Guerre des mémoires: Du passé faisons table rase (Airbrushing history: It’s social racism, stupid !)

13 septembre, 2017

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Etats-Unis : et maintenant, les statues de Christophe Colomb sèment la discordeInline image 7Inline image 4Inline image 9Inline image 14Inline image 6Inline image 3https://i2.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/3b/Penny_Lane_road_sign,_Liverpool_-_geograph.org.uk_-_1772560.jpg
"Le Drapeau rouge sur le Reichstag", une photo-symbole savamment fabriquéeeglisesaIllustration by Ellie Foreman-Peck
Debout ! les damnés de la terre ! Debout ! les forçats de la faim ! La raison tonne en son cratère, C’est l’éruption de la fin. Du passé faisons table rase, Foule esclave, debout ! debout ! Le monde va changer de base : Nous ne sommes rien, soyons tout ! C’est la lutte finale Groupons-nous, et demain, L’Internationale, Sera le genre humain. Eugène Pottier (1871)
And the Lord said unto Moses, Write this for a memorial in a book, and rehearse it in the ears of Joshua: for I will utterly put out the remembrance of Amalek from under heaven. Exodus 17: 14
To this day, The Bible is the only ancient source that attests the existence of the Amalekites, and no other archaeological or epigraphic evidence of their existence has been found. Wikipedia
Do not look upon him. He is a traitor to the Pharaoh. Let the name of Moses be stricken from every book and tablet… stricken from all pylons and obelisks, stricken from every monument of Egypt. Let the name of… Moses be unheard and unspoken, erased from the memory of men. King Seti (The ten commandments, Cecil B. De Mille, 1956)
Te rends-tu compte que le passé a été aboli jusqu’à hier ? S’il survit quelque part, c’est dans quelques objets auxquels n’est attaché aucun mot, comme ce bloc de verre sur la table. Déjà, nous ne savons littéralement presque rien de la Révolution et des années qui la précédèrent. Tous les documents ont été détruits ou falsifiés, tous les livres récrits, tous les tableaux repeints. Toutes les statues, les rues, les édifices, ont changé de nom, toutes les dates ont été modifiées. Et le processus continue tous les jours, à chaque minute. L’histoire s’est arrêtée. Rien n’existe qu’un présent éternel dans lequel le Parti a toujours raison. Je sais naturellement que le passé est falsifié, mais il me serait impossible de le prouver, alors même que j’ai personnellement procédé à la falsification. La chose faite, aucune preuve ne subsiste. La seule preuve est à l’intérieur de mon cerveau et je n’ai aucune certitude qu’un autre être humain quelconque partage mes souvenirs. De toute ma vie, il ne m’est arrivé qu’une seule fois de tenir la preuve réelle et concrète. Des années après. Winston (1984, George Orwell)
Penny Lane is in my ears and in my eyes There beneath the blue suburban skies… Paul McCartney (1967)
The night they drove old Dixie down And all the bells were ringin’ (…) Back with my wife in Tennessee And one day she said to me, « Virgil, quick! Come see! There goes Robert E. Lee. » Now I don’t mind, I’m chopping wood And I don’t care if the money’s no good Just take what you need and leave the rest But they should never have taken the very best. Robbie Robertson (reprise par Joan Baez)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie. G.K. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Si on change les noms, c’est comme si il ne s’était rien passé: il n’y a plus de preuves alors les gens oublient. Eric Lynch (spécialiste de la traite de Liverpool)
Christiane Taubira déclare sans ambages qu’il ne faut pas trop évoquer la traite négrière arabo-musulmane pour que les « jeunes Arabes » « ne portent pas sur leur dos tout le poids de l’héritage des méfaits des Arabes. Ces logiques communautaires influent aussi sur le projet mémoriel La Route de l’esclave, décidé en 1993 par l’Unesco: Roger Botte, chercheur au Centre d’études africaines du CNRS, constate qu’il privilégie également la traite transatlantique du fait de «la pression des représentants du monde arabe et des Etats africains». Eric Conan (L’Express, 2006)
Je rêve de voir les Blancs, les Arabes et les Asiatiques s’organiser pour défendre leur identité propre. Nous combattons tous ces macaques qui trahissent leurs origines, de Stéphane Pocrain à Christiane Taubira en passant par Mouloud Aounit. […] Les nationalistes sont les seuls Blancs que j’aime. Ils ne veulent pas de nous et nous ne voulons pas d’eux. […] Parce qu’il y aurait eu la Shoah, je n’ai rien le droit de dire sur mon oppresseur sioniste ? Stellio Capochichi (alias Kemi Seba)
 Les sionistes sont les nazis du XXIe siècle. […] Ce qui se passe aujourd’hui en Palestine est mille fois pire que la Shoah. […] Nous abattrons les sionistes, nous abattrons l’impérialisme. […] Que tous les sionistes sur Paris sachent qu’ils ne dormiront plus tranquilles. À mort Israël ! À mort les sionistes ! Stellio Capochichi (alias Kemi Seba)
Les institutions internationales comme la Banque Mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) ou l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) sont « tenus par les sionistes qui imposent à l’Afrique et à sa diaspora des conditions de vie tellement excrémentielles que le camp de concentration d’Auschwitz peut paraître comme un paradis sur terre ». Stellio Capochichi (alias Kemi Seba)
Incontestablement, Donald Trump n’a pas su élever son discours et s’adresser à toute l’Amérique. Parce qu’il n’est pas un politicien orthodoxe, il n’a pas perçu la dimension symbolique de ces événements et ce qu’elle exigeait de lui. En revanche, quand il pointe des violences du côté de l’extrême droite mais aussi de l’ alt-left, cela me semble un constat difficilement récusable. Il y a bien une alt-left, violente ou agressive, et en tout cas très intolérante. Cela va des Antifa à Black Lives Matter et d’autres groupuscules qui occupent, notamment dans la rue, le vide laissé par un Parti démocrate en pleine crise depuis la défaite de Hillary Clinton. Ceux-là tirent tous les débats qui agitent une société américaine très divisée vers un affrontement entre pro- et anti-Trump. Jean-Eric Branaa (Paris-II)
Le bon sens a été emporté par le vent dans ma ville natale de Memphis. Todd Starnes
Notre intention n’a jamais été de choquer. Nous évitons l’utilisation de symboles religieux sur nos emballages pour maintenir la neutralité dans toutes les religions. Si cela a été perçu différemment, nous présentons nos excuses aux personnes qui ont pu être choquées. Groupe Lidl
Des avocats de l’ACLU, l’union américaine pour les libertés civiles (..) ont aidé le suprémaciste blanc Jason Kessler à organiser une manifestation dans le centre de Charlottesville.(…) A la fin des années 1970, l’ACLU avait en effet pris la décision controversée de défendre un groupe néonazi qui voulait défiler à Skokie, une banlieue de Chicago où vivaient de nombreux rescapés des camps de concentration. (…) Dans le cas de Charlottesville, afin de limiter les violences potentielles, les autorités municipales voulaient que la marche pour le maintien de la statue du général sudiste Robert E. Lee ait lieu dans un grand parc un peu à l’écart. Le nationaliste blanc Jason Kessler a fait un procès à la ville et ce sont des avocats de l’ACLU qui l’ont gratuitement aidé à obtenir le droit de faire venir les manifestants – avec leurs torches, drapeaux confédérés, armes, croix grammées et slogans nazis – dans le centre ville. Du point de vue de l’ACLU, le gouvernement utilisait le prétexte de la menace de violence pour marginaliser des opinions peu populaires. En accord avec l’ACLU, le juge a statué qu’il n’était pas constitutionnel pour la ville de limiter le permis de manifester des nationalistes blancs juste parce que les autorités étaient en désaccord avec leurs idées. (…) Cette position demeure pourtant controversée. Après le meurtre de la manifestante Heather Heyer le 12 août, tuée par un sympathisant néonazi qui lui a foncé dessus en voiture, plusieurs membres de l’organisation ont démissionné (…) et des branches locales de l’ACLU ont critiqué la position de la direction. (…) Des porte-paroles de l’ACLU ont commencé par défendre leurs actions dans ce dossier, expliquant que la police n’avait pas bien fait son travail, et que l’ACLU n’était pas responsable du fait qu’en Virginie, il est légal de porter une arme visible. Mais quelques jours après dans une interview pour le Wall Street Journal, le directeur Anthony Romero a changé de cap (…) Pour le politologue Erik Bleich, il s’agit d’une décision importante dans la mesure où l’organisation accepte de prendre en compte le contexte actuel – le fait que les manifestants néonazis puissent être légalement armés dans certains Etats, ce qui n’était pas le cas dans les années 1970  – pour nuancer leur défense absolutiste de la liberté d’expression. (…) Dans Politico, deux défenseurs du premier amendement écrivent que le meilleur moyen de lutter contre les racistes n’est pas la censure et les lois qui pénalisent les discours de haine, comme en Europe, mais la confrontation d’idées dans le débat public. Ils notent que l’antisémitisme est plus prégnant en Europe  qu’aux Etats-Unis, malgré les lois européennes contre l’antisémitisme et le négationnisme.  Slate
George Washington possédait des esclaves (…). Est-ce qu’on va enlever ses statues? Et Thomas Jefferson? Est-ce qu’on va enlever ses statues? Il possédait beaucoup d’esclaves. Donald Trump
Personne ne naît en haïssant une autre personne à cause de la couleur de sa peau, ou de ses origines, ou de sa religion. Les gens doivent apprendre à haïr, et s’ils peuvent apprendre à haïr, ils peuvent apprendre à aimer car l’amour jaillit plus naturellement du cœur humain que son opposé. Nelson Mandela (retweeté par Barack Hussein Obama, 13.08. 2017)
J’ai regardé de très près, de beaucoup plus près que la plupart des gens. Vous aviez un groupe d’un côté qui était agressif. Et vous aviez un groupe de l’autre côté qui était aussi très violent. Personne ne veut le dire. Que dire de l’“alt-left” qui a attaqué l’“alt-right” comme vous dites ? N’ont-ils pas une part de responsabilité ? Ont-ils un problème ? Je pense que oui. J’ai condamné les néonazis. Mais tous les gens qui étaient là-bas n’étaient pas des néonazis ou des suprémacistes blancs, tant s’en faut. Il y avait des gens très bien des deux côtés. Donald Trump (16.08.2017)
Alors que nos prières vont à Charlottesville, nous nous remémorons ces vérités fondamentales couchées dans la Déclaration d’indépendance par le plus éminent des citoyens de cette ville : ‘tous les hommes sont créés égaux; ils sont dotés par le Créateur de certains droits inaliénables. » Nous savons que ces vérités sont éternelles parce que nous sommes les témoins de la décence et de la grandeur de notre pays. George H. Bush et George W. Bush (16.08.2017)
Aux côtés de ceux qui combattent le racisme et la xénophobie. Notre combat commun, hier comme aujourd’hui. #Charlottesville. Emmanuel Macron (17.08.2017)
Je pense que le problème des suprématistes blancs… il était évident qu’il s’agissait d’une attaque terroriste, a déclaré Morgana Wood. Et je pense que le président Donald Trump aurait dû faire une déclaration plus tôt reconnaissant ce fait, et faire en sorte que tous les Américains se sentent en sécurité dans leur pays, ce qui est le problème numéro un à l’heure actuelle. Margana Wood (Miss Texas, 11.09.2017)
Nelson (…) was what you would now call, without hesitation, a white supremacist. While many around him were denouncing slavery, Nelson was vigorously defending it. Britain’s best known naval hero – so idealised that after his death in 1805 he was compared to no less than “the God who made him” – used his seat in the House of Lords and his position of huge influence to perpetuate the tyranny, serial rape and exploitation organised by West Indian planters, some of whom he counted among his closest friends. It is figures like Nelson who immediately spring to mind when I hear the latest news of confederate statues being pulled down in the US. These memorials – more than 700 of which still stand in states including Virginia, Georgia and Texas – have always been the subject of offence and trauma for many African Americans, who rightly see them as glorifying the slavery and then segregation of their not so distant past. But when these statues begin to fulfil their intended purpose of energising white supremacist groups, the issue periodically attracts more mainstream interest. The reaction in Britain has been, as in the rest of the world, almost entirely condemnatory of neo-Nazis in the US and of its president for failing to denounce them. But when it comes to our own statues, things get a little awkward. The colonial and pro-slavery titans of British history are still memorialised: despite student protests, Oxford University’s statue of imperialist Cecil Rhodes has not been taken down; and Bristol still celebrates its notorious slaver Edward Colston. (…)  Britain has committed unquantifiable acts of cultural terrorism – tearing down statues and palaces, and erasing the historical memory of other great civilisations during an imperial era whose supposed greatness we are now, so ironically, very precious about preserving intact. And we knew what we were doing at the time. One detail that has always struck me is how, when the British destroyed the centuries-old Summer Palace in Beijing in 1860 and gave a little dog they’d stolen as a gift to Queen Victoria, she humorously named it “Looty”. This is one of the long list of things we are content to forget while sucking on the opium of “historical integrity” we claim our colonial statues represent. We have “moved on” from this era no more than the US has from its slavery and segregationist past. The difference is that America is now in the midst of frenzied debate on what to do about it, whereas Britain – in our inertia, arrogance and intellectual laziness – is not. The statues that remain are not being “put in their historical context”, as is often claimed. Take Nelson’s column. Yes, it does include the figure of a black sailor, cast in bronze in the bas-relief. He was probably one of the thousands of slaves promised freedom if they fought for the British military, only to be later left destitute, begging and homeless, on London’s streets when the war was over. But nothing about this “context” is accessible to the people who crane their necks in awe of Nelson. The black slaves whose brutalisation made Britain the global power it then was remain invisible, erased and unseen. Afua Hirsch
Avant que Libération ne publie son dossier du 23 août, la plupart des commentateurs français se sont contentés de dénoncer, à juste titre, l’attentat à Charlottesville, la statue du général Lee, les adeptes de la white supremacy, l’attitude du président Trump et le racisme américain en général (qui se maintient à un niveau très élevé, il est vrai), sans jamais voir la poutre dans l’œil de la France. Que dire de toutes ces rues qui portent des noms de négriers comme Balguerie et Gradis à Bordeaux (ville d’Alain Juppé), Grou et Leroy à Nantes (ville de Jean-Marc Ayrault), Masurier et Lecouvreur au Havre (ville d’Edouard Philippe) ? La plupart des maires des villes concernées affirment qu’il ne faut pas changer ces noms, car il convient, paraît-il, de conserver la trace des crimes commis. Mais les noms de rue ne servent pas à garder la mémoire des criminels, ils servent en général à garder la mémoire des héros et à les célébrer. C’est pour cela qu’il n’y a pas de rue Pétain en France. D’autres proposent que l’on conserve ces noms de rues, avec une petite explication. Mais même avec une mention expliquant sa vie, son œuvre, une «rue Pierre Laval, collabo» ne serait guère plus acceptable. C’est pour cela qu’il n’y en a pas non plus. Ce n’est donc pas une solution. Et si l’on veut vraiment transmettre la mémoire, pourquoi ne pas proposer plutôt des rues au nom de Toussaint Louverture, le héros haïtien, ou au nom de Champagney, ce village français dont les habitants prirent fait et cause pour les victimes de l’esclavage, pendant la Révolution ? Il faudrait donc se poser cette question : lequel des deux pays est le plus problématique, celui où il y a un conflit autour de la statue d’un général esclavagiste, ou celui où il y a à l’Assemblée nationale une statue de Colbert, une salle Colbert, une aile Colbert au ministère de l’Economie, des lycées Colbert (qui prétendent enseigner les valeurs républicaines), des dizaines de rues ou d’avenues Colbert, sans qu’il y ait le moindre conflit, la moindre gêne, le moindre embarras ? Et pourtant, Colbert est l’auteur du Code noir, celui qui a organisé en France ce crime contre l’humanité, et aussi le fondateur de la Compagnie des Indes occidentales, de sinistre mémoire. N’est-il pas choquant que personne (ou presque) ne soit choqué ? (…) Nous nous adressons ici aux Français qui, par des contorsions indignes, cherchent encore à justifier l’injustifiable : vos héros sont nos bourreaux. Dès lors, comment pourrons-nous vivre ensemble ? Il y a de nombreux Français, blancs ou noirs, qui ont lutté contre l’esclavage : pourquoi ne pas privilégier ceux-là ? N’y a-t-il pas un lien entre le piédestal où l’on met les esclavagistes et le mépris social que subissent les descendants d’esclaves ? Est-il normal que les territoires d’outre-mer, où l’esclavage a été perpétré, soient encore en 2017 les plus pauvres du pays tout entier ? Est-il normal qu’ils soient dominés, encore aujourd’hui, par les descendants des esclavagistes, qui ont été indemnisés en outre par la République après l’abolition ? Peut-on être à la fois la patrie des droits de l’homme, et la patrie des droits des esclavagistes ? Il y a quelques jours, Emmanuel Macron a affirmé qu’il était «aux côtés de ceux qui combattent le racisme et la xénophobie» à Charlottesville. Nous demandons à Emmanuel Macron d’être aussi aux côtés de ceux qui combattent le racisme et la xénophobie en France et de lancer une réflexion nationale sur la nécessité de remplacer ces noms et statues de la honte par des figures de personnalités noires, blanches ou autres ayant lutté contre l’esclavage et contre le racisme. (…) On ne peut pas être dans l’indignation face à Charlottesville et dans l’indifférence par rapport à la France par rapport à toutes statues, toutes ces rues, qui défigurent nos villes. Il faut décoloniser l’espace, il faut décoloniser les esprits, c’est aussi cela la réparation à laquelle nous appelons le Président. Louis-Georges Tin (Conseil représentatif des associations noires)
Washington possédait des esclaves, et ce dès l’âge de 11 ans, lorsqu’il hérita de son père. (…) A titre personnel, Washington acheta régulièrement des esclaves et en comptait 123 à la fin de son existence à Mount Vernon sur un total de 317, les autres étant propriété de sa femme Martha. Les témoignages divergent sur sa façon de les traiter. De même, sa volonté de les émanciper est très discutée. D’une part, Washington demanda dans son testament que ses esclaves soient libérés après la mort de Martha. D’autre part, il contournait la loi de Pennsylvanie qui déclarait les esclaves libres s’ils passaient plus de six mois avec leur propriétaire : le «grand George» leur fit régulièrement traverser les frontières de cet état afin de remettre les compteurs à zéro… De même, il rechercha un de ses anciens esclaves pour le rendre à son épouse, laquelle voulait l’offrir comme cadeau de mariage. Dans ses fonctions de président, George Washington ne fit rien pour rompre avec le système négrier. En 1793, il signa le Fugitive Act Slave qui autorisait la capture dans n’importe quel état d’un esclave en fuite. A la même époque, il apporta un soutien militaire à la France qui luttait à Saint-Domingue (actuelle Haïti) contre une révolte d’esclaves. Washington ne condamnait l’esclavage qu’en privé, comme auprès du marquis de La Fayette qui l’avait aidé pendant la guerre d’indépendance. (…) Après lui, plusieurs présidents américains furent propriétaires d’esclaves, jusqu’à Ulysses Grant (à la Maison Blanche de 1869 à 1877), dont Thomas Jefferson (1801-1809), qui totalisait 600 sujets et dénonça le «trafic international» sans interdire cette institution aux Etats-Unis. En outre, il fut établi en 1998 que Jefferson était le père de plusieurs enfants de l’une de ses esclaves, Sally Hemings. Lui qui n’hésitait pas à faire fouetter ses esclaves se plaignait de leur «puanteur» et refusait de les émanciper, par crainte d’un «métissage qui ouvrirait la voie à la dégénérescence» (…). Sur les dix-huit premiers présidents de l’histoire de ce pays, treize furent patrons d’esclaves dont huit pendant l’exercice de leurs fonctions. Libération
Débaptiser l’un des rares noms de lieu dédiés à la mémoire de Robespierre dans les grandes villes françaises serait, à notre sens, un signal politique et mémoriel antirépublicain. Quoi qu’on puisse penser de l’action politique de Robespierre (et les interprétations divergentes sont nombreuses, comme nous avons montré dans notre ouvrage (1)), il n’en reste pas moins qu’il a été l’inventeur de la devise « Liberté Égalité Fraternité » qui figure au fronton des édifices publics, qu’il a été (avec bien d’autres évidemment) un combattant infatigable de la démocratie, qu’il a défendu la citoyenneté des pauvres, des juifs, des « hommes de couleur » (comme on disait alors) dans les colonies et qu’il n’a cessé d’être la cible des attaques des royalistes, des anti-républicains et des réactionnaires de toutes sortes depuis deux siècles. Les accusations de « dictature » ou de responsabilité personnelle dans ce que l’on a appelé après sa mort la « Terreur » ont été — depuis fort longtemps — ruinées par la critique historique. Robespierre n’a jamais été le dictateur sanglant et paranoïaque de l’imagerie contre-révolutionnaire, il a été, en revanche, l’un des partisans les plus résolus de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen et de la Première république, y compris dans le contexte difficile d’une guerre civile et extérieure. Ajoutons qu’il a été, dès 1790-1791, le porte-parole des patriotes marseillais en butte aux attaques des autorités aristocratiques locales (…) Et vous voudriez que ce défenseur de la Révolution des droits de l’homme et du citoyen, mais aussi de la ville de Marseille, disparaisse des noms de lieux et de places de la ville qui lui a décerné les plus grands éloges ? (…) La Révolution française ne doit pas disparaître de la mémoire marseillaise, nationale et universelle. Tribune d’historiens (2014)
La dénomination attribuée à une voie ou un édifice public doit être conforme à l’intérêt public local. À ce titre, l’attribution d’un nom à un espace public ne doit être ni de nature à provoquer des troubles à l’ordre public, ni à heurter la sensibilité des personnes, ni à porter atteinte à l’image de la ville ou du quartier concerné. Ministère de l’Intérieur français (août 2016)
Plutôt me couper le bras droit que de travailler ou exiger jamais le scrutin pour le nègre et non la femme. Susan B. Anthony
Knowledge of birth control is essentially moral. Its general, though prudent, practice must lead to a higher individuality and ultimately to a cleaner race. Birth control is nothing more or less than the facilitation of the process of weeding out the unfit, of preventing the birth of defectives or of those who will become defective. Margaret Sanger
Toutes les misères de ce monde sont imputables au fait que l’on permet aux irresponsables ignorants, illettrés et pauvres de se reproduire sans que nous ayons la moindre maîtrise sur leur fécondité. Margaret Sanger
Margaret Higgins Sanger (14 septembre 1879 – 6 septembre 1966) est une militante anarchiste américaine qui lutta pour la contraception et la liberté d’expression, ce qui l’amena à fonder l’American Birth Control League (ligue pour le contrôle des naissances), qui devient le planning familial américain sous le nom de Planned Parenthood. Initialement reçues avec beaucoup de résistances, ses idées qu’une femme puisse décider de quand et comment elle serait enceinte, gagnèrent peu à peu de l’audience, tant dans le public qu’auprès des tribunaux. Margaret Sanger a été un élément fondateur dans l’accès à la contraception et au contrôle des naissances. Sa défense de l’eugénisme négatif en fait une personnalité controversée. (…) Après un an d’exil en Europe pour échapper aux poursuites judiciaires, elle fonde en 1921 l’American Birth Control League (ligue américaine pour le contrôle des naissances), qui deviendra en 1942 le planning familial. Cependant les bases idéologiques de Margaret Sanger ont souvent été sévèrement critiquées. Elle défend une forme d’eugénisme, qui selon elle « améliorerait l’humanité » en évitant la reproduction des êtres « indésirables ». Dans cette optique elle projette d’améliorer les conditions de vie des Afro-Américains en favorisant leur contraception, ce qui n’a pas été accepté par tous les noirs américains. Certains militants noirs, particulièrement pendant les années 1970, ont considéré le planning familial comme une tentative de génocide à leur encontre. Cependant Martin Luther King a salué la forme de son action car elle avait établi une tradition de lutte politique non-violente, qu’il utilisera à son tour. En 1925, lors du VIe congrès du « birth control », elle invite l’anthropologue eugéniste français Georges Vacher de Lapouge. En 1926, l’une de ses nombreuses conférences sur le contrôle des naissances s’adresse aux membres de l’association Women of the Ku Klux Klan à Silver Lake, dans le New Jersey. Elle propose la stérilisation ou l’internement des groupes « dysgéniques » et reçoit à son domicile en septembre 1930 le conseiller d’Adolf Hitler en matière raciale, Eugen Fischer. Pourtant elle déclarera en 1940 « donner [s]on argent, [s]on nom et [s]on influence auprès d’écrivains ou d’autres pour combattre la montée au pouvoir d’Hitler en Allemagne» car elle condamne la politique antisémite de l’Allemagne Nazie et écrit en 1933 : « Toutes les nouvelles d’Allemagne sont tristes et horribles, et pour moi plus dangereuses qu’aucune guerre ayant lieu où que ce soit, car il y a tant de gens bons qui applaudissent ces atrocités et disent que c’est bien. L’antagonisme soudain en Allemagne contre les juifs et la haine profonde contre eux se répand de manière cachée ici et est plus dangereuse que la politique agressive du Japon en Mandchourie… ». Hitler de son côté fait brûler les livres de Margaret Sanger au côté de ceux de Freud. Wikipedia
Votre problème n’est pas du tout un cas rare. Toutefois, il nécessite une attention particulière. Le type de sentiment que vous avez envers les garçons n’est probablement pas une tendance innée, mais quelque chose qui a été acquis culturellement. Pour ce faire, je suggère que vous voyez un bon psychiatre qui peut vous aider à mettre en éveil votre conscience devant toutes ces expériences et les circonstances qui conduisent à cette attitude. Martin Luther King (réponse à un jeune homosexuel, Ebony, 1958)
In the olden days, demonstrators decked out in black, with masks and clubs, would have been deemed sinister by liberals. Now are they the necessary shock troops whose staged violence brings political dividends? Antifa’s dilemma is that its so-called good people wearing black masks can find almost no bad people in white masks to club, so they smash reporters, the disabled, and onlookers alike for sport — revealing that, at base, they perversely enjoy violence for violence’s sake. As the cowardly Klan taught us in the 1920s and 1960s: Put on a mask with a hundred like others, and even the most craven wimp believes he’s now a psychopathic thug. Victor Davis Hanson
How about progressive icon Joan Baez? Should the Sixties folksinger seek forgiveness from us for reviving her career in the early 1970s with the big money-making hit “The Night They Drove Old Dixie Down”— her version of The Band’s sympathetic ode to the tragedy of a defeated Confederacy, written over a century after the Civil War. (“Back with my wife in Tennessee / When one day she called to me / Said, “Virgil, quick, come see / There goes the Robert E. Lee!”) If a monument is to be wiped away, then surely a popular song must go, too Are there gradations of moral ambiguity? Or do Middlebury and Berkeley students or antifa rioters in their infinite wisdom have a monopoly on calibrating virtue and defining it as 100 percent bad or good? Who of the present gets to decide whom of the past we must erase — and where does the cleansing of memory stop? Defacing Mt. Rushmore of its slave owners? Renaming the double-whammy Washington and Lee University? Are we to erase mention of the heavens for their August 21 eclipse that unfairly bypassed most of the nation’s black population — as the recent issue of Atlantic magazine is now lamenting? Revolutions are not always sober and judicious. We might agree that the public sphere is no place for honorific commemoration of Roger B. Taney, the author of the Dred Scott decision. But statue removal will not be limited to the likes of Roger B. Taneys when empowered activists can cite chapter and verse the racist things once uttered by Abraham Lincoln, whose bust was just disfigured in Chicago — and when the statue-destroyers feel that they gain power daily because they are morally superior. The logical trajectory of tearing down the statue of a Confederate soldier will soon lead to the renaming of Yale, the erasing of Washington and Jefferson from our currency, and the de-Trotskyization of every mention of Planned Parenthood’s iconic Margaret Singer, the eugenicist whose racist views on abortion anticipated those of current liberal Supreme Court justice Ruth Bader Ginsburg. (Ginsburg said, “Frankly I had thought that at the time Roe was decided, there was concern about population growth and particularly growth in populations that we don’t want to have too many of.”) In my own town, there used to be a small classical fountain dedicated by the Woman’s Christian Temperance Union. It was long ago torn down. (Who wishes to recall the forces that led to Prohibition?) In its place now sits an honorific statue to the clawed, half-human Aztec deity Coatlicue, the hungry earth-mother goddess. Coatlicue was quite a bloodthirsty creation, to whom thousands of living captives were sacrificed. The goddess was often portrayed wrapped in a cloak of skin and wearing a neckless of human hearts, hands, and skulls. Our town’s new epigraph atop Coatlicue is Viva la Raza — “Long live the Race.” Should there be demonstrations to yank down such a racialist and Franco-ist hurrah? Or are the supposed victims of white privilege themselves exempt from the very chauvinism that they sometimes allege in others? Is there a progressive rationale that exempts Coatlicue and its racist plaque, whose sloganeering channels the raza/razza mantras of Fascist Spain and Mussolini’s Italy? Are we to have a perpetual war of the statues ? There is a need for an abolition of memory in the case of Hitler or Stalin, or here in America perhaps even of a Nathan Bedford Forrest. But when we wipe away history at a whim (why in 2017 and not, say, in 2015 or 2008?), we’d better make sure that our targets are uniquely and melodramatically evil rather than tragically misguided. And before we get out our ropes and sandblasters, we should be certain that we are clearly the moral superiors of those we condemn to oblivion. Be careful, 21st-century man. Far more hypercritical generations to come may find our own present moral certitude — late-term and genetically driven abortion, the rise of artificial intelligence in place of human decision-making, the harvesting and selling of aborted fetal organs, ethnic and tribal chauvinism, euthanasia, racially segregated dorms and “safe spaces” — as immoral as we find the sins of our own predecessors. Victor Davis Hanson
What are the proper rules of exemption for progressives when waging war against the dead? Do they tally up the dead’s good and bad behaviors to see if someone makes the 51 percent “good progressive” cutoff that exempts him? Or do some reactionary sins cancel out all the progressive good — at least in the eyes of self-styled moral superiors to those hapless Neanderthals who came before us? Are the supposedly oppressed exempt from charges of oppression? (…) And will toppling statues and erasing names only cease when modern progressives are forced to blot out the memories of racist progressive heroes ? Victor Davis Hanson
Cette polémique est l’illustration de la vague d’ignorance qui submerge notre société au nom de la repentance et du politiquement correct.  (…) l’histoire de Colbert et du Code noir doit avant tout être replacée dans le contexte de l’époque, le XVIIe siècle. (…) Si on ne comprend pas l’histoire dans sa globalité et sa complexité, on ne comprend rien à rien. (…) Il faudra alors effacer toute trace de Jules Ferry à cause de son éloge de la mission civilisatrice de la colonisation, et faire de même pour Gambetta, Jean Jaurès, et même Léon Blum. (…) Plutôt que de débaptiser, il faut instruire et éduquer. Dimitri Casali (historien et essayiste)
Les noms de rue ne sont pas de l’histoire mais de la mémoire. On dénomme une rue pour honorer quelqu’un, pas simplement pour rappeler qu’il a existé.Quand Ian Kershaw écrit une biographie de Hitler, tout le monde applaudit. Mais personne n’accepterait qu’on baptise une voie publique ‘rue Adolf Hitler’ ! (…) Quand une dénomination apparaît comme une agression contre une population, il paraît justifié de changer le nom. Gardons à l’esprit que la mémoire honore, quand l’histoire analyse. Philippe Darriulat (historien spécialiste du sentiment national)
Il faut cesser avec cet héritage d’instrumentalisation politique des lieux, cette façon de réécrire l’histoire n’enseigne absolument rien. Nous héritons d’une période où la traite des Noirs était légale, or les consciences ont évolué aujourd’hui. Il s’agit de nous interroger à partir des lieux qui ont été à l’origine de l’esclavage : les ports. Karfa Diallo (Mémoire & Partages)
Le débat né aux Etats-Unis s’est importé en France : des associations de mémoire réclament que l’on retire les statues et débaptise les rues honorant des personnages historiques controversés, notamment ceux qui ont été impliqués dans l’esclavage. Mais où arrêter le tri dans l’histoire ? (…)  dans une tribune pour Libération, le président du Conseil représentatif des associations noires (Cran), Louis-Georges Tin, s’insurge contre d’autres statues. Dans sa ligne de mire, l’ancien ministre de Louis XIV, Colbert (…) Car Colbert est aussi l’auteur du Code noir qui a, souligne l’universitaire, « organisé en France ce crime contre l’humanité » qu’était l’esclavage. Le président du Cran réclame donc qu’on déboulonne immédiatement la statue de Colbert et qu’on débaptise les rues à son nom, en vertu d’une « décolonisation de l’espace et des esprits ». Et de s’interroger : « N’y a-t-il pas un lien entre le piédestal où l’on met les esclavagistes et le mépris social que subissent les descendants d’esclaves ? ». (…) Ce débat force pourtant à une observation : les noms donnés aux lieux publics sont chargés de connotations politiques. Qui se promène dans les villes de la « banlieue rouge », en bordure de Paris, se verra rapidement rappeler leur histoire communiste : on peut mentionner l’avenue Lénine de Saint-Denis ou la place Maurice-Thorez de Villejuif, honorant le très stalinien secrétaire général historique du PCF. A l’autre extrémité de l’échiquier politique, on envoie aussi des messages : le toujours provocateur maire de Béziers Robert Ménard a débaptisé il y a deux ans la rue du 19-Mars-1962. Ce nom avait pour lui le tort de célébrer les accords d’Evian ayant mis fin à la guerre d’Algérie. A la place, Robert Ménard a renommé la rue… Hélie Denoix de Saint-Marc, un ancien parachutiste, farouche partisan de l’Algérie française. L’odonymie – l’art de nommer des voies de communication – reflète donc bien les luttes pour réécrire l’histoire… généralement au profit des vainqueurs. Ainsi, les figures de la IIIe République, Jules Ferry, Léon Gambetta, Jean Jaurès ou Georges Clemenceau sont dans tous les index de plans de villes. Et comme le souligne Jean-Paul Brighelli dans Causeur, « il y a très, très peu de rues ou places Robespierre en France, alors que des rues Danton, l’organisateur des massacres de septembre, on ne sait plus qu’en faire ». (…) le petit parc situé au pied du Sacré-Cœur. En 1927, (…) avait initialement été nommé « square Willette », en l’honneur du dessinateur de presse polémiste Adolphe Willette. A l’époque, cette dénomination était déjà un acte politique : il s’agissait de se « venger » de l’édification de la basilique du Sacré-Cœur, considérée comme un symbole réactionnaire, en baptisant le square du nom d’un artiste provocateur et anticlérical. En 2004, la mairie du 18e est revenue sur le square Adolphe Willette, pour d’autres raisons… Une affiche de candidature d’Adolphe Willette aux législatives de 1889 venait d’être exhumée : il s’y proclamait « candidat antisémite ». « Quand le caractère violemment antisémite de l’affiche a été mis en évidence, il a été décidé de changer le nom du square »(…) . L’espace s’appelle aujourd’hui « square Louise-Michel ». Le problème est que dans certaines villes, des pans entiers de l’architecture urbaine sont susceptibles d’être considérés comme une « agression contre une population ». Les villes de Nantes et Bordeaux, par exemple, sont d’anciens ports qui furent les foyers de la traite des esclaves. Et portent à chaque coin de rue la marque de ce passé négrier. Dans la cité des Ducs, les rues Montauduine, Kervégan et Guillaume Grou, entre autres, rendent « hommage » à des armateurs, négociants, politiques, pleinement investis dans la traite des esclaves noirs. A Bordeaux, plusieurs dizaines de voies publiques sont dans le même cas. Que faire ? Tout effacer, tout rebaptiser ? (…) Mémoire & Partages, une association bordelaise qui milite pour une « éducation populaire » autour du passé colonial de la ville (…) préconise d’installer des plaques pédagogiques en-dessous des noms de chaque rue, afin de retracer en quelques phrases les principaux hauts (et bas) faits des personnages ayant donné leur nom aux lieux publics. Marianne
Dans la suite des événements de Charlottesville, Bill de Blasio, le maire de New York, a envisagé publiquement de déboulonner la statue de Christophe Colomb, parce qu’elle serait offensante pour les Amérindiens. A l’en croire, cette statue serait susceptible de susciter la haine, comme la plupart des symboles associés à l’expansion européenne et à la colonisation des Amériques, apparemment. (…) En Grande-Bretagne, on en a trouvé pour proposer d’abattre la statue de Nelson, à qui on reproche d’avoir défendu l’esclavage. (…) Certains n’y verront qu’une nouvelle manifestation du péché d’anachronisme, qui pousse à abolir l’histoire dans un présentisme un peu sot, comme si les époques antérieures devaient être condamnées et leurs traces effacées de l’espace public. Mais il y a manifestement autre chose qu’une autre manifestation d’inculture dans cette furie épuratrice qui excite les foules, comme si elles étaient appelées à une mission vengeresse. Comment expliquer cette soudaine rage qui pousse une certaine gauche, au nom de la décolonisation intérieure des États occidentaux, à vouloir éradiquer la mémoire, comme si du passé, il fallait enfin faire table rase? Nous sommes devant une poussée de fièvre épuratrice particulièrement violente, qui témoigne de la puissance du réflexe pénitentiel inscrit dans la culture politique occidentale contemporaine. On peut comprendre que dans un élan révolutionnaire, quand d’un régime, on passe à un autre, une foule enragée s’en prenne au statuaire du pouvoir. Il arrive qu’on fracasse des idoles pour marquer la déchéance d’un demi-dieu auquel on ne croit plus. Lors de la chute du communisme, l’euphorie des foules les poussa à jeter par terre les statues et autres monuments qui représentaient une tyrannie dont elles se délivraient. Il fallait faire tomber les monuments à la gloire de Lénine pour marquer la chute du communisme. (…) Mais sommes-nous dans une situation semblable? Le cas du sud des États-Unis, à l’origine de la présente tornade idéologique, est assumérment singulier. La mémoire qui y est associée ne s’est pas toujours définie exclusivement à partir de la question raciale, ce qui ne veut pas dire que celle-ci ne soit pas centrale et que la mouvance suprémaciste blanche ne cherche pas à exercer sur cet héritage un monopole. On ne saurait toutefois l’y réduire. Surtout, des Américains raisonnables et nullement racistes sont choqués que des militants d’extrême-gauche détruisent des statues en dehors de toute légalité. Ils acceptent difficilement que toute mention de l’héritage du sud soit assimilé au racisme. Comment ces Américains toléreraient-ils, par exemple, qu’on censure un film comme «Autant en emporte le vent», comme cela vient d’arriver dans un cinéma de Memphis, qui l’a déprogrammé pour des raisons idéologiques? (…) la manie pénitentielle frappe partout en Occident. Elle pousse à démanteler des statues, à réécrire les manuels scolaires, à prescrire certaines commémorations pénitentielles, à multiplier les excuses envers telle communauté, à pendre symboliquement certains héros des temps jadis désormais présentés à la manière d’abominables salauds et à censurer les représentations du passé qui n’entrent pas dans la représentation caricaturale qu’on s’en fait aujourd’hui. (…) Tôt ou tard, on s’en prendra aux statues du général de Gaulle, de Churchill, de Roosevelt et de bien d’autres: d’une certaine manière, Napoléon a déjà été victime d’une telle entreprise lorsqu’on a refusé en 2005 de commémorer la victoire d’Austerlitz. Il ne s’agira plus seulement de réduire en miettes la statue de tel ou tel général qui a servi la cause de l’esclavagisme: tous finiront par y passer d’une manière ou d’une autre, comme si nous assistions à une nazification rétrospective du passé occidental, désormais personnifié par un homme blanc hétérosexuel auquel il faudrait arracher tous ses privilèges. À son endroit, il est permis, et même encouragé, d’être haineux. L’Europe ne sait plus quoi faire de son passé colonial, que plusieurs sont tentés d’assimiler à un crime contre l’humanité. Ses procureurs croient n’accuser que leurs pères, alors qu’ils excitent la tentation victimaire de certaines populations immigrées qui n’hésitent pas ensuite à expliquer leur difficile intégration dans la civilisation européenne par le système postcolonial qui y prédominerait. L’histoire de l’Europe serait carcérale et mènerait directement au système concentrationnaire. Dans le cadre américain, c’est l’arrivée même des Européens qu’il faudrait désormais réduire à une invasion brutale, que certains n’hésitent pas à qualifier d’entreprise génocidaire. On invite les jeunes Américains, les jeunes Canadiens et les jeunes Québécois à se croire héritiers d’une histoire odieuse qu’ils doivent répudier de manière ostentatoire. On les éduque à la haine de leur propre civilisation. Nous sommes devant une manifestation de fanatisme idéologique s’alimentant à l’imaginaire du multiculturalisme le plus radical, qui prétend démystifier la société occidentale et révéler les nombreuses oppressions sur lesquelles elle se serait construite. (…) On y verra une illustration de la racialisation des rapports sociaux dans une société qui se tribalise au rythme où elle se dénationalise. Chacun s’enferme dans une histoire faite de griefs, puis demande un monopole sur le récit collectif, sans quoi on multipliera à son endroit les accusations de racisme. Il faudra alors proposer une représentation du passé conforme au nouveau régime de la «diversité». Ce qui est frappant, dans ce contexte, c’est la faiblesse des élites politiques et intellectuelles, qui ne se croient plus en droit de défendre le monde dont elles avaient pourtant la responsabilité. (…) Très souvent, les administrations universitaires cèdent aux moindres caprices d’associations étudiantes fanatisées, pour peu que celles-ci fassent preuve d’agressivité militante. En juillet, le King’s College de Londres a décidé de retirer les bustes de ses fondateurs «blancs» parce qu’ils intimideraient les «minorités ethniques». (…) ces statues (…) témoignent de la complexité irréductible de l’histoire, qui ne se laisse jamais définir par une seule légende, et ressaisir par une seule tradition. C’est pour cela qu’on trouve souvent des statues et autres monuments commémoratifs contradictoires au sein d’une ville ou d’un pays. Ils nous rappellent que dans les grandes querelles qui nous semblent aujourd’hui dénuées d’ambiguïté, des hommes de valeur ont pu s’engager dans des camps contraires. (…)  L’histoire des peuples ne saurait s’écrire en faisant un usage rageur de la gomme à effacer et du marteau-piqueur. Mathieu Bock-Côté
La décision prise par la municipalité de Charlottesville, dans l’État américain de Virginie, de déboulonner la statue de Robert E. Lee est à l’origine du terrifiant spectacle de néonazis défilant le mois dernier dans les rues de la ville avec des torches, scandant des slogans antisémites et exaltant la suprématie de la race blanche. La statue du général Lee sur son cheval, le chef de l’armée confédérée et un partisan du maintien de l’esclavage dans les États sudistes lors de la guerre de Sécession, était en place depuis 1924, époque à laquelle le lynchage de citoyens noirs était fréquent. Inspirés par les événements de Charlottesville, de nombreux Britanniques se demandent aujourd’hui si la statue de l’amiral Nelson en haut de la fameuse colonne de Trafalgar Square à Londres ne devrait pas également être retirée en raison des positions clairement pro-esclavagiste du héros de la bataille navale de Trafalgar. (…) Cette forme d’iconoclasme, qui repose sur l’idée que détruire une image permet de résoudre les polémiques qui lui sont associées, a toujours revêtu une dimension quasi magique. Lorsque les protestants anglais ont défié la puissance de l’Église catholique romaine au XVIe siècle, des foules déchainées ont détruit les statues de saints et d’autres objets de culte à coups de pioche et de masse. Au XVIIIe siècle, les révolutionnaires ont fait subir le même sort aux églises en France. Et l’une des manifestations la plus radicale de ces saccages s’est produite il y a un peu plus de 50 ans en Chine, lorsque les Gardes rouges ont détruit les temples bouddhistes et brûlé les livres de la doctrine confucéenne – en fait tout ce qui était ancien et traditionnel – au nom de la Révolution culturelle. (…) pourtant (…) qui pourrait défendre l’idée que les rues et les places des villes allemandes continuent à être nommées en l’honneur d’Adolf Hitler après 1945 ? Déboulonner les statues du Führer, ou des dirigeants soviétiques en Europe centrale et de l’Est après 1989 n’était sûrement pas une erreur puérile. La question est de savoir où fixer les limites. (…) Il est très peu probable que de nombreux Britanniques soient incités à défendre l’esclavage ou le rétablissement d’un empire colonial en Afrique en contemplant la statue de Nelson à Trafalgar ou celle de Rhodes à Oxford. (…) Il n’existe pas de solution parfaite à ce problème, précisément parce qu’il ne s’agit pas seulement d’images taillées dans la pierre. Le ressentiment dans les États du Sud est d’ordre politique. Les blessures de la guerre civile américaine ne sont pas cicatrisées. Une grande partie des habitants des zones rurales de ces États est plus pauvre et moins éduquée que ceux d’autres régions des États-Unis. Ils se sentent ignorés et méprisés par les élites urbaines des côtes Est et Ouest, raison pour laquelle tant d’entre eux ont voté pour Trump. Déboulonner quelques statues ne résoudra pas ce problème et risque même d’exacerber les tensions.

Attention: un racisme peut en cacher un autre !  (Après Penny Lane, The Night they drove old Dixie down ?)

En ces temps étranges …

Où, politiquement correct oblige, l’on élimine les croix chrétiennes des photos de produits alimentaires …

Ou déprogramme conférenciers ou classiques du cinéma (et occasion accessoirement du premier oscar noir)

Et où, entre déboulonnages et débaptêmes, l’on propose de dynamiter le Mont Rushmore ou la colonne Nelson

Pendant qu’entre Antifas et Black lives matter, les casseurs quasi-professionnels et leurs nombreux amis progressistes arborent fièrement des photos du notoire démocrate Che Guevara sur leurs tee-shirts, affiches ou murs …

Et que, des deux côtés de l’Atlantique, les suprémacistes et antisémites noirs ont quasiment pignon sur rue …

Alors qu’un président américain rappelant la violence des deux côtés et le simple fait que, arrêt de Skokie et assistance des avocats de l’ACLU obligent, la manifestation néo-nazie de Charlottesville,  torches, drapeaux confédérés, armes, croix grammées et slogans nazis compris – était parfaitement légale, se voit mis au pilori par quasiment l’ensemble des commentateurs …

Comment ne pas repenser …

Au-delà des cas évidents du nazisme ou du stalinisme …

Et des premiers chrétiens aux premiers protestants et des révolutionnaires français aux maoïstes chinois …

A toutes ces vagues – musulmans bien sûr compris – d’iconoclasme qui ont traversé l’histoire humaine …

Et notamment à la longue et tristement célèbre tradition précisément staliniste

D’élimination y compris photographique des membres du parti à mesure qu’ils tombaient en disgrâce et devenaient infréquentables …

Et comment ne pas voir derrière ce retour tardif à la damnatio memoriae de nos ancêtres grecs ou latins ou même égyptiens …

Qui comme toute révolution qui se respecte …

De la suffragette raciste Susan Anthony à la fondatrice du Planning familial eugéniste Margaret Sanger

Sans compter, outre le vainqueur de Verdun, Colomb ou les pères fondateurs Washington et Jefferson tous deux notoires propriétaires d’esclaves …

Voire outre la passionaria du folk Joan Baez reprenant une lamente de Dixie

Le saint laïc Martin Luther King lui-même …

Devrait logiquement s’apprêter à dévorer, outre les traces mêmes de leurs méfaits, ses propres enfants …

Le véritable racisme social et ressentiment…

D’une élite urbaine surdiplômée furieuse après l’élection d’un président prétendument aussi inepte que Trump …

D’avoir perdu un pouvoir politique dont elle s’estimait seule digne ?

Le Pouvoir des mots
Ian Buruma
Project syndicate
Sep 5, 2017
NEW YORK – La décision prise par la municipalité de Charlottesville, dans l’État américain de Virginie, de déboulonner la statue de Robert E. Lee est à l’origine du terrifiant spectacle de néonazis défilant le mois dernier dans les rues de la ville avec des torches, scandant des slogans antisémites et exaltant la suprématie de la race blanche. La statue du général Lee sur son cheval, le chef de l’armée confédérée et un partisan du maintien de l’esclavage dans les États sudistes lors de la guerre de Sécession, était en place depuis 1924, époque à laquelle le lynchage de citoyens noirs était fréquent.
Inspirés par les événements de Charlottesville, de nombreux Britanniques se demandent aujourd’hui si la statue de l’amiral Nelson en haut de la fameuse colonne de Trafalgar Square à Londres ne devrait pas également être retirée en raison des positions clairement pro-esclavagiste du héros de la bataille navale de Trafalgar. Et il y a deux ans, des étudiants de l’université d’Oxford ont demandé le retrait de la statue du colonialiste Cecil Rhodes installée sur la façade d’un bâtiment de Oriel College, où il avait été étudiant, parce que son point de vue sur les races et le rôle de l’empire britannique est aujourd’hui jugé odieux.Cette forme d’iconoclasme, qui repose sur l’idée que détruire une image permet de résoudre les polémiques qui lui sont associées, a toujours revêtu une dimension quasi magique. Lorsque les protestants anglais ont défié la puissance de l’Église catholique romaine au XVIe siècle, des foules déchainées ont détruit les statues de saints et d’autres objets de culte à coups de pioche et de masse. Au XVIIIe siècle, les révolutionnaires ont fait subir le même sort aux églises en France. Et l’une des manifestations la plus radicale de ces saccages s’est produite il y a un peu plus de 50 ans en Chine, lorsque les Gardes rouges ont détruit les temples bouddhistes et brûlé les livres de la doctrine confucéenne – en fait tout ce qui était ancien et traditionnel – au nom de la Révolution culturelle.Il est facile de déplorer ce genre de destruction. Des bâtiments séculaires sont réduits à néant et de grandes œuvres d’art sont perdues. L’on est tenté de croire que seules les personnes qui croient au pouvoir magique des images pourraient vouloir les anéantir.
La seule façon raisonnable de traiter les monuments du passé serait de les considérer simplement comme un legs de l’histoire. Ce n’est pourtant pas si simple. Qui pourrait défendre l’idée que les rues et les places des villes allemandes continuent à être nommées en l’honneur d’Adolf Hitler après 1945 ? Déboulonner les statues du Führer, ou des dirigeants soviétiques en Europe centrale et de l’Est après 1989 n’était sûrement pas une erreur puérile. On pourrait également affirmer que les représentations de ces dirigeants et de leurs affidés n’ont pas la même qualité artistique que les églises médiévales anglaises ou les sculptures de la dynastie Tang en Chine. Les statues du général Lee n’ont pas vraiment plus de raisons d’être conservées pour leur valeur artistique.La question est de savoir où fixer les limites. Les personnalités historiques doivent-elles jugées en fonction de la quantité de sang qu’elles ont sur les mains ? Ou faudrait-il définir un laps de temps adéquat ?L’on pourrait par exemple dire que les monuments honorant les criminels ayant vécu dans un passé assez récent, des monuments qui seraient encore source de souffrances pour les survivants, devraient être enlevés. Mais cette approche ne suffit pas en elle-même. L’argument en faveur du maintien d’une statue de Hitler dans un lieu public, si tant est qu’il en existe encore, ne se renforce pas au fil du temps.De nombreux citoyens du Sud des États-Unis estiment que les monuments confédérés doivent être préservés en tant que rappels du passé, comme éléments d’un « héritage » commun. Le problème est que l’histoire n’est pas neutre. Elle peut continuer à avoir des effets délétères. La manière dont nous représentons les histoires du passé et entretenons la mémoire au travers d’objets culturels est une composante essentielle de la façon dont nous nous percevons collectivement. Cette démarche nécessite un certain niveau de consensus, qui n’existe pas toujours, en particulier dans le cas de guerres civiles.Le cas de l’Allemagne d’après-guerre est sans équivoque. L’Allemagne de l’Ouest  comme l’Allemagne de l’Est ont décidé de façonner leur avenir commun en opposition directe au passé nazi. Seule une frange rancunière s’accroche encore avec nostalgie à des souvenirs du Troisième Reich.Les autorités allemandes continuent toutefois à interdire toute exposition de symboles nazis, de crainte qu’ils puissent encourager certains à répéter les heures les plus sombres de l’histoire du pays. Cette crainte est compréhensible et ne paraît pas sans fondement. Cette tentation pourrait même se renforcer à mesure que l’époque du nazisme s’efface des mémoires.
L’histoire récente de la Grande-Bretagne est moins traumatisante. Les opinions de Cecil Rhodes ou de l’amiral Nelson, bien qu’assez conventionnelles à leur époque, ne sont certainement plus admissibles aujourd’hui. Il est très peu probable que de nombreux Britanniques soient incités à défendre l’esclavage ou le rétablissement d’un empire colonial en Afrique en contemplant la statue de Nelson à Trafalgar ou celle de Rhodes à Oxford.La conjoncture dans les États du Sud des États-Unis reste par contre problématique. Les perdants de la guerre de Sécession n’ont jamais vraiment accepté leur défaite. Pour de nombreux habitants des États du Sud, même si ce n’est de loin pas une majorité, la cause confédérée et ses monuments font toujours partie de leur identité collective. Si aucune personne saine d’esprit ne songerait à défendre le rétablissement de l’esclavage, la nostalgie pour le mode vie traditionnel sudiste reste entaché de racisme. C’est pour cette raison que les statues du général Lee situées devant les palais de justice et autres bâtiments publics sont préjudiciables et que de nombreux citoyens, notamment les progressistes de ces États, souhaitent les voir enlevées. Il n’existe pas de solution parfaite à ce problème, précisément parce qu’il ne s’agit pas seulement d’images taillées dans la pierre. Le ressentiment dans les États du Sud est d’ordre politique. Les blessures de la guerre civile américaine ne sont pas cicatrisées. Une grande partie des habitants des zones rurales de ces États est plus pauvre et moins éduquée que ceux d’autres régions des États-Unis. Ils se sentent ignorés et méprisés par les élites urbaines des côtes Est et Ouest, raison pour laquelle tant d’entre eux ont voté pour Trump. Déboulonner quelques statues ne résoudra pas ce problème et risque même d’exacerber les tensions.

Ian Buruma, Editor of The New York Review of Books, is Professor of Democracy, Human Rights, and Journalism at Bard College. He is the author of numerous books, including Murder in Amsterdam: The Death of Theo Van Gogh and the Limits of Tolerance and Year Zero: A History of 1945.

Voir aussi:

Mathieu Bock-Côté
Le Figaro
9 septembre 2017

FIGAROVOX/TRIBUNE – À la suite des événements de Charlottesville, Bill de Blasio, le maire de New York, a envisagé publiquement de déboulonner la statue de Christophe Colomb, parce qu’elle serait offensante pour les Amérindiens. Mathieu Bock-Côté décrypte cette nouvelle guerre contre le passé.

Mathieu Bock-Côté est docteur en sociologie, chargé de cours aux HEC à Montréal et chroniqueur au Journal de Montréal et à Radio-Canada. Ses travaux portent principalement sur le multiculturalisme, les mutations de la démocratie contemporaine et la question nationale québécoise. Il est l’auteur d’ Exercices politiques (VLB éditeur, 2013), de Fin de cycle: aux origines du malaise politique québécois (Boréal, 2012) de La dénationalisation tranquille (Boréal, 2007), et de Le multiculturalisme comme religion politique (éd. du Cerf, 2016).

Dans la suite des événements de Charlottesville, Bill de Blasio, le maire de New York, a envisagé publiquement de déboulonner la statue de Christophe Colomb, parce qu’elle serait offensante pour les Amérindiens. A l’en croire, cette statue serait susceptible de susciter la haine, comme la plupart des symboles associés à l’expansion européenne et à la colonisation des Amériques, apparemment. Au Canada, un syndicat d’enseignants ontarien proposait de rebaptiser les écoles portant le nom de John A. MacDonald, un des pères fondateurs du pays. En Grande-Bretagne, on en a trouvé pour proposer d’abattre la statue de Nelson, à qui on reproche d’avoir défendu l’esclavage. On trouvera bien d’autres exemples de cette chasse aux statues dans l’actualité des dernières semaines.

Certains n’y verront qu’une nouvelle manifestation du péché d’anachronisme, qui pousse à abolir l’histoire dans un présentisme un peu sot, comme si les époques antérieures devaient être condamnées et leurs traces effacées de l’espace public. Mais il y a manifestement autre chose qu’une autre manifestation d’inculture dans cette furie épuratrice qui excite les foules, comme si elles étaient appelées à une mission vengeresse. Comment expliquer cette soudaine rage qui pousse une certaine gauche, au nom de la décolonisation intérieure des États occidentaux, à vouloir éradiquer la mémoire, comme si du passé, il fallait enfin faire table rase? Nous sommes devant une poussée de fièvre épuratrice particulièrement violente, qui témoigne de la puissance du réflexe pénitentiel inscrit dans la culture politique occidentale contemporaine.

On peut comprendre que dans un élan révolutionnaire, quand d’un régime, on passe à un autre, une foule enragée s’en prenne au statuaire du pouvoir. Il arrive qu’on fracasse des idoles pour marquer la déchéance d’un demi-dieu auquel on ne croit plus. Lors de la chute du communisme, l’euphorie des foules les poussa à jeter par terre les statues et autres monuments qui représentaient une tyrannie dont elles se délivraient. Il fallait faire tomber les monuments à la gloire de Lénine pour marquer la chute du communisme. Rien là de vraiment surprenant. Quelquefois, il faut détruire pour créer.

Mais sommes-nous dans une situation semblable? Le cas du sud des États-Unis, à l’origine de la présente tornade idéologique, est assumérent singulier. La mémoire qui y est associée ne s’est pas toujours définie exclusivement à partir de la question raciale, ce qui ne veut pas dire que celle-ci ne soit pas centrale et que la mouvance suprémaciste blanche ne cherche pas à exercer sur cet héritage un monopole. On ne saurait toutefois l’y réduire. Surtout, des Américains raisonnables et nullement racistes sont choqués que des militants d’extrême-gauche détruisent des statues en dehors de toute légalité. Ils acceptent difficilement que toute mention de l’héritage du sud soit assimilé au racisme. Comment ces Américains toléreraient-ils, par exemple, qu’on censure un film comme «Autant en emporte le vent», comme cela vient d’arriver dans un cinéma de Memphis, qui l’a déprogrammé pour des raisons idéologiques?

La question des statues qui perpétuent le souvenir des généraux ou des soldats confédérés aux Etats- Unis est complexe. Mais la manie pénitentielle frappe partout en Occident. Elle pousse à démanteler des statues, à réécrire les manuels scolaires, à prescrire certaines commémorations pénitentielles, à multiplier les excuses envers telle communauté, à pendre symboliquement certains héros des temps jadis désormais présentés à la manière d’abominables salauds et à censurer les représentations du passé qui n’entrent pas dans la représentation caricaturale qu’on s’en fait aujourd’hui.

Cette vision de l’histoire, terriblement simplificatrice, prend la forme d’un procès qui vise d’abord les héros longtemps admirés. Des grands personnages, on ne retient que les idées qui heurtent les valeurs d’aujourd’hui. L’Occident en vient à se voir avec les yeux de ceux qui le maudissent. Tôt ou tard, on s’en prendra aux statues du général de Gaulle, de Churchill, de Roosevelt et de bien d’autres: d’une certaine manière, Napoléon a déjà été victime d’une telle entreprise lorsqu’on a refusé en 2005 de commémorer la victoire d’Austerlitz. Il ne s’agira plus seulement de réduire en miettes la statue de tel ou tel général qui a servi la cause de l’esclavagisme: tous finiront par y passer d’une manière ou d’une autre, comme si nous assistions à une nazification rétrospective du passé occidental, désormais personnifié par un homme blanc hétérosexuel auquel il faudrait arracher tous ses privilèges. À son endroit, il est permis, et même encouragé, d’être haineux.

L’Europe ne sait plus quoi faire de son passé colonial, que plusieurs sont tentés d’assimiler à un crime contre l’humanité. Ses procureurs croient n’accuser que leurs pères, alors qu’ils excitent la tentation victimaire de certaines populations immigrées qui n’hésitent pas ensuite à expliquer leur difficile intégration dans la civilisation européenne par le système postcolonial qui y prédominerait. L’histoire de l’Europe serait carcérale et mènerait directement au système concentrationnaire. Dans le cadre américain, c’est l’arrivée même des Européens qu’il faudrait désormais réduire à une invasion brutale, que certains n’hésitent pas à qualifier d’entreprise génocidaire. On invite les jeunes Américains, les jeunes Canadiens et les jeunes Québécois à se croire héritiers d’une histoire odieuse qu’ils doivent répudier de manière ostentatoire. On les éduque à la haine de leur propre civilisation.

Nous sommes devant une manifestation de fanatisme idéologique s’alimentant à l’imaginaire du multiculturalisme le plus radical, qui prétend démystifier la société occidentale et révéler les nombreuses oppressions sur lesquelles elle se serait construite. Chaque représentation publique du passé est soumise aux nouveaux censeurs qui font de leur sensibilité exacerbée le critère à partir duquel ils accordent ou non à une idée le droit de s’exprimer. Comment ne pas y voir une forme de contrôle idéologique marquée par une intolérance idéologique décomplexée? On y verra une illustration de la racialisation des rapports sociaux dans une société qui se tribalise au rythme où elle se dénationalise. Chacun s’enferme dans une histoire faite de griefs, puis demande un monopole sur le récit collectif, sans quoi on multipliera à son endroit les accusations de racisme. Il faudra alors proposer une représentation du passé conforme au nouveau régime de la «diversité».

Ce qui est frappant, dans ce contexte, c’est la faiblesse des élites politiques et intellectuelles, qui ne se croient plus en droit de défendre le monde dont elles avaient pourtant la responsabilité. On le constate dans le monde académique. Très souvent, les administrations universitaires cèdent aux moindres caprices d’associations étudiantes fanatisées, pour peu que celles-ci fassent preuve d’agressivité militante. En juillet, le King’s College de Londres a décidé de retirer les bustes de ses fondateurs «blancs» parce qu’ils intimideraient les «minorités ethniques». Encore une fois, l’antiracisme racialise les rapports sociaux. C’est un nouveau dispositif idéologique qui se met en place et qui contribue à redéfinir les contours de la respectabilité politique. Ceux qui s’opposent au déboulonnage des statues controversées sont accusés d’être complices des crimes auxquels elles sont désormais associées.

Nos sociétés n’ont pas à se reconnaître dans le portrait avilissant qu’on fait d’elles. Elles doivent raison garder. Il faudrait voir dans ces statues tout autant de couches de sens à la fois superposées et entremêlées: elles témoignent de la complexité irréductible de l’histoire, qui ne se laisse jamais définir par une seule légende, et ressaisir par une seule tradition. C’est pour cela qu’on trouve souvent des statues et autres monuments commémoratifs contradictoires au sein d’une ville ou d’un pays. Ils nous rappellent que dans les grandes querelles qui nous semblent aujourd’hui dénuées d’ambiguïté, des hommes de valeur ont pu s’engager dans des camps contraires. Ils illustrent des valeurs et des engagements qui ne se laissent pas réduire aux idéologies auxquelles ils se sont associés. L’histoire des peuples ne saurait s’écrire en faisant un usage rageur de la gomme à effacer et du marteau-piqueur.

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De Charlottesville à Colbert : faut-il déboulonner tous les personnages historiques qui dérangent ?
Le débat né aux Etats-Unis s’est importé en France : des associations de mémoire réclament que l’on retire les statues et débaptise les rues honorant des personnages historiques controversés, notamment ceux qui ont été impliqués dans l’esclavage. Mais où arrêter le tri dans l’histoire ?
Hadrien Mathoux
Marianne
04/09/2017

Les polémiques naissent des statues, ces temps-ci. A Charlottesville, dans le sud des Etats-Unis, c’est la décision de retirer l’édifice rendant hommage au général Lee qui a été à l’origine du défilé des suprémacistes blancs et autres néo-nazis au mois d’août. Une controverse qui a traversé l’Atlantique : dans une tribune pour Libération, le président du Conseil représentatif des associations noires (Cran), Louis-Georges Tin, s’insurge contre d’autres statues. Dans sa ligne de mire, l’ancien ministre de Louis XIV, Colbert : « Il y a à l’Assemblée nationale une statue de Colbert, une salle Colbert, une aile Colbert au ministère de l’Economie, des lycées Colbert, des dizaines de rues ou d’avenues Colbert, sans qu’il y ait le moindre conflit, la moindre gêne, le moindre embarras ». Car Colbert est aussi l’auteur du Code noir qui a, souligne l’universitaire, « organisé en France ce crime contre l’humanité » qu’était l’esclavage. Le président du Cran réclame donc qu’on déboulonne immédiatement la statue de Colbert et qu’on débaptise les rues à son nom, en vertu d’une « décolonisation de l’espace et des esprits ». Et de s’interroger : « N’y a-t-il pas un lien entre le piédestal où l’on met les esclavagistes et le mépris social que subissent les descendants d’esclaves ? ».

Alors, faut-il se lancer dans ce tri entre les bonnes et les mauvaises figures historiques ? Une telle demande fait bondir Dimitri Casali, historien et essayiste, qui défend une vision radicalement différente de la mémoire. « Cette polémique est l’illustration de la vague d’ignorance qui submerge notre société au nom de la repentance et du politiquement correct », fulmine-t-il auprès de Marianne, regrettant le « bannissement de toute complexité historique ». Pour lui, « l’histoire de Colbert et du Code noir doit avant tout être replacée dans le contexte de l’époque, le XVIIe siècle ». Et selon lui, il serait tout aussi absurde de démonter la statue de Colbert au nom de la lutte contre l’esclavage, que de détruire le château de Versailles pour tourner la page de la monarchie absolue. « Si on ne comprend pas l’histoire dans sa globalité et sa complexité, on ne comprend rien à rien », insiste l’essayiste.

Des rues en l’honneur de communistes… ou de défenseurs de l’Algérie française

Ce débat force pourtant à une observation : les noms donnés aux lieux publics sont chargés de connotations politiques. Qui se promène dans les villes de la « banlieue rouge », en bordure de Paris, se verra rapidement rappeler leur histoire communiste : on peut mentionner l’avenue Lénine de Saint-Denis ou la place Maurice-Thorez de Villejuif, honorant le très stalinien secrétaire général historique du PCF. A l’autre extrémité de l’échiquier politique, on envoie aussi des messages : le toujours provocateur maire de Béziers Robert Ménard a débaptisé il y a deux ans la rue du 19-Mars-1962. Ce nom avait pour lui le tort de célébrer les accords d’Evian ayant mis fin à la guerre d’Algérie. A la place, Robert Ménard a renommé la rue… Hélie Denoix de Saint-Marc, un ancien parachutiste, farouche partisan de l’Algérie française. L’odonymie – l’art de nommer des voies de communication – reflète donc bien les luttes pour réécrire l’histoire… généralement au profit des vainqueurs. Ainsi, les figures de la IIIe République, Jules Ferry, Léon Gambetta, Jean Jaurès ou Georges Clemenceau sont dans tous les index de plans de villes. Et comme le souligne Jean-Paul Brighelli dans Causeur, « il y a très, très peu de rues ou places Robespierre en France, alors que des rues Danton, l’organisateur des massacres de septembre, on ne sait plus qu’en faire ».

Trêve d’hypocrisie, « les noms de rue ne sont pas de l’histoiremais de la mémoire, explique Philippe Darriulat, historien spécialiste du sentiment national et adjoint au maire (PS) du 18e arrondissement de Paris. On dénomme une rue pour honorer quelqu’un, pas simplement pour rappeler qu’il a existé. » Impossible donc de prétendre que les noms de lieux ne servent qu’à perpétuer le souvenir du passé : ils l’honorent. « Quand Ian Kershaw écrit une biographie de Hitler, tout le monde applaudit, développe Philippe Darriulat. Mais personne n’accepterait qu’on baptise une voie publique ‘rue Adolf Hitler’ ! ». Mais alors, comment statuer sur les noms déjà donnés ? L’exploration, à la lumière d’aujourd’hui, du passé déplaisant de tous les personnages historiques emblématiques, conduirait en effet à remettre en question beaucoup de dénominations… « Il faudra alors effacer toute trace de Jules Ferry à cause de son éloge de la mission civilisatrice de la colonisation, et faire de même pour Gambetta, Jean Jaurès, et même Léon Blum », énumère Dimitri Casali.

Philippe Darriulat propose un compromis : « Quand une dénomination apparaît comme une agression contre une population, il paraît justifié de changer le nom. Gardons à l’esprit que la mémoire honore, quand l’histoire analyse ». L’adjoint au maire du 18e donne un exemple issu de son arrondissement : le petit parc situé au pied du Sacré-Cœur. En 1927, il avait initialement été nommé « square Willette », en l’honneur du dessinateur de presse polémiste Adolphe Willette. A l’époque, cette dénomination était déjà un acte politique : il s’agissait de se « venger » de l’édification de la basilique du Sacré-Cœur, considérée comme un symbole réactionnaire, en baptisant le square du nom d’un artiste provocateur et anticlérical. En 2004, la mairie du 18e est revenue sur le square Adolphe Willette, pour d’autres raisons… Une affiche de candidature d’Adolphe Willette aux législatives de 1889 venait d’être exhumée : il s’y proclamait « candidat antisémite ». « Quand le caractère violemment antisémite de l’affiche a été mis en évidence, il a été décidé de changer le nom du square », raconte Philippe Darriulat. L’espace s’appelle aujourd’hui « square Louise-Michel ».

A Nantes et Bordeaux, l’esclavage à chaque coin de rue

Le problème est que dans certaines villes, des pans entiers de l’architecture urbaine sont susceptibles d’être considérés comme une « agression contre une population ». Les villes de Nantes et Bordeaux, par exemple, sont d’anciens ports qui furent les foyers de la traite des esclaves. Et portent à chaque coin de rue la marque de ce passé négrier. Dans la cité des Ducs, les rues Montauduine, Kervégan et Guillaume Grou, entre autres, rendent « hommage » à des armateurs, négociants, politiques, pleinement investis dans la traite des esclaves noirs. A Bordeaux, plusieurs dizaines de voies publiques sont dans le même cas. Que faire ? Tout effacer, tout rebaptiser ?

« Il faut cesser avec cet héritage d’instrumentalisation politique des lieux, cette façon de réécrire l’histoire n’enseigne absolument rien », argue Karfa Diallo d’une voix calme. Il est le président de Mémoire & Partages, une association bordelaise qui milite pour une « éducation populaire » autour du passé colonial de la ville. « Nous héritons d’une période où la traite des Noirs était légale, or les consciences ont évolué aujourd’hui. Il s’agit de nous interroger à partir des lieux qui ont été à l’origine de l’esclavage : les ports. » Mémoire & Partages préconise d’installer des plaques pédagogiques en-dessous des noms de chaque rue, afin de retracer en quelques phrases les principaux hauts (et bas) faits des personnages ayant donné leur nom aux lieux publics. Pour Karfa Diallo, l’exhortation à déboulonner des statues relève en revanche d’un « tropisme anglo-saxon qui paraît inapproprié ». Dimitri Casali salue l’initiative des plaques pédagogiques : « Plutôt que de débaptiser, il faut instruire et éduquer ».

Reste qu’il est parfois difficile d’observer des personnages historiques sans anachronisme avec notre regard de 2017. Dimitri Casali déplore ainsi une « tendance à plaquer nos représentations mentales actuelles sur celles de la période évoquée ». Ce sont les conseils municipaux qui ont le pouvoir de baptiser les rues, places et autres avenues. Et pour éviter des luttes sans fin, leurs choix se font de moins en moins polémiques. Dans sa réponse à une question écrite posée par une sénatrice LR, le ministère de l’Intérieur a rappelé en août 2016 que « l’attribution d’un nom à un espace public ne doit être ni de nature à provoquer des troubles à l’ordre public, ni à heurter la sensibilité des personnes, ni à porter atteinte à l’image de la ville ou du quartier concerné. » Philippe Darriulat confirme : « La majorité des municipalités essaient de faire passer des choix consensuels ». En tous cas, en 2017, mais peut-être seront-ils contestés dans 100 ans…

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Charlottesville : Trump et la guerre des mémoires

Le drame de Charlottesville illustre la renaissance de l’affrontement qui oppose les communautés autour de l’histoire de l’esclavage aux Etats-Unis. Un siècle et demi après la fn des combats, la guerre de Sécession n’est, dans les esprits, toujours pas terminée.
Alain Léauthier
Marianne
27/08/2017

Pendant quelques jours, sur tous les médias américains, on n’a vu qu’eux : quelques milliers de suprémacistes blancs paradant en force dans les rues d’une ville réputée jusque-là plutôt paisible, costauds barbus du Ku Klux Klan (KKK) portant nonchalamment le M16 en bandoulière ou militants néonazis casqués derrière des boucliers frappés de la croix gammée et brandissant une profusion de Stainless Banner, l’étendard des Etats confédérés sécessionnistes. Les images de leurs accrochages violents avec les « antiracistes » ont fait le tour de la planète, tout comme celles montrant la voiture de James Alex Fields Jr, un garçon de 20 ans originaire de l’Ohio, fonçant dans la foule. Trente-cinq personnes ont été blessées, Heather Heyer, une jeune femme de 32 ans, a perdu la vie. S’il est jugé un jour en Virginie, Etat qui l’applique assidûment, James Alex Fields Jr encourt la peine capitale. Pour nombre de commentateurs, la tragédie de Charlottesville illustrerait avant tout le vent mauvais que l’élection de Donald Trump fait souffler sur une partie de l’Amérique blanche et raciste, désormais affranchie de toute retenue et convaincue que c’est un des siens qui occupe le Bureau ovale de la Maison-Blanche. Les mêmes ont vu dans les tergiversations du président à condamner clairement, et unilatéralement, les suprémacistes, au mieux l’expression d’un cynisme détestable, et plus certainement la preuve d’une indulgence coupable pour cause d’affinités. Même les Bush père et fils y sont allés de leur communiqué indigné, aussitôt interprété comme une prise de distance avec l’attitude jugée plus qu’ambiguë du milliardaire.

Pourtant, quelques voix dissonantes ne partagent pas exactement cette analyse de l’affaire de Charlottesville. Factuellement d’abord, et c’est le cas de Jean-Eric Branaa, maître de conférences à Paris-II et spécialiste des Etats-Unis. « Incontestablement, Donald Trump n’a pas su élever son discours et s’adresser à toute l’Amérique. Parce qu’il n’est pas un politicien orthodoxe, il n’a pas perçu la dimension symbolique de ces événements et ce qu’elle exigeait de lui. En revanche, quand il pointe des violences du côté de l’extrême droite mais aussi de l’ alt-left, cela me semble un constat difficilement récusable. Il y a bien une alt-left, violente ou agressive, et en tout cas très intolérante. Cela va des Antifa à Black Lives Matter et d’autres groupuscules qui occupent, notamment dans la rue, le vide laissé par un Parti démocrate en pleine crise depuis la défaite de Hillary Clinton. Ceux-là tirent tous les débats qui agitent une société américaine très divisée vers un affrontement entre pro- et anti-Trump.»

Lee, la fin d’un consensus

A Charlottesville, la division en question s’est focalisée sur un monument dressé dans un parc du centre-ville depuis 1924, la statue équestre de Robert E. Lee, le légendaire général sudiste qui commandait l’armée de Virginie du Nord, avant de devenir le général en chef des armées sudistes lors de la guerre de Sécession de 1862 à 1865. En avril dernier, le conseil municipal à majorité démocrate décide de la transférer dans un musée, suscitant aussitôt la colère d’une myriade d’associations, à l’image des Sons Of Confederate Veterans, dont les membres sont des descendants directs de soldats sudistes. Le choix du maire, Michael Signer, ne constitue pourtant pas une première. Voilà déjà quelques années que la présence des monuments érigés en hommage aux grandes figures confédérées – près de 1 500 au total, disséminés essentiellement dans les anciens Etats sécessionnistes – ne semble plus aller de soi. Du moins pour certains militants des droits civiques et surtout des activistes de la nouvelle gauche américaine. Leurs arguments ? Jim Gray, maire démocrate de Lexington, dans le Kentucky, les résumait il y a peu : « Nous ne pouvons pas continuer à rendre hommage à ces hommes qui se sont battus pour préserver l’esclavage sur un sol où des hommes, des femmes et des enfants ont été eux-mêmes vendus comme esclaves. » Etait-ce le cas de Robert E. Lee ? Héritier d’une riche famille de Virginie et marié à une descendante de George Washington, le premier président des Etats-Unis, ce brillant militaire de carrière, diplômé de West Point, fut aussi un grand propriétaire terrien, en l’occurrence une plantation sur laquelle trône désormais le cimetière national d’Arlington. Comme la plupart de ses pairs, Lee possédait son lot d’esclaves. Notablement enrichi à la mort de son beau-père, il se conforma à son souhait en acceptant de les affranchir, mais après un délai de cinq années au cours desquelles quelques réfractaires furent dûment fouettés pour avoir tenté de s’enfuir. Une fois la guerre terminée, Lee prit la tête de la future Washington And Lee University à Lexington (Virginie) et plaida inlassablement pour la réconciliation nationale et la reconstruction du pays. Icône absolue des sudistes, le général a bénéficié au fl du temps d’une sorte de consensus national au point qu’en 1975 le président Gerald Ford décida de lui rendre symboliquement ses droits civiques pleins et entiers. Longtemps, les disputes autour de Lee ou d’autres « héros » sudistes, tels le général Stonewall Jackson, son bras droit, et le président confédéré Jefferson Davis – réhabilité lui par Jimmy Carter – ont rarement franchi le cercle restreint des experts. Humaniste attentif au sort des Noirs, en particulier dans le domaine de l’éducation, pour les uns, esclavagiste pur et dur pour les autres, jusqu’alors, comme l’écrit le journaliste et historien Sylvain Ferreira (lire l’interview ci-contre), Robert E. Lee « reposait dans une petite chapelle de son université sans que cela pose de problème à personne ». En juillet 2014, première alerte pourtant : un groupe d’étudiants noirs exige que soient retirés les drapeaux confédérés placés devant l’édifice religieux et, un mois plus tard, la direction de l’établissement leur donne raison.

Sur place, l’affaire fait grand bruit, mais il faudra attendre le drame de Charleston, en Caroline du Sud, pour qu’elle prenne une dimension nationale. Dans la nuit du 17 au 18 juin 2015, un jeune suprémaciste blanc, Dylann Roof, pénètre dans un temple méthodiste noir de la ville et abat froidement neuf personnes. Le choc est considérable dans tout le pays, et c’est Barack Obama en personne qui préside la cérémonie funèbre. Peu avant le massacre, le tueur est apparu sur les réseaux sociaux avec un drapeau sudiste. Dans tout le Sud, la chasse au Stainless Banner, et plus largement aux monuments sudistes, est ouverte et ne s’arrêtera plus. Elle prend un caractère particulièrement aigu à La Nouvelle-Orléans où, en décembre 2015, le maire démocrate Mitch Landrieu ordonne le déplacement des statues de Lee, de Jefferson Davis et du général Pierre de Beauregard, un militaire confédéré d’origine créole, engagé à la fn de la guerre dans la défense des esclaves afranchis pour lesquels il réclamait, entre autres, le droit de vote.

Débat impossible ?

Mais les démocrates ne sont pas les seuls à s’impliquer dans la polémique. Quelques mois avant Landrieu, Nikki Haley, star montante des républicains, et à l’époque gouverneur de Caroline du Sud, demande, elle aussi, le retrait des drapeaux confédérés qui flottent devant le capitole de l’Etat. « Ils n’auraient jamais dû être là », tranche celle qui est devenue l’ambassadrice de l’administration Trump à l’ONU. Débat impossible ? Quelques-uns s’y sont essayés à l’image de Condoleezza Rice, l’ancienne secrétaire d’Etat de George W. Bush de 2005 à 2009. Interrogée en mai dernier sur le mouvement d’éradication en cours, elle se prononce résolument contre la tentation de « désinfecter l’histoire ». « Je veux que nous ayons à regarder ces noms [ceux des planteurs propriétaires d’esclaves], à reconnaître ce qu’ils ont fait et à pouvoir dire à leurs enfants ce qu’ils ont fait. » Pour Emily Jashinsky du Washington Exminer, le pendant conservateur du Washington Post, « l’argument de Rice va exactement à l’encontre des raisons qui poussent les nationalistes blancs à s’approprier la figure de Lee. Eux pensent qu’ils défendent la persistance d’une histoire positive alors que pour Rice la préservation de monuments témoignant des heures les plus sombres de notre passé garantit aux générations futures la connaissance de notre histoire ». Apparemment très affaibli au lendemain des événements de Charlottesville, Donald Trump a depuis repris à son compte la rhétorique de Rice, regrettant de voir « l’ histoire et la culture de [son] grand pays mises en pièces ». Sur ce point au moins, un récent sondage indique qu’une majorité d’Américains le suit, confirmant ainsi, comme le souligne Jean- Eric Branaa, « qu’à défaut d’être un grand président il peut encore à tout moment renverser la table ».

Voir de plus:
Tribune

Vos héros sont parfois nos bourreaux
Des lycées, des rues portent son nom mais qui se souvient que Colbert était l’auteur du Code noir et le fondateur de la Compagnie des Indes occidentales ?
Louis-Georges Tin, Président du Conseil représentatif des associations noires (Cran)
Libération
28 août 2017

Avant que Libération ne publie son dossier du 23 août, la plupart des commentateurs français se sont contentés de dénoncer, à juste titre, l’attentat à Charlottesville, la statue du général Lee, les adeptes de la white supremacy, l’attitude du président Trump et le racisme américain en général (qui se maintient à un niveau très élevé, il est vrai), sans jamais voir la poutre dans l’œil de la France. Que dire de toutes ces rues qui portent des noms de négriers comme Balguerie et Gradis à Bordeaux (ville d’Alain Juppé), Grou et Leroy à Nantes (ville de Jean-Marc Ayrault), Masurier et Lecouvreur au Havre (ville d’Edouard Philippe) ?

La plupart des maires des villes concernées affirment qu’il ne faut pas changer ces noms, car il convient, paraît-il, de conserver la trace des crimes commis. Mais les noms de rue ne servent pas à garder la mémoire des criminels, ils servent en général à garder la mémoire des héros et à les célébrer. C’est pour cela qu’il n’y a pas de rue Pétain en France. D’autres proposent que l’on conserve ces noms de rues, avec une petite explication. Mais même avec une mention expliquant sa vie, son œuvre, une «rue Pierre Laval, collabo» ne serait guère plus acceptable. C’est pour cela qu’il n’y en a pas non plus. Ce n’est donc pas une solution. Et si l’on veut vraiment transmettre la mémoire, pourquoi ne pas proposer plutôt des rues au nom de Toussaint Louverture, le héros haïtien, ou au nom de Champagney, ce village français dont les habitants prirent fait et cause pour les victimes de l’esclavage, pendant la Révolution ? Il faudrait donc se poser cette question : lequel des deux pays est le plus problématique, celui où il y a un conflit autour de la statue d’un général esclavagiste, ou celui où il y a à l’Assemblée nationale une statue de Colbert, une salle Colbert, une aile Colbert au ministère de l’Economie, des lycées Colbert (qui prétendent enseigner les valeurs républicaines), des dizaines de rues ou d’avenues Colbert, sans qu’il y ait le moindre conflit, la moindre gêne, le moindre embarras ? Et pourtant, Colbert est l’auteur du Code noir, celui qui a organisé en France ce crime contre l’humanité, et aussi le fondateur de la Compagnie des Indes occidentales, de sinistre mémoire. N’est-il pas choquant que personne (ou presque) ne soit choqué ?

En 2013, Arnaud Montebourg, qui ne cessait de faire l’éloge de Colbert, avait même lancé un logiciel destiné à favoriser la relocalisation des entreprises en France. Le nom de ce dispositif ? «Colbert 2.0». Malgré les protestations du Cran, le ministre a continué à faire l’apologie d’un homme coupable de crime contre l’humanité. Son conseiller expliquait que M. Montebourg célébrait en Colbert non pas l’esclavagiste, mais celui qui avait développé l’économie française. Un peu comme ces gens d’extrême droite qui affirment qu’ils célèbrent en Hitler non pas l’auteur de la Shoah, mais celui qui a redressé l’économie allemande. L’explication donnée par ce conseiller n’est-elle pas scandaleuse ? Par ailleurs, comment Colbert a-t-il développé l’économie française au XVIIe siècle, si ce n’est sur la base de l’esclavage colonial, justement ?

Nous nous adressons ici aux Français qui, par des contorsions indignes, cherchent encore à justifier l’injustifiable : vos héros sont nos bourreaux. Dès lors, comment pourrons-nous vivre ensemble ? Il y a de nombreux Français, blancs ou noirs, qui ont lutté contre l’esclavage : pourquoi ne pas privilégier ceux-là ? N’y a-t-il pas un lien entre le piédestal où l’on met les esclavagistes et le mépris social que subissent les descendants d’esclaves ? Est-il normal que les territoires d’outre-mer, où l’esclavage a été perpétré, soient encore en 2017 les plus pauvres du pays tout entier ? Est-il normal qu’ils soient dominés, encore aujourd’hui, par les descendants des esclavagistes, qui ont été indemnisés en outre par la République après l’abolition ? Peut-on être à la fois la patrie des droits de l’homme, et la patrie des droits des esclavagistes ?

Il y a quelques jours, Emmanuel Macron a affirmé qu’il était «aux côtés de ceux qui combattent le racisme et la xénophobie» à Charlottesville. Nous demandons à Emmanuel Macron d’être aussi aux côtés de ceux qui combattent le racisme et la xénophobie en France et de lancer une réflexion nationale sur la nécessité de remplacer ces noms et statues de la honte par des figures de personnalités noires, blanches ou autres ayant lutté contre l’esclavage et contre le racisme. Bien sûr, cette décision relève de l’autorité des élus locaux, mais un débat national et collectif doit être engagé. On ne peut pas être dans l’indignation face à Charlottesville et dans l’indifférence par rapport à la France par rapport à toutes statues, toutes ces rues, qui défigurent nos villes. Il faut décoloniser l’espace, il faut décoloniser les esprits, c’est aussi cela la réparation à laquelle nous appelons le Président.

Louis-Georges Tin Président du Conseil représentatif des associations noires (Cran)

Voir de même:

Tribune d’historiens pour défendre la place Robespierre à Marseille

Lettre ouverte au maire de Marseille et au maire du 9e arrondissement
L’Humanité
21 Mai, 2014

Plusieurs historiens spécialistes reconnus de la Révolution française ont adressé une lettre ouverte au maire UMP de Marseille, Jean-Claude Gaudin, afin que ne soit pas débaptisée la place Robespierre se situant dans le 9e arrondissement de la ville.

Monsieur le maire,

Nous avons appris par la presse que vous envisagiez de débaptiser la Place Robespierre dans le 9e arrondissement de Marseille. Nous entendons réagir à cette nouvelle en vous faisant part de notre désapprobation et de notre volonté de faire largement savoir auprès de l’opinion les raisons de notre opposition à ce projet.
Débaptiser l’un des rares noms de lieu dédiés à la mémoire de Robespierre dans les grandes villes françaises serait, à notre sens, un signal politique et mémoriel antirépublicain. Quoi qu’on puisse penser de l’action politique de Robespierre (et les interprétations divergentes sont nombreuses, comme nous avons montré dans notre ouvrage (1)), il n’en reste pas moins qu’il a été l’inventeur de la devise « Liberté Égalité Fraternité » qui figure au fronton des édifices publics, qu’il a été (avec bien d’autres évidemment) un combattant infatigable de la démocratie, qu’il a défendu la citoyenneté des pauvres, des juifs, des « hommes de couleur » (comme on disait alors) dans les colonies et qu’il n’a cessé d’être la cible des attaques des royalistes, des anti-républicains et des réactionnaires de toutes sortes depuis deux siècles. Les accusations de « dictature » ou de responsabilité personnelle dans ce que l’on a appelé après sa mort la « Terreur » ont été — depuis fort longtemps — ruinées par la critique historique. Robespierre n’a jamais été le dictateur sanglant et paranoïaque de l’imagerie contre-révolutionnaire, il a été, en revanche, l’un des partisans les plus résolus de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen et de la Première république, y compris dans le contexte difficile d’une guerre civile et extérieure.

