Orwell/70e: Hommage à la décence commune (My country right or wrong: rediscovering with Orwell the spiritual need for truth and patriotism for which no substitute has yet been found)

21 février, 2020

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S’ils se taisent, les pierres crieront! Jésus (Luc 19 : 40)
Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. Jésus (Matthieu 11: 25)
Le plus difficile n’est pas de dire ce que l’on voit mais d’accepter de voir ce que l’on voit. Péguy
Dans des temps de tromperie généralisée, le seul fait de dire la vérité est un acte révolutionnaire. George Orwell
Il faut constamment se battre pour voir ce qui se trouve au bout de son nez. Orwell
Government cannot be conducted on “pure” pacifist lines, because any government which refused in all circumstances to use force could be overthrown by anyone, even any individual, who was willing to use force. . . . As to the conquest of England, Gandhi would certainly advise us to let Germans rule here rather than fight against them—in fact he did advocate just that. And if Hitler conquered England he would, I imagine, try to bring into being a nationwide pacifist movement, which would prevent serious resistance and therefore make it easier for him to rule. George Orwell
What would Gandhi do if he wasn’t given a shelf [of freedom by the British] to stand on?. . . The fact is that Gandhi’s political methods were almost irrelevant to the present situation, because they depended on publicity. As Mr. Fischer admits, Gandhi never had to deal with a totalitarian Power. He was dealing with an old-fashioned and rather shaky despotism which treated him in a fairly chivalrous way and allowed him to appeal to world opinion at every step. (…) It is difficult to see how his strategy of fasting and civil disobedience could be applied in a country where political opponents simply disappear and the public never hears anything that the Government does not want it to hear. Moreover, it appears that when Mr. Fischer tellsus that we should follow Gandhi’s teachings he. . . wants to prevent the expansion of Russian imperialism, nonviolently if we can, but violently if we must; whereas Gandhi’s central tenant was that you must not use violence even if the alternative is defeat. Asked to give an opinion on the German Jews, Gandhi apparently answered that they should have committed mass suicide, and thus “arouse the world”—an answer which seems to embarrass even Mr. Fischer. George Orwell
In this yogi-ridden age, it is too readily assumed that “non-attachment” is not only better than a full acceptance of earthly life, but that the ordinary man only rejects it because it is too difficult: in other words, that the average human being is a failed saint. It is doubtful whether this is true. Many people genuinely do not wish to be saints, and it is probable that some who achieve or aspire to sainthood have never felt much temptation to be human beings. (…) We live in a lunatic world in which opposites are constantly changing into one another, in which pacifists find themselves worshipping Hitler, Socialists become Nationalists, patriots become quislings, Buddhistspray for the success of the Japanese Army, and the Stock Market takes an upward turn when the Russians stage an offensive. The creeds [pacifism, Anarchism, Stalinism] have the advantage that they aim at the impossible and therefore in effect demand very little. If you throw in a touch of oriental mysticism and Buchmanite raptures over Gandhi, you have everything that a disaffected intellectual needs. The life of an English gentleman and the moral attitude of a saint can be enjoyed simultaneously. By merely transferring your allegiance from England to India (it used to be Russia), you can indulge to the full in allthe chauvinistic sentiments which would be totally impossible if you recognized them for what they were. In the name of pacifism you can compromise with Hitler, and in the name of spirituality you can keep your money. . . There is indeed a sort of apocalyptic truth in the statement of the German radio that the teachings of Hitler and Gandhi are the same. George Orwell
Le Parti vous disait de rejeter le témoignage de vos yeux et de vos oreilles. C’était son commandement ultime, et le plus essentiel. Le cœur de Winston défaillit quand il pensa à l’énorme puissance déployée contre lui, à la facilité avec laquelle n’importe quel intellectuel du Parti le vaincrait dans une discussion, aux arguments qu’il serait incapable de comprendre et auxquels il pourrait encore moins répondre. Et cependant, c’était lui qui avait raison ! Ils avaient tort, et il avait raison. Il fallait défendre l’évident, le bêta et le vrai. Les truismes sont vrais, cramponne-toi à cela. Le monde matériel existe, ses lois ne changent pas. Les pierres sont dures, l’eau est humide, et les objets qu’on lâche tombent vers le centre de la terre. Avec le sentiment […] qu’il posait un axiome important, il écrivit : “La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Si cela est accordé, tout le reste suit. George Orwell (1984)
Ce qui me tracasse en ce moment, c’est qu’on ne sait pas très bien si dans des pays comme l’Angleterre les gens ordinaires font suffisamment la différence entre démocratie et despotisme pour avoir envie de défendre leurs libertés. […] Les intellectuels qui affirment aujourd’hui que démocratie et fascisme, c’est blanc bonnet et bonnet blanc, etc., me dépriment au plus haut point. Mais il se peut qu’au moment de l’épreuve de vérité les gens ordinaires s’avèrent être plus intelligents que les intellectuels. George Orwell
Quand vous rentrez en Angleterre après un voyage à l’étranger, vous avez immédiatement la sensation de respirer un air différent […]. La bière est plus amère, les pièces de monnaie sont plus lourdes, l’herbe est plus verte, les publicités sont plus criardes. […] Alors l’immensité de l’Angleterre vous engloutit et vous perdez pour un instant de vue que la nation dans son ensemble possède un seul caractère identifiable. George Orwell
La nuit qui a précédé le Pacte germano-soviétique, j’ai rêvé que la guerre avait commencé. Ce rêve m’a appris que j’étais de tout cœur patriote, que je soutiendrais la guerre et que je combattrais si possible. Tout cela est enfantin, bien sûr, mais je préfère avoir reçu ce type d’éducation que de ressembler aux intellectuels de gauche qui sont tellement ‘ éclairés ’ qu’ils ne peuvent comprendre les émotions les plus ordinaires. George Orwell
Une part de nous veut être un héros ou un saint, mais l’autre moitié c’est ce petit homme gras qui voit très clairement l’avantage qu’il y a à rester en vie. C’est notre moi privé, la voix de notre ventre qui proteste contre notre âme. George Orwell
George Orwell n’imaginait probablement pas que ce qu’il écrivait finirait par être la réalité de la Chine. Etudiant pékinois (décembre 2010)
I want to yell at that liberatory young woman with her sledgehammer: « Don’t do it! » Apple is not different. That industry is going to give rise to innumerable forms of triviality and misogyny, to the concentration of wealth and the dispersal of mental concentration. To suicidal, underpaid Chinese factory workers whose reality must be like that of the shuffling workers in the commercial. If you think a crowd of people staring at one screen is bad, wait until you have created a world in which billions of people stare at their own screens even while walking, driving, eating in the company of friends—all of them eternally elsewhere. Rebecca Solnit
La barbarie commence dans les discours de haine, elle commence dans l’encouragement au discours qui théorise sur ce fameux grand remplacement qui est en réalité un mythe raciste et xénophobe. Nous sommes de ce fait face à une grande responsabilité. Je ne peux pas ne pas le dire sur ce plateau. Quand des médias salarisent des personnes comme Eric Zemmour, on est complice de ce climat. Benjamin Lucas (Génération.S)
On met tous les flics dans des quartiers des minorités. Oui, c’est vrai. Pourquoi on fait ça? Parce que c’est là où il y a toute la criminalité. Comment on les désarme ? Eh bien, on les jette contre le mur et on les fouille. Michael Bloomberg (2015)
Eh bien, pendant longtemps, les gens ont dit que vous ne pouviez rien y faire, mais les Noirs et les Latinos obtiennent de très mauvais résultats aux tests scolaires par rapport aux Blancs et aux Asiatiques. Si vous regardez nos prisons, ce sont principalement des minorités. Si vous regardez là où se trouve la criminalité, c’est dans les quartiers des minorités. Si vous regardez qui sont les victimes et les criminels, c’est pratiquement tous des minorités. C’est quelque chose qui dure depuis longtemps. Je suppose que c’est répandu ailleurs mais c’est certainement vrai à New York. Et pendant de nombreuses années, les gens ont dit que vous ne pouviez rien y faire. Néanmoins, il y a cette énorme cohorte d’hommes noirs et latinos, disons, de 16 à 25 ans qui n’ont pas d’emploi, de perspectives, ne savent pas comment trouver un emploi, ne savent pas quelles sont leurs compétences, ne savent pas comment se comporter sur le lieu de travail où ils doivent travailler en collaboration et collectivement. Il y aura des emplois, si nous pouvons les obtenir pour ces enfants – ou leurs familles – même si leurs pères ne vivent pas avec leur mère, ou n’ont jamais été mariés, ou même s’ils sont en prison, engager les pères. Beaucoup de statistiques montrent que si le père est impliqué, cela donne à l’enfant une certaine compréhension qu’il se dirige sur le mauvais chemin – et leur assigne des mentors. Beaucoup de ces enfants – ce n’est pas qu’ils soient de mauvais enfants – c’est qu’une fois qu’ils ont fait une erreur, il leur est très difficile de s’en sortir. Mais nous avons une obligation envers eux – sinon pour des raisons de compassion, juste pour des raisons égoïstes. Les trois quarts de tous les enfants de New York qui vont en prison purgent une période et en sortent, retournent immédiatement en prison. Les trois quarts d’entre eux. … Nous devons juste rompre ce cycle. Michael Bloomberg (2011)
Avec le temps, j’ai fini par comprendre quelque chose que j’ai longtemps eu du mal à admettre : j’ai eu tort sur un point important. Notre objectif central était de sauver des vies. Mais les faits sont là : beaucoup trop d’innocents ont été arrêtés et une immense majorité d’entre eux étaient noirs ou latinos. Cela a pu inclure, je suis désolé de le dire, certains d’entre vous qui sont ici aujourd’hui, ou vos enfants, vos petits-enfants, vos voisins, vos proches. Michael Bloomberg
Si votre conversation lors d’une élection présidentielle concerne un gars vêtu d’une robe et s’il peut aller au vestiaire avec leur fille, ce n’est pas une formule gagnante pour la plupart des gens. La plupart des gens se soucient des soins de santé, ils se soucient de l’éducation, de la sécurité et de tout ce genre de choses. Nous nous concentrons sur beaucoup de choses qui ont peu de pertinence pour les gens qui essaient de vivre dans un monde qui change à cause de la technologie et des communications et des choses comme ça, et donc vous pouvez comprendre d’où vient quelqu’un comme le président Trump. Aujourd’hui, pratiquement tous les candidats à la présidence du Parti démocrate ont été si progressistes – je ne sais pas ce que signifie progressiste – mais ils sont dans un endroit où se trouve une partie du public américain et il reste à voir si une majorité de l’électorat l’est. Michael Bloomberg
J’aimerais parler de qui nous combattons. Un milliardaire qui traite les femmes de “grosses vaches” et de “lesbiennes au visage chevalin”. Et non, je ne parle pas de Donald Trump, a repris la sénatrice du Massachusetts. Je parle de Michael Bloomberg. Les démocrates prennent un grand risque si nous remplaçons un milliardaire arrogant par un autre. Elizabeth Warren
Qui peut battre Donald Trump ? Et qui peut faire le travail s’il arrive à la Maison Blanche ? Je dirais que je suis le candidat qui peut faire ces deux choses. Bloomberg
Bloomberg says things that can’t be said in polite company. Maybe voters don’t mind as much as elites do. It’s amusing to learn that Mike Bloomberg, just last year, was filmed speaking with his customary bluntness about transgender individuals: “If your conversation during a presidential election is about some guy wearing a dress and whether he, she, or it can go to the locker room with their daughter, that’s not a winning formula for most people,” he said at a business development forum. You can’t talk that way anymore in the upper levels of the Democratic party, the media, the arts, or even corporate America. If Bloomberg had said this as the CEO of a publicly traded company, instead of as the owner of a private one, intense pressure would have been put on the board to fire him. And this was hardly the first time he said something that was guaranteed to offend. “We put all the cops in minority neighborhoods. Yes, that’s true. Why do we do it? Because that’s where all the crime is,” Bloomberg said in 2015 at the Aspen Institute, adding, “The way you get the guns out of the kids’ hands is to throw them up against the wall and frisk them.” Bloomberg hasn’t had to report to anyone for many years, and being as frank as he likes, no matter how rude he sounds, is part of his brand. “A List of Things Bloomberg Actually Said About Fat People, Rape, George W. Bush, and J.Lo” ran one of the more entertaining headlines of this campaign season. My personal favorite is one of many one-liners contained in the now-infamous booklet, The Portable Bloomberg: The Wit and Wisdom of Michael Bloomberg. It was published as a sort of party favor back in 1990 by his employees, and no one quite seems to be able to tell if it is a spoof or an actual compendium of Bloomberg remarks. If the former, it sounds a lot like the latter to a lot of people. A highlight is Bloomberg’s summing-up of the British royals: “What a bunch of misfits — a gay, an architect, that horsey-faced lesbian, and a kid who gave up Koo Stark for some fat broad.”  (…) Yet Bloomberg’s sharp rise in polling has coincided with a concerted effort by the media to score him for all of these grave offenses against political correctness. We’re about to learn whether anyone outside the elite stratum of the country actually considers these sorts of barbed comments to be disqualifying. True, nobody is allowed to talk like this anymore. But then again, the only other politician who dares to is the current occupant of the White House. Which raises the question: Does a history of extreme political incorrectness actually boost Bloomberg’s chances? (…) American elites hear the way Bloomberg talks and think: Shocking! Disqualifying! Outrageous! Median voters might hear something very different: This guy is a match for Trump! (…) The sort of people who get the vapors at offensive comments are going to vote for the Democrat this fall no matter who it is. Bloomberg’s political incorrectness won’t matter any more than Hillary Clinton’s vote for the Iraq War mattered in 2016. Yet the prospect of riding into battle with someone who is as arrogant, aggressive, politically incorrect, and corrosively funny as Trump has to be a tempting proposition to a lot of Democrats. Even if it’s a fellow New York billionaire. Kyle Smith
The French Revolution hit “peak” coerced egalitarianism with the Jacobin takeover and so-called Reign of Terror. After all, when you begin guillotining fellow travelers on charges they are counterrevolutionaries and begin worshiping a new atheist secular power “Reason,” institutionalized as Robespierre’s “Cult of the Supreme Being,” you have mostly reached the limits of political radicalism and are into the territory of the nihilistic, if not the maniacal and absurd—with a rendezvous with Napoleon on the horizon. From 2009 through 2016, Barack Obama recalibrated the Democratic Party’s liberalism into progressive radicalism. He opened the border and all but dismantled existing immigration law. Sanctuary cities sprang up with impunity. Executive orders bypassed the Congress. The Iran Deal ignored the Senate’s treaty-making responsibilities. Obama sought to nationalize healthcare. The concept of “diversity” replaced affirmative action, by redefining racial oppression as distinct from historical grievance and economic disparity and instead lumping together 30 percent of the population as nonwhite, and thus antithetical to the new buzz construct of “white privilege.” Fast and Furious, the surveillance of the Associated Press reporters, Benghazi, the weaponization of the IRS, and the use of CIA, FBI, and DOJ to seed the spurious Steele dossier were all written off as proof of the “most scandal free” administration in memory. But today Obamaism has been figuratively guillotined by the New Jacobins. It is found guilty of crimes of insufficient revolutionary zeal, as well as compromises with the U.S. Constitution and capitalism. Once considered a crank socialist, Senator Bernie Sanders (I-Vt.) is now leads in many Democratic primary polls. Arriving with him at this moment in our politics is peak progressivism. First-term socialists—House representatives such as Alexandria Ocasio-Cortez (D-N.Y.) and her fellow “squad” members, inspired by Sanders—now set the new Democratic agenda. And it is one that is more radical than anything seen in modern American history and largely unsustainable: calls to level a wealth tax and new top income-tax rates of 70-90 percent, to abolish the Immigration and Customs Enforcement Service, all student debt, an enforceable southern border, the internal combustion engine, and most Second Amendment rights, and to enact multi-trillion dollar new entitlements as outlined in the Green New Deal, Medicare for All, free college, free healthcare for illegal aliens, and reparations. Identity politics so rules the rhetoric of the new progressive party that all of its—exclusively white—primary finalists vie to be most vocal in the ritual damning of their own country (that has ironically ensured their own influence, power, success and wealth) as inherently “racist.” (…) Peak progressivism calls for the abolition of the constitutionally mandated Electoral College. Radicals now fault past failed schemes to pack the federal and Supreme Court with left-wing justices only because they failed, and thus advance ways to make court-packing work in the present. The bolder among them wants to reconfigure the U.S. Senate into a proportionally representational house or abolish it altogether. All that would be left after that would be the formal abolition of the U.S. Constitution itself. Primary candidates compete with one another to water down voting laws, variously demanding that 16-year-olds, felons, and illegal aliens should be given the franchise. Gay marriage, which Obama opposed in 2008 and later promoted after reelection, is now passé. The new civil rights cause celebre is transgenderism, an ancient syndrome known in the past under a variety of clinical definitions that affects less than half of one percent of the population. Who, after these peak progressive ideas, would be left as ineligible to vote—12-year-olds, those on death row, the rest of the earth’s population? All moderate Democratic presidential candidates long ago dropped out. Those who have not, such as Joe Biden and Michael Bloomberg, are in virtual reeducation camps, as they promise to progressive rivals and the media to renounce most of their past positions, effusively apologizing for prior incorrect thinking and failure to become sufficiently “woke.” (…) Peak progressivism eventually either recedes, or, to remain viable, entails violence, as in the Russian, Chinese, or Cuban revolutions. The odd thing is not that Sanders supporter James Hodkinson tried to mow down some of the Republican House leadership, or a recent left-wing activist sought to run over Trump supporters with his van, or that Hollywood stars still compete with each other in imagining the most fitting rhetorical torture or killing of the president of the United States—bombing, incineration, beheading, stabbing, shooting, beating—but that progressive voices rarely complain about such extremist rhetoric or actions. Impeachment 1.0 in January 2017 looks tame in comparison to 2.0 in February 2020, which in turn will seem a sell-out compared to 3.0 in 2021. George McGovern ensured a Nixon landslide, Jimmy Carter hastened the Reagan Revolution—and the eventual return of the old Democrats under Bill Clinton. The frightening visions of the new peak progressives will ensure the reelection of Donald Trump, as well as either the likely end of themselves—or else a collective dystopian nightmare. Victor Davis Hanson
The Chinese Communist government increasingly poses an existential threat not just to its own 1.4 billion citizens but to the world at large. China is currently in a dangerously chaotic state. And why not, when a premodern authoritarian society leaps wildly into the brave new world of high-tech science in a single generation? The Chinese technological revolution is overseen by an Orwellian dictatorship. Predictably, the Chinese Communist Party has not developed the social, political, or cultural infrastructure to ensure that its sophisticated industrial and biological research does not go rogue and become destructive to itself and to the billions of people who are on the importing end of Chinese products and protocols. Central Party officials run the government, military, media, and universities collectively in a manner reminiscent of the science-fiction Borg organism of Star Trek, which was a horde of robot-like entities all under the control of a central mind. Thirty years ago, American pundits began gushing over China’s sudden leap from horse-drawn power to solar, wind, and nuclear energy. The Chinese Communist government wowed Westerners. It created from nothing high-speed rail, solar farms, shiny new airports, and gleaming new high-density apartment buildings. Western-trained Chinese scientists soon were conducting sophisticated medical and scientific research. And they often did so rapidly, without the prying regulators, nosy elected officials, and bothersome citizen lawsuits that often burden American and European scientists. To make China instantly rich and modern, the Communist hierarchy — the same government that once caused the deaths of some 60 million innocents under Mao Zedong — ignored property rights. It crushed individual freedom. It embraced secrecy and bulldozed over any who stood in its way. In much the same manner that silly American pundits once praised Benito Mussolini’s fascist efforts to modernize Depression-era Italy, many naifs in the West praised China only because they wished that their own countries could recalibrate so quickly and efficiently — especially in service to green agendas. But the world is learning that China does not just move mountains for new dams or bulldoze ancient neighborhoods that stand in the path of high-speed rail. It also hid the outbreak and the mysterious origins of the deadly coronavirus from its own people and the rest of the planet as well — a more dangerous replay of its earlier effort to mask the spread of the SARS virus. The result was that thousands of unknowing carriers spread the viral plague while the government covered up its epidemic proportions. China, of course, does not wish to have either its products or citizens quarantined from other countries. But the Chinese government will not allow foreign scientists to enter its country to collaborate on containing the coronavirus and developing a vaccine. No wonder Internet conspiracies speculate that the virus was either a rogue product of the Chinese military’s bioengineering weapons lab or originated from bats, snakes, or pangolins and the open-air markets where they are sold as food. It is hard to believe that in 2020, the world’s largest and second-wealthiest country, which boasts of high-tech consumer products and gleaming cities, has imprisoned in “re-education camps” more than 1 million Uighur Muslims in the manner that Hitler, Stalin, and Mao once relocated “undesirable” populations. China seems confident that it will soon rule the world, given its huge population, massive trade surpluses, vast cash reserves, and industries that produce so many of the world’s electronic devices, pharmaceuticals, and consumer goods. For a year, the Chinese government has battled massive street demonstrations for democracy in Hong Kong. Beijing cynically assumes that Western nations don’t care. They are expected to drop their characteristic human-rights advocacy because of how profitable their investments inside China have proven. Beijing was right. Few Western companies complain that Chinese society is surveilled, regulated, and controlled in a nightmarish fashion that George Orwell once predicted in his dystopian novel, 1984. All of these recent scandals should remind the world that China got rich by warping trade and stealing technology in much the same way that it deals with epidemics and dissidents. That is, by simply ignoring legitimate criticism and crushing anyone in its way. If the Chinese Communist Borg is willing to put millions of its own citizens at risk of infection and death, why would it care about foreigners’ complaints that China is getting rich and powerful by breaking international trade rules? The truth about President Trump’s decision to call China to account over its systematic abuse of international trade norms is not that Trump’s policy is reckless or ill-considered. It’s that at this late date, the reckoning might prove too little, too late. Victor Davis Hanson
Une enquête de Bloomberg révèle qu’Amazon emploie des milliers de salariés dans le monde pour écouter les conversations des utilisateurs avec Alexa, l’assistant vocal qui alimente les enceintes Echo du géant et plus de 100 millions d’objets connectés dans le monde. Ces employés travaillent neuf heures par jour dans des bureaux à Boston, au Costa Rica, en Inde ou encore en Roumanie. Il analyse jusqu’à 1000 clips audio par jour pour transcrire et annoter leur contenu. Le but est d’améliorer l’outil de reconnaissance vocale en éliminant les lacunes dans la compréhension de la parole humaine par Alexa et en l’aidant à mieux répondre aux demandes des utilisateurs. Un employé explique ainsi à Bloomberg avoir aidé Alexa à mieux comprendre le nom «Taylor Swift» en lui indiquant que l’utilisateur parlait d’une artiste musicale. Parmi le type de clips auxquels les salariés accèdent, des requêtes mais aussi des sons enregistrés comme une femme qui chante mal sous la douche. Problème: ces fichiers peuvent être partagés sur une messagerie interne pour aider un collègue à mieux interpréter une phrase ou pour se moquer d’un enregistrement amusant. D’autres extraits sont parfois plus problématiques. Deux personnes qui travaillaient pour Amazon ont ainsi raconté avoir entendu ce qui ressemblait à une agression sexuelle. Après l’avoir mentionné à leur hiérarchie, ils ont été informés qu’Amazon ne souhaitait pas réagir à la situation.  (…) Amazon mentionne dans ses conditions d’utilisation que les conversations des utilisateurs avec Alexa sont enregistrées pour améliorer son assistant virtuel. Cependant, le géant n’y précise explicitement pas que ces conversations peuvent être écoutées par des humains. Et si l’utilisateur peut limiter via les paramètres de confidentialité d’Alexa l’utilisation qui est faite de ces enregistrements, il ne peut jamais empêcher cette transmission. (…) Amazon n’est pas la seule entreprise à faire écouter une partie de ces conversations à des humains pour améliorer son outil de reconnaissance vocale. C’est aussi le cas chez Google et Apple avec leurs propres assistants vocaux Google Assistant et Siri. Pour Siri d’Apple, les enregistrements passés en revue ne contiennent pas d’informations personnelles. Durant les six mois où ils sont stockés, ils sont liés à un identifiant aléatoire selon un livre blanc sur la sécurité d’Apple. Après ces six mois, les données sont dépourvues de leur identifiant aléatoire, mais elles peuvent être stockées plus longtemps pour améliorer la reconnaissance vocale de Siri. Chez Google, certains réviseurs peuvent accéder à des extraits audio de Google Assistant, mais ces derniers ne sont associés à aucune information personnelle et le son est déformé, selon l’entreprise. Dans la nuit du 2 au 3 août, Amazon a mis à jour son application Alexa pour expliquer plus clairement la manière dont les enregistrements sont utilisés. Ainsi, on peut dorénavant lire que «les fichiers audios peuvent être […] manuellement révisés pour aider à améliorer les services [d’Amazon]». Alors qu’avant, la firme indiquait seulement que les enregistrements pouvaient «être utilisés pour développer de nouvelles fonctionnalités». Via l’application, il est aussi possible de désactiver l’envoi et l’écoute des fichiers audios avec Alexa. L’annonce d’Amazon fait suite à la procédure administrative ouverte par l’autorité de protection des données de Hambourg à l’encontre de Google. Depuis le 1er août et pendant trois mois, la firme n’est plus autorisée à laisser ses employés ou sous-traitants écouter les conversations enregistrées par son assistant intelligent. L’interdiction s’étend à toute l’Union Européenne. Apple a également emboîté le pas à Google et Amazon. La firme a annoncé au média TechCrunch qu’elle suspendait la manière dont les enregistrements sont utilisés pour améliorer son assistant vocal, «le temps de le réexaminer en profondeur». Cette décision s’applique au monde entier. Figaro
Au moment où j’écris, des êtres humains hautement civilisés veulent au-dessus de moi et essaient de me tuer. George Orwell
En 1930, il n’y avait aucune activité, sauf peut-être la recherche scientifique, les arts et l’engagement politique de gauche à laquelle puisse croire un individu conscient. La civilisation occidentale était au plus bas de son prestige et le “désenchantement” était partout. Qui pouvait encore envisager de réussir sa vie dans les carrières traditionnelles de la classe moyenne – en devenant officier, clergyman, agent de change, fonctionnaire aux Indes ou que sais-je encore ? Et que restait-il des valeurs de nos grands-parents ? Le patriotisme, la religion, l’Empire, la famille, le caractère sacré du mariage, la cravate aux couleurs du collège, la naissance, l’éducation, la discipline – tout individu moyennement éduqué pouvait en trois minutes vous démontrer l’inanité de tout cela. Mais qu’obtient-on, en fin de compte, en se débarrassant de choses aussi élémentaires que le patriotisme ou la religion ? On n’est pas pour autant débarrassé du besoin de croire à quelque chose. […] Je ne crois pas qu’il faille aller chercher plus loin les raisons pour lesquelles les jeunes écrivains des années 1930 se sont rassemblés sous le houlette du parti communiste. Il y avait là une Église, une armée, une orthodoxie, une discipline. Il y avait là une Patrie et – en tout cas depuis 1935 ou à peu près – un Führer. Tous les attachements profonds et toutes les superstitions dont l’esprit avait apparemment fait litière pouvaient revenir en force sous le plus mince des déguisements. Le patriotisme, l’Empire, la religion, la gloire militaire – tout cela était contenu dans un seul mot : “Russie”. […] Dans ces conditions, le “communisme de l’intellectuel anglais apparaît comme un phénomène assez aisément explicable : c’est le patriotisme des déracinés. » George Orwell
L’auteur de 1984, l’un des romans politiques les plus sombres du XXème siècle, était un grand optimiste, amoureux de son pays, à l’aise dans son époque, même si, dans ses fantasmes, il aurait préféré vivre au XVIIIème siècle en « joyeux pasteur ». Il conçut son existence comme une œuvre, et son œuvre, d’abord comme la quête d’une écriture (…) Son inclinaison profonde en tant que personnage public ne fut pas la politique mais la morale. Lorsqu’on étudie l’un des aspects de sa pensée, il faut constamment avoir à l’esprit ces paramètres. Nous sommes en présence d’un homme heureux, d’un écrivain poursuivant, à sa manière, un objectif de modernité, d’un citoyen qui attribuait au peuple anglais des vertus cardinales : gentillesse, loyauté, amour de la tradition, decency (décence, politesse, bonne mœurs), et ce don, pour lui apanage de ses compatriotes, de ne pas se laisser impressionner par les grands hommes, comme Napoléon, Churchill ou Staline. Raymond Williams a dit d’Orwell qu’il était un auteur bien anglais, éminemment insulaire et cocardier (Orwell, Londres, 1971). On verra que son attitude vis-à-vis de sa patrie a évolué au gré des circonstances personnelles et historiques. Ce qui ne changera jamais, c’est la prééminence du ressenti, de l’esthétique et de la morale, alliée à une conscience aiguë de la rhétorique, elle-même vécue comme une modalité politique du discours et de l’écriture. Ainsi, à l’automne 1940, au début de la guerre, les alliances se nouent et se dénouent. Orwell se demande si le conflit sera purement impérialiste et s’il faudra faire front commun avec la bourgeoisie. Tout en se posant ces questions d’importance, il ne peut s’empêcher d’écouter ses voix et de moraliser : « La nuit qui a précédé le Pacte germano-soviétique, j’ai rêvé que la guerre avait commencé. Ce rêve m’a appris que j’étais de tout cœur patriote, que je soutiendrais la guerre et que je combattrais si possible. Tout cela est enfantin, bien sûr, mais je préfère avoir reçu ce type d’éducation que de ressembler aux intellectuels de gauche qui sont tellement ‘ éclairés ’ qu’ils ne peuvent comprendre les émotions les plus ordinaires. » L’enfance d’Orwell fut marquée, pour ce qui nous concerne ici, par la catastrophe du Titanic. Dans un texte de résistance consensuel, très “ union nationale ” de 1940 (“My Country Right and Left ”, “ Mon pays, “ de droite et de gauche ” ou “ qu’il ait raison ou tort ”), Orwell évoque ce traumatisme. Il laisse entendre que l’attachement à une nation découle plus d’un ressenti charnel à des événements isolés mais marquants qu’à de grandes causes ou à une Histoire qui se fait mais qui n’est pas toujours lisible. En primaire, Orwell eut beau détester la discipline sadique des écoles primaires privées, les preparatory schools, il n’en admit pas moins, par la suite, que les grandes victoires anglaises (au diable les régiments écossais ou gallois !) furent préparées sur les terrains de cricket des écoles privées, la guerre n’étant qu’une forme suprême du sport où il est impossible de tricher (Orwell fut cependant l’un des premiers à dénoncer la concomitance entre sport et nationalisme dans un article visionnaire de 1945, “ The Sporting Spirit ”). Á Eton, il reçut sa part d’enseignement, de culture militariste. Il sut prendre du recul par rapport à cette vision du monde, ce qui ne l’empêcha pas de s’enrôler au sortir de l’enseignement secondaire, alors que rien ni personne ne l’y contraignait, dans la police impériale en Birmanie. Or c’est bel et bien durant sa plus tendre enfance que le futur écrivain avait été imprégné d’idéologie belliciste, d’une philosophie portant au plus haut niveau les valeurs de défense sacrée de la patrie, avec comme corollaire une dépréciation de l’ennemi. Orwell va se forger une conscience politique dans les années trente, non sans hésitations et revirements. Contre sa classe d’origine, la bourgeoisie impérialiste, et contre lui-même, en tirant parti de la névrose de culpabilité qui le taraude depuis l’enfance. Pour ce faire, il lui faudra passer par la France et l’immersion dans des franges défavorisées de la classe ouvrière, le Kent des travailleurs agricoles exploités et le Londres des clochards (voir son premier ouvrage, une biofiction : Down and Out in Paris and London, 1933. En français, Dans la dèche à Paris et à Londres). C’est qu’Orwell est de ces écrivains qui sont allés au-delà de leur monde et qui, de retour, ont adopté le regard du Persan : « Quand vous rentrez en Angleterre après un voyage à l’étranger, vous avez immédiatement la sensation de respirer un air différent […]. La bière est plus amère, les pièces de monnaie sont plus lourdes, l’herbe est plus verte, les publicités sont plus criardes. […] Alors l’immensité de l’Angleterre vous engloutit et vous perdez pour un instant de vue que la nation dans son ensemble possède un seul caractère identifiable. » Toute la complexité du patriotisme d’Orwell tient dans ces phrases. Il est capable d’observer son univers familier de l’extérieur, mais il est aussi terriblement anglo-centré. Cela dit, par delà des évidences assénées de manière aussi désarmante, il faut retenir qu’avant de s’émerveiller devant les « visages doux et noueux » de ses compatriotes, leurs « mauvaises dents » et leurs « bonnes manières », le « clic-clac des sabots dans les villes du Lancashire », Orwell avait su observer l’Angleterre à partir de la connaissance qu’il avait de son empire : c’est parce qu’il avait vécu au contact des masses exploitées d’Extrême-Orient qu’il pourrait sympathiser avec le lumpen-proletariat anglais puis avec la classe ouvrière proprement dite, « les victimes symboliques de l’injustice qui jouaient le même rôle en Angleterre que les Birmans en Birmanie » (1936). Après la découverte de la condition prolétarienne dans son pays, Orwell part se battre en Espagne, tout simplement parce qu’il faut se dresser contre le fascisme pour laisser une chance au socialisme. (…) Traumatisé par la défaite des Républicains, par la trahison des staliniens, Orwell va alors traverser une phase de doutes personnels durant laquelle les sentiments pacifistes et internationalistes vont prendre le dessus. D’avoir versé son sang, d’avoir été ainsi “ baptisé ”, autorise un Orwell dégoûté par la guerre à envisager, de 1937 à 1939, un certain cynisme dans la démission face à la menace hitlérienne.  (…) Ainsi, après les années 1936-37 où, choqué par la brutalité de la classe dirigeante, par l’irréalisme des élites de la gauche libérale, il a adopté des comportements extrêmes (vivre dans la crasse chez des logeurs exploiteurs du Lancashire, descendre au fond de la mine, partager le lot des combattants de base en Catalogne), il pressent, vers 1938-1939, que le conflit qui s’annonce sera terrible et il recherche des valeurs modérées. Dans les très nombreuses pages qu’il consacre à l’Angleterre et à son peuple, il offre des images et des concepts de paix (dans son roman de 1938 Coming Up for Air – en français Un peu d’air frais, il fait dire à son narrateur : «Pêcher, c’est le contraire de faire la guerre »), de raison, de stabilité, de juste milieu. Mais pas de médiocrité. Orwell n’aimait pas les comportements petits. Il raille Napoléon se rendant aux Anglais par peur des Prussiens, Ludendorff se cachant derrière des lunettes de soleil ou encore cet empereur romain qui s’était barricadé dans des toilettes (Orwell mourut des années avant que le roi du Maroc Hassan II fasse de même). L’idéal d’Orwell à l’époque, c’est un Sancho Pança qui n’aurait pas peur des bombes mais qui ne se planterait pas poitrail nu face à la mitraille : « Une part de nous veut être un héro ou un saint, mais l’autre moitié c’est ce petit homme gras qui voit très clairement l’avantage qu’il y a à rester en vie. C’est notre moi privé, la voix de notre ventre qui proteste contre notre âme. » Aux sentiments anti-guerre qui transparaissaient çà et là dans le discours de Homage to Catalonia succède un comportement franchement pacifiste, en particulier durant l’hiver 1938-39, époque où, souffrant gravement des poumons, il réside pour quelques mois à Marrakech. Il pose qu’être pacifiste ce n’est pas forcément vouloir bloquer les réformes sociales. Il s’est forgé un socialisme dont le marxisme n’est pas totalement exclu (dans The Road to Wigan Pier, en particulier. En français, Le Quai de Wigan). Mais progressivement, et cela le mènera jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, il rejette ce qui, au niveau socio-politique, n’est pas, à ses yeux, anglais : le stalinisme, l’internationalisme prolétarien, le fascisme évidemment, mais aussi l’Église Catholique Romaine et tout ce qui s’apparente aux intellectuels de gauche européens. Il moque avec férocité l’îlot de pensée dissidente de ceux qui « vont chercher leurs recettes de cuisine à Paris et leurs idées à Moscou. »  Face aux dangers – Hitler, la guerre, le capitalisme sauvage, l’industrialisation débridée – Orwell va donc partir dans une quête de l’anglicisé  Sa patrie ne trouvera le salut que dans la réaffirmation de ses valeurs fondamentales. Une transformation de la société anglaise – qu’il appelle de ses vœux – ne se fera que dans le respect des traditions. De 1937 à 1940, le projet d’Orwell est d’établir une continuité entre l’Angleterre du présent et celle du passé. Bernard Gensane
L’essence, la force du patriotisme d’Orwell lui permirent durant deux décennies de tous les dangers de retrouver des valeurs stables, une morale en politique, et d’alimenter son instinct de conservation à la source de son amour pour son pays. Ce patriotisme n’était pas aveugle. L’honnêteté intellectuelle d’Orwell (certes relative), son pessimisme lucide, son humour froid au second degré le faisaient souvent passer pour un prophète de malheur. Ce n’est pas parce qu’il était fondamentalement patriote qu’il aimait et défendait l’Angleterre, mais c’est parce que l’amour de son pays était quintessencié qu’il était patriote. Parce qu’il souhaitait, vers 1940, un consensus politique national et que ce que l’Europe proposait (des régimes forts ou des démocraties en déliquescence) ne lui convenait pas, il soutiendrait son pays de droite comme de gauche (« My country Right and Left »), l’Angleterre de Chamberlain pouvant évoluer à court terme vers un changement radical de société. Orwell établissait par ailleurs une nette distinction entre patriotisme et nationalisme. Être patriote revenait à aimer un endroit, un mode de vie que l’on considérait comme les meilleurs au monde, mais sans pour autant vouloir les imposer aux autres. Pour Orwell, le patriotisme était par nature défensif, militairement et culturellement parlant. Il impliquait par ailleurs une adhésion volontaire à un espace, à une communauté et à des valeurs. Inversement, il concevait le nationalisme comme l’idéologie belliqueuse d’individus en quête de prestige, non pour eux-mêmes mais pour des ensembles dans lesquels ils choisissent d’enfouir leur propre personnalité. Un communiste ne pouvait donc pas, selon lui, être patriote, mais seulement nationaliste, puisqu’il était capable, en l’espace de quelques jours, de transférer ses allégeances selon les nécessités de l’actualité, son rapport à sa terre, à sa patrie étant extrêmement ténu. Il avait établi une typologie de différentes formes de nationalismes : la forme “ positive ”, incarnée par le nationalisme celtique, le sionisme, et ceux qui n’admettaient pas le recul de l’influence anglaise dans le monde ; un nationalisme de “ transfert ” (il faisait se côtoyer le communisme, le pacifisme, le catholicisme militant, la conscience de classe)  (…) La pensée d’Orwell, dans la dernière partie de sa vie, préfigure l’idéologie travailliste des années cinquante, celle qui a rompu, dans les faits, avec le marxisme. Pour Orwell qui, de 1945 à sa mort en 1950, est un sympathisant du Labour, le socialisme se résume à davantage d’égalité et le remplacement des élites obsolètes par ce qu’on n’appelle pas encore la méritocratie. (…) De plus sa pensée, surtout quand elle est novatrice, est constamment bridée par des interférences personnelles. Qu’il écrive des pages anti-impérialistes, socialistes, révolutionnaires ou réformistes, l’image de l’homme vaincu, isolé pour qui un changement profond de société impulsé par le “ peuple ” est une chimère, domine. On peut supposer que le pessimisme d’Orwell a été alimenté par l’échec de soulèvements populaires, comme ceux de Kronstadt ou de Varsovie, sans parler de la prise de Barcelone par les Franquistes. Les patriotes sont ceux qui, pour nous résumer, sont prêts à prendre les armes pour mener une guerre populaire. Les ennemis de la patrie sont les pro-fascistes. L’idée d’une victoire d’Hitler plait aux très riches, aux communistes, aux Chemises noires d’Oswald Mosley (parti fasciste qui, étrangement, fut le premier parti anglais à adopter un programme économique keynésien !), aux pacifistes et à certaines factions catholiques. Et puis, si les choses tournaient mal sur le front intérieur, la totalité des plus pauvres des ouvriers pourrait adopter une position défaitiste mais pas pro-hitlérienne dans les faits. Il restait donc les trois-quarts de la classe ouvrière et la petite bourgeoisie moins les intellectuels de gauche car ces derniers s’étaient, rappelons-le, déconsidérés depuis une dizaine d’années au moins. Le combat étant national et même nationaliste, il faudrait se méfier de cette « intelligentsia européanisée ». De 1945 à 1950, le mot “ patriotisme ” n’apparaît jamais plus sous la plume d’Orwell. Visionnaire comme Churchill – dont il partage certaines conceptions en matière de géopolitique, Orwell a compris que la division du monde est un état de fait durable. Contre ceux qui envisagent une fusion pure et simple des États-Unis et de la Grande Bretagne, contre une petite minorité d’Anglais qui rêve d’une intégration au système soviétique, il envisage des « États-Unis socialistes d’Europe». L’essayiste qui, en 1947, publie dans la revue d’extrême-gauche étasunienne Partisan Review l’article “ Toward European Unity ” rédige les premières moutures d’un univers fictionnel d’où sont absentes les valeurs de la civilisation occidentale, le patriotisme y compris. Bernard Gensane
Qu’est-ce qu’Orwell-Bouwling perçoit d’insupportable et même de terrifiant chez le professionnel de l’antifascisme ? Le fonctionnement mécanique de son langage. Son discours et ses mots ont perdu tout contact avec le monde ordinaire. Ils ont même vampirisé son esprit et s’y sont installés à demeure en se substituant à son expérience. Dès lors, leur contenu importe moins que le pouvoir qu’ils lui donnent sur ceux à qui il s’adresse. Ses mots sont devenus les instruments d’une violence qu’il exerce à l’égard des autres. Mais elle opère aussi sur lui-même puisqu’il n’éprouve plus qu’une seule émotion : la haine. Bien qu’il se réclame de la démocratie, le propagandiste antifasciste a déjà quelque chose de l’intellectuel totalitaire. L’opposé du l’homme ordinaire en effet est l’homme totalitaire, c’est-à-dire l’individu qui est dépossédé de sa capacité d’exercer son jugement de manière indépendante, et du même coup de sa capacité d’éprouver tout l’éventail des sentiments ordinaires. C’est ce qu’annonce au héros de 1984 l’intellectuel dirigeant qui le torture : « Jamais plus tu ne seras capable d’un sentiment humain ordinaire (ordinary human feeling). Tout sera mort en toi. Tu ne seras plus jamais capable d’amour, d’amitié, de joie de vivre, de rire, de curiosité, de courage ou d’intégrité. Tu seras creux. Nous allons te presser jusqu’à ce que tu sois vide, puis nous te remplirons de nous-mêmes.» Il importe de bien comprendre ici que l’adjectif « totalitaire » ne s’applique pas seulement pour Orwell à des régimes et à des mouvements politiques mais à des idées et mécanismes intellectuels qui sont partout à l’œuvre dans le monde moderne. Comme l’explique bien James Conant, « tel qu’[Orwell] l’emploie, le terme “totalitarisme” désigne des stratégies (à la fois pratiques et intellectuelles) qui […] sont appelées ainsi parce qu’elles ont pour but de parvenir à un contrôle total de la pensée, de l’action et des sentiments humains». On observera que cet usage du terme « totalitaire » est conforme à celui de son inventeur probable, le libéral antifasciste italien Giovanni Amendola, qui écrivait en avril 1923 : « Le fascisme ne vise pas tant à gouverner l’Italie qu’à monopoliser le contrôle des consciences italiennes. Il ne lui suffit pas de posséder le pouvoir : il veut posséder la conscience privée de tous les citoyens, il veut la “conversion” des Italiens.» L’usage orwellien du terme « totalitaire », poursuit Conant, « ne recouvre pas seulement des formes de régimes politiques mais aussi des types de pratiques et d’institutions plus envahissantes et plus spécifiques (diverses pratiques journalistiques comptent parmi ses exemples favoris). Mais par-dessus tout, Orwell applique ce terme aux idées des intellectuels – et pas seulement à celles qui ont cours dans […] les “pays totalitaires” mais à des idées qui circulent dans tout le monde industriel moderne». La réponse d’Orwell est claire : les idées qui sont capables de briser notre relation au monde ordinaire. Ce qui rend une idée totalitaire, ce n’est pas son contenu particulier (rien n’est plus opposé quant à leurs contenus respectifs que les idées fascistes et les idées communistes) mais son fonctionnement, ou, plus exactement, sa capacité à fonctionner comme une arme pour détruire l’homme ordinaire. Aucun régime ou mouvement totalitaire n’a jamais proclamé que deux et deux font cinq. Ce serait une croyance aussi absurde que peu efficace. Mais si Orwell en fait le paradigme de l’idée totalitaire, c’est que l’absurdité même de son contenu fait mieux ressortir sa fonction première : priver les individus de tout usage de leur propre entendement (pour parler comme Kant) ou de tout usage de leurs propres concepts (pour parler comme Wittgenstein et Cavell). Si « deux et deux font quatre » n’est pas vrai, ou s’il n’est pas vrai que les pierres sont dures, alors je ne sais plus ce que veut dire le mot « vrai », et je ne peux plus l’utiliser. Il convient de remarquer ici que, pour Orwell, la possibilité d’implanter des dogmes totalitaires irrationnels dans un esprit dépend de la perméabilité de celui-ci aux arguments du scepticisme philosophique. Il y a ainsi dans 1984 un moment sceptique où Winston se dit à lui-même : « Le Parti finirait par annoncer que deux et deux font cinq et il faudrait le croire. Il était inéluctable que, tôt ou tard, il fasse cette déclaration. La logique de sa position l’exigeait. Ce n’était pas seulement la validité de l’expérience mais l’existence même d’une réalité extérieure qui était tacitement niée par sa philosophie. L’hérésie des hérésies était le sens commun. Et ce qui était terrifiant, ce n’était pas qu’ils vous tuent si vous pensiez autrement, mais que peut-être ils avaient raison. Car, après tout, comment pouvons-nous savoir que deux et deux font quatre ? Ou qu’il y a une force de gravitation ? Ou que le passé est immuable ? Si le passé et le monde extérieur n’existent que dans l’esprit et si l’esprit lui-même peut être contrôlé – alors quoi ? » De manière remarquable, Winston ne va échapper à cette menace sceptique, qui le rend vulnérable aux arguments des intellectuels du Parti, que par un raffermissement soudain de sa confiance en lui-même. « Mais non ! Son courage lui sembla soudain suffisant pour s’affermir de lui-même (to stiffen of its own accord).» Cette confiance en lui ne le quittera plus, jusqu’au moment où la torture en brisant son corps laissera son esprit définitivement sans défense face à la dialectique destructrice d’O’Brien. Comme l’a clairement vu le philosophe américain Stanley Cavell, la résistance au scepticisme (et donc au dogmatisme) n’est pas affaire de connaissance théorique ou d’argument philosophique mais de reconnaissance ou d’acceptation du monde ordinaire. « Ce que laisse entendre le scepticisme, c’est que, comme nous n’avons aucun moyen de nous assurer que le monde existe, sa présence à nous-même ne relève pas du connaître. Le monde doit être accepté.» Ce qu’Orwell décrit comme la passivité de l’homme ordinaire n’est ainsi rien d’autre que son acceptation du monde ordinaire. À l’inverse, les intellectuels ont une forte tendance à ne pas se reconnaître comme des hommes ordinaires, c’est-à-dire à ne pas reconnaître la part écrasante de l’ordinaire dans leurs existences. Dans sa recension, en 1936, de Printemps noir d’Henry Miller, Orwell se demande pourquoi « la fiction anglaise de haut niveau est écrite la plupart du temps par des lettrés sur des lettrés pour des lettrés. […] Dickens a su exprimer sous une forme comique, schématique et par là même mémorable, l’honnêteté native de l’homme ordinaire (the native decency of the common man). Et il est important que, sous ce rapport, des gens de toutes sortes puissent être décrits comme “ordinaires” (“common”). Dans un pays tel que l’Angleterre, il existe, par-delà la division des classes, une certaine unité de culture. Tout au long de l’ère chrétienne, et plus nettement encore après la Révolution française, le monde occidental a été hanté par les idées de liberté et d’égalité. Ce ne sont que des idées, mais elles ont pénétré toutes les couches de la société. On voit partout subsister les plus atroces injustices, cruautés, mensonges, snobismes, mais il est peu de gens qui puissent contempler tout cela aussi froidement qu’un propriétaire d’esclaves romains, par exemple». Cet éloge de la common decency, de l’honnêteté commune, appelle quelques remarques. Bien qu’Orwell la dise « native », au sens où elle ne découle pas d’un code moral explicite ni de prescriptions enseignées comme telles, l’honnêteté commune est un héritage historique. Elle était inconnue du propriétaire d’esclaves romain et Orwell l’associe au christianisme et à la Révolution française. Mais si elle est apparue dans l’histoire, elle peut également en disparaître. Le totalitarisme n’est rien d’autre que la tendance à la liquidation de l’honnêteté commune – tendance méthodiquement et systématiquement mise en œuvre par certains courants et régimes politiques, mais tendance inscrite comme une possibilité dans la structure même des sociétés contemporaines. La common decency a pénétré toutes les classes de la société. Elle n’a pas aboli celles-ci, bien évidemment, pas plus qu’elle n’a aboli la lutte des classes. Mais elle constitue un ensemble de dispositions et d’exigences à partir desquelles des hommes appartenant à des classes différentes, voire antagonistes, peuvent, pourvu qu’ils le veuillent vraiment, partager quelque chose de leurs existences. On peut aller plus loin : c’est cette honnêteté commune qui est au principe du projet socialiste d’abolition de la domination de classe et des différences de classe. Orwell ne dit pas comme Engels : faisons d’abord la révolution ; alors, dans les nouvelles conditions économiques et sociales émergera une humanité nouvelle et par conséquent une morale nouvelle que nous sommes incapables aujourd’hui d’anticiper. Orwell dit plutôt : nous savons tous parfaitement ce qu’est l’honnêteté commune ; faisons la révolution pour abolir les barrières de classe qui l’offensent en permanence et qui empêchent qu’elle soit la base effective de la vie sociale. Aucune révolution démocratique ne saurait nous dispenser de l’honnêteté commune. Celle-ci est même la condition sans laquelle la révolution ne saurait être démocratique et aboutira au remplacement d’une classe dirigeante par une autre. « Ce qui me fait peur avec l’intelligentsia moderne, c’est son incapacité à se rendre compte que la société humaine doit avoir pour base l’honnêteté commune (common decency), quelles que puissent être ses formes politiques et économiques. » En effet, l’intelligentsia moderne s’est coupée de ce socle à la fois historique et humain qu’est l’honnêteté commune. Fascinée par la politique de la force, elle est devenue antidémocratique en politique et « réaliste », c’est-à-dire cynique, en morale. Orwell appelle « réalisme » « la doctrine qui veut que la force prime le droit », et il voit dans « la montée du “réalisme” […] le grand événement de l’histoire intellectuelle de notre époque ». (…) On peut juger cette explication un peu courte. Elle a toutefois l’immense mérite de soulever une question importante et difficile : si le monde ordinaire est le monde de mon expérience, il ne peut pas être un monde abstrait où hommes, choses, lieux et coutumes sont interchangeables ; c’est nécessairement un monde concret et particulier : un pays ou une région, une langue, une culture, des institutions, une histoire, etc. Si dans Le Lion et la licorne, un petit livre qu’il publie en 1941 et qui porte comme sous-titre Socialisme et génie anglais, Orwell exalte le mode de vie anglais (de la « bonne tasse de thé »jusqu’aux emblèmes de la royauté) et s’il y conjugue socialisme et patriotisme (qu’il distingue très fermement du nationalisme), ce n’est pas pour concilier artificiellement ses convictions politiques profondes avec l’urgence immédiate de la défense de l’Angleterre. Il l’a proclamé à plusieurs reprises, non sans un brin de provocation : « Aucun révolutionnaire authentique n’a jamais été un internationaliste.» En tout cas, il ne s’est jamais reconnu dans l’internationalisme abstrait du communisme qu’il n’a cessé de dénoncer comme un instrument à peine masqué de la politique de puissance soviétique. Et quand, en décembre 1936, il part combattre en Espagne, il ne le fait pas en activiste de la révolution mondiale mais comme un Anglais socialiste, solidaire des Espagnols antifascistes ; et c’est dans cet esprit qu’il écrira Hommage à la Catalogne. Le patriotisme assumé d’Orwell n’est sûrement pas sans rapport avec l’imperméabilité de la classe populaire anglaise au fascisme comme au stalinisme, aussi avec l’imperméabilité de la classe dirigeante anglaise au fascisme. Dans sa « Lettre de Londres » à la Partisan Review de juillet-août 1941, il écrit : « Ce type de climat où vous n’osez pas parler politique de peur que la Gestapo ne surprenne vos paroles, ce climat est tout bonnement impensable en Angleterre. Toute tentative de l’instaurer sera brisée dans l’œuf, non pas tant par une résistance consciente que par l’incapacité des gens ordinaires (ordinary people) à comprendre ce qu’on attendrait d’eux. Une fois encore, Orwell table moins sur la lucidité de George Bowling que sur sa passivité. Quant à la classe dirigeante, dont il craignait avant guerre qu’elle ne profite du déclenchement des hostilités pour faire basculer le pays dans un anglo-fascisme comparable à l’austro-fascisme d’un Dollfuss, il doit reconnaître qu’elle reste fondamentalement attachée au libéralisme. « La classe dirigeante britannique croit à la démocratie et à la liberté individuelle en un sens étroit et quelque peu hypocrite. Mais du moins, elle croit à la lettre de la loi et s’y tiendra parfois même quand elle n’est pas à son avantage. Rien n’indique qu’elle évolue vers une mentalité véritablement fasciste. La Grande-Bretagne peut être fascisée de l’extérieur ou au terme d’une révolution intérieure, mais la vieille classe dirigeante ne peut, à mon sens, être elle-même l’agent d’un totalitarisme véritable.» Les seuls, encore une fois, qui en Angleterre aient été gagné au totalitarisme sont des intellectuels. Dans l’après-guerre, Orwell verra en eux quelque chose comme un parti de l’étranger. Comme on le voit, le modèle de l’intellectuel ordinaire – de l’intellectuel qui se reconnaît comme un homme ordinaire – se distingue très clairement de celui de l’intellectuel engagé. Celui-ci se vit d’abord comme séparé, puis va rejoindre le combat des autres hommes au nom des valeurs intellectuelles et universelles qui sont les siennes : il court ainsi le risque permanent de se poser comme une autorité dictant aux autres ce qu’ils doivent faire ou assignant à leurs actes un sens qu’il prétend mieux connaître qu’eux-mêmes. L’intellectuel ordinaire, lui, vit les événements et y réagit en homme ordinaire qu’il est et qu’il reconnaît être. Orwell a vécu l’approche de la guerre et la montée des totalitarismes avec les mêmes sentiments et les mêmes réactions que son vendeur d’assurances George Bowling. Certes, parce qu’il était un intellectuel, et plus particulièrement un écrivain, il avait la capacité de mettre ses réactions en mots et en idées. Mais il ne prétendait pas pour autant être un porte-parole. On peut se demander si ce modèle ne constitue pas pour un intellectuel la seule manière d’essayer d’être et de rester un démocrate. Jean-Jacques Rosat

C’est la décence commune, imbécile !

En ces temps de politiquement correct et de novlangue généralisés …

Comme de mensonge entériné par la loi même, entre « mariage pour tous », « enfants pour tous » et sportives transgenres qui gagnent toutes les courses, sur l’origine de la vie ….

Où les débats politiques se transforment en procès staliniens …

Sommant leurs victimes publiquement de faire leur propre autocritique …

Et où face à un camp démocrate

Complètement déconnecté de la réalité …

L’ancien maire de New York et multimilliardaire Michael Bloomberg …

Se voit contraint de renier son franc-parler proprement trumpien …

Jusqu’à s’excuser d’avoir réduit de moitié le nombre de meurtres de sa ville …

Et où avec la technologie occidentale et les conséquences internationales que l’on sait, la Chine ressemble de plus en plus à 1984

Alors que par la voie plus « douce » de la servitude volontaire, l’Occident que nous sommes se livre de plus en plus allègrement au Big brother des GAFAM …

Pendant qu’en Europe, les mêmes dirigeants qui ont imposé à leur population des millions de clandestins musulmans …

Dont nombre d’auteurs d’actes dits « de déséquilibrés » …

N’hésitent pas à dénoncer comme « poison raciste »

Les réactions de rejet qu’ils ont eux-mêmes provoquées …

Comment ne pas repenser …

Contre la réduction au populisme et au fascisme …

De toute parole libre ou d’amour de son pays …

Aux avertissements désormais prophétiques d’un George Orwell …

Dont on fêtait le 70e anniversaire de la mort il y a tout juste un mois…

Contre cette singulière propension, béatification de Gandhi comprise, à l’aveuglement de nos intellectuels …

Qui « vont chercher leurs recettes de cuisine à Paris et leurs idées à Moscou » …

Et ne pas se remémorer sa dévotion à la vérité et à sa défense de « l’homme ordinaire » …

Autrement dit à sa fameuse « décence commune » …

Sans laquelle « le reste ne peut suivre » ?

 

Quand les intellectuels s’emparent du fouet

Orwell & la défense de l’homme ordinaire

Jean-Jacques Rosat

p. 89-109

revue Agone

Numéro 34 | 2005

Notes de la rédaction

Ce texte a pour origine une communication présentée au colloque « Le politique et l’ordinaire » organisé à l’université de Picardie (Amiens) les 5 et 6 avril 2004 par Sandra Laugier, Laurent Bove et Claude Gauthier.

La collection « Banc d’essais », que dirige Jean-Jacques Rosat aux éditions Agone, fera paraître en 2006 un essai de John Newsinger, traduit de l’anglais par Bernard Gensane et consacré à La Politique selon Orwell ; également en projet dans cette collection, préfacé et traduit par Jean-Jacques Rosat, un essai de James Conant, Orwell ou le Pouvoir de la vérité.

La question décisive en politique n’est pas de savoir si l’on dispose de la théorie vraie : comme toutes les théories, les théories politiques sont faillibles et partielles ; et, parce qu’elles sont politiques, elles peuvent facilement devenir des instruments de pouvoir et de domination. La question politique décisive est de savoir comment, dans le monde moderne, chacun, même s’il est un intellectuel, peut rester un homme ordinaire, comment il peut conserver sa capacité de se fier à son expérience et à son jugement, comment il peut préserver son sens du réel et son sens moral.

Cette idée est clairement formulée dans une page célèbre de 1984 : « Le Parti vous disait de rejeter le témoignage de vos yeux et de vos oreilles. C’était son commandement ultime, et le plus essentiel. Le cœur de Winston défaillit quand il pensa à l’énorme puissance déployée contre lui, à la facilité avec laquelle n’importe quel intellectuel du Parti le vaincrait dans une discussion, aux arguments qu’il serait incapable de comprendre et auxquels il pourrait encore moins répondre. Et cependant, c’était lui qui avait raison ! Ils avaient tort, et il avait raison. Il fallait défendre l’évident, le bêta et le vrai. Les truismes sont vrais, cramponne-toi à cela. Le monde matériel existe, ses lois ne changent pas. Les pierres sont dures, l’eau est humide, et les objets qu’on lâche tombent vers le centre de la terre. Avec le sentiment […] qu’il posait un axiome important, il écrivit : “La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Si cela est accordé, tout le reste suit.”1 »

Il y a donc un monde ordinaire. Les pierres y sont dures, et deux plus deux y font quatre.

Cette caractérisation du monde ordinaire à partir des jugements de perception et des jugements arithmétiques remonte, dans la pensée d’Orwell, à l’année 1936 au moins, soit treize ans avant la publication de 1984. Dans une lettre à l’écrivain américain Henry Miller, l’auteur de Tropique du Cancer, il déclare : « J’ai en moi une sorte d’attitude terre à terre solidement ancrée qui fait que je me sens mal à l’aise dès que je quitte ce monde ordinaire où l’herbe est verte, la pierre dure, etc.2 » Et dans une recension strictement contemporaine de Printemps noir, un roman du même Miller, Orwell explique que « le mot écrit perd son pouvoir s’il s’éloigne trop ou, plus exactement, s’il demeure trop longtemps éloigné du monde ordinaire où deux et deux font quatre3 ». Comme le fait observer le philosophe américain James Conant, les jugements de perception et les jugements arithmétiques élémentaires ont un point commun : « Une fois qu’un membre de notre communauté linguistique est devenu compétent dans l’application des concepts appropriés (perceptuels ou arithmétiques), ce sont deux types de jugements dont il peut facilement établir, individuellement et par lui-même, la vérité ou la fausseté. Une fois qu’il a acquis les concepts appropriés et qu’il les a complètement maîtrisés, ce sont des domaines où il est capable de prononcer un verdict sans s’occuper de ce que devient, au sein de sa communauté, le consensus les concernant. […] Quand le verdict concerne, par exemple, quelque chose que vous êtes le seul à avoir vu, vous avez d’excellentes raisons a priori de vous fier davantage à votre propre vision de l’événement qu’à une version contradictoire, parue, disons, dans le journal.4 »

L’existence du monde ordinaire repose donc sur la capacité de chacun de nous à établir la vérité d’un certain nombre d’affirmations par lui-même, indépendamment de ce que peuvent affirmer les autres et, plus encore, indépendamment de tout pouvoir. Cette capacité est la caractéristique première de l’homme ordinaire. En se cramponnant à ces affirmations, Winston, le personnage central de 1984, lutte pour rester un homme ordinaire, pour penser et agir en sorte que le monde ordinaire continue d’exister.

Car le monde ordinaire peut disparaître.

C’est la découverte terrifiante qu’a faite Orwell en 1937 – un choc qui va déterminer pour le reste de sa vie aussi bien son activité politique que son travail d’écrivain. De retour d’Espagne après avoir combattu le fascisme dans la milice du POUM et après avoir dû s’enfuir pour échapper d’extrême justesse à son arrestation par les communistes, il est abasourdi par la manière dont la presse de gauche anglaise rend compte des événements espagnols et par le degré auquel les intellectuels de gauche ne veulent rien savoir de la liquidation systématique des anarchistes et des militants du POUM par les staliniens. Voici comment, dans ses « Réflexions sur la guerre d’Espagne », écrites cinq ans plus tard, en 1942, à Londres et sous les bombes allemandes, il évoque sa prise de conscience de ce qui est pour lui le trait essentiel, totalement neuf et totalement terrifiant, du totalitarisme : « Tôt dans ma vie, je m’étais aperçu qu’un journal ne rapporte jamais correctement aucun événement, mais en Espagne, pour la première fois, j’ai vu rapporter dans les journaux des choses qui n’avaient plus rien à voir avec les faits, pas même le genre de relation que suppose un mensonge ordinaire. J’ai vu rapporter de grandes batailles là où aucun combat n’avait eu lieu et un complet silence là où des centaines d’hommes avaient été tués. […] J’ai vu les journaux de Londres débiter ces mensonges et des intellectuels zélés bâtir des constructions émotionnelles sur des événements qui n’avaient jamais eu lieu. J’ai vu, en fait, l’histoire s’écrire non pas en fonction de ce qui s’était passé, mais en fonction de ce qui aurait dû se passer selon les diverses “lignes de parti”. […] Ce genre de chose m’effraie, car il me donne souvent le sentiment que le concept même de vérité objective est en voie de disparaître du monde. […] Je suis prêt à croire que l’histoire est la plupart du temps inexacte et déformée, mais, ce qui est propre à notre époque, c’est l’abandon de l’idée que l’histoire pourrait être écrite de façon véridique. Dans le passé, les gens mentaient délibérément, coloraient inconsciemment ce qu’ils écrivaient, ou cherchaient la vérité à grand-peine, tout en sachant bien qu’ils commettraient inévitablement un certain nombre d’erreurs. Mais, dans tous les cas, ils croyaient que les “faits” existent, et qu’on peut plus ou moins les découvrir. Et, dans la pratique, il y avait toujours tout un ensemble de faits sur lesquels à peu près tout le monde pouvait s’accorder. Si vous regardez l’histoire de la dernière guerre [la Première Guerre mondiale], dans l’Encyclopedia Britannica par exemple, vous vous apercevrez qu’une bonne partie des données sont empruntées à des sources allemandes. Un historien allemand et un historien anglais seront en profond désaccord sur bien des points, et même sur des points fondamentaux, mais il y aura toujours cet ensemble de faits neutres, pourrait-on dire, à propos desquels aucun des deux ne contestera sérieusement ce que dit l’autre. C’est précisément cette base d’accord […] que détruit le totalitarisme. […] L’objectif qu’implique cette ligne de pensée est un monde de cauchemar où le Chef, ou une clique dirigeante, ne contrôle pas seulement l’avenir, mais aussi le passé. Si le Chef dit de tel ou tel événement “cela n’a jamais eu lieu” – eh bien, cela n’a jamais eu lieu. S’il dit que deux et deux font cinq – eh bien, deux et deux font cinq. Cette perspective me terrifie beaucoup plus que les bombes – et après ce que ce que nous avons vécu ces dernières années, ce ne sont pas là des propos en l’air.5 »

I —

Qui donc est l’homme ordinaire, ce « dernier homme en Europe » (c’était le titre initial de 1984) dont dépend rien de moins que l’avenir de la liberté et de la civilisation ?

L’homme ordinaire n’est ni le militant ni le citoyen. L’horizon de ses jugements n’est ni l’histoire de l’humanité ni la nation, mais le monde concret et particulier de son expérience, celui sur lequel il a prise et où ses actes ont un sens pour lui. Dans son essai intitulé Dans le ventre de la baleine, Orwell crédite Henry Miller d’avoir donné dans un roman comme Tropique du Cancer une image plus juste de l’homme ordinaire que bien des romanciers engagés : « Parce qu’il est passif par rapport à l’expérience, Miller peut s’approcher davantage de l’homme ordinaire que des auteurs plus soucieux d’engagement. L’homme ordinaire est passif. À l’intérieur d’un cercle étroit (sa vie familiale, et peut-être le syndicat ou la politique locale), il se sent maître de son destin ; mais face aux grands événements majeurs, il est tout aussi démuni que face aux éléments. Bien loin de tenter d’agir sur l’avenir, il file doux et attend que les choses se passent.6 » On le rencontre par exemple dans « les livres écrits sur la Grande Guerre [qui] sont l’œuvre de simples soldats ou d’officiers subalternes, qui ne prétendaient même pas comprendre de quoi il retournait – des livres comme À l’ouest rien de nouveau, Le Feu [ou] L’Adieu aux armes […], écrits non par des propagandistes, mais par des victimes7 ».

L’homme ordinaire, ajoute Orwell, est « apolitique et amoral », non pas au sens où il ignorerait tout code moral et ne voterait jamais aux élections, mais au sens où ni les doctrines morales ni les idéologies politiques ne sont les véritables ressorts de sa conduite. Cette passivité rend l’homme ordinaire plus sensible et plus réceptif aux événements qui bouleversent notre monde et à leur véritable signification que celui qui les appréhende essentiellement à travers les doctrines et les mots.

Dans Un peu d’air frais – le roman qu’Orwell écrit dans l’ambiance de l’avant-Deuxième Guerre mondiale –, le héros et narrateur, George Bowling, ancien combattant de 1914-1918 et vendeur d’assurances dans le civil, est le prototype de l’homme ordinaire. Mieux qu’un intellectuel ou un militant, il voit littéralement non seulement la nouvelle guerre qui vient mais surtout l’après-guerre : « Je ne suis pas un imbécile, mais je ne suis pas non plus un intellectuel (a highbrow). En temps normal, mon horizon ne dépasse pas celui du type moyen de mon âge, qui gagne sept livres par semaines et qui a deux gosses à élever. Et pourtant, j’ai assez de bon sens pour voir que l’ancienne vie à laquelle nous sommes accoutumés est en voie d’être détruite jusque dans ses racines. Je sens que ça vient. Je vois la guerre qui approche et l’après-guerre, les queues devant les magasins d’alimentation, la police secrète et les hauts-parleurs qui vous disent ce qu’il faut penser. Et je ne suis pas le seul dans ce cas. Il y en a des millions comme moi. Les types ordinaires (ordinary chaps) que je croise partout, les types que je rencontre dans les pubs, les conducteurs d’autobus, les représentants en quincaillerie – tous se rendent compte que le monde va mal.8 »

Bowling pense que l’instauration d’un régime fasciste en Angleterre ne changerait pas grand-chose à sa vie quotidienne, puisqu’il n’est pas politiquement engagé. Et pourtant, cette perspective lui est insupportable. « Qu’adviendra-t-il de gens comme moi si nous devons avoir le fascisme en Angleterre ? La vérité est que ça ne fera probablement pas la moindre différence. […] Le type ordinaire comme moi, celui qui passe inaperçu, suivra son train-train habituel. Et pourtant, ça me terrifie – je vous dis que ça me terrifie.9 » En janvier 1940, pendant la « drôle de guerre », Orwell écrit à son éditeur, Victor Gollancz : « Ce qui me tracasse en ce moment, c’est qu’on ne sait pas très bien si dans des pays comme l’Angleterre les gens ordinaires (the ordinary people) font suffisamment la différence entre démocratie et despotisme pour avoir envie de défendre leurs libertés. […] Les intellectuels qui affirment aujourd’hui que démocratie et fascisme c’est blanc bonnet et bonnet blanc, etc., me dépriment au plus haut point. Mais il se peut qu’au moment de l’épreuve de vérité les gens ordinaires (the common people) s’avèrent être plus intelligents que les gens intelligents (more intelligent than the clever ones).10 »

En somme, George Orwell a plutôt confiance dans les réactions de George Bowling.

Un des épisodes les plus remarquables d’Un peu d’air frais est celui où Bowling se rend à une réunion du Club du Livre de Gauche. Ce Club a réellement existé : créé en mai 1936 par l’éditeur Victor Gollancz, c’était un club de diffusion de livres militants (le premier titre proposé à ses membres fut un livre de Maurice Thorez, La France d’aujourd’hui et le Front populaire) et, en même temps, un réseau de cercles qui organisaient des conférences et qui compta jusqu’à 1 200 groupes et 57 000 membres à travers toute l’Angleterre. C’est d’ailleurs par le Club du Livre de Gauche que fut publié et diffusé en 1937 le premier livre d’Orwell à connaître le succès, Le Quai de Wigan (44 000 exemplaires), un reportage sur la vie des ouvriers dans le nord de l’Angleterre11. Cela n’empêcha pas Orwell de combattre vigoureusement la ligne « Front populaire » défendue à cette époque par Gollancz et par le Club du Livre de Gauche. Orwell y voyait une stratégie visant à placer le mouvement ouvrier européen sous la coupe des partis communistes, donc à le subordonner aux exigences de la politique extérieure de l’Union soviétique, et, par conséquent, à stériliser toutes ses potentialités révolutionnaires.

Bowling, l’homme ordinaire, assiste donc à une conférence de dénonciation du fascisme et de Hitler prononcée par un propagandiste et activiste officiel du Front populaire, « un type venu de Londres ». Mais il n’y entend que des mots vides et de la haine. L’orateur lui-même est creux, hormis sa haine. « Vous connaissez le refrain. Ces types-là peuvent vous le moudre pendant des heures, comme un gramophone. Tournez la manivelle, pressez le bouton, et ça y est. Démocratie, fascisme, démocratie. Je trouvais quand même un certain intérêt à l’observer. Un petit homme assez minable, chauve et blanc comme un linge, debout sur l’estrade, à lâcher des slogans. Qu’est-ce qu’il fait là ? Ouvertement, de façon délibérée, il attise la haine. Il se démène pour vous faire haïr certains étrangers qu’il appelle fascistes. Drôle de chose, je me disais, être “M. Untel, l’antifasciste bien connu”. Drôle d’affaire, l’antifascisme. Ce type, je suppose qu’il gagne sa croûte en écrivant des livres contre Hitler. Qu’est-ce qu’il faisait avant Hitler ? Et qu’est-ce qu’il fera si Hitler disparaît ? […] Il essaie d’attiser la haine chez ceux qui l’écoutent, mais ce n’est rien à côté de la haine qu’il éprouve personnellement. […] Si vous le fendiez en deux pour l’ouvrir, tout ce que vous y trouveriez ce serait démocratie-fascisme-démocratie. Ce serait intéressant de connaître la vie privée d’un type pareil. Mais a-t-il seulement une vie privée ? Ou se répand-il d’estrade en estrade, en attisant la haine ? Peut-être même rêve-t-il en slogans ? […] Je vis la vision qui était la sienne. […] Ce qu’il voit […], c’est une image de lui-même frappant des visages avec une clé anglaise, des visages fascistes, bien entendu. […] Frappe ! Au beau milieu ! Les os se brisent comme une coquille d’œuf, et le visage de tout à l’heure n’est plus qu’un gros pâté de confiture de fraise. […] C’est ce qu’il a en tête, qu’il dorme ou qu’il veille, et plus il y pense, plus il aime ça. Et tout est très bien du moment que les visages écrabouillés sont des visages fascistes. C’est ce que vous pouviez entendre au son même de sa voix.12 »

On ne saurait soupçonner Orwell de faiblesse à l’égard du fascisme : dès décembre 1936, il partit le combattre en Espagne les armes à la main, et la balle qui, en mai 1937, lui traversa la gorge et faillit lui coûter la vie venait d’une tranchée fasciste. Orwell-Bowling déteste donc le fascisme au moins autant que le propagandiste à la tribune. Mais il ne le déteste pas de la même manière. Et la manière ici est essentielle. Il le déteste comme un homme ordinaire, pas comme un intellectuel activiste. Qu’est-ce qu’Orwell-Bouwling perçoit d’insupportable et même de terrifiant chez le professionnel de l’antifascisme ? Le fonctionnement mécanique de son langage. Son discours et ses mots ont perdu tout contact avec le monde ordinaire. Ils ont même vampirisé son esprit et s’y sont installés à demeure en se substituant à son expérience. Dès lors, leur contenu importe moins que le pouvoir qu’ils lui donnent sur ceux à qui il s’adresse. Ses mots sont devenus les instruments d’une violence qu’il exerce à l’égard des autres. Mais elle opère aussi sur lui-même puisqu’il n’éprouve plus qu’une seule émotion : la haine. Bien qu’il se réclame de la démocratie, le propagandiste antifasciste a déjà quelque chose de l’intellectuel totalitaire.

II —

L’opposé du l’homme ordinaire en effet est l’homme totalitaire, c’est-à-dire l’individu qui est dépossédé de sa capacité d’exercer son jugement de manière indépendante, et du même coup de sa capacité d’éprouver tout l’éventail des sentiments ordinaires. C’est ce qu’annonce au héros de 1984 l’intellectuel dirigeant qui le torture : « Jamais plus tu ne seras capable d’un sentiment humain ordinaire (ordinary human feeling). Tout sera mort en toi. Tu ne seras plus jamais capable d’amour, d’amitié, de joie de vivre, de rire, de curiosité, de courage ou d’intégrité. Tu seras creux. Nous allons te presser jusqu’à ce que tu sois vide, puis nous te remplirons de nous-mêmes.13 »

Il importe de bien comprendre ici que l’adjectif « totalitaire » ne s’applique pas seulement pour Orwell à des régimes et à des mouvements politiques mais à des idées et mécanismes intellectuels qui sont partout à l’œuvre dans le monde moderne. Comme l’explique bien James Conant, « tel qu’[Orwell] l’emploie, le terme “totalitarisme” désigne des stratégies (à la fois pratiques et intellectuelles) qui […] sont appelées ainsi parce qu’elles ont pour but de parvenir à un contrôle total de la pensée, de l’action et des sentiments humains14 ». On observera que cet usage du terme « totalitaire » est conforme à celui de son inventeur probable, le libéral antifasciste italien Giovanni Amendola, qui écrivait en avril 1923 : « Le fascisme ne vise pas tant à gouverner l’Italie qu’à monopoliser le contrôle des consciences italiennes. Il ne lui suffit pas de posséder le pouvoir : il veut posséder la conscience privée de tous les citoyens, il veut la “conversion” des Italiens.15 » L’usage orwellien du terme « totalitaire », poursuit Conant, « ne recouvre pas seulement des formes de régimes politiques mais aussi des types de pratiques et d’institutions plus envahissantes et plus spécifiques (diverses pratiques journalistiques comptent parmi ses exemples favoris). Mais par-dessus tout, Orwell applique ce terme aux idées des intellectuels – et pas seulement à celles qui ont cours dans […] les “pays totalitaires” mais à des idées qui circulent dans tout le monde industriel moderne16 ».

Quelles idées ?

La réponse d’Orwell est claire : les idées qui sont capables de briser notre relation au monde ordinaire. Ce qui rend une idée totalitaire, ce n’est pas son contenu particulier (rien n’est plus opposé quant à leurs contenus respectifs que les idées fascistes et les idées communistes) mais son fonctionnement, ou, plus exactement, sa capacité à fonctionner comme une arme pour détruire l’homme ordinaire. Aucun régime ou mouvement totalitaire n’a jamais proclamé que deux et deux font cinq. Ce serait une croyance aussi absurde que peu efficace. Mais si Orwell en fait le paradigme de l’idée totalitaire, c’est que l’absurdité même de son contenu fait mieux ressortir sa fonction première : priver les individus de tout usage de leur propre entendement (pour parler comme Kant) ou de tout usage de leurs propres concepts (pour parler comme Wittgenstein et Cavell). Si « deux et deux font quatre » n’est pas vrai, ou s’il n’est pas vrai que les pierres sont dures, alors je ne sais plus ce que veut dire le mot « vrai », et je ne peux plus l’utiliser.

Il convient de remarquer ici que, pour Orwell, la possibilité d’implanter des dogmes totalitaires irrationnels dans un esprit dépend de la perméabilité de celui-ci aux arguments du scepticisme philosophique. Il y a ainsi dans 1984 un moment sceptique où Winston se dit à lui-même : « Le Parti finirait par annoncer que deux et deux font cinq et il faudrait le croire. Il était inéluctable que, tôt ou tard, il fasse cette déclaration. La logique de sa position l’exigeait. Ce n’était pas seulement la validité de l’expérience mais l’existence même d’une réalité extérieure qui était tacitement niée par sa philosophie. L’hérésie des hérésies était le sens commun. Et ce qui était terrifiant, ce n’était pas qu’ils vous tuent si vous pensiez autrement, mais que peut-être ils avaient raison. Car, après tout, comment pouvons-nous savoir que deux et deux font quatre ? Ou qu’il y a une force de gravitation ? Ou que le passé est immuable ? Si le passé et le monde extérieur n’existent que dans l’esprit et si l’esprit lui-même peut être contrôlé – alors quoi ?17 » De manière remarquable, Winston ne va échapper à cette menace sceptique, qui le rend vulnérable aux arguments des intellectuels du Parti, que par un raffermissement soudain de sa confiance en lui-même. « Mais non ! Son courage lui sembla soudain suffisant pour s’affermir de lui-même (to stiffen of its own accord).18 » Cette confiance en lui ne le quittera plus, jusqu’au moment où la torture en brisant son corps laissera son esprit définitivement sans défense face à la dialectique destructrice d’O’Brien. Comme l’a clairement vu le philosophe américain Stanley Cavell, la résistance au scepticisme (et donc au dogmatisme) n’est pas affaire de connaissance théorique ou d’argument philosophique mais de reconnaissance ou d’acceptation du monde ordinaire. « Ce que laisse entendre le scepticisme, c’est que, comme nous n’avons aucun moyen de nous assurer que le monde existe, sa présence à nous-même ne relève pas du connaître. Le monde doit être accepté.19 » Ce qu’Orwell décrit comme la passivité de l’homme ordinaire n’est ainsi rien d’autre que son acceptation du monde ordinaire.

À l’inverse, les intellectuels ont une forte tendance à ne pas se reconnaître comme des hommes ordinaires, c’est-à-dire à ne pas reconnaître la part écrasante de l’ordinaire dans leurs existences.

Dans sa recension, en 1936, de Printemps noir d’Henry Miller, Orwell se demande pourquoi « la fiction anglaise de haut niveau est écrite la plupart du temps par des lettrés sur des lettrés pour des lettrés. […] Les livres sur des gens ordinaires qui se comportent d’une manière ordinaire sont rarissimes parce qu’il faut pour les écrire quelqu’un qui soit capable de se placer à l’intérieur et à l’extérieur de l’homme ordinaire (ordinary man) – tel Joyce simultanément à l’intérieur et à l’extérieur de Bloom. Mais cela revient à admettre qu’on est soi-même, les neuf dixièmes du temps, une personne ordinaire (an ordinary person), chose qu’aucun intellectuel ne veut justement s’avouer.20 » C’est le problème qu’il pose dans son roman Et vive l’aspidistra ! où un jeune poète fauché met toute son énergie à rater sa vie par refus de l’ordinaire21.

Bien qu’Orwell ne le dise pas expressément, cette difficulté des intellectuels à s’assumer comme des gens ordinaires est évidemment liée à leur rapport au langage. L’intellectuel est, par définition, l’homme des mots, l’homme qui vit par les mots, dans les mots, et dont le rapport au monde passe davantage par les mots que par le regard, l’action ou plus généralement l’expérience. Si le scepticisme, au sens où l’entend Cavell, « est la faculté, que possède et désire quiconque possède le langage, de s’exiler, de s’excommunier de la communauté qui, par consensus ou consentement mutuel, fonde l’existence du langage22 », les intellectuels sont plus vulnérables au scepticisme que les gens ordinaires. Ils peuvent alors, à la manière de Descartes, s’enfermer dans leur « poêle » pour douter de l’existence du monde extérieur et même de celle de leur propre corps, en utilisant les mots, coupés de leur usage ordinaire, dans des méditations métaphysiques. Mais ils peuvent aussi les faire fonctionner, tout aussi coupés du monde ordinaire, comme des instruments de déformation de la réalité (dans la propagande, par exemple) et comme des instruments d’exercice du pouvoir sur les esprits. Une des leçons de 1984 est que ces deux usages ne sont pas sans rapport l’un avec l’autre, et que des arguments produits dans les jeux apparemment inoffensifs de la spéculation peuvent, quand ils sont maniés par des intellectuels de pouvoir, devenir de puissants moyens de destruction de la liberté de penser. Par exemple, pour convaincre Winston que le Parti peut se rendre maître du passé, O’Brien utilise l’arsenal des arguments classiques de l’idéalisme qui tendent à prouver que le passé n’existe pas en tant que tel, mais seulement dans les archives et dans l’esprit des hommes.

Il vaut mieux ne pas oublier que le pouvoir sur les esprits est un pouvoir intellectuel et qu’il est exercé par des intellectuels. C’est pourquoi il est essentiel dans l’économie de 1984 qu’O’Brien, l’adversaire de Winston, celui qui finira par le briser intellectuellement, affectivement et moralement, soit lui-même un intellectuel, et que les séances de torture de la troisième partie du roman soient entrecoupées de discussions philosophiques où il l’emporte à tout coup. O’Brien n’est pas un intellectuel au service d’une classe dominante. La caste dominante, c’est lui.

III —

Selon Orwell, en effet, le totalitarisme est le rêve secret de l’intelligentsia.

Dans un essai intitulé « James Burnham et l’ère des organisateurs » qui date de mai 1946, c’est-à-dire de l’époque où il entreprend d’écrire 1984, Orwell met en lumière le lien qui existe entre les prédictions de Burnham – selon lesquelles le pouvoir dans les sociétés modernes va passer des propriétaires capitalistes aux organisateurs (aux managers) – et l’attirance d’une fraction non négligeable des intellectuels anglais pour la Russie de Staline (attirance d’autant plus étrange à première vue que le communisme et le stalinisme n’en ont exercé que très peu sur la classe ouvrière anglaise). « La théorie de Burnham n’est qu’une variante […] du culte de la puissance qui exerce une telle emprise sur les intellectuels. Le communisme en est une variante plus courante, du moins en Angleterre. Si l’on étudie le cas des personnes qui, tout en ayant une idée de la véritable nature du régime soviétique, sont fermement russophiles, on constate que, dans l’ensemble, elles appartiennent à cette classe des “organisateurs” à laquelle Burnham consacre ses écrits. En fait, ce ne sont pas des “organisateurs” au sens étroit, mais des scientifiques, des techniciens, des enseignants, des bureaucrates, des politiciens de métier : de manière générale, des représentants des couches moyennes qui se sentent brimés par un système qui est encore partiellement aristocratique, et qui ont soif de pouvoir et de prestige. Ils se tournent vers l’URSS et y voient – ou croient y voir – un système qui élimine la classe supérieure, maintient la classe ouvrière à sa place et confère un pouvoir illimité à des gens qui leur sont très semblables. C’est seulement après que le régime soviétique est devenu manifestement totalitaire que les intellectuels anglais ont commencé à s’y intéresser en grand nombre. L’intelligentsia britannique russophile désavouerait Burnham, et pourtant il formule en réalité son vœu secret : la destruction de la vieille version égalitaire du socialisme et l’avènement d’une société hiérarchisée où l’intellectuel puisse enfin s’emparer du fouet.23 »

On trouve sans doute ici l’explication d’une caractéristique importante et souvent négligée du type de totalitarisme décrit dans 1984 : le contrôle des esprits et l’endoctrinement permanents n’y concernent que les membres du Parti, les organisateurs au sens large. Tous les autres, les prolétaires, soit 85 % de la population, sont considérés comme « des inférieurs naturels, qui doivent être tenus en état de dépendance, comme les animaux, par l’application de quelques règles simples. Laissés à eux-mêmes comme le bétail dans les plaines de l’Argentine, ils étaient revenus à un style de vie qui leur paraissait naturel selon une sorte de canon ancestral24 ». La société que décrit 1984 n’est ainsi pas tant une parodie du stalinisme – ou d’un mixte de stalinisme et de fascisme comme on le dit souvent – qu’une satire du rêve secret de l’intelligentsia de gauche britannique. Comme l’écrit Judith Shklar, « l’intellectuel qui ne peut pas supporter les intellectuels n’est pas une espèce rare ; mais ce qui singularise Orwell, c’est qu’il a traduit son mépris dans la vision d’une société gouvernée par les objets de son dédain. L’état totalitaire qu’il a imaginé n’est pas tout à fait celui de Staline, non plus que celui d’Hitler. Le Parti Intérieur, qui dispense l’Angsoc et dirige l’aire numéro 1 dans 1984, est composé d’intellectuels radicaux anglo-américains25 ».

Si Orwell concentre ainsi l’essentiel de ses critiques sur « les intelligentsias politique et technique, [sur] les maîtres de la vérité idéologique et [sur] ceux du savoir scientifique », c’est parce que, comme le souligne Michael Walzer, il craint qu’« une fois les capitalistes vaincus, ces deux groupes sociaux ne fassent obstacle à une révolution démocratique ou ne l’usurpent »26. La critique d’Orwell, rappelle Walzer, est « une critique interne au socialisme27 », et l’affrontement entre l’intellectuel et l’homme ordinaire passe ainsi à l’intérieur du mouvement socialiste. Rendant compte, en 1938, d’un recueil d’essais du romancier socialiste et d’origine ouvrière Jack Common, Orwell avertit le lecteur qu’il y apprendra « beaucoup moins de choses sur le socialisme en tant que théorie économique que dans le banal manuel de propagande, mais infiniment plus sur le socialisme en tant qu’article de foi et, pourrait-on presque dire, comme mode de vie. […] On entend ici la voix authentique de l’homme ordinaire (the authentic voice of the ordinary man), de cet homme qui introduirait une nouvelle honnêteté (a new decency) dans la gestion des affaires, si seulement il y accédait, au lieu de ne jamais sortir des tranchées, de l’esclavage salarié et de la prison28 ». Il loue l’auteur d’avoir « mis le doigt sur l’une des principales difficultés auxquelles se heurte le mouvement socialiste – à savoir que le mot “socialisme” a pour un travailleur une signification toute différente de celle qu’il revêt aux yeux d’un marxiste originaire de la classe moyenne. Pour ceux qui tiennent effectivement entre leurs mains les destinées du mouvement socialiste, la quasi-totalité de ce qu’un travailleur manuel entend par “socialisme” est soit absurde soit hérétique. […] Les travailleurs manuels acquièrent dans une civilisation machiniste, de par les conditions mêmes dans lesquels ils vivent, un certain nombre de traits de caractère : droiture, imprévoyance, générosité, haine des privilèges. C’est à partir de ces dispositions précises qu’ils forgent leur conception de la société future, au point que l’idée d’égalité fonde la mystique du socialisme prolétarien. C’est là une conception très différente de celle du socialiste de la classe moyenne, qui vénère en Marx un prophète29 ». Ainsi, c’est la mainmise des intellectuels sur le mouvement ouvrier qui explique pourquoi « ce à quoi on assiste chaque fois, c’est à un soulèvement prolétarien très vite canalisé et trahi par les malins qui se trouvent au sommet, et donc à la naissance d’une nouvelle classe dirigeante. Ce qui ne se réalise jamais, c’est l’égalité30 ».

IV —

Orwell n’est pas ouvriériste. D’abord, l’idée d’attribuer à la classe ouvrière, parce qu’elle est la classe exploitée, un rôle dirigeant ou messianique est totalement étrangère à Orwell. Et surtout, les dispositions morales qu’il reconnaît aux ouvriers ordinaires – droiture, générosité, haine des privilèges, soif d’égalité – ne sont pas spécifiquement ouvrières : elles relèvent de l’honnêteté commune, de ce qu’il appelle lui-même la common decency : cette morale déclarée “bourgeoise” par les intellectuels de gauche et, à ce titre, décriée par eux – morale qui est simplement celle des gens ordinaires.

Dans son essai sur Dickens, qui est un de ses chefs-d’œuvre, Orwell exalte ce qu’il tient pour « un des traits caractéristiques de la culture populaire occidentale. Il est présent dans les contes et les chansons humoristiques, dans des figures mythiques comme Mickey Mouse ou Popeye (deux avatars de Jack le Tueur de Géants), dans l’histoire du socialisme ouvrier. […] C’est le sentiment qu’il faut toujours être du côté de l’opprimé, prendre le parti du faible contre le fort. [… L]’homme ordinaire (the common man) vit toujours dans l’univers psychologique de Dickens, [alors que] la plupart des intellectuels, pour ne pas dire tous, se sont ralliés à une forme de totalitarisme ou à une autre. D’un point de vue marxiste ou fasciste, la quasi-totalité des valeurs défendues par Dickens peuvent être assimilées à la “morale bourgeoise” et honnies à ce titre. Mais pour ce qui est des conceptions morales, il n’y a rien de plus “bourgeois” que la classe ouvrière anglaise. Les gens ordinaires (the ordinary people), dans les pays occidentaux, n’ont pas encore accepté l’univers mental du “réalisme” et de la politique de la Force. […] Dickens a su exprimer sous une forme comique, schématique et par là même mémorable, l’honnêteté native de l’homme ordinaire (the native decency of the common man). Et il est important que, sous ce rapport, des gens de toutes sortes puissent être décrits comme “ordinaires” (“common”). Dans un pays tel que l’Angleterre, il existe, par-delà la division des classes, une certaine unité de culture. Tout au long de l’ère chrétienne, et plus nettement encore après la Révolution française, le monde occidental a été hanté par les idées de liberté et d’égalité. Ce ne sont que des idées, mais elles ont pénétré toutes les couches de la société. On voit partout subsister les plus atroces injustices, cruautés, mensonges, snobismes, mais il est peu de gens qui puissent contempler tout cela aussi froidement qu’un propriétaire d’esclaves romains, par exemple31 ».

