Education: L’école, c’est la guerre (As victimhood culture spreads from elite colleges to the middle classes, it is not only contaminating conservatives who resent being unfairly targeted as oppressors but could push us all towards a paternalistic, authoritarian state, sociologists warn)

17 septembre, 2018
 "Entre les murs", un film de Laurent Cantet, 2008.
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
La loi naturelle n’est pas un système de valeurs possible parmi beaucoup d’autres. C’est la seule source de tous les jugements de valeur. Si on la rejette, on rejette toute valeur. Si on conserve une seule valeur, on la conserve tout entier. (. . .) La rébellion des nouvelles idéologies contre la loi naturelle est une rébellion des branches contre l’arbre : si les rebelles réussissaient, ils découvriraient qu’ils se sont détruits eux-mêmes. L’intelligence humaine n’a pas davantage le pouvoir d’inventer une nouvelle valeur qu’il n’en a d’imaginer une nouvelle couleur primaire ou de créer un nouveau soleil avec un nouveau firmament pour qu’il s’y déplace. (…) Tout nouveau pouvoir conquis par l’homme est aussi un pouvoir sur l’homme. Tout progrès le laisse à la fois plus faible et plus fort. Dans chaque victoire, il est à la fois le général qui triomphe et le prisonnier qui suit le char triomphal . (…) Le processus qui, si on ne l’arrête pas, abolira l’homme, va aussi vite dans les pays communistes que chez les démocrates et les fascistes. Les méthodes peuvent (au premier abord) différer dans leur brutalité. Mais il y a parmi nous plus d’un savant au regard inoffensif derrière son pince-nez, plus d’un dramaturge populaire, plus d’un philosophe amateur qui poursuivent en fin de compte les mêmes buts que les dirigeants de l’Allemagne nazie. Il s’agit toujours de discréditer totalement les valeurs traditionnelles et de donner à l’humanité une forme nouvelle conformément à la volonté (qui ne peut être qu’arbitraire) de quelques membres ″chanceux″ d’une génération ″chanceuse″ qui a appris comment s’y prendre. C.S. Lewis (L’abolition de l’homme, 1943)
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
Ce ne sont pas les différences qui provoquent les conflits mais leur effacement. René Girard
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. (…) Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. René Girard
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Te rends-tu compte que le passé a été aboli jusqu’à hier ? S’il survit quelque part, c’est dans quelques objets auxquels n’est attaché aucun mot, comme ce bloc de verre sur la table. Déjà, nous ne savons littéralement presque rien de la Révolution et des années qui la précédèrent. Tous les documents ont été détruits ou falsifiés, tous les livres récrits, tous les tableaux repeints. Toutes les statues, les rues, les édifices, ont changé de nom, toutes les dates ont été modifiées. Et le processus continue tous les jours, à chaque minute. L’histoire s’est arrêtée. Rien n’existe qu’un présent éternel dans lequel le Parti a toujours raison. Je sais naturellement que le passé est falsifié, mais il me serait impossible de le prouver, alors même que j’ai personnellement procédé à la falsification. La chose faite, aucune preuve ne subsiste. La seule preuve est à l’intérieur de mon cerveau et je n’ai aucune certitude qu’un autre être humain quelconque partage mes souvenirs. De toute ma vie, il ne m’est arrivé qu’une seule fois de tenir la preuve réelle et concrète. Des années après. Winston (1984, George Orwell)
Debout ! les damnés de la terre ! Debout ! les forçats de la faim ! La raison tonne en son cratère, C’est l’éruption de la fin. Du passé faisons table rase, Foule esclave, debout ! debout ! Le monde va changer de base : Nous ne sommes rien, soyons tout ! C’est la lutte finale Groupons-nous, et demain, L’Internationale, Sera le genre humain. Eugène Pottier (1871)
Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d’esclaves et si, malgré la terreur ce peuple a su, sous les formes les plus diverses, montrer sa réprobation de voir la France enchaînée au char de l’impérialisme britannique, il saura signifier aussi à la bande actuellement au pouvoir, SA VOLONTÉ D’ÊTRE LIBRE. Peuple de France (dit « Appel du 10 juillet »)
Cette violence irrépressible il le montre parfaitement, n’est pas une absurde tempête ni la résurrection d’instincts sauvages ni même un effet du ressentiment : c’est l’homme lui-même se recomposant. Cette vérité, nous l’avons sue, je crois, et nous l’avons oubliée : les marques de la violence, nulle douceur ne les effacera : c’est la violence qui peut seule les détruire. Et le colonisé se guérit de la névrose coloniale en chassant le colon par les armes. Quand sa rage éclate, il retrouve sa transparence perdue, il se connaît dans la mesure même où il se fait ; de loin nous tenons sa guerre comme le triomphe de la barbarie ; mais elle procède par elle-même à l’émancipation progressive du combattant, elle liquide en lui et hors de lui, progressivement, les ténèbres coloniales. Dès qu’elle commence, elle est sans merci. Il faut rester terrifié ou devenir terrible ; cela veut dire : s’abandonner aux dissociations d’une vie truquée ou conquérir l’unité natale. Quand les paysans touchent des fusils, les vieux mythes pâlissent, les interdits sont un à un renversés : l’arme d’un combattant, c’est son humanité. Car, en ce premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ; le survivant, pour la première fois, sent un sol national sous la plante de ses pieds. Sartre (préface aux « Damnés de la terre », 1961)
Immense et grand plaisir d’avoir pu rencontrer Ahed Tamimi à la fête de l’Huma, figure la résistance palestinienne ! Eric Coquerel (député France insoumise)
Ahed Tamimi, la jeune militante devenue une icône mondiale de la résistance palestinienne, lance un appel aux jeunes de France à la Fête de l’Humanité. L’Humanité
Tant que les noms des écoles sont utilisés pour glorifier le terrorisme, la Belgique ne peut pas coopérer avec le ministère palestinien de l’Education et ne fournira plus d’aide financière pour la construction d’écoles. Ministère de l’Education belge
Fin septembre au Conseil de Paris, le groupe communiste qui y voyait un vestige de l’histoire coloniale avait fait adopter un vœu pour demander qu’elle ne soit pas raccrochée et exposée en pleine rue. Après plusieurs rencontres de concertation, le projet initié par le budget participatif sera finalement respecté. La plaque restaurée sera réinstallée sur la façade d’immeuble avec un texte explicatif. Le Parisien
Don’t Forget July 1, 2018 Starts SPAM… SPAM… Straight Pride American Month! Last Sunday ended LGBTQF-WTF month Yea! (*Don’t get me wrong I support the First Amendment, as much as the next person, and support the rights of grown men to wear skin tight short-shorts and go-go boots and don tinker bell wings with wand and prance down the streets of San Francisco) with tens of thousands of folks dancing and prancing all over American celebrating the fact they are different than most of the rest of us and showing their “pride” in being so. Now before anyone gets their pantyhose in a knot, this is not really legally anti anything; instead it’s pro-family; and proud to be a straight American, and me expressing a private opinion… So there! If you remember last week I proclaimed the Month of July as SPAM …(Straight Pride American Month)…(as Vice Mayor don’t know if I can, but what the heck). Now hundreds of millions of the rest of us can celebrate our month, peaking on July 4th, as healthy, heterosexual, fairly monogamous, keep our kinky stuff to ourselves, Americans… We do it with our parades in every state and county in this country with families celebrating together. We honor our country and our veterans who have made all of this possible (including for the tinker bells) and we can do it with actual real pride, not some put on show just to help our inferior complex “show we are different” type of crap. We ARE different from them…We work, have families, (and babies we make) enjoy and love the company (and marriage) of the opposite sex and don’t flaunt our differences dressing up like faries and prancing by the thousands in a parade in nearby San Francisco to be televised all over the world… Ted  Hickman
My point was, what’s the difference? They have their pride month, why can’t we have ours? … I support the First Amendment. Ted Hickman
Je crois que la séparation fondamentale entre peuple et élites – c’est une image, car c’est toujours plus compliqué – a pour point de départ la différenciation éducative produite par le développement du supérieur. Au lendemain de la guerre, dans les démocraties occidentales, tout le monde avait fait l’école primaire – aux États-Unis, ils avaient également fait l’école secondaire –, les sociétés étaient assez homogènes et très peu de gens pouvaient se vanter d’avoir fait des études supérieures. Nous sommes passés, ensuite, à des taux de 40 % de gens qui font des études supérieures par génération. Ils forment une masse sociale qui peut vivre dans un entre-soi. Il y a eu un phénomène d’implosion sur soi de ce groupe qui peut se raconter qu’il est supérieur, tout en prétendant qu’il est en démocratie. C’est un phénomène universel et pour moi, c’est la vraie raison. Il y a des décalages. L’arrivée à maturité de ce groupe social se réalise dès 1965 aux États-Unis. En France, nous avons trente ans de retard et ça s’effectue en 1995. Les gens des diverses strates éducatives ne se connaissent plus. Ceux d’en haut vivent sans le savoir dans un ghetto culturel. Dans le cas d’un pays comme la France, nous avons par exemple l’apparition d’un cinéma intimiste, avec des préoccupations bourgeoises déconnectées des cruautés de la globalisation économique. Il y a des choses très bien dans cette culture d’en haut. L’écologie, les festivals de musique classique ou branchée, les expositions de peinture impressionniste ou expressionniste, le mariage pour tous : toutes ces choses sont bonnes. Mais il y a des personnes avec des préoccupations autres, qui souhaitent juste survivre économiquement et qui n’ont pas fait d’études supérieures. (…) Par contre, je diverge de Lasch et de gens qui dénoncent les élites pour supposer des qualités spéciales au peuple. Je l’ai cru à une époque, mais je n’en suis plus là. Les élites trahissent le peuple, c’est certain. J’estime même de plus en plus qu’il y a au sein des élites des phénomènes de stupidité induits par le conformisme interne du groupe, une autodestruction intellectuelle collective. Mais je ne pense plus que le peuple soit intrinsèquement meilleur. L’idée selon laquelle, parce qu’il est moins éduqué ou moins bien loti, le peuple serait moralement supérieur est idiote, c’est une entorse subtile au principe d’égalité. Adhérer pleinement au principe d’égalité, c’est être capable de critiquer simultanément élites et peuple. Et c’est très important dans le contexte actuel. Cela permet d’échapper au piège d’une opposition facile entre un populo xénophobe qui vote Le Pen et les crétins diplômés qui nous ont fabriqué l’euro. C’est toute la société française qu’on doit condamner dans sa médiocrité intellectuelle et morale. (…) Je crois que c’est le symptôme d’un changement d’humeur de la société américaine dans son cœur, qui est un cœur blanc puisque la démocratie américaine est à l’origine blanche. Depuis longtemps, je suis convaincu que parce que les Anglo-Saxons ne sont au départ pas très à l’aise avec la notion d’égalité, le sentiment démocratique aux États-Unis est très associé à l’exclusion des Indiens et des Noirs. Il y a quand même 72 % du corps électoral qui est blanc. Obama a mené une politique de sauvetage de l’économie américaine tout à fait estimable dans la grande crise de 2007-2008, mais il n’a pas remis en question les fondamentaux du consensus de Washington : le libre-échange, la liberté de circulation du capital et donc les mécanismes qui ont assuré la dégradation des conditions de vie et la sécurité des classes moyennes et des milieux populaires américains. Dans les années 1950, la classe moyenne comprenait la classe ouvrière aux États-Unis. Les ouvriers ont été  “reprolétarisés” par la globalisation et les classes moyennes ont été mises en danger. Il y a eu, en 2016, une sorte de révolte. Le premier élément qui m’a intéressé – et c’était normal puisque dans L’illusion économique (1997) je dénonçais le libre-échange –, c’est la remise en question du libre-échange, qui était commune à Trump et Sanders. C’est parce que le protectionnisme est commun aux deux que nous pouvons affirmer être face à une évolution de fond de la société américaine. C’est vrai que le phénomène Trump est incroyable : le type fout en l’air le Parti républicain pendant la primaire et fout en l’air les Démocrates ensuite. Mais jusqu’au bout, et des vidéos le prouvent, j’ai cru que c’était possible, parce que j’étais tombé sur des études démographiques largement diffusées. Je ne sais plus si je les avais vues mentionnées dans le New York Times, dans le Washington Post, ou dans les deux. Elles révèlent que la mortalité des Blancs de 45-54 ans a augmenté aux États-Unis entre 1999 et 2013. Pour les Américains, le débat sur les merveilles du libre-échange est clos. Ils ont compris. Il faut partir de l’électorat et pas de Trump. L’électorat est en révolte et les États-Unis ont une tradition démocratique plus solide que la nôtre, à la réserve près qu’il s’agit d’une démocratie blanche. (…) Les Républicains ont inventé la technique du dog-whistle, c’est-à-dire du “sifflet à chien”, qui agit sans qu’on l’entende. Un langage codé permet de bien faire comprendre à l’électorat blanc qu’il faut détruire le welfare (les aides sociales), censé n’aller qu’aux Noirs. C’est ce qui a permis au Parti républicain de mener une politique économique absolument défavorable à son propre électorat, c’est-à-dire de diminuer les impôts des riches et de continuer à foutre en l’air la classe ouvrière blanche par le libre-échange. Trump est à l’opposé du dog-whistle. Il avait un double discours : d’un côté, un discours xénophobe tourné contre le Mexique – et pas contre les Noirs, qui sont sur le territoire américain – et de l’autre, des thématiques économiques quasi-marxistes. Pour moi, Trump est le contraire du racialisme républicain traditionnel. Il a mené le débat sur le terrain économique, face à des Démocrates qui activaient inlassablement, sur le mode de la bien-pensance, la question raciale, en se présentant comme les défenseurs des Noirs et en expliquant que si on appartenait à tel groupe, on devait voter de telle manière. Trump a donc foutu en l’air le Parti républicain racial avec ses thématiques économiques, pendant que le Parti démocrate est resté sur ses positions raciales banales. (…) En formalisant, nous pourrions dire qu’il y a deux forces qui s’opposent aux États-Unis : un parti national et un parti globaliste. Nous pourrions dire que le parti national se caractérise par une protection aux frontières – des biens, de la circulation des personnes, le tout avec une bonne base xénophobe – mais qui n’est pas hostile au marché et qui a pour seul but de relancer un capitalisme interne qui fabrique des biens. En gros, il explique que les entreprises peuvent se faire de l’argent autrement. En face, il y a le parti globaliste qui va laisser les frontières ouvertes, en expliquant que cela va fonctionner même si la théorie économique explique que cela va générer des dégâts et des inégalités, le tout devant être compensé par de la redistribution et du welfare. (…) Mais l’important, c’est la protection contre l’arrivée de marchandises fabriquées par des gens sous-payés. (…) La question, c’est de savoir s’il existe une technique qui permet que des gens s’enrichissent et que cela profite à tout le monde dans l’espace national. (…) Jusqu’à présent, j’étais résigné à l’enfermement de “l’anglosphère” dans son néo-libéralisme par son indifférence à l’égalité. Dans l’ensemble, mon modèle anthropologique ne fonctionne pas mal. L’idée d’un communisme fabriqué par une famille communautaire, égalitaire et autoritaire explique très bien l’histoire russe. La famille nucléaire absolue explique très bien le modèle libéral anglo-saxon, ainsi que le développement du capitalisme. Le fait que les gens ne sont pas très sensibles aux États-Unis ou en Angleterre à l’idéal d’égalité explique pourquoi le capitalisme y fonctionne de manière bien huilée et pourquoi les individus ne sont pas choqués quand certains font du profit. Mais entre 2000 et 2015, nous avons atteint la limite du modèle. Et bien sûr, les peuples peuvent transcender leur détermination anthropologique, mais à un certain niveau de souffrance seulement. C’est pour cela que la hausse de la mortalité a été un avertisseur qui m’a permis d’échapper à mon propre modèle. Quand j’ai pensé que Trump pouvait être élu, j’étais au fond en train d’admettre que mon modèle anthropologique était insuffisant. Mais c’est finalement la même chose qui s’est passée avec la chute du communisme. (…) Mon modèle anthropologique dit que les traditions communautaires russes expliquent très bien l’invention du communisme. Mais de même que le libéralisme a emmené la société américaine à un niveau de souffrance exagéré, qui a provoqué la révolte de 2016, le communisme avait atteint vers 1975 un niveau d’absurdité tel, avec une hausse de la mortalité infantile, qu’il s’est effondré en 1990. Par contre, ce que nous dit déjà l’existence ultérieure de la Russie, c’est que l’atteinte de ce point de rupture peut amener une modification du système économique, mais ne fait pas sortir définitivement la population de sa culture. Je pense qu’il y a une démocratie en Russie. Les Russes votent à 80 % pour Poutine. C’est une forme de démocratie autoritaire. Mais le fonctionnement de la société garde beaucoup des traditions communautaires d’autrefois. Le système américain tente de se réformer, mais il va garder ses traits libéraux et non égalitaires fondamentaux. D’ailleurs, quand je décrivais un protectionnisme qui laisse fonctionner le capitalisme en interne, c’est exactement cela que j’évoquais. (…) Les États-Unis ont traversé une phase d’instabilité et de crise culturelle à partir des années 1960 : montée du divorce, enfants hors mariage, etc. Ce sont quand même les Américains qui ont inventé la pilule. Cette phase de crise a entraîné une montée spectaculaire du taux d’homicide. Mais si nous reprenons tous ces paramètres – ce que je ne ferai pas maintenant – depuis 1995, il est clair qu’en termes de mœurs, les États-Unis sont dans une phase de restabilisation. Dans ses tréfonds, la société américaine opère un retour à l’équilibre. (…) C’est un pays en cours de stabilisation morale, malgré sa souffrance économique, qui vient d’élire Trump. (…) en réalité, le retour au national promu par Trump devrait s’accompagner d’une “désuniversalisation” des problèmes. Emmanuel Todd
Avec Trump, tous les coups sont permis. Les médias retrouvent d’instinct le langage orwellien qui inverse la paix en guerre et la liberté en servitude. Avec Trump, le traître devient héros, le président des Etats-Unis devient un tyran et un fou. La démocratie, c’est abattre l’homme élu par le peuple américain. Et cela dure depuis le premier jour de son élection. Une élection qui a pris par surprise toutes les élites de l’est et de l’ouest du pays – élites économiques, financières, médiatiques, judiciaires, administratives. Cet «Etat profond», comme l’appelle Trump, a décidé d’avoir la peau de ce Président et de le conduire vers la procédure d’impeachment, comme Louis XVI fut traîné à la guillotine. Chaque journaliste, chaque bureaucrate, même les plus haut gradés, chaque juge, rêve d’avoir la peau de Trump comme leurs glorieux aînés ont eu celle de Nixon en 1971. «Nixon le tricheur», lui aussi, avait été le candidat des classes populaires contre l’establishment sorti des campus universitaires des années 1960. Entre-temps, ces jeunes gens chevelus ont pris tous les pouvoirs à Washington. Et sont bien décidés à ne pas les perdre. Depuis des mois, ils s’efforcent de faire passer Trump pour un espion à la solde de Poutine. Et, comme cela ne marche pas, ils ajoutent désormais la folie. Cet affrontement, en vérité, dépasse le cas de Trump et même des Etats-Unis. C’est tout l’Occident qui en est le champ de bataille. La guerre inexpiable oppose des élites cosmopolites qui, au nom des valeurs universelles des droits de l’homme, veulent désagréger les peuples et les nations issus d’une histoire séculaire. En face, il y a les peuples occidentaux qui s’efforcent de sauvegarder leur mode de vie, leur identité, leur unité, leur histoire. Des peuples enracinés contre des élites déracinées. La loi de la majorité contre la dictature des minorités. La démocratie contre l’Etat de droit. Des élites qui se parent du titre de «progressistes» et qui, à Paris, Berlin, Bruxelles, Washington ou Los Angeles, traitent avec mépris les «populistes». Des élites qui ont juré d’avoir la peau des antiques nations et des peuples qui ne veulent pas mourir. Eric Zemmour
The University of Maryland (UMD) was forced to take down flyers and change the name of a counseling program that offered “safe space for white students” after sparking outrage on campus. At the beginning of the fall semester, UMD’s Counseling Center posted flyers for a new group called “White Awake,” which prompted the backlash. Early Friday, the university’s website changed the name to “Anti-Racism and Ally Building Group” and scrubbed any references to a “safe space” and “white students.” “This group offers a safe space for white students to explore their experiences, questions, reactions, and feelings,” the initial description read. “Members will support and share feedback with each other as they learn more about themselves and how they fit into a diverse world.” The flyer also asked if white people ever “feel uncomfortable and confused” in their “interactions with racial and ethnic minorities,” and if they “want to become a better ally.” Several students conveyed their outrage on social media and on campus. “The world is a space for white people to talk in,” one student told The Diamondback, a UMD student newspaper, expressing how unnecessary the new initiative is. (…) Noah Collins, who leads the group and specializes in group therapy for the Counseling Center with an interest in “racial and cultural awareness,” issued a statement Thursday night saying UMD will discontinue the flyer and consider changing the name, but that it stands by the group. He added the flyer was “not clear enough” in explaining that the group’s aim is “anti-racism and becoming a better ally.” Fox news
L’école, c’est la guerre. (…) Parents noirs, arabes et musulmans, parents habitant les quartiers populaires….nos enfants fréquentent des établissements où ils sont stigmatisés et humiliés par certains enseignants, prêts à partir en croisade contre une jupe longue ou un début de barbe suspecte… Nos enfants assistent aux humiliations que nous y subissons, notamment lorsque nous sommes voilées et qu’on nous interdit de les accompagner en sortie… Nos enfants apprennent très tôt la hiérarchisation raciale. Front de mères
The Rise of Victimhood Culture makes the case that incentives at the modern American university have created a new moral culture, one where victimhood is granted a special moral status. Awarding status to victims has in turn led to hoaxes, false accusations, and, in some extreme cases, moral panics. The diagnosis is put forward by sociologists Bradley Campbell and Jason Manning, and they make their case convincingly. The argument is that college campus is ground zero for this new culture, but its rules of conduct are starting to leak into mainstream institutions. (…) On a university campus, for example, victims are not shamed but are instead fiercely protected, and now awarded status. This dynamic could be observed as early as 2015, in the reception to Emma Sulkowicz’s protest against a sexual assault she alleged had taken place. It consisted of her carrying her mattress around the Columbia University campus, including to class, under the condition that her accused rapist needed to be expelled in order for her to stop. For this performance, she was widely criticized, but she was also heralded as a feminist hero. The New York Times art critic Roberta Smith called it “succinct and powerful” and added that Sulkowicz has “set a very high standard for any future work she’ll do as an artist.” Although Columbia University and the New York Police Department failed to establish any wrongdoing on the part of the student Sulkowicz had accused, for art critics such as Smith, the accused student’s guilt was a fait accompli. That such awards and accolades might incentivize vexatious or false complaints in a student body seemed not to matter to adults in charge. (…) Campell and Manning predict that victimhood culture will eventually spread from elite colleges into the mainstream. In making this prediction, they note the significance of the fact that victimhood culture has emerged among the wealthiest schools in America. Oberlin and Brown, for example, have led the microaggression movement, while Claremont has been a pioneer in safe-space demands, microaggression protests, and the banning of speakers. They point out that the median family income at Middlebury College—where Charles Murray was shouted down and where his sponsoring professor, Alison Stranger, was given whiplash injuries in a parking lot—was $240,000 per year. That income level is double that of Saint Louis University, where Murray spoke to an attentive audience. The book thus highlights a peculiar fact: The students most obsessed with their own oppression are some of the most pampered individuals in the world. (…) Campbell and Manning warn, victimhood culture will likely spread downwards from the social elites to the middle classes—as those wishing to be upwardly mobile will try to emulate upper-class moral norms. While the culture is likely to spread downwards, it is also likely to inspire resentment. Campbell and Manning warn that the narratives of privilege deployed by the culture, which target white men in particular, are just as likely to inspire hostility as deference, especially in those who feel that they are unfairly targeted as oppressors (…) Paradoxically, the backlash against political correctness is likely to make the situation worse. Conservatives are quickly learning to ape victimhood, too. The authors note that professional provocateur Milo Yiannopolous “thrives on causing offense and controversy,” neither of which promotes a culture of dignity. (…) The logic of victimhood culture, then, is escalating grievance and retaliatory aggression. When slights cannot be neutralized with a dignified turn of the cheek, the prognosis looks grim. What the purveyors of victimhood culture do not seem to grasp is that in weakening dignity, and in undermining the principles that deem all men and women to be moral equals, they unwittingly destroy the safeguards that prevent bad actors—such as hoaxers and narcissists—from climbing the social hierarchy through dishonesty and manipulation. In incentivizing weakness and reliance on third parties to intervene in disputes, students invite a paternalistic authoritarian apparatus to develop. While they seem comfortable with an authoritarian apparatus on their university campus today, we should not be surprised if they demand an authoritarian state to police the citizenry tomorrow. The logical endpoint of a victimhood culture will not be a progressive utopia. On the contrary: The further this culture radiates outward, the more likely it will make victims of us all. Commentary
We argue that victimhood culture, at least in its more extreme forms, is new. We see it in its purest form on contemporary college and university campuses. Manifestations of victimhood culture include complaining about and punishing microaggressions, demanding and creating safe spaces, requesting and requiring trigger warnings, and banning or disinviting speakers who might offend designated victim groups. (…) Making moral judgments elevates the reputation of some people and lowers the reputation of others, so morality is always a source of a kind of social status that we can think of broadly as respectability. Other kinds of status have other sources, so in any complex society not only are some people more respectable than others, but some are also wealthier, more socially integrated, or more culturally conventional. Your position on these and other social hierarchies affects how people treat you. If you testify in court, for example, people are more likely to believe you if you are wealthy, respectable, and so on. And if you’re the victim of a crime, it’s more likely the offender will be brought to justice. (…) Like honor cultures, victimhood cultures emphasize one set of vices and virtues over others. They are concerned with eradicating oppression and privilege, and this single-minded moral obsession can lead to the similar kinds of perversities that come from neglecting other virtues in honor cultures. But even in an honor culture your moral status usually has to do with your own behavior rather than someone else’s. In a victimhood culture it’s instead your identity as a victim that gives you status. It’s not your own virtue at all, but someone else’s treatment of you, that makes you virtuous. One problem with this is that you end up with a system of morality that doesn’t offer much incentive for good behavior. Honor cultures incentivize bravery while neglecting other virtues. But if you want esteem in a victimhood culture, what can you do? It’s not like you can become a victim. Or actually, you can — you can portray yourself as weak and in need of help, you can portray others’ behavior toward you as harmful and oppressive, and you can even lie about being the victim of violence and other offenses. Victimhood culture incentivizes bad behavior. The extreme form of victimhood culture we see among activists on college campuses leads to another problem in that one’s status as a victim comes not just from individual experiences of victimhood but also from one’s identity as part of a victim group. The idea is that all members of certain groups are victims, but that no one else is. Activists even argue that whites cannot be the victims of racism, or men the victims of sexism. Likewise, whether people can be victims of new offenses like cultural appropriation or microaggression, depends on their identity. A white person wearing a hairstyle associated with African Americans would be cultural appropriation, for instance, but an African American wearing a hairstyle associated with whites would not be. Likewise, those who have pioneered the concept of microaggression have made it clear that not all slights count. A white male elementary school teacher may experience stereotypes and put-downs, for example, but to call those microaggressions would be a “misapplication of the concept.” So the moral hierarchy of victimhood culture places entire groups of people at the top or bottom based on the whole group’s victimhood status. And while it’s not always clear which groups qualify, Jonathan Haidt identifies seven groups that are currently treated as sacred: people of colour, women, LGBTs, Latinos, Native Americans, people with disabilities, and Muslims. Under this schema even many minority groups, such as Evangelical Christians, fail to qualify, and any discrimination against them is ignored or celebrated. We have two problems with this. The first is a fundamental moral objection. We believe in the ideals of dignity culture — that all human beings have an inherent worth and should be treated accordingly — and we object to the new hierarchy of victimhood just as we would any racial and ethnic hierarchy. The second problem is the reactions it may produce. Whites, men, and others who do not have victimhood status are unlikely to accept a new morality and a new moral hierarchy in which they’re at the bottom. And they may end up embracing one in which they’re at the top. We find the recent prominence of alt-right white nationalists alarming, and we worry there will be more of it in reaction to the spread of victimhood culture. It’s a dangerous thing to undermine dignity culture and its ideals of equality. (…) In the book we talk about the movement against campus rape, and we point out that the movement has support from journalists, members of Congress, and others who are not part of the campus victimhood culture. And rape isn’t a new offense like microaggression or cultural appropriation. It’s also not a minor offense. So the movement as such isn’t a pure manifestation of victimhood culture. But what we do see is that an effort to honor victims leads to credulity even in cases like the rape hoaxes at Duke and at the University of Virginia where it should have been clear that the accusers were lying. It also leads to efforts to weaken the due process rights of the accused. And alongside the more mainstream elements of the movement are the campus activists and others enmeshed in victimhood culture who make more radical arguments — that accusers should always be believed, for example. But so far such ideas haven’t been widely adopted. The #MeToo movement may be similar. To some extent it may have facilitated the mainstreaming of victimhood culture, but it’s also a mainstream enough movement that efforts to radicalize it and to use the moral language and logic of campus activists seem mostly to have failed. The movement as a whole appears not to have relied on accusations of new victimhood offenses and has focused instead on things like rape, groping, and other kinds of sexual assault and sexual harassment. The accusations against Harvey Weinstein and against most of the other prominent targets of the #MeToo movement haven’t been about microaggressions and haven’t relied on creative ideological expansions of the concepts of assault and harassment. The accusations against Weinstein, for example, include 19 coerced sexual acts and many more instances of unwanted touching and sexual exhibitionism. Much of the #MeToo movement might be seen as an expression of dignity culture — an appeal to ideals already widely held in the culture but commonly violated in practice. Women demanding that they not be bullied, groped, fondled, demeaned, assaulted, or harassed by men the workplace, and that the men abusing their power in this way face consequences, aren’t relying on radical feminism or its notions of endemic patriarchal oppression — not usually, anyway. They seem to be trying to bring to light behavior that was already considered wrong but that many people weren’t aware was going on. But the #MeToo movement is large and has less mainstream elements as well, so some of the accusations have indeed drawn from victimhood culture in various ways. We might think of the most prominent accusations existing on a continuum from Harvey Weinstein to comedian Aziz Ansari. In January 2018 the online magazine Babe published an article by Katie Way about an anonymous woman’s date with Ansari. The article, “I Went on a Date with Aziz Ansari. It Turned into the Worst Night of My Life,” recounts in detail a date between “Grace” and Ansari. Ansari doesn’t come off as particularly gentlemanly in the account, but it’s clear that the story is not about rape, it’s not about sexual assault, and it’s not even about sexual harassment. After going to dinner, the two went to Ansari’s apartment, engaged in sexual acts with one another, and according to Grace, Ansari then kept wanting to engage in intercourse, she didn’t, and she eventually went home. Later in a text message she told Ansari that he had ignored “clear non-verbal cues” and said that he had to have noticed she was uncomfortable. The accusations against Weinstein, which deal with clear-cut cases of violence, coercion, and harassment, are understandable in terms of mainstream morality, while the accusation against Ansari is understandable only in terms of victimhood culture. The same perspective that leads to the labeling of uncomfortable conversations as a kind of aggression, or conservative political speech as violence, leads here to the labeling of boorish behavior on a date as sexual assault. To the extent that the #MeToo movement accords a special status to victims, to the extent that it establishes victimhood solely based on whether someone is a woman or man, and to the extent that it blurs the distinction between serious offenses like what Weinstein has been accused of and the kind of noncoercive sexual advances on a date that Ansari is accused of, it will indeed lead to the spread of victimhood culture. Another thing the Ansari case illustrates is something we have thought of as moral emaciation. Victimhood culture’s focus on oppression narrows the range of moral discourse, and activists seem to be losing the capacity to make moral judgments based on anything other than victimhood terms. It seems that anything activists find bad they define as harmful and oppressive, whether it’s an ugly statue on campus or a bad date. As Mona Charen points out, isn’t what Grace wanted — affection, kindness, attention — what many people want when they go on a date? “What does it say about dating in our time,” she asks, “that those are unrealistic expectations?” The problem is that Grace has no moral language to communicate this. She can’t describe Ansari’s behavior as caddish, lascivious, or any of the other old-fashioned terms that would more accurately capture her moral reaction. Instead, it has to be oppression, assault. This is probably not good for the #MeToo movement, and it may shift attention away from the kinds of offenses the movement was supposed to call attention to. It also doesn’t help anyone to think better about how people should behave on dates. Moral emaciation leads to moral confusion. (…) Complaints of cultural appropriation illustrate victimhood culture quite well. As with microaggression complaints, it’s a grievance about a nonviolent, probably unintentional slight that many observers wouldn’t even see as offensive. As with microaggressions, the offense is framed as a matter of collective oppression, of one social group harming another. And in practice, it’s usually an offense defined by identity, something only people in designated privileged groups can be guilty of. Victimhood culture’s high sensitivity to slight means it continually coins new types of offense. And this is certainly one of the most baffling of the new offenses. As we’ve discussed elsewhere, one particularly confusing aspect is that many of the things that get called cultural appropriation were, until very recently, virtues — signs that one was cosmopolitan and open-minded. If anything, we might expect social and cultural conservatives to be the ones most upset about Westerners practicing yoga or mindfulness meditation, or white kids adopting black fashions and hairstyles. In many cases they are, but these days so-called progressives are often vocal and visible critics. (…) Though the complaint is framed as a matter of someone dominating or exploiting the vulnerable — in a victimhood culture, virtually all complaints are — it might be more helpful to understand it as a matter of the offenders aping their betters. As sociologist Donald Black discusses in his book Moral Time, various societies throughout history have had rules — sumptuary laws — preventing people from adopting the styles, entertainments, and recreations of their social betters. The Han and Ming dynasties forbade commoners from wearing certain colors of clothing. Premodern Japan had laws forbidding peasants from wearing clothing distinctive of townspeople. In medieval England a law stated that no one under the rank of knight should wear any fur clothing (later amended to allow them to wear distinctive kinds of fur). And no one below the rank of lord was allowed to wear the period’s fashionable pointy shoes. The unwritten norms regarding cultural appropriation seem analogous to these sorts of restrictions. (…) thinking of it as a kind of moral pollution also might help us put it into a larger sociological context. As sociologist Murray Milner argued in his work on the Indian caste system, sacredness is but a special form of status. It corresponds to what we call moral status in our book, though like honor it might be a particular style of moral status. The sacred is that which is treated as special and worthy of reverence. It must be set apart from the profane, protected by rituals associated with cleanliness and purity. One might immediately think of Mosaic Law, but if we understand it abstractly we can see these sorts of purity rules everywhere, including regarding secular things like national flags and anthems. What is going on when a white Westerner practices yoga or paints in an indigenous style or quotes a lyric from a Beyoncé song? Perhaps it’s like having the unclean enter the temple and put on the vestments. The culture of vibrant, good, brave, people is being polluted by those who carry the moral stain of privilege. It also seems like there’s also a theme of moral pollution in some of the discourse surrounding “whiteness.” Sometimes the manner in which it’s discussed makes it seem like a curse, or something that spreads and infects places and things as well as people. Hence we see pieces where people complain about the prevalence of whiteness in LGBT spaces, or Taylor Swift exuding whiteness, or, to give a case we mention in our book, people accusing others of asking white questions and employing white research methods. (…) Victimhood culture is mainly a leftwing phenomenon, but it has a way of spreading. Conservatives and others who find themselves opposed to campus activists might uphold the values of the dignity culture the activists reject, but sometimes they end up departing from it themselves. One way they might do this is by embracing whatever victimhood culture opposes. This can mean being deliberately provocative and offensive in order to get a rise out of the activists, or at the extreme, it can mean embracing alt-right ideologies that reject equality and diversity. But another way conservatives might depart from dignity culture is by embracing the assumptions of victimhood culture and pointing to their own victimhood. In our first article on victimhood culture in 2014, we pointed to the case of Tal Fortgang, a Princeton student who wrote an article about checking his privilege, as campus activists had been urging that he and others do. The idea was that when he checked his privilege he found in his background a long history of hardship and persecution, including family members who had been persecuted and murdered in the Holocaust. Now in one sense, that’s perfectly reasonable. It points to the absurdities of the victimhood framework. The grandson of Holocaust survivors might legitimately wonder why he should have the burden of being labeled privileged while others at his elite university gain sympathy and status by labeling themselves victims. We ourselves sometimes wonder why in an academic environment where people constantly talk about disadvantage, inclusivity, diversity, and the like, our working class, small town, Southern backgrounds gain us no victimhood points. So the idea might be, if you’re going to denigrate the privileged and valorize the victimized, at least be more accurate — don’t base it all on skin color, sex, and a few other such traits. But this easily leads to competitive victimhood, where moral disputes become contests over who can claim the most disadvantage. Conservatives at colleges and universities might be especially prone to embracing victimhood since they can actually make very plausible claims of being one of the most victimized groups on campus. Conservatives are vastly underrepresented among the faculty, especially in the social sciences. Far more sociologists identify as Marxists than as conservatives, for example, and a survey of sociology professors found that nearly 30% of them acknowledged they would be less likely to support a job candidate who was a Republican. Conservatives on campus are also subject to what the activists would call microaggressions or worse if directed toward recognized victim groups. Many of them remain closeted. The claims of victimhood are understandable, then, but if conservatives end up adopting their adversaries’ assumptions about what constitutes victimhood and what the response to victimhood should be, they’ll become just another force undermining dignity culture. (…) We also see claims of victimhood becoming a key part of the campus conservative message. Conservatives should definitely complain about the suppression of free speech on campus. But sometimes this takes the form of engaging in intentionally offensive speech in order to get a reaction from the left that then becomes the basis of further complaints. This actually combines both of the dignity-rejecting strategies — the embrace of offensiveness and the embrace of victimhood. Conservative groups that have brought in the provocateur Milo Yiannopoulos, for example, seem more interested in stirring up controversy and angering the left than in advancing conservative ideas. They should have the right to do so, of course, and even when groups have brought in conservative intellectuals campus activists have sometimes reacted in the same way. Still, bringing in someone like Yiannopoulos hardly advances the ideals of dignity. (…) Another way that conservatives and other opponents of victimhood culture may end up adopting its assumptions, perhaps unwittingly, is by valorizing the victims of victimhood culture.  (…) According to Black’s theory, tolerance of diversity is greater in exactly those places that have more diversity to start with, while concern with cultural purity is greatest where culture is relatively homogeneous. Theoretically, increasing ideological diversity should reduce the degree of ideological intolerance on campus, and so undermine some of the more severe eruptions. It would also provide some more tolerance for those wishing to criticize victimhood culture as such. For many college students, socialization into extreme sensitivity and dependency began before they arrived. There are signs that children and youth — at least from the middle and upper classes — are more sheltered, supervised, and regulated than in decades past, and that they have correspondingly less practice in coping with difficulties and handling conflicts on their own. Supporters of so-called free-range parenting campaign against this, encouraging parents to allow their children unsupervised play and school districts to provide recess grounds with such dangerous equipment as jungle gyms and monkey bars. One might find ways to encourage these kinds of initiatives locally or nationally, such as by raising money for the legal defense of people charged with neglect and abuse for what many of us would consider a reasonable bit of autonomy or schools held responsible for accidental injuries. And finally, it’s important to combat victimhood culture and to deal with the problems it creates in the universities and elsewhere, but it’s also important to create alternatives to the universities and the mainstream media where serious ideas can be discussed and debated. Bradley Campbell and Jason Manning
Portée outre-Atlantique par l’extrême gauche, puis par des groupes et des individus s’estimant les porte-paroles exclusifs de «minorités» de couleurs, de genres, d’obédiences spirituelles, etc., l’idéologie racialiste mère de ce désastre culturel a été largement décrite, et depuis longtemps, par nombre d’intellectuels américains – hélas trop rarement traduits en français – d’Allan Bloom au milieu des années 1980 jusqu’à l’ouvrage récemment publié par deux sociologues, Bradley Campbell & Jason Manning, The Rise of Victimhood culture (Springer, 2018). Aux États-Unis est ainsi née l’inversion des modes ségrégatifs. Dans un pays qui vécut longtemps sur un système de discrimination légale, doit-on s’étonner? Les antiracistes-racistes actuels se prétendent héritiers de la lutte pour les droits civiques des années 1960, qui visait en effet à combattre des situations bien réelles et à abolir les lois de ségrégation raciale. Une fois l’égalité des droits acquise fut mise en œuvre la discrimination positive, source d’effets pervers qui ont justifié sa profonde remise en cause, y compris par le président Obama. Mais ce n’était pas assez: il fallait suivre les traces de Malcom X plutôt que la sagesse d’un Luther-King, il fallait que les WASP payent, et sur plusieurs générations. Seuls des «blancs» adeptes de l’autoflagellation pourraient désormais échapper à l’opprobre du racialement-correct. Ils furent légion, ils se comptèrent par millions, jusqu’au point où cette haine de soi apparut pour ce qu’elle était: une pathologie collective suicidaire Le concept «d’appropriation culturelle» étant une des gouttes qui a fait déborder le vase de la bêtise du «progressisme racialiste». Des Américains de toutes origines commencèrent alors à reprendre leurs esprits, à sortir la tête de l’eau croupie de l’autodénigrement. Ironie du sort, au même moment, en France, nous plongeons à notre tour dans ce marigot, l’adaptant à notre sauce, réécrivant notre histoire commune à partir de récits mêlant histoire, mémoire et mythologie sur des thèmes obsessionnels tels que l’esclavage, le colonialisme, le génocide, l’homophobie, la misogynie, l’immigration. Il en ressort que la société française – traduire par «blanche», «de souche», «gauloise» etc. – serait intrinsèquement raciste. Depuis une dizaine d’années, dans les départements universitaires français de Sciences humaines, nombre de chercheurs – inconnus du public éclairé, voire de leurs collègues universitaires renommés – reprennent les grandes théories des «gender studies» ou des «racial studies» élaborées aux États-Unis reprenant le vocabulaire abscons cher aux héritiers de Deleuze, Lacan, Foucault et Derrida, cette «French theory» influente sur les campus des années 1970-80. Certains sont docteurs en sociologie ou en sciences politiques. Beaucoup plus rares, mais plus inquiétants, d’autres sont normaliens. La plupart des fers de lance de cette idéologie sont des étudiants-doctorants qui voient leurs thèses validées par une poignée de professeurs d’université grenouillant dans la mouvance indigéniste. Tout ce petit monde, très sensible au discours des Indigènes de la République et du CCIF, publie des articles dans des revues secondaires voire anonymes et des livres chez des éditeurs militants plutôt qu’universitaires. Mais ce sont les petites rivières qui forment les grands fleuves. Ils nous expliquent que ce qui compte, ce n’est pas tant le réel que les représentations mentales et sociales, qui à les lire seraient gravées dans le marbre… Commence ainsi la police de la pensée dont toutes les idéologies totalitaires ont porté la marque: on vous assigne à une identité en vous prêtant une pensée (et donc des comportements) induite par votre groupe d’appartenance, supposé ou réel. Vous devenez raciste par vos ascendants, sexiste parce que vous êtes un homme blanc hétérosexuel. Parallèlement, si vos ascendants furent esclaves, colonisés, exterminés ou si vous êtes née femme, vous êtes à jamais victime. Et comme il s’agit de représentations sociales, il convient d’éclairer votre lanterne, car pauvre bougre que vous êtes, vous êtes parfois victime ou bourreau par héritage sans le savoir! Une poignée de maîtres-penseurs, Docteur-es PHD à l’appui, viennent ainsi révéler au grand jour vos tares et vos traumas. Trop d’impensés tueraient-ils la pensée? Par la magie d’un simple logiciel de statistiques, ces soi-disant penseurs «analysent» vos discours et vos textes et produisent un nuage de mots administrant la preuve sémantique de vos obsessions mentales, racistes, sexistes, homophobes, enfin dévoilées. L’avantage du concept d’«inconscient collectif» ou celui de «construction sociale» est qu’il permet d’attribuer toute pensée déviante à un tiers voire à un groupe social dans son entier. Ainsi les indigénistes recourent-ils systématiquement à l’essentialisation pour stigmatiser les «bourreaux». Essentialisation que, ne craignant pas la contradiction, ils dénoncent tout aussi systématiquement dès qu’il s’agit des «victimes». (…) La thèse dite «décoloniale», initiée et défendue par la mouvance indigéniste, postule l’existence d’un «racisme d’État», d’un racisme «systémique» qui maintiendrait délibérément les populations issues de l’immigration africaine dans un statut d’infériorité. Ce «racisme d’État» viserait du même coup spécifiquement l’islam, religion qui de ce fait se retrouve assimilée à une «race», celle des victimes, des humiliés par excellence. Cette «domination» racialiste serait instaurée par l’institution scolaire dès le plus jeune âge et à tous les niveaux ; les élèves, les étudiants seraient ainsi exposés à des enseignements biaisés visant à les rabaisser, les enseignants véhiculant inconsciemment pour la plupart des représentations sociales héritées de l’époque coloniale. Pour la mouvance décoloniale, l’École de la IIIème République est l’objet de toutes les détestations: odieusement raciste et islamophobe puisque laïque, affreusement colonialiste car elle croyait en un idéal universel d’instruction, la fameuse «mission civilisatrice». Il s’agit toujours chez les indigénistes de porter un regard anachronique sur cette époque passée pour mieux la décalquer sur le présent. L’anachronie, c’est leur fonds de commerce. (…) L’offensive universitaire de ces mouvements constitue un danger réel pour l’enseignement supérieur, plus généralement pour la crédibilité des universités françaises déjà mises à mal dans les classements internationaux. L’université française ne peut pas se permettre la gangrène qui a gagné certains campus américains, qui y a décrédibilisé des départements entiers et a conduit des enseignants réputés à quitter leurs postes. Car, ne nous y trompons pas: les indigénistes, comme les islamistes, suivant les théories de Gramsci, veulent précisément faire imploser l’institution scolaire et académique, qui sont les socles de la société à venir. Barbara Lefebvre et Anne-Sophie Nogaret

Quand l’école sert aussi à faire la guerre …

A l’heure où la Fête de l’huma et nos députés les plus prétendument progressistes déroulent le tapis rouge pour le jeune produit d’une éducation à la haine palestinenne qu’un certain nombre de pays européens se voient aujourd’hui après les Etats-Unis contraints de désavouer …

Et où notre jeune président apporte son extrême onction à un professeur de mathématique qui dans la longue tradition du défaitisme révolutionnaire du « parti des 75 000 fusillés » avait lui aussi pour nos ennemis d’alors porté les valises …

Quand notre Sartre et compagnon de route national appelait à rien de moins que l’assassinat d’Européens

Comment ne pas s’inquiéter avec les sociologues américains Bradley Campbell et Jason Manning …

De l’émergence, dans le véritable ghetto culturel des campus américains, d’une culture de la victimisation qui voit, derrière la défense des minorités et entre déboulonnages de statues et décrochages d’enseignes, le retour de la censure et des purges idéologiques …

Mais aussi, avec la contamination à la société entière – mâles blancs compris, comme en témoigne en partie l’élection d’un Trump – de cette compétition et hiérarchisation victimaires, de l’escalade vers une société toujours plus conflictuelle et divisée …

Et comment ne pas s’alarmer avec les professeures françaises Barbara Lefebvre et Anne-Sophie Nogaret …

A la veille d’un colloque à Paris VII réunissant des « chercheurs en indigénisme » …

De la manière avec laquelle le milieu universitaire français, après nombre des campus américains qui les inspirent, est progressivement noyauté par l’idéologie antirépublicaine et racialiste des groupuscules d’extrême-gauche ?

Comment le racialisme indigéniste gangrène l’Université
Barbara Lefebvre
Le Figaro
07/09/2018

FIGAROVOX/TRIBUNE – Barbara Lefebvre et Anne-Sophie Nogaret s’insurgent contre la tenue d’un colloque à Paris VII réunissant des «chercheurs en indigénisme» et dévoilent la manière avec laquelle le milieu universitaire français est saccagé par l’idéologie antirépublicaine des groupuscules d’extrême-gauche.


Barbara Lefebvre est professeur d’histoire-géographie. Elle est coauteur de Les Territoires perdus de la République (éd. Mille et une nuits, 2002). Anne-Sophie Nogaret est enseignante.


La dévastation intellectuelle conséquente à l’idéologie racialiste est apparue sur les campus américains au tournant des années 1970-1980. Pour notre malheur, elle arrive en Europe toute prête à l’emploi, dans des universités où le vide idéologique et politique a laissé le champ libre au militantisme identitariste des minorités. Un colloque organisé à l’université Paris VII fin septembre viendra encore une fois en administrer la preuve.

Portée outre-Atlantique par l’extrême gauche, puis par des groupes et des individus s’estimant les porte-paroles exclusifs de «minorités» de couleurs, de genres, d’obédiences spirituelles, etc., l’idéologie racialiste mère de ce désastre culturel a été largement décrite, et depuis longtemps, par nombre d’intellectuels américains – hélas trop rarement traduits en français – d’Allan Bloom au milieu des années 1980 jusqu’à l’ouvrage récemment publié par deux sociologues, Bradley Campbell & Jason Manning, The Rise of Victimhood culture (Springer, 2018).

Aux États-Unis est ainsi née l’inversion des modes ségrégatifs. Dans un pays qui vécut longtemps sur un système de discrimination légale, doit-on s’étonner? Les antiracistes-racistes actuels se prétendent héritiers de la lutte pour les droits civiques des années 1960, qui visait en effet à combattre des situations bien réelles et à abolir les lois de ségrégation raciale. Une fois l’égalité des droits acquise fut mise en œuvre la discrimination positive, source d’effets pervers qui ont justifié sa profonde remise en cause, y compris par le président Obama. Mais ce n’était pas assez: il fallait suivre les traces de Malcom X plutôt que la sagesse d’un Luther-King, il fallait que les WASP payent, et sur plusieurs générations. Seuls des «blancs» adeptes de l’autoflagellation pourraient désormais échapper à l’opprobre du racialement-correct. Ils furent légion, ils se comptèrent par millions, jusqu’au point où cette haine de soi apparut pour ce qu’elle était: une pathologie collective suicidaire.

Le concept «d’appropriation culturelle» étant une des gouttes qui a fait déborder le vase de la bêtise du «progressisme racialiste». Des Américains de toutes origines commencèrent alors à reprendre leurs esprits, à sortir la tête de l’eau croupie de l’autodénigrement. Ironie du sort, au même moment, en France, nous plongeons à notre tour dans ce marigot, l’adaptant à notre sauce, réécrivant notre histoire commune à partir de récits mêlant histoire, mémoire et mythologie sur des thèmes obsessionnels tels que l’esclavage, le colonialisme, le génocide, l’homophobie, la misogynie, l’immigration. Il en ressort que la société française – traduire par «blanche», «de souche», «gauloise» etc. – serait intrinsèquement raciste.

Depuis une dizaine d’années, dans les départements universitaires français de Sciences humaines, nombre de chercheurs – inconnus du public éclairé, voire de leurs collègues universitaires renommés – reprennent les grandes théories des «gender studies» ou des «racial studies» élaborées aux États-Unis reprenant le vocabulaire abscons cher aux héritiers de Deleuze, Lacan, Foucault et Derrida, cette «French theory» influente sur les campus des années 1970-80. Certains sont docteurs en sociologie ou en sciences politiques. Beaucoup plus rares, mais plus inquiétants, d’autres sont normaliens. La plupart des fers de lance de cette idéologie sont des étudiants-doctorants qui voient leurs thèses validées par une poignée de professeurs d’université grenouillant dans la mouvance indigéniste. Tout ce petit monde, très sensible au discours des Indigènes de la République et du CCIF, publie des articles dans des revues secondaires voire anonymes et des livres chez des éditeurs militants plutôt qu’universitaires. Mais ce sont les petites rivières qui forment les grands fleuves.

Ils nous expliquent que ce qui compte, ce n’est pas tant le réel que les représentations mentales et sociales, qui à les lire seraient gravées dans le marbre… Commence ainsi la police de la pensée dont toutes les idéologies totalitaires ont porté la marque: on vous assigne à une identité en vous prêtant une pensée (et donc des comportements) induite par votre groupe d’appartenance, supposé ou réel. Vous devenez raciste par vos ascendants, sexiste parce que vous êtes un homme blanc hétérosexuel. Parallèlement, si vos ascendants furent esclaves, colonisés, exterminés ou si vous êtes née femme, vous êtes à jamais victime. Et comme il s’agit de représentations sociales, il convient d’éclairer votre lanterne, car pauvre bougre que vous êtes, vous êtes parfois victime ou bourreau par héritage sans le savoir! Une poignée de maîtres-penseurs, Docteur-es PHD à l’appui, viennent ainsi révéler au grand jour vos tares et vos traumas. Trop d’impensés tueraient-ils la pensée? Par la magie d’un simple logiciel de statistiques, ces soi-disant penseurs «analysent» vos discours et vos textes et produisent un nuage de mots administrant la preuve sémantique de vos obsessions mentales, racistes, sexistes, homophobes, enfin dévoilées.

L’avantage du concept d’«inconscient collectif» ou celui de «construction sociale» est qu’il permet d’attribuer toute pensée déviante à un tiers voire à un groupe social dans son entier. Ainsi les indigénistes recourent-ils systématiquement à l’essentialisation pour stigmatiser les «bourreaux». Essentialisation que, ne craignant pas la contradiction, ils dénoncent tout aussi systématiquement dès qu’il s’agit des «victimes».

Ainsi donc, à l’université Paris 7 aura lieu du 27 au 29 septembre 2018 un colloque intitulé «Racisme et discrimination raciale, de l’école à l’université» et qui rassemblera la crème de ces chercheurs en indigénisme et quelques-uns de leurs serveurs de soupe habituels. L’articulation de la notion de «race», ici subtilement passée par le prisme «discriminatoire», au système scolaire et académique français, de ce fait implicitement défini comme raciste, porte la marque de l’indigénisme.

On l’avait déjà vu clairement exposée lors du stage «Sud Éducation 93» de décembre 2017 intitulé sobrement «Au croisement des oppressions. Où en est-on de l’antiracisme à l’école?». Lequel stage de formation syndicale prévoyait des sessions «décoloniales» interdites aux descendants d’esclavagistes et/ou de colons, autrement dit, interdites aux blancs non musulmans. Certains animateurs de ce stage interviendront au colloque de Paris 7, comme Wiam Berhouma, enseignante d’anglais en collège ou Lissel Quiroz, membre de l’association «le Front de mères».

La thèse dite «décoloniale», initiée et défendue par la mouvance indigéniste, postule l’existence d’un «racisme d’État», d’un racisme «systémique» qui maintiendrait délibérément les populations issues de l’immigration africaine dans un statut d’infériorité. Ce «racisme d’État» viserait du même coup spécifiquement l’islam, religion qui de ce fait se retrouve assimilée à une «race», celle des victimes, des humiliés par excellence. Cette «domination» racialiste serait instaurée par l’institution scolaire dès le plus jeune âge et à tous les niveaux ; les élèves, les étudiants seraient ainsi exposés à des enseignements biaisés visant à les rabaisser, les enseignants véhiculant inconsciemment pour la plupart des représentations sociales héritées de l’époque coloniale. Pour la mouvance décoloniale, l’École de la IIIème République est l’objet de toutes les détestations: odieusement raciste et islamophobe puisque laïque, affreusement colonialiste car elle croyait en un idéal universel d’instruction, la fameuse «mission civilisatrice». Il s’agit toujours chez les indigénistes de porter un regard anachronique sur cette époque passée pour mieux la décalquer sur le présent. L’anachronie, c’est leur fonds de commerce.

En cette fin septembre, trois jours durant, une université parisienne va donc débattre de son propre racisme, confirmant en cela non seulement qu’il existe, mais encore qu’il lui serait quasiment consubstantiel. Au sein même de l’institution académique, distiller la thèse selon laquelle celle-ci serait structurellement raciste constitue une des tactiques répertoriées de l’entrisme indigéniste. Les activistes «décoloniaux», fins stratèges mais peu nombreux en réalité, misent sur le principe d’économie: un investissement minimal (quelques intervenants, dont certains avancent masqués) qui par le truchement des instances universitaires permet de répandre les thèses indigénistes aux jeunes générations, et ce d’autant plus efficacement qu’elles se trouvent estampillées du label universitaire: si l’académie le dit, c’est que c’est vrai… Comme l’écrivait en 1987 Allan Bloom: «les étudiants sont, en général, gentils. C’est à dessein que j’emploie cet adjectif. Ils ne sont pas particulièrement moraux ou nobles. Dans les époques heureuses, la gentillesse est une facette du caractère démocratique».

De la gentillesse à la mollesse jusqu’à l’endoctrinement les yeux grands fermés, il n’y a que quelques degrés que la déculturation de masse produite par notre enseignement secondaire depuis vingt ans aura permis de dépasser. Et parmi ces étudiants seront (sont déjà?) formés nos futurs enseignants, qui à leur tour, apprendront (apprennent?) à leurs élèves à quel point ils sont opprimés par les «blancs», et ainsi de suite.

Un président d’université peut ne pas être au courant du détail des rencontres organisées au sein de la structure qu’il dirige, comme c’était sans doute le cas à Lyon, à Limoges et à Toulouse où de tels colloques ont été annulés ces dernières années après avoir été portés à la connaissance du public par les médias. Tel ne saurait être le cas du colloque «Racisme et discrimination raciale, de l’école à l’université», puisque le 27 septembre prochain Christine Clerici en personne, présidente de l’Université Paris-Diderot, inaugurera les festivités. Seront présents lors de ce discours d’ouverture tous les organisateurs. Parmi ces derniers figurent Fabrice Duhme et Abdellali Hajjat. Sans doute Madame Clerici ignore-t-elle que Fabrice Duhme est sympathisant du Parti des indigènes de la République? Pour mémoire, en 2014, à la date symbolique du 18 juin, il cosignait leur appel à l’abrogation de la circulaire Chatel permettant d’interdire à des parents portant un signe religieux ostentatoire d’accompagner les activités scolaires. Plus récemment, il soutenait le stage organisé par le syndicat Sud-Education 93 précité. Quant à Abdellali Hajjat, maître de conférences à l’Université Paris-Ouest Nanterre, il a co-écrit avec Marouane Mohammed, sociologue s’affichant avec Assa Traoré, un ouvrage intitulé: Islamophobie: Comment les élites françaises fabriquent le «problème musulman».

Madame la présidente de l’université Paris Diderot prononcera-t-elle donc un discours d’ouverture en présence d’organisateurs dont les positions indigénistes et en faveur de l’islam politique ne sont un secret pour personne?

Quant aux intervenants du colloque, on y relève la présence d’un inspecteur général de l’Éducation nationale, Benoit Falaize, qui se garde bien de se présenter sous ce titre dans le programme actuellement disponible, se contentant d’énoncer son statut de «chercheur». L’Inspection Générale Enseignement Primaire est-elle informée de sa participation à ce colloque? De même, Madame Judith Klein de la Direction Générale de l’Enseignement Scolaire, qui dirige la mission «prévention des discriminations et égalité fille-garçon», est-elle annoncée comme intervenante. La sous-direction de la vie scolaire dont dépend Mme Klein approuve-t-elle sa présence à un tel colloque?

Parmi les intervenants, nombre d’étudiants et de doctorants qui sont autant d’illustres inconnus. Quelques noms pourtant attirent l’attention: Hanane Karimi membre de Lallab ou Wiam Berhouma, professeur d’anglais, figure centrale du stage «décolonial» de Sud Education 93 en 2017, dont le haut fait d’arme est d’avoir interpellé avec aggressivité Alain Finkielkraut dans une émission de France 2 en 2016. Coup d’éclat médiatique qui lui a d’ailleurs réussi puisqu’elle fut reçue en février 2017 avec ses classes par Claude Bartolone, alors président de l’Assemblée Nationale. Ella a, en outre, récolté en 2018 plus de 12 000 euros via la cagnotte Ulélé pour que ses élèves «descendants de l’immigration et qui ne se sentent pas ou seulement très peu citoyens» aillent à New York, afin de savoir «comment s’est construite et comment se construit cette citoyenneté aux États-Unis en comparaison avec la France». Il est d’ailleurs courant que les leaders indigénistes mettent de côté leur ressentiment anti blancs et anticapitaliste quand il s’agit de récolter des fonds chez de vieux milliardaires ou de se faire offrir des séminaires de formation aux États-Unis sur la discrimination positive et les class actions… La caution de l’académie via le discours d’ouverture de Madame Clerici ne manquera pas de légitimer de telles ascensions!

Plus parlante encore, la présence parmi les intervenants d’un membre de l’association «le Front de mères», Lissel Quiroz. Association fondée en 2017 par Fatima Ouassak, proche du PIR et passée par Sciences-po Lille, qui entend en faire à terme un syndicat de parents d’élèves. On peut s’interroger sur le profil de ces futurs représentants puisque l’appel du Front de mères commence par une déclaration sans ambiguïté: «L’école, c’est la guerre», avant d’aligner unilatéralement le discours de l’humiliation cher aux indigénistes et aux islamistes: «Parents noirs, arabes et musulmans, parents habitant les quartiers populaires….nos enfants fréquentent des établissements où ils sont stigmatisés et humiliés par certains enseignants, prêts à partir en croisade contre une jupe longue ou un début de barbe suspecte… Nos enfants assistent aux humiliations que nous y subissons, notamment lorsque nous sommes voilées et qu’on nous interdit de les accompagner en sortie… Nos enfants apprennent très tôt la hiérarchisation raciale».

Sans porter atteinte à la liberté d’expression, Christine Clerici, présidente de l’université Paris Diderot, mais aussi Jacques Toubon, le défenseur des droits, doivent-ils accorder par leur présence la caution institutionnelle que cherche la mouvance indigéniste? L’offensive universitaire de ces mouvements constitue un danger réel pour l’enseignement supérieur, plus généralement pour la crédibilité des universités françaises déjà mises à mal dans les classements internationaux. L’université française ne peut pas se permettre la gangrène qui a gagné certains campus américains, qui y a décrédibilisé des départements entiers et a conduit des enseignants réputés à quitter leurs postes. Car, ne nous y trompons pas: les indigénistes, comme les islamistes, suivant les théories de Gramsci, veulent précisément faire imploser l’institution scolaire et académique, qui sont les socles de la société à venir.

Voir aussi:

Appel du « Front de mères » : luttons pour nos enfants !

Parents noirs, arabes et musulmans, parents habitant les quartiers populaires, êtes-vous sereins quand vous confiez vos enfants à l’école le matin ? Êtes-vous rassurés à l’idée qu’ils y passent l’essentiel de leur vie ?

Nous sommes, pour beaucoup d’entre nous, inquiets voire angoissés dès qu’on évoque l’école. Et pour cause !

Nos enfants fréquentent des établissements qui n’ont pas les moyens de fonctionner, avec des taux records de professeurs absents et non remplacés, des taux records de professeurs mal-formés.

Nos enfants fréquentent des établissements où ils sont stigmatisés et humiliés par certains enseignants, prêts à partir en croisade contre une jupe longue ou un début de barbe suspecte.

Nos enfants sont traumatisés par des conflits d’autorité entre leurs parents et l’école, lorsque par exemple leurs parents leur demandent de ne pas manger la viande imposée dans leur assiette, alors que l’institution les incite, voire les oblige à la manger.

Nos enfants apprennent à l’école à ne pas respecter les valeurs que nous essayons de leur transmettre.

Nos enfants nous regardent quand nous sommes sermonnés et infantilisés par les enseignants.

Nos enfants assistent aux humiliations que nous y subissons, notamment lorsque nous sommes voilées et qu’on nous interdit de les accompagner en sortie.

Nos enfants apprennent à l’école à avoir honte de leurs mamans. Nos enfants apprennent très tôt la hiérarchisation raciale.

Nos enfants comprennent très tôt que l’école a un problème avec leurs cheveux quand ils sont crépus, avec leur langue maternelle si elle est africaine, avec leur religion quand c’est l’Islam.

Nos enfants subissent des programmes scolaires où les peuples dont ils sont issus, sont infantilisés, diabolisés ou invisibilisés.

Nos enfants apprennent à l’école à avoir honte de ce qu’ils sont.

Cette manière dont l’école traite nos enfants n’est pas accidentelle. Les discriminations qu’ils subissent ont une fonction : les résigner à occuper les postes les plus précaires, les plus mal payés, aux conditions de travail les plus difficiles.

Si notre enfant rêve d’avoir un jour un « beau métier », valorisé socialement, tout un système d’orientation se met en place, de la maternelle au collège, à travers les appréciations, le système de notations et les préjugés, pour l’en dissuader, et l’amener, étape par étape, vers des filières conduisant à des métiers à très faible valeur sociale.

Nos enfants sont éduqués à l’école de manière à ce qu’ils deviennent plus tard une main d’oeuvre malléable et bon marché, sans se plaindre. Mais ils sont aussi éduqués de manière à ce que même lorsque, exceptionnellement, ils font de brillantes études, et qu’ils occupent des postes à responsabilité, ils restent à leur place, ils font allégeance, et ils courbent l’échine.

La manière dont l’école nous traite, nous parents, n’est pas accidentelle non plus.

Nos familles, le lien que nous avons à nos enfants, la transmission que nous leur devons, nos racines, nos langues, et nos religions, sont des ressources pour nos enfants. Tout est fait pour casser cette famille-ressource qui permettrait à nos enfants de mieux résister. Isoler pour mieux écraser.

Comment empêcher que nos enfants soient ainsi brisés par l’école?

Pour sauver nos enfants, nous ne pouvons pas nous contenter de stratégies individuelles !

Car avec ces stratégies individuelles, notre enfant sera amené à courber l’échine toute sa vie durant, et ce ne sera jamais suffisant.

Qu’elle soit caissière ou ministre, téléconseillère ou avocate, notre fille subira le racisme.

Qu’il soit chômeur ou chirurgien, livreur ou ingénieur, notre fils subira le racisme.

A quoi sert d’élever notre fille comme une reine, si la société dans laquelle elle grandit considère les personnes qui lui ressemblent comme des êtres inférieurs?

En réalité, soit nous, parents noirs, arabes et musulmans gagnons ensemble. Soit nous perdons ensemble, et aucun de nos enfants ne sera épargné, y compris les quelques-uns qui auront atteint les classes moyennes et supérieures, car qui peut prétendre qu’on peut être heureux en étant honteux et aliéné?

Évidemment, nous voulons que nos enfants réussissent à l’école, y aient de bons résultats et s’y épanouissent.

Mais nous devons refuser de choisir entre réussite scolaire et dignité.

Nous devons le refuser pour nos enfants, parce que nous les aimons et que nous voulons ce qu’il y a de mieux pour eux, réussir et s’aimer soi-même, réussir et aimer les siens, réussir et avoir confiance en soi, réussir et rester digne.

Parce que nous aimons nos enfants,

Parce que nous voulons mettre hors d’état de nuire le système raciste qui les détruit,

Parce que nous voulons leur transmettre tout ce qui pourra les rendre plus forts, à commencer par notre dignité,

Parce que nous voulons les éduquer à travers des valeurs d’égalité, de justice et de bienveillance,

Parce que nous savons que sans lutte politique et collective, ce combat-là est vain,

Nous avons créé le Front de Mères. Et nous lançons les Etats Généraux des Familles qui auront lieu fin mai 2017, à Paris, pour réfléchir et travailler ensemble à un plan d’actions concrètes. Collectifs locaux de parents, rejoignez-nous pour organiser ces Etats Généraux, contactez-nous.

LE FRONT DE MÈRES
Coordinatrices : Fatima Ouassak (Politologue, auteur du livre « Discriminations Classe/Genre/Race », Ifar, 2015) et Diariatou Kebe (Blogueuse et auteure du livre « Maman noire et invisible », aux éditions La Boîte à Pandore (2015). Contact : front2meres gmail.com

Agenda : « Les États Généraux des Familles : l’urgence de construire des stratégies collectives en matière d’éducation et de transmission », le 24 mai 2017 (Horaires : 9h – 18h) – Lieu : La Parole Errante 9, rue François Debergue – 93100 Montreuil

Voir également:

The War on Dignity

Claire Lehmann reviews Bradley Campbell’s and Jason Manning’s « The Rise of Victimhood Culture »

In 2011, a group of University of Wyoming students created a Facebook group called “UW Crushes,” where they shared anonymous declarations of attraction to one another. The police were called to investigate when one anonymous poster wrote: “I want to hatef–k Meg Lanker Simons so hard That chick runs her liberal mouth all the time and doesn’t care who knows it. I think its [sic] hot and it makes me angry. One night with me and shes [sic] gonna be a good Republican bitch.” Students who were members of the group asked the group’s administrators to remove the post. But Lanker Simons objected: “Actually, I want this to stay up. This is disgusting, misogynistic, and apparently something the admins of this page think is a perfectly acceptable sentiment.” She continued: “Even if it is taken down, I’m left to wonder if there’s someone out there with a violent fantasy about me—and likely other women.” Police later determined that the post was a hoax and that the threat had been written by Meg Lanker Simons herself. Before the police arrived at this conclusion, a rally against “rape culture” had been held at the university.

The Rise of Victimhood Culture makes the case that incentives at the modern American university have created a new moral culture, one where victimhood is granted a special moral status. Awarding status to victims has in turn led to hoaxes, false accusations, and, in some extreme cases, moral panics. The diagnosis is put forward by sociologists Bradley Campbell and Jason Manning, and they make their case convincingly. The argument is that college campus is ground zero for this new culture, but its rules of conduct are starting to leak into mainstream institutions.

Campbell and Manning did not start their careers investigating microaggressions and trigger warnings. Campbell had been studying the sociology of genocide at California State University, and Manning had been studying suicide at West Virginia University. They came together to consider the questions of how groups manage conflict and how grievances are handled in different cultural contexts. In The Rise of Victimhood Culture, Campbell and Manning describe the three main moral cultures that exist today: “dignity,” “honor,” and “victimhood,” and the various behaviors associated with each.

A dignity culture, they explain, has a set of moral values and behavioral norms designed to promote the idea that each human life possesses immutable worth. If an individual has been brutalized or exists at the bottom of a social pecking order, she still has human worth. In a dignity culture, children are encouraged to try their best and are taught aphorisms such as “sticks and stones make break my bones, but words will never hurt me.”

By contrast, in an honor culture, being on the bottom of a social pecking order is associated with great shame. Victims are tainted and often punished for bringing dishonor to their families. In some extreme circumstances, they may even be killed.

A victimhood culture departs from both by inverting their norms. On a university campus, for example, victims are not shamed but are instead fiercely protected, and now awarded status. This dynamic could be observed as early as 2015, in the reception to Emma Sulkowicz’s protest against a sexual assault she alleged had taken place. It consisted of her carrying her mattress around the Columbia University campus, including to class, under the condition that her accused rapist needed to be expelled in order for her to stop. For this performance, she was widely criticized, but she was also heralded as a feminist hero. The New York Times art critic Roberta Smith called it “succinct and powerful” and added that Sulkowicz has “set a very high standard for any future work she’ll do as an artist.” Although Columbia University and the New York Police Department failed to establish any wrongdoing on the part of the student Sulkowicz had accused, for art critics such as Smith, the accused student’s guilt was a fait accompli. That such awards and accolades might incentivize vexatious or false complaints in a student body seemed not to matter to adults in charge.

In the most disquieting chapter, Campell and Manning predict that victimhood culture will eventually spread from elite colleges into the mainstream. In making this prediction, they note the significance of the fact that victimhood culture has emerged among the wealthiest schools in America. Oberlin and Brown, for example, have led the microaggression movement, while Claremont has been a pioneer in safe-space demands, microaggression protests, and the banning of speakers. They point out that the median family income at Middlebury College—where Charles Murray was shouted down and where his sponsoring professor, Alison Stranger, was given whiplash injuries in a parking lot—was $240,000 per year. That income level is double that of Saint Louis University, where Murray spoke to an attentive audience. The book thus highlights a peculiar fact: The students most obsessed with their own oppression are some of the most pampered individuals in the world.

Unlike victimhood culture, dignity culture did not arise from pampered pupils at American schools and universities. It did not even originate with the upper classes. Campbell and Manning explain that it was first established in the class of yeoman farmers, master craftsmen, and artisans of Northern Europe. Since its members had goods to sell, they had a lot to gain from general tolerance of the foibles of others and a lot to lose from engaging in reckless violence. While the nobility continued to duel with swords, Europe’s growing middle classes developed cultures of commercial interdependence. When institutions such as courts matured and the authority of nobles was weakened, the upper classes adopted dignity culture as well. So while dignity spread upwards from the middle classes to the social elite, Campbell and Manning warn, victimhood culture will likely spread downwards from the social elites to the middle classes—as those wishing to be upwardly mobile will try to emulate upper-class moral norms.

While the culture is likely to spread downwards, it is also likely to inspire resentment. Campbell and Manning warn that the narratives of privilege deployed by the culture, which target white men in particular, are just as likely to inspire hostility as deference, especially in those who feel that they are unfairly targeted as oppressors:

If whites and males increasingly face a moral world divided between those who vilify them and those who glorify them, we should not be surprised if many find the latter more appealing than the former.… Here again, the backlash against victimhood may not necessarily advance the ideals of dignity, such as the moral equality of all people. Victimhood culture deviates from this moral equality by producing a moral hierarchy with white males at the bottom; the reaction it provokes may be the resurgence of a moral hierarchy that places them at the top.

Paradoxically, the backlash against political correctness is likely to make the situation worse. Conservatives are quickly learning to ape victimhood, too. The authors note that professional provocateur Milo Yiannopolous “thrives on causing offense and controversy,” neither of which promotes a culture of dignity.

When Kevin Williamson was fired from the Atlantic, Erick Erickson tweeted, “Kevin Williamson’s firing is a reminder that there are two Americas and one side will stop at nothing to silence the other.” Kurt Schlichter took it up another notch:

Never Trump, the public humiliation of Kevin Williamson demonstrates the indisputable fact…

You can side with the left and hope to be allowed to exist like a domesticates [sic] lap dog like David Brooks or Bret Stephens…

Or you can accept this is an existential fight and join us.

The logic of victimhood culture, then, is escalating grievance and retaliatory aggression. When slights cannot be neutralized with a dignified turn of the cheek, the prognosis looks grim.

What the purveyors of victimhood culture do not seem to grasp is that in weakening dignity, and in undermining the principles that deem all men and women to be moral equals, they unwittingly destroy the safeguards that prevent bad actors—such as hoaxers and narcissists—from climbing the social hierarchy through dishonesty and manipulation. In incentivizing weakness and reliance on third parties to intervene in disputes, students invite a paternalistic authoritarian apparatus to develop. While they seem comfortable with an authoritarian apparatus on their university campus today, we should not be surprised if they demand an authoritarian state to police the citizenry tomorrow. The logical endpoint of a victimhood culture will not be a progressive utopia. On the contrary: The further this culture radiates outward, the more likely it will make victims of us all.

Understanding Victimhood Culture: An Interview with Bradley Campbell and Jason Manning

Quillette
May 17, 2018

Bradley Campbell, Associate Professor of Sociology at California State University, and Jason Manning, Associate Professor of Sociology at West Virginia University, have been described as “prophets of the academic world” by psychologist Jonathan Haidt, and their new collaborative work The Rise of Victimhood Culture: Microaggressions, Safe Spaces, and the New Culture Wars, “a book of revelations,” by the sociologist Donald Black. The two sociologists have aimed to supply us with an empirical sociological analysis of the recent moral conflicts that have erupted on U.S. college campuses—and the extent to which these conflicts are spreading outwards into mainstream society.

After reading the book, I reached out to the American sociologists to interview them about some of the key themes of their book, and also to gain insight into some recent cultural trends that were not covered.  What follows is a transcript of our interview conducted via email.

I. Three Moral Cultures

Claire Lehmann: Just briefly for our readers who have not read your book, can you explain the main differences between the dignity, honor and victimhood cultures which you outline in your thesis?

Bradley Campbell and Jason Manning: The three moral cultures are different clusters of traits having to do with what people find offensive and how they handle their grievances.

In dignity cultures, there is a low sensitivity to slight. People are more tolerant of insult and disagreement. Children might be taught some variant of “Sticks and stones can break my bones, but words can never hurt me.” It’s good to have “thick skin,” and people might be criticized for being too touchy and overreacting to slights. If the issue in the conflict is something more than a slight or insult — say, a violent assault — you’re to handle the matter through appeal to authorities such as the legal system. Taking the law into your own hands with violent vengeance is itself a serious crime and generally looked down upon.

In honor cultures, there’s a much greater sensitivity to slight. Insults demand a serious response, and even accidental slights might provoke severe conflict. Having a low tolerance for offense is more likely to be seen as a virtue than a vice. Letting yourself be slighted without seeking justice is shameful. And seeking justice is more likely to take the form of violent vengeance. Appealing to authorities is more stigmatized than taking matters into your own hands.

These two kinds of cultures emphasize different sources of moral status or worth. Honor is one’s status in the eyes of other people. It depends on reputation. And while a lot of things might go into making this reputation, the core of classical honor is physical bravery. Tolerating slights is shameful because you let someone put you down without defending your reputation by force. It suggests cowardice. Appealing to the authorities is shameful for the same reason. Virtue means being bold and forceful, aggressively defending your reputation against any challenges, and being vigilant for signs that someone else is probing you for weakness.

Dignity is a kind of inherent and inalienable moral worth. It doesn’t depend on your standing in the eyes of other people. A dignity culture emphasizes that all people have this sort of worth, which can’t be taken away. It’s why an insult can’t devalue you. If anything, overreacting to an offense is unseemly because it suggests you’re not confident in your worth and need to take other people’s opinions so seriously. Virtue isn’t being bold, touchy, and aggressive, but restrained, prudent, and quietly self-assured.

What we call victimhood culture combines some aspects of honor and dignity. People in a victimhood culture are like the honorable in having a high sensitivity to slight. They’re quite touchy, and always vigilant for offenses. Insults are serious business, and even unintentional slights might provoke a severe conflict. But, as in a dignity culture, people generally eschew violent vengeance in favor of relying on some authority figure or other third party. They complain to the law, to the human resources department at their corporation, to the administration at their university, or — possibly as a strategy of getting attention from one of the former — to the public at large.

The combination of high sensitivity with dependence on others encourages people to emphasize or exaggerate the severity of offenses. There’s a corresponding tendency to emphasize one’s degree of victimization, one’s vulnerability to harm, and one’s need for assistance and protection. People who air grievances are likely to appeal to such concepts as disadvantage, marginality, or trauma, while casting the conflict as a matter of oppression.

The result is that this culture also emphasizes a particular source of moral worth: victimhood. Victim identities are deserving of special care and deference. Contrariwise, the privileged are morally suspect if not deserving of outright contempt. Privilege is to victimhood as cowardice is to honor.

We can see examples of honor cultures around the world and throughout history. They tend to have relatively high rates of violence, including such distinctive forms as dueling and feuding. Much of the premodern West can be understood as an honor culture. European elites used to preserve their honor by fighting duels to the death; in the US South, fatal duels continued up until the American Civil War.

By the 20th century, though, dignity culture had largely supplanted honor culture in the West. Writing in 1970, sociologist Peter Berger called the concept of honor obsolete, saying it had little resonance with modern people. People no longer lived in mortal fear of having their honor damaged. Questioning someone’s honor would result in a quizzical look rather than outrage. And duels to the death were a strange curiosity of the past.

