Gorée: Attention, une fiction peut en cacher une autre ! (Looking back at the invention of the Goree myth)

2 septembre, 2020

Figure 5

La fabrication du Patrimoine : l'exemple de Gorée (Sénégal)

https://www.breizh-info.com/wp-content/uploads/2020/08/marchedesesclaves2.jpgLa « Marche des esclaves » est violemment critiquée par la mairie de Nantes.https://www.valeursactuelles.com/sites/default/files/styles/couverture_une_400_563/public/media/block/VA4370P001.jpg?itok=OXhvxuMQZapping - Polémique : La député Danièle Obono représentée en esclave dans Valeurs ActuellesMarine Le Pen: "Je n'aurais jamais pensé que Charlie Hebdo me ferait gagner 2017"Morano en trisomique dans «Charlie Hebdo» : une association va porter plainte - LibérationOpinion | Black Voters Are Coming for Trump - The New York Timeshttps://www.telegraph.co.uk/content/dam/news/2020/06/09/TELEMMGLPICT000232725266_trans_NvBQzQNjv4BqaRL1kC4G7DT9ZsZm6Pe3PUPXbRlaI4_qh_dM2Z5d688.jpegFacts About Africa on Twitter: "Every US President since Bill Clinton has visited Goree Island, Sénégal, to pay respects to our enslaved brothers. https://t.co/3TbBOf63uT"Bush Tours Slavery's Past - CBS NewsObama visits slave site of disputed importance – The Mercury News

Livre de Trierweiler: Hollande "n'a rien vu venir"Brigitte Macron, une Première dame investie au Sénégal

Celui qui vous dit « Gorée est une île », celui-là a menti, cette île n’est pas une île,  elle est continent de l’esprit. Jean-Louis Roy
Ce sanctuaire africain qui est la Maison des Esclaves fut capitale de souffrances et de larmes car des innocents sont morts ici, victimes du temps de la honte. Si ces murs pouvaient parler, ils en diraient long. Heureusement qu’ils se sont tus à jamais ; et moi, je fais parler ces murs. Joseph N’diyae
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Le capital de la France s’est égaré dans les iles productrices de sucre. De quelle démence absolue, de quel aveuglement témoigne une pareille conduite ! Ne pouvons-nous conclure avec raison que la plus grande faveur qu’un ennemi – ou plutôt un ami – pourrait faire à la France, ce serait de s’emparer de ses colonies et, de cette façon, d’arrêter cette misérable de capital ? Si les esclaves noirs chassaient les Européens des Antilles, ils seraient nos meilleurs amis, car les capitaux de la nation trouveraient l’emploi qu’ils auraient dû trouver depuis longtemps. A en croire le sens commun, la possession d’une telle province doit être estimée comme une cause de pauvreté et de faiblesse, non de richesse et de force. Ce n’est pas seulement le capital français employé dans les iles sucrières qui est détourné directement de l’agriculture; on peut en dire autant de tout le capital qui est employé dans le commerce extérieur. La possession d’iles sucrières, aussi riches et aussi prospères que celles de la France et de l’Angleterre, éblouit l’esprit humain, qui n’est apte à voir qu’un côté des choses; il ne considère ici que la navigation, la réexportation, le profit commercial, une grande circulation; il ne voit pas le revers de la médaille, de capitaux détournés du pays, d’une façon nuisible. (…) On ne voit pas que la culture de la Martinique a pour rançon les landes de Bordeaux, la culture de Saint-Domingue les déserts de la Bretagne, la richesse de la Guadeloupe la misère de la Sologne. Si vous acquérez les richesses provenant de l’Amérique au prix de la pauvreté et de la misère de provinces entières, êtes-vous assez aveugles pour penser que le bilan se chiffre par un bénéfice ? Tous les arguments que j’ai employés contre les iles sucrières françaises sont applicables à celles de l’Angleterre; les unes et les autres, je les considère comme des obstacles à la prospérité des deux royaumes, et, autant que puisse valoir l’expérience de la perte de l’Amérique du nord, je suis autorisé par ce fait si grand, si important, à penser qu’un pays peut perdre le monopole d’un empire éloigné, et, par l’effet même de cette perte imaginaire, devenir plus riche, plus puissant et plus prospère. Arthur Young (1788)
Puisqu’on l’opprime dans sa race et à cause d’elle, c’est d’abord de sa race qu’il lui faut prendre conscience. Ceux qui, durant des siècles, ont vainement tenté, parce qu’il était  nègre, de le rérduire à l’état  de  bête, il faut qu’il les oblige à le reconnaître  pour un homme. Or il n’est pas ici d’échappatoire, ni de tricherie, ni de « passage de ligne  » qu’il puisse envisager : un Juif, blanc parmi les  blancs, peut nier qu’il  soit juif, se déclarer un homme parmi les hommes. Le nègre ne peut  nier qu’il  soit  nègre ni réclamer pour lui cette abstraite humanité incolore : il est noir. Ainsi est-il acculé à l’authenticité : insulté, asservi, il se redresse, il ramasse  le  mot de « nègre » qu’on lui a  jeté comme une pierre, il se revendique  comme noir, en face du blanc, dans la fierté. L’unité finale qui rapprochera tous les opprimés  dans le même combat doit être  précédée aux colonies par ce que je nommerai le moment de la séparation ou de la négativité : ce racisme  antiraciste est le  seul chemin qui puisse  mener à l’abolition  des  différences de race. Jean-Paul Sartre (Orphée noir, 1948)
[La négrologie, c’est] deux choses. D’une part, la négritude, en clair la réaction d’une avant-garde d’étudiants africains établis dans les années 1930 en Occident aux préjugés dont ils étaient la cible. Une réaction aujourd’hui convertie en riposte de masse renvoyant à l’expéditeur un racisme qui colle à la peau pour s’attribuer des valeurs immuables, irréductibles à l’universel. C’est la crispation identitaire d’Africains qui se sentent relégués à la marge de la modernité. La négrologie, c’est d’autre part une série de mythes dérivés de faits historiques avérés – la traite esclavagiste et le colonialisme – selon lesquels tous les malheurs du continent plongent leurs racines dans ces tragédies: ainsi, les Africains seraient victimes, et jamais acteurs, de leur destin. (…) La couverture de l’Afrique au jour le jour s’en tient à un lexique recevable par le grand public, qui dépolitise et, de fait, travestit les réalités. C’est une écriture à double fond. J’ai voulu rompre avec cette duplicité de la bonne conscience. (…) Partie avec d’énormes handicaps, laissée pour compte après des décennies de paternalisme et de tutelle, l’Afrique a subi au lendemain de la chute du mur de Berlin les effets de guerres dévastatrices, de l’effondrement de l’Etat et du naufrage des rêves qui la propulsaient vers l’avant par l’éducation ou l’essor matériel. Malgré les efforts consentis par leurs parents, seuls 27% des écoliers vont au bout du cycle élémentaire. Ce traumatisme fait de la jeune génération – plus de la moitié des Africains ont moins de 15 ans – une génération de desperados. Le présent, pour eux, n’a pas d’avenir. (…)  Quand j’écris l’Afrique meurt, je pense: des Africains meurent. Voyez, sur le front du sida, le Sud-Africain Thabo Mbeki: voilà un jeune président très bien formé, respectable, mais enkysté dans l’idée d’une renaissance africaine nécessairement précédée d’une épreuve analogue à la grande peste du XIVe siècle en Europe. Il croit à l’existence d’un «sida africain» qui frapperait en particulier l’homme noir. Cette vision a coûté la vie à des dizaines, sinon des centaines, de milliers de malades, privés de traitements appropriés. (…) Un de mes souvenirs les plus troublants d’étudiant étranger débarquant à Paris, c’est qu’à l’université mes condisciples noirs étaient notés de façon très indulgente. Le corps professoral estimait que ces enfants de notables formaient un précieux réseau d’influence. Ce type d’attitude, mélange de bienveillance et de calcul, constitue à mes yeux la pire forme du racisme. Si nous ne sortons pas de cette prison cutanée, comment ceux qui furent victimes de conduites racistes en sortiraient-ils? L’opinion réagit de façon anormale. Au cours des cinq années écoulées, la crise du Congo-Kinshasa a coûté la vie à plus de 3 millions de personnes. Où sont les intellectuels européens? Où sont les reportages? Pourquoi ce silence? Parce qu’on digère mieux les morts africains que les autres. Un seul émissaire étranger de haut niveau a assisté en 1995 aux cérémonies du premier anniversaire du génocide rwandais: la vice-Premier ministre ougandaise. L’ambassadeur de France avait pris congé. Peut-on imaginer cela en d’autres temps et sous d’autres cieux? Il paraît normal de mourir en masse en Afrique, puisque tout y est « primitif et sauvage ». Ce continent n’a pourtant pas le monopole de la cruauté. (…) L’Occident n’a jamais abandonné sa quête de l’homme fort. Qui est au roi nègre ce que la « bonne gouvernance » est à la corruption: une litote. Les Américains ont cherché des leaders providentiels endurcis par le maquis. Meles Zenawi en Ethiopie, Yoweri Museveni en Ouganda. Modèles voués à l’échec, puisque rien n’a été entrepris au niveau des institutions. A la clef, des individus isolés, en lévitation au-dessus de leur société. Tout autant que les dinosaures Omar Bongo (Gabon) ou Gnassingbé Eyadéma (Togo), mais plus féroces dans la répression. (…) La politique africaine de la France a été infiniment paternaliste. Pourquoi ses élites récusent-elles le constat de l’effondrement de l’Etat en Afrique? A gauche: parce qu’il conduirait à l’apologie d’une tutelle. A droite: parce qu’il discrédite quarante ans de coopération. Comment justifier quatre décennies d’assistance militaire au spectacle du naufrage de l’armée ivoirienne? (…) [L’Afrique] est riche de son sous-sol et, en ce sens, bénie des dieux. L’Afrique est riche, mais les Africains sont pauvres. Sortons de ce discours qui veut que les fléaux naturels orchestrent la fatalité. Les carences en termes d’organisation, les blocages sociaux, les échecs de l’instruction, la faiblesse des rendements: tout cela fait l’essentiel du malheur du continent. Si l’on remplaçait les 15 millions d’Ivoiriens par autant de Belges ou d’Irlandais, nul doute que la Côte d’Ivoire « tournerait ». (…) Tout passe d’abord par la vérité. Il faut un amour sans pitié pour l’Afrique. En France ou aux Etats-Unis, les Africains insérés dans un tissu social différent incarnent des figures de réussite. Alors que leur société d’origine opprime l’individu au nom d’un carcan collectif dévoyé, présenté comme authentiquement africain. L’exigence d’honnêteté ne peut souffrir d’exception culturelle. (…) Face à l’ethnie, l’Occident est partagé entre le fétichisme et la diabolisation. Tous les maux du continent seraient dus à son caractère tribal. A mes yeux, l’ethnie est le mensonge de l’Afrique, au même titre que la nation est celui de l’Europe. Comme les récits qui fondent notre idée nationale sont apocryphes, ceux qui définissent l’ethnie relèvent de l’imaginaire. Que dire de ces fadaises sur « le réveil des vieux démons »? A rebours, le tribalisme est l’expression la plus moderne qui soit de l’Afrique. Reste que, même fausse, une idée massivement admise devient une réalité. On meurt encore sur des barrages pour appartenir à la mauvaise tribu. (…) En Afrique noire, ce prosélytisme ([des sectes évangéliques] est bien plus puissant que son alter ego islamique. Voilà la preuve que l’homme africain déconcerté cherche une autre identité. Quand on entre en religion, on révolutionne sa vie. La nouvelle foi permet de s’affranchir de la règle communautaire initiale, au profit d’une promesse d’avenir meilleur. Et au risque du charlatanisme. (…) Les Ivoiriens s’entretuent, mais accusent la terre entière: la France bien sûr, et parfois leurs voisins. Jamais ils ne portent de regard critique sur eux-mêmes, le concept d’ivoirité, l’exploitation des immigrés sahéliens dans les plantations, le paternalisme autoritaire du défunt Félix Houphouët-Boigny. C’est ce mythe de l’éternelle victime qui a tué Jean Hélène. Un policier croit être dans le sens de l’Histoire en l’abattant. Pour transférer ainsi toute la haine de soi sur l’autre, pour abdiquer toute maîtrise de son destin, il faut être parvenu à un haut degré d’aliénation. Stephen Smith
La préfecture a jusqu’au « lundi 7 septembre à 12h » pour édicter un nouvel arrêté excluant les communes et « les périodes horaires » qui ne sont pas caractérisées « par une forte densité de population » ou « des circonstances locales susceptibles de favoriser la diffusion » du coronavirus. Faute de nouvel arrêté, l’actuel « sera automatiquement suspendu. (…) L’arrêté en cause, qui était valable jusqu’au 30 septembre, « porte une atteinte immédiate à la liberté d’aller et venir et à la liberté personnelle des personnes appelées à se déplacer » dans les communes concernées. (…) Il ne ressort pas des pièces du dossier qu’il existerait en permanence et sur la totalité des (communes concernées) une forte concentration de population ou des circonstances particulières susceptibles de contribuer à l’expansion de la covid-19. Tribunal administratif de Strasbourg
Ces gens jargonnent beaucoup et se prennent pour des intellectuels. Pour eux, la France est toujours coloniale. Ils considèrent que les Arabes et les Noirs sont encore aujourd’hui des indigènes et ne répondent pas aux mêmes droits que les autres citoyens. Ce groupuscule a étendu son réseau d’influence dans les banlieues grâce au relais des mairies, surtout communistes et d’extrême gauche, en infiltrant les sphères du pouvoir grâce aux facultés et à la sympathie des universitaires, puis dans les médias qui reprennent aujourd’hui ses éléments de langage comme les mots “racisé” ou “privilège blanc”. Ils sont très actifs et visibles sur le terrain médiatique à travers, notamment, le comité La Vérité pour Adama. C’est terrible car ils ont pour objectif de détruire ce pays, colonial à leurs yeux, que représente la République. Anne-Sophie Nogaret
Adama Traoré n’est pas la victime du racisme et d’un contrôle d’identité au faciès. Il a été arrêté par des gendarmes, dont deux étaient noirs, dans le cadre d’une affaire de délinquance et non pas en raison de sa couleur de peau. Je ne veux pas nier l’existence du racisme, mais il n’est pas l’apanage de la police, ni celui des Blancs. Ce genre de théorie crée du séparatisme et nuit à l’unité du pays. Si j’étais blanche, je serais hors de moi en entendant que je suis forcément une privilégiée, raciste et nantie. Par ailleurs, je refuse de marcher dans les rues de Paris pour défendre un délinquant accusé de viol sur un jeune codétenu. Prendre la famille Traoré comme modèle est une insulte faite aux Noirs. Il avait deux épouses. La polygamie est illégale dans notre pays et je considère cette pratique comme de la maltraitance pour les gamins qui la subissent. La très nombreuse fratrie Traoré a un casier judiciaire très chargé et ne donne rien d’autre qu’une image déplorable des jeunes de quartier. Quels sont leurs projets? Je ne peux pas répondre, mais je suis sûre d’une chose: ces gens ne sont pas dans une démarche constructive mais à l’inverse guerrière et vengeresse pour mettre le chaos dans le pays. Ce n’est pas ce que je veux pour notre jeunesse. Rachida Hamdan
C’est un indigénisme avec l’islamisme en embuscade. Youcef Brakni pilote la tête d’Assa Traoré. Les indigénistes ont compris que le comité La Vérité pour Adama est le report politiquement correct de leurs idées identitaires et racistes. Ces idées progressent et ils tissent leur toile grâce au réseau d’influence de l’intelligentsia et à la passerelle construite avec une bourgeoisie gauchiste qui aime à s’encanailler avec le lumpenprolétariat des cités sans n’y avoir jamais mis les pieds. Ces gens rêvent de révolution en mangeant des petits-fours et se fichent bien en réalité de la condition des Noirs et des Arabes dans les banlieues. Nous sortons juste de trois mois de confinement pour raisons sanitaires et, grâce à eux, on ne parle que de racisme alors que la crise économique est devant nous et que tout ceci ne fait que l’aggraver. Universitaire chercheuse
Le projet de ces activistes vise à remplacer l’égalité républicaine par la reconnaissance juridique des minorités. Ils veulent une photo figée de l’Histoire au nom de la diversité qui serait leur seule réalité. Ils sont en conflit avec une pensée rationnelle. L’homme se développe par l’expérience qui a permis son émancipation. C’est ainsi que la République a dépassé la contradiction du colonialisme grâce à ses valeurs et en apportant à chacun les mêmes droits sans distinction. Ces gens refusent cette pensée du progrès, c’est la raison pour laquelle ils cassent tout. Guylain Chevrier
Danièle Obono, député de la France Insoumise, proche du «Parti des indigènes de la République» (PIR) vient d’être nommée au sein du Conseil d’administration de l’UFR de Science politique de l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Cette instance fixe au quotidien les orientations des enseignements et des recherches proposés aux étudiants. Depuis plusieurs années, les activistes en tous «genres» tentent d’infiltrer l’Université afin de poser un vernis «scientifique» sur leurs engagements les plus radicaux. Les militants du genre furent les pionniers. Et désormais, les études de genre prospèrent et se répandent d’amphithéâtres en amphithéâtres. L’université a ainsi servi de caisse de résonance aux adeptes de l’écriture inclusive, aux avocats de la fluidité des genres et des toilettes neutres … Avec Danièle Obono, c’est une autre idéologie qui fait de l’entrisme. Une idéologie aux antipodes de notre tradition humaniste. La députée de Paris s’est, en effet, faite l’avocate des thèses «décolonialistes» prônées par le Parti des indigènes de la République. Ce groupuscule extrémiste avait publié en 2016 des messages de soutien aux organisateurs d’un attentat contre des civils à Tel Aviv! «L’Antisionisme», revendiqué par sa porte-parole Houria Bouteldja dissimule mal un réel antisémitisme. Selon elle, «les juifs sont les boucliers, les tirailleurs de la politique impérialiste française et de sa politique islamophobe». Sic! A l’occasion des 10 ans des Indigènes de la République, Danièle Obono avait encensé le parti indigéniste, qualifiant même le discours de sa porte-parole Houria Bouteldja de «très beau et très juste». En réalité, l’idéologie que Danièle Obono défend, repose sur des fondements racialistes. Elle va jusqu’à prôner la non-mixité raciale et sexuelle (!) dans les réunions politiques ou syndicales, en somme un apartheid inversé. Ce genre d’inepties tend malheureusement à se développer, comme ce fut le cas durant le blocus de Tolbiac, les étudiants avaient déjà pris l’initiative d’organiser des Assemblées Générales interdites aux hommes blancs. Re-Sic! Elle s’est également «distinguée» dans son soutien à un texte de Rap dont les paroles font froid dans le dos: «Nique la France, et son passé colonialiste, ses odeurs, ses relents et ses réflexes paternalistes. Nique la France et son histoire impérialiste, ses murs, ses remparts et ses délires capitalistes, (…) ton pays est puant, raciste et assassin». Doit-on s’attendre à ce que ce genre de colique verbale soit désormais au programme de l’UFR? (…) L’argent public qui finance la recherche publique doit-il servir à diffuser une propagande «bolcho-trotsko-marxiste» comme se définit Danièle Obono, ou pire à soutenir l’offensive des «décolonialistes». En réalité, cette nomination n’entache pas seulement l’image de l’UFR de Science politique. Demain, ce seront l’ensemble des diplômes et des recherches de l’Université Paris 1 qui seront suspects. Nous demandons donc au Président de Paris 1 et au conseil d’administration de l’université de dénoncer cette nomination. Sinon, le risque c’est de voir l’université Française devenir le cheval de Troie de tous les courants nés au sein de la gauche radicale américaine la plus folle. Guilhem Carayon et Olivier Vial
Je n’ai pas pleuré Charlie. J’ai pleuré, un peu, beaucoup, dans la nuit de samedi à dimanche. (…) En pensant aux ami-e-s et aux camarades qui sont devenu-e-s Charlie. En ressentant l’insupportable violence politique, idéologique, symbolique de l’omniprésente et omnipotente injonction. En lisant la liste interminable des terroristes venu-e-s des quatre coins de la planète et derrière lesquel-le-s allaient défiler ces Charlie. (…) J’ai pleuré en pensant à la signature de l’organisation à laquelle j’appartiens, dont je suis encore formellement une des dirigeantes, apposée à côté de celle de l’UMP pour appeler à cette manif en proclamant « Nous sommes Charlie : Défendons les valeurs de la République ! » (…) En lisant le tract du PCF/Front de gauche appelant noir sur blanc à l’unité nationale. (…) J’ai pleuré en pensant à tous les reculs, toutes les défaites, tous les choix et les décisions politiques des 10-15 dernières années qui nous ont amenés à ce point. (…) A toutes les fois où ma gauche s’est refusée de parler d’islamophobie, de ne serait-ce que prononcer le mot. Toutes les fois où elle s’est refusée à se mobiliser contre les lois islamophobes. Toutes les fois où des camarades ont défendu, mordicus, les caricatures racistes de Charlie Hebdo ou les propos de Caroline Fourest au nom de la « liberté d’expression » (des Blanc-he-s/dominant-e-s) ou de la laïcité « à la Française ». Mais se sont opportunément tu-e-s quand l’Etat s’est attaqué à Dieudonné, voire ont appelé et soutenu sa censure… Toutes les fois où des « camarades » nous ont sommé-e-s, nous les « islamo-gauchistes », de montrer patte blanche et d’affirmer avant toute autre chose que nous luttions bien contre l’antisémitisme. Toutes les fois que d’autres nous ont carrément, à mots plus ou moins couverts, traité-e-s d’antisémites. J’ai pleuré en me rappelant le jour où je me suis devenue Noire. Et celui où je suis devenue « intersectionnelle ». La première fois que j’ai été face à face avec le racisme et les privilèges de Blanc-he-s de celles et ceux que je considérais dans leur majorité comme mes « camarades ». L’instant où je me suis rendue compte qu’il y avait bien un « eux » et un « nous » et que j’étais aussi « eux », ces « Autres », et pas tout le temps « nous ». Le moment où je me suis fait dire que j’étais, à la rigueur, « légitime » pour m’occuper de tels sites, assemblées, thématiques et autres commissions mais certainement pas pour représenter ma sensibilité dans certaines instances de direction ou à la tribune de meetings ou de manifs. (…) Aujourd’hui, j’organise. La (re)mobilisation antiraciste. En commençant par soutenir l’appel à manifester le 18 janvier prochain, jour du sommet à Washington entre ministres européens et états-unien « contre le terrorisme » et de la manif islamophobe d’extrême-droite à Paris. Manifester contre l’islamophobie, l’antisémitisme, tous les racismes. Manifester contre l’union sacrée nationale d’Hollande-Valls-Sarkozy, et contre l’union sacrée internationale de la « guerre de civilisation contre le terrorisme ». Danièle Obono (11.01.2015)
Il paraît ‘Qu’on-Peut-Pu-Rien-Dire’ #BienPensance.Heureusement on peut encore écrire de la merde raciste dans un torchon illustrée par les images d’une députée française noire africaine repeinte en esclave… L’extrême-droite, odieuse, bête et cruelle. Bref, égale à elle-même. Ça fait trois ans qu’on alerte sur le fait qu’il y a un processus de racialisation, de racisme dans ce pays. Cette image est une insulte à mes ancêtres, ma famille et mon mouvement politique. Une souillure indélébile. J’ai mal à ma République. Et je suis plus déterminée que jamais à lutter contre le #racisme, pour la liberté, l’égalité et la fraternité.Danièle Obono
A travers moi, c’est la République qui est souillée. Danièle Obono
Cette fiction avait pour but de montrer l’atrocité de l’esclavage commis par des Africains au XVIIIème siècle. Personne ne l’a compris, c’était donc une erreur. Mais nous accuser de racisme, cela est et sera toujours pour nous insupportable. Geoffroy Lejeune
Devant l’émoi suscité par le dernier épisode de notre fiction estivale, nous tenons à apporter quelques précisions. Nous avons bien conscience de la mauvaise foi de certains, mais nous devons, pour les autres, éclaircir nos intentions. Tout l’été, Valeurs actuelles a publié chaque semaine un « Roman-fiction » dont le concept était simple ; plonger une personnalité contemporaine dans une période passée, afin de faire resurgir par ce contraste certaines inepties de notre époque. Il y eut ainsi François Fillon au temps de la Révolution, Éric Zemmour à Waterloo ou encore Didier Raoult dans les tranchées de 1914. Le dernier épisode était consacré à la députée de la France Insoumise Danièle Obono, que nous avons fait « voyager » dans l’univers atroce de l’esclavage africain du XVIIIe siècle. Notre intention, transparente, était la suivante : là où les indigénistes et les déconstructeurs de l’Histoire veulent faire payer le poids de cette insoutenable traite aux seuls Européens, nous voulions rappeler qu’il n’existât pas d’unité africaine, et que la complexité de la réalité, sa dureté, était à raconter. Nous avons choisi cette élue car elle participe selon nous, par ses prises de position répétées, à cette entreprise idéologique de falsification de l’Histoire. Notre texte n’a rien de raciste. Sans quoi nous n’en aurions pas publié une ligne. Évidemment. Il est commode pour nos adversaires de nous imputer cette accusation, que rien n’étaie dans le contenu. Chacun pourra juger par lui-même de l’opportunité d’une telle fiction, mais personne n’y trouvera une banalisation de l’esclavage ou une quelconque stigmatisation. Évidemment. Les images néanmoins, et d’autant plus quand elles sont isolées sur les réseaux sociaux, renforcent la cruauté inhérente au sujet même. Il s’agit de dessins accompagnant cette fiction, et tout comme l’esclavage lui-même, les images de l’esclavage sont d’une ignominie sans nom. Si nous contestons fermement les accusations dont nos contempteurs nous accablent, nous avons suffisamment de clairvoyance pour comprendre que la principale intéressée, madame Danièle Obono, ait pu se sentir personnellement blessée par cette fiction. Nous le regrettons et lui présentons nos excuses. À l’avenir nous maintiendrons la vigilance absolue dont doit faire preuve un journal comme Valeurs actuelles, attaqué quotidiennement. De même que nous continuerons de marcher à rebours de l’air du temps quand il nous semble faire fausse route. Valeurs actuelles
Valeurs actuelles a publié jeudi dernier l’ultime épisode de son « roman de l’été ». Le personnage central de cette fiction, par le texte et par l’image, était Danièle Obono, députée de La France Insoumise. Celle-ci était ramenée à l’Afrique du temps de l’esclavage. Il s’agissait évidemment de dénoncer les horreurs des pratiques des esclavagistes, mais ce texte comme ses illustrations ont donné lieu à une incompréhension et à une interprétation que nous regrettons profondément. Il s’est donc agi d’une grave erreur. Nous la reconnaissons humblement, et nous renouvelons surtout à Danièle Obono les excuses de notre journal et de sa rédaction. Elle a exprimé la révolte et la blessure que lui ont inspiré ce texte et ses illustrations. Nous nous inclinons devant ses sentiments et exprimons avec force les regrets que nous lui devons. Le racisme, l’antisémitisme, la haine, et les extrémismes en général sont étrangers à notre culture et à celle de la France. Nous les rejetons comme antinomiques aux valeurs de notre publication depuis toujours. Porteuse d’un média d’opinion engagé, notre rédaction travaille à tout moment avec rigueur et passion pour défendre ses valeurs et ses convictions. Nous continuerons à le faire, sans nous en écarter. C’est pourquoi nous rejetons formellement les accusations portées à notre encontre qui ne reflètent en rien les idées que nous incarnons. Valeurs actuelles
En tant que citoyen, j’estime que ce qu’a fait Valeurs actuelles est indigne de notre époque. Jusque-là, la présence sur LCI de Geoffroy Lejeune pouvait se justifier dans les débats d’idées, où tous les courants s’expriment. Mais cet excès de Valeurs actuelles contrevient à notre ligne et à nos valeurs. Il ne sera plus chroniqueur sur LCI. C’est la décision qui a été prise ce week-end par Fabien Namias [directeur général adjoint de LCI] et Thierry Thuillier [directeur général]. Nous faisons une télévision construite sur le débat d’idées, dans le respect, et pas une télévision d’opinion à la Fox, sur la polémique. Ce parti pris ralentit peut-être la progression d’audience de la chaîne, mais LCI ne déviera pas de cela. Gilles Pélisson (TF1)
C’est avant tout un outil pédagogique, pour répondre à la non-visibilité de la traite négrière dans les manuels scolaires. Nous vivons dans un monde d’images, et cette Marche permet de symboliser l’esclavage. André-Joseph Gélie
Demain, la Journée nationale de commémoration de l’abolition de l’esclavage ne sera toujours pas célébrée de façon unitaire à Nantes. Une trentaine de comédiens enchaînés et en haillons ont en effet pris part, dès hier, à une « Marche des esclaves » dans les rues de la ville, qui a fait sa fortune au XVIIIe siècle sur le « commerce triangulaire ». Ils étaient encadrés par deux négriers européens, qui criaient « Avancez, bande de nègres ! » entre deux coups de fouet et de bâton. « C’est avant tout un outil pédagogique, pour répondre à la non-visibilité de la traite négrière dans les manuels scolaires », explique André-Joseph Gélie, qui a initié l’événement en 2006. « Nous vivons dans un monde d’images, et cette Marche permet de symboliser l’esclavage. » Hier, les « esclaves » ont ainsi marqué l’arrêt devant l’Hôtel de ville… où l’initiative est jugée « indécente ». « C’est comme si on demandait aux Juifs de théâtraliser leur marche vers les fours crématoires », s’emporte Octave Cestor, conseiller municipal en charge des « relations entre Nantes, l’Afrique et les Caraïbes ». « Nous sommes, en plus, dans une ville qui assume son passé… Ces personnes devraient avoir le courage d’aller à Bordeaux, La Rochelle ou Saint-Malo. Ces villes ne font rien alors qu’elles ont, elles aussi, un passé négrier. » 20 minutes
Est-il pire d’être représentée en esclave qu’en comploteur, en assassin ou en usurier ? Apparemment oui. Comme si les esclaves n’étaient pas des victimes. Victimes de qui, à propos ? Le personnage mis en scène par Valeurs Actuelles est aux prises avec les marchands d’esclaves africains. Et c’est peut-être là que le bât blesse vraiment. Chacun sait que les fournisseurs de la traite transatlantique étaient des Africains, mais certains n’aiment pas qu’on le rappelle. La représentation de l’esclavage n’a pas toujours suscité l’indignation à Nantes. Du temps où Jean-Marc Ayrault en était le maire, la ville avait sa propre fiction historique. Une « Marche des esclaves » a été organisée chaque année à partir de 2006 avec l’accord de la municipalité. Jouer le rôle d’un esclave était alors considéré comme honorifique. Cependant, la manifestation de 2011, encadrée par une « Brigade anti-négrophobie », est allée trop loin. « Une trentaine de comédiens enchaînés et en haillons ont pris part à une ‘Marche des esclaves’ dans les rues de la ville, qui a fait sa fortune au XVIIIe siècle sur le ‘commerce triangulaire’, racontait alors 20 Minutes. Ils étaient encadrés par deux négriers européens, qui criaient ‘’Avancez, bande de nègres !’’ entre deux coups de fouet et de bâton. » C’était trop. « C’est comme si on demandait aux Juifs de théâtraliser leur marche vers les fours crématoires », avait protesté Octave Cestor, conseiller municipal d’origine antillaise, très engagé dans la commémoration de l’esclavage à Nantes. L’année suivante, l’inauguration du Mémorial de l’abolition de l’esclavage avait permis aux socialistes nantais d’imposer des cérémonies d’inspiration plus sobre. Breizh
Guezo fut également un administrateur extrêmement avisé. Grâce aux revenus de la traite, il put abaisser les impôts, stimulant ainsi l’économie agricole et marchande (…) Il fut très aimé et sa mort subite dans une bataille contre les Yorubas fut une véritable tragédie. Wikipedia
We don’t discuss slavery. Barima Kwame Nkye XII (chef ghanéen)
C’est une coutume établie parmi les Nègres de rendre esclaves tous les captifs qu’ils font à la guerre. On sait de manière à n’en pouvoir douter qu’un grand nombre de captifs pris à la guerre seraient exposés à être massacrés cruellement si les vainqueurs ne trouvaient pas s’en défaire en les vendant aux Européens. William Snelgrave
The whole story is phony. Although it functioned as a commercial center, Goree Island was never a key departure point for slaves. Most Africans sold into slavery in the Senegal region would have departed from thriving slave depots at the mouths of the Senegal River to the north and the Gambia River to the south. During about 400 years of the Atlantic slave trade, when an estimated 10 million Africans were taken from Africa, maybe 50,000 slaves — not 20 million as claimed by the Slave House curator — might have spent time on the island. Even then, they would not have been locked in chains in the Slave House. Built in 1775-1778 by a wealthy merchant, it was one of the most beautiful homes on the island; it would not have been used as a warehouse for slaves other than those who might have been owned by the merchant. Likewise, the widely accepted story that the door of no return was the final departure point for millions of slaves is not true. There are too many rocks to allow boats to dock safely. Philip Curtin (Johns Hopkins University)
The Slave House offers a distorted account of the island’s history, created with tourists in mind. (…) Joseph Ndiaye offers a strong, powerful, sentimental history. I am a historian. I am not allowed to be sentimental. (…) The slaves did not pour through that door. The door is a symbol. The history and memory needs to have a strong symbol. You either accept it or you don’t accept it. It’s difficult to interpret a symbol. Abdoulaye Camara (Goree Island Historical Museum)
Goree’s fabricated history boils down to an emotional manipulation by government officials and tour companies of people who come here as part of a genuine search for cultural roots. Lonely Planet
Walking around the dimly lit dungeons [sic], you can begin to imagine the suffering of the people held here. It is this emotive illustration that really describes La Maison des Esclaves as a whole – its historical significance in the slave trade may not have been huge, but the island’s symbolic role is immense. The island’s precise status as a slave-trading station is hotly debated. Of the 20 million slaves that were taken from Africa, the general belief is that only around 300 per year may have gone through Gorée (historians and academics dispute the exact number and some argue that no slaves passed through this specific house); and, even then, the famous doorway would not have been used – ships could not get near the dangerous rocks and the town had a jetty a short distance away. But the number of slaves transported from here isn’t what matters in the debate around Gorée. The island and museum stands as a melancholy reminder of the suffering the Atlantic slave trade inflicted on African people. Lonely Planet
This portal — called the door of no return — is one of the most powerful symbols of the Atlantic slave trade, serving as a backdrop for high-profile visits to Africa by Pope John Paul II, President Clinton and his successor, President Bush, and a destination for thousands of African Americans in search of their roots. More than 200,000 people travel to this rocky island off the coast of Dakar each year to step inside the dark, dungeonlike holding rooms in the pink stucco Slave House and hear details of how 20 million slaves were chained and fattened for export here. Many visitors are moved to tears. But whatever its emotional or spiritual power, Goree Island was never a major shipping point for slaves, say historians, who insist no slaves were ever sold at Slave House, no Africans ever stepped through the famous door of no return to waiting ships. « The whole story is phony, » says Philip Curtin, a retired professor of history at Johns Hopkins University who has written more than two dozen books on Atlantic slave trade and African history. (…) Curtin’s assessment is widely shared by historians, including Abdoulaye Camara, curator of the Goree Island Historical Museum, which is a 10-minute walk from the Slave House. (…) But when the respected French newspaper Le Monde published an article in 1996 refuting the island’s role in the slave trade, Senegalese authorities were furious. Several years ago at an academic conference in Senegal, some Senegalese accused Curtin of « stealing their history, » he says. No one is quite sure where the Slave House got its name, but both Camara and Curtin credit Boubacar Joseph Ndiaye, the Slave House’s curator since the early 1960s, with promoting it as a tourist attraction. Ndiaye is famous in Senegal for offering thousands of visitors chilling details of the squalid conditions of the slaves’ holding cells, the chains used to shackle them and their final walk through the door of no return. (…) That said, Camara believes Ndiaye has played an important role in offering the descendants of slaves an emotional shrine to commemorate the sacrifices of their ancestors. (…) Some tour books have begun warning visitors about the questions surrounding the island, including Lonely Planet’s West Africa guidebook, which concludes (…) None of the controversy appears to have diminished the island’s attraction as a tourist destination. The ferry that carries visitors from Dakar to the island is regularly packed with tourists and school groups. The Seattle Times
Les espaces voûtés de Gorée établis sous les rez-de-chaussée surélevés des habitations, dans des maisons construites dans le dernier quart du XVIIIe siècle ou le premier quart du XIXe siècle sont très tôt considérés comme des « captiveries », des « cabanons à esclaves » ou aussi de simples entrepôts. En 1918, le Père Briault nous donne une aquarelle d’un « ancien cabanon à esclaves » établi dans l’actuel presbytère. Selon le Guide du tourisme de 1926, une excursion à l’île de Gorée à partir de Dakar s’impose pour « visiter les anciennes « captiveries » où étaient parqués les esclaves en attendant le retour des négriers, venus à Gorée charger le « bois d’ébène ». Dans un article sur « Gorée la moribonde » paru en 1928, la revue L’Illustration nous présente une reproduction photographique d’une des maisons à cour portant la légende : « au rez-de-chaussée logement des esclaves ; au premier étage, salle à manger du traitant ». En 1929, le docteur P. Brau décrit les « cachots antiques, longs et étroits, [des maisons de Gorée qui] puent encore la chair esclave torturée… [Ils ont pu ensuite servir d’entrepôts] à d’autres lots de marchandises moins fragiles, mais non moins âprement discutées : les boucauts de lard salé et les tonnelets d’eaux-de-vie…15 ». Dès 1932, dans son guide de visite Gorée, capitale déchue, Robert Gaffiot nous dessine la cour de l’une de ces anciennes « maisons négrières ». Il précise dans la légende du dessin l’usage de cette maison où « les esclaves étaient parqués dans le bas-enclos, à l’obscurité, sous les pièces réservées à l’habitation des trafiquants. Le couloir central dessert, à droite et à gauche, une douzaine de longues et étroites cellules, dans lesquelles les malheureux étaient entassés et, bien souvent, enchaînés. L’autre extrémité du couloir donne sur la mer : le « négrier » avait ainsi toute facilité pour faire disparaître les cadavres de ceux qui ne pouvaient subir jusqu’au bout le supplice de cette vie atroce ». Un autre militaire de la marine française, le docteur Pierre-André Cariou, dans son guide non publié Promenade à Gorée, rédigé à partir des années 1940-1943, reprend l’historique et la description de la Maison des Esclaves. Le docteur assombrit encore le tableau dressé dix ans plus tôt par Robert Gaffiot pour l’ancienne maison négrière. En 1951, l’historien et archéologue de l’Institut Français d’Afrique noire (IFAN) Raymond Mauny dénonce, sans en apporter les preuves, les excès de l’interprétation de Gaffiot et de Cariou, notamment les considérations sur la fonction de la porte donnant sur la mer, reprenant en partie le témoignage d’un témoin oculaire contemporain, le chevalier de Boufflers, mais qui semblerait plutôt s’appliquer au site de Saint-Louis. En face de cette Maison dite des esclaves « aux sinistres cellules », l’IFAN complète et redouble le discours pédagogique à l’intention du touriste par l’installation d’un Musée historique de l’Afrique occidentale française, dans une « belle maison de la fin du XVIIIe siècle » édifiée selon Pierre-André Cariou par un [autre] « négrier » dont les cellules du rez-de-chaussée auraient servi, selon le dit docteur de « cachots » aux esclaves. Cette maison, dite de Victoria Albis, est achetée grâce à des crédits votés lors de la célébration du centenaire de l’abolition de l’esclavage (1848) puis réhabilitée et inaugurée le 4 juin 1954. (…) Dès 1948, à l’occasion du centenaire de l’abolition de l’esclavage, Raymond Mauny propose de consacrer un musée spécifique sur l’esclavage à Gorée et de valoriser, selon lui, « l’un des principaux points où s’effectuait la traite sur la côte occidentale d’Afrique. (…) Après les indépendances, dans la continuité de l’œuvre initiée par le colonisateur, l’État du Sénégal reprend à son compte le discours mémoriel. En 1962, le président Léopold Sédar Senghor nomme Boubacar Joseph Ndiaye, ancien sous-officier de l’armée coloniale française, comme « gardien » de la Maison des Esclaves, régularisant ainsi une situation de fait. La vigueur du discours de ce guide, sans doute inspiré à l’origine par celui du Docteur Cariou, son charisme et la voix imposante de ce « gardien de la mémoire de la traite négrière », l’ont désigné peu à peu comme une sorte de « musée vivant », connu à l’échelle internationale. Gorée doit en grande partie son statut d’île-mémoire de la Traite atlantique à l’éloquence de Joseph Ndiaye, « conservateur » de la Maison des Esclaves. (…)  Son récit constitue une re-mémoration de la traite négrière à travers une mise en scène alliant parole, geste et démonstration à l’aide des chaînes en fer reconstituées, avec lesquelles les esclaves étaient attachés. (…) La fonction de ce discours est significative dans la fabrication d’une mémoire liée à la traite atlantique des esclaves, avec une mise en scène et une représentation imagée de la condition de l’esclave appuyées par des citations, des maximes et des proverbes. La réception du discours du « conservateur » se perçoit à travers les diverses réactions observées après la visite du musée et consignées dans le livre d’or. Nombreux sont les guides goréens qui puisent encore une bonne partie de leurs connaissances dans le discours de Joseph Ndiaye. Les réactions observées traduisent des chocs émotionnels qui peuvent déboucher parfois sur des actes spontanés. Le recueillement devant la « porte du voyage sans retour » constitue un acte symbolique qui s’accompagne parfois de rituels, de prières, d’offrandes, de sacrifices, de libations. La signification et la place de l’île dans l’imaginaire de la diaspora noire permettent de mesurer l’impact de cette communauté, en quête d’une identité perdue, dans la cristallisation d’une mémoire de la traite atlantique autour de Gorée. (…) Des contestations naissent sur l’exactitude historique du récit propagé aux visiteurs de la Maison des Esclaves. Dès 1972, le philosophe et chercheur africain Ki-Zerbo, dans son ouvrage « Histoire d’Afrique Noire », s’inquiète de la tournure que peut prendre la défense d’un tel récit qui peut constituer un point de rupture dans la diaspora noire entre l’Afrique et le monde afro des Caraïbes et des Amériques. Deux décennies plus tard, la principale critique émane de deux chercheurs et conservateurs de l’IFAN, Abdoulaye Camara et le père jésuite Joseph Roger de Benoist. Leurs argumentaires sont repris par le journaliste Emmanuel de Roux dans un article paru à Paris dans le journal Le Monde du 27 décembre 1996 sous le titre « Le mythe de la Maison des esclaves qui résiste à la réalité ». L’article remet en cause la fonction de la Maison des Esclaves ainsi que le rôle de l’île de Gorée dans le commerce des esclaves. Le journaliste relate la visite du lieu par son « conservateur » Joseph Ndiaye. « Ce dernier raconte avec émotion l’histoire de cette esclaverie construite par les Hollandais au XVIIIe siècle, pivot de la traite à Gorée qui vit défiler des centaines de millions d’Africains, enchaînés, vers le Nouveau Monde40 ». Contrairement aux affirmations de Joseph Ndiaye, Emmanuel de Roux donne la paternité de la maison aux Français, nie l’existence des cellules qui étaient réservées aux esclaves en attente d’embarcation et minimise le nombre d’esclaves ayant transité sur l’île. En conclusion, l’histoire de cette maison présentée par le conservateur ne serait qu’une légende reprise par Joseph Ndiaye, « qui a mis une douzaine d’années à forger un mythe qui, aujourd’hui, a force de loi». La réaction de l’État est vive et rapide. Les 7 et 8 avril 1997, un séminaire réunissant l’ensemble des spécialistes sénégalais et africanistes sur le thème : « Gorée dans la traite atlantique : mythes et réalités » est convoqué dans l’urgence pour riposter à l’imposture. Dix ans après cette attaque « révisionniste », en 2006, le récit du « conservateur » de la Maison des Esclaves est encore contesté par les descendants de certaines signares qui tiennent un autre discours mémoriel et prônent une autre histoire. Dans son ouvrage, Céleste ou le temps des signares, Jean-Luc Angrand nie l’existence d’esclaveries dans les maisons de Gorée : « Il est évident que cette maison comme les autres maisons de Gorée n’ont jamais contenu d’esclaves de traite, les signares étant en général réfractaires à la déportation des esclaves aux Amériques. Les seuls captifs qui existaient dans les maisons de Gorée étaient les captifs de case (domestiques). […] L’idée pathétique de porte par laquelle seraient passés des esclaves embarquant pour l’Amérique n’était rien qu’une histoire destinée à impressionner les touristes de la fin du XXe siècle». Cette vision de la fonction des supports mémoriels ne prend pas en compte la vraie nature du discours commémoratif car comme l’ont bien montré en 1997 Ibrahima Thioub et Hamady Bocoum « Le discours qui commémore cette fonction de l’île n’a jamais prétendu obéir aux règles universitaires de production du savoir et, en conséquence, ne peut être mesuré à cette aune». En 2009, dans sa récente étude sur la déconstruction du syndrome de Gorée, Ibrahima Seck montre comment l’existence de supports matériels contribue à la cristallisation des mémoires dans certains lieux, témoins de cette période. L’idée d’une « porte du voyage sans retour » n’existe pas seulement à Gorée mais aussi dans les différents points d’embarquement des navires négriers sur la côte occidentale de l’Afrique. « Au Ghana, Elmina a aussi sa porte du non retour alors qu’il s’agit en réalité d’une meurtrière. À Ouidah, où la traite ne s’est pas accompagnée de l’impressionnante monumentalité visible sur l’ancienne Côte de l’or, le programme de la Route de l’esclave de l’UNESCO a érigé un monument sous la forme d’un énorme portail face à la mer pour donner un support matériel au symbolisme du voyage sans retour». Il est clair que Gorée a influencé les autres sites qui ont entrepris un travail de remémoration tel qu’il est recommandé par l’UNESCO depuis 1995. Cette vision romantique de Joseph Ndiaye est transmise par des méta-récits nationalistes ou pan-africanistes dont la réalité est caricaturée d’une manière manichéenne. Ce discours laisse peu de place à une « histoire » plus complexe, « archéologique », des Africains libres, aux esclaves de case ou aux esclaves domestiques ou aux captifs face aux Africains enchaînés, aux esclaves de traite ou de transit, aux signares et aux métis et à celles des Européens expatriés, des commerçants aux militaires. L’indépendance une fois acquise, le premier président Léopold Sédar Senghor développe avec le mouvement de la Négritude une orientation culturaliste pour la société sénégalaise, sans rompre avec la francophonie qu’il inscrit dans l’héritage historique du Sénégal et apporte une nouvelle lecture sur la place de Gorée par rapport à la diaspora noire. À partir des années 1980, et pendant deux décennies, le président Abdou Diouf suit la politique de sauvegarde et de mise en valeur de Gorée mise en place par l’UNESCO et veut étendre le message de l’île-mémoire au monde entier par l’érection d’un grand mémorial de l’esclavage. Durant la dernière décennie de la présidence d’Abdoulaye Wade, l’État est moins présent sur le site de Gorée ; il est occupé à élever à Dakar d’autres infrastructures dont un monument de la Renaissance africaine et un parc culturel dans lequel sera édifié un musée des Civilisations noires, idée émise en 1971 par le président Senghor. Le passé de l’île de Gorée et le souvenir des souffrances et des traumatismes subis par l’Afrique et ses diasporas à travers l’esclavage et la traite atlantique, revisité, joue un rôle de premier plan dans l’affirmation de la politique dite « d’enracinement et d’ouverture » chère au président Léopold Sédar Senghor. Le concept de Négritude s’impose comme idéologie du nouvel État indépendant sénégalais qui s’ouvre sur le monde afro-américain. Le président du nouvel État du Sénégal, Léopold Sédar Senghor choisit l’île de Gorée comme un des supports physiques de démonstration de son concept sur la Négritude, sans lien direct avec l’esclavage. (…) Gorée est un laboratoire idéal pour le projet post-colonial de la Négritude. Lieu d’échanges culturels, artistiques, littéraires et scientifiques regroupant l’Afrique et sa Diaspora, le Festival est le lieu de rencontres, colloques, expositions, chants, danses, spectacles qui rythment la vie quotidienne des populations de Dakar et de Gorée. Le lancement du Festival a lieu en présence d’André Malraux. Le choix de Gorée pour abriter une des manifestations de ce Festival répond à une volonté du pouvoir politique qui entend faire de l’île un lieu privilégié pour une communion des peuples du monde à travers le dialogue des cultures. Un spectacle « son et lumière », les « Féeries de Gorée » est monté pour l’occasion : il retrace les grands moments de l’histoire du Sénégal et particulièrement de l’île de Gorée et de son rôle dans l’histoire de l’esclavage. La Maison des Esclaves est restaurée à l’occasion de ce festival. À l’heure où le tourisme de mémoire émerge autour des lieux chargés d’histoire et notamment à ceux liés à des faits tragiques, le Sénégal concentre ce type de démarche presque exclusivement sur la commémoration de l’esclavage et l’île de Gorée. Des agences américaines proposent aux touristes noirs américains des « Black-History Tours », leur permettant d’aller se recueillir sur la terre de leurs ancêtres, plus particulièrement à Gorée, et de méditer sur leur tragique destin. « Ainsi, après avoir été, entre l’Afrique et les Amériques noires, le trait d’union symbolique de la désolation, Gorée devient-elle peu à peu un symbole d’espoir, vers où, de plus en plus nombreux, convergent aujourd’hui, en une sorte de pèlerinage, les descendants des déportés de jadis, en quête de leurs racines et tous ceux qui entendent puiser dans son histoire les raisons d’une nouvelle solidarité des peuples ». Depuis 2005, la mairie de Gorée organise un festival dans le cadre de la promotion des activités culturelles : le Gorée Diaspora Festival. Cette manifestation internationale constitue un moment de retrouvailles entre la population goréenne et la diaspora. À travers cette manifestation, l’institution municipale vise trois objectifs majeurs : permettre aux membres de la diaspora de retrouver l’identité perdue sur cette île-souvenir, les faire participer à la sauvegarde de la mémoire et orienter le devenir de Gorée d’un statut de terre d’esclaves vers celle d’un carrefour de dialogue interculturel. En ouvrant ainsi la porte du retour, la commune entend faire rayonner Gorée sur la scène internationale. Cette manifestation constitue un moment de festivités, de recueillement et de souvenir : festivals, rencontres cinématographiques, concerts, expositions, musiques, visite de la Maison des Esclaves, randonnée maritime, etc. Le festival inclut aussi un volet éducatif avec l’organisation de séminaires et d’ateliers de formation, de conférences et de colloques dont les thèmes portent sur l’esclavage, la traite négrière et sa mémoire, le dialogue des peuples et des cultures. Hamady Bocoum and Bernard Toulier
La Maison des esclaves est devenu un élément du patrimoine de l’humanité, surtout depuis que l’Unesco a classé l’ensemble de l’île dans cette rubrique. Le problème, c’est que tout est faux, ou presque, comme l’expliquent Abdoulaye Camara et le Père de Benoist, un jésuite, historien, chercheur à l’IFAN. La maison, parfaitement identifiée, n’a rien de hollandais. Elle a été construite par les Français, en 1783, pour Anna Colas, une signare riche dame métisse quand la traite tirait à sa fin. Les pièces du bas ont peut-être servi de logements à des esclaves domestiques mais sûrement pas à la traite. C’étaient essentiellement des entrepôts à marchandises. L’esclaverie, car elle a existé, se situait non loin du fort qui abrite aujourd’hui le Musée historique. Elle a disparu. Enfin, Gorée n’a jamais été un centre très actif pour la traite (deux cents à cinq cents esclaves par an, si l’on en croit les chiffres du savant jésuite), par rapport aux comptoirs de la Côte des esclaves (l’actuel Bénin), du golfe de Guinée ou de l’Angola. La légende de la Maison aux esclaves doit tout à l’indéniable talent de Joseph N’Diaye, qui a mis une douzaine d’années à forger un mythe qui, aujourd’hui, a force de loi. Emmanuel de Roux
Cette histoire de maison des esclaves de Gorée a été inventée par Pierre André Cariou, médecin chef breton de la marine française dans les années 1950. Il n’a pas cherché à la falsifier, mais a émis des suppositions, qu’il a intégrées dans un roman historique non édité « Promenade à Gorée » (manuscrit disponible à la BNF Mitterrand) et dans le circuit touristique qu’il proposait aux rares touristes de l’île de Gorée; souvent des amis et familles qui venaient visiter les marins militaires français hospitalisés à l’hôpital de la Marine. À l’origine de ce qui allait devenir la plus importante escroquerie mémorielle de l’histoire, un petit garçon qui servait de « boy » à Cariou, l’adolescent Joseph N’Diaye. Joseph N’Diaye devenu adulte prit la suite de Cariou dans les années 1970. Dans les années 1980 sorti le film « Racines » avec la figure inoubliable de « Kounta Kinté » l’Africain; les Américains noirs, qui vivaient souvent une sorte d’amnésie volontaire quant à leurs souffrances passées, furent pris d’une envie légitime de retourner voir mama africa. Le seul pays qui disposait d’un véritable ministère de la Culture à l’époque, fabuleux héritage de l’ère Senghor, était le Sénégal. Les fonctionnaires orientèrent naturellement les Tours Operator black vers Gorée, où une personne qui n’était pas fonctionnaire faisait visiter une maison aux rares touristes… Joseph N’Diaye. Rapidement, ce business devint une affaire juteuse pour les réceptifs sénégalais, les TO américains (souvent créés par des Sénégalais des USA) et le gouvernement qui prit peu à peu conscience de l’importance économique de cette affaire. D’autres aussi, les enseignants sénégalais de l’université de Dakar, furent de grands bénéficiaires du « Gorée Business » comme je l’ai nommé. En effet, ils obtinrent de nombreux stages, invitations à des conférences aux Amériques rémunérés grâce aux inventions racontées par tonton Joseph. Certains obtinrent des emplois dans les universités américaines (Colombia University), d’autres à la direction du patrimoine dépendant du ministère de la Culture en profitèrent notamment en détournant les nombreux dons financiers offert pour la sauvegarde de Gorée… Au point que l’Unesco, agacée par ces détournement, ne cautionna plus aucune campagne de sauvegarde du patrimoine bâti. Cela ne pouvait pas durer. Dans les années 1980, un historien américain, Philipp Curtin, intrigué par les soi-disants 20 millions de victimes parties de Gorée, publia une étude statistique rappelant que ce chiffre était celui de l’ensemble de la traite partie de toute la côte d’Afrique, de la Mauritanie à l’Angola. Curtin indiqua aussi que de Gorée partirent entre 900 à 1500 personnes et que le Sénégal représentait 5% de la traite. Panique à Dakar et chez leurs complices sénégalais des USA; heureusement pour eux, la presse, non informée, ne diffusa pas l’information… Dans les années 2000, se fut le tour d’Abdoulaye Camara, enseignant en histoire à l’Université de Dakar, de dénoncer l’affaire à un journaliste du Monde, qui la publia alors. Mais l’article fut étouffé car la bande du Gorée Business comptait alors de puissantes relations amicales en France, Laurence Attali (sœur de Jacques), Catherine Clément (romancière) et la Fondation Danièle Mitterrand. Malgré tout Ki Zerbo philosophe béninois protesta contre l’arnaque dans un article de presse. En 2006 finalement sortit la seule étude scientifique démontrant à partir d’archives qu’il s’agissait bel et bien d’une arnaque: la mienne. Cette études indiquait qu’il y avait non pas une mais deux captiveries; toutes deux démolies mais parfaitement repérables grâce aux plans de cadastres du XVIIIe siècle conservés aux archives BNF Richelieux à Paris. Cette étude démontre aussi que les principaux points de départs des victimes furent Saint Louis au Sénégal et la Gambie. Cette étude obligea Wikipedia à rectifier le tir, malgré le sabotage permanent de mes contributions pendant plus de trois ans organisé par les membres de ce qu’il est convenu d’appeler « le Gorée Business ». Ironie du sort, la population « créole » du XVIIIe siècle, comme démontré par cette étude, constitua le principal frein à la traite des esclaves avec celle de Dakar; cela explique le faible nombre de victimes parties de Gorée. Encore plus « amusant » la femme métisse/créole qui a construit cette maison, Anna Colas Pépin, fut une résistante à la traite comme ses « consœurs » qui dirigeaient l’île de Gorée du XVIIIe au XIXe siècle, car ils s’agissait d’une micro-civilisation matriarcale métisse/créole… Jean Luc Angrand
L’histoire de la maison des esclaves de Gorée serait, à l’en croire, une invention dans les années 1950, du docteur Pierre André Cariou, de son état médecin chef de la marine française. Les hypothèses émises par ce dernier seraient contenues dans un manuscrit conservé à la BNF. On aurait souhaité disposer de plus d’informations à propos dudit manuscrit (par exemple son numéro de référence ou son code pour le retrouver plus aisément). Et pourquoi ne pas citer nommément des passages du texte en question pour étayer davantage son propos. En l’absence de telles précautions, son opinion reste pour le moins superficielle et nous laisse un rien circonspect. (…) Revenant ainsi sur le contexte ayant favorisé le développement de ce « business », c’est-à-dire la sortie du film Racines, Jean-Luc Angrand évoque le rôle majeur des Tour-operator tenus par des Sénégalais installés aux USA sans jamais fournir concrètement ni un nom d’organisme touristique ni celui d’un ressortissant sénégalais. Toutes choses entretenant le flou le plus absolu. « Les Tours Operators n’ont jamais été l’objectif de Gorée, éclaire en revanche François Vergès, ancienne présidente du Comité pour la mémoire de l’esclavage. Il ne faut pas tout confondre. C’est comme si on disait, il y a des voyages organisés à Auschwitz, et donc cela enlève le caractère véridique de ce qui s’y est passé ». Il est évident que Gorée tire son statut de haut lieu mémoriel des dividendes de notoriétés qui attirent touristes et pèlerins. « Il faut lutter pour que Gorée ne devienne pas un endroit mercantile, prévient François Vergès. C’est comme à Roben Island, il y avait un projet de le transformer en endroit mercantile, tout le monde a protesté. Et cela s’est arrêté. Est-ce que ce monsieur (Angrand) empêche qu’il y ait des voyages organisés à Lourdes ou à Saint-Michel ? C’est sélectif comme réflexion ». Sélectif puis accusateur sans véritable référence. En effet, Jean-Luc Angrand accuse les enseignants de l’Université de Dakar d’avoir couvert et amplifié ce qu’il appelle « un mensonge » afin d’en tirer des prébendes financières et ou promotionnelles. Mais de quels professeurs s’agit-il ? Ne peut-il être plus concis dans sa dénonciation ? Il évoque l’obtention de postes dans la prestigieuse University of Columbia. On n’ose croire qu’il parle de Souleymane Bachir Diagne ou de Mamadou Diouf. Le premier, normalien, agrégé et docteur en philosophie cité par le Nouvel Observateur parmi l’un des plus grands penseurs de notre époque. Le second, historien de formation, docteur en histoire de la Sorbonne et auteur de plusieurs ouvrages. Pareil parcours ne saurait-il suffire pour être recruté par un institut américain fut-il Columbia University. Dans la deuxième partie de sa diatribe (…) quand il convoque les travaux de Philippe Curtin dans les années 1980, il se garde bien de mentionner le titre de ou des ouvrages dont il a recours. Chose plutôt surprenante pour qui connaît l’immensité de la production de ce chercheur. Dans le même ordre d’idées, on s’attendait à ce qu’il nous livre au moins des noms d’historiens sénégalais ou africains dignes de ce nom ayant soutenu que de Gorée sont partis vingt millions d’esclaves. Idée absolument saugrenue même pour le néophyte en histoire qui n’ignore point qu’une partie de la longue côte atlantique africaine (Togo-Bénin-Nigeria) était justement appelée côte des esclaves en raison de l’intensité du trafic. Ainsi pour Françoise Vergès, « il est évident que l’Ile de Gorée ne pouvait pas prendre autant d’esclaves que Ouidah (Bénin) ou d’autres forteresses sur la côte africaine. Des historiens africains avaient reconnu depuis longtemps que Gorée a participé à la traite mais n’était pas un grand centre, ni un lieu de baraquements ». Alors que la « civilisationniste » Maboula Soumahoro préfère évoquer le départ d’esclaves de la région de Sénégambie. Des « Slaves Castel », on en trouve dans cette région comme au Ghana ou au Bénin. Si des esclaves ne sont pas partis de Gorée, ils sont partis de toute la région ouest africaine donc cela ne change rien à la situation. Je ne comprends pas tellement cette position de nier ce caractère à Gorée ». Autre incompréhension, M. Angrand cite Abdoulaye Camara, enseignant à l’UCAD. Lequel aurait voulu et dénoncé l’imposture dans le journal Le Monde mais l’affaire fut étouffée par le lobby dit « goréen ». On ne peut qu’être interloqué par cette information n’apportant au demeurant rien de concret à son argumentaire. L’incompréhension se porte sur deux facteurs principaux : D’abord pourquoi Jean-Luc Angrand ne fait-il pas siennes les conclusions d’Abdoulaye Camara et les reproduire ici (du moins une partie) pour donner davantage de densité et de crédibilité à son article ? Ensuite, comment se fait-il que cet enseignant-chercheur de l’UCAD se tourne vers le quotidien Le Monde pour publier ses résultats (encore qu’il ne nous fournit ni le numéro ni la date) ? Alors qu’il existe en Afrique même et partout au monde une myriade de revues d’histoire susceptibles de vulgariser ses travaux. Ou faut-il croire ceux-ci n’étaient pas à la hauteur ? Par ailleurs, on est en droit de demeurer interrogatif quant à la soumission de la gazette française pour étouffer cette affaire. Pour qui connaît l’histoire de ce journal né au lendemain de la deuxième guerre mondiale et ses multiples prises à partie avec l’Etat française, la chose parait peu probante. Restant dans sa volonté constante de fournir des preuves du bienfondé de sa théorie, Angrand fait appel à la rescousse une production de Joseph Ki-Zerbo. Mais là également, il commet une erreur factuelle rédhibitoire en présentant ce dernier comme un philosophe béninois alors qu’il est de notoriété publique que l’homme est historien de spécialité et Burkinabé de nationalité. D’autre part, il ne nous dit point où, quand et sur quel support ce penseur a publié son article. (…) Pour conclure sa réflexion, il propose son argument béton à savoir son étude sur la question. Il la présente, « sans prétention », comme le seul vrai travail scientifique en l’espèce (lui qui n’est pas véritablement connu dans la communauté des historiens). Toutefois, il ne dit mot sur le titre de ladite étude ni la publication où elle est apparue avant d’être intégrée dans son livre. Celui-ci, soutient-il, mérite d’être enseigné à l’université en raison de la distinction reçue de la part de l’académie des sciences d’Outre-mer. Rappelons que de tels trophées ne sont pas toujours gages d’excellence. Aussi l’ouvrage très polémique d’Olivier Pétré-Grenouilleau : les traites négrières (Gallimard, 2004) reçut-il le prix du livre d’histoire du Sénat et celui de l’essai de l’académie française avec à chaque fois des jurys composés de non spécialistes. Le seul membre du premier jury ayant quelques clignotants en ce domaine fut Marc Ferro, grand connaisseur de l’Urss de son état. En matière d’histoire de l’Outre-mer, son seul fait d’armes est d’avoir dirigé un ouvrage collectif : le livre noir du colonialisme (Robert Lafont, 2003). En fait le succès du travail de Pétré-Grenouilleau provient de deux facteurs précis. Il a permis de découvrir un point majeur en l’occurrence la diversité des traites négrières. Et d’autre part il est apparu comme une forme d’absolution des Européens qui n’étaient opportunément plus les seuls méchants négriers. Responsabilité qu’ils partageaient dorénavant avec les Arabes et les Africains eux-mêmes. Ce sont donc ces deux points qui justifient les nombreux satisfécits dont Olivier Pétré-Grenouilleau a bénéficié en dépit des sérieuses lacunes que contient son essai. Ce dernier fait pratiquement un blackout total (vingt pages sur plus de trois cent soixante) sur le trafic de l’Atlantique sud mené par les Hispano-portugais, c’est-à-dire la droiture. Laquelle a été encore plus importante que le très connu commerce triangulaire se faisant plus au nord. De plus cet historien reprend par devers lui des chiffres fantaisistes quant au nombre de déportés dans le cadre du trafic transaharien et de l’océan indien. Fantaisiste car n’offrant pas contrairement aux échanges de l’ouest des sources bien chiffrées et quantifiables. Moussa Diop
Cet article de presse [de  Momar Mbaye, Docteur en histoire de l’Université de Rouen et Moussa Diop, journaliste] est une bien amusante rhétorique faite par des enseignants sénégalais qui tentent de sauver leurs « têtes » après une bonne vingtaine d’années de baratin. Toute les affirmations contenues dans mon article de presse du Hufffingtonpost sont sourcées; mon principal adversaire monsieur Hamady Bocoum Directeur National du Patrimoine Sénégalais vient de reconnaître à demi mots dans un article de la revue du patrimoine français In Situ du mois d’Avril 2103v(sur internet) le bien fondé de mes travaux de recherches (en partie dûs à Hubert Dupuy); essayant au passage de mettre sur le dos de l’état français l’origine de cette arnaque mémorielle. Hamady Bocoum ment très mal car dans le même article il indique par inadvertance que le représentant de l’état français de l’époque, le Professeur Mauny (1951) niait toute véracité à cette invention du Médecin Chef de la Marine Pierre André Cariou; lui même peut être inspiré par Robert Gaffiot auteur de Gorée Capital déchue (1933). Gaffiot inventeur ou co-inventeur avec Cariou du Mythe (à creuser). La faute n’est pas, comme je l’ai dit, d’avoir débuté le mythe puisque ce sont deux Français qui l’ont inventé à l’usage des familles de militaires français hospitalisés à l’hôpital de la Marine française bien avant l’indépendance (avant guerre) mais bien d’en avoir fait, un fait historique reconnu par l’état sénégalais après l’indépendance tout en permettant au « griot mémoriel » Joseph Ndiaye d’en rajouter des couches. Une historiette jamais reconnue par le professeur Théodore Monod fondateur de l’IFAN et son assistant le professeur Mauny représentant l’état français avant l’indépendance. Il n’y a donc pas de complot « blanc » contre Gorée…n’est-ce pas ?  Les escrocs de l’Université de Dakar n’ont pas hésité à tourner en ridicule le vrai travail de mémoire allant même jusqu’à cacher depuis plus de vingt ans la vraie captiverie de Gorée encore existante, aux pèlerins antillais, noirs-américains et autres. Captiverie dont j’ai révélé l’existence depuis l’année 2006 malgré des menaces physiques à mon encontre de la part du pseudo conservateur Eloi Coly. Vos collègues universitaires corrompus du Gorée Business (malhonnête) refusent de la faire ouvrir car cela leur ferait perdre le contrôle probablement de la pompe à fric et ils seraient obligés de s’expliquer auprès de leurs nombreux amis noirs aux Antilles et USA à qui ils ont fait prendre une vessie pour une lanterne. Enfin, peut-être ont-ils peur de subir les foudres des fondations et états qui ont donné de l’argent pour « sauver Gorée » porte sans retour de l’esclavage d’où furent partis selon le griot mémoriel Joseph Ndiaye 10, 15, 20 millions de victimes (les chiffres qu’il donnait variaient probablement en fonction de la température de l’air ou de la direction du vent)… Autre faute gravissime fut de laisser Joseph Ndiaye mettre en place un discours fonctionnel dans la maison d’Anna Colas Pépin (maison des esclaves) dont le seul but fut de tirer des larmes aux Antillais et noirs américains pour en obtenir toujours plus de pognon…c’est dégueulasse. Enfin, autre faute, laisser Joseph Ndiaye raconter tout et surtout n’importe quoi sur l’histoire patrimoniale de cette maison; dates de constructions fausses, usage du rez-de-chaussée qui n’a jamais été une captiverie transformée en cellules avec la cerise sur le gâteau « une cellule des récalcitrants » (un gag mémoriel). Quelle honte pour l’Université de Dakar que d’avoir laissé un ignorant ridiculiser l’Afrique et le travail des historiens noirs qui font leur boulot correctement; comme Abdoulaye Camara (inspiré tout comme Roger de Benoist par des informations fournies par monsieur Hubert Dupuy) que vous dénigrez dans votre article; tout cela pour enrichir les amis, la famille qui contrôle le Gorée business (malhonnête).  Je ne suis pas contre un Gorée Business, tout comme il y a un Mecque Business et un Lourdes Business, mais encore faut il que ce qui est proposé au bout soit honnête alors au nom des mes amis antillais, noirs américains je vous SOMME par la présente d’ouvrir immédiatement la vraie captiverie de Gorée et d’indiquer aux touristes les vrais chiffres de déportés !!!!!. Voici le plan de cadastres de Gorée datant du XVIII siècle avec l’indication de la vraie captiverie (il en avait une seconde dans le fort St François qui est rasé de nos jours); essayez svp de rattraper vos erreurs graves en faisant le boulot correctement pour éviter aux négationnistes de se moquer de nous, les Africains. Il faut maintenant déconstruire/reconstruire; faisons le ensemble avec la participation désormais indispensable de nos frères et sœurs historiens antillais et américains. Jean-Luc Angrand
Attention: une fiction peut en cacher une autre !

Après l’ennichement du confinement aveugle et l’actuel emmusellement du masque obligatoire à l’extérieur

Mais aussi, avec le déchainement de génuflexions que l’on sait, le psychodrame du racisme systémique

Retour …

Au premier jour du procès des complices des assassins des caricaturistes de Charlie hebdo

Et au lendemain de la mise au pilori du magazine Valeurs actuelles et de son rédacteur en chef
Sur fond de condamnations, d’Emmanuel Macron à Marine Le Pen, d’une rare unanimité politique
Pour une fiction et une illustration considérées comme racistes …
Pour avoir représentée, en esclave collier en fer autour du cou, la députée d’extrême-gauche et indigéniste racialiste notoire d’origine africaine Danièle Obono
Mais visant surtout, contre l’omerta habituelle et « l‘entreprise idéologique de falsification de l’Histoire » consistant à « faire payer le poids de cette insoutenable traite aux seuls Européens »,  à rappeler « les horreurs de l’esclavage organisé par des Africains au XVIIIe siècle » et la « terrible vérité que les indigénistes ne veulent pas voir » …
Sur la fabrication d’une autre fiction …
Mais dûment antiraciste, celle-là …
A savoir l’invention du véritable lieu de pèlerinage des afro-descendants …
Et haut lieu de tourisme mémoriel et présidentiel de l’ïle sénégalaise de Gorée …
Présentée, contre toute évidence historique, comme centre de traite de millions d’esclaves africains …

Le mythe de la Maison des esclaves qui résiste à la réalité

Emmanuel de Roux

Le Monde

27 décembre 1996

La Maison des esclaves de l’île de Gorée figure dans tous les guides. Pas un touriste ne manquera la visite de ce monument au sinistre passé. Il sera accueilli dans la cour de ce bâtiment ocre rouge par un cicerone inspiré, Joseph N’Diaye, un ancien sous-officier. Ce dernier raconte avec émotion l’histoire de cette « esclaverie » construite par les Hollandais au XVIIe siècle, pivot de la traite à Gorée qui vit défiler des centaines de milliers d’Africains, enchaînés, vers le Nouveau Monde.

Les différentes cellules sont détaillées : celles des hommes, celles des femmes et celles des enfants, le cachot pour les rebelles et la porte pour le « voyage sans retour » qui s’ouvre sur l’océan. Un escalier à double révolution conduit aux appartements des négriers. La fondation France-Liberté, de Danièle Mitterrand, comme en atteste une plaque, a financé une partie de la rénovation de l’édifice. La Maison des esclaves est devenu un élément du patrimoine de l’humanité, surtout depuis que l’Unesco a classé l’ensemble de l’île dans cette rubrique. Le problème, c’est que tout est faux, ou presque, comme l’expliquent Abdoulaye Camara et le Père de Benoist, un jésuite, historien, chercheur à l’IFAN. La maison, parfaitement identifiée, n’a rien de hollandais. Elle a été construite par les Français, en 1783, pour Anna Colas, une signare riche dame métisse quand la traite tirait à sa fin. Les pièces du bas ont peut-être servi de logements à des esclaves domestiques mais sûrement pas à la traite. C’étaient essentiellement des entrepôts à marchandises.

L’esclaverie, car elle a existé, se situait non loin du fort qui abrite aujourd’hui le Musée historique. Elle a disparu. Enfin, Gorée n’a jamais été un centre très actif pour la traite (deux cents à cinq cents esclaves par an, si l’on en croit les chiffres du savant jésuite), par rapport aux comptoirs de la Côte des esclaves (l’actuel Bénin), du golfe de Guinée ou de l’Angola. La légende de la Maison aux esclaves doit tout à l’indéniable talent de Joseph N’Diaye, qui a mis une douzaine d’années à forger un mythe qui, aujourd’hui, a force de loi.

Voir également:

Gorée Business

LA CERTIFICATION DES LIEUX DE MEMOIRES DE LA SHOAH NOIRE
Petite note sur la fausse « Maison des esclaves de Gorée »
Jean Luc Angrand
Historien franco-sénégalais
16 novembre 2012

Cette histoire de maison des esclaves de Gorée a été inventé par Pierre André Cariou, médecin chef breton de la marine française dans les années 1950. Il n’a pas cherché à la falsifier, mais a émis des suppositions, qu’il a intégrées dans un roman historique non édité « Promenade à Gorée » (manuscrit disponible à la BNF Mitterand) et dans le circuit touristique qu’il proposait aux rares touristes de l’île de Gorée; souvent des amis et familles qui venaient visiter les marins militaires français hospitalisés à l’hôpital de la Marine.

À l’origine de ce qui allait devenir la plus importante escroquerie mémorielle de l’histoire, un petit garçon qui servait de « boy » à Cariou, l’adolescent Joseph N’Diaye.

Joseph N’Diaye devenu adulte prit la suite de Cariou dans les années 1970. Dans les années 1980 sorti le film « Racines » avec la figure inoubliable de « Kounta Kinté » l’africain; les Américains noirs, qui vivaient souvent une sorte d’amnésie volontaire quant à leurs souffrances passées, furent pris d’une envie légitime de retourner voir mama africa.

Le seul pays qui disposait d’un véritable ministère de la Culture à l’époque, fabuleux héritage de l’ère Senghor, était le Sénégal. Les fonctionnaires orientèrent naturellement les Tours Operator black vers Gorée, où une personne qui n’était pas fonctionnaire faisait visiter une maison aux rares touristes… Joseph N’Diaye.

Rapidement, ce business devint une affaire juteuse pour les réceptifs sénégalais, les TO américains (souvent créés par des Sénégalais des USA) et le gouvernement qui prit peu à peu conscience de l’importance économique de cette affaire.

D’autres aussi, les enseignants sénégalais de l’université de Dakar, furent de grands bénéficiaires du « Gorée Business » comme je l’ai nommé.

En effet, ils obtinrent de nombreux stages, invitations à des conférences aux Amériques rémunérés grâce aux inventions racontées par tonton Joseph. Certains obtinrent des emplois dans les universités américaines (Colombia University), d’autres à la direction du patrimoine dépendant du ministère de la Culture en profitèrent notamment en détournant les nombreux dons financiers offert pour la sauvegarde de Gorée… Au point que l’Unesco, agacée par ces détournement, ne cautionna plus aucune campagne de sauvegarde du patrimoine bâti.

Cela ne pouvait pas durer.

Dans les années 1980, un historien américain, Philipp Curtin, intrigué par les soi-disants 20 millions de victimes parties de Gorée, publia une étude statistique rappelant que ce chiffre était celui de l’ensemble de la traite partie de toute la côte d’Afrique, de la Mauritanie à l’Angola. Curtin indiqua aussi que de Gorée partirent entre 900 à 1500 personnes et que le Sénégal représentait 5% de la traite.

Panique à Dakar et chez leurs complices sénégalais des USA; heureusement pour eux, la presse, non informée, ne diffusa pas l’information…

Dans les années 2000, se fut le tour d’Abdoulaye Camara, enseignant en histoire à l’Université de Dakar, de dénoncer l’affaire à un journaliste du Monde, qui la publia alors. Mais l’article fut étouffé car la bande du Gorée Business comptait alors de puissantes relations amicales en France, Laurence Attali (sœur de Jacques), Catherine Clément (romancière) et la Fondation Danièle Mitterrand. Malgré tout Ki Zerbo philosophe béninois protesta contre l’arnaque dans un article de presse.

En 2006 finalement sortit la seule étude scientifique démontrant à partir d’archives qu’il s’agissait bel et bien d’une arnaque: la mienne. Cette études indiquait qu’il y avait non pas une mais deux captiveries; toutes deux démolies mais parfaitement repérables grâce aux plans de cadastres du XVIIIe siècle conservés aux archives BNF Richelieux à Paris. Cette étude démontre aussi que les principaux points de départs des victimes furent Saint Louis au Sénégal et la Gambie. Cette étude obligea Wikipedia à rectifier le tir, malgré le sabotage permanent de mes contributions pendant plus de trois ans organisé par les membres de ce qu’il est convenu d’appeler « le Gorée Business ».

Ironie du sort, la population « créole » du XVIIIe siècle, comme démontré par cette étude, constitua le principal frein à la traite des esclaves avec celle de Dakar; cela explique le faible nombre de victimes parties de Gorée.

Encore plus « amusant » la femme métisse/créole qui a construit cette maison, Anna Colas Pépin, fut une résistante à la traite comme ses « consœurs » qui dirigeaient l’île de Gorée du XVIIIe au XIXe siècle, car ils s’agissait d’une micro-civilisation matriarcale métisse/créole…

L’étude dont je suis l’auteur fut intégrée dans mon livre « Céleste ou le temps des signares« , seul livre certifié qui puisse servir en université car primé par une académie dépendant de l’éducation nationale française: l’Académie des Science d’Outre-mer.

Voilà donc pourquoi je propose désormais « la certification des lieux de mémoires », c’est-à-dire que tous les lieux de mémoires en Afrique soient désormais certifiés par plusieurs universités, des Amériques (Caraïbes, Etats-Unis), d’Europe et d’Afrique. Avec cette méthode, on éviterait que ne se reproduise des arnaques comme la fausse « maison des esclaves de Gorée ».

Voir de même:

Maison des esclaves de Gorée: les manquements de Jean-Luc Angrand

AFRIQUE – Toute vérité est une suite d’erreurs rectifiées. Si l’affaire de la maison des esclaves est réellement une grosse escroquerie il est bon de le savoir et de le diffuser mais encore faut-il que cette « vérité » soit révélée en s’appuyant sur une argumentation et des preuves ne souffrant d’aucune once de doute.

L’Île de Gorée et sa symbolique maison des esclaves sont des lieux mémoriels qui permettent de se souvenir de l’une des pages les plus douloureuses de l’histoire de l’humanité à savoir la traite des noirs qui eut lieu du XVI au XIXè siècle (au bas mot). C’est un fait. Gorée résiste autant aux déferlantes attaques des eaux de l’océan sur ses parois insulaires mais solides qu’à celles trop souvent légères, pour ne pas dire révisionnistes, de Jean-Luc Angrand. Nous, Momar Mbaye, Docteur en histoire de l’Université de Rouen et Moussa Diop, journaliste, correspondant du quotidien sénégalais Le Soleil à Paris et diplômé en histoire, nous sommes d’abord questionnés sur le sérieux de l’article de Jean-Luc Angrand intitulé « Petite note sur la fausse ‘maison des esclaves de Gorée’« . Au delà de la notification des manquements dans sa démarche, nous apportons des réponses sur le sujet. Nous avons jugé utile de recueillir également le témoignage de Françoise Vergès, alors présidente du comité pour la mémoire de l’esclavage et Maboula Soumahoro, Docteur en langues, culture et civilisation du monde anglophone.

Reconnaissons avant tout que l’objectif que se fixe Monsieur Angrand n’est en soi nullement répréhensible ou condamnable. Bien au contraire la controverse et le débat nourrissent la science. On dira, pour reprendre le mot de Nietzsche, que c’est de la contradiction que l’esprit devient fécond.

Jean-Luc Angrand se définit comme un historien franco-sénégalais, il ne respecte pas toujours un certain nombre de règles exigées par la discipline historique. Parmi celles-ci figurent en première place le sérieux et la rigueur exemplaires dans l’analyse et l’exploitation des sources sous-tendant toute affirmation. Et sous ce rapport, nous constatons que l’écrit de Mr Angrand n’est pas toujours exempt de tels manquements. Aussi, point par point, nous tenterons de mettre en évidence de telles insuffisances.

L’histoire de la maison des esclaves de Gorée serait, à l’en croire, une invention dans les années 1950, du docteur Pierre André Cariou, de son état médecin chef de la marine française. Les hypothèses émises par ce dernier seraient contenues dans un manuscrit conservé à la BNF. On aurait souhaité disposer de plus d’informations à propos dudit manuscrit (par exemple son numéro de référence ou son code pour le retrouver plus aisément). Et pourquoi ne pas citer nommément des passages du texte en question pour étayer davantage son propos. En l’absence de telles précautions, son opinion reste pour le moins superficielle et nous laisse un rien circonspect.

Ce déficit de précision constitue à bien des égards la marque de fabrique de l’article de l' »historien » Angrand.

Revenant ainsi sur le contexte ayant favorisé le développement de ce « business », c’est-à-dire la sortie du film Racines, Jean-Luc Angrand évoque le rôle majeur des Tour-operator tenus par des Sénégalais installés aux USA sans jamais fournir concrètement ni un nom d’organisme touristique ni celui d’un ressortissant sénégalais. Toutes choses entretenant le flou le plus absolu. « Les Tours Operators n’ont jamais été l’objectif de Gorée, éclaire en revanche François Vergès, ancienne présidente du Comité pour la mémoire de l’esclavage. Il ne faut pas tout confondre. C’est comme si on disait, il y a des voyages organisés à Auschwitz, et donc cela enlève le caractère véridique de ce qui s’y est passé ».

Il est évident que Gorée tire son statut de haut lieu mémoriel des dividendes de notoriétés qui attirent touristes et pèlerins. « Il faut lutter pour que Gorée ne devienne pas un endroit mercantile, prévient François Vergès. C’est comme à Roben Island, il y’avait un projet de le transformer en endroit mercantile, tout le monde a protesté. Et cela s’est arrêté. Est-ce que ce monsieur (Angrand) empêche qu’il y ait des voyages organisés à Lourdes ou à Saint-Michel ? C’est sélectif comme réflexion ». Sélectif puis accusateur sans véritable référence. En effet, Jean-Luc Angrand accuse les enseignants de l’Université de Dakar d’avoir couvert et amplifié ce qu’il appelle « un mensonge » afin d’en tirer des prébendes financières et ou promotionnelles. Mais de quels professeurs s’agit-il ? Ne peut-il être plus concis dans sa dénonciation ? Il évoque l’obtention de postes dans la prestigieuse University of Columbia. On n’ose croire qu’il parle de Souleymane Bachir Diagne ou de Mamadou Diouf.

Le premier, normalien, agrégé et docteur en philosophie cité par le Nouvel Observateur parmi l’un des plus grands penseurs de notre époque. Le second, historien de formation, docteur en histoire de la Sorbonne et auteur de plusieurs ouvrages. Pareil parcours ne saurait-il suffire pour être recruté par un institut américain fut-il Columbia University.

Dans la deuxième partie de sa diatribe Jean-Luc Angrand met en exergue des penseurs qui sont sensés apporter de la ressource à sa thèse. Pourquoi pas ? Mais là aussi il pèche par sa légèreté et le manque de rigueur de son raisonnement. Ainsi, quand il convoque les travaux de Philippe Curtin dans les années 1980, il se garde bien de mentionner le titre de ou des ouvrages dont il a recours. Chose plutôt surprenante pour qui connaît l’immensité de la production de ce chercheur. Dans le même ordre d’idées, on s’attendait à ce qu’il nous livre au moins des noms d’historiens sénégalais ou africains dignes de ce nom ayant soutenu que de Gorée sont partis vingt millions d’esclaves. Idée absolument saugrenue même pour le néophyte en histoire qui n’ignore point qu’une partie de la longue côte atlantique africaine (Togo-Bénin-Nigeria) était justement appelée côte des esclaves en raison de l’intensité du trafic.

Ainsi pour Françoise Vergès, « il est évident que l’Ile de Gorée ne pouvait pas prendre autant d’esclaves que Ouidah (Bénin) ou d’autres forteresses sur la cote africaine. Des historiens africains avaient reconnu depuis longtemps que Gorée a participé à la traite mais n’était pas un grand centre, ni un lieu de baraquements ». Alors que la « civilisationniste » Maboula Soumahoro préfère évoquer le départ d’esclaves de la région de Sénégambie. Des « Slaves Castel », on en trouve dans cette région comme au Ghana ou au Bénin. Si des esclaves ne sont pas partis de Gorée, ils sont partis de toute la région ouest africaine donc cela ne change rien à la situation. Je ne comprends pas tellement cette position de nier ce caractère à Gorée ».

Autre incompréhension, M. Angrand cite Abdoulaye Camara, enseignant à l’UCAD. Lequel aurait voulu et dénoncé l’imposture dans le journal Le Monde mais l’affaire fut étouffée par le lobby dit « goréen ». On ne peut qu’être interloqué par cette information n’apportant au demeurant rien de concret à son argumentaire. L’incompréhension se porte sur deux facteurs principaux : D’abord pourquoi Jean-Luc Angrand ne fait-il pas siennes les conclusions d’Abdoulaye Camara et les reproduire ici (du moins une partie) pour donner davantage de densité et de crédibilité à son article ? Ensuite comment se fait-il que cet enseignant-chercheur de l’UCAD se tourne vers le quotidien Le Monde pour publier ses résultats (encore qu’il ne nous fournit ni le numéro ni la date) ? Alors qu’il existe en Afrique même et partout au monde une myriade de revues d’histoire susceptibles de vulgariser ses travaux. Ou faut-il croire ceux-ci n’étaient pas à la hauteur ?

Par ailleurs, on est en droit de demeurer interrogatif quant à la soumission de la gazette française pour étouffer cette affaire. Pour qui connaît l’histoire de ce journal né au lendemain de la deuxième guerre mondiale et ses multiples prises à partie avec l’Etat française, la chose parait peu probante. Restant dans sa volonté constante de fournir des preuves du bienfondé de sa théorie, Angrand fait appel à la rescousse une production de Joseph Ki-Zerbo. Mais là également, il commet une erreur factuelle rédhibitoire en présentant ce dernier comme un philosophe béninois alors qu’il est de notoriété publique que l’homme est historien de spécialité et Burkinabé de nationalité. D’autre part, il ne nous dit point où, quand et sur quel support ce penseur a publié son article.

Pareille omission constitue, si besoin en est, une preuve supplémentaire de son manque de rigueur.

Pour conclure sa réflexion, il propose son argument béton à savoir son étude sur la question. Il la présente, « sans prétention », comme le seul vrai travail scientifique en l’espèce (lui qui n’est pas véritablement connu dans la communauté des historiens). Toutefois, il ne dit mot sur le titre de ladite étude ni la publication où elle est apparue avant d’être intégrée dans son livre.

Celui-ci, soutient-il, mérite d’être enseigné à l’université en raison de la distinction reçue de la part de l’académie des sciences d’Outre-mer. Rappelons que de tels trophées ne sont pas toujours gages d’excellence. Aussi l’ouvrage très polémique d’Olivier Pétré-Grenouilleau : les traites négrières (Gallimard, 2004) reçut-il le prix du livre d’histoire du Sénat et celui de l’essai de l’académie française avec à chaque fois des jurys composés de non spécialistes. Le seul membre du premier jury ayant quelques clignotants en ce domaine fut Marc Ferro, grand connaisseur de l’Urss de son état. En matière d’histoire de l’Outre-mer, son seul fait d’armes est d’avoir dirigé un ouvrage collectif : le livre noir du colonialisme (Robert Lafont, 2003). En fait le succès du travail de Pétré-Grenouilleau provient de deux facteurs précis. Il a permis de découvrir un point majeur en l’occurrence la diversité des traites négrières. Et d’autre part il est apparu comme une forme d’absolution des Européens qui n’étaient opportunément plus les seuls méchants négriers. Responsabilité qu’ils partageaient dorénavant avec les Arabes et les Africains eux-mêmes.

Ce sont donc ces deux points qui justifient les nombreux satisfécits dont Olivier Pétré-Grenouilleau a bénéficié en dépit des sérieuses lacunes que contient son essai. Ce dernier fait pratiquement un blackout total (vingt pages sur plus de trois cent soixante) sur le trafic de l’Atlantique sud mené par les Hispano-portugais, c’est-à-dire la droiture. Laquelle a été encore plus importante que le très connu commerce triangulaire se faisant plus au nord. De plus cet historien reprend par devers lui des chiffres fantaisistes quant au nombre de déportés dans le cadre du trafic transaharien et de l’océan indien. Fantaisiste car n’offrant pas contrairement aux échanges de l’ouest des sources bien chiffrées et quantifiables.

En définitive si cet ouvrage aussi déficitaire sur le plan scientifique a pu recevoir autant de lauriers c’est en raison de son côté rassurant pour l’Occident.

Du coup sommes-nous en droit de nous questionner sur les motivations ayant présidé aux distinctions du livre de Monsieur Angrand, si d’aventure ce texte recelait des imperfections aussi notoires que celles que avons relevées dans son article.

Nous concluons notre critique en rappelant ces mots de Gaston Bachelard ; toute vérité est une suite d’erreurs rectifiées. Donc si l’affaire de la maison des esclaves est réellement une grosse escroquerie il est bon de le savoir et de le diffuser mais encore faut-il que cette « vérité » soit révélée en s’appuyant sur une argumentation et des preuves ne souffrant d’aucune once de doute. Ce qui est loin d’être le cas avec ce cher Monsieur Angrand.

Voir de plus:

HUFFINGTONPOST du 25 Mai 2013 – Jean Luc Angrand versus Momar Mbaye et Moussa Diop

Réponse de : Jean Luc ANGRAND Historien (franco-sénégalais) aux humoristes  Momar Mbaye, Docteur en histoire de l’Université de Rouen et Moussa Diop, journaliste, membres actif du Gorée Business suite à leurs article dilatoire dans le Huffingtonpost.

Cet article de presse est une bien amusante rhétorique faite par des enseignants sénégalais qui tentent de sauver leurs « têtes » après une bonne vingtaine d’années de baratin. Toute les affirmations contenues dans mon article de presse du Hufffingtonpost sont sourcé; mon principal adversaire monsieur Hamady Bocoum Directeur National du Patrimoine Sénégalais vient de reconnaître à demi mots dans un article de la revue du patrimoine français In Situ du mois d’Avril 2103(sur internet) le bien fondé de mes travaux de recherches (en partie dû à Hubert Dupuy); essayant au passage de mettre sur le dos de l’état français l’origine de cette arnaque mémorielle.