Cet éloge de la common decency, de l’honnêteté commune, appelle quelques remarques.

Bien qu’Orwell la dise « native », au sens où elle ne découle pas d’un code moral explicite ni de prescriptions enseignées comme telles, l’honnêteté commune est un héritage historique. Elle était inconnue du propriétaire d’esclaves romain et Orwell l’associe au christianisme et à la Révolution française. Mais si elle est apparue dans l’histoire, elle peut également en disparaître. Le totalitarisme n’est rien d’autre que la tendance à la liquidation de l’honnêteté commune – tendance méthodiquement et systématiquement mise en œuvre par certains courants et régimes politiques, mais tendance inscrite comme une possibilité dans la structure même des sociétés contemporaines.

32 Ibid., p. 663.

La common decency a pénétré toutes les classes de la société. Elle n’a pas aboli celles-ci, bien évidemment, pas plus qu’elle n’a aboli la lutte des classes. Mais elle constitue un ensemble de dispositions et d’exigences à partir desquelles des hommes appartenant à des classes différentes, voire antagonistes, peuvent, pourvu qu’ils le veuillent vraiment, partager quelque chose de leurs existences.

On peut aller plus loin : c’est cette honnêteté commune qui est au principe du projet socialiste d’abolition de la domination de classe et des différences de classe. Orwell ne dit pas comme Engels : faisons d’abord la révolution ; alors, dans les nouvelles conditions économiques et sociales émergera une humanité nouvelle et par conséquent une morale nouvelle que nous sommes incapables aujourd’hui d’anticiper. Orwell dit plutôt : nous savons tous parfaitement ce qu’est l’honnêteté commune ; faisons la révolution pour abolir les barrières de classe qui l’offensent en permanence et qui empêchent qu’elle soit la base effective de la vie sociale. Aucune révolution démocratique ne saurait nous dispenser de l’honnêteté commune. Celle-ci est même la condition sans laquelle la révolution ne saurait être démocratique et aboutira au remplacement d’une classe dirigeante par une autre. « Ce qui me fait peur avec l’intelligentsia moderne, c’est son incapacité à se rendre compte que la société humaine doit avoir pour base l’honnêteté commune (common decency), quelles que puissent être ses formes politiques et économiques.32 »

33 Ibid., tome III, p. 284.

En effet, l’intelligentsia moderne s’est coupée de ce socle à la fois historique et humain qu’est l’honnêteté commune. Fascinée par la politique de la force, elle est devenue antidémocratique en politique et « réaliste », c’est-à-dire cynique, en morale. Orwell appelle « réalisme » « la doctrine qui veut que la force prime le droit », et il voit dans « la montée du “réalisme” […] le grand événement de l’histoire intellectuelle de notre époque »33.

33Les effets moralement corrupteur de ce réalisme, Orwell ne les discerne pas seulement dans la presse ou les écrits politiques mais dans la littérature et jusque dans la poésie. À propos d’un poème d’Auden intitulé Spain, il dit que c’est à son avis « une des seules choses à peu près convenables inspirées par la guerre d’Espagne ».

Demain, pour la jeunesse, les poètes explosant comme des bombes,

Les promenades autour du lac, les semaines d’étroite communion ;

Demain les courses de vélo

À travers les banlieues par les soirs d’été : mais aujourd’hui la lutte.

Aujourd’hui l’inévitable montée des chances de mourir,

Le nécessaire assassinat et sa culpabilité assumée

Aujourd’hui le gaspillage de ses forces

Dans des tracts éphémères et des meetings rasants.

Mais il en donne le commentaire ironique suivant : « La deuxième strophe représente une sorte de croquis sur le vif de la journée d’un “bon militant”. Le matin, un ou deux assassinats politiques, dix minutes d’interlude pour “étouffer le remords bourgeois”, puis un déjeuner rapide et un après-midi plus une soirée occupés à écrire des slogans sur les murs et à distribuer des tracts. Tout cela est très édifiant. Mais remarquez l’expression “le nécessaire assassinat (necessary murder)” : elle ne peut avoir été employée que par quelqu’un pour qui l’assassinat est tout au plus un mot. En ce qui me concerne, je ne parlerais pas aussi légèrement de l’assassinat. Il se trouve que j’ai vu quantité de corps d’hommes assassinés – je ne dis pas tués au combat, mais bien assassinés. J’ai donc quelque idée de ce qu’est un assassinat – la terreur, la haine, les gémissements des parents, les autopsies, le sang, les odeurs. Pour moi, l’assassinat doit être évité. C’est aussi l’opinion des gens ordinaires. […] Le type d’amoralisme de M. Auden est celui des gens qui s’arrangent toujours pour n’être pas là quand on appuie sur la détente.34 »

L’importance de cette page tient à la relation étroite qu’elle établit entre la fascination des intellectuels pour la puissance et la corruption du langage : l’une et l’autre découlent de la perte de l’ordinaire.

V —

Comment un poète de l’envergure d’Auden – mais on pourrait poser la même question pour Aragon – a-t-il pu être attiré vers le « réalisme » et trahir ainsi les valeurs libérales qui sont la condition d’existence d’une littérature authentique ? « Comment des écrivains ont-ils pu être attirés par une forme de socialisme qui rend impossible toute honnêteté intellectuelle ?35 »

C’est la question que pose Orwell dans un long essai publié en 1940 et intitulé « Dans le ventre de la baleine », où il analyse la littérature anglaise de l’entre-deux-guerres et, plus particulièrement, la différence quant à leur rapport à la société et à la politique entre les écrivains des années 1920 (Joyce, Eliot, Pound, Lawrence, entre autres) et ceux des années 1930 (Auden et Spender notamment). Sa réponse est qu’en 1930 la crise morale et spirituelle de la société anglaise (et de la civilisation occidentale) était telle que les fonctions et les engagements habituels des intellectuels, ceux par lesquels ils étaient traditionnellement reliés à la communauté nationale, avaient perdu toute signification. Orwell lui-même a vécu cette crise. Né en 1903 et ancien élève d’Eton, il a démissionné en 1927 des fonctions d’officier de police qu’il exerçait depuis cinq ans en Birmanie parce qu’il a pris conscience que l’Empire britannique exalté par Kipling n’était en réalité qu’un sordide système d’exploitation économique, totalement inhumain où, comme le dit un personnage de son roman Une histoire birmane, « les fonctionnaires maintiennent les Birmans à terre pendant que les hommes d’affaires leur font les poches ». Mais il est resté malgré tout profondément attaché à l’Angleterre, alors que beaucoup d’intellectuels de sa génération se sont cherché une autre patrie qu’ils ont cru trouver dans la Russie soviétique.

« En 1930, il n’y avait aucune activité, sauf peut-être la recherche scientifique, les arts et l’engagement politique de gauche à laquelle puisse croire un individu conscient. La civilisation occidentale était au plus bas de son prestige et le “désenchantement” était partout. Qui pouvait encore envisager de réussir sa vie dans les carrières traditionnelles de la classe moyenne – en devenant officier, clergyman, agent de change, fonctionnaire aux Indes ou que sais-je encore ? Et que restait-il des valeurs de nos grands-parents ? Le patriotisme, la religion, l’Empire, la famille, le caractère sacré du mariage, la cravate aux couleurs du collège, la naissance, l’éducation, la discipline – tout individu moyennement éduqué pouvait en trois minutes vous démontrer l’inanité de tout cela. Mais qu’obtient-on, en fin de compte, en se débarrassant de choses aussi élémentaires que le patriotisme ou la religion ? On n’est pas pour autant débarrassé du besoin de croire à quelque chose. […] Je ne crois pas qu’il faille aller chercher plus loin les raisons pour lesquelles les jeunes écrivains des années 1930 se sont rassemblés sous le houlette du parti communiste. Il y avait là une Église, une armée, une orthodoxie, une discipline. Il y avait là une Patrie et – en tout cas depuis 1935 ou à peu près – un Führer. Tous les attachements profonds et toutes les superstitions dont l’esprit avait apparemment fait litière pouvaient revenir en force sous le plus mince des déguisements. Le patriotisme, l’Empire, la religion, la gloire militaire – tout cela était contenu dans un seul mot : “Russie”. […] Dans ces conditions, le “communisme de l’intellectuel anglais apparaît comme un phénomène assez aisément explicable : c’est le patriotisme des déracinés.36 » On peut juger cette explication un peu courte. Elle a toutefois l’immense mérite de soulever une question importante et difficile : si le monde ordinaire est le monde de mon expérience, il ne peut pas être un monde abstrait où hommes, choses, lieux et coutumes sont interchangeables ; c’est nécessairement un monde concret et particulier : un pays ou une région, une langue, une culture, des institutions, une histoire, etc.

Si dans Le Lion et la licorne, un petit livre qu’il publie en 1941 et qui porte comme sous-titre Socialisme et génie anglais, Orwell exalte le mode de vie anglais (de la « bonne tasse de thé »jusqu’aux emblèmes de la royauté) et s’il y conjugue socialisme et patriotisme (qu’il distingue très fermement du nationalisme), ce n’est pas pour concilier artificiellement ses convictions politiques profondes avec l’urgence immédiate de la défense de l’Angleterre. Il l’a proclamé à plusieurs reprises, non sans un brin de provocation : « Aucun révolutionnaire authentique n’a jamais été un internationaliste.37 » En tout cas, il ne s’est jamais reconnu dans l’internationalisme abstrait du communisme qu’il n’a cessé de dénoncer comme un instrument à peine masqué de la politique de puissance soviétique. Et quand, en décembre 1936, il part combattre en Espagne, il ne le fait pas en activiste de la révolution mondiale mais comme un Anglais socialiste, solidaire des Espagnols antifascistes ; et c’est dans cet esprit qu’il écrira Hommage à la Catalogne.

Le patriotisme assumé d’Orwell n’est sûrement pas sans rapport avec l’imperméabilité de la classe populaire anglaise au fascisme comme au stalinisme, aussi avec l’imperméabilité de la classe dirigeante anglaise au fascisme. Dans sa « Lettre de Londres » à la Partisan Review de juillet-août 1941, il écrit : « Ce type de climat où vous n’osez pas parler politique de peur que la Gestapo ne surprenne vos paroles, ce climat est tout bonnement impensable en Angleterre. Toute tentative de l’instaurer sera brisée dans l’œuf, non pas tant par une résistance consciente que par l’incapacité des gens ordinaires (ordinary people)à comprendre ce qu’on attendrait d’eux.38 » Une fois encore, Orwell table moins sur la lucidité de George Bowling que sur sa passivité. Quant à la classe dirigeante, dont il craignait avant guerre qu’elle ne profite du déclenchement des hostilités pour faire basculer le pays dans un anglo-fascisme comparable à l’austro-fascisme d’un Dollfuss, il doit reconnaître qu’elle reste fondamentalement attachée au libéralisme. « La classe dirigeante britannique croit à la démocratie et à la liberté individuelle en un sens étroit et quelque peu hypocrite. Mais du moins, elle croit à la lettre de la loi et s’y tiendra parfois même quand elle n’est pas à son avantage. Rien n’indique qu’elle évolue vers une mentalité véritablement fasciste. La Grande-Bretagne peut être fascisée de l’extérieur ou au terme d’une révolution intérieure, mais la vieille classe dirigeante ne peut, à mon sens, être elle-même l’agent d’un totalitarisme véritable.39 »

Les seuls, encore une fois, qui en Angleterre aient été gagné au totalitarisme sont des intellectuels. Dans l’après-guerre, Orwell verra en eux quelque chose comme un parti de l’étranger.

Comme on le voit, le modèle de l’intellectuel ordinaire – de l’intellectuel qui se reconnaît comme un homme ordinaire – se distingue très clairement de celui de l’intellectuel engagé. Celui-ci se vit d’abord comme séparé, puis va rejoindre le combat des autres hommes au nom des valeurs intellectuelles et universelles qui sont les siennes : il court ainsi le risque permanent de se poser comme une autorité dictant aux autres ce qu’ils doivent faire ou assignant à leurs actes un sens qu’il prétend mieux connaître qu’eux-mêmes. L’intellectuel ordinaire, lui, vit les événements et y réagit en homme ordinaire qu’il est et qu’il reconnaît être. Orwell a vécu l’approche de la guerre et la montée des totalitarismes avec les mêmes sentiments et les mêmes réactions que son vendeur d’assurances Georges Bowling. Certes, parce qu’il était un intellectuel, et plus particulièrement un écrivain, il avait la capacité de mettre ses réactions en mots et en idées. Mais il ne prétendait pas pour autant être un porte-parole.

On peut se demander si ce modèle ne constitue pas pour un intellectuel la seule manière d’essayer d’être et de rester un démocrate.

Notes

1 George Orwell, 1984, traduit de l’anglais par Amélie Audiberti, Gallimard “folio”, p. 119. (Cette traduction a été modifiée chaque fois que cela a paru nécessaire.)

2 George Orwell, Essais, articles et lettres, traduit de l’anglais par Anne Krief, Michel Pétris et Jaime Semprun, Ivrea-Encyclopédie des nuissances, tome I, p. 292.

3 Ibid., p. 296.

4 James Conant, « Freedom, Cruelty and Truth : Rorty versus Orwell », in Robert Brandom (dir.), Rorty and his Critics, Blackwell, 2000, p. 299.

5 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome II, p. 322-325.

6 Ibid., tome I, p. 624.

7 Ibid.

8 George Orwell, Un peu d’air frais (1939), traduit de l’anglais par Richard Prêtre, Ivrea, 1983, p. 210.

9 Ibid., p. 199-200.

10 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome I, p. 511.

11 Lire John Newsinger, Orwell’s Politics, Palgrave, 1999, p. 32-33 (La Politique selon Orwell, traduit par Bernard Gensane, Agone, à paraître).

12 George Orwell, Un peu d’air frais, op. cit., p. 194-198.

13 George Orwell, 1984, op. cit., p. 362.

14 James Conant, « Freedom, Cruelty and Truth… », art. cit., p. 293.

15 Giovanni Amendola, Il Mondo, 1er avril 1923, cité in Emilio Gentile, Qu’est-ce que le fascisme ? Histoire et interprétation, Gallimard, 2004, p. 112.

16 James Conant, « Freedom, Cruelty and Truth… », art. cit., p. 293.

17 George Orwell, 1984, op. cit., p. 118.

18 Ibid.

19 Stanley Cavell, Le Déni de savoir, traduit de l’anglais par Jean-Pierre Maquerlot, Seuil, p. 152. Sur la philosophie politique de Cavell, on peut lire Sandra Laugier, Recommencer la philosophie. La philosophie américaine aujourd’hui, PUF, 1999, chap. IV et V.

20 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome I, p. 294.

21 George Orwell, Et vive l’aspidistra ! (1936), traduit de l’anglais par Yvonne Davet, Ivrea, 1982.

22 Stanley Cavell, Le Déni de savoir, op. cit., p. 54.

23 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome IV, p. 218-219.

24 George Orwell, 1984, op. cit., p. 105

25 Judith Shklar, « Nineteen Eigthy-Four : Should Political Theory Care ? » in Stanley Hoffmann (dir.), Political Thought and Political Thinkers, University of Chicago Press, 1998, p. 342-343, cité in James Conant, « Freedom, Cruelty and Truth… », art. cit., p. 329, n. 116.

26 Michael Walzer, « George Orwell’s England », inThe Company of Critics : Social Criticism and Political Commitment in the Twentieth Century, Halban, Londres, 1989 ; repris in Graham Holderness, Bryan Loughrey and Nahem Yousaf (dir.), George Orwell, Macmillan, 1998, p. 195.

27 Ibid., p. 196.

28 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome I, p. 424.

29 Ibid., p. 423.

30 Ibid., p. 424.

31 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome I, p. 573-574.

32 Ibid., p. 663.

33 Ibid., tome III, p. 284.

34 Ibid., tome I, p. 643-644.

35 Ibid., p. 641.

36 Ibid., p. 642.

37 Ibid., tome II, p. 133.

38 Ibid., p. 152-153.

39 Ibid.

Pour citer cet article

Référence électronique

Jean-Jacques Rosat, « Quand les intellectuels s’emparent du fouet », revue Agone, 34 | 2005, [En ligne], mis en ligne le 23 octobre 2008. URL : http://revueagone.revues.org/106. Consulté le 08 avril 2012.

Auteur

Jean-Jacques Rosat

Voir aussi:

George Orwell patriote (I)

Bernard Gensane

8 oct. 2017

L’auteur de 1984, l’un des romans politiques les plus sombres du XXème siècle, était un grand optimiste, amoureux de son pays, à l’aise dans son époque, même si, dans ses fantasmes, il aurait préféré vivre au XVIIIème siècle en « joyeux pasteur ». Il conçut son existence comme une œuvre, et son œuvre, d’abord comme la quête d’une écriture (raison pour laquelle j’ai sous-titré mon livre sur Orwell “ vie et écriture ” : (George Orwell, vie et écriture), Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1994). Son inclinaison profonde en tant que personnage public ne fut pas la politique mais la morale. Lorsqu’on étudie l’un des aspects de sa pensée, il faut constamment avoir à l’esprit ces paramètres. Nous sommes en présence d’un homme heureux, d’un écrivain poursuivant, à sa manière, un objectif de modernité, d’un citoyen qui attribuait au peuple anglais des vertus cardinales : gentillesse, loyauté, amour de la tradition, decency (décence, politesse, bonne mœurs), et ce don, pour lui apanage de ses compatriotes, de ne pas se laisser impressionner par les grands hommes, comme Napoléon, Churchill ou Staline.

Raymond Williams a dit d’Orwell qu’il était un auteur bien anglais, éminemment insulaire et cocardier (Orwell, Londres, 1971). On verra que son attitude vis-à-vis de sa patrie a évolué au gré des circonstances personnelles et historiques. Ce qui ne changera jamais, c’est la prééminence du ressenti, de l’esthétique et de la morale, alliée à une conscience aiguë de la rhétorique, elle-même vécue comme une modalité politique du discours et de l’écriture. Ainsi, à l’automne 1940, au début de la guerre, les alliances se nouent et se dénouent. Orwell se demande si le conflit sera purement impérialiste et s’il faudra faire front commun avec la bourgeoisie. Tout en se posant ces questions d’importance, il ne peut s’empêcher d’écouter ses voix et de moraliser : « La nuit qui a précédé le Pacte germano-soviétique, j’ai rêvé que la guerre avait commencé. Ce rêve m’a appris que j’étais de tout cœur patriote, que je soutiendrais la guerre et que je combattrais si possible. Tout cela est enfantin, bien sûr, mais je préfère avoir reçu ce type d’éducation que de ressembler aux intellectuels de gauche qui sont tellement ‘ éclairés ’ qu’ils ne peuvent comprendre les émotions les plus ordinaires. »

L’enfance d’Orwell fut marquée, pour ce qui nous concerne ici, par la catastrophe du Titanic. Dans un texte de résistance consensuel, très “ union nationale ” de 1940 (“My Country Right and Left ”, “ Mon pays, “ de droite et de gauche ” ou “ qu’il ait raison ou tord ”), Orwell évoque ce traumatisme. Il laisse entendre que l’attachement à une nation découle plus d’un ressenti charnel à des événements isolés mais marquants qu’à de grandes causes ou à une Histoire qui se fait mais qui n’est pas toujours lisible.

En primaire, Orwell eut beau détester la discipline sadique des écoles primaires privées, les preparatory schools, il n’en admit pas moins, par la suite, que les grandes victoires anglaises (au diable les régiments écossais ou gallois !) furent préparées sur les terrains de cricket des écoles privées, la guerre n’étant qu’une forme suprême du sport où il est impossible de tricher (Orwell fut cependant l’un des premiers à dénoncer la concomitance entre sport et nationalisme dans un article visionnaire de 1945, “ The Sporting Spirit ”). Á Eton, il reçut sa part d’enseignement, de culture militariste. Il sut prendre du recul par rapport à cette vision du monde, ce qui ne l’empêcha pas de s’enrôler au sortir de l’enseignement secondaire, alors que rien ni personne ne l’y contraignait, dans la police impériale en Birmanie. Or c’est bel et bien durant sa plus tendre enfance que le futur écrivain avait été imprégné d’idéologie belliciste, d’une philosophie portant au plus haut niveau les valeurs de défense sacrée de la patrie, avec comme corollaire une dépréciation de l’ennemi.

Orwell va se forger une conscience politique dans les années trente, non sans hésitations et revirements. Contre sa classe d’origine, la bourgeoisie impérialiste, et contre lui-même, en tirant parti de la névrose de culpabilité qui le taraude depuis l’enfance. Pour ce faire, il lui faudra passer par la France et l’immersion dans des franges défavorisées de la classe ouvrière, le Kent des travailleurs agricoles exploités et le Londres des clochards (voir son premier ouvrage, une biofiction : Down and Out in Paris and London, 1933. En français, Dans la dèche à Paris et à Londres). C’est qu’Orwell est de ces écrivains qui sont allés au-delà de leur monde et qui, de retour, ont adopté le regard du Persan : « Quand vous rentrez en Angleterre après un voyage à l’étranger, vous avez immédiatement la sensation de respirer un air différent […]. La bière est plus amère, les pièces de monnaie sont plus lourdes, l’herbe est plus verte, les publicités sont plus criardes. […] Alors l’immensité de l’Angleterre vous engloutit et vous perdez pour un instant de vue que la nation dans son ensemble possède un seul caractère identifiable. » Toute la complexité du patriotisme d’Orwell tient dans ces phrases. Il est capable d’observer son univers familier de l’extérieur, mais il est aussi terriblement anglo-centré. Cela dit, par delà des évidences assénées de manière aussi désarmante, il faut retenir qu’avant de s’émerveiller devant les « visages doux et noueux » de ses compatriotes, leurs « mauvaises dents » et leurs « bonnes manières », le « clic-clac des sabots dans les villes du Lancashire », Orwell avait su observer l’Angleterre à partir de la connaissance qu’il avait de son empire : c’est parce qu’il avait vécu au contact des masses exploitées d’Extrême-Orient qu’il pourrait sympathiser avec le lumpen-proletariat anglais puis avec la classe ouvrière proprement dite, « les victimes symboliques de l’injustice qui jouaient le même rôle en Angleterre que les Birmans en Birmanie » (1936).

Après la découverte de la condition prolétarienne dans son pays, Orwell part se battre en Espagne, tout simplement parce qu’il faut se dresser contre le fascisme pour laisser une chance au socialisme. Il combat avec courage au sein de la milice internationale du P.O.U.M. (Partido Obrero de Unificación Marxista), d’inspiration trotskiste, et rencontrera des hommes et femmes conscients, fraternels, tendus ver un objectif, bref l’image inversée des futurs proles de 1984. Il perçoit ces citoyens en armes comme un maillon dans l’immense chaîne fraternelle du genre humain, succédant aux soldats de Verdun, de Waterloo, des Thermopyles, souffrant de la même vermine, vivant et mourant sur des champs de bataille où l’on n’entend jamais chanter les oiseaux (Homage to catalonia, 1938. Version française : La Catalogne libre).

Traumatisé par la défaite des Républicains, par la trahison des staliniens, Orwell va alors traverser une phase de doutes personnels durant laquelle les sentiments pacifistes et internationalistes vont prendre le dessus. D’avoir versé son sang, d’avoir été ainsi “ baptisé ”, autorise un Orwell dégoûté par la guerre à envisager, de 1937 à 1939, un certain cynisme dans la démission face à la menace hitlérienne. Dans sa thèse (“ Orwell : l’engagement ”), Gilbert Bonifias posera que : « Il ne fait […] aucun doute que les événements d’Espagne contribuèrent puissamment à pousser [Orwell]  dans cette direction qui se voulait à la fois révolutionnaire et pacifique », et qu’« il n’est donc pas étonnant de l’entendre proclamer dans ses écrits son opposition à toute guerre avec l’Allemagne et à la formation d’un Front populaire en Angleterre ».

Ainsi, après les années 1936-37 où, choqué par la brutalité de la classe dirigeante, par l’irréalisme des élites de la gauche libérale, il a adopté des comportements extrêmes (vivre dans la crasse chez des logeurs exploiteurs du Lancashire, descendre au fond de la mine, partager le lot des combattants de base en Catalogne), il pressent, vers 1938-1939, que le conflit qui s’annonce sera terrible et il recherche des valeurs modérées. Dans les très nombreuses pages qu’il consacre à l’Angleterre et à son peuple, il offre des images et des concepts de paix (dans son roman de 1938 Coming Up for Air – en français Un peu d’air frais, il fait dire à son narrateur : «Pêcher, c’est le contraire de faire la guerre »), de raison, de stabilité, de juste milieu. Mais pas de médiocrité. Orwell n’aimait pas les comportements petits. Il raille Napoléon se rendant aux Anglais par peur des Prussiens, Ludendorff se cachant derrière des lunettes de soleil ou encore cet empereur romain qui s’était barricadé dans des toilettes (Orwell mourut des années avant que le roi du Maroc Hassan II fasse de même). L’idéal d’Orwell à l’époque, c’est un Sancho Pança qui n’aurait pas peur des bombes mais qui ne se planterait pas poitrail nu face à la mitraille : « Une part de nous veut être un héro ou un saint, mais l’autre moitié c’est ce petit homme gras qui voit très clairement l’avantage qu’il y a à rester en vie. C’est notre moi privé, la voix de notre ventre qui proteste contre notre âme. »

Aux sentiments anti-guerre qui transparaissaient çà et là dans le discours de Homage to Catalonia succède un comportement franchement pacifiste, en particulier durant l’hiver 1938-39, époque où, souffrant gravement des poumons, il réside pour quelques mois à Marrakech. Il pose qu’être pacifiste ce n’est pas forcément vouloir bloquer les réformes sociales. Il s’est forgé un socialisme dont le marxisme n’est pas totalement exclu (dans The Road to Wigan Pier, en particulier. En français, Le Quai de Wigan). Mais progressivement, et cela le mènera jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, il rejette ce qui, au niveau socio-politique, n’est pas, à ses yeux, anglais : le stalinisme, l’internationalisme prolétarien, le fascisme évidemment, mais aussi l’Église Catholique Romaine et tout ce qui s’apparente aux intellectuels de gauche européens. Il moque avec férocité l’îlot de pensée dissidente de ceux qui « vont chercher leurs recettes de cuisine à Paris et leurs idées à Moscou. »  Face aux dangers – Hitler, la guerre, le capitalisme sauvage, l’industrialisation débridée – Orwell va donc partir dans une quête de l’anglicisé  Sa patrie ne trouvera le salut que dans la réaffirmation de ses valeurs fondamentales. Une transformation de la société anglaise – qu’il appelle de ses vœux – ne se fera que dans le respect des traditions. De 1937 à 1940, le projet d’Orwell est d’établir une continuité entre l’Angleterre du présent et celle du passé.

Tout cela n’ira pas sans contradictions ni difficultés.

Plus tard, on verra que le seul moment de vrai bonheur que connaît Winston Smith dans 1984 sont les heures passées avec Julia dans le magasin d’antiquités – lieu ô combien symbolique – qui lui rappelle l’Angleterre d’avant la dictature (2ème partie, chapitre 4). Mais en 1938-9, George Bowling éprouve bien des désillusions. En simplifiant, on pourrait résumer Coming up for Air en disant que cette œuvre est l’image d’une apocalypse qui anéantirait une vision rêvée de l’enfance. Bowling n’idéalise cependant pas la tradition. Le regard qu’il porte vers le passé, le voyage qu’il entreprend vers les lieux de son enfance, lui permettent de se repérer dans le présent, d’essayer de respirer, de se régénérer. Lucide, le personnage expose comment la bourgeoisie anglaise est prisonnière de sa propre idéologie, à quel point la manière de pensée de la middle-class est appauvrissante. Il raille la nostalgie qu’éprouvent les colons revenus des Indes : comme son créateur, mais à l’inverse d’un Kipling, il sait l’illusion de vivre au centre de l’Empire avec les valeurs de la périphérie. Il ne croit pas en l’aptitude des militants – ceux de gauche en particulier qu’il caricature à l’envi – à se mobiliser dans le cadre d’une riposte nationale face à l’ennemi. Il ressent jusque dans ses fibres la possibilité d’une disparition de son pays, avec ses valeurs, sa culture.

Voir de plus:

George Orwell patriote (2)

Bernard Gensane

10 octobre 2017

En 1936, lors de son enquête du côté du Quai de Wigan, Orwell s’était assuré qu’il y avait bien deux Angleterre et il avait fait son choix. Il serait toujours aux côtés de la classe ouvrière contre la bourgeoisie. Vis-à-vis de la working class et des indigents en général, il prendrait donc l’exact contre-pied de Baden Powell, fondateur du mouvement scout, qui les décrivait comme anti-patriotiques et anti-sociaux. En 1940, face au danger totalitaire et à la guerre, Orwell croit de moins en moins en l’urgence, voire en la nécessité, de la révolution nationale ou internationale par la violence, et il souhaite que sa patrie soit une dans la lutte. Alors qu’en 1936 la bourgeoisie, impériale ou non, était responsable de tous les maux, elle est dédouanée en 1940, et Orwell en brosse un portrait bizarrement touchant. Depuis soixante-quinze ans, écrit-il dans Coming Up for Air, la classe dirigeante a perdu de son aptitude à gouverner. Autrefois, dans les colonies, il faisait bon vivre dans le perpétuel été d’avant la guerre des Boers, mais depuis 1920 les fonctionnaires de Whitehall surveillent « chaque pouce de l’Empire » et brident l’initiative. L’horizon impérialiste se rétrécissant, cette bourgeoisie de l’outremer n’a pu se réadapter en métropole. Étant intrinsèquement « moraux », les hommes d’affaires anglais n’ont pu, comme leurs confrères américains (« de vrais bandits ») devenir millionnaires. Et ces malheureux bourgeois, par manque de compétence intellectuelle, n’ont pas sérieusement lutté contre le nazisme dans les années trente car ils n’avaient pas «compris » ce phénomène. Orwell croit d’ailleurs inférer qu’ils n’auraient pas non plus compris le communisme s’il avait frappé à leur porte. Les grands responsables du déclin de l’Empire et de l’essoufflement de la bourgeoisie ne sont pas des gestionnaires surannés à la tête d’un outil de production inefficace se débattant dans un nouveau rapport de forces international défavorable mais, tout simplement, les intellectuels de gauche. Ils ont sapé « le moral des britanniques », ils se sont répandus en attitudes « négatives et récriminatrices » sans faire de « suggestions concrètes ». Et, surtout, ils se sont contentés d’évoluer (ô, surprise, pour des intellectuels !) dans un « monde d’idées ». Mais, Dieu merci, l’Angleterre est désormais, n’en déplaise au Dr Goebbels, une grande famille victorienne, un peu «collet monté », mais unie avec bien peu de « brebis galeuses » en son sein.

Tout en admettant après 1940 que la Home Guard (dont il fit partie) était organisée de telle manière que seuls les riches commandaient, il persiste à croire que la guerre a des vertus égalitaires car elle atténue les antagonismes de classe : « La guerre est le plus formidable facteur de changements. Elle accélère tous les mécanismes, elle efface les différences de surface. Par dessus tout, elle fait comprendre à l’individu qu’il n’est pas tout à fait un individu. »

Qu’auront les Anglais à opposer aux divisions blindées allemandes et à la Luftwaffe? Hormis un potentiel militaire non négligeable et une aide américaine qui viendra forcément, Orwell fait confiance aux qualités du peuple anglais. Tout d’abord, la bonne humeur et la sérénité. Comme Bertrand Russel qui, pour Orwell, incarnait moins l’archétype de l’intellectuel anglais que celui de l’Anglais intelligent, ses compatriotes sauront faire preuve de décence et d’esprit chevaleresque (le mot “intellectual ” est quasiment une insulte outre-Manche ; Orwell utilisait “intelligentsia ”, un mot russe d’origine polonaise, donc un peu barbare). Et puis la solidarité, l’honnêteté, le respect de la légalité feront le reste.

Mais il faut dire que la douceur de vivre que connaissait la classe moyenne avant-guerre avait débouché sur une certaine indolence. Désormais, Orwell est persuadé de la victoire car elle sera celle des gens ordinaires qui auront su se dépasser tout en restant eux-mêmes. Il apprécie que, malgré les circonstances exceptionnelles, les Anglais sont restés civiques, légalistes, respectueux des droits de l’individu, et il aimera que Churchill perde les élections de 1945, preuve que ses compatriotes, gens ordinaires, se méfient des hommes forts trop doués … et trop réactionnaires.

Dans les premiers chapitres de Homage to Catalonia, Orwell avait magnifiquement saisi une lutte révolutionnaire, pensant que l’enthousiasme populaire devait suffire à faire vaincre la révolution. Avec “ The Lion and the Unicorn ” (Le Lion et la licorne), son grand texte théorique sur l’Angleterre en guerre, Orwell propose une synthèse enthousiaste du patriotisme et du socialisme. Ces pages sont contemporaines de la Bataille d’Angleterre : l’heure est au drame et à l’espoir en une victoire à court terme. Bien que nous soyons ici dans un essai franchement politique, le narrateur s’affiche dès la première phrase : Orwell écrit ce texte au moment précis et parce que des avions ennemis lui passent au-dessus de la tête : « Au moment où j’écris, des êtres humains hautement civilisés veulent au-dessus de moi et essaient de me tuer. »

Ce qui est en jeu désormais, ce n’est plus le statu quo social ou la révolution, mais la civilisation ou la barbarie. Mieux vaut Chamberlain que Hitler. Le narrateur de Down and Out in Paris and London avait découvert certains de ses compatriotes dans leur étrangeté. Burmese Days (Tragédie birmane) fleurait bon son exotisme. Dans The Road to Wigan Pier, Orwell était allé à la rencontre des ouvrières du textile et des mineurs dans leur différence. Désormais, il va à la recherche des autres dans leur ressemblance avec lui-même et ceux de sa classe d’origine, la frange inférieure de la bonne bourgeoisie (the lower-upper-middle class). Ce qui unit les Anglais, postule-t-il, est plus important que ce qui les sépare. Et il pose également que ce qu’il raillait à la fin de Homage to Catalonia, ces caractéristiques d’une Albion aveugle et assoupie (« les pâtures bien grasses, les hommes coiffés de leur chapeau melon, les bus rouges, les policiers en uniforme bleu ») c’est justement ce qui fait la beauté, mais aussi la force de l’Angleterre éternelle. Il existe un caractère national anglais, comme il existe un patrimoine et une « culture commune » que, bizarrement, comme s’il en avait un peu honte, il délimite par la négative : «Les Anglais sont très différents des autres. Il y a une sorte d’acceptation ambiguë de ce fait dans l’aversion éprouvée par presque tous les étrangers pour notre mode de vie national. Peu d’Européens supportent de vivre en Angleterre, et même les Américains se sentent davantage chez eux en Europe. »

Dans “ The Lion and the Unicorn ”, Orwell avance que l’affaiblissement de l’impérialisme dans les années trente a été provoqué en grande partie par l’intelligentsia de gauche, ce groupe s’étant lui-même renforcée grâce à la stagnation de l’Empire. Il pense qu’une alliance objective s’est nouée entre les colonels en retraite (les “ Blimps ”) pour qui un individu trop intelligent ne pouvait être patriote, et les intellectuels pour qui un patriote ne pouvait décidément pas être intelligent. Ce paradoxe déroutant ne peut surprendre dans la mesure où il venait en bout de chaîne après d’autres considérations tout aussi étonnantes sur les intellectuels. Orwell pose tout d’abord que du pessimisme à une vision réactionnaire des choses il n’y a qu’un pas vite franchi par une fraction importante de la classe dominante. Il estime également qu’il eût été possible de susciter un mouvement pacifiste authentiquement populaire en Angleterre, loin de la « gauche de salon ». Mais, dans les années trente, l’intelligentsia s’est déconsidérée dans des activités indignes, dans le domaine de l’esprit comme dans la politique. Elle s’est coupée du reste de la société en dénigrant systématiquement la civilisation occidentale et en cultivant un sentiment négatif de « désillusion ». La « vraie question », se demande Orwell, n’est pas de savoir pourquoi des bourgeois sont devenus staliniens, mais pourquoi ils ont viré à gauche. A première vue, c’est parce que les puissances de l’Axe menaçaient l’Empire britannique, l’antifascisme et l’impérialisme se rejoignant dans un même combat (dans une correspondance de décembre 1938, il explicitait ce postulat. Il estimait que si un « grand mouvement pro-Arabe » voyait le jour, il serait « fatalement pro-fasciste ».)

C’est à cette époque qu’Orwell va définir petit à petit ce qu’est pour lui l’Anglais idéal. George Bowling, son narrateur de Coming Up For Air, en était une esquisse aux traits assurément appuyés, permettant à l’auteur de considérer avec plus de commisération que jamais tous ceux qui ne correspondaient pas au moule. « Un type comme moi est incapable de ressembler à un gentleman », reconnaissait Bowling sans vraiment le regretter. « Les vêtements que je porte », poursuivait-il, sont «l’uniforme de la tribu ». En peignant cet homme ordinaire, Orwell s’adressait à ceux qui, comme son personnage, cultivaient la nostalgie de leur passé et aspiraient à un socialisme non dogmatique, un peu proudhonien. Petit-bourgeois, Bowling ne prône pas l’émancipation de la femme, il n’a pas de l’amour une approche très romantique, il s’indigne des inégalités sociales et déplore que le salarié se voit privé du produit de son travail par le système capitaliste. Il se méfie de la bureaucratie qui empiète sur la liberté individuelle, tout comme le capitalisme qui, par le système de crédit, empêche le salarié d’être jamais propriétaire. Le monde de Bowling converge avec celui de “ The Lion and the Unicorn ” : « C’est votre civilisation. C’est vous. » Ce monde que je décris, dit Orwell, c’est toujours le vôtre. Que vous l’aimiez ou non, il vous manque dès que vous le quittez. Comme vous, il est moyen, ni le joyau chanté par Shakespeare, ni l’enfer décrit par Goebbels. Vous êtes, nous sommes, les membres d’une famille victorienne empesée, avec son lot inévitable de squelettes dans le placard. Chez nous, les jeunes n’ont pas la parole, ce sont les vieux oncles irresponsables qui monopolisent le pouvoir, mais nous sommes une famille unie, avec sa langue, sa culture, ses souvenirs, son esprit de solidarité. Vous et moi sommes peut-être des médiocres, mais au moins saurons-nous, en vrais patriotes, nous unir face à l’adversité extérieure et débusquer l’ennemi intérieur. Nous pourrons toujours nous arc-bouter sur un impérialisme qui n’est pas à dénigrer en bloc : seule sa dimension morale est à redouter quand il détruit la conscience de l’oppresseur et de l’opprimé.

“ The Lion and the Unicorn ” donne donc une idée assez précise de l’image que se fait alors Orwell de son pays. Ces pages sont un mélange d’observations pénétrantes, de gentilles banalités et de généralisations désarmantes : « Les Anglais ne sont pas doués en matière artistique. Ils ne sont pas aussi musiciens que les Italiens ou les Allemands ; la peinture et la sculpture ne se sont pas développés chez nous comme en Fance. Les Anglais ont en horreur la pensée abstraite. Bien que constituant un peuple somnambule, ils sont capables, au paroxysme d’une crise, de dégainer et d’agir par une espèce d’instinct, à dire vrai un code de conduite compris pratiquement de tous quoique jamais formulé. »

Ce qu’Orwell apprécie alors au premier chef chez ses compatriotes, c’est leur réserve, leur politesse : ils font la queue patiemment dans l’ordre, sans se bousculer. Si les ouvriers ne sont pas toujours très gracieux, du moins font-ils toujours preuve de beaucoup d’attentions. La modération de ses compatriotes invite Orwell à penser que le fascisme ne prendra jamais dans son pays : « les purges hitlériennes n’auraient pu exister en Angleterre », affirme-t-il, sans s’interroger le moins du monde sur les conditions historiques qui ont permis à la barbarie de se déchaîner au pays de Goethe. Les Anglais sont trop raisonnables, ils croient trop en la justice pour se laisser entraîner dans le vertige de la terreur et des abus de pouvoir. L’Angleterre est protégée par ses traditions et son histoire, par son essence. La vision d’Orwell est donc très déterministe. La société peut changer, mais jusqu’à un certain point : « on n’obtient pas un panais avec une graine de navet ». Orwell pouvait bien, à l’orée de la guerre, énoncer de telles banalités, le fait est là : le pays n’a pas plié et les traîtres ne furent qu’une poignée. Un solide pragmatisme, une volonté exceptionnelle de croire en soi et de vaincre ont permis de tenir. L’Angleterre a gagné la guerre parce que les vertus typiques chères à Orwell n’étaient pas l’apanage de la classe dirigeante. En était dépositaire le peuple, constitué à ses yeux par la classe ouvrière consciente et la frange inférieure de la bourgeoisie. Et, à long terme, seul cet ensemble social saurait, selon lui, résister à l’envahissement de la culture populaire par le modernisme réducteur et nivelant.

L’essence, la force du patriotisme d’Orwell lui permirent durant deux décennies de tous les dangers de retrouver des valeurs stables, une morale en politique, et d’alimenter son instinct de conservation à la source de son amour pour son pays. Ce patriotisme n’était pas aveugle. L’honnêteté intellectuelle d’Orwell (certes relative), son pessimisme lucide, son humour froid au second degré le faisaient souvent passer pour un prophète de malheur. Ce n’est pas parce qu’il était fondamentalement patriote qu’il aimait et défendait l’Angleterre, mais c’est parce que l’amour de son pays était quintessencié qu’il était patriote. Parce qu’il souhaitait, vers 1940, un consensus politique national et que ce que l’Europe proposait (des régimes forts ou des démocraties en déliquescence) ne lui convenait pas, il soutiendrait son pays de droite comme de gauche (« My country Right and Left »), l’Angleterre de Chamberlain pouvant évoluer à court terme vers un changement radical de société. Orwell établissait par ailleurs une nette distinction entre patriotisme et nationalisme. Être patriote revenait à aimer un endroit, un mode de vie que l’on considérait comme les meilleurs au monde, mais sans pour autant vouloir les imposer aux autres. Pour Orwell, le patriotisme était par nature défensif, militairement et culturellement parlant. Il impliquait par ailleurs une adhésion volontaire à un espace, à une communauté et à des valeurs. Inversement, il concevait le nationalisme comme l’idéologie belliqueuse d’individus en quête de prestige, non pour eux-mêmes mais pour des ensembles dans lesquels ils choisissent d’enfouir leur propre personnalité. Un communiste ne pouvait donc pas, selon lui, être patriote, mais seulement nationaliste, puisqu’il était capable, en l’espace de quelques jours, de transférer ses allégeances selon les nécessités de l’actualité, son rapport à sa terre, à sa patrie étant extrêmement ténu. Il avait établi une typologie de différentes formes de nationalismes : la forme “ positive ”, incarnée par le nationalisme celtique, le sionisme, et ceux qui n’admettaient pas le recul de l’influence anglaise dans le monde ; un nationalisme de “ tranfert ” (il faisait se côtoyer le communisme, le pacifisme, le catholicisme militant, la conscience de classe) ; une variante négative qui incluait pour lui l’anglophobie, l’antisémitisme, le trotskisme.

Orwell a longtemps cru, au moins jusqu’à la rédaction de 1984, que toute guerre pouvait avoir des vertus salutaires, au niveau humain et politique. A l’inverse de ceux qui estimaient que la guerre est la continuation d’un état de chose par d’autres moyens, il voyait en elle une brisure, un moment paroxystique où les individus et les communautés vivent dans un état supérieur, sont révélés par l’épreuve et où, en d’autres termes, Dieu peut reconnaître les siens. Et c’est en Espagne qu’il a commencé à réfléchir au rapport entre la guerre et la révolution. Il pensait alors, contrairement, par exemple, à de nombreux trotskistes anglais, qu’il fallait d’abord se débarrasser du fascisme avant de faire la révolution dans les démocraties bourgeoises. Il semble moins dogmatique sur ce point en 1940. Une révolution et la guerre peuvent être concomitantes. Et il estime alors qu’une révolution (anti-bourgeoise évidemment) pourrait surgir de la guerre grâce aux qualités intrinsèques du peuple anglais. La guerre et la révolution pourront remettre les choses en place. Les inutiles, les inefficaces, les privilégiés disparaîtront. Les compétences populaires pourront s’exprimer. Le peuple en sortira humainement enrichi : « Nous avons avancé aussi lentement que des glaciers et nous n’avons appris que dans les désastres. »

Dans la lutte, il n’y a pas la droite et la gauche, la bourgeoisie et la classe ouvrière, mais les combattants et les partisans de la démission. Le peuple victorieux saura être magnanime. Pas de procès pour les criminels de guerre demande, dès 1943, Orwell lucide et visionnaire : « Les tyrans doivent être mis à mort uniquement par leurs propres sujets ; ceux qui sont punis par une autorité étrangère, par exemple Napoléon, deviennent des martyrs et des légendes. »

La pensée d’Orwell, dans la dernière partie de sa vie, préfigure l’idéologie travailliste des années cinquante, celle qui a rompu, dans les faits, avec le marxisme. Pour Orwell qui, de 1945 à sa mort en 1950, est un sympathisant du Labour, le socialisme se résume à davantage d’égalité et le remplacement des élites obsolètes par ce qu’on n’appelle pas encore la méritocratie. L’Angleterre ne devrait plus être « une famille avec les médiocres aux commandes ». Mais il reproche, cela dit, au gouvernement de Clement Attlee de ne pas avoir suffisamment nationalisé.

Orwell pose donc presque tous les problèmes en termes moraux, en termes d’individualités. De plus sa pensée, surtout quand elle est novatrice, est constamment bridée par des interférences personnelles. Qu’il écrive des pages anti-impérialistes, socialistes, révolutionnaires ou réformistes, l’image de l’homme vaincu, isolé pour qui un changement profond de société impulsé par le “ peuple ” est une chimère, domine. On peut supposer que le pessimisme d’Orwell a été alimenté par l’échec de soulèvements populaires, comme ceux de Kronstadt ou de Varsovie, sans parler de la prise de Barcelone par les Franquistes.

Les patriotes sont ceux qui, pour nous résumer, sont prêts à prendre les armes pour mener une guerre populaire. Les ennemis de la patrie sont les pro-fascistes. L’idée d’une victoire d’Hitler plait aux très riches, aux communistes, aux Chemises noires d’Oswald Mosley (parti fasciste qui, étrangement, fut le premier parti anglais à adopter un programme économique keynésien !), aux pacifistes et à certaines factions catholiques. Et puis, si les choses tournaient mal sur le front intérieur, la totalité des plus pauvres des ouvriers pourrait adopter une position défaitiste mais pas pro-hitlérienne dans les faits. Il restait donc les trois-quarts de la classe ouvrière et la petite bourgeoisie moins les intellectuels de gauche car ces derniers s’étaient, rappelons-le, déconsidérés depuis une dizaine d’années au moins. Le combat étant national et même nationaliste, il faudrait se méfier de cette « intelligentsia européanisée ».

De 1945 à 1950, le mot “ patriotisme ” n’apparaît jamais plus sous la plume d’Orwell. Visionnaire comme Churchill – dont il partage certaines conceptions en matière de géopolitique, Orwell a compris que la division du monde est un état de fait durable. Contre ceux qui envisagent une fusion pure et simple des États-Unis et de la Grande Bretagne, contre une petite minorité d’Anglais qui rêve d’une intégration au système soviétique, il envisage des « États-Unis socialistes d’Europe». L’essayiste qui, en 1947, publie dans la revue d’extrême-gauche étasunienne Partisan Review l’article “ Toward European Unity ” rédige les premières moutures d’un univers fictionnel d’où sont absentes les valeurs de la civilisation occidentale, le patriotisme y compris.

Bref retour sur Orwell (III)

Bernard GENSANE
21 mars 2016

Ce qui distingue les grands créateurs des autres, c’est que, à partir de la réalité, ils élaborent des modèles plus prégnants que celle-ci en nous la faisant comprendre et ressentir comme jamais auparavant. Essayez d’imaginer un gamin de Paris des années 1830 sans penser à Gavroche. Essayez de vous représenter Mozart sans vous remémorer celui d’Amadeus et son rire jamais envisagé jusque là. Le “ Guernica ” de Picasso occulte la vraie ville dont on ne sait, en fait, pas grand chose. Quant à Emma Bovary, elle écrase votre cousine rêveuse.

Dans 1984, Orwell invente un monde et sa langue officielle, la Novlangue (Newspeak). Elle a ceci de particulier qu’elle est conçue pour mourir, Orwell partant du principe que, plus on élimine des mots (on garde “ chaise ” et on supprime “ fauteuil ” “ tabouret ”), plus on réduit leur champ sémantique (“ liberté ” n’est utilisé que dans des phrases comme « j’ai la liberté de choisir entre des pommes de terre et du chou »), plus on réduit une pensée qui devient sans cesse davantage binaire, manichéenne.

Cette invention n’est pas arrivée comme un cheveu sur la soupe dans la vie d’Orwell et sa carrière d’écrivain et de journaliste. Il connaissait sept langues étrangères : le latin et le grec, qu’il avait très bien maîtrisés dans son école privée, le français, qu’il pratiquait avec aisance (il lisait Villon dans le texte, et lorsqu’il enseigna le français dans une école secondaire pendant quelques mois, ses cours se déroulaient entièrement dans la langue), l’hindustani, l’ourdou (deux versions d’une même langue) et le birman, appris lors de son séjour de cinq ans dans la police impériale, le castillan et le catalan, assimilés au contact des Républicains durant la guerre civile. Avant de créer la Novlangue, il s’intéressa, de 1942 à 1944, au Basic English du linguiste Charles Kay Ogden avant d’écarter l’utilisation d’une langue artificielle : il trouvait contre-culturelle une langue fabriquée – simplifiée ou pas – à vocation universelle. Mais il est clair que ce Basic English fut une source d’inspiration pour la Novlangue. Enfin, il avait des notions d’esperanto, que parlait couramment une de ses tantes, mais il s’en méfiait en tant que langue factice (« Les langues ne se peuvent se développer que lentement, comme des fleurs », disait-il).

Bien avant 1984, les premiers livres d’Orwell avaient révélé son grand intérêt pour les questions de langue. Dans la dèche à Paris et à Londres, une autofiction de 1933, montre qu’Orwell s’engoue pour les lois sociales de construction du langage. Tragédie birmane (1934) présente la Birmanie comme une société multilingue, les colons empêchant les autochtones d’apprendre l’anglais dans toutes ses finesses et les contraignant à l’utilisation d’un pidgin. Dans Une fille de pasteur (1935), Orwell reproduit, en s’inspirant de Joyce, un dialogue de théâtre entre les miséreux et la fille du pasteur. Dans Le quai de Wigan (1937), ce magistral essai devenu classique sur le monde des mineurs de charbon dans les années trente, Orwell offre quelques exemples d’anglais du Lancashire et du Yorkshire. Dans La Catalogne libre (1938), il utilise sa connaissance du catalan et du castillan. Dans Un peu d’air frais (1939), il présente les variétés de l’anglais selon les classes et commence à dénoncer ce qu’il appelle le “ jargon ” des hommes politiques. Etrangement, peut-être, la dictature de La ferme des animaux ne connaît pas de problèmes langagiers.

Toute la réflexion d’Orwell sur la langue repose sur une idée-force, que la linguistique récusait déjà à son époque, selon laquelle les mots sont autonomes par rapport à la pensée. Et il lui a échappé, comme le proposait fortement Roman Jakobson, que « de même qu’en peinture la géométrie se superpose à la couleur, la puissance d’abstraction de la pensée humaine surimpose des figures grammaticales au mot. » Il affirme pour sa part que la pensée est tellement dépendante des mots que ceux-ci peuvent régir celle-là. Il croit que parler c’est choisir des mots en toute souveraineté, ignorant qu’on ne saurait conceptualiser sans l’appui du langage. Comment dire “ la glace ” en bambara, langue de contrées où il fait trente degrés toute l’année ? En contradiction totale avec le concept d’arbitrarité du signe (voir comment le coq chante en anglais, en espagnol, en allemand, en français et en chinois), il suppose une corrélation entre le sens d’un mot et sa configuration sonore. Dans le monde de 1984, des fonctionnaires de la langue suppriment des mots du dictionnaire et confèrent aux vocables épargnés un sens unique, ce qui n’est pas soutenable dans la mesure où la pensée et les mots n’existent pas dans des sphères distinctes, Orwell pensant peut-être qu’à un mot pourrait correspondre automatiquement une seule pensée.

Dans ses essais majeurs sur la langue comme “ La politique et la langue anglaise ”, il estime que la langue dégénère quand elle sert le discours politique. Il s’inscrit dès lors dans la tradition idéaliste : « Bien écrire ou bien parler est un art. » Ecrire en anglais, c’est « se battre contre le flou, l’obscurité, les pièges tendus par les adjectifs décoratifs et les empiètements du latin et du grec ». Revendiquant son anglicité, Orwell préférait les mots d’origine saxonne aux mots d’origine franco-latine : freedom à liberty, brotherhood à fraternity, tout en sachant que plus de la moitié des mots de l’anglais venaient du français et de latin. A de nombreuses reprises, il décrit sa langue comme « défigurée », « violentée ».

Mais, à sa manière, Orwell a repris l’idéal de Boileau selon lequel ce qui se conçoit bien s’énonce clairement : « Une prose de qualité est transparente comme une vitre ». Ce cristal lui était nécessaire pour mieux faire passer la réalité confuse, violente et terrorisante. Stylistiquement parlant, sa plus grande réussite aura été de faire croire qu’il écrivait “ naturellement ” dans la langue parlée d’un anglais éduqué. D’où son obsession de ne pas pouvoir glisser « la lame d’un couteau métaphorique » entre les mots et le sens. Sa règle – pas toujours applicable – était que le sens décide du mot. Il s’efforça toujours, cela dit, de faire coïncider la forme et le fond.

Pour Orwell, les différences langagières étaient régies par les antagonismes de classe. Les classes éduquées ayant perdu le contact avec le monde ouvrier, il urgeait que les prolétaires redonnent du souffle à la langue anémiée de la classe dirigeante. Son idéalisme l’amena à proposer, pour que les accents régionaux ne disparaissent pas (ils sont toujours bien présents aujourd’hui), un accent « national » (pas le sien, lui l’ancien élève d’Eton), un « cockney modifié » ou alors un des accents du Nord. Mais dans 1984, non seulement les Proles ne régénèrent pas la langue du Parti intérieur, mais il n’existe aucun phénomène de contact entre leur langue et celle des maîtres.

Bien que polyglotte, Orwell n’affectionnait pas les emprunts entre langues. Il n’admit jamais que, si le vocabulaire anglais était très riche, c’est justement parce que la langue anglaise avait deux racines principales. De plus, alors que dans 1984 chaque continent possède une seule langue officielle, Orwell n’a rien écrit sur un fait déjà bien présent à son époque : le nouveau statut de l’anglais en tant que première langue véhiculaire mondiale. Conscient de la fin de la suprématie de l’Angleterre en tant que puissance planétaire, il redoutait le contact avec la culture d’outre-Atlantique. Plutôt conservateur en matière langagière, il n’en a pas moins créé de nombreux néologismes. Par exemple la “ nancytude ” (tapettitude), la “ scotchification ” (de l’Angleterre) (écossification), “ sub-faecal ” (sous-fécal), la “ blimpocracy ” (culotte de peaucratie). Bien que jungien, Orwell n’avait pas perçu que l’inconscient était structuré comme un langage. Il voyait dans les mots une substance pâteuse, fuyant indéfiniment devant les réalités de la pensée (« Quelqu’un a-t-il jamais écrit une lettre d’amour dans laquelle il a exprimé exactement ce qu’il voulait dire ? »). D’où cette proposition d’inventer des nouveaux mots (ou des mots neufs), aussi tranquillement que s’il s’agissait de « pièces pour moteur d’auto ». Mais il n’a pas pu (ou n’a pas eu le temps) de réfléchir à ses propres maniérismes. Il abusait d’adverbes de fréquences (“ rarement ”, “ toujours ”) parce qu’il avait tendance à généraliser. Il utilisait souvent la préposition “ comme ”, des adjectifs comme “ différent ”, “ identique ”, des verbes comme “ comparer ” parce qu’il pensait très souvent de manière analogique. Il s’efforça, cela dit, de s’imposer une hygiène d’écriture consistant, par exemple, à éviter les métaphores rebattues (pas une seule dans La ferme des animaux). Et il proposa cinq règles de bonne écriture et une sixième dirimante, dont il n’est pas stupide de s’inspirer, même si elles trahissent son souci névrotique de propreté :

Ne jamais utiliser une métaphore déjà vue sous la plume d’un autre.
Ne jamais utiliser un mot long quand un court fait l’affaire.
Supprimer un mot lorsqu’il est possible de le supprimer.
Ne pas utiliser la voix passive [beaucoup plus fréquente en anglais qu’en français] quand l’actif convient.
Ne jamais utiliser une expression étrangère, un mot scientifique ou du jargon s’il existe un équivalent en anglais de tous les jours.
Ne pas appliquer ces règles dès lors que le résultat est franchement malsonnant.

Dans 1984, le statut de la langue n’est pas toujours très cohérent. Un seul personnage (membre du Parti Extérieur) parle naturellement en Novlangue. Les enfants de Mrs Parson, pourtant militant zélés de la Ligue de la Jeunesse, s’expriment en anglais ordinaire. Orwell a toujours pensé que le manque de démocratie ou la dictature du prolétariat aggraveraient les antagonismes de classe. Aux trois classes d’Océania correspond une organisation linguistique gouvernée par le chiffre trois. Dans le Parti Intérieur, la Novlangue est censée être la norme ; dans le Parti Extérieur, elle se diffuse progressivement ; elle est inconnue des Proles qui parlent cockney, un idiome qui est d’avantage une recréation orwellienne que du cockney authentique. La Novlangue n’est pas généralisée dans le roman parce que le livre n’est pas une prophétie mais une satire dystopique. Elle ne peut être parlée par des personnages qui ressemblent aux gens qu’Orwell a côtoyés sa vie durant. A la fin du roman, Orwell estime que la Novlangue ne sera pas utilisé par tous avant 2050, malgré les moyens de coercition considérables dont dispose le système. Ce qui semble peut-être le plus pertinent dans la création de la Novlangue, c’est cette idée, aujourd’hui banale, qu’un discours officiel peut fort bien parler pour ne rien dire. Nous sommes en effet dans la destruction du sens. Le personnel politique étasunien a atteint cet idéal : souvenons-nous de Reagan se contenant de murmurer devant ses supporters « Read my lips » ou Hillary Clinton proposant un petit jappement chaque fois que Donald Trump proférerait un ânerie. Orwell postule par ailleurs que la langue fait naître la faute, le sentiment de culpabilité, notion que reprendra plus tard Roland Barthes expliquant que le fascisme n’empêche pas de dire mais oblige à dire.

L’écrivain au style translucide qu’était Orwell avait senti dans les années trente que la langue ne serait plus jamais un moyen de communication innocent. Winston finissait par “ aimer ” Big Brother parce que le mot “ amour ”, tout en ayant perdu sa signification d’origine, existait toujours bel et bien sous son horrible travestissement. Cratyle, dans le dialogue de Platon, avait décidé de se taire (« si des noms sont mal établis, ils ne sont plus que des éclats de voix »). Orwell choisit de travailler la simplicité de son expression (pour ceux dont l’anglais n’est pas la langue maternelle, il est l’un des auteurs les plus faciles à lire) et de renforcer le pouvoir de ses propres mots.

Voir par ailleurs:

How Being Politically Incorrect Could Help Bloomberg

Bloomberg says things that can’t be said in polite company. Maybe voters don’t mind as much as elites do.It’s amusing to learn that Mike Bloomberg, just last year, was filmed speaking with his customary bluntness about transgender individuals: “If your conversation during a presidential election is about some guy wearing a dress and whether he, she, or it can go to the locker room with their daughter, that’s not a winning formula for most people,” he said at a business development forum.

You can’t talk that way anymore in the upper levels of the Democratic party, the media, the arts, or even corporate America. If Bloomberg had said this as the CEO of a publicly traded company, instead of as the owner of a private one, intense pressure would have been put on the board to fire him. And this was hardly the first time he said something that was guaranteed to offend. “We put all the cops in minority neighborhoods. Yes, that’s true. Why do we do it? Because that’s where all the crime is,” Bloomberg said in 2015 at the Aspen Institute, adding, “The way you get the guns out of the kids’ hands is to throw them up against the wall and frisk them.”

Bloomberg hasn’t had to report to anyone for many years, and being as frank as he likes, no matter how rude he sounds, is part of his brand. “A List of Things Bloomberg Actually Said About Fat People, Rape, George W. Bush, and J.Lo” ran one of the more entertaining headlines of this campaign season. My personal favorite is one of many one-liners contained in the now-infamous booklet, The Portable Bloomberg: The Wit and Wisdom of Michael Bloomberg. It was published as a sort of party favor back in 1990 by his employees, and no one quite seems to be able to tell if it is a spoof or an actual compendium of Bloomberg remarks. If the former, it sounds a lot like the latter to a lot of people. A highlight is Bloomberg’s summing-up of the British royals: “What a bunch of misfits — a gay, an architect, that horsey-faced lesbian, and a kid who gave up Koo Stark for some fat broad.” (Fact check: Prince Charles is not an architect, merely an architectural enthusiast.)

Yet Bloomberg’s sharp rise in polling has coincided with a concerted effort by the media to score him for all of these grave offenses against political correctness. We’re about to learn whether anyone outside the elite stratum of the country actually considers these sorts of barbed comments to be disqualifying. True, nobody is allowed to talk like this anymore. But then again, the only other politician who dares to is the current occupant of the White House. Which raises the question: Does a history of extreme political incorrectness actually boost Bloomberg’s chances?

Reading about what Democratic voters have to say, it’s evident that all principles and policies are negotiable. The only thing that matters to them is defeating Donald Trump. Medicare for All, Medicare for All Who Want It, continue the status quo? Whatever. As long as someone other than Trump is in charge. Democratic voters have discarded Elizabeth Warren because they don’t think she can defeat Trump, and they are having severe misgivings about Joe Biden because they’re not sure he’s still vigorous enough for battle, or indeed vigorous enough to make it through a sentence without taking a break for a nap. Bernie Sanders, too, has to be making Democratic voters nervous: Hey, we just want Trump gone, we don’t want to be annexed by Denmark. Most Democrats are aware that Sanders is extreme, and more important, most Democrats are aware that swing voters in Michigan and Wisconsin are aware of this.

American elites hear the way Bloomberg talks and think: Shocking! Disqualifying! Outrageous! Median voters might hear something very different: This guy is a match for Trump! Instead of choosing a parody of an earnest loser in a rumpled sweater who has a garage full of Eugene V. Debs filmstrips, the Dems could go with a swashbuckling, trash-talking, don’t-give-a-fig capitalist buccaneer who is prepared to rain insults on Trump, not just gently shake his head and say, “That’s not who we are.” Instead of having a pathetic old schmuck in a subcompact who seems like he should be teaching bored high schoolers, they could have a fiercely combative alpha male who could buy and sell Trump 20 times over. Why not dump Walter White and go with Heisenberg?

The sort of people who get the vapors at offensive comments are going to vote for the Democrat this fall no matter who it is. Bloomberg’s political incorrectness won’t matter any more than Hillary Clinton’s vote for the Iraq War mattered in 2016. Yet the prospect of riding into battle with someone who is as arrogant, aggressive, politically incorrect, and corrosively funny as Trump has to be a tempting proposition to a lot of Democrats. Even if it’s a fellow New York billionaire.

Voir de même:

Reaching Peak Progressivism
« The frightening visions of the new peak progressives will ensure the reelection of Donald Trump, as well as either the likely end of themselves—or else a collective dystopian nightmare. »>The frightening visions of the new peak progressives will ensure the reelection of Donald Trump, as well as either the likely end of themselves—or else a collective dystopian nightmare.
Victor Davis Hanson
American greatness
February 16th, 2020

In 2020 we have finally hit peak progressivism. The adjective “peak”—apex or summit— is often used to describe something that has reached its maximum extent but thereafter will insidiously decline—like supposed U.S. domestic oil production in 2000 when more oil was purportedly taken out of, rather than still in the ground. While the idea of peak oil in the days before fracking and horizontal drilling proved vastly premature, we likely are witnessing something like “peak progressivism” today.

By that I mean the hard-left takeover of the Democratic Party and the accompanying progressive agenda now have reached an extreme—beyond which will only result in the steady erosion of radical ideology altogether.

The French Revolution hit “peak” coerced egalitarianism with the Jacobin takeover and so-called Reign of Terror. After all, when you begin guillotining fellow travelers on charges they are counterrevolutionaries and begin worshiping a new atheist secular power “Reason,” institutionalized as Robespierre’s “Cult of the Supreme Being,” you have mostly reached the limits of political radicalism and are into the territory of the nihilistic, if not the maniacal and absurd—with a rendezvous with Napoleon on the horizon.

From 2009 through 2016, Barack Obama recalibrated the Democratic Party’s liberalism into progressive radicalism. He opened the border and all but dismantled existing immigration law. Sanctuary cities sprang up with impunity. Executive orders bypassed the Congress. The Iran Deal ignored the Senate’s treaty-making responsibilities. Obama sought to nationalize healthcare. The concept of “diversity” replaced affirmative action, by redefining racial oppression as distinct from historical grievance and economic disparity and instead lumping together 30 percent of the population as nonwhite, and thus antithetical to the new buzz construct of “white privilege.” Fast and Furious, the surveillance of the Associated Press reporters, Benghazi, the weaponization of the IRS, and the use of CIA, FBI, and DOJ to seed the spurious Steele dossier were all written off as proof of the “most scandal free” administration in memory.

But today Obamaism has been figuratively guillotined by the New Jacobins. It is found guilty of crimes of insufficient revolutionary zeal, as well as compromises with the U.S. Constitution and capitalism.

Once considered a crank socialist, Senator Bernie Sanders (I-Vt.) is now leads in many Democratic primary polls. Arriving with him at this moment in our politics is peak progressivism.

First-term socialists—House representatives such as Alexandria Ocasio-Cortez (D-N.Y.) and her fellow “squad” members, inspired by Sanders—now set the new Democratic agenda. And it is one that is more radical than anything seen in modern American history and largely unsustainable: calls to level a wealth tax and new top income-tax rates of 70-90 percent, to abolish the Immigration and Customs Enforcement Service, all student debt, an enforceable southern border, the internal combustion engine, and most Second Amendment rights, and to enact multi-trillion dollar new entitlements as outlined in the Green New Deal, Medicare for All, free college, free healthcare for illegal aliens, and reparations.

Identity politics so rules the rhetoric of the new progressive party that all of its—exclusively white—primary finalists vie to be most vocal in the ritual damning of their own country (that has ironically ensured their own influence, power, success and wealth) as inherently “racist.”

Universities Lead the Way In the Revolution Eating Itself

Outside of the political sphere, peak progressivism had reinvented the university, rejecting Martin Luther King, Jr’s vision of racial integration and assimilation, by demanding racially obsessed dorms, safe spaces, and applications.

There is hardly a First Amendment on campuses anymore. Speakers with unpopular views are shouted down with impunity by student activists. “Trigger warnings” seek to censor required texts. The mere accusation of sexual harassment on campus is synonymous with the suspension of the Fourth, Fifth, Sixth, and Seventh Amendments. Skepticism over abortion, “climate change,” or identity politics can cancel out a faculty career.

It is hard to imagine where universities go after peak progressivism, since it would be the pure nihilism of abolishing grades, admissions standards, and student fees.

Peak progressivism calls for the abolition of the constitutionally mandated Electoral College. Radicals now fault past failed schemes to pack the federal and Supreme Court with left-wing justices only because they failed, and thus advance ways to make court-packing work in the present. The bolder among them wants to reconfigure the U.S. Senate into a proportionally representational house or abolish it altogether. All that would be left after that would be the formal abolition of the U.S. Constitution itself.

Primary candidates compete with one another to water down voting laws, variously demanding that 16-year-olds, felons, and illegal aliens should be given the franchise. Gay marriage, which Obama opposed in 2008 and later promoted after reelection, is now passé. The new civil rights cause celebre is transgenderism, an ancient syndrome known in the past under a variety of clinical definitions that affects less than half of one percent of the population. Who, after these peak progressive ideas, would be left as ineligible to vote—12-year-olds, those on death row, the rest of the earth’s population?

All moderate Democratic presidential candidates long ago dropped out. Those who have not, such as Joe Biden and Michael Bloomberg, are in virtual reeducation camps, as they promise to progressive rivals and the media to renounce most of their past positions, effusively apologizing for prior incorrect thinking and failure to become sufficiently “woke.”

The Cycles of Cultish Extremism

There are certain historical characteristics of the current peak progressivism that are typical of past cycles of cultish extremism.

Iconoclasm—the destruction of statues and icons deemed reactionary—is typical.

So is Trotskyization, the renaming of buildings, streets, and institutions on the theory that current correct ideology makes past iconic figures no longer deserving of recognition and thus erased from history.

Puritanism is also typical, as correct speech extends to thoughts and behavior. Peak progressivism now includes Victorian prudery. Flattery, traditional flirting, and praise of physical beauty are proof of counter-revolutionary barbarism and toxic masculinity. The Internet allows instant cancel culture searches of one’s entire past thoughts, conduct, and expression in efforts to erase impure personas.

Tribal factionalism is a final symptom that peak ideology is already degenerating into chaos. In the Democratic primary, candidates could agree that white privilege and whiteness were toxic but no one quite could define whether black, Latino, Asian, gay, female upper-middle class, or wealthy candidates were the most victimized by America and thus the most deserving of reparatory considerations.

The much-discussed “intersectionality” is a construct, a myth. The history of ideological extremism is instead a war of all factions against one another.

We see just that in the peak progressive primaries. Michael Bloomberg is deemed a racist and sexist. But then so is Joe Biden. Bernie Sanders supposedly hires racists and sexists and won’t honor minimum wage laws. Senator Elizabeth Warren (D-Mass.) thinks Bernie is condescending to women and minorities. Pete Buttigieg thinks he is the victim of Joe Biden’s subtle anti-gay political adds, and feels, but does not articulate, that the black community is inherent anti-homosexual. The race to tag others as victimizers and selves as victimized is endless.

Radicals also vie to make rivals look counter-revolutionary, as they advance ever more incoherent and unhinged schemes without a clue that they are losing not just moderate support but even liberal followers. The more Warren feels she must become the purest peak progressive on the debate stage and the most radical in the U.S. Senate, the more her former supporters feel she is either a conniving opportunist or nuts or both.

Impossible Demands, Even of Their Own

Peak progressives cannot possibly live up to their rhetoric fantasies and so suffer from rank hypocrisies. Redistributionists like Warren and Sanders either fly on private jets or choose non-egalitarian first-class commercial. Hollywood stars who mouth crazy Oscar and Grammy ceremony platitudes vie with each other to wear multi-thousand-dollar clothes, live in mansions, and own yachts—as they drive down ratings to historic lows.

Not long ago, progressive pundits on CNN and MSNBC declared the current indicted lawyer Michael Avenatti presidential material for his fabrications and lies that were used to smear Justice Brett Kavanaugh. Where does a network go after that?

Racial quota advocates demand proportional representations and cry out about disparate impact but soon discover that they have no plans or desire to appoint candidates of color to be included on the Democrat debate stage (or to reserve slots for Asian-American basketball forwards, or to ensure blacks make up only 12 percent of the coveted billets of the U.S. Postal Service.) Peak progressives never imagine that they, too, can become prisoners of their ridiculous ideologies.

Peak progressives also live in cocoons. They have no inkling how their ever more radical talk alienates the public. How odd to see Mike Bloomberg repudiate many of his mayoral policies that once were popular with even liberal New Yorkers. (Or is Bloomberg’s Machiavellian team leaking past politically incorrect statements about crime and the housing collapse to show that in comparison with his current rivals’ professed lunacies that he once sounded pragmatic and sane?)

To prove he is not a racist, Joe Biden sounds like an incendiary radical, only further turning off his once-sizable moderate block of supporters. As Democratic candidates careen ever farther to the left, their crowds shrink, and Donald Trump’s rallies expand.

Peak progressivism even scares the diehard NeverTrump right, which fears imploding by voting for a whacked-out Bernie Sanders as the only alternative to the hated Trump.

Peak progressivism eventually either recedes, or, to remain viable, entails violence, as in the Russian, Chinese, or Cuban revolutions. The odd thing is not that Sanders supporter James Hodkinson tried to mow down some of the Republican House leadership, or a recent left-wing activist sought to run over Trump supporters with his van, or that Hollywood stars still compete with each other in imagining the most fitting rhetorical torture or killing of the president of the United States—bombing, incineration, beheading, stabbing, shooting, beating—but that progressive voices rarely complain about such extremist rhetoric or actions. Impeachment 1.0 in January 2017 looks tame in comparison to 2.0 in February 2020, which in turn will seem a sell-out compared to 3.0 in 2021.

George McGovern ensured a Nixon landslide, Jimmy Carter hastened the Reagan Revolution—and the eventual return of the old Democrats under Bill Clinton.

The frightening visions of the new peak progressives will ensure the reelection of Donald Trump, as well as either the likely end of themselves—or else a collective dystopian nightmare.

Voir de plus:

China’s Government Is Like Something out of 1984

The Chinese technological revolution is overseen by an Orwellian dictatorship.The Chinese Communist government increasingly poses an existential threat not just to its own 1.4 billion citizens but to the world at large.

China is currently in a dangerously chaotic state. And why not, when a premodern authoritarian society leaps wildly into the brave new world of high-tech science in a single generation?

The Chinese technological revolution is overseen by an Orwellian dictatorship. Predictably, the Chinese Communist Party has not developed the social, political, or cultural infrastructure to ensure that its sophisticated industrial and biological research does not go rogue and become destructive to itself and to the billions of people who are on the importing end of Chinese products and protocols.

Central Party officials run the government, military, media, and universities collectively in a manner reminiscent of the science-fiction Borg organism of Star Trek, which was a horde of robot-like entities all under the control of a central mind.

Thirty years ago, American pundits began gushing over China’s sudden leap from horse-drawn power to solar, wind, and nuclear energy. The Chinese Communist government wowed Westerners. It created from nothing high-speed rail, solar farms, shiny new airports, and gleaming new high-density apartment buildings.

Western-trained Chinese scientists soon were conducting sophisticated medical and scientific research. And they often did so rapidly, without the prying regulators, nosy elected officials, and bothersome citizen lawsuits that often burden American and European scientists.

To make China instantly rich and modern, the Communist hierarchy — the same government that once caused the deaths of some 60 million innocents under Mao Zedong — ignored property rights. It crushed individual freedom. It embraced secrecy and bulldozed over any who stood in its way.

In much the same manner that silly American pundits once praised Benito Mussolini’s fascist efforts to modernize Depression-era Italy, many naifs in the West praised China only because they wished that their own countries could recalibrate so quickly and efficiently — especially in service to green agendas.

But the world is learning that China does not just move mountains for new dams or bulldoze ancient neighborhoods that stand in the path of high-speed rail. It also hid the outbreak and the mysterious origins of the deadly coronavirus from its own people and the rest of the planet as well — a more dangerous replay of its earlier effort to mask the spread of the SARS virus. The result was that thousands of unknowing carriers spread the viral plague while the government covered up its epidemic proportions.

China, of course, does not wish to have either its products or citizens quarantined from other countries. But the Chinese government will not allow foreign scientists to enter its country to collaborate on containing the coronavirus and developing a vaccine.

No wonder Internet conspiracies speculate that the virus was either a rogue product of the Chinese military’s bioengineering weapons lab or originated from bats, snakes, or pangolins and the open-air markets where they are sold as food.

It is hard to believe that in 2020, the world’s largest and second-wealthiest county, which boasts of high-tech consumer products and gleaming cities, has imprisoned in “re-education camps” more than 1 million Uighur Muslims in the manner that Hitler, Stalin, and Mao once relocated “undesirable” populations.

China seems confident that it will soon rule the world, given its huge population, massive trade surpluses, vast cash reserves, and industries that produce so many of the world’s electronic devices, pharmaceuticals, and consumer goods.

For a year, the Chinese government has battled massive street demonstrations for democracy in Hong Kong. Beijing cynically assumes that Western nations don’t care. They are expected to drop their characteristic human-rights advocacy because of how profitable their investments inside China have proven.

Beijing was right. Few Western companies complain that Chinese society is surveilled, regulated, and controlled in a nightmarish fashion that George Orwell once predicted in his dystopian novel, 1984.

All of these recent scandals should remind the world that China got rich by warping trade and stealing technology in much the same way that it deals with epidemics and dissidents. That is, by simply ignoring legitimate criticism and crushing anyone in its way.

If the Chinese Communist Borg is willing to put millions of its own citizens at risk of infection and death, why would it care about foreigners’ complaints that China is getting rich and powerful by breaking international trade rules?

The truth about President Trump’s decision to call China to account over its systematic abuse of international trade norms is not that Trump’s policy is reckless or ill-considered. It’s that at this late date, the reckoning might prove too little, too late.

Voir encore:

Des employés d’Amazon écoutent les conversations des utilisateurs avec Alexa

Pour améliorer les performances de reconnaissance vocale de son assistant intelligent Alexa, des milliers de salariés d’Amazon écoutent des extraits de conversations réelles. Il n’est pas mentionné explicitement dans ses conditions d’utilisation que des humains peuvent y accéder.

Kesso Diallo

Plusieurs personnes hésitent à introduire des enceintes connectées chez eux par crainte d’être écoutés. D’une certaine façon, c’est bien le cas. Une enquête de Bloomberg révèle qu’Amazon emploie des milliers de salariés dans le monde pour écouter les conversations des utilisateurs avec Alexa, l’assistant vocal qui alimente les enceintes Echo du géant et plus de 100 millions d’objets connectés dans le monde. Ces employés travaillent neuf heures par jour dans des bureaux à Boston, au Costa Rica, en Inde ou encore en Roumanie. Il analyse jusqu’à 1000 clips audio par jour pour transcrire et annoter leur contenu. Le but est d’améliorer l’outil de reconnaissance vocale en éliminant les lacunes dans la compréhension de la parole humaine par Alexa et en l’aidant à mieux répondre aux demandes des utilisateurs. Un employé explique ainsi à Bloomberg avoir aidé Alexa à mieux comprendre le nom «Taylor Swift» en lui indiquant que l’utilisateur parlait d’une artiste musicale.

La vie privée des utilisateurs chez Amazon

Parmi le type de clips auxquels les salariés accèdent, des requêtes mais aussi des sons enregistrés comme une femme qui chante mal sous la douche. Problème: ces fichiers peuvent être partagés sur une messagerie interne pour aider un collègue à mieux interpréter une phrase ou pour se moquer d’un enregistrement amusant. D’autres extraits sont parfois plus problématiques. Deux personnes qui travaillaient pour Amazon ont ainsi raconté avoir entendu ce qui ressemblait à une agression sexuelle. Après l’avoir mentionné à leur hiérarchie, ils ont été informés qu’Amazon ne souhaitait pas réagir à la situation. Pourtant le géant affirme que «des procédures ont été mises en place» pour ce genre de situation. Enfin, lorsque les employés entendent des données personnelles telles que les coordonnées bancaires, ils cochent simplement une boîte de dialogue indiquant «données critiques» avant de passer au fichier audio suivant.

Selon un porte-parole d’Amazon, seul «un très faible échantillon des enregistrements» est utilisé pour améliorer l’expérience de l’utilisateur. Il précise également que les employés ne peuvent pas accéder directement aux informations d’identification des personnes ou des comptes associés aux enregistrements. «Toutes les informations sont traitées avec la plus grande confidentialité et nous utilisons l’authentification multifacteurs pour restreindre l’accès, le chiffrement des services et des audits de notre environnement de contrôle pour le protéger». Pourtant, les captures d’écran fournies par les employés à Bloomberg montrent qu’à défaut d’indiquer le nom complet et l’adresse d’un utilisateur, les enregistrements sont tout de même associés à un numéro de compte, ainsi qu’au prénom de l’utilisateur et le numéro de série de l’appareil.

Paramètres de confidentialité

Amazon mentionne dans ses conditions d’utilisation que les conversations des utilisateurs avec Alexa sont enregistrées pour améliorer son assistant virtuel. Cependant, le géant n’y précise explicitement pas que ces conversations peuvent être écoutées par des humains. Et si l’utilisateur peut limiter via les paramètres de confidentialité d’Alexa l’utilisation qui est faite de ces enregistrements, il ne peut jamais empêcher cette transmission.

Alexa est conçue pour enregistrer en continu des extraits audio dès qu’elle entend le mot d’activation, soit «Alexa» par défaut. Ce mot peut être modifié. Une fois qu’il est détecté, l’anneau de lumière situé au-dessus de l’enceinte devient bleu, indiquant que le périphérique enregistre et transmet une commande aux serveurs d’Amazon. Le site du géant affirme qu’aucun son n’est stocké à moins que l’enceinte connectée Echo ne détecte le mot d’activation ou ne soit allumée en appuyant sur un bouton. Mais, il arrive qu’Alexa commence un enregistrement sans aucune demande de la part de l’utilisateur ou par accident. L’assistant vocal peut en effet se tromper, notamment avec d’autres langues que l’anglais. En français, il peut confondre «sa» avec «Alexa», soit son mot d’activation. Chaque auditeur transcrit ainsi jusqu’à 100 enregistrements par jour dans ces situations selon une source de Bloomberg.

Améliorer les assistants vocaux

Amazon n’est pas la seule entreprise à faire écouter une partie de ces conversations à des humains pour améliorer son outil de reconnaissance vocale. C’est aussi le cas chez Google et Apple avec leurs propres assistants vocaux Google Assistant et Siri. Pour Siri d’Apple, les enregistrements passés en revue ne contiennent pas d’informations personnelles. Durant les six mois où ils sont stockés, ils sont liés à un identifiant aléatoire selon un livre blanc sur la sécurité d’Apple. Après ces six mois, les données sont dépourvues de leur identifiant aléatoire, mais elles peuvent être stockées plus longtemps pour améliorer la reconnaissance vocale de Siri. Chez Google, certains réviseurs peuvent accéder à des extraits audio de Google Assistant, mais ces derniers ne sont associés à aucune information personnelle et le son est déformé, selon l’entreprise.

Dans la nuit du 2 au 3 août, Amazon a mis à jour son application Alexa pour expliquer plus clairement la manière dont les enregistrements sont utilisés. Ainsi, on peut dorénavant lire que «les fichiers audios peuvent être […] manuellement révisés pour aider à améliorer les services [d’Amazon]». Alors qu’avant, la firme indiquait seulement que les enregistrements pouvaient «être utilisés pour développer de nouvelles fonctionnalités». Via l’application, il est aussi possible de désactiver l’envoi et l’écoute des fichiers audios avec Alexa. L’annonce d’Amazon fait suite à la procédure administrative ouverte par l’autorité de protection des données de Hambourg à l’encontre de Google. Depuis le 1er août et pendant trois mois, la firme n’est plus autorisée à laisser ses employés ou sous-traitants écouter les conversations enregistrées par son assistant intelligent. L’interdiction s’étend à toute l’Union Européenne. Apple a également emboîté le pas à Google et Amazon. La firme a annoncé au média TechCrunch qu’elle suspendait la manière dont les enregistrements sont utilisés pour améliorer son assistant vocal, «le temps de le réexaminer en profondeur». Cette décision s’applique au monde entier.

Voir enfin:

Primaires américaines : à Las Vegas, le milliardaire Michael Bloomberg aiguise les rivalités démocrates
L’ancien maire de New York a participé à son premier débat des primaires et fait l’unanimité contre lui parmi les autres candidats.

Corine Lesnes

Le Monde

20 février 2020

Michael Bloomberg avait beaucoup d’explications à fournir. Sur ses déclarations méprisantes à l’égard des femmes, son passé républicain, et surtout sa politique de « stop and frisk » ou contrôle au faciès quand il était maire de New York de 2002 à 2013. Dès la deuxième minute du débat des primaires démocrates de Las Vegas, mercredi 19 février, Bernie Sanders a attaqué frontalement le nouveau venu dans la campagne, expliquant qu’il n’avait aucune chance de battre Donald Trump, en raison de son soutien passé à cette pratique raciste.

Le milliardaire a encaissé le coup. « Euh », a-t-il balbutié. Elizabeth Warren s’est précipitée pour le tailler en pièces : « J’aimerais parler de qui nous combattons, a-t-elle lancé. Un milliardaire qui traite les femmes de “grosses vaches” et de “lesbiennes au visage chevalin”. Et non, je ne parle pas de Donald Trump, a repris la sénatrice du Massachusetts. Je parle de Michael Bloomberg. Les démocrates prennent un grand risque si nous remplaçons un milliardaire arrogant par un autre. »

Dans l’assistance, il y a eu un moment d’effroi puis des applaudissements. La candidate, en perte de vitesse depuis des semaines dans les sondages, faisait référence à une compilation satirique concoctée en 1990 par un cadre de la société Bloomberg et offerte au PDG pour son 48e anniversaire : la recension de quelques « maximes » d’un homme réputé pour ses jugements corrosifs. Bloomberg a préféré ne pas relever. « Je suis New-Yorkais, a-t-il répondu d’une voix atone. Je sais comment m’y prendre avec un imposteur new-yorkais de l’arrogance de Donald Trump. »

Effet Bloomberg ? Sursaut de combativité parmi les concurrents distancés dans les sondages ? Le neuvième débat démocrate, mercredi 19 février, le premier pour l’ancien maire de New York, a été le plus brutal depuis le début de la compétition pour la succession de Donald Trump. Pendant la première heure, le casino Paris Las Vegas s’est transformé en arène où les six candidats-gladiateurs ont déversé attaques et insultes – des plus conséquentes aux plus mesquines. NBC News a totalisé 75 tirs dans les 60 premières minutes. Et dans toutes les directions.

Ascension fulgurante

Amy Klobuchar, l’accrocheuse sénatrice du Minnesota, s’est vu longuement reprocher d’avoir été incapable de citer le nom du président mexicain dans une interview, alors qu’elle a multiplié les excuses et pris soin de mentionner Andres Manuel Lopez Obrador (après un coup d’œil à ses notes). Avec son air de premier de la classe, le polyglotte Pete Buttigieg, qui court sur les mêmes terres centristes du Midwest, l’a énervée plusieurs fois : « J’aimerais que tout le monde soit aussi parfait que toi, Pete. »

Rien n’a été épargné aux spectateurs. Pas même la crise cardiaque subie, en octobre 2019 dans cette même ville de Las Vegas, par Bernie Sanders. Pete Buttigieg, le premier, mais pas le seul, lui a reproché de ne pas publier davantage d’informations sur son dossier médical. Bernie Sanders, la figure rouge depuis son premier emportement contre Michael Bloomberg, a répondu qu’il avait donné toutes les garanties. Avant de botter en direction de Bloomberg : « Je crois qu’on partage le fait d’avoir deux stents », a-t-il glissé. « C’était il y a 25 ans », a soupiré l’ancien maire de New York.

L’ascension fulgurante de ce dernier a fait l’effet d’un électrochoc dans le camp démocrate. Plusieurs sondages l’ont maintenant placé dans le trio de tête, voire en deuxième position. Dans le dernier calcul de la moyenne des sondages établie par le site Realclearpolitics, Bernie Sanders arrive en première position avec 29 %, Joe Biden est deuxième avec 18 %, talonné par Michael Bloomberg à 16 %. Le sondage NBC News-Wall Street Journal, publié à la veille du débat, a lui aussi placé le socialiste-démocrate en tête avec 27 %, devant Joe Biden, en recul de 11 points. L’ancien vice-président, qui joue gros lors des caucus du Nevada samedi, a tenu son rang dans le débat, mais sans éclat.

Neuvième fortune mondiale

Depuis qu’il s’est lancé en novembre 2019, Michael Bloomberg, 55 milliards de dollars (50 milliards d’euros), la 9e fortune mondiale selon le classement du magazine Forbes en 2019, a déployé des moyens sans précédent. Il a déjà dépensé 409 millions de dollars, dont un million par jour sur Facebook selon NBC News, soit plus que les candidats encore en lice pendant toute l’année 2019.

Lui qui a fait sa fortune dans l’information financière a mis en place un dispositif sophistiqué sur les réseaux sociaux, allant jusqu’à payer des influenceurs pour publier des mèmes. Il a recruté des auteurs d’émissions satiriques pour calibrer des Tweet susceptibles de déclencher la rage de Donald Trump – lequel mord régulièrement à l’hameçon. Sans avoir participé aux caucus de l’Iowa ou aux primaires du New Hampshire, sans se présenter aux caucus du Nevada samedi 22 ou aux primaires de Caroline du Sud le 29 février, Michael Bloomberg s‘est hissé devant des candidats qui battent la campagne depuis plus d’un an.

Ceux-ci ont-ils réussi à enrayer la dynamique ? Bloomberg, qui n’avait pas participé à un débat politique depuis plus de dix ans, n’a pas manifesté de talent oratoire particulier, hésitant dans sa défense. Sur les contrôles au faciès, il s’est de nouveau excusé, plaidant l’ignorance de l’impact sur les minorités, tout en répétant que, de 650, le nombre de meurtres à New York avait été réduit de 50 %. Il ne s’est animé que dans la partie consacrée au climat, l’une de ses causes de prédilection.

Quoi qu’il en soit, sa présence a entraîné un débat supplémentaire chez les démocrates. Tous les candidats se sont déclarés scandalisés qu’il « achète » l’élection à coups de publicités (une telle fortune, équivalente à ce que possèdent 125 millions d’Américains, est « immorale », a jugé Bernie Sanders). Mais Bloomberg, un self-made-man, ingénieur de formation qui a inventé une plate-forme de trading, n’est pas vu comme un épouvantail par toute la gauche, où sévit ce qu’un éditorialiste a appelé « la tentation de Bloomberg », l’anti-Bernie Sanders.

Le milliardaire a reçu le soutien de dizaines de maires et d’élus afro-américains, dont il aide les projets sociaux depuis des années. Il a investi 500 millions de dollars dans la campagne de l’organisation écologiste Sierra Club « Beyond coal », qui a contribué à fermer la moitié des centrales au charbon du pays. Pas une cause progressiste – du planning familial à l’Emily’s List, qui aide les femmes en politique – qui n’ait bénéficié de subventions de sa fondation. « J’ai eu beaucoup de chance, j’ai gagné beaucoup d’argent et je suis en train de le dépenser pour débarrasser le pays de Donald Trump. Et d’ailleurs, une bonne partie de cet argent va au Parti démocrate », a-t-il rappelé.

