Elles, en organisant une odieuse agitprop’ vestimentaire: «En réaction au «Hijab Day», qui propose aux étudiants de Sciences Po de venir voilés, nous proposons une journée pour s’habiller comme on veut: du crop top à la jupe longue, tout est permis! (Sauf les collants chairs, évidemment depuis la jurisprudence Cristina Cordula). Pour les plus audacieux, un bikini peut même se tenter!», proclame la page Facebook du «Bikini/Jupe/Robe/Whatever Day à Sciences-Po», organisé aujourd’hui à partir de 8h.

Au XVIIe siècle, Miguel de Cervantès s’était moqué de la querelle des Anciens et des Modernes, opposant les partisans de l’imitation des modèles antiques à ceux qui voulaient s’en détacher:

«Dans ce grand tumulte tous ensemble se jettoient leurs Livres à la teste, & se faisoient des armes de leurs Ouvrages. Vous jugez bien que les auteurs de petite taille, comme vous pourriez dire les In-Douze, n’eurent pas l’avantage dans ce démêlé ; certains géants qu’on appelle les Infolio les battirent à plate couture, et c’étoit une pitié de voir comme on en accabloit d’autres, qui n’avoient que des feuilles volantes pour leur défense.»

A l’approche de la clôture des primaires américaines, on pourra leur proposer d’organiser en juin un « Donald Trump Day ». Chaque étudiant sera invité à venir coiffé d’un postiche blond pour rendre hommage au tribun new-yorkais d’avoir déconstruit de manière foucaldienne l’establishment politique de nos voisins d’outre-atlantique et fichu un fameux boxon au parti républicain.
La civilisation de l’écrit étant sur le déclin, nous voici parvenus à l’ère du bout de tissu politisé et médiatisé. A l’image des auteurs de Cervantès, verra-t-on à Sciences-Po, en ce jour de confrontation entre Hijab Day et N’importe quoi Day, les porteuses de voiles et leurs adversaires se battre à coups de foulards et de minijupes, le petit top skinny se confrontant au burkini, les hijabs volant dans les plumes des robes à frou-frou et la bretelle apparente lutter pied à pied contre la tunique musulmane de chez Mark&Spencers? L’affrontement promet d’être tendu comme une ficelle de string.

Pour leur prochain coup d’éclat, les assos étudiantes de Sciences-Po devront en tout cas faire encore plus assaut d’originalité pour être à l’avant-garde de la subversion. Après la Queer Week et le Hijab Day, il va falloir sérieusement se creuser les méninges pour trouver quelque chose de nouveau et d’innovant. A l’approche de la clôture des primaires américaines, on pourra leur proposer d’organiser en juin un «Donald Trump Day». Chaque étudiant sera invité à venir coiffé d’un postiche blond pour rendre hommage au tribun new-yorkais d’avoir déconstruit de manière foucaldienne l’establishment politique de nos voisins d’outre-atlantique et fichu un fameux boxon au parti Républicain. Après la Queer Week, le Hijab Day et les Class Actions de tout acabit, ce serait la classe américaine, tout simplement.

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Female genital alteration: a compromise solution

Kavita Shah Arora1,2,

 

+ Author Affiliations


  1. 1Department of Obstetrics and Gynecology, MetroHealth Medical Center, Cleveland, Ohio, USA

  2. 2Department of Bioethics, Case Western Reserve University, Cleveland, Ohio, USA

  3. 3Director of Gynecologic Oncology at Coney Island Hospital, Professor of Obstetrics and Gynecology and Associate Faculty in Bioethics, Stony Brook University, Stony Brook, New York, USA
  1. Correspondence to Dr Kavita Shah Arora, Department of Obstetrics and Gynecology, MetroHealth Medical Center, 2500 MetroHealth Drive, G230E, Cleveland, OH 44109, USA; Kavita.shah.arora@gmail.com
  • Received 17 July 2014
  • Revised 24 February 2015
  • Accepted 21 July 2015
  • Published Online First 22 February 2016

Abstract

Despite 30 years of advocacy, the prevalence of non-therapeutic female genital alteration (FGA) in minors is stable in many countries. Educational efforts have minimally changed the prevalence of this procedure in regions where it has been widely practiced. In order to better protect female children from the serious and long-term harms of some types of non-therapeutic FGA, we must adopt a more nuanced position that acknowledges a wide spectrum of procedures that alter female genitalia. We offer a revised categorisation for non-therapeutic FGA that groups procedures by effect and not by process. Acceptance of de minimis procedures that generally do not carry long-term medical risks is culturally sensitive, does not discriminate on the basis of gender, and does not violate human rights. More morbid procedures should not be performed. However, accepting de minimis non-therapeutic f FGA procedures enhances the effort of compassionate practitioners searching for a compromise position that respects cultural differences but protects the health of their patients.

Procedures that surgically alter the external genitalia of children are quite common throughout the world, though the distribution varies greatly by geography. The majority of male children in America are circumcised.1 While non-therapeutic female genital alteration (FGA) procedures in children are unusual in the USA, an estimated 80–140 million women throughout Africa, the Middle East, India and South-East Asia have had such procedures.2 ,3 The WHO, American Academy of Pediatrics (AAP), and the American Congress of Obstetricians and Gynecologists (ACOG) have policies in place to support circumcision; however, FGA has been deemed a human rights violation by these same organisations as well as by the United Nations.2–4 In fact, the US government has expressly outlawed any procedure that incises or changes a female child’s external genitalia in the absence of medical indications.5

While years of advocacy and legislation aimed at eliminating non-therapeutic procedures on female external genitalia has resulted in a decline in the prevalence of the practice, the magnitude of this decline has been soberingly small. In Egypt, the percentage of women who had any procedure that altered external genitalia performed on a daughter only fell from 77.8% to 71.6% over 5 years from 2006 to 2011. This relatively small decrease in prevalence was associated with minimal change in attitude towards the procedures.6 In a study in Somalia, the country in the world with the highest prevalence of these procedures, 81% of subjects underwent infibulation and only 3% did not have FGA. Eighty-five per cent had an intention to subject their daughters to an extensive FGA procedure, and 90% supported the continuation of the practice.7 There have been some more encouraging studies, however. In Kenya, for example, prevalence has dropped from 49% in women ages 45–49 years to 15% in girls ages 15–19 years and in Liberia, the prevalence has dropped from 85% to 44%, respectively.8 ,9

Immigrants to Western nations may continue to subject their daughters to genital alteration,10–12 though the frequency is difficult to assess. While laws enacted in these countries make procedures that alter a female’s external genitalia illegal, they may in some instances worsen health outcomes by driving the practice underground by sending female children to Africa or by inviting circumcisers to the West.11 Making the practice illegal also hampers the ability to study the actual incidence and effects of these procedures, limits an open dialogue regarding changing the practice, and may impede efforts to voluntarily reduce the incidence of these procedures (thereby improving public health).13 ,14 This local culture of silence is due to a distrust of the global eradication campaigns as being ‘sensationalized, ethnocentric, racist, culturally insensitive and simplistic’.15

Since progress in reducing FGA procedures has been limited in states where they are endemic and the commitment of people from these cultures to these procedures has led to their persistence in states where they are legally discouraged, alternative approaches should be considered.7 To accommodate cultural beliefs while protecting the physical health of girls, we propose a compromise solution in which liberal states would legally permit de minimis FGA in recognition of its fulfilment of cultural and religious obligations, but would proscribe those forms of FGA that are dangerous or that produce significant sexual or reproductive dysfunction.

Regrettably, academic and public health consideration of non-therapeutic FGA has been hampered by several issues. First, there is no recognised nomenclature based on the functional effects of each of the several procedures that may be employed to alter female genitalia. Second, discussion often is infused with a strong cultural and gender bias against FGA in all forms. Third, grouping all forms of FGA in discourse and condemnation assumes that all FGA procedures carry the same risks, which is medically inaccurate. Finally, authors arguing against all forms of FGA construe the concepts of beneficence and non-maleficence narrowly with regard to their scope, and too broadly with regard to their applicability. On the one hand, they argue that physical well-being trumps social and cultural well-being. On the other hand, they argue that concepts originally used to apply to the actions of physicians are equally applicable to parents.

We are not arguing that any procedure on the female genitalia is desirable. We are also not suggesting that people whose beliefs or sense of propriety leads them to perform these procedures on their children would necessarily accept alterations in their practices to conform to the authors’ views of what is acceptable. Rather, we only argue that certain procedures ought to be tolerated by liberal societies. We hold that the ethical issues are no different for procedures that are performed as cultural or religious expressions by a minority group than for procedures that are performed for aesthetic reasons by members of a mainstream culture. Finally, we believe that all procedures should be performed with adequate analgesia. FGA is a highly complex issue. In some forms, it is deeply rooted in traditions of female submission to their male counterparts. We by no means condone oppression. Given that most communities that practice FGA also practice male circumcision, some forms of FGA reflect cultural norms of gender differentiation that are more pronounced than in Western society. However, in order to reduce the prevalence of the extensive forms of FGA, we propose a compromise solution that is ethical, culturally sensitive and practical.

We will begin by discussing nomenclature, then describe the various types of FGA and classify them according to their effects. This revised classification will rationalise discussion of the subject, and should prove useful even to those who disagree with our conclusions. After discussing the medical safety of FGA procedures, we will argue that liberal governments should tolerate de minimis procedures with no more effect than other accepted procedures performed on minors for aesthetic enhancement. Finally, we will argue that labelling these de minimis procedures as ‘mutilation’ is culturally insensitive and discriminatory towards women, and that they do not constitute a human rights violation. In doing so, we offer a tiered argument and compromise solution—First, given that the more extensive forms of FGA are physically harmful and may constitute oppression towards women, these practices should be actively discouraged by means such as education, social pressure, regulation and prohibition. Second, since progress at eradicating the extensive forms of FGA has been slow and the de minimis alternate procedures are not associated with the same risks of long-term harm, these should be encouraged as a compromise solution that upholds cultural and religious practices without sacrificing the health and well-being of female children.

We acknowledge that issues of cultural sensitivity and gender discrimination in the disparate treatment of male circumcision and FGA could also be treated by proscribing both, instead of the position for which we are advocating. In fact, many have criticised male circumcision as a human rights violation due to the lack of autonomous decision-making and the irreversible nature of the procedure.16–18 However, we have argued elsewhere that male circumcision does not constitute a human rights violation.19 It is not within the scope of this paper to re-examine this argument or discuss the ethics of male circumcision. However, we will assume the validity of this position for the sake of argument and will argue that a liberal society that tolerates expression of culture and/or religion in the manner of male circumcision should also permit certain de minimis FGA procedures. We believe this is an appropriate assumption because all Western nations in fact permit ritual circumcision of men.

Nomenclature

We use the term ‘procedure’ in the context of FGA rather than ‘surgery’ to emphasise that there is no medical benefit established by well designed trials, and that the primary purpose is not health-related. ‘Procedure’ is defined by Merriam-Webster as a “series of steps followed in a regular definite order,” and does not imply that the intervention is done for health reasons, in a health facility or by a medical professional.20 The terms ‘surgery’ and ‘operation,’ however, connote a medical context. Much as circumcision performed by a mohel, ear piercing done at a mall, or tattoo performed at a tattoo parlour follow a series of steps in a regular, definite order, morphological alterations of the female external genitalia are also procedures, whether or not performed by a medical professional or in a health facility.

Many terms have been used to describe the procedures that alter female external genitalia, such as ‘female circumcision,’ ‘female genital cutting,’ ‘female genital alteration,’ ‘female genital surgery,’ and ‘female genital mutilation’.13 ,14 ,21 ‘Female circumcision’ has been abandoned as critics of the procedures felt it conferred the greater ‘respectability’ of male circumcision.21 We agree that the word circumcision should be confined to men as it applies to a specific procedure, whereas procedures on female external genitalia encompass a wide variety of distinct procedures. Also, circumcision potentially confers health benefits on the male child and on his future sexual partners.1 ,4 ,19 While health benefits may be a component behind the motivation for FGA, there is a paucity of empirical data supporting this and the primary advantages are aesthetic as well as compliance with religious or cultural norms.22 Second, since the majority of procedures are not being performed in hospitals or by trained healthcare professionals, ‘female genital surgery’ is an inappropriate term, since it inaccurately implies a medical context.21

While ‘female genital mutilation’ is the term currently used most widely by international health and policy organisations, it inappropriately conflates all procedures that alter female external genitalia, while not accounting for their disparate risk profiles. Reclassifying procedures based on their impact rather than the process (as we introduce below), allows for a more informed and clear discussion of these procedures. Female genital mutilation is not an appropriate term to use for de minimis procedures. These procedures are equivalent or less extensive than male circumcision in procedure, scope and effect. Indeed, they are equivalent or less extensive than orthodontia, breast implantation or even the elective labiaplasty for which affluent women pay thousands of dollars. Furthermore, a nick that heals completely is not mutilation in that there is no morphological alteration.

While we acknowledge that critics of male circumcision may label it as ‘mutilation’ as well,23 ,24 it is important to note that the procedure is supported by AAP, ACOG and WHO. Thus, in a liberal society that accepts male circumcision, room for discussion surrounding the acceptability of FGA exists. Calling such elective genital procedures ‘mutilation’ prejudges the appropriateness of the procedures, thereby precluding discussion. Use of this term precludes discussion of their acceptability in any context, even those that are safe and respectful of an individual’s culture. Charged rhetoric such as ‘mutilation,’ that portrays de minimis procedures as the product of a savage and uncivilised culture, is unworthy of academic discourse. Thus, we prefer ‘non-therapeutic FGA,’ which is value-neutral, allowing for discourse and potentially, compromise solutions.

Classification of non-therapeutic FGA procedures

It is essential to describe FGA procedures in a way that is accurate and allows people with different viewpoints to discuss issues respectfully. There are a myriad of ways various cultures alter female external genitalia. These range from minimal to markedly invasive and dangerous.25 The categorisation currently used by medical and public health organisations is as follows: Type I includes removal of the prepuce or clitoral hood with or without clitorectomy. Type II is the removal of the entire clitoris as well as part or all of the labia minora. Type III, known as infibulation, is the most severe form and involves the removal of the labia majora and/or labia minora, possible removal of the clitoris, and stitching together of the vulvar tissue to cover the urethra and introitus, leaving only a small opening for urine, menstrual flow and intercourse. Finally, Type IV includes pricking, nicking or incisions of the external genitalia, stretching of the clitoris or labia, cauterisation or the introduction of corrosive substances into the vagina.25 ,26

However, this categorisation inadequately reflects the consequences to the recipient of the procedure. It has also not aided in discussion because of the wide variety of procedures included in each category, as well as due to omissions of some procedures altogether. We therefore propose a new categorisation that is based on the effects of the procedure, rather than the process. Given that it is the health consequences of these procedures that are the most worrisome to international health groups, it is logical to group the procedures based on these effects, rather than groups of procedures with a wide range of resultant consequences within each group.

Category 1 includes procedures that should almost never have a lasting effect on morphology or function if performed properly. A small nick in the vulvar skin fits into this category. Category 2 consists of procedures that create morphological changes, but are not expected to have an adverse effect on reproduction or on the sexual satisfaction of the woman or her partner. Examples include surgical retraction of the clitoral hood or procedures resembling elective labiaplasty as performed in Western nations. Surgical resection of the clitoral hood is the vulvar procedure that most closely resembles male circumcision. Category 3 contains those procedures that are likely to impair the ability of the recipient to engage in or enjoy sexual relations. Clitorectomy, whether partial or complete, falls into this category. Category 4 contains procedures likely to impair reproductive function, either by reducing the chances of conception or by making vaginal delivery more dangerous. Infibulation is an example. Category 5, advanced only for the sake of completeness, contains any procedure that is likely to cause other major physiological dysfunction or death, even if performed correctly. To our knowledge, there are no FGA procedures that fall into this category.

Due to a lack of data regarding the specific risks and outcomes with each FGA procedure, it may be difficult to accurately assign specific procedures to these categories. Being criminal in Western societies, they have not been studied systematically. However, Type 1 and 2 procedures have counterparts in Western gynaecology. Accidental traumatic lacerations of the labia majora are not uncommon. While longer and deeper than a controlled nick, and not created under clean conditions, they almost always heal without sequelae.27 It is reasonable to assume that a nick from a scalpel would do likewise. The similarity of removal of the clitoral hood to male circumcision and of labial excision to aesthetic labial reduction procedures is sufficiently close that the effects can reasonably be considered identical pending empirical proof. At the other end of the spectrum, the more extensive procedures such as infibulation are associated with risks such as severe bleeding, infection, obstructed labour, dyspareunia, depression and post-traumatic stress disorder.28 ,29

We acknowledge three shortcomings of this classification. First, it is not entirely stable; procedures could shift from one category to another if the common understanding of their effect changes. Second, there may not be agreement on the effects. Finally, procedures are grouped in their anticipated risk profile, not in the actual risk profile for each patient. For example, while infibulation is likely to cause long-term sexual and reproductive health impairments, it does not normally lead to death and therefore is not placed in that category. That is not to say it does not ever lead to death, but the anticipated impact is not death.

Medical safety

Of course, the issue of harm is the heart of the distinction in the categorisation of FGA that we propose. While any procedure is associated with several predictable short-term risks (namely bleeding and infection), the long-term sequelae should be rare for Category 1 and Category 2 procedures. In a WHO study, there were no statistically significant differences in health outcomes between those women that underwent Type I surgery (equivalent to our Category 2) and those that had no surgery.14 In fact, our classification scheme would exclude clitorectomy (included in the current Type I procedures) from this category and thus further decrease the risks of the procedure. This is in stark contrast to the risks of Category 3 and 4 procedures which are severe: obstructed labour, caesarean section, postpartum haemorrhage, 80% risk of flashbacks, depression, 30% risk of post-traumatic stress disorder and death from sepsis.18 ,29

Critics of FGA have pointed out that there is no medical benefit to factor in the risk versus benefit calculus so often used in medicine and when compared with male circumcision.29 However, up to recently, the medical benefits of male circumcision were also thought to be tenuous, contested or so minor that circumcision was classified as an elective, cosmetic procedure.1 Thus, disallowing Categories 1 and 2 of FGA because it lacks medical benefit is an unjust and inappropriate hurdle to legalisation.

Jacobs’s three-pronged test has been previously proposed that, if satisfied, would morally preclude a government or regulatory agency from reversing a parental decision to involve a child in a minority group practice. First, the practice in question must not significantly burden either society or its members outside the group. Second, the practice must not (A) create burdens that a reasonable person outside the group would not accept for himself, or that a reasonable parent would not accept for her child (such as child marriage or slavery); or (B) carry a substantial chance of death or of major disruption of a physiological function. Third, the burden on society or individuals must be actual and substantial, and not hypothetical or unlikely. All of these criteria must be satisfied if a government is to tolerate the practice, and we argue that governments should tolerate procedures under these circumstances. Categories 1 and 2 of FGA (but not Categories 3–5) fulfil these criteria and thus, a government or regulatory agency does not have a medical basis for interfering with a parental decision to practice a cultural or religious belief.30

Ethical underpinnings

The standard that guides ethical and legal decision-making on behalf of children is the best interests standard.31 Unfortunately, the standard is conclusory rather than definitive. At least in USA, the best interests of a child are determined by judicial and quasi-judicial decisions in individual cases, rather than arising from an established heuristic that would almost always predict the decision prospectively. Furthermore, in the USA, the courts either balance the interests of the child against parental beliefs and rights, as established by three key Supreme Court decisions,32–34 or rebuttably presume that the interests of the child are congruent with the parents’ beliefs. In using the best interests standard, we are including prepubertal children, in whom any decision is made exclusively by the child’s proxy, as well as adolescents, in whom ethical paediatric decision-making requires assent to the procedure. We acknowledge that not all procedures (eg, Category 2 procedures such as removal of the clitoral hood or labia minora) are technically feasible or commonly performed in prepubertal children. The best interests of a child encompass physical well-being, and social, economic, psychological and spiritual well-being. That the human rights movement accepts this view is clear from documents such as the Convention on the Rights of the Child, which does not privilege the physical well-being of children over other types of well-being.35

Second, analysis of issues in medical ethics generally regards principles as being prima facie in nature, rather than absolute. Therefore, important emotional and social considerations can trump minor medical considerations. Third, the transactional costs of governmental action to stop parents from subjecting children to these procedures must be considered. For this reason, the Royal Dutch Medical Society stopped short of advocating that male circumcision be outlawed for fear that the practice would be driven underground.36 Compounding the potential for FGA practices to be driven underground, is the fact that the remedy for violation of laws limiting genital procedures on minors will have a direct or indirect adverse impact on the child. Whether parents who otherwise are uncontroversially adequate, are fined, imprisoned or lose parental rights because they subject their children to FGA, the child will suffer.

Therefore, we must ask what harm is befalling the child. Procedures that compromise sexual function, sexual enjoyment and reproductive capacity clearly violate the best interest of the child. De minimis procedures such as removal of the clitoral hood or a ritual nick on the external female genitalia (Categories 1 and 2) cause little or no functional harm. Therefore, it is difficult to characterise them as unethical or a human rights violation. If these procedures are not unacceptable on beneficence or maleficence grounds, and the imposition on the child’s autonomy is no greater than the imposition that is currently accepted for other procedures or non-physical interventions whose effect is of equal or greater magnitude, then there are no reasonable autonomy grounds for restricting the procedure.

We re-emphasise that we do not support the more severe FGA procedures (Categories 3–5), nor would we diminish international efforts to end the practice of these procedures, with their resultant harm to sexual and reproductive function. We believe it is ethically appropriate to work for their elimination through the legal system as well as through educational and grass-roots efforts, for the sake of the female children that are subjected to these dangerous procedures.37 However, Category 1 and Category 2 procedures do not reach the threshold of a human rights violation. Opposition to these de minimis procedures on female genitalia inhibits the effort of compassionate practitioners searching for a compromise procedure to respect the culture but safeguard the health of their patients.15 ,38 Indeed, by preventing such compromise, absolutists may create further harm to children. Instead of receiving Category 1 or 2 procedures, girls may continue to receive more extensive procedures underground in the USA or in their home countries because there is no safe alternative.

Cultural sensitivity

FGA is ‘embedded in many cultural systems through multiple ties to historical tradition, tribal affiliation, social status, marriageability and religion,’ but is most frequently associated with Muslim culture.39 Critics have argued that there is no reference to any procedure altering female external genitalia in the Quran and thus, there is no religious basis for the practice.38 However, legal protection of a religious practice is not contingent either on the orthodoxy of the practice or on a consensus within a religious tradition accepting the practice. Furthermore, outsiders to a religious tradition cannot infer the practices of a religious system from a literal reading of its canonical texts. It is no more possible to define Islam within the four corners of the Quran than to define Christianity (which includes traditions ranging from Presbyterian to Pentecostal to Greek Orthodoxy) solely from a reading of the Bible. Rather, the content of religious belief and practice are guided by interpretive texts and traditions. Thus, many Muslim scholars classify FGA as ‘Sunnah’ or practice established by the prophet Muhammad. Though not prescribed explicitly in the Quran, the practice thus is religiously virtuous. In fact, the colloquial term for FGA procedures in Arabic refers to a ritual state of purity.38

FGA also has strong cultural ties that are not explicitly religious. While objectionable to some Western feminists, marriage is associated strongly with quality of life in these traditions. In some cultural milieus, a woman who has not undergone a procedure to alter her external genitalia may find it difficult to marry.38 Additionally, there may be an aesthetic component to labiaplasty as practiced in some societies.40 Contrary to the picture painted by many international organisations, then, it could be stated that “children [undergo FGA procedures] because their parents love them and want them to be happy in their adult lives”.38 By labelling FGA as female genital mutilation, our discussions run the risk of demonising important cultural practices.15

It is important to note that the debate does not need to simply distil to the irreconcilable positions of cultural relativism and universalism.2 ,41 Rather, we can invoke universally shared values against long-term harm and thus continue to advocate for the cessation of Categories 3 and 4 of FGA. This is the same rationale used for authorising blood transfusions on the children of Jehovah’s Witnesses—that is, irrespective of culture, the risk of long-term harm is sufficient that society’s mandate can ethically outweigh cultural interests.42 It is important to ensure, however, that the discourse remains sensitive to and respectful of the voices of the women who experience these practices, and that we take into account historical relationships of power so that we can arrive at a nuanced and balanced solution.2 ,15 One of the responses to the current strategy of charged rhetoric has been a cultural backlash or a ‘defense of traditions by African women against what is perceived as Western cultural imperialism’ and thus, the lack of sensitive discourse is not productive towards reaching a compromise solution.38

Policies that attempt to suppress all forms of FGA that alter female external genitalia are culturally supremacist. Members of a majority culture are more likely to consider their own practices voluntary, reasonable and even desirable, while perceiving minority practices (such as FGA by female African Muslims) as unreasonable, coercive and unacceptable.30 ,38 The tolerant attitude in the USA to male circumcision is in stark contrast to its treatment of FGA.5 Yet, ‘both are likely voluntary choices influenced by cultural conditioning’.30 In a liberal society, then, government and regulatory agencies should tolerate minority practices unless they cause substantial damage to society and its members. While Categories 3, 4 and 5 of FGA cause harm and thus should not be tolerated, Categories 1 and 2 do not and thus should be approached from a culturally tolerant perspective that acknowledges a parental right to raise a child according to the parents’ own religious and cultural customs, which are well established in American law.32–34 In the USA, the Federal Prohibition of Female Genital Mutilation Act, which was enacted in 1996, is deliberately worded broadly enough to not differentiate between the categories of FGA. The law is likely unconstitutional and should be altered to allow for religious and cultural freedom for a safe procedure that does not result in long-term harm.4 ,38

Gender discrimination

We approach this subject with the understanding that most of the cultures and communities that practice FGA also practice male circumcision. To the extent that Category 1 and Category 2 procedures are intended to curb sexual desire, the same is true of comparable procedures performed on boys. The balance of medical evidence demonstrates that male circumcision does not negatively affect male sexuality, though the data are neither consistent nor methodologically optimal.19 ,35 ,43 Similarly, by definition, these de minimis female procedures do not curb sexuality; if they did they would be Category 3. The goal of curbing sexual desire is debateable, but if it applies to men and women there are no discrimination issues. Furthermore, if a procedure intended to curb sexual desire does not, in fact, do so, then restricting it assumes low priority.

To the extent that gender discrimination is present, it lies in restrictive policies towards Categories 1 and 2 of FGA. Laws that prohibit these procedures and international advocacy against them are culturally insensitive and supremacist and discriminatory towards women. Male circumcision is legal in USA and tolerated in most of the world, even when done by non-medical practitioners in the home.38 Yet comparable or less radical procedures in women are deemed misogynistic and human rights violations.38 ,44 Feminists trying to protect women in these cultures are mistaking Categories 1 and 2 of FGA as an example of male domination in philosophical and practical terms.