Hamady Bocoum ment très mal car dans le même article il indique par inadvertance que le représentant de l’état français de l’époque, le Professeur Mauny (1951) niait toute véracité à cette invention du Médecin Chef de la Marine Pierre André Cariou; lui même peut être inspiré par Robert Gaffiot auteur de Gorée Capital déchue(1933). Gaffiot inventeur ou co-inventeur avec Cariou du Mythe (à creuser). La faute n’est pas comme je l’ai dit d’avoir débuté le mythe puisque ce sont deux français qui l’on inventés à l’usage des familles de militaires français hospitalisés à l’hôpital de la Marine française bien avant l’indépendance (avant guerre) mais bien d’en avoir fait, un fait historique reconnu par l’état sénégalais après l’indépendance tout en permettant au « griot mémoriel » Joseph Ndiaye dans rajouter des couches.

Une historiette jamais reconnue par le professeur Théodore Monod fondateur de l’IFAN et son assistant le professeur Mauny représentant l’état français avant l’indépendance. Il n’y a donc pas de complot « blanc » contre Gorée…n’est-ce pas ?

Les escrocs de l’Université de Dakar n’ont pas hésité à tourner en ridicule le vrai travail de mémoire allant même jusqu’à cacher depuis plus de vingt ans la vraie captiverie de Gorée encore existante, aux pèlerins antillais, noirs américains et autres. Captiverie dont j’ai révélé l’existence depuis l’année 2006 malgré des menaces physique à mon encontre de la part du pseudo conservateur Eloi Coly.

Vos collègues universitaires corrompus du Gorée Business (malhonnête) refusent de la faire ouvrir car cela leurs ferait perdre le contrôle probablement de la pompe à fric et ils seraient obligé de s’expliquer auprès de leurs nombreux amis noirs aux Antilles et USA à qui ils ont fait prendre une vessie pour une lanterne. Enfin peut être ont ils peur de subir les foudres des fondations et états qui ont donné de l’argent pour « sauver Gorée » porte sans retour de l’esclavage d’où fut parti selon le griot mémoriel Joseph Ndiaye 10, 15, 20 millions de victimes (les chiffres qu’il donnait variés probablement en fonction de la température de l’air ou de la direction du vent)…

Autre faute gravissime fut de laisser Joseph Ndiaye mettre en place un discourt fonctionnel dans la maison d’Anna Colas Pépin (maison des esclaves) dont le seul but fut de tirer des larmes aux antillais et noirs américains pour en obtenir toujours plus de pognons…c’est dégueulasse. Enfin autre faute, laisser Joseph Ndiaye raconter tout et surtout n’importe quoi sur l’histoire patrimoniale de cette maison; dates de constructions fausses, usage du rez-de-chaussé qui n’a jamais été une captiverie transformé en cellules avec la Cerise sur le gâteau « une cellule des récalcitrants » (un gag mémoriel).

Quelle honte pour l’Université de Dakar que d’avoir laissé un ignorant ridiculiser l’Afrique et le travail des historiens noirs qui font leurs boulots correctement; comme Abdoulaye Camara (inspiré tout comme Roger de Benoist par des informations fournis par monsieur Hubert Dupuy) que vous dénigrez dans votre article; tout cela pour enrichir les amis, la famille qui contrôle le Gorée business (malhonnête).

Je ne suis pas contre un Gorée Business, tout comme il y a un Mecque Bussines et un Lourde Business mais encore faut il que ce qui est proposée au bout soit honnête alors au nom des mes amis antillais, noirs américains je vous SOMMES par la présente d’ouvrir immédiatement la vraie captiverie de Gorée et d’indiquer aux touristes les vrais chiffres de déportés !!!!!. Voici le plan de cadastres de Gorée datant du XVIII siècle avec l’indication de la vraie captiverie (il en avait une seconde dans le fort St François qui est rasé de nos jours); essayez svp de rattraper vos erreurs graves en faisant le boulot correctement pour éviter aux négationnistes de ce moquer de nous, les africains. Il faut maintenant déconstruire/reconstruire faisons le ensemble avec la participation désormais indispensable de nos frères et sœurs historiens antillais et américains :

Bien à vous,

Jean Luc Angrand
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Senegal Slave House’s past questioned

John Murphy

GOREE ISLAND, Senegal — Standing in a narrow doorway opening onto the Atlantic Ocean, tour guide Aladji Ndiaye asked a visitor to this Senegalese island’s Slave House to imagine the millions of shackled Africans who stepped through it, forced onto overcrowded ships that would carry them to lives of slavery in the Americas. »After walking through the door, it was bye-bye, Africa, » says Ndiaye, pausing before solemnly pointing to the choppy waters below. « Many would try to escape. Those who did died. It was better we give ourselves to the sharks than be slaves. »

This portal — called the door of no return — is one of the most powerful symbols of the Atlantic slave trade, serving as a backdrop for high-profile visits to Africa by Pope John Paul II, President Clinton and his successor, President Bush, and a destination for thousands of African Americans in search of their roots.

More than 200,000 people travel to this rocky island off the coast of Dakar each year to step inside the dark, dungeonlike holding rooms in the pink stucco Slave House and hear details of how 20 million slaves were chained and fattened for export here. Many visitors are moved to tears.

But whatever its emotional or spiritual power, Goree Island was never a major shipping point for slaves, say historians, who insist no slaves were ever sold at Slave House, no Africans ever stepped through the famous door of no return to waiting ships.

« The whole story is phony, » says Philip Curtin, a retired professor of history at Johns Hopkins University who has written more than two dozen books on Atlantic slave trade and African history.

Although it functioned as a commercial center, Goree Island was never a key departure point for slaves, Curtin says. Most Africans sold into slavery in the Senegal region would have departed from thriving slave depots at the mouths of the Senegal River to the north and the Gambia River to the south, he says.

During about 400 years of the Atlantic slave trade, when an estimated 10 million Africans were taken from Africa, maybe 50,000 slaves — not 20 million as claimed by the Slave House curator — might have spent time on the island, Curtin says.

Even then, they would not have been locked in chains in the Slave House, Curtin says. Built in 1775-1778 by a wealthy merchant, it was one of the most beautiful homes on the island; it would not have been used as a warehouse for slaves other than those who might have been owned by the merchant.

Likewise, Curtin adds, the widely accepted story that the door of no return was the final departure point for millions of slaves is not true. There are too many rocks to allow boats to dock safely, he says.

Curtin’s assessment is widely shared by historians, including Abdoulaye Camara, curator of the Goree Island Historical Museum, which is a 10-minute walk from the Slave House.

The Slave House, says Camara, offers a distorted account of the island’s history, created with tourists in mind.

But when the respected French newspaper Le Monde published an article in 1996 refuting the island’s role in the slave trade, Senegalese authorities were furious. Several years ago at an academic conference in Senegal, some Senegalese accused Curtin of « stealing their history, » he says.

No one is quite sure where the Slave House got its name, but both Camara and Curtin credit Boubacar Joseph Ndiaye, the Slave House’s curator since the early 1960s, with promoting it as a tourist attraction.

Ndiaye is famous in Senegal for offering thousands of visitors chilling details of the squalid conditions of the slaves’ holding cells, the chains used to shackle them and their final walk through the door of no return.

« Joseph Ndiaye offers a strong, powerful, sentimental history. I am a historian. I am not allowed to be sentimental, » Camara says.

That said, Camara believes Ndiaye has played an important role in offering the descendants of slaves an emotional shrine to commemorate the sacrifices of their ancestors.

« The slaves did not pour through that door. The door is a symbol. The history and memory needs to have a strong symbol, » Camara says. « You either accept it or you don’t accept it. It’s difficult to interpret a symbol. »

Some tour books have begun warning visitors about the questions surrounding the island, including Lonely Planet’s West Africa guidebook, which concludes: « Goree’s fabricated history boils down to an emotional manipulation by government officials and tour companies of people who come here as part of a genuine search for cultural roots. »

None of the controversy appears to have diminished the island’s attraction as a tourist destination. The ferry that carries visitors from Dakar to the island is regularly packed with tourists and school groups.

At the Slave House, the visitors’ book is crowded with entries by tourists expressing a powerful mix of anger, sadness and hope at what they’ve experienced — no matter if it is fact or fiction.

« The black Africans will never forget this shameful act until kingdom come, » penned a visitor from Ghana.

Voir aussi:

The Washington Post
June 28, 2013

When President Obama visited Senegal’s Goree Island on Thursday, pausing for a moment to gaze West across the Atlantic Ocean from the « Door of No Return, » a famous symbol of the slave trade, you could almost hear the echoes of a quote from Martin Luther King Jr. that he often cites: The arc of the moral universe is long, but it bends toward justice.

Obama, speaking to reporters after the rare moment of solemnity, said it had been « very powerful » for him to see the world-famous site, which helped him “fully appreciate the magnitude of the slave trade” and “get a sense in an intimate way” of the hardships slaves faced. He called the trip a reminder that « we have to remain vigilant when it comes to the defense of human rights. »

« This is a testament to when we’re not vigilant in defense of human rights, what can happen, » he said. « Obviously, for an African American, an African American president, to be able to visit this site, gives me even greater motivation in terms of human rights around the world. »

The door was the point out of which many, perhaps millions, of African slaves took the final step from their home continent and onto the slave ships that would bring them to the new world, if they even survived the journey. Or that’s the story according to Goree Island official history, anyway. The truth may actually be far more complicated.

No one doubts the vast scale or horrific consequences of the trans-Atlantic slave trade, which destroyed countless communities in Africa, tore families apart, forced millions into bondage and killed perhaps one in 10 just during their voyage across the ocean. But it turns out that Senegal’s famous Door of No Return might not actually have played a very significant role in that story. And the wide gulf between the myth of the door and its reality may actually be, in itself, a revealing symbol of our relationship to this dark chapter in world history. What Obama really saw at Goree Island’s famous, pink-walled building may not have been a monument to slavery’s history so much as its haunting legacy and ineffable memory.

If you ask the stewards of this museum on Goree Island what happened there, they’ll likely refer you to the plaques on the wall, which say that millions of slaves passed through the building that Obama visited Thursday, now called the House of Slaves. That’s been the story for years. In 1978, the United Nations cultural body formally named it as a world heritage site, explaining that « From the 15th to the 19th century, it was the largest slave-trading centre on the African coast. » When Nelson Mandela visited in 1991, a tour guide told him that a hole beneath some stairs had been used as a cruel holding cell for disobedient slaves; Mandela insisted on crawling inside. It was also visited by Pope John Paul II, Presidents Bill Clinton and George W. Bush and many African heads of state.

But if you ask Africa scholars, they’ll tell you a very different story. « There are literally no historians who believe the Slave House is what they’re claiming it to be, or that believe Goree was statistically significant in terms of the slave trade, » Ralph Austen, who as a professor emeritus at the University of Chicago has written several academic articles on the subject, told the Associated Press.

Historical studies, according to Austen and other academics who spoke to the AP, suggest that 33,000 slaves were transferred from Goree Island – a huge number to be sure, but a tiny fraction of what the island’s official history claims. And, of those, perhaps zero were moved from the House of Slaves or out of its Door of No Return. « Historians say the door faced the ocean so that the inhabitants of the house could chuck their garbage into the water, » the AP says. « No slaves ever boarded a ship through it. » The historian Ana Lucia Araujo told the news agency, « It’s not a real place from where real people left in the numbers they say.”

Historians first uncovered the apparent truth about Goree in the 1990s. But almost 20 years later, the site’s emotional power is still strong – as is its prominent place in a history that it actually had very little to do with. But that might be about something much bigger than just the persistence of myth or the challenge in overturning a too-good-to-be-true story.

As academics downplayed the historical role of Goree in past centuries, a very different kind of scholar began to study its significance today, for Africans and members of the African diaspora. Katharina Schramm, in a book on the role of history in African ideologies today, called the Door of No Return a symbol of « the cultural amnesia and sense of disconnection that slavery and the Middle Passage stand for. » The door, she wrote, has become increasingly associated not just with its largely fictional past but with its very real present as a place of historical « healing and closure, » sometimes now described as a « Door of Return » out of slavery’s shadow.

Dionne Brand, a Canadian poet and novelist who often writes about race, explored the symbolic power of Goree’s sites at length in a 2002 book on identity and history, « A Map to the Door of No Return: Notes to Belonging. » She wrote that the door, whatever its role in past centuries, is today « a place to return to, a way of being » for people, like her, struggling to confront the role of slavery in her family’s past. Dionne writes, in a passage that might have resonated with Obama as he looked through the door and over the Atlantic:

The door signifies the historical moment which colours all moments in the Diaspora. It accounts for the ways we observe and are observed as people, whether it’s through the lens of social injustice or the lens of human accomplishments. The door exists as an absence. A thing in fact which we do not know about, a place we do not know. Yet it exists as the ground we walk. Every gesture our bodies make somehow gestures toward this door. What interest me primarily is probing the Door of No Return as consciousness. The door casts a haunting spell on personal and collective consciousness in the Diaspora. Black experience in any modern city or town in the Americas is a haunting. One enters a room and history follows; one enters a room and history precedes. History is already seated in the chair in the empty room when one arrives. Where one stands in a society seems always related to this historical experience. Where one can be observed is relative to that history. All human efforts seem to emanate from this door.

Historians, since realizing the banal truth of Goree Island in the 1990s, have been struggling with how, or whether, to reconcile their accounting with the island’s power today, how to square what actually happened at this house in Senegal with the Door of No Return as it is today felt and perceived by visitors from Nelson Mandela to Obama. If no slaves ever actually stepped through the door, can it still be a symbol of the slave trade, which did in fact reshape entire continents? Of slavery’s still-unfolding legacy? At what point does the symbolism overshadow the reality?

In 1995, as an early iteration of this still-going debate raged on an e-mail listserv for Africa scholars, the scholar John Saillant, then of Brown University, argued that Goree could still matter, even if it turned out that millions of slaves hadn’t really moved through it. « We can understand Goree as important & interesting without extravagant claims about numbers, » he wrote.

Voir également:

La Traite négrière, un lourd héritage

Guillaume Frouin
20 minutes

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Demain, la Journée nationale de commémoration de l’abolition de l’esclavage ne sera toujours pas célébrée de façon unitaire à Nantes. Une trentaine de comédiens enchaînés et en haillons ont en effet pris part, dès hier, à une « Marche des esclaves » dans les rues de la ville, qui a fait sa fortune au XVIIIe siècle sur le « commerce triangulaire ». Ils étaient encadrés par deux négriers européens, qui criaient « Avancez, bande de nègres ! » entre deux coups de fouet et de bâton.

« Indécent » pour Octave Cestor
« C’est avant tout un outil pédagogique, pour répondre à la non-visibilité de la traite négrière dans les manuels scolaires », explique André-Joseph Gélie, qui a initié l’événement en 2006. « Nous vivons dans un monde d’images, et cette Marche permet de symboliser l’esclavage. » Hier, les « esclaves » ont ainsi marqué l’arrêt devant l’Hôtel de ville… où l’initiative est jugée « indécente ». « C’est comme si on demandait aux Juifs de théâtraliser leur marche vers les fours crématoires », s’emporte Octave Cestor, conseiller municipal en charge des « relations entre Nantes, l’Afrique et les Caraïbes ». « Nous sommes, en plus, dans une ville qui assume son passé… Ces personnes devraient avoir le courage d’aller à Bordeaux, La Rochelle ou Saint-Malo. Ces villesne font rien alors qu’elles ont, elles aussi, un passé négrier. »

Voir de même:

Danièle Obono, une « décolonialiste » au sein de l’université française ?

FIGAROVOX/TRIBUNE – Guilhem Carayon s’inquiète de la nomination de Danièle Obono à la Sorbonne. Il y voit une offensive du parti indigéniste à l’Université et craint que les thèses racialistes ne se développent au sein de l’enseignement supérieur.

Guilhem Carayon et Olivier Vial

Cette tribune est écrite par Guilhem Carayon, responsable de l’UNI Paris 1 Panthéon Sorbonne.

Elle est cosignée par Olivier Vial, président de l’UNI.


Danièle Obono, député de la France Insoumise, proche du «Parti des indigènes de la République» (PIR) vient d’être nommée au sein du Conseil d’administration de l’UFR de Science politique de l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Cette instance fixe au quotidien les orientations des enseignements et des recherches proposés aux étudiants.

Depuis plusieurs années, les activistes en tous «genres» tentent d’infiltrer l’Université afin de poser un vernis «scientifique» sur leurs engagements les plus radicaux. Les militants du genre furent les pionniers. Et désormais, les études de genre prospèrent et se répandent d’amphithéâtres en amphithéâtres. L’université a ainsi servi de caisse de résonance aux adeptes de l’écriture inclusive, aux avocats de la fluidité des genres et des toilettes neutres …

Avec Danièle Obono, c’est une autre idéologie qui fait de l’entrisme. Une idéologie aux antipodes de notre tradition humaniste. La député de Paris s’est, en effet, faite l’avocate des thèses «décolonialistes» prônées par le Parti des indigènes de la République.

Ce groupuscule extrémiste avait publié en 2016 des messages de soutien aux organisateurs d’un attentat contre des civils à Tel Aviv! «L’Antisionisme», revendiqué par sa porte-parole Houria Bouteldja dissimule mal un réel antisémitisme. Selon elle, «les juifs sont les boucliers, les tirailleurs de la politique impérialiste française et de sa politique islamophobe». Sic!

A l’occasion des 10 ans des Indigènes de la République, Danièle Obono avait encensé le parti indigéniste, qualifiant même le discours de sa porte-parole Houria Bouteldja de «très beau et très juste». En réalité, l’idéologie que Danièle Obono défend, repose sur des fondements racialistes. Elle va jusqu’à prôner la non-mixité raciale et sexuelle (!) dans les réunions politiques ou syndicales, en somme un apartheid inversé. Ce genre d’inepties tend malheureusement à se développer, comme ce fut le cas durant le blocus de Tolbiac, les étudiants avaient déjà pris l’initiative d’organiser des Assemblées Générales interdites aux hommes blancs. Re-Sic!

Elle s’est également «distinguée» dans son soutien à un texte de Rap dont les paroles font froid dans le dos: «Nique la France, et son passé colonialiste, ses odeurs, ses relents et ses réflexes paternalistes. Nique la France et son histoire impérialiste, ses murs, ses remparts et ses délires capitalistes, (…) ton pays est puant, raciste et assassin». (*) Doit-on s’attendre à ce que ce genre de colique verbale soit désormais au programme de l’UFR?

Alors, comment a-t-on pu intégrer Danièle Obono dans un conseil qui détermine les orientations de l’enseignement des Science politique dans l’université symbole des libertés intellectuelles depuis le Moyen-Âge? Comment peut-on avoir choisi une personnalité aussi radicale, discréditant par ses engagements anti-humanistes l’image et le prestige de La Sorbonne?

L’argent public qui finance la recherche publique doit-il servir à diffuser une propagande «bolcho-trotsko-marxiste» comme se définit Danièle Obono, ou pire à soutenir l’offensive des «décolonialistes».

En réalité, cette nomination n’entache pas seulement l’image de l’UFR de Science politique. Demain, ce seront l’ensemble des diplômes et des recherches de l’Université Paris 1 qui seront suspects. Nous demandons donc au Président de Paris 1 et au conseil d’administration de l’université de dénoncer cette nomination ;

Sinon, le risque c’est de voir l’université Française devenir le cheval de Troie de tous les courants nés au sein de la gauche radicale américaine la plus folle.

(*) Nique la France, Zone d’expression populaire, 2009

Voir encore:

Comment le réseau indigéniste tisse sa toile

ENQUÊTE – L’affaire Floyd est une opportunité pour les militants indigénistes et communautaristes qui se sont emparés ces dernières semaines de cette émotion légitime pour porter leurs revendications et imbiber un peu plus la société de leur doctrine.

Nadjet Cherigui

Le calvaire de George Floyd, cet Afro-Américain agonisant durant huit minutes et quarante-six secondes sous le genou d’un policier blanc, a ébranlé le monde entier et suscité une vague d’indignation sans précédent. Son martyre a traversé l’Océan pour importer dans l’Hexagone une problématique que certains voudraient similaire en comparant cette dramatique affaire de Minneapolis avec celle d’Adama Traoré, ce jeune homme de 24 ans, originaire du quartier de Boyenval, à Beaumont-sur-Oise, et mort en juillet 2016 après son interpellation par les gendarmes.

Depuis quatre ans, le comité La Vérité pour Adama, par la voix d’Assa Traoré, sa sœur, n’a de cesse de désigner les gendarmes comme racistes et responsables de la mort du jeune homme. Devenu porte-drapeau de la mobilisation contre les violences policières, le comité a organisé des manifestations à Paris les 2 et 13 juin derniers et veut se faire l’écho en France du mouvement américain Black Lives Matter.

Des revendications disparates

Pour Sami Biasoni, coauteur avec Anne-Sophie Nogaret de l’ouvrage Français malgré eux, publié aux Éditions de l’Artilleur, la comparaison du cas d’Adama Traoré avec celui de George Floyd s’apparenterait plutôt à une stratégie opportuniste pour porter en réalité d’autres revendications: «L’affaire Floyd est tombée au bon moment pour les membres du comité La Vérité pour Adama. Elle leur a permis d’accomplir un véritable coup de force médiatique, en réunissant à Paris près de 15.000 personnes portant des revendications très disparates passant de l’antiracisme au militantisme contre les violences policières. Cela démontre aussi une véritable faiblesse de notre société et la remise en cause de l’unité nationale après les nombreuses manifestations des néoféministes, des environnementalistes, des “gilets jaunes”, etc. Il faut, insiste l’auteur, noter également l’influence des thèses défendues par les activistes indigénistes derrière le comité La Vérité pour Adama.»

Ce mouvement indigéniste auquel fait référence Sami Biasoni est actif sur le terrain des manifestations (aux côtés notamment d’organisations comme la très sulfureuse Ligue de défense noire africaine). Né en 2005, il s’appuie sur une littérature universitaire issue de Michel Foucault, Pierre Bourdieu ou l’ethnopsychiatrie. Les Indigènes de la République n’ont de cesse, depuis leur création, de dénoncer la France comme un État dont le racisme serait institutionnalisé. Cette pensée est théorisée par des personnalités comme le sociologue Saïd Bouamama ou Houria Bouteldja. Cette dernière s’est distinguée lors d’une allocution publique en affirmant au micro «Mohammed Merah, c’est moi», exprimant ainsi sa compassion pour le terroriste dont la folie haineuse avait fait sept morts, dont trois enfants, et six blessés lors des tueries de Toulouse et Montauban en 2012.

Actifs dans les banlieues

«Ces gens jargonnent beaucoup et se prennent pour des intellectuels, déplore Anne-Sophie Nogaret, l’autre auteur de Français malgré eux. Pour eux, la France est toujours coloniale. Ils considèrent que les Arabes et les Noirs sont encore aujourd’hui des indigènes et ne répondent pas aux mêmes droits que les autres citoyens. Ce groupuscule a étendu son réseau d’influence dans les banlieues grâce au relais des mairies, surtout communistes et d’extrême gauche, en infiltrant les sphères du pouvoir grâce aux facultés et à la sympathie des universitaires, puis dans les médias qui reprennent aujourd’hui ses éléments de langage comme les mots “racisé” ou “privilège blanc”. Ils sont très actifs et visibles sur le terrain médiatique à travers, notamment, le comité La Vérité pour Adama. C’est terrible car ils ont pour objectif de détruire ce pays, colonial à leurs yeux, que représente la République.»

Rachida Hamdan est connue pour sa bonne humeur contagieuse et son sourire indéboulonnable. Depuis le local de son association, elle veut dire aujourd’hui sa colère contre la famille Traoré et son comité. Une indignation exprimée sans filtre sur les réseaux sociaux, mais aussi auprès des jeunes dans ces quartiers qu’elle connaît bien à Saint-Denis. La présidente de l’association dyonisienne Les Résilientes, qui se veut universaliste et laïque, crie au mensonge. «Adama Traoré n’est pas la victime du racisme et d’un contrôle d’identité au faciès, martèle Rachida Hamdan. Il a été arrêté par des gendarmes, dont deux étaient noirs, dans le cadre d’une affaire de délinquance et non pas en raison de sa couleur de peau. Je ne veux pas nier l’existence du racisme, mais il n’est pas l’apanage de la police, ni celui des Blancs. Ce genre de théorie crée du séparatisme et nuit à l’unité du pays. Si j’étais blanche, je serais hors de moi en entendant que je suis forcément une privilégiée, raciste et nantie. Par ailleurs, je refuse de marcher dans les rues de Paris pour défendre un délinquant accusé de viol sur un jeune codétenu. Prendre la famille Traoré comme modèle est une insulte faite aux Noirs.»

Une théorie identitaire

Cette militante féministe insiste pour souligner la polygamie du père, d’origine malienne, de cette famille de 10 enfants.«Il avait deux épouses, s’étrangle-t-elle. La polygamie est illégale dans notre pays et je considère cette pratique comme de la maltraitance pour les gamins qui la subissent. La très nombreuse fratrie Traoré a un casier judiciaire très chargé et ne donne rien d’autre qu’une image déplorable des jeunes de quartier.»

Rachida Hamdan, activiste infatigable de la cause des femmes et de la défense des valeurs républicaines, est très souvent attaquée par les islamistes ou les indigénistes qu’elle connaît trop bien dans la ville de Saint-Denis. Elle en est convaincue, le comité La Vérité pour Adama est aujourd’hui piloté par cette nébuleuse d’activistes «racialistes».Selon elle, la lutte contre les violences policières n’est pour ces militants qu’un écran de fumée. Elle relève notamment l’omniprésence de Youcef Brakni, porte-parole du comité. L’homme est aussi l’organisateur du Printemps des quartiers en 2012. Cet événement majeur de la cause réunissait à Bagnolet, en Seine-Saint-Denis, les personnalités les plus influentes de la sphère indigéniste.

«Quels sont leurs projets? s’interroge la militante. Je ne peux pas répondre, mais je suis sûre d’une chose: ces gens ne sont pas dans une démarche constructive mais à l’inverse guerrière et vengeresse pour mettre le chaos dans le pays. Ce n’est pas ce que je veux pour notre jeunesse.» Le nom de Youcef Brakni, ancien membre du Mouvement islamique de libération et farouche opposant à l’IVG, revient aussi dans la bouche de cette universitaire chercheuse qui veut rester anonyme et connaît bien le mouvement indigéniste ; elle décrit à travers ce personnage «un indigénisme avec l’islamisme en embuscade». «Youcef Brakni pilote la tête d’Assa Traoré, affirme-t-elle. Les indigénistes ont compris que le comité La Vérité pour Adama est le report politiquement correct de leurs idées identitaires et racistes. Ces idées progressent et ils tissent leur toile grâce au réseau d’influence de l’intelligentsia et à la passerelle construite avec une bourgeoisie gauchiste qui aime à s’encanailler avec le lumpenprolétariat des cités sans n’y avoir jamais mis les pieds. Ces gens rêvent de révolution en mangeant des petits-fours et se fichent bien en réalité de la condition des Noirs et des Arabes dans les banlieues. Nous sortons juste de trois mois de confinement pour raisons sanitaires et, grâce à eux, on ne parle que de racisme alors que la crise économique est devant nous et que tout ceci ne fait que l’aggraver.»

Reconnaissance des minorités

«Dénationaliser l’histoire de France», cette autre idée défendue par les indigénistes signifie-t-elle que ces militants ambitionnent de repenser le récit national ou de remettre en cause l’héritage de grandes figures historiques? La multiplication des actes de vandalisme sur les statues de Victor Schœlcher et de Charles de Gaulle qualifiés de racistes interroge.

Guylain Chevrier, docteur en histoire et enseignant, s’insurge contre ces phénomènes. «Le projet de ces activistes vise à remplacer l’égalité républicaine par la reconnaissance juridique des minorités. Ils veulent une photo figée de l’Histoire au nom de la diversité qui serait leur seule réalité. Ils sont en conflit avec une pensée rationnelle. L’homme se développe par l’expérience qui a permis son émancipation. C’est ainsi que la République a dépassé la contradiction du colonialisme grâce à ses valeurs et en apportant à chacun les mêmes droits sans distinction. Ces gens refusent cette pensée du progrès, c’est la raison pour laquelle ils cassent tout.»

Voir de plus:

Fiction raciste sur Danièle Obono : «Valeurs actuelles» au bout de sa logique

Jérôme Lefilliâtre

On aurait donc mal compris le texte de Valeurs actuelles sur Danièle Obono. «Ce n’est pas un texte raciste», a tenté de plaider, en réponse à la condamnation unanime de son dernier fait de gloire journalistique, le directeur du magazine d’extrême droite, Geoffroy Lejeune. On aurait manqué, nous autres ignares, de perspicacité, de hauteur de vue, de connaissance de l’histoire.

Texte anonyme

Car il se serait seulement agi de rappeler que l’esclavage avait bénéficié de complicités de trafiquants africains – une vieille coutume de l’extrême droite est de minorer la responsabilité des Occidentaux dans l’affaire en mettant en avant celle de certains Noirs. Si cet infâme article imaginant la députée de La France insoumise dans un village tchadien du XVIIIe siècle donne la nausée, ce ne serait pas parce qu’il est bêtement à vomir, mais parce que l’esclavage est une horreur, dont Valeurs aurait tenu à nous rappeler l’affreuse réalité. Rien à voir, donc, avec les préjugés ou les obsessions du magazine, a affirmé Geoffroy Lejeune, qu’on a pourtant senti plus péteux que jamais à la télévision ce week-end.

Publier un texte anonyme sur une femme noire contenant des phrases comme «Danièle fut échangée avec des Toubous prévenus par un tam-tam» ou «elle était pour sa part heureuse d’être trop âgée pour subir ce douloureux écartèlement des lèvres permettant d’y glisser ces plateaux de bois qui leur donnaient ce profil qui l’effrayait malgré elle» n’aurait rien de raciste pour le directeur de l’hebdomadaire. C’est raciste, absolument. On imagine le sourire de l’auteur au moment d’écrire ces lignes, ravi d’adresser un clin d’œil complice, bien entendu, à son lecteur… Interrogé par Libé sur l’identité de ce mystérieux rédacteur, nommé «Harpalus», Geoffroy Lejeune répond : «Je ne veux pas le dire car c’est inutile. J’assume la responsabilité dans cette histoire.»

Qui lit Valeurs actuelles de temps à autre sait parfaitement à quoi s’en tenir avec cet ex-magazine conservateur roupillant, qui a dérivé vers la radicalité à partir de 2012, sous la direction d’Yves de Kerdrel (qui a condamné publiquement le texte sur Danièle Obono). Son successeur nommé en 2016, Geoffroy Lejeune, qui rêve d’union des droites par l’extrême et a promu Zemmour «homme de l’année» en «une» début août, a poussé les feux plus loin encore, dans une direction militante, plus convaincue par la cause. Le fait est que le jeune patron de Valeurs, bientôt 32 ans, se sent assez fort pour imprimer des articles aussi répugnants que ce «voyage» de Danièle Obono dans l’Afrique esclavagiste – notons au passage que l’odyssée s’achève par une rédemption trouvée dans un monastère de bénédictines.

Interview d’Emmanuel Macron

Comment l’injustifiable a-t-il été rendu possible? Geoffroy Lejeune ne peut pourtant pas s’appuyer sur un bilan commercial étincelant : la «diffusion payée individuelle» de son journal, propriété de l’industriel Iskandar Safa, est tombée de 114 000 exemplaires en moyenne en 2016 à 76 000 en 2019. Ni sur les succès électoraux des candidats qu’il a soutenus, tel François-Xavier Bellamy, en déroute aux européennes. D’où vient alors l’incroyable assurance de Valeurs ? Nul doute que l’interview «exclusive» accordée par Emmanuel Macron en octobre dernier au magazine a beaucoup contribué à ce processus d’autolégitimation et d’autopersuasion.

Mais c’est aussi l’accueil réservé à cet hebdomadaire pas du tout comme les autres dans les médias audiovisuels qui a joué. Chose impensable il y a dix ans, les journalistes de Valeurs ont envahi les plateaux et studios. La nouvelle garde, composée de Charlotte d’Ornellas, Tugdual Denis, Louis de Raguenel ou Raphaël Stainville, squatte les émissions de débats construites sur la culture du clash, à l’invitation de chaînes très conciliantes. Ex-éditorialiste politique numéro 1 de LCI, Geoffroy Lejeune vient d’être appelé par Cyril Hanouna à la table des chroniqueurs de Balance ton post !. On arrête quand le délire ?

Voir encore:

10 pays où l’esclavage moderne fait rage

L’esclavage dans le monde

Selon le Global Slavery Index (Indice mondial de l’esclavage) créé par la Walk Free Foundation en 2013, le nombre de personnes concernées par l’esclavage moderne est estimé à 30 millions. 3 critères sont pris en compte pour ce calcul : l’esclavage, le travail forcé ou le trafic d’être humain. Méconnu, ce « crime caché » concentre 22 des 29,8 millions d’esclaves dans seulement 10 pays (dont 14 millions en Inde).

Esclavage dans le mondeCarte de l’esclavage dans le monde, cliquez dessus pour l’agrandir. Source : Walk Free

Jetez un œil aux dix pays où l’esclavage est le plus répandu par nombre d’habitant.

10. Gabon

Le Gabon est à la fois un pays de destination et de transit pour les victimes de l’esclavage moderne. Hommes et femmes de tous âges sont contraints à diverses formes d’esclavage moderne dans ce pays d’Afrique. Les filles sont le plus souvent victimes de la traite à la servitude domestique (ou dans les restaurants et les marchés) ou le travail sexuel alors que les garçons sont victimes de la traite pour le travail manuel. Les mariages d’enfants et mariages forcés sont monnaie courante.

Selon l’UNICEF, l’absence de réglementation sur les travailleurs immigrés clandestins combinée à l’accroissement de la pauvreté, ont provoqué une augmentation massive de la traite des enfants dans tout le pays au cours des 10 dernières années. L’agence estime que 200 000 enfants non accompagnés sont introduits clandestinement au sein de la région pour y travailler chaque année.

9. Gambie

En Gambie, il y a de nombreux cas de mendicité forcée, de servitude domestique et de prostitution, y compris le tourisme pédophile. Les femmes, les filles et les garçons sont victimes de la traite en direction de la Gambie pour l’exploitation sexuelle commerciale. Selon l’UNICEF, près de 60 000 enfants en Gambie sont exposés à cette forme d’esclavage, notamment les orphelins et enfants de la rue.

8. Côte d’Ivoire

Les femmes et enfants asservis en Côte-d’Ivoire sont souvent soumis au travail forcé et à la prostitution. Un grand nombre d’enfants sont forcés à travailler dans les mines, la pêche, l’agriculture, la construction, le travail domestique et à la vente de rue ainsi que le cirage de chaussures.

7. Bénin

Dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, les femmes et les enfants impliqués contre leur gré dans le commerce sexuel, le travail domestique et le travail forcé sont les principales victimes de l’esclavage moderne. Le Bénin compte environ 80 000 esclaves… L’Organisation Internationale pour les Migrations (IOM) affirme que plus de la moitié sont des enfants. La plupart travaillent dans les plantations de coton ou de noix de cajou ou comme domestiques dans les maisons.

6. Moldavie

Avec environ 33 000 esclaves, la Moldavie est principalement un pays d’origine pour l’esclavage moderne. Les émigrants moldaves sont asservis dans d’autres pays voisins comme l’Ukraine, la Russie, l’Allemagne, la Biélorussie et ailleurs. Les moldaves ont été victimes de la traite à des fins de prélèvement d’organes.

5. Népal

Au Népal, les pratiques esclavagistes modernes comprennent le travail forcé et la prostitution. On estime que 259 000 Népalais sont asservis, tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger. Une économie paralysée, la corruption endémique et la discrimination ethnique et sexuelle institutionnalisée ont créé des conditions permettant à l’esclavage de prospérer depuis la fin de 10 ans de guerre civile au Népal en 2006.

4. Inde

Bien que l’Inde occupe la quatrième place en terme d’esclaves par habitants, c’est surtout le pays avec le plus grand nombre de personnes réduites à l’esclavage dans le monde. Presque toutes les formes d’esclavage sont répandues, allant de la servitude pour dettes inter-générationnelle au commerce du sexe, du travail des enfants au mariage forcé… Avec environ 13,9 millions d’esclaves, l’Inde abrite près de la moitié de la population asservie sur terre.

3. Pakistan

L’esclavage moderne au Pakistan est principalement caractérisé par la servitude pour dettes. La Banque asiatique de développement estime que 1,8 million de pakistanais sont liés à cette forme d’esclavage, bien que certaines ONG en dénombrent beaucoup plus (jusqu’à 4,5 millions). Beaucoup de Pakistanais migrent vers les pays du Golfe, l’Iran, la Turquie, l’Afrique du Sud et ailleurs à la recherche de travail, où ils sont en proie à des agents de travail sans scrupules qui retiennent leur passeports et ne paient pas leur salaires.

2. Haïti

L’esclavage des enfants est un problème très répandu dans la nation caribéenne d’Haïti. Le pays figure à la deuxième place de ce classement avec près de 209 000 esclaves, dont le problème est alimenté par une forte pauvreté, un manque d’accès aux services sociaux et un système pour le travail des enfants connu sous le nom de restavek, dans lequel les enfants pauvres des zones rurales sont envoyés pour travailler avec les familles des villes.

1. Mauritanie

La Mauritanie se classe à la pire place de ce classement concernant ​​la « prévalence de l’esclavage ». Jusqu’à 20% de la population est considérée comme esclave. La chose la plus horrible est certainement que le statut d’esclave se transmet à travers les générations. En 1981, la Mauritanie avait pourtant abolie l’esclavage…

Voici le classement de l’ONG Free Walk :
Classement esclavage

En France il y aurait encore 8500 esclaves.

Voir enfin:

La fabrication du Patrimoine : l’exemple de Gorée (Sénégal)

Hamady Bocoum and Bernard Toulier

Les patrimoines de la traite négrière et de l’esclavage

In situ

20 | 2013

« Celui qui vous dit « Gorée est une île » / Celui-là a menti / Cette île n’est pas une île / Elle est continent de l’esprit » (Jean-Louis Roy, 1999)2(fig. n°1). Cet écrivain et diplomate francophone canadien, imprégné du discours des lieux, oppose la matérialité tangible de ce petit bout de terre établi au large de la presqu’île du Cap-Vert, à la portée symbolique de cette île-mémoire, « expression focale de la traite négrière ».

Nous ne reviendrons pas ici sur l’état des connaissances concernant l’histoire de l’esclavage et de la traite en Sénégambie et à Gorée. Dès les années 1970-80, les premiers travaux de synthèse sont menés par le professeur MBaye Gueye3. En 1997, un article du journal Le Monde mettant en cause la place de Gorée dans la traite atlantique et la fonction de la Maison des Esclaves dans « l’économie symbolique de la mémoire collective » suscite un séminaire sur Gorée et l’esclavage, dirigé par l’Institut Fondamental d’Afrique Noire Cheikh Anta Diop de Dakar4. Cette vive riposte « nationale », relayée par une démarche des historiens africains dans le cadre de la mondialisation en 2001, est supportée depuis 2007 par un programme d’études et de recherches domicilié à l’université de Dakar5.

Nous nous attacherons ici à l’observation de la « fabrique » de ce patrimoine mémoriel, depuis la période coloniale jusqu’à nos jours à travers les discours des différents acteurs, chercheurs et historiens, gestionnaires et conservateurs, hommes d’État et responsables de collectivités ou de communautés, responsables d’organisations non gouvernementales ou journalistes, aux différentes échelles locales, nationales ou internationales, à travers les sources archivistiques ou architecturales et les archives vivantes des mémoires-militantes. Ces observations pluridisciplinaires nécessitent un croisement des moyens d’investigation et d’interprétation des sources à travers divers continents.

Comment le site a-t-il été « inventé » et le « centre historique » protégé, comme témoin de l’esclavage et de son abolition dans le cadre d’une mise en tourisme de l’Afrique Occidentale Française (A.O.F.) ? Comment l’État du Sénégal s’est-il approprié cette « greffe coloniale » sur la construction mémorielle et la gestion du cadre bâti qui est devenu depuis 1978 un site de portée patrimoniale international, avec son inscription sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO6 ?

Depuis quelques décennies, Gorée est au centre d’un véritable pèlerinage célébrant la diaspora des afro-descendants qui impose une surenchère compétitive et aux intérêts divergents de construction de musées, d’édification de mémoriaux et de routes touristiques de l’esclavage pour capter les retombées de ce nouveau tourisme dit « culturel »7. Quelles en sont les conséquences perceptibles sur le patrimoine et la transmission de la mémoire ?

La construction d’un tourisme colonial lié à la mémoire de l’esclavage : 1926-1959

En 1926, le discours colonial exposé dans le Guide du tourisme en Afrique Occidentale Française présente les Français comme des libérateurs et des civilisateurs « [qui] abolirent l’esclavage et rassemblèrent la terre africaine8 ». Le touriste est appelé à découvrir, « sous les préjugés négriers et sous les rêveries humanitaires, le caractère paysan des hommes de la savane9 ».

Au cours des années 1930, l’agence économique de l’Afrique-Occidentale-Française (A-O-F) procède à la mise en valeur touristique des territoires coloniaux et un syndicat d’initiative et de tourisme de l’AOF est installé à Dakar. En 1936, la revue à grand tirage L’Illustration consacre un numéro spécial à « L’œuvre de la France en Afrique occidentale », avec un supplément sur le tourisme. Elle décrit « l’inexprimable et inépuisable attrait » de cette « nature ardente », inquiétante hier, mais accueillante aujourd’hui : « l’AOF est la banlieue tropicale de l’Europe »10. La même année Air-France inaugure une ligne aérienne vers Dakar11.

L’invention de la Maison des Esclaves

Les espaces voûtés de Gorée établis sous les rez-de-chaussée surélevés des habitations, dans des maisons construites dans le dernier quart du XVIIIe siècle ou le premier quart du XIXe siècle sont très tôt considérés comme des « captiveries », des « cabanons à esclaves » ou aussi de simples entrepôts. En 1918, le Père Briault nous donne une aquarelle d’un « ancien cabanon à esclaves » établi dans l’actuel presbytère12. Selon le Guide du tourisme de 1926, une excursion à l’île de Gorée à partir de Dakar s’impose pour « visiter les anciennes « captiveries » où étaient parqués les esclaves en attendant le retour des négriers, venus à Gorée charger le « bois d’ébène »13. Dans un article sur « Gorée la moribonde » paru en 1928, la revue L’Illustration nous présente une reproduction photographique d’une des maisons à cour portant la légende : « au rez-de-chaussée logement des esclaves ; au premier étage, salle à manger du traitant »14. En 1929, le docteur P. Brau décrit les « cachots antiques, longs et étroits, [des maisons de Gorée qui] puent encore la chair esclave torturée… [Ils ont pu ensuite servir d’entrepôts] à d’autres lots de marchandises moins fragiles, mais non moins âprement discutées : les boucauts de lard salé et les tonnelets d’eaux-de-vie…15 ». Dès 1932, dans son guide de visite Gorée, capitale déchue, Robert Gaffiot nous dessine la cour de l’une de ces anciennes « maisons négrières ». Il précise dans la légende du dessin l’usage de cette maison où « les esclaves étaient parqués dans le bas-enclos, à l’obscurité, sous les pièces réservées à l’habitation des trafiquants. Le couloir central dessert, à droite et à gauche, une douzaine de longues et étroites cellules, dans lesquelles les malheureux étaient entassés et, bien souvent, enchaînés. L’autre extrémité du couloir donne sur la mer : le « négrier » avait ainsi toute facilité pour faire disparaître les cadavres de ceux qui ne pouvaient subir jusqu’au bout le supplice de cette vie atroce16 ». Un autre militaire de la marine française, le docteur Pierre-André Cariou, dans son guide non publié Promenade à Gorée, rédigé à partir des années 1940-1943, reprend l’historique et la description de la Maison des Esclaves. Le docteur assombrit encore le tableau dressé dix ans plus tôt par Robert Gaffiot pour l’ancienne maison négrière17. En 1951, l’historien et archéologue de l’Institut Français d’Afrique noire (IFAN) Raymond Mauny18 dénonce, sans en apporter les preuves, les excès de l’interprétation de Gaffiot19 et de Cariou, notamment les considérations sur la fonction de la porte donnant sur la mer, reprenant en partie le témoignage d’un témoin oculaire contemporain, le chevalier de Boufflers, mais qui semblerait plutôt s’appliquer au site de Saint-Louis20.

Le discours pédagogique colonial : musées et monuments historiques

En face de cette Maison dite des esclaves « aux sinistres cellules », l’IFAN complète et redouble le discours pédagogique à l’intention du touriste par l’installation d’un Musée historique de l’Afrique occidentale française, dans une « belle maison de la fin du XVIIIe siècle » édifiée selon Pierre-André Cariou par un [autre] « négrier » dont les cellules du rez-de-chaussée auraient servi, selon le dit docteur de « cachots » aux esclaves. Cette maison, dite de Victoria Albis, est achetée grâce à des crédits votés lors de la célébration du centenaire de l’abolition de l’esclavage (1848) puis réhabilitée et inaugurée le 4 juin 195421. La présentation, œuvre d’Abdoulaye Ly et de Raymond Mauny, repose sur des bases géographiques et historiques, incluant des cartes ethniques et géographiques de l’AOF. L’une des six salles d’exposition est consacrée à l’esclavage et à son abolition, reprenant ainsi l’orthodoxie de la pensée coloniale22.

À l’exemple des sites de la métropole, la promotion touristique est diversifiée, exploitant les ressources de cette « île-mémoire » et de cette « île-musée ». Le circuit de visites mis au point dans les années 1940-1950 est jalonné de deux institutions gérées par l’IFAN : le musée historique et le musée de la Mer (inauguré en 1959, ouvert au public en 1960)23. Gorée est aussi le laboratoire d’essai pour la protection et la restauration des sites et monuments de l’AOF où seront également impliqués les hommes de science, chercheurs et archéologues de l’IFAN, contribuant ainsi à la promotion d’une politique culturelle coloniale.

Le classement de l’île au titre des monuments historiques et des sites

Les dispositions juridiques en vigueur en métropole vont quasi systématiquement être appliquées dans les colonies avec la loi du 31 décembre 1913 relative au classement et à la protection des monuments historiques. Cette initiative sera poursuivie avec notamment le décret du 25 août 1937 portant sur la protection des monuments naturels et des sites de caractère historique, légendaire ou pittoresque des colonies, pays de protectorats et territoires sous mandat relevant du ministère des Colonies24. Le pilotage de l’application de cette loi, régulièrement réajustée, est confié à la Commission supérieure des Monuments historiques et des Arts indigènes qui est représentée à Dakar par un délégué permanent assermenté désigné par le Gouverneur général. Le dispositif colonial connaîtra une ultime retouche avec la loi n° 56.1106 du 3 novembre 1956 dont le Sénégal indépendant s’inspirera, très largement, pour préparer la loi 71-12 du 25 janvier 1971 fixant le régime des monuments historiques et des sites archéologiques.

En 1937, quelques jours seulement après la promulgation de l’arrêté de protection par le gouverneur général de l’AOF, André Villard, archiviste-bibliothécaire du Gouvernement général de l’AOF, saisit l’occasion pour proposer le classement de l’île de Gorée, à l’exception de ses terrains militaires, avec restauration des édifices et espaces spécifiques : « Le jardin, la maison dite des Esclaves, l’église, la maison Boufflers, la maison des Donjons, le quartier de la pointe Nord et la rue Bambara et autres points à désigner […]25 ». Mais avant même l’adoption de la proposition de classement, les maisons de Gorée sont mises à mal lors de la bataille navale de Dakar entre le 23 et le 25 septembre 1940. Entre 1940 et 1952, une première campagne de restauration et de réhabilitation est mise en place par les autorités militaires de la marine, sans doute soucieuses d’effacer rapidement les traces de l’affrontement avec les alliés, et en déficit de logements. Elle touche près de 90 bâtiments. Les réseaux d’approvisionnement en eau et en électricité sont également modernisés26. La proposition d’André Villard est adoptée le 15 novembre 1944, et le classement est étendu à l’île tout entière27.

En 1942, Monod plaide en faveur de la sauvegarde de Gorée qui avait particulièrement souffert des bombardements de 1940 et dont de nombreuses maisons étaient déjà en ruine auparavant28. « On ne saurait en effet envisager de gaieté de cœur la destruction, ou même une mutilation trop poussée d’un ensemble légué par le passé et dont il est notre devoir de conserver au moins les parties les plus typiques ou les plus curieuses, pour l’instruction ou le déduit de nos successeurs qui nous en voudront, à juste titre, si nous ne leur abandonnons qu’une île de Gorée dépouillée de ce qui fait son cachet et définitivement « banalisée »29 ». Pour le pouvoir colonial, l’île de Gorée et ses monuments sont d’abord les témoins d’une présence européenne ancienne et forte qui présentent les mêmes critères « scientifiques » de préservation historiques et archéologiques que les monuments métropolitains. L’argumentaire de sauvegarde de l’île reprend les critères habituels en vigueur en Occident pour la protection « monumentale » ; on notera l’absence d’argumentation en faveur de la fonction « commerciale » de ce comptoir colonial destiné à la traite.

Dès 1948, à l’occasion du centenaire de l’abolition de l’esclavage, Raymond Mauny propose de consacrer un musée spécifique sur l’esclavage à Gorée et de valoriser, selon lui, « l’un des principaux points où s’effectuait la traite sur la côte occidentale d’Afrique. […] Nos descendants regretteront le vandalisme de notre époque de fer qui ne sait pas respecter le passé. Mais au fait qu’attend-t-on pour restaurer, protéger, aménager en musée de Gorée, l’une au moins de ces esclaveries ? Ça parle les vieilles pierres… Il serait bon, parfois de les écouter raconter un passé dont on se réjouit qu’il soit révolu. […] L’AOF est pauvre en sites historiques, ne l’oublions pas : il est d’autant plus nécessaire et urgent de sauvegarder le peu que le passé nous a légué [… et de sauvegarder ces] quelques maisons et pans de murs de basalte qui constituent ses plus anciens titres de noblesse qui disparaissent chaque jour30 ».

Ainsi, le pouvoir colonial a jeté les prémices d’une politique de patrimonialisation basée sur le développement touristique d’un circuit de visites, l’ouverture de musées et la mise en valeur de monuments historiques, sans négliger le caractère marin du site.

Le « conservateur » de la Maison des Esclaves31 : un discours sur la mémoire des lieux (1960-2009)

Après les indépendances, dans la continuité de l’œuvre initiée par le colonisateur, l’État du Sénégal reprend à son compte le discours mémoriel En 1962, le président Léopold Sédar Senghor nomme Boubacar Joseph Ndiaye32, ancien sous-officier de l’armée coloniale française, comme « gardien » de la Maison des Esclaves, régularisant ainsi une situation de fait33. La vigueur du discours de ce guide, sans doute inspiré à l’origine par celui du Docteur Cariou, son charisme et la voix imposante de ce « gardien de la mémoire de la traite négrière », l’ont désigné peu à peu comme une sorte de « musée vivant », connu à l’échelle internationale. Gorée doit en grande partie son statut d’île-mémoire de la Traite atlantique à l’éloquence de Joseph Ndiaye, « conservateur » de la Maison des Esclaves.

En 1978, Joseph Ndiaye exprime l’origine de son engagement. « Je suis revenu des guerres européennes et indochinoises profondément marqué par les choses que j’avais vues là-bas. Je suis devenu un nationaliste… Un nationaliste engagé…34 ». Son récit constitue une re-mémoration de la traite négrière à travers une mise en scène alliant parole, geste et démonstration à l’aide des chaînes en fer reconstituées, avec lesquelles les esclaves étaient attachés. « Ce sanctuaire africain qui est la Maison des Esclaves fut capitale de souffrances et de larmes car des innocents sont morts ici, victimes du temps de la honte. Si ces murs pouvaient parler, ils en diraient long. Heureusement qu’ils se sont tus à jamais ; et moi, je fais parler ces murs35 ». Il poursuit son discours sur une description fonctionnelle des pièces de la maison. Sous le rez-de-chaussée surélevé, les « cellules » abritent les esclaves. « Il y avait parfois dans cette maison 100 à 150 esclaves répartis dans les différentes cellules de 2 m 60 de carré et qui pouvaient contenir chacune 15 à 20 esclaves qui étaient assis dos contre le mur avec des chaînes les maintenant au cou et au bras. Les enfants étaient séparés de leurs parents, les jeunes filles des femmes…36 ».

La fonction de ce discours est significative dans la fabrication d’une mémoire liée à la traite atlantique des esclaves, avec une mise en scène et une représentation imagée de la condition de l’esclave appuyées par des citations, des maximes et des proverbes37. La réception du discours du « conservateur » se perçoit à travers les diverses réactions observées après la visite du musée et consignées dans le livre d’or38. Nombreux sont les guides goréens qui puisent encore une bonne partie de leurs connaissances dans le discours de Joseph Ndiaye. Les réactions observées traduisent des chocs émotionnels qui peuvent déboucher parfois sur des actes spontanés. Le recueillement devant la « porte du voyage sans retour » constitue un acte symbolique qui s’accompagne parfois de rituels, de prières, d’offrandes, de sacrifices, de libations. La signification et la place de l’île dans l’imaginaire de la diaspora noire permettent de mesurer l’impact de cette communauté, en quête d’une identité perdue, dans la cristallisation d’une mémoire de la traite atlantique autour de Gorée.

Les critiques du discours « mémoriel » T1

Des contestations naissent sur l’exactitude historique du récit propagé aux visiteurs de la Maison des Esclaves. Dès 1972, le philosophe et chercheur africain Ki-Zerbo, dans son ouvrage « Histoire d’Afrique Noire », s’inquiète de la tournure que peut prendre la défense d’un tel récit qui peut constituer un point de rupture dans la diaspora noire entre l’Afrique et le monde afro des Caraïbes et des Amériques39. Deux décennies plus tard, la principale critique émane de deux chercheurs et conservateurs de l’IFAN, Abdoulaye Camara et le père jésuite Joseph Roger de Benoist. Leurs argumentaires sont repris par le journaliste Emmanuel de Roux dans un article paru à Paris dans le journal Le Monde du 27 décembre 1996 sous le titre « Le mythe de la Maison des esclaves qui résiste à la réalité ». L’article remet en cause la fonction de la Maison des Esclaves ainsi que le rôle de l’île de Gorée dans le commerce des esclaves. Le journaliste relate la visite du lieu par son « conservateur » Joseph Ndiaye. « Ce dernier raconte avec émotion l’histoire de cette esclaverie construite par les Hollandais au XVIIIe siècle, pivot de la traite à Gorée qui vit défiler des centaines de millions d’Africains, enchaînés, vers le Nouveau Monde40 ». Contrairement aux affirmations de Joseph Ndiaye, Emmanuel de Roux donne la paternité de la maison aux Français, nie l’existence des cellules qui étaient réservées aux esclaves en attente d’embarcation et minimise le nombre d’esclaves ayant transité sur l’île. En conclusion, l’histoire de cette maison présentée par le conservateur ne serait qu’une légende reprise par Joseph Ndiaye, « qui a mis une douzaine d’années à forger un mythe qui, aujourd’hui, a force de loi41 ». La réaction de l’État est vive et rapide. Les 7 et 8 avril 1997, un séminaire réunissant l’ensemble des spécialistes sénégalais et africanistes sur le thème : « Gorée dans la traite atlantique : mythes et réalités » est convoqué dans l’urgence pour riposter à l’imposture42.

Dix ans après cette attaque « révisionniste », en 2006, le récit du « conservateur » de la Maison des Esclaves est encore contesté par les descendants de certaines signares qui tiennent un autre discours mémoriel et prônent une autre histoire. Dans son ouvrage, Céleste ou le temps des signares, Jean-Luc Angrand nie l’existence d’esclaveries dans les maisons de Gorée : « Il est évident que cette maison comme les autres maisons de Gorée n’ont jamais contenu d’esclaves de traite, les signares étant en général réfractaires à la déportation des esclaves aux Amériques. Les seuls captifs qui existaient dans les maisons de Gorée étaient les captifs de case (domestiques). […] L’idée pathétique de porte par laquelle seraient passés des esclaves embarquant pour l’Amérique n’était rien qu’une histoire destinée à impressionner les touristes de la fin du XXe siècle43 ». Cette vision de la fonction des supports mémoriels ne prend pas en compte la vraie nature du discours commémoratif car comme l’ont bien montré en 1997 Ibrahima Thioub et Hamady Bocoum « Le discours qui commémore cette fonction de l’île n’a jamais prétendu obéir aux règles universitaires de production du savoir et, en conséquence, ne peut être mesuré à cette aune44 ».

En 2009, dans sa récente étude sur la déconstruction du syndrome de Gorée, Ibrahima Seck montre comment l’existence de supports matériels contribue à la cristallisation des mémoires dans certains lieux, témoins de cette période. L’idée d’une « porte du voyage sans retour » n’existe pas seulement à Gorée mais aussi dans les différents points d’embarquement des navires négriers sur la côte occidentale de l’Afrique. « Au Ghana, Elmina a aussi sa porte du non retour alors qu’il s’agit en réalité d’une meurtrière. À Ouidah, où la traite ne s’est pas accompagnée de l’impressionnante monumentalité visible sur l’ancienne Côte de l’or, le programme de la Route de l’esclave de l’UNESCO a érigé un monument sous la forme d’un énorme portail face à la mer pour donner un support matériel au symbolisme du voyage sans retour45 ». Il est clair que Gorée a influencé les autres sites qui ont entrepris un travail de remémoration tel qu’il est recommandé par l’UNESCO depuis 1995.

Cette vision romantique de Joseph Ndiaye est transmise par des méta-récits nationalistes ou pan-africanistes dont la réalité est caricaturée d’une manière manichéenne46. Ce discours laisse peu de place à une « histoire » plus complexe, « archéologique », des Africains libres, aux esclaves de case ou aux esclaves domestiques ou aux captifs face aux Africains enchaînés, aux esclaves de traite ou de transit, aux signares et aux métis et à celles des Européens expatriés, des commerçants aux militaires47.

Gorée, entre le discours sur la négritude et le tourisme de mémoire

L’indépendance une fois acquise, le premier président Léopold Sédar Senghor développe avec le mouvement de la Négritude une orientation culturaliste pour la société sénégalaise, sans rompre avec la francophonie qu’il inscrit dans l’héritage historique du Sénégal et apporte une nouvelle lecture sur la place de Gorée par rapport à la diaspora noire. À partir des années 1980, et pendant deux décennies, le président Abdou Diouf suit la politique de sauvegarde et de mise en valeur de Gorée mise en place par l’UNESCO et veut étendre le message de l’île-mémoire au monde entier par l’érection d’un grand mémorial de l’esclavage. Durant la dernière décennie de la présidence d’Abdoulaye Wade, l’État est moins présent sur le site de Gorée ; il est occupé à élever à Dakar d’autres infrastructures dont un monument de la Renaissance africaine et un parc culturel dans lequel sera édifié un musée des Civilisations noires, idée émise en 1971 par le président Senghor48.

Le passé de l’île de Gorée et le souvenir des souffrances et des traumatismes subis par l’Afrique et ses diasporas à travers l’esclavage et la traite atlantique, revisité, joue un rôle de premier plan dans l’affirmation de la politique dite « d’enracinement et d’ouverture » chère au président Léopold Sédar Senghor49. Le concept de Négritude s’impose comme idéologie du nouvel État indépendant sénégalais qui s’ouvre sur le monde afro-américain. Le président du nouvel État du Sénégal, Léopold Sédar Senghor choisit l’île de Gorée comme un des supports physiques de démonstration de son concept sur la Négritude, sans lien direct avec l’esclavage.

En 1966, le président Léopold Sédar Senghor50 exprime sa vision culturelle et politique dans l’organisation, à Dakar, du premier Festival mondial des arts nègres projeté lors des congrès des artistes et écrivains noirs de Paris (1956) et de Rome (1959)51. « Le premier festival mondial des arts nègres a très précisément pour objet de manifester, avec les richesses de l’art nègre traditionnel, la participation de la Négritude à la Civilisation de l’Universel52 » (fig. n°6). Gorée est un laboratoire idéal pour le projet post-colonial de la Négritude. Lieu d’échanges culturels, artistiques, littéraires et scientifiques regroupant l’Afrique et sa Diaspora, le Festival est le lieu de rencontres, colloques, expositions, chants, danses, spectacles qui rythment la vie quotidienne des populations de Dakar et de Gorée53. Le lancement du Festival a lieu en présence d’André Malraux54.

Le choix de Gorée pour abriter une des manifestations de ce Festival répond à une volonté du pouvoir politique qui entend faire de l’île un lieu privilégié pour une communion des peuples du monde à travers le dialogue des cultures. Un spectacle « son et lumière », les « Féeries de Gorée » est monté pour l’occasion : il retrace les grands moments de l’histoire du Sénégal et particulièrement de l’île de Gorée et de son rôle dans l’histoire de l’esclavage55. La Maison des Esclaves est restaurée à l’occasion de ce festival.

Les années suivant cette première rencontre mondiale des arts nègres sont marquées par un afflux de touristes afro-américains au Sénégal. À l’heure où le tourisme de mémoire émerge autour des lieux chargés d’histoire et notamment à ceux liés à des faits tragiques, le Sénégal concentre ce type de démarche presque exclusivement sur la commémoration de l’esclavage et l’île de Gorée56. Des agences américaines proposent aux touristes noirs américains des « Black-History Tours », leur permettant d’aller se recueillir sur la terre de leurs ancêtres, plus particulièrement à Gorée, et de méditer sur leur tragique destin. « Ainsi, après avoir été, entre l’Afrique et les Amériques noires, le trait d’union symbolique de la désolation, Gorée devient-elle peu à peu un symbole d’espoir, vers où, de plus en plus nombreux, convergent aujourd’hui, en une sorte de pèlerinage, les descendants des déportés de jadis, en quête de leurs racines et tous ceux qui entendent puiser dans son histoire les raisons d’une nouvelle solidarité des peuples57 ».

Depuis 2005, la mairie de Gorée organise un festival dans le cadre de la promotion des activités culturelles : le Gorée Diaspora Festival. Cette manifestation internationale constitue un moment de retrouvailles entre la population goréenne et la diaspora58. À travers cette manifestation, l’institution municipale vise trois objectifs majeurs : permettre aux membres de la diaspora de retrouver l’identité perdue sur cette île-souvenir, les faire participer à la sauvegarde de la mémoire et orienter le devenir de Gorée d’un statut de terre d’esclaves vers celle d’un carrefour de dialogue interculturel. En ouvrant ainsi la porte du retour, la commune entend faire rayonner Gorée sur la scène internationale. Cette manifestation constitue un moment de festivités, de recueillement et de souvenir : festivals, rencontres cinématographiques, concerts, expositions, musiques, visite de la Maison des Esclaves, randonnée maritime, etc. Le festival inclut aussi un volet éducatif avec l’organisation de séminaires et d’ateliers de formation, de conférences et de colloques dont les thèmes portent sur l’esclavage, la traite négrière et sa mémoire, le dialogue des peuples et des cultures.

De nouveaux projets d’aménagements touristiques (1968-1970)

En 1968, l’État sénégalais signe avec le groupe « Euretudes » une convention de mission globale d’aménagement touristique de l’île de Gorée. Dans les termes de cette convention, apparaît une volonté manifeste de sauvegarder le caractère authentique de l’île. « S’agissant d’un lieu dont l’histoire comporte une signification profonde pour les populations du Sénégal, la nature des activités et les aménagements susceptibles d’être implantés dans l’île de Gorée devront tenir compte de ce fait et s’inscrire parfaitement dans son cadre particulier59 ». Sous réserve de vérifications, cette étude aurait été confiée à l’architecte Jacques Couelle, qui veut faire de Gorée « l’Acropole du monde noir »60. « Je veux faire de Gorée un véritable bijou […] Ce n’est pas pour rien qu’on m’a nommé l’architecte des îles… Il faut un poète pour une île de rêve. Il faut recréer un univers poétique, suspendu […] recréer une élite de cœur et pas une élite de gens riches, recréer un style et un esprit XVIIIsiècle. Celui qui n’aime pas le passé n’a pas droit au futur. J’accomplis une œuvre de piété. J’agis comme un apôtre, un artiste […] Le projet ne sera exécuté qu’avec l’accord des 800 Goréens ; eux-aussi font partie du décor ». Pour cela, il prévoyait le doublement de la superficie du port, la création d’un plan d’eau sur le Castel, l’importation de milliers d’oiseaux non migrateurs et la reconstitution sur la partie haute de l’île d’un immense village troglodytique. Ce projet n’a heureusement pas été réalisé61.

Cette première mission, à vocation essentiellement touristique, fut rapidement suivie par une autre mission de recensement des principaux sites archéologiques du Sénégal. En partenariat avec l’Unesco et sur la demande des autorités sénégalaises, une mission technique de préservation et de mise en valeur fut organisée sur tout le territoire national. Dans son inventaire sur le patrimoine historique national, Cyr Descamps souligne l’urgence de la protection et de la restauration des sites de Gorée et de Saint-Louis qui regorgent de souvenirs légendaires et historiques devenus aujourd’hui des lieux de pèlerinage. D’après ce chercheur, Gorée « est certainement le lieu le plus chargé d’histoire de toute la côte Ouest-africaine. […]. Toutes les maisons sont de style ancien, une des plus remarquables est la célèbre Maison des esclaves (…)62 ». L’expert recommande de valoriser ce patrimoine tout en respectant son caractère authentique.

Ces différentes initiatives de mise en valeur culturelle et touristique de l’île, associant ou non son passé de lieu de mémoire de l’esclavage, se concentrent essentiellement sur une politique de rénovation et de sauvegarde du patrimoine immobilier, élaborées par l’État du Sénégal en relation avec de nombreux partenaires et par le maintien de multiples musées aux conceptions encore largement héritées de l’époque coloniale et qui posent problème à la Direction du patrimoine culturel et à l’IFAN Ch. A. Diop.

Le rôle de l’UNESCO et le classement au Patrimoine mondial de l’humanité (1978)

L’UNESCO insiste sur la protection et la sauvegarde des patrimoines culturels et naturels qui peuvent être une alternative pour appuyer le décollage économique des jeunes États indépendants. Dès 1976, le Sénégal ratifie la Convention de 1972 sur la protection du patrimoine culturel et naturel de l’UNESCO63. Parallèlement, le gouvernement sénégalais procède au classement parmi les Monuments historiques de l’île de Gorée, s’inspirant des lois de sauvegarde de l’héritage colonial. Ainsi, en novembre 1975, le site est inscrit sur l’Inventaire des monuments historiques du Sénégal (arrêté N° 012771 du 17 novembre 1975), conformément à la loi qui « fixe le régime des monuments historiques et celui des fouilles et découvertes » (loi n°71.12 du 25 janvier 1971, décret d’application n°73.746 du 8 août 1973).

Réunie à Washington du 5 au 8 septembre 1978, la seconde session du Comité du patrimoine mondial chargé de la mise en œuvre de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel et naturel inscrit sur la Liste du patrimoine mondial l’île de Gorée parmi les douze premiers sites. Gorée a été inscrite sur la seule base du critère VI de la convention de 197264. L’inscription de l’île sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité est naturellement une reconnaissance du rôle et de la place de Gorée dans l’économie de la Traite atlantique. Cette inscription a été précédée de multiples missions d’experts, français ou belges, envoyés par l’UNESCO à la demande du gouvernement du Sénégal, afin d’élaborer des études préliminaires pour la sauvegarde du patrimoine architectural.

La mission effectuée en 1974 par A. Grégoire porte sur les monuments historiques de l’île de Gorée et de Saint-Louis du Sénégal. Elle s’inscrit dans la suite de l’expertise de Descamps des années 1969-1970. Grégoire dresse l’inventaire des bâtiments historiques, propose des mesures pour la présentation et la réhabilitation du site, ainsi qu’une évaluation globale des coûts65. L’année suivante, une seconde mission réalisée dans le cadre de l’aide aux États-membres pour la préservation et la mise en valeur du patrimoine culturel et naturel est conduite par Jean-Pierre Frapolli et Maurice Clerc et précise l’expertise précédente. Elle dresse un plan directeur de rénovation, avec ses aspects juridiques et financiers, en vue des projets de développement touristique que la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD) envisage de financer au Sénégal66. En 1977, une troisième mission menée par Michel Parent nuance notamment les conclusions de l’expertise précédente avec des mises en garde sur le développement excessif des équipements touristiques suscitées par l’arrivée de la BIRD67. L’année suivante, une quatrième mission menée par Pierre-André Lablaude inclut la réhabilitation du site historique de Gorée dans un large projet touristique de l’ensemble de la Petite Côte68.

En novembre 1978, lors de la 20e session de la Conférence générale de l’UNESCO, le directeur général est autorisé à entreprendre, en collaboration avec le gouvernement sénégalais, les études techniques nécessaires pour mettre au point un plan d’action détaillé concernant la protection, la préservation, la restauration et la mise en valeur du patrimoine architectural de l’île et pour définir les modalités de sa promotion sous la forme d’une campagne internationale. Il prévoit la sauvegarde de tous les aspects du patrimoine architectural présentant un intérêt historique ou artistique, ainsi qu’une animation culturelle ayant pour objet de les mettre en valeur. À partir de 1979, un comité de sauvegarde veille officiellement au respect de la convention (conformité des ouvrages de réhabilitation, sécurité du bien, etc.).

Toutes ces études et démarches préalables conduisent à l’élaboration d’un Plan d’Action pour la Sauvegarde du patrimoine architectural de Gorée, présenté par l’UNESCO et approuvé en Conseil des Ministres du gouvernement sénégalais le 4 décembre 198069. Ce plan prévoit notamment la création [non réalisée] d’un « musée sur la Traite et un centre d’archivage et d’étude sur les Noirs dans le monde » à la maison Cinquèz (à l’angle de la rue de la Pointe et de la rue Dakar, vers le fort d’Estrée), ainsi que le développement de l’Université des Mutants. La restauration de neuf bâtiments historiques est prévue, affectés à des activités socio-culturelles, tel que l’école du Soudan projetée en auberge de jeunesse. Estimé à un coût total de 4 millions de dollars, ce plan de sauvegarde entrevoit, en plus de la restauration des bâtiments, le recrutement temporaire de deux experts associés (architecte-restaurateur) et un consultant dans la muséographie70. Le montant de la contribution internationale s’élevait à 315 000 dollars. Le Sénégal aurait quant à lui financé pour l’équivalent de plus de 2,3 millions de dollars dont un certain nombre de travaux d’infrastructures et de rénovation non prévus au plan de rénovation de l’UNESCO.

En marge des restaurations et des aménagements, le Sénégal s’engage à concevoir une campagne de sensibilisation de l’opinion publique pour la préservation de l’île. En contrepartie, l’UNESCO publie une brochure71, une affiche72 (fig. n°7), un dossier de presse, l’émission de timbres… et réalise une exposition photographique à Gorée et au siège de l’UNESCO.

Le lancement du Plan de sauvegarde de Gorée, l’île-mémoire (1980)

Le 22 décembre 1980, à la veille de la démission du président Léopold Sédar Senghor, le directeur général de l’UNESCO et sénégalais Amadou Mahtar M’Bow lance un appel en faveur de la sauvegarde de Gorée pour accompagner l’exécution du Plan de sauvegarde de l’île de Gorée approuvé à Dakar quelques jours plus tôt. « Le patrimoine architectural de Gorée doit être sauvé autant pour préserver la haute valeur culturelle de l’île que pour assurer à tous ses habitants des conditions de vie et des activités à la mesure de leurs espoirs ». En effet, « à travers les diverses périodes qu’elle a traversées, Gorée a préservé une cohérence architecturale qui réunit les apports culturels les plus dissemblables – nordiques et méditerranéens, islamiques et chrétiens – pour les fondre dans une unité dictée à la fois par l’exiguïté de l’espace, l’exposition aux vents du grand large, l’homogénéité du matériau de construction et, enfin, peut-être surtout, les courants d’une histoire tourmentée qui avait fait de chaque demeure un entrepôt d’esclaves en même temps qu’une position de défense. Gorée offre une heureuse symbiose du passé et du présent, de l’histoire et du quotidien, de l’harmonie des formules visibles et de l’empreinte dramatique du souvenir. C’est pourquoi elle constitue désormais un de ces lieux uniques où peut se retremper la mémoire des jeunes générations d’Afrique et des Amériques, en même temps que se renouvellent les sources de leur inspiration. Un tel endroit, poursuit-il, s’il appartient à l’imaginaire vivant de l’Afrique et des Amériques, appartient, dans une égale mesure, à la conscience du monde. Il peut devenir une terre de méditation, un haut lieu de réflexion et de recueillement, où les hommes, plus conscients des tragédies de leur histoire, apprendront mieux le sens de la justice et celui de la fraternité73 ». Le discours, repris des rapports antérieurs des experts de l’UNESCO où « chaque demeure est un entrepôt d’esclaves » est donc accrédité officiellement par ledit organisme international et rejoint le récit de Joseph Ndiaye.

Sur le rôle et la place de Gorée dans la traite atlantique, Amadou Mahtar M’Bow ajoute : « Dans des caves humides et sombres, ou dans des cachots de torture pour ceux qui se révoltaient, les déportés séjournaient durant des semaines, dans l’attente du voyage sans retour. Là, au moment d’embarquer, chaque esclave était marqué au fer rouge, à l’emblème de son propriétaire. Puis les esclaves étaient entassés dans les cales, où beaucoup d’entre eux devaient périr avant l’arrivée à destination. Mais l’Amérique, dont la colonisation a été à l’origine de cette tragique déportation, allait être également le cadre de grandes luttes libératrices qui, peu à peu, y mettront fin. Préparée par le triomphe de la Révolution haïtienne à Vertières en 1803, et proclamée au Congrès de Vienne en 1815, l’abolition officielle de la traite négrière produisit ses effets sur Gorée ».

L’application du Plan de sauvegarde et de restauration (1980-2000)

En 1981, sous la nouvelle présidence d’Abdou Diouf et toujours avec le soutien de l’UNESCO, l’effort de restauration et de préservation se poursuit. Plusieurs édifices sont ainsi restaurés et rénovés pour être affectés à de nouvelles fonctions. Outre la France, d’autres pays de la communauté internationale se mobilisent pour la restauration de quelques bâtiments74. Des travaux d’aménagement portent également sur la restauration du kiosque à musique, des fontaines et de la Batterie de l’Embarcadère, le pavage des rues principales, l’aménagement du marché des produits de l’artisanat et de la place des restaurants. En 1982, Pierre André Lablaude enregistre l’état d’avancement et la réception des premières restaurations et fixe le programme des travaux à venir, dont celui sur les études concernant la rénovation de l’ancien Palais du Gouverneur (Relais de l’Espadon) en équipement hôtelier75.

Localement, la mise en œuvre de la campagne de sauvegarde est confiée au Bureau d’architecture des Monuments historiques (BAMH) qui a parfois recours à l’expertise de l’Institut Fondamental de l’Afrique Noire (IFAN) pour la conduite des opérations de rénovation et de restauration du patrimoine architectural76 selon une direction bicéphale des travaux. Intervenant parallèlement à l’aménagement d’un nouveau Musée historique au Fort d’Estrée (1977-1989), l’anthropologue d’origine belge Guy Thilmans aurait opéré ainsi à la Maison des Esclaves, en 1981-1982, pour des travaux de restauration des façades de la Maison des Esclaves77.

Les manquements aux règles de restauration de l’UNESCO qui prônent un retour à l’authenticité, sont-ils dus aux campagnes de restauration du XIXe et de la première moitié du XXe siècle, à celles de 1966, de 1981-1982, de 1990-199178 ou de 2010-2011 et aux difficultés d’adaptation d’une habitation privée en musée ouvert au public ? Malgré le manque de documentation et de relevés précis des états avant restauration, la comparaison entre les aquarelles d’Adolphe Hastrel de 183979 (fig. n°8, 9, 10, 11), les premières photographies et l’état actuel (fig. n°12, 13) est édifiante. Pour l’expert Lablaude, la restauration en 1982 des chapiteaux de la galerie est effectuée selon « des proportions erronées et particulièrement maladroites…80 ». La disparition de la base des piliers de cette galerie et du garde-corps central au profit d’un mur plein est sans doute antérieure aux interventions des spécialistes. Mais la suppression des pièces des avant-corps latéraux avec leurs fenêtres aux volets persiennés de couleur verte et leurs baies d’aération ainsi que la mauvaise proportion des cintres des baies du rez-de-chaussée, l’augmentation du nombre des ouvertures sur les façades des bâtiments latéraux, et l’application d’un badigeon à l’ocre rouge soutenu qui a remplacé celui à la chaux, de couleur blanc cassé ou très légèrement ocré, semblent bien relever de campagnes plus récentes. Les façades actuelles portent les traces de nombreux changements. Côté rue, un édicule surmonte la porte d’entrée et toutes les baies ont subi de notables modifications. Côté mer, la constatation est identique : agrandissement de la terrasse supérieure, baies bouchées, percements d’ouvertures… jusqu’à la construction d’une terrasse sur les rochers, accessible à partir de la Porte du voyage sans retour qui aurait pour effet de prévenir l’érosion marine81. Enfin, il est vraisemblable que le toit en tuile à deux versants (fig. n°14) a succédé à une terrasse recouverte par une chape en béton coquillier dénommée argamasse qui se laisse deviner par la présence des gargouilles d’évacuation des eaux, visibles en 183982.

En 1992, dix ans après le lancement de la campagne internationale de sauvegarde, l’UNESCO publie un article sur « Gorée, l’île aux esclaves », dans lequel on peut lire que trois bâtiments seulement ont été restaurés et qu’un quatrième est en cours de consolidation83. Les différents examens de l’état de conservation de l’île menés par le Comité du patrimoine mondial depuis les années 1990 évoquent les travaux réalisés et ceux en cours, et félicitent régulièrement les autorités sénégalaises de leur implication ; mais ils soulignent aussi certains problèmes comme l’occupation illégale et anarchique du site du Castel, toujours préoccupante aujourd’hui et à l’origine d’innombrables désordres architecturaux qui menacent l’authenticité et l’intégrité du site. La 27e session du Comité signale qu’entre 2000 et 2001 le site a subi une pression d’aménagement urbain causée par un projet de construction hôtelière dont les travaux furent interrompus avant la modification irréversible du site84. À cette occasion, un souci récurrent est évoqué. Les lacunes de gestion seraient imputables à l’absence d’un gestionnaire basé sur l’île. La nomination d’un gestionnaire du site, recommandée par l’UNESCO pour tous les sites du patrimoine mondial, conformément aux articles 4 et 5 de la Convention de 1972, est effective depuis deux ans.

Au programme initial sur le Plan de sauvegarde de Gorée, lancé en 1980, l’île de Gorée va bénéficier indirectement d’un autre programme de l’UNESCO sur « La Route de l’esclavage ».

« La Route de l’esclave », un nouveau programme de l’UNESCO (1995)

Depuis 1994, un programme conjoint avec l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT) est lancé à Ouidah (Bénin) : « La Route de l’esclave », une des multiples routes interculturelles de l’UNESCO lancées par le sénégalais Doudou Diene, alors directeur de la Division du dialogue interculturel et interreligieux85. L’objectif de ce programme est l’identification, la restauration et la promotion des sites, bâtiments et lieux de mémoire de la traite négrière qui jalonnent le parcours de la traite. Tout en privilégiant le tourisme culturel, ce programme représente un véritable enjeu de mémoire, car il intègre la dimension économique, historique et éthique du tourisme.

En 2004, dans le cadre du lancement de l’année internationale de la commémoration et de la lutte contre l’esclavage et de son abolition, le Directeur général de l’UNESCO situe ce devoir de mémoire : « Institutionnaliser la mémoire, empêcher l’oubli, rappeler le souvenir d’une tragédie longtemps occultée ou méconnue et lui restituer la place qui doit être la sienne dans la conscience des hommes, c’est en effet répondre à un devoir de mémoire86 ». L’UNESCO s’engage à institutionnaliser la mémoire pour empêcher l’oubli et vulgariser l’histoire de l’esclavage à travers différentes manifestations commémoratives : journées du souvenir, activités de remémoration et de vulgarisation, colloques, festivals, séminaires, ateliers, mémoriaux, expositions. En 2005, l’UNESCO publie une étude sur la mise en tourisme des sites liés à la traite négrière et à l’esclavage en Sénégambie87.

Dans le cadre de ce programme, la promotion de Gorée est largement soutenue par les autorités sénégalaises. Ainsi, en 2001, le musée maritime de Liverpool88 organise une exposition au musée de la Maison des Esclaves, considérée comme une « esclaverie-témoin ». Cette exposition sur la Traite, réalisée en collaboration avec la Direction du Patrimoine historique du ministère de la Culture du Sénégal, par l’ambassade de Grande-Bretagne au Sénégal, est financée par le British Council et Shell Sénégal89. En 2006, on retrouve encore la Direction du Patrimoine historique qui parraine au Village des Arts de Dakar une exposition de l’artiste plasticien Lamine Barro sur « Gorée sur la route de l’esclavage, de la mémoire au pardon »90.

Le mémorial de Gorée-Almadies (1996-2011)

Ce programme sur La Route de l’esclave va sans doute faciliter l’éclosion finale du vieux projet sénégalais de construction d’un mémorial (toujours en attente de réalisation en 2011). Les autorités sénégalaises nourrissaient depuis longtemps l’idée d’ériger un monument en souvenir de la traite des esclaves. Dès 1975, lors d’une visite en Martinique, le président Senghor avait invité les artistes de la communauté afro-américaine à l’édification d’un monument en hommage à l’Afrique91. Le projet de monument à ériger sur l’île de Gorée devait être un trait d’union entre l’Afrique et sa diaspora. Ce monument symboliserait le départ des Africains vers les Amériques en jetant un pont entre les deux continents. Il devait se présenter sous la forme d’« un groupe de personnes qui semblent se lever au-dessus du socle de la sculpture comme pour lancer un appel à ceux qui sont partis à bord des bateaux négriers ; à l’autre extrémité se dresse un homme qui, lui, semble crier : Afrique, lève toi ! Toi, Nègre de là-bas, rejoins-nous !92 ».

En 1986, le président Abdou Diouf reprend le projet d’érection d’un mémorial dédié à l’Afrique et à sa diaspora. Il soumet officiellement l’idée de réaliser un projet de dimension internationale lors du sommet historique de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) à Addis Abéba. Cinq ans plus tard, une Fondation est créée auprès du ministère de la Culture du Sénégal, présidée par l’ancien directeur général de l’UNESCO, le sénégalais Amadou-Mahtar Mbow pour coordonner les actions internationales de promotion et rechercher les financements. Le 29 juin 1992, la première pierre du Mémorial Gorée-Almadies est posée par le président de la république du Sénégal, à l’occasion du 28e sommet de l’OUA et en présence notamment de Federico Mayor, directeur général de l’UNESCO. Ce geste permet de dynamiser à nouveau la campagne pour la sauvegarde de Gorée lancée par l’UNESCO dix ans plus tôt, de répondre aux sollicitations de nombreux intellectuels, artistes et intellectuels noirs, notamment ceux du continent américain. Le choix du site des Almadies se justifie par sa position avancée sur l’Atlantique, orientée en direction des communautés noires américaines vivant de l’autre côté de l’Océan et le désir de ne pas entacher l’environnement de l’île (où il est quand même prévu dès l’origine d’ériger une réplique…). L’UNESCO inscrit ce projet dans le programme sur la Route de l’Esclave, ce qui devait faciliter la recherche de financements internationaux.

En 1996, un concours international pour la construction de ce mémorial est lancé. Le cahier des charges est préparé par l’International Union of Architects (UIA) qui organise un concours international d’architecture. Deux cents quatre-vingt dix concurrents de 66 pays (au total 900 dossiers) participent au concours. Le programme, d’une surface d’environ 12 000 m2, portait sur la conception du mémorial, d’un musée dédié à la navigation, d’un centre d’études et de recherche doté des équipements les plus performants et d’une structure administrative. Les espaces verts devaient faire l’objet d’un traitement spécifique, notamment celui d’un circuit de visite « la procession des civilisations », partie intégrante du lieu93.

Le lauréat désigné en novembre 1997 est l’architecte italien Ottavio Di Blasi94. Il a été choisi par un jury réuni à Dakar sous la présidence de Harry G. Robinson III, vice-président de l’Université Howard de Washington (États-Unis) et représentant du Directeur général de l’UNESCO. « Le projet du lauréat reflète l’esprit, la voix et le symbolisme de l’Afrique. Par sa forme africaine authentique et puissante, il exprime une identité clairement lisible, tant pour le Musée que pour le mémorial. La relation avec la mer s’établit par l’ancrage de l’élément dominant du programme (l’aiguille) sur la falaise et la position de l’autre élément (la coque) sur pilotis au-dessus de la mer. La fracture créée par ce contraste est l’élément majeur de l’approche qui a présidé à la conception du projet. La structure de modules en nid d’abeilles est l’élément typologique dominant. Un système mécanique est intégré à la construction et conçu pour réduire les effets du soleil. La mer est utilisée pour abaisser la température de l’air ambiant95 ». Après avoir été exposée à Dakar, la maquette restera longtemps au siège de l’UNESCO à Paris. Ce mémorial – nouvelle « arche d’alliance » pour le président Abdou Diouf – honore la mémoire des victimes de la traite négrière et symbolise la tolérance et le dialogue entre les civilisations96.

Malgré des appels répétés à la mobilisation internationale, la Fondation ne trouve pas les finances nécessaires à sa réalisation, estimées à 60 milliards de francs CFA97. Le président Diouf inaugure rapidement le 31 décembre 1999 une réplique réduite, perchée sur le sommet de l’île de Gorée (fig. n°15). Le coordinateur du projet est le poète Amadou Lamine Sall, aidé par l’architecte du BAMH Mamadou Berthet et l’ingénieur Mamadou Lamine Adama Diallo, avec l’entrepreneur Fougerolles. La présence de cette réplique, sur le site du Castel de Gorée, projetée dès l’origine du projet, est remise en cause au lendemain des élections présidentielles par le nouveau ministère de la Culture. En 2010, l’UNESCO déclare que « la réplique du mémorial de Gorée sur le Castel est un exemple éloquent de ce qu’il ne faut pas faire pour la préservation de l’intégrité du site et d’un commun accord avec l’UNESCO, il a été convenu de procéder à la requalification de cet ouvrage98 ».

Parmi les nombreux projets en cours, il faut signaler un projet de construction pour un nouveau mémorial de Gorée « en hommage à des millions d’Africains enlevés » qui réapparaît en avril 2011, un an avant les nouvelles élections présidentielles99. Le projet, promu par le groupe financier Swist Invest, est signé d’un architecte-designer tchèque Martin Guadev100, aidé par le studio Sipek. Il reprend une partie du programme du concours UIA/UNESCO de 1996, avec des références post-modernes plus explicites. Le bâtiment d’accueil est une réplique de la Maison des esclaves de Gorée et le visiteur est conduit par la « porte du voyage sans retour » sur une jetée formée par un navire prêt à appareiller, aux cales chargées d’esclaves enchaînés. On retrouve comme commissaire à sa réalisation Amadou Lamine Sall, avec l’architecte Mamadou Berthet et de nouvelles personnalités comme le sculpteur Ousmane Sow. À ce jour, ce projet diffusé sur internet et régulièrement agité n’a pas connu un début de réalisation malgré un tapage médiatique constant101.

Pour une cohérence des discours muséaux sur la traite atlantique

L’indépendance du Sénégal marque l’accroissement des institutions muséales sur l’île. Le musée historique de l’IFAN est déplacé au fort d’Estrée à partir de 1977. Son précédent emplacement était trop exigu pour permettre sa transformation en une institution muséale à la mesure du grand dessein qui prend forme à cette période. Le président Léopold Sédar Senghor lui affecte la batterie de la pointe Nord (fort d’Estrée), à la demande du professeur Amar Samb, directeur de l’IFAN. Les travaux de restauration du fort d’Estrée sont supervisés par le Bureau d,Architecture des Monuments Historiques (BAMH)102. La restauration et l’aménagement muséographique sont réalisés par Guy Thilmans, chercheur à l’IFAN103. Cet établissement ne présente plus l’histoire de l’Afrique occidentale comme précédemment, mais se concentre sur la seule histoire du Sénégal, de la Préhistoire aux royaumes qui ont précédé la présence française, en passant par la traite des noirs et les résistances anti-coloniales (fig. n°16). Il ouvre en 1989.

En face de la Maison des Esclaves, dans l’ancienne villa de la riche signare Victoria Albis, est installé le premier musée dédié aux femmes sur le continent africain104. Ce musée privé, le premier sur l’île de Gorée, est issu d’un projet conçu dès 1987 par le cinéaste Ousmane William Mbaye à la suite de plusieurs expositions de diverses productions artisanales, économiques et culturelles d’associations sénégalaises. Ouvert en 1994 sous la direction d’Annette Mbaye d’Emeville, on y trouve des objets usuels, des outils agricoles, des instruments de musique, des poteries, des vanneries, ainsi que des photographies permettant de mieux comprendre la vie quotidienne de la femme dans le pays. Le musée est sous le parrainage posthume d’Henriette-Bathily105. C’est aussi un centre d’apprentissage, où les femmes viennent s’éduquer, recevoir une formation à l’artisanat et travailler106.

Le musée de la mer107, aménagé dans une ancienne maison de la compagnie des Indes du XVIIIe siècle, est rénové en 1995. À cette occasion, le laboratoire de biologie marine est déménagé, en partie, à l’IFAN Cheickh Anta Diop. Aujourd’hui, le bâtiment central abrite les expositions, tandis que le bâtiment secondaire conserve les cuves et les spécimens laissés sur place lors du déménagement du laboratoire. Ce dernier fait office de laboratoire de conservation. Le musée offre une plus grande place à l’homme dans ses relations avec la mer : la mer source de vie, mais aussi source d’événements dramatiques. Il a pour mission de promouvoir la connaissance de la mer, de ses facteurs et de ses fonctionnements, et de sensibiliser à la préservation de l’environnement marin108. Aujourd’hui le musée est à nouveau fermé en raison d’une forte dégradation. Les efforts sont en cours avec de nombreux partenaires pour le financement de sa réhabilitation109.