Voir enfin:

Poison Apples
Rebecca Solnit
Harper’s
Dec. 2014

Thirty years ago, Apple Computer launched a new product with a messianic commercial in which legions of blank-faced, coverall-clad workers march, as if in a trance, through a strange industrial world. They arrive at a bright screen, which they sit in front of in homogeneous rows to watch a Big Brother–like figure announce the triumph of a mind-controlling monoculture. An athlete speeds toward the massive hall. Her sprinting power, her golden skin and bright red shorts, and even her gender stand in contrast to the zombie shuffle of the male figures.

The ad cuts back and forth between this vivid, supercharged woman in color and the bald ghost-workers in black and white. Pursued by faceless police in riot helmets intent on stopping her, she nevertheless finds time to spin her sledgehammer round and round before hurling it at the screen, where it smashes the image of Big Brother. The screen explodes in brightness, like an atomic blast, before the video cuts to a shot of the audience’s illuminated faces, their mouths open in shock. Then comes the famous tagline: “On January 24th, Apple Computer will introduce Macintosh. And you’ll see why 1984 won’t be like ‘1984.’ ” It’s perhaps Silicon Valley’s first announcement that they don’t just make tools; they make culture. But what kind of culture?

This minute-long movie was made in an era of considerable anxiety about the future. Alien (1979) postulated the usual hostile invaders, with better effects; Mad Max 2: The Road Warrior (1981) showed a chaotic world of post-peak-oil car mania; Blade Runner (1982) was set in a Los Angeles that was a weird mix of post-human and post-white, two qualities that were regarded with what seemed like equal dismay; and The Terminator (1984) worried about smart machines. This little Apple film was made to pep you up about the future, not to scare you, back in the days when the power of computers was puny compared with now, and nuclear threats were huge.

I want to yell at that liberatory young woman with her sledgehammer: « Don’t do it! » Apple is not different. That industry is going to give rise to innumerable forms of triviality and misogyny, to the concentration of wealth and the dispersal of mental concentration. To suicidal, underpaid Chinese factory workers whose reality must be like that of the shuffling workers in the commercial. If you think a crowd of people staring at one screen is bad, wait until you have created a world in which billions of people stare at their own screens even while walking, driving, eating in the company of friends—all of them eternally elsewhere. »


Journée internationale de commémoration des victimes de l’Holocauste/75e: Détacher le judaïsme d’Israël, c’est en faire un cadavre sans vie dépourvu d’âme (After the Holocaust, any argument that Jews can survive as a religion without a state is profoundly ridiculous)

27 janvier, 2020
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Vous qui aimez l’Éternel, haïssez le mal! Psaume 97: 10
Celui qui est sans foyer n’est pas une personne. Le Talmud
Vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples. Je savais que, au milieu de facteurs enchevêtrés, une partie essentielle s’y jouait. Il fallait donc en être. Charles de Gaulle (avril 1941)
99% des migrants non européens s’intègrent parfaitement à la nation française (…) l’islam n’est pas une menace pour la France, il est une composante depuis le VIIIe siècle. (…) ce qui se cache aujourd’hui derrière le « souverainisme » désigne en fait la même xénophobie, la même fermeture, la même absence de confiance en soi que les idéologies anti-italienne, antipolonaise, antiarménienne, et antisémites des siècles passés. Jacques Attali
Le souverainisme n’est que le nouveau nom de l’antisémitisme. Jacques Attali
Ecoutez-les : ils se lamentent cette semaine sur la montée de l’antisémitisme ; mais ils s’arrangent pour ne pas désigner les coupables. Ainsi font les faux-culs de l’antiracisme. Leur silence vaut camouflage. Ce qu’ils cherchent à taire est, il est vrai, le résultat de leur idéologie. Car ils savent, ces prétendues belles âmes, que la haine du juif a muté avec leur consentement tacite. Elle n’est plus tant dans la vieille extrême droite nostalgique de fantômes vichyssois qu’au cœur de la nouvelle société arabo-musulmane issue de l’immigration. Un rapport de l’Ifop confirme ces jours-ci qu’un Français juif sur trois se sent menacé au quotidien. 84% des juifs âgés entre 18 et 24 ans disent avoir été victimes d’actes antisémites. Ce mercredi, Emmanuel Macron entame en Israël un court séjour à l’occasion du 75e anniversaire de la libération d’Auschwitz. Mais les nazis d’aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec ceux d’hier. Certes, certains attentats commis à l’étranger contre des musulmans par des suprémacistes blancs – notamment ceux de Christchurch (Nouvelle Zélande) le 15 mars 2019 – permettent aux faussaires d’alerter sur le danger d’une renaissance de l’extrême droite. En France, Jacques Attali est de ces intellectuels qui s’emploient à brouiller les réalités. C’est lui qui a déclaré, le 3 octobre 2019 : « 99% des migrants non européens s’intègrent parfaitement à la nation française (…) l’islam n’est pas une menace pour la France, il est une composante depuis le VIIIe siècle ». Dans un tweet du 4 octobre, il a aussi assuré : « Le souverainisme n’est que le nouveau nom de l’antisémitisme ». Mais ceux qui n’osent nommer les ennemis des Juifs avalisent une ignominie. Ils sont les traîtres. Oui, les Français juifs ont été trahis par la République capitularde. Ils ont été trahis par ceux qui avaient pour mission de protéger la nation de cette authentique « lèpre qui monte » qu’est l’antisémitisme. Or, quand Macron emploie cette expression, c’est pour dénoncer les peuples qui se réveillent. Le président porte une lourde responsabilité dans l’occultation des sources. Dans mon essai – Les Traîtres – je rappelle les procédés ignobles qui furent ceux du chef de l’Etat quand il laissa croire, à l’instar de Bernard-Henri Lévy, que l’antisémitisme était porté par les Gilets jaunes et plus généralement par les populistes. Je reprends ici quelques lignes de mon livre : « Quand Macron rend hommage à Simone Veil devant le Panthéon, en juillet 2018, il évoque « les vents mauvais qui à nouveau se lèvent ». Mais il ne vise pas là, comme on pourrait s’y attendre vu les circonstances, la judéophobie islamique qui massacre des innocents en France et ailleurs. Non, il vise les populistes, les eurosceptiques, tous ceux qui ne le suivent pas. Pour la Macronie et ses désinformateurs agréés, l’antisémitisme est, forcément, au centre du mouvement des Gilets jaunes. Le chercheur Jean-Yves Camus a beau objecter : « Le mouvement des Gilets jaunes en tant que tel n’est pas antisémite », le bourrage de crâne élyséen ne changera rien à son réquisitoire hystérique. Voici dont un chef d’Etat qui accuse une partie de son peuple d’être porteur d’une maladie de l’esprit qui touche, en réalité, ceux qui se sont soumis à l’islam le plus rétrograde mais que Macron, en revanche, choisit d’épargner. ». Comment respecter un pouvoir qui démissionne, toute honte bue ? Ivan Rioufol
La participation de Donald Trump [à la ‘Marche pour la vie’] est entièrement opportuniste. Il ne me semble pas qu’il ait des convictions morales solides. Il a découvert que les chrétiens conservateurs évangéliques le soutiennent, ils sont eux-mêmes pro-vie donc finalement il leur donne ce qu’ils veulent. Il est peut-être hypocrite à propos du droit à l’avortement, mais ce qu’il faut retenir, c’est qu’il a nommé des juges pro-vie à la Cour Suprême. Et je préfère avoir un président hypocrite qui reste constant dans sa politique sur l’avortement, qu’un président qui soit sincèrement pro-vie mais qui ne soit pas suffisamment engagé pour cette cause… George W. Bush était fermement engagé pour la vie également. Il ne faut pas oublier que les alliés de Trump comme ses ennemis adorent les exagérations pour parler de lui… Et encore une fois, l’essentiel est dans ce qu’il fait et non pas dans la sincérité de ses actions. (…) l’avortement n’est pas une nouvelle fracture, c’est une ligne de clivage depuis les années 1980 lors de la première campagne électorale de Ronald Reagan. Le fait que l’avortement demeure une fracture depuis toutes ces années est particulièrement intéressant: le pays a beaucoup évolué, même au sujet de la libération sexuelle. Un rapport de 2003 publié dans The Atlantic par Thomas B. Edsall intitulé «Blue Movie» montre de manière éloquente comment les questions de sexualité, incluant l’avortement, permettent de prédire avec précision le parti pour lequel les personnes interrogées vont voter. Depuis, les États-Unis sont devenus plus libéraux sur ces questions. La pornographie s’est répandue et est devenue largement accessible. Le mariage homosexuel a gagné un soutien majoritaire à une vitesse fulgurante et particulièrement auprès des jeunes. Après l’arrêt Obergefell qui déclare le droit constitutionnel du mariage homosexuel, pour les chrétiens la question des droits des homosexuels n’est plus centrée sur l’homosexualité elle-même mais sur la confrontation entre les droits LGBT et la liberté de conscience des croyants. Tous les vieux combats culturels concernant les questions de sexualité ont été perdus par la droite… à l’exception de l’avortement. Étrangement, l’opinion publique à propos de l’avortement n’a pas véritablement évolué depuis 1973. La plupart des Américains sont favorables à l’avortement, qui est légalisé, mais en y appliquant des restrictions. Alors qu’en 1973 l’arrêt Roe v. Wade prévoit un avortement sans restrictions. Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que même si les «millennials» sont bien plus libres sur les questions de sexualité que les générations précédentes, et malgré le fait qu’ils sont la génération la plus laïque de l’histoire des États-Unis, l’opposition à un avortement sans restriction demeure forte parmi eux. Je ne suis pas certain d’avoir la clef d’explication de ce phénomène mais je pense que la technologie est un élément de compréhension. Les avancées des échographies ont permis aux gens de véritablement voir pour la première fois ce qui se passe dans l’utérus et de prendre conscience qu’ils n’y voient pas qu’un morceau de chair mais un être humain en train de se développer. Les miracles de la médecine actuelle qui sauve la vie de bébés nés grands prématurés sont plus parlants pour cette génération que les sermons des prêtres. (…) La probabilité de la réélection de Donald Trump dépend de sa capacité à rallier sa base et à convaincre les conservateurs qui rechignent à voter démocrate, mais qui n’avaient pas voté pour lui en 2016 à cause de doutes profonds sur sa personne. Trump n’a pas été aussi mauvais que ce que je craignais. Pour autant je ne crois pas qu’il a été un bon président. Néanmoins, je vais sûrement voter pour lui en 2020, et ce pour une bonne raison: le parti démocrate est extrêmement hostile envers les conservateurs religieux et sociétaux mais aussi envers nos libertés fondamentales. Leur combat pour la théorie du genre et l’extension maximale des droits de la communauté LGBT sont les principaux piliers du programme démocrate. Les activistes progressistes ont désigné les chrétiens conservateurs comme leur principal ennemi. Sur ces questions et sur la protection de la liberté d’expression, on ne peut pas leur faire confiance. Ils sont devenus les ennemis de la liberté. Il est clair que le nombre d’Américains qui est d’accord avec les traditionalistes sur ces questions diminue. Je crois que dans les mois et les décennies à venir, les juges fédéraux conservateurs que Trump a nommés seront les seuls à offrir une véritable sauvegarde de la liberté religieuse aux États-Unis. Les Républicains au Congrès et à la Maison Blanche n’ont pas vraiment agi en faveur du renforcement de la liberté religieuse contre les revendications des droits LGBT. Ils sont terrifiés à l’idée de passer pour bigots. Malheureusement, beaucoup de chrétiens américains ont eu des faux espoirs avec le Grand Old Party, en pensant qu’il suffisait de voter républicain pour gagner sur ces questions. En réalité, dans tous les domaines, académiques, médicaux, juridiques, dans les entreprises, les droits LGBT et l’idéologie du genre sont triomphants. Voter républicain est le seul moyen de ralentir cette «Blitzkrieg» progressiste et peut être à travers des biais juridiques y mettre fin dans le futur. Ce n’est pas grand-chose, mais c’est tout ce que nous pouvons faire pour le moment sur le front politique. (…) Il est vrai que Trump a la présidence, les Républicains tiennent la majorité au Congrès et pour ces deux raisons les Républicains nomment un certain nombre de juges fédéraux. C’est un élément important mais ce n’est pas suffisant face au pouvoir culturel immense que les progressistes détiennent de leur côté. Ils contrôlent les plus grands médias d’information et de divertissement, ils contrôlent les écoles et les universités, la médecine et le droit et aussi de manière assez improbable, les grandes entreprises. L’émergence d’un «woke capitalism», un capitalisme progressiste, est un des faits politiques les plus significatifs de la décennie. La majorité des conservateurs n’a pas conscience de leur puissance ni de la manière dont ils se sont clairement positionnés contre le conservatisme social. Ils sont encore attachés à l’ère reaganienne et à illusion que le monde des affaires est conservateur. Quand Ronald Reagan a été élu président en 1980, il a ouvert une nouvelle ère dans la politique américaine, dominée par la droite, plus précisément par les néolibéraux de la droite. Cette ère s’est achevée avec Obama et Trump, mais l’avenir n’est pas écrit. Si on avait dit à un électeur conservateur au moment de l’investiture de Reagan que 30 ans plus tard le christianisme serait déclinant en Amérique, que le mariage homosexuel et l’adoption seraient légaux, que la pornographie violente serait uniformément répandue et accessible à tous y compris aux enfants grâce aux smartphones, que les médecins seraient autorisés à retirer des poitrines féminines à des jeunes filles pour devenir des hommes transgenres, je pense que cet électeur ne croirait pas une seconde qu’un pays qui autorise cela puisse être véritablement conservateur. Et pourtant c’est la réalité de l’Amérique d’aujourd’hui. Si nous sommes un pays conservateur, pourquoi n’avons-nous pas eu un mouvement comme celui de la Manif pour tous, qui pourtant en France, au pays de la laïcité, a conduit des centaines de milliers de personnes dans les rues de Paris pour manifester? J’ai le sentiment que nous sommes plus un pays houllebecquien, même si les conservateurs ne veulent pas l’admettre. Les chrétiens traditionnels, catholiques, protestants, orthodoxes, ont perdu la guerre culturelle. Nous devons nous préparer à une longue période d’occupation et de résistance. C’est ce que j’appelle choisir l’option bénédictine. Même si mon livre s’est bien vendu aux États-Unis, proportionnellement il a eu plus de succès en Europe. En France, en Italie, en Espagne et dans d’autres pays européens mes lecteurs sont des catholiques de moins de 40 ans. Lorsque vous êtes aussi jeune et que vous allez encore à la messe, vous n’avez pas à être convaincu de la vérité du diagnostic que je porte sur le malaise culturel actuel. De même, vous n’avez pas besoin d’être convaincu de l’impuissance de l’église post-soixante-huitarde dans cette crise. En Amérique, les chrétiens n’ont pas encore vu pleinement cette vérité. Cela nous attend dans cette nouvelle décennie. Ce sera un choc douloureux mais nous ne serons pas en mesure de constituer une vraie résistance tant que nous n’accepterons pas cette réalité. Après Trump, le déluge. Rod Dreher
Le voyage de milliers de réfugiés juifs, en 1947, sur le vieux navire « Exodus » en direction de la Palestine. Otto Preminger retrace la naissance de l’État d’Israël dans une fresque majestueuse portée par Paul Newman et Eva Marie Saint. En 1947, des réfugiés juifs européens en partance pour la Palestine mandataire sont refoulés par les autorités britanniques et placés dans des camps d’internement sur l’île de Chypre. Alors que les Nations unies s’apprêtent à se prononcer sur le plan de partage de la Palestine, Ari ben Canaan, un agent de la Haganah, une organisation paramilitaire sioniste, se fait passer pour un officier anglais et embarque des centaines de réfugiés sur un vieux navire rebaptisé Exodus. Lorsque le subterfuge est découvert, Canaan menace de faire sauter le bateau et obtient ainsi du général Sutherland la levée du blocus britannique. L’infirmière américaine Kitty Fremont, qui s’est prise d’affection pour Karen, une jeune passagère à la recherche de son père biologique, fait partie du voyage vers Haïfa. Tandis que Kitty se rapproche d’Ari, sa protégée s’éprend de Dov, un rescapé d’Auschwitz qui, une fois à terre, s’engage dans les rangs de l’Irgoun, une organisation clandestine aux méthodes violentes… Fondée sur le best-seller de Leon Uris, dont Otto Preminger a confié l’adaptation – créditée – à Dalton Trumbo, scénariste inscrit sur la liste noire d’Hollywood, cette fresque de plus de trois heures entrelace destins individuels et grande histoire, amours contrariées et soubresauts politiques avec une fluidité époustouflante, dénuée de tout effet démonstratif. Si elle s’autorise quelques libertés avec les faits et dédaigne le point de vue des Arabes, cette épopée, tournée dans des décors naturels à Chypre et en Israël, dépeint avec finesse le traumatisme des rescapés de l’Holocauste – personnifié par Dov, interprété par Sal Mineo, dans une bouleversante séquence d’interrogatoire. Elle met aussi l’accent sur la confusion des autorités britanniques, les dissensions entre factions sionistes, les germes du conflit israélo-palestinien… Rythmé par la partition exaltée d’Ernest Gold et magnifiquement interprété par Paul Newman et Eva Maria Saint, l’un des chefs-d’œuvre d’Otto Preminger. Arte
Dans la réalité, le navire fut intercepté en 1947 au large de Haïfa par les autorités britanniques, et ses passagers furent tout d’abord transférés à Port-de-Bouc en France, puis redéployés dans des camps de déportés en Allemagne. Ce n’est qu’en 1948, après l’établissement de l’État d’Israël, qu’une première partie des réfugiés de l’Exodus parvint en Palestine. L’attentat de l’hôtel King David eut lieu avant l’affaire de l’Exodus, en juillet 1946, et non en juillet 1947 comme montré dans le film. Il causa notamment la fin du « Mouvement de la révolte hébraïque », réunion de la Haganah, de l’Irgoun, et du Lehi : la Haganah quitta ce mouvement après l’attentat, en protestation contre cette action. De même, l’attaque de la prison d’Acre eut lieu en mai 1947, toujours avant l’affaire de l’Exodus, et fut montée entièrement par l’Irgoun. La tentative de prise de Safed est montrée comme une attaque arabe alors que la ville a été prise par les forces juives en mai 1947 et sa population arabe expulsée. La principale critique de l’historien Larry Portis est que ce film ne présente qu’un côté du conflit, en nous montrant comment quelques rares membres de la Haganah, peu armés mais courageux et unis, parviennent à empêcher l’attaque d’un kibboutz par des Arabes fanatisés et encadrés par d’anciens soldats du Troisième Reich, alors que les Britanniques refusent d’intervenir. Les Arabes ne tueront que deux personnes autour du camp : l’innocente et très blonde Karen, tuée dans la nuit, et le mukhtar du village arabe voisin, Taha, ami d’enfance d’Ari Ben Canaan. Le village arabe est d’ailleurs mystérieusement abandonné, ce qui permet aux jeunes sionistes de se lancer à la défense de Safed dont on entend l’attaque dans le lointain. Wikipedia
Not only were both film and novel tremendous commercial successes, but they were conceived of as the two axes of a single, mutually reinforcing project.* The idea for the book was suggested to Leon Uris by Dore Schary, a top executive at Metro-Goldwyn-Mayer (MGM). The motivation behind the project is described by Kathleen Christison. « The idea for the book » she says, « began with a prominent public-relations consultant who in the early 1950s decided that the United States was too apathetic about Israel’s struggle for survival and recognition. » Uris received a contract from Doubleday and went to Israel and Cyprus where he carried out extensive research. The book was published in September, 1958. It was first re-printed in October the following year. By 1964, it had gone through 30 re-printings. This success was undoubtedly helped by the film’s release in 1960, but not entirely, as Uris’s novel was a book-of-the-month club selection in September, 1959 (which perhaps explains the first re-printing). The film was to be made by MGM. But when the time came, the studio hesitated. The project was perhaps too political for the big producers. At this moment Otto Preminger bought the screen rights from MGM. He then produced and directed the film, featuring an all-star cast including Paul Newman, Eva Marie-Saint, Lee J. Cobb, Sal Mineo, Peter Lawford and other box-office draws of the moment. The film also benefited from a lavish production in “superpanavision 70” after having been filmed on location. The music was composed by Ernest Gold, for which he received an Academy Award for the best music score of 1960. The screenplay was written by Dalton Trumbo. In spite of its length—three and a half hours—the film was a tremendous popular and critical success. It is noteworthy that the release of “Exodus” the film in 1960 indicates that its production began upon Exodus the book’s publication. It is reasonable, therefore, to suppose a degree of coordination, in keeping with the origins of the project. In short, it was a major operation which brilliantly succeeded. It has been estimated that in excess of 20 million people have read the novel, and that hundreds of millions have seen the film. Not only was this success a financial bonanza, but its political impact has been equally considerable. There can be little doubt that “Exodus” the film has been one of the most important influences on US perceptions and understanding of the hostilities between the Israeli state and the Palestinian people. It is thusly illuminating to return to the message communicated by this film, in attempting to gage its role in ideological formation. “Exodus” is the story of the Exodus 1947, a ship purchased in the United States and used to transport 4,500 Jewish refugees to Palestine. In reality, the novel and film take great liberties with the original story. Intercepted by the British authorities in the port of Haïfa, the real-life refugees were taken to the French port of Sête, where they were held, becoming the object of intense Zionist agitation and propaganda. Eventually they were transported to Germany and held temporarily in transit camps. Although this incident was used by Uris as the point of departure for his novel, the book is a work of fiction. Not only were the characters invented, but the events did not correspond to reality except in the most general way. In Uris’s narrative, an intercepted ship (not named “Exodus”) is intercepted on the high sea and taken to Cyprus where the passengers are put in camps. Representatives of the Haganah, the secret Jewish army in Palestine, arrive secretly in Cyprus in order to care for, educate and mobilize the refugees. The agent-in-chief is Ari Ben Canaan, played by Paul Newman. Ben Canaan is the son of Barak Ben Canaan, prominent leader of the Yishuv, the Jewish, Zionist community in Palestine. Tricking the British with great intelligence and audacity, Ari Ben Canaan arranges for the arrival of a ship purchased in the United States, on which he places 600 Jewish refugee children—orphans from the Nazi extermination camps and elsewhere. Once the children are on the ship, Ben Canaan names the ship the “Exodus”, and runs up the Zionist flag. He then informs the British authorities that, if the ship is not allowed to depart for Palestine, it will be blown up with all aboard. Before having organized this potential suicide bombing (of himself, the Haganah agents and the 600 children), Ben Canaan has met Kitty Fremont, an American nurse who has become fond of the children and, it must be said, of Ari Ben Canaan. This love interest is carefully intertwined with the major theme: the inexorable need and will of the Jewish people to occupy the soil of Palestine. As it might be expected, the British give in. After some discussion between a clearly anti-semitic officer and those more troubled by the plight of the refugees, the ship is allowed to depart for Palestine. It arrives just before the vote of the United Nations Organization recommending the partition of Palestine between the Jewish and non-Jewish populations. As the partition is refused by the Palestinians and the neighbouring Arab states, war breaks out and the characters all join the ultimately successful effort against what are described as over-whelming odds. Even Kitty and Major Sutherland, the British officer who tipped the balance in favour of releasing the “Exodus,” join the fight. Sutherland’s participation, representing the defection of a British imperialist to the zionist cause, if particularly symbolic. Why did Sutherland jeopardize his position and reputation, and then resign from the army? His humanitarian was forged by the fact that he had seen the Nazi extermination camps when Germany was liberated and, more troubling, his mother was Jewish, although converted to the Church of England. Sutherland has a belated identity crisis which led him, too, to establish himself in the naitive Israel. The other major characters is the film similarly represent the “return” of Jewish people to their “promised land.” For example, Karen, the young girl who Kitty would like to adopt and take to the United States, is a German Jew who was saved by placement in a Danish family during the war. Karen will elect to stay with her people, in spite of her affection for Kitty. Karen is also attached to Dov Landau, a fellow refugee, 17 year-old survivor of the Warsaw ghetto and death camps. Once in Palestine, Dov joins a Zionist terrorist organization (based on the Irgun) and, in the book and film (but not, of course, in reality), places a bomb in the wing of King David Hotel housing the British Command, causing considerable loss of life. The role of human agency, leadership and the nature of decision-making, are a dimension of “Exodus” that is particularly revealing of the propagandistic intent of the film. Most noteworthy is the fact that all the major characters are presented as exceptional people, and all are Jewish, with the exception of Kitty. However, it is not as individuals that the protagonists of the film are important, but rather as representatives of the Jewish people. In this respect, in its effort to portray Jewishness as a special human condition distinguishing Jews and Jewish culture from others, that “Exodus” is most didactic. Ari Ben Canaan is clearly a superior being, but he merely represents the Jewish people. They are, collectively, just as strong, resourceful and determined as Ari. This positive image is highlighted by the portrayal of other ethnic groupings present in the film. The British, for example, are seen, at best, as divided and, at their worst, as degenerate products of national decay and imperialistic racism. The most striking contrast to the collective solidarity, intellectual brilliance, and awesome courage of the Jews is, with the “Arabs.” In spite of their greater numbers, the culture and character of the Arabs show them to be clearly inferior. Ari, who is a “sabra”—a Jewish person born in Palestine—and, as a consequence, understands the Arab character, knows that they are no match for determined Jews. “You turn 400 Arabs loose,” he says, and “they will run in 400 different directions.” This assessment of the motional and intellectual self-possession of the Arabs was made prior to the spectacular jail break at Acre prison. The very indiscipline of the Arabs would cover the escape of the determined Zionists. The Arab leaders are equally incapable of effective action, as they are essentially self-interested and uncaring about their own people. In the end, it is this lack of tolerance and human sympathy in the non Jews that most distinguishes Jews and Arabs. In Exodus the novel, Arabs are constantly, explicitly, and exclusively, described as lazy and shiftless, dirty and deceitful. They have become dependant upon the Jews, and hate them for it. In “Exodus” the film, however, this characterization is not nearly as insisted upon, at least not in the dialogue. Still, way they are portrayed on the screen inspires fear and distrust. (…) What is absent from Preminger’s film—the moral misery, the existential despair, the doubts and confusion of the survivors of the Judeocide—is focused upon in Gitaï’s film. Conversely, what is absent from Gitaï’s film—the expression of Zionist ideals, aspirations and dogma, the glorifications of one ethnic group at the expense of others—is the very point of Preminger’s. This thematic inversion is particularly evident in reference to two aspect of the films: firstly, in the use of names and, secondly, in the dramatic monologues or soliloquies which end both films. In “Exodus”, the use of names for symbolic purposes is immediately evident. “Exodus” refers to the biblical return of the Jews from slavery to the Holy Land—their god-given territory, a sacred site. This sacred site is necessary to Jewish religious observance and identity. Only here, it is explained in “Exodus,” can Jews be safe. Only here, it is asserted, can they throw-off invidious self-perceptions, imposed by antisemitism and assimilation pressures, and become the strong, self-reliant and confident people they really are. This vision of Jewish identity propagated by Zionism is implicitly challenged in Kedma. Again, the title of the film is symbolically significant. “Kedma” means the “East” or “Orient”, or “going towards the East.” The people on the Kedma—Jewish refugees from Europe, speaking European languages and Yiddish—were arriving in another cultural world an alien one, in the East. The result would be more existential disorientation and another ethnically conflictual environment. The difference in perspective manifest in the two films is found also in the names given to the protagonists. In Kedma, an example is given of the abrupt Hebrewization of names as the passengers arrived in the new land, thus highlighting the cultural transformation central to the Zionist project. In “Exodus,” there is much explicit discussion of this aspect of Zionism, and some of the names given to central characters reveal the heavy-handedness of its message. It is, of course, a well-established convention to give evocative names to the protagonists of a literary or cinematographic work. Where would be, for example, Jack London’s The Iron Hell, without his hero, Ernest Everhard? The answer is that the novel might be more impressive without such readily apparent propagandistic trappings. And the same is true for Exodus. Leon Uris’s chief protagonist is Ari Ben Canaan, Hebrew for “Lion, son of Canaan.” This role model for Jewish people everywhere is thusly the direct heir of the ancient Canaanites, precursors of the Jewish community in the land of Palestine. This historical legacy and patrimony established, Paul Newman had only to play the strong fighter—ferocious, hard and wily—with his blond mane cut short, in the military style. The object of Ari’s affections, however ambivalent they may be, is Kitty Fremont, played by Eva Marie Saint. Not only does the pairing of the earnest and ever-hard Ari, the “Lion,” and the compliant but faithful “Kitty” imply a classic gender relationship, but the coupling of this prickly Sabra and the cuddly American symbolizes the special relationship between the United States and native state of Israel that has come to be called the “fifty-first state” of the union. The other major character, played by the baby-faced Sal Mineo, is “Dov Landau,” the 17-year-old survivor of the Warsaw ghetto and Auschwitz. This name evokes the dove of peace and the infancy indirectly evoked by the term “landau” (baby carriage?). The irony is that the angelic Dov, alights on Palestinian soil with the fury of a maddened bird of prey. He is the consummate terrorist—angry and bloodthirsty. Dov’s conversion to Zionism as a collective project, as opposed to a vehicle for his personal vengeance, comes at the end of the story when peace has been (temporarily) achieved through unrelenting combat. Dov then leaves Israel for MIT (Massachusetts Institute of Technology) where he will perfect the engineering skills learned building bombs in Warsaw and in Palestine. Peace means refining the technical capacity for the new nation’s defence. In the meantime, Dov’s fiancee, the soft and sweet Karen, has been cruelly murdered by the Arabs. « Exodus » and « Kedma » differ most notably in the latter’s avoidance of the kind of crude propaganda that Leon Uris and Otto Preminger so heavily developed. Rather than forcing his viewers to accept a vision of the birth of Israel founded upon characters, distortions and omissions from historical reality, Amos Gitaï chose to simply place characters that we see briefly in a specific situation which is the real focus of the film. Whereas Preminger symbolized the destiny of a people in the story of strong characters, Gitaï illustrated the tragedy of an historical conjuncture in which the historical actors were largely incidental. We see this aspect of Gitaï’s thematic inversion of Preminger’s film in the soliloquies delivered in both films. At the very end of “Exodus,” Ari Ben Canaan delivers a speech at Karen’s graveside, in which he justifies the Zionist project as the just and prophetic return of a people forced to err in a hostile world for 2000 years. The resistance encountered to this project, he explains, is only the result of evil, self-interested individuals (such as the Grand Mufti of Jerusalem) who are afraid of losing their privileges once the Arabs learn that Jewish settlement is in their interest. Ari concludes: “I swear that the day will come when Arab and Jew will live in Peace together.” The film then ends with a military convey receding into the distance, towards a new battle in the just cause. In Kedma, there are two soliloquies, delivered not by strong and self-composed leaders, but by distraught, frightened people, caught in a web woven by the apprentice sorcerers in the background—the real architects of the situations in which destinies are sealed and lives are broken. The first speech is made by a middle-aged Polish Jew. Appalled by the new cycle of suffering he witnessed upon arrival in Palestine, he shouts that suffering, guilt and martyrdom have become essential to the Jewish character. Without it, he cries, the Jewish people “cannot exist.” This is their tragedy. The second expression of despair is made by an aged Palestinian peasant, pushed off his land, fleeing the combat. Disregarding the danger, he says: “we will stay here in spite of you. Like a wall, and we will fill the streets with demonstrations, generation after generation.” How to reconcile the Holocaust (the fascist judeocide) and the Nakba (the Palestinian « disaster » of the Zionist ethnic cleansing)? Gitaï’s « Kedma » places the contemporary dilemma within its historical and existential context. Preminger’s “Exodus” did everything not to provide movie-goers with the elements necessary to informed understanding. This is the difference between, on the one hand, demagogy and propaganda and, on the other hand, a call to reason and justice. Representations of leadership in « Exodus » were carefully contrived to create support, in the United States and elsewhere for the State of Israel. It is for this reason that the machinations and tractations of the world leaders who created the situation are conspicuously absent from the story. In « Kedma, » on the contrary, the absence of leaders and any characterization of leadership is designed to have an entirely different effect: namely the evocation of the hatred and human suffering caused when people are instrumental in the service of political and ideological projects. Larry Portis
‘En parler jamais, y penser toujours !’… A l’inverse du «communautarisme», politiquement impensé en France, mais quotidiennement évoqué («communautés» gay, juive, musulmane, arménienne, etc.), la pensée commune française est infectée par la pensée communautaire. Considérée comme étant d’origine anglo-saxonne, cette pensée a pourtant façonné (et miné) la société coloniale en Afrique du Nord. Ce n’était pas «classe contre classe» dans l’égalité citoyenne comme en métropole, mais religion contre religion, dans l’inégalité statutaire et juridique (« citoyens français», «Européens», «israélites», «sujets français musulmans», «indigènes»)… Des millions de Français et d’étrangers habitant aujourd’hui en France ont vécu dans cette pratique politique quotidienne, inconsciemment transmise à leurs enfants. Que l’héritage du communautarisme colonial provienne du refoulé politique français, qu’il ait été fécondé par la pensée politique musulmane (statut des dhimmis ou «protégés»), ou par le communautarisme institutionnel ottoman, a aujourd’hui peu d’importance. Ce qui importe en revanche, c’est qu’au Maghreb, depuis 1945, le communautarisme a conduit à son terme naturel, une épuration ethnique soft, c’est-à-dire au départ concomitant (Algérie) ou successif (Tunisie, Maroc) des «communautés» française, européenne et israélite. Les deux premières ont quitté le Maghreb dans le cadre de la légitime lutte d’indépendance ; la dernière a été délégitimée par son identité extra-musulmane. Les guerres du Proche-Orient ne sont pas étrangères au phénomène (au moins au Maroc et en Tunisie) : elles ont produit une insécurité de basse intensité qui, en trente ans, a vidé le Maghreb de ses communautés juives bimillénaires. Le résultat est connu. Alors que l’Afrique du Sud a préservé son miracle multiethnique, et est aujourd’hui le géant économique de l’Afrique, le Maghreb s’est économiquement réduit comme peau de chagrin. Son PIB n’excède pas celui des Bouches-du-Rhône (90 milliards d’euros), département nourri et irrigué par l’apport des migrants de toute la Méditerranée (« israélites», pieds-noirs, musulmans nord-africains, arméniens…). La violence antisémite qui frappe aujourd’hui en France est moralement et politiquement insupportable. Elle est d’autant plus dramatique que les jeunes beurs qui la mettent en oeuvre rejouent (inconsciemment ?) des scènes qui ont vidé l’Afrique du Nord de ses communautés… Le gouvernement israélien prend acte de cet état de fait, mais Israël n’a-t-il pas justement été créé pour cela ? La perspective d’un départ programmé des juifs de France, ne serait-ce que d’une importante minorité d’entre eux, serait l’échec le plus retentissant de la République française depuis Vichy. Mais cette violence est aussi économiquement et intellectuellement catastrophique. Faut-il rappeler que la nation américaine, la plus riche du monde, est aussi la plus brassée ? Le Proche-Orient, entré il y a plus d’un demi-siècle dans un processus de purification ethnico-religieuse, s’abîme dans les crises et la récession économique, au fur et à mesure que le quittent ses minorités : Européens, juifs d’Europe, Arméniens, juifs arabes, et maintenant chrétiens d’Orient. Intellectuellement, il est plus insupportable encore, qu’en dehors des plus hautes autorités de l’Etat français, il revienne aux intellectuels juifs de France de lancer des signaux d’alarme. Le principe de la démocratie confie à des médiateurs ou représentants (du peuple) la défense de tous les citoyens. Confier la défense d’une «communauté» agressée à ses propres médiateurs est une régression. Il est vrai que traditionnellement, les israélites d’Europe ont été interdits d’activités productives et cantonnés aux services et activités d’échange. L’émancipation des juifs de France au XIXe siècle, puis les traumatismes du XXe siècle, alliés aux fantastiques progrès de l’école, ont accompagné la «montée en gamme» de cette population. Les intellectuels d’origine juive (ou de judaïsme revendiqué) animent aujourd’hui largement le débat public national (au grand dam de Tariq Ramadan), et il va sans dire que leur départ vers les Etats-Unis ou Israël serait une perte incalculable. La France généreuse accueille 80 % de migrants avec un niveau d’études infrasecondaire (quand plus de 80 % des migrants aux Etats-Unis sont diplômés du supérieur), peut-elle de surcroît se permettre de se vider d’une partie croissante de ses forces vives intellectuelles ? Pierre Vermeren
Il y a un syndrome de Jérusalem des dirigeants français. Le syndrome en question, bien connu des psychiatres, projette le visiteur dans un univers mystico-fantasmatique où il se sent illico investi d’une mission sacrée. Certes, ni Jacques Chirac en 1996, ni Emmanuel Macron, aujourd’hui, ne se sont pris pour le Messie. Pourtant, leur passage, dans des contextes bien différents, se sera déroulé avec les mêmes réflexes, suscitant la même vague d’émotion. Au terme d’une longue balade, le 22 janvier, dans la vieille ville, après force accolades et mots profonds – « en ce petit lieu, tant de jaillissements… »- le président, euphorique, s’est rendu à l’Eglise Sainte-Anne. Edifiée par les Croisés, puis transformée en mosquée par Saladin, elle fut offerte à la France en 1856 par les Ottomans de la Sublime Porte, alors maitres de la Palestine, pour services rendus contre l’Empire russe pendant la guerre de Crimée. Et là, divine surprise pour les témoins palestiniens qui n’apprécient guère de voir reconnue par près de 40 chefs d’Etat la centralité d’Israël dans la mémoire du génocide ! Emmanuel Macron, endossant sans le savoir tout en le sachant les habits du Jacques Chirac de 1996, s’est engueulé – ce mot trivial est cependant le seul qui convienne – avec les gardes de la sécurité israélienne. Ces derniers étaient sur les dents depuis des jours. Il y avait de quoi. Recevoir les grands de ce monde dans une capitale sous haute tension n’est pas une mince affaire. La veille, le quotidien palestinien Al Hayat al Jedida, organe officiel de l’Autorité palestinienne, avait publié sans complexe l’édito d’un certain Yahya Rabah qui écrivait mot pour mot, à propos de ce Forum sur le génocide : « Un coup de feu perturbera la cérémonie et un cadavre annulera l’événement ». Le Shin Bet, le renseignement intérieur, prend tout au sérieux et, quoiqu’on puisse en dire sur les réseaux sociaux marqués du sceau de la haine d’Israël, sans la vigilance du Shin Bet, les citoyens de l’Etat hébreu et ses visiteurs auraient du souci à se faire. L’Eglise Sainte-Anne est bel et bien domaine français mais en matière d’anti-terrorisme, les Israéliens sont au parfum. Les agents pénètrent donc dans les lieux, ce qui est à la fois illégitime et compréhensible. Voire « souhaitable » nous confie une source française anonyme, consciente des dangers de la ville sainte et habituée au professionnalisme des collègues israéliens. C’est alors qu’Emmanuel Macron voit rouge. Jérusalem baignait, cette après-midi là, dans une lumière de Golgotha. Les cieux déversaient les eaux du déluge sur la terre promise. Le protocole français, fine mouche, avait prévu 200 parapluies. Il y eut une éclaircie. Macron vit se profiler dans les nuées la silhouette de Chirac et entendit à travers l’orage l’impayable apostrophe, en english dans le texte, de son prédécesseur en 1996. Les hommes du Shin Bet, à l’époque, redoutaient comme aujourd’hui l’incident mortel et s’interposaient entre le « Rais » gaulois et la foule palestinienne. Ce fut alors que tonna l’immortel : « You want me to back to my plane ?????? ». Saisi par l’éternel syndrome de Jérusalem, Macron à son tour gronda : « I don’t like what you did in front of me », « Je n’aime pas ce que vous avez fait devant moi ! » et ordonna qu’on vire illico de Sainte-Anne, territoire français, les agents de l’Etat hébreu, ces étrangers, ces provocateurs. L’affaire fit la Une de la presse israélienne, palestinienne et, forcément, française. Comme de bien entendu, on loua d’un côté la merveilleuse colère du frenchie face à ces gros bras israéliens tandis qu’on s’étonna, de l’autre, d’une telle similitude avec l’affaire Chirac. En réalité, nous sommes en mesure de prouver que le président a été saisi de ce fameux syndrome qui fait les saints, les martyrs et les bonnes consciences. C’était en effet diablement compliqué, en même temps que l’on honorait Israël en acceptant pour la première fois d’y commémorer le génocide (l’historienne Annette Wievorka a écrit là-dessus une fort belle tribune dans les colonnes du Monde), très compliqué d’assurer les Palestiniens de l’historique empathie tricolore à leur égard. Le Macron version Forum de la Shoah pourfend l’antisémitisme, ce qui, du reste, ne rassure pas un instant les Français juifs, en dehors des représentants peu représentatifs des institutions communautaires, mais le Macron version Eglise Sainte-Anne entonne le grand air de la résistance à l’occupation. Bien joué. Enfin, dernier aspect du syndrome de Jérusalem des dirigeants français : le retour du refoulé de la fille ainée de l’Eglise. Il n’a jamais été admis et ne sera sans doute jamais admis au tréfonds des consciences que les juifs aient pu défier le temps, l’oubli et la mort, pour retrouver la Jérusalem biblique et en arpenter les rues en êtres libres et souverains. Que musulmans et chrétiens palestiniens y vivent avec eux dans la même dignité constitue l’espérance naturelle des hommes de paix. Cette espérance, un jour, finira par être comblée. Mais la paix, justement, ne pourra se négocier et s’accomplir qu’en abandonnant les préjugés tenaces, la vision des Israéliens comme venus d’ailleurs et non comme fils fidèles de cette ville. En oubliant ce très politique et très démago syndrome de Jérusalem. Martine Gozlan
Mon identité relationnelle séduisait une foule de gauche qui me considérait comme un rabbin en phase avec les temps modernes, quelqu’un qui rendait la religion accessible et pertinente. Ma défense d’Israël plaisait à un public opposé de conservateurs qui considéraient Israël comme injustement diffamé par la gauche. Les chrétiens évangéliques affluaient vers le message d’Israël en tant que phare de la liberté et bastion des droits de l’homme. Cependant, plus je défendais Israël, en particulier par le biais d’annonces dans les médias, plus mes amis et admirateurs libéraux commençaient à me déserter. Comment mon message universel d’une famille humaine pouvait-il s’intégrer à ma défense passionnée d’un État-nation juif? Comment ma croyance en l’égalité de toute l’humanité pouvait-elle coexister avec ce qu’ils considéraient comme le déplacement des Palestiniens par Israël? L’accord nucléaire du président Barack Obama avec l’Iran de l’époque a mis ce conflit en exergue. Les libéraux se sont réjouis de son élection et de sa politique. Ceux qui l’aimaient et le soutenaient étaient les mêmes personnes qui étaient d’accord avec mes réflexions sur le judaïsme, soutenaient mes campagnes anti-génocide dans des endroits tels que le Rwanda et approuvaient ma poursuite de l’éducation sur l’Holocauste. Alors, comment pouvais-je m’opposer si fermement à Obama sur l’Iran? N’avais-je pas compris que ce leader éclairé faisait la paix? Le dédain que les gens ressentaient pour mon opposition féroce à la politique iranienne d’Obama était pour eux une déception non pas de mes vues politiques, mais de ma foi. Le judaïsme n’est-il pas une religion de paix? Comment pouvions-nous haïr les mollahs iraniens? J’ai soudain ressenti le choc de deux identités. Mon identité juive et rabbinique me disait de suivre Ésaïe, de battre des épées en socs de charrue, remplissant le monde d’amour et d’harmonie. Mais en regardant la menace existentielle qui pèse sur Israël, je ne sentais plus que les paroles d’Isaïe étaient immédiatement pertinentes; les paroles du roi David dans les Psaumes semblaient plus appropriées: «Ceux qui aiment Dieu détestent le mal. Alors que nous publiions plus d’annonces – y compris avec Elie Wiesel – contre l’accord avec l’Iran, soulignant l’abomination de donner au premier parrain du terrorisme au monde 150 milliards de dollars d’actifs non gelés – en grande partie en espèces – je me sentais perdre ma base libérale autrefois fidèle. « Peut-être que Shmuley nous avait trompés et était un fondamentaliste extrémiste depuis le début. »  (…) Le judaïsme a permis au peuple juif d’être la première et seule nation à survivre par la croyance plutôt que par les frontières, avec des rabbins plutôt que des combattants, et la Bible et les prophètes plutôt qu’une économie et des marchés. Mais Theodor Herzl est arrivé et a gâché la fête. Quel genre d’existence était-ce, a-t-il demandé, alors qu’il examinait l’humiliation sans fin des Juifs européens – même ceux qui, comme Alfred Dreyfus, avaient pensé qu’ils pourraient s’assimiler et être accepté des non juifs ? C’est une vie misérable, pensait Herzl. Nous n’avons aucune dignité. Nous avons besoin d’un État-nation. Un foyer juif. Un endroit où les Juifs peuvent vivre avec la prospérité et la sécurité fournies par leur propre armée. Les rabbins ont crié à la faute. Est-ce à dire qu’Israël remplacerait le judaïsme? En effet, nombre des premiers sionistes étaient farouchement laïcs. Ce n’est pas difficile de comprendre pourquoi. Ils pensaient que le judaïsme avec sa dépendance ultime en Dieu plutôt que les efforts de l’individu freinait le peuple juif. Herzl prédisait un État juif avant 50 ans. Il s’était trompé de cinq ans. Cependant, ces cinq années critiques sont arrivées avec un événement: l’Holocauste. Si Israël avait respecté sa prédiction, 6 millions de vies juives auraient pu être épargnées. La politique nazie était l’émigration juive avant son anéantissement. C’est juste qu’aucun pays – y compris les États-Unis – ne voulait les accepter. Ils ont donc été tués à raison de 10 000 par jour. En fait, ce qu’Herzl avait fait, c’est de révéler la profonde erreur de Zakkai. Oui, le judaïsme a permis au peuple juif de survivre – jusqu’à ce qu’il soit gazé et transformé en cendres dans les crématoires d’Auschwitz, Majdanek, Bergen-Belsen et Dachau. Après l’Holocauste, tout argument selon lequel les Juifs peuvent survivre en tant que religion sans État est profondément ridicule, c’est pourquoi le Neturei Karta, en plus d’être un embarras pour le judaïsme alors qu’il traîne avec des tueurs tels que l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad, est également profondément ignorant. Le monde n’est pas habitué à voir les Juifs se défendre et préférerait que nous soyons le peuple du livre plutôt que le peuple des Uzi. Je suis rabbin. Je veux que le peuple juif soit une lumière pour les nations. Je crois que le judaïsme a des enseignements rédempteurs à partager avec le monde sur la famille, la sexualité, le mariage, la dignité humaine, la mise en perspective de l’accumulation de richesses, l’égalité des femmes, le respect de tous les enfants de Dieu, la haine du mal et la lutte contre les violations des droits de l’homme. (…) Mais alors que le monde se tournait vers Israël, j’ai ressenti l’appel de mon peuple. Comment pourrais-je ne pas défendre l’État juif, où deux de mes enfants ont servi dans l’armée et où mon peuple réalisait l’ancien rêve de retourner en Israël et à Sion? Je me suis lancé dans les guerres d’Israël via des débats publics sur le campus, des débats publics sur CNN, Fox et MSNBC et des campagnes publicitaires mondiales qui ont défendu l’État juif. Cette décision a entraîné la perte d’une grande partie de mon public de gauche. Comment une personne éclairée comme moi pouvait  parler des droits de l’homme et du sauvetage des relations personnelles et ne pas me soucier des Palestiniens, mes critiques, qui étaient aussi les critiques d’Israël. Comment pouvais-je justifier l’agression d’Israël? Ma réponse selon laquelle Israël est le grand espoir arabe est tombée sur une sourde oreille. Je crois que l’épanouissement d’une démocratie au Moyen-Orient avec tous les droits pour tous ses citoyens arabes et musulmans ferait mentir les dictateurs arabes qui prétendent que des choses comme la liberté de la presse sont impossibles au Moyen-Orient. Il y avait un parti pris contre Israël qui semblait difficile à surmonter. (…) Alors que le monde se retournait contre Israël et que l’antisémitisme se développait à travers le monde, être un combattant pour Israël signifiait souvent perdre l’opportunité d’être une lumière pour les nations. Le monde dans son ensemble n’allait pas écouter quelqu’un l’accuser d’antisémitisme. Le monde n’allait pas voir quelqu’un qui défendait Israël – qu’il diffamait comme un occupant de l’apartheid – comme une lumière morale et spirituelle. Comme mon fils Mendy me l’a dit, c’est presque comme si les nations du monde étaient si brutales envers nous qu’elles ont complètement réorienté notre mission nationale de la propagation de la parole de Dieu à la survie de base. Et après qu’ils nous aient forcés à survivre, ils nous ont reproché de riposter et ont dit que ceux qui se battent n’ont pas le droit de prêcher un message spirituel d’unité universelle et de guérison cosmique. L’élection du président Donald Trump a amplifié ce fossé. Ces Juifs reconnaissants à Trump d’avoir déplacé l’ambassade américaine en Israël à Jérusalem; le retrait de l’accord nucléaire iranien catastrophique; l’arrêt de la diffamation d’Israël aux Nations Unies; l’arrêt du financement de l’Autorité palestinienne tant qu’elle utilise cet argent  pour récompenser l’assassinat de Juifs; et la reconnaissance des hauteurs du Golan, sont traités comme indignes d’un rabbin.  (…) Nous ne devons pas renoncer à expliquer que la spiritualité juive et sa réussite à soutenir le peuple juif sont intimement liées à Israël. Oui, le monde n’est pas habitué à voir les Juifs se défendre et préférerait que nous soyons le peuple du livre plutôt que le peuple des uzis. Un cynique pourrait dire que le monde ne déteste pas tant les Juifs que les Juifs qui détiennent le pouvoir et se défendent pour eux-mêmes. Prenez Hollywood, par exemple. Presque tous les mois, l’industrie sort un excellent film sur la tragédie de l’Holocauste – mais elle n’a produit aucun film positif sur Israël depuis que Paul Newman a joué dans «Exodus». Des juifs avec des étoiles jaunes de David sur eux mourant et étant gazés touchent les scénaristes, réalisateurs et producteurs hollywoodiens. Les Juifs qui se battent dans les chars Merkava sur les hauteurs du Golan, ou les commandos israéliens qui prennent d’assaut les avant-postes terroristes à Gaza pour s’assurer qu’ils ne seront plus jamais abattus, est considéré non pas aussi héroïque mais oppressant pour les voisins d’Israël. D’un autre côté, avoir des guerriers israéliens a considérablement amélioré le judaïsme. Avoir une maison pour laquelle nous sommes prêts à nous battre et à nous défendre dans les relations publiques mondiales a donné au peuple juif une dignité que nous ne possédions pas auparavant lorsque nous étions une nation pitoyable. Les évangéliques chrétiens affluent désormais non seulement pour soutenir l’État juif, mais aussi pour en apprendre davantage sur la judéité de Jésus. (…) Sans Israël, le peuple juif – et la religion juive par extension – n’aurait pas l’impact qu’il a sur les chrétiens évangéliques. De même, sans Israël, il n’y aurait pas une véritable renaissance du judaïsme – non seulement avec les centaines de yeshivots et de séminaires qui ont ouvert, mais avec les communautés juives du monde entier qui ont renforcé leurs liens avec leur foi en raison de l’inspiration d’Israël. Pour le moment, nous ne gagnerons pas nécessairement les mondialistes alors que nous nous battons pour Israël. Ils nous puniront pour notre défense de nous-mêmes. Mais je crois qu’avec le temps, cela va changer. Il y aura un retour de bâton contre le libéralisme faux et frauduleux d’aujourd’hui qui diabolisait Israël alors qu’il fêtait l’Iran, la Turquie et la Chine. Quant au prix que nous paierons jusque-là, je pense qu’il en vaut vraiment la peine. Israël en vaut la peine. La patrie juive en vaut la peine. L’État juif en vaut la peine. Non seulement parce que sans Israel, il n’y aurait pas de sanctuaire pour les Juifs à l’ère de la persécution mondiale, mais parce que, comme le dit le Talmud, ‘Celui qui est sans foyer n’est pas une personne.’ Même pour les Juifs qui vivent dans la diaspora, c’est Israël qui donne à notre identité juive sa dignité. C’est Israël qui donne un sens à notre observance juive. Et c’est Israël qui donne à chaque homme, femme et enfant juif la plus grande fierté. Quel sens auraient nos prières quotidiennes sans la supplication de la présence divine retournant à Jérusalem? Comment pouvons-nous chercher à être connectés aux enseignements d’Abraham sans comprendre qu’ils proviennent d’un lieu et d’un temps particuliers en Israël? Détacher le judaïsme d’Israël, c’est faire de notre religion un cadavre sans vie dépourvu d’âme. Tant que le monde ne verra pas la vertu d’Israël – un événement rendu beaucoup plus difficile par l’antisémitisme mondialement ancré – mon avis est que nous ne pouvons pas abandonner la bataille pour joindre les deux. Nous ne devons pas renoncer à expliquer que la spiritualité juive et sa réussite à soutenir le peuple juif sont intimement liées à Israël. Rabbin Shmuley Boteach
My relationships identity appealed to a liberal crowd that saw me as a rabbi in tune with modern times, someone who made religion accessible and relevant. My defense of Israel appealed to an opposite audience of conservatives that saw Israel as being unfairly maligned by the left. Evangelical Christians flocked to the message of Israel as a beacon of freedom and bastion of human rights. However, the more I stood up for Israel, especially through ads in the media, the more my liberal friends and admirers began to desert me. How did my universal message of one human family mesh with my passionate defense of a Jewish nation state? How did my belief in the equality of all humankind coexist with what they saw was Israel’s displacement of the Palestinians? Then-President Barack Obama’s nuclear deal with Iran brought this conflict into stark relief. Liberals delighted in his election and his policies. Those who loved him and supported him were the same people who agreed with my thoughts on Judaism, supported my anti-genocide campaigns in places such as Rwanda, and agreed with my furtherance of Holocaust education. So how could I so strongly oppose Obama on Iran? Did I not understand this enlightened leader was making peace? The disdain people felt for my ferocious opposition to Obama’s Iran policy was a disappointment not in my politics, but my faith. Is Judaism not a religion of peace? How could we hate the Iranian mullahs? I suddenly felt the clash of two identities. My Jewish, rabbinical identity told me to follow Isaiah, beating swords into plowshares, filling the world with love and harmony. But in looking at the existential threat facing Israel, I did not feel the words of Isaiah were immediately relevant; the words of King David in Psalms seemed more appropriate: “Those who love God hate evil.” As we took out more ads — including with Elie Wiesel — against the Iran deal, pointing out the abomination of giving the world’s foremost sponsor of terror $150 billion in unfrozen assets — much of it in cash — I felt myself losing my once-stalwart liberal base. “Perhaps Shmuley had bamboozled us and was an extremist fundamentalist all along.” (…) Judaism ensured the Jewish people would be the first and only nation to survive by belief rather than borders, with rabbis rather than fighters, and the Bible and Prophets rather than an economy and markets. But along came Theodor Herzl and spoiled the party. What kind of existence is this, he asked, as he surveyed the never-ending humiliation of European Jewry — even those who, like Alfred Dreyfus, had thought they might assimilate into non-Jewish acceptance? This is a wretched life, Herzl thought. We have no dignity. We need a nation state. A Jewish home. A place where Jews can live with prosperity and security provided by their own army. The rabbis cried foul. Does this mean Israel would replace Judaism? Indeed, many early Zionists were fiercely secular. It’s not hard to understand why. They felt Judaism with its ultimate reliance on God rather than the efforts of the individual was holding back the Jewish people. Herzl predicted a Jewish state within 50 years. He was off by about five. However, those critical five came with an event: the Holocaust. If Israel had met his prediction, 6 million Jewish lives might have been spared. The Nazi policy was Jewish emigration before it was annihilation. It’s just that no country — including the United States — would take them in. So they were killed at a rate of about 10,000 per day. In effect, what Herzl did was expose Zakkai’s decision as profoundly incorrect. Yes, Judaism allowed the Jewish people to survive — until they were gassed and turned into ash in the crematoria of Auschwitz, Majdanek, Bergen-Belsen and Dachau. After the Holocaust, any argument that Jews can survive as a religion without a state is profoundly ridiculous, which is why the Neturei Karta, aside from being an embarrassment to Judaism as they hang out with killers such as former Iranian President Mahmoud Ahmadinejad, also are profoundly ignorant. The world is not accustomed to seeing Jews stand up for themselves and would prefer us being the people of the book rather than the people of the Uzi. I am a rabbi. I want the Jewish people to be a light unto the nations. I believe Judaism has redemptive teachings to share with the world on family, sexuality, marriage, human dignity, putting the accumulation of wealth in perspective, equality of women, respect for all of God’s children, hatred of evil and fighting human rights abuses. (…) But as the world turned on Israel, I felt the call of my people. How could I not stand up for the Jewish state, where two of my children served in the army and where my people were fulfilling the ancient dream of returning to Israel and Zion? I threw myself into the Israel wars via public debates on campus, public debates on CNN, Fox and MSNBC and global advertising campaigns that defended the Jewish state. With that decision came the loss of much of my liberal audience. How could I, an enlightened person who spoke about human rights and rescuing relationships, not care about the Palestinians, my critics, who were also Israel’s critics. How could I justify Israel’s aggression? My response that Israel is the great Arab hope was met with deaf ears. I believe the flourishing of a democracy in the Middle East with full rights for all its Arab and Muslim citizens would give lie to Arab dictators who claim that things such as press freedom are impossible in the Middle East. There was a bias against Israel that seemed hard to surmount. (…) As the world turned against Israel and as anti-Semitism sprang up around the world, being a fighter for Israel often meant forfeiting the opportunity to be a light unto the nations. The world at large was not going to listen to someone accusing it of anti-Semitism. The world was not going to see someone who defended Israel — which it vilified as an apartheid occupier — as a moral and spiritual light. As my son Mendy told me, it’s almost as if the nations of the world were so brutal toward us that they completely reoriented our national mission from spreading the word of God to basic survival. And after they forced us into survival mode, they faulted us for fighting back and said those who fight have no right to preach a spiritual message of universal oneness and cosmic healing. The election of President Donald Trump has magnified this divide. Those Jews thankful to Trump for moving the American embassy in Israel to Jerusalem; withdrawing from the catastrophic Iran nuclear deal; stopping the vilification of Israel at the United Nations; ceasing the funding to the Palestinian Authority as long as it channels that money in a pay-for-slay policy for killing Jews; and recognizing the Golan Heights, are treated as unworthy of the mantle of Jewish teacher. If you show the Jewish virtue of hakarat hatov, basic gratitude, toward a president who has strengthened and legitimized Israel immeasurably, especially at the United Nations, you are promoting darkness to the nations rather than serving as a light. (…) We must not give up on explaining that Jewish spirituality and its success in sustaining the Jewish people is intimately connected with Israel. Yes, the world is not accustomed to seeing Jews stand up for themselves and would prefer us being the people of the book rather than the people of the Uzi. A cynic might say the world does not so much hate Jews as hate Jews who have power and stick up for themselves. Take Hollywood, for example. Nearly every month, the industry releases an excellent movie about the tragedy of the Holocaust — yet it has not produced one positive movie about Israel since Paul Newman starred in “Exodus.” Jews with yellow Stars of David on them dying and being gassed moves and touches Hollywood writers, directors and producers. Jews battling in Merkava tanks on the Golan Heights, or Israeli commandos storming terrorist outposts in Gaza to ensure they never again are slaughtered, is seen not so much as heroic but as oppressive to Israel’s neighbors. On the other hand, having Israel warriors has greatly enhanced Judaism. Having a home for which we are prepared to fight and stand up for ourselves in global PR has given the Jewish people a dignity we previously did not possess when we were a pitied nation. Christian evangelicals now flock not only to support the Jewish state but to learn about the Jewishness of Jesus. (…) Were it not for Israel, the Jewish people — and the Jewish religion by extension — would not have the impact it is having on evangelical Christians. Likewise, were it not for Israel, there would not be a true renaissance of Judaism — not only with the hundreds of yeshivot and seminaries that have opened but with Jewish communities the world over that have strengthened their bonds to their faith because of Israel’s inspiration. (…) Right now, we may not necessarily win over the globalists as we fight for Israel. They will punish us for standing up for ourselves. But I believe that in time, this will change. There will be a backlash against the false and fraudulent liberalism of today that would demonize Israel even as it fetes Iran, Turkey and China. As for the price we pay until then, I feel it absolutely is worth it. Israel is worth it. The Jewish homeland is worth it. The Jewish state is worth it. Not only because without Israe there would be no sanctuary for Jews in an age of global persecution, but because as the Talmud says, “He who is without a home is not a person.” Even for Jews who live in the Diaspora, it is Israel that gives our Jewish identity dignity. It is Israel that gives our Jewish observance meaning. And it is Israel that gives every Jewish man, woman and child the greatest pride. What meaning would our daily prayers have without the supplication of the divine presence returning to Jerusalem? How do we seek to be connected to the teachings of Abraham without understanding that they stemmed from a particular place and time in Israel? To detach Judaism from Israel is to make our religion a lifeless corpse bereft of soul. Until such time as the world comes to see Israel’s virtue — an event made much harder by globally ingrained anti-Semitism — my advice is that we cannot give up the battle on joining the two. We must not give up on explaining that Jewish spirituality and its success in sustaining the Jewish people is intimately connected with Israel. Rabbi Shmuley Boteach

Cachez cet Israël que je ne saurai voir !

En ce 75e anniversaire de la libération d’Auschwitz …

Au lendemain d’un forum où l’on honorait Israël en acceptant pour la première fois d’y commémorer le génocide …

Qui vit à nouveau syndrome de Jérusalem oblige …

Selon l’heureuse formule de Martine Gozlan du magazine Marianne …

Un président français « entonner à nouveau,  pour rassurer les Palestiniens de l’historique empathie tricolore à leur égard, le grand air de la résistance à l’occupation » …

Mais aussi de la rafraichissante rediffusion sur Arte

Avec ses distorsions historiques, ses Arabes fanatisés et encadrés par d’anciens soldats du Troisième Reich et ses Britanniques refusant d’intervenir …

D’un Exodus avec toute la force et la passion bien vivantes de l’idéal sioniste  …

Et à l’heure où comme le rappelait Pierre Vermeren il y a déjà 16 ans …

Une France généreuse qui accueille 80 % de migrants au niveau d’études infrasecondaire contre plus de 80 % de diplômés du supérieur aux Etats-Unis …

Est en train de payer le prix à nouveau, après les pays arabes avant elle et sur fond de cécité redoublée, de la fuite de ses élites juives …

Pendant que le meilleur défenseur qu’ait connu tant le peuple juif qu’iranien ou même chrétien depuis Reagan …

Se voir moquer comme le premier idiot du village venu …

Comment ne pas voir avec le rabbin américain Shmuley Boteach …

Qu’ « après l’Holocauste, tout argument selon lequel les Juifs peuvent survivre en tant que religion sans État est profondément ridicule » …

Et que « détacher le judaïsme d’Israël, c’est faire d’en faire un cadavre sans vie dépourvu d’âme « ?

The Clash Over Support for Israel
Have the Jews paid a price for defending Israel?
Rabbi Shmuley Boteach
Jewish Journal
Jan 22, 2020

I am a lover and supporter of Israel. I dedicate much of my life and waking hours to defending, supporting and promoting Israel. I say this not to brag or take credit, but to be crystal clear that in asking whether Israel has helped or hurt Judaism, I am not querying whether the state of Israel should exist or whether it has been a blessing to the Jewish people.

Israel is the greatest modern miracle of the Jewish nation. Its existence has saved countless lives. It is the sole democracy in the Middle East and is a global bastion of human rights. Had Israel existed in 1940, 6 million Jews may not have died, and the Holocaust might not have occurred. Israel is the pride and joy of the Jewish people. Those who do not agree with this statement likely are ignorant of Jewish history and blind to Jewish purpose.

But what is the price Judaism has paid for the state of Israel? Is it possible for the Jewish people to remain a light for other nations as they engage in daily struggles to protect and promote their nation state as it is assailed from all sides?

I joined the Chabad movement as a boy, attending summer camp and meeting the Rebbe, Menachem Mendel Schneerson, when I was about 10 years old. The Rebbe’s universal message of globally spreading Judaism appealed to me. By 14, I had switched to a full-time, live-in Chabad yeshiva in Los Angeles. By 19, I was the Rebbe’s student emissary in Sydney, and by 22, along with my wife, Debbie, his full-time rabbinical emissary at Oxford University.

I reveled in making Judaism a light unto the nations. Why should Christianity and Islam, daughter religions of Judaism, make all the impact, with Judaism getting no credit? Where was the Jewish message for non-Jews about passionate marriages, kosher sex, raising inspired children and creating close-knit communities? Why was Judaism a spiritual backwater that appealed only to Jews?

My intention was not to proselytize non-Jews to Judaism. To the contrary, I wanted everyone to find purpose in their own identities and backgrounds. I wanted everyone to — as my friend Marianne Williamson once said — “honor their own incarnation.” But I also wanted universal Jewish values to influence them.

To that extent, I diverged from the traditional Hillel and Chabad campus model of focusing almost exclusively on Jews, and created a student organization that had thousands of non-Jews. Within two years of its creation, the Oxford L’Chaim Society had grown to become the second largest in Oxford’s history.

At that time, the late 1980s, I was keenly aware my beloved Israel was under attack. I was astonished by how much hatred the Jewish state engendered. I dedicated myself and our organization to Israel’s defense. In 11 years, we hosted six men who had or would serve as Israel’s prime ministers: Benjamin Netanyahu, Ariel Sharon, Ehud Olmert, Shimon Peres, Yitzhak Shamir and Yitzhak Rabin. This was in addition to hundreds of other pro-Israel speakers and debaters.

The more I stood up for Israel, especially through ads in the media, the more my liberal friends and admirers began to desert me.

We trained students to be Israel’s spokespeople at important forums such as the Oxford Union. Some of our student leaders and participants went on to be top political officials, including Ambassador Ron Dermer, Mayor Eric Garcetti of Los Angeles and Sen. Cory Booker (D-N.J.), who was one of Israel’s greatest champions before turning on Israel with his support for the Iran nuclear agreement and his vote against the Taylor Force act in Senate committee.

While I continued to defend Israel, I published books on sex, relationships and marriage. I was wearing two hats: Hebrew warrior and relationship guru. The two peacefully coexisted — until about a decade ago, when they began to sharply diverge.

My relationships identity appealed to a liberal crowd that saw me as a rabbi in tune with modern times, someone who made religion accessible and relevant. My defense of Israel appealed to an opposite audience of conservatives that saw Israel as being unfairly maligned by the left. Evangelical Christians flocked to the message of Israel as a beacon of freedom and bastion of human rights.

However, the more I stood up for Israel, especially through ads in the media, the more my liberal friends and admirers began to desert me. How did my universal message of one human family mesh with my passionate defense of a Jewish nation state? How did my belief in the equality of all humankind coexist with what they saw was Israel’s displacement of the Palestinians?

Then-President Barack Obama’s nuclear deal with Iran brought this conflict into stark relief. Liberals delighted in his election and his policies. Those who loved him and supported him were the same people who agreed with my thoughts on Judaism, supported my anti-genocide campaigns in places such as Rwanda, and agreed with my furtherance of Holocaust education.

So how could I so strongly oppose Obama on Iran? Did I not understand this enlightened leader was making peace? The disdain people felt for my ferocious opposition to Obama’s Iran policy was a disappointment not in my politics, but my faith. Is Judaism not a religion of peace? How could we hate the Iranian mullahs?

After the Holocaust, any argument that Jews can survive as a religion without a state is profoundly ridiculous.

I suddenly felt the clash of two identities. My Jewish, rabbinical identity told me to follow Isaiah, beating swords into plowshares, filling the world with love and harmony. But in looking at the existential threat facing Israel, I did not feel the words of Isaiah were immediately relevant; the words of King David in Psalms seemed more appropriate: “Those who love God hate evil.”

As we took out more ads — including with Elie Wiesel — against the Iran deal, pointing out the abomination of giving the world’s foremost sponsor of terror $150 billion in unfrozen assets — much of it in cash — I felt myself losing my once-stalwart liberal base. “Perhaps Shmuley had bamboozled us and was an extremist fundamentalist all along.”

But the clash here was not about Shmuley-the-relationship-counselor versus Shmuley-the-Hebrew-warrior; it was a clash of Shmuley the rabbi, representing the universalist goals of Judaism, with Shmuley the Israel fighter, representing the existential survival needs of the Jewish nation-state.

As many saw it, it was a conflict between Jewish universalism and Hebrew parochialism; Judaism as a religion for all people versus Israel as a state for only Jewish people.

It was at this point I recalled the story of Roman Emperor Vespasian and the greatest rabbi of the last years of the Second Temple, Rabbi Yochanan ben Zakkai.

The gist of the story is this: It’s 2,000 years ago and the Romans have surrounded Jerusalem. They are about to invade, annihilate the population and destroy the Holy Temple. The Jewish rebels fighting the Romans have made it a capital offense for anyone — including the greatest rabbis — to leave Jerusalem, for fear traitors will seek terms with the Romans or betray the Jewish cause.

Zakkai decides the Jewish cause is lost. The Romans will destroy everything. He fakes his death and is taken out of Jerusalem in a coffin, as bodies cannot be buried in the holy city. He is granted an audience with Vespasian, who is then a general, and greets him with the words, “Hail, Caesar.” Vespasian says the rabbi deserves death for giving him the imperial salutation when he is only a commanding general. Just then, a messenger comes in from Rome and says, “Hail, Caesar. The Roman emperor in the capital city has been deposed. You have been proclaimed the new emperor by your troops.”

Vespasian looks at Zakkai and is impressed, thinking the man is some kind of prophet. Vespasian agrees to grant the rabbi three wishes, the most important of which is Zakkai’s request that even if Jerusalem is destroyed, Vespasian will allow the rabbis and teachers to go to the city of Yavneh and establish a yeshiva there for the continuity of Judaism, the religion, unmolested by Rome.

But wait. What about the Temple? What about Israel? What about Jerusalem? What about the Jewish nation state? Clearly, Zakkai made a decision. Israel was lost, but Judaism would remain. The Jewish people would live on not through borders, an army and a capital, but through Jewish mitzvot and Torah observance. The people would survive through rabbis rather than soldiers, through scripture rather than a state, through the minute strictures of the halachah rather than the borders of a country.

From that fork in the road where Zakkai could have asked Vespasian to spare the country instead of sparing the Torah and teachers comes our present dilemma. For 2,000 years, Zakkai’s gamble — for which he was strongly criticized by fellow Talmudists — more or less worked. The Jewish people survived in exile through their Judaism.

I say “more or less” because survival came at the price of humiliation, expulsion, persecution, constant attack and finally, annihilation in the Holocaust. Yet for all those immeasurable and unspeakable horrors, Judaism and the Jewish people survived, even as millions did not.

Judaism ensured the Jewish people would be the first and only nation to survive by belief rather than borders, with rabbis rather than fighters, and the Bible and Prophets rather than an economy and markets.

But along came Theodor Herzl and spoiled the party. What kind of existence is this, he asked, as he surveyed the never-ending humiliation of European Jewry — even those who, like Alfred Dreyfus, had thought they might assimilate into non-Jewish acceptance? This is a wretched life, Herzl thought. We have no dignity. We need a nation state. A Jewish home. A place where Jews can live with prosperity and security provided by their own army.

The rabbis cried foul. Does this mean Israel would replace Judaism? Indeed, many early Zionists were fiercely secular. It’s not hard to understand why. They felt Judaism with its ultimate reliance on God rather than the efforts of the individual was holding back the Jewish people.

Herzl predicted a Jewish state within 50 years. He was off by about five. However, those critical five came with an event: the Holocaust. If Israel had met his prediction, 6 million Jewish lives might have been spared. The Nazi policy was Jewish emigration before it was annihilation. It’s just that no country — including the United States — would take them in. So they were killed at a rate of about 10,000 per day.

In effect, what Herzl did was expose Zakkai’s decision as profoundly incorrect. Yes, Judaism allowed the Jewish people to survive — until they were gassed and turned into ash in the crematoria of Auschwitz, Majdanek, Bergen-Belsen and Dachau.

After the Holocaust, any argument that Jews can survive as a religion without a state is profoundly ridiculous, which is why the Neturei Karta, aside from being an embarrassment to Judaism as they hang out with killers such as former Iranian President Mahmoud Ahmadinejad, also are profoundly ignorant.

The world is not accustomed to seeing Jews stand up for themselves and would prefer us being the people of the book rather than the people of the Uzi.

I am a rabbi. I want the Jewish people to be a light unto the nations. I believe Judaism has redemptive teachings to share with the world on family, sexuality, marriage, human dignity, putting the accumulation of wealth in perspective, equality of women, respect for all of God’s children, hatred of evil and fighting human rights abuses.

As a religion, we can and should impart those values. No one gave us the opportunity to do so when authorities shoved us into ghettos, resulting in poverty-level existence. However, the emancipation of European Jewry provided that opportunity. Judaism finally might be heard.

Jewish luminaries such as philosopher Moses Mendelssohn (1729-86) began the process, even as they compromised some of the core of Judaism in an effort to make it more palatable. The creation of the United States gave Jews full rights and acceptance, and for the first time in 2,000 years, there arose the possibility that rabbis and Jewish thinkers might go public via TV, radio and later, the internet, as well as publish books that profoundly impact hundreds of millions of non-Jews.

Modern media and a new, open, liberal mindset allowed Judaism — for the first time in history — to become a light unto the nations, without having to influence the world through the medium of Christianity or Islam.

I firmly jumped on this bandwagon, using Jewish wisdom to counsel non-Jewish families on a national TV show. I sought to rescue faltering marriages, restore lost intimacy and passion from monogamous relationships, and help parents inspire their children with values.

But as the world turned on Israel, I felt the call of my people. How could I not stand up for the Jewish state, where two of my children served in the army and where my people were fulfilling the ancient dream of returning to Israel and Zion?

I threw myself into the Israel wars via public debates on campus, public debates on CNN, Fox and MSNBC and global advertising campaigns that defended the Jewish state.

With that decision came the loss of much of my liberal audience. How could I, an enlightened person who spoke about human rights and rescuing relationships, not care about the Palestinians, my critics, who were also Israel’s critics. How could I justify Israel’s aggression?

My response that Israel is the great Arab hope was met with deaf ears. I believe the flourishing of a democracy in the Middle East with full rights for all its Arab and Muslim citizens would give lie to Arab dictators who claim that things such as press freedom are impossible in the Middle East. There was a bias against Israel that seemed hard to surmount.

The quandary I faced took me back two millennia to Zakkai, sitting before Vespasian. Would I be silent on Israel so I could remain a rabbi to the gentiles? Would I allow Israel to suffer while I spoke on television about kosher sex? Would I allow my closest friend and former student president Cory Booker to betray Israel and the United States by voting to give the killer mullahs in Tehran $150 billion so Booker’s many admirers would continue to see me as the enlightened Chassidic rabbi who mentored him? Would I be silent to remain popular among the Hollywood set while Israelis were blown up on buses and in cafes?

No, I would not. I would not remain silent, regardless of personal cost.

But this wasn’t primarily about me and the price I personally paid. It was about a choice. As the world turned against Israel and as anti-Semitism sprang up around the world, being a fighter for Israel often meant forfeiting the opportunity to be a light unto the nations. The world at large was not going to listen to someone accusing it of anti-Semitism. The world was not going to see someone who defended Israel — which it vilified as an apartheid occupier — as a moral and spiritual light.

As my son Mendy told me, it’s almost as if the nations of the world were so brutal toward us that they completely reoriented our national mission from spreading the word of God to basic survival. And after they forced us into survival mode, they faulted us for fighting back and said those who fight have no right to preach a spiritual message of universal oneness and cosmic healing.

The election of President Donald Trump has magnified this divide. Those Jews thankful to Trump for moving the American embassy in Israel to Jerusalem; withdrawing from the catastrophic Iran nuclear deal; stopping the vilification of Israel at the United Nations; ceasing the funding to the Palestinian Authority as long as it channels that money in a pay-for-slay policy for killing Jews; and recognizing the Golan Heights, are treated as unworthy of the mantle of Jewish teacher. If you show the Jewish virtue of hakarat hatov, basic gratitude, toward a president who has strengthened and legitimized Israel immeasurably, especially at the United Nations, you are promoting darkness to the nations rather than serving as a light.

There now is an undeniable conflict between being an Israel warrior and serving as an exponent of Judaism, such that the more one engages in the former, the less effective he or she is in the latter. And one is forced to choose?

To detach Judaism from Israel is to make our religion a lifeless corpse bereft of soul.

Don’t believe me? Take a look at Hillel and Chabad on campus. They care deeply about Israel. Still, they pay, at best, lip service to the battle against the boycott, divestment and sanctions movement on college campuses without mounting any serious and coordinated national campaign to combat it. Why? Their local directors will say — in their minds, with good cause — that if they stand for Israel or fight openly against Israel Apartheid Week, then students won’t come for chicken soup on Friday night. Hillel directors and Chabad rabbis feel they are forced to choose between advocating for Israel and losing more liberal-minded Jewish students, or forfeiting the fight for Israel and getting Jewish students to come to Torah classes or lectures on the Holocaust.

I cannot tell you how many college campus activists have expressed to me privately that Israel now is so toxic a subject on campuses that mixing it with their Jewish activities would cause them to lose more than half their participants.

To these Chabad rabbis and Hillel directors, I responded, “But, wait. If you’re going to cut out Israel from your programs — with the exception for some meaningless tokenism like having a falafel party on Yom HaAtzmaut — then you’ve cut out the heart of Judaism. Israel is central to everything Judaism stands for. What’s next? If God is offensive to atheists and makes you look backward and unscientific for your beliefs, do you drop Him as well? If mikveh is misunderstood by women as a belief that their menses make then unclean, do we cut out that, too? Or the Sabbath, if people believe it’s a day of idleness for people who are lazy and don’t want to work, will the Sabbath also be stripped out of Judaism?”

To this, one of Hillel’s most generous benefactors told me, “Look. I would never say this in public, but the battle for Israel on campus is lost. We should have woken up two decades ago. But we didn’t. And now, if we prioritize fighting for Israel, we cannot be impactful with teaching Judaism.”

So what can we do? Is Israel an unqualified blessing, or has its creation come at the expense of Jewish globalism? Has the creation of a nation-state in our ancient homeland in the Middle East compromised the universal impact we Jews were meant to make as a religion? Has Israel made us parochial rather than global? Myopic rather than universal? Limited rather than expansive? Controversial rather than popular?

Has Israel and the battle we must wage for Israel undermined the Jewish people’s capacity to use Jewish spirituality to influence the nations? The answer is yes and no.

We must not give up on explaining that Jewish spirituality and its success in sustaining the Jewish people is intimately connected with Israel.

Yes, the world is not accustomed to seeing Jews stand up for themselves and would prefer us being the people of the book rather than the people of the Uzi. A cynic might say the world does not so much hate Jews as hate Jews who have power and stick up for themselves. Take Hollywood, for example. Nearly every month, the industry releases an excellent movie about the tragedy of the Holocaust — yet it has not produced one positive movie about Israel since Paul Newman starred in “Exodus.” Jews with yellow Stars of David on them dying and being gassed moves and touches Hollywood writers, directors and producers. Jews battling in Merkava tanks on the Golan Heights, or Israeli commandos storming terrorist outposts in Gaza to ensure they never again are slaughtered, is seen not so much as heroic but as oppressive to Israel’s neighbors.

On the other hand, having Israel warriors has greatly enhanced Judaism. Having a home for which we are prepared to fight and stand up for ourselves in global PR has given the Jewish people a dignity we previously did not possess when we were a pitied nation.

Christian evangelicals now flock not only to support the Jewish state but to learn about the Jewishness of Jesus. In my book “Kosher Jesus,” I argue, based on Christian scripture and the New Testament, that Jesus was a Jewish patriot who fought for the freedom of Israel against the Roman oppressors and was put to death by Roman proconsul Pontius Pilate for his defiance.

Were it not for Israel, the Jewish people — and the Jewish religion by extension — would not have the impact it is having on evangelical Christians. Likewise, were it not for Israel, there would not be a true renaissance of Judaism — not only with the hundreds of yeshivot and seminaries that have opened but with Jewish communities the world over that have strengthened their bonds to their faith because of Israel’s inspiration.

But for those who are more liberally minded and are true globalists, yes, standing up for Israel has somewhat impaired our ability to influence them with Jewish values. For example, the World Economic Forum at Davos, Switzerland, may be the ultimate statement of globalist influence. When I was last there three years ago, Iranian President Hassan Rouhani was treated as a global celebrity, feted by world leaders, even as Benjamin Netanyahu, who spoke two hours after him, couldn’t fill half the room because attendees were boycotting his appearance.

Right now, we may not necessarily win over the globalists as we fight for Israel. They will punish us for standing up for ourselves. But I believe that in time, this will change. There will be a backlash against the false and fraudulent liberalism of today that would demonize Israel even as it fetes Iran, Turkey and China.

As for the price we pay until then, I feel it absolutely is worth it. Israel is worth it. The Jewish homeland is worth it. The Jewish state is worth it. Not only because without Israe there would be no sanctuary for Jews in an age of global persecution, but because as the Talmud says, “He who is without a home is not a person.” Even for Jews who live in the Diaspora, it is Israel that gives our Jewish identity dignity. It is Israel that gives our Jewish observance meaning. And it is Israel that gives every Jewish man, woman and child the greatest pride.

What meaning would our daily prayers have without the supplication of the divine presence returning to Jerusalem? How do we seek to be connected to the teachings of Abraham without understanding that they stemmed from a particular place and time in Israel? To detach Judaism from Israel is to make our religion a lifeless corpse bereft of soul.

Until such time as the world comes to see Israel’s virtue — an event made much harder by globally ingrained anti-Semitism — my advice is that we cannot give up the battle on joining the two. We must not give up on explaining that Jewish spirituality and its success in sustaining the Jewish people is intimately connected with Israel.

We Jews create strong families because we understand bonds that stretch across time and space, like our connection to Israel. We understand holiness because of the holy land of Israel. We understand ecstasy and longing because every year, we read of Moses’ ecstatic longing to enter Israel. We understand the need to keep one’s word and fulfill one’s promises — because after 2,000 years of exile, God kept his promise and returned us to the glorious, beautiful and majestic land of Israel, even as we continue to wait for the long-promised complete redemption of our people with the Messiah, when Israel and all the nations of the Earth will live in peace, men will beat their swords into plowshares, and no man will ever again teach his son the art of war.

May it happen now.


Rabbi Shmuley Boteach is the author of 33 books, including “Judaism for Everyone,” “Renewal: A Guide to the Values-Filled Life,” “Kosher Sex,” “Kosher Adultery” and “Lust for Love,” co-authored with actress and activist Pamela Anderson. Follow him on Twitter and Instagram @RabbiShmuley. 

Voir aussi:

Colère de Macron : le syndrome de Jérusalem des présidents français
Martine Gozlan
Marianne
23/01/2020

Rédactrice en chef
Travaille sur les questions et les pays d’Islam et couvre le conflit israélo-palestinien. A publié de nombreux livres sur l’islamisme, entre autres Pour comprendre l’intégrisme islamiste (Albin Michel 2002), Le sexe d’Allah ( Grasset 2004), Le désir d’islam (Grasset 2005), Sunnites-Chiites, pourquoi ils s’entretuent (Le Seuil 2008), L’imposture turque (Grasset 2011), ainsi qu’un récit sur l’Etat hébreu Israël contre Israël (L’Archipel, 2012) et une biographie Hannah Szenes l’étoile foudroyée (l’Archipel 2014).

En marge du sommet international sur la mémoire de la Shoah et l’antisémitisme qui réunit une quarantaine de chefs d’Etat en Israël, le président français a eu une vive altercation ce 22 janvier, comme Jacques Chirac en 1996, avec la sécurité israélienne, cette fois à la basilique Sainte-Anne, domaine français au cœur de la vieille ville.

Il y a un syndrome de Jérusalem des dirigeants français. Le syndrome en question, bien connu des psychiatres, projette le visiteur dans un univers mystico-fantasmatique où il se sent illico investi d’une mission sacrée. Certes, ni Jacques Chirac en 1996, ni Emmanuel Macron, aujourd’hui, ne se sont pris pour le Messie. Pourtant, leur passage, dans des contextes bien différents, se sera déroulé avec les mêmes réflexes, suscitant la même vague d’émotion. Au terme d’une longue balade, le 22 janvier, dans la vieille ville, après force accolades et mots profonds – « en ce petit lieu, tant de jaillissements… »- le président, euphorique, s’est rendu à l’Eglise Sainte-Anne. Edifiée par les Croisés, puis transformée en mosquée par Saladin, elle fut offerte à la France en 1856 par les Ottomans de la Sublime Porte, alors maitres de la Palestine, pour services rendus contre l’Empire russe pendant la guerre de Crimée. Et là, divine surprise pour les témoins palestiniens qui n’apprécient guère de voir reconnue par près de 40 chefs d’Etat la centralité d’Israël dans la mémoire du génocide ! Emmanuel Macron, endossant sans le savoir tout en le sachant les habits du Jacques Chirac de 1996, s’est engueulé – ce mot trivial est cependant le seul qui convienne – avec les gardes de la sécurité israélienne. Ces derniers étaient sur les dents depuis des jours. Il y avait de quoi.

Recevoir les grands de ce monde dans une capitale sous haute tension n’est pas une mince affaire. La veille, le quotidien palestinien Al Hayat al Jedida, organe officiel de l’Autorité palestinienne, avait publié sans complexe l’édito d’un certain Yahya Rabah qui écrivait mot pour mot, à propos de ce Forum sur le génocide : « Un coup de feu perturbera la cérémonie et un cadavre annulera l’événement ». Le Shin Bet, le renseignement intérieur, prend tout au sérieux et, quoiqu’on puisse en dire sur les réseaux sociaux marqués du sceau de la haine d’Israël, sans la vigilance du Shin Bet, les citoyens de l’Etat hébreu et ses visiteurs auraient du souci à se faire. L’Eglise Sainte-Anne est bel et bien domaine français mais en matière d’anti-terrorisme, les Israéliens sont au parfum. Les agents pénètrent donc dans les lieux, ce qui est à la fois illégitime et compréhensible. Voire « souhaitable » nous confie une source française anonyme, consciente des dangers de la ville sainte et habituée au professionnalisme des collègues israéliens.

La colère du Frenchie

C’est alors qu’Emmanuel Macron voit rouge. Jérusalem baignait, cette après-midi là, dans une lumière de Golgotha. Les cieux déversaient les eaux du déluge sur la terre promise. Le protocole français, fine mouche, avait prévu 200 parapluies. Il y eut une éclaircie. Macron vit se profiler dans les nuées la silhouette de Chirac et entendit à travers l’orage l’impayable apostrophe, en english dans le texte, de son prédécesseur en 1996. Les hommes du Shin Bet, à l’époque, redoutaient comme aujourd’hui l’incident mortel et s’interposaient entre le « Rais » gaulois et la foule palestinienne. Ce fut alors que tonna l’immortel : « You want me to back to my plane ?????? ». Saisi par l’éternel syndrome de Jérusalem, Macron à son tour gronda : « I don’t like what you did in front of me », « Je n’aime pas ce que vous avez fait devant moi ! » et ordonna qu’on vire illico de Sainte-Anne, territoire français, les agents de l’Etat hébreu, ces étrangers, ces provocateurs.

L’affaire fit la Une de la presse israélienne, palestinienne et, forcément, française. Comme de bien entendu, on loua d’un côté la merveilleuse colère du frenchie face à ces gros bras israéliens tandis qu’on s’étonna, de l’autre, d’une telle similitude avec l’affaire Chirac. En réalité, nous sommes en mesure de prouver que le président a été saisi de ce fameux syndrome qui fait les saints, les martyrs et les bonnes consciences. C’était en effet diablement compliqué, en même temps que l’on honorait Israël en acceptant pour la première fois d’y commémorer le génocide (l’historienne Annette Wievorka a écrit là-dessus une fort belle tribune dans les colonnes du Monde), très compliqué d’assurer les Palestiniens de l’historique empathie tricolore à leur égard. Le Macron version Forum de la Shoah pourfend l’antisémitisme, ce qui, du reste, ne rassure pas un instant les Français juifs, en dehors des représentants peu représentatifs des institutions communautaires, mais le Macron version Eglise Sainte-Anne entonne le grand air de la résistance à l’occupation. Bien joué.

Enfin, dernier aspect du syndrome de Jérusalem des dirigeants français : le retour du refoulé de la fille ainée de l’Eglise. Il n’a jamais été admis et ne sera sans doute jamais admis au tréfonds des consciences que les juifs aient pu défier le temps, l’oubli et la mort, pour retrouver la Jérusalem biblique et en arpenter les rues en êtres libres et souverains. Que musulmans et chrétiens palestiniens y vivent avec eux dans la même dignité constitue l’espérance naturelle des hommes de paix. Cette espérance, un jour, finira par être comblée. Mais la paix, justement, ne pourra se négocier et s’accomplir qu’en abandonnant les préjugés tenaces, la vision des Israéliens comme venus d’ailleurs et non comme fils fidèles de cette ville. En oubliant ce très politique et très démago syndrome de Jérusalem.

Voir également:

Le coût du communautarisme
Pressions et violences contre les juifs peuvent amputer une nation d’une de ses forces vives.
Pierre Vermeren
Libération
13 juillet 2004

«En parler jamais, y penser toujours !»… A l’inverse du «communautarisme», politiquement impensé en France, mais quotidiennement évoqué («communautés» gay, juive, musulmane, arménienne, etc.), la pensée commune française est infectée par la pensée communautaire. Considérée comme étant d’origine anglo-saxonne, cette pensée a pourtant façonné (et miné) la société coloniale en Afrique du Nord. Ce n’était pas «classe contre classe» dans l’égalité citoyenne comme en métropole, mais religion contre religion, dans l’inégalité statutaire et juridique (« citoyens français», «Européens», «israélites», «sujets français musulmans», «indigènes»)… Des millions de Français et d’étrangers habitant aujourd’hui en France ont vécu dans cette pratique politique quotidienne, inconsciemment transmise à leurs enfants. Que l’héritage du communautarisme colonial provienne du refoulé politique français, qu’il ait été fécondé par la pensée politique musulmane (statut des dhimmis ou «protégés»), ou par le communautarisme institutionnel ottoman, a aujourd’hui peu d’importance.