We argue that victimhood culture, at least in its more extreme forms, is new. We see it in its purest form on contemporary college and university campuses. Manifestations of victimhood culture include complaining about and punishing microaggressions, demanding and creating safe spaces, requesting and requiring trigger warnings, and banning or disinviting speakers who might offend designated victim groups.

II. Moral Hierarchy 

CL: In The Rise of Victimhood Culture, you mention that this new morality imposes a moral hierarchy, with white people being at the bottom and oppressed or marginalised people (victims) being at the top. Can you elaborate on what you mean by a ‘moral hierarchy’?

BC & JM: Making moral judgments elevates the reputation of some people and lowers the reputation of others, so morality is always a source of a kind of social status that we can think of broadly as respectability. Other kinds of status have other sources, so in any complex society not only are some people more respectable than others, but some are also wealthier, more socially integrated, or more culturally conventional. Your position on these and other social hierarchies affects how people treat you. If you testify in court, for example, people are more likely to believe you if you are wealthy, respectable, and so on. And if you’re the victim of a crime, it’s more likely the offender will be brought to justice.

So respectability — moral status — acts like other kinds of status. And since moral judgments give rise to it, it takes different forms depending on the moral culture. Whether it’s important to have a reputation for kindness, chastity, obedience, courage, wisdom, generosity, self-control, or anything else depends on what people value. One culture might see obedience and self-control as key virtues, while another might see them as vices if they mean less individuality and authenticity. Even when different cultures agree on what’s virtuous they might emphasize some virtues over others. This is what happens in an honor culture. Courage, and one aspect of it in particular — physical bravery — is elevated over other virtues. It’s not that people in other cultures don’t value bravery, or that people in honor cultures don’t value anything else, but the emphasis on bravery and toughness in honor cultures leads to a morality that outsiders often find bewildering and immoral.

It also leads to a moral hierarchy with brave, strong, and violent men at the top and the cowardly and the weak at the bottom. Honor is one type of moral status, one revolving around a particular virtue. It arises under particular social conditions such as the absence of a government monopoly on violence, so we certainly understand why honor cultures exist and the logic of their moral system. But we agree with the critics of honor cultures throughout history who have objected to the conflict and violence those cultures produce. We also object to the moral hierarchy of those cultures. Emphasizing one virtue over many others leads to perversities: Cruel men and hotheads can end up being esteemed while peacemakers are denigrated.

The moral hierarchy of victimhood culture has some of the same problems, and it introduces others. Like honor cultures, victimhood cultures emphasize one set of vices and virtues over others. They are concerned with eradicating oppression and privilege, and this single-minded moral obsession can lead to the similar kinds of perversities that come from neglecting other virtues in honor cultures. But even in an honor culture your moral status usually has to do with your own behavior rather than someone else’s. In a victimhood culture it’s instead your identity as a victim that gives you status. It’s not your own virtue at all, but someone else’s treatment of you, that makes you virtuous.

One problem with this is that you end up with a system of morality that doesn’t offer much incentive for good behavior. Honor cultures incentivize bravery while neglecting other virtues. But if you want esteem in a victimhood culture, what can you do? It’s not like you can become a victim. Or actually, you can — you can portray yourself as weak and in need of help, you can portray others’ behavior toward you as harmful and oppressive, and you can even lie about being the victim of violence and other offenses. Victimhood culture incentivizes bad behavior.

The extreme form of victimhood culture we see among activists on college campuses leads to another problem in that one’s status as a victim comes not just from individual experiences of victimhood but also from one’s identity as part of a victim group. The idea is that all members of certain groups are victims, but that no one else is. Activists even argue that whites cannot be the victims of racism, or men the victims of sexism. Likewise, whether people can be victims of new offenses like cultural appropriation or microaggression, depends on their identity. A white person wearing a hairstyle associated with African Americans would be cultural appropriation, for instance, but an African American wearing a hairstyle associated with whites would not be. Likewise, those who have pioneered the concept of microaggression have made it clear that not all slights count. A white male elementary school teacher may experience stereotypes and put-downs, for example, but to call those microaggressions would be a “misapplication of the concept.”

So the moral hierarchy of victimhood culture places entire groups of people at the top or bottom based on the whole group’s victimhood status. And while it’s not always clear which groups qualify, Jonathan Haidt identifies seven groups that are currently treated as sacred: people of colour, women, LGBTs, Latinos, Native Americans, people with disabilities, and Muslims. Under this schema even many minority groups, such as Evangelical Christians, fail to qualify, and any discrimination against them is ignored or celebrated.

We have two problems with this. The first is a fundamental moral objection. We believe in the ideals of dignity culture — that all human beings have an inherent worth and should be treated accordingly — and we object to the new hierarchy of victimhood just as we would any racial and ethnic hierarchy. The second problem is the reactions it may produce. Whites, men, and others who do not have victimhood status are unlikely to accept a new morality and a new moral hierarchy in which they’re at the bottom. And they may end up embracing one in which they’re at the top. We find the recent prominence of alt-right white nationalists alarming, and we worry there will be more of it in reaction to the spread of victimhood culture. It’s a dangerous thing to undermine dignity culture and its ideals of equality.

III. #MeToo Movement

CL: You wrote your book before the explosion of the #MeToo movement. From your perspective, and your knowledge about the spread of moral cultures, do you believe that the #MeToo movement represents a significant shift in victimhood culture into the mainstream?

When we look at the full-blown victimhood culture among campus activists, the moral logic at work is starkly different than what we see in other contexts. But the lines between different moral cultures aren’t always so clear. The degree to which victimhood is a kind of status is variable, so even where dignity culture is still dominant, we might see some tendencies toward victimhood culture.

In the book we talk about the movement against campus rape, and we point out that the movement has support from journalists, members of Congress, and others who are not part of the campus victimhood culture. And rape isn’t a new offense like microaggression or cultural appropriation. It’s also not a minor offense. So the movement as such isn’t a pure manifestation of victimhood culture. But what we do see is that an effort to honor victims leads to credulity even in cases like the rape hoaxes at Duke and at the University of Virginia where it should have been clear that the accusers were lying. It also leads to efforts to weaken the due process rights of the accused. And alongside the more mainstream elements of the movement are the campus activists and others enmeshed in victimhood culture who make more radical arguments — that accusers should always be believed, for example. But so far such ideas haven’t been widely adopted.

The #MeToo movement may be similar. To some extent it may have facilitated the mainstreaming of victimhood culture, but it’s also a mainstream enough movement that efforts to radicalize it and to use the moral language and logic of campus activists seem mostly to have failed. The movement as a whole appears not to have relied on accusations of new victimhood offenses and has focused instead on things like rape, groping, and other kinds of sexual assault and sexual harassment. The accusations against Harvey Weinstein and against most of the other prominent targets of the #MeToo movement haven’t been about microaggressions and haven’t relied on creative ideological expansions of the concepts of assault and harassment. The accusations against Weinstein, for example, include 19 coerced sexual acts and many more instances of unwanted touching and sexual exhibitionism.

Much of the #MeToo movement might be seen as an expression of dignity culture — an appeal to ideals already widely held in the culture but commonly violated in practice. Women demanding that they not be bullied, groped, fondled, demeaned, assaulted, or harassed by men the workplace, and that the men abusing their power in this way face consequences, aren’t relying on radical feminism or its notions of endemic patriarchal oppression — not usually, anyway. They seem to be trying to bring to light behavior that was already considered wrong but that many people weren’t aware was going on.

But the #MeToo movement is large and has less mainstream elements as well, so some of the accusations have indeed drawn from victimhood culture in various ways. We might think of the most prominent accusations existing on a continuum from Harvey Weinstein to comedian Aziz Ansari. In January 2018 the online magazine Babe published an article by Katie Way about an anonymous woman’s date with Ansari. The article, “I Went on a Date with Aziz Ansari. It Turned into the Worst Night of My Life,” recounts in detail a date between “Grace” and Ansari. Ansari doesn’t come off as particularly gentlemanly in the account, but it’s clear that the story is not about rape, it’s not about sexual assault, and it’s not even about sexual harassment. After going to dinner, the two went to Ansari’s apartment, engaged in sexual acts with one another, and according to Grace, Ansari then kept wanting to engage in intercourse, she didn’t, and she eventually went home. Later in a text message she told Ansari that he had ignored “clear non-verbal cues” and said that he had to have noticed she was uncomfortable.

The accusations against Weinstein, which deal with clear-cut cases of violence, coercion, and harassment, are understandable in terms of mainstream morality, while the accusation against Ansari is understandable only in terms of victimhood culture.

The same perspective that leads to the labeling of uncomfortable conversations as a kind of aggression, or conservative political speech as violence, leads here to the labeling of boorish behavior on a date as sexual assault. To the extent that the #MeToo movement accords a special status to victims, to the extent that it establishes victimhood solely based on whether someone is a woman or man, and to the extent that it blurs the distinction between serious offenses like what Weinstein has been accused of and the kind of noncoercive sexual advances on a date that Ansari is accused of, it will indeed lead to the spread of victimhood culture.

Another thing the Ansari case illustrates is something we have thought of as moral emaciation. Victimhood culture’s focus on oppression narrows the range of moral discourse, and activists seem to be losing the capacity to make moral judgments based on anything other than victimhood terms. It seems that anything activists find bad they define as harmful and oppressive, whether it’s an ugly statue on campus or a bad date. As Mona Charen points out, isn’t what Grace wanted — affection, kindness, attention — what many people want when they go on a date? “What does it say about dating in our time,” she asks, “that those are unrealistic expectations?”

The problem is that Grace has no moral language to communicate this. She can’t describe Ansari’s behavior as caddish, lascivious, or any of the other old-fashioned terms that would more accurately capture her moral reaction. Instead, it has to be oppression, assault. This is probably not good for the #MeToo movement, and it may shift attention away from the kinds of offenses the movement was supposed to call attention to. It also doesn’t help anyone to think better about how people should behave on dates. Moral emaciation leads to moral confusion.

IV. Cultural Appropriation

CL: Do you see the many complaints made today about ‘cultural appropriation’ as being a part of victimhood culture? Cultural appropriation seems to be one aspect of the new morality that most people find baffling. But can it be understood as a culture imbuing certain cultural objects or practices with moral status, that cannot (or should not) be accessed by people who are lower down in the moral hierarchy? Is cultural appropriation in some way similar to a form of moral pollution?

BC & JM: Complaints of cultural appropriation illustrate victimhood culture quite well. As with microaggression complaints, it’s a grievance about a nonviolent, probably unintentional slight that many observers wouldn’t even see as offensive. As with microaggressions, the offense is framed as a matter of collective oppression, of one social group harming another. And in practice, it’s usually an offense defined by identity, something only people in designated privileged groups can be guilty of.

Victimhood culture’s high sensitivity to slight means it continually coins new types of offense. And this is certainly one of the most baffling of the new offenses. As we’ve discussed elsewhere, one particularly confusing aspect is that many of the things that get called cultural appropriation were, until very recently, virtues — signs that one was cosmopolitan and open-minded. If anything, we might expect social and cultural conservatives to be the ones most upset about Westerners practicing yoga or mindfulness meditation, or white kids adopting black fashions and hairstyles. In many cases they are, but these days so-called progressives are often vocal and visible critics.

Your suggestion about moral hierarchy is on point. Though the complaint is framed as a matter of someone dominating or exploiting the vulnerable — in a victimhood culture, virtually all complaints are — it might be more helpful to understand it as a matter of the offenders aping their betters. As sociologist Donald Black discusses in his book Moral Time, various societies throughout history have had rules — sumptuary laws — preventing people from adopting the styles, entertainments, and recreations of their social betters. The Han and Ming dynasties forbade commoners from wearing certain colors of clothing. Premodern Japan had laws forbidding peasants from wearing clothing distinctive of townspeople. In medieval England a law stated that no one under the rank of knight should wear any fur clothing (later amended to allow them to wear distinctive kinds of fur). And no one below the rank of lord was allowed to wear the period’s fashionable pointy shoes. The unwritten norms regarding cultural appropriation seem analogous to these sorts of restrictions.

As you suggest, thinking of it as a kind of moral pollution also might help us put it into a larger sociological context. As sociologist Murray Milner argued in his work on the Indian caste system, sacredness is but a special form of status. It corresponds to what we call moral status in our book, though like honor it might be a particular style of moral status. The sacred is that which is treated as special and worthy of reverence. It must be set apart from the profane, protected by rituals associated with cleanliness and purity. One might immediately think of Mosaic Law, but if we understand it abstractly we can see these sorts of purity rules everywhere, including regarding secular things like national flags and anthems. What is going on when a white Westerner practices yoga or paints in an indigenous style or quotes a lyric from a Beyoncé song? Perhaps it’s like having the unclean enter the temple and put on the vestments. The culture of vibrant, good, brave, people is being polluted by those who carry the moral stain of privilege.

It also seems like there’s also a theme of moral pollution in some of the discourse surrounding “whiteness.” Sometimes the manner in which it’s discussed makes it seem like a curse, or something that spreads and infects places and things as well as people. Hence we see pieces where people complain about the prevalence of whiteness in LGBT spaces, or Taylor Swift exuding whiteness, or, to give a case we mention in our book, people accusing others of asking white questions and employing white research methods.

Conservatives and Victimhood Culture

CL: It was really interesting to read about how conservatives (particularly those who are very flamboyant or attention seeking) have learned to use victimhood culture, or exploit victimhood culture for their own selfish benefit. You argued that this might, in fact, lead to an increased uptake of victimhood culture morality in the mainstream culture. Would you be able to elaborate on this point for our readers?

BC & JM: Victimhood culture is mainly a leftwing phenomenon, but it has a way of spreading. Conservatives and others who find themselves opposed to campus activists might uphold the values of the dignity culture the activists reject, but sometimes they end up departing from it themselves. One way they might do this is by embracing whatever victimhood culture opposes. This can mean being deliberately provocative and offensive in order to get a rise out of the activists, or at the extreme, it can mean embracing alt-right ideologies that reject equality and diversity. But another way conservatives might depart from dignity culture is by embracing the assumptions of victimhood culture and pointing to their own victimhood.

In our first article on victimhood culture in 2014, we pointed to the case of Tal Fortgang, a Princeton student who wrote an article about checking his privilege, as campus activists had been urging that he and others do. The idea was that when he checked his privilege he found in his background a long history of hardship and persecution, including family members who had been persecuted and murdered in the Holocaust.

Now in one sense, that’s perfectly reasonable. It points to the absurdities of the victimhood framework. The grandson of Holocaust survivors might legitimately wonder why he should have the burden of being labeled privileged while others at his elite university gain sympathy and status by labeling themselves victims. We ourselves sometimes wonder why in an academic environment where people constantly talk about disadvantage, inclusivity, diversity, and the like, our working class, small town, Southern backgrounds gain us no victimhood points. So the idea might be, if you’re going to denigrate the privileged and valorize the victimized, at least be more accurate — don’t base it all on skin color, sex, and a few other such traits.

But this easily leads to competitive victimhood, where moral disputes become contests over who can claim the most disadvantage. Conservatives at colleges and universities might be especially prone to embracing victimhood since they can actually make very plausible claims of being one of the most victimized groups on campus. Conservatives are vastly underrepresented among the faculty, especially in the social sciences. Far more sociologists identify as Marxists than as conservatives, for example, and a survey of sociology professors found that nearly 30% of them acknowledged they would be less likely to support a job candidate who was a Republican. Conservatives on campus are also subject to what the activists would call microaggressions or worse if directed toward recognized victim groups. Many of them remain closeted.

The claims of victimhood are understandable, then, but if conservatives end up adopting their adversaries’ assumptions about what constitutes victimhood and what the response to victimhood should be, they’ll become just another force undermining dignity culture. And we’re seeing some of that. For example, National Review published an article by Frederick Hess with the title “When College Presidents Mistake Lib-splaining for Conservative Outreach.” Lib-splaining is presumably like mansplaining, whitesplaining, and other new victimhood culture offenses, and here it refers to a college president encouraging a group of campus conservatives to read more serious conservative works and meeting with them to discuss one of them. As with the other “splaining” offenses, the notion seems to be that any attempt to discuss or explain something coming from an outsider can be offensive.

We also see claims of victimhood becoming a key part of the campus conservative message. Conservatives should definitely complain about the suppression of free speech on campus. But sometimes this takes the form of engaging in intentionally offensive speech in order to get a reaction from the left that then becomes the basis of further complaints. This actually combines both of the dignity-rejecting strategies — the embrace of offensiveness and the embrace of victimhood. Conservative groups that have brought in the provocateur Milo Yiannopoulos, for example, seem more interested in stirring up controversy and angering the left than in advancing conservative ideas.

They should have the right to do so, of course, and even when groups have brought in conservative intellectuals campus activists have sometimes reacted in the same way. Still, bringing in someone like Yiannopoulos hardly advances the ideals of dignity. As conservative UCLA professor Gabriel Rossman wrote to the Bruin Republicans recently after they scheduled a talk by Yiannopoulos on “10 Things I Hate about Mexico,” “if your mission is to spread conservative ideas, you should recognize that hosting Yiannopoulos will only render your organization and our ideas toxic.” In that case the group ended up canceling the talk, but the temptation to court controversy through popular, attention-grabbing speakers can be powerful.

Another way that conservatives and other opponents of victimhood culture may end up adopting its assumptions, perhaps unwittingly, is by valorizing the victims of victimhood culture.  Consider the recent case of Lindsay Shepherd, a graduate student and teaching assistant at Wilfred Laurier University who was certainly treated badly by the faculty and administration there. In a communications class, Shepherd showed a short clip of a debate on the use of gender pronouns and was called to a meeting with two professors and an administrator, who berated her and told her that showing the debate was transphobic and possibly a violation of Canada’s anti-bias laws. When Shepherd released a recording of the meeting, there was an outpouring of support for her from those concerned about free speech and academic freedom, and the university ended up apologizing.

In the aftermath of all of that, though, Shepherd has become a kind of celebrity among opponents of victimhood culture, with regular speaking engagements and honors, including the Outstanding Student Award from Heterodox Academy and a prominent speaking spot at their upcoming meeting. While Shepherd behaved well in the initial conflict with her superiors, her prominence seems to come almost entirely from her status as a victim-of-victimhood culture rather than from any insights of her own. Her views have been consistently supportive of free speech but otherwise mostly inchoate and rapidly shifting. Initially describing herself as on the left, for example, she released a video recently announcing that she no longer identified this way, citing the left’s blurring of the distinction between white nationalists and white supremacists as one of the main reasons for the change. As Genevieve Weynerowski commented, “This granular sidebar made her centrist bona fides a little hard to swallow.” Shepherd also cited the reaction to her campus group hosting a talk on campus by Faith Goldy, an alt-right activist who once gleefully recited a white nationalist slogan and was fired by the right-wing Rebel Media after appearing on a neo-Nazi podcast. Shepherd is both an opponent and victim of campus victimhood culture, but she isn’t necessarily an advocate of dignity culture and seems increasingly to be employing the strategies of deliberate offense and an embrace of victimhood herself. For many opponents of victimhood culture, though, her status as a victim gives her a kind of moral authority and perhaps even immunity from criticism.

Preserving Dignity Culture

CL: I really liked the way you offered insight and not just condemnation of victimhood culture. How do you remain so detached from your subject without becoming judgemental? 

And finally, what are some simple ways (for those who don’t want to live in a victimhood culture) to preserve dignity culture?  

We both have somewhat analytical thinking styles. And from our early training, we’ve both approached sociology out of scientific interest in patterns of behavior. We each got into studying conflict and social control because that seemed where the action was, scientifically speaking. We were drawn to Donald Black’s theoretical work, which used simple principles to describe and explain social behavior.

In our book we talk about the politicization of sociology. The field has long tended to attract people with axes to grind — mostly liberal or progressive ones, occasionally conservative ones. Even if they take scientific methodology seriously — and many still do — their topics and questions are driven by what they feel passionate about for practical or political reasons. Hence the common pattern of people studying their own gender, race, ethnicity, or else writing about the topic they were doing activism on before deciding to go to graduate school.

That’s not been our bag. Our previous research topics — genocide and suicide — weren’t chosen because we were particularly involved with them outside of sociology. They just seemed like strange phenomena, and topics we could tackle given using the approach we’d learned from Black.

Victimhood culture does hit closer to home for us. Its epicenter is the university, and it has a lot of traction in the social sciences. As academic sociologists, we definitely have practical worries about what the future holds. Even with this topic, though, our initial forays into it were more of a “Hey, this is weird” than “Man the barricades!

Throughout the process of writing the book we were simply more interested in describing and analyzing than merely complaining. Complaint is boring. Analysis is interesting, especially if one is making cross-cultural comparisons and searching for the general principles behind it all. There’s a reason so many of our chapters start with examples from the days of dueling aristocrats. In comparative context, all human behavior is bizarre and fascinating.

We are social scientists, but of course, we are not only social scientists. We have political views and strong moral commitments. Our book considers several consequences of victimhood culture that we, and probably most of our readers, think are bad. Outside of the book, including in The Chronicle of Higher Education, we’ve stated our support for free speech and academic freedom and our belief that victimhood culture isn’t conducive to these things.

How, then, would people who agree with us go about preserving dignity culture?

Jordan Peterson’s rule #6 isn’t bad practical advice: “Set your house in perfect order before you criticize the world.” So we might start with ourselves. Can we make ourselves less sensitive to slight? Studying ancient wisdom, learning the lessons of cognitive behavioral therapy, or even absorbing some folk knowledge might be helpful. So might searching for sources of involvement and meaning that don’t revolve around a moral hierarchy of identity groups. Can we find better ways of handling our grievances other than venting online or complaining to a bureaucracy? Talking things out is hard. It requires confrontations that many of us would rather avoid. But like anything, if you can force yourself to start doing it, it might get easier with practice.

We might also focus on the epicenter of victimhood culture — our colleges and universities. Do we know how much of state universities’ funds go to administration as opposed to instruction? Do we know how much of that is for the policing of offensive speech and propagating microaggression theory and implicit bias training? Do our legislators know? Maybe we should call and ask — or better yet, get together a group of a half-dozen friends to call and ask. If it were possible to shrink the university bureaucracy — particularly the bureaucracy charged with handling offensive words and images — it would reduce the moral dependency of victimhood culture. It would reduce the incentives to jockey for victim status and increase the incentives for alternative ways of dealing with problems. It might even make people more prone to talk to talk to one another and speak their minds without fear of reprimand.

Along those lines, another strategy would be to try to reduce the ideological homogeneity of the academy, where a mainstream conservative is a rarer thing than a radical leftist. There’s no guarantee this would increase dignity culture as such — as we’ve seen, conservatives can join in the victim game too. But since victimhood culture is currently most concentrated on the radical left, some of its most severe manifestations involve demonizing those on the right. According to Black’s theory, tolerance of diversity is greater in exactly those places that have more diversity to start with, while concern with cultural purity is greatest where culture is relatively homogeneous. Theoretically, increasing ideological diversity should reduce the degree of ideological intolerance on campus, and so undermine some of the more severe eruptions. It would also provide some more tolerance for those wishing to criticize victimhood culture as such.

For many college students, socialization into extreme sensitivity and dependency began before they arrived. There are signs that children and youth — at least from the middle and upper classes — are more sheltered, supervised, and regulated than in decades past, and that they have correspondingly less practice in coping with difficulties and handling conflicts on their own. Supporters of so-called free-range parenting campaign against this, encouraging parents to allow their children unsupervised play and school districts to provide recess grounds with such dangerous equipment as jungle gyms and monkey bars. One might find ways to encourage these kinds of initiatives locally or nationally, such as by raising money for the legal defense of people charged with neglect and abuse for what many of us would consider a reasonable bit of autonomy or schools held responsible for accidental injuries.

And finally, it’s important to combat victimhood culture and to deal with the problems it creates in the universities and elsewhere, but it’s also important to create alternatives to the universities and the mainstream media where serious ideas can be discussed and debated.

Bradley Campbell, Associate Professor of Sociology at California State University, and Jason Manning, Associate Professor of Sociology at West Virginia University.  The Rise of Victimhood Culture: Microaggressions, Safe Spaces, and the New Culture Wars, is on sale now via Amazon. 

Claire Lehmann is the founder and editor-in-chief of Quillette.

Voir encore:

«Ces peuples qui ne veulent pas mourir»
Eric Zemmour
Le Figaro
14/09/2018

CHRONIQUE – La lutte à mort engagée contre Donald Trump par les médias et la justice de son pays traduit le refus des élites de se ranger derrière la volonté du peuple américain.

C’est un «résistant». Un héros. Un bienfaiteur de l’Amérique et de l’humanité. Le «haut responsable à la Maison-Blanche» qui, dans les colonnes du New York Times , a déversé sa bile sur Donald Trump, est encensé par les médias américains et occidentaux. Non seulement il dénonce dans le président américain un psychopathe à enfermer d’urgence, mais il conserve l’anonymat pour, dit-il, rester en place afin de limiter les dégâts pour les Etats-Unis et le monde. Un héros, nous dit-on, qui, dans «l’ancien monde», aurait été appelé un «traître», une «taupe», et même un putschiste, puisqu’il ne respecte pas la légitimité d’un président élu par le peuple.

Mais c’est ainsi: avec Trump, tous les coups sont permis. Les médias retrouvent d’instinct le langage orwellien qui inverse la paix en guerre et la liberté en servitude. Avec Trump, le traître devient héros, le président des Etats-Unis devient un tyran et un fou. La démocratie, c’est abattre l’homme élu par le peuple américain.

Et cela dure depuis le premier jour de son élection. Une élection qui a pris par surprise toutes les élites de l’est et de l’ouest du pays – élites économiques, financières, médiatiques, judiciaires, administratives.

Cet «Etat profond», comme l’appelle Trump, a décidé d’avoir la peau de ce Président et de le conduire vers la procédure d’impeachment, comme Louis XVI fut traîné à la guillotine. Chaque journaliste, chaque bureaucrate, même les plus haut gradés, chaque juge, rêve d’avoir la peau de Trump comme leurs glorieux aînés ont eu celle de Nixon en 1971. «Nixon le tricheur», lui aussi, avait été le candidat des classes populaires contre l’establishment sorti des campus universitaires des années 1960.

Entre-temps, ces jeunes gens chevelus ont pris tous les pouvoirs à Washington. Et sont bien décidés à ne pas les perdre. Depuis des mois, ils s’efforcent de faire passer Trump pour un espion à la solde de Poutine. Et, comme cela ne marche pas, ils ajoutent désormais la folie.

Cet affrontement, en vérité, dépasse le cas de Trump et même des Etats-Unis. C’est tout l’Occident qui en est le champ de bataille. La guerre inexpiable oppose des élites cosmopolites qui, au nom des valeurs universelles des droits de l’homme, veulent désagréger les peuples et les nations issus d’une histoire séculaire. En face, il y a les peuples occidentaux qui s’efforcent de sauvegarder leur mode de vie, leur identité, leur unité, leur histoire. Des peuples enracinés contre des élites déracinées. La loi de la majorité contre la dictature des minorités. La démocratie contre l’Etat de droit. Des élites qui se parent du titre de «progressistes» et qui, à Paris, Berlin, Bruxelles, Washington ou Los Angeles, traitent avec mépris les «populistes». Des élites qui ont juré d’avoir la peau des antiques nations et des peuples qui ne veulent pas mourir.

Voir enfin:

University under fire for creating a safe space for white students called ‘White Awake

The University of Maryland (UMD) was forced to take down flyers and change the name of a counseling program that offered “safe space for white students” after sparking outrage on campus.

At the beginning of the fall semester, UMD’s Counseling Center posted flyers for a new group called “White Awake,” which prompted the backlash.

Early Friday, the university’s website changed the name to “Anti-Racism and Ally Building Group” and scrubbed any references to a “safe space” and “white students.”

The University of Maryland’s Counseling Center faced student backlash after it started a group called “White Awake” a “safe space for white students” to discuss race on campus.  (Google maps)

“This group offers a safe space for white students to explore their experiences, questions, reactions, and feelings,” the initial description read. “Members will support and share feedback with each other as they learn more about themselves and how they fit into a diverse world.”

The flyer also asked if white people ever “feel uncomfortable and confused” in their “interactions with racial and ethnic minorities,” and if they “want to become a better ally.”

Several students conveyed their outrage on social media and on campus.

“The world is a space for white people to talk in,” one student told The Diamondback, a UMD student newspaper, expressing how unnecessary the new initiative is.

Another student tweeted she was “ashamed over the execution of white awake,” writing, “Why do they need to attend therapy sessions on how to be a decent human being in society…to coexist?”

Noah Collins, who leads the group and specializes in group therapy for the Counseling Center with an interest in “racial and cultural awareness,” issued a statement Thursday night saying UMD will discontinue the flyer and consider changing the name, but that it stands by the group.

He added the flyer was “not clear enough” in explaining that the group’s aim is “anti-racism and becoming a better ally.”

TEXAS BIOLOGY TEACHER ON LEAVE FOR ALLEGEDLY BULLYING PRO-TRUMP STUDENT

The university told Fox News in a statement that UMD’s Counseling Center acknowledges it “did not choose the right words in raising awareness about this research-based initiative, and how this group has been perceived is counter to the values of inclusiveness and diversity that we embody.”

“This is an incredibly difficult, nuanced issue, and that’s the reason we need to discuss it,” Collins wrote. “The aim of this group is to help white students become more culturally competent, so they can better participate in creating a more inclusive environment at the University of Maryland.”

Publicités

Crise migratoire: Attention, un déni peut en cacher un autre ! (A long series of denials: Beyond the usual pieties and denunciations, who will talk about the hundreds of thousands of young Muslim males running away from sexual misery, the tens of thousands of ever young African females forced into sex work and in the end the many social and cultural problems of massive immigration imposed on destabilized European populations ?)

3 septembre, 2018
Nigerian women working as prostitutes in Turin, Italy.
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
D’abord, il faut que je vous dise. Il y a des gens en Occident (…) qui ont incité les gens à se rebeller contre leurs propres gouvernements (…) Et quand ces sociétés se sont révoltées et les gouvernements se sont confrontées à ces rebellions, des centaines de milliers sinon des millions de gens ont alors commencé à quitter leurs foyers,  leurs territoires et leurs terres et l’approche la plus humaine était d’accepter ces réfugiés sur votre territoire et les territoires étrangers puisque c’est vous qui êtes responsables de les avoir poussés et incités à se rebeller. Bon, c’est arrivé. Mais maintenant ce que nous essayons de faire, c’est de convaincre les pays arabes et surtout les riches (…)  est  de financer l’accueil de réfugiés syriens et irakiens et d’autres réfugiés. (…) Les pays arabes ne limitent pas l’entrée des réfugiés. Le problème, c’est que les réfugiés arrivent dans des pays qui sont aussi en difficulté mais ils vont plutôt en Turquie et de la Turquie en Grèce et dans l’UE pour trouver du travail et les équipements dont ils ont besoin. Ahmed Aboul Gheit (président de la Ligue arabe)
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. Ahmed (violeur pakistanais)
L’accueil du réfugié, du demandeur d’asile qui fuit l’organisation Etat islamique ou les guerres récentes pèche en Occident par une surdose de naïveté : on voit, dans le réfugié, son statut, pas sa culture ; il est la victime qui recueille la projection de l’Occidental ou son sentiment de devoir humaniste ou de culpabilité. On voit le survivant et on oublie que le réfugié vient d’un piège culturel que résume surtout son rapport à Dieu et à la femme. En Occident, le réfugié ou l’immigré sauvera son corps mais ne va pas négocier sa culture avec autant de facilité, et cela, on l’oublie avec dédain. Sa culture est ce qui lui reste face au déracinement et au choc des nouvelles terres. Le rapport à la femme, fondamental pour la modernité de l’Occident, lui restera parfois incompréhensible pendant longtemps lorsqu’on parle de l’homme lambda. Il va donc en négocier les termes par peur, par compromis ou par volonté de garder « sa culture », mais cela changera très, très lentement. Il suffit de rien, du retour du grégaire ou d’un échec affectif pour que cela revienne avec la douleur. Les adoptions collectives ont ceci de naïf qu’elles se limitent à la bureaucratie et se dédouanent par la charité. Le réfugié est-il donc « sauvage » ? Non. Juste différent, et il ne suffit pas d’accueillir en donnant des papiers et un foyer collectif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer. L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le guérir. (…) C’est cette liberté que le réfugié, l’immigré, veut, désire mais n’assume pas. L’Occident est vu à travers le corps de la femme : la liberté de la femme est vue à travers la catégorie religieuse de la licence ou de la « vertu ». Le corps de la femme est vu non comme le lieu même de la liberté essentielle comme valeur en Occident, mais comme une décadence : on veut alors le réduire à la possession, ou au crime à « voiler ». La liberté de la femme en Occident n’est pas vue comme la raison de sa suprématie mais comme un caprice de son culte de la liberté. A Cologne, l’Occident (celui de bonne foi) réagit parce qu’on a touché à « l’essence » de sa modernité, là où l’agresseur n’a vu qu’un divertissement, un excès d’une nuit de fête et d’alcool peut-être. Cologne, lieu des fantasmes donc. Ceux travaillés des extrêmes droites qui crient à l’invasion barbare et ceux des agresseurs qui veulent le corps nu car c’est un corps « public » qui n’est propriété de personne. On n’a pas attendu d’identifier les coupables, parce que cela est à peine important dans les jeux d’images et de clichés. De l’autre côté, on ne comprend pas encore que l’asile n’est pas seulement avoir des « papiers » mais accepter le contrat social d’une modernité. (…) Le sexe est la plus grande misère dans le “monde d’Allah”. A tel point qu’il a donné naissance à ce porno-islamisme dont font discours les prêcheurs islamistes pour recruter leurs “fidèles” : descriptions d’un paradis plus proche du bordel que de la récompense pour gens pieux, fantasme des vierges pour les kamikazes, chasse aux corps dans les espaces publics, puritanisme des dictatures, voile et burqa. (…)  Cologne est-il le signe qu’il faut fermer les portes ou fermer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solution. Fermer les portes conduira, un jour ou l’autre, à tirer par les fenêtres, et cela est un crime contre l’humanité. Mais fermer les yeux sur le long travail d’accueil et d’aide, et ce que cela signifie comme travail sur soi et sur les autres, est aussi un angélisme qui va tuer. Les réfugiés et les immigrés ne sont pas réductibles à la minorité d’une délinquance, mais cela pose le problème des « valeurs » à partager, à imposer, à défendre et à faire comprendre. Cela pose le problème de la responsabilité après l’accueil et qu’il faut assumer. Kamel Daoud
Les révolutions arabes de 2011 avaient enthousiasmé les opinions, mais depuis la passion est retombée. On a fini par découvrir à ces mouvements des imperfections, des laideurs. Par exemple, ils auront à peine touché aux idées, à la culture, à la religion ou aux codes sociaux, surtout ceux se rapportant au sexe. Révolution ne veut pas dire modernité. Les attaques contre des femmes occidentales par des migrants arabes à Cologne, en Allemagne, la veille du jour de l’an ont remis en mémoire le harcèlement que d’autres femmes avaient subi à Tahrir durant les beaux jours de la révolution. Un rappel qui a poussé l’Occident à comprendre que l’une des grandes misères d’une bonne partie du monde dit “arabe”, et du monde musulman en général, est son rapport maladif à la femme. Dans certains endroits, on la voile, on la lapide, on la tue ; au minimum, on lui reproche de semer le désordre dans la société idéale. En réponse, certains pays européens en sont venus à produire des guides de bonne conduite pour réfugiés et migrants. (…) Ces contradictions créent des tensions insupportables : le désir n’a pas d’issue ; le couple n’est plus un espace d’intimité, mais une préoccupation du groupe. Il en résulte une misère sexuelle qui mène à l’absurde ou l’hystérique. Ici aussi on espère vivre une histoire d’amour, mais on empêche la mécanique de la rencontre, de la séduction et du flirt en surveillant les femmes, en surinvestissant la question de leur virginité et en donnant des pouvoirs à la police des moeurs. On va même payer des chirurgiens pour réparer les hymens. Dans certaines terres d’Allah, la guerre à la femme et au couple prend des airs d’inquisition. L’été, en Algérie, des brigades de salafistes et de jeunes de quartier, enrôlés grâce au discours d’imams radicaux et de télé-islamistes, surveillent les corps, surtout ceux des baigneuses en maillot. Dans les espaces publics, la police harcèle les couples, y compris les mariés. Les jardins sont interdits aux promenades d’amoureux. Les bancs sont coupés en deux afin d’empêcher qu’on ne s’y assoit côte à côte. Résultat : on fantasme ailleurs, soit sur l’impudeur et la luxure de l’Occident, soit sur le paradis musulman et ses vierges. (…) Sur le plan vestimentaire, cela donne d’autres extrêmes: d’un côté, la burqa, le voile intégral orthodoxe ; de l’autre, le voile moutabaraj (“le voile qui dévoile”), qui assortit un foulard sur la tête d’un jean slim ou d’un pantalon moulant. Sur les plages, le burquini s’oppose au bikini.(…) Certains religieux lancent des fatwas grotesques: il est interdit de faire l’amour nu, les femmes n’ont pas le droit de toucher aux bananes, un homme ne peut rester seul avec une femme collègue que si elle est sa mère de lait et qu’il l’a tétée. (…) L’Occident s’est longtemps conforté dans l’exotisme ; celui-ci disculpe les différences. L’Orientalisme rend un peu normales les variations culturelles et excuse les dérives : Shéhérazade, le harem et la danse du voile ont dispensé certains de s’interroger sur les droits de la femme musulmane. Mais aujourd’hui, avec les derniers flux d’immigrés du Moyen-Orient et d’Afrique, le rapport pathologique que certains pays du monde arabe entretiennent avec la femme fait irruption en Europe. Ce qui avait été le spectacle dépaysant de terres lointaines prend les allures d’une confrontation culturelle sur le sol même de l’Occident. Une différence autrefois désamorcée par la distance et une impression de supériorité est devenue une menace immédiate. Le grand public en Occident découvre, dans la peur et l’agitation, que dans le monde musulman le sexe est malade et que cette maladie est en train de gagner ses propres terres. Kamel Daoud
Dans une tribune publiée par le journal Le Monde le 31 janvier 2016, le journaliste et écrivain Kamel Daoud propose d’analyser « ce qui s’est passé à Cologne la nuit de la Saint-Sylvestre ». Pourtant, en lieu et place d’une analyse, cet humaniste autoproclamé livre une série de lieux communs navrants sur les réfugiés originaires de pays musulmans. (…) Loin d’ouvrir sur le débat apaisé et approfondi que requiert la gravité des faits, l’argumentation de Daoud ne fait qu’alimenter les fantasmes islamophobes d’une partie croissante du public européen, sous le prétexte de refuser tout angélisme. (…) Certainement marqué par son expérience durant la guerre civile algérienne (1992-1999), Daoud ne s’embarrasse pas de nuances et fait des islamistes les promoteurs de cette logique de mort. En miroir de cette vision asociologique qui crée de toutes pièces un espace inexistant, l’Occident apparaît comme le foyer d’une modernité heureuse et émancipatrice. La réalité des multiples formes d’inégalité et de violences faites aux femmes en Europe et en Amérique du Nord n’est bien sûr pas évoquée. Cet essentialisme radical produit une géographie fantasmée qui oppose un monde de la soumission et de l’aliénation au monde de la libération et de l’éducation. (…) Psychologiser de la sorte les violences sexuelles est doublement problématique. D’une part, c’est effacer les conditions sociales, politiques et économiques qui favorisent ces actes (parlons de l’hébergement des réfugiés ou des conditions d’émigration qui encouragent la prédominance des jeunes hommes). D’autre part, cela contribue à produire l’image d’un flot de prédateurs sexuels potentiels, car tous atteints des mêmes maux psychologiques. Pegida n’en demandait pas tant. (…) C’est ainsi bien un projet disciplinaire, aux visées à la fois culturelles et psychologiques, qui se dessine. Des valeurs doivent être « imposées » à cette masse malade, à commencer par le respect des femmes. Ce projet est scandaleux, non pas seulement du fait de l’insupportable routine de la mission civilisatrice et de la supériorité des valeurs occidentales qu’il évoque. Au-delà de ce paternaliste colonial, il revient aussi à affirmer, contre « l’angélisme qui va tuer », que la culture déviante de cette masse de musulmans est un danger pour l’Europe. Il équivaut à conditionner l’accueil de personnes qui fuient la guerre et la dévastation. En cela, c’est un discours proprement anti-humaniste, quoi qu’en dise Daoud. Après d’autres écrivains algériens comme Rachid Boudjedra ou Boualem Sansal, Kamel Daoud intervient en tant qu’intellectuel laïque minoritaire dans son pays, en lutte quotidienne contre un puritanisme parfois violent. Dans le contexte européen, il épouse toutefois une islamophobie devenue majoritaire. Derrière son cas, nous nous alarmons de la tendance généralisée dans les sociétés européennes à racialiser ces violences sexuelles. (…) Face à l’ampleur de violences inédites, il faut sans aucun doute se pencher sur les faits, comme le suggère Kamel Daoud. Encore faudrait-il pouvoir le faire sans réactualiser les mêmes sempiternels clichés islamophobes. Le fond de l’air semble l’interdire. Collectif d’anthropologues, sociologues, journalistes et historiens
Cher Kamel, il y a quelques jours, une amie tunisienne m’a envoyé une tribune parue dans Le Monde. Ce texte portait la signature de plusieurs universitaires que je connais. Des universitaires un peu bien-pensants, c’est vrai, mais, quand même, des gens qui ne sont pas tes adversaires – qui ne devraient pas être tes adversaires. Le ton de la lettre m’a dérangé. Je n’aimais pas le style de dénonciation publique, un style qui me rappelait un peu le style gauche-soviétique-puritain. Et tu dois savoir qu’en tant qu’ami je ne signerai pas de telle lettre contre toi, bien que je ne partage pas du tout les opinions que tu as exprimées dans cet article, et par la suite, même plus férocement encore, me semble-t-il, dans la tribune du New York Times. Pour moi, c’est très difficile d’imaginer que tu pourrais vraiment croire ce que tu as écrit. Ce n’était pas le Kamel Daoud que je connais et dont j’ai fait le portrait dans un long article. Nous avons beaucoup parlé des problèmes de sexe dans le monde arabo-musulman quand j’étais à Oran. Mais nous avons aussi parlé des ambiguïtés de la « culture » (mot que je n’aime pas) ; par exemple, le fait que les femmes voilées sont parfois parmi les plus émancipées sexuellement. Dans tes écrits récents, c’est comme si toute l’ambiguïté dont nous avons tant discuté, et que, plus que personne, tu pourrais analyser dans toute sa nuance, a disparu. Tu l’as fait de plus dans des publications lues par des lecteurs occidentaux qui peuvent trouver dans ce que tu écris la confirmation de préjugés et d’idées fixes. Je ne dis pas que tu l’as fait exprès, ou même que tu joues le jeu des « impérialistes ». Non, je ne t’accuse de rien. Sauf de ne pas y penser, et de tomber dans des pièges étranges et peut-être dangereux. Je pense ici surtout à l’idée selon laquelle il y aurait un rapport direct entre les événements de Cologne et l’islamisme, voire l’« Islam » tout court. Je te rappelle qu’on a vu, il y a quelques années, des événements similaires, certes pas de la même ampleur, mais quand même, lors de la parade du Puerto Rican Day à New York. Les Portoricains qui ont alors molesté des femmes dans la rue n’étaient pas sous l’influence de l’Islam mais de l’alcool… Sans preuve que l’Islam agissait sur les esprits de ces hommes à Cologne, il me semble curieux de faire de telles propositions, et de suggérer que cette « maladie » menace l’Europe… Dans son livre La Maladie comme métaphore (Christian Bourgois, 2005), un ouvrage devenu un classique, Susan Sontag démontre que l’idée de « maladie » a une histoire pas très reluisante, souvent liée au fascisme. Les juifs, comme tu le sais, étaient considérés comme une espèce de maladie ; et les antisémites d’Europe, au XIXsiècle, à l’époque de l’émancipation, se sont montrés très préoccupés des coutumes sexuelles des juifs, et de la domination des hommes juifs sur les femmes… Les échos de cette obsession me mettent mal à l’aise. (…) Kamel, tu es tellement brillant, et tu es tendre, aussi, ça, je le sais. C’est à toi, et à toi seul, de décider comment tu veux t’engager dans la politique, mais je veux que tu saches que je m’inquiète pour toi, et j’espère que tu réfléchiras bien à tes positions… et que tu retourneras au mode d’expression qui, à mon avis, est ton meilleur genre : la littérature. J’espère que tu comprendras que je t’écris avec le sentiment de la plus profonde amitié. Adam Shatz
Nous vivons désormais une époque de sommations. Si on n’est pas d’un côté, on est de l’autre; le texte sur « Cologne », j’en avais écrit une partie, celle sur la femme, il y a des années. A l’époque, cela n’a fait réagir personne ou si peu. Aujourd’hui, l’époque a changé : des crispations poussent à interpréter et l’interprétation pousse au procès. J’avais écrit cet article et celui du New York Times début janvier; leur succession dans le temps est donc un accident et pas un acharnement de ma part. J’avais écrit, poussé par la honte et la colère contre les miens, et parce que je vis dans ce pays, dans cette terre. J’y ai dit ma pensée et mon analyse sur un aspect que l’on ne peut cacher sous prétexte de « charité culturelle ». Je suis écrivain et je n’écris pas des thèses d’universitaires. C’est une émotion aussi. Que des universitaires pétitionnent contre moi aujourd’hui, pour ce texte, je trouve cela immoral parce qu’ils ne vivent pas ma chair, ni ma terre et que je trouve illégitime sinon scandaleux que certains me servent le verdict d’islamophobie à partir de la sécurité et des conforts des capitales de l’Occident et ses terrasses. Le tout servi en forme de procès stalinien et avec le préjugé du spécialiste : je sermonne un indigène parce que je parle mieux des intérêts des autres indigènes et post-décolonisés. Et au nom des deux mais avec mon nom. Et cela m’est intolérable comme posture. Je pense que cela reste immoral de m’offrir en pâture à la haine locale sous le verdict d’islamophobie qui sert aujourd’hui aussi d’inquisition. Je pense que c’est honteux de m’accuser de cela en restant bien loin de mon quotidien et celui des miens. (…) Ces pétitionnaires embusqués ne mesurent pas la conséquence de leurs actes et du tribunal sur la vie d’autrui. (…) Comme autrefois, l’écrivain venu du froid, aujourd’hui, l’écrivain venu du monde dit « arabe » est piégé, sommé, poussé dans le dos et repoussé. La surinterprétation le guette et les médias le harcèlent pour conforter qui une vision, qui un rejet et un déni. Le sort de la femme est lié à mon avenir, à l’avenir des miens. Le désir est malade dans nos terres et le corps est encerclé. Cela, on ne peut pas le nier et je dois le dire et le dénoncer. Mais je me retrouve soudainement responsable de ce qui va être lu selon les terres et les airs. Dénoncer la théocratie ambiante chez nous devient un argument d’islamophobe ailleurs. Est-ce ma faute ? En partie. Mais c’est aussi la faute de notre époque, son mal du siècle. C’est ce qui s’est passé pour la tribune sur « Cologne ». Je l’assume mais je me retrouve désolé pour ce à quoi elle peut servir comme déni et refus d’humanité de l’Autre. L’écrivain venu des terres d’Allah se retrouve aujourd’hui au centre de sollicitations médiatiques intolérables. Je n’y peux rien mais je peux m’en soustraire : par la prudence comme je l’ai cru, mais aussi par le silence comme je le choisis désormais. Je vais donc m’occuper de littérature et en cela tu as raison. J’arrête le journalisme sous peu. Kamel Daoud
Les pays nantis – par exemple, les pays membres de l’UE – qui espèrent décourager la migration depuis des régions très pauvres du monde par un transfert prudent de ressources (grâce à des accords bilatéraux, des annulations de dettes et ainsi de suite) ne devraient pas être trop déçus en découvrant au bout d’un certain temps que leurs initiatives ont échoué à améliorer les conditions de vie dans les pays ciblés. Car un pays qui réussirait effectivement à augmenter son PIB, le taux d’alphabétisation de ses adultes et l’espérance de vie – soit un mieux à tout point de vue – produirait encore plus de candidats au départ qu’un pays qui se contente de son enterrement en bas du tableau de l’économie mondiale. Jeremy Harding
La guerre, la faim et l’effondrement social n’ont pas causé des migrations massives au-delà de la frontière naturelle que constitue le Sahara. Mais les premiers rayons de prospérité pourraient bien motiver un plus grand nombre d’Africains à venir en Europe. Jeremy Harding
Plus de 11 000 femmes nigérianes ont été secourues en Méditerranée l’année dernière, selon l’Office pour les migrations internationales (OMI). 80% d’entre elles faisaient l’objet d’un trafic à des fins d’exploitation sexuelle. “Il y a maintenant des filles qui n’ont que 13, 14 ou 15 ans”, m’a dit un agent anti-trafic de l’OMI. “L’Italie n’est qu’un point d’entrée. De là, elles sont dispatchées et vendues à des mères maquerelles partout en Europe.” Ben Taub
Do you have any idea how much I earn on immigrants? They’re more profitable than drugs. Salvatore Buzzi (Italian mafioso)
More than 80% of women brought to Europe from Nigeria are unknowingly “sponsored” by sex traffickers who have paid for their journey, according to the International Organization for Migration (IOM). The rest will have paid the smugglers to get them to Europe, but once they get there, will be unlikely to escape the sex-trafficking rings. (…) The centre has become a lawless place where people are easy prey for criminal gangs. The state funds these centres by giving them a sum of money for each asylum seeker, but many of them cut corners on food and other amenities, and pocket the profits. Low-level members of Italy’s various mafia organisations and Nigerian gangs come to the centre to recruit drug mules and petty criminals among the bored, idle men who have given up on the life they dreamed of when they crossed the sea. (…) Posing as asylum seekers, traffickers lure women out of the centre on the pretext of shopping trips or other excursions, and deliver them to the Nigerian women who control forced prostitution rings. They are then forced into sex work under the threat of violence, most of them – like Joy – terrorised by a curse that binds them into slavery. Several centres have become the subject of criminal investigations, revealing corruption at local and state level, and infiltration by powerful crime syndicates. Always quick to exploit new opportunities, the mafia is making vast profits off the backs of migrants. (…) Many of the Nigerian women and girls rescued from the smugglers’ boats by charities or coastguard vessels are from small villages around Benin City. Most are single and travelling alone. Many of those trafficked for sex slavery are assured by their “sponsors” that they will take care of getting the necessary documents for them once they leave the centres. Others are provided with false personal details that they are told to use for their applications. Most of the trafficked women end up with fake documents provided by Italian organised-crime groups. The documents are another link in the chain that keeps the women trapped in sexual slavery, because the madams threaten to take them away if they try to escape. In 2012, an investigation was opened into forced prostitution at Cara di Mineo, after doctors at the centre received a series of requests for abortions. In three months, the centre’s doctors performed 32 abortions on migrants – an increase of more than 200% on the year before. The authorities concluded that this was due to an increase in prostitution, along with a lack of birth control options. Because of the church’s influence over migrant care, contraception was not being distributed, and few migrants have the means to source their own. Some aid groups have since tried handing out condoms. In December 2016, four Nigerian asylum seekers were arrested in Cara di Mineo, accused of drugging and raping a female resident. The woman had been told, like Joy, to wait on the street for someone to pick her up. Realising she was being put to work as a prostitute, she had refused to leave the camp. The men raped her as a warning – a typical punishment in sex trafficking. The theory is that if a woman realises that the penalty for refusing to prostitute herself is gang rape, she will likely agree that roadside sex is a better alternative. It is rare to meet a trafficked woman who has not been faced with this choice. After the incident, Francesco Verzera, a prosecutor with jurisdiction over Cara di Mineo, appealed to the authorities to close down the camp, stating that overcrowding and lack of supervision is creating a dangerous criminal environment. (…) Most of the residents are divided by ethnic or religious background, which has done nothing to reduce tensions and fighting. Every year at Cara di Mineo, on average, 10 migrants die while waiting for their asylum requests to be heard, killed in fights or dying from untreated medical conditions, according to Amnesty International and other aid groups that operate in the centre. (…) Verzera’s investigation into criminal activity at the centre turned up inconsistencies in the record-keeping of who was living there. Many of the migrants on the official roster had long since disappeared, even though the centre, under the direction of Maccarrone, was still reimbursed €35 (£31) a day for them. By law, each migrant awaiting asylum is given an electronic card to check in and out of the centre when making outings. If they don’t check back in after three days, they are supposed to be taken off the roster, and that information sent to Rome so the reimbursement will be stopped. But Verzera says he found that migrants who had been gone for months were kept on the list for financial support. The centre was, on paper, far over capacity, and received extra funds to help with the overload when, in reality, they were taking care of far fewer people than the documents stated. In 2016, Maccarrone, who previously ran the migrant reception centre on the island of Lampedusa, came under criminal investigation for corruption at Cara di Mineo. He was accused of collusion with the mafia, and of using funds intended for the care of migrants and refugees for personal gain. Last year, Catania’s chief prosecutor, Carmelo Zuccaro, tried to make it illegal for NGO charity ships to rescue migrants at sea and bring them to Italian shores. In March 2017, in an interview with the rightwing newspaper Il Giornale, he revealed that the state had started investigations into prisons and refugee camps where extremists were recruiting migrants awaiting word on their asylum requests. (…) The alarm about radicalisation overshadowed the fact that criminal groups are recruiting migrants from the camps for forced or low-paid labour. At harvest times, men leave Cara di Mineo in the early morning and gather along a triangle of dirt off the state highway. Local farmers come in pick-up trucks, looking for i neri (“the blacks”), choosing the biggest and strongest for casual labour, harvesting tomatoes and citrus fruits. The farmers call them ragazzo or “boy”, demanding they turn around or show them how straight their backs are. It is a degrading display, made worse by the fact that they are paid a mere fraction of what Italians would be paid for the same work. Their wages are part of the illicit economy that makes up around 20% of Italy’s overall GDP. When asylum requests are rejected, applicants have one chance to appeal. If they fail, they are given a slip of paper that says they have five days to leave the country, but no means to do so. Torn-up shreds of those papers are a common sight in the ditches beside the road near the centre. Those turned down are easy bait for criminal gangs working inside the camps, who get paid for providing mafia groups with illegal cheap labour, running drugs and arms or working in the many industries those groups have infiltrated. In 2014, an investigation known as “Mafia Capitale” found that a criminal group had been running Rome’s municipal government for years. The group, which prosecutors defined as a mafia-style association, had siphoned off millions of euros intended to fund public services. The group had also infiltrated asylum centres across the country, buying and selling names and details of migrants who had long disappeared, in order to keep the per-person state funding coming. (…) Administrators in some centres are accused of taking kickbacks for selling personal details of asylum seekers who have escaped to smaller centres (some of whom don’t exist). Those in charge of the smaller centres then use the names to claim daily allowances. This is one of the reasons trafficked women have been allowed to leave so easily: their names tend to stay on the lists, and the centres continue to receive funding. As they leave, they are quickly replaced. Some centres take on more migrants than they can manage, in order to earn extra revenue, so refugees end up living in dangerously overcrowded conditions. Trafficked women who disappear to work as sex slaves have little chance of being rescued, because their absence causes no concern. Nigerian girls who are trafficked directly to madams in Naples and elsewhere are forced to do sex work to pay off large debts. Before they’ve even started work, they will owe around €60,000 (£53,000). A cut goes to the recruiter in Nigeria, a cut to the traffickers and smugglers who expedited the women’s journey, and a large portion goes to the Nigerian gang members, who must pay the Naples mafia, the Camorra, or other crime syndicates in whose territories the women will be forced to work. There are other incidentals, including room, board, clothing and rent for the space on the pavement from which they solicit sex. If we assume half of the estimated 11,000 Nigerian girls who came to Italy in 2016 generated €60,000 each through debt bondage for the madams’ gangs, the profits off those girls alone would top €300m (£264m), even after their travel costs are deducted. It can take five years or more of sexual slavery to pay the debts. Then, women are free to go, but some end up becoming madams themselves, either convinced there are lucrative profits to be made, or as an act of revenge: to visit on others what they had to endure. This cycle has continued for more than a decade, but in 2016, the number of Nigerian women who arrived by smugglers’ boats was 60% higher than the previous year. Many of the trafficked Nigerian women end up in Castel Volturno, outside Naples, known as the most lawless part of Italy. Murder rates are the highest in the country, and locals call it Beirut, or the Bronx. Sergio Nazzaro, a local journalist, says it is the Camorra’s graveyard. (…) African migrants first started coming to the area in large numbers in the 1980s, to work in the tomato fields for low wages. The Africans were not welcome to integrate with the Italians and instead set up a peripheral society where they lived outside the law, often squatting in illegally built or unfinished buildings. Italian authorities did not pay much attention to them at the time, but they were not ignored by the Camorra. By the 1990s, women started arriving in greater numbers. They were rarely hired for farm work, so many had no choice but to prostitute themselves. Many of those first prostitutes eventually became madams, controlled by Nigerian drug-smuggling gangs, who had to pay protection money to the Camorra to operate on their territory. When the gangs discovered there was a demand, madams recruited more women from Nigeria to the area. They started using traffickers to trick them into coming, eventually expanding the trade further north to Italy’s larger cities and into Europe. The Guardian
En 2015, le risque de mourir en Méditerranée (0, 37%) était inférieur au risque en France d’une personne de plus de 45 ans de subir un AVC (0, 4$%); en 2016, 363 000 migrants ont traversé la Mare nostrum (…) et 4 576 s’y sont noyés ou ont disparu, soit 1, 3% ou le double du risque de décéder apres une intervention chirurgicale – toutes catégories confondues – dans un pays industrialisé, ou encore le double du risque de mourir d’une anesthésie générale au sud du Sahara. En 2017, entre janvier et fin aout, 126 000 migrants ont traversé la Méditerranée et 2 428 ont été portés disparus, soit 1, 92%, ce qui est légèrement inférieur à la mortalité post-opératoire en chirurgie cardiaque en Europe de l’ouest (2%). Même si le risque est heureusement limité, on se demande évidemment pourquoi il ne cesse d’augmenter alors que les yeux du monde sont braqués sur la Méditerranée et que les secours devraient se perfectionner. La réponse: l’humanitaire est trop bon ! En effet, les bateaux de secours se rapprochent de plus en plus des eaux territoriales libyennes et, s’il y a danger de naufrage, n’hésitent plus à y entrer pour sauver les migrants. Si bien que les trafiquants embarquent un nombre croissant de migrants sur des embarcations toujours plus précaires (notamment des canots pneumatiques longs de 9 mètres, fabriqués en Chine, sur lesquels se serrent 130 personnes). (…) Les trafiquants emmènent donc les migrants à la limite des eaux territoriales, avant de repartir avec le moteur hors-bord dans un autre bateau en laissant les leurs clients dériver. A charge pour les humanitaires … Ceux-ci font bien, voire très bien leur travail, au risque de voir les migrants de moins en moins regardants sur la navigabilité des embarcations choisies par les trafiquants. Au cours des premiers six mois de 2017, quelque 93 000 migrants ont été secourus et transportés vers l’Italie, soit presque les trois quarts du total ayant embarqué pour la traversée pendant cette période. Stephen Smith
Je dis ça sans affolement. Quand vous avez un voisin qui en 2050 sera 5 fois plus nombreux que toute l’Europe comprise, il y a une pression migratoire qui est très forte et il faut s’arranger entre voisins (européens), il faut négocier. Il faut prendre la mesure du réel d’abord. Puis il faut des négociations entre l’Europe et l’Afrique pour éviter notamment que ses forces vives quittent le continent. Tant que l’Afrique croit à ce rythme, c’est impossible (de juguler). Tous les progrès sont noyés par la progression démographique. Il faut à un moment maitriser cette croissance démographique. C’est un problème de long terme qui se jouera sur les deux générations à venir, pas avant 2050. Toutes les régions du monde ont migré. En Europe il y avait 300 millions d’habitants et 60 millions en sont partis, dont 40 millions vers les Etats-Unis. L’Afrique ne fait que reproduire des scenarii qui ont eu lieu en Europe et en Amérique latine. Et il est évident que l’Europe va faire face à une migration très forte depuis l’Afrique, c’est inévitable. [l’aide au développement] c’est une imposture. Nous allons développer un continent d’1,3 milliards, soit l’équivalent de la Chine. Et tous ceux qui se sont développés, les millions de personnes qui sont sortis de la pauvreté ces dernières décennies – les Chinois, les Indiens -, n’en sont jamais sortis par l’aide au développement. L’aide au développement va d’abord permettre à une classe moyenne qui émerge de migrer, de partir du continent. Toutes les volontés de fermer les frontières sont inutiles. Avec 6 milliards d’euros, les européens se sont achetés la paix de 2,5 millions de migrants, bloqués en Turquie. Mais c’est cynique de parler comme ça. Les gens passeront, par une porte ou une autre. C’est inévitable. Mettez-vous à la place des Africains qui voient de telles inégalités et qui pensent à leur vie ou à leurs enfants. Nous ferions pareil à leur place. Bien sûr qu’un moment l’Afrique arrivera à retenir ses forces vives. On oublie souvent qu’un tiers des européens partis en Amérique sont revenus en Europe. Ce n’est pas forcément le bonheur d’arriver en Europe, beaucoup de migrants sont déçus, et vous préférez toujours rester parmi les vôtres ». Stephen Smith
Le problème, c’est que quand vous aidez, dans un premier temps, vous créez un horizon qui est plus large: les gens commencent à penser qu’ils peuvent bouger puisqu’ils ont aussi les moyens – il faut plusieurs milliers d’euros pour entreprendre ce voyage – et donc ce ne sont pas les plus pauvres, les plus désespérés qui partent mais ceux qui commencent à sortir la tête de l’eau. Et c’est donc cet effet de seuil qui fait que dans un premier temps l’aide aide les gens à partir. Stephen Smith
Les pays du Nord subventionnent les pays du Sud, moyennant l’aide au développement, afin que les démunis puissent mieux vivre et – ce n’est pas toujours dit aussi franchement – rester chez eux. Or, ce faisant, les pays riches se tirent une balle dans le pied. En effet, du moins dans un premier temps, ils versent une prime à la migration en aidant des pays pauvres à atteindre le seuil de prospérité à partir duquel leurs habitants disposent des moyens pour partir et s’installer ailleurs. C’est l’aporie du « codéveloppement », qui vise à retenir les pauvres chez eux alors qu’il finance leur déracinement. Il n’y a pas de solution. Car il faut bien aider les plus pauvres, ceux qui en ont le plus besoin ; le codéveloppement avec la prospère île Maurice, sans grand risque d’inciter au départ, est moins urgent… Les cyniques se consoleront à l’idée que l’aide a rarement fait advenir le développement mais, plus souvent, servi de « rente géopolitique » à des alliés dans l’arrière-cour mondiale. Dans un reportage au long cours titré The Uninvited, « les hôtes indésirables », Jeremy Harding, l’un des rédacteurs en chef de la London Review of Books, a pointé avec ironie le dilemme du codéveloppement : « des pays nantis – par exemple, les pays membres de l’UE – qui espèrent décourager la migration depuis des régions très pauvres du monde par un transfert prudent de ressources (grâce à des accords bilatéraux, des annulations de dettes et ainsi de suite) ne devraient pas être trop déçus en découvrant au bout d’un certain temps que leurs initiatives ont échoué à améliorer les conditions de vie dans les pays ciblés. Car un pays qui réussirait effectivement à augmenter son PIB, le taux d’alphabétisation de ses adultes et l’espérance de vie – soit un mieux à tout point de vue – produirait encore plus de candidats au départ qu’un pays qui se contente de son enterrement en bas du tableau de l’économie mondiale. » Les premiers rayons de prospérité pourraient bien motiver un plus grand nombre d’Africains à venir en Europe. Pourquoi ? Les plus pauvres parmi les pauvres n’ont pas les moyens d’émigrer. Ils n’y pensent même pas. Ils sont occupés à joindre les deux bouts, ce qui ne leur laisse guère le loisir de se familiariser avec la marche du monde et, encore moins, d’y participer. À l’autre extrême, qui coïncide souvent avec l’autre bout du monde, les plus aisés voyagent beaucoup, au point de croire que l’espace ne compte plus et que les frontières auraient tendance à disparaître ; leur liberté de circuler – un privilège – émousse leur désir de s’établir ailleurs. Ce n’est pas le cas des « rescapés de la subsistance », qui peuvent et veulent s’installer sur une terre d’opportunités. L’Afrique émergente est sur le point de subir cet effet d’échelle : hier dépourvues des moyens pour émigrer, ses masses sur le seuil de la prospérité se mettent aujourd’hui en route vers le « paradis » européen. Stephen Smith
The problem of migration deaths has been created entirely by policy attempts to outlaw migration. (…) There should be no reason for Syrian refugees to be getting on these boats, except that there has been no proper pathway for safe refugee acceptance opened up. (…) It is the border controls that have forced migrants to take more dangerous routes, and that have made them more and more dependent on smugglers to cross borders. Smuggling is a reaction to border controls rather than a cause of migration in itself. Ironically, further toughening of border controls will therefore force migrants and refugees to take more risks and only increase their reliance on smugglers. Hein de Haas (Oxford University’s International Migration Institute)
 Stricter immigration policies might not be effective, because they deter potential legal migrants more than potential illegal migrants. Linguère Mously Mbaye
J’aimerais entendre des critiques contre la politique des réfugiés de Mme Merkel ailleurs qu’à l’AfD. Ahmad Mansour (écrivain allemand)
Si nous ne réduisons pas la taille de nos familles, notre pays continuera à souffrir de la pauvreté parce que les ressources disponibles ne pourront plus couvrir nos besoins. Jonathan Goodluck (ancien président nigérian)
Angela Merkel n’a pas mâché ses mots. Les images des manifestations à Chemnitz de ces deux derniers jours « n’ont pas leur place dans un Etat de droit », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse à Berlin avec son homologue croate. Évoquant les scènes d’agression d’étrangers par des sympathisants d’extrême droite dimanche à Chemnitz, la chancelière a parlé de « chasses collectives ». Plusieurs vidéos font état de manifestants remontés, pourchassant et s’en prenant physiquement à des étrangers le long du parcours. A l’origine de ce déferlement de haine, la mort d’un Allemand de 35 ans, poignardé dimanche matin en marge d’une fête locale. Les deux suspects de cet homicide, un Syrien de 22 ans et un Irakien de 23 ans, sont soupçonnés d’avoir « sans justification, à plusieurs reprises, porté des coups de couteau à la victime, à la suite d’une altercation », selon le Parquet. Des centaines de personnes s’étaient spontanément rassemblées pour appeler le gouvernement allemand à garantir « la sécurité des Allemands ». Une manifestation marquée par l’agression d’étrangers et de policiers. Lundi, un nouveau rassemblement à l’initiative de Pegida et de l’Alternative pour l’Allemagne (AFD) – deux formations politiques d’extrême droite – a réuni plus de 6000 sympathisants. Outre les violentes attaques dont ils ont fait l’objet, les policiers ont fait état de plusieurs manifestants faisant le salut hitlérien. Pour le parti social-démocrate, membre de la coalition gouvernementale d’Angela Merkel, ces manifestations s’inscrivent dans un contexte de raidissement idéologique au plan national et international. Pour l’extrême droite allemande, cet événement est l’occasion de mobiliser l’opinion contre l’immigration et la politique du gouvernement d’Angela Merkel, à qui elle reproche d’avoir laissé entrer plus d’un million de demandeurs d’asile venant notamment de Syrie et d’Irak, en 2015 et 2016. L’hebdomadaire allemand Der Spiegel va jusqu’à comparer ces démonstrations de force à « la situation de la République de Weimar ». Une référence au régime politique démocratique né en Allemagne dans le sillage de la Première Guerre mondiale, qui dut affronter régulièrement des tentatives de déstabilisation dans la rue et finit par disparaître lors de la prise du pouvoir d’Adolf Hitler en 1933. Le Figaro
The Mediterranean boat people have been coming for more than a decade, paying small fortunes to enter the continent aboard disturbingly overpacked vessels. They began arriving after Europe’s legal migration routes shut down in the 1990s, but never have their numbers been so large – or the death toll so high. When an estimated 850 people died in a single capsizing incident last weekend, driving this year’s toll to over 1,600 – 30 times higher than the toll for the same period last year – their fate became a continent-wide crisis, provoking an emergency European Union meeting on Thursday and an outraged response from across the political spectrum. (…) An unstoppable flood of desperate poor people fleeing Africa to a new life in Europe – that is the phrase uttered, in one form or another, by headline writers and politicians to summarize the crisis. Yet, every word of that sentence is wrong. And much of the current catastrophe, most of the drowning horrors, have been caused by the failure of policy-makers to understand how wrong those words are. (…) To understand why the crisis has become so acute in 2014 and 2015, it helps to understand why it was bad once before, a decade ago; and why it suddenly stopped, almost completely, for several years, then erupted again in 2011, virtually stopped again, then came back in its most dramatic form. It obviously isn’t unstoppable: It has stopped, several times. (…) There were two reasons: First, Italy struck deals with the Arab dictators of Tunisia and Libya, paying them generously to police their beaches. Second, the post-2008 economic crisis reduced demand sharply: Migrants don’t come when there are no jobs. (In fact, there was a net outflow of migrants from Europe back to Africa at the peak of the crisis.) There was a burst of activity on this route in 2011, when the dictators were overthrown and Arabs (often middle-class and educated) left for Europe. (…) And then it fell again to negligible levels in 2012, until the huge spike of 2014 and 2015. This was hardly a constant increase in people: It has stopped and started many times. Even in its worst years, the Mediterranean boat-people flow is only a small part of the migration picture: tens of thousands of entrants in a continent of half a billion people that receives three million immigrants a year. Most Africans living in Europe are fully legal, visa-carrying immigrants who arrive at airports. Even the majority of illegal African immigrants in Europe aren’t boat people: They’re legal visitors who’ve overstayed their visas. What has compounded the matter during the past 24 months has been the conflict in Syria. While only a fraction of people fleeing that country have attempted to go to Europe – the vast majority are encamped in Turkey, Jordan or Lebanon – that fraction has multiplied the numbers of boat people dramatically in 2014 and 2015. It now accounts for perhaps half of Mediterranean boat migrants (though the boat that was the subject of last weekend’s tragedy carried passengers almost entirely from sub-Saharan Africa). Refugees tend to be temporary (the much larger exodus of asylum seekers that confronted Western Europe during the Balkan wars of the 1990s – a population shift that seemed even more intractable – mostly returned to their countries after the conflicts ended), and are dealt with through different policies than are migrants. The most insidious notion is the one that holds that the Africans on the boats are starving villagers escaping famine and death. In fact, every boat person I’ve met has been ambitious, urban, educated, and, if not middle-class (though a surprising number are, as are an even larger number of Syrian refugees), then far from subsistence peasantry. They are very poor by European standards, but often comfortable by African and Middle Eastern ones. And no wonder: The boats cost upward of $2,000 to board (and you need more money to make a start in Europe). That’s a year’s income in many African countries. (…) Linguère Mously Mbaye, a scholar at the Bonn-based Institute for the Study of Labour, conducted a study of hundreds of people in Dakar, Senegal, who were planning to make the crossing to Europe. The migrants tended not to be very poor. And they tended to be well-connected in Europe: They knew large numbers of people from their home country already living in Europe and working in similar occupations. In other words, they were tied into « migration networks » that communicated information about employment, small-business, housing and migration opportunities. Migrants tend to choose their European destinations not according to culture, language or history, but according to the number of people from their network who are living there – and also according to the economic success of their destination country. The Syrian refugees are less tactical – and not as well linked into existing economies – than the Africans, but they, too, tend to come because they have connections to people or organizations in Europe.(…) Both major studies found that the Africans who get onto the boats are not running from something awful, but running toward a specific, chosen opportunity, in employment or small business. That’s a big reason that the boat-people flows have gone up and down so dramatically: Dr. de Haas’s studies found that the main driver of cross-Mediterranean migration is not any economic or political factor in Africa but « sustained demand [in Europe] for cheap labour in agriculture, services, and other informal sectors. » Even those who are fleeing – the Syrians, some Eritreans – are choosing where they flee based on a sense of opportunity. « You saw a lot more people coming into Europe from Africa in the 1960s and 1970s than you do now, » Dr. de Haas notes. But they didn’t make headlines – or die at sea – because they weren’t illegal. The big labour shortages that required migrants (mainly seasonal) were filled because most countries allowed Africans to come and go. (…) By cracking down on these informal and seasonal movements – something that began in the early 1990s with the formation of the EU – Europe turned migration into an all-or-nothing proposition: Once you were in Europe, legally or otherwise, you stayed, because you might not get in again. As a result, Africans now come in, do some agricultural or service work, and then knock around the continent, without opportunities, once they’re done. That’s the paradox of Europe’s response to the migrant crisis: By making entry tougher, it makes illegal entry more commonplace. (…) By turning migration into an all-or-nothing proposition, there’s a risk that a temporary refuge will become a permanent settlement. The flow of people back and forth between Africa and Europe has been a part of both continents’ economies for decades. Europe’s economies need their African workers, more than ever: Germany alone expects to lose seven million working-age people to demographic change, in a fast-growing economy with virtually no unemployment, in the next 10 years. By stopping that flow through ham-fisted measures, Europe’s governments have turned the legal into the illegal, the temporary into the permanent, the routine into the desperate, and a life-improving act into a death-delivering risk. A set of decisions that were bad for both continents’ economies has left thousands of bodies floating in the sea. The Globe and Mail
To see the crisis as an event that began in 2015 and ended the following year is a mistake, because it obscures the fact that the underlying causes have not changed. (…) The European Union has perhaps the world’s most complex system to deter unwanted migrants. Since the 1990s, as borders have come down within Europe, giving most EU citizens free movement and passport-free travel, its external frontier has become increasingly militarised. Amnesty International estimates that, between 2007-2013, before the crisis, the EU spent almost €2bn on fences, surveillance systems and patrols on land or at sea. (…) in 1990, according to research by the geographer Reece Jones, 15 countries had walls or fences on their border; by the beginning of 2016, that number had risen to almost 70. (…) The UN’s refugee agency, the UNHCR, says there are more people displaced by conflict in the world today than at any point since the second world war. This is true: an estimated 66 million people are currently displaced, either within their home countries or abroad. But 86% of these remain in the developing world, not in wealthy regions such as Europe. And despite recent conflicts, according to De Haas, refugees account for around 0.3% of the world’s population; a small and relatively stable proportion. The problem is one of resources and policy, not overwhelming numbers. (…) It is also important to recognise that the stories we consume are, for the most part, commodities produced by profit-making companies. Like other commodities, their production, value and demand are driven by market forces. This can harm those at the centre of the stories, distort our understanding of a crisis and even contribute to a sense of panic – which, in turn, provokes panicked responses from the authorities. Daniel Trilling
For the past several years, the German Federal Criminal Police Office (BKA) has released an annual situation report on crime across the country, with a special emphasis on criminality among immigrants. The term « immigrants » in this context includes; asylum-seekers; those who have been allowed to stay temporarily despite not having received asylum status; illegal immigrants; and refugees who have been brought into Germany on the basis of quotas. Suspects whose asylum applications have been approved are not included. At least one immigrant was indentified as a suspect in 3,404 of the sexual offenses committed in 2016. That’s more than twice as many cases as in the previous year (see graphic below). The increase proved especially dramatic in cases of sexual assault and the sexual abuse of children. « We, as the Bavarian police, take very seriously the fact that immigration influences people’s feeling of security, » says Harald Pickert, the leader of an expert panel in the state’s Interior Ministry, which has been investigating sex crimes that have taken place in the state over the last five years. The group is seeking to identify what might have changed and what has remained the same. It is looking to answers to questions like: Where are the crimes committed? Who are the perpetrators and who are the victims? Is there something that perpetrators typically have in common? The panel exists because Bavarian Interior Minister Joachim Herrmann announced shortly before the German federal election last September that the number of rapes and serious sexual abuses had risen in Bavaria during the first half of 2017 by 47.9 percent. He said 126 of the 685 crimes could be attributed to immigrants, 91 percent more than in the same period the previous year. The latter statistic roughly reflects the findings of the BKA, but the Bavarian crime statistics additionally count those who have been granted asylum as part of its figures for the category of immigrants. Pickert, 54, a deputy police commissioner in Bavaria, ties the rise in reports of sexual offenses to several factors. One is that many German citizens first learned that groping was a punishable offense following the debate over the Cologne attacks. And a change in the law in 2016 meant that groping is no longer solely punishable as an insult, but is now explicitly considered to be sexual harassment. Previously, groping had been absent from the statistics on sexual offenses maintained by police, but now such incidents are included. « It’s that and not some change in everyday reality that explains the sudden surge in the number of crimes reported, » Pickert explains. What is conspicuous in the statistics, however, is the fact that the number of suspected German sex-crime perpetrators has either stagnated or gone down, while the number of immigrants suspected of committing such crimes has increased significantly. This trend, Pickert claims, has been visible for five years. « It’s no wonder, » he adds, since more immigrants have arrived during that time. Futhermore, he says, when compared to the German population, immigrants are more frequently young and male and are more likely to live in a large city, lack education, be unemployed and have no income. « These can all be factors that promote criminal behavior. » During the first half of 2017, Pickert says, about one-fifth of all sex crimes were committed by immigrants living in refugee housing. About 20 percent of all victims were themselves refugees, he says. This means that, at least proportionally speaking, other refugees are at particular risk of becoming victims of sexual assaults by immigrants. So, what can be done to counter this development? « Just because a certain segment of the population is conspicuous for the number of sex crimes it commits doesn’t mean we need new answers, » argues Martin Rettenberger, the director of the Center for Criminology. He says that some of the immigrants come from societies where sex offenses are more rarely punished, where these kinds of crimes are committed more frequently. « But most people quickly adapt their behaviors to their new social environment, » Rettenberger says. « Social values and norms that were once internalized can still be changed. Arabs or Africans are not intrinsically more likely to commit assaults than Europeans. » In the United States, he notes, five times as many people are victims of intentional homicide than in Germany. « And yet nobody would say Americans are more violent than Germans. » What’s key, he believes, is the background of the individual. He notes that many sex offenders have impaired impulse control, often combined with low self-esteem. In a particularly high number of cases, perpetrators have unstable personalities or have suffered trauma — and many aren’t subject to the natural controls exerted by close social relationships, having fled to Germany on their own. Unsurprisingly, such factors are more present among refugees than among other segments of the population. The « only long-term solution, if we want safety, » Rettenberger argues, is sustainable integration: education, jobs and social assistance. « I can understand any citizen who doesn’t feel like investing more money into potential sexual offenders. But I expect more from the politicians. » Der Spiegel
Si nous regardons la question de l’emploi, nous voyons que, toutes catégories confondues, le nombre d’inscrits à Pôle Emploi s’élève à 6 255 800 personnes. Une économie en sous-emploi n’est pas en mesure d’absorber des millions de migrants. N’oublions pas que les vagues d’immigration des années 50-60 arrivaient dans une France en plein boom économique et où le chômage n’existait pas. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Mais surtout, l’immigration de masse pose un problème identitaire et culturel. L’Homme n’est pas qu’un homo economicus désincarné, sans histoire ni racines ; il est avant tout un être de culture. La culture européenne -fille de l’Antiquité, du judéo-christianisme et des Lumières- risque d’être submergée par des populations dont le mode de vie est incompatible avec le mode de vie européen et dont la présence massive sur notre sol ne peut aboutir qu’à des tensions. L’immigration de masse sape la cohérence, l’unité et la solidarité des sociétés occidentales. Au lieu d’une société unie, l’immigration fragmente le corps social en une multitude de communautés indifférentes, voire hostiles, les unes aux autres. Certains membres des minorités (pas tous heureusement!) refusent de s’intégrer et basculent dans la délinquance, leur haine de notre pays pouvant aller jusqu’au terrorisme. Cette crise identitaire risque bien de se transformer en crise politique. D’une part, on constate partout en Europe l’inquiétante progression des mouvements extrémistes – en Allemagne, en France, en Italie, en Grèce…. Ce phénomène politique est une conséquence directe de l’immigration. (…) Il y a quelque chose de paradoxal chez les bonnes âmes bien pensantes qui à la fois fustigent les partis extrémistes et soutiennent l’immigration. Cela est incohérent. En effet, c’est l’immigration qui nourrit les partis extrémistes et risque un jour de les amener au pouvoir. D’autre part, la crise migratoire risque de détruire l’Union européenne. 73 % des Européens considèrent que l’UE ne les protège pas. Partout, l’immigration favorise la montée des populismes. Au Royaume-Uni, le vote en faveur du Brexit s’explique en grande partie par le rejet de l’immigration. Les pays d’Europe centrale refusent tout diktat de Berlin leur enjoignant d’accepter des migrants sur son sol. L’Italie n’en peut plus, qui a vu plus de 70 000 migrants illégaux débarquer sur ses côtes depuis 2013. (…) Nous devons réduire massivement l’immigration. Pour atteindre cet objectif, nous devons reprendre le contrôle de nos frontières, suspendre le regroupement familial, lutter drastiquement contre l’immigration clandestine, rétablir la double peine. Toute personne étrangère qui commet un acte de violence ou connaît un début de criminalisation doit être aussitôt expulsée. Pour l’immigration illégale, terrorisons les passeurs en démantelant leurs réseaux, en menant des actions de guerre contre eux et en leur infligeant des peines drastiques lorsque nous les capturons. Montrons bien aux migrants que leur démarche est vaine en leur refusant systématiquement tout titre de séjour et toute aide sociale. Cela nous permettra d’arrêter l’appel d’air européen. Et faisons le savoir dans leurs pays pour décourager les tentatives. À cela doit s’ajouter, dans la plus pure tradition gaulliste, une politique humaniste, solidaire et active de codéveloppement avec les pays pauvres afin de leur permettre un développement économique, respectueux de l’environnement, créateur d’emplois et réducteur d’inégalités, de façon à réduire la tentation du départ. Nous devons aussi cesser les aventures néocoloniales dans les pays du Moyen-Orient. Sans la catastrophique Guerre en Irak en 2003, il n’y aurait pas eu Daech ni les hordes de migrants syriens et irakiens de l’été 2015. En Libye, Kadhafi n’était peut-être pas très sympathique, mais il nous rendait service en servant de verrou face à l’immigration. (…) Les nouvelles priorités sont limpides: reconstruire un État en Libye et aider ses forces armées à combattre les trafiquants d’êtres humains et à sécuriser ses frontières méridionales dans le Fezzan ; déployer, aux côtés de la marine nationale de Libye, et dans ses eaux territoriales, des navires de surveillance européens capables de ramener les naufragés ou les dinghies surchargés d’êtres humains vers leur rivage d’origine. Le littoral libyen était naguère équipé de radars de surveillance que l’Union européenne avait financés. Ils furent détruits par des frappes franco-britanniques durant la guerre de 2011 contre le régime de Kadhafi. La coopération militaire, policière, humanitaire, avec les autres États d’Afrique du nord doit évidemment se poursuivre. En Afrique noire, il faut en même temps accroître l’aide économique de l’Union européenne et la soumettre à condition. Tout d’abord, il faut être sûr que cette aide bénéficie bien aux populations et ne soit pas détournée par des administrations ou des gouvernements corrompus. Ensuite, il faut lier cette aide, c’est-à-dire la conditionner, à la mise en place d’un planning familial efficace. Soixante ans de coopération technique européenne avec l’Afrique n’ont pas réussi à y greffer le concept pourtant élémentaire de planning familial. (…) Le but de cette aide n’est pas d’industrialiser l’Afrique (ce qui ne ferait qu’augmenter les déséquilibres et donc accroître l’immigration) mais de développer des projets locaux, respectueux des sociétés traditionnelles (microcrédit, circuits courts, agriculture vivrière, biologique et équitable…). (…) C’est un jeu auquel tout le monde perd. Le trafic d’êtres humains sur lequel repose aujourd’hui l’immigration africaine est profondément délétère à la fois pour les États africains et pour les États européens. Comme je l’ai dit, l’Europe y perd sur les plans économique, culturel, sécuritaire et identitaire. L’Afrique y perd, car elle se vide de sa sève. L’émigration prive l’Afrique d’une jeunesse intelligente, entreprenante et débrouillarde. Car les 3000 euros qu’il faut payer pour le trajet y représentent une somme considérable à rassembler. Dans les pays du Continent noir, c’est un beau capital de départ pour créer une affaire, pour creuser un puits dans un village, ou pour monter une installation photovoltaïque. Bien souvent, les migrants ne sont pas les plus pauvres mais des membres de la petite classe moyenne. Dans les pays de transition comme le Niger, le trafic attire des jeunes pressés de faire fortune, les éloignant de l’élevage, de l’agriculture, de l’artisanat. Il n’est pas sain que les villages africains vivent dans l’attente des mandats qu’envoient ou qu’enverront les migrants une fois arrivés en Europe, plutôt que de chercher à se développer par eux-mêmes. Il est vital que les aides financières de l’Union européenne pour le Sahel et l’Afrique centrale aillent dans des actions qui combattent l’économie de trafic, mais aussi dans des projets agricoles ou énergétiques capables de fixer les populations sur leurs terres ancestrales. Enfin, les migrants eux-mêmes sont perdants. Ils déboursent de l’argent pour voir leurs rêves déçus. Ils attendaient le Paradis et se retrouvent perdus dans des pays où leur situation est très difficile. Les seuls gagnants, ce sont les passeurs. (…) Les passeurs sont des bandes mafieuses sans scrupule, qui promettent monts et merveilles aux migrants avant de se livrer aux pires exactions sur eux (escroquerie, racket, violences, viols, abandon en pleine mer…). Aujourd’hui, ce sont les mêmes réseaux mafieux qui procèdent indifféremment au trafic d’armes (destinées aux djihadistes), à l’acheminement de la drogue vers l’Europe, au trafic des êtres humains. Les passeurs – ces nouveaux Barbaresques – ont une méthode éprouvée. Ils entassent les candidats aux voyages dans des canots pneumatiques de fortune ; ils les poussent jusqu’aux eaux internationales à 12 nautiques du rivage libyen ; ensuite ils émettent un SOS ou appellent un centre de secours italien pour indiquer qu’un naufrage est imminent ; puis ils s’en retournent dans leurs repaires, abandonnant à leur sort leurs malheureux passagers, souvent sans eau douce ni nourriture. Le reste du voyage ne coûte plus rien aux passeurs, puisqu’il est pris en charge par les navires des marines ou des ONG européennes. Pourquoi ces derniers ne ramènent pas simplement les naufragés vers les ports les plus proches du littoral libyen? Parce qu’ils considèrent qu’il s’agirait d’un refoulement contraire au droit humanitaire international. Les nouveaux Barbaresques le savent bien, qui sont passés maîtres dans l’art d’exploiter le vieux sentiment de charité chrétienne de cette Europe si riche, si bien organisée, si sociale. (…) Sans le vouloir, certaines ONG participent, de manière gratuite, à un immense trafic, qui a dépassé depuis longtemps en chiffre d’affaires le trafic de stupéfiants. Les ONG détournent le droit d’asile. Le meilleur moyen de s’installer en Europe pour un immigré illégal est de se faire passer pour un réfugié politique et d’invoquer le droit d’asile. Celui-ci a été forgé par les Français de 1789 pour accueillir les étrangers persécutés dans leurs pays pour avoir défendu les idéaux de la Révolution française. Le droit d’asile ne peut concerner que des individus, et non pas des groupes. Il ne peut s’appliquer qu’à des gens engagés politiquement et visés personnellement à cause de leur engagement. Il ne saurait valoir pour des gens qui fuient la misère ou même la guerre. Or, on assiste aujourd’hui à un détournement massif du droit d’asile, car l’écrasante majorité des réfugiés sont des réfugiés économiques. Une fois qu’il a mis le pied sur le sol européen, le migrant sait qu’il pourra y rester à loisir, car les reconduites forcées vers l’Afrique sont statistiquement rares. Pour comprendre le problème des ONG, il faut revenir à la distinction du sociologue allemand Max Weber entre éthique de conviction et éthique de responsabilité. Ceux qui agissent selon une éthique de conviction sont certains d’eux-mêmes et agissent doctrinalement. Ils suivent des principes sans regarder les conséquences de leurs actes. Au contraire, l’éthique de responsabilité repose sur le réalisme, le pragmatisme et l’acceptation de répondre aux conséquences de ses actes. Aujourd’hui, les ONG qui viennent au secours des migrants sont dans l’éthique de conviction. Elles déposent les migrants sur les côtes italiennes et s’offrent un frisson narcissique en jouant au sauveteur. Mais après elles n’assurent pas la suite du service: elles ne se demandent pas ce que devient le migrant en question ni quelles sont les conséquences politiques et culturelles de ces migrations sur l’Europe. Pour sortir de la facilité, les membres des ONG devraient héberger eux-mêmes les migrants, les éduquer, leur trouver du travail. Peut-être auraient-ils une autre attitude (…) L’arrivée incontrôlée et en masse de migrants peu au fait de la culture européenne déstabilise profondément les États de l’UE, comme on l’a vu avec le vote référendaire britannique et le vote législatif italien. Dans les années cinquante et soixante, les peuples européens se sont exprimés par les urnes pour accepter les indépendances des ex-colonies. En revanche on ne les a jamais consultés démocratiquement sur l’immigration, qui est le phénomène social le plus important qu’ils aient connu depuis la seconde guerre mondiale. En France, la décision d’État la plus importante du dernier demi-siècle porte aussi sur la question migratoire. C’est le regroupement familial. Il a changé le visage de la société française. Il est fascinant qu’une décision aussi cruciale ait été prise sans le moindre débat démocratique préalable. Il s’agit d’un décret simple d’avril 1976, signé par le Premier ministre Jacques Chirac et contresigné par Paul Dijoud. Ce ne fut donc ni un sujet de débat, ni l’objet d’un référendum, ni une loi discutée par des représentants élus, ni même un décret discuté en Conseil des Ministres, mais un décret simple comme le Premier Ministre en prend chaque jour sur des sujets anodins. Cette mesure provoqua immédiatement un afflux très important de jeunes personnes en provenance de nos anciennes colonies d’Afrique du nord. Consultés par référendum par le général de Gaulle – qui ne voulait pas d’un «Colombey-les-deux-Mosquées» -, les Français ont accepté, en 1962, de se séparer de leurs départements d’Algérie, où une insurrection arabe brandissant le drapeau de l’islam avait surgi huit ans auparavant. Cinquante-six ans plus tard, ils voient les titres inquiets de leurs journaux: «450 islamistes vont être libérés de prison!». Ils s’aperçoivent alors qu’on leur a imposé en France une société multiculturelle, sans qu’ils l’aient réellement choisie. Jamais les Français ne furent interrogés sur l’immigration de masse, le multiculturalisme et le regroupement familial. De même, Angela Merkel (qui avait pourtant reconnu l’échec du multiculturalisme allemand en 2010) n’a pas jugé bon de consulter son peuple lorsqu’elle déclara unilatéralement que l’Allemagne accueillerait 800 000 migrants. Pourtant il s’agit là de choses fondamentales qui concernent à la fois la vie quotidienne des citoyens et l’identité profonde du pays. (…) dans une démocratie qui fonctionne, le minimum est que la population soit consultée sur l’ampleur du multiculturalisme qu’elle aura ensuite à gérer sur le long terme. Renaud Girard