Ajoutons qu’il a été, dès 1790-1791, le porte-parole des patriotes marseillais en butte aux attaques des autorités aristocratiques locales, qu’il a entretenu une correspondance politique suivie avec les révolutionnaires phocéens qui l’ont remercié à plusieurs reprises en lui demandant d’être leur défenseur(2) . Notre « cause est digne de vous, lui écrivent les officiers municipaux marseillais le 18 avril 1791, c’est celle du patriotisme luttant contre la calomnie ». Robespierre est celui qui écrivait au maire de Marseille le 27 juillet 1790 : « ne doutez pas que je ne sois dévoué jusqu’à la mort à la cause de Marseille et à celle de la Constitution, à laquelle elle est liée ». Il est celui qui dédia aux Marseillais son Adresse aux Français après la fuite du roi en juin 1791. Et vous voudriez que ce défenseur de la Révolution des droits de l’homme et du citoyen, mais aussi de la ville de Marseille, disparaisse des noms de lieux et de places de la ville qui lui a décerné les plus grands éloges ?

En Provence, au-delà de la municipalité marseillaise, ce sont celles d’Avignon ou de Toulon — dont il devient citoyen d’honneur — qui lui ont rendu hommage. Le premier député des Bouches-du-Rhône, Charles-François Bouche, le considérait comme l’un des Constituants les plus patriotes. Il a, écrivait le député provençal, « l’âme grande, élevée, courageuse et patriote » et il désolera « ses ennemis, s’il en a », car sa conduite politique est sans tache. Celui qui a reçu de son vivant le surnom « d’Incorruptible » doit-il disparaître de la vue des Marseillais ? Ce serait un comble en ces temps de crise de la démocratie et de méfiance à l’égard de la vertu publique des élus de la République.
La place Robespierre ne doit pas être débaptisée.

La Révolution française ne doit pas disparaître de la mémoire marseillaise, nationale et universelle.
Nous faisons connaître cette lettre à nos collègues historiens et nous leur demandons de s’associer à notre démarche qui concerne aussi tout ceux qui ont à coeur de défendre la mémoire de la révolution.

  • Marc Belissa, maître de conférences en histoire (Université Paris Ouest Nanterre).
  • Yannick Bosc, maître de conférences en histoire (Université de Rouen).

(1) Robespierre. La fabrication d’un mythe, Paris, Ellipses, 2013. Lire la conclusion
(2) Voir l’article de Jacques Guilhaumou, « Robespierre, défenseur de Marseille en 1791 », Révolution Française.net, juin 2006.

Premiers signataires :
Serge Bianchi (Professeur émérite, Université de Rennes II), Deborah Cohen (MCF histoire, Université d’Aix-Marseille), Alexis Corbière (professeur d’histoire, auteur de Robespierre Reviens !), Marc Deleplace (MCF histoire, Paris IV Sorbonne), Jean-Numa Ducange (MCF histoire, Université de Rouen), Florence Gauthier (MCF Histoire, Université Paris VII Denis Diderot), Jacques Guilhaumou (directeur de recherche émérite, CNRS-ENS Lyon), Anne Jollet (MCF histoire, Université de Poitiers), Mathilde Larrère (MCF histoire, Université de Marne-la-Vallée), Claude Mazauric (Professeur émérite, Université de Rouen), Guillaume Mazeau (MCF histoire, Université Paris I Panthéon Sorbonne), Christine Peyrard (Professeur, Université d’Aix-Marseille), Michel Vovelle (Professeur émérite, Aix-Marseille, Paris I, ancien directeur de l’Institut d’histoire de la Révolution française)

Voir encore:

Hollande, Hamon et Robespierre

Le tout nouveau président UMP de la communauté urbaine de Marseille Provence Métropole, Guy Teissier, vient d’avoir une idée : il veut débaptiser la Place Robespierre, sise dans le IXème arrondissement de Marseille (à Mazargues, pour ceux qui connaissent) et lui donner le nom des Nazet, amis du félibrige et de la culture provençale. C’est la seconde fois qu’on nous fait le coup — déjà, en 1999…

J’aime bien le félibrige, même si le mouvement a fini par rassembler un grand nombre d’imbéciles heureux. Mais j’aime encore plus Robespierre, sans lequel nous serions retombés dans une monarchie glauque (sans lequel il n’y aurait pas eu Bonaparte ni de Code civil : c’est au passage le frère dudit Robespierre qui a distingué à Toulon le jeune officier d’artillerie).
Horreur et putréfaction ! Signez vite la pétition mise en place par les amis de Robespierre, de la Convention et de la République. Il y a très très peu de rues ou places Robespierre, en France, alors que des rues Danton, l’organisateur des massacres de septembre, on ne sait plus qu’en faire.
Les informations sur l’œuvre exact de Maximilien ne vous sont pas nécessaires, ô mes féaux, mais cela va mieux en le disant :

C’est Robespierre qui pour la première fois, à la mi-décembre 1790, employa la formule « Liberté, Egalité, Fraternité ».
C’est lui qui a donné et proposé la citoyenneté pour les Juifs, qui a proposé l’abolition de l’esclavage, qui a fait voter la reconnaissance des enfants naturels, le premier à défendre le suffrage universel, le premier à aborder le non cumul des mandats, le premier à proposer le contrôle des prix de première nécessité…
Quant à la Terreur qu’on lui attribue…
C’est entendu, la guillotine fut la raison suffisante, comme disait Voltaire, de la mort de 15 000 personnes — plus ou moins. C’est entendu, il y eut quelques excès à Lyon ou Nantes. Mais cette violence est peu, comparée à celle exercée pendant des siècles par les Rois de France, qui cautionnaient les pires massacres et les tortures. Et tout adversaire que je sois aujourd’hui de la peine de mort, je recontextualise — en 1793, un certain 21 janvier, qu’en aurais-je pensé ?
D’autant que si l’on cherchait les vrais responsables de la Terreur, il faudrait bien davantage lorgner vers Fouquier-Tinville, Hébert, Vadier ou Barère — l’un des principaux responsables, aussi, de la répression vendéenne, et non Robespierre qui rappela Carrier dès qu’il fut mis au courant des fantaisies de ce dernier, qui faisait violenter les jeunes aristocrates du beau sexe par ses volontaires antillais, au cours d’orgies mémorables — avant de les expédier dans la Loire pour les fameux « mariages républicains ». Bouh le vilain. Même que Robespierre l’a fait guillotiner.
Le plus beau, c’est que la désinformation la plus abjecte règne chez les historiens. Mais les historiens, hein…
Alors, signez et faites signer la pétition !

Tout cela pour dire…
Au même moment, Hollande nous recompose la France du XVIIIème siècle et ses provinces. Sous prétexte que 22 régions, c’est 11 de trop. Efficacité, économies, etc. Faire des régions à échelle européenne, bla-bla-bla. Le modèle allemand, quoi.
Et Benoît Hamon s’est empressé de faire chorus, et s’apprête à territorialiser l’Education Nationale — quand vous serez sous la tutelle exclusive des potentats locaux à la Guy Teissier, vous ne viendrez pas me reprocher de ne pas vous avoir prévenus. Les profs sous la férule des grandes intelligences régionales, recrutement et sélection compris, ce sera intéressant.
C’est pour le coup que l’on multipliera les options régionales au Bac — notez qu’il y a déjà l’option Pétanque en Provence et l’option surf à Biarritz. Des points en plus pour compenser les faiblesses en maths.
Tout cela sent mauvais. Très mauvais. Moi, j’aurais la tête de Louis XVI — ah bon, vous n’aviez pas remarqué ? —, j’y regarderais à deux fois avant de rétablir l’Ancien Régime. Qui sait si un nouveau Robespierre ne traîne pas par là, à Arras ou ailleurs…

Voir par ailleurs:

Etats-Unis : et maintenant, les statues de Christophe Colomb sèment la discorde

Des voix s’élèvent pour demander le déboulonnage des statues de l’explorateur, considéré par certains comme responsable du génocide amérindien.

Paul Véronique

1 septembre 2017

Le débat qui a enflammé les Etats-Unis autour du déboulonnage de la statue du général confédéré Robert Lee à Charlottesville s’étend à d’autres figures historiques. A New York, la cible se nomme désormais Christophe Colomb. L’explorateur qui a posé le pied en Amérique en 1492, est accusé par certains d’être à l’origine de l’extermination des peuples amérindiens.

Les voyages de Christophe Colomb en Amérique ont aidé les populations européennes à coloniser le continent. Mais certains historiens attaquent également le navigateur sur son traitement des peuples autochtones, et sa participation à la traite des esclaves.

Après les événements de Charlottesville, le maire de New York, Bill de Blasio, s’est saisi de la question. « New York effectuera une revue de 90 jours de tous les symboles de haine dans le domaine public », a-t-il expliqué sur Twitter le 16 août.

L’opération doit permettre d’identifier les monuments à l’honneur de personnages potentiellement offensants, afin le cas échéant de s’en débarrasser. A ce titre, il a annoncé le même jour qu’une plaque commémorative en l’honneur du maréchal Pétain allait être retirée.

« La plaque commémorative en l’honneur du maréchal Pétain, collaborateur nazi, située sur la promenade du ‘Canyon of Heroes’, sera la première à être retirée. »

Plusieurs statues vandalisées

Ces derniers jours, deux monuments dédiés à l’explorateur ont été vandalisés. Samedi dernier, une sculpture à son effigie a été décapitée au parc mémoriel de Christophe Colomb de Yonkers. Jeudi, une autre statue a été vandalisée dans le Queens. « N’honorez pas le génocide, enlevez-le », a-t-il été inscrit par des activistes sur l’édifice.

Mais c’est la statue de Christophe Colomb perchée à 21 mètres de hauteur, trônant au milieu de Columbus Circle qui cristallise les tensions. Situé en plein cœur de Manhattan, c’est l’une des places les plus célèbres de New York, consacrée à la mémoire de l’explorateur. Mais chaque année, à la veille du Columbus Day, un jour férié aux Etats-Unis, des opposants à Christophe Colomb s’y rassemblent pour dénoncer le génocide des populations amérindiennes.

Une mise en cause de l’explorateur italien qui génère des tensions avec la communauté d’origine italienne, très présente à New York. De leur côté ils entendent défendre leur patrimoine, alors que c’est leurs ancêtres qui avaient financé la statue de Columbus Circle en 1892.

Mise en difficulté du maire de New York

Une situation inconfortable pour Bill de Blasio, pris en étau entre les antis et les pros Christophe Colomb, alors qu’il concourt à sa réélection en novembre. Jusqu’à présent, le maire de New York a pris soin de ne pas remettre en cause nommément l’explorateur, se contentant de dénoncer les « symboles de haine ». Lors des primaires démocrates pour les élections municipales, mercredi 23 août, il a esquivé :

« Je ne vais pas me lancer dans le jeu des noms. »

Une polémique de mauvais augure dont n’a pas hésité à se servir son rival démocrate Sal Albanese :

« Il a déclaré que les statues confédérées qui rappelaient l’esclavage et le racisme méritaient d’être interdites, mais retirerons-nous également les statues de George Washington et Thomas Jefferson ? »

Voir aussi:

Accusé de racisme, Autant en emporte le vent dans la tourmente aux États-Unis
Deux semaines après la tragédie de Charlottesville, un cinéma de Memphis a suspendu sa projection annuelle du film de Victor Fleming sorti en salles en 1939, estimant que cette œuvre aux dix Oscars, qui plonge dans la Guerre de Sécession, était insensible au public afro-américain.
Alexis Feertchak
Le Figaro
30/08/2017

Scarlett O’Hara n’est plus la bienvenue dans la salle Orpheum de Memphis. Autant en emporte le vent était projeté chaque année depuis 34 ans dans ce cinéma du Tennessee, au sud des États-Unis, qui a décidé de suspendre cette tradition, un peu plus de deux semaines après l’attaque de Charlottesville, dans laquelle une militante antiraciste a été tué par un suprémaciste blanc.

Le soir précédent, le 11 août, le film de 1939 aux dix Oscars avait été projeté sur l’écran de Memphis. Le cinéma a alors reçu des plaintes, motivées par le portrait discriminant des noirs américains et la vision idéalisée des Sudistes que ce film, qui plonge au cœur de la Guerre de Sécession, véhiculerait. La direction de l’Orpheum a réagi en annonçant que les aventures de Scarlett et Rhett ne seraient plus au programme l’année prochaine, déclenchant un tollé sur la toile.

«La récente projection d’Autant en emporte le vent (…) a généré un nombre important de commentaires. L’Orpheum les a soigneusement étudiés», s’est justifié Brett Batterson, le président de l’Orpheum Theatre Group, précisant au New York Times qu’«en tant qu’organisation dont la mission est de divertir, d’éduquer et d’éclairer les communautés qu’elle sert, l’Orpheum ne pouvait montrer un film insensible à un grand pan de sa population locale».

Souhaitant désamorcer la polémique, Brett Batterson a expliqué au Commercial Appeal, un quotidien de Memphis, que les préoccupations à propos de ce film ne dataient pas de la tragédie de Charlottesville et des débats qui en ont suivi, mais que la question se posait chaque année depuis longtemps.

Les réseaux sociaux n’ont pas tardé à s’emparer de l’affaire, entraînant une vive polémique. «La tolérance vire à la censure. Encore une fois», a déclaré le philosophe québécois Mathieu Bock-Côté sur Twitter.

D’autres ont créé des variations autour du titre: «À ce rythme-là, ce sont bientôt nos libertés, notre identité et notre culture qui seront ‘gone with the wind’» [le titre anglais du film, NDLR]. «Le bon sens a été emporté par le vent dans ma ville natale de Memphis», s’est écrié le journaliste et écrivain américain Todd Starnes.

D’autres encore de rappeler que l’actrice Hattie McDaniel, qui y joue une esclave du nom de Mamma, a été la première Afro-américaine à recevoir un Oscar en remportant celui de la meilleure actrice dans un rôle de soutien.

Un été de polémiques

L’annulation du film de Victor Fleming, tiré du roman éponyme de Margaret Mitchell, s’inscrit dans le contexte de vives polémiques qui se sont succédé tout l’été à propos des statues et monuments de personnages historiques controversés. C’est le cas déjà depuis plusieurs années des centaines de monuments d’hommage aux figures sudistes. En août, ce fut le cas à Durham en Caroline du Nord où la statue d’un soldat confédéré érigée en 1924 a été abattue par des manifestants.

La même scène fut observée à Gainesville en Floride. Dans le Tennessee, à Nashville, une manifestation a été organisée pour exiger le retrait du Capitole d’un buste de Nathan Badford Forrest, général confédéré et fondateur du Ku Klux Klan. Le rassemblement de la droite radicale à Charlottesville, le 12 août dernier, qui a tourné à la tragédie, était motivé par le refus du retrait annoncé d’une statue de Robert Lee, général en chef des armées des États confédérés pendant la Guerre de Sécession.

Répondant à ces polémiques, Donald Trump a pris le parti de s’opposer à la démolition de ces monuments confédérés déclarant que leur retrait était «une mise en mise en pièces» de l’histoire américaine. «George Washington possédait des esclaves (…). Est-ce qu’on va enlever ses statues? Et Thomas Jefferson? Est-ce qu’on va enlever ses statues? Il possédait beaucoup d’esclaves», a-t-il également lancé à propos des premier et troisième présidents des États-Unis, tous deux morts avant la Guerre de Sécession. À l’inverse, Bill de Blasio, le maire de New York, a envisagé publiquement de déboulonner la statue de Christophe Colomb, parce qu’elle serait offensante pour les Amérindiens. De l’autre côté de l’Atlantique, en Grande-Bretagne, le quotidien The Guardian a proposé dans un article d’abattre la statue de Nelson, accusé d’avoir défendu l’esclavage.

Voir également:

Toppling statues? Here’s why Nelson’s column should be next
While the US argues about whether to tear down monuments to the supporters of slavery, Britain still celebrates the shameful era
Afua Hirsch
The Guardian
August 2017

The area I grew up in, leafy Wimbledon in south-west London, is bordered by memorials to two towering historical figures. One side dedicates its streets and walls to the legacy of the abolitionist William Wilberforce: the remnants of a house where he lounged with his friends, and the mounting block he used to get on his horse to ride to the Houses of Parliament, still stand.

The other side is devoted to Admiral Horatio Nelson, who having defeated the French navy bought a romantic estate where he stayed with his lover, Emma Hamilton. So many streets, pubs, shops and other local businesses recall this history that local estate agents refer to the area as The Battles.

These two contemporaneous, though contrasting, histories are symbolic of the problems Britain faces in confronting its past. Wilberforce, unquestionably a force for good, helped end, in 1807, Britain’s official involvement in the transatlantic slave trade. But he was not alone. The enormous contribution of black people in Britain at the time – especially activists and writers who were slaves themselves – has no equivalent site of glory, in London or anywhere in the country.

One of the obstacles all these abolitionists had to overcome was the influence of Nelson, who was what you would now call, without hesitation, a white supremacist. While many around him were denouncing slavery, Nelson was vigorously defending it. Britain’s best known naval hero – so idealised that after his death in 1805 he was compared to no less than “the God who made him” – used his seat in the House of Lords and his position of huge influence to perpetuate the tyranny, serial rape and exploitation organised by West Indian planters, some of whom he counted among his closest friends.

It is figures like Nelson who immediately spring to mind when I hear the latest news of confederate statues being pulled down in the US. These memorials – more than 700 of which still stand in states including Virginia, Georgia and Texas – have always been the subject of offence and trauma for many African Americans, who rightly see them as glorifying the slavery and then segregation of their not so distant past. But when these statues begin to fulfil their intended purpose of energising white supremacist groups, the issue periodically attracts more mainstream interest.

The reaction in Britain has been, as in the rest of the world, almost entirely condemnatory of neo-Nazis in the US and of its president for failing to denounce them. But when it comes to our own statues, things get a little awkward. The colonial and pro-slavery titans of British history are still memorialised: despite student protests, Oxford University’s statue of imperialist Cecil Rhodes has not been taken down; and Bristol still celebrates its notorious slaver Edward Colston. When I tweeted this weekend that it’s time we in Britain look again at our own landscape, the reaction was hostile.

“I don’t want that nonsense spreading here from America. Past is past, we have moved on,” one person said. Another accused me of being a “#ClosetRacist” for even raising the question. But the most common sentiment was summed up in this tweet: “Its History – we cant & shouldn’t re-write it – we learn from it. Removing statues would make us no different to terrorists at Palmyra.” Therein lies the point. Britain has committed unquantifiable acts of cultural terrorism – tearing down statues and palaces, and erasing the historical memory of other great civilisations during an imperial era whose supposed greatness we are now, so ironically, very precious about preserving intact.

And we knew what we were doing at the time. One detail that has always struck me is how, when the British destroyed the centuries-old Summer Palace in Beijing in 1860 and gave a little dog they’d stolen as a gift to Queen Victoria, she humorously named it “Looty”. This is one of the long list of things we are content to forget while sucking on the opium of “historical integrity” we claim our colonial statues represent.

We have “moved on” from this era no more than the US has from its slavery and segregationist past. The difference is that America is now in the midst of frenzied debate on what to do about it, whereas Britain – in our inertia, arrogance and intellectual laziness – is not.

The statues that remain are not being “put in their historical context”, as is often claimed. Take Nelson’s column. Yes, it does include the figure of a black sailor, cast in bronze in the bas-relief. He was probably one of the thousands of slaves promised freedom if they fought for the British military, only to be later left destitute, begging and homeless, on London’s streets when the war was over.

But nothing about this “context” is accessible to the people who crane their necks in awe of Nelson. The black slaves whose brutalisation made Britain the global power it then was remain invisible, erased and unseen.

The people so energetically defending statues of Britain’s white supremacists remain entirely unconcerned about righting this persistent wrong. They are content to leave the other side of the story where it is now – in Nelson’s case, among the dust and the pigeons, 52 metres below the admiral’s feet. The message seems to be that is the only place where the memory of the black contribution to Britain’s past belongs.

Afua Hirsch is a writer and broadcaster

Voir de plus:

Our War against Memory
Victor Davis Hanson
National Review
August 22, 2017

The new abolitio memoriae

Back to the Future

Romans emperors were often a bad lot — but usually confirmed as such only in retrospect. Monsters such as Nero, of the first-century A.D. Julio-Claudian dynasty, or the later psychopaths Commodus and Caracalla, were flattered by toadies when alive — only to be despised the moment they dropped.

After unhinged emperors were finally killed off, the sycophantic Senate often proclaimed a damnatio memoriae (a “damnation of memory”). Prior commemoration was wiped away, thereby robbing the posthumous ogre of any legacy and hence any existence for eternity.

In more practical matters, there followed a concurrent abolitio memoriae (an “erasing of memory”). Specifically, moralists either destroyed or rounded up and put away all statuary and inscriptions concerning the bad, dead emperor. In the case of particularly striking or expensive artistic pieces, they erased the emperor’s name (abolitio nominis) or his face and some physical characteristics from the artwork.

Impressive marble torsos were sometimes recut to accommodate a more acceptable (or powerful) successor. (Think of something like the heads only of the generals on Stone Mountain blasted off and replaced by new carved profiles of John Brown and Nat Turner).

A Scary History

Without Leon Trotsky’s organizational and tactical genius, Vladimir Lenin might never have consolidated power among squabbling anti-czarist factions. Yet after the triumph of Stalin, “de-Trotskyization” demanded that every word, every photo, and every memory of an ostracized Trotsky was to be obliterated. That nightmarish process fueled allegorical themes in George Orwell’s fictional Animal Farm and 1984.

How many times has St. Petersburg changed its name, reflecting each generation’s love or hate or indifference to czarist Russia or neighboring Germany? Is the city always to remain St. Petersburg, or will it once again be anti-German Petrograd as it was after the horrific First World War? Or perhaps it will again be Communist Leningrad during the giddy age of the new man — as dictated by the morality and the politics of each new generation resenting its past? Is a society that damns its past every 50 years one to be emulated?

Abolition of memory is easy when the revisionists enjoy the high moral ground and the damned are evil incarnate. But more often, killing the dead is not an easy a matter of dragon slaying, as with Hitler or Stalin. Confederate General Joe Johnston was not General Stonewall Jackson and after the war General John Mosby was not General Wade Hampton, just as Ludwig Beck was not Joachim Peiper.

Stone Throwers and Their Targets

What about the morally ambiguous persecution of sinners such as the current effort in California to damn the memory of Father Junipero Serra and erase his eponymous boulevards, to punish his supposedly illiberal treatment of Native Americans in the early missions some 250 years ago?

California Bay Area zealots are careful to target Serra but not Leland Stanford, who left a more detailed record of his own 19th-century anti-non-white prejudices, but whose university brand no progressive student of Stanford would dare to erase, because doing so would endanger his own studied trajectory to the good life. We forget that there are other catalysts than moral outrage that calibrate the targets of abolitio memoriae.

Again, in the case of the current abolition of Confederate icons — reenergized by the Black Lives Matter movement and the general repulsion over the vile murders by cowardly racist Dylan Roof — are all Confederate statues equally deserving of damnation?

Does the statue of Confederate General James Longstreet deserve defacing? He was a conflicted officer of the Confederacy, a critic of Robert E. Lee’s, later a Unionist friend of Ulysses S. Grant, an enemy of the Lost Causers, and a leader of African-American militias in enforcing reconstruction edicts against white nationalists. Is Longstreet the moral equivalent of General Nathan Bedford Forrest (“get there firstest with the mostest”), who was the psychopathic villain of Fort Pillow, a near illiterate ante-bellum slave-trading millionaire, and the first head of the original Ku Klux Klan?

Were the 60–70 percent of the Confederate population in most secessionist states who did not own slaves complicit in the economics of slavery? Did they have good options to leave their ancestral homes when the war started to escape the stain of perpetuating slavery? Do such questions even matter to the new arbiters of ethics, who recently defiled the so-called peace monument in an Atlanta park — a depiction of a fallen Confederate everyman, his trigger hand stilled by an angel? How did those obsessed with the past know so little of history?

Key to General William Tecumseh Sherman’s devastating strategy of marching through Georgia and the Carolinas was his decision to deliberately target the plantations and the homes of the wealthy, along with Confederate public buildings. Apparently Sherman believed that the plantation owners of the South were far more culpable than the poor non-slave-holding majority in most secessionist states. Sherman generally spared the property of non-slave owners, though they collectively suffered nonetheless through the general impoverishment left in Sherman’s wake.

In our race to rectify the past in the present, could Ken Burns in 2017 still make his stellar Civil War documentary, with a folksy and drawly Shelby Foote animating the tragedies of the Confederacy’s gifted soldiers sacrificing their all for a bad cause? Should progressives ask Burns to reissue an updated Civil War version in which Foote and southern “contextualizers” are left on the cutting room floor?

How about progressive icon Joan Baez? Should the Sixties folksinger seek forgiveness from us for reviving her career in the early 1970s with the big money-making hit “The Night They Drove Old Dixie Down”— her version of The Band’s sympathetic ode to the tragedy of a defeated Confederacy, written over a century after the Civil War. (“Back with my wife in Tennessee / When one day she called to me / Said, “Virgil, quick, come see / There goes the Robert E. Lee!”) If a monument is to be wiped away, then surely a popular song must go, too.

Are there gradations of moral ambiguity? Or do Middlebury and Berkeley students or antifa rioters in their infinite wisdom have a monopoly on calibrating virtue and defining it as 100 percent bad or good?

Who of the present gets to decide whom of the past we must erase — and where does the cleansing of memory stop? Defacing Mt. Rushmore of its slave owners? Renaming the double-whammy Washington and Lee University? Are we to erase mention of the heavens for their August 21 eclipse that unfairly bypassed most of the nation’s black population — as the recent issue of Atlantic magazine is now lamenting?

Revolutions are not always sober and judicious. We might agree that the public sphere is no place for honorific commemoration of Roger B. Taney, the author of the Dred Scott decision. But statue removal will not be limited to the likes of Roger B. Taneys when empowered activists can cite chapter and verse the racist things once uttered by Abraham Lincoln, whose bust was just disfigured in Chicago — and when the statue-destroyers feel that they gain power daily because they are morally superior.

Correct and Incorrect Racists?

The logical trajectory of tearing down the statue of a Confederate soldier will soon lead to the renaming of Yale, the erasing of Washington and Jefferson from our currency, and the de-Trotskyization of every mention of Planned Parenthood’s iconic Margaret Singer, the eugenicist whose racist views on abortion anticipated those of current liberal Supreme Court justice Ruth Bader Ginsburg. (Ginsburg said, “Frankly I had thought that at the time Roe was decided, there was concern about population growth and particularly growth in populations that we don’t want to have too many of.”)

At what point will those who went ballistic over President Trump’s clumsy “on the one hand, on the other hand” criticism of both the abhorrent racists who marched in Charlottesville (parading around in the very Nazi garb that their grandparents had fought to vanquish) and the unhinged anarchists who sought to violently stop them demand that Princeton University erase all mention of their beloved Woodrow Wilson, the unapologetic racist? Wilson, as an emblematic and typical early progressive, thought human nature could “progress” by scientific devotion to eugenics, and he believed that blacks were innately inferior. Wilson, also remember, was in a position of power — and, owing to his obdurate racism, he ensured that integration of the U.S. Army would needlessly have to wait three decades. Do any of the protestors realize that a chief tenet of early progressivism was eugenics, the politically correct, liberal orthodoxy of its time?

Just as in Roman times, chipping away the face of Nero or Commodus did not ensure a new emperor’s good behavior, so tearing down a statue of a Confederate soldier is not going to restore vitality to the inner city, whose tragedies are not due to inanimate bronze.

When Minnesota Black Lives Matter marchers chanted of police, “Pigs in a blanket, fry ’em like bacon,” was that a call for violence that was not long after realized by a spate of racist murders of policemen in Dallas? Are such advocates of torching police officers morally equipped to adjudicate which Confederate statue must come down?

And did President Obama swiftly condemn the forces that led the shooter to select his victims for execution? After Major Nidal Malik Hasan murdered 13 fellow soldiers in cold blood, screaming out “Allah Akbar” as he shot, did “both sides” Obama really have to warn America that “we don’t know all the answers yet, and I would caution against jumping to conclusions until we have all the facts”? And did it take him six years before he discovered the catalysts when finally calling the murders a terrorist attack? Did Obama have to dismiss the Islamist anti-Semitic terrorist slaughter of targeted Jews in a kosher market in Paris with the callous and flippant quip that the murderers had killed “a bunch of folks in a deli in Paris”? Were there demonstrations over that moral equivalence?

And was it inevitable that the anti-Semite, homophobe, and provocateur with past blood on his hands for inciting riot and arson, the Reverend Al Sharpton, would advocate yanking public sponsorship of the Jefferson memorial? He who is with sin now casts the first stone?

We are in an age of melodrama, not tragedy, in which we who are living in a leisured and affluent age (in part due to the accumulated learning and moral wisdom gained and handed down by former generations of the poor and less aware) pass judgement on prior ages because they lacked our own enlightened and sophisticated views of humanity — as if we lucky few were born fully ethically developed from the head of Zeus.

In my own town, there used to be a small classical fountain dedicated by the Woman’s Christian Temperance Union. It was long ago torn down. (Who wishes to recall the forces that led to Prohibition?) In its place now sits an honorific statue to the clawed, half-human Aztec deity Coatlicue, the hungry earth-mother goddess. Coatlicue was quite a bloodthirsty creation, to whom thousands of living captives were sacrificed. The goddess was often portrayed wrapped in a cloak of skin and wearing a neckless of human hearts, hands, and skulls. Our town’s new epigraph atop Coatlicue is Viva la Raza — “Long live the Race.” Should there be demonstrations to yank down such a racialist and Franco-ist hurrah? Or are the supposed victims of white privilege themselves exempt from the very chauvinism that they sometimes allege in others? Is there a progressive rationale that exempts Coatlicue and its racist plaque, whose sloganeering channels the raza/razza mantras of Fascist Spain and Mussolini’s Italy? Are we to have a perpetual war of the statues?

The Arc of History More Often Bends Backward

There is a need for an abolition of memory in the case of Hitler or Stalin, or here in America perhaps even of a Nathan Bedford Forrest. But when we wipe away history at a whim (why in 2017 and not, say, in 2015 or 2008?), we’d better make sure that our targets are uniquely and melodramatically evil rather than tragically misguided. And before we get out our ropes and sandblasters, we should be certain that we are clearly the moral superiors of those we condemn to oblivion.

Be careful, 21st-century man. Far more hypercritical generations to come may find our own present moral certitude — late-term and genetically driven abortion, the rise of artificial intelligence in place of human decision-making, the harvesting and selling of aborted fetal organs, ethnic and tribal chauvinism, euthanasia, racially segregated dorms and “safe spaces” — as immoral as we find the sins of our own predecessors.

For the last decade, we were lectured that the arc of history always bends toward our own perceptions of moral justice. More likely, human advancement tends to be circular and should not to be confused with technological progress.

Just as often, history is ethically circular. No Roman province produced anyone quite like a modern Hitler; Attila’s body count could not match Stalin’s.

In the classical Athens of 420 B.C., a far greater percentage of the population could read than in Ottoman Athens of A.D. 1600. The average undergraduate of 1950 probably left college knowing a lot more than his 2017 counterpart does. The monopolies of Google, Facebook, and Amazon are far more insidious than that of Standard Oil, even if our masters of the universe seem more hip in their black turtlenecks than John D. Rockefeller did in his starched collars.

Moneywise, Bernie Madoff outdid James Fisk and Jay Gould.

The strangest paradox in the current epidemic of abolitio memoriae is that our moral censors believe in ethical absolutism and claim enough superior virtue to apply it clumsily across the ages — without a clue that they fall short of their own moral pretensions, and that one day their own icons are as likely be stoned as the icons of others are now apt to be torn down by black-mask-wearing avengers.

A final paradox about killing the dead: Two millennia after Roman autocrats’ destruction of statues, and armed with the creepy 20th-century model of Fascists and Communists destroying the past, we, of a supposedly enlightened democracy, cannot even rewrite history by democratic means — local, state, and federal commission recommendations, referenda, or majority votes of elected representatives. More often, as moral cowards, we either rely on the mob or some sort of executive order enforced only in the dead of night.

Voir de même:

The Double Standard in the Progressive War against the Dead
Victor Davis Hanson
August 24, 2017

Will Progressives erase the history of their racist heroes, or only their racist enemies? Much of the country has demanded the elimination of references to, and images of, people of the past — from Christopher Columbus to Robert E. Lee — who do not meet our evolving standards of probity.

In some cases, such damnation may be understandable if done calmly and peacefully — and democratically, by a majority vote of elected representatives. Few probably wish to see a statue in a public park honoring Confederate general Nathan Bedford Forrest, one of the founding members of the Ku Klux Klan, or Supreme Court Justice Roger B. Taney, who wrote the majority opinion in the racist Dred Scott decision that set the stage for the Civil War four years later.

But cleansing the past is a dangerous business. The wide liberal search for more enemies of the past may soon take progressives down hypocritical pathways they would prefer not to walk. Powered by In the present climate of auditing the past, it is inevitable that Margaret Sanger’s Planned Parenthood will have to be disassociated from its founder. Sanger was an unapologetic racist and eugenicist who pushed abortion to reduce the nonwhite population. Should we ask that Ruth Bader Ginsburg resign from the Supreme Court? Even with the benefit of 21st-century moral sensitivity, Ginsburg still managed to echo Sanger in a racist reference to abortion (“growth in populations that we don’t want to have too many of”). Why did we ever mint a Susan B. Anthony dollar? The progressive suffragist once said, “I will cut off this right arm of mine before I will ever work or demand the ballot for the Negro and not the woman.” Liberal icon and Supreme Court Justice Earl Warren pushed for the internment of Japanese Americans during World War II while he was California’s attorney general. President Woodrow Wilson ensured that the Armed Forces were not integrated. He also segregated civil-service agencies. Why, then, does Princeton University still cling to its Woodrow Wilson School of Public and International Affairs? To honor a progressive who did a great deal of harm to African-American causes? Wilson’s progressive racism, dressed up in pseudoscientific theories, was perhaps more pernicious than that of the old tribal racists of the South, given that it was not regionally centered and was professed to be fact-based and ecumenical, with the power of the presidency behind it. In the current logic, Klan membership certainly should be a disqualifier of public commemoration.

Why are there public buildings and roads still dedicated to the late Democratic senator Robert Byrd, former “exalted cyclops” of his local Klan affiliate, who reportedly never shook his disgusting lifelong habit of using the N-word? Why is Supreme Court Justice Hugo Black, once a Klansman, in the 20th century, still honored as a progressive hero? So, what are the proper rules of exemption for progressives when waging war against the dead? Do they tally up the dead’s good and bad behaviors to see if someone makes the 51 percent “good progressive” cutoff that exempts him? Or do some reactionary sins cancel out all the progressive good — at least in the eyes of self-styled moral superiors to those hapless Neanderthals who came before us? Are the supposedly oppressed exempt from charges of oppression? Farm-labor icon Cesar Chavez once sent union thugs to the border to physically bar U.S. entry to undocumented Mexican immigrants, whom he derided as “wetbacks” in a fashion that would today surely earn Chavez ostracism by progressives as a xenophobe.

Kendrick Lamar, one of the favorite rappers of former president Barack Obama, had an album cover featuring a presumably dead white judge with both of his eyes X’d out, surrounded by black men celebrating on the White House lawn. Should such a divisive racialist have been honored with a White House invitation? What is the ultimate purpose of progressives condemning the past? Does toppling the statue of a Confederate general — without a referendum or a majority vote of an elected council — improve racial relations? Does renaming a bridge or building reduce unemployment in the inner city? Do progressives have their own logical set of selective rules and extenuating circumstances that damn or exempt particular historical figures? If so, what are they? Does selectively warring against the illiberal past make us feel better about doing something symbolic when we cannot do something substantive? Or is it a sign of raw power and ego when activists force authorities to cave to their threats and remove images and names in the dead of night? Does damning the dead send a flashy signal of our superior virtue? And will toppling statues and erasing names only cease when modern progressives are forced to blot out the memories of racist progressive heroes?

Voir encore:

L’ACLU, cette association américaine qui défend les droits des réfugiés et des néonazis

Claire Levenson

Slate

L’Union américaine pour les libertés civiles a aidé des suprémacistes blancs à obtenir le droit de manifester à Charlottesville. Après la mort d’une contre-manifestante, l’organisation repense sa position sur la liberté d’expression des groupes armés.

En janvier 2017, des avocats de l’ACLU, l’union américaine pour les libertés civiles, ont remporté la première victoire juridique contre le décret anti-réfugiés de Donald Trump. Ils ont obtenu qu’une juge bloque temporairement les expulsions d’immigrés venant de sept pays à majorité musulmane. Un traducteur irakien qui était détenu à l’aéroport de New York a été aussitôt libéré, et les avocats de l’ACLU sont devenus de véritables héros de la résistance anti-Trump.

Six mois plus tard, des avocats de cette même organisation ont aidé le suprémaciste blanc Jason Kessler à organiser une manifestation dans le centre de Charlottesville. Pour l’ACLU, connue pour son engagement à gauche, ces deux combats ne sont pas contradictoires:

«Il ne s’agit pas d’un tournant pour l’ACLU, a déclaré Anthony Romero, le directeur de l’organisation. Cela fait très longtemps que nous défendons les droits de groupes que nous détestons et avec lesquels nous sommes fondamentalement en désaccord».

A la fin des années 1970, l’ACLU avait en effet pris la décision controversée de défendre un groupe néonazi qui voulait défiler à Skokie, une banlieue de Chicago où vivaient de nombreux rescapés des camps de concentration. Plus récemment, ils ont défendu l’agitateur d’extrême-droite Milo Yiannopoulous, car le métro de Washington avait interdit une publicité pour son livre.

De leur point de vue, une véritable défense de la liberté d’expression implique de se battre pour tous, sans juger le contenu, suivant le principe expliqué par le juge de la Cour Suprême Oliver Wendell Holmes en 1929:

«S’il y a un principe de la Constitution qui exige plus d’attachement qu’un autre, c’est celui de la liberté d’opinion: non pas la liberté pour ceux qui pensent comme nous, mais la liberté pour la pensée que nous détestons.»

Dans le cas de Charlottesville, afin de limiter les violences potentielles, les autorités municipales voulaient que la marche pour le maintien de la statue du général sudiste Robert E. Lee ait lieu dans un grand parc un peu à l’écart. Le nationaliste blanc Jason Kessler a fait un procès à la ville et ce sont des avocats de l’ACLU qui l’ont gratuitement aidé à obtenir le droit de faire venir les manifestants – avec leurs torches, drapeaux confédérés, armes, croix grammées et slogans nazis – dans le centre ville. Du point de vue de l’ACLU, le gouvernement utilisait le prétexte de la menace de violence pour marginaliser des opinions peu populaires.

En accord avec l’ACLU, le juge a statué qu’il n’était pas constitutionnel pour la ville de limiter le permis de manifester des nationalistes blancs juste parce que les autorités étaient en désaccord avec leurs idées. Le premier amendement de la Constitution américaine protège en effet tous les discours, quel que soit leur contenu, sauf s’ils constituent une incitation à la violence imminente.

Si dans ce cas, le droit était du côté de groupes racistes, le contexte était très différent lorsque l’ACLU s’est fait une réputation en tant que gardienne de la liberté d’expression:

«Dans les années 1960 et 1970 pendant le mouvement de défense des droits civiques et le mouvement anti-guerre du Vietnam, les gens qui avaient le plus besoin d’être défendus en termes de liberté d’expression étaient les militants noirs et anti-guerre, explique le politologue Erik Bleich, auteur d’un ouvrage sur les discours de haine. Or c’est à ce moment que l’ACLU s’est distinguée par sa protection absolutiste de tous les discours. Ils ont défendu vigoureusement le droit à l’expression de groupes marginalisés, comme les activistes anti-guerre. Mais pour être cohérents intellectuellement, ils ont défendu la liberté d’expression de tous, y compris celle de néonazis».

Cette position demeure pourtant controversée. Après le meurtre de la manifestante Heather Heyer le 12 août, tuée par un sympathisant néonazi qui lui a foncé dessus en voiture, plusieurs membres de l’organisation ont démissionné (l’un d’entre eux a écrit sur Twitter: «Ce qui est légal ne correspond pas toujours à ce qui est juste. Je ne veux pas être une caution pour les nazis») et des branches locales de l’ACLU ont critiqué la position de la direction:

«Si des suprémacistes blancs défilent dans nos villes armés jusqu’aux dents et avec l’intention de blesser, il ne s’agit pas d’une activité protégée par la Constitution des Etats-Unis.»

Des porte-paroles de l’ACLU ont commencé par défendre leurs actions dans ce dossier, expliquant que la police n’avait pas bien fait son travail, et que l’ACLU n’était pas responsable du fait qu’en Virginie, il est légal de porter une arme visible. Mais quelques jours après dans une interview pour le Wall Street Journal, le directeur Anthony Romero a changé de cap:

«Les événements de Charlottesville forcent les juges, les officiers de police et les groupes de défense des droits à examiner les manifestations de suprémacistes blancs de beaucoup plus près. Si un groupe de manifestants insiste: « Non, nous voulons pouvoir porter des armes chargées », alors nous ne sommes pas obligés de les aider. Ils peuvent trouver quelqu’un d’autre.»

Pour le politologue Erik Bleich, il s’agit d’une décision importante dans la mesure où l’organisation accepte de prendre en compte le contexte actuel – le fait que les manifestants néonazis puissent être légalement armés dans certains Etats, ce qui n’était pas le cas dans les années 1970  – pour nuancer leur défense absolutiste de la liberté d’expression.

«Le contexte a changé parce que d’une part Trump est president et les néonazis ont le sentiment d’avoir plus de pouvoir, et d’autre part, nous vivons une époque où la loi est interprétée de telle façon que de plus en plus de gens sont autorisés à porter des armes de façon visible».

Dans les années 1970, lorsque l’ACLU avait défendu les néonazis de Skokie, ces groupes étaient beaucoup plus marginaux, et sous la présidence du démocrate Jimmy Carter, ils n’avaient aucun soutien au sein du gouvernement. Même à l’époque, leur décision avait rendu leur organisation impopulaire:

«Ils se sont probablement rappelés qu’à la fin des années 1970, ils ont perdu environ 30.000 membres lorsqu’ils ont défendu le défilé néonazi à Skokie. Or il s’agit d’une organisation qui dépend du soutien de l’opinion publique et de dons du public. Je pense qu’il y a un élément important de protection de leur image publique qui est entré en jeu dans la déclaration sur les groupes armés».

Après Charlottesville, la ville de Berkeley en Californie a modifié ses lois pour pouvoir interdire certaines manifestations qui n’ont pas obtenu de permis, et a priori, l’ACLU n’essaiera pas de contester cette décision. Pour certains puristes, il s’agit d’un tournant décevant. A propos de la décision de l’ACLU de ne plus défendre des groupes armés, le journal conservateur Daily Caller a titré: «L’ACLU trahit l’Amérique».

Dans Politico, deux défenseurs du premier amendement écrivent que le meilleur moyen de lutter contre les racistes n’est pas la censure et les lois qui pénalisent les discours de haine, comme en Europe, mais la confrontation d’idées dans le débat public. Ils notent que l’antisémitisme est plus prégnant en Europe  qu’aux Etats-Unis, malgré les lois européennes contre l’antisémitisme et le négationnisme.

Après les violences de Charlottesville, c’était cette même idée que défendait le directeur de l’ACLU dans un communiqué:

«Nous pensons que notre démocratie est meilleure et plus forte quand elle permet la confrontation de points de vue divergents. Le racisme et l’intolérance ne seront pas éradiqués simplement en les forçant à entrer dans la clandestinité».

Du point de vue des critiques de gauche de l’ACLU, la présence des armes et l’influence croissante de l’extrême-droite ont changé l’équation. Et avec la nouvelle position de la direction sur la défense de groupes armés, l’organisation semble avoir écouté ces voix.

Voir de plus:

Retrait des croix du paysage grec sur ses emballages: Lidl présente ses excuses aux personnes qui ont pu être choquées

« Je suis scandalisé par les magasins Lidl qui pour vendre des produits grecs efface sur des photos de la Grèce, une partie de son paysage et de sa culture », nous a écrit Antoine, mardi soir, via notre bouton orange Alertez-nous. « Je vous laisse voir les photos », ajoute-t-il. La première photo montre un des plus beaux paysages de la Grèce, quasi emblématique. Ce n’est pas l’Acropole d’Athènes mais bien une petite église orthodoxe aux coupoles d’un bleu intense qui contraste avec le blanc de ses murs et qui se dresse à flanc de falaise sur l’île de Santorin, véritable petit joyau de la Méditerranée.

C’est ce paysage qui a été choisi pour illustrer les emballages de la gamme de produits grecs ERIDANOUS « Original Greek Product » (« Produit grec original »). Moussaka, yaourt, pistaches ou encore feta sont vendus chez Lidl sous cette marque et la photo de la belle église orthodoxe et ses coupoles au bleu intense. Mais un petit détail a indigné Antoine. Sur tous ces emballages, comme il le montre par une seconde image où il a entouré tous les toits, les croix ont disparu. Elles ont été gommées.

Nous avons demandé au porte-parole de Lidl le motif de ce retrait. « Nous évitons l’utilisation de symboles religieux car nous ne souhaitons exclure aucune croyance religieuse », a répondu le représentant du géant allemand de la grande distribution. « Nous sommes une entreprise qui respecte la diversité et c’est ce qui explique la conception de cet emballage », a-t-il encore ajouté. On peut légitimement se demander alors pourquoi les services marketing du groupe n’ont pas directement opté pour un paysage sans monument religieux.

Suite à la vague d’indignations provoquée par cet article, le groupe Lidl a présenté ses excuses. « Notre intention n’a jamais été de choquer. Nous évitons l’utilisation de symboles religieux sur nos emballages pour maintenir la neutralité dans toutes les religions. Si cela a été perçu différemment, nous présentons nos excuses aux personnes qui ont pu être choquées », a déclaré le porte-parole jeudi après-midi.

« Toute la communauté grecque est scandalisée et appelle au boycott de Lidl, c’est intolérable ! », estime en tout cas Antoine. Et vous, qu’en pensez-vous?

Voir aussi:

Des internautes en croisade contre les emballages des yaourts à la grecque

LAITAGE: Des marques comme Lidl subissent une campagne de dénigrement sur le Web pour avoir gommé les croix chrétiennes des églises de l’île de Santorin…

Olivier Philippe-Viela

Mais où sont donc passées les petites croix orthodoxes qui coiffent les églises de l’île grecque de Santorin ? Sur l’archipel, elles n’ont pas bougé et les touristes peuvent toujours les apercevoir, mais sur la représentation qu’en font plusieurs marques d’agroalimentaire, les célèbres édifices ont perdu leurs croix. Un vrai problème pour toute une partie du Web, en campagne depuis plusieurs jours pour rétablir le symbole chrétien.

Lidl, Nestlé, Carrefour et Danone ont fait disparaître les croix sur l’emballage de leurs gammes respectives de yaourts à la grecque. C’est la première de ces marques qui s’est pris les critiques de plein fouet. Alpaguée par de nombreux internautes – souvent issus de la «  fachosphère » mais pas seulement -, l’enseigne a assuré ne vouloir « exclure aucune croyance religieuse » au nom du respect de « la diversité et c’est ce qui explique la conception de cet emballage », rapporte RTL Belgique, après un signalement de l’un de ses lecteurs.

Lidl va rétablir les croix sur les emballages

Depuis, c’est un festival sur la page Facebook de la marque, prise d’assaut dans les commentaires par des internautes indignés, parfois à l’excès (« Vous supprimez les croix sur les églises, comme le fait Daesh », « Quand vous remettrez les croix à leur place je reverrai ma position, redevenir votre cliente »).

Voir de plus:

« Le Drapeau rouge sur le Reichstag », une photo-symbole savamment fabriquée

Ces photos mythiques qui ont marqué l’histoire – Aujourd’hui, « Le Drapeau rouge sur le Reichstag », la photo iconique de la victoire sur le nazisme.

Renaud Février

Cet été, « l’Obs » revient sur les photos qui ont marqué l’histoire. A la une des journaux, dans les pages de nos livres d’école, voire arborées fièrement sur nos t-shirts, elles ont fait le tour du monde. Mais connaissez-vous l’histoire secrète de ces clichés mythiques ? 

Une photo symbolique de la victoire sur l’Allemagne nazie

Que montre la photo ? Nous sommes le 2 mai 1945. Un drapeau soviétique flotte sur le toit du Reichstag, qui abritait le pseudo-Parlement du IIIe Reich. Les troupes de l’Armée rouge viennent de prendre la capitale allemande.

Quelques jours plus tôt, en avril 1945, alors que les combats faisaient encore rage à Berlin, Staline avait chargé les photographes de l’armée soviétique d’immortaliser la victoire sur l’Allemagne nazie. « Tout le monde voulait aller au Reichstag », se souvient l’auteur de la photo, Evgueni Khaldei, cité par Arte. A l’époque, Evgueni est un jeune photographe de guerre de 28 ans, qui travaille pour l’agence russe Tass, la principale agence de presse de l’URSS, qui publie les photos officielles du régime stalinien.

Sur la scène saisie par le photographe, deux ou trois soldats soviétiques, selon la prise de vue. Officiellement, selon le régime stalinien, ces soldats sont le Géorgien Meliton Kantaria, chargé par Staline lui-même d’aller placer un drapeau soviétique sur le Reichstag,et des Russes Mikhaïl Egorov et Alekseï Bérest.

Evgueni Khaldeï avoue avoir beaucoup tâtonné avant de réaliser LA photo qui restera dans l’histoire.

J’ai longtemps cherché le meilleur angle. Je voulais que la photographie montre quelque chose de Berlin. J’ai utilisé une pellicule entière, 36 clichés. »

Une photo d’Evgueni Khaldei est publiée pour la première fois le 13 mai 1945, dans le magazine soviétique « Ogoniok » (« La Petite Flamme »).

Ce n’est pas le cadrage le plus connu de la scène, qui fera ensuite le tour du monde et deviendra, pour les Européens, la photo symbolique de la victoire des alliés sur l’Allemagne nazie. D’où sa présence quasi-systématique dans les livres d’histoire abordant la Seconde guerre mondiale.

Une véritable photo de propagande

Quelle est l’histoire secrète du cliché ? Cette photo a tout d’une image de propagande. Elle transpire la fierté nationale et démontre aux yeux du monde la domination de l’URSS sur l’Allemagne nazie, mais également sur les autres grandes puissances : les Soviétiques ne sont-ils pas, en effet, les premiers arrivés à Berlin ?

Mais au-delà des symboles, c’est le processus de fabrication de ce cliché qui est très contestable. La photo d’Evgueni Khaldeï a en effet été préparée en amont, mise en scène, retouchée et… légendée à des fins politiques.

  • Une photo préparée

Lorsqu’il entre à Berlin en mai 1945, Evgueni Khaldeï entend, de son propre aveu, transposer la photo prise par l’Américain Joe Rosenthal à Iwo Jima.

Avec ce cliché de six GI en train de planter le drapeau américain sur le mont Suribachi de l’île d’Iwo Jima, tout juste arrachée aux Japonais, le photographe américain a en effet réussi la photo qui symbolise la victoire des Etats-Unis sur le Japon, dans cette « autre guerre », de l’autre côté du globe. Sa photo lui permettra même de décrocher le prix Pulitzer.

Evgueni Khaldeï, qui a eu l’occasion de voir « Raising the flag on Iwo Jima » dans les journaux, espère donc pouvoir réaliser la réplique soviétique.

Comme les drapeaux sont plutôt rares, « il a demandé, quelques jours plus tôt, à Grisha Lioubinsky, l’économe de l’agence Tass, de lui offrir quelques-unes des belles nappes rouges qu’il utilise lors des réunions du Parti », expliquent Pierre Bellemare et Jérôme Equer dans « Histoire secrète des 44 photos qui ont bouleversé le monde ».

Chargé de son butin, Khaldeï est rentré chez lui. Puis, à l’aide de son ami le tailleur Israël Kichitser, il a fabriqué dans la nuit trois drapeaux soviétiques, la confection des emblèmes du marteau et de la faucille ayant été les tâches les plus délicates. »

Voilà le photographe fin prêt, non pas à saisir une scène symbolisant la victoire de l’Armée rouge, mais bien à créer cet événement, qui, sans ses propres drapeaux, n’aurait peut-être pas eu lieu…

  • Une photo mise en scène

Le premier de ses drapeaux fut planté à l’aéroport de Tempelhof où se dresse un aigle gigantesque, symbole du Reich hitlérien. Le deuxième sera érigé au sommet de la porte de Brandebourg, devant le quadrige de Johann Gottfried Schadow, sur lequel trône la déesse de la Victoire. Mais à chaque fois le photographe manque de recul. Impossible de montrer Berlin.

Il ne lui reste plus qu’un drapeau, ce sera pour le toit du Reichstag. Un drapeau soviétique y avait déjà été planté le 30 avril, à 22h40, alors que Berlin était encore en proie aux combats. D’où l’absence de photographe sur place… De toute façon, la nuit n’aurait pas permis de prendre le moindre cliché valable. Et, le lendemain, les Allemands avaient réussi à le décrocher. La photo d’Evgueni Khaldeï ne sera donc prise que deux jours plus tard, le 2 mai, quand les photographes pourront enfin entrer dans la capitale allemande dévastée.

« Devant le Reichstag, j’en ai sorti un et les soldats se sont écriés : ‘Donnez-nous ce drapeau, on va le planter sur le toit' », racontera le photographe à « Libération », 50 ans plus tard.

J’ai demandé à un jeune soldat de le tenir le plus haut possible. Il avait 20 ans, il s’appelait Alexis Kovalev [un nom qui ne correspond pas aux trois précités, mais nous y reviendrons, NDLR]. Je cherchais le bon angle, je lui ai demandé de grimper encore plus haut. Il a répondu ‘d’accord, mais que quelqu’un me tienne les pieds’. Ce qui a été fait. La photo est partie, a plu, etc. »
  • Une photo retouchée

Certes, lorsque Evgueni Khaldeï l’envoie à Moscou, sa photo plait beaucoup. Mais il ne suffit que « d’un rapide coup d’œil à Palgounov, le rédacteur en chef de l’agence Tass, pour constater que la photo de Khaldei est impubliable en l’état », assurent néanmoins Pierre Bellemare et Jérôme Equer.

A « Libération », le photographe confirme : « J’ai reçu un coup de téléphone du rédacteur en chef de l’agence Tass : ‘Ça ne va pas. Le soldat d’en bas, qui tient les pieds de l’autre, a deux montres, une à chaque poignet ! Il faut arranger ça !' »

« Révéler qu’un héros de l’Union soviétique, libérateur de la capitale du Reich, est un détrousseur de cadavre est évidemment inconcevable », expliquent, cinglants, Pierre Bellemare et Jérôme Equer. Surtout qu’il existait un dicton disant « le soldat rouge n’a que deux faiblesses : les bottes et les montres »…

Pour que la photo puisse être publiée malgré tout, Evgueni Khaldei « gratte délicatement un contretype du négatif avec la pointe d’une aiguille et fait disparaître du poignet droit la montre surnuméraire. Ce n’est qu’après la chute du communisme et la dislocation de l’empire soviétique que Khaldei révèle la vérité en exposant un tirage réalisé à partir de son négatif original, c’est-à-dire montrant que l’officier figurant sur sa photo portait une montre à chaque poignet. »

Après avoir supprimé cette montre, Evgueni Khaldeï a également renforcé l’aspect dramatique de son cliché en renforçant les noirs. Les nuages de fumée sont ainsi beaucoup plus menaçants et donnent l’impression que Berlin est toujours déchirée par les combats.

  • Une photo légendée à des fins politiques

Pendant 50 ans, les trois soldats sur la photo étaient officiellement le Géorgien Meliton Kantaria, et les Russes Mikhaïl Egorov et Alekseï Bérest.

En réalité, ce serait Staline lui-même qui aurait désigné au hasard ces trois soldats, pour incarner la victoire sur l’Allemagne nazie, même si ces trois hommes n’ont jamais hissé le moindre drapeau, ni le 30 avril, ni le 2 mai 1945.

La supercherie durera jusqu’en 1995, quand, lors des commémorations du cinquantenaire de la victoire de 1945, un soldat ukrainien, Alexis Kovalev, se reconnut sur la photo :

Oui, c’est moi. Et à côté de moi il y a Leon Gorychev de Minsk et Abdulhakim Ismailov du Dagestan. »

Un trio plus hétéroclite et moins sympathique aux yeux du Géorgien Staline… Comme nous l’avons vu plus tôt, Evgueni Khaldeï confirma l’information dans les colonnes de son interview à « Libération », quelques mois plus tard.

Evgueni Khaldeï, juif soviétique

Que dire du photographe ? Evgueni Khaldeï est né de parents juifs dans le sud de l’Ukraine en 1917, l’année de la révolution russe. Il est touché dès son plus jeune âge par l’antisémitisme : au cours d’un pogrom, alors qu’il est à peine âgé d’un an, une balle lui transperce un poumon et tue sa mère qui le portait dans ses bras… Adolescent, il lit avec passion les grands reportages publiés dans le magazine russe Ogoniok, qui, des années plus tard, publiera en Une sa photo iconique.

Dès 13 ans, j’étais passionné de photographie. Je me suis bricolé mon premier appareil photo avec du carton et les verres de lunettes de ma grand-mère », racontera-t-il, en 1995, à « Libération ».

A 19 ans, il est engagé à Moscou par l’agence Tass, où il est formé. Puis, il effectue son service militaire en 1937, avant d’être remobilisé lorsque la guerre éclate, en 1941, avec le grade de lieutenant. Il est envoyé à Mourmansk en qualité de correspondant spécial de l’agence Tass.

J’étais soldat, enrôlé dans l’armée comme combattant. Mais, comme j’étais correspondant spécial de l’agence Tass, les autres soldats, mes camarades, me disaient souvent : vas-y, prends des photos, nous nous occupons du reste… »

A nouveau victime de l’antisémitisme, nazi cette fois, il perd son père et ses sœurs, fusillés par les Allemands et jetés dans un puits. Lui sera le témoin effaré des massacres de juifs en Ukraine, dès le début du conflit.

Pendant la guerre, « comme tout photojournaliste soviétique, Khaldeï ne s’encombre pas d’une éthique superfétatoire », jugent sans concession Pierre Bellemare et Jérôme Equer : « Mettre en scène des personnages, retravailler ses tirages au laboratoire, galvaniser le patriotisme par tous les moyens sont des pratiques courantes à l’époque, l’essentiel étant d’obtenir des images fortes et directes, capables d’informer et d’émouvoir les lecteurs. » Mais le photographe assume : « Bien sûr, parfois, j’ai eu des photos rejetées parce qu’on y voyait trop de morts soviétiques, par exemple. »

Son cliché à Berlin est une offrande à la gloire du stalinisme. Pourtant, très vite, il est victime des purges successives du petit père du peuple et de ses successeurs contre le « cosmopolitisme » et les juifs.

J’étais juif, j’avais voyagé à travers l’Europe, approché Tito et j’aimais les photographes américains. Autant dire que j’étais aussi ‘cosmopolite’. »

En 1948, Evgueni Khaldeï perd son travail au sein de l’agence Tass. « Par précaution, il détruit toutes ses photographies de célébrités juives », précise même le site Photosapiens.com, à l’occasion d’une rétrospective en l’honneur du photographe. Onze ans plus tard, en 1959, il est engagé par la Pravda. Mais il est de nouveau renvoyé en 1970. Il survit alors tant bien que mal, grâce à l’aide de ses proches. Il devra attendre la chute du communisme pour enfin recevoir une reconnaissance internationale.

Il est ainsi l’invité d’honneur, en 1995, de Visa pour l’image, le festival international du photojournalisme de Perpignan, où sera exposé une sélection de ses travaux. Le fondateur et directeur du festival, Jean-François Leroy, réussit même le tour de force de réunir le photographe ukrainien et… Joe Rosenthal, l’auteur du « Drapeau flottant sur Iwo Jima ».

« Les habitués du festival se souviennent toujours avec émotion des deux hommes âgés tombant dans les bras l’un de l’autre sous les ovations de 2.000 personnes », écrivent Pierre Bellemare et Jérôme Equer.

Evgueni Khaldeï meurt deux ans plus tard, en 1997, à l’âge de 80 ans. Sa photo lui survit puisqu’elle sera de nouveau publiée en Une d’un journal, « L’Humanité », en 2015. Une version colorisée et avec… une seule montre !

Voir encore:

Qui est le « Farrakhan français » ?

Jean-Baptiste

Jeune Afrique

« La République ne peut tolérer de tels agissements. » C’est par ces mots que Nicolas Sarkozy, le ministre français de l’Intérieur, a justifié la dissolution de la Tribu KA décidée le 26 juillet par le Conseil des ministres. Une décision accueillie avec satisfaction par les associations de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, qui avaient dénoncé la récente « descente » organisée à Paris par cette organisation noire extrémiste accusant les juifs d’être à l’origine de l’esclavage et de la colonisation. Le 28 mai, une trentaine de ses membres avaient arpenté la rue des Rosiers, au cur du principal quartier juif de la capitale, à la recherche des leaders de la Ligue de défense juive (LDJ) et du Bétar, deux mouvements sionistes radicaux, insultants au passage passants et commerçants.
Le seul bémol est venu du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap), qui estime que le gouvernement français « n’a fait le travail qu’à moitié ». Selon lui, la LDJ, « considérée comme un mouvement terroriste aux États-Unis » et « interdite en Israël », aurait dû être dissoute également.
En interdisant la Tribu KA, le gouvernement cherche surtout à neutraliser son leader, le « fara » Kémi Séba – Stellia Capo Chichi de son vrai nom. Âgé de 25 ans, ce Français né de parents ivoirien et haïtien multiplie depuis quelques mois les déclarations provocatrices. Au cur de son discours : la volonté de « rendre au peuple kémite [noir] sa place de chef de famille » de l’humanité. Séba s’est notamment « distingué », au mois de février, en prenant la défense de Youssouf Fofana, le chef du « gang des barbares » qui avait torturé à mort un jeune juif, Ilan Halimi.
Avant de fonder la Tribu KA, en décembre 2004, il fut membre de la section française de Nation of Islam, le mouvement extrémiste africain-américain de Louis Farrakhan, avant de devenir le porte-parole du Parti kémite.

Voir enfin:

Nouvelle condamnation pour Kemi Seba
Le fondateur de Tribu Ka, groupuscule noir radical et antisémite, condamné pour des propos racistes, écope à nouveau de deux mois de prison ferme.
Le Figaro.fr avec AFP
01/04/2008

La justice française a condamné mardi le fondateur d’un groupuscule noir radical et antisémite, Kemi Seba, à six mois de prison dont quatre avec sursis pour avoir reconstitué son organisation, Tribu K, dissoute en 2006 par décision de justice.

Le tribunal correctionnel de Paris a assorti cette condamnation d’une privation pour un an des droits civiques, civils et familiaux.

Pour l’accusation, la Tribu Ka s’était rebaptisé «Génération Kemi Seba» et avait poursuivi ses activités jusqu’en mars 2007 en appelant ses adhérents à des rassemblements ou en conviant la presse à des réunions.
Propos antisémites
Kemi Seba, de son vrai nom Stellio Capochichi, a déjà été condamné en novembre 2007 à un mois de prison ferme et deux ans d’inéligibilité pour avoir diffusé en août 2006 sur son site internet des propos antisémites.

Sur ce site, Kemi Seba estimait que les institutions internationales comme la Banque Mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) ou l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) étaient «tenus par les sionistes qui imposent à l’Afrique et à sa diaspora des conditions de vie tellement excrémentielles que le camp de concentration d’Auschwitz peut paraître comme un paradis sur terre».

En juillet 2006, le Conseil des ministres avait dissous Tribu Ka à la suite d’incidents à caractère antisémite qui avaient éclaté deux mois plus tôt à Paris lors d’une manifestation du groupuscule au coeur du quartier juif, rue des Rosiers, dans le centre de la capitale.

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Guerre des Six-Jours/50e: Attention, une occupation peut en cacher une autre (Let’s stop the ahistoric occupation nonsense: it was annihilation, stupid !)