Ce qui importe en revanche, c’est qu’au Maghreb, depuis 1945, le communautarisme a conduit à son terme naturel, une épuration ethnique soft, c’est-à-dire au départ concomitant (Algérie) ou successif (Tunisie, Maroc) des «communautés» française, européenne et israélite. Les deux premières ont quitté le Maghreb dans le cadre de la légitime lutte d’indépendance ; la dernière a été délégitimée par son identité extra-musulmane. Les guerres du Proche-Orient ne sont pas étrangères au phénomène (au moins au Maroc et en Tunisie) : elles ont produit une insécurité de basse intensité qui, en trente ans, a vidé le Maghreb de ses communautés juives bimillénaires.

Le résultat est connu. Alors que l’Afrique du Sud a préservé son miracle multiethnique, et est aujourd’hui le géant économique de l’Afrique, le Maghreb s’est économiquement réduit comme peau de chagrin. Son PIB n’excède pas celui des Bouches-du-Rhône (90 milliards d’euros), département nourri et irrigué par l’apport des migrants de toute la Méditerranée (« israélites», pieds-noirs, musulmans nord-africains, arméniens…).

La violence antisémite qui frappe aujourd’hui en France est moralement et politiquement insupportable. Elle est d’autant plus dramatique que les jeunes beurs qui la mettent en oeuvre rejouent (inconsciemment ?) des scènes qui ont vidé l’Afrique du Nord de ses communautés… Le gouvernement israélien prend acte de cet état de fait, mais Israël n’a-t-il pas justement été créé pour cela ? La perspective d’un départ programmé des juifs de France, ne serait-ce que d’une importante minorité d’entre eux, serait l’échec le plus retentissant de la République française depuis Vichy.

Mais cette violence est aussi économiquement et intellectuellement catastrophique. Faut-il rappeler que la nation américaine, la plus riche du monde, est aussi la plus brassée ? Le Proche-Orient, entré il y a plus d’un demi-siècle dans un processus de purification ethnico-religieuse, s’abîme dans les crises et la récession économique, au fur et à mesure que le quittent ses minorités : Européens, juifs d’Europe, Arméniens, juifs arabes, et maintenant chrétiens d’Orient. Intellectuellement, il est plus insupportable encore, qu’en dehors des plus hautes autorités de l’Etat français, il revienne aux intellectuels juifs de France de lancer des signaux d’alarme. Le principe de la démocratie confie à des médiateurs ou représentants (du peuple) la défense de tous les citoyens. Confier la défense d’une «communauté» agressée à ses propres médiateurs est une régression.

Il est vrai que traditionnellement, les israélites d’Europe ont été interdits d’activités productives et cantonnés aux services et activités d’échange. L’émancipation des juifs de France au XIXe siècle, puis les traumatismes du XXe siècle, alliés aux fantastiques progrès de l’école, ont accompagné la «montée en gamme» de cette population. Les intellectuels d’origine juive (ou de judaïsme revendiqué) animent aujourd’hui largement le débat public national (au grand dam de Tariq Ramadan), et il va sans dire que leur départ vers les Etats-Unis ou Israël serait une perte incalculable. La France généreuse accueille 80 % de migrants avec un niveau d’études infrasecondaire (quand plus de 80 % des migrants aux Etats-Unis sont diplômés du supérieur), peut-elle de surcroît se permettre de se vider d’une partie croissante de ses forces vives intellectuelles ?

Voir encore:

Absent Leaders: Heroes and Villains in Otto Preminger’s “Exodus” and Amos Gitaï’s Kedma

Larry Portis

Events in the Middle East have become more and more difficult to ignor. They are unquestionably vital, not only to our interests, but to our ideals. For this reason our understanding of the history of the region, and our vision of it, should be a major preoccupation. The problem is that, given the centrality of the region in contemporary geo-political relations, it is difficult to distinguish between historical facts and the ideological distortions of them. This is why a backward look at the film “Exodus” is both timely and important. Produced and directed by Otto Preminger, « Exodus » was released in 1960, and had enormous success. In evaluating this success, we are helped by the release in 2002 of another film, « Kedma », directed by Amos Gitaï. These two films treat the same subject—the clandestine arrival of Jewish refugees in Palestine in 1947 in the midst of armed conflict. This was the eve of the partition of Palestine, proposed by the United Nations Organization but rejected by the non Jewish (or, rather, non-zionist) population and states of the entire eastern mediterranean region. Following the British announcement of their withdrawal from the protectorate established in 1920 by the mandate system of the treaty of Verseille, the stage was set for a defining event of the short, brutal twentieth century : the creation of the state of Israel and the population transfers and ethnic conflicts that accompanied it. Comparison of the two films, both in terms of their genesis as artistic creations and as political statements, elucidates aspects of a complex process of ideological formation. Seen terms of representations of leadership, the two films are extremely different. “Exodus” is a glorification of a certain type of leadership, at a certain level of decision-making. It works only at the level of strategic and tactical zionist command within Palestine immediately before, during and after the war for the creation of the state of Israel. The film is discrete relative to a higher level (higher in terms of power relations)—that of international diplomacy. Although decisions of the British military administration are implicitly criticized in the film, such criticism is not allowed to call into question Britain itself as an actor on the international stage. When either the British or the United-Statesians (and the French and Italians) are referred to, it is always as individuals, not representatives of overall national sentiments. Representations of leadership, and this includes tacit representations of the absence of leadership and/or the absence of leaders, are important in the films both in relation to their narrative content and to the ideological or perceptual effects intended by their directors. In Kedma, representations of leadership are only implicit. Amos Gitaï was concerned to present an historical situation by depicting a single incident, the origins of which are not explained directly and, in the course of which, individuals are shown to be subordinate to developments over which they have no real control. The incident in question is the illegal arrival of a ship, “Kedma,” on the coast of Palestine. There is an important qualification to make before any attempt to compare these films. The problem is that a discussion of the narrative content of Preminger’s film “Exodus” would not be legitimate without speaking of Exodus the novel, written by Leon Uris. Not only were both film and novel tremendous commercial successes, but they were conceived of as the two axes of a single, mutually reinforcing project.* The idea for the book was suggested to Leon Uris by Dore Schary, a top executive at Metro-Goldwyn-Mayer (MGM). The motivation behind the project is described by Kathleen Christison. « The idea for the book » she says, « began with a prominent public-relations consultant who in the early 1950s decided that the United States was too apathetic about Israel’s struggle for survival and recognition. » Uris received a contract from Doubleday and went to Israel and Cyprus where he carried out extensive research. The book was published in September, 1958. It was first re-printed in October the following year. By 1964, it had gone through 30 re-printings. This success was undoubtedly helped by the film’s release in 1960, but not entirely, as Uris’s novel was a book-of-the-month club selection in September, 1959 (which perhaps explains the first re-printing). The film was to be made by MGM. But when the time came, the studio hesitated. The project was perhaps too political for the big producers. At this moment Otto Preminger bought the screen rights from MGM. He then produced and directed the film, featuring an all-star cast including Paul Newman, Eva Marie-Saint, Lee J. Cobb, Sal Mineo, Peter Lawford and other box-office draws of the moment. The film also benefited from a lavish production in “superpanavision 70” after having been filmed on location. The music was composed by Ernest Gold, for which he received an Academy Award for the best music score of 1960. The screenplay was written by Dalton Trumbo. In spite of its length—three and a half hours—the film was a tremendous popular and critical success. It is noteworthy that the release of “Exodus” the film in 1960 indicates that its production began upon Exodus the book’s publication. It is reasonable, therefore, to suppose a degree of coordination, in keeping with the origins of the project. In short, it was a major operation which brilliantly succeeded. It has been estimated that in excess of 20 million people have read the novel, and that hundreds of millions have seen the film. Not only was this success a financial bonanza, but its political impact.

has been equally considerable. There can be little doubt that “Exodus” the film has been one of the most important influences on US perceptions and understanding of the hostilities between the Israeli state and the Palestinian people. It is thusly illuminating to return to the message communicated by this film, in attempting to gage its role in ideological formation. “Exodus” is the story of the Exodus 1947, a ship purchased in the United States and used to transport 4,500 Jewish refugees to Palestine. In reality, the novel and film take great liberties with the original story. Intercepted by the British authorities in the port of Haïfa, the real-life refugees were taken to the French port of Sête, where they were held, becoming the object of intense Zionist agitation and propaganda. Eventually they were transported to Germany and held temporarily in transit camps. Although this incident was used by Uris as the point of departure for his novel, the book is a work of fiction. Not only were the characters invented, but the events did not correspond to reality except in the most general way. In Uris’s narrative, an intercepted ship (not named “Exodus”) is intercepted on the high sea and taken to Cyprus where the passengers are put in camps. Representatives of the Haganah, the secret Jewish army in Palestine, arrive secretly in Cyprus in order to care for, educate and mobilize the refugees. The agent-in-chief is Ari Ben Canaan, played by Paul Newman. Ben Canaan is the son of Barak Ben Canaan, prominent leader of the Yishuv, the Jewish, Zionist community in Palestine. Tricking the British with great intelligence and audacity, Ari Ben Canaan arranges for the arrival of a ship purchased in the United States, on which he places 600 Jewish refugee children—orphans from the Nazi extermination camps and elsewhere. Once the children are on the ship, Ben Canaan names the ship the “Exodus”, and runs up the Zionist flag. He then informs the British authorities that, if the ship is not allowed to depart for Palestine, it will be blown up with all aboard. Before having organized this potential suicide bombing (of himself, the Haganah agents and the 600 children), Ben Canaan has met Kitty Fremont, an American nurse who has become fond of the children and, it must be said, of Ari Ben Canaan. This love interest is carefully intertwined with the major theme: the inexorable need and will of the Jewish people to occupy the soil of Palestine. As it might be expected, the British give in. After some discussion between a clearly anti-semitic officer and those more troubled by the plight of the refugees, the ship is allowed to depart for Palestine. It arrives just before the vote of the United Nations Organization recommending the partition of Palestine between the Jewish and non-Jewish populations. As the partition is refused by the Palestinians and the neighbouring Arab states, war breaks out and the characters all join the ultimately successful effort

against what are described as over-whelming odds. Even Kitty and Major Sutherland, the British officer who tipped the balance in favour of releasing the “Exodus,” join the fight. Sutherland’s participation, representing the defection of a British imperialist to the zionist cause, if particularly symbolic. Why did Sutherland jeopardize his position and reputation, and then resign from the army? His humanitarian was forged by the fact that he had seen the Nazi extermination camps when Germany was liberated and, more troubling, his mother was Jewish, although converted to the Church of England. Sutherland has a belated identity crisis which led him, too, to establish himself in the naitive Israel. The other major characters is the film similarly represent the “return” of Jewish people to their “promised land.” For example, Karen, the young girl who Kitty would like to adopt and take to the United States, is a German Jew who was saved by placement in a Danish family during the war. Karen will elect to stay with her people, in spite of her affection for Kitty. Karen is also attached to Dov Landau, a fellow refugee, 17 year-old survivor of the Warsaw ghetto and death camps. Once in Palestine, Dov joins a Zionist terrorist organization (based on the Irgun) and, in the book and film (but not, of course, in reality), places a bomb in the wing of King David Hotel housing the British Command, causing considerable loss of life. The role of human agency, leadership and the nature of decision-making, are a dimension of “Exodus” that is particularly revealing of the propagandistic intent of the film. Most noteworthy is the fact that all the major characters are presented as exceptional people, and all are Jewish, with the exception of Kitty. However, it is not as individuals that the protagonists of the film are important, but rather as representatives of the Jewish people. In this respect, in its effort to portray Jewishness as a special human condition distinguishing Jews and Jewish culture from others, that “Exodus” is most didactic. Ari Ben Canaan is clearly a superior being, but he merely represents the Jewish people. They are, collectively, just as strong, resourceful and determined as Ari. This positive image is highlighted by the portrayal of other ethnic groupings present in the film. The British, for example, are seen, at best, as divided and, at their worst, as degenerate products of national decay and imperialistic racism. The most striking contrast to the collective solidarity, intellectual brilliance, and awesome courage of the Jews is, with the “Arabs.” In spite of their greater numbers, the culture and character of the Arabs show them to be clearly inferior. Ari, who is a “sabra”—a Jewish person born in Palestine—and, as a consequence, understands the Arab character, knows that they are no match for determined Jews. “You turn 400 Arabs loose,” he says, and “they will run in 400 different directions.” This assessment of the emotional and intellectual self-possession of the Arabs was made prior to the spectacular jail break at Acre prison. The very indiscipline of the Arabs would cover the escape of the determined Zionists. The Arab leaders are equally incapable of effective action, as they are essentially self-interested and uncaring about their own people. In the end, it is this lack of tolerance and human sympathy in the non Jews that most distinguishes Jews and Arabs. In Exodus the novel, Arabs are constantly, explicitly, and exclusively, described as lazy and shiftless, dirty and deceitful. They have become dependant upon the Jews, and hate them for it. In “Exodus” the film, however, this characterization is not nearly as insisted upon, at least not in the dialogue. Still, way they are portrayed on the screen inspires fear and distrust. The contrast between the ethnic stereotyping exhibited in “Exodus” and the portrayal of characters in Amos Gitaï’s Kedma could not be greater. In Kedma, there is no discussion of strategy or tactics, and thusly no invidious reflections upon one ethnic group’s capacity in relation to another’s. People simply find themselves in situations, and attempt to survive. This is how the survivors of the Judeocide perpetrated by the German government describe their experiences during the voyage, before the Kedma arrives. This is how all the characters—European Jews and Palestinians—react once the ship has disembarked its passengers. In Kedma, there are no leaders visible. Their existence can only be supposed. Their plans, strategies and justifications are unexplained. They remain in the background as part of a larger tragedy produced by forces over which “ordinary” people seemingly have little or no control. Gitaï’s film expresses a lack of confidence in leadership and, in this way, Kedma can be understood as a reading (and viewing) of « Exodus. » There is, in fact, a remarkable parallel development of the two films. What is absent from Preminger’s film—the moral misery, the existential despair, the doubts and confusion of the survivors of the Judeocide—is focused upon in Gitaï’s film. Conversely, what is absent from Gitaï’s film—the expression of Zionist ideals, aspirations and dogma, the glorifications of one ethnic group at the expense of others—is the very point of Preminger’s. This thematic inversion is particularly evident in reference to two aspect of the films: firstly, in the use of names and, secondly, in the dramatic monologues or soliloquies which end both films. In “Exodus”, the use of names for symbolic purposes is immediately evident. “Exodus” refers to the biblical return of the Jews from slavery to the Holy Land—their god-given territory, a sacred site. This sacred site is necessary to Jewish religious observance and identity. Only here, it is explained in “Exodus,” can Jews be safe. Only here, it is asserted, can they throw-off invidious self-perceptions, imposed by anti-semitism and assimilation pressures, and become the strong, self-reliant and confident people they really are. This vision of Jewish identity propagated by Zionism is implicitly challenged in Kedma. Again, the title of the film is symbolically significant. “Kedma” means the “East” or “Orient”, or “going towards the East.” The people on the Kedma—Jewish refugees from Europe, speaking European languages and Yiddish—were arriving in another cultural world an alien one, in the East. The result would be more existential disorientation and another ethnically conflictual environment. The difference in perspective manifest in the two films is found also in the names given to the protagonists. In Kedma, an example is given of the abrupt Hebrewization of names as the passengers arrived in the new land, thus highlighting the cultural transformation central to the Zionist project. In “Exodus,” there is much explicit discussion of this aspect of Zionism, and some of the names given to central characters reveal the heavy-handedness of its message. It is, of course, a well-established convention to give evocative names to the protagonists of a literary or cinematographic work. Where would be, for example, Jack London’s The Iron Hell, without his hero, Ernest Everhard? The answer is that the novel might be more impressive without such readily apparent propagandistic trappings. And the same is true for Exodus. Leon Uris’s chief protagonist is Ari Ben Canaan, Hebrew for “Lion, son of Canaan.” This role model for Jewish people everywhere is thusly the direct heir of the ancient Canaanites, precursors of the Jewish community in the land of Palestine. This historical legacy and patrimony established, Paul Newman had only to play the strong fighter—ferocious, hard and wily—with his blond mane cut short, in the military style. The object of Ari’s affections, however ambivalent they may be, is Kitty Fremont, played by Eva Marie Saint. Not only does the pairing of the earnest and ever-hard Ari, the “Lion,” and the compliant but faithful “Kitty” imply a classic gender relationship, but the coupling of this prickly Sabra and the cuddly American symbolizes the special relationship between the United States and native state of Israel that has come to be called the “fifty-first state” of the union. The other major character, played by the baby-faced Sal Mineo, is “Dov Landau,” the 17-year-old survivor of the Warsaw ghetto and Auschwitz. This name evokes the dove of peace and the infancy indirectly evoked by the term “landau” (baby carriage?). The irony is that the angelic Dov, alights on Palestinian soil with the fury of a maddened bird of prey. He is the consummate terrorist—angry and bloodthirsty. Dov’s conversion to Zionism as a collective project, as opposed to a vehicle for his personal vengeance, comes at the end of the story when peace has been (temporarily) achieved through unrelenting combat. Dov then leaves Israel for MIT (Massachusetts Institute of Technology) where he will perfect the engineering skills learned building bombs in Warsaw and in Palestine. Peace means refining the technical capacity for the new nation’s defence. In the meantime, Dov’s fiancee, the soft and sweet Karen, has been cruelly murdered by the Arabs. « Exodus » and « Kedma » differ most notably in the latter’s avoidance of the kind of crude propaganda that Leon Uris and Otto Preminger so heavily developed. Rather than forcing his viewers to accept a vision of the birth of Israel founded upon characters, distortions and omissions from historical reality, Amos Gitaï chose to simply place characters that we see briefly in a specific situation which is the real focus of the film. Whereas Preminger symbolized the destiny of a people in the story of strong characters, Gitaï illustrated the tragedy of an historical conjuncture in which the historical actors were largely incidental. We see this aspect of Gitaï’s thematic inversion of Preminger’s film in the soliloquies delivered in both films. At the very end of “Exodus,” Ari Ben Canaan delivers a speech at Karen’s graveside, in which he justifies the Zionist project as the just and prophetic return of a people forced to err in a hostile world for 2000 years. The resistance encountered to this project, he explains, is only the result of evil, self-interested individuals (such as the Grand Mufti of Jerusalem) who are afraid of losing their privileges once the Arabs learn that Jewish settlement is in their interest. Ari concludes: “I swear that the day will come when Arab and Jew will live in Peace together.” The film then ends with a military convey receding into the distance, towards a new battle in the just cause. In Kedma, there are two soliloquies, delivered not by strong and self-composed leaders, but by distraught, frightened people, caught in a web woven by the apprentice sorcerers in the background—the real architects of the situations in which destinies are sealed and lives are broken. The first speech is made by a middle-aged Polish Jew. Appalled by the new cycle of suffering he witnessed upon arrival in Palestine, he shouts that suffering, guilt and martyrdom have become essential to the Jewish character. Without it, he cries, the Jewish people “cannot exist.” This is their tragedy. The second expression of despair is made by an aged Palestinian peasant, pushed off his land, fleeing the combat. Disregarding the danger, he says: “we will stay here in spite of you. Like a wall, and we will fill the streets with demonstrations, generation after generation.” How to reconcile the Holocaust (the fascist judeocide) and the Nakba (the Palestinian « disaster » of the Zionist ethnic cleansing)? Gitaï’s « Kedma » places the contemporary dilemma within its historical and existential context. Preminger’s “Exodus” did everything not to provide movie-goers with the elements necessary to informed understanding. This is the difference between, on the one hand, demagogy and propaganda and, on the other hand, a call to reason and justice. Representations of leadership in « Exodus » were carefully contrived to create support, in the United States and elsewhere for the State of Israel. It is for this reason that the machinations and tractations of the world leaders who created the situation are conspicuously absent from the story. In « Kedma, » on the contrary, the absence of leaders and any characterization of leadership is designed to have an entirely different effect: namely the evocation of the hatred and human suffering caused when people are instrumental in the service of political and ideological projects.

Voir enfin:

La thèse mortifère de l’envahissement de la France

Il faut à tout prix dénoncer les discours délirants, d’Eric Zemmour, de William Goldnadel, ou même, dans de trop nombreuses de ses déclarations, d’Alain Finkielkraut, écrit Jacques Attali. Tant les discours hostiles aux musulmans en France sont mortifères.

Jacques Attali
Les Echos
3 oct. 2019

Quand on parle de « souverainisme », beaucoup de gens veulent croire qu’on ne parle, en Europe, que d’une maîtrise des importations et d’un refus des disciplines communautaires. En réalité, dans la plupart des cas, ceux qui en font l’apologie parlent en fait ainsi à mots couverts d’un refus des migrants, et plus largement, d’un refus des musulmans.

Rien ne serait pourtant plus terrible, en particulier dans la société française, que de laisser dénoncer impunément la présence musulmane, et de transformer une (légale) critique de l’islam en un (illégale) racisme antiafricain (et en particulier antiarabe).

L’islam n’est pas une menace

D’abord, les discours ainsi tenus sont faux. Il n’y a aucun envahissement de la France ni de l’Europe par l’Islam ou par l’Afrique. Les migrants non européens en France ne représentent pas, en solde net annuel, 450.000 personnes, comme le prétendent les extrêmes, mais moins de 185.000 personnes (et encore, en tenant compte des naturalisations, qui en représentent la moitié), soit moins d’un demi pour cent de la population française.

99 % d’entre eux s’intègrent parfaitement dans la nation française ; ils font des études, fondent des familles, parlent en français à leurs enfants, créent des entreprises, deviennent professeurs ou médecins. Les mères musulmanes et africaines ne sont pas de moins bonnes mères que les autres françaises ou résidentes en France. Et les musulmans ne sont pas beaucoup plus pratiquants que ne le sont aujourd’hui les fidèles des autres monothéismes.

L’islam n’est pas une menace pour la France ; il en est une composante depuis le VIIIe siècle. C’est même par lui, et par les philosophes juifs, que la pensée grecque est arrivée en France au tournant du premier millénaire. Et jamais le monde ne s’est mieux porté que quand judaïsme, chrétienté et Islam travaillaient ensemble à faire triompher la raison sur l’obscurantisme.

Bien sûr, on doit tout faire pour faciliter l’intégration des migrants, favoriser la réussite de leurs enfants ; et s’opposer à toutes les tentatives religieuses, d’où qu’elles viennent, pour imposer une conception du monde, ou un mode de vie, contraires aux règles de la laïcité, non respectueuses des droits des femmes ou, plus généralement, violant les lois de la République. Ce n’est pas le cas en France de la quasi-totalité des gens de foi, quelle que soit leur foi. Et en particulier ce n’est pas le cas des musulmans.

Discours hostiles

Ces discours hostiles aux musulmans de France sont mortifères. En particulier quand ils viennent de Juifs, qui devraient ne pas oublier que l’antisémitisme vise à la fois les uns et les autres. Il faut donc à tout prix dénoncer les discours délirants d’Eric Zemmour, de William Goldnadel, ou même, dans de trop nombreuses de ses déclarations, d’Alain Finkielkraut ; et de tant d’autres.

En particulier, il est triste de voir des descendants de Juifs d’Algérie oublier le rôle magnifique que les musulmans algériens ont joué pour soutenir et protéger leurs parents, aux temps horribles de l’antisémitisme triomphant en métropole, et plus encore en Algérie, sous Vichy, sous Giraud, et même sous de Gaulle.

Il ne serait pas de l’intérêt de la communauté juive française que les musulmans de France en viennent à penser que leurs concitoyens juifs se joignent à ceux qui veulent les chasser du pays, alors que les deux communautés sont encore considérées par d’autres Français comme des nouveaux venus indésirables. Ce serait aussi faire le jeu de ce qui aimerait importer en Europe le tragique conflit du Moyen-Orient.

Ne pas oublier le passé

La France ne se résume pas à un passé, souvent insupportable, ni à une histoire, souvent critiquable. La France n’est pas à prendre en bloc, à vénérer en tant que telle. Elle doit savoir critiquer son propre rôle dans l’esclavage, dans le colonialisme, dans la xénophobie, dans l’antisémitisme, dans la collaboration, dans la destruction de la nature. Elle ne doit pas céder à ces fantasmes de « grand remplacement », et elle doit se souvenir qu’elle porte le nom d’un peuple envahisseur, et qu’elle est, depuis son origine, le lieu privilégié d’installation d’innombrables peuples, dont chaque Français, d’où qu’il vienne, est l’héritier.

Elle ne doit pas oublier non plus que ce qui se cache aujourd’hui derrière le « souverainisme » désigne en fait la même xénophobie, la même fermeture, la même absence de confiance en soi que les idéologies anti-italienne, antipolonaise, antiarménienne, et antisémites des siècles passés.

La France est un devenir dont le passé ne peut être pris en bloc, mais doit être soigneusement trié, selon des critères que, justement, la République française a contribué à construire.

La France n’est grande que quand elle est ouverte, accueillante, sûre d’elle-même. Quand elle se construit, siècle après siècle en confiance, dans le brassage et l’intégration d’idées et de familles nouvelles, venues enrichir la communauté nationale. Quand elle permet de donner à la mondialisation la dimension qui lui manque tant, celle de la démocratie, de la justice sociale, et de la défense des libertés, contre toutes les dictatures.

Voir par ailleurs:

Rod Dreher: « Les Américains sont-ils redevenus conservateurs? »

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Donald Trump participe ce vendredi à la «Marche pour la vie» de Washington, et la Cour suprême des États-Unis est redevenue majoritairement conservatrice sous son mandat. L’essayiste américain Rod Dreher nuance pourtant ce basculement politique.
Paul Sugy
Le Figaro
24 janvier 2020

Rod Dreher est un journaliste et écrivain américain, éditorialiste à l’American Conservative. Il a publié Comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus: le pari bénédictin (Artège, 2017).


FIGAROVOX. – Donald Trump assiste ce vendredi à la «Marche pour la vie» à Washington. C’est la première fois qu’un président américain y participe. Pourtant il y a quelques années, il se déclarait «pro-choix»…

Rod DREHER. – La participation de Donald Trump est entièrement opportuniste. Il ne me semble pas qu’il ait des convictions morales solides. Il a découvert que les chrétiens conservateurs évangéliques le soutiennent, ils sont eux-mêmes pro-vie donc finalement il leur donne ce qu’ils veulent. Il est peut-être hypocrite à propos du droit à l’avortement, mais ce qu’il faut retenir, c’est qu’il a nommé des juges pro-vie à la Cour Suprême. Et je préfère avoir un président hypocrite qui reste constant dans sa politique sur l’avortement, qu’un président qui soit sincèrement pro-vie mais qui ne soit pas suffisamment engagé pour cette cause…

Est-il réellement «le président le plus pro-vie de l’histoire» comme l’a expliqué Russel T. Vought au Daily Wire?

Je ne connais pas la réponse à cette question. Il se peut qu’il le soit, mais George W. Bush était fermement engagé pour la vie également. Il ne faut pas oublier que les alliés de Trump comme ses ennemis adorent les exagérations pour parler de lui… Et encore une fois, l’essentiel est dans ce qu’il fait et non pas dans la sincérité de ses actions.

Le droit à l’avortement est-il une nouvelle ligne de fracture pour la politique américaine?

Non, l’avortement n’est pas une nouvelle fracture, c’est une ligne de clivage depuis les années 1980 lors de la première campagne électorale de Ronald Reagan. Le fait que l’avortement demeure une fracture depuis toutes ces années est particulièrement intéressant: le pays a beaucoup évolué, même au sujet de la libération sexuelle.

Tous les vieux combats culturels concernant les questions de sexualité ont été perdus par la droite… à l’exception de l’avortement.

Un rapport de 2003 publié dans The Atlantic par Thomas B. Edsall intitulé «Blue Movie» montre de manière éloquente comment les questions de sexualité, incluant l’avortement, permettent de prédire avec précision le parti pour lequel les personnes interrogées vont voter. Depuis, les États-Unis sont devenus plus libéraux sur ces questions. La pornographie s’est répandue et est devenue largement accessible. Le mariage homosexuel a gagné un soutien majoritaire à une vitesse fulgurante et particulièrement auprès des jeunes. Après l’arrêt Obergefell qui déclare le droit constitutionnel du mariage homosexuel, pour les chrétiens la question des droits des homosexuels n’est plus centrée sur l’homosexualité elle-même mais sur la confrontation entre les droits LGBT et la liberté de conscience des croyants. Tous les vieux combats culturels concernant les questions de sexualité ont été perdus par la droite… à l’exception de l’avortement. Étrangement, l’opinion publique à propos de l’avortement n’a pas véritablement évolué depuis 1973. La plupart des Américains sont favorables à l’avortement, qui est légalisé, mais en y appliquant des restrictions. Alors qu’en 1973 l’arrêt Roe v. Wade prévoit un avortement sans restrictions.

Les miracles de la médecine actuelle qui sauve la vie de bébés nés grands prématurés sont plus parlants pour cette génération que les sermons des prêtres.

Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que même si les «millennials» sont bien plus libres sur les questions de sexualité que les générations précédentes, et malgré le fait qu’ils sont la génération la plus laïque de l’histoire des États-Unis, l’opposition à un avortement sans restriction demeure forte parmi eux. Je ne suis pas certain d’avoir la clef d’explication de ce phénomène mais je pense que la technologie est un élément de compréhension. Les avancées des échographies ont permis aux gens de véritablement voir pour la première fois ce qu’il se passe dans l’utérus et de prendre conscience qu’ils n’y voient pas qu’un morceau de chair mais un être humain en train de se développer. Les miracles de la médecine actuelle qui sauve la vie de bébés nés grands prématurés sont plus parlants pour cette génération que les sermons des prêtres.

Dans la campagne pour sa réélection, Donald Trump va-t-il tenter de rallier un électorat profondément conservateur?

Oui évidemment, il n’a plus grand monde à convaincre. La probabilité de la réélection de Donald Trump dépend de sa capacité à rallier sa base et à convaincre les conservateurs qui rechignent à voter démocrate, mais qui n’avaient pas voté pour lui en 2016 à cause de doutes profonds sur sa personne.

Les activistes progressistes ont désigné les chrétiens conservateurs comme leur principal ennemi.

Trump n’a pas été aussi mauvais que ce que je craignais. Pour autant je ne crois pas qu’il a été un bon président. Néanmoins, je vais sûrement voter pour lui en 2020, et ce pour une bonne raison: le parti démocrate est extrêmement hostile envers les conservateurs religieux et sociétaux mais aussi envers nos libertés fondamentales. Leur combat pour la théorie du genre et l’extension maximale des droits de la communauté LGBT sont les principaux piliers du programme démocrate. Les activistes progressistes ont désigné les chrétiens conservateurs comme leur principal ennemi. Sur ces questions et sur la protection de la liberté d’expression, on ne peut pas leur faire confiance. Ils sont devenus les ennemis de la liberté.

Il est clair que le nombre d’Américains qui est d’accord avec les traditionalistes sur ces questions diminue. Je crois que dans les mois et les décennies à venir, les juges fédéraux conservateurs que Trump a nommés seront les seuls à offrir une véritable sauvegarde de la liberté religieuse aux États-Unis. Les Républicains au Congrès et à la Maison Blanche n’ont pas vraiment agi en faveur du renforcement de la liberté religieuse contre les revendications des droits LGBT. Ils sont terrifiés à l’idée de passer pour bigots. Malheureusement, beaucoup de chrétiens américains ont eu des faux espoirs avec le Grand Old Party, en pensant qu’il suffisait de voter républicain pour gagner sur ces questions. En réalité, dans tous les domaines, académiques, médicaux, juridiques, dans les entreprises, les droits LGBT et l’idéologie du genre sont triomphants. Voter républicain est le seul moyen de ralentir cette «Blitzkrieg» progressiste et peut être à travers des biais juridiques y mettre fin dans le futur. Ce n’est pas grand-chose, mais c’est tout ce que nous pouvons faire pour le moment sur le front politique.

À en croire les journaux français, les États-Unis vivent en ce moment un crépuscule du progressisme… Est-ce aussi votre sentiment?

C’est faux, mais je peux comprendre que cela semble apparaître de cette manière pour quelqu’un qui ne s’intéresse qu’au pouvoir politique. Il est vrai que Trump a la présidence, les Républicains tiennent la majorité au Congrès et pour ces deux raisons les Républicains nomment un certain nombre de juges fédéraux.

L’émergence d’un « woke capitalism  », un capitalisme progressiste, est un des faits politiques les plus significatifs de la décennie.

C’est un élément important mais ce n’est pas suffisant face au pouvoir culturel immense que les progressistes détiennent de leur côté. Ils contrôlent les plus grands médias d’information et de divertissement, ils contrôlent les écoles et les universités, la médecine et le droit et aussi de manière assez improbable, les grandes entreprises. L’émergence d’un «woke capitalism», un capitalisme progressiste, est un des faits politiques les plus significatifs de la décennie. La majorité des conservateurs n’a pas conscience de leur puissance ni de la manière dont ils se sont clairement positionnés contre le conservatisme social. Ils sont encore attachés à l’ère reaganienne et à illusion que le monde des affaires est conservateur.

Quand Ronald Reagan a été élu président en 1980, il a ouvert une nouvelle ère dans la politique américaine, dominée par la droite, plus précisément par les néolibéraux de la droite. Cette ère s’est achevée avec Obama et Trump, mais l’avenir n’est pas écrit. Si on avait dit à un électeur conservateur au moment de l’investiture de Reagan que 30 ans plus tard le christianisme serait déclinant en Amérique, que le mariage homosexuel et l’adoption seraient légaux, que la pornographie violente serait uniformément répandue et accessible à tous y compris aux enfants grâce aux smartphones, que les médecins seraient autorisés à retirer des poitrines féminines à des jeunes filles pour devenir des hommes transgenres, je pense que cet électeur ne croirait pas une seconde qu’un pays qui autorise cela puisse être véritablement conservateur. Et pourtant c’est la réalité de l’Amérique d’aujourd’hui.

Les chrétiens traditionnels, catholiques, protestants, orthodoxes, ont perdu la guerre culturelle.

Si nous sommes un pays conservateur, pourquoi n’avons-nous pas eu un mouvement comme celui de la Manif pour tous, qui pourtant en France, au pays de la laïcité, a conduit des centaines de milliers de personnes dans les rues de Paris pour manifester? J’ai le sentiment que nous sommes plus un pays houllebecquien, même si les conservateurs ne veulent pas l’admettre. Les chrétiens traditionnels, catholiques, protestants, orthodoxes, ont perdu la guerre culturelle. Nous devons nous préparer à une longue période d’occupation et de résistance. C’est ce que j’appelle choisir l’option bénédictine. Même si mon livre s’est bien vendu aux États-Unis, proportionnellement il a eu plus de succès en Europe. En France, en Italie, en Espagne et dans d’autres pays européens mes lecteurs sont des catholiques de moins de 40 ans. Lorsque vous êtes aussi jeune et que vous allez encore à la messe, vous n’avez pas à être convaincu de la vérité du diagnostic que je porte sur le malaise culturel actuel. De même, vous n’avez pas besoin d’être convaincu de l’impuissance de l’église post-soixante-huitarde dans cette crise. En Amérique, les chrétiens n’ont pas encore vu pleinement cette vérité. Cela nous attend dans cette nouvelle décennie. Ce sera un choc douloureux mais nous ne serons pas en mesure de constituer une vraie résistance tant que nous n’accepterons pas cette réalité. Après Trump, le déluge.


Elimination du général Soleimani: Attention, une décision irresponsable peut en cacher une autre ! (Guess who just pulled another decisive blow against Iran’s rogue adventurism ?)

3 janvier, 2020

CA502K5W8AAepmbImage may contain: 2 people"Soleimani is my commander" says the lower graffiti on the U.S. embassy in Baghdad at the very end of 2019LONG LIVE TRUMP ! (On Tehran streets after Soleimani's elimination, Jan. 3, 2019)
Image result for damet garm poeticPersian is a beautifully lyrical and highly emotional language, one that adds a touch of poetry to everyday phrases. Discover these 18 poetic Persian phrases you'll wish English had.

3 a.m. There is a phone in the White House and it’s ringing. Who do you want answering the phone? Hillary Clinton ad (2008)
The assassination of Iran Quds Force chief Qassem Soleimani is an extremely dangerous and foolish escalation. The US bears responsibility for all consequences of its rogue adventurism.  Mohammad Javad Zarif (Iranian Foreign Minister)
Le président Trump vient de jeter un bâton de dynamite dans une poudrière, et il doit au peuple américain une explication. C’est une énorme escalade dans une région déjà dangereuse. Joe Biden
Iraqis — Iraqis — dancing in the street for freedom; thankful that General Soleimani is no more. Mike Pompeo
Qassem Soleimani was an arch terrorist with American blood on his hands. His demise should be applauded by all who seek peace and justice. Proud of President Trump for doing the strong and right thing. Nikki Haley
To Iran and its proxy militias: We will not accept the continued attacks against our personnel and forces in the region. Attacks against us will be met with responses in the time, manner and place of our choosing. We urge the Iranian regime to end malign activities. Mark Esper (US Defense Secretary)
At the direction of the President, the U.S. military has taken decisive defensive action to protect U.S. personnel abroad by killing Qasem Soleimani, the head of the Islamic Revolutionary Guard Corps-Quds Force, a U.S.-designated Foreign Terrorist Organization. General Soleimani was actively developing plans to attack American diplomats and service members in Iraq and throughout the region. General Soleimani and his Quds Force were responsible for the deaths of hundreds of American and coalition service members and the wounding of thousands more. He had orchestrated attacks on coalition bases in Iraq over the last several months – including the attack on December 27th – culminating in the death and wounding of additional American and Iraqi personnel. General Soleimani also approved the attacks on the U.S. Embassy in Baghdad that took place this week. This strike was aimed at deterring future Iranian attack plans. The United States will continue to take all necessary action to protect our people and our interests wherever they are around the world. US state department
In March 2007, Soleimani was included on a list of Iranian individuals targeted with sanctions in United Nations Security Council Resolution 1747. On 18 May 2011, he was sanctioned again by the U.S. along with Syrian president Bashar al-Assad and other senior Syrian officials due to his alleged involvement in providing material support to the Syrian government. On 24 June 2011, the Official Journal of the European Union said the three Iranian Revolutionary Guard members now subject to sanctions had been « providing equipment and support to help the Syrian government suppress protests in Syria ». The Iranians added to the EU sanctions list were two Revolutionary Guard commanders, Soleimani, Mohammad Ali Jafari, and the Guard’s deputy commander for intelligence, Hossein Taeb. Soleimani was also sanctioned by the Swiss government in September 2011 on the same grounds cited by the European Union. In 2007, the U.S. included him in a « Designation of Iranian Entities and Individuals for Proliferation Activities and Support for Terrorism », which forbade U.S. citizens from doing business with him. The list, published in the EU’s Official Journal on 24 June 2011, also included a Syrian property firm, an investment fund and two other enterprises accused of funding the Syrian government. The list also included Mohammad Ali Jafari and Hossein Taeb. On 13 November 2018, the U.S. sanctioned an Iraqi military leader named Shibl Muhsin ‘Ubayd Al-Zaydi and others who allegedly were acting on Soleimani’s behalf in financing military actions in Syria or otherwise providing support for terrorism in the region. Wikipedia
The historic nuclear accord between a US-led group of countries and Iran was good news for a man who some consider to be the Middle East’s most effective covert operative. As a result of the deal, Qasem Suleimani, the commander of the Iranian Revolutionary Guards Qods Force and the general responsible for overseeing Iran’s network of proxy organizations, will be removed from European Union sanctions lists once the agreement is implemented, and taken off a UN sanctions list after eight or fewer years. Iran obtained some key concessions as a result of the nuclear agreement, including access to an estimated $150 billion in frozen assets; the lifting of a UN arms embargo, the eventual end to sanctions related to the country’s ballistic missile program; the ability to operate over 5,000 uranium enrichment centrifuges and to run stable elements through centrifuges at the once-clandestine and heavily guarded Fordow facility; nuclear assistance from the US and its partners; and the ability to stall inspections of sensitive sites for as long as 24 days. In light of these accomplishments, the de-listing of a general responsible for coordinating anti-US militia groups in Iraq — someone who may be responsible for the deaths of US soldiers — almost seems gratuitous. It’s unlikely that the entire deal hinged on a single Iranian officer’s ability to open bank accounts in EU states or travel within Europe. But it got into the deal anyway. So did a reprieve for Bank Saderat, which the US sanctioned in 2006 for facilitating money transfers to Iranian regime-supported terror groups like Hezbollah and Islamic Jihad. As part of the deal, Bank Saderat will leave the EU sanctions list on the same timetable as Suleimani, although it will remain under US designation. Like Suleimani’s removal, Bank Saderat’s apparent legalization in Europe suggests that for the purposes of the deal, the US and its partners lumped a broad range of restrictions under the heading of « nuclear-related » sanctions. Suleimani and Bank Saderat are still going to remain under US sanctions related to the Iranian regime’s human rights abuses and support for terrorism. US sanctions have broad extraterritorial reach, and the US Treasury Department has turned into the scourge of compliance desks at banks around the world. But that matters to a somewhat lesser degree inside of the EU, where companies have actually been exempted from complying with certain US « secondary sanctions » on Iran since the mid-1990s. (…) Some time in the next few years, Qasem Suleimani will be able to travel and do business inside the EU, while a bank that’s facilitated the funding of US-listed terror group’s will be allowed to enter the European market. As part of the nuclear deal, the US and its partners bargained away much of the international leverage against some of the more problematic sectors in the Iranian regime, including entities whose wrongdoing went well beyond the nuclear realm. The result is the almost complete reversal of the sanctions regime in Europe. Iran successfully pushed for a broad definition of « nuclear-related sanctions, » and bargained hard — and effectively — for a maximal degree of sanctions relief. And the de-listing of Bank Saderat and Qasem Suleimani, along with the late-breaking effort to classify arms trade restrictions as purely nuclear-related, demonstrates just how far the US and its partners were willing to go to close a historic nuclear deal. Armin Rosen
This was a combatant. There’s no doubt that he fit the description of ‘combatant.’ He was a uniformed member of an enemy military who was actively planning to kill Americans; American soldiers and probably, as well, American civilians. It was the right thing to do. It was legally justified, and I think we should applaud the president for his decision. We send a very powerful message to the Iranian government that we will not stand by as the American embassy is attacked — which is an act of war — and we will not stand by as plans are being made to attack and kill American soldiers. I think every president who had any degree of courage would do the same thing, and I applaud our president for doing it, and the members of the military who carried it out, risking their own lives and safety. I think this is an action that will have saved lives in the end.  The president doesn’t need congressional authorization, or any legal authorization … The president, as the commander-in-chief of the army is entitled to take preventive actions to save the lives of the American military. This is very similar to what Barack Obama did with Ben Rhodes’s authorization and approval — without Congress’s authorization — in killing Osama bin Laden. In fact, that was worse, in some ways, because that was a revenge act. There was no real threat that Osama bin Laden would carry out any future terrorist acts. Moreover, he was not a member of an official armed forces in uniform, so it’s a fortiori from what Obama did and Rhodes did that President Trump has complete legal authority in a much more compelling way to have taken the military action that was taken today. Alan Dershowitz
Trump in full fascist 101 mode-,steal and lie – untill there’s nothing left and start a war – He’s so idiotic he doesn’t know he just attacked Iran And that’s not like anywhere else. John Cusak
Dear , The USA has disrespected your country, your flag, your people. 52% of us humbly apologize. We want peace with your nation. We are being held hostage by a terrorist regime. We do not know how to escape. Please do not kill us. . Rose McGowan
On se réveille dans un monde plus dangereux (…) et l’escalade militaire est toujours dangereuse. Amélie de Montchalin (secrétaire d’État française aux Affaires européennes)
C’est d’abord l’Iranienne qui va vous répondre et celle-là ne peut que se réjouir de ce qui s’est passé. Je parle en mon nom mais je peux vous l’assurer aussi au nom de millions d’Iraniens, probablement la majorité d’entre eux : cet homme était haï, il incarnait le mal absolu ! Je suis révoltée par les commentaires que j’ai entendus venant de certains pseudo-spécialistes de l’Iran, le présentant sur une chaîne de télévision comme un individu charismatique et populaire. Il faut ne rien connaître et ne rien comprendre à ce pays pour tenir ce genre de sottises. Pour l’Iranien lambda, Soleimani était un monstre, ce qui se fait de pire dans la République islamique. (…) Soleimani en était un élément essentiel, aussi puissant que Khameini et ce n’est pas de la propagande que d’affirmer que sa mort ne choque presque personne. (…) Je ne suis pas dans le secret des généraux iraniens mais une simple observatrice informée. Le régime est aux abois depuis des mois, totalement isolé. Ils savent qu’ils n’ont pas d’avenir, la rue et le peuple n’en veulent plus, ils ne peuvent pas vraiment compter sur l’Union européenne et pas plus sur la Chine. Ils n’ont aucun avenir et c’est ce qui rend la situation particulièrement dangereuse car ils sont dans une logique suicidaire. (…) En réalité, ils ont tout perdu et ne peuvent plus sortir du pays pour s’installer à l’étranger car des mandats ont été lancés contre la plupart d’entre eux. Les sanctions ont asséché la manne des pétrodollars et c’est essentiel car il n’y avait pas d’adhésion idéologique à ce régime. (…) Donald Trump (…) a considérablement affaibli ce régime, comme jamais auparavant, et peut-être même a-t-il signé leur arrêt de mort. Nous verrons. Lors des manifestations populaires, à Téhéran et dans d’autre villes, les noms de Khameini, de Rohani, de Soleimani étaient hués. Il n’y a jamais eu de slogans anti-Trump ou contre les Etats-Unis. (…) [Mais] hélas ils n’abandonneront pas le pouvoir tranquillement, j’en suis convaincue. Mahnaz Shirali
The whole “protest” against the United States Embassy compound in Baghdad last week was almost certainly a Suleimani-staged operation to make it look as if Iraqis wanted America out when in fact it was the other way around. The protesters were paid pro-Iranian militiamen. No one in Baghdad was fooled by this. In a way, it’s what got Suleimani killed. He so wanted to cover his failures in Iraq he decided to start provoking the Americans there by shelling their forces, hoping they would overreact, kill Iraqis and turn them against the United States. Trump, rather than taking the bait, killed Suleimani instead. I have no idea whether this was wise or what will be the long-term implications. But (…) Suleimani is part of a system called the Islamic Revolution in Iran. That revolution has managed to use oil money and violence to stay in power since 1979 — and that is Iran’s tragedy, a tragedy that the death of one Iranian general will not change. Today’s Iran is the heir to a great civilization and the home of an enormously talented people and significant culture. Wherever Iranians go in the world today, they thrive as scientists, doctors, artists, writers and filmmakers — except in the Islamic Republic of Iran, whose most famous exports are suicide bombing, cyberterrorism and proxy militia leaders. The very fact that Suleimani was probably the most famous Iranian in the region speaks to the utter emptiness of this regime, and how it has wasted the lives of two generations of Iranians by looking for dignity in all the wrong places and in all the wrong ways. (…) in the coming days there will be noisy protests in Iran, the burning of American flags and much crying for the “martyr.” The morning after the morning after? There will be a thousand quiet conversations inside Iran that won’t get reported. They will be about the travesty that is their own government and how it has squandered so much of Iran’s wealth and talent on an imperial project that has made Iran hated in the Middle East. And yes, the morning after, America’s Sunni Arab allies will quietly celebrate Suleimani’s death, but we must never forget that it is the dysfunction of many of the Sunni Arab regimes — their lack of freedom, modern education and women’s empowerment — that made them so weak that Iran was able to take them over from the inside with its proxies. (…) the Middle East, particularly Iran, is becoming an environmental disaster area — running out of water, with rising desertification and overpopulation. If governments there don’t stop fighting and come together to build resilience against climate change — rather than celebrating self-promoting military frauds who conquer failed states and make them fail even more — they’re all doomed. Thomas L. Friedman
It is impossible to overstate the importance of this particular action. It is more significant than the killing of Osama bin Laden or even the death of [Islamic State leader Abu Bakr] al-Baghdadi. Suleimani was the architect and operational commander of the Iranian effort to solidify control of the so-called Shia crescent, stretching from Iran to Iraq through Syria into southern Lebanon. He is responsible for providing explosives, projectiles, and arms and other munitions that killed well over 600 American soldiers and many more of our coalition and Iraqi partners just in Iraq, as well as in many other countries such as Syria. So his death is of enormous significance. The question of course is how does Iran respond in terms of direct action by its military and Revolutionary Guard Corps forces? And how does it direct its proxies—the Iranian-supported Shia militia in Iraq and Syria and southern Lebanon, and throughout the world? (…) The reasoning seems to be to show in the most significant way possible that the U.S. is just not going to allow the continued violence—the rocketing of our bases, the killing of an American contractor, the attacks on shipping, on unarmed drones—without a very significant response. Many people had rightly questioned whether American deterrence had eroded somewhat because of the relatively insignificant responses to the earlier actions. This clearly was of vastly greater importance. Of course it also, per the Defense Department statement, was a defensive action given the reported planning and contingencies that Suleimani was going to Iraq to discuss and presumably approve. This was in response to the killing of an American contractor, the wounding of American forces, and just a sense of how this could go downhill from here if the Iranians don’t realize that this cannot continue. (…) Iran is in a very precarious economic situation, it is very fragile domestically—they’ve killed many, many hundreds if not thousands of Iranian citizens who were demonstrating on the streets of Iran in response to the dismal economic situation and the mismanagement and corruption. I just don’t see the Iranians as anywhere near as supportive of the regime at this point as they were decades ago during the Iran-Iraq War. Clearly the supreme leader has to consider that as Iran considers the potential responses to what the U.S. has done. It will be interesting now to see if there is a U.S. diplomatic initiative to reach out to Iran and to say, “Okay, the next move could be strikes against your oil infrastructure and your forces in your country—where does that end?” (…) We haven’t declared war, but we have taken a very, very significant action. (…) We’ve taken numerous actions to augment our air defenses in the region, our offensive capabilities in the region, in terms of general purpose and special operations forces and air assets. The Pentagon has considered the implications, the potential consequences and has done a great deal to mitigate the risks—although you can’t fully mitigate the potential risks.  (…) Again what was the alternative? Do it in Iran? Think of the implications of that. This is the most formidable adversary that we have faced for decades. He is a combination of CIA director, JSOC [Joint Special Operations Command] commander, and special presidential envoy for the region. This is a very significant effort to reestablish deterrence, which obviously had not been shored up by the relatively insignificant responses up until now. (…) Obviously all sides will suffer if this becomes a wider war, but Iran has to be very worried that—in the state of its economy, the significant popular unrest and demonstrations against the regime—that this is a real threat to the regime in a way that we have not seen prior to this. (…) The incentive would be to get out from under the sanctions, which are crippling. Could we get back to the Iran nuclear deal plus some additional actions that could address the shortcomings of the agreement? This is a very significant escalation, and they don’t know where this goes any more than anyone else does. Yes, they can respond and they can retaliate, and that can lead to further retaliation—and that it is clear now that the administration is willing to take very substantial action. This is a pretty clarifying moment in that regard. (…) Right now they are probably doing what anyone does in this situation: considering the menu of options. There could be actions in the gulf, in the Strait of Hormuz by proxies in the regional countries, and in other continents where the Quds Force have activities. There’s a very considerable number of potential responses by Iran, and then there’s any number of potential U.S. responses to those actions. Given the state of their economy, I think they have to be very leery, very concerned that that could actually result in the first real challenge to the regime certainly since the Iran-Iraq War. (…) The [Iraqi] prime minister has said that he would put forward legislation to [kick the U.S. military out of Iraq], although I don’t think that the majority of Iraqi leaders want to see that given that ISIS is still a significant threat. They are keenly aware that it was not the Iranian supported militias that defeated the Islamic State, it was U.S.-enabled Iraqi armed forces and special forces that really fought the decisive battles. Gen. David Petraeus
[Qasem Soleimani] was our most significant Iranian adversary during my four years in Iraq, [and] certainly when I was the Central Command commander, and very much so when I was the director of the CIA. He is unquestionably the most significant and important — or was the most significant and important — Iranian figure in the region, the most important architect of the effort by Iran to solidify control of the Shia crescent, and the operational commander of the various initiatives that were part of that effort. (…)  He sent a message to me through the president of Iraq in late March of 2008, during the battle of Basra, when we were supporting the Iraqi army forces that were battling the Shia militias in Basra that were supported, of course, by Qasem Soleimani and the Quds Force. He sent a message through the president that said, « General Petraeus, you should know that I, Qasem Soleimani, control the policy of Iran for Iraq, and also for Syria, Lebanon, Gaza and Afghanistan. » And the implication of that was, « If you want to deal with Iran to resolve this situation in Basra, you should deal with me, not with the Iranian diplomats. » And his power only grew from that point in time. By the way, I did not — I actually told the president to tell Qasem Soleimani to pound sand. (…) I suspect that the leaders in Washington were seeking to reestablish deterrence, which clearly had eroded to some degree, perhaps by the relatively insignificant actions in response to these strikes on the Abqaiq oil facility in Saudi Arabia, shipping in the Gulf and our $130 million dollar drone that was shot down. And we had seen increased numbers of attacks against US forces in Iraq. So I’m sure that there was a lot of discussion about what could show the Iranians most significantly that we are really serious, that they should not continue to escalate. Now, obviously, there is a menu of options that they have now and not just in terms of direct Iranian action against perhaps our large bases in the various Gulf states, shipping in the Gulf, but also through proxy actions — and not just in the region, but even in places such as Latin America and Africa and Europe. (…) I am not privy to the intelligence that was the foundation for the decision, which clearly was, as was announced, this was a defensive action, that Soleimani was going into the country to presumably approve further attacks. Without really being in the inner circle on that, I think it’s very difficult to either second-guess or to even think through what the recommendation might have been. Again, it is impossible to overstate the significance of this action. This is much more substantial than the killing of Osama bin Laden. It’s even more substantial than the killing of Baghdadi. (…) my understanding is that we have significantly shored up our air defenses, our air assets, our ground defenses and so forth. There’s been the movement of a lot of forces into the region in months, not just in the past days. So there’s been a very substantial augmentation of our defensive capabilities and also our offensive capabilities.  And (…) the question Iran has to ask itself is, « Where does this end? » If they now retaliate in a significant way — and considering how vulnerable their infrastructure and forces are at a time when their economy is in dismal shape because of the sanctions. So Iran is not in a position of strength, although it clearly has many, many options available to it, as I mentioned, not just with their armed forces and the Revolutionary Guards Corps, but also with these Quds Force-supported proxy elements throughout the region in the world. (…) I think one of the questions is, « What will the diplomatic ramifications of this be? » And again, there have been celebrations in some places in Iraq at the loss of Qasem Soleimani. So, again, there’s no tears being shed in certain parts of the country. And one has to ask what happens in the wake of the killing of the individual who had a veto, virtually, over the leadership of Iraq. What transpires now depends on the calculations of all these different elements. And certainly the US, I would assume, is considering diplomatic initiatives as well, reaching out and saying, « Okay. Does that send a sufficient message of our seriousness? Now, would you like to return to the table? » Or does Iran accelerate the nuclear program, which would, of course, precipitate something further from the United States? Very likely. So lots of calculations here. And I think we’re still very early in the deliberations on all the different ramifications of this very significant action. (…) I think that this particular episode has been fairly impressively handled. There’s been restraint in some of the communications methods from the White House. The Department of Defense put out, I think, a solid statement. It has taken significant actions, again, to shore up our defenses and our offensive capabilities. The question now, I think, is what is the diplomatic initiative that follows this? What will the State Department and the Secretary of State do now to try to get back to the table and reduce or end the battlefield consequences? [The flag that Donald Trump posted last night, no words] (…) I think relative to some of his tweets that was quite restrained. Gen. David Petraeus
Washington gave Israel a green light to assassinate Qassem Soleimani, the commander of the Quds Force, the overseas arm of Iran’s Revolutionary Guard, Kuwaiti newspaper Al-Jarida reported on Monday. Al-Jarida, which in recent years had broken exclusive stories from Israel, quoted a source in Jerusalem as saying that « there is an American-Israeli agreement » that Soleimani is a « threat to the two countries’ interests in the region. » It is generally assumed in the Arab world that the paper is used as an Israeli platform for conveying messages to other countries in the Middle East. (…) The agreement between Israel and the United States, according to the report, comes three years after Washington thwarted an Israeli attempt to kill the general. The report says Israel was « on the verge » of assassinating Soleimani three years ago, near Damascus, but the United States warned the Iranian leadership of the plan, revealing that Israel was closely tracking the Iranian general. Haaretz (2018)
Most revered military leader’ now joins ‘austere religious scholar’ and ‘mourners’ trying to storm our embassy as word choices that make normal people wonder whose side the American mainstream media is on. Buck Sexton
Make no mistake – this is bigger than taking out Osama Bin Laden. Ranj Alaaldin
The reported deaths of Iranian General Qassem Suleimani and the Iraqi commander of the militia that killed an American last week was a bold and decisive military action made possible by excellent intelligence and the courage of America’s service members. His death is a huge loss for Iran’s regime and its Iraqi proxies, and a major operational and psychological victory for the United States. The Islamic Revolutionary Guard Corps (IRGC), led by Suleimani, was responsible for the deaths of more than 600 Americans in Iraq between 2003-2011, and countless more injured. He was a chief architect behind Iran’s continuing reign of terror in the region. This strike against one of the world’s most odious terrorists is no different than the mission which took out Osama bin Laden – it is, in fact, even more justifiable since he was in a foreign country directing terrorist attacks against Americans. Lt. Col. (Ret.) James Carafano (Heritage Foundation)
This is a major blow. I would argue that this is probably the most major decapitation strike the United States has ever carried out. … This is a man who controlled a transnational foreign legion that was controlling governments in numerous different countries. He had a hell of a lot of power and a hell of a lot of control. You have to be a strong leader in order to get these people to work with you, know how and when to play them off one another, and also know which Iranians do I need within the IRGC-QF, which Lebanese do I need, which Iraqis do I need … that’s not something you can just pick up at a local five and dime. It takes decades of experience. (…) It’s an incredible two-fer. This is another one of those old hands. These guys don’t grow on trees. It takes time. Iran has been at war with the United States since the Islamic Revolutionary regime took power in Tehran in 1979. To say that we are going to war or that this is yet another American escalation — I think we need to be a little more detailed. Over the past year, Kata’ib Hizballah, was launching rockets and mortars at Americans in Iraq and eventually killed one. Over the past couple of years we’ve had a number of issues in the Gulf, we’ve had a number of issues in different countries, we’ve had international terrorism issues, you name it, you can throw everything at the wall, and the Iranians have in some way been behind some of it. Even arm supplies to the Taliban … so this didn’t just appear in a vacuum because ‘we didn’t like the Iranians. What the administration must offer now is firm diplomacy backed by the continuing, credible threat of the use of military force. President Trump has wisely shown that he will act with the full powers of his office when American interests are threatened, and the extremist regime in Tehran would be wise to take notice. Phillip Smyth (Washington Institute)
From a military and diplomatic perspective, Soleimani was Iran’s David Petraeus and Stan McChrystal and Brett McGurk all rolled into one. And that’s now the problem Iran faces. I do not know of a single Iranian who was more indispensable to his government’s ambitions in the Middle East. From 2015 to 2017, when we were in the heat of the fighting against the Islamic State in both Syria and Iraq, I would watch Soleimani shuttle back and forth between Syria and Iraq. When the war to prop up Bashar al-Assad was going poorly, Soleimani would leave Iraq for Syria. And when Iranian-backed militias in Iraq began to struggle against the Islamic State, Soleimani would leave Syria for Iraq. That’s now a problem for Iran. Just as the United States often faces a shortage of human capital—not all general officers and diplomats are created equal, sadly, and we are not exactly blessed with a surplus of Arabic speakers in our government—Iran also doesn’t have a lot of talent to go around. One of the reasons I thought Iran erred so often in Yemen—giving strategic weapons such as anti-ship cruise missiles to a bunch of undertrained Houthi yahoos, for example—was a lack of adult supervision. Qassem Soleimani was the adult supervision. He was spread thin over the past decade, but he was nonetheless a serious if nefarious adversary of the United States and its partners in the region. And Iran and its partners will now feel his loss greatly. Soleimani was at least partially, and in many cases directly, responsible for dozens if not hundreds of attacks on U.S. forces in Iraq going back to the height of the Iraq War. Andrew Exum
Soleimani is responsible for the Iranian military terror reign across the Middle East. Many Arab Muslims across the region are celebrating today. Unfortunately, many US Democrats are not. Instead, they are criticizing President Trump. If the death of Soleimani leads to any escalation, it is the Islamic regime of Iran that is to blame. The same Islamic terror regime that past President Obama wanted to align as the US closest ally in the Middle East, handing them the disastrous nuclear deal, as well as billions of dollars in cash. As Iran considers the US “big satan” and Israel as “little satan”, Israel is on high alert for any Iranian attacks in retaliation. Iran has always viewed an attack on Israeli interests as an attack on the USA. Avi Abelow
The successful operation against Qassem Suleimani, head of the Islamic Revolutionary Guard Corps, is a stunning blow to international terrorism and a reassertion of American might. (…) President Trump has conditioned his policies on Iranian behavior. When Iran spread its malign influence, Trump acted to check it. When Iran struck, Trump hit back: never disproportionately, never definitively. He left open the possibility of negotiations. He doesn’t want to have the greater Middle East — whether Libya, Syria, Iraq, Iran, Yemen, or Afghanistan — dominate his presidency the way it dominated those of Barack Obama and George W. Bush. America no longer needs Middle Eastern oil. Best to keep the region on the back burner and watch it so it doesn’t boil over. Do not overcommit resources to this underdeveloped, war-torn, sectarian land. The result was reciprocal antagonism. In 2018, Trump withdrew the United States from the Joint Comprehensive Plan of Action negotiated by his predecessor. He began jacking up sanctions. The Iranian economy turned to a shambles. This “maximum pressure” campaign of economic warfare deprived the Iranian war machine of revenue and drove a wedge between the Iranian public and the Iranian government. Trump offered the opportunity to negotiate a new agreement. Iran refused. And began to lash out. Last June, Iran’s fingerprints were all over two oil tankers that exploded in the Persian Gulf. Trump tightened the screws. Iran downed a U.S. drone. Trump called off a military strike at the last minute and responded indirectly, with more sanctions, cyber attacks, and additional troop deployments to the region. Last September a drone fleet launched by Iranian proxies in Yemen devastated the Aramco oil facility in Abqaiq, Saudi Arabia. Trump responded as he had to previous incidents: nonviolently. Iran slowly brought the region to a boil. First it hit boats, then drones, then the key infrastructure of a critical ally. On December 27 it went further: Members of the Kataib Hezbollah militia launched rockets at a U.S. installation near Kirkuk, Iraq. Four U.S. soldiers were wounded. An American contractor was killed. Destroying physical objects merited economic sanctions and cyber intrusions. Ending lives required a lethal response. It arrived on December 29 when F-15s pounded five Kataib Hezbollah facilities across Iraq and Syria. At least 25 militiamen were killed. Then, when Kataib Hezbollah and other Iran-backed militias organized a mob to storm the U.S. embassy in Baghdad, setting fire to the grounds, America made a show of force and threatened severe reprisals. The angry crowd melted away. The risk to the U.S. embassy — and the possibility of another Benghazi — must have angered Trump. “The game has changed,” Secretary of Defense Mark Esper said hours before the assassination of Soleimani at Baghdad airport. (…) Deterrence, says Fred Kagan of the American Enterprise Institute, is credibly holding at risk something your adversary holds dear. If the reports out of Iraq are true, President Trump has put at risk the entirety of the Iranian imperial enterprise even as his maximum-pressure campaign strangles the Iranian economy and fosters domestic unrest. That will get the ayatollah’s attention. And now the United States must prepare for his answer. The bombs over Baghdad? That was Trump calling Khamenei’s bluff. The game has changed. But it isn’t over. Matthew Continetti
D’un point de vue fonctionnel, [Soleimani] était responsable de la force al-Qods des Gardiens de la Révolution, c’est-à-dire de l’ensemble des opérations menées par l’Iran dans toute la région. Cet homme avait beaucoup de secrets. Il était l’un des vecteurs, sinon le vecteur principal, du déploiement de l’influence de l’Iran. Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’il y a une volonté expansionniste de l’Iran, mais Téhéran a développé des réseaux d’influence et c’est probablement Soleimani qui avait la haute main sur ceux-ci. Sur tous les terrains chauds de la région où l’Iran a une influence, on retrouve le général Soleimani. Il avait été localisé en Syrie ces dernières années, ce qui indique que la coordination des opérations des milices chiites dans le pays était sous sa responsabilité. Le fait qu’il ait été assassiné à Bagdad cette nuit prouve qu’il avait une importance logistique sur la coordination des milices en Irak. (…) Il ne faut pas sous-estimer l’importance de cette décision irresponsable de Donald Trump. Depuis le retrait unilatéral des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire, en mai 2018, les tensions avec l’Iran se sont accrues. Ce qui était très important, c’est que ces tensions étaient mesurées, sous contrôle. Elles avaient un fort impact sur la vie quotidienne des Iraniens. Pour autant, il n’y avait pas beaucoup de dérapages militaires : quelques incidents dans le golfe, le bombardement de sites pétroliers en Arabie-Saoudite. C’était un combat à fleuret moucheté. Personne ne franchissait la ligne rouge. Je crains fort qu’elle ait été franchie par cette décision, en raison de la qualité de la cible et de son importance dans le dispositif régional iranien. Les tensions s’étaient ravivées au cours des dernières heures, avec le siège de l’ambassade américaine à Bagdad, sans nul doute mené par les milices iraniennes. Il est évident que Soleimani a tenu un rôle. Cette prise d’assaut venait à la suite d’attaques ciblées des Etats-Unis. (…) Cela s’explique par le manque de sang-froid de Donald Trump. Ce matin, les démocrates s’insurgent, car cette décision a été prise sans concertation. C’est une décision à l’emporte-pièce, il a été sans doute un peu excité par les va-t-en-guerre de son camp, comme le secrétaire d’Etat Mike Pompeo, qui prône une ligne dure contre l’Iran. On y est presque. (…) Les Iraniens ne vont pas rester les deux pieds dans le même sabot. Je ne sais pas de quelles manières ils réagiront, ni où et quand. Ce ne sera sans doute pas tout de suite, mais nul doute qu’ils réagiront. Nous sommes dans une nouvelle séquence, ouverte par cet assassinat ciblé, réalisé au mépris de toutes les conventions internationales. Je ne maîtrise pas tous les paramètres, mais, à chaud, je peux imaginer qu’il y aura une recrudescence d’action militaire contre des objectifs américains, des bases militaires, des ambassades ou des intérêts sur place. Il y a également des risques pour Israël, qui sera peut-être une cible. Les milices pro-iraniennes déployées en Syrie ont une capacité de feu contre des villes israéliennes. Dans la région, il va y avoir un regain de mobilisation de toutes les forces proches de l’Iran, en Irak, au Liban et en Syrie. Je ne veux pas dire qu’il y a un risque d’embrasement général, je n’en sais rien, ce n’est pas la peine d’alimenter le fantasme. Mais la situation est infiniment préoccupante. Il y aura des conséquences, même si on ne sait pas bien les mesurer. (…) Une action sur le détroit d’Ormuz [où transitent de nombreux pétroliers] peut faire partie des mesures mises en œuvre par les Iraniens. Ils peuvent bloquer ou menacer de bloquer. Je ne pense pas qu’ils feront un blocage complet : les Iraniens font de la politique et ils savent que cela se retournerait contre eux. Mais il peut y avoir quelques arraisonnements de navires pétroliers et les cours du pétrole pourraient monter, même si cela n’avait pas été le cas après les incidents de l’été dernier dans le détroit. Didier Billion

Attention: une décision irresponsable peut en cacher une autre !

A l’heure où …

Après les attaques de pétroliers, la destruction d’installations pétrolières saoudiennes et les roquettes sur des bases américaines ayant entrainé la mort d’un citoyen américain …

Et avant sa brillante élimination par les forces américaines …

Le cerveau du dispositif terroriste des mollahs au Moyen-Orient préparait une possible deuxième attaque de l’ambassade américaine à Bagdad …

Pendant que la rue arabe comme la rue iranienne peinent à cacher leur joie …

Devinez quelle « décision irresponsable » dénoncent le parti démocrate américain, nos médias ou nos prétendus spécialistes ?

Mort du général Soleimani : « C’est une décision irresponsable de Donald Trump », estime un spécialiste de la région
Interrogé par franceinfo, Didier Billion, directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégique (Iris), spécialiste du Moyen-Orient, redoute qu’une « ligne rouge » ait été franchie.
Propos recueillis par Thomas Baïetto
France Télévisions
03/01/202

Qassem Soleimani est mort. Cet influent général iranien a été tué, vendredi 3 janvier, par une frappe américaine contre son convoi qui circulait sur l’aéroport de Bagdad (Irak). Cette élimination, ordonnée par le président américain Donald Trump, fait craindre une nouvelle escalade militaire dans la région.

Pour franceinfo, Didier Billion, directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste du Moyen-Orient, analyse les possibles conséquences de cette mort.

Franceinfo : Pouvez-vous nous rappeler le rôle de Qassem Soleimani dans le régime iranien ?

Didier Billion : D’un point de vue fonctionnel, il était responsable de la force al-Qods des Gardiens de la Révolution, c’est-à-dire de l’ensemble des opérations menées par l’Iran dans toute la région. Cet homme avait beaucoup de secrets. Il était l’un des vecteurs, sinon le vecteur principal, du déploiement de l’influence de l’Iran. Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’il y a une volonté expansionniste de l’Iran, mais Téhéran a développé des réseaux d’influence et c’est probablement Soleimani qui avait la haute main sur ceux-ci.

Sur tous les terrains chauds de la région où l’Iran a une influence, on retrouve le général Soleimani.Didier Billion à franceinfo

Il avait été localisé en Syrie ces dernières années, ce qui indique que la coordination des opérations des milices chiites dans le pays était sous sa responsabilité. Le fait qu’il ait été assassiné à Bagdad cette nuit prouve qu’il avait une importance logistique sur la coordination des milices en Irak.

Comment analysez-vous la décision des Etats-Unis de le tuer ?

Il ne faut pas sous-estimer l’importance de cette décision irresponsable de Donald Trump. Depuis le retrait unilatéral des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire, en mai 2018, les tensions avec l’Iran se sont accrues. Ce qui était très important, c’est que ces tensions étaient mesurées, sous contrôle. Elles avaient un fort impact sur la vie quotidienne des Iraniens. Pour autant, il n’y avait pas beaucoup de dérapages militaires : quelques incidents dans le golfe, le bombardement de sites pétroliers en Arabie-Saoudite. C’était un combat à fleuret moucheté. Personne ne franchissait la ligne rouge.

Je crains fort qu’elle ait été franchie par cette décision, en raison de la qualité de la cible et de son importance dans le dispositif régional iranien. Les tensions s’étaient ravivées au cours des dernières heures, avec le siège de l’ambassade américaine à Bagdad, sans nul doute mené par les milices iraniennes. Il est évident que Soleimani a tenu un rôle. Cette prise d’assaut venait à la suite d’attaques ciblées des Etats-Unis.

Tout indiquait une montée en tension, mais là, ce n’est pas seulement un mort de plus, c’est très important.Didier Billionà franceinfo

Cela s’explique par le manque de sang-froid de Donald Trump. Ce matin, les démocrates s’insurgent, car cette décision a été prise sans concertation. C’est une décision à l’emporte-pièce, il a été sans doute un peu excité par les va-t-en-guerre de son camp, comme le secrétaire d’Etat Mike Pompeo, qui prône une ligne dure contre l’Iran. On y est presque.

A quelles réactions peut-on s’attendre de la part de l’Iran ?

Les Iraniens ne vont pas rester les deux pieds dans le même sabot. Je ne sais pas de quelles manières ils réagiront, ni où et quand. Ce ne sera sans doute pas tout de suite, mais nul doute qu’ils réagiront. Nous sommes dans une nouvelle séquence, ouverte par cet assassinat ciblé, réalisé au mépris de toutes les conventions internationales. Je ne maîtrise pas tous les paramètres, mais, à chaud, je peux imaginer qu’il y aura une recrudescence d’action militaire contre des objectifs américains, des bases militaires, des ambassades ou des intérêts sur place.

Il y a également des risques pour Israël, qui sera peut-être une cible. Les milices pro-iraniennes déployées en Syrie ont une capacité de feu contre des villes israéliennes. Dans la région, il va y avoir un regain de mobilisation de toutes les forces proches de l’Iran, en Irak, au Liban et en Syrie. Je ne veux pas dire qu’il y a un risque d’embrasement général, je n’en sais rien, ce n’est pas la peine d’alimenter le fantasme. Mais la situation est infiniment préoccupante. Il y aura des conséquences, même si on ne sait pas bien les mesurer.

Peut-on s’attendre à des conséquences économiques ?

Une action sur le détroit d’Ormuz [où transitent de nombreux pétroliers] peut faire partie des mesures mises en œuvre par les Iraniens. Ils peuvent bloquer ou menacer de bloquer. Je ne pense pas qu’ils feront un blocage complet : les Iraniens font de la politique et ils savent que cela se retournerait contre eux. Mais il peut y avoir quelques arraisonnements de navires pétroliers et les cours du pétrole pourraient monter, même si cela n’avait pas été le cas après les incidents de l’été dernier dans le détroit.

Voir aussi:

Mort de Soleimani : l’Iran menace, la scène internationale s’inquiète
Le puissant général Qassem Soleimani a été tué à Bagdad. L’ambassade américaine à Bagdad a appelé ses ressortissants à quitter l’Irak « immédiatement ».
Le Point/AFP
03/01/2020

C’est certainement un moment clé du conflit qui oppose les États-Unis à l’Iran. Le puissant général Qassem Soleimani a été tué, jeudi 2 janvier, dans un raid américain à Bagdad, trois jours après une attaque inédite contre l’ambassade américaine. Le général Soleimani « n’a eu que ce qu’il méritait », a abondé le sénateur républicain Tom Cotton. Rapidement, des ténors républicains se sont félicités de ce raid ordonné par Trump. Une attaque dénoncée par ses adversaires démocrates, dont son potentiel rival à la présidentielle, Joe Biden.

Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a interrompu vendredi son voyage officiel en Grèce afin de rentrer en Israël, a indiqué son bureau à l’Agence France-Presse. Benyamin Netanyahou, arrivé à Athènes jeudi où il a signé un accord avec Chypre et la Grèce en faveur d’un projet de gazoduc, devait rester dans ce pays jusqu’à samedi, mais il a écourté son voyage après l’annonce du décès de Qassem Soleimani, chef des forces iraniennes al-Qods souvent accusées par Israël de préparer des attaques contre l’État hébreu.

La France a plaidé pour la « stabilité »

Le chef du mouvement chiite libanais Hezbollah, grand allié de l’Iran, a promis « le juste châtiment » aux « assassins criminels » responsables de la mort du général iranien Qassem Soleimani. « Apporter le juste châtiment aux assassins criminels […] sera la responsabilité et la tâche de tous les résistants et combattants à travers le monde », a promis dans un communiqué le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui utilise généralement le terme de « Résistance » pour désigner son organisation et ses alliés.

De son côté, la France a plaidé pour la « stabilité » au Moyen-Orient estimant, par la voix d’Amélie de Montchalin, secrétaire d’État aux Affaires européennes, que « l’escalade militaire [était] toujours dangereuse ». « On se réveille dans un monde plus dangereux. L’escalade militaire est toujours dangereuse », a-t-elle déclaré au micro de RTL. « Quand de telles opérations ont lieu, on voit bien que l’escalade est en marche alors que nous souhaitons avant tout la stabilité et la désescalade », a-t-elle ajouté.

Le ministre britannique des Affaires étrangères, Dominic Raab, a appelé « toutes les parties à la désescalade ». « Nous avons toujours reconnu la menace agressive posée par la force iranienne Qods dirigée par Qassem Soleimani. Après sa mort, nous exhortons toutes les parties à la désescalade. Un autre conflit n’est aucunement dans notre intérêt », a déclaré le chef de la diplomatie britannique dans un communiqué.

Éviter une « escalade des tensions »

La Chine a fait part de sa « préoccupation » et a appelé au « calme ». La Chine est l’un des pays signataires de l’accord sur le nucléaire iranien, dont les États-Unis se sont retirés unilatéralement en 2018, et l’un des principaux importateurs de brut iranien. « Nous demandons instamment à toutes les parties concernées, en particulier aux États-Unis, de garder leur calme et de faire preuve de retenue afin d’éviter une nouvelle escalade des tensions », a indiqué devant la presse un porte-parole de la diplomatie chinoise, Geng Shuang.

La Russie a mis en garde contre les conséquences de l’assassinat ciblé à Bagdad du général iranien Qassem Soleimani, une frappe américaine « hasardeuse » qui va se traduire par un « accroissement des tensions dans la région ». « L’assassinat de Soleimani […] est un palier hasardeux qui va mener à l’accroissement des tensions dans la région », a déclaré le ministère russe des Affaires étrangères, cité par les agences RIA Novosti et TASS. « Soleimani servait fidèlement les intérêts de l’Iran. Nous présentons nos sincères condoléances au peuple iranien », a-t-il ajouté.

Les ressortissants américains en Irak appelés à fuir

L’assassinat ciblé du général iranien Qassem Soleimani représente « une escalade dangereuse dans la violence », a déclaré, vendredi, la présidente de la Chambre des représentants, la démocrate Nancy Pelosi. « L’Amérique et le monde ne peuvent pas se permettre une escalade des tensions qui atteigne un point de non-retour », a estimé Nancy Pelosi dans un communiqué.

Le pouvoir syrien a dénoncé la « lâche agression américaine » y voyant une « grave escalade » pour le Moyen-Orient, a rapporté l’agence officielle Sana. La Syrie est certaine que cette « lâche agression américaine […] ne fera que renforcer la détermination à suivre le modèle de ces chefs de la résistance », souligne une source du ministère des Affaires étrangères à Damas citée par Sana.

L’ambassade américaine à Bagdad a appelé ses ressortissants à quitter l’Irak « immédiatement ». La chancellerie conseille vivement aux Américains en Irak de partir « par avion tant que cela est possible », alors que le raid a eu lieu dans l’enceinte même de l’aéroport de Bagdad, « sinon vers d’autres pays par voie terrestre ». Les principaux postes-frontières de l’Irak mènent vers l’Iran et la Syrie en guerre, alors que d’autres points de passage existent vers l’Arabie saoudite et la Turquie.

« Une guerre dévastatrice en Irak »

Le Premier ministre démissionnaire irakien Adel Abdel Mahdi a estimé que le raid allait « déclencher une guerre dévastatrice en Irak ». « L’assassinat d’un commandant militaire irakien occupant un poste officiel est une agression contre l’Irak, son État, son gouvernement et son peuple », affirme Adel Abdel Mahdi dans un communiqué, alors qu’Abou Mehdi al-Mouhandis est le numéro deux du Hachd al-Chaabi, une coalition de paramilitaires pro-Iran intégrée à l’État. « Régler ses comptes contre des personnalités dirigeantes irakiennes ou d’un pays ami sur le sol irakien […] constitue une violation flagrante des conditions autorisant la présence des troupes américaines », ajoute le texte.

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, s’est engagé vendredi à « venger » la mort du puissant général iranien Qassem Soleimani, tué plus tôt dans un raid américain à Bagdad, et a décrété un deuil national de trois jours dans son pays. « Le martyre est la récompense de son inlassable travail durant toutes ces années. […] Si Dieu le veut, son œuvre et son chemin ne s’arrêteront pas là, et une vengeance implacable attend les criminels qui ont empli leurs mains de son sang et de celui des autres martyrs », a dit l’ayatollah Khamenei sur son compte Twitter en farsi.

L’Iran promet une vengeance

L’Iran et les « nations libres de la région » se vengeront des États-Unis après la mort du puissant général iranien Qassem Soleimani, a promis le président Hassan Rohani. « Il n’y a aucun doute sur le fait que la grande nation d’Iran et les autres nations libres de la région prendront leur revanche sur l’Amérique criminelle pour cet horrible meurtre », a déclaré Hassan Rohani dans un communiqué publié sur le site du gouvernement.

Qaïs al-Khazali, un commandant de la coalition pro-iranienne en Irak, a appelé « tous les combattants » à se « tenir prêts », quelques heures après l’assassinat par les Américains du général iranien Qassem Soleimani à Bagdad. « Que tous les combattants résistants se tiennent prêts, car ce qui nous attend, c’est une conquête proche et une grande victoire », a écrit Qaïs al-Khazali, chef d’Assaïb Ahl al-Haq, l’une des plus importantes factions du Hachd al-Chaabi qui regroupe les paramilitaires pro-Iran sous la tutelle de l’État irakien, dans une lettre manuscrite dont l’Agence France-Presse a pu consulter une copie.

Les républicains serrent les rangs

« J’apprécie l’action courageuse du président Donald Trump contre l’agression iranienne », a salué sur Twitter l’influent sénateur républicain Lindsey Graham, proche allié du président peu après la confirmation par le Pentagone que le locataire de la Maison-Blanche avait donné l’ordre de tuer le général iranien Qassem Soleimani, dans un raid à Bagdad. « Au gouvernement iranien : si vous en voulez plus, vous en aurez plus », a-t-il menacé, avant d’ajouter : « Si l’agression iranienne se poursuit et que je travaillais dans une raffinerie iranienne de pétrole, je songerais à une reconversion. »

Comme cet élu de Caroline du Sud, les républicains serraient les rangs jeudi soir derrière la stratégie du président américain. « Les actions défensives que les États-Unis ont prises contre l’Iran et ses mandataires sont conformes aux avertissements clairs qu’ils ont reçus. Ils ont choisi d’ignorer ces avertissements parce qu’ils croyaient que le président des États-Unis était empêché d’agir en raison de nos divisions politiques internes. Ils ont extrêmement mal évalué », a également salué le sénateur républicain Marco Rubio.

« Un bâton de dynamite »

Dans l’autre camp, les adversaires démocrates du président qui ont approuvé le mois dernier à la Chambre basse du Congrès son renvoi en procès pour destitution ont dénoncé le bombardement et les risques d’escalade avec l’Iran. « Le président Trump vient de jeter un bâton de dynamite dans une poudrière, et il doit au peuple américain une explication », a dénoncé l’ancien vice-président Joe Biden, en lice pour la primaire démocrate en vue de l’élection présidentielle de novembre. « C’est une énorme escalade dans une région déjà dangereuse », a-t-il insisté, dans un communiqué.

« La dangereuse escalade de Trump nous amène plus près d’une autre guerre désastreuse au Moyen-Orient », a dénoncé Bernie Sanders, autre favori de la primaire démocrate. « Trump a promis de terminer les guerres sans fin, mais cette action nous met sur le chemin d’une autre », a poursuivi le sénateur indépendant.

« Un affront aux pouvoirs du Congrès »

Le chef démocrate de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants a déploré que Donald Trump n’ait pas notifié le Congrès américain du raid mené en Irak. « Mener une action de cette gravité sans impliquer le Congrès soulève de graves problèmes légaux et constitue un affront aux pouvoirs du Congrès », a écrit dans un communiqué Eliot Engel.

« D’accord, il ne fait aucun doute que Soleimani a beaucoup de sang sur les mains. Mais c’est un moment vraiment effrayant. L’Iran va réagir et probablement à différents endroits. Pensée à tout le personnel américain dans la région en ce moment », a, quant à lui, estimé Ben Rhodes, ancien proche conseiller de Barack Obama. « Un président qui a juré de tenir les États-Unis à l’écart d’une autre guerre au Moyen-Orient vient dans les faits de faire une déclaration de guerre », a réagi le président de l’organisation International Crisis Group Robert Malley.

Voir également:

Frappe américaine : « Pour l’Iranien lambda, le général Soleimani était un monstre »
Propos recueillis par Alain Léauthier
Marianne
03/01/2020

Le puissant général iranien Qassem Soleimani a été éliminé ce vendredi 3 janvier, dans un raid américain sur l’aéroport de Bagdad. Y’a-t-il un risque d’escalade et de guerre ouverte avec les Etats-Unis ? Décryptage avec Mahnaz Shirali, chercheuse iranienne à Sciences Po.

Au fou ! Quelques heures après l’élimination spectaculaire, tôt dans la matinée de ce vendredi 3 janvier, du général Qassem Soleimani, le chef des opérations extérieures (la force al-Qods) des Gardiens de la Révolution iranienne et pilier du régime des mollahs, nombre de chancelleries étrangères condamnaient à demi-mot le raid aérien ciblé ordonné par Donald Trump. « On se réveille dans un monde plus dangereux (…) et l’escalade militaire est toujours dangereuse », a ainsi benoitement déclaré Amélie de Montchalin, la secrétaire d’État française aux Affaires européennes.

En Irak même, l’ex Premier ministre Adel Abdoul Mahdi, proche de Téhéran et obligé de démissionner en décembre sous la pression de la rue, a dénoncé une « atteinte aux conditions de la présence américaine en Irak et atteinte à la souveraineté du pays », allant jusqu’à qualifier d’ « assassinat » la frappe qui a également coûté la vie à Abou Mehdi al-Mouhandis, le numéro deux du Hachd al-Chaabi, une coalition de paramilitaires pro-Iran, désormais intégrés à l’Etat irakien et très actifs dans la tentative d’assaut de l’ambassade américaine à Bagdad il y a trois jours. Dans un tweet musclé, le secrétaire d’État Mike Pompéo l’avait clairement désigné comme un des responsables des évènements ainsi que Qaïs al-Khazali, fondateur de la milice chiite Assaïb Ahl al-Haq, une des factions du Hachd al-Chaabi.

Les mollahs disposent d’une grande variété de relais pour semer le chaos dans la région

Ce dernier ne se trouvait pas dans le convoi visé par la frappe létale et a lancé un appel au djihad – « Que tous les combattants résistants se tiennent prêts car ce qui nous attend, c’est une conquête proche et une grande victoire » – relayant une déclaration tonitruante de l’ayatollah Ali Khamenei. Dans un tweet, le guide suprême iranien a promis une « vengeance implacable » aux « criminels qui ont empli leurs mains de son sang et de celui des autres martyrs », menace sur laquelle s’est aussitôt calé le président Hassan Rohani, longtemps présenté comme le chef de file des « modérés » et réformateurs.

Les dignitaires de la République islamique ne pouvaient guère faire moins à l’issue de plusieurs mois de tensions et d’accrochages indirects qui ont culminé vendredi 27 décembre avec la mort d’un sous-traitant américain lors d’une énième attaque à la roquette contre une base militaire, située cette fois à Kirkouk, dans le nord de l’Irak, en pleine zone pétrolière.

Deux jours plus tard, les avions américains avaient répliqué en bombardant des garnisons des brigades du Hezbollah, autre faction pro-iranienne à la solde de Qassem Soleimani, et c’est autour du cortège funéraire des vingt-cinq « martyrs » tombés ce jour-là qu’avait débuté l’assaut contre l’ambassade des Etats-Unis à Bagdad. En attendant les éventuelles représailles iraniennes, les Etats-Unis ont encouragé leurs ressortissants à quitter au plus vite le sol irakien, tâche qui ne sera pas forcément des plus aisées, et les forces israéliennes ont été placées en état d’alerte maximal. Si une confrontation directe semble pour l’heure exclue, du Yemen au Liban en passant par la Syrie et bien sûr l’Irak, les mollahs disposent d’une grande variété de relais pour semer le chaos dans la région, à l’image du bombardement téléguidé d’installations pétrolières dans l’est de l’Arabie saoudite en septembre dernier.

Aux Etats-Unis, à en croire les commentaires alarmistes de Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, et ceux d’une presse lui reprochant déjà des vacances prolongées en Floride alors qu’il met le feu aux poudres, Donald Trump aurait montré une fois de plus l’incohérence de sa politique étrangère. Traître à la cause des Kurdes un jour mais jouant les apprentis sorciers un autre. Tel n’est pourtant pas tout à fait le sentiment de la chercheuse iranienne Mahnaz Shirali, enseignante à Science-Po, dans l’entretien qu’elle nous accorde ce vendredi.


Marianne : Quelle est votre première réaction après la mort de Qassem Soleimani ?

Mahnaz Shirali : C’est d’abord l’Iranienne qui va vous répondre et celle-là ne peut que se réjouir de ce qui s’est passé. Je parle en mon nom mais je peux vous l’assurer aussi au nom de millions d’Iraniens, probablement la majorité d’entre eux : cet homme était haï, il incarnait le mal absolu ! Je suis révoltée par les commentaires que j’ai entendus venant de certains pseudo-spécialistes de l’Iran, le présentant sur une chaîne de télévision comme un individu charismatique et populaire. Il faut ne rien connaître et ne rien comprendre à ce pays pour tenir ce genre de sottises. Pour l’Iranien lambda, Soleimani était un monstre, ce qui se fait de pire dans la République islamique.

C’est un coup dur pour le régime ?

Évidemment, Soleimani en était un élément essentiel, aussi puissant que Khameini et ce n’est pas de la propagande que d’affirmer que sa mort ne choque presque personne.

A quoi peut-on s’attendre ?

Je ne suis pas dans le secret des généraux iraniens mais une simple observatrice informée. Le régime est aux abois depuis des mois, totalement isolé. Ils savent qu’ils n’ont pas d’avenir, la rue et le peuple n’en veulent plus, ils ne peuvent pas vraiment compter sur l’Union européenne et pas plus sur la Chine. Ils n’ont aucun avenir et c’est ce qui rend la situation particulièrement dangereuse car ils sont dans une logique suicidaire.

Les mollahs ont accumulé des fortunes à l’étranger. Ne voudront-ils pas préserver leurs acquis financiers ?

En réalité, ils ont tout perdu et ne peuvent plus sortir du pays pour s’installer à l’étranger car des mandats ont été lancés contre la plupart d’entre eux. Les sanctions ont asséché la manne des pétrodollars et c’est essentiel car il n’y avait pas d’adhésion idéologique à ce régime.

Est-ce à dire que ligne suivi par Trump sur la question iranienne et durement critiquée par de nombreux experts, peut se révéler positive ?

Je ne suis pas compétente pour juger de la politique de Donald Trump. Je peux juste faire quelques observations. Il a considérablement affaibli ce régime, comme jamais auparavant, et peut-être même a-t-il signé leur arrêt de mort. Nous verrons. Lors des manifestations populaires, à Téhéran et dans d’autre villes, les noms de Khameini, de Rohani, de Soleimani étaient hués. Il n’y a jamais eu de slogans anti-Trump ou contre les Etats-Unis.

Mais la situation désormais est explosive…

Probablement oui, hélas, ils n’abandonneront pas le pouvoir tranquillement, j’en suis convaincue.

Voir de même:

Soleimani : La rue iranienne félicite Trump
Iran Resist
03.01.2020

Trump dit avoir mis à mort le Vador immortel des mollahs, Qassem Soleimani. Les adversaires de Trump le blâment. La France s’est jointe à eux par l’intermédiaire de Malbrunot. Mais les Iraniens sont heureux et se félicitent de cette mort et félicitent Trump comme le montre ce slogan écrit dans un quartier chic de Téhéran : Trump Damet garm ! Trump ! Reste en forme !