Categories 1 and 2 of FGA have been called misogynistic because the aim is usually to curb female sexuality and thus oppress women. However, if removal of the prepuce curbs sexuality (as has been argued, though contrary to the best evidence), then male circumcision should be viewed as misandrist.45 ,46 If we are not willing to label male circumcision as misandrist because it affirms males in the eyes of their cultural and religious communities, then the same should be true of Categories 1 and 2 of FGA in that it affirms women in the cultures and religions practicing FGA. If, on the other hand, removal of the prepuce does not curb sexuality, then the basis for claiming the practice as misogynistic is invalidated.44 In summary, the de minimis procedures do not oppress as much as they differentiate and thus should be tolerated.

These asymmetrical judgments based on gender also have practical consequences which, paradoxically, decrease women’s control over their bodies. FGA is typically ‘controlled and managed by women’.14 Data reveal that women in many of these cultures favour the continuance of FGA equally or at an even higher rate than the men in these cultures.14 ,38 Laws to ban FGA are enacted by predominantly male legislatures and enforced by predominantly male police. Furthermore, it is almost exclusively women who are penalised for the crime of FGA in areas it has been outlawed. All this further brings women’s bodies under male religious and political control, thus disempowering the very women feminists are hoping to protect.14 ,38

Human rights violation

Finally, the International Federation of Gynecology and Obstetrics as well as WHO have labelled all forms of FGA as a human rights violation as it violates ‘bodily integrity in the absence of any medical benefit’ and victimises vulnerable girls.47 However, male circumcision is also a procedure that violates bodily integrity and up to recently was thought not to have justifiable medical benefit—but was instead tolerated due to religious and cultural freedom and the lack of long-term harm. Thus, Categories 3, 4 and 5 of FGA are certainly human rights violations as they violate bodily integrity and cause long-term harm (but not because they lack medical benefit). Other examples of procedures that lack medical benefit but are not classified as human rights violations that society accepts (though perhaps does not ethically condone) include piercings, cosmetic surgery, removal of an asymptomatic ganglion cyst, etc. Also, neonatal boys are certainly just as vulnerable as girls. In fact, one could argue that the pubescent or adolescent girl undergoing FGA is more capable of assenting to the procedure and claiming the culture/religion as her own, than the neonatal boy.5 We do not condone the forcible practice of FGA if a child developmentally capable of providing assent declines to do so.

In analysing the putative harm done by rites involving genital procedures, we must ask ourselves whether it actually is harmful in the eyes of the people involved, or whether the harm is perceived only by people who view the situation from a different perspective. The concept of liberalism in various Western societies involves a spectrum ranging from those who advocate widespread freedom, tolerating government interference only to remedy the threat or actuality of serious harm; to those who advocate government mobilisation of physical, legal and educational resources to promote a thick agenda expressed in the international Human Rights proclamations adopted after World War II, but actually reflecting the nation’s own values and prejudices. Recognising that a society is entitled to protect its own values, even if these are not universal values, we nevertheless believe that it is rarely appropriate for governments to intrude into familial, cultural and religious practices that create little tangible harm.

Finally, while parenthood certainly does not connote unrestricted ownership, Categories 1 and 2 of FGA should not be considered child abuse. Permanent injury does not result from these procedures and thus parents should be granted latitude in terms of the decisions they make in the best interest of their children. If FGA is viewed culturally as a means to moral or ritual purity, then it could be argued that parents are acting in the best interest of their children by partaking in procedures that uphold these beliefs but do not cause long-term harm. In Western pluralistic society, where reasonable people may disagree regarding the best interest of a child in terms of the calculus of medical risks and non-medical benefits, parents should be granted wide authority for determining whether or not to perform Categories 1 and 2 of FGA insofar as the state’s or society’s interest of ensuring that no long-term harm is committed is met.1 ,15

To summarise, in a liberal society, arguments supporting de minimis FGA fall into at least three areas. The first is based on individual rights of parents. The second is based on respect for minority cultures. The last is based on the concept that government should exercise restraint if fundamental interests of society are not at stake.

Utilitarian considerations

Even if one were to reject all of the arguments proposed so far, toleration of de minimis procedures is warranted. This is because it is necessary to protect girls. There is reason to believe that some communities that practice Categories 3 and 4 of FGA will accept de minimis procedures in their stead. In 1996, physicians at Harborview Medical Center in Seattle which served a large Somali population, after much deliberation, decided to offer a ritual nick under analgesia to adolescent girls able to assent to the procedure. This compromise was reached in partnership with the Somali patient population with the knowledge that if the alternative and safe procedure would not be able to be performed in the USA, the women would take their female children back to Somalia for a more extensive, likely Category 4 procedure.

Against this background, the AAP’s Committee on Bioethics issued an opinion stating that genital nicking was ethically acceptable. It stated that AAP “opposes all types of female genital cutting that poses risks of physical or psychological harm”. It further stated that the ritual nick is not physically harmful, is a compromise that that “may build trust between hospitals and immigrant communities”, may save some girls from undergoing more extensive and damaging procedures and “play a role in the eventual eradication” of female genital cutting.21

In both cases, thoughtful physicians confronted first-hand by girls with FGA sought a reasonable way to bridge the ‘impasse between respecting cultural diversity and promoting basic human rights’.2 However, each of these two attempts was met with brisk and severe resistance by critics of FGA that believed such a compromise would ‘handicap health and government workers in stamping out the more horrible forms of this practice’.38 Paradoxically, this is more likely to perpetuate destructive Category 3 and Category 4 procedures than to decrease them. The media and public outcry of utter condemnation led Harborview to end the compromise.38 As for the AAP change in position, swift, negative reactions from the media, human rights organisations and advocacy groups resulted, in which it was reiterated that all forms of FGA were human rights violations and that the global advocacy efforts aimed at eradicating FGA was weakened by AAP’s new stand. AAP retracted its statement and again adopted strong opposition to all female genital cutting, removed its endorsement of the clitoral nick and educated its members not to perform such ritual procedures.25 ,48 ,49

Such opposition to Category 1 nicking sacrifices the needs of actual individuals to the imperatives of ideology. We believe that such opposition to Category 1 and Category 2 procedures that are acceptable to some populations that practice FGA are more likely to perpetuate the medically deleterious Category 3 and Category 4 procedures rather than aid in eradicating them. We acknowledge that our proposed strategy may be mistaken or misconveyed to grant a sense of acceptability to all FGA procedures.49 Careful policy and advocacy efforts, however, can assist in conveying the stark difference between Category 1 and Category 2 procedures versus those in Category 3 and Category 4. A second criticism of such a strategy that ‘opens the door’ is that it is difficult prevent more invasive procedures from being done under the guise of de minimis procedures or regulate the amount of tissue being removed. However, given the widespread nature currently of Categories 3 and 4 of FGA, if even a few girls undergo a de minimis procedure instead of a more invasive one due to this strategy, than the strategy is appropriate. The concern regarding amount of tissue being removed is also not unique to FGA, but is similar to male circumcision as well as cosmetic surgeries on adults. Furthermore, the advocacy efforts aimed at completely eliminating FGA have had only limited success; therefore, a new strategy is required that accounts for cultural requirements while safeguarding the health of female children.7 If a girl, by undergoing a small vulvar nick in infancy, forestalls subsequent vulvar infibulation done under dangerous conditions, we would consider this a worthwhile trade-off.

Conclusion

This ‘complex cross-cultural issue cannot be adequately dealt with by a simple condemnation’ and any impetus to end FGA must come from within the religions and cultures that practice it.2 ,50 By working together respectfully with, and not independently of, local communities we can offer and promote the alternative of Categories 1 and 2 of FGA as a compromise that respects culture and religion but provides the necessary protections against child abuse.2 ,38 Critics of FGA worry that a compromise position of accepting de minimis procedures weakens the effort to eliminate FGA completely.51 Yet, despite 30 years of advocacy, we have not made dents in the prevalence of the practice in many countries and have been largely unable to change the attitudes regarding the acceptability of FGA. The goal of eradicating procedures that do not cause significant harm is at worst, morally questionable and at best, an invitation to waste resources that could be applied to ends that are more likely to further human well-being. In order to better protect female children from the long-term harms of Categories 3 and 4 of FGA, we must adopt a more nuanced position that acknowledges that Categories 1 and 2 are different in that they are not associated with long-term medical risks, are culturally sensitive, do not discriminate on the basis of gender and do not violate human rights.

Acknowledgments

The authors thank Insoo Hyun, PhD for his valuable feedback and critical reading of this manuscript.

Footnotes

  • Contributors Both authors are responsible for the design, drafting and editing of this manuscript. KSA is responsible for the overall manuscript.

  • Competing interests None declared.

  • Provenance and peer review Not commissioned; externally peer reviewed.

References

  1. Ben Rhodes would not speak directly about the classified 28 pages of the report that have become the subject of new scrutiny as Congress weighs legislation that would allow Americans to sue the Saudi government.
    But in an a new episode of « Axe Files, » the David Axelrod podcast produced jointly by CNN and the University of Chicago Institute of politics, Rhodes did talk broadly about the report, the Saudis and how the U.S. relationship has evolved. The U.S., said Rhodes, is much more blunt with Saudis, who he said have become an anti-terror partner of the U.S.
    Before the terror attacks in 2001, Rhodes said he doesn’t think the government was actively funneling money to al Qaeda, but they weren’t trying to stop it, either.
    « The question is two things — one is, was the government actively trying to prevent (funding of al Qaeda) from happening? And I think the answer is no, » said Rhodes. « Not because they necessarily supported them, just because there was a bit of unregulated space, you know, and rich people can make different contributions. And, but the other element of this is, you know, there may be individuals, you know, who are operating, who kind of get to do their own thing. »
    Listen to the whole podcast and read the portion on the 9/11 Commission report below:
    DA: What did you learn on that commission? Obviously what you guys learned has become an issue again recently. Bob Graham (former Florida senator) set off about the role of the Saudis, but tell me what you took away from that because you didn’t have a background in national security issues then even though you studied international relations. This is a whole different education.
    BR: Yeah. You know what was interesting about that is you learned that- I mean there are all these very practical things about homeland security and aviation security and how the intelligence community is organized and kind of the wiring of the U.S. government that is important and the 9/11 Commission led to significant reforms in those areas. But I think the main thing that the 9/11 Commission did that was interesting beyond that was tell the story of how we got to 9/11, and did it in this book that, you know, is written almost like a novel.
    DA: And you participated in that?
    BR: I did, I did. You know, Hamilton was very focused on the recommendations, so that was the main part that I focused on, but I also, you know, was tracking all these other things. I think what I learned is that as this was kind of happening … how deep the roots were that led to 9/11. You know, it went back to Afghanistan, to the war that the Mujahadeen fought against the Soviet Union, and Bin Laden kind of cut his teeth there, and then he bounced around Sudan and Afghanistan. And you know, Americans weren’t really paying attention to some of these things, but …
    DA: Although we were supportive of their effort to repel the Russians … the Soviets at that time.
    BR: That’s right, that’s right. And you know, kind of what you learn is that there are all these unintended consequences to our foreign policies, because in the ’80s we were supporting the Mujahideen, that ends up including people like Bin Laden, the people who became the Taliban. In the ’90s we had the Gulf War. Bin Laden kind of used that event and the fact that U.S. Troops are stationed in Saudi Arabia as kind of his pivot point to focusing on the United States. And you know, these things were right at the time, it was the right thing to do, for us to kick Iraq out of Kuwait, and to support opponents to the Soviet invasion of Afghanistan, but you know, there are unintended consequences to everything that we do, and there are these trends that build up in different parts of the world. And the other fact of the matter was that Al Qaeda also prayed upon the grievances of young people in the Middle East and North Africa and South Asia, who resented their repressive governments. So all of these different forces, you know, created this space that Bin Laden filled with Al Qaeda, and in many ways we’re dealing with similar problems today.
    DA: I would be remiss if I didn’t ask you about the Saudis, and I know you probably are proscribed from being too responsive, but I’m going to take a run at it anyway, which is how valid is the charge that they were complicit through various sponsorships and so on.
    BR: Well I think that, you know there’s this issue of the 28 pages, and without getting into that …
    DA: They are classified.
    BR: Without getting into that specifically because that’s still classified, I think that it’s complicated in the sense that, it’s not that it was Saudi government policy to support Al Qaeda, but there were a number of very wealthy individuals in Saudi Arabia who would contribute, sometimes directly, to extremist groups, sometimes to charities that were kind of, ended up being ways to launder money to these groups. So, a lot of the funding – and you know Bin Laden himself was a wealthy Saudi – so a lot of the money, the seed money if you will, for what became Al Qaeda, came out of Saudi Arabia.
    DA: Could that happen without the government’s awareness?
    BR: I think that’s … I think there are two … The question is two things — one is, was the government actively trying to prevent that from happening? And I think the answer is no. Not because they necessarily supported them, just cause there was a bit of unregulated space, you know, and rich people can make different contributions. And, but the other element of this is, you know, there may be individuals, you know, who are operating, who kind of get to do their own thing, you know …
    DA: Within the government?
    BR: Within the government, or family members you know, because remember you have a large royal family, and they have you know, people — the Bin Ladens for instance were contractors essentially for the, that royal family — So basically there was, at – certainly, at least kind of an insufficient attention to where all this money was going over many years from the government apparatus.
    DA: What about the notion that they wanted to keep quiescent extremists within the country, and this was a way of doing that?
    BR: Yea, well, I think there has been a margin for many years in Saudi Arabia, where essentially the royal family, kind of runs the affairs of state, and runs kind of the oil company, and the security services, but then there are clerics who have enormous power and can operate on their own. And that’s kind of the bargain. Now, some of those clerics are completely legitimate, some people you know, over the time have propagated a more rigid form of Islam, again not necessary the vision of al Qaeda and ISIL, but a fairly rigid version of Islam, that we saw over time get taken and perverted by the more extremist elements into the ideology that we see out of al Qaeda.
    DA: Do you – this to me underscores sort of the complexity of foreign policy and national security, because the Saudis are considered an ally, and yet there are elements of activities there that seeded the greatest attack perhaps helped seed the greatest attack on our country. How do you explain that to Americans, that, you know, on the one hand we call them an ally on the other hand they have these deep roots in these extremist elements?
    BR: Well, you know again, first of all it is important, I wouldn’t, I would stop short of saying that there was any willful government intention from Saudi Arabia to support al Qaeda. Again, this is more just how are individuals operating in Saudi Arabia. I think the difficult thing that Americans need to understand is we forge these relationships with governments because we have some shared interest with them. And for many years the basic interest at the root of the U.S.-Saudi was simply they provided the oil that sustained the global economy and we provided essentially security for the Saudi state. And we didn’t really think about any other aspect of it at great length at least, and yet over time these trends emerge with respect to extremism and funding of extremist groups. And we were slow to pay attention to that because the way the relationship was set up was we just kind of thought about security and oil and didn’t kind of go that other layer down. And I think the point for Americans is sometimes we fail to recognize how omnipresent we are around the world. People in other countries are aware of the role we play and are aware the fact that we are the most important country in the world, so if they have grievances against their own government or against their own economic situation they blame us. So I think it’s hard for Americans to understand why does this constantly come back to us, but the fact of the matter is we are inevitably seen as the one superpower as a potential source of grievances from all kinds of people all over the world.
    DA: But the obvious question is — well let me ask it this way: how blunt are the conversations with the Saudis about breaking ties of some of these elements?
    BR: Well, they’re very blunt. And look, since 9-11 the Saudi government has shifted and now they are a counter-terrorism partner. And so now it’s not just oil and security, it’s also cooperation against terrorist organizations. So we’re very blunt. We’re very direct. And they too now are threatened by these groups themselves, so they have turned hard against al Qaeda in the aftermath of 9-11. They’re working with us against ISIL. So they share the counter-terrorism policies that we would pursue. They still have a system of government that is very different from ours and in some cases a view of regional conflicts that are different from ours, so we’re not totally aligned –
    DA: Plainly they were unhappy with the Iran agreement.
    BR: They’re kind of the center of Sunni Islam in some ways. Iran is Shia. So there’s a sectarian element to a lot of these regional conflicts in Yemen, Syria, and Iraq that in our view sometimes takes more precedence to some of our allies and partners than the necessity of focusing on these extremist elements like ISIL.

Viols de masse: Nos arrière-grands-parents ont violé l’Italie (Looking back at another Arab invasion: How French colonial troops raped their way through Italy)