Attention: un déni peut en cacher un autre !

A l’heure où déjà submergée par l’arrivée massive des millions de migrants des années 2015-2016 …

Une Europe de plus en plus divisée voit ses dirigeants dénoncer la haine qu’ils ont eux-mêmes semée chez leurs concitoyens par leur laxisme immigrationniste …

Qui rappelle que des ONG occidentales s’engagent désormais ouvertement pour faciliter – avec les risques de mortalité accrue que l’on sait pour les migrants – la tâche des passeurs et des mafias qui approvisionnent en chair fraiche les rues et les eros centers allemands ou italiens …

Qui s’étonne que fuyant la « misère sexuelle » et attirés par « l’impudeur et la luxure de l’Occident » tant de jeunes « réfugiés » musulmans hésitent à gagner ces pays arabes riches qui pourtant leur tendent les bras …

Qui ose encore dire avec l’éditorialiste du Figaro Renaud Girard

Au-delà de son obsession de la guerre d’Irak dont ce n’est pas tant l’invasion (par Bush) mais son abandon (par Obama) qui a généré l’Etat islamique…

Et contre l’angélisme de nos belles âmes et les intérêts bien compris de nos industriels en manque de main d’oeuvre bon marché pour qui, oubliant commodément – entre deux attaques au couteau ou à la voiture-bélier de « déséquilibrés » – les coûts annexes sociaux et culturels, ce sont les frontières qui créent les problèmes

Non seulement le scénario perdant-perdant qu’est devenue, entre une Afrique incapable de contrôler sa démographie qui se vide de ses forces vives et une Europe déstabilisée sur les plans économique, culturel, sécuritaire et identitaire, l’immigration de masse incontrôlée …

Mais le véritable déni de démocratie que constitue, de la part de nos dirigeants et élites protégés, son imposition à l’ensemble des populations qui doivent désormais en subir les conséquences ?

Renaud Girard : « L’immigration de masse est un scénario perdant-perdant »
Jean-Loup Bonnamy/Renaud Girard
31/08/2018
FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Alors que la question de la crise migratoire occupe l’espace médiatique et le débat public, Renaud Girard analyse les conséquences de l’immigration massive sur les pays d’Europe comme ceux d’Afrique.

Renaud Girard est correspondant de guerre et chroniqueur international du Figaro.
FIGAROVOX.- Aujourd’hui, le continent africain connaît une explosion démographique et l’Europe vieillit. Pourquoi ne pas tout simplement accepter l’immigration?

Renaud GIRARD.- Il est évident que les pays européens n’ont plus les moyens économiques, sociaux et politiques d’accueillir toute la misère du monde.

Prenons le cas de la France. Si nous regardons la question de l’emploi, nous voyons que, toutes catégories confondues, le nombre d’inscrits à Pôle Emploi s’élève à 6 255 800 personnes. Une économie en sous-emploi n’est pas en mesure d’absorber des millions de migrants. N’oublions pas que les vagues d’immigration des années 50-60 arrivaient dans une France en plein boom économique et où le chômage n’existait pas. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Mais surtout, l’immigration de masse pose un problème identitaire et culturel. L’Homme n’est pas qu’un homo economicus désincarné, sans histoire ni racines ; il est avant tout un être de culture. La culture européenne -fille de l’Antiquité, du judéo-christianisme et des Lumières- risque d’être submergée par des populations dont le mode de vie est incompatible avec le mode de vie européen et dont la présence massive sur notre sol ne peut aboutir qu’à des tensions. L’immigration de masse sape la cohérence, l’unité et la solidarité des sociétés occidentales. Au lieu d’une société unie, l’immigration fragmente le corps social en une multitude de communautés indifférentes, voire hostiles, les unes aux autres. Certains membres des minorités (pas tous heureusement!) refusent de s’intégrer et basculent dans la délinquance, leur haine de notre pays pouvant aller jusqu’au terrorisme.

Cette crise migratoire peut-elle avoir de graves conséquences politiques?

Cette crise identitaire risque bien de se transformer en crise politique.

D’une part, on constate partout en Europe l’inquiètante progression des mouvements extrêmistes – en Allemagne, en France, en Italie, en Grèce…. Ce phénomène politique est une conséquence directe de l’immigration. Dans les années 70, le Front National était un obscur groupuscule de nostalgiques de l’Algérie française. Sa percée électorale à partir du début des années 80 s’explique par l’immigration massive et les craintes qu’elle suscite. Il y a quelque chose de paradoxal chez les bonnes âmes bien pensantes qui à la fois fustigent les partis extrêmistes et soutiennent l’immigration. Cela est incohérent. En effet, c’est l’immigration qui nourrit les partis extrêmistes et risque un jour de les amener au pouvoir.

D’autre part, la crise migratoire risque de détruire l’Union européenne. 73 % des Européens considèrent que l’UE ne les protège pas. Partout, l’immigration favorise la montée des populismes. Au Royaume-Uni, le vote en faveur du Brexit s’explique en grande partie par le rejet de l’immigration. Les pays d’Europe centrale refusent tout diktat de Berlin leur enjoignant d’accepter des migrants sur son sol. L’Italie n’en peut plus, qui a vu plus de 70 000 migrants illégaux débarquer sur ses côtes depuis 2013.

Sa générosité a des limites. Son nouveau ministre de l’Intérieur a prévenu que l’Europe institutionnelle jouait son existence même sur la question migratoire. Venant de la part d’un pays fondateur du Marché commun, c’est un message qu’il faut prendre au sérieux.

Mais alors comment s’y prendre concrètement pour régler le problème migratoire?

Nous devons réduire massivement l’immigration.

Pour atteindre cet objectif, nous devons reprendre le contrôle de nos frontières, suspendre le regroupement familial, lutter drastiquement contre l’immigration clandestine, rétablir la double peine. Toute personne étrangère qui commet un acte de violence ou connaît un début de criminalisation doit être aussitôt expulsée.

Pour l’immigration illégale, terrorisons les passeurs en démantelant leurs réseaux, en menant des actions de guerre contre eux et en leur infligeant des peines drastiques lorsque nous les capturons. Montrons bien aux migrants que leur démarche est vaine en leur refusant systématiquement tout titre de séjour et toute aide sociale. Cela nous permettra d’arrêter l’appel d’air européen. Et faisons le savoir dans leurs pays pour décourager les tentatives.

À cela doit s’ajouter, dans la plus pure tradition gaulliste, une politique humaniste, solidaire et active de codéveloppement avec les pays pauvres afin de leur permettre un développement économique, respectueux de l’environnement, créateur d’emplois et réducteur d’inégalités, de façon à réduire la tentation du départ.

Nous devons aussi cesser les aventures néocoloniales dans les pays du Moyen-Orient. Sans la catastrophique Guerre en Irak en 2003, il n’y aurait pas eu Daech ni les hordes de migrants syriens et irakiens de l’été 2015. En Libye, Kadhafi n’était peut-être pas très sympathique, mais il nous rendait service en servant de verrou face à l’immigration.

De manière plus précise, quelles sont les priorités pour faire face à l’afflux de migrants africains traversant la Méditerranée depuis les côtes libyennes?

Les nouvelles priorités sont limpides: reconstruire un État en Libye et aider ses forces armées à combattre les trafiquants d’êtres humains et à sécuriser ses frontières méridionales dans le Fezzan ; déployer, aux côtés de la marine nationale de Libye, et dans ses eaux territoriales, des navires de surveillance européens capables de ramener les naufragés ou les dinghies surchargés d’êtres humains vers leur rivage d’origine. Le littoral libyen était naguère équipé de radars de surveillance que l’Union européenne avait financés. Ils furent détruits par des frappes franco-britanniques durant la guerre de 2011 contre le régime de Kadhafi. La coopération militaire, policière, humanitaire, avec les autres États d’Afrique du nord doit évidemment se poursuivre.

En Afrique noire, il faut en même temps accroître l’aide économique de l’Union européenne et la soumettre à condition. Tout d’abord, il faut être sûr que cette aide bénéficie bien aux populations et ne soit pas détournée par des administrations ou des gouvernements corrompus. Ensuite, il faut lier cette aide, c’est-à-dire la conditionner, à la mise en place d’un planning familial efficace. Soixante ans de coopération technique européenne avec l’Afrique n’ont pas réussi à y greffer le concept pourtant élémentaire de planning familial.

«Si nous ne réduisons pas la taille de nos familles, notre pays continuera à souffrir de la pauvreté parce que les ressources disponibles ne pourront plus couvrir nos besoins», a reconnu Jonathan Goodluck, ancien président (2010-2015) du Nigeria. C’est de ce pays aux richesses naturelles fabuleuses, mais mal gérées et mal partagées depuis l’indépendance en 1960, que proviennent aujourd’hui le plus grand nombre de ces jeunes immigrants illégaux qui essaient par tous les moyens d’atteindre les rivages du nord de la Méditerranée. Le Nigeria comptait 34 millions d’habitants en 1960. Il en compte aujourd’hui presque 200 millions. Enfin, il faut orienter cette aide vers un développement de projets agricoles et énergétiques concrets, capables de nourrir et retenir chez elles les familles africaines. Le but de cette aide n’est pas d’industrialiser l’Afrique (ce qui ne ferait qu’augmenter les déséquilibres et donc accroître l’immigration) mais de développer des projets locaux, respectueux des sociétés traditionnelles (microcrédit, circuits courts, agriculture vivrière, biologique et équitable…).

Vous dites que l’immigration de masse est un «scénario perdant-perdant». Pouvez-nous nous expliquer ce concept?

C’est un jeu auquel tout le monde perd. Le trafic d’êtres humains sur lequel repose aujourd’hui l’immigration africaine est profondément délétère à la fois pour les États africains et pour les États européens.

Comme je l’ai dit, l’Europe y perd sur les plans économique, culturel, sécuritaire et identitaire.

L’Afrique y perd, car elle se vide de sa sève. L’émigration prive l’Afrique d’une jeunesse intelligente, entreprenante et débrouillarde. Car les 3000 euros qu’il faut payer pour le trajet y représentent une somme considérable à rassembler. Dans les pays du Continent noir, c’est un beau capital de départ pour créer une affaire, pour creuser un puits dans un village, ou pour monter une installation photovoltaïque. Bien souvent, les migrants ne sont pas les plus pauvres mais des membres de la petite classe moyenne. Dans les pays de transition comme le Niger, le trafic attire des jeunes pressés de faire fortune, les éloignant de l’élevage, de l’agriculture, de l’artisanat. Il n’est pas sain que les villages africains vivent dans l’attente des mandats qu’envoient ou qu’enverront les migrants une fois arrivés en Europe, plutôt que de chercher à se développer par eux-mêmes. Il est vital que les aides financières de l’Union européenne pour le Sahel et l’Afrique centrale aillent dans des actions qui combattent l’économie de trafic, mais aussi dans des projets agricoles ou énergétiques capables de fixer les populations sur leurs terres ancestrales.

Enfin, les migrants eux-mêmes sont perdants. Ils déboursent de l’argent pour voir leurs rêves déçus. Ils attendaient le Paradis et se retrouvent perdus dans des pays où leur situation est très difficile.

Les seuls gagnants, ce sont les passeurs.

Justement, parmi les acteurs centraux de cette immigration illégale, il y a les passeurs…

Les passeurs sont des bandes mafieuses sans scrupule, qui promettent monts et merveilles aux migrants avant de se livrer aux pires exactions sur eux (escroquerie, racket, violences, viols, abandon en pleine mer…).

Aujourd’hui, ce sont les mêmes réseaux mafieux qui procèdent indifféremment au trafic d’armes (destinées aux djihadistes), à l’acheminement de la drogue vers l’Europe, au trafic des êtres humains.

Les passeurs – ces nouveaux Barbaresques – ont une méthode éprouvée. Ils entassent les candidats aux voyages dans des canots pneumatiques de fortune ; ils les poussent jusqu’aux eaux internationales à 12 nautiques du rivage libyen ; ensuite ils émettent un SOS ou appellent un centre de secours italien pour indiquer qu’un naufrage est imminent ; puis ils s’en retournent dans leurs repaires, abandonnant à leur sort leurs malheureux passagers, souvent sans eau douce ni nourriture. Le reste du voyage ne coûte plus rien aux passeurs, puisqu’il est pris en charge par les navires des marines ou des ONG européennes. Pourquoi ces derniers ne ramènent pas simplement les naufragés vers les ports les plus proches du littoral libyen? Parce qu’ils considèrent qu’il s’agirait d’un refoulement contraire au droit humanitaire international. Les nouveaux Barbaresques le savent bien, qui sont passés maîtres dans l’art d’exploiter le vieux sentiment de charité chrétienne de cette Europe si riche, si bien organisée, si sociale.

Quel regard portez-vous sur les ONG?

Sans le vouloir, certaines ONG participent, de manière gratuite, à un immense trafic, qui a dépassé depuis longtemps en chiffre d’affaires le trafic de stupéfiants.

Les ONG détournent le droit d’asile. Le meilleur moyen de s’installer en Europe pour un immigré illégal est de se faire passer pour un réfugié politique et d’invoquer le droit d’asile. Celui-ci a été forgé par les Français de 1789 pour accueillir les étrangers persécutés dans leurs pays pour avoir défendu les idéaux de la Révolution française. Le droit d’asile ne peut concerner que des individus, et non pas des groupes. Il ne peut s’appliquer qu’à des gens engagés politiquement et visés personnellement à cause de leur engagement. Il ne saurait valoir pour des gens qui fuient la misère ou même la guerre. Or, on assiste aujourd’hui à un détournement massif du droit d’asile, car l’écrasante majorité des réfugiés sont des réfugiés économiques. Une fois qu’il a mis le pied sur le sol européen, le migrant sait qu’il pourra y rester à loisir, car les reconduites forcées vers l’Afrique sont statistiquement rares.

Pour comprendre le problème des ONG, il faut revenir à la distinction du sociologue allemand Max Weber entre éthique de conviction et éthique de responsabilité. Ceux qui agissent selon une éthique de conviction sont certains d’eux-mêmes et agissent doctrinalement. Ils suivent des principes sans regarder les conséquences de leurs actes. Au contraire, l’éthique de responsabilité repose sur le réalisme, le pragmatisme et l’acceptation de répondre aux conséquences de ses actes.

Aujourd’hui, les ONG qui viennent au secours des migrants sont dans l’éthique de conviction. Elles déposent les migrants sur les côtes italiennes et s’offrent un frisson narcissique en jouant au sauveteur. Mais après elles n’assurent pas la suite du service: elles ne se demandent pas ce que devient le migrant en question ni quelles sont les conséquences politiques et culturelles de ces migrations sur l’Europe. Pour sortir de la facilité, les membres des ONG devraient héberger eux-mêmes les migrants, les éduquer, leur trouver du travail. Peut-être auraient-ils une autre attitude.

Bien sûr, la compassion et la bienveillance sont des valeurs cardinales. Il n’est pas envisageable de laisser des gens se noyer en mer quand un navire les croise. Il faut les sauver. Mais il faut ensuite les redéposer sur les côtes libyennes, leur point de départ. Puisque de toute façon, leur présence en Europe est illégale.

Pourquoi les politiques migratoires européennes sont-elles selon vous un «déni de démocratie»?

L’arrivée incontrôlée et en masse de migrants peu au fait de la culture européenne déstabilise profondément les États de l’UE, comme on l’a vu avec le vote référendaire britannique et le vote législatif italien. Dans les années cinquante et soixante, les peuples européens se sont exprimés par les urnes pour accepter les indépendances des ex-colonies. En revanche on ne les a jamais consultés démocratiquement sur l’immigration, qui est le phénomène social le plus important qu’ils aient connu depuis la seconde guerre mondiale.

En France, la décision d’État la plus importante du dernier demi-siècle porte aussi sur la question migratoire. C’est le regroupement familial. Il a changé le visage de la société française. Il est fascinant qu’une décision aussi cruciale ait été prise sans le moindre débat démocratique préalable. Il s’agit d’un décret simple d’avril 1976, signé par le Premier ministre Jacques Chirac et contresigné par Paul Dijoud. Ce ne fut donc ni un sujet de débat, ni l’objet d’un référendum, ni une loi discutée par des représentants élus, ni même un décret discuté en Conseil des Ministres, mais un décret simple comme le Premier Ministre en prend chaque jour sur des sujets anodins. Cette mesure provoqua immédiatement un afflux très important de jeunes personnes en provenance de nos anciennes colonies d’Afrique du nord.

Consultés par référendum par le général de Gaulle – qui ne voulait pas d’un «Colombey-les-deux-Mosquées» -, les Français ont accepté, en 1962, de se séparer de leurs départements d’Algérie, où une insurrection arabe brandissant le drapeau de l’islam avait surgi huit ans auparavant. Cinquante-six ans plus tard, ils voient les titres inquiets de leurs journaux: «450 islamistes vont être libérés de prison!». Ils s’aperçoivent alors qu’on leur a imposé en France une société multiculturelle, sans qu’ils l’aient réellement choisie. Jamais les Français ne furent interrogés sur l’immigration de masse, le multiculturalisme et le regroupement familial.

De même, Angela Merkel (qui avait pourtant reconnu l’échec du multiculturalisme allemand en 2010) n’a pas jugé bon de consulter son peuple lorsqu’elle déclara unilatéralement que l’Allemagne accueillerait 800 000 migrants. Pourtant il s’agit là de choses fondamentales qui concernent à la fois la vie quotidienne des citoyens et l’identité profonde du pays.

La démocratie ne consiste-t-elle pas à interroger les populations sur les choses les plus importantes? La démocratie ne sert-elle pas à ce que les peuples puissent décider librement de leurs destins? On peut fort bien soutenir que le brassage culturel enrichit les sociétés modernes. Mais, dans une démocratie qui fonctionne, le minimum est que la population soit consultée sur l’ampleur du multiculturalisme qu’elle aura ensuite à gérer sur le long terme.

Voir aussi:

L’identité allemande plus divisée que jamais
L’identité allemande plus divisée que jamais
Madeleine Rouot

Les Echos

30/08/2018

DANS LA PRESSE ETRANGERE: Selon le « Spiegel », l’Allemagne souffre d’une crise identitaire, avec deux courants antagonistes : les « tolérants excessifs » et les « nationalistes alarmistes ».
« Hitler est-il vraiment de retour ? », s’interroge le « Spiegel », préoccupé par l’état de l’identité allemande après les manifestations d’extrême droite anti-immigration en début de semaine. « Pas Hitler lui-même… », répond Timur Vermes, écrivain allemand interrogé par le magazine allemand, « … mais l’AfD [le parti nationaliste Alternative pour l’Allemagne, NDLR] n’a aucun problème avec le fait qu’un grand nombre de ses partisans soient nazis ».

La peur d’un retour en force du national-socialisme est de plus en plus récurrente dans les milieux de gauche dont fait partie l’écrivain. Mais c’est « un milieu qui entretient exactement le genre de polarisation qu’elle accuse la droite de créer », analyse l’article. Elle cultive une forme d’arrogance morale, où tous ceux qui critiquent les réfugiés sont perçus comme « extrémistes » ou « ultranationalistes ». « J’aimerais entendre des critiques contre la politique des réfugiés de Mme Merkel ailleurs qu’à l’AfD », confie Ahmad Mansour, un écrivain allemand. Mais le sujet est devenu tabou et inabordable dans les milieux centristes. La gauche allemande aurait donc, elle aussi, une part de responsabilité dans l’essor des mouvements radicaux.

Le débat sur l’intégration n’implique aujourd’hui plus que deux courants de pensée : d’un côté « les tolérants excessifs », gardant en mémoire les ravages du nazisme, et de l’autre « les alarmistes » nationalistes, qui réagissent violemment à l’impression d’un afflux migratoire. L’Allemagne devient « un pays où la communication politique n’est plus que prise de position idéologique » entre moralisateurs et nationalistes, affirme l’article. Ce qui apporte finalement peu de solutions concrètes pour l’avenir du pays.

Voir également:

Manifestations anti-migrants en Allemagne : Merkel dénonce «la haine de la rue»
International|V.I.A avec AFP

Le Parisien

28 août 2018

La chancelière a réagi aux incidents survenus dimanche et lundi à Chemnitz, lors de manifestations d’extrême droite contre les étrangers.
Angela Merkel n’a pas mâché ses mots. Les images des manifestations à Chemnitz de ces deux derniers jours « n’ont pas leur place dans un Etat de droit », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse à Berlin avec son homologue croate.

De l’émoi à la haine
Évoquant les scènes d’agression d’étrangers par des sympathisants d’extrême droite dimanche à Chemnitz, la chancelière a parlé de « chasses collectives ». Plusieurs vidéos font état de manifestants remontés, pourchassant et s’en prenant physiquement à des étrangers le long du parcours.

A l’origine de ce déferlement de haine, la mort d’un Allemand de 35 ans, poignardé dimanche matin en marge d’une fête locale. Les deux suspects de cet homicide, un Syrien de 22 ans et un Irakien de 23 ans, sont soupçonnés d’avoir « sans justification, à plusieurs reprises, porté des coups de couteau à la victime, à la suite d’une altercation », selon le Parquet. Des centaines de personnes s’étaient spontanément rassemblées pour appeler le gouvernement allemand à garantir « la sécurité des Allemands ». Une manifestation marquée par l’agression d’étrangers et de policiers.

Lundi, un nouveau rassemblement à l’initiative de Pegida et de l’Alternative pour l’Allemagne (AFD) – deux formations politiques d’extrême droite – a réuni plus de 6000 sympathisants. Outre les violentes attaques dont ils ont fait l’objet, les policiers ont fait état de plusieurs manifestants faisant le salut hitlérien.

Le réveil des radicalités
Pour le parti social-démocrate, membre de la coalition gouvernementale d’Angela Merkel, ces manifestations s’inscrivent dans un contexte de raidissement idéologique au plan national et international. Pour l’extrême droite allemande, cet événement est l’occasion de mobiliser l’opinion contre l’immigration et la politique du gouvernement d’Angela Merkel, à qui elle reproche d’avoir laissé entrer plus d’un million de demandeurs d’asile venant notamment de Syrie et d’Irak, en 2015 et 2016.

L’hebdomadaire allemand Der Spiegel va jusqu’à comparer ces démonstrations de force à « la situation de la République de Weimar ». Une référence au régime politique démocratique né en Allemagne dans le sillage de la Première Guerre mondiale, qui dut affronter régulièrement des tentatives de déstabilisation dans la rue et finit par disparaître lors de la prise du pouvoir d’Adolf Hitler en 1933.

« Une menace pour la cohésion de nos sociétés »
Pour le chef de la diplomatie, Heiko Maas, ce sursaut d’extrême droite doit être pris au sérieux : « Il représente une menace pour la cohésion de nos sociétés. Nous devons tout faire pour défendre […] la démocratie et la liberté, pas seulement à Chemnitz, mais partout dans le monde ». Josef Schuster, le chef du Comité central des Juifs en Allemagne, a lui aussi exprimé ses inquiétudes, jugeant que « chaque citoyen avait le devoir de s’élever contre les mouvances d’extrême droite ».

Mardi après-midi, une nouvelle manifestation prévue à Dresde, où l’extrême droite est fortement implantée, n’a rencontré que peu d’écho.

Voir encore:

Crime families have cashed in on the ‘refugee industry’.

Barbie Latza Nadeau

Joy, a young Nigerian woman, was standing in the street outside the sprawling, overcrowded Cara di Mineo reception centre for asylum seekers in central Sicily, waiting for someone to pick her up when I met her. It was late summer 2016, and the weather was still hot. She said she was 18, but looked much younger. She was wearing a faded denim jacket over a crisp white T-shirt and tight jeans, and six or seven strings of colourful beads were wrapped around her neck. A gold chain hung from her left wrist, a gift from her mother.

As we spoke, a dark car came into view and she took a couple of steps away from me to make sure whoever was driving saw her, and saw that she was alone. There were a handful of other migrants loitering along the road. The approaching car didn’t slow down, so Joy came back over to me and carried on our conversation.

The oldest of six children, Joy (not her real name) told me she had left her family in a small village in Edo state in Nigeria at the age of 15, and gone to work for a wealthy woman who owned a beauty salon in Benin City. She had since come to suspect that her parents had sold her to raise money for their younger children. “They probably had no choice,” she said as she looked down the road toward the thick citrus groves that hid the coming traffic.

There were six other girls who worked for the woman, whom Joy said they called their maman, meaning “mother”. When Joy turned 16, she went through a ceremony that bound her to the maman by a curse: if she disobeyed the maman, her family would die. A few weeks later, she was told she was moving to Italy, where she would work for her maman’s sister. She believed she would be working in a hair salon. She was given €45 (£40) and a phone number to call once she got to Italy – but no name, no address, and no documents.

Joy’s new life would turn out to be nothing like what she had expected. Instead of working for a hairdresser, she fell into the trap set by traffickers who lure women into slavery and prostitution. More than 80% of women brought to Europe from Nigeria are unknowingly “sponsored” by sex traffickers who have paid for their journey, according to the International Organization for Migration (IOM). The rest will have paid the smugglers to get them to Europe, but once they get there, will be unlikely to escape the sex-trafficking rings.

After an appalling journey, via Tripoli, which took nearly three weeks, Joy arrived at the port of Augusta on Sicily’s east coast. She had no papers or passport. All she had was an Italian phone number, which her maman had stitched into the sleeve of her jacket. When the migrants got off the boat, an armed military policeman in a bulletproof vest stood guard as another patted them down and took knives from some of the men. Those with documents were taken to a large tent lined with army cots. One woman handed out shoes and flip-flops, and another gave them bruised yellow apples from a large metal tub. An officer used a black marker pen to write a number on the migrants’ left hands. Joy was number 323.

The new arrivals were divided into groups and put on buses. Joy’s bus headed to the Cara di Mineo migrant camp, one of the biggest in Europe. In this context, Cara stands for centro di accoglienza per richiedenti asilo, or asylum seekers reception centre; cara also means “dear” in Italian, but Mineo is not a place that makes people who have risked everything for a new chance at life feel cherished. About 70km from the coast in central Sicily, it is a hellish place where the vast majority of African migrants who arrive by sea start their lengthy journey to asylum. But often, before they can obtain legal status, they are claimed by the criminal underworld.

The site was built as luxury housing for US military personnel, but it is ill-equipped to deal with the number of migrants washing up on the shores of Sicily. (At last count, it housed 4,000 people.) Accommodation blocks are often so overcrowded that people have to sleep on the floor or in tents. The buildings are overrun by cockroaches and rats that feed off festering piles of garbage, while mangy, flea-infested dogs duck in and out of holes in the razor-wire fence. Mount Etna, and its steady stream of smoke, is clearly visible in the distance.

The centre has become a lawless place where people are easy prey for criminal gangs. The state funds these centres by giving them a sum of money for each asylum seeker, but many of them cut corners on food and other amenities, and pocket the profits. Low-level members of Italy’s various mafia organisations and Nigerian gangs come to the centre to recruit drug mules and petty criminals among the bored, idle men who have given up on the life they dreamed of when they crossed the sea.

Cara di Mineo, like the Sant’Anna asylum centre in Isola di Capo Rizzuto in Calabria, and others on the mainland, has also become a hunting ground for traffickers. Posing as asylum seekers, traffickers lure women out of the centre on the pretext of shopping trips or other excursions, and deliver them to the Nigerian women who control forced prostitution rings. They are then forced into sex work under the threat of violence, most of them – like Joy – terrorised by a curse that binds them into slavery. Several centres have become the subject of criminal investigations, revealing corruption at local and state level, and infiltration by powerful crime syndicates. Always quick to exploit new opportunities, the mafia is making vast profits off the backs of migrants.


Once Joy was taken off the bus in the reception centre with the other passengers, she was given a bed in a villa with 10 Nigerian women around her age. Most of them had come to Italy to work in hair salons, and all had contact numbers to call. A Catholic charity had given Italian phone cards to all those who had been rescued, which they could use to call home. Joy still had her jacket with the phone number sewn inside. The woman who answered the phone told her to apply for political asylum using a fake name and birthdate, and never to give the phone number she had just called to anyone.

She applied for asylum the morning after she arrived, using her own birth date and the name of her younger sister. Once migrants apply for asylum, they can come and go from the centre at designated times, while they wait for word about their application, which can take months. After three days, a man Joy didn’t recognise came to find her in the camp and told her she was to wait at a roundabout down the road from the entrance every morning, and eventually someone would come for her. Joy asked how she would know who was picking her up.

“You will know,” the man told her. “Just get into the car when it stops.”

It was at that roundabout that I met Joy. When I asked her what she thought would happen when she was picked up, she said she was sure she would be taken to a beauty salon owned by her maman’s sister, where she would be given a job as a hair braider, as she had been in Benin City. She said she might have to start by cleaning floors, but that she would work her way up. I asked her if she knew that a lot of girls like her ended up as sex workers. She said she had heard about Nigerian women who ended up as prostitutes after coming to Italy, and that she would “never do that”, no matter how desperate she got.

Eventually, she had to go back inside the compound, or risk missing her evening meal. Once again, her ride had not come. I wished her good luck and gave her my phone number, which she saved in her phone before walking through the sliding metal gate back inside the centre. Later I would regret not trying to warn her in a more concrete way. At the time, she was just one of so many young women I saw sliding into the abyss.

Many of the Nigerian women and girls rescued from the smugglers’ boats by charities or coastguard vessels are from small villages around Benin City. Most are single and travelling alone. Many of those trafficked for sex slavery are assured by their “sponsors” that they will take care of getting the necessary documents for them once they leave the centres. Others are provided with false personal details that they are told to use for their applications. Most of the trafficked women end up with fake documents provided by Italian organised-crime groups. The documents are another link in the chain that keeps the women trapped in sexual slavery, because the madams threaten to take them away if they try to escape.

In 2012, an investigation was opened into forced prostitution at Cara di Mineo, after doctors at the centre received a series of requests for abortions. In three months, the centre’s doctors performed 32 abortions on migrants – an increase of more than 200% on the year before. The authorities concluded that this was due to an increase in prostitution, along with a lack of birth control options. Because of the church’s influence over migrant care, contraception was not being distributed, and few migrants have the means to source their own. Some aid groups have since tried handing out condoms.

In December 2016, four Nigerian asylum seekers were arrested in Cara di Mineo, accused of drugging and raping a female resident. The woman had been told, like Joy, to wait on the street for someone to pick her up. Realising she was being put to work as a prostitute, she had refused to leave the camp. The men raped her as a warning – a typical punishment in sex trafficking. The theory is that if a woman realises that the penalty for refusing to prostitute herself is gang rape, she will likely agree that roadside sex is a better alternative. It is rare to meet a trafficked woman who has not been faced with this choice.

After the incident, Francesco Verzera, a prosecutor with jurisdiction over Cara di Mineo, appealed to the authorities to close down the camp, stating that overcrowding and lack of supervision is creating a dangerous criminal environment. “This sort of violence will become the norm if you continue to operate a community-based asylum centre with nearly 4,000 people,” he warned. “The crimes continue to get more violent, and the growing disregard for life is a clear sign of a deteriorating situation.”


The complex that houses Cara di Mineo was built in 2005 by the Pizzarotti Company of Parma, which is still the primary contractor for US defence logistics in Italy. It was built for officers stationed at the Sigonella naval air base about 40km away. The boulevards and tree-lined streets of the compound were meant to replicate a US suburb, complete with a recreation centre, supermarket, American-style steakhouse and a coffee and pastry shop. There was a baseball diamond and American football field, along with a non-denominational house of worship that doubled as a cinema. More than 400 villas were built to accommodate the standard family of five.

In 2011, the US navy gave up its $8.5m (£6m) annual lease and returned the property to Pizzarotti. The same year, during the height of the Arab spring, Silvio Berlusconi’s government decided to lease the complex as an asylum “hot spot”, for processing the growing number of asylum seekers coming to Italy. At that time, the complex was completely locked down, and the mostly Tunisian and Moroccan migrants were held until they were repatriated. Now the people inside are called “guests” and are free to come and go once they have applied for asylum.

Ghosts of the centre’s former life remain. The playground equipment scattered throughout the compound is rusty and in disrepair, now mostly used by men in their 20s who sit on the swings and lie on the slides, whiling away the long hours. The bar is now the medical centre, and the restaurant a canteen where migrants pick up rations of rice and bananas. The recreation room is now a makeshift school, and offices have become dormitories.

Inhabitants dry their laundry next to signs protesting against the Italian government, condemning the bad food and the time it takes to process asylum requests. The compound is guarded by military police who check the asylum seekers in and out, and keep out anyone who isn’t registered. The incentive to return each night runs beyond food and shelter. They come back for the promise of documents that will allow free movement through Europe’s passport-free Schengen zone, and the right to work. Still, dozens of people disappear each month, quickly replaced by new arrivals from Sicily’s ports.

The conditions are deplorable. Most of the villas house 15 to 20 people, sleeping in bunk beds or on mattresses on floors. The villas are falling apart, and the migrants are left to do what they can to take care of maintenance with scant tools. The stench of sewage permeates the grounds, attracting rodents and insects. There is no cleaning service other than in the administrative and kitchen areas. Some of the villas are burnt out, and others are missing windows or doors. After the Americans left, Pizzarotti removed many of the amentities – from washing machines and air-conditioning units to ceiling fans and bathtubs – leaving exposed wires and holes in the walls.

Most of the residents are divided by ethnic or religious background, which has done nothing to reduce tensions and fighting. Every year at Cara di Mineo, on average, 10 migrants die while waiting for their asylum requests to be heard, killed in fights or dying from untreated medical conditions, according to Amnesty International and other aid groups that operate in the centre.

The camp’s director, Sebastiano Maccarrone, admitted in a series of media interviews in early 2016 that it was virtually impossible to protect the inhabitants. “It’s like a small city,” he said. “The big crimes get reported, but the smaller ones are usually handled among the residents.”

Verzera’s investigation into criminal activity at the centre turned up inconsistencies in the record-keeping of who was living there. Many of the migrants on the official roster had long since disappeared, even though the centre, under the direction of Maccarrone, was still reimbursed €35 (£31) a day for them. By law, each migrant awaiting asylum is given an electronic card to check in and out of the centre when making outings. If they don’t check back in after three days, they are supposed to be taken off the roster, and that information sent to Rome so the reimbursement will be stopped. But Verzera says he found that migrants who had been gone for months were kept on the list for financial support. The centre was, on paper, far over capacity, and received extra funds to help with the overload when, in reality, they were taking care of far fewer people than the documents stated.

In 2016, Maccarrone, who previously ran the migrant reception centre on the island of Lampedusa, came under criminal investigation for corruption at Cara di Mineo. He was accused of collusion with the mafia, and of using funds intended for the care of migrants and refugees for personal gain. The charges against him have since been reduced to aggravated fraud and corruption. He maintains he is innocent, and is working as a volunteer at one of the smaller migrant centres in Catania while he awaits trial.


Last year, Catania’s chief prosecutor, Carmelo Zuccaro, tried to make it illegal for NGO charity ships to rescue migrants at sea and bring them to Italian shores. In March 2017, in an interview with the rightwing newspaper Il Giornale, he revealed that the state had started investigations into prisons and refugee camps where extremists were recruiting migrants awaiting word on their asylum requests. “We have received very specific reports of recruitment activities and radicalisation,” he told the paper. “There are radicalised individuals who attract foreigners in order to incite them to fundamentalism.”

The alarm about radicalisation overshadowed the fact that criminal groups are recruiting migrants from the camps for forced or low-paid labour. At harvest times, men leave Cara di Mineo in the early morning and gather along a triangle of dirt off the state highway. Local farmers come in pick-up trucks, looking for i neri (“the blacks”), choosing the biggest and strongest for casual labour, harvesting tomatoes and citrus fruits. The farmers call them ragazzo or “boy”, demanding they turn around or show them how straight their backs are. It is a degrading display, made worse by the fact that they are paid a mere fraction of what Italians would be paid for the same work. Their wages are part of the illicit economy that makes up around 20% of Italy’s overall GDP.

When asylum requests are rejected, applicants have one chance to appeal. If they fail, they are given a slip of paper that says they have five days to leave the country, but no means to do so. Torn-up shreds of those papers are a common sight in the ditches beside the road near the centre. Those turned down are easy bait for criminal gangs working inside the camps, who get paid for providing mafia groups with illegal cheap labour, running drugs and arms or working in the many industries those groups have infiltrated.

In 2014, an investigation known as “Mafia Capitale” found that a criminal group had been running Rome’s municipal government for years. The group, which prosecutors defined as a mafia-style association, had siphoned off millions of euros intended to fund public services. The group had also infiltrated asylum centres across the country, buying and selling names and details of migrants who had long disappeared, in order to keep the per-person state funding coming.

During the investigation, one of the alleged bosses of the group, Salvatore Buzzi, was caught on a wiretap bragging about how much money he made off the backs of asylum seekers. “Do you have any idea how much I earn on immigrants?” he was heard telling an associate. “They’re more profitable than drugs.” Buzzi and his associates were sentenced to decades in prison after a trial that ended in 2017, although their sentences were reduced on appeal. Another appeal is under way.

In 2017, anti-mafia police arrested 68 people, including the local parish priest, in the Calabrian town of Isola di Capo Rizzuto, where one of the country’s largest migrant and refugee reception centres has been in operation for more than a decade. Investigators say the criminals stole tens of millions of euros in public funds intended for asylum seekers to live on while their applications were heard. Gen Giuseppe Governale, chief of the anti-mafia forces, said the centre was a lucrative source of funds for the Calabrian mafia, the ‘Ndrangheta. Prosecutor Nicola Gratteri said detectives had filmed appalling conditions inside the centre. “There was never enough food, and we managed to film the food that was on offer,” he said. “It was the kind of food we usually give to pigs.” The local mafia had set up shell companies that were being paid to provide services including feeding the migrants. (The investigation is ongoing, and no trial date has been set. The priest has denied the charges and claims he has always fought against the mafia.)

Administrators in some centres are accused of taking kickbacks for selling personal details of asylum seekers who have escaped to smaller centres (some of whom don’t exist). Those in charge of the smaller centres then use the names to claim daily allowances. This is one of the reasons trafficked women have been allowed to leave so easily: their names tend to stay on the lists, and the centres continue to receive funding. As they leave, they are quickly replaced. Some centres take on more migrants than they can manage, in order to earn extra revenue, so refugees end up living in dangerously overcrowded conditions. Trafficked women who disappear to work as sex slaves have little chance of being rescued, because their absence causes no concern. Nigerian girls who are trafficked directly to madams in Naples and elsewhere are forced to do sex work to pay off large debts. Before they’ve even started work, they will owe around €60,000 (£53,000). A cut goes to the recruiter in Nigeria, a cut to the traffickers and smugglers who expedited the women’s journey, and a large portion goes to the Nigerian gang members, who must pay the Naples mafia, the Camorra, or other crime syndicates in whose territories the women will be forced to work. There are other incidentals, including room, board, clothing and rent for the space on the pavement from which they solicit sex. If we assume half of the estimated 11,000 Nigerian girls who came to Italy in 2016 generated €60,000 each through debt bondage for the madams’ gangs, the profits off those girls alone would top €300m (£264m), even after their travel costs are deducted.

It can take five years or more of sexual slavery to pay the debts. Then, women are free to go, but some end up becoming madams themselves, either convinced there are lucrative profits to be made, or as an act of revenge: to visit on others what they had to endure. This cycle has continued for more than a decade, but in 2016, the number of Nigerian women who arrived by smugglers’ boats was 60% higher than the previous year.

Many of the trafficked Nigerian women end up in Castel Volturno, outside Naples, known as the most lawless part of Italy. Murder rates are the highest in the country, and locals call it Beirut, or the Bronx. Sergio Nazzaro, a local journalist, says it is the Camorra’s graveyard. “You can’t imagine how many bodies are buried in fields and tied to rocks at the bottom of the river.”

Most migrants live in another former military residential development, now dilapidated and controlled by the Camorra, who charge rent to squatters and trafficked women. African migrants first started coming to the area in large numbers in the 1980s, to work in the tomato fields for low wages. The Africans were not welcome to integrate with the Italians and instead set up a peripheral society where they lived outside the law, often squatting in illegally built or unfinished buildings. Italian authorities did not pay much attention to them at the time, but they were not ignored by the Camorra.

By the 1990s, women started arriving in greater numbers. They were rarely hired for farm work, so many had no choice but to prostitute themselves. Many of those first prostitutes eventually became madams, controlled by Nigerian drug-smuggling gangs, who had to pay protection money to the Camorra to operate on their territory. When the gangs discovered there was a demand, madams recruited more women from Nigeria to the area. They started using traffickers to trick them into coming, eventually expanding the trade further north to Italy’s larger cities and into Europe.

In 2016, anti-mafia police conducted an operation named “Skin Trade”, which uncovered one of the networks set up to get women out of the Cara di Mineo camp and on to the streets. Among those arrested were Nigerian women who worked with what were termed “connection men” inside the camp. The women arrested in Castel Volturno included Irene Ebhoadaghe, 44, who called herself Mummy Shade. The investigators say that in 2016 she was waiting for three young women to make their way to Naples from Cara di Mineo. One of those young women was Joy. The car she was waiting for was never going to take her to a hairdressing job. It was going to take her straight to Mummy Shade.

During the investigation, an undercover police officer was tipped off by one of the aid agencies working in Cara di Mineo, and picked Joy up on the road leading through the citrus groves. He convinced her to help them catch the people who had trafficked her, and her evidence became key to the operation’s success. Because Joy was named in the sealed arrest warrant as a victim of trafficking, after cooperating with the police, she was given asylum and moved to northern Europe to join a relative.

I caught up with Joy by email thanks to a local anti-trafficking advocate in Sicily who took an interest in her case and acted as a liaison with the court. She remembered our conversation outside Cara di Mineo.

“I was so stupid,” she wrote. “How could I have been so trusting? How could I have been so dumb?”

I wrote back to console her, telling her not to worry, that many women fell into the same trap.

She wrote again. “You knew about this. Why didn’t you tell me what was going to happen?”

I had tried, I thought, but obviously not hard enough. I admitted that I hadn’t known exactly what to do. I had no idea how to help her. I was also selfishly scared that if I intervened, I might get caught up in some sort of retaliation act, that someone might harm me or my children for taking one of the madam’s precious “assets” off the streets. She wrote back a third and final time.

“You could have saved me.”

Roadmap to Hell: Sex Drugs and Guns on the Mafia Coast by Barbie Latza Nadeau is published by Oneworld.

Voir de même:

I met Marlon, a Sudanese man who had walked across great expanses of desert to Libya, on the edge of Tripoli as he prepared to visit a remote beach at midnight and pay a hard-saved $2,000 to get onto an overcrowded, unseaworthy boat headed to Italy. He knew that the risk of death was high, so was trying to choose his boat carefully, to avoid the sort of fate that has made headlines around the world. He knew the risk too well: « My good friend paid the man and then disappeared, and then I learned that he had drowned when his ship sank, » he told me. « I want to get out of here, but not that badly. »

I met Jacques Kamra, a 27-year-old Liberian, in Madrid’s Plaza Mayor, a few weeks after he got off a similar boat. Like Marlon, he was well educated and articulate, and had made a tough gamble, and a big investment, in his family’s future to get there. « When I arrived here alive, » he told me, « I started praying every day that Spain will win the World Cup, to bring them a miracle like the one that has brought me here. » He knew he would eventually be deported, but, he believed, the earnings would be enough to transform the fate of his family.

And I met Jouhar in an eastern Tunisian beach town shortly after he had been returned by Italian authorities. His packed boat had broken in half at sea, killing his best friend and dozens of others, many of them university graduates with connections in Europe, in the process wasting the almost $1,500 Jouhar had saved to pay the smuggler.

People like these three – and dozens of others I have met in Tunis, Alexandria, Marseilles, Paris, Munich and London – have now become Europe’s biggest concern.

The Mediterranean boat people have been coming for more than a decade, paying small fortunes to enter the continent aboard disturbingly overpacked vessels. They began arriving after Europe’s legal migration routes shut down in the 1990s, but never have their numbers been so large – or the death toll so high. When an estimated 850 people died in a single capsizing incident last weekend, driving this year’s toll to over 1,600 – 30 times higher than the toll for the same period last year – their fate became a continent-wide crisis, provoking an emergency European Union meeting on Thursday and an outraged response from across the political spectrum.

But « How do we stop this from happening? » is not such a simple question. To answer it, you first need to answer another question: « Why are these people taking such risks? » And it’s worth asking a third, often ignored question, as well: Why has illegal-boat migration to Europe peaked during certain years, then virtually vanished for long periods, only to reappear again? What has made it stop before, and what will make it stop again?

We know what doesn’t work. Efforts to end the nautical tragedy by force – by banning migration, or by cracking down on people-smuggling, or, as European governments did last year, by refusing to rescue drowning migrants – have all resulted in driving migration further underground, raising both the cost and demand for passage on illegal boats, and increasing net numbers of undocumented migrants, as well as the danger they face.

« The problem of migration deaths has been created entirely by policy attempts to outlaw migration, » said Hein de Haas, the Dutch scholar who runs Oxford University’s International Migration Institute, in an interview this week. He and his colleagues recently assembled a large-scale database, Determinants of International Migration, which looks at the motivations for migration for tens of thousands of people. What it, and a growing body of other research, shows is that we have framed the European migration problem wrong.

An unstoppable flood of desperate poor people fleeing Africa to a new life in Europe – that is the phrase uttered, in one form or another, by headline writers and politicians to summarize the crisis.

Yet, every word of that sentence is wrong. And much of the current catastrophe, most of the drowning horrors, have been caused by the failure of policy-makers to understand how wrong those words are. It’s worth looking at them one by one.

Unstoppable

To understand why the crisis has become so acute in 2014 and 2015, it helps to understand why it was bad once before, a decade ago; and why it suddenly stopped, almost completely, for several years, then erupted again in 2011, virtually stopped again, then came back in its most dramatic form. It obviously isn’t unstoppable: It has stopped, several times.

I spoke to Marlon, the Sudanese man in Libya who opened this article, in 2004. That was a full year before the boats first erupted into front-page headlines, but after the first really tragic sinking, earlier in 2004, in which a boat headed for Italy had capsized and 64 people drowned. That led to an Italian clampdown, which provoked a huge burst of illegal crossings until 2008.

Most of the boat tragedies a decade ago were in what the EU border service Frontex calls the West African Route, which passes from West Africa into Spanish territory in the Canary Islands; and the Western Mediterranean Route, which crosses the narrow strait between Morocco and Spain. More than 30,000 people a year were crossing each of these routes in 2005, and the tragedies were mounting. I spoke to Jacques in Madrid in 2006, when the smugglers had become more desperate, expensive and dangerous.

Then, Spain took action. Madrid negotiated deals with Morocco, Algeria, Mauritania and West African countries that included not only agreements to take returnees back to their home countries (in exchange for aid money) and to police their borders, but also to open legal migration channels, and pathways to Spanish citizenship. Those changes drew criticism from Spain’s tougher-minded neighbours, but they effectively ended illegal migration in that part of the Mediterranean for many years.

The Central Mediterranean Route, as the pathway of this year’s crisis is known, goes from Tunisia, Libya and Egypt across to Italy, Malta and the region’s islands. It became crisis-prone in the mid-2000s, and then, in 2009 and 2010, its traffic virtually halted. There were two reasons: First, Italy struck deals with the Arab dictators of Tunisia and Libya, paying them generously to police their beaches. Second, the post-2008 economic crisis reduced demand sharply: Migrants don’t come when there are no jobs. (In fact, there was a net outflow of migrants from Europe back to Africa at the peak of the crisis.)

There was a burst of activity on this route in 2011, when the dictators were overthrown and Arabs (often middle-class and educated) left for Europe. That was when I spoke to Jouhar in eastern Tunisia. And then it fell again to negligible levels in 2012, until the huge spike of 2014 and 2015. This was hardly a constant increase in people: It has stopped and started many times.

Flood

Even in its worst years, the Mediterranean boat-people flow is only a small part of the migration picture: tens of thousands of entrants in a continent of half a billion people that receives three million immigrants a year. Most Africans living in Europe are fully legal, visa-carrying immigrants who arrive at airports. Even the majority of illegal African immigrants in Europe aren’t boat people: They’re legal visitors who’ve overstayed their visas.

What has compounded the matter during the past 24 months has been the conflict in Syria. While only a fraction of people fleeing that country have attempted to go to Europe – the vast majority are encamped in Turkey, Jordan or Lebanon – that fraction has multiplied the numbers of boat people dramatically in 2014 and 2015. It now accounts for perhaps half of Mediterranean boat migrants (though the boat that was the subject of last weekend’s tragedy carried passengers almost entirely from sub-Saharan Africa).

Refugees tend to be temporary (the much larger exodus of asylum seekers that confronted Western Europe during the Balkan wars of the 1990s – a population shift that seemed even more intractable – mostly returned to their countries after the conflicts ended), and are dealt with through different policies than are migrants. In Europe, those policies are deeply dysfunctional, with little agreement among the 28 EU countries about how to handle refugee claimants or how to deport illegitimate ones – which has contributed to the death toll.

« There should be no reason for Syrian refugees to be getting on these boats, except that there has been no proper pathway for safe refugee acceptance opened up, » Dr. de Haas says. If Western countries would take their United Nations refugee responsibilities more seriously, Syrians wouldn’t be dying at sea.

Desperate poor people

The most insidious notion is the one that holds that the Africans on the boats are starving villagers escaping famine and death. In fact, every boat person I’ve met has been ambitious, urban, educated, and, if not middle-class (though a surprising number are, as are an even larger number of Syrian refugees), then far from subsistence peasantry. They are very poor by European standards, but often comfortable by African and Middle Eastern ones. And no wonder: The boats cost upward of $2,000 to board (and you need more money to make a start in Europe). That’s a year’s income in many African countries.

Why would somebody risk their life, and their comfort, for a journey that at best would promise a marginal life in the underground economies of Europe?

Linguère Mously Mbaye, a scholar at the Bonn-based Institute for the Study of Labour, conducted a study of hundreds of people in Dakar, Senegal, who were planning to make the crossing to Europe.

The migrants tended not to be very poor. And they tended to be well-connected in Europe: They knew large numbers of people from their home country already living in Europe and working in similar occupations. In other words, they were tied into « migration networks » that communicated information about employment, small-business, housing and migration opportunities. Migrants tend to choose their European destinations not according to culture, language or history, but according to the number of people from their network who are living there – and also according to the economic success of their destination country.

The Syrian refugees are less tactical – and not as well linked into existing economies – than the Africans, but they, too, tend to come because they have connections to people or organizations in Europe. Concludes Dr. Mbaye, « Illegal migration starts first in thoughts, based upon the belief that success is only possible abroad. »

Fleeing

Both major studies found that the Africans who get onto the boats are not running from something awful, but running toward a specific, chosen opportunity, in employment or small business.

That’s a big reason that the boat-people flows have gone up and down so dramatically: Dr. de Haas’s studies found that the main driver of cross-Mediterranean migration is not any economic or political factor in Africa but « sustained demand [in Europe] for cheap labour in agriculture, services, and other informal sectors. » Even those who are fleeing – the Syrians, some Eritreans – are choosing where they flee based on a sense of opportunity.

A new life

« You saw a lot more people coming into Europe from Africa in the 1960s and 1970s than you do now, » Dr. de Haas notes. But they didn’t make headlines – or die at sea – because they weren’t illegal. The big labour shortages that required migrants (mainly seasonal) were filled because most countries allowed Africans to come and go.

And, in the main, they weren’t out to start a new life in Europe. Only a small fraction of Africans who went to Europe for work before the 1990s settled there: Most used their earnings to support families back home, and eventually returned, knowing they could do another stint in Europe in the future.

By cracking down on these informal and seasonal movements – something that began in the early 1990s with the formation of the EU – Europe turned migration into an all-or-nothing proposition: Once you were in Europe, legally or otherwise, you stayed, because you might not get in again. As a result, Africans now come in, do some agricultural or service work, and then knock around the continent, without opportunities, once they’re done.

That’s the paradox of Europe’s response to the migrant crisis: By making entry tougher, it makes illegal entry more commonplace. « Stricter immigration policies, » Dr. Mbaye says, « might not be effective, because they deter potential legal migrants more than potential illegal migrants. »

And a slow-paced and disunited asylum policy, combined with the lack of legal pathways, means that large numbers of refugee claimants, legitimate and otherwise, spend years moving around Europe, neither deported nor accepted, and afraid to leave. In the process, they are tarnishing the image of immigrants and creating an unnecessary social problem.

« It is the border controls that have forced migrants to take more dangerous routes, and that have made them more and more dependent on smugglers to cross borders, » Hein de Haas notes. « Smuggling is a reaction to border controls rather than a cause of migration in itself. Ironically, further toughening of border controls will therefore force migrants and refugees to take more risks and only increase their reliance on smugglers. »

And rigidly closed borders will also make the Syrian refugee problem worse than it needs to be: By turning migration into an all-or-nothing proposition, there’s a risk that a temporary refuge will become a permanent settlement.

The flow of people back and forth between Africa and Europe has been a part of both continents’ economies for decades. Europe’s economies need their African workers, more than ever: Germany alone expects to lose seven million working-age people to demographic change, in a fast-growing economy with virtually no unemployment, in the next 10 years.

By stopping that flow through ham-fisted measures, Europe’s governments have turned the legal into the illegal, the temporary into the permanent, the routine into the desperate, and a life-improving act into a death-delivering risk. A set of decisions that were bad for both continents’ economies has left thousands of bodies floating in the sea.

Doug Saunders is The Globe and Mail’s international-affairs columnist, and was European bureau chief from 2003 to 2012.

Voir également:

Fact-Check Is There Truth To Refugee Rape Reports?
Right-wing websites claim that Germany is facing an alleged epidemic of rape cases committed by refugees, fueling panic about the recent influx of foreigners and the safety of women in the country. We investigated one site’s reports and found many problems with them.
Der Spiegel
January 17, 2018

On April 6, 2016, an unidentified assailant attacked a 20-year-old woman on a playground in the German port city of Rostock and forced her to engage in oral sex before fleeing the scene. The woman reported that the man had been dark-skinned.

On Aug. 6, 2016, an unidentified man attacked a 21-year-old female university student from China near the university of Bochum, choked her with a rope and raped her. The woman said the perpetrator had spoken with a foreign accent. The police conducted a manhunt for a suspect with a « Central Asian/dark skin type. »

The two rapes in Germany were picked up by the national media. But one of them didn’t even happen.

The « university rapist » in Bochum, it turns out, did actually exist — and he would go on to attack another female student from China three months later. Ultimately, police captured a 31-year-old asylum-seeker from Iraq, who had lived with his wife and two children in a refugee camp located near the crime scene. A court sentenced him in the first verdict to 11 years in prison.
Advertisement

But the alleged Rostock rapist did not exist. Police had expressed some doubt about whether the incident had in fact taken place in their first press release on the case and a forensic investigation indicated that the woman herself had been responsible for her injuries. In June 2016, the public prosecutor in Rostock closed the investigation, but by then the news of a dark-skinned rapist had already been shared thousands of times on the internet. The Schweriner Volkszeitung newspaper in the state capital even reported on its website about the alleged sex crime, citing « internal sources. » The article began with the words: « The Rostock chief of police is keeping silent. »

Baseless Rumors

Meanwhile, in a report on the Facebook page NonStopNews Rostock, the dark-skinned man became a « Südländer, » a term often used to describe those living in some Mediterranean countries. « Sex crime in Warnemünde? Was a young woman raped? Südländer reportedly attacked woman. »

The website Rapefugees.net, meanwhile, was even more precise in its allegations. « Rostock police are hushing up oral rape perpetrated by an Arab. »

The truth behind these baseless rumors is important because such stories influence Germans’ image of refugees. They play into age-old clichés about the threat of foreign rapists. Few other arguments were cited as frequently by people in Germany in recent years for wanting to keep refugee camps from being opened in their immediate proximity. Once « they » are here, the argument went, the streets would no longer be safe for women or children unaccompanied by men.

After the events of new year’s eve in Cologne on Dec. 31, 2015, during which hundreds of women were sexually assaulted, the police held young men, largely of North African extraction, responsible for the attacks. The night brought an end to the sense of euphoria that had accompanied the welcoming of hundreds of thousands of refugees into the country earlier that year. Some Germans now found to their horror that the migrants had also brought problems along with them into the country.

In fall 2016, the body of Maria L., a university student, was found in a river in the city of Freiburg, where she had been drowned after getting raped. The suspect in the killing, an Afghan asylum-seeker, is currently on trial. In spring 2017, an asylum-seeker from Ghana whose application had been rejected raped a woman who was camping with her boyfriend near the city of Bonn. In an initial verdict in the case, a court sentenced the man to 11.5 years in prison.

Is Everyday Life More Dangerous for Women Than Before?

These kinds of reports reaffirm the attitudes of those who have always held the view that refugees are dangerous. But is there any truth to the claim that everyday life has grown more dangerous for women living in Germany as a result of the growing numbers of immigrants? Is life in fact less safe than it was for women three years ago? And how often do refugees commit sex crimes?

To answer these questions, DER SPIEGEL reviewed crime statistics, interviewed police officials, consulted academic experts and analyzed around 450 online news reports about purported sex crimes alleged to have been committed by asylum-seekers and immigrants. Our reporters also visited police stations, public prosecutors and courts to uncover the background behind the news reports and the ultimate outcome of any proceedings. Some cases were revisited up to five different times and in several instances, reporters also met with people involved in the cases for background interviews. The reporters then analyzed the documents and information together with data-journalism specialists and fact-checkers.

Incitement?

As soon as you hit the like button on Facebook pages like Heimatliebe.Deutschland (Love for the German Fatherland), Truth24.net or any local branch page of the right-wing populist Alternative for Germany (AfD) party, you enter a parallel reality. And it is dark. Day after day, your timeline is filled with reports of horrific violent crimes and rapes. The images show men who look Arab or African and women looking into the camera as someone holds a hand over their mouth from behind. Or images of children cowering in the shadows.

One particularly egregious page is Rapefugees.net. The site’s creators claim that the police, politicians and the media are working together to cover up the truth. Using an online map of Germany, they use pins to mark sites of violence or sexual offenses purportedly committed by refugees.

The inflammatory term « rapefugee » has been appearing with increasing frequency on far-right web pages since the events of new year’s eve 2015 in Cologne. « Rapefugees not welcome » T-shirts have also appeared from time to time at demonstrations in Dresden by PEGIDA, the anti-immigration group known in full as Patriotic Europeans Against the Islamization of the West.

Spending a bit of time on the site is enough to leave anyone frightened. It renders Germany, a country generally celebrated for its relative safety, nearly unrecognizable. The entire map is covered with red, yellow and purple flags, squares and pins purportedly marking the locations of incidents of rape, sexual abuse and exhibitionism. There are also a few gravestones marked with « RIP » for alleged murders committed by refugees.

A closer look at the site reveals that other immigrants suspected of committing these types of crimes are also listed, not just refugees. The site’s creators claim their data is based on reputable sources, including police and newspaper reports. It all looks real. Anonymous authors post stories with headlines like, « Gang Rape: Bed-Ridden Grandmother Hospitalized Following Rape by Economic Migrants. » Or: « Gang Rape: How Justice Officials in North Rhine-Westphalia Banned a Local Newspaper from Publishing These Pictures. » Each story is packed with the same narrative — that rapes like the ones in Bochum, Freiburg and Bonn aren’t isolated cases and that refugees, mostly Muslims, represent a real threat to women.

DER SPIEGEL researched the veracity of the supposed incidents on the Rapefugees.net map. To create the most comprehensive overview possible, the reporters chose 10 German states, both large and small: among them the city-states of Berlin, Bremen and Hamburg; the western German states of Bavaria, North Rhine-Westphalia, Rhineland-Palatinate, Saarland and Schleswig-Holstein; and the eastern states of Mecklenburg-Western Pomerania and Saxony Anhalt. In each of these states, reporters looked into all of the alleged incidents reported for 2016. In many cases, results from police and justice investigations were available for that period. There were 445 cases in all.

Some cases appeared multiple times on the map and some of the locations marked had broken links or led to pages that did not contain any information about the alleged crime. In some instances, neither prosecutors nor police had ever heard of the purported crime. All of these pins, roughly a third of the total, were filtered out before the in-depth reporting began.

Strong Exaggeration?

The remaining reports, as is true with most well-constructed lies, contain at least a bit of truth. In about one-third of the cases DER SPIEGEL investigated — around a hundred of them — the suspects or perpetrators are indeed refugees. In a further third of the cases, the assailants remain unidentified. The remaining ones are foreigners with unresolved residency status, European Union citizens or, in 22 cases, German nationals (see graphic below). But the website’s incendiary name creates the impression that 445 sex crimes had all been committed by refugees.

The descriptions of the crimes provided on the website are often erroneous. The website lists 205 of the 291 incidents reviewed as cases of rape. But reporting into the claims found that rape was only suspected in 59 of the cases. Although these should not be downplayed, many of the cases in question were less severe incidences of sexual assault or harassment. In 47 cases, the authorities determined that the incident did not meet the criteria to be considered a criminal act. In other words, the map seems to involve some strong exaggeration, at least when compared to the findings of police and judicial officials.

Twenty-six suspects or perpetrators were refugees in the rapes investigated. Each of the crimes committed is, of course, one too many, but the ultimate figure is low compared to what the map suggests.

Eighteen refugees were convicted on charges of rape, and courts also convicted or upheld rulings against 51 refugees — for sexual abuse or sexual assault in more than half of the cases. An additional 18 foreigners have been convicted who are not refugees but whose residency status remains unresolved, including Turks and Afghans, several Serbians, an Azerbaijani and a Ukrainian tourist who sexually abused an inebriated woman at Oktoberfest in Munich. Six of those convicted are EU citizens and eight are German. They include a 46-year-old man who attacked a blind woman in the Bavarian town of Pfaffenhofen from behind on an open street and sexually assaulted her.

On the Rapefugees.net map, the case is noted as a « cover-up attempt. » But no information is provided about what might have been swept under the rug.

A closer inspection of the crimes for which refugees were convicted showed that many took place in refugee camps. In most cases, the victims were the children of other refugees. In August 2016, for example, a young Eritrean man lured a six-year-old girl, likewise from Eritrea, into his room in a Hamburg camp and abused her. Police arrested the man.

Twenty-four of the reports investigated on Rapefugees.net appear to be false claims. They include the rape in Rostock that was likely fabricated, but nevertheless remains listed on the map. And the case of a 15-year-old school girl from the city of Möchengladbach, who claimed in January 2016 that she had been raped near the city’s central train station. The perpetrator had a « tanned face » she said and spoke with a foreign accent. In response, angry local residents formed their own vigilante group. A week later, the police announced that the crime « had not happened » in the way described by the teen. The alleged perpetrator was an acquaintance who said everything had happened with mutual consent. Public prosecutors opened an investigation into the 15-year-old for making up a crime, but later dropped it.

A Less Dramatic Reality

For most of the news reports on the Rapefugees map, it’s unclear at first glance whether the story is true or false. With most, the only takeaway is that there was some kind of encounter between the perpetrator and victim. Nevertheless, the incidents on the map are often listed as attempted rape, gang rape or, rather inventively: « GANG RAPE Attempt and Beating Attacks by ISIS Sex Jihadists. » The actual incidents as reported by police seem a lot less dramatic.

To cite but a few examples:

May 13, 2016, in Hagen, Germany: At midnight, three young men harassed a 13-year-old girl at the train station and groped her. The 13-year-old boy accompanying her intervened and the three young men then attacked him. Passersby arrived and the three young men fled. The description given of the men: « North African appearance. »
May 21, 2016, Düsseldorf: A couple was walking along the banks of the Rhine River when the young woman was suddenly hugged from behind and fondled. As her boyfriend stepped in, he was hit by several people. The description of all perpetrators: « Mediterranean appearance. »

July 2, 2016, Nuremberg: A young women was walking home at 3 a.m. when someone approached her from behind and touched her sexually. She screamed and he fled. The physical description provided: « Mediterranean appearance. »
Aug. 28, 2016, Türkismühle in rural Saarland: An unidentified man approached a 38-year-old woman at the train station. He pushed her against the wall, grabbed her from behind and attempted to kiss her. As she « energetically spoke to him, » he fled. Description: « Mediterranean appearance. »

There’s no question about the seriousness of the four cases, but contrary to the claims made by Rapefugees.net, they were not rapes. And there was no indication of alleged « ISIS sex jihadists. »

Prosecutors dropped the investigations in all of these cases because they were unable to identify any assailants. The same is true of the investigations into about 29 percent of the incidents listed on the map: The question as to whether the perpetrators were refugees will likely never be resolved. It is certainly possible that it is true in some of the cases. And theoretically, it’s also possible that all of the unidentified assailants were asylum-seekers. But that’s unlikely in the case that unfolded at the train station in Hagen. Witnesses say there was only one perpetrator and that he spoke accent-free German.

Research into this data is highly detailed and complex, but it’s the only way of getting a true grasp on what these kinds of claims really amount to and the way in which right-wing websites operate. It is the convergence of many things that unsettle people in Germany: the refugee crisis, concern about domestic security and the loss of trust in politics and the traditional media. It also demonstrates the growing influence of websites and forums where people can mutually affirm their questionable worldviews.

Spreading Fear

There has been an assumption in Germany — one that goes deep into even the middle class — that the traditional media made a pact with Chancellor Angela Merkel to hide widespread criminal activity in order not to threaten support for her refugee policies.

In the past two years, many readers have written to DER SPIEGEL imploring the newsmagazine to stop hiding the truth and clearly state the danger: that refugees are raping women and children in Germany. One woman wrote that it was imperative « to report about the cover-up of information about rapes committed by migrants. » She also frequently sent links to internet sites collecting alleged rape cases purportedly perpetrated by refugees.

The classical media find themselves in a quandary here. If we don’t write about the issue and about the rumors circulating on the internet, skeptics see that as proof that something is being hidden. Yet if we do write about specific websites like the one covered in this story, we run the risk of enhancing the profile of pages meant to incite hatred online.

The people behind Rapefugees.net, who spend so much time filling the map with content, are apparently equally fastidious in their efforts to conceal their identities. The imprint refers to a person named F. Mueller in Uruguay and the page is hosted on a server based in the United States. Queries made by DER SPIEGEL went unanswered. Facebook deleted the site’s page on the social media platform in May 2016.

The site’s operators exploit the fundamental fear of foreignness — a latent fear that most people can harbor. To make the world simpler, people have a tendency to ascribe certain traits to certain groups of foreigners, meaning that whole groups of people can quickly get lumped into certain problematic stereotypes: Roma steal, Italians like to flirt and refugees, most of whom are Muslims, are dangerous and rape women.

Amplifiers

Why this specific prejudice is attached to refugees is something that Wolfgang Benz is trying to explain. The professor emeritus at the Technical University of Berlin, who researches prejudice, believes that the arrival of the refugees has « reactivated » an image that has long existed in the minds of Germans — one of a country occupied by foreign forces behaving like barbarians.