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Par ailleurs, à Kermanshâh (Kurdistan iranien), les gens ont fait un gâteau pour une fête en honneur de l’élimination de Hadj Ghassem Soleimani. Dans une vidéo faisant part de cette initiative, un homme qui partage le gâteau fait référence à Soleimani en utilisant son sobriquet de Shash Ghassem (pisseux Ghassem) !

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Il y a d’autres vidéos ou images du même genre.

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D’autres opposants en exil appellent aussi les ambassades du régime pour faire part de leur joie et leurs interlocuteurs ne prennent pas la peine de protester !

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Il y a aussi des scènes de joie en Irak et en Syrie !

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Contrairement aux prédictions des Malbrunot & co (voix du Quai d’Orsay), le Moyen-Orient ne va pas basculer dans le chaos pro-mollahs ! Les Français feraient mieux de changer de discours et suivre les peuples de la région au lieu de suivre leurs ennemis par aversion pour Trump ou par jalousie pour ses succès.

Trump Damet garm !

Voir de plus:

Petraeus Says Trump May Have Helped ‘Reestablish Deterrence’ by Killing Suleimani
The former U.S. commander and CIA director says Iran’s “very fragile” situation may limit its response.
Lara Seligman
Foreign policy
January 3, 2020

As a former commander of U.S. forces in Iraq and Afghanistan and a former CIA director, retired Gen. David Petraeus is keenly familiar with Qassem Suleimani, the powerful chief of Iran’s Quds Force, who was killed in a U.S. airstrike in Baghdad Friday morning.

After months of a muted U.S. response to Tehran’s repeated lashing out—the downing of a U.S. military drone, a devastating attack on Saudi oil infrastructure, and more—Suleimani’s killing was designed to send a pointed message to the regime that the United States will not tolerate continued provocation, he said.

Petraeus spoke to Foreign Policy on Friday about the implications of an action he called “more significant than the killing of Osama bin Laden.” This interview has been edited for clarity and length.

Foreign Policy: What impact will the killing of Gen. Suleimani have on regional tensions?

David Petraeus: It is impossible to overstate the importance of this particular action. It is more significant than the killing of Osama bin Laden or even the death of [Islamic State leader Abu Bakr] al-Baghdadi. Suleimani was the architect and operational commander of the Iranian effort to solidify control of the so-called Shia crescent, stretching from Iran to Iraq through Syria into southern Lebanon. He is responsible for providing explosives, projectiles, and arms and other munitions that killed well over 600 American soldiers and many more of our coalition and Iraqi partners just in Iraq, as well as in many other countries such as Syria. So his death is of enormous significance.

The question of course is how does Iran respond in terms of direct action by its military and Revolutionary Guard Corps forces? And how does it direct its proxies—the Iranian-supported Shia militia in Iraq and Syria and southern Lebanon, and throughout the world?

FP: Two previous administrations have reportedly considered this course of action and dismissed it. Why did Trump act now?

DP: The reasoning seems to be to show in the most significant way possible that the U.S. is just not going to allow the continued violence—the rocketing of our bases, the killing of an American contractor, the attacks on shipping, on unarmed drones—without a very significant response.

Many people had rightly questioned whether American deterrence had eroded somewhat because of the relatively insignificant responses to the earlier actions. This clearly was of vastly greater importance. Of course it also, per the Defense Department statement, was a defensive action given the reported planning and contingencies that Suleimani was going to Iraq to discuss and presumably approve.

This was in response to the killing of an American contractor, the wounding of American forces, and just a sense of how this could go downhill from here if the Iranians don’t realize that this cannot continue.

FP: Do you think this response was proportionate?

DP: It was a defensive response and this is, again, of enormous consequence and significance. But now the question is: How does Iran respond with its own forces and its proxies, and then what does that lead the U.S. to do?

Iran is in a very precarious economic situation, it is very fragile domestically—they’ve killed many, many hundreds if not thousands of Iranian citizens who were demonstrating on the streets of Iran in response to the dismal economic situation and the mismanagement and corruption. I just don’t see the Iranians as anywhere near as supportive of the regime at this point as they were decades ago during the Iran-Iraq War. Clearly the supreme leader has to consider that as Iran considers the potential responses to what the U.S. has done.

It will be interesting now to see if there is a U.S. diplomatic initiative to reach out to Iran and to say, “Okay, the next move could be strikes against your oil infrastructure and your forces in your country—where does that end?”

FP: Will Iran consider this an act of war?

DP: I don’t know what that means, to be truthful. They clearly recognize how very significant it was. But as to the definition—is a cyberattack an act of war? No one can ever answer that. We haven’t declared war, but we have taken a very, very significant action.

FP: How prepared is the U.S. to protect its forces in the region?

DP: We’ve taken numerous actions to augment our air defenses in the region, our offensive capabilities in the region, in terms of general purpose and special operations forces and air assets. The Pentagon has considered the implications the potential consequences and has done a great deal to mitigate the risks—although you can’t fully mitigate the potential risks.

FP: Do you think the decision to conduct this attack on Iraqi soil was overly provocative?

DP: Again what was the alternative? Do it in Iran? Think of the implications of that. This is the most formidable adversary that we have faced for decades. He is a combination of CIA director, JSOC [Joint Special Operations Command] commander, and special presidential envoy for the region. This is a very significant effort to reestablish deterrence, which obviously had not been shored up by the relatively insignificant responses up until now.

FP: What is the likelihood that there will be an all-out war?

DP: Obviously all sides will suffer if this becomes a wider war, but Iran has to be very worried that—in the state of its economy, the significant popular unrest and demonstrations against the regime—that this is a real threat to the regime in a way that we have not seen prior to this.

FP: Given the maximum pressure campaign that has crippled its economy, the designation of the Islamic Revolutionary Guard Corps as a terrorist organization, and now this assassination, what incentive does Iran have to negotiate now?

DP: The incentive would be to get out from under the sanctions, which are crippling. Could we get back to the Iran nuclear deal plus some additional actions that could address the shortcomings of the agreement?

This is a very significant escalation, and they don’t know where this goes any more than anyone else does. Yes, they can respond and they can retaliate, and that can lead to further retaliation—and that it is clear now that the administration is willing to take very substantial action. This is a pretty clarifying moment in that regard.

FP: What will Iran do to retaliate?

DP: Right now they are probably doing what anyone does in this situation: considering the menu of options. There could be actions in the gulf, in the Strait of Hormuz by proxies in the regional countries, and in other continents where the Quds Force have activities. There’s a very considerable number of potential responses by Iran, and then there’s any number of potential U.S. responses to those actions

Given the state of their economy, I think they have to be very leery, very concerned that that could actually result in the first real challenge to the regime certainly since the Iran-Iraq War.

FP: Will the Iraqi government kick the U.S. military out of Iraq?

DP: The prime minister has said that he would put forward legislation to do that, although I don’t think that the majority of Iraqi leaders want to see that given that ISIS is still a significant threat. They are keenly aware that it was not the Iranian supported militias that defeated the Islamic State, it was U.S.-enabled Iraqi armed forces and special forces that really fought the decisive battles.

Lara Seligman is a staff writer at Foreign Policy.

Voir encore:

Gen. Petraeus on Qasem Soleimani’s killing: ‘It’s impossible to overstate the significance’
The World
January 03, 2020

The United States is sending nearly 3,000 additional troops to the Middle East from the 82nd Airborne Division as a precaution amid rising threats to American forces in the region, the Pentagon said on Friday.

Iran promised vengeance after a US airstrike in Baghdad on Friday killed Qasem Soleimani, Tehran’s most prominent military commander and the architect of its growing influence in the Middle East.

The overnight attack, authorized by US President Donald Trump, was a dramatic escalation in the « shadow war » in the Middle East between Iran and the United States and its allies, principally Israel and Saudi Arabia.

As former commander of US forces in Iraq and Afghanistan and a former CIA director, retired Gen. David Petraeus is very familiar with Soleimani. He spoke to The World’s host Marco Werman about what could happen next.

Marco Werman: How did you know Qasem Soleimani?

Gen. David Petraeus: Well, he was our most significant Iranian adversary during my four years in Iraq, [and] certainly when I was the Central Command commander, and very much so when I was the director of the CIA. He is unquestionably the most significant and important — or was the most significant and important — Iranian figure in the region, the most important architect of the effort by Iran to solidify control of the Shia crescent, and the operational commander of the various initiatives that were part of that effort.

General Petraeus, did you ever interact directly or indirectly with him?

Indirectly. He sent a message to me through the president of Iraq in late March of 2008, during the battle of Basra, when we were supporting the Iraqi army forces that were battling the Shia militias in Basra that were supported, of course, by Qasem Soleimani and the Quds Force. He sent a message through the president that said, « General Petraeus, you should know that I, Qasem Soleimani, control the policy of Iran for Iraq, and also for Syria, Lebanon, Gaza and Afghanistan. »

And the implication of that was, « If you want to deal with Iran to resolve this situation in Basra, you should deal with me, not with the Iranian diplomats. » And his power only grew from that point in time. By the way, I did not — I actually told the president to tell Qasem Soleimani to pound sand.

So why do you suppose this happened now, though?

Well, I suspect that the leaders in Washington were seeking to reestablish deterrence, which clearly had eroded to some degree, perhaps by the relatively insignificant actions in response to these strikes on the Abqaiq oil facility in Saudi Arabia, shipping in the Gulf and our $130 million dollar drone that was shot down. And we had seen increased numbers of attacks against US forces in Iraq. So I’m sure that there was a lot of discussion about what could show the Iranians most significantly that we are really serious, that they should not continue to escalate.

Now, obviously, there is a menu of options that they have now and not just in terms of direct Iranian action against perhaps our large bases in the various Gulf states, shipping in the Gulf, but also through proxy actions — and not just in the region, but even in places such as Latin America and Africa and Europe.

Would you have recommended this course of action right now?

I’d hesitate to answer that just because I am not privy to the intelligence that was the foundation for the decision, which clearly was, as was announced, this was a defensive action, that Soleimani was going into the country to presumably approve further attacks. Without really being in the inner circle on that, I think it’s very difficult to either second-guess or to even think through what the recommendation might have been.

Again, it is impossible to overstate the significance of this action. This is much more substantial than the killing of Osama bin Laden. It’s even more substantial than the killing of Baghdadi.

Final question, General Petraeus, how vulnerable are US military and civilian personnel in the Middle East right now as a result of what happened last night?

Well, my understanding is that we have significantly shored up our air defenses, our air assets, our ground defenses and so forth. There’s been the movement of a lot of forces into the region in months, not just in the past days. So there’s been a very substantial augmentation of our defensive capabilities and also our offensive capabilities.

And, you know, the question Iran has to ask itself is, « Where does this end? » If they now retaliate in a significant way — and considering how vulnerable their infrastructure and forces are at a time when their economy is in dismal shape because of the sanctions. So Iran is not in a position of strength, although it clearly has many, many options available to it, as I mentioned, not just with their armed forces and the Revolutionary Guards Corps, but also with these Quds Force-supported proxy elements throughout the region in the world.

Two short questions for what’s next, Gen. Petraeus — US remaining in Iraq, and war with Iran. What’s your best guess?

Well, I think one of the questions is, « What will the diplomatic ramifications of this be? » And again, there have been celebrations in some places in Iraq at the loss of Qasem Soleimani. So, again, there’s no tears being shed in certain parts of the country. And one has to ask what happens in the wake of the killing of the individual who had a veto, virtually, over the leadership of Iraq. What transpires now depends on the calculations of all these different elements. And certainly the US, I would assume, is considering diplomatic initiatives as well, reaching out and saying, « Okay. Does that send a sufficient message of our seriousness? Now, would you like to return to the table? » Or does Iran accelerate the nuclear program, which would, of course, precipitate something further from the United States? Very likely. So lots of calculations here. And I think we’re still very early in the deliberations on all the different ramifications of this very significant action.

Do you have confidence in this administration to kind of navigate all those calculations?

Well, I think that this particular episode has been fairly impressively handled. There’s been restraint in some of the communications methods from the White House. The Department of Defense put out, I think, a solid statement. It has taken significant actions, again, to shore up our defenses and our offensive capabilities. The question now, I think, is what is the diplomatic initiative that follows this? What will the State Department and the Secretary of State do now to try to get back to the table and reduce or end the battlefield consequences?

The flag that Donald Trump posted last night, no words. Was that restraint, do you think?

I think it was. Certainly all things are relative. And I think relative to some of his tweets that was quite restrained.

Voir enfin:

Iran’s strategic mastermind got a huge boost from the nuclear deal

The historic nuclear accord between a US-led group of countries and Iran was good news for a man who some consider to be the Middle East’s most effective covert operative.As a result of the deal, Qasem Suleimani, the commander of the Iranian Revolutionary Guards Qods Force and the general responsible for overseeing Iran’s network of proxy organizations, will be removed from European Union sanctions lists once the agreement is implemented, and taken off a UN sanctions list after eight or fewer years.

Iran obtained some key concessions as a result of the nuclear agreement, including access to an estimated $150 billion in frozen assets; the lifting of a UN arms embargo, the eventual end to sanctions related to the country’s ballistic missile program; the ability to operate over 5,000 uranium enrichment centrifuges and to run stable elements through centrifuges at the once-clandestine and heavily guarded Fordow facility; nuclear assistance from the US and its partners; and the ability to stall inspections of sensitive sites for as long as 24 days. In light of these accomplishments, the de-listing of a general responsible for coordinating anti-US militia groups in Iraq — someone who may be responsible for the deaths of US soldiers — almost seems gratuitous.

It’s unlikely that the entire deal hinged on a single Iranian officer’s ability to open bank accounts in EU states or travel within Europe. But it got into the deal anyway. So did a reprieve for Bank Saderat, which the US sanctioned in 2006 for facilitating money transfers to Iranian regime-supported terror groups like Hezbollah and Islamic Jihad. As part of the deal, Bank Saderat will leave the EU sanctions list on the same timetable as Suleimani, although it will remain under US designation.

Like Suleimani’s removal, Bank Saderat’s apparent legalization in Europe suggests that for the purposes of the deal, the US and its partners lumped a broad range of restrictions under the heading of « nuclear-related » sanctions.

Suleimani and Bank Saderat are still going to remain under US sanctions related to the Iranian regime’s human rights abuses and support for terrorism. US sanctions have broad extraterritorial reach, and the US Treasury Department has turned into the scourge of compliance desks at banks around the world. But that matters to a somewhat lesser degree inside of the EU, where companies have actually been exempted from complying with certain US « secondary sanctions » on Iran since the mid-1990s.

Any company that transacts with a US-designated individual takes on a certain degree of US legal exposure. That actually creates problem for US allies whose companies operate under less restrictive legal regimes. It’s perfectly legal under domestic law for companies in many EU countries — among the US’s closest allies — to perform transactions for certain US-listed individuals and entities. This has been the cause of some trans-Atlantic tensions in the past, with an upshot that’s of immediate relevance to the nuclear deal reached Tuesday.In 1996, the US Congress passed the Iran-Libya Sanctions Act, targeting entities in two longstanding opponents of the US. But these were countries where European companies had routinely invested. The law didn’t just sanction two unfriendly regimes — it effectively sanctioned US allies where business with both countries was legally tolerated.

The law triggered consultations between the US and the EU under the World Trade Organization’s various dispute mechanisms. Diplomatic protests forced the US and and its European allies to figure out a compromise that wouldn’t expose their companies to additional legal scrutiny or lead to an unnecessary escalation in trans-Atlantic trade barriers.

The result is that the US kept the law on the books, but scaled back their implementation in Europe. Then-President Bill Clinton « negotiated an agreement under which the United States would not impose any ISLA sanctions
on European firms – much to Congress’ dismay. »

And in November 1996, the Council of Europe adopted a resolution protecting European companies from the reach of US law. The resolution authorized « blocking recognition or enforcement of decisions or judgments giving effect to the covered laws, » effectively canceling the extraterritoriality of certain US sanctions on European soil (although legal exposure continued for European companies with enough of a US presence to put them under American jurisdiction). In past disputes, companies inside of Europe have had an EU-authorized waiver for complying with US secondary sanctions.

In a post-deal environment in which European companies are eager investors in a far less diplomatically isolated Iran, the 1996 spat could be a sign of things to come, as well as a guideline for smoothing out disputes over US sanctions enforcement in Europe.

Some time in the next few years, Qasem Suleimani will be able to travel and do business inside the EU, while a bank that’s facilitated the funding of US-listed terror group’s will be allowed to enter the European market. As part of the nuclear deal, the US and its partners bargained away much of the international leverage against some of the more problematic sectors in the Iranian regime, including entities whose wrongdoing went well beyond the nuclear realm.The result is the almost complete reversal of the sanctions regime in Europe. « If you look at the competing annexes, the European list is much more comprehensive and there are going to be significant differences between the designation lists that are maintained, » Jonathan Schanzer, vice president for research at the Foundation for Defense of Democracies, told Business Insider. « The Europeans look as if they’re about to just open up entirely to Iran. »

Iran successfully pushed for a broad definition of « nuclear-related sanctions, » and bargained hard — and effectively — for a maximal degree of sanctions relief.

And the de-listing of Bank Saderat and Qasem Suleimani, along with the late-breaking effort to classify arms trade restrictions as purely nuclear-related, demonstrates just how far the US and its partners were willing to go to close a historic nuclear deal.

Voir par ailleurs:

Iran: le général Soleimani raconte sa guerre israélo-libanaise de 2006
Le Point/AFP
01/10/2019

La télévision d’Etat iranienne a diffusé mardi soir un entretien exclusif avec le général de division Ghassem Soleimani, un haut commandant des Gardiens de la Révolution, consacré à sa présence au Liban lors du conflit israélo-libanais de l’été 2006.

L’entretien est présenté comme la première interview du général Soleimani, homme de l’ombre à la tête de la force Qods, chargée des opérations extérieures –notamment en Irak et en Syrie— des Gardiens, l’armée idéologique de la République islamique.

Au cours des quelque 90 minutes d’entretien diffusées sur la première chaîne de la télévision d’Etat, le général Soleimani explique avoir passé au Liban, avec le Hezbollah chiite libanais, l’essentiel de ce conflit ayant duré 34 jours.

Le général dit être entré au pays du Cèdre au tout début de la guerre à partir de la Syrie avec Imad Moughnieh, haut commandant militaire du Hezbollah (tué en 2008) considéré par le mouvement chiite comme l’artisan de la « victoire » contre Israël lors de ce conflit ayant fait 1.200 morts côté libanais et 160 côté israélien.

Il revient sur l’élément déclencheur de la guerre: l’attaque, le 12 juillet, d’un commando du Hezbollah parvenu « à entrer en Palestine occupée (Israël, NDLR), attaquer un (blindé) sioniste et capturer deux soldats blessés ».

Mis à part une courte mission au bout « d’une semaine » pour rendre compte de la situation au guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, et revenir au Liban le jour-même avec un message de sa part pour Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, le général dit être resté au Liban pour aider ses compagnons d’armes chiites.

Dans l’entretien, l’officier ne mentionne pas la présence d’autres Iraniens. Il livre le récit d’une expérience avant tout personnelle, au contact de Moughnieh et de M. Nasrallah.

Il raconte comment, pris sous des bombardements israéliens sur la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, il évacue avec Moughniyeh le cheikh Nasrallah de la « chambre d’opérations » où il se trouve.

Selon son récit, lui et Moughniyeh font passer le chef du Hezbollah cette nuit-là d’abri en cachette avant de revenir tous deux à leur centre de commandement.

La publication de l’interview, réalisée par le bureau de l’ayatollah Khamenei, survient quelques jours après la publication, par ce même bureau, d’une photo inédite montrant Hassan Nasrallah « au-côté » de M. Khamenei et du général Soleimani et accréditant l’idée d’une rencontre récente entre les trois hommes à Téhéran.

Voir aussi:

Trump Calls the Ayatollah’s Bluff

And scores a victory against terrorism
Matthew Continetti
National review
January 3, 2020

The successful operation against Qassem Suleimani, head of the Islamic Revolutionary Guard Corps, is a stunning blow to international terrorism and a reassertion of American might. It will also test President Trump’s Iran strategy. It is now Trump, not Ayatollah Khamenei, who has ascended a rung on the ladder of escalation by killing the military architect of Iran’s Shiite empire. For years, Iran has set the rules. It was Iran that picked the time and place of confrontation. No more.

Reciprocity has been the key to understanding Donald Trump. Whether you are a media figure or a mullah, a prime minister or a pope, he will be good to you if you are good to him. Say something mean, though, or work against his interests, and he will respond in force. It won’t be pretty. It won’t be polite. There will be fallout. But you may think twice before crossing him again.

That has been the case with Iran. President Trump has conditioned his policies on Iranian behavior. When Iran spread its malign influence, Trump acted to check it. When Iran struck, Trump hit back: never disproportionately, never definitively. He left open the possibility of negotiations. He doesn’t want to have the greater Middle East — whether Libya, Syria, Iraq, Iran, Yemen, or Afghanistan — dominate his presidency the way it dominated those of Barack Obama and George W. Bush. America no longer needs Middle Eastern oil. Best to keep the region on the back burner and watch it so it doesn’t boil over. Do not overcommit resources to this underdeveloped, war-torn, sectarian land.

The result was reciprocal antagonism. In 2018, Trump withdrew the United States from the Joint Comprehensive Plan of Action negotiated by his predecessor. He began jacking up sanctions. The Iranian economy turned to a shambles. This “maximum pressure” campaign of economic warfare deprived the Iranian war machine of revenue and drove a wedge between the Iranian public and the Iranian government. Trump offered the opportunity to negotiate a new agreement. Iran refused.

And began to lash out. Last June, Iran’s fingerprints were all over two oil tankers that exploded in the Persian Gulf. Trump tightened the screws. Iran downed a U.S. drone. Trump called off a military strike at the last minute and responded indirectly, with more sanctions, cyber attacks, and additional troop deployments to the region. Last September a drone fleet launched by Iranian proxies in Yemen devastated the Aramco oil facility in Abqaiq, Saudi Arabia. Trump responded as he had to previous incidents: nonviolently.

Iran slowly brought the region to a boil. First it hit boats, then drones, then the key infrastructure of a critical ally. On December 27 it went further: Members of the Kataib Hezbollah militia launched rockets at a U.S. installation near Kirkuk, Iraq. Four U.S. soldiers were wounded. An American contractor was killed.

Destroying physical objects merited economic sanctions and cyber intrusions. Ending lives required a lethal response. It arrived on December 29 when F-15s pounded five Kataib Hezbollah facilities across Iraq and Syria. At least 25 militiamen were killed. Then, when Kataib Hezbollah and other Iran-backed militias organized a mob to storm the U.S. embassy in Baghdad, setting fire to the grounds, America made a show of force and threatened severe reprisals. The angry crowd melted away.

The risk to the U.S. embassy — and the possibility of another Benghazi — must have angered Trump. “The game has changed,” Secretary of Defense Mark Esper said hours before the assassination of Soleimani at Baghdad airport. Indeed it has. The decades-long gray-zone conflict between Iran and the United States manifested itself in subterfuge, terrorism, technological combat, financial chicanery, and proxy forces. Throughout it all, the two sides confronted each other directly only once: in the second half of Ronald Reagan’s presidency. That is about to change.

Deterrence, says Fred Kagan of the American Enterprise Institute, is credibly holding at risk something your adversary holds dear. If the reports out of Iraq are true, President Trump has put at risk the entirety of the Iranian imperial enterprise even as his maximum-pressure campaign strangles the Iranian economy and fosters domestic unrest. That will get the ayatollah’s attention. And now the United States must prepare for his answer.

The bombs over Baghdad? That was Trump calling Khamenei’s bluff. The game has changed. But it isn’t over.

Voir également:

The Shadow Commander
Qassem Suleimani is the Iranian operative who has been reshaping the Middle East. Now he’s directing Assad’s war in Syria.
The New Yorker
September 23, 2013

Last February, some of Iran’s most influential leaders gathered at the Amir al-Momenin Mosque, in northeast Tehran, inside a gated community reserved for officers of the Revolutionary Guard. They had come to pay their last respects to a fallen comrade. Hassan Shateri, a veteran of Iran’s covert wars throughout the Middle East and South Asia, was a senior commander in a powerful, élite branch of the Revolutionary Guard called the Quds Force. The force is the sharp instrument of Iranian foreign policy, roughly analogous to a combined C.I.A. and Special Forces; its name comes from the Persian word for Jerusalem, which its fighters have promised to liberate. Since 1979, its goal has been to subvert Iran’s enemies and extend the country’s influence across the Middle East. Shateri had spent much of his career abroad, first in Afghanistan and then in Iraq, where the Quds Force helped Shiite militias kill American soldiers.

Shateri had been killed two days before, on the road that runs between Damascus and Beirut. He had gone to Syria, along with thousands of other members of the Quds Force, to rescue the country’s besieged President, Bashar al-Assad, a crucial ally of Iran. In the past few years, Shateri had worked under an alias as the Quds Force’s chief in Lebanon; there he had helped sustain the armed group Hezbollah, which at the time of the funeral had begun to pour men into Syria to fight for the regime. The circumstances of his death were unclear: one Iranian official said that Shateri had been “directly targeted” by “the Zionist regime,” as Iranians habitually refer to Israel.

At the funeral, the mourners sobbed, and some beat their chests in the Shiite way. Shateri’s casket was wrapped in an Iranian flag, and gathered around it were the commander of the Revolutionary Guard, dressed in green fatigues; a member of the plot to murder four exiled opposition leaders in a Berlin restaurant in 1992; and the father of Imad Mughniyeh, the Hezbollah commander believed to be responsible for the bombings that killed more than two hundred and fifty Americans in Beirut in 1983. Mughniyeh was assassinated in 2008, purportedly by Israeli agents. In the ethos of the Iranian revolution, to die was to serve. Before Shateri’s funeral, Ayatollah Ali Khamenei, the country’s Supreme Leader, released a note of praise: “In the end, he drank the sweet syrup of martyrdom.”

Kneeling in the second row on the mosque’s carpeted floor was Major General Qassem Suleimani, the Quds Force’s leader: a small man of fifty-six, with silver hair, a close-cropped beard, and a look of intense self-containment. It was Suleimani who had sent Shateri, an old and trusted friend, to his death. As Revolutionary Guard commanders, he and Shateri belonged to a small fraternity formed during the Sacred Defense, the name given to the Iran-Iraq War, which lasted from 1980 to 1988 and left as many as a million people dead. It was a catastrophic fight, but for Iran it was the beginning of a three-decade project to build a Shiite sphere of influence, stretching across Iraq and Syria to the Mediterranean. Along with its allies in Syria and Lebanon, Iran forms an Axis of Resistance, arrayed against the region’s dominant Sunni powers and the West. In Syria, the project hung in the balance, and Suleimani was mounting a desperate fight, even if the price of victory was a sectarian conflict that engulfed the region for years.

Suleimani took command of the Quds Force fifteen years ago, and in that time he has sought to reshape the Middle East in Iran’s favor, working as a power broker and as a military force: assassinating rivals, arming allies, and, for most of a decade, directing a network of militant groups that killed hundreds of Americans in Iraq. The U.S. Department of the Treasury has sanctioned Suleimani for his role in supporting the Assad regime, and for abetting terrorism. And yet he has remained mostly invisible to the outside world, even as he runs agents and directs operations. “Suleimani is the single most powerful operative in the Middle East today,” John Maguire, a former C.I.A. officer in Iraq, told me, “and no one’s ever heard of him.”

When Suleimani appears in public—often to speak at veterans’ events or to meet with Khamenei—he carries himself inconspicuously and rarely raises his voice, exhibiting a trait that Arabs call khilib, or understated charisma. “He is so short, but he has this presence,” a former senior Iraqi official told me. “There will be ten people in a room, and when Suleimani walks in he doesn’t come and sit with you. He sits over there on the other side of room, by himself, in a very quiet way. Doesn’t speak, doesn’t comment, just sits and listens. And so of course everyone is thinking only about him.”

At the funeral, Suleimani was dressed in a black jacket and a black shirt with no tie, in the Iranian style; his long, angular face and his arched eyebrows were twisted with pain. The Quds Force had never lost such a high-ranking officer abroad. The day before the funeral, Suleimani had travelled to Shateri’s home to offer condolences to his family. He has a fierce attachment to martyred soldiers, and often visits their families; in a recent interview with Iranian media, he said, “When I see the children of the martyrs, I want to smell their scent, and I lose myself.” As the funeral continued, he and the other mourners bent forward to pray, pressing their foreheads to the carpet. “One of the rarest people, who brought the revolution and the whole world to you, is gone,” Alireza Panahian, the imam, told the mourners. Suleimani cradled his head in his palm and began to weep.

The early months of 2013, around the time of Shateri’s death, marked a low point for the Iranian intervention in Syria. Assad was steadily losing ground to the rebels, who are dominated by Sunnis, Iran’s rivals. If Assad fell, the Iranian regime would lose its link to Hezbollah, its forward base against Israel. In a speech, one Iranian cleric said, “If we lose Syria, we cannot keep Tehran.”

Although the Iranians were severely strained by American sanctions, imposed to stop the regime from developing a nuclear weapon, they were unstinting in their efforts to save Assad. Among other things, they extended a seven-billion-dollar loan to shore up the Syrian economy. “I don’t think the Iranians are calculating this in terms of dollars,” a Middle Eastern security official told me. “They regard the loss of Assad as an existential threat.” For Suleimani, saving Assad seemed a matter of pride, especially if it meant distinguishing himself from the Americans. “Suleimani told us the Iranians would do whatever was necessary,” a former Iraqi leader told me. “He said, ‘We’re not like the Americans. We don’t abandon our friends.’ ”

Last year, Suleimani asked Kurdish leaders in Iraq to allow him to open a supply route across northern Iraq and into Syria. For years, he had bullied and bribed the Kurds into coöperating with his plans, but this time they rebuffed him. Worse, Assad’s soldiers wouldn’t fight—or, when they did, they mostly butchered civilians, driving the populace to the rebels. “The Syrian Army is useless!” Suleimani told an Iraqi politician. He longed for the Basij, the Iranian militia whose fighters crushed the popular uprisings against the regime in 2009. “Give me one brigade of the Basij, and I could conquer the whole country,” he said. In August, 2012, anti-Assad rebels captured forty-eight Iranians inside Syria. Iranian leaders protested that they were pilgrims, come to pray at a holy Shiite shrine, but the rebels, as well as Western intelligence agencies, said that they were members of the Quds Force. In any case, they were valuable enough so that Assad agreed to release more than two thousand captured rebels to have them freed. And then Shateri was killed.

Finally, Suleimani began flying into Damascus frequently so that he could assume personal control of the Iranian intervention. “He’s running the war himself,” an American defense official told me. In Damascus, he is said to work out of a heavily fortified command post in a nondescript building, where he has installed a multinational array of officers: the heads of the Syrian military, a Hezbollah commander, and a coördinator of Iraqi Shiite militias, which Suleimani mobilized and brought to the fight. If Suleimani couldn’t have the Basij, he settled for the next best thing: Brigadier General Hossein Hamedani, the Basij’s former deputy commander. Hamedani, another comrade from the Iran-Iraq War, was experienced in running the kind of irregular militias that the Iranians were assembling, in order to keep on fighting if Assad fell.

Late last year, Western officials began to notice a sharp increase in Iranian supply flights into the Damascus airport. Instead of a handful a week, planes were coming every day, carrying weapons and ammunition—“tons of it,” the Middle Eastern security official told me—along with officers from the Quds Force. According to American officials, the officers coördinated attacks, trained militias, and set up an elaborate system to monitor rebel communications. They also forced the various branches of Assad’s security services—designed to spy on one another—to work together. The Middle Eastern security official said that the number of Quds Force operatives, along with the Iraqi Shiite militiamen they brought with them, reached into the thousands. “They’re spread out across the entire country,” he told me.

A turning point came in April, after rebels captured the Syrian town of Qusayr, near the Lebanese border. To retake the town, Suleimani called on Hassan Nasrallah, Hezbollah’s leader, to send in more than two thousand fighters. It wasn’t a difficult sell. Qusayr sits at the entrance to the Bekaa Valley, the main conduit for missiles and other matériel to Hezbollah; if it was closed, Hezbollah would find it difficult to survive. Suleimani and Nasrallah are old friends, having coöperated for years in Lebanon and in the many places around the world where Hezbollah operatives have performed terrorist missions at the Iranians’ behest. According to Will Fulton, an Iran expert at the American Enterprise Institute, Hezbollah fighters encircled Qusayr, cutting off the roads, then moved in. Dozens of them were killed, as were at least eight Iranian officers. On June 5th, the town fell. “The whole operation was orchestrated by Suleimani,” Maguire, who is still active in the region, said. “It was a great victory for him.”

Despite all of Suleimani’s rough work, his image among Iran’s faithful is that of an irreproachable war hero—a decorated veteran of the Iran-Iraq War, in which he became a division commander while still in his twenties. In public, he is almost theatrically modest. During a recent appearance, he described himself as “the smallest soldier,” and, according to the Iranian press, rebuffed members of the audience who tried to kiss his hand. His power comes mostly from his close relationship with Khamenei, who provides the guiding vision for Iranian society. The Supreme Leader, who usually reserves his highest praise for fallen soldiers, has referred to Suleimani as “a living martyr of the revolution.” Suleimani is a hard-line supporter of Iran’s authoritarian system. In July, 1999, at the height of student protests, he signed, with other Revolutionary Guard commanders, a letter warning the reformist President Mohammad Khatami that if he didn’t put down the revolt the military would—perhaps deposing Khatami in the process. “Our patience has run out,” the generals wrote. The police crushed the demonstrators, as they did again, a decade later.

Iran’s government is intensely fractious, and there are many figures around Khamenei who help shape foreign policy, including Revolutionary Guard commanders, senior clerics, and Foreign Ministry officials. But Suleimani has been given a remarkably free hand in implementing Khamenei’s vision. “He has ties to every corner of the system,” Meir Dagan, the former head of Mossad, told me. “He is what I call politically clever. He has a relationship with everyone.” Officials describe him as a believer in Islam and in the revolution; while many senior figures in the Revolutionary Guard have grown wealthy through the Guard’s control over key Iranian industries, Suleimani has been endowed with a personal fortune by the Supreme Leader. “He’s well taken care of,” Maguire said.

Suleimani lives in Tehran, and appears to lead the home life of a bureaucrat in middle age. “He gets up at four every morning, and he’s in bed by nine-thirty every night,” the Iraqi politician, who has known him for many years, told me, shaking his head in disbelief. Suleimani has a bad prostate and recurring back pain. He’s “respectful of his wife,” the Middle Eastern security official told me, sometimes taking her along on trips. He has three sons and two daughters, and is evidently a strict but loving father. He is said to be especially worried about his daughter Nargis, who lives in Malaysia. “She is deviating from the ways of Islam,” the Middle Eastern official said.

Maguire told me, “Suleimani is a far more polished guy than most. He can move in political circles, but he’s also got the substance to be intimidating.” Although he is widely read, his aesthetic tastes appear to be strictly traditional. “I don’t think he’d listen to classical music,” the Middle Eastern official told me. “The European thing—I don’t think that’s his vibe, basically.” Suleimani has little formal education, but, the former senior Iraqi official told me, “he is a very shrewd, frighteningly intelligent strategist.” His tools include payoffs for politicians across the Middle East, intimidation when it is needed, and murder as a last resort. Over the years, the Quds Force has built an international network of assets, some of them drawn from the Iranian diaspora, who can be called on to support missions. “They’re everywhere,” a second Middle Eastern security official said. In 2010, according to Western officials, the Quds Force and Hezbollah launched a new campaign against American and Israeli targets—in apparent retaliation for the covert effort to slow down the Iranian nuclear program, which has included cyber attacks and assassinations of Iranian nuclear scientists.

Since then, Suleimani has orchestrated attacks in places as far flung as Thailand, New Delhi, Lagos, and Nairobi—at least thirty attempts in the past two years alone. The most notorious was a scheme, in 2011, to hire a Mexican drug cartel to blow up the Saudi Ambassador to the United States as he sat down to eat at a restaurant a few miles from the White House. The cartel member approached by Suleimani’s agent turned out to be an informant for the U.S. Drug Enforcement Administration. (The Quds Force appears to be more effective close to home, and a number of the remote plans have gone awry.) Still, after the plot collapsed, two former American officials told a congressional committee that Suleimani should be assassinated. “Suleimani travels a lot,” one said. “He is all over the place. Go get him. Either try to capture him or kill him.” In Iran, more than two hundred dignitaries signed an outraged letter in his defense; a social-media campaign proclaimed, “We are all Qassem Suleimani.”

Several Middle Eastern officials, some of whom I have known for a decade, stopped talking the moment I brought up Suleimani. “We don’t want to have any part of this,” a Kurdish official in Iraq said. Among spies in the West, he appears to exist in a special category, an enemy both hated and admired: a Middle Eastern equivalent of Karla, the elusive Soviet master spy in John le Carré’s novels. When I called Dagan, the former Mossad chief, and mentioned Suleimani’s name, there was a long pause on the line. “Ah,” he said, in a tone of weary irony, “a very good friend.”

In March, 2009, on the eve of the Iranian New Year, Suleimani led a group of Iran-Iraq War veterans to the Paa-Alam Heights, a barren, rocky promontory on the Iraqi border. In 1986, Paa-Alam was the scene of one of the terrible battles over the Faw Peninsula, where tens of thousands of men died while hardly advancing a step. A video recording from the visit shows Suleimani standing on a mountaintop, recounting the battle to his old comrades. In a gentle voice, he speaks over a soundtrack of music and prayers.

“This is the Dasht-e-Abbas Road,” Suleimani says, pointing into the valley below. “This area stood between us and the enemy.” Later, Suleimani and the group stand on the banks of a creek, where he reads aloud the names of fallen Iranian soldiers, his voice trembling with emotion. During a break, he speaks with an interviewer, and describes the fighting in near-mystical terms. “The battlefield is mankind’s lost paradise—the paradise in which morality and human conduct are at their highest,” he says. “One type of paradise that men imagine is about streams, beautiful maidens, and lush landscape. But there is another kind of paradise—the battlefield.”

Suleimani was born in Rabor, an impoverished mountain village in eastern Iran. When he was a boy, his father, like many other farmers, took out an agricultural loan from the government of the Shah. He owed nine hundred toman—about a hundred dollars at the time—and couldn’t pay it back. In a brief memoir, Suleimani wrote of leaving home with a young relative named Ahmad Suleimani, who was in a similar situation. “At night, we couldn’t fall asleep with the sadness of thinking that government agents were coming to arrest our fathers,” he wrote. Together, they travelled to Kerman, the nearest city, to try to clear their family’s debt. The place was unwelcoming. “We were only thirteen, and our bodies were so tiny, wherever we went, they wouldn’t hire us,” he wrote. “Until one day, when we were hired as laborers at a school construction site on Khajoo Street, which was where the city ended. They paid us two toman per day.” After eight months, they had saved enough money to bring home, but the winter snow was too deep. They were told to seek out a local driver named Pahlavan—“Champion”—who was a “strong man who could lift up a cow or a donkey with his teeth.” During the drive, whenever the car got stuck, “he would lift up the Jeep and put it aside!” In Suleimani’s telling, Pahlavan is an ardent detractor of the Shah. He says of the two boys, “This is the time for them to rest and play, not work as a laborer in a strange city. I spit on the life they have made for us!” They arrived home, Suleimani writes, “just as the lights were coming on in the village homes. When the news travelled in our village, there was pandemonium.”

As a young man, Suleimani gave few signs of greater ambition. According to Ali Alfoneh, an Iran expert at the Foundation for Defense of Democracies, he had only a high-school education, and worked for Kerman’s municipal water department. But it was a revolutionary time, and the country’s gathering unrest was making itself felt. Away from work, Suleimani spent hours lifting weights in local gyms, which, like many in the Middle East, offered physical training and inspiration for the warrior spirit. During Ramadan, he attended sermons by a travelling preacher named Hojjat Kamyab—a protégé of Khamenei’s—and it was there that he became inspired by the possibility of Islamic revolution.

In 1979, when Suleimani was twenty-two, the Shah fell to a popular uprising led by Ayatollah Ruhollah Khomeini in the name of Islam. Swept up in the fervor, Suleimani joined the Revolutionary Guard, a force established by Iran’s new clerical leadership to prevent the military from mounting a coup. Though he received little training—perhaps only a forty-five-day course—he advanced rapidly. As a young guardsman, Suleimani was dispatched to northwestern Iran, where he helped crush an uprising by ethnic Kurds.

When the revolution was eighteen months old, Saddam Hussein sent the Iraqi Army sweeping across the border, hoping to take advantage of the internal chaos. Instead, the invasion solidified Khomeini’s leadership and unified the country in resistance, starting a brutal, entrenched war. Suleimani was sent to the front with a simple task, to supply water to the soldiers there, and he never left. “I entered the war on a fifteen-day mission, and ended up staying until the end,” he has said. A photograph from that time shows the young Suleimani dressed in green fatigues, with no insignia of rank, his black eyes focussed on a far horizon. “We were all young and wanted to serve the revolution,” he told an interviewer in 2005.

Suleimani earned a reputation for bravery and élan, especially as a result of reconnaissance missions he undertook behind Iraqi lines. He returned from several missions bearing a goat, which his soldiers slaughtered and grilled. “Even the Iraqis, our enemy, admired him for this,” a former Revolutionary Guard officer who defected to the United States told me. On Iraqi radio, Suleimani became known as “the goat thief.” In recognition of his effectiveness, Alfoneh said, he was put in charge of a brigade from Kerman, with men from the gyms where he lifted weights.

The Iranian Army was badly overmatched, and its commanders resorted to crude and costly tactics. In “human wave” assaults, they sent thousands of young men directly into the Iraqi lines, often to clear minefields, and soldiers died at a precipitous rate. Suleimani seemed distressed by the loss of life. Before sending his men into battle, he would embrace each one and bid him goodbye; in speeches, he praised martyred soldiers and begged their forgiveness for not being martyred himself. When Suleimani’s superiors announced plans to attack the Faw Peninsula, he dismissed them as wasteful and foolhardy. The former Revolutionary Guard officer recalled seeing Suleimani in 1985, after a battle in which his brigade had suffered many dead and wounded. He was sitting alone in a corner of a tent. “He was very silent, thinking about the people he’d lost,” the officer said.

Ahmad, the young relative who travelled with Suleimani to Kerman, was killed in 1984. On at least one occasion, Suleimani himself was wounded. Still, he didn’t lose enthusiasm for his work. In the nineteen-eighties, Reuel Marc Gerecht was a young C.I.A. officer posted to Istanbul, where he recruited from the thousands of Iranian soldiers who went there to recuperate. “You’d get a whole variety of guardsmen,” Gerecht, who has written extensively on Iran, told me. “You’d get clerics, you’d get people who came to breathe and whore and drink.” Gerecht divided the veterans into two groups. “There were the broken and the burned out, the hollow-eyed—the guys who had been destroyed,” he said. “And then there were the bright-eyed guys who just couldn’t wait to get back to the front. I’d put Suleimani in the latter category.”

Ryan Crocker, the American Ambassador to Iraq from 2007 to 2009, got a similar feeling. During the Iraq War, Crocker sometimes dealt with Suleimani indirectly, through Iraqi leaders who shuttled in and out of Tehran. Once, he asked one of the Iraqis if Suleimani was especially religious. The answer was “Not really,” Crocker told me. “He attends mosque periodically. Religion doesn’t drive him. Nationalism drives him, and the love of the fight.”

Iran’s leaders took two lessons from the Iran-Iraq War. The first was that Iran was surrounded by enemies, near and far. To the regime, the invasion was not so much an Iraqi plot as a Western one. American officials were aware of Saddam’s preparations to invade Iran in 1980, and they later provided him with targeting information used in chemical-weapons attacks; the weapons themselves were built with the help of Western European firms. The memory of these attacks is an especially bitter one. “Do you know how many people are still suffering from the effects of chemical weapons?” Mehdi Khalaji, a fellow at the Washington Institute for Near East Policy, said. “Thousands of former soldiers. They believe these were Western weapons given to Saddam.” In 1987, during a battle with the Iraqi Army, a division under Suleimani’s command was attacked by artillery shells containing chemical weapons. More than a hundred of his men suffered the effects.

The other lesson drawn from the Iran-Iraq War was the futility of fighting a head-to-head confrontation. In 1982, after the Iranians expelled the Iraqi forces, Khomeini ordered his men to keep going, to “liberate” Iraq and push on to Jerusalem. Six years and hundreds of thousands of lives later, he agreed to a ceasefire. According to Alfoneh, many of the generals of Suleimani’s generation believe they could have succeeded had the clerics not flinched. “Many of them feel like they were stabbed in the back,” he said. “They have nurtured this myth for nearly thirty years.” But Iran’s leaders did not want another bloodbath. Instead, they had to build the capacity to wage asymmetrical warfare—attacking stronger powers indirectly, outside of Iran.

The Quds Force was an ideal tool. Khomeini had created the prototype for the force in 1979, with the goal of protecting Iran and exporting the Islamic Revolution. The first big opportunity came in Lebanon, where Revolutionary Guard officers were dispatched in 1982 to help organize Shiite militias in the many-sided Lebanese civil war. Those efforts resulted in the creation of Hezbollah, which developed under Iranian guidance. Hezbollah’s military commander, the brilliant and murderous Imad Mughniyeh, helped form what became known as the Special Security Apparatus, a wing of Hezbollah that works closely with the Quds Force. With assistance from Iran, Hezbollah helped orchestrate attacks on the American Embassy and on French and American military barracks. “In the early days, when Hezbollah was totally dependent on Iranian help, Mughniyeh and others were basically willing Iranian assets,” David Crist, a historian for the U.S. military and the author of “The Twilight War,” says.

For all of the Iranian regime’s aggressiveness, some of its religious zeal seemed to burn out. In 1989, Khomeini stopped urging Iranians to spread the revolution, and called instead for expediency to preserve its gains. Persian self-interest was the order of the day, even if it was indistinguishable from revolutionary fervor. In those years, Suleimani worked along Iran’s eastern frontier, aiding Afghan rebels who were holding out against the Taliban. The Iranian regime regarded the Taliban with intense hostility, in large part because of their persecution of Afghanistan’s minority Shiite population. (At one point, the two countries nearly went to war; Iran mobilized a quarter of a million troops, and its leaders denounced the Taliban as an affront to Islam.) In an area that breeds corruption, Suleimani made a name for himself battling opium smugglers along the Afghan border.

In 1998, Suleimani was named the head of the Quds Force, taking over an agency that had already built a lethal résumé: American and Argentine officials believe that the Iranian regime helped Hezbollah orchestrate the bombing of the Israeli Embassy in Buenos Aires in 1992, which killed twenty-nine people, and the attack on the Jewish center in the same city two years later, which killed eighty-five. Suleimani has built the Quds Force into an organization with extraordinary reach, with branches focussed on intelligence, finance, politics, sabotage, and special operations. With a base in the former U.S. Embassy compound in Tehran, the force has between ten thousand and twenty thousand members, divided between combatants and those who train and oversee foreign assets. Its members are picked for their skill and their allegiance to the doctrine of the Islamic Revolution (as well as, in some cases, their family connections). According to the Israeli newspaper Israel Hayom, fighters are recruited throughout the region, trained in Shiraz and Tehran, indoctrinated at the Jerusalem Operation College, in Qom, and then “sent on months-long missions to Afghanistan and Iraq to gain experience in field operational work. They usually travel under the guise of Iranian construction workers.”

After taking command, Suleimani strengthened relationships in Lebanon, with Mughniyeh and with Hassan Nasrallah, Hezbollah’s chief. By then, the Israeli military had occupied southern Lebanon for sixteen years, and Hezbollah was eager to take control of the country, so Suleimani sent in Quds Force operatives to help. “They had a huge presence—training, advising, planning,” Crocker said. In 2000, the Israelis withdrew, exhausted by relentless Hezbollah attacks. It was a signal victory for the Shiites, and, Crocker said, “another example of how countries like Syria and Iran can play a long game, knowing that we can’t.”

Since then, the regime has given aid to a variety of militant Islamist groups opposed to America’s allies in the region, such as Saudi Arabia and Bahrain. The help has gone not only to Shiites but also to Sunni groups like Hamas—helping to form an archipelago of alliances that stretches from Baghdad to Beirut. “No one in Tehran started out with a master plan to build the Axis of Resistance, but opportunities presented themselves,” a Western diplomat in Baghdad told me. “In each case, Suleimani was smarter, faster, and better resourced than anyone else in the region. By grasping at opportunities as they came, he built the thing, slowly but surely.”

In the chaotic days after the attacks of September 11th, Ryan Crocker, then a senior State Department official, flew discreetly to Geneva to meet a group of Iranian diplomats. “I’d fly out on a Friday and then back on Sunday, so nobody in the office knew where I’d been,” Crocker told me. “We’d stay up all night in those meetings.” It seemed clear to Crocker that the Iranians were answering to Suleimani, whom they referred to as “Haji Qassem,” and that they were eager to help the United States destroy their mutual enemy, the Taliban. Although the United States and Iran broke off diplomatic relations in 1980, after American diplomats in Tehran were taken hostage, Crocker wasn’t surprised to find that Suleimani was flexible. “You don’t live through eight years of brutal war without being pretty pragmatic,” he said. Sometimes Suleimani passed messages to Crocker, but he avoided putting anything in writing. “Haji Qassem’s way too smart for that,” Crocker said. “He’s not going to leave paper trails for the Americans.”

Before the bombing began, Crocker sensed that the Iranians were growing impatient with the Bush Administration, thinking that it was taking too long to attack the Taliban. At a meeting in early October, 2001, the lead Iranian negotiator stood up and slammed a sheaf of papers on the table. “If you guys don’t stop building these fairy-tale governments in the sky, and actually start doing some shooting on the ground, none of this is ever going to happen!” he shouted. “When you’re ready to talk about serious fighting, you know where to find me.” He stomped out of the room. “It was a great moment,” Crocker said.

The coöperation between the two countries lasted through the initial phase of the war. At one point, the lead negotiator handed Crocker a map detailing the disposition of Taliban forces. “Here’s our advice: hit them here first, and then hit them over here. And here’s the logic.” Stunned, Crocker asked, “Can I take notes?” The negotiator replied, “You can keep the map.” The flow of information went both ways. On one occasion, Crocker said, he gave his counterparts the location of an Al Qaeda facilitator living in the eastern city of Mashhad. The Iranians detained him and brought him to Afghanistan’s new leaders, who, Crocker believes, turned him over to the U.S. The negotiator told Crocker, “Haji Qassem is very pleased with our coöperation.”

The good will didn’t last. In January, 2002, Crocker, who was by then the deputy chief of the American Embassy in Kabul, was awakened one night by aides, who told him that President George W. Bush, in his State of the Union Address, had named Iran as part of an “Axis of Evil.” Like many senior diplomats, Crocker was caught off guard. He saw the negotiator the next day at the U.N. compound in Kabul, and he was furious. “You completely damaged me,” Crocker recalled him saying. “Suleimani is in a tearing rage. He feels compromised.” The negotiator told Crocker that, at great political risk, Suleimani had been contemplating a complete reëvaluation of the United States, saying, “Maybe it’s time to rethink our relationship with the Americans.” The Axis of Evil speech brought the meetings to an end. Reformers inside the government, who had advocated a rapprochement with the United States, were put on the defensive. Recalling that time, Crocker shook his head. “We were just that close,” he said. “One word in one speech changed history.”

Before the meetings fell apart, Crocker talked with the lead negotiator about the possibility of war in Iraq. “Look,” Crocker said, “I don’t know what’s going to happen, but I do have some responsibility for Iraq—it’s my portfolio—and I can read the signs, and I think we’re going to go in.” He saw an enormous opportunity. The Iranians despised Saddam, and Crocker figured that they would be willing to work with the U.S. “I was not a fan of the invasion,” he told me. “But I was thinking, If we’re going to do it, let’s see if we can flip an enemy into a friend—at least tactically for this, and then let’s see where we can take it.” The negotiator indicated that the Iranians were willing to talk, and that Iraq, like Afghanistan, was part of Suleimani’s brief: “It’s one guy running both shows.”

After the invasion began, in March, 2003, Iranian officials were frantic to let the Americans know that they wanted peace. Many of them watched the regimes topple in Afghanistan and Iraq and were convinced that they were next. “They were scared shitless,” Maguire, the former C.I.A. officer in Baghdad, told me. “They were sending runners across the border to our élite elements saying, ‘Look, we don’t want any trouble with you.’ We had an enormous upper hand.” That same year, American officials determined that Iran had reconfigured its plans to develop a nuclear weapon to proceed more slowly and covertly, lest it invite a Western attack.

After Saddam’s regime collapsed, Crocker was dispatched to Baghdad to organize a fledgling government, called the Iraqi Governing Council. He realized that many Iraqi politicians were flying to Tehran for consultations, and he jumped at the chance to negotiate indirectly with Suleimani. In the course of the summer, Crocker passed him the names of prospective Shiite candidates, and the two men vetted each one. Crocker did not offer veto power, but he abandoned candidates whom Suleimani found especially objectionable. “The formation of the governing council was in its essence a negotiation between Tehran and Washington,” he said.

Voir de même:

Gen. Soleimani: A new brand of Iranian hero for nationalist times
Not a Shiite religious figure and not a martyr, Qassem Soleimani, the living commander of Iran’s elite Qods Force, has been elevated to hero status.
Scott Peterson
The Christian Science Monitor
February 15, 2016

Tehran, Iran
For years the commander of Iran’s elite Qods Force worked from the shadows, conducting the nation’s battles from Afghanistan to Lebanon.

But today Qassem Soleimani is Iran’s celebrity general, a man elevated to hero status by a social media machine that has at least 10 Instagram accounts and spreads photographs and selfies of him at the front lines in Syria and Iraq.

The Islamic Republic long ago turned hero worship into an art form, with its devotion to Shiite religious figures and war martyrs. But the growing personality cult that halos Maj. Gen. Soleimani is different: The gray-haired servant of the Islamic Revolutionary Guard Corps (IRGC) is very much alive, and his ascent to stardom coincides with a growing nationalist trend in Iran.

“Propaganda in Iran is changing, and every nation needs a live hero,” says a conservative analyst in Qom, who asked not to be named.

“The dead heroes now are not useful; we need a live hero now. Iranian people like great commanders, military heroes in history,” he says, ticking off a string of names. “I think Qassem Soleimani is the right person for our new propaganda policy – the right person at the right time.”

Soleimani’s face surged into public view after the self-described Islamic State (IS) swept from Syria into Iraq in June 2014. Frontline photographs of the general mingling with Iranian fighters went viral.

Iranians cite many reasons for his rise, from “saving” Baghdad from IS jihadists and reactivating Shiite militias in Iraq to preserving the rule of Syrian President Bashar al-Assad during nearly six years of war.

Never mind that some analysts suggest that earlier failures to prevent internal upheaval in Iraq and Syria – for years those countries were part of Soleimani’s responsibility – are the reason for Iran’s deep involvement today.

For his part, Soleimani attributes the “collapse of American power in the region” to Iran’s “spiritual influence” in bolstering resistance against the United States, Israel, and their allies.

“It is very extraordinary. Who else can come close?” says a veteran observer in Tehran, Iran, who asked not to be named. “I don’t know how intentional this is; you see people in all walks of life respect him. It shows we can have a very popular hero who is not a cleric.”

“There is no stain on his image,” says the observer.

Indeed, Soleimani has become a source of pride and a symbol for Iranians of all stripes of their nation’s power abroad. At a pro-regime rally, even young Westernized women in makeup pledge to be “soldiers” of Soleimani. At a bodybuilding championship held in his honor, bare-chested men flaunted their muscles beside a huge portrait of him.

Among the Islamic Revolution’s true believers, Soleimani’s exploits are sung by religious storytellers and posted online. His writings about the Iran-Iraq War are steeped in religious language.

In a video from the Syrian front line broadcast on state TV last month, he addressed fighters, saying, of an Iranian volunteer who was killed, “God loves the person who makes holy war his path.”

When erroneous reports of Soleimani’s death recently emerged (Iran has lost dozens of senior IRGC commanders in Syria and Iraq and hundreds of “advisers”), he laughed and said, “This [martyrdom] is something that I have climbed mountains and crossed plains to find.

Some say the hero worship has gone too far; months ago the IRGC ordered Iranian media not to publish frontline selfies. When a young director wanted to make a film inspired by his hero, the general said he was against it and was embarrassed.

Yet Soleimani appears to have relented for Ebrahim Hatamikia, a renowned director of war films.

“Bodyguard” is now premièring at a festival in Tehran. “I made this film for the love of Haj Qassem Soleimani,” the director told an Iranian website, adding that he is “the earth beneath Soleimani’s feet.”

Voir de plus:

The war on ISIS is getting weird in Iraq
Michael B Kelley
Business insider
Mar 25, 2015

The US has started providing « air strikes, airborne intelligence, and Advise & Assist support to Iraqi security forces headquarters » as Baghdad struggles to drive ISIS militants out of Saddam Hussein’s hometown of Tikrit.

The Iraqi assault has heretofore been spearheaded by Maj. Gen. Qassim Suleimani, the head of Iran’s Quds Force, the foreign arm of the Iran Revolutionary Guards Corps (IRGC), and most of the Iraqi forces are members of Shiite militias beholden to Tehran.

The British magazine The Week features Suleimani in bed with Uncle Sam, which is quite striking given that Suleimani directed « a network of militant groups that killed hundreds of Americans in Iraq, » as detailed by Dexter Filkins in The New Yorker.The notion of the US working on the same side Suleimani is confounding to those who consider him a formidable adversary.

« There’s just no way that the US military can actively support an offensive led by Suleimani, » Christopher Harmer, a former aviator in the United States Navy in the Persian Gulf who is now an analyst with the Institute for the Study of War, told Helene Cooper of The New York Times recently. « He’s a more stately version of Osama bin Laden. »

Suleimani’s Iraqi allies — such as the powerful Badr militia — are known for allegedly burning down Sunni villages and using power drills on enemies.

« It’s a little hard for us to be allied on the battlefield with groups of individuals who are unrepentantly covered in American blood, » Ryan Crocker, a career diplomat who served as the US ambassador to Iraq from 2007 to 2009, told US News.

Nevertheless, American warplanes have provided support for the so-called special groups over the past few months.

Badr commander Hadi al-Ameri recently told Eli Lake of Bloomberg that the US ambassador to Iraq offered airstrikes to support the Iraqi army and the Badr ground forces. Ameri added that Suleimani « advises us. He offers us information, we respect him very much. »

The Wall Street Journal noted that « U.S. officials want to ensure that Iran doesn’t play a central role in the fight ahead. U.S. officials want to be certain that the Iraqi military provides strong oversight of the Shiite militias. »

The question is who tells Suleimani to get out of the way but leave his militias behind.

Voir de plus:

Trump Kills Iran’s Most Overrated Warrior
Suleimani pushed his country to build an empire, but drove it into the ground instead.
Thomas L. Friedman
NYT
Jan. 3, 2020

One day they may name a street after President Trump in Tehran. Why? Because Trump just ordered the assassination of possibly the dumbest man in Iran and the most overrated strategist in the Middle East: Maj. Gen. Qassim Suleimani.

Think of the miscalculations this guy made. In 2015, the United States and the major European powers agreed to lift virtually all their sanctions on Iran, many dating back to 1979, in return for Iran halting its nuclear weapons program for a mere 15 years, but still maintaining the right to have a peaceful nuclear program. It was a great deal for Iran. Its economy grew by over 12 percent the next year. And what did Suleimani do with that windfall?

He and Iran’s supreme leader launched an aggressive regional imperial project that made Iran and its proxies the de facto controlling power in Beirut, Damascus, Baghdad and Sana. This freaked out U.S. allies in the Sunni Arab world and Israel — and they pressed the Trump administration to respond. Trump himself was eager to tear up any treaty forged by President Obama, so he exited the nuclear deal and imposed oil sanctions on Iran that have now shrunk the Iranian economy by almost 10 percent and sent unemployment over 16 percent.

All that for the pleasure of saying that Tehran can call the shots in Beirut, Damascus, Baghdad and Sana. What exactly was second prize?

With the Tehran regime severely deprived of funds, the ayatollahs had to raise gasoline prices at home, triggering massive domestic protests. That required a harsh crackdown by Iran’s clerics against their own people that left thousands jailed and killed, further weakening the legitimacy of the regime.

Then Mr. “Military Genius” Suleimani decided that, having propped up the regime of President Bashar al-Assad in Syria, and helping to kill 500,000 Syrians in the process, he would overreach again and try to put direct pressure on Israel. He would do this by trying to transfer precision-guided rockets from Iran to Iranian proxy forces in Lebanon and Syria.

Alas, Suleimani discovered that fighting Israel — specifically, its combined air force, special forces, intelligence and cyber — is not like fighting the Nusra front or the Islamic State. The Israelis hit back hard, sending a whole bunch of Iranians home from Syria in caskets and hammering their proxies as far away as Western Iraq.

Indeed, Israeli intelligence had so penetrated Suleimani’s Quds Force and its proxies that Suleimani would land a plane with precision munitions in Syria at 5 p.m., and the Israeli air force would blow it up by 5:30 p.m. Suleimani’s men were like fish in a barrel. If Iran had a free press and a real parliament, he would have been fired for colossal mismanagement.

But it gets better, or actually worse, for Suleimani. Many of his obituaries say that he led the fight against the Islamic State in Iraq, in tacit alliance with America. Well, that’s true. But what they omit is that Suleimani’s, and Iran’s, overreaching in Iraq helped to produce the Islamic State in the first place.

It was Suleimani and his Quds Force pals who pushed Iraq’s Shiite prime minister, Nuri Kamal al-Maliki, to push Sunnis out of the Iraqi government and army, stop paying salaries to Sunni soldiers, kill and arrest large numbers of peaceful Sunni protesters and generally turn Iraq into a Shiite-dominated sectarian state. The Islamic State was the counterreaction.

Finally, it was Suleimani’s project of making Iran the imperial power in the Middle East that turned Iran into the most hated power in the Middle East for many of the young, rising pro-democracy forces — both Sunnis and Shiites — in Lebanon, Syria and Iraq.

As the Iranian-American scholar Ray Takeyh pointed out in a wise essay in Politico, in recent years “Soleimani began expanding Iran’s imperial frontiers. For the first time in its history, Iran became a true regional power, stretching its influence from the banks of the Mediterranean to the Persian Gulf. Soleimani understood that Persians would not be willing to die in distant battlefields for the sake of Arabs, so he focused on recruiting Arabs and Afghans as an auxiliary force. He often boasted that he could create a militia in little time and deploy it against Iran’s various enemies.”

It was precisely those Suleimani proxies — Hezbollah in Lebanon and Syria, the Popular Mobilization Forces in Iraq, and the Houthis in Yemen — that created pro-Iranian Shiite states-within-states in all of these countries. And it was precisely these states-within-states that helped to prevent any of these countries from cohering, fostered massive corruption and kept these countries from developing infrastructure — schools, roads, electricity.

And therefore it was Suleimani and his proxies — his “kingmakers” in Lebanon, Syria and Iraq — who increasingly came to be seen, and hated, as imperial powers in the region, even more so than Trump’s America. This triggered popular, authentic, bottom-up democracy movements in Lebanon and Iraq that involved Sunnis and Shiites locking arms together to demand noncorrupt, nonsectarian democratic governance.

On Nov. 27, Iraqi Shiites — yes, Iraqi Shiites — burned down the Iranian consulate in Najaf, Iraq, removing the Iranian flag from the building and putting an Iraqi flag in its place. That was after Iraqi Shiites, in September 2018, set the Iranian consulate in Basra ablaze, shouting condemnations of Iran’s interference in Iraqi politics.

The whole “protest” against the United States Embassy compound in Baghdad last week was almost certainly a Suleimani-staged operation to make it look as if Iraqis wanted America out when in fact it was the other way around. The protesters were paid pro-Iranian militiamen. No one in Baghdad was fooled by this.

In a way, it’s what got Suleimani killed. He so wanted to cover his failures in Iraq he decided to start provoking the Americans there by shelling their forces, hoping they would overreact, kill Iraqis and turn them against the United States. Trump, rather than taking the bait, killed Suleimani instead.

I have no idea whether this was wise or what will be the long-term implications. But here are two things I do know about the Middle East.

First, often in the Middle East the opposite of “bad” is not “good.” The opposite of bad often turns out to be “disorder.” Just because you take out a really bad actor like Suleimani doesn’t mean a good actor, or a good change in policy, comes in his wake. Suleimani is part of a system called the Islamic Revolution in Iran. That revolution has managed to use oil money and violence to stay in power since 1979 — and that is Iran’s tragedy, a tragedy that the death of one Iranian general will not change.

Today’s Iran is the heir to a great civilization and the home of an enormously talented people and significant culture. Wherever Iranians go in the world today, they thrive as scientists, doctors, artists, writers and filmmakers — except in the Islamic Republic of Iran, whose most famous exports are suicide bombing, cyberterrorism and proxy militia leaders. The very fact that Suleimani was probably the most famous Iranian in the region speaks to the utter emptiness of this regime, and how it has wasted the lives of two generations of Iranians by looking for dignity in all the wrong places and in all the wrong ways.

The other thing I know is that in the Middle East all important politics happens the morning after the morning after.

Yes, in the coming days there will be noisy protests in Iran, the burning of American flags and much crying for the “martyr.” The morning after the morning after? There will be a thousand quiet conversations inside Iran that won’t get reported. They will be about the travesty that is their own government and how it has squandered so much of Iran’s wealth and talent on an imperial project that has made Iran hated in the Middle East.

And yes, the morning after, America’s Sunni Arab allies will quietly celebrate Suleimani’s death, but we must never forget that it is the dysfunction of many of the Sunni Arab regimes — their lack of freedom, modern education and women’s empowerment — that made them so weak that Iran was able to take them over from the inside with its proxies.

I write these lines while flying over New Zealand, where the smoke from forest fires 2,500 miles away over eastern Australia can be seen and felt. Mother Nature doesn’t know Suleimani’s name, but everyone in the Arab world is going to know her name. Because the Middle East, particularly Iran, is becoming an environmental disaster area — running out of water, with rising desertification and overpopulation. If governments there don’t stop fighting and come together to build resilience against climate change — rather than celebrating self-promoting military frauds who conquer failed states and make them fail even more — they’re all doomed.

Voir encore:

Love is a Battlefield
Jon Stewart takes the U.S.-Iran ‘strange bedfellows’ line literally, imagines Iraq as a love triangle
Peter Weber
The Week
June 17, 2014

Yes, Jon Stewart is a comedian, and no, The Daily Show isn’t a hard news-and-analysis show. But on Monday night’s show, Stewart gave a remarkably cogent and creative explanation of the geopolitical situation in Iraq. The U.S. and Iran are discussing coordinating their efforts in Iraq to defeat a common enemy, the Islamic State of Iraq and Syria (ISIS) militia. Meanwhile, ISIS is getting financial support from one of America’s biggest Arab allies, and Iran’s biggest Muslim enemy, Saudi Arabia.

Forget « strange bedfellows » — this is a romantic Gordian knot. But it makes a lot of sense when Stewart presents the situation as a love triangle. « Sure, you say ‘Death to America’ and burn our flags, but you do it to our face, » Stewart tells Iran. Meanwhile, Saudi Arabia has been funding America’s enemies behind our backs — but what about its sweet, sweet crude oil? Like all good love triangles, this one has a soundtrack — Stewart draws on the hits of the 1980s to great effect. In fact, the only ’80s song Stewart left out that would have tied this all together: « Love Bites. » –Peter Weber

State Department urges U.S. citizens to ‘depart Iraq immediately’ due to ‘heightened tensions’

4:37 a.m.

The State Department on Friday urged « U.S. citizens to depart Iraq immediately, » citing unspecified « heightened tensions in Iraq and the region » and the « Iranian-backed militia attacks at the U.S. Embassy compound. »

Iranian officials have vowed « harsh » retaliation for America’s assassination Friday of Iran’s top regional military commander, Gen. Qassem Soleimani, outside Baghdad International Airport. Syria similarly criticized the « treacherous American criminal aggression » and warned of a « dangerous escalation » in the region.

Iraq’s outgoing prime minister, Adel Abdul-Mahdi, also slammed the the « liquidation operations » against Soleimani and half a dozen Iraqi militiamen killed in the drone strikes as an « aggression against Iraq, » a « brazen violation of Iraq’s sovereignty and blatant attack on the nation’s dignity, » and an « obvious violation of the conditions of U.S. troop presence in Iraq, which is limited to training Iraqi forces. » A senior Iraqi official said Parliament must take « necessary and appropriate measures to protect Iraq’s dignity, security, and sovereignty. »

The Pentagon said President Trump ordered the assassination of Soleimani as a « defensive action to protect U.S. personnel abroad, » claiming the Quds Force commander was « actively developing plans to attack American diplomats and service members in Iraq and throughout the region. » Peter Weber

If President Trump was watching Fox News at Mar-a-Lago on Thursday night, he got a violently mixed messages on his order to assassinate Iranian Gen. Qassem Soleimani, head of the elite Quds Force, national hero, and scourge of U.S. forces.

Sean Hannity called into his own show to tell guest host Josh Chaffetz that the killing of Soleimani was « a huge victory and total leadership by the president » and « the opposite of what happened in Benghazi. » Rep. Michael Waltz (R-Fla.) channeled Ronald Reagan and praised Trump’s « peace through strength. » Oliver North, Karl Rove, and Ari Flesischer also lauded Trump’s decision.

Earlier, fellow host Tucker Carlson saw neither peace nor strength in Trump’s actions. He blamed « official Washington, » though, and suggested Trump had been « out-maneuvered » by more hawkish advisers who might be pushing America « toward war despite what the president wants. »

« There’s been virtually no debate or even discussion about this, but America appears to be lumbering toward a new Middle East war, » Carlson said. « The very people demanding action against Iran tonight » are « liars, and they don’t care about you, they don’t care about your kids, they’re reckless and incompetent. And you should keep all of that in mind as war with Iran looms closer tonight. » Trump, he added, « doesn’t seek war and he’s wary of it, particularly in an election year. » When his guest, Curt Mills of The American Conservative, said war with Iran « would be twice as bad » as the Iraq War and « if Trump does this, he’s cooked, » Carlson sadly concurred: « I think that’s right. »

Media Matters’ Matt Gertz pointed out that Hannity has always been more « bellicose » than Carlson on Iran, and both men informally advise Trump off-air as well as on-air. And « if you pay attention to the impact the Fox News Cabinet has on the president, » he tweeted Thursday night, « Tucker Carlson has been off for the holidays the past few days as tensions with Iran mounted. » Coincidence? Maybe. But on such twists does the fate of our world turn.

Voir enfin:

Le massacre des prisonniers politiques de 1988 en Iran : une mobilisation forclose ?
Henry Sorg
Raisons politiques
2008/2 (n° 30), pages 59 à 87

« Au nom de Dieu clément et miséricordieux. J’ai décidé afin de me distraire et me calmer l’esprit, sachant qu’il n’y a pas d’issue pour me sauver de cette douleur, de présenter [mes filles] disparues, Leili et Shirine, dans une note pour mes chers petits-enfants qui ignoreront cette histoire et comment elle est arrivée ­ spécialement les enfants de Shirine. D’abord je dois dire que je n’ai pas de savoir pour exprimer correctement tous mes souvenirs et mes observations sur ce qui s’est passé pour moi et mes enfants durant cette période funeste de la Révolution [en Iran]. Je n’ai pris un crayon et une feuille de papier qu’en de rares occasions de ma vie, alors que dire maintenant que je suis un vieillard de 70 ans aux mains tremblantes, aux yeux plein de sang (…). Mais que faire puisque je suis en conflit avec moi-même. Mon appel intérieur m’a tout pris et me crie : â?œnote ce que tu as vu, ce que tu as entendu et ce que tu as vécuâ?. Mon appel intérieur me crie : â?œpuisque c’est vrai, rapporte que Leili était enceinte de huit mois lorsqu’ils l’ont exécutéeâ?Â ; il me crie : â?œEcris au moins que Shirine, après six ans et neuf mois de prison, et après avoir supporté les tortures les plus sauvages et les plus modernes a finalement été exécutée, et ils n’ont pas rendu son corpsâ?. Si ces souvenirs comportent des erreurs d’écriture, on en comprendra l’essentiel du propos à un certain point. Certainement, les enfants de Shirine veulent savoir qui était leur mère et pourquoi elle a été exécutée. »
Carnet de notes retrouvé à T., Iran

1LA RÉVOLUTION IRANIENNE s’est instituée sur la double violence d’une « guerre sainte [2][2]L’ayatollah Khomeini qualifie la guerre de Jihad défensif et… » contre un ennemi extérieur, l’Irak, et d’une élimination physique des opposants intérieurs, celle notamment des prisonniers politiques en 1988 [3][3]L’auteur remercie Sandrine Lefranc pour sa lecture attentive et…. Durant l’été 1988, après que l’ayatollah Ruhollah Khomeini eut accepté de mauvaise grâce la résolution 598 de l’ONU mettant fin à la longue guerre contre l’Irak, les prisons du pays ont été purgées de leurs prisonniers politiques. Le nombre exact de prisonniers exécutés et enterrés dans des fosses communes ou des sections de cimetière reste jusqu’à ce jour inconnu. Les rares recherches menées sur la question, les organisations qui ont capitalisé les témoignages de survivants, les groupes politiques dont les membres ont été exécutés, les témoignages individuels, mais aussi certains anciens responsables de l’État islamique s’accordent pour reconnaître que ce bilan se chiffre en plusieurs milliers [4][4]Voir notamment Ervand Abrahamian, Tortured Confessions. Prisons…. Cet événement a non seulement fait l’objet de la part des autorités publiques iraniennes d’un silence orchestré et d’un déni, mais il n’a pas non plus été documenté ou analysé de façon exhaustive. Vingt ans après les faits, on peine encore à mettre au jour cette réalité qui existe de façon fragmentaire, par assemblage d’ouï-dire et de témoignages : matrice à mythes pour certains acteurs politiques exclus du champ national (tel le Parti des Moudjahidines du Peuple dont les membres furent les principales victimes [5][5]Voir E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 215 ;…), drames familiaux couverts d’un silence gêné pour une population iranienne qui ne souhaite pas vraiment connaître ce qu’elle appelle, pudiquement, « ces histoires-là ».

2 Dans le contexte d’une « démocratisation » de la vie sociale et politique [6][6]Farhad Khosrokhavar, « L’Iran, la démocratie et la nouvelle… à partir des années 1990, les exécutions de 1988 sont absentes du débat initié sur les libertés publiques et, notamment, des revendications exprimées en faveur d’un État de droit et d’une nouvelle société civile [7][7]Ibid., p. 309 et Nouchine Yavari d’Hellencourt, « Islam et…. En effet, le contexte politique autoritaire dans lequel se sont perpétrées les violences d’État ­ de 1979, juste après la Révolution, jusqu’aux massacres de 1988 ­ évolue dans la décennie suivante vers une demande de « réforme » et de libéralisation du régime islamique. Cette transformation procède principalement autour de trois mouvements : d’une part, la réflexion théorique (à la fois politique et théologique) qui occupe le débat publique sur les rapports entre islam et droits de l’homme [8][8]Ibid. ; d’autre part, une série de changements politiques au sein des institutions suite à l’élection du président Khatami en 1997, aux élections municipales de 1999 et celles du 6e Parlement en 2000 ; enfin, l’apparition d’un nouveau rapport au politique dans la société avec l’émergence d’une culture politique qui, en rupture avec l’islamisme révolutionnaire des deux décennies précédentes, se détourne des « concepts identitaires classiques comme “peuple” ou “nation” [vers ceux, nouveaux] de société civile (jâme’e madani), de citoyenneté (shahrvandi) et d’individu (fard)  [9][9]Ibid. ». Ces nouveaux mouvements, s’ils mentionnent éventuellement et discrètement les « événements » de 1988, le font sur le mode de l’allusion et non pas sur celui de la mobilisation.

3 L’étoffe du silence qui entoure les exécutions massives de l’été 1988 est complexe : Qui sont les victimes ? Quelles en sont les raisons ? Quelles en sont les conditions et qui en sont les responsables ? Il s’agit d’abord, en s’appuyant sur la littérature existante ainsi que sur les sources premières accessibles, d’exposer quelques éléments de réponses à ces questions, sur un sujet d’étude inédit en France. D’autre part, il s’agit de réfléchir autour de ces faits connus, mais non reconnus ­ selon la définition que Cohen propose du « déni [10][10]Stanley Cohen, States of Denial, Knowing about Atrocities and… » ­ en se demandant comment fonctionnent les dispositifs d’invisibilisation mis en place par le pouvoir et comment y répondent des pratiques de souvenir. Le massacre de 1988 est l’enjeu d’une mémoire dont il s’agit pour le pouvoir d’effacer la trace, d’abord, de façon à la fois concrète et symbolique, à travers l’interdit du rituel funéraire pour les victimes. Cette tension mémorielle travaille la société iranienne et oppose depuis deux décennies un passé non « commémorable » à un travail de mémoire qui se cristallise autour des sépultures.

4 Peu de matériaux empiriques et d’analyses sont disponibles sur l’exécution en masse des prisonniers politiques qui a clos la période de consolidation du pouvoir et de suppression de l’opposition au Parti républicain islamique de 1981 à 1988. Les sources, disponibles en persan et en anglais, se composent principalement de témoignages et de quelques travaux d’investigation historiques [11][11]E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 209-229 ;…, sociologiques [12][12]Maziar Behrooz, « Reflections on Iran’s Prison System During… et juridiques ­ ces derniers s’intéressant à la qualification des exécutions de masse comme « crime contre l’humanité [13][13]Reza Afshari, Human Rights in Iran : The Abuse of Cultural… ». Les rapports non-gouvernementaux et internationaux [14][14]Conseil Économique et Social des Nations Unies (ECOSOC),… constituent une autre source, qui, tout comme les travaux scientifiques, se fondent principalement sur des entretiens avec de rares prisonniers témoins exilés à l’étranger et avec les proches des victimes, ainsi que sur des témoignages écrits [15][15]Un impressionnant travail a été accompli sur ce point par E.…. À cet égard, les Mémoires de l’ayatollah Montazeri documentent les faits du point de vue de l’organisation politique et, dans une certaine mesure, de l’organisation administrative. D’un autre côté, plusieurs témoignages ont été publiés sous forme de romans, de lettres écrites depuis la prison ou de mémoires [16][16]Notamment Nima Parvaresh, Nabardi nabarabar : gozareshi az haft…. D’autres témoignages, nombreux, restent encore à découvrir et assembler, comme celui que nous nous proposons d’explorer dans cet article.

5 Lors d’un séjour dans la ville de T. en 2004, nous avons pu prendre connaissance d’un carnet de notes d’une cinquantaine de pages écrites entre 1989 et 1990 par un homme âgé. Ce cahier a été trouvé à sa mort par ses proches dans ses effets personnels. Javad L., retraité d’une compagnie publique résidant à T., était père de six enfants dont les cinq aînés, qui avaient suivi de solides formations universitaires, commençaient leur vie adulte à la fin des années 1970. Dans ces pages, il racontait dans le détail les circonstances de l’arrestation et de l’exécution de ses deux filles à la suite de la Révolution de 1978. Celles-ci avaient pris part de façon active au mouvement d’opposition des Moudjahidines du Peuple [17][17]Nous reprenons, parmi les différentes transcriptions possibles,…, au cours de la révolution iranienne et dans les premières années de la nouvelle République islamique. Elles ont été arrêtées dans le cadre de la répression politique mise en place à partir de 1980. Le carnet de notes relate des faits qui s’étendent de 1980 à 1988 et détaille l’arrestation, l’emprisonnement et l’exécution des deux jeunes femmes, la première en 1982 et la seconde en 1988. Les destinataires étant de jeunes enfants au moment des faits, l’écriture cherche à faire passer une mémoire qui imbrique généalogie familiale et histoire nationale : « Certainement, les enfants de Shirine veulent savoir qui était leur mère et pourquoi elle a été exécutée. » Le texte poursuit : « Peut-être qu’il leur sera intéressant de connaître les moudjahidines, de quelles franges de la société ils étaient issus, quels étaient leurs buts et leurs intentions et pourquoi ils ont été massacrés sans merci. Je reprends donc depuis le début, du plus loin que vont mes souvenirs. Inhcha’Allah. »

Les moudjahidines : de la révolution à la répression

6 Les membres, et de façon bien plus déterminante en nombre, les proches et sympathisants du Parti des Moudjahidines du peuple (Moudjahidine-e Khalq) sont les principales cibles des vagues de répression successives entre 1981 et 1988 et forment une large majorité des prisonniers exécutés en 1988. Ce parti politique, dont la formation remonte au lendemain des mouvements de mai 1968 dans le monde, se fonde sur une synthèse entre islamisme, gauche radicale et nationalisme anti-impérialiste. À l’origine, le mouvement revendique l’inspiration du Front National (Jebhe-ye Melli) de Mossadeq et Fatemi [18][18]Mohammad Mossadeq a été Premier ministre de 1951 à 1953. Ayant…. Fortement influencés par les écrits de Shariati [19][19]Ervand Abrahamian, The Iranian Mojahedins, New Haven/Londres,…, sociologue des religions et figure intellectuelle de l’opposition à la monarchie pahlavie, les moudjahidines articulent la pensée d’un islam chiite politique à une approche socio-économique marxiste et la revendication d’une société sans classe (nezam-e bi tabaghe-ye tawhidi), ainsi qu’une critique de la domination occidentale et un nationalisme révolutionnaire proche des mouvements de libération nationale du Tiers-monde [20][20]Ibid., p. 100-102.. « Quel était leur programme ? écrit Javad, je ne le sais pas. Ce que je sais, c’est que comme la peste et le choléra, en un clin d’ il, tous les jeunes éduqués, engagés et pieux, filles ou garçons, ont commencé à soutenir le programme des moudjahidines, grisés par leur enthousiasme, comme s’ils avaient trouvé réponse à tous leurs manques dans cette école de pensée. (…) Au début, ils se comptaient parmi les partisans de l’ayatolla Khomeini et de feu l’ayatollah Taleghani, et ils considéraient ceux-ci comme les symboles de leur salut. De jour en jour, le nombre de leurs partisans augmentait. Surtout chez les gens éduqués, des professeurs de lycée aux lycéens. » À la différence des autres partis de gauche, et particulièrement l’historique parti communiste (le Tudeh) dirigé par l’élite intellectuelle et bénéficiant d’une certaine base populaire, le parti mobilise une nombreuse population étudiante et lycéenne issue d’une jeunesse non fortunée, mais qui a eu accès à l’éducation [21][21]Ibid., p. 229 ; voir également A. Matin-Asgari, « Twentieth…. « Les moudjahidines, avec leur combinaison de chiisme, de modernisme et de radicalisme social exerçaient une évidente séduction sur la jeune intelligentsia, composée de plus en plus par les enfants, non pas de l’élite aisée ou des laïques éduqués, mais de la classe moyenne traditionnelle [22][22]E. Abrahamian, The Iranian Mojahedins, op. cit., p. 229 (notre… », rappelle Abrahamian, qui insiste d’autre part sur l’extrême jeunesse de sa base. Alors que les cadres du parti ont été politisés dans les mouvements étudiants de la fin des années 1960, la base militante a été socialisée et politisée en 1977-79. En 1981, elle se compose principalement de lycéens et d’étudiants radicalisés par l’expérience de la révolution, vivant encore pour la plupart dans le foyer familial.
Présentés comme « islamo-marxistes » et poursuivis dans les dernières années de la monarchie, les moudjahidines prennent une part active au mouvement qui initie la révolution de 1979. Accueillant avec enthousiasme le retour de l’ayatollah Khomeini de son exil français en 1978, les moudjahidines s’opposent pourtant au principe du Velayat-e Faghih (gouvernement du docteur de la loi islamique) [23][23]Appliqué dans la Constitution iranienne de 1979, ce principe…, qui est au fondement constitutionnel de la nouvelle République islamique, et soutiennent le président de la République laïque Bani Sadr. Mobilisant d’importantes manifestations d’opposition dans les principales villes, les moudjahidines sont un des seuls partis politiques à présenter des candidats dans tout le pays en vue des élections législatives de 1981. Le mouvement et ses membres sont violemment écartés de la vie publique à partir de l’attentat du 28 juin 1981 au siège du Parti républicain islamiste : officiellement attribué aux moudjahidines, cet attentat à la bombe fait 71 morts parmi les hauts responsables de ce parti qui amorce à cette époque son appropriation exclusive du pouvoir [24][24]Haleh Afshar (dir.), Iran : A Revolution in Turmoil, Albany,…. Une Fatwa énoncée par Khomeini rend alors les moudjahidines illégaux, en les identifiant comme monafeghins, « hypocrites en matière de religion ». Cette étiquette, télescopant encore une fois l’actualité politique et la tradition musulmane, reprend le nom donné aux polythéistes de Médine qui s’étaient déclarés du côté de Mahommet et ses premiers fidèles, tout en vendant la ville aux assiégeants de la Mecque : le couperet distingue le chiisme « vrai », en condamnant et en discréditant définitivement l’islamisme révolutionnaire inspiré par Chariati. Le 29 juillet 1981, le dirigeant des Moudjahidine-e Kalq, Massoud Rajavi quitte clandestinement le pays en compagnie du président Bani Sadr pour former, en France, le Conseil National de la Résistance. Par la suite, l’ex-président se distancie du mouvement pris en main par le dirigeant moudjahidine qui recompose une structure politique fermée en recrutant de nouveaux sympathisants dans les villes européennes et américaines. Pour les moudjahidines, l’opposition au régime post-révolutionnaire s’est traduite par un anti-patriotisme stratégique qui les a amenés à s’allier avec l’Irak durant le conflit des années 1980 [25][25]Connie Bruck, « Exiles : How Iran’s Expatriates Are Gaming the…. C’est à cette évolution qu’Abrahamian attribue l’évolution sectaire du parti [26][26]E. Abrahamian, The Iranian Mojahedins, op. cit., p. 260-261. et sa rupture avec la société iranienne dans les années 1980. L’isolement du parti et de ses membres, ses pratiques hiérarchiques, ses prises de position ambiguës depuis 2001 sont dénoncées [27][27]C. Bruck, « Exiles… », art. cité ; Human Rights Watch, No… et semblent l’avoir marginalisé comme acteur politique dans l’espace iranien [28][28]Elizabeth Rubin, « The Cult of Rajavi », New York Times….