17 mars, 2016
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VaincreSansGloireNos arrière-grands-parents ont libéré la France, nos grands-parents l’ont reconstruite, nos parents l’ont nettoyée, nous, on va la raconter. Jamel Debbouze
Ce que l’ONU redoutait est arrivé. Les photos pornographiques prises par un employé français de la mission de maintien de la paix en République démocratique du Congo (RDC) ont commencé à « sortir ». Vendredi 11 février, la chaîne de télévision ABC a révélé l’identité de ce cadre, ancien chef de l’unité de logistique à Goma. Il s’agit de Didier Bourguet, qui est âgé de 41 ans. La chaîne publie sa photo et affirme avoir pu prendre connaissance du disque dur de son ordinateur. Y figurent « des milliers de photographies de lui en train d’avoir des relations sexuelles », indique ABC. Des « centaines de jeunes Congolaises » sont impliquées. Les Nations unies avaient toujours refusé, jusqu’à présent, de détailler les faits qui sont reprochés à cet employé, arrêté le 31 octobre 2004 à Goma et livré aux autorités françaises à l’ambassade à Kinshasa. Mais des sources officieuses avaient fait état de photos digitales et de vidéos, faisant circuler dans les couloirs l’angoisse d’avoir à subir un « Abou Ghraib à l’ONU ». Le Monde snes (13.02.05)
Le véritable scandale, c’est l’hypocrisie et la répétition de ce genre d’affaires. On envoie des jeunes gens dans un pays où la misère est absolue, sans assurer l’encadrement adéquat. Comme si cela faisait partie des risques du genre. Comme si on vivait à l’époque des bordels de campagne ambulants, sauf qu’au Congo, c’est le pays qui est traité comme un bordel. Et c’est d’autant plus choquant que les gens qu’on envoie sont censés protéger et rassurer des gens traumatisés par des années de guerre et de violences. Me Emmanuel Daoud
On sort de ce documentaire abasourdi, mais guère surpris, la violence sexuelle ayant longtemps été considérée comme un inévitable dommage de guerre. Il aura fallu soixante ans pour qu’un livre et un film dévoile la face cachée de la libération de l’Europe, quelques mois ont suffi pour que le monde entier apprenne, et condamne, les exactions commises lors de la « libératon » de l’Irak. Ce sera notre seule raison d’éspérer. Christian Sorg (15/3/06)
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Récemment, toutes les femmes de Patrica, Pofi, Isoletta, Supino, et Morolo ont été violées. À Lenola, pris par les Alliés le 21 mai, cinquante femmes ont été violées, et -comme il n’y en avait pas assez pour tous- des enfants et même des vieux furent violés. Il semble normal que deux Marocains s’en prennent simultanément à une femme, l’un ayant une relation normale, tandis que l’autre la sodomise.Norman Lewis (Naples ’44: A World War II Diary of Occupied Italy)
La bataille du Monte Cassino a été très violente et très frustrante pour les soldats qui ont piétiné pendant des mois dans le froid, sans pouvoir vraiment avancer. Il y a donc eu un phénomène de décompensation qui s’est retourné contre les civils. Par ailleurs, le commandement français a clairement entretenu l’esprit de revanche des troupes à l’égard des Italiens qui avaient « trahi la France ». Résultat : les civils ont parfois été considérés comme le butin de cette guerre. (…) Si l’armée n’en parle pas ouvertement, c’est aussi pour ne pas ternir l’image glorieuse de la bataille de Monte Cassino, surtout à un moment où l’on commence à redonner sa juste place à la contribution des troupes coloniales, car cela brouille le message politique. Julie Le Gac
Quiconque se trouve sur leur route est attaqué à main armée […]. Ils s’emparent de tout […], et si dans le groupe se trouvent des femmes, elles sont déshabillées avec violence en cas de résistance. Si, par exemple, ils s’engouffrent dans quelques fermes encore habitées, ils s’adonnent à un vrai saccage ; à la suite de quoi, les armes à la main, ils chassent les hommes des maisons et violent les femmes sans aucun respect ni pour les jeunes ni pour les personnes âgées. […] Dans tous les cas, on déplore que les actes de violence charnelle s’accompagnent de coups très violents. Les rapports médicaux mentionnent dans leurs diagnostics des déflorations associées à des lésions multiples, des ecchymoses et autres traumatismes […]. Dans l’ensemble, on peut affirmer, sans risque d’être démenti, que 90 % des personnes qui ont traversé la zone d’opérations des troupes marocaines ont été détroussées de tous leurs biens, qu’un nombre élevé de femmes ont été violentées, et que l’on a compté un nombre important d’hommes auxquels on a fait subir des actes contre nature. Officier de l’armée italienne
Cette libération s’accompagna d’un comportement particulièrement agressif et violent envers les populations locales. Dès les premiers temps de leur progression victorieuse, les soldats du contingent français se rendirent coupables de « graves […] violences et […] abus […] dans toutes les régions où ils sont passés », s’abandonnant « à une activité terroriste » marquée par « des centaines de vols, homicides, attaques à main armée, violences sexuelles, coups et blessures, saccages et dévastations ». (…) Les conditions particulières de la « libération » des villages du Latium méridional sont reconstituées de manière détaillée dans une longue lettre de Giovanni Moretti envoyée au commandement militaire français. Passée la première journée d’occupation, le 17 mai, le maire de la commune d’Esperia écrit : « On a constaté dans de nombreuses habitations les premiers cas de violence contre des femmes, des vols, des saccages, des vols à main armée, et le meurtre de ceux qui tentèrent de défendre leurs femmes, ainsi que des incendies. Terrorisées par ces agissements, les populations cherchèrent de l’aide auprès des officiers français commandant ces détachements ; on leur répondit toujours évasivement et parfois négativement. Les troupes purent impunément poursuivre leurs actions criminelles durant les deux ou trois jours qui suivirent, sans que la population civile ne se livre à des mesures de rétorsion : affamée et dépitée, elle dut subir ces humiliations de la part des troupes. Comme les unités marocaines étendirent leur occupation sur tout le territoire de la commune et qu’elles y stationnèrent pendant plus de dix jours, les maisons, les granges, les taudis furent fouillés et saccagés, parfois incendiés et dépouillés de tous les objets : « L’or, l’argent liquide, le bétail, les nappes, le linge, etc. En un court laps de temps, la zone tout entière fut pillée et la population terrorisée. […] Par la suite, la population s’achemina vers Spigno Saturnio, siège du commandement américain, et fut agressée durant le parcours pour être systématiquement dépossédée de ses derniers objets de valeur ; souvent les femmes furent violentées et durent subir des sévices. (…) En tenant compte à la fois du nombre élevé de communes concernées par le passage des troupes coloniales (plus d’une quarantaine) et de la longueur relativement importante de la période durant laquelle des violences sexuelles eurent lieu, le chiffre de douze mille femmes violées qu’avance l’organisation communiste féminine l’Unione Donne Italiane semble crédible. Selon la même enquête, les demandes d’indemnités pour des dommages matériels causés par les soldats français à la population italienne (catégorie générale regroupant des réalités aussi différentes que les vols ou les homicides) s’élevaient à soixante mille environ. Par-delà la spéculation autour des chiffres, un élément paraît irréfutable : dans le Latium méridional, les violences sexuelles perpétrées par les troupes alliées ont eu une dimension massive, faisant de la situation italienne un cas unique. Certes, différents cas de viols commis, par exemple, par les soldats américains peuvent être dénombrés en Europe occidentale durant la seconde guerre mondiale ; mais il s’agissait, la plupart du temps, d’initiatives individuelles se produisant à l’arrière du front. Ces événements italiens semblent en revanche s’insérer à mi-chemin entre l’aspect épisodique des viols commis par les soldats alliés en Angleterre, en France ou en Allemagne, et le côté systématique des violences sexuelles qui accompagnèrent l’avancée de l’Armée rouge vers l’Allemagne. La mémoire des habitants du bas Latium présente de fortes similitudes avec celle de la population de l’Autriche méridionale : dans cette région également, l’attente de la fin de la guerre fut compromise par le comportement des « libérateurs » russes enclins, au-delà des prises de positions officielles, à considérer les civils comme des ennemis vaincus, devant acquitter la défaite aux prix du saccage et du viol. Comme les troupes soviétiques, les soldats coloniaux purent, durant leur offensive contre la ligne Gustav et sur une période importante, profiter d’un régime disciplinaire particulièrement permissif. Le relâchement de la discipline interne aux subdivisions se confirme lorsqu’on analyse l’attitude adoptée par le commandement français face aux délits commis avant la percée du front. Depuis le débarquement en Italie, des violences contre la population civile avaient été perpétrées par les membres du corps expéditionnaire français, particulièrement en Campanie. Les autorités françaises avaient alors collaboré avec les forces de l’ordre italiennes, en cherchant à identifier les coupables. À Atella, par exemple, une jeune fille avait « perdu sa virginité avec violence et été violée pendant plus d’une heure par trois militaires arabes de l’armée française, puis abandonnée à terre », le 24 décembre 1943. Les responsables du viol furent « identifiés et arrêtés par le commandement de leur régiment », et déférés devant le tribunal militaire allié. Devant des crimes plus atroces encore, des méthodes plus expéditives avaient été employées. Après la découverte du cadavre d’un enfant de 9 ans dans la commune de Santa-Maria-la-Fossa, comprenant « des lacérations de l’orifice anal, des signes évidents de blessures dans la région abdominale et d’étranglement au moyen d’une corde, et des ecchymoses sur tout le corps », l’auteur de ce délit macabre, un militaire français de couleur, avait été non seulement identifié mais également emmené par la police militaire française près du cimetière du village où il avait été fusillé en présence de tout son détachement. Même les documents français relatifs au corps expéditionnaire, conservés au Service historique de l’armée de terre, relate de nombreux épisodes similaires à ceux qui viennent d’être narrés. Dans les zones éloignées du front, les autorités françaises punirent des soldats responsables de violences contre les civils. Environ trois cent soixante militaires du corps expéditionnaire français furent déférés devant les tribunaux militaires pour des délits commis durant la campagne d’Italie. Mais « au moment où se déroule cette bataille, aucun pouvoir ne peut, ou ne veut, intervenir pour défendre les civils. (…) Les soldats du corps expéditionnaire commirent encore, mais dans une moindre mesure, de graves violences à l’encontre des populations locales dans le Latium septentrional et la Toscane. Les autorités militaires italiennes signalaient que « les militaires marocains […] continuaient à développer une activité terroriste dans toutes les zones où ils passaient comme […] à Montefiascone, et en général dans toute la zone du lac de Bolsena, où ils avaient commis des centaines de vols, d’homicides, de braquages, de viols, de coups et blessures, des saccages et des dévastations ». Après le Viterbois on dénombra des incidents même dans la province de Sienne. « Même là en effet, reprenaient les autorités italiennes, les troupes françaises, et particulièrement les contingents marocains, ont continué à recourir à des violences à caractère sexuel contre les populations, suscitant la panique et la honte », au point qu’elles accueillirent avec soulagement la rumeur selon laquelle « dans ces zones les troupes françaises seraient rapidement relevées par des contingents britanniques ». Les passages des troupes coloniales dans la province de Livourne et à l’île d’Elbe furent particulièrement dramatiques. Ils suivirent les mêmes modalités que lors de la percée de la ligne Gustav. Là aussi, viols et homicides succédèrent à des opérations militaires délicates et semblent avoir bénéficié du consentement de la hiérarchie militaire. Les soldats du corps expéditionnaire français (soit environ 17 400 hommes), Sénégalais et Marocains dans leur grande majorité, dirigés par des gradés français, débarquèrent dans la nuit du 17 juin 1944. Après avoir débordé en deux jours « la défense – dans certaines zones – acharnée de divisions allemandes et fascistes de la République sociale italienne », ils s’abandonnèrent « envers la population de l’île à toutes sortes d’excès, violant, volant, razziant villages et domaines, prélevant le bétail, le vin, et tuant qui tentait de s’opposer à leur arbitraire ». « Les officiers assistèrent dans l’indifférence à ces massacres », obligeant les habitants du lieu à se retirer « dans les maisons en montagne », en attendant le retour à la normale, qui n’intervint « qu’au départ des divisions, vingt-cinq jours plus tard ». Selon « les vérifications diligentes » des carabiniers, outre les vols, braquages, et dévastations, s’étaient produits dans cette zone 191 cas de violences sexuelles, 20 tentatives de viols sur des femmes, et une tentative de viol sur une petite fille. Les homicides liés à la résistance furent nombreux. Mais la plus grande partie des troupes présentes en Italie fut retirée pour être engagée dans le débarquement en Provence, suivant le vœu du général de Gaulle qui préférait, de loin, engager ces troupes dans la libération du territoire national, plutôt que de les utiliser sur un théâtre d’opération à ses yeux secondaire. L’ampleur des violences perpétrées par les militaires du corps expéditionnaire français en Italie mérite une réflexion sur les causes plus profondes de ces événements. Dans cette perspective, l’existence ou non d’ordres (écrits ou oraux) cautionnant le comportement des troupes françaises ne constitue pas un enjeu décisif. En revanche, la conception selon laquelle des populations civiles impliquées dans des événements guerriers ont été considérées comme un butin de guerre représente un élément central. Les soldats coloniaux en profitèrent tant lors des viols isolés, effectués de nuit dans les campagnes sans l’aval des hiérarchies militaires, que lors de violences sexuelles, liées aux opérations militaires, implicitement admises par le commandement. Dans le Latium méridional, ces violences n’ont cependant pas eu pour objectif une affirmation ethnique. Le comportement des troupes coloniales a souvent été interprété en référence à l’appartenance tribale des soldats, celle des goumiers notamment. Lors de leur passage caractérisé par son extrême brutalité, avec droit de saccages et de viols, auraient été transposées des coutumes encore en vigueur sur le continent africain. Lorsqu’ils traitent des viols, les documents américains font allusion « à l’habitude des Africains de se comporter ainsi contre les populations hostiles quand ils sont victorieux », tout en insistant sur d’autres causes, la présence insuffisante d’officiers européens notamment. Cette position est fortement réductrice et influencée par le « regard colonial », l’Occident redéfinissant sa propre identité, en s’opposant à celle que l’on attribuait aux colonies. Le discours colonial français a ainsi fréquemment déshumanisé les soldats marocains, représentés comme des sauvages naturellement enclins à la guerre, dotés de dispositions ataviques à la vie militaire du fait même de leur appartenance au grade le plus bas de la civilisation humaine. En réalité, cette disposition au saccage et au viol, loin d’être propre aux troupes coloniales, est fréquente parmi les armées européennes, au moins jusqu’au 17e siècle. Plus justement, la violence des troupes coloniales, et spécialement celle des goumiers, doit être reliée aux fonctions de police coloniale que ces troupes exerçaient. Les goumiers furent souvent recrutés de manière coercitive et entraînés par des officiers de l’armée régulière, afin de réprimer les résistances antifrançaises, encore fréquentes durant les années 1930. De nombreuses techniques guerrières, dont celles relatives aux comportements envers les civils, se forgèrent dans ce contexte et furent finalement exportées vers d’autres théâtres d’opérations. Il est donc difficile de distinguer ce qui, dans la pratique militaire adoptée par les soldats coloniaux, dérive des « traditionnelles barbaries africaines », de ce qui au contraire provient de l’apport européen à la violence coloniale contre les civils indigènes. Ce même problème de la « sauvagerie » des troupes coloniales s’était pour la première fois manifesté lors de la première guerre mondiale, quand des contingents furent engagés en Europe par la France et par la Grande-Bretagne, provoquant la protestation des empires centraux qui accusèrent les puissances de l’Entente de se servir de soldats barbares et sauvages. Ils contestaient une manière de conduire les conflits qui, en réalité, était pratiquée par tous dans les territoires extra-européens. L’opinion publique européenne fut, dans son ensemble, perturbée par la présence de soldats de couleur sur son sol, comme le prouve la forte préoccupation relative aux éventuels rapports sexuels entre soldats africains ou asiatiques et femmes occidentales. Cette donnée amena l’État français à opter pour une ségrégation des races et des genres, jusque dans les hôpitaux, des militaires provenant des colonies d’avec les infirmières françaises. Relancé par une vaste campagne de presse développée en Allemagne contre les viols commis par des soldats marocains durant l’occupation française de la Rhénanie, le stéréotype du soldat noir, barbare et violeur, se renforça dans l’imaginaire du vieux continent. De même dans l’Italie des années 1930, les auxiliaires indigènes de l’armée royale furent considérés comme particulièrement féroces et sanguinaires en raison de leur origine tribale. Dans l’imaginaire européen, l’agressivité et la férocité du soldat de couleur sont associées à sa condition de « bête sauvage » et d’animalité. Dans un ouvrage consacré aux goumiers, Yves Salkin finit par les comparer à des bêtes sauvages pour leur aptitude à se déplacer dans les zones de montagne les moins praticables.  (…) Les conséquences de cette vision sont loin d’être anodines. Assimiler les soldats coloniaux à des bêtes dominées par des pulsions naturelles et privées de raison aboutit inévitablement à les soustraire du jugement moral, en faisant de leur comportement « sauvage » une réaction instinctive ou automatique, « animalière » précisément. La « naturalisation » de la violence a une signification différente selon les acteurs. Si les dirigeants politiques et militaires français justifient par leur « bestialité » les crimes des soldats marocains, ils se délient de toute responsabilité même indirecte. La population italienne, elle, se sert de l’animalité des troupes pour souligner le rôle des commandements militaires, français ou américains. En insistant sur les responsabilités générales des commandements alliés, les habitants des villages « libérés » par les troupes françaises semblent percevoir la nature moderne des viols. Ceux-ci, selon le point de vue des habitants, sont liés à la « totalisation » du conflit, à laquelle les Anglo-Américains contribuent dans une certaine mesure. Afin de poursuivre leur objectif stratégique, ces derniers choisissent d’engager des troupes propices à une forte agressivité à l’encontre des civils durant les combats, soutenant ainsi leurs comportements, même s’ils n’en sont pas les promoteurs directs. Les violences sexuelles commises dans le Latium méridional sont donc à replacer dans le contexte de la culture européenne de la guerre. Tout en refusant les révisionnismes infondés, n’oublions pas que les Anglo-Américains n’étaient pas totalement étrangers à cette culture de la guerre, fondée sur la notion absolue d’« ennemi ». Dans un contexte spécifique et particulier, les « libérateurs » ne sont donc pas toujours reconnus dans ce rôle par les populations locales, précisément parce qu’ils choisissent de conduire la guerre de façon très pénalisante pour les civils. Dans le Latium méridional s’est forgée une mémoire très critique de leur comportement, sans engendrer pour autant de réflexion collective. Les épisodes des violences commis par les soldats coloniaux, dont le souvenir reste fort au niveau individuel, ont suscité trop de contradictions dans une société locale marquée par une culture masculine et machiste dominante, tendant à culpabiliser les victimes des viols et leur imposant le silence sur les méfaits subis. « C’était passé… c’était fait… on ne pensait qu’à çà… cela ne sortait plus de notre esprit », raconte Marianna Corelli, se référant au comportement de la famille de son mari envers la belle-sœur violée. Les municipalités évitèrent donc d’initier des politiques commémoratives dans les communes où les soldats français étaient passés. L’expérience belliqueuse vécue par la population civile ne trouva ni reconnaissance ni forme de codification. Les récits dissonants relatifs aux viols perpétrés dans le bas Latium n’ont pas pu trouver d’écho dans la mémoire publique nationale de l’après-guerre. En adhérant à l’OTAN en 1949, l’Italie républicaine pouvait difficilement faire accepter des visions critiques de la campagne militaire menée en 1944 par deux nouveaux et importants alliés : la France et, plus encore, les États-Unis. Revenir sur les violences sexuelles auraient pu inciter « à discuter les valeurs de l’Allié et de l’Alliance occidentale », en fournissant d’utiles arguments aux partis de gauche qui s’opposaient à l’entrée italienne dans le Pacte atlantique. Il n’était donc pas judicieux, du point de vue de la politique intérieure comme extérieure, d’ouvrir cette boîte de Pandore. Sur un tout autre plan, cette reconnaissance se révélait absolument « incompatible avec le processus de reconstruction d’un sentiment masculin national valorisant». L’exaltation de la figure du partisan en armes, mise au centre du discours public sur la résistance, célébrait également la renaissance de la patrie italienne, en proposant de nouveau l’idéal proprement masculin de l’homme-guerrier. En combattant contre l’étranger et ses collaborateurs, les partisans avaient aussi tenté de restaurer le prestige de la composante masculine nationale qui s’était évaporée avec la crise de l’armée, consécutive à l’armistice du 8 septembre 1943. La thématique des viols obligeait au contraire à se confronter avec la défaite italienne, avec l’effondrement des institutions de l’État, et surtout avec l’incapacité attestée des hommes à défendre leurs femmes. Le thème de la défense de la nation est étroitement lié à celui de la sexualité féminine : la défense des femmes passe « par la sauvegarde de la cohésion interne et des frontières extérieures de la spécificité nationale ». Le recours au viol comme acte de guerre est une des façons de sanctionner la défaite des groupes masculins des nations belligérantes. Rappeler ouvertement les viols revenait donc à souligner la longue impuissance des hommes italiens à la suite de la reddition. Dans ce contexte, le thème des violences sexuelles ne pouvait trouver d’exutoire dans le discours public. Cette expérience particulière n’avait pas la possibilité d’être lue à travers les lunettes du patriotisme et de la résistance à l’envahisseur étranger. Les auteurs de ces viols n’étaient pas des ennemis (les Allemands) contre qui une communauté masculine « retrouvée » (les partisans) prenait les armes, mais au contraire des « alliés », au côté desquels on combattait pour faire renaître la nation détruite par le fascisme. En outre, le viol ne pouvait être présenté comme un fragment de la tragédie collective du peuple italien, servant à dénoncer l’ennemi fasciste et nazi. De même, le viol ne pouvait être présenté comme un fragment de la tragédie collective du peuple italien permettant de dénoncer l’ennemi fasciste ou nazi, au rebours de ce qui s’est récemment passé au Kosovo. La situation italienne en 1944 ne correspond pas au modèle du « héros masculin » accolé à l’image féminine de la « victime souffrante ». On comprend, dès lors, que cette dimension soit longtemps restée absente de l’historiographie italienne. Aussi, l’analyse des massacres nazis en Italie, caractérisée par une forte attention aux mémoires locales, a récemment focalisé l’attention des historiens qui se sont intéressés aux populations civiles en temps de guerre. Dans les zones traversées par la ligne Gustav, l’étude de la seconde guerre mondiale a conduit certains d’entre eux, recourant aux sources orales, à s’interroger sur le thème des violences alliées, évoquées de nouveau par les interviewés, tant sous le biais des bombardements anglo-américains que sous l’angle du passage dramatique des troupes du corps expéditionnaire français. Sans être toujours relayés par l’opinion publique, ces événements ont laissé des traces très profondes dans la mémoire collective, traces que les outils propres à l’historiographie permettent aujourd’hui d’analyser. Tommaso Baris
Disparus de la mémoire de la Libération, les viols de masse commis au printemps 1944 par les troupes françaises restent une plaie ouverte dans le cœur des Italiens du Latium. Sept décennies plus tard, la France ne s’est jamais excusée et les victimes n’ont pas oublié. (…) Le 11 mai 1944 … au terme de six mois de guerre, de pertes humaines considérables, l’armée de Libération remporte la bataille de Monte Cassino. Grâce à l’intervention décisive du général Juin et des soldats du Corps expéditionnaire français (CEF), la route vers la capitale est ouverte, la Wehrmacht est défaite, la libération de Rome n’est plus qu’une question de semaines. Ivres de leur victoire, des milliers de soldats du CEF déferlent sur les petits villages du Latium. Mais, à la surprise des civils qui croient accueillir une armée de libérateurs, l’esprit de conquête se libère en fureur… Entre le 15 mai 1944 et le début du mois de juillet, des milliers de viols sont commis par les soldats tricolores. Femmes, hommes, enfants, vieillards, les civils de 8 à 72 ans sont victimes des marocchinate, des «maroquinades», un mot générique (et particulièrement injuste) pour désigner les «viols de masse» (2) commis par les soldats du CEF (dont 60% étaient originaires d’Afrique du Nord). Le général Juin, lui, deviendra un des plus grands héros militaires de la Seconde Guerre mondiale. (…) Pour ne rien arranger, le général Juin mettra neuf jours à réagir aux exactions alors que les alertes arrivent de toutes parts. Le héros de Monte Cassino ne le fera qu’«à la demande insistante des Alliés». (…) Les récits des survivants ou de leurs descendants rivalisent d’horreur, et pourtant ils sont moins cruels que les comptes rendus factuels des tribunaux militaires. Ces documents, que nous nous sommes procurés, décrivent avec force détails le traitement réservé aux civils et mettent en cause la responsabilité du haut commandement qui avait obtenu de la part des gendarmes, des médecins et des coupables eux-mêmes, la preuve de ces exactions. «En réunion et sous le regard des proches.» C’est ainsi que Pierre D., soldat 2e classe, reconnaît avoir, le 12 juin 1944, «conduit dans une grotte» sous la «menace d’une arme» un garçon de 12 ans – qui témoigne également dans l’acte d’accusation. «Dans cette grotte, je l’ai déshabillé pour le violer, comme il s’opposait à ma volonté, je l’ai frappé de plusieurs coups de poing à la figure, puis je l’ai jeté à terre et l’ai fait coucher sur le ventre. A ce moment, le garçon s’est mis à crier, je l’ai menacé de mon arme en lui disant « ne crie pas ou bien je te tue ». Afin d’étouffer ses cris, j’ai appliqué ma main sur sa bouche, puis me jetant sur lui, je l’ai violé.» Le militaire sera condamné à dix ans de travaux forcés pour «atteinte à la pudeur». Cette histoire fait terriblement écho à celle de Pietro, le vieux paysan de Lenola, et pourtant le mode opératoire de cette agression reste exceptionnel. En effet, selon les actes d’accusation dont nous avons eu copie, les militaires du général Juin qui se sont rendus coupables de violences sexuelles l’ont fait presque toujours en réunion, sous la garde d’au moins un camarade. Dans la majorité des cas, les soldats entraînaient les victimes un peu à l’écart du lieu de la rencontre ou commettaient leur crime dans la maison sous le regard des proches. C’est ainsi que le 30 mai 1944, quatre soldats français, Belgacem B., Jean-Marie G., François S. et Mohamed G. sont reconnus coupables de viol sur deux jeunes femmes de Castro dei Volsci, âgées de 20 et 29 ans. La première avait été agressée dans sa propre chambre en présence de sa mère et de sa tante, avant de l’être de nouveau par deux autres soldats, dans un champ de blé voisin. La seconde avait été violée dans la grange de la ferme. Bien que les quatre soldats furent reconnus coupables, seuls Jean-Marie G. et François S., les soldats français, obtiendront des suspensions d’exécution de peine. Indiqué dans les comptes rendus, le motif de la clémence est identique dans les deux cas : «Il semble bien résulter des données et des débats que X s’est laissé entraîner par des camarades indigènes et qu’il ne se soit pas rendu compte de la gravité de sa faute.» Aucun des historiens interrogés n’a pu expliquer cette différence de traitement. Selon les données récoltées par Julie Le Gac, 207 soldats seront jugés pour violences sexuelles, et 19%, soit 39 hommes, seront acquittés, «le plus souvent faute de preuves». Vingt-huit soldats pris en flagrant délit seront exécutés sans jugement. L’historienne précise que «55 % d’entre eux bénéficieront de circonstances atténuantes attribuées de manière discrétionnaire». Pour certains, ces décisions de justice sont la preuve que la France a bien condamné ces exactions. En outre, après enquête, le 1er janvier 1947, Paris a autorisé l’indemnisation de 1 488 victimes de violences sexuelles. Une forme de reconnaissance ? Peut-être. Sauf que c’est Rome qui a payé. Selon la procédure mise en place par les Alliés, l’Italie, pays vaincu, a dû indemniser les victimes des exactions. Au-delà de la question financière, pour Fabrizio Battistelli, professeur de sociologie à l’université de Rome (Sapienza), c’est avant tout une affaire de «reconnaissance». Selon le chercheur qui a travaillé sur les violences du CEF dans le Latium méridional, «il ne semble pas que, du côté français, il y ait eu une prise de conscience appropriée de la gravité des faits». Pour lui, «la responsabilité de la République française, représentée sur le terrain par le général Juin et ses subordonnés, est indiscutable». En effet, le professeur estime que ces «crimes» ont été commis de «manière systématique» dans un cadre «de tolérance générale, sinon d’autorisation ouverte» du commandement français. Moins radicale, l’historienne française estime que ces violences «ne sont pas un sujet tabou pour l’armée française», mais reconnaît «un problème d’encadrement dû à un manque de personnel». (…) Le nombre des viols commis par le CEF à cette période fait l’objet de débats parmi les historiens (entre 200 – le nombre de condamnations par les tribunaux militaires – et 12 000 environ), les gouvernements (2 000 pour le gouvernement italien, 1 488 personnes indemnisées pour les autorités françaises) et les associations (60 000). «Viol de masse», en raison de la faible densité démographique de la province et de la courte période durant laquelle ils ont été commis. Libération
Les Goums, formations de l’Armée d’Afrique (à distinguer de l’armée coloniale), étaient recrutés de manière régulière, mais collectivement par unités complètes, encadrement compris. Ces troupes contractuelles appelées goums marocains, mais avec un statut particulier, proche des coutumes locales de la zone de recrutement, fournissaient l’ossature de l’infanterie d’une division d’infanterie marocaine. Ils appartenaient au CEF (Corps expéditionnaire français) aux côtés de la 2e division d’infanterie marocaine, de la 3e division d’infanterie algérienne, de la 4e division marocaine de montagne et de la 1re division d’infanterie motorisée (1re DIM) qui se faisait appeler la 1re division française libre. Les goums étaient sous les ordres du général français Augustin Guillaume. Le 14 mai 1944 les goumiers, avec leurs convois de mules, passèrent par un endroit réputé infranchissable dans les monts Aurunci et contournèrent les lignes de défense allemandes dans la vallée du Liri, permettant au XIIIe Corps britannique d’enfoncer la ligne Gustav et d’avancer jusqu’à la ligne de défense suivante que les troupes allemandes avaient préparée, la Ligne Hitler. C’est après cette bataille qu’eurent lieu les violences sur les populations civiles. Lors de sa première visite sur le front italien en mars 1944, De Gaulle prévoit déjà de rapatrier les goumiers au Maroc et de les employer uniquement à des taches d’utilité publique. La demande pressante de ses officiers pour renforcer le contingent de prostituées à hauteur de 300 Marocaines et de 150 Algériennes avait débouché sur la venue de seulement 171 Marocaines. En Italie, les exactions des goumiers marocains ont donné naissance aux termes « marocchinate », « marocchinare » qui se rapportent aux viols d’une cruauté insurpassable commis. Du 15 au 17 mai, plus de 600 femmes sont violées, beaucoup d’hommes subissent le même sort ainsi qu’un prêtre. Un rapport anglais révèle que des femmes et des jeunes filles, des adolescents et des enfants sont violés dans la rue, des prisonniers sodomisés et des notables castrés. Dans l’Italie de l’après guerre parler des « maroquinades » évoque toujours des scènes de pillages et de viols. (…) Cependant ces violences ne se limitèrent pas à cette seule zone de l’Italie : le phénomène aurait déjà commencé en juillet 1943 en Sicile, avant de se propager par la suite dans toute la péninsule et il n’aurait pris fin qu’en octobre 1944, avec le transfert en Provence des CEF. En Sicile, les goumiers auraient eu des heurts très sévères avec la population pour cette raison : on parle de quelques soldats qu’on aurait retrouvé tués avec les parties génitales coupées. Avec l’avancée des alliés le long de la péninsule, des événements de ce genre sont aussi rapportés dans le Nord du Latium 8 et le Sud de la Toscane où les goumiers violèrent, et parfois tuèrent, des femmes et des enfants après la retraite des troupes allemandes, sans épargner des membres de la résistance italienne. Les mêmes méfaits se sont répétés lors de la prise de Freudenstadt, en Allemagne, les 16 et 17 avril 1945, quand au moins 600 femmes ont été violées par les troupes françaises, dont une partie de goumiers9. Le 18 juin 1944, le pape Pie XII sollicita le général de Gaulle afin qu’il prenne des mesures face à cette situation. La réponse qu’il reçut du général montrait à la fois sa compassion et son irritation. La justice française entra donc en lice et 207 soldats furent jugés pour violences sexuelles ; 39 d’entre eux furent acquittés, faute de preuves. À ces chiffres, il faut cependant ajouter le nombre de ceux (28) qui furent pris sur le fait et fusillés. Le 1er janvier 1947, la France autorise l’indemnisation de 1 488 victimes de violences sexuelles ; indemnisations payées par l’Italie, pays vaincu. (…) À titre de comparaison, mais se référant à un effectif global des armées bien plus important que les bataillons ici en cause, l’historien américain J. Robert Tilly dans son ouvrage La Face cachée des GI’s, rend compte de 379 dossiers archivés, de 879 cas dénombrés officiellement, et extrapolant sur ces bases pour tenir compte des affaires n’ayant jamais donné lieu à des plaintes estime que plus de 17 000 viols auraient été commis par les militaires américains pendant les campagnes de France et d’Allemagne entre 1942 et 1945. Les viols commis par l’Armée soviétique sont quant à eux estimés à de plus de deux millions de femmes allemandes violées en 1944-1945 (dont 100 000 pendant la seule bataille de Berlin). Wikipedia

 Attention: une occultation peut en cacher une autre !

A l’heure où à l’instar du pape, l’Europe se félicite de l’invasion arabe dont elle est actuellement l’objet …

Et où après les débordements du Nouvel An que l’on sait …

Nos belles belles âmes se dévouent pour leur apprendre la position du missionnaire

Comment ne pas repenser en ces temps de réhabilitation généralisée de la mémoire jusqu’ici occultée de nos nouveaux damnés de la terre …

A une autre occultation celle-là – il ne fallait pas « brouiller le message politique » – de ces milliers de viols de femmes italiennes …

Par ces fameux indigènes dont on nous avait ….

Entre deux dénonciations des barbares de Normandie ou d’Abou Ghraib et sans parler de nos propres casques bleus pédophiles …

Tant vanté il y a quelques années les prétendus exploits militaires ?

«Elle avait 17 ans et elle a été violée par 40 soldats»
Leïla Minano, Envoyée spéciale dans le Latium (Italie)

Libération

15 mai 2015

Disparus de la mémoire de la Libération, les viols de masse commis au printemps 1944 par les troupes françaises restent une plaie ouverte dans le cœur des Italiens du Latium. Sept décennies plus tard, la France ne s’est jamais excusée et les victimes n’ont pas oublié.

«Elle avait 17 ans et elle a été violée par 40 soldats»
«Ils m’ont tout fait… Ils m’ont tout fait.» Le vieux paysan referme la main sur son pantalon en velours côtelé. Le regard est vide, la voix sûre, mais les doigts broient le tissu à s’en tordre les phalanges. Pour le rassurer, Marina, sa petite-fille de 20 ans, lui parle à l’oreille. Mais Pietro, 86 ans, ne faiblit pas : «Ils m’ont pris comme une femme… Ils m’ont tout fait, comme des bêtes, et puis ils m’ont tiré dessus.» Et de montrer la cicatrice de la balle qui l’a frappé à l’arrière du cou. «Pourtant mon père m’avait prévenu, il m’avait dit de rester à la maison. Mais j’étais jeune, fou, c’était la guerre et toute la famille était affamée, il fallait bien sortir pour trouver de quoi manger.» Dans le salon de la grande maison en pierre, trois générations de la famille Socco écoutent religieusement cette histoire que «l’ancien» ne leur a jamais racontée. «Ce jour-là, j’étais avec mon ami Lorenzo, mais lui n’a pas survécu. Dans la soirée, quand ils m’ont retrouvé, j’avais perdu beaucoup de sang, mon père me croyait déjà mort, mais je m’en suis sorti. Il m’a dit « tu es vivant, c’est tout ce que j’ai besoin de savoir », alors je n’ai rien ajouté.» C’était il y a soixante-et-onze ans. Mais dans les mots du grand-père, le souvenir enfoui remonte à la surface avec la précision d’un flash.

«Les civils considérés comme butin de guerre»
Au printemps 1944, Pietro a 15 ans, et vit à Lenola, petit village escarpé qu’il n’a jamais quitté. Les Socco, comme la majorité des habitants de la province de Frosinone, une zone rurale à deux heures de Rome, sont affamés par quatre ans de guerre «où il a fallu nourrir le soldat allemand». Dans cette partie du Latium, les bombardements frappent durement Lenola et les petites communes situées à quelques kilomètres du front. Dans tout le pays, la confusion est totale : c’est la valse des uniformes depuis que Mussolini est tombé et que les Alliés ont débarqué en Sicile. Le 11 mai 1944, ils renversent enfin la vapeur : au terme de six mois de guerre, de pertes humaines considérables, l’armée de Libération remporte la bataille de Monte Cassino. Grâce à l’intervention décisive du général Juin et des soldats du Corps expéditionnaire français (CEF), la route vers la capitale est ouverte, la Wehrmacht est défaite, la libération de Rome n’est plus qu’une question de semaines.