À partir de ce bilan sur les musées de Gorée, l’actuelle direction du patrimoine recherche aujourd’hui une meilleure cohérence et un discours plus adapté à l’île-mémoire de la traite atlantique. Cet esprit de témoin vivant de la mémoire de l’esclavage qui se retrouve à la Maison des Esclaves pourrait être relayé dans les autres structures muséales présentes sur l’île afin de clarifier les relations entre mémoire de l’esclavage et mémoire de la traite atlantique, entre les esclaves qui restaient à Gorée et les captifs qui partaient en Amérique. Sans pour autant modifier leurs thématiques actuelles, les autres structures pourraient évoluer vers une plus grande imprégnation dans l’ambiance des mémoires de la traite atlantique. La désaffection relative des autres musées, par rapport à la Maison des Esclaves, semblerait plutôt être un problème de perception des attentes de la part des visiteurs qu’un problème d’incohérence du discours intrinsèque. Ce problème pourrait être résolu par un effort d’adaptation qui, dans chacune des structures existantes, a déjà une base bien réelle. Le musée de la femme Henriette-Bathily développe un discours sur la femme africaine (son rôle social, économique, culturel et politique). La fonction d’animation et la portée sociologique sont indéniables. Cependant, bien que situé sur le lieu de mémoire de la traite atlantique, celui-ci traite trop marginalement de la condition de la femme dans la traite. Il serait peut-être souhaitable, toujours d’après la direction du Patrimoine au vu de l’importante documentation existante sur la femme, de sa captivité au voyage sans retour, et jusqu’à ses conditions de vie dans les plantations, de développer un peu plus ce discours pour se renouveler et être plus en conformité avec les attentes des visiteurs.

Réputé pour sa collection de 750 espèces de poissons et 700 espèces de mollusques, le musée de la mer présente également les écosystèmes et l’habitat de la région. Bien que son discours muséographique parle aussi de la traversée, la vocation première de laboratoire de recherche avec ses remarquables collections de biologie marine n’a pas pu s’accommoder avec la vocation muséale de la traite développée à Gorée, et l’écart est devenu de plus en plus important depuis que Gorée est inscrite au patrimoine mondial. Pour cela, la direction propose de dissocier les deux axes muséographiques en concevant un centre pour le laboratoire de recherche de l’IFAN Cheikh Anta Diop, et un musée centré sur la traversée, les navigations en général y compris en Afrique, les conditions de la traversée et la vie dans les cales des bateaux négriers. Devant la porte du voyage sans retour de la Maison des Esclaves, un projet d’installation d’une cale grandeur nature d’un bateau négrier, serait à l’étude.

Enfin, le musée historique présente l’histoire du Sénégal. De ce fait, il documente assez bien certains épisodes de la traite. Pour autant, le discours muséographique sur le passé de la nation semblerait trop ambitieux pour demeurer à Gorée. Des réflexions sont aujourd’hui en cours pour doter le Sénégal d’un véritable musée national à Dakar. Quant au musée de Gorée, la direction du patrimoine pense qu’il devrait se concentrer sur la présentation exhaustive et illustrée de la production historique, documentaire et archivistique sur la traite atlantique. Ce musée pourrait aussi aider à rendre l’image de Gorée plus conforme à la diversité qui régna en ces lieux, en réalisant des fresques et des reconstitutions sur la vie de la population goréenne.

Le discours symbolique, forgé dès l’époque coloniale à partir d’une « Maison des Esclaves » et d’une « porte du voyage sans retour », repris et amplifié par Joseph Ndiaye, doit être progressivement renouvelé. Comme à Ouidah et dans les autres lieux de célébration du pèlerinage de ce tourisme mémoriel, la « route de l’esclave » est jalonnée de représentations abstraites ou le plus souvent imagées110. La voile en béton d’un bateau négrier, dominant la réplique d’un grand mémorial avorté est érigée depuis 1999 au sommet de l’île-mémoire, malgré les protestations tardives de l’UNESCO. Une statue des esclaves libérés, offerte en 2003 par les Guadeloupéens pour célébrer l’abolition de l’esclavage, est aujourd’hui installée dans le jardin précédant l’accès à la Maison des esclaves (fig. n°17). Les nouveaux projets en cours des mémoriaux et des musées renouvellent et amplifient le discours. Deux projets associent à cette « porte du voyage sans retour » de la Maison des esclaves ou de sa reconstitution, la représentation des cales d’un navire négrier avec leurs esclaves enchaînés. Les critères patrimoniaux d’authenticité et de respect de l’environnement, prônés par l’UNESCO risquent à nouveau de voler en éclat111.

Depuis plusieurs décennies, avant ou après l’Indépendance du Sénégal, l’île de Gorée est un forum permanent où le patrimoine, les mémoires et l’histoire112, les commémorations et les mémoriaux, les discours muséaux, les souvenirs et les représentations, imaginées, entretenues ou construites sur la Traite atlantique sont soumis à une remise en cause perpétuelle, s’adaptant aux découvertes et aux connaissances historiques et aux messages culturels, idéologiques et politiques délivrés par les communautés patrimoniales, l’État du Sénégal et l’UNESCO.

L’histoire de l’esclavage et de celle de la traite atlantique à Gorée, qui ne se limite pas à l’histoire d’un simple « échange commercial » entre producteurs et acheteurs dans un temps donné, inclut et dépasse l’histoire d’un passé raconté et la place de ce passé dans l’imaginaire présent des Sénégalais, c’est-à-dire ce « présent du passé » qu’est la mémoire, collective, sur lequel prend appui une grande partie du patrimoine113.

Notes

1 – Nous remercions Ibrahima Thioub, Xavier Ricou, Cyr Descamps et Dominique Moiselet pour leur aide précieuse dans l’élaboration de cet article. L’article, terminé en décembre 2011, ne tient pas compte des derniers développements de l’actualité et du résultat des recherches en cours. Voir notamment KANE, Moustapha. Histoire de la construction d’un lieu de mémoire de la traite atlantique des esclaves : Gorée de 1944 à nos jours. Dakar, UCAD.

2 – Inscription relevée sur une plaque érigée le 8 novembre 1999 à Gorée à l’entrée du jardin de plantes grasses « canarien » par la Maison africaine de la poésie internationale en présence du Président de la République du Sénégal et du Premier Ministre du Canada.

3 – GUEYE, Mbaye. L’esclavage au Sénégal du XVIIe au XIXe siècle. Nantes, thèse de doctorat de 3e cycle, 1969 ; L’Afrique et l’esclavage. Une étude sur la traite négrière. Martinsart, 1983.

4 – DE ROUX, Emmanuel. « Le mythe de la Maison des esclaves qui résiste à la réalité ». Le Monde, 27 décembre 1996. SAMB, Djibril (dir.). Gorée et l’esclavage, Actes du Séminaire sur Gorée dans la traite atlantique : mythes et réalités, Gorée, 7-8 avril 1997. Dakar : IFAN-CAD, Initiations et Études Africaines, 38, juillet 1997.

5Les esclavages et les traites : communautés, frontières et identités. Pôle d’Excellence Régional (PER) domicilié au Département d’Histoire de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université Cheikh Anta Diop. http://peresclave.over-blog.com/categorie-10204481.html [consulté le 25/04/2011]. En 2011, le PER est devenu le Centre Africain de Recherches sur les Traites et les Esclavages (CARTE). http://www.carte-ucad.org/fr [consulté le 26/02/2013]. Sur la traite négrière et l’esclavage, voir notamment les orientations bibliographiques données par : le département d’histoire de l’Université Cheick Anta Diop de Dakar (UCAD), http://www.histoire-ucad.org/archives/index.php/remository.html?func=select&id=34 [consulté le 25/04/2011] ; l’UNESCO, http://unesdoc.unesco.org/images/0018/001887/188769m.pdf [consulté le 25/04/2011]. Pour un état des lieux et des savoirs sur Gorée, voir : CAMARA, Abdoulaye, BENOIST, Joseph-Roger (de). Histoire de Gorée. Maisonneuve et Larose, 2003, p. 153-155 (bibliographie). Un inventaire du patrimoine immobilier de Gorée, conduit par la Direction du Patrimoine historique classé du ministère de la culture du Sénégal, est en cours depuis 2007.

6 – Voir le site : http://whc.unesco.org/fr/list/26 [consulté le 25/04/2011].

7 – Voir en Afrique les nombreux projets mémoriels et concurrentiels en oeuvre ou en gestation en Gambie, Ghana, Bénin, Congo, … mis en oeuvre avec l’aide de l’UNESCO depuis 1994 : http://www.unesco.org/africa/portal/culture_4.html [consulté le 26/02/2012].

8Guide du tourisme en Afrique Occidentale Française et au territoire du Togo sous mandat français. Paris : Agence économique de l’Afrique occidentale Française, 5e éd., 1939 (1ère éd. 1926), p. 10.

9 – « Au XVIIIe siècle […], l’Afrique […] fournit la main d’œuvre esclave nécessaire à l’exploitation des Îles de l’Océan Indien, des Antilles et de l’Amérique. Il y a là un transport de force odieux mais tout à fait méconnu. Les philosophes blâment l’esclavage et la traite mais tout en accréditant la légende du sauvage africain heureux dans sa vertueuse sauvagerie et tout en profitant d’une civilisation matérielle qui comprend les produits coloniaux, ils ne mettent pas l’Afrique à l’honneur du travail. Et il faudra encore de longues années pour que l’on découvre, sous les préjugés négriers et sous les rêveries humanitaires, le caractère paysan des hommes de la savane. ». Guide du tourisme en Afrique Occidentale Française et au territoire du Togo sous mandat français. Paris : Agence économique de l’Afrique occidentale Française, 5e éd., 1939 (1ère éd. 1926), p. 9.

10 – « L’œuvre de la France en Afrique Occidentale ». L’Illustration, 29 février 1936, 94ème année, n°4852, p. 253-256 et supplément p. XIII-XXV. Description de « l’île des esclaves », p. 257-258.

11 – Le 31 mai 1936, la compagnie Air-France inaugure son premier service hebdomadaire entre la France et le Sénégal en trimoteur Dewoitine 338. Ces avions transportaient 15 passagers à la vitesse de 275 km/h. Cette remarquable aventure humaine et technologique participe également du patrimoine en partage entre la France, l’Afrique et l’Amérique. Pour cette raison, le Sénégal a introduit l’Aéropostale sur sa Liste indicative en vue d’une inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO dans la catégorie des biens en série.

12 – Renseignement aimablement communiqué par Xavier Ricou (avril 2011).

13Guide du tourisme en Afrique Occidentale Française et au territoire du Togo sous mandat français. Paris : Agence économique de l’Afrique occidentale Française, 5e éd. (1ère éd. 1926), 1939, p. 66.

14L’Illustration, n°4435, 3 mars 1928. Renseignement aimablement communiqué par Xavier Ricou.

15 – BRAU, P. (Dr). « L’île du sortilège ». Bull. Comité d’Études historiques et scientifiques de l’Afrique Occidentale Française, t. XI, n°4, oct.-déc. 1928, tiré à part, p. 63.

16 – GAFFIOT, Robert. Gorée, capitale déchue. Paris : L. Fournier, 1933, p. 93. GAFFIOT, Robert. Gorée, toute petite île. Arc-et-Senans : Éditions de l’Aile, 1933, p. 11. Dessin portant la légende : « Cour d’une ancienne maison négrière ». Ce dessin, signé de la main de l’auteur Robert Gaffiot (R.G.), représente la cour de l’actuelle Maison des Esclaves. Il ne porte pas [encore] son appellation postérieure qui serait donc apparue entre 1933 et 1936. Dans ses deux ouvrages Gaffiot n’emploie pas l’expression de « porte de non retour », l’auteur ne précise pas s’il s’agit de la reprise d’une « tradition », orale ou écrite antérieure.

17 – CARIOU, Pierre-André. Promenade à Gorée (Sénégal), manuscrit dactylographié, 1951-1952. L’auteur dépose trois exemplaires du manuscrit à Paris : aux Archives d’Outre-Mer, à la Bibliothèque nationale de France et aux Archives de la Marine. Aujourd’hui, l’exemplaire des Archives de la Marine est conservé à la bibliothèque des Archives d’Outre-Mer à Aix-en-Provence (CAOM) : – copie du manuscrit provisoire, [s.l.n.d.] [dactylographié], (288-6 p.). Aix-en-Provence : Centre des Archives d’Outre-Mer, 24Miom/57 ; – [s.l., s.n.] 1978, 1 vol. (274, 64, [19], 12) : nombr. pl. h. t., plans et cartes h. t. et dépl., 1 plan dépl. en coul. in fine. Aix-en-Provence : Centre des Archives d’Outre-Mer, BIB SOM d4506 ; – s.l., 1978, 1. vol. (12, 274, 64, 19). Paris : Bibliothèque nationale de France, cote FOL- O3M- 1456. Dans l’exemplaire déposé aujourd’hui à la BnF, cette somme dactylographiée comprend un avertissement, une reproduction de l’article « Notice sur Gorée » écrit par le Dr Cariou (publiée dans La presqu’île du Cap-Vert. Dakar : IFAN, 1949, p. 273-282), le manuscrit Promenade à Gorée (274 p.), une bibliographie (64 p.) et des annexes (quatre partitions de chants goréens, 19 p.). La note d’avertissement nous indique que l’auteur a rédigé l’ouvrage sous la forme d’une conférence en 1951-1952, avec révision en 1977. Il n’aurait pas édité ce manuscrit sous le prétexte que sa « Notice sur Gorée » avait déjà été publiée au préalable dans La presqu’île du Cap-Vert (Dakar : IFAN, 1949), le Guide sur musée historique de l’AOF à Gorée (MAUNY, Raymond. Dakar : IFAN, 1955), et enfin Dakar et le Sénégal (Paris : Hachette, les Guides Bleus illustrés, 1972). Cariou est présent à Gorée au moment du bombardement de 1940 et aurait quitté l’île vers 1943. Durant son séjour, il amasse une documentation considérable sur l’île qu’il complète par la lecture des sources d’archives de la métropole. Le plan de Gorée qui accompagne le manuscrit porte la date de 1944. Il semblerait que ce soit cette « histoire » de la Maison des Esclaves écrite par Cariou qui ait servi de trame originelle au discours de l’ancien conservateur Joseph Ndiaye. En 1993, les auteurs du nouveau guide de l’île de Gorée sont plus nuancés et retiennent pour l’usage des petites pièces du rez-de-chaussée de la Maison des Esclaves une fonction mixte de « chambres » pour les « esclaves domestiques » et de « cellules » pour les esclaves de traite. (CAMARA, Abdoulaye, BENOIST, Joseph-Roger (de). Gorée. Guide de l’île et du Musée historique. Dakar : IFAN-Cheik Anta Diop, 1993, p. 12-13).

18 – Raymond Mauny débarque à Dakar le 13 décembre 1937 et y rencontre le professeur Théodore Monod, directeur de l’Institut Français d’Afrique Noire (IFAN), créé le 19 août 1936. Mauny est d’abord affecté dans les services du Gouvernement général. Durant la guerre, il prospecte notamment des sites préhistoriques autour de Dakar. En 1947, il est détaché de l’administration, puis intégré comme assistant à l’IFAN en 1949. Il s’occupe notamment de la protection des sites et des monuments historiques, et de ses prolongements en matière touristique, ainsi que de la mise en place des musées de Gorée, Dakar et Bamako. Pendant quinze ans (1947-1962), il dirige la section archéologie-préhistoire de l’IFAN. (BRASSEUR, Gérard. « Raymond Mauny ». 2000 ans d’histoire africaine. Le sol, la parole, l’écrit. Mélanges en hommage à Raymond Mauny. Paris : L’Harmattan, 1981, t. 1, p. 1-3).

19 Malgré son apport considérable au développement des recherches en AOF, notament dans le domaine de l’archéologie, Mauny est resté profondément conservateur, voire nihiliste. Il a systématiquement nié les apports de l’Afrique aux progrès techniques de l’humanité (invention du fer par exemple), contesté les contacts anciens avec la toute proche Méditerrannée. Ses positions ambigues lui valurent, au lendemain de la seconde guerre mondiale, d’être accusé de collaboration avec l’ennemi, ce qui lui valut une comparution devant la Chambre Civique du Parquet Général de l’AOF en son Audience du 4 décembre 1945. Il sera heureusement acquitté.

20 – MAUNY, Raymond. Guide de Gorée. Dakar : IFAN, Initiations Africaines : VII, 1951, p. 28 : « Quoi qu’en aient dit certains auteurs, il est bien peu probable que les négriers aient utilisé cette porte donnant sur la mer pour faire disparaître les cadavres. Le commerce des esclaves au XVIIIe siècle se faisait au grand jour ; les négriers n’avaient nul besoin de « faire disparaître » des cadavres comme de vulgaires criminels, alors qu’ils jouissaient de la considération due à d’honnêtes commerçants. Et par ailleurs, drôle de façon de procéder, si l’on voulait passer inaperçu, que de jeter un cadavre à la mer à quelques mètres de sa maison… et à portée de ses narines, au surcroît ! Les esclaves étaient embarqués par chaloupes dans l’Anse, au grand jour, et s’il en mourait, ils étaient enterrés dans les lieux de sépulture que l’on retrouve partout dans l’île ». Cette affirmation toute cartésienne doit être relativisée par le récit d’un témoin contemporain qui connaît bien les sites de traite de Gorée et de Saint-Louis, le chevalier de Boufflers. « Dans ce temps çi l’air du Sénégal est le pire de tous. Imagine que nous sentons de nos chambres, et surtout de la mienne, les exhalaisons des cadavres des captifs qui meurent par douzaines dans les cachots, et que les marchands, par économie, font jeter à l’eau pendant la nuit avec des boulets aux pieds. Les boulets se détachent à la longue, et les corps flottent entre deux eaux et vont s’arrêter sur le rivage, dans des endroits où l’on ne peut souvent pas arriver à pied ni en bateau. Ils restent entre les mangliers [= palétuviers et non « mangiers », selon Cyr Descamps] et ils y pourrissent à leur aise. Nous faisons des règlements pour parer à cela ; mais l’infection qui règne actuellement nous montre qu’ils ne sont pas suivis. » (Lettre datée du 9 juin 1786). PRAT, Paul. Lettres du chevalier de Boufflers à la comtesse de Sabran. Paris : Plon, 1891, p. 148-149.

21 – CAMARA, Abdoulaye, BENOIST, Joseph-Roger (de). Histoire de Gorée. Paris : Maisonneuve et Larose, 2003, p. 100-102. A.N. Sénégal, 4P 1442, Institut Français d’Afrique Noire (IFAN) à Dakar, aménagement, construction du musée de Gorée. Pièces écrites et plans, 1949-1953.

22 – MAUNY, Raymond. Guide du Musée historique de l’A.O.F. à Gorée. Dakar : IFAN, catalogue, n°XIII, 1955, p. 11-21. Dans la salle consacrée à l’esclavage et son abolition, sont exposées une maquette du brick négrier nantais La Joséphine (1824), établie d’après les plans du Musée de la Marine à Paris, et des reproductions de documents relatifs à la traite et au transport des esclaves.

23 – Le Musée de la Mer correspond au savoir développé autour du laboratoire de biologie marine par l’IFAN. Il vient compléter ce dispositif touristique muséal et apporter une note exotique de villégiature balnéaire, en contrepoint du tourisme mémoriel. On y organise des expositions reflétant les interactions multiples entre les cultures ouest-africaines et les écosystèmes marins tout en faisant découvrir les instruments modernes d’océanographie.

24 – Décret du 25 janvier 1937 portant protection des monuments naturels et des sites de caractère historique, légendaire ou pittoresque, des colonies, pays de protectorat et territoires sous mandat relevant du ministère des Colonies. Arrêté n°2805 du 16 octobre 1937 pour l’AOF (Journal officiel de l’AOF, p. 1063).

25 – Lettre d’André Villard au gouverneur général de l’AOF datée du 21 octobre 1937. Archives IFAN, C2/1.

26 – DELCOURT, Jean. Gorée, six siècles d’histoire. Dakar : Clairafrique, 1984, p. 96. À proximité de Dakar, Gorée est considérée comme une villégiature balnéaire et la Marine y installe une maison de repos.

27 – Arrêté du 15 novembre 1944 portant l’inscription sur la liste des monuments naturels et des sites de l’île de Gorée tout entière. Journal officiel de l’AOF, 9 décembre 1944, p. 834. Arrêté complémentaire du 15 février 1951 déclarant Gorée « site historique » et prévoyant une commission spéciale pour examiner les demandes d’autorisation de travaux. Journal officiel de l’AOF, 15 février 1951, p. 234, art. 36/1 à 36/3.

28 – Plan publié par Robert Gaffiot. La légende indique que l’état des habitations fut levé par le sergent Castel en 1932. Il représente les espaces où les maisons sont encore en état, les maisons en ruines et enfin l’emplacement des maisons ayant disparu. (GAFFIOT, Robert. Gorée, toute petite île. Doubs : Arcs-et-Senans, 1933, plan hors-texte).

29 – Lettre de Théodore Monod adressée au Gouverneur général de Dakar et dépendances datée du 8 juillet 1942. Archives IFAN, n°812. (CAMARA, Abdoulaye, BENOIST, Joseph-Roger de. Histoire de Gorée, 2003, p. 135).

30 – MAUNY, Raymond. « En marge du centenaire de l’abolition de l’esclavage, l’île de Gorée ». Paris-Dakar, n° 3732, 22 avril 1948, p. 29.

31 – Ancienne esclaverie construite au XVIIIe siècle, (CAMARA, Abdoulaye, BENOIST, Joseph-Roger de. Histoire de Gorée, 2003, p. 110).

32 – Voir le site : http://fr.wikipedia.org/wiki/Boubacar_Joseph_Ndiaye [consulté le 25/04/2011].

33 – Voir le site : http://www.afrik.com/article9804.html [consulté le 17/06/2011].

34Le Soleil, 7 et 8 octobre 1978.

35Reportage documentaire sur l’île de Gorée, TF1, émission réalisée en mai 2005.

36Reportage documentaire sur l’île de Gorée, TF1, émission réalisée en mai 2005.

37 – Ndiaye, Boubacar Joseph. La maison des esclaves de Gorée. L’esclavage, ses origines et ses répercussions en Afrique ; Gorée historique et traite des noirs à Gorée. Dakar : Maison des Esclaves de Gorée, 1986.

38 – « J’ai été tellement ému par ce que j’ai vu et entendu que j’en ai pleuré, car je viens de comprendre combien la traite négrière était inhumaine, combien mes ancêtres ont souffert depuis leur mise en captivité, leur séjour dans les esclaveries du littoral africain et dans les bateaux qui les ont transportés en Amérique. J’ai eu l’impression d’avoir remonté le temps et vécu moi-même leur calvaire ». Extrait du livre d’or du musée, d’après DIOP, Boubacar Boris, TOBNER, Odile, VERSCHAVE, François-Xavier. Négrophobie. Paris : Les Arènes, 2005).

39 – KI-ZERBO, Joseph. Histoire d’Afrique Noire, d’hier à demain. Paris : Hatier, 1972. ANGRAND, Jean-Luc. L’ouverture de la vraie captiverie de Gorée en 2010 – dixit « Indignez vous ». 13 avril 2010, en ligne http://jeanlucangrand.blogspot.com/2010/04/louverture-de-la-vraie-captiverie-de.html [consulté le 15/04/2011].

40 – De Roux, Emmanuel. « Le mythe de la Maison des esclaves qui résiste à la réalité ». Le Monde, 27 décembre 1996.

41 – De Roux, Emmanuel. « Le mythe de la Maison des esclaves qui résiste à la réalité ». Le Monde, 27 décembre 1996.

42 – Samb, Djibril (dir). Gorée et l’esclavage, Actes du Séminaire sur « Gorée dans la traite atlantique : mythes et réalités », Gorée, 7-8 avril 1997. Dakar : IFAN-CAD, Initiations et Études Africaines, 38, juillet 1997. Voir aussi : SMITH, Stephen. Nécrologie, Pourquoi l’Afrique meurt. Paris : Hachette-Plurielles, 2004. DUARTE, Florence. Esclavage : la thèse qui choque Dakar : http://www.senegalaisement.com/senegal/esclavage_senegal.php [consulté le 01/06/2011].

43 – ANGRAND, Jean-Luc. Céleste ou le temps des signares. Paris : Éditions Anne Pépin, 2006, p. 48. Voir la critique de l’ouvrage par Xavier Ricou qui souligne à juste titre l’absence de sources, des informations lacunaires, des erreurs. http://www.senegalmetis.com/Senegalmetis/Celeste.html [consulté le 20/06/2011].

44 – THIOUB, Ibrahima, BOCOUM, Hamady. « Gorée et les mémoires de la Traite atlantique ». Dans SAMB, Djibril (dir.). Gorée et l’esclavage, Actes du Séminaire sur Gorée dans la traite atlantique : mythes et réalités, Gorée, 7-8 avril 1997. Dakar : IFAN-CAD, Initiations et Études Africaines, 38, juillet 1997, p. 200.

45 – SECK, Ibrahima. « Esclavage et traite des esclaves dans les manuels de l’enseignement secondaire du Sénégal : des programmes de domestication coloniale aux programmes dits d’enracinement et d’ouverture ». Revue Historiens-Géographes du Sénégal, n°8. Dakar : Faculté des Sciences et Technologies de l’Éducation et de la Formation, UCAD, 2009, p. 75. Bénin, Ouidah, Porte du non retour, http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Ouidah_Porte_du_Non_retour.jpg [consulté le 17/06/2011].

46 – NDIAYE, Boubacar Joseph. Il fut un jour à Gorée… l’esclavage raconté à nos enfants. Paris : Lafon, 2006.

47 – THIAW, Ibrahima. « L’archéologie de l’île de Gorée au Sénégal. Chaque maison a une histoire ». Dans SANSONE, Livio, SOUMONNI, Élisée, BARRY, Boubacar (dir.). La construction transatlantique d’identités noires. Entre Afrique et Amériques. Paris : Karthala, 2010, p. 41-56 [trad. française de l’ouvrage paru en anglais en 2008, issu du colloque tenu à Gorée en 2002] ; THIAW, Ibrahima. « L’espace entre les mots et les choses : mémoire historique et culture matérielle à Gorée (Sénégal) ». THIAW, Ibrahima (dir.). Espaces, culture matérielle et identités en Sénégambie. Dakar : CODESRIA, 2010, p. 18-40.

48 – La non implication dans le discours mémoriel ne signifie pas cependant désintérêt pour la préservation de l’île. De nombreux édifices ont été réhabilités et un important programme de protection de Gorée contre l’érosion marine sera élaboré et une recherche de financement entreprise. De même la requalification du Palais Roume en Auberge du Penseur a également été proposée par le Président Wade, sans connaître un début d’exécution.

49 – Poète, écrivain, homme politique, Léopold Sédar Senghor reprend la notion sur la Négritude, introduite par Aimé Césaire dès 1935, en la définissant ainsi : « La Négritude est la simple reconnaissance du fait d’être noir, et l’acceptation de ce fait, de notre destin de Noir, de notre histoire et de notre culture ». Fervent défenseur de la culture, la Négritude est pour lui « l’ensemble des valeurs culturelles de l’Afrique noire ». VAILLANT, Janet G. Vie de Léopold Sédar Senghor. Noir, Français et Africain. Paris : Karthala, 2006. DIAGNE, Bachir « In Praise of the Post-racial. Negritude beyond Negritude ». Third Text, Vol. 24, Issue 2, March, 2010, p. 241-248.

50 – Voir le site : http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/senghor/senghobiographie.asp [consulté le 02/07/2011].

51 Voir le site : http://www.au-senegal.com/Festival-mondial-des-arts-negres,2982.html [consulté le 06/06/2011] ; Second Congrès des artistes et écrivains noirs. Paris : Présence Africaine, n° 27-28, t. 1, février-mai 1959, p. 417.

52 – Léopold Sédar Senghor, 19 mars 1966, allocution radiodiffusée.

53Le premier Festival Mondial des Arts Nègres. Bruxelles : Marci, 1966. Le président du Festival Alioune Diop préside également l’Association du Festival Mondial des Arts Nègres. Trente-sept pays participent à ce premier festival, dont trente pays africains. Grâce au soutien financier du gouvernement du Sénégal et de la Société Africaine de Culture, ce festival s’organise autour de plusieurs manifestations : – un colloque sur « Fonction et signification sur l’Art Nègre dans la vie du peuple et pour le peuple (30 mars-8 avril) » (Condé-sur-Noireau : Présence Africaine, 1967) ; – un spectacle tous les soirs par des artistes, danseurs, musiciens de chaque pays participant au Festival ; – une exposition « L’Art Nègre, Sources Évolution Expansion » (Dakar-Paris, 1966.).

54 – Voir le site : http://www.ina.fr/art-et-culture/musique/video/CAF89027584/festival-des-arts-negres-a-dakar.fr.html [consulté le 06/06/2011].

55À la demande des Sénégalais, le ministère français de la Coopération met à leur disposition Jean Mazel, qui a déjà réalisé en 1958 le spectacle de Marrakech. Le scénario est monté à partir des recherches menées par le département de l’IFAN sur l’histoire de Gorée. Ce scénario devait servir de canevas à un texte d’Aimé Césaire qui fut remplacé par Jean Brière, un Haïtien installé au Sénégal depuis 1964. Archives Nationales du Sénégal, FMAN 33 : Commission des spectacles. Spectacle féerique de Gorée. Opéra populaire en huit tableaux créé à l’occasion du premier Festival mondial des arts nègres. 1-24 avril 1966, Dakar. D’après Cyr Descamps, le spectable aurait été conçu en collaboration avec Charles Carrère.

56 – Dans les premières séquences du film Little Senegal de Richard Bouchareb, les touristes noirs américains sont saisis par l’émotion lors de la visite de la Maison des Esclaves. BOUCHAREB, Richard. Little Senegal, Tadrart Film, 2000, 1h38, long métrage algérien, français, allemand.

57 – Extrait de l’« Appel du Directeur général pour la sauvegarde de Gorée, 22 décembre 1980 ». Les Nouvelles de l’Unesco, n°41, 5 janvier 1981, p. 1-3. L’engouement des Américains pour la généalogie remonte à 1976, avec la parution de l’ouvrage de HALEY, Max. Roots. The Saga of an American Family, repris dans les séries télévisées Roots de 1977 et 1979. L’île de Gorée y est présentée comme « gataway to Roots ». Sur la marchandisation touristique de l’île de Gorée : EBRON, Paulla A. « Tourists as pilgrims: Commercial fashioning of transatlantic politics « . American Ethnologist, nov. 1999, 26, 4, p. 910-932. http://www.nyu.edu/classes/bkg/tourist/ebron-africa.pdf [consulté le 26/02/2013]

58 – Voir le site : http://www.goreediasporafestival.org/accueil.html [consulté le 06/06/2011].

59Île de Gorée. Zone urbaine de Dakar. Paris : Eurétudes, 1968. Le programme d’aménagement insiste sur cinq recommandations essentielles : la restauration et l’amélioration de l’urbanisme général du site par la création d’un complexe hôtelier moderne sur le Castel, le développement du centre de pêche sportive par une extension de la capacité d’accueil des installations au niveau du Relais de l’Espadon, la réalisation d’un équipement portuaire favorisant l’amélioration de la liaison maritime avec la ville de Dakar et enfin l’édification de nouvelles maisons d’un type particulier.

60 – Voir le site : http://archiwebture.citechaillot.fr/awt/asso/FRAPN02_AADOC_REPERAGE.pdf [consulté le 21/06/2011].

61 – Voir le site : http://www.senegalmetis.com/Senegalmetis/30_ans_de_classement.html [consulté le 21/06/2011].

62 – Descamps, Cyr. Préservation et mise en valeur du patrimoine national (décembre 1969 – janvier 1970). Paris : UNESCO, 1970.

63 – Convention et recommandations de l’UNESCO relatives à la protection du patrimoine culturel. Paris : UNESCO, 1983.

64 – Le critère VI de 1972 est d’« être directement ou matériellement associé à des événements ou des traditions vivantes, des idées, des croyances ou des œuvres artistiques et littéraires ayant une signification universelle exceptionnelle ». En 1977, le critère d’inscription de l’île de Gorée mentionne qu’elle : « … occupe une place de choix dans le patrimoine sénégalais en tant que vestige de choc de deux civilisations différentes, et le témoin d’une expérience humaine sans précédent dans l’histoire des peuples. En effet, Gorée est pour la conscience universelle, le symbole de la traite négrière avec son cortège de souffrance, de larme et de mort. L’attention que les autorités sénégalaises portent à cette île ne se réfère pas à un désir de s’attarder sur le passé à jamais enfoui, mais à une volonté de faire de l’île de Gorée l’archétype de la souffrance de l’homme noir à travers les âges à l’instar de tant d’autres lieux tristement célèbres où l’aveuglement et la haine ont naguère sévi. De plus, par-delà cet aspect historique, l’île de Gorée constitue en elle-même un ensemble architectural digne d’intérêt dont la conservation tel quel, est une des priorités du programme sénégalais de protection du patrimoine […] » (Formulaire de proposition d’inscription n° CC-77/WS/64. Dans GONODOU, Alain, ASSOMO, Lazare Éloundou. État de conservation de l’île de Gorée, rapport de mission ICOMOS (28 mars – 3 avril 2004). Centre du patrimoine mondial – ICOMOS, 2004, p. 7, en ligne : http://whc.unesco.org/archive/2004/mis-26-2004.pdf [consulté le 25/04/2011]).

65 – GRÉGOIRE, A. Sénégal. Monuments historiques de l’île de Gorée et de Saint-Louis du Sénégal. Paris : UNESCO, mai 1974, mss. dactyl. http://unesdoc.unesco.org/images/0001/000102/010200FB.pdf [consulté le 25/07/2011].

66 FRAPOLLI, Jean-Pierre, CLERC, Maurice. Plan directeur de rénovation de l’île de Gorée. Aspects juridiques et financiers du programme de rénovation de l’île. Paris : UNESCO, 1975. http://unesdoc.unesco.org/images/0001/000161/016127fb.pdf [consulté le 25/07/2011].

67 – PARENT, Michel. L’avenir de Gorée. Paris : UNESCO, 1977, FMR/ CCT/ CH/ 77/ 184.

68 – LABLAUDE, Pierre-André. Réhabilitation du site historique de l’île de Gorée. Projet touristique de la Petite Côte. Sénégal. Paris : UNESCO, 1978. FMR/CC/CH/78/260(BIRD) ; 9988.SEN/21.

69 – UNESCO. Plan d’action pour la sauvegarde du patrimoine architectural de l’île de Gorée. 1981. http://unesdoc.unesco.org/images/0004/000459/045955fb.pdf [consulté le 26/04/2011].

70 – Il s’agit de Michel Van der Meerschen (depuis le classement de l’île en 1978, jusqu’en 1982), puis de Françoise Descamps et Dirk Defraeije (en poste à partir de 1982).

71 UNESCO. Gorée, island of memories. Paris : Unesco, 1985 (en anglais) : http://www.worditude.com/ebooks/unescopdf/goree.pdf [consulté le 06/04/2011]. L’UNESCO a aussi contribué à l’émission de timbres, [voir ad. Internet]. Au cours des années 2000, l’UNESCO a conçu un site internet pour une visite virtuelle de Gorée : http://webworld.unesco.org/goree/fr/index.shtml [consulté 07/04/2011].

72 – Gorée, île mémoire : Campagne internationale de sauvegarde. 1985, réd. 2008. http://unesdoc.unesco.org/images/0018/001803/180301m.pdf [consulté le 26/07/2011].

73 – « Appel du Directeur général pour la sauvegarde de Gorée, 22 décembre 1980 ». Les Nouvelles de l’UNESCO, n°41, 5 janvier 1981, p. 1-3.

74 Gorée, Guide de l’île et du musée historique. Dakar : IFAN, Musée Historique, 1993.

75 – LABLAUDE, Pierre-André. Préservation et restauration de l’île de Gorée. Paris : UNESCO, 1982. http://unesdoc.unesco.org/images/0005/000511/051197fo.pdf [consulté le 25/07/2011].

76 – Godonou, Alain, Assomo, Lazare Éloundou. État de conservation de l’île de Gorée, rapport de mission ICOMOS (28 mars – 3 avril 2004). Centre du patrimoine mondial – ICOMOS, 2004, p. 7. http://whc.unesco.org/archive/2004/mis-26-2004.pdf [consulté le 25/04/2011].

77 – Ce sont des « travaux de réparation consécutifs à l’effondrement d’un mur porteur au rez-de-chaussée »… « Les restaurations effectuées concernent certains éléments décoratifs supposés avoir disparu ». (Camara, Abdoulaye, Benoist, Joseph-Roger (de). Histoire de Gorée. Paris : Maisonneuve et Larose, 2003, p. 110).

78 – En 1990-1991, une nouvelle campagne de restauration de la Maison des esclaves a été entreprise avec l’aide financière du Comité France-Liberté. Les travaux devaient permettre de reconstituer à l’étage « une pièce d’habitation d’époque, décorée de meubles et d’objets pour la plupart d’origine », et de présenter une exposition de documents sur la vie quotidienne à Gorée au XVIIIe siècle.

79 – Adolphe d’Hastrel de Rivedoux, peintre, aquarelliste, lithographe, embrasse la carrière militaire et devient capitaine d’artillerie dans la marine. Au cours de ses périples, il fait escale au Sénégal en 1836 et y séjourne à nouveau en 1839. Lors de ce dernier passage, il réalise notamment une série d’aquarelles d’une grande précision sur Gorée, qu’il reproduira lui-même dans un album lithographique qu’il publie près de dix ans plus tard sous le titre « Colonie française du Sénégal ». Deux aquarelles nous donnent un état de la Maison dite des esclaves en 1839. Une vue de la cour intérieure de la Maison dite d’Anna Colas (ou Annacolas Pépin), portant la date du 20 février 1839. La vue a été inversée lors de la reprise lithographique effectuée par d’Hastrel lui-même. Une première épreuve de travail porte la mention en bas à gauche : À Gorée 20 février 1839 et à droite, après la signature [illisible]. Cette lithographie porte ensuite le titre : Une habitation à Gorée (Maison d’Anna Colas) pour être insérée comme la planche n°8 de l’album imprimé par Auguste Bry à Paris sur la « Colonie française du Sénégal », s.d. [vers 1848]. La façade sur l’actuelle rue Saint-Germain figure sur un second dessin aquarellé, daté du jour suivant, le 21 février 1839. La lithographie de l’aquarelle est signée par Théodore du Moncel et figure dans l’album sous le n°3. Le revers de l’aquarelle porte une esquisse de la rue Saint-Germain, vue du côté opposé. MAUNY, Raymond. « Aquarelles et dessins de d’Hastrel relatifs au Sénégal (1839) ». Dans Notes africaines, n°52, octobre 1951, p. 113-116 ; RICOU, Xavier. Trésors de l’iconographie du Sénégal colonial. Marseille : Riveneuve, 2007, p. 112-113. http://fr.wikipedia.org/wiki/Adolphe_d%27Hastrel [consulté le 02/08/2011]. http://www.senegalmetis.com/Senegalmetis/Signare_E4-6_dHastrel6.html [consulté le 02/08/2011]. Aquarelle achetée en 1951 par l’IFAN et qui aurait disparu. http://www.senegalmetis.com/Senegalmetis/Signare_E7_dHastrel3.html [consulté le 02/08/2011]. Aquarelle, collection Marie-José Crespin.

80 – UNESCO. Rapport Lablaude, Préservation et restauration de l’île de Gorée. 1982, p. 14.

81 – Voir le site : http://www.geolocation.ws/v/I/5556385582830076641-5560936314785677810/maison-des-esclaves—la-porte-sans/en [consulté le 02/08/2011]. État décembre 2010 : terrasse en cours de construction.

82 – RICOU, Xavier. « Gorée, ville métisse ». Dans CAMARA, Abdoulaye et BENOIST, Joseph Roger de. Histoire de Gorée. Paris : Maisonneuve et Larose, 2003, p. 92.

83 – Les trois établissements sont : la Maison du Soudan, devenue un centre d’étude ; la Capitainerie du port, servant provisoirement d’annexe à l’Université des Mutants ; la Maison Victoria Albis, accueillant des expositions, ainsi que les locaux du Bureau d’architecture des monuments historiques et la résidence de l’expert de l’UNESCO envoyé à Gorée. HAARDT, Caroline. « Gorée, l’île aux esclaves ». Courrier de l’UNESCO, octobre 1992, p. 48-50.

84 – UNESCO, 27ème session du Comité du Patrimoine mondial : État de conservation des biens inscrits sur la liste du patrimoine en péril, référence WHC-03/27.COM/7B, 2003, p. 27, en ligne http://whc.unesco.org/archive/2003/whc03-27com-07bf.pdf [consulté le 06/04/2011].

85 – Voir le site : http://www.abolitions.org/index.php?IdPage=1173454388 [consulté le 16/07/2011].

86 – MATSUURA, Koichiro. « Discours prononcé lors du lancement de l’année internationale de la commémoration de la lutte de l’esclavage et de son abolition à Cape Coast (Ghana) en 2004 ». Bulletin d’information de l’Unesco, numéro spécial, 2004.

87 – GUEYE, Mbaye. Sites liés à la traite négrière et à l’esclavage en Sénégambie. Pour un tourisme de mémoire. UNESCO, 2005 [secteur de Gorée, p. 35-48]. http://unesdoc.unesco.org/images/0014/001401/140126f.pdf.

88 – Le Musée maritime de Merseyside à Liverpool, point de départ du trafic de la traite anglaise abrite depuis 1994 une Transatlantique Slavery Gallery, qui est devenue en 2007 un musée international permanent consacré à la traite transatlantique. http://www.liverpoolmuseums.org.uk/ism/.

89 – « Gorée, La Maison des Esclaves, Sénégal ». Dakar : Foreign and Commonwealth Office/ National Museum galleries on Merseyside/The britisch Council, s. d. [2001 ?], [Brochure exposition].

90 – Voir les trois vidéos de l’exposition de Lamine Barro sur You Tube : http://www.youtube.com/watch?v=bNnQPMDjgMs ; http://www.youtube.com/watch?v=fK09VVpum2c&feature=related ; http://www.youtube.com/watch?v=HXo5Lijegrg&feature=related. L’exposition a été également présentée au Musée de l’IFAN à Dakar et dans d’autres lieux : http://www.comite-memoire-esclavage.fr/spip.php?article423.

91 – Le Soleil, 26 novembre 1976. Cette idée du président Senghor a été reprise une génération plus tard par le président Wade pour la construction de sa statue géante de La Renaissance africaine.

92Le Soleil, 26 novembre 1976.

93 – En 1998-1999, ce concours international a également inspiré de nombreux mémoires de Travaux personnels de fin d’études (TPFE) pour l’obtention du diplôme d’architecte DPLG dans les écoles d’architecture de Paris-la-Seine, Paris-Villemin, Grenoble, Nantes, Marne-la-Vallée, Lyon… http://portail.documentation.developpement-durable.gouv.fr/ArchiResWiki/index.php/ACC%C3%88S%C3%80_LA_BASE : Gorée [consulté le 21/07/2011].

94 – Voir les sites : http://www.unesco.org/bpi/fre/unescopresse/97-150f.htm [consulté le 21/07/2011]. http://www.odb.it/goree.htm [consulté le 01/08/2011]. http://europaconcorsi.com/projects/159587-Gor-e-Memorial/slideshow [consulté le 01/08/2011].

95 – Voir le site : http://www.uia-architectes.org/texte/nouvelles/1a1z1a.html [consulté le 21/07/11].

96Le Soleil, 14 janvier 1998. Allocution du président de la République du Sénégal lors de la remise des prix aux lauréats du Mémorial de Gorée.

97 – Voir le site : http://www.unesco.org/bpi/fre/unescopresse/98-07f.htm [consulté le 21/07/2011].

98 WHC-10/34.COM/8E.Add.2. Brasilia, 1er août 2010, http://whc.unesco.org/archive/2010/whc10-34com-8E.Add2f.pdf [consulté le 21/07/2011].

99 – Voir le site : http://www.memorial-goree.com/ [consulté le 21/07/2011].

100 – Voir le site : http://www.gudev.cz/ [consulté le 21/07/2011].

101 – Le projet de 2011 réapparaît en novembre 2012, porté ( ?) par le ministre de la culture avec l’aide d’Amadou Lamine Sall. Le symbole du navire est repris, dessiné par le studio tchèque Helika. http://www.helika.cz/#/projekty/aktualni/1619 [consulté le 27/02/2013].

102 – Thiam, Alassane, Thilmans, Guy. « Gorée l’île musée, Création d’un musée historique ». Museum, volume XXXII, n° 3, p. 119-129.

103 – Gorée, Guide de l’île et du musée historique. IFAN : Musée Historique, 1993. Pour l’histoire du musée historique : DESCAMPS, Cyr et CAMARA, Abdoulaye. « Le Musée Historique : cinquante ans de présence à Gorée (1954-2004) ». Senegalia. Études sur le patrimoine ouest-africain. Saint-Maur-des-Fossés, Sépia, 2006, p. 150-160.

104 – Voir le site : http://mufem.org/index.php [consulté le 21/08/2011].

105 – Pour l’histoire de ce musée : http://fr.wikipedia.org/wiki/Mus%C3%A9e_de_la_Femme_Henriette-Bathily [consulté le 13/10/2011].

106 – En avril 2011, ce Musée de la Femme était fermé depuis quelques mois.t. Deux ans plus tard, la décision de délocaliser ce musée sur le continent est effective . Les expositions sont en cours de démontage.

107 – MONOD, Théodore. « Le musée de la mer, Gorée, Sénégal ». Museum international, vol. 14, déc. 1961, p. 1-11.

108 – UNESCO-BREDA (Bureau Régional de Dakar). Répertoire des musées du Sénégal. Dakar : Grafiti, 2008, en ligne : http://wamponline.org/Repertoire_des_musees_du_senegal.pdf [consulté le 21/06/2011].

109 – Parmi les partenaires il faut citer l’Association des amis du musée, et le projet Chélonée.

110 – TOULIER, Bernard. « Architecture coloniale, identités culturelles et patrimoine en Afrique francophone ». Dans ANDRIEUX, Jean-Yves (dir.). Patrimoine, sources et paradoxes de l’identité. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2011, p. 117-142.

111 – LABLAUDE, Pierre-André. « À Gorée au Sénégal : l’île aux esclaves ». Monuments Historiques, n°162, fév.-mars 1989, p. 88-92. L’auteur prône une « pratique [patrimoniale] métissée, parfois lointaine des préceptes rigides d’une Charte de Venise vieillie et perçue de plus en plus comme attardée dans une guerre de tranchée post-viollet-le-ducienne, à la dialectique trop exclusivement européenne ».

112 – BOCOUM, Hamady. « Gorée et les mémoires de la Traite atlantique ». Dans Samb, Djibril (dir.). « Gorée et l’esclavage », Actes du Séminaire sur « Gorée dans la traite atlantique : mythes et réalités ». Gorée, 7-8 avril 1997. Dakar : IFAN-CAD, Initiations et Études Africaines, 38, juillet 1997, p. 200.

113 – FRANK, Robert. « La mémoire et l’histoire ». Dans VOLDMAN, Danièle (dir.). La Bouche de la vérité ? « La recherche historique et les sources orales ». Les cahiers de l’Institut d’histoire du temps présent, n°21, nov. 1992, p. 65-72.


Guerre culturelle: L’Amérique a la rage – et c’est nous qui lui avons donnée ! (From Plato to NATO, Western Civ has got to go: Was it the course in Western civilization or Western civilization itself that had to go ?)

4 juillet, 2020

From Plato to NATO: The Idea of the West and Its Opponents: Gress ...https://mobile.agoravox.fr/local/cache-vignettes/L768xH1047/French_Theory-b41ed.jpg

The star athlete and activist took to Twitter to share the powerful rejection, along with a video of actor James Earl Jones reciting Frederick Douglass's renowned speech 'What to the Slave Is the 4th of July?'
Pres. Trump to visit Mt. Rushmore for July 4th - CBSN Live Video ...
President Trump at Mount Rushmore on Friday.Il faut se rappeler que les chefs militaires allemands jouaient un jeu désespéré. Néanmoins, ce fut avec un sentiment d’effroi qu’ils tournèrent contre la Russie la plus affreuse de toutes les armes. Ils firent transporter Lénine, de Suisse en Russie, comme un bacille de la peste, dans un wagon plombé. Winston Churchill
Debout ! les damnés de la terre ! Debout ! les forçats de la faim ! La raison tonne en son cratère, C’est l’éruption de la fin. Du passé faisons table rase, Foule esclave, debout ! debout ! Le monde va changer de base : Nous ne sommes rien, soyons tout ! C’est la lutte finale Groupons-nous, et demain, L’Internationale, Sera le genre humain. Eugène Pottier (1871)
Puisqu’on l’opprime dans sa race et à cause d’elle, c’est d’abord de sa race qu’il lui faut prendre conscience. Ceux qui, durant des siècles, ont vainement tenté, parce qu’il était  nègre, de le rérduire à l’état  de  bête, il faut qu’il les oblige à le reconnaître  pour un homme. Or il n’est pas ici d’échappatoire, ni de tricherie, ni de « passage de ligne  » qu’il puisse envisager : un Juif, blanc parmi les  blancs, peut nier qu’il  soit juif, se déclarer un homme parmi les hommes. Le nègre ne peut  nier qu’il  soit  nègre ni réclamer pour lui cette abstraite humanité incolore : il est noir. Ainsi est-il acculé à l’authenticité : insulté, asservi, il se redresse, il ramasse  le  mot de « nègre » qu’on lui a  jeté comme une pierre, il se revendique  comme noir, en face du blanc, dans la fierté. L’unité finale qui rapprochera tous les opprimés  dans le même combat doit être  précédée aux colonies par ce que je nommerai le moment de la séparation ou de la négativité : ce racisme  antiraciste est le  seul chemin qui puisse  mener à l’abolition  des  différences de race. Jean-Paul Sartre (Orphée noir, 1948)
Attention, l’Amérique a la rage (…) La science se développe partout au même rythme et la fabrication des bombes est affaire de potentiel industriel. En tuant les Rosenberg, vous avez tout simplement essayé d’arrêter les progrès de la science. (…) Vous nous avez déjà fait le coup avec Sacco et Vanzetti et il a réussi. Cette fois, il ne réussira pas. Vous rappelez-vous Nuremberg et votre théorie de la responsabilité collective. Eh bien ! C’est à vous aujourd’hui qu’il faut l’appliquer. Vous êtes collectivement responsables de la mort des Rosenberg, les uns pour avoir provoqué ce meurtre, les autres pour l’avoir laissé commettre. Jean-Paul Sartre (« Les animaux malades de la rage », Libération, 22 juin 1953)
Notre nation fait face à une campagne visant à effacer notre histoire, diffamer nos héros, supprimer nos valeurs et endoctriner nos enfants. (…) Le désordre violent que nous avons vu dans nos rues et nos villes qui sont dirigées par des libéraux démocrates dans tous les cas est le résultat d’années d’endoctrinement extrême et de partialité dans l’éducation, le journalisme et d’autres institutions culturelles. (…) Nous croyons en l’égalité des chances, une justice égale et un traitement égal pour les citoyens de toutes races, origines, religions et croyances. Chaque enfant, de chaque couleur – né et à naître – est fait à l’image sainte de Dieu. Donald Trump
Our nation is witnessing a merciless campaign to wipe out our history, defame our heroes, erase our values, and indoctrinate our children. Angry mobs are trying to tear down statues of our Founders, deface our most sacred memorials, and unleash a wave of violent crime in our cities. Many of these people have no idea why they are doing this, but some know exactly what they are doing. They think the American people are weak and soft and submissive. But no, the American people are strong and proud, and they will not allow our country, and all of its values, history, and culture, to be taken from them. One of their political weapons is “Cancel Culture” — driving people from their jobs, shaming dissenters, and demanding total submission from anyone who disagrees. This is the very definition of totalitarianism, and it is completely alien to our culture and our values, and it has absolutely no place in the United States of America. (…) In our schools, our newsrooms, even our corporate boardrooms, there is a new far-left fascism that demands absolute allegiance. If you do not speak its language, perform its rituals, recite its mantras, and follow its commandments, then you will be censored, banished, blacklisted, persecuted, and punished. (…) Make no mistake: this left-wing cultural revolution is designed to overthrow the American Revolution. In so doing, they would destroy the very civilization that rescued billions from poverty, disease, violence, and hunger, and that lifted humanity to new heights of achievement, discovery, and progress. To make this possible, they are determined to tear down every statue, symbol, and memory of our national heritage. Our people have a great memory. They will never forget the destruction of statues and monuments to George Washington, Abraham Lincoln, Ulysses S. Grant, abolitionists, and many others. The violent mayhem we have seen in the streets of cities that are run by liberal Democrats, in every case, is the predictable result of years of extreme indoctrination and bias in education, journalism, and other cultural institutions. Against every law of society and nature, our children are taught in school to hate their own country, and to believe that the men and women who built it were not heroes, but that were villains. The radical view of American history is a web of lies — all perspective is removed, every virtue is obscured, every motive is twisted, every fact is distorted, and every flaw is magnified until the history is purged and the record is disfigured beyond all recognition. This movement is openly attacking the legacies of every person on Mount Rushmore. They defile the memory of Washington, Jefferson, Lincoln, and Roosevelt. Today, we will set history and history’s record straight. (….) We believe in equal opportunity, equal justice, and equal treatment for citizens of every race, background, religion, and creed. Every child, of every color — born and unborn — is made in the holy image of God. We want free and open debate, not speech codes and cancel culture. We embrace tolerance, not prejudice. We support the courageous men and women of law enforcement. We will never abolish our police or our great Second Amendment, which gives us the right to keep and bear arms. We believe that our children should be taught to love their country, honor our history, and respect our great American flag. We stand tall, we stand proud, and we only kneel to Almighty God. This is who we are. This is what we believe. And these are the values that will guide us as we strive to build an even better and greater future. President Trump
Hey, hey, ho, ho, Western Civ has got to go!  Jesse Jackson (1987)
By focusing these ideas on all of us they are crushing the psyche of those others to whom Locke, Hume, and Plato are not speaking. . . . The Western culture program as it is presently structured around a core list and an outdated philosophy of the West being Greece, Europe, and Euro-America is wrong, and worse, it hurts people mentally and emotionally. Bill King (Stanford Black Student Union,1988)
Still nominally very much part of an atheistic, anti-foundational, French academic avant-garde in the United States, and now increasingly prominent in his position at Johns Hopkins, Girard was even one of the chief organizers of “The Languages of Criticism and the Sciences of Man,” the enormously influential conference, in Baltimore in October 1966, that brought to America from France skeptical celebrity intellectuals including Jacques Lacan, Lucien Goldmann, Roland Barthes, and, most consequentially, the most agile of Nietzschean nihilists, Jacques Derrida, still obscure in 1966 (and always bamboozlingly obscurantist) but propelled to fame by the conference and his subsequent literary productivity and travels in America: another glamorous, revolutionary “Citizen Genet,” like the original Jacobin visitor of 1793–94. After this standing-room-only conference, Derrida and “deconstructionism,” left-wing Nietzscheanism in the high French intellectual mode, took America by storm, which is perhaps the crucial story in the subsequent unintelligibility, decline, and fall of the humanities in American universities, in terms both of enrollments and of course content. The long-term effect can be illustrated in declining enrollments: at Stanford, for example, in 2014 alone “humanities majors plummeted from 20 percent to 7 percent,” according to Ms. Haven. The Anglo-American liberal-humanistic curricular and didactic tradition of Matthew Arnold (defending “the old but true Socratic thesis of the interdependence of knowledge and virtue”), Columbia’s Arnoldian John Erskine (“The Moral Obligation to Be Intelligent,” 1913), Chicago’s R. M. Hutchins and Mortimer Adler (the “Great Books”), and English figures such as Basil Willey (e.g., The English Moralists, 1964) and F. R. Leavis (e.g., The Living Principle: “English” as a Discipline of Thought, 1975) at Cambridge, and their successor there and at Boston University, Sir Christopher Ricks, was rapidly mocked, demoted, and defenestrated, with Stanford students eventually shouting, “Hey, hey, ho, ho! / Western civ has got to go!” The fundamental paradox of a relativistic but left-wing, Francophile Nietzscheanism married to a moralistic neo-Marxist analysis of cultural traditions and power structures — insane conjunction! — is now the very “gas we breathe” on university campuses throughout the West (…). Girard quietly repented his role in introducing what he later called “the French plague” to the United States, with Derrida, Foucault, and Paul DeMan exalting ludicrous irrationalism to spectacular new heights. M. D. Aeschliman
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
You always told us not to boast. Gisela Warburg
How can the proposed Declaration be applicable to all human beings and not be a statement of rights conceived only in terms of the values prevalent in the countries of Western Europe and America?” Melville J. Herskovits  (The American Anthropological Association, 1947)
Nelson (…) was what you would now call, without hesitation, a white supremacist. While many around him were denouncing slavery, Nelson was vigorously defending it. Britain’s best known naval hero – so idealised that after his death in 1805 he was compared to no less than “the God who made him” – used his seat in the House of Lords and his position of huge influence to perpetuate the tyranny, serial rape and exploitation organised by West Indian planters, some of whom he counted among his closest friends. It is figures like Nelson who immediately spring to mind when I hear the latest news of confederate statues being pulled down in the US. These memorials – more than 700 of which still stand in states including Virginia, Georgia and Texas – have always been the subject of offence and trauma for many African Americans, who rightly see them as glorifying the slavery and then segregation of their not so distant past. But when these statues begin to fulfil their intended purpose of energising white supremacist groups, the issue periodically attracts more mainstream interest. The reaction in Britain has been, as in the rest of the world, almost entirely condemnatory of neo-Nazis in the US and of its president for failing to denounce them. But when it comes to our own statues, things get a little awkward. The colonial and pro-slavery titans of British history are still memorialised: despite student protests, Oxford University’s statue of imperialist Cecil Rhodes has not been taken down; and Bristol still celebrates its notorious slaver Edward Colston. (…)  Britain has committed unquantifiable acts of cultural terrorism – tearing down statues and palaces, and erasing the historical memory of other great civilisations during an imperial era whose supposed greatness we are now, so ironically, very precious about preserving intact. And we knew what we were doing at the time. One detail that has always struck me is how, when the British destroyed the centuries-old Summer Palace in Beijing in 1860 and gave a little dog they’d stolen as a gift to Queen Victoria, she humorously named it “Looty”. This is one of the long list of things we are content to forget while sucking on the opium of “historical integrity” we claim our colonial statues represent. We have “moved on” from this era no more than the US has from its slavery and segregationist past. The difference is that America is now in the midst of frenzied debate on what to do about it, whereas Britain – in our inertia, arrogance and intellectual laziness – is not. The statues that remain are not being “put in their historical context”, as is often claimed. Take Nelson’s column. Yes, it does include the figure of a black sailor, cast in bronze in the bas-relief. He was probably one of the thousands of slaves promised freedom if they fought for the British military, only to be later left destitute, begging and homeless, on London’s streets when the war was over. But nothing about this “context” is accessible to the people who crane their necks in awe of Nelson. The black slaves whose brutalisation made Britain the global power it then was remain invisible, erased and unseen. Afua Hirsch
Why are we experiencing the worst civil disturbances in decades? It is because the proponents of radical change won’t have it any other way. Early 20th Century Italian Marxist Antonio Gramsci theorized that the path to a communist future came through gradually undermining the pillars of western civilization. We are now seeing the results of decades of such erosion, in education, in faith, in politics and in the media. The old standards of freedom, individual responsibility, equality and civic order are being assaulted by proponents of socialism, radical deconstruction and mob rule. Those who charge that institutional racism is rampant in America are the same as those who run the country’s major institutions – city governments, academe, the media, Hollywood, major sports leagues and the Washington, D.C. deep state bureaucracy. Accountability? None.  The irony is rich. At the same time, the only legal and institutional structures that mandate racially based outcomes do so in favor of other-than-majority groups. Anyone who questions this arrangement winds up cancelled. The public debate is hardwired for disunity, making the former language of inclusion the new dog whistle of racism. The exclusionary slogan “black lives matter” is sanctified while the more unifying “all lives matter” is called divisive. People who say they want a colorblind society are called bigots even as progressives push for segregated events and housing on college campuses and “CHOP” protesters demand Black-only hospitals. Martin Luther King’s dream that people will “live in a nation where they will not be judged by the color of their skin, but by the content of their character” is judged by today’s progressives as a call for white supremacy. The media goes out of its way to coddle violent protesters, calling them peaceful even as they verbally abuse and then throw bottles at police, saying they are not “generally speaking, unruly” standing in front of a burning building. Political leaders who benefit from disunity keep fanning the flames. For example House Speaker Nancy Pelosi’s reckless charge that the Senate police reform bill is “trying to get away with the murder of George Floyd” is irresponsibly divisive, especially since it was drafted by African American Senator Tim Scott (R-SC). Public monuments have borne the brunt of the violence in recent weeks. As President Trump predicted, the vandalism has moved well beyond statues of Confederates. Practically any statue is fair game. Washington, Jefferson, even Ulysses S. Grant, the man who defeated Lee’s army, all have been toppled by the mobs. And liberal city governments are taking down statues at least as fast as the rioters. But it would be a mistake to think that the statues themselves are at issue, or even what they symbolize. Rather it is the need for the radicals not just to cleanse American history but to make people feel ashamed of every aspect of it. In this way they clear a path for a radical future, buttressed by an unwavering sense of moral superiority that entitles them to smack down any dissent, usually gagging people in the name of “free speech.” We were told for years that anything the Trump administration did that was remotely controversial was an attempt to divide the country. Democrats frequently blamed insidious foreign influence, using expressions like “right out of Putin’s playbook” to keep the Russian collusion canard alive. But they are the ones who are weakening and dividing the country, to the evident glee of our Russian and Chinese adversaries. They have completely adopted longstanding Russian and Chinese propaganda lines about the United States being a country of endemic racism, poverty and oppression, when in fact America is an opportunity society and one of the most racially diverse and tolerant countries in the world. The protesters, their political allies and media backers are working hard to create the very sort of divisions they claim to oppose, because a weak, divided and ashamed America is their pathway to power. Chris Farrell
Il n’y a pas de plus grand monument à l’assujettissement colonial des peuples autochtones que le Mont Rushmore, et le projet du président de profaner davantage ce sol sacré avec des feux d’artifice et sa propre présence sans avoir été convié est un autre affront impardonnable. Il est temps de récupérer ou de démolir tous les monuments racistes. En tant que société, nous devons nous engager à respecter en permanence les populations marginalisées. Lakota People’s Law Project
The statue of Columbus sat in front of Columbus City Hall for 65 years. It was a gift from the people of Genoa, Italy. Now the mayor’s office says it’s “in safekeeping at a secure city facility.” What a blow to U.S.-Italy relations. At least he could offer to give the statue back. A second Columbus likeness, a marble of the navigator pointing west, was booted last month by Columbus State Community College, where it used to stand in the downtown Discovery District. The mayor’s office says the unelected Columbus Art Commission will launch a “participatory process” to find new art that “offers a shared vision for the future.” Good luck. “Let’s just leave the space empty,” one Dispatch letter suggested, “because if not everyone is happy should anyone be happy?” What a sad sign of the times. WSJ
ABC News published a report this week titled “New government data, shared first with ABC News, shows the country’s premier outdoor spaces – the 419 national parks – remain overwhelmingly white.” The story’s headline reads, “America’s national parks face existential crisis over race,” adding in the subhead, “A mostly white workforce, visitation threatens parks‘ survival and public health.” “Just 23% of visitors to the parks were people of color,” the report adds, “77% were white. Minorities make up 42% of the U.S. population.” As it turns out, white people really enjoy hiking and camping, and that is a problem for the parks, the ABC News report claims, because people of color will be a majority in America by 2044. The article then goes on to quote outdoor enthusiasts of color who say they do not feel welcome at the “overwhelmingly white” national parks. These advocates, the article reads, “say they hope the moment since George Floyd’s death in police custody brings attention to systemic racism in the outdoors as well as other parts of society and translates into a long-term change in attitudes and behavior.” Sorry, everyone. Even national parks are racist now. This is not normal behavior from our press. This is a mental breakdown in the works. People of the future will look at all this and wonder how on earth these stories made it into print. The best thing that can happen now for the news industry is for the pandemic to pass, the lockdowns to lift, and for everyone to go outside and get some fresh air. Because the way nearly everyone in the press is behaving now, it seems clear that cabin fever has set in hard, and it is an epidemic we may not shake as quickly as the coronavirus. Becket Adams
People have said for decades that America needs to have “an honest conversation about race.” Is this what they had in mind—this drama of marches, riots, witness videos, tear-gassings, surging police lines, Trump tweets, Zoom pressers, statue-topplings, Facebook screeds, cable television rants, window-smashings, shop-burnings, police-defundings, escalating murder rates and the distant thunder of editorial boards? Veterans in the field of less-than-revolutionary race relations learned that a certain amount of truth-suppression is actually helpful—preferable to the “honesty” of hatred, for example. Much progress has been accomplished under cover of hypocrisy—or, if you like, civility. Good manners and artful hypocrisy were Booker T. Washington’s game, but he was written off as an Uncle Tom long ago. We live now in the regime and culture of confrontation—ideology as performance, anger as proof of authenticity. You remember how much trouble Joe Biden got into when he bragged about his ability to get along with segregationists in the 1970s. Mr. Biden was preening thoughtlessly on his skill in the arts of the old hypocrisy. Now he has learned his lesson and embraces the left’s idea of honesty—no deviation from the party line or from the officially approved emotions. How do you judge a moment of history when you are in the thick of it? How can you tell if all of this will be remembered as historic or will be superseded and forgotten as another momentary sensation, another self-important mirage? The current moment feels intensely historic now, but we shall see. Black Lives Matter has ambitions to abolish its own version of the Chinese Cultural Revolution’s “Four Olds”—old customs, old culture, old habits, old ideas—and to add a fifth, old statues. Yet this summer the titanic racial theme competes and fuses with other superstories—the pandemic and its economic consequences, the presidential race, America’s long-running politico-religious civil war. Raw emotion pours out of social media and into the streets—outrage, with a touch of holiday. On the other side is an oddly silent majority. It seems eerie that so much of the country—the land of “white supremacy,” as the left likes to think of it—gives the appearance of having almost acquiesced, as if it has conceded that the eruptions might be justified and even overdue. Can it be that the silenced majority has had an epiphany, that in its heart it acknowledges the justice of black Americans calling in Thomas Jefferson’s IOU, “I tremble for my country when I reflect that God is just, and that his justice cannot sleep forever”? There’s some of that—changed minds, old prejudice grown reflective. In any case, the silenced majority, out of moral courtesy, has been reluctant to criticize people demonstrating in the wake of George Floyd’s killing. At the same time, it recoils—more indignantly and incredulously each day—from the left’s overall program and mind-set, which it considers insidious if not crazy. When major cities propose to cut off funds for their police departments or to abolish them altogether, that Swiftian absurdity makes a deep impression, confirming a broader doubt about the left’s intentions and mental health. The most tragic impediment to an honest conversation about race in America is fear—an entirely realistic fear of being slain by the cancel culture. This fear to speak is a civic catastrophe and an affront to the Constitution. It induces silent rage in the silenced. It is impossible to exaggerate the corrupting effect that the terror of being called a “racist”—even a whiff of the toxin, the slightest hint, the ghost of an imputation—has on freedom of discussion and the honest workings of the American public mind. Racism in America is no longer totalitarian, as it once was, especially in the South. The cancel culture is the new totalitarianism, a compound of McCarthyism, the Inquisition, the Cultural Revolution, the Taliban and what has become a lethal and systemic ignorance of history—almost a hatred of it. All that wild, unearned certainty, all that year-zero zealotry, discredits those who associate themselves with the cause and makes a mockery of their sweet intentions. Much of the white woke rage is radiant with mere self-importance. And it’s going to backfire. Newton’s Third Law of Motion hasn’t been repealed: For every action there is still an equal and opposite reaction. My sense is that there is quietly building a powerful backlash, which will express itself on Nov. 3, if not before. My guess is that polls now showing Mr. Biden far ahead don’t reflect reality. It may be impossible for President Trump to win; for some reason, he collaborates daily with his enemies to sabotage his chances. But the outcome is by no means as certain as the polls now suggest. Lance Morrow
Lorsqu’on fait l’expérience de la montée fulgurante de la violence comme j’en ai été témoin en Algérie, au début des années 1990, on ne peut que chérir la liberté. J’ai pris, soudainement, conscience dans la jeune vingtaine du privilège que j’avais de vivre. Résister à l’islam politique est devenu le combat de ma vie. Soutenir Mila s’inscrit, naturellement, dans cette démarche. Lorsque tout fout le camp, il ne reste que les fondamentaux pour donner un sens à l’existence. (…) En réalité, j’ai très vite déchanté en arrivant en France avec ma famille, mes parents, professeurs d’université, et mon frère, jeune lycéen. Nous nous sommes installés à Saint-Denis, ville cosmopolite, à l’époque, qui avait une tradition dans l’accueil des réfugiés politiques. Je pense, notamment, à nos camarades espagnols, italiens, grecs et portugais qui avaient fui le fascisme. Quant à nous, notre situation était considérée comme différente de la leur. Nous étions hors champ. Je pense que c’est autour de cette ambiguïté de notre statut que sont nés d’abord les malentendus, puis les dérives. En d’autres mots, nous reconnaître ne serait-ce que, symboliquement, le statut de réfugié politique revenait à placer l’islam politique dans l’histoire et le considérer comme une menace planétaire. Or, il n’en a rien été. Les États occidentaux et leurs élites intellectuelles dominantes ne se sont pas sentis concernés par ce qui s’est joué en Algérie dans les années 1990, tout comme en Iran en 1979. Certains prétendaient que la menace islamiste allait rester confinée aux frontières de ces pays, d’autres, comme les États-uniens (sic), étaient convaincus de pouvoir «domestiquer» l’islamisme. Depuis, il n’a cessé de progresser et de muter. Pour trois raisons principalement. La puissance de son idéologie, sa capacité à s’adapter à n’importe quel environnement institutionnel et, finalement, sa force mobilisatrice. Pour revenir à votre question de départ, ceux qui menacent nos libertés ne sont pas seulement les islamistes. Mais ceux qui ont renoncé à les exercer et à les défendre. (…) La France était pour moi un havre de paix qui m’a permis de me reconstruire. Je n’oublierai jamais de ma vie cette sensation de marcher librement dans la rue, cheveux au vent, sans avoir à vérifier s’il y avait, au coin d’une rue, un salaud pour me buter. La sécurité est, en ce sens, la première des libertés. Comment dire? Pour une femme, c’est encore plus vrai. Ceux qui, comme moi, en ont été privés en mesurent toute l’importance. Je pense à mes amies afghanes, iraniennes et saoudiennes qui sont en première ligne. Évoquer cette période c’est aussi parler des solidarités. La France, à travers un tissu associatif dynamique, des syndicats, universitaires, artistes et simplement des gens d’une grande générosité, a participé à atténuer nos blessures et à nous rattacher à notre humanité. Ultimement, pour sortir de nos vies cabossées et de nos destins fracassés, nous ne pouvions compter que sur notre résilience. Sur le plan politique, c’était beaucoup plus compliqué. L’asile politique a été offert en France, en Europe, aux États-Unis et au Canada aux chefs du FIS et du GIA et à leurs militants, ceux-là même dont les mains étaient entachées de sang. Il se trouvait des journalistes comme Edwy Plenel ou des universitaires comme François Burgat pour les absoudre de leurs crimes. Vous vous souvenez du petit jeu du «Qui tue qui?» («On ne sait pas qui tue qui?»: durant la tragique décennie noire en Algérie, cette formule en vogue était employée par certains observateurs, en particulier en Europe et en France, pour désigner l’armée algérienne comme seule responsable des massacres sur les civils alors que ces derniers étaient perpétrés par des groupes islamistes, NDLR) en Algérie qui a donné, plus tard, le «je ne suis pas Charlie»? Toujours les mêmes aux commandes pour faire courir des «si», multiplier des «mais» et évacuer toute la dimension idéologique et politique de notre combat. Pour eux, les islamistes, à bien y regarder, n’étaient pas vraiment des islamistes, et surtout pas des assassins. Et ceux qui s’opposaient à leurs desseins fascistes n’étaient pas des résistants. La régression? Elle n’est qu’une simple conséquence de cette confusion. Mais attention! N’allez pas imaginer que nous nous sommes tus. Même si cette thèse du «Qui tue qui?» nous était insupportable, nous l’avons confrontée. Dénoncée. Nous ne nous sommes jamais résignés. Jamais. Nous avons continué à parler, écrire, militer et mettre en garde contre la contagion islamiste, ici comme ailleurs. Nous, nous n’habitions pas les beaux quartiers. Encore là, le discours dominant dans le milieu médiatique était à la victimisation des musulmans. Notre parole était pratiquement inaudible. (..) Je remercie, vivement, Marianne d’avoir été à nos côtés depuis le début. Mon père est le premier à avoir osé lever le voile sur les graves dérives qui touchent Saint-Denis, qui n’est pas n’importe quelle ville. Elle est au cœur du dispositif indigéniste. Tout comme elle est au centre de la stratégie de l’internationale islamiste. Tout cela est largement documenté dans le livre «Quatre-vingt-treize», de Gilles Kepel… depuis 2012. Il n’était plus possible pour mon père de se taire. Ne pensez pas que ce geste a été sans conséquence pour lui. Vivre au quotidien dans la gueule du loup ça use. Même les plus courageux parmi nous. À l’évidence, ceux qui, comme mon père, habitent dans les quartiers populaires et résistent aux islamistes et à la mafia ne bénéficient d’aucune protection et n’ont pas le soutien des élus locaux. En 2009, avec quelques Dionysiens nous avons mis en place l’Observatoire de la laïcité de Saint-Denis (qui n’a rien à voir avec celui de Bianco, qui a détourné notre nom). Nous avons reçu deux cacahuètes de subside alors que l’association de Rokhaya Diallo, qui n’y est pas domiciliée, est grassement subventionnée pour offrir des ateliers sur les cheveux frisés. On se moque de qui? À Saint-Denis, il y a pourtant beaucoup d’initiatives citoyennes à encourager, comme l’association Les Résilientes. (…) loin de l’islamisme que j’avais retrouvé en France. (…) j’ai choisi le Québec, pays francophone, ouvert à l’immigration, véritable démocratie où il fait bon vivre pour les femmes. Puis, il y a eu le 11 Septembre 2001. J’étais correspondante de presse pour le journal algérien El-Watan, je me suis rendue, tout de suite, à New York avec mon amoureux qui était lui aussi journaliste. Nous sommes revenus de ce voyage bouleversés. En effet, tout avait basculé! (…) au cœur du dispositif législatif canadien il existe, depuis 1985, une possibilité de se soustraire aux règles communes en faisant valoir ses croyances religieuses. C’est ce qu’on appelle l’accommodement raisonnable devenu célèbre depuis le début des années 2000. Une simple demande faite «de bonne foi» suffit à obtenir une dérogation. Et ça peut aller très loin. Une enfant de maternelle dont les parents musulmans obligent l’école à lui mettre sur la tête un casque insonorisé pour la prémunir des chants de Noël. Paraît-il que c’est dans leur religion! Un jeune adolescent sikh autorisé à porter le kirpan (un poignard) à l’école après une bataille judiciaire qui est allée jusqu’en Cour suprême et a duré quatre ans. Des milliers de dollars pour faire plier une école et renverser deux décisions de justice. Théoriquement, il y a quelques garde-fous. Dans la pratique, les institutions qui refusent les accommodements se font traîner en justice. Ça coûte un fric fou! Ce qu’il faut comprendre par là c’est que les lobbies politico-religieux, riches et puissants, ont trouvé dans les accommodements un boulevard pour défaire ce qui a été chèrement acquis avec la Révolution tranquille. Il me paraissait urgent de proposer une charte de la laïcité pour retrouver le sens du commun. C’est ce que j’ai fait à travers mon engagement au Parti québécois où j’ai obtenu l’appui de deux femmes remarquables, Pauline Marois (ancienne première ministre) et Louise Beaudoin, et de notre ancien premier ministre, le regretté Bernard Landry. Cette loi qui a été adoptée en juin dernier est l’aboutissement d’un long combat. Il est, surtout, une claque à la face du multiculturalisme canadien.(…) La censure et l’autocensure dans les universités, les médias, le monde culturel sont désormais une réalité qu’il est difficile de déjouer. Nous manquons cruellement d’espace pour la confrontation des idées. Le débat est très mal vu. La recherche permanente d’un consensus valide l’idée selon laquelle la meilleure posture est une moyenne de toutes les postures. Nous n’avons pas de service public digne de ce nom. Nous avons une télévision et une radio d’État, Radio-Canada, au service d’une idéologie: le multiculturalisme qui a expurgé les laïques du débat public. Tout ce qui concerne l’islam et les musulmans relève du tabou. Alors vous imaginez ce livre avec un tel titre? (« Ma vie à contre-Coran ») Il y a encore des courageux qui osent. Mais à quel prix? Heureusement que nous avons encore Denise Bombardier et ses collègues du Journal de Montréal pour élargir nos horizons. (…) Justin Trudeau est convaincu de la supériorité morale du Canada sur les États-Unis et sur l’Europe. Pour lui, les attentats terroristes islamistes sont le résultat d’une mauvaise intégration des immigrants. Sa devise est simple: il n’y a qu’à être gentil pour susciter les bons sentiments. Sauf que les premiers réseaux terroristes au Canada sont apparus dans les années 1990. Ils étaient l’œuvre d’anciens militants du FIS. Il n’y a plus aucun journaliste pour le rappeler. (…) (le multiculturalisme)Tariq Ramadan le considère comme le meilleur système. En 2012, lorsque je me suis présentée aux élections, il a animé un grand meeting, à Montréal, pour appeler ses partisans à me barrer la route. À moi, mes collègues, mon parti. Ceux qui s’étaient faufilés en haut de la liste sont les porte-paroles d’un parti islamo-gauchiste, Québec solidaire, qui n’a plus rien de solidaire. Vous voyez bien que ce n’est pas très différent de la France. La trahison de la gauche communautariste permet aux islamistes de gagner du terrain. Demila Benhabib
We must resist the temptation to romanticize history’s losers. The other civilizations overrun by the West’s, or more peacefully transformed by it through borrowings as much as by impositions, were not without their defects either, of which the most obvious is that they were incapable of providing their inhabitants with any sustained improvement in the material quality of their lives. (…)  civilization is much more than just the contents of a few first-rate art galleries. It is a highly complex human organization (…) as much about sewage pipes as flying buttresses.”  Niall Ferguson French postmodern theory refuses to distinguish between high and low culture, attempting to make it futile even to discuss whether this or that work of art is or is not lovely or important. If you want to argue that Kanye West’s lyrics are as good as Shakespeare, or Mongolian yurts are as sophisticated a form of architecture as Bauhaus, then Foucault will support you all the way. But if you want to understand why we do not have child slavery in the West, or disenfranchised women, or imprisonment without trial, or the imprisonment of newspaper editors, you simply have to study the cultural history that produced such an unusual and extraordinary situation in human history. It is inescapable and not susceptible to postmodernist analysis. It’s not about the aesthetic or literary superiority of certain artworks, but about the unequivocal good of human dignity. If Ms. Rashatwar finds the idea of losing her human rights so “romantic,” she is always welcome to move to Saudi Arabia, which is still awaiting its Enlightenment. The late, very great Gertrude Himmelfarb identified three separate Enlightenments — English, French, and Scottish — at different though overlapping stages of the 18th century, with different emphases in different places at different times. Chartres Cathedral was not dedicated until 1260, so there were five centuries between then and the Enlightenments, but they were the moments when people began to throw off superstition and belief in magic and witchcraft, to look at the world afresh, unafraid of what they might find and where it might take them, even at the risk of unbelief. If the Islamic world had had such a moment, it would not have been left behind in so many areas of accomplishment since it was turned back from the gates of Vienna in 1683, with the result that its fascist-fundamentalist wing might not have existed to lash out in such fury and resentment on 9/11. The recent Security Conference in Munich took as its theme and title “Westlessness” — an ugly word in English, worse in German — intending to prompt international decision-makers into thinking about what might happen if the Trump administration were ever to get as tough over NATO underfunding as it has long threatened to do. Another fear of Westlessness, however, should be about the eclipse of Western civilization as a subject for study, as a result of a hugely successful Gramscian march through the institutions that started long before Jesse Jackson and his megaphone visited Stanford. For far from becoming a Kumbaya touchy-feely place, a truly Westless world would be a neo-Darwinian free-for-all in which every state merely grabbed what it could, a return to the world Hobbes wrote about in Leviathan. The Left should beware what it claims to wish for, and Western civilization should be taught once more in our schools and colleges. For as Churchill knew as the bombs were falling and London was burning in December 1940, it is worth fighting for. Andrew Roberts

C’est la faute à Foucault ! (Après la peste… la rage !)

En ces temps étranges …

Où après l’hystérie collective du virus chinois

Et le psychodrame – de Colomb et la fête nationale jusqu’aux… parcs nationaux ! – du prétendu « racisme systémique » …

L’Amérique semble à nouveau emportée – et tout l’Occident peut-être avec elle ?

Par une de ces vagues périodiques de furie auto-purificatrice

Et où en ce singulier 244e anniversaire de la Déclaration d’indépendance américaine …

Le président américain se voit contraint …

Entre deux manifestations ou déboulonnages de statues …

A en rappeler toute l’importance au pied même d’un de ses plus imposants symboles  …

Comment ne pas repenser …

Avec la National Review

A ces alors bien innocents jours il y a trente ans à peine …

Où reprenant les nouveaux diktats de la French theory de nos Foucault et Derrida …

Jessie Jackson et ses amis appelaient au sein même de l’université Stanford

A rien de moins que… la fin de la Civilisation occidentale ?

Why We Must Teach Western Civilization

Andrew Roberts National Review April 30, 2020 Tuesday, December 3, 1940, Winston Churchill read a memorandum by the military strategist Basil Liddell Hart that advocated making peace with Nazi Germany. It argued, in a summary written by Churchill’s private secretary, Jock Colville, that otherwise Britain would soon see “Western Europe racked by warfare and economic hardship; the legacy of centuries, in art and culture, swept away; the health of the nation dangerously impaired by malnutrition, nervous strains and epidemics; Russia . . . profiting from our exhaustion.” Colville admitted it was “a terrible glimpse of the future,” but nonetheless courageously concluded that “we should be wrong to hesitate” in rejecting any negotiation with Adolf Hitler.

It is illuminating — especially in our own time of “nervous strains and epidemics” — that in that list of horrors, the fear of losing the “legacy of centuries” of Western European art and culture rated above almost everything else. For Churchill and Colville, the prospect of losing the legacy of Western civilization was worse even than that of succumbing to the hegemony of the Soviet Union. 

Yet today, only eight decades later, we have somehow reached a situation in which Sonalee Rashatwar, who is described by the Philadelphia Inquirer as a “fat-positivity activist and Instagram therapist,” can tell that newspaper, “I love to talk about undoing Western civilization because it’s just so romantic to me.” Whilst their methods are obviously not so appallingly extreme, Ms. Rashatwar and the cohorts who genuinely want to “undo” Western civilization are now succeeding where Adolf Hitler and the Nazis failed.

 The evidence is rampant in the academy, where a preemptive cultural cringe is “decolonizing” college syllabuses — that is, wherever possible removing Dead White European Males (DWEMs) from it — often with overt support from deans and university establishments. Western Civilization courses, insofar as they still exist under other names, are routinely denounced as racist, “phobic,” and generally so un-woke as to deserve axing. 

Western civilization, so important to earlier generations, is being ridiculed, abused, and marginalized, often without any coherent response. Of course, today’s non-Western colonizations, such as India’s in Kashmir and China’s in Tibet and Uighurstan, are not included in the sophomores’ concept of imperialism and occupation, which can be done only by the West. The “Amritsar Massacre” only ever refers to the British in the Punjab in 1919, for example, rather than the Indian massacre of ten times the number of people there in 1984. Nor can the positive aspects of the British Empire even be debated any longer, as the closing down of Professor Nigel Biggar’s conferences at Oxford University on the legacy of colonialism eloquently demonstrates.

We all know the joke that Mahatma Gandhi supposedly made when he was asked what he thought about Western civilization: “I think it might be a good idea.” The gag is apocryphal, in fact, first appearing two decades after his death. But very many people have taken it literally, arguing that there really is no such thing as Western civilization, from ideologues such as Noam Chomsky to the activists of the Rhodes Must Fall movement at Oxford University, who demand the removal from Oriel College of the statue of the benefactor of the Rhodes Scholarships.

Increasingly clamorous demands by African and Asian governments for the restitution of artifacts “stolen” from their countries during colonial periods are another aspect of the attack, an attempt to guilt-shame the West. It also did not help that for eight years before 2016, the United States was led by someone who was constantly searching for aspects of Western behavior for which to apologize.

This belief that Western civilization is at heart morally defective has recently been exemplified by the New York Times’ inane and wildly historically inaccurate “1619 Project,” which essentially attempts to present the entirety of American history from Plymouth Rock to today solely through the prism of race and slavery. “America Wasn’t a Democracy until Black Americans Made It One” was the headline of one essay in the New York Times Magazine launching the project, alongside “American Capitalism Is Brutal: You Can Trace That to the Plantation” and “How Segregation Caused Your Traffic Jam.” When no fewer than twelve — in the circumstances very brave — American Civil War historians sent a letter itemizing all the myriad factual errors in the project’s founding document, the New York Times refused to print it. Yet the Project plans to create and distribute school curriculums that will “recenter” America’s memory.

None of this would amount to much if only schools and colleges were not so keen to apologize for and deny Western civilization, and to abolish or dumb down the teaching of important aspects of it. The classics faculty at Oxford University, to take one example of many, has recently recommended that Homer’s Iliad and Virgil’s Aeneid be removed from the initial module of the literae Humaniores program in ancient literature, history, and philosophy, giving as their reason the difference in recent exam results between male and female undergraduates, and the difference in expertise in Latin and Greek between privately and publicly educated students. The supposed guardians of the discipline are therefore willing to put social experimentation and social leveling before the best possible teaching of the humanities, a disgraceful position for one of the world’s greatest universities to have adopted.

A glance at the fate of “Western Civ” courses in the United States suggests that there is a deep malaise in our cultural self-confidence. The origin of the concept of Western civilization as a subject is found in the “War Issues” course offered to students at Columbia University in 1918, just after the United States’ entry into World War I. By learning the politics, history, philosophy, and culture of the Western world, students were given the opportunity to understand the values for which they were about to be asked to risk their lives. In 1919, the Columbia course was developed into “An Introduction to Contemporary Civilization,” which was followed by a similar innovation at the University of Chicago in 1931.

By 1964, no fewer than 40 of the 50 top American colleges required students to take such a class, which, to take Stanford University as an example, had evolved into a core canon of around 15 works, including those by Homer, Virgil, Plato, Dante, Milton, and Voltaire. While the content of the Western Civ courses was considerably more flexible, complex, and diverse than subsequent critics have suggested (as Herbert Lindenberger’s study The History in Literature: On Value, Genre, Institutions explains), the courses did indeed treat Western civilization as a uniform entity. In the last decade, that was derided as so inherently and obviously evil that Western Civ courses had disappeared altogether, miraculously holding out in their Columbia birthplace and in few other places, including brave, non-government-funded outposts of sanity such as Hillsdale College in Michigan and the incipient Ralston College in Savannah.

For all that we must of course take proper cognizance of other cultures, the legacy of Western culture, in terms of both its sheer quality and its quantity, is unsurpassed in human history. We are deliberately underplaying many of the greatest contributions made to poetry, architecture, philosophy, music, and art by ignoring that fact, often simply in order to try to feel less guilty about imperialism, colonialism, and slavery, even though the last was a moral crime committed by only a minority of some few people’s great-great-great-grandparents.

As a result, future generations cannot be certain that they will be taught about the overwhelmingly positive aspects of Western civilization. They might not now be shown the crucial interconnection between, for example, the Scrovegni Chapel by Giotto at Padua, which articulates the complex scholasticism of Saint Augustine in paint; Machiavelli’s The Prince, the first work of modern political theory; Botticelli’s Primavera, the quintessence of Renaissance humanism in a single painting; the works of Teresa of Ávila and Descartes, which wrestle with the proof of discrete individual identity; Beethoven’s symphonies, arguably the most complex and profound orchestral works ever written; and Shakespeare, whose plays Harold Bloom has pointed out, “remain the outward limit of human achievement: aesthetically, cognitively, in certain ways morally, even spiritually.” Even if students are taught about these works individually, they will not be connected in a context that makes it clear how important they are to Western civilization.

We cannot therefore know, once the present campaign against Western civilization reaches its goal, that our children and grandchildren will be taught about the living thing that intimately connects Europe’s Gothic cathedrals, which are mediations in stone between the individual and the sublime; the giants of the 19th-century novel, from Dickens to Flaubert to Tolstoy, in whose works contemporary life realistically observed becomes a fit subject for art; the Dutch masters of the 17th century such as Rembrandt, who wrestled visually with the human condition in a fashion that still speaks to us across the centuries; Versailles, the Hermitage, and the Alhambra, which, though bombastic, are undeniably ravishing expressions of the human will. Faced with the argument that Western culture is no longer relevant, it’s tempting to adopt Dr. Johnson’s argument, aim a good kick at the nearest neoclassical building, and announce, “I refute it thus.”

Mention of the Alhambra in Granada prompts the thought that any course in Western civilization worth its name ought also to include the Umayyad Caliphate, of which Córdoba  in modern-day Spain was the capital between 756 and 929. In the wake of the conquest of Spain and the establishment of the Muslim confederacy of Al-Andalus, Córdoba  became a flourishing, polyglot, multicultural environment in which religious tolerance, despite Jews’ and Christians’ being obliged to pay a supplementary tax to the state, produced an atmosphere of intellectual progressiveness that made it one of the most important cities in the world. Discoveries in trigonometry, pharmacology, astronomy, and surgery can all be traced to Córdoba. At a certain point, then, a very particular set of historical circumstances produced an equally particular set of intellectual ideas, which had significant material consequences. The study of Western civilization is therefore emphatically not solely that of Christian DWEMs.

In 1988, Jesse Jackson led Stanford students in the chant, “Hey, hey, ho, ho, Western Civ has got to go!” The protests attracted national headlines and inspired a television debate between the university’s president and William Bennett, then secretary of education. Bill King, the president of the Stanford Black Student Union, claimed at that time, “By focusing these ideas on all of us they are crushing the psyche of those others to whom Locke, Hume, and Plato are not speaking. . . . The Western culture program as it is presently structured around a core list and an outdated philosophy of the West being Greece, Europe, and Euro-America is wrong, and worse, it hurts people mentally and emotionally.” He presented no actual evidence that reading Locke, Hume, or Plato has ever hurt anyone mentally or emotionally, and that was of course decades before the snowflake generation could proclaim themselves offended by the “micro-aggression” of a raised eyebrow. 

In 2016, over 300 Stanford students signed a petition requesting a ballot on the restoration of the Western Civ course. Fewer people voted for the ballot than voted to have it in the first place. In his book The Lost History of Western Civilization, Stanley Kurtz places the events at Stanford center stage for what went so badly wrong later across America, as the skewed thinking behind the deconstructionist, multiculturalist, postmodern, and intersectional movements caused so much damage to education for so long. 