7 « Pourquoi les moudjahidines ont-ils réussi à élargir la base de la mobilisation politique [dans les années 1970 et 1980], mais échoué à accéder au pouvoir [29][29]E. Abrahamian, The Iranian Mojahedins, op. cit., p. 3 (notre… ? » Cette question, qui guide la recherche historique d’Abrahamian sur le mouvement [30][30]Ibid., Javad cherche lui aussi à l’éclaircir quand il évoque les élections de 1981 : « En fait dans beaucoup de villes iraniennes, les moudjahidines avaient la majorité des voix [31][31]Le mouvement était le seul à présenter des candidats partout en…. Malheureusement, après le décompte des votes, la situation a changé, et la raison en était que les jeunes moudjahidines n’étaient pas faits pour la politique. Ils n’avaient pas commencé la lutte pour avoir des postes de pouvoir et du prestige. Ils pensaient établir une société pieuse [32][32]Le manuscrit dit : « une société Tohidie  », d’après le Tohid… et sans classe (…) Quel qu’aient été ces idées en tous cas, elles ont été étouffées dans l’ uf. Par ceux qui s’étaient cachés derrière la Révolution et qui sont apparus tout à coup. »

Le massacre de l’été 1988

8 L’institution d’un État islamique en Iran s’est fondée, à partir de 1981, sur un « régime de terreur » qui a duré aussi longtemps que la guerre contre l’Irak, et s’est traduit concrètement par une élimination physique des opposants politiques potentiels, le recours à la torture et une grande publicité de ces deux pratiques afin de « tenir » la population [33][33]E. Abrahamian, Tortured Confession, op. cit., p. 210.. C’est dans ce contexte que vient en 1988, de l’ayatollah Khomeini, l’ordre de purger les prisons en éliminant les opposants politiques. Les membres les plus actifs de l’opposition au régime islamiste ont déjà été éliminés entre 1981 et 1985 (environ 15 000 exécutions) [34][34]Nader Vahabi, « L’obstacle structurel à l’abolition de la peine… ou se sont exilés à cette même époque. Les prisonniers politiques et d’opinion en 1988 sont des (ex-)sympathisants ou des membres des moudjahidines pour la grande majorité, du Tudeh (PC), de partis d’extrême gauche minoritaires, du PDKI (parti indépendantiste kurde), ou encore sans affiliation. Cette purge a lieu au terme de procès spéciaux : d’une part, une condamnation à mort doit être signée par le Vali-e Faghih, mais Khomeini donne procuration à une équipe composée de membres du clergé et de divers corps administratifs (Information, Intérieur, autorités pénitentiaires) pour mener ces procès qui prennent en réalité la forme de brefs interrogatoires à la chaîne. D’autre part, l’ayatollah Montazeri, alors numéro deux du régime, cite une Fatwa énoncée par Khomeini à propos des moudjahidines : « Ceux qui sont dans des prisons du pays et restent engagés dans leur soutien aux Monafeghin [Moujahidines], sont en guerre contre Dieu et condamnés à mort (…) Annihilez les ennemis de l’Islam immédiatement. Dans cette affaire, utilisez tous les critères qui accélèrent l’application du verdict [35][35]H.-A. Montazeri, Khaterat, op. cit.. » Des témoignages de prisonniers acquittés d’Evin et de Gohar Dasht, à Téhéran, ont été par la suite diffusés dans certains journaux libres de langue iranienne et sur les sites Internet d’ONG iraniennes. Celui de Javad est l’un des rares qui évoque l’événement en province, dans la ville de T. Cet épisode, qui clôt son carnet, commence quand il reçoit un appel le 30 juillet 1988 à 22 h 00, de la prison de D. où sa fille est détenue depuis 1981, lui demandant de venir immédiatement la voir car elle « va partir en voyage demain ». Il est surpris : on est dimanche, or personne ne lui a rien dit lors de la visite hebdomadaire du samedi, qui s’est déroulée normalement la veille. Il se rend à la prison où il rencontre sa fille et lui demande des explications. Shirine raconte : « “Hier soir à 23 heures, alors que tout le monde dormait et que la prison était totalement silencieuse, ils sont venus me chercher, ils m’ont bandé les yeux sans expliquer de quoi il s’agissait et ils m’ont emmenée dans une salle où se tenaient un grand nombre de responsables : le gouverneur municipal, le directeur de la prison, le procureur, le chef du département exécutif et quelques membres [du ministère] de l’Information ainsi que quelques personnes que je n’avais jamais vues auparavant. D’abord, le gouverneur municipal se tourne vers moi et me dit : `D’après ce que nous savons, tu es encore partisane des Monafeghins‘. Je réponds : `S’il n’a pas encore été prouvé pour vous que je ne suis plus dans aucune action et que je n’en soutiens aucune, que faut-il faire pour vous convaincre ?’ Ensuite il demande : `Que penses-tu de la République islamique ?’ Je réponds : `Depuis que la République islamique a vu le jour, il y a de cela sept ans et quelques mois, je suis quant à moi en prison. Je n’ai pas eu de contact avec la société pour pouvoir avoir quelconque aperçu des façons de faire de la République islamique.’ Le gouverneur municipal a ordonné `Emmenez-la’. Il était alors minuit environ. Je ne sais pas quel est le but de cet événement.” Le gardien de prison intervient : “Le but est celui que nous avons dit : ils veulent vous envoyer en voyage, mais j’ignore où”. Moi qui étais le père de la prisonnière, je demande : “Quelle somme d’argent peut-elle avoir avec elle dans ce voyage ?” Il me répond : “Elle peut avoir la somme qu’elle veut”. J’ai donc donné 500 tomans que j’avais sur moi à Shirine. Sa mère lui a donné les habits qu’elle avait apportés. (…) Ensuite, j’ai demandé au responsable de la prison : “Quand pourrons-nous avoir des nouvelles de Shirine et savoir où elle est ?” Il répond “Revenez ici dans quinze jours, peut-être qu’on en saura plus d’ici là.” »
À partir du 19 juillet 1988 à Téhéran, et quelques jours plus tard dans les autres villes, les autorités pénitentiaires isolent les prisons. « Quinze jours plus tard, sa mère et moi nous sommes rendus à la prison. Un grand nombre de proches de prisonniers s’étaient regroupés là, même ceux dont les enfants avaient été libérés il y a un ou deux ans ou quelques mois. Nous leur avons demandé ce qu’ils faisaient là. Ils nous ont répondu qu’ils ne savaient pas eux-mêmes. “Tout ce qu’on sait, c’est que nos enfants sont venus pour leur feuille de présence et ils ne sont pas encore ressortis.” Car la règle était que chaque prisonnier libéré devait se présenter une à deux fois par semaine pour signer une feuille de présence. Des gardiens armés postés sur le trottoir devant la prison ne laissaient personne s’approcher et, de la même façon, des gardiens armés étaient postés devant la porte du tribunal révolutionnaire, situé un peu plus loin, pour empêcher les gens d’approcher. Une grande affiche était placardée au mur : “Pour raison de surcharge de travail, nous ne pouvons accueillir les visiteurs.” » Dans les prisons, les détenus sont isolés par groupes d’affiliation politique et par durée de peine ; les espaces communs sont fermés. À l’extérieur, aucune nouvelle des prisons ne paraît plus dans la presse du pays qui, pour des raisons d’intimidation et de propagande, en est très friande en temps normal : c’est le huis-clos dans lequel s’organisent les exécutions, dont le plus gros se déroule en quelques semaines à la fin août 1988. Selon un prisonnier qui se trouvait alors dans la principale prison d’Evin : « À partir de juillet 1988, pas de journaux, pas de télévision, pas de douche, pas de visite des familles et souvent, pas de nourriture. Dans chaque pièce (d’environ 24 mètres carrés) il y avait plus de 45 prisonniers. Finalement, le 29 ou le 30 juillet, ils ont commencé le massacre [36][36]Hossein Mokhtar, Testimony at the September 1st Conference,….  » Les exécutions ont donc lieu à la suite des « procès » spéciaux menés en quelques jours à l’encontre de milliers de prisonniers. Alors que les questions posées à Shirine sont d’ordre politique et interrogent sa loyauté envers le régime en place, les interrogatoires cités par de nombreuses sources, notamment pour les prisons d’Evin et de Gohar Dasht, indiquent l’usage d’une grammaire religieuse, d’une forme « inquisitoire [37][37]E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 209 et… » et d’une certaine vision politique de l’islam qui cherche, à la surprise des prisonniers, non plus à connaître leurs opinions, mais à déterminer s’ils sont de bons musulmans. Au cours d’un échange de quelques minutes, un jury d’autorités religieuses demandait ainsi aux prisonniers communistes s’ils priaient et si leurs parents priaient : en cas de double réponse négative, les prisonniers étaient acquittés (une personne élevée dans l’athéisme ne peut être un « apostat »), si par contre ils étaient athées de parents religieux, ils étaient alors condamnés à mort pour apostasie. Les moudjahidines quant à eux devaient, pour avoir la vie sauve, prouver qu’ils étaient repentants (et donc s’affirmer prêts à étrangler un autre moudjahidine) et loyaux (prêts à nettoyer les champs de mine de l’armée iranienne avec leur corps) : ceux qui répondaient par la négative à ces questions, et ils furent nombreux, étaient condamnés à mort pour « hypocrisie » [38][38]Ibid.. Le processus, qui se déroule de mi-juillet à début septembre, est orchestré dans la discrétion, notamment par le recours aux pendaisons, qui correspondent par ailleurs à l’exécution appropriée pour les non-musulmans (les Kafer, dont il est interdit de faire couler le sang). D’après témoignages, des prisonniers ignoraient que leurs co-détenus étaient en train d’être exécutés par centaines et pensaient qu’ils étaient « transférés ailleurs [39][39]Témoignage cité dans E. Abrahamian, Tortured Confessions…,… ». La forme de ces procès, menés par des autorités ad hoc pour des prisonniers qui ont déjà été jugés une première fois (parfois rejugés plusieurs fois lors de leur peine ou qui l’ont parfois déjà purgée) soulève la question de savoir si l’on doit parler d’« exécution ». Abrahamian parle des « exécutions de masse de 1988 » [40][40]E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 209. ; le mot avancé par ceux qui ont travaillé sur la qualification juridique des événements comme « crimes contre l’humanité » est celui de « massacre » [41][41]K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art.….

Pratiques d’invisibilisation

9 À partir du mois de novembre 1988, la nouvelle des exécutions est annoncée aux familles lors de la visite hebdomadaire ; très vite, l’émotion gagne la foule qui se rassemble devant la prison. Face à la volonté de discrétion du pouvoir, d’autres méthodes sont adoptées. « C’est en âbân [octobre-novembre] qu’un jour, contre toute attente, la porte de la prison s’ouvrit et on nous dit d’entrer. Nous ne tenions plus en place de joie, et nous nous reprochions de ne pas avoir amené quelques fruits avec nous au cas où, ou d’avoir pris quelques vêtements. Mais après un moment d’attente et d’impatience, ils nous ont distribué des formulaires en nous ordonnant de les remplir, afin de consigner tous renseignements concernant les prisonniers et leur famille : domicile, lieu de travail, salaire, activités quotidiennes, connaissances. Ceux qui pouvaient remplir ce formulaire le faisaient eux-mêmes, et ceux qui ne savaient pas écrire se faisaient aider. Quand les formulaires ont été remplis, ils ont été collectés un par un (…) puis la porte s’est ouverte et on nous a dit : “C’est bon, vous pouvez partir” (…) Cette situation incertaine se poursuivait. Les jours de visite, nous nous réunissions comme d’habitude devant la prison, et finalement, comme d’habitude, nous nous dispersions bredouille. Jusqu’à un samedi, au début du mois d’âzar [novembre] : j’étais moi-même parti à la prison quand on a appelé à la maison en disant : “Dites au père de Shirine L. de se rendre demain matin à D.” (…) Le jour suivant, comme indiqué, nous nous sommes rendus devant la prison de D. à 9 heures. Il y avait d’autres personnes attroupées qui avaient reçu le même appel. Quand je les ai vues, je me suis un peu apaisé.(…) Nous étions une centaine ce jour-là, car ils avaient déjà rendu les affaires personnelles d’une trentaine de prisonnières à leur famille. Après un moment d’attente, ils ont appelé la première personne, qui était un vieillard de 60 à 70 ans, comme moi. Tous, nous retenions notre souffle : pourquoi ont-ils appelé cette seule personne ? Nous attendions tous que le vieil homme ressorte afin de lui demander de quoi il retournait. Cela ne dura pas longtemps, peut-être dix minutes, avant que l’on revoie de loin le vieillard, tenant un bout de papier dans la main. Nous nous sommes rués sur lui, mais il était analphabète et ne savait pas de quoi il s’agissait : “Ils m’ont donné ce papier et m’ont dit de partir, et de me le faire lire dehors. Ensuite ils m’ont présenté une lettre et m’ont dit de mettre mes empreintes au bas. Ils m’ont prévenu de ne pas faire le moindre bruit, sans quoi ils viendraient arrêter toute la famille. Ils m’ont recommandé de ne pas perdre le bout de papier.” Ce bout de papier que le vieillard tenait à la main (…) disait ceci : “telle section, tel rang, tel numéro”. Le vieillard s’est assis dans un coin et s’est mis à pleurer. La deuxième et la troisième personne s’en vont et reviennent de la même manière. J’étais le quatrième : un responsable de l’Information venait devant la porte, appelait la personne, l’accompagnait dans le couloir de la prison. Là-bas, on nous faisait entrer dans une pièce pour une fouille complète ; ensuite on entrait dans une deuxième pièce où un jeune de 25 à 30 ans était assis sur une chaise, entouré de deux pasdars[42][42]Les pasdaran-e Sepah, gardiens de la Révolution, sont la milice…. Après des salutations mielleuses, celui-ci nous demandait : “Que pensez-vous de la République islamique ? Quel souvenir gardez-vous du martyre des 72 compagnons de l’Imam [43][43]Expression désignant l’attentat terroriste de juin 1981 où… ?” Je ne sais pas ce qu’on répondait d’habitude ; quant à moi, j’ai exprimé clairement ma pensée. Puis il me tendit un morceau de papier imprimé en disant : “Lis-le, c’est l’accord qui stipule que vous n’avez aucun droit d’organiser une cérémonie de mise en terre, vous n’avez pas le droit d’organiser de cérémonie religieuse privée, ni dans une mosquée, ni à domicile, ni au cimetière, vous devez vous garder de pleurer à haute voix ou faire réciter le Coran pour les défunts.” Puis il lut lui-même la lettre (…) et me demanda de signer. J’ai déchiré la lettre en morceaux sur sa table. Deux personnes sont entrées dans la pièce et m’ont pris ; elles m’ont emmené par la porte de derrière de la prison et m’ont mis dans une voiture. Elles m’ont conduit jusqu’au carrefour de l’aéroport [à une autre extrémité de la ville] et m’ont fait descendre là-bas, en me mettant dans la poche le bout de papier où était écrit : Cimetière X, section 22, rang 3, tombe no 4. Mais dans cette section du cimetière, il y a beaucoup de tombes recouvertes d’une simple dalle de ciment. Des gens trop curieux ont démontré que ces tombes sont anciennes et ne portent pas de nom ; ou bien c’est en recouvrant la dalle en pierre d’une couche de béton qu’ils les présentaient aux familles comme la tombe des êtres chers qu’ils venaient de perdre. On nous disait : “Ce n’est pas la peine d’aller pleurer sur une tombe vide.” Selon un des gardiens de la prison, il restait 400 prisonniers moudjahidines dans les prisons de D. et du Sepah à T. qui ont été emmenés de nuit avec plusieurs camions spéciaux accompagnés d’un groupe de garde, entre 1 et 3 heures du matin. Ils les ont tous emmenés les yeux bandés, et aucun gardien ordinaire de la prison n’a été engagé pour cette affaire. Où ils les ont emmené et ce qu’ils leur ont fait, Dieu seul le sait. »
Les recherches de Shahrooz [44][44]K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art.… sur la façon dont les familles ont été averties des exécutions confirment le récit de Javad : l’isolement des prisons durant l’été, l’usage du téléphone et l’annonce individuelle des exécutions, la demande d’un engagement écrit au silence, mais aussi la surveillance des familles qui se rendent au cimetière et des interrogatoires hebdomadaires au Komité[45][45]Du français « comité » : désigne les cellules informelles… sur le chemin du retour. Ces stratégies s’inscrivent dans un ensemble de pratiques élaborées par le pouvoir depuis 1981 pour « tenir » les familles, dans un contexte où la grande majorité des prisonniers et des condamnés à mort sont des adolescents ou de jeunes adultes. C’est au niveau de la parenté immédiate qu’agit la répression : les frères et s urs, voisins proches et parents sont souvent incarcérés, pour quelques mois, en même temps que les opposants. Si les parents inquiets parlent trop, s’agitent ou se conduisent de façon bruyante dans les différentes situations administratives (devant le procureur révolutionnaire, le tribunal, etc.) où ils viennent s’enquérir du sort de leurs enfants détenus, une pratique courante du Sepah, d’après Javad, est d’emmener les enfants restant de la famille en représailles. Face aux pratiques de terreur qui prennent appui dans le tissu social immédiat (voisinage, parenté), « personne n’osait respirer fort » remarque Javad, qui se souvient avoir perdu son calme un jour, dans le tribunal, alors qu’on l’y avait envoyé pour demander des nouvelles de sa fille. Quinze jours plus tard, une voiture du Sepah s’arrête chez Javad à minuit et vient chercher la jeune s ur de Shirine « pour un interrogatoire ».

10 Les pratiques d’invisibilisation semblent s’organiser en couches successives : si du cercle témoin de la répression, la famille, peu d’information et d’agitation doit filtrer au-dehors, vers des relais sociaux plus larges, les gardiens s’assurent quant à eux que certaines pratiques de gestion des centres de détention ne soient pas connues des familles. Javad identifie ainsi « trois sortes de morts. Ceux qui meurent sous la torture : leur corps ne sont pas rendus et ils ne disent pas aux proches où ils se trouvent ; ceux qui sont pendus : ils donnent un bout de papier disant qu’ils sont enterrés à tel endroit, mais interdisent les cérémonies et les regroupements autour de la tombe ; ceux qui sont fusillés : ils peuvent rendre le corps à la famille contre une somme de 7 à 10 000 tomans ». Cette distinction s’explique peut-être du fait que la pendaison est réservée aux Kafer, aux non-musulmans, et en l’occurrence aux moudjahidines qui sont considérés tels depuis la Fatwa de 1981. Dès lors, les sépultures doivent être dans les carrés non-musulmans des cimetières, ce qui ne serait pas forcément respecté si le corps était rendu aux familles. En 1988, les corps des victimes ne sont pas rendus aux familles qui refusent de leur côté de reconnaître comme authentiques les tombes indiquées par le pouvoir, en particulier depuis la découverte de charniers qui laissent penser que les prisonniers exécutés ont été enterrés dans des fosses communes [46][46]AI, « Mass Executions of Political Prisoners », Amnesty….

11 Le gouvernement dénie les rumeurs d’exécution massive. Le président de la République, aujourd’hui « Guide suprême de la Révolution », Ali Khamenei, reconnaît que quelques Monafeghins ont été exécutés durant l’été, mais justifie cette action au nom de la sûreté d’État et de la préservation du territoire national [47][47]Ibid.. En 1989, une lettre ouverte de la mission permanente de la République islamique d’Iran à l’ONU répond de manière ambiguë au communiqué d’Amnesty International : « Les autorités de la République islamique d’Iran ont toujours nié l’existence d’exécutions politiques, mais cela ne contredit pas d’autres déclarations postérieures confirmant que des espions et des terroristes ont été exécutés [48][48]UN document A/44/153, ZB février 1989, cité dans AI, Iran :…. » En effet, le 5 juillet 1988, peu après la signature du cessez-le-feu entre l’Iran et l’Irak, l’Organisation des moudjahidines exilée dans une base militaire en Irak lance une offensive armée à la frontière iranienne et pénètre brièvement sur le territoire iranien, avant d’être sévèrement défaite par l’armée adverse. Shahrooz réfute l’idée selon laquelle les exécutions massives de 1988, dont les analystes peinent à saisir clairement l’objectif ou le mobile, seraient une riposte à cette tentative d’attaque militaire, en s’appuyant sur plusieurs témoignages individuels et le rapport du représentant spécial auprès de la Commission des Droits de l’Homme des Nations Unies, selon lesquels les procès et les exécutions de 1988 commencent à partir du mois d’avril, soit avant l’attaque du 5 juillet [49][49]Final Report on the situation of human rights in the Islamic….

12 Il faut mentionner que le pouvoir impliqué dans les violences d’État de 1988, comme dans la gestion de leur héritage, est un corps hétérogène, parcouru de divisions d’au moins deux sortes. D’une part, il comprend des acteurs gouvernementaux, officiels, et différents groupes privés ou paramilitaires liés au Parti républicain islamique (le Hezbollah, le Sepah). D’autre part, le dispositif de répression et l’évolution des pratiques carcérales dans les années 1980 s’inscrivent, au sein même du parti au pouvoir, dans des jeux d’influences et des luttes politiques dont l’enjeu est la succession de Khomeini [50][50]M. Behrooz, « Reflections on Iran’s Prison System… », art.…. Une analyse des ordres mettant en place le massacre et des réponses aux réticences exprimées dans les rangs du Parti républicain islamique montre que cet événement est l’occasion pour le pouvoir de faire « le tri entre les mitigés et les vrais croyants parmi [l]es partisans [du régime], leur imposant par ailleurs le silence au sujet des droits humains [51][51]E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 221 (notre…  » : les exécutions de masse auraient servi à verrouiller et à assurer la continuité du gouvernement mis en place par Khomeini, qui s’éteint en 1989. L’ayatollah Montazeri ­ dauphin et successeur pressenti de Khomeini à la fonction de Guide suprême de la Révolution depuis 1979 ­ est ainsi écarté de la scène publique et placé en résidence surveillée à partir de 1988, suite à ses prises de positions critiques au sujet des exécutions [52][52]Ibid., p. 221-222 ; Azadeh Kian-Thiébaut, « La révolution….

13 À défaut de pouvoir s’appuyer sur un recensement officiel ou encore sur des investigations auprès des familles et dans les fosses présumées ­ les gouvernements successifs rendant risquée les mentions ou recherches sur le sujet ­ il est difficile d’estimer le nombre de victimes du massacre. Pour Amnesty International, elles étaient 2 500 en 1990, soit quelques mois après les événements. Depuis, la collecte d’informations auprès des familles, que ce soit par les partis politiques dont les membres étaient concernés ou par des initiatives de droits de l’homme [53][53]H. Mokhtar, Testimony at the September 1 Conference, op. cit…, dresse une liste nominative de 4 000 à 5 000 victimes. Le Parti des Moudjahidine-e Kalq chiffre le massacre à 30 000 [54][54]Christina Lamb, The Telegraph, « Khomeini fatwa “led to killing…, ce qui est bien supérieur aux chiffres avancés ailleurs. Une récente étude qui tente de rassembler les données dans les différentes provinces conclue au chiffre de 12 000 [55][55]Nasser Mohajer, « The Mass Killings in Iran », Aresh, no 57,…. Aux pratiques violentes du pouvoir répond le souci de mettre au jour des faits précis et de prendre la mesure de l’ampleur de l’événement.

14 Face à cela, les analyses juridiques du « crime contre l’humanité » de 1988 s’interrogent sur l’impossibilité ou l’absence de volonté politique actuelle en ce qui concerne la mobilisation sur le terrain du droit, et en particulier du droit pénal international [56][56]K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art.…. Il serait fort utile de confronter les mobilisations du droit dans l’espace publique en Iran depuis la « démocratisation » des années 1990, et les essais de reformulation des exécutions massives de 1988 en un enjeu des droits de l’homme qui n’ont paradoxalement pas connu de relais effectif et de réalisation concrète [57][57]K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art.…. Ce décalage, ou cette absence, se comprend notamment par le passé révolutionnaire, nezami, et l’implication plus ou moins directe de certains responsables du mouvement réformateur dans les violences d’État durant la mise en place du régime islamique, et, notamment, dans le massacre de 1988. Ainsi, Akbar Ganji, journaliste d’opposition connu pour ses engagements en faveur des libertés civiles, plusieurs fois emprisonné depuis 2000, est-il un ancien commandant des Pasdaran-e Sepah[58][58]Voir par exemple N. Yavari d’Hellencourt, « Islam et…. Saïd Hajarian, autre figure de l’opposition démocrate et directeur du journal réformateur Sobh-e Emrooz, était adjoint du ministre de l’Information Reyshahri 1984 à 1989 [59][59]Voir par exemple Ahmed Vahdat, « The Spectre of Montazeri »,…. Abdullah Nouri, qui s’impose à la fin des années 1990 comme la figure principale du parti réformateur, était ministre de l’Intérieur en 1988 et a fait des déclarations niant les allégations d’exécutions, qu’il attribuait à « une campagne organisée à l’étranger  » tout en affirmant que « la loi islamique et le gouvernement de la République islamique d’Iran respectent la dignité humaine et ont organisé les institutions de la République islamique sur ce principe essentiel [60][60]Cité dans K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and… ». Si l’évocation des événements de l’été 1988 a été une ligne rouge à ne pas franchir sous les mandats réformateurs des années 1990-2000, les élections présidentielles de 2005 et les cadres conservateurs au pouvoir sous le mandat d’Ahmadinejad éloignent d’autant plus une perspective de reconnaissance ou de publicisation que la responsabilité pénale individuelle des membres actuels du gouvernement est engagée dans les exécutions de 1988 ­ et, plus généralement, dans le système pénitentiaire des années 1980. Selon plusieurs sources, l’actuel ministre de l’Intérieur, Mostafa Pour-Mohammadi, a siégé au sein de la commission chargée des procès-minute de l’été 1988, en tant que représentant du ministère de l’Information [61][61]E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 210 ;….

La commémoration

15 Ainsi, en dehors des témoignages mentionnés, les faits dont nous parlons n’ont jamais été évoqués dans l’espace public à un niveau politique ou juridique [62][62]E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit. ; R. Afshari,…. Il s’agit alors de regarder du côté des pratiques mémorielles ­ comme nous le suggère la démarche de Javad. Comment la mémoire intime et familiale acquiert-elle une dimension politique ? Face aux pratiques d’invisibilisation (gestion du deuil, confiscation funéraire, etc.), les rites et les lieux funéraires sont travaillés par l’enjeu d’une commémoration dont il s’agit de saisir la porté et les limites, politiques. Ce mouvement se noue d’abord autour de la référence au « martyre » autour de laquelle s’organise l’Islam révolutionnaire. Face aux exécutions de masse, de 1981 à 1988, la réalité des victimes est revisitée à travers la notion de martyre. L’idée du martyre est présente dans la pensée politique de Chariati [63][63]Paul Vieille, « L’institution shi’ite, la religiosité…, et participe à configurer l’action politique des Moujahidines, qu’il s’agisse de l’engagement révolutionnaire ou, plus tard, de la résistance [64][64]Voir par exemple E. Abrahamian, The Iranian Mojahedins, op.…. Principal ressort du discours public et de la communication pour l’engagement populaire dans la guerre contre l’Irak, elle est davantage encore une pierre de touche de l’islam chiite à l’aune de l’idéologie révolutionnaire du Parti républicain islamique [65][65]F. Khosrokhavar, L’islamisme et la mort : le martyre…. Autour de ce « culte du martyre », relayé par un art mural prolifique, s’organise la mobilisation nationale, puis la mémoire officielle du conflit [66][66]Ulrich Marzolph, « The Martyr’s Way to Paradise. Shiite Mural…. Entre 1981 et 1988, les jeunes bassidjis révolutionnaires ont nettoyé par centaines de milliers les champs de mines de l’armée, dans une utopie mortifère et salvatrice qui les érigeait en nouveaux « martyrs » de l’Islam. Dans le contexte d’une guerre qui laisse la société iranienne exsangue de 600 000 à un million d’hommes, la sépulture chiite, l’anonymat, la célébration du martyr et de la nation sont fondus dans des offices religieux publiques et médiatisés pour les combattants victimes [67][67]Ali Reza Sheikholeslami, « The Transformation of Iran’s…. Comme l’illustrent la production et le souvenir des martyrs, et le rapport qu’ils instituent à la mort et au corps, à la colère et à la vengeance, la République islamique s’appuie sur une idéologie « martyropathe [68][68]F. Khosrokhavar, L’islamisme et la mort…, op. cit. », née d’un effondrement de l’utopie révolutionnaire, qui s’impose comme la clé de voûte de l’action politique et de la raison d’État. Or, tandis qu’elle enserre l’espace public dans un réseau de passions orchestré par un dispositif rhétorique et institutionnel, elle verrouille toute possibilité de saisir le souvenir et l’émotion collective hors de cette grille logique étroite. C’est dans cette canalisation politique et totalitaire de l’émotion et du deuil que va s’inscrire, de manière subvertie et discrète, une mémoire émotive du massacre de 1988.
Le vendredi matin, dans les cimetières de province, dans le carré des promis au paradis, les mères des enfants « martyrs » de la guerre pleurent ensemble leurs morts, alors que dans le carré d’à côté, sur des tombes sans inscriptions, d’autres mères, dans une même sociabilité et un même rituel, pleurent leurs « martyrs » à elles : ceux de 1988. Un jeune bassidji écrit ainsi à ses parents depuis le front : « Jusqu’à présent, on n’a pas trouvé le corps de certains martyrs. Si cela se produit dans mon cas, n’en soyez pas tristes [mes parents] : vous n’avez pas épargné ma vie et vous l’avez donné pour Dieu, alors renoncez à mon corps et quand vous en ressentez le besoin, rendez-vous sur la tombe des autres martyrs [69][69]Témoignage paru dans le journal islamiste Keyhan en 1984, cité… ! » Le corps dérobé, disparu, du martyr, qui est une constante de l’idéologie islamique révolutionnaire, se réalise paradoxalement dans le cimetière de Khavaran, dans les fosses communes où ont été enterrés les prisonniers de la prison d’Evin exécutés en 1988. Pour les journalistes de la BBC : « Le cimetière de Khavaran n’est rien d’autre qu’un terrain vague terreux où, ça et là, des familles ont démarqué au hasard et de façon symbolique des tombes à l’aide de pierres. Il y a aussi quelques vraies pierres tombales et les familles affirment les y avoir mises car elles disent que leurs proches exécutés ont été enterrés à cet endroit [70][70]BBC Persia, « Le cimetière de Khavaran : des sépultures sans…. » Les cadres religieux où s’ancre le travail du deuil dessinent un espace de négociation, de répression et de détournement pour les acteurs : l’État en joue pour étouffer la possibilité d’une mémoire du massacre, les familles les détournent pour pleurer et se souvenir, malgré tout. Dès lors, la mémoire des exécutés de l’été 1988 flotte silencieusement dans l’imaginaire « martyropathe » de la République islamique ­ qui a assis sa domination précisément sur ces morts politiques. La mère d’un prisonnier exécuté écrit à sa fille exilée à l’étranger : « Le vendredi, toutes les mères et d’autres membres de la famille sont allés au cimetière. Quelle journée de deuil ! C’était comme l’Ashura. Des mères sont venues avec des portraits de leurs fils ; l’une d’elles avait perdu cinq fils et belles-filles. Finalement, le Komité est venu et nous a dispersé [71][71]AI, Iran : Violations of Human Rights 1987-1990, p. 3. Notre…. »

16 L’Ashura, dans la tradition chiite, est un moment de socialisation et de deuil où chacun pleure pour ses morts et ses peines dans le cadre de la commémoration religieuse du « martyr » d’Hussein. La référence à l’Ashura, et l’idée d’une communauté du deuil qui transparaît dans le témoignage, renvoie à une certaine socialité entre les familles de prisonniers comme le noyau autour duquel s’embraient les pratiques de souvenir. Les exécutions ne sont pas pensées dans le cadre préexistant des partis politiques auxquels appartenaient les victimes, mais à un niveau familial et intime. Toutefois, à partir des proches liés par une communauté d’expérience s’élaborent des pratiques de souvenir à un niveau collectif. Cette socialité est nouée dans l’épreuve qu’a été pour les familles de soutenir les prisonniers durant leur peine et de se tenir informées de leur sort. On trouve la trace de ce lien entre les familles, dans le témoignage de Javad. Ainsi commence le récit de l’annonce des exécutions en automne 1988 : « Le jour suivant, comme indiqué, nous nous sommes rendus devant la prison de D. à 9 heures. Il y avait d’autres personnes attroupées qui avaient reçu le même appel. Quand je les ai vus, je me suis un peu apaisé. Nous nous demandions les uns aux autres : “Et vous, qu’en pensez-vous ?” Chacun donnait son avis, l’un disait : “Ils veulent sûrement accorder une visite”, l’autre : “Ils veulent expliquer pourquoi ils ont interdit les visites”. Bref, dans ce brouhaha, nous étions tous d’accord pour dire que nous allions enfin connaître la fin de cette angoissante incertitude. » Ces moments de rencontre et de socialité jouent une fonction essentielle dans la circulation de l’information. Dans le témoignage de Javad, ce sont les nouvelles données par les familles dont les proches sont transférés d’une ville à l’autre, ou qui ont plusieurs proches prisonniers dans plusieurs villes différentes, qui permettent d’avoir une appréhension plus générale de l’échelle et des procédés de répression politique à un niveau national. La sociabilité des proches apparaît ainsi comme le lieu d’une résistance face aux pratiques du pouvoir, à travers une circulation de l’information qui répond aux stratégies de secret, mais aussi à travers la constitution de solidarités ponctuelles. Après 1988, cette socialité des proches de prisonniers semble avoir été une ressource à partir de laquelle des pratiques collectives de souvenir ont peu à peu vu le jour. La mère d’un prisonnier exécuté à Téhéran et enterré dans le cimetière de Khavaran explique dans un entretien : « Quand nous voulions aller sur sa tombe, on nous emmenait au Komité : “Pourquoi êtes-vous venus ? Et les gens avec qui vous parliez, qui était-ce ?” Un jour par semaine, le Komité nous attendait en chemin et nous emmenait là-bas. Jusqu’en 1989, quand on a organisé une cérémonie avec quelques autres mères pour nos enfants. Le soir, ils sont venus et nous ont dit « Venez à [la prison d’] Evin demain. Le lendemain matin de bonne heure nous sommes allés à Evin. Ils nous ont gardés jusqu’à 14 heures les yeux bandés, puis ils nous ont mis dans une voiture et nous ont emmenés au Komité. Ils nous ont gardés trois jours, et nous ont interrogés individuellement pour savoir comment nous nous connaissions. “Ça fait huit ans que nous allons en visite ensemble, nous avons appris à nous connaître ; ça fait un an que vous avez tué nos enfants, nous avons appris à nous connaître. C’est comme dire bonjour à ses voisins : à force d’aller à Evin, aux Komités, nous avons fini par nous connaître.” Ils ont demandé les noms de famille de toutes les mères. “Je ne les connais pas, ai-je répondu. Je connais leur prénom, c’est tout [72][72]Entretien filmé reproduit sur le site internet de l’ONG de….” » La réponse qui semble émerger dans les décennies suivant l’exécution des prisonniers est celle de pratiques mémorielles qui s’organisent autour de deux choses : la commémoration collective des morts dans le cadre d’une cérémonie rituelle qui est celle du bozorgdasht, et l’identification du massacre de 1988 à un lieu spécifique, qui est le cimetière de Khavaran. Ce dernier point renvoie en effet à l’émergence progressive d’un lieu-symbole, investi d’une mémoire presque narrative de l’événement et des pratiques qui ont orchestré les procès et les exécutions collectives, la confiscation des corps, le silence public. La place qu’a progressivement acquise cet endroit dans la commémoration des exécutions, alors qu’il n’est qu’un lieu parmi les cimetières municipaux et les charniers (dont 21 seraient localisés à ce jour [73][73]Entretien télévisé disponible sur internet : Mosahebe-ye…) où les dépouilles ont été enfouies en 1988, semble indiquer qu’au-delà des souvenirs individuels, les pratiques mémorielles tendent à se ressaisir à un niveau collectif. « Khavaran est un nom qui signifie “ne pas oublier” » titrait ainsi un article consacré à une cérémonie de commémoration dans le cimetière en septembre 2005 [74][74]Mohammad Reza Mohini, « Khavaran est un nom qui signifie “ne…. Pourquoi et comment ce mot-symbole a-t-il émergé ? Qu’indique-t-il sur la façon dont les enjeux de non-oubli se saisissent en termes collectifs, et éventuellement politiques ?

« Khavaran : un nom qui signifie “ne pas oublier” »

17 Les procès orchestrant le massacre de 1988 témoignent de cet Islam politique particulier réintroduit par Khomeini, qui repose notamment sur le réinvestissement politique des mythes fondateurs et de la tradition historique du chiisme. Les condamnés le sont pour « hypocrisie » ou pour « apostasie » ; c’est donc en « damnés », et en vue d’assurer cette damnation, que leur passage de ce monde à l’autre sera organisé. On enterre les victimes avec leurs habits et même leurs chaussures (le rituel exige un linceul blanc) dans des fosses communes très peu profondes, à fleur de terre (l’islam exige une profondeur minimum de 1,5 mètre) [75][75]E. Abrahamian, Tortured Confession…, op. cit., p. 218 ; K.…. Le deuil s’organise dans la société chiite autour de plusieurs étapes de commémoration collectives et de rassemblements funéraires : le troisième jour, le septième jour, le quarantième jour, qui marque la fin officielle des funérailles. En 1988, le quarantième jour était passé lorsque les familles furent informées de la mort de leurs proches. La majorité des exécutions eurent lieu à Téhéran et la gestion des corps semble s’être organisée dans l’obsession des règles du najes (la séparation des musulmans et des non-musulmans, du pur et de l’impur) : des fosses sont apparues, non pas dans le cimetière musulman de Behesht-e-Zara (où même des opposants politiques marxistes exécutés par l’ancien régime furent exhumés et déplacés), mais dans un carré situé dans le cimetière de Khavaran perdu sur une route à 16 km au sud-est de Téhéran, qui est un lieu d’inhumation ba’haie [76][76]Communauté religieuse persécutée.. Le lieu a été renommé Kaferestan (la terre des Kafer, des incroyants) ou encore Lanatabad (le lieu des damnés) ; les familles s’y réfèrent comme Golzar-e Khavaran (le champ de fleurs de Khavaran) car elles y ont planté des fleurs, et qu’une fois par an, à la date anniversaire du massacre, la terre du terrain vague est recouverte de bouquets. Le lieu est même parfois désigné comme golestan (le champ de fleurs), par analogie phonique et retournement du mot gourestan (le cimetière). La guerre des noms en fait en tous cas le lieu d’une mémoire laborieuse, tendue.
C’est dans ce contexte que se sont mises en place à Khavaran des cérémonies de commémoration des morts de 1988, inscrites dans la tradition ritualisée du bozorgdasht, qui est celle d’une visite au cimetière à la date anniversaire de la mort, donnant lieu à un rassemblement laïque des proches pour évoquer le souvenir du défunt. Progressivement, ces visites se sont transformées en cérémonies de commémoration du massacre de 1988. Une fois par an, lors du bozorgdasht, « le cimetière de Khavaran, rapportent les observateurs, est transformé en champs de fleurs et des opposants au régime islamique se mêlent aux familles : on récite des poèmes et on lit des textes sur la vie des disparus, de petites marches de protestation s’organisent même dans le cimetière [77][77]BBC Persia, « Le cimetière de Khavaran… », art. cité ; voir…. » Cependant, deux décennies après les faits, les enjeux de visibilisation du massacre, qui engage la responsabilité individuelle de membres de certaines administrations encore en fonction, restent sensibles. En novembre 2005, une radio américaine en langue persane, Radio Farda, annonce que des pierres tombales du cimetière de Khavaran sont détruites par « des individus non-identifiés [78][78]Nouvelles radiophonique du 19 novembre 2005, Radio Farda,… ». En automne 2007, sept personnes ayant participé au bozorgdasht de proches à Khavaran sont arrêtées et détenues dans la « section 209 » de la prison d’Evin à Téhéran, sous autorité du ministère de l’Information [79][79]AI, Action Urgente, « Iran : Craintes de mauvais traitements/…. Un rapport de Human Rights Watch avance des témoignages de familles de victimes selon lesquels « des tombes improvisées, placées par les familles ont été détruites. On dit que le gouvernement prépare une intervention importante à [Khavaran] afin de supprimer les traces d’inhumation [80][80]Human Rights Watch, Minister of murders, op. cit. Notre…. »

18 Lors des commémorations, la présence d’« opposants du régime » aux côtés des familles des victimes ­ la manifestation regroupait 2 000 personnes en 2005 ­ et de « petites marches de protestations » semble témoigner d’une politisation des rites mortuaires autour desquels se sont cristallisés les enjeux d’oubli et de souvenir liés à l’événement. Ce qu’on constate, c’est la fonction de catalyse du lieu dans l’organisation d’une action collective qui dépasserait le cercle des intimes. Ainsi, les membres de Kanoon-e Khavaran (l’Association Khavaran) fondée en 1996 par les sympathisants d’un groupe politique marxiste exilés en Europe et Amérique du Nord, s’organisent-ils en un réseau d’information qui a pour objet la constitution d’archives relatives aux exécutions, la production d’une liste nominale des victimes ainsi que la localisation de charniers à travers le pays [81][81]Kanoon-e Khavaran, op. cit. (site internet).. D’autre part, dans les différents textes lus lors des commémorations, le nom propre, Khavaran, émerge comme une synthèse des événements de 1988 et de leur mémoire. Ainsi de cette chanson qui commence par : « Khavaran ! Khavaran ! Terre des souvenirs. Il y vient parfois des mères… », ou encore de ce poème lu lors d’un bozorgdasht : « Je suis le cri rouge de la liberté / Lis mon nom, ma mère, dans le ciel de Khavaran / Je suis le drapeau sanglant de la liberté / Lis mon nom, mon épouse, dans le ciel de Khavaran / Je suis la bannière rouge de la liberté / Lis mon nom, mon enfant, dans le ciel de Khavaran / Je suis prisonnier sous la terre sèche de Khavaran / Lis mon nom, peuple courageux, dans le ciel de Khavaran [82][82]M. R. Mohini, « Khavaran est un nom qui signifie “ne pas… ». Si les trois premiers vers opposent le parcours politique des victimes (« le cri rouge de la liberté ») à un lien familial autour duquel se noue le souvenir (la mère, l’épouse, l’enfant), le dernier vers propose la mémoire de l’événement non-publicisé (« prisonnier sous la terre sèche de Khavaran ») comme le levier d’une appropriation politique, et presque la condition de reformation du « peuple courageux », en s’insérant ainsi dans un schème essentiel du discours post-révolutionnaire qui est l’invitation au peuple à réitérer la mobilisation héroïque de la révolution. Or, la difficulté d’une politisation de cette histoire alternative que propose Khavaran se négocie précisément autour de cette référence à l’histoire et la grammaire révolutionnaires, et à son « anachronisme » par rapport à un répertoire contemporain de discours et d’actions centré autour de la revendication de libertés civiles [83][83]F. Khosrokhavar, « L’Iran, la démocratie et la nouvelle…. En effet, la charge mémorielle attribuée à ce charnier signifie-t-elle pour autant la formation d’une mémoire collective à partir de laquelle se reconstruit, dans le contexte iranien actuel, l’enjeu politique des exécutions de masse ? Mais alors, quelle identité se cristallise autour de cette mémoire commune ? C’est avec cette question qu’apparaissent les limites et les tensions liées à la possibilité de « se mobiliser » autour de la constitution des exécutions comme une cause publique.

19 Les enjeux de mémoire et d’identité sont pris dans une relation plastique de réciprocité, rappelle Gillis : « Une dimension fondamentale de toute identité individuelle ou collective, à savoir un sentiment de communauté [a sense of sameness] dans le temps et l’espace, s’élabore à partir du souvenir ; et ce dont on se souvient ainsi est défini par l’identité revendiquée [84][84]John R. Gillis (dir.), Commemorations : The Politics of…. » Or il y a une tension entre les pratiques mémorielles qui émergent sur des sites comme Khavaran, et l’identification des victimes du massacre au mouvement des moudjahidines (auquel plus de 70 % des prisonniers exécutés étaient en effet affiliés). Si les exécutions de 1988 ne sont pas vraiment un secret au sein de la population iranienne, elles sont directement rapportées à la trajectoire politique des moudjahidines qui semblent avoir été exclus des revendications et des références par lesquelles une identité nationale iranienne s’est négociée dans les pays depuis la Révolution. De leur côté, les moudjahidines entretiennent une mémoire des « martyrs » de 1988 liée aux narrations et aux symboles qui construisent l’identité forte et exclusive du groupe en exil, et pour ce faire relisent l’événement comme une confrontation entre le pouvoir et la résistance (c’est-à-dire les moudjahidines) ; cette interprétation laisse de côté la diversité des appartenances politiques des victimes en 1988, comme le fait que de nombreux prisonniers d’opinion s’étaient, au cours de leur détention, détachés de toute étiquette politique ou militante. Pour Shahrooz, c’est là le principal obstacle politique à une mobilisation par le droit faisant du massacre de 1988 un « crime contre l’humanité [85][85]K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art.… ».

Un enjeu actuel

20 Dans ses analyses sur la non-commémoration et l’oubli dans la cité athénienne, Nicole Loraux identifiait le « deuil inoublieux [86][86]Nicole Loraux, La cité divisée. L’oubli dans la mémoire… » comme une passion politique qui lie le familial et la vie de la cité. À l’image de Javad qui a décidé de consigner ses mémoires pour ses petits-enfants, on peut observer que l’enjeu d’une résistance mémorielle face aux événements de 1988 engage les notions d’oubli et de déni face à un silence orchestré du pouvoir. Orchestré, et non total, ni effectif. Cette orchestration, c’est cette attitude ambivalente du pouvoir qui enterre en secret les victimes à fleur de terre, tout en faisant de l’odeur putride qui se dégage du charnier la preuve que ces personnes (qui ne sont officiellement pas là) étaient des non-musulmans ; c’est aussi annoncer la mort des prisonniers aux familles, mais en organisant un dispositif de mise sous silence du deuil (contrats de non-sépulture, annonces différées et au téléphone) ; c’est encore l’énonciation d’une Fatwa de mort de la part du Guide suprême, mais la négation d’exécutions de masse, puisque si l’exécution de prisonniers est reconnue, leur échelle niée. L’émergence d’une commémoration esquisse un réinvestissement politique des rites et des lieux de sépulture là où l’invisibilisation du massacre se fondait sur leur confiscation. Il faudrait pouvoir mener une observation interne, comparée, des structures de mobilisation que révèlent ces commémorations, même si une telle étude s’avère difficile dans le contexte actuel marqué par une nouvelle surveillance du pouvoir, comme le montrent les interventions de 2005 à 2007 sur le site de Khavaran, auprès des familles engagées ou de chercheurs souhaitant explorer le sujet [87][87]Nathalie Nougayrède, « Une chercheuse franco-iranienne empêchée…. En se fondant sur les articles scientifiques, les sources médiatiques, les différents témoignages publiés et les sites associatifs consacrés à ce sujet, il apparaît toutefois que les enjeux du non-oubli restent pris dans une tension mémorielle qui enserre les possibilités de mobilisation [88][88]Nader Khoshdel, « Marasem-e bozorgdasht-e zendanian-e siasi :…. Cette tension ne concerne pas uniquement les écarts entre le travail de commémoration initié par les familles et l’investissement politique et identitaire de l’événement parmi les groupes qui se sont, dans une faible mesure, réorganisés en exil. Elle concerne également l’impossibilité paradoxale de constituer la demande de reconnaissance et de justice comme une cause commune, dans un espace public marqué par la revendication de libertés civiles. L’extériorité des événements de 1988 par rapport à la vie politique et l’étanchéité des revendications civiles face à cette réalité invitent à penser la place singulière qu’occupe le massacre de 1988 dans la complexité des jeux de rupture et de continuité qui tissent l’histoire iranienne contemporaine ­ et donc, les enjeux politiques actuels dont est chargée sa mémoire.

Notes

  • [1]
    Notre traduction.
  • [2]
    L’ayatollah Khomeini qualifie la guerre de Jihad défensif et l’appelle « Défense Sacrée » (Def¯a’e moghaddas) ; au sujet des offensives iraniennes il parle de « Kerbala » en référence à la bataille qui, dans cette ville irakienne, marque en 680 le début de la rupture entre les Chiites et les Sunnites ; la guerre en Irak est appelée « Qadisiyya de Sadam » par référence, ici encore religieuse, à la bataille al-Qadisiyya de Sa’d qui eut lieu en Mésopotamie en 636 entre Musulmans et Perses sassanides, dans le cadre de la conquête musulmane de la Perse (voir à ce sujet Sinan Antoon, « Monumental Disrespect », Middle East Report, no 228, automne 2003, p. 28-30).
  • [3]
    L’auteur remercie Sandrine Lefranc pour sa lecture attentive et ses commentaires.
  • [4]
    Voir notamment Ervand Abrahamian, Tortured Confessions. Prisons and Public Recantations in Modern Iran, Berkeley, University of California Press, 1999 ; Amnesty International (AI), « Iran : Violations of Human Rights 1987-1990  », décembre 1990 ; AI, « Iran : Political Executions », décembre 1988 ; anonyme, « Man shahede ghatle ame zendanyane siyasi boodam » (« J’ai été témoin du massacre des prisonniers politiques »), Cheshmandaz, no 14, hiver 1995 ; Hossein-Ali Montazeri, Khaterat (Mémoires), hhhhttp:// wwww. amontazeri. com(consulté le 7 avril 2008).
  • [5]
    Voir E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 215 ; AI, « Iran : Violations of Human Rights 1987-1990  » ; Kaveh Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor : A Preliminary Report on The 1988 Massacre of Iran’s Political Prisoners », Harvard Human Rights Journal, vol. 20, 2007, p. 227-261, p. 228.
  • [6]
    Farhad Khosrokhavar, « L’Iran, la démocratie et la nouvelle citoyenneté », Cahiers internationaux de sociologie, no 111, 2001/2, p. 291-317.
  • [7]
    Ibid., p. 309 et Nouchine Yavari d’Hellencourt, « Islam et démocratie : de la nécessité d’une contextualisation  », Cemoti, no spécial, La question démocratique et les sociétés musulmanes. Le militaire, l’entrepreneur et le paysan, no 27, hhhhttp:// cemoti. revues. org/ document656. html(consulté le 20 avril 2008).
  • [8]
    Ibid.
  • [9]
    Ibid.
  • [10]
    Stanley Cohen, States of Denial, Knowing about Atrocities and Suffering, Cambridge, Polity Press, 2001.
  • [11]
    E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 209-229 ; Afshin Matin-Asgari, « Twentieth Century Iran’s Political Prisoners », Middle Eastern Studies, vol. 42, no 5, 2006, p. 689-707.
  • [12]
    Maziar Behrooz, « Reflections on Iran’s Prison System During the Montazeri Years (1985­1988)  », Iran Analysis Quarterly, vol. 2, no 3, 2005, p. 11-24.
  • [13]
    Reza Afshari, Human Rights in Iran : The Abuse of Cultural Relativism, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 2001 ; K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 243-257 ; Raluca Mihaila, « Political Considerations in Accountability for Crimes Against Humanity : An Iranian Case Study », Hemispheres : The Tufts University Journal of International Affairs, no spécial, State-Building : Risks and Consequences, 2002, hhhhttp:// ase. tufts. edu/ hemispheres/ (consulté le 7 avril 2008).
  • [14]
    Conseil Économique et Social des Nations Unies (ECOSOC), Commission sur les droits humains, « On the Situation of Human Rights in the Islamic Republic of Iran », Situation of Human Rights in the Islamic Republic of Iran, 27, U.N. Doc. A/44/620 (2 novembre 1989) ; Final Report on the situation of human rights in the Islamic Republic of Iran by the Special Representative of the Commission on Human Rights, Mr. Reynaldo Galindo Pohl, pursuant to Commission resolution 1992/67 of 4 March 1992, E/CN.4/1993/41 ; Human Rights Watch, « Pour-Mohammadi and the 1988 Prison Massacres », Ministers of Murder : Iran’s New Security Cabinet, hhhhttp:// wwww. hrw. org/ backgrounder/ mena/ iran1205/ 2. htm#_Toc121896787(consulté le 7 avril 2008).
  • [15]
    Un impressionnant travail a été accompli sur ce point par E. Abrahambian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 209-229, qui reste la principale référence à ce jour.
  • [16]
    Notamment Nima Parvaresh, Nabardi nabarabar : gozareshi az haft sal zendan 1361­68 (Une bataille inégale : rapport de sept ans en prison 1982­1989), Andeesheh va Peykar Publications, 1995 ; Reza Ghaffari, Khaterate yek zendani az zendanhaye jomhuriyeh islami (Les mémoires d’un prisonnier dans les prisons de la République Islamique), Stockholm, Arash Forlag, 1998 ; anonyme, « Man shahede ghatle ame zendanyane siyasi boodam », op. cit.
  • [17]
    Nous reprenons, parmi les différentes transcriptions possibles, l’orthographe adoptée par l’organisation aujourd’hui [[[[http:// wwww. maryam-rajavi. com/ fr/ content/ view/ 300/ 66/ (consulté le 7 avril 2008). « Moudjahidines » est le pluriel de « moudjahed ».
  • [18]
    Mohammad Mossadeq a été Premier ministre de 1951 à 1953. Ayant nationalisé l’industrie pétrolière iranienne en 1951, il est renversé en 1953 suite à l’opération « TP-Ajax » (menée par la CIA), condamné à trois ans d’emprisonnement, puis assigné à résidence jusqu’à sa mort en 1967. Hosein Fatemi est le fondateur du Front de Libération exécuté en 1955.
  • [19]
    Ervand Abrahamian, The Iranian Mojahedins, New Haven/Londres, Yale University Press, 1992, p. 115-125.
  • [20]
    Ibid., p. 100-102.
  • [21]
    Ibid., p. 229 ; voir également A. Matin-Asgari, « Twentieth Century Iran’s Political Prisoners », art. cité, p. 690.
  • [22]
    E. Abrahamian, The Iranian Mojahedins, op. cit., p. 229 (notre traduction).
  • [23]
    Appliqué dans la Constitution iranienne de 1979, ce principe théologique confère aux religieux la primauté sur le pouvoir politique et assure une gestion réelle du pouvoir par le Guide de la Révolution (Vali-e Faghih) qui détermine la direction politique générale du pays, arbitre les conflits entre pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire et est chef des armées (régulières et paramilitaires).
  • [24]
    Haleh Afshar (dir.), Iran : A Revolution in Turmoil, Albany, SUNY Press, 1985 ; Shaul Bakhash, The Reign of the ayatollahs : Iran and the Islamic Revolution, New York, Basic Books, 1984.
  • [25]
    Connie Bruck, « Exiles : How Iran’s Expatriates Are Gaming the Nuclear Threat », The New Yorker, 6 Mars 2006, p. 48.
  • [26]
    E. Abrahamian, The Iranian Mojahedins, op. cit., p. 260-261.
  • [27]
    C. Bruck, « Exiles… », art. cité ; Human Rights Watch, No exit : human rights abuses inside the MKO camps, 2005, [[[http:// hrw. org/ backgrounder/ mena/ iran0505/ ?iran0505.pdf, consulté le 7 avril 2008] ; Human Rights Watch, Statement on Responses to Human Rights Watch Report on Abuses by the Mujahedin-e Khalq Organization (MKO), 15 février 2006, [[[[http:// hrw. org/ mideast/ pdf/ iran021506. pdf(consulté le 7 avril 2008).
  • [28]
    Elizabeth Rubin, « The Cult of Rajavi », New York Times Magazine, 13 juillet 2003, p. 26.
  • [29]
    E. Abrahamian, The Iranian Mojahedins, op. cit., p. 3 (notre traduction).
  • [30]
    Ibid.
  • [31]
    Le mouvement était le seul à présenter des candidats partout en Iran.
  • [32]
    Le manuscrit dit : « une société Tohidie  », d’après le Tohid qui est le premier principe d’Islam (« Je dis qu’il y a un seul Dieu ») : une société islamique selon la perspective d’Ali Chariati.
  • [33]
    E. Abrahamian, Tortured Confession, op. cit., p. 210.
  • [34]
    Nader Vahabi, « L’obstacle structurel à l’abolition de la peine de mort en Iran », Panagea, « Diritti umani », mars 2007, hhhttp:// wwww. panagea. eu/ web/ index. php? ?option=com_content&task=view&id=150&Itemid=99999999 (consulté le 28 avril 2008).
  • [35]
    H.-A. Montazeri, Khaterat, op. cit.
  • [36]
    Hossein Mokhtar, Testimony at the September 1st Conference, Mission for Establishment of Human Rights in Iran (MEHR), 1998, en ligne, hhhhttp:// wwww. mehr. org/ massacre_1988. htm(consulté le 7 avril 2008). Notre traduction.
  • [37]
    E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 209 et suiv.
  • [38]
    Ibid.
  • [39]
    Témoignage cité dans E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 214 ; K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 238.
  • [40]
    E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 209.
  • [41]
    K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 227 ; R. Mihaila, « Political Considerations in Accountability for Crimes Against Humanity… », art. cité. Ces travaux prolongent une recherche initiale d’Amnesty International qui a produit plusieurs rapports quasi contemporains aux événements (« Iran : Violations of Human Rights 1987-1990  », art. cité ; « Iran : Political Executions », art. cité) et adopte aujourd’hui la définition de crime contre l’humanité : « Aux termes du droit international en vigueur en 1988, on entend par crimes contre l’humanité des attaques généralisées ou systématiques dirigées contre des civils et fondées sur des motifs discriminatoires, y compris d’ordre politique. » (AI, Action Urgente, « Iran : Craintes de mauvais traitements/ Prisonniers d’opinion présumés », 2 novembre 2007, [en ligne hhhhttp:// asiapacific. amnesty. org/ library/ Index/ FRAMDE131282007,consulté le 7 avril 2008]).
  • [42]
    Les pasdaran-e Sepah, gardiens de la Révolution, sont la milice paramilitaire de la République islamique.
  • [43]
    Expression désignant l’attentat terroriste de juin 1981 où 72 cadres du Parti républicain islamique sont morts : le terme renvoie aux « compagnons l’Imam de Hussein » dans la tradition chiite ; l’« Imam » désigne ici Khomeini.
  • [44]
    K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 240-241.
  • [45]
    Du français « comité » : désigne les cellules informelles d’ordre public mises en place par le Hezbollah au début de la Révolution, et qui se solidifient peu à peu en para-forces de l’ordre, surveillant notamment les m urs islamiques.
  • [46]
    AI, « Mass Executions of Political Prisoners », Amnesty International’s Newsletter, février 1989 ; K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 239.
  • [47]
    Ibid.
  • [48]
    UN document A/44/153, ZB février 1989, cité dans AI, Iran : Violations of Human Rights 1987-1990. Notre traduction.
  • [49]
    Final Report on the situation of human rights in the Islamic Republic of Iran by the Special Representative of the Commission on Human Rights.
  • [50]
    M. Behrooz, « Reflections on Iran’s Prison System… », art. cité.
  • [51]
    E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 221 (notre traduction).
  • [52]
    Ibid., p. 221-222 ; Azadeh Kian-Thiébaut, « La révolution iranienne à l’heure des réformes », Le Monde diplomatique, janvier 1998 : hhhhttp:// wwww. monde-diplomatique. fr/ 1998/ 01/ KIAN_THIEBAUT/ 9782. html#nh1(consulté le 20 avril 2008).
  • [53]
    H. Mokhtar, Testimony at the September 1 Conference, op. cit (notre traduction) ; Kanoon-e Khavaran hhhhttp:// wwww. khavaran. com/ HTMLs/ Fraxan-Zendanian-Jan3008. htm(consulté le 7 avril 2008) ; Bidaran, hhhhttp:// wwww. bidaran. net/ (consulté le 7 avril 2008) ; OMID, A Memorial in Defense of Human Rights in Iran, [en llllignehttp:// wwww. abfiran. org/ english/ memorial. php,consulté le 7 avril 2008].
  • [54]
    Christina Lamb, The Telegraph, « Khomeini fatwa “led to killing of 30,000 in Iran” », 19 juin 2001 ; Conseil National de la Résistance Iranienne, site des moudjahidines du Peuple en exil, hhhhttp:// wwww. ncr-iran. org/ fr/ content/ view/ 3966/ 89/ ,(consulté le 7 avril 2008).
  • [55]
    Nasser Mohajer, « The Mass Killings in Iran », Aresh, no 57, août 1996, p. 7, cité in E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 212.
  • [56]
    K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 257 ; R. Mihaila, « Political Considerations in Accountability for Crimes Against Humanity… », art. cité.
  • [57]
    K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 243-257 ; R. Mihaila, « Political Considerations in Accountability for Crimes Against Humanity… », art. cité.
  • [58]
    Voir par exemple N. Yavari d’Hellencourt, « Islam et démocratie… », art. cité.
  • [59]
    Voir par exemple Ahmed Vahdat, « The Spectre of Montazeri », Rouzegar-e-Now, no 8, janvier-février 2003, p. 48.
  • [60]
    Cité dans K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 241.
  • [61]
    E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 210 ; R. Ghaffari, Khaterate yek zendani az zendanhaye jomhuriyeh islami, op. cit., note 23, p. 248 ; HRW, « Pour-Mohammadi and the 1988 Prison Massacres », op. cit. ; H.-A. Montazeri, Khaterat, op. cit.
  • [62]
    E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit. ; R. Afshari, Human Rights in Iran, op. cit.  ; H.-A. Montazeri, Khaterat , op. cit.
  • [63]
    Paul Vieille, « L’institution shi’ite, la religiosité populaire, le martyre et la révolution », Peuples Méditerranéens, no 16, 1981, p. 77-92.
  • [64]
    Voir par exemple E. Abrahamian, The Iranian Mojahedins, op. cit., p. 206 et 243.
  • [65]
    F. Khosrokhavar, L’islamisme et la mort : le martyre révolutionnaire en Iran, Paris, l’Harmattan, 1995 ; F. Khosrokhavar, Anthropologie de la révolution iranienne. Le rêve impossible, Paris, l’Harmattan, 1997.
  • [66]
    Ulrich Marzolph, « The Martyr’s Way to Paradise. Shiite Mural Art in the Urban Context  », Ethnologia Europaea, vol. 33, no 2, 2003, p. 87-98.
  • [67]
    Ali Reza Sheikholeslami, « The Transformation of Iran’s Political Culture », Critique : Critical Middle Eastern Studies, vol. 17, no 9, 2000, p.105-133.
  • [68]
    F. Khosrokhavar, L’islamisme et la mort…, op. cit.
  • [69]
    Témoignage paru dans le journal islamiste Keyhan en 1984, cité par F. Khosrokhavar, L’islamisme et la mort…, op. cit., p. 92.
  • [70]
    BBC Persia, « Le cimetière de Khavaran : des sépultures sans nom, et la mise au jour des exécutés », 1er septembre 2005, hhhhttp:// wwww. bbc. co. uk/ persian/ iran/ story/ 2005/ 09/ 050902_mf_cemetery. shtml(notre traduction, consulté le 7 avril 2007).
  • [71]
    AI, Iran : Violations of Human Rights 1987-1990, p. 3. Notre traduction.
  • [72]
    Entretien filmé reproduit sur le site internet de l’ONG de défense des droits humains : hhhhttp:// wwww. bidaran. net/ (consulté le 7 avril 2008).
  • [73]
    Entretien télévisé disponible sur internet : Mosahebe-ye Televisione Internasional ba Babake Yazdi Dar Morede Koshtare Tabestane 67 (interview de la chaîne télévisée Internationale avec Babak Yazdi, concernant les massacres de l’été 88), hhhhttp:// khavaran. com/ Ghatleam(consulté le 7 avril 2007).
  • [74]
    Mohammad Reza Mohini, « Khavaran est un nom qui signifie “ne pas oublier” », Bidaran, hhhhttp:// wwww. bidaran. net/ spip. php? article48(consulté le 7 avril 2008).
  • [75]
    E. Abrahamian, Tortured Confession…, op. cit., p. 218 ; K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 282 ; AI, « Mass Executions of Political Prisoners », art. cité.
  • [76]
    Communauté religieuse persécutée.
  • [77]
    BBC Persia, « Le cimetière de Khavaran… », art. cité ; voir aussi M. R Mohini, « Khavaran est un nom qui signifie “ne pas oublier” », art. cité.
  • [78]
    Nouvelles radiophonique du 19 novembre 2005, Radio Farda, Afrade Nashenas Ghabrhaye Edamyane Siyasiye Daheye 60 ra dar Goorestane Khavaran Takhreeb Kardand (« Des individus non identifiés ont détruit les tombes des prisonniers politiques exécutés dans les années 1980 dans le cimetière de Khavaran »).
  • [79]
    AI, Action Urgente, « Iran : Craintes de mauvais traitements/ Prisonniers d’opinion présumés », op. cit.
  • [80]
    Human Rights Watch, Minister of murders, op. cit. Notre traduction.
  • [81]
    Kanoon-e Khavaran, op. cit. (site internet).
  • [82]
    M. R. Mohini, « Khavaran est un nom qui signifie “ne pas oublier” », art. cité.
  • [83]
    F. Khosrokhavar, « L’Iran, la démocratie et la nouvelle citoyenneté », art. cité.
  • [84]
    John R. Gillis (dir.), Commemorations : The Politics of National Identity, Princeton, Princeton University Press, 1994, p. 3 (notre traduction).
  • [85]
    K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 259 ; voir aussi R. Mihaila, « Political Considerations in Accountability for Crimes Against Humanity… », art. cité, en ligne.
  • [86]
    Nicole Loraux, La cité divisée. L’oubli dans la mémoire d’Athène, Paris, Payot-Rivages, 2005, p. 164.
  • [87]
    Nathalie Nougayrède, « Une chercheuse franco-iranienne empêchée de quitter Téhéran », Le Monde, 6 septembre 2007.
  • [88]
    Nader Khoshdel, « Marasem-e bozorgdasht-e zendanian-e siasi : goft-o-gou ba Mihan Rousta » (« La cérémonie de bozorgdasht des prisonniers politiques : entretien avec Mihan Rousta »), Sedaye-ma, 13 octobre 2004, hhhhttp:// wwww. sedaye-ma. org/ web/ show_article. php? file= src/ didgah/ mihanrousta_10132006_1. htm(consulté le 7 avril 2008).

Affaire Galilée: Attention, un martyre peut en cacher un autre ! (Guess who in the end got accused of being the enemy of science by self-appointed Enlighteners who themselves played no part in the scientific enterprise ?)