Ivres de leur victoire, des milliers de soldats du CEF déferlent sur les petits villages du Latium. Mais, à la surprise des civils qui croient accueillir une armée de libérateurs, l’esprit de conquête se libère en fureur… Entre le 15 mai 1944 et le début du mois de juillet, des milliers de viols (1) sont commis par les soldats tricolores. Femmes, hommes, enfants, vieillards, les civils de 8 à 72 ans sont victimes des marocchinate, des «maroquinades», un mot générique (et particulièrement injuste) pour désigner les «viols de masse» (2) commis par les soldats du CEF (dont 60% étaient originaires d’Afrique du Nord). Le général Juin, lui, deviendra un des plus grands héros militaires de la Seconde Guerre mondiale.

«La bataille du Monte Cassino a été très violente et très frustrante pour les soldats qui ont piétiné pendant des mois dans le froid, sans pouvoir vraiment avancer. Il y a donc eu un phénomène de décompensation qui s’est retourné contre les civils, explique l’historienne Julie Le Gac, auteure d’une thèse édifiante sur le CEF (3). Par ailleurs, le commandement français a clairement entretenu l’esprit de revanche des troupes à l’égard des Italiens qui avaient « trahi la France ». Résultat : les civils ont parfois été considérés comme le butin de cette guerre.» Pour ne rien arranger, le général Juin mettra neuf jours à réagir aux exactions alors que les alertes arrivent de toutes parts. Le héros de Monte Cassino ne le fera qu’«à la demande insistante des Alliés».

Devant la frilosité des réactions des officiers français, la population du Latium méridional se protège tant bien que mal. Dès les premières exactions, la rumeur se répand comme une traînée de poudre dans les petites communes isolées : «A l’époque, ils disaient « il faut cacher les filles car les diables les enlèvent »», raconte le maire adjoint de Lenola, dont les trois grands-tantes ont été violées. D’après plusieurs témoignages, «les proies potentielles» sont cachées «dans les grottes», «les écuries», «les fermes et les égli ses reculées».

Sylvia a 18 ans quand elle est envoyée chez sa grand-mère qui vit dans une ferme isolée des environs de Lenola. Sept décennies plus tard, la jeune fille est devenue une petite grand-mère, timide et discrète. Difficile de déceler dans la fragile vieille dame de 89 ans enrubannée dans un foulard noir l’adolescente espiègle qu’elle a pu être. «A l’époque, nous ne parlions pas de ces choses-là et nous ne posions pas beaucoup de questions, commence Sylvia, recroquevillée dans un coin du salon. Mais nous savions que les soldats recherchaient les filles.»

«Des femmes sont devenues folles»
En dépit de l’isolement de la ferme, deux soldats du CEF finissent par frapper à la porte de la maison. Sa grand-mère lui demande de se cacher sous ses jupes. Les yeux de Sylvia s’allument quand elle pense à la supercherie : «Les femmes portaient de larges jupes noires et moi, j’étais toute maigre, je me suis mise sous le banc, dissimulée par la jupe, et ils ne m’ont pas vue… Ils ont fouillé partout et puis les Américains sont arrivés, ça les a effrayés, ils sont partis.» Et de poursuivre plus tristement : «Tout le monde n’a pas eu la même chance que moi. Je ne sais pas combien de filles ont été « attrapées », mais quand les soldats sont partis, beaucoup avaient des maladies vénériennes. Certaines sont tombées enceintes, des fiancés ont rejeté leur promise. Il y a même des jeunes femmes qui sont devenues folles et se sont suicidées. Personne n’en parlait vraiment, ça restait dans la famille, les victimes allaient chez les médecins secrètement et on donnait aux filles des plantes pour avorter. Cette période a été terrible, c’est comme s’ils avaient tué la joie de la jeunesse, tout le monde était devenu triste, déprimé.»

De l’autre côté de la colline verdoyante qui supporte Lenola, à Castro dei Volsci, une autre jeune fille a eu moins de chance que Sylvia. Au mois de juin 1944, Elide a 15 ans. Depuis quelques jours, l’adolescente et sa mère ont trouvé refuge dans la ferme de sa tante, quand deux soldats du Corps expéditionnaire français défoncent la porte. «Quand ils sont arrivés, j’ai juste eu le temps de me cacher dans un grand coffre qui servait de banc. Mais lorsqu’ils sont entrés dans la pièce pour fouiller, mon ventre a gargouillé, alors ils m’ont trouvée… J’avais tellement faim.» Assise devant la table de la salle à manger, l’ancienne boulangère du village, cheveux courts blonds peroxydés, s’est apprêtée. «Le premier soldat a fait sortir de force ma mère et ma tante, c’était horrible ; je les entendais hurler, pleurer, mais il n’y avait pas de compassion chez eux.» Elide se lève brusquement et mime la scène avec de grands gestes comme si les soldats se trouvaient toujours dans la pièce. «Je suis restée seule avec lui, j’étais contre le mur, il essayait de me faire tomber par terre et je hurlais, je criais à ma mère de venir m’aider… Mais elle ne pouvait rien faire, alors, de l’autre côté de la porte, elle hurlait aussi et quand il m’agressait je me débattais.» Les yeux clairs d’Elide sont fous, sa voix s’éraille, mais le petit gabarit ne s’effondre pas : «Il sentait mauvais, il était sale, il avait des boutons sur les jambes…» L’apparition d’un groupe de soldats met fin au calvaire de l’adolescente : «Les Canadiens sont arrivés et les « chiens » se sont enfuis… Ils auraient pu nous tuer. La fille de Valentina, ils l’ont tuée. Elle avait 17 ans, elle était très belle et elle a été violée par 40 soldats. Quand sa mère s’est interposée, ils lui ont coupé la langue et l’ont obligée à regarder.» L’horreur de l’histoire finit par calmer l’octogénaire qui devient moins bavarde. Pourtant, les langues n’ont pas fini de se délier, car dans le Latium, la mémoire des anciens regorge de souvenirs, plus terribles les uns que les autres.

La responsabilité du haut commandement
Arturo, 79 ans, nous attend à la Maison des anciens de Lenola, où se retrouvent chaque jour les plus âgés pour jouer à la pétanque et aux cartes. Il est 14 heures et le petit local, installé sur les hauteurs du village, est encore vide. Arturo, cheveux encore noirs, yeux bleus malicieux, semble ne pouvoir se défaire d’un petit sourire espiègle. «J’avais 8 ans, nous étions réfugiés dans une maison avec une centaine d’autres habitants, quand les Marocains sont descendus. Ils ont entouré la maison et, plus tard, ils sont venus chercher les femmes les unes après les autres pour les emmener dehors. Les gens pleuraient, suppliaient, mais il n’y avait aucune pitié, même pour les très jeunes.» Intrigué et «sans peur», le petit Arturo parvient à se glisser dehors. «Je voulais savoir ce qu’ils faisaient avec les filles, où ils les emmenaient pour pouvoir retourner les chercher. Alors, j’ai suivi une fille, j’ai regardé au coin de la maison pour voir dans quelle direction ils partaient, mais ils m’ont repéré et ils ont tiré. J’ai couru me cacher dans le petit bois juste en face. Ils m’ont vite oublié, ils étaient plus intéressés par ce qu’ils allaient faire… Ils se sont jetés sur elle, ils étaient trois. Je fermais les yeux mais je l’entendais toujours pleurer.» Assis dans le salon de la pièce nue et froide de l’association, Arturo a de nouveau 8 ans, il se recroqueville sur sa chaise et éclate en sanglots. Nous l’apprendrons plus tard, la femme qu’il a suivie, la femme qu’il a vu se faire violer, était sa mère.

Arturo s’effondre quand Ennio, 84 ans, un autre ancien de l’association, reprend à son tour le fil du récit. Alerte, l’ancien ouvrier vêtu à la mode des années 70 «accepte de raconter, même s’il aurait préféré tout oublier». Ennio n’a que 13 ans quand un groupe d’une dizaine de soldats français et marocains fait irruption dans la maison de berger où il s’est réfugié avec sa famille et plusieurs de leurs voisins. «Ils étaient en colère car les jeunes filles étaient cachées ailleurs, dans une grotte. Alors les militaires ont pris la seule femme qui était présente, une mère de famille, et ils m’ont obligé à tirer un matelas à l’extérieur de la maison. Ensuite, ils m’ont demandé d’aller chercher une bougie, pour que nous puissions tous bien voir ce qui allait se passer. Les uns après les autres, ils l’ont violée. Personne ne pouvait bouger, car ils étaient armés. L’un d’entre eux, un Blanc, nous a dit dans notre langue, que c’était ce que les Italiens avaient fait aux femmes françaises pendant la guerre.» Sept décennies plus tard, Ennio, rêve toujours de cette nuit «où il n’aurait jamais dû aller chercher le matelas».

Les récits des survivants ou de leurs descendants rivalisent d’horreur, et pourtant ils sont moins cruels que les comptes rendus factuels des tribunaux militaires. Ces documents, que nous nous sommes procurés, décrivent avec force détails le traitement réservé aux civils et mettent en cause la responsabilité du haut commandement qui avait obtenu de la part des gendarmes, des médecins et des coupables eux-mêmes, la preuve de ces exactions. «En réunion et sous le regard des proches.» C’est ainsi que Pierre D., soldat 2e classe, reconnaît avoir, le 12 juin 1944, «conduit dans une grotte» sous la «menace d’une arme» un garçon de 12 ans – qui témoigne également dans l’acte d’accusation. «Dans cette grotte, je l’ai déshabillé pour le violer, comme il s’opposait à ma volonté, je l’ai frappé de plusieurs coups de poing à la figure, puis je l’ai jeté à terre et l’ai fait coucher sur le ventre. A ce moment, le garçon s’est mis à crier, je l’ai menacé de mon arme en lui disant « ne crie pas ou bien je te tue ». Afin d’étouffer ses cris, j’ai appliqué ma main sur sa bouche, puis me jetant sur lui, je l’ai violé.» Le militaire sera condamné à dix ans de travaux forcés pour «atteinte à la pudeur».

Cette histoire fait terriblement écho à celle de Pietro, le vieux paysan de Lenola, et pourtant le mode opératoire de cette agression reste exceptionnel. En effet, selon les actes d’accusation dont nous avons eu copie, les militaires du général Juin qui se sont rendus coupables de violences sexuelles l’ont fait presque toujours en réunion, sous la garde d’au moins un camarade. Dans la majorité des cas, les soldats entraînaient les victimes un peu à l’écart du lieu de la rencontre ou commettaient leur crime dans la maison sous le regard des proches.

Une affaire de «reconnaissance»
C’est ainsi que le 30 mai 1944, quatre soldats français, Belgacem B., Jean-Marie G., François S. et Mohamed G. sont reconnus coupables de viol sur deux jeunes femmes de Castro dei Volsci, âgées de 20 et 29 ans. La première avait été agressée dans sa propre chambre en présence de sa mère et de sa tante, avant de l’être de nouveau par deux autres soldats, dans un champ de blé voisin. La seconde avait été violée dans la grange de la ferme. Bien que les quatre soldats furent reconnus coupables, seuls Jean-Marie G. et François S., les soldats français, obtiendront des suspensions d’exécution de peine. Indiqué dans les comptes rendus, le motif de la clémence est identique dans les deux cas : «Il semble bien résulter des données et des débats que X s’est laissé entraîner par des camarades indigènes et qu’il ne se soit pas rendu compte de la gravité de sa faute.» Aucun des historiens interrogés n’a pu expliquer cette différence de traitement.

Selon les données récoltées par Julie Le Gac, 207 soldats seront jugés pour violences sexuelles, et 19%, soit 39 hommes, seront acquittés, «le plus souvent faute de preuves». Vingt-huit soldats pris en flagrant délit seront exécutés sans jugement. L’historienne précise que «55 % d’entre eux bénéficieront de circonstances atténuantes attribuées de manière discrétionnaire». Pour certains, ces décisions de justice sont la preuve que la France a bien condamné ces exactions. En outre, après enquête, le 1er janvier 1947, Paris a autorisé l’indemnisation de 1 488 victimes de violences sexuelles. Une forme de reconnaissance ? Peut-être. Sauf que c’est Rome qui a payé. Selon la procédure mise en place par les Alliés, l’Italie, pays vaincu, a dû indemniser les victimes des exactions.

Au-delà de la question financière, pour Fabrizio Battistelli, professeur de sociologie à l’université de Rome (Sapienza), c’est avant tout une affaire de «reconnaissance». Selon le chercheur qui a travaillé sur les violences du CEF dans le Latium méridional, «il ne semble pas que, du côté français, il y ait eu une prise de conscience appropriée de la gravité des faits». Pour lui, «la responsabilité de la République française, représentée sur le terrain par le général Juin et ses subordonnés, est indiscutable».

En effet, le professeur estime que ces «crimes» ont été commis de «manière systématique» dans un cadre «de tolérance générale, sinon d’autorisation ouverte» du commandement français.

Moins radicale, l’historienne française estime que ces violences «ne sont pas un sujet tabou pour l’armée française», mais reconnaît «un problème d’encadrement dû à un manque de personnel». Julie Le Gac ajoute : «Si l’armée n’en parle pas ouvertement, c’est aussi pour ne pas ternir l’image glorieuse de la bataille de Monte Cassino, surtout à un moment où l’on commence à redonner sa juste place à la contribution des troupes coloniales, car cela brouille le message politique.»

Nous avons interrogé le ministère de la Défense, qui nous a fait la réponse suivante : «Nous ne pouvons pas nous positionner sur des faits historiques, par contre les historiens qui ont travaillé sur cette question se sont exprimés, vous pouvez consulter le service historique de la Défense, mais l’affaire est avérée.»

D’après Emiliano Ciotti, président de l’Association nationale des victimes des Marocchinate, qui collecte des archives depuis 2010, «l’objectif du travail de mémoire n’est pas de stigmatiser un groupe ethnique. C’est avant tout un geste politique. Il faut que la France reconnaisse l’existence de ces viols, qu’ils soient inscrits dans l’histoire de la Libération, que les manuels d’histoire la racontent. Pour qu’ils ne se reproduisent plus».

(1) Le nombre des viols commis par le CEF à cette période fait l’objet de débats parmi les historiens (entre 200 – le nombre de condamnations par les tribunaux militaires – et 12 000 environ), les gouvernements (2 000 pour le gouvernement italien, 1 488 personnes indemnisées pour les autorités françaises) et les associations (60 000). (2) «Viol de masse», en raison de la faible densité démographique de la province et de la courte période durant laquelle ils ont été commis. (3) «Vaincre sans gloire, le Corps expéditionnaire français en Italie», thèse publiée aux éditions les Belles Lettres, ministère de la Défense-DMPA.

Voir aussi:

Les nazis bottés hors d’Italie
Yannick Ripa

Libération

18 décembre 2013

La bataille de Monte Cassino ? «Un déluge de feu massif et terrifiant, des corps à corps silencieux et assassins», et des bombardements qui laissent un monastère en ruines et ouvrent aux Alliés la route de Rome en juin 1944. Voilà ce qu’au mieux les mémoires et les manuels ont retenu de la reconquête de l’Italie. C’est faire peu de cas du rôle militaire, mais aussi symbolique, du corps expéditionnaire français (CEF) que commande Juin : pour la première fois depuis 1940, les couleurs de la France sont brandies sur un champ de bataille européen, la réinsérant dans le camp des combattants. C’est cette épopée que raconte ce livre magnifique et puissant, qui additionne les qualités des thèses d’Etat d’autrefois et les apports historiographiques des dernières décennies, intégrant à une histoire militaire celles de la guerre vue d’en bas, des sensibilités, des représentations et du genre.

Julie Le Gac mène le lecteur avec brio de la création du CEF en novembre 1942, en Afrique du Nord, à son action au plus près de la ligne Gustave, après son débarquement en novembre 1943 à Naples, loin du territoire national dont la libération est son objectif principal.

Merlinettes

Sont réunis dans cette unité d’anciens cadres de l’Armée d’Afrique qui ont rompu avec Vichy sous la pression «de l’extérieur afin que l’armée de reconquête soit celle du peuple français», des membres des Forces françaises libres, des évadés par l’Espagne, des Français des colonies et des «indigènes» de l’Empire. La cohésion repose sur une proximité entre le commandement et la troupe, puis sur un tragique destin partagé. Dans la bataille se tissent des liens entre Européens et indigènes, et entre hommes et femmes. Face à la «faiblesse du vivier européen», le général Merlin a recouru au recrutement féminin, malgré les réticences, tant le port des armes demeure constitutif de l’identité masculine. Aussi les Merlinettes (3 000 volontaires) ne seront-elles pas de vrais soldats : la mort de l’une d’elles est vécue comme l’effet désastreux et inacceptable d’une transgression du genre. Le conflit a d’autres effets : face à la «violence inouïe», aux pertes «considérables», au déracinement, certains sombrent dans la folie. Malgré l’identification des névroses de guerre lors du conflit précédent, les autorités françaises, à l’inverse des Alliés, continuent de les ignorer. La reconnaissance de la frustration sexuelle des combattants conduit, elle, à l’ouverture de bordels de campagne.

Le Gac, qui domine son sujet à la perfection, fait se répondre les objectifs des dirigeants et les élans et doutes des combattants, ceux surtout des indigènes dont l’incorporation a révélé les profondes fissures entre colons et colonisés : «La mobilisation des cœurs a échoué.» Quant à l’évolution des enjeux dans chaque camp, elle échappe sans doute en partie aux soldats du CEF, tout comme l’instrumentalisation par les nazis de la destruction du monastère, érigé en symbole de la culture européenne que les Alliés menaceraient.

Barbarisation

«L’âpre et destructive guerre de position» transforme Monte Cassino en Verdun de la Seconde Guerre mondiale ; l’horreur des combats dissout le sens idéologique de la lutte, qui plus est chez ceux qui ont été appelés pour défendre des principes et des libertés qu’aucun gouvernement ne leur a ni appliqués ni accordés. La guerre n’y change rien : les goumiers sont pour leurs chefs des soldats de seconde zone, incapables de «se substituer aux Européens». Ils leur attribuent des qualités guerrières ataviques, des cruautés ou lâchetés, en application de «l’idéologie des races martiales». Cette lecture favorise leur barbarisation par la propagande ennemie et imprègne les mentalités des Italiens, hésitant à voir en eux des libérateurs, leur attribuant violences et viols sur les civil(e)s. De fait, les exactions se multiplient après la victoire ; le scandale entache le CEF. Victorieux sans gloire, il est dissous pour des raisons de «stratégie internationale et de politique nationale» à l’été 1944, alors même que se dessine l’image d’Epinal d’une France libérée par ses colonies.

Yannick RIPA Julie Le Gac Vaincre sans gloire. Le corps expéditionnaire français en Italie (novembre 1942-juillet 1944) Les Belles Lettres/Ministère de la Défense-DMPA, 613 pp., 29,50 €.

Voir également:

Le corps expéditionnaire français en Italie

Violences des « libérateurs » durant l’été 1944
Tommaso Baris [*]

Vingtième Siècle. Revue d’histoire
2007/1 (no 93)

Récemment projeté sur les écrans français, le film Indigènes entend réhabiliter la mémoire, il est vrai occultée, des troupes coloniales qui participèrent à la campagne d’Italie puis contribuèrent tant à la libération de la France qu’à la victoire du 8 mai 1945. Ce souvenir glorieux qu’illustra d’abord la bataille de Cassino n’a pas été partagé en Italie, où le passage des troupes françaises a laissé d’autres traces. Vingtième Siècle. Revue d’histoire verse au dossier les données et les conclusions de l’enquête conduite sur ce point par des historiens italiens.

On associe généralement la présence du corps expéditionnaire français en Italie à son rôle décisif dans la chute de la ligne Gustav. Suivant le maréchal Juin, commandant en chef du contingent français, les militaires ayant participé à cette campagne ont volontiers souligné dans leurs Mémoires le rôle central des troupes tricolores dans une épopée qui permit notamment d’ouvrir la route de Rome aux forces anglo-américaines [1][1] Alphonse Juin, Mémoires. Alger, Tunis, Rome, Paris,….

Aujourd’hui encore, les anciens revendiquent fièrement ce titre de gloire. Citons, pour ne prendre que ce seul exemple, le général François Barillon, alors jeune officier d’artillerie, interviewé dans le documentaire Mattatoio Cassino (la boucherie de Cassino), retransmis par la télévision publique italienne lors des commémorations du 60e anniversaire de la percée du front [2] L’historiographie française sur la bataille de Cassino s’est d’abord préoccupée, dès les premières publications de l’immédiat après-guerre, de souligner l’apport du corps expéditionnaire à la défaite des Allemands, célébrant avec emphase sa valeur militaire [3] Les travaux les plus récents adoptent la même perspective et revendiquent, parfois agressivement, ces titres de gloire, soulignant sans pondération le rôle joué dans la percée de la ligne Gustav [4]

Rappel historique
Les troupes du corps expéditionnaire débarquent à Naples en novembre 1943. Armées et équipées par les Alliés, elles sont aux deux tiers composées d’hommes enrôlés au Maroc, en Algérie et en Tunisie. Des officiers et des sous-officiers majoritairement français les encadrent, même si quelques éléments maghrébins se trouvent parmi les grades supérieurs. Dirigé par Alphonse Juin depuis janvier 1944, ce contingent français est formé de deux divisions d’infanterie. À partir du printemps, et après avoir fait ses preuves dans le secteur d’Atina, il fut renforcé par d’autres détachements. En outre, quelque 12 000 goumiers marocains s’ajoutèrent au corps expéditionnaire français, portant ses effectifs à 112 000 hommes [5]

Le terme de « goum » désignait initialement l’unité de police coloniale créée par les Français au Maroc en 1908. Au départ utilisés pour mater les révoltes dans le royaume chérifien, les goumiers furent employés hors du territoire marocain et engagés dans d’autres conflits dès la première guerre mondiale. Formé de deux cents membres, chaque goum se subdivisait en tabors, formation plus restreinte composée de cinquante à soixante-dix hommes commandés par des officiers français. Recrutés parmi les tribus arabes et berbères de l’Atlas, ces goumiers étaient spécialisés dans les combats en montagne, comme ils l’avaient démontré en réprimant l’insurrection du Rif dans les années 1920 [6] Compte tenu de ces caractéristiques, leur engagement dans les combats paraissait désormais crucial pour la stratégie alliée : après des mois d’exténuants et inutiles affrontements autour de Monte Cassino, une offensive devait être lancée dans la zone Sud-Est, à la frontière du Latium et de la Campanie. Les soldats du corps expéditionnaire français avaient la difficile mission d’ouvrir la route aux troupes américaines de la 5e armée, en conquérant les chaînes montagneuses des Aurunci et des Ausoni, à mi-chemin des provinces de Latina et Frosinone. Dans la nuit du 11 mai 1944, les troupes coloniales françaises s’élancèrent donc à l’assaut des monts Maio et Faito, dont le contrôle permettait de conquérir la vallée du Liri.

Dans cette zone, les défenses allemandes étaient dégarnies, le secteur étant « considéré [comme] inattaquable […], à cause de la morphologie inhospitalière ». Nonobstant son infériorité numérique, la 71e division de la Wehrmacht réussit à infliger de lourdes pertes aux soldats coloniaux, en bloquant leur avancée pendant deux jours. C’est seulement en ayant recours à une autre division, envoyée en première ligne, que le général Juin vint à bout de la résistance ennemie : après d’âpres combats, les villages de Vallemaio et San-Giorgio-a-Liri se rendaient le 14 mai, la commune d’Ausonia étant conquise le lendemain. Après s’être assurées du contrôle de Monte Petrella le 16 mai, les troupes françaises conquirent également, dès le jour suivant, le petit village d’Esperia, amorçant ainsi une rapide avancée le long de l’arrête dorsale des Aurunci [7] Les soldats français, les goumiers notamment, capables de franchir les zones les plus inaccessibles, occupèrent les petits centres urbains de Campodimele, Itri, Lenola, et Vallecorsa, et ouvrirent la voie de Ceprano et Frosinone aux blindés alliés. Malgré de très lourdes pertes, les bataillons coloniaux n’interrompirent pas leur marche, remontant la vallée de l’Amaseno et de Sacco, et rejoignant Valmonte, à peu de kilomètres de Rome, lors des dernières semaines de mai. De sorte que les généraux allemands furent contraints d’ordonner une retraite désastreuse pour éviter l’encerclement total de leurs troupes [8] Le 4 juin 1944, les Anglo-Américains entraient triomphalement dans Rome.