« Today, the horde that is invading us, is no longer the Russians but the refugees, and the rapes, as in every past war, are part of the conduct of war, » says Benz, describing the most recent iteration of that image. He says the events of new year’s eve 2015 in Cologne and the tone of the reporting on them has exacerbated that prejudice. Every report of a refugee committing sexual assault or harassment, he says, acts as an amplifier, and reports to the contrary are no longer taken seriously.

The public does, in fact, only hear about a small number of the sexual assaults that are committed each year, although this is not because they are covered up. There are so many that you could fill an entire newspaper with reports about them every day. According to police crime statistics, approximately 47,401 alleged criminal offenses against sexual self-determination were recorded in 2016, committed by Germans as well as by non-Germans. That represents about 130 reported crimes per day. The true number is likely much higher than that, but many victims don’t go to the police.

When the term « rape » comes up, many people instinctively think of an unknown assailant pulling women into the bushes at night. But according to calculations by the Center for Criminology, a research institute run by Germany’s federal government in conjunction with state governments, the alleged perpetrator is only a stranger in one-fifth of all reported rapes and serious sexual assaults. Most often, the alleged perpetrator is an acquaintance, friend or relative.

For the past several years, the German Federal Criminal Police Office (BKA) has released an annual situation report on crime across the country, with a special emphasis on criminality among immigrants. The term « immigrants » in this context includes; asylum-seekers; those who have been allowed to stay temporarily despite not having received asylum status; illegal immigrants; and refugees who have been brought into Germany on the basis of quotas. Suspects whose asylum applications have been approved are not included. At least one immigrant was indentified as a suspect in 3,404 of the sexual offenses committed in 2016. That’s more than twice as many cases as in the previous year (see graphic below). The increase proved especially dramatic in cases of sexual assault and the sexual abuse of children.

« We, as the Bavarian police, take very seriously the fact that immigration influences people’s feeling of security, » says Harald Pickert, the leader of an expert panel in the state’s Interior Ministry, which has been investigating sex crimes that have taken place in the state over the last five years.

The group is seeking to identify what might have changed and what has remained the same. It is looking to answers to questions like: Where are the crimes committed? Who are the perpetrators and who are the victims? Is there something that perpetrators typically have in common?

The panel exists because Bavarian Interior Minister Joachim Herrmann announced shortly before the German federal election last September that the number of rapes and serious sexual abuses had risen in Bavaria during the first half of 2017 by 47.9 percent. He said 126 of the 685 crimes could be attributed to immigrants, 91 percent more than in the same period the previous year. The latter statistic roughly reflects the findings of the BKA, but the Bavarian crime statistics additionally count those who have been granted asylum as part of its figures for the category of immigrants.

Did New Groping Offense Shift Statistics?

Pickert, 54, a deputy police commissioner in Bavaria, ties the rise in reports of sexual offenses to several factors. One is that many German citizens first learned that groping was a punishable offense following the debate over the Cologne attacks. And a change in the law in 2016 meant that groping is no longer solely punishable as an insult, but is now explicitly considered to be sexual harassment. Previously, groping had been absent from the statistics on sexual offenses maintained by police, but now such incidents are included. « It’s that and not some change in everyday reality that explains the sudden surge in the number of crimes reported, » Pickert explains.

What is conspicuous in the statistics, however, is the fact that the number of suspected German sex-crime perpetrators has either stagnated or gone down, while the number of immigrants suspected of committing such crimes has increased significantly. This trend, Pickert claims, has been visible for five years. « It’s no wonder, » he adds, since more immigrants have arrived during that time. Futhermore, he says, when compared to the German population, immigrants are more frequently young and male and are more likely to live in a large city, lack education, be unemployed and have no income. « These can all be factors that promote criminal behavior. »

During the first half of 2017, Pickert says, about one-fifth of all sex crimes were committed by immigrants living in refugee housing. About 20 percent of all victims were themselves refugees, he says. This means that, at least proportionally speaking, other refugees are at particular risk of becoming victims of sexual assaults by immigrants.

So, what can be done to counter this development? « Just because a certain segment of the population is conspicuous for the number of sex crimes it commits doesn’t mean we need new answers, » argues Martin Rettenberger, the director of the Center for Criminology.

‘Arabs or Africans Not Intrinsically More Inclined to Assaults’

He says that some of the immigrants come from societies where sex offenses are more rarely punished, where these kinds of crimes are committed more frequently. « But most people quickly adapt their behaviors to their new social environment, » Rettenberger says. « Social values and norms that were once internalized can still be changed. Arabs or Africans are not intrinsically more likely to commit assaults than Europeans. »

In the United States, he notes, five times as many people are victims of intentional homicide than in Germany. « And yet nobody would say Americans are more violent than Germans. » What’s key, he believes, is the background of the individual. He notes that many sex offenders have impaired impulse control, often combined with low self-esteem. In a particularly high number of cases, perpetrators have unstable personalities or have suffered trauma — and many aren’t subject to the natural controls exerted by close social relationships, having fled to Germany on their own. Unsurprisingly, such factors are more present among refugees than among other segments of the population.

The « only long-term solution, if we want safety, » Rettenberger argues, is sustainable integration: education, jobs and social assistance. « I can understand any citizen who doesn’t feel like investing more money into potential sexual offenders. But I expect more from the politicians. »

By Laura Backes, Anna Clauss, Maria-Mercedes Hering, Beate Lakotta, Sandra Öfner, Ansgar Siemens and Achim Tack

Voir enfin:

The cameras have gone – but the suffering endures. deconstructs the beliefs that still shape policy and public opinion

Myth 1: The crisis is over

The refugee crisis that dominated the news in 2015 and 2016 consisted primarily of a sharp rise in the number of people coming to Europe to claim asylum. Arrivals have now dropped, and governments have cracked down on the movement of undocumented migrants within the EU; many thousands are stuck in reception centres or camps in southern Europe, while others try to make new lives in the places they have settled.

But to see the crisis as an event that began in 2015 and ended the following year is a mistake, because it obscures the fact that the underlying causes have not changed. To see it in those terms only gives the impression of a hitherto unsullied Europe, visited by hordes of foreigners it has little to do with. This is misleading. The disaster of recent years has as much to do with immigration policies drawn up in European capitals as it does with events outside the continent, and the crisis also consists of overreaction and panic, fuelled by a series of misconceptions about who the migrants are, why they come, and what it means for Europe.

The European Union has perhaps the world’s most complex system to deter unwanted migrants. Since the 1990s, as borders have come down within Europe, giving most EU citizens free movement and passport-free travel, its external frontier has become increasingly militarised. Amnesty International estimates that, between 2007-2013, before the crisis, the EU spent almost €2bn on fences, surveillance systems and patrols on land or at sea.

In theory, refugees – who have the right to cross borders in search of asylum under international law – should be exempt from these controls. But in reality, the EU has tried to prevent asylum seekers from reaching its territory wherever possible: by closing down legal routes, such as the ability to claim asylum at overseas embassies; by introducing penalties for transport companies that allow people to travel into the EU without the correct documents; and by signing treaties with its neighbours so they control migration on the EU’s behalf. And within the EU, an agreement called the Dublin regulation forces asylum seekers to apply in whatever country they reach first.

After the Arab uprisings of 2011, the number of people coming to Europe to seek asylum – via Turkey, or across the central Mediterranean from north Africa – began to rise. But Europe continued to make security its priority, rather than the protection of vulnerable people. In the same period as it spent €2bn euros on border security, the EU spent only an estimated €700m on reception conditions for refugees. Almost 3 million people claimed asylum in the EU in 2015 and 2016 – still only a small fraction of the EU’s total population of 508 million – but the manner of their arrival was chaotic; thousands died in the attempt. Most of the migrants who arrived tried to continue their journeys to north-west Europe, and enforcement of the Dublin regulation temporarily collapsed.

Border defences often produce or exacerbate the very problems they purport to solve, by forcing irregular migrants to take more dangerous routes, often with increasing reliance on people smugglers, which in turn encourages states to crack down even harder. In November 2017, a coalition of human rights groups published a list of 33,293 people who had died since 1993 as a result of “militarisation, asylum laws, detention policies and deportations” in Europe. But Europe has continued to try and push the thousands of uninvited migrants who try to reach European shores further and further away from the continent. A deal with Turkey, launched in March 2016, has reduced the movement of Syrians towards Europe, even though over 12 million Syrians remain displaced by the war – 5 million of these outside their country – and many are still in need of urgent humanitarian assistance. Even as Afghanistan becomes more dangerous, European governments persist in their attempts to deport many Afghans to Kabul. And to stem unwanted migration from sub-Saharan Africa, Europe has tried to strike deals to stop the people-trafficking routes that run across the desert and through north Africa. Italy has cracked down on NGO sea rescues and paid off militias in Libya, even as evidence of torture and abuse in Libyan detention centres trickles out; the EU has explored deals with Sudan’s repressive dictatorship; in Niger, one of the world’s poorest countries, European money, troops and diplomats have flooded the desert city of Agadez, to try to put a stop to the smuggling trade. Hundreds of thousands of vulnerable individuals will be directly affected by these new policies.

We are often encouraged to think about “solutions” to the crisis, but there is no neat end to it. For as long as wars continue – wars that are sometimes started or joined by European states, or fuelled by their arms sales – people will continue to flee them. And others will continue to try to migrate even when states don’t want them to. But our governments’ efforts to stem unwanted migration can end up creating or exacerbating the very problems they purport to solve. Decisions to ramp up immigration control taken at moments of crisis, or in response to media pressure, can have profound and long-lasting effects – from the treatment of Windrush citizens in the UK to the thousands of refugees languishing in filthy camps on Greece’s Aegean islands.

The crisis is not only the movement of refugees, but the border systems designed to keep them out – and it is still happening.

Myth 2: We can neatly separate ‘refugees’ from ‘economic migrants’

Most of us are economic migrants – even if within our own countries – but the term has taken on a new and pejorative meaning since the refugee crisis. It is often deployed in much the same way that “bogus asylum seeker” was in the past by the British tabloid press – to suggest that people are trying to play the system, that their presence is the cause of problems at the border, and that if we could only filter them out, order would be restored. In fact, the history of migration is a history of controls on the movement of all but a wealthy elite.

In the past, states sought to restrict the movement of their own populations, through slavery or serfdom, or poor laws and vagrancy acts; today the right to move freely within one’s own territory is enshrined in the 1948 Universal Declaration of Human Rights. Most of us take this right for granted, even though it is relatively recent. Now, instead, the movement of people across international borders is tightly controlled and regulated. As a proportion of the world population, the total number of international migrants – of any kind – has stayed relatively steady: roughly 3% since 1960, according to the sociologist Hein de Haas.

This might seem surprising in an age where goods, communication and certain kinds of people can move with greater ease than ever before, but globalisation is a highly unequal process. Although the proportion of migrants has not grown significantly, the origin and direction of migration has changed: research by De Haas and Mathias Czaika suggests that people are leaving a much wider range of countries than ever before, and they are heading to a much narrower range of destinations than ever before. They are going to the places where power and wealth have become concentrated. Europe, and north-west Europe in particular, is one of those places. It is by no means the only destination – most African migration, for instance, occurs within Africa. And most migration to Europe takes place legally: an estimated 90% of migrants who enter Europe do so with permission. But wealthier countries are making increasingly severe efforts to keep out the uninvited: in 1990, according to research by the geographer Reece Jones, 15 countries had walls or fences on their border; by the beginning of 2016, that number had risen to almost 70.

International law aims to protect refugees while allowing states to retain control of their borders – but the definition of “refugee” status is political, and subject to a constant struggle over who is deserving and who is not. The term has both a legal meaning, in that it describes a person who is eligible for asylum under international law, and a colloquial meaning, in that it describes a person who has fled their home.

Under the 1951 refugee convention, a refugee is defined as someone who has left their country due to “a well-founded fear of being persecuted for reasons of race, religion, nationality, membership of a particular social group or political opinion”. At first, the convention only applied to Europeans, and did not cover everyone who fled a war zone; this kind of protection was only created after pressure from newly independent African states in the 1960s and Latin American states in the 1980s. People forced from their homes by economic disaster or catastrophic climate change have never been included. Even today, the convention leaves power mainly in the hands of nation states. It does not oblige its signatories to give anybody asylum, merely to hear their case and not push them back to a country where they might be in danger.

In the 21st century, a border is not just a line on a map; it is a system for filtering people that stretches from the edges of a territory into its heart, affecting those who are already in the country – as we have learned since Theresa May’s “hostile environment” has come to light. Asylum seekers are subject to particularly complex and often violent filtering. Once they cross Europe’s frontiers, their movement is restricted: they are locked up or segregated in accommodation far from city centres. Their right to work or to access social security is denied or severely limited. While their claims are being assessed, often by a process that is opaque, hostile and inconsistent, they live with the threat that the freedoms they do have may be curtailed at any moment. The system tries to place them into categories – refugee or economic migrant, legal or illegal, deserving or undeserving – that do not always fit the reality of their lives. And if the system breaks down, people are cast into a legal and moral grey zone that lasts for many months or even years. As Caesar, a young man from Mali who I met while reporting in Sicily, put it to me: “It’s not as if one person has ‘refugee’ printed on his forehead and another has ‘economic migrant’.”

Myth 3: Telling ‘human stories’ is enough to change people’s minds

Empathy matters, but it always has limits, and it should not be a precondition for people to access their rights. Caesar arrived in Sicily in late 2014, rescued from a drifting smuggler boat in the Mediterranean by the Italian navy. When he arrived, Sicily had the attention of the world’s media: journalists wanted to know the stories of people like Caesar: where they had come from, what kind of journeys they had taken, what the worst things they had experienced were. But by the following summer, attention had drifted elsewhere. In late August 2015, as unprecedented numbers of refugees from Syria and elsewhere in the Middle East made their long walk through the Balkans, I was visiting Caesar at his home in Sicily. As we watched TV, which was showing looped footage of people clamouring to board trains to Germany at Budapest’s Keleti station, Caesar gestured towards the screen. “You see? The cameras don’t come here any more because it’s only blacks arriving in Sicily now.” He felt very strongly that people like him had been abandoned – by the media, and by a system that was taking years to process his asylum claim.

When there is a major disaster, the understandable response of journalists is to rush in and find the most urgent stories as quickly as possible. It serves a necessary purpose: to tell people what the problem is, who is affected and what help is needed. Aid agencies and NGOs often follow a similar logic in their public communications. The idea is that vivid “human stories” that focus on the experiences of vulnerable individuals – very often children – will elicit sympathy from an audience whose attention is fleeting.

But these stories also have the potential to alienate. If I tell you that Caesar spent 18 months being handed from one trafficking gang to another in Algeria and Libya, during which time he was tortured and put to work as a slave, does that help you understand who he is and why he has made the choices he has – particularly if that is all you know about his life? And what if hundreds of people all have similar stories? At some point, we feel overwhelmed and start to switch off. Some of us may even start to feel hostile: why are we constantly being told to feel sorry for these strangers?

What is more, media coverage that jumps from one flashpoint of a crisis to another can neglect to examine underlying causes – Europe’s complex border system, for instance. And a sense of panic can inadvertently be encouraged by well-meaning attempts to produce dramatic statistics and soundbites. The idea of a “global refugee crisis” may provoke sympathy among some, but for others it may increase the sense that we are, in the words of Ukip’s leave campaign, at “breaking point”.

The UN’s refugee agency, the UNHCR, says there are more people displaced by conflict in the world today than at any point since the second world war. This is true: an estimated 66 million people are currently displaced, either within their home countries or abroad. But 86% of these remain in the developing world, not in wealthy regions such as Europe. And despite recent conflicts, according to De Haas, refugees account for around 0.3% of the world’s population; a small and relatively stable proportion. The problem is one of resources and policy, not overwhelming numbers.

If we want to understand why some people will keep moving despite the obstacles put in their way, then we need to see the whole person, rather than only the worst aspects of their situation or their most traumatic experiences. I have met a number of people who had journeys similar to Caesar’s, and each one is trying in very different ways to retain control of their lives and make decisions about the future. Caesar told me he just wants to find a dull job and “forget about the past”. By contrast, Fatima, a woman from Nigeria who also ended up in Sicily, made “a bargain with God” when she stepped on to an inflatable boat on the Libyan coast, and wants to devote the rest of her life to raising the alarm about trafficked women. Azad fled Syria because although he was sympathetic to the uprising against Bashar al-Assad, and proud of his Kurdish identity, he simply didn’t want to kill people.

It is also important to recognise that the stories we consume are, for the most part, commodities produced by profit-making companies. Like other commodities, their production, value and demand are driven by market forces. This can harm those at the centre of the stories, distort our understanding of a crisis and even contribute to a sense of panic – which, in turn, provokes panicked responses from the authorities.

Myth 4: The crisis is a threat to European values

In recent years, “European values” have been invoked both in support of refugees and migrants and to attack them. On the one hand, demagogues such as Hungary’s Viktor Orbán have positioned themselves as defenders of a Christian European civilisation, enacting anti-migrant policies to protect Europe from being overrun by Muslim hordes. On the other, humanitarians have frequently appealed to a vision of Europe like the one set out by José Manuel Barroso, president of the European commission in 2012, when the EU was awarded the Nobel peace prize. “As a community of nations that has overcome war and fought totalitarianism,” Barroso said in his acceptance speech, “we will always stand by those who are in pursuit of peace and human dignity.”

Both visions are wrong. The first tries to erase the fact that Europe is a diverse continent, in which Christian, Muslim, Jewish and secular traditions have been present for centuries. Orbán’s vision also has a liberal companion, especially popular in western Europe, which holds that Muslim immigrants present a threat to “European” traditions of tolerance, freedom and democracy: this, too, ignores the fact that where these principles do exist they have been fought for and won, usually against the violent resistance of European elites. It is no small irony, either, that many of the refugees who arrive on European shores today have been engaged in similar struggles for rights and equality in their home countries.

The second vision presents Europe as a beacon of hope to the rest of the world. Europe certainly has great power to affect the world for better or worse, and pressing our politicians to live up to such an aspiration is worthwhile. But the aspiration will remain unfulfilled if we ignore the fact that while the nations of Europe have overcome war and fought totalitarianism, many of these same nations became rich and powerful by conquering and administering huge empires, which were partially justified by the idea of European racial supremacy. And European unity, in its founding documents, was conceived of as a way of maintaining imperial power, as well as preventing future conflict in Europe.

Rather than seeing European racism as a thing of the past, the recognition of its persistence is essential if we are to understand the refugee crisis and some of the responses to it. Thousands of people from former European colonies, whose grandparents were treated as less than human by their European rulers, have drowned in the Mediterranean in the past two decades, yet this only became a “crisis” when the scale of the disaster was impossible for Europeans to ignore.

In 2015, the UN’s special rapporteur on migration proposed two responses that would have done much to alleviate the crisis: mass international resettlement of refugees from Syria, and a temporary work visa scheme so that economic migrants could come and go, without getting trapped in the deadly clandestine routes. The reason this hasn’t happened is because European governments simply don’t want to do it. There are domestic political pressures within Europe, and a wider crisis of the international system through which conflicts and disagreements between states are supposed to be resolved.

Even now, a hierarchy of suffering pervades much of the debate, in which people’s struggles are ignored or dismissed depending on their background, with little discussion of how Europe might have contributed to the situation of the countries the migrants leave behind – either historically, or through the military and economic policies of current governments. And when local conflicts involving newly arrived refugees break out in European countries, many commentators jump seamlessly from an incident that needs a considered response, to declaration of an existential threat to Europe from its Muslim minority. At its extreme end, this is genocidal logic, of a kind Europe has known in its past.

We do not have to accept this. A more honest conversation about the crisis would involve a reckoning with our own past – and a good starting point would be to recognise that for many of the migrants making perilous journeys to Europe today, Europe is already a part of their lives. “We remember the past, we remember slavery; they started the world wars and we fought for them,” I was once told by a group of men from west Africa marooned in a southern Italian reception centre. This isn’t about apportioning blame or guilt. It is about recognising that the world is not easily divided into “European” and “non-European”. This is as true for Britain as it is for the rest of Europe, even if Britain leaves the political union. “I’m always surprised when people ask, ‘Why are refugees coming to the UK?’” said Zainab, who fled Islamic State in Iraq and brought her three young children to Britain via Calais, hidden in a series of lorries. “I would like to answer back: ‘Hasn’t Iraq been occupied by Britain and America?’ I want people to see the suffering that the populations from these places have gone through. I really wish for people to see the connection.”

Myth 5: History is repeating and there’s nothing we can do about it

The Holocaust is never far from the surface of European consciences. And its presence has been felt in a range of responses to the refugee crisis – from grand political statements about Europe’s duty to act, to the invocation of the Kindertransport in Britain’s debate over child refugees, to stories about elderly Jewish Europeans helping today’s displaced migrants cross borders. But it can lead us to a Schindler’s List interpretation of history – the one dramatic moment of rescue that either averts disaster, or absolves us of a greater crime.

An awareness of this history matters, and can motivate us to act, but there are considerable differences from the past. Our system of refugee protection was set up primarily to deal with the huge population upheavals in Europe that were caused by the two world wars. Now largely in the past, these upheavals are generally seen as having provided a moral lesson – one of several ways in which Europe declared: “Never again”. But although Europe’s crisis of displacement had a beginning and an end, for much of the world, displacement is persistent, its causes apparently more complicated, the people at the centre of it afforded less significance. Often, they are given no story at all, reduced to a shadow that occasionally flits across European vision.

But it is vital that we pay attention, not just for humanitarian reasons but because displacement points to a dangerous weakness in liberal democratic societies. Although we have come to regard certain rights as fundamental and universal, these are often only guaranteed through membership of a nation-state. In her 1951 book The Origins of Totalitarianism, the political theorist Hannah Arendt argued that the inability of states to guarantee rights to displaced people in Europe between the world wars helped create the conditions for dictatorship. Statelessness reduced people to the condition of outlaws: they had to break laws in order to live and they were subject to jail sentences without ever committing a crime. Being a refugee means not doing what you are told – if you did, you would probably have stayed at home to be killed. And you continue bending the rules, telling untruths, concealing yourself, even after you have left immediate danger, because that is the way you negotiate a hostile system.

But the presence of millions of displaced people also became a powerful tool for those regimes that wanted to undermine the idea of universal human rights. “Look,” they could say, “there’s no such thing; you only get rights by being part of the nation”. Instead of resolving this problem, governments cracked down on unwanted migrants, giving police forces extensive powers that were eventually also wielded over their own citizens. This happened in the western European democracies, argued Arendt, and not just in the totalitarian states.

This has a disturbing parallel with the new powers and security infrastructure – from Britain’s “hostile environment” and laws criminalising European citizens who help migrants to the “temporary-stay facilities” that Italy’s new, far-right interior minister has proposed as part of a plan to increase deportations – that European governments are creating. Far from being the barbarians they are often portrayed as – a mass of “illegals” threatening European security and identity – rightless people appear “as the first signs of a possible regression from civilisation”, Arendt warned.

But Arendt points out a threat, not something inevitable – and importantly, governments respond to pressure from the electorate. In the autumn of 2015, for instance, public outcry over the photograph of a drowned toddler, Alan Kurdi, that circulated in international media pressured the British government into expanding a scheme to resettle Syrian refugees.

We must be alert to the ways in which some politicians try to convince people to give up rights and protections that exist for the benefit of everyone. Any authority figure who says: “We should look after our own before we look after refugees,” probably isn’t interested in doing either. And we should recognise the importance of collective action. There will not be “solutions” to this crisis, in the sense of one or more policy decisions that will make refugees vanish.

Wars produce refugees. People will continue to move to improve their quality of life – not only because of extreme poverty, but because they are connected to global culture and global networks of communication. Climate change has the potential to create far greater displacement than we have seen in recent years; as with refugees from war, it is likely to be poorer countries who feel the greatest impact. We cannot control whether these things happen; what matters will be how we respond, and whether we repeat the errors of this crisis.

You do not have to let your thinking be limited by the categories that currently exist. It is possible to defend the protections that the current system of refugee law offers, while recognising their limits. Politicians may try to draw a distinction between “genuine” refugees and other irregular migrants, and our economy may assign relative values to people’s lives based on their use as workers, but that doesn’t mean we should accept that one of those people is any less a person, or that their experiences are any less real. Refugee law provides an essential protection for some kinds of displaced people, but not all of them. Drawn up in a world where power and wealth are unequally distributed, it has always reflected the concerns of the powerful. The more rigidly we enforce distinctions between the deserving and undeserving, the more likely we are to accept the violence done in our name.

Throughout 2015, I kept hearing and reading about refugees having a “dream” of Europe. Perhaps that’s the case; we are all moved at times by an ideal. But it implies a certain naivety on the part of the beholder, that someone is being pulled by an illusion that the rest of us do not share. It belittles them, while at the same time aggrandising us. To the European audience, and by extension audiences in other rich parts of the world, it is reassuring: they are dreaming of having lives like ours – and who can blame them for idealising our existence?

Yet it is striking how often the word “dream” seems to crop up in place of the less comforting words “want” and “need”. This person has arrived in Europe and they want to go to Britain, where their uncle lives. Wouldn’t you? This person needs to get to Europe to work. Why can’t they earn a living at home? Why should anyone have to put up with these conditions? Whose interests does it serve to regulate their movement? And how likely is it that states which treat migrants with such callousness will behave similarly towards their own citizens? These, I think, are the sorts of questions we should be asking.

Daniel Trilling’s Lights in the Distance, based on years of reporting on refugees in Europe, has just been published by Picador and is available from the Guardian Bookshop


Télévision/Three girls: Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe (Political correctness gone wild: BBC Muslim gang rapes mini-series reveals how the police and social workers abandoned hundreds of British girls to Pakistani prostitution rings for years)

15 juin, 2018
 
robbie-williams-middle-finger-world-cup-opening-ceremonyMedine
 
Un sondage Ifop commandé par Alliance Vita souligne l’importance et la singularité de la figure du père aux yeux des Français.
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. Chesterton
Il faut peut-être entendre par démocratie les vices de quelques-uns à la portée du plus grand nombre. Henry Becque
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
Les images violentes accroissent (…) la vulnérabilité des enfants à la violence des groupes (…) rendent la violence ‘ordinaire’ en désensibilisant les spectateurs à ses effets, et elles augmentent la peur d’être soi-même victime de violences, même s’il n’y a pas de risque objectif à cela. Serge Tisseron
Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de “mariage” dans un code civil et laïque. Le “mariage”, valeur religieuse, sacrale, hétérosexuelle – avec voeu de procréation, de fidélité éternelle, etc. -, c’est une concession de l’Etat laïque à l’Eglise chrétienne – en particulier dans son monogamisme qui n’est ni juif (il ne fut imposé aux juifs par les Européens qu’au siècle dernier et ne constituait pas une obligation il y a quelques générations au Maghreb juif) ni, cela on le sait bien, musulman. En supprimant le mot et le concept de “mariage”, cette équivoque ou cette hypocrisie religieuse et sacrale, qui n’a aucune place dans une constitution laïque, on les remplacerait par une “union civile” contractuelle, une sorte de pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non imposé.(…) C’est une utopie mais je prends date. Jacques Derrida
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
Il m’était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème. Je leur demandais : « Pourquoi ne jouez-vous pas ensemble, pourquoi m’avez-vous choisi, moi, et pas d’autres gosses? » Mais s’ils insistaient, je les caressais quand même ». Daniel Cohn-Bendit (Grand Bazar, 1975)
La profusion de jeunes garçons très attrayants et immédiatement disponibles me met dans un état de désir que je n’ai plus besoin de réfréner ou d’occulter. (…) Je n’ai pas d’autre compte à régler que d’aligner mes bahts, et je suis libre, absolument libre de jouer avec mon désir et de choisir. La morale occidentale, la culpabilité de toujours, la honte que je traîne volent en éclats ; et que le monde aille à sa perte, comme dirait l’autre. Frédéric Mitterrand (”La mauvaise vie”, 2005)
Ce ne sont pas les différences qui provoquent les conflits mais leur effacement. René Girard
En présence de la diversité, nous nous replions sur nous-mêmes. Nous agissons comme des tortues. L’effet de la diversité est pire que ce qui avait été imaginé. Et ce n’est pas seulement que nous ne faisons plus confiance à ceux qui ne sont pas comme nous. Dans les communautés diverses, nous ne faisons plus confiance à ceux qui nous ressemblent. Robert Putnam
Illegal and illiberal immigration exists and will continue to expand because too many special interests are invested in it. It is one of those rare anomalies — the farm bill is another — that crosses political party lines and instead unites disparate elites through their diverse but shared self-interests: live-and-let-live profits for some and raw political power for others. For corporate employers, millions of poor foreign nationals ensure cheap labor, with the state picking up the eventual social costs. For Democratic politicos, illegal immigration translates into continued expansion of favorable political demography in the American Southwest. For ethnic activists, huge annual influxes of unassimilated minorities subvert the odious melting pot and mean continuance of their own self-appointed guardianship of salad-bowl multiculturalism. Meanwhile, the upper middle classes in coastal cocoons enjoy the aristocratic privileges of having plenty of cheap household help, while having enough wealth not to worry about the social costs of illegal immigration in terms of higher taxes or the problems in public education, law enforcement, and entitlements. No wonder our elites wink and nod at the supposed realities in the current immigration bill, while selling fantasies to the majority of skeptical Americans. Victor Davis Hanson
Who are the bigots — the rude and unruly protestors who scream and swarm drop-off points and angrily block immigration authority buses to prevent the release of children into their communities, or the shrill counter-protestors who chant back “Viva La Raza” (“Long Live the Race”)? For that matter, how does the racialist term “La Raza” survive as an acceptable title of a national lobby group in this politically correct age of anger at the Washington Redskins football brand? How can American immigration authorities simply send immigrant kids all over the United States and drop them into communities without firm guarantees of waiting sponsors or family? If private charities did that, would the operators be jailed? Would American parents be arrested for putting their unescorted kids on buses headed out of state? Liberal elites talk down to the cash-strapped middle class about their illiberal anger over the current immigration crisis. But most sermonizers are hypocritical. Take Nancy Pelosi, former speaker of the House. She lectures about the need for near-instant amnesty for thousands streaming across the border. But Pelosi is a multimillionaire, and thus rich enough not to worry about the increased costs and higher taxes needed to offer instant social services to the new arrivals. Progressives and ethnic activists see in open borders extralegal ways to gain future constituents dependent on an ever-growing government, with instilled grudges against any who might not welcome their flouting of U.S. laws. How moral is that? Likewise, the CEOs of Silicon Valley and Wall Street who want cheap labor from south of the border assume that their own offspring’s private academies will not be affected by thousands of undocumented immigrants, that their own neighborhoods will remain non-integrated, and that their own medical services and specialists’ waiting rooms will not be made available to the poor arrivals. … What a strange, selfish, and callous alliance of rich corporate grandees, cynical left-wing politicians, and ethnic chauvinists who have conspired to erode U.S. law for their own narrow interests, all the while smearing those who object as xenophobes, racists, and nativists. Victor Davis Hanson
Selon Stanley Cohen (1972), une « panique morale » surgit quand « une condition, un événement, une personne ou un groupe de personnes est désigné comme une menace pour les valeurs et les intérêts d’une société ». Le sociologue propose également qu’on reconnaisse dans toute « panique morale » deux acteurs majeurs : les « chefs moraux » (« moral entrepreneurs »), initiateurs de la dénonciation collective ; et les « boucs-émissaires » (« folk devils »), personnes ou groupes désignés à la vindicte. Des chercheurs spécialisés dans la culture numérique, tels Henry Jenkins aux Etats-Unis, ou Hervé Le Crosnier, maître de conférence à l’université de Caen, utilisent également le terme de panique morale pour désigner la peur disproportionnée des médias et d’une partie de la population face à la transformation induite par tout changement technologique, perçue comme un grand danger à la portée de chacun. Les « paniques morales » sont souvent liées à des controverses, et sont généralement nourries par une couverture médiatique intense (bien que des paniques semi-spontanées puissent exister. L’hystérie collective peut être une composante de ces mouvements, mais la panique morale s’en distingue parce que constitutivement interprétée en termes de moralité. Elle s’exprime habituellement davantage en termes d’offense ou d’outrage qu’en termes de peur. Les « paniques morales » (telles que définies par Stanley Cohen) s’articulent autour d’un élément perçu comme un danger pour une valeur ou une norme défendue par la société ou mise en avant par les médias ou institutions. L’un des aspects les plus marquants des paniques morales est leur capacité à s’auto-entretenir. La médiatisation d’une panique tendant à légitimer celle-ci et à faire apparaître le problème (parfois illusoire), comme bien réel et plus important qu’il n’est. La médiatisation de la panique engendrant alors un accroissement de la panique. Les effets de ce genre de réactions sont par ailleurs nombreux dans le domaine politique et juridique. (…) Le terme « panique morale » a été inventé par Stanley Cohen (en 1972 pour décrire la couverture médiatique des Mods et des Rockers au Royaume-Uni dans les années soixante. On fait remonter aux Middletown Studies, conduites en 1925 pour la première fois, la première analyse en profondeur de ce phénomène : les chercheurs découvrirent que les communautés religieuses américaines et leurs chefs locaux condamnaient alors les nouvelles technologies comme la radio ou l’automobile en arguant qu’elles faisait la promotion de conduites immorales. Un pasteur interrogé dans cette étude désignait ainsi l’automobile comme une « maison close sur roues » et condamnait cette invention au motif qu’elle donnait aux citoyens le moyen de quitter la ville alors qu’ils auraient dû être à l’église. Cependant, dès les années 30, Wilhem Reich avait développé le concept de peste émotionnelle qui, sous une forme plus radicale, est la base théorique de la panique morale. (…) Le risque lié aux paniques morales est multiple. Les plus importants sont de ne plus croire ce qui est rapporté par les médias ou même de ne plus croire les informations justes, constituant ainsi le terreau du complotisme qui se répand au XXIe siècle avec la prédominance des échanges sur internet. C’est aussi mettre sur un même plan d’importance des éléments pourtant très différents. Ainsi,  certaines paniques dites “mineures” par Divan Frau-Meigs pourraient se retrouver à une même importance que des paniques morales majeures (le traitement de l’obésité au même niveau que la peur du terrorisme par exemple). Wikipedia
It has been Cohen’s longstanding contention that the term moral panic is, for its utility, problematic insofar as the term ‘panic’ implies an irrational reaction which a researcher is rejecting in the very act of labelling it such. That was the case when he was studying the media coverage of the Mods and Rockers and when Young was studying the reaction to drug taking in the late 1960s and the early 1970s. Currently , Cohen has started to feel uncomfortable with the blanket application the term ’panic’ in the study of any reactions to deviance, as he argues for its possible use in ‘good moral panics’. Cohen discusses the changes that have occurred in society and how this has had re-directed the ‘moral panic’ analysis and has contributed to the development of the concept. To begin with, the modern moral entrepreneurs have adopted a status similar to the social analyst (in terms of class, education and ideology) and the likelihood for the two of them to perceive the problem in the same way has increased substantially. Secondly, the alliances between the various political forces has become more flexible and as a result, panics about ‘genuine’ victims (of natural disasters or terrorist attacks) are more likely to generate consensus that the ‘unworthy’ victims (the homeless). Thirdly, whereas the traditional moral panics where in nature elite-engineered, the contemporary ones are much more likely to populist-based, giving more space for social movements’ and victims’ participation in the process. Fourthly, in contrast to the old moral panics, the new ones are interventionist-focused. The new criminalizers who address the moral panics are either post-liberals who share a common background with a decriminalized generation, or are from the new right who argue for increased focus on private morality (sexuality, abortion, lifestyle). In addition, Cohen considers the possibility of certain moral panics being understood as ‘anti-denial’ movements. In contemporary times the denial of certain events, their cover-up, evasion and tolerance is perceived as morally wrong, and such denied realities should be brought to the public attention, which would result in widespread moral condemnation and denunciation. In this sense, it could be argued that certain panics should also be considered as ‘acceptable’ and thus a binarity between ‘good’ and ‘bad’ moral panics can be developed. Such as heuristic between ‘good’ and ‘bad’ can be useful as such a distinction in effect widens the scope of moral panic studies beyond those examples that are regarded as ‘inappropriate’ and ‘irrational’. Potentially, this could also lead to the questioning of the notions of rationality, disproportionality and other normative judgements that have characterised the studies of moral panics. Such an approach of analysing ‘moral panics’ is in contrast with the work of Critcher, to whom the concept of can be best understood in the relations of power and regulation. Whereas both Critcher and Cohen agree that each moral panic should be seen in a wider conceptual framework, the latter does not adopt Critcher’s suggestion that the term ‘moral’ panic should not be applied in cases where dominant elites reinforce dominant practices by way of scapegoating outsiders. By contrast to Critcher, Cohen accepts the possibility of counter-hegemonic moral panics. In addition, Critcher stresses the need to focus not only on the politics of moral panics, but also consider the economic factors that might limit or promote their development. Moving beyond moral panics, Hunt has argued that a shift has taken place in the processes of moral regulation over the past century, whereby the boundaries that separate morality from immorality have been blurred. As a result, an increasing number of everyday activities have become moralized and the expression of such moralization can be found in hybrid configurations of risk and harm. The moralization of everyday life contains a dialectic that counterposes individualizing discourses against collectivizing discourses and moralization has become an increasingly common feature of contemporary political discourse. Moral panics can also be seen as volatile manifestations of an ongoing project of moral regulation, where the ‘moral’ is represented as practices that are specifically designed to promote the care of the self. With the shift towards neo-liberalism, such regulatory scripts have taken the form of discourses of risk, harm and personal responsibility. As Hier the implementation of such a ‘personalization’ discourse is not straightforward due to the fact that moral callings are not always accepted. The moral codes that are supposed to regulate behaviour, expression and self-presentation are themselves contestable and their operation is not bound in a time-space frame. Thus, ‘moralization’ is conceptualized as a recurrent sequence of attempts to negotiate social life; a temporary ‘crisis’ of the ‘code’ (moral panic) is therefore far more routine than extraordinary. The problems with such an argument for expanding the focus of moral panics to encompass forms of moral regulation is that it is too broad and a more specific scope of moral regulation should be defined in order to conduct such analysis. Dimitar Panchev (2013)
« We do more workshops in middle schools than in high schools, » says Bell, executive director of Bebashi-Transition to Hope, the local nonprofit that works on prevention of HIV and other sexually transmitted diseases. « Teachers call us because their kids are acting out sexually. They’ll catch them in the bathroom or the stairwell. They hear that kids are cutting schools to have orgies. » (…) « We follow 200 teenagers with HIV, and the youngest is 12, » says Jill Foster, director of the Dorothy Mann Center for Pediatric and Adolescent HIV at St. Christopher’s Hospital for Children. « When we started doing HIV treatment in 1998, the average age of patients was 16 or 17. The first time we got a 13-year-old was mind-blowing. » (…) Because a recent report from the Centers for Disease Control and Prevention has identified Philadelphia as having the earliest age of sexual initiation – 13 – among cities participating in the study, she says, it’s crucial to make condoms available to younger kids. People gasp at that, says Foster, who diagnoses new HIV cases at a rate of two to three teens a month, up from one every four months just a decade ago. « But people have no idea how tough it is to be a kid who’s exposed to sexual media images and peer pressure. It’s routine for 12- and 13-year-olds to talk about sex. Younger kids hear them and they want to be part of that ‘older’ world, » she says. « They don’t have maturity or impulse control, so if we can get them to have condoms with them when they start having sex, they are going to be safer. « I wish it weren’t necessary, » she says. « Unfortunately, it is. » It would be easy to play the « appalled citizen » card and decry the inclusion of kids as young as 11 in Philadelphia’s STD-prevention campaign. But I won’t. Because there are two groups of children in this city: Those lucky enough to have at least one caring, available adult to guide them through sex-charged adolescence. And those left on their own. Like the child being raised by a single mom whose two jobs keep her from supervising her child. Or the kids being raised by a tired grandmom who’s asleep by 9 and doesn’t know that the kids have snuck out of the house. Or the homeless teen who crashes on couches and must choose between saying no to a friend’s creepy uncle or wandering the streets at night. These kids deserve protection from the fallout of STDs and unplanned pregnancy as much as kids from « good » families do – kids who, by the way, get in trouble, too. They just have more support to get them through it. « We know that sexual activity in young adolescents doesn’t change overnight, » says Donald Schwarz, a physician who worked with adolescents for years at Children’s Hospital of Philadelphia before being appointed city health commissioner in 2008. « But children need to be protected while we get our heads around whatever the long-term strategies should be here. » He mentions a recent, awful survey of sixth-graders in West Philly, which showed that 25 percent of the children, who were just 11 years old, had had sex. « Clearly, we don’t think it’s OK for 11-year-olds to be having sex, » says Schwarz. « But we don’t have the infrastructure in place to fix [that] problem fast. We can, however, make condoms available fairly quickly to whoever needs them. (…) There are no easy solutions. This is a complicated problem, exacerbated by generational poverty and family collapse that paralyzes our cities in ways too myriad to address in one column. Ronnie Polaneczky
Giving out free condoms at school is not a surefire way to avoid teenage pregnancy – or it might not be enough. Access to condoms in schools increases teen fertility rates by about 10 per cent, according to a new study by the University Of Notre Dame. However the increase happened in schools where no counseling was provided when condoms were given out – and giving out guidance as well as birth control could have the opposite effect, economists Kasey Buckles and Daniel Hungerman said in the study. Access to other kinds of birth control, such as the contraceptive pill, IUDs and implants, has been shown to lower teen fertility rates – but condoms might have opposite consequences due to their failure rate as well as the time and frequency at which they’re used. (…) Times have changed already and teenagers today are overall less likely to have sex and less likely to become pregnant, they wrote. Most of the free condoms programs in the study began in 1992 or 1993 and about two thirds involved mandatory counseling. The 10 per cent increased occurred as a result of schools that gave out condoms without counseling, Buckles and Hungerman said. ‘These fertility effects may have been attenuated, or perhaps even reversed, when counseling was mandated as part of condom provision,’ they wrote. Teenage girls were also more likely to develop  gonorrhea when condoms were given for free – and again, the increase happened as a result of schools giving out condoms without counseling. Access to contraceptives in general has been shown to lower teen fertility, Buckles and Hungerman noted, or in some cases had no effect at all. But condoms might have a different impact because of several factors, such as the fact that their failure rate is more important than that of other contraceptives. Condoms also rely ‘more heavily on the male partner’, which is an important factor given that an unplanned pregnancy will have different consequences for each gender, Buckle and Hungerman wrote. The time at which condoms are used could also explain why they have a different impact than other types of birth control. Condoms have to be used at the time of intercourse, whereas the pill, IUDs and implants are all taken in advance. Using condoms also results from a short-term decision rather than long-term. Free condom programs in schools could have led to two additional births per 1,000 teenage women so far, Buckle and Hungerman found. This could increase to 5 extra births per 1,000 teenage girls if the country’s entire high-school-aged population had access to condoms. Condom distribution programs could promote the use of condoms over more efficient birth control methods, drive schools to use their resources for condom distribution rather than more effective programs, or might encourage ‘risky’ sexual behaviors, Buckle and Hungerman wrote. Daily Mail
L’upskirt (anglicisme argotique, littéralement « sous la jupe ») est une forme d’érotisme ou de pornographie particulièrement présente sur Internet, constituée de photographies ou de videos prises sous les jupes des femmes (le plus souvent en contre-plongée en position debout, ou de face en position assise), dans le but de montrer leurs sous-vêtements, voire leurs parties génitales et/ou leurs fesses. Bien que les prises de vues puissent être faites avec le consentement des sujets, les spectateurs de ce type de scènes recherchent le plus souvent des clichés pris furtivement, notamment dans des lieux publics, et donc, selon toute vraisemblance, à l’insu des personnes représentées, ce qui fait de l’upskirt une forme de voyeurisme. L’avènement des téléphones mobiles équipés d’appareils photo et de caméras est souvent présenté comme étant à l’origine du développement de cette pratique, mais en réalité, l’upskirt existe depuis que la mode a démocratisé la minijupe, c’est-à-dire vers le milieu des années 60. Une telle pratique sans le consentement de la personne photographiée peut être considérée comme illégale dans certaines juridictions. Wikipedia
Critiqué par ses fans pour avoir accepté de chanter lors de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde, Robbie Williams a terminé sa prestation en faisant un doigt d’honneur. Un geste, réalisé juste après avoir rajouté un «I did it for free» dans les paroles de «Rock DJ», qui a immédiatement été très commenté sur les réseaux sociaux. L’Equipe
il s’agit de respecter une souffrance. Samia Maktouf (avocate de familles de victimes de l’attentat islamiste du Bataclan en réaction à la programmation dans la salle d’un certain Médine ayant intitulé l’un de ses disques « Jihad »)
Finalement, Viktor Orban pourrait avoir gagné. Le maître de Budapest fut le premier à dresser des barbelés contre l’exode, celui des Syriens en août 2015. Sa prophétie n’est pas loin de se réaliser quand l’Italie, jusqu’ici ouverte à la misère du monde, renvoie en pleine mer un bâtiment chargé de 629 migrants africains. Basculement. Électrochoc. Malgré le trouble d’Angela Merkel et les blâmes d’Emmanuel Macron, la question pour l’Europe n’est plus de savoir si elle doit renforcer sa frontière commune. Mais si elle peut encore éviter le retour aux barrières nationales. En trois ans, l’exception hongroise s’est propagée à toute l’Europe centrale. Varsovie, Prague et Bratislava jurent avec Budapest que la religion musulmane n’est pas soluble dans l’UE. Tous applaudissent le coup de force italien. À ce quatuor de Visegrad, il faudrait désormais ajouter un trio d’acteurs qui va de l’extrême droite à la droite dure: l’Italien Matteo Salvini, l’Autriche de Sebastian Kurz et Horst Seehofer, monument bavarois et ministre allemand de l’Intérieur. Ces trois-là forment le nouvel «axe» anti-immigration que décrit le jeune chancelier autrichien, avant de prendre la présidence tournante de l’UE le 1er juillet. La fronde dessine un périmètre curieusement semblable à celui de l’empire des Habsbourg. Elle est aussi pétrie de contradictions. Même s’ils partagent la hantise de l’islam, Viktor Orban et ses amis d’Europe centrale se garderont bien de rejoindre l’axe autrichien. Et inversement. À l’intérieur de l’axe alpin, la pire chose qui puisse arriver au chancelier Kurz serait que Matteo Salvini, nouvel homme fort du pouvoir romain, obtienne ce qu’il demande: le partage avec le reste de l’Europe – Autriche comprise – de tout ou partie des quelque 500.000 «irréguliers» qui croupissent en Italie. Quant au projet prêté à Horst Seehofer d’expulser d’Allemagne tous les migrants déjà enregistrés ailleurs dans l’UE, il n’inquiète pas que la Chancellerie à Berlin. Si cette foule doit vraiment retraverser la montagne, c’est bien évidemment en Autriche puis en Italie qu’elle aboutira. Là est le problème des slogans «populistes» et autres remèdes réputés nationaux. Sur le papier, ils sont identiques et se prêtent à de magnifiques alliances. Dans la réalité, ils sont incompatibles, sauf à fâcher les voisins et à cadenasser toutes les frontières. (…) Cynisme contre hypocrisie, Emmanuel Macron et Matteo Salvini ont vidé mardi leur aigreur à propos de l’Aquarius et des 629 clandestins repêchés au nord de la Libye. Du côté français comme du côté allemand, il apparaît que les deux semaines qui mènent au sommet vont décider si Rome penche vers l’ouest ou vers l’est. Paris admet que l’Union européenne a un problème quand l’Italie doit accueillir 80 % des migrants venus de Libye. Le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, reconnaît qu’il faut se forcer «à voir la réalité à travers d’autres regards européens». L’Élysée a confirmé jeudi des pistes déjà explorées pour rendre la réalité plus supportable à des Italiens confrontés, chez eux, à des centaines de points de fixation comparables à l’ex-ghetto de migrants à Calais. Il sera donc question d’aides financières démultipliées par l’UE et de mobilisation du contingent de gardes-frontières européens. Au-delà de ces palliatifs communautaires, la France et ses voisins doivent se préparer à deux exutoires plus vigoureux s’il faut vraiment soulager l’Italie, prévient Pierre Vimont, ex-pilier du Quai d’Orsay et conseiller de l’UE durant la crise de 2015-2016. D’abord l’accueil direct des rescapés de la Méditerranée sur leur territoire, sujet jusqu’ici tabou que l’Espagne a commencé de rompre en acceptant les passagers de l’Aquarius. (…) Ensuite, l’ouverture de «centres de tri» hors de l’UE (peut-être en Albanie), ce qui permettrait d’évacuer le problème italien. (…) Mais attention, prévient l’ambassadeur Vimont, «il ne s’agit pas de s’en laver les mains. Si la question africaine n’est pas réglée dans la durée, les migrants reviendront inévitablement frapper à notre porte». Le Figaro
C’est une information qui devrait compter dans les débats bioéthiques du moment. Un sondage Ifop commandé par Alliance Vita (1) et dévoilé aujourd’hui par La Croix souligne l’importance et la singularité de la figure du père aux yeux des Français. Pour l’association, il s’agit avant tout de braquer les projecteurs sur l’un des enjeux des discussions actuelles sur l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, envisagée dans le cadre de la révision des lois de bioéthique. Ainsi, 93 % des Français considèrent que les pères ont un « rôle essentiel pour les enfants », tandis que les trois quarts d’entre eux adhèrent à l’affirmation selon laquelle « les rôles du père et de la mère sont différents et complémentaires » ; et 89 % jugent que « l’absence de père, c’est quelque chose qui marque toute la vie ». (…) À un moment où la question sur la PMA polarise toutes les attentions, selon ce sondage, 61 % des Français estiment qu’« il faut privilégier le besoin de chaque enfant d’avoir un père en réservant la PMA aux couples homme-femme ayant un problème médical d’infertilité ». Mais 39 % jugent plutôt qu’« il faut privilégier le désir d’enfant en permettant la PMA sans père pour les femmes seules ou les couples de femmes ». Des chiffres qui peuvent surprendre comparés aux autres enquêtes menées par l’Ifop, notamment celles publiées dans La Croix et L’Obs en janvier, ou encore cette semaine par Ipsos pour France Télévisions. Ces enquêtes donnaient systématiquement des proportions opposées quant à l’adhésion des Français à l’extension de la PMA : 60 % y étaient favorables, 40 % étaient contre.(…) Si les Français portent un regard très majoritairement positif sur le rôle des pères, il existe cependant des différences d’approche, notamment entre les hommes qui sont pères et ceux qui ne connaissent pas l’expérience de la paternité. Ainsi 58 % des pères sont tout à fait d’accord lorsqu’on leur demande si « l’absence de père est quelque chose qui marque toute une vie ». Le chiffre tombe à 41 % pour les hommes qui n’ont pas d’enfants. Soit une différence de 17 points. Autre intervalle notable : celui qui s’établit entre les générations : 39 % des 18-24 ans estiment qu’il ne faut pas étendre la PMA, alors qu’ils sont 78 % des plus de 65 ans. « C’est la preuve qu’au fur et à mesure des générations, les références traditionnelles vont être chamboulées », estime Jérôme Fourquet. La Croix
Tout dépend de la manière dont on pose la question : si on met en avant l’ouverture d’un droit, en demandant aux Français s’ils sont pour une extension de la PMA, ils y sont majoritairement favorables. En revanche, si on présente le droit de l’enfant à avoir un père, ils sont majoritairement opposés à une évolution de la loi. (…) Quelle que soit la question, vous avez 40 % de gens qui sont favorables, 40 % d’opposés, et 20 % qui oscillent. Ce sont ces derniers qui portent la tension éthique et dont la réponse peut varier selon la façon dont la question est posée. Jérome Fourquet
On assiste aujourd’hui à un grand affaiblissement de l’image du père dans nos sociétés. C’est aussi le cas pour celle de la mère. La paternité est par nature une expérience subjective, mais je vois aujourd’hui beaucoup de couples qui, au milieu de la trentaine, hésitent à être parents. Les naissances surviennent plus tard qu’auparavant : cela montre bien que l’aventure de la paternité est devenue quelque chose d’éminemment subjectif, et donc de plus fragile. Elle n’est plus portée par la société et ne bénéficie plus d’un soutien collectif. Jacques Sédat (psychanalyste)
Le militant nationaliste britannique Tommy Robinson a été arrêté à Leeds et presque immédiatement condamné à 13 mois de prison ferme alors qu’il tentait de filmer les suspects d’un procès dont les médias locaux n’ont pas le droit de parler. Un épais voile noir n’en finit plus d’envelopper la liberté d’expression dans les démocraties occidentales. Il se montre particulièrement oppressant dès lors qu’il s’agit de museler des opinions critiques au sujet de la crise migratoire, des dangers de l’islamisme et, plus largement, du dogme multiculturaliste comme modèle supposé de société. Ces opinions critiques, si elles peuvent en choquer moralement certains, ne constituent pourtant pas des délits, ou en tout cas, pas encore…Les voies employées sont multiples et complémentaires. Sur le plan répressif, on peut mentionner les fermetures abusives et arbitraires de comptes sur les réseaux sociaux, soit par décision hautement inquisitrice des autorités facebookiennes (comme ce fut le cas par exemple pour Génération identitaire dont le compte a été récemment clos sans autre forme de procès), soit sous pression d’activistes qui, en procédant à des signalements massifs se lancent dans des sortes de fatwas numériques et finissent promptement par obtenir la fermeture des comptes qui les dérangent. On pense notamment au truculent dessinateur Marsault, mais les cas semblables sont légion. La voie judiciaire est également très utilisée pour faire taire les récalcitrants. On a pu assister par exemple à la condamnation ubuesque d’Éric Zemmour pour ce qui finit par s’apparenter, ni plus ni moins, à du délit d’opinion et à l’introduction piano sano d’un délit d’islamophobie et de blasphème dans les cours européennes. Le sort actuel de l’activiste britannique, Tommy Robinson (de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon), s’inscrit dans ce contexte sinistré. Le britannique de 35 ans, fondateur de l’English Defence League, hostile à l’islam radical et à la charia (ce qui peut plaire ou déplaire mais demeure une conviction de l’ordre de l’opinion et ne constitue donc pas un délit), est dans le collimateur des autorités de son pays. L’homme a été arrêté, le vendredi 25 mai, tandis qu’il diffusait une vidéo filmée en direct des abords du tribunal de Leeds où se tenait un procès mystérieux. Mystérieux car il existe une disposition du droit britannique permettant aux autorités judiciaires d’ordonner une « reporting restriction ». C’est-à-dire un embargo pendant lequel personne n’a le droit d’évoquer publiquement (journalistes inclus, donc) une affaire en cours de jugement. Cette mesure est décidée dans un but de bonne administration de la justice, de bon déroulement des procès, afin que l’émoi populaire suscité par telle ou telle affaire ne vienne pas nuire à la bonne et sereine marche d’une justice que l’on imagine naturellement impartiale, afin également d’en protéger les parties, plaignants ou accusés. Tommy Robinson, et c’est là son tort et sa limite, n’a pas souhaité se soumettre à cette curieuse loi d’airain, et s’est donc tout de même rendu au palais de justice pour y interpeller les accusés de ce qu’il a décrit comme étant supposément le procès des viols de fillettes dont les accusés sont des gangs pakistanais, notamment dans la région de Telford, exactions qui se sont produites pendant plusieurs décennies et qui ont mis un temps infini à être révélées puis prises en compte par des autorités surtout préoccupées par le risque de stigmatisation des communautés ethno-religieuses concernées, plutôt que par la protection des populations locales. Cette information sur la nature réelle du procès n’a pas pu être formellement vérifiée ni énoncée puisque, de toute façon, dans cette situation orwellienne, la presse n’est pas autorisée à en parler. Il s’agit donc ici de propos qu’on n’a pas le droit de tenir au sujet d’une affaire qu’il faut taire. Tommy Robinson a été interpellé et, dans une hallucinante et inhabituelle célérité, la justice l’a presque immédiatement condamné à une peine ferme de 13 mois de prison, sans que celui-ci n’ait pu avoir droit à un procès équitable ni consulter l’avocat de son choix. Tout ceci s’est déroulé sans que la presse n’ait vraiment le droit d’évoquer son cas, puisque les juges ont appliqué à sa condamnation une seconde « reporting restriction », sorte de couche supplémentaire dans le mille-feuille de silences et de censures nimbant déjà ce dossier décidément gênant. Au pays de l’Habeas corpus, cette affaire fait du bruit. Aussitôt, une pétition rassemblant vite plus de 500 000 signatures a circulé dans le monde entier, et l’émoi que l’on voulait mater s’est au contraire amplifié, par le biais notamment des réseaux sociaux dont on comprend bien qu’ils fassent l’objet de toutes les tentatives de restrictions et de lois liberticides à venir. Des personnalités aussi diverses que la demi-sœur de Meghan Markle ou le fils de Donald Trump, le leader néerlandais Geert Wilders, le chanteur Morrissey ou la secrétaire générale adjointe des Républicains, Valérie Boyer, et beaucoup d’autres célèbres ou anonymes, se sont émus et ont interpellé les autorités britanniques sur cette curieuse conception de la justice, expéditive pour les uns, anormalement complaisante et longue pour les autres. Des manifestants excédés ont même fini par s’en prendre à la police, samedi 9 juin, près de Trafalgar Square à Londres. Tommy Robinson se savait attendu au tournant ; il a toutefois bravé la loi en toute connaissance de cause, comme il l’avait déjà fait dans un précédent procès sur une affaire similaire, écopant alors de trois mois avec sursis, lesquels sont alors venus s’ajouter à la peine récemment prononcée pour « atteinte à l’ordre public ». On peut toutefois légitimement s’interroger sur plusieurs points qui choquent l’opinion publique ainsi que le bon sens. Tout d’abord, est-il judicieux bien que judiciaire, de la part des autorités britanniques, de décider de faire régner de nouveau le silence dans le traitement d’une affaire dans laquelle, précisément, c’est le silence complice des autorités qui est en partie mis en cause par les opinions publiques ? N’est-ce pas redoubler le mal et contribuer à rendre légitimes les soupçons d’étouffement de ces affaires pour des motifs idéologiques ? Peut-on encore parler du réel, le nommer, le montrer, sans encourir les foudres morales ni risquer l’embastillement ou le sort d’Oscar Wilde à la Reading Gaol ? Les démocraties occidentales qui se conçoivent pourtant comme « libérales » et s’opposent idéologiquement à ce qu’elles qualifient dédaigneusement de « démocraties illibérales » et populistes, ont-elles conscience de déroger, par ces silences complices et ces actions douteuses de musèlement, au libéralisme d’opinion qui fonde les régimes démocratiques et institue, normalement, les libertés fondamentales ? Ont-elles conscience de renforcer le fort soupçon de manipulation des opinions qui pèse de plus en plus sur elles, Brexit après Brexit, vote « populiste » après vote « populiste », rejet après rejet ? Ont-elles conscience que plus une censure s’applique, plus la réaction à cette censure est forte, que plus elles se conduisent ainsi, plus la colère et la révolte – qu’elles s’imaginent étouffer – grondent ? Ont-elles conscience que loin de protéger l’image des populations prétendument stigmatisées dans ces affaires, elles ne font que nourrir les interrogations et les soupçons à leur sujet ? (…) Les autorités ignorent-elles par ailleurs le sort réservé aux militants de ces mouvances hostiles à l’islam radical lorsqu’ils sont jetés ainsi en pâture dans des prisons tenues par les gangs que ces militants dénoncent précisément ? Kevin Crehan, condamné à 12 mois de prison pour avoir (certes stupidement) jeté du bacon sur une mosquée, n’a pas survécu à son incarcération. Tommy Robinson, lui-même précédemment incarcéré dans une affaire de prêt familial, a été victime de graves violences.  Sa sécurité fait-elle l’objet de garanties spécifiques au vu du contexte ? Enfin, le silence gêné de certains des principaux médias sur cette affaire ne pose-t-il pas de nouveau la question du pluralisme et de la liberté d’expression réelle dans le paysage médiatique occidental ? Anne-Sophie Chazaud (Causeur)
A man who drove a van into a crowd of Muslims near a London mosque has been found guilty of murder. Darren Osborne, 48, ploughed into people in Finsbury Park in June last year, killing Makram Ali, 51, and injuring nine others. Osborne, from Cardiff, was also found guilty of attempted murder and is due to be sentenced on Friday. (…) Police later found a letter in the van written by Osborne, referring to Muslim people as « rapists » and « feral ». He also wrote that Muslim men were « preying on our children ». The trial heard Osborne became « obsessed » with Muslims in the weeks leading up to the attack, having watched the BBC drama Three Girls, about the Rochdale grooming scandal. BBC
Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. Ahmed (violeur pakistanais)
A l’exception d’un demandeur d’asile afghan, tous sont d’origine pakistanaise. Toutes les filles sont blanches. L’équation est aussi froide et simple qu’explosive, dans un Royaume-Uni en proie au doute sur son modèle multiculturel. (…) Dans les semaines suivant le procès, les médias égrènent les noms de villes où des gangs similaires à celui de Rochdale sont démantelés : Nelson, Oxford, Telford, High Wycombe… Et, fin octobre, c’est à nouveau à Rochdale qu’un groupe de neuf hommes est appréhendé. Chaque fois, les violeurs sont en grande majorité d’origine pakistanaise. Les micros se tendent vers les associations ou les chercheurs spécialisés dans la lutte contre les abus sexuels. Selon leurs conclusions, entre 46 % et 83 % des hommes impliqués dans ce type précis d’affaires – des viols commis en bande par des hommes qui amadouent leurs jeunes victimes en « milieu ouvert » – sont d’origine pakistanaise (les statistiques ethniques sont autorisées en Grande-Bretagne). Pour une population d’origine pakistanaise évaluée à 7 %. (…) En septembre, un rapport gouvernemental conclura à un raté sans précédent des services sociaux et de la police, qui renforce encore l’opinion dans l’idée qu’un « facteur racial » a joué dans l’affaire elle-même, mais aussi dans son traitement par les autorités : entre 2004 et 2010, 127 alertes ont été émises sur des cas d’abus sexuels sur mineurs, bon nombre concernant le groupe de Shabir Ahmed, sans qu’aucune mesure soit prise. A plusieurs reprises, les deux institutions ont estimé que des jeunes filles âgées de 12 à 17 ans « faisaient leurs propres choix de vie ». Pour Ann Cryer, ancienne députée de Keighley, une circonscription voisine, aucun doute n’est permis : police et services sociaux étaient « pétrifiés à l’idée d’être accusés de racisme ». Le ministre de la famille de l’époque, Tim Loughton, reconnaît que « le politiquement correct et les susceptibilités raciales ont constitué un problème ». L’air est d’autant plus vicié que, à l’audience, Shabir Ahmed en rajoute dans la provocation. Il traite le juge de « salope raciste » et affirme : « Mon seul crime est d’être musulman. » Un autre accusé lance : « Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. » (…) un employé de la mairie s’interroge. Anonymement. « Où est la limite du racisme ? Les agresseurs voyaient ces filles comme du « déchet blanc », c’est indéniablement raciste. Mais les services sociaux, des gens bien blancs, ne les ont pas mieux considérées. » A quelques rues de là, dans sa permanence, Simon Danczuk, député travailliste de Rochdale qui a été l’un des premiers à parler publiquement d’un « facteur racial », juge tout aussi déterminant ce qu’il appelle le « facteur social » : « Les responsables des services sociaux ont pu imaginer que ces filles de même pas 15 ans se prostituaient, alors qu’ils en auraient été incapables à propos de leurs propres enfants. » (…) Mohammed Shafiq estime qu’ »une petite minorité d’hommes pakistanais voient les femmes comme des citoyens de seconde catégorie et les femmes blanches comme des citoyens de troisième catégorie ». Mais, pour lui, les jeunes filles agressées étaient surtout vulnérables. « Le fait qu’elles traînent dehors en pleine nuit, qu’elles soient habillées de façon légère, renforçait les agresseurs dans leur idée qu’elles ne valaient rien, qu’elles étaient inférieures. Mais cela faisait surtout d’elles des proies faciles, alors que les filles de la communauté pakistanaise sont mieux protégées par leur famille, et qu’un abus sexuel y est plus difficilement dissimulable. » Le Monde
Evocation juste et déchirante de la difficulté de la dénonciation de viols par des gamines de quinze ans dans le Nord de l’Angleterre, “Three Girls” est une œuvre puissante et nécessaire, inspirée de faits réels. A revoir en replay sur Arte.tv jusqu’au 21 juin 2018. Holly, 15 ans, est nouvelle dans son lycée. Elle a peu d’amis, à part deux sœurs désœuvrées qu’elle suit souvent dans un restaurant pakistanais où les employés les traitent comme des reines. Holly ne voit pas le piège qui se referme, jusqu’à ce qu’un des commerçants la viole dans l’arrière-boutique. La police ne prête pas attention à ses dires. Même ses parents doutent d’elle et ne la voient pas s’enfoncer dans l’engrenage d’un réseau de prostitution. Inspirée d’une histoire vraie, Three Girls nous plonge, avec un réalisme déchirant, dans l’horreur d’un trafic sexuel de grande ampleur, en n’éludant aucun aspect dérangeant, comme la terrible négligence des services sociaux et de la police. Une illustration supplémentaire de l’incommensurable difficulté de la dénonciation d’un viol, pour des victimes que la société juge, consciemment ou non, coupables (la retranscription des vraies paroles des avocats de la défense lors des scènes de procès est effarante). Three Girls est une œuvre formellement percutante, interprétée par des actrices formidables (Molly Windsor vient de remporter un Bafta pour le rôle de Holly). Une fois de plus, les Britanniques proposent une approche lucide et rigoureuse, quasi journalistique, de l’injustice et des défaillances de leurs institutions. Courageux et nécessaire. Télérama
Les tabloïds se sont contentés de rester en surface. Three Girls creuse en profondeur les faits et leur impact sur les victimes. Nous voulions faire entendre leurs voix, trop longtemps ignorées. Il nous a ­fallu trois ans pour engager le dia­logue et obtenir leur confiance. Cela a été un véritable travail de mémoi­re, où chaque nouvelle discussion ­apportait son lot de détails. (…) Three Girls est aussi l’histoire d’un intolérable mépris envers les classes sociales les plus pauvres, que l’on refuse de voir et d’écouter. Les victimes de Rochdale étaient des « filles à problèmes », venant de familles avec des antécédents criminels. Elles avaient sans doute bien cherché ce qui leur arrivait…(…) C’est d’autant plus une œuvre d’utilité publique que la BBC nous a soutenus de bout en bout. La charte de la chaîne dit qu’elle doit « divertir, éduquer et informer ». Nous n’avons pas cherché à divertir, seulement à éduquer et informer. Simon Lewis
Ces filles ont vécu l’horreur avant d’être humiliées par la police et les services sociaux, qui les ont traitées de menteuses et de gamines narcissiques. Personne n’a voulu les croire quand elles ont dénoncé leurs agresseurs ! Chacun des trois épisodes de la série s’attache à montrer les ratés de la police, puis de la justice et des services sociaux. (…) Il a fallu imaginer une narration rapide, pleine d’ellipses, au risque de ne pas coller à l’ensemble des faits. Mais chaque scène, même la plus succincte, est inspirée par nos entretiens ou notre étude des archi­ves de l’affaire. Rien n’est gratuit ni n’a été imaginé pour manipuler les émotions des téléspectateurs. (…) J’ai commencé ma carrière en réalisant des documentaires et j’ai ­appliqué les mêmes techniques de ­recherche et de mise en scène. Mais nous ne pouvions pas montrer le ­visage des filles et de leurs familles, révéler leur identité. Nous avons donc dû tourner un drame au plus près des faits — les scènes de tribunal respectent mot pour mot les ­minutes du procès —, et l’écriture ­fictionnelle nous a permis d’être au plus près des émotions des dif­férents protagonistes. (…)  La série a été diffusée peu de temps avant les élections générales bri­tanniques [l’équivalent de nos légis­latives, ndlr], en mai 2017, et a sans doute profité de l’appétit politique du public. Plus de huit millions de télé­spectateurs l’ont suivie lors de sa ­diffusion sur la BBC, et nous avons été assaillis de demandes pour la diffuser dans des écoles ou des centres culturels. Avec, à chaque fois, une même envie d’apprendre des erreurs qui y sont dénoncées. Philippa Lowthorpe
By date of conviction, we have evidence of such exploitation taking place in Keighley (2005 and 2013), Blackpool (2006), Oldham (2007 and 2008), Blackburn (2007, 2008 and 2009), Sheffield (2008), Manchester (2008 and 2013) Skipton (2009), Rochdale (two cases in 2010, one in 2012 and another in 2013), Nelson (2010), Preston (2010) Rotherham (2010) Derby (2010), Telford (2012), Bradford (2012), Ipswich (2013), Birmingham (2013), Oxford (2013), Barking (2013) and Peterborough (2013). This is based on a trawl of news sources so is almost certainly incomplete. (…) Ceop data about the ethnicity of offenders and suspects identified by those 31 police forces in 2012 is incomplete. The unit says: “All ethnicities were represented in the sample. However, a disproportionate number of offenders were reported as Asian.” Of 52 groups where ethnicity data was provided, 26 (50 per cent) comprised all Asian offenders, 11 (21 per cent) were all white, 9 (17 per cent) groups had offenders from multiple ethnicities, 4 (8 per cent) were all black offenders and there were 2 (4 per cent) exclusively Arab groups. Of the 306 offenders whose ethnicity was noted, 75 per cent were categorised as Asian, 17 per cent white, and the remaining 8 per cent black (5 per cent) or Arab (3 per cent). By contrast, the seven “Type 2 groups” – paedophile rings rather than grooming gangs – “were reported as exclusively of white ethnicity”. Ceop identified 144 victims of the Type 1 groups. Again, the data was incomplete. Gender was mentioned in 118 cases. All were female. Some 97 per cent of victims were white. Girls aged between 14 and 15 accounted for 57 per cent of victims. Out of 144 girls, 100 had “at least one identifiable vulnerability” like alcohol or drug problems, mental health issues or a history of going missing. More than half of the victims were in local authority care. The 27 court cases that we found led to the convictions of 92 men. Some 79 (87 per cent) were reported as being of South Asian Muslim origin. Three were white Britons, two were Indian, three were Iraqi Kurds, four were eastern European Roma and one was a Congolese refugee, according to reports of the trials. Considerable caution is needed when looking at these numbers, as our sample is very unscientific. There are grooming cases we will have missed, and there will undoubtedly be offences that have not resulted in convictions. (…) Ceop says: “The comparative levels of freedom that white British children enjoy in comparison to some other ethnicities may make them more vulnerable to exploitation. “They may also be more likely to report abuse. This is an area requiring better data and further research.” Channel 4 news
Child sexual exploitation is one of the most sickening crimes of our age, yet the scale is unknown because, by its very nature, boys and girls frequently go missing in an underworld of systematic abuse. Barnardo’s has 22 projects across the country dedicated to finding and helping these young people, and has been campaigning for years to bring the issue to the forefront of the government’s agenda. The past weeks have seen a welcome shift in recognition of this problem, but the focus has been on the ethnicity of abusers, based on two high-profile cases in particular parts of England. It’s crucial to recognise that just as the ethnicity of the perpetrators differs across the UK, so does that of the children. We need to pull away from the growing stereotypes: it is not just Asian men who commit this crime, nor are the victims only white – black and Asian girls are targeted too. They are used like puppets by these abhorrent men and women – groomed and manipulated to a point where they are brainwashed, raped and scarred for life. I have met some very brave girls and boys who we are helping to overcome the tragic childhood that they will never get back. One of them is Aaliyah. Her story isn’t unusual. As 14 she began to become estranged from her parents and started to go out a lot. She was introduced to men older than her, who would impress her with their flash cars and gifts. Desperate for love and attention the affection they showed her seemed very real, until it turned nasty. The unthinkable cruelty she suffered will never be forgotten – Aaliyah was physically and mentally abused, with one so-called boyfriend pulling her out of his car by her hair and threatening to cut her legs off with an axe before driving her to a hotel room, « to have his friends come over and do what they wanted to me ». We worked with more than a thousand children and young people like Aaliyah last year, and we believe that is likely to be the tip of the iceberg. Wherever we have looked for exploitation, we have found it. We need to use the momentum of current debate to highlight what really matters: protecting these vulnerable children. It is 16 years since Barnardo’s opened its first service dedicated to sexually exploited children in Bradford. Today we release a report, Puppet on a String, that highlights three new issues: trafficking around the UK is becoming more common; sexual exploitation is more organised and grooming more sophisticated, with technology being used to find, isolate and control victims; and increasingly younger children are being abused. Emma’s sexual exploitation began in a similar way to Aaliyah’s. When, aged 14, she met a man in his early 30s who showered her with gifts and attention, she fell in love, but soon her « boyfriend » began abusing her and forcing her to sleep with different men. Her words are heartbreaking: « I just hoped that one day one of the men would be a real boyfriend, that he’d like me for the real me and that he’d want to save me. But it never happened. » Anne-Marie Carrie
By now surely everyone knows the case of the eight men convicted of picking vulnerable underage girls off the streets, then plying them with drink and drugs before having sex with them. A shocking story. But maybe you haven’t heard. Because these sex assaults did not take place in Rochdale, where a similar story led the news for days in May, but in Derby earlier this month. Fifteen girls aged 13 to 15, many of them in care, were preyed on by the men. And though they were not working as a gang, their methods were similar – often targeting children in care and luring them with, among other things, cuddly toys. But this time, of the eight predators, seven were white, not Asian. And the story made barely a ripple in the national media. Of the daily papers, only the Guardian and the Times reported it. There was no commentary anywhere on how these crimes shine a light on British culture, or how middle-aged white men have to confront the deep flaws in their religious and ethnic identity. Yet that’s exactly what played out following the conviction in May of the « Asian sex gang » in Rochdale, which made the front page of every national newspaper. Though analysis of the case focused on how big a factor was race, religion and culture, the unreported story is of how politicians and the media have created a new racial scapegoat. In fact, if anyone wants to study how racism begins, and creeps into the consciousness of an entire nation, they need look no further. (…) the intense interest in the Rochdale story arose from a January 2011 Times « scoop » that was based on the conviction of at most 50 British Pakistanis out of a total UK population of 1.2 million, just one in 24,000 (…) Even the Child Protection and Online Protection Centre (Ceop), which has also studied potential offenders who have not been convicted, has only identified 41 Asian gangs (of 230 in total) and 240 Asian individuals – and they are spread across the country. But, despite this, a new stereotype has taken hold: that a significant proportion of Asian men are groomers (and the rest of their communities know of it and keep silent). But if it really is an « Asian » thing, how come Indians don’t do it? If it’s a « Pakistani » thing, how come an Afghan was convicted in the Rochdale case? And if it’s a « Muslim » thing, how come it doesn’t seem to involve anyone of African or Middle Eastern origin? The standard response to anyone who questions this is: face the facts, all those convicted in Rochdale were Muslim. Well, if one case is enough to make such a generalisation, how about if all the members of a gang of armed robbers were white; or cybercriminals; or child traffickers? (All three of these have happened.) Would we be so keen to « face the facts » and make it a problem the whole white community has to deal with? Would we have articles examining what it is about Britishness or Christianity or Europeanness, that makes people so capable of such things? (…) Whatever the case, we know that abuse of white girls is not a cultural or religious issue because there is no longstanding history of it taking place in Asia or the Muslim world. How did middle-aged Asian men from tight-knit communities even come into contact with white teenage girls in Rochdale? The main cultural relevance in this story is that vulnerable, often disturbed, young girls, regularly out late at night, often end up in late-closing restaurants and minicab offices, staffed almost exclusively by men. After a while, relationships build up, with the men offering free lifts and/or food. For those with a predatory instinct, sexual exploitation is an easy next step. This is an issue of what men can do when away from their own families and in a position of power over badly damaged young people. It’s a story repeated across Britain, by white and other ethnic groups: where the opportunity arises, some men will take advantage. The precise method, and whether it’s an individual or group crime, depends on the particular setting – be they priests, youth workers or networks on the web. (…) if the tables were turned and the victims were Asian or Muslim, we would have been subjected to equally skewed « expert » commentary asking: what is wrong with how Muslims raise girls? Why are so many of them on the streets at night? Shouldn’t the community face up to its shocking moral breakdown? (…) We have been here before, of course: in the 1950s, West Indian men were labelled pimps, luring innocent young white girls into prostitution. By the 1970s and 80s they were vilified as muggers and looters. And two years ago, Channel 4 ran stories, again based on a tiny set of data, claiming there was an endemic culture of gang rape in black communities. The victims weren’t white, though, so media interest soon faded. It seems that these stories need to strike terror in the heart of white people for them to really take off. What is also at play here is the inability of people, when learning about a different culture or race, to distinguish between the aberrations of a tiny minority within that group, and the normal behaviour of a significant section. Some examples are small in number but can be the tip of a much wider problem: eg, knife crime, which is literally the sharp end of a host of problems affecting black communities ranging from family breakdown, to poverty, to low school achievement and social exclusion. Joseph Harker
In May 2012, nine men from the Rochdale area of Manchester were found guilty of sexually exploiting a number of underage girls. Media reporting on the trial focused on the fact that eight of the men were of Pakistani descent, while all the girls were white. Framing similar cases in Preston, Rotherham, Derby, Shropshire, Oxford, Telford and Middlesbrough as ethnically motivated, the media incited moral panic over South Asian grooming gangs preying on white girls. While these cases shed light on the broader problem of sexual exploitation in Britain, they also reveal continuing misconceptions that stereotype South Asian men as ‘natural’ perpetrators of these crimes due to culturally-specific notions of hegemonic masculinity. Examining newspaper coverage from 2012 to 2013, this article discusses the discourse of the British media’s portrayal of South Asian men as perpetrators of sexual violence against white victims, inadvertently construing ‘South Asian men’ as ‘folk devils’. Aisha K Gill (University of Roehampton) and Karen Harrison (University of Hull)
In more inflammatory terms, the Mail Online referred to the perpetrators as a ‘small minority who see women as second class citizens, and white women probably as third class citizens’ (Dewsbury 2012) Aisha K Gill (University of Roehampton) and Karen Harrison (University of Hull)
There is a small minority of Pakistani men who believe that white girls are fair game. And we have to be prepared to say that. You can only start solving a problem if you acknowledge it first. This small minority who see women as second class citizens, and white women probably as third class citizens, are to be spoken out against. (…) These were grown men, some of them religious teachers or running businesses, with young families of their own. Whether or not these girls were easy prey, they knew it was wrong. (…) In mosque after mosque, this should be raised as an issue so that anybody remotely involved should start to feel that the community is turning on them. Communities have a responsibility to stand up and say, ‘This is wrong, this will not be tolerated’. (…) Cultural sensitivity should never be a bar to applying the law. (…) Failure to be “open and front-footed” would “create a gap for extremists to fill, a gap where hate can be peddled.  (…) Leadership is about moving people with you, not just pissing them off. Baroness Warsi
The terrible story of the Oxford child sex ring has brought shame not only on the city of dreaming spires, but also on the local Muslim community. It is a sense of repulsion and outrage that I feel particularly strongly, working as a Muslim leader and Imam in this neighbourhood and trying  to promote genuine  cultural integration. (…) But apart from its sheer depravity, what also depresses me about this case is the widespread refusal to face up to its hard realities. The fact is that the vicious activities of the Oxford ring are bound up with religion and race: religion, because all the perpetrators, though they had different nationalities, were Muslim; and race, because they deliberately targeted vulnerable white girls, whom they appeared to regard as ‘easy meat’, to use one of their revealing, racist phrases. Indeed, one of the victims who bravely gave evidence in court told a newspaper afterwards that ‘the men exclusively wanted white girls to abuse’. But as so often in fearful, politically correct modern Britain, there is a craven unwillingness to face up to this reality. Commentators and politicians tip-toe around it, hiding behind weasel words. We are told that child sex abuse happens ‘in all communities’, that white men are really far more likely to be abusers, as has been shown by the fall-out from the Jimmy Savile case. One particularly misguided commentary argued that the predators’ religion was an irrelevance, for what really mattered was that most of them worked in the night-time economy as taxi drivers, just as in the Rochdale child sex scandal many of the abusers worked in kebab houses, so they had far more opportunities to target vulnerable girls. But all this is deluded nonsense. While it is, of course, true that abuse happens in all communities, no amount of obfuscation can hide the pattern that has been exposed in a series of recent chilling scandals, from Rochdale to Oxford, and Telford to Derby. In all these incidents, the abusers were Muslim men, and their targets were under-age white girls. Moreover, reputable studies show that around 26 per cent of those involved in grooming and exploitation rings are Muslims, which is around five times higher than the proportion of Muslims in the adult male population. To pretend that this is not an issue for the Islamic community is to fall into a state of ideological denial. But then part of the reason this scandal happened at all is precisely because of such politically correct thinking. All the agencies of the state, including the police, the social services and the care system, seemed eager to ignore the sickening exploitation that was happening before their eyes. Terrified of accusations of racism, desperate not to undermine the official creed of cultural diversity, they took no action against obvious abuse. (…) Amazingly, the predators seem to have been allowed by local authority managers to come and go from care homes, picking their targets to ply them with drink and drugs before abusing them. You can be sure that if the situation had been reversed, with gangs of tough, young white men preying on vulnerable Muslim girls, the state’s agencies would have acted with greater alacrity. Another sign of the cowardly approach to these horrors is the constant reference to the criminals as ‘Asians’ rather than as ‘Muslims’. In this context, Asian is a completely meaningless term.  The men were not from China, or India or Sri Lanka or even Bangladesh. They were all from either Pakistan or Eritrea, which is, in fact, in East Africa rather than Asia. What united them in their outlook was their twisted, corrupt mindset, which bred their misogyny and racism. (…) In the misguided orthodoxy that now prevails in many mosques, including several of those in Oxford, men are unfortunately taught that women are second-class citizens, little more than chattels or possessions over whom they have absolute authority. That is why we see this growing, reprehensible fashion for segregation at Islamic events on university campuses, with female Muslim students pushed to the back of lecture halls. There was a telling incident in the trial when it was revealed that one of the thugs heated up some metal to brand a girl, as if she were a cow. ‘Now, if you have sex with someone else, he’ll know that you belong to me,’ said this criminal, highlighting an attitude where women are seen as nothing more than personal property. The view of some Islamic preachers towards white women can be appalling. They encourage their followers to believe that these women are habitually promiscuous, decadent and sleazy — sins which are made all the worse by the fact that they are kaffurs or non-believers. Their dress code, from mini-skirts to sleeveless tops, is deemed to reflect their impure and immoral outlook. According to this mentality, these white women deserve to be punished for their behaviour by being exploited and degraded. On one level, most imams in the UK are simply using their puritanical sermons to promote the wearing of the hijab and even the burka among their female adherents. But the dire result can be the brutish misogyny we see in the Oxford sex ring. (…) It is telling, though, that they never dared to target Muslim girls from the Oxford area. They knew that they would be sought out by the girls’ families and ostracised by their community. But preying on vulnerable white girls had no such consequences — once again revealing how intimately race and religion are bound up with this case. (…) Horror over this latest scandal should serve as a catalyst for a new approach, but change can take place only if we abandon the dangerous blinkers of political correctness and antiquated multiculturalism. Dr. Taj Hargey (Imam of the Oxford Islamic Congregation)

Attention: un entrainement peut en cacher un autre !