29 décembre, 2019
Galilée et le doge sur le campanile de Venise (fresque de Giuseppe Bertini, Villa Andrea Ponti, Vareselettre autographe de Galilée à Benedetto Castelli en date du 21 décembre 1613Frontispiece and title page of the Galileo’s “Dialogue Concerning the Two Chief World Systems,” 1632.
Alors Josué parla à l’Éternel, le jour où l’Éternel livra les Amoréens aux enfants d’Israël, et il dit en présence d’Israël: Soleil, arrête-toi sur Gabaon, Et toi, lune, sur la vallée d’Ajalon! Et le soleil s’arrêta, et la lune suspendit sa course, Jusqu’à ce que la nation eût tiré vengeance de ses ennemis. Cela n’est-il pas écrit dans le livre du Juste? Le soleil s’arrêta au milieu du ciel, Et ne se hâta point de se coucher, presque tout un jour. Josué 10: 12-13
Le soleil et la lune s’arrêtent dans leur demeure, A la lumière de tes flèches qui partent, A la clarté de ta lance qui brille. Habacuc 3: 11
God moves in a mysterious way, His wonders to perform; He plants his footsteps in the sea, And rides upon the storm. William Cowper (1779)
Lives of great men all remind us we can make our lives sublime, and, departing, leave behind us footprints on the sands of time. Longfellow (“A Psalm of Life »)
Bernard de Chartres avait l’habitude de dire que nous sommes comme des nains sur les épaules de géants, afin que nous puissions voir plus qu’eux et les choses plus éloignées, pas en vertu d’une netteté de la vue de notre part, ou d’une distinction physique, mais parce que nous sommes portés haut et soulevés vers le haut par leur taille gigantesque. John de Salisbury (1159)
Si j’ai vu plus loin que les autres, c’est parce que j’ai été porté par des épaules de géants. Isaac Newton (1676)
Il est de nombreux passages de l’Écriture qui doivent être interprétés selon les idées du temps et non selon la vérité même des choses. Jérome
L’intention du Saint-Esprit est de nous enseigner comment on doit aller au Ciel, et non comment va le ciel. Cardinal Cesare Baronio
Qu’on le veuille ou non, les Promoteurs de la science moderne n’étaient ni païens, ni athées, ni même anti-catholiques en règle générale (ne l’étant, d’ailleurs, que dans la mesure où l’Église catholique leur paraissait encore entachée de paganisme). Ce que ces savants combattaient, c’est la Scholastique dans sa forme la plus évoluée, c’est-à-dire l’Aristotélisme restitué dans toute son authenticité païenne, dont l’incompatibilité avec la théologie chrétienne avait été clairement vue et montrée par les premiers précurseurs de la philosophie des temps nouveaux (qui, avec Descartes, essaya pour la première fois à devenir elle aussi chrétienne et qui le devint effectivement par et pour Kant). En bref et du moins en fait et pour nous, sinon pour eux-mêmes, c’est parce qu’ils ont combattu en leur qualité de chrétiens la science antique en tant que païenne, que les divers Galilée petits, moyens et grands ont pu élaborer leur nouvelle science, qui est encore «moderne» parce que la nôtre. Alexandre Kojève
The church at the time of Galileo was much more faithful to reason than Galileo himself, and also took into consideration the ethical and social consequences of Galileo’s doctrine. Its verdict against Galileo was rational and just, and revisionism can be legitimized solely for motives of political opportunism. Paul Feyerabend
And it is of course not true that we have to follow the truth. Human life is guided by many ideas. Truth is one of them. Freedom and mental independence are others. If Truth, as conceived by some ideologists, conflicts with freedom, then we have a choice. We may abandon freedom. But we may also abandon Truth. (…) When sophistication loses content then the only way of keeping in touch with reality is to be crude and superficial. This is what I intend to be. Paul Feyerabend
The falsehood that science required the defeat of religion was proclaimed by such self-appointed cheerleaders as Voltaire and Gibbon, who themselves played no part in the scientific enterprise. Rodney Stark
In many of the disputes that have been conventionally analyzed in terms of some notional relation between science and religion, the underlying issues were principally about neither science nor religion, nor the relationship between them, but were matters of social, ethical or political concern in which the authority of either science, religion or both was invoked (often on both sides) to defend a view held on other grounds… John Hedley Brookes
Au XVIe siècle, le développement de la théorie des marées provient essentiellement des médecins et des astrologues, qui cherchent à établir le lien entre les astres et les phénomènes terrestres. Un médecin de Sienne, Lucius Bellantius, fait le tri parmi les diverses opinions : «  Les rayons par lesquels la Lune agit principalement lorsqu’elle attire et gonfle les eaux de la mer ne sont pas les rayons de la lumière lunaire ; car, au moment des conjonctions, il n’y aurait pas de flux et de reflux, alors que nous les pouvons constater ; ce sont des rayons virtuels par lesquels la Lune attire la mer comme l’aimant attire le fer. A l’aide de ces rayons, on résout facilement tout ce qu’on peut objecter sur cette matière. » Un autre médecin, Frédéric Grisogone, donne une nouvelle description du phénomène des marées, mettant clairement en évidence le double rôle de la Lune et du Soleil : « Le Soleil et la Lune tirent vers eux l’enflure de la mer, de telle sorte que, perpendiculairement au dessous de chacun d’eux, se trouve l’enflure maximum ; il y a donc, pour chacun d’eux, deux maxima d’enflure, l’un au-dessous de l’astre, et l’autre en la partie opposée, qu’on nomme le nadir de cet astre. » La mer se déforme en deux ellipsoïdes de révolution, l’un dont le grand axe s’oriente vers le Soleil, l’autre dont le grand axe se dirige vers la Lune. La combinaison des deux ellipsoïdes explique les variations mensuelles : les deux déformations s’ajoutent au moment des pleines Lunes et des nouvelles Lunes pour donner les marées de vives-eaux et se retranchent dans les quadratures pour donner les marées de mortes-eaux. Les idées des médecins et astrologues se répandent et sont à l’origine d’un redoublement de faveur pour la théorie « aimantique » des marées, selon laquelle la Lune et le Soleil attirent les eaux de la mer. Kepler (1571-1630) la développe fortement, en liaison avec sa théorie de la gravité, qui résulte d’une attraction mutuelle entre deux corps apparentés. Il affirme : « Je suis le premier, que je sache, à avoir dévoilé, dans mes prolégomènes aux Commentaires sur les mouvements de Mars, le procédé par lequel la Lune cause le flux et le reflux de la mer. Il consiste en ceci : la Lune n’agit pas comme astre humide ou humectant, mais comme masse apparentée à la masse de la Terre ; elle attire les eaux de la mer par une action magnétique, non parce qu’elles sont des humeurs, mais parce qu’elles sont douées de la substance terrestre, substance à laquelle elles doivent également leur gravité.» L’idée est visionnaire et prépare l’avènement de la gravitation universelle. Mais elle est loin d’entraîner l’unanimité des savants et, en particulier, elle provoque les moqueries de Galilée (1564-1642). En 1632, il expose : « C’est presque comme si la Lune et le Soleil jouaient un rôle actif dans la production de ces effets [les marées], mais cela répugne entièrement à mon intellect : voyant que le mouvement des mers est un mouvement local, perceptible, d’une immense masse d’eau, je ne puis croire à des lumières, des chaleurs tempérées, à des dominations de qualités occultes et autres vaines imaginations du même genre ; tout cela n’est pas et ne peut être cause du flux, au point même que c’est au contraire plutôt le flux qui en est la cause ; c’est lui qui les produit en des cerveaux plus portés à la loquacité et à l’ostentation qu’à la réflexion et à la recherche des opérations les plus secrètes de la nature.» Ou encore : « Mais de tous les grands hommes qui ont philosophé sur cet effet si étonnant de la nature [les marées], c’est Kepler qui m’étonne le plus : cet esprit libre et pénétrant avait à sa disposition les mouvements attribués à la Terre, il a pourtant prêté l’oreille et donné son assentiment à un empire de la Lune sur l’eau, des propriétés occultes et autres enfantillages du même genre. » L’intuition de Kepler, par ce qu’elle a d’incompréhensible (comment les eaux de la Terre et la Lune pourraient-elles s’attirer), échauffe les esprits. En 1616 puis en 1632, dans son Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, Galilée avance une autre explication pour les marées, à partir de la combinaison de la rotation de la Terre sur elle-même et de sa révolution autour du Soleil. Il expose : « Il est bien vrai que le mouvement de tout le globe et de chacune de ses parties serait égal et uniforme s’il n’y avait qu’un mouvement, le mouvement annuel seul ou le simple mouvement diurne ; de même, il faut qu’en mélangeant ensemble ces deux mouvements, il en résulte pour les parties du globe des mouvements non uniformes, tantôt accélérés, tantôt retardés, selon que la rotation diurne ajoute ou retranche à la circulation annuelle. Si donc il est vrai (c’est bien vrai, et l’expérience le prouve) que l’accélération et le retardement du mouvement du vase font couler l’eau qu’il contient dans un sens et dans l’autre sur toute sa longueur, et la font s’élever et s’abaisser sur ses extrémités, fera-t-on difficulté pour admettre que cet effet puisse, et même doive nécessairement, se produire avec les eaux de la mer ? Ne sont-elles pas contenues dans des vases qui sont soumis à de tels changements ?» En raison du double mouvement de la Terre (annuel et journalier), les points de la circonférence terrestre n’ont pas une vitesse uniforme, puisque les deux mouvements tantôt se conjuguent, tantôt s’opposent (figure 1). Si les eaux des océans réagissent comme des eaux contenues dans une cuvette, qui est tantôt accélérée, tantôt décélérée, alors la réaction inertielle des eaux à l’accélération de leurs bassins provoque immanquablement un flux et un reflux. La théorie de Galilée a un handicap majeur : elle n’explique qu’une marée par jour, et non pas deux. Mais outre cette difficulté sérieuse, où se situe la méprise dans le raisonnement du savant italien ? Dans la compréhension du mouvement orbital. Comme le montrera Newton un demi siècle plus tard, la Terre est retenue sur son orbite par la force gravitationnelle exercée par le Soleil. Or cette force gravitationnelle agit sur toute la matière terrestre, aussi bien sur les parties liquides que sur les parties solides. Les eaux comme les bassins subissent la même force et donc la même accélération, il n’y a plus lieu de les distinguer. Pour le dire autrement, les eaux et les bassins, attirés de la même manière par le Soleil, « tombent » simultanément vers lui : le mouvement relatif, tel que le suppose Galilée, n’existe pas ! Galilée ne connaît bien évidemment pas l’attraction gravitationnelle de Newton. Il ne l’aurait d’ailleurs pas beaucoup aimée. Pas plus que Kepler et que ses contemporains, il ne comprend le mouvement orbital des planètes. Pour lui, le mouvement de révolution de la Terre autour du Soleil est donné et naturel ; il existe sans cause, ce qui relève d’une physique imaginaire. Rien n’y personne ne peut donc l’amener à douter de l’effet de la combinaison des deux mouvements de la Terre et pendant toute sa vie, il reste persuadé du bien fondé de sa théorie. Son explication lui paraît aussi sans doute, et à juste titre, la seule qui soit digne d’intérêt. La théorie de Kepler ne fournit qu’une idée générale, sans expliquer réellement comment les marées sont générées. Sa théorie est toute autre. Il récuse toute astrologie, toute attraction de la Lune sur la Terre et traite mécaniquement du problème des marées. ENS Lyon
Ayant pu avoir accès aux Archives romaines de la Compagnie de Jésus, P. Redondi nous apporte beaucoup d’informations, du plus grand intérêt et souvent originales, sur nombre de théologiens jésuites, spécialement le P. Grassi, déjà mentionné, et sur le Collège romain qui était alors un foyer intellectuel d’un grand rayonnement et où, d’ailleurs, a longtemps résidé et enseigné le P. Grassi. Rappelons que l’opposition entre le P. Grassi et Galilée a son origine dans le Saggiatore où, avec un talent qui a fait de cet ouvrage son chef-d’œuvre littéraire, Galilée s’en prend à la théorie des comètes que le P. Grassi avait exposée dans un ouvrage publié en 1619, à la suite de l’observation de trois comètes en 1618, et où d’ailleurs il affirmait leur réalité alors qu’elles n’étaient pour Galilée qu’une illusion d’optique. François Russo
La préface de Mme Chauviré présente sous un jour considérablement renouvelé la polémique très connue sur le problème des comètes. Car l’auteur a reconstitué pour la première fois le dossier de cette difficile énigme astronomique en remontant aux textes de Mástlin, Kepler et Tycho Brahé, ce qui lui permet de mesurer les dimensions historiques réelles de l’erreur de la thèse défendue dans le Saggiatore et de légitimer ensuite l’analyse critique du problème des raisons profondes d’une telle thèse erronée. Hors de toute tentation hagiographique, comme celle qui fait encore dire à des commentateurs que, malgré tout, Galilée avait peut-être eu moins tort que son adversaire ou, au plus, tout aussi tort que lui, l’auteur fait preuve d’une sensibilité critique avisée en reconnaissant les causes implicites du conservatisme du Saggiatore en matière d’astronomie cométaire. Son explication rejoint d’une manière très persuasive celle déjà avancée par William Shea dans The Galileo’s Intellectual Revolution (mais que l’auteur ne semble pas connaître), à savoir l’hypothèse que Galilée devait tenir pour irrecevable a priori la théorie tychonienne des comètes ayant des orbites abstruses pour maintenir le dogme copernicien des mouvements circulaires et uniformes du ciel- Mais si pour l’épistémologue « le problème essentiel de l’Essayeur » est celui « du choix motivé — et sans doute rationnel — d’une théorie des comètes étrangement fausse et rétrograde » (p. 15), on s’attendrait à voir poursuivre jusqu’au bout la question du comportement méthodologique rationnellement assumé par Galilée pour sauver l’intégralité de la doctrine copernicienne de toute invalidation possible, de toute menace à venir. L’auteur préfère aborder une autre question : « En quoi, apportant une réponse fausse et rétrograde au problème des comètes, l’Essayeur a-t-il pu contribuer efficacement à l’avènement de la science classique ? » (p. 27). Ce ne sera point sur le terrain de la physique qui occupe pourtant tellement de pages du livre. Car le Saggiatore est encore affecté par le concept à l’impetus et surtout par celui d’atome « que Galilée exclura par la suite de son vocabulaire », ces atomes démocritéens, ces « fragments de matière physiquement indivisible qui ne préfigurent que d’assez loin , les indivisibles des Discorsi, qui ne sont indivisibles que géométriquement » (p. 33). Pas plus que l’atomisme, la distinction entre « qualités premières et qualités secondes n’est d’ailleurs philosophique que dans une certaine mesure » (p. 34) ; ainsi la métaphore du livre de l’Univers ne saurait être platonicienne. Pietro Redondi
For many, the Galileo affair was emblematic of Christianity’s inherent antagonism towards science and reason. Galileo was no anomaly; no aberrant outlier in an otherwise contrary arrangement. No, Galileo culminated and crystallized the undeniable and irredeemable pattern of Church/science relations. Other exemplars affirming that pattern are easily discerned: In 415, a reactionary Christian mob brutally murdered pagan mathematician and astronomer Hypatia and burned the ancient world’s great center of learning, the library of Alexandria; In 1277, Doctor Mirabilis (wonderful teacher) and Franciscan monk Roger Bacon was imprisoned for asking too many embarrassing questions; in 1600, Giordano Bruno was burned at the stake for his scientific views; in 1925, Jesuit paleontologist Teilhard de Chardin was exiled and his writings on human evolution were (later) banned — and on it goes. Sadly, the “pattern” theory has a problem. It’s wrong. On it does not go. The above examples pretty much exhaust the “church oppresses science” list, and each entry is either inaccurate or has nothing to do with religion and science. Hypatia’s murder by a crazed Christian mob had little to do with hatred of science or scientific women. In fact, one of Hypatia’s closest friends was Synesius of Cyrene, the neo-Platonist Christian Bishop of Ptolemais. Our earliest historical source, Socrates Scholasticus (5th century), attributes her murder to her involvement with Orestes, the (Christian) imperial prefect of Alexandria who was in a power struggle with Cyril, the Alexandrian Bishop. Christians believed that she was scuttling a reconciliation between the two. Did Cyril instigate the murder? Was it in retaliation for earlier violence on Christians? As best as I can tell historians still debate these and other details. What seems clear is that sectarian violence was rife in Alexandria at the time and Hypatia’s murder was one of many bloody incidents Christians, Jews, and Pagans inflicted upon one another. But it was about politics and power, not science and religion. As for library-burning — the great Alexandrian library was probably burned by Julius Caesar in 48 B.C.E. when he chased Pompey into Egypt. There may have been a small “daughter” library still housed in the Temple of Serapis in 391 C.E. (long before Hypatia’s demise), whose holdings may have been largely destroyed when the temple was raised and converted to a Christian Church. But even if true (a big “if”), it says nothing about Christian attitudes toward science and learning. Instead, all it tells us is that Christians, Pagans, and Jews were doing lots of nasty stuff to each other in Alexandria at this time, something we already knew. As for Roger Bacon: University of Wisconsin-Madison historian Michael Shank sums it up nicely: “The assertion that Bacon was imprisoned (allegedly by the head of his own Franciscan order) first originates some eighty years after his death and has drawn skepticism on these grounds alone. Scholars who find this assertion plausible connect it with Bacon’s attraction to contemporary prophecies that have nothing to do with Bacon’s scientific, mathematical, or philosophical writings.” On Giordano Bruno — no question he was burned at the stake on the seventeenth of February, 1600, in Rome’s Flower Market. But he was burned for his theological heresies, not his scientific beliefs. Bruno refused to recant his disbelief in the Trinity, Virgin Birth, divinity of Christ and other rather non-negotiable items (especially for a clergyman). Yes, his scientific/philosophic studies probably contributed to his fall from orthodoxy, but it was the fall, not the science, that the Church condemned and for which Bruno died. Likewise with Teilhard de Chardin. His popularity with the current Pope notwithstanding, Teilhard strained the patience of his Jesuit superiors not because of his expert paleoanthropological work (he was part of the team that discovered “Peking” man) but because he turned that work into an elaborate, unorthodox, evolutionary-based theology. Luckily for Teilhard, by the 20th century, burning heretics was passé and his theological writings were simply suppressed until his (quite natural) death. Galileo was indeed exceptional. Arthur Koestler pronounced this very verdict over fifty years ago in his well-regarded history of astronomy, “The Sleepwalkers”: “The Galileo affair”, Koestler asserted, “was an isolated, and in fact quite atypical, episode in the history of the relations between science and theology … “ . Even just the few cases cited above hint at Galileo’s singularity. Yes, over the centuries some scholars suffered the Church’s wrath; but is it not equally noteworthy that century after century the Christian Church kept producing superlative scholars? Bacon, Bruno, Copernicus, Teilhard — even Galileo (not a cleric, but faithful to the end) — why did the well not dry up in the face of such incessant intellectual oppression? In his book, “For the Glory of God“, sociologist Rodney Stark identifies 15 clerics of the 16th and 17th centuries whom he considers “scientific stars”. Similarly, Stephen Barr’s brief review easily finds over a dozen clergymen from the Middle Ages to modern times making substantial contributions to mathematics, physics, biology, genetics, and cosmology. Is it possible that Christianity has actually been science’s oldest and dearest friend?  Matt J. Rossano
If you ask many people today what they think about science’s relationship to religion, you are likely to be told that the two have been in conflict for a very long time. There was the trial of Galileo by the Inquisition, for example, the debate between Wilberforce and Huxley, and there is still an on-going dispute over the teaching of evolution in American schools. These usual suspects may be trotted out whenever this topic is mentioned, but are events such as these really typical of the history of science as a whole? Contrary to the impression given by some commentators, the conflict thesis between science and religion is one that has been discredited in academic circles for some time. The rise of science in the West was, of course, a very complicated affair in which many different factors played a part. There were certainly inevitable points of tension, but this does detract from the fact that Europe was a largely Christian continent in which religious individuals and institutions inevitably played a central role in the changes that occurred. This depiction of the Enlightenment, as if it was some kind of clean secular break from the past, persists today, but, as John Coffey points out, it could be more accurately described as a religious process. This is because many of those at the vanguard of the movement were Protestants (though certainly not all orthodox) who sought to fuse religious and philosophical ideas together. This is not to deny the role of certain groups of atheist thinkers, but crucially these were not representative of the Enlightenment as a whole. Furthermore, Dominic Erdozain argues that you can trace a lot of the unbelief of the time back to expressly religious roots. It was a Christian conscience (rather than a secular or pagan one) that drove much of the Enlightenment thought and a poignant example of this was the way in which Voltaire often used Jesus—albeit his own interpretation of him—in order to attack the church. Simon Wenham
Historiquement, l’Église a souvent été un important soutien des sciences. Elle a permis la fondation de nombreuses écoles, universités et hôpitaux et beaucoup de membres du clergé étaient actifs dans les sciences. Les historiens des sciences tels que Pierre Duhem soulignent le rôle des mathématiciens et philosophes catholiques médiévaux tels que Jean Buridan, Nicole Oresme et Roger Bacon comme fondateurs des sciences modernes. Duhem conclut que « la mécanique et la physique, dont les temps modernes sont fières de descendre, par une série ininterrompue d’améliorations rarement perceptibles, sont des doctrines développées au cœur des écoles médiévales ». La thèse du conflit et d’autres critiques mettent en avant les conflits historiques et contemporains entre l’Église catholique et les sciences, citant le procès de Galilée comme preuve. De son côté, l’Église catholique enseigne que la foi chrétienne et la science sont complémentaires, comme l’indique le paragraphe 159 du Catéchisme de l’Église catholique, qui déclare au sujet de la foi et de la science « bien que la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut jamais y avoir de vrai désaccord entre elles. Puisque le même Dieu qui révèle les mystères et communique la foi a fait descendre dans l’esprit humain la lumière de la raison, Dieu ne pourrait se nier lui-même ni le vrai contredire jamais le vrai ». Les scientifiques catholiques ont permis des découvertes scientifiques dans de nombreux domaines. Dans l’ancien temps, l’emphase chrétienne sur la charité pratique a permis le développement d’infirmeries et d’hôpitaux et l’Église reste le plus important fournisseur privé de soins et de centres de recherche dans le monde. Après la chute de Rome, les monastères et les couvents restèrent des bastions académiques en Europe occidentale dans lesquels les hommes du clergé étudiaient la nature, les mathématiques et le mouvement des étoiles (principalement à des fins religieuses). Au Moyen Âge, l’Église a fondé les premières universités d’Europe, formant des académiques tels que Robert Grosseteste, Albert le Grand, Roger Bacon et Thomas d’Aquin, qui aidèrent à établir la méthode scientifique. Durant cette période, l’Église soutenait également l’ingénierie pour la construction de cathédrales modernes. Depuis la Renaissance, les scientifiques catholiques ont été considérés comme les « Pères » de certains domaines scientifiques : Jean-Baptiste Lamarck (1744–1829) a préfiguré la théorie de l’évolution avec le lamarckisme ; Gregor Mendel (1822–84) était un pionnier de la génétique et Georges Lemaître (1894-1966) proposa le modèle cosmologique du Big Bang. Les Jésuites ont également été particulièrement actifs, notamment en astronomie. Le soutien de l’Église dans les sciences continue avec des institutions dont l’Académie pontificale des sciences et l’Observatoire du Vatican. La vision de l’Église comme mécène des sciences est contestée par certains, qui parlent soit d’une relation historiquement variée, qui est passée d’un soutien actif et singulier à des affrontements amers (avec des accusations d’hérésie) – ou un conflit intellectuel permanent entre la religion et la science. Les philosophes du Siècle des Lumières comme Voltaire sont connus pour leurs critiques des avancées du Moyen Âge. Au XIXe siècle, la thèse du conflit émergea pour mettre en avant un conflit intrinsèque ou des conflits entre l’Église et les sciences. L’usage historique original de ce terme impliquait que l’Église était en opposition perpétuelle avec les sciences. Les usages tardifs de ce terme dénote une opposition épistémologique de l’Église à la science. La thèse interprète la relation de l’Église avec les sciences comme conduisant inévitablement à l’hostilité publique, quand la religion remet en cause agressivement les idées scientifiques — comme dans le procès de Galilée. Une critique alternative est que l’Église s’est opposé à des découvertes scientifiques particulières qu’elle ressentait comme mettant en cause son autorité et son pouvoir – particulièrement pendant la Réforme et le Siècle des Lumières. Cette thèse déplace l’emphase d’une incompatibilité fondamentale de la religion per se et des sciences en général à une critique des raisons structurelles ayant entraîné la résistance de l’Église en tant qu’organisation politique. L’Église elle-même rejette aussi la notion de conflit inné. Le premier concile du Vatican (1869/70) déclara que « la foi et la raison s’aident mutuellement l’une et l’autre ». La Catholic Encyclopedia de 1912 établit que « les conflits entre la science et l’Église ne sont pas réels » et déclare que les croyances en un tel conflit sont basées sur de mauvaises assomptions. Le pape Jean-Paul II a résumé la vision catholique de ces relations entre la foi et la raison dans l’encyclique Fides et Ratio, en disant que la « foi et la raison sont comme deux ailes sur lesquelles l’esprit humain s’élève pour contempler la vérité ; et Dieu a placé dans le cœur humain un désir de savoir la vérité – en un mot, se connaitre soi-même – afin que, en connaissant et en aimant Dieu, les hommes et les femmes puissent connaître toute la vérité sur eux-mêmes ». L’astronome papal, Guy Consolmagno, décrit la science comme un « acte de vénération » et une façon d’ « être intime avec le Créateur ». Wikipedia
Galilée est certain que ses découvertes montrent qu’il est dans la vérité. Il condamne ceux qui se servent de l’Écriture pour prétendre que la Lune brille par elle-même et ne reçoit pas sa lumière du Soleil, que les planètes médicéennes autour de Jupiter n’existent pas, puis il affirme qui si de tels auteurs qui ont mal compris les Écritures abusent de leur autorité pour imposer leur interprétation à leurs lecteurs devaient l’emporter, alors ils pourraient interdire toutes les sciences spéculatives. Galilée rappelle que pour ces théologiens, « la théologie est la reine de toutes les sciences et ne doit pas s’abaisser à s’accommoder aux propositions des autres sciences qui sont moins dignes, et qui leur sont inférieures, mais que, tout au contraire, ces autres sciences doivent se référer à elle comme suprême maitresse, et modifier leurs conclusions conformément aux statuts et aux décrets de la théologie ». Pour Galilée, la théologie est la reine des sciences en raison de la sublimité de son objet qui est l’enseignement sur les révélations divines et l’acquisition de la béatitude. Mais la géométrie, l’astronomie, la musique et la médecine ne sont pas traitées de manière plus exacte dans les Écritures que chez Archimède, Ptolémée, Boèce et Galien. Il en déduit qu’imposer aux professeurs d’astronomie de se défier de leurs observations parce qu’elles ne seraient que des sophismes est une prétention inadmissible. Il demande alors aux Pères de considérer les différences qui existent entre les doctrines opinables et les doctrines démonstratives, entre commander à un mathématicien et à un philosophe, entre donner des instructions à un marchand ou à un légiste. Reprenant les passages des Écritures qui posaient problème d’un point de vue cosmologique, il cite saint Jérôme : « Il est de nombreux passages de l’Écriture qui doivent être interprétés selon les idées du temps et non selon la vérité même des choses » (commentaire du chapitre 28 du Livre de Jérémie), et « Il est habituel dans les Saintes Écritures que le narrateur présente beaucoup de questions selon la manière dont on les comprenait à l’époque » (commentaire du chapitre 13 de saint Mathieu). Il est donc normal que pour les hommes du vulgaire la Terre est immobile et le Soleil est mobile car ils sont liés à la Terre et voient le Soleil se déplacer. Cette opinion est naturelle et a été reprise par les Pères et n’a pas été discutée, mais cela n’en fait pas une vérité de la Foi car ils n’ont pas condamné l’opinion contraire car ils ne s’en sont pas préoccupés. C’est parce que Copernic connaissait la force avec laquelle l’idée de la stabilité de la Terre était ancrée dans les esprits qu’il a démontré le mouvement de la Terre autour du Soleil mais a introduit les tables en parlant de lever et coucher du Soleil. Galilée interprète ensuite l’immobilisation du Soleil et de la Lune à la demande de Josué. Dans cette lettre, Galilée, qui a rompu avec l’enseignement d’Aristote, affirme que la science des savants, dûment contrôlée par l’observation et démontrée, pouvait faire autorité sans aucune référence à l’autorité ecclésiastique et des Saintes Écritures. Les théologiens ne doivent pas intervenir sur des sciences qui ne sont pas de leur compétence et qui ne relèvent pas du domaine de la Foi. Galilée se rend à Rome pour se défendre contre les calomnies et surtout essayer d’éviter une interdiction de la doctrine copernicienne. Mais il lui manque la preuve irréfutable de la rotation de la Terre pour appuyer ses plaidoiries. Son intervention arrive trop tard : Lorini, par lettre de dénonciation, avait déjà prévenu Rome de l’arrivée de Galilée et le Saint-Office avait déjà commencé l’instruction de l’affaire. Cherchant toujours une preuve du mouvement de la Terre et pour répondre aux objections du cardinal Bellarmin, Galilée pense la trouver dans le phénomène des marées. Le 8 février 1616, il envoie sa théorie des marées (Discorso del Flusso e Reflusso) au cardinal Orsini. Cette théorie rappelle la relation entre les marées et la position apparente de la lune, qui tourne moins vite autour de la Terre (29,57 jours) que la Terre n’est supposée tourner sur elle-même (1 jour). Malheureusement, Galilée ne peut expliquer ainsi qu’une marée par jour alors qu’il en est couramment observé deux, parfois avec un peu de décalage sur l’heure astronomique (qui ne sera expliqué que plus tard par la Dynamique des fluides). Elle reste en revanche compatible avec le principe d’inertie admis par Galilée. L’influence de la lune sur les marées avait déjà été soulignée par Kepler, mais Galilée n’en avait pas alors tenu compte. Il faudra attendre l’année 1728 et les observations de Bradley sur l’aberration de la lumière pour avoir une première preuve directe du mouvement de la Terre par rapport aux étoiles. L’historien Maurice Clavelin a cherché à justifier le refus de l’équivalence des hypothèses de Galilée. Bellarmin, qui demande à Galilée de présenter l’héliocentrisme comme une hypothèse, le fait sur la base d’un géocentrisme admis et considéré comme vrai. Quand Galilée refuse ce compromis, il refuse que l’astronomie conserve un rôle de subordonné par rapport à la philosophie naturelle traditionnelle (d’Aristote), alors partie intégrante de la théologie catholique. Galilée revendique le statut de philosophe et considère que, non seulement Dieu a donné aux hommes les sens et la raison pour découvrir la vraie constitution du monde, mais que ses observations minent l’astronomie de Ptolémée et justifie son adhésion à l’astronomie copernicienne. Malgré deux mois passés en de nombreuses tractations, Galilée est convoqué le 16 février 1616 par le Saint-Office pour l’examen des propositions de censure. Les 25 février et 26 février 1616, la censure est ratifiée par l’Inquisition et par le pape Paul V. Galilée n’est pas inquiété personnellement mais est prié d’enseigner sa thèse en la présentant comme une hypothèse. Cet arrêté s’étend à tous les pays catholiques. Des rumeurs circulent que Galilée a abjuré et reçu une sévère pénitence. À sa demande Bellarmin lui donne un certificat (26 mai 1616) clarifiant que rien de tel n’eut lieu. Il lui a été simplement notifié que l’héliocentrisme, étant contraire aux Saintes Ecritures, ne peut à ce stade être défendu ou enseigné. (…) En 1618, on observe le passage de trois comètes, phénomène qui relance la polémique sur l’incorruptibilité des cieux. En 1619, le père jésuite Orazio Grassi publie De tribus cometis anni 1618 disputatio astronomica. Il y défend le point de vue de Tycho Brahe sur les trajectoires elliptiques des comètes. Galilée riposte d’abord par l’intermédiaire de son élève Mario Guiducci qui publie en juin 1619 Discorso delle comete où il développe une théorie personnelle sur les comètes, allant jusqu’à émettre l’hypothèse de phénomènes météorologiques d’illusions d’optique. En octobre, Orazio Grassi attaque Galilée dans un pamphlet plus sournois : aux considérations scientifiques se mêlent des allusions religieuses considérées comme malveillantes et dangereuses au temps de la Contre-Réforme. (…) Galilée, encouragé par son ami le cardinal Barberini (futur pape Urbain VIII) et soutenu par l’Académie des Lyncéens, répond avec ironie à Grassi en publiant en 1623 Il Saggiatore (ou L’Essayeur) ; ouvrage important sur la philosophie atomiste, qui est considéré comme un « chef-d’œuvre de l’art polémique ». Il y fait des remarques sur l’atomisme et déclare que l’atome possède bien des qualités premières, qui lui sont propres, mais que ce qu’on appelle les « qualités secondes » ou les « accidents » dans la terminologie aristotélicienne — qui déterminent le goût, le toucher, l’odeur — sont en fait le fruit de l’interaction des objets avec les organes du corps humain. Grassi, l’un des plus grands savants jésuites, est ridiculisé et envoie une lettre anonyme à l’Inquisition dénonçant une contradiction avec le dogme catholique de la transsubstantiation, mais un théologien de l’Inquisition conclut à un non-lieu. (…) Le 6 août 1623, l’ami de Galilée, le cardinal Maffeo Barberini est élu pape sous le nom de Urbain VIII. Le 3 février 1623 Galilée reçoit l’autorisation de publier son Saggiatore qu’il dédie au nouveau Pape. L’ouvrage paraît le 20 octobre 1623. Ce sont d’abord les qualités polémiques (et littéraires) de l’ouvrage qui assureront son succès à l’époque. Il n’en demeure pas moins qu’en quelques mois et dans une atmosphère de grande effervescence culturelle, Galilée devient en quelque sorte le porte-drapeau des cercles intellectuels romains en rébellion contre le conformisme intellectuel et scientifique imposé par les Jésuites. Dans cet ouvrage, il énonce la mathématisation de la physique : « La philosophie est écrite dans cet immense livre qui se tient toujours ouvert devant nos yeux, je veux dire l’univers, mais on ne peut le comprendre si l’on ne s’applique d’abord à en comprendre la langue et à connaitre les caractères dans lesquels il est écrit. Il est écrit en langue mathématique, et ses caractères sont des triangles, des cercles et autres figures géométriques, sans le moyen desquels il est humainement impossible d’en comprendre un mot. » (…) Dans les années 1620, après la censure de ses thèses, Galilée passe un mois à Rome où il est reçu plusieurs fois par le pape Urbain VIII qui a pour lui une grande amitié. Il lui expose le plan de l’étude commanditée par celui-ci Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, ouvrage devant présenter de façon neutre les avantages comme les inconvénients du système de Ptolémée et du système de Copernic. En effet, le pape qui apprécie Galilée ne veut pas qu’il fasse figurer des arguments si peu convaincants notamment à propos de sa théorie sur les marées, conseil dont Galilée ne tiendra pas compte. Wikipedia
Feyerabend (…) ne dit pas que les scientifiques ne devraient pas se servir de la renormalisation ou de quelconques hypothèses ad hoc. Au contraire, il affirme que de telles méthodes sont nécessaires au progrès de la science pour plusieurs raisons. L’une d’entre elles est que le progrès de la science est inégal. Feyerabend explique par exemple qu’au temps de Galilée, l’optique ne rendait pas compte de phénomènes qui pourtant pouvaient être observés par les télescopes. Les astronomes qui se servaient des observations des télescopes avaient déjà recours à des hypothèses ad hoc jusqu’à ce qu’ils puissent justifier leurs suppositions grâce à la théorie optique. Feyerabend a également critiqué toute attitude consistant à juger la qualité des théories scientifiques en les comparant avec les faits connus. Il pensait que les théories précédentes pouvaient influer sur l’interprétation des phénomènes observés. Les scientifiques se servent d’interprétations naturelles, c’est-à-dire d’idées « si étroitement liées aux observations qu’il faut faire un effort spécial pour en prendre conscience », lorsqu’ils comparent les théories scientifiques aux faits qu’ils observent. De telles interprétations doivent être modifiées si l’on veut rendre la nouvelle théorie compatible avec les observations. Feyerabend prenait pour exemple principal de ces interprétations naturelles des phénomènes l’argument de la tour. L’argument de la tour, en effet, constituait l’objection majeure à la théorie tentant de démontrer que la terre tourne. Les aristotéliciens pensaient que le fait qu’une pierre tombant d’une tour atterrisse juste devant la tour prouve que la terre est immobile. Ils pensaient que si la terre effectuait une rotation pendant que la pierre tombait, celle-ci aurait atterri derrière la tour. Si la terre tournait les objets ne tomberaient pas à la verticale mais en diagonale, selon eux. Comme cela ne se produit pas dans le monde physique, les Aristotéliciens en inféraient l’immobilité de la terre. La théorie de Copernic semble bien être réfutée par le fait que les objets tombent verticalement sur terre. Il a donc fallu réinterpréter cette observation pour la rendre compatible avec la théorie de Copernic. Si Galilée a réussi à le faire, ce n’est qu’en se servant d’hypothèses ad hoc et en procédant contre-inductivement. Les hypothèses ont de fait chez Feyerabend un rôle positif: elles permettent de rendre une théorie temporairement compatible avec les faits, en attendant que la théorie à défendre puisse être soutenue par d’autres théories. Toutes ces remarques tentent de justifier l’introduction de théories qui ne sont pas à première vue compatibles avec les faits bien établis. Au-delà, elles rendent nécessaire un pluralisme méthodologique qui implique de faire des comparaisons entre les théories pour améliorer l’articulation de ces théories. De cette façon, le pluralisme scientifique renouvellerait le pouvoir critique de la science. Ainsi, Feyerabend propose que la science ne procède plus par induction, mais bien plutôt par contre-induction. Selon Feyerabend, les théories nouvelles ne sont jamais acceptées pour avoir respecté une démarche scientifique, mais parce que ceux qui la soutenaient se sont servis de toutes les astuces possibles — qu’elles consistent dans des arguments rationnels, des artifices rhétoriques ou dans de la pure propagande — pour faire avancer leur cause. Dès lors, la seule approche qui ne nuit pas au progrès est « tout est bon » (anything goes). « “Tout est bon” n’est pas un principe que je voudrais ériger… », dit Feyerabend en 1975, « mais l’exclamation terrifiée d’un rationaliste qui s’est intéressé de plus près à l’histoire. » Feyerabend pensait également que l’incommensurabilité des théories, c’est-à-dire le fait de ne pouvoir comparer directement les théories parce qu’elles sont basées sur des suppositions incompatibles, pourrait également empêcher l’utilisation de critères généraux pour définir la qualité de théories scientifiques. Il n’est pas de théorie supérieure à une autre, puisqu’en aucun cas les théories scientifiques n’appréhendent le réel à partir des mêmes axes, selon lui. Selon Feyerabend, la science peut être considérée comme anarchiste par essence, soucieuse de son propre mythe, et prétendant à la vérité au-delà de ce que lui permettent ses capacités réelles. Qu’Aristote ait été défendu contre Galilée ou Pouchet contre Pasteur ne relève que d’une controverse scientifique normale, mais que les constatations de Darwin sur la marche de la nature soient interprétées comme prescriptions pour un ordre social n’a plus de rapport avec la science elle-même. Il estime condescendante l’attitude de nombreux scientifiques envers d’autres modes de pensée et de connaissance. Il rappelle entre autres que les opinions négatives sur l’astrologie ou sur l’effectivité des danses de la pluie n’ont pas fait l’objet de réfutations scientifiques, et que le refus de ces phénomènes ne relevait donc plus du rationnel. Pour lui, la science devenait une idéologie répressive après avoir été un mouvement initialement libérateur. Feyerabend pensait utile pour une société moderne de se libérer d’une vision uniquement causale du monde, comme elle l’avait fait des idéologies finalistes. Contestant l’idée de méthode scientifique universelle, Feyerabend affirme déplacée la position dévolue aux sciences dans les sociétés occidentales, et donc le scientisme. Puisque les scientifiques ne peuvent parvenir à adopter un point de vue universel qui garantirait la qualité de leurs observations, il n’y a pas pour lui de raison que les assertions de la science soient privilégiées par rapport à celles d’autres idéologies comme les religions. On ne pourrait donc juger les autres idéologies à partir des visions de la science du moment. En outre, les grands succès scientifiques ont historiquement comportés des éléments non scientifiques. L’inspiration du scientifique lui vient au moins en bonne partie du mythique ou du religieux. En se basant sur cette argumentation, Feyerabend prône alors la séparation de la science et de l’État, de la même façon que la religion et la société sont séparées dans les sociétés modernes séculières. Il envisage « une société libre » dans laquelle « toutes les traditions auraient les mêmes droits et le même accès au pouvoir ». Par exemple, les parents devraient avoir le droit de déterminer le contexte idéologique de l’éducation de leurs enfants, au lieu de n’avoir que des options limitées par la science. Feyerabend va jusqu’à suggérer que la science devrait également être soumise à un contrôle démocratique: non seulement les domaines de recherche devraient être déterminés par des élections populaires, mais les suppositions et les conclusions de la science devraient également être supervisées par des comités populaires. Il pensait que les citoyens devraient se servir de leurs propres principes lorsqu’ils seraient amenés à prendre des décisions sur ces problèmes; l’idée qu’une décision doit être rationnelle est selon lui élitiste, car elle suppose que les philosophes ou les scientifiques sont en mesure de déterminer les critères en vertu desquels les hommes devraient prendre leurs décisions. Or eux aussi sont faillibles, et ont leurs préjugés, qui ne doivent parfois justement rien à la science (thème de son ouvrage Adieu, la Raison). Wikipedia
Au XIIe siècle, l’Église invente l’université. Celle-ci fera beaucoup pour le développement du savoir, quel qu’il soit. Au XIIIe siècle, Paris, Bologne, Oxford et Toulouse comptaient chacune mille à mille cinq cents étudiants. C’est dans ses universités […] qu’est née la science. (…)  À cette époque, la réforme protestante se dressait, provocatrice, dans le nord de l’Europe […]. En réponse aux accusations protestantes selon lesquelles elle ne serait pas fidèle à la Bible, l’Église catholique imposa finalement des limites plus strictes à une théologie recevable à ses yeux, ce qui l’amena à intervenir plus fréquemment dans les débats érudits et scientifiques.  Rodney Stark
« Et pourtant, elle tourne ! » Tout le monde connaît cette phrase de Galilée à ses juges de l’Inquisition, qui voulaient absolument lui faire dire que la Terre était plate et que le Soleil tournait autour… Cette phrase choc n’a qu’un défaut : elle est fausse, elle a été inventée au XVIIe siècle et reprise par Bertold Brecht dans sa pièce La Vie de Galilée. Jamais le savant italien n’a déclaré cela à qui que ce soit. Dommage, c’était bien trouvé… L’affaire Galilée est emblématique : c’est le type même de la désinformation fabriquée par les ennemis de l’Église pour la discréditer, et tenter de faire croire qu’elle fut l’ennemie acharnée de la science et de la raison. (…) Quand on regarde les faits avec honnêteté, en effet, on constate que c’est le contraire qui est vrai : l’Église a non seulement permis l’épanouissement des sciences, mais elle a tout fait pour que les scientifiques puissent mener leurs expériences et leurs travaux. Mieux : beaucoup de savants furent des chrétiens fervents, parfois même des prêtres ou des moines. Pour bien le comprendre, un détour par la philosophie s’impose. Comme le rappellent Éric et Émeline Picard dans L’Église en procès, « pour l’Église, il existe deux voies reconnues d’accès à la vérité et donc à Dieu : d’un côté le livre de la Révélation, l’Ancien et le Nouveau Testament, lu dans la foi, de l’autre le livre de la nature déchiffré par la raison et la science dans un mouvement lent, difficile et progressif. » Ils ajoutent : « Dieu étant le créateur de l’un comme de l’autre, il ne saurait y avoir de contradiction qu’apparente entre les deux. » La science fait donc partie des moyens d’accéder à la vérité. Elle est aussi un moyen de mieux connaître les beautés du monde. Le chrétien ne saurait la négliger. L’Église, dès ses débuts, a promu la liberté en matière scientifique – comme sur le plan social, politique, économique – estimant qu’il n’était pas de son ressort de s’en mêler. C’est ce que l’historien Jean-Louis Harouel appelle, dans un livre éponyme, « le vrai génie du christianisme » : « Le royaume de Dieu est céleste et non terrestre, Dieu et l’État sont séparés. D’où la disjonction du spirituel et du temporel, qui a procuré à l’individu une liberté sans équivalent dans les autres civilisations, en excluant la sacralisation d’un quelconque ordre terrestre. » C’est pour lui la raison du progrès scientifique que l’on observe dans la civilisation chrétienne. La science a pu s’y développer librement. La volonté de découvrir la vérité était le moteur ; la liberté a servi de carburant. « Au XIIe siècle, rappelle le sociologue américain Rodney Stark, l’Église invente l’université. Celle-ci fera beaucoup pour le développement du savoir, quel qu’il soit. Au XIIIe siècle, Paris, Bologne, Oxford et Toulouse comptaient chacune mille à mille cinq cents étudiants. C’est dans ses universités […] qu’est née la science », poursuit Rodney Stark. C’est l’époque où saint Thomas d’Aquin suit les cours à Paris de son maître allemand Albert le Grand, plus connu comme philosophe que comme scientifique : or ce dernier s’intéresse aux plantes et aux fruits, à la dissection de l’œil de la taupe, au système nerveux de l’écrevisse, à l’alchimie, ainsi qu’aux minéraux et aux fossiles. L’une des idées reçues contre lesquelles s’élèvent les historiens est celle selon laquelle le développement scientifique aurait eu lieu à la Renaissance (le terme même de « renaissance » implique d’ailleurs que la période précédente était sombre et obscure, chrétienne pour tout dire…). La simple observation des faits contredit cette vision simpliste et fausse. Ce que l’on appelle le Moyen Âge est en réalité une période très riche sur le plan scientifique. Les écoles de philosophes et de savants se multiplient en Europe, font valoir Éric et Émeline Picard : « L’école de Chartres, marquée par le platonisme, est emblématique de cette renaissance [des XIe et XIIe siècles, Ndlr] qui cherche à comprendre, à la lumière des Anciens, le lien entre âme et matière, l’homme et le monde. […] L’école d’Oxford, avec Robert Grosseteste ou Roger Bacon, témoigne du renouveau scientifique des XIIIe et XIVe siècles. L’expérience, par exemple en optique, est une manière de confirmer des thèses nées de l’observation raisonnée de la nature. » Mais Galilée ? N’a-t-il pas subi les foudres de l’Inquisition ? N’est-ce pas la preuve que l’Église a exercé une pression sur les savants pour les empêcher de poursuivre et de publier leurs travaux ? Essayons de résumer cette affaire. Galilée, né en 1564, était au départ très bien compris, et même soutenu, par une bonne partie de la hiérarchie catholique – les travaux de Copernic, un siècle plus tôt, n’avaient d’ailleurs causé aucun émoi particulier à Rome. Son premier ouvrage, Le Messager céleste, où il affirme que l’univers est écrit en « langage mathématique […] sans lequel il est humainement impossible d’en comprendre un mot », reçoit à Rome un accueil enthousiaste. Mais certains s’inquiètent de l’orthodoxie de telles affirmations. Rodney Stark replace cette réaction dans son contexte : « À cette époque, la réforme protestante se dressait, provocatrice, dans le nord de l’Europe […]. En réponse aux accusations protestantes selon lesquelles elle ne serait pas fidèle à la Bible, l’Église catholique imposa finalement des limites plus strictes à une théologie recevable à ses yeux, ce qui l’amena à intervenir plus fréquemment dans les débats érudits et scientifiques. » Ajoutons à cela la personnalité de Galilée, très brillant, très conscient de sa valeur, très porté à la provocation, et l’on obtient un cocktail explosif. En 1632, le savant publie le Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, « pamphlet désobligeant », selon le théologien allemand Manfred Lütz, où il soutient de manière péremptoire les thèses coperniciennes (la Terre tourne autour du Soleil) qu’il n’avait aucun moyen de prouver, quand le pontife, avec sagesse, voulait que l’on se contente de les présenter comme des hypothèses. C’était mal connaître le savant qui se permit en outre, dans son ouvrage, de ridiculiser le pape sous les traits de Simplicio (simple d’esprit). « Piège politique, piège théologique, racontent Éric et Émeline Picard, qui pousse Urbain VIII à lancer une procédure exceptionnelle qui aboutit, le 22 juin 1633, à l’abjuration publique de Galilée devant le Saint-Office et à l’interdiction de l’enseignement de l’héliocentrisme dans toutes les universités européennes. » Quelles leçons tirer de cette affaire ? D’abord qu’elle est beaucoup plus complexe que le poncif éculé qu’on nous ressasse depuis des lustres : Galilée l’esprit libre et éclairé l’emporte face à l’Église obscurantiste. Il est arrivé à Galilée de se tromper, et au pape d’avoir raison. Ensuite qu’elle s’explique davantage par des raisons de circonstances – le caractère un peu égotique de Galilée, le contexte de la Réforme protestante – que par des raisons de fond. Reste que ce fut un tort, incontestablement, d’interdire l’enseignement de l’héliocentrisme dans les universités, alors même que les thèses héliocentriques de Copernic, proches de celles de Galilée, ne posaient de problème à personne au Vatican, alors même que l’Église avait toujours encouragé la recherche scientifique. Cette décision allait à l’encontre des principes mêmes qu’elle professait. Cette affaire marquera durablement les relations entre science et foi, « au point qu’il existe un véritable “syndrome Galilée” pour les catholiques, estiment Éric et Émeline Picard. En effet, elle cristallise toutes les problématiques : comment lire le texte sacré ? Comment concilier ce dernier avec les découvertes scientifiques ? Quelle liberté accorder à la science ? » Ces questions se posèrent avec une acuité toute particulière au XIXe siècle quand les découvertes archéologiques de l’époque parurent remettre en cause la vérité des textes sacrés. D’où l’encyclique Divino afflante spiritu (« Sous l’inspiration de l’Esprit Saint »), publiée par Pie XII en 1943, qui autorise les méthodes scientifiques pour étudier la Bible. Benoît XVI poursuivra dans cette voie, notamment dans son livre Jésus, où il prendra ses distances avec la méthode « historico-critique » de certains savants allemands. Charles-Henri d’Andigné
Une lettre rédigée par Galilée lui-même vient de resurgir à Londres après quatre siècles d’oubli. Elle prouve que le savant aurait falsifié sa correspondance afin d’amadouer l’Inquisition dont il redoutait le jugement. C’est un document surprenant qui vient d’être exhumé de la bibliothèque de la Royal Society de Londres, l’équivalent de l’académie des sciences,  où elle dormait dans l’oubli. Rédigée d’une écriture serrée, elle est signée des deux lettres GG, soit Galileo Galilei, le nom du savant italien Galilée et porte la date du 21 décembre 1613, comme l’a révélé la revue Nature. Le contenu de cette lettre, expertisé comme un original de la main du grand scientifique, a de quoi surprendre les historiens ! Elle montre en effet que le mathématicien et astronome, dont la position en faveur de l’heliocentrisme  (le fait que la Terre tourne autour du Soleil et non l’inverse comme on le pensait à l’époque) était parvenue aux oreilles de l’Inquisition, aurait tenté d’adoucir ses propos -en s’adonnant à ce qui pourrait s’apparenter à une falsification-  et ceci, dans le but d’éviter une éventuelle condamnation. Sans pour autant renoncer à ses idées. Pour comprendre la portée de cette missive de sept pages, mise au jour fortuitement par l’historien des sciences Salvatore Ricciardo et son ancien directeur de thèse Franco Giudice, de l’Université de Bergame (Italie), il faut préciser le contexte dans lequel elle s’inscrit. A savoir une « confrontation entre deux mentalités, précise Francesco Beretta, du Laboratoire de recherche historique Rhône Alpes (LARHRA), à Lyon et spécialiste reconnu de « l’affaire Galilée ». D’un côté ceux qui défendaient une lecture rigoriste des écrits saints, estimant que leur interprétation était réservée aux théologiens ; et de l’autre ceux qui pensaient que les savants pouvaient se pencher sur certains passages de la Bible qui abordent le mouvement des astres dans le ciel, et les interpréter différemment. »  Précisons que si la majorité des ecclésiastiques défendaient le premier point de vue, quelques-uns étaient favorables au second. Galilée était partisan de la vision héliocentrique du monde proposée au XVIe siècle par l’astronome polonais Nicolas Copernic, sans toutefois en avoir de preuves. Pour l’Église en revanche, il allait de soi que notre étoile était en mouvement autour de la Terre puisque la Bible évoquait dans certains récits le « lever » du Soleil. Ce qui s’accordait donc bien avec la conception géocentrique du monde, partagée par la presque totalité des savants de l’époque. Pour argumenter  en faveur de sa position, Galilée soutenait que certains passages bibliques qui évoquaient des astres, devaient être interprétés à la lumière de la compréhension scientifique du monde. A l’époque, la diffusion des idées s’effectuait souvent grâce aux correspondances. Et c’est ainsi que Galilée avait écrit à son ami et élève Benedetto Castelli une  longue lettre exposant ses principes au sujet de l’interprétation de la Bible. Une lettre-manifeste en somme dont plusieurs copies ont circulé et une bonne douzaine d’exemplaires ont été conservés. Or, « en février 1615, l’une de ces copies s’est retrouvée dans les mains de l’Inquisition, à Rome », précise Francesco Beretta.  Mais l’Inquisition n’a pas jugé devoir intervenir sur la base de cette seule copie. C’était alors sans compter sur les adversaires les plus coriaces de Galilée. A peine un mois plus tard, c’est le dominicain Tomaso Caccini qui se rend à Rome pour dénoncer personnellement le savant. Il annonce que l’érudit qui officie à Florence soutient le mouvement de la Terre et, selon Caccini, cette doctrine est hérétique. Sauf que… Entretemps, Galilée apprend par ses amis et disciples que l’inquisition est en possession d’une copie de la lettre envoyée à son ami Benedetto Castelli. Il craint alors la sentence de l’église. C’est là où la découverte de cette nouvelle lettre exhumée à Londres permet d’écrire un épisode inédit. Galilée aurait aussitôt tenté ce que l’on pourrait appeler une « opération de déminage » en modifiant -bien après- l’original de la lettre à Castelli : raturant certains passages, il aurait adouci le propos et aurait fait circuler de nouvelles copies de la lettre en affirmant que c’était la version « authentique ». Une des copies de la lettre à Castelli modifiée  -qui vient de surgir à Londres-  était adressée à Monseigneur Dini, l’un de ses amis romains, afin qu’il joue un rôle d’intermédiaire et la transmette aux autorités ecclésiastiques dans le but de décharger Galilée. Ce dernier aurait ainsi tenté de « racheter » son cas, en quelques sortes, « un peu comme les politiques d’aujourd’hui qui tentent d’amoindrir la portée de leur première déclaration » précise Francesco Beretta. C’est du moins le  scénario que propose Franco Giudice. Il correspond à la reconstitution la plus probable. Aucune certitude cependant, car « au cours des dernières décennies une discussion animée a eu lieu entre spécialistes concernant cette question car les copies conservées ne sont pas toutes identiques…et l’originale est perdue ! » Malgré cela, un point étonnant qui conforte ce scénario est que dans la version adoucie de la lettre, trouvée à Londres « les passages modifiés semblent être précisément ceux mis en évidence par l’expert de l’inquisition » explique Francesco Beretta. Y aurait-il eu au sein même du Saint-Office romain un informateur favorable à Galilée ? Cependant, la lettre « trafiquée » n’a pas évité que le procès prenne une nouvelle tournure à Rome. La dénonciation de Caccini aboutira à la condamnation officielle de l’héliocentrisme en 1616 et à l’interdiction de l’enseigner. Quant à savoir par quel chemin cette lettre a-t-elle pu se retrouver à Londres… nul ne le sait. Sciences et avenir
L’Histoire retient de lui l’image du savant persécuté par l’Église en raison de ses affirmations hétérodoxes. Une image qui mérite d’être nuancée… Galilée s’interrogea d’abord sur la chute des corps et mit en évidence la nature corpusculaire de la matière. Étudiant la gravité, il laissa tomber des objets différents du haut de la tour penchée de Pise et montra que leur vitesse de chute était indépendante de leur masse (il n’est pas sûr toutefois qu’il ait réalisé cette expérience ; il l’a peut-être seulement imaginée). Suite à l’invention de la lunette astronomique en Flandre, au début du XVIIe siècle, il invita le 21 août 1609 le doge de Venise Leonardo Donato et plusieurs membres du Sénat à faire des observations du haut du campanile de la place Saint-Marc. Habile en affaires, il leur fit voir les navires au loin et souligne l’intérêt militaire de l’instrument. Cela lui valut une grasse rémunération. Mais Galilée lui-même préfèrait employer sa lunette à l’exploration du système solaire. C’est ainsi qu’il découvrit le relief de la Lune, les satellites de Jupiter et les taches du Soleil. Performance d’autant plus remarquable que la lunette était à peine plus puissante qu’une paire de jumelles d’aujourd’hui, avec à ses extrémités deux verres grossissant l’un six fois, l’autre neuf fois. Par ses expériences, il prolongea brillamment les travaux scientifiques et philosophiques de Nicolas Copernic comme de ses contemporains Tycho Brahé, Giordano Bruno et surtout Johannes Kepler. En 1610, avant de s’installer à Florence, Galilée publie Le Messager des étoiles, ouvrage dans lequel il relate ses observations. Il montre en particulier que la Lune n’est pas lisse mais couverte de cratères et de montagnes. Il révèle aussi l’existence de quatre satellites de Jupiter qu’il nomme « satellites médicéens » par égard pour son protecteur du moment, le grand-duc de Toscane Ferdinand 1er de Médicis. Ses travaux en astronomie vont faire sa célébrité… et son malheur. Un demi-siècle plus tôt, le chanoine Copernic, soucieux de sa tranquillité, avait su rester discret et il avait publié en latin, la langue réservée aux savants, ses découvertes sur l’héliocentrisme (théorie selon laquelle le Soleil – et non la Terre – est au centre de l’univers). Galilée n’a pas sa prudence. Il a l’audace de publier ses propres théories sur le système solaire en italien, la langue du peuple. Il suscite dès lors contre lui un flot de dénonciations de la part de clercs qui croient y voir la négation des Écritures saintes mais aussi de savants qui lui reprochent de présenter comme des vérités indubitables et non de simples hypothèses ses théories selon lesquelles la Terre et les planètes se placent sur des orbites autour du Soleil. Galilée n’arrange pas ses affaires par son arrogance et ses rapports orageux, voire méprisants, avec ses rivaux demeurés favorables à la vision traditionnelle héritée de Claude Ptolémée. (…) Sur la foi d’une lettre signée G.G., écrite à son ami et élève, l’abbé Benedetto Castelli, le savant pisan est une première fois condamné en 1616 par le tribunal de l’Inquisition qui lui interdit de diffuser ses théories. Le pape Urbain VIII, son ami et protecteur, l’autorise néanmoins à comparer les cosmologies de Copernic et Ptolémée. Il s’exécute sans se faire prier et publie en 1632 ses conclusions, favorables à Copernic, sous la forme d’un dialogue imaginaire entre trois amis : Dialogue sur les deux grands systèmes ptolémaïque et copernicien. Cela lui vaut d’être à nouveau traduit devant la Sacrée Congrégation de l’Inquisition romaine et universelle, le 12 avril 1633, dans le couvent Santa Maria de Rome. « Eppure, si muove » aurait-il alors murmuré (Et pourtant elle tourne). Son ami le pape réussit heureusement à adoucir ses sanctions. Après sa rétractation, Galilée est banni dans le hameau d’Arcetri en Toscane, avec toujours l’interdiction de diffuser ses thèses. Ses disciples Viviani et Toricelli vont heureusement poursuivre ses recherches. Hérodote

Ni incarcéré ni torturé mais simplement assigné à résidence, moins inquiété pour ses convictions scientifiques que pour sa duplicité arrogante, fâcheuse propension à s’attribuer le mérite d’inventions faites par d’autres (télescope) ou de recherches empiriques qu’il n’avait probablement pas menées (chute des corps de la tour de Pise), présentations truffées d’erreurs (théorie des marées inexplicable sans la gravitation, comètes faussement assimilées à des reflets de vapeur émanant de la Terre),  trahison de la parole donnée en refusant de présenter comme hypothétiques des résultats alors incomplétement démontrés, demeuré profondément chrétien malgré toutes ses gesticulations, lettres trafiquées pour adoucir ses propos et éviter une éventuelle condamnation, ami des plus grands de l’Eglise (pape compris),  Eglise catholique contrainte de surenchérir sur sa fidélité à la Bible face aux accusations protestantes, jugement à son encontre en partie motivé par la volonté d’en finir avec les astrologues et leurs prétentions d’un destin humain régulé par le mouvement des corps célestes …

Attention, un martyre peut en cacher un autre !

Où suite à  la réapparition d’une lettre trafiquée de sa propre main pour adoucir ses propos et éviter une éventuelle condamnation …

Et derrière le mythe du martyr de la science persécuté par l’Eglise …

L’on redécouvre la véritable victime de la fameuse Affaire Galilée …

Qui après avoir inventé l’université et, à travers la plupart de ses grands savants, les fondements de la science elle-même …

Se voit, avec le prétendu obscurantisme du Moyen-Age et depuis près de quatre siècles de désinformation, désignée à la vindicte publique …

Comme pire ennemie de la science …

Par des philosophes des Lumières qui eux-mêmes n’y avaient pris aucune part !

L’incroyable histoire de la lettre retrouvée de Galilée

Sciences et avenir

Une lettre rédigée par Galilée lui-même vient de resurgir à Londres après quatre siècles d’oubli. Elle prouve que le savant aurait falsifié sa correspondance afin d’amadouer l’Inquisition dont il redoutait le jugement.

La lettre retouvée de Galilée

La lettre retrouvée par hasard quatre siècle après avoir été rédigée montre les craintes du savant

C’est un document surprenant qui vient d’être exhumé de la bibliothèque de la Royal Society de Londres, l’équivalent de l’académie des sciences,  où elle dormait dans l’oubli. Rédigée d’une écriture serrée, elle est signée des deux lettres GG, soit Galileo Galilei, le nom du savant italien Galilée et porte la date du 21 décembre 1613, comme l’a révélé la revue Nature. Le contenu de cette lettre, expertisé comme un original de la main du grand scientifique, a de quoi surprendre les historiens ! Elle montre en effet que le mathématicien et astronome, dont la position en faveur de l’heliocentrisme  (le fait que la Terre tourne autour du Soleil et non l’inverse comme on le pensait à l’époque) était parvenue aux oreilles de l’Inquisition, aurait tenté d’adoucir ses propos -en s’adonnant à ce qui pourrait s’apparenter à une falsification-  et ceci, dans le but d’éviter une éventuelle condamnation. Sans pour autant renoncer à ses idées.

Le mouvement des astres

Pour comprendre la portée de cette missive de sept pages, mise au jour fortuitement par l’historien des sciences Salvatore Ricciardo et son ancien directeur de thèse Franco Giudice, de l’Université de Bergame (Italie), il faut préciser le contexte dans lequel elle s’inscrit. A savoir une « confrontation entre deux mentalités, précise Francesco Beretta, du Laboratoire de recherche historique Rhône Alpes (LARHRA), à Lyon et spécialiste reconnu de « l’affaire Galilée ». D’un côté ceux qui défendaient une lecture rigoriste des écrits saints, estimant que leur interprétation était réservée aux théologiens ; et de l’autre ceux qui pensaient que les savants pouvaient se pencher sur certains passages de la Bible qui abordent le mouvement des astres dans le ciel, et les interpréter différemment. »  Précisons que si la majorité des ecclésiastiques défendaient le premier point de vue, quelques-uns étaient favorables au second. Galilée était partisan de la vision héliocentrique du monde proposée au XVIe siècle par l’astronome polonais Nicolas Copernic, sans toutefois en avoir de preuves. Pour l’Église en revanche, il allait de soi que notre étoile était en mouvement autour de la Terre puisque la Bible évoquait dans certains récits le « lever » du Soleil. Ce qui s’accordait donc bien avec la conception géocentrique du monde, partagée par la presque totalité des savants de l’époque. Pour argumenter  en faveur de sa position, Galilée soutenait que certains passages bibliques qui évoquaient des astres, devaient être interprétés à la lumière de la compréhension scientifique du monde.

Une version adoucie

A l’époque, la diffusion des idées s’effectuait souvent grâce aux correspondances. Et c’est ainsi que Galilée avait écrit à son ami et élève Benedetto Castelli une  longue lettre exposant ses principes au sujet de l’interprétation de la Bible. Une lettre-manifeste en somme dont plusieurs copies ont circulé et une bonne douzaine d’exemplaires ont été conservés. Or, « en février 1615, l’une de ces copies s’est retrouvée dans les mains de l’Inquisition, à Rome », précise Francesco Beretta.  Mais l’Inquisition n’a pas jugé devoir intervenir sur la base de cette seule copie. C’était alors sans compter sur les adversaires les plus coriaces de Galilée. A peine un mois plus tard, c’est le dominicain Tomaso Caccini qui se rend à Rome pour dénoncer personnellement le savant. Il annonce que l’érudit qui officie à Florence soutient le mouvement de la Terre et, selon Caccini, cette doctrine est hérétique.

Sauf que… Entretemps, Galilée apprend par ses amis et disciples que l’inquisition est en possession d’une copie de la lettre envoyée à son ami Benedetto Castelli. Il craint alors la sentence de l’église. C’est là où la découverte de cette nouvelle lettre exhumée à Londres permet d’écrire un épisode inédit.

Galilée aurait aussitôt tenté ce que l’on pourrait appeler une « opération de déminage » en modifiant -bien après- l’original de la lettre à Castelli : raturant certains passages, il aurait adouci le propos et aurait fait circuler de nouvelles copies de la lettre en affirmant que c’était la version « authentique ». Une des copies de la lettre à Castelli modifiée  -qui vient de surgir à Londres-  était adressée à Monseigneur Dini, l’un de ses amis romains, afin qu’il joue un rôle d’intermédiaire et la transmette aux autorités ecclésiastiques dans le but de décharger Galilée. Ce dernier aurait ainsi tenté de « racheter » son cas, en quelques sortes, « un peu comme les politiques d’aujourd’hui qui tentent d’amoindrir la portée de leur première déclaration » précise Francesco Beretta.

C’est du moins le  scénario que propose Franco Giudice. Il correspond à la reconstitution la plus probable. Aucune certitude cependant, car « au cours des dernières décennies une discussion animée a eu lieu entre spécialistes concernant cette question car les copies conservées ne sont pas toutes identiques…et l’originale est perdue ! » Malgré cela, un point étonnant qui conforte ce scénario est que dans la version adoucie de la lettre, trouvée à Londres « les passages modifiés semblent être précisément ceux mis en évidence par l’expert de l’inquisition » explique Francesco Beretta. Y aurait-il eu au sein même du Saint-Office romain un informateur favorable à Galilée ?

Condamnation à Rome

Cependant, la lettre « trafiquée » n’a pas évité que le procès prenne une nouvelle tournure à Rome. La dénonciation de Caccini aboutira à la condamnation officielle de l’héliocentrisme en 1616 et à l’interdiction de l’enseigner. Quant à savoir par quel chemin cette lettre a-t-elle pu se retrouver à Londres… nul ne le sait.

« Mais dans le fond, le propos des deux versions n’est pas bien différent » poursuit Francesco Beretta. La lettre adoucie retrouvée à Londres ne renie en rien les convictions de Galilée qui continue encore pendant 17 ans à observer les astres et chercher les preuves de l’héliocentrisme. Ce n’est qu’en 1633, après la publication du Dialogue des deux systèmes du monde que Galilée sera suspecté d’hérésie et contraint à l’abjuration. « Mais là c’est une autre histoire», conclut Francesco Beretta.

Voir aussi:

Discovery of Galileo’s long-lost letter shows he edited his heretical ideas to fool the Inquisition

Exclusive: Document shows that the astronomer toned down the claims that triggered science history’s most infamous battle — then lied about his edits.

Nature

Close up of Galileo's letter

The original letter in which Galileo argued against the doctrine of the Roman Catholic Church has been rediscovered in London. Credit: The Royal Society

It had been hiding in plain sight. The original letter — long thought lost — in which Galileo Galilei first set down his arguments against the church’s doctrine that the Sun orbits the Earth has been discovered in a misdated library catalogue in London. Its unearthing and analysis expose critical new details about the saga that led to the astronomer’s condemnation for heresy in 1633.

The seven-page letter, written to a friend on 21 December 1613 and signed “G.G.”, provides the strongest evidence yet that, at the start of his battle with the religious authorities, Galileo actively engaged in damage control and tried to spread a toned-down version of his claims.

Many copies of the letter were made, and two differing versions exist — one that was sent to the Inquisition in Rome and another with less inflammatory language. But because the original letter was assumed to be lost, it wasn’t clear whether incensed clergymen had doctored the letter to strengthen their case for heresy — something Galileo complained about to friends — or whether Galileo wrote the strong version, then decided to soften his own words.

Galileo did the editing, it seems. The newly unearthed letter is dotted with scorings-out and amendments — and handwriting analysis suggests that Galileo wrote it. He shared a copy of this softened version with a friend, claiming it was his original, and urged him to send it to the Vatican.

The letter has been in the Royal Society’s possession for at least 250 years, but escaped the notice of historians. It was rediscovered in the library there by Salvatore Ricciardo, a postdoctoral science historian at the University of Bergamo in Italy, who visited on 2 August for a different purpose, and then browsed the online catalogue.

“I thought, ‘I can’t believe that I have discovered the letter that virtually all Galileo scholars thought to be hopelessly lost,’” says Ricciardo. “It seemed even more incredible because the letter was not in an obscure library, but in the Royal Society library.”

Ricciardo, together with his supervisor Franco Giudice at the University of Bergamo and science historian Michele Camerota of the University of Cagliari, describe the letter’s details and implications in an article in press at the Royal Society journal Notes and Records. Some science historians declined to comment on the finding before they had scrutinized the article. But Allan Chapman, a science historian at the University of Oxford, UK, and president of the Society for the History of Astronomy, says “it’s so valuable — it will allow new insights into this critical period”.

Pages from Galileo's letter

The first and last page of Galileo’s letter to his friend Benedetto Castelli. The last page shows his signature, “G. G.”.Credit: The Royal Society

Mixed messages

Galileo wrote the 1613 letter to Benedetto Castelli, a mathematician at the University of Pisa in Italy. In it, Galileo set out for the first time his arguments that scientific research should be free from theological doctrine (see ‘The Galileo affair’).

He argued that the scant references in the Bible to astronomical events should not be taken literally, because scribes had simplified these descriptions so that they could be understood by common people. Religious authorities who argued otherwise, he wrote, didn’t have the competence to judge. Most crucially, he reasoned that the heliocentric model of Earth orbiting the Sun, proposed by Polish astronomer Nicolaus Copernicus 70 years earlier, is not actually incompatible with the Bible.

Galileo, who by then was living in Florence, wrote thousands of letters, many of which are scientific treatises. Copies of the most significant were immediately made by different readers and widely circulated.

His letter to Castelli caused a storm.

Of the two versions known to survive, one is now held in the Vatican Secret Archives. This version was sent to the Inquisition in Rome on 7 February 1615, by a Dominican friar named Niccolò Lorini. Historians know that Castelli then returned Galileo’s 1613 letter to him, and that on 16 February 1615 Galileo wrote to his friend Piero Dini, a cleric in Rome, suggesting that the version Lorini had sent to the Inquisition might have been doctored. Galileo enclosed with that letter a less inflammatory version of the document, which he said was the correct one, and asked Dini to pass it on to Vatican theologians.

His letter to Dini complains of the “wickedness and ignorance” of his enemies, and lays out his concern that the Inquisition “may be in part deceived by this fraud which is going around under the cloak of zeal and charity”.

At least a dozen copies of the version Galileo sent to Dini are now held in different collections.

The existence of the two versions created confusion among scholars over which corresponded to Galileo’s original.

Beneath its scratchings-out and amendments, the signed copy discovered by Ricciardo shows Galileo’s original wording — and it is the same as in the Lorini copy. The changes are telling. In one case, Galileo referred to certain propositions in the Bible as “false if one goes by the literal meaning of the words”. He crossed through the word “false”, and replaced it with “look different from the truth”. In another section, he changed his reference to the Scriptures “concealing” its most basic dogmas, to the weaker “veiling”.

This suggests that Galileo moderated his own text, says Giudice. To be certain that the letter really was written in Galileo’s hand, the three researchers compared individual words in it with similar words in other works written by Galileo around the same time.

Timeline: The Galileo affair

1543 Polish astronomer Nicolaus Copernicus publishes his book On the Revolutions of the Heavenly Spheres, which proposes that the planets orbit the Sun.

1600 The Inquisition in Rome convicts Dominican friar and mathematician Giordano Bruno of heresy on multiple counts, including supporting and extending the Copernican model. Bruno is burnt at the stake.

1610 Galileo publishes his book The Starry Messenger (Sidereus nuncius), describing discoveries made with his newly built telescope that provide evidence for the Copernican model.

1613 Galileo writes a letter to his friend Benedetto Castelli, arguing against the doctrine of the Roman Catholic Church in matters of astronomy. Copies of this letter are circulated.

1615 Dominican friar Niccolò Lorini forwards a copy of the letter to the inquisition in Rome. Galileo asks a friend to forward what he claims to be a copy of his original letter to Rome; this version is less inflammatory than Lorini’s.

1616 Galileo is warned to abandon his support of the Copernican model. Books supporting the Copernican model are banned. On the Revolutions of the Heavenly Spheres is withdrawn from circulation pending correction to clarify that it is only a theory.

1632 Galileo publishes Dialogue Concerning the Two Chief World Systems, in which he lays out the various evidence for and against the Church’s Ptolemaic model of the Solar System, and the Copernican model. The Inquisition summons Galileo to Rome to stand trial.

1633 Galileo is convicted on “vehement suspicion of heresy” and the book is banned. He is issued with a prison sentence, later commuted to house arrest, under which lived the last nine years of his life.

Chance discovery

Ricciardo uncovered the document when he was spending a month this summer touring British libraries to study any handwritten comments that readers might have left on Galileo’s printed works. When his one day at the Royal Society was finished, he idly flicked through the online catalogue looking for anything to do with Castelli, whose writings he had recently finished editing.

One entry jumped out at him — a letter that Galileo wrote to Castelli. According to the catalogue, it was dated 21 October 1613. When Ricciardo examined it, his heart leapt. It appeared to include Galileo’s own signature, “G.G.”; was actually dated 21 December 1613; and contained many crossings out. He immediately realized the letter’s potential importance and asked for permission to photograph all seven pages.

“Strange as it might seem, it has gone unnoticed for centuries, as if it were transparent,” says Giudice. The misdating might be one reason that the letter has been overlooked by Galileo scholars, says Giudice. The letter was included in an 1840 Royal Society catalogue — but was also misdated there, as 21 December 1618. Another reason might be that the Royal Society is not the go-to place in the United Kingdom for this type of historical document, whose more natural home would have been the British Library.

The historians are now trying to trace how long the letter has been in the Royal Society library, and how it arrived there. They know that it has been there since at least the mid-eighteenth century, and they have found hints in old catalogues that it might even have been there a century or more earlier. The researchers speculate that it might have arrived at the society thanks to close connections between the Royal Society and the Academy of Experiments in Florence, which was founded in 1657 by Galileo’s students but fizzled out within a decade or so.

For now, the researchers are stunned by their find. “Galileo’s letter to Castelli is one of the first secular manifestos about the freedom of science — it’s the first time in my life I have been involved in such a thrilling discovery,” says Giudice.

Voir également:

And yet it moves —

Newly discovered letter by Galileo resolves puzzling historical mystery

Letter shows Galileo lightly edited his original words to appease Catholic Church.

The original letter in which Galileo argued against the doctrine of the Roman Catholic Church.

Renowned astronomer Galileo Galilei has been lauded for centuries for his courageous principled stance against the Catholic Church. He argued in favor of the Earth moving around the Sun, rather than vice versa, in direct contradiction to church teachings at the time. But a long-lost letter has been discovered at the Royal Society in London indicating that Galileo tried to soften his initial claims to avoid the church’s wrath.

In August, Salvatore Ricciardo, a postdoc in science history at the University of Bergamo in Italy, visited London and searched various British libraries for any handwritten comments on Galileo’s works. He was idly flipping through a catalogue at the Royal Society when he came across the letter Galileo wrote to a friend in 1613, outlining his arguments. According to Nature, which first reported the unexpected find, the letter “provides the strongest evidence yet that, at the start of his battle with the religious authorities, Galileo actively engaged in damage control and tried to spread a toned-down version of his claims.”

“I thought, ‘I can’t believe that I have discovered the letter that virtually all Galileo scholars thought to be hopelessly lost,’” Ricciardo told Nature. “It seemed even more incredible because the letter was not in an obscure library, but in the Royal Society library.”

Oh more than moon

To  fully understand the significance of this discovery, one has to go back to Claudius Ptolemy around 150 CE, who was the first to synthesize the work of Greek astronomers into a theoretical model for the motions of the Sun, Moon, and planets—all that made up the observable universe at the time. In his Almagest treatise, Ptolemy suggested the Earth was fixed, positioned at the very center of closed, spherical space, with nothing beyond it. A set of nested spheres surrounded the Earth, each an orbit for a planet, the Sun, the Moon, or the stars.

“The aesthetics [of the Ptolemaic model] meshed nicely with the prevailing Christian theology of that era.”

Everyone loved the Ptolemaic model, even if it proved an imperfect calendar. It was so clean and symmetrical—positively divine. That’s why it was the dominant model for 14 centuries. The aesthetics meshed nicely with the prevailing Christian theology of that era. Everything on Earth below the Moon was tainted by original sin, while the celestial orbits above the moon were pure and holy, filled with a divine “music of the spheres.”  It became the fashion for poet-courtiers, like John Donne (a personal favorite), to praise their mistresses as being “more than Moon” and dismiss “dull sublunary lovers’ love” as inferior and base. And it provided a rationale for maintaining the social hierarchy. Upset the order of this “Great Chain of Being” and the result would be unfettered chaos.

Everything changed in the mid-16th century when Nicolaus Copernicus published De Revolutionibus, calling for a radical new cosmological model that placed the Sun at the center of the universe, with the other planets orbiting around it. His calculations nailed the order of the six known planets at the time, and he correctly concluded that it was the Earth’s rotation that accounted for the changing positions of the stars at night. As for planets moving in apparent retrograde motion, he concluded this was because we observe them from a moving Earth.

Frankly, the book didn’t immediately cause much of a stir outside rarefied astronomical circles, perhaps because it was a massive tome brimming with tiresome mathematics. It didn’t make the list of the Roman church’s banned books until 1616. That’s when it was pulled from circulation pending “correction” to reflect that its audacious claims were “just a theory”—an argument all too familiar today with regard to evolution and creationism.

Enlarge / Frontispiece and title page of the Galileo’s “Dialogue Concerning the Two Chief World Systems,” 1632.
Public domain

Then Galileo came along with his handy telescope (a recent invention), and his observations clearly supported the Copernican worldview. The church started taking notice, because Galileo openly espoused the Copernican system in his papers and his personal correspondence. Things came to a head in 1632 when he published the “Dialogue Concerning the Two Chief World Systems.” It wasn’t just the science that raised eyebrows. He also had the audacity to question key biblical passages typically offered in support of the Ptolemaic cosmology, insisting that the Bible is for teaching people how to get to heaven, not a scientific treatise for how the heavens move.

The Catholic Church had had enough, and Galileo found himself facing the Inquisition, forced to his knees to officially renounce his “belief” in the Copernican worldview. He was convicted of “vehement suspicion of heresy” anyway, and lived his last nine years under house arrest. He wasn’t officially pardoned by the Vatican until 1992.

Hiding in plain sight

That’s the story as it’s traditionally told. So what has changed? At issue is Galileo’s 1613 letter to mathematician Benedetto Castelli at the University of Pisa. It’s the first known instance when Galileo argued in favor of the Copernican model and that scientific observations should supersede church teaching in regards to astronomy. That letter was copied and circulated widely (a common practice in the 1600s), and a copy found its way into the hands of a tattle-tale Dominican friar named Niccolò Lorini. Aghast at the heretical implications, Lorini forwarded the letter to the Inquisition in Rome on February 7, 1615. It’s currently housed in the Vatican Secret Archives.

Here’s where things get complicated. Galileo asked Castelli to return his original 1613 letter to him. He then wrote to a Roman cleric friend, Piero Dini, on February 16, 1615, claiming that Lorini (in “wickedness and ignorance”) had doctored the copy of the letter forwarded to the Inquisition to make Galileo seem guilty of heresy. He enclosed a different version of the Castelli letter, with notably less inflammatory language, claiming it was the correct version.

Historians were unsure which of the two versions was correct, since the original was deemed lost—until Ricciardo stumbled across it hiding in plain sight in the Royal Society archives. According to Ricciardo, the catalog listed the date of the letter as October 21, 1613, but the actual letter is dated December 21, 1613. This may be why so many prior scholars had overlooked it. It’s also an unusual item for the Royal Society to have in its archives. The Society is currently trying to trace its provenance to determine how it ended up there.

The first and last page of Galileo’s 1613 letter to Castelli, showing his signature, “G. G.”
Enlarge / The first and last page of Galileo’s 1613 letter to Castelli, showing his signature, “G. G.”
Royal Society

The letter provides a strong piece of evidence that Galileo was the one fibbing here and deliberately modified the version he asked Dini to forward to the Inquisition, in hopes of appeasing the church’s wrath. Per Nature:

Beneath its scratchings-out and amendments, the signed copy discovered by Ricciardo shows Galileo’s original wording—and it is the same as in the Lorini copy. The changes are telling. In one case, Galileo referred to certain propositions in the Bible as “false if one goes by the literal meaning of the words.” He crossed through the word “false” and replaced it with “look different from the truth.” In another section, he changed his reference to the Scriptures “concealing” its most basic dogmas, to the weaker “veiling.”

Ricciardo and his colleagues—Franco Giudice of the University of Bergamo and science historian Michele Camerota of the University of Cagliari—conducted their own handwriting analysis. They compared individual words in the newly discovered letter with similar words in Galileo’s other writings from around the same time period. They concluded the handwriting was indeed Galileo’s.

Should we conclude from this that Galileo was not the scientific hero we’ve long thought him to be? Surely not. The changes are minor, mostly regarding his statements about the Bible, not his scientific analysis. It’s difficult for us to conceive just how dangerous a time the 17th century was for scientists and scholars who dared to cross the Catholic Church. Galileo was fortunate not to have been burned at the stake for his claims; thousands of less-fortunate people around the world were executed for heresy over the centuries that the Inquisition existed. Who could begrudge him those last nine years of relative quiet and contemplation? This merely shows the complicated man behind the heroic stereotype—one with sufficient diplomatic skill to soften his words without diluting his science.

Voir de même:

Controverse : ce que la science doit à l’Église

Charles-Henri d’Andigné

Famille chrétienne
Numéro 2181
30/10/2019

Trois essais font la démonstration de tout ce que la science doit à l’Eglise. D’ailleurs, beaucoup de savants furent de fervents chrétiens, voire même des prêtres et des moines.

« Et pourtant, elle tourne ! » Tout le monde connaît cette phrase de Galilée à ses juges de l’Inquisition, qui voulaient absolument lui faire dire que la Terre était plate et que le Soleil tournait autour… Cette phrase choc n’a qu’un défaut : elle est fausse, elle a été inventée au XVIIe siècle et reprise par Bertold Brecht dans sa pièce La Vie de Galilée. Jamais le savant italien n’a déclaré cela à qui que ce soit. Dommage, c’était bien trouvé… L’affaire Galilée est emblématique : c’est le type même de la désinformation fabriquée par les ennemis de l’Église pour la discréditer, et tenter de faire croire qu’elle fut l’ennemie acharnée de la science et de la raison.

Les hasards de l’édition ont fait que trois livres récents, parus en même temps, contrebattent ce cliché attaché à l’histoire de l’Église. Très différents et complémentaires, ces ouvrages abordent notamment, chacun à sa façon, la question des relations entre la science et la foi. Et mettent en pièces le vieux préjugé selon lequel l’Église obscurantiste aurait freiné le développement de la science.

L’Église a toujours favorisé la recherche scientifique

Quand on regarde les faits avec honnêteté, en effet, on constate que c’est le contraire qui est vrai : l’Église a non seulement permis l’épanouissement des sciences, mais elle a tout fait pour que les scientifiques puissent mener leurs expériences et leurs travaux. Mieux : beaucoup de savants furent des chrétiens fervents, parfois même des prêtres ou des moines.

Pour bien le comprendre, un détour par la philosophie s’impose. Comme le rappellent Éric et Émeline Picard dans L’Église en procès, « pour l’Église, il existe deux voies reconnues d’accès à la vérité et donc à Dieu : d’un côté le livre de la Révélation, l’Ancien et le Nouveau Testament, lu dans la foi, de l’autre le livre de la nature déchiffré par la raison et la science dans un mouvement lent, difficile et progressif. » Ils ajoutent : « Dieu étant le créateur de l’un comme de l’autre, il ne saurait y avoir de contradiction qu’apparente entre les deux. » La science fait donc partie des moyens d’accéder à la vérité. Elle est aussi un moyen de mieux connaître les beautés du monde. Le chrétien ne saurait la négliger.

L’Église, dès ses débuts, a promu la liberté en matière scientifique – comme sur le plan social, politique, économique – estimant qu’il n’était pas de son ressort de s’en mêler. C’est ce que l’historien Jean-Louis Harouel appelle, dans un livre éponyme, « le vrai génie du christianisme » : « Le royaume de Dieu est céleste et non terrestre, Dieu et l’État sont séparés. D’où la disjonction du spirituel et du temporel, qui a procuré à l’individu une liberté sans équivalent dans les autres civilisations, en excluant la sacralisation d’un quelconque ordre terrestre. »

C’est pour lui la raison du progrès scientifique que l’on observe dans la civilisation chrétienne. La science a pu s’y développer librement. La volonté de découvrir la vérité était le moteur ; la liberté a servi de carburant.

Au Moyen Âge, l’Église est à la pointe de la science

« Au XIIe siècle, rappelle le sociologue américain Rodney Stark, l’Église invente l’université. Celle-ci fera beaucoup pour le développement du savoir, quel qu’il soit. Au XIIIe siècle, Paris, Bologne, Oxford et Toulouse comptaient chacune mille à mille cinq cents étudiants. C’est dans ses universités […] qu’est née la science », poursuit Rodney Stark. C’est l’époque où saint Thomas d’Aquin suit les cours à Paris de son maître allemand Albert le Grand, plus connu comme philosophe que comme scientifique : or ce dernier s’intéresse aux plantes et aux fruits, à la dissection de l’œil de la taupe, au système nerveux de l’écrevisse, à l’alchimie, ainsi qu’aux minéraux et aux fossiles.

L’une des idées reçues contre lesquelles s’élèvent les historiens est celle selon laquelle le développement scientifique aurait eu lieu à la Renaissance (le terme même de « renaissance » implique d’ailleurs que la période précédente était sombre et obscure, chrétienne pour tout dire…). La simple observation des faits contredit cette vision simpliste et fausse. Ce que l’on appelle le Moyen Âge est en réalité une période très riche sur le plan scientifique. Les écoles de philosophes et de savants se multiplient en Europe, font valoir Éric et Émeline Picard : « L’école de Chartres, marquée par le platonisme, est emblématique de cette renaissance [des XIe et XIIe siècles, Ndlr] qui cherche à comprendre, à la lumière des Anciens, le lien entre âme et matière, l’homme et le monde. […] L’école d’Oxford, avec Robert Grosseteste ou Roger Bacon, témoigne du renouveau scientifique des XIIIe et XIVe siècles. L’expérience, par exemple en optique, est une manière de confirmer des thèses nées de l’observation raisonnée de la nature. »

Mais Galilée ? N’a-t-il pas subi les foudres de l’Inquisition ? N’est-ce pas la preuve que l’Église a exercé une pression sur les savants pour les empêcher de poursuivre et de publier leurs travaux ? Essayons de résumer cette affaire. Galilée, né en 1564, était au départ très bien compris, et même soutenu, par une bonne partie de la hiérarchie catholique – les travaux de Copernic, un siècle plus tôt, n’avaient d’ailleurs causé aucun émoi particulier à Rome.

Son premier ouvrage, Le Messager céleste, où il affirme que l’univers est écrit en « langage mathématique […] sans lequel il est humainement impossible d’en comprendre un mot », reçoit à Rome un accueil enthousiaste. Mais certains s’inquiètent de l’orthodoxie de telles affirmations. Rodney Stark replace cette réaction dans son contexte : « À cette époque, la réforme protestante se dressait, provocatrice, dans le nord de l’Europe […]. En réponse aux accusations protestantes selon lesquelles elle ne serait pas fidèle à la Bible, l’Église catholique imposa finalement des limites plus strictes à une théologie recevable à ses yeux, ce qui l’amena à intervenir plus fréquemment dans les débats érudits et scientifiques. »

Avec Galilée, un cocktail explosif

Ajoutons à cela la personnalité de Galilée, très brillant, très conscient de sa valeur, très porté à la provocation, et l’on obtient un cocktail explosif. En 1632, le savant publie le Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, « pamphlet désobligeant », selon le théologien allemand Manfred Lütz, où il soutient de manière péremptoire les thèses coperniciennes (la Terre tourne autour du Soleil) qu’il n’avait aucun moyen de prouver, quand le pontife, avec sagesse, voulait que l’on se contente de les présenter comme des hypothèses.

C’était mal connaître le savant qui se permit en outre, dans son ouvrage, de ridiculiser le pape sous les traits de Simplicio (simple d’esprit). « Piège politique, piège théologique, racontent Éric et Émeline Picard, qui pousse Urbain VIII à lancer une procédure exceptionnelle qui aboutit, le 22 juin 1633, à l’abjuration publique de Galilée devant le Saint-Office et à l’interdiction de l’enseignement de l’héliocentrisme dans toutes les universités européennes. » Quelles leçons tirer de cette affaire ? D’abord qu’elle est beaucoup plus complexe que le poncif éculé qu’on nous ressasse depuis des lustres : Galilée l’esprit libre et éclairé l’emporte face à l’Église obscurantiste. Il est arrivé à Galilée de se tromper, et au pape d’avoir raison. Ensuite qu’elle s’explique davantage par des raisons de circonstances – le caractère un peu égotique de Galilée, le contexte de la Réforme protestante – que par des raisons de fond. Reste que ce fut un tort, incontestablement, d’interdire l’enseignement de l’héliocentrisme dans les universités, alors même que les thèses héliocentriques de Copernic, proches de celles de Galilée, ne posaient de problème à personne au Vatican, alors même que l’Église avait toujours encouragé la recherche scientifique. Cette décision allait à l’encontre des principes mêmes qu’elle professait.

« L’Église n’a pas peur de la vérité »

Cette affaire marquera durablement les relations entre science et foi, « au point qu’il existe un véritable “syndrome Galilée” pour les catholiques, estiment Éric et Émeline Picard. En effet, elle cristallise toutes les problématiques : comment lire le texte sacré ? Comment concilier ce dernier avec les découvertes scientifiques ? Quelle liberté accorder à la science ? » Ces questions se posèrent avec une acuité toute particulière au XIXe siècle quand les découvertes archéologiques de l’époque parurent remettre en cause la vérité des textes sacrés.

D’où l’encyclique Divino afflante spiritu (« Sous l’inspiration de l’Esprit Saint »), publiée par Pie XII en 1943, qui autorise les méthodes scientifiques pour étudier la Bible. Benoît XVI poursuivra dans cette voie, notamment dans son livre Jésus, où il prendra ses distances avec la méthode « historico-critique » de certains savants allemands.

Rappelons enfin une anecdote : quand il fut question, dans les années 1940, d’entreprendre des fouilles sous la basilique Saint-Pierre, à Rome, pour retrouver le tombeau de l’apôtre, certains monsignori, dans l’entourage du pape, s’en émurent discrètement : et si les scavi (fouilles) ne donnaient rien ? Ce fut Pie XII qui trancha : « L’Église n’a pas peur de la vérité ». Et les fouilles furent lancées.

Voir de plus:

Galilée (1564 – 1642)

Un savant qui voit loin

Hérodote

Galileo Galilei, dit Galilée, est né à Pise le 15 février 1564, dans la famille d’un musicien qui va lui transmettre sa passion des instruments de tous ordres. Après des études de médecine, il se consacre aux sciences.

Doté d’une chaire de mathématiques à l’Université de Padoue dès 1592, il comprend combien les mathématiques peuvent être utiles à la compréhension des lois de la physique. Mais il sera avant tout un homme d’observation et d’expérience, un pionnier du Grand Siècle des Sciences (le XVIIe) et un précurseur des chercheurs contemporains. L’Histoire retient de lui l’image du savant persécuté par l’Église en raison de ses affirmations hétérodoxes. Une image qui mérite d’être nuancée…

Naissance de la recherche expérimentale

Galilée s’interrogea d’abord sur la chute des corps et mit en évidence la nature corpusculaire de la matière. Étudiant la gravité, il laissa tomber des objets différents du haut de la tour penchée de Pise et montra que leur vitesse de chute était indépendante de leur masse (il n’est pas sûr toutefois qu’il ait réalisé cette expérience ; il l’a peut-être seulement imaginée).

Suite à l’invention de la lunette astronomique en Flandre, au début du XVIIe siècle, il invita le 21 août 1609 le doge de Venise Leonardo Donato et plusieurs membres du Sénat à faire des observations du haut du campanile de la place Saint-Marc.

Habile en affaires, il leur fit voir les navires au loin et souligne l’intérêt militaire de l’instrument. Cela lui valut une grasse rémunération.

Mais Galilée lui-même préfèrait employer sa lunette à l’exploration du système solaire. C’est ainsi qu’il découvrit le relief de la Lune, les satellites de Jupiter et les taches du Soleil. Performance d’autant plus remarquable que la lunette était à peine plus puissante qu’une paire de jumelles d’aujourd’hui, avec à ses extrémités deux verres grossissant l’un six fois, l’autre neuf fois.

Par ses expériences, il prolongea brillamment les travaux scientifiques et philosophiques de Nicolas Copernic comme de ses contemporains Tycho Brahé, Giordano Bruno et surtout Johannes Kepler.

En 1610, avant de s’installer à Florence, Galilée publie Le Messager des étoiles, ouvrage dans lequel il relate ses observations. Il montre en particulier que la Lune n’est pas lisse mais couverte de cratères et de montagnes. Il révèle aussi l’existence de quatre satellites de Jupiter qu’il nomme « satellites médicéens » par égard pour son protecteur du moment, le grand-duc de Toscane Ferdinand 1er de Médicis.

Ses travaux en astronomie vont faire sa célébrité… et son malheur.

Langue du peuple, langue du scandale

Un demi-siècle plus tôt, le chanoine Copernic, soucieux de sa tranquillité, avait su rester discret et il avait publié en latin, la langue réservée aux savants, ses découvertes sur l’héliocentrisme (théorie selon laquelle le Soleil – et non la Terre – est au centre de l’univers).

Galilée n’a pas sa prudence. Il a l’audace de publier ses propres théories sur le système solaire en italien, la langue du peuple.

Il suscite dès lors contre lui un flot de dénonciations de la part de clercs qui croient y voir la négation des Écritures saintes mais aussi de savants qui lui reprochent de présenter comme des vérités indubitables et non de simples hypothèses ses théories selon lesquelles la Terre et les planètes se placent sur des orbites autour du Soleil.

Galilée n’arrange pas ses affaires par son arrogance et ses rapports orageux, voire méprisants, avec ses rivaux demeurés favorables à la vision traditionnelle héritée de Claude Ptolémée. Pour ce savant grec très réputé, qui vécut à Alexandrie d’Égypte au IIe siècle de notre ère, la Terre devait en effet se situer au centre de l’univers.

Sur la foi d’une lettre signée G.G., écrite à son ami et élève, l’abbé Benedetto Castelli, le savant pisan est une première fois condamné en 1616 par le tribunal de l’Inquisition qui lui interdit de diffuser ses théories.

Le pape Urbain VIII, son ami et protecteur, l’autorise néanmoins à comparer les cosmologies de Copernic et Ptolémée. Il s’exécute sans se faire prier et publie en 1632 ses conclusions, favorables à Copernic, sous la forme d’un dialogue imaginaire entre trois amis : Dialogue sur les deux grands systèmes ptolémaïque et copernicien.

Cela lui vaut d’être à nouveau traduit devant la Sacrée Congrégation de l’Inquisition romaine et universelle, le 12 avril 1633, dans le couvent Santa Maria de Rome. « Eppure, si muove » aurait-il alors murmuré (Et pourtant elle tourne). Son ami le pape réussit heureusement à adoucir ses sanctions.

Exil et réhabilitation

Après sa rétractation, Galilée est banni dans le hameau d’Arcetri en Toscane, avec toujours l’interdiction de diffuser ses thèses. Ses disciples Viviani et Toricelli vont heureusement poursuivre ses recherches.

Le grand-duc de Toscane Ferdinand II de Médicis, petit-fils de Ferdinand Ier, se montre plein d’égards pour le génie de Galilée. Il commande un portrait du vieil homme désabusé à Julius Sustermans.

Tout autant épris de sciences, son frère le cardinal Léopold de Médicis fonde en 1657 à Florence l’Accademia del Cimento (Académie de l’Expérience), en hommage aux méthodes galiléennes d’observation et d’expérimentation. C’est la première académie de sciences naturelles en Europe. Elle témoigne de l’extraordinaire bond accompli par les sciences et la recherche au XVIe siècle, le siècle scientifique par excellence.

En 1992, le pape Jean-Paul II a annulé solennellement les conclusions du tribunal de 1633 et réhabilité l’infortuné Galilée.

Voir encore:

Matt J. Rossano
Professor of Psychology, Southeastern Louisiana University
Huffpost

On the morning of June 22, 1633 in the hall of the convent of Santa Maria sopra Minvera in Rome, Galileo Galilei knelt before the Lord-Cardinal Inquisitors-General and publicly abjured his false opinion that the sun was the motionless center of the universe. Thus ended Galileo’s personal trials; but the “Galileo affair,” with its myriad attendant controversies and consequences rippling across the centuries, was just commencing. “Affair” rightly characterizes the tangled personal and political intrigues pervading this particular piece of jurisprudence.

But however thick it was with complicating and mitigating factors, in the end the Catholic Church blew it — something acknowledged centuries later by a Pope proudly nurtured in Copernicus’ homeland: “[Galileo] had to suffer a great deal — we cannot conceal the fact — at the hands of men and organisms of the Church” (Pope John Paul II, Nov. 10, 1979 address to the Pontifical Academy of Sciences). When it came to interpreting scripture in light of scientific findings the Pope observed that “Galileo … showed himself to be more perceptive … than the theologians who opposed him (Oct. 31, 1992 address to the PAS).

For many, the Galileo affair was emblematic of Christianity’s inherent antagonism towards science and reason. Galileo was no anomaly; no aberrant outlier in an otherwise contrary arrangement. No, Galileo culminated and crystallized the undeniable and irredeemable pattern of Church/science relations. Other exemplars affirming that pattern are easily discerned: In 415, a reactionary Christian mob brutally murdered pagan mathematician and astronomer Hypatia and burned the ancient world’s great center of learning, the library of Alexandria; In 1277, Doctor Mirabilis (wonderful teacher) and Franciscan monk Roger Bacon was imprisoned for asking too many embarrassing questions; in 1600, Giordano Bruno was burned at the stake for his scientific views; in 1925, Jesuit paleontologist Teilhard de Chardin was exiled and his writings on human evolution were (later) banned — and on it goes.

Sadly, the “pattern” theory has a problem. It’s wrong. On it does not go. The above examples pretty much exhaust the “church oppresses science” list, and each entry is either inaccurate or has nothing to do with religion and science. Let’s look at them:

Hypatia’s murder by a crazed Christian mob had little to do with hatred of science or scientific women. In fact, one of Hypatia’s closest friends was Synesius of Cyrene, the neo-Platonist Christian Bishop of Ptolemais. Our earliest historical source, Socrates Scholasticus (5th century), attributes her murder to her involvement with Orestes, the (Christian) imperial prefect of Alexandria who was in a power struggle with Cyril, the Alexandrian Bishop. Christians believed that she was scuttling a reconciliation between the two. Did Cyril instigate the murder? Was it in retaliation for earlier violence on Christians? As best as I can tell historians still debate these and other details. What seems clear is that sectarian violence was rife in Alexandria at the time and Hypatia’s murder was one of many bloody incidents Christians, Jews, and Pagans inflicted upon one another. But it was about politics and power, not science and religion (see: David Lindberg’s chapter in “Galileo Goes to Jail and Other Myths about Science and Religion“, R. L. Numbers, ed. Harvard Press or “The Vanished Library” by Luciano Canfora, UC Press or Maria Dzielska’s “Hypatia of Alexandria”, Harvard Press.)

As for library-burning — the great Alexandrian library was probably burned by Julius Caesar in 48 B.C.E. when he chased Pompey into Egypt. There may have been a small “daughter” library still housed in the Temple of Serapis in 391 C.E. (long before Hypatia’s demise), whose holdings may have been largely destroyed when the temple was raised and converted to a Christian Church. But even if true (a big “if”), it says nothing about Christian attitudes toward science and learning. Instead, all it tells us is that Christians, Pagans, and Jews were doing lots of nasty stuff to each other in Alexandria at this time, something we already knew.

As for Roger Bacon: University of Wisconsin-Madison historian Michael Shank sums it up nicely:

“The assertion that Bacon was imprisoned (allegedly by the head of his own Franciscan order) first originates some eighty years after his death and has drawn skepticism on these grounds alone. Scholars who find this assertion plausible connect it with Bacon’s attraction to contemporary prophecies that have nothing to do with Bacon’s scientific, mathematical, or philosophical writings.” (p. 21 from his chapter in “Galileo Goes to Jail”).

On Giordano Bruno — no question he was burned at the stake on the seventeenth of February, 1600, in Rome’s Flower Market (see Jole Shackelford’s chapter in “Galileo Goes to Jail”). But he was burned for his theological heresies, not his scientific beliefs. Bruno refused to recant his disbelief in the Trinity, Virgin Birth, divinity of Christ and other rather non-negotiable items (especially for a clergyman). Yes, his scientific/philosophic studies probably contributed to his fall from orthodoxy, but it was the fall, not the science, that the Church condemned and for which Bruno died.

Likewise with Teilhard de Chardin. His popularity with the current Pope notwithstanding, Teilhard strained the patience of his Jesuit superiors not because of his expert paleoanthropological work (he was part of the team that discovered “Peking” man) but because he turned that work into an elaborate, unorthodox, evolutionary-based theology. Luckily for Teilhard, by the 20th century, burning heretics was passé and his theological writings were simply suppressed until his (quite natural) death (see Amir Aczel’s “The Jesuit and the Skull”).

Galileo was indeed exceptional. Arthur Koestler pronounced this very verdict over fifty years ago in his well-regarded history of astronomy, “The Sleepwalkers”: “The Galileo affair”, Koestler asserted, “was an isolated, and in fact quite atypical, episode in the history of the relations between science and theology … “ (p. 523).

Even just the few cases cited above hint at Galileo’s singularity. Yes, over the centuries some scholars suffered the Church’s wrath; but is it not equally noteworthy that century after century the Christian Church kept producing superlative scholars? Bacon, Bruno, Copernicus, Teilhard — even Galileo (not a cleric, but faithful to the end) — why did the well not dry up in the face of such incessant intellectual oppression? In his book, “For the Glory of God“, sociologist Rodney Stark identifies 15 clerics of the 16th and 17th centuries whom he considers “scientific stars” (pp. 198-199). Similarly, Stephen Barr’s brief review easily finds over a dozen clergymen from the Middle Ages to modern times making substantial contributions to mathematics, physics, biology, genetics, and cosmology (see “Modern Physics and Ancient Faith” pp. 9-10). Is it possible that Christianity has actually been science’s oldest and dearest friend?

Voir aussi:

The RZIM

If you ask many people today what they think about science’s relationship to religion, you are likely to be told that the two have been in conflict for a very long time.(1) There was the trial of Galileo by the Inquisition, for example, the debate between Wilberforce and Huxley, and there is still an on-going dispute over the teaching of evolution in American schools. These usual suspects may be trotted out whenever this topic is mentioned, but are events such as these really typical of the history of science as a whole?

Contrary to the impression given by some commentators, the conflict thesis between science and religion is one that has been discredited in academic circles for some time. The rise of science in the West was, of course, a very complicated affair in which many different factors played a part. There were certainly inevitable points of tension, but this does detract from the fact that Europe was a largely Christian continent in which religious individuals and institutions inevitably played a central role in the changes that occurred.

A number of the popular misconceptions about history are addressed in Ronald Numbers’ book, Galileo Goes to Jail and Other Myths about Science and Religion.(2) One of the most famous examples is the « debate » between Bishop Samuel Wilberforce and T. H. Huxley (1860), which was actually an after-lecture discussion on the merits of Darwin’s work. The alleged clash was largely forgotten about until the 1890s, when it resurrected by those seeking to attack the power of the Anglican orthodoxy. By this point the scientific community had become more professionalized and some of its members realized the debate could be used to promote their already growing autonomy. The event was therefore portrayed as if it had been a portentous victory for science over religion, even though, at the time, neither side was said to have won and the discussion was held on purely scientific grounds.(3)

It is important, therefore, to be aware of how history is sometimes portrayed. Scholars no longer use the term « dark ages, » for example, because the description gives the false impression that this was a period of ignorance during which little development occurred. Rodney Stark suggests that there is a similar problem with the process known as the Enlightenment, because the term itself, coined by Voltaire, was appropriated by various militant atheists and humanists who sought to claim the credit for the rise of science. As Stark points out, « The falsehood that science required the defeat of religion was proclaimed by such self-appointed cheerleaders as Voltaire and Gibbon, who themselves played no part in the scientific enterprise. »(4) This depiction of the Enlightenment, as if it was some kind of clean secular break from the past, persists today, but, as John Coffey points out, it could be more accurately described as a religious process. This is because many of those at the vanguard of the movement were Protestants (though certainly not all orthodox) who sought to fuse religious and philosophical ideas together. This is not to deny the role of certain groups of atheist thinkers, but crucially these were not representative of the Enlightenment as a whole. Furthermore, Dominic Erdozain argues that you can trace a lot of the unbelief of the time back to expressly religious roots. It was a Christian conscience (rather than a secular or pagan one) that drove much of the Enlightenment thought and a poignant example of this was the way in which Voltaire often used Jesus—albeit his own interpretation of him—in order to attack the church.(5)

It is always helpful, therefore, to bear in mind John Hedley Brookes’ comments, when he reminds us that: « In many of the disputes that have been conventionally analyzed in terms of some notional relation between science and religion, the underlying issues were principally about neither science nor religion, nor the relationship between them, but were matters of social, ethical or political concern in which the authority of either science, religion or both was invoked (often on both sides) to defend a view held on other grounds… »(6)

As this suggests, simplistic ways of understanding history honor neither history nor the present.

Simon Wenham is research coordinator for Ravi Zacharias International Ministries in Europe.

(1) Article adapted from Simon Wenham’s, « Making History: The ‘War’ Between Science and Religion, » Pulse, Issue 8 (Summer 2011), pp. 2-4.
(2) R. Numbers, Galileo Goes to Jail and Other Myths about Science and Religion (Boston: Harvard University Press, 2009).
(3) For further reading see J. R. Lucas Wilberforce and Huxley: A Legendary Encounter (available online).
(4) R. Stark, For the Glory of God (Princeton: Princeton University Press, 2003), 123.
(5) J. Coffey and D. Erdonzain, lectures given at The Dark Side of Christian History Conference, St Ebbe’s Church, Oxford, February 5, 2011.
(6) J. H. Brooke, Darwinism and Religion: A Revisionist View of the Wilberforce-Huxley Debate (lecture), at Emmanuel College, Cambridge, 26 February 2001 (available online).

Voir également:

The Death of Irony

Benedict and the Enemies of Reason

Angelo Matera
National Catholic Register
February 3-9, 2008

If irony abounds, but no one notices, does that mean irony is dead? Or does it mean we’re living in the most ironic of all possible worlds?

That’s the question that comes to mind watching the intellectual controversies Pope Benedict XVI has had to confront on the world stage in the past year and a half.

First, there was the Regensburg speech flap, and the irony — willfully ignored by most commentators — of Muslims around the world angrily protesting and issuing death threats against the Pope because he allegedly said Islam was … well, violent. (It’s like the old joke — “There is no Mafia, and we’ll kill anyone who says there is.”)

And now, we have professors and students at Italy’s La Sapienza (the term means wisdom) University angrily protesting against — and forcing the cancellation of — the Holy Father’s visit to the school over Galileo.

The subject the Pope planned to address in the speech that was suppressed: how to encourage dialogue between faith and science.

According to the dictionary, irony “relies on a sharp discordance between the real and the ideal … the perceived notion of an incongruity, or a gap between an understanding of reality, or expectation of a reality, and what actually happens.”

Based on that definition, Benedict has been living in a whirlwind of irony since he was elected in 2005. Look at the “gaps” or “incongruities” between what this Pope is supposed to be like — “God’s Rottweiler,” oppressor of free inquiry and critical thinking — and the reality, which is the exact opposite.

No world figure has spoken out more forcefully than Pope Benedict XVI on behalf of reasoned debate and dialogue on the great issues of the day

The problem is that the people who are supposed to be good at perceiving irony — the young, radical, postmodern intellectuals who dominate most of the world’s universities — have lost their ability to see the irony that’s before their eyes, which means they’ve lost the ability to think straight at all.

That becomes clear when we examine the additional layers of irony that abound in the La Sapienza affair. The whole incident is based on mistakes.

The source of the protests was a 1990 statement about Galileo made by then Cardinal Ratzinger that was extracted — out of context — from a speech entitled “The Crisis of Faith in Science.” The statement read:

“The Church at the time of Galileo was much more faithful to reason than Galileo himself, and also took into consideration the ethical and social consequences of Galileo’s doctrine. Its verdict against Galileo was rational and just.”

The irony is that this statement was not made by Cardinal Ratzinger at all. The cardinal was quoting someone else. And when you read the entire speech, it’s not only clear that the cardinal didn’t say it, he disagreed with it.

Far from using these ideas to exonerate the Church for persecuting Galileo, Cardinal Ratzinger rejected the temptation to do so, and concluded by saying:

“It would be absurd, on the basis of these affirmations, to construct a hurried apologetics. The faith does not grow from resentment and the rejection of rationality.”

But there’s more. The greatest irony is that the words mistakenly attributed to the Pope were uttered by one of the most subversive and controversial postmodern thinkers of the late 20th century, the deceased Austrian philosopher, Paul Feyerabend.

Before considering Feyerabend, we have to briefly define — however inadequately — the term “postmodern,” the philosophy that holds sway over most of the world’s intellectuals.

Put simply, postmodernism is a philosophy that arose from the ruins of World War II and the apparent collapse of Western culture. Postmodernists rejected the “modernist” ideas that originated in the Enlightenment of the 17th and 18th centuries — that man can, without God, know absolute truth and universal values through his reason alone.

While some postmodernists came up with legitimate criticisms of rationality, and especially those situations in which reason was misused to support man-made totalitarian ideologies such as fascism and communism, many others went too far. They became philosophical nihilists, believing in nothing.

These postmodernists — exemplified by the crazed student radicals Joseph Ratzinger encountered during his university teaching days in the 1960s — believe all truth claims are merely propaganda used by the powerful to justify their positions and to oppress the weak.

They reject any form of hierarchy and authority and instead embrace the most radical relativism.

Not surprisingly, for postmodernists, the Catholic Church — and the pope — are the epitome of power and privilege. For postmodernists, the Church must always be opposed, even when it’s on their side on issues of war, social justice and human rights (for different reasons, of course).

It also means condemning the pope, even when he appears to ally himself with a philosopher who was one of the leading figures of postmodernism!

Paul Feyerabend’s motto was “anything goes,” although that’s a bit misleading. He was, despite his reputation, a serious philosopher, which is why the cardinal bothered to quote him at all.

That takes us to yet another irony. While Cardinal Ratzinger, in his 1990 speech, rejected Feyerabend’s critique of rationality and his defense of the Church in the Galileo case, the cardinal and the “pomo” philosopher did share legitimate concerns about science run amok.

In his recent encyclical Spe Salvi (On Christian Hope), Benedict wrote about science:

“Francis Bacon and those who followed in the intellectual current of modernity that he inspired were wrong to believe that man would be redeemed through science. Such an expectation asks too much of science; this kind of hope is deceptive. Science can contribute greatly to making the world and mankind more human. Yet it can also destroy mankind and the world unless it is steered by forces that lie outside it.”

This is the sort of critique that serious postmodernists came close to making, albeit in a reckless way, when they’ve said, for example, that there is a direct path that leads from Galileo to the atom bomb.

There is no doubt that Pope Benedict would reject such a statement; as the statement above makes clear, he believed Feyerabend’s rejection of reason was excessive.

Instead, the Catholic position might agree more with the Church’s most prophetic critic of the Enlightenment, the scientist-mystic Blaise Pascal. He was 10 years old when Galileo was tried for heresy, and would go on to nearly equal the Italian as a scientist, as well as write Pensees, one of the most profound defenses of the Christian faith ever written.

Pascal wrote: “Two extremes: to exclude reason, to admit reason only.”

Of course, such subtleties eluded the protesters at La Sapienza University. Their confusion, and their utter disregard for logic and consistency of thought, perfectly illustrated what the Holy Father has been warning about for decades, regarding the dangers of the “dictatorship of relativism.”

This “dictatorship” makes it impossible for most universities in the West to intellectually engage Pope Benedict XVI’s ideas on how to reconcile faith and reason.

And that may be what’s most ironic of all, especially for serious postmodernists who have legitimate criticisms of systems of thought that leave no room for the mysteries of life and love (for example, scientists who refuse to admit that there are mysteries that can’t be explained by Darwinism or physics).

The best postmodernist thinkers used irony to criticize real-life hypocrisy in Western societies, the gap between the reality of suffering and injustice and the ideals of truth and love. These incongruities, based on distorted reason, led political leaders to incinerate entire cities with nuclear weapons, and scientists to experiment on human beings in laboratories.

But when the postmodernists turned on reason itself, they destroyed the basis for their criticisms, and their humanity. Without a grounding in truth, post-modernism lost the capacity to perceive irony.

And without that perception, they’re now fated to erect new forms of intolerance and oppression that are worse than the power structures they seek to bring down.

And that’s really the ultimate irony. An irony, despite it all, you won’t find Pope Benedict laughing about.

Angelo Matera is editor of Godspy.com

Voir de même:

« How to Defend Society Against Science »

Paul Feyerabend
Practitioners of a strange trade, friends, enemies, ladies and gentlemen:Before starting with my talk, let me explain to you, how it came into existence. 

About a year ago I was short of funds. So I accepted an invitation to contribute to a book dealing with the relation between science and religion. To make the book sell I thought l should make my contribution a provocative one and the most provocative statement one can make about the relation between science and religion is that science is a religion. Having made the statement the core of my article I discovered that lots of reasons, lots of excellent reasons, could be found for it. I enumerated the reasons, finished my article, and got paid. That was stage one. 

Next I was invited to a Conference for the Defence of Culture. I accepted the invitation because it paid for my flight to Europe. I also must admit that I was rather curious. When I arrived in Nice I had no idea what Iwould say. Then while the conference was taking its course I discovered that everyone thought very highly of science and that everyone was very serious. So I decided to explain how one could defend culture from science.All the reasons collected in my article would apply here as well and there was no need to invent new things. I gave my talk, was rewarded with an outcry about my « dangerous and ill considered ideas, » collected by ticket andwent on to Vienna. That was stage number two. 

Now I am supposed to address you. I have a hunch that in some respect you are very different from my audience in Nice. For one, you look much younger. My audience in Nice was full of professors, businessmen, and television executives, and the average age was about 58 1/2. Then I am quite sure that most ofyou are considerably to the left of some of the people in Nice. As a matter of fact, speaking somewhat superficially I might say that you are a leftist audience while my audience in Nice was a rightist audience. Yet despite all these differences you have some things in common. Both of you, I assume, respect science and knowledge. Science, of course, must be reformed and must be made less authoritarian. But once the reforms are carried out, it is a valuable source of knowledge that must not be contaminated by ideologies of a different kind. Secondly, both of you are serious people. Knowledge is a serious matter, for the Right as well as for the Left, and it must be pursued in a serious spirit. Frivolity is out, dedication and earnest application to the task at hand is in. These similarities are all I need for repeating my Nice talk to you with hardly any change. So, here it is. 

Fairytales

I want to defend society and its inhabitants from all ideologies, science included. All ideologies must be seen in perspective. One must not take them too seriously. One must read them like fairytales which have lots of interesting things to say but whichalso contain wicked lies, or like ethical prescriptions which may be useful rules of thumb but which are deadly when followed to the letter.

Now, is this not a strange and ridiculous attitude? Science, surely, was always inthe forefront of the fight against authoritarianism and superstition. It is to science that we owe our increased intellectual freedom vis-a-vis religious beliefs; it is to science that we owe the liberation of mankind from ancient and rigid forms of thought. Today these forms of thought are nothing but bad dreams-and this we learned from science. Science and enlightenment are one and the same thing-even the most radical critics of society believe this. Kropotkin wants to overthrow all traditional institutions and forms of belief, with the exception of science. Ibsen criticises the most intimate ramifications of nineteenth-century bourgeois ideology, but he leaves science untouched. Levi-Strauss has made us realise that Western Thought is not the lonely peak of human achievement it was once believed to be, but he excludes science from his relativization of ideologies. Marx and Engels were convinced that science would aid the workers in their quest for mental and social liberation. Are all these people deceived? Are they all mistaken about the role ofscience? Are they all the victims of a chimaera?

To these questions my answer is a firm Yes and No.

Now, let me explain my answer.

My explanation consists of two parts, one more general, one more specific.

The general explanation is simple. Any ideology that breaks the hold a comprehensive system of thought has on the minds of men contributes to the liberation of man. Any ideology that makes man question inherited beliefs is an aid to enlightenment. A truth that reigns without checks and balances is a tyrant who must be overthrown, and any falsehood that can aid us in the over throw of this tyrant is to be welcomed. It follows that seventeenth- and eighteenth-century science indeed was an instrument of liberation and enlightenment. It does not follow that science is bound to remain such an instrument. There is nothing inherent in science or in any other ideology that makes it essentially liberating. Ideologies can deteriorate and become stupid religions. Look at Marxism. And that the science of today is very different from the science of 1650 is evident at the most superficial glance.

For example, consider the role science now plays in education. Scientific « facts »are taught at a very early age and in the very same manner in which religious « facts »were taught only a century ago. There is no attempt to waken the critical abilities of the pupil so that he may be able to see things in perspective. At the universities the situation is even worse, for indoctrination is here carried out in a much more systematic manner. Criticism is not entirely absent. Society, for example, and itsinstitutions, are criticised most severely and often most unfairly and this already at the elementary school level. But science is excepted from the criticism. In society at large the judgement of the scientist is received with the same reverence as the judgement of bishops and cardinals was accepted not too long ago. The move towards « demythologization, » for example, is largely motivated by the wish to avoid any clash between Christianity and scientific ideas. If such a clash occurs, then science is certainly right and Christianity wrong. Pursue this investigation further and you will see that science has now become as oppressive as the ideologies it had once to fight. Do not be misled by the fact that today hardly anyone gets killed for joining a scientific heresy. This has nothing to do with science. It has something to do with the general quality of our civilization. Heretics in science are still made to suffer from the most severe sanctions this relatively tolerant civilization has to offer.