10 juin, 2017
https://i2.wp.com/coolisrael.fr/files/2017/06/kotel19672-600x394.jpg
https://i2.wp.com/www.mrdrybones.com/blog/D17605_1.gifSouviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour est le jour du repos de l’Éternel, ton Dieu: tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui est dans tes portes. Car en six jours l’Éternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et il s’est reposé le septième jour: c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du repos et l’a sanctifié. Exode 20: 8-11
J’ai une prémonition qui ne me quittera pas: ce qui adviendra d’Israël sera notre sort à tous. Si Israël devait périr, l’holocauste fondrait sur nous. Eric Hoffer
Si Israël est un occupant dans son pays, le christianisme, qui tire sa légitimité de l’histoire d’Israël, l’est aussi comme le serait tout autre État infidèle. Bat Ye’or
L’homme européen ne se trouve pas éminemment en Europe, ou n’y est pas éveillé. Il est, paradoxe et scandale, en Israël ; c’est en Israël que l’Europe profonde sera battue, “tournée”, ou gardera, avec son honneur, le droit à durer. (…) En quoi, pourquoi Israël est-il l’Europe ? Certes par l’origine de ceux qui ont bâti son État, imposé les conditions du rassemblement de son peuple. Mais cela ne suffirait pas, si l’Europe historique, d’où étaient revenus ces revenants, n’avait été elle-même modelée sur l’histoire du peuple hébreu, n’avait repris la mission du peuple de Dieu dans une « chrétienté ». La couronne du Saint Empire portait l’effigie de David et celle de Salomon, la politique de nos rois en France – avant Bossuet, de l’aveu même de Machiavel – était « tirée de l’écriture sainte », et les nations, jusque dans l’hérésie jacobine et révolutionnaire, imitaient un dialogue immortel entre la naissance et l’obéissance au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. L’échec final de la Chrétienté en Europe, et de sa « mission » sur les autres continents, rendant apparemment vaine la diaspora, la dispersion du peuple juif, permettant à de modernes empires de prétendre que la croix elle-même avait été vaine, restituait nécessairement aux Juifs leur charge originelle, l’idée de cette charge, transformée par l’aventure de vingt siècles. Échec déjà évident autour de la première guerre mondiale qui justifia la première entreprise sioniste, mais combien plus éclatant et terrible avec la seconde et l’entreprise démoniaque du germanisme hitlérien. Toute l’Europe en fut victime, mais nul peuple, nulle communauté comme les Juifs ; s’ils avaient espéré que l’échec du Christ et de la Chrétienté les libérerait, les assimilerait, si les « libéraux » ou « révolutionnaires », parmi eux avaient contribué puissamment à cet échec selon le monde, bref s’ils étaient souvent restés « Juifs charnels » selon Saint Paul, à mesure que les chrétiens le devenaient, l’atroce massacre désabusait à jamais les survivants, autant que les chrétiens antisémites : la croix gammée avait bien élevé sa prétention abominable contre la croix du Christ, et c’est d’un même Dieu, le Dieu judéo-chrétien qu’elle avait proclamé la mort, avec un sérieux pratique supérieur à toutes les mythologies du marxisme ou de l’existentialisme athées. La création de l’État d’Israël fut la seule rançon, la seule création positive répondant à l’horreur infinie de la seconde guerre mondiale. Cette guerre finalement « victorieuse », libérant quelques-unes des nations opprimées, consacrant ou renouvelant la servitude de beaucoup d’autres, n’a symboliquement et directement produit que cette liberté-là. Elle a donné aux « Européens » qui avaient le plus souffert de l’entreprise contre ce qui restait de la Chrétienté (paradoxalement aux Juifs qui, dispersés, étaient, dans la vraie conception du monde ancien, une part significative de cette Chrétienté, même quand ils étaient persécutés par elle), le droit à exister comme État et dans l’histoire.  Oui l’Europe qui avait, par la première guerre mondiale, perdu sa primauté réelle, devait, par la seconde, en perdre jusqu’aux restes et aux apparences. Et les perdre au profit de deux images d’elle-même accomplies en cauchemar, des deux puissances issues de deux « diasporaï » de l’ancienne Chrétienté, celle des « pères fondateurs » de l’Amérique, pèlerins du Mayflower, et celle des prophètes de la révolution accomplissant, ou abolissant, leur rêve dans la nouvelle Russie. Quelque puissance limitée, au niveau des nations, et quelque ferment de son ancienne grandeur selon l’esprit, lui restaient ; mais non comme Europe, et nullement comme effet de la « victoire ». L’unique nouveauté qui eût son visage, qui ressemblât à ses douleurs, qui réunît ses espérances, ce fut Israël. L’extraordinaire (hors d’un ordre chrétien qui n’avait pas réussi à modeler l’histoire, mais fidèle à l’origine même de cet ordre) n’était pas demeuré impossible. Et les chrétiens de nos antiques nations ne pouvaient voir en ce retour une contradiction à leur espérance en la conversion finale du dernier Juif, qui doit précéder la « parousie » : d’abord parce que l’État d’Israël ne rassemblerait jamais tous les Juifs ; ensuite parce que la nature fondamentalement théocratique de cet État, son enracinement dans le sacré, en dépit de toutes les grimaces laïques et démocratiques, constituaient par eux-mêmes une sorte de « conversion », et une promesse de retour à la source première, où la naissance et le Christ ne s’opposent pas, mais fondent ensemble la « nation », pour les autres peuples enracinés dans l’histoire chrétienne. Pierre Boutang (1er juin 1967)
Israël n’est pas incompatible avec l’existence des peuples arabes, en leur diversité, et qui auraient oublié le principe conquérant de l’islam si quelques démagogues (d’ailleurs inspirés d’un autre islam, celui du germanisme nazi) ne l’avaient réveillé, et réveillé contre les seuls juifs. Pierre Boutang
Comme à l’origine, Israël est signe de contradictions, pierre de touche pour les nations et les empires dont il fait apparaître les contradictions, lui même restant, d’une manière inconnue, le lieu toujours privilégié de la contradiction utile, entre l’homme et son Dieu. (…)  Jérusalem pour des raisons bibliques, mais aussi de très concrètes et proche histoire ne peut qu’être confiée à la garde de l’État et du soldat juifs. La décadence et les crimes de notre Europe, anciennement chrétienne ont conduit à ce châtiment mystérieux, ce signe de contradiction ineffable comme tout ce qui tient à Israël. Pierre Boutang
On est capable en Occident, du moins certains d’entre nous, de dénoncer le totalitarisme, le colonialisme, la traite des Noirs ou l’extermination des Indiens d’Amérique. Mais je n’ai pas vu les descendants des Aztèques, les Hindous ou les Chinois, faire une autocritique analogue, et je vois encore aujourd’hui les Japonais nier les atrocités qu’ils ont commises pendant la Seconde guerre mondiale. La colonisation de certains pays arabes par les Européens a duré, dans le pire des cas, 130 ans: c’est le cas de l’Algérie, de 1830 à 1962. Mais ces mêmes Arabes ont été réduits à l’esclavage et colonisés par les Turcs pendant cinq siècles. La domination turque sur le Proche et le Moyen-Orient commence au XVe siècle et se termine en 1918. Il se trouve que les Turcs étaient musulmans – donc les Arabes n’en parlent pas. L’épanouissement de la culture arabe s’est arrêté vers le XIe, au plus le XIIe siècle, huit siècles avant qu’il soit question d’une conquête par l’Occident. Et cette même culture arabe s’était bâtie sur la conquête, l’extermination et/ou la conversion plus ou moins forcée des populations conquises. En Egypte, en 550 de notre ère, il n’y avait pas d’Arabes – pas plus qu’en Libye, en Algérie, au Maroc ou en Irak. Ils sont là comme des descendants des conquérants venus coloniser ces pays et convertir, de gré ou de force, les populations locales. Mais je ne vois aucune critique de ces faits dans le cercle civilisationnel arabe. De même, on parle de la traite des Noirs par les Européens à partir du XVIe siècle, mais on ne dit jamais que la traite et la réduction systématique des Noirs en esclavage a été introduite en Afrique par les marchands arabes à partir des XI-XIIe siècles (avec, comme toujours, la participation complice des rois et chefs de tribus noirs), que l’esclavage n’a jamais été aboli spontanément en pays islamique et qu’il subsiste toujours dans certains d’entre eux. Castorius Castoriadis
Je ne dis pas que tout cela efface les crimes commis par les Occidentaux, je dis seulement ceci: que la spécificité de la civilisation occidentale est cette capacité de se mettre en question et de s’autocritiquer. Il y a dans l’histoire occidentale, comme dans toutes les autres, des atrocités et des horreurs, mais il n’y a que l’Occident qui a créé cette capacité de contestation interne, de mise en cause de ses propres institutions et de ses propres idées, au nom d’une discussion raisonnable entre êtres humains qui reste indéfiniment ouverte et ne connaît pas de dogme ultime. (…) L’écrasante majorité de la planète ne vit pas l' »égalisation des conditions », mais la misère et la tyrannie. Et, contrairement à ce que croyaient aussi bien les libéraux que les marxistes, elle n’est nullement en train de se préparer pour accueillir le modèle occidental de la république capitaliste libérale. Tout ce qu’elle cherche dans le modèle occidental, ce sont des armes et des objets de consommation – ni le habeas corpus, ni la séparation des pouvoirs. C’est éclatant pour les pays musulmans – un milliard d’habitants -, pour l’Inde – presque un autre milliard -, dans la plupart des pays du Sud-Est asiatique et d’Amérique latine. La situation mondiale, extrêmement grave, rend ridicules aussi bien l’idée d’une « fin de l’histoire » que d’un triomphe universel du « modèle démocratique » à l’occidentale. Et ce « modèle » se vide de sa substance-même dans ses pays d’origine. Castorius Castoriadis
Égorge, égorge, égorge et sois sans pitié,  Égorge, égorge, égorge, et lance leurs têtes Dans le désert,  Égorge, égorge, égorge Tout ce que tu voudras,  Égorge tous les Juifs et tu vaincras. Oum Kalsoum (1967)
L’existence d’Israël est une erreur qu’il faut rectifier ; Voici enfin l’occasion d’effacer la honte qui s’est abattue sur nous depuis 1948 : notre objectif est clair :rayer Israël de la carte. Radio Damas (28 mai 1967)
Notre objectif sera la destruction d’Israël. Le peuple arabe veut se battre. Nasser
Appelons-la tout simplement la Guerre des six jours, comme pour évoquer les six jours de la création. Rabin
En reconnaissance pour sa contribution, Rabin reçut l’honneur de nommer la guerre pour les Israéliens. Des suggestions proposées, dont  « La Guerre de l’audace », « La Guerre du salut » et « La Guerre des fils de la lumière », il choisit la formule la moins ostentatoire, la Guerre des Six Jours, évoquant les jours de la création. Michael Oren
L’établissement entre les deux guerres mondiales, car il faut remonter jusque-là, l’établissement d’un foyer sioniste en Palestine, et puis après la deuxième guerre mondiale, l’établissement d’un Etat d’Israël soulevait à l’époque un certain nombre d’appréhensions. On pouvait se demander, en effet, et on se demandait, même chez beaucoup de juifs, si l’implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes qui lui sont foncièrement hostiles, n’allaient pas entraîner d’incessants, d’interminables frictions et conflits. Et certains même redoutaient que les juifs, jusqu’alors dispersés, et qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tout temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent une fois qu’ils seraient rassemblés dans les sites de son ancienne grandeur, n’en viennent à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis 19 siècles : « l’an prochain à Jérusalem ». En dépit du flot, tantôt montant, tantôt descendant, des malveillances qu’ils provoquaient, qu’ils suscitaient plus exactement, dans certains pays à certaines époques, un capital considérable d’intérêt et même de sympathie s’était formé en leur faveur et surtout il faut bien le dire dans la chrétienté. Un capital qui était issu de l’immense souvenir du testament, nourri à toutes les sources d’une magnifique liturgie, entretenu par la commisération qu’inspirait leur antique valeur et que poétisait chez nous la légende du juif errant, accru par les abominables persécutions qu’ils avaient subi pendant la deuxième guerre mondiale et grossi depuis qu’il avait retrouvé une patrie, par les travaux, leurs travaux constructifs et le courage de leurs soldats. C’est pourquoi indépendamment des vastes concours en argent, en influence, en propagande que les Israéliens recevaient des milieux juifs, d’Amérique et d’Europe, beaucoup de pays, dont la France, voyaient avec satisfaction l’établissement de leur Etat sur le territoire que leur avaient reconnu les puissances, que lui avaient reconnu les puissances, tout en désirant qu’ils parviennent en usant d’un peu de modestie à trouver avec ses voisins un modus vivendi pacifique. Il faut dire que ces données psychologiques avaient quelque peu changé depuis 1956. À la faveur de l’expédition franco-britannique de Suez, on avait vu apparaître en effet, un état d’Israël guerrier et résolu à s’agrandir, et ensuite l’action qu’il menait pour doubler sa population par l’immigration de nouveaux éléments donnait à penser que le territoire qu’il avait acquis ne lui suffirait pas longtemps et qu’il serait porté pour l’agrandir à utiliser toute occasion qui se présenterait. C’est pourquoi d’ailleurs, la cinquième république s’était dégagée, vis-à-vis d’Israël, des liens spéciaux et très étroits que le régime précédent avait noué avec cet Etat et la cinquième république s’était appliquée, au contraire, à favoriser la détente dans le Moyen-Orient. Bien sûr, nous conservions avec le gouvernement israélien des rapports cordiaux et même lui fournissions pour sa défense éventuelle les armements qu’il demandait d’acheter mais en même temps nous lui prodiguions des avis de modération. Notamment à propos des litiges qui concernait les eaux du Jourdain, des escarmouches qui opposaient périodiquement les forces des deux côtés. Enfin nous ne donnions pas notre aval, à son installation dans un quartier de Jérusalem dont il s’était emparé, et nous maintenions notre ambassade à Tel-Aviv. D’autre part, une fois mis un terme à l’affaire algérienne, nous avions repris avec les peuples arabes d’Orient, la même politique d’amitié et de coopération qui avait été pendant des siècles celle de la France dans cette partie du monde et dont la raison et le sentiment font qu’elle doit être aujourd’hui une des bases fondamentales de notre action extérieure. Bien entendu, nous ne laissions pas ignorer aux arabes que pour nous l’Etat d’Israël était un fait accompli et que nous n’admettrions pas qu’il fut détruit. De sorte que tout compris, on pourrait imaginer qu’un jour viendrait où notre pays pourrait aider directement, à ce qu’une paix réelle fut conclue et garantie en Orient pourvu qu’aucun drame nouveau ne vint à la déchirer. Hélas ! le drame est venu, il avait été préparé par une tension très grave et constante qui résultait du sort scandaleux des réfugiés en Jordanie, et aussi d’une menace de destruction prodiguée contre Israël. Le 22 mai, l’affaire d’Aqaba, fâcheusement créée par l’Egypte, allait offrir un prétexte à ce qui rêvait d’en découdre. Pour éviter les hostilités, la France avait dès le 24 mai, proposé aux trois autres grandes puissances, d’interdire conjointement avec elle, à chacune des deux parties, d’entamer le combat. Le 2 juin, le gouvernement français avait officiellement déclaré, qu’éventuellement il donnerait tort à quiconque entamerait le premier, l’action des armes. Et c’est ce qu’il répétait en toute clarté à tous les Etats en cause. C’est ce que j’avais moi-même, le 24 mai déclaré à Monsieur Ebban, Ministre des affaires étrangères d’Israël que je voyais à Paris. Si Israël est attaqué, lui dis-je alors en substance, nous ne le laisserons pas détruire, mais si vous attaquez, nous condamnerons votre initiative. Certes, malgré l’infériorité numérique de votre population, étant donné que vous êtes beaucoup mieux organisés, beaucoup plus rassemblés, beaucoup mieux armés que les arabes, je ne doute pas que le cas échéant, vous remporteriez des succès militaires. Mais ensuite, vous vous trouveriez engagés sur le terrain, et au point de vue international dans des difficultés grandissantes d’autant plus que la guerre en Orient ne peut pas manquer d’augmenter dans le monde une tension déplorable et d’avoir des conséquences très malencontreuses pour beaucoup de pays. Si bien que c’est à vous, devenu des conquérants, qu’on en attribuerait peu à peu les inconvénients. On sait que la voix de la France n’a pas été entendue, Israël ayant attaqué, s’est emparé en six jours de combat des objectifs qu’il voulait atteindre. Maintenant il organise, sur les territoires qu’il a pris l’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsion et s’il manifeste contre lui la résistance qu’à son tour il qualifie de terrorisme (…) Pour qu’un règlement quelconque, et notamment celui là, puisse voir le jour, règlement auquel du reste, suivant la France, devrait s’ajouter un statut international pour Jérusalem. Pour qu’un tel règlement puisse être mis en œuvre, il faut naturellement, il faudrait qu’il eut l’accord des grandes puissances qui entraînerait ipso facto, celui des Nations Unies. Et si un tel accord voyait le jour, la France est d’avance disposée à prêter son concours politique, économique et militaire, pour que cet accord soit effectivement appliqué. Mais on ne voit pas comment un accord quelconque pourrait naître tant que l’un des plus grand des quatre ne se sera pas dégagé de la guerre odieuse qu’il mène ailleurs. Car tout se tient dans le monde d’aujourd’hui. Sans le drame du Vietnam, le conflit entre Israël et les arabes ne serait pas devenu ce qu’il est. Charles De Gaulle (nov. 67)
Définir un ‘peuple’ par deux adjectifs… expliquer l’impérialisme israélien par la nature éternelle, l’instinct dominateur du peuple juif… Les Juifs de France ou, pour mieux dire, du monde entier, ont immédiatement saisi la portée historique des quelques mots prononcés le 28 novembre 1967 par le président de la République… Aucun homme d’État occidental n’avait parlé des Juifs dans ce style, ne les avait caractérisés comme ‘peuple’ par deux adjectifs. (…) Le général de Gaulle a, sciemment, volontairement, ouvert une nouvelle période de l’histoire juive et peut-être de l’antisémitisme. Tout redevient possible. Tout recommence. Pas question, certes, de persécution : seulement de ‘malveillance’. Pas le temps du mépris : le temps du soupçon.  (…) Pourquoi le général de Gaulle a-t-il solennellement réhabilité l’antisémitisme ? Afin de se donner le plaisir du scandale ? Pour punir les Israéliens de leur désobéissance et les juifs de leur anti-gaullisme occasionnel ? Pour interdire solennellement toute velléité de double allégeance ? Pour vendre quelques Mirage de plus aux pays arabes ? Visait-il les États-Unis en frappant les juifs ? Voulait-il soumettre à une nouvelle épreuve l’inconditionnalité de certains de ses fidèles qui ont souffert sous Charles de Gaulle ? Je l’ignore. Raymond Aron (1968)
Une troisième guerre mondiale a-t-elle commencé le matin du 5 juin 1967 ? La Croix (6 juin 1967)
Ceux qui ont montré tant de passion pour soutenir Israël dans la guerre devraient s’employer à convaincre les Israéliens que rendre justice aux Arabes est le meilleur moyen de construire la paix. (…) si Israël ne sait pas dominer sa victoire, il lui faudra recommencer dans dix ans, dans vingt ans. La Croix (7 juin 1967)
Les Israéliens ont eu la vitesse et la force. Les Arabes songent aujourd’hui que, pour leur part, ils auront le temps et l’espace : après avoir perdu la guerre de cent heures, ne pourraient-ils pas gagner la guerre de cent ans ? La Croix (8 juin 1967)
J’ai demandé à des familles aux Etats-Unis de me montrer les lettres que leur envoyaient à l’époque leurs proches vivant en Israël. J’en ai lu près de 500. Presque toutes, en 1966 et 1967, mentionnent la crainte d’un nouvel holocauste. C’est la grande peur, une panique sincère de la destruction imminente, qui s’infiltre dans tous les recoins de la société.  (…) Le conflit était en fait inévitable, car Israël était trop faible pour ne pas attaquer. J’ai établi une chronique de la montée de l’irrationnel. Lors des discussions de janvier 1967 entre le gouvernement et les services secrets du Mossad, on spécule sur les options de Hussein de Jordanie. Mais une conclusion s’impose clairement: en cas de conflit, l’annexion de la rive occidentale du Jourdain et de Jérusalem-Est ne serait pas dans l’intérêt national d’Israël. Le 5 juin 1967, quand les troupes de Hussein attaquent, la raison succombe aux pulsions viscérales. Certes, la guerre est gagnée. Le danger principal, l’Egypte, a été écarté après la destruction de 400 de ses avions. Mais on opte, néanmoins, pour l’offensive contre la Jordanie, pour l’occupation de la rive ouest et surtout celle de Jérusalem- Est. Israël va s’emparer de lieux saints musulmans et chrétiens, un geste aux conséquences internationales immenses. Pourtant, lors de la réunion avec Eshkol, l’état-major et le Mossad, il n’y a même pas eu un juriste pour évaluer les risques. On y va, c’est tout. On ne réfléchit pas. On reste au niveau du fantasme et du rêve. (…) Mais ne soyez pas tenté de voir dans cette décision un calcul politique, une manoeuvre cynique pour résoudre la crise intérieure de l’époque. Nous sommes dans le champ de l’irréfléchi. Je me souviens, d’ailleurs, m’être précipité, à l’époque, pour aller voir Jérusalem-Est, car j’étais persuadé que, dans les jours qui suivraient, nos troupes devraient partir. Tout le monde partageait l’opinion que le cours des événements nous forcerait à revenir au statu quo ante. En fait, Israël venait de passer le point de non-retour. D’après les documents que j’ai obtenus, Hussein était pourtant prêt à une paix durable si on lui rendait Jérusalem-Est et la Cisjordanie. Mais, politiquement et psychologiquement, il nous était devenu impossible de le faire de notre plein gré. A posteriori, se forgeait le mythe qu’il relevait de la mission, de l’essence d’Israël de détenir tout Jérusalem. C’est étrange car, en fait, hormis le mur des Lamentations, il n’y a pas grand-chose de juif là-bas. Et, d’une manière ou d’une autre, les lieux de prière auraient pu être rendus accessibles sans recourir à l’annexion. (…) Un souvenir personnel de juin 1967: en passant en voiture en Cisjordanie, j’ai voulu prendre une photo d’une colonne de réfugiés sur le bord de la route. Mes camarades ont tenté de m’en empêcher, comme s’ils refusaient de matérialiser leur existence. Tout le monde savait qu’il fallait trouver immédiatement une solution pour les Palestiniens, profiter au mieux du choc initial pour assurer les déplacements de population. L’idée la plus simple consistait à les installer en Cisjordanie. Le plan n’aurait coûté que 40 millions de dollars en dix ans – une misère! – et tous les grands philanthropes juifs, à commencer par les Rothschild français, étaient partants pour financer l’opération. Mais non… Notre gouvernement semble alors incapable de prendre une décision et s’enfonce dans le déni. Il s’en tient à une ligne: c’est à l’ONU de s’occuper des Palestiniens. Et Israël ne peut être tenu responsable de leur sort. Les projets les plus loufoques sont alors débattus, visant à les reloger dans le Sinaï, mais surtout à l’étranger: au Canada. Ou en Irak! En lisant cette dernière proposition, j’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’une blague, avant de me rendre compte que Eshkol en avait expressément discuté avec le président américain Lyndon Johnson! (…) Johnson était opposé à la guerre, essentiellement parce qu’il craignait qu’elle ne tourne mal pour les Israéliens, qui se seraient alors trouvés contraints de lui demander son aide militaire, alors qu’il est lui-même en plein marasme vietnamien. Mais la CIA, enragée contre Nasser, l’assure que Tsahal remportera une victoire en six à dix jours… L’Amérique donne son feu vert. (…) La victoire de 1967 offre un second souffle au sionisme. Un sentiment de toute-puissance enivre le pays. Longtemps, jusqu’à la grande claque de la guerre du Kippour (octobre 1973), les Israéliens se répétaient cette boutade: «Qu’est-ce qu’on fait à midi? – On envahit Le Caire! – D’accord. Mais qu’est-ce qu’on fait dans l’après-midi?» 1967 a aussi contribué à l’isolement d’Israël, à substituer aux racines européennes et à l’ouverture antérieure au monde un lien exclusif avec les Etats-Unis. (…) Notre jeunesse ne croit plus à la paix. Pragmatique et désabusée, elle se satisferait d’une bonne gestion des hostilités. Et ce qui m’a frappé dans le dernier épisode, l’offensive au Liban de l’été 2006, c’est, plus que l’inanité d’Ehud Olmert – certainement le pire Premier ministre de notre histoire – le fait que notre armée ne sait plus faire la guerre. Tout un symbole. Tsahal est devenue, au fil des décennies, une gendarmerie conçue pour être un outil d’oppression. Tom Segev
Depuis le 15 mai 1967 les menaces de Nasser n’étaient plus verbales, mais s’accompagnaient de déploiement de forces. Les armées de Nasser s’apprêtaient à fondre sur les nôtres, pour nous exterminer. A nouveau la chape de plomb, l’esseulement abyssal. Les radios arabes nous apportaient les hurlements déments des dictateurs arabes ou de leurs porte-parole. C’était en arabe le même déploiement de menaces mortelles que celles qui nous poursuivaient en Europe hitlérienne. Il ne s’agissait pas de nous présenter tels que nous sommes, mais tels que nous devrions être pour justifier les grands massacres que l’on nous promettait au Caire, à Damas, à Amman. « Egorge, égorge, égorge et sois sans pitié, Egorge, égorge, égorge, et lance leur tête Dans le désert, Egorge, égorge, égorge Tout ce que tu voudras,  Egorge tous les sionistes et tu vaincras » chantait, au Caire et à Damas, Oum Kalsoum. Pour que nous soyons égorgeables, sans trop de remords, il fallait que dans l’esprit de nos égorgeurs éventuels nous cessions d’avoir figure d’hommes. Ainsi les colonialistes et les racistes avaient-ils mis au point une technique de propagande très efficace destinée à déshumaniser l’ennemi – celui qu’il faut continuer à exploiter ou qu’il faut assassiner -, au point de le réduire à l’état d’objet, non de personne. Le meurtre alors n’est plus gêné par la mauvaise conscience. Ces recettes avaient fait leurs preuves dans les différents pays d’Asie et d’Afrique où des Occidentaux s’opposaient à des peuples colonisés. Mais, en l’espèce, elles furent utilisées par les dictateurs arabes contre Israël. Pour nous, le blocus du détroit de Tiran décrété par Nasser le 22 mai, les incessantes attaques de notre territoire par les Syriens, le dur bombardement de Jérusalem par les Jordaniens au matin du 5 juin 1967 constituaient des manœuvres agressives caractérisées. Or les chefs arabes continuent de parler de l’agression israélienne. A vrai dire, ils ont raison à leur manière puisqu’ils dénie notre droit de vivre. Le seul fait de notre existence, en tant qu’Etat, introduit un trouble dans l’ordre du monde, constitue une agression permanente contre « leur » paix. Même si nous passions notre temps à chanter, jour et nuit, des psaumes et des cantiques, nous n’en continuerions pas moins notre diabolique agression qui ne pourrait prendre fin qu’avec le terme de notre existence. Nous étions donc persuadés qu’un triomphe arabe réaliserait les prophéties et les ambitions de Choukeïri : l’extermination des survivants des massacres hitlériens. Au terme de la guerre des Six jours, les hommes menacés que nous étions se retrouvaient soudain en position de force : nous étions à la tête d’un Empire plus vaste que nos ancêtres ne l’avaient jamais rêvé ; nous étions des occupants et, par la force des choses, nous devenions aussi des policiers. Etrange destin que celui qui vouait les exterminateurs au rôle de victimes et les candidats au martyre, aux fonctions de bourreau. Soulagement de la victoire : il s’est exprimé chez nous avec beaucoup de pondération. Nous savions que nous n’avions pas fini de gravir notre calvaire. C’était plutôt pour nous le franchissement d’une étape et non le havre souhaité. Israël était devenu l’occupant malgré lui, vainqueur grâce à l’obstination aveugle de ses ennemis. Soudain le problème se compliquait redoutablement ; jadis, la situation était pour nous relativement simple ; il s’agissait d’être ou de ne pas être : les choses étaient claires. Nous remplissions notre rôle vis-à-vis de nous-mêmes et nous correspondions à l’idée que le monde depuis quatre mille ans se faisait de nous : des sursitaires. Au suspense de notre destin, il était possible de prévoir et d’attendre une fin tragique, la continuation de l’œuvre de mort. Après tout, tant qu’il y avait un Juif vivant, il y aurait suffisamment de place pour lui dans les grands cimetières de l’histoire ou la fumée des crématoires. La victoire pipait tous les dés, faussait tous les calculs : le petit Juif du ghetto trichait aux yeux du monde en devenant d’indésirable vainqueur d’une guerre qui constituait sans doute l’insurpassable chef-d’œuvre de la stratégie conventionnelle. Le monde entier pouvait s’attendre avec nous à une fin convenable du trouble qu’Israël n’a cessé d’apporter dans l’histoire depuis la folle aventure d’Abraham : l’effondrement militaire de l’armée juive, les hordes arabes se ruant sur nos femmes, nos enfants, nos foyers, pour parachever splendidement l’œuvre que Hitler n’avait pas su mener à son terme logique. Aux yeux du monde, la victime est devenue bourreau et nous sommes à la tête d’un Empire qui va des pentes de l’Hermon au canal de Suez, du golfe d’Akaba aux rives du Jourdain. Sûrs de nous-mêmes et dominateurs, par cela même faussaires, trublions renversant l’échelle des valeurs. Nietzsche lui-même ne reconnaîtrait plus ses Juifs : d’esclaves, les voici soudain promus au rang de seigneurs. Mais cela même nous a surpris et blessés : nous étions moins en quête de domination que de liberté et de vie. L’image nouvelle de nous-mêmes qui étonnait le monde ne cesse de nous troubler : les uns, d’ivresse, les autres, de nostalgie. La situation nouvelle provoque un universel scandale, le bouleversement de toutes les valeurs, des stéréotypes les plus invétérés. (…) A mesure que la tragédie s’approfondit, que les attentats font davantage de victimes et que la répression sème la peur, les extrémistes se renforcent : Nasser, le grand vaincu de juin 1967, continue de prêcher l’extermination d’Israël. Quelques propagandistes arabes, plus nuancés, essaient de distinguer entre le génocide et ce qu’ils appellent le politicide : il ne s’agissait plus de tuer les Juifs d’Israël mais leur Etat ; comme si ceux-ci pouvaient survivre à celui-là. En face de ces menaces qui nous rappellent certaines voix arabes de 1967 et celles qui, en allemand, annonçaient, aux années 40, de définitifs massacres, nous entendons s’élever quelques voix juives tremblantes d’angoisse qui exigent de l’Etat d’Israël une défense radicale de nos vies par une élimination violente des dangers du terrorisme. D’un côté, on souhaite que la Palestine soit tout entière arabe, tandis que de l’autre on n’attribue de chances de survie à Israël que dans le cadre d’un Etat juif allant des flancs de l’Hermon aux rives du Jourdain et du canal de Suez. André Chouraqui
Cinquante ans après, les poisons que recélait cette victoire inattendue se sont répandus et dans le pays et dans la région. Amos Oz et Avraham Shapira avaient alors effectué une campagne d’enregistrements des soldats vainqueurs. Un film vient de sortir, on les voit aujourd’hui, devenus de vieux messieurs : assis devant des magnétophones qu’on a heureusement conservé de cette haute époque, ils écoutent leurs propres voix d’autrefois. S’ils se déclarent souvent encore heureux d’avoir contribué à sauver Israël de l’anéantissement, certains expriment leur malaise devant les opérations d’occupation et d’évacuation qu’ils ont dû mener. « J’ai vieilli d’un seul coup », dit l’un. Et l’autre ajoute : nous avons cru assurer l’avenir de nos enfants. Mais, avec l’occupation, quel sort avons-nous préparé à nos petits enfants ? France inter
Le 15 mai 1967, c’est le 19 ème anniversaire d’Israël. (…) La capitale d’Israël est coupée en deux par un mur depuis le 29 mai 1948. La légion arabe du roi Abdallah a en effet conquis la vieille ville pendant la guerre d’indépendance et massacré les juifs qui s’y trouvaient. Elle a également pris d’assaut l’hôpital Hadassah et l’université hébraïque sur le mont Scopus, mais aussi profané les cimetières et transformé les synagogues en écuries et urinoirs.
Le Kotel, le mur occidental du Temple, est bien sur interdit d’accès depuis 1948. (…) [Les] Israéliens (…) vivent dans la menace de la destruction de leur pays qui n’a même pas 20 ans d’existence. Israël est un pays minuscule, aussi grand que trois départements français dans lequel vivent à peine 2,7 millions d’habitants. Au niveau de Natanya, le pays est moins large que la ligne de métro 1 à Paris entre le château de Vincennes et alors le pont de Neuilly. Le 1 er juin, Ahmed Choukeiri, le président de l’Organisation de libération de la Palestine, auquel Yasser Arafat va succéder, ne laisse pas de place au moindre doute. Il hurle : « Il n’y aura pas de moyen terme. Il ne restera pas de survivants juifs ! » Au Caire, à Damas, à Bagdad et dans l’ensemble du monde arabe, les déclarations, les manifestations, les chants, les slogans sont les mêmes : « Avec l’aide de Dieu, nous allons nous retrouver à Tel-Aviv et on les égorgera tous ! » Israël sait qu’il ne s’agit pas de paroles en l’air. Le colonel Gamal Abdel Nasser amasse les troupes égyptiennes à la frontière. Il a exigé le départ des Casques bleus de l’ONU qui faisaient tampon depuis la guerre du Sinaï depuis 1956. Les troupes jordaniennes sont placées sous le commandement de l’Egypte, le roi Hussein espérant agrandir son royaume à peu de frais. La Syrie, qui depuis les hauteurs du Golan, tire régulièrement sur les agriculteurs israéliens aux abords du Kineret, le lac de Tibériade, est prête à prendre elle aussi sa part au massacre promis. Gamal Abdel Nasser franchit un pas supplémentaire en fermant le détroit de Tiran L’accès à Eilat est désormais bloqué. Israël se sent abandonné par le monde entier. L’Union soviétique soutient et envoie des armes aux Arabes. Les Etats-Unis, empêtrés dans la guerre au Vietnam, ne veulent rien faire. Le général De Gaulle vient de planter un poignard dans le dos, lui qui, il ya quelques années avait affirmé à David Ben-Gourion qu’Israël était l’ami et l’allié de la France. Les Israéliens pressentent que la menace d’anéantissement se rapproche. Le 1er juin, le Premier ministre Israélien Levi Eshkol met en place un gouvernement d’union nationale. Il appelle à ses cotés Menahem Begin, le chef de l’opposition et surtout Moshé Dayan, qui devient ministre de la défense. Israël doit absolument agir pour repousser la tentative d’étranglement. Le 5 juin au matin pendant que les pilotes égyptiens prennent leur petit-déjeuner, l’armée de l’air cloue au sol la presque totalité des avions. Les forces terrestres complètent l’opération .En quatre jours, elles font reculer l’armée égyptienne de Gaza, Sharm-el –Sheik et atteignent le canal de Suez. La Jordanie attaque le 5 juin. Elle n’a pas voulu écouter le message qui lui avait été transmis par Israël : « Ne bougez pas !» Le lendemain, les parachutistes israéliens encerclent le vieille ville de Jérusalem, et le 7 au matin, ils arrivent au Kotel. Tsahal va poursuivre son action de riposte, et va repousser les Jordaniens et dans ce but s’emparer de la Judée et de la Samarie. Le 6 juin, les Syriens lancent des attaques contre Israël, mais Tsahal réagit et s’empare du Golan. Le samedi 10 juin, la guerre est finie. Israël est venu à bout des armées égyptienne , jordanienne et syrienne. Les troupes que devaient envoyer d’autres pays arabes, n’ont pas eu le temps d’arriver. Tsahal a gagné, mais 800 Israéliens sont morts et 4500 sont blessés. Le gouvernement confie à Itzhak Rabin, le chef de l’état-major de choisir un nom pour qualifier la troisième guerre d’Israël depuis sa fondation. « Appelons-la tout simplement la Guerre des six jours, comme pour évoquer les six jours de la création », propose Rabin. Haim Musicant
Le 5 juin d’il y a 40 ans, jour pour jour, j’entendis avec stupeur à la radio que l’aviation israélienne était au-dessus du Caire, ayant cloué au sol son homologue égyptienne… J’étais soulagé et inquiet. Depuis près d’un mois, depuis que Nasser avait bloqué le Détroit de Tiran pour étouffer le port juif  d’Eilat et empêcher Israël de recevoir le pétrole, on assistait à un véritable ameutement des foules arabes, orchestré par les chefs d’Etat et par le chef palestinien de l’époque autour du mot d’ordre: les Juifs à la mer. Même la suave chanteuse égyptienne Oum Kalsoum chauffait les masses du Caire par un hymne dont le refrain était adbah! (égorge!). A l’époque, je faisais une thèse de math et de la philo, cela faisait un an que j’étais au Parti communiste pour combattre l’impérialisme et le capitalisme. J’étais plutôt méfiant envers les chefs israéliens, qui étaient du reste plutôt distants envers « les Juifs », comme s’ils croyaient à leur mythe de créer l’homme nouveau. Mais le spectre de l’Extermination, 22 ans à peine après Auschwitz, était présent dans certaines têtes, dont la mienne. Je quittai donc le PC car son discours sur « Israël tête-de-pont-de-l’impérialisme-américain » ne collait pas avec les faits. Bien sûr, je me raisonnais: « les Etats arabes ne pourront pas comme ça effacer Israël », mais je m’objectais: « Et pourquoi pas? Pourquoi les mépriser d’avance? Ils sont armés et nombreux… » Même les Marocains envoyaient des blindés; il n’y avait pas que la Syrie , l’Egypte, la Jordanie qui ameutaient. L’Irak aussi… (…) Plus tard, on s’est dit qu’Israël n’aurait pas dû être l’agresseur. Mais  la Guerre du Kippour en  73 a confirmé que s’il n’attaque pas le premier, vu sa petite taille, c’est le massacre, et il est vite menacé dans son existence. Des historiens nous disent que cette Guerre des Six jours (dont nos manuels scolaires ne parlent pas) éclata par inadvertance. Un acte manqué, en somme; mais alors, qui révèle le fond des choses: l’humiliation subie par le monde arabe, dans cette guerre, renouvela celle qu’il a subie en 48 à la naissance de l’Etat juif. Un véritable traumatisme, car en principe, dans l’identité islamique instaurée par le Coran, la question juive était réglée: les vrais bons juifs sont musulmans, comme ceux de la Bible , les autres sont des pervers dans l’ensemble, parfois des braves gens isolément; mais l’idée qu’ils aient un jour une souveraineté est exclue. Dès lors, dans la mentalité officielle arabo-musulmane, Israël était à effacer. Même si des Arabes lucides lui vouent une certaine admiration. Mais avec  la Guerre des Six jours, on ne l’effaçait pas, il était victorieux. A partir de là, on observa de curieux phénomènes. D’abord une sorte de greffe: du fait qu’Israël devenait ponctuellement occupant colonisant les territoires conquis, on greffa sur lui ces deux traits et cela le rend globalement occupant et colonialiste; on pouvait donc ameuter contre lui toutes les forces anti-coloniales. Il y eut aussi des surenchères morales chez les Juifs; certains, comme Y. Leibovitch fustigeant Israël comme nouvel Etat nazi, pas moins. Ce qui permit à des cohortes d’humanistes en manque d’indignation d’emboîter le pas: Oui, Ramallah c’est Auschwitz, déclara un prix Nobel de littérature. Autre fait, plus positif: il fallait rendre les territoires. Avant 67, on ne parlait pas de les rendre puisqu’on allait, un jour, libérer toute la Palestine. Mais depuis 67, Gaza, que l’Egypte occupait et n’a jamais pensé à rendre, devint une terre à restituer de même que la Cisjordanie occupée par  la Jordanie qui ne pensait pas davantage à la restituer. Ce fut une sorte de transmutation: ces terres devenaient palestiniennes du fait d’être passées entre des mains israéliennes. Il faut dire qu’avant, même les Palestiniens n’exigeaient pas des Etats arabes d’avoir d’abord Gaza et  la Cisjordanie comme base de départ dans leur lutte contre Israël. Etonnant. (…)  C’est donc curieusement après  la Guerre des Six jours que cette idée a pu devenir assez concrète. Ce qui ne veut pas dire praticable. A preuve, depuis que Gaza a été « restitué », les Palestiniens s’y battent entre eux, les plus fanatiques envoient des fusées sur Israël, retardant la restitution – pourtant prévue – d’une partie de la Cisjordanie : en effet, si celle-ci était rendue, on pourrait envoyer de là des fusées sur Tel Aviv, vu les distances; alors c’est l’existence quotidienne d’Israël qui serait mise en question. Donc, nouveau paradoxe, grâce à la libération de Gaza, et à ce qu’elle a révélé, celle de la Cisjordanie paraît peu probable, pour l’instant. De sorte que même ceux qui réécrivent l’histoire après-coup – et il y en a – n’ont pas la tâche facile. Quand ils disent qu’Israël aurait dû rendre très vite les Territoires, ils oublient qu’un groupe armé quelconque à Ramallah ou à Gaza, s’il veut se réchauffer l’âme et se sentir plus près d’Allah, peut envoyer des bombes (ou des hommes-bombes) sur Israël et redéclencher la guerre. Donc, il faut être bien prétentieux pour s’installer sur un promontoire élevé et juger que, de ci de là, il y a eu « de grosses erreurs ». Ces deux peuples là-bas, quand ils se battent (car il faut reconnaître qu’il y a de longues périodes de paix, et que la seconde Intifada, longue et meurtrière, a fait en tout 3 000 morts des deux côtés, ce qui est tragique mais peu comparable aux 250 000 morts des guerres ethniques dans l’ex-Yougoslavie), quand il se battent donc, c’est pour des raisons qui leur échappent, des raisons inconscientes qu’on hésite à élucider, mais d’où émerge cette question simple: une terre devenue islamique (par conquête) peut-elle supporter de retrouver (par conquête) sa souveraineté juive antérieure? Ou encore: l’islam ayant pris le relais du message hébreu, peut-il honorer sa dette symbolique envers ses sources juives en laissant une part infime de son immense territoire redevenir un Etat juif? (…) Ces problèmes de cohabitation entre islam et monde judéo-chrétien vont peu à peu s’observer bien ailleurs, en Europe, et un jour proche on pourra en parler plus franchement. Autre remarque: c’est la Guerre des Six jours qui instaura la « ligne verte », frontière apparente et improbable entre deux Etats. Elle a eu dans certains discours un aspect intangible, rigide, absolu, comme si elle existait de tout temps. C’est qu’elle incarne une revendication toute autre: effacer l’humiliation de 67. Or celle-ci est captée par une autre humiliation, plus profonde, celle de l’islam conquérant arrêté par l’Occident sur une frontière instable qui va bientôt faire parler d’elle. Daniel Sibony
Pourquoi la guerre a-t-elle eu lieu ? La question se pose parce que, comme la Première Guerre mondiale, personne n’avait prévu ni ne voulait cette guerre. La recherche d’Oren offre un aperçu de son caractère tout à fait accidentel. En novembre 1966, par exemple, après le meurtre de trois policiers israéliens aux mains de terroristes, basés en Jordanie, l’ambassadeur généralement efficace des États-Unis en Israël a attendu quelques jours pour transmettre un message de condoléances du roi Hussein de Jordanie au Premier ministre israélien. Son retard a poussé les Israéliens à se venger, et les représailles à leur tour sont devenues un épisode majeur dans l’escalade de la guerre. Le rôle des évènements fortuits doit être gardé à l’esprit ces jours-ci, alors qu’il y a de la guerre dans l’air à nouveau au Moyen-Orient: Le moindre faux pas pourrait provoquer un éclatement. Comment les Forces de défense israéliennes ont-elles pu gagner de façon si écrasante ? par une pratique méticuleuse et un réalisme absolu, contrairement aux militaires arabes, qui vivaient dans un monde fantastique. Si les Israéliens étaient tous nerveux à l’approche de la guerre – Le chef d’état-major Yitzhak Rabin souffrait d’une dépression – les dirigeants arabes étaient extrêmement confiants. Un général syrien prédisait une victoire sur Israël en quatre jours « au maximum. » Le président égyptien Gamal Abdel Nasser ne montrait aucun signe d’inquiétude, insistant sur le fait que les Israéliens étaient incapables de monter précisément l’attaque aérienne surprise qu’ils ont en fait réussie. Plus largement, un haut fonctionnaire égyptien a déclaré au sujet du leadership de son équipe qu’il croyait que «la destruction d’Israël était un jeu d’enfant qui ne nécessitait que l’accrochage d’une ligne téléphonique chez le commandant et l’écriture de slogans de victoire. » (Washington, comble d’ironie, a été plus confiant que Tel-Aviv sur une victoire israélienne ; deux semaines avant que la guerre n’ait éclaté, déclare Oren, le secrétaire américain à la Défense avait prédit que si Israël devançait, il battrait ses trois ennemis dans la semaine – précisément ce qui s’est passé.) Comment la guerre a-t-elle affecté la diplomatie israélo-arabe ? – Elle en a fondamentalement changé les termes. Déjà à la mi-mai, quelques semaines avant que les hostilités n’aient commencé, l’influence du Moyen-Orient à la Maison Blanche, Harold Saunders, a suggéré qu’Israël devrait être toléré le temps d’écraser ses ennemis, voyant en ceci « un moyen de régler les frontières et, peut-être même les réfugiés ». Dès le deuxième jour de la guerre, le président Lyndon Johnson avait formulé les grandes lignes de la politique la terre- en échange- de la paix que 35 ans plus tard, la diplomatie américaine conduit encore à l’égard du conflit israélo-arabe: Israël doit restituer la terre conquise en 1967 en échange de sa reconnaissance par les Arabes. Les Américains attendaient l’ampleur du triomphe militaire d’Israël pour montrer aux Arabes l’inutilité de leurs espoirs de détruire l’Etat juif, une analyse qui rencontra l’approbation immédiate chez certains Israéliens (y compris Yitzhak Rabin, plus tard le premier ministre qui a initié les négociations d’Oslo, qui ont été fondées précisément sur cette hypothèse). Mais, comme les événements récents l’ont prouvé de façon si frappante, la prémisse terre contre paix était fausse. A quelques exceptions près (comme le président égyptien Anouar El-Sadate), la bonne volonté d’Israël de faire cet échange a hâté la violence des Arabes contre elle, non pas leur acceptation. Oren montre comment la terre contre la paix est fondée sur des espoirs américains, et non pas sur les réalités du Moyen-Orient ; sa recherche montre que cette politique n’a pas besoin finalement d’être remplacée par une approche plus réaliste. Daniel Pipes
Those who say that we should have evacuated the territories at once need to be reminded what it was like here before the Six-Day War: a country whose border was near the outskirts of greater Tel Aviv, and which was only 15-kilometers wide. Does anyone want to go back to that? With all the problems, our situation today is a thousand times better. Gilad Sharon
I am embarrassed that we started the war in the first place. An unnecessary war that followed 19 years after another unnecessary war that we also lost. I am embarrassed that we let hatred drive our decision to go to war. I am embarrassed that we did not take Israel’s offer right after the war to make peace in exchange for land. I am embarrassed that since then, Egypt’s and Jordan’s realization of the foolishness of war was not matched by the rest of the Arab world, particularly my own country of Lebanon. I am embarrassed that we never made a single credible comprehensive offer of peace to Israel. I am embarrassed that still today, 69 years after our first war against Israel, we still use the Palestinians as pawns in our war of hatred. I am embarrassed that instead of denouncing the hatred, much of the world has joined with us in attacking the Jews’ right to self-determination. I am embarrassed that I, and the few other Arabs who stand up to hatred, cannot do much more than speak up, and that we have not moved to action even our fellow Arabs who live comfortably in the West. I am embarrassed as a citizen of the West because we pay lip service to Israel but we cannot provide substantial support to Israel, for example against the Arab attempts to rewrite the past and erase the Jewish history of Jerusalem. I am embarrassed that we in the West are too beholden to Arab dictators to even take the symbolic step of recognizing that Jerusalem is an indivisible part of Israel. I am embarrassed to ethnically belong to a group that thrives on hatred and to geographically belong to a group that appeases haters. I am embarrassed to belong to a human race that has learned nothing from the lessons of the past and that continues to let antisemitism fester and grow. I am embarrassed that I cannot write these words in an Arab publication or even in a mainstream Western publication because hatred and appeasement are too strong. Fred Maroun
Dès le lendemain de la Guerre des Six Jours, la gauche israélienne a créé son propre “narratif” au sujet de la guerre, dans un livre fameux, Sia’h Lohamim (“Paroles de combattants”) qui s’est imposé dans une certaine mesure comme un discours officiel israélien concernant les événements de mai-juin 1967. Dans ce livre, des soldats issus pour la plupart des kibboutzim des mouvements de la gauche et de l’extrême-gauche (Hashomer Hatzaïr), expriment leurs doutes et leur désarroi après la victoire et relatent les dilemmes moraux auxquels ils ont été confrontés pendant la guerre. Ce document avait été distribué à l’époque par le ministère des Affaires étrangères aux représentations diplomatiques israéliennes à l’étranger, dans le but de montrer le “visage humain” de l’armée israélienne. Mais ce narratif humaniste, souvent émouvant mais pétri de culpabilité, reposait sur un mensonge par omission, qui a été depuis lors exposé au grand jour. Une partie significative des témoignages des soldats recueillis lors de la réalisation de ce document ont en effet été écartés et censurés, car ils ne correspondaient pas aux opinions politiques mises en avant par les auteurs de “Voix de combattants”. Les voix censurées étaient notamment celles de soldats issus de la Yeshiva Mercaz Harav à Jérusalem, institution phare du sionisme religieux, qui exprimaient leur joie après la victoire miraculeuse, la réunification de Jérusalem et le retour du peuple d’Israël dans le coeur de sa patrie ancestrale. L’occultation délibérée de ces témoignages, non conformes au narratif de la gauche kibboutzique, s’inscrivait dans une tentative d’écriture d’une “histoire officielle” de la Guerre des Six Jours, dans un sens idéologique bien particulier. Comme le rapporte Gilad Zweik, les auteurs de “Voix de combattants”, parmi lesquels l’écrivain Amos Oz, éprouvaient un mépris non dissimulé pour les sentiments de joie exprimés par la majorité des Israéliens au lendemain de la victoire de juin 1967. Evoquant son camarade Micha Heyman, tué pendant les durs combats de la “Colline des munitions” à Jerusalem, Amos Oz déclare ainsi que “de son point de vue, on aurait pu dynamiter le Kotel pour sauver Michi”. Un autre soldat interrogé dans le livre déclare que les “sonneries de Choffar [du rav Goren devant le Kottel libéré] lui faisaient mal à la tête…” On comprend, en lisant ces lignes, que la question de la souveraineté juive à Jérusalem (sans même parler de la Judée et de la Samarie) est tout autant, voire plus, une question intérieure israélienne et juive, qu’une question de droit et de politique internationale. Dans ce contexte, il convient d’observer que la récente condamnation internationale de la “colonisation” par le Conseil de Sécurité des Nations unies dans la résolution 2334 s’est produite quelques semaines après l’intervention devant ce même Conseil de sécurité de deux représentants israéliens des organisations d’extrême-gauche Betselem et La Paix Maintenant, qui ont apporté leur justification morale et politique à la condamnation d’Israël par la communauté internationale. Plus généralement, une large partie de la gauche israélienne a adopté aujourd’hui le narratif jadis minoritaire, défaitiste et auto-accusateur, des combattants de l’Hashomer Hatzaïr. Mais alors que ces derniers, en tant que soldats et patriotes israéliens, exprimaient leurs critiques et leurs doutes à destination du public israélien en priorité, leurs héritiers actuels adressent leurs attaques contre le gouvernement et l’armée d’Israël au public international, se transformant en dénonciateurs de leur propre peuple devant le tribunal des nations. Pierre Lurçat
In June 1967 Arab leaders declared their intention to annihilate the Jewish state, and the Jews decided they wouldn’t sit still for it. For the crime of self-preservation, Israel remains a nation unforgiven. Unforgiven, Israel’s milder critics say, because the Six-Day War, even if justified at the time, does not justify 50 years of occupation. They argue, also, that Israel can rely on its own strength as well as international guarantees to take risks for peace. This is ahistoric nonsense. On June 4, 1967, the day before the war, Israel faced the fact that United Nations peacekeepers in Sinai, intended as a buffer with Egypt, had been withdrawn at Cairo’s insistence; that France, hitherto Israel’s ally, had imposed an arms embargo on it; and that Lyndon Johnson had failed to deliver on previous American assurances to break any Egyptian blockade of the Israeli port of Eilat (…) before we fall prey to the lazy trope of “50 years of occupation,” inevitably used to indict Israel, let’s note the following: There would have been no occupation, and no settlements, if Egypt and its allies hadn’t recklessly provoked a war. Or if the “international community” hadn’t fecklessly abandoned Israel in its desperate hours. Or if Jordan hadn’t foolishly ignored Israel’s warnings to stay out of it. Or if the Arab League hadn’t arrogantly rejected the possibility of peace. A Palestinian state would most likely exist if Arafat hadn’t adopted terrorism as the calling card of Palestinian aspirations. Or if he hadn’t rejected the offer of a state 17 years ago. Or if he hadn’t renounced his renunciation of terror. A Palestinian state would also most likely exist if Arafat’s successor, Mahmoud Abbas — now in the 13th year of his elected four-year term — hadn’t rejected it again nine years ago, and if Gazans hadn’t turned their territory into a terrifying model of Palestinian statehood, and if the United Nations didn’t treat Hamas’s attacks on Israel as a nuisance but Israel’s self-defense as a crime against humanity. (…) The Middle East doesn’t need another failed state in its midst. Israel doesn’t need another Hamastan on its border. Palestinians in the West Bank don’t need it over their heads. In 1967 Israel was forced into a war against enemies who then begrudged it the peace. Egypt, at least, found its Sadat. The drama of the Six-Day War will close when Palestinians find theirs. Bret Stephens

Attention: une occupation peut en cacher une autre !

« Guerre qui n’a rien réglé« , « victoire qui n’en est pas une », « guerre empoisonnée » …

En ce 7e jour où, fidèles à l’injonction du  4e commandement, nos amis juifs se rappellent la création du monde …

Qui se trouve être aussi le 50e anniversaire, jour pour jour, de la fin de la Guerre dite précisément des Six-jours …

Et de la libération de leur capitale et de leurs lieux les plus saints …

Pendant que de Manchester à Londres ou Paris …

Après Jérusalem ou Tel Aviv et en fait un ensemble du Moyen-Orient pratiquement juden ou christianrein …

La religion de paix rappelle à coup de voiture-bélier ou de couteau de boucher  …

Le sort qui attend ceux qui ne s’y soumettent pas

Qui rappelle …

A l’heure où rivalisant de révisonnisme articles après articles …

Nos médias n’ont que le mot « occupation » à la bouche …

Non seulement l’hommage discret à la création du monde qu’y avait alors inscrit le général Rabin …

Mais aussi entre les appels de Nasser à la destruction d’Israël …

Et les refrains de la chanteuse égyptienne Oum Kalsoum à « égorger les juifs »

La véritable guerre d’annihilation que, 22 ans après Auschwitz, ladite guerre avait alors empêchée …

Comme après la confirmation de la Guerre du Kippour et la série ininterrompue d’ attentats qui a suivi …

La même poursuite de la Solution finale que l’actuelle « occupation » continue de prévenir ?

Six Days and 50 Years of War

Bret Stephens

The New York Times

June 2, 2017

In June 1967 Arab leaders declared their intention to annihilate the Jewish state, and the Jews decided they wouldn’t sit still for it. For the crime of self-preservation, Israel remains a nation unforgiven.

Unforgiven, Israel’s milder critics say, because the Six-Day War, even if justified at the time, does not justify 50 years of occupation. They argue, also, that Israel can rely on its own strength as well as international guarantees to take risks for peace.

This is ahistoric nonsense.

On June 4, 1967, the day before the war, Israel faced the fact that United Nations peacekeepers in Sinai, intended as a buffer with Egypt, had been withdrawn at Cairo’s insistence; that France, hitherto Israel’s ally, had imposed an arms embargo on it; and that Lyndon Johnson had failed to deliver on previous American assurances to break any Egyptian blockade of the Israeli port of Eilat.

On June 5, the first day of the war, the Israeli government used three separate diplomatic channels to warn Jordan — then occupying the West Bank — not to initiate hostilities. The Jordanians ignored the warning and opened fire with planes and artillery. Some 6,000 shells landed on the western side of Jerusalem alone.

On June 19, 1967 — nine days after the end of the war — the Israeli cabinet decided it would offer the return of territories conquered from Egypt and Syria in exchange for peace, security and recognition. The Arab League categorically rejected peace with Israel at its summit in Khartoum later that year.

In 1973 Egypt and Syria unleashed a devastating surprise attack on Israel, puncturing the myth of Israeli invulnerability.

It took a decade after 1967 for the Egyptian government of Anwar Sadat finally to accept Israel’s legitimacy. When he did he recovered every inch of Sinai — from Menachem Begin, Israel’s right-wing prime minister. Syria remains unreconciled.

It took another decade for Yasir Arafat’s Palestine Liberation Organization to recognize Israel and formally forswear terrorism. But its pledges were insincere. Only after the Soviet Union’s collapse and Arafat’s disastrous support for Saddam Hussein in the gulf war did the P.L.O. finally seem to get serious. It led to the Oslo Accords of 1993 and further Israeli withdrawals.

In 2000, at Camp David, Israel offered Arafat a state. He rejected it. “I regret that in 2000 he missed the opportunity to bring that nation” — Palestine — “into being,” was Bill Clinton’s bitter verdict on the summit’s outcome. Within two years Arafat was calling on a million “martyrs” to march on Jerusalem.

In 2005, another right-wing Israeli government removed its soldiers, settlers and settlements from the Gaza Strip. Two years later Hamas seized control of the territory and used it to start three wars in seven years.

In 2008, Prime Minister Ehud Olmert offered a Palestinian state in Gaza and 93 percent of the West Bank. The Palestinians rejected the proposal out of hand.

This is a truncated history. Israel is not a nation of saints and has made its mistakes. The most serious of those is proliferation of West Bank settlements beyond those in historically recognized blocs.

But before we fall prey to the lazy trope of “50 years of occupation,” inevitably used to indict Israel, let’s note the following:

There would have been no occupation, and no settlements, if Egypt and its allies hadn’t recklessly provoked a war. Or if the “international community” hadn’t fecklessly abandoned Israel in its desperate hours. Or if Jordan hadn’t foolishly ignored Israel’s warnings to stay out of it. Or if the Arab League hadn’t arrogantly rejected the possibility of peace.

A Palestinian state would most likely exist if Arafat hadn’t adopted terrorism as the calling card of Palestinian aspirations. Or if he hadn’t rejected the offer of a state 17 years ago. Or if he hadn’t renounced his renunciation of terror.

A Palestinian state would also most likely exist if Arafat’s successor, Mahmoud Abbas — now in the 13th year of his elected four-year term — hadn’t rejected it again nine years ago, and if Gazans hadn’t turned their territory into a terrifying model of Palestinian statehood, and if the United Nations didn’t treat Hamas’s attacks on Israel as a nuisance but Israel’s self-defense as a crime against humanity.

The cover of a recent issue of The Economist purports to answer the question “Why Israel Needs a Palestinian State.” The argument isn’t wrong. It just isn’t wise.

Israel needs a Palestinian state to safeguard its democratic future — in the long term. But the character of such a state matters at least as much as its mere existence. The Middle East doesn’t need another failed state in its midst. Israel doesn’t need another Hamastan on its border. Palestinians in the West Bank don’t need it over their heads.

In 1967 Israel was forced into a war against enemies who then begrudged it the peace. Egypt, at least, found its Sadat. The drama of the Six-Day War will close when Palestinians find theirs.

Voir aussi:

Half a century after the euphoria of the Six-Day War, some Israelis are wondering if it was a victory

Hundreds of guests and dignitaries gathered at the Knesset, the Israeli parliament, for a special session Tuesday marking the 1967 Six-Day War. It was a celebration of Israel’s lightning military victory over Arab armies in the Sinai Peninsula, Golan Heights, West Bank and East Jerusalem that forever changed the landscape of the Middle East.

In an address that waxed nostalgic for the euphoria that swept Israel in the war’s aftermath, Prime Minister Benjamin Netanyahu invoked the biblical history of the Jewish people in Hebron and Nablus, the West Bank cities that were captured during the conflict. “The Six-Day War returned us to the country from where we had been cut off for generations,” he said. “This is our land.’’

Absent from the parliamentary party, however, were legislators from Israel’s pro-peace Meretz party. Not enough attention, they said, was being paid to the consequences of Israel’s unending control over millions of Palestinians who live in the lands occupied 50 years ago this week.

Tamar Zandberg, one of the party’s parliament members, complained that the celebrations ignored the fact that the West Bank has lived under military rule for 50 years.

“This casts the biggest shadow over Israel’s democracy in its history — and for its continued existence,” she said on the parliament television channel. “This reality is really abnormal — it’s distorted, and we need as quickly as possible to reach a solution to this in the form of an agreement.”

The dissonance between the prime minister and the opposition politician highlights the extent to which the anniversary of the war is stirring a debate in Israel over whether one of the country’s most storied military victories planted the seeds of a modern political disaster.

Israel scored a total defeat against Egyptian, Jordanian and Syrian forces, perhaps one of the last moments in the Middle East that a military conflict has been decided so decisively. The victory transformed Israel from a small, vulnerable outpost teetering on the eastern shelf of the Mediterranean into a regional power player with ample territorial buffers against any potential new attacks.

After surviving a traumatic surprise attack in 1973 by Egypt and Syria in an attempt to recover their territories, Israel eventually traded Sinai for a peace accord with Cairo in 1979 and established full diplomatic ties with Jordan in 1994.

But the 1967 war also began Israel’s self-declared military occupation of the West Bank and the Gaza Strip, along with its controversial annexation of East Jerusalem, which formerly belonged to Jordan.

Described as temporary, the occupation gave Israel control over the lives of a Palestinian population that today numbers 4.9 million.

It also opened the door to establishing hundreds of Jewish settlements and outposts in those territories — neighborhoods that many right-wing Israelis, including Netanyahu, now consider an inseparable part of the country.

At official ceremonies and academic symposiums and on the opinion pages of newspapers, the anniversary has become an occasion among Israelis for taking stock of what was gained, and the continuing costs of the country’s failure to turn those 50-year-old military gains into lasting security.

“It’s a moment of clarification that is forcing Israelis to be more honest about where we are heading,” said Ehud Eiran, a professor of political science at Haifa University. “There’s a growing belief that this reflects a permanent reality, rather than the stories we told ourselves that it’s a temporary occupation.”

In a late May survey by the Israel Democracy Institute released this week, about 62% of Jewish Israelis disagreed with the idea that control over the West Bank constituted a military occupation.

Although a two-thirds majority considered control of the West Bank to be a boost for Israel’s security, the survey also found that the public was evenly split over calls by right-wing politicians to annex the territory.

For the religious nationalist leaders who lead the settlement movement, the jubilee anniversary is being hailed as a sign of the settlements’ permanence. Tens of thousands of religious nationalist supporters gathered at the Western Wall plaza on the Hebrew calendar anniversary of the capture of East Jerusalem in late May to celebrate.

“When I am asked about what is the full vision, what is the future of Judea and Samaria in our eyes, I answer that I want to see, with the help of God, one million Israelis living in Judea and Samaria,” Avi Roeh, who heads the Yesha settlers council, wrote on Facebook, referring to the biblical names for the West Bank.

“It used to seem like a far off, impossible dream…. But today, it’s possible to believe that we’re on the right track.”

In an effort to push back against public perception that the Jewish settlements in the West Bank are an asset to security, the Molad center, a left-wing research institute, released a paper based on interviews with former Israel Defense Forces generals arguing that large amounts of resources are being diverted to the protection of settlements.

Israel’s left wing, which has seen its influence and power diminish over the last two decades, has also been focusing this week on the moral implications of continued control over Palestinians in the West Bank and what it means for the country’s democratic values.

“The settlers have succeeded in creating, on the ground, exactly what they wanted. A reality in which it will be very difficult to draw a border line, which will prevent a separation between us and the Palestinians,” David Grossman, a prominent Israeli author, told the daily newspaper Yediot Aharonot.

“This forces us into making a choice between a few tragic options for those who want a democratic state and a Jewish home. In this sense, the settlers create a danger for the future of the state of Israel, they are dragging us into an abyss.”

Writing in the same newspaper, the son of former Israeli Prime Minister Ariel Sharon dismissed such concerns.

“Those who say that we should have evacuated the territories at once need to be reminded what it was like here before the Six-Day War: a country whose border was near the outskirts of greater Tel Aviv, and which was only 15-kilometers wide,” wrote Gilad Sharon. “Does anyone want to go back to that? With all the problems, our situation today is a thousand times better.”

Gerald Steinberg, a political science professor at Bar Ilan University, argued that Israelis on both sides of the political spectrum do agree that the government needs to come up with a definitive policy to end the state of political limbo started in June 1967.
“Whether you’re on the right or left, the continuing uncertainty for 10 or 20 more years is untenable,” he said. The longer the temporary aspect of the situation lasts, the more unhealthy it is for Israel.”

Voir également:

J’ai lu Israël dans la presse bretonne
9 juin 2017

En France, la presse quotidienne régionale – la PQR – est puissante. En Bretagne par exemple, ces quotidiens structurent l’information.

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Leur influence vient de la verticalité des informations qu’ils traitent : infos locales, régionales, nationales, internationales. De ce fait, ils sont naturellement considérés par la population comme neutres, peu politisés et objectifs. Ils participent fortement au bruit de fond collectif.

Ouest France, 1er quotidien français, couvre le Nord Ouest français, a le 9e site d’info le plus lu en France. Né de Ouest Eclair après la guerre, il est le quotidien historique de la démocratie chrétienne et le soutien des industries agroalimentaires, traditionnellement puissantes.

Le Télégramme devance OF en pointe bretonne, il a été élu meilleur quotidien de France deux fois dans les six dernières années : il est reconnu pour son sérieux.

Publi-Hebdo est le troisième grand acteur de l’info avec une panoplie d’hebdomadaires, et des sites actifs chaque jour, très influents localement, ces derniers se consacrant à l’actualité d’une seule ville.

La place d’Israël

Ici, de Quimper, j’ai compté les occurrences apparues entre le 1er janvier et le 1er juillet 2016 dans la PQR. J’ai noté 14 articles dont 13 que j’ai jugés négatifs à très négatifs, 1 neutre : le 7 mai, une page intitulée Repères dans Le Télégramme.

Les pages analysées sont les pages internationales, mais aussi locales – où apparaissent les communiqués locaux d’associations antisionistes haineuses. *

La PQR n’est pas à négliger

Vous en conviendrez aisément, il ne faut pas mépriser la PQR, c’est là où l’on s’informe des résultats de l’équipe de foot de son quartier, de sa commune, où on recherche des visages connus tout en lisant les fraîches nouvelles du monde.

Cependant, défiance et hostilité y ont remplacé sympathie et empathie à l’adresse d’Israël.

Quelles conséquences l’ image d’un pays présenté comme dissident et sulfureux aura t-elle pour l’avenir ?
Le bruit de fond local ose associer désormais aux mots « apartheid, colonies, guerre » un pays démocratique, protecteur de toutes les minorités qui ont exactement et strictement les mêmes droits que la majorité – comme 1,5 millions d’Arabes musulmans israéliens – au milieu d’une région ayant liquidé toutes ses communautés juives et actuellement plusieurs minorités arabes ou chrétiennes.

Faut-il laisser la PQR aux seuls suppôts de thèses antisionistes ?

Dans l’image, dans l’esprit, dans le cœur, le planteur d’arbre, le philosophe humaniste, l’ingénieur, l’architecte inspiré, sont remplacés par le seul uniforme de Tsahal. Israël n’est vu qu’à travers le prisme très biaisé du conflit territorial.

Il faut regagner les cœurs de ceux qui perdent la Raison. En relayant localement le vrai visage d’Israël.
Ceci passera par l’échange physique, par internet mais également par la presse locale. Car nous le savons : la « vérité » de tous est dessinée chaque jour par le consensus, et ne se superpose pas nécessairement à la réalité des faits.

La liberté de la presse est un droit des citoyens, montrer le vrai visage d’Israël est également un droit, et un devoir.
* valeur indicative et non statistique, n’ayant pas pu quotidiennement lire chaque édition locale

** Pour ce qui est de la Bretagne, sa tradition philosémite séculaire est historiquement remise en cause à chaque fois que nous oublions qu’un Breton judéophobe est un Breton qui se trahit ou trahit son histoire.

Voir de plus:

Juin 67 : la guerre des Six jours et la réécriture de l’histoire israélienne
Pierre Lurçat

The Times of israel

25 mai 2017

Dès le lendemain de la Guerre des Six Jours, la gauche israélienne a créé son propre “narratif” au sujet de la guerre, dans un livre fameux, Sia’h Lohamim (“Paroles de combattants”) qui s’est imposé dans une certaine mesure comme un discours officiel israélien concernant les événements de mai-juin 1967.

Dans ce livre, des soldats issus pour la plupart des kibboutzim des mouvements de la gauche et de l’extrême-gauche (Hashomer Hatzaïr), expriment leurs doutes et leur désarroi après la victoire et relatent les dilemmes moraux auxquels ils ont été confrontés pendant la guerre.

Ce document avait été distribué à l’époque par le ministère des Affaires étrangères aux représentations diplomatiques israéliennes à l’étranger, dans le but de montrer le “visage humain” de l’armée israélienne.

Mais ce narratif humaniste, souvent émouvant mais pétri de culpabilité, reposait sur un mensonge par omission, qui a été depuis lors exposé au grand jour.

Une partie significative des témoignages des soldats recueillis lors de la réalisation de ce document ont en effet été écartés et censurés, car ils ne correspondaient pas aux opinions politiques mises en avant par les auteurs de “Voix de combattants”.

Les voix censurées étaient notamment celles de soldats issus de la Yeshiva Mercaz Harav à Jérusalem, institution phare du sionisme religieux, qui exprimaient leur joie après la victoire miraculeuse, la réunification de Jérusalem et le retour du peuple d’Israël dans le coeur de sa patrie ancestrale.

L’occultation délibérée de ces témoignages, non conformes au narratif de la gauche kibboutzique, s’inscrivait dans une tentative d’écriture d’une “histoire officielle” de la Guerre des Six Jours, dans un sens idéologique bien particulier.

Comme le rapporte Gilad Zweik (1), les auteurs de “Voix de combattants”, parmi lesquels l’écrivain Amos Oz, éprouvaient un mépris non dissimulé pour les sentiments de joie exprimés par la majorité des Israéliens au lendemain de la victoire de juin 1967.

Evoquant son camarade Micha Heyman, tué pendant les durs combats de la “Colline des munitions” à Jerusalem, Amos Oz déclare ainsi que “de son point de vue, on aurait pu dynamiter le Kotel pour sauver Michi”. Un autre soldat interrogé dans le livre déclare que les “sonneries de Choffar [du rav Goren devant le Kottel libéré] lui faisaient mal à la tête…”

On comprend, en lisant ces lignes, que la question de la souveraineté juive à Jérusalem (sans même parler de la Judée et de la Samarie) est tout autant, voire plus, une question intérieure israélienne et juive, qu’une question de droit et de politique internationale.
Dans ce contexte, il convient d’observer que la récente condamnation internationale de la “colonisation” par le Conseil de Sécurité des Nations unies dans la résolution 2334 s’est produite quelques semaines après l’intervention devant ce même Conseil de sécurité de deux représentants israéliens des organisations d’extrême-gauche Betselem et La Paix Maintenant, qui ont apporté leur justification morale et politique à la condamnation d’Israël par la communauté internationale.

Plus généralement, une large partie de la gauche israélienne a adopté aujourd’hui le narratif jadis minoritaire, défaitiste et auto-accusateur, des combattants de l’Hashomer Hatzaïr (2).

Mais alors que ces derniers, en tant que soldats et patriotes israéliens, exprimaient leurs critiques et leurs doutes à destination du public israélien en priorité, leurs héritiers actuels adressent leurs attaques contre le gouvernement et l’armée d’Israël au public international, se transformant en dénonciateurs de leur propre peuple devant le tribunal des nations (*).

(1) Dans son article “Voix de combattants, les bobines oubliées, une manipulation transparente”, Mida 8.7.2015, http://mida.org.il/)

(2) Un recueil de témoignages d’habitants des kibboutz de l’Hashomer Hatzaïr récemment publié en Israël montre comment les jeunes de ce mouvement sioniste-socialiste d’orientation pro-soviétique parvenaient à concilier, non sans difficultés et au prix de contradictions parfois insurmontables, leur admiration pour la “patrie du socialisme” et son dirigeant Joseph Staline, et leur engagement sioniste.

* Sur ce sujet, je renvoie à mon dernier livre, “La trahison des clercs d’Israël”, La Maison d’édition

Voir de même:

Ayelet Shaked contre Breaking the Silence : mettre fin à l’hypocrisie et à la duplicité
Pierre Lurçat

The Times of Israel

9 juin 2017

En demandant au procureur d’ouvrir une enquête contre le porte-parole de Breaking The Silence, Din Issacharoff, qui a déclaré publiquement avoir frappé violemment un Palestinien alors qu’il était soldat dans l’unité du Nahal à Hébron, la ministre de la Justice Ayelet Shaked a exposé au grand jour l’hypocrisie et la duplicité de l’association d’extrême-gauche, qui lutte ouvertement pour ternir l’image de Tsahal aux yeux de l’opinion internationale.

Comme le rapportent les médias israéliens , Issacharoff a été filmé il y a deux mois, pendant un rassemblement de Breaking the Silence, en train de confesser publiquement avoir frappé un Palestinien.

« Le porte-parole de Breaking the Silence se lève et dit qu’il a lui-même commis un crime contre un Palestinien et l’a roué de coups, a dit Shaked. Si c’est vraiment ce qu’il s’est passé, il devrait faire l’objet d’une enquête et être puni. Si cela n’est pas arrivé, l’Etat doit déclarer officiellement que cela n’est pas arrivé. »

La réaction d’Ayelet Shaked est salutaire et bienvenue, n’en déplaise aux éditorialistes du journal Ha’aretz, qui dénoncent une « instrumentalisation politique » de la justice. En réalité, la ministre de la Justice est tout à fait dans son rôle en appelant le procureur de l’Etat à ouvrir une enquête.

De deux choses l’une en effet : soit le porte-parole de BTS dit la vérité, et alors il doit être jugé, selon les normes appliquées par l’armée israélienne et selon les critères moraux que son association elle-même revendique et accuse Tsahal de ne pas appliquer en cas d’atteinte aux droits de l’homme de la part de Tsahal.

Soit il ment, comme l’affirment plusieurs soldats de son unité, et dans ce cas, Ayelet Shaked a raison d’appeler le gouvernement à exposer publiquement la calomnie que constituent ses accusations. Au-delà même du cas spécifique d’Issacharoff, c’est toute la duplicité de son association qui est ainsi exposée au grand jour.

Voilà des années que Breaking the silence, Yesh Din, La Paix maintenant et les autres associations d’extrême-gauche, financées par l’Union européenne et par des fondations étrangères antisionistes, sapent les fondements de la démocratie israélienne et calomnient les institutions de l’Etat, menant ouvertement et sans encombre leur action subversive.

La réaction salutaire d’Ayelet Shaked est l’occasion de rouvrir le dossier de ces associations financées par des pays et entités étrangères pour lutter contre Israël de l’intérieur. L’Etat juif, en guerre permanente contre les ennemis extérieurs aux frontières Nord (le Hezbollah, bras armé de l’Iran) et Sud (le Hamas et l’Etat islamique) ne peut se permettre le luxe de laisser des ennemis de l’intérieur attaquer Tsahal et exposer ses soldats et officiers à des actions judiciaires malveillantes devant les tribunaux internationaux ou étrangers. Il en va de la sécurité de l’Etat et de ses institutions.

* Mon dernier livre, La trahison des clercs d’Israël, est en vente sur le site de l’éditeur, La Maison d’édition et dans les bonnes librairies.

Jacques Benhamou m’a récemment invité à ce sujet dans son émission Côté Cour sur RCJ.

Voir encore:

Juin 1967 : Six jours pour sauver Israël

Haim Musicant
Cool Israel
9 June 2017
Le 15 mai 1967, c’est le 19 ème anniversaire d’Israël.

Le matin, Tsahal défile à Jérusalem.

Le soir a lieu le festival de la chanson au Palais de la Nation.
Une jeune inconnue de 20 ans s’avance avec sa guitare sur la scène.
Elle s’appelle Shuly Natan.
Naomi Shemer lui a offert d’interpréter une nouvelle chanson.
C’est le maire, Teddy Kollek, qui a demandé à la célèbre compositrice d’écrire une ballade consacrée à Jérusalem.

La capitale d’Israël est coupée en deux par un mur depuis le 29 mai 1948.
La légion arabe du roi Abdallah a en effet conquis la vieille ville pendant la guerre d’indépendance et massacré les juifs qui s’y trouvaient. Elle a également pris d’assaut l’hôpital Hadassah et l’université hébraïque sur le mont Scopus, mais aussi profané les cimetières et transformé les synagogues en écuries et urinoirs.
Le Kotel, le mur occidental du Temple, est bien sur interdit d’accès depuis 1948.

Shuli Natan interprète ce 15 mai, une chanson émouvante et triste.
Elle chante Jérusalem, cette ville qui est « prisonnière du rêve, solitaire, avec le Mur enfermé dans son cœur ».
Cette chanson, c’est « Yérushalayim shel zaav », « Jérusalem d’or ».

Quand elle interprète cette mélodie, Shuli Nathan rêve-t-elle un seul instant que quelques semaines plus tard, le 7 juin, Tsahal va libérer Jérusalem ?
S’imagine-t-elle que le grand rabbin de l’armée, Shlomo Goren, va prendre une Thorah à la main, et faire sonner avec l’autre le shofar devant le Kotel, et dire tout simplement « Réjouissons-nous ! »

Mais le retour à Jérusalem, en ce mois de juin 1967, n’est pas dans la tête des Israéliens.
Au contraire, ils vivent dans la menace de la destruction de leur pays qui n’a même pas 20 ans d’existence.
Israël est un pays minuscule, aussi grand que trois départements français dans lequel vivent à peine 2,7 millions d’habitants.
Au niveau de Natanya, le pays est moins large que la ligne de métro 1 à Paris entre le château de Vincennes et alors le pont de Neuilly.

Le 1 er juin, Ahmed Choukeiri, le président de l’Organisation de libération de la Palestine, auquel Yasser Arafat va succéder, ne laisse pas de place au moindre doute. Il hurle : « Il n’y aura pas de moyen terme. Il ne restera pas de survivants juifs ! »

Au Caire, à Damas, à Bagdad et dans l’ensemble du monde arabe, les déclarations, les manifestations, les chants, les slogans sont les mêmes : « Avec l’aide de Dieu, nous allons nous retrouver à Tel-Aviv et on les égorgera tous ! »

Israël sait qu’il ne s’agit pas de paroles en l’air.

Le colonel Gamal Abdel Nasser amasse les troupes égyptiennes à la frontière. Il a exigé le départ des Casques bleus de l’ONU qui faisaient tampon depuis la guerre du Sinaï depuis 1956.
Les troupes jordaniennes sont placées sous le commandement de l’Egypte, le roi Hussein espérant agrandir son royaume à peu de frais.
La Syrie, qui depuis les hauteurs du Golan, tire régulièrement sur les agriculteurs israéliens aux abords du Kineret, le lac de Tibériade, est prête à prendre elle aussi sa part au massacre promis.
Gamal Abdel Nasser franchit un pas supplémentaire en fermant le détroit de Tiran L’accès à Eilat est désormais bloqué.

Israël se sent abandonné par le monde entier.

L’Union soviétique soutient et envoie des armes aux Arabes. Les Etats-Unis, empêtrés dans la guerre au Vietnam, ne veulent rien faire. Le général De Gaulle vient de planter un poignard dans le dos, lui qui, il ya quelques années avait affirmé à David Ben-Gourion qu’Israël était l’ami et l’allié de la France.

Les Israéliens pressentent que la menace d’anéantissement se rapproche.

Le 1er juin, le Premier ministre Israélien Levi Eshkol met en place un gouvernement d’union nationale. Il appelle à ses cotés Menahem Begin, le chef de l’opposition et surtout Moshé Dayan, qui devient ministre de la défense.
Israël doit absolument agir pour repousser la tentative d’étranglement.

Le 5 juin au matin pendant que les pilotes égyptiens prennent leur petit-déjeuner, l’armée de l’air cloue au sol la presque totalité des avions .Les forces terrestres complètent l’opération .En quatre jours, elles font reculer l’armée égyptienne de Gaza, Sharm-el –Sheik et atteignent le canal de Suez.

La Jordanie attaque le 5 juin. Elle n’a pas voulu écouter le message qui lui avait été transmis par Israël : « Ne bougez pas !» Le lendemain, les parachutistes israéliens encerclent le vieille ville de Jérusalem, et le 7 au matin, ils arrivent au Kotel.
Tsahal va poursuivre son action de riposte, et va repousser les Jordaniens et dans ce but s’emparer de la Judée et de la Samarie.

Le 6 juin, les Syriens lancent des attaques contre Israël, mais Tsahal réagit et s’empare du Golan.

Le samedi 10 juin, la guerre est finie. Israël est venu à bout des armées égyptienne , jordanienne et syrienne. Les troupes que devaient envoyer d’autres pays arabes, n’ont pas eu le temps d’arriver.

Tsahal a gagné, mais 800 Israéliens sont morts et 4500 sont blessés.

Le gouvernement confie à Itzhak Rabin, le chef de l’état-major de choisir un nom pour qualifier la troisième guerre d’Israël depuis sa fondation.
« Appelons-la tout simplement la Guerre des six jours, comme pour évoquer les six jours de la création », propose Rabin.

Naomi Shemer, elle, change les paroles de « Yérushalayim shel zaav ».Elle ajoute : « Nous sommes de retour…et un shofar retentit sur le mont du Temple dans la vieille ville ».

Voir aussi:

07 juin 2007

2/6/07 – Guerre des Six jours – ou: Les bluffs dangereux

Dans cet article paru dans Libé, Rebonds, du 7/6/2007, vous trouverez en caractères gras les passages qui ont été coupés.

Le 5 juin d’il y a 40 ans, jour pour jour, j’entendis avec stupeur à la radio que l’aviation israélienne était au-dessus du Caire, ayant cloué au sol son homologue égyptienne… J’étais soulagé et inquiet. Depuis près d’un mois, depuis que Nasser avait bloqué le Détroit de Tiran pour étouffer le port juif d’Eilat et empêcher Israël de recevoir le pétrole, on assistait à un véritable ameutement des foules arabes, orchestré par les chefs d’Etat et par le chef palestinien de l’époque autour du mot d’ordre: les Juifs à la mer. Même la suave chanteuse égyptienne Oum Kalsoum chauffait les masses du Caire par un hymne dont le refrain était adbah! (égorge!). A l’époque, je faisais une thèse de math et de la philo, cela faisait un an que j’étais au Parti communiste pour combattre l’impérialisme et le capitalisme. J’étais plutôt méfiant envers les chefs israéliens, qui étaient du reste plutôt distants envers « les Juifs », comme s’ils croyaient à leur mythe de créer l’homme nouveau. Mais le spectre de l’Extermination, 22 ans à peine après Auschwitz, était présent dans certaines têtes, dont la mienne. Je quittai donc le PC car son discours sur « Israël tête-de-pont-de-l’impérialisme-américain » ne collait pas avec les faits. Bien sûr, je me raisonnais: « les Etats arabes ne pourront pas comme ça effacer Israël », mais je m’objectais: « Et pourquoi pas? Pourquoi les mépriser d’avance? Ils sont armés et nombreux… » Même les Marocains envoyaient des blindés; il n’y avait pas que la Syrie , l’Egypte, la Jordanie qui ameutaient. L’Irak aussi…

Israël a donc attaqué le premier, a vaincu les armées arabes en 6 jours et ses soldats ont pu toucher l’élément originaire, le symbole fort: la vieille ville de Jérusalem, le Mont du Temple – sur lequel les troupes islamiques, treize siècles avant, avaient mis leurs emblèmes victorieux, le Dôme et la Mosquée.

Plus tard, on s’est dit qu’Israël n’aurait pas dû être l’agresseur. Mais  la Guerre du Kippour en  73 a confirmé que s’il n’attaque pas le premier, vu sa petite taille, c’est le massacre, et il est vite menacé dans son existence. Des historiens nous disent que cette Guerre des Six jours (dont nos manuels scolaires ne parlent pas) éclata par inadvertance. Un acte manqué, en somme; mais alors, qui révèle le fond des choses: l’humiliation subie par le monde arabe, dans cette guerre, renouvela celle qu’il a subie en 48 à la naissance de l’Etat juif. Un véritable traumatisme, car en principe, dans l’identité islamique instaurée par le Coran, la question juive était réglée: les vrais bons juifs sont musulmans, comme ceux de la Bible , les autres sont des pervers dans l’ensemble, parfois des braves gens isolément; mais l’idée qu’ils aient un jour une souveraineté est exclue. Dès lors, dans la mentalité officielle arabo-musulmane, Israël était à effacer. Même si des Arabes lucides lui vouent une certaine admiration. Mais avec  la Guerre des Six jours, on ne l’effaçait pas, il était victorieux.

A partir de là, on observa de curieux phénomènes. D’abord une sorte de greffe: du fait qu’Israël devenait ponctuellement occupant colonisant les territoires conquis, on greffa sur lui ces deux traits et cela le rend globalement occupant et colonialiste; on pouvait donc ameuter contre lui toutes les forces anti-coloniales. Il y eut aussi des surenchères morales chez les Juifs; certains, comme Y. Leibovitch fustigeant Israël comme nouvel Etat nazi, pas moins. Ce qui permit à des cohortes d’humanistes en manque d’indignation d’emboîter le pas: Oui, Ramallah c’est Auschwitz, déclara un prix Nobel de littérature.

Autre fait, plus positif: il fallait rendre les territoires. Avant 67, on ne parlait pas de les rendre puisqu’on allait, un jour, libérer toute la Palestine. Mais depuis 67, Gaza, que l’Egypte occupait et n’a jamais pensé à rendre, devint une terre à restituer de même que la Cisjordanie occupée par  la Jordanie qui ne pensait pas davantage à la restituer. Ce fut une sorte de transmutation: ces terres devenaient palestiniennes du fait d’être passées entre des mains israéliennes. Il faut dire qu’avant, même les Palestiniens n’exigeaient pas des Etats arabes d’avoir d’abord Gaza et  la Cisjordanie comme base de départ dans leur lutte contre Israël. Etonnant.

[1] . Proche-Orient. Psychanalyse d’un conflit, (Seuil, 2003).

Mon hypothèse, que j’étaie dans un livre[1], est que de façon très spontanée, le monde arabo-musulman avait fait des Palestiniens le fer de lance ou l’emblème de son refus d’Israël, en tant que souveraineté juive; et quand on est un fer de lance ou un emblème, on n’a pas l’idée d’exister pour son propre compte. C’est donc curieusement après  la Guerre des Six jours que cette idée a pu devenir assez concrète. Ce qui ne veut pas dire praticable. A preuve, depuis que Gaza a été « restitué », les Palestiniens s’y battent entre eux, les plus fanatiques envoient des fusées sur Israël, retardant la restitution – pourtant prévue – d’une partie de la Cisjordanie : en effet, si celle-ci était rendue, on pourrait envoyer de là des fusées sur Tel Aviv, vu les distances; alors c’est l’existence quotidienne d’Israël qui serait mise en question. Donc, nouveau paradoxe, grâce à la libération de Gaza, et à ce qu’elle a révélé, celle de la Cisjordanie paraît peu probable, pour l’instant.

De sorte que même ceux qui réécrivent l’histoire après-coup – et il y en a – n’ont pas la tâche facile. Quand ils disent qu’Israël aurait dû rendre très vite les Territoires, ils oublient qu’un groupe armé quelconque à Ramallah ou à Gaza, s’il veut se réchauffer l’âme et se sentir plus près d’Allah, peut envoyer des bombes (ou des hommes-bombes) sur Israël et redéclencher la guerre. Donc, il faut être bien prétentieux pour s’installer sur un promontoire élevé et juger que, de ci de là, il y a eu « de grosses erreurs ». Ces deux peuples là-bas, quand ils se battent (car il faut reconnaître qu’il y a de longues périodes de paix, et que la seconde Intifada, longue et meurtrière, a fait en tout 3000 morts des deux côtés, ce qui est tragique mais peu comparable aux 250000 morts des guerres ethniques dans l’ex-Yougoslavie), quand il se battent donc, c’est pour des raisons qui leur échappent, des raisons inconscientes qu’on hésite à élucider, mais d’où émerge cette question simple: une terre devenue islamique (par conquête) peut-elle supporter de retrouver (par conquête) sa souveraineté juive antérieure? Ou encore: l’islam ayant pris le relais du message hébreu, peut-il honorer sa dette symbolique envers ses sources juives en laissant une part infime de son immense territoire redevenir un Etat juif?

Le peuple juif, lui, se serait bien contenté de l’émancipation, des Droits de l’homme que la Révolution

française a mis deux ans à lui reconnaître; il se serait même bien passé d’un Etat. Mais des forces inconscientes et historiques ayant fait resurgir cet Etat, c’est de façon très aiguë que la question se pose: projet d’anéantissement, ou cohabitation mouvementée?

Ces problèmes de cohabitation entre islam et monde judéo-chrétien vont peu à peu s’observer bien ailleurs, en Europe, et un jour proche on pourra en parler plus franchement.

Autre remarque: c’est la Guerre des Six jours qui instaura la « ligne verte », frontière apparente et improbable entre deux Etats. Elle a eu dans certains discours un aspect intangible, rigide, absolu, comme si elle existait de tout temps. C’est qu’elle incarne une revendication toute autre: effacer l’humiliation de 67. Or celle-ci est captée par une autre humiliation, plus profonde, celle de l’islam conquérant arrêté par l’Occident sur une frontière instable qui va bientôt faire parler d’elle.

En tout cas, là-bas, la paix « définitive » a peu de chance, car pour régler une dette, il faut se reconnaître endetté, et rien ne peut vous y forcer quand la dette est symbolique. Mais il y aura souvent la paix. Et il y aura aussi bientôt une ambiance analogue à celle qui précéda juin 67, si la bombe iranienne est au point, et si les chefs islamiques (non arabes cette fois) orchestrent à nouveau le « haro ».

Car il faut pointer ici un curieux fait psychologique: des chefs tels que Nasser, Saddam Hussein, Ahmadinejad, se lancent chacun dans un grand bluff, mais ils font en sorte qu’on les croie vraiment. Nasser, s’il ne voulait pas attaquer a quand même fait acte de guerre (bloquer Eilat); S. Hussein a fait croire qu’il avait des armes de destruction massive, il ne les avait pas, mais il a massivement massacré les Kurdes. Reste le chef iranien: il menace et prépare l’instrument. L’ironie de l’histoire va-t-elle faire que c’est lui, justement, qu’on choisira de ne pas croire?

Voir également:

Les plaies d’Israël

Par propos recueillis par Philippe Coste

L’Express

05/06/2007

Chef de file des «nouveaux historiens» de l’Etat hébreu, Tom Segev, réfractaire aux épopées officielles, poursuit la chronique incisive, implacable mais profondément humaine, de son pays. Avec son dernier ouvrage, 1967, Six jours qui ont changé le monde*, il décrypte sans concessions les errements et les choix d’une guerre qui – il s’en explique pour L’Express – hante toujours l’Israël d’aujourd’hui.

Ce livre semble être le tournant de votre carrière d’historien. Comment en avez-vous eu l’idée?

C’est le résultat de cinq ans de recherches, en Europe, aux Etats-Unis et bien sûr en Israël. Chez nous, les archives sont plus accessibles qu’en France et, surtout, nos dirigeants ont cette habitude louable d’emporter à leur domicile des dossiers confidentiels, sans jamais les rapporter au bureau.

Aussi le talent de nos historiens se mesure-t-il souvent à leur capacité à approcher les veuves dépositaires de ces écrits et à gagner leur sympathie. C’est ainsi que j’ai déniché des trésors: des comptes rendus entiers de Conseils de ministres ou les rapports détaillés sur les pourparlers avec les Palestiniens après la guerre des Six-Jours.

Venons-en au fond. Votre livre décrit les événements de 1967 moins comme un épisode glorieux que comme l’origine des maux actuels d’Israël…

Les débats d’aujourd’hui, aussi virulents soient-ils, sont la reproduction exacte, au mot près, de ceux de 1967. Comme si aucune nouvelle idée n’avait pu émerger. Comme si, quarante ans plus tard, nous restions figés dans les choix et les erreurs de l’époque, qui conditionnent toujours nos rapports avec les Palestiniens.

Vous consacrez une place énorme à l’avant-guerre, ce moment d’intense désarroi national. Pourquoi?

C’est essentiel pour entrevoir les racines du conflit. Au milieu des années 1960, Israël incarnait une success story unique au monde. Un Etat – une nation – s’était construit, qui avait remporté deux guerres [en 1948 et en 1956] et accueilli 2 millions d’immigrants supplémentaires depuis sa fondation. Tout cela sans freiner un boom sidérant. En 1965, les enfants israéliens avaient remporté les championnats mondiaux de mathématique, battant les petits Américains à plate couture.

On parlait d’un programme spatial israélien. L’écrivain Shmuel Yosef Agnon allait remporter le prix Nobel de littérature [1966]. D’Alfred Hitchcock à Jean-Paul Sartre, les stars venaient du monde entier observer le prodige. Et puis, début 1966, tout s’arrête, tout s’effondre. Commencent à cette période une récession brutale et un chômage désespérant. Les Israéliens quittent alors le pays. A la fin de l’année 1966, le nombre des partants dépasse celui des arrivants. Nul ne peut imaginer pire affront à l’ego sioniste. On se met à débattre du post-sionisme, comme on le ferait aujourd’hui… La cause semble perdue pour les générations futures.

C’est le temps des incertitudes politiques…

L’ère du père fondateur, l’héroïque David Ben Gourion, s’est achevée. Lui a succédé le prosaïque Premier ministre Levi Eshkol, cruellement raillé pour son apparente indécision. L’ambiance est délétère. Pour apprécier l’intensité du malaise, il faut se souvenir de la capacité des Israéliens, tout au long de leur histoire, à passer en un instant de l’extase à la déprime la plus complète.

Pour aggraver la situation, les attentats commencent…

Progressivement, à partir de 1965. Une bombe ici. Un soldat tué là. Un civil blessé ailleurs. Certes, le terrorisme est sans commune mesure avec celui qui frappera dans les années 1970. Mais la tension monte et Eshkol se tourne vers l’armée, qui lui répond qu’elle n’a aucune solution à sa disposition. Afin de régler le problème naissant du Fatah, les militaires n’ont qu’une idée: s’en prendre à la Syrie, accusée de faciliter le passage des poseurs de bombes. Au même moment, la situation se dégrade à la frontière sud avec l’Egypte. A mon sens, l’état de déliquescence du pays et la faiblesse de ses dirigeants rendent les Israéliens psychologiquement incapables de mesurer rationnellement la réalité du danger.

C’est alors qu’apparaissent les premières références à l’Holocauste…

J’ai demandé à des familles aux Etats-Unis de me montrer les lettres que leur envoyaient à l’époque leurs proches vivant en Israël. J’en ai lu près de 500. Presque toutes, en 1966 et 1967, mentionnent la crainte d’un nouvel holocauste. C’est la grande peur, une panique sincère de la destruction imminente, qui s’infiltre dans tous les recoins de la société.

Cette paranoïa est-elle la cause de la guerre?

Le conflit était en fait inévitable, car Israël était trop faible pour ne pas attaquer. J’ai établi une chronique de la montée de l’irrationnel. Lors des discussions de janvier 1967 entre le gouvernement et les services secrets du Mossad, on spécule sur les options de Hussein de Jordanie. Mais une conclusion s’impose clairement: en cas de conflit, l’annexion de la rive occidentale du Jourdain et de Jérusalem-Est ne serait pas dans l’intérêt national d’Israël. Le 5 juin 1967, quand les troupes de Hussein attaquent, la raison succombe aux pulsions viscérales. Certes, la guerre est gagnée. Le danger principal, l’Egypte, a été écarté après la destruction de 400 de ses avions. Mais on opte, néanmoins, pour l’offensive contre la Jordanie, pour l’occupation de la rive ouest et surtout celle de Jérusalem- Est. Israël va s’emparer de lieux saints musulmans et chrétiens, un geste aux conséquences internationales immenses. Pourtant, lors de la réunion avec Eshkol, l’état-major et le Mossad, il n’y a même pas eu un juriste pour évaluer les risques. On y va, c’est tout. On ne réfléchit pas. On reste au niveau du fantasme et du rêve.

Pour vous, il s’agit du moment clef. Peut-on parler d’une erreur fondamentale?

Certainement. Mais ne soyez pas tenté de voir dans cette décision un calcul politique, une manoeuvre cynique pour résoudre la crise intérieure de l’époque. Nous sommes dans le champ de l’irréfléchi. Je me souviens, d’ailleurs, m’être précipité, à l’époque, pour aller voir Jérusalem-Est, car j’étais persuadé que, dans les jours qui suivraient, nos troupes devraient partir. Tout le monde partageait l’opinion que le cours des événements nous forcerait à revenir au statu quo ante. En fait, Israël venait de passer le point de non-retour. D’après les documents que j’ai obtenus, Hussein était pourtant prêt à une paix durable si on lui rendait Jérusalem-Est et la Cisjordanie. Mais, politiquement et psychologiquement, il nous était devenu impossible de le faire de notre plein gré. A posteriori, se forgeait le mythe qu’il relevait de la mission, de l’essence d’Israël de détenir tout Jérusalem. C’est étrange car, en fait, hormis le mur des Lamentations, il n’y a pas grand-chose de juif là-bas. Et, d’une manière ou d’une autre, les lieux de prière auraient pu être rendus accessibles sans recourir à l’annexion.

C’est aussi le moment où Israël découvre les Palestiniens…

Après avoir trop longtemps nié leur existence! Un souvenir personnel de juin 1967: en passant en voiture en Cisjordanie, j’ai voulu prendre une photo d’une colonne de réfugiés sur le bord de la route. Mes camarades ont tenté de m’en empêcher, comme s’ils refusaient de matérialiser leur existence. Tout le monde savait qu’il fallait trouver immédiatement une solution pour les Palestiniens, profiter au mieux du choc initial pour assurer les déplacements de population. L’idée la plus simple consistait à les installer en Cisjordanie. Le plan n’aurait coûté que 40 millions de dollars en dix ans – une misère! – et tous les grands philanthropes juifs, à commencer par les Rothschild français, étaient partants pour financer l’opération. Mais non… Notre gouvernement semble alors incapable de prendre une décision et s’enfonce dans le déni. Il s’en tient à une ligne: c’est à l’ONU de s’occuper des Palestiniens. Et Israël ne peut être tenu responsable de leur sort. Les projets les plus loufoques sont alors débattus, visant à les reloger dans le Sinaï, mais surtout à l’étranger: au Canada. Ou en Irak! En lisant cette dernière proposition, j’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’une blague, avant de me rendre compte que Eshkol en avait expressément discuté avec le président américain Lyndon Johnson!

Justement, quelle est la position des Etats-Unis?

Johnson était opposé à la guerre, essentiellement parce qu’il craignait qu’elle ne tourne mal pour les Israéliens, qui se seraient alors trouvés contraints de lui demander son aide militaire, alors qu’il est lui-même en plein marasme vietnamien. Mais la CIA, enragée contre Nasser, l’assure que Tsahal remportera une victoire en six à dix jours… L’Amérique donne son feu vert.

Aujourd’hui, Israël ne vit-il pas toujours dans le contexte de cet après-guerre?

Oui. La victoire de 1967 offre un second souffle au sionisme. Un sentiment de toute-puissance enivre le pays. Longtemps, jusqu’à la grande claque de la guerre du Kippour (octobre 1973), les Israéliens se répétaient cette boutade: «Qu’est-ce qu’on fait à midi? – On envahit Le Caire! – D’accord. Mais qu’est-ce qu’on fait dans l’après-midi?» 1967 a aussi contribué à l’isolement d’Israël, à substituer aux racines européennes et à l’ouverture antérieure au monde un lien exclusif avec les Etats-Unis.

A ce jour, après la terrible déception qui a suivi les accords d’Oslo, quel est le bilan?

Notre jeunesse ne croit plus à la paix. Pragmatique et désabusée, elle se satisferait d’une bonne gestion des hostilités. Et ce qui m’a frappé dans le dernier épisode, l’offensive au Liban de l’été 2006, c’est, plus que l’inanité d’Ehud Olmert – certainement le pire Premier ministre de notre histoire – le fait que notre armée ne sait plus faire la guerre. Tout un symbole. Tsahal est devenue, au fil des décennies, une gendarmerie conçue pour être un outil d’oppression.

Votre père a été tué lors de la guerre de 1948. Vous n’aviez que 3 ans. Cette disparition tragique a-t-elle contribué à faire germer votre vocation d’historien?

Sa mort n’a rien eu d’héroïque. Il est tombé du toit où il montait la garde, lors d’un échange de tirs. Mais je me souviens des lettres officielles que nous recevions à chaque commémoration. Elles étaient signées par une machine. Surtout, en déplorant le sacrifice des soldats, elles assuraient que nos dirigeants ?uvraient inlassablement pour la paix. Ces mots ont fini par m’intriguer. Que faisaient-ils vraiment pour la paix?

Tom Segev

1935
Ses parents fuient l’Allemagne nazie et s’installent en Palestine.
1945
Naissance à Jérusalem.
1948
Son père est tué pendant la première guerre israélo-arabe.Service militaire au collège de la Défense nationale.Etudes d’histoire et de sciences politiques à la Hebrew University.Doctorat d’histoire sur les commandants de camps de concentration nazis, de la Boston University.
Auteur de:
Les Premiers Israéliens,Calmann-Lévy (1998).
C’était en Palestine au temps des coquelicots, Liana Levi (2000).
Le Septième Million,Liana Levi (2003).

Voir de plus:

« Six jours de guerre »
Daniel Pipes
The New York Post
4 juin 2002

Version originale anglaise: [Michael Oren’s] « Six Days of War »
Adaptation française: Anne-Marie Delcambre de Champvert

La victoire la plus écrasante dans les annales de la guerre a eu lieu en Juin, il y a 35 ans, lorsque les forces israéliennes ont défait les forces armées égyptiennes, jordaniennes et syriennes en seulement six jours. Et ce [mois de ] Juin là est marqué par la publication de Six Days of War : June 1967 and the Making of the Modern Middle East (Six jours de guerre : juin 1967 et la genèse de l’Orient moderne) (Oxford University Press) de Michael Oren, le plus beau livre jamais paru sur ce sujet.

Oren, un chercheur israélien d’origine américaine, raconte son histoire, de manière sobre, directe et palpitante, pleine de citations percutantes.

Six Days of War (Six jours de guerre) bénéficie de sources en six langues et c’ est le premier compte-rendu à s’appuyer sur les archives d’Etat récemment ouvertes, qui permettent au compte-rendu de fournir ce qui jusque-là était inconnu [et qui touche]au coeur de l’histoire, y compris un certain nombre de mesures publiées en exclusivité (telles que les plans pour la conquête arabe en Israël, ou la manière dont les ordres du ministre de la Défense Moshe Dayan pour s’emparer des hauteurs du Golan ont violé son mandat). Pas étonnant qu’il soit un best-seller américain avant même sa sortie officielle.

Plusieurs questions perdurent encore sur la guerre 67, et Oren fournit des informations utiles pour y répondre. Voici trois explications clés:

Pourquoi la guerre a-t-elle eu lieu ? La question se pose parce que, comme la Première Guerre mondiale, personne n’avait prévu ni ne voulait cette guerre. La recherche d’Oren offre un aperçu de son caractère tout à fait accidentel. En novembre 1966, par exemple, après le meurtre de trois policiers israéliens aux mains de terroristes, basée en Jordanie, l’ambassadeur généralement efficace des États-Unis en Israël a attendu quelques jours pour transmettre un message de condoléances du roi Hussein de Jordanie au Premier ministre israélien. Son retard a poussé les Israéliens à se venger, et les représailles à leur tour sont devenues un épisode majeur dans l’escalade de la guerre.

Le rôle des évènements fortuits doit être gardé à l’esprit ces jours-ci, alors qu’il y a de la guerre dans l’air à nouveau au Moyen-Orient: Le moindre faux pas pourrait provoquer un éclatement.

Comment les Forces de défense israéliennes ont-elles pu gagner de façon si écrasante ? par une pratique méticuleuse et un réalisme absolu, contrairement aux militaires arabes, qui vivaient dans un monde fantastique.

Si les Israéliens étaient tous nerveux à l’approche de la guerre – Le chef d’état-major Yitzhak Rabin souffrait d’une dépression – les dirigeants arabes étaient extrêmement confiants. Un général syrien prédisait une victoire sur Israël en quatre jours « au maximum. » Le président égyptien Gamal Abdel Nasser ne montrait aucun signe d’inquiétude, insistant sur le fait que les Israéliens étaient incapables de monter précisément l’attaque aérienne surprise qu’ils ont en fait réussie..

Plus largement, un haut fonctionnaire égyptien a déclaré au sujet du leadership de son équipe qu’il croyait que «la destruction d’Israël était un jeu d’enfant qui ne nécessitait que l’accrochage d’une ligne téléphonique chez le commandant et l’écriture de slogans de victoire. »

(Washington, comble d’ironie, a été plus confiant que Tel-Aviv sur une victoire israélienne ; deux semaines avant que la guerre n’ait éclaté, déclare Oren, le secrétaire américain à la Défense avait prédit que si Israël devançait, il battrait ses trois ennemis dans la semaine – précisément ce qui s’est passé.)

Comment la guerre a-t-elle affecté la diplomatie israélo-arabe ? – Elle en a fondamentalement changé les termes. Déjà à la mi-mai, quelques semaines avant que les hostilités n’aient commencé, l’influence du Moyen-Orient à la Maison Blanche, Harold Saunders, a suggéré qu’Israël devrait être tolérée le temps d’écraser ses ennemis, voyant en ceci « un moyen de régler les frontières et, peut-être même les réfugiés ».

Dès le deuxième jour de la guerre, le président Lyndon Johnson avait formulé les grandes lignes de la politique la terre- en échange- de la paix que 35 ans plus tard, la diplomatie américaine conduit encore à l’égard du conflit israélo-arabe: Israël doit restituer la terre conquise en 1967 en échange de sa reconnaissance par les Arabes.

Les Américains attendaient l’ampleur du triomphe militaire d’Israël pour montrer aux Arabes l’inutilité de leurs espoirs de détruire l’Etat juif, une analyse qui rencontra l’approbation immédiate chez certains Israéliens (y compris Yitzhak Rabin, plus tard le premier ministre qui a initié les négociations d’Oslo, qui ont été fondées précisément sur cette hypothèse).

Mais, comme les événements récents l’ont prouvé de façon si frappante, la prémisse terre contre paix était fausse. A quelques exceptions près (comme le président égyptien Anouar El-Sadate), la bonne volonté d’Israël de faire cet échange a hâté la violence des Arabes contre elle, non pas leur acceptation.
Oren montre comment la terre contre la paix est fondée sur des espoirs américains, et non pas sur les réalités du Moyen-Orient ; sa recherche montre que cette politique n’a pas besoin finalement d’être remplacée par une approche plus réaliste.

Comme le sous-titre d’Oren le suggère, ces six jours de la guerre ont eu des conséquences vraiment profondes.

Voir enfin:

Lettre à un Ami arabe

Convergences – pages 242 à 253
Lettre à un Ami arabe – Prix Sévigné, 5ème édition, Mame, 1969, réédition J. C. Lattès 1994
ISBN : 2709613808 – 317 pages.

Depuis cinquante ans, Juifs et Arabes se disputent en brandissant les titres qu’ils prétendent avoir à la possession de la Terre sainte. « Terre arabe »; dites-vous, « Terre hébraïque » répondons-nous. Les Juifs se fondent sur la Bible et sur leurs aspirations millénaires à obtenir la réparation du tort que l’impérialisme romain leur avait causé au 1er siècle de notre ère. Aux racines, chez les Musulmans, la conscience aiguë qu’une terre qui a appartenu à l’Islam, à quelque moment que ce soit, reste à jamais terre d’Islam : « D’ailleurs, nous sommes les héritiers des Anglais et des Turcs !  » ; « S’il y a prescription en matière de souveraineté, vous êtes forclos comme vous prétendez que nous le sommes !… » Les thèses s’imbriquent et s’opposent si étroitement qu’on pourrait en discuter jusqu’à la fin du monde : les neuf cent quatre-vingt onze pages du dossier israélo-arabe publié par les Temps Modernes, en juin 1967, ne constituent, malgré son épaisseur, qu’une minuscule partie des millions de pages, des milliards de mots publiés en cette affaire. trois cent soixante pages d’accusations arabes, répondent trois cent vingt pages de justification d’Israël. A chaque argument arabe, la pensée juive oppose dix réponses. A chacune d’entre elles, un esprit délié pourrait trouver cent répliques définitives, auxquelles pourraient s’opposer mille raisons, et ainsi de suite…

Pendant toutes ces années, j’ai suivi pas à pas l’évolution de ta pensée dans les articles que tu publiais dans les revues et les journaux arabes, dans ce que la presse rapportait de tes discours.