Kurtz reminds us that what the Western Civ courses really did was to root a people in their past and their values. The trajectory of Western culture was shown to have run from Greece via Rome to Christendom, infused by Judaic ideas and morality along the way via Jerusalem, but then detouring briefly through the Dark Ages, recovering in the Renaissance, which led to the Reformation, the Enlightenment, and thus the scientific, rational, and politically liberated culture of Europe and European America. “From Plato to NATO,” as the catchphrase went. 

At the center of this transference of values across time and space was democracy, of which Winston Churchill famously said, “Many forms of government have been tried, and will be tried in this world of sin and woe. No one pretends that democracy is perfect or all-wise. Indeed, it has been said that democracy is the worst form of government, except for all those other forms that have been tried from time to time.” The generations who grew up knowing that truth, rather than weltering in guilt and self-doubt about “false consciousness” and so on, were the lucky ones, because they were allowed to study the glories of Western civilization in a way that was unembarrassed, unashamed, and not saddled with accusations of guilt in a centuries-old crime that had absolutely nothing to do with them. They could learn about the best of their civilization, and how it benefited — and continues to benefit — mankind. 

As Ian Jenkins, the senior curator of the Ancient Greek collection at the British Museum, put it in his book on the Elgin Marbles — politically correctly entitled “The Parthenon Sculptures” — “Human figures in the frieze are more than mere portraits of the Athenian people of the day. Rather they represent a timeless humanity, one which transcends the present to encompass a universal vision of an ideal society.” The Parthenon itself set out the architectural laws of proportion that still obtain to this day, and later in the book Jenkins points out how the sculptures “transcend national boundaries and epitomize universal and enduring values of excellence.” It was no coincidence that interest in them permeated the Western Enlightenments of the 18th century. 

While the Parthenon was being built, Pericles contrasted the openness and moderation of Athenian civic life with the militaristic, secretive, dictatorial Spartans in his Funeral Speech of 430 b.c., and this struck a chord with the Enlightenment thinkers of 23 centuries later, just as it should continue to do with us today, reminding us why Western values are indeed superior to those that actuate the leaders of modern China, Russia, Iran, Venezuela, North Korea, and Zimbabwe. Marxism-Leninism began as a Western concept but was overthrown in the West, whereas it tragically still thrives in other parts of the world. And yes, we know that the architect Phidias employed slaves and metics (foreigners) in building the Parthenon, not just Athenian freemen.

“Carved around the middle of the fifth century bc,” writes Neil MacGregor, former director of the British Museum, the Elgin Marbles “are the product of a creative culture that is credited with the invention of such aspects of modern Western civilization as democracy, philosophy, history, medicine, poetry and drama.” Of course, no one is claiming that Oriental, Persian, and Arab civilizations did not have all of those listed — except democracy, which they did not have then and most still do not today — and no one suggests that Aboriginal Australians, South Sea Islanders, the Aztecs and Incas, ancient Egyptians, or the Khmer Empire that built Angkor Wat for the god Vishnu did not have their own worthy civilizations, too. 

Yet even the very greatest achievements and physical creations of those other civilizations simply cannot compare to what the Greco-Roman and Judeo-Christian Western civilization has produced in philosophy, history, medicine, poetry, and drama, let alone democracy. 

Anyone reading Charles Murray’s superb and unanswerable book Human Accomplishment cannot but accept that the contribution made to mankind — the whole of it, not just the West — by DWEMs has statistically utterly dwarfed that made by the whole of the rest of the world combined. Whilst the transformative powers of cathedrals and concertos are relatively debatable, Nobel prizes for science and medical breakthroughs can be numerically compared, as can the fact that there is no one in any other civilization who can objectively match the sheer volume and density of the poetic and dramatic work of Shakespeare. To deny that is to start going down the route of the discredited Afrocentrist historians who were reduced to claiming that ancient African civilizations had visited Latin America and significantly influenced the cultures they found there.

“From the constitution drafted by the founding fathers of the American republic to the war-time speeches of Winston Churchill,” Jenkins writes, “many have found inspiration for their brand of liberal humanism, and for a doctrine of the open society, in the Funeral Speech of Perikles.” If Pericles had lost an election or been ostracized in the annual vote of Athenians, he would have stood down from office in the same way that Boris Johnson, Donald Trump, and Emmanuel Macron would after a defeat in a free and fair election in their countries, whereas that is inconceivable in many totalitarian countries not infused by the ethics of the West. That is ultimately why we should not apologize for Western civilization, why it should be proselytized around the world and certainly taught as a discrete discipline in our schools and universities. 

Western Civilization courses never pretended that the West invented civilization, as the French anthropologist Claude Lévi-Strauss emphasized in his foreword to the UNESCO International Social Science Bulletin in 1951. Considering some of the most ancient sites of human habitation in the world, such as Mohenjo-daro and Harappa in the Indus Valley, he observed straight streets intersecting at right angles, industrial workshops, utilitarian housing for workers, public baths, drains and sewers, pleasant suburbs for the wealthier classes; in short, what he called “all the glamour and blemishes of a great modern city.” Five thousand years ago, therefore, the most ancient civilizations of the old world were giving their lineaments to the new. As a new history of the world by the British historian Simon Sebag Montefiore will shortly demonstrate, the inhabitants of Egypt, China, and Persia were creating sophisticated art and architecture, legal and numerical systems, and literary and musical traditions while the peoples of Europe were still covered in woad and living in mud huts. 

What might Homer have to say about being civilized? The Iliad, which describes the clash between the Greeks and the Trojans, is not a description of a conflict between two nation-states. Adam Nicolson characterizes the conflict in The Mighty Dead: Why Homer Matters as “the deathly confrontation of two ways of understanding the world.” In this 4,000-year-old scenario, the Greeks are the barbarians. They are northern warriors, newly technologically empowered with ships and bronze spears, who want what the Trojans have got. They are pirates: coarse, animalistic, in love with violence. They are savage, rootless nomads who trade women as commodities (a three-legged metal tripod to put vases on is worth twelve oxen; a woman, four) and lust after the treasure hidden within Troy’s walls.

The city of Troy is wealthy, ordered, graceful, and stable, and the Greeks covet it. In the climax of the poem, Achilles, the ultimate man of the plains, confronts Hector of Troy, the man of the city. In disarmingly exhilarating and violent poetry, the outsider slaughters the insider. The barbarians have won. Or have they? After the battle, Priam, Hector’s grieving father, visits Achilles in his tent. Troy is doomed but Achilles marvels at Priam’s humility, at his ability to respect the man who has murdered his beloved son. From the “mutuality and courage of that wisdom,” writes Nicolson, “its blending of city and plain, a vision of the future might flower.”

Our word “civilization” derives from the Latin “civilis,” from “civis” (citizen) via “civitas” (city). The city is the locus for human encounter and understanding, for exchange and connection, for the development of communal and peaceful coexistence, for the flourishing of both everyday exchange and sophisticated arts. Opponents of the teaching of Western civilization object that European countries built their wealth and cultural achievements on the colonial exploitation and enslavement of non-European peoples. Yet as Homer demonstrates, the development of civilization has always been predicated upon darker forces. 

The Crusaders of medieval Europe were no more bloody and cruel than the wars of conversion enacted by the expanding Islamic world in the seventh and eighth centuries. The Ethiopian Empire (1270–1974) was founded upon slavery, as was the Ottoman Empire (1299–1924). If the history of the West needs to be taught critically, then so too does that of the East or the so-called global South. No civilization has been morally pure. 

“Competition and monopoly,” writes Niall Ferguson sagely in his book Civilization: The West and the Rest, “science and superstition; freedom and slavery; curing and killing; hard work and laziness — in each case, the West was the father to both the good and the bad.” Those early Western Civ courses never tried to argue that it was flawless — Karl Marx sometimes used to be taught in them, after all — but in the 20th century, students had more common sense and took that for granted, and were not looking for ever-new ways to be offended.

Christianity, for all its schisms and intolerance, its occasionally obnoxious obscurantism and iconoclasm, has been overall an enormous force for good in the world. The Sermon on the Mount was, as Churchill put it, “the last word in ethics.” 

Christians abolished slavery in the 1830s (or three decades later in America’s case), whereas outside Christendom the practice survived for much longer, and identifiable versions of it still exist in some non-Christian and anti-Christian countries today. 

The abolition of slavery did not merely happen by votes in Parliament and proclamations from presidents; it was fought for by (and against) Christians with much blood spilt on both sides. That would not have happened without the Judeo-Christian values and the Western Enlightenment that are so central to Western civilization. The Royal Navy ran its West Africa Preventive Squadron for over 60 years with the sole task of fighting slavery, during which time it freed around 160,000 slaves, and an estimated 17,000 British seamen died of disease or in battle achieving that. 

When considering “the rest” — those civilizations that did not produce what Western civilization has — Ferguson is unblushingly honest. “We must resist the temptation to romanticize history’s losers,” he writes. “The other civilizations overrun by the West’s, or more peacefully transformed by it through borrowings as much as by impositions, were not without their defects either, of which the most obvious is that they were incapable of providing their inhabitants with any sustained improvement in the material quality of their lives.” For all my earlier concentration on art and architecture, poetry and music, Ferguson is also correct to point out that “civilization is much more than just the contents of a few first-rate art galleries. It is a highly complex human organization,” which is why his book is “as much about sewage pipes as flying buttresses.” 

In response to the issuing of the United Nations’ Universal Declaration of Human Rights in 1948, the American Anthropological Association released a critique that asked, “How can the proposed Declaration be applicable to all human beings and not be a statement of rights conceived only in terms of the values prevalent in the countries of Western Europe and America?” The question assumes that the 30 articles of the Declaration could not be universal, since universality of human rights was of necessity a “Western” assumption. This was intended as a criticism, not an endorsement.

Yet the West has not stolen these values, as the Greeks stole the Trojans’ gold; it has not appropriated or co-opted them. Rather they are seen as objectionable because they do, indeed, according to their detractors, inhere in Western culture. So, given that a belief in human rights is, apparently, predicated on Western culture, is not that culture worth examining and teaching? 

Instead, there is an entire industry devoted to trying to topple DWEM heroes from their pedestals — literally, in the case of the British activist Afua Hirsch’s attempt to have Admiral Nelson removed from his column in Trafalgar Square in London on the grounds that he did not campaign to abolish the slave trade (which was not abolished by Britain until two years after his death in 1805). 

The climate-change movement is similarly riddled with anti-Western assumptions, whereby capitalism, development, and growth are demonized, all of them supposedly primarily Western concepts. A glance at the actual carbon emissions from the new coal-fired power stations still being built every month in China should put Western climate self-haters right about the importance of development and growth, but campaigning against democratic, guilt-ridden Western governments is far easier than taking the fight to Beijing and Delhi, which now is where the real difference can be made. When Greta Thunberg denounces Xi Jinping and the Chinese Communist Party outside the Great Hall of the People, she will be worthy of our respect; until then, she is merely playing on Western guilt, like every other demagogic critic of the West so beloved of the Left. 

The self-hatred virus is a particularly virulent and infectious one, and has almost entirely overtaken the academy in its attitude towards Western civilization. We all know the concept of the self-hating Jew who instinctively and immediately blames Israel for everything bad that happens in the Middle East (and often in the wider world, too). If the term is unfamiliar, look at some of the lobbying organizations on Washington’s K Street, or the equally virulent “Jews for Corbyn” movement inside the ultra-left Momentum organization in Britain. 

Western self-hatred, which is quite different from healthy self-criticism, has gone far too far in our society. American self-haters such as Noam Chomsky and Michael Moore have made hugely successful careers out of a knee-jerk reaction that whatever ill befalls the West is solely its own fault. They argue, of course, that they in fact like their country — rarely “love,” as that would differentiate it from other countries — and it’s only one particular administration or policy with which they take issue rather than the whole culture. Yet this is false. If after a lifetime one has never — as in Jeremy Corbyn’s case — once supported a single Western military operation under any circumstance, and always had a good word for every opponent of the West, whether it be a state actor or a leftist terrorist group, then the truth becomes obvious.

British self-hatred goes back a long way, via Thomas Paine and Kim Philby, but today it is not enough for the Chomskys and Corbyns merely to hate their own country; they must hate the West in general, which for them tends to mean NATO, the special relationship, the Anglo-American form of (relatively) free markets and free enterprise, and of course the concept of Western civilization itself, which they consider an artificial construct. Recently Seumas Milne, Jeremy Corbyn’s spin doctor, tried to argue that capitalism has killed more people than Communism, although of course he did not accept the figure of 100 million that most responsible historians recognize was Communism’s death toll in the 20th century. 

Mention of Corbyn and Milne prompts the thought that all too often consideration of the contribution of Judeo-Christian thought to Western civilization tends to underplay the first — Judeo — part of the conjoined twins. It is impossible not to spot an enormous overlap — the shaded area in the Venn diagram — between hatred of the concept of Western civilization on one side and at least a certain haziness over anti-Semitism on the other. In America, there are unfortunately still those who believe that Western civilization is at risk from Jewish culture. This view is as ignorant as it is obnoxious. For without the “Judeo” half of the phenomenon, Western civilization would simply not exist. 

Once again, Charles Murray is invaluable here in enumerating in numbers and places and names and statistics the contribution made in every field by Jews over the millennia, around 100 times what it ought to be in relation to their demographic numbers on the planet. Writing of Max Warburg’s daughter Gisela in his book The Warburgs, Ron Chernow recalls how, “once asked at a birthday party whether she was Jewish, Gisela refused to answer. When Alice [her mother] asked why, Gisi stammered confusedly, ‘You always told us not to boast.’” That might be true of her, but philo-Semitic Gentiles such as I enjoy boasting about the contribution the Jews have made to Western civilization in every sphere. Beware the hater of Western civilization; very often there’s an anti-Semite not very far away.

French postmodern theory refuses to distinguish between high and low culture, attempting to make it futile even to discuss whether this or that work of art is or is not lovely or important. If you want to argue that Kanye West’s lyrics are as good as Shakespeare, or Mongolian yurts are as sophisticated a form of architecture as Bauhaus, then Foucault will support you all the way. But if you want to understand why we do not have child slavery in the West, or disenfranchised women, or imprisonment without trial, or the imprisonment of newspaper editors, you simply have to study the cultural history that produced such an unusual and extraordinary situation in human history. It is inescapable and not susceptible to postmodernist analysis. It’s not about the aesthetic or literary superiority of certain artworks, but about the unequivocal good of human dignity. If Ms. Rashatwar finds the idea of losing her human rights so “romantic,” she is always welcome to move to Saudi Arabia, which is still awaiting its Enlightenment.

The late, very great Gertrude Himmelfarb identified three separate Enlightenments — English, French, and Scottish — at different though overlapping stages of the 18th century, with different emphases in different places at different times. Chartres Cathedral was not dedicated until 1260, so there were five centuries between then and the Enlightenments, but they were the moments when people began to throw off superstition and belief in magic and witchcraft, to look at the world afresh, unafraid of what they might find and where it might take them, even at the risk of unbelief. If the Islamic world had had such a moment, it would not have been left behind in so many areas of accomplishment since it was turned back from the gates of Vienna in 1683, with the result that its fascist-fundamentalist wing might not have existed to lash out in such fury and resentment on 9/11.

The recent Security Conference in Munich took as its theme and title “Westlessness” — an ugly word in English, worse in German — intending to prompt international decision-makers into thinking about what might happen if the Trump administration were ever to get as tough over NATO underfunding as it has long threatened to do. Another fear of Westlessness, however, should be about the eclipse of Western civilization as a subject for study, as a result of a hugely successful Gramscian march through the institutions that started long before Jesse Jackson and his megaphone visited Stanford. 

For far from becoming a Kumbaya touchy-feely place, a truly Westless world would be a neo-Darwinian free-for-all in which every state merely grabbed what it could, a return to the world Hobbes wrote about in Leviathan. The Left should beware what it claims to wish for, and Western civilization should be taught once more in our schools and colleges. For as Churchill knew as the bombs were falling and London was burning in December 1940, it is worth fighting for.

— This essay is sponsored by National Review Institute.

Voir aussi:

‘Hey, Hey, Ho, Ho, Western Civ Has Got to Go’

Robert Curry American Greatness June 10, 2019

On January 15, 1987, Jesse Jackson and around 500 protesters marched down Palm Drive, Stanford University’s grand main entrance, chanting “Hey hey, ho ho, Western Civ has got to go.”

They were protesting Stanford University’s introductory humanities program known as “Western Culture.” For Jackson and the protesters, the problem was its lack of “diversity.” The faculty and administration raced to appease the protesters, and “Western Culture” was formally replaced with “Cultures, Ideas, and Values.”

The new program included works on race, class, and gender and works by ethnic minority and women authors. Western culture gave way to multi-culture. The study of Western civilization succumbed to the Left’s new dogma, multiculturalism.

When I attended college in the 1960s, taking and passing the year-long course in the history of Western civilization was required for graduation. The point of the requirement was perfectly clear. Students were expected to be proficient with the major works of their civilization if they were to be awarded a degree. It was the mark of an educated person to know these things.

Because it was a required course, it was taught by a senior professor in a large lecture hall with hundreds of students. The course was no walk in the park. When I took the course, only one student got an A grade for the first semester. Students went down in wave after wave. Many dropped out of the course, planning to try again later. Others dropped out of school or transferred to another college or university.

Student protests were all the rage on campus in those days, too. But nobody protested the Western Civ course, its contents, the difficulty involved, or the fact that it was required. Students evidently accepted the idea that studying the story of how we got here and who shaped that story was essential to becoming an educated person.

It is also not at all clear that the faculty in those days would have raced to appease student protesters chanting “Hey, hey, ho, ho, Western Civ has got to go.”

Many of the faculty, after all, had served in World War II. My best friends on the faculty had all served either in the European or the Pacific theater. They had put their lives on the line to defend Western civilization, and served with others who had lost their lives in that fight. Whether they were teaching Plato or Italian art of the Renaissance and the Baroque eras, they taught with the passion of men who had fought as soldiers and were working as teachers to preserve Western culture. Perhaps my fellow students would not have dared to present our teachers with that particular protest.

The protesting students at Stanford in 1987 were pushing against an open door. Radicalized professors, products of the student protests of the 1960s, welcomed the opportunity to do what they already wanted done. The protesters provided the excuse. Instead of doing the hard work of teaching Western civilization, they were free to preach multiculturalism—and the change was presented to the world as meeting the legitimate demands of students.

It is worth noting, I think, that the chant has an interesting ambiguity. Was it the course in Western civilization or Western civilization itself that had to go? Clearly, Jackson was leading the protesters in demanding a change in the curriculum at Stanford, but the Left, having gotten rid of “Western Civ” at Stanford and at most other colleges, is reaching for new extremes. Today, ridding the world of Western civilization as a phenomenon doesn’t seem like such a stretch.

In the wee hours of the morning recently, in a nearly deserted international airport terminal, I got into conversation with a fellow passenger while we waited for our luggage. He told me he was returning from a stay at an eco-resort. He said because of cloudy weather there had been no hot water on most days—and little hot water when there was any—and the electric light ran out every night soon after nightfall.

The worst part for him, he said, was the requirement to put used toilet paper in a special container provided for that purpose. When I remarked that what he had experienced at the resort was what the Greens have planned for all of us, he cheerfully agreed. He went on to say that he believed the real purpose of the Greens’ plan is population control, that a truly green future would only be able to support a much smaller population.

The amazing part is this: he conveyed a complete agreement with the environmentalist project and what he believed to be its underlying purpose. It seemed that what he had experienced at the resort had not caused him to re-think his attitude, or even to consider that there was a risk he might not survive the transition to a much smaller population.

As he spoke, I easily imagined him as a younger person chanting “Hey, hey, ho, ho, Western Civ has got to go.”

Voir également:

‘An Honest Conversation About Race’?

Is confrontation wise? Much progress has been accomplished under cover of hypocrisy—or civility.

Lance Morrow
The Wall Street Journal
July 2, 2020

People have said for decades that America needs to have “an honest conversation about race.” Is this what they had in mind—this drama of marches, riots, witness videos, tear-gassings, surging police lines, Trump tweets, Zoom pressers, statue-topplings, Facebook screeds, cable television rants, window-smashings, shop-burnings, police-defundings, escalating murder rates and the distant thunder of editorial boards?

Veterans in the field of less-than-revolutionary race relations learned that a certain amount of truth-suppression is actually helpful—preferable to the “honesty” of hatred, for example. Much progress has been accomplished under cover of hypocrisy—or, if you like, civility. Good manners and artful hypocrisy were Booker T. Washington’s game, but he was written off as an Uncle Tom long ago.

We live now in the regime and culture of confrontation—ideology as performance, anger as proof of authenticity. You remember how much trouble Joe Biden got into when he bragged about his ability to get along with segregationists in the 1970s. Mr. Biden was preening thoughtlessly on his skill in the arts of the old hypocrisy. Now he has learned his lesson and embraces the left’s idea of honesty—no deviation from the party line or from the officially approved emotions.

How do you judge a moment of history when you are in the thick of it? How can you tell if all of this will be remembered as historic or will be superseded and forgotten as another momentary sensation, another self-important mirage? The current moment feels intensely historic now, but we shall see.

Black Lives Matter has ambitions to abolish its own version of the Chinese Cultural Revolution’s “Four Olds”—old customs, old culture, old habits, old ideas—and to add a fifth, old statues. Yet this summer the titanic racial theme competes and fuses with other superstories—the pandemic and its economic consequences, the presidential race, America’s long-running politico-religious civil war.

Raw emotion pours out of social media and into the streets—outrage, with a touch of holiday. On the other side is an oddly silent majority. It seems eerie that so much of the country—the land of “white supremacy,” as the left likes to think of it—gives the appearance of having almost acquiesced, as if it has conceded that the eruptions might be justified and even overdue. Can it be that the silenced majority has had an epiphany, that in its heart it acknowledges the justice of black Americans calling in Thomas Jefferson’s IOU, “I tremble for my country when I reflect that God is just, and that his justice cannot sleep forever”?

There’s some of that—changed minds, old prejudice grown reflective. In any case, the silenced majority, out of moral courtesy, has been reluctant to criticize people demonstrating in the wake of George Floyd’s killing. At the same time, it recoils—more indignantly and incredulously each day—from the left’s overall program and mind-set, which it considers insidious if not crazy. When major cities propose to cut off funds for their police departments or to abolish them altogether, that Swiftian absurdity makes a deep impression, confirming a broader doubt about the left’s intentions and mental health.

The most tragic impediment to an honest conversation about race in America is fear—an entirely realistic fear of being slain by the cancel culture. This fear to speak is a civic catastrophe and an affront to the Constitution. It induces silent rage in the silenced. It is impossible to exaggerate the corrupting effect that the terror of being called a “racist”—even a whiff of the toxin, the slightest hint, the ghost of an imputation—has on freedom of discussion and the honest workings of the American public mind.

Racism in America is no longer totalitarian, as it once was, especially in the South. The cancel culture is the new totalitarianism, a compound of McCarthyism, the Inquisition, the Cultural Revolution, the Taliban and what has become a lethal and systemic ignorance of history—almost a hatred of it. All that wild, unearned certainty, all that year-zero zealotry, discredits those who associate themselves with the cause and makes a mockery of their sweet intentions. Much of the white woke rage is radiant with mere self-importance.

And it’s going to backfire. Newton’s Third Law of Motion hasn’t been repealed: For every action there is still an equal and opposite reaction. My sense is that there is quietly building a powerful backlash, which will express itself on Nov. 3, if not before. My guess is that polls now showing Mr. Biden far ahead don’t reflect reality. It may be impossible for President Trump to win; for some reason, he collaborates daily with his enemies to sabotage his chances. But the outcome is by no means as certain as the polls now suggest.

Mr. Morrow is a senior fellow at the Ethics and Public Policy Center.

Voir de plus:

Amid a pandemic, the woke-ist media are experiencing a psychotic break

Becket Adams
Washington Examiner
July 03, 2020
 
If the press suffered a nervous breakdown after the 2016 election ⁠— and they did ⁠— they are experiencing a full-on psychotic break amid the COVID-19 pandemic and the George Floyd protests.

It is as if the lockdowns and nationwide demonstrations caused media executives to snap, leaving them in a wide-eyed, obsessive frenzy to cleanse society of all problematics, screaming all the while, “Out, damned spot!”

CNN, for example, engaged in explicit political activism this week when it sought to shame companies that have yet to pull ads from Facebook over CEO Mark Zuckerberg’s persistent refusal to censor problematic speech.

“These are the big brands that haven’t pulled ads from Facebook yet,” reads the headline. The report then goes on to name and shame the businesses that have had the temerity to continue to advertise on one of the biggest social media platforms in the world.

This is not news reporting. This is activism. It is a poorly disguised effort by a major newsroom to pressure companies into boycotting a social media platform that is too committed to political neutrality and too opposed to political censorship for the media’s taste. In any other time and place, the press would have mocked and condemned the CNN article. But these are unusual times. Many journalists today agree with CNN’s shaming tactics and the reasons behind them, and so the Facebook report came and went this week with barely a whimper of objection from our brave Fourth Estate.

Over at the New York Times, the occupied opinion section, which claims to have standards against “needlessly harsh” commentaries that fall “short of the thoughtful approach that advances useful debate,” published an especially unhinged article this week titled “America’s Enduring Caste System.”

“Throughout human history, three caste systems have stood out,” writes contributor Isabel Wilkerson. “The lingering, millenniums-long caste system of India. The tragically accelerated, chilling and officially vanquished caste system of Nazi Germany. And the shape-shifting, unspoken, race-based caste pyramid in the United States.”

She adds, “Each version relied on stigmatizing those deemed inferior to justify the dehumanization necessary to keep the lowest-ranked people at the bottom and to rationalize the protocols of enforcement. A caste system endures because it is often justified as divine will, originating from sacred text or the presumed laws of nature, reinforced throughout the culture and passed down through the generations.”

Yes, it seems a bit off for Wilkerson to lump the U.S. in with Nazi Germany, but that is not even the craziest part. That distinction goes to her exceptionally ignorant assertion that 2 of the 3 most notable caste systems in history come from the last 250 years. Several ancient empires would beg to differ. Then again, if your viewpoint is the right one, New York Times editors will not be sticklers for facts.

Elsewhere at the New York Times, the news section decided this week that now is a good time to remind its readers that Mount Rushmore is very problematic.

“Mount Rushmore was built on land that belonged to the Lakota tribe and sculpted by a man who had strong bonds with the Ku Klux Klan,” the paper reported. “It features the faces of 2 U.S. presidents who were slaveholders.”

All true. Also, while we are on the topic of unjustly seized land, please enjoy this excerpt from Reason magazine explaining how the New York Times Building in midtown Manhattan came to be built:

On September 24, 2001, as New York firefighters were still picking their comrades’ body parts out of the World Trade Center wreckage, New York Times Co. Vice Chairman and Senior Vice President Michael Golden announced that the Gray Lady was ready to do its part in the healing.

« We believe there could not be a greater contribution, » Golden told a clutch of city officials and journalists, « than to have the opportunity to start construction of the first major icon building in New York City after the tragic events of Sept. 11. » Bruce Ratner, president of the real estate development company working with the Times on its proposed new Eighth Avenue headquarters, called the project a « very important testament to our values, culture and democratic ideals. »

Those « values » and « democratic ideals » included using eminent domain to forcibly evict 55 businesses–including a trade school, a student housing unit, a Donna Karan outlet, and several mom-and-pop stores–against their will, under the legal cover of erasing « blight, » in order to clear ground for a 52-story skyscraper. The Times and Ratner, who never bothered making an offer to the property owners, bought the Port Authority-adjacent property at a steep discount ($85 million) from a state agency that seized the 11 buildings on it; should legal settlements with the original tenants exceed that amount, taxpayers will have to make up the difference. On top of that gift, the city and state offered the Times $26 million in tax breaks for the project, and Ratner even lobbied to receive $400 million worth of U.S. Treasury-backed Liberty Bonds–instruments created by Congress to help rebuild Lower Manhattan. Which is four miles away.

The New York Times report this week claims that the history of Mount Rushmore is of particular relevance now because President Trump plans to attend July Fourth festivities at the South Dakota monument. Curious, then, that the New York Times did not think that history worth reevaluating when former President Barack Obama visited the exact same site during the 2008 campaign or when the New York Times’s own Maureen Dowd wondered in 2016 whether Obama would qualify as a “Mount Rushmore president. »

Lastly, ABC News published a report this week titled “New government data, shared first with ABC News, shows the country’s premier outdoor spaces – the 419 national parks – remain overwhelmingly white.”

The story’s headline reads, “America’s national parks face existential crisis over race,” adding in the subhead, “A mostly white workforce, visitation threatens parks’ survival and public health.”

“Just 23% of visitors to the parks were people of color,” the report adds, “77% were white. Minorities make up 42% of the U.S. population.”

As it turns out, white people really enjoy hiking and camping, and that is a problem for the parks, the ABC News report claims, because people of color will be a majority in America by 2044. The article then goes on to quote outdoor enthusiasts of color who say they do not feel welcome at the “overwhelmingly white” national parks. These advocates, the article reads, “say they hope the moment since George Floyd’s death in police custody brings attention to systemic racism in the outdoors as well as other parts of society and translates into a long-term change in attitudes and behavior.”

Sorry, everyone. Even national parks are racist now.

This is not normal behavior from our press. This is a mental breakdown in the works. People of the future will look at all this and wonder how on earth these stories made it into print.

The best thing that can happen now for the news industry is for the pandemic to pass, the lockdowns to lift, and for everyone to go outside and get some fresh air. Because the way nearly everyone in the press is behaving now, it seems clear that cabin fever has set in hard, and it is an epidemic we may not shake as quickly as the coronavirus.

Voir encore:

FARRELL: The Left Is Clearing A Pathway To Power

Chris Farrell Daily Caller June 25, 2020

Why are we experiencing the worst civil disturbances in decades? It is because the proponents of radical change won’t have it any other way.

Early 20th Century Italian Marxist Antonio Gramsci theorized that the path to a communist future came through gradually undermining the pillars of western civilization. We are now seeing the results of decades of such erosion, in education, in faith, in politics and in the media. The old standards of freedom, individual responsibility, equality and civic order are being assaulted by proponents of socialism, radical deconstruction and mob rule.

Those who charge that institutional racism is rampant in America are the same as those who run the country’s major institutions – city governments, academe, the media, Hollywood, major sports leagues and the Washington, D.C. deep state bureaucracy. Accountability? None.  The irony is rich.

At the same time, the only legal and institutional structures that mandate racially based outcomes do so in favor of other-than-majority groups. Anyone who questions this arrangement winds up cancelled.

The public debate is hardwired for disunity, making the former language of inclusion the new dog whistle of racism. The exclusionary slogan “black lives matter” is sanctified while the more unifying “all lives matter” is called divisive. People who say they want a colorblind society are called bigots even as progressives push for segregated events and housing on college campuses and “CHOP” protesters demand Black-only hospitals. Martin Luther King’s dream that people will “live in a nation where they will not be judged by the color of their skin, but by the content of their character” is judged by today’s progressives as a call for white supremacy.

The media goes out of its way to coddle violent protesters, calling them peaceful even as they verbally abuse and then throw bottles at police, saying they are not “generally speaking, unruly” standing in front of a burning building. Political leaders who benefit from disunity keep fanning the flames. For example House Speaker Nancy Pelosi’s reckless charge that the Senate police reform bill is “trying to get away with the murder of George Floyd” is irresponsibly divisive, especially since it was drafted by African American Senator Tim Scott (R-SC).

Public monuments have borne the brunt of the violence in recent weeks. As President Trump predicted, the vandalism has moved well beyond statues of Confederates. Practically any statue is fair game. Washington, Jefferson, even Ulysses S. Grant, the man who defeated Lee’s army, all have been toppled by the mobs. And liberal city governments are taking down statues at least as fast as the rioters. But it would be a mistake to think that the statues themselves are at issue, or even what they symbolize. Rather it is the need for the radicals not just to cleanse American history but to make people feel ashamed of every aspect of it. In this way they clear a path for a radical future, buttressed by an unwavering sense of moral superiority that entitles them to smack down any dissent, usually gagging people in the name of “free speech.”

We were told for years that anything the Trump administration did that was remotely controversial was an attempt to divide the country. Democrats frequently blamed insidious foreign influence, using expressions like “right out of Putin’s playbook” to keep the Russian collusion canard alive. But they are the ones who are weakening and dividing the country, to the evident glee of our Russian and Chinese adversaries. They have completely adopted longstanding Russian and Chinese propaganda lines about the United States being a country of endemic racism, poverty and oppression, when in fact America is an opportunity society and one of the most racially diverse and tolerant countries in the world. The protesters, their political allies and media backers are working hard to create the very sort of divisions they claim to oppose, because a weak, divided and ashamed America is their pathway to power.

Chris Farrell is director of investigations and research for Judicial Watch, a nonprofit government watchdog organization. He is a former military intelligence officer.

Voir encore:

Columbus Is Racist, Says Columbus

The explorer is ejected from a city that—for now—bears his name

Wall Street Journal

July 2, 2020

The city of Columbus, Ohio, this week unceremoniously evicted a 16-foot bronze statue . . . of Christopher Columbus. “For many people in our community, the statue represents patriarchy, oppression and divisiveness,” said Mayor Andrew Ginther, giving the removal order two weeks ago. “That does not represent our great city.”

Which great city, precisely? He forgot to mention. Or perhaps the mayor is going to start referring to his town euphemistically as “Ohio’s capital” and so forth, the way some people refuse to say the name of the Washington Redskins football team. This could make campaigning for his re-election rather awkward: Vote Ginther for mayor of [Unmentionable Racist].

Don’t laugh, because a petition at change.org has 118,000 signatures—an eighth of Columbus’s population—to rechristen the city Flavortown. That would reflect the region’s status as “one of the nation’s largest test markets for the food industry,” while honoring the enduring legacy of a Columbus native, the celebrity chef Guy Fieri. Alas, the petition’s creator has since apologized. Renaming the city, he says, “should be a fight led by those most affected,” and “as a white male, I don’t have a say in this.”

A columnist for the Columbus Dispatch noodled—jokingly?—that because “it’s always dangerous to name something after humans,” how about: Pleistocene, Ohio. Is the unpronounceable symbol once used by the musician Prince available again, or would that be cultural appropriation of Minnesota? A letter to the Dispatch had a bold idea: “Cowed, Ohio.”

The statue of Columbus sat in front of Columbus City Hall for 65 years. It was a gift from the people of Genoa, Italy. Now the mayor’s office says it’s “in safekeeping at a secure city facility.” What a blow to U.S.-Italy relations. At least he could offer to give the statue back. A second Columbus likeness, a marble of the navigator pointing west, was booted last month by Columbus State Community College, where it used to stand in the downtown Discovery District.

The mayor’s office says the unelected Columbus Art Commission will launch a “participatory process” to find new art that “offers a shared vision for the future.” Good luck. “Let’s just leave the space empty,” one Dispatch letter suggested, “because if not everyone is happy should anyone be happy?” What a sad sign of the times.

Voir par ailleurs:

STATEMENT ON HUMAN RIGHTS

SUBMITTED TO THE COMMISSION ON HUMAN RIGHTS, UNITED NATIONS BY THE EXECUTIVE BOARD, AMERICAN ANTHROPOLOGICAL ASSOCIATION

American Anthropologist

NEW SERIES Vol. 49 OCTOBER-DECEMBER, 1947 No. 4

The problem faced by the Commission on Human Rights of the United Nations in preparing its Declaration on the Rights of Man must be approached from two points of view. The first, in terms of which the Declaration is ordinarily conceived, concerns the respect for the personality of the individual as such, and his right to its fullest development as a member of his society. In a world order, however, respect for the cultures of differing human groups is equally important.

These are two facets of the same problem, since it is a truism that groups are composed of individuals, and human beings do not function outside the societies of which they form a part. The problem is thus to formulate a statement of human rights that will do more than just phrase respect for the indi- vidual as an individual. It must also take into full account the individual as a member of the social group of which he is a part, whose sanctioned modes of life shape his behavior, and with whose fate his own is thus inextricably bound.

Because of the great numbers of societies that are in intimate contact in the modern world, and because of the diversity of their ways of life, the primary task confronting those who would draw up a Declaration on the Rights of Man is thus, in essence, to resolve the following problem: How can the pro- posed Declaration be applicable to all human beings, and not be a statement of rights conceived only in terms of the values prevalent in the countries of Western Europe and America?

Before we can cope with this problem, it will be necessary for us to outline some of the findings of the sciences that deal with the study of human culture, that must be taken into account if the Declaration is to be in accord with the present state of knowledge about man and his modes of life.

If we begin, as we must, with the individual, we find that from the moment of his birth not only his behavior, but his very thought, his hopes, aspirations, the moral values which direct his action and justify and give meaning to his life in his own eyes and those of his fellows, are shaped by the body of custom of the group of which he becomes a member. The process by means of which this is accomplished is so subtle, and its effects are so far-reaching, that only after considerable training are we conscious of it. Yet if the essence of the Declaration is to be, as it must, a statement in which the right of the individual to develop his personality to the fullest is to be stressed, then this must be based on a recognition of the fact that the personality of the individual can develop only in terms of the culture of his society.

Over the past fifty years, the many ways in which man resolves the prob- lems of subsistence, of social living, of political regulation of group life, of reaching accord with the Universe and satisfying his aesthetic drives has been widely documented by the researches of anthropologists among peoples living in all parts of the world. All peoples do achieve these ends. No two of them, however, do so in exactly the. same way, and some of them employ means that differ, often strikingly, from one another.

Yet here a dilemma arises. Because of the social setting of the learning process, the individual cannot but be convinced that his own way of life is the most desirable one. Conversely, and despite changes originating from within and without his culture that he recognizes as worthy of adoption, it becomes equally patent to him that, in the main, other ways than his own, to the degree they differ from it, are less desirable than those to which he is accustomed. Hence valuations arise, that in themselves receive the sanction of accepted belief.

The degree to which such evaluations eventuate in action depends on the basic sanctions in the thought of a people. In the main, people are willing to live and let live, exhibiting a tolerance for behavior of another group different than their own, especially where there is no conflict in the subsistence field. In the history of Western Europe and America, however, economic expansion, control of armaments, and an evangelical religious tradition have translated the recognition of cultural differences into a summons to action. This has been emphasized by philosophical systems that have stressed absolutes in the realm of values and ends. Definitions of freedom, concepts of the nature of human rights, and the like, have thus been narrowly drawn. Alternatives have been decried, and suppressed where controls have been established over non- European peoples. The hard core of similarities between cultures has con- sistently been overlooked.

The consequences of this point of view have been disastrous for mankind. Doctrines of the « white man’s burden » have been employed to implement economic exploitation and to deny the right to control their own affairs to millions of peoples over the world, where the expansion of Europe and America has not meant the literal extermination of whole populations. Rationalized in terms of. ascribing cultural inferiority to these peoples, or in conceptions of their backwardness in development of their ‘ »primitive mentality, » that justified their being held in the tutelage of their superiors, the history of the ex- pansion of the western world has been marked by demoralization of human personality and the disintegration of human rights among the peoples over whom hegemony has been established.

The values of the ways of life of these peoples have been consistently misunderstood and decried. Religious beliefs that for untold ages have carried conviction, and permitted adjustment to the Universe have been attacked as superstitious, immoral, untrue. And, since power carries its own conviction, this has furthered the process of demoralization begun by economic exploita- tion and the loss of political autonomy. The white man’s burden, the civilizing mission, have been heavy indeed. But their weight has not been borne by those who, frequently in all honesty, have journeyed to the far places of the world to uplift those regarded by them as inferior.

We thus come to the first proposition that the study of human psychology and culture dictates as essential in drawing up a Bill of Human Rights in terms of existing knowledge:

1. The individual realizes his personality through his culture, hence respect for individual differences entails a respect for cultural differences. There can be no individual freedom, that is, when the group with which the individual indentifies himself is not free. There can be no full development of the individual personality as long as the individual is told, by men who have the power to enforce their commands, that the way of life of his group is in- ferior to that of those who wield the power.

This is more than an academic question, as becomes evident if one looks about him at the world as it exists today. Peoples who on first contact with European and American might were awed and partially convinced of the superior ways of their rulers have, through two wars and a depression, come to re-examine the new and the old. Professions of love of democracy, of devotion to freedom have come with something less than conviction to those who are themselves denied the right to lead their lives as seems proper to them. The religious dogmas of those who profess equality and practice discrimination, who stress the virtue of humility and are themselves arrogant in insistence on their beliefs have little meaning for peoples whose devotion to other faiths makes theseinconsistencies as clear as the desert landscape at high noon. Small wonder that these peoples, denied the right to live in terms of their own cultures, are discovering new values in old beliefs they had been led to question.

No consideration of human rights can be adequate without taking into account the related problem of human capacity. Man, biologically, is one. Homo sapiens is a single species, no matter how individuals may differ in their aptitudes, their abilities, their interests. It is established that any normal individual can learn any part of any culture other than his own, provided only he is afforded the opportunity to do so. That cultures differ in degree of complexity, of richness of content, is due to historic forces, not biological ones. All existing ways of life meet the test of survival. Of those cultures that have disappeared, it must be remembered that their number includes some that were great, powerful, and complex as well as others that were modest, content with the status quo, and simple. Thus we reach a second principle:

2. Respect for differences between cultures is validated by the scientific fact that no iechnique of qualitatively evaluating cultures has been discovered.

This principle leads us to a further one, namely that the aims that guide the life of every people are self-evident in their significance to that people. It is the principle that emphasizes the universals in human conduct rather than the absolutes that the culture of Western Europe and America stresses. It recognizes that the eternal verities only seem so because we have been taught to regard them as such; that every people, whether it expresses them or not, lives in devotion to verities whose eternal nature is as real to them as are those of Euroamerican culture to Euroamericans. Briefly stated, this third principle that must be introduced into our consideration is the following,:

3. Standards and values are relative to the culture from which they de- rive so that any attempt to formulate postulates that grow out of the beliefs or moral codes of one culture must to that extent detract from the applicability of any Declaration of Human Rights to mankind as a whole.

Ideas of right and wrong, good and evil, are found in all societies, though they differ in their expression among different peoples. What is held to be a human right in one society may be regarded as anti-social by another people, or by the same people in a different period of their history. The saint of one epoch would at a later time be confined as a man not fitted to cope with reality. Even the nature of the physical world, the colors we see, the sounds we hear, are conditioned by the language we speak, which is part of the culture into which we are born.

The problem of drawing up a Declaration of Human Rights was relatively simple in the Eighteenth Century, because it was not a matter of human rights, but of the rights of men within the framework of the sanctions laid by a single society. Even then, so noble a document as the American Declaration of Independence, or the American Bill of Rights, could be written by men who themselves were slave-owners, in a country where chattel slavery was a part of the recognized social order. The revolutionary character of the slogan « Liberty, Equality, Fraternity » was never more apparent than in the struggles to imple- ment it by extending it to the French slave-owning colonies.

Today the problem is complicated by the fact that the Declaration must be of world-wide applicability. It must embrace and recognize the validity of many different ways of life. It will not be convincing to the Indonesian, the African, the Indian, the Chinese, if it lies on the same plane as like docu- ments of an earlier period. The rights of Man in the Twentieth Century can- not be circumscribed by the standards of any single culture, or be dictated by the aspirations of any single people. Such a document will lead to frustration, not realization of the personalities of vast numbers of human beings.

Such persons, living in terms of values not envisaged by a limited Declaration, will ‘thus be excluded from the freedom of full participation in the only right and proper way of life that can be known to them, the institutions, sanctions and goals that make up the culture of their particular society.

Even where political systems exist that deny citizens the right of participation in their government, or seek to conquer weaker peoples, underlying cultural values may be called on to bring the peoples of such states to a realization of the consequences of the acts of their governments, and thus enforce a brake upon discrimination and conquest. For the political system of a people is only a small part of their total culture.

World-wide standards of freedom and justice, based on the principle that man is free only when he lives as his society defines freedom, that his rights are those he recognizes as a member of his society, must be basic. Conversely, an effective world-order cannot be devised except insofar as it permits the free play of personality of the members of its constituent social units, and draws strength from the enrichment to be derived from the interplay of varying personalities.

The world-wide acclaim accorded the Atlantic Charter, before its restricted applicability was announced, is evidence of the fact that freedom is under- stood and sought after by peoples having the most diverse cultures. Only when a statement of the right of men to live in terms of their own traditions is incorporated into the proposed Declaration, then, can the next step of defining the rights and duties of human groups as regards each other be set upon the firm foundation of the present-day scientific knowledge of Man.

JUNE 24, 1947

Voir aussi:

LA LEÇON DE LA FRENCH THEORY

FRENCH THEORY FOUCAULT, DERRIDA, DELEUZE ET CIE ET LES MUTATIONS DE LA VIE INTELLECTUELLE AUX ETATS-UNIS de François Cusset La Découverte, 367 p.

Sylvano Santini

Spirale

3 mars 2010

CERTAINS penseurs français irrationnels, transgressifs, libidinaux, obscurs, géniaux, etc. ont fait fortune aux États-Unis avec leur spirale théorique. Qu’on les ait repris ou rejetés, aimés ou détestés, tant à l’université que dans les milieux artistiques underground, le fait est indéniable : une frange de la pensée française a contaminé et assaini l’Amérique. Ce paradoxe évidemment volontaire rejoue assez bien l’extrémisme étatsunien quant aux affaires intellectuelles : Baudrillard, Deleuze, Foucault, Derrida et con-sorts sont des démons fascistes pour les uns, des prophètes pour les autres. Y a-t-il un juste mi-lieu? Interrogation hasardeuse, car justement, aux États-Unis, c’est de lui qu’il n’est jamais question.

Les Américains ont créé quelque chose ces dernières décennies, n’en déplaise à ceux qui les perçoivent comme les conservateurs du musée européen. Mais ne s’agit-il pas ici encore de l’Europe? Il serait donc plus prudent de dire qu’ils ont recréé quelque chose sous le nom original de French Theory en accueillant, hors de la France, la théorie française. Incontestable phénomène qui persiste depuis ses débuts bigarrés dans les années soixante-dix jusqu’à son épuration universitaire qui se poursuit encore aujourd’hui. L’heure des bilans est arrivée au tournant du millénaire : que s’est-il donc passé ces trente dernières années pour qu’on demande à Baudrillard de participer au scénario de la saga Matrix ou pour qu’un DJ techno cite Deleuze ? Les Américains ont fait leur propre bilan en 2001 (French Theoryin America, Routledge), les Fran-çais, en 2003 (French Theory. Foucault, Derrida, Deleuze et Cie et les mutations de la vie intellectuelle aux États- Unis, La Découverte) et plus curieusement, un certain réseau canadien s’est interposé comme arbitre en 2002 (« The American Production of French Theory », Substance, n » 97). Si les premiers s’évertuent à présenter les thèses caractéristiques qu’a laissées la théorie française dans la pensée américaine, et les derniers, un écho lointain de ce qui s’est véritable-ment passé, le bilan mis au point par François Cusset est de loin le plus satisfaisant et ce, autant pour ceux qui raillent le phénomène que pour ceux qui le respectent.

La fête et la caricature de la théorie française

Cusset connaît bien les États-Unis et encore mieux le monde de l’édition dans lequel il a œuvré et où a été inventé en partie le phénomène. Que des intellectuels américains adaptent les thèses de penseurs français, ce n’est pas un précédent, on l’avait fait déjà avec le surréalisme et l’existentialisme. Ce qui est toutefois nouveau ici, c’est qu’il ne s’agit pas d’une simple adaptation mais d’une véritable appropriation qui dé-bouche sur l’invention de perspectives théoriques non négligeables : la French Theory. Si cette appropriation positive s’est déroulée sur les campus universitaires, ce n’est pas exactement par là que la théorie française s’est fait connaître aux États-Unis. Dans les seventies, années profondément marquées par un désir libératoire qui prenait la forme d’expériences individuelles de désubjectivation (la Sainte Trinité : drogue, sexe, rock), certains universitaires, dont Sylvère Lotringer, ont introduit la théorie française dans la contre-culture américaine. Moment festif et joyeux, fait de rencontres inusitées entre intellectuels et artistes (Deleuze et Guattari ont ren-contré Bob Dylan backstage’.), cet « entre-deux » est typique, selon Cusset, de la première vague de French Theorists. La popularité non universitaire de la théorie française continue à persister au-delà des seventies dans les milieux artistiques, alternatifs, informatiques, etc. où l’on cite allègrement des passages de Mille Plateaux ou de l’indécidable déconstruction de Derrida. Cusset reconnaît tout de même l’intérêt de ces récupérations qui tournent souvent à la caricature, car si certains artistes y ont trouvé une manière légitime de parler de leur art, la théorie, elle, y est devenue vivante. Encore que la pensée des philosophes français y ait été entièrement pervertie (les contre-sens avec Baudrillard sont éloquents), l’union entre la théorie et l’œuvre a représenté peut-être la meilleure réponse qu’on leur a donnée. Mais tout le monde avait déjà compris que c’était par l’université que la théorie française devait passer pour rester.

L’incidence politique de la théorie

Autre lieu, autre réception. Les départements de français et plus largement ceux de littérature ont ouvert les portes des campus universitaires à la théorie française, tout en se hissant au sommet des humanités en maniant des concepts nouveaux mais flous, flexibles et surtout tellement poreux que les autres disciplines y trouvaient leur compte : en quelques années, les littéraires étaient devenus les dépositaires de l’« éthos universitaire ». Des mégastars naissaient sur son crédit ; tout un domaine de recherches y trouvait 42 son impulsion (les cult’studs’) ; les étudiants l’utilisaient pour affirmer haut et fort leur pas-sage à l’âge adulte. On récupérait, sans retour, ce que des stratégies éditoriales avaient fabriqué de toutes pièces en publiant côte à côte les vedettes de l’heure : portrait d’une famille française née à l’étranger que Ton a appelée, selon les milieux et les humeurs, poststructuraliste, postmoderne, et plus récemment postmarxiste. Si les études universitaires n’étaient pas en reste de récupéra-tions mimétiques et caricaturales qui se limitaient trop souvent à une clique de campus qui défendait complaisamment son auteur fétiche — concurrence typiquement américaine entre universités —, il y a des domaines où la lecture des auteurs français a été fine et de grand intérêt. La palme revient ici aux études postcoloniales et aux politiques identitaires qui, selon Cusset, ont réussi à sortir la théorie française du marasme textualiste en reconnaissant ses inci-dences politiques. Il n’invoque pas d’ailleurs les moindres penseurs en parlant de Spivak, Saïd, Butler, etc. Tous et toutes, d’une manière ou d’une autre, ont reconnu l’apport considérable de la théorie française quant aux vives réflexions sur la question du statut des minorités qui avaient atteint un sommet avec le débat concernant le « politically correct » dans les années quatre-vingt. Pour la première fois peut-être, les débats universitaires s’étendaient dans les grands médias américains : les noms de Derrida, de Foucault, de Baudrillard, etc., étaient dorénavant connus du grand public.

Mais ce qui est à retenir de ces débats parfois houleux, c’est que les penseurs des minorités ont déplacé le paradigme marxiste et la théorie cri-tique inspirée de l’école de Francfort (deux piliers dans les études politiques universitaires américaines qui critiquaient l’apolitisme de la French Theory) en reconnaissant la validité de la théorie française dans les luttes hors campus, c’est-à-dire celles qui ont lieu dans la rue. Mais cette validité, souligne Cusset, a également sa limite, car, quoiqu’elle ait servi à rendre compte des différences, elle a surtout démontré qu’il était difficile d’éviter l’illusion marxienne d’une prise directe de la théorie sur la pratique. Pour justifier ainsi l’incapacité des penseurs de la minorité à unir la théorie française avec les luttes sociales concrètes, il souligne leur aveuglement et le silence qui en découle face aux phénomènes de récupération capitaliste des minorités qui a eu lieu aux yeux de tous sous la bannière marketing Benetton. Si la moitié du chemin semble parcouru en alliant la théorie française avec la n’a pas encore été entièrement déployé : il semble que les Américains aient mal politisé la théorie française, ne retenant qu’une partie de la complexité des rapports interhumains et les microfascismes qui peuvent en découler dans l’ordre du monde orienté non plus par la domination mais par le contrôle.

La limite d’un travail de déblayage

Cusset a fait un travail assez remarquable en repérant et en présentant tous les lieux qui ont servi à introduire et à répandre la théorie française aux États-Unis : des fanzines aux publications prestigieuses, en passant par le scratching, l’art new-yorkais et les débats universitaires, le terrain est pour ainsi dire déblayé. De plus, en remontant chronologiquement l’histoire de cette réception, il montre les mutations du champ intellectuel américain qui se jouent d’abord dans les départements de littérature et ensuite dans les études plus spécifiques sur les minorités. Sa pré-sentation est claire et agréable à lire. Cusset ne cherche pas à renouveler le genre de l’histoire d’un courant de pensées en s’alignant sur la ma-nière de faire de François Dosse avec le structu-ralisme ou de Didier Eribon avec Foucault. Tout comme eux du reste, il ne manque pas de saler sa mise en récit d’anecdotes et de dérapages ridicules qui font sourire et qui donneront surtout satisfaction aux professeurs qui cherchent à in-valider la joyeuse pensée post-nietzschéenne française qui plaît tant à quelques étudiants. Mais le travail de Cusset dévoile ses limites, qui sont aussi celles du genre, lorsqu’il présente les penseurs américains qui se sont le mieux approprié, selon lui, la théorie française. On remarque assez vite qu’il n’a pas lu tous leurs ouvrages, paraphrasant et citant les petits readers qu’il critique par ailleurs : « De même qu’à l’instar de sa consœur Gayatri Spivak, il [E. Saïd[ se méfie des « méthodes » générales et des « systèmes » explicatifs, qui en devenant « souverains » font perdre à leurs praticiens « tout contact avec la résistance et l’hétérogénéité propres à la société ci-vile », laquelle peut mettre à meilleur profit une cri-tique ponctuelle, qui doit « être toujours en situation ». » Mots ou concepts clés insérés dans une phrase qui a la vertu de synthétiser toute la pensée d’un auteur (ici de deux auteurs), telle est la marque des readers fort populaires auprès des undergraduates. Mais peut-on reprocher ce raccourci à Cusset? La tâche qu’il s’est donnée était énorme en voulant tout couvrir, tout présenter. En avouant la limite de son travail et en ouvrant le chantier à la fin du livre, il semble régler ses comptes avec le lecteur qui, l’ayant suivi jusque-là, était peut-être déçu de ne pas avoir eu droit à un véritable dialogue entre les textes français et américains : « De ces mécomptes providentiels, de ces trahisons créatrices, sinon performatives, l’histoire mouvementée, retracée parfois ici et là, reste encore à écrire. » Mais la raison en est aussi ailleurs, puisque, avec son travail, il veut remuer la France.

À l’heure de la « théorie-monde »

Cusset ne cache pas l’intention de son travail en l’énonçant dès l’introduction et en la rappelant ici et là dans l’ouvrage. Et « Pendant ce temps-là en France », titre du dernier chapitre, en donne un assez bon indice : les nouveaux philosophes français autoproclamés en 1977 (BHL, Glucksmann et Clavel) et extrêmement critiques à l’égard de la Pensée 68 ont bloqué le champ intellectuel français en recentrant le débat sur les enjeux humanitaires et les droits de l’homme et en ayant recours au gros concept de l’État. Si l’on en croit Cusset, il s’agit pratiquement d’une régression qui semble avoir fait prendre du retard à la pensée française en ce qu’elle a rejeté les plus prolifiques penseurs des dernières décennies. « Pendant ce temps-là en France », en effet, car ailleurs, de New York à Sidney ou de Rome à Buenos Aires, une nouvelle « classe d’intellectuels transnationale » centrée sur la théorie française (et convergente sur certains points avec la théorie critique) se forge une « théorie-monde », selon l’expression de François Cusset. Si la démonstration d’une telle théorie reste encore à faire, l’évidence de sa nécessité, elle, semble acquise. Car la complexité du monde actuel demande 43 autre chose que la bonne conscience rationnelle des nouveaux philosophes qui, au demeurant, accumulent aux yeux de tous les succès de librairie en utilisant la stratégie marketing qui sied tant au capital. La « théorie-monde », celle peut-être de Bruno Latour avec ses Sciences studies qui a le mérite, selon Cusset, de s’opposer à la ferveur rationaliste des Français et à la textualisa-tion outrancière des Américains, mais qu’il ré-duit à peu près au programme de Foucault : analyser les effets de pouvoir dans les formations discursives et ceux du discours dans les pratiques.

Si Cusset ne cache pas sa hargne, c’est qu’il veut que la France retrouve l’enfant qu’elle a mis au monde mais qui a grandi ailleurs. C’est peut-être pour cette raison qu’il exagère l’importance des nouveaux philosophes et qu’il passe à peu près sous silence les héritiers discrets de la théorie française en France. On pense par exemple à Jacques Rancière qui marche à différents moments de son œuvre dans les pistes ouvertes par elle. Mais aussi à ceux qui travaillent au Centre Michel Foucault à Paris et qui ont organisé deux colloques sur sa pensée ces dernières années en France et qui font suite aux Dits et Écrits; à ceux plus souterrainement qui ont ouvert le Chantier-Deleuze à Nanterre, qui organisent des colloques (Paris et Lyon à l’automne 2003), qui en discutent dans Les Cahiers de Nœsis (Nice) et qui poursuivent parallèlement la pensée du philosophe dont on vient de publier tous les écrits quelques années après le succès de L’abécédaire. Tout cela est marginal évidemment, trop creux ou trop discret ! Certes, mais le réveil n’aura pas lieu tel que le désire Cusset. Les débats qu’il a peut-être voulu susciter n’ont pas eu lieu, et à lire les quelques comptes rendus parus dans les quotidiens et les revues en France, rien ne les laisse présager. Ça ne sert strictement à rien de vouloir donner des leçons à quiconque en espérant haut et fort une résurrection de la théorie française en France. Les « trahisons créatrices restent à écrire », dit-il. On attend impatiemment son prochain ouvrage, sa trahison.

Voir enfin:

Journée « Autour du livre de François Cusset French Theory » et des Cultural Studies

Transatlantica

[19 novembre 2004]
Compte rendu coordonné par Marie-Jeanne Rossignol (Paris VII) et Pierre Guerlain (Paris X)


Introduction

La parution du livre de François Cusset, French Theory. Foucault, Derrida, Deleuze & Cie et les mutations de la vie intellectuelle aux Etats-Unis en 2003, à La Découverte, a soudain donné une plus grande visibilité en France aux Cultural Studies et autres mouvements intellectuels inspirés de théoriciens européens (et non seulement français) qui ont fleuri aux Etats-Unis pendant les vingt années passées. Ce livre tout à fait passionnant, érudit et ancré dans une expérience personnelle (l’auteur, sociologue, travaillait aux Services culturels français à New York pendant la période) a engagé quelques américanistes curieux de ces mouvements intellectuels à se réunir pour discuter des thèses de Cusset et à élargir le débat aux Cultural Studies et à leur inscription universitaire ainsi qu’à leur impact politique. Organisé à l’initiative de Marie-Jeanne Rossignol et Pierre Guerlain, ce forum Paris7/Paris X s’est tenu le 19 novembre à l’Université Paris X-Nanterre. Il a réuni les participants suivants : Françoise-Michèle Bergot, Cornelius Crowley, Paris X-Nanterre, Craig Carson, Nanterre, Marc Deneire, Nancy 2, Pierre Guerlain, Paris X – Nanterre, André Kaenel, Nancy 2, Alison Halsz, Paris X-Nanterre, Thierry Labica, Paris X-Nanterre, Hélène Le Dantec-Lowry, Paris III-Sorbonne Nouvelle, Catherine Lejeune, Paris 7-Denis Diderot, Guillaume Marche, Paris XII-Val de Marne, Brigitte Marrec, Paris X-Nanterre, Jean-Paul Rocchi, Paris 7-Denis Diderot, Marie-Jeanne Rossignol, Paris 7-Denis Diderot. Les intervenants ont souvent tenu à mêler rappel de leur expérience personnelle, analyse de l’ouvrage et réflexion sur les Cultural Studies lors de ce forum de réflexion, dont vous est ici livré ici un compte rendu légèrement révisé, où alternent brèves interventions et développements plus étoffés.

La parole a été passée tout d’abord à Marie-Jeanne Rossignol :

Pour résumer rapidement sa thèse, on peut dire que selon François Cusset, de remarquables intellectuels comme Foucault, Deleuze et autres brillants penseurs des années 1970 ont trouvé un meilleur accueil aux Etats-Unis qu’en France à partir des années 1980 : ce sont les campus américains qui ont profité de l’incroyable fermentation intellectuelle présente dans leurs travaux, pour diverses raisons, et en particulier, la structure du milieu universitaire américain. Aux Etats-Unis, les idées et l’imagination ; à la France, de bien ennuyeux « nouveaux philosophes » qui ont paradoxalement accompagné les années de gauche au pouvoir.

Il est vrai que, pour la génération d’après 1968, les auteurs dont parle Cusset, par exemple Foucault, Derrida, Kristeva ou Cixous, ont effectivement très vite disparu de l’écran des références intellectuelles indispensables, à partir des années 1980, c’est-à-dire quand une certaine jeunesse universitaire aurait dû s’emparer d’eux. Foucault, lecture de lycée, est quand même resté incontournable dans les années qui ont suivi, en particulier grâce à la présence dominante d’Arlette Farge dans les études sur le XVIIIè français ; mais c’est effectivement surtout aux Etats-Unis, en 1988 et après, que je les ai retrouvés, évidemment sous leur forme américaine (19). D’où un retour « en décalage » en France en 1989, après un séjour d’un an, face à un monde intellectuel et politique dont les références paraissaient quelque peu désuètes. Et qui le paraissent encore aujourd’hui.

Alors que j’étais naturellement assez éloignée de la théorie, l’atmosphère américaine très « théorique » m’a énormément apporté, car comme le dit Cusset (21), elle se doublait d’une « pragmatique des textes », c’est-à-dire leur « aptitude à l’usage, à l’opération » : on y puisait « des idées nouvelles » sans avoir besoin de lire Deleuze, Derrida. Les concepts rebondissaient d’un texte à l’autre et créaient une fermentation véritable par rapport à laquelle, au retour, les problématiques de l’histoire française paraissaient ternes et habituelles. C’est là un des points forts du livre de Cusset : avoir rappelé que ces lecteurs américains des philosophes français de la génération 68 ont su écouter « ces fulgurances d’il y a trois décennies, étiquetées par l’histoire des idées »(23).

Un autre mérite de cet ouvrage est de souligner les défauts de cette approche : l’inspiration française est devenue « la respiration » française par un processus de citation perpétuelle, de « scansion » sans « explicitation » (104, 234). En histoire, où les chercheurs sont souvent peu attirés par des lectures philosophiques, ce fut particulièrement le cas : des concepts complexes tels qu’ « autorité » ou « patriarcat » étaient assénés plus que véritablement intégrés. Les plus grandes réussites de la période auront concerné des sujets qui étaient également portés par l’histoire culturelle des années 60 et 70, l’histoire afro-américaine et l’histoire des femmes, en plein essor, mais qui ont trouvé un deuxième souffle dans cette injection de concepts. Etudiants ou grands penseurs, les Américains sont devenus les « usagers » des textes : en disant cela, Cusset s’inscrit lui-même dans une lecture post-moderne de l’acte de lecture (292) : « La part d’ « invention » américaine désigne dès lors l’aptitude à faire dire aux auteurs français ce qu’on en comprend, ou du moins ce qu’on a besoin d’en tirer ».

Ce sentiment de décalage entre une réalité française terne et les bouleversements américains est d’autant plus net, dans les années qui suivent mon retour, en 1989, lorsque se répand en histoire américaine un débat sur l’histoire, récits subjectifs ou science objective, qui n’a presque aucun écho en France. C’est qu’en effet, comme Cusset l’explique bien, les philosophes français ont été captés tout d’abord par la discipline littéraire aux Etats-Unis. Alors qu’en France, leur lecture et leur interprétation relevaient de la philosophie, aux Etats-Unis ils s’épanouissent dans les départements de lettres ; cette appropriation, renforcée des analyses de J. Derrida, conduit à ramener tout texte et toute interprétation au cadre littéraire. En histoire américaine, cela conduit à des clivages et à des ruptures entre anciens et modernes : les anciens, parfois à gauche comme Eugene Genovese, sont des tenants de l’objectivité en histoire : les modernes, du relativisme narratif (88, 93). Mais sur ces débats en histoire, Cusset paraît peu renseigné ou cela lui paraît périphérique. En tout cas, il est clair qu’aux Etats-Unis, dans les années 1980, la subversion, l’imagination, la résistance aux autorités tirent leur inspiration des départements de français. A Duke, on compare les fauteuils confortables du département d’anglais (celui où officie alors Stanley Fish) aux sièges effondrés du département d’histoire, longtemps dominé par les historiens du sud et de l’armée. Les spécialistes d’histoire afro-américaine mènent la guerre à ces derniers, choisissent des bureaux dans un autre coin du campus et soutiennent une jeune collègue qui propose un nouveau champ, les « théories ». En France, pendant ce temps, l’histoire ne connaît pas de tels renouvellements théoriques, à l’image des études cinématographiques dont parle Cusset (95).

La différence persistante entre France et Etats-Unis, si Cusset avait davantage envisagé le cas de l’histoire, aurait été encore plus saisissante. Il n’aurait pu écrire (143) : « Qu’on parle le patois derridien ou le dialecte foucauldien, la chose est entendue, peut-être même mieux qu’elle ne l’a jamais été en France : il n’y a plus désormais de discours de vérité, mais seulement des dispositifs de vérité, transitoires, tactiques, politiques ». Rien de moins accepté en France, rien de plus entendu aux Etats-Unis : même des milieux très traditionalistes sur le plan méthodologique, comme l’histoire des relations internationales, ont remis en cause leurs sources, leurs postulats, leurs angles d’approche. Il n’est que de lire la revue Diplomatic History des années 1990 à 2004 : alors que ce champ était considéré comme ancien, en perte de vitesse, la revue a su publier des numéros entiers sur les Africains-Américains et la politique étrangère des Etats-Unis ; l’environnement et les relations internationales ; récemment son rédacteur en chef s’est rendu au congrès d’American Studies, haut lieu de la theory, pour un rapprochement hautement improbable naguère. (Robert D. Schulzinger, « Diplomatic History and American Studies, » Passport vol. 35:2 (August 2004), 21-23).

L’influence du post-colonialisme sur l’écriture de l’histoire américaine est bien notée par Cusset (155) et là aussi la différence avec l’histoire de France ne saurait être plus saisissante, à l’exception de Nathan Wachtel et même si l’histoire coloniale s’est quand même considérablement développée dans les vingt dernières années. Mais sur ce point encore, il ne faut pas négliger le rôle des historiens radicaux, militants politiques des années 60, influencés par l’histoire culturelle de E. P. Thompson, qui ont réécrit le récit national américain en donnant une place importante aux Noirs, aux Indiens. Dès les années 1980, les manuels universitaires sont rédigés sous leur direction et reprennent cette vision d’un passé contrasté.

Sur les Cultural Studies, Cusset s’attarde peu (145-148), alors que sous ce vocable se réunit une nébuleuse d’origines disciplinaires, touchant aussi bien à la littérature populaire qu’à la littérature classique, au canon relu et corrigé qu’au contre-canon minoritaire ou ethnique. Il lui donne une acception étroite et donc réductrice, voire caricaturale, un peu décevante. Que lui-même remet en question (153) en ajoutant qu’elles « peuvent elles-mêmes avoir pour objet la question identitaire et non plus la pop culture, avec les Black, Chicano ou même French Cultural Studies ». A ce sujet, F. Cusset va dans le sens commun qui consiste à critiquer les CS et toute la «théorie» américaine au motif qu’elles auraient perdu de vue l’argument politique qui sous-tendait le travail des philosophes français.

Certes, en même temps, ce mouvement intellectuel s’est inscrit dans une tradition de combats pour les droits initiés par le Civil Rights movement puis repris par les féministes. Sur les campus, l’ambiance était au « personal is political », peut-être moins hérité de Foucault que des féministes américaines. Mais pourquoi ne serait-il pas « politique » de s’indigner que seuls des Blancs écrivent l’histoire des Noirs, que seuls des hommes prennent des décisions dans les entreprises et les administrations ? Est-ce réduire le politique au symbolique ? (186-188, 200-202). Les limites politiques du mouvement intellectuel américain ne doivent-elles pas être jugées à l’aune des grandes tendances politiques aux Etats-Unis ces 50 dernières années, un éloignement de la question sociale et un fort accent sur la question des droits individuels mais aussi communautaires ?

Le tableau du milieu universitaire est excellent. La description de ce qui en constitue l’originalité en particulier (208) mérite que l’on s’y appesantisse au moment où le milieu universitaire français tombe sous la coupe des critères américains et globaux de recherche et de publication. Les années d’après 1970 sont également celles d’une explosion des postes dans les universités américaines, donc d’une explosion des publications dans un contexte concurrentiel qui se ferme : à partir de la fin des années 1980, peu de recrutements. Un marché problématique sur certains créneaux étroits comme l’histoire américaine : 50% des historiens américains, mais un terrain bien mince en termes de sources et de durée. Parlant de la littérature (235), Cusset signale que les étudiants passent moins de temps à lire les textes qu’à comparer les critiques des textes : il en va ainsi en histoire où la lecture de l’historiographie est au centre du travail, bien plus que la lecture de documents.

Utile et même essentiel, ce rappel de la domination planétaire des modes intellectuels américaines et de ses méthodes : être professionnel, c’est travailler à la manière des Américains. Les auteurs français sont lus par le prisme de leurs interprètes (302-303) ; l’internationale des idées devient l’internationale des campus, dont sont absents les Français.

Catherine Lejeune:

Indéniablement, French Theory donne un socle théorique aux Cultural Studies. Cependant François Cusset, à l’instar d’autres penseurs marxistes, ne manque pas de les critiquer (qu’il qualifie, au passage, de « disciplines abâtardies »).
A mon sens, il réduit un peu trop les CS à l’étude textuelle et stylistique de la pop culture, même s’il reconnaît à l’occasion qu’elles peuvent avoir pour objet d’étude la question identitaire, et non plus la pop culture, comme c’est le cas des African American Studies, des Chicano Studies etc…. En effet les Cultural Studies ont contribué à revitaliser les études ethniques, les études post-coloniales ou encore les plus récentes Subaltern Studies. Il faut mettre ce renouvellement des problématiques identitaires à leur crédit, ce que ne fait pas l’auteur. D’une manière générale, si l’on peut accepter que Cusset se limite à un survol de la question des Cultural Studies même s’il y fait souvent référence, on peut regretter qu’il en sous-estime l’impact et qu’il néglige leurs rapports avec l’histoire, la sociologie, l’anthropologie (disciplines que les Cultural Studies ont soit ébranlées soit renouvelées sur le plan épistémologique).

Pour François Cusset, les seules études ethniques qui valent sont celles qui concernent les Africains-Américains. Elles seules ont acquis leurs lettres de noblesse. « La question afro-américaine », dit-il, « justifiant une étude des ségrégations est un cas à part, plus ancien, plus impératif, chargé d’une plus lourde histoire : de fait, elle relève moins d’une création universitaire que les Chicano, Asian-American, Native-American Studies ou même les Gay/Women Studies ». Nul ne contestera la centralité, la primordialité de la question afro-américaine, mais le survol est là trop rapide, et de ce fait réducteur. Peut-on ainsi mettre tous les groupes ethniques sur le même plan compte tenu de la différence des situations d’un groupe à l’autre, qu’il s’agisse de la nature et de l’ampleur de la discrimination ou de la teneur des combats pour les droits civiques passés et présents ? De surcroît, chacun de ces groupes a eu sa part de réalité ségrégationniste. Il y a donc une histoire raciste et/ou discriminatoire de ces populations dont on ne peut réduire l’étude, contrairement à ce qu’affirme Cusset, au seul besoin d’existence intellectuelle au sein de l’université.

Jean-Paul Rocchi:

Dés le début de French Theory, François Cusset définit l’enjeu d’une étude à la fois riche et synthétique. Il s’agit en fait « [d’] explorer la généalogie politique et intellectuelle, et les effets, jusque chez nous et jusqu’à aujourd’hui, d’un malentendu proprement structural » entre théories françaises et universités américaines (15). C’est l’occasion pour Cusset de se pencher sur les conditions de production de la théorie, du difficile rapport entre émission nationale et réception étrangère dans lequel elle s’inscrit, mais aussi de porter un regard critique sur l’universalisme français et le communautarisme américain. French Theory reflète bien en effet la crispation identitaire française dont est symptomatique la fortune américaine de théoriciens tels que Foucault, Derrida ou Deleuze. Ce sont en effet ceux-là même qui ont le plus radicalement critiqué le monolithisme identitaire et la domination du sujet qui ont eu une reconnaissance transatlantique appuyée.

Bien que l’auteur s’interroge sur le fracture hexagonale entre théorie et sphère politique, son argumentation ne va pas jusqu’à examiner la question complexe d’une identité française souvent réduite avec commodité à celle seule de la citoyenneté. Se dessine alors, sous-jacente à sa thèse d’une différance entre théories françaises et pratiques identitaires américaines, la nostalgie d’un logocentrisme et d’une lecture théorique légitime déclinée sur le double mode du « ce que certes nous ne faisons pas mais que les autres font bien mal »; une nostalgie dont était déjà empreint son précédent ouvrage, Queer Critics, la littérature française déshabillée par ses homos-lecteurs (PUF, 2002), consacré au cadre théorique queer anglo-saxon appliqué à la littérature française.

Ce complexe de la lecture légitime est particulièrement perceptible dans l’analyse de l’utilisation « utilitariste » que les politiques identitaires américaines auraient faite de Derrida, un dévoiement que Christian Delacampagne qualifiait de « malentendu » dans un récent article publié à l’occasion de la mort du philosophe (« Histoire d’une success story », Le Monde, 11.10.04). Une perversion qui procèderait selon Cusset du hiatus entre l’enjeu de la déconstruction, comprise comme critique de la structure, de la connaissance et du rapport entre loi et écriture, et « la très vague définition littéraro-institutionnelle qui prévaut aux Etats-Unis : ‘terme dénotant un style de lecture analytique qui tient pour suspect le contenu manifeste des textes’ » (121). Plus loin, dans son chapitre consacré aux « Chantiers de la déconstruction », Cusset poursuit sa critique en soulignant que peu de réflexions politiques peuvent se réclamer de Derrida, tant sa pensée, déployée « en deçà du vrai et du faux » s’accommode mal de positionnements tranchés, de choix pratiques arrêtés ou d’engagements effectifs (136-137).

Pourtant, ne peut-on pas se demander si les politiques identitaires à l’université n’ont pas constitué aux États-Unis, plutôt que le supposé dévoiement que Cusset stigmatise, le terreau favorable à l’épanouissement de la pensée de celui qui se décrivait comme « étant en synchronie avec la postcolonialité » (Arte, 13/10/04) et dont la critique de la métaphysique occidentale n’est pas sans lien avec sa propre histoire algérienne ? N’y a-t-il pas dans le développement des départements et programmes d’Etudes afro-américaines aux Etats-Unis une même remise en cause du logocentrisme, de la métaphysique occidentale, et de leur expression américaine à travers la question raciale ? Le hiatus ne semble pas si profond, si tant est que l’on comprenne l’étude des textes comme l’occasion de mettre au jour les liens entre philosophie, histoire et idéologie, une pratique dont la tradition afro-américaine fait tôt l’épreuve à travers la maîtrise de l’écriture par les esclaves. Par ailleurs, et pour ce qui est de l’inadéquation entre la philosophie dérridienne et le politique, l’argument est contredit par Derrida lui-même et notamment dans ses textes « Racism’s Last Word » et « But, beyond…(Open Letter to Anne McClintock and Rob Nixon) » qui étudient les discours et l’idéologie du régime de l’apartheid (in Henry Louis Gates, Jr, «Race», Writing and Difference, 1986).

Il est en outre surprenant de considérer que toute « structure d’opposition [étant] irréductible aux référents qu’elle affiche » empêche, si ce n’est de réduire à néant la dite structure, d’y infléchir les rapports d’inégalités. N’est-ce pas ce à quoi W. E. B. Du Bois et Frantz Fanon se sont attelés en rétablissant un sujet noir réaffirmé à la place de l’antithèse de la dialectique hégélienne du maître et de l’esclave, la négation de la négation ?

La philosophie aussi est affaire de politique. A moins que l’on entende par « politique », le seul terrain social, la seule matérialité. Cette conception a cependant déjà montré ses limites. C’est au nom de la seule matérialité que le marxisme, péchant par excès d’idéalisme, a analysé le racisme comme une mystification de la bourgeoisie destinée à diviser la lutte prolétarienne, jugeant a priori que les classes populaires ne pouvaient avoir de préjugés (cf Varet, Racisme et philosophie, essai sur une limite de la pensée, 1973, 352-362).

Le hiatus est-il entre une définition réductrice et l’enjeu ambitieux de la déconstruction, ou en encore entre philosophie et action politique ? Peut-être est-il en fait inhérent au rapport entre théorie et expérience, dans la difficulté de leur ordonnance dans le temps tout comme la description de leur interaction. Ces difficultés peuvent conduire à une lecture partielle voire partiale qui, d’une part fait de l’expérience le lieu et l’occasion d’un asservissement et d’une perversion de la théorie et d’autre part tend à minimiser le poids de l’expérience indigène / communautaire.

C’est ainsi que French Theory présente également la faiblesse d’arrimer les penseurs des identités américaines et les critiques de la différence à une théorie française dont l’influence est postérieure à celle de larges mouvements sociaux de la dissidence et de la marginalité américains. Les Afro-Américains ont-ils attendu Derrida pour « déconstruire » la réalité matérielle et la métaphysique blanche américaine que la ségrégation leur renvoyait au visage ? « On Being Crazy » (1923) de Du Bois, qui s’attache à décrire le lien entre matérialité, langage et idéologie, est en cela un démenti frappant. En outre, lorsque Cusset fustige les départements de littérature américains pour avoir transformé la théorie française en un métadiscours subversif destiné à remettre les sciences en cause plutôt qu’à porter un regard sur le réel (chapitre « Littérature et théorie »), on touche à la limite du cadre interculturel. La distinction occidentale entre théorie / philosophie d’une part et littérature d’autre part est elle pertinente dans le cadre de la tradition afro-américaine pour laquelle la systématisation théorique, fût-elle littéraire, artistique, philosophique ou politique, s’ancre dans l’expérience, une subjectivité réflexive et non dans la connaissance objective du monde ?

C’est là où, de façon assez ironique, French Theory, outre de révéler en creux les crispations actuelles de la scène intellectuelle française, reproduit parfois dans son approche de l’objet américain la même transformation culturelle dont il souligne les travers au sein des universités américaines.

On peut dès lors conclure avec prudence que, pour offrir des éclairages différents et significatifs, l’approche comparatiste ne saurait prétendre à l’exhaustivité.

P. Guerlain:

Le livre n’aborde pas suffisamment le paradoxe entre ce ferment politique de gauche sur les campus et la montée de la droite politique. Les catégories du multiculturalisme, qui découlent en partie de la French Theory, ont d’abord servi à rendre certains groupes et certaines méthodologies visibles et ont donc eu, dans les années 60 et 70, un effet positif indéniable mais elles favorisent aujourd’hui une réduction du politique aux catégories du marketing. Les « market niches » s’accommodent fort bien d’un découpage identitaire, en grande partie ethnique. Le multiculturalisme communautariste a été coopté par l’ultra-droite sans grande difficulté. L’hégémonie de l’ultra-droite américaine sur le champ politique s’accommode fort bien d’une politique de la différence qui ne va pas plus loin que la surface. Un Colin Powell ou une Condolezza Rice au gouvernement et la question du racisme est balayée. La politique de rélégation sociale dont sont victimes les pauvres, tous les pauvres mais les Noirs sont sur-représentés parmi les pauvres, disparaît de l’espace du débat politique derrière des querelles sémantiques, en partie inspirées par les débats universitaires liés aux nouvelles théories. (Lire Loïc Wacquant, Punir les Pauvres, sur ce point). Il ne s’agit pas tellement ici de parler de dépasser le marxisme ou non (il n’y a pas de théorie ou d’horizon indépassables) mais de ne pas rejeter la réflexion en termes de classes sociales et de fonctionnement socio-économique global au profit de logiques communautaires qui desservent toujours les communautés les plus marginalisées. L’université et la French theory ont participé à la déconstruction de tout universalisme, jugé abstrait, français et xénophobe, au profit d’un particularisme qui pourtant renouait avec des racines conservatrices et qui contribue à enfermer les groupes dans leurs appartenances communautaires et à gommer les liens qui peuvent exister entre groupes ethniques différents mais semblables sur le plan socio-économique.

On peut donc se poser la question de savoir si les militants des campus ont vraiment fait de la politique ? Derrida, auteur érudit et multilingue dont les positions politiques sont respectables, était-il un penseur authentiquement politique ? Sa créativité et son intervention ne sont-elles pas d’abord littéraires ? Contrairement à Saïd, il n’a pas de prolongement dans le monde des acteurs de la politique. C’est d’ailleurs à l’université et dans les départements de littérature que Derrida a connu un grand succès, pas ailleurs, notamment dans les départements de philosophie ou de sociologie ou dans l’espace du débat public.

La désignation de French theory isole dans un cadre national ce qui est en fait une construction théorique qui est d’abord américaine et va bien au-delà d’un échange franco-américain puisque certains auteurs indiens, palestinien et américain dans le cas de Saïd, mais aussi britanniques ont joué un rôle dans la dissémination de cette French theory. La réintroduction d’une catégorie nationale a peut-être valeur de symptôme car le postmodernisme a cherché à abolir les frontières et la référence à l’Etat-nation. De même que les théoriciens de la mondialisation dite néo-libérale ont un peu vite enterré les Etats-nations, les postmodernes ont oublié ou marginalisé les références nationales qui font figure ici de retour de refoulé. Dans le cas des Etats-Unis, pays où le nationalisme bien affirmé se vit souvent sur un mode exceptionnaliste et expansionniste, l’abandon de la référence à l’état-nation a des effets d’aveuglement.

Il faut aussi appréhender la question suivante : que fait la théorie ou à quoi sert la théorie ? Pour les artistes et les spécialistes de littérature, la théorie est peut-être une relance de la créativité, en histoire et sciences sociales la théorie peut et même doit interroger l’écriture et les biais d’écriture pour échapper aux tentatives toujours renaissantes du positivisme sans que l’on puisse évacuer la catégorie du réel et donc l’adéquation au réel de la théorie. Les sciences sociales ne peuvent scier la branche du réel sur laquelle elles sont assises, alors que la littérature n’a pas à affronter cette question. Il y a dans la confusion entre les registres théoriques une difficulté particulière car ce qui vaut pour le texte de fiction ne s’applique pas forcément à la sociologie ou à l’histoire.

Le singulier de French Theory pose problème car les divers auteurs abordés par Cusset n’ont pas forcément grand-chose à voir entre eux. Il y a là un effet « rag-bag » qu’il faut aussi comprendre en termes d’enjeux de carrière ou de positionnement dans l’univers de la mode universitaire. Dans un cadre de célébration de la diversité et de la différence, afficher une origine française à un groupe de théories permet de se singulariser et de se démarquer d’un anti-intellectualisme ambiant. Dans de nombreux cas, la théorie est un substitut de religion, quelque chose qui permet de tenir pour des raisons fort personnelles et qui n’ont rien à voir avec les « vérités d’adéquation » dont parle Todorov dans Critique de la critique.

Le livre de Cusset fait le point sur une influence culturelle donnée de façon magistrale mais souvent trop rapide. Ainsi, il aborde des thématiques essentielles sans les traiter (négation du social, 106, dépolitisation par les CS, 149), fait de Chomsky un marxiste orthodoxe (139) ce qui indique qu’il ne connaît rien à Chomsky et aux marxistes orthodoxes mais répète des a priori glanés ici ou là, il ne connaît pas bien l’affaire Sokal et termine par une violence anti-française quelque peu surprenante. Son livre a néanmoins le mérite de signaler de nombreuses apories du passage des idées d’un champ à l’autre (ici on aimerait plus de références à Bourdieu) ou d’un paysage intellectuel national à un autre ainsi que les glissements contradictoires d’un champ intellectuel, celui des CS, d’une origine marxiste britannique à une adaptation américaine qui passe par des théoriciens français en rupture de marxisme. Il y a du « food for thought » pour des penseurs fort éloignés les uns des autres dans ce livre qui doit donc être salué comme un grand moment de remue-méninges.

Thierry Labica:

Pouvait-on s’attendre à ce que les idées de Derrida soient politiques au sens traditionnel du terme ? Quant aux idées françaises, quel que soit le terreau d’accueil aux USA, elles bénéficiaient d’une écoute traditionnelle dans les milieux intellectuels américains, et ce depuis toujours. Le débat intellectuel français, sophistiqué et provocateur, fertilise les autres. En France, en revanche, les années 1980 et 1990 ont été celles du règlement de l’héritage intellectuel du PC, avec le rôle de Furet en particulier : les Français été occupés à autre chose.

Cornelius Crowley:

Quelle est la bonne définition du politique ? La décision ? L’acte d’opposition ? Qu’est-ce qu’une bonne position politique ? Agir ? Penser ? Tout ce travail hypertextualisé est éminemment politique. L’idée d’une autre politique à venir est bien chez Derrida. Il permet de dépasser les oppositions manichéennes, de voir le lien entre l’Amérique et le monde musulman. D’entrevoir un autre engagement.

P. Guerlain :

On ne peut nier une différence entre Derrida et des intellectuels comme Chomsky ou Saïd qui sont impliqués dans la politique du « réel ».

André Kaenel :

Le livre de FC est d’abord un bon livre d’histoire intellectuelle et culturelle comparée. C’est le genre de livre que la plupart de ceux qui, comme moi, enseignent les études américaines en France n’auront aucune peine à reconnaître comme le produit d’une véritable réflexion croisée sur les Etats-Unis. En même temps, comme toute réflexion croisée exercée à partir d’un point précis, en l’occurrence la France, le livre de F. Cusset propose également une réflexion sur nous-mêmes, intellectuels et chercheurs français ou européens, et sur nos pratiques. Le regard à la fois critique et admiratif que porte F. Cusset sur les appropriations et les détournements de la théorie française aux USA se double, dans son avant-dernier chapitre, d’une jérémiade, rhétorique politique bien américaine analysée par Sacvan Bercovitch, sur les résistances et l’hermétisme, de ce côté-ci de l’Atlantique, face au foisonnement théorique issu de ces appropriations et détournements. Le fait que French Theory ne soit cependant pas l’ouvrage d’un américaniste (sauf erreur) mais qu’il éclaire néanmoins les pratiques des enseignants-chercheurs travaillant sur les USA constitue un autre décalage à ajouter à ceux que le livre de F. Cusset éclaire si utilement. En effet, il nous explique qu’il n’y a pas eu de retour de théorie en France pour la French Theory pour des raisons qu’il énumère en fin de volume. Du moins n’y a-t-il pas eu de retour de l’ampleur du transfert vers les USA qui a eu lieu à partir du milieu des années 60.

Toutefois, depuis quelques temps, un retour a lieu, modestement. Outre le livre de F. Cusset, cette journée d’étude en est un exemple. Ce retour s’opère, de façon significative, par le biais de la langue : sans la connaissance de l’anglais de son auteur, le livre de F. Cusset n’aurait pas vu le jour, du moins pas sous une forme aussi complète et réussie ; de même, la plupart de personnes qui interviennent lors de cette journée relèvent de la 11ème section du CNU (nos spécialités sont la littérature, la civilisation, l’histoire, l’anthropologie ou la sociolinguistique) et travaillent sur le domaine nord-américain. La langue anglaise, et les différentes spécialisations qui s’appuient sur elle, forment donc la passerelle première qui permet le retour de la French Theory, son appropriation et ses détournements par l’université française. On peut ici noter que c’était déjà la langue, mais le français cette fois, qui avait permis à l’origine le passage des idées de Derrida et Foucault aux USA, où elles avaient d’abord fait leur chemin dans des départements de français, avant de passer dans des départements d’anglais, puis de littérature comparée (Cusset, 89). Il en allait de même pour le volume Cultural Studies/Etudes culturelles publié aux PUN en début d’année, qui était l’œuvre d’anglicistes au sens large. J’ajoute que la communauté des anglicistes n’a pas le monopole des Cultural Studies, comme en témoignent les travaux effectués en France dans les domaines des études filmiques (cf. G. Sellier et N. Burch) ou dans celui de la sociologie des médias (cf. l’introduction aux CS de Mattelart et Neveu, publié en 2003 à La Découverte, chez le même éditeur que French Theory).

Mais la connaissance de langue anglaise ne permet pas à elle seule d’expliquer les passages, transferts et appropriations de la théorie entre l’Europe et les USA — dans un sens comme dans l’autre. Le livre de François Cusset nous rappelle l’importance capitale des personnes et des institutions dans la transmission des savoirs et des idées. Plutôt que de parler au nom des autres collègues, je mentionnerai ici, au travers de quelques jalons de ma propre histoire intellectuelle, les circonstances dans lesquelles je me suis trouvé à trafiquer avec la théorie dans le cadre de mes recherches sur la littérature et la culture américaines.

Il m’est difficile de traiter séparément les relais institutionnels et personnels. C’est à l’Université de Genève, dans le département d’anglais, vers le milieu des années 1980, que le vent de la French Theory a commencé à souffler sur mes travaux en littérature américaine. Une thèse de doctorat sur la figure de l’auteur dans l’œuvre de Melville m’avait amené a m’intéresser à la manière dont l’espace public américain au milieu du XIXè siècle concevait la figure de l’auteur, comment un discours public (et politique) sur l’auteur se faisait jour dans un contexte de nationalisme culturel exacerbé. Les enseignants du département d’anglais, professeurs ou assistants, comme moi, étaient alors majoritairement anglophones, issus des meilleures universités britanniques et américaines. Les débats sur le canon littéraire qui avaient commencé à agiter Cambridge et Yale trouvaient naturellement un écho dans leurs pratiques pédagogiques, fortement marquées par l’influence de la déconstruction et par l’impact des Cultural Studies en Grande-Bretagne (son impact américain devait se faire sentir quelques années plus tard). C’est un plaisir pour moi que de rendre hommage, pour la première fois publiquement, à ces collègues et passeurs d’exception, parmi lesquels John Higgins, Pete de Bolla, Tom Ferraro, Bill Readings (l’auteur de The University in Ruins, mort dans un accident d’avion il y a tout juste 10 ans). A la faveur de cours parfois assurés en commun, de discussions informelles, de séminaires de type work in progress, et encouragé par la liberté que nous laissait l’institution d’offrir les enseignements de notre choix, mes cours et ma recherche se sont ouverts à certaines des idées alors en vogue aux USA et en Grande-Bretagne. C’est dans ce milieu intellectuel, extrêmement fertile sur les plans personnel et académique, que je me suis tourné vers les travaux de Michel Foucault et de Pierre Bourdieu pour comprendre l’enchevêtrement, dans le champ littéraire américain au XIXè siècle, des discours (juridiques, moraux ou politiques) et des institutions (la question du droit d’auteur, par exemple). Et pour comprendre comment, à l’intérieur de ce champ en mutation, et souvent contre ses règles, Melville construisit sa trajectoire d’écrivain. La théorie française, qui ne s’appelait pas encore ainsi, opérait là, pour moi, un retour dans une contexte cosmopolite francophone, mais non français, après un détour par Cambridge, Oxford, Duke ou Yale.