Violences
Cette libération s’accompagna d’un comportement particulièrement agressif et violent envers les populations locales. Dès les premiers temps de leur progression victorieuse, les soldats du contingent français se rendirent coupables de « graves […] violences et […] abus […] dans toutes les régions où ils sont passés », s’abandonnant « à une activité terroriste » marquée par « des centaines de vols, homicides, attaques à main armée, violences sexuelles, coups et blessures, saccages et dévastations » [9] Un officier de l’armée italienne décrivait ainsi le comportement de ces troupes :

« Quiconque se trouve sur leur route est attaqué à main armée […]. Ils s’emparent de tout […], et si dans le groupe se trouvent des femmes, elles sont déshabillées avec violence en cas de résistance. Si, par exemple, ils s’engouffrent dans quelques fermes encore habitées, ils s’adonnent à un vrai saccage ; à la suite de quoi, les armes à la main, ils chassent les hommes des maisons et violent les femmes sans aucun respect ni pour les jeunes ni pour les personnes âgées. […] Dans tous les cas, on déplore que les actes de violence charnelle s’accompagnent de coups très violents. Les rapports médicaux mentionnent dans leurs diagnostics des déflorations associées à des lésions multiples, des ecchymoses et autres traumatismes […]. Dans l’ensemble, on peut affirmer, sans risque d’être démenti, que 90 % des personnes qui ont traversé la zone d’opérations des troupes marocaines ont été détroussées de tous leurs biens, qu’un nombre élevé de femmes ont été violentées, et que l’on a compté un nombre important d’hommes auxquels on a fait subir des actes contre nature [10]

Les conditions particulières de la « libération » des villages du Latium méridional sont reconstituées de manière détaillée dans une longue lettre de Giovanni Moretti envoyée au commandement militaire français. Passée la première journée d’occupation, le 17 mai, le maire de la commune d’Esperia écrit : « On a constaté dans de nombreuses habitations les premiers cas de violence contre des femmes, des vols, des saccages, des vols à main armée, et le meurtre de ceux qui tentèrent de défendre leurs femmes, ainsi que des incendies. Terrorisées par ces agissements, les populations cherchèrent de l’aide auprès des officiers français commandant ces détachements ; on leur répondit toujours évasivement et parfois négativement [11]

Les troupes purent impunément poursuivre leurs actions criminelles durant les deux ou trois jours qui suivirent, sans que la population civile ne se livre à des mesures de rétorsion : affamée et dépitée, elle dut subir ces humiliations de la part des troupes. Comme les unités marocaines étendirent leur occupation sur tout le territoire de la commune et qu’elles y stationnèrent pendant plus de dix jours, les maisons, les granges, les taudis furent fouillés et saccagés, parfois incendiés et dépouillés de tous les objets : « L’or, l’argent liquide, le bétail, les nappes, le linge, etc. En un court laps de temps, la zone tout entière fut pillée et la population terrorisée. […] Par la suite, la population s’achemina vers Spigno Saturnio, siège du commandement américain, et fut agressée durant le parcours pour être systématiquement dépossédée de ses derniers objets de valeur ; souvent les femmes furent violentées et durent subir des sévices [12] Amelia De Andreis décrit par exemple l’assaut contre la maison où s’était caché un groupe de réfugiés, puis l’assassinat d’une vieille femme, écartelée alors qu’elle voulait s’opposer aux violences des soldats marocains :
11« Ensuite, quand on sortait, c’était la nuit… il faisait sombre et nous nous sommes réunis dans une petite maison, toute délabrée, juste pour se mettre à l’abri… nous étions nombreux, plus d’une centaine, et puis là, les Marocains […] sonnèrent à la cloche… et puis ils ont attrapé Martella et puis tous ceux qui se mirent à crier, et puis une et toutes les autres se mirent à pleurer… ô combien de pleurs, Sainte Vierge, ô combien de pleurs, combien de larmes… La femme qui habitait en dessous de chez nous… à Fontanella… ils la suspendirent à l’envers, avec les pieds attachés en l’air et ils la découpèrent morceau par morceau… parce qu’elle n’avait pas obéi à leurs ordres… les Marocains ont fait ça : ils l’ont découpée… comme un cochon… tu as vu comme on découpe un porc… ils ont fait pareil [13]

Le passage des soldats coloniaux est évoqué par les témoins comme un moment d’extrême violence, également confirmé dans les descriptions de certains abus sexuels que conservent les archives locales. Dans la plainte provenant d’Itri, on peut lire :

« Dimanche matin un nombre important de Marocains sont arrivés à la maison de ma belle-sœur […], ils l’ont emmenée dans une grange et elle fut violentée par quatre Marocains. Peu de temps après, une autre femme […] fut portée derrière une meule de foin, où une dizaine de Marocains la violèrent. Une de mes petites filles […] fut amenée dans la campagne et violée par sept Marocains, l’un d’eux la mordit à la cuisse et au cou […]. Une autre de mes petites filles […], alors qu’elle tentait de s’éloigner avec les chèvres, fut violentée par de nombreux Marocains (je crois cinq ou six). Venus à la maison ils prirent ensuite la sœur de […] et tentèrent de l’emmener dehors, évidement pour la violer : ceux qui étaient présents s’y opposèrent, mais ils furent bastonnés et la fille eut la main entaillée [14]

Ne nous étonnons pas qu’une comparaison entre l’occupation allemande et le passage des troupes françaises se soit rétrospectivement opérée : le comportement des soldats allemands est évoqué en des termes élogieux, en évidente opposition avec l’attitude des soldats coloniaux. Filomena Palazzo raconte : « Les Allemands se comportaient bien… la grande tragédie ce sont les Marocains qui l’ont commise… Les Allemands, au contraire, n’ont outragé aucune femme, ils volaient uniquement un peu de nourriture pour manger [15] Sur ce point, le récit des interviewés, recueillis soixante ans après les événements, et les dires des réfugiés rapportés juste après le passage des militaires français concordent. « Nous avons plus souffert durant les vingt-quatre heures où nous avons été en contact avec les Marocains que durant les huit mois où nous avons subi l’occupation allemande », peut-on lire dans une note datée du 25 mai 1944, reprenant les rumeurs propagées par des réfugiés qui avaient rejoint Capoue. « Les Allemands nous ont volé des chèvres, des brebis, des vivres, mais ils ont respecté nos femmes, nos pauvres économies ; les Marocains se sont précipités sur nous comme des démons déchaînés, ils ont violenté, en menaçant avec leurs mitraillettes, jeunes filles, femmes, enfants, se succédant comme des bêtes à tour de rôle, ils nous ont dépouillés de notre argent, ils nous ont poursuivis jusque dans nos villages et nous ont pris nos paquets, notre linge, nos chaussures, nous laissant ainsi [16]

Responsabilités

Pour la population, un niveau aussi généralisé de violences n’aurait pu avoir lieu sans l’aval des commandements anglo-américains, accusés d’avoir laissé les mains libres aux soldats coloniaux, contrepartie du prix élevé payé durant l’avancée victorieuse des troupes. « Les Américains ont donné carte blanche aux Marocains, pour qu’ils percent la ligne de front, et aussi pour épargner leurs propres soldats. Alors, ils laissaient faire à ces soldats ce qu’ils voulaient… sinon, sans carte blanche, les Marocains ne combattaient plus et n’avançaient plus », confirme Tommaso Pelle [17] Fortement enracinée dans la mémoire collective, cette opinion est amplement reprise par les nombreux travaux d’histoire locale qui évoquent la guerre dans le Latium méridional. Elle présente même comme authentique un faux message du général Juin, adressé aux soldats coloniaux, dans lequel il leur promet le droit de saccage et de razzia, si ceux-ci réussissent à percer la ligne Gustav. Cette déclaration aurait autorisé les troupes coloniales « à pouvoir, durant cinquante heures, dans les territoires conquis, “tout prendre, tout faire, détruire et tout emporter s’ils l’avaient mérité”, avec une allusion explicite aux femmes [18]. La déclaration suivante serait, selon ces ouvrages, la traduction, depuis l’arabe, du message diffusé aux troupes coloniales :

« Au-delà des monts, au-delà des ennemis que cette nuit vous tuerez, il y a une terre abondante et riche de femmes, de vin, de maisons. Si vous réussissez à passer outre cette ligne sans laisser un seul ennemi vivant, votre général vous le promet, vous le jure, vous le proclame : ces femmes, ces maisons, ce vin, tout ce que vous trouverez sera à vous, à votre bon plaisir et votre volonté. Pour cinquante heures. Et vous pourrez avoir tout, faire tout, prendre tout, tout détruire ou tout emmener, si vous avez vaincu, si vous l’avez mérité. Votre général tiendra sa promesse, si vous obéissez pour la dernière fois jusqu’à la victoire [19][19] L’Italia Martire. Il sacrificio di un popolo, Rome,…. »

Resté introuvable dans les archives, ce texte est apparu pour la première fois dans un volume publié en 1965 par l’Associazione nazionale vittime civili di guerra (Association nationale des victimes civiles de la guerre), une structure qui, par sa fonction institutionnelle, est prête à endosser, quitte à l’adapter, le point de vue de la population civile. Les années suivantes, la déclaration présumée du général Juin a trouvé un crédit croissant ; elle a finalement été de nouveau diffusée dans des publications ou sur des sites internet parfois liés à l’extrême droite (mais pas exclusivement), où elle est présentée comme authentique [20] Un message exaltant la « France libre » fut effectivement envoyé par Juin à ses troupes avant le déchaînement de l’offensive. Il est d’ailleurs repris dans ses Mémoires et constitue peut-être l’origine de cette fausse déclaration. Mais le problème de son authenticité n’efface pas son importance [21] : les « fausses informations » doivent être considérées dans leur acceptation collective ; et quand elles ne sont pas vraies, ou au moins vraisemblables, les chercheurs doivent s’interroger sur les falsifications historiques et les constructions sociales qui se dissimulent derrière des perceptions si communément partagées [22] En l’occurrence, cette fausse déclaration permet d’expliquer l’expérience concrète de la population. Du point de vue des habitants du Latium méridional, il était impossible que dans le cadre d’une armée, des soldats puissent, sans l’accord des hiérarchies supérieures, en arriver à de telles extrémités et à une telle violence. Seul un ordre officiel rendait compréhensible un tel relâchement de la discipline militaire.

Dans cette perspective, les assonances entre le faux message et les récits des interviewés illustrent la force hégémonique d’une véritable invention de la mémoire collective, pouvant s’émanciper du récit oral par sa capacité à représenter « le jugement exprimé par les habitants [23]. Dans la fausse déclaration, apparaissent de manière significative des éléments tels que la référence aux « cinquante heures de carte blanche », évoquée par de nombreux interviewés : « Les Français ont garanti aux troupes marocaines, qui se sont acclimatées dans les montagnes, dans la zone entre le Maroc et l’Algérie […], cinquante heures de carte blanche », raconte Giuseppe Caporusso [24] En ce qui concerne l’extension temporelle des violences, l’« erreur » de la mémoire est d’autant plus intéressante qu’elle touche directement à la perception des habitants de la zone. L’idée des cinquante heures de « carte blanche » s’est fortement enracinée dans l’imaginaire collectif. Pour les habitants des différentes communes, ces cinquante heures correspondent à peu près à la durée séparant l’arrivée des premières patrouilles de soldats marocains et son corollaire de violence, de l’irruption des divisions américaines qui coïncide avec la fin des viols, du moins dans les centres urbains. Dans chaque commune, les viols, les vols et les saccages se sont concentrés sur deux à trois jours maximum, même si globalement les violences des troupes coloniales ont duré plus longtemps. Aussi, les viols et les autres délits commencèrent dès la mi-mai dans les premiers centres urbains « libérés » de la vallée du Liri. À Lenola, petit centre de la province de Latina, un peu plus au nord d’Esperia, sur les monts Aurunci, 302 violences sexuelles furent recensées (parmi lesquelles 18 à l’encontre d’hommes), touchant des femmes âgées de 11 à 80 ans. Débutant le 20 mai, elle se concentrèrent entre le 23 et le 25 mai. Ce n’est qu’à la fin du mois, aux alentours du 29 mai, qu’elles s’atténuèrent, concomitamment à l’éloignement des troupes marocaines [25] Dans les communes de Giuliano-de-Roma, Patrica, Ceccano, Supino, Morolo et Sgurgola, situées à quelques dizaines de kilomètres de la capitale, on dénombre en seulement trois jours (entre le 2 et le 5 juin, soit après la libération de la capitale italienne) au moins 418 violences sexuelles (dont 3 sur des hommes), 29 homicides et 517 vols commis par des hommes du corps expéditionnaire français [26]

Impossibles statistiques

Il est toutefois difficile de dresser un bilan complet des violences perpétrées par la troupe du corps expéditionnaire durant l’offensive contre la ligne Gustav. Les chiffres divergent d’un écrit à l’autre, notamment en raison de l’extrême difficulté qu’éprouvent les victimes à parler, comme le mentionne la préfecture de Frosinone en juin 1945 : « Les enquêtes sont d’autant plus difficiles que les cas de violences perpétrées par les troupes marocaines sont importants, et qu’il faut prendre en compte la pudeur d’une partie des femmes violées, réticentes à narrer les violences subies [27] Si quelques fausses déclarations de viols ont pu surgir dans l’espoir d’obtenir un dédommagement du gouvernement français, et plus tardivement une pension de l’État italien, nombre de femmes violées, malgré les possibles avantages financiers, renoncèrent à signaler leurs viols. Ceci apparaît clairement dans les rapports des forces de l’ordre, chargées de vérifier la véracité des demandes parvenues aux autorités centrales. Les carabiniers de Pontecorvo, un centre de la province de Frosinone, se référant aux violences commises par des soldats marocains et subies par une jeune fille, signalaient que la victime, « par honte, ne les avait révélées à personne et ne s’était pas faite examiner [28]

L’attitude ambiguë du gouvernement italien compliqua la situation. Initialement, les autorités du Royaume du Sud se montrèrent attentives à la question des violences sexuelles, espérant l’utiliser comme monnaie d’échange lors des négociations avec certains pays de la coalition alliée. Dans cette perspective, la présidence du Conseil invitait durant l’été 1944 « à recueillir une documentation rigoureuse des violences commises sur le territoire italien par les troupes marocaines », afin « de répondre concrètement aux accusations récurrentes de violences perpétrées par nos propres troupes dans les territoires qu’elles ont occupés et à d’éventuelles désignations de criminels de guerre italiens ». Une fois la guerre achevée, la définition de nouveaux équilibres au cours de la guerre froide, rendit superflu le rappel des viols commis par le corps expéditionnaire français. Le gouvernement central refusa alors certaines demandes qui lui étaient adressées, affirmant qu’« elles ne reposaient sur aucun fondement, les personnes n’ayant subi aucun préjudice, comme en témoignent d’ailleurs un certain nombre de requêtes accusées d’escroquer l’État [29]. Le pouvoir laissait ainsi entendre que toutes les demandes d’indemnités (cinquante mille lires environ) présentées par des victimes civiles étaient le fruit d’exagérations, ou pire, de tentatives d’escroquerie.

Le décompte des violences sexuelles commises par les soldats du corps expéditionnaire est risqué. Si l’on se réfère au rapport d’un inspecteur du ministère de la Santé, envoyé par le gouvernement italien dans le bas Latium en septembre 1944, le nombre de victimes s’élèverait à environ trois mille cent dans les provinces de Frosinone et de Latina [30]. Mais au cours de cette enquête, de nombreux centres urbains parmi les plus touchés ne furent pas examinés. À Esperia par exemple, le généraliste local précisait au maire en 1946, qu’il avait soigné plus de sept cents femmes, contaminées par des maladies vénériennes comme la blennorragie ou la syphilis [31]

De nombreuses autres petites villes, touchées par le passage des troupes françaises, ne furent jamais visitées. En tenant compte à la fois du nombre élevé de communes concernées par le passage des troupes coloniales (plus d’une quarantaine) et de la longueur relativement importante de la période durant laquelle des violences sexuelles eurent lieu, le chiffre de douze mille femmes violées qu’avance l’organisation communiste féminine l’Unione Donne Italiane semble crédible. Selon la même enquête, les demandes d’indemnités pour des dommages matériels causés par les soldats français à la population italienne (catégorie générale regroupant des réalités aussi différentes que les vols ou les homicides) s’élevaient à soixante mille environ [32]. Par-delà la spéculation autour des chiffres, un élément paraît irréfutable : dans le Latium méridional, les violences sexuelles perpétrées par les troupes alliées ont eu une dimension massive, faisant de la situation italienne un cas unique. Certes, différents cas de viols commis, par exemple, par les soldats américains peuvent être dénombrés en Europe occidentale durant la seconde guerre mondiale ; mais il s’agissait, la plupart du temps, d’initiatives individuelles se produisant à l’arrière du front [33][33] J. Robert Lilly, La Face cachée des GI’s. Les viols…. Ces événements italiens semblent en revanche s’insérer à mi-chemin entre l’aspect épisodique des viols commis par les soldats alliés en Angleterre, en France ou en Allemagne, et le côté systématique des violences sexuelles qui accompagnèrent l’avancée de l’Armée rouge vers l’Allemagne [34][34] Norman M. Naimark, The Russians in Germany. A History…. La mémoire des habitants du bas Latium présente de fortes similitudes avec celle de la population de l’Autriche méridionale : dans cette région également, l’attente de la fin de la guerre fut compromise par le comportement des « libérateurs » russes enclins, au-delà des prises de positions officielles, à considérer les civils comme des ennemis vaincus, devant acquitter la défaite aux prix du saccage et du viol [35][35] Paul Pasteur, « Violences et viols des vainqueurs :….
Carte blanche du commandement français ?

Comme les troupes soviétiques, les soldats coloniaux purent, durant leur offensive contre la ligne Gustav et sur une période importante, profiter d’un régime disciplinaire particulièrement permissif. Le relâchement de la discipline interne aux subdivisions se confirme lorsqu’on analyse l’attitude adoptée par le commandement français face aux délits commis avant la percée du front. Depuis le débarquement en Italie, des violences contre la population civile avaient été perpétrées par les membres du corps expéditionnaire français, particulièrement en Campanie. Les autorités françaises avaient alors collaboré avec les forces de l’ordre italiennes, en cherchant à identifier les coupables. À Atella, par exemple, une jeune fille avait « perdu sa virginité avec violence et été violée pendant plus d’une heure par trois militaires arabes de l’armée française, puis abandonnée à terre », le 24 décembre 1943. Les responsables du viol furent « identifiés et arrêtés par le commandement de leur régiment », et déférés devant le tribunal militaire allié. Devant des crimes plus atroces encore, des méthodes plus expéditives avaient été employées. Après la découverte du cadavre d’un enfant de 9 ans dans la commune de Santa-Maria-la-Fossa, comprenant « des lacérations de l’orifice anal, des signes évidents de blessures dans la région abdominale et d’étranglement au moyen d’une corde, et des ecchymoses sur tout le corps », l’auteur de ce délit macabre, un militaire français de couleur, avait été non seulement identifié mais également emmené par la police militaire française près du cimetière du village où il avait été fusillé en présence de tout son détachement [36][36] ACS, MI, DGPS, 1944-1946, b. 175, f. « Napoli. Incidenti….

Même les documents français relatifs au corps expéditionnaire, conservés au Service historique de l’armée de terre, relate de nombreux épisodes similaires à ceux qui viennent d’être narrés. Dans les zones éloignées du front, les autorités françaises punirent des soldats responsables de violences contre les civils. Environ trois cent soixante militaires du corps expédi-tionnaire français furent déférés devant les tribunaux militaires pour des délits commis durant la campagne d’Italie [37][37] Jean-Christophe Notin, op. cit., p. 505.. Mais « au moment où se déroule cette bataille, aucun pouvoir ne peut, ou ne veut, intervenir pour défendre les civils [38][38] Gabriella Gribaudi, Guerra Totale. Tra bombe alleate… », comme l’écrit Gabriella Gribaudi.

Le commandement français resta tout d’abord indifférent au sort des civils italiens. Les archives françaises révèlent pourtant qu’il avait eu connaissance des violences commises lors de la percée de la ligne Gustav, d’autant plus que les chefs militaires alliés leur avaient rapidement transmis ces informations. Pour mettre fin à de tels épisodes, le commandant général de l’armée française intervint. Mais dans la déclaration envoyée à ses officiers le 24 mai, soit dix jours après le début des violences dans le bas Latium, Alphonse Juin se montra ambivalent. Tout en les invitant à faire cesser les actes de brigandages, de vols et de viols, il utilisa un vocabulaire ambigu à l’égard de l’Italie, définie « comme un pays conquis », dont le peuple « expérimente actuellement toutes les horreurs de la guerre et dont les conditions sont pitoyables aux yeux de nos alliés ». Le commandant français expliquait « qu’il fallait maintenir une attitude digne, malgré nos sentiments à l’égard d’une nation qui a odieusement trahi la France ». Vu la teneur de ce message, il n’est pas surprenant que les autorités alliées aient trouvé inopportun d’envoyer ce texte au gouvernement italien, bien que sa rédaction soit intervenue après sollicitation des commandements anglo-américains – ce que reconnaissait d’ailleurs le général français, décrivant son commandement « choqué par les accusations portées par l’AMG [Allied Military Government] sur le comportement de certains éléments des troupes françaises à l’encontre des Italiens [39][39] ACS, PCM, 1948-50, 33491, f. « Violenze truppe alleate »,… ».

Dans une note datée du lendemain, les Anglo-Américains persistaient à souligner que « le comportement des troupes françaises avait causé de grosses difficultés » : ils recevaient « continuellement des plaintes pour vols et homicides », dont l’authenticité ne faisait aucun doute. D’où les remontrances des chefs de la 5e armée auprès du commandant français, qui tentaient « de renforcer la discipline dans leurs rangs et leurs troupes ». Dans un rapport daté du 27 mai, les mêmes commandements français reconnaissaient l’évidente difficulté à « superviser le comportement de leurs troupes durant une guerre de mouvement dans un pays de montagne, caractérisée par des excès de tous types, notamment des viols perpétrés dans d’horribles conditions », « conséquence directe d’un relâchement de la discipline ». Il fallait donc, répétait Juin « mettre fin à ces agissements qui étaient indignes d’une armée victorieuse [40][40] ANG, b. 63, f. 270, « Fonti in copia sull’occupazione… ». Au-delà des paroles rassurantes et des engagements pris par le commandement français, les violences des soldats coloniaux se poursuivirent. Le général Harold R. Alexander, commandant en chef des troupes alliées en Italie, expliquait lui-même le peu d’écho qu’obtint la déclaration du général Juin. Bien que des « mesures drastiques », dont la peine de mort, aient été adoptées par le général français, on peut douter « que les jeunes officiers français l’aient pris au sérieux. Les troupes françaises ont envers les Italiens un dur ressentiment et je crois que dans de nombreux cas, ceci a eu pour conséquences que les jeunes officiers ont autorisé ou ignoré le comportement de leurs troupes [41][41] Ibid., note du général Harold R. Alexander du 2 juillet… ».

Les archives américaines confirment en substance les accusations formulées par le gouvernement italien. Ivanoe Bonomi, alors président du Conseil, écrivait dans un mémorandum envoyé aux autorités anglo-américaines : « L’aspect le plus singulier et douloureux de la question est l’attitude adoptée par les officiers français. Loin d’être intervenus ou d’avoir réprimés de tels crimes, ils se sont au contraire acharnés contre les populations civiles qui cherchaient à s’opposer à de tels agissements. » Le document rappelait que les « Italiens étaient particulièrement amers et ce d’autant plus qu’ils savaient que les troupes françaises de couleur opérant en Italie avaient été enrôlées selon un accord leur laissant un droit de vols et de saccages ». Les crimes commis n’étaient donc que « la conséquence naturelle de leur engagement » et « leur comportement ne pouvait pas ne pas avoir été prévu lors de leur envoi en Italie » [42][42] ACS, PCM 1948-50, f. 19.10., n. 33491, f. « Violenze…. Il sous-entendait donc que l’utilisation des troupes marocaines avait été délibérée, forme de punition, peut-être, pour l’agression commise en 1940 contre la France. Dans ses grandes lignes, cette attitude hostile coïncidait avec les positions officielles du gouvernement de la France libre à l’égard de l’Italie. Le Comité français de la libération nationale n’avait reconnu ni l’armistice signé par l’Italie en septembre 1943 ni son statut de puissance cobelligérante, arguant de la permanence de l’état de guerre entre les deux nations. Pour les Français, l’Italie restait encore, durant l’été 1944, un pays ennemi qui ne pouvait être coopté dans la coalition des forces alliées. Il en irait ainsi jusqu’à la fin du conflit [43][43] Sur les rapports entre le gouvernement de la France…. Malgré la demande des commandements anglo-américains, les violences des troupes françaises se poursuivirent, même après la libération de Rome.
Nouvelles violences

Les soldats du corps expéditionnaire commirent encore, mais dans une moindre mesure, de graves violences à l’encontre des populations locales dans le Latium septentrional et la Toscane. Les autorités militaires italiennes signalaient que « les militaires marocains […] continuaient à développer une activité terroriste dans toutes les zones où ils passaient comme […] à Montefiascone, et en général dans toute la zone du lac de Bolsena, où ils avaient commis des centaines de vols, d’homicides, de braquages, de viols, de coups et blessures, des saccages et des dévastations [44][44] AUSSME, Carteggio Comando Supremo e Stato Maggiore… ». Après le Viterbois on dénombra des incidents même dans la province de Sienne. « Même là en effet, reprenaient les autorités italiennes, les troupes françaises, et particulièrement les contingents marocains, ont continué à recourir à des violences à caractère sexuel contre les populations, suscitant la panique et la honte », au point qu’elles accueillirent avec soulagement la rumeur selon laquelle « dans ces zones les troupes françaises seraient rapidement relevées par des contingents britanniques » [45][45] Ibid., racc. 150, f. « Patrioti Bande Italia Centrale…. Les passages des troupes coloniales dans la province de Livourne et à l’île d’Elbe furent particulièrement dramatiques. Ils suivirent les mêmes modalités que lors de la percée de la ligne Gustav. Là aussi, viols et homicides succédèrent à des opérations militaires délicates et semblent avoir bénéficié du consentement de la hiérarchie militaire.

Les soldats du corps expéditionnaire français (soit environ 17 400 hommes), Sénégalais et Marocains dans leur grande majorité, dirigés par des gradés français, débarquèrent dans la nuit du 17 juin 1944. Après avoir débordé en deux jours « la défense – dans certaines zones – acharnée de divisions allemandes et fascistes de la République sociale italienne », ils s’abandonnèrent « envers la population de l’île à toutes sortes d’excès, violant, volant, razziant villages et domaines, prélevant le bétail, le vin, et tuant qui tentait de s’opposer à leur arbitraire ». « Les officiers assistèrent dans l’indifférence à ces massacres », obligeant les habitants du lieu à se retirer « dans les maisons en montagne », en attendant le retour à la normale, qui n’intervint « qu’au départ des divisions, vingt-cinq jours plus tard ». Selon « les vérifications diligentes » des carabiniers, outre les vols, braquages, et dévastations, s’étaient produits dans cette zone 191 cas de violences sexuelles, 20 tentatives de viols sur des femmes, et une tentative de viol sur une petite fille. Les homicides liés à la résistance furent nombreux [46][46] ACS, MI, DGPS, 1944-1946, b. 175, f. « Livorno. Incidenti…. Mais la plus grande partie des troupes présentes en Italie fut retirée pour être engagée dans le débarquement en Provence, suivant le vœu du général de Gaulle qui préférait, de loin, engager ces troupes dans la libération du territoire national, plutôt que de les utiliser sur un théâtre d’opération à ses yeux secondaire [47][47] Sur le débarquement de Provence : André Cousine, « La….

Une violence tribale ?

L’ampleur des violences perpétrées par les militaires du corps expéditionnaire français en Italie mérite une réflexion sur les causes plus profondes de ces événements. Dans cette perspective, l’existence ou non d’ordres (écrits ou oraux) cautionnant le comportement des troupes françaises ne constitue pas un enjeu décisif. En revanche, la conception selon laquelle des populations civiles impliquées dans des événements guerriers ont été considérées comme un butin de guerre représente un élément central. Les soldats coloniaux en profitèrent tant lors des viols isolés, effectués de nuit dans les campagnes sans l’aval des hiérarchies militaires, que lors de violences sexuelles, liées aux opérations militaires, implicitement admises par le commandement. Dans le Latium méridional, ces violences n’ont cependant pas eu pour objectif une affirmation ethnique. Le comportement des troupes coloniales a souvent été interprété en référence à l’appartenance tribale des soldats, celle des goumiers notamment. Lors de leur passage caractérisé par son extrême brutalité, avec droit de saccages et de viols, auraient été transposées des coutumes encore en vigueur sur le continent africain [48][48] Edward L. Bimberg, The Moroccan Goums : Tribal Warriors…. Lorsqu’ils traitent des viols, les documents américains font allusion « à l’habitude des Africains de se comporter ainsi contre les populations hostiles quand ils sont victorieux », tout en insistant sur d’autres causes, la présence insuffisante d’officiers européens notamment [49][49] ANG, b. 63, f. 270 « Fonti in copia sull’occupazione….