Je connaissais la clarté de ton intelligence, la vigueur de ton style, le courage qui te portait toujours au-delà de ce que la prudence, et parfois la raison, pouvaient conseiller. Je savais aussi les liens qui t’unissaient à Israël : ta famille venait d’un de ces villages des monts de Judée où, comme en Galilée, la population n’a jamais été renouvelée. Tu aimais à te proclamer, et avec toutes les évidences de ton côté, un vrai descendant du peuple de la Bible. Comme beaucoup de Palestiniens, tu parlais l’hébreu avec un accent oriental qui me ravissait : tu réhabilitais notre langue déformée par un grand nombre d’Israéliens originaires d’Europe qui renoncent à prononcer les gutturales, comme elles doivent l’être. Tu étais nourri de culture hébraïque, imprégné des idéaux du libéralisme français, ivre aussi de sentir au fond de ton être une puissance qui aspirait à se manifester par la pensée, par l’écrit, par la parole, par l’action enfin. Sans parler des liens affectifs qui t’unissaient à tant de Juifs. Je recherchais dans ton oeuvre une trace de ce qui était pour moi ton vrai visage : il ne restait rien de cette partie de toi qui t’unissait si profondément à moi, à Israël. Tu avais effacé tout le passé judéo-arabe, tu voulais ignorer les réalisations du sionisme israélien, il n’existait pour toi aucune possibilité d’une nouvelle symbiose israélo-arabe mise au service des peuples du Moyen-Orient et de la paix mondiale. Tu étais épris d’idéaux démocratiques : la dictature nassérienne te paraissait cadrer avec la conception nouvelle que tu te faisais du socialisme. Enfin, je voyais naître sous ta plume le Monstre que les propagandes arabes s’efforçaient d’interposer entre nous, un Juif hideux, synthèse repoussante des caricatures proposées par la haine antisémite du Moyen Age et du parti national-socialiste allemand. A te lire, je sentais rnon nez devenir crochu, mes yeux s’exorbiter, mes oreilles se décoller, mes doigts se pourvoir de griffes, mes pieds devenir semblables à ceux du diable. Je me sentais prêt à boire le sang des enfants chrétiens… Rappelle-toi ce dessin qui représente un Juif horrible, au nez aussi crochu que possible, le cou pris dans l’hexagone central du sceau de Salomon, tandis qu’un Arabe chevaleresque et justicier tire très fort la pointe des deux triangles entrelacés. La haine a de ces inventions… Les thèmes de la propagande arabe concernant Israël sont peu nombreux mais constamment ressassés et avec tant de conviction qu’ils finissent par troubler même la bonne conscience de l’honnête homme. Par violence, Sarah obtint d’Abraham qu’il chasse Agar, la servante, et son fils, Ismaël dans les déserts dont il devint le fils. Par ruse, Jacob usurpa d’Isaac la bénédiction qui revenait à Ésaü. Les propagandistes arabes avec fureur disent au monde : « L’histoire biblique continue: par violence et par ruse, les juifs nous ont dépossédés de nos terres, de nos biens, de notre honneur, de notre liberté. Nous n’aurons de cesse que lorsque nous nous serons vengés. » Et de fait la blessure faite à l’âme arabe est profonde. La critique arabe dénie toute ombre de valeur aux thèses sionistes : elle s’évertue avec beaucoup d’ingéniosité, et depuis peu de temps, avec un certain succès, à donner du Juif une image peut-être ressemblante mais dans laquelle nous avons du mal à nous reconnaître. Faut-il revenir sur les thèmes de cette propagande ? Nous sommes des impérialistes, des colonialistes, des voleurs de terre, des usurpateurs qui ont trompé non seulement les nations arabes mais les Nations unies. Nous sommes des étrangers sur notre propre terre à laquelle ni la Bible, ni l’histoire, ni les décisions des Nations unies, n’ont jamais donné aucun droit, des agresseurs assoiffés de sang, des brigands que le Conseil de sécurité n’a jamais cessé de condamner, des racistes qui vouent des minorités au désespoir et à la honte, au déshonneur et à la misère. Nous sommes les metteurs en scène et les profiteurs de la tragédie des réfugiés.

Ces griefs anciens sont considérablement amplifiés depuis la guerre de juin 1967, dont les résultats confirment aux yeux de nos censeurs toutes les accusations dont ils nous abreuvent depuis vingt ans. Après avoir fait à peu près tout ce qu’il fallait pour nous entraîner dans ce beau gâchis, ils se tournent à nouveau vers le monde en criant : « Nous vous l’avions bien dit ! » Un pamphlet, publié par l’ambassade d’Irak à Paris au lendemain de la guerre des Six Jours, résume bien ce point de vue : Israël ne se compose que d’un groupe d’hommes de nationalités diverses venues des quatre coins du monde pour s’emparer des terres et des biens de tout un peuple, le chasser de son foyer, poussés par un mobile fondé exclusivement sur le racisme et faisant table rase du principe du règne de la majorité et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Cette campagne a un but très évident : effrayer le monde : « Le sionisme est parvenu en utilisant toutes sortes de pressions à dominer la plupart des moyens d’information pour dénaturer à son profit des faits incontestables, ayant pour objectif d’étendre d’une manière définitive sa domination sur le monde. » Les écrivains, arabes ou pro-arabes qui ont versé leur témoignage au dossier israélo-arabe des Temps modernes déploient leur science et leur talent pour analyser ces grands thèmes, les approfondir, les étayer d’arguments fondés en théologie, en en droit, en fait, au regard de la morale, de la justice, de l’humanité. Leur plaidoyer prend même la défense des intérêts du judaïsme et des Juifs qui devraient comprendre d’eux-mêmes l’étendue de leurs torts, demander pardon, plier bagage, et laisser enfin la place aux Arabes, avant que ceux-ci ne les exterminent. C’est ce que me disait une bonne Chrétienne arabe de ce pays, le 3 juin 1967 !… C’est ce qu’écrivaient les meilleurs parmi les penseurs, les philosophes, les juristes, les sociologues arabes ou pro-arabes tel Maxime Rodinson pour qui Israël n’est qu’un « fait colonial ». Mounthir Anabtawi dépasse cette prudence en accusant Israël d’être un « mouvement colonialiste, chauvin et militariste », représentant un danger permanent pour la liberté des peuples et la paix mondiale. Abdul Wahhab Kayyali, que tu connais bien pour son action au Centre des Recherches de l’Organisation de Libération de la Palestine, insiste surtout sur « le caractère expansionniste agressif de l’Etat d’Israël ».

Le problème des réfugiés constitue la source des arguments les plus difficilement réfutables de la thèse arabe, fortifiée encore par la grande pitié des victimes de la dernière guerre. Loufti El Kholi dénonce en Israël un ghetto et un bastion de l’impérialisme. Pour renforcer cette thèse, on a recours à un Marocain généralement mieux inspiré, Abdallah Laroui qui nie le caractère socialiste – au sens scientifique du terme – de l’État d’Israël. Si l’Égypte de Nasser est à ses yeux l’exemple parfait du socialisme appliqué, je me crois prêt, ma foi, à souscrire à son jugement. Un autre Marocain, Tahar Benziane, conclut une longue analyse d’une manière drastique : « Si les Juifs, au contraire, refusent de s’intégrer, la Palestine n’aura d’autre solution que de rejeter ce corps étranger et agressif qui ne veut pas obéir aux lois élémentaires de l’humanité. » Par bonheur, il m’excepte de l’anathème : « Les Juifs originaires de Palestine, eux, en tout état de cause, sont sur leur propre terre qui est celle de leurs ancêtres palestiniens de confession juive. » Si j’avais la moindre envie de polémiquer, je demanderais à Benziane ce qu’il fait des quatre ou cinq cent mille Juifs d’Afrique du Nord qui, au Maroc, en Algérie, en Tunisie, étaient, en tout état de cause sur leur propre terre qui est celle de leurs ancêtres maghrébins de confession juive et, qui néanmoins, durent partir, dépossédés de tous leurs biens.

Un admirable cri du coeur d’un Égyptien, Ali Alsamman, que tu as dû rencontrer à Paris où il est le correspondant de dant de AI Abram clôture l’exposé des thèses arabes réunies par les Temps modernes : « Je hais ce sionisme qui sépare l’Arabe du Juif. » Cri d’amour et de haine à la fois, peut-on mieux avouer l’impasse où aboutit l’actuel point de vue arabe sur Israël ?

Il y a le sang versé, il y a les souffrances inimaginables des survivants : les veuves, les orphelins, les parents des sol dats tués au front. Il y a aussi les indicibles malheurs des réfugiés.

As-tu lu cet affreux récit publié par le Monde où l’un d’eux raconte comment, mû par le désespoir, il a noyé dans le Jourdain sa fille, un bébé ?

Il y a les dangers de guerre mondiale que le conflit proche-oriental porte en lui. Il y a la flambée des milliards de dollars jetés dans les caisses étrangères des marchands de canon et de… Mirages. Il y a la perte d’indépendance que ce conflit absurde provoque en nous jetant dans la dépendance des grandes puissances qui se servent des Juifs et des Arabes pour leur propre politique à l’échelle de la planète : dans cette perspective, notre conflit fait de nous des pions sur un échiquier.

Mais plus gravement encore, peut-être, à mes yeux, vingt ans de guerre ont fait de nous, qui vivions comme des frères, des étrangers. Je recherche, dans ton visage marqué par la tragédie de ta guerre et de ta défaite, tes expressions d’enfant et d’adolescent, celui que j’ai connu et aimé à Jérusalem, à Paris. Où est la fraîcheur de ton rire, le pli rieur de tes yeux, la confiance détendue de notre étroite amitié : nous n’avions pas de secret l’un pour l’autre, David et Jonathan ressuscités sur les collines de Judée au grand vent de nos promenades ? Je te vois ravagé, intérieurement miné par ta déception personnelle liée au grand drame, aux souffrances inouïes de ton peuple. Au bout de vingt ans, nous sommes devenus des étrangers l’un pour l’autre et pourtant notre ascendance, nos études, les projets que nous faisions, nous préparaient à un même avenir.

Je suis maintenant attelé aux affaires d’un Etat qui n’est pas tien et ta défaite explique ma survie. J’avais grandi en milieu arabe; mon fils, à Jérusalem, n’avait jamais vu d’Arabe avant notre rencontre, et la seule expression de l’arabisme qui soit jamais parvenue à ses oreilles était l’explosion des balles que la Légion arabe tirait parfois sur nos fenêtres.

En Israël, la minorité arabe, victime du conflit qui nous déchirait, vivait repliée sur elle-même et n’avait à peu près aucun contact avec les Juifs. En pays arabes, l’idéal était de faire comme si Israël n’existait pas : on supprimait son nom sur les cartes, sur les placards publicitaires des journaux et même, dans certaines églises du Liban, des Psaumes que les fidèles récitaient. Les surfaces de contact entre Arabes et Juifs qui, voici vingt ans, couvraient toute l’étendue du monde arabe avaient subi le sort de la peau de chagrin ; les ponts sautaient partout : nous ne touchions qu’aux points les plus douloureux et les plus critiques.

En pays arabes, les communautés juives avaient été liquidées sans phrase, en créant des centaines de milliers de réfugiés dont personne ne parle et qu’aucun organisme international n’a songé à prendre en charge: des Juifs tout juste bons à être abandonnés à la charge de la juiverie. Dans toute l’étendue des terres d’Islam, à chaque secousse provoquée par le conflit israélo-arabe, les Juifs abandonnaient les pays dans lesquels ils étaient établis depuis des millénaires, et où ils étaient arrivés souvent avant la conquête musulmane. En Asie, en Afrique du Nord, le triomphe du nationalisme s’est partout accompagné de la liquidation totale ou partielle des communautés juives. La totalité des Juifs du Yemen, quatre-vingt-dix-huit pour cent des Juifs irakiens, d’Aden, tous les Juifs de Jordanie, quatre-vingt-quinze pour cent des Juifs syriens, quatre-vingt-seize pour cent des Juifs égyptiens, quatre-vingt-quinze pour cent Juifs libyens, la plupart des Juifs afghans, kurdes, indiens, une importante partie des Juifs iraniens, turcs, libanais, quatre-vingt-dix pour cent des Juifs tunisiens, quatre-vingt-dix-neuf pour cent des Juifs algériens, près de quatre-vingt-dix pour cent des Juifs marocains ont quitté leur pays natal depuis la création de l’État d’Israël. Leur exode souvent a été dramatique, dans la nuit de la clandestinité où la police les reléguait. Le plus souvent, ils partaient en laissant tous leurs biens, aussitôt confisqués par les gouvernements arabes. Des sommes considérables, représentant des générations de travail et d’économie ont été ainsi perdues pour ces réfugiés dont la plupart refirent leur vie en Israël en partant de zéro. Je préfère passer sur la manière dont les Juifs habitant les pays musulmans ont appris à connaître les bienfaits de la police syrienne, égyptienne ou marocaine ; oui, passons…

La guerre de 1948, les accords d’armistice avaient transformé l’Etat d’Israël en une forteresse fermée hermétiquement du côté des Arabes. Pendant vingt ans, l’abîme s’était creusé si profondément entre Arabes et Juifs qu’il semblait que nous habitions non pas les parties différentes d’un même pays, mais deux planètes. les contacts étaient devenus à peu près impossibles ou inefficaces : en Israël, une frontière sanglante nous séparait. Ailleurs, en Afrique du Nord, en Libye, en Egypte, au Liban, en Syrie, en Irak, en Jordanie, au Yémen, les Juifs qui survivaient au grand exode n’avaient plus la possibilité d’un échange libre.

Le conflit empoisonnait les relations entre Arabes et Juifs partout où ils cohabitaient et ruinait toute chance de dialogue. j’eus souvent pendant cette période l’occasion de parler avec des Arabes. En Israël, leur situation portait à faux : quels que fussent leurs opinions et l’avantage ou le désavantage qu’ils retiraient de notre présence, ils ne pouvaient s’exprimer sans complexe. La frontière qui séparait les pays arabes d’Israël passait à vrai dire par leur cœur, les déchirait, et souvent les torturait. Nous le sentions si bien que nous avions fini par n’en plus parler. Nos problèmes quotidiens étaient suffisants pour nous occuper les uns et les autres. Nous étions voués à la construction du pays. Pendant vingt ans, malgré les incitations venues de l’étranger, la coexistence fut paisible encore que dépourvue de véritables échanges. Chacun couvait sa peine : l’Arabe, sa guerre, le Juif, sa quête du repos ; comme dans les vieux ménages aux disputes sclérosées, on vivait ensemble sans se parler.

La solitude arabe, au fond, était pire que la nôtre, à bien des égards. En Israël, ils étaient les citoyens d’un Etat, dont, pour la plupart, ils n’avaient pas voulu la naissance, et qui était contraint de prendre à leur encontre des mesures de sécurité difficilement supportées. L’Etat d’Israël devait d’abord penser à sa survie : quelle qu’ait pu être sa volonté en ce qui concerne l’intégration des Arabes, il était soumis à des impératifs politiques qui aboutissaient à des mesures, ressenties de la part de la population arabe, comme injurieuses et discriminatoires. L’effort fait par le Gouvernement d’Israël dans le domaine de l’habitant, de l’instruction, de l’hygiène, ne changeait rien au drame vécu par les Arabes d’Israël. Ils pouvaient jouir du plus haut niveau de vie connu dans toute l’étendue du monde arabe, ils pouvaient avoir atteint le plus haut degré de scolarisation pour leur jeunesse, ils pouvaient même voir combien vaine et folle était la querelle de l’Egypte contre Israël : cela ne changeait rien à leur déchirement, intérieur, bruyamment entretenu par les radios du Caire, d’Amman, de Damas, de Bagdad. Je comprenais bien leur drame aggravé par les conséquences du partage, la séparation des familles, le départ des réfugiés, la confiscation ou l’expropriation de certaines terres. L’hébraïsation de l’Etat rendait plus difficile leur intégration : d’ailleurs le principe d’égalité ne pouvait plus jouer dans l’économie de la guerre qui nous déchirait.

Aussi, certains Arabes d’Israël avaient-ils beau jeu de se plaindre de leur sort dans un rapport adressé en 1964 au secrétaire général des Nations unies. Ils se déclaraient les victimes d’une politique d’oppression de discrimination raciale, et en butte à la persécution du gouvernement israélien. Pour eux, celui-ci poursuivait une politique de haine contre les Arabes, et stimulait des sentiments hostiles parmi le peuple juif, les écoliers, les étudiants. Davantage que dans le domaine des sentiments et de la propagande, les Arabes dénonçaient les violations réelles de leurs droits : ils se référaient aux conséquences e la guerre de 1948, à certaines expropriations de terres (Loi sur la propriété des personnes absentes de 1950, critiquée dans son principe même), de certaines destructions de villages, Ikret par exemple, ou d’expropriations légales, mais faites à des prix peu satisfaisants. Toute la législation israélienne promulguée pour faciliter l’hébraïsation de l’Etat, la judaïsation de la Galilée, était âprement dénoncée comme contraire à l’ordre et aux engagements internationaux de l’Etat. Le problème posé par les biens des fondations religieuses (Waqfs), pris en charge par l’administration israélienne, en l’absence de leurs bénéficiaires, était soulevé : les mesures prises par les Juifs étaient dénoncées avec passion.

L’autorité militaire, chargée de sauvegarder l’ordre et la sécurité dans les parties arabes du territoire, était dénoncée comme l’œuvre du diable ; d’après ce rapport, elle ne faisait que « propager la dissension, la peur, la terreur » ; elle ne servait qu’à aggraver la politique de discrimination menée contre les Arabes d’Israël dans tous les aspects de la vie publique et privée.

Ce rapport s’inspirait des revendications du groupe « Al Ard » qui souhaitait pour tous kes Arabes d’Israël la fin de la discrimination et de l’oppression ; l’adoption du plan de partage de la Palestine de 1947, qui à l’époque avait été accepté par les Juifs et refusé par les Arabes ; la reconnaissance du nationalisme arabe, socialiste et neutraliste. Al Ard était persuadé, surtout après qu’il eut été interdit par décision judiciaire, que le Gouvernement d’Israël avait pour but de « créer un état de peur, de désespoir, de soumission (1) ». Les lois d’urgence : toute cette écume que les vagues de la guerre ont fait déferler sur notre pays étaient dénoncées avec violence.

Bien entendu, le point de vue d’Al Ard était partagé par un grand nombre d’Arabes. Pour eux, les promesses du Caire et des autres capitales arabes étaient réelles. Leur situation de minoritaires – même privilégiés par rapport à la situation de leurs frères des autres pays arabes – sur le plan économique notamment, était transitoire. Viendrait le jour de la vengeance et du salut. 1948, 1956 avaient déçu les espérances du nationalisme arabe, mais si deux batailles avaient été perdues, la guerre continuait. Ainsi quand la crise de mai 1967 commença, les nationalistes arabes, d’inspiration nassérienne, crurent arrivé le jour de gloire. « Pourquoi ne quittez-vous pas le pays avant que les Egyptiens ne vous exterminent, me dit l’un d’eux ; vous auriez du moins la vie sauve. » D’autres cherchaient à repérer les maisons qu’ils occuperaient après leur victoire. Certains étudiants arabes conseillaient à leurs camarades israéliens d’acheter des maillots de bain qui, après tout, pourraient ne pas être inutiles lorsque les Egyptiens, les Syriens et les Jordaniens les auraient rejetés à la mer.

Rancœur et esprit de revanche qui n’étaient pas partagés par une grande partie de la population arabe, soucieuse avant tout de paix, ni par les Druzes, profondément intégrés en Israël et conscients d’y jouir d’une pleine égalité des droits et des devoirs.

Depuis le 15 mai 1967 les menaces de Nasser n’étaient plus verbales, mais s’accompagnaient de déploiement de forces. les armées de Nasser s’apprêtaient à fondre sur les nôtres, pour nous exterminer. A nouveau la chape de plomb, l’esseulement abyssal. Les radios arabes nous apportaient les hurlements déments des dictateurs arabes ou de leurs porte-parole. C’était en arabe le même déploiement de menaces mortelles que celles qui nous poursuivaient en Europe hitlérienne. Il ne s’agissait pas de nous présenter tels que nous sommes, mais tels que nous devrions être pour justifier les grands massacres que l’on nous promettait au Caire, à Damas, à Amman.

« Egorge, égorge, égorge et sois sans pitié,
Egorge, égorge, égorge, et lance leur tête
Dans le désert,
Egorge, égorge, égorge
Tout ce que tu voudras,
Egorge tous les sionistes et tu vaincras »
chantait, au Caire et à Damas, Oum Kalsoum. Pour que nous soyons égorgeables, sans trop de remords, il fallait que dans l’esprit de nos égorgeurs éventuels nous cessions d’avoir figure d’hommes. Ainsi les colonialistes et les racistes avaient-ils mis au point une technique de propagande très efficace destinée à déshumaniser l’ennemi – celui qu’il faut continuer à exploiter ou qu’il faut assassiner -, au point de le réduire à l’état d’objet, non de personne. Le meurtre alors n’est plus gêné par la mauvaise conscience. Ces recettes avaient fait leurs preuves dans les différents pays d’Asie et d’Afrique où des Occidentaux s’opposaient à des peuples colonisés. Mais, en l’espèce, elles furent utilisées par les dictateurs arabes contre Israël.

Pour nous, le blocus du détroit de Tiran décrété par Nasser le 22 mai, les incessantes attaques de notre territoire par les Syriens, le dur bombardement de Jérusalem par les Jordaniens au matin du 5 juin 1967 constituaient des manœuvres agressives caractérisées. Or les chefs arabes continuent de parler de l’agression israélienne. A vrai dire, ils ont raison à leur manière puisqu’ils dénie notre droit de vivre. Le seul fait de notre existence, en tant qu’Etat, introduit un trouble dans l’ordre du monde, constitue une agression permanente contre « leur » paix. Même si nous passions notre temps à chanter, jour et nuit, des psaumes et des cantiques, nous n’en continuerions pas moins notre diabolique agression qui ne pourrait prendre fin qu’avec le terme de notre existence.

Nous étions donc persuadés qu’un triomphe arabe réaliserait les prophéties et les ambitions de Choukeïri : l’extermination des survivants des massacres hitlériens. Au terme de la guerre des Six jours, les hommes menacés que nous étions se retrouvaient soudain en position de force : nous étions à la tête d’un Empire plus vaste que nos ancêtres ne l’avaient jamais rêvé ; nous étions des occupants et, par la force des choses, nous devenions aussi des policiers. Etrange destin que celui qui vouait les exterminateurs au rôle de victimes et les candidats au martyre, aux fonctions de bourreau. Soulagement de la victoire : il s’est exprimé chez nous avec beaucoup de pondération. Nous savions que nous n’avions pas fini de gravir notre calvaire. C’était plutôt pour nous le franchissement d’une étape et non le havre souhaité. Israël était devenu l’occupant malgré lui, vainqueur grâce à l’obstination aveugle de ses ennemis. Soudain le problème se compliquait redoutablement ; jadis, la situation était pour nous relativement simple ; il s’agissait d’être ou de ne pas être : les choses étaient claires. Nous remplissions notre rôle vis-à-vis de nous-mêmes et nous correspondions à l’idée que le monde depuis quatre mille ans se faisait de nous : des sursitaires. Au suspense de notre destin, il était possible de prévoir et d’attendre une fin tragique, la continuation de l’œuvre de mort. Après tout, tant qu’il y avait un Juif vivant, il y aurait suffisamment de place pour lui dans les grands cimetières de l’histoire ou la fumée des crématoires.

La victoire pipait tous les dés, faussait tous les calculs : le petit Juif du ghetto trichait aux yeux du monde en devenant d’indésirable vainqueur d’une guerre qui constituait sans doute l’insurpassable chef-d’œuvre de la stratégie conventionnelle. Le monde entier pouvait s’attendre avec nous à une fin convenable du trouble qu’Israël n’a cessé d’apporter dans l’histoire depuis la folle aventure d’Abraham : l’effondrement militaire de l’armée juive, les hordes arabes se ruant sur nos femmes, nos enfants, nos foyers, pour parachever splendidement l’œuvre que Hitler n’avait pas su mener à son terme logique.

Aux yeux du monde, la victime est devenue bourreau et nous sommes à la tête d’un Empire qui va des pentes de l’Hermon au canal de Suez, du golfe d’Akaba aux rives du Jourdain. Sûrs de nous-mêmes et dominateurs, par cela même faussaires, trublions renversant l’échelle des valeurs. Nietzsche lui-même ne reconnaîtrait plus ses Juifs : d’esclaves, les voici soudain promus au rang de seigneurs. Mais cela même nous a surpris et blessés : nous étions moins en quête de domination que de liberté et de vie. L’image nouvelle de nous-mêmes qui étonnait le monde ne cesse de nous troubler : les uns, d’ivresse, les autres, de nostalgie. La situation nouvelle provoque un universel scandale, le bouleversement de toutes les valeurs, des stéréotypes les plus invétérés.

Les plus faibles, sans doute, se réfugient derrière cette victoire pour rêver une solution qui délivrerait à jamais Israël des ses ennemis : garder tous les territoires conquis, se situer en position de force jusqu’à l’effondrement total de la résistance arabe et sa reddition. les autres rêvent de paix, de délivrance messianique : ils ont physiquement besoin de voir le lion brouter en paix aux côtés de l’agneau et gémissent après les visions de chars convertis en charrues. Débats tragiques et dérisoires, débats de Juifs.

A l’intérieur des frontières, nous, Israéliens, nous nous déchirons dans nos contradictions et nos luttes intérieurs, stérilement, comme nos ancêtres épilaient leur barbe aux arguties du Talmud. Notre déchirement aboutit à un débat académique tandis qu’en face de nous, ceux qui devraient être nos interlocuteurs sont bloqués par la peur et par la honte de leur défaite.

A mesure que la tragédie s’approfondit, que les attentats font davantage de victimes et que la répression sème la peur, les extrémistes se renforcent : Nasser, le grand vaincu de juin 1967, continue de prêcher l’extermination d’Israël. Quelques propagandistes arabes, plus nuancés, essaient de distinguer entre le génocide et qu’ils appellent le politicide : il ne s’agissait plus de tuer les Juifs d’Israël mais leur Etat ; comme si ceux-ci pouvaient survivre à celui-là. En face de ces menaces qui nous rappellent certaines voix arabes de 1967 et celles qui, en allemand, annonçaient, aux années 40, de définitifs massacres, nous entendons s’élever quelques voix juives tremblantes d’angoisse qui exigent de l’Etat d’Israël une défense radicale de nos vies par une élimination violente des dangers du terrorisme. D’un côté, on souhaite que la Palestine soit tout entière arabe, tandis que de l’autre on n’attribue de chances de survie à Israël que dans le cadre d’un Etat juif allant des flancs de l’Hermon aux rives du Jourdain et du canal de Suez.

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Note : (1) Le conflit israélo-arabe, Les Temps Modernes, Paris 1967, p. 792


Terrorisme: L’islam est-il en train de réaliser la prophétie d’Enoch Powell ? (Is the Tide of Hope reverting to Rivers of Blood ?)

5 juin, 2017
https://i1.wp.com/www.dreuz.info/wp-content/uploads/2017/06/unnamed-1-2.jpgNul n’est prophète en son pays. Jésus
Vous plairait-il de trouver une nation d’une telle humeur barbare qui éclatant en violence hideuse ne vous permettrait pas d’habiter la terre ? Que penseriez-vous d’être ainsi utilisé?  (…) C’est le cas des étrangers et telle est votre inhumanité monstrueuse. Shakespeare
Si je regarde vers l’avenir, je suis empli de sombres présages ; tel le poète romain, il me semble voir le Tibre écumer d’un sang abondant. Enoch Powell (20 avril 1968)
La fonction suprême de l’homme d’Etat est de protéger la société de malheurs prévisibles. Il rencontre dans cette tâche des obstacles profondément ancrés dans la nature humaine. L’un d’entre eux est qu’il est d’évidence impossible de démontrer la réalité d’un péril avant qu’il ne survienne : à chaque étape de la progression d’un danger supposé, le doute et le débat sont possibles sur son caractère réel ou imaginaire. Ces dangers sont en outre l’objet de bien peu d’attention en comparaison des problèmes quotidiens, qui sont eux incontestables et pressants : d’où l’irrésistible tentation pour toute politique de se préoccuper du présent immédiat au détriment de l’avenir. Par-dessus tout, nous avons également tendance à confondre la prédiction d’un problème avec son origine, ou même avec le fauteur de trouble. Nous aimons à penser : « Si seulement personne n’en parlait, sans doute rien de tout cela n’arriverait…» Cette habitude remonte peut-être à la croyance primitive que le mot et la chose, le nom et l’objet, sont identiques. Dans tous les cas, l’évocation des périls à venir, graves mais évitables (si l’on s’attache à les résoudre), est la tâche la plus impopulaire de l’homme politique. La plus nécessaire aussi. (…) Sur la lancée actuelle, dans 15 ou 20 ans, il y aura en Grande-Bretagne, en comptant les descendants, 3,5 millions d’immigrés du Commonwealth. Ce chiffre n’est pas de moi : c’est l’évaluation officielle donnée au Parlement par les bureaux de l’état-civil. Il n’y a pas de prévision officielle semblable pour l’an 2000, mais le chiffre avoisinera les 5 à 7 millions, soit environ un dixième de la population, quasiment l’équivalent de l’agglomération londonienne. Cette population ne sera bien sûr pas uniformément répartie du nord au sud et d’est en ouest. Dans toute l’Angleterre, des régions entières, des villes, des quartiers, seront entièrement peuplés par des populations immigrées ou d’origine immigrée. Avec le temps, la proportion des descendants d’immigrés nés en Angleterre, et donc arrivés ici comme nous, augmentera rapidement. Dès 1985, ceux nés en Angleterre [par rapport à ceux nés à l’étranger] seront majoritaires. C’est cette situation qui demande d’agir avec la plus extrême urgence, et de prendre des mesures qui, pour un homme politique, sont parmi les plus difficiles à prendre, car ces décisions délicates sont à considérer dans le présent, alors que les dangers à écarter, ou à minimiser, ne se présenteront qu’aux élus des générations futures. Lorsqu’un pays est confronté à un tel danger, la première question qui se pose est celle-ci : « Comment réduire l’ampleur du phénomène ? » Puisqu’on ne peut entièrement l’éviter, peut-on le limiter, sachant qu’il s’agit essentiellement d’un problème numérique ? Car en effet, l’arrivée d’éléments étrangers dans un pays, ou au sein d’une population, a des conséquences radicalement différentes selon que la proportion est de 1% ou 10%. La réponse à cette simple question est d’une égale simplicité : il faut stopper, totalement ou presque, les flux d’immigration entrants et encourager au maximum les flux sortants. Ces deux propositions font partie de la plate-forme officielle du Parti Conservateur. Il est à peine concevable qu’en ce moment même, rien qu’à Wolverhampton, entre 20 et 30 enfants immigrés supplémentaires arrivent chaque semaine de l’étranger, soit 15 à 20 familles supplémentaires dans 10 ou 20 ans. « Quand les Dieux veulent détruire un peuple, ils commencent par le rendre fou » dit le dicton, et assurément nous devons être fous, littéralement fous à lier, en tant que nation, pour permettre chaque année l’arrivée d’environ 50 000 personnes à charge et qui plus tard accroîtront la population d’origine immigrée. J’ai l’impression de regarder ce pays élever frénétiquement son propre bûcher funéraire. (…) Le troisième volet de la politique du Parti Conservateur est l’égalité de tous devant la loi : l’autorité publique ne pratique aucune discrimination et ne fait aucune différence entre les citoyens. Ainsi que M. Heath [leader du parti conservateur] l’a souligné, nous ne voulons pas de citoyens de première ou de seconde «classe». Mais cela ne doit pas signifier pour autant qu’un immigré ou ses descendants doivent disposer d’un statut privilégié ou spécifique, ou qu’un citoyen ne soit pas en droit de discriminer qui bon lui semble dans ses affaires privées, ou qu’on lui dicte par la loi ses choix ou son comportement. Il n’y a pas plus fausse appréciation de la réalité que celle entretenue par les bruyants défenseurs des lois dites « contre les discriminations ». Que ce soit nos grandes plumes, toutes issues du même moule, parfois des mêmes journaux qui, jour après jour dans les années 30, ont tenté d’aveugler le pays face au péril croissant qu’il nous a fallu affronter par la suite. Ou que ce soit nos évêques calfeutrés dans leurs palais à savourer des mets délicats, la tête dissimulée sous les draps. Ces gens-là sont dans l’erreur, dans l’erreur la plus absolue, la plus complète. Le sentiment de discrimination, de dépossession, de haine et d’inquiétude, ce ne sont pas les immigrés qui le ressentent, mais bien ceux qui les accueillent et doivent continuer à le faire. C’est pourquoi voter une telle loi au Parlement, c’est risquer de mettre le feu aux poudres. Le mieux que l’on puisse dire aux tenants et aux défenseurs de cette loi, c’est qu’ils ne savent pas ce qu’ils font. (…) alors qu’arriver en Grande-Bretagne signifie pour le migrant accéder à des privilèges et à des équipements ardemment recherchés, l’impact sur la population autochtone du pays est bien différent. Pour des raisons qu’ils ne comprennent pas, en application de décisions prises à leur insu, pour lesquelles ils ne furent jamais consultés, les habitants de Grande-Bretagne se retrouvent étrangers dans leur propre pays. Leurs femmes ne trouvent pas de lits d’hôpital pour accoucher, leurs enfants n’obtiennent pas de places à l’école, leurs foyers, leurs voisins, sont devenus méconnaissables, leurs projets et perspectives d’avenir sont défaits. Sur leurs lieux de travail, les employeurs hésitent à appliquer au travailleur immigré les mêmes critères de discipline et de compétence qu’au Britannique de souche. Ils commençent à entendre, au fil du temps, des voix chaque jour plus nombreuses qui leur disent qu’ils sont désormais indésirables. Et ils apprennent aujourd’hui qu’un privilège à sens unique va être voté au Parlement. Qu’une loi qui ne peut, ni n’est destinée à les protéger ni à répondre à leurs doléances, va être promulguée. Une loi qui donnera à l’étranger, au mécontent, à l’agent provocateur, le pouvoir de les clouer au pilori pour des choix d’ordre privé. Parmi les centaines de lettres que j’ai reçues après m’être exprimé sur ce sujet il y a 2 ou 3 mois, j’ai remarqué une nouveauté frappante, et je la trouve de très mauvaise augure. Les députés ont l’habitude de recevoir des lettres anonymes, mais ce qui me surprend et m’inquiète, c’est la forte proportion de gens ordinaires, honnêtes, avisés, qui m’écrivent une lettre souvent sensée, bien écrite, mais qui préfèrent taire leur adresse. Car ils craignent de se compromettre ou d’approuver par écrit les opinions que j’ai exprimées. Ils craignent des poursuites ou des représailles si cela se savait. Ce sentiment d’être une minorité persécutée, sentiment qui progresse parmi la population anglaise dans les régions touchées du pays, est quelque chose d’à peine imaginable pour ceux qui n’en ont pas fait directement l’expérience. (…) L’autre dangereuse chimère de ceux qui sont aveugles aux réalités peut se résumer au mot « intégration ». Être intégré, c’est ne pas se distinguer, à tous points de vue, des autres membres d’une population. Et de tout temps, des différences physiques évidentes, particulièrement la couleur de peau, ont rendu l’intégration difficile, bien que possible avec le temps. Parmi les immigrés du Commonwealth venus s’installer ici depuis 15 ans, il existe des dizaines de milliers de personnes qui souhaitent s’intégrer, et tous leurs efforts tendent vers cet objectif. Mais penser qu’un tel désir est présent chez une vaste majorité d’immigrés ou chez leurs descendants est une idée extravagante, et dangereuse de surcroît. Nous sommes arrivés à un tournant. Jusqu’à présent, la situation et les différences sociales ont rendu l’idée même d’intégration inaccessible : cette intégration, la plupart des immigrés ne l’ont jamais ni conçue ni souhaitée. Leur nombre et leur concentration ont fait que la pression vers l’intégration qui s’applique d’habitude aux petites minorités, n’a pas fonctionné. Nous assistons aujourd’hui au développement de forces qui s’opposent directement à l’intégration, à l’apparition de droits acquis qui maintiennent et accentuent les différences raciales et religieuses, dans le but d’exercer une domination, d’abord sur les autres migrants et ensuite sur le reste de la population. Cette ombre, au départ à peine visible, obscurcit le ciel rapidement. Et on la perçoit désormais à Wolverhampton. Elle donne des signes d’expansion rapide. (…) Le projet de Loi sur les Relations Raciales constitue le terreau idéal pour que ces dangereux éléments de discorde prospèrent. Car voilà bien le moyen de montrer aux communautés d’immigrants comment s’organiser et soutenir leurs membres, comment faire campagne contre leurs concitoyens, comment intimider et dominer les autres grâce aux moyens juridiques que les ignorants et les mal-informés leur ont fournis. Je contemple l’avenir et je suis rempli d’effroi. Comme les Romains, je vois confusément « le Tibre écumant de sang ». Ce phénomène tragique et insoluble, nous l’observons déjà avec horreur outre-Atlantique, mais alors que là-bas il est intimement lié à l’histoire de l’Amérique, il s’installe chez nous par notre propre volonté, par notre négligence. Il est déjà là. Numériquement parlant, il aura atteint les proportions américaines bien avant la fin du siècle. Seule une action résolue et immédiate peut encore l’empêcher. Je ne sais si la volonté populaire exigera ou obtiendra de telles mesures. Mais ce que je sais, c’est que se taire devant cette situation serait une trahison majeure. Enoch Powell (1968)
40 years ago, Enoch Powell’s speech in this hotel, made to a handful of activists, electrified Britain. It elated some. It terrorised others. Its timing was a tragedy for our nation. Historically we are diverse, open-minded, and anti-racist. But every now and again we forget our true character. And April 20 1968 was the start of a forty year aberration for which we have since paid dearly. Just at the moment when we were about to pass what were then the most progressive race relations laws in Europe we were plunged into a forty-year bout of racial introspection. In the year that four young British musicians captivated the planet with their charm, confidence and their talent, our politicians were forced to wrestle with the fears of an anxious majority convinced that their rights were about to be usurped by a greedy minority. And in the past forty years, when we could justifiably have been boasting of our success in creating a multicultural, multiethnic society, we found ourselves mired in a ghastly stand-off about race relations which has spawned unnecessary division and inequality. Yet in spite of all this, today, I believe that Britain remains, at heart, that open-minded, anti-racist nation. And that this 20th of April offers us a chance to throw off the shadow of the past forty years. I want to tell you why I believe that right now, the urgency of change demands a new social contract in which we the British people reap the benefits of managed migration by pursuing a positive policy of active integration. In my lifetime there has never been a more vital moment for such a profound shift in thinking. There are no rivers of blood in prospect. Rather there is today a tide of hope that is carrying 200 million and more migrants across the globe in search of a better life. Some are British. Many are highly-skilled and qualified. They look in our direction, but they have choices. Like every other prosperous developed nation we know that if we don’t get our share of this wave of talent we risk becoming an economic backwater. But we also know that with the benefits of migration come costs. So my speech today is about how, we maximise the benefits and minimise the costs. If we fail, our children and our grandchildren won’t be arguing about how many immigrants we can take into Britain; they’ll be wondering how they can get a work permit to the dominant economies of China, India and Brazil. (…) So why, given its impact, did Powellism fail so dismally? I think there are three reasons. First the doctrine utterly failed to understand the essential attitude of British people to difference. We are not racists. How could we be? We are an ancient multilingual state forged from at least four different ethnicities, with a people built on and used to intermarriage, compromise and negotiation. (…) I think the second reason for the Powellites’ failure is that they wanted to promote a British identity rooted in an Empire that by 1968 was already in rapid decline. And finally, perhaps most important of all, the Powellites fatally confused race and immigration. We can see today why this is a mistake. In the last decade, when we have had higher net immigration than at any time in the past forty years, large numbers – over half a million between 2004 and 2006 of immigrants are white. (…) The warning of the River Tiber foaming with much blood comes from the Cumaean Sybil, one of the prophetesses of Roman legend. Virgil says that she told Aeneas, the Trojan, not to go to Rome because there’d be trouble. In fact he ignored the warning, he went on to found the dynasty that built Rome – we remember Romulus and Remus – the centre of arguably the most successful multiethnic and multi-faith empire in the history of the world. Perhaps what happened to the Sybil is a warning. She was granted eternal life by the God Apollo, but forgot to ask for an eternal body. So though she still had the gift of prophecy, she withered away until she was just a disembodied voice. Eventually she disappeared never to be heard from again. I think that’s food for thought for all aspiring prophets. So in short, after forty years I think we can say with confidence that we don’t need to ask if Powellism was ever right. All we need to know is that it wrong now. That story is over. Goodbye Alf Garnett. But that does not mean that the political challenge of immigration is over. On the contrary. We’ve only just begun to prepare the ground to debate the greatest challenge of our time. I believe that there are two fundamental challenges facing western nations today. One is how we live with our planet. The other is how we live with each other. The second – in Sir Isaiah Berlin’s phrase – « living together graciously » – is in my view the more urgent. If we cannot get along with our neighbours we have no hope of taking the concerted action we need to reverse climate change. There’s just no mileage in talking about car pools if you loathe your neighbours so much that you can’t bear to share a car ride with them. (…) So I want to propose first that we simply abandon the unproven Powellite assertion that if we get immigration numbers down, we’ll have less trouble. Instead I want to argue that our history shows that immigration and integration are reciprocal. That is to say, that if we needed, perhaps for economic reasons, to admit more immigrants we would have to work harder at integration; but equally, that if we are better at our integration, we can probably accommodate more immigrants. And just as Powellism had its three central principles – assimilation, separation and domination – I want to propose three new principles for an integrated society, based on our Commission’s core values – equality, human rights and good relations. (…) We cannot allow discussion of race and immigration forever to be seen as playing into the hands of extremists. The forty-year old shockwave of fear has gagged us all for too long. Our aim is the integrated society – one built on fairness, respect and dignity, confident in all aspects of its diversity. We need to start a new conversation about how we get there, a dialogue has to be guided not by fear, but by hope. Trevor Phillips (2008)
Le discours des fleuves de sang est un discours prononcé le 20 avril 1968 par Enoch Powell, parlementaire conservateur britannique, critiquant le multiculturalisme et opposé à l’immigration venant des pays du Commonwealth. Le discours a été prononcé devant une réunion régionale du Conservative Political Centre, au moment où la loi Race Relations Bill 1968 était en discussion au Parlement à majorité travailliste. Son auteur l’appelait « discours de Birmingham ». Il tire son nom de cet extrait : « Si je regarde vers l’avenir, je suis empli de sombres présages ; tel le poète romain, il me semble voir le Tibre écumer d’un sang abondant ». Le sujet du discours était l’immigration ; Powell désirait avertir le peuple que, selon lui, celle-ci menaçait le Royaume-Uni. Il déplorait le fait que des Anglais ne trouvassent pas d’emploi à cause de la main-d’œuvre que constituaient les immigrés (principalement des Jamaïcains), dénonçant le comportement de ceux-ci à l’aide de nombreux exemples destinés à marquer l’auditoire. Le discours provoqua une vaste polémique dans la classe politique, la presse et la société britannique, mais un sondage de l’organisation Gallup réalisé fin avril 1968 montra que 74 % de la population était d’accord avec lui. Sous la pression de ses collègues, il dut démissionner du cabinet fantôme conservateur où il occupait le poste de ministre de la Défense. Dans son livre Reflections on the Revolution in Europe: Immigration, Islam and the West (2009), traduction Une révolution sous nos yeux (2011), Christopher Caldwell relève que les prévisions chiffrées d’Enoch Powell sont assez exactement réalisées, mais pas les catastrophes annoncées. Wikipedia
Europe could face a new wave of migrant arrivals this summer, a leaked German government report has warned. Up to 6.6m people are waiting in countries around the Mediterranean to cross into Europe, according to details of the classified report leaked to Bild newspaper. They include more than 2.5m in North Africa waiting to attempt the perilous crossing by boat. Angela Merkel’s government has not commented on the report, which the newspaper says was marked for internal use only. There are fears of a dramatic rise in arrivals as the summer weather turns favourable for sea crossings. Growing numbers of migrants are known to be attempting to reach Europe by boat in the wake of the closure of the Balkan land route last year. They include refugees fleeing the turmoil in Syria and Iraq as well as economic migrants from Africa, the Middle East and Asia. The report warns the number waiting to cross into Europe has risen by 650,000 since the end of January alone — an increase of 12 per cent. It says 1m are waiting in Libya, where smugglers use small and often unseaworthy boats to carry migrants to outlying Italian islands. Another 1m are waiting in Egypt, 430,000 in Algeria, 160,000 in Tunisia, and 50,000 in Morocco. Others are waiting in transit countries along the route, with up to 720,000 in Jordan. The numbers also include 3.3m waiting in Turkey, most of whom are currently prevented from crossing into Europe by the EU’s migrant deal with President Recep Tayyip Erdogan’s government. The Telegraph
Les penseurs sunnites qui ont soutenu que le Coran pouvait servir à la modernisation se sont empêtrés dans un bourbier conceptuel, ce qui explique la crise de la pensée islamique aujourd’hui. Le Coran légitime nombre de choses embarrassantes pour les musulmans modernistes: l’esclavage, le djihad armé, le contrôle des femmes, la polygamie et des aberrations scientifiques. Suleiman Mourad
Cessons de parler d’État Islamique, ils trahissent la religion qu’ils prétendent servir. Ce sont juste des assassins. Christophe Castaner (porte-parole du gouvernement Philippe)
Ce n’est pas la première fois que l’on hésite à qualifier cette organisation terroriste par autre chose que par un acronyme. Laurent Fabius quand il était au quai d’Orsay avait affirmé une préférence pour Daech plutôt que pour État Islamique. Barack Obama n‘a jamais parlé de terrorisme islamiste et François Hollande non plus, sauf dans les confidences faîtes à Gérard Davet et Fabrice Lhomme dans le livre Un président ne devrait pas dire ça. La pudeur linguistique n’est donc pas le seul fait de M. Castaner. (…) Elle est essentielle. Camus l’a dit et nous le répétons sans cesse «Mal nommer les choses c’est ajouter aux malheurs du monde». Dire que ce terrorisme n’est lié a aucune religion c’est tout simplement faux. Le calife et ses soutiens se revendiquent de l’islam. C’est un des visages, fort heureusement pas le seul et pas le principal, mais c’est un des visages de l’islam. En outre, si toutes les religions comptent dans leurs rangs des criminels et des assassins, la systématisation de la terreur n’appartient aujourd’hui qu’à la sphère islamique. Le nier c’est se priver du moyen de désigner ceux qui veulent nous tuer et qui le font comme à Londres «au nom d’Allah». Personne aujourd’hui ne tue au nom de Jésus, Vishnou ou Moïse. Rachid Kassim, l’un des organisateurs des attentats en France l’avait déclaré avant d’être tué par un drone américain: ses motivations n’étaient ni sociales, ni idéologiques (colonisation) mais religieuses. On ne peut en rien exonérer l’islam des crimes qui sont commis en son nom. Ceux qui le font rejoignent le discours de Tariq Ramadan qui veut noyer la singularité d’une grande confession dans la masse des crimes mondiaux, dans la nuit de l’équivalence. (…) C’est l’esprit d’une motion que Trudeau a fait voter il y a quelques semaines au Canada et qui, en substance, empêche toute critique de l’islam. L’islam est en train d’acquérir un brevet de religion intouchable. La confession la plus gangrenée par la violence est repeinte en religion de tolérance et d’amour. On ne peut pas continuer à rester dans le conte de fées pour échapper à l’accusation de racisme et d’amalgame. Adonis, Kamel Daoud, Boualem Sansal, Abdenour Bidart pourtant ne cessent de nous mettre en garde. Au fond, cette rhétorique est très anglo-saxonne. Pour les Américains et les Anglais, toute religion est bonne en soi. Mais l’islam n’a pas connu les lumières et la réforme interne. La vérité que nous sommes obligés de répéter sans cesse est la suivante: ces massacres n’ont pas de causes sociales, économiques, pathologiques mais bien théologiques. Garder les yeux grands fermés comme M. Castaner augure mal de la politique du gouvernement. Pascal Bruckner
Le modèle assimilationniste accorde un privilège à la culture de la société d’accueil, sans être ni culturaliste ni inégalitaire. C’est même tout le contraire puisqu’il suppose une capacité d’adaptation des migrants et de leurs descendants à un environnement culturel différent du leur. Le multiculturalisme est un modèle asymétrique d’un autre type. Il favorise le séparatisme et l’entre-soi, mais seulement pour les nouveaux venus. Cet entre-soi ne peut, en effet, être étendu aux autochtones, sous peine de susciter des discriminations. Les « minorités » reçoivent alors un traitement qui ne peut être concédé aux autochtones. C’est un modèle culturaliste et inégalitaire qui renverse l’asymétrie du modèle assimilationniste. Il ne reconnaît pas de droit à la persistance culturelle de la société d’accueil. L’assimilation nécessite un certain nombre de conditions et, notamment, l’engagement du corps social dans son entier, élites comprises. La pression sociale exercée par les autochtones, généralement ceux des catégories populaires qui voisinent avec les populations aux modes de vie dépaysants, doit être considérée comme légitime et encouragée. Selon Paul Collier (Exodus, dont une traduction est à paraître à l’Artilleur l’année prochaine), les autochtones doivent être « les prosélytes de leur propre nation ». Pour être convaincant, ce prosélytisme nécessite une certaine fierté. Si j’insiste sur ces caractéristiques, c’est parce qu’elles dessinent, en creux, tout ce qui manque aujourd’hui. Nous ne sommes plus dans une disposition d’esprit propre à susciter l’assimilation. L’ascendant culturel des catégories populaires, autrefois motrices dans l’assimilation, est désormais contesté. Elles ont cessé d’être les prosélytes de la nation, d’espérer que leurs voisins s’adapteront et préfèrent vivre dans des lieux où il leur sera plus facile de maintenir leur propre mode de vie. Elles se sont éloignées des grands centres urbains (voir Christophe Guilluy), évitement qui a renforcé les concentrations ethniques, lesquelles favorisent l’entre-soi et le maintien des habitudes culturelles. On a là un cercle vicieux sur lequel les exhortations à la mixité sociale (euphémisme pour mixité ethnique) ont peu de prise. L’autodénigrement a remplacé le prosélytisme. Pourquoi chercherait-on à s’assimiler à un pays aussi détestable dont on ressasse avec gourmandise les tares passées ? (…) la politique fondée sur des droits encourage, paradoxalement, la migration irrégulière. Une fois qu’on a mis le pied en Europe, on a de bonnes chances de pouvoir y demeurer. En France, la perception du phénomène est obscurcie par des discours mal informés sur le régime migratoire actuel. Récemment, dans Libération, Benjamin Stora, président du Conseil d’orientation du Musée de l’histoire de l’immigration, a justifié l’échec de Marine Le Pen à la présidentielle par le fait qu’ « on a accueilli très peu de migrants ces dernières années ! ». Je laisse le lecteur en juger à la lumière de ce graphique. J’ai, par ailleurs, montré que le taux d’accroissement de la proportion d’immigrés depuis le début des années 2000 est voisin de celui observé pendant les Trente Glorieuses. (…) Si l’option assimilationniste a été abandonnée très tôt en France (on peut remonter jusqu’en 1991 pour situer la bifurcation diversitaire de l’intégration théorisée par le Haut Conseil à l’intégration), c’est dans le cadre européen qu’a été élaborée plus finement l’option multiculturaliste à laquelle la France a souscrit. Je n’ai pas eu d’écho d’une opposition française aux onze principes de base communs adoptés par le Conseil européen du 19 novembre 2004. La France n’avait d’ailleurs dépêché, pour l’occasion, que son représentant permanent. L’intégration est désignée, dans le premier principe, comme « un processus à double sens d’acceptation mutuelle de la part de tous les immigrants et résidents des États membres ». La littérature européenne nous éclaire sur le but de l’intégration : tolérance et respect ! L’UE, par construction, est favorable au développement du multiculturalisme. S’y ajoutent les craintes alimentées par les projections démographiques d’Eurostat, qui incitent l’UE à voir dans l’immigration la solution pour éviter un déclin démographique trop marqué. (…)  L’islam change la donne par la taille de la population musulmane, l’importance que les musulmans accordent à la religion, une tendance à la désécularisation, une transmission religieuse qui s’est améliorée et une endogamie religieuse très forte. Le tout dans un contexte que je vous ai décrit plus haut. Les mariages mixtes ont toujours été le carburant de l’assimilation : en épousant des autochtones, les migrants ou leurs descendants s’inscrivent dans l’héritage historique français. Éric Kaufmann considère que l’exogamie des musulmans est « l’épreuve de vérité de l’assimilation ». Pourtant, l’endogamie est la règle. Elle vaut pour toutes les religions, a fortiori pour l’islam : parmi les musulmans présents en 2008 et âgés de 18-50 ans, 90 % des premiers mariages des hommes et des femmes nés en France ou qui y sont venus alors qu’ils étaient encore enfants ont été célébrés avec un conjoint musulman. Paradoxalement, cette endogamie est plus faible chez les migrants arrivés célibataires à l’âge adulte qui ne se sont pas frottés à la société française dans leur jeune âge. (…)  Lorsque les Polonais sont arrivés en France il y a bien longtemps, il passaient pour inassimilables. Mais il étaient catholiques et ont pu, au fil du temps et des générations, finalement, « trouver chaussure à leur pied » parmi les catholiques autochtones. Paradoxalement, l’endogamie religieuse a favorisé l’exogamie ethnique. Le catholicisme faisait partie des éléments culturels communs. Tel n’est pas le cas des musulmans qui apportent l’islam dans leurs bagages. Par ailleurs, la société, jusque dans les années 1960-70, n’était guère encline à célébrer la diversité comme on le fait aujourd’hui. (…) Nous avons actuellement la plus mauvaise combinaison : immigration étrangère importante + multiculturalisme mâtiné d’une rhétorique républicaine. Comme l’explique très bien Paul Collier dans son livre, le développement de diasporas (populations qui n’ont pas été absorbées par la population du pays d’accueil) favorise les flux d’immigration fondés sur les liens diasporiques. L’assimilation limite ce développement alors que le multiculturalisme le favorise. L’existence de larges diasporas n’est pas non plus propice à l’assimilation. Des flux plus modérés et une politique d’assimilation résolue constitueraient une meilleure combinaison. C’est d’autant plus vrai que les étrangers nouvellement accueillis sont plus difficiles à assimiler que prévu. Mais ce n’est pas la route sur laquelle nous cheminons. La régulation des flux migratoires est du ressort des pays d’accueil et il faut cesser de se bercer d’illusions avec le développement des pays de départ qui serait la solution miraculeuse. Leur développement est une bonne chose en soi, mais ne participera pas à réduire les candidats à la migration, bien au contraire. L’amélioration du niveau de vie fournira, en effet, à plus de candidats les moyens de partir. Il faut savoir que la politique migratoire est une compétence partagée avec l’UE. La Cour de justice de l’UE (CJUE) veille au respect des divers règlements et directives et élabore une jurisprudence qui encadre la politique des États. Sans parler de la Cour européenne des droits de l’homme et des Cours nationales. Michèle Tribalat
Cette enquête est troublante. Elle révèle quelque chose que l’on n’a pas reconnu jusque-là : l’apparition d’une nation dans la nation, avec sa propre géographie, ses propres valeurs et son propre avenir. (…) il faut abandonner le multiculturalisme soft et adopter une approche d’intégration beaucoup plus musclée. Trevor Phillips (2016)
Pendant longtemps, je pensais que les musulmans (…) abandonneraient petit à petit leurs coutumes ancestrales, qu’ils se fondraient dans le paysage britannique divers. Mais j’ai eu tort. Trevor Phillips (2016)
In the wake of the jihadi human bomb attack in Manchester, Britain’s Prime Minister Theresa May said: “We struggle to comprehend the warped and twisted mind that sees a room packed with young children not as a scene to cherish but an opportunity for carnage.” Germany’s Chancellor Angela Merkel said: “ It is unbelievable that somebody has used a joyful pop concert to kill or seriously injure so many people.” A headline in the Washington Post read: “In suburban Manchester, a search for what might have motivated the attacker”. “Struggle to comprehend”? “Unbelievable”? “What might have motivated the attacker”? Really?? In 2006 I published my book Londonistan which analysed the supine response of the British political, legal and religious establishment to Islamic jihadi terrorism and the Islamisation of Britain. What follows below is the concluding chapter of that book. As the army patrols the streets of Britain to guard against further expected terrorist attacks, my warning about the deadly failure to face up to the true nature of the threat facing the west is surely even more urgent today. (…) Britain is in denial. Having allowed the country to turn into a global hub of the Islamic jihad without apparently giving it a second thought, the British establishment is still failing even now — despite the wake-up calls of both 9/11 and the London bomb attacks of 2005 — to acknowledge what it is actually facing and take the appropriate action. Instead, it is deep into a policy of appeasement of the phenomenon that threatens it, throwing sops to both radical Islamism and the Muslim community in a panic-stricken attempt to curry favour and buy off the chances of any further attacks. This disastrous policy ignores the first law of terrorism which is that it preys on weakness. The only way to defeat it is through strength — the strength of a response based on absolute consistency and moral integrity, which arises in turn from the strength of belief in the values that are being defended. By choosing instead the path of least resistance, Britain is advertising its fundamental weakness and is thus not only greatly enhancing the danger to itself but is also enfeebling the alliance in the defence of the west. Britain has a long and inglorious history of appeasing terrorism, thus bringing true the aphorism in which its ruling class so cynically believes that ‘terrorism works’. Now, however, this dubious national trait has been cemented even more firmly into the national psyche by the governing doctrine of multiculturalism, which has made it all but impossible even to acknowledge that this is a problem rooted within the religion of a particular minority community. The fervent embrace of ‘victim culture’ means instead that this minority has to be treated on its own assessment as a victim of the majority and its grievances attended to on the basis that it is these grievances which are the cause of terrorism. At the same time, however, this minority disavows any connection with terrorism and vilifies anyone who dares suggest to the contrary. Thus Britain is being forced to act on the basis that if it does not do so it will be attacked — by people who claim that terrorism runs totally counter to the values of their religion, but then demand that the grievances of members of that religion are addressed as the price of averting further attacks. This deeply manipulative and mind-twisting behaviour is the equivalent of holding a gun to Britain’s head while denying that this is being done, and threatening to run out of town anyone who points it out. The intersection of an aggressive religious fanaticism with the multicultural ideology of victimhood has created a state of paralysis across British institutions. The refusal to admit the religious character of the threat means not only that Britain is failing to take the action it should be taking but, worse still, is providing Islamist ideologues with an even more powerful platform from which to disseminate the anti-western views which have so inflamed a section of Britain’s Muslims. The refusal to acknowledge that this is principally a war of religious ideology, and that dangerous ideas that can kill are spread across a continuum of religious thought which acts as a recruiting-sergeant for violence, is the most egregious failure by the British political and security establishment. The deeply-rooted British belief that violence always arises from rational grievances, and the resulting inability to comprehend the cultural dynamics of religious fanaticism, have furthermore created a widespread climate of irrationality and prejudice in which the principal victims of the war against the west, America and Israel, are demonised instead as its cause. This mindset and the corresponding terror of being thought ‘Islamophobic’ have prevented the British from acknowledging the eruption of Islamist violence not just in Britain but around the western world. The British media either ignore it — as with disturbances in Sweden or Belgium — or, when they do report it, insist that Islam has nothing to do with it. (…) One of the reasons why people shy away from acknowledging the religious aspect of this problem is, first, the very proper respect that should be afforded to people’s beliefs and, second, the equally proper fear of demonising an entire community. There is indeed a risk of such a discussion exposing innocent Muslims to attack. But there is a greater risk to the whole community if the roots of the problem are censored and never dealt with. The key issue is the inability to grasp that, just because a problem has a religious character, this does not mean that all members of that religion suffer from that problem. There is a distinction to be drawn between Muslims and Islamists. Islamism is the politicised interpretation of the religion which aims to Islamicise societies. Many Muslims in Britain and elsewhere would not subscribe to this ideology. But it is the dominant strain throughout the Muslim world, and there has been so far no serious challenge to it — not least because those who do speak out against it run the risk of being killed. Because it is so dominant, backed by powerful Muslim states and even more crucially by Islamic religious authorities, it constantly spreads its extremist messages of religious fanaticism and political sedition. That is why the development of the Muslim Brotherhood infrastructure in Britain was so calamitous. It is also why the most bitter criticism of the government’s subsequent appeasement of the Brotherhood has come from liberal British Muslims, who feel understandably betrayed as the ground is cut from under their feet. The charge that pointing out the religious nature of this extremism is an act of bigotry against Muslims is deployed to shut down a vital debate which urgently needs to be had, not least within the Muslim community itself. The claim is a form of crude intimidation, and the fact that Britain is so cowed by it in itself shows how far it has already travelled down this dangerous path. It also ignores the fact that some Muslims themselves are speaking out in similar vein. (…) Such courageous Muslims are being betrayed by Britain’s pusillanimity. The Muslim community has got to come up with a different response from blaming Britain and the west. While no-one has the right to tell it how to organise its own religion, it does have a responsibility to address those aspects of its culture which threaten the state. Britain does this community no favours by pandering to its own tendency to self-delusion. For Britain to start to address this properly, it would have to take a number of steps which showed unequivocally that it was refusing to compromise not just with terror but with the ideology that fuels it. That would mean showing that, while it had no problem with the practice of Islam as a minority faith that observed the same rules as all other minority faiths, it would not countenance the practice of Islamism, or clerical fascism, and would take steps to stop it. (…) Next, a properly motivated nation would set about the remoralisation and re-culturation of Britain by restating the primacy of British culture and citizenship. To do this, it would recognise that British nationhood has been eviscerated by the combination of three things: mass immigration, multiculturalism and the onslaught mounted by secular nihilists against the country’s Judeo-Christian values. It would institute tough controls on immigration while Britain assimilates the people it has already got. The principal reason behind the cultural segregation of Britain’s Muslims is their practice of marrying their young people to cousins from the Indian subcontinent. That has got to stop because it is simply a threat to social cohesion. The usual charges of racism would be faced down by reaffirming two things simultaneously: that Britain values its immigrants who make a great contribution to the country; and that in order to integrate them properly into British society, their numbers must be controlled. It would abolish the doctrine of multiculturalism by reaffirming the primacy of British values. It would ensure that British political history is once again taught in schools, and that Christianity is restored to school assemblies. It would stop the drift towards the creation of a parallel Islamic jurisdiction under Sharia and would no longer turn a blind eye to the practice of polygamy, following the recommendation of Dr Ghayasuddin Siddiqui that imams should only be allowed to officiate at marriages upon the production of a civil marriage certificate. (…) Unfortunately, there is very little chance of any of this happening. Britain is currently locked into such a spiral of decadence, self-loathing and sentimentality that it is incapable of seeing that it is setting itself up for cultural immolation. In the short term, this is likely to lead to the increasing marginalisation of British Jews, Hindus, Sikhs and other minorities caught in a pincer movement between radical Islamists on the one hand and a craven establishment on the other that is pandering to Islamist extremism. So much for the multicultural nirvana. (…) The cultural deformities of moral relativism and victim culture that have done such damage in Britain are present in American society too. At present, they are locked in conflict with traditional values in America’s culture wars. But it doesn’t take too much imagination to envisage that, if a different administration were installed in the White House, Britain’s already calamitous slide into cultural defeatism might boost similar forces at play in the United States. Britain is the global leader of English speaking culture. It was Britain which first developed the western ideas of the rule of law, democracy and liberal ideals and exported them to other countries. Now Britain is leading the rout of those values, allowing its culture to become vulnerable to the predations of militant Islam. If British society goes down under this twin assault, the impact will be incalculable — not just for the military defence of the west against radical Islamism, but for the very continuation of western civilisation itself. The west is under threat from an enemy which has shrewdly observed the decadence and disarray in Europe where western civilisation first began. And the greatest disarray of all is in Britain, the very cradle of western liberty and democracy, but whose cultural confusion is now plain for all to see in Londonistan. The Islamists chose well. Britain is not what it once was. Whether it will finally pull itself together and stop sleepwalking into cultural oblivion is a question on which the future of the west may now depend. Melanie Phillips
Donald Trump, le zozo de service selon le camp du Bien, mène contre le terrorisme islamique une politique aux effets spectaculaires. Ce lundi, l’Arabie saoudite, l’Egypte, Bahrein et les Emirats arabes unis ont, tour à tour, annoncé la rupture de leurs relations diplomatiques avec le Qatar. Ce partenaire de la France est accusé de « soutien au terrorisme », dont Al-Qaïda, l’Etat islamique et les Frères musulmans. Lors de son discours du 21 mai à Riyad (Arabie saoudite), tenu devant une trentaine de dirigeants de pays musulmans, le président américain avait invité à vaincre « l’extrémisme islamiste », alimenté notamment par l’Iran, selon lui. Trump avait incité à la création d’une « coalition de peuples qui se liguent pour éradiquer le terrorisme ». Il avait mis les leaders musulmans devant leur responsabilité. « Chassez (les terroristes) de vos lieux de culte, de vos terres sacrées, de vos communautés et de vos territoires ». L’Arabie saoudite, berceau du salafisme, se serait-elle soudainement convertie à la tolérance ? Le doute reste de mise pour l’instant. Néanmoins, cet engagement de quatre pays musulmans à vaincre la violence djihadiste met fin à la négation du lien entre l’islam et le terrorisme mené au nom d’Allah. Ce mensonge sert de prétexte commode en Europe, et surtout en France, à exonérer l’islam de toute responsabilité et de tout effort de réforme. La bonne nouvelle est d’observer un réveil venu de musulmans eux-mêmes. Parions que la trumpophobie médiatique, cette autre pensée unique, aura du mal à admettre que Trump a marqué un point important dans l’incitation à la lucidité face aux dérives de l’islam politique. Ce matin, sur Europe 1, Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, a préféré parler « d’assassins et de voyous » pour désigner les trois britanniques islamistes qui ont une nouvelle fois attaqué Londres, samedi soir (7 morts, 50 blessés), au nom de l’Etat islamique. (…) En France, les yeux restent clos devant la contre-société qui se consolide dans les cités, au risque de constituer demain une nation dans la nation, si ne n’est déjà le cas. Cette évolution démographique et identitaire devrait être au cœur des préoccupations politiques. Il n’en est rien avec Emmanuel Macron, qui ne voit la France que comme une addition de communautés bienveillantes. Vendredi, après la décision de Trump de se retirer des accords de Paris sur le climat, le président français a déclaré : « La vocation de la France est de mener ces combats qui impliquent l’homme tout entier. C’est pourquoi la France s’est placée à l’avant garde de la lutte contre le changement climatique ». La posture consensuelle est facile. En France, les Frères musulmans, jugés terroristes par l’Arabie, l’Egypte, Bahrein et les Emirats, se portent bien, merci. Ivan Rioufol
Aucune leçon n’a été tirée par le gouvernement britannique des deux premières attaques. On peut s’attendre à ce qu’aucune leçon ne soit tirée cette fois encore.  Il y aura sans doute des bougies, des fleurs, des petits cœurs en papier rose, des paroles disant que les terroristes sont répugnants et que la vie va continuer comme avant. C’est précisément là le problème : la population britannique est une population devenue incapable de colère et incapable de soutenir les mesures qui s’imposeraient. Theresa May est à l’image de la population britannique et n’est pas même une pâle copie de Margaret Thatcher. Son adversaire, Jeremy Corbyn, le gauchiste antisémite et sympathisant de causes islamistes est encore plus inquiétant qu’elle, et de loin. Il ne sera vraisemblablement pas en position de devenir Premier ministre, mais ce que décidera Theresa May a peu d’importance.  Le Royaume Uni compte moins de Musulmans en son sein que la France, mais il est plus infesté qu’elle. On y trouve des zones de non droit qui s’affirment explicitement zones d’application de la charia. On y trouve aussi des écoles islamiques financées par le gouvernement, et j’en passe. On peut y rencontrer quelques intellectuels lucides, tels Douglas Murray, qui vient de publier un livre remarquable appelé The Strange Death of Europe* (La mort étrange de l’Europe). Il y décrit le suicide de son propre pays, et écrit que les choses a ses yeux sont devenues irréversibles. Il attribue cela à deux causes: l’acceptation d’une immigration de masse musulmane, etl’acceptation d’une immigration de masse musulmane, et l’imposition des idées politiquement correctes qui a créé une multitude de bombes à retardement en train d’exploser.Il serait très tard pour qu’un gouvernement britannique agisse : il faudrait au minimum enfermer en prison tous les gens qui sont sur les listes de suspects, expulser ceux qui ne sont pas de nationalité britannique, interdire le retour sur le territoire des Musulmans partis se former au djihad à l’étranger, fermer toutes les écoles musulmanes et la plupart des mosquées, armer la police, et ce ne serait qu’un début. Le gouvernement britannique n’agira pas. La situation est à peine meilleure en France (où il faudrait appliquer des mesures identiques), ce qui ne veut pas dire qu’elle n’est pas désespérée, et Douglas Murray parle aussi de la France où existent près de six cent zones de non droit et plus de deux mille mosquées où on évoque positivement le djihad. Elle compte une proportion inquiétante de Musulmans antisémites et de Musulmans approuvant les actions de l’Etat Islamique. La situation est pire en Belgique qu’au Royaume Uni, et la situation s’aggrave en Scandinavie.  L’Europe est en guerre parce que l’islam radical lui a déclaré la guerre, et elle opte pour l’aveuglement volontaire, l’apaisement et la défaite préventive.  Dans les journaux de tous les pays d’Europe, on évoque en ce moment le ramadan, et on vante les charmes de celui-ci. Le ramadan est une phase de djihad exacerbé, et on le constatera cette année encore, mais il ne faut pas le dire, bien sûr. Ce qui s’est passé à Londres était une nuit de ramadan. Tuer des infidèles pour plaire à Allah et finir en shahid pour rejoindre le paradis d’Allah peut faire partie des joies du ramadan pour un Musulman. Il existe des Musulmans occidentalisés qui s’éloignent du Coran et qui vivent leur vie paisiblement, mais les Musulmans qui respectent pleinement le Coran peuvent légitimement tuer des infidèles. L’assimilation des Musulmans au monde occidental serait une vaste tâche, presque impossible à accomplir. Pour l’heure, en Europe, c’est l’Occident qui se fait avaler par l’islam. Parmi les aspects les plus abjects des pseudo-debats de ces derniers jours sur le climat, il y avait le fait qu’on mène ces débats comme si une semaine plus tôt des enfants n’avaient pas été assassinés à Manchester. Les gens rassemblés pour une minute de silence à Manchester avaient chanté une chanson appelée Don’t look back in anger (ne regarde pas en arrière avec colère). Ils n’étaient pas en colère et, avec leurs bougies, leurs fleurs et leurs petits cœurs en papier rose, ils faisaient acte de soumission. Ils ne regardaient pas en arrière vers les victimes. Les dirigeants européens réservaient, eux, leur colère à Donald Trump et ne regardaient pas en arrière eux non plus.  Parmi les aspects les plus grotesques des pseudo-débats de ces derniers jours sur le climat, il y avait cette prétention cuistre et arrogante des dirigeants européens de sauver la terre alors qu’ils sont totalement incapables de sauver leur propre civilisation et sont en train de la détruire. La terre, dont ils prétendent se préoccuper n’est pas en danger. La civilisation européenne, elle, est bien davantage qu’en danger : elle est quasiment morte, et les dirigeants européens d’aujourd’hui sont ses fossoyeurs. Guy Millière

L’islam est-il en train de réaliser la prophétie d’Enoch Powell ?

Au lendemain d’un troisième attentat islamique en Grande-Bretagne en moins de trois mois …

Qui sur fond d‘israélisation forcée et derrière son désormais habituel flot d’images de bougies et d’ours en peluche …

Ne fait que confirmer tant la folie migratoire d’Angela Merkel et de ses amis …

Que la justesse de la volonté du président Trump de reprendre le contrôle de nos flux migratoires

Ou du double ou triple jeu de nos prétendus alliés arabes

Comment ne pas repenser …

Au fameux et si décrié discours il y a bientôt 50 ans dit « des fleuves de sang » de l’ancien député conservateur Enoch Powell …

Dont jusqu’ici seulement les chiffres s’étaient confirmés …

Mais qui avec l’essor de l’islam radical …

Comme l’émergence d’un discours politiquement correct toujours plus aveugle …

Semble désormais se vérifier littéralement et presque quotidiennement sous nos yeux ?

Moins de deux semaines après l’attentat djihadiste de Manchester, et moins de trois mois après un autre attentat djihadiste à Londres, la ville de Londres a été à nouveau frappée

Guy Millière
 Dreuz
4 juin 2017

Aucune leçon n’a été tirée par le gouvernement britannique des deux premières attaques. On peut s’attendre à ce qu’aucune leçon ne soit tirée cette fois encore.

Il y aura sans doute des bougies, des fleurs, des petits cœurs en papier rose, des paroles disant que les terroristes sont répugnants et que la vie va continuer comme avant. C’est précisément là le problème : la population britannique est une population devenue incapable de colère et incapable de soutenir les mesures qui s’imposeraient. Theresa May est à l’image de la population britannique et n’est pas même une pâle copie de Margaret Thatcher. Son adversaire, Jeremy Corbyn, le gauchiste antisémite et sympathisant de causes islamistes est encore plus inquiétant qu’elle, et de loin. Il ne sera vraisemblablement pas en position de devenir Premier ministre, mais ce que décidera Theresa May a peu d’importance.

Le Royaume Uni compte moins de Musulmans en son sein que la France, mais il est plus infesté qu’elle. On y trouve des zones de non droit qui s’affirment explicitement zones d’application de la charia. On y trouve aussi des écoles islamiques financées par le gouvernement, et j’en passe. On peut y rencontrer quelques intellectuels lucides, tels Douglas Murray, qui vient de publier un livre remarquable appelé The Strange Death of Europe* (La mort étrange de l’Europe). Il y décrit le suicide de son propre pays, et écrit que les choses a ses yeux sont devenues irréversibles. Il attribue cela à deux causes :

  • l’acceptation d’une immigration de masse musulmane, et
  • l’imposition des idées politiquement correctes qui a créé une multitude de bombes à retardement en train d’exploser.

Il serait très tard pour qu’un gouvernement britannique agisse : il faudrait au minimum enfermer en prison tous les gens qui sont sur les listes de suspects, expulser ceux qui ne sont pas de nationalité britannique, interdire le retour sur le territoire des Musulmans partis se former au djihad à l’étranger, fermer toutes les écoles musulmanes et la plupart des mosquées, armer la police, et ce ne serait qu’un début. Le gouvernement britannique n’agira pas.

La situation est à peine meilleure en France (où il faudrait appliquer des mesures identiques), ce qui ne veut pas dire qu’elle n’est pas désespérée, et Douglas Murray parle aussi de la France où existent près de six cent zones de non droit et plus de deux mille mosquées où on évoque positivement le djihad. Elle compte une proportion inquiétante de Musulmans antisémites et de Musulmans approuvant les actions de l’Etat Islamique. La situation est pire en Belgique qu’au Royaume Uni, et la situation s’aggrave en Scandinavie.

L’Europe est en guerre parce que l’islam radical lui a déclaré la guerre, et elle opte pour l’aveuglement volontaire, l’apaisement et la défaite préventive.

Dans les journaux de tous les pays d’Europe, on évoque en ce moment le ramadan, et on vante les charmes de celui-ci. Le ramadan est une phase de djihad exacerbé, et on le constatera cette année encore, mais il ne faut pas le dire, bien sûr. Ce qui s’est passé à Londres était une nuit de ramadan. Tuer des infidèles pour plaire à Allah et finir en shahid pour rejoindre le paradis d’Allah peut faire partie des joies du ramadan pour un Musulman. Il existe des Musulmans occidentalisés qui s’éloignent du Coran et qui vivent leur vie paisiblement, mais les Musulmans qui respectent pleinement le Coran peuvent légitimement tuer des infidèles. L’assimilation des Musulmans au monde occidental serait une vaste tâche, presque impossible à accomplir. Pour l’heure, en Europe, c’est l’Occident qui se fait avaler par l’islam.

Parmi les aspects les plus abjects des pseudo-debats de ces derniers jours sur le climat, il y avait le fait qu’on mène ces débats comme si une semaine plus tôt des enfants n’avaient pas été assassinés à Manchester. Les gens rassemblés pour une minute de silence à Manchester avaient chanté une chanson appelée Don’t look back in anger (ne regarde pas en arrière avec colère). Ils n’étaient pas en colère et, avec leurs bougies, leurs fleurs et leurs petits cœurs en papier rose, ils faisaient acte de soumission. Ils ne regardaient pas en arrière vers les victimes. Les dirigeants européens réservaient, eux, leur colère à Donald Trump et ne regardaient pas en arrière eux non plus.

Parmi les aspects les plus grotesques des pseudo-débats de ces derniers jours sur le climat, il y avait cette prétention cuistre et arrogante des dirigeants européens de sauver la terre alors qu’ils sont totalement incapables de sauver leur propre civilisation et sont en train de la détruire. La terre, dont ils prétendent se préoccuper n’est pas en danger. La civilisation européenne, elle, est bien davantage qu’en danger : elle est quasiment morte, et les dirigeants européens d’aujourd’hui sont ses fossoyeurs.

Pour ce qui me concerne, je regarde tout cela de loin, avec tristesse, depuis le pays de Donald Trump, et je préfère être au pays de Donald Trump que dans un pays régi par Theresa May, Emmanuel Macron, le roi soleil de carton pâte, ou Angela Merkel.

Voir aussi:

Denial still flows over Londonistan

May 25, 2017

In the wake of the jihadi human bomb attack in Manchester, Britain’s Prime Minister Theresa May said: “We struggle to comprehend the warped and twisted mind that sees a room packed with young children not as a scene to cherish but an opportunity for carnage.”

Germany’s Chancellor Angela Merkel said: “ It is unbelievable that somebody has used a joyful pop concert to kill or seriously injure so many people.”

A headline in the Washington Post read: “In suburban Manchester, a search for what might have motivated the attacker”.

“Struggle to comprehend”? “Unbelievable”? “What might have motivated the attacker”? Really??

In 2006 I published my book Londonistan which analysed the supine response of the British political, legal and religious establishment to Islamic jihadi terrorism and the Islamisation of Britain. What follows below is the concluding chapter of that book. As the army patrols the streets of Britain to guard against further expected terrorist attacks, my warning about the deadly failure to face up to the true nature of the threat facing the west is surely even more urgent today.

LONDONISTAN CONCLUSION

Britain is in denial. Having allowed the country to turn into a global hub of the Islamic jihad without apparently giving it a second thought, the British establishment is still failing even now — despite the wake-up calls of both 9/11 and the London bomb attacks of 2005 — to acknowledge what it is actually facing and take the appropriate action. Instead, it is deep into a policy of appeasement of the phenomenon that threatens it, throwing sops to both radical Islamism and the Muslim community in a panic-stricken attempt to curry favour and buy off the chances of any further attacks.

This disastrous policy ignores the first law of terrorism which is that it preys on weakness. The only way to defeat it is through strength — the strength of a response based on absolute consistency and moral integrity, which arises in turn from the strength of belief in the values that are being defended. By choosing instead the path of least resistance, Britain is advertising its fundamental weakness and is thus not only greatly enhancing the danger to itself but is also enfeebling the alliance in the defence of the west.

Britain has a long and inglorious history of appeasing terrorism, thus bringing true the aphorism in which its ruling class so cynically believes that ‘terrorism works’. Now, however, this dubious national trait has been cemented even more firmly into the national psyche by the governing doctrine of multiculturalism, which has made it all but impossible even to acknowledge that this is a problem rooted within the religion of a particular minority community. The fervent embrace of ‘victim culture’ means instead that this minority has to be treated on its own assessment as a victim of the majority and its grievances attended to on the basis that it is these grievances which are the cause of terrorism. At the same time, however, this minority disavows any connection with terrorism and vilifies anyone who dares suggest to the contrary. Thus Britain is being forced to act on the basis that if it does not do so it will be attacked — by people who claim that terrorism runs totally counter to the values of their religion, but then demand that the grievances of members of that religion are addressed as the price of averting further attacks. This deeply manipulative and mind-twisting behaviour is the equivalent of holding a gun to Britain’s head while denying that this is being done, and threatening to run out of town anyone who points it out.

The intersection of an aggressive religious fanaticism with the multicultural ideology of victimhood has created a state of paralysis across British institutions. The refusal to admit the religious character of the threat means not only that Britain is failing to take the action it should be taking but, worse still, is providing Islamist ideologues with an even more powerful platform from which to disseminate the anti-western views which have so inflamed a section of Britain’s Muslims. The refusal to acknowledge that this is principally a war of religious ideology, and that dangerous ideas that can kill are spread across a continuum of religious thought which acts as a recruiting-sergeant for violence, is the most egregious failure by the British political and security establishment. The deeply-rooted British belief that violence always arises from rational grievances, and the resulting inability to comprehend the cultural dynamics of religious fanaticism, have furthermore created a widespread climate of irrationality and prejudice in which the principal victims of the war against the west, America and Israel, are demonised instead as its cause.

This mindset and the corresponding terror of being thought ‘Islamophobic’ have prevented the British from acknowledging the eruption of Islamist violence not just in Britain but around the western world. The British media either ignore it — as with disturbances in Sweden or Belgium — or, when they do report it, insist that Islam has nothing to do with it. When Muslim riots engulfed France in November 2005, the reaction of most of the British (and European) media was that they were caused by the poverty, unemployment and discrimination endured by the alienated youths who torched the country from Normandy to Toulouse. One writer suggested that those who saw Islamism on the march in France were merely exponents of a particularly virulent form of conservative thinking, expressed variously around the world through Russian racism, demagogic Hindu nationalism, Gallic exceptionalism, US Christian fundamentalism and Muslim fundamentalism which were all marching shoulder to shoulder in an attempt to stop the clock of history.

Yet the vast majority of the French rioters were Muslims; the rioters screamed ‘Allahu akhbar’, talked about jihad and expressed admiration for Osama bin Laden; and, more pertinently still, the French government asked Muslim imams to calm the unrest, which they did ‘in the name of Allah’ and issued a fatwa telling the rioters that such behaviour went against the religion. Yet despite all this evidence, British commentators insisted that Islam was irrelevant.

There was a similar reaction to the riots in Australia involving Lebanese Muslims in December 2005. Trouble flared on Cronulla beach in New South Wales when thousands of drunken white youths went on the rampage, attacking police and people of Middle Eastern appearance. It spread later with retaliatory attacks by groups of Arab youths who stabbed one man and smashed dozens of cars. Almost universally, the media described what happened as white racists attacking Arabs and described the disturbances, which went on for several days, as ‘race riots’.

But race was not the issue here. It was culture. There had never been any trouble with Lebanese Christians in Australia who had integrated well and were prospering. While white racists were certainly involved, the unrest was actually sparked by Lebanese Muslim attacks on two white Australian lifeguards, the tip of an iceberg of aggression by this minority which had gone all but unreported. It was the Muslim community which had been giving rise for years to a major problem of aggression but which Australia’s rigid multiculturalist mindset had transformed into Muslim grievances and never properly addressed.

One of the reasons why people shy away from acknowledging the religious aspect of this problem is, first, the very proper respect that should be afforded to people’s beliefs and, second, the equally proper fear of demonising an entire community. There is indeed a risk of such a discussion exposing innocent Muslims to attack. But there is a greater risk to the whole community if the roots of the problem are censored and never dealt with.

The key issue is the inability to grasp that, just because a problem has a religious character, this does not mean that all members of that religion suffer from that problem. There is a distinction to be drawn between Muslims and Islamists. Islamism is the politicised interpretation of the religion which aims to Islamicise societies. Many Muslims in Britain and elsewhere would not subscribe to this ideology. But it is the dominant strain throughout the Muslim world, and there has been so far no serious challenge to it — not least because those who do speak out against it run the risk of being killed.

Because it is so dominant, backed by powerful Muslim states and even more crucially by Islamic religious authorities, it constantly spreads its extremist messages of religious fanaticism and political sedition. That is why the development of the Muslim Brotherhood infrastructure in Britain was so calamitous. It is also why the most bitter criticism of the government’s subsequent appeasement of the Brotherhood has come from liberal British Muslims, who feel understandably betrayed as the ground is cut from under their feet.

The charge that pointing out the religious nature of this extremism is an act of bigotry against Muslims is deployed to shut down a vital debate which urgently needs to be had, not least within the Muslim community itself. The claim is a form of crude intimidation, and the fact that Britain is so cowed by it in itself shows how far it has already travelled down this dangerous path.

It also ignores the fact that some Muslims themselves are speaking out in similar vein. Sheikh Abd Al-Hamid Al-Ansari, the former Dean of the Faculty of Sharia at the University of Qatar, wrote in the London-based Arabic-language daily Al-Hayat:

‘Why won’t we take the opportunity of the appearance of the 9/11 Commission’s report to ponder why destructive violence and a culture of destruction have taken root in our society? Why won’t we take this opportunity to reconsider our educational system, our curricula, including the religious, media, and cultural discourse that cause our youth to live in a constant tension with the world?’

Aisha Siddiqa Qureshi wrote in Muslim World Today that ‘radical Islam threatens to subjugate the world and murder, enslave or convert all non-Muslims’, that radical Muslims ‘share Hitler’s goal’, and that liberals were not willing to defend their own institutions against this threat.

And Mansoor Ijaz wrote in the Financial Times shortly after the first set of London attacks:

‘It is hypocritical for Muslims living in western societies to demand civil rights enshrined by the state and then excuse their inaction against terrorists hiding among them on grounds of belonging to a borderless Islamic community. It is time to stand up and be counted as model citizens before the terror consumes us all.’

Such courageous Muslims are being betrayed by Britain’s pusillanimity. The Muslim community has got to come up with a different response from blaming Britain and the west. While no-one has the right to tell it how to organise its own religion, it does have a responsibility to address those aspects of its culture which threaten the state. Britain does this community no favours by pandering to its own tendency to self-delusion.

For Britain to start to address this properly, it would have to take a number of steps which showed unequivocally that it was refusing to compromise not just with terror but with the ideology that fuels it. That would mean showing that, while it had no problem with the practice of Islam as a minority faith that observed the same rules as all other minority faiths, it would not countenance the practice of Islamism, or clerical fascism, and would take steps to stop it.

It would first have to take robust steps to counter the specific threat posed by Islamist terrorism. To do this properly, it needs to recognise that this particular threat really is something new and does not properly correspond either to our definition of terrorism or to our definition of war but sits somewhere between the two. Consequently, it needs to develop new structures and new principles to deal with this new phenomenon. A start would be to construct special courts to deal with particularly sensitive cases in which intelligence could safely be brought forward as evidence, which is not the case at present.

To enable it to expel foreign radicals, it would repeal its Human Rights Act and either derogate or withdraw from both the European Convention on Human Rights and the UN Convention on Refugees, drafting its own legislation defining refugee status. The claim that abolishing human rights legislation would be a regressive move that would leave Britain a less free society is very wide of the mark. Britain was arguably a freer society before European human rights law eroded the foundation of British liberty, the common law.

A properly motivated Britain would put a stop to the funding and recruitment for terrorism taking place under the umbrella of charitable work through intensive investigations of such organisations. It would shut down newspapers and TV stations spreading incitement to terrorism and war against the west. It would ban extremist organisations like Hizb ut Tahrir and the Muslim Association of Britain, recognising that while they may not advocate terrorism their advocacy of Islamification creates a conveyor belt to violence. It would certainly not grant Sheikh Qaradawi an entry visa. And it would introduce surveillance of subversives on campus through targeted covert work, as suggested by Professor Anthony Glees and Chris Pope.

Recognising that Islamist ideology is a conveyor belt to terror, it would end its strategy of cosying up to Islamist radicals. Instead, any materials advocating an Islamic takeover of the west would be treated as subversion, sedition or even treason and prosecuted. The curricula used in Muslim schools would be inspected by Arabic speakers and if contained similar incitement would be similarly dealt with. Imams would be regulated and monitored. Extremist imams would be expelled and extremist mosques closed down.

The message conveyed by all such moves would be that Britain has no problem with Islam as long as it poses no danger to the state. Since the Muslim community insists that it is moderate and has no truck with extremism, it should have no objection to such measures which would ensure that this would be the case.

Next, a properly motivated nation would set about the remoralisation and re-culturation of Britain by restating the primacy of British culture and citizenship. To do this, it would recognise that British nationhood has been eviscerated by the combination of three things: mass immigration, multiculturalism and the onslaught mounted by secular nihilists against the country’s Judeo-Christian values. It would institute tough controls on immigration while Britain assimilates the people it has already got. The principal reason behind the cultural segregation of Britain’s Muslims is their practice of marrying their young people to cousins from the Indian subcontinent. That has got to stop because it is simply a threat to social cohesion. The usual charges of racism would be faced down by reaffirming two things simultaneously: that Britain values its immigrants who make a great contribution to the country; and that in order to integrate them properly into British society, their numbers must be controlled.

It would abolish the doctrine of multiculturalism by reaffirming the primacy of British values. It would ensure that British political history is once again taught in schools, and that Christianity is restored to school assemblies. It would stop the drift towards the creation of a parallel Islamic jurisdiction under Sharia and would no longer turn a blind eye to the practice of polygamy, following the recommendation of Dr Ghayasuddin Siddiqui that imams should only be allowed to officiate at marriages upon the production of a civil marriage certificate.

It would halt the drift towards social suicide by ending the culture of equal entitlement ushered in by the application of secular human rights doctrine. An agenda that seeks to destroy western values by abolishing moral norms altogether and replacing them by transgressive behaviour has been serviced by human rights law. An end to this victim culture is essential both to restore social order to Britain and give it back its sense of its own identity. While it is being undermined from within it is not able properly to defend itself against the threat from without.