Au lendemain de la diffusion sur Arte, un an après la Grande-Bretagne, de la mini-série britannique Three girls

Sur la découverte, contre les services de la police et des services sociaux, d’un trafic sexuel de jeunes mineures par notamment des réseaux d’origine pakistanaise qui a touché pendant des années une dizaine de villes britanniques …

A l’heure où les peuples européens commencent à se rebiffer contre la folie tant immigrationniste que « sociétale » que prétendent leur imposer à coup de sondages ventriloques des dirigeants eux-mêmes protégés des conséquences de leurs décisions …

Pendant qu’entre nos écrans, nos scènes musicales et les téléphones portables de nos jeunes, l’on rivalise de vulgarité et d’irrespect y compris pour les morts …

Comment ne pas voir une nouvelle illustration de ce politiquement correct …

Qui contre les membres mêmes de ces communautés les plus lucides comme la baronesse Warsi ou l’imam d’Oxford Taj Hargey, va jusqu’à nier l’évidence …

A savoir l’existence et la sur-représentation d’une partie des immigrés pakistanais et donc musulmans qui considèrent les femmes et les filles blanches comme des « proies faciles » et des « citoyennes de 3e zone » …

Mais aussi contre le discours déligitimateur de nos sociologues maitres ès « paniques morales » qui à force de crier au loup finissent par produire les passages à l’acte mêmes des individus ou des groupes qu’ils dénoncent …

La dimension éminemment salutaire de ce sursaut de lucidité …

Face tant à la conjonction de la désagrégation des familles blanches les plus fragilisées et de l’indéniable radicalisation des prêches de certains imams …

Qu’à cette perversion de la démocratie qui voudrait, entre deux distributions de préservatifs et bientôt de godemichés (pardon: de « sex toys » !) à des gamines de 11 ans

Imposer « au plus grand nombre », selon le mot d’Henry Berque, les « vices de quelques-uns » ?

Entretien
“Three Girls”, une série qui révèle “l’intolérable mépris envers les classes les plus pauvres”
Pierre Langlais
Télérama
14/06/2018

iaux : une minisérie de la BBC revient sur l’inaction des institutions britanniques dans l’affaire des adolescentes de Rochdale, victimes de trafic sexuel. Fruit d’un minutieux “travail de mémoire”, elle a contribué à libérer la parole outre-Manche.

Entre 2008 et 2010, quarante-sept adolescentes, pour les plus jeunes âgées d’à peine 13 ans, ont été victimes d’un réseau de trafic sexuel à Roch­dale, dans la banlieue de Manchester, dans le nord de l’Angleterre. Three Girls, minisérie de la BBC en trois épisodes, reconstitue le calvaire de trois d’entre elles dans un drame bouleversant, ­rigoureusement documenté. Une œuvre filmée à hauteur de ses jeunes héroïnes, doublée d’une dénonciation puissante des injustices sociales et des ratés institutionnels que l’affaire révéla, comme l’expliquent sa réalisatrice, Philippa Lowthorpe, et son producteur, Simon Lewis (1).

La presse britannique a largement relaté cette affaire à l’époque des faits. Qu’aviez-vous à ajouter ?

Simon Lewis : Les tabloïds se sont contentés de rester en surface. Three Girls creuse en profondeur les faits et leur impact sur les victimes. Nous voulions faire entendre leurs voix, trop longtemps ignorées. Il nous a ­fallu trois ans pour engager le dia­logue et obtenir leur confiance. Cela a été un véritable travail de mémoi­re, où chaque nouvelle discussion ­apportait son lot de détails.

C’est aussi l’histoire d’un terrible manquement des institutions…

Philippa Lowthorpe : Ces filles ont vécu l’horreur avant d’être humiliées par la police et les services sociaux, qui les ont traitées de menteuses et de gamines narcissiques. Personne n’a voulu les croire quand elles ont dénoncé leurs agresseurs ! Chacun des trois épisodes de la série s’attache à montrer les ratés de la police, puis de la justice et des services sociaux.

S.L. : Three Girls est aussi l’histoire d’un intolérable mépris envers les classes sociales les plus pauvres, que l’on refuse de voir et d’écouter. Les victimes de Rochdale étaient des « filles à problèmes », venant de familles avec des antécédents criminels. Elles avaient sans doute bien cherché ce qui leur arrivait…

Chaque scène, même la plus succincte, est inspirée par nos entretiens ou notre étude des archi­ves de l’affaire.”

Comment condenser en trois heures une affaire qui a duré cinq ans [le procès a eu lieu en 2012, ndlr] ?

P.L. : Il a fallu imaginer une narration rapide, pleine d’ellipses, au risque de ne pas coller à l’ensemble des faits. Mais chaque scène, même la plus succincte, est inspirée par nos entretiens ou notre étude des archi­ves de l’affaire. Rien n’est gratuit ni n’a été imaginé pour manipuler les émotions des téléspectateurs.

Dans ce cas, pourquoi ne pas avoir choisi la forme documentaire ?

P.L. : J’ai commencé ma carrière en réalisant des documentaires et j’ai ­appliqué les mêmes techniques de ­recherche et de mise en scène. Mais nous ne pouvions pas montrer le ­visage des filles et de leurs familles, révéler leur identité. Nous avons donc dû tourner un drame au plus près des faits — les scènes de tribunal respectent mot pour mot les ­minutes du procès —, et l’écriture ­fictionnelle nous a permis d’être au plus près des émotions des dif­férents protagonistes.

“Three Girls” a été diffusé sur le service public. Le considérez-vous comme une œuvre d’utilité publique ?

P.L. : La série a été diffusée peu de temps avant les élections générales bri­tanniques [l’équivalent de nos légis­latives, ndlr], en mai 2017, et a sans doute profité de l’appétit politique du public. Plus de huit millions de télé­spectateurs l’ont suivie lors de sa ­diffusion sur la BBC, et nous avons été assaillis de demandes pour la diffuser dans des écoles ou des centres culturels. Avec, à chaque fois, une même envie d’apprendre des erreurs qui y sont dénoncées.

S.L. : C’est d’autant plus une œuvre d’utilité publique que la BBC nous a soutenus de bout en bout. La charte de la chaîne dit qu’elle doit « divertir, éduquer et informer ». Nous n’avons pas cherché à divertir, seulement à éduquer et informer.

(1) Interview réalisée dans le cadre du Festival de la fiction TV de La Rochelle, en septembre 2017.


on aime passionnément Three Girls, jeudi à 20.55 sur Arte et dès maintenant sur arte.tv.

Voir aussi:

Streaming
Regardez en replay “Three Girls”, mini-série puissante et nécessaire

Sébastien Mauge
Télérama
15/06/2018

Evocation juste et déchirante de la difficulté de la dénonciation de viols par des gamines de quinze ans dans le Nord de l’Angleterre, “Three Girls” est une œuvre puissante et nécessaire, inspirée de faits réels. A revoir en replay sur Arte.tv jusqu’au 21 juin 2018.

Holly, 15 ans, est nouvelle dans son lycée. Elle a peu d’amis, à part deux sœurs désœuvrées qu’elle suit souvent dans un restaurant pakistanais où les employés les traitent comme des reines. Holly ne voit pas le piège qui se referme, jusqu’à ce qu’un des commerçants la viole dans l’arrière-boutique. La police ne prête pas attention à ses dires. Même ses parents doutent d’elle et ne la voient pas s’enfoncer dans l’engrenage d’un réseau de prostitution.

Inspirée d’une histoire vraie, Three Girls nous plonge, avec un réalisme déchirant, dans l’horreur d’un trafic sexuel de grande ampleur, en n’éludant aucun aspect dérangeant, comme la terrible négligence des services sociaux et de la police. Une illustration supplémentaire de l’incommensurable difficulté de la dénonciation d’un viol, pour des victimes que la société juge, consciemment ou non, coupables (la retranscription des vraies paroles des avocats de la défense lors des scènes de procès est effarante). Three Girls est une œuvre formellement percutante, interprétée par des actrices formidables (Molly Windsor vient de remporter un Bafta pour le rôle de Holly). Une fois de plus, les Britanniques proposent une approche lucide et rigoureuse, quasi journalistique, de l’injustice et des défaillances de leurs institutions. Courageux et nécessaire.

The Oxford sex ring and the preachers who teach young Muslim men that white girls are cheap

The terrible story of the Oxford child sex ring has brought shame not only on the city of dreaming spires, but also on the local Muslim community.

It is a sense of repulsion and outrage that I feel particularly strongly, working as a Muslim leader and Imam in this neighbourhood and trying  to promote genuine  cultural integration.

There is no doubt that the evil deeds of these men have badly set back the cause of cross-community harmony.

In its harrowing details, this grim saga of exploitation, misogyny, perversion and cruelty fills me not only with desperate sorrow for those girls and their families, but also with dread and despair.

Seven members of a paedophile ring were found guilty at the Old Bailey of a catalogue of child sex abuse charges: The case has brought shame not only on the city of dreaming spires, but also on the local Muslim community

If I were the judge in this case, I would hand out the harshest possible jail sentences to these monstrous predators, both to see that justice is done for their victims and to send out a message to other exploiters.

And when I say harsh, I mean it: none of this fashionable nonsense about prisoners being released only a quarter of the way through their sentences. There is no pattern of good conduct these men could follow behind bars that could possibly make up for all the terrible suffering they have inflicted on others.

Depravity

But apart from its sheer depravity, what also depresses me about this case is the widespread refusal to face up to its hard realities.

The fact is that the vicious activities of the Oxford ring are bound up with religion and race: religion, because all the perpetrators, though they had different nationalities, were Muslim; and race, because they deliberately targeted vulnerable white girls, whom they appeared to regard as ‘easy meat’, to use one of their revealing, racist phrases.

Indeed, one of the victims who bravely gave evidence in court told a newspaper afterwards that ‘the men exclusively wanted white girls to abuse’.

Brothers Bassam Karrar (left) and Mohammed Karrar (right) were found guilty at the Old Bailey yesterday. It can not be ignored that all all the perpetrators, though they had different nationalities, were Muslim

But as so often in fearful, politically correct modern Britain, there is a craven unwillingness to face up to this reality.

Commentators and poli-ticians tip-toe around it, hiding behind weasel words.

We are told that child sex abuse happens ‘in all communities’, that white men are really far more likely to be abusers, as has been shown by the fall-out from the Jimmy Savile case.

One particularly misguided commentary argued that the predators’ religion was an irrelevance, for what really mattered was that most of them worked in the night-time economy as taxi drivers, just as in the Rochdale child sex scandal many of the abusers worked in kebab houses, so they had far more opportunities to target vulnerable girls.

‘As so often in fearful, politically correct modern Britain, there is a craven unwillingness to face up to the reality that their actions are tied up with religion and race’

But all this is deluded nonsense. While it is, of course, true that abuse happens in all communities, no amount of obfuscation can hide the pattern that has been exposed in a series of recent chilling scandals, from Rochdale to Oxford, and Telford to Derby.

In all these incidents, the abusers were Muslim men, and their targets were under-age white girls.

Moreover, reputable studies show that around 26 per cent of those involved in grooming and exploitation rings are Muslims, which is around five times higher than the proportion of Muslims in the adult male population.

To pretend that this is not an issue for the Islamic community is to fall into a state of ideological denial.

But then part of the reason this scandal happened at all is precisely because of such politically correct thinking. All the agencies of the state, including the police, the social services and the care system, seemed eager to ignore the sickening exploitation that was happening before their eyes.

Terrified of accusations of racism, desperate not to undermine the official creed of cultural diversity, they took no action against obvious abuse.

Brothers Anjum Dogar (left) and Akhtar Dogar (right) have been convicted of offences involving underage girls. one of the victims who bravely gave evidence in court told a newspaper afterwards that ‘the men exclusively wanted white girls to abuse’

Amazingly, the predators seem to have been allowed by local authority managers to come and go from care homes, picking their targets to ply them with drink and drugs before abusing them. You can be sure that if the situation had been reversed, with gangs of tough, young white men preying on vulnerable Muslim girls, the state’s agencies would have acted with greater alacrity.

Another sign of the cowardly approach to these horrors is the constant reference to the criminals as ‘Asians’ rather than as ‘Muslims’.

In this context, Asian is a completely meaningless term.  The men were not from China, or India or Sri Lanka or even Bangladesh. They were all from either Pakistan or Eritrea, which is, in fact, in East Africa rather than Asia.

Zeeshan Ahmed (left) and Kamar Jamil (right) were among those who were convicted at the Old Bailey. Some aspects of the trial highlighted an attitude where women are seen as nothing more than personal property

What united them in their outlook was their twisted, corrupt mindset, which bred their misogyny and racism.

If they had been real, genuine followers of Islam, they would not have dreamt of indulging in such vile crimes, for true Islam preaches respect for women and warns against all forms of sexual licence, including adultery and exploitation.

Contempt

Assad Hussain was convicted of having sex with a child. Reputable studies show that around 26 per cent of those involved in grooming and exploitation rings are Muslims

By all accounts, this was not the version that these men heard in their mosques. On the contrary, they would have been drip-fed for years a far less uplifting doctrine, one that denigrates all women, but treats whites with particular contempt.

In the misguided orthodoxy that now prevails in many mosques, including several of those in Oxford, men are unfortunately taught that women are second-class citizens, little more than chattels or possessions over whom they have absolute authority.

That is why we see this growing, reprehensible fashion for segregation at Islamic events on university campuses, with female Muslim students pushed to the back of lecture halls.

There was a telling incident in the trial when it was revealed that one of the thugs heated up some metal to brand a girl, as if she were a cow. ‘Now, if you have sex with someone else, he’ll know that you belong to me,’ said this criminal, highlighting an attitude where women are seen as nothing more than personal property.

The view of some Islamic preachers towards white women can be appalling. They encourage their followers to believe that these women are habitually promiscuous, decadent and sleazy — sins which are made all the worse by the fact that they are kaffurs or non-believers.

Their dress code, from mini-skirts to sleeveless tops, is deemed to reflect their impure and immoral outlook. According to this mentality, these white women deserve to be punished for their behaviour by being exploited and degraded.

Brutish

On one level, most imams in the UK are simply using their puritanical sermons to promote the wearing of the hijab and even the burka among their female adherents. But the dire result can be the brutish misogyny we see in the Oxford sex ring.

For those of us who support effective and meaningful integration, it is dispiriting to see how little these criminals, several of them second-generation Britons, have been integrated into our society.

If they were possessed by the slightest sense of belonging or shared citizenship, they would have had some respect for the welfare of these girls.

Instead, they saw only people from an alien world with which they felt no connection. For them, there was no sense of kinship or solidarity for people in their neighbourhood who were not Muslims.

It is telling, though, that they never dared to target Muslim girls from the Oxford area. They knew that they would be sought out by the girls’ families and ostracised by their community. But preying on vulnerable white girls had no such consequences — once again revealing how intimately race and religion are bound up with this case.

We will build a secure society only when we are all taught to have respect for one another, regardless of creed or colour.

Horror over this latest scandal should serve as a catalyst for a new approach, but change can take place only if we abandon the dangerous blinkers of political correctness and antiquated multiculturalism.

Voir aussi:

Full interview with Baroness Warsi: Father asked me ‘why be a leader if you don’t take the lead?’
Joe Murpy
The Evening Standard
18 May 2012

Baroness Warsi may be a Cabinet minister with all the finely-honed minds of the civil service to call upon, but sometimes the adviser she trusts most is simply her dad.

So it was when the horrific details of the Rochdale sexual grooming scandal poured out in a shocking court case this month.

Five white girls, aged 13 to 15, were plied with alcohol, food and money and subjected to multiple sex attacks. The guilty men were Muslims of mainly Pakistani origin, some regarded as pillars of their community.

Shortly after nine men were convicted, Lady Warsi sat down to dinner at her parents’ house and her father asked what the Government was going to do about it. She did not know. The baroness recalled: “Dad then said, ‘Well, what are you doing about it?’ I said, ‘Oh, it’s not me, it’s a Home Office issue’.” At this her father, Safdar, gave her a remarkable lecture.

“He said to me: ‘Sayeeda, what is the point in being in a position of leadership if you don’t lead on issues that are so fundamental? This is so stomach churningly sick that you should have been out there condemning it as loudly as you could. Uniquely, you are in a position to show leadership on this.’

“I thought to myself, he’s absolutely right.” Today she has decided to use an interview with the Evening Standard to do as her father advised.

Until now, Lady Warsi — Britain’s most senior Muslim politician and the first Muslim woman to reach the Cabinet — has declined media requests for comment on the case. But in fact, the 41-year-old former solicitor has strong views of what went so badly wrong in a community just like the one in which she was raised.

“There is a small minority of Pakistani men who believe that white girls are fair game,” she said — choosing her words with care but not mincing them. “And we have to be prepared to say that. You can only start solving a problem if you acknowledge it first.”

She is clear that the colour of the victims’ skin, as well as their vulnerability, helped to make them a target. “This small minority who see women as second class citizens, and white women probably as third class citizens, are to be spoken out against,” she said.

This puts her at odds with some commentators who argue that the racial element was coincidental and that sex abuse occurs in white gangs. She says the Rochdale case was “even more disgusting” than cases of girls being passed around street gangs. “These were grown men, some of them religious teachers or running businesses, with young families of their own,” she said. Whether or not these girls were easy prey, they knew it was wrong.”

Her second challenge is to British Muslim leaders and preachers who have been equally appalled but nervous of speaking out.

“In mosque after mosque, this should be raised as an issue so that anybody remotely involved should start to feel that the community is turning on them,” she said. “Communities have a responsibility to stand up and say, ‘This is wrong, this will not be tolerated’.”

So far, she added, the response from organisations like the British Muslim Forum and the Muslim Council of Britain has been “fantastic”.

Her third plea is for the authorities to stop being squeamish about investigating allegations involving minorities. “Cultural sensitivity should never be a bar to applying the law,” she said.

Failure to be “open and front-footed” would “create a gap for extremists to fill, a gap where hate can be peddled”.  The leader of the racist BNP, Nick Griffin, has already gloated about “Muslim paedophile rapists”.

Nobody could accuse Lady Warsi of what she calls “pussyfooting” around political minefields. In her five years as a top-level Tory she has hit out at voting fraud, attacked “militant secularisation”, been pelted by eggs and gone eyeball to eyeball against Mr Griffin.

But she says her aim is to resolve this issue, not pick a fight. “Leadership is about moving people with you, not just pissing them off,” she said.

Her passion is catching. She talks non-stop in a broad Yorkshire accent, acquired in her childhood in Dewsbury where she went to a state school.

Fluent in English, Urdu and Punjabi, she is a comfortable mix of cultures. Her mum, Hafeeza, arranged her first marriage, which lasted 17 years. In  2009 she married ”my rock”,  Iftikhar Azam, in a ceremony at her parents’ house in Dewsbury.  Although a practicing Muslim, who eschews alcohol and fasts at Ramadan, she hints at bending some rules. “Strictly, I should be doing my prayers five times a day. But I hate answering that: If I answer it truthfully my mum won’t be best pleased. If I said I was perfect, I would be lying.”

THE key to her confidence and success was a father whom she describes as “an amazing feminist” as well as a remarkable success story. Safdar Hussain came to Britain from a rural village in the Punjab with £2.50 to his name and worked double-shifts in a rag mill to make ends meet.

He became a bus conductor, bus driver, taxi driver and driving instructor before co-founding a firm manufacturing hand-made beds that now turns over £5 million a year.

Safdar encouraged his wife to have driving lessons in the Seventies, put his five daughters through university and into professional careers — and told them all to embrace the best of their Pakistani heritage as well as British culture.

When travelling abroad, she urges Muslim parents to give their girls the same chances, arguing that the Koran clearly exhorts followers to acquire knowledge. “Nowhere does it say, ‘Only if you are a bloke’.”

It’s hard to imagine any bloke telling Lady Warsi what to do. Except, of course, her dad.

Voir également:

Sexual exploitation of children: Derby and Rochdale are tip of an iceberg
Grooming is becoming more widespread and sophisticated throughout the UK. We must tackle the full horror of this abhorrent abuse
Anne Marie Carrie
The Guardian
17 January 2011

Child sexual exploitation is one of the most sickening crimes of our age, yet the scale is unknown because, by its very nature, boys and girls frequently go missing in an underworld of systematic abuse. Barnardo’s has 22 projects across the country dedicated to finding and helping these young people, and has been campaigning for years to bring the issue to the forefront of the government’s agenda.

The past weeks have seen a welcome shift in recognition of this problem, but the focus has been on the ethnicity of abusers, based on two high-profile cases in particular parts of England. It’s crucial to recognise that just as the ethnicity of the perpetrators differs across the UK, so does that of the children. We need to pull away from the growing stereotypes: it is not just Asian men who commit this crime, nor are the victims only white – black and Asian girls are targeted too.

They are used like puppets by these abhorrent men and women – groomed and manipulated to a point where they are brainwashed, raped and scarred for life. I have met some very brave girls and boys who we are helping to overcome the tragic childhood that they will never get back.

One of them is Aaliyah. Her story isn’t unusual. As 14 she began to become estranged from her parents and started to go out a lot. She was introduced to men older than her, who would impress her with their flash cars and gifts. Desperate for love and attention the affection they showed her seemed very real, until it turned nasty. The unthinkable cruelty she suffered will never be forgotten – Aaliyah was physically and mentally abused, with one so-called boyfriend pulling her out of his car by her hair and threatening to cut her legs off with an axe before driving her to a hotel room, « to have his friends come over and do what they wanted to me ».

We worked with more than a thousand children and young people like Aaliyah last year, and we believe that is likely to be the tip of the iceberg. Wherever we have looked for exploitation, we have found it. We need to use the momentum of current debate to highlight what really matters: protecting these vulnerable children.

It is 16 years since Barnardo’s opened its first service dedicated to sexually exploited children in Bradford. Today we release a report, Puppet on a String, that highlights three new issues: trafficking around the UK is becoming more common; sexual exploitation is more organised and grooming more sophisticated, with technology being used to find, isolate and control victims; and increasingly younger children are being abused.

Emma’s sexual exploitation began in a similar way to Aaliyah’s. When, aged 14, she met a man in his early 30s who showered her with gifts and attention, she fell in love, but soon her « boyfriend » began abusing her and forcing her to sleep with different men. Her words are heartbreaking: « I just hoped that one day one of the men would be a real boyfriend, that he’d like me for the real me and that he’d want to save me. But it never happened. »

If we are to truly learn from the lessons of the cases in Derby and Rochdale, the government must recognise this as a child protection issue and appoint a dedicated children’s minister to formulate a national action plan to fully address the scale and horror of child sexual exploitation in the UK.

This issue must not be a flash in the pan – we need to use the leverage that the current media debate has given us to ensure that this hidden issue is now very much out in the open and tackled at all levels.

Our « Cut them free » campaign hopes to turn around the lives of these young victims. We want better training for professionals who work with children in order to improve early identification of child sexual exploitation, including police, schools and social services. Statutory responses and the provision of services for exploited children must also be improved. We need greater clarity about the numbers of children abused in this way, so methods of gathering evidence and data kept on the numbers of children being sexually exploited should be strengthened. And we absolutely must see improvements in prosecution procedures in order to increase the number of cases that lead to a conviction.

We need to send a loud and clear message to perpetrators – we will find them and they will be punished for the intolerable abuse they have inflicted upon so many young lives.

Voir de plus:

Finsbury Park van attack
How London mosque attacker became a terrorist in three weeks
Darren Osborne’s warped beliefs led him to Finsbury Park, where he killed Makram Ali for his faith
Vikram Dodd Crime correspondent

The Guardian

1 Feb 2018

Darren Osborne rented a van and drove from Cardiff to London intending to kill Muslims. Photograph: Frank Augstein/AP
In a country that prides itself on tolerance, and in a city that celebrates its diversity, Makram Ali’s final journey to honour his god ended with him being murdered for his religion.

He lived in Finsbury Park, north London, about 400 yards from the mosque he had attended for the past 25 years, located in Muslim Welfare House.

On a warm June evening last year, Ali walked, through pain and with the aid of a stick, to join late-night prayers. It was Ramadan, an especially holy time for Muslims.

Ali’s faith guided a life that saw him raise four daughters and two sons, and feel pride in seeing two of the eldest children reach university. Those who knew him knew a man who demonstrated the values of a model British citizen, despite hardships with health and money that would lead others to make excuses and embrace the worst values. Ali, 51, was about to come across one such person.

In the weeks before that day, Darren Osborne had found a warped belief system, styling himself as an extremist rightwing “soldier”. On 18 June 2017, he left his home in Cardiff in a rented van and drove to London, looking for Muslims to kill.

He scoured the centre of London for an Islamic pro-Palestinian march, and then moved on to the south in search of a mosque. By 11.30pm, he found a target in the north of the city. Having reached the Finsbury Park area, Osborne asked for directions to the mosque, and left his van to walk there, police believe, to carry out reconnaissance ahead of his attack.

Just after midnight, prayers ended. As worshippers headed home, Ali fell to the floor, unwell, on a cul-de-sac off Seven Sisters Road. He was breathing, speaking barely audibly, but still alive.

Makram Ali had six children and was said to be a model British citizen. Photograph: Metropolitan police/PA
Other Muslims rushed to Ali’s aid, offering him water and help. For Osborne, the crowd, some of them wearing Islamic clothing, was the target he sought for his hatred.

He was driving a rented white Citroën, which veered left across Seven Sisters Road, across a bus lane, and then across the pavement.

Osborne was driving at 16mph (26km/h) as his van slammed into the crowd. It was the fourth terrorist attack in Britain in three months, but this time, the ideology behind it was not Islamist.

Ibrahim Benaounda described the impact as like “being on a rollercoaster, spinning round and round. I felt everything. I felt my bones breaking”.

Mohammed Geedi was also knocked to the ground. When he got up, he said he saw people “splattered all over the place”.

Adnan Mohamud had called 999 for help for the stricken Ali. He was still on the phone when the van hit.

Mohamud shouted: “Someone’s just come and run over a whole lot of people … People are dying, man.”

One witness described a limb being stuck under the van’s wheel. Waleed Salim said he and others tried to lift the van to get his cousin, Hamdi Alfaiq, out from underneath it. Alfaiq, who suffered extensive injuries and needed months of rehabilitation, was one of 12 people wounded.

The front van’s offside wheel ran over Ali on the upper right side of his chest, leaving a tyre track across his torso. Within an hour, he died, struck down 100 yards from where he lived.

Watching were some of his family, who had been alerted that Ali had fallen ill. Toufik Kacimi of Muslim Welfare House said: “His daughter saw the van hit her dad.”

Osborne fled the van. Despite his claims to the contrary at the trial, where he said he had been changing his trousers in the footwell while someone else drove, CCTV footage showed he was alone. He tried to escape, shouting “I want to kill more Muslims”. The Muslim people Osborne had tried to murder captured him, then saved him.

Mohammed Mahmoud, the mosque’s imam, shielded Osborne from the crowd. He told Woolwich crown court: “I shouted ‘No one touch him’ [and] told people to get back, and said: ‘We are handing him in unscathed to the police’.

“He should answer for his crime in a court, and not in a court in the street.”

In the van, Osborne had left a note, which he had written 24 hours before in a Cardiff pub, from which he was ejected after making racist and anti-Muslim remarks.

The note gave voice to what was inside him, and showed the attack was premeditated.

“Why are their terrorists on our streets today? We’ve had three recent terror attacks …” Osborne wrote.

It referenced the Rotherham sexual abuse scandal, which involved gruesome attacks by men from a mainly Pakistani, and therefore Muslim, background. It had led to claims that surfaced in mainstream media debate that there was something in the men’s heritage that made them target white girls.

The note railed against the Labour leader, Jeremy Corbyn, and the London mayor, Sadiq Khan. It mentioned the Islamist terrorist attacks on London and Manchester between March and June 2017. It echoed the talking points of extremist propaganda.

Osborne launched into further diatribes while in police custody. But in contrast to some other committed violent extremists, he started to ramble about losing control of the van, rather than claiming the attack as a deliberate act of which he was proud.

Commander Dean Haydon of Scotland Yard’s counter-terrorism command said: “He is a devious, vile and hate-filled individual.”

Despite his violence, Osborne had not been a hardcore, long-term ideologue. Unlike Thomas Mair, who murdered the MP Jo Cox in 2016, he did not have a longstanding interest in extremist rightwing propaganda.

Some of his behaviour in court was jarringly mundane. In the dock as the prosecution started its case against him, Osborne turned to one of his guards. She was young, female and black. Osborne smiled and winked at her. She smiled back, then turned her head out of his view and let the disgust show on her face.

Sarah Andrews, his estranged partner, told detectives that Osborne was radicalised into a terrorist murderer in three weeks. Friends and family say there were no previous signs of racism or extremism.

The catalyst, police believe, came three weeks before the attack, when his attitudes began to metastasise after he watched Three Girls, a BBC TV drama about the Rochdale grooming scandal. He also read extremist rightwing propaganda online that left him “brainwashed” and a “ticking timebomb”.
Paul Gill, a terrorism expert and senior lecturer at at University College London, said radicalisation can be rapid, making it almost impossible to detect.

“It is rare, but violent extremism can occur quickly,” he said. “Brusthom Ziamani was a Jehovah’s Witness three months prior to his arrest for an Isis-inspired plot. It is usually expedited by primitive attack plans and a history of criminal activity and violence.”

Andrews, for her part, said she believed Osborne had become angry “about seeing young girls exploited” and developed his fixation with Muslims from that point.

“In recent weeks, he has become obsessed with Muslims, accusing them all of being rapists and being part of paedophile gangs,” she said.

Osborne gorged on social media postings by the former EDL leader Tommy Robinson, as well as members of the far-right group Britain First.

Like much of the modern British far right, it rails against multiculturalism and Muslims.

Osborne had not worked for a decade and had mental health issues, as well as problems with alcohol and drug abuse. He had convictions for violence, once serving a two-year jail term, and had an unpredictable temper.

Haydon confirmed that none of the material Osborne viewed from the extreme right crossed the line into being either criminal or breaking terrorism laws. “We are concerned about the role the internet played in this case,” he said.

Some see the pathway to Osborne’s extreme rightwing views being smoothed by some mainstream media opinion allegedly demonising all Muslims for the atrocities and violent extremist views of a small minority.

Harun Khan, the secretary general of the Muslim Council of Britain, said: “Osborne was motivated by anti-Muslim groups and Islamophobic tropes not only prevalent in far-right circles, but also made acceptable in our mainstream. The case tells us that we must all exercise caution when tempted to stigmatise any group of people.”

Security officials fear Osborne may be more than a one-off. They are concerned about extremist rightwing attacks being incited in the same way as Islamist violence: insidious propaganda cast out wide online, only needing some people to be infected by it to believe they should carry out violence. The consequent effects on society would be, to put it mildly, destabilising.

One senior counter-terrorism source told the Guardian that extremist rightwing activity was on the increase and a growing threat to national security. But there were also concerns that violence from Islamists and white terrorists would become symbiotic, citing the fear of each other to bolster support for their calls to terrorism.

The government has banned three far-right groups, and counter-terrorism sources say operations targeting the extreme right are increasing. Haydon said 30% of referrals to Prevent concern domestic extremism.

Gill said: “If you’ve got nothing else going on in your life and experience personal grievances, then rightwing propaganda helps turn your sadness from something personal into something much bigger.”

Osborne’s rage came as his life had stalled, and the hatred from extremist propaganda spoke to, then exacerbated, his existing demons. It was a tragedy for Ali’s family that Osborne found his voice only in such dangerous and destructive language.

Voir encore:

By now surely everyone knows the case of the eight men convicted of picking vulnerable underage girls off the streets, then plying them with drink and drugs before having sex with them. A shocking story. But maybe you haven’t heard. Because these sex assaults did not take place in Rochdale, where a similar story led the news for days in May, but in Derby earlier this month. Fifteen girls aged 13 to 15, many of them in care, were preyed on by the men. And though they were not working as a gang, their methods were similar – often targeting children in care and luring them with, among other things, cuddly toys. But this time, of the eight predators, seven were white, not Asian. And the story made barely a ripple in the national media.

Of the daily papers, only the Guardian and the Times reported it. There was no commentary anywhere on how these crimes shine a light on British culture, or how middle-aged white men have to confront the deep flaws in their religious and ethnic identity. Yet that’s exactly what played out following the conviction in May of the « Asian sex gang » in Rochdale, which made the front page of every national newspaper. Though analysis of the case focused on how big a factor was race, religion and culture, the unreported story is of how politicians and the media have created a new racial scapegoat. In fact, if anyone wants to study how racism begins, and creeps into the consciousness of an entire nation, they need look no further.

Imagine you were living in a town of 20,000 people – the size of, say, Penzance in Cornwall – and one day it was discovered that one of its residents had been involved in a sex crime. Would it be reasonable to say that the whole town had a cultural problem, that it needed to address the scourge – that anyone not doing so was part of a « conspiracy of silence »? But the intense interest in the Rochdale story arose from a January 2011 Times « scoop » that was based on the conviction of at most 50 British Pakistanis out of a total UK population of 1.2 million, just one in 24,000: one person per Penzance.

Make no mistake, the Rochdale crimes were vile, and those convicted deserve every year of their sentences. But where, amid all the commentary, was the evidence that this is a racial issue; that there’s something inherently perverted about Muslim or Asian culture?

Even the Child Protection and Online Protection Centre (Ceop), which has also studied potential offenders who have not been convicted, has only identified 41 Asian gangs (of 230 in total) and 240 Asian individuals – and they are spread across the country. But, despite this, a new stereotype has taken hold: that a significant proportion of Asian men are groomers (and the rest of their communities know of it and keep silent).

But if it really is an « Asian » thing, how come Indians don’t do it? If it’s a « Pakistani » thing, how come an Afghan was convicted in the Rochdale case? And if it’s a « Muslim » thing, how come it doesn’t seem to involve anyone of African or Middle Eastern origin? The standard response to anyone who questions this is: face the facts, all those convicted in Rochdale were Muslim. Well, if one case is enough to make such a generalisation, how about if all the members of a gang of armed robbers were white; or cybercriminals; or child traffickers? (All three of these have happened.) Would we be so keen to « face the facts » and make it a problem the whole white community has to deal with? Would we have articles examining what it is about Britishness or Christianity or Europeanness, that makes people so capable of such things?

In fact, Penzance had not just one paedophile, but a gang of four. They abused 28 girls, some as young as five, and were finally convicted two years ago. All were white. And last month, at a home affairs select committee, deputy children’s commissioner Sue Berelowitz quoted a police officer who had told her that « there isn’t a town, village or hamlet in which children are not being sexually exploited ».

Whatever the case, we know that abuse of white girls is not a cultural or religious issue because there is no longstanding history of it taking place in Asia or the Muslim world.

How did middle-aged Asian men from tight-knit communities even come into contact with white teenage girls in Rochdale? The main cultural relevance in this story is that vulnerable, often disturbed, young girls, regularly out late at night, often end up in late-closing restaurants and minicab offices, staffed almost exclusively by men. After a while, relationships build up, with the men offering free lifts and/or food. For those with a predatory instinct, sexual exploitation is an easy next step. This is an issue of what men can do when away from their own families and in a position of power over badly damaged young people.

It’s a story repeated across Britain, by white and other ethnic groups: where the opportunity arises, some men will take advantage. The precise method, and whether it’s an individual or group crime, depends on the particular setting – be they priests, youth workers or networks on the web.

Despite all we know about racism, genocide and ethnic cleansing, the Rochdale case showed how shockingly easy it is to demonise a community. Before long, the wider public will believe the problem is endemic within that race/religion, and that anyone within that group who rebuts the claims is denying this basic truth. Normally, one would expect a counter-argument to force its way into the discussion. But in this case the crimes were so horrific that right-thinking people were naturally wary of being seen to condone them. In fact, the reason I am writing this is that I am neither Asian nor Muslim nor Pakistani, so I cannot be accused of being in denial or trying to hide a painful truth. But I am black, and I know how racism works; and, more than that, I have a background in maths and science, so I know you can’t extrapolate a tiny, flawed set of data and use it to make a sweeping generalisation.

I am also certain that, if the tables were turned and the victims were Asian or Muslim, we would have been subjected to equally skewed « expert » commentary asking: what is wrong with how Muslims raise girls? Why are so many of them on the streets at night? Shouldn’t the community face up to its shocking moral breakdown?

While our media continue to exclude minority voices in general, such lazy racial generalisations are likely to continue. Even the story of a single Asian man acting alone in a sex case made the headlines. As in Derby this month, countless similar cases involving white men go unreported.

We have been here before, of course: in the 1950s, West Indian men were labelled pimps, luring innocent young white girls into prostitution. By the 1970s and 80s they were vilified as muggers and looters. And two years ago, Channel 4 ran stories, again based on a tiny set of data, claiming there was an endemic culture of gang rape in black communities. The victims weren’t white, though, so media interest soon faded. It seems that these stories need to strike terror in the heart of white people for them to really take off.

What is also at play here is the inability of people, when learning about a different culture or race, to distinguish between the aberrations of a tiny minority within that group, and the normal behaviour of a significant section. Some examples are small in number but can be the tip of a much wider problem: eg, knife crime, which is literally the sharp end of a host of problems affecting black communities ranging from family breakdown, to poverty, to low school achievement and social exclusion.

But in Asia, Pakistan or Islam there is no culture of grooming or sex abuse – any more than there is anywhere else in the world – so the tiny number of cases have no cultural significance. Which means those who believe it, or perpetuate it, are succumbing to racism, much as they may protest. Exactly the same mistake was made after 9/11, when the actions of a tiny number of fanatics were used to cast aspersions against a 1.5 billion-strong community worldwide. Motives were questioned: are you with us or the terrorists? How fundamental are your beliefs? Can we trust you?

Imagine if, after Anders Breivik’s carnage in Norway last year, which he claimed to be in defence of the Christian world, British people were repeatedly asked whether they supported him? Lumped together in the same white religious group as the killer and constantly told they must renounce him, or explain why we should believe that their type of Christianity – even if they were non-believers – is different from his. « It’s nothing to do with me », most people would say. But somehow that answer was never good enough when given by Muslims over al-Qaida. And this hectoring was self-defeating because it caused only greater alienaton and resentment towards the west and, in particular, its foreign policies.

Ultimately, the urge to vilify groups of whom we know little may be very human, and helps us bond with those we feel are « like us ». But if we are going to deal with the world as it is, and not as a cosy fantasyland where our group is racially and culturally supreme, we have to recognise when sweeping statements are false.

And if we truly care about the sexual exploitation of girls, we need to know that we must look at all communities, across the whole country, and not just at those that play to a smug sense of superiority about ourselves.

Voir encore:

What do we know about the grooming gangs?
Patrick Worrall
Channel 4 Fact check
28 Aug 2014

The publication of a damning report into how the authorities handled child exploitation in Rotherham has prompted the leader of the local council to resign.

The independent inquiry by Professor Alexis Jay found that 1,400 youngsters suffered sexual exploitation including rape and trafficking in the South Yorkshire town over a 16-year period.

We know that the case which led to the conviction of five men in Rotherham is not the only one of its kind. Could the abuse that has already come to light be just the tip of the iceberg?

Here’s what we know (and what we don’t) about the child grooming gangs.

How many gangs?

The Child Exploitation and Online Protection Centre (Ceop) – the national anti-paedophile police command – divides networks of sex offenders into two groups.

So-called “Type 1 offenders” target young people “on the basis of their vulnerability, rather than as a result of a specific preferential sexual interest in children”.

Ceop received intelligence from 31 out of 43 police forces on groups like this who were known or suspected to have abused vulnerable children in 2012.

28_ceop_2

There were 57 such groups, ranging from two to 25 suspects, on the radar of those 31 constabularies. We don’t know if any have now been convicted.

So-called “Type 2” groups – where the offenders have a long-standing sexual interest in children, were much less common. Only seven known or suspected paedophile rings were reported to Ceop.

It is possible to track cases that have been through the courts via media reports, although this is pretty unscientific.

In 2011 the Times journalist Andrew Norfolk identified 17 cases that had led to convictions where there had been a similar pattern of grooming.

In all cases, the victims were vulnerable teenage girls, often in the care of social services. They were approached on the street by men, befriended and plied with alcohol or drugs, before being sexually abused.

Updating the list to include more recent convictions that fit the same pattern, we find that there have been at least 27 similar cases in the last decade.

By date of conviction, we have evidence of such exploitation taking place in Keighley (2005 and 2013), Blackpool (2006), Oldham (2007 and 2008), Blackburn (2007, 2008 and 2009), Sheffield (2008), Manchester (2008 and 2013) Skipton (2009), Rochdale (two cases in 2010, one in 2012 and another in 2013), Nelson (2010), Preston (2010) Rotherham (2010) Derby (2010), Telford (2012), Bradford (2012), Ipswich (2013), Birmingham (2013), Oxford (2013), Barking (2013) and Peterborough (2013).

This is based on a trawl of news sources so is almost certainly incomplete.

Race and religion

The Jay report into failings in Rotherham says: “By far the majority of perpetrators were described as Asian by victims, yet throughout the entire period, councillors did not engage directly with the Pakistani-heritage community to discuss how best they could jointly address the issue.

“Some councillors seemed to think it was a one-off problem, which they hoped would go away. Several staff described their nervousness about identifying the ethnic origins of perpetrators for fear of being thought racist; others remembered clear direction from their managers not to do so.”

Ceop data about the ethnicity of offenders and suspects identified by those 31 police forces in 2012 is incomplete.

The unit says: “All ethnicities were represented in the sample. However, a disproportionate number of offenders were reported as Asian.”

Of 52 groups where ethnicity data was provided, 26 (50 per cent) comprised all Asian offenders, 11 (21 per cent) were all white, 9 (17 per cent) groups had offenders from multiple ethnicities, 4 (8 per cent) were all black offenders and there were 2 (4 per cent) exclusively Arab groups.

Of the 306 offenders whose ethnicity was noted, 75 per cent were categorised as Asian, 17 per cent white, and the remaining 8 per cent black (5 per cent) or Arab (3 per cent).

By contrast, the seven “Type 2 groups” – paedophile rings rather than grooming gangs – “were reported as exclusively of white ethnicity”.

Ceop identified 144 victims of the Type 1 groups. Again, the data was incomplete. Gender was mentioned in 118 cases. All were female. Some 97 per cent of victims were white.

Girls aged between 14 and 15 accounted for 57 per cent of victims. Out of 144 girls, 100 had “at least one identifiable vulnerability” like alcohol or drug problems, mental health issues or a history of going missing. More than half of the victims were in local authority care.

The 27 court cases that we found led to the convictions of 92 men. Some 79 (87 per cent) were reported as being of South Asian Muslim origin.

Three were white Britons, two were Indian, three were Iraqi Kurds, four were eastern European Roma and one was a Congolese refugee, according to reports of the trials.

Considerable caution is needed when looking at these numbers, as our sample is very unscientific. There are grooming cases we will have missed, and there will undoubtedly be offences that have not resulted in convictions.

Why are so many victims white?

We’re into the realm of opinion now.

Sentencing nine men in 2012 over offences in Rochdale, judge Gerald Clifton told the defendants they had treated their victims “as though they were worthless and beyond all respect”, adding: “I believe that one of the factors that led to that was that they were not of your community or religion.”

But at the Derby trial in 2010 the judge said he thought the race of the victims and their abusers was “coincidental”.

One of the victims of the Oxford gang told the Guardian that her abusers had asked her to recruit other teenagers and “specified that they wanted only white girls”.

Ceop says: “The comparative levels of freedom that white British children enjoy in comparison to some other ethnicities may make them more vulnerable to exploitation.

“They may also be more likely to report abuse. This is an area requiring better data and further research.”

How many children are at risk?

A report by the Office of the Children’s Commissioner found that 2,409 children were confirmed as victims of sexual exploitation in gangs and groups in the 14 months between August 2010 to October 2011.

If that sounds low compared to the 1,400 identified in Rotherham alone, remember that this number covers 16 years.

This probably only scratches the surface of the real number of victims, and the children’s commissioner said that at least 16,500 children had been identified as being “at risk of sexual exploitation” during one year.

Voir encore:

Gangs, Girls and Grooming: The Truth

Standpoint
December 2010

At Sheffield Crown Court throughout September and October, eight men sat in the dock accused of rape and other sexual crimes against four girls, three aged 13 and one 16. The case resulted in five being convicted and three acquitted. All of the eight defendants were Pakistani Muslims and the girls white British. Does this matter? Not for the reasons the British National Party would have us believe, but it is nonetheless significant.

Razwan Razaq, 30, his 24-year-old brother Umar, Muhammed Zafran Ramzan, 21, Adil Hussain, 20, and Mohsin Khan, 21, were sent to prison for between four-and-a-half to 11 years.

The crimes were committed in and around Rotherham, a fairly typical south Yorkshire town. Although unemployment is fairly high, Rotherham is now also a popular summer visitors’ destination when All Saints Square is transformed into a seaside beach. Every month, there is a farmers’ market that sells produce from local farmers and traders, and Jamie Oliver’s TV series, Jamie’s Ministry of Food, tried to teach the town’s inhabitants to establish healthy eating as part of daily life.

But many parents are concerned far more with the safety of their children than with organic food. Rotherham, along with many other towns, cities and villages in northern England has become infected with the vile activities of criminal gangs using children as currency. While child sexual abuse occurs in every community and culture, what is happening in Rotherham and elsewhere in Yorkshire and Lancashire is organised pimping of girls by Asian gangs who trade their victims for cash and favours.

« These men all know and trust each other, » says Jane, the mother of one of the victims. « They don’t abuse these girls because they are Muslim, but because they are criminals who think they are above the law. »

Although there is no hard evidence of financial gain in the Rotherham case, child protection professionals tell me that the pattern in such cases is that the girls are traded for cash as well as favours between criminals. A number of the gangs operating in the region have found that the sharp drop in the price of drugs has led them to losing considerable income, and that selling girls is increasingly filling the gap.

Jane’s daughter Sophie (not their real names) was a happy, ordinary 12-year-old until she met a group of adult males who would control every aspect of her life. Before she escaped, a year later, Sophie had been raped by the gang members as a way of « breaking her in » and then passed around various other men for sex.

The methods used by the pimps are sophisticated and sinister. First, the girls are identified in locations, such as parks, schools, leisure facilities and shopping malls after which boys of their age are sent to befriend them. After a friendship is established, the boys introduce their contacts to young men whom they often describe as cousins.

Then the grooming process gets really under way. The young man will take the girl out in his car, give her vodka, cigarette and cannabis, and take her to venues she would not normally experience until older.

Often giving the girl a mobile telephone as a « gift », the pimp is then able to track her every move by calls and texting, which eventually will be used by him to send instructions as to details of arrangements with punters. The men sell the girls on to contacts for around £200 a time or as currency for a business deal. « I was always asked why I kept going back to my pimp, » says Sophie, « but they flatter you and make you think you are really loved. I thought he was my boyfriend until it was too late to get away. » Another tactic of the pimp is getting the girl to despise and mistrust her own parents in order that he can achieve total control over her. The pimps routinely tell their victims that their parents are racist towards Asian people and that they disapprove of the relationships because the men are of Pakistani Muslim heritage, not because they are older. Some of the parents I met were racist, and some had developed almost a phobia against Asian men, fuelled by the misinformation and bigotry trotted out by racist groups in response to the pimping gangs.

The Leeds-based Coalition for the Removal of Pimping (Crop) supports the families of children caught up in sexual exploitation networks. Crop is understandably reticent about commenting on any issues concerning the race or religion of child abusers and pimps. As far as it is concerned, we should not focus on one particular ethnic group because the problem is about men’s abuse of children. Its research earlier this decade found that the vast majority of the children groomed are white and the majority of perpetrators of Asian origin. « Society seeks to condemn female sexual activity, and culturally within the statutory sector and community the victims are seen as asking for it, » says Crop’s Rachel Loise. « The perpetrators are the last to be condemned. Prosecutions are rare, and sentencing is not severe enough. »

Unfortunately, the reluctance of the various anti-child abuse campaigns and charities to engage openly with the fact that, in the north of England, the majority of men involved in child-grooming criminal gangs are Pakistani Muslim means that racist organisations such as the BNP hijack the issue.

« The fact that these particular gangs are made up of Pakistani men is significant but not in the way racists would have us believe, » says one child protection expert who asked not to be named. « While the BNP would have us believe that abusing white girls is an endemic part of these men’s culture — which it absolutely is not — the truth is that these men are aware that the police do not want to be accused of racism in today’s climate. »

In 2004, Channel 4 withdrew Edge of the City, its controversial documentary made by Annie Hall that depicted parents trying to stop groups of young Asian men grooming white girls as young as 11 for sex. It had been seized on by the BNP as a party political broadcast.

Colin Cramphorn, the then Chief Constable of West Yorkshire, joined groups such as Unite against Fascism in calling for the documentary to be withdrawn. Channel 4 complied, saying that the issue was not censorship but timing because of the proximity with the local and European elections. But many argued at the time that the delay in transmission had strengthened the case of the BNP.

After the film was withdrawn, one of the mothers sent Annie Hall a text message: « It’s a real shame when votes come before young girls’ lives. »

For many white girls growing up in fairly traditional communities, the unfamiliarity of boys and men from different ethnic backgrounds can be exciting and attractive.

« The man I thought was my boyfriend used to dress really well and always smelt nice, » says Sophie, « and I thought it were dead nice the way he talked, and even his manners seemed better than boys I were used to. »

Emma Jackson knows exactly how the pimping gangs operate in Rotherham because she was also a victim of one. When Emma was 12, she was befriended by Asian boys around her own age who soon introduced her to relatives in their twenties and thirties.

Emma had no idea she was being groomed and brainwashed until one day, totally out of the blue, she was taken to wasteland and raped by the gang leader. The attack was watched by laughing gang members and recorded on a number of mobile phones.

« People ask me why I kept going back to Tarik, even after he raped me, » says Emma, « but he threatened to firebomb my home and rape my own mother if I tried to escape. »

Emma now gives support, through a charity set up to prevent the sexual abuse of children, to a number of victims of pimping gangs and has found that the girls are being targeted at an even younger age.

« The gangs want virgins and girls who are free of sexual diseases. Most of the men buying sex with the girls have Muslim wives and they don’t want to risk infection. The younger you look, the more saleable you are. »

One youth worker in south Yorkshire told me that because religious Muslims are being pressurised to marry virgins within their own extended family networks, it means that some are more likely to view white girls as easily available and « safer » than Pakistani girls.

When I first wrote about the issue of Asian grooming gangs in 2007, my name was included on the website Islamophobia Watch: Documenting anti-Muslim Bigotry. So was that of Ann Cryer, the former Labour MP for Keighley in Yorkshire, who had been at the forefront of attempting to tackle the problem, after receiving requests for help from some of the parents of children caught up with the gangs in her constituency.

According to some of the mothers, a fear of being branded racist makes many of the police and social services reluctant to investigate the crimes as organised and connected. One mother from Rotherham, whose 14-year-old daughter was groomed into prostitution and multiply raped during a 12-month period, told me that almost every man convicted of these crimes in the north of England is from Pakistan but that the authorities insist that it is not relevant.

There are, however, a growing number of individuals within the Muslim communities who are willing to speak out against the criminals. Mohammed Shafiq, the director of the Lancashire-based Ramadhan Foundation, a charity working for peaceful harmony between different ethnic communities, advocates better education about sexual exploitation to be disseminated through imams and other community leaders.

« I was one of the first within the Muslim community to speak out about this, four years ago, » says Shafiq, « and at the time I received death threats from some black and Asian people. But what I said has been proved right — that if we didn’t tackle it there would be more of these abusers and more girls getting harmed. »

Shafiq says he is « disgusted » to hear some perpetrators refer to their victims as « white trash ». He adds: « I say to them, would you treat your sister or daughter like this? »

Joyce Thacker, the strategic director of the children and young people’s services directorate at Rotherham Metropolitan Borough Council, has a vast amount of experience in dealing with sexual exploitation of young people. She says that it is « interesting » to note that most of the men involved are Asian but that it is primarily an issue of the abuse of children by older men.

« What about the younger boys who are sent to befriend the girls in the first place? » says Thacker, « Are they also victims of abuse? Certainly we need to ensure that more work is done within all communities that explores positive, healthy relationships, or these young men may end up being the abusers themselves. »

Rotherham-based Apna Haq offers support for women and their children suffering domestic abuse. Its director Zlakha Ahmed told me that much of the community express their disgust at what came out in the recent trial in private and that there needs to be more public discussion of the issues. « This abuse is appalling and needs to be raised within the community. There are still people denying that it happens so the more of us who speak out about it the better. »

Emma Jackson is now 22 and devotes much of her time raising awareness about grooming networks among child-protection workers, police officers and the general community. Much remains to be done, she says, to end the complacency in dealing with the criminal gangs. « I didn’t have much help from police or agencies because grooming and sexual exploitation had not been recognised and understood when it happened to me. Now it has, I think it’s important that all agencies work together to protect these children and their families to help stamp out the problem. »

These gangs will be allowed to operate with impunity if we deny their existence in some sort of twisted attempt to be anti-racist and culturally sensitive. Some people, including many white liberals, are loath to admit what it is going on. If we do not tackle the problem head-on, and work together to combat this dreadful abuse of children, the only beneficiaries will be the extremists.

Voir par ailleurs:

Darren Osborne guilty of Finsbury Park mosque murder

BBC

1 February 2018

A man who drove a van into a crowd of Muslims near a London mosque has been found guilty of murder.

Darren Osborne, 48, ploughed into people in Finsbury Park in June last year, killing Makram Ali, 51, and injuring nine others.

Osborne, from Cardiff, was also found guilty of attempted murder and is due to be sentenced on Friday.

Prosecutors said they were « clear throughout that this was a terrorist attack ».

The jury took an hour to return the verdict at Woolwich Crown Court after a nine day trial.

Sue Hemming, from the Crown Prosecution Service, said: « Darren Osborne planned and carried out this attack because of his hatred of Muslims. He must now face the consequences of his actions. »

Cdr Dean Haydon from the Metropolitan Police said: « Osborne’s evil and cowardly actions meant a family has tragically lost a husband, father and grandfather. »

Some of those injured « could suffer from health issues for the rest of their lives », he added.

Jurors heard the area outside the Muslim Welfare House had been busy with worshippers attending Ramadan prayers on 19 June.

Mr Ali had collapsed at the roadside in the minutes before the attack.

Several of those who went to help him said he was alive and conscious in the moments before being struck by the van.

Osborne drove the van into the crowd at about 00:15. Jurors were told the van only stopped when it hit some bollards.

He then got out of the van and ran towards the crowd.

Police later found a letter in the van written by Osborne, referring to Muslim people as « rapists » and « feral ».

He also wrote that Muslim men were « preying on our children ».

The trial heard Osborne became « obsessed » with Muslims in the weeks leading up to the attack, having watched the BBC drama Three Girls, about the Rochdale grooming scandal.

Analysis

Dominic Casciani, BBC home affairs correspondent

In just a few weeks, Darren Osborne went from a troubled, angry and unpredictably violent alcoholic to a killer driven by ideology.

The rapid radicalisation – the way he became fixated on the idea that Muslims in Britain were some kind of nation within a nation, is one of the most shocking parts of this awful crime.

The sources of that radicalisation, including his obsession with a television programme about the Rochdale abuse scandal, show how difficult it is to predict who will become a danger to society.

But the fact that he smiled contentedly after he had run over and killed Makram Ali proved to the jury that his motive was ideological.

Osborne is not the first terrorist to have radicalised so quickly. In 2014, a young man who was groomed by Islamists went through a similarly rapid change.

The speed at which these men and others went from a change of mindset to planning an attack is one of the issues that most concerns the security services.

Osborne told the court he had originally hired the van to kill Labour leader Jeremy Corbyn at a march he was due to attend.

He said it « would have been even better » if London Mayor Sadiq Khan had been present, adding: « It would have been like winning the lottery. »

Responding to the verdict, Mr Corbyn – who is MP for the area where the attack took place – said it was « a hate-filled attack that… shocked us all ».

« I was proud of how, in the wake of this terrible event, we all came together to reject hate and embrace hope, and that is the kind of country we live in, » he added.

‘Loner and alcoholic’

A statement from his partner Sarah Andrews, read out in court, said he seemed « brainwashed » and « totally obsessed ».

Ms Andrews – who had been in a relationship with Mr Osborne for about 20 years and with whom she had four children – described him as a « loner and a functioning alcoholic » with an « unpredictable temperament ».

Osborne started following Tommy Robinson, one of the founders of the English Defence League (EDL), and other far-right leaders on social media, in the fortnight before the attack.

Mr Robinson sent him a group email saying: « There is a nation within a nation forming beneath the surface of the UK. It is a nation built on hatred, on violence and on Islam. »

Cdr Haydon said the investigation had the « full weight » of the Met’s Counter Terrorism Command behind it.

He warned that online material had played a « significant role » in how Osborne was radicalised and « brainwashed ».

If Osborne’s aim had been to « create divisions and hate between communities », then he had « failed », he said.

« The response [of those involved], and the overwhelmingly positive reaction my officers and teams have witnessed since, highlights how far from reality Osborne’s sick and twisted views really are, » he added.

‘Scars will stay’

The Muslim Council of Britain (MCB) welcomed the verdict, but added: « We cannot be complacent and regard this as a one-off terrorist incident. »

Harun Khan, secretary general of the MCB, said: « The scenes we witnessed last summer were the most violent manifestation of Islamophobia yet in our country.

« The case tells us that we must all exercise caution when tempted to stigmatise any group of people, regardless of colour, creed or community. »

Khalid Oumar, a trustee of the mosque and founder of the Finsbury Park Attack victims’ voice forum, praised the strength of the community, adding: « The scars will stay with them forever, but the community is determined to go about daily life without fear and to stand together against victimisation and violence. »

Voir aussi:

Ronnie Polaneczky: If you think 11-year-olds in this city don’t need condoms, think again
Ronnie Polaneczky
The Enquirer
April 13, 2011

THE EMAIL was from a wigged-out mom I know well.

She was appalled that the city’s campaign to reduce sexually transmitted diseases allows kids as young as 11 to get free condoms via mail-order from the Public Health Department. Eleven!

Go to the website www.takecontrolphilly.org and see for yourself. Be warned: The site contains very straightforward info, including explicit animations illustrating the proper way to don or insert a condom.

« Every girl is different, » the website notes in its instructions on female-condom use. « Figure out what position works for you. You can stand with one foot on a chair, sit on the edge of a chair, lie down, squat, or for fun, have your partner help you out. »

The idea of an 11-year-old reading this makes me want to cry.

« As a parent, I am personally outraged, » wrote my friend, who has a 14-year-old. « What’s the back story on this campaign? What is it telling our youth? I get the sex-education thing for kids in schools, but mail-order condoms for 11-year-olds??? It’s shocking to me. »

We don’t know the half of what’s going on out there.

Depress us, Gary Bell.

« We do more workshops in middle schools than in high schools, » says Bell, executive director of Bebashi-Transition to Hope, the local nonprofit that works on prevention of HIV and other sexually transmitted diseases. « Teachers call us because their kids are acting out sexually. They’ll catch them in the bathroom or the stairwell. They hear that kids are cutting schools to have orgies. »

Good Lord. Orgies?

« Yes, indeed, » says Bell. « It’s sad. It’s horrifying. »

But no longer startling to those on the front lines of adolescent sexuality.

« We follow 200 teenagers with HIV, and the youngest is 12, » says Jill Foster, director of the Dorothy Mann Center for Pediatric and Adolescent HIV at St. Christopher’s Hospital for Children. « When we started doing HIV treatment in 1998, the average age of patients was 16 or 17. The first time we got a 13-year-old was mind-blowing. »

Now, Foster and her colleagues barely twitch when a child barely in his or her teens tests positive for HIV.

Because a recent report from the Centers for Disease Control and Prevention has identified Philadelphia as having the earliest age of sexual initiation – 13 – among cities participating in the study, she says, it’s crucial to make condoms available to younger kids.

People gasp at that, says Foster, who diagnoses new HIV cases at a rate of two to three teens a month, up from one every four months just a decade ago.

« But people have no idea how tough it is to be a kid who’s exposed to sexual media images and peer pressure. It’s routine for 12- and 13-year-olds to talk about sex. Younger kids hear them and they want to be part of that ‘older’ world, » she says.

« They don’t have maturity or impulse control, so if we can get them to have condoms with them when they start having sex, they are going to be safer.

« I wish it weren’t necessary, » she says. « Unfortunately, it is. »

It would be easy to play the « appalled citizen » card and decry the inclusion of kids as young as 11 in Philadelphia’s STD-prevention campaign. But I won’t. Because there are two groups of children in this city:

Those lucky enough to have at least one caring, available adult to guide them through sex-charged adolescence.

And those left on their own.

Like the child being raised by a single mom whose two jobs keep her from supervising her child. Or the kids being raised by a tired grandmom who’s asleep by 9 and doesn’t know that the kids have snuck out of the house.

Or the homeless teen who crashes on couches and must choose between saying no to a friend’s creepy uncle or wandering the streets at night.

These kids deserve protection from the fallout of STDs and unplanned pregnancy as much as kids from « good » families do – kids who, by the way, get in trouble, too. They just have more support to get them through it.

« We know that sexual activity in young adolescents doesn’t change overnight, » says Donald Schwarz, a physician who worked with adolescents for years at Children’s Hospital of Philadelphia before being appointed city health commissioner in 2008. « But children need to be protected while we get our heads around whatever the long-term strategies should be here. »

He mentions a recent, awful survey of sixth-graders in West Philly, which showed that 25 percent of the children, who were just 11 years old, had had sex.

« Clearly, we don’t think it’s OK for 11-year-olds to be having sex, » says Schwarz. « But we don’t have the infrastructure in place to fix [that] problem fast. We can, however, make condoms available fairly quickly to whoever needs them.

« I don’t have all the answers on this, » says Schwarz. « But I do think in economic terms. I think that jobs and education are the key to turning this ship. But it will take time and hard work in a period when the city is struggling financially. »

There are no easy solutions. This is a complicated problem, exacerbated by generational poverty and family collapse that paralyzes our cities in ways too myriad to address in one column.

Like I said, thinking about it makes me want to cry.

But that’s not a good enough reason to keep condoms out of the backpacks of 11-year-olds who will be sexually active whether we like it or not.

Voir de même:

Free condoms at school don’t always help teen girls avoid pregnancy and when given out can actually INCREASE fertility rates
Access to condoms in school increases teen fertility rates by about 10 per cent according to a new study
However giving teens counseling in addition to birth control could have the opposite effect, Notre Dame researchers found
Access to other kinds of birth control has been shown to lower teen fertility rate – or do nothing at all
But condoms might have a different effect because of their failure rate and the time and frequency at which they’re used
Access to free condoms in high schools could have led to two extra births per 1,000 teenage women so far
Clemence Michallon

The Daily mail

4 July 2016

Giving out free condoms at school is not a surefire way to avoid teenage pregnancy – or it might not be enough.

Access to condoms in schools increases teen fertility rates by about 10 per cent, according to a new study by the University Of Notre Dame.

However the increase happened in schools where no counseling was provided when condoms were given out – and giving out guidance as well as birth control could have the opposite effect, economists Kasey Buckles and Daniel Hungerman said in the study.

Access to other kinds of birth control, such as the contraceptive pill, IUDs and implants, has been shown to lower teen fertility rates – but condoms might have opposite consequences due to their failure rate as well as the time and frequency at which they’re used.

Access to condoms in schools increases teen fertility by about 10 per cent, according to a new study by the University Of Notre Dame (file picture)
Buckles and Hungerman looked at 22 school districts located in 12 different states, using data from the 1990s.
Times have changed already and teenagers today are overall less likely to have sex and less likely to become pregnant, they wrote.

Most of the free condoms programs in the study began in 1992 or 1993 and about two thirds involved mandatory counseling.

The 10 per cent increased occurred as a result of schools that gave out condoms without counseling, Buckles and Hungerman said.

‘These fertility effects may have been attenuated, or perhaps even reversed, when counseling was mandated as part of condom provision,’ they wrote.

Teenage girls were also more likely to develop  gonorrhea when condoms were given for free – and again, the increase happened as a result of schools giving out condoms without counseling.

Access to contraceptives in general has been shown to lower teen fertility, Buckles and Hungerman noted, or in some cases had no effect at all.

But condoms might have a different impact because of several factors, such as the fact that their failure rate is more important than that of other contraceptives.

Condoms also rely ‘more heavily on the male partner’, which is an important factor given that an unplanned pregnancy will have different consequences for each gender, Buckle and Hungerman wrote.

The time at which condoms are used could also explain why they have a different impact than other types of birth control. Condoms have to be used at the time of intercourse, whereas the pill, IUDs and implants are all taken in advance.

Using condoms also results from a short-term decision rather than long-term.

Free condom programs in schools could have led to two additional births per 1,000 teenage women so far, Buckle and Hungerman found.

This could increase to 5 extra births per 1,000 teenage girls if the country’s entire high-school-aged population had access to condoms.

Condom distribution programs could promote the use of condoms over more efficient birth control methods, drive schools to use their resources for condom distribution rather than more effective programs, or might encourage ‘risky’ sexual behaviors, Buckle and Hungerman wrote.

But these findings should be used with caution when reflecting on policy proposals, they added.

Health clinics based in schools that offered contraceptives were shown to significantly lower teen fertility in a 2014 study.

‘If health clinics can effectively combine contraception access and counseling, this may lead to very different effects than access alone,’ Buckle and Hungerman said.

Voir de plus:

Ce si gênant Tommy Robinson…

La condamnation du militant nationaliste pose la question de la liberté d’expression


Le militant nationaliste britannique Tommy Robinson a été arrêté à Leeds et presque immédiatement condamné à 13 mois de prison ferme alors qu’il tentait de filmer les suspects d’un procès dont les médias locaux n’ont pas le droit de parler. 

Un épais voile noir n’en finit plus d’envelopper la liberté d’expression dans les démocraties occidentales. Il se montre particulièrement oppressant dès lors qu’il s’agit de museler des opinions critiques au sujet de la crise migratoire, des dangers de l’islamisme et, plus largement, du dogme multiculturaliste comme modèle supposé de société. Ces opinions critiques, si elles peuvent en choquer moralement certains, ne constituent pourtant pas des délits, ou en tout cas, pas encore…Les voies employées sont multiples et complémentaires. Sur le plan répressif, on peut mentionner les fermetures abusives et arbitraires de comptes sur les réseaux sociaux, soit par décision hautement inquisitrice des autorités facebookiennes (comme ce fut le cas par exemple pour Génération identitaire dont le compte a été récemment clos sans autre forme de procès), soit sous pression d’activistes qui, en procédant à des signalements massifs se lancent dans des sortes de fatwas numériques et finissent promptement par obtenir la fermeture des comptes qui les dérangent. On pense notamment au truculent dessinateur Marsault, mais les cas semblables sont légion.

La voie judiciaire est également très utilisée pour faire taire les récalcitrants. On a pu assister par exemple à la condamnation ubuesque d’Éric Zemmour pour ce qui finit par s’apparenter, ni plus ni moins, à du délit d’opinion et à l’introduction piano sano d’un délit d’islamophobie et de blasphème dans les cours européennes.

Tommy Robinson et ce dont on ne doit pas dire le nom

Le sort actuel de l’activiste britannique, Tommy Robinson (de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon), s’inscrit dans ce contexte sinistré. Le britannique de 35 ans, fondateur de l’English Defence League, hostile à l’islam radical et à la charia (ce qui peut plaire ou déplaire mais demeure une conviction de l’ordre de l’opinion et ne constitue donc pas un délit), est dans le collimateur des autorités de son pays. L’homme a été arrêté, le vendredi 25 mai, tandis qu’il diffusait une vidéo filmée en direct des abords du tribunal de Leeds où se tenait un procès mystérieux. Mystérieux car il existe une disposition du droit britannique permettant aux autorités judiciaires d’ordonner une « reporting restriction ». C’est-à-dire un embargo pendant lequel personne n’a le droit d’évoquer publiquement (journalistes inclus, donc) une affaire en cours de jugement.

Cette mesure est décidée dans un but de bonne administration de la justice, de bon déroulement des procès, afin que l’émoi populaire suscité par telle ou telle affaire ne vienne pas nuire à la bonne et sereine marche d’une justice que l’on imagine naturellement impartiale, afin également d’en protéger les parties, plaignants ou accusés.

Tommy Robinson, et c’est là son tort et sa limite, n’a pas souhaité se soumettre à cette curieuse loi d’airain, et s’est donc tout de même rendu au palais de justice pour y interpeller les accusés de ce qu’il a décrit comme étant supposément le procès des viols de fillettes dont les accusés sont des gangs pakistanais, notamment dans la région de Telford, exactions qui se sont produites pendant plusieurs décennies et qui ont mis un temps infini à être révélées puis prises en compte par des autorités surtout préoccupées par le risque de stigmatisation des communautés ethno-religieuses concernées, plutôt que par la protection des populations locales. Cette information sur la nature réelle du procès n’a pas pu être formellement vérifiée ni énoncée puisque, de toute façon, dans cette situation orwellienne, la presse n’est pas autorisée à en parler. Il s’agit donc ici de propos qu’on n’a pas le droit de tenir au sujet d’une affaire qu’il faut taire.

Le vendredi noir de Tommy Robinson

Tommy Robinson a été interpellé et, dans une hallucinante et inhabituelle célérité, la justice l’a presque immédiatement condamné à une peine ferme de 13 mois de prison, sans que celui-ci n’ait pu avoir droit à un procès équitable ni consulter l’avocat de son choix. Tout ceci s’est déroulé sans que la presse n’ait vraiment le droit d’évoquer son cas, puisque les juges ont appliqué à sa condamnation une seconde « reporting restriction », sorte de couche supplémentaire dans le mille-feuille de silences et de censures nimbant déjà ce dossier décidément gênant. Au pays de l’Habeas corpus, cette affaire fait du bruit.

Aussitôt, une pétition rassemblant vite plus de 500 000 signatures a circulé dans le monde entier, et l’émoi que l’on voulait mater s’est au contraire amplifié, par le biais notamment des réseaux sociaux dont on comprend bien qu’ils fassent l’objet de toutes les tentatives de restrictions et de lois liberticides à venir. Des personnalités aussi diverses que la demi-sœur de Meghan Markle ou le fils de Donald Trump, le leader néerlandais Geert Wilders, le chanteur Morrissey ou la secrétaire générale adjointe des Républicains, Valérie Boyer, et beaucoup d’autres célèbres ou anonymes, se sont émus et ont interpellé les autorités britanniques sur cette curieuse conception de la justice, expéditive pour les uns, anormalement complaisante et longue pour les autres. Des manifestants excédés ont même fini par s’en prendre à la police, samedi 9 juin, près de Trafalgar Square à Londres.

Tommy Robinson se savait attendu au tournant ; il a toutefois bravé la loi en toute connaissance de cause, comme il l’avait déjà fait dans un précédent procès sur une affaire similaire, écopant alors de trois mois avec sursis, lesquels sont alors venus s’ajouter à la peine récemment prononcée pour « atteinte à l’ordre public ». On peut toutefois légitimement s’interroger sur plusieurs points qui choquent l’opinion publique ainsi que le bon sens.

Les démocraties libérales contre elles-mêmes

Tout d’abord, est-il judicieux bien que judiciaire, de la part des autorités britanniques, de décider de faire régner de nouveau le silence dans le traitement d’une affaire dans laquelle, précisément, c’est le silence complice des autorités qui est en partie mis en cause par les opinions publiques ? N’est-ce pas redoubler le mal et contribuer à rendre légitimes les soupçons d’étouffement de ces affaires pour des motifs idéologiques ? Peut-on encore parler du réel, le nommer, le montrer, sans encourir les foudres morales ni risquer l’embastillement ou le sort d’Oscar Wilde à la Reading Gaol ? Les démocraties occidentales qui se conçoivent pourtant comme « libérales » et s’opposent idéologiquement à ce qu’elles qualifient dédaigneusement de « démocraties illibérales » et populistes, ont-elles conscience de déroger, par ces silences complices et ces actions douteuses de musèlement, au libéralisme d’opinion qui fonde les régimes démocratiques et institue, normalement, les libertés fondamentales ? Ont-elles conscience de renforcer le fort soupçon de manipulation des opinions qui pèse de plus en plus sur elles, Brexit après Brexit, vote « populiste » après vote « populiste », rejet après rejet ? Ont-elles conscience que plus une censure s’applique, plus la réaction à cette censure est forte, que plus elles se conduisent ainsi, plus la colère et la révolte – qu’elles s’imaginent étouffer – grondent ? Ont-elles conscience que loin de protéger l’image des populations prétendument stigmatisées dans ces affaires, elles ne font que nourrir les interrogations et les soupçons à leur sujet ?

Certes, Tommy Robinson est condamné pour avoir troublé le bon fonctionnement d’un procès, tel est le motif juridique invoqué contre lui. Mais personne n’est dupe du montage judiciaire qui a abouti à son arrestation, jugement et emprisonnement en 5 heures chrono. Les autorités ignorent-elles par ailleurs le sort réservé aux militants de ces mouvances hostiles à l’islam radical lorsqu’ils sont jetés ainsi en pâture dans des prisons tenues par les gangs que ces militants dénoncent précisément ? Kevin Crehan, condamné à 12 mois de prison pour avoir (certes stupidement) jeté du bacon sur une mosquée, n’a pas survécu à son incarcération. Tommy Robinson, lui-même précédemment incarcéré dans une affaire de prêt familial, a été victime de graves violences.  Sa sécurité fait-elle l’objet de garanties spécifiques au vu du contexte ? Enfin, le silence gêné de certains des principaux médias sur cette affaire ne pose-t-il pas de nouveau la question du pluralisme et de la liberté d’expression réelle dans le paysage médiatique occidental ?

Voir  également:

Un nouvel «axe alpin» se constitue en Europe contre les migrants

De notre correspondant à Bruxelles,

Finalement, Viktor Orban pourrait avoir gagné. Le maître de Budapest fut le premier à dresser des barbelés contre l’exode, celui des Syriens en août 2015. Sa prophétie n’est pas loin de se réaliser quand l’Italie, jusqu’ici ouverte à la misère du monde, renvoie en pleine mer un bâtiment chargé de 629 migrants africains. Basculement. Électrochoc. Malgré le trouble d’Angela Merkel et les blâmes d’Emmanuel Macron, la question pour l’Europe n’est plus de savoir si elle doit renforcer sa frontière commune. Mais si elle peut encore éviter le retour aux barrières nationales. En trois ans, l’exception hongroise s’est propagée à toute l’Europe centrale. Varsovie, Prague et Bratislava jurent avec Budapest que la religion musulmane n’est pas soluble dans l’UE. Tous applaudissent le coup de force italien.

À ce quatuor de Visegrad, il faudrait désormais ajouter un trio d’acteurs qui va de l’extrême droite à la droite dure: l’Italien Matteo Salvini, l’Autriche de Sebastian Kurz et Horst Seehofer, monument bavarois et ministre allemand de l’Intérieur. Ces trois-là forment le nouvel «axe» anti-immigration que décrit le jeune chancelier autrichien, avant de prendre la présidence tournante de l’UE le 1er juillet.