Cette position est fortement réductrice et influencée par le « regard colonial », l’Occident redéfinissant sa propre identité, en s’opposant à celle que l’on attribuait aux colonies [50][50] Edward W. Said, Orientalism, New York, Pantheon Books,…. Le discours colonial français a ainsi fréquemment déshumanisé les soldats marocains, représentés comme des sauvages naturellement enclins à la guerre, dotés de dispositions ataviques à la vie militaire du fait même de leur appartenance au grade le plus bas de la civilisation humaine [51][51] Driss Maghraoui, « The Moroccan Colonial Soldiers….. En réalité, cette disposition au saccage et au viol, loin d’être propre aux troupes coloniales, est fréquente parmi les armées européennes, au moins jusqu’au 17e siècle [52][52] John R. Hale, Guerra e società nell’Europa del Rinascimento…. Plus justement, la violence des troupes coloniales, et spécialement celle des goumiers, doit être reliée aux fonctions de police coloniale que ces troupes exerçaient. Les goumiers furent souvent recrutés de manière coercitive et entraînés par des officiers de l’armée régulière, afin de réprimer les résistances antifrançaises, encore fréquentes durant les années 1930. De nombreuses techniques guerrières, dont celles relatives aux comportements envers les civils, se forgèrent dans ce contexte et furent finalement exportées vers d’autres théâtres d’opérations [53][53] Anthony Clayton, France, Soldiers and Africa, Londres,…. Il est donc difficile de distinguer ce qui, dans la pratique militaire adoptée par les soldats coloniaux, dérive des « traditionnelles barbaries africaines », de ce qui au contraire provient de l’apport européen à la violence coloniale contre les civils indigènes [54][54] Sur les pratiques de guerre des armées européennes….

Ce même problème de la « sauvagerie » des troupes coloniales s’était pour la première fois manifesté lors de la première guerre mondiale, quand des contingents furent engagés en Europe par la France et par la Grande-Bretagne, provoquant la protestation des empires centraux qui accusèrent les puissances de l’Entente de se servir de soldats barbares et sauvages. Ils contestaient une manière de conduire les conflits qui, en réalité, était pratiquée par tous dans les territoires extra-européens [55][55] Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker, 14-18 Retrouver…. L’opinion publique européenne fut, dans son ensemble, perturbée par la présence de soldats de couleur sur son sol, comme le prouve la forte préoccupation relative aux éventuels rapports sexuels entre soldats africains ou asiatiques et femmes occidentales. Cette donnée amena l’État français à opter pour une ségrégation des races et des genres, jusque dans les hôpitaux, des militaires provenant des colonies d’avec les infirmières françaises [56][56] Luc Capdevila, François Rouquet, Fabrice Virgili et…. Relancé par une vaste campagne de presse développée en Allemagne contre les viols commis par des soldats marocains durant l’occupation française de la Rhénanie, le stéréotype du soldat noir, barbare et violeur, se renforça dans l’imaginaire du vieux continent [57][57] Keith L. Nelson, « The “Black Horror on the Rhine” :…. De même dans l’Italie des années 1930, les auxiliaires indigènes de l’armée royale furent considérés comme particulièrement féroces et sanguinaires en raison de leur origine tribale [58][58] Irma Taddia, La Memoria dell’Impero. Autobiografie…. Dans l’imaginaire européen, l’agressivité et la férocité du soldat de couleur sont associées à sa condition de « bête sauvage » et d’animalité [59][59] Sur ce sujet, Nicola Labanca, Una guerra per l’impero….. Dans un ouvrage consacré aux goumiers, Yves Salkin finit par les comparer à des bêtes sauvages pour leur aptitude à se déplacer dans les zones de montagne les moins praticables [60][60] Yves Salkin et Jacques Morineau, Histoire des goums…. Don Antonio Biondi, le curé d’un village traversé par les troupes coloniales, Morolo, rappelle dans son journal « les pauvres femmes surprises seules dans la campagne ou la montagne », qui durent « subir la honte » du viol par les soldats marocains. Il évoque alors « les instincts bestiaux de ces êtres humains » [61][61] L’extrait du journal de Don Antonio Biondi, curé de….
33Les conséquences de cette vision sont loin d’être anodines. Assimiler les soldats coloniaux à des bêtes dominées par des pulsions naturelles et privées de raison aboutit inévitablement à les soustraire du jugement moral, en faisant de leur comportement « sauvage » une réaction instinctive ou automatique, « animalière » précisément. La « naturalisation » de la violence a une signification différente selon les acteurs. Si les dirigeants politiques et militaires français justifient par leur « bestialité » les crimes des soldats marocains, ils se délient de toute responsabilité même indirecte. La population italienne, elle, se sert de l’animalité des troupes pour souligner le rôle des commandements militaires, français ou américains. En insistant sur les responsabilités générales des commandements alliés, les habitants des villages « libérés » par les troupes françaises semblent percevoir la nature moderne des viols. Ceux-ci, selon le point de vue des habitants, sont liés à la « totalisation » du conflit, à laquelle les Anglo-Américains contribuent dans une certaine mesure. Afin de poursuivre leur objectif stratégique, ces derniers choisissent d’engager des troupes propices à une forte agressivité à l’encontre des civils durant les combats, soutenant ainsi leurs comportements, même s’ils n’en sont pas les promoteurs directs [62][62] Nicola Labanca, « Dominio e repressione. I crimini….

Les violences sexuelles commises dans le Latium méridional sont donc à replacer dans le contexte de la culture européenne de la guerre. Tout en refusant les révisionnismes infondés, n’oublions pas que les Anglo-Américains n’étaient pas totalement étrangers à cette culture de la guerre, fondée sur la notion absolue d’« ennemi ». Dans un contexte spécifique et particulier, les « libérateurs » ne sont donc pas toujours reconnus dans ce rôle par les populations locales, précisément parce qu’ils choisissent de conduire la guerre de façon très pénalisante pour les civils. Dans le Latium méridional s’est forgée une mémoire très critique de leur comportement, sans engendrer pour autant de réflexion collective. Les épisodes des violences commis par les soldats coloniaux, dont le souvenir reste fort au niveau individuel, ont suscité trop de contradictions dans une société locale marquée par une culture masculine et machiste dominante, tendant à culpabiliser les victimes des viols et leur imposant le silence sur les méfaits subis. « C’était passé… c’était fait… on ne pensait qu’à çà… cela ne sortait plus de notre esprit », raconte Marianna Corelli, se référant au comportement de la famille de son mari envers la belle-sœur violée [63][63] Interview de Marianna Corelli, 1924, paysanne, réalisée…. Les municipalités évitèrent donc d’initier des politiques commémoratives dans les communes où les soldats français étaient passés. L’expérience belliqueuse vécue par la population civile ne trouva ni reconnaissance ni forme de codification.
Un discours inaudible

Les récits dissonants relatifs aux viols perpétrés dans le bas Latium n’ont pas pu trouver d’écho dans la mémoire publique nationale de l’après-guerre. En adhérant à l’OTAN en 1949, l’Italie républicaine pouvait difficilement faire accepter des visions critiques de la campagne militaire menée en 1944 par deux nouveaux et importants alliés : la France et, plus encore, les États-Unis. Revenir sur les violences sexuelles auraient pu inciter « à discuter les valeurs de l’Allié et de l’Alliance occidentale », en fournissant d’utiles arguments aux partis de gauche qui s’opposaient à l’entrée italienne dans le Pacte atlantique. Il n’était donc pas judicieux, du point de vue de la politique intérieure comme extérieure, d’ouvrir cette boîte de Pandore. Sur un tout autre plan, cette reconnaissance se révélait absolument « incompatible avec le processus de reconstruction d’un sentiment masculin national valorisant [64][64] Daniella Gagliani, « La Guerra come perdita e sofferenza »,… ». L’exaltation de la figure du partisan en armes, mise au centre du discours public sur la résistance, célébrait également la renaissance de la patrie italienne, en proposant de nouveau l’idéal proprement masculin de l’homme-guerrier [65][65] Gabriella Gribaudi, « Introduzione », in Gabriella…. En combattant contre l’étranger et ses collaborateurs, les partisans avaient aussi tenté de restaurer le prestige de la composante masculine nationale qui s’était évaporée avec la crise de l’armée, consécutive à l’armistice du 8 septembre 1943. La thématique des viols obligeait au contraire à se confronter avec la défaite italienne, avec l’effondrement des institutions de l’État, et surtout avec l’incapacité attestée des hommes à défendre leurs femmes. Le thème de la défense de la nation est étroitement lié à celui de la sexualité féminine : la défense des femmes passe « par la sauvegarde de la cohésion interne et des frontières extérieures de la spécificité nationale ». Le recours au viol comme acte de guerre est une des façons de sanctionner la défaite des groupes masculins des nations belligérantes [66][66] Anette Warring, « Identità nazionale, genere e sessualità :….

Rappeler ouvertement les viols revenait donc à souligner la longue impuissance des hommes italiens à la suite de la reddition. Dans ce contexte, le thème des violences sexuelles ne pouvait trouver d’exutoire dans le discours public. Cette expérience particulière n’avait pas la possibilité d’être lue à travers les lunettes du patriotisme et de la résistance à l’envahisseur étranger [67][67] Sur ce sujet, Pieter Lagrou, The Legacy of Nazi Occupation….. Les auteurs de ces viols n’étaient pas des ennemis (les Allemands) contre qui une communauté masculine « retrouvée » (les partisans) prenait les armes, mais au contraire des « alliés », au côté desquels on combattait pour faire renaître la nation détruite par le fascisme. En outre, le viol ne pouvait être présenté comme un fragment de la tragédie collective du peuple italien, servant à dénoncer l’ennemi fasciste et nazi. De même, le viol ne pouvait être présenté comme un fragment de la tragédie collective du peuple italien permettant de dénoncer l’ennemi fasciste ou nazi, au rebours de ce qui s’est récemment passé au Kosovo [68][68] Silvia Salvatici, « Identità di genere, identità nazionale…. La situation italienne en 1944 ne correspond pas au modèle du « héros masculin » accolé à l’image féminine de la « victime souffrante » [69][69] Sur ces paradigmes, Jean Bethke Elshtain, Donne e guerra,…. On comprend, dès lors, que cette dimension soit longtemps restée absente de l’historiographie italienne. Aussi, l’analyse des massacres nazis en Italie, caractérisée par une forte attention aux mémoires locales, a récemment focalisé l’attention des historiens qui se sont intéressés aux populations civiles en temps de guerre [70][70] Sur les populations civiles pendant la guerre, Paolo…. Dans les zones traversées par la ligne Gustav, l’étude de la seconde guerre mondiale a conduit certains d’entre eux, recourant aux sources orales, à s’interroger sur le thème des violences alliées, évoquées de nouveau par les interviewés, tant sous le biais des bombardements anglo-américains que sous l’angle du passage dramatique des troupes du corps expéditionnaire français. Sans être toujours relayés par l’opinion publique, ces événements ont laissé des traces très profondes dans la mémoire collective, traces que les outils propres à l’historiographie permettent aujourd’hui d’analyser [71][71] À propos de ces analyses : Tommaso Baris, Tra due fuochi…..

Notes
[1] Alphonse Juin, Mémoires. Alger, Tunis, Rome, Paris, Fayard, 1959, p. 304-324. Les reconstructions de ses plus proches collaborateurs sont du même style : Marcel Carpentier, Les Forces alliées en Italie. La campagne d’Italie, Paris, Berger-Levraut, 1949, p. 171-196.[2] Ce documentaire, dans lequel est présenté l’interview du général Barillon, président de l’Association des anciens combattants du corps expéditionnaire français en Italie, a été réalisé par Vanesse Roghi et Erwin Flores, et filmé par Angelo Ros-setti. Il a été diffusé dans le cadre du programme « Rai Educational » de la Rai Tre, le 19 mai 2004.[3] Sur cette interprétation : colonel Jean-François Adolphe Goutard, Le Corps expéditionnaire français dans la campagne d’Ita-lie (1943-1944), Paris, Charles Lavauzelle, 1947 ; René Chambe, L’Épopée française d’Italie, Paris, Flammarion, 1952 ; Robert Jars, La Campagne d’Italie 1943-1945, Paris, Payot, 1954.
[4] Voir, par exemple, Jean-Christophe Notin, La Campagne d’Italie. Les victoires oubliées de la France 1943-1945, Paris, Perrin, 2002 ; et Jean-Louis Mourrut, « La Campagna d’Italia : i francesi », in Romain H. Rainero et Renato Sicurezza (dir.), L’Italia nella seconda guerra mondiale. Aspetti e problemi (1944-1994), t. V : L’Italia in guerra. Il quinto anno di guerra 1944, Gaëte, Commissione italiana di storia militare, 1995, p. 45-57.
[5] André Corvisier (dir.), Histoire militaire de la France, vol. 4 : André Martel (dir.), De 1940 à nos jours, Paris, PUF, 1994, p. 199-201 ; Jean-Christophe Notin, op. cit., p. 189-213.
[6] Moshe Gershovich, French Military Rule Over Marocco : Colonialism and its Consequences, Londres, Frank Cass, 2001, p. 165-198.
[7] Livio Cavallaro, Cassino. Le battaglie per la linea Gustav 12 gennaio-18 maggio 1944, Milan, Mursia, 2004, p. 203 et 227-238.
[8] Basil H. Liddel Hart, Storia militare della seconda guerra mondiale, Milan, Mondadori, 1970, p. 750-752.
[9] Archivio dell’Ufficio Storico dello Stato Maggiore dell’Esercito (AUSSME), I 3, racc. 102, f. « Incidenti con gli anglo-americani carteggio 1943-1944 », note du commandement militaire de la Campanie adressée au commandement suprême de l’armée italienne, 13 août 1944.
[10] Archivio Storico del Ministero degli Affari Esteri (ASMAE), Affari Politici, Francia, b. 98, f. « Atrocità varie commesse dalle truppe francesi ai nostri danni », sf. 1., rapport du capitaine Umberto Pittali, 28 mai 1944.
[11] Archivio Storico del Comune di Esperia (ASCE), RRI 44, b. 1, f. 1945-1953, lettre du maire de Esperia, Giovanni Moretti, au commandement militaire français de Rome, 11 octobre 1947.
[12] Ibid.
[13] Interview d’Amelia De Andreis (pseud.), 1924, paysanne, réalisée à Esperia (Frosinone) le 7 avril 2004. Toutes les interviews ont été réalisées par Tommaso Baris.
[14] Archivio Nicola Gallerano (ANG), conservé auprès de l’Istituto Romano per la Storia d’Italia dal Fascismo alla Resistenza, b. 61, f. 265, « Fonti in copia sull’occupazione militare alleata », note du chef d’état-major de l’armée italienne Gio-vanni Messe, au général Noel MacFarlane du commandement de la commission alliée de contrôle, 28 mai 1944, et les documents relatifs n. 1-4.
[15] Interview de Filomena Palazzo, 1922, paysanne, réalisée à Esperia (Frosinone) le 21 octobre 1999.
[16] ANG, Testi e fonti in copia sul Regno del Sud, b. 61, f. 265 « Fonti in copia dell’occupazione militare alleata », rapport pour le chef du gouvernement Pietro Badoglio, 25 mai 1944.
[17] Interview de Tommaso Pelle, 1920, ouvrier, réalisée à Esperia (Frosinone) le 19 octobre 1999.
[18] La citation est tirée de Giuseppe Palladino, Otto mesi d’inferno, Marina di Minturno, Caramanica, 2004, p. 102 ; Fabio Palatta, Il mio paese nella tragedia della guerra. Castro dei Volsci 1943-1944, Frosinone, Bianchini, 1990, p. 67-68 ; Anto-nio Pontone, La Lunga attesa, Cassino, Ciolfi, 1998, p. 56-57.
[19] L’Italia Martire. Il sacrificio di un popolo, Rome, Associazione nazionale vittime civili di guerra, 1965, p. 266.
[20] Pour la littérature d’extrême droite : Massimo Lucioli et Davide Sabatini, La Ciociara e le altre. Il corpo di spedizione francese in Italia 1943-1944, Monte Porzio Catone, Tusculum, 1998. Sur les sites internet néofascistes : hhttp:// http://www.italiasociale.org et hhttp:// http://www.ilduce.net.
[21] Sur l’improbable liberté d’action accordée aux troupes coloniales contre les civils par les autorités militaires : Jean-Louis Mourrut, « Risposta alla domanda sul comportamento di alcune truppe sotto comando francese », in Roman H. Rainero et Renato Sicurezza (dir.), op. cit., vol. 5, p. 58-59 ; Jean-Christophe Notin, op. cit., p. 504-505.
[22] Sur la thématique des « fausses nouvelles » : Marc Bloch, « Réflexions d’un historien sur les fausses nouvelles de la guerre », Écrits de guerre 1914-1918, textes réunis et présentés par Étienne Bloch, introduction de Stéphane Audoin-Rouzeau, Paris, Armand Colin, 1997, p. 169-184 ; trad. it., id., Le Guerra e le false notizie. Ricordi (1914-1915) e riflessioni (1921), introduction de Maurice Aymard, trad. du fr. par Gregorio de Paola, Rome, Donzelli, 1994, p. 82-100.
[23] Alessandro Portelli, Biografia di una città. Storia e racconti : Terni 1830-1985, Turin, Einaudi, 1985, p. 18-19.
[24] Interview de Giuseppe Caporusso, 1937, avocat, réalisée à Esperia (Frosinone) le 9 avril 2004.
[25] Francesca Albani, « Gli stupri di Lenola. Microstoria di efferatezze sui civili inermi che attende di entrare nella “grande” storia di Italia », Studi Cassinati, 4, 2004, p. 273-281.
[26] Archivio Centrale dello Stato (ACS), PCM, 1944-1947, n. 10270, f. 19-10, sf. 1, « Truppe alleate comportamento », note du commandement général des carabiniers pour le chef du gouvernement, 25 juin 1944.
[27] ACS, MI, DGPS, 1944-1446, b. 175, f. « Frosinone. Incidenti tra truppe alleate e italiani », note du préfet de Frosi-none au ministère de l’Intérieur, 24 juin 1945.
[28] Archivio di Stato di Frosinone (ASF), Prefettura di Fro-sinone, 1927-1987, II serie, b. 931, f. « Pontecorvo ECA. Donne violentate dai marocchini », rapport du maréchal des carabiniers Angelo Fioravani du 20 juin 1947.
[29] ACS, PCM, 1948-1950, n. 33491, f. 19-10, sf. 8, « Violenze truppe alleate. Danni arrecati dalle truppe marocchine », correspondance entre le sous-secrétaire à la présidence du Conseil Fenoltea et le sous-secrétaire du ministère des Affaires étrangères Visconti Venosta, lettres du 26 juillet 1994 et du 2 juillet 1944, et note du ministère du Trésor au chef du gouvernement du 6 mai 1950.
[30] ACS, MI, Gab, 1944-1946, b. 27, f. 2097, « Assistenza sanitaria alle donne che subirono violenza da parte delle truppe marocchine nella provincia di Frosinone e Littoria », note du 13 septembre 1944.
[31] ASCE, RRI, b. 1, f. « Donne violentate dai marocchini. Corrispondenze », note de l’officier sanitaire Luigi Pelagalli au maire d’Esperia, 29 juillet 1946.
[32] Archivio Storico dell’Unione Donne Italiane (ASUDI), b. 27, f. 291 « Centro Udi », rapport intitulé « Note informative sulle marocchinate », non daté.
[33] J. Robert Lilly, La Face cachée des GI’s. Les viols commis par des soldats américains en France, en Angleterre et en Allemagne pendant la seconde guerre mondiale, Paris, Payot, 2003.
[34] Norman M. Naimark, The Russians in Germany. A History of the Soviet Zone of Occupation 1945-1949, Cambridge (Mass.), The Belknap Press, 1995, p. 66-96.
[35] Paul Pasteur, « Violences et viols des vainqueurs : les femmes à Vienne et en Basse-Autriche avril-août 1945 », Guerres mondiales et conflits contemporains, 198, 2000, p. 123-136.
[36] ACS, MI, DGPS, 1944-1946, b. 175, f. « Napoli. Incidenti tra truppe alleate e italiani », note des carabiniers d’Aversa du 27 décembre 1943 et de la préfecture de Naples du 22 juillet 1944 toujours au ministère de l’Intérieur.
[37] Jean-Christophe Notin, op. cit., p. 505.
[38] Gabriella Gribaudi, Guerra Totale. Tra bombe alleate e violenze naziste : Napoli e il fronte meridionale 1940-1944, Turin, Bollati Boringhieri, 2005, p. 544.
[39] ACS, PCM, 1948-50, 33491, f. « Violenze truppe alleate », mémorandum du commandant en chef du corps expéditionnaire français, 24 mai 1944.
[40] ANG, b. 63, f. 270, « Fonti in copia sull’occupazione militare alleata », note du 25 mai 1944 pour le chef de la commission alliée de contrôle, mémorandum du général Juin du 27 mai 1944.
[41] Ibid., note du général Harold R. Alexander du 2 juillet 1944.
[42] ACS, PCM 1948-50, f. 19.10., n. 33491, f. « Violenze truppe alleate. Lettere del presidente del consiglio alla commissione alleata di controllo », memorandum accompagné d’une note du président du Conseil Ivanoe Bonomi à la commission alliée de contrôle, envoyée le 13 juillet 1944.
[43] Sur les rapports entre le gouvernement de la France libre et celui du Royaume du Sud : Pierre Guillen, « La Francia e la resistenza italiana », in Francesca Ferratini Tosi, Gaetano Grassi et Massimo Legnani (dir.), L’Italia nella seconda guerra mondiale e nella resistenza, Milan, Franco Angeli, 1988, p. 127-139.
[44] AUSSME, Carteggio Comando Supremo e Stato Maggiore dell’esercito, II guerra mondiale, 1940-1947, racc. 102, f. « Incidenti con gli Anglo-americani. Carteggio 1943-1944 », note du commandement militaire de la Campanie au chef d’état-major de l’armée du 13 août 1944.
[45] Ibid., racc. 150, f. « Patrioti Bande Italia Centrale 1944 », note du commandement général des carabiniers à la présidence du Conseil au ministère de la Guerre, au chef d’état-major de l’armée du 25 juillet 1944.
[46] ACS, MI, DGPS, 1944-1946, b. 175, f. « Livorno. Incidenti tra militari alleati e italiani », note du commandement général des carabiniers pour le ministre des Affaires étrangères du 21 septembre 1944.
[47] Sur le débarquement de Provence : André Cousine, « La participation française à la campagne d’Italie et au débarquement de Provence 1943-1944 », in Les Armées françaises pendant la seconde guerre mondiale 1939-1945, Paris, Institut d’histoire des conflits contemporains, 1986, p. 365-383.
[48] Edward L. Bimberg, The Moroccan Goums : Tribal Warriors in a Modern War, Westport, Greenwood Press, 1999, p. 62-63 ; Rick Atkinson, An Army at Dawn : The War in the North Africa 1942-1943, New York, Henry Holt, 2002, p. 503.
[49] ANG, b. 63, f. 270 « Fonti in copia sull’occupazione militare alleata », note du 25 mai 1944 pour le chef de la commission alliée de contrôle.
[50] Edward W. Said, Orientalism, New York, Pantheon Books, 1978.
[51] Driss Maghraoui, « The Moroccan Colonial Soldiers. Between Selective Memory and Collective Memory », in Ali Abdullatif Ahmida (dir.), Beyond Colonialism and Nationalism in the Maghreb. History, Culture, and Politics, New York, Palgrave, 2000, p. 58-59.
[52] John R. Hale, Guerra e società nell’Europa del Rinascimento (1450-1620), Rome, Laterza, 1987, p. 197-225.
[53] Anthony Clayton, France, Soldiers and Africa, Londres, Brassey’s Defense Publishers, 1988, p. 118-119.
[54] Sur les pratiques de guerre des armées européennes dans les colonies : David Killingray, « Colonial Warfare in West Africa 1870-1914 », in Jaap A. De Moor et Hendrik Lodewijk Wesseling (dir.), Imperialism and War. Essays on Colonial Wars in Asia and Africa, Leyde, E. J. Brill, 1989, p. 155-157.
[55] Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker, 14-18 Retrouver la guerre, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des histoires », 2000 ; trad. it., id., La violenza, la crociata, il lutto. La Grande Guerra e la storia del Novecento, introduction d’Antonio Gibelli, trad. du fr. par Silvia Vacca, Turin, Einaudi, 2002, p. 136-142.
[56] Luc Capdevila, François Rouquet, Fabrice Virgili et Danièle Voldman, Hommes et femmes dans la France en guerre (1914-1945), Paris, Payot, 2003, p. 165-168.
[57] Keith L. Nelson, « The “Black Horror on the Rhine” : Race as a Factor in Post-World War I Diplomacy », Journal of Modern History, 42, 1970, p. 606-627.
[58] Irma Taddia, La Memoria dell’Impero. Autobiografie d’Africa Orientale, Manduria, Lacaita Editore, 1988, p. 94-95.
[59] Sur ce sujet, Nicola Labanca, Una guerra per l’impero. Memorie della campagna d’Etiopia 1935-1936, Bologne, Il Mulino, 2005, p. 260-263.
[60] Yves Salkin et Jacques Morineau, Histoire des goums marocains. La seconde guerre mondiale et l’après-guerre 1934-1956, Paris, La Koumia, 1987, t. II, p. 22-23.
[61] L’extrait du journal de Don Antonio Biondi, curé de Morolo, est cité par Costantino Iadecola, Linea Gustav, Sora, Centro Studi Vittorio Patriarca, 1994, p. 441.
[62] Nicola Labanca, « Dominio e repressione. I crimini di guerra nelle colonie italiane », in Luca Baldissara et Paolo Pez-zino (dir.), Crimini e memorie di guerra. Violenze sulle popolazioni e politiche del ricordo, Naples, L’Ancora del Mediterraneo, 2004, p. 267-268.
[63] Interview de Marianna Corelli, 1924, paysanne, réalisée à Esperia (Frosinone) le 31 décembre 2001.
[64] Daniella Gagliani, « La Guerra come perdita e sofferenza », Parolechiave, 20-21, 1999, p. 207.
[65] Gabriella Gribaudi, « Introduzione », in Gabriella Gribaudi (dir.), Terra bruciata. Le stragi naziste sul fronte meridionale, Naples, L’Ancora del Mediterraneo, 2003, p. 13.
[66] Anette Warring, « Identità nazionale, genere e sessualità : le donne danesi e le forze d’occupazione tedesche », Storia e problemi contemporanei, numéro spécial « Donne tra fascismo, nazismo, guerra e resistenza », 24, 1999, p. 37-38.
[67] Sur ce sujet, Pieter Lagrou, The Legacy of Nazi Occupation. Patriotic Memory and National Recovery in Western Europe 1945-1965, Cambridge, Cambridge University Press, 2000.
[68] Silvia Salvatici, « Identità di genere, identità nazionale e nazionalismo nel Kosovo del dopoguerra. La comunità albanese », Contemporanea, 4, 2002, p. 677-711.
[69] Sur ces paradigmes, Jean Bethke Elshtain, Donne e guerra, Bologne, Il Mulino, 1991.
[70] Sur les populations civiles pendant la guerre, Paolo Pez-zino, Anatomia di un massacro. Controversia sopra una strage tedesca, Bologne, Il Mulino, 1997 ; et Giovanni Contini, La Memoria divisa, Milan, Rizzoli, 1997.
[71] À propos de ces analyses : Tommaso Baris, Tra due fuochi. Esperienza e memoria della guerra lungo la linea Gustav, Rome, Laterza, 2003 ; et Gabriella Gribaudi, Guerra Totale…, op. cit. ; Daria Frezza, « Cassino 1943-1944 : la memoria », Passato e Presente, 61, 2004, p. 117-140. Je remercie Yannick Beaulieu pour son aide lors de la traduction et pour ses conseils.
[*] Docteur en histoire contemporaine de la faculté de sciences politiques de l’université La Sapienza de Rome, Tommaso Baris a publié Tra due fuochi. Esperienza e memoria della guerra lungo la linea Gustav (Laterza, 2003). Il est actuellement allocataire de recherche au département d’histoire et de philologie de l’université de Cassino.(tommaso.baris@libero.it)
Résumé
Français

Durant la campagne d’Italie entre 1943 et 1944, les troupes coloniales du corps expéditionnaire français furent responsables de nombreux actes de violences à l’encontre de la population civile italienne. Les vols, les attaques à main armée, les saccages et surtout les viols furent très fréquents. Initialement, ce ne furent que des actes isolés, commis par des individus seuls, et punis par les autorités alliées, françaises comme anglo-américaines. Au cours de l’offensive victorieuse de l’été 1944 qui permit de franchir la ligne Gustav dans le Latium méridional, les troupes françaises ont obtenu de la part de leurs supérieurs une relative liberté d’action, entraînant des viols de masse. Au début des années 1950, l’Unione Donne Italiane, a recensé environ douze mille victimes de violences sexuelles. Cette organisation communiste féminine a tenté d’obtenir des indemnités pour ces femmes victimes du corps expéditionnaire français. Ces violences sexuelles ont semble-t-il été tolérées comme une « désagréable » conséquence des habitudes guerrières des corps irréguliers, tels que les goumiers marocains. Elles ont aussi été un message clair adressé aux Italiens, et particulièrement à la composante masculine de la population. L’humiliation et l’outrage sexuel contre leurs femmes ont servi à réaffirmer leur nature de vaincus lors de ce conflit.