Finally, it would undertake a major educational exercise for both Muslims and non-Muslims. It would teach Muslims what being a minority means, and that certain ideas to which they may subscribe are simply unacceptable or demonstrably untrue. It would say loud and clear that the double standards from which Muslims think they suffer are actually a form of double-think. Any administration that was really concerned to fight racism would educate the nation in the historical truths about Israel and the Arabs, and tell Muslims in terms that they have systematically been fed a diet of lies about Israel and the Jews.

If Britain really understood the threat to the west, this is the kind of programme it would now be introducing. Unfortunately, there is very little chance of any of this happening. Britain is currently locked into such a spiral of decadence, self-loathing and sentimentality that it is incapable of seeing that it is setting itself up for cultural immolation. In the short term, this is likely to lead to the increasing marginalisation of British Jews, Hindus, Sikhs and other minorities caught in a pincer movement between radical Islamists on the one hand and a craven establishment on the other that is pandering to Islamist extremism. So much for the multicultural nirvana.

America’s principal ally is currently at a crossroads. With Islamist terrorism having erupted in London and still worse atrocities feared to be in the offing, the British government has even now only tightened up a few procedures. If there were to be more attacks, it is possible that it would finally be forced to take a more tough-minded approach. But to date, Londonistan still flourishes. Yes, a few more extremists have been locked up. Yes, a few thinkers have now questioned the wisdom of multiculturalism. But the push for Islamisation continues, British Muslims are still being recruited for the jihad, and the country’s elites are still in the grip of the nation-busting, universalist mindset that has hollowed out Britain’s values and paralysed it in the face of the assault by Islamism. A liberal society is in danger of being destroyed by its own ideals.

The emergence of Londonistan should be of the greatest concern to America, for which it poses acute dangers. Clearly, the fact that Britain has become Europe’s Islamist terror factory presents immediate and obvious risks to America’s physical security. On another level, there is the danger that Britain might cease to play such a staunch role in the continuing defence against the war upon the west. Tony Blair has said he will not stand again as Labour’s leader. Given the hostility of his party towards America, Israel and Iraq his successor is unlikely to share his passion for the cause. As for the Conservative party, which might come to power instead, it has lost its ideological way with many in its ranks having come to share the shrill prejudices of the left and a new leader, David Cameron, who has announced that he ‘loves Britain as it is, not as it once was’.

At a deeper, cultural level there is now a risk of the special relationship between Britain and America fracturing as Britain slides further into appeasement. But there is a more subtle peril still for America. After all, if Britain slept on its watch, so too did America and for similar reasons. Like British politicians and British intelligence, successive American administrations along with the CIA and FBI similarly failed to pay attention to or understand the rise of fanatical Islamism and what this meant for the world. Like their British counterparts, American officials dismissed the warnings they were given by occasional far-sighted officials and other players who did understand that a religious war was brewing. Indeed, America has an even greater horror than Britain of encroaching on religion’s private space. It too has gone to great lengths to avoid referring to the religious nature of the war declared on the west, calling the struggle instead — absurdly — a ‘war on terrorism’. As a Pentagon briefing paper observed:

‘America’s political leaders still think Muslim terrorists, even suicide bombers, are mindless ‘criminals’ motivated by ‘hatred of our freedoms’ rather than religious zealots motivated by their faith. And as a result, we have no real strategic plan for winning a war against jihadists.’

The cultural deformities of moral relativism and victim culture that have done such damage in Britain are present in American society too. At present, they are locked in conflict with traditional values in America’s culture wars. But it doesn’t take too much imagination to envisage that, if a different administration were installed in the White House, Britain’s already calamitous slide into cultural defeatism might boost similar forces at play in the United States.

Britain is the global leader of English speaking culture. It was Britain which first developed the western ideas of the rule of law, democracy and liberal ideals and exported them to other countries. Now Britain is leading the rout of those values, allowing its culture to become vulnerable to the predations of militant Islam. If British society goes down under this twin assault, the impact will be incalculable — not just for the military defence of the west against radical Islamism, but for the very continuation of western civilisation itself.

The west is under threat from an enemy which has shrewdly observed the decadence and disarray in Europe where western civilisation first began. And the greatest disarray of all is in Britain, the very cradle of western liberty and democracy, but whose cultural confusion is now plain for all to see in Londonistan. The Islamists chose well. Britain is not what it once was. Whether it will finally pull itself together and stop sleepwalking into cultural oblivion is a question on which the future of the west may now depend.

Voir aussi:

KATIE HOPKINS: You’re right, Theresa. We cannot go on like this. But do you have the balls to do what’s REALLY needed and lock up the 3,000 terror suspects tomorrow?

Two weeks ago, in the wake of the Manchester bombing, I mistweeted and it cost me.

Everyone knows what I said and I’m not going to repeat it here.

The wording was horrible. Loaded with unintended meaning. Quickly deleted, amended to make clear, and apologised for live on TV and radio.

I have no excuses. And I take full accountability — disasters, triumphs, I must treat them just the same.

In truth, I woke up to the news of the terror attack in Manchester on our young girls and I saw red. As a mum, I felt fear. And I raged.

And now I am raging again. And now, more than ever, I stand by what I MEANT those words to say. This. Cannot. Go. On.

Whatever we are doing now is clearly not working. We need a radical rethink.

It is a pure rage against a leadership so castrated by fear of offending anyone not specifically wielding a machete or a bomb, that they are impotent to take action.

So frightened someone might cry Islamophobia, they peddle anything but the facts. They talk about ‘the evil’ that motivated the attacker, they talk about hate. They condemn ‘the attack’.

But still refuse to acknowledge the massive elephant in the room. They refuse to acknowledge any link between these attacks and Islamic extremism. Imagining that by failing to give such horror a label, they can somehow mystify it away — and distance Islamic extremism from blame.

Even when ISIS called for these attacks in the ninth, Ramadan edition of their magazine, Rumiyah, urging their supporters to target civilians with edged weapons, firearms, vehicle ramming and fire, in locations such as shopping malls, restaurants and clubs.

Our process for dealing with terror cannot be words or vigils. It must be internment and deportation, writes Katie Hopkins

Even when an eyewitness, Eric, heard the attacker cry, ‘This is for Allah,’ we are supposed to swallow the news feed that the motive is unclear.

Decent Brits are capable of understanding that these individuals do not represent all Muslims. (Though it would help us if ALL imams would stand up to denounce unequivocally these attacks committed in the name of their religion.)

But the terrorists do represent a strand of Islamic extremism and the twisted beliefs of ISIS. They are motivated, determined, and not limited by fear of their own mortality.

I say again: we need a lasting solution to terror.

It is urgent. Imperative. We cannot go on like this. No one is carrying on as normal when our own Met police tweet for us to RUN, HIDE, TELL.

Can you kid yourself you are ‘carrying on as normal’ as you are evicted from a bar with your hands on your head, running for your life? When our hospitals are in lock-down to protect even the sick from terror, no target is too soft. There is no humanity here.

We have reached the ultimate tipping point, where even the hardy believers have lost hope, and those keen to cling to the narrative ‘we stand defiant’ are lying heartbroken on the floor. Even the most tolerant liberals are emailing me privately to let me know they doubt everything they believed before, that they can’t tell their friends, but we have made mistakes and are paying the price.

But you can take action. You are in control of your truth.

Do not let them tell you we stand united. Do not let them tell you we are not cowed. Do not let them tell you we fight cowardice with British spirit. Do not buy into this propaganda, circulated by those who have failed us, the fascist liberals.

Their words are meaningless.

If this is terror losing, I don’t think victory matters. It is time to fight back.

The question is, how do we ensure this never happens again?

Today Theresa May stood outside Downing Street and articulated what everyone feels today. Enough is enough. We can’t go on this way.

What she DIDN’T offer was much concrete to change things on the home-front beyond a crackdown on Islamic extremism, tougher sentences and another assault on the social media giants’ role in allowing terrorists the means of communication and propaganda.

But I’m sorry, Prime Minister, neither of the last two things is going to make much difference at all and the first will only work if you follow through with real, tough action.

Before the Bank Holiday weekend Mark Rowley, the UK’s most senior counter-terrorism officer suggested they’d rounded up much of the Manchester bomber’s ‘network’ and advised us all to: ‘Go out and enjoy yourselves.’

Today Theresa May stood outside Downing Street and articulated what everyone feels today. Enough is enough. We can’t go on this way.

Well that’s exactly what the victims of last night’s attack were doing. Enjoying the multicultural heart of London, drinking and eating. Right up until someone stormed into the restaurant and stabbed them in the face with a 12-inch hunting knife.

We can’t just respond again by organising a benefit concert and waiting for a sympathetic world to light up its landmarks in red, white and blue. We, the British people, the good people of Britain, need to stand united in demanding drastic measures.

Firstly, as Tarique Ghaffur – Assistant Commissioner at Scotland Yard when the 7/7 bombings took place – proposed last weekend, we need to round up the terror watch list, all 3,000 of them, and intern the lot.

And secondly, we need to lock down the 650 jihadis we allowed to return to the UK or get them out. If they went to Saudi or Syria to train, they can go back there. And their passport and right to British nationality hits the incinerator on their way out.

I know all the arguments against internment – the camps become universities for terror, it will alienate other Muslims and help radicalise extremist sympathisers.

And a few weeks ago I’d probably have said that tipped the balance. But we are way beyond that now.

Our security services clearly cannot cope in monitoring all the threats out there against us so it’s time we took the most obvious ones off the streets.

If we breed more homegrown terror, we incarcerate or deport. A or B.

Thirdly, Theresa has to mean what she says about cracking down on extremism.

She has to drain the swamps of hate. That means zero tolerance of the people in the Muslim community peddling this breed of hatred, the ultra-conservative imams, the extremist mosques that encourage new Jihadi recruits to seek vengeance on the British way of life. Close down Saudi-funded mosques, charge ultra-conservative imams; incarcerate or deport.

Do not let the liberals speak to you of protecting British values of tolerance and decency. Many extreme Islamists are fighting against the very values we cherish. They want to oppress and frighten our women and girls indoors. Islamic extremists are at war with our culture. They have no wish to integrate and are proud to live apart in ghettos of extremist hate.

And they signpost themselves clearly. They are not hard to find. They are against the Prevent Strategy. They are the sickening preachers of CAGE, given platform by fawning liberals. They are monsters hiding in plain sight. And they are known to the authorities.

To the police, the politicians, the people in power, I say this: we are sick, SICK, of hearing that these animals are known to the authorities.

Why are we the casualties in a game of war where the human rights of the terrorists are prioritised above the right to life of our baby girls and regular Brits out with their families for a meal and a drink?

Our process for dealing with terror cannot be words or vigils. It must be internment and deportation. And we keep deporting until our house is in order.

And broader than that, we need to rebuild broken Britain into a secular nation that is host to many religions and none. Where true leadership from those who integrate — such as the beautiful Sikh community — is rewarded. And those who seek to carve out enclaves guided by their religious identity are not housed or funded by the British taxpayer.

If leaders think our fantastic emergency services are the ANSWER to co-ordinated terror attacks, they are asking the wrong question. If Sadiq believes, as he said, that voting on Thursday shows we are not cowed, we are scraping new depths of desperation. London Bridge has fallen down on his watch, and the whole world sees us fail.

We are under attack. It is co-ordinated and determined, and the attackers’ own mortality is no deterrent.

It is time to begin the fight back for Britain

Voir également:

Europe could face a new wave of migrant arrivals this summer, a leaked German government report has warned. Up to 6.6m people are waiting in countries around the Mediterranean to cross into Europe, according to details of the classified report leaked to Bild newspaper.

They include more than 2.5m in North Africa waiting to attempt the perilous crossing by boat. Angela Merkel’s government has not commented on the report, which the newspaper says was marked for internal use only.

There are fears of a dramatic rise in arrivals as the summer weather turns favourable for sea crossings. Growing numbers of migrants are known to be attempting to reach Europe by boat in the wake of the closure of the Balkan land route last year.

They include refugees fleeing the turmoil in Syria and Iraq as well as economic migrants from Africa, the Middle East and Asia. The report warns the number waiting to cross into Europe has risen by 650,000 since the end of January alone — an increase of 12 per cent.

It says 1m are waiting in Libya, where smugglers use small and often unseaworthy boats to carry migrants to outlying Italian islands. Another 1m are waiting in Egypt, 430,000 in Algeria, 160,000 in Tunisia, and 50,000 in Morocco. Others are waiting in transit countries along the route, with up to 720,000 in Jordan.

The numbers also include 3.3m waiting in Turkey, most of whom are currently prevented from crossing into Europe by the EU’s migrant deal with President Recep Tayyip Erdogan’s government.

Mrs Merkel’s Christian Democrat party (CDU) is reportedly to call for similar deals with North African countries in its manifesto ahead of September’s elections.

The manifesto will include plans for “those who are rescued from drowning” while attempting the crossing to be returned to where they set out, according to Bild. The German chancellor is currently riding high in the opinion polls, discontent at her “open-door” refugee policy behind her.

But any repeat of the chaotic scenes of 2015 could threaten her chances of re-election. More than 50,000 migrants have arrived in Italy by boat so far this year, an increase of 45 per cent compared to last year, though still far fewer than in 2015. More than half are reportedly economic migrants from Nigeria, Bangladesh, Guinea, Cote d’Ivoire and the Gambia.

The Italian government at the weekend signed an agreement with Libya, Niger and Chad to stem the flow by boosting border controls and setting up reception centres for asylum-seekers in North Africa. But conditions in asylum-seekers’ camps in Libya have come under heavy criticism. Filippo Grandi, the UN High Commissioner for Refugees, said he was “shocked” after visiting a camp in Tripoli at the weekend.

“Killings, rape and torture are allegedly commonplace” in Libyan camps, according to Fatou Bensouda, chief prosecutor at the International Criminal Court.

Voir de même:

Musulmans britanniques : une “nation dans la nation” ?
Judith Sinnige
Courrier international
13/04/2016

L’intégration des musulmans britanniques a échoué. C’est ce qu’affirme un récent sondage, qui a fait l’objet d’un documentaire diffusé à la télévision britannique et qui a aussitôt déclenché une polémique dans la presse.

“Que pensent vraiment les musulmans britanniques ?” C’est le titre d’un documentaire diffusé sur la chaîne britannique Channel 4 à la suite d’un sondage d’opinion réalisé auprès de Britanniques de confession musulmane. Le documentaire se conclut sur l’idée que l’intégration des musulmans est insuffisante et que leurs valeurs se heurtent aux valeurs britanniques.

Principal intervenant du documentaire, Trevor Phillips, ancien président de la commission Egalité et Droits humains (EHCR) au Royaume-Uni, commente les résultats de l’enquête dans The Times, les qualifiant de “frappants” :
“Cette enquête est troublante. Elle révèle quelque chose que l’on n’a pas reconnu jusque-là : l’apparition d’une nation dans la nation, avec sa propre géographie, ses propres valeurs et son propre avenir.”

“L’homosexualité devrait être illégale”

Certes “8 musulmans sur 10 se sentent Britanniques”, mais “1 musulman britannique sur 3 soutient l’idée que l’homme devrait avoir le droit d’avoir plusieurs épouses”, “52 % estiment que l’homosexualité devrait être illégale” et “23 % soutiennent l’idée d’introduire la charia au Royaume-Uni”. Trevor Phillips en conclut que leur intégration a largement échoué :

Pendant longtemps, je pensais que les musulmans (…) abandonneraient petit à petit leurs coutumes ancestrales, qu’ils se fondraient dans le paysage britannique divers. Mais j’ai eu tort.”

Des résultats qui l’amènent aussi à dire qu’“il faut abandonner le multiculturalisme soft et adopter une approche d’intégration beaucoup plus musclée”.

Le titre du documentaire “Que pensent vraiment les musulmans” dérange Miqdad Versi, secrétaire général du Conseil musulman britannique. Dans The Guardian, il regrette que “cette question implique qu’il ne faut pas croire ce que vous disent vos voisins musulmans, quoi qu’ils vous disent”.

“Une enquête biaisée”

Il contredit avec fermeté la conclusion du documentaire selon laquelle les musulmans sont mal intégrés et forment “une nation dans la nation”.

On compte treize députés musulmans, un candidat musulman pour la mairie de Londres [Sadiq Khan], un entrepreneur musulman dans “Dragons’ Den” [compétition télévisée où des entrepreneurs cherchent des investisseurs], et un gagnant musulman au “Great British Bake Off” [équivalent du “Meilleur pâtissier” sur M6]. Il me semble que les musulmans font bel et bien partie de la société britannique.”

M. Versi dénonce aussi la méthodologie “biaisée” du sondage. Exemple : elle révèle que 34 % seulement des musulmans seraient prêts à dénoncer une personne qui a des liens avec le terrorisme en Syrie, sans préciser que dans le groupe de tous les Britanniques confondus, ce pourcentage est encore plus bas : 30 %.

En outre, il estime que l’enquête n’est pas représentative de la population musulmane britannique : “Elle a été menée dans des régions où les musulmans représentent plus de 20 % de la population. Or il se trouve qu’il s’agit des quartiers les plus démunis de Grande-Bretagne […], pauvres et conservateurs sur le plan religieux. Les résultats de l’enquête parlent pour ces endroits-là, mais pas pour les musulmans britanniques au niveau national.”

“Non à l’agrandissement de la communauté musulmane”

Au contraire, le magazine conservateur The Spectator félicite M. Phillips d’avoir “brisé un tabou” et estime même qu’il ne va pas assez loin. Il aurait dû tirer la conclusion qui fâche, à savoir qu’il faut réduire l’immigration de gens de confession musulmane au Royaume-Uni :

Quand une communauté met [notre société] face à de nombreux défis, pourquoi diable ne chercherait-on pas à circonscrire l’accroissement de cette communauté ? La seule réponse, c’est la crainte de passer pour un islamophobe.”

Le journal prévoit que “dans dix ans M. Phillips sera d’accord avec moi pour dire que c’est de la folie de laisser la migration faire croître une population qui pose autant de problèmes d’intégration”.

 Voir aussi:

Trevor Phillips: political correctness ushered in the populist wave

The equality expert has taken flak for challenging ideals he used to champion

A former president of the National Union of Students and chair of the Equality and Human Rights Commission, Trevor Phillips was once a leading member of what might be called the metropolitan liberal elite. He had the ear of everyone who mattered in the Labour party, and on matters of race and equality he was the go-to guy.

But then he began to have doubts about many of the political positions he held and started confronting what he saw as right-on shibboleths. Pretty soon he was being denounced as a turncoat in the same terms that he had once denounced others. In recent years, he has made several documentaries, with attention-grabbing titles such as Things We Won’t Say About Race That Are True, that have aimed to challenge received wisdoms. The latest, which sounds like a homage to a Daily Telegraph letters page correspondent, is entitled Has Political Correctness Gone Mad?

I meet Phillips at his production office in Kentish Town, north London. Now 63, with greying hair and a slight stoop, he’s no longer the youthfully strutting figure who seemed to be everywhere in the 1990s. But as soon as he gets talking, the eyes light up and the old passion comes pouring out.

Political correctness is one of those terms that mean different things to different people. What does it mean to him? “The title is not mine,” he says, a little defensively. “It’s a Channel 4 title. I do not normally ever use the term political correctness, except with a heavy dose of doubt about its usefulness, because basically it has become a stick with which the right beats everyone else.”

In fact Phillips has used the term before. Two years ago he wrote in the Daily Mail and Sunday Times of “po-faced political correctness that cramps all conventional parties”. Still, his thesis in the film is that by trying to corral political debate into a tightly policed acceptability, the political establishment has created the conditions for insurgent figures such as Nigel Farage, Jeremy Corbyn and Donald Trump.

It’s a perfectly reasonable argument but the programme is a little too wide-ranging in its targets to make its case. It jumps from the anti-Islamic group Pegida to censorious transgender activists to social media trolls to students banning sombreros. Although worthy subjects for investigation, they don’t quite gel as an explanation for the rise of Corbyn, let alone Trump.

But what they do point to is Phillips’s increasing frustration with the conviction that if we can only control the expression of ideas, we will all be able to live together in peace and harmony. October 2000 saw the publication of a report commissioned by Phillips, then chair of the Runnymede Trust, called The Future of Multi-Ethnic Britain. It marked perhaps the high-water mark of multicultural thinking, and suggested that Britain should become a “community of communities” in which each community would respect the other by avoiding causing offence.

“Well I think it would be fair to say that I made a big mistake,” he says now. “It was a clear statement that some groups can play by their own rules. That to me runs counter to my own political beliefs. Why I am still a supporter of the Labour party is because I believe fundamentally in solidarity and reciprocity, and I think most on the left have forgotten both of those things.”

Four years after that report, Phillips wrote an article in which he compared a critique by David Goodhart of multiculturalism to the “jottings from the BNP leader’s weblog”. Two months later, he suddenly announced the end of multiculturalism and called for “a core of Britishness” to be asserted. Not long afterwards, Ken Livingstone suggested that Phillips had swung so far to the right that he would soon be joining the BNP.

Goodhart and Phillips are now good friends. “I think Trevor has been intellectually and morally brave,” says Goodhart. “He took a lot of flak for looking past the cliches of the anti-racist left. He is regarded as a curious Uncle Tom figure by a lot of the black and ethnic minority establishment. Trevor still thinks of himself as a somewhat sceptical member of the left family and at times has, I think, felt quite wounded by the attacks.”

I ask Phillips if the threat of expulsion from his political tribe does act as a disincentive to speak out about what he really thinks.

“Depends how much of your life you want to spend lying to yourself,” he says. “I think it’s pretty wearying to get up each day and tell yourself to go advocate for something that you know not to be true. And what is even worse is if you’re in public office or politics and everyone you’re telling this to also knows it isn’t true. Not only are you a liar, you’re also an idiot.”

If, as Goodhart says, he has been wounded by his ostracising, he doesn’t appear to nurture any regrets. “I have lost lots and lots of friends. My view is if you can’t tolerate that I want to have this discussion, then we can’t really be friends. What you’re asking me to do is collude in a lie with you rather than argue it out. A big part of it is that on the left, if you look like me, you’re supposed to think in a particular way. And they just hate it if a black person isn’t the person they want him to be.”

He believes that we all have to get used to and get over being offended. “I don’t care about offending people,” he says. “And I don’t really care about being offended. There are quite a lot of people I actually want to offend. And I want to offend them all the time. But if somebody stands on the other side of the street and shouts nigger at me – I’m not going to be thrilled, but I’m not going to argue for him to get locked up.”

Then why was he “appalled” at what he saw as antisemitic bigotry in the Labour party? Surely by his own reckoning, he shouldn’t much care. “Oh the problem with that,” he says, “is not that people were using the word Zio, but that people were making it impossible for Jewish students to have meetings. There is an important distinction between words and actions.”

But his complaints were not just about actions, I suggest. Was he not also concerned that the Labour party had played down antisemitic attitudes by some of its members? “Yes,” he agrees. “There are people who believe there is no real distinction between Jews, Zionists and Israelis. And the party doesn’t want to get into that at all because, let’s be frank, it’s increasingly dependent on a demographic group – Muslims – within which a sizable minority subscribes to that view.”

Phillips studied chemistry at Imperial College, London, and, he says, it’s his science training that made him change his mind about how race was discussed in this country. By the turn of the millennium, he says, it was obvious that it made little sense to classify people as black, brown and white. He has little time for designations such as BAME (black, Asian and minority ethnic).

“If you look at Indians and Pakistanis, they have completely different life chances. It’s the same with Afro-Caribbeans and West Africans. I’m not clever enough to have a Damascene conversion. I just look at the numbers and if they clash with how I think the world should be working, I’ve got to change the picture.”

Fair enough, but his critics will say that Phillips is making straw man arguments. After all, who is stopping him from saying what he wants? He’s got a TV documentary and coverage in national newspapers. Where is this politically correct establishment that’s trying to stifle him?

“A ruling elite maintains an idea of what’s good and reasonable by a whole series of methods,” he counters. “Who gets advancement, rewards and status? If you don’t hold to the orthodoxy, you stop being invited to meetings. There’s a phrase that people in centre-left politics use: oh he’s very good. What they actually mean is: I agree with him.”

Phillips has grown used to people not agreeing with him. Perhaps a little too used to it. As one old comrade says: “He can’t resist tweaking the nose of the bien pensant.”

But in these disagreeable times, dissenting voices will make themselves heard. The liberal consensus has broken down, and rehashing the old pieties won’t put it back together again. Whether or not he receives an invitation, Phillips is determined to have his say.

Has Political Correctness Gone Mad? Channel 4, 9pm, Thursday 23 February

This article orginally contained some editing errors, amended on 21 February 2017. The headline put quote marks around words he did not say in the interview. When discussing alleged antisemitism within Labour he referred to the use of the term “Zio” [a shorthand for Ziocon, a perjorative abbreviation of Zionist neoconservative]. This was mistakenly changed in subediting to Zion, a synonym for Jerusalem.

Voir aussi:

Britain risks “flames” of racial and religious conflict because of a “liberal self-delusion” over the impact of mass immigration, the former head of the equality watchdog Trevor Phillips claims today.

In a startling assault on decades of official multiculturalism and diversity policy, the founding  chair of the Equality and Human Rights Commission argues the UK is being allowed to “sleepwalk to catastrophe” by leaders too “touchy”, “smug”, “complacent” and “squeamish” to talk about race.

Drawing a direct parallel with Enoch Powell’s notorious “rivers of blood” speech, he likens Britain’s politicians, media and educated elite in general to the Emperor Nero fiddling while Rome burned, unable even to recognise the “dark side of the diverse society”.

Ominous “muttering in the pub or grumbling at the school gate” about foreigners could, he insists, be the first signs of a backlash many thought could not happen in Britain because of a history of relative success in integrating new arrivals.

Significantly, he claims the arrival of some Muslim groups in particular who are actively “resistant to the traditional process of integration” threatens to shake the foundations of “liberal democracy” itself.

In a 100-page paper, published by the think-tank Civitas set to provoke uproar, he argues that a new brand of “superdiversity” is bringing challenges to the Western way of life, far removed from those of immigration of the past.

Crucially, he says, race is no longer a “purely black and white affair” but a divide between the majority and people with different “values and behaviours”.

But, he argues, liberal opinion in Britain has been almost unique in its unwillingness even to speak about the issue – possibly because of the backlash to Enoch Powell a generation ago.

Rome may not yet be in flames, but I think I can smell the smouldering whilst we hum to the music of liberal self-delusionTrevor Phillips

“Squeamishness about addressing diversity and its discontents risks allowing our country to sleepwalk to a catastrophe that will set community against community, endorse sexist aggression, suppress freedom of expression, reverse hard-won civil liberties, and undermine the liberal democracy that has served this country so well for so long,” he insists.

Race does, he says, rear its head in rows about the use of supposedly racist language or concerns about practices such as female genital mutilation.

“But these are not the topics that generate public unease,” he says.

“Rather it is the appearance of non-English names above the shop-fronts in the high street; the odd decision to provide only halal meat in some schools; evidence of corruption in municipal politics dominated by one ethnic group or another.

“Such headlines, frequently misreported, but often grounded in some real change, provoke muttering in the pub, or grumbling at the school gate.

“They become gathering straws in a stiffening breeze of nativist, anti-immigrant sentiment.

“And still, our political and media elites appear not to have scented this new wind.

“We maintain a polite silence masked by noisily debated public fictions such as ‘multiculturalism’ and ‘community cohesion’.

“Rome may not yet be in flames, but I think I can smell the smouldering whilst we hum to the music of liberal self-delusion.”

He pointedly draws comparisons between his remarks and those of Enoch Powell.

“He too summoned up echoes of Rome with his reference to Virgil’s dire premonition of the River Tiber ‘foaming with much blood’,” said Mr Phillips.

“This much-studied address is, simultaneously, lauded as an epic example of the use of political rhetoric – and also as a ghastly testament to the power of unbridled free speech. Either way, it effectively put an end to Powell’s career as an influential leader.

“Everyone in British public life learnt the lesson: adopt any strategy possible to avoid saying anything about race, ethnicity (and latterly religion and belief) that is not anodyne and platitudinous.”

Citing the examples of the Rotherham and Rochdale grooming scandals, the sexual assaults in Cologne at New Year and earlier findings from Sweden he calls for frank and open discussion of the possibility of a link between rape and the perpetrators’ “cultural background”.

“The typical response of Britain’s political and media elite confronted with awkward facts has been evasion, because – we say – talking about these issues won’t solve the problem; instead, it will stigmatise vulnerable minority groups,” he said.

“Any attempt to ask whether aspects of minority disadvantage may be self-inflicted is denounced as ‘blaming the victim’.

“Instead, we prefer to answer any difficult questions by focusing on the historic prejudices of the dominant majority.

The picture is by no means as grim as Phillips paintsHope Not Hate

“In short, it’s all about white racism.”

A spokesman for the anti-racism campaign group Hope Not Hate said: « Attention does need to be paid to extremists on all sides, and also to the plight of the white working class in de-industrialised areas, who are often abandoned to the likes to Ukip.

« But the picture is by no means as grim as Phillips paints. »

He added:  » Yes, a diverse society does face problems and yes we do need to talk openly about the issues ahead.

« But people are already talking, across the divide.

« Certainly we believe that the majority of people want to solve the problems our society faces constructively and peacefully, and the Muslim community – or rather, the Muslim communities – are also evolving rapidly. »

Voir également:

 
The Guardian

Trevor Phillips asked us on Channel 4 last week whether political correctness had gone mad. He ended the programme with the insight: “The path to real progress may include learning to live with offence.”

It is hard to imagine just how – in a climate where politicians openly assert that a nation produces rapists and black women are compared to apes wearing lipstick – Phillips thinks political correctness has stifled rightwing views too much. But it’s easy to understand why he might think it has become irrelevant.

Political correctness was, after all, supposed to be about the creation of a social code to define what is acceptable in a society that wants to be open, non-prejudiced, and inclusive. Right now society feels anything but those things. It has become acceptable to harass me in an airport because of the colour of my skin or the sound of my surname – even in the “land of the free”. The issue in my life isn’t having to live with offence, it’s having to get used to it. It’s the reason why, when my friends ask whether the numbers marching against Trump make me optimistic, I respond with a decisive “no”. Tens of thousands of protesters do not fill me with hope – I feel scared that so many feel they have to take to the streets.

Perhaps a better question for Phillips would have been whether the path to progress requires us to actually partake in the soul-searching that political correctness originally intended. Not to say, as Phillips did in his Daily Mail article, that because of political correctness, he was not surprised to be called a racist even as a black man. But instead to accept how deeply sad it is that as people of colour, we can hold racist views ourselves. That we, too, might make judgments about how much more “competent” a white candidate seems for a role, because the image of success we are so often fed is prepackaged in a white, male, heterosexual form. The question is not whether political correctness is mad, but whether its binary distinction between “correct” and “incorrect” doesn’t allow us to have an ongoing discussion about all of the grey areas in between.

Pinterest
Trevor Phillips discusses oversensitivity towards race on This Morning

Racism is not just calling me a “Paki”. It’s the thing that makes you ask how mentally stable a terrorist was only when he has skin a different colour than mine. But to understand that, we have to accept that all “isms” are insidious, shape-shifting creatures that follow us and cling on whenever they can. And they affect all of us. Even those who believe ourselves to be the most upstanding, liberal members of society. Even those of us who are women. Even those of us who are non-white. Even those in the LGBT community.

Accepting that doesn’t need to make us haughty, as Phillips seems to suggest; instead, it gives us a place in common from which to speak. To admit that I chose to play with the white girls in my school as a child because, somewhere deep down inside, I knew that they might help me to escape some of the social-tarring of my own skin colour. Or how I mocked my dad’s Bangladeshi accent among my white friends because it ingratiated me with them, and indicated to them: “I’m one of you, honest.”

Of course, admitting that can be hard. It can be hard in the way that requires getting over the childish, human instinct that you feel when you’ve been caught doing something wrong, that urges you to say, “stop being offended”, rather than to think about what you’ve actually done. Instead of going on the defensive, and shifting the emphasis to take action on to those who feel under attack themselves, we should be asking: where does that take us? How can we move on? Because Phillips responding to the death and rape threats that Caroline Criado-Perez received online by asking why she doesn’t just quit the internet, doesn’t feel like moving forward. It feels horribly similar to exactly what Phillips claims he is complaining about: shutting the conversation down.

Voir encore:

Trevor Phillips is finally discovering the pitfalls of the term ‘Islamophobia’

Douglas Murray

The former head of the UK Equality and Human Rights Commission has once again said the ‘unsayable’.  In a piece for the Sunday Times (ahead of a Channel 4 documentary to go out on Wednesday) Trevor Phillips unveils an in-depth new poll carried out by ICM (which can be viewed here).

The findings include the facts that:

  • 23 percent of British Muslims polled support the idea of there being areas of the UK where sharia law is introduced instead of British law.
  • 39 percent believe wives should always obey their husbands.
  • 31 percent believe it is acceptable for British Muslims to keep more than one wife.
  • 52 percent think homosexuality should be illegal in the UK.

The usual people are trying to find ways to quibble with the authority or depth of this poll.  Their effort only proves once again that however bad the facts, some people remain so sectarian that they will continue to blame everything except the problem for the problem (‘How dare that bigoted polling company discover our dirty laundry?’)

But in some ways the Phillips piece is most important for what he himself admits.  Among other things Phillips confesses that Britain has for years been telling itself a lie in relation to its Muslim populations – not least in pretending that they will blend in just like everyone else.  Phillips writes:

‘Britain desperately wants to think of its Muslims as versions of the Great British Bake Off winner Nadiya Hussain, or the cheeky-chappie athlete Mo Farah. But thanks to the most detailed and comprehensive survey of British Muslim opinion yet conducted, we now know that just isn’t how it is.

He even recognises that the authority for these views may in fact come from Muslim scriptures and traditions.  After a discussion of British Muslim attitudes towards women he says:

‘We didn’t get to discuss whether the injunction at sura 4:34 of the Koran to chastise your wife falls under this rubric. I have no doubt that many husbands will claim that it does. The bland Koranic platitude, in my view, hides a clear invitation to legitimise domestic violence.

For all of which – and more – Trevor Phillips deserves considerable praise.  Once again he has proved able to break taboos which too many liberals in the UK are keen to continue enforcing in the face of all available evidence.

But a problem remains which Trevor Phillips himself continues to be a part of.  While admitting to the fact that he and others woefully misunderstood the nature of Muslim attitudes in the UK, and while admitting that many British liberals continue to be too frightened to face up to the facts, he says near the outset of his piece:

‘When I was chairman of the Equality and Human Rights Commission, I played a principal role in the creation of UK laws against religious discrimination — and it was a report that I commissioned exactly 20 years ago that first introduced the term Islamophobia to Britain.’

Later on he says:

‘Twenty years ago, when, as chair of the Runnymede Trust, I published the report titled Islamophobia: A Challenge for Us All, we thought that the real risk of the arrival of new communities was discrimination against Muslims.’

And then:

‘Non-Muslims who live and work in areas with a large Muslim presence have been uneasily aware of the emerging differences for a long time, but many are too worried about being tagged as Islamophobes to raise the debate.

Well isn’t that the problem right there? I am as happy as anyone to see the liberal dams cracking when it comes to the big issues of our time.  But it is harder to celebrate those causing those cracks when they are the very people who put up those dams in the first place.

It was the mainstreaming of the fraudulent concept of ‘Islamophobia’ and the whole grievance-industry set up by Trevor Phillips, the Equalities and Human Rights Commission and their ilk that made Britain so incapable of answering this problem any earlier.  Even now Trevor Phillips remains principally helpful in waking up to things just a few years too late.  So although his proscriptions for how to deal with this problem may be helpful, even this late in the day, they miss perhaps the biggest remaining ‘unsayable’.

So having mapped the fact that Muslims are uniquely unwilling to integrate into Britain, Phillips writes:

‘There are now nearly 3m Muslims living in Britain. Half of them were born abroad, and their numbers are being steadily reinforced by immigration from Africa, the Middle East, eastern Europe and the Far East, as well as the traditional flow from the Indian subcontinent. The best projections suggest that, by the middle of the century, the number of Muslims in Britain and elsewhere in Europe will at least double, given the youthfulness of the communities.

Now if you accept the reality that Phillips now does accept – and that mainstream opinion across Europe is coming to accept – would one particular answer not stand out as eminently sensible at this juncture?  Such as turning that flow into the merest trickle?  If a community is currently causing a lot of challenges and looks like posing them for many generations to come, why on earth would you not slow that ‘steady reinforcement’?  Other than out of fear that you might be branded an ‘Islamophobe’?

I know from experience what an honourable and decent man Trevor Phillips is.  So here is a prediction.  In ten years time he will agree with people like me that the numbers matter, and that it is purest insanity to continue encouraging through migration the growth of a population which raises so many problems of integration once it is here.  Of course for another ten years those of us who do say that will be pelted with the same insults Phillips and some of his colleagues set in motion all those years ago.  And when he does say it there will be as much rejoicing as there is today for these latest statements.  The only snag is that ten years from now, when Trevor finds it comfortable to say this, it will be even later in the day to turn these trends around.

Voir enfin:

What do British Muslims really think?

Should homosexuality be illegal? Should wives always obey their husbands? And can a man have more than one wife? The most comprehensive survey of British Muslims ever conducted reveals controversial attitudes. Trevor Phillips argues that the time has come for a more muscular approach to integration

As a doctrine of religious belief, Islam has never held any terrors for me. I was born in London but grew up in a developing country, now called Guyana, where one in 10 people worshipped Allah — roughly twice the proportion in Britain today. To me, the Muslims were just boys with names like Mohammed and Ishmael; in most things that mattered — could they play cricket or do calculus, for example — they seemed no different from the rest of us.

Liberal opinion in Britain has, for more than two decades, maintained that most Muslims are just like everyone else, but with more modest dress sense and more luxuriant facial hair; any differences would fade with time and contact. Britain desperately wants to think of its Muslims as versions of the Great British Bake Off winner Nadiya Hussain, or the cheeky-chappie athlete Mo Farah. But thanks to the most detailed and comprehensive survey of British Muslim opinion yet conducted, we now know that just isn’t how it is.

The survey of British Muslim opinion — What British Muslims Really Think — will be published in full by Channel 4 later this week. I was asked to examine the results and interpret them. When I was chairman of the Equality and Human Rights Commission, I played a principal role in the creation of UK laws against religious discrimination — and it was a report that I commissioned exactly 20 years ago that first introduced the term Islamophobia to Britain.

I thought this latest exercise would be intriguing. In fact, it has turned out to be astonishing. The data collected by the respected research firm ICM shows what the polling experts call “a chasm” opening between Muslims and non-Muslims on such fundamentals as marriage, relations between men and women, schooling, freedom of expression and even the validity of violence in defence of religion. And the chasm isn’t going to disappear any time soon; indeed, the gaps between Muslim and non-Muslim youngsters are nearly as large as those between their elders.

The good news is that the new survey tells us that the majority of British Muslims probably do identify with Nadiya and Mo — albeit with some worrying exceptions. What British Muslims Really Think reveals a Britain we normally don’t hear from. Too often, this section of society is spoken for by self-styled community leaders, or interpreted by academic experts. What’s different about this survey is that it reveals British Muslims speaking for themselves.

To start with, the research was conducted in the old-fashioned way — face to face. The pollster, ICM, was determined to avoid the failures associated with phone and internet polls that led to the political miscalculations in both last year’s general election and the Scottish referendum. It also wanted to avoid the perils of “code-switching”: the all-too-human minority impulse to fit in, to shape your response to meet the expectations of the majority population and to disguise the answer that you think will be too disturbing for people from a different culture to hear. The ICM methodology makes this probably the most revealing inquiry into Muslim opinion yet conducted in this country.

Its findings are striking. And they provide the sternest test yet for diverse Britain’s moral agenda: do we still believe in diversity — even when it collides head-on with our national commitment to equality, between men and women, gay and straight, believers and non-believers? For many years we’ve dodged the tough questions, so this research makes for troubling reading. What it reveals is the unacknowledged creation of a nation within the nation, with its own geography, its own values and its own very separate future.

Wives should always obey their husbands — 39% agree (strongly agree 15%, tend to agree 24%)

There are now nearly 3m Muslims living in Britain. Half of them were born abroad, and their numbers are being steadily reinforced by immigration from Africa, the Middle East, eastern Europe and the Far East, as well as the traditional flow from the Indian subcontinent. The best projections suggest that, by the middle of the century, the number of Muslims in Britain and elsewhere in Europe will at least double, given the youthfulness of the communities.

More than eight in 10 Muslims say that they are happy living here, and feel British. Their preoccupations aren’t that different from most people’s: family life, their children ’s future, economic security. But Muslims also prize the British way of life for a reason increasingly unimportant to non-Muslims: freedom to practise their religion any way they see fit. In the Indian subcontinent, Muslims are subject to Hindu persecution. In Nigeria, north Africa and the Middle East, the brutal Islamists of Boko Haram, Isis and al-Qaeda make the slightest deviation a potential suicide mission.

As a young stand-up comic, Aatif Nawaz, told me: “It’s a privilege to live in a country like the UK, which lets us practise our belief. I firmly take this as a privilege. We’re free to go to the mosque, we can pray, we can dress the way we want. We’ve got halal food pretty much everywhere in the UK now — what a time to be alive!”

But while Muslims clearly like Britain, many are not as enthusiastic about their non-Muslim compatriots. Levels of intermarriage are extremely low compared with other minorities: according to the ONS, fewer than one in 10 Muslim Britons of Pakistani or Bangladeshi heritage are in inter-ethnic relationships. (Whereas more than four in 10 African-Caribbeans are in a mixed relationship.) Even fewer relationships between Muslims and non-Muslims produce children — just 3% of Pakistani or Bangladeshi-heritage children live in mixed households. According to ICM, more than half mix with non-Muslims daily, probably at work or college — but 30% never translate that into a friendship that would take them into a non-Muslim’s house more than once a year. One in five never enter a non-Muslim home.

I have some sympathy for this apparent standoffishness. This isn’t always a deliberate policy of self-segregation. As a child, I had some friends whose homes were effectively barred to me — kids I’d played football with all day would be bustled inside at tea time with no invitation to cross the threshold. One of my sisters discovered that her “best” friend had somehow forgotten to invite her to her 17th birthday party. But the separation here isn’t just down to white bigotry. It’s also a consequence of the entrenched residential segregation of which I warned over a decade ago, when I spoke of Britain “sleepwalking to segregation”. Today, according to Policy Exchange’s David Goodhart, author of The British Dream, more than half of ethnic-minority children attend schools where white British children are in the minority.

The social costs are still to be reckoned. Anjum Anwar cuts an unlikely figure when we meet her in Blackburn Cathedral, in an elegant dark suit and close-fitting headscarf. But she is a key figure in the local effort to shed the town’s unenviable status as one of Britain’s most segregated towns. She told us that the Muslim population, now approaching 30%, barely mixed with whites.

“There are certain areas that are wholly Asian, others wholly white. So if you have a child who’s attending a school in an area that is predominantly Asian, where would that child meet children and people of other faiths? They’re restricted, aren’t they? So you have a child who goes to school from nine o’clock till about four o’clock, then he will go to mosque maybe, and then Monday to Friday he is in that area. So where would an Asian and a white child actually meet?”

It’s not as though we couldn’t have seen this coming. But we’ve repeatedly failed to spot the warning signs. Twenty years ago, when, as chair of the Runnymede Trust, I published the report titled Islamophobia: A Challenge for Us All, we thought that the real risk of the arrival of new communities was discrimination against Muslims. Our 1996 survey of recent incidents showed that there was plenty of it around. But we got almost everything else wrong. We estimated that the Muslim population of the UK would be approaching 2m by 2020. We underestimated by nearly a million. We predicted that the most lethal threat to Muslims would come from racial attacks and social exclusion. We completely failed to foresee the urban conflicts of 2001 that ravaged our northern cities. And of course we didn’t dream of 9/11 and the atrocities in Madrid, Paris, Istanbul, Brussels and London.

For a long time, I too thought that Europe’s Muslims would become like previous waves of migrants, gradually abandoning their ancestral ways, wearing their religious and cultural baggage lightly, and gradually blending into Britain’s diverse identity landscape. I should have known better.

It is acceptable for a British Muslim to keep more than one wife — 31% agree (strongly agree 14%, tend to agree 16%)

Just months after I had taken over as head of the Commission for Racial Equality in 2003, I visited the town of Oldham, where some one in five of the population are British Muslims. Two years earlier the town had been torn apart by some of the worst race riots Britain had seen in my lifetime. An official government report had spoken of white and Asian communities living “parallel lives”. It couldn’t really be as bad as that, I thought. In fact, it was worse. Speaking to a hall of more than 200 students, one thing was immediately obvious: groups of white and Asian students sat in the same hall — but the groups didn’t mix. It was like looking at a living chess board. And to drive it home, one of the white students made no bones about what was going on. He told me, without rancour or aggression: “When we’re here it’s fine, we get on. But when we leave here on Friday, we won’t see them [Asians] until Monday.” No one dissented.

After the northern riots of 2001, wise heads, such as Professor Ted Cantle, who had written the “parallel lives” report, warned that we could not afford to allow things to drift. But not even Cantle — much less me — foresaw just how divisive the consequences of this kind of segregation would become. Today, we can see that on certain key issues Britain is nurturing communities with a complete set of alternative values. None is more alarming than attitudes towards women.

The contempt for white girls among some Muslim men has been highlighted by the recent scandals in Rotherham, Oxford, Rochdale and other towns. But this merely reflects a deeply ingrained sexism that runs through Britain’s Muslim communities.

Most people think that some Muslim men’s attitudes to women may be a little antediluvian. But it comes as a shock to hear a respected Asian head teacher, Noshaba Hussain, soberly recount the behaviour of small boys in her school — which they had surely picked up from the men in their families.

“The boys used to act as thought police. You know, they would go around and actually hit the girls on their heads if their heads weren’t covered. I even had one boy, one nine-year-old boy, say to me, ‘Why haven’t you covered your head? It is only slags who don’t cover their head.’ ”

Would you support or oppose there being areas of Britain in which Sharia law is introduced instead of British law? — 23% support (strongly support 7%, tend to support 17%)

The ICM survey provides a torrent of data that backs up the impression that this is a community whose idea of women’s equality lies eons away from the mainstream. Two out of five Muslims — men and women — say they believe that a woman should always obey her husband. Nusrat, a highly intelligent and scholarly student, Sudanese in origin, told me: “If the husband is saying ‘obey’ in the context of asking me to do things that are pleasing to Allah, then by all means, because ultimately my faith teaches me — and teaches many Muslims — that our duty is to Allah first.”

We didn’t get to discuss whether the injunction at sura 4:34 of the Koran to chastise your wife falls under this rubric. I have no doubt that many husbands will claim that it does. The bland Koranic platitude, in my view, hides a clear invitation to legitimise domestic violence.

One in three British Muslims supports the right of a man to have more than one wife, even though it is illegal in the UK. While the support for such a policy is strongest among older Muslims, they are nearly matched in their enthusiasm for polygamy by young Muslims aged 18 to 24. Such unions, of course, would be recognised by sharia law. Amra, a female sharia court judge, says: “In my experience, it’s not men who have demanded it; it’s women. I personally have met women who have said to me, ‘I do not want a full-time husband. I don’t want him under my feet.’ For a man it’s a huge responsibility. For a woman it’s a privilege. ”

The ever-pragmatic Nusrat chimed into our conversation with some advice for the aspirant bigamist: “You have to make sure that you are actually treating your wives in a fair way. I think even Islam says, that even within the Koran, if you have more than one wife, if you can’t do justice to them, don’t have them at all. So you have to actually make sure that you are doing justice by them.”

More than half of the sample reported that they believe that homosexuality should be illegal. Even more opposed gay marriage, and nearly half thought that it was unacceptable for a gay person to teach their children. A quarter supported the introduction of sharia law in parts of the UK — presumably those areas where they thought Muslims constitute a majority — instead of the common statute laid down by parliament. Allah’s law, apparently, need take no heed of democracy.

Homosexuality should be legal in Britain — 18% agree (strongly agree 8%, tend to agree 10%) and 52% disagree (strongly disagree 38%, tend to disagree 14%)

It should come as no surprise that Muslim liberals are in despair. They knew all of this long ago. And unlike the political elite and the liberal media, they recognise that British Muslim opinion is hardening against them. The journalist Yasmin Alibhai-Brown, who has had to seek police protection because of her liberal views, argues that the optimistic belief that time and social contact will naturally lead to the integration of Muslims is mistaken: “You know, we [liberal Muslims] are a dying breed — in 10 years there will be very few of us left unless something really important is done.”

The results of the Channel 4 survey are hard to argue with. While the majority of Muslims are keen on Britain, a significant minority really would prefer to live their own lives further away from the rest of us. Non-Muslims who live and work in areas with a large Muslim presence have been uneasily aware of the emerging differences for a long time, but many are too worried about being tagged as Islamophobes to raise the debate.

Many people, however, are just unaware. Not long ago, I had an exchange with a leading newspaper columnist who airily assured me that he had many Muslim friends, and that they were integrating just as his Irish Catholic forebears did a couple of generations ago. He could not accept that his own circle of acquaintances — probably doctors, lawyers, journalists — might not be typical of the British Muslim experience.

The problem with Britain’s liberal white elite is twofold. First, they find it hard to grasp that people of colour may not want to reveal their true selves to people who do not share their backgrounds. The fact is that most people of colour are raised to expect that white folks will let them down. And to be frank, most black and Asian Britons will tell you that their expectations are seldom confounded.

Second, Britain’s increasingly deracinated opinion-forming classes are puzzled by the fierce attachment to religion among ethnic minorities. The number of places of worship attended mostly by Muslims and black evangelicals is rising. The fact that Britain’s ethnic minorities are intensely committed to their religious beliefs and practices seems baffling to secular liberals — indeed, somewhat threatening. Some of my journalist friends imagine that, with time, the Muslims will grow out of it. They won’t.

“What I eat is according to my sharia, how I pray is according to my sharia, how I dress is according to my sharia, how I treat the stranger and family members is according to sharia,” says Anjum Anwar. “I think people misunderstand the concept of sharia law. Their only thinking is, uh-oh, once you’ve got the sharia you’ll be chopping heads off and hands off. That is not the case.”

She’s saying to faithless modern hipsters that she isn’t going to give it up. Anwar spends her time actively working to promote integration. But for her that doesn’t mean adoption of non-Muslim ways. The chasm discovered by ICM isn’t going to close any time soon.

Little of this will surprise Britain’s Muslims, even if many would rather it were not said in public. In our northern cities, many of the non-Muslims I’ve met will also recognise the picture we are painting. It won’t be easy to change. Britain’s Muslims are a diverse group; but, rich or poor, British-born or not, most have a deep commitment to their faith. Many are distressed by what they see as white Britain’s increasing secularism, low morals and loss of confidence in many of its own values. Those who told ICM’s researchers that they would prefer to live a more separate life in Britain are sending a clear signal: they really don’t want to adopt much of our decadent way of life.

Oddly, the biggest obstacles we now face in addressing the growth of this nation-within-a-nation are not created by British Muslims themselves. Many of our (distinctly un-diverse) elite political and media classes simply refuse to acknowledge the truth. Any undesirable behaviours are attributed to poverty and alienation. Backing for violent extremism must be the fault of the Americans. Oppression of women is a cultural trait that will fade with time, nothing to do with the true face of Islam.

Tell me whether you sympathise with or condemn people who take part in stoning those who commit adultery — 79% condemn (completely condemn 66%, condemn to some extent 13%) and 5% sympathise (completely sympathise 2%, tend to sympathise 3%)

Even when confronted with the growing pile of evidence to the contrary, and the angst of the liberal minority of British Muslims, clever, important people still cling to the patronising certainty that British Muslims will, over time, come to see that “our” ways are better. And since there are so few Muslims in the corridors of power, they seldom run into anyone who can show them the reality. Those who do want to make a difference are often consumed by fear that they will be seen as prejudiced. So while our liberal elite wrings its hands in anguish and makes school children celebrate Eid, Diwali, Hanukkah — and Easter — hundreds of young people are being seduced to join Islamist fanatics abroad, thousands of young girls are shipped off to have their genitals mutilated, and many more are pressured into marriages they do not want.

I passionately believe that our society is one of the most open and adaptable on Earth. For centuries we have managed to absorb people of many different backgrounds; Britain has changed them and they have changed us, both almost always for the better. But the integration of Muslims will probably be the hardest task we’ve ever faced. It will mean abandoning the milk-and-water multiculturalism still so beloved of many, and adopting a far more muscular approach to integration.

We’ve been here before. When I was head of the equalities commission, it never occurred to me that we should not take action where people claimed their cultural sensitivities required them to discriminate — for example, the Islington registrar who refused to sanction civil partnerships, or the Bristol relationship counsellor sacked for refusing to give advice to gay couples. Both these individuals were black, like me, and cited their profoundly held religious beliefs in defence of their actions. I understood their background, as I share much of it. But my respect for their sincerity did not for a second deter me from opposing what they did.

While many of us are comfortable condemning less numerous and less powerful minorities, we are reluctant to speak clearly when it comes to Muslims. I know that the muscular integration I want to see will be difficult to implement.

It will mean halting the growth of sharia courts and placing them under regulation, even perhaps insisting that they sit in public. It will mean ensuring that, whatever the composition of a school, its governance never falls into the hands of a single-minority group, as in the “Trojan horse” episode in Birmingham.

It will also mean ensuring mosques that receive a steady flow of funds from foreign governments such as Saudi Arabia, however disguised, are forced to reduce their dependency on Wahhabi patronage. And it will mean an end to the silence-for-votes understanding between local politicians and Muslim leaders — the sort of Pontius Pilate deal that had such catastrophic outcomes in Rotherham and Rochdale.

If we really want to create a society in which Muslims and non-Muslims share the burdens and benefits of our democracy, we have a lot of work to do. And that work has to begin by listening to, and hearing, what British Muslims really think, working out how to support them where possible — and deciding how to confront their thinking where it collides with our fundamental values.

Methodology

  • ICM Unlimited interviewed a random sample of 1,081 adults aged 18+ who self-identified as belonging to the Muslim faith. Interviews were carried out face to face, in the home, in geographical areas in which the minimum proportion of Muslims was confirmed by census to be 20%. Interviews took place between April 25 and May 31, 2015, and the data has been weighted to be representative of all Muslims by age, gender, work status and region. A nationally representative control sample of 1,008 adults aged 18+ was also conducted, by telephone, on June 5-7, 2015. Interviews were conducted across the country and the results have been weighted to the profile of all adults.

What British Muslims Really Think is on Channel 4 at 10pm on Wednesday

Voir de plus:

Not A River of Blood, But A Tide of Hope
Managed Immigration, Active Integration
Speech by Trevor Phillips, Birmingham, April 20 2008
« A week or two ago, I fell into conversation……the black man will have the whip hand over the white man…..How dare I say such a horrible thing…..I do not have the right not to do so. » – Enoch Powell, Birmingham, April 20 1968.

The Legacy of April 20 1968

40 years ago, Enoch Powell’s speech in this hotel, made to a handful of activists, electrified Britain.

It elated some. It terrorised others.

Its timing was a tragedy for our nation.

Historically we are diverse, open-minded, and anti-racist. But every now and again we forget our true character. And April 20 1968 was the start of a forty year aberration for which we have since paid dearly.

Just at the moment when we were about to pass what were then the most progressive race relations laws in Europe we were plunged into a forty-year bout of racial introspection.

In the year that four young British musicians captivated the planet with their charm, confidence and their talent, our politicians were forced to wrestle with the fears of an anxious majority convinced that their rights were about to be usurped by a greedy minority.

And in the past forty years, when we could justifiably have been boasting of our success in creating a multicultural, multiethnic society, we found ourselves mired in a ghastly stand-off about race relations which has spawned unnecessary division and inequality.

Yet in spite of all this, today, I believe that Britain remains, at heart, that open-minded, anti-racist nation. And that this 20th of April offers us a chance to throw off the shadow of the past forty years.

I want to tell you why I believe that right now, the urgency of change demands a new social contract in which we the British people reap the benefits of managed migration by pursuing a positive policy of active integration.

In my lifetime there has never been a more vital moment for such a profound shift in thinking. There are no rivers of blood in prospect. Rather there is today a tide of hope that is carrying 200 million and more migrants across the globe in search of a better life. Some are British. Many are highly-skilled and qualified.

They look in our direction, but they have choices. Like every other prosperous developed nation we know that if we don’t get our share of this wave of talent we risk becoming an economic backwater.

But we also know that with the benefits of migration come costs.

So my speech today is about how, we maximise the benefits and minimise the costs. If we fail, our children and our grandchildren won’t be arguing about how many immigrants we can take into Britain; they’ll be wondering how they can get a work permit to the dominant economies of China, India and Brazil.

Powell and Powellism
During the past four decades it has become common to suggest that the views in that speech on April 20 1968 were those of just one man. Powell himself suggested that he was the only public figure prepared to « speak for England ».

But the truth is, these sentiments were not unique to Powell. What he said reflected one aspect of an underlying unease about race amongst Britons of all kinds. That didn’t make him right, but it would be wrong not to acknowledge that Powell’s public rhetoric reflected the private thoughts of many white Britons.

This unease was felt very differently by black families like my own. And felt to the extent that the year before, my own parents decided that the friendly shore to which they had sailed in 1960 had turned into a hostile frontier.

My family had arrived with the brightest of hopes. They went to work with gusto in the Post office, in North London sweatshops and the NHS. I don’t think that my parents quite expected me to arrive, I was their seventh child; but like most immigrants they made the best of a bad break. They were used to bad breaks. For many who came much of what they found in the promised land was not streets paved with gold, but drudgery, disappointment, and discrimination.

By the mid nineteen sixties, my mother, who had coped with years of Rachman style landlords, and dreary shift work decided she’d had enough. After all, she reasoned that if you found yourself at a party where you weren’t welcome you shouldn’t hang around.

In 1967 my family left for the United States. They sent me back to Guyana.

So on April 20th 1968, I, and most of my siblings had already departed for what seemed like less menacing territory. But when we read about Mr Powell’s speech, we knew exactly what was happening.

The Britain of 1968 was a very different place. This was a Britain which had recently emerged from National Service and rationing. The nation had just discovered colour TV and we were hiding behind the sofas from the Daleks the first time around.

It was a country in which fewer women worked, and where the Chief Prosecutor could ask the jury at the trial of the publishers of Lady Chatterley’s Lover « Is this a book you would wish your wife or your servants to read? »

Disabled, lesbian and gay people, to all intents and purposes, did not exist in polite society.

The sentiments in Powell’s speech had been muttered quietly in workplaces, painted surreptitiously on walls, blustered openly in pubs for years. They were daily translated into the language of the playground, that christened every black or brown-skinned child « coon-features » or « nig-nog » or « wogface ».

My brother was chased home by Teddy Boys. We learned quickly about the unspoken subtleties of racism. Some houses you just couldn’t go into, some kids just weren’t allowed to come to yours. My sister found the girl she thought was her best friend had thrown a birthday party and somehow forgotten to invite her.

Some of it wasn’t subtle at all. As a skinny, opinionated, possibly too-clever by half black kid, one of only half a dozen or so in my grammar school, I learnt the value of knuckledusters from my friend – let’s call him Winston – at the secondary modern across the way. You could borrow them for those days when you thought the bigger boys might corner you in the playground and you wouldn’t be able to talk your way out of trouble. I know that some people in this room are familiar with this scenario.

So even though I was thousands of miles away at the time, I understood the Britain into which this speech was launched only too well.

Much has been already been said this week about Enoch Powell’s words that day. But though the moment that took place here forty years ago mattered, I believe that what took place in the years afterwards mattered much more. Not because there were rivers of blood, or ever likely to be; but because the shockwave of fear that followed still reverberates through our society today.

As far as the facts are concerned, we know now that some of his forecasts were within hailing distance of reality. He suggested that there would be five to seven million Commonwealth immigrants in the UK by the year 2000; official figures say that there are today six million or so foreign-born residents in the UK.

But what was important in that speech was not the predictions but the principles it set out. In the years that followed others created a doctrine in his name that tried to build on and justify those principles. Today we would call that doctrine Powellism, and it is Powellism that I want to address rather than Powell himself.

At the heart of this doctrine are three key propositions.

First – racial integration is impossible. Powell called it « a dangerous delusion ». Powellism argued that people of different races and traditions cannot, by their very nature, ever enjoy good relations unless the majority race or tradition is numerically so dominant that the minority eventually gives up all aspects of its special identity. We would today call this assimilation.

In effect Powellites believed that we are all prisoners of our race, our heritage or our religious beliefs. And just as they lost sleep over interracial relationships, I guess we could see a parallel with people who are today consumed with fear at sharing the planet with lesbian or gay people.

The second article of the Powellite faith, was that every single immigrant , no matter what skills or resource they bring, is one too many and adds to social fragmentation. Now there’s no evidence or logic here, but neither is a feature of this particular doctrine. And the corollary is that if you can get rid of some – or all – immigrants by repatriation then you are on the way to creating a better society.

Third, if for some reason you are forced to accommodate different kinds of people in one society, then you must ensure, by any means necessary, an overwhelming cultural domination by the majority, so that all other traditions wither on the vine. This is socially engineered assimilation pure and simple, and it goes with repugnance for any law that protects the rights of minorities.

So how have these principles survived the past forty years?

Well we have certainly seen violent incidents involving different racial groups. Some have been monstrous. For example we will this week mark the fifteenth anniversary of the murder of Stephen Lawrence by racist thugs. But have we as a nation been consumed by racial war?

I don’t think so. Let me clear. I do not underestimate the significance of some of the events that have taken place. This issue of racial violence is not an abstraction for me. As a student leader and a journalist over the past thirty years I have had cause on three separate occasions to wonder if I had personally contributed, however indirectly, to the death of someone else by not taking the danger of racial conflict seriously enough.

The first occasion followed the death of a young student, Kevin Gately, from Warwick University, killed in an anti-racist demonstration at Red Lion Square in 1978. As the then President of the NUS I had given the instruction to mobilise students, and had consented to the arrangements for the demonstration. Should I have been more aware of the risks?

Second, In 1983, as a young television producer, I made a film about the Broadwater Estate in Tottenham. In it young black men we interviewed prophesied that there could be lethal racial violence at any time. Two years later, in October 1985, PC Keith Blakelock, the beat police officer for the road in which I myself lived in Haringey was hacked to death during a ferocious riot on that estate. Had it been irresponsible, as some in our company believed, to broadcast those interviews in ’83?

And also in 1985, David Hodge, a fellow journalist and good friend from my student days, was killed whilst covering the Brixton riots that year – riots which I too was reporting.

So I’ve had real reason to wonder whether I underestimated the significance of the racial conflict in Britain.

But the fact is that we know that almost all these disturbances were not about black against white.

Kevin Gately was a young white man, who died protesting against racism arm in arm with black and Asian students.

Keith Blakelock was the victim of an appalling crime that would repulse any decent person of any race – and did.

And David died because like the courageous journalist he was, he chose to cover the story from the no man’s land between two sides of a vicious conflict.

Even if I hadn’t had to reflect on it personally I think I would take the word of Mr Powell’s most famous protégé, that the racial rivers of blood never materialised.

Margaret Thatcher robustly refused to attribute the riots in 1981 and 1985 to a fundamental incompatibility between races. She instead cited economic causes – unemployment and urban decay. Indeed it was she who memorably said on the night of her 1987 election victory that her government’s first task would be to regenerate the inner cities.

Our true British instinct has been shown time and again in times of crisis – after the eighties disturbances, the Northern riots in 2001, after the 7/7 bombings, we chose not to isolate and attack the minority, but to respond with unity and compassion rather than conflict.

Yet the fear that followed Powellism still stalks Britain.

The gap between people’s real experience and their politically-inspired fears is illustrated in virtually every survey of opinion. Asked about their own experience British people always describe a country that is tranquil where people that they know get along with each other. Asked about Britain as a whole they describe a country awash with conflict and tension.

Yet the principles that underlie Powellism still govern political debate about immigration and race.

And the forty year shadow persists even though it has largely achieved the opposite of what the Powellites hoped.

To begin with, they wanted to make immigration the touchstone political issue. In fact, for four decades serious political debate about immigration has been suppressed in every part of the political spectrum with smears and name calling standing in for genuine debate.

On the right immigration has remained a taboo subject. Conservatives fear being associated with Powellism and condemned as racist. The right’s public justification for reticence is usually that political correctness has unfairly silenced them. Somewhat comically, this point of view has been widely and consistently peddled by writers and publications which hardly ever stop yelling about immigration, only pausing from time to time to complain that they are being gagged, before resuming a deafening roar of outrage.

But the left too has played its part in this deadly silence. Centre left politicians have, since the late 1960s persuaded themselves that immigration is an issue which favours the right. The left still fears that a free and open debate on these issues would lead to the release of a caged beast of an essentially reactionary public opinion.

So for forty years we have, by mutual consent, sustained a political silence on the one issue where British people most needed articulate political leadership.

But the shockwave of fear hasn’t just affected what politicians said. It also critically determined what they did. And that too has mostly been the opposite of what the Powellites hoped.

To start with by closing down debate about immigration, they allowed successive governments to avoid having much of a policy at all. In essence Powellism so discredited any talk of planning that we’ve limped along with an ad-hoc approach to immigration whose only consistent aspect has been its racial bias; a non-policy that may have led to Britain admitting more immigrants rather than fewer over this period.

Worse still, the Powellite attack on integration so scared lazy officialdom that they colluded with old-guard ethnic leaders to warp a progressive and very British recognition of diversity in the early nineteen eighties into a bureaucratic version of multiculturalism which today keeps many communities closed and separate. We know the result – people who want to scale the cultural walls that separate them, are blocked by institutions which insist on pigeonholing them by their race, colour and religion.

And in the end Powellism failed in its most important aim – to demonstrate the prophetic vision that ethnic diversity would lead to chaos and hatred. It just hasn’t happened.

This week’s survey from for the BBC shows that the perception of racial prejudice is down yet again with just 20% of British people admitting to feeling any prejudice.

According to the government’s citizenship survey in 2007, 81 per cent of people in England agreed that their local area is a place where people of different backgrounds get on well together. Of course this may well reflect the English propensity to get on with other people by not talking to them at all – but I’ll return to that later.

And though I am always cautious about interpreting the popularity of marriage as an indicator of goodwill, it must stand for something that rates of intermarriage in this country are a) rising and b) higher than anywhere else in Europe and of course the United States.

So why, given its impact, did Powellism fail so dismally?

I think there are three reasons.

First the doctrine utterly failed to understand the essential attitude of British people to difference. We are not racists. How could we be? We are an ancient multilingual state forged from at least four different ethnicities, with a people built on and used to intermarriage, compromise and negotiation.

Our defining monarch, Elizabeth 1 set out the doctrine of toleration, asserting according to Sir Francis Bacon that she would not open a window into men’s souls – that is to say that this is a nation which would not judge people according to their faith, as long as they followed the rule of law and observed the common good. This lies at the heart of the live and let live philosophy that makes cities like London and Birmingham vibrant, multicultural places.

And when we get it right, British tolerance isn’t some grim passive acceptance of difference. It is an active enjoyment of different food, music and ways of worship for example. And at its finest it is allied to a passion for justice that has become part of our culture, perhaps best summed up in the expression « standing up for the underdog ».

Our greatest playwright, William Shakespeare, wrote a famous speech which he put in the mouth of one of our sturdiest advocates of the British tradition of dissent, Sir Thomas More. More quells a London mob bent on violence against asylum seekers with these words:

« Would you be pleased
To find a nation of such barbarous temper
That breaking out in hideous violence
Would not afford you an abode on earth….
…what would you think
To be thus used? This is the strangers’ case,
And this your mountainish inhumanity »

I think the second reason for the Powellites’ failure is that they wanted to promote a British identity rooted in an Empire that by 1968 was already in rapid decline.

And finally, perhaps most important of all, the Powellites fatally confused race and immigration. We can see today why this is a mistake. In the last decade, when we have had higher net immigration than at any time in the past forty years, large numbers – over half a million between 2004 and 2006 of immigrants are white.

On the basis of Powellite doctrine we should welcome today’s immigrants, since they dilute even further the non-white presence here. A true Powellite should today be encouraging more, not less migration from eastern Europe. In fact, anti-immigrant groups still don’t quite know what to say about the Poles.

Because I am a pedant, and had the benefit of the sort of British colonial education that Mr Powell would have valued, I can’t resist pointing out that even the Latin reference that gave Powell’s original speech its name does not in reality point to discord.

The warning of the River Tiber foaming with much blood comes from the Cumaean Sybil, one of the prophetesses of Roman legend. Virgil says that she told Aeneas, the Trojan, not to go to Rome because there’d be trouble. In fact he ignored the warning, he went on to found the dynasty that built Rome – we remember Romulus and Remus – the centre of arguably the most successful multiethnic and multi-faith empire in the history of the world.

Perhaps what happened to the Sybil is a warning. She was granted eternal life by the God Apollo, but forgot to ask for an eternal body. So though she still had the gift of prophecy, she withered away until she was just a disembodied voice. Eventually she disappeared never to be heard from again. I think that’s food for thought for all aspiring prophets.

So in short, after forty years I think we can say with confidence that we don’t need to ask if Powellism was ever right. All we need to know is that it wrong now.

That story is over. Goodbye Alf Garnett.

Immigration Now : The New World
But that does not mean that the political challenge of immigration is over. On the contrary. We’ve only just begun to prepare the ground to debate the greatest challenge of our time.

I believe that there are two fundamental challenges facing western nations today. One is how we live with our planet. The other is how we live with each other. The second – in Sir Isaiah Berlin’s phrase – « living together graciously » – is in my view the more urgent.

If we cannot get along with our neighbours we have no hope of taking the concerted action we need to reverse climate change. There’s just no mileage in talking about car pools if you loathe your neighbours so much that you can’t bear to share a car ride with them.
So how should we approach this great challenge?

A New Social Contract: Managed immigration, Active Integration
Let me start with some straight views of my own.

I do not believe in an open door immigration policy. I support unreservedly, for example the government’s managed migration points system. I welcome how Liam Byrne is cutting through the paralysis of the last 40 years. However, though we might want to be more selective about who comes into Britain, managing immigration is not automatically the same as reducing numbers of immigrants.

Nor do I believe that good race relations has to be dependent on reducing migrant numbers. There is no evidence that reducing numbers has anything to do with better race relations. And the so-called commonsense view that « we can’t take any more » is daily refuted by the migrants who have added to the richness and prosperity of our society.

So I want to propose first that we simply abandon the unproven Powellite assertion that if we get immigration numbers down, we’ll have less trouble.

Instead I want to argue that our history shows that immigration and integration are reciprocal. That is to say, that if we needed, perhaps for economic reasons, to admit more immigrants we would have to work harder at integration; but equally, that if we are better at our integration, we can probably accommodate more immigrants.

And just as Powellism had its three central principles – assimilation, separation and domination – I want to propose three new principles for an integrated society, based on our Commission’s core values – equality, human rights and good relations.

But first, central to any approach to immigration today is an acceptance of reality, recognised even by Enoch Powell’s own heirs.

Last October here is what David Cameron had to say:
« The gaps in the labour market are very naturally being filled by migrant workers. That in itself is a good thing, not a bad thing. We should not try to unlock the potential of our own citizens by locking out the citizens of other countries… skilled foreign workers expand our economy and make us more competitive. »

Whatever we feel about immigrants, immigration is part of our future. The real question will be whether we can, as a modern economy, seize the restless tide of talent that is currently sweeping across the globe in search of a place to deploy its skills and its ambitions. So far we are lagging behind our competitors.

According to a World Bank study of 52 million migrants in 20 rich countries, one in three migrants worldwide has a university education. But while we cower in fear and fret about whether to admit clever foreigners from other nations – America, Australia and Canada are already sailing on that tide of talent.

Canada for example predicts that by 2011 all long term population growth will be due to immigration; and by 2021 every single extra worker in Canada will be an immigrant – already the case in the booming city of Toronto. The Canadians are making it easier, not harder for immigrants to become citizens so that they can compete with the pull of the US.

Yet our businesses are being asked to compete for talent against a background of politically inspired anti immigrant noise which risks discouraging the very people we want to coax here.

Curiously we ignore the fact that we have here in Britain probably the clearest example anywhere in the world of why any country with its act together will want to attract talented immigrants. And it’s an example that illustrates some of the principles by which we could marry a policy of managed migration with active integration and gain popular support for both.

Imagine a British business whose revenues have risen tenfold in the past fifteen years, making it the largest of its kind outside the USA. Consider a business whose exports are so lucrative that it has a presence in more than 200 countries. Think of a sector in which 62% of the key employees are immigrants, some here for the long term, some here just for a few years. And marvel that though the non-whites in this business were once the subject of vicious abuse, today, they are the idols of millions.

Beginning to get the picture?

Britain’s Premier league football is watched each week by half a billion people in over two hundred countries. It is the most successful sporting league outside America. Its revenues are touching two billion. Its foreign stars can earn in excess of in excess of 100,000 pounds every week – but their good fortune does not depress the wages of the home-grown talent.

We have an effective system of controlling entry; and none of the teams for which the foreigners play needs some kind of bureaucratic multiculturalism to effect their integration to their club. No-one has had to abandon their flair and brilliance in order to fit in. In fact the migrant players have for the most part played by the rules, learnt our habits, and I would say many have become better at their jobs for learning British ways.

Didier Drogba (my own team is Chelsea) has learnt that he should try not fall over when a defender breathes too heavily in his direction. Cristiano Ronaldo finally grasped that it wasn’t smart to get someone sent off. And far from displacing the best of our players these immigrants have lifted the standards and the earnings of the game. Today three out of Europe’s top four sides are English. Eight of the richest twenty clubs in the world play in the Premier League.

I’ll go further. These people don’t just take the money and run. The best of the foreign players set a wonderful example in their contribution to British life. Many do charitable work with young people.

And for those who worry that promoting the use of English is somehow an imposition on immigrants, I wish you could have seen, as I did, the recent pregame pep talk by William Gallas the French Arsenal captain, delivered in English and with the passion ironically that we usually associate with Henry V before Agincourt.

Foreign players like Eric Cantona stood together with Brits, in launching the campaign to kick racism out of football. A few years back a drive led by Thierry Henry and others to sell anti racist wrist bands resulted in a fund of a million pounds which we were able to give to local amateur sports clubs for activity directed at racial equality and integration.

One result of all this is that in spite of legitimate worries about the quality of the English team there is no real appetite for limits on the numbers of foreign players in British football. And no-one has seriously questioned the appointment of foreigners to manage our national side because they are foreign.We probably should have had Jose Mourinho but there you go.

I’m not naive. Football is a metaphor not a model. We are talking about a few hundred incredibly privileged men who are more likely to buy a bus for their children than ride in one. They aren’t jostling with us for space in the Tube and they won’t be standing in front of us at our GP’s surgery. Their children won’t be adding to the churn confronting many teachers in our inner city schools.

But the metaphor does suggest some lessons about immigration in the 21st century world that we would do well to heed.

First that the need of the market for skilled labour is more important than anxieties about cultural difference. No-one asks players where they come from; clubs and fans only ask what they bring. Our immigration laws have therefore made it relatively easy to bring in these talented people without too much trouble.

Second, the shared desire to win status and rewards means that players find ways of communicating and accepting that they need to make some compromises for the common good. Those that don’t accept that don’t stay long.

Third, the fact that we have foreign players in our game does not make our own home-grown heroes less bankable or less part of the game. And our country as a whole has benefited in a way that no-one could have imagined just twenty years ago.

Fourth none of this happens by accident. There has been control and regulation that governs who is admitted. We know what the facts about numbers of players are. Everyone plays to the same rule book; there is no special treatment for any cultural group.

And there has been a relentless effort by the authorities to put a stop to the kind of abusive and discriminatory treatment that used to be doled out to foreign and minority players – led by the way by one of our Commission’s forerunners, the CRE.

It hasn’t all been sweetness and light. We still don’t have very many minority authority figures in the game – managers or referees for example.

But it shows that we can manage this new world.

However we have urgently to get our house in order, because that world is changing by the day. We read anxiously about the millions poised to come to the UK. But we shouldn’t kid ourselves. We are not the automatic destination of choice for this wave of talent.

A study of Polish immigrants in Britain, conducted by Warsaw’s Centre for International Relations showed that we weren’t their first choice – a third, for example, sought jobs in Germany before turning to Britain.

And in case we ever become arrogant enough to believe that once people have tasted the delights of a British summer they’ll never return to their homelands, the same survey showed that though a quarter wanted to stay, 51% had no intention of remaining permanently in Britain. Their target would probably be to return home or to move on to richer pastures like the USA.

So in the coming years, the key question we will be asking ourselves is not how many of the wrong sort of immigrants we can afford; it will be how many of the right sort immigrants we can attract.

This wave of human talent carries huge benefits for us.

But it also carries some costs.

The Cost of Immigration
It may be true that as suggested by the recent report by the Select Committee of the House of Lords on Economic Affairs that each of us individually would be hard put to identify the addition to the Gross Domestic Product of our own households, made possible by recent migration.

But as much as I respect the economic expertise of their Lordships, I think we should also pay attention to the opinion of people who actually create wealth. Bill Gates, the boss of Microsoft, frustrated by what he sees as the restrictive immigration policies of the United States Congress, has decided to expand the company’s vital research and development operations not in the USA but across the border in immigration friendly Canada.
And what their Lordships didn’t do was to address what is nowadays called the counterfactual: what would life for our society as a whole be like without the immigrants?

In the real world we know some real people who would have their lives transformed and not for the better. Take three examples which apply to millions of British people.

To start with many families have benefited from the fact that they now have two salaries coming in – mostly because women have joined the workforce. But that was made possible for some only by of the availability of capable and qualified immigrant carers.

In the next twenty years our need for personal care for the elderly will double. Unless women are forced out of work, we know who will fill the void. Tens of thousands of qualified care workers from the rest of Europe, Africa and elsewhere.

Immigration is also changing some of our public services for the better. We all know that there would be no NHS without foreign doctors, nurses, cleaners and administrators. We all know that there will be no Crossrail in London, no Olympics, no new wave of housing starts without immigrant carpenters, electricians and bricklayers.

And many of our schools are benefiting from the presence of clever immigrant children. For example, Paul McAteer, the Head of Slough’s Langleywood School , described a few years back by the Daily Mail as « the worst school in Britain » now says that migrant pupils have been a « big factor » in transforming its performance. He goes on to say that « Foreign children have improved our results…white British parents who live close to the school want their children to come here again ».

So as a nation we have travelled a long way from the view that immigration is in and of itself a danger to our social tranquillity.

The Political Costs of Immigration
But it would be a return to the worst days of our forty-year silence to ignore the fact that many people are deeply unsettled by the pace and nature of change.

It is true that the small minority of people in this country who are genuine racists are obsessed with immigration. But that does not mean that the large number of people who do worry about immigration are all racists.

Any policy of managed migration and active integration has to be a policy embraced by the whole nation.

And that policy has to acknowledge the pressures that come with the benefits of immigration.

To deal effectively with those pressures we need to confront four key problems.

First, the poverty of timely information about the impact migration is having on our communities. We can see on the ground that the systems of funding for local services are not keeping up with the rate of change; leading to irresponsible rumour mongering about immigrants committing more crime and cheating the housing system.

Most of this is froth and nonsense. Police chiefs this week said there was no basis for the first allegation; independent research commissioned by ourselves and the Local Government Association show there’s no evidence of the second. But we do need more timely, and independent information so that ordinary people can see what is true and what is not.

Second, though there are benefits to migration, they aren’t shared out equally. The problem is that though the inequality may actually be caused by a lack of public investment, it may be attributed to the presence of immigrants.

Thus, for every professional woman who is able to go out to work because she has an Eastern European nanny, there is probably a young mother who watches her child struggle in a classroom where a harassed teacher faces too many children with too many languages between them.

Wanting a better deal for her child doesn’t make her anti-immigrant – but if we can’t find a better response for her frustration, then she soon will be.

For every boss whose bacon is saved by the importation of skilled IT professionals or skilled craftspeople or health professionals, there are a thousand people who are wondering every morning why they have to put up with the misery of a packed train carriage or bus – if they can get on in the first place.

Wanting an infrastructure that doesn’t make getting to work daily hell does not make someone a natural voter for an anti-immigrant party. But it soon will.

As the novelist Rose Tremain told the Guardian yesterday in describing Britain as « bipolar » on immigration « I do worry about immigration. Just the sheer crowds….it certainly feels vexing when you can’t even get a doctor’s appointment. Yet I don’t like the fact that I worry about it. »

Third, there is unfairness in the workplace. There is very little evidence that home-grown workers’ wages are depressed because of migration, so the likelihood is that there has been little impact on current workers. If there is an economic slowdown, that may change. But we’re not there yet.

There are however, two major issues which do demand action now.

One is the sheer exploitation of some low paid immigrants, illustrated by the fate of cockle pickers who died in Morecambe Bay in 2004. They were just the tip of an iceberg of human-trafficking and near-slavery, which can only be held in check by better policing and sharper regulation.

The other major issue is the question of why employers should invest in training and skills for home-grown workers when they can get the readymade thing from abroad? Easyjet delivers easymigrant to your door with all his or her skills, readiness to work over the hours and probably a university degree to boot. How can our million or so young people who are not in education, employment or training possibly compete?

The fourth key problem is the ever-present challenge of how to keep communities which are changing faster ever year from fragmenting. Powell predicted « hot » conflict and violence. We don’t see too much of that, and where it does occur it tends to be within specific communities – gun crime in some black communities for example.

However we have seen the emergence of a kind of cold war in some parts of the country, where very separate communities exist side by side, increasing the likelihood of little interaction and with poor communication across racial or religious lines. This is not purely an old style anti-black phenomenon. There are divisions between minority communities as we saw here in Lazelles two and a half years ago and increasingly there is little difference in attitudes to immigration between ethnic minorities and the majority. So how do we reconcile good relations and stable communities with our need to ride the tide of global migration?

There is perhaps another way to put all these questions.

How can we use a policy of managed migration and active integration to create a Britain that is fairer, built on dignity and respect, and where people are confident in all aspects of their diversity?

The Commission’s mandate and brief don’t run to controlling the immigration system, I’m happy to say. That’s someone else’s job. But our job is above all fostering good relations, and within that to make a reality of a policy of active integration.

So I want to end this morning by briefly setting out three key principles for our integrated society.

Three Principles for An Integrated Society.
The First Principle is that Integration is a two-way street
I know that some people are nervous about the use of the word integration. But most British people know what it means, and frankly, I can’t help feeling that if Powellites were against it I should be for it. But let me say what I mean by it in practice.

Immigrants change us, mostly for the better. They don’t just bring their labour with them – they create more choice for everyone – of food, of music, of literature – all aspects of the benefits of two-way integration. They compete hard, they lift our standards. And in a global economy they are beginning to give us the edge in markets – India for example – that we would not otherwise enjoy.

Most immigrants change too. We expect those who come to Britain to play by the rules and to do their best to share in the responsibilities of living together as well as enjoying the rights – for example by learning English so that they can participate fully in the workplace and in the life of the community. And if people want the rules to be different they campaign to change them by the democratic means we have available.

But an integrated society isn’t only the sum of what individuals do. It’s also what governments and civil society do too. So that means we all – immigrant and home-grown – have the right to expect that we will be treated fairly, not exploited and that our dignity is respected.

That means we need to redouble our efforts to stamp out trafficking and exploitation at work. Our Commission is already starting to work closely with trades unions on these issues and I look forward to sitting down with employers too.

It means that the Equality and Human Rights Commission has launched a 10 million pound grants programme much of which is going to local voluntary organisations dedicated to bringing different groups together.

It means that this summer we will pilot a programme of summer camps expressly designed to get young people of different backgrounds to learn more about each other.

And it means that when we talk about active integration let me repeat: we are not talking about assimilation. But because integration is a two way street, we know that on this two way street, that there will sometimes be friction.

It is our job as a Commission, to help to minimise those frictions by establishing some rules of the road. These need to be more than traditional British courtesy and good manners – though frankly that would be a good place to start these days.

We need some more fundamental agreement on common values. These in my view are best based on our human rights principles.

I don’t mean by this the distorted view of human rights in which clever and malicious people take advantage of the rest of the community.

I mean the commonsense approach to human rights that is deeply ingrained in our British history, that tells us for example, that while free speech cannot be traded for cultural sensitivity, the right to offend does not imply an obligation to insult.

I also mean that these basic values and freedoms must apply to all. For example, that while the equality of women and the protection of children can never be modified in any way by cultural tradition, where fundamental protections are not undermined, we have to be ready to accept that minorities of which we are not a part ourselves have the right to be different.

For example we make a legal distinction between forced marriage – illegal – and arranged marriage, perfectly legal. I guess arranged marriages are unlikely to catch on in a big way outside some communities, they are now a legitimate part of British life. That is what being at ease with our diversity means.

And it also means that where law may not compel we have to find new ways of creating change.

For example our political parties remain desperately unrepresentative. They need to change. Pronto.

What legitimacy is there in a Parliament which makes crucial decisions on immigration with just fifteen ethnic minority MPs when there should be more than sixty? How can a House of Commons expect its decisions on counter-terrorism to be taken seriously by Muslim communities when there are only four Muslim MPs in the House of Commons?

I also believe that we should take opportunities to celebrate those new neighbours on our two-way street who make it a better place.

Our system of honours currently does not fully recognise those who have made a contribution here if they were born outside the Commonwealth. Bob Geldof, for example can’t properly be addressed as Sir Bob because he is not a Commonwealth citizen – surely a relic of our imperial past.

Well, we can’t change that but later this year our Commission intends to announce a special annual scheme that will celebrate the contribution to British life of individuals who were born elsewhere but have made the UK their home.

The Second Principle: Fairness is not just for minorities
We can no longer identify those who are not flourishing in our society by colour-coding them. For example, it has recently become clear that when it comes to educational failure and that million young people I mentioned earlier, the people with whom the system is having least success and who should today most concern us are young white men emerging into adulthood with no qualifications, no skills and in some cases no aspirations.

Our equality effort should be directed at them too, especially at a time when so many jobs that are available are going to immigrants simply because they are better qualified.

Our equality work should deal with mainstream issues. So when the government’s welcome plan to build 3 million more homes and five new eco-towns by 2020 is put into practice, good relations must be the heart of the design of those homes and those towns – so that they become mixed communities that bring people together rather than drive them apart.

We will only win popular support for an integrated society if we are seen to be fair to everyone, majority and minority. That is why we need better, more transparent information about the impact of immigration.

That is why I intend to propose to our Commissioners that we should publish, every year from next year, an annual good relations barometer which sets out honestly the state of relations, positive and negative, in communities across the country. It will draw on independent survey evidence, the experience of our frontline networks and the views of our voluntary sector partners.

And in our effort to provide a better evidence base, the Commission today publishes on its website a series of maps that show exactly where migrant communities are concentrated across Britain. (you can view the maps here)

We see this kind of openness as a platform for a no doubt difficult, but ultimately honest and better informed debate about how we live together graciously.

The Third Principle: We Must Share the benefits and burdens of migration fairly
Much of the reason for unease over immigration is no longer about foreigners’ difference. It is about whether those who benefit from their presence are also bearing their share of cost. There are two aspects to this.

One is whether all parts of the country are benefiting in the same way. All the evidence suggests that they aren’t. Many areas of England are accommodating many migrants for economic reasons without having had the time or resource to build up the necessary infrastructure. On the other hand some parts of the country aren’t getting enough migrants. That is why we think balancing measures are vital – such as incentives under the points system that will draw migrants to under-populated Scotland; and we’d like to see more funds going faster to parts of the country which are experiencing population surges.

The other aspect is the question of how we share the costs between settled communities, migrants and employers; to what extent should those who benefit from immigrants’ presence including immigrants themselves also bear some of the increased costs.

The government has recently acknowledged this by suggesting that whilst English lessons might be made free for those who intend to settle here, it is right that those who come just work – the easymigrant – and their employers should bear the cost of their English classes. I believe that this is right.

In other countries, many experts are considering whether there is value in the idea of a migrant tax, which would be used to defray some infrastructure costs.