La fronde dessine un périmètre curieusement semblable à celui de l’empire des Habsbourg. Elle est aussi pétrie de contradictions. Même s’ils partagent la hantise de l’islam, Viktor Orban et ses amis d’Europe centrale se garderont bien de rejoindre l’axe autrichien. Et inversement. À l’intérieur de l’axe alpin, la pire chose qui puisse arriver au chancelier Kurz serait que Matteo Salvini, nouvel homme fort du pouvoir romain, obtienne ce qu’il demande: le partage avec le reste de l’Europe – Autriche comprise – de tout ou partie des quelque 500.000 «irréguliers» qui croupissent en Italie.

» LIRE AUSSI – Les pays de l’Est veulent avoir voix au chapitre sur l’avenir du projet européen

Quant au projet prêté à Horst Seehofer d’expulser d’Allemagne tous les migrants déjà enregistrés ailleurs dans l’UE, il n’inquiète pas que la Chancellerie à Berlin. Si cette foule doit vraiment retraverser la montagne, c’est bien évidemment en Autriche puis en Italie qu’elle aboutira. Là est le problème des slogans «populistes» et autres remèdes réputés nationaux. Sur le papier, ils sont identiques et se prêtent à de magnifiques alliances. Dans la réalité, ils sont incompatibles, sauf à fâcher les voisins et à cadenasser toutes les frontières.

Cynisme contre hypocrisie

Les Italiens, même déçus de l’UE et gouvernés par des extrémistes, restent assez réalistes pour chercher la solution dans un cadre européen, plutôt qu’à Vienne ou à Budapest. C’est donc à Paris et à Berlin que Giuseppe Conte a pris des rendez-vous, avant son premier sommet à Bruxelles le 28 juin. De leur côté, l’Allemagne et la France surmontent leurs réticences à accueillir à bras ouverts le rejeton de la Ligue et du Mouvement 5 étoiles. Si l’on suit la fameuse formule de Lyndon B. Johnson, mieux vaut que l’Italie soit à l’intérieur de la tente pissant à l’extérieur, plutôt que l’inverse.

» LIRE AUSSI – Aquarius: retour sur la passe d’armes entre Paris et Rome

Cynisme contre hypocrisie, Emmanuel Macron et Matteo Salvini ont vidé mardi leur aigreur à propos de l’Aquarius et des 629 clandestins repêchés au nord de la Libye. Du côté français comme du côté allemand, il apparaît que les deux semaines qui mènent au sommet vont décider si Rome penche vers l’ouest ou vers l’est. Paris admet que l’Union européenne a un problème quand l’Italie doit accueillir 80 % des migrants venus de Libye. Le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, reconnaît qu’il faut se forcer «à voir la réalité à travers d’autres regards européens».

L’Élysée a confirmé jeudi des pistes déjà explorées pour rendre la réalité plus supportable à des Italiens confrontés, chez eux, à des centaines de points de fixation comparables à l’ex-ghetto de migrants à Calais. Il sera donc question d’aides financières démultipliées par l’UE et de mobilisation du contingent de gardes-frontières européens.

Au-delà de ces palliatifs communautaires, la France et ses voisins doivent se préparer à deux exutoires plus vigoureux s’il faut vraiment soulager l’Italie, prévient Pierre Vimont, ex-pilier du Quai d’Orsay et conseiller de l’UE durant la crise de 2015-2016. D’abord l’accueil direct des rescapés de la Méditerranée sur leur territoire, sujet jusqu’ici tabou que l’Espagne a commencé de rompre en acceptant les passagers de l’Aquarius. À charge pour ces capitales de traiter les demandes d’asile et de renvoyer les déboutés au sud du Sahara. Ensuite, l’ouverture de «centres de tri» hors de l’UE (peut-être en Albanie), ce qui permettrait d’évacuer le problème italien. C’est un projet imaginé par David Cameron que ressuscitent aujourd’hui Vienne et Copenhague. Mais attention, prévient l’ambassadeur Vimont, «il ne s’agit pas de s’en laver les mains. Si la question africaine n’est pas réglée dans la durée, les migrants reviendront inévitablement frapper à notre porte».

Voir de même:

GB: les photos sous les jupes des filles bientôt passibles de prison

Prendre secrètement une photo sous la robe d’une personne devrait devenir une infraction passible de deux ans d’emprisonnement au Royaume-Uni, après que le gouvernement britannique a décidé de soutenir une proposition de loi en ce sens. « Ce type de comportement est une intrusion odieuse dans la vie privée, qui laisse les victimes en détresse », a déclaré la secrétaire d’État à la Justice, Lucy Frazer.

« En faisant de ce comportement une infraction spécifique, nous envoyons un message clair que cela ne sera pas toléré et que les auteurs seront punis », a-t-elle ajouté. Elle a salué la campagne menée par Gina Martin, une jeune femme de 26 ans, elle-même victime de cette pratique voyeuriste désignée par le terme « upskirting » en anglais. La jeune femme avait lancé une campagne pour demander aux autorités de légiférer sur la question.

« C’est évidemment une excellente nouvelle », a réagi l’intéressée, « et c’est grâce à toutes celles et ceux qui nous ont soutenu dans notre démarche. Il reste du chemin à faire, mais il semble désormais que cela aboutira sans trop d’accrocs ». Gina Martin s’était lancée dans cette campagne en 2017, après que deux hommes avaient pris une photo sous sa jupe lors d’un festival à Londres. Alors qu’ils partageaient la photo à partir de leurs téléphones, Gina Martin avait tenté d’alerter la police, mais aucune poursuite n’avait pu être engagée.

L’interdiction de tels comportements doit être intégrée dans une proposition de loi contre le voyeurisme portée par la députée Wera Hobhouse, membre du Parti libéral-démocrate. Le texte est soumis vendredi au vote de la Chambre des Communes. Il a reçu un soutien trans-partis et la position du gouvernement devrait faciliter son adoption. « Le fait que le gouvernement ait entendu notre appel témoigne du large consensus sur l’existence d’une lacune dans la loi à laquelle il fallait s’attaquer », a commenté Wera Hobhouse.

Voir encore:

À deux jours de la fête des pères, dimanche 17 juin, un sondage Ifop mené pour Alliance Vita met en lumière l’importance de la figure paternelle.

Une donnée essentielle dans le débat entre les partisans et les opposants de l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules.

Un sondage Ifop commandé par Alliance Vita souligne l’importance et la singularité de la figure du père aux yeux des Français.

C’est une information qui devrait compter dans les débats bioéthiques du moment. Un sondage Ifop commandé par Alliance Vita (1) et dévoilé aujourd’hui par La Croix souligne l’importance et la singularité de la figure du père aux yeux des Français. Pour l’association, il s’agit avant tout de braquer les projecteurs sur l’un des enjeux des discussions actuelles sur l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, envisagée dans le cadre de la révision des lois de bioéthique.

Ainsi, 93 % des Français considèrent que les pères ont un « rôle essentiel pour les enfants », tandis que les trois quarts d’entre eux adhèrent à l’affirmation selon laquelle « les rôles du père et de la mère sont différents et complémentaires » ; et 89 % jugent que « l’absence de père, c’est quelque chose qui marque toute la vie ».

Sondage Les Français et la paternité

Ifop pour Alliance VITA

« Il est frappant de voir à quel point le rôle du père est consensuel, alors que nous assistons aujourd’hui à un fort questionnement de son rôle », analyse le délégué général d’Alliance Vita, Tug­dual Derville. « Il apparaît aussi clairement que le fait de connaître son père relève de l’intérêt supérieur de l’enfant pour une majorité de nos concitoyens », poursuit-il. À un moment où la question sur la PMA polarise toutes les attentions, selon ce sondage, 61 % des Français estiment qu’« il faut privilégier le besoin de chaque enfant d’avoir un père en réservant la PMA aux couples homme-femme ayant un problème médical d’infertilité ». Mais 39 % jugent plutôt qu’« il faut privilégier le désir d’enfant en permettant la PMA sans père pour les femmes seules ou les couples de femmes ».

« Quelle que soit la question, vous avez 40 % de gens qui sont favorables, 40 % d’opposés, et 20 % qui oscillent »

Des chiffres qui peuvent surprendre comparés aux autres enquêtes menées par l’Ifop, notamment celles publiées dans La Croix et L’Obs en janvier, ou encore cette semaine par Ipsos pour France Télévisions. Ces enquêtes donnaient systématiquement des proportions opposées quant à l’adhésion des Français à l’extension de la PMA : 60 % y étaient favorables, 40 % étaient contre.

« Ces résultats ne sont absolument pas contradictoires », affirme Jérôme Fourquet, le directeur du département Opinion et Stratégies de l’Ifop. « Tout dépend de la manière dont on pose la question : si on met en avant l’ouverture d’un droit, en demandant aux Français s’ils sont pour une extension de la PMA, ils y sont majoritairement favorables. En revanche, si on présente le droit de l’enfant à avoir un père, ils sont majoritairement opposés à une évolution de la loi. »

En France, un enfant sur trente est conçu grâce à la PMA

Faut-il y voir un signe de la versatilité de l’opinion publique ? « Non, répond Jérôme Fourquet. Quelle que soit la question, vous avez 40 % de gens qui sont favorables, 40 % d’opposés, et 20 % qui oscillent. Ce sont ces derniers qui portent la tension éthique et dont la réponse peut varier selon la façon dont la question est posée. »

Des différences d’approche

Si les Français portent un regard très majoritairement positif sur le rôle des pères, il existe cependant des différences d’approche, notamment entre les hommes qui sont pères et ceux qui ne connaissent pas l’expérience de la paternité. Ainsi 58 % des pères sont tout à fait d’accord lorsqu’on leur demande si « l’absence de père est quelque chose qui marque toute une vie ». Le chiffre tombe à 41 % pour les hommes qui n’ont pas d’enfants. Soit une différence de 17 points.

Autre intervalle notable : celui qui s’établit entre les générations : 39 % des 18-24 ans estiment qu’il ne faut pas étendre la PMA, alors qu’ils sont 78 % des plus de 65 ans. « C’est la preuve qu’au fur et à mesure des générations, les références traditionnelles vont être chamboulées », estime Jérôme Fourquet.

Extension de la PMA, les médecins plus réticents que l’ensemble des Français

Une analyse que ne partage pas Tugdual Derville, le délégué général d’Alliance Vita. « Je ne pense pas que nous soyons face à une évolution inéluctable, avance-t-il. J’y vois plutôt le poids de l’expérience : lorsque l’on est père, on se rend davantage compte de la nécessité de cette présence. Dans tous ces sujets, l’expérience de la vie n’est pas inutile. »

––

« L’aventure de la paternité n’est plus portée par la société »

Jacques Sédat, Psychanalyste, membre d’Espace analytique (1)

« On assiste aujourd’hui à un grand affaiblissement de l’image du père dans nos sociétés. C’est aussi le cas pour celle de la mère. La paternité est par nature une expérience subjective, mais
je vois aujourd’hui beaucoup de couples qui, au milieu de la trentaine, hésitent à être parents. Les naissances surviennent plus tard qu’auparavant : cela montre bien que l’aventure de la paternité est devenue quelque chose d’éminemment subjectif, et donc de plus fragile. Elle n’est plus portée par la société et ne bénéficie plus d’un soutien collectif. »

(1) Auteur de Sigmund Freud. Les grandes étapes de la pensée freudienne, Armand Colin, 2e édition, 2013.

Loup Besmond de Senneville

(1) Réalisé entre le 7 et le 11 juin 2018, par questionnaire auto-administré, auprès de 2016 personnes sélectionnées selon la méthode des quotas

Voir enfin:

Good Moral Panics and Late Modernity

Dimitar Panchev

Lasala foundation

2013

/…/

As Rohloff and Wright (2010) point out, the concept of ‘moral panic’ has several problems. The first one is the problem of normativity. Since its introduction the concept has been used as a form of social critique where panics were characterised as social reactions that are ‘irrational’ and misdirected (Rohloff and Wright, 2010). Hier (2002a) argues that it is the concept’s normativity that has made it unappealing to newer developments in social theory. Second comes the problem of temporality, according to which moral panics can be characterized as short-lived episodes (exceptions are Hall et al.’s (1978) analysis of the mugging panic and Jenkins’ (1998) study on child molestation). In other words, the moral panics studied do not focus on the historically structured processes that have an impact on the development of the moral panics in the first place. Subsequent revisions have led to the acknowledgement of the necessity for a time-frame and contextual analysis: ‘…Moral panics are a crucial element of the fabric of social change. They are not marginal, exotic, trivial phenomena, but one key by which we can unlock the mysteries of social life…’ (Goode and Ben – Yehuda, 1994: 229). The third problem is the one of (un)intentionality which ultimately is concerned with the question of responsibility. In Cohen’s (1972) original analysis, the moral panic surrounding the mods and the rockers was presented as unintended and unanticipated, with focus being placed on the media as medium for deviancy amplification and stigmatization. In contrast, the analysis of the mugging moral panic (Hall et al. 1978) presented the scare as a strategy on behalf of the ruling elites in order to divert public attention from the crisis in the capitalist system. Last but not least, Goode and Ben-Yehuda (1994) constructed the problem as one of intentional actions versus unintentional developments. Their approach distinguished between grassroots, interest groups and elite- engineered moral panics.

The first model based the problem onto sentiments that were present in society in the general. The second model suggested that the reaction should be considered as an outcome of the efforts of specific moral entrepreneurs and particular interest groups in society. The last model, the elite-engineered panic, was presented as a deliberated organised propaganda campaign aimed at diverting attention from real structural problems. Revision of these ‘ideal types’ (ibid.) of moral panics have moved towards the more rigorous appreciation of the plurality of reactions that might accompany the process of moral assertion and an appreciation of the resistance efforts which might occur in line with the panics (Hier, 2002b; McRobbie & Thorton, 1995; de Young, 2004). Even with such contribution being made, the concept has been criticised for falling short of providing alternative means of explanation and theorisation (Hier, 2008).

Attempts have been made to tackle the ‘heuristic’ nature of the concept by incorporating the developments in risk theory and the works of Norbert Elias (Rohloff and Wright, 2010). A fourth problem is the one of anthropomorphizing. The claim that a society can engage in hysterical, panic-stricken behaviour has been criticised on the grounds that collective social processes cannot be rendered as individual psychological ones. Some of the earlier analyses of moral panics discussed ‘society’ and ‘social reaction’ as if they were unified and undifferentiated, when in fact the interests of the police, the media and the public were quite different (McRobbie and Thornton, 1995). Another problem, outlined by Garland (2008) is concerned with the ethics of attribution, according to which the critical ascriptions which the concept carries also have an impact on its use. This creates situations in which the conditions for the analysis of a moral panic exist, but due to ethical consideration such an inquiry is not pursued. An example is the post- 9/11 response of the media and the government (ibid.).

The aftermath of the tragedy contained all the necessary conditions included in the definition of the concept – expressed concern, hostility, disproportionality, consensus and a moral dimension was attached to all of the above, yet the episode itself was not categorised as a moral panic. The commentators involved into the analysis of the terrorist attack avoid the use of the term and considerable caution was exercised when discussing the event (Walker, 2002). According to Garland (2008) one explanation is the widespread uncertai nty of the nature of the attack itself. Secondly, and what he considers more important, the reluctance of applying the label ‘successfully’ was based on ethical reasons. The use of the concept would clash with the prevailing moral sentiments of fear and grief that drove the reaction to the attack.

Thus it took some time for the first academic publication considering the post- 9/11 as an example of a moral panic to be published (Rothe and Muzzatti, 2004; Welch, 2006). Even though Garland (2008) himself notes that the ethical inhibitors might not be as important, they will have some impact on the way in which tragedies and disasters are approached by ‘moral panic’ scholars. What it shows, however, is the relationship that exists between the analysts and the social actors and the way in which they influence each other. It has been Cohen’s longstanding contention that the term moral panic is, for its utility, problematic insofar as the term ‘panic’ implies an irrational reaction which a researcher is rejecting in the very act of labelling it such. That was the case when he was studying the media coverage of the Mods and Rockers and when Young was studying the reaction to drug taking in the late 1960s and the early 1970s.

Currently , Cohen has started to feel uncomfortable with the blanket application the term ’panic’ in the study of any reactions to deviance, as he argues for its possible use in ‘good moral panics’ (Cohen, 2002: xxxi – xxxv). Cohen (2011) discusses the changes that h ave occurred in society and how this has had re – directed the ‘moral panic’ analysis and has contributed to the development of the concept. To begin with, the modern moral entrepreneurs have adopted a status similar to the social analyst (in terms of class, education and ideology) and the likelihood for the two of them to perceive the problem in the same way has increased substantially. Secondly, the alliances between the various political forces has become more flexible and as a result, panics about ‘genuin e’ victims (of natural disasters or terrorist attacks) are more likely to generate consensus that the ‘unworthy’ victims (the homeless). Thirdly, whereas the traditional moral panics where in nature elite – engineered, the contemporary ones are much more lik ely to populist – based, giving more space for social movements’ and victims’ participation in the process. Fourthly, in contrast to the old moral panics, the new ones are interventionist – focused.

The new criminalizers (Cohen, 1988) who address the moral panics are either post – liberals who share a common background with a decriminalized generation, or are from the new right who argue for increased focus on private morality (sexuality, abortion, lifestyle). In addition, Cohen (2011) considers the possibility of certain moral panics being understood as ‘anti – denial’ movements. In contemporary times the denial of certain events, their cover – up, evasion and tolerance is perceived as morally wrong, and such denied realities should be brought to the public attentio n, which would result in widespread moral condemnation and denunciation. In this sense, it could be argued that certain panics should also be considered as ‘acceptable’ and thus a binarity between ‘good’ and ‘bad’ moral panics can be developed. Such as heu ristic between ‘good’ and ‘bad’ can be useful as such a distinction in effect widens the scope of moral panic studies beyond those examples that are regarded as ‘inappropriate’ and ‘irrational’. Potentially, this could also lead to the questioning of the notions of rationality, disproportionality and other normative judgements that have characterised the studies of moral panics. Such an approach of analysing ‘moral panics’ is in contrast with the work of Critcher (2003, 2009; 2011), to whom the concept of can be best understood in the relations of power and regulation.

Whereas both Critcher and Cohen agree that each moral panic should be seen in a wider conceptual framework, the latter does not adopt Critcher’s suggestion that the term ‘moral’ panic should not be applied in cases where dominant elites reinforce dominant practices by way of scapegoating outsiders. By contrast to Critcher, Cohen accepts the possibility of counter – hegemonic moral panics. In addition, Critcher stresses the need to focus not only on the politics of moral panics, but also consider the economic factors that might limit or promote their development. Moving beyond moral panics, Hunt (1999 ) has argued that a shift has taken place in the processes of moral regulation over the past centu ry, whereby the boundaries that separate morality from immorality have been blurred. As a result, an increasing number of everyday activities have become moralized and the expression of such moralization can be found in hybrid configurations of risk and harm. The moralization of everyday life contains a dialectic that counterposes individualizing discourses against collectivizing discourses and moralization has become an increasingly common feature of contemporary political discourse (Garland, 2001; Biressi and Nunn, 2003; Haggerty, 2003).

Moral panics (Hier, 2002a, 2008) can also be seen as volatile manifestations of an ongoing project of moral regulation, where the ‘moral’ is represented as practices that are specifically designed to promote the care of th e self. With the shift towards neo – liberalism, such regulatory scripts have taken the form of discourses of risk, harm and personal responsibility. As Hier (2008) the implementation of such a ‘personalization’ discourse is not straightforward due to the fa ct that moral callings are not always accepted. The moral codes that are supposed to regulate behaviour , expression and self – presentation are themselves contestable and their operation is not bound in a time – space frame. Thus, ‘moralization’ is conceptualized as a recurrent sequence of attempts to negotiate social life; a temporary ‘crisis’ of the ‘code’ (moral panic) is therefore far more routine than extraordinary. The problems with such an argument for expanding the focus of moral panics to encompass for ms of moral regulation is that it is too broad (Critcher, 2009) and a more specific scope of moral regulation should be defined in order to conduct such analysis.

Conclusion

The aim of the following paper was to provide an overview of the concept of ‘moral panics’ and the possibility for applying its analytical tools in the study of ‘good moral panics’. As the focus of the concept was expanded significantly over the past 40 years, it can be argued that such a task is within the scope of academia due the cha nging nature of the contemporary world and social relation. In fact, in such a world full of insecurity and one that is characterized by a constant fear of falling (Young, 2007a) such an approach of putting reality on trial would be much appreciated.


La Rose blanche/75e: Après la tragédie, la farce (75 years after the WWII anti-nazi student group, Hollywood’s joke of an anti-sexual harassment movement picks up the white rose symbol)

26 février, 2018
Hans et Sophie Scholl et leur ami Christoph ProbstHegel fait remarquer quelque part que, dans l’histoire universelle, les grands faits et les grands personnages se produisent, pour ainsi dire, deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde comme farce. Marx
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude.  G.K. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
La Rose blanche (en allemand Die Weiße Rose) est le nom d’un groupe de résistants allemands, fondé en juin 1942, pendant la Seconde Guerre mondiale, et composé de quelques étudiants et de leurs proches. Ce nom aurait été choisi par Hans Scholl en référence à la romance de Clemens Brentano (Les Romances du Rosaire, 1852), ou au roman de B. Traven La Rose blanche (1929). Ce groupe a été arrêté en février 1943 par la Gestapo et ses membres ont été exécutés. Wikipedia
We choose the white rose because historically it stands for hope, peace, sympathy and resistance. Voices in Entertainment
 The colour white, of course, represents peace, but it is also has history in the women’s movement. White was one of the trio of colours adopted by the suffragette movement, along with green and purple; white stood for purity. Hillary Clinton’s white pantsuit, which she wore to accept the nomination as Democratic candidate for the 2016 election, was seen making a feminist statement. The Guardian
When he landed in New Delhi last Saturday, Trudeau was greeted on the tarmac, not by the Prime Minister or Foreign Minister but by the junior minister for agriculture and farmers’ welfare. Other world leaders, including Barack Obama and Benjamin Netanyahu, have been given a personal welcome by Narendra Modi. Prime Minister Modi, a savvy social media user, failed even to note Trudeau’s arrival on Twitter, though on the same day he found time to tweet about plans to unveil a new shipping container terminal. He did not acknowledge Trudeau until five days later and only met him the day before the Canadian PM and his family were to return home. Why were the Indians so frosty in their reception? They suspect Trudeau’s government of private sympathy for the Khalistani separatist movement, which wants to form a breakaway Sikh state in Punjab. Thankfully, Trudeau didn’t do anything to inflame those suspicions. Well, unless you count inviting a notorious Khalistani separatist to a reception. And then to dinner. With the Prime Minister. Not just any separatist, either. Jaspal Atwal is a former member of the International Sikh Youth Federation, proscribed as a terror group in both India and Canada, and was convicted of the attempted assassination of Indian cabinet minister Malkiat Singh Sidhu. Best of all, he even got a photo taken with Trudeau’s wife Sophie. But there were still a few Indians unoffended by the image-obsessed Canadian PM and he quickly remedied that. He turned up for one event in a gaudy golden kurta, churidars and chappals. At another, he broke into the traditional Bhaṅgṛā dance only to stop midway through when no one else joined in. Only after the local press pointed out that this was a little condescending and a lot tacky was Justin-ji finally photographed wearing a suit. It was less like a state visit and more like a weeklong audition for the next Sanjay Leela Bhansali movie. Here was Justin Trudeau, the progressive’s progressive, up to his pagṛi in cultural appropriation. At least he achieved his goal of bringing Indians and Canadians closer together: both have spent the past week cringing at this spectacle of well-meaning minstrelsy. I want to like Justin Trudeau. I really do. He’s a centrist liberal in an age where neither the adjective nor the noun is doing very well. Trump to his south, Brexit and Corbyn across the water, Putin beyond that: Trudeau should be a hero for liberal democrats. Instead, from his Eid Mubarak socks at Toronto Pride to his preference for ‘peoplekind’ over ‘mankind’, Trudeau presents like an alt-right parody of liberalism. He’s gender-neutral pronouns. He’s avocado toast and flaxseed soy smoothies. He’s safe spaces and checked privileges. Trudeau is a cuck. And all that would be fine. In fact, it would be a hoot to have a liberal standard-bearer who could troll the 4chan pale males in their overvaped, undersexed basements. But far from an icon for the middle ground, Trudeau is the sort of right-on relativist who gives liberals a bad name. He has spoken of his ‘admiration’ for China’s dictatorship for ‘allowing them to turn their economy around on a dime’. He called Fidel Castro ‘larger than life’ and ‘a remarkable leader’ who showed ‘tremendous dedication and love for the Cuban people’. Trudeau’s government refused to accept the Islamic State’s ethnic cleansing of the Yazidis was a genocide until the UN formally recognised it as such. In 2016 he issued a statement on Holocaust Remembrance Day that neglected to mention Jewish victims of the Shoah and the following year unveiled a memorial plaque with the same omission. Trudeau’s problem is that he always agrees with the last good intention he encountered. He seems to have picked up his political philosophy from Saturday morning cartoons: by your powers combined, I am Captain Snowflake. There is no spine of policy, no political compass, no vision beyond the next group hug or national apology. The centre ground needs a champion and instead it got an inspirational quote calendar with abs. Trudeau’s not a Grit, he’s pure mush. The Spectator
On y voit comment pousse sous nos yeux, non pas un simple fascisme local, mais un racisme proche du nazisme à ses débuts. Comme toute idéologie, le racisme allemand, lui aussi, avait évolué, et, à l’origine, il ne s’en était pris qu’aux droits de l’homme et du citoyen des juifs. Il est possible que sans la seconde guerre mondiale, le « problème juif » se serait soldé par une émigration « volontaire » des juifs des territoires sous contrôle allemand. Après tout, pratiquement tous les juifs d’Allemagne et d’Autriche ont pu sortir à temps. Il n’est pas exclu que pour certains à droite, le même sort puisse être réservé aux Palestiniens. Il faudrait seulement qu’une occasion se présente, une bonne guerre par exemple, accompagnée d’une révolution en Jordanie, qui permettrait de refouler vers l’Est une majeure partie des habitants de la Cisjordanie occupée. Les Smotrich et les Zohar, disons-le bien, n’entendent pas s’attaquer physiquement aux Palestiniens, à condition, bien entendu, que ces derniers acceptent sans résistance l’hégémonie juive. Ils refusent simplement de reconnaître leurs droits de l’homme, leur droit à la liberté et à l’indépendance. Dans le même ordre d’idées, d’ores et déjà, en cas d’annexion officielle des territoires occupés, eux et leurs partis politiques annoncent sans complexe qu’ils refuseront aux Palestiniens la nationalité israélienne, y compris, évidemment, le droit de vote. En ce qui concerne la majorité au pouvoir, les Palestiniens sont condamnés pour l’éternité au statut de population occupée. La raison en est simple et clairement énoncée : les Arabes ne sont pas juifs, c’est pourquoi ils n’ont pas le droit de prétendre à la propriété d’une partie quelconque de la terre promise au peuple juif. Pour Smotrich, Shaked et Zohar, un juif de Brooklyn, qui n’a peut-être jamais mis les pieds sur cette terre, en est le propriétaire légitime, mais l’Arabe, qui y est né, comme ses ancêtres avant lui, est un étranger dont la présence est acceptée uniquement par la bonne volonté des juifs et leur humanité. Le Palestinien, nous dit Zohar, « n’a pas le droit à l’autodétermination car il n’est pas le propriétaire du sol. Je le veux comme résident et ceci du fait de mon honnêteté, il est né ici, il vit ici, je ne lui dirai pas de s’en aller. Je regrette de le dire mais [les Palestiniens] souffrent d’une lacune majeure : ils ne sont pas nés juifs ». Ce qui signifie que même si les Palestiniens décidaient de se convertir, commençaient à se faire pousser des papillotes et à étudier la Torah et le Talmud, cela ne leur servirait à rien. Pas plus qu’aux Soudanais et Erythréens et leurs enfants, qui sont israéliens à tous égards – langue, culture, socialisation. Il en était de même chez les nazis. Ensuite vient l’apartheid, qui, selon la plupart des « penseurs » de la droite, pourrait, sous certaines conditions, s’appliquer également aux Arabes citoyens israéliens depuis la fondation de l’Etat. Pour notre malheur, beaucoup d’Israéliens, qui ont honte de tant de leurs élus et honnissent leurs idées, pour toutes sortes de raisons, continuent à voter pour la droite. Zeev Sternhell
The central complaint of Netanyahu’s critics is that he has failed to make good on the promise of his 2009 speech at Bar-Ilan University, where he claimed to accept the principle of a Palestinian state. Subsidiary charges include his refusal to halt settlement construction or give former Palestinian Prime Minister Salam Fayyad a sufficient political boost. It should go without saying that a Palestinian state is a terrific idea in principle — assuming, that is, that it resembles the United Arab Emirates. But Israelis have no reason to believe that it will look like anything except the way Gaza does today: militant, despotic, desperate and aggressive. Netanyahu’s foreign critics are demanding that he replicate on a large scale what has failed catastrophically on a smaller scale. It’s an absurd ask. It’s also strange that the same people who insist that Israel help create a Palestinian state in order to remain a democracy seem so indifferent to the views of that democracy. Israel’s political left was not destroyed by Netanyahu. It was obliterated one Palestinian suicide bombing, rocket salvo, tunnel attack and rejected statehood offer at a time. Bibi’s long tenure of office is the consequence, not the cause, of this. Specifically, it is the consequence of Israel’s internalization of the two great lessons of the past 30 years. First, that separation from the Palestinians is essential — in the long term. Second, that peace with the Palestinians is impossible — in the short term. The result is a policy that amounts to a type of indefinite holding pattern, with Israel circling a runway it knows it cannot yet land on even as it fears running out of gas. The risks here are obvious. But it’s hard to imagine any other sort of approach, which is why any successor to Netanyahu will have to pursue essentially identical policies — policies whose chief art will consist in fending off false promises of salvation. There’s a long Jewish history of this. For all of his flaws, few have done it as well as Bibi, which is why he has endured, and will probably continue to do so. Bret Stephens
Un Israélien qui compare Israël au « nazisme des débuts », voilà qui ne peut qu’enchanter, du Monde à France Inter, de Mediapart au Muslim Post. D’autant plus que Zeev Sternhell a l’avantage de conférer une pseudo-scientificité à deux grandes causes, la détestation de la France et la haine d’Israël – quel autre sentiment peut inspirer un pays en voie de nazification ? En effet, avant de devenir le savant utile de l’antisionisme extrême gauchiste européen, Sternhell s’est rendu célèbre avec Ni droite, ni gauche, publié en 1983, une analyse du fascisme français qui est à peu près partout et toujours prête à resurgir, thèse assez proche de celle de L’idéologie française de BHL, paru deux ans plus tôt, et recyclée depuis en mépris du populo et de ses idées nauséabondes. Bref, avec Shlomo Sand, l’historien qui considère que le peuple juif est un mythe, et quelques autres, Sternhell fait partie des Israéliens fréquentables. Et pour les sites islamistes il est le « bon juif » idéal. Ce qui est marrant, c’est que, même concernant le fascisme français, Shlomo Sand lui conteste la qualité d’historien. De fait, outre qu’elle est abjecte, sa comparaison est idiote car elle oublie un léger détail : il n’y avait pas, en 1930, de conflit entre les Juifs et l’Allemagne, ni de Juifs souhaitant bruyamment la disparition de l’Allemagne ou célébrant la mort de petites filles allemandes. Le plus écœurant, c’est la gourmandise avec laquelle notre radio publique s’est jetée sur cette bonne feuille. En dépit d’une actualité chargée, sur France Culture, on lui a accordé l’honneur des titres, honneur inédit pour un texte de cette nature. Emportée par son élan – ou son inconscient-, la journaliste a annoncé : « Un intellectuel israélien compare Israël au nazisme des années 1940. » Sternhell, et c’est déjà dingue, parle du nazisme des débuts. Celui des années 1940, c’est celui de la fin – de l’extermination. Peu importent ces distinctions, nombre de journalistes, imbus de leurs grands sentiments et de leur méconnaissance totale du dossier, étaient trop heureux de trouver, sous une plume israélienne, cette confirmation de tous les poncifs qu’ils ont en tête. (…) Surtout, tout occupé qu’il est à déceler les germes de nazisme chez ses concitoyens, Sternhell oublie de porter son regard un peu plus loin. S’il l’avait fait, il aurait pu entendre et voir des expressions beaucoup plus inquiétantes du nationalisme trempé dans l’antisémitisme le plus crasse, expressions qui vont jusqu’au poignard, à la roquette, sans oublier la volonté de destruction tranquillement assumée dans des mosquées ou des salles de classe. Ajoutons qu’en Israël, Sternhell et les autres ont pignon sur rue et c’est très bien. S’il y a des partisans de la paix avec Israël dans le monde arabe, ils rasent les murs, ou sont menacés de mort. Et dans les pays arabes, il n’y a pas de question juive. S’il avait vu tout cela, Sternhell aurait compris que la volonté de conserver une majorité juive ne révèle nullement une haine raciale. La plupart des Israéliens le savent, sans majorité juive, il n’y a plus d’Etat juif. Fin du sionisme, chapitre clos. C’est d’ailleurs ce souci qui devrait conduire le gouvernement israélien à rechercher une séparation négociée avec les Palestiniens, qu’ils soient ou pas (et ils ne le sont pas) les partenaires idéaux. Oui, l’occupation qui pourrit la vie des Palestiniens opère un travail de sape souterrain dans la société israélienne. Mais le danger, pour Israël, n’est pas de sombrer dans le nazisme. Il est de perdre le sens de la pluralité – et de finir par ressembler à ses voisins. Elisabeth Lévy
 Attention: une rose blanche peut en cacher une autre !

Au lendemain du 75e anniversaire de la décapitation du groupe de résistance d’étudiants antinazis dit de la Rose blanche

Et la reprise du même symbole par Hollywood et le monde de la chanson pour symboliser sa lutte contre le harcèlement sexuel …
Pendant que déguisé en acteur de Bollywood, la véritable caricature de progressisme qui sert actuellement de premier ministre à nos pauvres amis canadiens achevait de ridiculiser son pays sur la scène internationale …
Et qu’oubliant qu’il n’y avait pas dans les années 30 de « Juifs souhaitant bruyamment la disparition de l’Allemagne ou célébrant la mort de petites filles allemandes », un historien israélien qui compare Israël au « nazisme des débuts » se voit gratifié d’une tribune du Monde
Comment ne pas repenser …
Pour qualifier cette étrange époque que nous vivons entre « Génération Flocon de neige » et « idées chrétiennes devenues folles » …
Au fameux mot de Marx sur la répétition tragi-comique, par son premier président et dernier monarque de la nation française de neveu, du coup d’État du 18 brumaire par Napoléon un demi-siècle après ?

Zeev Sternhell, savant utile de l’antisionisme
L’historien israélien a comparé l’Etat hébreu au « nazisme à ses débuts »…
Elisabeth Lévy
Causeur
20 février 2018

Un Israélien qui compare Israël au « nazisme des débuts », voilà qui ne peut qu’enchanter, du Monde à France Inter, de Mediapart au Muslim Post. D’autant plus que Zeev Sternhell a l’avantage de conférer une  pseudo-scientificité à deux grandes causes, la détestation de la France et la haine d’Israël – quel autre sentiment peut inspirer un pays en voie de nazification ? En effet, avant de devenir le savant utile de l’antisionisme extrême gauchiste européen, Sternhell s’est rendu célèbre avec Ni droite, ni gauche, publié en 1983, une analyse du fascisme français qui est à peu près partout et toujours prête à resurgir, thèse assez proche de celle de L’idéologie française de BHL, paru deux ans plus tôt, et recyclée depuis en mépris du populo et de ses idées nauséabondes.

Sternhell, leur « bon juif » idéal

Bref, avec Shlomo Sand, l’historien qui considère que le peuple juif est un mythe, et quelques autres, Sternhell fait partie des Israéliens fréquentables. Et pour les sites islamistes il est le « bon juif » idéal. Ce qui est marrant, c’est que, même concernant le fascisme français, Shlomo Sand lui conteste la qualité d’historien. De fait, outre qu’elle est abjecte, sa comparaison est idiote car elle oublie un léger détail : il n’y avait pas, en 1930, de conflit entre les Juifs et l’Allemagne, ni de Juifs souhaitant bruyamment la disparition de l’Allemagne ou célébrant la mort de petites filles allemandes.

Le plus écœurant, c’est la gourmandise avec laquelle notre radio publique s’est jetée sur cette bonne feuille. En dépit d’une actualité chargée, sur France Culture, on lui a accordé l’honneur des titres, honneur inédit pour un texte de cette nature. Emportée par son élan – ou son inconscient-, la journaliste a annoncé : « Un intellectuel israélien compare Israël au nazisme des années 1940. » Sternhell, et c’est déjà dingue, parle du nazisme des débuts. Celui des années 1940, c’est celui de la fin – de l’extermination. Peu importent ces distinctions, nombre de journalistes, imbus de leurs grands sentiments et de leur méconnaissance totale du dossier, étaient trop heureux de trouver, sous une plume israélienne, cette confirmation de tous les poncifs qu’ils ont en tête. Saluons donc Bernard Guetta qui, ce mardi matin, a remis les pendules à l’heure.

Tout n’est pas faux, bien sûr, dans le libelle publié, lundi 19 février, par Le Monde sous le titre accrocheur : « En Israël pousse un racisme proche du nazisme à ses débuts ». Sternhell s’appuie sur des projets du gouvernement de geler par la loi et pour toujours le statut de Jérusalem, ainsi que sur des signes réels de la montée d’un nationalisme raciste. Mais, faute de regard historique (ou, dit plus simplement, de la prise en compte du contexte), il sort subrepticement de la route de l’argumentation pour dérouler un scénario qui conduit au mieux à l’apartheid et au pire suivez mon regard.

La hallalisation des esprits fait son chemin

Il y a en effet en Israël des rabbins qui ont appelé à l’assassinat d’Yitzhak Rabin, ou des élus qui réclament des salles d’accouchement séparées pour les Arabes et pour les Juives. Le nationalisme extrémiste, volontiers raciste sur les bords, progresse, y compris dans l’armée. En tout cas, la hallalisation des esprits (c’est-à-dire la propension à diviser le monde entre pur et impur) fait son chemin chez pas mal de juifs.

Mais il y a aussi des juifs pour la Palestine, des soldats militant pour la paix, une presse déchaînée, des ONG brailleuses et une intelligentsia raffinée, sans oublier une justice, une police et tout le reste, pour défendre l’Etat de droit s’il est menacé. Bref, toute une cacophonie judéo-israélienne dans laquelle on souhaite bonne chance à un dictateur.

Surtout, tout occupé qu’il est à déceler les germes de nazisme chez ses concitoyens, Sternhell oublie de porter son regard un peu plus loin. S’il l’avait fait, il aurait pu entendre et voir des expressions beaucoup plus inquiétantes du nationalisme trempé dans l’antisémitisme le plus crasse, expressions qui vont jusqu’au poignard, à la roquette, sans oublier la volonté de destruction tranquillement assumée dans des mosquées ou des salles de classe. Ajoutons qu’en Israël, Sternhell et les autres ont pignon sur rue et c’est très bien. S’il y a des partisans de la paix avec Israël dans le monde arabe, ils rasent les murs, ou sont menacés de mort. Et dans les pays arabes, il n’y a pas de question juive.

Sans majorité juive, il n’y a plus d’Etat juif

S’il avait vu tout cela, Sternhell aurait compris que la volonté de conserver une majorité juive ne révèle nullement une haine raciale. La plupart des Israéliens le savent, sans majorité juive, il n’y a plus d’Etat juif. Fin du sionisme, chapitre clos. C’est d’ailleurs ce souci qui devrait conduire le gouvernement israélien à rechercher une séparation négociée avec les Palestiniens, qu’ils soient ou pas (et ils ne le sont pas) les partenaires idéaux.

Oui, l’occupation qui pourrit la vie des Palestiniens opère un travail de sape souterrain  dans la société israélienne. Mais le danger, pour Israël, n’est pas de sombrer dans le nazisme. Il est de perdre le sens de la pluralité – et de finir par ressembler à ses voisins.

Voir aussi:

Zeev Sternhell : « En Israël pousse un racisme proche du nazisme à ses débuts »
Dans une tribune au « Monde », l’historien spécialiste du fascisme, se lance dans une comparaison entre le sort des juifs avant la guerre et celui des Palestiniens aujourd’hui.
Zeev Sternhell (Historien, membre de l’Académie israélienne des sciences et lettres, professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem, spécialiste de l’histoire du fascisme)
Le Monde
18.02.2018

[L’annonce est autant symbolique que contestée à l’international : le 6 décembre 2017, le président américain Donald Trump a décidé de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël. L’ambassade américaine, actuellement établie à Tel-Aviv, ouvrira ses portes avant fin 2019. L’initiative a rapidement été saluée par le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou. Depuis, à la Knesset, le Parlement, la droite mène une offensive sur plusieurs fronts. Le 2 janvier, les députés ont voté un amendement à la loi fondamentale, c’est-à-dire constitutionnelle, rendant impossible toute cession d’une partie de Jérusalem sans un vote emporté à la majorité des deux-tiers. Plusieurs députés ont aussi avancé des projets de loi visant à redéfinir le périmètre de la ville, en rejetant des quartiers arabes entiers se trouvant au-delà du mur de séparation, ou bien en intégrant de vastes colonies. Pour l’historien Zeev Sternhell, ces décisions visent à imposer aux Palestiniens d’accepter sans résistance l’hégémonie juive sur le territoire, les condamnant pour l’éternité au statut de population occupée.]

Tribune. Je tente parfois d’imaginer comment essaiera d’expliquer notre époque l’historien qui vivra dans cinquante ou cent ans. A quel moment a-t-on commencé, se demandera-t-il sans doute, à comprendre en Israël que ce pays, devenu Etat constitué lors de la guerre d’indépendance de 1948, fondé sur les ruines du judaïsme européen et au prix du sang de 1 % de sa population, dont des milliers de combattants survivants de la Shoah, était devenu pour les non-juifs, sous sa domination, un monstre ? Quand, exactement, les Israéliens, au moins en partie, ont-ils compris que leur cruauté envers les non-juifs sous leur emprise en territoires occupés, leur détermination à briser les espoirs de liberté et d’indépendance des Palestiniens ou leur refus d’accorder l’asile aux réfugiés africains commençaient à saper la légitimité morale de leur existence nationale ?

La réponse, dira peut-être l’historien, se trouve en microcosme dans les idées et les activités de deux importants députés de la majorité, Miki Zohar (Likoud) et Bezalel Smotrich (Le Foyer juif), fidèles représentants de la politique gouvernementale, récemment propulsés sur le devant de la scène. Mais ce qui est plus important encore, c’est le fait que cette même idéologie se trouve à la base des propositions de loi dites « fondamentales », c’est-à-dire constitutionnelles, que la ministre de la justice, Ayelet Shaked, avec l’assentiment empressé du premier ministre, Benyamin Nétanyahou, se propose de faire adopter rapidement par la Knesset.

Shaked, numéro deux du parti de la droite religieuse nationaliste, en plus de son nationalisme extrême, représente à la perfection une idéologie politique selon laquelle une victoire électorale justifie la mainmise sur tous les organes de l’Etat et de la vie sociale, depuis l’administration jusqu’à la justice, en passant par la culture. Dans l’esprit de cette droite, la démocratie libérale n’est rien qu’un infantilisme. On conçoit facilement la signification d’une telle démarche pour un pays de tradition britannique qui ne possède pas de Constitution écrite, seulement des règles de comportement et une armature législative qu’une majorité simple suffit pour changer.

« Il s’agit d’un acte constitutionnel nationaliste dur, que Mme Le Pen n’oserait pas proposer »

L’élément le plus important de cette nouvelle jurisprudence est une législation dite « loi sur l’Etat-nation » : il s’agit d’un acte constitutionnel nationaliste dur, que le nationalisme intégral maurrassien d’antan n’aurait pas renié, que Mme Le Pen, aujourd’hui, n’oserait pas proposer, et que le nationalisme autoritaire et xénophobe polonais et hongrois accueillera avec satisfaction. Voilà donc les juifs qui oublient que leur sort, depuis la Révolution française, est lié à celui du libéralisme et des droits de l’homme, et qui produisent à leur tour un nationalisme où se reconnaissent facilement les plus durs des chauvinistes en Europe.

L’impuissance de la gauche

En effet, cette loi a pour objectif ouvertement déclaré de soumettre les valeurs universelles des Lumières, du libéralisme et des droits de l’homme aux valeurs particularistes du nationalisme juif. Elle obligera la Cour suprême, dont Shaked, de toute façon, s’emploie à réduire les prérogatives et à casser le caractère libéral traditionnel (en remplaçant autant que possible tous les juges qui partent à la retraite par des juristes proches d’elle), à rendre des verdicts toujours conformes à la lettre et à l’esprit de la nouvelle législation.

Mais la ministre va plus loin encore : elle vient juste de déclarer que les droits de l’homme devront s’incliner devant la nécessité d’assurer une majorité juive. Mais puisque aucun danger ne guette cette majorité en Israël, où 80 % de la population est juive, il s’agit de préparer l’opinion publique à la situation nouvelle, qui se produira en cas de l’annexion des territoires palestiniens occupés souhaitée par le parti de la ministre : la population non-juive restera dépourvue du droit de vote.

Grâce à l’impuissance de la gauche, cette législation servira de premier clou dans le cercueil de l’ancien Israël, celui dont il ne restera que la déclaration d’indépendance, comme une pièce de musée qui rappellera aux générations futures ce que notre pays aurait pu être si notre société ne s’était moralement décomposée en un demi-siècle d’occupation, de colonisation et d’apartheid dans les territoires conquis en 1967, et désormais occupés par quelque 300 000 colons.

Aujourd’hui, la gauche n’est plus capable de faire front face à un nationalisme qui, dans sa version européenne, bien plus extrême que la nôtre, avait presque réussi à anéantir les juifs d’Europe. C’est pourquoi il convient de faire lire partout en Israël et dans le monde juif les deux entretiens faits par Ravit Hecht pour Haaretz (3 décembre 2016 et 28 octobre 2017) avec Smotrich et Zohar. On y voit comment pousse sous nos yeux, non pas un simple fascisme local, mais un racisme proche du nazisme à ses débuts.

Comme toute idéologie, le racisme allemand, lui aussi, avait évolué, et, à l’origine, il ne s’en était pris qu’aux droits de l’homme et du citoyen des juifs. Il est possible que sans la seconde guerre mondiale, le « problème juif » se serait soldé par une émigration « volontaire » des juifs des territoires sous contrôle allemand. Après tout, pratiquement tous les juifs d’Allemagne et d’Autriche ont pu sortir à temps. Il n’est pas exclu que pour certains à droite, le même sort puisse être réservé aux Palestiniens. Il faudrait seulement qu’une occasion se présente, une bonne guerre par exemple, accompagnée d’une révolution en Jordanie, qui permettrait de refouler vers l’Est une majeure partie des habitants de la Cisjordanie occupée.

Le spectre de l’apartheid

Les Smotrich et les Zohar, disons-le bien, n’entendent pas s’attaquer physiquement aux Palestiniens, à condition, bien entendu, que ces derniers acceptent sans résistance l’hégémonie juive. Ils refusent simplement de reconnaître leurs droits de l’homme, leur droit à la liberté et à l’indépendance. Dans le même ordre d’idées, d’ores et déjà, en cas d’annexion officielle des territoires occupés, eux et leurs partis politiques annoncent sans complexe qu’ils refuseront aux Palestiniens la nationalité israélienne, y compris, évidemment, le droit de vote. En ce qui concerne la majorité au pouvoir, les Palestiniens sont condamnés pour l’éternité au statut de population occupée.

Pour Miki Zohar, les Palestiniens “souffrent d’une lacune majeure : ils ne sont pas nés juifs”

La raison en est simple et clairement énoncée : les Arabes ne sont pas juifs, c’est pourquoi ils n’ont pas le droit de prétendre à la propriété d’une partie quelconque de la terre promise au peuple juif. Pour Smotrich, Shaked et Zohar, un juif de Brooklyn, qui n’a peut-être jamais mis les pieds sur cette terre, en est le propriétaire légitime, mais l’Arabe, qui y est né, comme ses ancêtres avant lui, est un étranger dont la présence est acceptée uniquement par la bonne volonté des juifs et leur humanité. Le Palestinien, nous dit Zohar, « n’a pas le droit à l’autodétermination car il n’est pas le propriétaire du sol. Je le veux comme résident et ceci du fait de mon honnêteté, il est né ici, il vit ici, je ne lui dirai pas de s’en aller. Je regrette de le dire mais [les Palestiniens] souffrent d’une lacune majeure : ils ne sont pas nés juifs ».

Ce qui signifie que même si les Palestiniens décidaient de se convertir, commençaient à se faire pousser des papillotes et à étudier la Torah et le Talmud, cela ne leur servirait à rien. Pas plus qu’aux Soudanais et Erythréens et leurs enfants, qui sont israéliens à tous égards – langue, culture, socialisation. Il en était de même chez les nazis. Ensuite vient l’apartheid, qui, selon la plupart des « penseurs » de la droite, pourrait, sous certaines conditions, s’appliquer également aux Arabes citoyens israéliens depuis la fondation de l’Etat. Pour notre malheur, beaucoup d’Israéliens, qui ont honte de tant de leurs élus et honnissent leurs idées, pour toutes sortes de raisons, continuent à voter pour la droite.

Voir de même:
Don’t Count Bibi Out — Yet
Bret Stephens
The NYT
Feb. 23, 2018

If you follow the news from Israel, you might surmise that Benjamin Netanyahu’s days as prime minister are numbered. The police recommend that he be charged on multiple counts of bribery, fraud and breach of trust. Fresh charges may yet be brought in additional investigations. A former top aide to Netanyahu agreed this week to serve as a witness against him. Press reports suggest a man clinging to power.

Don’t be so sure. If an election were held tomorrow, Bibi — as Netanyahu is universally known in Israel — and his Likud party would likely win, according to recent polls. Roughly half of Israelis think the prime minister should quit, but that’s down from 60 percent in December. Netanyahu has no intention of resigning, even if the attorney general chooses to indict him. The Likud rank-and-file remain loyal to their leader. His coalition partners may detest him, but for now they see greater political advantage in a wounded prime minister than in a fresh one.

Besides, Bibi has been, for Israelis, a pretty good prime minister. Some indicators:

Economy: Since Netanyahu returned to power in 2009, the economy has grown by nearly 30 percent in constant dollars — nearly twice the growth rate of Germany or the United States. Some 3.6 million tourists visited Israel in 2017, a record for the Jewish state. On Monday, Israel announced a $15 billion dollar deal to export natural gas to Egypt from its huge offshore fields.

Diplomacy: Netanyahu’s personal ties to Indian Prime Minister Narendra Modi are exceptionally close, as they are with Japan’s Shinzo Abe. Israel’s relations with African countries and the Arab world are the best they’ve been in decades; reaction in Riyadh and Cairo to the Trump administration’s decision to move the U.S. embassy to Jerusalem amounted to a shrug. Netanyahu’s 2015 speech to Congress opposing the Iran deal, billed as an affront to the Obama administration, turned out to be an inspiration for Israel’s neighbors. And Netanyahu’s arguments against the deal now prevail in the current White House.

Security: In 2002, at the height of the second intifada, Israelis suffered more than 400 terrorism fatalities. In 2017 there were fewer than two dozen. Two wars in and around Gaza, both initiated by Hamas, were devastating for Palestinians but resulted in relatively few Israeli casualties. The Israeli Air Force lost an F-16 after coming under heavy Syrian antiaircraft fire, but that seems to have been a fluke. For the most part, Israel has been able to strike Syrian, Iranian and Hezbollah targets at will.

None of this makes much of an impression on non-Israelis. Diaspora Jews were infuriated last year by the government’s backtracking on a plan to let men and women pray together at the Western Wall. Israel’s bad decision to forcibly deport African migrants has stirred additional, and warranted, indignation.

And then there are the Palestinians. The central complaint of Netanyahu’s critics is that he has failed to make good on the promise of his 2009 speech at Bar-Ilan University, where he claimed to accept the principle of a Palestinian state. Subsidiary charges include his refusal to halt settlement construction or give former Palestinian Prime Minister Salam Fayyad a sufficient political boost.

It should go without saying that a Palestinian state is a terrific idea in principle — assuming, that is, that it resembles the United Arab Emirates. But Israelis have no reason to believe that it will look like anything except the way Gaza does today: militant, despotic, desperate and aggressive. Netanyahu’s foreign critics are demanding that he replicate on a large scale what has failed catastrophically on a smaller scale. It’s an absurd ask.

It’s also strange that the same people who insist that Israel help create a Palestinian state in order to remain a democracy seem so indifferent to the views of that democracy. Israel’s political left was not destroyed by Netanyahu. It was obliterated one Palestinian suicide bombing, rocket salvo, tunnel attack and rejected statehood offer at a time. Bibi’s long tenure of office is the consequence, not the cause, of this.

Specifically, it is the consequence of Israel’s internalization of the two great lessons of the past 30 years. First, that separation from the Palestinians is essential — in the long term. Second, that peace with the Palestinians is impossible — in the short term. The result is a policy that amounts to a type of indefinite holding pattern, with Israel circling a runway it knows it cannot yet land on even as it fears running out of gas.

The risks here are obvious. But it’s hard to imagine any other sort of approach, which is why any successor to Netanyahu will have to pursue essentially identical policies — policies whose chief art will consist in fending off false promises of salvation.

There’s a long Jewish history of this. For all of his flaws, few have done it as well as Bibi, which is why he has endured, and will probably continue to do so. ☐

Voir également:

Justin Trudeau takes his Captain Snowflake act to India
Stephen Daisley
The Spectator
24 February 2018

If your week was less than fun, spare a thought for Justin Trudeau. The Canadian Prime Minister’s seven-day visit to India went down like an undercooked biriyani on the subcontinent.

When he landed in New Delhi last Saturday, Trudeau was greeted on the tarmac, not by the Prime Minister or Foreign Minister but by the junior minister for agriculture and farmers’ welfare. Other world leaders, including Barack Obama and Benjamin Netanyahu, have been given a personal welcome by Narendra Modi. Prime Minister Modi, a savvy social media user, failed even to note Trudeau’s arrival on Twitter, though on the same day he found time to tweet about plans to unveil a new shipping container terminal. He did not acknowledge Trudeau until five days later and only met him the day before the Canadian PM and his family were to return home.

Why were the Indians so frosty in their reception? They suspect Trudeau’s government of private sympathy for the Khalistani separatist movement, which wants to form a breakaway Sikh state in Punjab. Thankfully, Trudeau didn’t do anything to inflame those suspicions. Well, unless you count inviting a notorious Khalistani separatist to a reception. And then to dinner. With the Prime Minister. Not just any separatist, either. Jaspal Atwal is a former member of the International Sikh Youth Federation, proscribed as a terror group in both India and Canada, and was convicted of the attempted assassination of Indian cabinet minister Malkiat Singh Sidhu. Best of all, he even got a photo taken with Trudeau’s wife Sophie.

But there were still a few Indians unoffended by the image-obsessed Canadian PM and he quickly remedied that. He turned up for one event in a gaudy golden kurta, churidars and chappals. At another, he broke into the traditional Bhaṅgṛā dance only to stop midway through when no one else joined in. Only after the local press pointed out that this was a little condescending and a lot tacky was Justin-ji finally photographed wearing a suit.

It was less like a state visit and more like a weeklong audition for the next Sanjay Leela Bhansali movie. Here was Justin Trudeau, the progressive’s progressive, up to his pagṛi in cultural appropriation. At least he achieved his goal of bringing Indians and Canadians closer together: both have spent the past week cringing at this spectacle of well-meaning minstrelsy.

I want to like Justin Trudeau. I really do. He’s a centrist liberal in an age where neither the adjective nor the noun is doing very well. Trump to his south, Brexit and Corbyn across the water, Putin beyond that: Trudeau should be a hero for liberal democrats. Instead, from his Eid Mubarak socks at Toronto Pride to his preference for ‘peoplekind’ over ‘mankind’, Trudeau presents like an alt-right parody of liberalism. He’s gender-neutral pronouns. He’s avocado toast and flaxseed soy smoothies. He’s safe spaces and checked privileges. Trudeau is a cuck.

And all that would be fine. In fact, it would be a hoot to have a liberal standard-bearer who could troll the 4chan pale males in their overvaped, undersexed basements. But far from an icon for the middle ground, Trudeau is the sort of right-on relativist who gives liberals a bad name. He has spoken of his ‘admiration’ for China’s dictatorship for ‘allowing them to turn their economy around on a dime’. He called Fidel Castro ‘larger than life’ and ‘a remarkable leader’ who showed ‘tremendous dedication and love for the Cuban people’. Trudeau’s government refused to accept the Islamic State’s ethnic cleansing of the Yazidis was a genocide until the UN formally recognised it as such. In 2016 he issued a statement on Holocaust Remembrance Day that neglected to mention Jewish victims of the Shoah and the following year unveiled a memorial plaque with the same omission.

Trudeau’s problem is that he always agrees with the last good intention he encountered. He seems to have picked up his political philosophy from Saturday morning cartoons: by your powers combined, I am Captain Snowflake. There is no spine of policy, no political compass, no vision beyond the next group hug or national apology. The centre ground needs a champion and instead it got an inspirational quote calendar with abs. Trudeau’s not a Grit, he’s pure mush.

Voir encore:

White roses and black velvet: the Grammys red carpet
Monochrome dominated the award ceremony last night, as politics remained fashionable for celebrities
Lauren Cochrane
The Guardian
29 Jan 2018

On the Grammys red carpet on Sunday, celebrities spelt out messages in black and white. While the Golden Globes earlier this month saw black dominate as a protest in line with the Times Up campaign, music’s biggest award ceremony switched to monochrome as default setting.

Some stuck to the black dress code, such as Miley Cyrus, Beyoncé, Lady Gaga and Sarah Silverman.

Others went for the impact of white. SZA, Cardi B and Childish Gambino were in this camp, while Lana Del Rey took the angelic angle further. She wore a gown embroidered with silver stars, accessorised with a halo.

Some celebrities carried white roses with them, with men including Kendrick Lamar and Trevor Noah pinning them to their lapels, and Cyrus licking hers with that famous tongue.

This was a campaign in support of the Times Up initiative. The rose idea was pushed by Meg Harkins, senior vice president of marketing at Roc Nation, Karen Rait, head of rhythm promotions at Interscope Geffen A&M Records, and other high-profile women in the music industry. “We all agreed it was really necessary,” Harkins said. “We’ve all felt the political and cultural change in the last couple of months.” In an email sent to attendees of the Grammys, the collective explained their choice of the flower. “We choose the white rose because historically it stands for hope, peace, sympathy and resistance,” it read.

The colour white, of course, represents peace, but it is also has history in the women’s movement. White was one of the trio of colours adopted by the suffragette movement, along with green and purple; white stood for purity. Hillary Clinton’s white pantsuit, which she wore to accept the nomination as Democratic candidate for the 2016 election, was seen making a feminist statement.

Beyoncé, never one to miss an opportunity to win at visual statements, skipped the red carpet and the white rose, but her six-year-old daughter, Blue Ivy, was dressed in head-to-toe white. Kesha – an artist who has firsthand experience of sexual misconduct – performed all in white, with a supporting cast including Cyndi Lauper and Camilla Cabelo also in the colour.

Other microtrends were noted too – there was an upswing of trousers for women, with Janelle Monae, Anna Kendrick and Kesha wearing them. This in itself is a protest against the pageant-y end of the red carpet. Burgundy seemed to be a sleeper colour, worn by both multiple winner Bruno Mars and Hillary Clinton during an onscreen cameo. Rihanna saw the opportunity to wear three outfits – a brown PVC wrap dress, pink slipdress and black and gold metallic co-ords.

White roses might be more discreet, and politics might have been less in the foreground for fashion at the Grammys, but the 2018 red carpet remains a place where protest can be signposted. These visual statements arguably stand with the signs on the Women’s March last weekend. As images that will be broadcast around the world, the optics are undeniable. This award season, a political issue remains the best accessory.

Voir enfin:

22 février 1943
Décapitation de la « Rose blanche »

Le 22 février 1943, trois étudiants allemands d’une vingtaine d’années sont guillotinés dans la prison de Stadelheim, près de Munich. Leur crime est d’avoir dénoncé le nazisme dans le cadre d’un mouvement clandestin, « La Rose blanche » (Die Weiße Rose en allemand).

Comment, de juin 1942 à février 1943 une poignée de jeunes étudiants chrétiens ont-ils pu défendre les valeurs démocratiques au prix de leur vie ? Comment ont-ils pu diffuser six tracts incendiaires tout en écrivant le soir des slogans pacifistes et antinazis sur les murs de Munich ?

Pierre Le Blavec de Crac’h
Hérodote
2018-02-18

Les prémices de la résistance

Résidant à Ulm et âgé de 14 ans en 1933, le lycéen Hans Scholl n’est pas au début insensible aux discours de Hitler. Comme tous les jeunes Allemands de son âge, il s’engage avec sa soeur Sophie (12 ans) dans les Jeunesses Hitlériennes mais prend assez vite ses distances.

Aidé par ses parents et encouragé par l’éditeur Carl Muth du mensuel catholique Hochland, il rompt avec le national-socialisme et se consacre à ses études de médecine. Il lit les penseurs chrétiens (Saint Augustin, Pascal) et l’écriture sainte. Mais il est arrêté et emprisonné en 1938 pour sa participation à un groupe de militants catholiques.

Quatre ans plus tard, sa décision est prise. Il décide d’entrer en résistance par l’écrit après avoir lu des sermons de l’évêque de Münster Mgr von Galen dénonçant  la politique du gouvernement à l’égard des handicapés.

Un noyau dur se constitue autour de Hans et Sophie Scholl (protestants) et de trois étudiants en médecine que lie une solide amitié : Alexander Schmorell (25 ans, orthodoxe et fils d’un médecin de Munich) ; Christoph Probst (23 ans marié et père de trois jeunes enfants), et Willi Graf (24 ans, catholique). Il est bientôt rejoint par Traute Lafrenz, une amie de Hans.

En juin 1942, alors que Hitler est au sommet de sa puissance, le petit groupe décide d’appeler les étudiants de Munich à la résistance contre le régime nazi, qualifié de « dictature du mal ». Sophie se garde d’informer de ses actions son fiancé, un soldat engagé sur le front de l’Est.

La rose s’épanouit

En moins de quinze jours, les jeunes gens rédigent et diffusent 4 tracts, signés « La Rose blanche » (Die Weiße Rose). Imprimés dans l’atelier de Munich mis à leur disposition par l’écrivain catholique Théodore Haecker, ils sont diffusés de la main à la main, déposés chez des restaurateurs de la ville ou adressés par la poste à des intellectuels non-engagés, des écrivains, des professeurs d’université, des directeurs d’établissements scolaires, des libraires ou des médecins soigneusement choisis.

Les tracts font référence à d’éminents penseurs (Schiller, Goethe, Novalis, Lao Tseu, Aristote) et citent parfois la Bible. Leurs lecteurs sont invités à participer à une « chaîne de résistance de la pensée » en les reproduisant et en les envoyant à leur tour au plus grand nombre possible de gens.

Willi Graf est enrôlé dans l’armée en juillet 1942 et découvre à cette occasion nombre d’atrocités. Quant à Hans Scholl et Alexander Schmorell, incorporés comme maréchal des logis dans la Wehrmacht en tant qu’étudiants en médecine, ils passent trois mois sur le front russe et constatent avec effroi l’horreur des traitements infligés aux juifs, aux populations locales et aux prisonniers soviétiques.

À partir de novembre 1942, les résistants de La Rose Blanche bénéficient du soutien de leur professeur Kurt Huber (49 ans, catholique convaincu) de l’université de Munich, qui devient leur mentor. Ils impriment et diffusent leurs tracts à des milliers d’exemplaires dans les universités allemandes et autrichiennes d’Augsbourg, Francfort, Graz, Hambourg, Linz, Salzburg, Sarrebruck, Stuttgart, Vienne et même de Berlin !

Le petit groupe collecte en même temps du pain pour les détenus de camps de concentration et s’occupe de leurs familles. Il est toutefois déçu par le peu d’écho de ses initiatives au sein de la population étudiante.

Un cinquième tract intitulé « Tract du mouvement de résistance en Allemagne » est distribué à plusieurs milliers d’exemplaires dans les rues, sur les voitures en stationnement et les bancs de la gare centrale de Munich ! Plus fort encore, en février 1943, Hans Scholl et Alexander Schmorell écrivent la nuit des slogans sur les murs du quartier universitaire : « Liberté ! Hitler massacreur des masses ! A bas Hitler !… »

Imprimé à plus de 2.000 exemplaires, distribué et envoyé par la poste, le sixième et dernier tract commente la défaite de Stalingrad, condamne les méthodes nazies et invite la jeunesse du pays à se mobiliser. Comme quelques centaines de ces tracts n’ont pu être expédiés, Hans Scholl décide de les diffuser dans l’Université de médecine.

Malheureusement, le matin du 18 février 1943, Hans et sa soeur Sophie sont aperçus par le concierge de l’université en train de jeter un dernier paquet de tracts du haut du deuxième étage donnant sur le hall. Ils sont aussitôt arrêtés avec leurs amis, livrés à la Gestapo (la police politique) et emprisonnés à Stadelheim.

Un procès expéditif

Le 22 février 1943, après une rapide instruction, le Tribunal du peuple (Volksgerichtshof) chargé des « crimes politiques » se réunit pour un procès expéditif de trois heures.

Il est présidé par Roland Freisler, venu exprès de Berlin. Cet ancien communiste est l’un des chefs nazis les plus brutaux qui soient. Sophie Scholl, qui a eu une jambe brisée au cours de son « interrogatoire » par la Gestapo et comparaît sur des béquilles, lui fait face avec un courage inébranlable.

Freisler prononce lui-même la condamnation à mort pour trahison de Hans Scholl, de sa soeur et de leur ami Christoph Probst – baptisé quelques heures avant son exécution par un prêtre de la prison.

Sophie et Hans sont exécutés par les fonctionnaires de la prison de Stadelheim après avoir revu une dernière fois leurs parents, Robert et Magdalene Scholl. Hans Scholl s’écrie « Vive la Liberté ! » avant de mourir sur la guillotine (cet instrument a été importé de France en Bavière au XIXe siècle, à la suite des guerres napoléoniennes). Depuis, les trois jeunes martyrs reposent les uns à côté des autres dans le cimetière voisin de la forêt de Perlach.

Quelques mois plus tard, un second procès frappe quatorze accusés pris dans la même vague d’arrestations : le professeur Kurt Huber, Alexander Schmorell et son camarade Willi Graf sont condamnés à mort. À l’automne 1943, le réseau de Hambourg est lui aussi démantelé par la Gestapo.

Dix autres membres de la Rose Blanche – amis des Scholl, jeunes étudiants des universités d’Ulm et de Sarrebruck, ou sympathisants actifs comme Eugen Grimminger qui les avait aidés financièrement – sont envoyés en camp de concentration où ils paieront aussi de leur vie leur participation aux activités du mouvement.

Malgré son caractère confidentiel, la Rose Blanche bénéficie d’une notoriété nationale et même mondiale. Le 27 juin 1943, parlant de « la naissance d’une foi nouvelle, celle de l’honneur et de la liberté », l’écrivain allemand en exil Thomas Mann lui rend hommage sur les ondes de la BBC tandis que durant l’été 1943, l’aviation anglaise jette sur le pays un million d’exemplaires du dernier tract rédigé par le professeur Huber.

L’ami de coeur de Sophie, qui était sur le front de l’Est, obtient une permission sitôt qu’il apprend son arrestation mais il arrive à Munich deux heures après son exécution. Il va entrer dès lors dans la résistance au péril de sa vie…

La Rose Blanche a vécu à peine un an mais la mémoire d’une lutte héroïque – contre la résignation et pour la défense de la liberté d’opinion lorsqu’elle est menacée -, elle, ne s’éteindra jamais.

Un film émouvant et vrai

Sophie Scholl, le dernier jourLe cinéaste allemand Marc Rothemund a réalisé en 2005 un film émouvant et rigoureux, Sophie Scholl, les derniers jours (en allemand Sophie Scholl, die letzten Tage). Il relate l’arrestation du groupe de jeunes gens, l’instruction de leur procès et leur exécution.

Son film suit fidèlement la réalité historique telle que relatée dans le livre de souvenirs publié en 1953 par la soeur de Hans et Sophie Scholl : Die weisse Rose (mal traduit, l’ouvrage a répandu dans le public français quelques erreurs factuelles, notamment en traduisant le mot allemand Fallbeil par hache au lieu de guillotine).