English

During the Italian campaign, 1943 and 1944, the French expeditionary corps colonial troops were responsible for many acts of violence against the Italian civilian population. Theft, armed robbery, plunder, and especially rape were very frequent. At the beginning they were isolated acts committed by single individuals, and punished by the French or Anglo-American allied authorities. During the 1944 victorious summer offensive that made it possible to cross the Gustav line in the southern Lazio, the French troops garnered from their superiors a relative liberty of action, leading to rapes. During the 1950s, the Unione Donne Italiane counted about twelve thousand victims of sexual violence. This communist women’s organization tried to obtain compensation for these women victims of the French expeditionary corps. This sexual violence was apparently tolerated as a “disagreeable” consequence of the war habits of irregular corps such as Moroccan goumiers [soldiers from a goum, an auxiliary military body of native North Africans, under French officers’ authority]. They were also a clear message to Italians, particularly the men. The humiliation and sexual outrage against their wives served to reassert their status as the conquered during this conflict.

Julie Le Gac, Vaincre sans gloire. Le Corps expéditionnaire français en Italie (novembre 1942-juillet 1944)

Paris, Les Belles-Lettres /ministère de la défense-DMPA, 2013
Yannick Ripa
p. 294-296

Référence(s) :

Julie Le Gac, Vaincre sans gloire. Le Corps expéditionnaire français en Italie (novembre 1942-juillet 1944), Paris, Les Belles-Lettres /ministère de la défense-DMPA, 2013, 613 p.

1Dans l’avalanche de publications sur la Première Guerre mondiale suscitées par son centenaire, nombre évoqueront certainement Verdun, mais qui se souvient que le second conflit mondial eut aussi son Verdun ? Ainsi fut surnommée, en raison de son semblable « déluge de feu massif et terrifiant », la longue bataille de Monte Cassino, centrée sur son monastère, devenu selon les nazis, l’emblème de la culture européenne.

2 Si cet ouvrage, extrêmement riche, offre « l’anatomie de la bataille », suit le mouvement des troupes le long de la ligne Gustav, après leur débarquement à Naples en novembre 1943, il ne se contente pas d’analyser finement l’aspect militaire ; il s’intéresse, aussi près que les sources le permettent, aux hommes mais aussi aux femmes, militaires ou civil-e-s, pris dans les rets de cette stratégie.

3 Le premier mérite de cet ouvrage, issu d’une thèse (sous la direction d’Olivier Wieviorka) qu’on aurait en d’autres temps aisément qualifiée d’État, est de rafraichir les mémoires en montrant les analogies entre ces deux sanglantes opérations, mais aussi, au-delà de l’importance de la victoire des Alliés – l’ouverture en juin 1944 de la route vers Rome –, de souligner sa valeur politique et symbolique : pour la première fois depuis la défaite de 1940, le drapeau tricolore se déploie en Europe sur un terrain militaire, réinsérant la France républicaine dans le camp des nations en lutte contre les totalitarismes. Il est brandi par le Corps expéditionnaire français, sous le commandement du général Juin. L’absence d’un véritable vivier de recrutement en Afrique, où il est créé en novembre 1942, a conduit à un assemblage maigre et hétéroclite de soldats, que les autorités espèrent souder par une commune lutte. Se retrouvent ainsi des membres des Forces françaises libres, d’anciens cadres de Vichy qui ont difficilement rompu avec leur fidélité pétainiste sous la pression « de l’extérieur afin que l’armée de reconquête soit celle du peuple français », des évadés politiques de l’Espagne franquiste, des Français des colonies et des « indigènes » de l’Empire, dont la motivation première est d’ordre financier. Julie Le Gac montre habilement que cette volonté de cohésion cache, outre bien des dissensions, les préjugés des autorités militaires sur la définition normative de la virilité, blanche s’entend. Malgré leur indéniable valeur dans l’« âpre et destructive guerre de position », les « goumiers » demeurent à leurs yeux des soldats imparfaits qui, comme tels, ne sauraient se substituer aux Européens. Cette vision racialisante est poussée à l’extrême puisqu’elle distingue chez ces combattants-là des qualités et des défauts innés selon leur appartenance ethnique ; ainsi, pour le général Dody les habitants de la Medina de Meknès ne constituent qu’un « apport insignifiant et indésirable d’éléments peu combatifs », contrairement à quelques « tribus de montagnes très frustres, mais qui, du fait de leur rusticité, sont surtout aptes à servir de réservoir d’effectifs pour les forces supplétives ». L’application de cette « idéologie des races martiales » identifie parfois des guerriers de valeur, mais cet atavisme implique aussi un rapport spécifique à la violence, hors des codes de guerre des nations dites civilisées. Cette lecture est bientôt partagée par les Italiens qui craignent aussitôt ces libérateurs et devinent en eux une virilité barbare. L’historienne montre avec brio qu’au sein du CEF ces représentations n’ont pas résisté à l’épreuve du feu : elle constate que, tandis que « la mobilisation des cœurs a échoué » en raison des différends profonds entre colons et colonisés, un esprit de corps naît ensuite de l’horreur des combats et face à des pertes considérables, liées en partie à l’inexpérience de ces troupes et au « désir d’impressionner les Alliés », d’où « des décisions prématurées et des prises de risque inconsidérées ». Cette fraternité tente de calmer les peurs et de pallier la solitude éprouvée par les combattants alors qu’« ils vivent en collectivité et que leur intimité se réduit comme une peau de chagrin » ; cette solidarité n’empêche pas certains de sombrer dans la névrose de guerre que les médecins du CEF semblent ignorer, ne tirant aucune leçon du premier conflit mondial qui avait reconnu l’existence de ces pathologies mentales. L’armée française se montre plus attentive aux frustrations sexuelles des soldats, persuadée que « les indigènes sont habités de besoins irrépressibles » et ouvre des bordels de campagne à la demande du général Juin en janvier 1944.

4 Les souffrances endurées et partagées permettent donc de dépasser les différences ethniques – notamment entre Arabes et Berbères –, les divers statuts et même les frontières de genre. Faute d’un nombre suffisant d’hommes, des femmes ont en effet été requises par le général Merlin, malgré bien des réticences. Comme les Munitionnettes de la Grande Guerre, ces 3 000 volontaires sont infantilisées par leur surnom de Merlinettes. Secrétaires dans les services d’état-major, téléphonistes des transmissions, infirmières ou conductrices sanitaires, elles ne sont pas au combat, elles ne peuvent l’être car le champ de bataille est le domaine des hommes et le port des armes un monopole masculin. D’où l’émoi des troupes lors du décès de l’une d’elles : sa mort est perçue comme le résultat dramatique d’une transgression majeure du genre.

5 Néanmoins, la dureté et la durée de la bataille de Monte Cassino fissurent la cohésion du CEF et son unité patriotique : les « corps à corps silencieux et assassins » dissolvent le sens idéologique de la lutte, le transforment en sacrifice absurde aux yeux de ceux qui se battent pour des principes dont ils sont eux-mêmes exclus. Ce désenchantement participe-t-il aux exactions qui ternissent l’action du CEF ? Julie Le Gac n’établit pas ce lien, mais indique combien les représentations de la virilité des indigènes permirent aisément de leur attribuer les violences sexuelles qui accompagnèrent la victoire finale. Ces forces du CEF sont accusées à la fin de mai 1944 d’avoir agi en « barbares » à l’égard des civils sans défense, ce dont témoigne le personnel médical des centres de réfugiés. Les femmes, plus que les hommes, sont victimes de ces agissements : de nombreux viols sont alors perpétrés contre elles. Ils sont reconnus traumatisants non seulement pour les victimes mais aussi pour la population dans son ensemble qui se sent salie dans son honneur, dont le corps féminin est ainsi le dépositaire. Il en résulte aussi sur le plan diplomatique de vives tensions et les Allemands tirent partie de ces méfaits pour pourfendre la gestion anglo-américaine, « une banqueroute alliée ». Par ailleurs, désigner ces violences par le terme « atrocités » impose le rapprochement, volontairement troublant, avec le comportement des Allemands lors de l’invasion de la Belgique et de la France du Nord en 1914. La gloire de la victoire échappe au CEF. La raison d’État parachève cette triste fin : à l’été 1944, au nom de la « stratégie internationale et de [la] politique nationale », le CEF est dissous ; paradoxalement, rappelle l’auteure de cette remarquable étude, se dessine au même moment, l’image d’Épinal d’une France qui doit sa libération à ses colonies…

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Pour citer cet article

Référence papier

Yannick Ripa, « Julie Le Gac, Vaincre sans gloire. Le Corps expéditionnaire français en Italie (novembre 1942-juillet 1944) », Clio. Femmes, Genre, Histoire [En ligne], 39 | 2014, 39 | 2014, 294-296.

Référence électronique

Yannick Ripa, « Julie Le Gac, Vaincre sans gloire. Le Corps expéditionnaire français en Italie (novembre 1942-juillet 1944) », Clio. Femmes, Genre, Histoire [En ligne], 39 | 2014, mis en ligne le 01 juin 2014, consulté le 17 mars 2016. URL : http://clio.revues.org/11966

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Auteur

Yannick Ripa

Université Paris 8

Articles du même auteur

Voir aussi:

Une armée d’Afrique
XIXe-XXIe – dans mensuel n°398 daté mars 2014 à la page 92
Le livre de Julie Le Gac, extrait de sa thèse de doctorat (2011) et appuyé sur une abondante documentation française et étrangère, est un modèle d’histoire militaire globale.

L’auteur s’arrête d’abord sur la formation du corps expéditionnaire en Afrique du Nord. Elle détaille les conditions du recrutement des soldats coloniaux, le choc des cultures entre d’une part une armée d’Afrique, restée profondément maréchaliste, d’autre part les Français libres (la 1re DFL est intégrée au Corps expéditionnaire français en Italie, Cefi) et les évadés par l’Espagne qui arrivent de France animés d’un tout autre état d’esprit. Julie Le Gac souligne ainsi le traumatisme durable que provoqua l’épuration (bien que clémente) d’une partie des cadres de l’armée d’Afrique. Elle décrit également en détail la personnalité des chefs du Cefi et prend soin d’inscrire cette histoire dans les âpres conflits entre Alliés relatifs à la stratégie méditerranéenne.

Les deux parties suivantes sont consacrées aux durs combats de Cassino et du Belvedere, puis aux victoires du printemps 1944 (marche sur Rome, contrôle de la Toscane, raid sur l’île d’Elbe). Ces pages renouvellent l’histoire militaire de la campagne, mais s’attachent aussi à dresser l’état des pertes, à décrire la psychologie des combattants et abordent avec lucidité la délicate question des exactions à l’encontre des civils, particulièrement la question des viols. Si Julie Le Gac fournit ici seulement une estimation (3 000 à 4 000 femmes violées), l’analyse qui permet d’y parvenir est un exemple de rigueur historique.

Un ouvrage destiné à s’imposer comme la référence.

VAINCRE SANS GLOIRE. LE CORPS EXPÉDITIONNAIRE FRANÇAIS EN ITALIE par Julie Le Gac, Les Belles Lettres, 2013, 424 p., 29,50 E.

Voir également:

Trois livres d’histoire sur le soldat. La tristesse de la chair à canon
LE MONDE DES LIVRES | 09.10.2013 à 18h36 • Mis à jour le 17.02.2014 à 10h11 | André Loez

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image: http://s2.lemde.fr/image/2011/12/21/534×267/1621272_3_17f5_soldats-americains-quittant-l-irak-2011_13efd889e202b73dfaad8ad9fd64d63a.jpg

Le fait guerrier est intimement lié à la narration historique depuis l’Antiquité grecque, où Hérodote puis Thucydide en établirent les principes en fixant le souvenir des guerres médiques et du conflit péloponnésien. Il suffit d’observer aujourd’hui les tables des libraires pour constater combien la chose militaire domine encore, en volume du moins, les parutions en histoire.

Cette production est, il est vrai, inégale : s’il est des chefs-d’oeuvre, comme Le Dimanche de Bouvines, de Georges Duby (Gallimard, 1973), faisant de la guerre un prisme dévoilant en profondeur le fonctionnement de la société médiévale, l’histoire militaire conventionnelle s’y taille toujours une large part, offrant aux lecteurs friands de faits d’armes et d’affrontements la confortable linéarité des biographies de généraux ou des récits de batailles.

CORPS ANGOISSÉS, CORPS MEURTRIS

Ce dernier genre fut pourtant réinventé, voilà près de quarante ans, par l’historien anglais John Keegan (1934-2012). Dans son ouvrage majeur, Anatomie de la bataille, de 1976, que republient aujourd’hui les éditions Perrin, il fait voler en éclats le modèle narratif traditionnel de l’histoire militaire, rompant avec la vision surplombante des stratèges en chambre et avec l’illusion rétrospective de combats au déroulement bien ordonné, conforme aux plans, « qui réduit les soldats à des pions « .

Dans ce livre, ce ne sont plus les chefs de guerre qui tiennent la première place, mais les corps des soldats. Corps angoissés, corps meurtris, dont l’auteur, croisant de façon pionnière la lecture des témoignages et l’apport de l’archéologie du champ de bataille, restitue l’expérience physique et sensible pour savoir comment les hommes ont « dompté leurs peurs, pansé leurs blessures ou trouvé la mort ».

Levant le voile sur des aspects peu évoqués jusqu’alors dans les grands récits de guerre (les redditions ou massacres de prisonniers, la nourriture des troupes, l’agonie des blessés, qui fait l’objet de pages bouleversantes), il donne aussi une grande leçon de contextualisation, en insistant sur les spécificités matérielles de chaque épisode évoqué, dès lors irréductible à une étude générique de « la bataille » : le poids des armures médiévales à Azincourt (1415), la fumée des canons limitant la vue à Waterloo (1815), la cadence mortifère des mitrailleuses sur la Somme (1916).

Cette démarche est enfin servie par le style de l’auteur, riche en détails vivants, plein d’empathie et d’humour, à la fois imprégné d’immenses lectures et volontiers irrévérencieux envers ses aînés. Il faut cependant déplorer que cette réédition, certes dans une traduction remaniée, ne soit pas accompagnée d’une préface ou d’un dossier qui retrace justement l’influence du livre, chez l’antiquisant Victor Davis Hanson, par exemple (Le Modèle occidental de la guerre, 1989 ; traduction Les Belles Lettres, 1990), ou dans l’historiographie de 1914-1918, si profondément renouvelée par l’approche de l’expérience de guerre. Cette initiative aurait aussi permis d’intégrer les retouches ou les compléments qu’une nouvelle génération d’historiens militaires a pu apporter à ce travail fondateur.

EFFARANTE VIOLENCE DE LA BATAILLE

Parmi ceux-ci, Hervé Drévillon, professeur à l’université Paris-I et directeur de l’Institut des études sur la guerre et la paix, est devenu une figure majeure. Un de ses précédents livres avait fait écho à l’oeuvre de Keegan (Batailles. Scènes de guerre de la Table ronde aux tranchées, Seuil, 2007). Son nouvel ouvrage, L’Individu et la Guerre, en garde les acquis, mais élargit de nouveau la focale : il s’agit d’interroger la place de l’individu dans les dispositifs militaires et guerriers, du XVIe siècle à 1914, de l’émergence du soldat autonome doté d’une arme à feu à son annihilation dans l’hécatombe de la Grande Guerre.

Ce parcours éclaire des débats importants : celui des facteurs faisant « tenir » les hommes au feu, mais aussi celui de la prétendue naissance d’une « guerre totale » à la fin du XVIIIe siècle. Ces enjeux conceptuels sont régulièrement confrontés aux données empiriques et aux réalités guerrières, ce qui rend parfois la construction du propos difficile à suivre. Mais cela lui donne aussi un relief supplémentaire : derrière le débat tactique sur la disposition en colonnes ou en lignes des soldats, c’est, par exemple, l’effarante violence de la bataille de Fontenoy (1745), celle du fameux « Messieurs les Anglais, tirez les premiers », qui est rendue intelligible.

Ici, toutefois, pas de plongée dans la mêlée, mais d’abord une analyse des discours et du cadre juridique qui enserrent le soldat ou, plutôt, qui vont le libérer, sur le plan tactique mais aussi politique, avec l’invention du « soldat-citoyen » durant la Révolution française. Ainsi, à travers le statut des combattants, c’est à une histoire bien plus large et plus ambitieuse que convie l’auteur, celle de la construction des Etats modernes, dont il montre que la composante militaire fut essentielle. L’armée, en effet, fut d’abord un lieu de déprise des conventions et des blocages de la société d’ordres où une « forme d’isonomie » (la même règle pour tous) rapprochait les individus ; elle fut aussi le lieu où les idées nouvelles de nation et de république furent expérimentées, léguant au XIXe siècle l’héritage paradoxal de la gloire napoléonienne et de la conscription égalitaire, cette dernière étant passionnément débattue sous la IIIe République, notamment par Jean Jaurès (L’Armée nouvelle, 1911).

UNE ARMÉE AMBIGUË

Hervé Drévillon clôt ainsi l’enquête au seuil de la « guerre des masses », comme si la question de l’individu et du lien social dans l’armée ne pouvait se poser après 1914. C’est pourtant ce que fait, à sa façon, le travail rigoureux de Julie Le Gac consacré au corps expéditionnaire français en Italie durant la seconde guerre mondiale, Vaincre sans gloire. Il tient compte de tous les acquis de l’historiographie depuis Keegan, laissant de côté « le triptyque traditionnel du militaire, du politique et du diplomatique » comme « l’épopée mythique » pour saisir les expériences de ceux qui combattirent sous l’uniforme français à Monte Cassino ou devant Rome en 1943-1944.

L’intérêt premier de l’ouvrage réside dans ce terrain d’enquête quelque peu délaissé, théâtre d’opérations marginal d’une armée ambiguë, composée d’anciens officiers vichystes comme de volontaires gaullistes, véritable mosaïque de métropolitains, de colons et d’indigènes où figurent même, chose inédite, quelques milliers d’auxiliaires féminines. L’histoire de cette troupe est donc celle des tensions qui la parcourent : ressentiment des colonisés dont la valeur militaire ne suffit pas à garantir l’émancipation, clivages idéologiques entre maréchalistes et résistants, incompréhensions entre Français d’Afrique du Nord et de métropole que l’épreuve du feu ne pourra entièrement dissiper.

Pour aborder ces enjeux, l’auteure a largement ouvert le questionnaire et rassemblé une impressionnante documentation, avec un recours probant aux archives judiciaires et médicales, révélant l’ampleur des psychonévroses de guerre suscitées par les très violents combats de la campagne italienne, interrogeant également les déterminants de l’obéissance. C’est enfin le sombre dossier des viols et des pillages envers les civils qui est analysé avec recul, tandis que les effets à moyen terme de ces combats sur la domination coloniale sont finement pesés. En dépit de passages plus conventionnels, ce travail d’une jeune chercheuse illustre bien la maturité qui peut être celle de l’histoire militaire lorsqu’elle intègre les individus à sa réflexion.

Libérée de l’anecdote, de l’hagiographie ou du récit épique, elle permet d’envisager la guerre dans toute son ampleur, en tant que fait social total. Mais à voir le flot de publications suscité par le centenaire de la Grande Guerre, dont beaucoup sont sans relief, cette bataille historiographique-là est encore loin d’être gagnée.

Anatomie de la bataille. Azincourt 1415, Waterloo 1815, la Somme 1916 (The Face of Battle), de John Keegan, traduit de l’anglais par Jean Colonna et Antoine Bourguilleau, Perrin, 420 p., 23 €.

L’Individu et la Guerre. Du chevalier Bayard au soldat inconnu, d’Hervé Drévillon, Belin, « Histoire », 320 p., 25 €.

Vaincre sans gloire. Le corps expéditionnaire français en Italie (novembre1942-juillet1944), de Julie Le Gac, Les Belles Lettres, 624 p., 29,50 €.

André Loez
Journaliste au Monde

Extraits

« Nous ne pouvons pas avoir la vision que les chroniqueurs ont eue de ces nuées de flèches qui volaient au-dessus de la scène, nous ne pouvons pas les entendre ; nous ne pouvons pas savoir où portait l’effort de l’homme en armure sur son adversaire lors du premier choc ; quelles étaient la densité de la charge de la cavalerie française, sa vitesse. Nous ne savons pas non plus ce que voyait un témoin extérieur à la mêlée, par exemple l’un des soldats de la troisième ligne française. Nous ignorons le niveau sonore atteint par l’engagement et comment les commandements sur le terrain arrivaient à se faire entendre, s’ils y parvenaient. »

Anatomie de la bataille, page 85

« L’exercice d’une discipline plus arbitraire que sévère, l’épreuve déshumanisante du combat en ligne et l’iniquité du système d’avancement concouraient à maintenir les soldats dans un état d’indignité impuissante. Les moeurs militaires les encourageaient pourtant à exprimer, parfois de façon tapageuse, leur fierté, leur virilité et même l’honneur d’appartenir à la communauté des défenseurs de la patrie. L’armée concentrait ainsi toutes les tensions d’une société d’Ancien Régime partagée entre la préservation des privilèges et leur contestation par les pratiques administratives, fiscales et judiciaires qui encourageaient l’égalité devant la loi. »

L’Individu et la Guerre, page 140

« Le froid, la fatigue physique, la mort qui rôde, harassent les soldats alliés (…). De la simple appréhension précédant l’assaut à l’épouvante qui submerge, en passant par les angoisses multiples qui hantent les soldats, la peur fait partie du quotidien du champ de bataille. Il demeure cependant malaisé de saisir cette émotion, par essence intime, parfois inavouée, souvent minimisée. Les rapports de la hiérarchie militaire, nous y reviendrons, abordent la question sous l’angle de la discipline. Il s’agit d’encadrer ces peurs afin de prévenir toute défaillance individuelle ou collective de la troupe dans l’exercice de son devoir. »

Vaincre sans gloire, pages 283-284


Droits des femmes: Vous avez dit « égalité réelle » ? (With new postings for « real equality » and « family, children and women’s rights », French government revives a long tradition of bizarre ministry titles)

12 mars, 2016
campagne-de-recrutement-de-l-education-nationale-1er-juin-2011-10469894gtcdu_1713missionarypositionpub1On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Présider la République, c’est ne pas inviter les dictateurs en grand appareil à Paris. François Hollande (janvier 2012, Le Bourget)
Moi, président de la République, les ministres ne pourraient pas cumuler leurs fonctions avec un mandat local…  …parce que je considère qu’ils devraient se consacrer pleinement à leurs tâches. François Hollande
Légion d’honneur pour le prince héritier Saoudien. 154 exécutions l’an dernier dans son pays. (…) Voilà pourquoi j’ai refusé la Légion d’Honneur. Sophie Marceau
La seule liste garantie sans cumul. Slogan de la liste d’Emmanuelle Cosse
Les filles seraient par nature plus tournées vers la littérature et la communication, les garçons seraient plus doués pour les sciences. L’école ne parvient pas à combattre efficacement ces stéréotypes. Rapport
Après avoir jugé probable dimanche la suppression d’au moins 16.000 postes l’an prochain, Luc Chatel a lancé ce mercredi une campagne de recrutement de 17.000 postes en 2011. «33.000 fonctionnaires partent à la retraite dans l’année, 16.000 ne sont pas remplacés (non-remplacement d’un départ en retraite sur deux) donc 17.000 sont à pourvoir», explique-t-on au ministère, joint par 20Minutes. Sauf que les 16.000 suppressions de 2012 concernent, si l’on en croit Luc Chatel, uniquement des enseignants et que, dans le détail, les 17.000 nouveaux fonctionnaires ne seront pas que des professeurs. Ils ne seront en effet que 11.600 (3.000 dans le premier degré, 8.600 dans le second), le reste étant «des agents administratifs, du personnel de santé scolaire, des métiers extrêmement variés». (…) Les syndicats ne croient pas au but de cette campagne: «L’objectif, c’est que tout le monde s’y perde!», persifle Christian Chevalier, secrétaire général de SE-Unsa, contacté par 20Minutes. «C’est un plan com’ pour brouiller les esprits, une publicité sur ce qui existe déjà puisqu’on recrute autant d’enseignants chaque année», ajoute le syndicaliste.(…) «C’est la première fois que le nombre de candidats qui se présentent au concours chute de manière brutale», indique Christian Chevalier, qui explique ce phénomène par trois facteurs. Le premier, c’est un «vivier pas suffisant». Le nouveau niveau de recrutement en M1 au lieu de la licence écarte de fait près de 200.000 candidats potentiels. Les disciplines scientifiques sont les plus en peine avec «autant de candidats que de postes à pourvoir», précise le syndicaliste. Ensuite, c’est l’image du métier qui cloche: suppressions de postes, classe surchargées, métier difficile et anxiogène… Autant d’éléments qui ne profitent pas à la valorisation de l’Education nationale, selon Christian Chevalier, qui déplore également un troisième facteur financier. Pour le syndicaliste, «démarrer une carrière à 1.500 euros pour atteindre 2.000 euros dix à douze ans plus tard», ce n’est pas très alléchant. «Il y a nettement mieux ailleurs, notamment dans le domaine scientifique. Les étudiants préfèrent aller bosser chez Total, où les promotions sont plus avantageuses», ajoute Christian Chevalier.  Ce sont justement ces deux derniers facteurs auxquels le ministère entend s’attaquer avec cette campagne. «Cela fait partie de la politique de revalorisation du métier d’enseignant», précise-t-on rue de Grenelle, où l’on se vante toujours d’être toujours «le premier recruteur de France». Dotée d’un budget de plus d’un million d’euros, la promotion de l’Education nationale voit large avec une présence dans tous les médias sauf la télévision. La campagne a pour objectif «d’attirer les meilleurs talents au service de la plus noble des missions: assurer la réussite de chaque élève». Sur les affiches, «Laura a trouvé le poste de ses rêves» et Julien «un poste à la hauteur de ses ambitions». Un sexisme dont se gausse Christian Olivier: «On essaie quotidiennement en classe de tordre les clichés quand l’institution les reprend à son compte.» «La réalité, c’est que le métier d’enseignant ne fait plus recette et on va vers une crise du recrutement», résume-t-il encore, dans l’attente d’une politique «qui redonnerait ses lettres de noblesse» à la profession. 20 minutes
Cette déconsidération est liée au déclassement social des professeurs, lui-même lié à la massification de l’enseignement. Environ 20% d’une génération d’élèves obtenaient le bac en 1970, contre 76% en 2012! Jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, un professeur était un ­notable dans sa préfecture, l’instituteur était un notable au même titre que le maire ou le médecin du village. Les métiers de l’enseignement étaient des métiers de promotion sociale. Ils ont cessé de jouer ce rôle. La féminisation massive de ce métier a achevé de le déclasser, c’est d’ailleurs ce qui est en train de se passer pour la magistrature. C’est inéluctable. Un métier ­féminin reste encore souvent un emploi d’appoint dans un couple. L’enseignement est choisi par les femmes en raison de la souplesse de l’emploi du temps et des nombreuses vacances qui leur permettent de bien s’occuper de leurs enfants. (…) Nous avons tous des témoi­gnages d’incidents, d’absence de respect entre élèves et professeurs, y compris lors des premières années d’université. Ce n’est pas étonnant. Ces incidents reflètent ce que pensent les parents et l’ensemble de la société des enseignants. (…) Le métier de professeur est un métier sans aucune évolution. Les seules promotions possibles, c’est le syndicalisme ou l’inspection. Mais, en réalité, lorsqu’on dénonce le pouvoir syndical, on nage en plein mythe. Le syndicalisme perd de son influence. Les syndicats ont ainsi de plus en plus de mal à recruter chez les jeunes. (…) Ce qui est aberrant, c’est ce statut des enseignants qui n’a pas évolué depuis 1950. Il date d’avant la télévision, d’une époque où très peu de Français allaient au collège et encore moins au lycée. La prise en compte des seules heures de cours devant les élèves en guise de «temps de service» n’a pas de sens. Il faut plus de présence dans les établissements et les bureaux! Le travail en équipe devrait être généralisé. Les professeurs du secondaire s’identifient à leur discipline, s’y réfugient pour réagir à leur déclassement social. Je ne nie pas le fait qu’ils ont un très bon niveau disciplinaire, utile au lycée. Mais, concernant le collège, qu’y a-t-il de dégradant pour un professeur de français d’enseigner aussi l’histoire? Il y a trop d’enseignants différents au collège, c’est déstabilisant pour d’aussi jeunes élèves, ballottés toutes les heures d’un adulte à l’autre. Beaucoup ne se remettent pas de cette diffé­rence avec l’école primaire. La transition serait plus douce avec moins d’enseignants. Antoine Compagnon

Attention: une déconsidération peut en cacher une autre !