But there are many complex issues here, and I believe that our Commissioners would object to anything which smacked of back-door discrimination. And anything which actually turned the tide of talent away from Britain would be utterly counterproductive.

So we need to do some thinking. Later this year the Commission, in partnership with the Migration Policy Institute of Washington, will hold an international summit of bodies like our own and NGOs which will consider these issues. We will draw on the expertise of people here and abroad to try to understand how we can start to reconcile the claims of those who are settled with those who come to support us and our economy for a period.

Conclusion
These are just some of my own ideas to start with. There will be many more as we debate these issues, starting this morning.

But the best ideas will emerge if we are now willing to have an open, honest and informed debate about a new social contract, about managed migration and active integration.
I believe that the more we talk about immigration the better. Many think that this isn’t the time or place for this debate. And I understand their anxieties.

I know that I will somehow be misquoted.
I know, without doubt some people will misuse the opportunity of open debate to cloak their racist motives.

But if not now, when?

We cannot allow discussion of race and immigration forever to be seen as playing into the hands of extremists. The forty-year old shockwave of fear has gagged us all for too long.

Our aim is the integrated society – one built on fairness, respect and dignity, confident in all aspects of its diversity.

We need to start a new conversation about how we get there, a dialogue has to be guided not by fear, but by hope.

Voir enfin:

Des fleuves de sang

Boulevard Voltaire

Alors qu’en 1968, le gouvernement travailliste s’apprête à voter des lois contre la discrimination raciale, Enoch Powell, figure majeure du parti conservateur, premier ministrable potentiel, respecté de tous pour son intégrité, prononce — sans consulter son parti — un discours sur l’immigration qui enflamme le pays. Ce discours du 20 avril 1968 marque un tournant dans l’histoire politique de la Grande-Bretagne.

A la suite de ses déclarations, Enoch Powell est exclus du Shadow Cabinet (les conservateurs sont alors dans l’opposition). Une véritable fièvre s’empare du pays et un élan populaire massif lui apporte son soutien. Powell reçoit 100.000 lettres dont seule une infime partie lui sont hostiles. Toutes réclament la fin de l’immigration. Un mouvement anti-raciste nait en réaction et se manifeste avec une égale ardeur.

A la suite de remous importants et de l’élection en 1970 de Edward Heath au poste de 1er ministre, la brillante carrière politique de Powell s’achève. Tournant le dos à la volonté populaire, les gouvernements successifs s’engagent dans une voie opposée à celle défendue par Powell : c’est l’avènement du multi-culturalisme qui, théorisé, devient la politique officielle de la Grande-Bretagne.

« Des fleuves de sang »
Discours d’Enoch Powell du 20 avril 1968

La fonction suprême de l’homme d’état est de protéger la société de malheurs prévisibles. Il rencontre dans cette tâche des obstacles profondément ancrés dans la nature humaine. L’un d’entre eux est qu’il est d’évidence impossible de démontrer la réalité d’un péril avant qu’il ne survienne : à chaque étape de la progression d’un danger supposé, le doute et le débat sont possibles sur son caractère réel ou imaginaire. Ces dangers sont en outre l’objet de bien peu d’attention en comparaison des problèmes quotidiens, qui sont eux incontestables et pressants : d’où l’irrésistible tentation pour toute politique de se préoccuper du présent immédiat au détriment de l’avenir. Par-dessus tout, nous avons également tendance à confondre la prédiction d’un problème avec son origine, ou même avec le fauteur de trouble. Nous aimons à penser : « Si seulement personne n’en parlait, sans doute rien de tout cela n’arriverait…»

Cette habitude remonte peut-être à la croyance primitive que le mot et la chose, le nom et l’objet, sont identiques. Dans tous les cas, l’évocation des périls à venir, graves mais évitables (si l’on s’attache à les résoudre), est la tâche la plus impopulaire de l’homme politique. La plus nécessaire aussi.

Les hommes politiques qui s’y soustraient en connaissance de cause méritent — et reçoivent d’ailleurs fréquemment — les critiques de leurs successeurs. Il y a 1 à 2 semaines, je discutais dans ma circonscription avec un homme d’une quarantaine d’années qui travaille dans l’une de nos entreprises nationalisées. Après quelques mots sur la pluie et le beau temps, il me dit soudainement : « Si j’avais les moyens, je quitterais le pays. » Je lui fis quelques reproches, lui faisant remarquer que le gouvernement actuel ne durerait pas éternellement. Mais il n’y prêta pas attention et poursuivit : « J’ai trois enfants. Ils ont tous le bac [grammar school], deux d’entre eux sont mariés et ont une famille. Mais je ne serai heureux que lorsque je les aurai tous vu partir à l’étranger. Dans ce pays, dans 15 à 20 ans, les noirs domineront les blancs. »

J’entends déjà les cris d’orfraie. Comment puis-je dire une chose aussi horrible ? Comment puis-je jeter le trouble et déchaîner les passions en relatant une telle conversation ? Ma réponse est que je m’interdis de ne pas le faire. Dans ma propre ville, au grand jour, un brave et honnête compatriote me dit à moi, son député, qu’il ne fera pas bon vivre dans son pays pour ses propres enfants. Je n’ai tout simplement pas le droit de hausser les épaules et de passer à autre chose. Ce que dit cet homme, des milliers, des centaines de milliers de gens le pensent et le disent. Peut-être pas dans tout le pays, mais partout où s’opère la transformation radicale à laquelle nous assistons aujourd’hui, et qui n’a aucun parallèle connu en 1000 ans d’histoire.

Sur la lancée actuelle, dans 15 ou 20 ans, il y aura en Grande-Bretagne, en comptant les descendants, 3,5 millions d’immigrés du Commonwealth. Ce chiffre n’est pas de moi : c’est l’évaluation officielle donnée au Parlement par les bureaux de l’état-civil. Il n’y a pas de prévision officielle semblable pour l’an 2000, mais le chiffre avoisinera les 5 à 7 millions, soit environ un dixième de la population, quasiment l’équivalent de l’agglomération londonienne. Cette population ne sera bien sûr pas uniformément répartie du nord au sud et d’est en ouest. Dans toute l’Angleterre, des régions entières, des villes, des quartiers, seront entièrement peuplés par des populations immigrées ou d’origine immigrée.

Avec le temps, la proportion des descendants d’immigrés nés en Angleterre, et donc arrivés ici comme nous, augmentera rapidement. Dès 1985, ceux nés en Angleterre [par rapport à ceux nés à l’étranger] seront majoritaires. C’est cette situation qui demande d’agir avec la plus extrême urgence, et de prendre des mesures qui, pour un homme politique, sont parmi les plus difficiles à prendre, car ces décisions délicates sont à considérer dans le présent, alors que les dangers à écarter, ou à minimiser, ne se présenteront qu’aux élus des générations futures.

Lorsqu’un pays est confronté à un tel danger, la première question qui se pose est celle-ci : « Comment réduire l’ampleur du phénomène ? » Puisqu’on ne peut entièrement l’éviter, peut-on le limiter, sachant qu’il s’agit essentiellement d’un problème numérique ? Car en effet, l’arrivée d’éléments étrangers dans un pays, ou au sein d’une population, a des conséquences radicalement différentes selon que la proportion est de 1% ou 10%.

La réponse à cette simple question est d’une égale simplicité : il faut stopper, totalement ou presque, les flux d’immigration entrants et encourager au maximum les flux sortants. Ces deux propositions font partie de la plate-forme officielle du Parti Conservateur.

Il est à peine concevable qu’en ce moment même, rien qu’à Wolverhampton, entre 20 et 30 enfants immigrés supplémentaires arrivent chaque semaine de l’étranger, soit 15 à 20 familles supplémentaires dans 10 ou 20 ans. « Quand les Dieux veulent détruire un peuple, ils commencent par le rendre fou » dit le dicton, et assurément nous devons être fous, littéralement fous à lier, en tant que nation, pour permettre chaque année l’arrivée d’environ 50 000 personnes à charge et qui plus tard accroîtront la population d’origine immigrée.

J’ai l’impression de regarder ce pays élever frénétiquement son propre bûcher funéraire. Nous sommes devenus fous au point de permettre à des célibataires d’immigrer ici dans le but de fonder une famille avec des conjoints ou des fiancés qu’ils n’ont jamais vus. Ne croyez pas que cet afflux de population diminuera de lui-même. Bien au contraire. Même au rythme actuel de 5 000 admissions par an et par quota, ce chiffre est suffisant pour faire croître le nombre de personnes à charge de 25 000 par an, et à l’infini, sans compter l’immense réservoir des liens familiaux existant avec le pays d’origine – et tout cela sans parler de l’immigration clandestine.

Dans de telles circonstances, la seule mesure adaptée est de réduire, toutes affaires cessantes, le rythme de l’immigration jusqu’à des chiffres négligeables, et de prendre sans délai les mesures législatives et administratives qui s’imposent.

J’en viens maintenant au retour au pays. Si toute immigration cessait demain, la croissance de la population immigrée ou d’origine immigrée serait substantiellement réduite, mais l’importance numérique de ces populations ne modifierait pas les fondamentaux du danger qui nous préoccupe. Et cet aspect du problème ne peut être traité que lorsqu’une proportion importante des populations immigrées est encore composée de personnes arrivées récemment, durant les 10 dernières années. D’où l’urgence de mettre en œuvre dès aujourd’hui ce second volet de la politique du Parti conservateur : encourager la ré-émigration. Personne n’est en mesure d’estimer le nombre de ceux qui, moyennant une aide généreuse, choisiraient soit de retourner dans leur pays d’origine, soit d’aller dans d’autres pays désireux de recevoir main d’œuvre et savoir-faire. Personne ne le sait, car jusqu’à présent, aucune politique de cet ordre n’a été mise en œuvre. Tout ce que je puis dire, c’est qu’actuellement encore, des immigrés de ma circonscription viennent me voir de temps à autre pour me demander de bénéficier d’une aide au retour. Si une telle politique était adoptée et mise en place, avec la détermination que justifie la gravité de la situation, les flux sortants pourraient sensiblement modifier les perspectives d’avenir.

Le troisième volet de la politique du Parti Conservateur est l’égalité de tous devant la loi : l’autorité publique ne pratique aucune discrimination et ne fait aucune différence entre les citoyens. Ainsi que M. Heath [leader du parti conservateur] l’a souligné, nous ne voulons pas de citoyens de première ou de seconde «classe». Mais cela ne doit pas signifier pour autant qu’un immigré ou ses descendants doivent disposer d’un statut privilégié ou spécifique, ou qu’un citoyen ne soit pas en droit de discriminer qui bon lui semble dans ses affaires privées, ou qu’on lui dicte par la loi ses choix ou son comportement.

Il n’y a pas plus fausse appréciation de la réalité que celle entretenue par les bruyants défenseurs des lois dites « contre les discriminations ». Que ce soit nos grandes plumes, toutes issues du même moule, parfois des mêmes journaux qui, jour après jour dans les années 30, ont tenté d’aveugler le pays face au péril croissant qu’il nous a fallu affronter par la suite. Ou que ce soit nos évêques calfeutrés dans leurs palais à savourer des mets délicats, la tête dissimulée sous les draps. Ces gens-là sont dans l’erreur, dans l’erreur la plus absolue, la plus complète. Le sentiment de discrimination, de dépossession, de haine et d’inquiétude, ce ne sont pas les immigrés qui le ressentent, mais bien ceux qui les accueillent et doivent continuer à le faire. C’est pourquoi voter une telle loi au Parlement, c’est risquer de mettre le feu aux poudres. Le mieux que l’on puisse dire aux tenants et aux défenseurs de cette loi, c’est qu’ils ne savent pas ce qu’ils font.

Rien n’est plus trompeur que de comparer la situation de l’immigré du Commonwealth [ancien empire britannique] qui arrive en Grande-Bretagne avec celle du noir américain. Les noirs, qui étaient déjà présents avant que les Etats-Unis ne deviennent une nation, ont d’abord été des esclaves, au vrai sens du terme. Le droit de vote, et d’autres, leurs ont été accordés seulement par la suite, droits qu’ils ne sont parvenus à exercer que peu à peu, et encore incomplètement. L’immigré du Commonwealth lui, est arrivé en Grande-Bretagne comme citoyen à part entière, dans un pays qui ne pratique pas la discrimination, un pays où il obtient immédiatement les mêmes droits que tout le monde, du droit de vote à la gratuité des soins de la Sécurité sociale. Les difficultés rencontrées par les immigrés ne proviennent ni des lois, ni de la politique du gouvernement ou de l’administration, mais de leur situation personnelle, et des événements fortuits qui font, et feront toujours, que le destin et l’expérience d’un homme ne sont pas ceux d’un autre.

Mais alors qu’arriver en Grande-Bretagne signifie pour le migrant accéder à des privilèges et à des équipements ardemment recherchés, l’impact sur la population autochtone du pays est bien différent. Pour des raisons qu’ils ne comprennent pas, en application de décisions prises à leur insu, pour lesquelles ils ne furent jamais consultés, les habitants de Grande-Bretagne se retrouvent étrangers dans leur propre pays.

Leurs femmes ne trouvent pas de lits d’hôpital pour accoucher, leurs enfants n’obtiennent pas de places à l’école, leurs foyers, leurs voisins, sont devenus méconnaissables, leurs projets et perspectives d’avenir sont défaits. Sur leurs lieux de travail, les employeurs hésitent à appliquer au travailleur immigré les mêmes critères de discipline et de compétence qu’au Britannique de souche. Ils commençent à entendre, au fil du temps, des voix chaque jour plus nombreuses qui leur disent qu’ils sont désormais indésirables.

Et ils apprennent aujourd’hui qu’un privilège à sens unique va être voté au Parlement. Qu’une loi qui ne peut, ni n’est destinée à les protéger ni à répondre à leurs doléances, va être promulguée. Une loi qui donnera à l’étranger, au mécontent, à l’agent provocateur, le pouvoir de les clouer au pilori pour des choix d’ordre privé.

Parmi les centaines de lettres que j’ai reçues après m’être exprimé sur ce sujet il y a 2 ou 3 mois, j’ai remarqué une nouveauté frappante, et je la trouve de très mauvaise augure. Les députés ont l’habitude de recevoir des lettres anonymes, mais ce qui me surprend et m’inquiète, c’est la forte proportion de gens ordinaires, honnêtes, avisés, qui m’écrivent une lettre souvent sensée, bien écrite, mais qui préfèrent taire leur adresse. Car ils craignent de se compromettre ou d’approuver par écrit les opinions que j’ai exprimées. Ils craignent des poursuites ou des représailles si cela se savait. Ce sentiment d’être une minorité persécutée, sentiment qui progresse parmi la population anglaise dans les régions touchées du pays, est quelque chose d’à peine imaginable pour ceux qui n’en ont pas fait directement l’expérience. Et je vais donner l’occasion à l’une de ces personnes de parler à ma place :

« Il y a 8 ans, dans une rue paisible de Wolverhampton, une maison a été vendue à un noir. Aujourd’hui, il ne reste plus dans cette rue qu’une femme blanche, une retraitée, et voici son histoire : cette femme a perdu son mari et ses deux fils, morts à la Guerre. Elle a transformé sa maison de 7 pièces, son seul bien, en chambres à louer. Elle y a mis toute son énergie et elle a bien réussi, remboursant son emprunt et commençant à épargner pour ses vieux jours. Puis des immigrés sont venus s’installer. Avec une appréhension croissante, elle a vu les maisons se faire racheter les unes après les autres. La rue, autrefois paisible, est devenue bruyante et chaotique. A regret, elle a vu ses locataires blancs partir un à un.

Le lendemain du jour où son dernier locataire est parti, elle a été réveillée à 7 heures du matin par deux hommes noirs qui, disaient-ils, voulaient utiliser son téléphone pour appeler leur employeur. Elle a refusé, comme elle aurait refusé à n’importe qui à cette heure matinale. Elle a alors été injuriée. Sans la chaîne qui bloquait sa porte, elle a craint d’être agressée. Depuis, des familles d’immigrés ont essayé de lui louer des chambres, mais elle a toujours refusé. Ses petites économies se sont épuisées, et après avoir payé ses impôts, il ne lui reste que 2 livres par semaine. Elle a demandé une réduction d’impôts et a été reçue par une jeune femme qui, voyant qu’elle possédait une maison de 7 pièces, lui a conseillé d’en louer une partie. Quand elle a répondu que les seuls locataires qui se présentaient étaient noirs, la jeune employée lui a répondu : « Les préjugés raciaux ne vous mèneront nulle part dans ce pays. » Elle est rentrée chez elle.

Le téléphone est son seul lien avec l’extérieur. Sa famille paye la facture, et l’aide autant qu’elle peut. Des immigrés lui ont proposé d’acheter sa maison, pour un prix que les acheteurs potentiels pourraient récupérer en la louant en quelques semaines, ou du moins en quelques mois. Elle a désormais peur de sortir. Ses fenêtres sont cassées. Elle trouve des excréments dans sa boîte aux lettres. Quand elle sort faire ses courses, elle est suivie par de charmants petits noirs, très souriants. Ils ne parlent pas un mot d’anglais, mais il existe un mot qu’ils connaissent très bien : « Raciste ! » scandent-ils derrière elle. Lorsque cette nouvelle loi sur les relations interraciales sera votée, cette femme est convaincue qu’elle ira en prison. A-t-elle tort ? Je commence moi aussi à me poser la question…

L’autre dangereuse chimère de ceux qui sont aveugles aux réalités peut se résumer au mot « intégration ». Être intégré, c’est ne pas se distinguer, à tous points de vue, des autres membres d’une population. Et de tout temps, des différences physiques évidentes, particulièrement la couleur de peau, ont rendu l’intégration difficile, bien que possible avec le temps. Parmi les immigrés du Commonwealth venus s’installer ici depuis 15 ans, il existe des dizaines de milliers de personnes qui souhaitent s’intégrer, et tous leurs efforts tendent vers cet objectif. Mais penser qu’un tel désir est présent chez une vaste majorité d’immigrés ou chez leurs descendants est une idée extravagante, et dangereuse de surcroît.

Nous sommes arrivés à un tournant. Jusqu’à présent, la situation et les différences sociales ont rendu l’idée même d’intégration inaccessible : cette intégration, la plupart des immigrés ne l’ont jamais ni conçue ni souhaitée. Leur nombre et leur concentration ont fait que la pression vers l’intégration qui s’applique d’habitude aux petites minorités, n’a pas fonctionné. Nous assistons aujourd’hui au développement de forces qui s’opposent directement à l’intégration, à l’apparition de droits acquis qui maintiennent et accentuent les différences raciales et religieuses, dans le but d’exercer une domination, d’abord sur les autres migrants et ensuite sur le reste de la population. Cette ombre, au départ à peine visible, obscurcit le ciel rapidement. Et on la perçoit désormais à Wolverhampton. Elle donne des signes d’expansion rapide. Les mots que je vais citer ne sont pas les miens, je les reprends tels quels de la presse locale du 17 février [1968], ils sont d’un député travailliste, ministre du gouvernement actuel : « Il faut déplorer la campagne menée par la communauté Sikh pour conserver des coutumes inadéquates. Ils travaillent en Grande-Bretagne, dans la fonction publique qui plus est. Ces personnes doivent accepter les conditions liées à leur emploi. Réclamer des droits particuliers pour leur communauté (ou devrait-on parler de rites ?) mène à un dangereux clivage au sein de la société. Ce communautarisme est un chancre : qu’il soit revendiqué par un camp ou par un autre, il faut le condamner sévèrement. » Il faut remercier John Stonehouse pour sa lucidité et pour avoir eu le courage d’évoquer ce sujet.

Le projet de Loi sur les Relations Raciales constitue le terreau idéal pour que ces dangereux éléments de discorde prospèrent. Car voilà bien le moyen de montrer aux communautés d’immigrants comment s’organiser et soutenir leurs membres, comment faire campagne contre leurs concitoyens, comment intimider et dominer les autres grâce aux moyens juridiques que les ignorants et les mal-informés leur ont fournis.

Je contemple l’avenir et je suis rempli d’effroi. Comme les Romains, je vois confusément « le Tibre écumant de sang ». Ce phénomène tragique et insoluble, nous l’observons déjà avec horreur outre-Atlantique, mais alors que là-bas il est intimement lié à l’histoire de l’Amérique, il s’installe chez nous par notre propre volonté, par notre négligence. Il est déjà là. Numériquement parlant, il aura atteint les proportions américaines bien avant la fin du siècle. Seule une action résolue et immédiate peut encore l’empêcher. Je ne sais si la volonté populaire exigera ou obtiendra de telles mesures. Mais ce que je sais, c’est que se taire devant cette situation serait une trahison majeure.

Voir encore:

Michèle Tribalat : « L’Europe nous a imposé un modèle multiculturel auquel la France n’a jamais vraiment cherché à s’opposer »
La démographe republie « Assimilation, la fin du modèle français. » Selon elle, il manque plusieurs facteurs pour que l’assimilation fonctionne de nouveau en France..
Atlantico
5 Juin 2017

Vous republiez « Assimilation : la fin du modèle français » (Editions de l’Artilleur). Qu’est-ce qui vous fait faire ce constat de la défaite du modèle français en matière d’intégration aujourd’hui ?

Michèle Tribalat : L’assimilation ne relève pas d’une législation. Elle ne s’ordonne pas par la loi. C’est un processus social de convergence des comportements dans lequel la mixité des unions joue un rôle fondamental. L’assimilation, comme le multiculturalisme à sa manière, s’effectue dans un rapport asymétrique entre la société d’accueil et les nouveaux venus. Le modèle assimilationniste accorde un privilège à la culture de la société d’accueil, sans être ni culturaliste ni inégalitaire. C’est même tout le contraire puisqu’il suppose une capacité d’adaptation des migrants et de leurs descendants à un environnement culturel différent du leur. Le multiculturalisme est un modèle asymétrique d’un autre type. Il favorise le séparatisme et l’entre-soi, mais seulement pour les nouveaux venus. Cet entre-soi ne peut, en effet, être étendu aux autochtones, sous peine de susciter des discriminations. Les « minorités » reçoivent alors un traitement qui ne peut être concédé aux autochtones. C’est un modèle culturaliste et inégalitaire qui renverse l’asymétrie du modèle assimilationniste. Il ne reconnaît pas de droit à la persistance culturelle de la société d’accueil.

L’assimilation nécessite un certain nombre de conditions et, notamment, l’engagement du corps social dans son entier, élites comprises. La pression sociale exercée par les autochtones, généralement ceux des catégories populaires qui voisinent avec les populations aux modes de vie dépaysants, doit être considérée comme légitime et encouragée. Selon Paul Collier (Exodus, dont une traduction est à paraître à l’Artilleur l’année prochaine), les autochtones doivent être « les prosélytes de leur propre nation ». Pour être convaincant, ce prosélytisme nécessite une certaine fierté.

Si j’insiste sur ces caractéristiques, c’est parce qu’elles dessinent, en creux, tout ce qui manque aujourd’hui. Nous ne sommes plus dans une disposition d’esprit propre à susciter l’assimilation. L’ascendant culturel des catégories populaires, autrefois motrices dans l’assimilation, est désormais contesté. Elles ont cessé d’être les prosélytes de la nation, d’espérer que leurs voisins s’adapteront et préfèrent vivre dans des lieux où il leur sera plus facile de maintenir leur propre mode de vie. Elles se sont éloignées des grands centres urbains (voir Christophe Guilluy), évitement qui a renforcé les concentrations ethniques, lesquelles favorisent l’entre-soi et le maintien des habitudes culturelles. On a là un cercle vicieux sur lequel les exhortations à la mixité sociale (euphémisme pour mixité ethnique) ont peu de prise. L’autodénigrement a remplacé le prosélytisme. Pourquoi chercherait-on à s’assimiler à un pays aussi détestable dont on ressasse avec gourmandise les tares passées ?

La question des flux migratoires est souvent très débattue car très incertaine. Entre les deux extrêmes du Grand Remplacement et d’une société mondiale ouverte, quelle observation peut-on faire ?

C’est, paradoxalement, lorsque le gouvernement a souhaité arrêter l’immigration, au milieu des années 1970, que s’est dessiné un régime juridique très favorable à l’immigration. Les velléités de suspendre, pour un temps l’immigration, n’ont été possibles que pour la migration directement économique. Le Conseil d’État, avant les Cours européennes, a forcé le gouvernement de l’époque à laisser ouvert le canal de l’immigration familiale. S’est ensuite développé un régime juridique fondé sur des droits ouverts aux étrangers respectant un certain nombre de conditions. Si l’immigration étrangère a été freinée jusqu’au milieu des années 1990, une nouvelle vague migratoire de grande ampleur s’est alors développée. Comme l’écrit Paul Collier, les standards selon lesquels les Cours européennes jugent que l’on peut renvoyer un immigrant, contre sa volonté, dans son pays d’origine, sont incroyablement élevés. Si bien que la politique fondée sur des droits encourage, paradoxalement, la migration irrégulière. Une fois qu’on a mis le pied en Europe, on a de bonnes chances de pouvoir y demeurer. En France, la perception du phénomène est obscurcie par des discours mal informés sur le régime migratoire actuel. Récemment, dans Libération, Benjamin Stora, président du Conseil d’orientation du Musée de l’histoire de l’immigration, a justifié l’échec de Marine Le Pen à la présidentielle par le fait qu’ « on a accueilli très peu de migrants ces dernières années ! ». Je laisse le lecteur en juger à la lumière de ce graphique. J’ai, par ailleurs, montré que le taux d’accroissement de la proportion d’immigrés depuis le début des années 2000 est voisin de celui observé pendant les Trente Glorieuses.

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Entrées d’immigrés (Insee) et admissions au séjour, en fonction de la définition et des organismes producteurs ou diffuseurs de l’information (chiffres provisoires en 2014 et 2015 pour l’Insee et en 2016 pour le ministère de l’Intérieur). Champ : France métropolitaine pour le ministère de l’Intérieur ; France (hors Mayotte jusqu’en 2013, avec Mayotte ensuite) pour l’Insee et probablement aussi pour Eurostat. Les entrées estimées par l’Insee ne se limitent pas à celles en provenance de pays tiers à l’Union européenne. EAR = enquête annuelle de recensement.
Qu’est ce qui vous fait dire que le cadre européen est peu propice à une amélioration de la situation actuelle (on revient à l’assimilation, je suppose ) ?

Si l’option assimilationniste a été abandonnée très tôt en France (on peut remonter jusqu’en 1991 pour situer la bifurcation diversitaire de l’intégration théorisée par le Haut Conseil à l’intégration), c’est dans le cadre européen qu’a été élaborée plus finement l’option multiculturaliste à laquelle la France a souscrit. Je n’ai pas eu d’écho d’une opposition française aux onze principes de base communs adoptés par le Conseil européen du 19 novembre 2004. La France n’avait d’ailleurs dépêché, pour l’occasion, que son représentant permanent. L’intégration est désignée, dans le premier principe, comme « un processus à double sens d’acceptation mutuelle de la part de tous les immigrants et résidents des États membres ». La littérature européenne nous éclaire sur le but de l’intégration : tolérance et respect ! L’UE, par construction, est favorable au développement du multiculturalisme. S’y ajoutent les craintes alimentées par les projections démographiques d’Eurostat, qui incitent l’UE à voir dans l’immigration la solution pour éviter un déclin démographique trop marqué.

Pourquoi déclarez-vous qu’en terme d’intégration, l’Islam « change la donne » ?

L’islam change la donne par la taille de la population musulmane, l’importance que les musulmans accordent à la religion, une tendance à la désécularisation, une transmission religieuse qui s’est améliorée et une endogamie religieuse très forte. Le tout dans un contexte que je vous ai décrit plus haut. Les mariages mixtes ont toujours été le carburant de l’assimilation : en épousant des autochtones, les migrants ou leurs descendants s’inscrivent dans l’héritage historique français. Éric Kaufmann considère que l’exogamie des musulmans est « l’épreuve de vérité de l’assimilation ». Pourtant, l’endogamie est la règle. Elle vaut pour toutes les religions, a fortiori pour l’islam : parmi les musulmans présents en 2008 et âgés de 18-50 ans, 90 % des premiers mariages des hommes et des femmes nés en France ou qui y sont venus alors qu’ils étaient encore enfants ont été célébrés avec un conjoint musulman. Paradoxalement, cette endogamie est plus faible chez les migrants arrivés célibataires à l’âge adulte qui ne se sont pas frottés à la société française dans leur jeune âge.

Comment est-ce qu’évolue la population musulmane en France ? Pourquoi l’immigration actuelle est différente de l’immigration que l’on a connue précédemment ?
Nous avons eu, exceptionnellement, en 2008, dans l’enquête Trajectoires et origines réalisée par l’Ined et l’Insee, des informations sur les affiliations religieuses qui ont permis une estimation de la population musulmane. J’ai estimé à 4,2 millions, le nombre de musulmans fin 2008. Mais, nous n’avons rien de solide depuis 2008. J’ai pu évaluer le taux d’accroissement dans l’année 2008 à 3,7 %. Si ce rythme d’accroissement s’est maintenu dans les années qui suivent, la population musulmane devrait être proche de 5,6 millions fin 2016.

Les enquêtes menées par les instituts sondages privés ne sont vraiment représentatives que sur les variables qui ont servi à établir les quotas (sexe, catégorie socio-professionnelle du chef de ménage, critères géographiques généralement) et ne sont pas un bon outil. Les estimations au doigt mouillé non plus. Lorsque François Héran, qui a pourtant été directeur de l’Ined pendant dix ans, prétend qu’un habitant sur huit, soit environ 8 millions, est d’origine musulmane, c’est au pifomètre, sans aucune justification méthodologique. Il faut donc attendre une nouvelle enquête publique recueillant l’affiliation religieuse pour se faire une idée sérieuse sur l’évolution du nombre de musulmans.

Lorsque les Polonais sont arrivés en France il y a bien longtemps, il passaient pour inassimilables. Mais il étaient catholiques et ont pu, au fil du temps et des générations, finalement, « trouver chaussure à leur pied » parmi les catholiques autochtones. Paradoxalement, l’endogamie religieuse a favorisé l’exogamie ethnique. Le catholicisme faisait partie des éléments culturels communs. Tel n’est pas le cas des musulmans qui apportent l’islam dans leurs bagages. Par ailleurs, la société, jusque dans les années 1960-70, n’était guère encline à célébrer la diversité comme on le fait aujourd’hui.

Comment la France peut-elle tenter de reprendre la main sur sa politique migratoire aujourd’hui ?

Nous avons actuellement la plus mauvaise combinaison : immigration étrangère importante + multiculturalisme mâtiné d’une rhétorique républicaine. Comme l’explique très bien Paul Collier dans son livre, le développement de diasporas (populations qui n’ont pas été absorbées par la population du pays d’accueil) favorise les flux d’immigration fondés sur les liens diasporiques. L’assimilation limite ce développement alors que le multiculturalisme le favorise. L’existence de larges diasporas n’est pas non plus propice à l’assimilation. Des flux plus modérés et une politique d’assimilation résolue constitueraient une meilleure combinaison. C’est d’autant plus vrai que les étrangers nouvellement accueillis sont plus difficiles à assimiler que prévu. Mais ce n’est pas la route sur laquelle nous cheminons.

La régulation des flux migratoires est du ressort des pays d’accueil et il faut cesser de se bercer d’illusions avec le développement des pays de départ qui serait la solution miraculeuse. Leur développement est une bonne chose en soi, mais ne participera pas à réduire les candidats à la migration, bien au contraire. L’amélioration du niveau de vie fournira, en effet, à plus de candidats les moyens de partir.

Il faut savoir que la politique migratoire est une compétence partagée avec l’UE. La Cour de justice de l’UE (CJUE) veille au respect des divers règlements et directives et élabore une jurisprudence qui encadre la politique des États. Sans parler de la Cour européenne des droits de l’homme et des Cours nationales. Je ne sais pas quand et comment la France gagnera la maîtrise de sa politique migratoire, mais je suis sûre que l’on aurait intérêt à faciliter le débat sur la question. Sauf à considérer que les flux migratoires sont comme le climat et qu’il faut faire avec. Alors, bannissons de notre vocabulaire et de nos discussions la notion même de politique migratoire.

Voir par ailleurs:


Journée de Jérusalem/50e: C’est en Israël que l’Europe sera battue ou gardera le droit à durer (It is in Israel that Europe will be beaten or will keep its right to its own survival)

24 mai, 2017
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J’ai une prémonition qui ne me quittera pas: ce qui adviendra d’Israël sera notre sort à tous. Si Israël devait périr, l’holocauste fondrait sur nous. Eric Hoffer
Israël est détruit, sa semence même n’est plus. Amenhotep III (Stèle de Mérenptah, 1209 or 1208 av. JC)
Je me suis réjoui contre lui et contre sa maison. Israël a été ruiné à jamais. Mesha (roi de Moab, Stèle de Mesha, 850 av. J.-C.)
J’ai tué Jéhoram, fils d’Achab roi d’Israël et j’ai tué Ahziahu, fils de Jéoram roi de la Maison de David. Et j’ai changé leurs villes en ruine et leur terre en désert. Hazaël (stèle de Tel Dan, c. 835 av. JC)
Je les planterai dans leur pays et ils ne seront plus arrachés du pays que je leur ai donné, dit L’Éternel, ton Dieu. Amos (9: 15)
Israël est l’incarnation pure et simple de la continuité juive : c’est la seule nation au monde qui habite la même terre, porte le même nom, parle la même langue et vénère le même Dieu qu’il y a 3 000 ans. En creusant le sol, on peut trouver des poteries du temps de David, des pièces de l’époque de Bar Kochba, et des parchemins vieux de 2000 ans, écrits de manière étonnamment semblable à celle qui, aujourd’hui, vante les crèmes glacées de la confiserie du coin. Charles Krauthammer
L’établissement entre les deux guerres mondiales, car il faut remonter jusque-là, l’établissement d’un foyer sioniste en Palestine, et puis après la deuxième guerre mondiale, l’établissement d’un Etat d’Israël soulevait à l’époque un certain nombre d’appréhensions. On pouvait se demander, en effet, et on se demandait, même chez beaucoup de juifs, si l’implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes qui lui sont foncièrement hostiles, n’allaient pas entraîner d’incessants, d’interminables frictions et conflits. Et certains même redoutaient que les juifs, jusqu’alors dispersés, et qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tout temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent une fois qu’ils seraient rassemblés dans les sites de son ancienne grandeur, n’en viennent à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis 19 siècles : « l’an prochain à Jérusalem ». En dépit du flot, tantôt montant, tantôt descendant, des malveillances qu’ils provoquaient, qu’ils suscitaient plus exactement, dans certains pays à certaines époques, un capital considérable d’intérêt et même de sympathie s’était formé en leur faveur et surtout il faut bien le dire dans la chrétienté. Un capital qui était issu de l’immense souvenir du testament, nourri à toutes les sources d’une magnifique liturgie, entretenu par la commisération qu’inspirait leur antique valeur et que poétisait chez nous la légende du juif errant, accru par les abominables persécutions qu’ils avaient subi pendant la deuxième guerre mondiale et grossi depuis qu’il avait retrouvé une patrie, par les travaux, leurs travaux constructifs et le courage de leurs soldats. C’est pourquoi indépendamment des vastes concours en argent, en influence, en propagande que les Israéliens recevaient des milieux juifs, d’Amérique et d’Europe, beaucoup de pays, dont la France, voyaient avec satisfaction l’établissement de leur Etat sur le territoire que leur avaient reconnu les puissances, que lui avaient reconnu les puissances, tout en désirant qu’ils parviennent en usant d’un peu de modestie à trouver avec ses voisins un modus vivendi pacifique. Il faut dire que ces données psychologiques avaient quelque peu changé depuis 1956. À la faveur de l’expédition franco-britannique de Suez, on avait vu apparaître en effet, un état d’Israël guerrier et résolu à s’agrandir, et ensuite l’action qu’il menait pour doubler sa population par l’immigration de nouveaux éléments donnait à penser que le territoire qu’il avait acquis ne lui suffirait pas longtemps et qu’il serait porté pour l’agrandir à utiliser toute occasion qui se présenterait. C’est pourquoi d’ailleurs, la cinquième république s’était dégagée, vis-à-vis d’Israël, des liens spéciaux et très étroits que le régime précédent avait noué avec cet Etat et la cinquième république s’était appliquée, au contraire, à favoriser la détente dans le Moyen-Orient. Bien sûr, nous conservions avec le gouvernement israélien des rapports cordiaux et même lui fournissions pour sa défense éventuelle les armements qu’il demandait d’acheter mais en même temps nous lui prodiguions des avis de modération. Notamment à propos des litiges qui concernait les eaux du Jourdain, des escarmouches qui opposaient périodiquement les forces des deux côtés. Enfin nous ne donnions pas notre aval, à son installation dans un quartier de Jérusalem dont il s’était emparé, et nous maintenions notre ambassade à Tel-Aviv. D’autre part, une fois mis un terme à l’affaire algérienne, nous avions repris avec les peuples arabes d’Orient, la même politique d’amitié et de coopération qui avait été pendant des siècles celle de la France dans cette partie du monde et dont la raison et le sentiment font qu’elle doit être aujourd’hui une des bases fondamentales de notre action extérieure. Bien entendu, nous ne laissions pas ignorer aux arabes que pour nous l’Etat d’Israël était un fait accompli et que nous n’admettrions pas qu’il fut détruit. De sorte que tout compris, on pourrait imaginer qu’un jour viendrait où notre pays pourrait aider directement, à ce qu’une paix réelle fut conclue et garantie en Orient pourvu qu’aucun drame nouveau ne vint à la déchirer. Hélas ! le drame est venu, il avait été préparé par une tension très grave et constante qui résultait du sort scandaleux des réfugiés en Jordanie, et aussi d’une menace de destruction prodiguée contre Israël. Le 22 mai, l’affaire d’Aqaba, fâcheusement créée par l’Egypte, allait offrir un prétexte à ce qui rêvait d’en découdre. Pour éviter les hostilités, la France avait dès le 24 mai, proposé aux trois autres grandes puissances, d’interdire conjointement avec elle, à chacune des deux parties, d’entamer le combat. Le 2 juin, le gouvernement français avait officiellement déclaré, qu’éventuellement il donnerait tort à quiconque entamerait le premier, l’action des armes. Et c’est ce qu’il répétait en toute clarté à tous les Etats en cause. C’est ce que j’avais moi-même, le 24 mai déclaré à Monsieur Ebban, Ministre des affaires étrangères d’Israël que je voyais à Paris. Si Israël est attaqué, lui dis-je alors en substance, nous ne le laisserons pas détruire, mais si vous attaquez, nous condamnerons votre initiative. Certes, malgré l’infériorité numérique de votre population, étant donné que vous êtes beaucoup mieux organisés, beaucoup plus rassemblés, beaucoup mieux armés que les arabes, je ne doute pas que le cas échéant, vous remporteriez des succès militaires. Mais ensuite, vous vous trouveriez engagés sur le terrain, et au point de vue international dans des difficultés grandissantes d’autant plus que la guerre en Orient ne peut pas manquer d’augmenter dans le monde une tension déplorable et d’avoir des conséquences très malencontreuses pour beaucoup de pays. Si bien que c’est à vous, devenu des conquérants, qu’on en attribuerait peu à peu les inconvénients. On sait que la voix de la France n’a pas été entendue, Israël ayant attaqué, s’est emparé en six jours de combat des objectifs qu’il voulait atteindre. Maintenant il organise, sur les territoires qu’il a pris l’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsion et s’il manifeste contre lui la résistance qu’à son tour il qualifie de terrorisme (…) Pour qu’un règlement quelconque, et notamment celui là, puisse voir le jour, règlement auquel du reste, suivant la France, devrait s’ajouter un statut international pour Jérusalem. Pour qu’un tel règlement puisse être mis en œuvre, il faut naturellement, il faudrait qu’il eut l’accord des grandes puissances qui entraînerait ipso facto, celui des Nations Unies. Et si un tel accord voyait le jour, la France est d’avance disposée à prêter son concours politique, économique et militaire, pour que cet accord soit effectivement appliqué. Mais on ne voit pas comment un accord quelconque pourrait naître tant que l’un des plus grand des quatre ne se sera pas dégagé de la guerre odieuse qu’il mène ailleurs. Car tout se tient dans le monde d’aujourd’hui. Sans le drame du Vietnam, le conflit entre Israël et les arabes ne serait pas devenu ce qu’il est. Charles De Gaulle (nov. 67)
Cet attentat odieux a voulu frapper les israélites qui se rendaient à la synagogue, il a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic. Raymond Barre (le 3 octobre 1980, TFI, suite à l’attentat de la synagogue parisienne de la rue Copernic, 4 morts, 20 blessés)
« c’était des Français qui circulaient dans la rue et qui se trouvent fauchés parce qu’on veut faire sauter une synagogue. Alors, ceux qui voulaient s’en prendre aux Juifs, ils auraient pu faire sauter la synagogue et les juifs. Mais pas du tout, ils font un attentat aveugle et y a 3 Français, non juifs, c’est une réalité, non juifs. Et cela ne veut pas dire que les Juifs, eux ne sont pas Français. Raymond Barre
Je constate qu’après la formation de leur Etat, les Juifs, de victimes, sont devenus bourreaux. Ils ont pris les maisons, les terres des Palestiniens. Abbé Pierre (1991)
Qui eût pu penser à la fin de la seconde guerre mondiale, qu’après les siècles d’humiliation et de déni, l’affaire Dreyfus, le ghetto de Varsovie, Auschwitz, les descendants et héritiers de cette terrible expérience feraient subir aux palestiniens occupés humiliations et dénis? Comment comprendre le passage du juif persécuté à l’Israélien persécuteur? Edgar Morin (1997)
Ce n’est pas une politique de tuer des enfants. Chirac (accueillant Barak à Paris, le 4 octobre 2000)
Pourquoi accepterions-nous une troisième guerre mondiale à cause de ces gens là? Daniel Bernard (ambassadeur de France, après avoir qualifié Israël de « petit pays de merde », Londres, décembre 2001)
La situation est tragique mais les forces en présence au Moyen-Orient font qu’au long terme, Israël, comme autrefois les Royaumes francs, finira par disparaître. Cette région a toujours rejeté les corps étrangers. Dominique de Villepin (Paris, automne 2001)
Il y a à Gaza l’aboutissement d’un engrenage dont Israël est prisonnier, l’éternel engrenage de la force. (…) Cette logique mène à la surenchère, toujours plus d’usage de la force, toujours plus de transgression du droit, toujours plus d’acceptation de l’inacceptable. (…) Après le 11-Septembre, l’Amérique a été livrée, elle aussi, à la peur. Son aspiration à la sécurité était justifiée. Mais, en s’engageant dans l’aventure irakienne, les Etats-Unis ont fait primer la force sur le droit, s’enfermant dans un conflit qu’ils ne peuvent gagner. (…) On le voit en Cisjordanie, un autre avenir est possible. (…) Ce chemin passe par la création d’un Etat palestinien, car seule la reconnaissance d’un Etat palestinien souverain peut être le point de départ d’un nouvel élan pour la région. Dans ce processus, tout le monde le sait bien, il faudra impliquer le Hamas dans la dynamique de paix. Comme pour tout mouvement radical, chaque défaite devant la force est une victoire dans les esprits, par un effet de levier imparable. L’enjeu, c’est bien aujourd’hui d’avancer vers une unité palestinienne qui offre un interlocuteur crédible pour la paix. (…) C’est un enjeu pour la stabilité du Moyen-Orient. Car ceux qui veulent œuvrer à la stabilité du Moyen-Orient sont affaiblis par la logique de force. La spirale sert de justification à d’autres spirales, comme celle de la prolifération nucléaire en Iran. Villepin
Ce que je crois, c’est que cette plaie permanente infecte effectivement notre politique étrangère. Barack Obama (2008)
Nous ne croyons pas à un peuple supérieur aux autres. Jean-Luc Mélenchon
Les Israéliens se sont surarmés et en faisant cela, ils font la même faute que les Américains, celle de ne pas avoir compris les leçons de la deuxième guerre mondiale, car il n’y a jamais rien de bon à attendre d’une guerre. Et la force peut détruire, elle ne peut jamais rien construire, surtout pas la paix. Le fait d’être ivre de puissance et d’être seul à l’avoir, si vous n’êtes pas très cultivé, enfant d’une longue histoire et grande pratique, vous allez toujours croire que vous pouvez imposer votre vision. Israël vit encore cette illusion, les Israéliens sont probablement dans la période où ils sont en train de comprendre leurs limites. C’était Sharon le premier général qui s’est retiré de la bande de Gaza car il ne pouvait plus la tenir. Nous défendons absolument le droit à l’existence d’Israël et à sa sécurité, mais nous ne défendons pas son droit à se conduire en puissance occupante, cynique et brutale … Michel Rocard (Al Ahram, 2006
Il existe une idéologie d’une force, d’une vigueur implacable, parce qu’insidieuse, parce qu’innommée, qui fait que les débats qui gênent le plus et qui tournent tous autour de la question islamiste, autour de l’Islam, autour de l’immigration, sont placés sous le tapis. Il est invraisemblable que quelques mois après les attentats terroristes qui ont eu lieu en France, les questions terroriste et migratoire n’aient pas été évoquées dans la campagne électorale. Le surmoi handicapant est tellement grand que même la candidate qui aurait eu le plus grand intérêt électoral et patriotique à évoquer ces sujets régaliens a préféré évoquer des sujets économiques qu’elle maîtrise moins bien et qui passionnent infiniment moins son propre électorat. Je ne l’incrimine pas. J’incrimine la pensée idéologique qui fait que quand vous êtes dans un débat important devant des journalistes, si vous évoquez ce genre de thèmes, c’est considéré un peu comme saugrenu ou malséant. (…) Sans doute que beaucoup ont pensé que c’eût été rendre service à des gens qu’on n’aimait pas que d’évoquer cette question-là, à savoir que, oui, Sarah Halimi a été torturée avant d’avoir été assassinée et défenestrée par un musulman radical antisémite qui l’avait déjà insultée. Sa sœur également avait insulté Sarah Halimi qui craignait beaucoup Traoré. Croyez-moi que s’il c’était agi d’un blond aux yeux bleus, la France entière serait descendue dans la rue. On aurait également eu droit à des rapprochements historiques totalement incongrus. Mais il s’agissait d’un musulman issu de l’immigration. Donc il n’était pas question d’évoquer cette question.  (…) Là, nous sommes en plus dans une phase habituelle de psychiatrisation de l’assassin qui n’est pas en prison. Celui dont je vous parle reçoit des visites. C’est forcément un geste insensé de s’en prendre à une vieille dame et de la massacrer pendant une heure. Il n’y a pas de doute que c’est insensé, comme est purement insensé l’assassin islamiste, enfin très probablement islamiste, de Manchester d’aujourd’hui. À ce moment-là, il faut dire que tout terroriste islamiste prêt à sacrifier sa vie ou sa liberté est déclaré d’office irresponsable pénalement. Ça sera encore plus clair ! (…) Totalement désarmé ! Y compris sur le plan moral, y compris même sur le plan de l’instinct de conservation. Mais l’opinion publique française n’est pas responsable de cela. L’opinion publique française est très, très réceptive à ce que je viens de vous dire. Mais comme elle est mise dans le vent, comme on lui montre ce qu’on veut bien lui montrer et qu’on lui cache et qu’on lui dissimile ce qu’il n’est pas question et qu’il n’est pas séant de lui montrer, comment voulez-vous qu’elle y soit sensible ? Il n’y a donc pas de raison que ça ne continue pas, aucune raison! Gilles-William Goldnadel
Le politiquement correct, conforté par l’élection d’Emmanuel Macron, est en pleine forme. Construit dans le but de protéger les nouvelles minorités et plus particulièrement la culture islamique en Europe, ce prêt-à-penser s’interdit toute approche critique. Faire le lien entre l’insécurité dans le quartier parisien La Chapelle-Pajol et l’afflux de migrants depuis 2015 relève du blasphème. Il est également inconcevable, pour les commentateurs comme il faut, de suggérer une relation entre le sexisme dénoncé par ces femmes du XVIIIe arrondissement et le machisme véhiculé par le Coran (voir mon blog de lundi). Quant au terrorisme, qui a tué cette fois des enfants et des adolescents de Manchester (Angleterre) venus assister, lundi soir, à un concert d’Ariana Grande (22 morts, 60 blessés), il n’est pas question, pour le discours dominant, de le rapprocher de l’esprit guerrier qui marque de son empreinte de nombreuses sourates. L’Etat islamique a revendiqué l’attentat, commis par Salman Abedi, 22 ans, britannique d’origine libyenne. Mais le chef de l’Etat français se contente de parler de « nos ennemis terroristes », sans être plus précis. Il dit vouloir accélérer la création d’une « task force » sous son autorité. Il a aussi annoncé, ce mercredi, sa volonté de légiférer pour « renforcer la sécurité face à la menace terroriste ». Toutefois, ces réponses resteront vaines si n’est pas posée la responsabilité de l’idéologie islamiste, conquérante et totalitaire. Se contenter de répéter que le djihadisme serait le produit de sociétés occidentales discriminantes, cette tarte à la crème du conformisme médiatique, invite les démocraties culpabilisées à se soumettre à une contre-culture s’affirmant comme « la meilleure communauté qu’on a fait surgir pour les hommes », et à y perdre leur âme. L’urgence est moins de moraliser la vie politique que de moraliser l’islam politique. Quand Donald Trump, dimanche à Riyad (Arabie saoudite), exhorte ce pays qui a des liens financiers avec Daesch à lutter contre les extrémistes (« Chassez-les, chassez-les de vos lieux de culte, chassez-les de vos communautés (…) chassez-les de cette terre »), il met les musulmans de paix devant leurs responsabilités. Comme le souligne également Pascal Bruckner dans Le Figaro de ce jour, la réponse au terrorisme « repose sur la capacité des musulmans à réformer leur religion ». L’islam doit faire le ménage dans son idéologie. Cette politique impliquerait une dénonciation du wahhabisme, du salafisme, des Frères musulmans, mais aussi de l’islamo-gauchisme et de sa presse collaboratrice (Médiapart, Bondy Blog, Libération, Les Inrockubtibles, etc.) C’est cette voie que le pouvoir devrait soutenir, au lieu de nier les filiations entre l’islam, l’islamisme, le sexisme, l’antisémitisme, le terrorisme. Ivan Rioufol
Chaque fois qu’une attaque terroriste inqualifiable frappe des victimes innocentes, nous nous plaignons et faisons le vœu de renforcer les mesures de sécurité et de prendre d’autres mesures de prévention. Mais nous ne réalisons pas la responsabilité de nos amis et alliés dans l’encouragement, la motivation et l’instigation au terrorisme. Si nous voulons avoir une chance de contenir le terrorisme, nous devons nous attaquer le problème à la racine. Ni la pauvreté, la privation, le désespoir ou l’une des autres raisons invoquées pour présenter comme un acte de désespoir le terrorisme, n’expliquent et encore moins justifient ce dernier. Tout sauf ça. Beaucoup de terroristes, comme les participants du 11 septembre sont instruits, riches, et ont même réussi. Ils ont réfléchi en prenant leur décision, en pesant les coûts et avantages que représentent pour eux d’assassiner des civils innocents, et ce pour une raison très simple: ils croient que le terrorisme fonctionne. Et malheureusement, ils ont raison. La communauté internationale récompense le terrorisme et punit en même temps ceux qui tentent de le combattre avec des moyens raisonnables. Tout a commencé par la décision de Yasser Arafat et d’autres groupes terroristes palestiniens d’utiliser la tactique du terrorisme comme moyen prioritaire pour mettre la cause palestinienne au centre de l’attention du monde. En ce qui concerne les réalisations et les échecs de la cause palestinienne, ce statut est immérité. Le traitement des Tibétains par la Chine, les Kurdes par une grande partie du monde arabe et le peuple de la Tchétchénie par la Russie était au moins aussi mauvais. Leur réponse aux abus, cependant, a été largement ignorée par la communauté internationale et les médias parce qu’ils étaient à la recherche de solutions dans le cadre législatif, et non sur le terrorisme. La situation des Palestiniens est tout autre. Le détournement d’avions, l’assassinat des athlètes olympiques à Munich, le meurtre d’enfants israéliens dans Ma’alot et les nombreuses autres atrocités terroristes commises par des terroristes palestiniens trouvent leur cause dans des préoccupations toutes autres de celles de la communauté des droits de l’homme. Bien que les Palestiniens ne disposent pas encore d’un Etat – parce qu’ils ont refusé des offres généreuses de deux fois un Etat – leur cause domine encore l’Organisation des Nations Unies et de nombreux groupes de défense des droits de l’homme. D’autres groupes dissidents ont puisé leur inspiration dans le succès du terrorisme palestinien et reprennent l’utilisation de ces tactiques barbares. Ainsi, l’Autorité palestinienne – même si elle prétend rejeter le terrorisme – récompense les familles des kamikazes et autres terroristes avec des rémunérations d’autant plus étendues en fonction du nombre de victimes innocentes. Si l’auteur du massacre de Manchester avait été palestinien, et si l’attentat avait eu lieu dans une salle israélienne, l’Autorité Palestinienne aurait payé la famille du terroriste une petite fortune pour l’assassinat de tant d’enfants. Il y a un nom pour désigner ce phénomène qui pousse les personnes et les organisations à payer d’autres pour le meurtre de civils innocents: donner des subventions pour assassiner. Si la mafia récompense pour le meurtre de ses adversaires, personne n’ose sympathiser avec elle. En revanche, un leadership palestinien qui procède de la même manière est reçu et honoré dans le monde entier. Ainsi, ces terroristes palestiniens sont glorifiés par l’attribution de leur nom à des parcs, des stades, des rues et autres lieux publics après les meurtriers en masse d’enfants. Notre « allié » Qatar a financé le Hamas, que les États-Unis considèrent comme une organisation terroriste. Les Nations Unies glorifient le terrorisme en apportant des pays qui le soutiennent dans les postes de bureau et de la dignité et de recevoir le parrain du terrorisme à bras ouverts. De l’autre côté, il y a Israël, dont les efforts pour lutter contre le terrorisme avec des moyens raisonnables et juridiques en font un leader mondial en ce domaine, et qui est pourtant attaqué par la communauté internationale plus que tout autre pays. Aux Nations Unies, les promoteurs du terrorisme sont mieux traités que leurs adversaires. Ainsi des tactiques du mouvement Boycott et Désinvestissement (BDS) contre Israël, qui illustrent cet état de fait : les actions de boycott sont dirigées uniquement contre Israël et non contre les nombreuses nations qui soutiennent le terrorisme. Tant qu’il porte ses fruits, le terrorisme continuera à sévir. Quand on parle de fruits, il peut s’agir simplement de réussir à obtenir l’attention. Ou alors de réussir à recruter. Ou encore, comme cela est arrivé dans de nombreux pays européens, le terrorisme conduit à des concessions. Certains pays européens souffrant actuellement du terrorisme ont libéré des terroristes palestiniens. Entre autres, l’Angleterre, la France, l’Italie et l’Allemagne : les terroristes palestiniens ont été libérés dans l’espoir d’être épargnés par les attaques dans leur propre pays. Les tactiques égoïstes et immorales de ces pays n’ont pas échappé aux terroristes, pour lesquels ils deviennent de ce fait des cibles intéressantes. Alan Dershowitz
Celebrating my birthday in Manchester as news of the Manchester Arena bomb broke. The anger is monumental.  For what reason will this ever stop? Theresa May says such attacks « will not break us », but her own life is lived in a bullet-proof bubble, and she evidently does not need to identify any young people today in Manchester morgues. Also, « will not break us » means that the tragedy will not break her, or her policies on immigration. The young people of Manchester are already broken – thanks all the same, Theresa. Sadiq Khan says « London is united with Manchester », but he does not condemn Islamic State – who have claimed responsibility for the bomb. The Queen receives absurd praise for her ‘strong words’ against the attack, yet she does not cancel today’s garden party at Buckingham Palace – for which no criticism is allowed in the Britain of free press. Manchester mayor Andy Burnham says the attack is the work of an « extremist ». An extreme what? An extreme rabbit? In modern Britain everyone seems petrified to officially say what we all say in private. Politicians tell us they are unafraid, but they are never the victims. How easy to be unafraid when one is protected from the line of fire. The people have no such protections. Morrissey (23 May 2017)
In the months before weeping little girls with nails in their faces were carried out of the Manchester Arena, the authorities of that city were hard at work fighting the dreaded threat of Islamophobia. While Salman Abedi, the second-generation Muslim refugee terrorist who maimed and killed dozens in a brutal terrorist attack, stalked the streets wailing, “There is no god but Allah and Mohammed is the messenger of Allah”, Manchester police were busy with more important things. The Greater Manchester Police are one of only two police forces to list Islamophobia as a hate crime category. (…) This is what led to the Manchester Arena bombing. Mayor Burnham sold out the police. The police sold out the people. The authorities were chasing Islamophobia when they should have been fighting Islamic terror. Mayor Burnham and Chief Constable Hopkins pandered to Islamists, prioritized Islamophobia and dutifully opposed the government’s fight against Islamic terror. The Islamophobia lie killed 22 people in Manchester. It happened on the watch of the GMP. No one takes Islamophobia more seriously than the Greater Manchester Police. When Muslim sex grooming gangs were abusing little girls in Rochdale, the GMP dutifully covered it up. On one of the recorded interviews, a police officer can be heard yawning as a girl describes her abuse. An MP who had pursued these cases said that the authorities “were afraid of being called racist. » Daniel Greenfield
Il est impossible de comprendre le national-socialisme, à moins de voir qu’il s’agit en fait d’un nouvel islam. Karl Barth
Nous ne savons pas si Hitler est en passe de fonder un nouvel islam (…) ce pourrait être le futur de l’Histoire. Carl Gustav Jung
La fin des mandats français en Syrie et au Liban ne marque pas pour autant la fin de la politique de protection « impériale » des Lieux saints, chrétiens mais aussi musulmans, au Proche-Orient. Au nom de la souveraineté qu’elle exerce sur l’Algérie, la France revendique ainsi jusqu’en 1962, au pied du mur des Lamentations, l’administration du Quartier maghrébin à Jérusalem. (…) Depuis Alger et Paris en 1962, déplaçons-nous donc vers Jérusalem dans les années 1950 pour comprendre comment s’y est joué un épisode décisif et méconnu de la politique arabe et musulmane de la France, mais aussi de ses rapports avec Israël et les diasporas juives. Vu depuis la Palestine alors jordanienne, il est clair en tout cas que la France possède des droits incontestables sur ce petit quartier de la Ville sainte : « Situation de la colonie maghrébine de Jérusalem, la France délègue sur place un fils d’Algérie pour étudier la situation », titre ainsi le quotidien Falestin le 12 août 1955, en tête d’un long reportage consacré à Hadj Lounis Mahfoud, professeur d’arabe au collège de Sétif, en visite à Jérusalem, « venant d’Arabie saoudite après y avoir effectué son pèlerinage », pour préparer un rapport sur la gestion de cette fondation franco-algérienne destinée à secourir, loger et soigner les ressortissants maghrébins de passage ou résidant dans la Ville sainte. Si la France s’est effectivement retrouvée en position de gérer ce quartier stratégique de la Ville sainte, c’est bien en raison de la souveraineté qu’elle exerce alors sur l’Algérie, puisque la fondation pieuse musulmane propriétaire du quartier a été créée à la fin du XII e siècle par un descendant d’un mystique soufi algérien, Abû Madyan ou Sidi Boumédiène, compagnon d’armes de Saladin lors de la reprise de la ville aux croisés en 1187. C’est précisément en 1949 que le consul de France à Jérusalem a saisi une opportunité géopolitique inattendue : à l’issue de la première guerre israélo-arabe, le waqf Abû Madyan perd la quasi-totalité de ses revenus fonciers suite à la conquête par Israël du village d’Ain Karem, situé à 5 kilomètres à l’ouest des murailles de la Vieille Ville, donc à l’intérieur des frontières d’Israël internationalement reconnues. La France, puissance souveraine en Algérie, peut donc reprendre sous son aile protectrice cette portion des Lieux saints située en territoire jordanien, en espérant pouvoir en retirer des bénéfices diplomatiques dans le cadre de la guerre larvée que se livrent Israël et la Jordanie le long de la ligne de démarcation qui coupe Jérusalem en deux : « Pouvons-nous espérer tirer profit du fait Abou Médiane ? C’est là l’affaire du gouvernement. À mon humble échelon toutefois, il est permis de penser que notre singulière position au mur des Lamentations ne devrait pas nous être inutile », écrit le consul de France à son ministre le 6 juillet 1949, avec « copie à Alger, Tunis, Rabat, Amman »… et au « Professeur Massignon ». Louis Massignon est effectivement la cheville ouvrière de cette brève séquence historique (1949- 1962) pendant laquelle la France administrait ce quartier de Jérusalem qui commandait l’accès au mur des Lamentations. Figure éminente de l’orientalisme français, membre de l’Académie de langue arabe du Caire, professeur au Collège de France, ardent chrétien mais farouche défenseur de « l’amitié francomusulmane», fondateur du « Comité chrétien d’entente France-Islam », et en 1954 en Bretagne du «pèlerinage islamo-chrétien des Sept Dormants d’Éphèse », « honorable correspondant » des services de renseignements français pour le Proche-Orient depuis qu’il est entré dans Jérusalem le 11 décembre 1917 aux côtés du général britannique Allenby, Massignon défend, dans ses courriers adressés à tous les échelons de la diplomatie française, le « mandat sacré de la France » vis-à-vis des Maghrébins de Jérusalem, élément décisif selon lui d’une politique étrangère qui doit s’affirmer non seulement « arabe » mais également « musulmane », pour démontrer aux Algériens tentés par l’indépendance que la France se préoccupe concrètement de leurs intérêts, y compris à l’extérieur de leur territoire. (…) Le sens de l’histoire, pourtant, ne souffle plus du côté de Massignon et de « l’amitié francomusulmane» : en mai 1961, quelques semaines après le putsch des généraux, le gouvernement général de l’Algérie se montre de plus en plus dubitatif sur les effets réels de la position française défendue à Jérusalem pour tenter de « contrebalancer l’influence que le FLN a su s’assurer sur la colonie algérienne en Palestine ». La rupture se confirme à l’automne 1961 : alors que le Quai d’Orsay affirmait encore en juillet que l’abandon du Quartier maghrébin causerait un « préjudice moral irréparable » aux intérêts français « dans le monde arabe et en particulier en Afrique du Nord […] jusqu’à nous soupçonner d’avoir été de connivence avec Israël », le massacre des manifestants algériens dans Paris dans la nuit du 17 octobre 1961 creuse un fossé désormais infranchissable entre les intérêts français et les intérêts algériens, fussent-ils défendus au nom de la « France protectrice des Lieux saints musulmans ». En février 1962, quelques jours après le massacre de Charonne, la France abandonne la défense des intérêts algériens à Jérusalem. Malgré les efforts du premier « haut représentant de la France en Algérie » Jean-Marcel Jeanneney au cours de l’hiver 1962-1963, le nouvel État algérien indépendant ne reprend pas le dossier à son compte et renonce à s’impliquer dans la défense de ses ressortissants à Jérusalem. Le waqf Abû Madyan est désormais privé de toute protection juridique internationale. Quatre ans plus tard, en juin 1967, à l’issue de la guerre des Six Jours et de la conquête de Jérusalem, le Quartier maghrébin est évacué par l’armée israélienne et rasé en quarante-huit heures pour dégager ce qui est aujourd’hui l’esplanade du Mur occidental, considéré comme le lieu le plus sacré du judaïsme. La célèbre formule prononcée par de Gaulle six mois plus tard, lors d’une conférence de presse du 27 novembre 1967, à propos des « juifs […], peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur », peut-elle être aussi interprétée à l’aune de cette histoire méconnue ? Peut-être, surtout si on prend la peine d’écouter la totalité de son intervention, dans laquelle il indique « qu’une fois mis un terme à l’affaire algérienne, nous avions repris avec les peuples arabes d’Orient la même politique d’amitié et de coopération qui avait été pendant des siècles celle de la France dans cette partie du monde », et, dans une étrange formule à propos des rapports entre la France et Israël, « nous ne donnions pas notre aval à son installation dans un quartier de Jérusalem dont il s’était emparé ». Le verbe gaullien a ceci de prodigieusement puissant et exaspérant : il peut énoncer sans l’exprimer tout à fait, par l’emphase d’une formule alambiquée, une certaine idée de la France et du monde. Vincent Lemire
L’homme européen ne se trouve pas éminemment en Europe, ou n’y est pas éveillé. Il est, paradoxe et scandale, en Israël ; c’est en Israël que l’Europe profonde sera battue, “tournée”, ou gardera, avec son honneur, le droit à durer. (…) En quoi, pourquoi Israël est-il l’Europe ? Certes par l’origine de ceux qui ont bâti son État, imposé les conditions du rassemblement de son peuple. Mais cela ne suffirait pas, si l’Europe historique, d’où étaient revenus ces revenants, n’avait été elle-même modelée sur l’histoire du peuple hébreu, n’avait repris la mission du peuple de Dieu dans une « chrétienté ». La couronne du Saint Empire portait l’effigie de David et celle de Salomon, la politique de nos rois en France – avant Bossuet, de l’aveu même de Machiavel – était « tirée de l’écriture sainte », et les nations, jusque dans l’hérésie jacobine et révolutionnaire, imitaient un dialogue immortel entre la naissance et l’obéissance au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. L’échec final de la Chrétienté en Europe, et de sa « mission » sur les autres continents, rendant apparemment vaine la diaspora, la dispersion du peuple juif, permettant à de modernes empires de prétendre que la croix elle-même avait été vaine, restituait nécessairement aux Juifs leur charge originelle, l’idée de cette charge, transformée par l’aventure de vingt siècles. Échec déjà évident autour de la première guerre mondiale qui justifia la première entreprise sioniste, mais combien plus éclatant et terrible avec la seconde et l’entreprise démoniaque du germanisme hitlérien. Toute l’Europe en fut victime, mais nul peuple, nulle communauté comme les Juifs ; s’ils avaient espéré que l’échec du Christ et de la Chrétienté les libérerait, les assimilerait, si les « libéraux » ou « révolutionnaires », parmi eux avaient contribué puissamment à cet échec selon le monde, bref s’ils étaient souvent restés « Juifs charnels » selon Saint Paul, à mesure que les chrétiens le devenaient, l’atroce massacre désabusait à jamais les survivants, autant que les chrétiens antisémites : la croix gammée avait bien élevé sa prétention abominable contre la croix du Christ, et c’est d’un même Dieu, le Dieu judéo-chrétien qu’elle avait proclamé la mort, avec un sérieux pratique supérieur à toutes les mythologies du marxisme ou de l’existentialisme athées. La création de l’État d’Israël fut la seule rançon, la seule création positive répondant à l’horreur infinie de la seconde guerre mondiale. Cette guerre finalement « victorieuse », libérant quelques-unes des nations opprimées, consacrant ou renouvelant la servitude de beaucoup d’autres, n’a symboliquement et directement produit que cette liberté-là. Elle a donné aux « Européens » qui avaient le plus souffert de l’entreprise contre ce qui restait de la Chrétienté (paradoxalement aux Juifs qui, dispersés, étaient, dans la vraie conception du monde ancien, une part significative de cette Chrétienté, même quand ils étaient persécutés par elle), le droit à exister comme État et dans l’histoire.  Oui l’Europe qui avait, par la première guerre mondiale, perdu sa primauté réelle, devait, par la seconde, en perdre jusqu’aux restes et aux apparences. Et les perdre au profit de deux images d’elle-même accomplies en cauchemar, des deux puissances issues de deux « diasporaï » de l’ancienne Chrétienté, celle des « pères fondateurs » de l’Amérique, pèlerins du Mayflower, et celle des prophètes de la révolution accomplissant, ou abolissant, leur rêve dans la nouvelle Russie. Quelque puissance limitée, au niveau des nations, et quelque ferment de son ancienne grandeur selon l’esprit, lui restaient ; mais non comme Europe, et nullement comme effet de la « victoire ». L’unique nouveauté qui eût son visage, qui ressemblât à ses douleurs, qui réunît ses espérances, ce fut Israël. L’extraordinaire (hors d’un ordre chrétien qui n’avait pas réussi à modeler l’histoire, mais fidèle à l’origine même de cet ordre) n’était pas demeuré impossible. Et les chrétiens de nos antiques nations ne pouvaient voir en ce retour une contradiction à leur espérance en la conversion finale du dernier Juif, qui doit précéder la « parousie » : d’abord parce que l’État d’Israël ne rassemblerait jamais tous les Juifs ; ensuite parce que la nature fondamentalement théocratique de cet État, son enracinement dans le sacré, en dépit de toutes les grimaces laïques et démocratiques, constituaient par eux-mêmes une sorte de « conversion », et une promesse de retour à la source première, où la naissance et le Christ ne s’opposent pas, mais fondent ensemble la « nation », pour les autres peuples enracinés dans l’histoire chrétienne. Pierre Boutang (1er juin 1967)
Israël n’est pas incompatible avec l’existence des peuples arabes, en leur diversité, et qui auraient oublié le principe conquérant de l’islam si quelques démagogues (d’ailleurs inspirés d’un autre islam, celui du germanisme nazi) ne l’avaient réveillé, et réveillé contre les seuls juifs. Pierre Boutang
Comme à l’origine, Israël est signe de contradictions, pierre de touche pour les nations et les empires dont il fait apparaître les contradictions, lui même restant, d’une manière inconnue, le lieu toujours privilégié de la contradiction utile, entre l’homme et son Dieu. (…)  Jérusalem pour des raisons bibliques, mais aussi de très concrètes et proche histoire ne peut qu’être confiée à la garde de l’État et du soldat juifs. La décadence et les crimes de notre Europe, anciennement chrétienne ont conduit à ce châtiment mystérieux, ce signe de contradiction ineffable comme tout ce qui tient à Israël. Pierre Boutang
Le lien de Boutang avec Israël, c’est le lien non seulement avec l’origine du christianisme, mais aussi avec l’origine comme telle, qu’il faut sans cesse reconquérir. Quand on prétend faire face au terrorisme islamiste, on ne peut pas se contenter d’invoquer la République, il faut remonter aux sources de la civilisation occidentale, à ses sources juives et chrétiennes, qui fondent l’idée d’une société. Pour Boutang, cela impliquait de désobéir à Maurras, qui défendait l’héritage catholique sans prendre au sérieux la spiritualité. Olivier Véron
Antisémite de ­culture, auteur de textes et de gestes où suintait la haine des juifs, Boutang a fini par considérer que le nouvel esprit du sionisme prenait le relais d’une chrétienté défaillante. Alors que l’Europe politique devenait une construction supranationale, Boutang regardait Israël avec tendresse, car à ses yeux cette nation perpétuait les formes que l’Europe abandonnait : un État souverain, un peuple en armes, une identité millénaire.  (…) Cinquante ans plus tard, alors que des figures de droite, comme l’ancien ­ministre de la défense Hervé Morin, appellent à « israéliser » la France en termes sécuritaires, les textes de Boutang nourrissent les arguments de [ceux qui prônent une nouvelle alliance judéo-chrétienne (…) Et de fait, qu’il ait pensé la filiation, le pouvoir ou la civilisation, à chaque fois Boutang a relancé l’héritage de Maurras dans une forme d’infidélité fidèle qui ne pouvait le laisser en paix (…) Aujourd’hui, alors que les idées de cette famille politique ont à nouveau le vent en poupe, certains de ses enfants sont tentés de ­renouer avec Maurras. Mais son nom est définitivement ­associé à l’aventurisme impuissant et à la collaboration sanglante. Désireux de se rebrancher sur cette tradition sans avoir à en assumer les erreurs et les compromissions, les nouveaux réactionnaires se tournent parfois vers Boutang, ce fils qui a mis à mort un père aimé et défaillant… pour mieux maintenir en vie sa famille. Jean Birnbaum
Dégrisés une bonne fois, après cette douloureuse session électorale déboulant sur l’inconséquent plébiscite d’un programme et d’un homme contraires à tout ce qu’ils jurent vital, nécessaire et bénéfique, les partisans de Pierre Boutang, catholiques nationalistes sionistes, se sentent à nouveau pris au dépourvu, comme la cigale du conte : après cinq ans de vaillants et assez joyeux combats idéologiques, étant donné le choix politique engendré par éliminations successives et réduit par tous les moyens même légaux, ils se demandent eux aussi : vers qui irions-nous ? (…) face à la montée de l’islamo-progressisme (…) L’évidence de la forme nationale bâtie par les nations chrétiennes d’Europe (gréco-hébraïques) ayant été abusivement mise en cause par deux guerres mondiales suicidaires et par les productions idéologiques concomitantes, c’est en Israël, et avec Israël que l’homme européen des nations sera sauvé, ou vaincu (…) La désuétude trompeuse de la nation a plus que jamais trouvé dans l’expérience singulière de la nation juive, depuis les siècles de la Bible, sa justification, son modèle et son avenir immédiat, sa pierre de touche. C’est pourquoi cinquante ans après La guerre de six jours et la réunification de Jérusalem, les livres de Boutang n’invitent pas à replonger dans le sommeil, mais à La (vraie) Politique, la politique considérée comme souci, puis à Reprendre le pouvoir. Olivier Véron

Attention: une ironie peut en cacher une autre !

En cette journée où Israël fête le 50e anniversaire de sa réunification …

Au lendemain après la trahison des années Obama …

De la première visite de son lieu le plus sacré par un président américain en exercice …

Et où se confirme chaque jour un peu plus face à la barbarie islamique …

L’israélisation de fait d’une Europe toujours plus aveugle et toujours plus désarmée …

Alors qu’après la véritable farce électorale que l’on sait …

L’on continue à fustiger en France comme si de rien n’était …

Le parti qui avait si obstinément préservé

Derrière les questions qui fâchent …

Tant les racines que les symboles de la nation …

Comment à nouveau ne pas voir …

La cruelle ironie …

Pointée contre toute attente il y a justement 50 ans par rien de moins qu’un ex-pétainiste …

De la perpétuation par une nation vouée par tous à la disparition

De toutes les formes de souveraineté et d’identité …

Dont n’avaient jusqu’ici que faire …

Tant la chrétienté que l’Europe ?

« La seule rançon, la seule création positive »

Pierre Boutang

La Nation Française

1er juin 1967

« L’homme européen ne se trouve pas éminemment en Europe, ou n’y est pas éveillé. Il est, paradoxe et scandale, en Israël […] En quoi, pourquoi Israël est-il l’Europe ? Certes par l’origine de ceux qui ont bâti son État, imposé les conditions du rassemblement de son peuple. Mais cela ne suffirait pas, si l’Europe historique, d’où étaient revenus ces revenants, n’avait été elle-même modelée sur l’histoire du peuple hébreu, n’avait repris la mission du peuple de Dieu dans une « chrétienté ». La couronne du Saint Empire portait l’effigie de David et celle de Salomon, la politique de nos rois en France – avant Bossuet, de l’aveu même de Machiavel – était « tirée de l’écriture sainte », et les nations, jusque dans l’hérésie jacobine et révolutionnaire, imitaient un dialogue immortel entre la naissance et l’obéissance au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. [1]

L’échec final de la Chrétienté en Europe, et de sa « mission » sur les autres continents, rendant apparemment vaine la diaspora, la dispersion du peuple juif, permettant à de modernes empires de prétendre que la croix elle-même avait été vaine, restituait nécessairement aux Juifs leur charge originelle, l’idée de cette charge, transformée par l’aventure de vingt siècles. Échec déjà évident autour de la première guerre mondiale qui justifia la première entreprise sioniste, mais combien plus éclatant et terrible avec la seconde et l’entreprise démoniaque du germanisme hitlérien. Toute l’Europe en fut victime, mais nul peuple, nulle communauté comme les Juifs ; s’ils avaient espéré que l’échec du Christ et de la Chrétienté les libérerait, les assimilerait, si les « libéraux » ou « révolutionnaires », parmi eux avaient contribué puissamment à cet échec selon le monde, bref s’ils étaient souvent restés « Juifs charnels » selon Saint Paul, à mesure que les chrétiens le devenaient, l’atroce massacre désabusait à jamais les survivants, autant que les chrétiens antisémites : la croix gammée avait bien élevé sa prétention abominable contre la croix du Christ, et c’est d’un même Dieu, le Dieu judéo-chrétien qu’elle avait proclamé la mort, avec un sérieux pratique supérieur à toutes les mythologies du marxisme ou de l’existentialisme athées.

La création de l’État d’Israël fut la seule rançon, la seule création positive répondant à l’horreur infinie de la seconde guerre mondiale. Cette guerre finalement « victorieuse », libérant quelques-unes des nations opprimées, consacrant ou renouvelant la servitude de beaucoup d’autres, n’a symboliquement et directement produit que cette liberté-là. Elle a donné aux « Européens » qui avaient le plus souffert de l’entreprise contre ce qui restait de la Chrétienté (paradoxalement aux Juifs qui, dispersés, étaient, dans la vraie conception du monde ancien, une part significative de cette Chrétienté, même quand ils étaient persécutés par elle), le droit à exister comme État et dans l’histoire.
Oui l’Europe qui avait, par la première guerre mondiale, perdu sa primauté réelle, devait, par la seconde, en perdre jusqu’aux restes et aux apparences. Et les perdre au profit de deux images d’elle-même accomplies en cauchemar, des deux puissances issues de deux « diasporaï » de l’ancienne Chrétienté, celle des « pères fondateurs » de l’Amérique, pèlerins du Mayflower, et celle des prophètes de la révolution accomplissant, ou abolissant, leur rêve dans la nouvelle Russie.

Quelque puissance limitée, au niveau des nations, et quelque ferment de son ancienne grandeur selon l’esprit, lui restaient ; mais non comme Europe, et nullement comme effet de la « victoire ». L’unique nouveauté qui eût son visage, qui ressemblât à ses douleurs, qui réunît ses espérances, ce fut Israël. L’extraordinaire (hors d’un ordre chrétien qui n’avait pas réussi à modeler l’histoire, mais fidèle à l’origine même de cet ordre) n’était pas demeuré impossible. Et les chrétiens de nos antiques nations ne pouvaient voir en ce retour une contradiction à leur espérance en la conversion finale du dernier Juif, qui doit précéder la « parousie » : d’abord parce que l’État d’Israël ne rassemblerait jamais tous les Juifs ; ensuite parce que la nature fondamentalement théocratique de cet État, son enracinement dans le sacré, en dépit de toutes les grimaces laïques et démocratiques, constituaient par eux-mêmes une sorte de « conversion », et une promesse de retour à la source première, où la naissance et le Christ ne s’opposent pas, mais fondent ensemble la « nation », pour les autres peuples enracinés dans l’histoire chrétienne. »

Pierre Boutang, La Nation Française, 1er juin 1967.

[1] « L’homme européen ne se trouve pas éminemment en Europe, ou n’y est pas éveillé. Il est, paradoxe et scandale, en Israël. » : « Cette proposition, elle-même “scandaleuse”, ne surprendra pas ceux qui nous lisent depuis douze ans » – écrivait encore Boutang dans ce numéro 598 de La Nation Française – « je l’ai développée l’autre mercredi (N°597 du 25 mai 1967), mais elle n’a cessé de mûrir en nous depuis longtemps, malgré les réticences et les préjugés. L’événement de l’automne 1956 et ses suites avaient permis de la pressentir. La répétition tragique d’aujourd’hui en apporte la preuve » (1er juin 1967, à la veille de la guerre des Six Jours).

On venait de célébrer le dixième anniversaire du traité de Rome, et Boutang ne croyait guère aux acquis de cette Europe-là : « Rien, absolument rien, ne permet de dire qu’au cours de cette décennie, l’homme “européen” aura fondé ou esquissé un avenir, qu’il aura mieux compris sa destinée. Il y a même de fortes raisons pour supposer le contraire. Et la première, la plus tragique, risque d’être l’attitude de l’« homo europæus » en face d’Israël et de la menace d’aujourd’hui. »

Pierre Boutang avait fondé l’hebdomadaire La Nation Française en 1955, avec Michel Vivier, et il en fut le directeur politique et le ponctuel chroniqueur jusqu’à son six cent quatrième et dernier numéro (13 juillet 1967).

Voir aussi:

L’Homme Nouveau : « Boutang reprend le pouvoir »

« L’homme européen ne se trouve pas éminemment en Europe, ou n’y est pas éveillé. Il est, paradoxe et scandale, en Israël ; c’est en Israël que l’Europe profonde sera battue, “tournée”, ou gardera, avec son honneur, le droit à durer ». Pierre Boutang, 1er juin 1967.

Seigneur, à qui irions-nous ? La réponse en forme de question des apôtres consignée dans l’Évangile ne renvoie pas à la dispersion d’Israël après la défaite de Bar Kokhba : Rome n’a pas encore maté les rebelles juifs et les disciples de Yeshoua n’ont pas renoncé à combattre, mais la Passion du Roi des Juifs y joue déjà un rôle prémonitoire. « Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé ». « Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché », dit saint Jean. Le Verbe fait chair et fait juif, le Messie d’Israël est venu, a vécu, a fait connaître son point de vue sur à peu près toute chose ici-bas en avant de tout siècle futur, a jeté ce feu sur la terre où il est mort, à un âge qui suffit à un Grec pour conquérir un grand empire. Une puissante tentation de fuir pouvait étreindre les apôtres, l’effroi du néant et le découragement les pousser à abandonner ce nom, cette Parole, et ce feu, mais Seigneur, vers qui irions-nous ?

Ce matin cette phrase de l’Évangile résonne cruellement et réveille un sens du livre de Houellebecq que nous n’avions pas aperçu : où irions-nous, nous n’avons pas d’Israël où aller (Soumission). Inexorablement les catholiques français semblent condamnés à devenir les Juifs du XXIe siècle et à se disperser « sur le site de leur ancienne grandeur » [1], non comme s’ils abordaient à nouveau le premier siècle de notre ère, mais à demeure en exil chez nous. La France « quitte terre, devient légende et mythe » [2], le sol de l’ancienne fille aînée se dérobe sous nos pieds, s’éloigne dans un passé de plus en plus évanescent, mésaventure singulière pour un peuple qui inventa la paysannerie, l’impiété, la souveraineté, la chevalerie, les cathédrales, la courtoisie, Descartes, « ce cavalier français qui partit d’un si bon pas » [3], et le bon sens français de La Fontaine, mais qui a vu s’élever dans les nuées la pucelle dont les cendres furent jetées dans la Seine à Rouen.

« Ô Jeanne, brave pucelle
J’ai tant de nations chez moi
Qu’à cette heure en France nouvelle
Il en faudrait cent comme toi. » [4]

Dégrisés une bonne fois, après cette douloureuse session électorale déboulant sur l’inconséquent plébiscite d’un programme et d’un homme contraires à tout ce qu’ils jurent vital, nécessaire et bénéfique, les partisans de Pierre Boutang, catholiques nationalistes sionistes, se sentent à nouveau pris au dépourvu, comme la cigale du conte : après cinq ans de vaillants et assez joyeux combats idéologiques, étant donné le choix politique engendré par éliminations successives et réduit par tous les moyens même légaux, ils se demandent eux aussi : vers qui irions-nous ? Or s’ils joueront le jeu jusqu’au bout, par attachement loyal à leur pays, par devoir de gratitude et esprit de suite, ils ne sont pas spécialement ralliés à la démocratie, car ils ont retenu la leçon de Pascal : « Les choses du monde les plus déraisonnables deviennent les plus raisonnables à cause du dérèglement des hommes. » Faut-il choisir pour gouverner un État « le plus vertueux et le plus habile ? Nous voilà incontinent aux mains (…) Attachons donc cette qualité à quelque chose d’incontestable, écrit Pascal. C’est le fils aîné du roi ; cela est net ; il n’y a point de dispute. La raison ne peut mieux faire car la guerre civile est le plus grand des maux. »

Oui, le plus grand des maux, mais face à la montée de l’islamo-progressisme, comme chez Houellebecq ou Chesterton [5], si ce risque-là n’a pas disparu des esprits héritiers de la révolution française, tous n’en tirent pas les mêmes conclusions… Pour les boutangiens, il n’y a pas de paix qui tienne sans souveraineté, ni de crainte qui commande, ni de délai que l’on obtienne par indécision ou procrastination. Et il n’est pas bon ni vrai que l’homme soit seul. L’appartenance à une cité est inhérente à l’être humain. Le territoire où se déploie cette dimension politique, où s’exerce cette vocation est la nation, dont le nom vient de naître, nasci, naissance ; elle transcende la famille et elle s’appuie sur elle, elle désigne mieux que la patrie la réalité politique dans sa continuité entre présent, passé, avenir. N’importe les rébellions formelles contre l’héritage d’une culture, d’une civilisation, d’une tradition, ce qui en lui est inhérent à l’existence humaine se recueille et se transmet d’abord par l’apprentissage d’une langue, et l’on n’a jamais vu un homme qui sache dire sans parler le langage d’un peuple et sans lui emprunter la forme établie d’une langue nationale historique préalable. « Je nais ici, et non ailleurs, fils d’une famille, héritier d’un nom. Il ne dépend pas de moi que la spiritualité humaine et la civilisation ne se manifestent pas comme un système de volontés mais comme une histoire » [6]. Le sens de cette histoire n’appartient pas au passé mais doit être perpétué comme horizon voulu, territoire nécessaire à l’accomplissement politique de chaque être humain et pour la projection dans le futur d’une descendance, la famille, où il s’accomplit et se renonce à la fois. C’est d’ailleurs la paternité et la filiation naturelles qui fournissent le socle d’intuition de la paternité divine et non l’inverse. L’évidence de la forme nationale bâtie par les nations chrétiennes d’Europe (gréco-hébraïques) ayant été abusivement mise en cause par deux guerres mondiales suicidaires et par les productions idéologiques concomitantes, c’est en Israël, et avec Israël que l’homme européen des nations sera sauvé, ou vaincu : « L’homme européen ne se trouve pas éminemment en Europe, ou n’y est pas éveillé. Il est, paradoxe et scandale, en Israël ; c’est en Israël que l’Europe profonde sera battue, “tournée”, ou gardera, avec son honneur, le droit à durer ». La désuétude trompeuse de la nation a plus que jamais trouvé dans l’expérience singulière de la nation juive, depuis les siècles de la Bible, sa justification, son modèle et son avenir immédiat, sa pierre de touche. C’est pourquoi cinquante ans après La guerre de six jours [7] et la réunification de Jérusalem, les livres de Boutang n’invitent pas à replonger dans le sommeil, mais à La (vraie) Politique, la politique considérée comme souci, puis à Reprendre le pouvoir [8].

Olivier Véron, L’Homme Nouveau n°1639 du 20 mai 2017.

[1] De Gaulle, à propos d’Israël (conférence de novembre 1967).

[2] Dominique de Roux.

[3] Péguy.

[4] Germain Nouveau.

[5] L’Auberge volante, traduction & préface de Pierre Boutang, L’Âge d’Homme, 1990.

[6] La Politique, la politique considérée comme souci [1947], avec une postface de Michaël Bar-Zvi, Les provinciales, 2014.

[7] La guerre de six jours, (juin 1967), Les provinciales, 2011.

[8] Reprendre le pouvoir [1977], avec une introduction de Olivier Véron, Les provinciales 2016.

Voir aussi:

Le poète et philosophe Pierre Boutang, père spirituel de La Manif pour tous

De l’Action française à La Manif pour tous, une certaine droite renoue avec ce philosophe disparu

Jean Birnbaum

Le Monde

31 mars 2017

La philosophie de Boutang fournit des réponses aux nouveaux réactionnaires dans au moins trois domaines : ceux de la filiation, du pouvoir et de la civilisation.

Au printemps 2016, alors qu’il dîne avec François Hollande à l’Élysée, l’acteur Fabrice Luchini évoque ses lectures du moment. Le comédien confie qu’il est plongé dans un livre de Pierre Boutang (1916-1998), poète éruptif, philosophe difficile et journaliste ­cogneur, en son temps pétainiste et disciple favori de Charles Maurras à l’Action française (AF). « Vous lisez Boutang ! C’est l’écrivain préféré de mon père ! », répond Hollande, au grand étonnement de son hôte.