Yale, justement, où je devais passer une année en tant que chercheur invité en 1988-1989, pour poursuivre mes recherches sur Melville, était alors secouée par l’affaire Paul de Man, à laquelle FC consacre plusieurs pages. Je rappelle ici ces révélations, faites en 1986, selon lesquelles le critique d’origine belge, professeur à Yale jusqu’à sa mort en 1983, avait signé des articles à teneur antisémite dans un journal bruxellois durant la Seconde Guerre mondiale. Il y eut à l’époque un colloque tendu consacré à l’héritage de de Man en présence de ses anciens collègues et amis : nombreux étaient les enseignants et les collègues à voir alors dans l’affaire de Man le début de la fin de la « déconstruction ». Autre souvenir de cette année : le nom « Derrida » écrit en grand à la mousse à raser sur un sentier du campus et dont il ne restait déjà plus qu’une trace à peine lisible.

En quittant il y a une dizaine d’années l’Université de Genève pour l’Education nationale, la Suisse pour l’Europe, c’est un autre déplacement que j’ai opéré, d’une réflexion centrée sur la littérature américaine à une autre sur un objet que je découvrais alors, la « civilisation ». Ce champ non disciplinaire qu’on disait transdisciplinaire, reposait (repose ?) sur des fondements positivistes étroits et envisageait l’étude de la civilisation britannique ou américaine dans une optique principalement entomologique (il s’agissait d’épingler le système politique, les institutions, la population, l’immigration, etc.) — d’où la réflexion sur le champ lui-même était absente. Ceci alors que les Etudes américaines aux USA étaient en train de prendre un tournant théorique sous les coups de butoir des « Nouveaux américanistes » (New Americanists). Autour de la figure de Donald Pease, ces nouveaux américanistes insufflaient à un champ jusqu’alors hostile à la théorie et historiquement centré sur la nation américaine, un parfum continental, dont le canal privilégié était Althusser et la critique idéologique. Certains de leurs textes, d’un abord souvent difficile, ont nourri ma réflexion sur l’exportation culturelle américaine à l’époque de la Guerre froide, dont participaient d’ailleurs l’encouragement en Europe des American Studies dès la fin des années quarante. D’autres projets de recherche, en cours ou en veilleuse, sur le cinéma américain se sont nourris de travaux dans la mouvance des Cultural Studies américains sur l’identité nationale et post-nationale dans un contexte de mondialisation, ou sur la réception des produits culturels (e.g. sur l’apocalypse nucléaire dans le cinéma de la Guerre froide, sur l’image du pouvoir et de la Présidence américaine, ou sur le « siècle américain au cinéma entre Pearl Harbor et le 11 septembre »).

A chacune de ces étapes du parcours (Melville, l’exportation des études américaines ou le cinéma) la théorie, qu’elle soit française ou non, a fait partie de ma boîte à outil. Si je n’étais pas si maladroit avec le marteau ou l’équerre, je revendiquerais volontiers la définition que donnait Laurence Grossberg des Cultural Studies comme « bricolage ». En tous les cas, ma démarche intellectuelle doit beaucoup aux déplacements, aux décrochages et aux décalages qu’analyse si bien F. Cusset dans son livre. Les CS, en particulier, me paraissent fournir un ensemble de textes, de protocoles intellectuels, de démarches, et de concepts fertiles pour penser une pratique d’enseignant et de chercheur en « civilisation » américaine dans le contexte institutionnel précis de l’Université française. Ce qui ne revient pas à dire que tout est bon à prendre dans les CS (cerner ce « tout » me paraît d’ailleurs difficile). Les dérives textualistes relevées par F. Cusset sont réelles (ce que Mattelart et Neveu appellent dans l’un des sous-titres de leur livre le « théoricisme chic et choc comme ersatz d’engagement »). En même temps, la vitalité du champ des CS, son bouillonnement et les possibilités de croisements qu’il ouvre en font un outil utile pour fendiller la gangue positiviste des études de « civilisation »).

Dans un essai institulé «Traveling Theory,» repris dans The World, the Text, and the Critic (1983), Edward Saïd analyse les convergences et les divergences entre les idées de Georg Lukacs, Lucien Goldman et Raymond Williams. Il y défend une vision de la théorie comme un projet nécessairement partiel, incomplet. La théorie est selon lui inévitablement affaire de transfert, de voyage et d’emprunt. Et Saïd d’ajouter : « Car nous sommes obligés d’emprunter si nous voulons échapper aux contraintes de notre environnement intellectuel immédiat » (241). C’est l’enseignement principal que je tirerais de l’ébauche de biographie intellectuelle que j’ai esquissé ici aujourd’hui. C’est aussi, me semble-t-il, celui qu’on peut tirer des pérégrinations de la théorie française analysées par FC.

Guillaume Marche :

Il s’agit d’un livre très érudit, qui situe de manière utile la genèse en France et le devenir aux Etats-Unis de la « French Theory ». L’auteur fait une sociologie des savoirs — notamment philosophiques — et de la vie universitaire américaine très convaincante. Mais son traitement des références sociologiques l’est moins : il va trop vite en besogne pour réduire « la » sociologie américaine à un « héritage positiviste » (106). Le chapitre 13 et la conclusion donnent néanmoins à réfléchir sur la dichotomie texte/société, dont certains usages de la « French Theory » cherchent à dépasser le caractère bloquant. Dans les pages 343 et suivantes, Cusset formule même les termes d’un dépassement indispensable de la dichotomie universalisme/différentialisme, qui tend à assimiler — à tort — différentialisme, essentialisme et séparatisme. Se pose in fine la question de l’usage de la théorie : c’est surtout selon qu’elle est descriptive ou prescriptive qu’elle s’avère en phase ou en décalage avec le terrain et l’expérience des acteurs : là se situe, par exemple, l’un des écueils de la théorie queer, qui a tendance à traiter les mobilisations sur le terrain comme si elles étaient, pour ainsi dire, en retard sur la théorie (164-167). D’autres auteurs se proposent plutôt de rendre compte des mobilisations fondées sur l’expérience afin d’en explorer le sens tout en les accompagnant (cf. Kath Weston. Long Slow Burn : Sexuality and Social Science. Routledge 1998).

Marc Deneire :

Avoir vécu sur différents campus américains de 1986 à 1998, c’est avoir participé à une immense conversation, un aller-retour entre les contacts personnels et les textes. D’une université à l’autre, d’un département à l’autre, des références communes (comme Michel de Certeau), qui n’étaient d’ailleurs pas seulement françaises (Habermas en faisait partie). A la fin des années 1980, c’était la fin du New Criticism et la découverte de Derrida a permis un renouvellement autour de la déconstruction. La théorie a permis de se positionner dans le cadre d’une pratique discursive, et également de « s’éclater », se faire plaisir et éclater les points de vue, les identités. Pour ceux qui ont eu cette expérience américaine, tout retour en France est difficile : l’anti-multiculturalisme est dominant. Autre différence : si les universitaires et intellectuels américains sont séparés de leur base, ils sont au moins unis dans leur communauté par cette conversation.

Cornelius Crowley :

Les années 1980 ont vu en France la non-rencontre de cette théorie française, de la réflexion politique telle que Derrida et Foucault avaient pu l’imaginer, et de la gauche enfin au pouvoir.

P-Guerlain et T. Labica s’interrogent pour finir sur ce paysage intellectuel et universitaire français depuis les années 1980, champ occupé également par Lacan en matière de mode intellectuelle dans les années 70 ou Bourdieu (dont Cusset parle peu). La mode ne laisse pas forcément toujours de la place à tous les penseurs importants et parfois met en lumière des penseurs plus médiatiques ou flamboyants que profonds. Bourdieu est finalement peut-être plus important sur le plan scientifiques que d’autres qui ont eu plus de succès à un moment donné sur les campus américains.

Indications bibliographiques:CHAMOISEAU, Patrick. Ecrire en pays dominé. Paris : Gallimard, 1997.

CUSSET, François. French Theory, Foucault, Derrida, Deleuze et Cie et les mutations de la vie intellectuelle aux Etats-Unis. Paris : La Découverte, 2003.

CUSSET, François. Queer Critics, la littérature française déshabillée par ses homos-lecteurs. Paris : PUF, 2002.

DU BOIS, W. E. B., « On Being Crazy » in Nathan Huggins (ed.), Du Bois, Writings. New York : The Library of America, 1986.

DERRIDA, Jacques, « But, beyond…(Open Letter to Anne McClintock and Rob Nixon) » in Henry Louis, Gates, Jr (ed.), « Race », Writing, and Difference. Chicago : The University of Chicago Press, 1986.

DERRIDA, Jacques, « Racism’s Last Word » in Henry Louis, Gates, Jr (ed.), « Race », Writing, and Difference. Chicago : The University of Chicago Press, 1986.

DUBOIS, Laurent, « Republic at Sea » in Transition, n° 79.

EAGLETON, Terry. After Theory. New York : Basic Books, 2003.

FANON, Frantz. Peau noire, masques blancs. Paris : Le Seuil, 1952.

GROSSBERG, Lawrence, Cary NELSON, and Paula A. TREICHLER (eds.). Cultural Studies. London : Routledge, 1992.

GUERLAIN, Pierre, « Affaire Sokal : Swift sociologue ; les cultural studies entre jargon, mystification et recherche », Annales du Monde Anglophone, N° 9 (1er semestre 1999), 141-160.

Iris n° 26, SELLIER, Geneviève (dir.), « Cultural Studies, Gender Studies et études filmiques ». Paris, 1998.

KAENEL, André, Catherine LEJEUNE et Marie-Jeanne ROSSIGNOL. Cultural Studies. Etudes Culturelles. Nancy : Presses Universitaires de Nancy, 2003. Sur ce livre voir également dans TransatlanticA le compte-rendu de Pierre Guerlain :
http://etudes.americaines.free.fr/TRANSATLANTICA/CR/kaenel_lejeune_rossignol.html
La bibliographie de cet ouvrage est étendue et pédagogique.

KAENEL, André. ‘Words are Things’: Herman Melville and the Invention of Authorship in Nineteenth-Century America. Berne : Peter Lang, 1992.

MATTELART, Armand et Erik NEVEU. Introduction aux Cultural Studies. Paris : La Découverte, 2003

PEASE, Donald E. (ed.), « New Americanists : Revisionist Interventions into the Canon, » Boundary 2 :17 (Spring 1990) & « New Americanists 2: National Identities and Postnational Narratives,» Boundary 2:19 (Spring 1992).

READINGS, Bill. The University in Ruins. Cambridge : Harvard UP, 1996.

SAID, Edward. The World, the Text, and the Critic. New York : Columbia UP, 1982.

TODOROV, Tzvetan. Critique de la critique, Un roman d’apprentissage. Paris : Seuil, 1984.

VARET, Gilbert. Racisme et philosophie. Essai sur une limite de la pensée. Paris : Denoël, 1973.

WACQUANT, Loïc. Punir les pauvres. Marseille : Agone, 2004.

WESTON, Kath. Long Slow Burn : Sexuality and Social Science. Londres : Routledge 1998.

WRIGHT, Michelle, M.. Becoming Black. Creating Identity in the African Diaspora. Durham : Duke University Press, 2004.

A consulter également la revue publiée par Routledge Cultural Studies :
http://www.unc.edu/depts/cultstud/journal

ou l’International Journal of Cultural Studies publié par Sage :
http://ics.sagepub.com

et un site recensant les liens possibles vers des sites de Cultural Studies :
http://www.blackwellpublishing.com/Cultural/Default.asp

et chez Duke UP une revue féministe de Cultural Studies :
http://muse.jhu.edu/journals/differences

Voir par ailleurs:

Djemila Benhabib: «Les islamistes considèrent le multiculturalisme comme le meilleur système»

GRAND ENTRETIEN – L’essayiste Djemila Benhabib a participé aux côtés de 50 personnalités au livre #JeSuisMila (Seramis éditions). Un manifeste en faveur de la liberté d’expression et de la laïcité. L’occasion de revenir sur le parcours hors du commun de cette femme engagée qui a fui l’Algérie, en guerre civile, pour la France puis pour le Québec. Deux pays où elle ne s’attendait pas à croiser de nouveau la route de l’islam radical.

Par Alexandre Devecchio

Pourquoi avoir accepté de participer à ce livre collectif intitulé «#JeSuisMila ?» En quoi cette affaire vous touche-t-elle personnellement?

Lorsqu’on fait l’expérience de la montée fulgurante de la violence comme j’en ai été témoin en Algérie, au début des années 1990, on ne peut que chérir la liberté. J’ai pris, soudainement, conscience dans la jeune vingtaine du privilège que j’avais de vivre. Résister à l’islam politique est devenu le combat de ma vie. Soutenir Mila s’inscrit, naturellement, dans cette démarche. Lorsque tout fout le camp, il ne reste que les fondamentaux pour donner un sens à l’existence.

Vous seriez-vous imaginée devoir défendre ainsi la liberté d’expression d’une jeune Française contre les islamistes lorsqu’en 1994 vous avez quitté l’Algérie en pleine guerre civile?

Certainement pas. En réalité, j’ai très vite déchanté en arrivant en France avec ma famille, mes parents, professeurs d’université, et mon frère, jeune lycéen. Nous nous sommes installés à Saint-Denis, ville cosmopolite, à l’époque, qui avait une tradition dans l’accueil des réfugiés politiques. Je pense, notamment, à nos camarades espagnols, italiens, grecs et portugais qui avaient fui le fascisme. Quant à nous, notre situation était considérée comme différente de la leur. Nous étions hors champ. Je pense que c’est autour de cette ambiguïté de notre statut que sont nés d’abord les malentendus, puis les dérives. En d’autres mots, nous reconnaître ne serait-ce que, symboliquement, le statut de réfugié politique revenait à placer l’islam politique dans l’histoire et le considérer comme une menace planétaire. Or, il n’en a rien été. Les États occidentaux et leurs élites intellectuelles dominantes ne se sont pas sentis concernés par ce qui s’est joué en Algérie dans les années 1990, tout comme en Iran en 1979. Certains prétendaient que la menace islamiste allait rester confinée aux frontières de ces pays, d’autres, comme les États-uniens, étaient convaincus de pouvoir «domestiquer» l’islamisme. Depuis, il n’a cessé de progresser et de muter. Pour trois raisons principalement. La puissance de son idéologie, sa capacité à s’adapter à n’importe quel environnement institutionnel et, finalement, sa force mobilisatrice. Pour revenir à votre question de départ, ceux qui menacent nos libertés ne sont pas seulement les islamistes. Mais ceux qui ont renoncé à les exercer et à les défendre.

Que représentait alors la France pour vous? Parleriez-vous de régression à son sujet?

La France était pour moi un havre de paix qui m’a permis de me reconstruire. Je n’oublierai jamais de ma vie cette sensation de marcher librement dans la rue, cheveux au vent, sans avoir à vérifier s’il y avait, au coin d’une rue, un salaud pour me buter. La sécurité est, en ce sens, la première des libertés. Comment dire? Pour une femme, c’est encore plus vrai. Ceux qui, comme moi, en ont été privés en mesurent toute l’importance. Je pense à mes amies afghanes, iraniennes et saoudiennes qui sont en première ligne. Évoquer cette période c’est aussi parler des solidarités. La France, à travers un tissu associatif dynamique, des syndicats, universitaires, artistes et simplement des gens d’une grande générosité, a participé à atténuer nos blessures et à nous rattacher à notre humanité. Ultimement, pour sortir de nos vies cabossées et de nos destins fracassés, nous ne pouvions compter que sur notre résilience. Sur le plan politique, c’était beaucoup plus compliqué. L’asile politique a été offert en France, en Europe, aux États-Unis et au Canada aux chefs du FIS et du GIA et à leurs militants, ceux-là même dont les mains étaient entachées de sang. Il se trouvait des journalistes comme Edwy Plenel ou des universitaires comme François Burgat pour les absoudre de leurs crimes. Vous vous souvenez du petit jeu du «Qui tue qui?» («On ne sait pas qui tue qui?»: durant la tragique décennie noire en Algérie, cette formule en vogue était employée par certains observateurs, en particulier en Europe et en France, pour désigner l’armée algérienne comme seule responsable des massacres sur les civils alors que ces derniers étaient perpétrés par des groupes islamistes, NDLR) en Algérie qui a donné, plus tard, le «je ne suis pas Charlie»? Toujours les mêmes aux commandes pour faire courir des «si», multiplier des «mais» et évacuer toute la dimension idéologique et politique de notre combat. Pour eux, les islamistes, à bien y regarder, n’étaient pas vraiment des islamistes, et surtout pas des assassins. Et ceux qui s’opposaient à leurs desseins fascistes n’étaient pas des résistants. La régression? Elle n’est qu’une simple conséquence de cette confusion. Mais attention! N’allez pas imaginer que nous nous sommes tus. Même si cette thèse du «Qui tue qui?» nous était insupportable, nous l’avons confrontée. Dénoncée. Nous ne nous sommes jamais résignés. Jamais. Nous avons continué à parler, écrire, militer et mettre en garde contre la contagion islamiste, ici comme ailleurs. Nous, nous n’habitions pas les beaux quartiers. Encore là, le discours dominant dans le milieu médiatique était à la victimisation des musulmans. Notre parole était pratiquement inaudible.

Votre père, l’universitaire Fewzi Benhabib, qui vit toujours à Saint-Denis, a écrit, dans une tribune publiée dans Marianne le lendemain des attentats du 13 Novembre, que cette ville était plus communautarisée qu’Oran. Partagez-vous son point de vue?

Bien entendu. Je remercie, vivement, Marianne d’avoir été à nos côtés depuis le début. Mon père est le premier à avoir osé lever le voile sur les graves dérives qui touchent Saint-Denis, qui n’est pas n’importe quelle ville. Elle est au cœur du dispositif indigéniste. Tout comme elle est au centre de la stratégie de l’internationale islamiste. Tout cela est largement documenté dans le livre «Quatre-vingt-treize», de Gilles Kepel… depuis 2012. Il n’était plus possible pour mon père de se taire. Ne pensez pas que ce geste a été sans conséquence pour lui. Vivre au quotidien dans la gueule du loup ça use. Même les plus courageux parmi nous. À l’évidence, ceux qui, comme mon père, habitent dans les quartiers populaires et résistent aux islamistes et à la mafia ne bénéficient d’aucune protection et n’ont pas le soutien des élus locaux. En 2009, avec quelques Dionysiens nous avons mis en place l’Observatoire de la laïcité de Saint-Denis (qui n’a rien à voir avec celui de Bianco, qui a détourné notre nom). Nous avons reçu deux cacahuètes de subside alors que l’association de Rokhaya Diallo, qui n’y est pas domiciliée, est grassement subventionnée pour offrir des ateliers sur les cheveux frisés. On se moque de qui? À Saint-Denis, il y apourtant beaucoup d’initiatives citoyennes à encourager, comme l’association Les Résilientes.

Pourquoi avoir quitté la France pour le Québec en 1997?

Je voulais entamer ma vie d’adulte sur un choix. La France, je ne l’avais pas choisie. À mon âge, il y avait certainement la curiosité, l’ouverture au monde et le goût du dépassement qui ont motivé ce nouveau départ. Pour guérir, il fallait partir. Partir le plus loin possible de façon à pouvoir déployer mes ailes. Surtout, loin de l’islamisme que j’avais retrouvé en France. Alors, j’ai choisi le Québec, pays francophone, ouvert à l’immigration, véritable démocratie où il fait bon vivre pour les femmes. Puis, il y a eu le 11 Septembre 2001. J’étais correspondante de presse pour le journal algérien El-Watan, je me suis rendue, tout de suite, à New York avec mon amoureux qui était lui aussi journaliste. Nous sommes revenus de ce voyage bouleversés. En effet, tout avait basculé!

La censure et l’autocensure dans les universités, les médias, le monde culturel sont désormais une réalité qu’il est difficile de déjouer.

Vous militez pour le Parti québécois. Vous y avez proposé l’idée d’une charte de la laïcité. Pourquoi?

Pour la simple raison qu’au cœur du dispositif législatif canadien il existe, depuis 1985, une possibilité de se soustraire aux règles communes en faisant valoir ses croyances religieuses. C’est ce qu’on appelle l’accommodement raisonnable devenu célèbre depuis le début des années 2000. Une simple demande faite «de bonne foi» suffit à obtenir une dérogation. Et ça peut aller très loin. Une enfant de maternelle dont les parents musulmans obligent l’école à lui mettre sur la tête un casque insonorisé pour la prémunir des chants de Noël. Paraît-il que c’est dans leur religion! Un jeune adolescent sikh autorisé à porter le kirpan (un poignard) à l’école après une bataille judicaire qui est allée jusqu’en Cour suprême et a duré quatre ans. Des milliers de dollars pour faire plier une école et renverser deux décisions de justice. Théoriquement, il y a quelques garde-fous. Dans la pratique, les institutions qui refusent les accommodements se font traîner en justice. Ça coûte un fric fou! Ce qu’il faut comprendre par là c’est que les lobbies politico-religieux, riches et puissants, ont trouvé dans les accommodements un boulevard pour défaire ce qui a été chèrement acquis avec la Révolution tranquille. Il me paraissait urgent de proposer une charte de la laïcité pour retrouver le sens du commun. C’est ce que j’ai fait à travers mon engagement au Parti québécois où j’ai obtenu l’appui de deux femmes remarquables, Pauline Marois (ancienne première ministre) et Louise Beaudoin, et de notre ancien premier ministre, le regretté Bernard Landry. Cette loi qui a été adoptée en juin dernier est l’aboutissement d’un long combat. Il est, surtout, une claque à la face du multiculturalisme canadien.

Vous estimez que votre premier essai «Ma vie à contre-Coran», publié en 2009, ne pourrait plus être édité aujourd’hui?

La censure et l’autocensure dans les universités, les médias, le monde culturel sont désormais une réalité qu’il est difficile de déjouer. Nous manquons cruellement d’espace pour la confrontation des idées. Le débat est très mal vu. La recherche permanente d’un consensus valide l’idée selon laquelle la meilleure posture est une moyenne de toutes les postures. Nous n’avons pas de service public digne de ce nom. Nous avons une télévision et une radio d’État, Radio-Canada, au service d’une idéologie: le multiculturalisme qui a expurgé les laïques du débat public. Tout ce qui concerne l’islam et les musulmans relève du tabou. Alors vous imaginez ce livre avec un tel titre? Il y a encore des courageux qui osent. Mais à quel prix? Heureusement que nous avons encore Denise Bombardier et ses collègues du Journal de Montréal pour élargir nos horizons.

La politique menée par Justin Trudeau au Canada est regardée en Europe comme un modèle de tolérance ou, au contraire, comme la quintessence du politiquement correct. Qu’en pensez-vous?

Justin Trudeau est convaincu de la supériorité morale du Canada sur les États-Unis et sur l’Europe. Pour lui, les attentats terroristes islamistes sont le résultat d’une mauvaise intégration des immigrants. Sa devise est simple: il n’y a qu’à être gentil pour susciter les bons sentiments. Sauf que les premiers réseaux terroristes au Canada sont apparus dans les années 1990. Ils étaient l’œuvre d’anciens militants du FIS. Il n’y a plus aucun journaliste pour le rappeler.

Le multiculturalisme est-il devenu un cheval de Troie pour les islamistes?

Tariq Ramadan le considère comme le meilleur système. En 2012, lorsque je me suis présentée aux élections, il a animé un grand meeting, à Montréal, pour appeler ses partisans à me barrer la route. À moi, mes collègues, mon parti. Ceux qui s’étaient faufilés en haut de la liste sont les porte-paroles d’un parti islamo-gauchiste, Québec solidaire, qui n’a plus rien de solidaire. Vous voyez bien que ce n’est pas très différent de la France. La trahison de la gauche communautariste permet aux islamistes de gagner du terrain.


Histoire: Héros des uns, méchants des autres (When our Thenardiers turn out to be heroes)

22 juin, 2020

Bernard Emile and his wife Yvonne

Cosette avec sa poupée chez les Thénardier | Paris MuséesJean Valjean, Cosette et son seau | Paris Musées
One man’s hero is another man’s villain. Dicton anglais
Il n’est rien sur la terre de si humble qui ne rende à la terre un service spécial ; il n’est rien non plus de si bon qui, détourné de son légitime usage, ne devienne rebelle à son origine et ne tombe dans l’abus. La vertu même devient vice, étant mal appliquée, et le vice est parfois ennobli par l’action. Shakespeare (Père Laurence, Roméo et Juliette, II, 3)
The difference between virtue and vice is far less radical than we would like to believe. Sometimes the most effective goodness…is carried out by those who have already compromised themselves with evil, those who are members of the very organization that set the ball rolling toward the abyss. Hence a strange and frustrating contradiction: that absolute goodness is often surprisingly ineffective, while compromised, splintered and ambiguous goodness, one that is touched and stained by evil, is the only kind that may set limits to mass murder. And while absolute evil is indeed defined by its consistent one-dimensionality, this more mundane sort of wickedness, the most prevalent sort, contains within itself also seeds of goodness that may be stimulated and encouraged by the example of the few dwellers of these nether regions who may have come to recognize their own moral potential. Omer Bartov
Countrymen is a fascinating study in the ambiguity of virtue. (…) There simply are no general answers to the question of why humans behave as they do in times of extremity. What Lidegaard’s story really demonstrates is that history and context are all. Denmark was Denmark: that is all one can truthfully say. Lidegaard makes the argument, in his conclusion, that had resistance been as strong elsewhere in Europe as it was in Denmark, the Nazis might never have been able to drive the Final Solution to its conclusion. (…) Countrymen is a story about a little country that did the right thing for complicated reasons, and got away with it for equally complicated reasons. It is a story that reinforces an old truth: solidarity and decency depend on a dense tissue of connection among people, on long-formed habits of the heart, on resilient cultures of common citizenship, and on leaders who marshal these virtues by their example. In Denmark, this dense tissue bound human beings together and indirect rule made it impossible for the Germans to rip it apart. Elsewhere in Europe, by contrast, it was destroyed in stages, first by ghettoizing and isolating the Jewish people and then by insulating bystanders from the full horror of Nazi intentions. Once Jews had been stripped of citizenship, property, rights, and social existence—once they could appeal only to the common humanity of persecutors and bystanders alike—it was too late. There is a sobering message in Lidegaard’s tale for the human rights era that came after these abominations. If a people come to rely for their protection on human rights alone, on the mutual recognition of common humanity, they are already in serious danger. The Danish story seems to tell us that it is not the universal human chain that binds peoples together in extremity, but more local and granular ties: the particular consciousness of time, place, and heritage that led a Danish villager to stand up to the Gestapo and say no, it will not happen here, not in our village. This extraordinary story of one small country has resonance beyond its Danish context. Countrymen should be read by anyone seeking to understand what precise set of shared social and political understandings can make possible, in times of terrible darkness, acts of civil courage and uncommon decency. Michael Ignatieff
Le bilan final – la perte de 25% de Juifs vivant en France, y compris 15% des citoyens juifs de France, dont de nombreux enfants – est plus lourd qu’il ne l’aurait été sans la participation de l’administration et de certains citoyens français. (…) il faut «s’élever contre l’idée qui se répand actuellement que Vichy a essayé dès le début d’épargner les Juifs anciennement établis en France. Il est vrai qu’en 1942, Vichy tente à quelques reprises de faire déporter les étrangers avant les citoyens français, mais ces efforts sont tardifs et peu efficaces. [Et au lieu] de se demander pourquoi tant de Juifs ont survécu en France (…) il faudrait plutôt se demander pourquoi tant ont péri. Robert Paxton
Ces êtres appartenaient à cette classe bâtarde composée de gens grossiers parvenus et de gens intelligents déchus, qui est entre la classe dite moyenne et la classe dite inférieure, et qui combine quelques-uns des défauts de la seconde avec presque tous les vices de la première, sans avoir le généreux élan de l’ouvrier ni l’ordre honnête du bourgeois. C’étaient de ces natures naines qui, si quelque feu sombre les chauffe par hasard, deviennent facilement monstrueuses. Il y avait dans la femme le fond d’une brute et dans l’homme l’étoffe d’un gueux. Tous deux étaient au plus haut degré susceptibles de l’espèce de hideux progrès qui se fait dans le sens du mal. Il existe des âmes écrevisses reculant continuellement vers les ténèbres, rétrogradant dans la vie plutôt qu’elles n’y avancent, employant l’expérience à augmenter leur difformité, empirant sans cesse, et s’empreignant de plus en plus d’une noirceur croissante. Cet homme et cette femme étaient de ces âmes-là. Victor Hugo (Les Misérables, 1862)
Thénardier est le patronyme d’une famille « misérable » que Victor Hugo met en scène et décrit dans son roman Les Misérables (1862). On découvre le couple aubergiste à Montfermeil quand Fantine lui confie la garde de sa fille Cosette qu’il va honteusement exploiter comme bonne à tout faire. À cette époque-là, le couple a deux petites filles, Éponine et Azelma, puis un garçon, Gavroche. Les Thénardier auront encore deux fils dont ils se débarrasseront et dont on ne connaîtra jamais les prénoms. Après la mort de Fantine, Jean Valjean soustrait Cosette à leur emprise moyennant une coquette somme d’argent. Après la faillite de leur auberge, on les retrouve à Paris se faisant passer pour la famille Jondrette, car le couple, accointé avec le milieu interlope et participant à divers faits criminels, se cache de la police tandis qu’il exploite ses filles pour pratiquer la mendicité. C’est le hasard qui mettra à nouveau la famille Thénardier en présence de Jean Valjean. (…) Le père est un ancien soldat devenu sergent et médaillé à la bataille de Waterloo grâce à la méprise du colonel Pontmercy qui, revenu à lui alors que Thénardier était occupé à le dépouiller (comme il le faisait sur tous les cadavres du champ de bataille), a cru que celui-ci le secourait. De ce fait, Thénardier se fait passer pour un bon samaritain (ayant échappé au risque d’être pris et fusillé comme pilleur), d’où le nom de son auberge qu’il affiche comme une gloire. Fantine ne peut pas garder son enfant, car elle retourne à Montreuil-sur-Mer, sa ville natale, pour y chercher du travail et, en 1818, une mère célibataire était rejetée par la société. Les Thénardier acceptent de prendre Cosette en pension moyennant le paiement de 7 francs par mois. Fantine « confie » un peu trop rapidement Cosette aux Thénardier après avoir aperçu la mère Thénardier attentionnée avec ses fillettes. Contrairement à la promesse qu’ils ont faite à Fantine de bien s’occuper de Cosette, ils jalousent cette jolie enfant, l’asservissent et la maltraitent. Cosette ne vit plus que dans la crainte et la tristesse tandis que le couple Thénardier réclame des sommes de plus en plus élevées à Fantine qui, pour continuer à leur verser une pension mensuelle devenue exorbitante, et après avoir perdu son emploi, vend ses cheveux et ses dents de devant, puis, à bout de ressources, va jusqu’à se faire fille publique avant de mourir en février 1823. Leur auberge fait faillite en 1828 après que Jean Valjean a réussi à arracher Cosette à leurs griffes (en la leur achetant) pour se réfugier à Paris à la fin de l’année 1823. Les Thénardier réapparaissent à Paris (année 1830), s’étant défaits, moyennant finances, de leurs deux plus jeunes fils, et ont changé de nom, ils sont désormais la « famille Jondrette » avec leurs enfants Azelma, Éponine et Gavroche. Ils vivent d’expédients avant de devenir les pires des malfrats en s’acoquinant avec la bande Patron-Minette. Dès le début, le couple Thénardier est décrit comme fourbe et sans scrupules, mais on peut penser que c’est un effet de la misère. Victor Hugo rend le ménage Thénardier antipathique alors qu’il s’apitoie sur leurs enfants exploités sans vergogne. Pour survivre, le couple n’hésite pas à recourir à toutes sortes de moyens criminels, du plus léger au rédhibitoire (exploitation éhontée de la pauvreté, vols, cambriolages, agressions, voire assassinat). De ce fait, la famille côtoie différents milieux interlopes (banditisme, prostitution), ce qui permet à Hugo de se pencher sur les causes sociales de ces comportements, de faire réfléchir le lecteur et de l’inciter à ne pas condamner systématiquement certains agissements (digression Le Mauvais Pauvre). Thénardier et sa fille Azelma, survivant à leur famille en juin 1833 (on ignore ce que sont devenus les deux plus jeunes fils perdus de vue durant l’insurrection de juin 1832), quittent la France pour s’expatrier aux États-Unis. L’injustice et le crime n’étant pas spécifiquement français, avec l’argent donné par Marius pour qu’ils disparaissent de leur vie (la vie de Cosette et Marius), homme de bien, l’ancien exploiteur de Fantine et de Cosette y devient trafiquant d’esclaves. Tout au long du roman, les destins de Jean Valjean, de Cosette, de Marius, ne cessent de croiser ceux des Thénardier qui joueront, en bien et en mal, un rôle essentiel dans la vie des trois protagonistes. (…) Ce nom aurait été inspiré à Victor Hugo par Louis Jacques Thénard, son contemporain et chimiste renommé, qui était opposé à la réduction du temps de travail des enfants proposée par Hugo.  Wikipedia
Pour le nouveau président de la Commission, ce n’était pas nécessaire de s’être comporté comme un héros pour obtenir l’honneur. Le grand nombre des cas signalés à Yad Vashem èroved qu’il y avait eu une réelle implication de nombreuses personnes, gens du commun, dans la tentative d’arracher les Juifs à l’extermination. Faire connaitre leurs histoires signifiait réfuter le mythe selon lequel l’opposition contre le nazisme était un acte impossible, que ce n’était pas une possibilité concrète d’aider les persécutés sans courir de risques extrêmes. Plusieurs fois, une petite intervention avait suffi pour empêcher une grande tragédie. C’est pourquoi il est important de valoriser publiquement chaque geste d’opposition qui a été fait en faveur des Juifs dans l’Europe occupée par les Nazis. (…) Mais comment juger qui a sauvé un juif et tué un autre homme après la guerre ? Ou la femme qui a caché les persécutés, alors qu’elle se prostituait avec les fonctionnaires nazis ? Ou ceux qui ont sauvé des dizaines de Juifs en Pologne sans nullement abandonner leurs opinions antisémites ? Ou également ceux qui ont aidé en échange d’argent ? Wikipedia
Cette médaille qui honore la famille Bernard honore aussi les habitants de Collonges-sous-salève. Représentant de la communauté israélite d’Annecy

Héros des uns, méchants des autres..

En ces temps devenus fous de furie et d’hystérie déboulonnatrice

Retour avec cette nouvelle édition retrouvée hier sur Facebook …

Du fameux livre de Paxton et Marrus il y a cinq ans …

Où contre la thèse révisionniste de Zemmour …

Créditant le régime de Pétain, à l’inverse de la Hollande ou de la Belgique, du sauvetage de quelque 75% de « ses » Juifs ….

Paxton rappelle dans sa nouvelle préface que le bilan final – dont de nombreux enfants – est plus lourd qu’il ne l’aurait été sans la participation de l’administration et de certains citoyens français …

Sur un souvenir personnel …

Rappelant l’irréductible ambiguïté du bien …

Avec ces gens connus dans mon enfance comme Thénardiers …

Et redécouverts bien après comme bons samaritains …

Yvonne Bernard et son mari Emile

Comité français pour Yad vashem

Emile et Yvonne Bernard, des adventistes du septième jour pratiquants possédaient une ferme dans le village de Collonges-sous-Salève en Haute-Savoie près de la frontière suisse. Les réfugiés juifs de Marseille savaient que ces personnes aidaient ceux qui devaient traverser la frontière clandestinement.

Peu après l’invasion du sud de la France par les Allemands, Raymond Katz, âgé de dix-sept ans, un refugié juif de Strasbourg, arriva en train de Marseille à Collonges. Il arriva sain et sauf à la ferme des Bernard le 25 novembre 1942. Emile et Yvonne Bernard l’accueillirent pendant deux jours sans rien attendre en retour. Alors qu’il était chez eux, un couple de Juifs âgés arriva à la ferme et fut également accueilli.

La nuit du deuxième jour, Emile Bernard proposa à Raymond Katz de lui faire traverser la frontière et  passer en Suisse. Il mit ses deux mains sur la tête du jeune homme et le bénit avant de partir. Raymond Katz marchait à environ cinquante mètres derrière Emile Bernard jusqu’à ce que ce dernier s’arrête et lui montre où traverser. Raymond Katz réussit à passer la frontière suisse. Les Allemands patrouillaient 24 heures sur 24 le long de la frontière qui séparait les deux pays et c’est grâce à sa très bonne connaissance de la région qu’Emile Bernard put guider Raymond vers un point de passage accessible.

Après la guerre, les Bernard furent totalement opposés à accepter la moindre reconnaissance de leurs actes de sauvetage. C’est seulement après leur décès qu’ils purent être honorés pour leurs actes nobles et courageux.

Le 3 Avril 2006 l’Institut Yad Vashem de Jérusalem a décerné le titre de Juste parmi les Nations à Monsieur Emile Bernard et son épouse Yvonne.

Voir aussi:

Bernard Emile & Yvonne

Yad vashem

Emile and Yvonne Bernard, pious Seventh Day Adventists, owned a farm in the village of Collonges Sous Salève (Haute Savoie) close to the Swiss border. Their names were known among the Jewish refugees in Marseilles as people who helped those in need smuggle across the border. One day, not long after the Germans occupied the south of France, 17-year-old Raymond Katz, a Jewish refugee from Strasbourg, traveled by train from Marseilles to Collonges. He arrived safely at the Bernards’ farm on November 25, 1942. They opened their home to him and hosted him for two days without expecting or receiving anything in return. While he was there, an elderly Jewish couple arrived at the farm and they too were taken into the farmhouse. At nightfall of the second day, Emile invited Katz to embark on his journey. Placing both his hands on the young man’s head, Bernard blessed him and they set out on their way. Katz kept about 50 meters behind Bernard until the latter stopped at a certain point and showed him where to cross. Katz successfully crossed the border into Switzerland. The Germans patrolled the border between France and Switzerland around the clock and it was because of Bernard’s intimate knowledge of the area that he was able to direct Katz to a suitable crossing point.
After the war, the Bernards were strenuously opposed to accepting any recognition for their rescue efforts; it was only after they both passed away that they could be honored for their noble and brave deeds.
On April 3, 2006, Yad Vashem recognized Emile and Yvonne Bernard as Righteous Among the Nations.
Voir enfin:

Vichy et les Juifs : Robert Paxton persiste et signe

L’historien américain publie ce 14 octobre aux côtés de Michael Marrus une seconde édition de la publication de 1981. Cette version actualisée vient contredire l’idée répandue depuis quelques temps, selon laquelle Pétain aurait protégé des Juifs français.

Hugo-Pierre Gausserand et Jacques de Saint Victor

Impossible d’évoquer la question du régime de Vichy et de son rapport à la «question juive», comme l’écrivait Jean-Paul Sartre en 1946, sans évoquer l’auteur Robert Paxton. Historien américain, il publie en 1973 dans le cadre de ses études le fruit de ses recherches quant au rôle du gouvernement de Pétain dans la Shoah, La France de Vichy.

Avec cette parution, Robert Paxton venait remettre en cause certaines versions plus favorables au régime de Vichy. S’appuyant sur de nombreuses archives, ses travaux devinrent très vite une référence. Pourtant, à l’époque, l’historien connaît un déferlement de haine en France, jusqu’à se voir empêché de s’exprimer à la télévision.

Telle une piqûre de rappel, il publie ce 14 octobre une seconde version de l’ouvrage Vichy et les Juifs qu’il co-signait en 1981 aux côtés de Michael Marrus. Ces travaux réédités ont pour ambition de tordre le cou aux récentes thèses selon lesquelles Pétain et son régime politique auraient protégé des Juifs français de la Shoah.

Une réponse au révisionnisme

La principale cible sous-entendue de ce réquisitoire? Eric Zemmour. L’éditorialiste, auteur du bestseller Le suicide français, est devenu le fer de lance de cette nouvelle lecture, «pétainiste» pour certains. Dans son essai, et, le 4 octobre 2014 sur le plateau d’On n’est pas couché, il déclarait: «Pétain a sauvé des Juifs français», ajoutant qu’une large majorité de ceux-là n’avaient pas connu le sort tragique des millions d’autres dans les autres pays occupés par les nazis.

Paxton et Marrus, dans la préface de leur nouveau livre, précisent: «Le bilan final – la perte de 25% de Juifs vivant en France, y compris 15% des citoyens juifs de France, dont de nombreux enfants – est plus lourd qu’il ne l’aurait été sans la participation de l’administration et de certains citoyens français». Les deux historiens ne reviennent pas sur la grande différence avec ce qui s’est passé dans d’autres pays, notamment en Hollande ou en Belgique, où la population juive a quasiment été entièrement décimée.

Selon eux, il faut «s’élever contre l’idée qui se répand actuellement que Vichy a essayé dès le début d’épargner les Juifs anciennement établis en France». Ils admettent cependant: «Il est vrai qu’en 1942, Vichy tente à quelques reprises de faire déporter les étrangers avant les citoyens français», ce qu’avait défendu Eric Zemmour, mais, ajoutent les deux historiens, «ces efforts sont tardifs et peu efficaces».

Les deux auteurs concluent sur une considération plus morale qu’historique, en trouvant «fâcheux que certains continuent de se demander pourquoi tant de Juifs ont survécu en France. Etant donné les opportunités de survie, il faudrait plutôt se demander pourquoi tant ont péri».

Robert Paxton dédie cette réédition «aux Français anonymes et admirables» ayant aidé les Juifs persécutés. L’auteur de La France de Vichy de conclure: «Beaucoup de Français en ont ras-le-bol de ces histoires et préfèrent ne plus y penser.»


APRES L’HYSTERIE COLLECTIVE DU VIRUS CHINOIS, LE PSYCHODRAME DU RACISME POLICIER ! (Spot the error when against all evidence, our new flagellants demonize an imaginary systemic racism and add to both our divisions and the killings when the police withdraw from where they’re most needed)

10 juin, 2020
Jews of color on what MLK Day means to them in 2019 – J.Opinion | Black Voters Are Coming for Trump - The New York TimesDemocrats attacked for cultural appropriation, publicity stunt after Kente cloth kneeling - Tampa DispatchViolent protests in Los Angeles tear through Jewish neighborhood – The ForwardPétition · Eric Zemmour, xénophobe, doit être banni des médias ! · Change.orgDéboulonnage statue esclavagiste BristolChurchill statue defaced with 'was a racist' graffiti during Black Lives Matter protests - Republic World
Shocking footage shows US police officers laughing, mocking restrained man who died in custodyHer Name Is Justine Damond: In 2017, A Somalian Minneapolis Police Officer Murdered A White Woman Reporting A Possible Sexual Assault | Blog Posts | VDARE.com

Qu’est-ce que j’en ai à foutre, moi, des Noirs ? Ce sont des hommes comme les autres. Je ne suis pas raciste. Roland Gary
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Debout ! les damnés de la terre ! Debout ! les forçats de la faim ! La raison tonne en son cratère, C’est l’éruption de la fin. Du passé faisons table rase, Foule esclave, debout ! debout ! Le monde va changer de base : Nous ne sommes rien, soyons tout ! C’est la lutte finale Groupons-nous, et demain, L’Internationale, Sera le genre humain. Eugène Pottier (1871)
Te rends-tu compte que le passé a été aboli jusqu’à hier ? S’il survit quelque part, c’est dans quelques objets auxquels n’est attaché aucun mot, comme ce bloc de verre sur la table. Déjà, nous ne savons littéralement presque rien de la Révolution et des années qui la précédèrent. Tous les documents ont été détruits ou falsifiés, tous les livres récrits, tous les tableaux repeints. Toutes les statues, les rues, les édifices, ont changé de nom, toutes les dates ont été modifiées. Et le processus continue tous les jours, à chaque minute. L’histoire s’est arrêtée. Rien n’existe qu’un présent éternel dans lequel le Parti a toujours raison. Je sais naturellement que le passé est falsifié, mais il me serait impossible de le prouver, alors même que j’ai personnellement procédé à la falsification. La chose faite, aucune preuve ne subsiste. La seule preuve est à l’intérieur de mon cerveau et je n’ai aucune certitude qu’un autre être humain quelconque partage mes souvenirs. De toute ma vie, il ne m’est arrivé qu’une seule fois de tenir la preuve réelle et concrète. Des années après. Winston (1984, George Orwell)
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
Les Flagellants (nommés disciplinati ou battuti au Moyen Âge) étaient des groupes ambulants de fidèles qui se donnaient la discipline collectivement en public. Leur mouvement atteignit son apogée durant le XIIIe siècle et le XIVe siècle en Europe occidentale. Ceux qui y prenaient part pensaient que la pratique de la flagellation leur permettrait d’expier leurs péchés, atteignant ainsi la perfection, de manière à être acceptés au royaume des cieux après l’Apocalypse. Ils allaient en procession par les villes, nus jusqu’à la ceinture et armés d’un fouet dont ils se flagellaient publiquement, en chantant des cantiques, pour expier leurs péchés.(…) Les circonstances dans lesquelles les premières manifestations massives de flagellants ont eu lieu sont significatives. À la suite de la famine de 1258 et de ce qu’on supposera être une manifestation de la peste en 1259, la situation de l’Italie était particulièrement difficile à l’époque. (…) Le mouvement des flagellants avait repris des proportions considérables en 1349. Ceci était dû à l’une des plus grandes épidémies de peste du Moyen Âge : la dite Peste noire (introduite par des hordes mongoles en 1346-1347). Celle-ci fut interprétée, dans la perspective médiévale, comme un châtiment divin contre les pêchés commis par les humains. Les processions de flagellants étaient mises en avant comme un effort pour détourner ce châtiment. La zone de développement du mouvement se situa principalement en Europe centrale, de la Pologne à l’Allemagne et jusqu’aux Pays-Bas et à la France. Les flagellants se déplaçaient entre villes par bandes de cinquante à cinq cents hommes ou plus. Plusieurs régions furent prises l’une après l’autre d’une grande agitation où le mouvement prenait une grande importance avant de s’éteindre peu à peu. (…) Les Juifs furent aussi victimes des mêmes persécutions que les clercs, mais sur une tout autre échelle. Durant le grand massacre des Juifs qui suivit la Peste Noire (cf par exemple le Pogrom de Strasbourg), les flagellants jouèrent un rôle considérable. Les premiers massacres ont eu lieu en fin mars 1349 lorsqu’une partie de la population porta des accusations d’empoisonnement des puits contre les Juifs. Une seconde vague de terreur fut déclenchée par la propagande des flagellants quatre mois plus tard en juillet 1349. Des groupes de flagellants pénétrèrent à Francfort où ils se ruèrent sur le quartier juif et massacrèrent des juifs avec l’aide de la population locale. Les autorités municipales étaient si troublées par cet incident qu’elles expulsèrent les pénitents de la ville et renforcèrent les portes afin que cela ne se reproduise pas. Wikipedia
Les aspirations nationales doivent être respectées, les peuples ne peuvent être dominés et gouvernés que par leur propre consentement. L’auto-détermination n’est pas simplement un mot, c’est un principe d’action impératif que les hommes d’État ignoreront désormais à leurs risques et périls. Woodrow Wilson
La paix à laquelle nous invitent les Anglo-Américains n’est rien moins qu’un statu quo destiné à servir leurs intérêts… La vraie nature du conflit actuel est une lutte entre des puissances établies et des puissances non encore établies… Au début, l’Angleterre et la France colonisèrent des régions du monde « moins civilisées » et ont entretenu une situation de monopole sur leur exploitation. La conséquence fut que l’Allemagne et les nations venues après furent laissées sans terre à acquérir ni espace pour s’agrandir.(…) Si leur politique prévaut, le Japon qui est un petit pays sans ressource et incapable de consommer ses propres productions n’aura pas d’autre choix que de détruire ce statu quo pour espérer survivre, exactement comme l’Allemagne… Nous devons exiger tous les pouvoirs pour ouvrir les portes de leurs colonies aux autres, de sorte que toutes les nations puissent avoir un accès égal aux marchés et aux ressources naturelles des zones colonisées. Il est également impératif que le Japon insiste sur l’éradication des discriminations raciales. Prince Konoe
Je veux bien admettre l’égalité des Japonais en tant que nation, et aussi l’égalité des individus d’homme à homme. Mais je ne peux admettre les conséquences auxquelles nous devrons faire face si nous vous ouvrons notre pays. Ce n’est pas que nous ne les tenons pour être inférieurs à nous mais simplement parce que nous ne les voulons pas. Économiquement, ce sont des facteurs perturbants parce qu’ils acceptent des salaires bien inférieurs au minimum pour lequel nos compatriotes acceptent de travailler. Peu importe s’ils se mélangent bien avec notre peuple. Nous ne voulons donc pas qu’ils puissent épouser nos femmes. Ceci est une opinion personnelle. Je ne veux pas vous offenser. Notre législation n’est pas dirigée spécialement contre les Japonais. Les sujets britanniques en Inde subissent cela de la même manière. Il est impossible que nous puissions formuler une modification à votre amendement parce qu’aucune modification concevable ne saura jamais satisfaire chacun d’entre nous. W. M. Hughes
Versailles’ mixed legacy is even further complicated by a little-known attempt by Japan, one of the emerging players at the table, to move the world forward on the issue of racial equality. Japan asked for, and nearly got approved, a clause in the treaty that would have affirmed the equality of all nations, regardless of race. For all of the history forged, some historians believe the great powers missed a pivotal opportunity to fashion a much different 20th century. A driving force behind that vision for the future and the lofty ambitions of the treaty was U.S. President Woodrow Wilson, the lead negotiator at the Paris Peace Conference. In 1918, a few months before he set sail for Paris, Wilson addressed Congress to lay out his now-famous principle of self-determination, an idea that would guide the Versailles negotiations and the final treaty that emerged: « National aspirations must be respected; peoples may now be dominated and governed only by their own consent. ‘Self-determination’ is not a mere phrase. It is an imperative principle of actions which statesmen will henceforth ignore at their peril. » Looking back, contradictions abound in Wilson’s decree. Japan’s Racial Equality Proposal would have strengthened Wilson’s call for self-governance and equal opportunity. Yet, when the victors signed the treaty, that language was nowhere to be found. « At the bottom of all of this is the idea that certain people of color cannot be trusted and people of color do not deserve a place, not only on the world stage but also in our own communities, » says professor Chris Suh who studies Asian American history. (…) Following its victory in the Russo-Japanese War in 1905 and then its participation as an Allied power during World War I, Japan rose as a mighty player on the world stage. Seeking to solidify that new power, the Japanese delegation at the Versailles negotiations sought to add language about racial equality into the proposed treaty’s preamble. Its immediate goals were to strengthen its diplomatic standing and earn an equal seat at the table. (…) To be clear, historians say the Japanese were not seeking universal racial suffrage or improving the plight of black Americans, for example. But, the added language would have meant that Japanese immigrants coming to the U.S. could be treated the same as white European immigrants. France got behind the proposal. Italy championed it. Greece voted in favor. But Australia pushed back. The British dominion had instituted a White Australia Policy in 1901 limiting all nonwhite immigration. Australian Prime Minister William Morris Hughes strong-armed the rest of the British delegation into opposing the proposed clause and eventually got Wilson’s support too. Wilson came up with a way of killing the proposal without ever openly saying he opposed it. The U.S. president imposed a « unanimity ruling » that effectively squashed the racial equality language even though a majority of the nations supported it. As chairman of the League of Nations Commission, Wilson had approved a number of other issues at the conference without such a unanimous vote. His call for consensus was not a petition for democracy. It was a shrewd calculation. Wilson’s top priority at the conference was seeing the League of Nations created and the treaty ratified. The last thing he wanted was to alienate the British delegation, and he was not willing to let the Racial Equality Proposal derail those efforts. But, in a nod to appease Japan, he supported its demand to keep war-acquired territories like Shantung. Though scholars disagree on the exact reasons for the opposition by Australia and the U.S., many say the key factor was migration. The racial equality clause represented « one of the first attempts to establish … the unprecedented principle of free and open migration, » says Frederick Dickinson, a University of Pennsylvania professor of Japanese history. Japan’s industrialization and falling mortality rates created an overpopulation problem. Following the 1882 Chinese Exclusion Act, which prohibited Chinese laborers from immigrating to America, contractors on the West Coast brought Japanese migrants over to fill their need for inexpensive labor. In 1907, the U.S. and Japan had negotiated the « Gentlemen’s Agreement, » which was designed to address the growing Japanese emigration rate. In it, Japan agreed to curb how many migrants it sent over, if the U.S. would desegregate Asian and white children in San Francisco public schools. Unlike the unilateral Chinese Exclusion Act, the Gentleman’s Agreement gave Japan some say in Japanese immigration to the United States. This agreement didn’t maintain order for long. Anti-Japanese sentiment was spreading up and down the West Coast, and lawmakers there called for stricter legislation. California passed the Alien Land Law of 1913, which prohibited Japanese immigrants from owning land. And so, by the end of World War I and the negotiations in Paris, Americans feared waves of Japanese immigrants. When word of the Japanese proposal reached Washington, pressure mounted from lawmakers to reject the clause. Democratic California Sen. James Phelan sent a telegram to the U.S. delegation in Paris, writing: « Believe western Senators and others will oppose any loophole by which oriental people will possess such equality with white race in United States. It is vital question of self-preservation. » With mounting pressure on the homefront and from Britain and its dominions, Wilson killed the proposal. The Japanese lost their bid for racial equality. Ultimately, the treaty Wilson had staked his presidency on was rejected by Congress. He suffered a stroke later in 1919, did not seek a third term and died three years after leaving office. The same year as Wilson’s death, in 1924, President Calvin Coolidge unilaterally banned all Japanese immigration with the Johnson-Reed Act. (…) The interwar years saw increased Japanese aggression as it attempted to gobble up more land and further assert its power on a global level. Japan became an imperial power consumed with nationalism and militarism. Japan struggled to resettle its burgeoning population. Its invasion of Manchuria, a region in China, in 1931, led to the resettlement of hundreds of thousands of farmers and migrants there. Ishiwara Kanji, the architect of the invasion, called for a « racial paradise » in this newly established puppet state. (…) Beyond the bloodshed in the Pacific, the domestic toll waged on Japanese Americans has lived on in infamy. More than 100,000 Japanese Americans were forcibly relocated from their homes and incarcerated during what has been called Japanese internment. The U.S. later acknowledged that it was on the wrong side of history, betraying its values of justice and liberty: The 1988 Civil Liberties Act, enacted by Congress, said that the government’s actions against Japanese Americans « were motivated largely by racial prejudice, wartime hysteria, and a failure of political leadership. » « Obviously whenever people think of Japanese American discrimination in the United States, the big thing that comes to mind is the World War II incarceration, » says David Inoue, executive director of the Japanese American Citizens League. But the Racial Equality Proposal demonstrates that incarceration camps are not the whole story. He sees this proposal as « part of a whole continuum of discrimination that had begun years before and even we see it continuing today … in other communities that are discriminated against. » NPR
Peut-être que la prise de conscience la plus tragique de la réalité survint lorsqu’il devint clair pour moi que la guerre ne se contentait pas de dévaster les espoirs des pauvres dans le pays. Elle envoyait aussi leurs fils, leurs Frères et leurs maris combattre et mourir dans des proportions extraordinairement élevées par rapport au reste de la Population. Nous prenions de jeunes noirs, estropiés par notre société, et nous les envoyions à 10 000 kilomètres de là pour garantir des libertés en Asie du Sud Est dont ils ne bénéficient pas eux-mêmes dans le sud-ouest de la Géorgie ou dans Harlem Est. Nous avons été placés de manière répétée devant l’ironie cruelle de regarder sur nos écrans des jeunes garçons noirs et blancs tuer et mourir ensemble pour un pays où il ne leur était pas permis de s’asseoir côte à côte dans les mêmes écoles. Nous les avons vus, dans une même solidarité brutale, mettre le feu aux huttes d’un pauvre village, mais nous réalisons qu’ils ne vivraient jamais dans le même bloc à Détroit. Je ne pouvais pas rester silencieux devant une si cruelle manipulation des pauvres. Ma troisième raison provient de mon expérience dans les ghettos du Nord durant ces trois dernières années et notamment, ces trois derniers étés. En marchant parmi les jeunes gens en colère, rejetés et désespérés, je leur ait dit que les cocktails Molotov et les fusils ne résoudraient pas leurs problèmes. J’ai essayé de leur offrir ma plus profonde compassion tout en conservant ma conviction que le changement social le plus significatif vient à travers l’action non violente. Mais, demandaient-ils, et le Vietnam ? Ils demandaient si notre pays n’utilisaient pas lui-même une dose massive de violence pour résoudre ses problèmes, pour apporter les changements qu’il souhaitait. Leurs questions ont fait mouche, et j’ai su que je ne pourrai jamais plus élever ma voix contre la violence des opprimés dans les ghettos sans avoir auparavant parlé haut et clair au plus grand pourvoyeur de violence du monde aujourd’hui – mon propre gouvernement. (…) Si l’âme de l’Amérique était empoisonnée, l’autopsie, en partie, révélerait le mot « Vietnam ». L’âme de l’Amérique ne sera pas sauvée aussi longtemps que le pays détruira les espoirs des hommes à travers le monde. Que pensent les paysans vietnamiens lorsque nous nous allons avec les propriétaires terriens et que nous refusons de traduire en actes nos nombreux discours concernant une réforme agraire ? Que pensent-ils alors que nous essayons nos dernières armes sur eux, tout comme les Allemands ont essayé leurs nouveaux médicaments et tortures dans les camps de concentration en Europe ? Martin Luther King
In recent speeches and statements the Rev. Dr. Martin Luther King Jr. has linked his personal opposition to the war in Vietnam with the cause of Negro equality in the United States. The war, he argues, should be stopped not only because it is a futile war waged for the wrong ends but also because it is a barrier to social progress in this country and therefore prevents Negroes from achieving their just place in American life. This is a fusing of two public problems that are distinct and separate. By drawing them together, Dr. King has done a disservice to both. The moral issues in Vietnam are less clear-cut than he suggests; the political strategy of uniting the peace movement and the civil rights movement could very well be disastrous for both causes. Because American Negroes are a minority and have to overcome unique handicaps of racial antipathy and prolonged deprivation, they have a hard time in gaining their objectives even when their grievances are self-evident and their claims are indisputably just. As Dr. King knows from the Montgomery bus boycott and other civil rights struggles of the past dozen years, it takes almost infinite patience, persistence and courage to achieve the relatively simple aims that ought to be theirs by right. The movement toward racial equality is now in the more advanced and more difficult stage of fulfilling basic rights by finding more jobs, changing patterns of housing and upgrading education. The battle grounds in this struggle are Chicago and Harlem and Watts. The Negroes on these fronts need all the leadership, dedication and moral inspiration that they can summon; and under these circumstances to divert the energies of the civil rights movement to the Vietnam issue is both wasteful and self-defeating. Dr. King makes too facile a connection between the speeding up of the war in Vietnam and the slowing down of the war against poverty. The eradication of poverty is at best the task of a generation. This « war » inevitably meets diverse resistance such as the hostility of local political machines, the skepticism of conservatives in Congress and the intractability of slum mores and habits. The nation could afford to make more funds available to combat poverty even while the war in Vietnam continues, but there is no certainly that the coming of peace would automatically lead to a sharp increase in funds. Furthermore, Dr. King can only antagonize opinion in this country instead of winning recruits to the peace movement by recklessly comparing American military methods to those of the Nazis testing « new medicine and new tortures in the concentration camps of Europe. » The facts are harsh, but they do not justify such slander. Furthermore, it is possible to disagree with many aspects of United States policy in Vietnam without whitewashing Hanoi. As an individual, Dr. King has the right and even the moral obligation to explore the ethical implications of the war in Vietnam, but as one of the most respected leaders of the civil rights movement he has an equally weighty obligation to direct that movement’s efforts in the most constructive and relevant way. There are no simple or easy answers to the war in Vietnam or to racial injustice in this country. Linking these hard, complex problems will lead not to solutions but to deeper confusion. Walter Lippmann (NYT, April 7, 1967)
Le président vient d’utiliser une Bible… et l’une des églises de mon diocèse, sans autorisation, comme décor pour un message contraire aux enseignements de Jésus et à tout ce que nos églises représentent… Je ne peux pas croire ce que mes yeux ont vu […] Je suis scandalisée. Et je veux juste que le monde sache que nous, dans le diocèse de Washington, conformément à Jésus et sa voie d’amour… nous nous éloignons du langage incendiaire de ce président. Nous suivons quelqu’un qui a vécu une vie de non-violence et d’amour sacrificiel […] Nous sommes du côté de ceux qui demandent justice pour la mort de George Floyd et d’innombrables autres. Mgr Mariann Edgar Budde (diocèse épiscopal de Washington)
Budde and Curry are among the pantheon of progressive religious leaders who have long been critical of Trump’s political agenda. The Episcopal Church’s policies include supporting abortion rights, refugee resettlement, an expansion of health care and other issues that Trump has opposed or not embraced. According to the Pew Research Center, 49 percent of Episcopalians are Democrats or lean Democratic, compared with 39 percent of church members who are Republican or lean Republican. (…) Trump’s longtime religious allies, who are far more conservative on both domestic and foreign policy, saw his walk to St. John’s much differently. “What kind of church I need PERMISSION to attend,” tweeted Pastor Mark Burns of South Carolina after Budde and others said Trump should have let them know he was coming. “Jesus welcomes All. » Johnnie Moore, a spokesman for several of Trump’s evangelical religious advisers, tweeted favorably about the incident as well. “I will never forget seeing @POTUS @realDonaldTrump slowly & in-total-command walk from the @WhiteHouse across Lafayette Square to St. John’s Church defying those who aim to derail our national healing by spreading fear, hate & anarchy,” he wrote. “After just saying, ‘I will keep you safe.’ ” (…) Following a tradition set by President Franklin D. Roosevelt, Trump attended a service at St. John’s before his swearing-in ceremony in 2017. He visited the church again that year to mark a national day of prayer for victims of Hurricane Harvey and in 2019 on St. Patrick’s Day. (…) Earlier in the day, Fisher said, he and other clergy were outside the church handing out water bottles and granola bars to protesters, and expressing solidarity with their cause. He said he left the area to be interviewed on television about the damage from the fire the previous night and later watched images of the protest being dismantled “with disbelief.” Fisher, 44, became the rector of St. John’s in June 2019 and has not yet hosted a presidential visit. The church usually draws about 400 people on a typical weekend. But it has been closed since mid-March due to the broad shutdown restrictions in place to combat the novel coronavirus. Damage to the building from Sunday night’s fire and vandalism will cost at least $20,000, Fisher said. But he said the destruction should not become the focus of what has been happening in the streets outside the White House. Fisher said that when people have talked about the church being burned, he has tried to redirect them, saying it was likely one person who does not represent the majority of people protesting. “That has pulled away from the more important message that we have to address racism in this country,” he said. Michelle Boorstein and Sarah Pulliam Bailey
Budde herself is engaged in advocacy for firearms restrictions and even weighed in on changing the name of the city’s floundering NFL franchise. Within the Diocese of Washington, Budde defended a push for “gender-inclusive” language “to avoid the use of gendered pronouns for God.” The Post report noted both Budde and Curry “are among the pantheon of progressive religious leaders who have long been critical of Trump’s political agenda.” I was last present in the now-damaged St. John’s parish house as it hosted a press conference for the Religious Coalition on Reproductive Choice, a progressive lobby that voices approval from religious officials for unrestricted abortion-on-demand, and which counts the Episcopal Church as a member. Post religion reporters Michelle Boorstein and Sarah Pulliam Bailey cite data from the Pew Research Center showing 49 percent of Episcopalians are Democrats or lean Democratic, compared with 39 percent of church members who are Republican or lean Republican. Episcopalians have increasingly found themselves in roles difficult to maintain. Church officials simultaneously embrace leftist causes, while also serving as a boutique chaplaincy to the affluent and as presiders over American civil religion in events of national importance including state funerals. Jeffrey Walton
American history is not all glorious… George Washington was a slave owner. We need to call slave owners out for what they are. Whether we think they were protecting American freedom or not, he wasn’t protecting my freedoms. To me, I don’t care if it’s a George Washington statue or Thomas Jefferson, they all need to come down. Angela Rye (CNN)
Le racisme anti-noir se trouve dans l’ADN même de ce pays. Nikole Hannah-Jones
Je voterais pour Joe Biden même s’il faisait bouillir des bébés et les mangeait. Ce n’était pas mon candidat, mais reprendre la Maison Blanche est si important. (…) Que vous croyiez ou non Tara Reade… vous devriez voter pour Joe Biden s’il est le candidat. … Nous n’avons pas le luxe de ne pas participer aux élections pour nous sentir moralement purs ou pour envoyer un message sur les agressions sexuelles et #BelieveWomen. Cela n’aidera en rien les femmes. Ou n’importe qui d’autre. Katha Pollitt
I know that [concerns over having no law enforcement] comes from a place of privilege. For those of us for whom the system is working, I think we need to step back and imagine what it would feel like to already live in that reality where calling the police may mean more harm is done. Lisa Bender (Minneapolis city council president)
I remember when I was being gang-raped & beaten by a mob in Egypt, would have been great to have a police force to call then. Would that have been my white privilege talking? Lara Logan (CNN)
Over the years, I have repeatedly warned in these columns that the refusal of the political establishment to defend the integrity of the western nation and its culture has opened the way for noxious forces to occupy the vacuum. We’ve seen this in both the spread through the west of jihadi Islam and the rise across Europe of political parties and groups with racist or fascist backgrounds and antecedents. In the current convulsions triggered by the violent death of George Floyd in American police custody, this baleful development has reached a crisis point. As The Times reports today, thuggish groups across the country have begun organising to “protect” monuments and war memorials after statues of Winston Churchill and Queen Victoria were defaced, the Cenotaph in London attacked and other statues, including the one of Sir Francis Drake in Plymouth, vandalised. This isn’t remotely surprising. The establishment is effectively standing back from, or even condoning or actively assisting, a sustained and organised onslaught which is taking place against not just a number of stone images but a culture’s historic memory. The stage is therefore set for a confrontation in which violent thugs from the right pitch themselves against violent thugs from the left – with the political establishment having fled the cultural battleground in order to cower, wringing its hands, at a distance. Following the toppling and dumping in Bristol harbour of the statue of slave trader and philanthropist Edward Colston, an act of vandalism and criminal damage with which the area’s police superintendent sympathised and about which he said the police were right to do nothing, an activist group called “Topple the Racists” has drawn up a list of about 60 memorials associated with slavery or colonialism which it wants destroyed. Falling meekly or even enthusiastically into line, 130 local councils run by the Labour party are to consider which ones they think should be removed on the grounds of “inappropriateness”. In 2001 in Afghanistan, the Taliban pulled down ancient statues including the world’s tallest standing Buddhas. This was greeted with utter horror in the west. It rightly described the outrage as a crime against historical memory, an attempt to destroy a culture by erasing the evidence of its history and replacing that culture by a fanatical dogma that brooked no challenge. Yet now the British establishment is kow-towing to a movement which is behaving like the Taliban, pulling down statues and other artefacts in order to erase aspects of British history as the product of a rotten society that’s institutionally racist and so must be supplanted by another. The death of Floyd, under the the knee of a police officer who pressed down on his neck for almost nine minutes, was shocking and it’s right that this officer and three others involved in this death are being brought to justice. And of course there’s racial prejudice in Britain. But so there is in every single society, in the developing world as well as in the west. Slavery was not invented by the west but has been practised across the world. It was the British and Americans who, having participated in it, eventually abolished it in their societies, while it remains practised in parts of the developing world even today. The smear that the west is institutionally racist is designed to both facilitate and obscure the real agenda of overturning capitalist society because it is white and therefore deemed intrinsically evil – which of course is itself a racist agenda. Yet instead of resisting this ignorant and wicked movement, its appeasers have been literally abasing themselves before the mob. In the past, violent anti-white racism was represented by the black power movement. Despite the support of certain posturing celebrities, black power activists were generally perceived as dangerous, violent, far-left troublemakers. It would have been unthinkable for mainstream British politicians, let alone the police, to give the clenched fist black power salute. That would have been regarded as treasonous insurrection. Yet an updated version of this is precisely what’s been happening in Britain. The new Labour Party leader, Sir Keir Starmer, and his deputy, Angela Rayner, released a picture of themselves supporting Black Lives Matter, the activist group behind many of these demonstrations, by “taking the knee”, the gesture promoted by certain black American footballers to show their contempt for white society and America. (…) These people have all been literally kneeling down in submission to an ideology which is anti-white and anti-west – and at the direction of Black Lives Matter, a racist, anti-white, anti-west violent revolutionary movement whose aim is the overthrow of white western society. These images of the British police symbolically capitulating to the erasure of British history and the defamation of the west have furnished sickening evidence that many of those tasked with protecting society have surrendered instead to cultural terrorism. Meanwhile, anyone who opposes this dogma of black victimology and points out the defamatory lies at its core will be called a racist and their livelihood placed in jeopardy. In America, people are losing their jobs for even questioning any of this. The prominent footballer Drew Brees, who despite publicly opposing racism also opposed taking a knee during the playing of the national anthem on the grounds that he would “never agree with anybody disrespecting the flag of the United States of America”, was forced to apologise in a display of ritual humiliation On Twitter, the malevolent, the moronic and the mentally unhinged are out in force similarly seeking to intimidate, smear and ruin any who stand up to this cultural totalitarianism. And then there’s the deeply sinister Commission for Diversity in the Public Realm set up by London’s mayor, Sadiq Khan, to consider the appropriateness of the capitals’ statues, murals, street names and other memorials. Channelling Mao, the Taleban and the French revolutionary terror, Mayor Khan can surely leave no-one in any doubt that this committee will reduce diversity by aiming selectively to erase those bits of British history of which it disapproves. In Khan’s words: “…our statues, road names and public spaces reflect a bygone era. It is an uncomfortable truth that our nation and city owes a large part of its wealth to its role in the slave trade…” (…) So will this commission erase memorials to all historic British figures with an obnoxious side to their achievements? Will its destroy the statues of the Labour politicians Keir Hardie or Ernest Bevin, or Karl Marx, who were all antisemites? Or the playwright George Bernard Shaw who promoted eugenics? Or the parliamentary titan Oliver Cromwell who massacred the Irish? Or Britain’s greatest Liberal prime minister, William Gladstone, whose family, like so many prominent people in previous, very different era was involved in slavery? That last question already has an answer. Liverpool university has agreed yesterday to rename its Gladstone Hall, which houses student accommodation. Bim Afolami, the Tory MP for Hitchin and Harpenden, tweeted in response: “This is all going completely nuts. When will this stop??” When indeed. As George Orwell wrote in 1984 about a state under totalitarian tyranny: “Every record has been destroyed or falsified, every book rewritten, every picture has been repainted, every statue and street building has been renamed, every date has been altered. And the process is continuing day by day and minute by minute. History has stopped. Nothing exists except an endless present in which the Party is always right. » Or as the future US president Ronald Reagan said even more pertinently in 1975: ‘If fascism ever comes to America, it will come in the name of liberalism”. (…) Bad things happen not just because bad people do them but because otherwise decent people lack the courage to stop them; or because they indulge in fantasies that the agenda is basically good but has been “hijacked” by a few thugs; or that they agree with the ends but purse their lips at the violent means; or because of a myriad other excuses that the spineless and the misguided always provide for “taking a knee” to the destroyers of worlds. Melanie Phillips
The cause of death was listed as “cardiopulmonary arrest complicating law enforcement subdual, restraint, and neck compression.” It went on to list “other significant conditions: Arteriosclerotic and hypertensive heart disease; fentanyl intoxication; recent methamphetamine use.” In other words, George Floyd fit the description of what is known in the law as an eggshell victim. The doctrine of the eggshell victim holds that a defendant is fully liable for injuries he inflicts on a plaintiff even if the plaintiff had a preexisting condition that made him more susceptible to being injured. But for this doctrine to apply, it must be shown that the defendant was acting unlawfully when he caused the injury. This is where things get murky and begin to escape the confines of the narrative. Police officers, but few others, know that “I can’t breathe” is the universal complaint of the resisting arrestee. Police officers also know, as most others do not, that handcuffed suspects can fight and escape, especially when officers are confronted by hostile onlookers. Defense attorneys will argue, not without evidence, that Floyd died not because of the application of unlawful force, but rather that it was his own resistance to lawful force, exacerbated by his documented medical conditions and drug use, that triggered a fatal heart attack. Fentanyl and methamphetamines can and often do bring about fatal arrhythmias even absent the type of exertions attributed to Floyd in the complaint. Yes, there came a point when Floyd ceased to struggle and should have been brought to a seated position. Was it this failure to follow what has for decades been standard police procedure that caused Floyd’s death, or did his struggling stop only when the fatal heart attack occurred? These are questions medical experts on both sides will testify about at trial, but for convictions the prosecutors must prove beyond a reasonable doubt that Chauvin was the proximate cause of Floyd’s death and that the others assisted him in the act. In all my years as a police officer I have never seen the seeds of reasonable doubt planted in the very pages of a criminal complaint as they have been here. As I wrote of Michael Slager four years ago, it is not a question of whether Chauvin and the others were right or wrong, but rather of how wrong they were. Murder is a serious charge that requires serious evidence. As things now stand, I don’t think the prosecutors have it. Jack Dunphy
We’ve never seen anything like it, at all. … I don’t even know how to put it into context. It’s beyond anything that we’ve ever seen before. When CPD has to turn its attention elsewhere and there’s suddenly this vacuum that opens up, you also unfortunately see a picture like you saw with [last] weekend where you see an absurd amount of carnage, people getting injured and killed. Max Kapustin (senior research director at the Chicago crime lab)
We didn’t find evidence for anti-Black or anti-Hispanic disparity in police use of force across all shootings, and, if anything, found anti-White disparities when controlling for race-specific crime. Researchers at the University of Maryland and Michigan State University
When I look at cities in which the investigation was preceded by a viral event, homicide goes up considerably. Total crime goes up considerably.” What happens is that police effectively pull back. They don’t stop doing their jobs, but they become less proactive and curb their interactions with civilians. In Chicago, there was a 90% drop in police-civilian contacts immediately after the announcement of an investigation, and “Baltimore literally went to zero” after a probe was announced there. In cities where these contacts fell the most, homicides increased the most. Sadly, the decision to launch departmentwide state and federal inquiries into the deaths of Brown, McDonald and Gray resulted in numerous additional deaths. Mr. Fryer said that because of changes in police behavior following investigations in these and other cities, “my estimates show that we lost a thousand more lives, most of them black as well, because of an increase in homicides. I never would have guessed that if police stopped putting in the effort, that homicides would change like this. You hear some people say ‘Oh, we want to police our own neighborhoods, get out.’ No, you don’t want that. I guess I always knew it was a foolish idea, but I didn’t realize it was this deadly. Roland Fryer (Harvard)
Des hommes et des femmes se font massacrer (par la police) quotidiennement en France, pour nulle autre raison que leur couleur de peau. Camélia Jordana
Le privilège, c’est avoir le choix d’y penser, ou pas. Je ne peux pas oublier que je suis une femme. Mais je peux oublier que je suis blanche. Ça, c’est être blanche. Y penser, ou ne pas y penser, selon l’humeur. Virginie Despentes
Hourra ! Le peuple des États-Unis est en ébullition. Eh ! Vous ! Ceux qui avez trouvé la révolution citoyenne au Soudan trop exotique pour vous concerner, la révolution citoyenne à Beyrouth et à Alger trop arabes, celle du Chili trop latino, celle de Hong-Kong trop asiatique pour vous représenter ! Vous qui ne savez pas qu’il existe des synchronies discrètes mais avérées entre l’Argentine ou le Chili et la France, entre les Caraïbes et l’Île-de-France, entre Dakar et Paris, voyez ! voyez ! L’ère du peuple joue de la grosse caisse à Washington et la révolution citoyenne est dans les rues de New York. La gilet-jaunisation est entrée au cœur de l’Empire. Voici que surgissent des millions de chômeurs, des abandonnés privés de tout accès aux réseaux collectifs sans lesquels la vie est impossible, humiliés à longueur d’année par des flics racistes, manipulés par des politiciens sans conscience. Ils forment désormais un volcan qui vient de faire sa première éruption. Et ce n’est que le début d’une histoire qui va durer. Non, les USA ne sont pas le roc qu’ils donnent à voir. (…) Bon d’accord, je ne retiens pas ce rire moqueur qui me vient. C’est celui d’un « Frenchie surrender », putois notoire et ses French fries. Car c’est ainsi que nous avons été caricaturés aux USA depuis notre refus de participer à leur lamentable deuxième guerre du Golfe. L’état d’esprit anti-français se déchaina alors jusqu’à l’absurde : vider des bouteilles de vin dans les égouts et vouloir rebaptiser les frites, de « French fries » en je ne sais quoi. Oui la rigolade : voir la Maison blanche s’éteindre pour devenir invisible pendant que le président Trump se cache à la cave ! « Salut Trump tu as le bonjour de Cuba, de Venezuela, de Salvador Allende, de Patrice Lumumba, et même du Che » ! Sans oublier Edgard Snowden, Julian Assange et les torturés de Guantanamo, les asphyxiés du waterboarding, le supplice de la baignoire, qui ne serait pas une torture puisque l’actuelle cheffe de la CIA la pratiquait elle-même il y a peu ! À son tour : à la cave ! Le persécuteur des peuples dans le noir ! Ce n’est pas cher payé pour l’instant. Retenez ceci comme un avis d’observateur de longue date : tout ce qui advient aux USA arrive ensuite chez nous dans la décennie qui suit. Parfois plus vite. Qu’il s’agisse des modes, de la politique ou de faits sociaux. Le fin tissu qui nous unit n’est pas seulement économique, militaire ou ce que l’on voudra. Il est continuellement alimenté par les séries télévisées, le cinéma, les matrices narratives, les images de référence. Que cela plaise ou non, qu’on soit d’accord ou pas, il s’agit d’un effet de système profondément ancré. On peut ne pas s’être rendu compte que toutes les social-démocraties européennes répétaient soudainement les mantras clintonistes, ne pas avoir vu Sarkozy répéter en boucle à Rome et à Ryad les absurdités du « choc des civilisations » et ne pas savoir que l’autrice qui écrivait les discours, Emmanuelle Mignon les recopiait directement de Samuel Huntington, ne pas avoir vu le sommet du quai d’Orsay virer néo-conservateur. Mais quand les émeutes urbaines ont éclaté en France, quand on a vu Halloween et Black Friday occuper des millions d’esprits superficiels qui voudraient vivre comme dans une série US ? Non : rien ? Peut-être même qu’il en est encore pour ne pas savoir que Cédric Chouviat est mort d’un geste de policier comme celui commis contre Georges Floyd et que personne n’a été ni suspendu ni inculpé de quoi que ce soit. Et Adama Traoré et… et… Zineb Redouane, vieille dame abattue à sa fenêtre et qui est morte parait-il non de la grenade qu’elle a reçue dans la figure au quatrième étage à Marseille mais d’un arrêt du cœur imprévisible sur la table d’opération !… Peut-être d’autres n’ont-ils pas remarqué que les éborgnements de manifestants ne sont pas des bavures mais un fait désormais universel. Au fond, peu importe. Aucune alerte, aucune mise en garde n’aura jamais rien produit dans notre pays à part des heures de prêchi-prêcha haineux contre toute forme d’opposition et de dénigrement personnalisé contre les fortes têtes pourchassées sans répit les Jérôme Rodriguez, Taha Bouhafs, Drouet, Dufresne, Wamen et ainsi de suite et pour finir avec Camélia Jordana. Je ne sais comment dire combien cela me désole. Car la suite est écrite. Et ceux qui me lisent savent la lire. Aux USA, le fil des révolutions citoyennes est resté net : fermentation politique longue depuis Occupy et les Anonymous, évènement fortuit (la mort de Georges Floyd), union sans parti ni représentant, revendication égalitaire (« la vie des Noirs compte »), mobilisation universaliste, non communautaire pour la première fois depuis longtemps, mot d’ordre polysémique fédérateur (« je ne peux plus respirer »). Oui mais voilà : il s’agit des USA et de la première saison de l’après Covid-19. Elle ouvre la crise sociale monstrueuse qui va déferler. Les USA déjà désemparés, inondés de dollars de planche à billets, sans projet collectif, labourés par les socs contraires du petit peuple social et du petit peuple facho. Les USA paralysés par la gélatine du parti démocrate qui a eu la peau de Sanders pour ce néant qu’est Joe Biden. Les USA où les latinos seront dans une poignée d’années la plus importante minorité devant les afro-américains et les beaux blancs protestants. Les USA où le catholicisme sera bientôt la première religion chrétienne du pays modifiant ainsi la matrice spirituelle d’un pays où la religion est sur chaque billet de banque avec la formule « in God we trust ». Les USA et leur dollar bidon, leur État fédéral bringuebalant. Bref, les USA chancelant vont faire vaciller le monde. Trump voudrait interdire les anti-Fas, pendant que des miliciens d’extrême-droite en armes défilent dans les rues. Ils contrôlent ici ou là et les passants, comme nos identitaires dans le métro de Lyon et dans des bus à Lille pendant que les castors pyromanes pérorent loin de toute réalité « faire barrage ! faire barrage ! ». Les événements nord-américains sont décisifs. Ils nous obligent à faire un point réaliste. Si l’extrême droite « suprémaciste » l’emporte aux USA, ce sera bien autre chose que ce qu’elle a déjà fait en Pologne, Hongrie, Autriche, au Brésil, en Inde ou aux Philippines. Si les nôtres se donnent une expression politique capable d’être majoritaire, tout devient possible dans la civilisation humaine. Ayez grand soin de vous monsieur Bernie Sanders ! L’Histoire ne ferme jamais boutique. Jean-Luc Mélenchon
En réponse aux dérives identitaristes de la gauche américaine, une cinquantaine d’intellectuels essentiellement afro-américains sonnent la révolte. C’est le premier grand coup porté à la gauche racialiste américaine. Depuis les années 1970, ses représentants, universitaires et militants (les deux vont souvent de pair), ne ménagent pas leur peine pour imposer leurs représentations comme grille de lecture exclusive des phénomènes sociaux. Si, depuis lors, leurs idées ont incontestablement progressé, allant jusqu’à irriguer le débat public en France, elles se heurtent aujourd’hui à la résistance d’un projet intellectuel ambitieux. 1776, en référence à la déclaration d’indépendance des États-Unis, est une réponse d’intellectuels essentiellement afro-américains à une initiative commune du New-York Times et de plusieurs historiens noirs, visant à réécrire l’histoire américaine à la lumière de l’esclavage Tout commence au mois d’août 2019, lorsque le quotidien new-yorkais aux opinions très-avancées développe le projet 1619. Dans une édition spéciale de 100 pages, publiée à l’occasion des 400 ans de l’arrivée des esclaves africains en Amérique, le New York Times Magazine propose une relecture de la fondation des États-Unis « telle qu’elle s’est véritablement déroulée » — le ton est donné. Cette vaste entreprise de rééducation idéologique, bouffie de repentance, entend faire de l’arrivée en bateau d’une vingtaine d’esclaves africains à Port Comfort en Virginie (Colonie britannique d’Amérique du Nord, NDLR), « le véritable acte de naissance de l’Amérique ». Dans la classe politique et les cénacles académiques, le projet reçoit un accueil mitigé. De nombreux historiens s’émeuvent d’un détournement voire d’une falsification de l’histoire au nom de l’idéologie raciale. Toutefois, l’influence du Times est telle que ces observations critiques sont remisées à l’arrière-plan. Conçu à l’origine comme un projet médiatique interactif, composé de productions diverses (essais, poésies, photographies, articles…), 1619 se mue en une puissante machine à propagande. Le journal noue ainsi une collaboration avec le très “inclusif” Pulitzer center pour porter ce projet dans les écoles, bibliothèques et musées ; plusieurs centaines de milliers d’exemplaires du magazine et un supplément spécial y ont été distribués gratuitement. Last but no least, l’initiatrice du projet Nikole Hannah-Jones, réalise une tournée nationale de conférences dans les écoles pour expliquer à son jeune public que « le racisme anti-noir se trouve dans l’ADN même de ce pays ». Pendant plusieurs mois, à grand renfort de matraquage publicitaire, 1619 impose son point de vue à la société américaine : l’histoire des États-Unis doit être exclusivement comprise comme une lutte des Blancs pour l’hégémonie et une dévalorisation systémique des noirs. Naturellement, quiconque récuse ce récit mythologique raciste passe pour blasphémateur. Devant la réécriture et la confiscation de l’histoire des États-Unis par des idéologues obnubilés par la question raciale, une cinquantaine d’intellectuels, essentiellement afro-américains, ont décidé de se soulever. En janvier 2020, Robert Woodson, figure chrétienne conservatrice et ancien conseiller de campagne George W. Bush lance le projet 1776 en réponse à 1619. Cette fois, les grands médias ne se pressent pour relayer cette initiative portée en partie par des historiens universitaires. Loin d’eux l’idée de nier le passé esclavagiste des États-Unis, simplement, ils contestent l’idée selon laquelle l’asservissement des noirs constitue l’alpha et l’oméga de l’histoire du pays. Car pour parvenir à une telle conclusion, les promoteurs du projet 1619 ont eu recours à un grand nombre de sophismes et de falsifications. Entre autres contre-vérités, l’on apprend ainsi que, de tout temps, les noirs Américains ont combattu seuls pour leur liberté, que la guerre de Sécession est sans lien avec la libération des esclaves ou encore que le maintien de l’esclavage est le principal moteur de la guerre d’indépendance – cette liste n’est pas exhaustive. Les auteurs du contre-projet 1776 soutiennent a contrario que les inégalités structurelles qui persistent aux États-Unis résultent moins d’un problème de race que d’une logique de classes. Aussi, sont-ils pour le moins hostiles à un mouvement comme Black Lives Matter et les concepts qu’il charrie : appropriation culturelle, privilège blanc, racisme institutionnel, fragilité blanche. Selon eux, cette grille de lecture ethnocentrée est une machine à créer du ressentiment et de la culpabilité, là où la solution se trouve dans la solidarité interraciale. Deux semaines après la mort de George Floyd et les émeutes raciales qui s’en sont ensuivies, la confrontation entre ces deux visions résonne avec une certaine acuité. Au fond, les États-Unis ont désormais le choix entre deux projets de société : le premier, pétri de “bonnes intentions” — donc de racisme compassionnel – considère les afro-américains comme un bloc monolithique d’individus, victimes par essence et mus par les mêmes aspirations. Le second, refuse les assignations identitaires, croit au libre arbitre et défend une vision unitaire de la société. Entre le New York Times et l’universalisme, il faut choisir. Victor-Isaac Anne
Puisque nous en sommes au chapitre de la comptabilité morbide et raciale, la même journaliste révélait le 9 mai qu’en 2018, 2925 noirs étaient tués et que 2600 de leurs meurtriers étaient noirs. Mme Owens précisait également que «les hommes noirs tuaient deux fois plus les blancs que les hommes blancs tuaient des noirs». Puisqu’on doit apparemment sombrer dans ce racialisme permanent et obsessionnel, pourquoi donc les chiffres que je viens de livrer relèveraient-il de l’indicible? Avançons donc plus avant dans ce système pervers et sélectif, et souvenons-nous par exemple de la mort de Tony Timpa. Comme le pauvre George Floyd, il a été étouffé à mort par des flics très rigolards en dépit de ses supplications: «Vous êtes en train de me tuer». Exactement la même abomination. Mais dans ce dernier cas, ni violences, ni pillages. Ni foule médiatique déchaînée. C’est que Tony était blanc. Il faut également évoquer cet anti-trumpisme primaire qui fait que dans les premières heures du chaos, beaucoup ici en France auraient aimé lui faire porter le chapeau. Difficile quand on sait que l’appareil d’État du Minnesota est démocrate et que le mouvement Black Lives Matters est une réaction à la violence policière déplorée sous Obama. Puis-je également, sans offenser le courant médiatique principal, faire observer que les mêmes, il y a quelques jours, taxaient d’extrême-droitistes dangereux ceux qui, en Amérique, au nom de la liberté, refusaient tout confinement? À croire que le virus, malin mais compatissant, respecterait une sainte trêve en permettant les rassemblements en nombre. La même licence aura été accordée aux milliers d’étrangers sans papiers qui ont défilé sans entraves samedi dans les rues de Paris dans un silence médiatique impeccable. Ainsi, en France, lorsque des Français sont massacrés par centaines par le fanatisme ou le racisme, parfois antisémite, de l’islamisme, s’ensuivent des marches blanches forcément «dignes et silencieuses». Point de colères noires avec violences et pillages obligatoires. Je voudrais enfin écrire les lignes qui viennent pour faire réfléchir. Je n’aurais pas la stupidité de vouloir ignorer, au-delà de sa violence, un courant raciste dans la police américaine. Mais à quoi sert une généralisation abusive sauf à déclencher la guerre des races? Ici en France, par un mimétisme stupide, une artiste a évoqué les massacres que la police française commettrait à raison de la couleur de peau. Si on se regarde les choses rationnellement, imagine-t-on la réaction encolérée de certains policiers français qui, pour ne pas être racistes, ne sont pas tous des pianistes distingués? Sartre, dans ses Réflexions sur la question juive, a écrit des lignes pénétrantes sur la propension de l’être injustement caricaturé à vouloir parfois ressembler à sa caricature. Le racialisme pervers gagne chaque jour un peu plus, par mimétisme, la société française. Montre-moi de quelle couleur de peau tu es, et je te dirai si je te hais. La différence raciale devient obsessionnelle. Et le racisme, très équitablement partagé sur la planète, serait pourtant la propriété monopolistique du blanc. Déjà, sur la radio d’État, la racialisation devient un outil d’investigation journalistique. C’est ainsi que le 27 mai, le rédacteur en chef numérique de France Inter écrivait tranquillement: «Nous avons demandé à neuf personnes racisées de réagir aux propos de Camélia Jordana». Et à la suite, les photos et réactions de neuf personnes noires ou maghrébines. Je voudrais, pour conclure, écrire que je ne me fais aucune illusion sur la portée d’un raisonnement qui s’adresse à la raison. Le racialisme sélectif s’adresse aux bas instincts alimentés par cette rage idéologique que suit la foule médiatique déchaînée avec un plaisir hystérique. La race est de retour, via l’antiracisme sélectif gauchisant qui est au XXIe siècle ce que le racisme droitisant était au XIXe siècle. La guerre des races est avancée. Gilles-William Goldnadel
L’émotion doit inspirer la réflexion, mais elle ne peut pas dispenser de la connaissance. Car il y a les chiffres: selon la base de données du Washington Post, deux fois plus de Blancs (2416) que de Noirs (1263) ont été tués par la police depuis le 1er janvier 2015. Certes, comme le souligne très justement le journal Libération, le rapport s’inverse totalement en proportion de la population: les Noirs représentent 13 % de la population américaine, et les Blancs 76 %. Mais dans ce pays où les policiers ont la gâchette d’autant plus facile que les armes sont partout, on ne saurait parler d’un «racisme systémique» ou structurel des forces de l’ordre. Il y a aussi l’histoire: la guerre de Sécession, le mouvement des droits civiques qui a aboli la ségrégation, l’Affirmative Action dans les universités pour asseoir dans les faits l’égalité formelle des droits, l’apologie des minorités par le politiquement correct, les deux mandats à la Maison-Blanche de Barack Obama. Il y a enfin ces autres images: le maire afro-américain de Houston annonçant les obsèques dans sa ville de George Floyd ou encore la maire afro-américaine d’Atlanta apostrophant avec véhémence les émeutiers qui discréditaient la protestation par le pillage des magasins de vêtements ou de matériel informatique. Des élus noirs dirigent aujourd’hui deux anciens bastions du ségrégationnisme. Les suprémacistes ont bien perçu ce grand basculement: s’ils sortent aujourd’hui du bois, s’ils hurlent «You will not replace us!», c’est qu’ils craignent de voir l’Amérique leur échapper et de devenir tôt ou tard minoritaires. (…) Saisis d’une véritable frénésie mimétique, des manifestants, à Paris et dans la plupart des villes françaises, brandissent les mêmes pancartes qu’en Amérique: «I can’t breathe», «No Justice, no Peace», «Black Lives Matter». Il y a certes des racistes dans la police et ils doivent être sévèrement sanctionnés, car, forts du pouvoir que leur confère l’uniforme, ils ne se privent pas de harceler et de nuire. Sur ce point, le ministre de l’Intérieur a raison: on ne saurait tolérer l’intolérable. Mais il faut être d’une insigne mauvaise foi pour en conclure que la police dans notre pays exerce une terreur raciste sur les populations issues de l’immigration africaine ou maghrébine. La réalité, en effet, est tout autre. Dans les quartiers dits populaires, ce sont les policiers qui ont peur: ils sont attirés, comme les pompiers dans des guets-apens, victimes de tirs de mortiers, attaqués à coups de barres de fer, de jets de pierre du haut des toits, ou de plaques d’égouts du haut des passerelles. Lorsque en 2007, à Villiers-le-Bel, des «jeunes» ont tiré sur eux à balles réelles, ils n’ont pas riposté. Résultat: des dizaines de blessés parmi les policiers, aucun parmi les manifestants. Hantée par les émeutes de 2005 qui ont embrasé le pays, leur hiérarchie demande aux hommes de terrain de tout faire pour éviter l’accident ou la bavure: tout faire, c’est-à-dire ne rien faire contre les rodéos urbains ou les matchs de foot sauvages dans les dernières semaines du confinement. Ce qui caractérise notre temps, ce n’est pas l’omniprésence et l’omnipotence de l’État policier, c’est la faiblesse et la démission de l’État dans ce qu’on n’appelle pas pour rien les territoires perdus de la République. Et puis enfin, si racisme institutionnel il y avait, les manifestants crieraient-ils «policiers assassins!» au nez et à la barbe des forces de l’ordre? Si l’État était autoritaire, ou simplement s’il faisait respecter ses lois, des clandestins défileraient-ils dans Paris sans craindre d’être mis en garde à vue, ni a fortiori renvoyés manu militari dans leur pays d’origine? S’ils ne jouissaient pas d’une totale impunité, des rappeurs raconteraient-ils comment Brigitte, femme de flic, se fait gaiement «éclaté la teush» par «tous les jeunes de la cité» ? L’aptitude des êtres humains à se raconter des histoires et à se croire autres qu’ils ne sont, est sans limite. Sous l’effet d’un meurtre atroce commis à Minneapolis, Minnesota, on interviewe avec déférence le membre du groupe La Rumeur qui évoquait, en 2002 «les centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété», et on en vient à prendre pour argent comptant la déclaration éhontée de la chanteuse Camélia Jordana: «Il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic, et j’en fais partie. Je ne parle pas des manifestants, mais des hommes et des femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue qui se font massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau.» Des violences policières ont certes émaillé l’année 2019, en réponse à la violence extrême de certains manifestants. Mais qui visaient-elles? Qui ont-elles mutilé ou éborgné? Des «gilets jaunes», c’est-à-dire des Français d’origine française, gentiment désignés sous le nom de «souchiens» par la porte-parole des Indigènes de la République. À l’image de ce qui se passe à Yale, à Columbia ou à Berkeley, la civilisation occidentale est désormais sur la sellette dans la plupart des universités du Vieux Continent. Les Dead White European Males sont pointés du doigt. D’eux et de leur culture vient tout le mal qui s’est répandu sur la terre: l’esclavage, le colonialisme, le sexisme et la LGBTphobie. Étudier cette culture, c’est désormais la mettre en accusation, la déconstruire, ruiner son prestige, pour permettre aux minorités de retrouver leur fierté et à la diversité culturelle de s’épanouir sans entraves. D’où l’écho rencontré par la mort de George Floyd, à Paris, aussi bien qu’à Stockholm ou à Montréal. Les nouvelles générations ont cru reconnaître dans le flegme féroce de l’assassin le visage de l’Occident qu’ils avaient appris à honnir. Mathieu Bock-Côté rappelle dans son dernier livre, que des étudiants du King’s College de Londres, ayant dénoncé «la collection d’hommes blancs de plus de 50 ans portant la barbe» qui formait le grand statuaire à la porte de l’établissement, celui-ci a été remplacé par «un statuaire conforme à l’idéologie diversitaire». Et dans un article de David Haziza, j’apprends que les élèves les plus avancés de Columbia proclamaient tout récemment qu’il fallait en finir avec un programme d’enseignement dont la blanchité, à les en croire, expliquait la persistance des meurtres racistes. Combattre l’hégémonie occidentale à l’intérieur même de l’Occident: tel est, par-delà la révolte contre les violences policières, l’objectif que s’assigne le nouvel antiracisme. (…) L’antiracisme n’est plus, hélas, la défense de l’égale dignité des personnes, mais une idéologie, une vision du monde. Dans cette vision, les traites négrières non occidentales n’ont pas leur place, ni l’antisémitisme arabo-musulman, ni celui d’une partie de la communauté noire américaine, ni les manifestations de Chinois et de Vietnamiens de Paris contre des insultes et des agressions où les Blancs n’avaient aucune part. Le raciste devient celui qui voit ce qu’il voit au lieu de fermer les yeux sur le scandale de l’impensable. Entre la réalité et le système idéologique, on a intérêt, pour ne pas être frappé d’infamie, à choisir le système. L’antiracisme s’est donc transformé de fond en comble et l’hospitalité a changé de sens: à l’heure de la grande migration, il ne s’agit plus d’accueillir les nouveaux venus en les intégrant dans la civilisation européenne, il s’agit d’exposer les tares de cette civilisation pour rendre justice à ceux qu’elle a si longtemps traités par le mépris et exploités sans vergogne. (…) La mauvaise conscience bourgeoise a conduit un grand nombre d’intellectuels à se ranger dans le camp de la classe ouvrière. Ils expiaient ainsi leurs privilèges et trouvaient une rédemption dans le combat pour l’égalité. Dans la gauche radicale d’aujourd’hui, la honte d’être blanc a supplanté la mauvaise conscience bourgeoise mais ce privilège-là colle à la peau. La honte est donc inexpiable. Pour elle, il n’y a pas de rédemption. Et ceux qu’elle affecte mettent un point d’honneur à rester confinés à la date où leur université célèbre la disparition des Blancs de l’espace public en organisant pour eux, ou plutôt contre eux, une «journée d’absence». Le soupçon de condescendance entachant toutes leurs paroles et toutes leurs actions, ils n’ont d’autres issues que de se taire, de s’effacer, ou de réciter indéfiniment le catéchisme qui les condamne. Cet autoracisme est la pathologie la plus consternante et la plus grotesque de notre époque. (…) On parle beaucoup, depuis le début de la pandémie, du monde d’avant et du monde d’après. Mais on oublie, en annonçant cette grande césure, que le monde d’avant était déjà très engagé dans la liquidation culturelle du vieux monde. À la sortie du confinement, le processus se poursuit, et même s’accélère. Alain Finkielkraut
Que font des Blancs qui s’agenouillent devant des Noirs pour leur demander pardon ? Ils se reprochent d’avoir jusque-là bénéficié, à leur insu, de droits qui étaient refusés à leurs frères de couleur. Or, ces « droits », s’il existent, ne sont pas légaux. La ségrégation est révolue depuis longtemps aux Etats-Unis. Les « droits » dont ils parlent sont des usages, des moeurs, des pratiques et toutes les manies d’une société dont les couleurs se sont toujours vécues comme séparables. Il y a peut-être tout à changer dans la société américaine, mais il n’y a rien à abolir ici. L’ennemi n’est pas une loi. L’ennemi est une attitude. Et contrairement à une loi injuste qu’on peut abroger, une attitude est indéfiniment renouvelable. Il y aura toujours des Blancs racistes et des flics violents. De sorte que le sentiment d’un « racisme systémique » trouvera toujours, dans une sortie déplorable ou dans un crime abject, une raison d’être et de s’enflammer. Pour le dire autrement : la faute dont les « Blancs » croient endosser le fardeau est très exactement insoluble. Elle ne se dissout pas dans un changement qu’on pourrait identifier et qui permettrait de passer à autre chose. Au Blanc qu’on accuse (ou qui s’accuse) en tant que blanc d’être le complice de l’oppression systémique des noirs, aucune rédemption n’est promise. La plainte est infinie. (…) Que font des Noirs qui reçoivent, debout, les supplications et les macérations de leurs frères blancs ? Et qui accordent leur pardon à des gens dont le crime n’est pas d’être coupables mais d’être blancs ? Ils accréditent l’idée que leur couleur est une faute. (…) Le but d’un tel pardon n’est pas le pardon. Le but d’un tel « pardon » est d’étendre la culpabilité à l’infini, d’ancrer l’idée que la couleur des autres est une faute universelle (pour le dire comme l’impitoyable loup de La Fontaine : « Si ce n’est toi, c’est donc ton frère. – Je n’en ai point. – C’est donc quelqu’un des tiens… ») et d’ajouter à la misère du pénitent la splendeur de leur propre clémence. Qui dit « je te pardonne » au type qui n’est pas coupable ne pardonne rien du tout, mais fabrique de toutes pièces une culpabilité infinie dont lui seul, par la grâce du pardon qu’il adore accorder, se trouve créditeur. (…) Dans ce combat déguisé en déclaration d’amour, les pénitents blancs n’ont pas dit leur dernier mot. Car de même qu’on écrase celui qu’on pardonne, on continue de traiter en enfant celui dont on implore le pardon. Que laissent-ils entendre, ces gentils blancs, en se sentant eux-mêmes coupables des crimes d’un autre blanc ? Qu’ils sont encore, en tant que blancs, responsables des malheurs de la communauté noire, qu’en somme ils sont de mauvais maîtres dont les anciennes victimes ont raison de se sentir irresponsables. Sous la génuflexion des Blancs, c’est la condescendance qui s’exprime. Sous cette pénitence monocolore, c’est encore le paternalisme qui parle. Bref, sous le spectacle merveilleux de gens qui se promettent de s’aimer, sous la contrition des repentants qui reçoivent l’absolution des mains de leurs victimes présumées, on assiste en vérité à la continuation de la guerre, sous d’autres formes, entre des communautés qui se prennent pour des identités. Toutes les conditions de la haine sont réunies dans cette image irénique. Tous les éléments du problème se trouvent à vif dans ce moment qui se vit comme une solution. En tout cas, on est bien loin de Martin Luther King, de sa génuflexion libératrice et, surtout, de « l’armée bi-raciale » qu’il appelle de ses voeux… (…) Le problème en France vient du fait qu’il existe objectivement des discriminations (sociales, morales et ethniques) à l’embauche, à la location ou à l’entrée des boîtes de nuit, mais que, comme par ailleurs, en République, sur le papier, « l’identité » sexuelle, religieuse ou ethnique n’est pas une sorte de handicap qui ouvre l’accès à des droits spécifiques, les gens qui sont victimes de discrimination ont l’impression – et en un sens à juste titre – que l’Etat les abandonne à leur sort. Et ils demandent à la loi de corriger ce qu’elle corrige déjà (mais qu’elle peine à rectifier en profondeur) en faisant du racisme un délit. En somme, ils demandent à la loi d’aller plus loin que l’affirmation abstraite de l’égalité entre tous les citoyens, pour s’en prendre à nos consciences de blancs et en extirper le racisme à la racine. Seulement, pour ce faire, pour qu’ils aient le sentiment que la loi s’attaque au « racisme systémique » en tuant nos « moeurs coloniales », il faudrait supprimer la présomption d’innocence, il faudrait systématiquement condamner pour racisme toute personne refusant un logement ou un emploi à une personne de couleur, imposer une parité sur fond de mélanine, et nantir légalement certains Français de privilèges qu’on refuserait aux autres. Bref, nous cesserions collectivement, et légalement, d’être libres et égaux. Comme tous les extrémismes dopés aux bons sentiments, ces adeptes croient démocratiser notre démocratie en la présentant comme un « Etat totalitaire et esclavagiste », alors qu’en demandant à la loi de corriger des consciences ou de réprimer des réflexes, c’est très exactement une dictature qu’ils appellent de leurs voeux. Si la « communauté juive », par exemple, avait raisonné comme les manifestants du 2 juin, elle aurait vu dans les assassinats de Mireille Knoll, d’Ilan Halimi ou de Sarah Halimi l’expression d’un « antisémitisme systémique », et dans les atermoiements du Parquet la preuve qu’il n’y a aucune différence entre le régime de Vichy et la République. Or si, comme la négrophobie, l’antisémitisme est viscéral et éternel en France, il n’est pas douteux qu’il vaut mieux y être Juif (ou Noir) en 2020 qu’en 1940. Et que, si combat il y a, c’est un combat judiciaire et juridique qu’il faut mener. En France, l’antisémitisme est virulent, mais un policier juif n’est pas vu pour autant par d’autres Juifs comme un « vendu » qui travaille avec « l’Etat antisémite ». (…) Au début de son sketch sur le « CRS arabe », mimant un poivrot franchouillard, Coluche fait valoir qu’ « un bougnoule, c’est toujours un bougnoule, même en CRS ». Quelle différence avec les manifestants qui disent « Un flic, c’est toujours un flic, même noir » ? Comme, sous prétexte de « convergence des luttes », la guerre des races a remplacé, à gauche, la guerre des classes, la police qui a longtemps été présentée comme le bras armé d’un « Etat bourgeois » est devenue, aux yeux des mêmes et de leurs successeurs, le bras armé d’un « Etat raciste ». Un tel dogme a besoin d’un sophisme. Le sophisme est : il y a des crimes racistes dans la police française (ce qui est incontestable), donc LA police française est « systémiquement » raciste (ce qu’une grande majorité d’interpellations démentent). Un tel raisonnement n’est pas un raisonnement, mais l’érection illégitime de cas particuliers en une vérité générale et a priori qui ne voit dans les contre-exemples aucune objection mais qui, en revanche, à chaque drame, s’exclame « je vous l’avais bien dit ! » En cela, il est symptomatique que le comité « Justice et vérité pour Adama » reprenne le nom du « Comité pour la vérité et la justice » crée par les maoïstes François Ewald et Serge July au moment de l’affaire de Bruay-en-Artois. Le but d’Ewald et July, à l’époque, était d’appeler au lynchage, et d’ancrer dans les consciences, à coup de témoignages de procès d’intention (« Il n’y a qu’un bourgeois pour faire ça ») et grâce aux sales méthodes du juge Pascal (qui, opposé au secret de l’instruction, diffusait les photos de l’arrestation du coupable présumé), le sentiment que le notaire Pierre Leroy était « par définition » le meurtrier de Brigitte Dewevre. Or, quel est le but du nouveau comité « vérité et justice » ? D’ancrer dans les consciences, à coup de manifestations aux slogans abstraits (« Pas de justice, pas de paix ! ») le sentiment que la police française est raciste et meurtrière. Chaque fois qu’un comité mélange les termes de « justice » et de « vérité », c’est que la vérité lui déplaît, et qu’il appelle « justice » l’autre vérité, la vérité qu’il exige, que cette « vérité » soit vraie ou non. Reste qu’au-delà de sa sottise, le geste de traiter de collabo un flic noir est, de la part des manifestants, parfaitement contradictoire. Comment peuvent-ils déplorer la sous-représentation des Noirs dans les médias ou dans la fonction publique, tout en tenant un policier noir pour un vendu ou un « bounty » (noir dehors, blanc dedans) ? Là encore, le problème qu’ils posent est insoluble ! Comme une houle qui ne croise aucun récif, une telle plainte – qui laisse le choix entre le sentiment de ne pas être représenté et l’exclusion de ceux dont la carrière invalide ce sentiment – s’est arrangée pour ne rencontrer aucun obstacle sur le chemin de sa colère, et pour balayer comme autant d’apparences trompeuses et de trahisons discrètes l’ensemble des objections qu’elle reçoit. On peut le comprendre : le problème des manifestants n’est pas que la France soit raciste. Leur problème est qu’elle ne l’est pas suffisamment. Et que, loin d’être l’avant-garde d’un monde meilleur, ils sont les fossoyeurs d’une démocratie qui n’a rien contre eux. On a tort, en cela, de qualifier de « débordements » les incidents qui ont émaillé ce rassemblement car, sans être planifiée bien sûr, la violence est inscrite dans l’esprit-même d’un telle manifestation. Pour une raison simple : celui qui manifeste contre un (imaginaire) « Etat raciste » ne vit pas sa propre violence comme un crime mais comme un geste libérateur. En réalité, plus que libératrice, la violence est créatrice. Comme le pardon du Noir au Blanc a aussi pour but de fabriquer l’éternelle culpabilité de ce dernier, la violence du manifestant ne sert qu’à témoigner de la violence qu’il a subie. Plus on casse des vitres, plus cela signifie qu’on est la victime d’un Etat raciste. Comme dit Virginie Despentes dans sa « Lettre à ses amis blancs » : « Comme si la violence ce n’était pas ce qui s’est passé le 19 juillet 2016. Comme si la violence ce n’était pas les frères de Assa Traoré emprisonnés… » C’est l’un des paradoxes, et pas le moindre, de l’hyper-démocratie victimaire où chacun voit ce qu’il veut : la violence réelle est masquée par la violence dont elle se prétend la conséquence… Pour le dire simplement : si je vous agresse, ça veut dire que VOUS êtes coupables et que JE suis victime, et que, pour cette raison, vous devez me comprendre avant de me juger, sous peine d’être un fasciste ! C’est parfait. (…) Madame Jordana a tout à tort, à mon avis, d’en faire une loi, et d’ériger de rares tragédies en considérations générales sur l’âme du flic Français. Le problème n’est pas ce qu’elle dit, mais la valeur de vérité absolue qu’elle donne à ce qui (en ce qui la concerne) n’est même pas un témoignage. Car ce faisant, tout comme les blancs pénitents ou les manifestants du 2 juin, elle raisonne à l’envers : son diagnostic n’est pas un diagnostic mais une vérité a priori qui, pour cette raison, se donne comme infalsifiable. Comment voulez-vous contredire un sentiment ? Comment voulez-vous dire qu’elle a tort à une personne qui prend son impression pour la règle ? Un sentiment qui se prend pour une vérité dégénère inévitablement en dogme. Et un dogme est immunisé contre les objections. En particulier un dogme bien-pensant qui, pour devancer les coups, présente toute objection comme une abjection : si vous dites que Camelia Jordana a tort, c’est que vous fermez les yeux sur la violence que vous ne subissez pas. Bing. Que répondre à ça ? Camelia Jordana s’est proposée de débattre avec le ministre de l’Intérieur en personne, mais elle n’a pas ouvert le débat, elle a tué le débat en le réduisant à la défense (ou l’attaque) d’une opinion péremptoire ! Si, dans les échanges qui ont suivi ce qu’elle a dit, chacun est resté fermement campé sur son catéchisme et, loin de dialoguer, les antipodes n’ont fait qu’affirmer leur détestation mutuelle, c’est que les conditions du débat étaient absentes du débat. Débattre, ce n’est pas présenter ce qu’on croit comme une vérité absolue, pour mettre les autres, ensuite, au défi de nous donner tort. Débattre, c’est douter de ce qu’on croit au point d’écouter un autre discours que le sien. Peine perdue. (…) Si Virginie Despentes se promène dans les rues de Dakar, Bamako ou Kingston, elle aura plus de mal à oublier qu’elle est blanche. Est-ce à dire que le Sénégal, le Mali ou la Jamaïque sont racistes ? Et que les Noirs y sont privilégiés ? Il y a d’autres choses, plus intéressantes, dans sa lettre. D’abord, cette phrase en apparence absurde : « En France nous ne sommes pas racistes mais je ne me souviens pas avoir jamais vu un homme noir ministre. » Les gens qui lui ont répondu en dressant la liste de tous ceux, de Gaston Monerville à Sibeth N’Diaye, dont le parcours contredit Virginie Despentes, commettent deux erreurs. La première est de rentrer dans son jeu, et de compter les noirs ministres (comme on compte les noirs à la télé, ou à la cérémonie des Césars), autrement dit : de transformer la couleur en critère d’évaluation. L’autre erreur est de la prendre au sérieux. Virginie Despentes n’est pas née demain. Elle sait très bien qu’il y a eu et qu’il y a des ministres « noirs » dans un pays où la couleur n’est pas une compétence. Seulement, elle ne les « voit » pas. La couleur de leur peau est masquée par leur costume républicain. Pour le dire simplement : puisqu’être noir empêche d’être ministre dans notre « France raciste », alors en devenant ministre, un noir cesse d’être noir. Comme le jour et la nuit, la fonction de ministre et la noirceur de la peau s’excluent aux yeux de la manichéo-daltonienne. On ne peut pas être l’un et l’autre. En cela, Virginie Despentes est bien fondée à dire qu’elle n’a « jamais vu » de ministre noir. Son erreur n’est pas de dire ce qu’elle sent, mais, comme Camelia Jordana, d’ériger sa propre cécité en perception universelle. (…) ce serait drôle si ce n’était désolant pour Madame El Moaddem, que BFM a traitée comme une vieille chaussette. Mais à toute chose, malheur est bon : une telle mésaventure est aussi l’occasion donnée, pour l’intéressée, de comprendre qu’elle est exactement la victime de la logique identitaire qui lui fait dire, ordinairement, qu’on devrait inviter les « concernés » sur les plateaux de télé, qu’on est mal placé pour parler des problèmes qu’on ne rencontre pas, et qu’en somme, la couleur des gens est en elle-même une compétence. A ce compte-là, dans un monde où la couleur (appelée « identité ») est une garantie de l’opinion, il est normal qu’on désinvite Nassira El Moaddem au profit de Maboula Soumahoro, qui (aux yeux de certains) est une meilleure interprète dans le même rôle. Madame El Moaddem s’indigne qu’on lui dise que sa présence en plateau eût fait « doublon ». Elle a raison. C’est scandaleux. D’autant qu’elle avait certainement d’autres choses à dire que Madame Soumahoro. Mais quand on invite les gens à raison de leur allure et non de leur compétence, on se moque de ce qu’ils ont à dire, et des nuances éventuelles. « Noire, arabe, on s’en fout, tant que ça fait concerné » se dit-on dans les rédacs attentives à draguer une clientèle identitaire… Bref, c’est l’arroseuse arrosée. Madame El Moadden, qui a souvent été la victime du racisme, est pour la première fois peut-être, victime du racialisme. J’avoue ne pas voir la différence entre les deux, mais c’est probablement que je ne suis pas concerné. « Qu’est-ce que j’en ai à foutre, moi, des Noirs ? disait Gary dans Chien Blanc. Ce sont des hommes comme les autres. Je ne suis pas raciste. » Si les journalistes avaient lu cette phrase, peut-être se seraient-ils mieux conduits ? Raphaël Enthoven
Nous avons tendance à imaginer, contre toute évidence, que la socialisation peut tous nous débarrasser de l’intolérance et nous apprendre un plus grand respect de la différence, si seulement nous avions la volonté, les ressources et la possibilité de fournir les bonnes expériences. (…) Selon cette compréhension de la réalité, les différents peuvent rester aussi différents qu’ils le souhaitent et les intolérants finiront tolérants par les vertus de l’éducation. Mais tous les indicateurs montrent que l’exposition à la différence, les discours sur la différence et le fait d’applaudir la différence – autant de marques de fabrique de la démocratie libérale – sont les meilleurs moyens d’exaspérer ceux qui sont foncièrement intolérants et de garantir l’expression accrue de leurs prédispositions dans des attitudes et des comportements manifestement intolérants. (…) Paradoxalement, il semblerait donc que le meilleur moyen de juguler l’intolérance envers la différence soit d’exhiber nos ressemblances, d’en discuter, de les applaudir. (…) Au bout du compte, rien n’inspire plus la tolérance chez l’intolérant qu’une abondance de croyances, de pratiques, de rituels, d’institutions et de processus communs et fédérateurs. (…) En définitive, rien n’inspire une plus grande tolérance de la part des intolérants qu’une abondance de croyances, pratiques, rituels, institutions et processus communs et unificateurs. Et malheureusement, rien n’est plus sûr de susciter une expression accrue de leurs prédispositions latentes que ‘l’éducation multiculturelle’, les politiques bilingues et la non-assimilation. En fin de compte, notre célébration criante et notre insistance absolue sur l’autonomie individuelle et la diversité sans contrainte poussent ceux qui sont par nature les moins équipés à vivre confortablement dans une démocratie libérale non pas aux limites de leur tolérance, mais à leurs extrêmes intolérants. Karen Stenner
Si vous avez des tirs de policiers qui deviennent viraux en ligne, mais qui ne sont pas suivis d’enquête (…), rien ne change – les niveaux d’activité policière et de criminalité sont à peu près les mêmes. Mais si vous avez des tirs de policiers qui deviennent viraux et qui font l’objet d’une enquête, les activités de la police chutent et la criminalité augmente de façon spectaculaire. Roland Fryer (Harvard)
Trump est le seul à attirer l’attention sur cette violence qui touche majoritairement les Noirs. Cela dit, il surestime le rôle du gouvernement fédéral dans la lutte contre le crime. La police est avant tout une affaire locale. (…) 26% des personnes tuées par la police aux Etats-Unis sont des Afro-Américains, alors qu’ils ne représentent que 13% de la population. Doit-on en déduire que les flics sont racistes? Non. Simplement, ils interviennent avant tout dans les quartiers en proie à la criminalité. Or c’est là que résident les minorités. D’où un risque accru de confrontation avec la population noire ou latino. A Chicago, les Afro-Américains représentent un tiers de la population, mais sont responsables de 75% des fusillades. Ce n’est pas un jugement, juste une statistique. (…) Depuis qu’un jeune Noir a été abattu par la police à Ferguson, en 2014, l’association Black Lives Matter « vend » l’idée que les policiers sont intrinsèquement racistes. Le débat est pollué par le tabou sur la criminalité noire. Alors sommes-nous autorisés à parler des victimes?  Les Blacks sont six fois plus souvent victimes d’homicides que les Blancs et les Latinos. En 2016, 20 enfants noirs ont été blessés ou tués à Chicago. S’ils avaient été blancs, le scandale aurait été énorme. Mais comme ce sont des Noirs tués par des Noirs, tout le monde s’en fiche… Heather Mac Donald
Les Blancs et Hispaniques représentent par exemple 58,9% des personnes arrêtées pour «crime grave». Les mêmes couleurs de peau constituent 56,7% des personnes tuées par la police, selon les données du portail statistique Statista, compilant quatre années jusqu’à juin 2020*. Les pourcentages sont proches, tendant à indiquer que les drames lors d’arrestations ne concernent pas spécifiquement les personnes de ces deux ethnies. Les Afro-Américains constituent quant à eux 37,5% des prévenus pour crime grave, et 22,1% des personnes que la police a tuées en voulant procéder à leur arrestation. Le pourcentage de victimes de police est donc plus faible chez les Afro-Américains, par rapport à leur proportion lors des arrestations. Bien sûr, les tirs létaux par les forces de l’ordre recouvrent des situations très différentes (bavures, individus armés ou non, etc.). Nul ne saurait déduire, à l’aune de ces pourcentages, à l’innocence ou la culpabilité présumée d’un policier tueur. Mais si l’on s’en tient aux chiffres de la criminalité et des arrestations, il semble difficile de conclure à un quelconque racisme systémique de la part des forces de l’ordre américaines. (…) la spécialiste Heather MacDonald (…) prend appui sur une analyse judiciaire des données de la police de Philadelphie, ayant établi en 2015 que les policiers blancs étaient moins susceptibles de tirer sur des suspects noirs non-armés que leurs collègues noirs et hispaniques. D’autres études vont en ce sens, comme celle de l’économiste d’Harvard Roland G. Fryer qui concluait en 2016 (puis à nouveau en 2018) à l’absence de preuves d’une «discrimination raciale lors des tirs de police». Pour Heather MacDonald, «toutes les analyses contraires oublient de prendre en compte les taux de crime et le comportement des civils, avant et pendant les interactions avec la police. Luc Lenoir
90% des meurtres de Noirs sont commis par d’autres Noirs, là est le vrai drame! A la violence extrême des délinquants répond celle des policiers, brutaux envers tout le monde sans distinction. C’est la violence globale de ce pays qui est à prendre en compte : n’importe quel retraité de 75 ans peut sortir une arme lors d’un contrôle! Ecoutez le Drill, la musique des gangs juvéniles ethniques des États-Unis. Ce sont des appels au meurtre par des rappeurs rendus fous par un usage massif d’alcool et de Concentrate (marijuana ultra-puissante). Tels sont les angelots qu’affrontent au quotidien les polices des métropoles américaines. Xavier Raufer
La vie de la population noire des États-Unis n’a jamais été facile et ne l’est pas plus aujourd’hui. (…) Mais aux difficultés qu’éprouve cette population, se surajoute l’attitude de la gauche académique et médiatique qui, par pur moralisme, ne s’indigne que des seuls homicides de Noirs commis par la police américaine ou par des Blancs ; considérant donc – absurdement – que les non-Noirs du pays constituent un meurtrier et tout-puissant Ku-Klux-Klan, voué à exterminer les Afro-Américains. Récemment encore, L’Express souligne ainsi que 1,5% des Noirs américains de 20 à 24 ans meurent sous les tirs de la police – fait consternant – mais tait que, constamment et de longue date, ± 90% des Noirs américains sont assassinés par d’autres Noirs. Sans doute y-a-t-il des raisons à cela, mais l’énormité même du pourcentage devrait pousser les commentateurs à exposer cet essentiel fait brut. Or la théorie du”privilège blanc” tient justement à cela : pour qu’elle soit vraie, il faut et il suffit que TOUTE la police et TOUTE la justice des États-Unis soient implicitement ou ouvertement racistes, agissant et jugeant à 100% contre les Noirs. Soulignons ici que cette idéologie du”privilège blanc” n’est pas celle de la population noire en général ; certes, soucieuse de ne pas servir de cible à tout propos, elle est sinon (sous l’influence de ses puissantes Églises) plutôt conservatrice et répressive en matière de sécurité et de justice, maints sondages le montrent. Le « privilège blanc » est plutôt l’apanage de jeunes gens riches, blancs mais torturés de haine de soi et de ludions médiatiques de toutes couleurs. Avant d’examiner les faits et données disponibles, rappelons aussi que depuis une décennie, toute la société américaine, justice et polices incluses, subit l’étouffant tsunami du « politiquement correct »… diversité… inclusif… etc.; tout fait ethnique y éprouvant le sourcilleux contrôle (sans doute bénéfique, vu le passé du pays) de Black Lives Matter et cent groupes analogues; quand cependant, les statistiques ethniques-raciales y restent permises. (…) à l’échelle des États-Unis entiers, de méticuleuses recherches des analystes du ministère fédéral de la Justice et du FBI sur la période 1976-2005, établissent le fait terrible que dans plus de 90% des cas, l’assassin d’un Noir est un autre Noir; et que les jeunes hommes afro-américains ont 20 fois plus de morts que leur proportion dans la pyramide américaine des âges et des ethnies. Et si les choses ont évolué depuis 2005, c’est plutôt en pire. Imaginons que les injonctions médiatico-académiques soient à 100% suivies d’effet et qu’on en finisse, par la prévention ou la répression, avec les meurtres commis par des policiers ou des Blancs racistes: sur cent homicides de Noirs, on en supprimerait 8 ou 9; sinon, la tuerie continuerait comme avant. Est-ce un objectif décent ? Ou faut-il, sur la base de faits réels, traiter ce drame dans sa profondeur humaine ? Xavier Raufer