Société: Comme une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang (From François Fillon to David Hamilton, the same fashion the populace banishes or acclaims its kings)

4 février, 2018

Presque aucun des fidèles ne se retenait de s’esclaffer, et ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. Car l’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. C’est de la même façon que le peuple chasse ou acclame les rois. Marcel Proust
Saniette (Monsieur): Homme foncièrement bon et simple, d’une grande timidité, il recherche le contact humain mais fait souvent preuve de maladresse. Il fréquente assidûment le salon des Verdurin qui se disent être ses amis, en fait, il est leur souffre-douleur ainsi que celui de la « petite bande ». Parfois la cruauté des convives à son égard atteint des sommets surprenants. Les Verdurin sont heureux d’avoir tous les soirs à leur table un bouc émissaire mais pour que Saniette n’abandonne pas définitivement leur salon, ils alternent savamment méchanceté et paroles aimables. Lorsque, encouragé par l’acquiescement des convives, M Verdurin devient par trop cruel et grossier envers le falot Saniette, sa femme intervient pour le tempérer, non pas par bonté d’âme mais tout simplement pour que Saniette ne quitte pas le salon. Mais les remissions sont de courte durée et les attaques reprennent de plus belle. Malgré les humiliations, Saniette retourne fidèlement chez ses bourreaux comme un chien battu retourne chez son maître (est-ce un hasard si le nom de « Saniette » est l’anagramme de « Sainteté » ?). Proust, ses personnages
Jewish religious law holds that the child of a Jewish mother is a Jew, but Proust never considered himself one, and neither did his friends. Still, his parentage occasionally presented difficulties. Once, as a young man, he stood silent and unresponsive when a revered mentor, Comte Robert de Montesquiou-Fezensac, delivered an anti-Semitic tirade in the company of friends and then asked Proust for his opinion on the 1894 conviction of Captain Alfred Dreyfus, a Jew, who had been tried for treason on the charge of selling military secrets to the Germans. The next day, Proust wrote to Montesquiou that he had not said anything because, although he himself was Catholic like his father and brother, his mother was Jewish: “I am sure you understand that this is reason enough for me to refrain from such discussions.” Whether Proust’s private frankness made up for his public reticence is a vexing question, and all the more so because he went on to confide that he was “not free to have the ideas I might otherwise have on the subject.” Proust’s tacit fear, in other words, was that if he defended the Jews he would be taken for a Jew, and what he wanted above all was to be thought of as a Christian gentleman. He even seemed to leave open the possibility that Montesquiou might be right: that only filial piety forbade him from thinking as Montesquiou did. (…) Proust was only as forthright as his social cowardice—his fear of sacrificing his respectability—would allow. He was to find his courage when events made it easier to be courageous. By 1898, more and more people had become convinced that Dreyfus had been railroaded, and an uproar ensued that was to shake French society for years. The salon of Mme. Genevieve Straus (the widow of the composer Georges Bizet), where Proust had been a habitue for several years, turned into a Dreyfusard hotbed. Old friends of the anti-Dreyfus persuasion, including the painter Edgar Degas, stalked off and never came back. Drawing strength from those around him, Proust now joined in the growing drumbeat for a retrial that was led by the novelist Emile Zola. He was even to boast that he was the first of the Dreyfusards, because he secured the signature of his literary hero Anatole France on a petition. Still, when an anti-Semitic newspaper numbered him among the “young Jews” who defied decency and right thinking, Proust, who at first thought to correct the paper’s misapprehension, decided to keep quiet, lest he draw any more attention to himself. He must have known that, in the eyes of anti-Dreyfusards, his political affiliations only served to confirm the sad fact of his birth. If the Dreyfus affair exposed the moral cretinism that extended into the upper echelons of French society, this hardly deterred Proust from wanting a place in that world. His social career had begun during his last year of high school, when, thanks to the mothers of some of his school friends, he gained admission to certain exclusive Parisian salons. His chum Jacques Bizet, whom he had tried to seduce, without success, made it up to him by serving as his ticket to the beau monde. At the salon of Mme. Straus, young Bizet’s mother, Proust became acquainted with artistic and aristocratic grandees like the composer Gabriel Fauré, the writer Guy de Maupassant, the actress Sarah Bernhardt, and Princesse Mathilde, the niece of Napoleon I. In time he became a regular at Princesse Mathilde’s as well, where the old-line nobility rubbed shoulders with arrivistes, and distinguished Jews mingled with those who detested them. (The writer Léon Daudet, to whom Proust would dedicate a volume of his novel, confided to his diary after one party: “The imperial dwelling was infested with Jews and Jewesses.”) Another hostess conquered by the high-flying young Proust was Mme. Madeleine Lemaire, renowned for her musical gatherings. It was she who introduced him to Montesquiou-Fezensac, the aristocratic poet whose opinions on Jews Proust was willing to overlook for the sake of the Count’s artistic and social cachet. And there was something else: Montesquiou was boldly aboveboard about his homosexuality, at a time when, as Carter writes, “few Frenchmen dared, if they cared for their reputation and social standing, to display amorous affection for another man.” This frankness earned Proust’s regard—although he was, of course, ambivalent about going public on the issue of his own sexual nature. (…) Normality, decency, goodness are, in short, the rarest of commodities in Proust’s world. Nor does their scarcity make them prized, except in the eyes of Marcel and a few other uncharacteristic souls. Instead, decency is seen by most as a social handicap; the Verdurins’ circle of bourgeois snobs, for example, barely tolerates a stammering, clumsy paleographer named Saniette. Monsieur Verdurin’s mockery of Saniette’s speech impediment makes “the faithful burst out laughing, looking like a group of cannibals in whom the sight of a wounded white man has aroused the thirst for blood.” And nowhere is this savage tribalism more marked than in the antipathy that those who consider themselves true Frenchmen feel for Jews. Anti-Semitism is everywhere in Proust’s novel. Perhaps the most repellent instance occurs when the madam of a cheap brothel Marcel is visiting touts the exotic richness of the prostitute Rachel’s flesh: “And with an inane affectation of excitement which she hoped would prove contagious, and which ended in a hoarse gurgle, almost of sensual satisfaction: ‘Think of that, my boy, a Jewess! Wouldn’t that be thrilling? Rrrr!’ ” Those in the highest reaches of society share the sentiments of the lowest. Thus, Charlus is given to maniacal explosions of loathing for Jews, while the Prince de Guermantes, Swann tells Marcel, hates Jews so much that, when a wing of his castle caught fire, he let it burn to the ground rather than send for fire extinguishers to the house next door, which happened to be the Rothschilds’. Swann is himself one of the rare Jews allowed entrance to the highest society, which leads to the outrage of the Duc de Guermantes when Swann, who had always impressed him as a Jew of the right sort, “an honorable Jew,” turns out to be an outspoken Dreyfusard. As in its sentiments toward Jews, so in every other way, the social world in Proust is revealed as a “realm of nullity.” Any glimmer of moral discrimination, let alone of true understanding, shines like a beacon; for the most part, darkness prevails. In the famous closing scene of The Guermantes Way, the duke and duchess, on their way to a dinner party, are bidding good evening to Swann and Marcel. The duchess inquires whether Swann will join them on a trip to Italy ten months hence; Swann replies that he is mortally ill and will be dead by then. The duchess does not know how to respond: “placed for the first time in her life between two duties as incompatible as getting into her carriage to go out to dinner and showing compassion for a man who was about to die, she could find nothing in the code of conventions that indicated the right line to follow.” With his “instinctive politeness,” Swann senses the duchess’s discomfort and says he must not detain them: “he knew that for other people their own social obligations took precedence over the death of a friend.” And yet, although the duke and duchess do not have a moment to spare to comfort their dying friend, they nevertheless do delay their departure while the duchess, who is wearing black shoes with her red dress, changes at her husband’s insistence into a more suitable pair of red shoes. This portrait of gross moral insensibility in the face of death is comedy of manners at its most scathing, perhaps even overdone: the duke complains that his wife is dead-tired, and that he is dying of hunger. The indignant Marcel rewards the stupidity of these preposterous creatures with unforgettable strokes of cold fury. Marcel’s triumph is that he does find a way to bear it, indeed to overcome it. In Time Regained, after spending years in a sanatorium, he is on his way to a party hosted by the Duchesse de Guermantes. The previous day he had experienced what he thought was his final disillusionment with the life of literature, but as he enters the courtyard of the Guermantes mansion a revelatory sensation changes his life. A car nearly hits him, and when he steps back out of its way he places his foot on a paving stone that is slightly lower than the one next to it; this unevenness underfoot fills him with an inexplicable and extraordinary joy. Rocking back and forth on the irregular pavement, Marcel remembers standing on two uneven stones in the baptistery of St. Mark’s in Venice, and all the various sensations associated with that particular moment come flooding back. Similar marvels await him when he enters the Guermantes house and, twice more, involuntary memories overwhelm him in their glory. He is supremely happy, but cannot at first explain it. Why should this sudden efflorescence of memory have “given me a joy which . . . sufficed, without any other proof, to make death a matter of indifference”? He concludes that such episodes of transfiguring lucidity, for as long as they last, annihilate time, and are the most that a living man will know of eternity. (…) At last Marcel has penetrated the real world, and sees what he is supposed to do with his new knowledge: to write the book that one is reading. The awareness of time’s passing spurs him to get down to the serious work that will offer him life’s supreme pleasure: illuminating the nature of timelessness. “How happy would he be, I thought, the man who had the power to write such a book! What a task awaited him!” (…) His vision of human solitude in the face of death reminds one of Edvard Munch’s great and dreadful painting Grief, in which a roomful of people are arrayed around the bed of a dead woman: no one touches or even looks at anyone else; each is locked in his own impenetrable sorrow, mourning by himself and, one suspects, for himself. But unlike Munch, Proust does admit the possibility of consolation, even of redemption. The writer Bergotte dies while sitting in a museum and looking at a patch of yellow wall in a painting by his beloved Vermeer. This devotional attitude moves Marcel to think of “a different world, a world based on kindness, scrupulousness, self-sacrifice, a world entirely different from this one and which we leave in order to be born on this earth, before perhaps returning there. . . . So that the idea that Bergotte was not permanently dead is by no means improbable.” It is this spiritual capaciousness that Saul Bellow’s Mr. Sammler has in mind when he speaks of In Search of Lost Time as “a high-ceilinged masterpiece.” (…) A lifetime of hard suffering went into this masterpiece, and, for better and for worse, it is humanity in its heartache and failure that enjoys pride of place. Algis Valiunas
Le règne du roi n’est que l’entracte prolongé d’un rituel sacrificiel violent. Gil Bailie
Parfois, la durée du règne [du nouveau roi] est fixée dès le départ: les rois de Djonkon (…) régnaient sept ans à l’origine. Chez les Bambaras, le nouveau roi déterminait traditionnellement lui-même la longueur de son propre règne. On lui passait au cou une bande de coton, dont deux hommes tiraient les extrémités en sens contraire pendant qu’il extrayait d’une calebasse autant de cailloux qu’il pouvait en tenir. Ces derniers indiquaient le nombre d’années de son règne, à l’expiration desquelles on l’étranglait. (…) Le roi paraissait rarement en public. Son pied nu ne devait jamais toucher le sol, car les les récoltes en eussent été desséchées; il ne devait rien ramasser sur la terre non plus. S’il venait à tomber de cheval, on le mettait autrefois à mort. Personne n’avait le droit de dire qu’il était malade; s’il contractait une maladie grave, on l’étranglait en grand secret. . . . On croyait qu’il contrôlait la pluie et les vents. Une succession de sécheresses et de mauvaises récoltes trahissait une relâchement  de sa force et on l’étranglait en secret la nuit. Elias Canetti
Le roi ne règne qu’en vertu de sa mort future; il n’est rien d’autre qu’une victime en instance de sacrifice, un condamné à mort qui attend son exécution. (…) Prévoyante, la ville d’Athènes entretenait à ses frais un certain nombre de malheureux […]. En cas de besoin, c’est-à-dire quand une calamité s’abattait ou menaçait de s’abattre sur la ville, épidémie, famine, invasion étrangère, dissensions intérieures, il y avait toujours un pharmakos à la disposition de la collectivité. […] On promenait le pharmakos un peu partout, afin de drainer les impuretés et de les rassembler sur sa tête ; après quoi on chassait ou on tuait le pharmakos dans une cérémonie à laquelle toute la populace prenait part. […] D’une part, on […] [voyait] en lui un personnage lamentable, méprisable et même coupable ; il […] [était] en butte à toutes sortes de moqueries, d’insultes et bien sûr de violences ; on […] [l’entourait], d’autre part, d’une vénération quasi-religieuse ; il […] [jouait] le rôle principal dans une espèce de culte.  René Girard
Le roi a une fonction réelle et c’est la fonction de toute victime sacrificielle. Il est une machine à convertir la violence stérile et contagieuse en valeurs culturelles positives. René Girard
Pour qu’il y ait cette unanimité dans les deux sens, un mimétisme de foule doit chaque fois jouer. Les membres de la communauté s’influencent réciproquement, ils s’imitent les uns les autres dans l’adulation fanatique puis dans l’hostilité plus fanatique encore. René Girard
Il arrive que les victimes d’une foule soient tout à fait aléatoires ; il arrive aussi qu’elles ne le soient pas. Il arrive même que les crimes dont on les accuse soient réels, mais ce ne sont pas eux, même dans ce cas-là, qui joue le premier rôle dans le choix des persécuteurs, c’est l’appartenance des victimes à certaines catégories particulièrement exposées à la persécution. (…) il existe donc des traits universels de sélection victimaire (…) à côté des critères culturels et religieux, il y en a de purement physiques. La maladie, la folie, les difformités génétiques, les mutilations accidentelles et même les infirmités en général tendent à polariser les persécuteurs. (…) l’infirmité s’inscrit dans un ensemble indissociable du signe victimaire et dans certains groupes — à l’internat scolaire par exemple — tout individu qui éprouve des difficultés d’adaptation, l’étranger, le provincial, l’orphelin, le fils de famille, le fauché, ou, tout simplement, le dernier arrivé, est plus ou moins interchangeables avec l’infirme. (…) lorsqu’un groupe humain a pris l’habitude de choisir ses victimes dans une certaine catégorie sociale, ethnique, religieuse, il tend à lui attribuer les infirmités ou les difformités qui renforceraient la polarisation victimaire si elles étaient réelles. (…) à la marginalité des miséreux, ou marginalité  du dehors, il faut en ajouter une seconde, la marginalité du dedans, celle des riches et du dedans. Le monarque et sa cour font parfois songer à l’oeil d’un ouragan. Cette double marginalité suggère une organisation tourbillonnante. En temps normal, certes, les riches et les puissants jouissent de toutes sortes de protections et de privilèges qui font défaut aux déshérités. Mais ce ne sont pas les circonstances normales qui nous concernent ici, ce sont les périodes de crise. Le moindre regard sur l’histoire universelle révèle que les risques de mort violente aux mains d’une foule déchaînée sont statistiquement plus élevés pour les privilégiés que pour toute autre catégorie. A la limite ce sont toutes les qualités extrêmes qui attirent, de temps en temps, les foudres collectives, pas seulement les extrêmes de la richesse et de la pauvreté, mais également ceux du succès et de l’échec, de la beauté et de la laideur, du vice de la vertu, du pouvoir de séduire et du pouvoir de déplaire ; c’est la faiblesse des femmes, des enfants et des vieillards, mais c’est aussi la force des plus forts qui devient faiblesse devant le nombre (…) La reine appartient à plusieurs catégories victimaires préférentielles; elle n’est pas seulement reine mais étrangère. Son origine autrichienne revient sans cesse dans les accusations populaires. Le tribunal qui la condamne est très fortement influencé par la foule parisienne. Notre premier stéréotype est également présent: on retrouve dans la révolution tous les traits caractéristiques des grandes crises qui favorisent les persécutions collectives. (…) Je ne prétends pas que cette façon de penser doive se substituer partout à nos idées sur la Révolution française. Elle n’en éclaire pas moins d’un jour intéressant une accusation souvent passée sous silence mais qui figure explicitement au procès de la reine, celui d’avoir commis un inceste avec son fils. René Girard
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
La participation médiocre, les conditions de cette victoire dans le contexte du «Fillongate», puis face à un adversaire «repoussoir», dans sa fonction d’épouvantail traditionnel de la politique française, donnent à cette élection un goût d’inachevé. Les Français ont-ils jamais été en situation de «choisir»? Tandis que la France «d’en haut» célèbre son sauveur providentiel sur les plateaux de télévision, une vague de perplexité déferle sur la majorité silencieuse. Que va-t-il en sortir? Par-delà l’euphorie médiatique d’un jour, le personnage de M. Macron porte en lui un potentiel de rejet, de moquerie et de haine insoupçonnable. Son style «jeunesse dorée», son passé d’énarque, d’inspecteur des finances, de banquier, d’ancien conseiller de François Hollande, occultés le temps d’une élection, en font la cible potentielle d’un hallucinant lynchage collectif, une victime expiatoire en puissance des frustrations, souffrances et déceptions du pays. Quant à la «France d’en haut», médiatique, journalistique, chacun sait à quelle vitesse le vent tourne et sa propension à brûler ce qu’elle a adoré. Jamais une présidence n’a vu le jour sous des auspices aussi incertains. Cette élection, produit du chaos, de l’effondrement des partis, d’une vertigineuse crise de confiance, signe-t-elle le début d’une renaissance ou une étape supplémentaire dans la décomposition et la poussée de violence? En vérité, M. Macron n’a aucun intérêt à obtenir, avec «En marche», une majorité absolue à l’Assemblée qui ferait de lui un nouvel «hyperprésident» censé détenir la quintessence du pouvoir. Sa meilleure chance de réussir son mandat est de se garder des sirènes de «l’hyperprésidence» qui mène tout droit au statut de «coupable idéal» des malheurs du pays, à l’image de tous ses prédécesseurs. De la part du président Macron, la vraie nouveauté serait dans la redécouverte d’une présidence modeste, axée sur l’international, centrée sur l’essentiel et le partage des responsabilités avec un puissant gouvernement réformiste et une Assemblée souveraine, conformément à la lettre – jamais respectée – de la Constitution de 1958. Maxime Tandonnet (07.05.2017)
La violente polémique qui secoue la candidature de François Fillon à l’élection présidentielle n’a rien d’une surprise. Il fallait s’y attendre. La vie politique française n’a jamais supporté les têtes qui dépassent, les personnalités qui prennent l’ascendant. Dans l’histoire, les hommes d’État visionnaires, ceux qui ont eu raison avant tout le monde, ont été descendus en flammes et leur image est restée maudite des décennies ou des siècles après leur mort (…) Dans mon livre les Parias de la République(Perrin, 2017), j’ai raconté la descente aux enfers de ces parias qui furent aussi de grands hommes d’État, et une femme Premier ministre, leur diabolisation qui les poursuit jusqu’aux yeux de la postérité. Cet ouvrage annonce aussi la généralisation et la banalisation de la figure du paria dans la vie politique contemporaine. La médiatisation, Internet et la puissance des réseaux sociaux, les exigences de transparence, la défiance face à l’autorité et surtout, la personnalisation du pouvoir à outrance, transforme tout homme ou femme incarnant de pouvoir en bouc émissaire des frustrations et des angoisses d’une époque. Qui ne se souvient à quel point Nicolas Sarkozy fut traîné dans la boue de 2007 à 2012? Dans un tout autre genre, François Hollande a aussi connu, à la tête de l’État, le vertige de l’humiliation. La diabolisation des hommes politiques s’accélère: non seulement Sarkozy, puis Hollande, mais aussi Alain Juppé et Manuel Valls viennent de chuter. L’hécatombe est désormais inarrêtable… Sans aucun doute, le tour viendra d’Emmanuel Macron, et sa chute sera aussi subite et aussi violente que son ascension fondée sur la sublimation d’une image. (…) Oui, il fallait s’attendre, tôt ou tard, à la lapidation de François Fillon. Le prétexte de l’emploi de son épouse à ses côtés est ambigu. Le recrutement de proches par des responsables politiques est une vieille – et mauvaise – habitude française. Alexandre Millerand , Vincent Auriol, François Mitterrand employaient leur fils à l’Elysée et Jacques Chirac sa fille. Combien de ministres ont recruté un proche dans leurs cabinets? Combien de fils et de fille «de» ont hérité de la position politique de leur père? 20% des parlementaires emploient un membre de leur famille. L’un des plus hauts responsables actuels de la République a l’habitude de salarier sa femme auprès de lui. Tout cela est bien connu. À l’évidence, cette pratique n’est pas à l’honneur de notre République. Mais tout le monde s’en est jusqu’à présent accommodé, hypocritement, sans poser de question. Personne ne s’est interrogé sur la nature et l’effectivité des tâches accomplies par le conjoint ou le parent. Et voici que soudain, le dossier est opportunément rouvert, contre François Fillon. (…) L’homme se prête particulièrement à une diabolisation. Son caractère à la fois discret et volontariste a tout pour exaspérer un microcosme politico-médiatique plus enclin à idolâtrer le clinquant stérile et l’impuissance bavarde. La ligne de défense de François Fillon transparaît dans son discours du 29 janvier. Il s’apprête à endosser le rôle de paria, comptant sur un retournement en sa faveur. En témoigne la présence de Pénélope à ses côtés. Sa parole, conservatrice et libérale, semble avoir été façonnée pour exacerber les haines des idéologues de la table rase: «On me décrit comme le représentant d’une France traditionnelle. Mais celui qui n’a pas de racines marche dans le vide. Je ne renie rien de ce qu’on m’a transmis, rien de ce qui m’a fait, pas plus ma foi personnelle que mes engagements politiques». Peut-il réussir? In fine, le résultat des élections de 2017 dépendra du corps électoral: emprise de l’émotionnel ou choix d’un destin collectif? Mais au-delà, une grande leçon de ces événements devrait s’imposer: l’urgence de refonder la vie politique française, sur une base moins personnalisée et plus collective, tournée vers le débat d’idées et non plus l’émotion – entre haine et idolâtrie – autour de personnages publics. Maxime Tandonnet (30.01.2017)
Un homme d’État doit concilier trois qualités: une vision de l’histoire, le sens du bien commun et le courage personnel. Ils sont très peu nombreux à avoir durablement émergé dans l’histoire politique française. En effet, en raison de leur supériorité, ils sont rapidement pris en chasse par le marais et réduits au silence avant d’être lapidés. Le véritable homme d’État est un paria en puissance. Le Général de Gaulle fut un paria tout à fait particulier, un paria qui a réussi. Il faut se souvenir de la manière dont il fut traité dans les années 1950 et 1960. Il était en permanence insulté, qualifié de réactionnaire et de fasciste. Dans Le Coup d’État permanent, François Mitterrand utilise à son propos les mots de «caudillo, duce, führer…». C’est un comble pour le chef de la résistance française au nazisme… S’il fut un paria qui a réussi, c’est en raison de sa place hors norme dans l’histoire, auteur de l’appel du 18 juin 1940 et de la décolonisation. Mais dès lors, il n’est plus vraiment un paria au sens de la définition que j’en donne, son image à la postérité étant largement positive et consensuelle. (…) la lecture des livres de René Girard, notamment La violence et le sacré et Les choses cachées depuis la fondation du monde m’a inspiré l’idée de cet ouvrage sur les parias de la République. Sa grille de lecture peut s’appliquer à l’histoire politique française: la quête d’un bouc émissaire, victime expiatoire de la violence collective, et son lynchage par lequel la société politique retrouve son unité. Le cas d’Édith Cresson est intéressant à cet égard. Quand on lit la presse de l’époque, quand on replonge dans les actualités du début des années 1990, la violence, la férocité de son lynchage nous apparaissent comme sidérantes. On a beaucoup parlé de ses maladresses, provocations et fautes de communication qui furent réelles. Mais l’acharnement contre elle, les insultes, la caricature, la diffamation contre une femme Premier ministre qui prenait une place convoitée par des hommes, a atteint des proportions vertigineuses. On en a oublié des aspects positifs de sa politique: le rejet des 35 heures, la promotion de l’apprentissage, des privatisations et de la politique industrielle, la volonté de maîtriser les frontières. Elle fut vraiment une femme lynchée. Et sur ce sacrifice, les politiques de son camp ont tenté de se refaire une cohésion. Sans succès. Encore aujourd’hui, je constate à quel point elle fut haïe. Des personnalités de droite ou de gauche m’ont vivement reproché de tenter de la «réhabiliter» parmi mes parias! De fait, je ne cherche pas à la réhabiliter et ne cache rien de ses erreurs, mais je mets le doigt sur un épisode qui n’est pas à l’honneur de la classe politique française. La violence est certes inhérente à la république dès lors que la république suppose une concurrence pour les postes, les mandats, les honneurs. Cette violence devrait être tempérée par la morale, le sens de l’honneur, du respect des autres, par les valeurs au sens du duc de Broglie. Elle ne l’a pas été à l’égard d’Édith Cresson. Elle l’est de moins en moins aujourd’hui, comme en témoigne la multiplication des lynchages politico-médiatiques à tout propos. (…) Nicolas Sarkozy a fait l’objet d’un lynchage permanent et violent pendant son quinquennat: insultes au jour le jour, calomnies et les aspects positifs du bilan de son action ont été étrangement passés sous silence. Pourtant, il me semble trop tôt pour lui appliquer le qualificatif de paria au sens où je l’entends dans mon ouvrage, supposant un bannissement qui se poursuit dans l’histoire. Comment sera-t-il jugé dans vingt ans? Qui peut le dire? Souvenons-nous de Mitterrand et de Chirac. Leur fin de règne fut pathétique, pitoyable. Qui s’en souvient encore? La mémoire contemporaine est tellement courte… Aujourd’hui, ils sont plutôt encensés et n’ont rien de parias… (…) [François Fillon] a le profil d’un bouc émissaire, sans aucun doute, faute de pouvoir parler de paria à ce stade. D’ici à l’élection présidentielle et par la suite, s’il l’emporte, il sera inévitablement maltraité et son tempérament à la fois réservé et volontaire ne peut qu’exciter la hargne envers lui. Il faut noter que François Hollande, quoi qu’on en pense, n’a pas été épargné par le monde médiatique et la presse qu’il croyait tout acquise à sa cause… C’est une vraie question que je me pose: le président de la République, qui incarnait du temps du général de Gaulle et de Pompidou, le prestige, l’autorité, la grandeur nationale, est-il en train de devenir le bouc émissaire naturel d’un pays en crise de confiance? Ultramédiatisé, il incarne à lui tout seul le pouvoir politique dans la conscience collective. Mais ne disposant pas d’une baguette magique pour régler les difficultés des Français, apaiser leurs inquiétudes, il devient responsable malgré lui de tous les maux de la création. Je pense qu’il faut refonder notre vision du pouvoir politique, lui donner une connotation moins personnelle et individualiste. Le temps est venu de redécouvrir les vertus d’une politique davantage axée sur l’engagement collectif, le partage de la responsabilité, entre le chef de l’État, le Premier ministre, la majorité, la nation, au service du bien commun. Maxime Tandonnet (13.01.2017)
«J’avais ourdi le complot» raconte l’avocat Robert Bourgi dans l’émission de BFM, intitulée «Qui a tué François Fillon?» Son témoignage nous remémore le fond des ténèbres atteintes par la politique française il y a tout juste un an. (…) Aujourd’hui, la mode est à l’optimisme. Le discours dominant dans les médias et la presse sublime la recomposition de la classe politique et son rajeunissement. Le nouveau monde aurait définitivement enterré l’ancien. Les événements de l’hiver 2017 semblent être à des années-lumière. La France a le plus jeune président de son histoire. Un grand balayage a entraîné le renouvellement du visage des députés et des ministres. La croissance est au rendez-vous, et «France is back», la France est de retour. Et si tout cela n’était qu’illusion? Et si les causes profondes du Fillongate de 2017, la pire catastrophe démocratique de l’histoire contemporaine, bien loin de se résorber, n’avaient jamais été aussi vivaces sous le couvercle du brouhaha quotidien? Le déclin de la culture et de l’intelligence politiques est au centre du grand malaise, touchant en premier lieu les élites dirigeantes et médiatiques. (…) Où a-t-on vu, depuis la déflagration de 2017, le moindre essai de réflexion sur un régime politique évidemment à bout de souffle, fondé sur l’idolâtrie narcissique, la démagogie, la dissimulation, l’impuissance publique, la frime inefficace, la fuite devant la réalité et le sens de l’intérêt général au profit de l’image? Nulle part! Cette réflexion est comme interdite, étouffée par le carcan d’un abêtissement collectif. (…) La cassure entre le peuple et la classe dirigeante, comme le souligne le nouveau sondage CEVIPOF 2018 sur la confiance des Français, n’a jamais été aussi profonde: comme les années précédentes, 77 % des Français ont une image négative de la politique qui leur inspire de la méfiance (39 %), du dégoût (25 %), de l’ennui (9 %), de la peur (3%). Loin de l’effervescence joyeuse de la «France d’en haut», la fracture démocratique, ce mal qui ronge le pays, ne cesse de s’aggraver. L’obsession élyséenne, quintessence de la dérive mégalomaniaque de la politique française au détriment du bien commun de la Nation, et les guerres d’ego qui ont conduit les Républicains à cette hallucinante déflagration de 2017, vont-elles enfin cesser? En effet, la chute du FN et du PS, les tâtonnements de LREM, pourraient ouvrir un nouvel espace aux Républicains. Ont-ils enfin décidé de se mettre au service du pays et non d’eux-mêmes? Tout laisse penser que non. La révolte des barons contre M. Wauquiez donne le sentiment que rien n’a changé à cet égard. (…) Le récit de M. Bourgi sur BFM est purement anecdotique. Il est l’arbre qui cache la forêt. La politique française connaît une vertigineuse crise du sens dont le séisme de 2017 fut la première manifestation. D’autres viendront, plus terribles encore. Aujourd’hui, rien n’a changé. Le mélange de nihilisme et de fureur narcissique, sur les ruines de l’intelligence politique, n’en finit pas de détruire la démocratie. Vous avez aimé 2017? Vous allez adorer 2022! Maxime Tandonnet
J’apprends non sans stupéfaction que Flavie Flament, dans l’émission « Philosophie » d’Arte, que chacun peut consulter, se réjouit, trente ans après, de la stratégie qu’elle a mise en œuvre pour devenir « le bourreau de son bourreau », stratégie qui lui a permis de se « reconstruire ». Elle parle d’Hamilton comme d’un monstre de lâcheté, mort de manière vulgaire et sans panache, le visage couvert d’un sac en plastique, car il ne supportait pas de voir son image. On a rarement été plus loin dans l’ignominie. (…) Cette sordide histoire m’a rappelé celle de Valérie Solanas, intellectuelle féministe radicale, qui appelait dans son Scum Manifeste à châtrer les hommes et qui tenta d’abattre Andy Warhol et deux de ses compagnons. Elle passera trois ans en prison, soutenue par les féministes américaines (le National Organization for Women) qui voyait en elle la championne la plus remarquable des droits des femmes. Lou Reed, lui, chanta: « Je crois bien que j’aurais appuyé sur l’interrupteur de la chaise électrique moi-même. » Sans recourir à de telles extrémités, on s’interrogera légitimement – Houellebecq l’avait fait à l’époque – sur la haine des sexes et la férocité du désir de vengeance de femmes sans doute humiliées et blessées à un âge où elles idéalisaient encore les rapports amoureux. Mais quoi qu’ait subi Flavie Flament de la part de David Hamilton, ce qui n’est pas prouvé, sa jouissance à l’annonce de son suicide et la stratégie à long terme mise pour y parvenir, me laisse pour le moins songeur. Je me garderai bien de me scandaliser, ne sachant ce qui relève d’une obsession pathologique ou d’un désir immodéré de rester sous les feux de la rampe en un temps où ce genre de dénonciation vous valorise plus qu’il n’inspire le dégoût. Faut-il vraiment, comme le suggère Madame Taubira, que les hommes apprennent ce qu’est l’humiliation ? Auquel cas je ne saurai leur conseiller meilleure maîtresse que Flavie Flament. Roland Jaccard
Tout au long de la campagne, les affaires ont contribué à envoyer par le fond les chances de succès de l’ancien Premier ministre. Ces révélations poursuivaient-elles un calcul politique ou personnel? Qui a tué François Fillon? Voilà les questions posées par une équipe de BFMTV dans un documentaire exceptionnel diffusé ce lundi soir sur notre antenne. A la croisée des regards, les journalistes du Canard enchaîné, bien sûr, qui ont dévoilé peu à peu les vicissitudes présumées du clan Fillon. Devant nos caméras, Hervé Liffran et Isabelle Barré l’assurent: leur travail ne doit rien à une « taupe » à droite, ni à une quelconque aide extérieure. C’est naturellement qu’après le premier tour de la primaire, ils se sont penchés sur les déclarations de patrimoine et de revenus du couple, puis ont découvert, intrigués, que Penelope Fillon avait travaillé pour La Revue des deux mondes, mais aussi et surtout comme collaboratrice parlementaire de son mari et du suppléant de celui-ci pendant huit ans, dans la plus grande discrétion. Naturellement que les montants perçus pour une activité peu évidente (100.000 euros brut entre mai 2012 et décembre 2013 pour la revue et 500.000 euros brut perçus auprès du Palais-Bourbon) les ont intéressés. « Pas de Dark Vador, pas de force obscure », sourit aujourd’hui Isabelle Barré. Pourtant le 24 janvier à 18 heures, lorsque le compte Twitter du Canard enchaîné jette son pavé dans la mare, les principales figures de la droite, alors réunies autour d’une galette des rois dans les locaux de campagne de leur candidat, sont persuadées qu’il s’agit là d’un acte de malveillance, peut-être venu de l’intérieur. Parmi les figures entretenant une inimitié notoire avec François Fillon, les noms de Jean-François Copé et Rachida Dati courent sur les lèvres. Tous deux écartent toujours ces allégations. « Si on devait mettre en cause tous ceux à qui François Fillon a fait du mal, la liste serait longue », ajoute l’ancien ministre du Budget. La piste d’un « cabinet noir » élyséen, lancée par François Fillon lui-même, ne mènera pas plus loin. De toute façon, les revenus des Fillon ne sont pas un secret pour tout le monde: à l’Assemblée nationale, 95 personnes ont accès aux fiches de paie des collaborateurs dans le cadre de leur travail. S’il est difficile de savoir d’où sont partis les premiers coups, nombreux sont ceux à avoir cherché à achever François Fillon. Dès fin janvier, c’est François Bayrou qui cherche un « plan B » à la droite et au centre. Début février, le président du Sénat, Gérard Larcher, veut mettre un terme à l’équipée, après avoir appris que les enfants de François Fillon avaient aussi été rémunérés par la Haute assemblée durant le mandat sénatorial de leur père. Peu à peu, les leaders de la droite prennent leurs distances. (…) Pendant toute cette période, Nicolas Sarkozy, vaincu à la primaire, joue un jeu trouble. Comme nous le raconte Rachida Dati, tout le monde ne cesse de l’appeler: Xavier Bertrand, François Bertrand, Laurent Wauquiez. Tous veulent qu’il pousse François Fillon à l’abandon. « A la faveur de chacun d’entre eux… Tout le monde voulait y aller! » s’amuse l’ancienne Garde des Sceaux. BFM
L’homme qui a offert des costumes à François Fillon, Robert Bourgi, s’est vanté chez Jean-Jacques Bourdin, avec une faconde que n’auraient pas reniée «Les Tontons flingueurs», d’avoir «ourdi un complot» contre le candidat pour peser dans sa chute. Invité chez Jean-Jacques Bourdin sur RMC ce 29 janvier, Robert Bourgi, proche de Nicolas Sarkozy et des cercles du pouvoir, a fait de nouvelles révélations sardoniques sur son ancien «ami» François Fillon. L’homme de loi a reconnu avoir monté un complot contre l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy, avec l’intention de «le niquer» pendant la campagne présidentielle. Sa ruse : lui offrir des costumes hors de prix. Le jour de la diffusion du documentaire «Qui a tué François Fillon ?» sur BFM TV, Robert Bourgi est venu livrer les dessous de son «complot». Il donne le ton en jetant d’emblée à Jean-Jacques Bourdin : «Votre service de sécurité m’a enlevé ma boîte à outils. J’avais la sulfateuse, le marteau et les clous pour le cercueil pour Monsieur Fillon mais pour vous, j’ai quelque chose.» Et l’homme de dégainer un mètre de couturière, pour prendre les mesures de l’animateur. «Ce sera pas Arny’s, ce sera Petit Bateau», rit-il, très content de sa blague. Il déroule alors l’historique qui le fait apparaître comme un intriguant, avide de relations de pouvoir, éclairant d’un jour nouveau les réseaux d’influence et alliances impitoyables autour des têtes de l’UMP, devenue les Républicains en 2015. L’avocat d’origine libano-sénégalaise Robert Bourgi, figure de la Françafrique, a toujours courtisé les puissants : Jacques Chirac, Omar Bongo, Laurent Gbagbo et surtout son «ami» Nicolas Sarkozy. Il explique avoir fréquenté régulièrement François Fillon pendant son mandat de Premier ministre. (…) Mais Robert Bourgi s’est retourné contre l’ancien Premier ministre lorsque deux journalistes lui ont livré un scoop signé François Hollande durant la campagne de la primaire. Le duo confie à l’avocat : «Ton ami Fillon a demandé la peau de ton ami Sarko.» L’ancien chef du gouvernement avait demandé que la justice accélère concernant les affaires dans lesquelles était impliqué l’ancien chef d’Etat. Dès lors, Robert Bourgi se métamorphose en nettoyeur des couloirs feutrés des cabinets ministériels. (…) Il décide alors de fomenter un complot, selon ses propres termes, contre le Sarthois en exploitant ses faiblesses. (…) Robert Bourgi ne souhaitait pas parler chiffon mais tentait d’influencer François Fillon sur le choix de ses lieutenants. Il souhaitait le voir s’entourer «de compagnons de Nicolas Sarkozy» qui voulaient le «servir», en lui conseillant de les inclure dans son «comité politique». Aucun retour. Et c’est en homme vexé de ne pas arriver à faire aboutir ses petites manœuvres qu’il se plaint : «Il m’a humilié.» Russia Today
Je lui ai dit : « Nicolas, il n’ira jamais à l’Elysée » […] parce que je vais le niquer, j’avais ourdi le complot […] à cause du comportement de Fillon à mon endroit qui n’était pas correct. Je savais exactement que j’allais payer ces costumes par chèque et que j’allais appeler mon ami Valdiguié au JDD, lui montrer le chèque. Quand on a fait campagne sur les vertus morales, la difficulté des Français à joindre les deux bouts, je me suis dit : « C’est quelque chose qui va le tuer ». Robert Bourgi
François Fillon, j’ai décidé de le tuer pour diverses raisons. D’abord parce qu’il a violé toutes les règles de l’amitié avec moi. J’ai toujours été correct avec lui, […] j’ai toujours défendu la position de Fillon auprès de Nicolas dans le but de les réunir un jour ou l’autre. […] Il passait son temps à démolir Nicolas Sarkozy. Il l’a toujours détesté, il a toujours eu les mots les plus inélégants à son égard. A chaque fois je lui disais : « François, tu n’as pas le droit de parler de Nicolas comme ça » […] François Fillon m’avait promis d’être un peu plus loyal à l’endroit de Nicolas Sarkozy, il n’a jamais tenu parole. Robert Bourgi
En fait, je fais au mois de janvier, une conférence sur Bourreaux et victimes. Et on se rend compte qu’à un moment donné, la victime peut devenir aussi quelque part – c’est pour ça que je parlais de stratégie – le bourreau de son bourreau en retournant effectivement ça. Et je pense que c’est là-dessus qu’on se reconstruit. (…) Et la façon dont il est mort m’a vraiment interrogée. Il est mort avec un sac en plastique sur la tête. (…) Il est mort d’une façon vulgaire. (…) Il avait pas de panache.  Certains mettent en scène leur mort (…) Je me suis consolée quelque part en me disant qu’il s’était regardé. Quand on se met un sac en plastique de supermarché  sur la tête et qu’on disparait de cette façon là dans un petit appartement du boulevard de Montparnasse, il y a quand même (…) quelque chose de fou. Flavie Flamant
Au lieu de lui tirer une balle, vous lui envoyez un missile. Raphael Enthoven

Attention: une curée peut en cacher une autre !

A l’heure où, forts de leur coup, BFM et France 5 nous balancent en boucle …

Leur publireportage sur le « niquage » du candidat Fillon il y a un an par un porte-flingue de Nicolas Sarkozy …

Mais où, fortes du nombre désormais de leur côté et avec la complicité active de prétendus philosophes sur des prétendues chaines culturelles, certaines femmes se laissent emporter par la plus primaire des vindictes anti-hommes

Comment avec Maxime Tandonnet …

Qui, après avoir un moment conseillé l’ancien président Sarkozy, avait écrit des pages éloquentes sur la bouc-émissarisation de la politique française …

Ne pas repenser à la si pertinente définition proustienne du fonctionnement fondamental de nos sociétés comme de nos foules …

Qui « gouvernées par l’instinct d’imitation et l’absence de courage » …

Se muent pour « chasser ou acclamer ses rois » …

En « bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang » ?

Derrière Bourgi, la déliquescence de la politique française
Maxime Tandonnet
Le Figaro
31/01/2018

FIGAROVOX/TRIBUNE – Après la diffusion d’un reportage de BFM en début de semaine, on voudrait croire que c’est bien Robert Bourgi qui a «tué François Fillon». Il n’en est rien, selon Maxime Tandonnet : l’assassin court toujours, et il n’a pas fini de faire des victimes. Il s’agit de la crise du sens que traverse la politique française.


Ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, haut-fonctionnaire, Maxime Tandonnet décrypte chaque semaine l’exercice de l’État pour le FigaroVox. Il a écrit Les parias de la République (éd. Perrin, 2017).


«J’avais ourdi le complot» raconte l’avocat Robert Bourgi dans l’émission de BFM, intitulée «Qui a tué François Fillon?» Son témoignage nous remémore le fond des ténèbres atteintes par la politique française il y a tout juste un an. Qu’est-ce que la politique? En principe, le débat d’idées, le choix d’un projet en vue de bâtir un destin commun et de régler le mieux possible les défis du présent et de l’avenir. Ces révélations donnent un nouvel aperçu du pire de la vie publique, un cocktail de batailles d’ego, de rancœurs, de vengeances personnelles qui anéantit toute idée de bien commun et d’intérêt général.

Aujourd’hui, la mode est à l’optimisme. Le discours dominant dans les médias et la presse sublime la recomposition de la classe politique et son rajeunissement. Le nouveau monde aurait définitivement enterré l’ancien. Les événements de l’hiver 2017 semblent être à des années-lumière. La France a le plus jeune président de son histoire. Un grand balayage a entraîné le renouvellement du visage des députés et des ministres. La croissance est au rendez-vous, et «France is back», la France est de retour.

Et si tout cela n’était qu’illusion? Et si les causes profondes du Fillongate de 2017, la pire catastrophe démocratique de l’histoire contemporaine, bien loin de se résorber, n’avaient jamais été aussi vivaces sous le couvercle du brouhaha quotidien?

Le déclin de la culture et de l’intelligence politiques est au centre du grand malaise, touchant en premier lieu les élites dirigeantes et médiatiques. Toute la vie politico-médiatique se ramène désormais à des effets de personnalisation narcissique au détriment des convictions. La Nation doit voter pour l’image d’un individu, les sensations qu’il inspire, une image parfaitement volatile, conditionnée par les soubresauts des émotions collectives, au fil de l’actualité et du matraquage médiatique. Dès lors s’efface la notion de choix de société sur les grands sujets du moment: l’école, l’industrie, la dette, l’immigration, le chômage, l’autorité de l’État, la sécurité, la refondation de l’Europe…

Où a-t-on vu, depuis la déflagration de 2017, le moindre essai de réflexion sur un régime politique évidemment à bout de souffle, fondé sur l’idolâtrie narcissique, la démagogie, la dissimulation, l’impuissance publique, la frime inefficace, la fuite devant la réalité et le sens de l’intérêt général au profit de l’image? Nulle part! Cette réflexion est comme interdite, étouffée par le carcan d’un abêtissement collectif.

«Renouvellement», disiez-vous? La cassure entre le peuple et la classe dirigeante, comme le souligne le nouveau sondage CEVIPOF 2018 sur la confiance des Français, n’a jamais été aussi profonde: comme les années précédentes, 77 % des Français ont une image négative de la politique qui leur inspire de la méfiance (39 %), du dégoût (25 %), de l’ennui (9 %), de la peur (3%). Loin de l’effervescence joyeuse de la «France d’en haut», la fracture démocratique, ce mal qui ronge le pays, ne cesse de s’aggraver.

L’obsession élyséenne, quintessence de la dérive mégalomaniaque de la politique française au détriment du bien commun de la Nation, et les guerres d’ego qui ont conduit les Républicains à cette hallucinante déflagration de 2017, vont-elles enfin cesser? En effet, la chute du FN et du PS, les tâtonnements de LREM, pourraient ouvrir un nouvel espace aux Républicains. Ont-ils enfin décidé de se mettre au service du pays et non d’eux-mêmes? Tout laisse penser que non. La révolte des barons contre M. Wauquiez donne le sentiment que rien n’a changé à cet égard. Summum de l’absurdité et de l’obsession élyséenne: plutôt que de se pencher sur les raisons profondes de la crise politique française, certains, songeant uniquement à leur destin personnel, ramènent déjà la question des «primaires» de 2022, sans la moindre considération pour leur faillite en 2016-2017!

Le récit de M. Bourgi sur BFM est purement anecdotique. Il est l’arbre qui cache la forêt. La politique française connaît une vertigineuse crise du sens dont le séisme de 2017 fut la première manifestation. D’autres viendront, plus terribles encore. Aujourd’hui, rien n’a changé. Le mélange de nihilisme et de fureur narcissique, sur les ruines de l’intelligence politique, n’en finit pas de détruire la démocratie. Vous avez aimé 2017? Vous allez adorer 2022!

Voir aussi:

David Hamilton: Flament glose…
Roland Jaccard

Causeur

3 février 2018

J’aimais bien David Hamilton de quelques années mon aîné, que je croisais parfois boulevard Montparnasse. Ses photos avaient bercé mon adolescence. Et personne n’y voyait rien d’obscène. Les plus grands artistes avaient travaillé avec lui et même Alain Robbe-Grillet avait signé un livre : Rêves de jeunes filles avec Hamilton dont la notoriété s’étendait au monde entier. Il y régnait un érotisme doux, presque chaste, qui n’offusquait personne. Ses films, en revanche, passaient inaperçus : le photographe avait éclipsé le cinéaste dont on retiendra néanmoins Laura ou les ombres de l’été avec Dawn Dunlap actrice à laquelle Olivier Mathieu a rendu un bel hommage dans Le Portrait de Dawn Dunlap.

Je savais par un ami commun que la situation de David Hamilton était devenue précaire et que certaines rétrospectives de son œuvre avaient été annulées après des accusations de pédophilie : sans doute portait-il aux très jeunes filles un amour immodéré. Mais jamais la justice, en dépit de deux plaintes, ne l’avait jugé coupable. Et voici que trente années plus tard, une présentatrice de télévision, Flavie Flament, un de ses anciens modèles le prend pour cible dans un médiocre roman intitulé : La Consolation. Le nom de Hamilton sent alors le soufre, tout comme ceux de Weinstein, d’Allen, de Polanski, de Balthus et de tant d’autres.

Devenir « le bourreau de son bourreau »
Sans doute lassé par une époque où la délation et la vulgarité commandent l’esprit du temps, David Hamilton se donne la mort dans des circonstances encore mal élucidées. On le trouve étouffé dans la nuit du 25 novembre 2016 « avec un sac plastique sur la tête » et la porte ouverte de son appartement. Certains pensent qu’il aurait pu être assassiné. Je crois surtout qu’il était dégoûté par un monde où il n’avait plus sa place et qu’il en a tiré la conclusion logique.

Mais j’apprends non sans stupéfaction que Flavie Flament, dans l’émission « Philosophie » d’Arte, que chacun peut consulter, se réjouit, trente ans après, de la stratégie qu’elle a mise en œuvre pour devenir « le bourreau de son bourreau », stratégie qui lui a permis de se « reconstruire ».

Elle parle d’Hamilton comme d’un monstre de lâcheté, mort de manière vulgaire et sans panache, le visage couvert d’un sac en plastique, car il ne supportait pas de voir son image. On a rarement été plus loin dans l’ignominie. Et, au passage, tous ceux qui ont eu recours au sac plastique pour se suicider apprécieront… s’ils en ont encore l’occasion.

Au mauvais souvenir de Lou Reed
Cette sordide histoire m’a rappelé celle de Valérie Solanas, intellectuelle féministe radicale, qui appelait dans son Scum Manifeste à châtrer les hommes et qui tenta d’abattre Andy Warhol et deux de ses compagnons. Elle passera trois ans en prison, soutenue par les féministes américaines (le National Organization for Women) qui voyait en elle la championne la plus remarquable des droits des femmes. Lou Reed, lui, chanta: « Je crois bien que j’aurais appuyé sur l’interrupteur de la chaise électrique moi-même. »

Sans recourir à de telles extrémités, on s’interrogera légitimement – Houellebecq l’avait fait à l’époque – sur la haine des sexes et la férocité du désir de vengeance de femmes sans doute humiliées et blessées à un âge où elles idéalisaient encore les rapports amoureux. Mais quoi qu’ait subi Flavie Flament de la part de David Hamilton, ce qui n’est pas prouvé, sa jouissance à l’annonce de son suicide et la stratégie à long terme mise pour y parvenir, me laisse pour le moins songeur. Je me garderai bien de me scandaliser, ne sachant ce qui relève d’une obsession pathologique ou d’un désir immodéré de rester sous les feux de la rampe en un temps où ce genre de dénonciation vous valorise plus qu’il n’inspire le dégoût. Faut-il vraiment, comme le suggère Madame Taubira, que les hommes apprennent ce qu’est l’humiliation ? Auquel cas je ne saurai leur conseiller meilleure maîtresse que Flavie Flament.

Voir également:

DOCUMENTAIRE – Qui a tué François Fillon? L’enquête de BFMTV

BFM

29/01/2018

D’affaire en affaire, de coup de théâtre en coup de théâtre, les espoirs de la droite et de son candidat à la présidentielle, François Fillon, se sont évaporés pendant la campagne. Un mystère demeure: quelqu’un voulait-il la peau de François Fillon? C’est la question que s’est posée une équipe de BFMTV dans un documentaire exceptionnel diffusé ce lundi soir à 22h40 sur notre antenne.

La campagne présidentielle s’est éloignée depuis longtemps et, avec elle, ses illusions perdues, mais François et Penelope Fillon sont toujours mis en examen pour détournement de fonds publics. L’enquête doit être bouclée au cours de cette année 2018.

« Pas de Dark Vador »
S’ils sont sous le coup de cette procédure judiciaire, c’est en raison d’une affaire qui a éclaté au grand jour il y a un an: les soupçons d’emplois fictifs visant Penelope Fillon, l’épouse de celui qui était le candidat de la droite au scrutin suprême. Tout au long de la campagne, les affaires ont contribué à envoyer par le fond les chances de succès de l’ancien Premier ministre. Ces révélations poursuivaient-elles un calcul politique ou personnel? Qui a tué François Fillon? Voilà les questions posées par une équipe de BFMTV dans un documentaire exceptionnel diffusé ce lundi soir sur notre antenne.

A la croisée des regards, les journalistes du Canard enchaîné, bien sûr, qui ont dévoilé peu à peu les vicissitudes présumées du clan Fillon. Devant nos caméras, Hervé Liffran et Isabelle Barré l’assurent: leur travail ne doit rien à une « taupe » à droite, ni à une quelconque aide extérieure. C’est naturellement qu’après le premier tour de la primaire, ils se sont penchés sur les déclarations de patrimoine et de revenus du couple, puis ont découvert, intrigués, que Penelope Fillon avait travaillé pour La Revue des deux mondes, mais aussi et surtout comme collaboratrice parlementaire de son mari et du suppléant de celui-ci pendant huit ans, dans la plus grande discrétion. Naturellement que les montants perçus pour une activité peu évidente (100.000 euros brut entre mai 2012 et décembre 2013 pour la revue et 500.000 euros brut perçus auprès du Palais-Bourbon) les ont intéressés. « Pas de Dark Vador, pas de force obscure », sourit aujourd’hui Isabelle Barré.

Des fiches de paie accessibles à 95 personnes
Pourtant le 24 janvier à 18 heures, lorsque le compte Twitter du Canard enchaîné jette son pavé dans la mare, les principales figures de la droite, alors réunies autour d’une galette des rois dans les locaux de campagne de leur candidat, sont persuadées qu’il s’agit là d’un acte de malveillance, peut-être venu de l’intérieur. Parmi les figures entretenant une inimitié notoire avec François Fillon, les noms de Jean-François Copé et Rachida Dati courent sur les lèvres. Tous deux écartent toujours ces allégations. « Si on devait mettre en cause tous ceux à qui François Fillon a fait du mal, la liste serait longue », ajoute l’ancien ministre du Budget.

La piste d’un « cabinet noir » élyséen, lancée par François Fillon lui-même, ne mènera pas plus loin. De toute façon, les revenus des Fillon ne sont pas un secret pour tout le monde: à l’Assemblée nationale, 95 personnes ont accès aux fiches de paie des collaborateurs dans le cadre de leur travail.

Qui veut débrancher la candidature de François Fillon?
S’il est difficile de savoir d’où sont partis les premiers coups, nombreux sont ceux à avoir cherché à achever François Fillon. Dès fin janvier, c’est François Bayrou qui cherche un « plan B » à la droite et au centre. Début février, le président du Sénat, Gérard Larcher, veut mettre un terme à l’équipée, après avoir appris que les enfants de François Fillon avaient aussi été rémunérés par la Haute assemblée durant le mandat sénatorial de leur père.

Peu à peu, les leaders de la droite prennent leurs distances. François Fillon lui-même ne se rend pas service, en affirmant à la télévision qu’il renoncera s’il venait à être mis en examen. Or, quand cette mise en examen lui est notifiée le 28 février par une convocation judiciaire que lui annonce Patrick Stefanini, son directeur de campagne, François Fillon ne renonce pas à faire campagne. Et le meeting du Trocadéro, lors de la matinée pluvieuse du 5 mars à Paris, lui servira de tremplin vers le mur du premier tour du 23 avril.

Pendant toute cette période, Nicolas Sarkozy, vaincu à la primaire, joue un jeu trouble. Comme nous le raconte Rachida Dati, tout le monde ne cesse de l’appeler: Xavier Bertrand, François Bertrand, Laurent Wauquiez. Tous veulent qu’il pousse François Fillon à l’abandon. « A la faveur de chacun d’entre eux… Tout le monde voulait y aller! » s’amuse l’ancienne Garde des Sceaux. Alain Juppé l’appelle aussi, mais tombe sur le répondeur de l’ancien président de la République, à ce moment-là tranquillement installé au parc des Princes devant un match du Paris-Saint-Germain. Devant le peu de cohésion de son camp, et l’obstination de François Fillon, le maire de Bordeaux jette lui aussi l’éponge.

Voir de même:

«Je vais le niquer» : les révélations truculentes de Robert Bourgi, le «tueur» de Fillon

L’homme qui a offert des costumes à François Fillon, Robert Bourgi, s’est vanté chez Jean-Jacques Bourdin, avec une faconde que n’auraient pas reniée «Les Tontons flingueurs», d’avoir «ourdi un complot» contre le candidat pour peser dans sa chute.

Invité chez Jean-Jacques Bourdin sur RMC ce 29 janvier, Robert Bourgi, proche de Nicolas Sarkozy et des cercles du pouvoir, a fait de nouvelles révélations sardoniques sur son ancien «ami» François Fillon. L’homme de loi a reconnu avoir monté un complot contre l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy, avec l’intention de «le niquer» pendant la campagne présidentielle. Sa ruse : lui offrir des costumes hors de prix.

Le jour de la diffusion du documentaire «Qui a tué François Fillon ?» sur BFM TV, Robert Bourgi est venu livrer les dessous de son «complot». Il donne le ton en jetant d’emblée à Jean-Jacques Bourdin : «Votre service de sécurité m’a enlevé ma boîte à outils. J’avais la sulfateuse, le marteau et les clous pour le cercueil pour Monsieur Fillon mais pour vous, j’ai quelque chose.» Et l’homme de dégainer un mètre de couturière, pour prendre les mesures de l’animateur. «Ce sera pas Arny’s, ce sera Petit Bateau», rit-il, très content de sa blague.

Il déroule alors l’historique qui le fait apparaître comme un intriguant, avide de relations de pouvoir, éclairant d’un jour nouveau les réseaux d’influence et alliances impitoyables autour des têtes de l’UMP, devenue les Républicains en 2015.

L’avocat d’origine libano-sénégalaise Robert Bourgi, figure de la Françafrique, a toujours courtisé les puissants : Jacques Chirac, Omar Bongo, Laurent Gbagbo et surtout son «ami» Nicolas Sarkozy. Il explique avoir fréquenté régulièrement François Fillon pendant son mandat de Premier ministre. L’homme de loi révèle que le Sarthois souhaitait savoir ce que Nicolas Sarkozy pensait de lui.

Mais Robert Bourgi s’est retourné contre l’ancien Premier ministre lorsque deux journalistes lui ont livré un scoop signé François Hollande durant la campagne de la primaire. Le duo confie à l’avocat : «Ton ami Fillon a demandé la peau de ton ami Sarko.» L’ancien chef du gouvernement avait demandé que la justice accélère concernant les affaires dans lesquelles était impliqué l’ancien chef d’Etat.

Une haine nourrie envers François Fillon pour défendre Nicolas Sarkozy

Dès lors, Robert Bourgi se métamorphose en nettoyeur des couloirs feutrés des cabinets ministériels.

«François Fillon, j’ai décidé de le tuer pour diverses raisons. D’abord parce qu’il a violé toutes les règles de l’amitié avec moi. J’ai toujours été correct avec lui, […] j’ai toujours défendu la position de Fillon auprès de Nicolas dans le but de les réunir un jour ou l’autre. […] Il passait son temps à démolir Nicolas Sarkozy», explique-t-il. Et Robert Bourgi ne plaisante pas avec le sujet. «Il l’a toujours détesté, il a toujours eu les mots les plus inélégants à son égard. A chaque fois je lui disais : « François, tu n’as pas le droit de parler de Nicolas comme ça » […] François Fillon m’avait promis d’être un peu plus loyal à l’endroit de Nicolas Sarkozy, il n’a jamais tenu parole», déplore l’avocat.

J’avais déjà conçu le projet que j’ai réalisé de niquer François Fillon

Il décide alors de fomenter un complot, selon ses propres termes, contre le Sarthois en exploitant ses faiblesses. «J’avais déjà conçu le projet que j’ai réalisé de niquer François Fillon, c’est mieux que tuer», explique-t-il en toute décontraction. «Je savais que l’homme avait des relations étranges avec l’argent parce que nous avions beaucoup parlé, François Fillon et moi», avoue-t-il.

Au cours d’un petit déjeuner au Ritz, Robert Bourgi piège François Fillon. «Je lui dis : « Comme je te sens amoureux de belles choses je vais t’offrir trois costumes pour ta campagne« », raconte-t-il. Le candidat LR accepte sur le champ, mais Robert Bourgi ne règle pas les complets, laissant passer quatre mois jusqu’en février 2017. Pendant ce temps, il dit avoir envoyé de nombreux textos à l’élu de la Sarthe, qui n’a jamais répondu.

Les petites manœuvres de Robert Bourgi pour placer d’anciens proches de Sarkozy

Robert Bourgi ne souhaitait pas parler chiffon mais tentait d’influencer François Fillon sur le choix de ses lieutenants. Il souhaitait le voir s’entourer «de compagnons de Nicolas Sarkozy» qui voulaient le «servir», en lui conseillant de les inclure dans son «comité politique». Aucun retour. Et c’est en homme vexé de ne pas arriver à faire aboutir ses petites manœuvres qu’il se plaint : «Il m’a humilié.»

J’avais ourdi le complot

Alors que François Fillon est en lice pour le second tour de la primaire de la droite, Nicolas Sarkozy confie à l’avocat lors d’un rendez-vous : «Tu as suivi les sondages, ils sont favorables à Fillon. Tu sais, il va droit à l’Elysée.» «Je lui ai dit : « Nicolas, il n’ira jamais à l’Elysée » […] parce que je vais le niquer, j’avais ourdi le complot […] à cause du comportement de Fillon à mon endroit qui n’était pas correct. Je savais exactement que j’allais payer ces costumes par chèque et que j’allais appeler mon ami Valdiguié [rédacteur en chef] au JDD, lui montrer le chèque. Quand on a fait campagne sur les vertus morales, la difficulté des Français à joindre les deux bouts, je me suis dit : « C’est quelque chose qui va le tuer »», justifie l’avocat.

 Ne t’inquiète pas ma fille, je me vengerai

Puis l’affaire s’emballe, en écho avec les soupçons d’emplois fictifs visant sa femme Pénélope Fillon. Sur le plateau du même Jean-Jacques Bourdin, François Fillon qualifie l’avocat d’«homme âgé qui n’a plus aucune espèce de responsabilité». La fille de Robert Bourgi l’appelle en larmes pour l’en informer. L’avocat piqué au vif, toujours aussi à l’aise avec son rôle de porte-flingue, conclut son entreprise de démolition : «Je lui ai dit : « Ne t’inquiète pas ma fille, je me vengerai »». Mission accomplie.

Voir par ailleurs:

Proust’s Way

Love, death, society, art, time, timelessness–and (perhaps) the greatest novelist of the 20th century.

Among the great modern artists, some seem to possess a boundless vitality, a spiritual extravagance that, even in the face of life’s hot suffering, causes them to profess their gratitude for the very fact of existence and to pour forth their praise of nobility, goodness, beauty, fortitude, love. Goethe, Beethoven, Victor Hugo, and Tolstoy are perhaps the foremost such figures.

Admirers of Wagner might place him, too, among the life-enhancers; yet he could write, at the age of thirty-nine, “I lead an indescribably worthless life . . . [F]or me, enjoyment, love are imaginary, not experienced.” Flaubert, who consecrated himself to a prose so beautiful that no real life could touch it, found himself exclaiming with envy at the sight of a bourgeois family enjoying a picnic, “They have it right.” In bitterness of heart, Kafka let loose with “I am made of literature,” meaning he was unfit for life.

And then there is the case of Marcel Proust (1871-1922), whose 3,000-page novels À la recherche du temps perdu (In Search of Lost Time) outshines the masterworks of Wagner, Flaubert, and Kafka but whose life makes theirs look unattainably bold and merry by comparison. Proust may have been the greatest novelist of the 20th century, but he is almost singlehandedly responsible for turning the term “exquisite sensibility” into a jeer. Everyone knows about the madeleine that Proust’s narrator, Marcel, dunks in his tea, triggering a monumental reflux of childhood memories; the asthma that hounded Proust to an early death; the silent, cork-lined room that he rarely left. Speaking to William F. Buckley, Jr. at the height of the cold war, a prominent European intellectual upheld the honor of European manhood by declaring, “We’re not all a bunch of little Prousts over there.”

Sickly, homosexual, addicted to the social whirl, the real-life Proust seemed, to his contemporaries, irreparably frivolous, terminally brittle. Everyone recognized his brilliance, but no one thought he would forge anything lasting out of it. An 1893 portrait by Jacques-Emile Blanche, who was to make his reputation by painting artistic eminences, depicts Proust as a ludicrous dandy in wing collar and cravat. His forehead has a greenish cast, like a week-old bruise, while the rest of his face is waxen. The flower on his lapel, which picks up his facial coloring, bears a disturbing resemblance to an out-sized malign insect. The eyes, though large and alert, do not reveal anything remarkable behind them. There is nothing to indicate that this young man might be more than a fop smitten with his own elegance. The only hint of otherworldliness is in the morbid tints of his face, which suggest that life is already beginning to prove too much for him and that his days are numbered.

To be sure, modern art has made room for, has even become the preserve of, wayward and misshapen souls. In 1918, with his masterpiece largely finished, Proust himself wrote that contemporary reality yielded its subtlest favors to the debauched and the incurable, and (referring to certain 19th-century artists) that “an unknown part of the mind or an additional nuance of affection was bursting with all the drunkenness of a Musset or a Verlaine, with all the perversions of a Baudelaire or a Rimbaud, even a Wagner, with the epilepsy of a Flaubert.” Suffering has its perquisites, and Proust took them for everything he could.

Yet he was also to prove himself a titan. Two identically titled new biographies help us see how, from unprepossessing beginnings, he did it. Both William C. Carter’s Marcel Proust: A Life1 and Jean-Yves Tadié’s Marcel Proust: A Life2 provide moving and cogent accounts of a life that ultimately had a single raison d’être.

The two books differ somewhat in approach. Carter, a professor of French at the University of Alabama at Birmingham, is more considerate to the American reader, deftly filling in the social and political background of Proust’s life and work—as in the case of the Dreyfus affair, which figures so prominently in Proust’s novel. Tadié, who teaches at the Sorbonne in Paris and is widely acknowledged as the world’s leading authority on Proust, takes it for granted that his reader knows things that most Americans do not. His book, which appeared in France in 1996 and which Carter cites repeatedly and respectfully, is the superior work of scholarship, but it is studded with impedimenta that sometimes make for tough going. (Tadié will record who wrote a review in a certain newspaper on a given day, for instance, but not what the review said, or set down the guest lists for parties that Proust attended, without a clue as to who these people were.) Still, there is much that Tadié knows that one is grateful to have between the covers of a book, and taken together Carter and Tadié constitute a treasure trove.

_____________

Marcel Proust was the son of Adrien Proust, an eminent Parisian doctor, and his wife, born Jeanne Weil. The father was Catholic and the mother Jewish. Although she herself refused to convert, Jeanne agreed that their children would be raised as Catholics. As it happened, however, neither parent practiced his faith and, once Marcel had made his first communion, his church-going days were pretty much over.

Jewish religious law holds that the child of a Jewish mother is a Jew, but Proust never considered himself one, and neither did his friends. Still, his parentage occasionally presented difficulties. Once, as a young man, he stood silent and unresponsive when a revered mentor, Comte Robert de Montesquiou-Fezensac, delivered an anti-Semitic tirade in the company of friends and then asked Proust for his opinion on the 1894 conviction of Captain Alfred Dreyfus, a Jew, who had been tried for treason on the charge of selling military secrets to the Germans. The next day, Proust wrote to Montesquiou that he had not said anything because, although he himself was Catholic like his father and brother, his mother was Jewish: “I am sure you understand that this is reason enough for me to refrain from such discussions.”

Whether Proust’s private frankness made up for his public reticence is a vexing question, and all the more so because he went on to confide that he was “not free to have the ideas I might otherwise have on the subject.” Proust’s tacit fear, in other words, was that if he defended the Jews he would be taken for a Jew, and what he wanted above all was to be thought of as a Christian gentleman. He even seemed to leave open the possibility that Montesquiou might be right: that only filial piety forbade him from thinking as Montesquiou did. In Carter’s view, “Proust stated his position and his independence, but he might have been less ambiguous about the ethical implications of racist remarks.” Carter is too kind. Proust was only as forthright as his social cowardice—his fear of sacrificing his respectability—would allow.

He was to find his courage when events made it easier to be courageous. By 1898, more and more people had become convinced that Dreyfus had been railroaded, and an uproar ensued that was to shake French society for years. The salon of Mme. Genevieve Straus (the widow of the composer Georges Bizet), where Proust had been a habitue for several years, turned into a Dreyfusard hotbed. Old friends of the anti-Dreyfus persuasion, including the painter Edgar Degas, stalked off and never came back. Drawing strength from those around him, Proust now joined in the growing drumbeat for a retrial that was led by the novelist Emile Zola. He was even to boast that he was the first of the Dreyfusards, because he secured the signature of his literary hero Anatole France on a petition. Still, when an anti-Semitic newspaper numbered him among the “young Jews” who defied decency and right thinking, Proust, who at first thought to correct the paper’s misapprehension, decided to keep quiet, lest he draw any more attention to himself. He must have known that, in the eyes of anti-Dreyfusards, his political affiliations only served to confirm the sad fact of his birth.

_____________

If the Dreyfus affair exposed the moral cretinism that extended into the upper echelons of French society, this hardly deterred Proust from wanting a place in that world. His social career had begun during his last year of high school, when, thanks to the mothers of some of his school friends, he gained admission to certain exclusive Parisian salons. His chum Jacques Bizet, whom he had tried to seduce, without success, made it up to him by serving as his ticket to the beau monde. At the salon of Mme. Straus, young Bizet’s mother, Proust became acquainted with artistic and aristocratic grandees like the composer Gabriel Fauré, the writer Guy de Maupassant, the actress Sarah Bernhardt, and Princesse Mathilde, the niece of Napoleon I. In time he became a regular at Princesse Mathilde’s as well, where the old-line nobility rubbed shoulders with arrivistes, and distinguished Jews mingled with those who detested them. (The writer Léon Daudet, to whom Proust would dedicate a volume of his novel, confided to his diary after one party: “The imperial dwelling was infested with Jews and Jewesses.”)

Another hostess conquered by the high-flying young Proust was Mme. Madeleine Lemaire, renowned for her musical gatherings. It was she who introduced him to Montesquiou-Fezensac, the aristocratic poet whose opinions on Jews Proust was willing to overlook for the sake of the Count’s artistic and social cachet. And there was something else: Montesquiou was boldly aboveboard about his homosexuality, at a time when, as Carter writes, “few Frenchmen dared, if they cared for their reputation and social standing, to display amorous affection for another man.” This frankness earned Proust’s regard—although he was, of course, ambivalent about going public on the issue of his own sexual nature.

Not that it was any secret to those who knew him. In high school, Proust had laid elaborate sexual siege to friends, writing them letters fraught with passion. When his disposition became apparent to his father, in the name of decency the agitated Dr. Proust slipped the boy ten francs and sent him off to a (female) prostitute; the mission wound up a fiasco when Proust broke a chamber pot and spoiled the romance of the moment.

Such happiness as Proust had from love was not made to last. Probably his first consummated affair was with the composer Reynaldo Hahn, whom he met at Mme. Lemaire’s when he was twenty-two and Hahn nineteen. Raw nerves and ceaseless importunity characterized Proust’s love for Hahn, who quickly tired of his friend’s demanding antics. But it was really Proust who fell out of love first, as he fell in love with the stripling Lucien Daudet, son of the novelist Alphonse Daudet and brother of the venomous Leon. Proust would even fight a duel with a journalist, himself homosexual, who hinted salaciously in print that his friendship with Lucien was not quite respectable; both duelists fired and missed.

Proust had good reason to keep his intimate proclivities under wraps. But biographers have their job to do, and Carter and Tadié leave little unsaid. Both record his favored mode of sexual recreation: going to a homosexual brothel and masturbating while watching as the man he had hired masturbated in front of him. If this procedure failed of its effect, the obliging prostitute would bring in a pair of hungry rats and loose them on each other, a spectacle that would invariably afford Proust the needed relief. (For this information we have the testimony both of one such prostitute and of the writer André Gide, in whom Proust confided.)

To the innocent observer, Proust’s sexual preferences may well appear about as demented as such things get; but normality of any kind was never Proust’s strong suit. Abysmal health plagued him his life long, and he cultivated the perpetual invalid’s peculiarities. Wracked by asthma, he spent six hours a day burning eucalyptus powders and inhaling the fumes. He needed veronal and opium and morphine to sleep, caffeine to revive him and also to help his asthma. The huge doses he took of caffeine brought on angina; the sedatives and painkillers destroyed his ability to register temperature, so that on sweltering days he would wear a heavy coat. A year’s supply of medications cost him the equivalent of $20,000 in today’s money. (His parents left him an inheritance of some $4.6 million, so the expenses were not insupportable.)

_____________

From his early twenties, Proust kept vampire’s hours, sleeping during the day and venturing abroad only under cover of darkness. As he grew older and sicker, he ventured out less and less. His cork-lined room became his refuge. Illness, he wrote to a friend, had made it necessary for him “to do without nearly everything and to replace people by their images and life by thought.” He subscribed to a device called the theatrophone, over which he could hear live operatic and dramatic performances without leaving his bed. He hired the best string quartet in Paris to play just for him in the middle of the night. In his latter days, he subsisted largely on ice cream and iced beer, ordered from the Ritz.

And through the worst of his misery, when it was almost impossible to eat, sleep, or breathe, he worked. From his youth he had wanted to be a writer, but the full seriousness of his vocation did not impress itself upon him until he was well into his thirties. His first book, Plaisirs et Jours (Pleasures and Days), a collection of stories, poems, and pastiches, had appeared when he was twenty-three and was generally dismissed as a fussy curiosity. Fuming at the critics’ condescension, Proust set to work on a vast autobiographical novel, Jean Santeuil, which he abandoned after five years and a thousand pages. He translated a volume of John Ruskin, the English art and social critic; produced essays of his own on such artists as Watteau, Chardin, Rembrandt, Moreau, and Monet; and worked abortively on another novel that converged with a study of the literary critic Sainte-Beuve.

His painful failures made for an invaluable apprenticeship. Though the record is hazy, it was perhaps in 1908 that Proust conceived the work for which he would be known; by the next year, the novel was well tinder way. Carter says that by 1916 or soon thereafter, Proust “gave his book its ultimate shape if not its final dimensions,” but his tugging and worrying at the manuscript would continue to his final days. À la recherche du temps perdu appeared in eight volumes, published between 1913 and 1927, the last four posthumously. The titles of the constituent parts are Du côté de chez Swann (Swann’s Way), À l’ombre des jeunes filles en fleur (In the Shade of the Young Girls in Flower), Le côté de Guermantes (The Guermantes Way), Sodome et Gomorrhe (Sodom and Gomorrah), La prisonnière (The Captive), Albertine disparue (Albertine Gone), and Le temps retrouvé (Time Regained).3

_____________

Proust’s novel takes as its great themes the illusions and disappointments of love, friendship, and society (in the limited sense of that word), and the joyous satisfactions of art. The book opens with the narrator’s reminiscence—his name is Marcel, although one has to read over 2,000 pages to find that out—of lying in bed as a boy and waiting for his mother’s good-night kiss; proceeds to a recollection of youthful days in the countrified Parisian suburb of Combray; then goes back to a time before Marcel was born and portrays the agonizing love of Monsieur Swann, an old friend of the family, for the courtesan Odette de Crécy.

Most of the rest of the book has to do with Marcel’s being in love, seeing others in love, and going to parties. His first romance, physically quite innocent but emotionally flaying, is with the Swanns’ daughter, Gilberte. (Unlike his creator, Marcel is heterosexual.) Next comes Albertine, whom Marcel singles out from a fascinating crowd of rowdy girls in the seaside resort of Balbec; this love is not innocent and is even more destructive. Meanwhile Marcel becomes friendly with the Duchesse de Guermantes, who embodies a social grandeur that sets him dreaming; gets to know the novelist Bergotte and the painter Elstir, who provide lessons in what art can and cannot do; mixes with the Verdurins, a couple of distasteful bourgeois climbers, and their circle of fools; and is courted in a most unnerving fashion by the Baron de Charlus, lord prince of the sodomites. Interleaved throughout are meditations and conversations on actual and imagined works of art, ladies’ fashions, etymology, military strategy, homosexuality, anti-Semitism, social transformations, time, and timelessness.

For most of the novel, finally, Marcel is a writer manqué, an aspirant who lacks the understanding to conceive a novel and the will to see it through. The book then records the process by which he becomes the writer who has written the extraordinary work one is reading. “And thus,” he concludes, “my whole life up to the present day might and yet might not have been summed up under the title: A Vocation.”

What does that “vocation” reveal? No other writer/narrator has attended with such extravagant care to the surface of things: the grace or ungainliness of a gesture, the historical associations of a great name, the import of a gravely formal bow in response to a friendly greeting, the radiance of a distinguished smile or shirtfront, party talk that goes on for miles. Yet, although the charms of love, friendship, and society present a brilliant and beguiling surface, they never please Marcel for long. Real life is to be found elsewhere, and only the rare soul manages to find it.

For Marcel, there is no desire more imperious than the desire to know. It is the motive force of his life and of his relentless pursuit of what he calls reality. The words “real” and “reality” must recur a thousand times in this novel, being signposts—like “virtue” for Machiavelli, “happiness” for Tolstoy, or “good” for Hemingway—that lead the reader to the heart of its unfolding significance. But to disclose the reality at life’s core requires one to experience illusion, in all its manifold and obdurate guises, and this experience is Marcel’s meat and drink.

Nowhere in Proust’s world are illusion’s guises harder to penetrate than when it comes to sex and love. The Proustian lover typically ascribes to the object of his desire all manner of enchanting virtues, which generally have no basis in fact, and then torments himself with a plague of suspected vices, which as a rule prove only too real. Every conceivable infidelity must be envisioned in gross detail, since as long as one is in love one can never assure oneself of the reality of the beloved’s heart. This ignorance is torture—but knowledge brings an end to love itself. Even carnal knowledge is no knowledge at all, only an initiation into the pangs of uncertainty.

In the early stages of Swann’s love for Odette, he believes he knows her better than anyone else does; the rumors he has heard that she is an elegant whore who has been kept by a number of men cannot be true, for she is incomparably sensitive and kind and good. In time he finds out otherwise. But even when Swann falls out of love, he cannot be indifferent to Odette unless he continues to possess her; his only recourse is to marry this woman whom he knows to be a slut.

Marcel emulates Swann in his need—ruinous to a lover, exceedingly useful to an aspiring writer—to know everything about the woman he loves, especially the worst. Albertine’s fishy answers to some pointed questions about a sexually charged encounter she has had with Gilberte (Swann’s daughter and Marcel’s first love) set the young man’s mental wheels turning. Once the lever is tripped and the questions begin, there is no stopping them. Jealous obsession is a perpetual-motion machine; it will quit its savage taunting only when love is smashed to pieces, and maybe not even then.

As it happens—as it always happens in Proust—Marcel’s worst imaginings turn out to be true: tireless researches and numberless rounds of cat and mouse confirm that Albertine is a lesbian. When she leaves him and is killed in a riding accident, Marcel is grief-stricken; but in due course his tender memories give way to renewed jealousy, a jealousy “stamped with the character, at once tormenting and solemn, of puzzles left forever insoluble by the death of the one person who could have explained them.”

_____________

Then there is the case of the Baron de Charlus, who chats with the young man at a party and invites him up to his place afterward. This nobleman, whom Marcel has heard spoken of as the lover of Mme. Swann, is a caricature of virility, swaggering like a preening cock and proclaiming his disgust with the effeminacy of modern youth. He intimates to Marcel that he might be interested in taking him under his protection and bestowing upon him the untold benefits of his exalted position, his peerless taste, his unrivaled knowledge of the world. But when they next meet, Charlus is outraged at the young man’s ignorance, presumption, and cloddishness. Their friendship is finished before it ever really gets started.

The next sighting clarifies matters: Marcel spies Charlus in the courtyard of the Guermantes mansion—Charlus belongs to that venerable family—evidently bemused by the look of a tailor named Jupien who has a shop there. After a wordless mating dance, the two men withdraw to Jupien’s shop, where they have at it with vociferous gusto. The noise they make—Marcel can hear but cannot see them—sounds as though one might be slitting the other’s throat, so close are the groans of pleasure to those of pain. Once the indispensable facts are known, everything else falls into place. Charlus is in love with an ideal manliness because he is, in the crucial respect, a woman.

The long meditation on homosexuality that follows this episode is often taken to be Proust’s definitive word on the subject. Some passages are certainly heartfelt and magniloquent: “a race upon which a curse is laid and which must live in falsehood and perjury because it knows that its desire, that which constitutes life’s dearest pleasure, is held to be punishable, shameful, an inadmissible thing.” Marcel is even capable of attributing to sexual collisions like Charlus’s and Jupien’s a kind of sublime necessity:

[T]his Romeo and this Juliet may believe with good reason that their love is not a momentary whim but a true predestination, determined by the harmonies of their temperaments, and not only by their own personal temperaments but by those of their ancestors, by their most distant strains of heredity, so much so that the fellow creature who is conjoined with them has belonged to them from before their birth, has attracted them by a force comparable to that which governs the worlds on which we spent our former lives.

But as Marcel comes to know more and more about Charlus, his frothy enthusiasm turns to disgust and horror. At the funeral of Charlus’s wife, whom Charlus has spoken of as the most noble and beautiful person he had ever known, the Baron tries to pick up an altar boy. When World War I depletes the supply of eligible men, he takes to molesting children. He bankrolls a male brothel, of which Jupien becomes the innkeeper. There Marcel, who has wandered in innocently one night, sees Charlus chained to a bed and beaten with a whip studded with nails, afterward protesting to Jupien that his torturer was not “sufficiently brutal.” When Charlus leaves, Jupien boasts to Marcel that his establishment has the toniest, most cultivated clientele. Marcel replies that it is “worse than a madhouse, since the mad fancies of the lunatics who inhabit it are played out as actual, visible drama—it is a veritable pandemonium.”

_____________

Normality, decency, goodness are, in short, the rarest of commodities in Proust’s world. Nor does their scarcity make them prized, except in the eyes of Marcel and a few other uncharacteristic souls. Instead, decency is seen by most as a social handicap; the Verdurins’ circle of bourgeois snobs, for example, barely tolerates a stammering, clumsy paleographer named Saniette. Monsieur Verdurin’s mockery of Saniette’s speech impediment makes “the faithful burst out laughing, looking like a group of cannibals in whom the sight of a wounded white man has aroused the thirst for blood.” And nowhere is this savage tribalism more marked than in the antipathy that those who consider themselves true Frenchmen feel for Jews.

Anti-Semitism is everywhere in Proust’s novel. Perhaps the most repellent instance occurs when the madam of a cheap brothel Marcel is visiting touts the exotic richness of the prostitute Rachel’s flesh: “And with an inane affectation of excitement which she hoped would prove contagious, and which ended in a hoarse gurgle, almost of sensual satisfaction: ‘Think of that, my boy, a Jewess! Wouldn’t that be thrilling? Rrrr!’ ”

Those in the highest reaches of society share the sentiments of the lowest. Thus, Charlus is given to maniacal explosions of loathing for Jews, while the Prince de Guermantes, Swann tells Marcel, hates Jews so much that, when a wing of his castle caught fire, he let it burn to the ground rather than send for fire extinguishers to the house next door, which happened to be the Rothschilds’. Swann is himself one of the rare Jews allowed entrance to the highest society, which leads to the outrage of the Duc de Guermantes when Swann, who had always impressed him as a Jew of the right sort, “an honorable Jew,” turns out to be an outspoken Dreyfusard.

As in its sentiments toward Jews, so in every other way, the social world in Proust is revealed as a “realm of nullity.” Any glimmer of moral discrimination, let alone of true understanding, shines like a beacon; for the most part, darkness prevails. In the famous closing scene of The Guermantes Way, the duke and duchess, on their way to a dinner party, are bidding good evening to Swann and Marcel. The duchess inquires whether Swann will join them on a trip to Italy ten months hence; Swann replies that he is mortally ill and will be dead by then. The duchess does not know how to respond: “placed for the first time in her life between two duties as incompatible as getting into her carriage to go out to dinner and showing compassion for a man who was about to die, she could find nothing in the code of conventions that indicated the right line to follow.”

With his “instinctive politeness,” Swann senses the duchess’s discomfort and says he must not detain them: “he knew that for other people their own social obligations took precedence over the death of a friend.” And yet, although the duke and duchess do not have a moment to spare to comfort their dying friend, they nevertheless do delay their departure while the duchess, who is wearing black shoes with her red dress, changes at her husband’s insistence into a more suitable pair of red shoes.

This portrait of gross moral insensibility in the face of death is comedy of manners at its most scathing, perhaps even overdone: the duke complains that his wife is dead-tired, and that he is dying of hunger. The indignant Marcel rewards the stupidity of these preposterous creatures with unforgettable strokes of cold fury. On another distressing occasion, a doctor preoccupied with his social calendar pronounces casually that Marcel’s grandmother is dying, and Marcel observes, “Each of us is indeed alone.” One has friends and lovers and family, one mixes in the best society, but finally one has no intimates. Death comes for us strictly one by one—a thought hardly to be borne.

_____________

Marcel’s triumph is that he does find a way to bear it, indeed to overcome it. In Time Regained, after spending years in a sanatorium, he is on his way to a party hosted by the Duchesse de Guermantes. The previous day he had experienced what he thought was his final disillusionment with the life of literature, but as he enters the courtyard of the Guermantes mansion a revelatory sensation changes his life. A car nearly hits him, and when he steps back out of its way he places his foot on a paving stone that is slightly lower than the one next to it; this unevenness underfoot fills him with an inexplicable and extraordinary joy.

Rocking back and forth on the irregular pavement, Marcel remembers standing on two uneven stones in the baptistery of St. Mark’s in Venice, and all the various sensations associated with that particular moment come flooding back. Similar marvels await him when he enters the Guermantes house and, twice more, involuntary memories overwhelm him in their glory. He is supremely happy, but cannot at first explain it. Why should this sudden efflorescence of memory have “given me a joy which . . . sufficed, without any other proof, to make death a matter of indifference”? He concludes that such episodes of transfiguring lucidity, for as long as they last, annihilate time, and are the most that a living man will know of eternity.

But just when he believes himself certain of the ultimate reality of timelessness, he is reminded sharply that time, too, is undeniably real. The party to which he is presently admitted strikes him, at first, as a masquerade, where everyone has been made up to look old. But the truth is that everyone looks old because everyone is old. Marcel has been away a long time, and time has done its work. Withered, sagging, shuffling, sputtering, wheezing, this assemblage of geezers and crones is the sad remnant of a company once distinguished for its beauty and vigor.

At last Marcel has penetrated the real world, and sees what he is supposed to do with his new knowledge: to write the book that one is reading. The awareness of time’s passing spurs him to get down to the serious work that will offer him life’s supreme pleasure: illuminating the nature of timelessness. “How happy would he be, I thought, the man who had the power to write such a book! What a task awaited him!”

_____________

Love, death, society, art: Proust takes on the great themes. Does he do them justice?

Love as Proust writes about it is love as he experienced it: a neediness so desperate no possible response can satisfy it, a relentless harrying demand for complete possession, intensified by the perversity or promiscuity or unavailability of the beloved. What Proust knows of love he knows as almost no one else does. On jealousy—and the hatred and self-hatred it causes—he is an indisputable authority, who has perhaps only Shakespeare for a rival. But about love itself, Shakespeare knows a great deal else, while Proust has the specialist’s habit of going on about his subject as though it were the only thing deserving attention. The effect is of moral lopsidedness and incompletion, as though Tolstoy had devoted the whole of Anna Karenina to Anna and Vronsky’s wretched adultery without the counterweight of Levin and Kitty’s triumphant love; such a novel could still be a great one, but something vital would be missing.

Complicating this picture of Proustian love is Marcel’s attitude toward homosexuality. Although Proust enjoys cult status among homosexuals, the treatment of homosexuality in his great novel is, as we have seen, anything but purely admiring. André Gide, outspoken champion of homosexual freedom, chastised Proust, though only in private, for the disservice he did the cause: by taking an “impartial point of view,” Gide said, Proust had “branded this subject with a red-hot iron that serves conventional morality far more effectively than the most emphatic moral treatises.” (And Gide was commenting only on Sodom and Gomorrah; he had yet to read the brothel scene, which takes place in Time Regained.)

Gide later relented of his severity, after a conversation with Proust left him with the realization “that what we find ignoble, derisive, or disgusting [in his book] does not seem to him so repulsive.” But can it really be that Proust intended the reader to see Marcel’s revulsion at the scene in the male brothel as wrong, or as some sort of moral defect? Admittedly, there are passages (like the one quoted earlier) in which Marcel rises to an overt defense of homosexuality; and a rhetorical ploy he favors is to compare the plight of homosexuals to that of the Jews. Yet although Marcel may claim that the two conditions are morally comparable, he shows otherwise. If there is an unsavory Jew or two in the novel—the social-climbing writer Bloch, for instance—their peccadilloes do not approach the patent monstrosities of Charlus.

While Proust spends countless pages of fevered analysis on love, death gets only a few brief passages—but they are extraordinary. Marcel’s most exacting criticism of society is that its forms do not accommodate the fact of mortality: the overriding concern with propriety turns the heart to stone, and the death of a friend or relative only gets in the way of those who go on living. His vision of human solitude in the face of death reminds one of Edvard Munch’s great and dreadful painting Grief, in which a roomful of people are arrayed around the bed of a dead woman: no one touches or even looks at anyone else; each is locked in his own impenetrable sorrow, mourning by himself and, one suspects, for himself.

But unlike Munch, Proust does admit the possibility of consolation, even of redemption. The writer Bergotte dies while sitting in a museum and looking at a patch of yellow wall in a painting by his beloved Vermeer. This devotional attitude moves Marcel to think of “a different world, a world based on kindness, scrupulousness, self-sacrifice, a world entirely different from this one and which we leave in order to be born on this earth, before perhaps returning there. . . . So that the idea that Bergotte was not permanently dead is by no means improbable.” It is this spiritual capaciousness that Saul Bellow’s Mr. Sammler has in mind when he speaks of In Search of Lost Time as “a high-ceilinged masterpiece.”

_____________

In the end, of course, there is only one sort of life that Proust believes to be worth living: the life of the artist. Neither bourgeois respectability nor aristocratic gaiety possesses any lasting hold on Marcel; both represent the unreal world he finds his way out of, and are of interest only insofar as they give him something to write about. But more towering artists than Proust have rendered ordinary lives with an imaginative sympathy that makes such lives extraordinary. Indeed, this imaginative sympathy, this sense that life holds out the possibility of fulfillment and happiness even for people who do not happen to be artists, is what makes both Goethe and Tolstoy greater writers than Proust.