Mais, en l’occurrence, le président se révélait simplement normal. Car Boutang, depuis l’origine, c’est l’histoire d’un père qui revient sans cesse harponner les fils, faisant retour depuis les lieux les plus divers : un dossier du « Figaro littéraire » et un souvenir de Bernard-Henri Lévy, un ­livre de Patrick Buisson, mais aussi un dialogue télévisé avec le philosophe George Steiner, une réunion de La ­Manif pour tous ou une revue de chrétiens pro-israéliens.

Relation au père

Bien sûr, on doit commencer par mentionner l’enjeu biographique. Rappeler la relation de Boutang à son propre père, ingénieur déclassé, camelot du roi et grand lecteur du pamphlétaire antisémite Edouard Drumont : « Un jour, j’étais chez Boutang à Saint-Germain-en-Laye, se souvient Rémi Soulié, auteur de Pour saluer Pierre Boutang (Éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2016). Il a ouvert une commode, en a sorti une photo de son père, il avait les larmes aux yeux ».

Mais Boutang le fils est à son tour ­devenu père, père biologique, père symbolique aussi, et l’aura qui est la sienne aujourd’hui reste largement liée à l’accueil protecteur que cet ogre normalien réserva aux jeunes gens venus frapper à sa porte. À ces fils adoptifs, Boutang parlait de Maurras, mais aussi de littérature et même du chanteur Renaud…

Comme Rémi Soulié, Jean-François Colosimo, patron des Éditions du Cerf, fut de ceux-là : « J’avais 17 ans. Ce fut ­l’irruption du génie à l’état brut. Par la suite, quand je suis parti en Grèce, sans moyens, avec l’idée de vivre dans un ­monastère du mont Athos, Boutang me demandait au téléphone : “Où êtes-vous ? Donnez-moi votre adresse pour que je vous envoie de l’argent”. »

Boutang a fait du lien paternel le fil rouge de sa vie mais aussi de sa pensée, et c’est ce choix qui lui confère aujourd’hui une influence renouvelée, au moment où une frange de la droite française renoue avec ce que l’écrivain hussard Antoine Blondin nommait « l’âge de Pierre »… Aux femmes et aux hommes qui cherchent à réarmer ­intellectuellement la famille réactionnaire, sa philosophie du père fournit des réponses dans au moins trois ­domaines : ceux de la filiation, du pouvoir et de la civilisation

La filiation, d’abord. Plutôt qu’un territoire charnel, la France selon Boutang est une culture qui vous tombe dessus, une langue qui vous élit. Pour lui, l’héritage forme le seul horizon digne de ce nom ; c’est la gratitude qui nous jette en avant. « Dès le berceau, nous naissons avec une dette que nous n’avons pas contractée et qui est impayable : voilà l’idée anthropologique de Boutang », note la philosophe Chantal Delsol.

Pendant Mai 68, Boutang enseigne au lycée Turgot, à Paris, et il sent d’emblée que l’insurrection en cours produira cette révolution du désir dont il combat certaines figures tutélaires : ­« Althusser à rien, Lacan à pas grand-chose », fredonne celui qui signera un essai intitulé Apocalypse du désir (Grasset, 1979). Au slogan soixante-huitard, « Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi ! », Boutang semble rétorquer : « Marche, compagnon, l’origine est devant toi ! » Cette origine détermine toute vie humaine, dit-il, et elle est indissociable de la différence des sexes telle que la Bible l’a fondée (un héritage peu présent chez Maurras,­ davantage travaillé par la mort que tourné vers la vie).

« Une vraie influence sur le mouvement royaliste »

Ainsi n’est-il guère étonnant que la pensée politique de Boutang ait inspiré une partie de La Manif pour tous. Certes, celle-ci est souvent « boutangienne sans le savoir », précise Gérard Leclerc, éditorialiste au journal Royaliste et à Radio Notre-Dame. Mais le lien existe, et il n’est pas que théorique : « Boutang a une vraie influence sur le mouvement royaliste, qui a lui-même plus d’influence sur les droites qu’on ne le croit. Un certain nombre de gens liés à La ­Manif pour tous viennent de là, et même quand il n’est pas explicitement cité, Boutang pèse », ajoute Chantal Delsol.

« L’Action française est un peu la ­franc-maçonnerie des réactionnaires, ­confirme Francis Venciton, jeune militant de l’AF Provence. Parmi les fondateurs de La Manif pour tous, pas mal de gens sont issus de l’AF ou l’ont fréquentée, et nous avons contribué à orienter son argumentaire. » Or pour ces royalistes qui nourrissent les nouvelles mobilisations de droite, la voix de Boutang compte à nouveau. Après avoir longtemps été effacé pour raison de querelles internes, son visage est réapparu sur les autocollants de ­l’Action française. « Boutang revient en force à l’AF, constate Axel Tisserand, auteur d’essais sur le royalisme. Il permet de penser au moins deux questions qui ont été remises au centre par La Manif pour tous : celle de la filiation et celle du consentement populaire. »

Après la filiation, donc, le pouvoir. Là encore, il y va d’un déplacement par rapport à la figure paternelle de Maurras. Quand celui-ci refusait toute souveraineté populaire et ancrait le pouvoir du prince sur l’autorité et la légitimité, son disciple indocile insiste sur un troisième pôle : celui du consentement. Dès lors, les monarchistes peuvent sortir de l’impasse émeutière et devenir non plus les démolisseurs de la démocratie, mais ses veilleurs impitoyables. Acceptant désormais le fait républicain, ils exigent que le pouvoir soit incarné par un père populaire.

Antisémite de ­culture

Voilà pourquoi Boutang finira par soutenir la Ve République gaullienne : « Pour Boutang, de Gaulle réunit les fils de l’histoire de France en coiffant la ­monarchie d’un bonnet de Marianne », résume Jean-François Colosimo. Voilà aussi pourquoi Boutang peut inspirer une partie de la droite contemporaine, comme en témoigne Jc

Pourtant, cet héritage est-il exclusivement chrétien ? Après la filiation et le pouvoir, nous voici venus au troisième enjeu, celui de la civilisation. Par rapport à Maurras, Boutang a peu à peu ­accompli, ici, un déplacement encore plus douloureux. Antisémite de ­culture, auteur de textes et de gestes où suintait la haine des juifs, Boutang a fini par considérer que le nouvel esprit du sionisme prenait le relais d’une chrétienté défaillante.

Alors que l’Europe politique devenait une construction supranationale, Boutang regardait Israël avec tendresse, car à ses yeux cette nation perpétuait les formes que l’Europe abandonnait : un État souverain, un peuple en armes, une identité millénaire. « L’homme européen ne se trouve pas éminemment en Europe, ou n’y est pas éveillé. Il est, paradoxe et scandale, en ­Israël », écrivait Boutang dans son journal, La Nation française, en juin 1967, à la veille de la guerre des Six-Jours.

Une nouvelle alliance judéo-chrétienne

Cinquante ans plus tard, alors que des figures de droite, comme l’ancien ­ministre de la défense Hervé Morin, appellent à « israéliser » la France en termes sécuritaires, les textes de Boutang nourrissent les arguments de [ceux qui prônent une nouvelle alliance judéo-chrétienne : « Le lien de Boutang avec Israël, c’est le lien non seulement avec l’origine du christianisme, mais aussi avec l’origine comme telle, qu’il faut sans cesse reconquérir, assure ­Olivier Véron, le patron des provinciales, qui republie des classiques de Boutang, dont Reprendre le pouvoir (1978). Quand on prétend faire face au terrorisme islamiste, on ne peut pas se contenter d’invoquer la République, il faut remonter aux sources de la civilisation occidentale, à ses sources juives et chrétiennes, qui fondent l’idée d’une société. Pour Boutang, cela impliquait de désobéir à Maurras, qui défendait l’héritage catholique sans prendre au sérieux la spiritualité. »

Et de fait, qu’il ait pensé la filiation, le pouvoir ou la civilisation, à chaque fois Boutang a relancé l’héritage de Maurras dans une forme d’infidélité fidèle qui ne pouvait le laisser en paix : « Boutang n’a jamais vraiment trahi Maurras, note François Huguenin, spécialiste de l’Action française. En 1942, il a rejoint Giraud en Algérie, pas de Gaulle. De même, il n’a jamais rompu radicalement avec l’antisémitisme, comme l’ont fait les chrétiens après Vatican II. Dans les deux cas, pour lui, cela aurait été tuer le père ­publiquement. Or si Boutang a bien tué le père, c’est souterrainement. Un jour, il a failli me foutre dehors parce que je lui avais demandé s’il entretenait un rapport filial avec Maurras. Il hurlait : “Vous ne savez pas ce qu’est la ­paternité !” J’avais touché juste… »

En 1958, dans un article important ­publié par la revue Esprit, l’historien Jacques Julliard affirmait que la pensée de Maurras avait constitué le seul grand effort tenté, au XXe siècle, « pour donner à la droite française une doctrine ferme et cohérente ». Aujourd’hui, alors que les idées de cette famille politique ont à nouveau le vent en poupe, certains de ses enfants sont tentés de ­renouer avec Maurras.

Mais son nom est définitivement ­associé à l’aventurisme impuissant et à la collaboration sanglante. Désireux de se rebrancher sur cette tradition sans avoir à en assumer les erreurs et les compromissions, les nouveaux réactionnaires se tournent parfois vers Boutang, ce fils qui a mis à mort un père aimé et défaillant… pour mieux maintenir en vie sa famille.

« Pierre Boutang », de Stéphane Giocanti (Flammarion, « Grandes biographies », 2016).
« La Politique », de Pierre Boutang, postface de Michaël Bar-Zvi (Les Provinciales, 2014).
« Ontologie du secret », de Pierre Boutang (PUF, 1973), disponible en poche dans la collection « Quadrige »

Reprendre le pouvoir, de Pierre Boutang, introduction de Olivier Véron, Les provinciales, 2016.
La Politique, la politique considérée comme souci, de Pierre Boutang, postface de Michaël Bar-Zvi, Les provinciales, 2014.
La guerre de six jours, Pierre Boutang, postface de Michaël Bar-Zvi, Les provinciales, 2011).
Le petit boutang des philosophes, introduction à la philosophie de Pierre Boutang, par Henri Du Buit, Les provinciales, 2016.

Voir de plus:

Le terrorisme continue car il est efficace

Alan M. Dershowitz

Gatestone Institute

May 23, 2017

Adaptation JFORUM

Chaque fois qu’une attaque terroriste inqualifiable frappe des victimes innocentes, nous nous plaignons et faisons le vœu de renforcer les mesures de sécurité et de prendre d’autres mesures de prévention. Mais nous ne réalisons pas la responsabilité de nos amis et alliés dans l’encouragement, la motivation et l’instigation au terrorisme.

Si nous voulons avoir une chance de contenir le terrorisme, nous devons nous attaquer le problème à la racine.

Ni la pauvreté, la privation, le désespoir ou l’une des autres raisons invoquées pour présenter comme un acte de désespoir le terrorisme, n’expliquent et encore moins justifient ce dernier. Tout sauf ça.

Beaucoup de terroristes, comme les participants du 11 septembre sont instruits, riches, et ont même réussi. Ils ont réfléchi en prenant leur décision, en pesant les coûts et avantages que représentent pour eux d’assassiner des civils innocents, et ce pour une raison très simple: ils croient que le terrorisme fonctionne.

Et malheureusement, ils ont raison.

La communauté internationale récompense le terrorisme et punit en même temps ceux qui tentent de le combattre avec des moyens raisonnables.

Tout a commencé par la décision de Yasser Arafat et d’autres groupes terroristes palestiniens d’utiliser la tactique du terrorisme comme moyen prioritaire pour mettre la cause palestinienne au centre de l’attention du monde.

En ce qui concerne les réalisations et les échecs de la cause palestinienne, ce statut est immérité. Le traitement des Tibétains par la Chine, les Kurdes par une grande partie du monde arabe et le peuple de la Tchétchénie par la Russie était au moins aussi mauvais.

Leur réponse aux abus, cependant, a été largement ignorée par la communauté internationale et les médias parce qu’ils étaient à la recherche de solutions dans le cadre législatif, et non sur le terrorisme.

La situation des Palestiniens est tout autre.

Le détournement d’avions, l’assassinat des athlètes olympiques à Munich, le meurtre d’enfants israéliens dans Ma’alot et les nombreuses autres atrocités terroristes commises par des terroristes palestiniens trouvent leur cause dans des préoccupations toutes autres de celles de la communauté des droits de l’homme.

Bien que les Palestiniens ne disposent pas encore d’un Etat – parce qu’ils ont refusé des offres généreuses de deux fois un Etat – leur cause domine encore l’Organisation des Nations Unies et de nombreux groupes de défense des droits de l’homme.

D’autres groupes dissidents ont puisé leur inspiration dans le succès du terrorisme palestinien et reprennent l’utilisation de ces tactiques barbares.

Ainsi, l’Autorité palestinienne – même si elle prétend rejeter le terrorisme – récompense les familles des kamikazes et autres terroristes avec des rémunérations d’autant plus étendues en fonction du nombre de victimes innocentes.

Si l’auteur du massacre de Manchester avait été palestinien, et si l’attentat avait eu lieu dans une salle israélienne, l’Autorité Palestinienne aurait payé la famille du terroriste une petite fortune pour l’assassinat de tant d’enfants.

Il y a un nom pour désigner ce phénomène qui pousse les personnes et les organisations à payer d’autres pour le meurtre de civils innocents: donner des subventions pour assassiner.


Si la mafia récompense pour le meurtre de ses adversaires, personne n’ose sympathiser avec elle.
En revanche, un leadership palestinien qui procède de la même manière est reçu et honoré dans le monde entier.

Si la mafia récompense pour le meurtre de ses adversaires, personne n’ose sympathiser avec elle.

En revanche, un leadership palestinien qui procède de la même manière est reçu et honoré dans le monde entier.

Ainsi, ces terroristes palestiniens sont glorifiés par l’attribution de leur nom à des parcs, des stades, des rues et autres lieux publics après les meurtriers en masse d’enfants.

Notre « allié » Qatar a financé le Hamas, que les États-Unis considèrent comme une organisation terroriste.

Les Nations Unies glorifient le terrorisme en apportant des pays qui le soutiennent dans les postes de bureau et de la dignité et de recevoir le parrain du terrorisme à bras ouverts.


De l’autre côté, il y a Israël, dont les efforts pour lutter contre le terrorisme avec des moyens raisonnables et juridiques en font un leader mondial en ce domaine, et qui est pourtant attaqué par la communauté internationale plus que tout autre pays.
Aux Nations Unies, les promoteurs du terrorisme sont mieux traités que leurs adversaires. Ainsi des tactiques du mouvement Boycott et Désinvestissement (BDS) contre Israël, qui illustrent cet état de fait : les actions de boycott sont dirigées uniquement contre Israël et non contre les nombreuses nations qui soutiennent le terrorisme.

De l’autre côté, il y a Israël, dont les efforts pour lutter contre le terrorisme avec des moyens raisonnables et juridiques en font un leader mondial en ce domaine, et qui est pourtant attaqué par la communauté internationale plus que tout autre pays.

Aux Nations Unies, les promoteurs du terrorisme sont mieux traités que leurs adversaires. Ainsi des tactiques du mouvement Boycott et Désinvestissement (BDS) contre Israël, qui illustrent cet état de fait : les actions de boycott sont dirigées uniquement contre Israël et non contre les nombreuses nations qui soutiennent le terrorisme.

Tant qu’il porte ses fruits, le terrorisme continuera à sévir.

Quand on parle de fruits, il peut s’agir simplement de réussir à obtenir l’attention. Ou alors de réussir à recruter. Ou encore, comme cela est arrivé dans de nombreux pays européens, le terrorisme conduit à des concessions.

Certains pays européens souffrant actuellement du terrorisme ont libéré des terroristes palestiniens. Entre autres, l’Angleterre, la France, l’Italie et l’Allemagne : les terroristes palestiniens ont été libérés dans l’espoir d’être épargnés par les attaques dans leur propre pays.

Les tactiques égoïstes et immorales de ces pays n’ont pas échappé aux terroristes, pour lesquels ils deviennent de ce fait des cibles intéressantes.

Pour lutter contre le terrorisme, le monde entier doit se serrer les coudes et ne devrait plus jamais récompenser les tueurs, mais au contraire s’efforcer de toujours de punir ceux qui le permettent.

Le Professeur Alan Morton Dershowitz, né à Brooklyn (New York) le 1er septembre 1938, est un avocat et universitaire américain, professeur de droit à l’université Harvard

Voir encore:

Manchester’s Islamist Appeasing Police and Politicians Have Blood on Their Hands

Muslim sex grooming paved the way for the Manchester Arena attack.

Daniel Greenfield
Frontpage
May 24, 2017

Daniel Greenfield, a Shillman Journalism Fellow at the Freedom Center, is a New York writer focusing on the radical left and Islamic terrorism.

In the months before weeping little girls with nails in their faces were carried out of the Manchester Arena, the authorities of that city were hard at work fighting the dreaded threat of Islamophobia.

While Salman Abedi, the second-generation Muslim refugee terrorist who maimed and killed dozens in a brutal terrorist attack, stalked the streets wailing, “There is no god but Allah and Mohammed is the messenger of Allah”, Manchester police were busy with more important things.

The Greater Manchester Police are one of only two police forces to list Islamophobia as a hate crime category. Earlier this year, Chief Constable Ian Hopkins honored Tell Mama for fighting Islamophobia. Tell Mama had lost funding earlier when its claims of a plague of violent Islamophobia fell apart.

Shahid Malik, the chair of Tell Mama, had been photographed with the leader of Hamas. Appearing at the Global Peace and Unity conference, where plenty of terrorism supporters have promenaded, he boasted, “In 2005 we had four Muslim MPs. In 2009 or 2010 we’ll have eight or ten Muslim MPs. In 2014 we’ll have 16 Muslim MPs. At this rate the whole parliament will be Muslim.”

Last year, Hopkins had appeared at a Muslim Engagement and Development (MEND) event at the European Islamic Centre along with Azad Ali. Ali has praised Anwar Al-Awlaki and other Al Qaeda figures. He justified the murder of British and American soldiers, he praised Hamas and Hezbollah.

Instead of arresting him, the Chief Constable appeared at the same forum with a terrorist supporter.

Also present was Greater Manchester Police Crime Commissioner and Interim Mayor Tony Lloyd who came by to talk about « eradicating hate ». This was at an event attended by Anas Altikriti of the Cordoba Foundation, who had backed terrorists murdering British soldiers and accused Jews of dual loyalty.

Tony Lloyd will be the Labour candidate in Rochdale; home of the Muslim sex grooming cover-up.

Both Manchester Mayor Burnham and Chief Constable Ian Hopkins had appeared at MEND events. MEND’s Director of Engagement is Azad Ali.

After the attack, Manchester Mayor Andy Burnham vowed on camera, “terrorists will never beat us”. The terrorists don’t need to beat Burnham. He’ll eagerly collaborate without so much as a single slap.

Last year the left-wing politician fought the government’s efforts to crack down on Islamic terror. “It is creating a feeling in the Muslim community that it is being spied upon and unfairly targeted,” he whined.

Terrorists will never beat us. Unless they have their useful idiots operating on the inside for whom Muslim feelings come first and little girls being torn to pieces by shrapnel come last.

Burnham accused opponents of Islamic terror of racism, xenophobia and all the usual stuff. He insisted that there was a huge Islamophobia problem that was being hidden because Muslims were too afraid of the police to report this rash of imaginary crimes.

« There’s a lot of people in this country not necessarily at risk from ‘Islamic extremism’ but it’s far-right extremism, » Andy insisted.

This is what led to the Manchester Arena bombing. Mayor Burnham sold out the police. The police sold out the people. The authorities were chasing Islamophobia when they should have been fighting Islamic terror.

Mayor Burnham and Chief Constable Hopkins pandered to Islamists, prioritized Islamophobia and dutifully opposed the government’s fight against Islamic terror.

The Islamophobia lie killed 22 people in Manchester. It happened on the watch of the GMP.

No one takes Islamophobia more seriously than the Greater Manchester Police. When Muslim sex grooming gangs were abusing little girls in Rochdale, the GMP dutifully covered it up. On one of the recorded interviews, a police officer can be heard yawning as a girl describes her abuse.

An MP who had pursued these cases said that the authorities “were afraid of being called racist. »

Voir de même:

Le politiquement correct, conforté par l’élection d’Emmanuel Macron, est en pleine forme. Construit dans le but de protéger les nouvelles minorités et plus particulièrement la culture islamique en Europe, ce prêt-à-penser s’interdit toute approche critique. Faire le lien entre l’insécurité dans le quartier parisien La Chapelle-Pajol et l’afflux de migrants depuis 2015 relève du blasphème. Il est également inconcevable, pour les commentateurs comme il faut, de suggérer une relation entre le sexisme dénoncé par ces femmes du XVIIIe arrondissement et le machisme véhiculé par le Coran (voir mon blog de lundi). Quant au terrorisme, qui a tué cette fois des enfants et des adolescents de Manchester (Angleterre) venus assister, lundi soir, à un concert d’Ariana Grande (22 morts, 60 blessés), il n’est pas question, pour le discours dominant, de le rapprocher de l’esprit guerrier qui marque de son empreinte de nombreuses sourates. L’Etat islamique a revendiqué l’attentat, commis par Salman Abedi, 22 ans, britannique d’origine libyenne. Mais le chef de l’Etat français se contente de parler de « nos ennemis terroristes », sans être plus précis. Il dit vouloir accélérer la création d’une « task force » sous son autorité. Il a aussi annoncé, ce mercredi, sa volonté de légiférer pour « renforcer la sécurité face à la menace terroriste ». Toutefois, ces réponses resteront vaines si n’est pas posée la responsabilité de l’idéologie islamiste, conquérante et totalitaire. Se contenter de répéter que le djihadisme serait le produit de sociétés occidentales discriminantes, cette tarte à la crème du conformisme médiatique, invite les démocraties culpabilisées à se soumettre à une contre-culture s’affirmant comme « la meilleure communauté qu’on a fait surgir pour les hommes », et à y perdre leur âme.

L’urgence est moins de moraliser la vie politique que de moraliser l’islam politique. Quand Donald Trump, dimanche à Riyad (Arabie saoudite), exhorte ce pays qui a des liens financiers avec Daesch à lutter contre les extrémistes (« Chassez-les, chassez-les de vos lieux de culte, chassez-les de vos communautés (…) chassez-les de cette terre »), il met les musulmans de paix devant leurs responsabilités. Comme le souligne également Pascal Bruckner dans Le Figaro de ce jour, la réponse au terrorisme « repose sur la capacité des musulmans à réformer leur religion ». L’islam doit faire le ménage dans son idéologie. Cette politique impliquerait une dénonciation du wahhabisme, du salafisme, des Frères musulmans, mais aussi de l’islamo-gauchisme et de sa presse collaboratrice (Médiapart, Bondy Blog, Libération, Les Inrockubtibles, etc.) C’est cette voie que le pouvoir devrait soutenir, au lieu de nier les filiations entre l’islam, l’islamisme, le sexisme, l’antisémitisme, le terrorisme. L’historien tunisien Mohamed Talbi, qui vient de mourir, écrivait : « Je ne crois qu’au Coran et pas à la charia. Le premier est l’oeuvre de Dieu, la seconde n’est qu’une production humaine qui n’a rien à voir avec l’islam et dont les musulmans doivent se libérer ». La rationalité ne peut rester plus longtemps étrangère à l’islam. Anouar Kbibech, président du Conseil français du culte musulman (CFCM), travaille d’ailleurs à l’élaboration d’un « contre-discours » construit sur une « contextualisation ». Ce sont ces musulmans éclairés que le pouvoir devrait soutenir, au lieu de s’interdire de penser et d’aggraver, au nom de l’apaisement, des situations toujours plus conflictuelles.

Voir aussi le tristement fameux discours du Général de Gaulle:

Charles de Gaulle
27 novembre 1967

L’établissement entre les deux guerres mondiales, car il faut remonter jusque-là, l’établissement d’un foyer sioniste en Palestine, et puis après la deuxième guerre mondiale, l’établissement d’un Etat d’Israël soulevait à l’époque un certain nombre d’appréhensions. On pouvait se demander, en effet, et on se demandait, même chez beaucoup de juifs, si l’implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes qui lui sont foncièrement hostiles, n’allaient pas entraîner d’incessants, d’interminables frictions et conflits. Et certains même redoutaient que les juifs, jusqu’alors dispersés, et qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tout temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent une fois qu’ils seraient rassemblés dans les sites de son ancienne grandeur, n’en viennent à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis 19 siècles : « l’an prochain à Jérusalem ». En dépit du flot, tantôt montant, tantôt descendant, des malveillances qu’ils provoquaient, qu’ils suscitaient plus exactement, dans certains pays à certaines époques, un capital considérable d’intérêt et même de sympathie s’était formé en leur faveur et surtout il faut bien le dire dans la chrétienté. Un capital qui était issu de l’immense souvenir du testament, nourri à toutes les sources d’une magnifique liturgie, entretenu par la commisération qu’inspirait leur antique valeur et que poétisait chez nous la légende du juif errant, accru par les abominables persécutions qu’ils avaient subi pendant la deuxième guerre mondiale et grossi depuis qu’il avait retrouvé une patrie, par les travaux, leurs travaux constructifs et le courage de leurs soldats. C’est pourquoi indépendamment des vastes concours en argent, en influence, en propagande que les Israéliens recevaient des milieux juifs, d’Amérique et d’Europe, beaucoup de pays, dont la France, voyaient avec satisfaction l’établissement de leur Etat sur le territoire que leur avaient reconnu les puissances, que lui avaient reconnu les puissances, tout en désirant qu’ils parviennent en usant d’un peu de modestie à trouver avec ses voisins un modus vivendi pacifique. Il faut dire que ces données psychologiques avaient quelque peu changé depuis 1956. À la faveur de l’expédition franco-britannique de Suez, on avait vu apparaître en effet, un état d’Israël guerrier et résolu à s’agrandir, et ensuite l’action qu’il menait pour doubler sa population par l’immigration de nouveaux éléments donnait à penser que le territoire qu’il avait acquis ne lui suffirait pas longtemps et qu’il serait porté pour l’agrandir à utiliser toute occasion qui se présenterait. C’est pourquoi d’ailleurs, la cinquième république s’était dégagée, vis-à-vis d’Israël, des liens spéciaux et très étroits que le régime précédent avait noué avec cet Etat et la cinquième république s’était appliquée, au contraire, à favoriser la détente dans le Moyen-Orient. Bien sûr, nous conservions avec le gouvernement israélien des rapports cordiaux et même lui fournissions pour sa défense éventuelle les armements qu’il demandait d’acheter mais en même temps nous lui prodiguions des avis de modération. Notamment à propos des litiges qui concernait les eaux du Jourdain, des escarmouches qui opposaient périodiquement les forces des deux côtés. Enfin nous ne donnions pas notre aval, à son installation dans un quartier de Jérusalem dont il s’était emparé, et nous maintenions notre ambassade à Tel-Aviv. D’autre part, une fois mis un terme à l’affaire algérienne, nous avions repris avec les peuples arabes d’Orient, la même politique d’amitié et de coopération qui avait été pendant des siècles celle de la France dans cette partie du monde et dont la raison et le sentiment font qu’elle doit être aujourd’hui une des bases fondamentales de notre action extérieure. Bien entendu, nous ne laissions pas ignorer aux arabes que pour nous l’Etat d’Israël était un fait accompli et que nous n’admettrions pas qu’il fut détruit. De sorte que tout compris, on pourrait imaginer qu’un jour viendrait où notre pays pourrait aider directement, à ce qu’une paix réelle fut conclue et garantie en Orient pourvu qu’aucun drame nouveau ne vint à la déchirer. Hélas ! le drame est venu, il avait été préparé par une tension très grave et constante qui résultait du sort scandaleux des réfugiés en Jordanie, et aussi d’une menace de destruction prodiguée contre Israël. Le 22 mai, l’affaire d’Aqaba, fâcheusement créée par l’Egypte, allait offrir un prétexte à ce qui rêvait d’en découdre. Pour éviter les hostilités, la France avait dès le 24 mai, proposé aux trois autres grandes puissances, d’interdire conjointement avec elle, à chacune des deux parties, d’entamer le combat. Le 2 juin, le gouvernement français avait officiellement déclaré, qu’éventuellement il donnerait tort à quiconque entamerait le premier, l’action des armes. Et c’est ce qu’il répétait en toute clarté à tous les Etats en cause. C’est ce que j’avais moi-même, le 24 mai déclaré à Monsieur Ebban, Ministre des affaires étrangères d’Israël que je voyais à Paris. Si Israël est attaqué, lui dis-je alors en substance, nous ne le laisserons pas détruire, mais si vous attaquez, nous condamnerons votre initiative. Certes, malgré l’infériorité numérique de votre population, étant donné que vous êtes beaucoup mieux organisés, beaucoup plus rassemblés, beaucoup mieux armés que les arabes, je ne doute pas que le cas échéant, vous remporteriez des succès militaires. Mais ensuite, vous vous trouveriez engagés sur le terrain, et au point de vue international dans des difficultés grandissantes d’autant plus que la guerre en Orient ne peut pas manquer d’augmenter dans le monde une tension déplorable et d’avoir des conséquences très malencontreuses pour beaucoup de pays. Si bien que c’est à vous, devenu des conquérants, qu’on en attribuerait peu à peu les inconvénients. On sait que la voix de la France n’a pas été entendue, Israël ayant attaqué, s’est emparé en six jours de combat des objectifs qu’il voulait atteindre. Maintenant il organise, sur les territoires qu’il a pris l’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsion et s’il manifeste contre lui la résistance qu’à son tour il qualifie de terrorisme, il est vrai que les deux belligérants observent pour le moment d’une manière plus ou moins précaire et irrégulière le cessez-le-feu prescrit par les Nations Unies mais il est bien évident que le conflit n’est que suspendu et qu’il ne peut pas avoir de solution sauf par la voie internationale. Mais un règlement dans cette voie, à moins que les Nations Unis ne déchirent que, elles-mêmes, leur propre charte, un règlement doit avoir pour base, l’évacuation des territoires qui ont été pris par la force, la fin de toute belligérance, et la reconnaissance de chacun des Eats en cause par tous les autres. Après quoi, par des décisions des Nations Unies avec la présence et la garantie de leur force, il serait probablement possible d’arrêter le tracé précis des frontières, les conditions de la vie et de la sécurité des deux côtés, le sort des réfugiés et des minorités et les modalités de la libre navigation pour tous dans le golfe d’Aqaba et dans le canal de Suez. Pour qu’un règlement quelconque, et notamment celui là, puisse voir le jour, règlement auquel du reste, suivant la France, devrait s’ajouter un statut international pour Jérusalem. Pour qu’un tel règlement puisse être mis en œuvre, il faut naturellement, il faudrait qu’il eut l’accord des grandes puissances qui entraînerait ipso facto, celui des Nations Unies. Et si un tel accord voyait le jour, la France est d’avance disposée à prêter son concours politique, économique et militaire, pour que cet accord soit effectivement appliqué. Mais on ne voit pas comment un accord quelconque pourrait naître tant que l’un des plus grand des quatre ne se sera pas dégagé de la guerre odieuse qu’il mène ailleurs. Car tout se tient dans le monde d’aujourd’hui. Sans le drame du Vietnam, le conflit entre Israël et les arabes ne serait pas devenu ce qu’il est. Et si l’Asie du sud est, voyait renaître la paix, l’Orient l’aurait bientôt retrouvée, à la faveur de la détente générale qui suivrait un pareil événement.

Voir par ailleurs la version des nouveaux historiens français:

1962 Le crépuscule de l’Algérie française à Jérusalem

Vincent Lemire

La fin des mandats français en Syrie et au Liban ne marque pas pour autant la fin de la politique de protection « impériale » des Lieux saints, chrétiens mais aussi musulmans, au Proche-Orient. Au nom de la souveraineté qu’elle exerce sur l’Algérie, la France revendique ainsi jusqu’en 1962, au pied du mur des Lamentations, l’administration du Quartier maghrébin à Jérusalem.Lundi 12 février 1962 au soir, au Quai d’Orsay, dans le bureau du directeur de cabinet du ministre des Affaires étrangères Maurice Couve de Murville, se tient un étrange et bref conclave consacré au sort d’une « fondation musulmane algérienne à Jérusalem », le « waqf Abû Madyan », propriétaire d’un quartier d’habitation situé dans la Ville sainte le long du mur des Lamentations. Quatre jours après le massacre de Charonne, à la veille de la manifestation qui réunira 500 000 personnes pour accompagner le cortège funéraire jusqu’au cimetière du Père-Lachaise, un mois avant la signature des accords d’Évian qui scelleront le sort de l’Algérie française, les plus hautes autorités diplomatiques françaises prennent le temps de se pencher sur ce qu’on appelle le « Quartier maghrébin » de Jérusalem, qui est pour quelques semaines encore un petit « morceau de France » au Proche-Orient, un étrange confetti néocolonial isolé au beau milieu de la Ville sainte, une sorte de « mandat français » – ou plus exactement franco-algérien – en Palestine, dont l’histoire est aujourd’hui largement oubliée.

Ce soir-là, au coeur de la tour de contrôle du système diplomatique français, dans une ambiance qu’on devine lugubre, la France décide d’abandonner le Quartier maghrébin à son triste sort, en se retirant des procédures judiciaires en cours en Israël à propos de la contestation foncière de cet ensemble immobilier. Depuis des mois déjà, des notes exaspérées en provenance du gouvernement général d’Alger  se plaignaient que la France continue de soutenir à bout de bras « une communauté qui parle de rompre tout lien avec la France et même de nous faire la guerre ». Les Algériens de Jérusalem, un temps instrumentalisés au service de la politique française « protectrice des Lieux saints » au Proche-Orient lorsqu’ils étaient encore des FMA (Français musulmans d’Algérie), ont brutalement – et logiquement – perdu de leur utilité en 1962, au crépuscule de l’Algérie française.

Depuis Alger et Paris en 1962, déplaçons-nous donc vers Jérusalem dans les années 1950 pour comprendre comment s’y est joué un épisode décisif et méconnu de la politique arabe et musulmane de la France, mais aussi de ses rapports avec Israël et les diasporas juives. Vu depuis la Palestine alors jordanienne, il est clair en tout cas que la France possède des droits incontestables sur ce petit quartier de la Ville sainte : « Situation de la colonie maghrébine de Jérusalem, la France délègue sur place un fils d’Algérie pour étudier la situation », titre ainsi le quotidien Falestin le 12 août 1955, en tête d’un long reportage consacré à Hadj Lounis Mahfoud, professeur d’arabe au collège de Sétif, en visite à Jérusalem, « venant d’Arabie saoudite après y avoir effectué son pèlerinage », pour préparer un rapport sur la gestion de cette fondation franco-algérienne destinée à secourir, loger et soigner les ressortissants maghrébins de passage ou résidant dans la Ville sainte.

Si la France s’est effectivement retrouvée en position de gérer ce quartier stratégique de la Ville sainte, c’est bien en raison de la souveraineté qu’elle exerce alors sur l’Algérie, puisque la fondation pieuse musulmane propriétaire du quartier a été créée à la fin du XII e siècle par un descendant d’un mystique soufi algérien, Abû Madyan ou Sidi Boumédiène, compagnon d’armes de Saladin lors de la reprise de la ville aux croisés en 1187. C’est précisément en 1949 que le consul de France à Jérusalem a saisi une opportunité géopolitique inattendue : à l’issue de la première guerre israélo-arabe, le waqf Abû Madyan perd la quasi-totalité de ses revenus fonciers suite à la conquête par Israël du village d’Ain Karem, situé à 5 kilomètres à l’ouest des murailles de la Vieille Ville, donc à l’intérieur des frontières d’Israël internationalement reconnues. La France, puissance souveraine en Algérie, peut donc reprendre sous son aile protectrice cette portion des Lieux saints située en territoire jordanien, en espérant pouvoir en retirer des bénéfices diplomatiques dans le cadre de la guerre larvée que se livrent Israël et la Jordanie le long de la ligne de démarcation qui coupe Jérusalem en deux : « Pouvons-nous espérer tirer profit du fait Abou Médiane ? C’est là l’affaire du gouvernement. À mon humble échelon toutefois, il est permis de penser que notre singulière position au mur des Lamentations ne devrait pas nous être inutile », écrit le consul de France à son ministre le 6 juillet 1949, avec « copie à Alger, Tunis, Rabat, Amman »… et au « Professeur Massignon ».

Louis Massignon est effectivement la cheville ouvrière de cette brève séquence historique (1949- 1962) pendant laquelle la France administrait ce quartier de Jérusalem qui commandait l’accès au mur des Lamentations. Figure éminente de l’orientalisme français, membre de l’Académie de langue arabe du Caire, professeur au Collège de France, ardent chrétien mais farouche défenseur de « l’amitié francomusulmane», fondateur du « Comité chrétien d’entente France-Islam », et en 1954 en Bretagne du «pèlerinage islamo-chrétien des Sept Dormants d’Éphèse », « honorable correspondant » des services de renseignements français pour le Proche-Orient depuis qu’il est entré dans Jérusalem le 11 décembre 1917 aux côtés du général britannique Allenby, Massignon défend, dans ses courriers adressés à tous les échelons de la diplomatie française, le « mandat sacré de la France » vis-à-vis des Maghrébins de
Jérusalem, élément décisif selon lui d’une politique étrangère qui doit s’affirmer non seulement « arabe » mais également « musulmane », pour démontrer aux Algériens tentés par l’indépendance que la France se préoccupe concrètement de leurs intérêts, y compris à l’extérieur de leur territoire.

C’est lui qui publie en 1951 dans la Revue des études islamiques un long article sur « le waqf tlemcénien Abû Madyan à Jérusalem » (dont il expédie pas moins de 500 tirés à part en France et dans le monde arabe) ; lui qui se rend à Tlemcen en Algérie en mai 1952 pour y fonder le comité de défense du waqf ; lui encore qui manoeuvre pour que l’Assemblée algérienne vote le 17 juin 1952 une résolution «pour la sauvegarde des waqfs algériens de Palestine au profit des pèlerins musulmans nord-africains » ; lui enfin qui déclare solennellement le 13 novembre 1955 à la radio d’Alger (en arabe) que l’école coranique (médersa ) du Quartier maghrébin de Jérusalem sera bientôt restaurée grâce au soutien financier de la France – ainsi que de la Tunisie et du Maroc, encore sous tutelle française et qui ont également des ressortissants sur place.

En effet, comme il l’écrit à qui veut l’entendre, le waqf Abû Madyan « commande la porte de la mosquée El-Aksa » et « contient le sol même du mur des Lamentations ». Bien plus, selon lui, « l’intérêt de l’Islam algérien pour ce waqf, considéré comme une “pierre d’attente” pour le rétablissement de la qibla (direction de prière) de l’Islam à Jérusalem, est fonction de son persistant attachement au souvenir du saint de Tlemcen », auquel le président Houari Boumédiène doit d’ailleurs son nom de guerre. En 1954, une quête est organisée aux portes de la mosquée de Tlemcen, elle rapporte 78 000 francs qui sont transmis par Massignon lui-même au consul de France à Jérusalem qui redistribue l’argent aux Maghrébins nécessiteux de Jérusalem. Pendant quelques années, l’idée d’une « politique algérienne et musulmane » de la France en Terre sainte a donc produit des effets bien concrets, sonnants et trébuchants.

L’histoire singulière de ce quartier franco-algérien de Jérusalem va donc s’interrompre en 1962, lorsque la France perd toute légitimité selon le droit international et vis-à-vis d’Israël pour intervenir en défense d’une fondation algérienne. En réalité, depuis quelques années, les effets de la guerre d’indépendance commencent à se faire sentir jusqu’à Jérusalem. Au lendemain de la crise de Suez, en septembre 1956, des tracts distribués par l’antenne jordanienne du FLN dénoncent « les massacres perpétrés par la France au Maghreb et ses campagnes barbares contre le peuple algérien » et affirment que « chaque Maghrébin s’est libéré du microbe mortel qui prend la forme de la protection ou de la nationalité ». Louis Massignon continue malgré tout de prôner la distribution gratuite de pain aux pauvres maghrébins de Jérusalem lors des fêtes de Ramadan en 1957 « sous peine de détruire définitivement cette “communauté franco-musulmane” proclamée par M. le Président du Conseil et sous peine de condamner mon comité France-Islam ».

Le sens de l’histoire, pourtant, ne souffle plus du côté de Massignon et de « l’amitié francomusulmane» : en mai 1961, quelques semaines après le putsch des généraux, le gouvernement général de l’Algérie se montre de plus en plus dubitatif sur les effets réels de la position française défendue à Jérusalem pour tenter de « contrebalancer l’influence que le FLN a su s’assurer sur la colonie algérienne en Palestine ». La rupture se confirme à l’automne 1961 : alors que le Quai d’Orsay affirmait encore en juillet que l’abandon du Quartier maghrébin causerait un « préjudice moral irréparable » aux intérêts français « dans le monde arabe et en particulier en Afrique du Nord […] jusqu’à nous soupçonner d’avoir été de connivence avec Israël », le massacre des manifestants algériens dans Paris dans la nuit du 17 octobre 1961 creuse un fossé désormais infranchissable entre les intérêts français et les intérêts algériens, fussent-ils défendus au nom de la « France protectrice des Lieux saints musulmans ». En février 1962, quelques jours après le massacre de Charonne, la France abandonne la défense des intérêts algériens à Jérusalem. Malgré les efforts du premier « haut représentant de la France en Algérie » Jean-Marcel Jeanneney au cours de l’hiver 1962-1963, le nouvel État algérien indépendant ne reprend pas le dossier à son compte et renonce à s’impliquer dans la défense de ses ressortissants à Jérusalem. Le waqf Abû Madyan est désormais privé de toute protection juridique internationale.

Quatre ans plus tard, en juin 1967, à l’issue de la guerre des Six Jours et de la conquête de Jérusalem, le Quartier maghrébin est évacué par l’armée israélienne et rasé en quarante-huit heures pour dégager ce qui est aujourd’hui l’esplanade du Mur occidental, considéré comme le lieu le plus sacré du judaïsme. La célèbre formule prononcée par de Gaulle six mois plus tard, lors d’une conférence de presse du 27 novembre 1967, à propos des « juifs […], peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur », peut-elle être aussi interprétée à l’aune de cette histoire méconnue ? Peut-être, surtout si on prend la peine d’écouter la totalité de son intervention, dans laquelle il indique « qu’une fois mis un terme à l’affaire algérienne, nous avions repris avec les peuples arabes d’Orient la même politique d’amitié et de coopération qui avait été pendant des siècles celle de la France dans cette partie du monde », et, dans une étrange formule à propos des rapports entre la France et Israël, « nous ne donnions pas notre aval à son installation dans un quartier de Jérusalem dont il s’était emparé ». Le verbe gaullien a ceci de prodigieusement puissant et exaspérant : il peut énoncer sans l’exprimer tout à fait, par l’emphase d’une formule alambiquée, une certaine idée de la France et du monde.

VINCENT LEMIRE
RÉFÉRENCES
Anne LISKENNE , L’Algérie indépendante. L’ambassade de Jean-Marcel Jeanneney (juillet 1962-janvier 1963) , Paris, Armand Colin,
2015.
Louis MASSIGNON , « Documents sur certains waqfs des Lieux saints de l’Islam. Principalement sur le waqf Tamimi à Hébron et sur le
waqf tlemcénien Abû Madyan à Jérusalem », Revue des études islamiques , 1951, p. 73-120.
Manoël PÉNICAUD , Le Réveil des Sept Dormants. Un pèlerinage islamo-chrétien en Bretagne , Paris, Cerf, 2014.
Umar RYAD , The Hajj and Europe in the Age of Empire , Leyde, Brill, 2016.
Tom SEGEV , 1967 : six jours qui ont changé le monde , Paris, Denoël, 2007.

Présidentielle 2017: Fichez nous la paix avec la religion ! (No wealth, please, we’re French: Guess where we got our current instincts and anxieties about the compatibility of wealth and social responsibility ?)

6 avril, 2017
La carte du Washington Post à partir des données de l'étude Gallup montre la place des pays les plus athées dans le monde. https://i1.wp.com/www.gillespichavant.com/blog/wp-content/uploads/2016/01/2015-ath%C3%A9es.jpg

Les pourcentages des personnes ayant indiqué, en 2005, ne pas croire en un quelconque « Dieu, esprit ou force de vie », dans les pays européens

Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. Jésus (Matthieu 25: 40)
Je vous le dis encore, il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. Jésus (Mathieu 19: 24)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
Ils disent: nous avons mis à mort le Messie, Jésus fils de Marie, l’apôtre de dieu. Non ils ne l’ont point tué, ils ne l’ont point crucifié, un autre individu qui lui ressemblait lui fut substitué, et ceux qui disputaient à son sujet ont été eux-mêmes dans le doute, ils n’ont que des opinions, ils ne l’ont pas vraiment tué. Mais Dieu l’a haussé à lui, Dieu est le puissant, Dieu est le sage. Le Coran (Sourate IV, verset 157-158)
La soumission à l’Autre n’en est pas moins étroite lorsqu’elle prend des formes négatives. Le pantin n’est pas moins pantin lorsque les ficelles sont croisées. René GirardLe pantin n’est pas moins pantin lorsque les ficelles sont croisées. René Girard
La condition préalable à tout dialogue est que chacun soit honnête avec sa tradition. A l’égard de l’islam, les chrétiens ont battu leur coulpe. Au point d’oublier que le Coran a récupéré et transposé leur patrimoine symbolique. Les figures bibliques majeures (Abraham, Moïse, Jésus) sont en effet totalement transformées, islamisées, dans le but d’accuser les » juifs » et les » chrétiens » d’être des falsificateurs de la Révélation, de s’être volontairement détournés de la vérité qu’ils avaient reçue à l’origine. Il y a, dans le Coran, à la fois imitation et rejet du judéo-christianisme. (…) les chrétiens ont repris tel quel le corpus de la Bible hébraïque. Saint Paul parle de » greffe » du christianisme sur le judaïsme, ce qui est une façon de ne pas nier celui-ci. Et, au XXe siècle, les chrétiens ont eu une lucidité critique à l’égard du judaïsme, en reconnaissant qu’ils avaient pu faire une lecture abusive, antijuive de leurs Ecritures. Dans l’islam, le corpus biblique est, au contraire, totalement remanié pour lui faire dire tout autre chose que son sens initial : certains éléments sont montés en épingle, d’autres sont occultés. La récupération sous forme de torsion ne respecte pas le texte originel sur lequel, malgré tout, le Coran s’appuie. René Girard
Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques. René Girard
Je crois que le moment décisif en Occident est l’invention de l’hôpital. Les primitifs s’occupent de leurs propres morts. Ce qu’il y a de caractéristique dans l’hôpital c’est bien le fait de s’occuper de tout le monde. C’est l’hôtel-Dieu donc c’est la charité. Et c’est visiblement une invention du Moyen-Age. René Girard
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la « victime inconnue », comme on dirait aujourd’hui le « soldat inconnu ». Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
Il y a deux grandes attitudes à mon avis dans l’histoire humaine, il y a celle de la mythologie qui s’efforce de dissimuler la violence, car, en dernière analyse, c’est sur la violence injuste que les communautés humaines reposent. (…) Cette attitude est trop universelle pour être condamnée. C’est l’attitude d’ailleurs des plus grands philosophes grecs et en particulier de Platon, qui condamne Homère et tous les poètes parce qu’ils se permettent de décrire dans leurs oeuvres les violences attribuées par les mythes aux dieux de la cité. Le grand philosophe voit dans cette audacieuse révélation une source de désordre, un péril majeur pour toute la société. Cette attitude est certainement l’attitude religieuse la plus répandue, la plus normale, la plus naturelle à l’homme et, de nos jours, elle est plus universelle que jamais, car les croyants modernisés, aussi bien les chrétiens que les juifs, l’ont au moins partiellement adoptée. L’autre attitude est beaucoup plus rare et elle est même unique au monde. Elle est réservée tout entière aux grands moments de l’inspiration biblique et chrétienne. Elle consiste non pas à pudiquement dissimuler mais, au contraire, à révéler la violence dans toute son injustice et son mensonge, partout où il est possible de la repérer. C’est l’attitude du Livre de Job et c’est l’attitude des Evangiles. C’est la plus audacieuse des deux et, à mon avis, c’est la plus grande. C’est l’attitude qui nous a permis de découvrir l’innocence de la plupart des victimes que même les hommes les plus religieux, au cours de leur histoire, n’ont jamais cessé de massacrer et de persécuter. C’est là qu’est l’inspiration commune au judaïsme et au christianisme, et c’est la clef, il faut l’espérer, de leur réconciliation future. C’est la tendance héroïque à mettre la vérité au-dessus même de l’ordre social. René Girard
(Le 11 septembre,) je le vois comme un événement déterminant, et c’est très grave de le minimiser aujourd’hui. Le désir habituel d’être optimiste, de ne pas voir l’unicité de notre temps du point de vue de la violence, correspond à un désir futile et désespéré de penser notre temps comme la simple continuation de la violence du XXe siècle. . Je pense, personnellement, que nous avons affaire à une nouvelle dimension qui est mondiale. Ce que le communisme avait tenté de faire, une guerre vraiment mondiale, est maintenant réalisé, c’est l’actualité. Minimiser le 11 Septembre, c’est ne pas vouloir voir l’importance de cette nouvelle dimension. (…) Mais la menace actuelle va au-delà de la politique, puisqu’elle comporte un aspect religieux. Ainsi, l’idée qu’il puisse y avoir un conflit plus total que celui conçu par les peuples totalitaires, comme l’Allemagne nazie, et qui puisse devenir en quelque sorte la propriété de l’islam, est tout simplement stupéfiante, tellement contraire à ce que tout le monde croyait sur la politique. (…) Le problème religieux est plus radical dans la mesure où il dépasse les divisions idéologiques – que bien sûr, la plupart des intellectuels aujourd’hui ne sont pas prêts d’abandonner.(…) Il s’agit de notre incompréhension du rôle de la religion, et de notre propre monde ; c’est ne pas comprendre que ce qui nous unit est très fragile. Lorsque nous évoquons nos principes démocratiques, parlons-nous de l’égalité et des élections, ou bien parlons-nous de capitalisme, de consommation, de libre échange, etc. ? Je pense que dans les années à venir, l’Occident sera mis à l’épreuve. Comment réagira-t-il : avec force ou faiblesse ? Se dissoudra-t-il ? Les occidentaux devraient se poser la question de savoir s’ils ont de vrais principes, et si ceux-ci sont chrétiens ou bien purement consuméristes. Le consumérisme n’a pas d’emprise sur ceux qui se livrent aux attentats suicides. (…) Allah est contre le consumérisme, etc. En réalité, le musulman pense que les rituels de prohibition religieuse sont une force qui maintient l’unité de la communauté, ce qui a totalement disparu ou qui est en déclin en Occident. Les gens en Occident ne sont motivés que par le consumérisme, les bons salaires, etc. Les musulmans disent : « leurs armes sont terriblement dangereuses, mais comme peuple, ils sont tellement faibles que leur civilisation peut être facilement détruite ».(…) L’avenir apocalyptique n’est pas quelque chose d’historique. C’est quelque chose de religieux sans lequel on ne peut pas vivre. C’est ce que les chrétiens actuels ne comprennent pas. Parce que, dans l’avenir apocalyptique, le bien et le mal sont mélangés de telle manière que d’un point de vue chrétien, on ne peut pas parler de pessimisme. Cela est tout simplement contenu dans le christianisme. Pour le comprendre, lisons la Première Lettre aux Corinthiens : si les puissants, c’est-à-dire les puissants de ce monde, avaient su ce qui arriverait, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de la Gloire – car cela aurait signifié leur destruction (cf. 1 Co 2, 8). Car lorsque l’on crucifie le Seigneur de la Gloire, la magie des pouvoirs, qui est le mécanisme du bouc émissaire, est révélée. Montrer la crucifixion comme l’assassinat d’une victime innocente, c’est montrer le meurtre collectif et révéler ce phénomène mimétique. C’est finalement cette vérité qui entraîne les puissants à leur perte. Et toute l’histoire est simplement la réalisation de cette prophétie. Ceux qui prétendent que le christianisme est anarchiste ont un peu raison. Les chrétiens détruisent les pouvoirs de ce monde, car ils détruisent la légitimité de toute violence. Pour l’État, le christianisme est une force anarchique, surtout lorsqu’il retrouve sa puissance spirituelle d’autrefois. Ainsi, le conflit avec les musulmans est bien plus considérable que ce que croient les fondamentalistes. Les fondamentalistes pensent que l’apocalypse est la violence de Dieu. Alors qu’en lisant les chapitres apocalyptiques, on voit que l’apocalypse est la violence de l’homme déchaînée par la destruction des puissants, c’est-à-dire des États, comme nous le voyons en ce moment. Lorsque les puissances seront vaincues, la violence deviendra telle que la fin arrivera. Si l’on suit les chapitres apocalyptiques, c’est bien cela qu’ils annoncent. Il y aura des révolutions et des guerres. Les États s’élèveront contre les États, les nations contre les nations. Cela reflète la violence. Voilà le pouvoir anarchique que nous avons maintenant, avec des forces capables de détruire le monde entier. On peut donc voir l’apparition de l’apocalypse d’une manière qui n’était pas possible auparavant. Au début du christianisme, l’apocalypse semblait magique : le monde va finir ; nous irons tous au paradis, et tout sera sauvé ! L’erreur des premiers chrétiens était de croire que l’apocalypse était toute proche. Les premiers textes chronologiques chrétiens sont les Lettres aux Thessaloniciens qui répondent à la question : pourquoi le monde continue-t-il alors qu’on en a annoncé la fin ? Paul dit qu’il y a quelque chose qui retient les pouvoirs, le katochos (quelque chose qui retient). L’interprétation la plus commune est qu’il s’agit de l’Empire romain. La crucifixion n’a pas encore dissout tout l’ordre. Si l’on consulte les chapitres du christianisme, ils décrivent quelque chose comme le chaos actuel, qui n’était pas présent au début de l’Empire romain. (..) le monde actuel (…) confirme vraiment toutes les prédictions. On voit l’apocalypse s’étendre tous les jours : le pouvoir de détruire le monde, les armes de plus en plus fatales, et autres menaces qui se multiplient sous nos yeux. Nous croyons toujours que tous ces problèmes sont gérables par l’homme mais, dans une vision d’ensemble, c’est impossible. Ils ont une valeur quasi surnaturelle. Comme les fondamentalistes, beaucoup de lecteurs de l’Évangile reconnaissent la situation mondiale dans ces chapitres apocalyptiques. Mais les fondamentalistes croient que la violence ultime vient de Dieu, alors ils ne voient pas vraiment le rapport avec la situation actuelle – le rapport religieux. Cela montre combien ils sont peu chrétiens. La violence humaine, qui menace aujourd’hui le monde, est plus conforme au thème apocalyptique de l’Évangile qu’ils ne le pensent. René Girard
Certains trouvent encore intolérable d’admettre que le peuple juif se soit trouvé, à trois reprises, plus ou moins volontairement, un élément essentiel au patrimoine de l’humanité: le monothéisme, le marché et les lieux saints. Car il n’est pas faux de dire, même si c’est schématique, que les juifs ont été mis en situation d’avoir à prêter aux deux autres monothéismes, et à les partager avec eux, leur dieu, leur argent et leurs lieux saints. Et comme la meilleure façon de ne pas rembourser un créancier, c’est de le diaboliser et de l’éliminer, ceux qui, dans le christianisme et l’islam, n’acceptent toujours pas cette dette à l’égard du judaïsme, se sont, à intervalles réguliers, acharnés à le détruire, attendant pour recommencer que le souvenir de l’élimination précédente se soit estompé. (…) soixante ans après la Shoah, il redevient possible (…) pour des hommes [Alliot-Marie et surtout Villepin apprécieront !] politiques français de dire en privé (et de démentir en public) que l’Etat d’Israël n’a pas de légitimité historique. Il devient possible de banaliser la collaboration. Il devient possible, lors de l’anniversaire du Débarquement, d’embrasser des anciens combattants allemands portant le même uniforme que ceux qui, à la même minute, faisaient fonctionner les chambres à gaz. Il devient possible de mêler dans un même discours confus une opposition à Bush et à Sharon avec un antisionisme et un antisémitisme global, devenu réponse mythique à toutes les humiliations. Jacques Attali
La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion. Notre civilisation est incapable de construire un temple ou un tombeau. Elle sera contrainte de trouver sa valeur fondamentale, ou elle se décomposera. C’est le grand phénomène de notre époque que la violence de la poussée islamique. Sous-estimée par la plupart de nos contemporains, cette montée de l’islam est analogiquement comparable aux débuts du communisme du temps de Lénine. Les conséquences de ce phénomène sont encore imprévisibles. A l’origine de la révolution marxiste, on croyait pouvoir endiguer le courant par des solutions partielles. Ni le christianisme, ni les organisations patronales ou ouvrières n’ont trouvé la réponse. De même aujourd’hui, le monde occidental ne semble guère préparé à affronter le problème de l’islam. En théorie, la solution paraît d’ailleurs extrêmement difficile. Peut-être serait-elle possible en pratique si, pour nous borner à l’aspect français de la question, celle-ci était pensée et appliquée par un véritable homme d’Etat. Les données actuelles du problème portent à croire que des formes variées de dictature musulmane vont s’établir successivement à travers le monde arabe. Quand je dis «musulmane» je pense moins aux structures religieuses qu’aux structures temporelles découlant de la doctrine de Mahomet. Dès maintenant, le sultan du Maroc est dépassé et Bourguiba ne conservera le pouvoir qu’en devenant une sorte de dictateur. Peut-être des solutions partielles auraient-elles suffi à endiguer le courant de l’islam, si elles avaient été appliquées à temps. Actuellement, il est trop tard ! Les «misérables» ont d’ailleurs peu à perdre. Ils préféreront conserver leur misère à l’intérieur d’une communauté musulmane. Leur sort sans doute restera inchangé. Nous avons d’eux une conception trop occidentale. Aux bienfaits que nous prétendons pouvoir leur apporter, ils préféreront l’avenir de leur race. L’Afrique noire ne restera pas longtemps insensible à ce processus. Tout ce que nous pouvons faire, c’est prendre conscience de la gravité du phénomène et tenter d’en retarder l’évolution. André Malraux (1956)
Quand j’ai lu le livre de Houellebecq, quelques jours après les assassinats à Charlie Hebdo, il m’a semblé que ses intuitions sur la vie politique française étaient tout à fait correctes. Les élites françaises donnent souvent l’impression qu’elles seraient moins perturbées par un parti islamiste au pouvoir que par le Front national. La lecture du travail de Christophe Guilluy sur ces questions a aiguisé ma réflexion sur la politique européenne. Guilluy se demande pourquoi la classe moyenne est en déclin à Paris comme dans la plupart des grandes villes européennes et il répond: parce que les villes européennes n’ont pas vraiment besoin d’une classe moyenne. Les emplois occupés auparavant par les classes moyennes et populaires, principalement dans le secteur manufacturier, sont maintenant plus rentablement pourvus en Chine. Ce dont les grandes villes européennes ont besoin, c’est d’équipements et de services pour les categories aisées qui y vivent. Ces services sont aujourd’hui fournis par des immigrés. Les classes supérieures et les nouveaux arrivants s’accomodent plutôt bien de la mondialisation. Ils ont donc une certaine affinité, ils sont complices d’une certaine manière. Voilà ce que Houellebecq a vu. Les populistes européens ne parviennent pas toujours à développer une explication logique à leur perception de l’immigration comme origine principale de leurs maux, mais leurs points de vues ne sont pas non plus totalement absurdes. (…) ce qui se passe est un phénomène profond, anthropologique. Une culture – l’islam – qui apparaît, quels que soient ses défauts, comme jeune, dynamique, optimiste et surtout centrée sur la famille entre en conflit avec la culture que l’Europe a adoptée depuis la seconde guerre mondiale, celle de la «société ouverte» comme Charles Michel et Angela Merkel se sont empressés de la qualifier après les attentats du 22 Mars. En raison même de son postulat individualiste, cette culture est timide, confuse, et, surtout, hostile aux familles. Tel est le problème fondamental: l’Islam est plus jeune, plus fort et fait preuve d’une vitalité évidente. (…) Pierre Manent (…) a raison de dire que, comme pure question sociologique, l’Islam est désormais un fait en France. Manent est aussi extrêmement fin sur les failles de la laïcité comme moyen d’assimiler les musulmans, laïcité qui fut construite autour d’un problème très spécifique et bâtie comme un ensemble de dispositions destinées à démanteler les institutions par lesquelles l’Église catholique influençait la politique française il y a un siècle. Au fil du temps les arguments d’origine se sont transformés en simples slogans. La France invoque aujourd’hui, pour faire entrer les musulmans dans la communauté nationale, des règles destinées à expulser les catholiques de la vie politique. Il faut aussi se rappeler que Manent a fait sa proposition avant les attentats de novembre dernier. De plus, sa volonté d’offrir des accomodements à la religion musulmane était assortie d’une insistance à ce que l’Islam rejette les influences étrangères, ce qui à mon sens ne se fera pas. D’abord parce que ces attentats ayant eu lieu, la France paraîtrait faible et non pas généreuse, en proposant un tel accord. Et aussi parce que tant que l’immigration se poursuivra, favorisant un établissement inéluctable de l’islam en France, les instances musulmanes peuvent estimer qu’elles n’ont aucun intérêt à transiger. (…) L’Europe ne va pas disparaître. Il y a quelque chose d’immortel en elle. Mais elle sera diminuée. Je ne pense pas que l’on puisse en accuser l’Europe des Lumières, qui n’ a jamais été une menace fondamentale pour la continuité de l’Europe. La menace tient pour l’essentiel à cet objectif plus recent de «société ouverte» dont le principe moteur est de vider la société de toute métaphysique, héritée ou antérieure (ce qui soulève la question, très complexe, de la tendance du capitalisme à s’ériger lui-même en métaphysique). A certains égards, on comprend pourquoi des gens préfèrent cette société ouverte au christianisme culturel qu’elle remplace. Mais dans l’optique de la survie, elle se montre cependant nettement inférieure. Christopher Caldwell
Le plus intéressant et stimulant dans la situation actuelle  est la révolte des peuples, en France mais aussi dans le reste de l’Europe et même aux Etats – Unis. Nous sommes à la fin d’un cycle. Il nous faut nous donner les moyens de franchir l’étape  suivante, je tente de poser quelques jalons. Cet essai est né d’une colère, je m’en explique dès l’abord. Je suis née au début des années 1970, j’appartiens à cette première génération élevée  par des parents, formée par des professeurs qui,  dans le sillage de Mai 68, avaient renoncé à  assumer leur responsabilité d’adultes, à nous inscrire dans un monde plus ancien que nous, pour  faire de nous des cobayes, des sujets d’expérimentation d’une nouvelle figure d’humanité.  Depuis près d’un demi-siè cle, les besoins fondamentaux de l’être humain sont non seulement  méprisés  mais  disqualifiés,  diabolisés  par  l’idéologie  progressiste.  Le  besoin  de  racines  géographiques  et  historiques,  d’identité  nationale,  de  frontières,  toutes  ces  constantes  anthropologiques  sont  traitées par les  idéologues  contemporains  comme  de  la  frilosité,  de  la  crispation sur soi, comme un repli identitaire et xénophobe. Quelles qu’aient été les majorités  politiques depuis, le travail de sape s’est poursuivi, et le quinquennat qui a gonise aujourd’hui  en montre les fruits aboutis les plus délétères. Jusqu’à quand continuerons – nous à sacrifier les  générations à venir ? Au prix du sang versé, les attentats islamistes de janvier et novembre 2015 auraient pu changer  la  donne,  or  rien  de  tel n’est survenu. Alors que les autorités gesticulaient avec drapeau et  Marseillaise, la décomposition de la France s’accélérait, l’émotionnel prenant le pas sur toute  forme de réaction, de volonté de renaissance, ce qui a permis à l’idéologie dominante de se  maintenir  avec  son  cortège  de  mensonges,  d’intoxication,  d’anathèmes  et  de  dénis  politiquement corrects. Personne ne s’est saisi de ce qu’on peut appeler avec Simone Weil « le  patriotisme de compassion » pour lui donner un contenu qui aurait entraîné un sursaut national. (…) Par un mélange de mémoire pénitentielle, de tyrannie de la repentance, selon l’expression de  Pascal  Bruckner,  de  politique  de  reconnaissance  des  identités  particulières  venue  des  Etats – Unis, étrangère à notre histoire, et une idéologie progressiste confondant liberté et déliaison.  On a fait le pari que l’individu serait d’autant plus libre qu’on ne lui transmettrait plus l’héritage,  qu’on le laisserait à soi-même, prétendument riche d’une créativité et d’une originalité qui, en  réalité, ne sont pas originelles. Abandonné à lui-même, l’individu est voué au conformisme, il  n’a pas d’autre choix que de se conformer aux usages, à la doxa, il est comme incarcéré dans la  prison du présent. C’est là que la transmiss ion  du  passé  joue  un  rôle  capital,  elle  permet  d’acquérir une épaisseur temporelle qui n’est pas donnée avec la vie. Elle est de surcroît,  émancipatrice en cela que le passé vient rarement ratifier les évidences du présent, il les inquiète au contraire.  En ne lui fournissant aucun terreau, le progressisme a fait de l’humanité une cohorte d’individus hors sol, « sensibilisés » à tout, mais attachés et fidèles à rien. La liberté, l’égalité, la fraternité, dont on nous rebat les oreilles à longueur de célébrations  compassionnelles, n’ont plus guère de sens dès lors qu’on fait abstraction de toute singularité  historique. L’homme des « valeurs  républicaines », selon la clochette pavlovienne qu’on ne  cesse de faire retentir, est l’homme des droits de l’homme, il n ’est pas un citoyen français. Ces  valeurs s’incarnent dans une histoire, et c’est à cette histoire qu’il convient de s’identifier. Un  peuple déraciné, sans passé, sans mémoire, périclite, et quand la patrie est à terre, l’islamisme  n’a plus qu’à la ramasser. En novembre 2015, force fut d’admettre que nous étions visés en tant que civilisation, et, pour le dire avec les mots de Paul Valéry,  « si la France n’est pas morte,  elle s’est sentie périr » ; c’est donc comme civilisation qu’il nous faut renaître et résister. Or, sur ce terrain,  François  Hollande  et  le  gouvernement  Valls  ont  été  désespérément  absents,  comme le sont, pour le moment, les candidats à l’élection présidentielle. (…) Un seul mot d’ordre, l’assimilation pour tous. Pour tous, c’est – à – dire pour les Français d’origine  immigrée mais non moins pour les Français généalogiques, ou, si j’osais, « de  souche »,  car  voilà quarante – cinq années qu’on ne fabrique plus de Français, l’héritage n’étant plus transmis,  sinon de façon parcellaire et de toute façon jamais comme héritage, identité. Etre français ne  coule pas dans les veines, il ne suffit pas de se donner la peine de naître et rien de plus pour  l’être. Etre français, c’est une mémoire, qui ne commence pas en 1789. La transmission est la  condition sine qua non de la continuité d’une civilisation. L’école a un rôle majeur à jouer ici.  Or  le  quinquennat  Hollande,  qui  en  promettait  la  refondation,  ce  qui  aurait  dû  signifier  un  recentrage  sur  ses  missions  fondamentales,  en  a  parachevé  la  destruction.  Entreprise  menée  avec une hargne peu commune par la ministre Najat Vallaud – Belkacem. Notre tâche est double, il s’agit à la fois de soustraire les individus à l’empire du vide, ce vide  existentiel auquel quarante – cinq années d’idéologie progressiste active les a condamnés, et de  refabriquer un peuple français. La République française est assimilationniste, elle se singularise  par la passion du monde commun. C’est là notre exception, travaillons à la refonder. Pour ce  faire,  il  nous  faut  redevenir  accessibles  à  la  saveur  de  notre  héritage,  à  sa  fécondité.  On  ne  transmet pas le passé parce qu’il est passé mais en vertu de sa puissance de signification, des  lumières qu’il jette sur la condition humaine. Les professeurs doivent être restaurés dans leur  droit à donner à aimer la France, à aimer Molière et Balzac pour les trésors d’intelligence, de  vitalité qu’ils recèlent, plutôt que sommés de désosser et dessécher ces chefs – d’œuvre par le  recours aux instruments de linguistique, ou en transformant les élèves en tribunal des flagrants délits de racisme, sexisme, homophobie. Réveillons la passion du sens, du mot qui dit la chose,  aiguisons le sentiment de la langue. (…) Houellebecq nous tend un miroir terriblement ressemblant, il s’est fait le  romancier  de  cette  humanité  atomisée,  de  ces  voyageurs  sans  bagage  sortis  du  laboratoire  progressiste. Cependant, et c’est ce qu’indique la restriction de mon titre, à la différence des  « héros » de Houellebecq, nos contemporains se révoltent. Ce monde bâti par le progressisme  leur est inamical, c’est une litote, et ils ne craignent plus de le dire. La France ne se droitise pas  – ce qui aurait peut – être un sens si la droite s’était faite la gardienne de la transmission, de la  continuité historique de la nation, de sa souveraineté, ce qui n’a pas été  – , les Français ne virent  pas au cryptofascisme, ils font de nouveau droit à des besoins essentiels à l’homme en son  humanité, ainsi que je me suis efforcée de l’établir, et au premier d’entre eux, le besoin  d’enracinement,  d’inscription  dans  une  histoire  particulière  qui  donne  sens  à  une  vie,  signification et orientation : une histoire a été commencée qu’il nous appartient de prolonger. (…) Certaines voix politiques et médiatiques ont crié au scandale, affirmant que jamais un politique  d’envergure nationale n’avait fait valoir son catholicisme. C’est faux. Dans ses vœux pour 1969,  le général de Gaulle choisit de s’adresser à la jeunesse rebelle de 68, il se reproche d’avoir  privilégié les questions économiques, « comme s’il n’y avait que cela qui comptait à mes yeux  et aux vôtres, alors que je suis catholique, l’un des derniers chefs d’Etat à en faire ouvertement  profession ». Rappeler une identité religieuse qui est aussi historiquement celle de la France n’a pas à heurter, d’autant que François Fillon invoque son christianisme comme une ressource, il  n’entend pas l’ériger en religion d’Etat. Jamais l’invocation de l’identité musulmane ne suscite  de telles polémiques. Ce deux poids deux mesures est intolérable. D’autant qu’au point où nous en sommes, il faut  restaurer des préséances et refaire l’unité autour de la France et d’elle seule. Interrogé sur la  fonction de la Fondation de l’islam de France qu’il préside, Jean – Pierre Chevènement explique  que l’objectif est de faire connaître l’islam aux Français. Est – ce ainsi que nous reconquerrons  les territoires perdus de la République ? Donnons déjà à connaître et à aimer la France, après  nous verrons. Notre renoncement à fabriquer des Français a offert un terrain fertile à l’islam  radical. C’est en exaltant les identités multiples que nous avons creusé notre tombe. Fidèles à  l’ambition  républicaine,  ne  tenons  aucun  compte  de  qui  sont  nos compatriotes  d’origine  étrangère, ne cherchons pas à savoir d’où ils viennent, soucions – nous seulement de ce qu’ils ont  à devenir : des citoyens français, des êtres ouverts à une responsabilité, une responsabilité pour  notre civilisation. (…) Cette décision [autorisation donnée par le Conseil d’Etat d’installer des crèches de Noël dans certains lieux publics] plus qu’ambiguë a été interprétée comme une victoire, « une victoire française »,  saluaient François Fillon et Bruno Retailleau. Si c’ est une victoire, c’est une victoire à la  Pyrrhus. Les crèches sont autorisées au titre d’« éléments de décorations profanes, de symboles  culturels  ou  festifs »  – le  festif  érigé  en  principe  de  légitimation,  Philippe  Muray  doit  se  retourner dans sa tombe ! Que des esprits catholiques ou attachés à l’héritage chrétien puissent  se réjouir de cet abaissement de la Nativité à du folklore est pour le moins frappant. La crèche  renvoie au mystère de l’Incarnation, du Dieu fait homme, et célèbre, pour un chrétien,  la  naissance du Sauveur, du Messie  – réécoutons l’oratorio de Haendel, on mesurera ce que peut  signifier pour l’homme de foi cet Avènement ! Victoire à la Pyrrhus, et même défaite à plate couture. Le Conseil d’Etat, il suffit de se pencher  sur les décision s qu’il a rendues au cours des dernières décennies (se montrant favorable au port  du voile à l’école, à la burqa, au burkini), s’est mis au service de la conversion de la France au  multiculturalisme, c’est – à – dire de sa dislocation en communautés séparées vivant chacune selon  ses mœurs, son calendrier, ses lois. Toute atteinte à la loi de 1905, au principe de laïcité, à la  neutralité de l’espace public se fera au profit de l’islam, de sa visibilité et de ses revendications  et au détriment de la France « une  et indivisible ». Les  catholiques  doivent  en  outre  comprendre  que  toute  autorisation  de  manifester  son  appartenance religieuse dans l’espace public se retournera contre eux  – le catholicisme ne sera  plus qu’une composante parmi d’autres d’une entité qu’on  continuera d’appeler la France, mais  dont l’histoire aura été réécrite, dont on aura extirpé les racines chrétiennes, ainsi que s’y  emploient déjà des historiens adoubés par les médias, ainsi du médiéviste Patrick Boucheron,  maître d’œuvre d’une Histoire mondiale de la France, où Jeanne d’Arc par exemple, n’est plus  qu’une « invention de la IIIe République » et ne bénéficie d’aucune entrée à son nom. Bref, un  détail de notre histoire ! Bérénice Levet
Les statistiques ethniques ou sur l’appartenance religieuse étant très encadrées en France, le nombre exact de personnes sans religion est inconnu. Mais plusieurs sondages effectués au niveau mondial et européen en donnent une bonne estimation. En 2012, l’association de sondages WIN/Gallup International, spécialiste de la question, a demandé à plus de 50 000 personnes dans 57 pays si elles se considéraient « religieuses », « non religieuses » ou « athées convaincues ». A cette question, environ un tiers des Français répondent être « non religieux » et presque un autre tiers « athées ». On obtient donc 63 % de Français qui ne s’identifient à aucune religion contre seulement 37 % de Français religieux. (…) En 2010, un autre sondage a permis de dresser un portrait religieux de la France : l’Eurobaromètre commandé par la commission européenne. Les réponses sont assez proches de celle du premier sondage : 40 % des Français se déclarent athées et environ un tiers « croient en un esprit ou une force supérieure ». Un avis plus nuancé mais qui les place tout de même dans les personnes « sans religion ». Près de 70 % des Français sondés ne se réclament donc d’aucune religion précise, même si un tiers d’entre eux croit en une forme de divinité. La question de la religiosité d’un pays est sensible à aborder et potentiellement source d’erreur car les notions de religion, de foi et de spiritualité peuvent avoir des résonances différentes selon les personnes interrogées. Comme le précise l’étude de Gallup en annexe, une part importante de sondés appartenant à une religion déclarent avoir la foi mais ne pas se vivre comme une « personne religieuse ». De même, les personnes se déclarant athées ne font parfois pas la différence avec l’agnosticisme (personne déclarant ne pas pouvoir trancher sur l’existence d’un dieu) ou le déisme (croyance en un dieu sans se réclamer d’une religion). Certains chiffres sont en revanche catégoriques, comme ceux concernant le catholicisme collectés par l’IFOP : la part de Français pratiquants est en grande diminution. Seule une petite minorité, 4,5 %, assiste à la messe chaque semaine. Et, même si aujourd’hui encore près de 70 % de la population française est baptisée, les nouvelles générations renoncent pour la plupart à baptiser leurs enfants : on comptait 472 000 baptêmes en 1990, on n’en dénombre plus que 303 000 en 2010 (pour 800 000 naissances). Concernant l’islam, la pratique religieuse est plus régulière. Selon une enquête IFOP pour La Croix, 41 % des personnes « d’origine musulmane » se disaient « croyantes et pratiquantes » (contre 16 % chez les catholiques), et 34 % « croyantes mais non pratiquantes » (57 % des catholiques), 25 % se disant « sans religion ou seulement d’origine musulmane » (27 % des catholiques). Seuls 25 % des interrogés disaient aller « généralement à la mosquée le vendredi ». (…) La tendance à l’athéisme est mondiale d’après les critères établis par l’étude Gallup. Depuis 2005, date de leur précédent sondage, la part de personnes « religieuses » a baissé de 9 % et la part de personnes athées a augmenté de 3 %. Mais la situation française reste une exception dans un monde où la religion garde encore une place de premier plan : plus de la moitié (59 %) de la population mondiale se sent toujours « religieuse » et 13 % seulement se déclarent athées. Dans le top 5 des pays athées (parmi la cinquantaine de pays interrogés), la France tient la 4e place, derrière la Chine, le Japon et la République tchèque. L’étude met en corrélation ces résultats avec la richesse du pays concerné. Une grande partie des pays les plus religieux comptent également le plus petit revenu national brut : Ghana, Nigeria, Roumanie, Kenya, Afghanistan… A l’inverse,  les moins religieux sont souvent les plus aisés, comme la France, le Japon, la Suède, Hongkong, l’Australie, l’Allemagne ou les Pays-Bas. Le Monde (2015)
En trente ans, sa pratique, sa pénétration et son influence ont été divisées par trois : le ratio de baptêmes sur le nombre de naissances enregistré est passé de 80% à 36% – le ratio de confirmations est passé de 15% à 5% – le ratio de mariages catholiques sur le nombre d’unions civiles (mariages civils et Pacs) est passé de 35% à 9% – le nombre de prêtres est passé de 38 000 à 13 000 (dont largement plus de la moitié ont dépassé l’âge de la retraite) – le nombre de catholiques pratiquants « une fois par an au moins » est passé de 60% à 27%, celui de pratiquants « une fois par mois au moins » de 40% à 9%. Celui des pratiquants « une fois par semaine » a été divisé par 5, passant à 4%. La moitié des catholiques déclarés (45% de la population) affirment ne pas croire en Dieu, soit 23% de « catholiques athées » auxquels il faut ajouter une majorité des Français qui se déclarent sans religion (45% de la population aussi). Si on additionne « catholiques athées » et « sans religion athées » (certains « sans religion » sont peut-être déistes), on a sans doute largement plus de 50% des Français qui sont athées. Le reste de la population étant composé de 6 à 8% de musulmans, de 0,5% de juifs religieux (pratiquant ou respectant des prescriptions religieuses), de 1% de protestants déclarés, et de 1% de bouddhistes réguliers. On est donc passé en trente ans d’une situation où la religion catholique était dominante et incontestée (plus de 80% de la population grosso modo) à une situation ou plus de 50% des Français se déclarent athées, voire près de 70%  si l’on additionne les 23% de catholiques athées (c’est-à-dire des baptisés qui ne pratiquent pas leur religion et qui déclarent ne pas croire en Dieu) et les 45% de « sans religion ». Le « fait catholique », n’est donc plus un fait dominant, loin de là. On peut même imaginer, si l’on prolonge les courbes de tendance, qu’à l’horizon de 20 ou 30 ans, il n’y aura plus en France que 10% de catholiques. À côté de peut-être 10% de musulmans (si l’immigration ne progresse pas démesurément, sinon on peut imaginer un socle de près de 15% de musulmans). (…) Le fait religieux dominant, c’est l’athéisme. La France est devenue « fille aînée de l’athéisme » après avoir été celle de l’Église. Il est tout à fait envisageable, on l’a vu, d’imaginer à l’horizon 2050 une France composée de 80% d’athées ou de sans religion, de 10% de catholiques et de 10% de musulmans. Dans cette situation sans précédent, le catholicisme ne serait plus le fait dominant de notre nation, mais une de ses deux religions minoritaires, à égalité avec l’islam. Le fait dominant sera celui de l’athéisme, ou tout du moins d’une irréligiosité massive de la population. Dans cette perspective, la laïcité change de rôle. Elle n’est plus un instrument de combat pour réduire une religion dominante et la maîtriser mais la base d’un comportement très largement majoritaire qui s’impose à tous. Elle n’essaie plus d’écarter de l’espace public des comportements religieux pour les contraindre à rester dans le domaine privé car ils seront à l’avenir aussi très largement absents du domaine privé. Elle devient un état majoritaire et largement partagé par la population. Le débat ne se pose plus dès lors entre « séparatistes » (au sens de 1905) et « concordataires » (au sens de 1801) , puisqu’il n’y aura plus grand chose à séparer hormis les pratiques minoritaires de 10% de catholiques et de 10% de musulmans et qu’il n’y aura plus grand chose à protéger puisque la religion musulmane sera à égalité avec la religion catholique. En étant provocateur, on pourrait dire que le déclin de la religion catholique est une grande opportunité pour imposer la laïcité aux musulmans. Car à l’avenir elle n’apparaîtra plus comme l’instrument de domination d’une France blanche et chrétienne sur une France colorée et musulmane, mais comme l’état général et normal de la très grande majorité de la population. C’est pourquoi, ce n’est absolument pas le moment de renoncer ou d’aménager la laïcité au sens où elle a été mise en place en 1905. C’est au contraire le moment de réaffirmer ses valeurs parce qu’elles ont un avenir certain car la laïcité invite tous les Français à se conformer à quelques règles simples de bienséance : ne pas exposer sa religion en public par des signes ostentatoires – tolérer la critique de sa propre religion – ne pas imposer aux autres des règles qui ne les concernent en rien (le fait de dessiner Mahomet par exemple) – et sans doute laïciser aussi les jours fériés (en proposant à chaque français de disposer d’un stock de 5 jours fériés à utiliser à sa propre convenance, religieuse ou pas). Régis Debray a écrit que la religion chrétienne était en train de laisser la place à une nouvelle religion « athée » qu’il appelle la ROC (Religion de l’Occident Contemporain). Il se trompe sans doute en l’étendant à tout l’Occident car le continent américain en général et les USA en particulier restent très attachés au christianisme. Mais les signes sont très forts en Europe d’une évolution vers la ROC (ou de la REC, Religion de l’Europe Contemporaine). Ils le sont tout particulièrement en France car les 67% de Français qui se déclarent aujourd’hui athées ou sans religion et qui seront sans doute demain 80% de la population sont certainement à l’avant-garde de cette évolution. Sont-ils pour autant sans valeurs ? Non car ils partagent un certain nombre de principes qui sont au cœur de la laïcité : le respect de l’égalité (hommes-femmes) – le respect des minorités (sexuelles en particulier) – la défense des libertés individuelles et collectives – la tolérance. Ce sont les principes fondamentaux de cette religion des droits de l’homme. Ils s’imposent à tous. Causeur
A compter du lundi 10 avril, la présidentielle entrera dans la période dite de « campagne officielle » où un certain nombre de règles et traditions entrent en vigueur. Egalité stricte des temps de parole, affichage des panneaux électoraux, envoi des professions de foi et diffusion sur les antennes du service public des clips de campagne des candidats. Un exercice particulièrement surveillé par les autorités de régulation. A l’heure de YouTube et de l’essor de la vidéo en direct, les onze candidats à la présidence de la République enregistrent cette semaine une série de clips très officiels que diffuseront les antennes du service public. (…) Règlement pointilleux. Sauf qu’avec le début de la campagne officielle, la liberté de création va drastiquement se réduire. Le CSA a en effet donné aux différentes parties un document de onze pages fixant le cadre de production, programmation et diffusion de ces clips de campagne. Au total, 49 articles expliquent par le menu le bon fonctionnement de la période à venir. Le gendarme de l’audiovisuel s’y montre particulièrement pointilleux, au point même de réglementer le nombre de personnes pouvant accompagner le candidat en studio d’enregistrement ou en salle de montage. Mais ce qui a surpris l’ensemble des équipes de campagne se situe dans l’article 9 : interdiction de « faire apparaître tout emblème national ou européen ». Pas de drapeau donc dans ces vidéos. Ni français, ni étranger et pas plus d’hymne national. Une disposition jugée « incroyable » par Gautier Guignard, qui s’occupe des vidéos de François Fillon, obligé de « jeter un certain nombre d’images que nous avions sélectionnées ». Si la consigne existait en fait lors des scrutins précédents, le régulateur avait choisi de jouer la carte de la mansuétude. Une période visiblement révolue. La cause de ce changement de pied est la crainte que certaines campagnes ne « misent sur un nationalisme délirant », confie un bon connaisseur du dossier, rappelant qu’en 2012 un clip de Nicolas Sarkozy avait créé la polémique en montrant un panneau « douane » écrit en arabe. En proscrivant l’utilisation de tous les drapeaux, le CSA veut également se prémunir de la possibilité que certains puissent être « maltraités ou utilisés de manière négative ». L’Opinion
Après sa déclaration de candidature, de retour vers Paris, Emmanuel Macron a fait une halte là où les pierres parlent. Loin des caméras et des micros, le néo-candidat à l’élection présidentielle s’est arrêté en la Basilique de Saint-Denis, tombeau des Rois de France. Seul en son destin face aux Transis. Qu’est-il venu chercher là, dans ce grand silence de marbre où dort l’âme de la France? Conviction. Onction. Transmission. Inscription. Tout cela à la fois sans doute. Les voies qui mènent aux Forces de l’esprit sont impénétrables. Le geste de Macron rappelle qu’il est deux catégories de candidat à l’élection présidentielle: ceux qui hantent les lieux de mémoire, en quête d’encens, et ceux qui occupent les plateaux de télévision, en perte de sens. Challenges
Jeanne est dans cette France déchirée, coupée en deux, agitée par une guerre sans fin qui l’oppose au royaume d’Angleterre. Elle a su rassembler la France pour la défendre, dans un mouvement que rien n’imposait. Tant d’autres s’étaient habitués à cette guerre qu’ils avaient toujours connue. Elle a rassemblé des soldats de toutes origines. Et alors même que la France n’y croyait pas, se divisait contre elle-même, elle a eu l’intuition de son unité, de son rassemblement. Voilà pourquoi, les Français ont besoin de Jeanne d’Arc, car elle nous dit que le destin n’est pas écrit. Emmanuel Macron
Dans son dernier discours sur la culture, Marine Le Pen appelle de ses vœux une France qui retrouve sa grandeur. Mais l’art n’est pas fait pour servir la grandeur de la France, et c’est d’ailleurs bien ainsi qu’il la sert. Le Front national ne cesse de tirer à boulets rouges sur l’art contemporain, c’est-à-dire sur les formes de l’art sans précédent. C’est pourtant là que réside l’éminente fonction de l’art qu’est la subversion – qui va du léger déplacement au renversement scandaleux. La liberté de penser et de créer, la liberté d’inventer et d’affirmer, la liberté d’interpréter et de critiquer le monde comme il va ou ne va pas, sont choses précieuses, ô combien ! L’art comme fruit de ces libertés et des moyens qui lui sont offerts en France, c’est cela que le monde entier nous envie. Marine Le Pen présidente y mettrait un point d’arrêt. Comment s’en étonner quand le Front national promeut, quoi qu’il tâche de le faire oublier jusqu’à l’effacement, des idées racistes, antisémites, xénophobes et nationalistes ?Le Front national est aux portes du pouvoir. Nous appelons à faire barrage à Marine Le Pen lors de la prochaine élection présidentielle, puis aux législatives qui lui succéderont. Signataires : Archie Shepp, Léa Seydoux, André Wilms, Jean-Pierre et Luc Dardenne, Renaud, Jeanne Moreau, Matthieu Chedid, Annette Messager, Akhenaton, Shurik’n, Kheops, Imhotep et Kephren du groupe IAM, Vincent Elbaz, Valeria Bruni Tedeschi, Christian Boltanski, Cécile de France, Zazie, Abdellah Taïa, Anaïs Demoustier, Vincent Delerm, Anna Mouglalis, Vincent Macaigne, Kaoutar Harchi, Jérôme Ferrari, Mathilde Monnier, Karin Viard, Zabou Breitman, Laura Smet, Alexandre Chemetoff, Lolita Chammah, Marie Darrieussecq, Tahar Rahim, Emma de Caunes, Alysson Paradis, Denis Podalydès, Amos Gitaï, Georges Didi-Huberman, Romane Bohringer, Pascal Dusapin, Pascal Convert, Valérie Donzelli, Vincent Perez, Alain Françon, Théo Mercier, Charles Berling, Amira Casar, Jean-Michel Ribes, Alexis Jenni, Judith Chemla, Charles Fréger, Félix Moati, Albin de la Simone, Florence Loiret Caille, Laurent Bayle, La Grande Sophie, Magyd Cherfi, Ariane Ascaride, Jonathan Zaccaï, Antoine de Galbert, Béatrice Dalle, Jean-Pierre Vincent, Samir Guesmi, Olivier Py, Laurence Equilbey, Jules Sitruk, Paula Aisemberg, Jean-Noël Pancrazi, Renan Luce, Stéphane Foenkinos, Emmanuel Demarcy-Mota, Camélia Jordana, Brigitte Jaques-Wajeman, Zita Hanrot, François Regnault, Babx, Sofi Jeannin, Jérôme Kircher, Pauline Bastard, Francis Boespflug, André Markowicz, Claude Perron, Olivier Mantéi, Karen Vourc’h, Dominique Blanc, Olivier Rolin, Jeanne Cherhal, Gérard Wajcman, Jacky Ohayon, Rachel Arditi, Carine Tardieu, Stéphane Braunschweig, Marie Collin, Pascal Elbé, Farid Bentoumi, Laure Marsac, Émilie Brisavoine, Alexandre Tharaud, Irène Jacob, Yann Rabanier, Arthur Nauzyciel, Mathieu Chatenet, Brigitte Lefèvre, Sébastien Pouderoux, Élie Wajeman, Guillaume Gouix, Jean de Loisy, Laurent Gaudé, Philippe Quesne, Iván Argote, Arièle Butaux, Dominique Valadié, Elsa Lepoivre, André Engel, Corinne Bacharach, Anne Alvaro, Olivier Babinet, Yann Apperry, Thomas de Pourquery, Judith Henry, Sébastien Betbeder, Brigitte Sy, Gérard Lefort, Nicolas Bouchaud, Pierrick Sorin, Natalie Seroussi, Rodrigo Garcia, Anne-Lise Heimburger, Sylvie Ballul, Jean-François Sivadier, Anaëlle Lebovits-Quenehen, Isabelle Renauld, Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel, Yanowski, Vincent Winterhalter, Mathieu Bauer, Lise Wajeman, Marion Rampal, Cyril Descours, Olivier Cadiot, Stéphanie Murat, Daniel Jeanneteau, Océanerosemarie, Thomas Blanchard, Éric Génovèse, Richard Brunel, Françoise Lebrun, Rodolphe Dana, Sarah Petit, Emmanuel Noblet, Daniel Mesguich, Florence Thomassin, Olivier Gluzman, Ismaël Margain, Anne Marivin, Jean-Philippe Amar, Sigrid Bouaziz, Evelyne Didi, Guillaume Vincent, Caroline Deruas, Peter von Poehl, Jean-Luc Gaget, Cecile MacLorin Salvant, Thomas Enhco, Zaza Fournier, David Lescot, Micha Lescot, Marcel Bozonnet, Valérie Dréville, Laurent Poitrenaux, Michel Deutsch, Julia Piaton, Valérie Stroh, Yves-Noël Genod, Anne Paceo, Jean-Loup Rivière, Françoise Morvan, Odile Heimburger, Ludovic Lagarde, Samuel Achache, Jeanne Candel, Kyrie Kristmanson, Sarah Le Picard, Éric Génovèse, Julien Féret, Céline Gaudier, Mikaël Serre, Simon Jacquet, Bastien Lallemant, Charlotte Testu, Delphine Gleize, Fanny de Chaillé, Roxane Arnold, Raphaël Quenehen, Samuel Churin, Aram Kebabdjian, Jannick Thiroux, Marie Payen, Lola Gans, Raphaël Imbert, Servane Ducorps, Franck Krawczyk, Joëlle Petrasek, Yaron Herman, Marie Modiano, Zina Modiano, Lolita Sechan, Mona Achache, Caroline Guiela-Nguyen, Julie-Anne Roth, Sylvain George, Jean-Pierre Sarrazac, Natalie Beder, Alexis Pivot, Sarah Stern, Charlotte des Georges, Michèle Foucher, Maissiat, Catherine Frot, Yann Moix.
Foutez-nous la paix avec vos histoires de religion. (…) La France ne vas passer son temps à discuter de religion. Jean-Luc Mélenchon
Vous voulez mettre des symboles religieux dans nos mairies ? C’est ça, votre laïcité ? 60% des Français n’ont pas de religion. Fichez-nous la paix avec la religion ! Nous ne sommes pas obligés de subir vos foucades, vos trouvailles, vos manières de nous imposer à tous votre manière de vivre qui n’est pas la nôtre ! Jean-Luc Mélenchon
Je veux aussi protéger la culture et l’identité des Français. Et l’inscription dans la Constitution de cette phrase permettra de mettre des crèches dans les municipalités. La protection de ce patrimoine est essentiel, et les Français l’attendent parce qu’ils se sentent bousculés dans leur mode de vie, dans les moeurs. (…) On a parlé de protection contre le terrorisme, je veux aussi protéger la culture et l’identité des Français. La protection de ce patrimoine est essentiel. Les Français l’attendent parce qu’ils se sentent bousculés dans leur mode de vie, leurs codes, leurs mœurs, par la montée en puissance de revendications portées par des fondamentalistes islamistes. (…) les crèches dans les mairies comme les sapins de Noël dans les écoles, tout cela, ça ne participe pas exclusivement de la religion, ça participe de nos racines. Les racines de notre pays, de notre culture. Marine Le Pen
C’est très important de faire respecter la neutralité du service public. La religion ne peut pas être présente à l’école. Toutefois, j’entends peu de gens émus lorsque les conséquences de ce débat envoient de plus en plus d’enfants dans des écoles confessionnelles qui leur enseignent la haine de la République, professent des enseignements essentiellement en arabe ou, ailleurs, enseignent la Torah plus que les savoirs fondamentaux. Emmanuel Macron
Des centaines de parlementaires ont employé des membres de leur famille. (…) Je suis aujourd’hui favorable à ce qu’on interdise cette pratique. (…) Qu’est-ce que c’est qu’un président exemplaire ? C’est un président qui dit la vérité aux Français sur la situation de France et la réalité du monde. Un président exemplaire, c’est un président qui ne se sert pas des moyens de l’Etat pour affaiblir ses adversaires. Un président exemplaire, c’est un président qui ne se confie pas aux journalistes. (…) Comme vous l’avez vous-même dit j’ai droit à la présomption d’innocence et vous devriez faire preuve d’une plus grande prudence. Non seulement je n’ai pas reconnu d’erreurs. Je refuse de répondre aux journalistes qui pendant deux mois et demis ont fait mon procès, on a voulu me faire taire, on a voulu m’éliminer, je suis toujours là, personne ne viendra m’intimider. Ce sont les Français qui porteront un jugement dans un peu moins de trois semaines. François Fillon
« Quand on est élu, on a plus de devoirs que les autres et on ne devrait pas avoir tous ces privilèges et ces passe-droits. Quand on entend Monsieur Fillon s’en prendre aux privilèges des cheminots quand lui-même s’accorde des, on va dire des largesses, ça choque. Je ne trouve pas ça normal. Vous avez avoué des erreurs, mais pour moins que ça les gens sont mis à la porte des entreprises. Quand on est travailleur, on doit rendre des comptes tous les jours. (…) Le décalage est insupportable. Si les travailleurs se levaient, demandaient des comptes il seraient en possibilité de changer la situation. J’ai un exemple : la Commune de paris en 1871. (…) Je suis pour revenir à cela. » Nathalie Arthaud
C’est vrai qu’on est servi depuis quelques temps  : Dassault, Balkany et depuis janvier Fillon que des histoires, plus on fouille, plus on sent la corruption et la triche. C’est un bonhomme qui nous explique qu’il faut faire la rigueur mais qui pioche dans les caisses publiques. Le Pen, c’est pareil, on pique dans les caisses publiques européennes. Le FN qui se dit anti-système se protège grâce au système et à l’immunité parlementaire. Nous quand on est convoqué par la police, on a pas d’immunité ouvrière. Le problème c’est la professionnalisation de la vie publique. Il y a trop de gens trop payés. Il faut limiter le salaire des politiciens au salaire moyen, au moins les gens courront moins après le poste. Plus de cumul des mandats. Plus de carrière politique. Philippe Poutou
Deux éléments peuvent expliquer ce succès : non seulement, à partir du règne de Constantin, les empereurs – exception faite de Julien l’Apostat (361-363) – soutiennent le christianisme et le financent fortement ; mais le christianisme a aussi une caractéristique exceptionnelle, et qui lui est propre : il est organisé comme une armée, avec un chef, des sous-chefs et des chefs locaux (archevêques, évêques, prêtres). De fait, cette organisation a permis de mettre en place un encadrement militaro-spirituel, si j’ose dire, de la population. J’ignore d’où vient cette organisation si particulière de la religion chrétienne, et qui mériterait d’être étudiée. (…) Il faut savoir que le paganisme était en crise depuis six ou sept siècles. Aux yeux des lettrés, il comportait trop de fables et de naïvetés, si bien que le païen lettré ne savait plus ce qu’il devait ou pouvait croire. De plus, l’argent et la puissance hiérarchique avaient changé de bord. Cela dit, le paganisme n’a pas totalement disparu : des régions entières sont restées longtemps païennes sans le dire. Ainsi, les fermiers, métayers et ouvriers agricoles qui travaillaient les grands domaines des seigneurs romains en Sardaigne étaient encore largement païens vers l’an 500. Mais on ne le disait pas trop : cela ne se faisait plus. Notons que l’on demandait à Dieu les mêmes choses qu’aux divinités païennes – de bonnes récoltes, par exemple. Les ex-voto chrétiens sont parfaitement comparables aux ex-voto païens. Néanmoins, pour les lettrés, la religion chrétienne avait une supériorité intellectuelle et spirituelle incomparable avec le paganisme, à tous points de vue. Amour et miséricorde infinie d’un Dieu profondément charismatique, moralisme qui pénètre tous les aspects de la vie du croyant et projet divin de la Création qui donne un sens à l’humanité : autant d’éléments qui ne pouvaient qu’attirer les élites. (…) Le christianisme est à mon sens la religion la plus géniale du monde – je le dis d’autant plus aisément que je ne suis pas croyant. La théologie, la spiritualité, l’inventivité de cette religion sont extraordinaires. Si Nietzsche y voit une « religion d’esclaves », c’est sans doute parce qu’un croyant est soumis à Dieu, à ses commandements, et est en quelque sorte l’esclave de Dieu. Pour ma part, je suis en admiration devant l’incroyable édifice intellectuel et spirituel élaboré par les penseurs chrétiens. (…) [La question des origines chrétiennes de la France] C’est le type même de la fausse question. Comme je l’ai écrit dans mon ouvrage Quand notre monde est devenu chrétien, « ce n’est pas le christianisme qui est à la racine de l’Europe, c’est l’Europe actuelle qui inspire le christianisme ou certaines de ses versions ». La religion est une des composantes d’une civilisation, et non la matrice – sinon, tous les pays de culture chrétienne se ressembleraient, ce qui est loin d’être le cas ; et ces sociétés resteraient figées dans le temps, ce qui n’est pas plus le cas. Certes, le christianisme a pu contribuer à préparer le terrain à certaines valeurs. Mais, de fait, il n’a cessé, au fil des siècles, de changer et de s’adapter. Voyez par exemple le courant des catholiques sociaux de gauche : ce christianisme charitable qui oeuvre pour le bien-être du prolétariat découle directement du mouvement ouvrier socialiste du XIXe siècle. De même, il existe des courants du christianisme qui se revendiquent féministes et laïques. Mais auraient-ils existé s’il n’y avait eu, auparavant, la révolution féministe ? Et la laïcité, ce ne sont pas les chrétiens qui l’ont inventée : ils s’y sont opposés en 1905 ! En réalité, le christianisme se transforme en fonction de ce que devient la culture française, et s’y adapte. (…) Aucune société, aucune culture, n’est fondée sur une doctrine unique. Comme toutes les civilisations, l’Europe s’est faite par étapes, aucune de ses composantes n’étant plus originelle qu’une autre. Tout évolue, tout change, sans arrêt.(…) Si, pour certains croyants, qui ne constituent qu’une toute petite élite, le christianisme correspond à une réalité vécue, force est de constater que pour l’immense majorité des autres, la religion n’est qu’un vaste conformisme, auquel ils adhèrent sans réellement s’y astreindre. C’est exactement la même chose que la notion de patrie avant 1914 : l’idée de « patrie française » tenait chaud au coeur. (…) Bien sûr que cet apport est immense. Autour de nous, le christianisme est partout : les cathédrales, les églises jusque dans les plus petits villages, une bonne partie de notre littérature – Blaise Pascal – et de notre musique – Bach. Mais pour la majorité d’entre nous, il s’agit là d’un héritage, d’un patrimoine qui appartient au passé, à l’instar de Versailles ou de la pensée de Descartes. Moi-même, je suis ému quand je rentre dans une église et je fais le signe de croix. Le déclin du christianisme, le fait qu’il soit sorti de notre culture, de nos croyances et de nos pratiques, a réellement commencé à toucher l’ensemble de la population au XIXe siècle. (…) L’Europe actuelle est démocrate, laïque, partisane de la liberté religieuse, des droits de l’Homme, de la liberté de pensée, de la liberté sexuelle, du féminisme et du socialisme. Toutes choses qui sont étrangères, voire opposées, au catholicisme d’hier et d’aujourd’hui. La morale chrétienne prêchait l’ascétisme et l’obéissance. L’individualisme de notre époque, par exemple, est aux antipodes de la soumission, de la piété et de l’obéissance chrétiennes. [les penseurs aux sources de notre culture] À l’évidence, cela me semble être l’époque des Lumières et la Révolution. Depuis la Révolution, songez qu’il n’existe plus de roi de droit divin : il s’agit désormais de monarchies constitutionnelles, comme en Angleterre. S’il fallait absolument nous trouver des pères spirituels, on pourrait nommer Kant ou Spinoza. (…) Les Grecs ont inventé la philosophie, le théâtre, et tant d’autres choses. Les Romains les ont répandus, ils ont hellénisé le monde en langue latine. Le christianisme lui-même a hérité de cette culture antique, à une différence énorme près : la notion d’un Dieu tout-puissant et éternel, créateur du monde, n’a rien de commun avec les dieux antiques. Ces derniers étaient exactement comme nous, mais immortels ; ils avaient les mêmes vices, les mêmes vertus, et n’étaient pas tout puissants. Le Dieu des juifs et des chrétiens est un apport culturel gigantesque que le paganisme n’a jamais été en mesure d’apporter. Mais si l’héritage chrétien apparaît de façon plus évidente à l’esprit de nos concitoyens, bien que déchristianisés, que l’immense patrimoine antique dont nous sommes aussi les héritiers, c’est que, chez nous, la religion chrétienne est présente visuellement partout. [le retour du thème de nos racines religieuses] Les raisons sont purement politiques. Parler de racines religieuses permet de se montrer vertueux, attaché à certaines valeurs comme la charité. C’est une manière de se faire bien voir. Je ne crois pas du tout au « retour du religieux » dont on parle en ce moment : les chiffres disent le contraire pour toute l’Europe, et plus encore pour la France. La moitié des Français ne sont plus baptisés. Paul Veyne
As with celibacy and virginity, the people we hear about are usually the more radical. They’re the ones with the really extreme solutions and some of the most passionate Christians and the most articulate Christians were often very wealthy people who had truly, in ways that stunned everyone, thrown away their wealth. That is, they really believed to have followed the command of Christ, “If you wish to be perfect, sell all that you have; come.” So this is a Christianity whose main stars are very much in that camp, but the more I studied it, the more I felt that the actual heroes and heroines were the much more average people, who very much the way Jews at the same time considered their wealth, what wealth they had and it often wasn’t much, a sort of gift from God and that they had to as well pay back, and to renounce one’s wealth actually wasn’t a way of paying back. It was much more important to see your wealth as a way of providentially given to you so that you could do good, so a notion for what we say, you know, nowadays in a rather general way, Christian stewardship, actually summed up a whole attitude to wealth, to the world of money, which, I think, we would gain in a recapturing. I think maybe, and here I think it’s important to realize that maybe our relative indifference to wealth isn’t just a sort of inheritance of a view that, you know, any consistent Christian must renounce wealth; therefore, Christians who don’t renounce wealth are sort of second class. I think in an odd way that has continued. I think it is also the economy of the Roman Empire it was a very agrarian economy, a very slow economy. Wealth didn’t consist in large banking concerns, which people actually buried their gold, which is why we can see so much in modern museums. Now this means to say that the care of the poor or, just as important, people like yourself who were in danger of becoming poor, was also summed up, not in sort of grand gestures—alms-giving, you know, huge handouts—but, you know, small gestures—offering low-interest loans, forgivable loans, finding somebody a job. So there is a whole penumbra of Christian charity that is below the sort of radar screen if you’re looking only in terms of banking, cash, checks. (…) You get a real distinction between the extremists who emphasize Jesus’ true challenge to the wealthy but very much in the gospels, very much in Matthew and Luke; then there’s the letters of Paul, which show a fervent fundraiser at work, show somebody who’s determined to be a fully self-supporting member of the community, and, at the same time, has almost a mystique of mutual help. (…) In the overwhelming majority of cases, wealth was land turned by labor into food, which in the case of the rich was turned into sufficient money to be turned into privilege and power. (…)  when land becomes food all the gods are involved. I think one must never underestimate what the sheer religious aura of every house, whether it’s Christian, Jewish, or pagan. (…) wealth’s like a sort of barium trace, it goes everywhere, and one of the things which wealth does ask always is, “How free are humans to actually change themselves and to change society?” And there I think Pelagius, because of his extreme view of the freedom of the will, really did think, or at least encouraged others to think, that wealth is just a bad habit and you can get rid of it much as you can as it were kick smoking. Augustine didn’t share that view at all. (…) one must never idealize the Roman Empire. It did great things, but it was still a very fragile state. It was tied by issues of logistics, of agrarian yield, so we’re looking at an empire which is almost doomed the moment it actually happens. I think one of the wisest things that Edward Gibbon said—this is one of the things that people usually remember—he said, “The fall of Rome was inevitable; what is remarkable is that the empire lasted so long.” I think that’s a much more fair way to see it. What I think, indeed, happened was that with the rise of Christianity there was the rise of what one might call a horizontal way of organizing society, interconnection, city to city, vertical connections rich and poor in each city, which it didn’t bring the empire down, but when the empire did fall for relatively straightforward reasons—you know, it couldn’t defeat the barbarians, it couldn’t bring taxes in—people found that the end of the empire wasn’t as much a disaster. So I think that the rise of Christianity didn’t bring down the empire; if anything it sort of pushed the fall. (…) with Western Christendom you get a world of much smaller political units, which at the same time manages to be thoughtlessly creative. I mean, the great gothic cathedrals of Northern France are as grand as any Hippodrome, any coliseum. They’re built with engineering skills that are quite extraordinary by Roman standards; things Romans never thought of. And yet they’re put up in territories which often are no more than a few departements in France. How has society managed to grow, managed to become a sort of set of such vivid micro-societies, having emerged out of a vast back row of society is one of the great problems. (…) the greatest surprise—and it only came upon me gradually and it came roughly three years before I finally completed it because until the surprise it didn’t quite make sense. First of all, the conversion of Constantine, though it made a great difference to the public profile of Christianity, you know the emperors really did favor it, did give it funding—the conversion of Constantine did not mark the real beginning of Christianity becoming a majority religion. And the real entry of the truly wealthy into the Christian church happened a whole two generations after the conversion and it was an almost a sort of grassroots movement. So that was a surprise. I think the other surprise was that up until about the year 500, the Christian churches in themselves, that is the actual money available to bishops, was much less than we had previously thought; that the average Christian bishop was still a relatively low-profile person and that the real strength of the church lay not in its upper echelons, although these were very dramatic people, people like Ambrose, people like Augustine, but in the sort of average Christians who I came to know more and more through almost accidental evidence—through inscriptions, through little piles of coins found in churches—so that I found that I was writing a history that had its stars, but the stars were not necessarily the real heroes. Peter Brown
Ce n’est en fin de compte ni en entretenant les très pauvres ni en persuadant les très riches de reporter leur générosité du cirque vers les églises que les évêques chrétiens devinrent prééminents dans la société, mais en gagnant l’entre-deux à leur cause. (…) A partir de ce moment les chrétiens, membres d’une religion ralliée par les riches et les puissants, purent commencer à penser l’impensable en envisageant la possibilité d’une société entièrement chrétienne. Peter Brown
Late antiquity poses a baffling problem. Why did Roman society, from the bottom to the very top, progressively adopt a religion that appeared to promote the surrender of worldly goods to the poor? And given that wealth continued to be as important as ever after Christianisation, how did the Roman world reconcile riches and moral austerity? Peter Brown’s dashing new book explores these questions for the Latin-speaking, western Roman empire. It’s an immensely learned and authoritative study; Brown has been for 40 years the world’s most eminent scholar of late antiquity. (…) But the wider story matters too, for the age he describes saw the making of Europe as we know it, and with it the development of many of our current instincts and anxieties around the compatibility of wealth and social responsibility. The story is built around two narrative strands, interwoven like a double helix. The first is the rise of Christianity in the fourth century AD from a niche cult in the multi-religious world of the Roman empire to the dominant religion of the west. The second is the collapse of centralised imperial authority in the fifth century, and the transition to what Brown calls a « local Roman empire ». These two combined processes allowed Christianity to move from a counterculture based around an ideology of renunciation of worldly goods to an institutional infrastructure built on corporate wealth. One of the most decisive hallucinations in history occurred in 312AD, when the hitherto polytheist Emperor Constantine saw a vision of the cross hanging in the sky above a battlefield just outside Rome. We’ll never know what Constantine’s real motives for conversion were; perhaps it was quite simply a religious experience. But this wasn’t the moment when the empire as a whole was transformed: Christianity remained one religion among many for some 60 years. Constantine’s major legacy to the empire was root-and-branch fiscal reform, which put efficient tax-collection at the heart of the entire bureaucratic system. Brown calls the fourth century the « age of gold », after the coin known as the solidus that symbolised the confidence of the imperial treasury. So, wealth was on everyone’s mind – mostly because 90% of the population didn’t have enough of it, while the remaining 10%, those on the inside of the tight-ravelled nexus of power, had riches beyond compare. Sound familiar? But this is only half of the story. If the imperial heart sucked resources towards the centre in relentless cycles, there was also a corresponding diastolic process that kept the people going. Local agriculture could not always feed local populations, especially in Italy; vast quantities of grain were imported to Rome (mostly from Egypt, the breadbasket of the Mediterranean), and then distributed in annual doles. Provincial elites competed to disburse wealth to the people, whether in the form of doles or the provision of entertainment to a populace as hungry for spectacles as it was for bread. This culture of largesse, Brown shows, paved the way for the Christian obsession with giving to the needy that gripped the empire from the 370s onwards. Augustine, for example, began a « war of giving » in 403, seeking to outdo the munificent games at Carthage with a huge church-building programme financed by sympathetic locals. The two systems were direct rivals. But Christian charity wasn’t just traditional « bread and circuses » in a new guise; rather, it signified a radically different way of conceptualising relations between individuals and society, and between individuals and their own wealth. When non-Christians gave, they gave to their fellow citizens (and usually expected public honours in return). This was an exercise in civic-mindedness, in generosity towards the state. When Christians gave, by contrast, wealth flowed from « the rich » to « the poor ». What was at stake in this shift? Why did it matter? These questions go to the heart of Brown’s thesis. « Rich » and « poor » were not, in Brown’s view, objective categories; rather, they were dramatic roles borrowed from the Psalms and the Prophets. There was no systematic redistribution from the 10% to the 90%. One of the book’s recurrent themes is that, while there were certainly super-wealthy Christians engaged in acts of ostentatious self-sacrifice, Christianity’s core clientele lay in the « middling » people. Christianity saw, in effect, the triumph of mediocrity: men and (unusually for the ancient world) women of modest means could now play in their churches the kind of generous role previously reserved only for mighty patrons. Conversely, the genuinely wealthy can be found playing the role of « the poor », as Jerome did in the late fourth century when sneering at Rome’s luxuries from a position of faux-penury; or as the fantastically wealthy Pinianus and Melania did when theatrically enlisting on the poor roll at the church of Jerusalem in 417. (…)  The rise of the church as an institution was, initially, dependent on this vital role as a point of redistribution of surplus wealth. But this role was transformed from the fifth century onwards, after successive barbarian invasions had smashed centralised authority in the west. Now that secular authorities in the regions had lost their key tax-collecting role, it was religious institutions that filled the institutional void, and became seats of worldly power too. Bishops such as Gregory of Tours (573-94) were managers of institutional wealth as much as they were spiritual leaders. It would be easy to see this transformation as a sell-out, a betrayal of the radical spirit of the fourth century, a pragmatic accommodation with mundane power. Churches and monasteries were now not only wealthy in their own right, but also characterised by routines, with a whole panoply of institutional garb (the sixth century saw the arrival of the tonsure and the habit). Brown, characteristically, is not content with such simple explanations. What had happened, rather, was a transformation of the understanding of what wealth was: it was « given a higher purpose », in his words, swept up into a new imagery of the church as the shepherd of the local congregation. It is hard for modern readers to shed their cynicism towards attempts to justify the hoarding of vast wealth, especially in the context of subsistence economies. What makes this such a fine book is, ultimately, the challenge it issues to overcome that cynicism and to enter a very different imaginative world – one where corporate wealth was not yet tainted with corruption and capitalist acquisitiveness, where the possibility of a divine purpose for riches was still alive. Tim Whitmarsh
L’historien Peter Brown raconte comment, dans un Empire romain fraîchement converti, l’impératif de charité a transformé la vision de l’argent et renforcé le pouvoir de l’Eglise. (…) Le don n’est en fait pas une pratique nouvelle pour les riches Romains qui l’ont toujours tenu en haute estime dans le cadre de la cité, sous forme de nourriture ou de divertissement. La nouveauté réside dans le dépassement de la division entre citoyens et non-citoyens, l’exigence chrétienne initiale étant de donner à tous les pauvres, catégorie universelle censée représenter le Christ, incluant les nombreux migrants et sans-logis vivant aux marges de la cité. Peter Brown montre cependant que, pendant longtemps, le message de l’Eglise n’atteint pas les classes supérieures, pas plus qu’il ne touche les plus démunis. Le christianisme ne fut d’abord que la religion des catégories intermédiaires. (…) La vraie christianisation de l’Europe ne se réalisa qu’à la fin du IVe siècle quand les riches, jusqu’alors souvent demeurés païens, accaparèrent au sein de l’Eglise les positions dominantes en tant qu’évêques et écrivains chrétiens. (…) L’intégration ne se fit pas sans mal et, entre 370 et 430, sont écrits une multitude de textes sur la richesse et son interprétation dans une perspective chrétienne. C’est aussi l’époque où des super-riches comme Paulin de Nole, habités et troublés par le message évangélique, décident de renoncer à leurs biens et de vivre, seul ou en communauté, dans un état de pauvreté. La crise du Ve siècle et l’appauvrissement général, lié en particulier aux invasions barbares qui fragmentèrent l’Empire romain en de multiples entités indépendantes, conduit à un abandon des critiques radicales contre la richesse. Du fait de l’appauvrissement des grands propriétaires et des élites romaines traditionnelles, c’est en effet l’Eglise qui apparaît comme une force riche et puissante, capable plus que l’Etat d’administrer et de garantir une certaine stabilité. Plus que les autres institutions, elle peut assurer l’aide aux pauvres et aux citoyens ordinaires de plus en plus menacés. C’est l’époque que Peter Brown qualifie d’âge des «évêques-administrateurs», comme Grégoire de Tours, très soucieux de protéger et d’accroître les richesses foncières de l’Eglise. Ces dernières ne cessent d’ailleurs de grossir car les nouvelles aristocraties barbares et romaines de l’Occident post-impérial prennent l’habitude, à partir de 500, de faire des legs au clergé pour s’assurer la paix dans l’au-delà, contribuant de ce fait à doter les clercs d’un nouveau pouvoir politique. C’est ce mouvement qui produisit le passage du monde antique au début du Moyen Age, «grand basculement vers l’autre monde», celui de la civilisation chrétienne. Libération
Dans À travers un trou d’aiguille, Peter Brown, le plus grand spécialiste de l’Anti­quité tardive, notion qu’il a contribué à forger pour succéder à celle de Bas-Empire, retrace la généalogie de cette lente victoire. Il la replace dans son contexte et rend toute leur épaisseur et toutes leurs ambiguïtés aux personnages qui l’ont rendue possible ou en furent les témoins. Ce triomphe, il le scrute à l’aune du rapport de l’Église à la richesse – une perspective-clé pour comprendre comment le christianisme a fini par s’imposer. Sa thèse pourrait se résumer ainsi : l’Église n’est pas devenue riche parce qu’elle avait pris le pouvoir, elle a pris le pouvoir parce qu’elle était ­devenue riche. C’est parce que les fonds se sont mis à affluer vers elle que l’institution a fini par occuper cette place unique en Occident. Quand intervient le tournant décisif ? Ce problème n’a cessé d’obséder les historiens. Il est clair que la conversion de l’empereur Constantin, en 312, s’est révélée cruciale. Dans A History of the Later Roman Empire, James Bury, cité par Brown, y voit « l’acte le plus audacieux jamais commis par un autocrate au mépris de la vaste majorité de ses sujets ». Un avis partagé par le grand historien français Paul Veyne : dans Quand notre monde est devenu chrétien, il note l’importance « gigantesque » de Constantin « dans le cours de l’histoire humaine ». Au ­début du IIIe siècle, les chrétiens ne représentent qu’un dixième de la population de l’Empire. Ils seraient, selon toute vraisemblance, restés une secte minoritaire sans la conversion inespérée de l’empereur. Mais celle-ci a-t-elle suffi ? Non. Veyne ­estime que si, en 364, après la mort prématurée de l’empereur Julien l’Apostat (qui était revenu au paganisme), l’armée n’avait pas désigné comme successeur le chrétien Valentinien (« pour mille raisons où la religion n’entrait guère ») plutôt qu’un païen, la nouvelle religion aurait très bien pu n’être qu’une « parenthèse historique ». Brown situe le point de non-­retour plus tard encore : « C’est l’accélération de l’entrée des riches dans les églises chrétiennes au cours de la période qui suivit 370 qui marqua le vrai début du catholicisme triomphant du Moyen Âge. » L’auteur montre que, si Constantin a protégé le clergé, il lui a refusé « en même temps toute emprise sur les classes supérieures de la société romaine ». Sous son règne, les chrétiens ne s’attendent qu’à demeurer une minorité favorisée. Il s’agit encore d’une religion de classes moyennes. « Les évêques et le clergé étaient privilégiés précisément parce qu’ils n’étaient pas censés être les égaux des riches, remarque Brown. Ils ne devaient pas chercher au-dessus d’eux en recrutant des membres de la classe curiale. Ils n’étaient pas même autorisés à recevoir de riches plébéiens dans le clergé. Leur travail était au contraire de regarder en bas vers les pauvres. » Pourquoi, alors, les plus aisés finirent-ils par se rallier à la religion nouvelle ? Parce que, « en dehors du règne court et glaçant de l’empereur païen Julien l’Apostat, les dirigeants du monde romain demeurèrent chrétiens », explique Brown. On ne doit pas sous-estimer la « douce violence » que fit peser sur la société des classes supérieures la présence permanente d’une cour chrétienne, même en des temps où les politiques des empereurs (et le choix de leurs serviteurs publics) tendirent à demeurer indifférents à la ­religion. Il n’en demeure pas moins que la richesse posait un problème épineux à la nouvelle croyance. Dans l’Évangile de saint ­Mathieu, un jeune homme riche demande au Christ ce qu’il doit faire pour être sauvé. ­Jésus lui répond : « Vendre tout et le donner aux pauvres », puis, voyant le jeune homme s’éloigner tristement, prononce la phrase fameuse (qui donne son titre à l’ouvrage de Brown) : « Il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume des Cieux. » Richesse et salut s’excluaient donc ? Le livre de Brown montre comment, peu à peu, l’Église est parvenue à lever cette diffi­culté et à faire passer les riches à travers ce « trou d’aiguille ». La solution consista notamment à redéfinir le concept de « don ». À l’évergétisme, c’est-à-dire à une libéralité s’adressant avant tout à des concitoyens (riches ou pauvres), succéda une générosité dirigée avant tout vers les pauvres (concitoyens ou non). Le terme de « pauvres » fut lui-même défini d’une façon toute particulière : il ne s’appliquait pas seulement aux vrais indigents, mais aux « moins riches », à ceux qui n’étaient ­démunis que par rapport aux très riches ou aux plus riches. Et l’Église ­finit par reven­diquer pour elle-même cette qualifi­cation, si bien que donner au clergé revint à donner aux pauvres. Le célibat des prêtres fut en partie conçu comme un moyen d’attirer les aumônes : il distinguait radi­calement le clergé des profanes et en faisait un groupe révéré qu’il était bon de soutenir ­financièrement. La date charnière pourrait donc être l’élection d’Ambroise comme évêque de ­Milan, en 374. On mesure mal le séisme qu’elle représenta à l’époque. C’était « une anomalie socio­logique », note Brown ; la première fois, dans l’Occident chrétien, qu’un aristocrate accédait à ce poste réservé jusqu’ici aux classes plus modestes. Avec lui émerge une génération nouvelle de dirigeants chrétiens – Paulin de Nole, Jérôme et bien entendu Augustin –, bien plus brillants que les cadres assez ternes qui présidaient jusqu’alors aux destinées de l’Église. C’en est fini du christianisme discret de l’époque constantinienne. C’en est fini, aussi, du dédain des nantis pour la religion nouvelle. La fortune d’un Paulin de Nole égale celle d’un Symmaque, autant dire d’un Rockefeller. Quand, en 395, il décide d’abandonner son existence de grand seigneur pour devenir non pas même évêque, mais simple prêtre, c’est un coup de tonnerre dans l’Empire. Il est le premier super-riche à franchir le pas. (Ambroise faisait certes également partie de l’aristocratie, mais de l’aristocratie récente.) (…) En relativisant le caractère décisif de la fin de l’Empire romain d’Occident, en 476, et en soulignant l’unité des siècles précédant cette date avec ceux qui la suivent, les tenants de l’Antiquité tardive ne proposent pas seulement une nouvelle pério­disation. Ils entendent réha­biliter une époque longtemps présentée comme une simple décadence. L’ouvrage de Brown, fruit du travail de toute une vie, rend compte de la solidité et des ressources étonnantes d’un empire qui, loin d’agoniser pendant des siècles, sut se renouveler, mettre en place un système fiscal sans équivalent avant l’âge moderne et surtout promouvoir de nouvelles élites. Ce n’est que lorsque cette dynamique se grippa que l’Empire vola en éclats : l’ascension sociale s’effectuant désormais mieux à l’échelle locale, les cours des monarques barbares devinrent les nouveaux centres de pouvoir. Les immenses fortunes de jadis s’évaporèrent. Dans ce monde appauvri, conclut Brown, « les chefs des Églises se rendirent compte que c’étaient eux – et non les grands propriétaires terriens laïcs dont les fortunes écrasaient auparavant celle des Églises – qui étaient enfin ­devenus très riches. » Books
 Cachez cette religion que je ne saurai voir !