Après l’hystérie collective du coronavirus, le psychodrame du racisme systémique !

Au lendemain d’un confinement aveugle qui a vu, sans compter les dommages économiques et sociaux, des sommets d’hystérie et de psychose collective

Comment ne pas voir …

Suite à l’interpellation ayant mal tourné (pour des raisons personnelles et donc non « systémiques » ?), d’un ancien délinquant multirécidiviste ayant tenté de faire passer un faux billet et ayant résisté à son arrestation …

Mais peut-être fragilisé par ses problèmes de circulation et les drogues ingérées

Sous prétexte qu’il était noir et que le principal policier était blanc alors que ce dernier était accompagné d’un autre blanc mais aussi d’un noir et d’un asiatique

La nouvelle hystérie collective qui revient entre déboulonnages de statues, autodafés matériels et culturels et appels au démantèlement de la police mais aussi meurtres

Avec cette nouvelle génération, leaders religieux « progressistes » compris, de génuflexants et flagellants qui avec son lot d’antisémitisme comme au Moyen-Age …

Après la France et maintenant l‘Espagne, suit périodiquement les épidémies …

Et qui, contre l’évidence des faits mais année électorale oblige, n’a plus que le mot racisme à la bouche …

Alors qu’étude après étude, l’on sait qu’il n’y a pas de discrimination raciale lors des tirs de police et même que les policiers blancs sont moins susceptibles de tirer sur des suspects noirs non-armés que leurs collègues noirs ou hispaniques …

Et que, loin de faire diminuer la violence, la diabolisation de la police qui suit les quelques cas d’usage disproportionné de la force par celle-ci la fait augmenter en poussant lesdits policiers au retrait dans les zones où elles sont le plus nécessaires …

Sans compter, comme l’a montré la psychologue Karen Stenner …

Que loin de mettre un terme à l’intolérance …

Les célébrations de la différence et de la diversité comme ‘l’éducation multiculturelle’, les politiques bilingues ou la non-assimilation ne font que l’exaspérer …

Alors que comme l’avait montré le pasteur Martin Luther King avant de se fourvoyer dans le pacifisme radical

Oubliant qu’au Vietnam comme au Japon, les races de couleur ont elles aussi leur volonté de puissance …

Ce sont nos ressemblances et l’ensemble des croyances, pratiques, rituels et institutions que nous avons en commun …

Qu’il faudrait, au lieu de les fouler au pied comme nos enfants gâtés à la Kaepernick avec le drapeau national, les mettre en avant … ?

Homicides, États-Unis et « privilège blanc » criminel
Xavier Raufer
Sécurité globale
Cairn
2019/4 (N° 20)

La vie de la population noire des États-Unis n’a jamais été facile et ne l’est pas plus aujourd’hui. Pour s’en persuader, il suffit de visiter les lieux où d’usage elle vit, quartiers où, comme à Chicago, son espoir de vie peut être de trente ans plus bref que dans les secteurs blancs-riches de la ville ; et de voir qu’en 2017 encore, 38% des enfants noirs fréquentent des écoles où moins de 10% des élèves sont blancs (l’apartheid, c’est ça).

Mais aux difficultés qu’éprouve cette population, se surajoute l’attitude de la gauche académique et médiatique qui, par pur moralisme, ne s’indigne que des seuls homicides de Noirs commis par la police américaine ou par des Blancs ; considérant donc – absurdement – que les non-Noirs du pays constituent un meurtrier et tout-puissant Ku-Klux-Klan, voué à exterminer les Afro-Américains.

Récemment encore, L’Express souligne ainsi que 1,5% des Noirs américains de 20 à 24 ans meurent sous les tirs de la police – fait consternant – mais tait que, constamment et de longue date, ± 90% des Noirs américains sont assassinés par d’autres Noirs. Sans doute y-a-t-il des raisons à cela, mais l’énormité même du pourcentage devrait pousser les commentateurs à exposer cet essentiel fait brut. Or la théorie du”privilège blanc” tient justement à cela : pour qu’elle soit vraie, il faut et il suffit que TOUTE la police et TOUTE la justice des États-Unis soient implicitement ou ouvertement racistes, agissant et jugeant à 100% contre les Noirs.

Soulignons ici que cette idéologie du”privilège blanc” n’est pas celle de la population noire en général ; certes, soucieuse de ne pas servir de cible à tout propos, elle est sinon (sous l’influence de ses puissantes Églises) plutôt conservatrice et répressive en matière de sécurité et de justice, maints sondages le montrent. Le « privilège blanc » est plutôt l’apanage de jeunes gens riches, blancs mais torturés de haine de soi et de ludions médiatiques de toutes couleurs.

Avant d’examiner les faits et données disponibles, rappelons aussi que depuis une décennie, toute la société américaine, justice et polices incluses, subit l’étouffant tsunami du « politiquement correct »… diversité… inclusif… etc.; tout fait ethnique y éprouvant le sourcilleux contrôle (sans doute bénéfique, vu le passé du pays) de Black Lives Matter et cent groupes analo-gues; quand cependant, les statistiques ethniques-raciales y restent permises.

Reste que dans la statistique américaine, « race », « ethnicité » ou « origine » ne vont pas de soi, recensements ou sondages opérant par auto-déclaration. On dit par exemple « X personnes se considèrent comme d’origine hispanique », mais un Hispanique peut aussi se déclarer Blanc. Et ceux qu’évidemment, nous dirions métis en Europe, comptent comme Noirs aux États-Unis.

Voici donc, pour éclairer le débat, l’éventail racial donné par le dernier recensement national des États-Unis (1/07/2016):

•Blancs (hors hispaniques): 61,3%

•Hispaniques/Latinos: 17,8%

•Noirs/Afro-Américains: 13,3%

•Asiatiques: 5,7%

•Amérindiens: 1,3%

•Métis, NSP: 0,4%

•Insulaires du Pacifique: 0,2%.

Dernier point méthodologique: nous comptons plus bas des individus, interpellés, mis en cause ou inculpés, ce qui ne préjuge bien sûr pas de leur culpabilité.

Mais aux États-Unis, les Cours fédérales jugeant les serious crimes, homicides, viols, vols avec armes, etc., ont en 2016 condamné 91,2% des inculpés, 8,8% étant innocentés – donc, taux d’adéquation correct1.

Qui plus est, deux taux, élucidation des crimes dans un sens, récidives dans l’autre, renforcent le tableau général mis en cause-culpabilité:

• Taux d’élucidation des crimes graves (« serious crimes ») aux États-Unis en 2017:

•Homicides: 61,6% (chiffre noir, 38,4%)

•Viols: 34,5% (chiffre noir, 65,5%)

•Vols avec armes: 29,7% (chiffre noir, 70,3%)

• Taux de récidive après trois ans:•États-Unis: 68%

•Comparaison avec la France et l’Allemagne: respectivement 48 et 46%.

Surreprésentation des Noirs dans les statistiques criminelles américaines2(FBI-UCR, 2016)

Total des arrestations aux États-Unis (toutes infractions) en 2016: 8 421 481

Total des arrestations pour serious crimes3aux États-Unis en 2016: 408 873,Sur ces 408 873 crimes graves, total des arrestations « par race ou origine »:

•Prévenus se disant, ou déclarés, Blancs et hispaniques: 241 063

•Prévenus se disant, ou déclarés, Afro-Américains: 153 341

•Prévenus … Amérindiens, Asiatiques ou insulaires du Pacifique: 14 416

Homicides, États-Unis et « privilège blanc » criminel 149

Proportion ethnique des inculpés pour les homicides commis aux États-Unis en 2016:

•Blancs et hispaniques: 44,7% du total

•Afro-Américains: 52,6%

•Amérindiens, Asiatiques ou insulaires du Pacifique: 2,7%

Coups de projecteurs sur cette surreprésentation

État de l’Illinois (UCR-Illinois) – Blancs, 64%, Noirs, 14%.2017: 1 010 homicides dans l’État, dont 650 à Chicago.

Pour ces 1 010 homicides, 409 mis en cause; voici leur race, telle que figurant au dossier: Noirs, 271 (66% du total); Blancs, 83; Hispaniques, 54.

État du Connecticut (UCR-Con.) Blancs, 71%; Noirs 10%.105 homicides recensés dans cet État en 2017.

Pourcentage ethnique des homicides élucidés (un coupable a été trouvé puis condamné): Blancs, 28%; Noirs, 58% des mises en examen et 40% des condamna-tions, Asiatique: 1 cas.

Ville de Seattle et King County (Étude du Public Health Department de la ville, homicides par armes à feu, 2010-2016).

Rappel, l’administration locale se situe politique-ment quelque part entre libérale-libertaire et socialiste.Blancs dans le comté, 76%; Noirs, 7%.

69 homicides par armes à feu, 2010 à 2016; mis en cause, 39 Noirs, 56% des inculpés.

Ville de Pittsburgh – Étude du Pittsburgh Police Department (PPD) et de la mairie, 2010 à 2015. Rappel, sur les 5 derniers chefs du PPD, 3 sont Afro-Américains.

Blancs, 65%; Noirs, 26%.2010-2015: sur 100 victimes d’homicides, 85 sont noires.- sur 100 victimes d’homicides non élucidés, 97 sont noires.

2018: victimes des 58 homicides: Noirs, 50, Blancs, 8.Inculpés pour ces 58 homicides: Noirs, 24; Blancs, 7.

Ville de Saint-Louis – Noirs, 49%; Blancs, 43%.

Données du Saint-Louis Police Department, 1er semestre 2019: 110 homicides dont 99 Noirs. Inculpations pour 41 de ces homi-cides: Noirs, 37 (90% du total); Blancs, 4.

Ville de Cincinnati – Blancs, 49%; Noirs, 45%.2018: 63 homicides; victimes noires, 84%; blanches, 14%. Pour ces homicides, 30 inculpations: Noirs, 58%; Blancs, 17%; la race est absente de 25% des dossiers.

2017: 74 homicides; victimes noires, 85%; blanches, 14%. Pour ces homicides, 21 inculpations: Noirs, 71%; Blancs, 5%; la race est absente de 23% des dossiers.

Les Noirs sont-ils spécialement visés par la justice des États-Unis ?5

Individus jugés par une Cour fédérale de justice, année fiscale 2016, caractéristiques démographiques – race ou origine hispanique.

Cas considérés: 63 593 (formant donc 100% du total)

•Blancs: 20,9%,

•Afro-Américains: 19,8%

•Hispaniques-Latinos: 55,7%!!

•Amérindiens, 2,2%

•Asiatiques+Pacifique: 1,3

•NSP: 1%.

Plus largement maintenant, à l’échelle des États-Unis entiers, de méticuleuses recherches des analystes du ministère fédéral de la Justice et du FBI sur la période 1976-2005, établissent le fait terrible que dans plus de 90% des cas, l’assassin d’un Noir est un autre Noir; et que les jeunes hommes afro-américains ont 20 fois plus de morts que leur proportion dans la pyramide américaine des âges et des ethnies. Et si les choses ont évolué depuis 2005, c’est plutôt en pire.

Imaginons que les injonctions médiatico-académiques soient à 100% suivies d’effet et qu’on en finisse, par la prévention ou la répression, avec les meurtres commis par des policiers ou des Blancs racistes: sur cent homicides de Noirs, on en supprimerait 8 ou 9; sinon, la tuerie continuerait comme avant.

Est-ce un objectif décent ? Ou faut-il, sur la base de faits réels, traiter ce drame dans sa profondeur humaine ?

Comparaison avec l’ensemble Angleterre+Pays de Galles (E+W)

Pays anglo-saxon, au système judiciaire proche de celui des États-Unis, mais ne souffrant sans doute pas des mêmes biais culturels.

Homicides, États-Unis et « privilège blanc » criminel 151

Dernier recensement de la population de E+W: Blancs, 83, 35%; Asiatiques, 6,69%, (dont originaires du sous-continent indien, 5,87% et Chinois, 0,82%); Noirs, 2,81%.

 

 

 

 

Sources :

L’Express+Afp – 6/08/2019 « Aux États-Unis, les noirs encourent plus de risques d’être tués par la police »

Reported Crime – Cincinnati – 25/07/2019 (by month),

Wellcome Open Research – 25/06/2019 « A systematic review of criminal recidivism rates worldwide, 3 years update – Denis Yuknenko, Seena Fazel, dept. of psychiatry, Oxford U.; Shivpriya Sridhar, U-North Carolina, Chapel Hill, NC,

The Guardian – 23 Jun 2019 – ’It’s totally unfair: Chicago, where the rich live 30 years longer than the poor » – (Blancs: ± 90 ans, Noirs, ± 60 ans),

NBC News – 11/03/2019 « White parents are enabling school segregation if it doesn’ hurt their own kids »,Seattle and King County –

Public health – March 2019 « Firearm deaths among residents of King County and Seattle, 2012-1016 »,Federal Justice Statistics, 2015-2016 – January 2019,

State of Connecticut – 2017 « Crime in Connecticut – Annual report of the Uniform Crime Reporting, Dept. of emergency services and public protection, Crimes analysis unit »,

FBI – Uniform Crime Report, 2016 « Crime in the United States »,UK Crime Statistics – Year 2014 « Race and criminal justice system.

Notes

1. Sur 2474 cas en 2016, dernières données disponibles; Cf. « Table 6, Disposition and case-processing time of defendants in cases terminated in US District Courts, FY 2016 ».

2. FBI – Uniform Crime Report – 2016 (compile les statistiques et données de 13 049 services de police divers, la population américaine étant cette année-là de ± 257 113 000 individus. Le tableau ici considéré est « Table 21 – Arrests by race and ethnicity ».

3. – Homicides… coups & blessures ayant entraîné la mort… viols… vols avec armes ou vols violents. Dans tous les cas, il s’agit bien sûr des infractions connues des autorités, hors « chiffre noir ».

4. Nous avons choisi cet échantillon plutôt au nord des États-Unis, les données de sa part méridionale étant parfois encore entachées de tropismes « sudistes ». Au nord, nous avons pris des États et villes à léquilibre racial très divers (de 10% à majorité de Noirs), pour donner une vision large du problème.

5. Federal Justice Statistics – Table 5 – Demographic characteristics of defendants charged in US Federal District court, Fiscal Year 2016 – race or hispanic origin (caractéristiques démographiques des inculpés par une cour fédérale de justice US).

Voir aussi:

Interview

« Non, les flics américains ne sont pas racistes »
Heather Mac Donald, spécialiste de la police et auteur de War on Cops (« Guerre contre les flics », 2016) pourfend la bien-pensance.
Propos recueillis par Axel Gyldén
L’Express
14/03/2017

Que dire du tweet de Trump sur la criminalité à Chicago?

Heather Mac Donald. J’applaudis. Trump est le seul à attirer l’attention sur cette violence qui touche majoritairement les Noirs. Cela dit, il surestime le rôle du gouvernement fédéral dans la lutte contre le crime. La police est avant tout une affaire locale.

La police est-elle raciste?

H. M. D. 26% des personnes tuées par la police aux Etats-Unis sont des Afro-Américains, alors qu’ils ne représentent que 13% de la population. Doit-on en déduire que les cops [flics] sont racistes? Non. Simplement, ils interviennent avant tout dans les quartiers en proie à la criminalité. Or c’est là que résident les minorités.

D’où un risque accru de confrontation avec la population noire ou latino. A Chicago, les Afro-Américains représentent un tiers de la population, mais sont responsables de 75% des fusillades. Ce n’est pas un jugement, juste une statistique.

L' »effet Ferguson », c’est quoi?

H. M. D. Depuis qu’un jeune Noir a été abattu par la police à Ferguson, en 2014, l’association Black Lives Matter « vend » l’idée que les policiers sont intrinsèquement racistes. Le débat est pollué par le tabou sur la criminalité noire. Alors sommes-nous autorisés à parler des victimes?

Les Blacks sont six fois plus souvent victimes d’homicides que les Blancs et les Latinos. En 2016, 20 enfants noirs ont été blessés ou tués à Chicago. S’ils avaient été blancs, le scandale aurait été énorme. Mais comme ce sont des Noirs tués par des Noirs, tout le monde s’en fiche…

Voir également:

Crimes et abus policiers : ce que disent les statistiques ethniques aux États-Unis

DÉCRYPTAGE – Le mouvement «Black Lives Matter» fonde ses accusations contre les forces de l’ordre sur une analyse biaisée de la délinquance américaine.

Luc Lenoir
Le Figaro
9 juin 2020

Les «cops» américains devront-ils, comme les manifestants, mettre un genou à terre? Ces derniers jours, de nombreux médias ont analysé les données concernant la probabilité d’un homicide policier en fonction de la race de la victime, les statistiques ethniques étant autorisées aux États-Unis. Avec un verdict terrible selon eux : les Noirs auraient de grands risques de mourir d’une balle de police, tandis que les Blancs jouiraient au contraire d’un «privilège» en la matière, comme dans d’autres domaines. Mais peu se sont intéressés à l’analyse de la criminalité, qui donne pourtant logiquement des clés pour juger plus finement du comportement des forces de l’ordre. En jeu, l’accusation par le mouvement Black Lives Matter d’un «racisme systémique» des forces de police américaines.

Dans une note publiée par le portail Cairn en février dernier, le criminologue Xavier Raufer revenait en détail sur les «crimes graves» («serious crimes») constatés outre-atlantique : homicides, coups et blessures ayant entraîné la mort, viols, vols avec armes ou vols violents. Sans négliger les difficultés de certaines communautés afro-américaines, et soulignant d’abord l’état d’«apartheid» dans lequel se trouve le pays, Xavier Raufer souligne une surreprésentation manifeste «des Noirs dans les statistiques criminelles américaines», constat obligatoire pour comprendre ensuite la situation policière du pays. Sur les 408.873 arrestations pour «serious crime» en 2016, 241.063 prévenus se définissaient blancs ou hispaniques, et 153.341 Afro-Américains. Une proportion de 37,5% du total, supérieure aux 13,3% d’Afro-Américains recensés dans la population américaine.

Rapportés à la population, les membres déclarés ou se disant Afro-Américains ont donc davantage de risque de tomber dans la criminalité et d’être arrêtés pour cela (la relation entre mise en cause et culpabilité finale étant avérée dans 91,2% des cas, selon la justice américaine). Dans l’Illinois, les Noirs représentent ainsi 14% de la population, mais 66% des mis en cause pour homicide en 2017. À Seattle et dans le comté de King, on dénombre 6% de Noirs mais 56% parmi les inculpés pour crime. À Pittsburgh, où Xavier Raufer souligne que trois des cinq derniers chefs du Police Department sont eux-mêmes Afro-Américains, il y a 26% de Noirs dans la ville, mais sur les 58 homicides en 2018, 24 inculpés sont noirs contre 7 blancs.

Loin de conclure à une délinquance «des Noirs» sui generis, Xavier Raufer souligne auprès du Figaro que le premier constat préoccupant est celui d’une criminalité touchant principalement les… Afro-Américains : «90% des meurtres de Noirs sont commis par d’autres Noirs, là est le vrai drame!». Concernant le conflit qui oppose les manifestants du mouvement Black Lives Matter à la police, le directeur d’étude au CNAM rétorque que le climat général de violence aux États-Unis concerne toutes les communautés: «A la violence extrême des délinquants répond celle des policiers, brutaux envers tout le monde sans distinction. C’est la violence globale de ce pays qui est à prendre en compte : n’importe quel retraité de 75 ans peut sortir une arme lors d’un contrôle!» Xavier Raufer insiste toutefois sur la culture de violence qui imprègne certaines communautés noires des grandes agglomérations : «écoutez le Drill, la musique des gangs juvéniles ethniques des États-Unis. Ce sont des appels au meurtre par des rappeurs rendus fous par un usage massif d’alcool et de Concentrate (marijuana ultra-puissante). Tels sont les angelots qu’affrontent au quotidien les polices des métropoles américaines».

La police tue-t-elle certains prévenus plus que d’autres?

Mais ces derniers représentent-ils l’ensemble des Noirs arrêtés? La surreprésentation statistique suffit-elle pour donner un blanc-seing à la police, quand elle tue un prévenu? On peut ici comparer l’ethnie des personnes tuées par la police, pour vérifier si telle ou telle communauté est particulièrement visée. Les Blancs et Hispaniques représentent par exemple 58,9% des personnes arrêtées pour «crime grave». Les mêmes couleurs de peau constituent 56,7% des personnes tuées par la police, selon les données du portail statistique Statista, compilant quatre années jusqu’à juin 2020*. Les pourcentages sont proches, tendant à indiquer que les drames lors d’arrestations ne concernent pas spécifiquement les personnes de ces deux ethnies. Les Afro-Américains constituent quant à eux 37,5% des prévenus pour crime grave, et 22,1% des personnes que la police a tuées en voulant procéder à leur arrestation. Le pourcentage de victimes de police est donc plus faible chez les Afro-Américains, par rapport à leur proportion lors des arrestations.

Bien sûr, les tirs létaux par les forces de l’ordre recouvrent des situations très différentes (bavures, individus armés ou non, etc.). Nul ne saurait déduire, à l’aune de ces pourcentages, à l’innocence ou la culpabilité présumée d’un policier tueur. Mais si l’on s’en tient aux chiffres de la criminalité et des arrestations, il semble difficile de conclure à un quelconque racisme systémique de la part des forces de l’ordre américaines.

Une conclusion partagée par la spécialiste Heather MacDonald (chercheuse et auteur du best-seller War on Cops – La Guerre aux Flics, 2016), dans un article du Wall Street Journal. La chercheuse du Manhattan Institute prend appui sur une analyse judiciaire des données de la police de Philadelphie, ayant établi en 2015 que les policiers blancs étaient moins susceptibles de tirer sur des suspects noirs non-armés que leurs collègues noirs et hispaniques. D’autres études vont en ce sens, comme celle de l’économiste d’Harvard Roland G. Fryer qui concluait en 2016 (puis à nouveau en 2018) à l’absence de preuves d’une «discrimination raciale lors des tirs de police».

Une désescalade de la violence est-elle possible?

Pour Heather MacDonald, «toutes les analyses contraires oublient de prendre en compte les taux de crime et le comportement des civils, avant et pendant les interactions avec la police». Et d’appeler au calme : «Les policiers de Minneapolis qui ont arrêté George Floyd doivent répondre de leur utilisation disproportionnée de la force et de leur indifférence cruelle à sa détresse. Les entraînements de police doivent mettre les bouchées doubles sur les tactiques de désescalade». Un constat partagé par Xavier Raufer, qui entrevoit quelques solutions techniques: «Il faudrait engager un dialogue, ne serait-ce que sur le maintien de l’ordre. Interroger les criminels, comprendre ce qui les a fait se tenir tranquille ou sortir de leurs gonds lors de leur arrestation, et adapter les techniques comportementales de la police.» Suffisant pour faire l’économie d’une vraie réflexion sur les divisions communautaires américaines? «Certainement pas», s’inquiète toutefois l’essayiste français, en écho à la conclusion de son homologue américaine : «la mort de Floyd ne doit pas saper la légitimité du maintien de l’ordre aux États-Unis, sans quoi nous continuerons sur un chemin vers le chaos».


*Les chiffres des arrestations datent de 2016, tandis que ceux des tués par la police sont établis entre 2017 et 2020. Néanmoins, les tendances de criminalité par ethnies n’ont pas changé sur l’ensemble de la période.

Voir de même:

Alain Finkielkraut: « La honte d’être blanc a supplanté la mauvaise conscience bourgeoise »

GRAND ENTRETIEN – Le philosophe voit dans l’actualité qui a suivi la mort de George Floyd le déploiement d’un nouvel antiracisme qui tient moins à promouvoir l’égale dignité des personnes qu’à déconstruire l’hégémonie occidentale dans les pays occidentaux eux-mêmes.

Eugénie Bastié
10 juin 2020

Les images terribles de la mort de George Floyd, tué par un policier américain blanc, ont fait le tour du monde. L’émotion légitime s’est transformée en une «frénésie mimétique» ne tenant plus compte du réel, argumente cependant le philosophe*, qui met en garde contre l’importation de problématiques américaines dans notre pays à l’histoire bien différente. La dénonciation d’un «racisme systémique» et de violences policières racistes oublie que «dans les quartiers dits populaires, ce sont les policiers qui ont peur».

Alain Finkielkraut voit dans le moment présent le déploiement d’un nouvel antiracisme qui tient moins à promouvoir l’égale dignité des personnes qu’à déconstruire l’hégémonie occidentale dans les pays occidentaux eux-mêmes. La notion de «privilège blanc» est une forme d’ «autoracisme» qui perpétue, sous une nouvelle forme, la mauvaise conscience de la classe bourgeoise.

LE FIGARO. – L’homicide de George Floyd par un policier américain, qui a été filmé, a déclenché des émeutes partout aux États-Unis. En réponse, Donald Trump a annoncé sa volonté de rétablir «la loi et l’ordre». Que vous inspire cette Amérique à feu et à sang?

Alain FINKIELKRAUT. – Ce qui nous distingue des hommes d’autrefois, c’est que nous sommes devenus des spectateurs. Nous voyons les événements dont nos prédécesseurs prenaient connaissance par le récit oral ou par la lecture. Ce «nous» ne souffre plus guère d’exceptions: où que nous habitions, nous sommes, par la grâce de l’écran, aux premières loges. L’image de George Floyd méthodiquement asphyxié par un policier de Minneapolis a fait le tour du monde et elle est insoutenable. «I can’t breathe», haletait, suppliant, l’homme noir, tandis que son bourreau blanc, imperturbable et même arrogant, appuyait le genou sur sa nuque jusqu’à ce que mort s’ensuive. Je comprends les Américains qui sont spontanément descendus dans la rue pour exprimer leur dégoût, leur honte et leur colère. Mais je me pose aussi cette question: la vérité de l’Amérique est-elle tout entière déductible de cette image?

La question noire demeure la grande tragédie de l’histoire américaine, mais elle ne se résume pas à l’assassinat de George Floyd

L’émotion doit inspirer la réflexion, mais elle ne peut pas dispenser de la connaissance. Car il y a les chiffres: selon la base de données du Washington Post, deux fois plus de Blancs (2416) que de Noirs (1263) ont été tués par la police depuis le 1er janvier 2015. Certes, comme le souligne très justement le journal Libération, le rapport s’inverse totalement en proportion de la population: les Noirs représentent 13 % de la population américaine, et les Blancs 76 %. Mais dans ce pays où les policiers ont la gâchette d’autant plus facile que les armes sont partout, on ne saurait parler d’un «racisme systémique» ou structurel des forces de l’ordre. Il y a aussi l’histoire: la guerre de Sécession, le mouvement des droits civiques qui a aboli la ségrégation, l’Affirmative Action dans les universités pour asseoir dans les faits l’égalité formelle des droits, l’apologie des minorités par le politiquement correct, les deux mandats à la Maison-Blanche de Barack Obama.

Il y a enfin ces autres images: le maire afro-américain de Houston annonçant les obsèques dans sa ville de George Floyd ou encore la maire afro-américaine d’Atlanta apostrophant avec véhémence les émeutiers qui discréditaient la protestation par le pillage des magasins de vêtements ou de matériel informatique. Des élus noirs dirigent aujourd’hui deux anciens bastions du ségrégationnisme. Les suprémacistes ont bien perçu ce grand basculement: s’ils sortent aujourd’hui du bois, s’ils hurlent «You will not replace us!», c’est qu’ils craignent de voir l’Amérique leur échapper et de devenir tôt ou tard minoritaires. Ces apeurés forment le cœur de l’électorat de Donald Trump. Et celui-ci, au lieu de parler à la nation tout entière, s’adresse en priorité à eux. Il trahit, en jetant ainsi de l’huile sur le feu, sa mission présidentielle.

La question noire demeure la grande tragédie de l’histoire américaine, mais elle ne se résume pas à l’assassinat de George Floyd.

La crise aux États-Unis a occasionné en France un regain de la dénonciation des violences policières racistes à l’égard des minorités, s’appuyant notamment sur le cas d’Adama Traoré. Faut-il s’inquiéter de l’importation en France des problématiques américaines?

Saisis d’une véritable frénésie mimétique, des manifestants, à Paris et dans la plupart des villes françaises, brandissent les mêmes pancartes qu’en Amérique: «I can’t breathe», «No Justice, no Peace», «Black Lives Matter». Il y a certes des racistes dans la police et ils doivent être sévèrement sanctionnés, car, forts du pouvoir que leur confère l’uniforme, ils ne se privent pas de harceler et de nuire. Sur ce point, le ministre de l’Intérieur a raison: on ne saurait tolérer l’intolérable.

Mais il faut être d’une insigne mauvaise foi pour en conclure que la police dans notre pays exerce une terreur raciste sur les populations issues de l’immigration africaine ou maghrébine. La réalité, en effet, est tout autre. Dans les quartiers dits populaires, ce sont les policiers qui ont peur: ils sont attirés, comme les pompiers dans des guets-apens, victimes de tirs de mortiers, attaqués à coups de barres de fer, de jets de pierre du haut des toits, ou de plaques d’égouts du haut des passerelles. Lorsque en 2007, à Villiers-le-Bel, des «jeunes» ont tiré sur eux à balles réelles, ils n’ont pas riposté. Résultat: des dizaines de blessés parmi les policiers, aucun parmi les manifestants. Hantée par les émeutes de 2005 qui ont embrasé le pays, leur hiérarchie demande aux hommes de terrain de tout faire pour éviter l’accident ou la bavure: tout faire, c’est-à-dire ne rien faire contre les rodéos urbains ou les matchs de foot sauvages dans les dernières semaines du confinement. Ce qui caractérise notre temps, ce n’est pas l’omniprésence et l’omnipotence de l’État policier, c’est la faiblesse et la démission de l’État dans ce qu’on n’appelle pas pour rien les territoires perdus de la République.

L’aptitude des êtres humains à se raconter des histoires et à se croire autres qu’ils ne sont, est sans limite

Et puis enfin, si racisme institutionnel il y avait, les manifestants crieraient-ils «policiers assassins!» au nez et à la barbe des forces de l’ordre? Si l’État était autoritaire, ou simplement s’il faisait respecter ses lois, des clandestins défileraient-ils dans Paris sans craindre d’être mis en garde à vue, ni a fortiori renvoyés manu militari dans leur pays d’origine? S’ils ne jouissaient pas d’une totale impunité, des rappeurs raconteraient-ils comment Brigitte, femme de flic, se fait gaiement «éclaté la teush» par «tous les jeunes de la cité» ?

L’aptitude des êtres humains à se raconter des histoires et à se croire autres qu’ils ne sont, est sans limite. Sous l’effet d’un meurtre atroce commis à Minneapolis, Minnesota, on interviewe avec déférence le membre du groupe La Rumeur qui évoquait, en 2002 «les centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété», et on en vient à prendre pour argent comptant la déclaration éhontée de la chanteuse Camélia Jordana: «Il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic, et j’en fais partie. Je ne parle pas des manifestants, mais des hommes et des femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue qui se font massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau.» Des violences policières ont certes émaillé l’année 2019, en réponse à la violence extrême de certains manifestants. Mais qui visaient-elles? Qui ont-elles mutilé ou éborgné? Des «gilets jaunes», c’est-à-dire des Français d’origine française, gentiment désignés sous le nom de «souchiens» par la porte-parole des Indigènes de la République.

Vous avez écrit que l’antiracisme serait «le communisme du XXIe siècle». Cela explique-t-il pourquoi une large partie de l’intelligentsia se rue vers ce nouvel opium?

À l’image de ce qui se passe à Yale, à Columbia ou à Berkeley, la civilisation occidentale est désormais sur la sellette dans la plupart des universités du Vieux Continent. Les Dead White European Males sont pointés du doigt. D’eux et de leur culture vient tout le mal qui s’est répandu sur la terre: l’esclavage, le colonialisme, le sexisme et la LGBTphobie. Étudier cette culture, c’est désormais la mettre en accusation, la déconstruire, ruiner son prestige, pour permettre aux minorités de retrouver leur fierté et à la diversité culturelle de s’épanouir sans entraves. D’où l’écho rencontré par la mort de George Floyd, à Paris, aussi bien qu’à Stockholm ou à Montréal.

Combattre l’hégémonie occidentale à l’intérieur même de l’Occident : tel est l’objectif que s’assigne le nouvel antiracisme

Les nouvelles générations ont cru reconnaître dans le flegme féroce de l’assassin le visage de l’Occident qu’ils avaient appris à honnir. Mathieu Bock-Côté rappelle dans son dernier livre, que des étudiants du King’s College de Londres, ayant dénoncé «la collection d’hommes blancs de plus de 50 ans portant la barbe» qui formait le grand statuaire à la porte de l’établissement, celui-ci a été remplacé par «un statuaire conforme à l’idéologie diversitaire». Et dans un article de David Haziza, j’apprends que les élèves les plus avancés de Columbia proclamaient tout récemment qu’il fallait en finir avec un programme d’enseignement dont la blanchité, à les en croire, expliquait la persistance des meurtres racistes.

Combattre l’hégémonie occidentale à l’intérieur même de l’Occident: tel est, par-delà la révolte contre les violences policières, l’objectif que s’assigne le nouvel antiracisme.

Le XXe siècle et son cortège sanglant semblait avoir fait disparaître la question de la race, au profit de l’utopie cosmopolite. Comment expliquer que celle-ci ait fait son grand retour dans le débat public? L’antiracisme est-il devenu fou?

L’antiracisme n’est plus, hélas, la défense de l’égale dignité des personnes, mais une idéologie, une vision du monde. Dans cette vision, les traites négrières non occidentales n’ont pas leur place, ni l’antisémitisme arabo-musulman, ni celui d’une partie de la communauté noire américaine, ni les manifestations de Chinois et de Vietnamiens de Paris contre des insultes et des agressions où les Blancs n’avaient aucune part. Le raciste devient celui qui voit ce qu’il voit au lieu de fermer les yeux sur le scandale de l’impensable. Entre la réalité et le système idéologique, on a intérêt, pour ne pas être frappé d’infamie, à choisir le système.

L’antiracisme s’est donc transformé de fond en comble et l’hospitalité a changé de sens: à l’heure de la grande migration, il ne s’agit plus d’accueillir les nouveaux venus en les intégrant dans la civilisation européenne, il s’agit d’exposer les tares de cette civilisation pour rendre justice à ceux qu’elle a si longtemps traités par le mépris et exploités sans vergogne.

On voit de plus en plus de «Blancs» s’excuser pour leurs «privilèges». Que vous inspire ce phénomène? Que sous-entend la notion de «racisme systémique»?

La mauvaise conscience bourgeoise a conduit un grand nombre d’intellectuels à se ranger dans le camp de la classe ouvrière. Ils expiaient ainsi leurs privilèges et trouvaient une rédemption dans le combat pour l’égalité. Dans la gauche radicale d’aujourd’hui, la honte d’être blanc a supplanté la mauvaise conscience bourgeoise mais ce privilège-là colle à la peau. La honte est donc inexpiable. Pour elle, il n’y a pas de rédemption. Et ceux qu’elle affecte mettent un point d’honneur à rester confinés à la date où leur université célèbre la disparition des Blancs de l’espace public en organisant pour eux, ou plutôt contre eux, une «journée d’absence». Le soupçon de condescendance entachant toutes leurs paroles et toutes leurs actions, ils n’ont d’autres issues que de se taire, de s’effacer, ou de réciter indéfiniment le catéchisme qui les condamne. Cet autoracisme est la pathologie la plus consternante et la plus grotesque de notre époque.

Pendant plusieurs mois les guerres culturelles et identitaires semblaient avoir été suspendues par la crise du coronavirus, mais elles repartent de plus belle… Est-ce le signe que rien n’a vraiment changé?

On parle beaucoup, depuis le début de la pandémie, du monde d’avant et du monde d’après. Mais on oublie, en annonçant cette grande césure, que le monde d’avant était déjà très engagé dans la liquidation culturelle du vieux monde. À la sortie du confinement, le processus se poursuit, et même s’accélère.

* De l’Académie française. Dernier ouvrage paru: À la première personne (Gallimard, 2019).

Voir de plus:

Raphaël Enthoven : « On ne corrige pas le racisme en inversant le rapport de force »

« Racisme systémique », « privilège blanc », comité Adama, Despentes… Le philosophe analyse comment « la guerre des races a remplacé, à gauche, la guerre des classes ».
Propos recueillis par Thomas Mahler

L’Express : « Hourra ! Le peuple des Etats-Unis est en ébullition » a salué Jean-Luc Mélenchon sur son site, avant de se réjouir d’une « gilet-jaunisation (…) entrée au coeur de l’Empire ». Peut-on se féliciter d’une telle situation après la mort de George Floyd ?

Raphaël Enthoven : Comme souvent, les tribunes de Mélenchon renseignent sur l’humeur du tribun, plus que sur l’état du monde. Or, son humeur est la même depuis 2017. Mauvaise. Ronchon Mélenchon. A dire vrai, en trois ans, après avoir dilapidé d’un coup son capital de sympathie en se prenant pour la République au lieu de se soumettre à la loi, Saint-Jean-Luc est passé de la mauvaise humeur à l’humeur mauvaise de celui qui, voyant s’éloigner l’horizon de sa gloire, se trouve réduit, faute d’incarner l’avenir, à prédire l’apocalypse, applaudir la sédition, défendre des factieux, dénoncer des complots imaginaires, cracher sur des élus, justifier la violence illégitime et répandre, de sa plume, autant qu’il peut, les gouttes d’huile qui lui restent sur un feu dont il n’espère même plus tirer les marrons…

Certains politiques entrent dans l’Histoire parce qu’après avoir accompli de grandes choses, ils sont partis au bon moment. D’autres, à l’inverse, accèdent à la postérité parce qu’après avoir tout échoué, ils persistent à s’accrocher au manche et s’éteignent de leur vivant. Il n’est pas dit que les seconds soient moins légendaires que les premiers. On aurait pu se souvenir de Mélenchon comme d’un héros de la République (parmi d’autres) et il restera comme un avatar (parmi d’autres) de Pierre Poujade ou du général Boulanger. C’est déjà ça.

« Take a knee » est d’abord le geste de Martin Luther King qui prit le temps de la prière, aux cotés d’autres défenseurs des droits civils, le 1er février 1965, devant le Palais de Justice du Comté de Dallas (Alabama). Et il est essentiel de rappeler qu’il prie à cet instant. Autrement dit : qu’il ne se soumet qu’à Dieu. Car en cela, sa révolte est d’abord un amour, son humilité est un courage et sa génuflexion n’est qu’une meilleure façon de redresser la tête. Qui s’agenouille devant Dieu sait aussi s’insurger contre le mal que l’homme fait à l’homme : « Au coeur de ma révolte, écrivait Camus, dormait un consentement.  » Au-delà des lois iniques, et d’une justice humaine qui croit se bander les yeux alors qu’elle est aveugle, il y a LA Justice, et le sentiment d’obéir à la nécessité quand on se décide à changer le monde. C’est en consentant à LA justice (divine) que Martin Luther King trouve la force de s’opposer à l’injustice légale. Camus encore (en substance) : c’est parce qu’il dit oui que l’homme révolté est en mesure de dire non. Le geste de Martin Luther King est la belle version d’Antigone (qui refuse la loi des hommes et se sacrifie au nom d’une loi supérieure, en bravant l’injuste interdiction d’enterrer son frère) : sa foi est, pour le meilleur, la source vive d’un courage qui défie l’injustice, qu’aucune menace n’intimide et qu’aucune police n’ébranle.

C’est dans ce sillage, sublime, que s’inscrit Colin Kaepernic qui, aux dépens de sa carrière, choisit (lors d’un match de préparation de la NFL) de s’agenouiller pendant l’hymne américain. La colère dont il témoigne est aux antipodes de la haine : « Je ne suis pas antiaméricain. J’aime les Etats-Unis (…) Je veux aider à rendre l’Amérique meilleure. » En somme, Kaepernic refuse d’aimer son pays aux dépens de la justice elle-même. Camus, toujours : dans les Lettres à un ami allemand, le philosophe écrit « je voudrais pouvoir aimer mon pays tout en aimant la justice. Je ne veux pas pour lui de n’importe quelle grandeur, fût-ce celle du sang ou du mensonge. C’est en faisant vivre la justice que je veux le faire vivre.  » De fait, c’est mal aimer son pays que d’en gommer les infamies. C’est trahir sa nation que d’en masquer les crimes. Tout comme Martin Luther King affirmait paradoxalement la liberté en s’agenouillant devant Dieu, Kaepernic défend paradoxalement son pays en dénonçant ses crimes et en s’inclinant devant ses victimes. Son patriotisme est, à tous égards, plus respectable (et plus aimant) que les érections patriotiques d’un président qui croit défendre son pays quand il veut « virer » les « fils de pute » qui osent le critiquer.

C’est le même amour de son pays, exigeant et soucieux de justice, qui porta Willy Brandt à s’agenouiller devant le Mémorial du Ghetto de Varsovie en demandant pardon pour les crimes de l’Allemagne pendant la seconde guerre mondiale. A ceci près que, tout comme les policiers américains qui, depuis quelques jours, à travers tout le pays, se mettent à genoux devant les manifestants, le chancelier ouest-allemand s’agenouillait en qualité de « responsable » et non plus de victime.

Aucun Blanc n’est responsable, en tant que Blanc, du crime raciste d’un autre Blanc

Et faites-vous une différence entre les génuflexions de Martin Luther King, de Kaepernic, de Willy Brandt ou des policiers américains, et celle des Blancs qui ont cru bon de s’agenouiller devant les Noirs de leur quartier (ou de leur immeuble) pour leur demander pardon ?

La différence est considérable. Qu’un athlète se sente responsable des injustices dont son statut le préserve, qu’un chancelier se sente responsable des atrocités commises par ses prédécesseurs nazis (et néanmoins élus), qu’un policier ait honte, en tant que policier, de voir un collègue assassiner un homme dans la rue, c’est une évidence. Dans les trois cas, la génuflexion est une élévation, une extension du domaine de la responsabilité aux hommes qui savent souffrir des douleurs qu’ils n’ont pas infligées ou qui leur ont été épargnées.

Mais qu’un Blanc ait honte, en qualité de Blanc, du crime raciste d’un autre Blanc, c’est une connerie. Pour une raison simple : on ne choisit pas la couleur de sa peau. Et, à moins d’avoir joui sans s’en indigner, en tant que Blanc, des privilèges d’une loi raciale (ce qu’on peut dire de certains Afrikaners ou de certains Américains jusque dans les années 60), aucun Blanc n’est responsable, en tant que Blanc, du crime raciste d’un autre Blanc. Il n’y a pas lieu de demander pardon à qui que ce soit, à ce titre.

Pour autant, ceux qui voient là-dedans du « racisme inversé » vont trop vite en besogne. Car l’Histoire existe, et elle doit peser dans l’évaluation d’une image : on ne peut pas mettre sur le même plan des Blancs qui s’agenouillent devant des Noirs et des Noirs qui s’agenouillent devant des Blancs. Des siècles d’esclavage et de tortures ne sont pas comparables à ce genre de cérémonies qui s’achèvent en général par une prière commune, où tout le monde est à genoux. Reste que, sans être le reflet des Noirs que leurs esclavagistes mettaient à genoux, les Blancs pénitents offrent une image détestable, dont la hideur saute aux yeux quand on la dépouille de ses bons sentiments.

C’est-à-dire ?

Que font des Blancs qui s’agenouillent devant des Noirs pour leur demander pardon ? Ils se reprochent d’avoir jusque-là bénéficié, à leur insu, de droits qui étaient refusés à leurs frères de couleur. Or, ces « droits », s’il existent, ne sont pas légaux. La ségrégation est révolue depuis longtemps aux Etats-Unis. Les « droits » dont ils parlent sont des usages, des moeurs, des pratiques et toutes les manies d’une société dont les couleurs se sont toujours vécues comme séparables. Il y a peut-être tout à changer dans la société américaine, mais il n’y a rien à abolir ici. L’ennemi n’est pas une loi. L’ennemi est une attitude. Et contrairement à une loi injuste qu’on peut abroger, une attitude est indéfiniment renouvelable. Il y aura toujours des Blancs racistes et des flics violents. De sorte que le sentiment d’un « racisme systémique » trouvera toujours, dans une sortie déplorable ou dans un crime abject, une raison d’être et de s’enflammer. Pour le dire autrement : la faute dont les « Blancs » croient endosser le fardeau est très exactement insoluble. Elle ne se dissout pas dans un changement qu’on pourrait identifier et qui permettrait de passer à autre chose. Au Blanc qu’on accuse (ou qui s’accuse) en tant que blanc d’être le complice de l’oppression systémique des noirs, aucune rédemption n’est promise. La plainte est infinie.

Comment pouvez-vous dire qu’aucune rédemption n’est promise, alors que l’enjeu est précisément de demander et d’obtenir le pardon des Noirs ?

Que font des Noirs qui reçoivent, debout, les supplications et les macérations de leurs frères blancs ? Et qui accordent leur pardon à des gens dont le crime n’est pas d’être coupables mais d’être blancs ? Ils accréditent l’idée que leur couleur est une faute. Ils se conduisent comme les gens qui disent « je ne déteste pas les homosexuels puisque j’ai en moi une grande faculté de pardon » (Christine Boutin). Le but d’un tel pardon n’est pas le pardon. Le but d’un tel « pardon » est d’étendre la culpabilité à l’infini, d’ancrer l’idée que la couleur des autres est une faute universelle (pour le dire comme l’impitoyable loup de La Fontaine : « Si ce n’est toi, c’est donc ton frère. – Je n’en ai point. – C’est donc quelqu’un des tiens… ») et d’ajouter à la misère du pénitent la splendeur de leur propre clémence. Qui dit « je te pardonne » au type qui n’est pas coupable ne pardonne rien du tout, mais fabrique de toutes pièces une culpabilité infinie dont lui seul, par la grâce du pardon qu’il adore accorder, se trouve créditeur.

Donc, c’est une inversion du rapport de forces, qui ne résout pas le problème ?

Pas seulement. Dans ce combat déguisé en déclaration d’amour, les pénitents blancs n’ont pas dit leur dernier mot. Car de même qu’on écrase celui qu’on pardonne, on continue de traiter en enfant celui dont on implore le pardon. Que laissent-ils entendre, ces gentils blancs, en se sentant eux-mêmes coupables des crimes d’un autre blanc ? Qu’ils sont encore, en tant que blancs, responsables des malheurs de la communauté noire, qu’en somme ils sont de mauvais maîtres dont les anciennes victimes ont raison de se sentir irresponsables. Sous la génuflexion des Blancs, c’est la condescendance qui s’exprime. Sous cette pénitence monocolore, c’est encore le paternalisme qui parle. Bref, sous le spectacle merveilleux de gens qui se promettent de s’aimer, sous la contrition des repentants qui reçoivent l’absolution des mains de leurs victimes présumées, on assiste en vérité à la continuation de la guerre, sous d’autres formes, entre des communautés qui se prennent pour des identités. Toutes les conditions de la haine sont réunies dans cette image irénique. Tous les éléments du problème se trouvent à vif dans ce moment qui se vit comme une solution. En tout cas, on est bien loin de Martin Luther King, de sa génuflexion libératrice et, surtout, de « l’armée bi-raciale » qu’il appelle de ses voeux…

Chaque fois qu’un comité mélange les termes de « justice » et de « vérité », c’est que la vérité lui déplaît…

Le comité Adama a importé l’émotion suscitée par la mort de George Floyd en organisant une manifestation de 20 000 personnes devant le Palais de Justice, interdite pour des motifs sanitaires. Au-delà des cas distincts d’Adama Traoré et George Floyd, les situations en France et aux Etats-Unis sont-elles comparables ?

Il faut faire la différence entre les gens qui, de bonne foi, redoutent que la France ne devienne l’Amérique, et défilent (à bon droit) dans le but de conjurer cette possibilité, et certains organisateurs de la manifestation qui, en toute mauvaise foi, aimeraient que ce soit le cas, et rêvent que les situations soient identiques. Car elles ne le sont pas.

D’abord, quoiqu’on pense du « plaquage ventral », en l’absence d’images, et face à des expertises contradictoires, nul n’est en mesure, techniquement, à l’heure où nous discutons, d’affirmer qu’Adama Traoré a subi un sort comparable au martyre de George Floyd. Dans ces conditions, crier que c’est la « même chose », c’est faire offense à la mémoire des deux, en instrumentalisant la mort du premier, et en minorant, de fait, le calvaire du second.

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Mais surtout : même si c’était le cas, même si Adama Traoré était tombé, comme c’est arrivé à Malik Oussekine, sur des policiers manifestement meurtriers, il n’y aurait pas moins de différences entre les Etats-Unis, où le communautarisme et l’attribution de droits spécifiques répondent au racisme (comme si le favoritisme rectifiait la haine, alors qu’il l’alimente), et notre sublime République, dont la raison d’être est de ne pas entrer dans ce jeu de miroirs, et dont la survie dépend de la capacité à ne pas céder à un engrenage où la haine répond à la haine, et l’identitarisme répond au racisme.

Le problème en France vient du fait qu’il existe objectivement des discriminations (sociales, morales et ethniques) à l’embauche, à la location ou à l’entrée des boîtes de nuit, mais que, comme par ailleurs, en République, sur le papier, « l’identité » sexuelle, religieuse ou ethnique n’est pas une sorte de handicap qui ouvre l’accès à des droits spécifiques, les gens qui sont victimes de discrimination ont l’impression – et en un sens à juste titre – que l’Etat les abandonne à leur sort. Et ils demandent à la loi de corriger ce qu’elle corrige déjà (mais qu’elle peine à rectifier en profondeur) en faisant du racisme un délit. En somme, ils demandent à la loi d’aller plus loin que l’affirmation abstraite de l’égalité entre tous les citoyens, pour s’en prendre à nos consciences de blancs et en extirper le racisme à la racine. Seulement, pour ce faire, pour qu’ils aient le sentiment que la loi s’attaque au « racisme systémique » en tuant nos « moeurs coloniales », il faudrait supprimer la présomption d’innocence, il faudrait systématiquement condamner pour racisme toute personne refusant un logement ou un emploi à une personne de couleur, imposer une parité sur fond de mélanine, et nantir légalement certains Français de privilèges qu’on refuserait aux autres. Bref, nous cesserions collectivement, et légalement, d’être libres et égaux. Comme tous les extrémismes dopés aux bons sentiments, ces adeptes croient démocratiser notre démocratie en la présentant comme un « Etat totalitaire et esclavagiste », alors qu’en demandant à la loi de corriger des consciences ou de réprimer des réflexes, c’est très exactement une dictature qu’ils appellent de leurs voeux.

Si la « communauté juive », par exemple, avait raisonné comme les manifestants du 2 juin, elle aurait vu dans les assassinats de Mireille Knoll, d’Ilan Halimi ou de Sarah Halimi l’expression d’un « antisémitisme systémique », et dans les atermoiements du Parquet la preuve qu’il n’y a aucune différence entre le régime de Vichy et la République. Or si, comme la négrophobie, l’antisémitisme est viscéral et éternel en France, il n’est pas douteux qu’il vaut mieux y être Juif (ou Noir) en 2020 qu’en 1940. Et que, si combat il y a, c’est un combat judiciaire et juridique qu’il faut mener. En France, l’antisémitisme est virulent, mais un policier juif n’est pas vu pour autant par d’autres Juifs comme un « vendu » qui travaille avec « l’Etat antisémite ».

Vous faites référence à la vidéo virale du policier noir que certains manifestants du 2 juin ont traité de « bounty » et de « vendu »…

Au début de son sketch sur le « CRS arabe », mimant un poivrot franchouillard, Coluche fait valoir qu’ « un bougnoule, c’est toujours un bougnoule, même en CRS ». Quelle différence avec les manifestants qui disent « Un flic, c’est toujours un flic, même noir » ? Comme, sous prétexte de « convergence des luttes », la guerre des races a remplacé, à gauche, la guerre des classes, la police qui a longtemps été présentée comme le bras armé d’un « Etat bourgeois » est devenue, aux yeux des mêmes et de leurs successeurs, le bras armé d’un « Etat raciste ». Un tel dogme a besoin d’un sophisme. Le sophisme est : il y a des crimes racistes dans la police française (ce qui est incontestable), donc LA police française est « systémiquement » raciste (ce qu’une grande majorité d’interpellations démentent). Un tel raisonnement n’est pas un raisonnement, mais l’érection illégitime de cas particuliers en une vérité générale et a priori qui ne voit dans les contre-exemples aucune objection mais qui, en revanche, à chaque drame, s’exclame « je vous l’avais bien dit ! »

En cela, il est symptomatique que le comité « Justice et vérité pour Adama » reprenne le nom du « Comité pour la vérité et la justice » crée par les maoïstes François Ewald et Serge July au moment de l’affaire de Bruay-en-Artois. Le but d’Ewald et July, à l’époque, était d’appeler au lynchage, et d’ancrer dans les consciences, à coup de témoignages de procès d’intention (« Il n’y a qu’un bourgeois pour faire ça ») et grâce aux sales méthodes du juge Pascal (qui, opposé au secret de l’instruction, diffusait les photos de l’arrestation du coupable présumé), le sentiment que le notaire Pierre Leroy était « par définition » le meurtrier de Brigitte Dewevre. Or, quel est le but du nouveau comité « vérité et justice » ? D’ancrer dans les consciences, à coup de manifestations aux slogans abstraits (« Pas de justice, pas de paix ! ») le sentiment que la police française est raciste et meurtrière. Chaque fois qu’un comité mélange les termes de « justice » et de « vérité », c’est que la vérité lui déplaît, et qu’il appelle « justice » l’autre vérité, la vérité qu’il exige, que cette « vérité » soit vraie ou non.

Reste qu’au-delà de sa sottise, le geste de traiter de collabo un flic noir est, de la part des manifestants, parfaitement contradictoire. Comment peuvent-ils déplorer la sous-représentation des Noirs dans les médias ou dans la fonction publique, tout en tenant un policier noir pour un vendu ou un « bounty » (noir dehors, blanc dedans) ? Là encore, le problème qu’ils posent est insoluble ! Comme une houle qui ne croise aucun récif, une telle plainte – qui laisse le choix entre le sentiment de ne pas être représenté et l’exclusion de ceux dont la carrière invalide ce sentiment – s’est arrangée pour ne rencontrer aucun obstacle sur le chemin de sa colère, et pour balayer comme autant d’apparences trompeuses et de trahisons discrètes l’ensemble des objections qu’elle reçoit.

On peut le comprendre : le problème des manifestants n’est pas que la France soit raciste. Leur problème est qu’elle ne l’est pas suffisamment. Et que, loin d’être l’avant-garde d’un monde meilleur, ils sont les fossoyeurs d’une démocratie qui n’a rien contre eux. On a tort, en cela, de qualifier de « débordements » les incidents qui ont émaillé ce rassemblement car, sans être planifiée bien sûr, la violence est inscrite dans l’esprit-même d’un telle manifestation. Pour une raison simple : celui qui manifeste contre un (imaginaire) « Etat raciste » ne vit pas sa propre violence comme un crime mais comme un geste libérateur. En réalité, plus que libératrice, la violence est créatrice. Comme le pardon du Noir au Blanc a aussi pour but de fabriquer l’éternelle culpabilité de ce dernier, la violence du manifestant ne sert qu’à témoigner de la violence qu’il a subie. Plus on casse des vitres, plus cela signifie qu’on est la victime d’un Etat raciste. Comme dit Virginie Despentes dans sa « Lettre à ses amis blancs » : « Comme si la violence ce n’était pas ce qui s’est passé le 19 juillet 2016. Comme si la violence ce n’était pas les frères de Assa Traoré emprisonnés… » C’est l’un des paradoxes, et pas le moindre, de l’hyper-démocratie victimaire où chacun voit ce qu’il veut : la violence réelle est masquée par la violence dont elle se prétend la conséquence… Pour le dire simplement : si je vous agresse, ça veut dire que VOUS êtes coupables et que JE suis victime, et que, pour cette raison, vous devez me comprendre avant de me juger, sous peine d’être un fasciste ! C’est parfait.

Virginie Despentes érige sa propre cécité en perception universelle

L’actrice et chanteuse Camélia Jordana avait déjà dénoncé les violences policières en expliquant que « des hommes et des femmes se font massacrer (par la police) quotidiennement en France, pour nulle autre raison que leur couleur de peau »…

Camelia Jordana n’a pas tort de dire qu’il arrive, en France, d’être massacré par la police pour « nulle autre raison que sa couleur de peau ». Car une telle chose est déjà arrivée. Et arrivera de nouveau. Rarement. En revanche, Madame Jordana a tout à tort, à mon avis, d’en faire une loi, et d’ériger de rares tragédies en considérations générales sur l’âme du flic Français. Le problème n’est pas ce qu’elle dit, mais la valeur de vérité absolue qu’elle donne à ce qui (en ce qui la concerne) n’est même pas un témoignage. Car ce faisant, tout comme les blancs pénitents ou les manifestants du 2 juin, elle raisonne à l’envers : son diagnostic n’est pas un diagnostic mais une vérité a priori qui, pour cette raison, se donne comme infalsifiable. Comment voulez-vous contredire un sentiment ? Comment voulez-vous dire qu’elle a tort à une personne qui prend son impression pour la règle ? Un sentiment qui se prend pour une vérité dégénère inévitablement en dogme. Et un dogme est immunisé contre les objections. En particulier un dogme bien-pensant qui, pour devancer les coups, présente toute objection comme une abjection : si vous dites que Camelia Jordana a tort, c’est que vous fermez les yeux sur la violence que vous ne subissez pas. Bing. Que répondre à ça ? Camelia Jordana s’est proposée de débattre avec le ministre de l’Intérieur en personne, mais elle n’a pas ouvert le débat, elle a tué le débat en le réduisant à la défense (ou l’attaque) d’une opinion péremptoire ! Si, dans les échanges qui ont suivi ce qu’elle a dit, chacun est resté fermement campé sur son catéchisme et, loin de dialoguer, les antipodes n’ont fait qu’affirmer leur détestation mutuelle, c’est que les conditions du débat étaient absentes du débat. Débattre, ce n’est pas présenter ce qu’on croit comme une vérité absolue, pour mettre les autres, ensuite, au défi de nous donner tort. Débattre, c’est douter de ce qu’on croit au point d’écouter un autre discours que le sien. Peine perdue.