As for those masters—Flaubert, Joyce, Wallace Stevens—who claim that art is the best thing life has to offer, none of them delivers so grandly as Proust. But here another irony needs to be registered. For what lives most memorably in his novel is not the “real” world of Marcel’s highest aspirations but the “unreal” world, the world of thumbscrew love and puddinghead society; the timeless reality Marcel evokes seems dim indeed beside Charlus’s bed of pain or the duchess’s red shoes. A lifetime of hard suffering went into this masterpiece, and, for better and for worse, it is humanity in its heartache and failure that enjoys pride of place.

Whether Proust found the joy in the writing of his novel that Marcel professes to know is a question. The writing certainly took everything he had. His devoted housekeeper Céleste Albaret recalled that one night in the spring of 1922 Proust summoned her and declared, “I have important news. Tonight, I wrote the word ‘end.’ Now I can die.” He did everything that he had it in him to do. That is a claim few can make.

_____________

1 Yale University Press, 960 pp., $35.00.

2 Translated by Evan Cameron. Viking, 934 pp., $45.00.

3 The first English translation of the novel (1922-1931), by C.K. Scott-Moncrieff, is justly renowned; F. Scott Fitzgerald called it “a masterpiece in itself.” Revised by Terence Kilmartin (1982), it is still available under the title Remembrance of Things Past, and this is the translation I will be referring to (Vintage paperback). D.J. Enright’s further revision of this version bears the more accurate title In Search of Lost Time (Modern Library). Penguin Books promises yet another translation due out next year.


Société: Vous avez dit flocons de neige ? (Guess who created Generation Snowflake ?)

18 janvier, 2018

‘Generation Snowflake’ is a fragile, thin-skinned younger generation that can’t cope with conflicting views
« Avec l’affaire Weinstein et « balance ton porc », on a un renversement de perspective : le problème n’est plus la culture de l’agresseur, c’est sa nature même de mâle, d’animal, de cochon. La nature a remplacé la culture comme origine de la violence. »Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Le mouvement #Metoo est une bonne chose mais (…) ne transformons pas les femmes en flocons de neige. N’infantilisons pas les femmes. Condoleeza Rice
Depuis cet automne et le début de la campagne #MeToo, on pouvait en effet avoir l’impression de vivre dans un monde caractérisé par l’exploitation sexuelle, l’avilissement et la haine des femmes ou les violences qui leur sont faites. Sauf que non, le mouvement #MeToo ne se préoccupait pas des régions du monde où tout cela est vrai. Il n’était pas question de ces pays où les femmes sont la propriété d’hommes, qui peuvent faire ce qu’ils veulent d’elles – les lapider ou les asperger d’acide. Il ne s’agissait pas de celles qui ont urgemment besoin d’aide. On parlait ici des femmes occidentales. C’est à Hollywood, berceau de grandes épopées sur la liberté, l’amour et l’aventure, qu’a commencé le mouvement. Le producteur Harvey Weinstein avait fait une offre implicite à l’actrice Ashley Judd : coucher pour décrocher un rôle. Elle n’était pas la seule. Elles étaient nombreuses dans le même cas, peut-être toutes [à Hollywood]. Mais personne n’avait rien dit. C’est alors que la folie a commencé : des millions de femmes, vivant dans les pays les plus libéraux, les plus éclairés et les plus prospères de la planète, se sont mises à écrire sur Twitter de quels abus elles avaient été victimes. De l’acte le plus grave au plus anodin, tout a été mis sur le même plan. C’était comme si plus aucune femme en Occident ne pouvait prendre l’ascenseur ou entrer dans une salle de réunion sans se retrouver humiliée. Die Welt
There is a bit of a witch hunt happening too. (…) There is a movement happening and it’s healthy and it’s across every industry. The focus seems to be on Hollywood but it’s across every industry. Liam Neeson
Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste. A la suite de l’affaire Weinstein a eu lieu une légitime prise de conscience des violences sexuelles exercées sur les femmes, notamment dans le cadre professionnel, où certains hommes abusent de leur pouvoir. Elle était nécessaire. Mais cette libération de la parole se retourne aujourd’hui en son contraire : on nous intime de parler comme il faut, de taire ce qui fâche, et celles qui refusent de se plier à de telles injonctions sont regardées comme des traîtresses, des complices ! Or c’est là le propre du puritanisme que d’emprunter, au nom d’un prétendu bien général, les arguments de la protection des femmes et de leur émancipation pour mieux les enchaîner à un statut d’éternelles victimes, de pauvres petites choses sous l’emprise de phallocrates démons, comme au bon vieux temps de la sorcellerie. De fait, #metoo a entraîné dans la presse et sur les réseaux sociaux une campagne de délations et de mises en accusation publiques d’individus qui, sans qu’on leur laisse la possibilité ni de répondre ni de se défendre, ont été mis exactement sur le même plan que des agresseurs sexuels. Cette justice expéditive a déjà ses victimes, des hommes sanctionnés dans l’exercice de leur métier, contraints à la démission, etc., alors qu’ils n’ont eu pour seul tort que d’avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses « intimes » lors d’un dîner professionnel ou d’avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l’attirance n’était pas réciproque. Cette fièvre à envoyer les « porcs » à l’abattoir, loin d’aider les femmes à s’autonomiser, sert en réalité les intérêts des ennemis de la liberté sexuelle, des extrémistes religieux, des pires réactionnaires et de ceux qui estiment, au nom d’une conception substantielle du bien et de la morale victorienne qui va avec, que les femmes sont des êtres « à part », des enfants à visage d’adulte, réclamant d’être protégées. En face, les hommes sont sommés de battre leur coulpe et de dénicher, au fin fond de leur conscience rétrospective, un « comportement déplacé » qu’ils auraient pu avoir voici dix, vingt ou trente ans, et dont ils devraient se repentir. La confession publique, l’incursion de procureurs autoproclamés dans la sphère privée, voilà qui installe comme un climat de société totalitaire. La vague purificatoire ne semble connaître aucune limite. Là, on censure un nu d’Egon Schiele sur une affiche ; ici, on appelle au retrait d’un tableau de Balthus d’un musée au motif qu’il serait une apologie de la pédophilie ; dans la confusion de l’homme et de l’œuvre, on demande l’interdiction de la rétrospective Roman Polanski à la Cinémathèque et on obtient le report de celle consacrée à Jean-Claude Brisseau. Une universitaire juge le film Blow-Up, de Michelangelo Antonioni, « misogyne » et « inacceptable ». A la lumière de ce révisionnisme, John Ford (La Prisonnière du désert) et même Nicolas Poussin (L’Enlèvement des Sabines) n’en mènent pas large. Déjà, des éditeurs ­demandent à certaines d’entre nous de rendre nos personnages masculins moins « sexistes », de parler de sexualité et d’amour avec moins de démesure ou encore de faire en sorte que les « traumatismes subis par les personnages féminins » soient rendus plus évidents ! (…) Le philosophe Ruwen Ogien défendait une liberté d’offenser indispensable à la création artistique. De même, nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle. Nous sommes aujourd’hui suffisamment averties pour admettre que la pulsion sexuelle est par nature offensive et sauvage, mais nous sommes aussi suffisamment clairvoyantes pour ne pas confondre drague maladroite et agression sexuelle. Surtout, nous sommes conscientes que la personne humaine n’est pas monolithe : une femme peut, dans la même journée, diriger une équipe professionnelle et jouir d’être l’objet sexuel d’un homme, sans être une « salope » ni une vile complice du patriarcat. Elle peut veiller à ce que son salaire soit égal à celui d’un homme, mais ne pas se sentir traumatisée à jamais par un frotteur dans le métro, même si cela est considéré comme un délit. Elle peut même l’envisager comme l’expression d’une grande misère sexuelle, voire comme un non-événement. En tant que femmes, nous ne nous reconnaissons pas dans ce féminisme qui, au-delà de la dénonciation des abus de pouvoir, prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité. Nous pensons que la liberté de dire non à une proposition sexuelle ne va pas sans la liberté d’importuner. Et nous considérons qu’il faut savoir répondre à cette liberté d’importuner autrement qu’en s’enfermant dans le rôle de la proie. Pour celles d’entre nous qui ont choisi d’avoir des enfants, nous estimons qu’il est plus judicieux d’élever nos filles de sorte qu’elles soient suffisamment informées et conscientes pour pouvoir vivre pleinement leur vie sans se laisser intimider ni culpabiliser. Les accidents qui peuvent toucher le corps d’une femme n’atteignent pas nécessairement sa dignité et ne doivent pas, si durs soient-ils parfois, nécessairement faire d’elle une victime perpétuelle. Car nous ne sommes pas réductibles à notre corps. Notre liberté intérieure est inviolable. Et cette liberté que nous chérissons ne va pas sans risques ni sans responsabilités. Collectif
Oui, j’ai signé cette pétition, et cependant, il me paraît absolument nécessaire aujourd’hui de souligner mon désaccord avec la manière dont certaines pétitionnaires s’octroient individuellement le droit de se répandre dans les médias, dénaturant l’esprit même de ce texte. Dire sur une chaîne de télé qu’on peut jouir lors d’un viol est pire qu’un crachat au visage de toutes celles qui ont subi ce crime. Non seulement ces paroles laissent entendre à ceux qui ont l’habitude d’user de la force ou de se servir de la sexualité pour détruire que ce n’est pas si grave, puisque finalement il arrive que la victime jouisse. Mais quand on paraphe un manifeste qui engage d’autres personnes, on se tient, on évite de les embarquer dans sa propre incontinence verbale. C’est indigne. Et évidemment rien dans le texte ne prétend que le harcèlement a du bon, sans quoi je ne l’aurais pas signé. (…) «J’ai enfin signé ce texte pour une raison qui, à mes yeux, est essentielle : le danger des nettoyages dans les arts. Va-t-on brûler Sade en Pléiade ? Désigner Léonard de Vinci comme un artiste pédophile et effacer ses toiles ? Décrocher les Gauguin des musées ? Détruire les dessins d’Egon Schiele ? Interdire les disques de Phil Spector ? Ce climat de censure me laisse sans voix et inquiète pour l’avenir de nos sociétés. «On m’a parfois reproché de ne pas être féministe. Dois-je rappeler que j’étais une des 343 salopes avec Marguerite Duras et Françoise Sagan qui a signé le manifeste « Je me suis fait avorter » écrit par Simone de Beauvoir ? L’avortement était passible de poursuite pénale et emprisonnement à l’époque. C’est pourquoi je voudrais dire aux conservateurs, racistes et traditionalistes de tout poil qui ont trouvé stratégique de m’apporter leur soutien que je ne suis pas dupe. Ils n’auront ni ma gratitude ni mon amitié, bien au contraire. Je suis une femme libre et je le demeurerai. Je salue fraternellement toutes les victimes d’actes odieux qui ont pu se sentir agressées par cette tribune parue dans le Monde, c’est à elles et à elles seules que je présente mes excuses. Catherine Deneuve
Quelque chose vient de changer dans la dénonciation des agressions sexuelles. Qu’on se rappelle celles de Cologne lors du Nouvel An 2016, ou bien le débat sur la circulation des femmes dans les « quartiers » : la faute était attribuée alors à la culture des agresseurs (en l’occurrence, bien sûr, l’islam). Les agressions commises par des hommes occidentaux bien sous tous les rapports étaient soit minimisées, soit présentées comme relevant d’une pathologie individuelle. Et la solution était de promouvoir les « valeurs occidentales » de respect de la femme. Or avec l’affaire Weinstein et « balance ton porc », on a un renversement de perspective : le problème n’est plus la culture de l’agresseur (de toutes races et de toutes religions, éduqué, cultivé voire même, en public, grand défenseur des « valeurs occidentales »), c’est sa nature même de mâle, d’animal, de cochon. La nature a remplacé la culture comme origine de la violence. Mais on ne soigne pas le mal du mâle de la même manière quand il s’agit d’un retour d’animalité ou d’un conditionnement culturel. Ce changement de perspective (qu’il soit ou non pertinent, qu’il soit une vraie révolution ou bien un coup de mode) a de profondes conséquences anthropologiques. En effet, jusqu’ici, comme l’ont noté depuis longtemps les auteures féministes, toutes les grandes constructions idéologiques expliquant l’origine de la société s’entendaient pour faire de l’homme l’acteur du passage à la culture, et pour voir en la femme celle qui garde un pied (voire plus) dans la nature. Et pas la peine de revenir aux pères de l’Eglise. La philosophie des Lumières, qu’on crédite de nos « valeurs » séculières modernes, faisait de l’homme l’acteur du contrat social, qui arrachait l’humanité à un état de nature dans lequel restait largement immergée la femme, logiquement dépourvue de droits civiques jusqu’à récemment ; cette dernière mettait au monde l’être humain, l’homme en faisait un citoyen. L’anthropologie a longtemps fait de l’échange des femmes la condition (ou le signe) du passage à la société, et donc du passage à la culture (on ne parle jamais d’échange des hommes, et les rares sociétés matriarcales ne remettent pas en cause la domination politique de l’homme). La psychanalyse, dans son versant mythologique (Totem et Tabou), pulsionnel (les aventures du pénis) ou symbolique (que le père soit la métaphore de la loi ou la loi la métaphore du père), a gardé l’homme au centre de la sublimation culturelle. Le seul progrès, c’est que le masculin n’est plus nécessairement un homme biologique mais un principe : les femmes peuvent enfin porter la culotte (même si le salaire ne suit pas). Mais elles ne se transforment pas pour autant en prédatrices sexuelles : cela reste l’apanage du mâle. Evidemment, la violence masculine n’a jamais été ignorée par les cultures. Toutes ont développé des stratégies pour à la fois la canaliser et la légitimer (une fois canalisée) : de l’honneur à la séduction, nos sociétés occidentales ont su socialiser, voire esthétiser, la virilité (juste pour mémoire, ce qu’on appelle aujourd’hui « crime d’honneur » dans les autres sociétés s’appelait chez nous « crime passionnel » et valait circonstances atténuantes ; le meurtre d’une épouse n’a longtemps été, pour les journaux, qu’un « drame familial », comme si, par définition, la société n’était pas concernée). Il suffit de voir la nostalgie des sites conservateurs français où on se gausse discrètement de l’hystérie (si ! si !) des campagnes contre le harcèlement, qui noieraient la « séduction à la française », chère à nos films en noir et blanc, sous la tyrannie du puritanisme américain d’Hollywood. Question d’« atmosphère », comme dirait Arletty. Cette domestication/valorisation de la violence masculine a donc toujours été transmutée en culture, voire en haute culture. Et la définition même de la culture, c’est de mettre en ordre la nature, de l’inscrire dans un système partagé de sens, de symboles, de langage, devenu implicite au point de passer pour une seconde nature. C’est ce que Bourdieu analyse (entérine, pour des auteurs féministes) sous le nom d’habitus, un comportement collectif normé, acquis et inconscient. La transgression et la faute ne font sens qu’à partir de ce système. (…) Mais alors, pourquoi la révolte est-elle possible aujourd’hui, alors qu’elle n’est appuyée par aucune violence, aucune prise de pouvoir, aucune nouvelle gouvernance (au contraire, les cibles se trouvent avant tout dans l’establishment, lequel n’est pas menacé en tant que tel) ? On ne peut même pas parler de mobilisation populaire, encore moins de révolte politique. Comment penser cette vague de fond ? Qu’est-ce qui a changé ? Il faut, bien sûr, revenir aux origines récentes du féminisme comme mouvement social, c’est-à-dire à la grande vague des années 1960 dénonçant l’ordre établi et le patriarcalisme, prônant l’utopie et la libération sexuelle, et faisant de la sexualité une question politique (ce qu’elle est restée). Mai 68 est bien une révolution des mœurs. Mais il y a ici un paradoxe : comment expliquer qu’un mouvement qui s’est défini par la libération sexuelle se traduise in fine par une entreprise systématique de codification normative des comportements sexuels ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit : on ne demande pas au « porc » de se cultiver (il s’agit souvent de gens très cultivés justement, et contraints à la contrition ou à l’exil par l’acharnement judiciaire ou la vox populi : ils ont plus à voir avec l’émigré de Coblence qu’avec l’immigré de Cologne, car comme le premier, ils n’ont souvent rien appris ni rien oublié). Il doit se repentir et apprendre un nouveau code de comportement qui, pour lui, relève d’une langue étrangère. On remarquera par exemple que les artistes, acteurs et auteurs accusés d’agressions sexuelles voient leurs œuvres être soudainement « néantisées », voire, pour des acteurs, leur présence physique effacée des films. Il n’y a plus d’argument culturel pour l’excuser ou pour le sauver, mais une tabula rasa, sur laquelle on pose l’animalité brute. Et le problème surgit alors : comment socialiser cette animalité, comment humaniser le cochon ? On touche ici peut-être le nœud de la question, qui est toujours le lien entre culture et nature. L’apologie philosophique, voire idéologique, de la nature comme désir, c’est-à-dire en fait comme liberté de la pulsion débarrassée du poids de la culture, produit aujourd’hui son contraire : le triomphe de la normativité. Mais d’une normativité débarrassée aussi du poids de la culture. Car il ne s’agit en rien d’un retour à l’ordre moral de l’ancien temps. On a d’ailleurs un intéressant paradoxe : les plus réticents devant cette nouvelle police du corps sont justement les conservateurs traditionnels, chrétiens en particulier. (…) Il y a bien un mouvement de fond car, déjà avant l’affaire Weinstein, les campus américains s’étaient lancés dans la prévention du harcèlement sexuel. Or ces campagnes ont une caractéristique intéressante : elles ne sont pas fondées sur une approche éthique, mais sur une pédagogie autoritaire, où l’on doit mémoriser un nouveau code de gestuelle et d’énoncés, comme si la mise en œuvre des nouvelles normes supposait que les hommes soient incapables de comprendre d’eux-mêmes quel est le problème. Si nous revenons à la comparaison avec Cologne, dans les deux cas, l’étudiant blanc du campus et l’immigré basané sont traités de la même manière par une pédagogie directive et condescendante : en Allemagne, on distribue des affichettes comminatoires (une main aux fesses barré d’un NEIN en noir et d’une croix en rouge, comme un panneau de code de la route) ; dans les campus américains (où l’on peut aussi trouver ce type d’affichettes), on instaure des cours obligatoires avec exercices pratiques où John, immobile (et debout) doit demander à Sarah : « Puis-je poser ma main sur ton épaule ? », attendre un oui clair et explicite puis, de nouveau, : « Sarah, puis-je poser ma deuxième main sur ton autre épaule ? », attendre un oui et ainsi de suite au fil des jours, jusqu’à ce qu’ils se marient et fassent beaucoup d’enfants (on peut toujours rêver). On leur apprend non seulement ce qu’il ne faut pas faire (ce qui est légitime), mais surtout ce qu’il faut faire, comme si, d’un seul coup, l’instinct avait disparu, ou plutôt comme si, entre deux êtres, il n’y avait plus de culture partagée, c’est-à-dire d’implicite et de non-dit. Tout doit être dit, la vie est un contrat à renouveler à chaque instant : c’est la sexualité en CDD (d’ailleurs institutionnalisée de manière plus ludique, et peut-être jouissive, par les sites de rencontres). (…) Surtout, ce glissement de la culture au code n’est pas confiné à la question sexuelle. C’est une caractéristique profonde de la mondialisation, qui entraîne une crise des cultures. (…) Il y a par ailleurs un rapport étroit entre le fondamentalisme religieux et la normativité issue de la culture hippie : pour ceux que cela surprend, l’évangélisme contemporain et le mouvement hippie ont le même lieu et la même date de naissance (et beaucoup sont passés du second au premier) : la Californie des années 1960, qui est devenue aujourd’hui un des lieux où la vie quotidienne est la plus normée de tout le monde occidental, tout en se réclamant d’une utopie libertaire. L’on retrouve dans les fondamentalismes religieux contemporains cette obsession de la normativité des gestes de la vie quotidienne, cette difficulté à gérer le cochon qui sommeille, même si on le baptise du nom de péché originel, cette volonté de contrôler le corps et le sexe. Dans le fond, le hippie et le salafi sont des cousins qui s’ignorent. Olivier Roy
Vous n’êtes pas exceptionnels. Vous n’êtes pas un flocon de neige merveilleux et unique. Vous êtes faits de la même substance organique pourrissante que tout le reste. Nous sommes la merde de ce monde, prête à servir à tout. Tyler Durden (Fight club)

Comment « flocon de neige » est devenu une insulte pour toute une génération

Ne pas accepter le Brexit, manifester contre Donald Trump ou être jeune, tout simplement : il n’en faut pas plus pour se faire traiter de « flocon de neige » au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Un flocon de neige, c’est délicat, gracieux, féérique. Ça fait penser à la magie de Noël, au vin chaud dégusté au pied des pistes et à La Reine des Neiges. C’est un terme aux sonorités douces qui renvoie à des images positives, réconfortantes. Mais au Royaume-Uni et aux États-Unis, « flocon de neige » (« snowflake » en VO) est devenu une étiquette péjorative, voire une insulte, qui s’est largement répandue en 2016.

Le mois dernier, Chuck Palahniuk, l’auteur du best-seller Fight Club (1996), s’en octroyait la paternité. Interrogé par l’Evening Standard, il rappelait que son anti-héros Tyler Durden, un anticonformiste qui encourage des hommes à retrouver leur virilité en se battant, dit à ses disciples : « Vous n’êtes pas spécial. Vous n’êtes pas un flocon de neige, beau et unique. » Une réplique reprise nonchalamment par Brad Pitt dans le film de David Fincher (1999) :

Après la victoire du Brexit le 23 juin 2016 et celle de Donald Trump le 8 novembre dernier, le « flocon de neige » s’est répandu telle une trainée de poudre. Dans le discours politique, dans les médias, sur les réseaux sociaux, les grands gagnants utilisent ce mot innocent pour se moquer des pro-européens et des anti-Trump qui n’acceptent pas le nouveau paysage politique. Pour clouer le bec aux manifestants, aux journalistes (comme le site phare de l’alt-right américaine Breitbart), à ceux qui ne pensent pas comme eux… ou tout simplement à ceux qui ne comprennent pas leur humour. Le mois dernier, Michael Gove, l’une des grandes figures de la campagne pro-Brexit, s’en servait pour défendre Boris Johnson, critiqué pour avoir comparé François Hollande à un bourreau de la Seconde Guerre mondiale.

« Les personnes ‘offensées’ par les commentaires du ministre des Affaire étrangères sont des flocons de neige qui manquent d’humour et délibérément obtus. C’est une métaphore pleine d’esprit. »

Le jeune, ce punching ball

Offenser. Ce mot rime désormais avec flocon de neige. Pour les amateurs de cette insulte, les manifestants pro-européens et anti-Trump pleurent, geignent et sont colériques comme des enfants pourris gâtés. D’ailleurs, ce sont souvent les jeunes adultes qui sont visés. Pas étonnant vu que 75 % des 18-24 ans britanniques ont voté pour rester dans l’UE et que 55 % des 18-29 ans américains ont donné leur voix à Hillary Clinton (37 % ont soutenu Donald Trump).

Un mois après le référendum du Brexit, dans une tribune publiée sur le Huffington Post, Janice Atkinson – une députée européenne indépendante (virée du UKIP pour des soupçons de fraude) et membre du groupe coprésidé par Marine Le Pen L’Europe des nations et des libertés – tournait en dérision cette génération « dont les études médiatiques, de cinéma, de chant et de danse sont des pertes de temps » qui « coûtent de l’argent aux contribuables ». Outre-Atlantique, Kellyanne Conway, conseillère du nouveau président américain, se désolait sur Fox News : « Nous traitons les adolescents et les millennials comme des précieux flocons de neige. » Ah, le fameux mythe d’une génération à prendre avec des pincettes !

« Moins résilients, plus susceptibles »

Tous les ans, le Collins English Dictionary dresse la liste des 10 mots ou expressions qui ont marqué l’année. Entre le « Brexit », qui est sans surprise le grand gagnant de 2016, et le « hygge », la recette danoise du bonheur, l’expression « generation snowflake » s’est glissée dans ce top 10. Selon le prestigieux dico britannique, elle désigne « les jeunes adultes des années 2010, qui sont perçus comme moins résilients et plus susceptibles que les générations précédentes ».

En un mot, c’est une énième expression pour qualifier les millennials, les personnes nées dans les années 1980-1990, que les médias anglophones adorent opposer à leurs parents, les baby boomers. Mais si le terme « millennial » est parfois utilisé pour simplement souligner les spécificités du mode de vie des jeunes adultes (par exemple, ils investissent moins dans l’immobilier que leurs parents), l’expression « generation snowflake » ne leur laisse aucune chance. Éditorialistes et écrivains ont trouvé une nouvelle variante lexicale pour leur taper dessus.

Panique sur les campus

De la version britannique de GQ au conservateur The Spectator, en passant par le tabloid très à droite (et très limite) The Daily Mail, un profil se dessine : le millennial de base se plaint et aime se plaindre, ne supporte pas les critiques et est facilement outragé. La Britannique Claire Fox a probablement contribué à sa généralisation au Royaume-Uni en publiant en mai 2016 l’ouvrage (de 200 pages tout de même) I Find That Offensive qui définit, en quelque sorte, la generation snowflake. En prenant un ton volontairement provocateur, et un poil moralisateur, la directrice du think tank Institute of Ideas déplore pêle-mêle que :

  • Dans des universités américaines, « des étudiants demandent des ‘trigger warnings’ [le fait de prévenir qu’un contenu peut s’avérer choquant, ndlr] pour des textes classiques divers comme Mrs Dalloway de Virginia Woolf, en raison de ses ‘tendances suicidaires’, ou Les Métamorphoses d’Ovide, en raison de ses ‘agressions sexuelles’. » ;
  • « les safe spaces [espaces mis en place sur des campus réservés à des groupes spécifiques (femmes, LGBT…), pour que ses membres puissent discuter sans être confrontés à des discours de haine, ndlr] sont devenus une indéniable menace à la liberté d’expression » ;
  • « les étudiants souffrent réellement d’anxiété à cause de désagréments mineurs et d’une pression académique tout à fait normale« .

Les concepts de « trigger warning », « safe space » ou encore de « no-platforming » – le fait d’empêcher une personnalité controversée de participer à un débat public – sont intrinsèquement liés à la generation snowflake. Ils englobent des initiatives qui se sont multipliées sur les campus américains puis britanniques ces dernières années. Au point que certains universitaires et intellectuels, outre-Manche et outre-Atlantique, craignent qu’elles portent atteinte à la liberté d’expression. Il faut reconnaître que certains exemples extrêmes desservent ces concepts facilement tournés en dérision, comme dans cet épisode de South Park.

Frankenstein des temps modernes

« Nous avons, en résumé, créé notre propre monstre de Frankenstein [sic] extrêmement anxieux mais arrogant, facilement offensé mais qui s’en réserve le droit, et très susceptible », conclut Claire Fox, qui insiste sur la responsabilité des baby boomers et leur mode d’éducation trop protecteur. « Il y a eu un changement culturel à la fin du XXe siècle. La société est devenue plus individualiste, les parents plus préoccupés par leurs enfants, ce qui a certainement eu un impact sur leur manière de se sociabiliser », reconnaît Jennie Bristow, professeure de sociologie à l’université de Canterbury.

Pour autant, et c’est toujours le problème avec ce genre d’expression généraliste, la generation snowflake est un gros fourre-tout qui n’est certainement pas représentatif de toute une classe d’âge. Et même s’il y a un fond de vérité, on ne peut pas dire que les millennials, les anti-Brexit et les anti-Trump ont le monopole de la susceptibilité. Après tout, c’est le Donald qui geint sur Twitter quand Alec Baldwin l’imite sur le plateau du Saturday Night Live. C’est qui le flocon de neige maintenant ?

Voir aussi:

« Flocon de neige », l’insulte préférée des Trumpistes

Le Parisien
24 février 2017
Génération « snowflake »: « la génération des personnes devenues adultes dans les années 2010, perçues comme moins résistantes et plus susceptibles de se sentir insultées que les générations précédentes ».
Telle est la définition introduite dans le dictionnaire anglais Collins en 2016 pour ce terme péjoratif, employé aux Etats-Unis par les conservateurs et les partisans de Donald Trump dans le but de railler leurs adversaires de gauche, présentés comme des geignards allergiques à la liberté d’expression. Des « flocons de neige », si sensibles et fragiles qu’ils s’effondreraient à l’écoute du moindre discours antagoniste.
A la grande conférence annuelle des conservateurs américains CPAC, près de Washington, des ateliers forment des étudiants venus des quatre coins du pays à militer dans un climat de plus en plus « politiquement correct ».
« Etre conservateur sur un campus, c’est comme lorsqu’on était gay auparavant », explique Max Ortengren, 23 ans, vice-président des républicains de la Florida Gulf Coast University. « On a peur de faire son coming out ».
Cette guerre culturelle a donné naissance à un nouveau vocabulaire.
Des étudiants issus des minorités ont réclamé ces dernières années des « espaces protégés » (« safe spaces ») sur les campus, où les propos intolérants seraient interdits. D’autres réclament des avertissements (« trigger warnings ») si des idées exprimées dans un cours ou une pièce de théâtre sont susceptibles d’heurter certaines sensibilités.
Ces précautions s’assimilent, pour les défenseurs conservateurs de la liberté d’expression, à un refus de débattre et une tentative de museler les opinions minoritaires chez les étudiants.
Max explique avoir attendu deux semaines avant de promouvoir dans son école un événement organisé avec le lobby des armes à feu, de peur que des étudiants de gauche organisent un blocage.
Chloe, 21 ans, est encore sous le choc de l’invasion d’une poignée d’étudiants à une conférence du provocateur gay conservateur Milo Yiannopoulos, sur un campus de Chicago, l’année dernière, pour dénoncer le racisme de Donald Trump. Les manifestants ont occupé la scène et forcé les organisateurs à annuler la rencontre.
« Ca a complètement dérapé », déplore-t-elle. « Pour nous, CPAC est un espace protégé! »
– « Etudiants dorlotés » –
Dans l’une des salles du centre de convention, Casey Mattox anime un atelier intitulé « Comprendre ses droits sur un campus ».
« Mon travail consiste à poursuivre votre université en justice », annonce-t-il.
Son organisation, l’Alliance de défense de la liberté, se spécialise dans la liberté d’expression et d’association des étudiants chrétiens, républicains, pro-armes… en attaquant les écoles sur leurs règlements intérieurs.
« Les gauchistes qui dominent la plupart des campus savourent l’avantage qu’ils ont sur les étudiants et abusent de leur pouvoir pour les endoctriner dans l’idéologie socialiste », lance-t-il à la quarantaine d’étudiants qui assistent à sa présentation.
L’avocat est particulièrement friand des « zones de liberté d’expression » délimitées par les universités, ou des permis préalables à tout rassemblement. Il clame 300 victoires devant les tribunaux du pays.
Dans une salle voisine, Micah Pearce, étudiant en dernière année à la Liberty University, institution évangélique renommée, présente les tactiques pour militer efficacement: être présent sur le terrain et pas seulement en ligne, éviter les noms d’oiseaux, inviter des conférenciers conservateurs connus… et filmer toute éventuelle confrontation avec des contre-manifestants, car un peu de buzz ne fait jamais de mal.
« Ils veulent vous faire taire », martèle-t-il.
Depuis la victoire de Donald Trump en novembre, la formule « flocons de neige » fait florès.
Lors des manifestations anti-Trump, sa directrice de campagne Kellyanne Conway a raillé les jeunes effondrés par la défaite d’Hillary Clinton comme des « précieux flocons de neige ».
Mais le malaise autour du développement de la culture du politiquement correct se répand à gauche également.
En septembre 2015, le président démocrate Barack Obama avait tancé les étudiants qui cherchent à empêcher des conférenciers provocateurs de s’exprimer.
« Je ne suis pas d’accord avec l’idée que les étudiants doivent être dorlotés et protégés contre des points de vue différents », a-t-il expliqué. « Si vous n’êtes pas d’accord avec quelqu’un, vous devez être capables de débattre avec lui. Vous ne devez pas le faire taire ».
Dans les allées de CPAC, les participants refusaient toutefois d’appliquer le terme « flocon de neige » à Donald Trump lui-même, qui se plaint régulièrement sur Twitter de faire l’objet de critiques des médias ou de célébrités comme l’actrice Meryl Streep.

Voir de plus:

En Angleterre, la génération « flocon de neige » ne supporte pas qu’on la juge douillette
Pauline Mille
7 décembre 2017

Génération des flocons de neige » désigne en Angleterre les ados actuels, hypersensibles et qui ne supportent aucune contradiction : or cette génération douillette ne supporte pas qu’on la désigne ainsi, elle juge cela traumatisant. Au départ de ce cercle vicieux, l’éducation.

Ce sont les assurances AVIVA qui le disent, c’est sérieux les assurances, et elles ont commandité pour cela un sondage péremptoire : 72 % des 16-24 ans jugent injuste qu’on parle de « génération flocon de neige » et 74 % pensent que cela peut avoir un effet nocif sur leur santé mentale. Soit près des trois quarts.

Un flocon de neige ne supporte rien, sinon il fond

L’adolescence est un moment délicat, surtout quand elle se prolonge, et la moitié de la génération flocon de neige affirme subir du stress et de l’angoisse, contre un tiers seulement pour l’ensemble des adultes. Un tiers aussi assure avoir du mal à parler de ces problèmes. Selon le médecin chef d’Aviva, Doug Whright, « nos recherches suggèrent que les jeunes adultes rencontrent plus fréquemment des difficultés psychologiques, et que les mots qui critiquent ce groupe d’âge peuvent aggraver le phénomène. Tout terme désobligeant pour un segment de la population est négatif en soi ». En d’autres termes, juger une génération exagérément douillette peut la traumatiser. Or, à l’origine, c’est précisément à une jeunesse nombriliste et fragile comme un Saxe que l’Américain Chuck Palahniuk s’était adressé en 1996 dans son livre Fight Club : « Vous n’êtes pas spéciaux. Vous n’êtes pas un flocon de neige beau et unique ».

L’Angleterre juge la nouvelle génération douillette

Le mot faisait référence à une génération qui végète doucement à l’ombre maternelle des universités américaines, où chacun, qu’il lise ou écoute, se trouve alerté par un signal d’alarme quand survient un passage potentiellement dérangeant, et fréquente à satiété les « safe spaces » (espaces sûrs) où certaines opinions et idées tenues pour potentiellement « offensantes ». Bref, on a élevé cette génération douillette dans un cocon hyper-protégé, de sorte que tout désaccord lui semble une agression, et qu’elle ne le supporte pas, comme le montre le sondage et comme le confirme le commentaire de Doug Whright. Or cette éducation de serre, lorsqu’elle entre en contact avec un monde de plus en plus violent et polémique, par le biais d’internet, provoque chez cette génération douillette un déséquilibre mental que ses mentors, en Angleterre, n’imaginent de guérir que par encore plus de maternage. Jusqu’à ce que les flocons de neige ne fondent devant la réalité.

Voir encore:

Londoner’s Diary: Fight Club’s Chuck Palahniuk: « I coined ‘snowflake’ and I stand by it »

In today’s Diary: Fight Club author Chuck Palahniuk talks ‘snowflakes’| Fraser Nelson on Eurovision hopefuls | David Miliband return rumours| Scientists meet the media | Moonlight special screening

After Donald Trump’s counsellor, Kellyanne Conway, allegedly biffed a guest at the new President’s inauguration ball on Friday and “snowflake” has become a slur against Trump detractors, The Londoner set to wondering: is this all about Fight Club?

So we called Chuck Palahniuk, author of the original novel, made into a film in 1999, to ask him. Chuck broke the first rule of Fight Club by talking about Fight Club. The term snowflake originates from his book. “It does come from Fight Club,” he confirmed down the phone from his home in Oregon. “There is a line, ‘You are not special. You are not a beautiful and unique snowflake.’”

In Fight Club, Tyler Durden leads a generation of emasculated men to rediscover their inner strength by beating the hell out of each other.

Two decades later, Palahniuk sees the modern generation as delicate flowers more than ever. “There is a kind of new Victorianism,” he said. “Every generation gets offended by different things but my friends who teach in high school tell me that their students are very easily offended.”

Now snowflakes have blown across the Atlantic and entered into British parlance. Last week, Boris Johnson warned François Hollande not to administer “punishment beatings” in the Brexit negotiations. His old friend Michael Gove piled in, saying those offended were “deliberately obtuse snowflakes”. And the term has already been re-appropriated by its targets: at the Women’s March in London on Saturday were signs with slogans such as “Damn right we’re snowflakes: Winter is coming”.

Chuck says this is a problem with the Left, not the Right. “The modern Left is always reacting to things,” he opined. “Once they get their show on the road culturally they will stop being so offended.” He added self-effacingly: “That’s just my bulls**t opinion.”

And what about Donald Trump, The Londoner inquired — are people too offended by him? The writer wouldn’t answer. “I’m going to pass on that one,” he said, which led The Londoner to think he might be enjoying this new pugnacious politics.

More strings to the bow for the Milibands

Could David Miliband return from New York? Last year The Londoner heard talk that David’s violinist wife Louise Shackleton might follow Sir Simon Rattle when he takes up the baton at the London Symphony Orchestra this September.

Now the Big Apple is said to have soured for David after Hillary Clinton, who once hinted at having a “big crush” on the then Foreign Secretary — “he’s vibrant, vital, attractive and smart”, she said — was defeated by Donald Trump.

With their MPs falling like ninepins, Labour might be keen to tempt Miliband back from his job at the International Rescue Committee charity. The man who coveted Britain?

All sunny smiles under the Moonlight

To The Soho Hotel last night, for a special screening of Oscar frontrunner Moonlight, where Alex Hibbert, 12, from sunny Miami, and Naomie Harris, 40, from less sunny Islington, were both there.

Harris recently added an OBE for services to drama to her trophy cabinet but she may need to make room: she missed out on a Golden Globe for Best Supporting Actress but is nominated for  a Bafta.

In Moonlight, Harris plays drug-fuelled single mum Paula, raising her son in  a rough neighbourhood. Bleakness aside,  it was all smiles from the pair. Sometimes you’ve just got to leave the drama on  the set.

Will UK have Eurovision X factor?

Our six candidates to represent the UK at Eurovision have been revealed — a crew of former X Factor contestants all presenting songs of hope and unity.

But there may be a subtext of politics among the schmaltz. The offering from Lucie Jones, who has carved an impressive career on the stage since her appearance on the ITV reality show, is an anthem for someone struggling after a split: “You’re not defeated, you’re in repair… We’ll stand tall so you don’t fall… Together we’ll dance through this storm.”

Salena Mastroianni, meanwhile, calls for listeners to set aside their differences; Nate Simpson complains at having let the future down, and Holly Brewer encourages those in imperfect relationships to make a break for it. The attempts are more subtle than a previous entry by Georgia, though: We Don’t Wanna Put In was disqualified in 2009 for veiled references to old Vlad.

So does Fraser Nelson, editor of The Spectator and unlikely Eurovision expert, fancy our chances? “I’ve given up this year,” he despaired yesterday. “Am assuming BBC will again choose an entry so bad as to be a passive-aggressive insult to a continent.”

The Spectator backed Brexit, and Nelson seems content with his side of the fence. “Only things we need from Europe: free trade, cheap flights and Eurovision,” he tweeted. “All else is bureaucracy.” Nul points, then.

—–

With news that Bernie Ecclestone will leave his role as chief executive of Formula 1 and be given the title chairman emeritus instead, The Londoner remembered how someone else defined “emeritus”. When Rupert Murdoch replaced Frank Giles with Andrew Neil as editor of The Sunday Times, the joke was that Giles would become editor emeritus: “E means Exit, and meritus means you deserve it.”

Dr Adam does a runner

The Science Museum hosted the 25th Scientists Meet the Media event last night. Guests including first Brit in space Helen Sharman and solar energy specialist Dame Mary Archer interacted with thermal cameras and electric mechanisms, but for Dr Adam Rutherford it was a return to the scene of a crime. Last week the science writer tweeted a photograph of himself walking on the impressive treadmill-desk of Roger Highfield, director of external affairs at the Science Museum, who was out of the office at the time. While the cat’s away…

—–

Tie of the day for Lord Sumption, the Supreme Court judge noted for his Olympic, polka dot and Art Deco neckpieces. Today’s looked like musical notes. Surely not the notation for the EU anthem, Beethoven’s Ode to Joy?

The term ‘snowflake’ has been thrown around with abandon in the wake of Brexit and the US election, usually to express generic disdain for young people. How can we neutralise its power – and is it a bad metaphor anyway?

Between the immediate aftermath of Brexit and the US presidential election, one insult began to seem inescapable, mostly lobbed from the right to the left: “snowflake.” Independent MEP Janice Atkinson, who was expelled from Ukip over allegations of expenses fraud, wrote a piece for the Huffington Post decrying the “wet, teary and quite frankly ludicrous outpouring of grief emails” she had received post-referendum as “snowflake nonsense”. The far-right news site Breitbart, whose executive chairman Stephen Bannon is now Donald Trump’s chief strategist, threw it around with abandon, using it as a scattershot insult against journalists, celebrities and millennials who objected to Trump’s inflammatory rhetoric; its UK site used it last week to criticise a proposed “class liberation officer” at an Oxford college who would provide more support for working-class students.

On an episode of his long-running podcast in August, Bret Easton Ellis discussed the criticism of a lascivious LA Weekly story about the pop star Sky Ferreira with a furious riposte to what he calls “little snowflake justice warriors”: “Oh, little snowflakes, when did you all become grandmothers and society matrons, clutching your pearls in horror at someone who has an opinion about something, a way of expressing themselves that’s not the mirror image of yours, you snivelling little weak-ass narcissists?”

In September, Breitbart’s Milo Yiannopoulos used it to dismiss a protester at a talk in Houston, declaring that it was his event, not the “silver-haired snowflake show”. “Madam, I’m grateful to you for coming, but to be quite honest with you, fuck your feelings,” he told her, as the crowd roared “USA! USA! USA!” in the background. “Fuck your feelings” is a crude expression of what snowflake has come to mean, but it is succinct and not entirely inaccurate.

The term has undergone a curious journey to become the most combustible insult of 2016. It emerged a few years ago on American campuses as a means of criticising the hypersensitivity of a younger generation, where it was tangled up in the debate over safe spaces and no platforming. A much-memed line from Chuck Palahniuk’s Fight Club expresses a very early version of the sentiment in 1996: “You are not special. You are not a beautiful and unique snowflake. You are the same organic and decaying matter as everyone else.”

But recently it has widened its reach, and in doing so, diluted its meaning. It has been a favoured phrase of some tabloids, which have used it as a means of expressing generic disdain for young people who are behaving differently from people older than them. Whenever a new survey appears that claims young people are having less sex, or drinking less alcohol, or having less fun, it’s there as a handy one-word explanation: they are snowflakes.

Until very recently, to call someone a snowflake would have involved the word “generation”, too, as it was typically used to describe, or insult, a person in their late teens or early 20s. At the start of November, the Collins English Dictionary added “snowflake generation” to its words of the year list, where it sits alongside other vogue-ish new additions such as “Brexit” and “hygge”. The Collins definition is as follows: “The young adults of the 2010s, viewed as being less resilient and more prone to taking offence than previous generations”. Depending on what you read, being part of the “snowflake generation” may be as benign as taking selfies or talking about feelings too much, or it may infer a sense of entitlement, an untamed narcissism, or a form of identity politics that is resistant to free speech.

The phrase came to prominence in the UK at the beginning of 2016, after Claire Fox, director of the thinktank Institute of Ideas, used it in her book I Find That Offensive to address a generation of young people whom she calls “easily offended and thin-skinned”. Fox is clearly a natural provocateur and has written about generation snowflake in bulldozing articles for the Spectator (How We Train Our Kids to Be Censorious Cry-Babies) and for the Daily Mail (Why Today’s Young Women Are Just So Feeble). As intended, both caused considerable debate – which is precisely what Fox claims generation snowflake are losing their ability to do.

On the day we speak, she is bristling over an appearance at a school in Hertfordshire, where some students had objected to her being invited in the first place. “Several of the students said, ‘How dare you invite this terrible woman to speak?’ and said to me that I’d come there and upset them. They were giving a literal demonstration of my very speech,” she says.

Much of the debate around this generation of “whingers”, as she later calls them – slightly naughtily, as she also admits that obviously not every young person is a whinger and the phrase “generation snowflake” is more useful “to demonstrate the closing down of free speech and the demand for attention” – is to do with what has been happening on university campuses in the last decade or so. She is appalled by the move towards “no platforming”, in which speakers who have views deemed by students to be controversial or offensive, from Germaine Greer to Peter Tatchell, have been barred or disinvited from speaking events. Regardless of whether their opinions are objectionable or abhorrent, Fox insists we must hear views that do not agree with our own in order to learn how to tackle them.

“People have given up trying to persuade other people, and trying to win the argument,” she says. “Demands for safe spaces are to ‘stop people coming in here, so we’re not to be exposed to this. We demand our lecturers don’t introduce these ideas.’ It’s infantilising. It’s the opposite of rebellion. It has not got any intellectual weight. I want a generation to come forth with a new philosophy of freedom, rather than playing out in practice that their teachers and parents raised them as cotton-wool kids.”

Try talking to a person whose age puts them into the “generation snowflake” category, however, and it’s apparent that the most offensive thing about the whole offence debate is being called easily offended. In June, in reaction to a slew of articles decrying wimpy, moany millennials, Angus Harrison wrote an article for Vice in which he pointed out that young people were being labelled snowflakes at the same time as being called “Generation Sensible” or “new young fogeys”. “Young people today are really old and boring and sensible. Except, they are also babies, totally unprepared for the adult world. Make sense? No, it doesn’t,” he wrote.

“I’m confused!” says Liv Little, 22-year-old editor-in-chief of the magazine gal-dem, who was recently selected as one of the BBC’s 100 most influential and inspirational women of 2016. She finds the idea that she and her peers are self-obsessed and unable to cope with the world absurd. “I don’t get what they want to happen. Do they want people to be quiet and suck it up? Do they want people to have breakdowns and be really unhappy and accept a political system that doesn’t represent them?”

Little set up gal-dem as a student in 2015, in response to a lack of diversity at her own university. It has since grown to a collective of more than 70 women of colour and recently won a prestigious award for Online Comment Site of the Year. She says that what she sees is people taking that feeling that the world isn’t working for them and turning it into something positive and active. “A lot of offensive stuff is happening. Why should people not be offended? People are offended but they’re using that feeling of being offended to bring about change. Things are so dire sometimes that it’s necessary. If I want to carve out a safe space, why shouldn’t I?”

Much of the disagreement is down to how you define these endlessly complex sticking points of campus debate. For Fox, a “safe space” is a censorious exclusionary zone. For Little, it is a starting point that doesn’t hurt anyone, not least the people who are left out. “Creating safe spaces is good for us, it’s good for our mental health, it’s good for us in terms of preparing and organising, and then when we want to welcome people in to our spaces, we can. How often have women or people of colour been excluded from so many spaces in the world? And then people are crying because we’re creating spaces for us. It doesn’t make sense!”

Often the argument that younger people are weaker and less able to cope feels like a dressed-up way of saying “things were better in my day”. We live in a time of stark generational division and animosity, in which the year’s huge political decisions, the ones that have seemed most cataclysmic – Brexit, Trump – have been decided by older voters whose opinions are vastly different from those of younger voters. Millennials are living in a time of economic uncertainty, without guaranteed access to the affordable housing, free education and decent job market enjoyed by the generations before them. “I think our generation is really under pressure,” says Little. “I look around at my peers, at women around me, and they’re all working themselves into the ground. It’s a difficult climate. We’ve sucked it up for a while and now we’re trying to take control,” says Little. “In our case, it’s for women of colour. And that’s just inherently a good thing.”

I ask her if there’s any sympathetic part of her that can understand why the people who are calling her generation snowflakes might feel inclined to do so. “Err.” There’s a long pause, in which she really does sound like she’s trying. “Um. No. I just see it as an extension of entitlement.”

When the supposedly entitled are calling their detractors entitled for calling them entitled, it’s clear that whatever impact “snowflake” may have had as an insult is in the process of being neutralised. In a remarkably speedy turnaround of its intended usage, the left have started to reclaim it, throwing it back at the people who were using it against them in the first place. Trump was repeatedly labelled a snowflake earlier this month during the row over Mike Pence getting booed during a performance of Hamilton on Broadway. Trump said the theatre should always be a “safe space”, sounding not unlike a university protester himself; the irony was not lost on many commentators, who called him “the most special snowflake of all”. Search Twitter for “snowflake” alongside the name of any prominent political figure on either side of the spectrum and you’ll find a black hole of supporters and detractors barking the word back and forth at each other.

So if the right are calling the left snowflakes for being liberal, and the left are calling the right snowflakes for expressing offence, and the old are calling the young snowflakes for being too thin-skinned, and the young are pointing out that the older generation seem to be the most offended by what they’re doing, then the only winner is the phrase itself. It’s particularly effective given that there’s really no comeback to it: in calling someone a snowflake, you are not just shutting down their opinion, but telling them off for being offended that you are doing so. And if you, the snowflake, are offended, you are simply proving that you’re a snowflake. It’s a handcuff of an insult and nobody has the key.

I called Jim Dale, senior meteorologist at British Weather Services, to see if it was ever an effective analogy in the first place. He says he can see why it was chosen. “On their own, snowflakes are lightweight. Whichever way the wind blows, they will just be taken with it. Collectively, though, it’s a different story. A lot of snowflakes together can make for a blizzard, or they can make for a very big dump of snow. In which case, people will start to look up.”

Voir par ailleurs:

Vu d’Allemagne. La tribune anti-MeToo sonne la fin de la pensée unique
En dénonçant le “climat totalitaire” engendré par #MeToo, Catherine Deneuve et les signataires du texte ont révélé les failles de ce mouvement, pointe cette journaliste allemande.

Kathrin Spoerr

Die Welt/Courrier international

16/01/2018

Dans une tribune publiée par le journal Le Monde, Catherine Deneuve réclame la fin de la “campagne de délations” à l’encontre des hommes. Une centaine de femmes ont cosigné ce texte. Ensemble, elles mettent en garde contre le “climat totalitaire” engendré par le mouvement #MeToo et qui servirait les intérêts des “ennemis de la liberté sexuelle, des extrémistes religieux [et] des pires réactionnaires”. À la lecture de ce texte, tous ceux qui ont cru devenir fous ces trois derniers mois ont enfin poussé un soupir de soulagement.
Depuis cet automne et le début de la campagne #MeToo, on pouvait en effet avoir l’impression de vivre dans un monde caractérisé par l’exploitation sexuelle, l’avilissement et la haine des femmes ou les violences qui leur sont faites. Sauf que non, le mouvement #MeToo ne se préoccupait pas des régions du monde où tout cela est vrai.
Il n’était pas question de ces pays où les femmes sont la propriété d’hommes, qui peuvent faire ce qu’ils veulent d’elles – les lapider ou les asperger d’acide. Il ne s’agissait pas de celles qui ont urgemment besoin d’aide. On parlait ici des femmes occidentales.
Des agressions mises sur le même plan
C’est à Hollywood, berceau de grandes épopées sur la liberté, l’amour et l’aventure, qu’a commencé le mouvement. Le producteur Harvey Weinstein avait fait une offre implicite à l’actrice Ashley Judd : coucher pour décrocher un rôle. Elle n’était pas la seule. Elles étaient nombreuses dans le même cas, peut-être toutes [à Hollywood]. Mais personne n’avait rien dit.
C’est alors que la folie a commencé : des millions de femmes, vivant dans les pays les plus libéraux, les plus éclairés et les plus prospères de la planète, se sont mises à écrire sur Twitter de quels abus elles avaient été victimes. De l’acte le plus grave au plus anodin, tout a été mis sur le même plan. C’était comme si plus aucune femme en Occident ne pouvait prendre l’ascenseur ou entrer dans une salle de réunion sans se retrouver humiliée.
#MeToo était partout. Tous les hommes étaient des porcs, toutes les femmes des victimes. Les femmes expliquaient au monde entier que tout compliment pouvait être vu comme une agression. Les hommes, eux, se mirent à revendiquer leur féminisme, ou à rester à l’écart du débat.
Quiconque voulait se distinguer du mouvement menaçait de faire voler en éclats la pensée unique alors présentée comme une forme de “solidarité féminine”. Cinquante ans d’émancipation et de libération sexuelle étaient ainsi pulvérisés, sans parler de la simple notion de respect et de capacité à se contenir.
Maintenant que le peuple de Hollywood a pu faire son cinéma aux Golden Globes et pointer un doigt accusateur en direction de tout le monde (sauf lui-même), la grande Catherine Deneuve dit “stop”.
Et ça fait tellement de bien.

Voir aussi:

« Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle »
Dans une tribune au « Monde », un collectif de 100 femmes, dont Catherine Millet, Ingrid Caven et Catherine Deneuve, affirme son rejet d’un certain féminisme qui exprime une « haine des hommes ».

Collectif

Le Monde

09.01.2018

Tribune. Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste.

A la suite de l’affaire Weinstein a eu lieu une légitime prise de conscience des violences sexuelles exercées sur les femmes, notamment dans le cadre professionnel, où certains hommes abusent de leur pouvoir. Elle était nécessaire. Mais cette libération de la parole se retourne aujourd’hui en son contraire : on nous intime de parler comme il faut, de taire ce qui fâche, et celles qui refusent de se plier à de telles injonctions sont regardées comme des traîtresses, des complices !

Or c’est là le propre du puritanisme que d’emprunter, au nom d’un prétendu bien général, les arguments de la protection des femmes et de leur émancipation pour mieux les enchaîner à un statut d’éternelles victimes, de pauvres petites choses sous l’emprise de phallocrates démons, comme au bon vieux temps de la sorcellerie.

Délations et mises en accusation
De fait, #metoo a entraîné dans la presse et sur les réseaux sociaux une campagne de délations et de mises en accusation publiques d’individus qui, sans qu’on leur laisse la possibilité ni de répondre ni de se défendre, ont été mis exactement sur le même plan que des agresseurs sexuels. Cette justice expéditive a déjà ses victimes, des hommes sanctionnés dans l’exercice de leur métier, contraints à la démission, etc., alors qu’ils n’ont eu pour seul tort que d’avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses « intimes » lors d’un dîner professionnel ou d’avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l’attirance n’était pas réciproque.

Cette fièvre à envoyer les « porcs » à l’abattoir, loin d’aider les femmes à s’autonomiser, sert en réalité les intérêts des ennemis de la liberté sexuelle, des extrémistes religieux, des pires réactionnaires et de ceux qui estiment, au nom d’une conception substantielle du bien et de la morale victorienne qui va avec, que les femmes sont des êtres « à part », des enfants à visage d’adulte, réclamant d’être protégées.

En face, les hommes sont sommés de battre leur coulpe et de dénicher, au fin fond de leur conscience rétrospective, un « comportement déplacé » qu’ils auraient pu avoir voici dix, vingt ou trente ans, et dont ils devraient se repentir. La confession publique, l’incursion de procureurs autoproclamés dans la sphère privée, voilà qui installe comme un climat de société totalitaire.

La vague purificatoire ne semble connaître aucune limite. Là, on censure un nu d’Egon Schiele sur une affiche ; ici, on appelle au retrait d’un tableau de Balthus d’un musée au motif qu’il serait une apologie de la pédophilie ; dans la confusion de l’homme et de l’œuvre, on demande l’interdiction de la rétrospective Roman Polanski à la Cinémathèque et on obtient le report de celle consacrée à Jean-Claude Brisseau. Une universitaire juge le film Blow-Up, de Michelangelo Antonioni, « misogyne » et « inacceptable ». A la lumière de ce révisionnisme, John Ford (La Prisonnière du désert) et même Nicolas Poussin (L’Enlèvement des Sabines) n’en mènent pas large.

Déjà, des éditeurs ­demandent à certaines d’entre nous de rendre nos personnages masculins moins « sexistes », de parler de sexualité et d’amour avec moins de démesure ou encore de faire en sorte que les « traumatismes subis par les personnages féminins » soient rendus plus évidents ! Au bord du ridicule, un projet de loi en Suède veut imposer un consentement explicitement notifié à tout candidat à un rapport sexuel ! Encore un effort et deux adultes qui auront envie de coucher ensemble devront au préalable cocher via une « appli » de leur téléphone un document dans lequel les pratiques qu’ils acceptent et celles qu’ils refusent seront dûment listées.

Indispensable liberté d’offenser
Le philosophe Ruwen Ogien défendait une liberté d’offenser indispensable à la création artistique. De même, nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle. Nous sommes aujourd’hui suffisamment averties pour admettre que la pulsion sexuelle est par nature offensive et sauvage, mais nous sommes aussi suffisamment clairvoyantes pour ne pas confondre drague maladroite et agression sexuelle.

Surtout, nous sommes conscientes que la personne humaine n’est pas monolithe : une femme peut, dans la même journée, diriger une équipe professionnelle et jouir d’être l’objet sexuel d’un homme, sans être une « salope » ni une vile complice du patriarcat. Elle peut veiller à ce que son salaire soit égal à celui d’un homme, mais ne pas se sentir traumatisée à jamais par un frotteur dans le métro, même si cela est considéré comme un délit. Elle peut même l’envisager comme l’expression d’une grande misère sexuelle, voire comme un non-événement.

En tant que femmes, nous ne nous reconnaissons pas dans ce féminisme qui, au-delà de la dénonciation des abus de pouvoir, prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité. Nous pensons que la liberté de dire non à une proposition sexuelle ne va pas sans la liberté d’importuner. Et nous considérons qu’il faut savoir répondre à cette liberté d’importuner autrement qu’en s’enfermant dans le rôle de la proie.

Pour celles d’entre nous qui ont choisi d’avoir des enfants, nous estimons qu’il est plus judicieux d’élever nos filles de sorte qu’elles soient suffisamment informées et conscientes pour pouvoir vivre pleinement leur vie sans se laisser intimider ni culpabiliser.

Les accidents qui peuvent toucher le corps d’une femme n’atteignent pas nécessairement sa dignité et ne doivent pas, si durs soient-ils parfois, nécessairement faire d’elle une victime perpétuelle. Car nous ne sommes pas réductibles à notre corps. Notre liberté intérieure est inviolable. Et cette liberté que nous chérissons ne va pas sans risques ni sans responsabilités.

Les rédactrices de ce texte sont : Sarah Chiche (écrivaine, psychologue clinicienne et psychanalyste), Catherine Millet (critique d’art, écrivaine), Catherine Robbe-Grillet (comédienne et écrivaine), Peggy Sastre (auteure, journaliste et traductrice), Abnousse Shalmani (écrivaine et journaliste).

Adhèrent également à cette tribune : Kathy Alliou (curatrice), Marie-Laure Bernadac (conservateur général honoraire), Stéphanie Blake (auteure de livres pour enfants), Ingrid Caven (actrice et chanteuse), Catherine Deneuve (actrice), Gloria Friedmann (artiste plasticienne), Cécile Guilbert (écrivain), Brigitte Jaques-Wajeman (metteuse en scène), Claudine Junien (généticienne), Brigitte Lahaie (actrice et présentatrice radio), Elisabeth Lévy (directrice de la rédaction de Causeur), Joëlle Losfeld (éditrice), Sophie de Menthon (présidente du mouvement ETHIC), Marie Sellier (auteure, présidente de la Société des gens de lettres).

Voir encore:

Tribune
«Rien dans le texte ne prétend que le harcèlement a du bon, sans quoi je ne l’aurais pas signé»
Catherine Deneuve

Libération

14 janvier 2018

Une semaine après avoir signé la tribune qui prône la «liberté d’importuner» pour préserver la «liberté sexuelle», l’actrice assume, tout en prenant ses distances avec certaines signataires. Et s’excuse auprès des victimes d’agression qui auraient pu être choquées.

Catherine Deneuve : «Rien dans le texte ne prétend que le harcèlement a du bon»
Catherine Deneuve nous a transmis ce texte sous forme de lettre, à la suite d’un entretien par téléphone, vendredi. Nous l’avions sollicitée car nous voulions entendre sa voix, savoir si elle était en accord avec l’intégralité de la tribune signée, et savoir comment elle réagissait à la prise de paroles des unes et des autres ; bref, qu’elle clarifie sa position. (You can read this letter in English version here)

«J’ai effectivement signé la pétition titrée dans le journal le Monde, « Nous défendons une liberté… », pétition qui a engendré de nombreuses réactions, nécessitant des précisions.

«Oui, j’aime la liberté. Je n’aime pas cette caractéristique de notre époque où chacun se sent le droit de juger, d’arbitrer, de condamner. Une époque où de simples dénonciations sur réseaux sociaux engendrent punition, démission, et parfois et souvent lynchage médiatique. Un acteur peut être effacé numériquement d’un film, le directeur d’une grande institution new-yorkaise peut être amené à démissionner pour des mains aux fesses mises il y a trente ans sans autre forme de procès. Je n’excuse rien. Je ne tranche pas sur la culpabilité de ces hommes car je ne suis pas qualifiée pour. Et peu le sont.

Non, je n’aime pas ces effets de meute, trop communs aujourd’hui. D’où mes réserves, dès le mois d’octobre sur ce hashtag « Balance ton porc ».

«Il y a, je ne suis pas candide, bien plus d’hommes qui sont sujets à ces comportements que de femmes. Mais en quoi ce hashtag n’est-il pas une invitation à la délation ? Qui peut m’assurer qu’il n’y aura pas de manipulation ou de coup bas ? Qu’il n’y aura pas de suicides d’innocents ? Nous devons vivre ensemble, sans « porcs », ni « salopes », et j’ai, je le confesse, trouvé ce texte « Nous défendons une liberté… » vigoureux, à défaut de le trouver parfaitement juste.

«Oui, j’ai signé cette pétition, et cependant, il me paraît absolument nécessaire aujourd’hui de souligner mon désaccord avec la manière dont certaines pétitionnaires s’octroient individuellement le droit de se répandre dans les médias, dénaturant l’esprit même de ce texte. Dire sur une chaîne de télé qu’on peut jouir lors d’un viol est pire qu’un crachat au visage de toutes celles qui ont subi ce crime. Non seulement ces paroles laissent entendre à ceux qui ont l’habitude d’user de la force ou de se servir de la sexualité pour détruire que ce n’est pas si grave, puisque finalement il arrive que la victime jouisse. Mais quand on paraphe un manifeste qui engage d’autres personnes, on se tient, on évite de les embarquer dans sa propre incontinence verbale. C’est indigne. Et évidemment rien dans le texte ne prétend que le harcèlement a du bon, sans quoi je ne l’aurais pas signé.

«Je suis actrice depuis mes 17 ans. Je pourrais évidemment dire qu’il m’est arrivé d’être témoin de situations plus qu’indélicates, ou que je sais par d’autres comédiennes que des cinéastes ont abusé lâchement de leur pouvoir. Simplement, ce n’est pas à moi de parler à la place de mes consœurs. Ce qui crée des situations traumatisantes et intenables, c’est toujours le pouvoir, la position hiérarchique, ou une forme d’emprise. Le piège se referme lorsqu’il devient impossible de dire non sans risquer son emploi, ou de subir humiliations et sarcasmes dégradants. Je crois donc que la solution viendra de l’éducation de nos garçons comme de nos filles. Mais aussi éventuellement de protocoles dans les entreprises, qui induisent que s’il y a harcèlement, des poursuites soient immédiatement engagées. Je crois en la justice.

«J’ai enfin signé ce texte pour une raison qui, à mes yeux, est essentielle : le danger des nettoyages dans les arts. Va-t-on brûler Sade en Pléiade ? Désigner Léonard de Vinci comme un artiste pédophile et effacer ses toiles ? Décrocher les Gauguin des musées ? Détruire les dessins d’Egon Schiele ? Interdire les disques de Phil Spector ? Ce climat de censure me laisse sans voix et inquiète pour l’avenir de nos sociétés.

«On m’a parfois reproché de ne pas être féministe. Dois-je rappeler que j’étais une des 343 salopes avec Marguerite Duras et Françoise Sagan qui a signé le manifeste « Je me suis fait avorter » écrit par Simone de Beauvoir ? L’avortement était passible de poursuite pénale et emprisonnement à l’époque. C’est pourquoi je voudrais dire aux conservateurs, racistes et traditionalistes de tout poil qui ont trouvé stratégique de m’apporter leur soutien que je ne suis pas dupe. Ils n’auront ni ma gratitude ni mon amitié, bien au contraire. Je suis une femme libre et je le demeurerai. Je salue fraternellement toutes les victimes d’actes odieux qui ont pu se sentir agressées par cette tribune parue dans le Monde, c’est à elles et à elles seules que je présente mes excuses.

Sincèrement à vous.

Catherine Deneuve

Voir enfin:

Violences sexuelles : « La nature a remplacé la culture comme origine de la violence »

Dans une tribune au « Monde », le politologue Olivier Roy explique que l’affaire Weinstein place la nature du mâle à l’origine de la violence.

Olivier Roy (Politologue, professeur à l’Institut universitaire européen de Florence)

Le Monde

Tribune. Quelque chose vient de changer dans la dénonciation des agressions sexuelles. Qu’on se rappelle celles de Cologne lors du Nouvel An 2016, ou bien le débat sur la circulation des femmes dans les « quartiers » : la faute était attribuée alors à la culture des agresseurs (en l’occurrence, bien sûr, l’islam). Les agressions commises par des hommes occidentaux bien sous tous les rapports étaient soit minimisées, soit présentées comme relevant d’une pathologie individuelle. Et la solution était de promouvoir les « valeurs occidentales » de respect de la femme.

Or avec l’affaire Weinstein et « balance ton porc », on a un renversement de perspective : le problème n’est plus la culture de l’agresseur (de toutes races et de toutes religions, éduqué, cultivé voire même, en public, grand défenseur des « valeurs occidentales »), c’est sa nature même de mâle, d’animal, de cochon. La nature a remplacé la culture comme origine de la violence. Mais on ne soigne pas le mal du mâle de la même manière quand il s’agit d’un retour d’animalité ou d’un conditionnement culturel.

Ce changement de perspective (qu’il soit ou non pertinent, qu’il soit une vraie révolution ou bien un coup de mode) a de profondes conséquences anthropologiques. En effet, jusqu’ici, comme l’ont noté depuis longtemps les auteures féministes, toutes les grandes constructions idéologiques expliquant l’origine de la société s’entendaient pour faire de l’homme l’acteur du passage à la culture, et pour voir en la femme celle qui garde un pied (voire plus) dans la nature. Et pas la peine de revenir aux pères de l’Eglise.

La philosophie des Lumières, qu’on crédite de nos « valeurs » séculières modernes, faisait de l’homme l’acteur du contrat social, qui arrachait l’humanité à un état de nature dans lequel restait largement immergée la femme, logiquement dépourvue de droits civiques jusqu’à récemment ; cette dernière mettait au monde l’être humain, l’homme en faisait un citoyen.

Domestication de la violence masculine

L’anthropologie a longtemps fait de l’échange des femmes la condition (ou le signe) du passage à la société, et donc du passage à la culture (on ne parle jamais d’échange des hommes, et les rares sociétés matriarcales ne remettent pas en cause la domination politique de l’homme). La psychanalyse, dans son versant mythologique (Totem et Tabou), pulsionnel (les aventures du pénis) ou symbolique (que le père soit la métaphore de la loi ou la loi la métaphore du père), a gardé l’homme au centre de la sublimation culturelle. Le seul progrès, c’est que le masculin n’est plus nécessairement un homme biologique mais un principe : les femmes peuvent enfin porter la culotte (même si le salaire ne suit pas). Mais elles ne se transforment pas pour autant en prédatrices sexuelles : cela reste l’apanage du mâle.

Evidemment, la violence masculine n’a jamais été ignorée par les cultures. Toutes ont développé des stratégies pour à la fois la canaliser et la légitimer (une fois canalisée) : de l’honneur à la séduction, nos sociétés occidentales ont su socialiser, voire esthétiser, la virilité (juste pour mémoire, ce qu’on appelle aujourd’hui « crime d’honneur » dans les autres sociétés s’appelait chez nous « crime passionnel » et valait circonstances atténuantes ; le meurtre d’une épouse n’a longtemps été, pour les journaux, qu’un « drame familial », comme si, par définition, la société n’était pas concernée).

Il suffit de voir la nostalgie des sites conservateurs français où on se gausse discrètement de l’hystérie (si ! si !) des campagnes contre le harcèlement, qui noieraient la « séduction à la française », chère à nos films en noir et blanc, sous la tyrannie du puritanisme américain d’Hollywood. Question d’« atmosphère », comme dirait Arletty.

« La définition même de la culture, c’est de mettre en ordre la nature, de l’inscrire dans un système partagé de sens, de symboles, de langage »

Cette domestication/valorisation de la violence masculine a donc toujours été transmutée en culture, voire en haute culture. Et la définition même de la culture, c’est de mettre en ordre la nature, de l’inscrire dans un système partagé de sens, de symboles, de langage, devenu implicite au point de passer pour une seconde nature. C’est ce que Bourdieu analyse (entérine, pour des auteurs féministes) sous le nom d’habitus, un comportement collectif normé, acquis et inconscient. La transgression et la faute ne font sens qu’à partir de ce système.

Le code pénal ne codifie que les violences « pensables », c’est-à-dire celles qui sont un excès de la violence admise : il n’y a de crime de guerre que parce qu’il y a une légitimité de la guerre. Le cannibalisme n’est pas un crime en soi selon le code pénal, parce qu’il n’est pas « pensable » (comme encore, souvent, l’inceste), de même, dans le fond, que le viol conjugal n’existe pas tant que l’intimité du couple échappe au social.

« Servitude volontaire »

Pourquoi les femmes ont-elles pu intérioriser les normes et les valeurs dont elles sont victimes ? Parce que la résistance aussi est presque toujours formulée dans le cadre culturel dominant : « Je ne suis pas celle que vous croyez », disait-on du temps de ma grand-mère, entérinant ainsi le grand partage entre la maman et la putain. C’est tout le problème de ce que La Boétie appelait la « servitude volontaire », qu’on qualifie aujourd’hui d’aliénation : pourquoi adhère-t-on à des normes et à des valeurs qui valident sa propre servitude ?

C’est la vision finalement toujours pessimiste de Bourdieu, où l’habitus rend la révolte improbable et fait donc de la souffrance l’horizon de la survie. Et, pourtant, « on » se révolte, même s’il n’y a pas de révolte absolue, sinon celle de la folie et de la mort. Mais on formule toujours sa révolte dans le cadre d’une culture donnée, des « suffragettes » aux « féministes islamiques ». C’est pourquoi les vraies révolutions, celles où on impose un changement brutal et autoritaire de paradigme, sont toujours sanglantes (en 1789 comme en 1917).

Mais alors, pourquoi la révolte est-elle possible aujourd’hui, alors qu’elle n’est appuyée par aucune violence, aucune prise de pouvoir, aucune nouvelle gouvernance (au contraire, les cibles se trouvent avant tout dans l’establishment, lequel n’est pas menacé en tant que tel) ? On ne peut même pas parler de mobilisation populaire, encore moins de révolte politique. Comment penser cette vague de fond ? Qu’est-ce qui a changé ? Il faut, bien sûr, revenir aux origines récentes du féminisme comme mouvement social, c’est-à-dire à la grande vague des années 1960 dénonçant l’ordre établi et le patriarcalisme, prônant l’utopie et la libération sexuelle, et faisant de la sexualité une question politique (ce qu’elle est restée). Mai 68 est bien une révolution des mœurs.

« Comment expliquer qu’un mouvement qui s’est défini par la libération sexuelle se traduise in fine par une entreprise systématique de codification normative des comportements sexuels ? »

Mais il y a ici un paradoxe : comment expliquer qu’un mouvement qui s’est défini par la libération sexuelle se traduise in fine par une entreprise systématique de codification normative des comportements sexuels ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit : on ne demande pas au « porc » de se cultiver (il s’agit souvent de gens très cultivés justement, et contraints à la contrition ou à l’exil par l’acharnement judiciaire ou la vox populi : ils ont plus à voir avec l’émigré de Coblence qu’avec l’immigré de Cologne, car comme le premier, ils n’ont souvent rien appris ni rien oublié).

Il doit se repentir et apprendre un nouveau code de comportement qui, pour lui, relève d’une langue étrangère. On remarquera par exemple que les artistes, acteurs et auteurs accusés d’agressions sexuelles voient leurs œuvres être soudainement « néantisées », voire, pour des acteurs, leur présence physique effacée des films. Il n’y a plus d’argument culturel pour l’excuser ou pour le sauver, mais une tabula rasa, sur laquelle on pose l’animalité brute. Et le problème surgit alors : comment socialiser cette animalité, comment humaniser le cochon ?

Pédagogie directive

On touche ici peut-être le nœud de la question, qui est toujours le lien entre culture et nature. L’apologie philosophique, voire idéologique, de la nature comme désir, c’est-à-dire en fait comme liberté de la pulsion débarrassée du poids de la culture, produit aujourd’hui son contraire : le triomphe de la normativité. Mais d’une normativité débarrassée aussi du poids de la culture. Car il ne s’agit en rien d’un retour à l’ordre moral de l’ancien temps. On a d’ailleurs un intéressant paradoxe : les plus réticents devant cette nouvelle police du corps sont justement les conservateurs traditionnels, chrétiens en particulier.

On voit, non sans une joyeuse surprise, Christine Boutin (oui, le Parti chrétien de France, l’égérie du retour de la Bible !) se faire l’apologiste de la « grivoiserie à la française », suivie ou précédée par le site Causeur, le média de la nostalgie grincheuse et du niveau qui baisse (tout est bon dans le passé, et donc tout ne saurait être mauvais dans le cochon).

Alors, ni révolution ni réaction, de quoi le cochon est-il le nom ? Il y a bien un mouvement de fond car, déjà avant l’affaire Weinstein, les campus américains s’étaient lancés dans la prévention du harcèlement sexuel. Or ces campagnes ont une caractéristique intéressante : elles ne sont pas fondées sur une approche éthique, mais sur une pédagogie autoritaire, où l’on doit mémoriser un nouveau code de gestuelle et d’énoncés, comme si la mise en œuvre des nouvelles normes supposait que les hommes soient incapables de comprendre d’eux-mêmes quel est le problème.

Si nous revenons à la comparaison avec Cologne, dans les deux cas, l’étudiant blanc du campus et l’immigré basané sont traités de la même manière par une pédagogie directive et condescendante : en Allemagne, on distribue des affichettes comminatoires (une main aux fesses barré d’un NEIN en noir et d’une croix en rouge, comme un panneau de code de la route) ; dans les campus américains (où l’on peut aussi trouver ce type d’affichettes), on instaure des cours obligatoires avec exercices pratiques où John, immobile (et debout) doit demander à Sarah : « Puis-je poser ma main sur ton épaule ? », attendre un oui clair et explicite puis, de nouveau, : « Sarah, puis-je poser ma deuxième main sur ton autre épaule ? », attendre un oui et ainsi de suite au fil des jours, jusqu’à ce qu’ils se marient et fassent beaucoup d’enfants (on peut toujours rêver).

L’instinct disparu ?

On leur apprend non seulement ce qu’il ne faut pas faire (ce qui est légitime), mais surtout ce qu’il faut faire, comme si, d’un seul coup, l’instinct avait disparu, ou plutôt comme si, entre deux êtres, il n’y avait plus de culture partagée, c’est-à-dire d’implicite et de non-dit. Tout doit être dit, la vie est un contrat à renouveler à chaque instant : c’est la sexualité en CDD (d’ailleurs institutionnalisée de manière plus ludique, et peut-être jouissive, par les sites de rencontres).

« La lutte contre l’agression sexuelle n’est pas porteuse d’utopie. C’est la demande de suppression d’un mal, pas l’espérance d’un monde nouveau »

Le code s’impose pour gérer la nature quand il n’y a plus de culture. On pourrait penser que ce pédagogisme formel est nécessaire le temps qu’une nouvelle culture des relations entre hommes et femmes s’instaure. C’est une vision légitime, mais j’ai des doutes. Une nouvelle culture ne se décrète pas : l’Etat produit des normes, pas des valeurs. La preuve est que la pédagogie se fait sous la menace constante de la sanction pénale.

La lutte contre l’agression sexuelle n’est pas porteuse d’utopie, contrairement aux mouvements révolutionnaires ; peu de gens pensent que l’égalité des sexes est promesse de bonheur. C’est la demande de suppression d’un mal, pas l’espérance d’un monde nouveau. Peut-on espérer qu’avec le temps le code se transformera en culture ? Pas sûr : le code de la route, un siècle après son invention, est toujours un code ; il ne devient pas un habitus et encore moins une culture (on sait tous par expérience que la seconde animalité masculine après le cochon, c’est le conducteur).

Surtout, ce glissement de la culture au code n’est pas confiné à la question sexuelle. C’est une caractéristique profonde de la mondialisation, qui entraîne une crise des cultures. Je l’ai étudié dans l’émergence des nouveaux fondamentalismes religieux (La Sainte Ignorance, Le Seuil, 2008). Il y a par ailleurs un rapport étroit entre le fondamentalisme religieux et la normativité issue de la culture hippie : pour ceux que cela surprend, l’évangélisme contemporain et le mouvement hippie ont le même lieu et la même date de naissance (et beaucoup sont passés du second au premier) : la Californie des années 1960, qui est devenue aujourd’hui un des lieux où la vie quotidienne est la plus normée de tout le monde occidental, tout en se réclamant d’une utopie libertaire.

L’on retrouve dans les fondamentalismes religieux contemporains cette obsession de la normativité des gestes de la vie quotidienne, cette difficulté à gérer le cochon qui sommeille, même si on le baptise du nom de péché originel, cette volonté de contrôler le corps et le sexe. Dans le fond, le hippie et le salafi sont des cousins qui s’ignorent. Mais c’est une autre histoire…

Olivier Roy est l’auteur de « La Peur de l’islam » (Editions de l’Aube, 2015) et « Le Djihad et la Mort » (Le Seuil, 2016).


Polémique Carmen: A quand une Passion sans crucifixion ? (What if Jesus does not die this time?)

11 janvier, 2018
Carmen assassinée : un final orthodoxe fidèle au livret de l'époque de Bizet.
Carmen à terre mais pas KO | Knight Foundation via Flickr CC License by
"Carmen" par Olivier Py à l'opéra de Lyon, en 2012.
Fille de Babylone, la dévastée, Heureux qui te rend la pareille, Le mal que tu nous as fait! Heureux qui saisit tes enfants, Et les écrase sur le roc! Psaumes 137
O Dieu, brise-leur les dents dans la bouche! Éternel, arrache les mâchoires des lionceaux Qu’ils se dissipent comme des eaux qui s’écoulent! Qu’ils ne lancent que des traits émoussés! Qu’ils périssent en se fondant, comme un limaçon; Sans voir le soleil, comme l’avorton d’une femme! Avant que vos chaudières sentent l’épine, Verte ou enflammée, le tourbillon l’emportera. Le juste sera dans la joie, à la vue de la vengeance; Il baignera ses pieds dans le sang des méchants. Et les hommes diront: Oui, il est une récompense pour le juste; Oui, il est un Dieu qui juge sur la terre. Psaumes 58: 7-11
Mon Dieu! mon Dieu! pourquoi m’as-tu abandonné, Et t’éloignes-tu sans me secourir, sans écouter mes plaintes? (…) De nombreux taureaux sont autour de moi, Des taureaux de Basan m’environnent. Ils ouvrent contre moi leur gueule, Semblables au lion qui déchire et rugit. Psaumes 22: 2-13