Au lendemain d’une énième fête des femmes

Et d’un énième remaniement du gouvernement Hollande qui vient de nous doter, entre secrétariats d’Etat à «l’aide aux victimes», à la biodiversité ou à la réforme de l’Etat et la simplification et Ministère du Logement et de l’Habitat Durable …

A un Ministère de la Famille, de l’Enfance et des Droits des femmes doublé d’un Secrétariat d’Etat à « l’égalité réelle »

Pendant qu’entre rencontres de dictateurs et légions d’honneur aux découpeurs de têtes et lapideurs de femmes adultères …

Président comme ministres continuent à s’asseoir sur leurs promesses de campagne …

Et qu’à nos nouveaux envahisseurs chez nos voisins germaniques ou nordiques, on enseigne la position du missionnaire

Petit retour avec une publicité de l’Education nationale d’il y a cinq ans …

Particulièrement significative, entre jeune professeur ambitieux tout droit « sorti du magazine Challenge ou Capital » et jeune professeure rêveuse digne d‘un catalogue IKEA » …

De tout le chemin qui reste à faire …

Vers l’égalité « réelle » des femmes …

Certes pour une profession à la fois en panne de recrutement et massivement féminisée

Recrutement des profs : elle a des rêves, il a de l’ambition
Le ministère de l’Education nationale, « premier employeur de France », recrute cette année 17 000 personnes « dans un contexte où l’ensemble de ses métiers évolue en profondeur ». Il lance une campagne destinée à tous les
Blandine Grosjean Rédactrice en chef
Rue 89
16/06/2011

Le ministère de l’Education nationale, « premier employeur de France », recrute cette année 17 000 personnes « dans un contexte où l’ensemble de ses métiers évolue en profondeur ».

Il lance une campagne destinée à tous les étudiants qui réfléchissent à leur avenir professionnel. Il s’agit « d’attirer les meilleurs talents au service de la plus noble des missions : assurer la réussite de chaque élève ».

► Elle : Laura a des « rêves »

Elle s’appelle Laura, elle lit (un roman… « Madame Bovary » ?). Et elle « rêve ». De quoi ? Pas d’argent, ni de réussite, ni d’une grosse voiture. Non, « d’avenir ».

« Et l’avenir pour elle, c’est de faire vivre et partager sa passion, transmettre [eh oui, la vie, ndlr], se consacrer à la réussite de ses élèves. »
L’univers de Laura : tons crème et lin, bois clair, zen et féminine attitude. Le thé vert est hors-champ, Laura écoute France Musique, elle aime aussi dessiner et elle fait du yoga (on imagine). Sans doute va-t-elle demander une décharge de poste pour passer plus de temps avec ses enfants, ou pour se consacrer à ses projets personnels (on imagine encore).

Elle rêve aussi d’emmener « ses » classes découvrir la Rome antique (là encore, il s’agit de supputations sexistes de l’auteure).

► Lui : Julien a des « ambitions »

Changement de code couleurs : on passe au bleu, au gris, high-tech. L’ordi, la chemise bleue (retroussée), Julien bosse au petit matin ou en soirée. Et lui, il a un projet, « concret », qu’il va « concrétiser ». Enseignant, c’est la « concrétisation de son projet professionnel », il peut partager :

sa passion,
ses savoirs,
ses valeurs (comme Laura mais c’est plus concret dans le cas de Julien).
On vous fiche notre billet que Julien est appelé à de hautes responsabilités : proviseur, inspecteur, responsable syndical…

Laura est une femme, elle est littéraire, douce, plutôt blonde.

Julien est un homme, il est techno, carré, brun. Il a des valeurs.

Voir aussi:

Education Nationale : à elle les « rêves », à lui « l’ambition »
Laure Daussy

Arrêt sur images

le 16/06/2011

Les stéréotypes hommes/femmes ont encore de beaux jours devant eux, à voir la nouvelle campagne de l’Education nationale. Le ministère veut recruter 17000 personnes, et a lancé pour cela une campagne d’affiches que l’on peut voir dans plusieurs médias.

On y découvre un florilège des clichés sur les différences hommes/femme, pointés notamment par Rue89. D’un côté, une femme, Laura, qui « a trouvé le poste de ses rêves », et de l’autre, Julien, qui a trouvé le poste à la hauteur de ses… « ambitions ». L’homme peut apparemment se permettre d’être ambitieux quand la femme se contente de rêver.
Les univers des deux protagonistes sont bien différenciés. Rue89 décrit ainsi : « L’univers de Laura: tons crème et lin, bois clair, zen et féminine attitude. Le thé vert est hors-champ, Laura écoute France-Musique, elle aime aussi dessiner et elle fait du yoga (on imagine). Sans doute va-t-elle demander une décharge de poste pour passer plus de temps avec ses enfants, ou pour se consacrer à ses projets personnels (on imagine encore). »

Quant à Julien : « Changement de code couleurs: on passe au bleu, au gris, high-tech. L’ordi, la chemise bleue (retroussée), Julien bosse au petit matin ou en soirée. Et lui, il a un projet, «concret», qu’il va «concrétiser». Enseignant, c’est la «concrétisation de son projet professionnel». On vous fiche notre billet que Julien est appelé à de hautes responsabilités: proviseur, inspecteur, responsable syndical… »

On a donc, d’un côté, la femme, la douceur, les couleurs pastels, la littérature, la blondeur, le rêve, et de l’autre, l’homme, l’ordinateur, le bleu, l’attitude concentrée, l’ambition.

Heureusement que l’Education Nationale a prévu, dans les nouveaux manuels de Sciences de la vie et de la terre, d’enseigner – un peu – les « gender studies ». Avec cette exigeance précisée dans le bulletin officiel, sous le titre « Devenir homme ou femme » : « Différencier, (…) ce qui relève : de l’identité sexuelle, des rôles en tant qu’individus sexués et de leurs stéréotypes dans la société (…) ». Ouf !

Voir également:

Professeur, un métier pour filles rêveuses ?
Véronique Soulé

Libération

8 juillet 2011

Laura, la jeune et jolie prof sur l’affiche du ministère de l’Education, a l’air douce et rêveuse – elle lit posément un livre. Julien n’est pas mal non plus – mais pour les hommes, c’est quand même moins important… Surtout, il a l’air décidé et fort en informatique – il est devant un ordinateur. L’actuelle campagne de recrutement de l’Education nationale, qui a mis en colère les syndicats enseignants, dénonçant une opération de com au moment où l’on supprime 16 000 postes, a des côtés très distrayants, voire incongrus.

D’abord, alors que l’on s’inquiète plutôt aujourd’hui des clichés sexistes véhiculés à l’école, elle les reprend allègrement. Laura, la jeune prof, «a trouvé le poste de ses rêves». Julien, son collègue mâle, a, lui, «trouvé un poste à la hauteur de ses ambitions». Interrogé par Libération, le ministre de l’Education, Luc Chatel, a reconnu que ce problème ne lui avait pas sauté aux yeux. En septembre, il avait pourtant reçu un rapport sur les discriminations à l’école où les experts se désolaient : «Les filles seraient par nature plus tournées vers la littérature et la communication, les garçons seraient plus doués pour les sciences. L’école ne parvient pas à combattre efficacement ces stéréotypes.» Suivaient des propositions pour mieux faire.

Autre bizarrerie : pourquoi cette campagne très médiatique, alors que chaque année, le ministère fait disparaître des postes ? L’opération, qui s’achève le 12 juillet, coûte 1,35 million d’euros hors taxes. Réponse officielle : l’Education nationale veut attirer les meilleurs. Or, avec tout le ramdam autour des suppressions de postes, les gens ont oublié qu’elle recrutait – comme on ne renouvelle pas la moitié des 33 000 départs à la retraite, elle supprime 16 000 postes et embauche 17 000 personnes (dont 11 600 profs). «Nous sommes même le plus gros recruteur de diplômés de master», se félicite-t-on. Mais aussi le plus gros destructeur de postes.

Les syndicats enseignants n’ont pas tout à fait la même version. Pour eux, cette campagne vise à attirer des candidats tout court, dans le cadre d’une baisse inquiétante des vocations. L’an dernier, pour le Capes de maths, discipline quasi désertée, on n’avait pas deux candidats pour un poste. Au ministère, on juge normal d’avoir moins de candidats puisqu’il faut un master contre, avant, une licence, «et les maths sont un problème ancien». Laura la rêveuse et Julien l’ambitieux sauront-ils inverser la tendance ? Réponse dans une semaine avec le nombre d’inscrits aux concours. Officiellement, ça remonte…

Voir encore:

Décortiqué : campagne publicitaire « l’éducation nationale recrute »
Nicolas Gaillard

Le CorteX

8 juin 2011

Vous avez mené avec brio votre analyse de la page « Campagne publicitaire à analyser : l’éducation nationale recrute » ? Voilà ma propre analyse, n’hésitez pas à nous écrire pour compléter / corriger cette proposition de décorticage.

1/ Les effets rhétoriques

L’éducation nationale recrute 17000 personnes…

Ce recrutement semble a priori en contradiction :

D’une part avec le plan d’austérité du gouvernement dénoncé par les syndicats de l’éducation nationale, les élus locaux et nationaux et les fédérations de parents d’élèves : coupes budgétaires, fermetures de classes et suppression d’emplois (comme le présente le reportage ci-contre.)

D’autre part avec la démarche demaîtrise des dépenses publique dans l’éducation nationale, notamment par la suppression de postes, annoncée l’année dernière par Luc Chatel et toujours d’actualité.
La publicité annonce donc « 17 000 postes d’enseignants, d’infirmier(e)s et de médecins scolaires sont à pourvoir en 2011. »
On est face à une rhétorique en deux étapes :

– Un effet paillasson, c’est-à-dire que le terme pourvoir est ambigu et peut renvoyer à de nombreuses définitions dans cette situation. Il peut vouloir dire plusieurs choses. Ces postes sont-ils créés ? Sont-ils à pourvoir au sens de « remplacer ce qui manque » ? Sont-ils à pourvoir parce que désertés par les professionnels ? Sont-ce des postes précaires ?

Selon comment on l’interprète, ce terme va jouer sur l’équivoque et la compréhension du sens de cette phrase. N’écrire que « 17000 postes sont à pourvoir » désyncrétise le problème, et gomme toute interprétation négative : cela évoque plutôt des maintiens d’emploi, des embauches, voire des créations de postes, de surcroît dans une période de crise.

– Un carpaccio .

Le chiffre 17 000 est un chiffre détaché – c’est-à-dire que l’on ne sait pas à quoi le comparer, ni sur quelle base l’appréhender – il crée un impact important : je me dis « 17 000, c’est beaucoup ! » .

Pourtant cette affirmation dissimule une réalité moins joviale. Si le Ministère de l’éducation nationale recrute 17 000 personnes c’est qu’en réalité sur les 33 000 départs à la retraite en 2011, seule la moitié est effectivement maintenue, conformément aux principes de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite (dans le carde de la révision générale des politiques publiques).

La manière dont la publicité est construite met en scène 17 000 postes à pourvoir comme s’il s’agissait de 17 000 postes créés, tout en dissimulant 16 000 suppressions de postes. C’est une forme de scénarisation de l’information, pour l’embellir, la rendre séduisante, mais bien souvent en cachant ses aspects les plus rébarbatifs. On nomme cette manière de faire la technique du Carpaccio ; il suffit de couper en fines lamelles une rondelle de tomate, une feuille de salade, du bœuf ou un ministre de l’éducation pour en faire un « carpaccio de… » beaucoup plus attrayant. Il suffit de « tourner » l’information en la blanchissant, en la mettant en scène, et on obtient un produit d’appel publicitaire.

Enfin, cette campagne met fortement en avant la profession d’enseignant, dans les textes principaux et les images, renforçant une possible erreur de compréhension « 17 000 postes = 17 000 postes d’enseignants ». Mais c’est bien 11 600 postes d’enseignants qui seront recrutés sur les 17 000.

Cela porte à confusion même si ce n’est pas à proprement parler une dissimulation puisque l’information apparaît en bas du document, mais sans donner la répartition des professions et en petits caractères : « Pourquoi pas vous ? 17 000 postes d’enseignants, d’infirmier(e)s et de médecins scolaires sont à pourvoir en 2011. »

En creusant un peu, on s’aperçoit que les arrêtés publiés au Bulletin Officiel fixant au titre de l’année 2011 le nombre de postes offerts au concours pour le recrutement d’infirmier-e-s et de médecins arrivent au maximum à 514 postes (sans savoir précisément si l’ensemble de ces postes sont intégrés dans le total des 17 000 recrutements.)

Je fais une rapide soustraction : 17000 – 11600 – 514 = 4 886

Il reste donc environ 4 886 postes non-précisés et qui n’apparaissent pas dans le texte. C’est bien 17 000 postes dont 11 600 d’enseignants, 414 d’infirmier(e)s, 100 de médecins scolaires et 4886 autres, qui sont à pourvoir en 2011. Finalement la dissimulation pointe le bout de son nez, puisque rien ne laisse supposer que d’autres professions sont concernées et en quelle proportion. (J’ai demandé des informations au Ministère, j’attends et je publierai la réponse.)

Cette campagne publicitaire oriente délibérément vers une erreur de perception : 17 000 postes = 17 000 postes d’enseignants, d’infirmier(e)s et de médecins scolaires. C’est embêtant.

2/ La fabrication de l’image

Julien semble sorti du magazine Challenge ou Capital (magazines sur l’actualité économique en direction des cadres et managers), et Laura d‘un catalogue de mobiliers IKEA.

Les images sont fortement sexuées, avec des stéréotypes classiques, notamment sur les critères de beautés attendus. Pour le garçon c’est une ambiance à dominante bleue, cheveux courts, bruns, chemise dans un environnement studieux. Pour la fille c’est une ambiance à dominante rose : cheveux blonds mi-longs, habits clairs et dans un environnement de détente. Intérieurs aseptisés et modernes, les acteurs sont quasi-souriants, ils semblent détendus, en un mot : heureux. La technologie est mise en avant avec Julien qui est occupé sur un ordinateur portable. Pour Laura c’est la culture littéraire qui est privilégiée, elle lit adossée à une bibliothèque, la jambe nonchalamment pliée.

Ces choix ne sont pas anodins, puisque l’objectif de cette campagne est de rendre séduisant un métier qui ne l’est plus. Alors pas d’élève (pourtant central dans le texte), pas d’établissement scolaire, on est très loin d’une classe surchargée de RAR (Réseau Ambition Réussite).

C’est la plénitude et la dynamique intellectuelle qui sont mises en avant dans ces visuels.

Ce choix scénaristique utilise les mêmes leviers que les campagnes du Ministère de la défense pour les recrutements de l’armée de terre, où le dynamisme, l’aventure et le dépassement de soi sont les axes forts.

3/ Le vocabulaire utilisé dans les images

Que connote-t-il ? Quels problèmes cela peut-il poser ?

La comparaison des deux textes dénote sans ambivalence la différence de genre entre hommes et femmes. Les termes reproduisent les stéréotypes de genre en différenciant la démarche de Laura et de Julien. Laura lit un livre, elle est représentée nonchalante, passive, dans un environnement clair, voire rose (stéréotype féminin) :

« Laura a trouvé le poste de ses rêves. C’est l’avenir qu’elle a toujours envisagé. »

Julien pianote sur un portable, il semble dynamique et actif, il est dans un environnement de travail :

« Julien a trouvé un poste à la hauteur de ses ambitions. C’est la concrétisation de son projet professionnel. »

Laura a trouvé le poste de ses rêves : est-ce l’unique ? Celui qui lui était destiné ? Le poste de ses rêves connote un déterminisme de genré « fille », où selon les représentations classiques, la femme est maîtresse d’école ou infirmière plus volontiers que chercheur en physique (ce qu’on appelle les professions du care, « prendre soin »). C’est d’ailleurs l’avenir qu’elle a toujours envisagé, le déterminisme est renforcé, c’est devenu sa vocation (étymologiquement un appel venu d’ailleurs, comme Jeanne d’Arc), son destin..

Julien, quant à lui, a trouvé un poste ; un parmi d’autres, contrairement à Laura. A-t-il plus de choix que Laura ? Les termes connotent clairement une attitude dynamique, affirmée et déterminée. Il a de l’ambition et concrétise ses projets. Ceux-ci sont professionnels, là où Laura vit un rêve.

Laura est une fée, douce, blonde, habillée en blanc et cantonnée à la littérature ; Julien est un homme, il est branché haute-technologie, dynamique, brun, en chemise aux manches retroussées et cantonné aux sciences.

Tous ces éléments viennent renforcer un essentialisme sexuel. On reproduit l’idée implicite de comportements genrés qui seraient naturels, en évinçant la question de leurs construction sociale. Voir les travaux du Cortex sur ces questions Sociologie, anthropologie – Atelier sur le racisme ordinaire et Biologie, essentialisme – Nature, écologisme, sexisme, racisme, spécisme .

Finissons sur un détail : cette publicité est un exemple rare de la féminisation des textes. C’est en général peu employé, d’abord par commodité de lecture, c’est une pratique qui alourdit le texte. Pourtant ici, infirmier apparaît infirmier(e)s. Initiative intéressante, si ce n’est que celle-ci n’est appliquée que dans un sens : simplement pour masculiniser une profession, infirmière, plutôt que pour en féminiser également une autre, comme enseignant. On peut se demander alors ce que vise réellement cette démarche, elle ne cherche apparemment pas à pointer la construction genrée de notre grammaire et rétablir un peu la balance.

Alors même que les établissements scolaires cherchent à lutter quotidiennement contre les discriminations, notamment sexuelles, cette campagne de publicité s’inscrit précisément dans la reproduction de stéréotypes. Bigre, je gronde mais à 1,35 milion d’€ la campagne publicitaire, le résultat n’est pas fameux : je préviens le Ministre de ce pas et promis je vous mettrai la réponse plus bas.

Voir de même:

Education nationale: La campagne de recrutement du ministère fait jaser les syndicats
SOCIETE Elle promet 17.000 nouveaux postes, quand 16.000 sont supprimés dans le même temps…

Capture d’écran du site du ministère de l’Education nationale consacré à sa campagne de recrutement en 2011. – 20minutes.fr
Corentin Chauvel

20 minutes

01.06.2011

Avec l’Education nationale, il ne vaut mieux pas se perdre dans les chiffres. Après avoir jugé probable dimanche la suppression d’au moins 16.000 postes l’an prochain, Luc Chatel a lancé ce mercredi une campagne de recrutement de 17.000 postes en 2011.

«33.000 fonctionnaires partent à la retraite dans l’année, 16.000 ne sont pas remplacés (non-remplacement d’un départ en retraite sur deux) donc 17.000 sont à pourvoir», explique-t-on au ministère, joint par 20Minutes.

Sauf que les 16.000 suppressions de 2012 concernent, si l’on en croit Luc Chatel, uniquement des enseignants et que, dans le détail, les 17.000 nouveaux fonctionnaires ne seront pas que des professeurs. Ils ne seront en effet que 11.600 (3.000 dans le premier degré, 8.600 dans le second), le reste étant «des agents administratifs, du personnel de santé scolaire, des métiers extrêmement variés».

«L’objectif, c’est que tout le monde s’y perde!»
Les syndicats ne croient pas au but de cette campagne: «L’objectif, c’est que tout le monde s’y perde!», persifle Christian Chevalier, secrétaire général de SE-Unsa, contacté par 20Minutes. «C’est un plan com’ pour brouiller les esprits, une publicité sur ce qui existe déjà puisqu’on recrute autant d’enseignants chaque année», ajoute le syndicaliste.

«C’est limite de la provocation», renchérit Bernadette Groison, secrétaire générale du FSU, pour qui cette promotion «ne se confronte pas à la vraie question de la revalorisation du métier. Car la difficulté à recruter des enseignants est bien réelle. «C’est la première fois que le nombre de candidats qui se présentent au concours chute de manière brutale», indique Christian Chevalier, qui explique ce phénomène par trois facteurs.

Trois facteurs déterminants
Le premier, c’est un «vivier pas suffisant». Le nouveau niveau de recrutement en M1 au lieu de la licence écarte de fait près de 200.000 candidats potentiels. Les disciplines scientifiques sont les plus en peine avec «autant de candidats que de postes à pourvoir», précise le syndicaliste.

Ensuite, c’est l’image du métier qui cloche: suppressions de postes, classe surchargées, métier difficile et anxiogène… Autant d’éléments qui ne profitent pas à la valorisation de l’Education nationale, selon Christian Chevalier, qui déplore également un troisième facteur financier.

Pour le syndicaliste, «démarrer une carrière à 1.500 euros pour atteindre 2.000 euros dix à douze ans plus tard», ce n’est pas très alléchant. «Il y a nettement mieux ailleurs, notamment dans le domaine scientifique. Les étudiants préfèrent aller bosser chez Total, où les promotions sont plus avantageuses», ajoute Christian Chevalier.

«Vers une crise du recrutement»
Ce sont justement ces deux derniers facteurs auxquels le ministère entend s’attaquer avec cette campagne. «Cela fait partie de la politique de revalorisation du métier d’enseignant», précise-t-on rue de Grenelle, où l’on se vante toujours d’être toujours «le premier recruteur de France».

Dotée d’un budget de plus d’un million d’euros, la promotion de l’Education nationale voit large avec une présence dans tous les médias sauf la télévision. La campagne a pour objectif «d’attirer les meilleurs talents au service de la plus noble des missions: assurer la réussite de chaque élève». Sur les affiches, «Laura a trouvé le poste de ses rêves» et Julien «un poste à la hauteur de ses ambitions».

Un sexisme dont se gausse Christian Olivier: «On essaie quotidiennement en classe de tordre les clichés quand l’institution les reprend à son compte.» «La réalité, c’est que le métier d’enseignant ne fait plus recette et on va vers une crise du recrutement», résume-t-il encore, dans l’attente d’une politique «qui redonnerait ses lettres de noblesse» à la profession.

Voir de plus:

Féminisation des noms de métiers : encore un effort !
Gaëlle Dupont

Le Monde

11.03.2016

Il y a trente ans, dans la foulée de la Journée internationale des droits des femmes, le premier ministre Laurent Fabius adressait à son gouvernement la circulaire du 11 mars 1986 prescrivant « la féminisation des noms de métiers, fonctions, grades, ou titres » dans tous les textes réglementaires et documents officiels. Vingt-neuf journées des droits des femmes après, beaucoup de chemin reste à faire. Il arrive encore régulièrement d’entendre « Madame le député » ou « Madame le sénateur » au Parlement, par exemple.

Un « Madame le président », adressé à la vice-présidente socialiste de l’Assemblée nationale Sandrine Mazetier en octobre 2014, avait valu au député (UMP) Julien Aubert une sanction financière. « Monsieur la députée, vous étiez la dernière oratrice inscrite », avait riposté Mme Mazetier. L’affaire avait créé un de ces drames dont sont coutumiers les Français, friands de querelles langagières.

Les élus ne sont pas les seuls concernés. Hélène Carrère d’Encausse veut être appelée Madame le secrétaire perpétuel de l’Académie française – en accord avec la ligne de l’institution. Muriel Mayette a longtemps été administrateur général de la Comédie-Française. Dans le langage courant se répand l’usage du pronom féminin accolé à un terme qui reste au masculin : une professeur, une médecin, une chef – quoique cheffe gagne du terrain.