Dans sa « Lettre adressée à mes amis blancs qui ne voient pas où est le problème… », Virginie Despentes a développé la notion de « privilège blanc » : « Car le privilège, c’est avoir le choix d’y penser, ou pas. Je ne peux pas oublier que je suis une femme. Mais je peux oublier que je suis blanche. Ça, c’est être blanche. Y penser, ou ne pas y penser, selon l’humeur ». Que pensez-vous de cette notion ?

Si Virginie Despentes se promène dans les rues de Dakar, Bamako ou Kingston, elle aura plus de mal à oublier qu’elle est blanche. Est-ce à dire que le Sénégal, le Mali ou la Jamaïque sont racistes ? Et que les Noirs y sont privilégiés ?

Il y a d’autres choses, plus intéressantes, dans sa lettre. D’abord, cette phrase en apparence absurde : « En France nous ne sommes pas racistes mais je ne me souviens pas avoir jamais vu un homme noir ministre. » Les gens qui lui ont répondu en dressant la liste de tous ceux, de Gaston Monerville à Sibeth N’Diaye, dont le parcours contredit Virginie Despentes, commettent deux erreurs. La première est de rentrer dans son jeu, et de compter les noirs ministres (comme on compte les noirs à la télé, ou à la cérémonie des Césars), autrement dit : de transformer la couleur en critère d’évaluation. L’autre erreur est de la prendre au sérieux. Virginie Despentes n’est pas née demain. Elle sait très bien qu’il y a eu et qu’il y a des ministres « noirs » dans un pays où la couleur n’est pas une compétence. Seulement, elle ne les « voit » pas. La couleur de leur peau est masquée par leur costume républicain. Pour le dire simplement : puisqu’être noir empêche d’être ministre dans notre « France raciste », alors en devenant ministre, un noir cesse d’être noir. Comme le jour et la nuit, la fonction de ministre et la noirceur de la peau s’excluent aux yeux de la manichéo-daltonienne. On ne peut pas être l’un et l’autre. En cela, Virginie Despentes est bien fondée à dire qu’elle n’a « jamais vu » de ministre noir. Son erreur n’est pas de dire ce qu’elle sent, mais, comme Camelia Jordana, d’ériger sa propre cécité en perception universelle.

L’autre chose passionnante de cette lettre (dont je m’indigne que son auteure ne l’ait pas rédigée en écriture inclusive), c’est la comparaison qu’ose l’écrivaine entre Assa Traoré et Antigone. A première vue, elle n’a pas tort. Comme Antigone (qui brave la loi pour ensevelir son frère Polynice), Assa Traoré brave les institutions pour honorer la mémoire de son frère, le « premier homme » (Adama). Sauf que les deux situations et les deux héroïnes ne sont pas comparables. Du tout. Polynice, frère d’Antigone, n’est pas une (possible) victime de la police mais la victime de son propre frère, Etéocle, avec qui il s’est entretué devant les murs de Thèbes. Et nul ne menace, jusqu’à nouvel ordre, de « murer vivante » Assa Traoré si elle persiste à contredire la dernière expertise en date, comme Antigone fut murée vivante pour avoir enseveli son frère malgré l’interdiction de son oncle Créon, le roi de Thèbes. Enfin, comme le rappelle Despentes, « Antigone n’est plus seule. Elle a levé une armée. La foule scande : Justice pour Adama…  » Mais Antigone à la tête d’une armée, ce n’est plus Antigone, c’est (peut-être) Créon !

« Qu’est-ce que j’en ai à foutre, moi, des Noirs ? disait Gary dans Chien Blanc. Ce sont des hommes comme les autres. Je ne suis pas raciste »

Ancienne directrice du Bondy Blog, Nassira El Moaddem s’est plainte à la suite de sa désinvitation d’un plateau de télévision parce qu’elle faisait « doublon » avec une autre militante antiraciste, Maboula Soumahoro. N’est-ce pas une illustration de la logique identitaire à l’oeuvre aujourd’hui ?

Oui, ce serait drôle si ce n’était désolant pour Madame El Moaddem, que BFM a traitée comme une vieille chaussette. Mais à toute chose, malheur est bon : une telle mésaventure est aussi l’occasion donnée, pour l’intéressée, de comprendre qu’elle est exactement la victime de la logique identitaire qui lui fait dire, ordinairement, qu’on devrait inviter les « concernés » sur les plateaux de télé, qu’on est mal placé pour parler des problèmes qu’on ne rencontre pas, et qu’en somme, la couleur des gens est en elle-même une compétence. A ce compte-là, dans un monde où la couleur (appelée « identité ») est une garantie de l’opinion, il est normal qu’on désinvite Nassira El Moaddem au profit de Maboula Soumahoro, qui (aux yeux de certains) est une meilleure interprète dans le même rôle. Madame El Moaddem s’indigne qu’on lui dise que sa présence en plateau eût fait « doublon ». Elle a raison. C’est scandaleux. D’autant qu’elle avait certainement d’autres choses à dire que Madame Soumahoro. Mais quand on invite les gens à raison de leur allure et non de leur compétence, on se moque de ce qu’ils ont à dire, et des nuances éventuelles. « Noire, arabe, on s’en fout, tant que ça fait concerné » se dit-on dans les rédacs attentives à draguer une clientèle identitaire… Bref, c’est l’arroseuse arrosée. Madame El Moadden, qui a souvent été la victime du racisme, est pour la première fois peut-être, victime du racialisme. J’avoue ne pas voir la différence entre les deux, mais c’est probablement que je ne suis pas concerné. « Qu’est-ce que j’en ai à foutre, moi, des Noirs ? disait Gary dans Chien Blanc. Ce sont des hommes comme les autres. Je ne suis pas raciste. » Si les journalistes avaient lu cette phrase, peut-être se seraient-ils mieux conduits ?

Justement, que peut nous apprendre Chien blanc, le roman de Romain Gary sur le racisme et l’antiracisme ?

Tout. Toutes les idées, toutes les aberrations et tous les protagonistes de l’époque que nous vivons se retrouvent dans ce chef-d’oeuvre de Gary, qui revient sur les émeutes raciales en Amérique à la fin des années 60.

Les Blancs paternalistes et pénitents qui portent comme une tare la couleur de leur peau et n’ont pas assez de genoux pour se soumettre ni de cendres à se mettre sur la tête y feront connaissance avec leurs ancêtres, « libéraux engagés dans la lutte pour les droits civiques » qui organisent des réunions dans la maison d’un professeur d’art dramatique dont l’enjeu est d’informer les blancs riches (à qui on soutire de l’argent) du « degré atteint par la haine des blancs dans le psychisme des enfants noirs » et où, pour ce faire, on fait venir des enfants noirs qu’une dame blanche oblige à dire, à contre-coeur, devant des militants blancs émerveillés, qu’elle est une « sale blanche », une « diablesse aux yeux bleus », et qu’il la « hait plus que tout « . Les mêmes trouveront en Jean Seberg (avec qui Romain Gary est marié et vit dans une villa à Los Angeles) leur Sainte-Patronne : car tous les jours, dans sa villa, Seberg accueille et subventionne des cohortes de groupuscules racialistes qui lui font les poches tout en la persuadant qu’elle ne donnera jamais assez.

Les gens qui prennent la France pour l’Amérique gagneront à suivre le Narrateur, que son parcours conduit des émeutes sanglantes en Californie aux gentilles barricades de Mai 68, pour comprendre que toutes les grenouilles ne deviennent pas des boeufs.

Les théoriciens de la convergence des luttes et les sociologues avides d’excuser les prédations en cas d’émeutes raciales ou sociales trouveront dans la description de la « société de provocation » un hymne à leurs certitudes : « J’appelle société de provocation toute société d’abondance qui se livre à l’exhibitionnisme constant de ses richesses et pousse à la consommation par la publicité… tout en laissant en marge une fraction importante de la population… » Comment s’étonner, se demande Gary, si « un jeune noir du ghetto, cerné de Cadillac et de magasins de luxe, bombardé par une publicité frénétique » finit par se ruer à la première occasion sur « les étalages béants derrière les vitres brisées » ?

Enfin, les gens qui traitent de « vendus » les policiers noirs, qui confondent George Floyd et Adama Traoré, les doctrinaires d’un « Etat systémiquement raciste », bref, les gens qui croient qu’on corrige le racisme en inversant le rapport de forces entre deux communautés trouveront leur ancêtre véritable en la personne de Keys, le gardien de zoo dont tout le travail consiste, par la peur, à transformer un chien dressé pour tuer les noirs en un chien dressé pour tuer les blancs. C’est même l’humanité tout entière qui trouve un reflet sans appel dans la tragédie du berger Allemand Batka à qui son maître, Gary, veut apprendre à « mordre tout le monde » et « pas seulement les noirs », alors que Keys veut en faire un « chien noir.  » Or, c’est Keys qui l’emporte, et au lieu de mordre (et d’aimer) tout le monde, Batka se met à mordre uniquement les Blancs. A l’issue de ces métamorphoses, ne sachant plus où donner des dents, et à l’image d’une République qu’on croit pacifier en la présentant comme une dictature, le chien meurt de douleur et d’indécision devant la porte de l’ancien maître qu’il n’arrive pas à vouloir mordre. Voici l’oeuvre de Keys. Et après lui, de tous les militants qui communautarisent le rapport de forces et croient que la haine autorise la haine : « Des Noirs comme vous, dit Gary, qui trahissent leurs frères en nous rejoignant dans la haine, perdent la seule bataille qui vaille la peine d’être gagnée. »

Projet 1776, l’anti Black Lives Matter porté par des conservateurs afro-américains

Victor-Isaac Anne
Valeurs actuelles
09/06/2020

En réponse aux dérives identitaristes de la gauche américaine, une cinquantaine d’intellectuels essentiellement afro-américains sonnent la révolte.

C’est le premier grand coup porté à la gauche racialiste américaine. Depuis les années 1970, ses représentants, universitaires et militants (les deux vont souvent de pair), ne ménagent pas leur peine pour imposer leurs représentations comme grille de lecture exclusive des phénomènes sociaux. Si, depuis lors, leurs idées ont incontestablement progressé, allant jusqu’à irriguer le débat public en France, elles se heurtent aujourd’hui à la résistance d’un projet intellectuel ambitieux. 1776, en référence à la déclaration d’indépendance des États-Unis, est une réponse d’intellectuels essentiellement afro-américains à une initiative commune du New-York Times et de plusieurs historiens noirs, visant à réécrire l’histoire américaine à la lumière de l’esclavage.

Une falsification de l’histoire

Tout commence au mois d’août 2019, lorsque le quotidien new-yorkais aux opinions très-avancées développe le projet 1619. Dans une édition spéciale de 100 pages, publiée à l’occasion des 400 ans de l’arrivée des esclaves africains en Amérique, le New York Times Magazine propose une relecture de la fondation des États-Unis « telle qu’elle s’est véritablement déroulée » — le ton est donné.

Cette vaste entreprise de rééducation idéologique, bouffie de repentance, entend faire de l’arrivée en bateau d’une vingtaine d’esclaves africains à Port Comfort en Virginie (Colonie britannique d’Amérique du Nord, NDLR), « le véritable acte de naissance de l’Amérique ». Dans la classe politique et les cénacles académiques, le projet reçoit un accueil mitigé. De nombreux historiens s’émeuvent d’un détournement voire d’une falsification de l’histoire au nom de l’idéologie raciale. Toutefois, l’influence du Times est telle que ces observations critiques sont remisées à l’arrière-plan. Conçu à l’origine comme un projet médiatique interactif, composé de productions diverses (essais, poésies, photographies, articles…), 1619 se mue en une puissante machine à propagande. Le journal noue ainsi une collaboration avec le très “inclusif” Pulitzer center pour porter ce projet dans les écoles, bibliothèques et musées ; plusieurs centaines de milliers d’exemplaires du magazine et un supplément spécial y ont été distribués gratuitement. Last but no least, l’initiatrice du projet Nikole Hannah-Jones, réalise une tournée nationale de conférences dans les écoles pour expliquer à son jeune public que « le racisme anti-noir se trouve dans l’ADN même de ce pays ». 

Pendant plusieurs mois, à grand renfort de matraquage publicitaire, 1619 impose son point de vue à la société américaine : l’histoire des États-Unis doit être exclusivement comprise comme une lutte des Blancs pour l’hégémonie et une dévalorisation systémique des noirs. Naturellement, quiconque récuse ce récit mythologique raciste passe pour blasphémateur.

Projet contre projet

Devant la réécriture et la confiscation de l’histoire des États-Unis par des idéologues obnubilés par la question raciale, une cinquantaine d’intellectuels, essentiellement afro-américains, ont décidé de se soulever. En janvier 2020, Robert Woodson, figure chrétienne conservatrice et ancien conseiller de campagne George W. Bush lance le projet 1776 en réponse à 1619. Cette fois, les grands médias ne se pressent pour relayer cette initiative portée en partie par des historiens universitaires.

Loin d’eux l’idée de nier le passé esclavagiste des États-Unis, simplement, ils contestent l’idée selon laquelle l’asservissement des noirs constitue l’alpha et l’oméga de l’histoire du pays. Car pour parvenir à une telle conclusion, les promoteurs du projet 1619 ont eu recours à un grand nombre de sophismes et de falsifications. Entre autres contre-vérités, l’on apprend ainsi que, de tout temps, les noirs Américains ont combattu seuls pour leur liberté, que la guerre de Sécession est sans lien avec la libération des esclaves ou encore que le maintien de l’esclavage est le principal moteur de la guerre d’indépendance – cette liste n’est pas exhaustive.

Les auteurs du contre-projet 1776 soutiennent a contrario que les inégalités structurelles qui persistent aux États-Unis résultent moins d’un problème de race que d’une logique de classes. Aussi, sont-ils pour le moins hostiles à un mouvement comme Black Lives Matter et les concepts qu’il charrie : appropriation culturelle, privilège blanc, racisme institutionnel, fragilité blanche. Selon eux, cette grille de lecture ethnocentrée est une machine à créer du ressentiment et de la culpabilité, là où la solution se trouve dans la solidarité interraciale.

Deux semaines après la mort de George Floyd et les émeutes raciales qui s’en sont ensuivies, la confrontation entre ces deux visions résonne avec une certaine acuité. Au fond, les États-Unis ont désormais le choix entre deux projets de société : le premier, pétri de “bonnes intentions” — donc de racisme compassionnel – considère les afro-américains comme un bloc monolithique d’individus, victimes par essence et mus par les mêmes aspirations. Le second, refuse les assignations identitaires, croit au libre arbitre et défend une vision unitaire de la société. Entre le New York Times et l’universalisme, il faut choisir.

An excerpt from “Shame”

Shelby Steele

1776

When I traveled to Africa back in 1970, it was partly because I had been more and more seduced by this great looming idea of America’s characterological evil. It was such a summary judgment, and, at the time, still new and audacious. It had not existed in the original civil rights movement of the 1950s and early 1960s. Martin Luther King Jr. had never charged America with an inherent and intractable evil. He had lived in good faith with America, believing in reform and the innate goodwill of the American character, even as he also lived under constant threat of assassination. Still, when his assassination actually came to pass—with almost macabre predictability—young blacks, like myself (and many whites as well), saw it as a final straw. The evil character of America would always prevail over decency.

I came of age—in my early twenties—precisely when this idea began to take hold. Suddenly it was everywhere among the young. Belief in America’s evil was the new faith that launched you into a sophistication that your parents could never understand. And in linking you to the disaffection of your generation, it made youth itself into a group identity that bore witness to the nation’s evil and that, simultaneously, embraced a new “counterculture” innocence. Coming out of this identity, you owed nothing to your parent’s conventional expectations for your life. You could go to medical or law school if you wanted, but you could also roll in the mud at Woodstock, do drugs, or join a commune.

A result of this generation’s explicit knowledge of America’s historical evils was to make social and political morality a more important measure of character than private morality. In the 1950s, your private morality was the measure of your character; in the 1960s, your stance against war, racism, and sexism became far more important measures—so important that you were granted a considerable license in the private realm. Sleep with whomever you wanted, explore your sexuality, expand your mind with whatever drug you liked, forgo marriage, follow your instincts and impulses as inner truths, enjoy hedonism as a kind of radical authenticity. The only important thing was that you were dissociated from American evil. Dissociation from this evil became a pillar of identity for my generation.

But I was from the working class. I had put myself through college. I couldn’t afford to bank my life on the dramatic notion that America was characterologically evil unless it was actually true. Africa was a continent full of new countries that had banked their fate on precisely this view of their former oppressors. I wanted to see some of these countries then led by a generation of charismatic men who had won hard-fought revolutions against their Western oppressors—Jomo Kenyatta of Kenya, Kwame Nkrumah of Ghana, and Léopold Sédar Senghor of Senegal. They were all seen as redeemers— redeemers—the selfless founding fathers of newly independent nations. And, having thrown off the yoke of colonialism, there was the expectation that their countries would begin to flourish.

But in fact, they were not flourishing. We left Algeria in the middle of the night and landed the next morning on the other side of the Sahara Desert in Lagos, Nigeria, where we—along with all the passengers on our flight—were held at gunpoint in the airport for several hours for mysterious reasons having to do with the Biafran War. Finally, we made it to Nkrumah’s Ghana, which only looked more and more bedraggled and directionless—a sharp contrast to the revolutionary glory that Kwame Nkrumah had projected around the world. (Kwame was fast becoming a popular name for male babies among black Americans.) Food was scarce and unrelievedly bad even in the American hotel in the capital city of Accra. You saw chickens pecking for food in open sewers, and then at dinner, you wondered at the gray meat on your plate smothered in nondescript brown gravy. Then there were ten days in Dakar, Senegal, where Senghor, the father of “negritude,” was president. But it wasn’t “negritude” that made Dakar a little more bearable than Accra. There were still some French there, and it was their fast-fading idea of Dakar as an African Paris that meant better food and the hint of café society.

The Africa we saw was, at best, adrift. The Africans themselves—as opposed to the Middle Eastern and European shopkeepers and middlemen—looked a little abandoned. Today I would say they were stuck in placelessness. They obviously didn’t want to go back to their colonial past, yet, except for a small, educated elite, they had no clear idea of how to move into the future. They had wanted self-determination, but they had not been acculturated to modernity. How does one do self-determination without fully understanding the demands of the modern world?

In Dakar, an enterprising middle-aged man—someone who would surely have owned his own business had he been born in America—appeared every day outside our hotel trying to sell us the same malformed and unfinished wooden sculpture. Every day a different story and a different price attached to this “sculpture.” The man was charming and quick, but I also sensed anger and impatience just beneath the surface. He scared me a little. One morning, out of sheer frustration, I gave him five dollars (a lot of money then), but then walked away without taking the sculpture. Within a minute, I felt a tug on my sleeve. Angrily, he pushed the money and the ugly little sculpture back into my hands—as if to be rid of not only me but also a part of himself he couldn’t stand. Then he stormed off. I had hurt his pride, and I felt terrible. I chased him down, gave him the money again, and took the sculpture (which I have to this day). His umbrage was still visible, but he accepted the deal.

In 1970, I had no way of understanding an encounter like this. Now a few things are clear. I was conspicuously American. My voluminous Afro only drove that point home. Thus I was an emissary from modernity itself. When I gave him money without taking his sculpture, I didn’t just devalue him and his culture; I virtually mocked his historical circumstance by reminding him of what he already knew: that he was outside of history, that he was not of the modern world and had nothing really to offer me that I wanted or needed. Yes, the world by then knew that African art could be world-class. Picasso, among others, had brought its genius to the West. But he would not have known about Picasso or even much about the art of woodcarving within his own culture. He wanted to be a tradesman, a businessman. But his ignorance even of what he was selling sabotaged his entrepreneurialism. So when I gave him money but rejected his statue, I treated him like a beggar to whom one gives alms, not like a businessman.

And wouldn’t a man like this—and the millions like him all across Africa, the Middle East, and the Third World generally—soon be in need of a politics to fight back with. Wouldn’t he need a political identity that lessened the sting of his individual humiliation by making him a member of an aggrieved collective? Wouldn’t some ideology or other—nationalism, cultural nationalism, pan-Africanism, some version of Marxism, negritude, Islamism, jihadism, any idea of “unity” that merges the individual with the group—come into play to console individual alienation by normalizing it, by making it a collective rather than individual experience? Your humiliation does not reflect on you. You languish outside of history—hawking shapeless pieces of ebony on the streets of Dakar—because you belong to a people who were pushed out of history and exploited, first by colonialism and then by neocolonialism.

Placelessness literally demands a political identity that collectivizes people, one that herds them into victim-focused identities and consoles them with a vague myth of their own human superiority. Léopold Senghor, the first president of newly independent Senegal and the father of “negritude,” said, “Far from seeing in one’s blackness inferiority, one accepts it; one lays claim to it with pride; one cultivates it lovingly.” Marcus Garvey, a popular racialist black American leader in the 1920s, said, “Negroes, teach your children that they are the direct descendants of the greatest and proudest race who ever peopled the earth.” The Islamic extremism that so threatens the world today operates by the same formula: devout followers of Allah are superior to their decadent former oppressors (mere infidels) in the West. The feminism that came out of the 1960s argued that if women were victimized by male chauvinism, they were also superior to men in vital ways. (“If women ruled the world there would be no wars” was a feminist mantra in the 1970s.)

All these identities assign a “place” against the experience of placelessness by giving the formerly oppressed an idea both of their victimization and their superiority. This “places” them back into the world and into the flow of history. You are somebody, these identities say. You were simply overwhelmed by your oppressor’s determination to exploit you. Thus the consoling irony at the heart of victimization: you possess inherent human supremacy to those who humiliated you.

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But there is a price for this consolation: all these victim-focused identities are premised on a belief in the characterological evil of America and the entire white Western world. This broad assumption is the idea that makes them work, which makes for that sweet concoction of victimization and superiority. So the very people who were freed by America’s (and the West’s) acknowledgment of its past wrongs then made that acknowledgment into a poetic truth that they could build their identities in reaction to. Once America’s evil became “poetic” (permanently true), the formerly oppressed could make victimization an ongoing feature of their identity—despite the fact that their actual victimization had greatly declined.

And think of all the millions of people across the world who can find not only consolation in such an identity but also self-esteem, actual entitlements, and real political power—and not just the poor and dark-skinned people of the world but also the Park Avenue feminist, the black affirmative-action baby from a well-heeled background, and white liberals generally who seek power through an identification with America’s victims. Today, all these identities are leverage in a culture contrite over its past.

The point is that these identities—driven by the need for “place,” esteem, and power—keep the idea of American/ Western characterological evil alive as an axiomatic truth in the modern world, as much a given as the weather. In other words, this charge of evil against the white West is one of the largest and most influential ideas of our age—and this despite the dramatic retreat of America and the West from these evils. The scope and power of this idea—its enormous influence in the world—is not a measure of its truth or accuracy; it is a measure of the great neediness in the world for such an idea, for an idea that lets the formerly oppressed defend their esteem, on the one hand, and pursue power in the name of their past victimization, on the other. It is also an idea that gave a contrite white America (and the Western world) new and essentially repentant liberalism.

In this striking vision of the white Western world as characterologically evil, both the former dark-skinned victims of this evil and its former white perpetrators found a common idea out of which to negotiate a future. This vision restored esteem to the victims (simply by acknowledging that they were victims rather than inferiors) and gave them a means to power; likewise, it opened a road to redemption and power for the former white perpetrators. This notion of America’s characterological evil became the basis of a new social contract in America.

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Not much of this was clear to me in 1970 as we traveled through Africa. But one thing did become clearer as the trip progressed. Back home, I had been flirting with real radicalism—not radicalism to the point of violence, but radicalism nonetheless. For me that meant living a life that would presume America’s evil and that would be forever disdainful toward and subversive of traditional America. It meant I would be a radical liberal living in bad faith with my country—“in it but not of it,” as we used to say back then. So here in my early twenties I genuinely wondered if the subversive life wasn’t the only truly honorable life. Wouldn’t it be “selling out” (the cardinal sin of the counterculture) to look past America’s evil and cast my fate in the mainstream?

On some level I knew, even at the time, that the trip to Africa was an attempt to resolve this dilemma. I wanted to see real radicalism in the faces of people in a society where it had actually come to hold sway. I wanted to see what it looked like as a governing reality in a real society. And this is pretty much what I accomplished on that trip. I didn’t understand placelessness at the time, or the pursuit of esteem through grandiose identities. But, beginning with our encounter with the Black Panthers in Algiers, I knew that I was seeing what I needed to see. And I began to feel a growing certainty within myself. My dilemma was resolving itself. The more we traveled—a month and a half in all—the firmer my certainty became. And when we at last boarded the plane in Dakar headed for New York, I felt at peace. I was clear. The American mainstream would be my fate.

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The clarity I found that trip was based on one realization: I learned that America, for all its faults failings, was not intractably evil. In the Black Panther villa in Algiers, on those balmy afternoons eating the local shrimp, I spent time with the people who banked their entire lives on America’s inherent evil—and on the inherent evil of capitalism. On one level, they were glamorous figures, revolutionaries ensconced in a lavish villa provided by the new radical government of Algeria. The impression was of a new and more perfect world order just around the corner, and these special people with the moral imagination to see it coming would soon be marching in victory.

Yet I could see that as human beings they were homesick and in despair. As revolutionaries, they were impotent and hopelessly lost. It was like seeing a pretty woman whose smile unfolds to reveal teeth black with rot. They had no future whatsoever, and so they were chilling to behold. We had all grown up in segregation. We all had war stories. And we all had legitimate beefs against America. But to embrace the idea that America and capitalism were permanent oppressors was self-destructive and indulgent. It cut us off from both the past and the future.  It left us in the cul-de-sac of placelessness, though I could not have described this way at the time. But I could see even then that someone like DC had gotten himself into the same cul-de-sac as the street hawker selling chunks of wood as art in Dakar. They were both languishing in a truly existential circumstance. And they were both consoled by a faith in the evil of America and the West.

Looking back, I now think of DC as a cautionary tale, an essentially softhearted man who had allowed himself to be captured by a bad idea—that his country was irretrievably evil.  Unlike most other Black Panthers, he ended up living and long—if strained—life. Soon after I met him, the Algerian government began to tire of supporting the Black Panthers in their fast-fading glory while so many Algerians languished in poverty. At the end of July 1972, another American black, George Wright, along with four other men and women, hijacked a plane in America en route to Miami and then extorted a $1 million ransom from the Federal Bureau of Investigation. The hijackers ordered the pilots to take them to Boston and then Algeria. Eldridge Cleaver wanted the money and wrote an open letter to Houari Boumediene, the president of Algeria, in effect asking the government to continue supporting the cause of black American liberation. But the Algerian government recovered the ransom money and returned it to American authorities. Algeria’s romance with the black American revolutionaries was over.

DC, who by then had made hay of his French lessons, made his way to France, where he lived for the rest of his life in exile from America and the San Francisco Bay Area that he so loved.  Wanted always by the FBI, he lived an underground life even in France. He worked as a house painter in Paris and did other odd jobs. He ended up in Camps-sur-l’Agly, France, where, at the age of seventy-four, after a day spent working in his garden, he apparently died in his sleep.

I was lucky.  After one of my radical kitchen-table rants against America toward the end of the 1960s, my father—the son of a man born in slavery—had said to me: “You know, you shouldn’t underestimate America. This is a strong country.” I protested, started on racism once again. He said, “No, it’s strong enough to change. You can’t imagine the amount of change I’ve seen in my own lifetime.

Voir encore:

“Taking a knee” to the destroyers of worlds

Over the years, I have repeatedly warned in these columns that the refusal of the political establishment to defend the integrity of the western nation and its culture has opened the way for noxious forces to occupy the vacuum.

We’ve seen this in both the spread through the west of jihadi Islam and the rise across Europe of political parties and groups with racist or fascist backgrounds and antecedents.

In the current convulsions triggered by the violent death of George Floyd in American police custody, this baleful development has reached a crisis point.

As The Times reports today, thuggish groups across the country have begun organising to “protect” monuments and war memorials after statues of Winston Churchill and Queen Victoria were defaced, the Cenotaph in London attacked and other statues, including the one of Sir Francis Drake in Plymouth, vandalised.

This isn’t remotely surprising. The establishment is effectively standing back from, or even condoning or actively assisting, a sustained and organised onslaught which is taking place against not just a number of stone images but a culture’s historic memory.

The stage is therefore set for a confrontation in which violent thugs from the right pitch themselves against violent thugs from the left – with the political establishment having fled the cultural battleground in order to cower, wringing its hands, at a distance.

Following the toppling and dumping in Bristol harbour of the statue of slave trader and philanthropist Edward Colston, an act of vandalism and criminal damage with which the area’s police superintendent sympathised and about which he said the police were right to do nothing, an activist group called “Topple the Racists” has drawn up a list of about 60 memorials associated with slavery or colonialism which it wants destroyed. Falling meekly or even enthusiastically into line, 130 local councils run by the Labour party are to consider which ones they think should be removed on the grounds of “inappropriateness”.

In 2001 in Afghanistan, the Taliban pulled down ancient statues including the world’s tallest standing Buddhas. This was greeted with utter horror in the west. It rightly described the outrage as a crime against historical memory, an attempt to destroy a culture by erasing the evidence of its history and replacing that culture by a fanatical dogma that brooked no challenge.

Yet now the British establishment is kow-towing to a movement which is behaving like the Taliban, pulling down statues and other artefacts in order to erase aspects of British history as the product of a rotten society that’s institutionally racist and so must be supplanted by another.

The death of Floyd, under the the knee of a police officer who pressed down on his neck for almost nine minutes, was shocking and it’s right that this officer and three others involved in this death are being brought to justice.

And of course there’s racial prejudice in Britain. But so there is in every single society, in the developing world as well as in the west. Slavery was not invented by the west but has been practised across the world. It was the British and Americans who, having participated in it, eventually abolished it in their societies, while it remains practised in parts of the developing world even today.

The smear that the west is institutionally racist is designed to both facilitate and obscure the real agenda of overturning capitalist society because it is white and therefore deemed intrinsically evil – which of course is itself a racist agenda.

Yet instead of resisting this ignorant and wicked movement, its appeasers have been literally abasing themselves before the mob.

In the past, violent anti-white racism was represented by the black power movement. Despite the support of certain posturing celebrities, black power activists were generally perceived as dangerous, violent, far-left troublemakers. It would have been unthinkable for mainstream British politicians, let alone the police, to give the clenched fist black power salute. That would have been regarded as treasonous insurrection.

Yet an updated version of this is precisely what’s been happening in Britain. The new Labour Party leader, Sir Keir Starmer, and his deputy, Angela Rayner, released a picture of themselves supporting Black Lives Matter, the activist group behind many of these demonstrations, by “taking the knee”, the gesture promoted by certain black American footballers to show their contempt for white society and America.

In similar fashion, no less than the chief constable of Kent “took the knee” along with numerous other police officers – some as the direct result of mass bullying. At Oriel college, Oxford, which for years has been resisting a campaign to remove its statue of Cecil Rhodes, demonstrators renewing their campaign chanted “Kneel, kneel, kneel” – and a police officer duly sank down on one knee.

These people have all been literally kneeling down in submission to an ideology which is anti-white and anti-west – and at the direction of Black Lives Matter, a racist, anti-white, anti-west violent revolutionary movement whose aim is the overthrow of white western society.

These images of the British police symbolically capitulating to the erasure of British history and the defamation of the west have furnished sickening evidence that many of those tasked with protecting society have surrendered instead to cultural terrorism.

Meanwhile, anyone who opposes this dogma of black victimology and points out the defamatory lies at its core will be called a racist and their livelihood placed in jeopardy.

In America, people are losing their jobs for even questioning any of this. The prominent footballer Drew Brees, who despite publicly opposing racism also opposed taking a knee during the playing of the national anthem on the grounds that he would “never agree with anybody disrespecting the flag of the United States of America”, was forced to apologise in a display of ritual humiliation.

On Twitter, the malevolent, the moronic and the mentally unhinged are out in force similarly seeking to intimidate, smear and ruin any who stand up to this cultural totalitarianism.

And then there’s the deeply sinister Commission for Diversity in the Public Realm set up by London’s mayor, Sadiq Khan, to consider the appropriateness of the capitals’ statues, murals, street names and other memorials.

Channelling Mao, the Taleban and the French revolutionary terror, Mayor Khan can surely leave no-one in any doubt that this committee will reduce diversity by aiming selectively to erase those bits of British history of which it disapproves. In Khan’s words: “…our statues, road names and public spaces reflect a bygone era. It is an uncomfortable truth that our nation and city owes a large part of its wealth to its role in the slave trade…”

So the Mayor of London now stands revealed as someone who hates his nation. For if it was indeed created, as he so misleadingly claims, by a great evil then how can it be anything other than evil itself? Feeling at last the wind in his sails supplied by the rage and contempt of the mob on the streets, he intends to abolish the nation’s birthright to the evidence of its own past and construct its future in the image he will determine.

So will this commission erase memorials to all historic British figures with an obnoxious side to their achievements? Will its destroy the statues of the Labour politicians Keir Hardie or Ernest Bevin, or Karl Marx, who were all antisemites?

Or the playwright George Bernard Shaw who promoted eugenics? Or the parliamentary titan Oliver Cromwell who massacred the Irish? Or Britain’s greatest Liberal prime minister, William Gladstone, whose family, like so many prominent people in previous, very different era was involved in slavery?

That last question already has an answer. Liverpool university has agreed yesterday to rename its Gladstone Hall, which houses student accommodation. Bim Afolami, the Tory MP for Hitchin and Harpenden, tweeted in response: “This is all going completely nuts. When will this stop??”

When indeed. As George Orwell wrote in 1984 about a state under totalitarian tyranny: “Every record has been destroyed or falsified, every book rewritten, every picture has been repainted, every statue and street building has been renamed, every date has been altered. And the process is continuing day by day and minute by minute. History has stopped. Nothing exists except an endless present in which the Party is always right.”

Or as the future US president Ronald Reagan said even more pertinently in 1975: ‘If fascism ever comes to America, it will come in the name of liberalism”.

Well, here it is, on both sides of the pond.

Bad things happen not just because bad people do them but because otherwise decent people lack the courage to stop them; or because they indulge in fantasies that the agenda is basically good but has been “hijacked” by a few thugs; or that they agree with the ends but purse their lips at the violent means; or because of a myriad other excuses that the spineless and the misguided always provide for “taking a knee” to the destroyers of worlds.

Voir enfin:

EXCLUSIVE: A new start turns to a tragic end for George Floyd, who moved to Minneapolis determined to turn his life around after being released from prison in Texas

George Floyd moved to Minnesota to start a new life shortly after being released from prison in Texas, but his pursuit of a better life ended tragically when he died during a violent arrest, according to court records obtained by DailyMail.com.

Floyd was left gasping for breath when a white officer kneeled on his neck for eight minutes while arresting him for allegedly paying with a fake $20 bill at a convenience store on Monday evening.

All four cops involved in his arrest have been fired as outraged citizens across the country demand they be charged over the father-of-two’s death.

None of the officers could have been aware of Floyd’s more than a decade-old criminal history at the time of the arrest.

The 46-year-old moved to the city in 2014 and worked as a bouncer at a local restaurant, leaving behind his past in the Houston area.

Floyd had made changes to his lifestyle and a recent video has emerged of him pleading with younger generations to make good choices and to stop gun violence.

He had been there himself years ago, first being arrested in his 20s for theft and then a later arrest for armed robbery before he turned his life around.

George Floyd moved to Minnesota to start a new life shortly after being released from prison in Texas, but his pursuit of a better life ended tragically when he died during a violent arrest, according to court records obtained by DailyMail.com

Floyd had been sentenced to five years in prison in 2009 for aggravated assault stemming from a robbery where Floyd entered a woman’s home, pointed a gun at her stomach and searched the home for drugs and money, according to court records

Floyd had at least five stints in jail. In one of the charging documents, officials noted Floyd had two convictions in the 1990s for theft and delivery of a controlled substance, but it is not clear if Floyd served any time for either of those offenses

Floyd had at least five stints in jail. In one of the charging documents, officials noted Floyd had two convictions in the 1990s for theft and delivery of a controlled substance, but it is not clear if Floyd served any time for either of those offenses

All four cops involved in his arrest have been fired as outraged citizens across the country demand they be charged over the father-of-two’s death. None of the officers could have been aware of Floyd’s more than a decade-old criminal history at the time of the arrest

Floyd had moved to Minneapolis in 2014 to start fresh and find a job but was left gasping for breath when a white officer knelt on his neck for eight minutes while arresting Floyd for allegedly paying with a fake $20 bill at a convenience store on Monday evening

The final straw for Floyd came after serving five years in prison in 2009 for aggravated assault stemming from a robbery in 2007 where he entered a woman’s home, pressed a gun into her stomach and searched the home for drugs and money, according to court records.

Floyd pleaded guilty to the robbery where another suspect posed as a worker for the local water department, wearing a blue uniform in an attempt to gain access to the woman’s home, according to the charging document.

But when the woman opened the door, she realized he was not with the water department and attempted to close the door, leading to a struggle.

At that time, a Ford Explorer pulled up to the home and five other males exited the car and went up to the front door.

The report states the largest of the group, who the victim later identified as Floyd, ‘forced his way inside the residence, placed a pistol against the complainant’s abdomen, and forced her into the living room area of the residence.

‘This large suspect then proceeded to search the residence while another armed suspect guarded the complainant, who was struck in the head and sides by this second armed suspect with his pistol while she screamed for help.’

Not finding any drugs or money at the house, the men took jewelry and the woman’s cell phone and fled in their car. A neighbor who witnessed the robbery took down the car’s license plate number.

Later, police tracked down the car and found Floyd behind the wheel. He was later identified by the woman as the large suspect who placed a gun against her stomach and forced her into her living room, the document states.

The 46-year-old was working as a bouncer at a local restaurant and known in local music circles, leaving behind his past in the Houston area where he had just been released from jail

Floyd served 10 months at Harris County jail for a theft offense

Floyd pleaded guilty to the first degree felony and was sentenced in April 2009 to five years in prison.

Prior to that, Floyd was sentenced to 10 months in state jail for possession of cocaine. He had been charged in December 2005 for having less than one gram of the controlled substance.

However, a few months later the charge was updated to possession with intent to deliver a controlled substance, amending the amount Floyd allegedly had to more than four grams of cocaine.

But according to court records, Floyd was able to have the charge reverted back to possession of cocaine less than a gram.

Floyd had two other cocaine offenses, receiving an eight month-sentence stemming from an October 2002 arrest and was sentenced to 10 months from a 2004 arrest.

Floyd was arrested in April 2002 for criminal trespassing and was sentenced to 30 days in jail.

He did another stint for theft with a firearm in August 1998. He served 10 months at Harris County jail.

In one of the charging documents, officials noted Floyd had two convictions in the 1990s for theft and delivery of a controlled substance, but it is not clear if Floyd served any time for either of those offenses.

Despite his checkered past, it seems that Floyd had turned his life around before his death on Monday. A heartbreaking video emerged online of Floyd encouraging the younger generation to put an end to gun violence

Floyd was arrested in April 2002 for criminal trespassing and was sentenced to 30 days in jail

After his last arrest in 2007, Floyd moved to Minneapolis in 2014 shortly after his prison release.

Christopher Harris, one of Floyd’s lifelong friends, said Floyd moved to the city to start over to find a job, telling the Atlanta Journal Constitution: ‘He was looking to start over fresh, a new beginning. He was happy with the change he was making.’

Indeed, it seems that Floyd had turned his life around before his death on Monday.

A heartbreaking video emerged online of Floyd encouraging the younger generation to put an end to gun violence.

The undated video was circulated on Twitter on Wednesday as protesters descended on the streets of Minneapolis for a second night calling for the arrest of the cops involved in his death.

Floyd is seen addressing the camera directly as he speaks out about the need for gun violence to end.

‘It’s clearly the generation after us that’s so lost, man,’ he says before telling them to ‘come home’.

Christopher Harris, one of Floyd’s lifelong friends, said Floyd moved to the city to start over to find a job, telling the Atlanta Journal Constitution: ‘He was looking to start over fresh, a new beginning. He was happy with the change he was making’

Floyd, a father of two, died after a white police officer knelt on his neck for eight minutes in an incident that was captured on video and has sparked violent protests and riots in the city that left one looter dead.

In widely circulated footage of his arrest, Floyd was seen on the ground with his hands cuffed behind his back as white officer Derek Chauvin pinned him to the pavement until he lost consciousness and later died.

Minneapolis Mayor Jacob Frey said on Thursday that he considers Floyd’s death to be a murder.

‘I’m not a prosecutor, but let me be clear. The arresting officer killed someone,’ he told CBS.

‘He’d be alive today if he were white.’ The facts that I’ve seen, which are minimal, certainly lead me down the path that race was involved.’

 

Voir enfin:

Chronique enthousiaste : Gilet-jaunisation aux USA

L’Ere du peuple

Hourra ! Le peuple des États-Unis est en ébullition. Eh ! Vous ! Ceux qui avez trouvé la révolution citoyenne au Soudan trop exotique pour vous concerner, la révolution citoyenne à Beyrouth et à Alger trop arabes, celle du Chili trop latino, celle de Hong-Kong trop asiatique pour vous représenter ! Vous qui ne savez pas qu’il existe des synchronies discrètes mais avérées entre l’Argentine ou le Chili et la France, entre les Caraïbes et l’Île-de-France, entre Dakar et Paris, voyez ! voyez ! L’ère du peuple joue de la grosse caisse à Washington et la révolution citoyenne est dans les rues de New York. La gilet-jaunisation est entrée au cœur de l’Empire. Voici que surgissent des millions de chômeurs, des abandonnés privés de tout accès aux réseaux collectifs sans lesquels la vie est impossible, humiliés à longueur d’année par des flics racistes, manipulés par des politiciens sans conscience. Ils forment désormais un volcan qui vient de faire sa première éruption. Et ce n’est que le début d’une histoire qui va durer.

Non, les USA ne sont pas le roc qu’ils donnent à voir. Remontent en moi les souvenirs. Ma génération a pu voir les USA quitter leur ambassade à Saïgon dans une totale débandade, jeter à la mer hélicoptères et avions par-dessus bord de leurs navires de guerre parce que leurs collaborateurs locaux avaient tout envahi. Nous avons vu les USA qui avaient promis de « ramener le Vietnam à l’âge de la pierre » selon l’expression de l’abject général Westmorland, les USA vaincus à plate couture par l’inflexible patriotisme du petit peuple et de ses bodoïs, gazés, napalmisés, massacrés en masse et en détail. Le peuple américain peut tout lui aussi.

Bon d’accord, je ne retiens pas ce rire moqueur qui me vient. C’est celui d’un « Frenchie surrender », putois notoire et ses French fries. Car c’est ainsi que nous avons été caricaturés aux USA depuis notre refus de participer à leur lamentable deuxième guerre du Golfe. L’état d’esprit anti-français se déchaina alors jusqu’à l’absurde : vider des bouteilles de vin dans les égouts et vouloir rebaptiser les frites, de « French fries » en je ne sais quoi. Oui la rigolade : voir la Maison blanche s’éteindre pour devenir invisible pendant que le président Trump se cache à la cave ! « Salut Trump tu as le bonjour de Cuba, de Venezuela, de Salvador Allende, de Patrice Lumumba, et même du Che » ! Sans oublier Edgard Snowden, Julian Assange et les torturés de Guantanamo, les asphyxiés du waterboarding, le supplice de la baignoire, qui ne serait pas une torture puisque l’actuelle cheffe de la CIA la pratiquait elle-même il y a peu ! À son tour : à la cave ! Le persécuteur des peuples dans le noir ! Ce n’est pas cher payé pour l’instant.

Retenez ceci comme un avis d’observateur de longue date : tout ce qui advient aux USA arrive ensuite chez nous dans la décennie qui suit. Parfois plus vite. Qu’il s’agisse des modes, de la politique ou de faits sociaux. Le fin tissu qui nous unit n’est pas seulement économique, militaire ou ce que l’on voudra. Il est continuellement alimenté par les séries télévisées, le cinéma, les matrices narratives, les images de référence. Que cela plaise ou non, qu’on soit d’accord ou pas, il s’agit d’un effet de système profondément ancré. On peut ne pas s’être rendu compte que toutes les social-démocraties européennes répétaient soudainement les mantras clintonistes, ne pas avoir vu Sarkozy répéter en boucle à Rome et à Ryad les absurdités du « choc des civilisations » et ne pas savoir que l’autrice qui écrivait les discours, Emmanuelle Mignon les recopiait directement de Samuel Huntington, ne pas avoir vu le sommet du quai d’Orsay virer néo-conservateur. Mais quand les émeutes urbaines ont éclaté en France, quand on a vu Halloween et Black Friday occuper des millions d’esprits superficiels qui voudraient vivre comme dans une série US ? Non : rien ? Peut-être même qu’il en est encore pour ne pas savoir que Cédric Chouviat est mort d’un geste de policier comme celui commis contre Georges Floyd et que personne n’a été ni suspendu ni inculpé de quoi que ce soit. Et Adama Traoré et… et… Zineb Redouane, vieille dame abattue à sa fenêtre et qui est morte parait-il non de la grenade qu’elle a reçue dans la figure au quatrième étage à Marseille mais d’un arrêt du cœur imprévisible sur la table d’opération !… Peut-être d’autres n’ont-ils pas remarqué que les éborgnements de manifestants ne sont pas des bavures mais un fait désormais universel.

Au fond, peu importe. Aucune alerte, aucune mise en garde n’aura jamais rien produit dans notre pays à part des heures de prêchi-prêcha haineux contre toute forme d’opposition et de dénigrement personnalisé contre les fortes têtes pourchassées sans répit les Jérôme Rodriguez, Taha Bouhafs, Drouet, Dufresne, Wamen et ainsi de suite et pour finir avec Camélia Jordana. Je ne sais comment dire combien cela me désole. Car la suite est écrite. Et ceux qui me lisent savent la lire.

Aux USA, le fil des révolutions citoyennes est resté net : fermentation politique longue depuis Occupy et les Anonymous, évènement fortuit (la mort de Georges Floyd), union sans parti ni représentant, revendication égalitaire (« la vie des Noirs compte »), mobilisation universaliste, non communautaire pour la première fois depuis longtemps, mot d’ordre polysémique fédérateur (« je ne peux plus respirer »). Oui mais voilà : il s’agit des USA et de la première saison de l’après Covid-19. Elle ouvre la crise sociale monstrueuse qui va déferler. Les USA déjà désemparés, inondés de dollars de planche à billets, sans projet collectif, labourés par les socs contraires du petit peuple social et du petit peuple facho. Les USA paralysés par la gélatine du parti démocrate qui a eu la peau de Sanders pour ce néant qu’est Joe Biden. Les USA où les latinos seront dans une poignée d’années la plus importante minorité devant les afro-américains et les beaux blancs protestants. Les USA où le catholicisme sera bientôt la première religion chrétienne du pays modifiant ainsi la matrice spirituelle d’un pays où la religion est sur chaque billet de banque avec la formule « in God we trust ». Les USA et leur dollar bidon, leur État fédéral bringuebalant. Bref, les USA chancelant vont faire vaciller le monde. Trump voudrait interdire les anti-Fas, pendant que des miliciens d’extrême-droite en armes défilent dans les rues. Ils contrôlent ici ou là et les passants, comme nos identitaires dans le métro de Lyon et dans des bus à Lille pendant que les castors pyromanes pérorent loin de toute réalité « faire barrage ! faire barrage ! ».

Les événements nord-américains sont décisifs. Ils nous obligent à faire un point réaliste. Si l’extrême droite « suprémaciste » l’emporte aux USA, ce sera bien autre chose que ce qu’elle a déjà fait en Pologne, Hongrie, Autriche, au Brésil, en Inde ou aux Philippines. Si les nôtres se donnent une expression politique capable d’être majoritaire, tout devient possible dans la civilisation humaine. Ayez grand soin de vous monsieur Bernie Sanders ! L’Histoire ne ferme jamais boutique.

Voir par ailleurs:

Dr. King’s Error
Walter Lippman
NYT
April 7, 1967

In recent speeches and statements the Rev. Dr. Martin Luther King Jr. has linked his personal opposition to the war in Vietnam with the cause of Negro equality in the United States. The war, he argues, should be stopped not only because it is a futile war waged for the wrong ends but also because it is a barrier to social progress in this country and therefore prevents Negroes from achieving their just place in American life.

This is a fusing of two public problems that are distinct and separate. By drawing them together, Dr. King has done a disservice to both. The moral issues in Vietnam are less clear-cut than he suggests; the political strategy of uniting the peace movement and the civil rights movement could very well be disastrous for both causes.

Because American Negroes are a minority and have to overcome unique handicaps of racial antipathy and prolonged deprivation, they have a hard time in gaining their objectives even when their grievances are self-evident and their claims are indisputably just. As Dr. King knows from the Montgomery bus boycott and other civil rights struggles of the past dozen years, it takes almost infinite patience, persistence and courage to achieve the relatively simple aims that ought to be theirs by right.

The movement toward racial equality is now in the more advanced and more difficult stage of fulfilling basic rights by finding more jobs, changing patterns of housing and upgrading education. The battle grounds in this struggle are Chicago and Harlem and Watts. The Negroes on these fronts need all the leadership, dedication and moral inspiration that they can summon; and under these circumstances to divert the energies of the civil rights movement to the Vietnam issue is both wasteful and self-defeating. Dr. King makes too facile a connection between the speeding up of the war in Vietnam and the slowing down of the war against poverty. The eradication of poverty is at best the task of a generation. This « war » inevitably meets diverse resistance such as the hostility of local political machines, the skepticism of conservatives in Congress and the intractability of slum mores and habits. The nation could afford to make more funds available to combat poverty even while the war in Vietnam continues, but there is no certainly that the coming of peace would automatically lead to a sharp increase in funds.

Furthermore, Dr. King can only antagonize opinion in this country instead of winning recruits to the peace movement by recklessly comparing American military methods to those of the Nazis testing « new medicine and new tortures in the concentration camps of Europe. » The facts are harsh, but they do not justify such slander. Furthermore, it is possible to disagree with many aspects of United States policy in Vietnam without whitewashing Hanoi.

As an individual, Dr. King has the right and even the moral obligation to explore the ethical implications of the war in Vietnam, but as one of the most respected leaders of the civil rights movement he has an equally weighty obligation to direct that movement’s efforts in the most constructive and relevant way.

There are no simple or easy answers to the war in Vietnam or to racial injustice in this country. Linking these hard, complex problems will lead not to solutions but to deeper confusion.

Voir par ailleurs:

DC Riots and Bishop Mariann Budde’s Selective Episcopal Outrage

Jeffrey Walton
Juicy Ecumenism
June 2, 2020
Episcopal Diocese of Washington Bishop Mariann Budde has worked her way into a froth over a photo opportunity by President Trump.Lafayette Square across from the White House was cleared Monday evening of Black Lives Matter protesters (with the use of either tear gas or smoke canisters, depending on which report you read) seemingly for the purpose of facilitating Trump’s walk to St. John’s Episcopal Church for the photo op. Reports from the Washington Post describe Trump briefly standing in front of the church with Bible in hand, but neither entering the building nor speaking with anyone nor opening the Bible, which apparently signaled something at merely being raised like a talisman.

Workers install temporary plywood to protect windows from damage at the parish house of St. John’s Episcopal Church in Washington, D.C. on Tuesday, June 2, 2020 (Photo: Jeff Walton/IRD)

“I am outraged,” Budde told the Post about Trump’s posturing in an interview a short time later, pausing between words to emphasize her anger as her voice slightly trembled. She had nothing critical to say about the burning of one of her churches, which according to the parish vestry incurred about $20,000 in damages, mostly to the church nursery.

“This evening, the President of the United States stood in front of St. John’s Episcopal Church, lifted up a bible, and had pictures of himself taken. In so doing, he used a church building and the Holy Bible for partisan political purposes,” Tweeted Episcopal Church Presiding Bishop Michael Curry. “This was done in a time of deep hurt and pain in our country, and his action did nothing to help us or to heal us.”

The prominent St. John’s Parish House located on Lafayette Square had been briefly set afire the night before, after peaceful protesters headed home for a District of Columbia curfew.

Some who remained in defiance of the curfew threw rocks at windows in the adjacent U.S. Department of Veterans Affairs building and spray painted a nearby statue of Revolutionary War hero Tadeusz Kościuszko with profanity. Most of the damage appeared directed at a small building that houses park bathrooms. A number of storefronts in the downtown, Georgetown and Tenleytown neighborhoods were also vandalized, including a hair salon and a looted sandwich shop owned by Pakistani immigrants directly below IRD’s downtown offices.

A brief walk around the St. John’s building this afternoon showed graffiti had largely been removed and windows were proactively boarded up to prevent any further damage. A pole with an American flag had been yanked off the building and thrown into a fire by protesters, but little else was noticeably amiss.

Would Budde have given a similar pass if right-wing protesters had done the same? the bishop of Washington doesn’t shrink from activism. Budde herself is engaged in advocacy for firearms restrictions and even weighed in on changing the name of the city’s floundering NFL franchise. Within the Diocese of Washington, Budde defended a push for “gender-inclusive” language “to avoid the use of gendered pronouns for God.”

The Post report noted both Budde and Curry “are among the pantheon of progressive religious leaders who have long been critical of Trump’s political agenda.” I was last present in the now-damaged St. John’s parish house as it hosted a press conference for the Religious Coalition on Reproductive Choice, a progressive lobby that voices approval from religious officials for unrestricted abortion-on-demand, and which counts the Episcopal Church as a member.

Post religion reporters Michelle Boorstein and Sarah Pulliam Bailey cite data from the Pew Research Center showing 49 percent of Episcopalians are Democrats or lean Democratic, compared with 39 percent of church members who are Republican or lean Republican.

Episcopalians have increasingly found themselves in roles difficult to maintain. Church officials simultaneously embrace leftist causes, while also serving as a boutique chaplaincy to the affluent and as presiders over American civil religion in events of national importance including state funerals.

For his part, President Trump is in close proximity to the Episcopal Church: his youngest son was baptized at an Episcopal parish and attends a private Episcopal high school (Trump himself is Presbyterian and his wife Melania is Roman Catholic). The Trump family typically attends services at Bethesda-by-the-sea Episcopal Church when in Palm Beach, Florida, minutes from Mar-a-Lago.

Budde draws a distinction between those engaged in peaceful protest, opportunistic looters and violent organized provocateurs like Antifa. Would she do the same if the partisan affiliations were flipped?

The danger of selective outrage is in exposing one’s self as another partisan instead of acting like a senior shepherd.

Voir enfin:

The Washington Post
June 2, 2020

The Right Rev. Mariann Budde, the Episcopal bishop of Washington, was seething.

President Trump had just visited St. John’s Episcopal Church, which sits across from the White House. It was a day after a fire was set in the basement of the historic building amid protests over the death of George Floyd in the custody of Minneapolis police.

Before heading to the church, where presidents have worshiped since the days of James Madison, Trump gave a speech at the White House emphasizing the importance of law and order. Federal officers then used force to clear a large crowd of peaceful demonstrators from the street between the White House and the church, apparently so Trump could make the visit.

“I am outraged,” Budde said in a telephone interview a short time later, pausing between words to emphasize her anger as her voice slightly trembled.

She said she had not been given any notice that Trump would be visiting the church and did not approve of the manner in which the area was secured for his appearance.

“I am the bishop of the Episcopal Diocese of Washington and was not given even a courtesy call, that they would be clearing [the area] with tear gas so they could use one of our churches as a prop,” Budde said.

She excoriated the president for standing in front of the church — its windows boarded up with plywood — holding up a Bible, which Budde said “declares that God is love.”

“Everything he has said and done is to inflame violence,” Budde of the president. “We need moral leadership, and he’s done everything to divide us.”

In a written statement, Presiding Bishop Michael Curry, head of the Episcopal denomination, accused Trump of using “a church building and the Holy Bible for partisan political purposes.”

“This was done in a time of deep hurt and pain in our country, and his action did nothing to help us or to heal us,” Curry wrote.

“The prophet Micah taught that the Lord requires us to ‘do justice, love mercy and walk humbly with our God,’ ” he continued, calling on Trump and others in power to be moral. “For the sake of George Floyd, for all who have wrongly suffered, and for the sake of us all, we need leaders to help us to be ‘one nation, under God, with liberty and justice for all.’ ”

Budde and Curry are among the pantheon of progressive religious leaders who have long been critical of Trump’s political agenda. The Episcopal Church’s policies include supporting abortion rights, refugee resettlement, an expansion of health care and other issues that Trump has opposed or not embraced. According to the Pew Research Center, 49 percent of Episcopalians are Democrats or lean Democratic, compared with 39 percent of church members who are Republican or lean Republican.

Trump’s longtime religious allies, who are far more conservative on both domestic and foreign policy, saw his walk to St. John’s much differently. “What kind of church I need PERMISSION to attend,” tweeted Pastor Mark Burns of South Carolina after Budde and others said Trump should have let them know he was coming. “Jesus welcomes All.”

Johnnie Moore, a spokesman for several of Trump’s evangelical religious advisers, tweeted favorably about the incident as well.

“I will never forget seeing @POTUS @realDonaldTrump slowly & in-total-command walk from the @WhiteHouse across Lafayette Square to St. John’s Church defying those who aim to derail our national healing by spreading fear, hate & anarchy,” he wrote. “After just saying, ‘I will keep you safe.’ ”

Trump did not enter St. John’s on Monday evening. No one associated with the church was present for his visit.

Andrew Whitehead, a sociologist at Clemson University who studies Christian nationalism, said the president’s appearance was an attempt to promote the idea of America as a distinctly Christian nation after his Rose Garden speech.

“Going to the church, not going in it, not meeting with any clergy, holding up a Bible, but not quoting any scripture, after an authoritarian speech, was about using the religious symbolism for his ends,” Whitehead said.

“It was a signal to the people that embrace the idea of a Christian nation, that he will defend Christianity in the public sphere,” Whitehead said. “He said he’ll make America safe. That raised the question, for whom? It’s largely for white, mostly Protestant America.”

Budde — who spent 18 years in as a rector in Minneapolis before being elected bishop of the Washington diocese — said the Episcopal Church disassociates itself from the messages offered by the president.

“We hold the teachings of our sacred texts to be so so grounding to our lives and everything we do,” she said. “It is about love of neighbor and sacrificial love and justice.”

Following a tradition set by President Franklin D. Roosevelt, Trump attended a service at St. John’s before his swearing-in ceremony in 2017. He visited the church again that year to mark a national day of prayer for victims of Hurricane Harvey and in 2019 on St. Patrick’s Day.

Budde said she learned he was headed back to the yellow, 19th-century building on Monday by watching the news.

“No one knew this was happening,” she said. “I don’t want President Trump speaking for St. John’s.”

The Rev. Robert W. Fisher, the church rector, said he felt blindsided by the visit. Usually, the White House gives the church at least 30 minutes’ notice before the president comes by.

“We want St. John’s to be a space for grace, as a place where you can breathe,” he said. “Being used as a prop, it really takes away from what we’re trying to do.”

Earlier in the day, Fisher said, he and other clergy were outside the church handing out water bottles and granola bars to protesters, and expressing solidarity with their cause. He said he left the area to be interviewed on television about the damage from the fire the previous night and later watched images of the protest being dismantled “with disbelief.”

Fisher, 44, became the rector of St. John’s in June 2019 and has not yet hosted a presidential visit. The church usually draws about 400 people on a typical weekend. But it has been closed since mid-March due to the broad shutdown restrictions in place to combat the novel coronavirus.

Damage to the building from Sunday night’s fire and vandalism will cost at least $20,000, Fisher said. But he said the destruction should not become the focus of what has been happening in the streets outside the White House.

Fisher said that when people have talked about the church being burned, he has tried to redirect them, saying it was likely one person who does not represent the majority of people protesting.

“That has pulled away from the more important message that we have to address racism in this country,” he said.


Bienvenue au meilleur des mondes sanitaire ! (Building Jerusalem: As with post-war Britain, will the current coronavirus pandemic make us again forget Hayek and Churchill’s warnings about the road to serfhood ?)

19 mai, 2020

Mülheim (Allemagne), 29 mars 2020 : des malades du coronavirus sont transportés de Metz vers L’Allemagne, par des hélicoptères militaires françaishttps://headtopics.com/images/2020/5/18/yahoonews/over-4-7-million-people-worldwide-have-tested-positive-for-the-coronavirus-and-more-than-315-000-peo-1262357506157948933.webp

https://dailystandard.com/world_pictures/2020/05/e811f848966348978eeb87fb970d130c_large.jpg

 

 