A l’heure où en cette veille de Pâques l’on se gausse outre-manche d’une Première ministre tentant de défendre via le plus païen de ses symboles …

Les derniers vestiges honteux que le politiquement correct d’une industrie va jusqu’à cacher derrière ses emballages et en petits caractères …

Face à la montée d’un islam qui il y a un mois à peine transformait un Jamaïcain en faucheur de piétons devant Westminster …

Ou plus discrètement outre-atlantique faisait suspendre avant sa réintégration suite aux protestations des réseaux sociaux …

Un étudiant ayant osé protester contre une enseignante ayant, fidèle à une prétendue « religion du Livre » ayant falsifié la plupart des apports dont elle est issue, ravalé au rang de canular la crucifixion du Christ

Tandis que dans une campagne présidentielle dans ce qui est devenu la « fille aînée de l’athéisme »

Où, pour cause de « nationalisme délirant », drapeaux comme hymnes nationaux sont désormais bannis des vidéos de campagne …

Et où entre les cris de haine du riche trostkistes de prétendus représentants de la classe ouvrière …

Et la dernière croisade contre les crèches de Noël d’un bateleur fan de tout ce que la planète peut comporter de dictatures …

Ou encore un candidat qui, parti de la nécropole des rois de France et des hommages à Jeanne d’Arc ou au Puy du fou, en est à présent à nier, sauf pour l’accuser de crimes contre l’humanité,  jusqu’à l’existence même d’une culture française …

L’on rivalise de moralisme et transforme en nouveaux boucs émissaires …

Tant les puissances de l’argent auxquelles on doit justement, derrière ses excès mêmes, un degré de richesse généralisée complètement inédit dans l’histoire de l’humanité …

Qu’une candidate ayant eu le malheur de vouloir rappeler l’attachement de nombre de ses citoyens à la simple dimension culturelle de la fête de Noël …

Ou un autre candidat qui tout en ne s’y montrant pas toujours à la hauteur avait osé faire état de sa foi chrétienne …

Comment ne pas deviner derrière tant de haine exhibée …

Mais aussi cet étrange rapport à l’argent et ce singulier souci universel des victimes

Cette dette irrédimable que notre monde occidental s’évertue tant à cacher …

Que rappelle dans son dernier ouvrage le spécialiste irlandais de l’Antiquité tardive Peter Brown …

Mais sans laquelle deviennent tout simplement incompréhensibles …

Notre passion de l’égalité comme notre méfiance vis à vis de l’argent ?

Et les super-riches imposèrent le christianisme
La nouvelle secte ne triomphe vraiment dans l’Empire qu’à la fin du IVe siècle. Grâce au ralliement des nobles romains et à une génération de prosélytes exceptionnels.

À travers un trou d’aiguille par Peter Brown, Les Belles Lettres, 2016

Baptiste Touverey

Books
janvier / février 2017

Un homme seul mais digne, drapé dans sa toge de sénateur, qui s’oppose, vestige d’une époque révolue, aux flots montant d’un christianisme triomphant et tente en vain de sauver des ­fureurs de la religion nouvelle les anciens dieux de Rome : telle est l’image qu’a laissée Quintus Aurelius Symmachus, dit Symmaque. En 384, il conjure l’empereur Valentinien II de restaurer les privilèges des Vestales – ces gardiennes d’un culte presque aussi vieux que Rome –, supprimés par son prédécesseur Gratien (pour des raisons avant tout financières). Ambroise, l’évêque de Milan, s’insurge contre cette assistance à une religion condamnée, brandit la menace d’une excommunication et obtient gain de cause.

La défaite de Symmaque l’a figé dans ce rôle de grand perdant de l’histoire, d’aristocrate isolé, menant dans ses villas de Campanie une existence coupée d’un monde qu’il ne comprenait plus. Dans son Histoire du déclin et de la chute de l’Empire romain, Edward Gibbon en fait une figure quasi tragique, l’ultime défenseur du « paganisme expirant ». L’intéressé aurait pourtant été surpris d’apprendre qu’il était le « dernier des païens ». Comme l’explique Peter Brown dans son nouveau livre, Symmaque n’était pas cet archaïsme vivant, ­encore moins l’ennemi désespéré du christianisme. « Il entretint sans doute des relations personnelles avec Ambroise de Milan ; il patronna le jeune Augustin et fut un grand ami du poète [chrétien] Ausone. » Homme de réseaux, il se voyait avant tout comme un noble romain et portait sur le christianisme un regard bien trop condescendant pour nourrir envers lui une vraie hostilité. Seule comptait à ses yeux la majesté de Rome, conviction qui n’avait rien de marginal et était partagée par la plupart de ses concitoyens.

À la fin du ive siècle, l’opposition entre chrétiens et païens n’avait pas le caractère tranché que nous lui avons longtemps prêté. La victoire du christianisme s’annonçait à peine. Les contemporains ne pouvaient guère la discerner, encore moins s’en inquiéter. Dans À travers un trou d’aiguille, Peter Brown, le plus grand spécialiste de l’Anti­quité tardive, notion qu’il a contribué à forger pour succéder à celle de Bas-Empire, retrace la généalogie de cette lente victoire. Il la replace dans son contexte et rend toute leur épaisseur et toutes leurs ambiguïtés aux personnages qui l’ont rendue possible ou en furent les témoins. Ce triomphe, il le scrute à l’aune du rapport de l’Église à la richesse – une perspective-clé pour comprendre comment le christianisme a fini par s’imposer. Sa thèse pourrait se résumer ainsi : l’Église n’est pas devenue riche parce qu’elle avait pris le pouvoir, elle a pris le pouvoir parce qu’elle était ­devenue riche. C’est parce que les fonds se sont mis à affluer vers elle que l’institution a fini par occuper cette place unique en Occident.

Quand intervient le tournant décisif ? Ce problème n’a cessé d’obséder les historiens. Il est clair que la conversion de l’empereur Constantin, en 312, s’est révélée cruciale. Dans A History of the Later Roman Empire, James Bury, cité par Brown, y voit « l’acte le plus audacieux jamais commis par un autocrate au mépris de la vaste majorité de ses sujets ». Un avis partagé par le grand historien français Paul Veyne : dans Quand notre monde est devenu chrétien, il note l’importance « gigantesque » de Constantin « dans le cours de l’histoire humaine ». Au ­début du IIIe siècle, les chrétiens ne représentent qu’un dixième de la population de l’Empire. Ils seraient, selon toute vraisemblance, restés une secte minoritaire sans la conversion inespérée de l’empereur. Mais celle-ci a-t-elle suffi ? Non. Veyne ­estime que si, en 364, après la mort prématurée de l’empereur Julien l’Apostat (qui était revenu au paganisme), l’armée n’avait pas désigné comme successeur le chrétien Valentinien (« pour mille raisons où la religion n’entrait guère ») plutôt qu’un païen, la nouvelle religion aurait très bien pu n’être qu’une « parenthèse historique ».

Brown situe le point de non-­retour plus tard encore : « C’est l’accélération de l’entrée des riches dans les églises chrétiennes au cours de la période qui suivit 370 qui marqua le vrai début du catholicisme triomphant du Moyen Âge. » L’auteur montre que, si Constantin a protégé le clergé, il lui a refusé « en même temps toute emprise sur les classes supérieures de la société romaine ». Sous son règne, les chrétiens ne s’attendent qu’à demeurer une minorité favorisée. Il s’agit encore d’une religion de classes moyennes. « Les évêques et le clergé étaient privilégiés précisément parce qu’ils n’étaient pas censés être les égaux des riches, remarque Brown. Ils ne devaient pas chercher au-dessus d’eux en recrutant des membres de la classe curiale. Ils n’étaient pas même autorisés à recevoir de riches plébéiens dans le clergé. Leur travail était au contraire de regarder en bas vers les pauvres. » Pourquoi, alors, les plus aisés finirent-ils par se rallier à la religion nouvelle ? Parce que, « en dehors du règne court et glaçant de l’empereur païen Julien l’Apostat, les dirigeants du monde romain demeurèrent chrétiens », explique Brown. On ne doit pas sous-estimer la « douce violence » que fit peser sur la société des classes supérieures la présence permanente d’une cour chrétienne, même en des temps où les politiques des empereurs (et le choix de leurs serviteurs publics) tendirent à demeurer indifférents à la ­religion.

Il n’en demeure pas moins que la richesse posait un problème épineux à la nouvelle croyance. Dans l’Évangile de saint ­Mathieu, un jeune homme riche demande au Christ ce qu’il doit faire pour être sauvé. ­Jésus lui répond : « Vendre tout et le donner aux pauvres », puis, voyant le jeune homme s’éloigner tristement, prononce la phrase fameuse (qui donne son titre à l’ouvrage de Brown) : « Il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume des Cieux. » Richesse et salut s’excluaient donc ? Le livre de Brown montre comment, peu à peu, l’Église est parvenue à lever cette diffi­culté et à faire passer les riches à travers ce « trou d’aiguille ». La solution consista notamment à redéfinir le concept de « don ». À l’évergétisme, c’est-à-dire à une libéralité s’adressant avant tout à des concitoyens (riches ou pauvres), succéda une générosité dirigée avant tout vers les pauvres (concitoyens ou non). Le terme de « pauvres » fut lui-même défini d’une façon toute particulière : il ne s’appliquait pas seulement aux vrais indigents, mais aux « moins riches », à ceux qui n’étaient ­démunis que par rapport aux très riches ou aux plus riches. Et l’Église ­finit par reven­diquer pour elle-même cette qualifi­cation, si bien que donner au clergé revint à donner aux pauvres. Le célibat des prêtres fut en partie conçu comme un moyen d’attirer les aumônes : il distinguait radi­calement le clergé des profanes et en faisait un groupe révéré qu’il était bon de soutenir ­financièrement.

La date charnière pourrait donc être l’élection d’Ambroise comme évêque de ­Milan, en 374. On mesure mal le séisme qu’elle représenta à l’époque. C’était « une anomalie socio­logique », note Brown ; la première fois, dans l’Occident chrétien, qu’un aristocrate accédait à ce poste réservé jusqu’ici aux classes plus modestes. Avec lui émerge une génération nouvelle de dirigeants chrétiens – Paulin de Nole, Jérôme et bien entendu Augustin –, bien plus brillants que les cadres assez ternes qui présidaient jusqu’alors aux destinées de l’Église. C’en est fini du christianisme discret de l’époque constantinienne. C’en est fini, aussi, du dédain des nantis pour la religion nouvelle. La fortune d’un Paulin de Nole égale celle d’un Symmaque, autant dire d’un Rockefeller. Quand, en 395, il décide d’abandonner son existence de grand seigneur pour devenir non pas même évêque, mais simple prêtre, c’est un coup de tonnerre dans l’Empire. Il est le premier super-riche à franchir le pas. (Ambroise faisait certes également partie de l’aristocratie, mais de l’aristocratie récente.)

Jérôme, qui traduisit la Bible en latin et écrivit des épitres dans lesquelles il fustige la richesse, vient lui aussi d’une bonne ­famille, et Brown montre à que point son image d’ermite correspond peu à la réalité de son existence. Citant une étude de Megan Williams, il relève que Jérôme « semble avoir été plus attiré par l’idée ascétique que par la vie ascétique ». Son existence, il la passa en fait bien moins dans un dénuement complet, écrasé par le soleil du désert, qu’« à l’ombre de grandes bibliothèques ». « Il était irrévocablement attaché à des personnes riches qui payaient les collections dont dépendaient ses entreprises littéraires. […] Mais Jérôme n’aurait pas été Jérôme s’il n’avait pas été ­capable de masquer, sous d’ingénieuses fioritures rhétoriques, le paradoxe que constituait la combinaison d’une persona monastique prônant l’extrême pauvreté et d’un érudit lié à des livres coûteux. »

Dans cette galaxie de riches notables ayant choisi de rejoindre les rangs de l’Église, le plus ­illustre, Augustin, fait figure de parent pauvre. Son statut social est confus. Pour autant, il « ne fut jamais un moins que rien », écrit Brown. Sa famille « était proche du sommet de la petite pyramide de Thagaste », une ville très secondaire d’Afrique du Nord, il est vrai. En fait, le futur évêque d’Hippone ­venait d’un groupe d’autant plus entre­prenant qu’il avait le statut précaire de la petite bourgeoisie. « Loin d’être celle d’un prodige solitaire, la carrière d’Augustin fut représentative des ­espoirs de toute une classe. Tel le bourdonnement d’un essaim de frelons sortant de leur nid, l’effervescence que produisaient les personnes de cette espèce communiqua une énergie inégalée à la vie culturelle et religieuse du monde latin aux ive  et ve siècles. »

En relativisant le caractère décisif de la fin de l’Empire romain d’Occident, en 476, et en soulignant l’unité des siècles précédant cette date avec ceux qui la suivent, les tenants de l’Antiquité tardive ne proposent pas seulement une nouvelle pério­disation. Ils entendent réha­biliter une époque longtemps présentée comme une simple décadence. L’ouvrage de Brown, fruit du travail de toute une vie, rend compte de la solidité et des ressources étonnantes d’un empire qui, loin d’agoniser pendant des siècles, sut se renouveler, mettre en place un système fiscal sans équivalent avant l’âge moderne et surtout promouvoir de nouvelles élites. Ce n’est que lorsque cette dynamique se grippa que l’Empire vola en éclats : l’ascension sociale s’effectuant désormais mieux à l’échelle locale, les cours des monarques barbares devinrent les nouveaux centres de pouvoir. Les immenses fortunes de jadis s’évaporèrent. Dans ce monde appauvri, conclut Brown, « les chefs des Églises se rendirent compte que c’étaient eux – et non les grands propriétaires terriens laïcs dont les fortunes écrasaient auparavant celle des Églises – qui étaient enfin ­devenus très riches. »

Voir aussi:
Histoire

«A travers un trou d’aiguille», le don de foi

Jean-Yves Grenier

Libération

4 janvier 2017 

L’historien Peter Brown raconte comment, dans un Empire romain fraîchement converti, l’impératif de charité a transformé la vision de l’argent et renforcé le pouvoir de l’Eglise.

Dans une somme impressionnante, mais passionnante de bout en bout, Peter Brown, professeur à Princeton et grand spécialiste de l’Antiquité tardive, s’interroge sur la façon dont le christianisme a abordé la question de la richesse entre le IVe et le VIe siècle de notre ère. Depuis la conversion de Constantin en 312, l’Empire romain est devenu chrétien. Un nouveau rapport à l’argent apparaît, marqué par le souci de charité et l’exhortation faite aux riches pour qu’ils donnent aux pauvres. Le don n’est en fait pas une pratique nouvelle pour les riches Romains qui l’ont toujours tenu en haute estime dans le cadre de la cité, sous forme de nourriture ou de divertissement.

Démunis.

La nouveauté réside dans le dépassement de la division entre citoyens et non-citoyens, l’exigence chrétienne initiale étant de donner à tous les pauvres, catégorie universelle censée représenter le Christ, incluant les nombreux migrants et sans-logis vivant aux marges de la cité. Peter Brown montre cependant que, pendant longtemps, le message de l’Eglise n’atteint pas les classes supérieures, pas plus qu’il ne touche les plus démunis. Le christianisme ne fut d’abord que la religion des catégories intermédiaires. «Ce n’est en fin de compte ni en entretenant les très pauvres ni en persuadant les très riches de reporter leur générosité du cirque vers les églises que les évêques chrétiens devinrent prééminents dans la société, mais en gagnant l’entre-deux à leur cause.»

La vraie christianisation de l’Europe ne se réalisa qu’à la fin du IVe siècle quand les riches, jusqu’alors souvent demeurés païens, accaparèrent au sein de l’Eglise les positions dominantes en tant qu’évêques et écrivains chrétiens. «A partir de ce moment les chrétiens, membres d’une religion ralliée par les riches et les puissants, purent commencer à penser l’impensable en envisageant la possibilité d’une société entièrement chrétienne.» L’intégration ne se fit pas sans mal et, entre 370 et 430, sont écrits une multitude de textes sur la richesse et son interprétation dans une perspective chrétienne. C’est aussi l’époque où des super-riches comme Paulin de Nole, habités et troublés par le message évangélique, décident de renoncer à leurs biens et de vivre, seul ou en communauté, dans un état de pauvreté. La crise du Ve siècle et l’appauvrissement général, lié en particulier aux invasions barbares qui fragmentèrent l’Empire romain en de multiples entités indépendantes, conduit à un abandon des critiques radicales contre la richesse.

Au-delà.

Du fait de l’appauvrissement des grands propriétaires et des élites romaines traditionnelles, c’est en effet l’Eglise qui apparaît comme une force riche et puissante, capable plus que l’Etat d’administrer et de garantir une certaine stabilité. Plus que les autres institutions, elle peut assurer l’aide aux pauvres et aux citoyens ordinaires de plus en plus menacés.

C’est l’époque que Peter Brown qualifie d’âge des «évêques-administrateurs», comme Grégoire de Tours, très soucieux de protéger et d’accroître les richesses foncières de l’Eglise. Ces dernières ne cessent d’ailleurs de grossir car les nouvelles aristocraties barbares et romaines de l’Occident post-impérial prennent l’habitude, à partir de 500, de faire des legs au clergé pour s’assurer la paix dans l’au-delà, contribuant de ce fait à doter les clercs d’un nouveau pouvoir politique. C’est ce mouvement qui produisit le passage du monde antique au début du Moyen Age, «grand basculement vers l’autre monde», celui de la civilisation chrétienne.

Peter Brown À travers un trou d’aiguille. La richesse, la chute de Rome et la formation du christianisme Les Belles Lettres, 814 pp., 29,50 €.

Voir de plus:

Through the Eye of a Needle by Peter Brown – review
Tim Whitmarsh on a sparkling book that rethinks the history of the Christian church
Tim Whitmarsh
The Guardian
7 December 2012

Historians, those most cynical students of human behaviour, struggle to explain altruism. Politics, economics and war are the staples of history precisely because they allow for the acquisition, consolidation or failure of power. The genetic code unlocked by the historian is a selfish one. Yet late antiquity poses a baffling problem. Why did Roman society, from the bottom to the very top, progressively adopt a religion that appeared to promote the surrender of worldly goods to the poor? And given that wealth continued to be as important as ever after Christianisation, how did the Roman world reconcile riches and moral austerity?

Peter Brown’s dashing new book explores these questions for the Latin-speaking, western Roman empire. It’s an immensely learned and authoritative study; Brown has been for 40 years the world’s most eminent scholar of late antiquity. Yet it is far from a work of arid scholasticism. His sparkling prose, laced with humour and humanity, brings his subjects to life with an uncommon sympathy and feeling for their situation. But the wider story matters too, for the age he describes saw the making of Europe as we know it, and with it the development of many of our current instincts and anxieties around the compatibility of wealth and social responsibility.

The story is built around two narrative strands, interwoven like a double helix. The first is the rise of Christianity in the fourth century AD from a niche cult in the multi-religious world of the Roman empire to the dominant religion of the west. The second is the collapse of centralised imperial authority in the fifth century, and the transition to what Brown calls a « local Roman empire ». These two combined processes allowed Christianity to move from a counterculture based around an ideology of renunciation of worldly goods to an institutional infrastructure built on corporate wealth.

One of the most decisive hallucinations in history occurred in 312AD, when the hitherto polytheist Emperor Constantine saw a vision of the cross hanging in the sky above a battlefield just outside Rome. We’ll never know what Constantine’s real motives for conversion were; perhaps it was quite simply a religious experience. But this wasn’t the moment when the empire as a whole was transformed: Christianity remained one religion among many for some 60 years. Constantine’s major legacy to the empire was root-and-branch fiscal reform, which put efficient tax-collection at the heart of the entire bureaucratic system. Brown calls the fourth century the « age of gold », after the coin known as the solidus that symbolised the confidence of the imperial treasury.

So, wealth was on everyone’s mind – mostly because 90% of the population didn’t have enough of it, while the remaining 10%, those on the inside of the tight-ravelled nexus of power, had riches beyond compare. Sound familiar? But this is only half of the story. If the imperial heart sucked resources towards the centre in relentless cycles, there was also a corresponding diastolic process that kept the people going. Local agriculture could not always feed local populations, especially in Italy; vast quantities of grain were imported to Rome (mostly from Egypt, the breadbasket of the Mediterranean), and then distributed in annual doles. Provincial elites competed to disburse wealth to the people, whether in the form of doles or the provision of entertainment to a populace as hungry for spectacles as it was for bread.

This culture of largesse, Brown shows, paved the way for the Christian obsession with giving to the needy that gripped the empire from the 370s onwards. Augustine, for example, began a « war of giving » in 403, seeking to outdo the munificent games at Carthage with a huge church-building programme financed by sympathetic locals. The two systems were direct rivals. But Christian charity wasn’t just traditional « bread and circuses » in a new guise; rather, it signified a radically different way of conceptualising relations between individuals and society, and between individuals and their own wealth. When non-Christians gave, they gave to their fellow citizens (and usually expected public honours in return). This was an exercise in civic-mindedness, in generosity towards the state. When Christians gave, by contrast, wealth flowed from « the rich » to « the poor ».

What was at stake in this shift? Why did it matter? These questions go to the heart of Brown’s thesis. « Rich » and « poor » were not, in Brown’s view, objective categories; rather, they were dramatic roles borrowed from the Psalms and the Prophets. There was no systematic redistribution from the 10% to the 90%. One of the book’s recurrent themes is that, while there were certainly super-wealthy Christians engaged in acts of ostentatious self-sacrifice, Christianity’s core clientele lay in the « middling » people. Christianity saw, in effect, the triumph of mediocrity: men and (unusually for the ancient world) women of modest means could now play in their churches the kind of generous role previously reserved only for mighty patrons. Conversely, the genuinely wealthy can be found playing the role of « the poor », as Jerome did in the late fourth century when sneering at Rome’s luxuries from a position of faux-penury; or as the fantastically wealthy Pinianus and Melania did when theatrically enlisting on the poor roll at the church of Jerusalem in 417.

Crucially, Christian giving did not necessarily go directly to « the poor ». When Augustine, Jerome and others counselled the renunciation of worldly goods, they were in practice fundraising for churches and monasteries. The rise of the church as an institution was, initially, dependent on this vital role as a point of redistribution of surplus wealth. But this role was transformed from the fifth century onwards, after successive barbarian invasions had smashed centralised authority in the west. Now that secular authorities in the regions had lost their key tax-collecting role, it was religious institutions that filled the institutional void, and became seats of worldly power too. Bishops such as Gregory of Tours (573-94) were managers of institutional wealth as much as they were spiritual leaders.

It would be easy to see this transformation as a sell-out, a betrayal of the radical spirit of the fourth century, a pragmatic accommodation with mundane power. Churches and monasteries were now not only wealthy in their own right, but also characterised by routines, with a whole panoply of institutional garb (the sixth century saw the arrival of the tonsure and the habit). Brown, characteristically, is not content with such simple explanations. What had happened, rather, was a transformation of the understanding of what wealth was: it was « given a higher purpose », in his words, swept up into a new imagery of the church as the shepherd of the local congregation.

It is hard for modern readers to shed their cynicism towards attempts to justify the hoarding of vast wealth, especially in the context of subsistence economies. What makes this such a fine book is, ultimately, the challenge it issues to overcome that cynicism and to enter a very different imaginative world – one where corporate wealth was not yet tainted with corruption and capitalist acquisitiveness, where the possibility of a divine purpose for riches was still alive.

Tim Whitmarsh’s Narrative and Identity in the Ancient Greek Novel is published by Cambridge.

Voir encore:

Quelles sont nos racines religieuses ?

Paul Veyne : «La question des origines chrétiennes de la France est un faux débat»

Pour l’historien Paul Veyne, la religion n’est qu’un des éléments d’une civilisation, et non sa matrice. Et si le christianisme est omniprésent dans notre paysage, il n’est pour beaucoup d’entre nous qu’un patrimoine venu du passé.

Historien aussi génial qu’hors norme, tant dans son parcours que dans sa personnalité, Paul Veyne est l’un des meilleurs spécialistes du monde antique. Si son domaine de prédilection reste la Rome païenne, le professeur émérite au Collège de France a également publié de passionnants travaux sur le processus qui a conduit l’Occident à devenir chrétien. Et c’est avec le recul de l’érudit que Paul Veyne revisite pour nous les héritages culturels qui ont façonné l’Europe.
Dans votre livre Quand notre monde est devenu chrétien, vous notez qu’au début du IVe siècle, l’Empire romain compte à peine 10 % de chrétiens. Deux siècles plus tard, c’est le paganisme qui est résiduel. Comment expliquer ce formidable succès du christianisme ?

Deux éléments peuvent expliquer ce succès : non seulement, à partir du règne de Constantin, les empereurs – exception faite de Julien l’Apostat (361-363) – soutiennent le christianisme et le financent fortement ; mais le christianisme a aussi une caractéristique exceptionnelle, et qui lui est propre : il est organisé comme une armée, avec un chef, des sous-chefs et des chefs locaux (archevêques, évêques, prêtres). De fait, cette organisation a permis de mettre en place un encadrement militaro-spirituel, si j’ose dire, de la population. J’ignore d’où vient cette organisation si particulière de la religion chrétienne, et qui mériterait d’être étudiée.

À l’inverse, comment expliquer que le paganisme soit aussi rapidement passé aux oubliettes ?

Il faut savoir que le paganisme était en crise depuis six ou sept siècles. Aux yeux des lettrés, il comportait trop de fables et de naïvetés, si bien que le païen lettré ne savait plus ce qu’il devait ou pouvait croire. De plus, l’argent et la puissance hiérarchique avaient changé de bord. Cela dit, le paganisme n’a pas totalement disparu : des régions entières sont restées longtemps païennes sans le dire. Ainsi, les fermiers, métayers et ouvriers agricoles qui travaillaient les grands domaines des seigneurs romains en Sardaigne étaient encore largement païens vers l’an 500. Mais on ne le disait pas trop : cela ne se faisait plus. Notons que l’on demandait à Dieu les mêmes choses qu’aux divinités païennes – de bonnes récoltes, par exemple. Les ex-voto chrétiens sont parfaitement comparables aux ex-voto païens. Néanmoins, pour les lettrés, la religion chrétienne avait une supériorité intellectuelle et spirituelle incomparable avec le paganisme, à tous points de vue. Amour et miséricorde infinie d’un Dieu profondément charismatique, moralisme qui pénètre tous les aspects de la vie du croyant et projet divin de la Création qui donne un sens à l’humanité : autant d’éléments qui ne pouvaient qu’attirer les élites.

Alors que Nietzsche voyait dans le christianisme une « religion d’esclaves », vous voyez une « religion d’élite », un « chef-d’oeuvre ». Pourquoi ?

Le christianisme est à mon sens la religion la plus géniale du monde – je le dis d’autant plus aisément que je ne suis pas croyant. La théologie, la spiritualité, l’inventivité de cette religion sont extraordinaires. Si Nietzsche y voit une « religion d’esclaves », c’est sans doute parce qu’un croyant est soumis à Dieu, à ses commandements, et est en quelque sorte l’esclave de Dieu. Pour ma part, je suis en admiration devant l’incroyable édifice intellectuel et spirituel élaboré par les penseurs chrétiens. Je dis dans un de mes livres que le christianisme est un best-seller qui appartient au genre du thriller. En effet, sa promesse du Paradis se conjugue avec la terreur qu’inspire l’idée de l’Enfer… Les hommes passent leur temps à se demander de quel côté ils vont basculer. Un tel récit ne peut que « prendre aux tripes » ses lecteurs.

La question des origines chrétiennes de la France continue d’agiter le débat public. Quelle est votre opinion sur la question ?

C’est le type même de la fausse question. Comme je l’ai écrit dans mon ouvrage Quand notre monde est devenu chrétien, « ce n’est pas le christianisme qui est à la racine de l’Europe, c’est l’Europe actuelle qui inspire le christianisme ou certaines de ses versions ». La religion est une des composantes d’une civilisation, et non la matrice – sinon, tous les pays de culture chrétienne se ressembleraient, ce qui est loin d’être le cas ; et ces sociétés resteraient figées dans le temps, ce qui n’est pas plus le cas. Certes, le christianisme a pu contribuer à préparer le terrain à certaines valeurs. Mais, de fait, il n’a cessé, au fil des siècles, de changer et de s’adapter. Voyez par exemple le courant des catholiques sociaux de gauche : ce christianisme charitable qui oeuvre pour le bien-être du prolétariat découle directement du mouvement ouvrier socialiste du XIXe siècle. De même, il existe des courants du christianisme qui se revendiquent féministes et laïques. Mais auraient-ils existé s’il n’y avait eu, auparavant, la révolution féministe ? Et la laïcité, ce ne sont pas les chrétiens qui l’ont inventée : ils s’y sont opposés en 1905 ! En réalité, le christianisme se transforme en fonction de ce que devient la culture française, et s’y adapte.

Vous allez jusqu’à contester l’idée même de « racines ».

Aucune société, aucune culture, n’est fondée sur une doctrine unique. Comme toutes les civilisations, l’Europe s’est faite par étapes, aucune de ses composantes n’étant plus originelle qu’une autre. Tout évolue, tout change, sans arrêt.

Vous relayez également l’interrogation du sociologue (pourtant croyant) Gabriel Le Bras, « la France a-t-elle été jamais christianisée ? », tant la pratique religieuse a, de tout temps, été défaillante.

Absolument. Si, pour certains croyants, qui ne constituent qu’une toute petite élite, le christianisme correspond à une réalité vécue, force est de constater que pour l’immense majorité des autres, la religion n’est qu’un vaste conformisme, auquel ils adhèrent sans réellement s’y astreindre. C’est exactement la même chose que la notion de patrie avant 1914 : l’idée de « patrie française » tenait chaud au coeur.

Néanmoins, on ne peut nier l’apport réel du christianisme à notre culture.

Bien sûr que cet apport est immense. Autour de nous, le christianisme est partout : les cathédrales, les églises jusque dans les plus petits villages, une bonne partie de notre littérature – Blaise Pascal – et de notre musique – Bach. Mais pour la majorité d’entre nous, il s’agit là d’un héritage, d’un patrimoine qui appartient au passé, à l’instar de Versailles ou de la pensée de Descartes. Moi-même, je suis ému quand je rentre dans une église et je fais le signe de croix. Le déclin du christianisme, le fait qu’il soit sorti de notre culture, de nos croyances et de nos pratiques, a réellement commencé à toucher l’ensemble de la population au XIXe siècle.

Vous écrivez que notre culture est aux antipodes des valeurs chrétiennes. Pourquoi ?

L’Europe actuelle est démocrate, laïque, partisane de la liberté religieuse, des droits de l’Homme, de la liberté de pensée, de la liberté sexuelle, du féminisme et du socialisme. Toutes choses qui sont étrangères, voire opposées, au catholicisme d’hier et d’aujourd’hui. La morale chrétienne prêchait l’ascétisme et l’obéissance. L’individualisme de notre époque, par exemple, est aux antipodes de la soumission, de la piété et de l’obéissance chrétiennes.

Plus que Jésus ou Paul, quels sont, selon vous, les penseurs aux sources de notre culture ?

À l’évidence, cela me semble être l’époque des Lumières et la Révolution. Depuis la Révolution, songez qu’il n’existe plus de roi de droit divin : il s’agit désormais de monarchies constitutionnelles, comme en Angleterre. S’il fallait absolument nous trouver des pères spirituels, on pourrait nommer Kant ou Spinoza.

Quid de l’apport immense de la culture antique sur nos mentalités ?

Les Grecs ont inventé la philosophie, le théâtre, et tant d’autres choses. Les Romains les ont répandus, ils ont hellénisé le monde en langue latine. Le christianisme lui-même a hérité de cette culture antique, à une différence énorme près : la notion d’un Dieu tout-puissant et éternel, créateur du monde, n’a rien de commun avec les dieux antiques. Ces derniers étaient exactement comme nous, mais immortels ; ils avaient les mêmes vices, les mêmes vertus, et n’étaient pas tout puissants. Le Dieu des juifs et des chrétiens est un apport culturel gigantesque que le paganisme n’a jamais été en mesure d’apporter. Mais si l’héritage chrétien apparaît de façon plus évidente à l’esprit de nos concitoyens, bien que déchristianisés, que l’immense patrimoine antique dont nous sommes aussi les héritiers, c’est que, chez nous, la religion chrétienne est présente visuellement partout.

Comment interprétez-vous le fait que le thème de nos racines religieuses revienne si souvent sur le tapis depuis quelques décennies, malgré la sécularisation de la société ?

Les raisons sontpurementpolitiques. Parler de racines religieuses permet de se montrer vertueux, attaché à certaines valeurs comme la charité. C’est une manière de se faire bien voir. Je ne crois pas du tout au « retour du religieux » dont on parle en ce moment : les chiffres disent le contraire pour toute l’Europe, et plus encore pour la France. La moitié des Français ne sont plus baptisés.

Dans votre livre Et dans l’éternité je ne m’ennuierai pas, vous écrivez : « Le Moyen Âge n’a rien de romanesque ; il est chrétien et fait donc partie de notre monde ennuyeux. » Voilà un jugement paradoxal au vu de ce que vous dites être le génie du christianisme !

Quand j’étais petit, c’était mon sentiment. Je m’ennuyais à la messe ; par conséquent, à mes yeux, le Moyen Âge chrétien n’avait rien d’exaltant. Le paganisme, au contraire, était un monde totalement autre. J’aurais pu tout aussi bien m’intéresser au Japon, qui est également un monde radicalement autre. La société païenne antique est atroce, cruelle, effrayante. Si les supplices et les massacres ne m’attirent nullement, cette civilisation m’a fasciné. Sur le plan religieux, cependant, les sociétés païennes étaient plus pragmatiques, pour la simple raison que tous les dieux étaient considérés comme vrais : lorsqu’un Romain ou un Grec, en voyage à l’étranger, apprenait qu’on y vénérait tel ou tel dieu, il se disait qu’il serait peut-être utile de l’importer, de la même manière qu’on importait des plantes ou des denrées des pays étrangers. Il ne s’agissait pas de tolérance, mais d’une conception différente de la vérité. L’islam, qui a pris la mauvaise habitude d’être aussi intolérant que le christianisme, ferait bien de s’en inspirer. Car ni l’islam, ni le christianisme, ne disent que les dieux des autres peuples sont aussi vrais que le leur. Non, c’est leur Dieu qui est le vrai, et le seul.

Que vous inspirent les polémiques actuelles sur l’islam ?

Je pense qu’en vertu de la laïcité, de la tolérance et du fait qu’il existe des gens pour qui la religion est importante, il faut intégralement leur ficher la paix dans ce domaine. On a le droit d’avoir une religion. C’est quelque chose de très intime, une sorte de besoin ou de penchant naturel qu’il faut respecter. Pour ma part, comme il ne me reste plus beaucoup de temps à vivre, j’aimerais me convertir tout à coup : hélas, je n’y arrive pas (rires). Pour autant, il faut évidemment combattre les dérives religieuses, car malheureusement, certains abusent.

Vous qui avez tant étudié l’histoire, comment jugez-vous notre époque ?

Depuis qu’il n’y a plus de guerres mondiales en Occident, l’évolution est très positive. Certes, il y aura toujours des esprits chagrins pour dire que « c’était mieux avant ». Comme cette rengaine éculée est banale ! Rome a été fondée en 753 avant notre ère, et l’idée de la décadence a commencé dès 552… Cela fait 2 000 ans qu’on nous parle de décadence ! Pour ce qui nous concerne, je ne crois pas du tout à la décadence, au contraire. Il ne se passe pas une journée sans que l’on apprenne une bonne nouvelle. Ces cinquante dernières années, les progrès – en matière sociale ou de moeurs, notamment – ont été immenses. Je ne peux que m’en réjouir.

En quelques dates

1930 Naissance à Aix-en-Provence dans un milieu modeste
1951 Entre à l’École normale supérieure
1955-57 Membre de l’École française de Rome
1961-1975  Enseigne à l’université d’Aix-en-Provence
1970 Publie Comment on écrit l’histoire, essai d’épistémologie
1976 Publie Le Pain et le Cirque
1975-1998 Professeur au Collège de France, chaire d’Histoire de Rome
2007 Publie Quand notre monde est devenu chrétien (312-394)

À lire de Paul Veyne

Comment on écrit l’histoire (Seuil, 1970 ; Points histoire, 1996)
Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ? Essai sur l’imagination constituante (Seuil, 1983 ; Points histoire, 1992)
Quand notre monde est devenu chrétien (Albin Michel, 2007 ; Le Livre de Poche, 2010)
Et dans l’éternité je ne m’ennuierai pas, souvenirs (Albin Michel, 2014)
Palmyre, l’irremplaçable trésor (Albin Michel, 2015)

Paul Veyne Historien spécialiste de l’Antiquité romaine, Paul Veyne est professeur émérite au Collège de France, titulaire de la chaire d’Histoire de Rome.

Voir par ailleurs:

Bérénice Levet: «C’est comme civilisation qu’il nous faut renaître et résister»
Propos recueillis par Patrice De Méritens
Le Figaro
30/01/2017

La philosophie peut – elle sauver  le monde ? Dans son nouvel essai, « Le Crépuscule des idoles progressistes », Bérénice Levet  s’y emploie avec énergie, diagnostiquant le mal français de notre XXIe siècle, débusquant ses  origines, démontant ses mécanismes mortifères, pour y apporter des remèdes qu’elle détaille,  au fil des pages, dans une prose de combat. Docteur  en  philosophie,  Bérénice  Levet  s’est  fait  connaître  avec  Le  Musée  imaginaire  d’Hannah Arendt (Stock, 2011) et un essai percutant, La Théorie du genre ou le Monde rêvé  des anges (Grasset, 2014). Elle fait partie de cette relève intellectuelle qui, brisant les chaînes  de l’idéologie progressiste dominante, veut refonder la France.

Les temps ont changé : alors qu’être un intellectuel conservateur équivalait il y a encore peu à  être un demi – fasciste « moisi » et  « nauséabond », cette jeune génération entrée en résistance  est devenue promesse de renaissance. Avec leurs divers ouvrages, les philosophes, sociologues,  économistes, sexologues et essayistes tels que François – Xavier Bellamy, Mathieu Bock – Côté,  Agnès  Verdier – Molinié,  Natacha  Polony,  Marianne  Durano,  Gaultier  Bès,  Laetitia  Strauch – Bonart, Thérèse Hargot et Bérénice Levet ont obtenu de réels succès d’édition. Les projecteurs  des  plateaux  de  télévision  sont  braqués  sur  eux,  car  les  voici  enfin  passés  du  bon  côté  de  l’Histoire : la tyrannie d’une humanité festive, plurielle et métissée célébrant le relativisme  sexuel,  la  reconnaissance  de  droits  sociétaux  infinis  associés  à  un  consumérisme  des  désirs  individuels, a montré ses limites, au point que la survie de la nation elle – même est désormais  en question.

Avec  Le  Crépuscule  des  idoles  progressistes,  Bérénice  Levet  explique  comment  sa  propre  génération  – celle des années 70  – a été le laboratoire d’une idéologie de la désidentification et  d’une renonciation à la transmission du monde sous prétexte de liberté. Un plaidoyer pour la  réhabilitation de la nécessité de frontières, d’histoire, de passé et d’identité que l’idéologie  progressiste a stigmatisée.

Le titre même de votre ouvrage est un clin d’œil au Crépuscule des dieux de Wagner, et,  plus  particulièrement,  au  Crépuscule  des  idoles  de  Nietzsche.  Avez – vous,  comme  lui,  l’intention de « philosopher avec un marteau » ?

Les  coups  de  marteau  de  Nietzsche  visaient  assurément  à  détruire  les  fausses  idoles ! J’ai  d’abord songé, au regard de la catastrophe anthropologique et civilisationnelle causée par  quarante – cinq années de progressisme, à intituler mon livre « C’est de l’homme qu’il s’agit »,  en référence à  Saint – John Perse, mais le plus intéressant et stimulant dans la situation actuelle  est la révolte des peuples, en France mais aussi dans le reste de l’Europe et même aux Etats – Unis. Nous sommes à la fin d’un cycle. Il nous faut nous donner les moyens de fr anchir l’étape  suivante, je tente de poser quelques jalons. Cet essai est né d’une colère, je m’en explique dès  l’abord. Je suis née au début des années 1970, j’appartiens à cette première génération élevée  par des parents, formée par des professeurs qui,  dans le sillage de Mai 68, avaient renoncé à  assumer leur responsabilité d’adultes, à nous inscrire dans un monde plus ancien que nous, pour  faire de nous des cobayes, des sujets d’expérimentation d’une nouvelle figure d’humanité.  Depuis près d’un demi – siè cle, les besoins fondamentaux de l’être humain sont non seulement  méprisés  mais  disqualifiés,  diabolisés  par  l’idéologie  progressiste.  Le  besoin  de  racines  géographiques  et  historiques,  d’identité  nationale,  de  frontières,  toutes  ces  constantes  anthropolog iques  sont  traitées  par  les  idéologues  contemporains  comme  de  la  frilosité,  de  la  crispation sur soi, comme un repli identitaire et xénophobe. Quelles qu’aient été les majorités  politiques depuis, le travail de sape s’est poursuivi, et le quinquennat qui a gonise aujourd’hui  en montre les fruits aboutis les plus délétères. Jusqu’à quand continuerons – nous à sacrifier les  générations à venir ? Au prix du sang versé, les attentats islamistes de janvier et novembre 2015 auraient pu changer  la  donne,  or  rien  de  t el n’est survenu. Alors que les autorités gesticulaient avec drapeau et  Marseillaise, la décomposition de la France s’accélérait, l’émotionnel prenant le pas sur toute  forme de réaction, de volonté de renaissance, ce qui a permis à l’idéologie dominante de se  maintenir  avec  son  cortège  de  mensonges,  d’intoxication,  d’anathèmes  et  de  dénis  politiquement corrects. Personne ne s’est saisi de ce qu’on peut appeler avec Simone Weil « le  patriotisme de compassion » pour lui donner un contenu qui aurait entraîné u n sursaut national.

Comment en est – on arrivé là ?

Par un mélange de mémoire pénitentielle, de tyrannie de la repentance, selon l’expression de  Pascal  Bruckner,  de  politique  de  reconnaissance  des  identités  particulières  venue  des  Etats – Unis, étrangère à not re histoire, et une idéologie progressiste confondant liberté et déliaison.  On a fait le pari que l’individu serait d’autant plus libre qu’on ne lui transmettrait plus l’héritage,  qu’on le laisserait à soi – même, prétendument riche d’une créativité et d’une originalité qui, en  réalité, ne sont pas originelles. Abandonné à lui – même, l’individu est voué au conformisme, il  n’a pas d’autre choix que de se conformer aux usages, à la doxa, il est comme incarcéré dans la  prison du présent. C’est là que la transmiss ion  du  passé  joue  un  rôle  capital,  elle  permet  d’acquérir une épaisseur temporelle qui n’est pas donnée avec la vie. Elle est de surcroît,  émancipatrice en cela que le passé vient rarement ratifier les évidences du présent, il les inquiète  au  contraire.  En ne lui fournissant aucun terreau, le progressisme a fait de l’humanité une  cohorte d’individus hors sol, « sensibilisés » à tout, mais attachés et fidèles à rien. La liberté, l’égalité, la fraternité, dont on nous rebat les oreilles à longueur de célébrat ions  compassionnelles, n’ont plus guère de sens dès lors qu’on fait abstraction de toute singularité  historique. L’homme des « valeurs  républicaines », selon la clochette pavlovienne qu’on ne  cesse de faire retentir, est l’homme des droits de l’homme, il n ’est pas un citoyen français. Ces  valeurs s’incarnent dans une histoire, et c’est à cette histoire qu’il convient de s’identifier. Un  peuple déraciné, sans passé, sans mémoire, périclite, et quand la patrie est à terre, l’islamisme  n’a plus qu’à la ramasse r. En novembre 2015, force fut d’admettre que nous étions visés en tant  que civilisation, et, pour le dire avec les mots de Paul Valéry,  « si la France n’est pas morte,  elle s’est sentie périr » ; c’est donc comme civilisation qu’il nous faut renaître et r ésister. Or,  sur  ce  terrain,  François  Hollande  et  le  gouvernement  Valls  ont  été  désespérément  absents,  comme le sont, pour le moment, les candidats à l’élection présidentielle.

Quelles sont vos solutions ?

Un seul mot d’ordre, l’assimilation pour tous. Pou r tous, c’est – à – dire pour les Français d’origine  immigrée mais non moins pour les Français généalogiques, ou, si j’osais, « de  souche »,  car  voilà quarante – cinq années qu’on ne fabrique plus de Français, l’héritage n’étant plus transmis,  sinon de façon par cellaire et de toute façon jamais comme héritage, identité. Etre français ne  coule pas dans les veines, il ne suffit pas de se donner la peine de naître et rien de plus pour  l’être. Etre français, c’est une mémoire, qui ne commence pas en 1789. La transmis sion est la  condition sine qua non de la continuité d’une civilisation. L’école a un rôle majeur à jouer ici.  Or  le  quinquennat  Hollande,  qui  en  promettait  la  refondation,  ce  qui  aurait  dû  signifier  un  recentrage  sur  ses  missions  fondamentales,  en  a  parach evé  la  destruction.  Entreprise  menée  avec une hargne peu commune par la ministre Najat Vallaud – Belkacem. Notre tâche est double, il s’agit à la fois de soustraire les individus à l’empire du vide, ce vide  existentiel auquel quarante – cinq années d’idéologie progressiste active les a condamnés, et de  refabriquer un peuple français. La République française est assimilationniste, elle se singularise  par la passion du monde commun. C’est là notre exception, travaillons à la refonder. Pour ce  faire,  il  nous  faut  redevenir  accessibles  à  la  saveur  de  notre  héritage,  à  sa  fécondité.  On  ne  transmet pas le passé parce qu’il est passé mais en vertu de sa puissance de signification, des  lumières qu’il jette sur la condition humaine. Les professeurs doivent être restaurés dans leur  droit à donner à aimer la France, à aimer Molière et Balzac pour les trésors d’intelligence, de  vitalité qu’ils recèlent, plutôt que sommés de désosser et dessécher ces chefs – d’œuvre par le  recours aux instruments de linguistique, ou en transfor mant les élèves en tribunal des flagrants  délits de racisme, sexisme, homophobie. Réveillons la passion du sens, du mot qui dit la chose,  aiguisons le sentiment de la langue.

Votre angoisse, n’est – ce pas le monde selon Houellebecq, d’Extension du domaine de la  lutte à Soumission ?

J’ai en effet intitulé un des chapitres de mon essai, « Les protagonistes de Michel Houellebecq,  c’est presque nous ! » Houellebecq nous tend un miroir terriblement ressemblant, il s’est fait le  romancier  de  cette  humanité  atomisé e,  de  ces  voyageurs  sans  bagage  sortis  du  laboratoire  progressiste. Cependant, et c’est ce qu’indique la restriction de mon titre, à la différence des  « héros » de Houellebecq, nos contemporains se révoltent. Ce monde bâti par le progressisme  leur est inam ical, c’est une litote, et ils ne craignent plus de le dire. La France ne se droitise pas  – ce qui aurait peut – être un sens si la droite s’était faite la gardienne de la transmission, de la  continuité historique de la nation, de sa souveraineté, ce qui n’a pas été  – , les Français ne virent  pas au cryptofascisme, ils font de nouveau droit à des besoins essentiels à l’homme en son  humanité, ainsi que je me suis efforcée de l’établir, et au premier d’entre eux, le besoin  d’enracinement,  d’inscription  dans  une  histoire  particulière  qui  donne  sens  à  une  vie,  signification et orientation : une histoire a été commencée qu’il nous appartient de prolonger.

Peut-on,  comme  François  Fillon,  être  un  potentiel  président  de  la  République  et  dire  publiquement : « Je suis catholique » ?

Certaines voix politiques et médiatiques ont crié au scandale, affirmant que jamais un politique  d’envergure nationale n’avait fait valoir son catholicisme. C’est faux. Dans ses vœux pour 1969,  le général de Gaulle choisit de s’adresser à la j eunesse rebelle de 68, il se reproche d’avoir  privilégié les questions économiques, « comme s’il n’y avait que cela qui comptait à mes yeux  et aux vôtres, alors que je suis catholique, l’un des derniers chefs d’Etat à en faire ouvertement  profession ». Rap peler une identité religieuse qui est aussi historiquement celle de la France n’a  pas à heurter, d’autant que François Fillon invoque son christianisme comme une ressource, il  n’entend pas l’ériger en religion d’Etat. Jamais l’invocation de l’identité musu lmane ne suscite  de telles polémiques. Ce deux poids deux mesures est intolérable. D’autant qu’au point où nous en sommes, il faut  restaurer des préséances et refaire l’unité autour de la France et d’elle seule. Interrogé sur la  fonction de la Fondation de l’islam de France qu’il préside, Jean – Pierre Chevènement explique  que l’objectif est de faire connaître l’islam aux Français. Est – ce ainsi que nous reconquerrons  les territoires perdus de la République ? Donnons déjà à connaître et à aimer la France, aprè s  nous verrons. Notre renoncement à fabriquer des Français a offert un terrain fertile à l’islam  radical. C’est en exaltant les identités multiples que nous avons creusé notre tombe. Fidèles à  l’ambition  républicaine,  ne  tenons  aucun  compte  de  qui  sont  nos compatriotes  d’origine  étrangère, ne cherchons pas à savoir d’où ils viennent, soucions – nous seulement de ce qu’ils ont  à devenir : des citoyens français, des êtres ouverts à une responsabilité, une responsabilité pour  notre civilisation.

Que  vous  inspire l’autorisation donnée par le Conseil d’Etat d’installer des crèches de  Noël dans certains lieux publics ?

Cette décision plus qu’ambiguë a été interprétée comme une victoire, « une victoire française »,  saluaient François Fillon et Bruno Retailleau. Si c’ est une victoire, c’est une victoire à la  Pyrrhus. Les crèches sont autorisées au titre d’« éléments de décorations profanes, de symboles  culturels  ou  festifs »  – le  festif  érigé  en  principe  de  légitimation,  Philippe  Muray  doit  se  retourner dans sa tombe ! Que des esprits catholiques ou attachés à l’héritage chrétien puissent  se réjouir de cet abaissement de la Nativité à du folklore est pour le moins frappant. La crèche  renvoie au mystère de l’Incarnation, du Dieu fait homme, et célèbre, pour un chrétien,  la  naissance du Sauveur, du Messie  – réécoutons l’oratorio de Haendel, on mesurera ce que peut  signifier pour l’homme de foi cet Avènement ! Victoire à la Pyrrhus, et même défaite à plate couture. Le Conseil d’Etat, il suffit de se pencher  sur les décision s qu’il a rendues au cours des dernières décennies (se montrant favorable au port  du voile à l’école, à la burqa, au burkini), s’est mis au service de la conversion de la France au  multiculturalisme, c’est – à – dire de sa dislocation en communautés séparées v ivant chacune selon  ses mœurs, son calendrier, ses lois. Toute atteinte à la loi de 1905, au principe de laïcité, à la  neutralité de l’espace public se fera au profit de l’islam, de sa visibilité et de ses revendications  et au détriment de la France « une  et indivisible ». Les  catholiques  doivent  en  outre  comprendre  que  toute  autorisation  de  manifester  son  appartenance religieuse dans l’espace public se retournera contre eux  – le catholicisme ne sera  plus qu’une composante parmi d’autres d’une entité qu’on  continuera d’appeler la France, mais  dont l’histoire aura été réécrite, dont on aura extirpé les racines chrétiennes, ainsi que s’y  emploient déjà des historiens adoubés par les médias, ainsi du médiéviste Patrick Boucheron,  maître d’œuvre d’une Histoire m ondiale de la France, où Jeanne d’Arc par exemple, n’est plus  qu’une « invention de la IIIe République » et ne bénéficie d’aucune entrée à son nom. Bref, un  détail de notre histoire !

Voir de plus:

Ce n’est pas Jésus qui revient, mais les valeurs de la France

Réponse à “Libération”

Théophane Le Méné
Causeur

26 novembre 2016

« Au secours, Jésus revient » titrent nos amis de Libération à quelques heures du second tour des primaires qui oppose François Fillon à Alain Juppé. Depuis que l’homme de la Sarthe a pris l’avantage sur le maire de Bordeaux, la guerre fait rage entre les deux camps mais pas seulement. L’ensemble de la classe politique et le microcosme médiatique a décidé de prendre part à la bataille en soutenant l’agnostique Juppé contre le catholique Fillon. Et dans un fol espoir qui confine au désespoir, voilà que l’on ressort l’épouvantail du rel