Comme ils continuaient à marcher en parlant, voici, un char de feu et des chevaux de feu les séparèrent l’un de l’autre, et Élie monta au ciel dans un tourbillon.
2 Rois 2: 16
Élisée pria, et dit: Éternel, ouvre ses yeux, pour qu’il voie. Et l’Éternel ouvrit les yeux du serviteur, qui vit la montagne pleine de chevaux et de chars de feu autour d’Élisée. 2 Rois 6: 17
Aucun système socialiste ne peut être établi sans une police politique, quelque forme de Gestapo. Winston Churchill (04.06. 1945)
Avançons dans ce combat dans l’esprit de William Blake: ‘Je ne cesserai jamais mon combat intérieur, et jamais mon épée ne dormira dans ma main, jusqu’à ce que nous ayons bâti Jérusalem sur les terres vertes et plaisantes d’Angleterre.’ Clement Attlee
Dans les temps anciens, ces pieds ont-ils foulé les vertes montagnes d’Angleterre ? Et le saint Agneau de Dieu a-t-il été Vu sur les prairies agréables de l’Angleterre ? Et la Face Divine a-t-elle Brillé sur nos collines couvertes de nuages ? Et Jérusalem a-t-elle été bâtie ici Parmi ces usines sombres et sataniques ? (…) Apportez-moi mon chariot de feu ! Je ne cesserai jamais mon combat intérieur, Et jamais mon épée ne dormira dans ma main, Jusqu’à ce que nous ayons bâti Jérusalem Sur les terres vertes et plaisantes d’Angleterre. William Blake
When Keynes died, Keynes and I were the best known economists. Then two things happened. Keynes died and was raised to sainthood, and I discredited myself by publishing The Road to Serfdom. And that changed the situation completely. And for the following 30 years, it was only Keynes who counted, and I was gradually almost forgotten. Friedrich von Hayek
Well, I came back in a troop ship in the summer of 1945, and I was a pilot in the Royal Air Force, and I was picked as a 19-year-old to be the Labor candidate. All these soldiers said, « Never again. We’re never going back to unemployment, the Great Depression, to fascism, to rearmament. We want to build a new society. Tony Benn (Labor candidate, 1945)
Churchill (..) got carried away with this Gestapo. And this, of course, was carrying things to absurdity — Gestapo in Britain. Ralph Harris (Institute of Economic Affairs, 1957-1987)
And did those feet in ancient time est un poème de William Blake, issu de la préface de Milton, et connu de nos jours sous le titre Jerusalem qui provient de son adaptation en hymne par Hubert Parry. Il est devenu l’un des plus fameux airs patriotiques anglais, au même titre que Rule Britannia et Land of Hope and Glory ; ensemble, ce sont les trois chants qui sont entonnés par l’assistance lors de la « Last Night of the Proms » et, en certaines occasions, font quasiment office d’hymne national anglais (l’Angleterre n’ayant pas d’hymne officiel). Il s’agit d’une référence à une visite qu’aurait faite, selon un récit apocryphe, Jésus, accompagné de Saint Joseph d’Arimathie, à Glastonbury, en Grande-Bretagne. Le « chariot of fire » (chariot de feu) auquel il est fait allusion est une référence biblique à la montée au ciel du prophète Élie (2 Rois 2:11). Cet hymne est souvent chanté dans les stades. (…) La phrase « Bring me my chariot of fire » a inspiré le titre du film Les Chariots de feu. Une chorale chante Jerusalem à la fin du film et une version apparaît dans la bande originale de ce film, chantée par les Ambrosian Singers superposée partiellement à une composition de Vangelis. Le titre du film devait être initialement Running jusqu’à ce que le scénariste vît une émission télévisée, Songs of Praise, incluant l’hymne, et décidât de changer le titre du film. L’hymne figure dans le film Quatre mariages et un enterrement, chanté par l’assistance lors du premier mariage. L’hymne est utilisé aussi dans La Solitude du coureur de fond. Dans le film Calendar Girls, les membres du Women’s Institute chantent Jerusalem à chacune de leurs réunions. Dans la série télévisée britannique The Casual Vacancy, les habitants de Pagford chantent Jerusalem lors de l’enterrement de Barry Fairbrother. (…) Le groupe de rock progressif britannique Emerson, Lake and Palmer en fait l’ouverture de leur album Brain Salad Surgery (1973). (…) Le roi George VI préférait Jerusalem à God Save the King. Wikipedia
Jerusalem is more than a hymn. It is almost our national anthem; as popular at rugby internationals as it is at earnest Labour party conferences; it is universal in its appeal. It’s also more than just the name of a magical place. It represents the British nation itself. Which is curious, when you consider the story of Jerusalem the place. The reason a hymn called Jerusalem stirs such patriotic fervour with us is because the city is not only the Holy City: on the one hand, everyone feels it belongs to them; on the other, it has a clearly defined special relationship to the British which is expressed in the hymn. But on purely geographical terms, no corner of the globe has seen such bloodshed, such fanaticism, such glory and such tragedy. Its history is that of the great religions and visions of mankind, Christian, Muslim and Jewish; and it symbolises the aspirations of the British to rule their empire. Yet how did it become the symbol of a perfect paradise? And more pertinently for us, how did it become so British? Don’t forget that by the 19th century, when William Blake wrote those now famous words, many were starting to regard Jerusalem as British – just as the Bible itself had somehow become a British classic. (…) By 70AD, the Romans under the Emperor Vespasian and his son Titus had ransacked Jerusalem, the assault culminating in the destruction of the Temple. The Jews became a despised and defeated people and the Christians separated forever from Judaism. Henceforth the Christians saw themselves as the new Israel, and Jerusalem not as a heap of ruins in Judaea but as the New Jerusalem, the perfect kingdom that would descend when Jesus returned for the Second Coming. To that end, when the Roman emperor Constantine the Great adopted Christianity, he restored a Christian Jerusalem, building the Church of the Holy Sepulchre around 329AD. From then on across Christian Europe, Jerusalem was no longer just a place. It was an idea, a vision, even a paradise that people read about in their Bibles. This impressive feat of clever marketing was so powerful that by 1096 hundreds of thousands of Christians travelled thousands of miles across Europe to conquer Jerusalem in the First Crusade. The city remained Christian for almost 100 years. In London, the Knights Templar built the Temple Church (seen in the film The Da Vinci Code) in the City based on their headquarters: the Dome of the Rock on Jerusalem’s Temple Mount – or Mount Moriah. Yet the Siege of Jerusalem in 1187, which resulted in the recapture of the city by the great Muslim leader Saladin, only intensified the Christian love of the city: Richard the Lionheart tried to rescue it, and Ye Olde Trip To Jerusalem in Nottingham, which claims to be the oldest pub in Britain, is said to date from Richard’s Third Crusade in 1189. He failed but all across the world people built their own Jerusalems: the king of Ethiopia built his, as did the tsars of Russia. Most towns had their own Jerusalem chapels and every knight dreamed of liberating the city or making the pilgrimage (this was probably the time that the village of Jerusalem in Lincolnshire got its name). Many Britons, King Henry IV among them, made the pilgrimage. In Chaucer’s Canterbury Tales the promiscuous Wife of Bath had been there several times When, in 1520, Martin Luther raised his protest against the Catholic church, his new Protestants returned to the fundamentals of the Bible with the result that British Protestants revered Jerusalem even more intensely. Oliver Cromwell and his Puritans saw themselves as the New Israelites and their sacred and pure Britain as a new Jerusalem. Meanwhile, the 1611 King James Bible gradually became a classic of English literature. After Cromwell’s death in 1658 these views survived. Puritans such as the Pilgrim Fathers sailed for America and saw the country as a New Jerusalem – John Winthrop, the first governor of Massachusetts, told the future Massachusetts Bay colonists that their new community would be a ‘city upon a hill’, a phrase taken from the Sermon on the Mount. Hence there are so many Jerusalems – or Salems – in America. In the late 18th century, Jerusalem, now a poverty-stricken but grandiose village ruled by the Ottoman Sultans, once again became fashionable: Napoleon Bonaparte tried to conquer it but was defeated with the help of the Royal Navy and the British hero, Sir Sidney Smith, who marched his men through the city. This was exactly the moment when Protestant Evangelism was spreading and rising again, not only in America but in Britain. In 1804, a brilliant engraver, poet and radical named William Blake opened his poem Milton with the prefatory verse that started, ‘And did those feet in ancient time’. Printed in 1808, the poem praised the brief heyday of a heavenly Jerusalem in pre-industrial England but it was inspired by a myth that the boy Jesus had once visited Britain with Joseph of Arimithea. It’s unlikely Jesus did visit Britain but the old myth was popular precisely because British Christians increasingly sought a direct link between Britain’s mission to civilise the world and Jerusalem. The Authorised Version of the Bible was now learned by every British schoolchild, who felt they knew more about King David than recent English history. During the 19th century British imperialists joined forces with British evangelists, an alliance personified by Lord Palmerston and his evangelical son-in-law Lord Shaftesbury, who wanted Britain to sponsor the return of the Jews to Jersusalem to accelerate the Second Coming and a Protestant Zion. Yet Blake’s poem, increasingly admired, was not widely known until World War I, when all these strands – the hymn, the British love of Jerusalem, the imperial British mission and evangelical vision of Jewish Return and Second Coming – came together. In 1916 the Poet Laureate Robert Bridges asked the composer Sir Hubert Parry to set Blake to music. Sir Edward Elgar orchestrated it and it was performed at a patriotic meeting, immediately becoming a hit. At this point, David Lloyd George, wartime Prime Minister, was ordering General Allenby to advance into Palestine and conquer Jerusalem as a ‘Christmas present for the British nation’. Lloyd George admitted that ‘I was taught more in school about the history of the Jews than about my own land.’ He and his Foreign Secretary Arthur Balfour backed the Jewish dream of a Jewish homeland – under British auspices. Indeed, cabinet minister Lord Curzon noted that ‘the Prime Minister talks about Jerusalem with almost the same enthusiasm as about his native Welsh hills!’ In December 1917, Britain conquered Jerusalem, which remained under its control until 1948. The British sponsored the Zionist dream of a Jewish homeland by encouraging Jewish immigration, but by the end of the Thirties, the increasing conflict between Zionists and Palestinians led to a British cap on Jewish immigration to Palestine. By then, Jerusalem the hymn, no longer linked to Blake’s radical sacred vision but a popular anthem, was adopted by Clement Attlee and his Labour Party in the 1945 election when he promised Britain as a New Jerusalem – an ideal socialistic sanctuary – for the working man. And while he won the election aided by the hymn, he failed to manage the real Jerusalem, which sank into civil war and saw the end of British rule. Attlee handed Palestine to the United Nations; Jerusalem descended into war out of which arose Israel. But Attlee did create his imperfect New Jerusalem – the welfare state and the NHS that we know today. And the hymn? Jerusalem remains, separate from its history, as the alternative British national anthem, beloved by rugby fans, Labour activists and patriots. One small irony is that Blake actually never entitled it Jerusalem, because he was working on another poem at the time called Jerusalem: The Emanation Of The Giant Albion. But no one remembers that one. Simon Sebag Montefiore
For anyone with what used to be called “progressive tendencies,” the best, if largely overlooked, book of last year was surely John Bew’s biography of Clement Attlee, the leader of the British Labour Party through the Second World War, and then Prime Minister in the first great postwar Labour government. Titled “Citizen Clem” in Britain (Oxford University Press published it here as “Clement Attlee: The Man Who Made Modern Britain”), it is a study in actual radical accomplishment with minimal radical afflatus—a story of how real social change can be achieved, providing previously unimaginable benefits to working people, entirely within an embrace of parliamentary principles as absolute and as heroic as any in the annals of democracy. Attlee was an unprepossessing man. “A modest man with much to be modest about,” Winston Churchill said of him once. Attlee had a modest mustache and came from a modest family, and had a modest demeanor—so much so that his modesty made him almost a joke figure. Even when he was Prime Minister, one wit noted that “an empty taxi drew up to 10 Downing Street and Attlee got out.” He was always regarded impatiently, even patronizingly, by his more charismatic colleagues on the left. (…) After the war, Attlee went to work as what would now be called a community organizer in the London slum of Stepney, which remained his spiritual home for the rest of his life. (…) Attlee came of age at a time when Marx was seen as only one, and not the most important, of the fathers of the socialist ideal. Attlee, who saw through and rejected the Soviet totalitarian model early, schooled himself on the British alternatives—on the works of William Morris and Edward Bellamy, who dreamed of rebelling against the regimentation that was implicit in the industrialized system rather than of simply switching around the hands that controlled it. William Blake was one of the names that Attlee most often cited. (It was he, as much as anyone, who made Blake’s mystic poem “Jerusalem” the anthem of the Labour Party.) This vision was in many ways unreal, but the unreality blossomed in practical terms: Attlee saw socialism as the pursuit of a nameably better life, not as a search for another master. “Citizenship” was his key term, and the ideal, as Bew explains, was one in which “the state and the individual needed to serve in the name of a broader democratic community.” (…) It was in the darkest days of 1940, though, that Attlee’s heroism and acuity came most to note. Attlee’s Labour Party had entered into a coalition government with Churchill’s Conservative Party when the Second World War broke out. Then, in late May of 1940, when the Conservative grandee Lord Halifax challenged Churchill, insisting that it was still possible to negotiate a deal with Hitler, through the good offices of Mussolini, it was the steadfast anti-Nazism of Attlee and his Labour colleagues that saved the day—a vital truth badly underdramatized in the current Churchill-centric film, “Darkest Hour,” as it has been in many a history book. (There were many, perhaps even a majority, on the Tory right more interested in preserving the peace and the British Empire than in opposing Hitler.) Had Labour been narrower in outlook, or implicitly pro-Soviet—at a time when Stalin was still tightly allied with Hitler—as were so many on the French left, the history of European civilization would be very different. Attlee remained Churchill’s chief ally throughout the war, but he was far from a complaisant one. When Churchill and Roosevelt were considering their declaration of the Atlantic Charter, it was Attlee, acting with a celerity and a clarity of purpose that belied his reputation for caution, who insisted on including “freedom from want” as one of its aims, making economic rights and, with them, a decent life for all, one of the official aims of the war. He was a mumbler, but he was no ditherer. In 1945, he led Labour to a stunning victory over Churchill, not ceasing for a moment in his admiration for his wartime role, nor ceding for a moment to what he perceived as his partner’s reactionary vision. (Churchill had the very bad idea in the campaign of attacking Labour as a quasi-totalitarian party, which everyone knew was nonsense.) The achievements of the first Labour government are still rightly legendary: a government that actually contained as ministers seven men who had begun their adult lives as working coal miners, brought in national health insurance, made the provision of housing central to its ends, and fought and mostly won the battle against unemployment. Imperfect as its accomplishments were—the virtues of nationalization proved less absolute than the ideologues imagined—it nonetheless empowered the working classes and, Bew writes, “set the ethical terms on which Britain’s new social contract was founded.” It is still a social contract in many ways intact, and was the background for the extraordinary cultural renaissance of working-class Britain in the nineteen-sixties and beyond. (…) At a moment when, for the first time in several generations, social democracy and even socialism itself are not dirty words but possible currents in American life, Attlee’s life recalls what real socialism is and can accomplish. After reading Bew’s book, one can’t help but think about the number of T-shirts sold here over the years bearing an image of Che (innumerable), compared with those bearing an image of Clem (presumably zero.) Yet one was a fanatic who helped make an already desperately violent and impoverished region still more violent and impoverished—and who believed in “hatred as an element of struggle”—and the other a quiet man who helped make a genuine revolution, achieving almost everything that Marx had dreamed of for the British working classes without a single violent civil act intervening. Adam Gopnik
Author Aldous Huxley once said, “A thoroughly scientific dictatorship will never be overthrown.” Even as we try to battle the COVID-19 pestilence, we may be contracting a more dangerous virus — hygienic fascism. This involves a process when our political leaders defer to a handful of “experts,” amid what Dr. Joseph Ladopo, an associate professor at the UCLA School of Medicine, describes as an atmosphere of “COVID-19-induced terror.” Ideologically, hygienic fascism is neither right nor left, nor is it simply a matter of taking necessary precautions. It is about imposing, over a long period of time, highly draconian regulations based on certain assumptions about public health. In large part, it regards science not so much as a search for knowledge but as revealed “truth” with definitive “answers.” Anyone opposed to the conventional stratagem, including recognized professionals, are largely banished as mindless Trumpistas, ignoramuses, or worse. Experience may show that debate and diversity of choices serve the public’s health and general well-being better than unchallenged rule by a few, largely unaccountable individuals. Even some non-Trumpians — like Elon Musk — see this as less an adherence to scientific standards than a “fascist” attempt to impose often impossible conditions on society and the economy, and without popular recourse. That these orders are often issued by the executive, and in the vast majority of states without legislative recourse, certainly follows an authoritarian pattern. The degree of social control being proposed often reveals staggering tunnel vision. Former Vice President Joe Biden’s adviser, Dr. Ezekiel Emmanuel, suggests that eradication of the virus will require a year or even 18 months of lockdown policies. This likely would catapult an already steep recession into something approaching a depression. Scientists and academics, it appears, may be less vulnerable to such a policy than, say, hotel workers, retail clerks or small business owners. Sometimes the controls being implemented are reminiscent of Orwell’s “1984.” People are being handcuffed for walking alone, playing catch with a child in a closed park or riding the waves alone at a closed beach. Officials, from Harris County, Texas, to New York, are urging neighbors to spy on and report each other. Some police departments are even experimenting with using drones to monitor adherence to stay-at-home orders, while Baltimore, one of the nation’s most crime-ridden cities, proposes using aircraft to control inappropriate behaviors. The current pandemic builds on a political tradition with origins in the writings of early 19th century philosopher Henry St. Simon. The French aristocrat considered scientists to be “superior to all other men” and the natural leaders of society. Such ideas later informed many progressives in that century, including H.G. Wells’s idea of a new elite that would replace democracy with “a higher organism,” which he called “the New Republic.” Contrary to the idea of Italy’s « Black Shirts » as being mere mindless brutes, science-fueled “futurism” constituted a critical part of the Italian fascist mythology, offering the prospect of merging the elements of “science and faith.” In the 1920s, Benito Mussolini was widely considered not a buffoon but, as the London Times suggested, a leader of a “spiritual revolution” uniting his historically fractious nation. Hitler’s regime, his armaments minister Albert Speer claimed, was the first dictatorship of a fully modern industrial state that used “instruments of technology” to impose a single ideology on its populace. Speer identified himself as the “the top representative of technocracy” that “used all its know-how in an assault on humanity.” Communists took a similar tack, espousing what they called “scientific socialism.” Lenin specifically wished to eradicate the last vestiges of “individualism” with the kind of conditioning perfected for dogs by Russian scientist I.P. Pavlov on Soviet workers and factories. These same ideas later were adopted by China, where the notion of rule by an educated elite — “an aristocracy of intellect” — has deep historical roots. China has used its growing  technical prowess both to monitor and to persecute dissenters, sometimes assisted by U.S. tech firms. It has applied technology both to suppress unapproved information about the infection and to control behaviors that could spread it. Privacy concerns are, of course, utterly ignored. Other authoritarian regimes, such as Russia and Turkey, have done the same.  Remarkably, despite China’s disastrous role in the pandemic’s evolution, many Westerners, such as some at CNN, increasingly consider China’s approach as superior to our predictably poorly coordinated, chaotic response. Oligarchs such as Bill Gates also apparently endorse China’s authoritarian approach. Others, particularly in our academic establishment, endorse censorship as superior to Western freedoms. Writing in The Atlantic, two law professors suggested that in the “debate over freedom or control,” China “was largely correct and the U.S. was wrong.” Still others have suggested, due to Trump’s often bumbling or ill-informed remarks, that networks not cover presidential press conferences. This same spirit is being embraced by some of the internet’s moguls — Twitter, Facebook, Google and YouTube — to monitor and censor comments, even those of medical professionals, that are not considered congruent with the accepted iteration of “science.” Although these efforts generally are aimed at the right, some liberals as well as many conservatives are frightened by the new drive for censorship. The notion of “brainwashing” the public already has been raised by climate-crusaders like former California governor Jerry Brown. Some environmentalists even see the nation’s lockdown as a “test run” for the kind of highly managed, centrally controlled society they consider necessary to preserve the planet’s health. We are entering a very dangerous time. The digital oligarchs and their allies continue to expand their sway over the struggling remnants of the analog economy. The pandemic offers them an unprecedented opportunity, as in China, to monitor citizens to an extent never before possible. Google and Apple already are working on a venture to track social distancing and contact tracing, and both separately are interested in collecting our medical records. Granting power to the “expert class” and to the technology elite represents a distinct peril for our democracy and constitutional order. Ultimately the issue comes down to human nature and the dangers of assuming that education, or erudition, make for better people, or smarter judgments. In the end, as Huxley noted, society has to answer the old Latin phrase, quis custodiet custodes — who watches the watchers? Joel Kotkin
It may be that the famous epidemiologist Neil Ferguson, who, until recently, was an important member of SAGE, has felt such pressures in his career. At one point in the pandemic he told a columnist for the New York Times that 1.1 million deaths was the “best case” for the US. In 2001 he blasted as “unjustifiably optimistic” a study suggesting that mad cow disease deaths “may peak at 100 cases per year in Britain and kill no more than a few thousand people in coming decades.” Rejecting this relatively optimistic view, he said deaths are in the long-term likely to be much higher at something only slightly less than 136,000. The true number as of June 2014 seems to have been 177. In 2005, he was alarmed by bird flu (H5N1). “Around 40 million people died in 1918 Spanish flu outbreak,” he told the Guardian. “There are six times more people on the planet now so you could scale it up to around 200 million people probably.” That’s a lot more than the World Health Organisation’s estimate for cumulative worldwide deaths, 2003-2020 of, ahem, 455. (…) Governments should recognise that their experts are, all of them, giving a partial perspective. Apparently, British and American policy was driven primarily by a report whose lead author was Neil Ferguson. That report seems to have considered only one danger: Covid. The one-sided analysis of that report may have left governments in the US and UK insensitive to the possibility that that lockdown itself might create its own fatalities, which might even end up larger than the number of Covid deaths. As economists never tire of reminding us, we are always facing tradeoffs and must adjust along all margins. Governments should also be more diligent in the pursuit of competing opinions. In his essay, “What is science?” Richard Feynman remarked “Science is the belief in the ignorance of experts.” A government that respects science should be sceptical of experts and, perhaps, more diligently seek out multiple viewpoints. In other words, when governments cannot leave the matters in the hands of the people, it should do what it can to simulate a competitive market for expert advice. A simulation is not the real thing, and we may grimly expect that in future crises governments will again fall victim to expert failure. But a greater effort to engage diversity of expert opinion within and across areas of expertise and a livelier scientific scepticism toward experts and their expertise may at least make expert failure less frequent and less severe. Roger Koppl
« Les “gilets jaunes”, c’était une crise sociopolitique. Là, on a affaire à une crise sanitaire qui débouche sur une énorme crise économique et sociale, c’est donc différent. Le point commun, c’est qu’il y a une mise en visibilité, un coup de projecteur sur des catégories qui étaient jusque-là invisibles : les “soutiers”, ceux qui occupent le compartiment machine de la France ou ce que Denis Maillard appelle le « back office ». La France les a découverts comme elle avait découvert les “gilets jaunes” de novembre 2018, avec leur vêtement (très justement nommé “vêtement de haute visibilité”) sur ces ronds-points de zone logistique où bien souvent ils travaillaient. Le coup de projecteur est comparable mais, en dépit d’un certain recouvrement sociologique (personnel soignant, chauffeurs, agents de maintenance, de logistique, d’entretien), ce ne sont pas forcément exactement les mêmes personnes. (…) Ceux qu’on a appelés les “premières” et les “secondes lignes” ont bénéficié d’une forte reconnaissance médiatique, politique et symbolique. La question est de savoir si cela va s’arrêter ou si cela va être pérenne. Je suis, hélas, assez sceptique. En 1945, on a demandé un énorme effort aux mineurs ; le Parti communiste, alors très puissant, avait été mis à contribution ; une affiche proclamait : “Mineur ! le sort de la France est entre tes mains”. Des records de production ont été battus ; et puis dès 1947-1948, la bataille du charbon ayant été gagnée, plus personne ne pensait à eux, la parenthèse s’est refermée et des grèves très dures ont éclaté dans les bassins houillers car on commençait à rogner les acquis que les mineurs avaient obtenus. Je pense que ça va se terminer de la même manière, d’autant qu’à l’époque la croissance allait revenir tandis qu’aujourd’hui nous sommes engagés dans une grave récession. Pour les primes et les revalorisations salariales, à mon avis, les salariés vont devoir attendre… Il y aura donc du ressentiment, notamment chez tous ceux qui “ont tenu leur poste” pendant l’épidémie. (…) La déception des mineurs avait donné lieu à des mouvements très durs, et durement réprimés. Là, on peut faire l’hypothèse que cela sera différent. Je lisais récemment le témoignage d’une employée de boulangerie qui se disait très amère : « Nous, nous n’avons pas de masques et personne ne pense à nous applaudir », se plaignait-elle. Elle se comparait à ses collègues des grandes surfaces, qui sont mieux protégés, aux soignants, qui ont été acclamés partout : je ne suis pas sûr qu’elle irait défiler demain avec eux. C’est ce que François Dubet appelle la « tyrannie des petites différences ». Malgré cela, deux choses sont certaines. La première est que le contexte global va être très dur ; il y aura de la frustration vis-à-vis des efforts consentis, des risques pris. Chez ceux qui sont restés en première ligne, la crainte de la contamination grimpait à 75 % (contre 35 % pour ceux qui télétravaillaient) : c’est énorme ! C’est vraiment le salaire de la peur. On se souvient que la grande distribution avait promis 1000 euros aux valeureux salariés qui avaient permis aux Français de continuer de s’approvisionner. Quand on regarde dans le détail, ça s’est assez rapidement enlisé dans les sables du concret. La prime dépendra du temps passé sur site, tout le monde ne pourra pas y être éligible, etc. Les “soutiers” se diront forcément qu’ils ont risqué leur peau et qu’on les paye avec des clopinettes. La seconde chose, qui dégonfle un peu l’idée d’une révolte à venir, est : quel mot d’ordre, justement, pour cette révolte ? “Tous unis contre le virus” ? C’est fait. “La France va mal” ? D’accord. “Le gouvernement a mal géré la crise” ? Très bien, et puis ? Ensuite, quelle structuration – cette fameuse structuration qui a tant manqué aux “gilets jaunes” ? Les mineurs que j’évoquais tout à l’heure constituaient une classe en soi mais aussi pour soi (pour reprendre la terminologie marxiste), très solidaire, alors que les déçus de demain seront très divers. Par ailleurs ce n’est jamais au pic de la crise que le mouvement se déploie. C’est trop tôt. Tout le monde a la tête dans le seau. Politiquement, on a payé 1929 en 1933 ou en 1936. (…) Je pense que de très nombreuses personnes seront surtout obnubilées par la question : comment sauver mon emploi ? comment sauver mon entreprise ? Cette urgence va s’imposer à tout le monde, de près ou de loin, et va reléguer au second plan toutes les grandes constructions intellectuelles sur le “jour d’après”. Tout le monde va être obnubilé par ça : comment traverser cette crise ? comment survivre à cette crise ? Les précédents historiques nous montrent d’ailleurs que ce n’est jamais au cœur d’une crise économique que se produisent les mouvements sociaux mais plutôt en sortie de crise. (…) Ce que l’on constate en premier lieu, c’est que cette crise sanitaire induit une gigantesque crise économique et sociale. Chaque matin voit un dirigeant de grand groupe (Air France, la Fnac, la SNCF ou d’autres) solliciter l’aide de l’État – donc des Français – pour atténuer les effets de pertes très lourdes que lui occasionne cet arrêt quasiment complet de l’économie. Donc il est certain qu’il y aura un avant et un après, ne serait-ce que pour cette raison : la France est gravement dans le rouge. On assistera sans doute à des changements dans certains domaines (recours plus fréquent au télétravail ou à l’e-commerce, par exemple) mais qui n’affecteront pas spectaculairement la physionomie de notre pays. (…) Je crois que nous nous trouvons dans un cycle d’évolution à long terme et que cette crise du Covid-19 ne fera qu’amplifier des tendances qui étaient déjà à l’œuvre. Prenons le cas de la consommation, qui est très révélatrice des imaginaires. Que distingue-t-on ? Les produits bio et les circuits courts, qui se portaient déjà bien, ont vu leurs ventes bondir lors du confinement. Les couches plutôt supérieures et urbaines de la société sont sensibles aux discours des écologistes, qui soutiennent que ce qui nous arrive valide leurs thèses, qu’il faut consommer “moins mais mieux”, qu’il faut prendre de la distance avec la vie d’avant, que le bonheur n’est pas dans l’accumulation de biens. Mais parallèlement, il existe une autre composante importante de la société, disons, pour faire simple, le bas des classes moyennes et les milieux populaires, dont la question est plutôt : comment rester dans le rythme de la consommation alors que mon budget va se trouver rogné par la crise ? Eux n’ont pas changé de philosophie mais ils vont devoir arbitrer entre un vouloir d’achat intact et un pouvoir d’achat en baisse. (…) Les files d’attente de voitures devant les restaurants McDonald’s drive qui avaient rouvert me semblent bien illustrer cette volonté de continuation. Toute une partie de la société veut que ça reprenne comme avant. Pour elle, la consommation est statutaire, elle signe son appartenance à la grande classe moyenne, alors que les “bobos” (pour faire court) ont un rapport différent à la consommation. Ces deux parties risquent d’entrer en conflit car ceux qui considèrent qu’il faut changer le monde, et qui dominent le débat public, voudront certainement convaincre les autres qu’il est criminel de continuer comme avant, ce à quoi ces derniers rétorqueront qu’ils ne se sentent pas coupables. Et dans la mesure où beaucoup d’entre eux ont continué à aller bosser malgré la menace du virus (quand les autres télétravaillaient en sécurité depuis chez eux), ils n’accepteront certainement pas de recevoir de leçons. N’oublions pas que l’étincelle pour les “gilets jaunes” a été la taxe carbone, c’est-à-dire le refus d’être sacrifiés sur l’autel du “sauvetage de la planète”. Il y aura un conflit de classes sur fond de vision de la société, et je crois qu’il peut être très dur. (…) J’imagine plutôt des quiproquos. On constate aujourd’hui un fort engouement pour le local, et aussi une forte demande de national. Les deux mouvements se ressemblent, mais on a d’un côté Pierre Rabhi, la sobriété heureuse, les néoruraux et les circuits courts, de l’autre le Rassemblement national, la protection des frontières, le “produisons français”… Il ne faut pas oublier que Marine Le Pen a fait du localisme le cœur de son discours aux européennes. Bien sûr, je ne vois pas ces mouvements se rejoindre et s’entendre mais les deux vont pousser vers “plus de local”. (…) Il y aura des bouffées de colère plus ou moins violentes, dans certains secteurs, dans certaines entreprises, à chaque mesure prise, à chaque avantage supprimé. On se souvient des cadres séquestrés, des menaces de destruction de sites, ces gestes ultimes de gens au bout du rouleau, dopés à l’énergie du désespoir, mais ce sera localisé, sporadique… Je me trompe peut-être mais je ne crois pas que ça puisse coaguler, ne serait-ce que parce que tout le monde n’aura pas vécu la même chose. Je ne parierais donc pas sur un bouleversement politique, plutôt sur la poursuite d’une lente aggravation de la situation. (…) Ce qui est certain, c’est que le jugement des Français est sévère, la confiance en chute libre, bien davantage qu’en Italie ou en Espagne, qui ont pourtant beaucoup souffert, elles aussi. En termes de popularité, Macron est bien en dessous de Conte, par exemple… En dépit des grands appels du genre « Nous sommes en guerre », cette idée de rassemblement derrière le drapeau, cette notion d’union nationale, en vérité, a beaucoup moins bien fonctionné chez nous que chez nos voisins. Déjà très contestés, l’exécutif et la majorité n’ont donc pas du tout capitalisé sur cette crise, bien au contraire. Leur chance est que le balancier qui oscillait traditionnellement de la majorité à l’opposition est lui aussi cassé. Les oppositions n’ont pas prouvé qu’elles auraient été plus pertinentes, plus à la hauteur. Marine Le Pen a conforté ses propres troupes, elle est toujours l’opposante en chef, à 20-25 %, ce qui n’est pas rien mais pas suffisant pour s’imposer. Les écologistes sont les seuls qui peuvent espérer capitaliser, si une partie de la population accepte l’idée que ce qui nous arrive est la preuve qu’ils avaient raison mais ça ne se verra que dans un ou deux ans et encore, ce n’est pas sûr. (…) Chacun voit dans cette crise ce qu’il veut y voir : ça ne serait pas arrivé “s’il y avait eu des frontières” (RN) ; “si l’hôpital public n’avait pas été cassé” (PS et LFI) ; “si nos finances publiques étaient saines” (LR) ; “si l’Europe avait été plus intégrée” (les pro-Union européenne) ; “si le monde était plus écolo” (EELV) ; etc. Aucun scénario ne se dessine. Celui de l’union derrière le président n’a pas eu lieu ; l’idée d’un gouvernement de salut public n’a généré de l’appétit que chez quelques personnes qui ne représentent qu’elles-mêmes. Le scénario du dévissage complet ne s’est pas produit, celui voyant l’émergence d’un leader populiste raflant la mise non plus. Je parie sur la persistance du statu quo instable de ‘l’archipel français’. Jérôme Fourquet
La Banque centrale européenne (BCE) souhaite que les banques de la zone euro sous sa supervision évaluent et rendent publics leurs risques climatiques, a annoncé ce mercredi l’institution de Francfort. Christine Lagarde estime que la BCE, qu’elle préside, doit elle aussi participer à la lutte contre le changement climatique, y compris via son pouvoir de supervision. Dans un guide relatif à sa consultation, en cours jusqu’au 25 septembre, la BCE indique que les établissements de crédit doivent communiquer leurs risques liés à l’environnement et au climat et inclure explicitement ces expositions dans leur structure de risques. Elles doivent aussi assigner une responsabilité à leur management sur ces sujets et soupeser ces risques dans l’élaboration de leur stratégie et en termes de réputation, lorsqu’elles sont associés à des secteurs polluants. La BCE souhaite que les banques se conforment à ces nouvelles orientations dès qu’elles seront finalisées, en fin de l’année. Elle leur demandera des comptes à partir de 2021, sans pour autant imposer dans l’immédiat des sanctions telles que des exigences de fonds propres supplémentaires. AGEFI
Il convient de rappeler que lorsque le SRAS (également causé par un coronavirus) est apparu dans le sud de la Chine à la fin de l’année 2002, l’épidémie a été tenue secrète pendant plus d’un mois avant que les autorités chinoises reconnaissent le sérieux de la menace. De même, dans les premiers jours de l’épidémie de COVID-19, la police de Wuhan a fait taire les professionnels de la médecine qui tentaient de sonner l’alerte, et les rassemblements publics en grand nombre sont restés permis longtemps après que le danger de l’épidémie soit devenu évident.Selon une étude récente, si les autorités chinoises avaient publiquement reconnu la menace, et réagi correctement seulement trois semaines plus tôt, la propagation du COVID-19 aurait pu être réduite jusqu’à 95 %. Mais à cause de la négligence, de l’ignorance et de la censure qui prévalaient à ce moment crucial, le monde entier paye aujourd’hui un très lourd tribut.Si l’OMS a incontestablement joué un rôle important dans la lutte contre les menaces sanitaires mondiales au fil des années, elle aussi s’est vu reprocher son excès de bureaucratie et sa lenteur dans les réponses apportées. En effet, lors de la crise d’Ebola, ce sont les États-Unis, et pas l’OMS, qui sont intervenus pour empêcher un désastre encore plus étendu. (…) Dans le cas de la crise actuelle, même une fois apparu évident que le COVID-19 atteindrait un niveau de pandémie, la Chine a jugé utile d’empêcher Taïwan de participer aux discussions internationales sur la réponse à apporter. De même, les États-Unis continuent d’asséner des sanctions à l’Iran, compliquant la tâche du gouvernement iranien dans la gestion de l’épidémie au sein de ses frontières. Ces comportements sont tout simplement inacceptables, tant d’un point de vue humanitaire que macroéconomique. Qu’adviendra-t-il si le prochain virus inconnu et hautement contagieux apparaît à Taïwan ou en Iran ? Si des obstacles inutiles empêchent une réponse immédiate, nous ne retrouverons au stade auquel nous sommes aujourd’hui. Carl Bildt (ancien Premier ministre suédois)
Pour être honnête, je ne suis pas submergée et je ne l’ai jamais été. Pourtant, j’étais au « front », en « première ligne », comme on dit aujourd’hui. À l’hôpital, beaucoup considèrent qu’ils n’ont fait que leur boulot. Ils l’ont très bien fait, certains ont pris des risques, mais, à un moment, il faut dire les choses : on fait le job, et c’est normal. D’une certaine façon, c’est une chance que de pouvoir travailler, gagner sa vie et sortir de chez soi. Certains médecins, détournent à présent leur savoir et leur pouvoir pour alimenter une psychose collective qui va nous coûter cher sur le plan médical, social, psychologique et économique. » Et j’en veux à ceux qui diffusent des informations complexes, encore non abouties scientifiquement, contribuant à entretenir des peurs irrationnelles face à la maladie et à la mort. Notre boulot de médecin, c’est aussi de rassurer les gens. En tout cas, ce n’est certainement pas d’affoler la population au moment où beaucoup hésitent à renvoyer leurs enfants à l’école et à reprendre le travail. Tous les jours, je vois défiler dans mon cabinet des gens angoissés. L’autre jour, un étudiant en panique m’a confié ne pas être sorti de son studio durant six semaines, pas même pour aller faire ses courses. Des profs, des salariés me demandent des certificats pour ne pas retourner travailler. Je vois des patients effrayés, renfermés sur leurs angoisses de mort, qui préfèrent tout arrêter, garder leurs enfants à la maison plutôt que de ressortir, vivre, bosser, retrouver leurs proches et leurs amis. Je trouve ça triste. Quand on est en bonne santé, on ne devrait pas se complaire dans le confinement, le repli et la docilité. C’est pourquoi l’urgence est peut-être de redonner confiance aux gens, de les aider à retrouver le goût de vivre et d’être ensemble, plutôt que de dépendre d’un système lui-même à bout de souffle. (…) On apprend ça à la fac : la santé est un tout. Ce n’est pas seulement se prémunir d’une maladie ou d’une infirmité, c’est être bien dans son corps, sa tête, son environnement social et familial. On a sacrifié tout ça, et c’était nécessaire pour lutter contre cette fichue maladie, mais ça ne peut plus durer. Aujourd’hui, nous devons être raisonnables et ne pas oublier cette vision globale de la santé, si nous voulons tenir dans la durée. Le combat contre ce virus n’est pas terminé et nous allons continuer à faire de notre mieux pour protéger, dépister et soigner les personnes à risque atteintes du Covid-19. Mais notre boulot, c’est aussi de faire en sorte que la vie redémarre. Pas de faire peur aux gens à la télévision. Nous devons être des filtres, pas des générateurs d’angoisse. Je trouve ça triste cet endormissement généralisé, cette docilité, ce manque de révolte. Car quand on vous prend votre liberté, qu’on vous oblige à mettre un masque dans les transports, même si c’est indispensable, ce n’est pas quelque chose de normal, ni d’anodin. On a le droit de dire qu’on n’est pas content, qu’on est en colère, que c’est dur. On a le droit de se plaindre, ça fait du bien. Je déplore que certains médecins exagèrent en leur faveur la situation réelle dans les hôpitaux pour renforcer leur pouvoir, leur ego, et obtenir un intéressement financier. Or, il y a un décalage entre ce que rapportent certains médias et la réalité du terrain. Les internes que je côtoie me racontent leur stage hospitalier : les services qui ont été réorganisés pour accueillir les patients atteints du Covid ont été pleins durant deux ou trois semaines, au plus fort de la vague. Mais, depuis un mois, ce n’est plus du tout le cas. Les urgences sont désertes ; en tout cas, ceux qui, parmi mes patients, y ont fait un passage ont été traités plus rapidement que jamais. Je regrette donc de voir certains de mes confrères inquiéter davantage une population déjà à cran pour arriver à leurs fins, aussi légitimes soient-elles. Si ça continue, un jour, les gens nous diront : vous nous avez fait flipper pendant des semaines et ça se retournera contre nous ! certains urgentistes médiatiques qui en font des tonnes ; certains professeurs, souvent les mêmes, que l’on voit tout le temps à la télé, au point de se demander quand est-ce qu’ils sont dans leur service ». En même temps, je les comprend: quand on a hérité du statut de héros, on n’est pas pressé d’en sortir !. Elle dit : « Nous ne sommes peut-être que de petits généralistes, mais les patients, nous les voyons vivre, travailler, évoluer en famille. Et ce que je peux dire, c’est que beaucoup sont atrophiés par ce qu’ils vivent. Notre rôle est de les aider à en sortir. Le risque zéro n’existe pas. Certains patients viennent nous voir pour éviter d’avoir à en prendre en nous demandant un arrêt, par exemple. Ce que j’aimerais, c’est qu’ils assument ce risque, en tout cas quand leur santé le leur permet. À nous de faire en sorte que ce risque soit limité au maximum.Oui, il y aura sans doute une deuxième vague, mais je pense que les mesures mises en place permettront d’y faire face. De toute façon, on ne pourra pas s’empêcher de vivre indéfiniment. Il y a un équilibre à trouver entre le risque lié au virus et les risques que l’on prend en prolongeant l’enfermement. Dr Laurence Peignot
Ce qui m’inquiète, (…) c’est la disproportion entre la gravité – réelle mais limitée – de cette pandémie et l’espèce d’affolement qui semble s’être emparée des médias et, par eux, d’une partie de la population. « L’espoir renaît », dit-on depuis quelques jours. Mais quand avait-il disparu ? Faut-il rappeler que le taux de létalité du Covid-19 semble être de 1 ou 2 % et sans doute moins, si l’on tient compte des cas non diagnostiqués ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela laisse bon espoir à la plupart d’entre nous ! Tout se passe comme si nos journalistes découvraient soudain que nous sommes mortels. Vous parlez d’un scoop ! Les médias audiovisuels nous font le décompte, jour après jour, des victimes de la pandémie. Nous en sommes à 15 000 morts en France. C’est beaucoup. C’est trop. Mais enfin, faut-il rappeler qu’il meurt dans notre pays 600 000 personnes par an, dont, par exemple, 150 000 d’un cancer et, parmi ces derniers, plusieurs milliers d’enfants, d’adolescents et de jeunes adultes ? En quoi les 15 000 morts du Covid-19, dont la moyenne d’âge est de 81 ans, méritent-ils davantage notre compassion ou notre intérêt que les 600 000 autres ? Tous les humains sont égaux en droits et en dignité, mais toutes les morts ne se valent pas. Il est plus triste de mourir à 20 ou 30 ans que de mourir après 60 ans, ce qui est le cas de 95 % des décès liés à cette pandémie. Les jeunes n’osent pas trop en parler, de peur de sembler se désintéresser de leurs aînés. Mais moi, qui ai 68 ans, je peux le dire, et même je dois le dire : je me fais plus de soucis pour l’avenir de nos enfants – et pour la dette que nous allons leur laisser – que pour ma santé de presque septuagénaire ! Cela ne condamne pas le confinement, qui était sans doute nécessaire et que je respecte soigneusement. Mais cela veut dire que ses conséquences économiques, qui seront extrêmement lourdes, doivent aussi être prises en considération, notamment dans la détermination de sa durée. (….) La misère tue aussi, et plus que les virus. 9 millions de personnes meurent chaque année de malnutrition, dont 3 millions d’enfants. Imaginez que la crise économique qui s’annonce fasse augmenter ce chiffre de seulement 10 % : cela ferait 900 000 morts en plus, qui n’auront pas besoin d’un virus pour agoniser. Et dans notre pays, où le chômage commençait à reculer, quels seront les dégâts sociaux, politiques, humains de cette crise ? Je comprends que les médecins privilégient la santé, c’est leur boulot et leur vocation. Mais, quand je vois, sur nos écrans de télévision, dix médecins, voire plus, pour un économiste, je m’inquiète. La médecine coûte cher. Si nous avons l’une des meilleures médecines du monde, c’est parce que nous sommes un pays riche. Croire qu’on va pouvoir augmenter les dépenses de santé en ruinant notre économie, c’est un évident contresens. La médecine a besoin de moyens, souvent onéreux. Opposer médecine et économie est donc une sottise. Il faut, au contraire, les articuler et, dans toute la mesure du possible, les concilier. (…) Tout être humain mérite attention et respect. Il se trouve que les soignants sont en ce moment confrontés à des difficultés et à des risques fortement augmentés. Il est donc normal de s’en soucier davantage. Cela dit, le métier des enseignants, spécialement en collège, des policiers, des militaires, des éboueurs, des ouvriers, des paysans, des employés de supermarchés, etc. n’est pas non plus toujours facile ou gratifiant. Et les chômeurs, vous ne croyez pas qu’ils méritent aussi un peu plus d’attention ? Nous avons peut-être les meilleurs hôpitaux du monde. Qui oserait dire que nous avons les meilleures écoles, la meilleure formation professionnelle, le plus faible taux de chômage ? (…) C’est ce que j’appelle le pan-médicalisme : une idéologie, voire une civilisation, qui fait de la santé la valeur suprême (à la place, par exemple, de la justice, de la liberté ou de l’amour) et qui tend, dès lors, à déléguer à la médecine la gestion non seulement de nos maladies, ce qui est normal, mais de nos vies et de nos sociétés, ce qui est beaucoup plus inquiétant ! Ne tombons pas dans « l’ordre sanitaire » ni dans le « sanitairement correct » ! Dans une démocratie, c’est le peuple qui est souverain, ce sont ses élus qui font la loi, pas les experts. J’en viens à craindre une « chiraquisation » de la politique : éviter les sujets qui fâchent, renoncer à toute réforme impopulaire, ne plus s’occuper que de la santé et de la protection des Français – plan anticancer, plan pour la sécurité routière, plan contre Alzheimer, plan contre les épidémies… Contre quoi il faut rappeler que la politique est conflictuelle par essence. Quand tout le monde est d’accord pour dire que la santé vaut mieux que la maladie, ce n’est plus de la politique ! Attention de ne pas prendre modèle sur la Chine. Quand la politique se dissout dans la technocratie, qui est le règne des experts, la démocratie se meurt. (…) Quoi de plus naturel qu’un virus ? Ceux qui accusent les sciences et les techniques de tous les maux devraient y réfléchir. La peste noire, au XIVe siècle, a tué la moitié de la population européenne ; la grippe espagnole, en 1918-1919, a fait 50 millions de victimes dans le monde. Il est vraisemblable que le Covid-19, grâce au progrès scientifique, en fera beaucoup moins. Bref, adorons un peu moins la nature et félicitons un peu plus nos chercheurs. Mais n’oublions pas que le réchauffement climatique, qui est, lui, bien d’origine humaine, risque de faire beaucoup plus de morts que le coronavirus ! André Comte-Sponville
Ce qui est sûr, c’est que vu la gravité du moment, les réponses ne peuvent plus être celles d’avant. Je le dis comme un défi à la classe politique et à moi-même : les vraies solutions ne seront pas confortables. Elles remettent en cause une forme de lâcheté collective sur les dernières années. Cette lâcheté a consisté à ne pas changer grand-chose, à éviter certaines questions fondamentales. Elle a été partagée par tous les partis politiques, y compris le mien, et à certains égards par les citoyens. Personne, à aucun moment, n’a dit : il faut renverser la table. (…) On n’évitera pas d’interroger le libéralisme, c’est une évidence. Je le fais depuis un moment, quitte à passer pour un communiste. La question fondamentale est là : l’idée que l’argent serait la seule échelle de valeur, et que l’Etat n’a plus aucun rôle à jouer. On a tué l’idée d’Etat. On a dit qu’il était un problème, on l’a dépouillé et disqualifié. La crise le démontre, par exemple avec la  question des masques. Ensuite, il y a la question budgétaire : si on a détruit le système de santé, c’est parce qu’on a fait de cette question un dogme. Les valeurs ont été inversées : on s’est demandé comment tenir une doctrine budgétaire avant de se demander ce qu’il fallait faire pour le pays. Enfin, il y a le libre-échange non régulé. Peut-on parler d’«économie de guerre» et continuer d’acheter nos aliments à l’étranger ? Le vote du Ceta [traité de libre-échange entre le Canada et l’UE, ratifié par la France en 2019, ndlr] a été un moment de bascule. La politique a démissionné. Je me suis interrogé : depuis quand n’a-t-elle pas changé le cours de l’Histoire ? (…) En réinventant l’Etat, on fixera les secteurs stratégiques de la Nation : l’alimentation, la santé, la sécurité, la défense. Ces secteurs, qu’on a réduits à l’état de squelettes, ne peuvent pas être soumis au marché, ni à une doctrine budgétaire. Dans ces domaines, on ne joue pas aux contrôleurs de gestion : ils sont «hors limites» et doivent faire l’objet d’une stratégie nationale. Je crois à la planification : c’est un point d’accord avec la pensée communiste, qui l’a d’ailleurs appliquée avec les gaullistes. (…) Personne n’imagine d’ouvrir sans maîtrise les vannes budgétaires. On finance ces secteurs en revoyant notamment notre fiscalité et nos priorités. Ce que cette crise révèle, c’est que ce qui semblait impossible devient possible. Loger les sans-abri, cela fait des années qu’on nous dit qu’on ne sait pas faire. Et là, en quelques jours, on trouve des solutions. On redécouvre les salaires de misères des caissières, des infirmières, à côté des salaires fous dans certaines entreprises purement spéculatives. Je ne dis pas : «Prenons l’argent là où il est», mais… Cette crise va nous coûter des milliards d’euros. Tout l’argent public que nous avions économisé par étroitesse d’esprit sera effacé en quelques semaines. (…) Aujourd’hui, j’ai autant de questions que de réponses. Chez LR, cela fait tout de même quelques années qu’on s’interroge sur la question des salaires. C’est un grand mal de notre époque que de ne pas rémunérer à la bonne hauteur ceux qui mériteraient de l’être. Il faudra sur ce sujet une pensée radicalement révolutionnaire. Si des secteurs sont reconnus comme stratégiques, leurs travailleurs devront l’être aussi, avec la rémunération appropriée. On peut le faire en fonction du revenu d’activité de l’entreprise, des enjeux stratégiques du métier… Le gaullisme a des éléments de réponse, par exemple avec la grande idée de la participation. Une certitude : cela doit aller au-delà de la prime de 1 000 euros qui peut être distribuée ponctuellement. Ce n’est pas avec une petite prime qu’on s’en sortira. (…) Quand on pose la question de l’Etat, on pose forcément celle des frontières aussi. Il faut la relier, pas seulement aux enjeux migratoires, mais aussi aux mouvements de biens et des capitaux. Certes, si demain nous les fermions, nous ne pourrions plus nous alimenter. Mais le cœur du libre-échange, c’est la liberté du prix. Et sur les questions alimentaires, on doit pouvoir mettre en question cette liberté du prix. (…) Quand je me pose ces questions, je me dis : suis-je en train de me perdre dans mes valeurs politiques ? Ce qui est sûr, c’est que le confort serait de la boucler et de me passionner pour les petites mesures conjoncturelles. Ce serait une lâcheté coupable : si dire les choses doit me coûter un engagement politique, peu importe. Du reste, j’observe que cette doxa perd du terrain depuis quelques mois. Plus personne chez nous n’ignore que la société a changé, et je ne désespère pas de convaincre. Tout ce que je vous dis fait l’objet d’échanges avec notre président Christian Jacob et d’autres. On est nombreux à se dire que la politique est devenue minuscule. Même les plus réticents comprennent qu’on ne peut pas tout ramener à un tableur Excel. (…) Pour un chantier aussi grand, il va nous falloir un peu de temps. Quand le confinement sera terminé, on réunira des experts, des philosophes, des sociologues pour tout repenser autour d’une idée nouvelle, celle de l’Etat, et l’imaginer plus fort, plus protecteur. Avec deux urgences : la santé et l’alimentation. On doit en finir avec les petites mesurettes et autres «observatoires». (…) On en revient en fait à une idée fondamentale : le gaullisme, qui avait théorisé l’Etat protecteur et stratège. Un gaullisme moderne, car ce qui valait en 1940 ne vaut plus forcément aujourd’hui. Un des effets de cette crise est de me faire beaucoup relativiser l’esprit de clan. La droite à laquelle je crois sera capable de rassembler la grande majorité des Français, qu’ils soient foncièrement de droite et pas. L’enjeu, au fond, c’est la survie du politique, tous bords confondus. Mais cela ne pourra pas être porté par Emmanuel Macron. Ce qui est mort, c’est le «nouveau monde», il va disparaître avec l’eau du bain. Il ne pourra survivre à la crise de son propre modèle. C’est sa dernière lueur. Aurélien Pradié (secrétaire général du parti Républicain)
Depuis quelque temps, une petite musique socialisante retentit au sein du parti Les Républicains. Plusieurs de ses responsables avancent des propositions auxquelles même certains membres du Parti socialiste ne croient plus. Au nom de la supposée reconquête du politique sur l’économique, nous assistons à des idées qui décoiffent autant qu’elles posent question sur les objectifs poursuivis. Énième plan de relance, forte augmentation du SMIC, protectionnisme fermé, etc., sont autant de propositions qui sont justifiées au nom de la résolution des crises sociales et sanitaires que nous traversons, faisant fi des réalités que ces dernières décennies ont pourtant largement confirmées, et au risque de perdre définitivement toute crédibilité auprès d’une partie restante de son électorat. Le jeune député Aurélien Pradié, numéro 3 de LR, s’est fait récemment remarquer dans une interview donnée à Libération , en faisant part de sa «croyance en la planification, un point d’accord avec la pensée communiste», puis en proposant sur Twitter de «réfléchir à fixer un prix maximal pour 100 produits alimentaires de première nécessité». Soit ces propositions, aussi séduisantes puissent-elles être au premier abord, sont faites dans l’ignorance des principes fondamentaux d’économie et de l’histoire récente que le XXe siècle nous a enseigné ; soit elles sont le fruit d’une opposition mécanique à la majorité actuelle, considérant que le macronisme représente un «ultralibéralisme mondialisé dérégulé», aussi fantasmé que faux. Dans les deux cas, cela relève d’une grave erreur d’appréciation dans laquelle la droite doit à tout prix éviter de tomber. Nous nageons dans les confusions, la première d’entre elle consistant à penser qu’un peu de socialisme nous donnerait une bonne image sociale. Mais qui peut encore prétendre que le socialisme génère de bons résultats sociaux, à part ses derniers militants shootés à la dépense publique? La droite française, qui avait intellectuellement perdu dans bien des domaines ces dernières décennies, doit absolument abandonner ses derniers oripeaux socialistes, plutôt que de vouloir s’y rhabiller dans un anachronisme incompréhensible. Une autre erreur consiste à confondre État et étatisme, ou en d’autres termes l’État-régalien dont les droites occidentales sont culturellement et historiquement imprégnées, avec l’État-providence, dont nous voyons bien qu’il échoue lamentablement à l’aune de la crise du Coronavirus. À force de vouloir s’occuper de tout, l’État est partout sauf là où nous en avons besoin. Nul besoin de rajouter de nouvelles règles, contraintes et dépenses. Au contraire, nous devons nous en affranchir. Cadre et élu local LR (et auparavant UMP, depuis sa création), je ne peux laisser le parti politique auquel j’appartiens prendre le risque de s’éloigner de l’un des piliers fondamentaux qui est censé constituer toutes les droites occidentales, à savoir la défense des libertés économiques. Regardons autour de nous, il n’est nul besoin d’aller très loin. Qui s’en sort le mieux, à la fois en matière de politique économique et sociale, et particulièrement dans la gestion de la crise sanitaire que nous traversons actuellement? Qui nous envie notre fameux «modèle français», le meilleur au monde claironnait-on il n’y a pas si longtemps? Rapporté à son coût, il est devenu parmi les moins efficaces. Si l’on avait davantage fait confiance «aux forces du marché», nous ne serions pas arrivés dans cette situation. Nous le constatons bien à la lumière de la crise que nous traversons aujourd’hui. Notre système économique ne souffre pas de trop de libéralisme et de trop de libertés. Bien au contraire. Nous sommes victimes d’un État omnipotent, centralisé, suradministré, et incapable de répondre à la crise. Depuis maintenant 45 ans, nous sommes en déficit public structurel, faisons face à une dette publique qui ne cesse d’augmenter, avec à la clef un chômage élevé et une richesse qui s’accroît moins vite chez nous que chez nombre de nos voisins. Nos prélèvements obligatoires battent des records, et il faudrait que le confinement se prolonge davantage pour avoir le temps de lire entièrement notre Code du travail. Les protocoles sanitaires pour la réouverture des écoles, aussi anxiogènes qu’inadaptés à la situation, que les maires et directeurs d’écoles viennent de recevoir de l’Éducation nationale, sont à l’image de cette haute administration en décalage total avec les réalités locales. Laissons les initiatives privées et locales s’exprimer. On le constate d’ailleurs bien aujourd’hui. Qui réagit avec le plus d’agilité et d’adaptation à la crise sanitaire, dans un esprit de solidarité concrète, si ce ne sont les entreprises, les associations, et les collectivités locales? Si nous avons à défendre un patriotisme économique, celui-ci devra être offensif, et non pas défensif. Moins de règles, moins de contraintes, moins de lois, moins de dépenses publiques et moins d’impôts permettront à l’entrepreneuriat de se libérer des chaînes dont lesquels on l’enferme, à nos entreprises de gagner en souplesse et en compétitivité, et ainsi de mieux sortir durablement de l’importante crise économique et budgétaire qui nous attend. Quant aux propositions qui sentent bon le soviétisme, abandonnons-les immédiatement. Contrôler les prix ne fera qu’accroître la pénurie, comme la gestion piteuse des masques par l’Exécutif vient de nous le prouver. Et qui payera la facture in fine, si ce n’est le contribuable français, déjà le plus lourdement taxé au monde? Quant à planifier l’économie, quels qu’en soient les secteurs sélectionnés, certains s’y sont essayés, avec le succès que l’on sait. Oui, nous avons besoin d’un État fort, qui retrouve ses fondamentaux, et défende les Français, à commencer par leur sécurité. Non, nous n’avons plus besoin de cet État énarchique, impuissant à gérer la crise sanitaire actuelle, comme il est incapable de nous sortir de nos difficultés sociales qui se sont accumulées depuis des décennies. Il y va de la reconquête de notre électorat, et surtout du redressement de la France. Rémi Martial
Le plus dur à vivre, dans cette crise sanitaire, et le plus difficile à gérer, est l’état permanent d’incertitude qu’elle ne cesse d’entretenir. On apprend tous les jours des choses qu’on ignorait la veille sur ce virus ingouvernable qui rôde d’un pays à l’autre suivant un itinéraire capricieux et une cadence imprévisible. Au confinement total succède un confinement partiel. On ignore tout de ses lendemains, si ce n’est les présages d’une crise économique d’ampleur inédite et des drames qu’elle va entraîner. Ce déconcertant purgatoire à la durée indéterminée n’a pas empêché les professeurs de certitudes de proférer en rafales des prédictions définitives. Sur la fin de la mondialisation, comme si l’éradication du virus allait faire disparaître des systèmes de production étroitement connectés parce qu’il y va de leurs intérêts. Sur le naufrage programmé de l’Union européenne, dont les mesures d’urgence, pourtant, et le plan de sauvetage économique éclipsent de loin les pesanteurs et les divisions. Sur la nécessité de refonder l’«État jacobin», alors qu’une stratégie nationale en matière sanitaire n’est affaire ni de centralisation ni de système fédéral mais de prévoyance et de méthode. Et, bien sûr, sur la faillite du libéralisme, sans préciser lequel: le «néolibéralisme» nihiliste que la crise a durement éprouvé en effet ; ou le libéralisme inspiré de Montesquieu et de Tocqueville, qui fait des forces vives de la société le ressort de la vie nationale – à lire les sondages, ce sont surtout les maires et les entreprises que plébiscitent aujourd’hui les Français. Plus téméraire, Nicolas Hulot annonce carrément «un monde d’après» radicalement différent, dont il esquisse les contours par l’énumération rhapsodique d’une kyrielle de prévisions nébuleuses. Et de préciser: «Concilier fin du mois et fin du monde est un exercice très délicat.» Qui oserait le contredire? Au sortir d’une grande crise, l’espoir de savoir en tirer les leçons et de faire perdurer l’esprit de sacrifice et les solidarités qu’elle avait cimentés se heurte tôt ou tard à la grisaille des vieilles habitudes et à de nouvelles épreuves. En France, on s’était juré au moment de la Libération de ne pas retomber dans les errements du système politique d’avant-guerre, rendu largement responsable de la défaite. Deux ans plus tard, François Mauriac consigne dans son Journal cette note mélancolique: «Tout recommence. Tout demeure désespérément pareil […]. La IIIe République continue ; c’est la IVe qui est morte […]» Pendant les longues semaines d’autoréclusion, frustrés de nos libertés élémentaires, parfois dans des conditions très dures, les guerres culturelles qui occupaient hier notre quotidien paraissaient soudain dérisoires, picrocholines: les lamentations victimaires, la criminalisation de notre passé, l’interdit moral de prononcer des vérités décrétées incommodes et jusqu’aux débats homériques sur les droits des transgenres de choisir librement les vestiaires des hommes ou des femmes… On verra bientôt si tout va rester en effet «désespérément pareil». Aux vaticinateurs du «rien ne sera plus comme avant» fait écho le peloton des procureurs qui n’ont pas besoin de tout comprendre pour tout expliquer, puisque la crise valide ce qu’ils savent depuis toujours. Leur verdict est sans appel: ovation du corps médical qui brave l’épidémie, proscription des responsables qui n’ont su la contenir à défaut de l’empêcher. Et, déjà, des associations d’indignés dressent des listes de suspects et commencent à instruire leur procès politique. Le bilan des anomalies et des défaillances qui auront marqué cette crise sera établi le moment venu. Mais tant qu’on ignore comment opère le virus, que gouvernements et experts continuent de naviguer au jour le jour, il est prématuré de jouer bénévolement les épurateurs. Reste l’énigme de l’impréparation de nos pouvoirs publics, qui avaient pourtant mis en place tout un dispositif pour parer à une pandémie virale avant de l’abandonner. Le phénomène n’est pas aussi inhabituel qu’on imagine. Il renvoie à un trait inhérent à nos habitudes de penser et d’agir: nous privilégions le visible du court terme à l’«infamilier» d’un avenir insaisissable, surtout quand il engage des dépenses onéreuses. Des exemples? En 2004, une tempête tropicale cause de terribles destructions à l’île de Grenade en évitant de justesse le sud des États-Unis. L’alerte laisse de marbre les responsables américains. Huit mois plus tard, l’ouragan Katrina va dévaster La Nouvelle-Orléans avec les conséquences que l’on sait. En 1993, un attentat terroriste avorté visant les tours du World Trade Center provoque finalement peu de dégâts. L’émotion passée, les autorités baissent la garde malgré l’accumulation des renseignements alarmants qui peinent à se faire entendre: le 11 Septembre ne prendra par surprise, en haut lieu, que ceux qui ont refusé d’y croire. La même cécité volontaire a frappé le gouvernement israélien à la veille de la guerre du Kippour en octobre 1973. Depuis des mois, les alertes s’étaient multipliées sur une attaque conjointe des armées égyptienne et syrienne. Mais Jérusalem n’y voyait que des manœuvres. Politiques et militaires méprisaient les capacités de l’ennemi, sous-estimaient sa détermination et s’obstinaient à méconnaître les informations qui décrivaient en temps réel ce qui allait se produire. On observe le même genre de déni avec le coronavirus. Tant qu’il frappait ailleurs, même à nos portes, on a trouvé toujours une explication plausible pour croire les Français à l’abri: la Chine est bien loin, le système sanitaire en Italie est défaillant et sa population plus âgée que la nôtre, l’Espagne est trop décentralisée pour faire face à l’épidémie, l’Angleterre est une île… Là où n’existe plus l’empreinte mémorielle d’une expérience précédente, vécue ne serait-ce que par association, le déni continue d’aveugler jusqu’aux mieux avertis. En 2017, deux «behaviouristes» américains, Robert Meyer et Howard Kunreuther, ont publié une enquête au titre qui résume notre situation: Le Paradoxe de l’autruche: pourquoi on se prépare mal aux désastres. C’est ce syndrome de l’autruche qui pousse à construire des maisons dans des secteurs exposés aux calamités, à n’acheter des assurances qu’après avoir subi le fléau qu’elles devaient indemniser, à braver des mesures de sécurité en se croyant immunisés contre le malheur, à abandonner telle politique préventive parce que le désastre qu’elle est censée endiguer tarde à se produire. Les auteurs énumèrent les six «constituants» du «préjugé cognitif» qui travaille autant les individus que les gouvernements: myopie, amnésie, optimisme, inertie, simplifications sélectives, suivisme. La crise sanitaire que nous sommes en train de vivre ne fait qu’accuser ces traits familiers, auxquels notre humeur nationale ajoute, comme de juste, ses attributs propres. Ran Halévi
Face au virus, un spectre hante le monde : le gouvernement des experts. Les politiques ont cédé leur pouvoir à une technocratie médicale aux moyens titanesques. Les totalitarismes en rêvaient, nos démocraties l’ont fait. Le péril dont on s’effraie est rarement celui qui nous terrasse. Beaucoup d’entre nous s’inquiétaient de voir poindre dans nos pays une dictature du politiquement correct. D’autres dénonçaient la dictature des instances supranationales, du marché, de l’écologie ou de la précaution. Et puis, tout à coup, c’est une dictature sanitaire qui est en train de mettre la société au pas. En vérité, le totalitarisme peut prendre bien des formes, se développer pour bien des raisons. La raison sanitaire en est une, et semble-t-il des plus convaincantes. En ce début de XXIe siècle, elle a remplacé la mobilisation générale à visée guerrière dont nos ancêtres ont usé et abusé. Bien sûr, il ne faut pas nous laisser abuser par les mots, ni comparer l’incomparable. Le totalitarisme d’hier brisait les corps en même temps que les âmes. Celui d’aujourd’hui se contente de confisquer le pouvoir à son profit. Et notamment le pouvoir politique, qui est de plus en plus confié à des « experts » au prétexte de l’incompétence des populations. On est loin ici des tyrans assoiffés de sang que le siècle passé nous a appris à détester. Ce qui se profile à l’occasion de la crise du Covid-19, c’est plutôt le despote éclairé. Et éclairé par les savants en blouse blanche, cela va sans dire. Le président nous annonce solennellement que nous sommes en guerre… Le gouvernement renchérit dans la gravité de la situation… Les partis font taire leurs divisions… Les institutions installent des cellules de crise, qui publient à tout-va communiqués et recommandations… Les sociétés savantes s’alignent… Les policiers se répandent dans les rues et les gares pour contrôler les visas de sortie… Les journalistes sont au cœur de ce tintamarre qu’ils mettent en scène pour entretenir la ferveur populaire. Ils dénoncent les égoïsmes, appellent à l’unité nationale, morigènent les récalcitrants. Quant aux soignants, ils sont devenus les soldats d’un pouvoir qui prêche l’« effort de guerre », les nouveaux bergers traquant les brebis égarées – le Bien ! Pour sa propre protection, ils recommandent de mettre le peuple, pétrifié, au congélateur. Extatiques, ils apparaissent régulièrement sur les chaînes d’information en continu pour supplier la population : « Restez chez vous ! » Chaque soir à 20 heures sonnantes, on les applaudit en cadence. Voilà pourtant qu’on rappelle ces héros au « devoir de réserve » (en toutes lettres dans les dernières recommandations d’une des « cellules de crise » au plus haut niveau de l’AP-HP). La discipline, la discipline, la discipline, vous dit-on ! L’engouement est tel qu’il fait taire les rivalités traditionnelles au sein même de la corporation médicale. Personne pour remarquer le gigantesque transfert de moyens, et donc de pouvoir, qui s’opère au bénéfice de deux spécialités : la réanimation respiratoire et l’infectieux. (…) Bref, c’est la guerre, et la guerre demande des sacrifices à tout le monde, répète-t-on en boucle. Mais il faut voir plus loin que le dévouement admirable des soignants à une population en panique. Sans doute sont-ils des soldats… et le propre du soldat, c’est d’aspirer à monter en grade. Les médecins, prenant à cœur leur rôle d’officier, retrouvent l’espoir de renverser en leur faveur la « gouvernance » qui avait été confisquée par le corps administratif. Depuis des années ils souffraient de l’oppression d’une bureaucratie devenue toute-puissante, qui leur dictait ses réquisits : T2A, CCAM, management, business plan, rentabilité, économies, gestion des flux, compression du personnel… Avec la crise du Covid-19, aucune de ces vilaines contraintes économiques n’a plus cours. Le pouvoir médical est de retour. Terrifiés par une responsabilité qu’ils ne veulent surtout pas endosser (une responsabilité de vie et de mort), les administrateurs filent doux. Ils sont revenus à l’intendance, rôle qu’ils n’auraient jamais dû quitter. Ils ne prêchent plus la discipline budgétaire. Au contraire, ils renchérissent dans les offres pour faciliter la vie de ceux qui montent au front. Masques, respirateurs, pousse-seringues, médicaments, personnel supplémentaire : c’est le moment de tout demander, ils lâcheront tout ! Quant aux décisions en temps réel, elles sont prises par l’état-major médical. (…) Et puisque les médecins ont repris le contrôle sur l’administration, ils n’hésitent pas à s’attaquer à la strate supérieure, le politique. Ils renversent les priorités à leur avantage : l’État social devient État sanitaire. Les naïfs qui se sont reposés sur notre infatigable vaillance vont apprendre à la connaître. On ne parlera pas coup d’État, mais l’idée d’un 18-Brumaire habite sans doute nos généraux, promus maréchaux par la force du chaos. Remarquons ainsi qu’Olivier Véran et son adjoint Jérôme Salomon ont complètement éclipsé les autres ministres, qui doivent ronger leur frein. S’il y en a une qui n’a pas eu le sens de l’histoire, c’est bien Agnès Buzyn ! Elle s’est repliée à l’arrière juste avant la bataille décisive. Dommage de se limoger soi-même pour une femme qui aspire manifestement au pouvoir… Passé le premier choc de l’épidémie, passés la sidération et l’engagement comme un seul homme, les citoyens se réveillent peu à peu. Ils essayent de comprendre. Comme toujours, les livres sont nos meilleurs alliés dans cette quête de sens. (…) Les Origines du totalitarisme d’Hannah Arendt nous aide à éclairer notre condition d’homme moderne, soumis aux pressions d’une dictature qui déborde la sphère politique pour étendre son emprise à la sphère privée, quadrillant la société tout entière. (…) Hayek (La Route de la servitude) nous enseigne comment le planisme tente, maintenant et toujours, de supplanter l’initiative individuelle, au prétexte d’établir une organisation supérieure et supérieurement efficace, c’est-à-dire supérieurement oppressive. Avec Jacques Ellul et son Système technicien, nous frémissons devant la puissance du Système, rendu irrésistible par ses caractéristiques cardinales : autonomie, unité, universalité, totalisation. Illich, dont la Nemesis médicale est si prémonitoire, nous avait déjà mis en garde contre le gouvernement des experts, la confiscation de la décision par la force publique, la tendance de l’État à gouverner bien au-delà du régalien pour régenter tous les aspects de notre vie, au mépris du principe de subsidiarité. Pour finir, nonobstant les immenses différences entre le totalitarisme d’hier et celui d’aujourd’hui, pris de vertige, n’hésitant pas à pousser à l’extrême les analogies guerrières, nous méditons avec Vassili Grossman sur le destin atroce du valeureux peuple russe qui, par sa lutte grandiose contre l’oppresseur nazi, forgea lui-même ses chaînes vis-à-vis du tyran stalinien (Vie et Destin)… Sommes-nous en train de renforcer nos propres chaînes, tenues bien serrées par un pouvoir plus souriant, mais non moins absolu ? Notons que toutes ces références analysent un système moderne, qui dispose de la technique et de la science, ce qu’on appelle la technoscience. Sans ces moyens matériels gigantesques, nés de la révolution scientifique qui prétend faire de l’homme le maître et possesseur de la nature, le totalitarisme serait bien incapable d’exercer une emprise illimitée sur les existences individuelles et collectives. La « révolution de l’information » ne fait qu’amplifier un mouvement déjà décrit par ces auteurs actifs au siècle précédent. (…) Le totalitarisme sanitaire peut compter pour se développer sur les moyens qui ont fait le succès des totalitarismes guerriers. Sa force de frappe, c’est la technoscience. Elle est chez elle dans nos hôpitaux, devenus, dans le dernier demi-siècle, des « plateaux techniques », c’est-à-dire des hauts lieux de la technologie. Ironie de la crise actuelle : elle frappera moins durement les pays les moins développés, où les échanges sont moins mondialisés, où le système de soin est moins organisé, où les gens sont moins dépendants des infrastructures lourdes. Dans ces pays, la maladie suivra son cours naturel : bénigne pour l’immense majorité de la population, qui est jeune et solide, mortelle pour les personnes âgées et fragiles, qui sont déjà en forte minorité du fait de l’absence de soutien médical sophistiqué. L’épidémie de Covid-19 se révélera probablement un formidable réducteur des inégalités entre les économies de la planète. Les pays les plus avancés s’effondreront les premiers… ou se confieront tout entiers à leurs bons pasteurs. Anne-Laure Boch

Vous reprendrez bien un peu de planification ?

A l’heure où après deux mois d’assignation à résidence …

Qui entre drones et hélicos, pistolet et caméras thermiques, ausweis et dénonciations …

Ressemblait si furieusement à de la résidence surveillée …

Avec en prime entre deux mensonges d’Etat et le chantage à la peur à jet continu de nos experts des plateaux télé …

L’abandon de la plupart de nos libertés fondamentales

Pour un nouveau virus chinois qui malgré les mensonges de Pékin et la complicité de l’OMS …

Epargne 95% de ses victimes …

Et sur la base apparemment d’un seul rapport dont le principal chercheur s’était non seulement déjà magistralement trompé sur deux épidémies précédentes mais faisait aussi cette fois-ci l’impasse complète sur les dégâts collatéraux du confinement proposé …

Nous commençons à découvrir …

Derrière les prédictions tout aussi définitives les unes que les autres de nos professeurs de certitudes …

Sur cet avenir qui ne sera « plus jamais comme avant » …

Les catastrophiques conséquences qui s’annoncent …

D’un fiasco bureaucratique en train de virer au suicide économique

Sur fond de la lutte inévitable qui revient …

Quand  la France de la fin du monde qui a télétravaillé en sécurité depuis chez eux …

Va à nouveau tenter d’imposer à la France de la fin du mois qui a « continué à aller bosser malgré la menace du virus » …

Leur auto-sacrifice sur l’autel du “sauvetage de la planète” …

Comment ne pas voir …

Avec la neurochirurgienne Anne-Laure Boch

Mais cette fois avec un nouveau totalitarisme sanitaire …

Véritable « dictature du sanitariat » …

Avant celle du « climatoriat » …

Comme un étrange rappel de cette fin d’une autre guerre …

Où oubliant les avertissements conjugués d’Hayek comme de Churchill …

Et entreprenant à leur tour de rebâtir, contre les » usines sombres et sataniques », la Nouvelle Jérusalem de Blake …

Tant d’états à la suite de la Grande-Bretagne de Clement Attlee …

Reprirent en fait derrière les indéniables bienfaits de l’Etat Providence …

Donnant au passage à son pays la majestueuse beauté d’un quasi hymne national

La « route de la servitude » prophétisée par Hayek … ?

Le putsch des blouses blanches
Un nouveau totalitarisme sanitaire
Anne-Laure Boch
Causeur
26 avril 2020

Face au virus, un spectre hante le monde : le gouvernement des experts. Les politiques ont cédé leur pouvoir à une technocratie médicale aux moyens titanesques. Les totalitarismes en rêvaient, nos démocraties l’ont fait.

Le péril dont on s’effraie est rarement celui qui nous terrasse. Beaucoup d’entre nous s’inquiétaient de voir poindre dans nos pays une dictature du politiquement correct. D’autres dénonçaient la dictature des instances supranationales, du marché, de l’écologie ou de la précaution. Et puis, tout à coup, c’est une dictature sanitaire qui est en train de mettre la société au pas. En vérité, le totalitarisme peut prendre bien des formes, se développer pour bien des raisons. La raison sanitaire en est une, et semble-t-il des plus convaincantes. En ce début de XXIe siècle, elle a remplacé la mobilisation générale à visée guerrière dont nos ancêtres ont usé et abusé.

Bien sûr, il ne faut pas nous laisser abuser par les mots, ni comparer l’incomparable. Le totalitarisme d’hier brisait les corps en même temps que les âmes. Celui d’aujourd’hui se contente de confisquer le pouvoir à son profit. Et notamment le pouvoir politique, qui est de plus en plus confié à des « experts » au prétexte de l’incompétence des populations. On est loin ici des tyrans assoiffés de sang que le siècle passé nous a appris à détester. Ce qui se profile à l’occasion de la crise du Covid-19, c’est plutôt le despote éclairé. Et éclairé par les savants en blouse blanche, cela va sans dire.

Le président nous annonce solennellement que nous sommes en guerre… Le gouvernement renchérit dans la gravité de la situation… Les partis font taire leurs divisions… Les institutions installent des cellules de crise, qui publient à tout-va communiqués et recommandations… Les sociétés savantes s’alignent… Les policiers se répandent dans les rues et les gares pour contrôler les visas de sortie… Les journalistes sont au cœur de ce tintamarre qu’ils mettent en scène pour entretenir la ferveur populaire. Ils dénoncent les égoïsmes, appellent à l’unité nationale, morigènent les récalcitrants.

Quant aux soignants, ils sont devenus les soldats d’un pouvoir qui prêche l’« effort de guerre », les nouveaux bergers traquant les brebis égarées – le Bien ! Pour sa propre protection, ils recommandent de mettre le peuple, pétrifié, au congélateur. Extatiques, ils apparaissent régulièrement sur les chaînes d’information en continu pour supplier la population : « Restez chez vous ! » Chaque soir à 20 heures sonnantes, on les applaudit en cadence.

Voilà pourtant qu’on rappelle ces héros au « devoir de réserve » (en toutes lettres dans les dernières recommandations d’une des « cellules de crise » au plus haut niveau de l’AP-HP). La discipline, la discipline, la discipline, vous dit-on !

L’engouement est tel qu’il fait taire les rivalités traditionnelles au sein même de la corporation médicale. Personne pour remarquer le gigantesque transfert de moyens, et donc de pouvoir, qui s’opère au bénéfice de deux spécialités : la réanimation respiratoire et l’infectieux. À l’hôpital, siège d’éternelles luttes entre spécialités, les réanimateurs ont tout simplement le dessus – mettant en veille, au passage, le vieil antagonisme entre réanimateurs médicaux et anesthésistes-réanimateurs. Les chirurgiens, d’ordinaire si remuants, restent muets face à la réquisition des personnels, des respirateurs et des salles de surveillance postinterventionnelles indispensables à leur activité, réquisition qui les met au chômage, ipso facto. Les blocs opératoires ferment, les salles d’hospitalisation aussi, les interventions non urgentes sont déprogrammées… Sans qu’on sache quand on pourra reprendre une activité normale, ni comment on absorbera alors le gigantesque surplus accumulé. Personne n’ose défendre le droit des « autres patients » à être soignés, eux aussi. Il ne fait pas bon aujourd’hui être atteint d’une autre pathologie que le Covid-19. À peine entend-on murmurer le mot de « perte de chance » par les médecins des « autres spécialités » qui errent, désœuvrés, dans les couloirs vides de leurs services. Certains sont enrôlés dans d’autres domaines que le leur, en dépit de leur moindre compétence, et surtout au risque d’une contamination qui priverait « leurs » patients pour de bon.

Masques, respirateurs, médicaments, personnel : c’est le moment de tout demander, ils lâcheront tout !

Bref, c’est la guerre, et la guerre demande des sacrifices à tout le monde, répète-t-on en boucle.

Mais il faut voir plus loin que le dévouement admirable des soignants à une population en panique. Sans doute sont-ils des soldats… et le propre du soldat, c’est d’aspirer à monter en grade. Les médecins, prenant à cœur leur rôle d’officier, retrouvent l’espoir de renverser en leur faveur la « gouvernance » qui avait été confisquée par le corps administratif. Depuis des années ils souffraient de l’oppression d’une bureaucratie devenue toute-puissante, qui leur dictait ses réquisits : T2A, CCAM, management, business plan, rentabilité, économies, gestion des flux, compression du personnel… Avec la crise du Covid-19, aucune de ces vilaines contraintes économiques n’a plus cours. Le pouvoir médical est de retour. Terrifiés par une responsabilité qu’ils ne veulent surtout pas endosser (une responsabilité de vie et de mort), les administrateurs filent doux. Ils sont revenus à l’intendance, rôle qu’ils n’auraient jamais dû quitter. Ils ne prêchent plus la discipline budgétaire. Au contraire, ils renchérissent dans les offres pour faciliter la vie de ceux qui montent au front. Masques, respirateurs, pousse-seringues, médicaments, personnel supplémentaire : c’est le moment de tout demander, ils lâcheront tout ! Quant aux décisions en temps réel, elles sont prises par l’état-major médical. L’extraordinaire réorganisation de l’hôpital, qui voit des services entiers apparaître en une journée, des transferts inédits de personnel et de matériel se concrétiser avant même qu’ils soient en projet, cet effort admirable doit tout aux médecins, rien aux administratifs.

Et puisque les médecins ont repris le contrôle sur l’administration, ils n’hésitent pas à s’attaquer à la strate supérieure, le politique. Ils renversent les priorités à leur avantage : l’État social devient État sanitaire. Les naïfs qui se sont reposés sur notre infatigable vaillance vont apprendre à la connaître. On ne parlera pas coup d’État, mais l’idée d’un 18-Brumaire habite sans doute nos généraux, promus maréchaux par la force du chaos. Remarquons ainsi qu’Olivier Véran et son adjoint Jérôme Salomon ont complètement éclipsé les autres ministres, qui doivent ronger leur frein. S’il y en a une qui n’a pas eu le sens de l’histoire, c’est bien Agnès Buzyn ! Elle s’est repliée à l’arrière juste avant la bataille décisive. Dommage de se limoger soi-même pour une femme qui aspire manifestement au pouvoir…

Passé le premier choc de l’épidémie, passés la sidération et l’engagement comme un seul homme, les citoyens se réveillent peu à peu. Ils essayent de comprendre. Comme toujours, les livres sont nos meilleurs alliés dans cette quête de sens. Sortons-en quelques-uns des rayons de notre bibliothèque – en ces temps de confinement, le président de la République lui-même nous y a encouragés.

Les Origines du totalitarisme d’Hannah Arendt nous aide à éclairer notre condition d’homme moderne, soumis aux pressions d’une dictature qui déborde la sphère politique pour étendre son emprise à la sphère privée, quadrillant la société tout entière. Avec Les Frères Karamazov de Dostoïevski nous vient l’idée que la crise actuelle signifie peut-être la victoire du Grand Inquisiteur. Hayek (La Route de la servitude) nous enseigne comment le planisme tente, maintenant et toujours, de supplanter l’initiative individuelle, au prétexte d’établir une organisation supérieure et supérieurement efficace, c’est-à-dire supérieurement oppressive. Avec Jacques Ellul et son Système technicien, nous frémissons devant la puissance du Système, rendu irrésistible par ses caractéristiques cardinales : autonomie, unité, universalité, totalisation. Illich, dont la Nemesis médicale est si prémonitoire, nous avait déjà mis en garde contre le gouvernement des experts, la confiscation de la décision par la force publique, la tendance de l’État à gouverner bien au-delà du régalien pour régenter tous les aspects de notre vie, au mépris du principe de subsidiarité. Pour finir, nonobstant les immenses différences entre le totalitarisme d’hier et celui d’aujourd’hui, pris de vertige, n’hésitant pas à pousser à l’extrême les analogies guerrières, nous méditons avec Vassili Grossman sur le destin atroce du valeureux peuple russe qui, par sa lutte grandiose contre l’oppresseur nazi, forgea lui-même ses chaînes vis-à-vis du tyran stalinien (Vie et Destin)… Sommes-nous en train de renforcer nos propres chaînes, tenues bien serrées par un pouvoir plus souriant, mais non moins absolu ?

Notons que toutes ces références analysent un système moderne, qui dispose de la technique et de la science, ce qu’on appelle la technoscience. Sans ces moyens matériels gigantesques, nés de la révolution scientifique qui prétend faire de l’homme le maître et possesseur de la nature, le totalitarisme serait bien incapable d’exercer une emprise illimitée sur les existences individuelles et collectives. La « révolution de l’information » ne fait qu’amplifier un mouvement déjà décrit par ces auteurs actifs au siècle précédent. Ce qu’il faut comprendre, c’est que la médecine est partie prenante de l’arraisonnement de la nature et de la société par la technoscience. Entièrement, passionnément, la médecine moderne est technoscientifique. Elle est peut-être même la technoscience par excellence. À ce titre, ses serviteurs, les soignants et notamment les médecins, n’ont rien à redire aux méthodes qui ont fait de la technoscience l’alpha et l’oméga de la puissance politique moderne. Le totalitarisme sanitaire peut compter pour se développer sur les moyens qui ont fait le succès des totalitarismes guerriers. Sa force de frappe, c’est la technoscience. Elle est chez elle dans nos hôpitaux, devenus, dans le dernier demi-siècle, des « plateaux techniques », c’est-à-dire des hauts lieux de la technologie.

Ironie de la crise actuelle : elle frappera moins durement les pays les moins développés, où les échanges sont moins mondialisés, où le système de soin est moins organisé, où les gens sont moins dépendants des infrastructures lourdes. Dans ces pays, la maladie suivra son cours naturel : bénigne pour l’immense majorité de la population, qui est jeune et solide, mortelle pour les personnes âgées et fragiles, qui sont déjà en forte minorité du fait de l’absence de soutien médical sophistiqué. L’épidémie de Covid-19 se révélera probablement un formidable réducteur des inégalités entre les économies de la planète. Les pays les plus avancés s’effondreront les premiers… ou se confieront tout entiers à leurs bons pasteurs.

Autre ironie : devenus politiques, les médecins devront accepter les compromis voire les compromissions qui vont avec cette charge. Eux qui renâclaient contre le management ne pourront faire l’économie d’un petit cours… d’économie ! Tu me tiens, je te tiens par la barbichette… Espérons qu’ils n’y perdront pas leur âme, cette âme valeureuse qu’un grand chirurgien, René Leriche, nous avait appris à aimer (Philosophie de la chirurgie).

Cette crise se résoudra. L’effort de recherche est si monumental qu’il aboutira sans doute très vite à la mise au point d’un traitement, curatif ou préventif (un vaccin). D’ici là les morts seront bien morts, hélas. Et le pouvoir sera passé un peu plus aux mains d’une technocratie d’experts. Appartenant moi-même au corps médical, je ne peux être juge et partie. Les citoyens décideront si cette technocratie sanitaire est meilleure que l’autre, ou plus pesante encore.

Voir aussi:

Ran Halévi: «Pourquoi les professeurs de certitudes sur le “monde d’après” vont être démentis»

CHRONIQUE – Analyser en termes doctrinaux et péremptoires la crise que nous vivons est le meilleur moyen de ne pas la comprendre, car c’est notre imprévoyance qui est en cause et non un «système», argumente l’historien*.
Ran Halévi
Le Figaro
18 mai 2020

Le plus dur à vivre, dans cette crise sanitaire, et le plus difficile à gérer, est l’état permanent d’incertitude qu’elle ne cesse d’entretenir. On apprend tous les jours des choses qu’on ignorait la veille sur ce virus ingouvernable qui rôde d’un pays à l’autre suivant un itinéraire capricieux et une cadence imprévisible. Au confinement total succède un confinement partiel. On ignore tout de ses lendemains, si ce n’est les présages d’une crise économique d’ampleur inédite et des drames qu’elle va entraîner.

Ce déconcertant purgatoire à la durée indéterminée n’a pas empêché les professeurs de certitudes de proférer en rafales des prédictions définitives. Sur la fin de la mondialisation, comme si l’éradication du virus allait faire disparaître des systèmes de production étroitement connectés parce qu’il y va de leurs intérêts. Sur le naufrage programmé de l’Union européenne, dont les mesures d’urgence, pourtant, et le plan de sauvetage économique éclipsent de loin les pesanteurs et les divisions. Sur la nécessité de refonder l’«État jacobin», alors qu’une stratégie nationale en matière sanitaire n’est affaire ni de centralisation ni de système fédéral mais de prévoyance et de méthode. Et, bien sûr, sur la faillite du libéralisme, sans préciser lequel: le «néolibéralisme» nihiliste que la crise a durement éprouvé en effet ; ou le libéralisme inspiré de Montesquieu et de Tocqueville, qui fait des forces vives de la société le ressort de la vie nationale – à lire les sondages, ce sont surtout les maires et les entreprises que plébiscitent aujourd’hui les Français. Plus téméraire, Nicolas Hulot annonce carrément «un monde d’après» radicalement différent, dont il esquisse les contours par l’énumération rhapsodique d’une kyrielle de prévisions nébuleuses. Et de préciser: «Concilier fin du mois et fin du monde est un exercice très délicat.» Qui oserait le contredire?

Au sortir d’une grande crise, l’espoir de savoir en tirer les leçons et de faire perdurer l’esprit de sacrifice et les solidarités qu’elle avait cimentés se heurte tôt ou tard à la grisaille des vieilles habitudes et à de nouvelles épreuves. En France, on s’était juré au moment de la Libération de ne pas retomber dans les errements du système politique d’avant-guerre, rendu largement responsable de la défaite. Deux ans plus tard, François Mauriac consigne dans son Journal cette note mélancolique: «Tout recommence. Tout demeure désespérément pareil […]. La IIIe République continue ; c’est la IVe qui est morte […]» Pendant les longues semaines d’autoréclusion, frustrés de nos libertés élémentaires, parfois dans des conditions très dures, les guerres culturelles qui occupaient hier notre quotidien paraissaient soudain dérisoires, picrocholines: les lamentations victimaires, la criminalisation de notre passé, l’interdit moral de prononcer des vérités décrétées incommodes et jusqu’aux débats homériques sur les droits des transgenres de choisir librement les vestiaires des hommes ou des femmes… On verra bientôt si tout va rester en effet «désespérément pareil».

Aux vaticinateurs du «rien ne sera plus comme avant» fait écho le peloton des procureurs qui n’ont pas besoin de tout comprendre pour tout expliquer, puisque la crise valide ce qu’ils savent depuis toujours. Leur verdict est sans appel: ovation du corps médical qui brave l’épidémie, proscription des responsables qui n’ont su la contenir à défaut de l’empêcher. Et, déjà, des associations d’indignés dressent des listes de suspects et commencent à instruire leur procès politique.

Le bilan des anomalies et des défaillances qui auront marqué cette crise sera établi le moment venu. Mais tant qu’on ignore comment opère le virus, que gouvernements et experts continuent de naviguer au jour le jour, il est prématuré de jouer bénévolement les épurateurs.

Tant que le coronavirus frappait ailleurs, même à nos portes, on a trouvé toujours une explication plausible pour croire les Français à l’abri

Reste l’énigme de l’impréparation de nos pouvoirs publics, qui avaient pourtant mis en place tout un dispositif pour parer à une pandémie virale avant de l’abandonner. Le phénomène n’est pas aussi inhabituel qu’on imagine. Il renvoie à un trait inhérent à nos habitudes de penser et d’agir: nous privilégions le visible du court terme à l’«infamilier» d’un avenir insaisissable, surtout quand il engage des dépenses onéreuses.

Des exemples? En 2004, une tempête tropicale cause de terribles destructions à l’île de Grenade en évitant de justesse le sud des États-Unis. L’alerte laisse de marbre les responsables américains. Huit mois plus tard, l’ouragan Katrina va dévaster La Nouvelle-Orléans avec les conséquences que l’on sait. En 1993, un attentat terroriste avorté visant les tours du World Trade Center provoque finalement peu de dégâts. L’émotion passée, les autorités baissent la garde malgré l’accumulation des renseignements alarmants qui peinent à se faire entendre: le 11 Septembre ne prendra par surprise, en haut lieu, que ceux qui ont refusé d’y croire.

La même cécité volontaire a frappé le gouvernement israélien à la veille de la guerre du Kippour en octobre 1973. Depuis des mois, les alertes s’étaient multipliées sur une attaque conjointe des armées égyptienne et syrienne. Mais Jérusalem n’y voyait que des manœuvres. Politiques et militaires méprisaient les capacités de l’ennemi, sous-estimaient sa détermination et s’obstinaient à méconnaître les informations qui décrivaient en temps réel ce qui allait se produire.

On observe le même genre de déni avec le coronavirus. Tant qu’il frappait ailleurs, même à nos portes, on a trouvé toujours une explication plausible pour croire les Français à l’abri: la Chine est bien loin, le système sanitaire en Italie est défaillant et sa population plus âgée que la nôtre, l’Espagne est trop décentralisée pour faire face à l’épidémie, l’Angleterre est une île…

Là où n’existe plus l’empreinte mémorielle d’une expérience précédente, vécue ne serait-ce que par association, le déni continue d’aveugler jusqu’aux mieux avertis. En 2017, deux «behaviouristes» américains, Robert Meyer et Howard Kunreuther, ont publié une enquête au titre qui résume notre situation: Le Paradoxe de l’autruche: pourquoi on se prépare mal aux désastres. C’est ce syndrome de l’autruche qui pousse à construire des maisons dans des secteurs exposés aux calamités, à n’acheter des assurances qu’après avoir subi le fléau qu’elles devaient indemniser, à braver des mesures de sécurité en se croyant immunisés contre le malheur, à abandonner telle politique préventive parce que le désastre qu’elle est censée endiguer tarde à se produire. Les auteurs énumèrent les six «constituants» du «préjugé cognitif» qui travaille autant les individus que les gouvernements: myopie, amnésie, optimisme, inertie, simplifications sélectives, suivisme.

La crise sanitaire que nous sommes en train de vivre ne fait qu’accuser ces traits familiers, auxquels notre humeur nationale ajoute, comme de juste, ses attributs propres.

*Directeur de recherche au CNRS. Professeur au Centre d’études sociologiques et politiques Raymond-Aron.

Voir également:

« La droite française doit faire le choix de la liberté économique »

FIGAROVOX/TRIBUNE – L’avenir de la droite ne passera pas par le socialisme et la planification, prévient le maire LR de Lèves Rémi Martial. La France doit selon lui faire davantage confiance au marché et rompre avec les dérives de l’étatisme et de la suradministration.

Rémi Martial

Rémi Martial est maire (LR) de Lèves, conseiller départemental d’Eure-et-Loir et professeur d’économie.

Le Figaro

Depuis quelque temps, une petite musique socialisante retentit au sein du parti Les Républicains. Plusieurs de ses responsables avancent des propositions auxquelles même certains membres du Parti socialiste ne croient plus. Au nom de la supposée reconquête du politique sur l’économique, nous assistons à des idées qui décoiffent autant qu’elles posent question sur les objectifs poursuivis.

Énième plan de relance, forte augmentation du SMIC, protectionnisme fermé, etc., sont autant de propositions qui sont justifiées au nom de la résolution des crises sociales et sanitaires que nous traversons, faisant fi des réalités que ces dernières décennies ont pourtant largement confirmées, et au risque de perdre définitivement toute crédibilité auprès d’une partie restante de son électorat.

Nous assistons à des idées qui décoiffent autant qu’elles posent question sur les objectifs poursuivis.

Le jeune député Aurélien Pradié, numéro 3 de LR, s’est fait récemment remarquer dans une interview donnée à Libération , en faisant part de sa «croyance en la planification, un point d’accord avec la pensée communiste», puis en proposant sur Twitter de «réfléchir à fixer un prix maximal pour 100 produits alimentaires de première nécessité».

Soit ces propositions, aussi séduisantes puissent-elles être au premier abord, sont faites dans l’ignorance des principes fondamentaux d’économie et de l’histoire récente que le XXe siècle nous a enseigné ; soit elles sont le fruit d’une opposition mécanique à la majorité actuelle, considérant que le macronisme représente un «ultralibéralisme mondialisé dérégulé», aussi fantasmé que faux. Dans les deux cas, cela relève d’une grave erreur d’appréciation dans laquelle la droite doit à tout prix éviter de tomber.

Arrêtons de faire la confusion entre socialisme et social, et entre étatisme et État

Nous nageons dans les confusions, la première d’entre elle consistant à penser qu’un peu de socialisme nous donnerait une bonne image sociale. Mais qui peut encore prétendre que le socialisme génère de bons résultats sociaux, à part ses derniers militants shootés à la dépense publique? La droite française, qui avait intellectuellement perdu dans bien des domaines ces dernières décennies, doit absolument abandonner ses derniers oripeaux socialistes, plutôt que de vouloir s’y rhabiller dans un anachronisme incompréhensible.

La droite française doit absolument abandonner ses derniers oripeaux socialistes.

Une autre erreur consiste à confondre État et étatisme, ou en d’autres termes l’État-régalien dont les droites occidentales sont culturellement et historiquement imprégnées, avec l’État-providence, dont nous voyons bien qu’il échoue lamentablement à l’aune de la crise du Coronavirus. À force de vouloir s’occuper de tout, l’État est partout sauf là où nous en avons besoin. Nul besoin de rajouter de nouvelles règles, contraintes et dépenses. Au contraire, nous devons nous en affranchir.

La liberté économique est l’un des piliers des droites occidentales

Cadre et élu local LR (et auparavant UMP, depuis sa création), je ne peux laisser le parti politique auquel j’appartiens prendre le risque de s’éloigner de l’un des piliers fondamentaux qui est censé constituer toutes les droites occidentales, à savoir la défense des libertés économiques.

Regardons autour de nous, il n’est nul besoin d’aller très loin. Qui s’en sort le mieux, à la fois en matière de politique économique et sociale, et particulièrement dans la gestion de la crise sanitaire que nous traversons actuellement? Qui nous envie notre fameux «modèle français», le meilleur au monde claironnait-on il n’y a pas si longtemps? Rapporté à son coût, il est devenu parmi les moins efficaces. Si l’on avait davantage fait confiance «aux forces du marché», nous ne serions pas arrivés dans cette situation.

Nous sommes victimes d’un État omnipotent, centralisé, suradministré, et incapable de répondre à la crise.

Nous le constatons bien à la lumière de la crise que nous traversons aujourd’hui. Notre système économique ne souffre pas de trop de libéralisme et de trop de libertés. Bien au contraire. Nous sommes victimes d’un État omnipotent, centralisé, suradministré, et incapable de répondre à la crise.

Depuis maintenant 45 ans, nous sommes en déficit public structurel, faisons face à une dette publique qui ne cesse d’augmenter, avec à la clef un chômage élevé et une richesse qui s’accroît moins vite chez nous que chez nombre de nos voisins. Nos prélèvements obligatoires battent des records, et il faudrait que le confinement se prolonge davantage pour avoir le temps de lire entièrement notre Code du travail.

Les protocoles sanitaires pour la réouverture des écoles, aussi anxiogènes qu’inadaptés à la situation, que les maires et directeurs d’écoles viennent de recevoir de l’Éducation nationale, sont à l’image de cette haute administration en décalage total avec les réalités locales.

Faisons confiance et donnons de l’air aux initiatives privées

Laissons les initiatives privées et locales s’exprimer. On le constate d’ailleurs bien aujourd’hui. Qui réagit avec le plus d’agilité et d’adaptation à la crise sanitaire, dans un esprit de solidarité concrète, si ce ne sont les entreprises, les associations, et les collectivités locales?

Si nous avons à défendre un patriotisme économique, celui-ci devra être offensif, et non pas défensif. Moins de règles, moins de contraintes, moins de lois, moins de dépenses publiques et moins d’impôts permettront à l’entrepreneuriat de se libérer des chaînes dont lesquels on l’enferme, à nos entreprises de gagner en souplesse et en compétitivité, et ainsi de mieux sortir durablement de l’importante crise économique et budgétaire qui nous attend.

Nous avons besoin d’un État fort, qui retrouve ses fondamentaux et défende les Français.

Quant aux propositions qui sentent bon le soviétisme, abandonnons-les immédiatement. Contrôler les prix ne fera qu’accroître la pénurie, comme la gestion piteuse des masques par l’Exécutif vient de nous le prouver. Et qui payera la facture in fine, si ce n’est le contribuable français, déjà le plus lourdement taxé au monde? Quant à planifier l’économie, quels qu’en soient les secteurs sélectionnés, certains s’y sont essayés, avec le succès que l’on sait.

Oui, nous avons besoin d’un État fort, qui retrouve ses fondamentaux, et défende les Français, à commencer par leur sécurité. Non, nous n’avons plus besoin de cet État énarchique, impuissant à gérer la crise sanitaire actuelle, comme il est incapable de nous sortir de nos difficultés sociales qui se sont accumulées depuis des décennies. Il y va de la reconquête de notre électorat, et surtout du redressement de la France.

Voir de même:

Relance

Planification, « révolution des salaires » : les idées-choc du numéro 3 de LR

Député du Lot et secrétaire général du parti Les Républicains, Aurélien Pradié appelle son parti à «renverser la table» pour l’après-épidémie.

Dominique Albertini

A 34 ans, il est l’un de ces nouveaux visages de LR, éclos dans l’une des périodes les plus incertaines de l’histoire de la droite. Nommé en octobre secrétaire général par le nouveau président de LR Christian Jacob, Aurélien Pradié s’est fait l’avocat d’une «droite sociale». Capable, prône-t-il, de s’adresser aux Français les plus fragiles, quitte à réviser plusieurs de ses certitudes traditionnelles. Dans un entretien à Libération, le député du Lot voit dans l’épidémie de coronavirus une occasion de précipiter cet aggiornamento. Traçant des pistes promises à de passionnés débats au sein du parti.

Centralité de l’Etat, critique de la mondialisation, relance budgétaire… Ces enjeux de la crise du coronavirus, la droite est-elle la mieux outillée pour les penser ?

Ce qui est sûr, c’est que vu la gravité du moment, les réponses ne peuvent plus être celles d’avant. Je le dis comme un défi à la classe politique et à moi-même : les vraies solutions ne seront pas confortables. Elles remettent en cause une forme de lâcheté collective sur les dernières années. Cette lâcheté a consisté à ne pas changer grand-chose, à éviter certaines questions fondamentales. Elle a été partagée par tous les partis politiques, y compris le mien, et à certains égards par les citoyens. Personne, à aucun moment, n’a dit : il faut renverser la table.

Quelles sont ces «questions» ?

On n’évitera pas d’interroger le libéralisme, c’est une évidence. Je le fais depuis un moment, quitte à passer pour un communiste. La question fondamentale est là : l’idée que l’argent serait la seule échelle de valeur, et que l’Etat n’a plus aucun rôle à jouer. On a tué l’idée d’Etat. On a dit qu’il était un problème, on l’a dépouillé et disqualifié. La crise le démontre, par exemple avec la question des masques.

Ensuite, il y a la question budgétaire : si on a détruit le système de santé, c’est parce qu’on a fait de cette question un dogme. Les valeurs ont été inversées : on s’est demandé comment tenir une doctrine budgétaire avant de se demander ce qu’il fallait faire pour le pays. Enfin, il y a le libre-échange non régulé. Peut-on parler d’«économie de guerre» et continuer d’acheter nos aliments à l’étranger ? Le vote du Ceta [traité de libre-échange entre le Canada et l’UE, ratifié par la France en 2019, ndlr] a été un moment de bascule. La politique a démissionné. Je me suis interrogé : depuis quand n’a-t-elle pas changé le cours de l’Histoire ?

Vous dites que certains services publics devraient échapper aux règles budgétaires ?

En réinventant l’Etat, on fixera les secteurs stratégiques de la Nation : l’alimentation, la santé, la sécurité, la défense. Ces secteurs, qu’on a réduits à l’état de squelettes, ne peuvent pas être soumis au marché, ni à une doctrine budgétaire. Dans ces domaines, on ne joue pas aux contrôleurs de gestion : ils sont «hors limites» et doivent faire l’objet d’une stratégie nationale. Je crois à la planification : c’est un point d’accord avec la pensée communiste, qui l’a d’ailleurs appliquée avec les gaullistes

On vous demandera, surtout dans votre parti, comment le financer.

Personne n’imagine d’ouvrir sans maîtrise les vannes budgétaires. On finance ces secteurs en revoyant notamment notre fiscalité et nos priorités. Ce que cette crise révèle, c’est que ce qui semblait impossible devient possible. Loger les sans-abri, cela fait des années qu’on nous dit qu’on ne sait pas faire. Et là, en quelques jours, on trouve des solutions. On redécouvre les salaires de misères des caissières, des infirmières, à côté des salaires fous dans certaines entreprises purement spéculatives. Je ne dis pas : «Prenons l’argent là où il est», mais… Cette crise va nous coûter des milliards d’euros. Tout l’argent public que nous avions économisé par étroitesse d’esprit sera effacé en quelques semaines.

Soignants, caissières, livreurs… La crise révèle à quel point notre société repose sur ces professions souvent mal reconnues et mal rémunérées. Mais que peuvent-ils attendre de la droite ?

Aujourd’hui, j’ai autant de questions que de réponses. Chez LR, cela fait tout de même quelques années qu’on s’interroge sur la question des salaires. C’est un grand mal de notre époque que de ne pas rémunérer à la bonne hauteur ceux qui mériteraient de l’être. Il faudra sur ce sujet une pensée radicalement révolutionnaire. Si des secteurs sont reconnus comme stratégiques, leurs travailleurs devront l’être aussi, avec la rémunération appropriée. On peut le faire en fonction du revenu d’activité de l’entreprise, des enjeux stratégiques du métier… Le gaullisme a des éléments de réponse, par exemple avec la grande idée de la participation. Une certitude : cela doit aller au-delà de la prime de 1 000 euros qui peut être distribuée ponctuellement. Ce n’est pas avec une petite prime qu’on s’en sortira.

Faut-il repenser le rôle des frontières ?

Quand on pose la question de l’Etat, on pose forcément celle des frontières aussi. Il faut la relier, pas seulement aux enjeux migratoires, mais aussi aux mouvements de biens et des capitaux. Certes, si demain nous les fermions, nous ne pourrions plus nous alimenter. Mais le cœur du libre-échange, c’est la liberté du prix. Et sur les questions alimentaires, on doit pouvoir mettre en question cette liberté du prix.

Comment faire valoir vos propositions dans un parti qui soutenait, il n’y a pas si longtemps, le programme très libéral de François Fillon ?

Quand je me pose ces questions, je me dis : suis-je en train de me perdre dans mes valeurs politiques ? Ce qui est sûr, c’est que le confort serait de la boucler et de me passionner pour les petites mesures conjoncturelles. Ce serait une lâcheté coupable : si dire les choses doit me coûter un engagement politique, peu importe. Du reste, j’observe que cette doxa perd du terrain depuis quelques mois. Plus personne chez nous n’ignore que la société a changé, et je ne désespère pas de convaincre. Tout ce que je vous dis fait l’objet d’échanges avec notre président Christian Jacob et d’autres. On est nombreux à se dire que la politique est devenue minuscule. Même les plus réticents comprennent qu’on ne peut pas tout ramener à un tableur Excel.

Comment LR va-t-il travailler sur l’après-crise ?

Pour un chantier aussi grand, il va nous falloir un peu de temps. Quand le confinement sera terminé, on réunira des experts, des philosophes, des sociologues pour tout repenser autour d’une idée nouvelle, celle de l’Etat, et l’imaginer plus fort, plus protecteur. Avec deux urgences : la santé et l’alimentation. On doit en finir avec les petites mesurettes et autres «observatoires».

Mais que serait l’identité de la droite après un tel aggiornamento ?

On en revient en fait à une idée fondamentale : le gaullisme, qui avait théorisé l’Etat protecteur et stratège. Un gaullisme moderne, car ce qui valait en 1940 ne vaut plus forcément aujourd’hui. Un des effets de cette crise est de me faire beaucoup relativiser l’esprit de clan. La droite à laquelle je crois sera capable de rassembler la grande majorité des Français, qu’ils soient foncièrement de droite et pas. L’enjeu, au fond, c’est la survie du politique, tous bords confondus. Mais cela ne pourra pas être porté par Emmanuel Macron. Ce qui est mort, c’est le «nouveau monde», il va disparaître avec l’eau du bain. Il ne pourra survivre à la crise de son propre modèle. C’est sa dernière lueur.

Voir de plus:

André Comte-Sponville : « Ne tombons pas dans le sanitairement correct »
ENTRETIEN. Le philosophe, auteur du « Petit Traité des grandes vertus », tempère l’affolement autour du coronavirus et redoute l’avènement des experts.
Propos recueillis par Catherine Golliau
Le Point
16/04/2020

La volonté de protéger la santé des plus âgés justifie-t-elle de mettre en danger l’avenir des plus jeunes, premières victimes d’une récession catastrophique due au confinement ? Avec son franc-parler habituel, le philosophe André Comte-Sponville (Traité du désespoir, La Vie humaine, Du tragique au matérialisme, etc.) pose la question qui fâche : la peur de la mort n’est-elle pas en train de condamner l’essor de la vie ?

Le Point : Que pensez-vous de la manière dont nos sociétés réagissent à cette pandémie de coronavirus ?

André Comte-Sponville : Elles réagissent fortement, efficacement, démocratiquement, et c’est plutôt rassurant. Les prévisions les plus pessimistes laissaient craindre 300 000 morts en France, plusieurs millions en Europe, et tout laisse penser que, grâce aux mesures qui ont été prises, les chiffres seront très inférieurs. Tant mieux !

Ce qui m’inquiète, en revanche, c’est la disproportion entre la gravité – réelle mais limitée – de cette pandémie et l’espèce d’affolement qui semble s’être emparée des médias et, par eux, d’une partie de la population. « L’espoir renaît », dit-on depuis quelques jours. Mais quand avait-il disparu ? Faut-il rappeler que le taux de létalité du Covid-19 semble être de 1 ou 2 % et sans doute moins, si l’on tient compte des cas non diagnostiqués ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela laisse bon espoir à la plupart d’entre nous ! Tout se passe comme si nos journalistes découvraient soudain que nous sommes mortels. Vous parlez d’un scoop ! Les médias audiovisuels nous font le décompte, jour après jour, des victimes de la pandémie. Nous en sommes à 15 000 morts en France. C’est beaucoup. C’est trop. Mais enfin, faut-il rappeler qu’il meurt dans notre pays 600 000 personnes par an, dont, par exemple, 150 000 d’un cancer et, parmi ces derniers, plusieurs milliers d’enfants, d’adolescents et de jeunes adultes ? En quoi les 15 000 morts du Covid-19, dont la moyenne d’âge est de 81 ans, méritent-ils davantage notre compassion ou notre intérêt que les 600 000 autres ? Tous les humains sont égaux en droits et en dignité, mais toutes les morts ne se valent pas. Il est plus triste de mourir à 20 ou 30 ans que de mourir après 60 ans, ce qui est le cas de 95 % des décès liés à cette pandémie. Les jeunes n’osent pas trop en parler, de peur de sembler se désintéresser de leurs aînés. Mais moi, qui ai 68 ans, je peux le dire, et même je dois le dire : je me fais plus de soucis pour l’avenir de nos enfants – et pour la dette que nous allons leur laisser – que pour ma santé de presque septuagénaire ! Cela ne condamne pas le confinement, qui était sans doute nécessaire et que je respecte soigneusement. Mais cela veut dire que ses conséquences économiques, qui seront extrêmement lourdes, doivent aussi être prises en considération, notamment dans la détermination de sa durée.

Certains vous diront qu’il est obscène de parler d’économie quand la santé est en jeu.

Ils auront tort ! La misère tue aussi, et plus que les virus. 9 millions de personnes meurent chaque année de malnutrition, dont 3 millions d’enfants. Imaginez que la crise économique qui s’annonce fasse augmenter ce chiffre de seulement 10 % : cela ferait 900 000 morts en plus, qui n’auront pas besoin d’un virus pour agoniser. Et dans notre pays, où le chômage commençait à reculer, quels seront les dégâts sociaux, politiques, humains de cette crise ? Je comprends que les médecins privilégient la santé, c’est leur boulot et leur vocation.

Mais, quand je vois, sur nos écrans de télévision, dix médecins, voire plus, pour un économiste, je m’inquiète. La médecine coûte cher. Si nous avons l’une des meilleures médecines du monde, c’est parce que nous sommes un pays riche. Croire qu’on va pouvoir augmenter les dépenses de santé en ruinant notre économie, c’est un évident contresens. La médecine a besoin de moyens, souvent onéreux. Opposer médecine et économie est donc une sottise. Il faut, au contraire, les articuler et, dans toute la mesure du possible, les concilier.

Nos contemporains sont-ils plus sages que les anciens face à la mort ?

Cela dépend lesquels, comme toujours ! Pourtant, la plupart sont plus sages au moins en ceci qu’ils ont moins peur de l’enfer. C’est d’ailleurs très caractéristique du moment : dans notre vieux pays chrétien, personne ne compte sur la prière pour faire reculer le virus, personne, ou presque personne, n’y voit un châtiment divin et la plupart de ceux qui ont peur de la mort craignent davantage le néant qu’une éventuelle damnation. J’y vois un progrès, qui est celui des Lumières. Pour le reste, la sagesse est toujours l’exception. Mais elle ne va pas, quelle que soit l’époque, sans acceptation de la mort. Montaigne l’a dit en une phrase : « Tu ne meurs pas de ce que tu es malade, tu meurs de ce que tu es vivant. » Plus nous verrons cette vérité en face, plus nous aimerons la vie, parce que nous prendrons davantage conscience de sa brièveté, de sa fragilité, de sa valeur.

Et les chômeurs, vous ne croyez pas qu’ils méritent aussi un peu plus d’attention ?

Pensez-vous que l’attention portée aujourd’hui aux soignants va durer ?

Tout être humain mérite attention et respect. Il se trouve que les soignants sont en ce moment confrontés à des difficultés et à des risques fortement augmentés. Il est donc normal de s’en soucier davantage. Cela dit, le métier des enseignants, spécialement en collège, des policiers, des militaires, des éboueurs, des ouvriers, des paysans, des employés de supermarchés, etc. n’est pas non plus toujours facile ou gratifiant. Et les chômeurs, vous ne croyez pas qu’ils méritent aussi un peu plus d’attention ? Nous avons peut-être les meilleurs hôpitaux du monde. Qui oserait dire que nous avons les meilleures écoles, la meilleure formation professionnelle, le plus faible taux de chômage ?

La santé va-t-elle devenir une valeur phare ?

Je le crains ! C’est ce que j’appelle le pan-médicalisme : une idéologie, voire une civilisation, qui fait de la santé la valeur suprême (à la place, par exemple, de la justice, de la liberté ou de l’amour) et qui tend, dès lors, à déléguer à la médecine la gestion non seulement de nos maladies, ce qui est normal, mais de nos vies et de nos sociétés, ce qui est beaucoup plus inquiétant ! Ne tombons pas dans « l’ordre sanitaire » ni dans le « sanitairement correct » ! Dans une démocratie, c’est le peuple qui est souverain, ce sont ses élus qui font la loi, pas les experts. J’en viens à craindre une « chiraquisation » de la politique : éviter les sujets qui fâchent, renoncer à toute réforme impopulaire, ne plus s’occuper que de la santé et de la protection des Français – plan anticancer, plan pour la sécurité routière, plan contre Alzheimer, plan contre les épidémies… Contre quoi il faut rappeler que la politique est conflictuelle par essence. Quand tout le monde est d’accord pour dire que la santé vaut mieux que la maladie, ce n’est plus de la politique ! Attention de ne pas prendre modèle sur la Chine. Quand la politique se dissout dans la technocratie, qui est le règne des experts, la démocratie se meurt.

Adorons un peu moins la nature et félicitons un peu plus nos chercheurs.

Le rapport à la nature va-t-il changer aussi ?

Quoi de plus naturel qu’un virus ? Ceux qui accusent les sciences et les techniques de tous les maux devraient y réfléchir. La peste noire, au XIVe siècle, a tué la moitié de la population européenne ; la grippe espagnole, en 1918-1919, a fait 50 millions de victimes dans le monde. Il est vraisemblable que le Covid-19, grâce au progrès scientifique, en fera beaucoup moins. Bref, adorons un peu moins la nature et félicitons un peu plus nos chercheurs. Mais n’oublions pas que le réchauffement climatique, qui est, lui, bien d’origine humaine, risque de faire beaucoup plus de morts que le coronavirus !

Voir encore:

Laurence Peignot, généraliste : « J’ai arrêté d’applaudir mes confrères »

TÉMOIGNAGE. Cette jeune médecin s’agace de voir certains collègues s’ériger en héros et entretenir la peur. « Redonnons à nos patients le goût de vivre. »

Nicolas Bastuck

Le Point

« On fait le job, et c’est normal »

« Ça va sûrement choquer que je dise ça, mais ceux qui se font passer pour des héros abusent », juge-t-elle. Ils seraient d’ailleurs minoritaires, parmi ses collègues, à prendre ces applaudissements vespéraux pour argent comptant. À l’écouter, ils seraient au contraire nombreux, comme elle, à être « un peu gênés avec ça ». « Personnellement, je n’ai juste pas fait grand-chose, par rapport à d’habitude. Pour être honnête, je ne suis pas submergée et je ne l’ai jamais été. Pourtant, j’étais au « front », en « première ligne », comme on dit aujourd’hui. » Elle poursuit : « À l’hôpital, beaucoup considèrent qu’ils n’ont fait que leur boulot. Ils l’ont très bien fait, certains ont pris des risques, mais, à un moment, il faut dire les choses : on fait le job, et c’est normal. D’une certaine façon, c’est une chance que de pouvoir travailler, gagner sa vie et sortir de chez soi. » Ça pique, on vous avait prévenus !

Mais pour le Dr Peignot, là n’est pas l’essentiel. « Certains médecins, pense-t-elle, détournent à présent leur savoir et leur pouvoir pour alimenter une psychose collective qui va nous coûter cher sur le plan médical, social, psychologique et économique. » Et pour le coup, elle « trouve ça dégueulasse ». Elle en veut à ceux qui « diffusent des informations complexes, encore non abouties scientifiquement, contribuant à entretenir des peurs irrationnelles face à la maladie et à la mort ».

« Notre boulot de médecin, c’est aussi de rassurer les gens. En tout cas, ce n’est certainement pas d’affoler la population au moment où beaucoup hésitent à renvoyer leurs enfants à l’école et à reprendre le travail. » « Tous les jours, s’inquiète-t-elle, je vois défiler dans mon cabinet des gens angoissés. L’autre jour, un étudiant en panique m’a confié ne pas être sorti de son studio durant six semaines, pas même pour aller faire ses courses. Des profs, des salariés me demandent des certificats pour ne pas retourner travailler. Je vois des patients effrayés, renfermés sur leurs angoisses de mort, qui préfèrent tout arrêter, garder leurs enfants à la maison plutôt que de ressortir, vivre, bosser, retrouver leurs proches et leurs amis. Je trouve ça triste. Quand on est en bonne santé, on ne devrait pas se complaire dans le confinement, le repli et la docilité. » C’est pourquoi, dit-elle, « l’urgence est peut-être de redonner confiance aux gens, de les aider à retrouver le goût de vivre et d’être ensemble, plutôt que de dépendre d’un système lui-même à bout de souffle ».

Elle évoque ses « cours de médecine ». « On apprend ça à la fac : la santé est un tout. Ce n’est pas seulement se prémunir d’une maladie ou d’une infirmité, c’est être bien dans son corps, sa tête, son environnement social et familial. On a sacrifié tout ça, et c’était nécessaire pour lutter contre cette fichue maladie, mais ça ne peut plus durer. Aujourd’hui, nous devons être raisonnables et ne pas oublier cette vision globale de la santé, si nous voulons tenir dans la durée. Le combat contre ce virus n’est pas terminé et nous allons continuer à faire de notre mieux pour protéger, dépister et soigner les personnes à risque atteintes du Covid-19. Mais notre boulot, c’est aussi de faire en sorte que la vie redémarre. Pas de faire peur aux gens à la télévision. Nous devons être des filtres, pas des générateurs d’angoisse. »

Angoisses et insomnies

Elle « commence seulement » à mesurer les conséquences insoupçonnées que deux mois de confinement ont produites chez ses patients. Elle cite, pêle-mêle, la dépression, la douleur physique, les insomnies, la peur de se faire soigner, les retards de diagnostic, l’isolement, les angoisses massives, « y compris chez les enfants ». « Le pire, c’est que personne n’ose se plaindre alors que ce qu’on vit est très difficile, même quand on n’est pas malade. »

Elle ne milite dans