But is this description not utterly unfair? Have I not presented the matter in a very distorted light by using tendentious and distorting terminology? Must we not describe the situation in a very different way? I have said that science has becomerigid, that it has ceased to be an instrument of change and liberation, without adding that it has found the truth, or a large part thereof. Considering this additional fact we realise, so the objection goes, that the rigidity of science is not due to human wilfulness. It lies in the nature of things. For once we have discovered the truth -what else can we do but follow it?

This trite reply is anything but original. It is used whenever an ideology wants to reinforce the faith of its followers. « Truth » is such a nicely neutral word. Nobody would deny that it is commendable to speak the truth and wicked to tell lies. Nobody would deny that_-and yet nobody knows what such an attitude amounts to. So it is easy to twist matters and to change allegiance to truth in one’s everyday affairs into allegiance to the Truth of an ideology which is nothing but the dogmatic defense of that ideology. And it is of course not true that we have to follow the truth. Human life is guided by many ideas. Truth is one of them. Freedom and mental independence are others. If Truth, as conceived by some ideologists, conflicts withfreedom, then we have a choice. We may abandon freedom. But we may also abandon Truth. (Alternatively, we may adopt a more sophisticated idea of truth that no longer contradicts freedom; that was Hegel’s solution.) My criticism of modern science is that it inhibits freedom of thought. If the reason is that it has found the truth and now follows it, then I would say that there are better things than first finding, and then following such a monster.

This finishes the general part of my explanation.

There exists a more specific argument to defend the exceptional position science has in society today. Put in a nutshell the argument says (1) that science has finally found the correct method for achieving results and (2) that there are many results to prove the excellence of the method. The argument is mistaken_-but most attempts to show this lead into a dead end. Methodology has by now become so crowded with empty sophistication that it is extremely difficult to perceive the simple errors at the basis. It is like fighting the hydra_-cut off one ugly head, and eight formalizations take its place. In this situation the only answer is superficiality: when sophistication loses content then the only way of keeping in touch with reality is to be crude and superficial. This is what I intend to be.

Against Method

There is a method, says part (1) of the argument. What is it? How does it work? One answer which is no longer as popular as it used to be is that science works by collecting facts and inferring theories from them. The answer is unsatisfactory as theories never follow from facts in the strict logical sense. To say that they may yetbe supported from facts assumes a notion of support that (a) does not show this defect and (b) is sufficiently sophisticated to permit us to say to what extent, say,the theory of relativity is supported by the facts. No such notion exists today, nor is it likely that it will ever be found (one of the problems is that we need a notionof support in which grey ravens can be said to support « all ravens are black »).This was realised by conventionalists and transcendental idealists who pointed out that theories shape and order facts and can therefore be retained come what may. They can be retained because the human mind either consciously or unconsciously carries out its ordering function. The trouble with these views is that they assume for the mind what they want to explain for the world, viz., that it works in a regular fashion. There is only one view which overcomes all these difficulties. It was invented twice in the nineteenth century, by Mill, in his immortal essay On Liberty, and by some Darwinists who extended Darwinism to the battle of ideas. This view takes the bull by the horns: theories cannot be justified and their excellence cannot be shown without reference to other theories. We may explain the success of a theory by reference to a more comprehensive theory (we may explain the success of Newton’s theory by using the general theory of relativity); and we may explain our preference for it by comparing it with other theories.

Such a comparison does not establish the intrinsic excellence of the theory we have chosen. As a matter of fact, the theory we have chosen may be pretty lousy. It may contain contradictions, it may conflict with well-known facts, it may be cumbersome,unclear, ad hoc in decisive places, and so on. But it may still be better than any other theory that is available at the time. It may in fact be the best lousy theory there is. Nor are the standards of judgement chosen in an absolute manner. Our sophistication increases with every choice we make, and so do our standards. Standards compete just as theories compete and we choose the standards most appropriate to the historical situation in which the choice occurs. The rejected alternatives (theories; standards; « facts ») are not eliminated. They serve as correctives (after all, we may have made the wrong choice) and they also explain the content of the preferred views (we understand relativity better when we understand the structure of its competitors; we know the full meaning of freedom only when we have an idea of life in a totalitarian state, of its advantages_and there are many advantages_as well as of its disadvantages). Knowledge so conceived is an ocean of alternatives channelled and subdivided by an ocean of standards. It forces ourmind to make imaginative choices and thus makes it grow. It makes our mind capableof choosing, imagining, criticising.

Today this view is often connected with the name of Karl Popper. But there aresome very decisive differences between Popper and Mill. To start with, Popper developed his view to solve a special problem of epistemology-he wanted to solve »Hume’s problem. » Mill, on the other hand, is interested in conditions favourable to human growth. His epistemology is the result of a certain theory of man, and not the other way around. Also Popper, being influenced by the Vienna Circle, improves onthe logical form of a theory before discussing it, while Mill uses every theory in the form in which it occurs in science. Thirdly, Popper’s standards of comparison are rigid and fixed, while Mill’s standards are permitted to change with the historical situation. Finally, Popper’s standards eliminate competitors once and for all: theories that are either not falsifiable or falsifiable and falsified have no place in science. Popper’s criteria are clear, unambiguous, precisely formulated; Mill’s criteria are not. This would be an advantage if science itself were clear, unambiguous, and precisely formulated. Fortunately, it is not.

To start with, no new and revolutionary scientific theory is ever formulated in a manner that permits us to say under what circumstances we must regard it as endangered: many revolutionary theories are unfalsifiable. Falsifiable versions do exist, but they are hardly ever in agreement with accepted basic statements: every moderately interesting theory is falsified. Moreover, theories have formal flaws,many of them contain contradictions, ad hoc adjustments, and so on and so forth. Applied resolutely, Popperian criteria would eliminate science without replacing it by anything comparable. They are useless as an aid to science. In the past decade this has been realised by various thinkers, Kuhn and Lakatos among them. Kuhn’s ideas are interesting but, alas, they are much too vague to give rise to anything but lots of hot air. If you don’t believe me, look at the literature. Never before has the literature on the philosophy o’science been invaded by so many creeps and incompetents. Kuhn encourages people who have no idea why a stone falls to the ground to talk with assurance about scientific method. Now I have no objection to incompetence but I do object when incompetence is accompanied by boredom and self-righteousness And this is exactly what happens. We do not get interesting false ideas, we get boring ideas or words connected with no ideas at all. Secondly, wherever one tries to make Kuhn’s ideas more definite one finds that they are false. Was there ever a period of normal science in the history of thought? No-and I challenge anyone to prove the contrary.

Lakatos is immeasurably more sophisticated than Kuhn. Instead of theories he considers research programmes which are sequences of theories connected by methods of modification, so-called heuristics. Each theory in the sequence may be full of faults. It may be beset by anomalies, contradictions, ambiguities. Whatcounts is not the shape of the single theories, but the tendency exhibited by the sequence. We judge historical developments and achievements over a period of time, rather than the situation at a particular time. History and methodology are combined into a single enterprise. A research programme is said to progress if the sequence of theories leads to novel predictions. It is said to degenerate if it isreduced to absorbing facts that have been discovered without its help. A decisive feature of Lakatos’ methodology is that such evaluations are no longer tied to methodological rules which tell the scientist either to retain or to abandon a research programme. Scientists may stick to a degenerating programme; they may even succeed in making the programme overtake its rivals and they therefore proceed rationally whatever they are doing (provided they continue calling degenerating programmes degenerating and progressive programmes progressive). This means that Lakatos offers words which sound like the elements of a methodology; he does not offer a methodology. There is no method according to the most advanced and sophisticated methodology in existence today. This finishes my reply to part (1)of the specific argument.

Against Results

According to part (2), science deserves a special position because it has producedresults. This is an argument only if it can be taken for granted that nothing else has ever produced results. Now it may be admitted that almost everyone who discusses the matter makes such an assumption. It may also be admitted that it is not easy to show that the assumption is false. Forms of life different from science either have disappeared or have degenerated to an extent that makes a fair comparison impossible. Still, the situation is not as hopeless as it was only a decade ago. We have become acquainted with methods of medical diagnosis and therapy which are effective (and perhaps even more effective than the corresponding parts of Western medicine) and which are yet based on an ideology that is radically different from the ideology ofWestern science. We have learned that there are phenomena such as telepathy and telekinesis which are obliterated by a scientific approach and which could be used to do research in an entirely novel way (earlier thinkers such as Agrippa of Nettesheim, John Dee, and even Bacon were aware of these phenomena). And then-is it not the case that the Church saved souls while science often does the very opposite? Ofcourse, nobody now believes in the ontology that underlies this judgement. Why? Because of ideological pressures identical with those which today make us listen to science to the exclusion of everything else. It is also true that phenomena such as telekinesis and acupuncture may eventually be absorbed into the body of science and may therefore be called « scientific. » But note that this happens only after a long period of resistance during which a science not yet containing the phenomena wants to get the upper hand over forms of life that contain them. And this leads to a further objection against part (2) of the specific argument. The fact that science has results counts in its favour only if these results were achieved by science alone, and without any outside help. A look at history shows that science hardly ever gets its results in this way. When Copernicus introduced a new view of the universe, he did not consult scientific predecessors, he consulted a crazy Pythagorean such as Philolaos. He adopted his ideas and he maintained them in the face of all sound rules of scientific method. Mechanics and optics owe a lot to artisans, medicine to midwives and witches. And in our own day we have seen how the interference of thestate can advance science: when the Chinese communists refused to be intimidated by the judgement of experts and ordered traditional medicine back into universities and hospitals there was an outcry all over the world that science would now be ruined in China. The very opposite occurred: Chinese science advanced and Western science learned from it. Wherever we look we see that great scientific advances are due to outside interference which is made to prevail in the face of the most basic and most « rational » methodological rules. The lesson is plain: there does not exist a single argument that could be used to support the exceptional role which science today plays in society. Science has done many things, but so have other ideologies. Science often proceeds systematically, but so do other ideologies (just consult the records of the many doctrinal debates that took place in the Church) and,besides, there are no overriding rules which are adhered to under any circumstances;there is no « scientific methodology » that can be used to separate science from the rest. Science & just one of the many ideologies that propel society and itshould be treated as such (this statement applies even to the most progressive and most dialectical sections of science). What consequences can we draw from thisresult?

The most important consequence is that there must be a formal separation between state and science just as there is now a formal separation between stateand church. Science may influence society but only to the extent to which any political or other pressure group is permitted to influence society. Scientists may beconsulted on important projects but the final judgement must be left to the democratically elected consulting bodies. These bodies will consist mainly of laymen. Will the laymen be able to come to a correct judgement? Most certainly, for the competence, the complications and the successes of science are vastly exaggerated. One of the most exhilarating experiences is to see how a lawyer,who is a layman, can find holes in the testimony, the technical testimony, of the most advanced expert and thus prepare the jury for its verdict. Science is not a closed book that is understood only after years of training. It is an intellectual discipline that can be examined and criticised by anyone who is interested and that looks difficult and profound only because of a systematic campaign of obfuscation carried out by many scientists (though, I am happy to say, not by all). Organs of the state should never hesitate to reject the judgement of scientists when they have reason for doing so. Such rejection will educate the general public, will make it more confident, and it may even lead to improvement. Considering the sizeable chauvinism of the scientific establishment we can say: the more Lysenko affairs, the better (it is not the interference of the state that is objectionable in the case of Lysenko, but the totalitarian interference which kills the opponent rather than just neglecting his advice). Three cheers to the fundamentalists in California who succeeded in having a dogmatic formulation of the theory of evolution removedfrom the text books and an account of Genesis included. (But I know that they would become as chauvinistic and totalitarian as scientists are today when given the chance to run society all by themselves. Ideologies are marvellous when used inthe companies of other ideologies. They become boring and doctrinaire as soon astheir merits lead to the removal of their opponents.) The most important change, however, will have to occur in the field of education.

Education and Myth

The purpose of education, so one would think, is to introduce theyoung into life,and that means: into the society where they are born and into the physical universethat surrounds the society. The method of education often consists in the teaching of some basic myth. The myth is available in various versions. More advanced versions may be taught by initiation rites which firmly implant them into the mind. Knowing the myth, the grownup can explain almost everything (or else he can turn to experts for more detailed information). He is the master of Nature and of Society. He understands them both and he knows how to interact with them. However, he is not the master of the myth that guides his understanding.

Such further mastery was aimed at, and was partly achieved, by the Presocratics.The Presocratics not only tried to understand the world. They also tried to understand, and thus to become the masters of, the means of understanding theworld. Instead of being content with a single myth they developed many and so diminished the power which a well-told story has over the minds of men. The sophists introduced still further methods for reducing the debilitating effect of interesting, coherent, « empirically adequate » etc. etc. tales.The achievements of these thinkers were not appreciated and they certainly are not understood today. When teaching a myth we want to increase the chance that it will be understood (i.e. no puzzlement about any feature of the myth), believed, and accepted. This does not do any harm when the myth is counterbalanced by other myths: even the most dedicated (i.e. totalitarian) instructor in a certain version ofChristianity cannot prevent his pupils from getting in touch with Buddhists, Jewsand other disreputable people. It is very different in the case of science, or of rationalism where the field is almost completely dominated by the believers. In this case it is of paramount importance to strengthen the minds of the young, and »strengthening the minds of the young » means strengthening them against an yeasy acceptance of comprehensive views. What we need here is an education that makes people contrary, counter-suggestive, without making them incapable ofdevoting themselves to the elaboration of any single view. How can this aim beachieved?

It can be achieved by protecting the tremendous imagination which childrenpossess and by developing to the full the spirit of contradiction that exists in them. On the whole children are much more intelligent than their teachers. They succumb, and give up their intelligence because they are bullied, or because their teachers get the better of them by emotional means. Children can learn, understand, and keep separate two to three different languages (« children » and by this I mean three to fiveyear olds, not eight year olds who were experimented upon quite recently and did not come out too well; why? because they were already loused up by incompetent teaching at an earlier age). Of course, the languages must be introduced in a more interesting way than is usually done. There are marvellous writers in all languageswho have told marvellous stories-let us begin our language teaching with them and not with « der Hund hat einen Schwanz » and similar inanities. Using stories we may of course also introduce « scientific » accounts, say, of the origin of the world and thus make the children acquainted with science as well. But science must not be given any special position except for pointing out that there are lots of people who believe in it. Later on the stories which have been told will be supplemented with « reasons, »where by reasons I mean further accounts of the kind found in the tradition to which the story belongs. And, of course, there will also be contrary reasons. Both reasons and contrary reasons will be told by the experts in the fields and so the young generation becomes acquainted with all kinds of sermons and all types of wayfarers.It becomes acquainted with them, it becomes acquainted with their stories, and every individual can make up his mind which way to go. By now everyone knows that you can earn a lot of money and respect and perhaps even a Nobel Prize by becoming a scientist, so many will become scientists. They will become scientists without having been taken in by the ideology of science, they will be scientistsbecause they have made a free choice. But has not much time been wasted on unscientific subjects and will this not detract from their competence once they have become scientists? Not at all! The progress of science, of good science depends on novel ideas and on intellectual freedom: science has very often been advanced by outsiders (remember that Bohr and Einstein regarded themselves as outsiders). Will not many people make the wrong choice and end up in a deadend? Well, that depends on what you mean by a « dead end. » Most scientists today are devoid of ideas, full of fear, intent on producing some paltry result so that they can add to the flood of inane papers that now constitutes « scientific progress » in many areas. And, besides, what is more important? To lead a life which one has chosen with open eyes, or to spend one’s time in the nervous attempt of avoiding what some not so intelligent people call « dead ends »? Will not the number ofscientists decrease so that in the end there is nobody to run our precious laboratories? I do not think so. Given a choice many people may choose science, for a science that is run by free agents looks much more attractive than the science of today which is run by slaves, slaves of institutions and slaves of « reason. » And ifthere is a temporary shortage of scientists the situation may always be remedied by various kinds of incentives. Of course, scientists will not play any predominant role in the society I envisage. They will be more than balanced by magicians, or priests,or astrologers. Such a situation is unbearable for many people, old and young, right and left Almost all of you have the firm belief that at least some kind of truth has been found, that it must be preserved, and that the method of teaching I advocate and the form of society I defend will dilute it and make it finally disappear. You havethis firm belief; many of you may even have reasons. But what you have to consider is that the absence of good contrary reasons is due to a historical accident; it doesnot lie in the nature of things. Build up the kind of society I recommend and the views you now despise (without knowing them, to be sure) will return in such splendour that you will have to work hard to maintain your own position and will perhaps be entirely unable to do so. You do not believe me? Then look at history. Scientific astronomy was firmly founded on Ptolemy and Aristotle, two of the greatest minds in the history of Western Thought. Who upset their well-argued, empirically adequate and precisely formulated system? Philolaos the mad and antediluvian Pythagorean. How was it that Philolaos could stage such a comeback? Because he found an able defender: Copernicus. Of course, you may follow your intuitions as I am following mine. But remember that your intuitions are the result of your « scientific » training where by science I also mean the science of Karl Marx. My training, or, rather, my non-training, is that of a journalist who is interested in strange and bizarre events. Finally, is it not utterly irresponsible, in the present world situation, with millions of people starving, others enslaved, downtrodden, in abject misery of body and mind, to think luxurious thoughts such as these? Is not freedom of choice a luxury under such circumstances? Is not the flippancy and the humour Iwant to see combined with the freedom of choice a luxury under such circumstances? Must we not give up all self-indulgence and act? Join together, andact? This is the most important objection which today is raised against an approach such as the one recommended by me. It has tremendous appeal, it has the appeal of unselfish dedication. Unselfish dedication_-to what? Let us see!

We are supposed to give up our selfish inclinations and dedicate ourselves to the liberation of the oppressed. And selfish inclinations are what? They are our wish for maximum liberty of thought in the society in which we live now, maximum liberty not only of an abstract kind, but expressed in appropriate institutions and methods ofteaching. This wish for concrete intellectual and physical liberty in our own surroundings is to be put aside, for the time being. This assumes, first, that we do not need this liberty for our task. It assumes that we can carry out our task with a mind that is firmly closed to some alternatives. It assumes that the correct way of liberating others has always been found and that all that is needed is to carry it out. I am sorry, I cannot accept such doctrinaire self-assurance in such extremely important matters.Does this mean that we cannot act at all? It does not. But it means that while acting we have to try to realise as much of the freedom I have recommended so that our actions may be corrected in the light of the ideas we get while increasing ourfreedom. This will slow us down, no doubt, but are we supposed to charge ahead simply because some people tell us that they have found an explanation for all the misery and an excellent way out of it? Also we want to liberate people not to make them succumb to a new kind of slavery, but to make them realise their own wishes,however different these wishes may be from our own. Self-righteous and narrow-minded liberators cannot do this. As a rule they soon impose a slavery that is worse, because more systematic, than the very sloppy slavery they have removed. And as regards humour and flippancy the answer should be obvious. Why would anyone want to liberate anyone else? Surely not because of some abstract advantage of liberty but because liberty is the best way to free development and thus to happiness. We want to liberate people so that they can smile. Shall we be able to do this if we ourselves have forgotten how to smile and are frowning on those who still remember? Shall we then not spread another disease, comparable to the one we want to remove, the disease of puritanical self-righteousness? Do not object that dedication and humour do not go together-Socrates is an excellent example to the contrary. The hardest task needs the lightest hand or else its completion will notlead to freedom but to a tyranny much worse than the one it replaces.

Voir enfin:

Les marées avant la gravitation

Vutheany LOCH
ENS Lyon

18/07/2017

Vincent Deparis

Enseignant
iFé-ENS-Lyon
Publié par

Gérard Vidal

Directeur de la publication
IFÉ ENS de Lyon

RésuméPendant plusieurs siècles, de l’Antiquité jusqu’au milieu du XVIIe siècle, l’explication du flux et du reflux de la mer est restée inaccessible au savant. Que peuvent dire les savants sur l’origine d’un phénomène lorsque le concept qui l’explique leur est encore étranger ? Petit éclairage de l’Histoire sur l’évolution des conceptions sur les marées océaniques.



Introduction :

Avant d’exposer sa théorie des marées, Galilée prévient son lecteur : «  Il est de nombreuses opinions concernant la cause du flux et du reflux ; puisque, pour un seul effet, je sais qu’il n’y a qu’une seule cause véritable et primordiale, je comprends fort bien et suis assuré que l’une de ces opinions au plus est véritable et que les autres ne sont que des fables et des faussetés ; et même peut-être la véritable cause n’est-elle pas parmi celles qu’on a avancées jusqu’à présent ; c’est même le cas, je crois : il serait étonnant que le vrai ait une clarté si faible qu’elle ne transparaisse pas dans la ténèbre des erreurs. [1]  » L’intuition du vrai est cependant bien trompeuse puisque, avant Newton, tous les savants qui se sont essayés à expliquer les marées, se sont soit fourvoyés, soit arrêtés en chemin ! En effet, avant l’avènement de la gravitation universelle au cours du XVIIe siècle, la cause des marées est hors de portée des savants. Ce qui ne les empêche pas d’avoir des idées. C’est justement parce que l’explication du flux et du reflux de la mer demeure encore inaccessible que la période, qui va de l’Antiquité jusqu’au milieu du XVIIe siècle, est si intéressante. Que peuvent dire les savants sur l’origine d’un phénomène lorsque le concept de base leur est encore étranger ? Quelles solutions proposer, lorsque toute tentative est encore vaine ? Dans l’article, nous proposons une revue des différentes conceptions sur les marées depuis l’Antiquité jusqu’à l’explication proposée par Isaac Newton en 1687 dans ses Philosophiae Naturalis Principia Mathematica. [2]

Une connaissance précise, dès l’Antiquité

Les premières interrogations sur le flux et le reflux de la mer remontent à l’Antiquité. Mais comme les marées sont pratiquement insignifiantes sur les côtes méditerranéennes, ce n’est qu’à partir du récit des voyageurs que les savants grecs peuvent découvrir les lois du mouvement des eaux. Les expéditions d’Alexandre et surtout la navigation des bouches de l’Indus au Golfe Persique, que Néarque accomplit en 325 av. J.-C. sur l’ordre du conquérant, révèlent les marées de l’Océan Indien. Au même moment, le long périple de Pythéas de Marseille, de Gadès au sud de l’Espagne vers les îles britanniques, permet de connaître celles de l’Océan Atlantique. Durant son voyage, Pythéas fait une première découverte fondamentale : les marées sont en quelque sorte reliées à la Lune et il explique «  par la Lune qui devient pleine, les marées montantes et par la disparition de la Lune, les marées descendantes. [3]  » Quelques temps plus tard, Ératosthène (v. 276-194 av. J.-C.), le fameux géomètre alexandrin qui mesura le périmètre de la Terre, explique que les marées présentent deux flux et deux reflux par jour. Les flux surviennent lorsque la Lune passe dans le méridien et dans l’anti-méridien, de l’autre côté de la Terre. Les deux reflux, lorsque la Lune se lève et se couche. Poseidonios (135-50 av. J.-C.) poursuit les investigations et remarque que les deux marées quotidiennes changent d’amplitude avec les phases de la Lune : elles sont maximales au moment de la Pleine et de la Nouvelle Lune (marées de vives-eaux) et minimales aux quadratures (marées de mortes-eaux). Il note encore des variations annuelles, avec des marées plus fortes au moment des équinoxes.

Les diverses caractéristiques des marées ont donc été découvertes très tôt. Mais comment expliquer cette respiration ample et périodique des océans ? Le savant de l’Antiquité ou du Moyen-Age qui veut expliquer le mouvement de la mer fait face à de nombreux problèmes. D’abord les contraintes de l’observation que nous venons de voir : pourquoi les marées sont-elles inexistantes dans certaines mers et très fortes dans d’autres ? D’où viennent non seulement les deux flux et reflux quotidiens, mais encore les variations mensuelles et annuelles ? Une théorie qui ne pourrait expliquer qu’un seul de ces faits ou qu’une seule de ces périodes serait insatisfaisante. Ensuite, la perception même du mouvement de la mer : nécessite-t-il l’apport d’eaux nouvelles, venant d’ailleurs, puis l’enlèvement de ces eaux ou peut-il s’expliquer uniquement par le gonflement des eaux déjà présentes ? Enfin, le lien étonnant qui semble exister entre les marées et la Lune : faut-il, comme les astrologues le font volontiers, demander aux astres d’expliquer le mouvement des eaux par l’intermédiaire d’une qualité mystérieuse ou s’offusquer de telles vertus et tenter une approche plus rationnelle, en invoquant uniquement des mécanismes dont l’expérience est courante ?

Des théories multiples et contradictoires pendant le Moyen-Age

Plusieurs solutions se présentent lorsque l’action des astres est refusée. Puisque le vent a une influence évidente sur la mer, il n’y a qu’un pas à faire pour supposer qu’il est également responsable des marées. De même, les courants marins sont connus et selon Adélard de Bath (v. 1080 – v. 1160), qui reprend une conception de Macrobe (v. 370 – après 430), ce sont leurs rencontres et leurs conflits qui provoquent le mouvement des eaux. Une autre observation est plus troublante, celle du Maelström dans la mer du Nord, dont le tourbillon change de sens lorsque la marée se renverse (les Maelströms correspondent à ce qu’on appelle aujourd’hui des points amphidromiques, lieux où la marée est nulle et autour desquels tourne la crête de la marée). S’appuyant sur ce phénomène, Paul Diacre (720-778), attribue le flux et le reflux à des gouffres chargés d’absorber puis de rejeter périodiquement les flots de la mer.

Mais pour ceux qui veulent mettre en avant l’influence de la Lune, plusieurs possibilités peuvent également être envisagées. La lumière reçue du Soleil montre une interaction évidente entre un astre (le Soleil) et la Terre. La Lune ne pourrait-elle pas elle aussi agir par l’intermédiaire de sa lumière ? C’est le premier mode d’action de la Lune, avancé déjà par Poseidonios et constamment réévalué ensuite. En chauffant modérément les eaux, la Lune les ferait gonfler et entrer dans une sorte d’effervescence ou de bouillonnement. La variation de sa lumière au cours du mois expliquerait le changement dans l’amplitude des marées. Mais Abou Ma’shar al-Balklî (787-886), dit Albumasar, soulève plusieurs difficultés : comment, dans ce cas, expliquer la marée haute quotidienne qui survient lorsque la Lune est sous l’horizon, de l’autre côté de la Terre, ou les grandes marées de la Nouvelle Lune, lorsque c’est sa face sombre qui est tournée vers la Terre ? Robert Grossetête (1175-1253) puis Roger Bacon (1214-1294) font une tentative audacieuse pour expliquer les deux marées quotidiennes : les rayons lumineux de la Lune agissent simultanément des deux côtés de la Terre, soit en arrivant directement, soit en arrivant par réflexion sur la sphère céleste !

Albumasar privilégie un autre mode d’action de la Lune, qui repose sur la symbiose entre les qualités semblables. Dans la croyance astrologique en effet, la Lune est l’astre humide par excellence. Elle domine les eaux et les contraint de croître et de décroître avec elle. Elle soulève donc les océans grâce à son affinité avec toutes les choses humides. Et si certaines mers réagissent moins que d’autres cela ne provient pas d’un empêchement de la Lune mais d’une disposition moins favorable de ces bassins à recevoir l’influence lunaire. Au XIIIe siècle, Guillaume d’Auvergne (1190-1249) présente un troisième type d’action astrale, qui sera fécond et largement repris par la suite : la mer s’élève vers la Lune comme le fer montre vers l’aimant.

Le rôle des médecins et des astrologues au XVIe siècle

Au XVIe siècle, le développement de la théorie des marées provient essentiellement des médecins et des astrologues, qui cherchent à établir le lien entre les astres et les phénomènes terrestres. Un médecin de Sienne, Lucius Bellantius, fait le tri parmi les diverses opinions : «  Les rayons par lesquels la Lune agit principalement lorsqu’elle attire et gonfle les eaux de la mer ne sont pas les rayons de la lumière lunaire ; car, au moment des conjonctions, il n’y aurait pas de flux et de reflux, alors que nous les pouvons constater ; ce sont des rayons virtuels par lesquels la Lune attire la mer comme l’aimant attire le fer. A l’aide de ces rayons, on résout facilement tout ce qu’on peut objecter sur cette matière. [4]  » Un autre médecin, Frédéric Grisogone, donne une nouvelle description du phénomène des marées, mettant clairement en évidence le double rôle de la Lune et du Soleil : « Le Soleil et la Lune tirent vers eux l’enflure de la mer, de telle sorte que, perpendiculairement au dessous de chacun d’eux, se trouve l’enflure maximum ; il y a donc, pour chacun d’eux, deux maxima d’enflure, l’un au-dessous de l’astre, et l’autre en la partie opposée, qu’on nomme le nadir de cet astre. [5]  » La mer se déforme en deux ellipsoïdes de révolution, l’un dont le grand axe s’oriente vers le Soleil, l’autre dont le grand axe se dirige vers la Lune. La combinaison des deux ellipsoïdes explique les variations mensuelles : les deux déformations s’ajoutent au moment des pleines Lunes et des nouvelles Lunes pour donner les marées de vives-eaux et se retranchent dans les quadratures pour donner les marées de mortes-eaux.

L’attraction de deux corps apparentés : Kepler

Les idées des médecins et astrologues se répandent et sont à l’origine d’un redoublement de faveur pour la théorie « aimantique » des marées, selon laquelle la Lune et le Soleil attirent les eaux de la mer. Kepler (1571-1630) la développe fortement, en liaison avec sa théorie de la gravité, qui résulte d’une attraction mutuelle entre deux corps apparentés. Il affirme : « Je suis le premier, que je sache, à avoir dévoilé, dans mes prolégomènes aux Commentaires sur les mouvements de Mars, le procédé par lequel la Lune cause le flux et le reflux de la mer. Il consiste en ceci : la Lune n’agit pas comme astre humide ou humectant, mais comme masse apparentée à la masse de la Terre ; elle attire les eaux de la mer par une action magnétique, non parce qu’elles sont des humeurs, mais parce qu’elles sont douées de la substance terrestre, substance à laquelle elles doivent également leur gravité. [6]  »

L’idée est visionnaire et prépare l’avènement de la gravitation universelle. Mais elle est loin d’entraîner l’unanimité des savants et, en particulier, elle provoque les moqueries de Galilée (1564-1642). En 1632, il expose : « C’est presque comme si la Lune et le Soleil jouaient un rôle actif dans la production de ces effets [les marées], mais cela répugne entièrement à mon intellect : voyant que le mouvement des mers est un mouvement local, perceptible, d’une immense masse d’eau, je ne puis croire à des lumières, des chaleurs tempérées, à des dominations de qualités occultes et autres vaines imaginations du même genre ; tout cela n’est pas et ne peut être cause du flux, au point même que c’est au contraire plutôt le flux qui en est la cause ; c’est lui qui les produit en des cerveaux plus portés à la loquacité et à l’ostentation qu’à la réflexion et à la recherche des opérations les plus secrètes de la nature. [7]  » Ou encore : « Mais de tous les grands hommes qui ont philosophé sur cet effet si étonnant de la nature [les marées], c’est Kepler qui m’étonne le plus : cet esprit libre et pénétrant avait à sa disposition les mouvements attribués à la Terre, il a pourtant prêté l’oreille et donné son assentiment à un empire de la Lune sur l’eau, des propriétés occultes et autres enfantillages du même genre2.  [8]  » L’intuition de Kepler, par ce qu’elle a d’incompréhensible (comment les eaux de la Terre et la Lune pourraient-elles s’attirer), échauffe les esprits.

La combinaison de la rotation et de la révolution la Terre : Galilée

En 1616 puis en 1632, dans son Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, Galilée avance une autre explication pour les marées, à partir de la combinaison de la rotation de la Terre sur elle-même et de sa révolution autour du Soleil. Il expose : « Il est bien vrai que le mouvement de tout le globe et de chacune de ses parties serait égal et uniforme s’il n’y avait qu’un mouvement, le mouvement annuel seul ou le simple mouvement diurne ; de même, il faut qu’en mélangeant ensemble ces deux mouvements, il en résulte pour les parties du globe des mouvements non uniformes, tantôt accélérés, tantôt retardés, selon que la rotation diurne ajoute ou retranche à la circulation annuelle. Si donc il est vrai (c’est bien vrai, et l’expérience le prouve) que l’accélération et le retardement du mouvement du vase font couler l’eau qu’il contient dans un sens et dans l’autre sur toute sa longueur, et la font s’élever et s’abaisser sur ses extrémités, fera-t-on difficulté pour admettre que cet effet puisse, et même doive nécessairement, se produire avec les eaux de la mer ? Ne sont-elles pas contenues dans des vases qui sont soumis à de tels changements ? [9]  » En raison du double mouvement de la Terre (annuel et journalier), les points de la circonférence terrestre n’ont pas une vitesse uniforme, puisque les deux mouvements tantôt se conjuguent, tantôt s’opposent (figure 1). Si les eaux des océans réagissent comme des eaux contenues dans une cuvette, qui est tantôt accélérée, tantôt décélérée, alors la réaction inertielle des eaux à l’accélération de leurs bassins provoque immanquablement un flux et un reflux.

L'origine des marées selon Galilée
Figure 4. L’origine des marées selon GaliléeLe schéma est réalisé dans le plan de l’écliptique, confondu avec le plan de l’équateur, vu depuis le Nord. Le mouvement de rotation et le mouvement orbital s’ajoutent en A (où la vitesse par rapport au Soleil est maximale) et se retranchent en B (où la vitesse est la plus faible).

La théorie de Galilée a un handicap majeur : elle n’explique qu’une marée par jour, et non pas deux. Mais outre cette difficulté sérieuse, où se situe la méprise dans le raisonnement du savant italien ? Dans la compréhension du mouvement orbital. Comme le montrera Newton un demi siècle plus tard, la Terre est retenue sur son orbite par la force gravitationnelle exercée par le Soleil. Or cette force gravitationnelle agit sur toute la matière terrestre, aussi bien sur les parties liquides que sur les parties solides. Les eaux comme les bassins subissent la même force et donc la même accélération, il n’y a plus lieu de les distinguer. Pour le dire autrement, les eaux et les bassins, attirés de la même manière par le Soleil, « tombent » simultanément vers lui : le mouvement relatif, tel que le suppose Galilée, n’existe pas !

Galilée ne connaît bien évidemment pas l’attraction gravitationnelle de Newton. Il ne l’aurait d’ailleurs pas beaucoup aimée. Pas plus que Kepler et que ses contemporains, il ne comprend le mouvement orbital des planètes. Pour lui, le mouvement de révolution de la Terre autour du Soleil est donné et naturel ; il existe sans cause, ce qui relève d’une physique imaginaire. Rien n’y personne ne peut donc l’amener à douter de l’effet de la combinaison des deux mouvements de la Terre et pendant toute sa vie, il reste persuadé du bien fondé de sa théorie. Son explication lui paraît aussi sans doute, et à juste titre, la seule qui soit digne d’intérêt. La théorie de Kepler ne fournit qu’une idée générale, sans expliquer réellement comment les marées sont générées. Sa théorie est toute autre. Il récuse toute astrologie, toute attraction de la Lune sur la Terre et traite mécaniquement du problème des marées.

Les tourbillons de Descartes

Dans ses Principes de la Philosophie, publiés en 1644, Descartes (1596-1650) présente une nouvelle théorie des marées, relativement indépendante par rapport aux théories précédentes. Descartes pense que tout est régi par les seules lois du mouvement, il a une vison mécaniste de l’univers. Pour lui, le vide n’existe pas : dès qu’il y a une étendue, il y a nécessairement une substance qui la comble. Ainsi l’espace entre le Soleil et les planètes est entièrement rempli d’une matière subtile, organisée en d’énormes tourbillons. Le Soleil occupe le centre du tourbillon principal, qui emporte les différentes planètes sur leurs orbites. Les planètes génèrent des tourbillons secondaires, qui entraînent les satellites.

Le principe des marées selon Descartes
Figure 6. Le principe des marées selon DescartesSelon Descartes, les marées résultent d’une pression différentielle exercée par la matière du tourbillon sur les mers (la figure est tirée du traité Le Monde ou Traité de la lumière, éd. Adam et Tannery, Paris, 1974.). ABCD est le tourbillon de matière subtile généré par la rotation propre de la Terre EFGH, de centre T. 1234 représente les mers et 5678 l’atmosphère. En raison de la présence de la Lune en B, le centre M du tourbillon ne coïncide pas avec le centre T de la Terre.

Bien qu’emportée par le tourbillon engendré par la Terre, la Lune ne se déplace pas aussi vite que lui (Descartes n’en donne pas la raison). La matière subtile, gênée par la présence de la Lune, ne peut s’écouler librement et exerce une pression différentielle à la surface des mers, d’où résultent les marées. Si on accepte l’idée de départ des tourbillons, la théorie de Descartes peut paraître cohérente. Mais rien n’est expliqué. C’est, selon les partisans de Newton, une magnifique vue de l’esprit ! A son époque, elle a cependant une grande popularité, surtout parmi ses disciples en France et est souvent adoptée comme la moins mauvaise des théories des marées.

Newton et la gravitation

En 1687, Isaac Newton (1642-1727) donne la solution à la cause du flux et du reflux de la mer dans ses fameux Principia. Il explique que les marées océaniques relèvent de la mécanique (comme Galilée le voulait) et qu’elles sont une conséquence inévitable de la théorie de la gravitation universelle (comme Kepler en avait l’intuition) : elles proviennent des inégalités de l’attraction de la Lune et du Soleil sur les différentes parties du globe. Elles constituent ainsi une confirmation supplémentaire et intéressante de son système de l’attraction universelle de la matière.

Quel a été le cheminement des idées de Newton ? Comment a-t-il découvert la cause des marées ? Si nous nous en tenons à la présentation de sa théorie dans les Principia, son questionnement n’a pas été direct. C’est en faisant le détour par la Lune qu’il atteint la Terre, c’est en passant par l’étude des inégalités du mouvement de la Lune qu’il comprend le phénomène terrestre des marées. Newton a montré que, sous l’influence gravitationnelle de la Terre, la Lune décrit une ellipse dont notre planète occupe l’un des foyers. L’orbite lunaire n’est cependant pas stable mais subit des perturbations (en particulier, les nœuds de son orbite rétrogradent en 18,6 ans environ), qu’il veut expliquer. Il comprend que si l’attraction est universelle, alors la Lune subit également l’influence gravitationnelle du Soleil, ce qui modifie sa trajectoire autour de la Terre.

Newton montre que les forces perturbatrices du Soleil sur la Lune ne proviennent pas de l’attraction totale du Soleil sur la Lune mais de la différence entre l’attraction du Soleil sur la Lune et l’attraction du Soleil sur la Terre. C’est l’étape fondamentale de sa découverte, où il définit le concept de force de marée. Il peut ensuite passer de la Lune à la Terre : le Soleil met l’eau des océans en mouvement de la même manière qu’il perturbe le mouvement de la Lune autour de la Terre. Il reconnaît finalement que la Lune est un autre corps céleste qui, comme le Soleil, est responsable pour une part (et même pour la part principale) des marées.

Dans le raisonnement de Newton, la Lune agit donc d’abord comme un révélateur. Très sensible aux forces perturbatrices provenant du Soleil, elle met en évidence les forces de marées du Soleil qui agissent également sur la Terre. Sa théorie des marées apparaît donc comme un corollaire de sa théorie lunaire. Elle en est en quelque sorte une application supplémentaire et peut-être inattendue. Les ténèbres, dont parlait Galilée, sont-elles pour autant dissipées ? Pas vraiment. On le sait, il faudra un demi-siècle pour que la théorie de la gravitation de Newton soit acceptée et que son aspect déconcertant (comment deux masses peuvent-elles s’attirer à distance) s’efface devant son pouvoir calculatoire.

La force génératrice des marées selon Newton
Figure 8. La force génératrice des marées selon NewtonReprésentation géométrique des forces perturbatrices du mouvement de la Lune (figure 121 du livre I des Principia). S est le Soleil, T la Terre, P la Lune et CADB l’orbite de la Lune. L’attraction du Soleil sur la Terre est représentée par le segment NS et l’attraction du Soleil sur la Lune par le segment LS qui peut être décomposé en deux parties : LM et MS. Les forces de marées solaires sont représentées par les segments LM et MT.

Conclusion

Que nous apprend cette histoire ? Que peuvent dire les savants lorsque le concept de base pour appréhender un phénomène n’a pas encore été découvert ? Beaucoup de choses ! Kepler reste sur le seuil en croyant avoir fait tout le chemin, Galilée se méprend et est persuadé du bien fondé de sa théorie, Descartes invente une « pure fiction ». Qu’il est facile de se laisser abuser ! Mais si ces premières tentatives d’explication sont vaines, la question des marées n’en a pas moins été déterminante. En suggérant un lien possible entre le mouvement des eaux, la Lune et, dans une moindre mesure, le Soleil, les marées ont éclairé sous une lumière légèrement différente le problème de l’attraction mutuelle des astres et préparé la gravitation universelle. En résistant à l’interprétation des savants, elles ont représenté un formidable défi et une puissante source d’interrogations et de recherches. Elles ont également permis de soulever des divergences de points de vue sur l’action à distance d’un astre qui, avec Newton, éclateront au grand jour. Mais pour qu’une solution soit trouvée, il aura fallu une invention déroutante et inattendue : l’attraction universelle de la matière. Est-ce une surprise de ce type qui nous attend avec la résolution des énigmes de l’astronomie actuelle ? L’histoire le dira…


[1] Galileo Galilei, Dialogue sur les deux grands systèmes du Monde, Paris, Seuil, 1992, p. 604-605.

[2] L’article repose sur les travaux de Pierre Duhem : P. Duhem, Le Système du Monde., Paris, Hermann, 1958. Tome II, p. 267-390 ; Tome III, p. 112-125 ; Tome IX, p. 7-78 et P. Duhem, La théorie physique, son objet, sa structure, Paris, Riviere et Cie, 1906. Réédition Vrin, 2007. Nous utilisons le texte mis en ligne à l’adresse suivante : http://www.ac-nancy-metz.fr/enseign/philo/textesph/duhem_theorie_physique.pdf.

[3] Germaine Aujac, Strabon et la Science de son temps, Paris, Les Belles Lettres, 1966., p.285, note 3.

[4] Pierre Duhem, La théorie physique, son objet, sa structure, op. cit., p. 189.

[5] Pierre Duhem, La théorie physique, son objet, sa structure, op. cit., p. 195.

[6] Pierre Duhem, La théorie physique, son objet, sa structure, op. cit., p. 191.

[7] Galileo Galilei, Dialogue sur les deux grands systèmes du Monde, op. cit., p. 633.

[8] Galileo Galilei, Dialogue sur les deux grands systèmes du Monde, op. cit., p. 652.

[9] Galileo Galilei, Dialogue sur les deux grands systèmes du Monde, op.cit., p. 612-613.

Voir par ailleurs:

A propos de l’affaire Galilée
René Taton François Russo Pierre Costabel
Revue d’histoire des sciences Année 1984 37-3-4 pp. 313-324
Référence bibliographique

Le 350e anniversaire du procès de Galilée et de sa condamnation par le Saint-Office a suscité en 1983 un vaste mouvement d’intérêt en faveur des recherches sur la vie et l’œuvre du grand Florentin, mouvement d’intérêt illustré en particulier par le grand Congrès international d’Etudes gali- léennes organisé du 18 au 26 mars 1983 à Pise, Venise, Padoue et Florence sur le thème « Novità celesti e crisi del sapere ». C’est ainsi que P. Acloque a évoqué dans notre revue certains aspects historiques du phénomène des marées, principal élément utilisé par Galilée en faveur de la thèse héliocentrique (1). En plus des actes du Congrès italien récemment publiés (2), plusieurs ouvrages importants ont été édités à cette occasion, dont le plus discuté, sinon le plus marquant, est celui de Pietro Redondi, Galileo eretico. En utilisant un document inédit découvert par lui en juin 1982 dans les archives du Saint-Office, cet auteur tente en effet de montrer que la véritable raison de la condamnation de Galilée réside non dans le prétexte évoqué de son copernicianisme militant, mais dans son adhésion à l’ato- misme démocritéen, doctrine jugée par l’Eglise incompatible avec le dogme eucharistique de la transsubstantiation. Cette thèse ayant suscité d’ardentes prises de position, soit pour l’appuyer, soit pour confirmer le point de vue traditionnel, nous avons jugé utile de publier les opinions de deux auteurs ayant une connaissance approfondie de l’histoire des sciences du XVIIe siècle et de l’histoire de la théologie, le P. François Russo et le P. Pierre Costabel. Sans intervenir à nouveau dans ce débat, P. Redondi, à la suite, complète ce dossier en présentant une traduction française, publiée en 1980 par Mme Ch. Chauviré, de l’ouvrage même de Galilée sur lequel s’appuie sa thèse, le Saggiatore de 1623, traduction passée jusqu’alors presque inaperçue.

Enfin, sous l’impulsion de sa plus haute autorité, le pape Jean-Paul II, l’Eglise est à son tour intervenue dans le débat en suscitant la publication de deux ouvrages consacrés à Galilée et aux causes, circonstances et conséquences de sa condamnation par le Saint-Office en 1633.

Le premier de ces ouvrages est un recueil d’articles écrits à la demande d’une commission pontificale créée par Jean-Paul II afin de marquer la volonté de l’Eglise de réexaminer le cas Galilée et de tenter d’apaieer le débat engagé à son sujet depuis trois siècles et demi (3). Voici le sommaire de cet important recueil réunissant à des études de caractère réellement scientifique des articles visant à expliquer, justifier ou minimiser le rôle joué par l’Eglise dans ce drame exemplaire de l’histoire scientifique.

Le second de ces ouvrages est un recueil de textes originaux, en partie inédits, concernant directement ou non le procès de Galilée (4). S’agit-il là de la publication intégrale des documents du procès que tous les historiens attendent avec impatience, publication qui permettrait d’espérer que dans un proche avenir les chercheurs pourraient avoir accès à l’ensemble des archives du Saint-Office ? Ou s’agit-il simplement de la révélation de certains documents parmi d’autres qui resteraient à découvrir? Seule une étude approfondie du dossier et sa confrontation attentive avec l’ensemble des documents déjà connus permettront de juger de l’originalité et de l’importance réelle de cet ouvrage que, pour compléter ce dossier galiléen, nous avons cependant tenu à signaler avant même d’avoir pu le consulter.

Deux opinions sur un ouvrage controversé (5)

1.

D’une part, une large originalité, une très riche et pertinente érudition, d’autant plus digne d’admiration que l’auteur est né en 1950, un grand intérêt des questions traitées au sujet et autour de Galilée, une grande clarté d’exposition. D’autre part, une thèse insoutenable. Telle est l’impression paradoxale que nous a donnée la lecture de cet ouvrage dont, par ailleurs, un titre, assurément « accrocheur », une fois de plus évoque mal le contenu.

Voici cette thèse. La condamnation de Galilée pour son copernicianisme n’est que la couverture d’un grief bien plus grave, savoir une théorie atomiste de la matière, exposée surtout dans le Saggiaîore (1623), qui conduit à nier le dogme catholique de l’Eucharistie. En fait, Galilée a été condamné non pour ce qui n’était qu’une « hérésie inquisitoriale, disciplinaire, mais pour une autre trahison » (p. 413) absolument différente de la condamnation copernicienne qui n’a été qu’ « un accident de parcours, un malentendu » (p. 418).

Si nous refusons radicalement cette thèse, ce n’est aucunement parce qu’elle dérange singulièrement nos vues habituelles sur l’affaire Galilée, mais parce que, tout ce que l’on sait de l’affaire Galilée, et, finalement, on en sait beaucoup, s’y oppose, et que l’argumentation de l’auteur n’est absolument pas convaincante.

Elle réside essentiellement en ces points :

— La question de l’Eucharistie préoccupait alors l’autorité suprême de l’Eglise beaucoup plus que le copernicianisme, dont, en somme, elle était prête à s’accommoder. Pour la théologie officielle de l’époque, qui s’appuyait sur la philosophie aristotélicienne, l’atomisme conduisait nécessairement à la négation de la présence réelle. Ce à quoi nous répondrons que, si, effectivement, Galilée a soutenu dans le Saggiatore une doctrine atomiste, il n’y a pas traité de l’Eucharistie, ce que d’ailleurs reconnaît P. Redondi, et que — hors la question du copernicianisme, alors abusivement considérée comme théologiquement inacceptable — il a toujours manifesté une pleine adhésion à la foi catholique, à tous ses dogmes.

Certes, surtout du fait des thèses protestantes condamnées par le Concile de Trente, l’Eucharistie a été l’un des thèmes majeurs du combat de l’Eglise pour la défense de la foi catholique. Et les jésuites, spécialement tenus par vocation au soutien des autorités romaines, ont beaucoup œuvré en ce sens, notamment le fameux P. Grassi dont nous reparlerons plus loin. Mais cet état de choses n’implique aucunement que le copernicianisme n’ait pas été à l’époque un grave sujet d’inquiétude pour les autorités romaines.

— Dans une lettre adressée à Galilée par un de ses amis, il est dit que les autorités romaines examinent présentement « i vostri libri » (p. 313). Selon P. Redondi, ce pluriel montrerait que ce n’est pas seulement le Dialogo (1632) qui était visé, comme le voudrait la thèse classique sur le procès, mais en plus, et surtout, le Saggiatore où ne se trouve rien sur le copernicianisme, mais où des vues atomistes tiennent une assez large place. A cela nous répondrons que, déjà dans son livre sur les taches solaires (1613), Galilée manifestait sa faveur pour les positions de Copernic, ce qui suffit à justifier ce pluriel qui, d’ailleurs, pouvait concerner également la fameuse lettre à Castelli (1615), elle aussi en faveur de Copernic, et qui, du fait de sa large diffusion, peut apparaître comme constituant un écrit public, donc, d’une certaine manière, être considérée comme un livre. D’ailleurs, il est normal que, même si un seul de ses ouvrages est visé, ceux qui ont à juger la doctrine d’un auteur examinent aussi les autres ouvrages, y compris ceux qui, jusque-là, n’ont pas été soupçonnés de porter atteinte à la juste doctrine.

Finalement, ce « pluriel » ne prouve aucunement que c’est non pas le copernicianisme de Galilée, mais son atomisme qui aurait été la cause véritable de sa condamnation.

— Plus gravement et plus fondamentalement, nous ne voyons absolument pas comment P. Redondi peut soutenir que la mesure prise contre Galilée était dans son expression « purement inquisitoriale et disciplinaire », alors que le texte de la condamnation comporte principalement ce passage .

« La proposition que le Soleil est au centre du monde et immobile d’un nouvement local est absurde, fausse en philosophie et formellement hérétique (c’est nous qui soulignons), parce qu’elle est expressément contraire à la Sainte Ecriture. »

On peut certes reprocher au Saint-Office ses prises de position, mais il est extrêmement difficile de soutenir qu’elles ne sont pas conformes à leur formulation publique, d’autant qu’il s’agit ici de dispositions qui ont été approuvées par le pape. D’ailleurs, tout le contexte historique de l’affaire Galilée manifeste que, dès le procès de 1616 — où Galilée n’était pas directement mis en cause, mais où il l’était cependant indirectement — , le copernicianisme a été considéré par les autorités romaines et leurs conseillers comme une question qui mettait gravement la foi en péril. Aussi ne peut-on conclure, comme le fait P. Redondi, que, lorsque Urbain VIII a déclaré que les thèses de Galilée posaient de graves questions pour la foi, il ne pouvait pas s’agir du copernicianisme (p. 322).

— Si, en fait, le grief majeur du Saint-Office à l’égard de Galilée avait été sa doctrine sur l’Eucharistie, on ne voit pas pourquoi cette instancen’aurait pas condamné Galilée explicitement à ce titre, alors qu’elle l’a fait pour plusieurs théologiens contemporains soutenant les mêmes thèses atomistes, pourquoi elle aurait préféré une « punition indirecte » (p. 415). A ce sujet, P. Redondi ne nous éclaire aucunement.

— P. Redondi fait état d’un document anonyme, demeuré jusqu’ici ignoré, qu’il a été autorisé à consulter en juin 1982 aux Archives du Saint-Office. Ce document, non daté, mais qui est à peu près sûrement de 1624, dénonce le Saggiatore comme un ouvrage mettant gravement en cause le dogme catholique de l’Eucharistie. Or, P. Redondi croit démontrer que cette dénonciation est due au P. Grassi, professeur au Collège romain, qui était un des jésuites les plus en vue à Rome.

Sans doute, ce document, dont la découverte est due à la sagacité de P. Redondi, ne manque pas d’intérêt. Il manifeste l’importance qu’avait à l’époque, du point de vue religieux, le débat sur la question de l’atomisme. Cependant, nous avons bien d’autres preuves de cette importance, lesquelles sont d’ailleurs relevées par P. Redondi. Et nous devons ajouter que, d’une part, une dénonciation au Saint-Office n’entraîne pas nécessairement un procès, et que, d’autre part, P. Redondi semble ignorer que de telles dénonciations ont été et sont aujourd’hui encore monnaie courante. Elles informent certes — bien ou mal — le Saint-Office, qui a maintenant pour désignation « Congrégation pour la doctrine de la Foi », mais, pour une large part, elles ne sont pas retenues. Aussi, finalement, si méritoire qu’elle soit, cette découverte ne nous semble pas constituer un argument en faveur de la thèse de P. Redondi.

Nous espérons que l’auteur ne nous en voudra pas de lui avoir ainsi exprimé notre radical désaccord sur sa thèse, d’autant que, élaborant cet ouvrage pour la démontrer, il a été conduit, mais débordant parfois sensiblement son sujet, à traiter nombre de questions d’un grand intérêt, et ceci de façon claire, pénétrante et juste, ce qui fait de cet ouvrage l’une des contributions récentes les plus remarquables à une meilleure connaissance de la vie et de l’œuvre de Galilée. Parmi ces questions, retenons les plus importantes :

— Les débats sur l’Eucharistie au début du XVIIe siècle et aussi au Moyen Age. Certes, cette question a déjà fait l’objet de nombreux travaux. Mais P. Redondi a le mérite de nous en présenter une synthèse claire et intelligente, dont nous ne connaissons pas d’équivalent et qui comporte un certain nombre d’éléments originaux.

— L’atomisme au XVIIe siècle dans les milieux intellectuels de Rome. Cette doctrine affirmait notamment que la lumière et la chaleur sont dues à des mouvements d’atomes. Mais une philosophie naturelle d’inspiration aristotélicienne a conduit — on l’a dit — la théologie officielle à considérer l’atomisme comme incompatible avec la foi catholique en ce qui concerne l’Eucharistie.

Notons à ce propos que cette doctrine officielle, qui liait si étroitement et, ne craignons pas de le dire, si fâcheusement, la théologie à la philosophie naturelle — et quelle philosophie naturelle ! — , devait fort heureusement être contestée dès cette époque par un certain nombre de théologiens, ainsi le cardinal de Bérulle, comme l’a si bien montré le P. Costabel au Congrès galiléen de 1983 en Italie. Ces théologiens avaient compris, ce qui devait l’être encore mieux par la suite, qu’une saine théologie ne devait certes pas ignorer la philosophie naturelle, mais qu’elle ne devait pas s’y asservir ainsi qu’elle le faisait alors, faute d’avoir exactement reconnu le caractère propre de sa démarche.

— Plus largement, une évocation très vivante et très éclairante, spécialement en ce qui concerne les relations de Galilée avec le milieu romain partisan de la « philosophie nouvelle ». Cette philosophie entendait essentiellement se dégager du cadre aristotélicien et tenir compte des progrès alors si remarquables des connaissances scientifiques. Déjà Favaro avait apporté nombre d’informations à ce sujet. Mais, à plusieurs égards, P. Redondi traite cette question de façon plus complète.

— L’attitude des Jésuites à l’égard de ces doctrines et, à ce point de vue, à l’égard de Galilée. Ayant pu avoir accès aux Archives romaines de la Compagnie de Jésus, P. Redondi nous apporte beaucoup d’informations, du plus grand intérêt et souvent originales, sur nombre de théologiens jésuites, spécialement le P. Grassi, déjà mentionné, et sur le Collège romain qui était alors un foyer intellectuel d’un grand rayonnement et où, d’ailleurs, a longtemps résidé et enseigné le P. Grassi. Rappelons que l’opposition entre le P. Grassi et Galilée a son origine dans le Saggiatore où, avec un talent qui a fait de cet ouvrage son chef-d’œuvre littéraire, Galilée s’en prend à la théorie des comètes que le P. Grassi avait exposée dans un ouvrage publié en 1619, à la suite de l’observation de trois comètes en 1618, et où d’ailleurs il affirmait leur réalité alors qu’elles n’étaient pour Galilée qu’une illusion d’optique. Mais, en fait, la question des comètes est très tôt devenue secondaire. C’est avant tout l’atomisme que professait Galilée qui devait retenir l’attention, entraînant les vives polémiques évoquées plus haut.

Achevant ce compte rendu, nous ne pouvons nous empêcher de comparer le destin de l’ouvrage de P. Redondi à celui de l’in-folio du jésuite Grégoire de Saint-Vincent, Problema austriacum (1647), qui vise la quadrature du cercle, mais où, pour cette fin si vaine, l’auteur a été amené à de nombreuses vues et à des résultats remarquables qui devaient notamment être pris en compte, comme on le sait, par Pascal et Leibniz.

François Russo, s.j.

2.

L’auteur de ce livre suggestif était déjà connu comme découvreur de documents ignorés, historien des sciences et philosophe de l’analyse fine, il le sera désormais pour son talent d’écrivain et l’étendue de sa culture. C’est en quelques mois que, sur la piste ouverte par un texte tiré des Archives du Saint-Office, en juin 1982, il a construit cet ouvrage de 460 pages qui restitue avec art et références l’atmosphère hautement colorée de la société italienne et de l’Eglise romaine dans la décennie où se noue l’affaire Galilée.

Nul doute que le fait d’écrire dans sa langue maternelle a permis à Pietro Redondi de tenir le délai très court pour publier dans l’année où les manifestations diverses, suscitées par le 350e anniversaire du procès de Galilée, favorisaient l’attention, et il est clair qu’U a eu raison de compter avec ces circonstances. Le message de son livre a été mieux entendu et les critiques qu’il a soulevées en témoignent tout autant que les approbations.

Dans la perspective traditionnelle, admise par tous les commentateurs antagonistes, l’affaire Galilée est celle de la cosmologie nouvelle en butte à l’opposition de l’Eglise, et en attendant la publication intégrale des pièces du procès, annoncée par le Vatican, ce que l’on sait de ces pièces ne semble pas indiquer que le débat ait mis en jugement autre chose que la cosmologie et ce qu’elle implique, de près ou de loin. Aussi en révélant que par la publication du Saggiatore (1623) Galilée a été jugé suppôt d’hérésie pour de tout autres raisons que la cosmologie, P. Redondi introduit une donnée nouvelle, intéressante à coup sûr et qui heurte par sa nouveauté même.

Le texte découvert dans les Archives du Saint-Office par Redondi est incontestable, c’est une dénonciation : l’atomisme de Galilée ne fait aucun doute après le Saggiatore et cette philosophie est incompatible avec la doctrine de l’Eucharistie. P. Redondi s’efforce de démontrer que l’auteur de cet argument n’est autre que le jésuite Grassi — en controverse avec Galilée à propos des comètes — et prouve que l’écho de la dénonciation figure dans des ouvrages imprimés en 1626 et 1677. L’éloignement de ces deux dates est significatif : dans les collèges jésuites de Rome et de Florence un argument jusqu’ici inconnu, contre Galilée, a été utilisé durablement. Tels sont les faits indéniables.

P. Redondi a sans aucun doute été moins heureux dans sa quête d’indices qui permettraient d’assurer que le parti Grassi a joué un rôle occulte mais considérable dans l’organisation de la conduite du procès de 1633. Le procès n’a-t-il été qu’une façade ? Le dire constitue une extrapolation audacieuse mais outrancière dans l’état actuel de la documentation. Redondi s’est exposé ainsi à la critique. On peut se demander cependant si le fait d’aller aussi loin dans la conjecture n’était pas en définitive utile pour éviter que les faits ci-dessus mentionnés ne soient trop aisément renvoyés à classement.

La tentation de classer ne manque pas de motifs. Comment espérer après trois siècles et demi faire vraiment la preuve de manœuvres souterraines, lesquelles ne pouvaient en l’occurrence que viser un procès de tendance puisque Galilée n’a jamais rien exprimé au sujet de l’Eucharistie.

Pourtant P. Redondi a ouvert un chantier qui intéresse aussi bien les historiens des sciences que les théologiens. Car est-il bien vrai, d’abord, que l’atomisme de Galilée allait, comme l’affirmait le dénonciateur, jusqu’à concevoir que les particules et leur disposition dans une structure géométrique rendent compte de toute la nature et des propriétés physiques de telle ou telle matière ? Et n’était-ce pas le dénonciateur lui-même qui, paradoxalement, avait une vision prophétique de l’atomisme ? Ce sont des questions qui méritent d’être posées, et il y en a d’autres pour les théologiens.

Une distinction importante a échappé à P. Redondi. Le dogme tridentin concerne, contre la Réforme protestante, la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie, et la transsubstantiation n’est qu’une explication adjointe que le Concile de Trente a adoptée comme la plus apte, dans un scrutin tourmenté. La proposition d’une explication physique de la présence réelle s’est heurtée à une opposition, minoritaire mais vigoureuse, et il serait bien extraordinaire que cette opposition ait été sans lendemain. Sans aucun doute l’adoption du Canon a durablement réduit à la clandestinité toute expression contraire, et il y a encore trente ans ce n’est que dans un ouvrage hors commerce qu’un théologien jésuite pouvait reprendre les thèses qui auraient dû prémunir le Concile de Trente : celles de saint Bonaventure, que P. Redondi n’a rencontré que sur des questions mineures. Il semble cependant qu’aujourd’hui il devrait être possible d’en discuter ouvertement, et, si le débat concerne au premier chef la théologie catholique, il est évident que celle-ci aurait le plus grand intérêt à accepter un approfondissement de l’enquête historique.

Il y a en effet analogie indéniable entre les problèmes posés par le géocentrisme et la transsubstantiation. Dans les deux cas, c’est le rapport de la foi chrétienne avec le discours rationnel, informé par la philosophie et la science, qui est en cause. Si l’on se réjouit de trouver dans l’histoire motif de dégager la conscience religieuse de connexions étroites et indues, comme cela a lieu dans le premier cas, il importe dans le second cas de se demander si le même désengagement ne s’impose pas.

Dans le Saggiatore, le style du discours scientifique galiléen visant l’effet psychologique et artistique prend tout son éclat, au mépris de l’organisation logique — ce qui provoqua tellement l’irritation de Descartes. Syllogismes, apologues, citations littéraires, allusions personnelles, métaphores denses de tension poétique : un « entrelacement de fils » du discours, ainsi que le définissait Italo Calvino dans un séminaire tenu récemment à I’ehess sur « La métaphore et le récit chez Galilée ».

Les pamphlets et les dialogues de Galilée visent à convaincre le lecteur de la véracité des nouvelles conceptions du monde, mais aussi à éveiller en lui des sentiments nouveaux, peut-être encore imprécis, mais intenses. En le détournant de la mentalité érudite, du culte de l’autorité, ils visent à délivrer le lecteur de l’attitude d’esprit ancienne envers la nature et lui-même.

Cette volonté triomphe dans le Saggiatore sous les allures d’un manifeste intellectuel, mais aussi sous la forme littéraire baroque d’une parodie étincelante des commentaires scolastiques. C’est un pamphlet scientifique et philosophique irrévérencieux contre un adversaire masqué, qui n’était rien moins que le professeur de mathématiques du puissant Collège romain de la Compagnie de Jésus. S’il faut, certes, bien connaître les nuances de la langue toscane et les réminiscences de la littérature italienne de la Renaissance pour savourer et la beauté et la férocité de ce jeu littéraire émaillé de références et d’ironies, certains passages du livre — le Carnaval de Rome, l’apologue du chant de la cigale, la métaphore célèbre du livre de l’Univers — ont une force poétique et conceptuelle immédiate, universellement accessible qui s’est durablement maintenue jusqu’à aujourd’hui.

On ne connaît généralement du Saggiatore que ces quelques passages et les circonstances de la polémique sur les comètes qui suscitèrent cet ouvrage d’humeur et d’exception. Rares ont été, même chez les biographes et les’ commentateurs, ceux qui ont lu l’intégralité de ces 53 paragraphes contenant chacun une section de l’ouvrage cible (la Libra, à savoir à la fois la balance et la constellation de la Balance, de Sarsi, alias le P. Grassi, de 1619) et le commentaire galiléen correspondant. La polémique incessante, les discussions méticuleuses autour de micro-controverses souvent confuses sur des questions allant de l’observation télescopique, à la position et à la nature des comètes, des problèmes de la connaissance à ceux de la constitution de la matière, des ironies aux jeux de mots, font du Saggiatore un amalgame. S’il émerveillait les contemporains, habitués à la prolixité et à l’hétérogénéité des traités de controverses, aujourd’hui, au contraire, on a pris l’habitude de sélectionner. Malgré les mérites du style, en effet, la lecture continue d’un tel pamphlet paraît interminable.

Il faut donc saluer l’effort de Mme Chauviré qui nous livre ici pour la première fois une traduction intégrale du Saggiatore, avec une présentation historique et critique et une riche série de notes bibliographiques. Et il faut d’autant plus féliciter cet effort courageux et stimulant que les études galiléennes en France languissent, au point que même cette première traduction est restée si discrète qu’elle est passée pratiquement inaperçue. Mais l’initiative étant importante et bien conçue, il est souhaitable que cette édition soit davantage connue, peut-être par une réédition améliorée.

La traduction abandonne la structure originale qu’avait le livre, sous l’inspiration de l’édition Favaro {Opere, vol. VI, 19332), mais également d’après le critère adopté par S. Drake dans sa traduction américaine dans Controversy of Cornets of 1618 (Philadelphia Univ. Press, 1960), critère qui consiste à regrouper en tête d’ouvrage les sections de la Libra citées par Galilée. A vrai dire, ce critère ne se justifiait que dans le cas des exigences spéciales de l’édition Favaro. Il est par contre regrettable ici que le lecteur soit artificiellement obligé de réunir à nouveau les textes correspondants, par une consultation que l’absence d’un système de renvois rend encore plus pénible. La réédition italienne la plus récente et la plus rigoureuse donnée par Libero Sosio (Feltrinelli, Milan, 1965) qui reproduit la structure originale du pamphlet et son allure de commentaire telle que Galilée l’avait voulue, aurait pu servir avantageusement de modèle.

Il était difficile de rendre en français certaines caractéristiques du style du Saggiatore, ainsi que le titre — désignant à la fois un trébuchet et un essayeur (voir à ce sujet l’apostille de Galilée, Opere, vol. VI, p. 381) — le révèle à lui seul, et peut-être même impossible à certains endroits. Mais si des lacunes stylistiques étaient inévitables, des défauts philologiques qui touchent à des points délicats du vocabulaire philosophique pourront être facilement éliminés. Ainsi, quand il s’agit du célèbre credo gnoséologique et corpusculaire du 48e paragraphe, la traduction de primi acddenti par « qualités premières », de accidente par « qualité », de particelle minime par « particules infimes », de affezione par « sensation » (p. 242 s.) ne semble pas la plus heureuse.

La préface de Mme Chauviré présente sous un jour considérablement renouvelé la polémique très connue sur le problème des comètes. Car l’auteur a reconstitué pour la première fois le dossier de cette difficile énigme astronomique en remontant aux textes de Mástlin, Kepler et Tycho Brahé, ce qui lui permet de mesurer les dimensions historiques réelles de l’erreur de la thèse défendue dans le Saggiatore et de légitimer ensuite l’analyse critique du problème des raisons profondes d’une telle thèse erronée.

Hors de toute tentation hagiographique, comme celle qui fait encore dire à des commentateurs que, malgré tout, Galilée avait peut-être eu moins tort que son adversaire ou, au plus, tout aussi tort que lui, l’auteur fait preuve d’une sensibilité critique avisée en reconnaissant les causes implicites du conservatisme du Saggiatore en matière d’astronomie comé- taire. Son explication rejoint d’une manière très persuasive celle déjà avancée par William Shea dans The Galileo’s Intellectual Revolution (mais que l’auteur ne semble pas connaître), à savoir l’hypothèse que Galilée devait tenir pour irrecevable a priori la théorie tychonienne des comètes ayant des orbites abstruses pour maintenir le dogme copernicien des mouvements circulaires et uniformes du ciel- Mais si pour l’épistémologue « le problème essentiel de l’Essayeur » est celui « du choix motivé — et sans doute rationnel — d’une théorie des comètes étrangement fausse et rétrograde » (p. 15), on s’attendrait à voir poursuivre jusqu’au bout la question du comportement méthodologique rationnellement assumé par Galilée pour sauver l’intégralité de la doctrine copernicienne de toute invalidation possible, de toute menace à venir.

L’auteur préfère aborder une autre question : « En quoi, apportant une réponse fausse et rétrograde au problème des comètes, l’Essayeur a-t-il pu contribuer efficacement à l’avènement de la science classique ? » (p. 27). Ce ne sera point sur le terrain de la physique qui occupe pourtant tellement de pages du livre. Car le Saggiatore est encore affecté par le concept à l’impetus et surtout par celui d’atome « que Galilée exclura par la suite de son vocabulaire », ces atomes démocritéens, ces « fragments de matière physiquement indivisible qui ne préfigurent que d’assez loin , les indivisibles des Discorsi, qui ne sont indivisibles que géométriquement » (p. 33). Pas plus que l’atomisme, la distinction entre « qualités premières et qualités secondes n’est d’ailleurs philosophique que dans une certaine mesure » (p. 34) ; ainsi la métaphore du livre de l’Univers ne saurait être platonicienne.

En dépit de réponses originales fournies à la physique par ce texte de polémique et en attendant les Discorsi, « c’est bien sur le terrain de la philosophie que l’Essayeur compense ce qu’il perd du côté de l’histoire des sciences » (p. 35). Soumission du réel à la raison mathématique, critique de l’autorité et de la perception brute, dénonciation de l’aristoté- lisme, idée de refonte et de remise en question du savoir. Par ce riche apport philosophique, le Saggiatore apparaît comme le reflet d’une lutte perpétuelle entre les obstacles d’un passé périmé et la nouvelle représentation mathématique qui se fait jour.

Un bilan aussi satisfaisant, pour l’histoire récurrente du « paradoxe » du Saggiatore suscite inévitablement des curiosités pour le cadrage et les détails. Une première curiosité est légitimée par une courte note (p. 56) où l’auteur nous dit rapidement que Galilée voudra par la suite éviter prudemment le terme « atome » pour ne pas tomber dans l’accusation de matérialisme. Evidemment, s’il en est ainsi, la question de l’échec de l’atomisme changerait considérablement, car il s’agirait davantage d’une menace externe, que d’un obstacle interne. Et deuxièmement, pour bien saisir le lien entre « le vrai et le faux » noués dans leur contexte historique précis, ainsi que l’auteur le fait, ne fallait-il pas laisser aussi le droit de réponse au protagoniste direct du Saggiatore, à savoir ce malchanceux adversaire jésuite du Collège romain ? En 1626, il publiera sa réponse, la Ratio ponderum Librae et Simbellae, dûment lue et annotée par Galilée sur le ton le plus injurieux. Mais, comme dans presque toute la tradition critique du Saggiatore, cette dernière pièce de la polémique n’a droit qu’à une citation fugitive.

Galilée ne cesse de persuader ses lecteurs que l’adversaire était, de toute manière, dépourvu de tout argument digne de foi.

Voir enfin:

Rodney Stark et la sociologie religieuse américaine

Une stimulation pour la recherche historique européenne
Rodney Stark and the American religious sociology, A stimulation for the European history research
Frédéric Schwindt
Revue de l’histoire des religions

La réélection de George W. Bush, le développement des courants évangéliques à l’échelle mondiale, les succès d’éditions d’ouvrages sur Billy Graham ou la Bible Belt (voir la traduction de Au pays de Dieu de Douglas Kennedy1), mais aussi en France la question du culte musulman, du voile, de la réforme de la loi de 1905 (après celle jadis avortée de la loi Falloux) accompagnent le retour de Dieu comme thème politique, littéraire ou journalistique. Le sujet tend à devenir un véritable marronnier. En nous limitant seulement à l’hexagone, pas un jour en effet sans que ne soit annoncé un dossier dans un mensuel. Les auteurs les plus en vue, les académiciens, Jean-Marie Rouart2 en premier lieu, donnent le ton. En trois ou quatre ans, plus d’une dizaine de revues ont été lancées, la plupart pour le grand public. À l’exemple du journal Le Monde, avec Le Monde des Religions, certains quotidiens n’hésitent plus à publier une version dérivée. Il y a quelques années, leurs dirigeants auraient eu peur de prendre un tel risque financier, mais aujourd’hui l’opération est devenue très profitable. Enfin, les hommes politiques commencent à se mêler à la discussion suite à l’exemple donné par Nicolas Sarkozy3. Ce début du xxie siècle connaîtrait-il, comme la fin du xixe, une crise de conscience qui avait vu Paul Claudel, derrière son pilier de Notre-Dame, et toute une génération se convertir, de Péguy à Ernest Psichari et de Joris-Karl Huysmans ou Maritain à Jacques Rivière ? Régis Debray ne théorise plus le Foco, le foyer d’insurrection guevariste, mais il accumule les analyses érudites du fait religieux4. Mieux, dans la préface d’un de ses ouvrages, le romancier, historien et ancien ministre Max Gallo raconte son retour à la foi à l’occasion du baptême du fils du précédent 5. On se croirait revenu à la vague de la fin du xixe siècle mentionnée ci-dessus6. On s’interroge, on se félicite ou on s’inquiète sans toujours se rendre compte que ce « revival » avait été annoncé par certains scientifiques alors même que la plupart des spécialistes glosaient sur la « sécularisation » des sociétés modernes. La mort de Dieu avait peut-être été trop vite présentée comme acquise7. En tout état de cause, le sujet est aujourd’hui âprement disputé.

  • 8 Alan Wolfe, The transformation of American Religion: How We Actually Live Our Faith, Chicago, Unive (…)

2Le sociologue Alan Wolfe (Boisi Center for Religion and American Public Life du Boston College) nous décrit une Amérique modérée et en voie de sécularisation, bien loin de l’image renvoyée par les médias ou la personne du président des États-Unis8. Il insiste notamment sur les progrès de l’incroyance ou sur le fait que près des deux tiers des Américains sont incapables de réciter cinq des dix commandements. Il est en effet aujourd’hui possible, aux États-Unis, d’assumer publiquement son incroyance (peut-être parce que cela engendre une « tension » valorisante entre l’incroyant et la société ambiante). Même dans les milieux conservateurs, la religion est du reste de plus en plus conçue sur un mode individuel, une sorte de thérapie ou un outil de réalisation personnelle.

  • 9 Rodney Stark, « Secularization: The Myth of Religious Decline », Fides et Historia 385, 1999, p. 28 (…)
  • 10 Rodney Stark, Exploring the Religious Life, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2004.

3Tout aussi critique que lui, Rodney Stark présente une vision complètement inverse, rétive à l’idée de sécularisation et qui insiste sur le temps long9. Au cours des ans, il est devenu l’un des plus importants auteurs anglo-saxons en sociologie et en histoire comparée des religions, ainsi que le chef de le d’une importante école. Il y a peu, il revenait sur une carrière de plus de quarante ans en faisant le bilan de ses recherches dans Exploring the Religious Life10.

  • 11 Rodney Stark & Massimo Introvigne, Dio è Tornato – Indagine sulla rivincita delle religioni in Occi (…)
  • 12 Rodney Stark, One True God: Historical Consequences of Monotheisms, Princeton, Princeton University (…)

4Abondement cité ou combattu au Québec, aux Pays-Bas, en Belgique ou en Suisse – il vient de publier un livre avec Massimo Introvigne en Italie11 – il demeure pourtant largement ignoré en France (même si le dernier rapport parlementaire sur les sectes mentionne ses travaux). Cette méconnaissance sera peut-être palliée par la traduction prochaine d’un de ses ouvrages en français12. La répugnance de la recherche française à son endroit provient surtout de ce que Rodney Stark est le vulgarisateur de deux importantes théories venues des sciences économiques et appliquées par lui et ses élèves à l’étude de la religion. Il utilise en effet largement la théorie du choix rationnel et de l’économie de l’offre, alors que l’Europe et la France demeurent attachées au dogme de la sécularisation irrémédiable des sociétés modernes, mariées à l’irrationalité des comportements religieux.

Rodney Stark

  • 13 Rodney Stark, The Rise of Christianity: A sociologist reconsiders History, Princeton, Princeton Uni (…)
  • 14 Version numérique accessible sur : http://www.religjournal.com
  • 15 Aujourd’hui professeur de sociologie à l’université d’Etat de Pennsylvanie. Pour une bibliographie (…)
  • 16 Rodney Stark, « A Note on the Reliability of Historical U.S. Census Data on Religion », Sociologica (…)
  • 17 Rodney Stark, The Victory of Reason: How Christianity Led to Freedom, Capitalism, And Western Succe (…)
  • 18 Rodney Stark & Roger Finke, Act of Faith – Explaining the human face of Religion, Berkeley – Los An (…)

5Né en 1931, ancien journaliste et correspondant de guerre, chercheur à Berkeley où il soutint sa thèse en 1971, Rodney Stark fut professeur de sociologie et de religions comparées à l’université de Washington à Seattle jusqu’en 2004. Il a depuis accepté un poste de professeur de sciences sociales à l’université Baylor du Texas où vient de se créer un très important centre pluridisciplinaire voué à l’étude des religions. Il y retrouve deux de ses élèves, le sociologue Christophe Bader et l’historien Paul Froese (spécialiste des religions dans l’ancien empire soviétique). Président de l’Association pour la sociologie des religions dans les années 1980, puis chef du département des religions à l’Association américaine de sociologie en 1996-1997, Rodney Stark a obtenu de nombreux prix scientifiques et a été nominé au Pulitzer pour son maître ouvrage sur le développement du christianisme dans l’Empire romain13. Il a également fondé l’Interdisciplinary Journal of Research on Religion14. Il est l’auteur de plus de 150 articles et de 28 livres, traduits dans de nombreuses langues, la plupart en collaboration avec ses élèves, en premier lieu avec Roger Finke, son ancien assistant de Seattle15. Ses préoccupations vont en alternance vers les travaux empiriques et vers de vastes synthèses. Il a ainsi « inventé » une source tout à fait nouvelle pour étudier la question religieuse aux États-Unis depuis l’époque coloniale16 et développé une vieille intuition de Durkheim consistant à rapprocher taux de suicides et foi. Mais Rodney Stark s’est aussi intéressé au monothéisme et il a cherché à dépasser l’idée de Max Weber sur la liaison religion-capitalisme en étendant le propos à l’idée de progrès et aux raisons du succès de l’Occident17. Il est en effet l’un des rares aujourd’hui à tenter de dépasser les enquêtes fragmentaires sur tel ou tel culte, telle ou telle époque et tel ou tel espace géographique au profit d’une vue globale du phénomène religieux18.

L’ancien paradigme : le dogme de la sécularisation

  • 19 Rodney Stark, The Victory of Reason, op. cit.
  • 20 Rodney Stark & Roger Finke, Act of Faith, op. cit., p. 52-53.

6Religion et modernité ne feraient pas bon ménage. Dans un ouvrage récent, Rodney Stark a largement contredit cette affirmation19. En effet, le sociologue aime prendre les problèmes à rebours et casser les certitudes. Il y a quelques années, il a ainsi conduit, avec d’autres, une étude sur les convictions religieuses des universitaires américains en partant du présupposé classique que les spécialistes des sciences dures devraient être les plus détachés de la foi, en tout cas les plus sceptiques. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir chez les mathématiciens et les physiciens le plus fort taux d’adhésion (plus que chez certains membres des départements de théologie) et que ce taux décroissait régulièrement vers les spécialités de sciences humaines ou de littérature20 ! Donc l’opposition entre science et foi n’est peut-être pas aussi tranchée que cela.

7Encore faudrait-il examiner les concepts qui ont servi de fondements à cette théorie. Le progrès technique, l’élévation du niveau de vie, le passage des sociétés holistes aux sociétés individualistes, le développement de la démocratie et du libéralisme entraîneraient irrémédiablement un déclin des religions (il faudrait d’ailleurs distinguer religions et sentiment religieux, ce qui n’est pas exactement la même chose). Or, ceci n’est pas une démonstration scientifique mais la simple généralisation de l’expérience vécue par l’Europe depuis les Lumières puis la Révolution industrielle (quoique les historiens remettent aujourd’hui en cause l’idée d’une adhésion unanime des habitants sous l’Ancien Régime). Mais la sécularisation est maintenant présentée comme un dogme, une évolution obligatoire et inévitable, un modèle universel. Dans la ligne droite de Voltaire, le propos historique ou sociologique est fréquemment contaminé par des jugements de valeur : la sécularisation serait liée au progrès et au bien, la religion à l’obscurantisme supposé des siècles passés. N’était-ce pas l’opium du peuple ?

8La réflexion sur ces problèmes est biaisée par des considérations politiques, que ce soit aux États-Unis par la montée en puissance de la droite fondamentaliste, observée depuis les années 1980, ou en France par la question de la laïcité. Pour prendre un exemple dans l’actualité, afin de montrer que ce débat ne concerne pas que les spécialistes, la question de l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne comporte en elle-même une croyance liée à la théorie de la sécularisation. La croissance économique qui suivrait cette adhésion, le développement des classes moyennes et le progrès de la démocratie permettraient d’y réduire l’influence sociale de l’Islam. On ne fait hélas pas attention au fait que, depuis vingt ans, le taux de croissance moyen de la Turquie est le double de celui de l’Europe de l’Ouest et que cela n’a en rien freiné le développement du fondamentalisme. Pour la Turquie, ce raisonnement sous-estime l’impact de groupes religieux d’origine chiite, comme les Alévis, qui sont des facteurs de stabilité et de progrès (par la valorisation du statut de la femme, de l’éducation ou de la liberté individuelle). Il y a donc là le risque d’un raisonnement circulaire : si les choses se sont déroulées apparemment comme cela, c’est qu’elles ne pouvaient que se passer comme cela. D’où des annonces prophétiques, il y a une trentaine d’années, qui promettaient la disparition des religions, d’abord en Europe puis aux États-Unis avant le début du xxie siècle.

  • 21 Massimo Introvigne & Rodney Stark, « Religious Competition and Revival in Italy: Exploring European (…)

9Or, les travaux les plus récents montrent le retour des croyances même au sein de la vieille Europe. Rodney Stark et Massimo Introvigne peuvent même parler d’un « revival » italien à l’œuvre depuis le début des années 198021. La croyance en l’existence de l’âme a augmenté de 10 %, celle en la vie après la mort ou aux enfers de 15 % (25 % pour les seuls 18-29 ans). Chez les jeunes, l’idée que Dieu n’est pas important dans la vie est même passée de 19 % en 1981 à seulement 8 % en 1999. On note également un retour en grâce de la prière. L’actualité tend donc à détruire le caractère inéluctable de la sécularisation.

  • 22 Alberto Fukuyama, End of History and the Last Man, Free Press, 2006 (dernière édition en date).
  • 23 Jean-Pierre Bastian, Protestantisme en Amérique latine – Une approche socio-économique, Genève, Lab (…)

10En y pensant bien, la théorie de la sécularisation liée à l’idée de progrès est éminemment religieuse. Monisme axiologique, elle conduit en ligne droite d’un point A à un point B fixé d’avance. Que l’on appelle cela bonheur, société parfaite, parousie et jugement dernier ou même fin de l’Histoire dans la perspective d’Alberto Fukuyama (soit l’établissement général de la démocratie et de la société libérale)22, voire même Révolution (Marx reprend le même schéma linéaire), les différences sont faibles. Auguste Comte, dans sa théorie des trois états, posait déjà les bases d’un tel schéma : état magique, état théologique et état positif. N’oublions cependant pas qu’il affectait une « race » à chaque étape et bien sûr que seule la race blanche atteignait le stade scientifique dans son modèle. Il n’est donc pas inutile d’examiner l’origine et les fondements des concepts que nous utilisons couramment pour débattre, parfois sans y faire attention. C’est d’ailleurs le piège dans lequel tombent de nombreux historiens qui reprennent à leur compte des notions issues des sciences sociales (pas toujours en l’avouant d’ailleurs dans leurs notes) sans s’interroger sur le contexte dans lequel ils ont été conçus. Dans la lignée de la théorie de la sécularisation, la crise de l’Église catholique, la chute de la pratique avec celle des ordinations dans le monde occidental sont généralement analysées comme la conséquence d’une inadéquation à la société moderne. La seule réponse possible consisterait en une série d’aggiornamento remettant en cause le gouvernement monarchique de l’Église, sa structure centralisée, son dogme, sa morale, etc. Or, depuis Vatican II, l’influence du catholicisme continue de diminuer en Europe. Les pays du Sud occupent un poids de plus en plus important, en Amérique latine notamment. Mais même là, le catholicisme est de plus en plus concurrencé par les Églises évangéliques ou les cultes syncrétiques. Or, il apparaît que ces religions nouvelles se développent parce qu’elles remplissent des fonctions que le catholicisme a abandonnées, notamment dans le domaine de l’organisation de la communauté d’habitant ou de la circulation des ressources23. Rodney Stark avance donc l’idée hérétique que le Concile et la volonté d’adapter le catholicisme au siècle n’ont pas freiné le mouvement, mais l’ont au contraire accéléré en réduisant la tension (nous reviendrons plus tard sur cette idée) entre l’Église et le monde.

Une théorie globale du religieux

11Dans Act of Faith – Explaining the Human Side of Religion, paru en 2000, Rodney Stark et Roger Finke reviennent sur trente ans de travaux empiriques et d’études de terrain afin de fournir un modèle en 32 définitions et 99 propositions. Pour eux, la religion s’explique d’abord et en priorité au niveau de l’individu. Ils s’attachent donc à décrire les micro-fondements de la religion, les choix effectués par les fidèles (autour des notions de con version et surtout de réaffiliation), ainsi que la dynamique des groupes.

Le choix rationnel

  • 24 Pascal Boyer, Religion Explained, New York, 2001 ; « De la Religion aux neurones – D’où viennent le (…)

12La recherche partait autrefois (et encore souvent aujourd’hui) du principe que le sentiment religieux est quelque chose de mystérieux, donc d’incompréhensible, et qu’il n’est pas nécessaire, voire impossible, de l’étudier sur le fond. Il appartient au domaine de l’irrationnel et ne relève donc pas de la science qui doit seulement s’intéresser aux structures, aux gestes et aux comportements. À l’inverse, la neurobiologie et les sciences cognitives tendent aujourd’hui à identifier dans le fonctionnement du cerveau une prédisposition à la religion24. Si l’explication se veut rationnelle, elle tend à évacuer le rôle du sujet. En effet, même si elle n’explique que les fondements généraux de la croyance, laissant aux sociétés humaines et à l’histoire culturelle la liberté de faire évoluer les formes de la religion, l’individu reste en quelque sorte victime de son cerveau modelé par des millénaires d’évolution.

  • 25 Laurence R. Iannacone, Rodney Stark & Roger Finke, « Rationality and the Religious Mind », Economic (…)

13Rodney Stark et son école s’appuient au contraire sur l’idée que le croyant agit – le citoyen romain, le paysan européen de l’époque moderne, le bourgeois capitaliste du XVIIIe siècle, comme le pasteur baptiste d’aujourd’hui – d’une manière tout à fait raisonnable et que son adhésion, ainsi que ses choix, sont dictés par tout un processus de réflexion et l’espoir d’un retour. Ceci implique un calcul individuel, personnel afin de maximiser ce retour par rapport aux efforts nécessités par l’acte de foi (c’est ce qu’on appelle en économie un coût). Bien sûr, ce retour est attendu dans un autre monde, mais pas seulement. Le sociologue de l’université Baylor applique donc à l’étude de la religion la notion de choix rationnel conçue par les sciences économiques25.

  • 26 Gérald Bronner est maître de conférence en sociologie à l’université de Nancy II et il cherche à ex (…)
  • 27 Raymond Boudon, « Toward a Synthetic Theory of Rationality », International Studies of Philosophy o (…)
  • 28 Giovanni Levi, Le pouvoir au village – Histoire d’un exorciste dans le Piémont du xviie siècle, Par (…)
  • 29 Rodney Stark & Roger Finke, Act of Faith, op. cit., p. 277.
  • 30 Frédéric Schwindt, La communauté et la foi – Confréries et société dans l’ouest de l’espace lorrain (…)

14La théorie selon laquelle les croyances reposent sur des choix rationnels tend aujourd’hui à se répandre chez les sociologues, moins chez les historiens. En France, les travaux de Gérald Bronner26 et bien sûr ceux de Raymond Boudon27 vont dans ce sens. Dans Le pouvoir au village, son maître ouvrage où il réalise la biographie d’un exorciste du xviie siècle28, le spécialiste de la microstoria Giovanni Levi avance l’hypothèse de l’existence d’une rationalité restreinte. Les philosophes et les sociologues sont eux aussi de plus en plus nombreux à parler de cette rationalité limitée ou subjective. Selon l’historien italien, les croyances et l’irrationalité apparente seraient un moyen de se projeter dans le futur et de planifier un avenir incertain, du moins dans l’environnement mental qui est celui des habitants. Or, il s’agit presque exactement de la définition donnée par Rodney Stark et Roger Finke : “Within the limits of their information and understanding, restricted by avaible options, guided by their preferences and tastes, humans attempt to make rational choices.29” Nous-même avons remarqué que les croyances et les diverses pratiques proposées par la religion permettaient de maintenir l’unité du groupe et de mobiliser la communauté d’habitants vers des actions collectives destinées à assurer la survie, tout en permettant à chaque individu d’y trouver son compte30.

La notion de tension

  • 31 W.S. Bainbridge & Rodney Stark, « Sectarian tension », Review of Religious Research 22, 1980, p. 10 (…)

15Les conceptions de Rodney Stark et de son école reposent également sur la notion de « tension » qui a largement occupé le sociologue au cours des années 1960 et 197031. Un groupe religieux progresse lorsque son mode de vie et les choix moraux qu’il enjoint à ses fidèles s’écartent de la norme acceptée par la société du temps. Sinon, on ne peut expliquer, après 1776, le lent déclin de la Main Line, le groupe de congrégations protestantes (épiscopaliens, congré-gationalistes, presbytériens…) qui dominait la société coloniale nord-américaine, au profit de confessions nouvelles, alors moins politiquement correctes dans leurs pratiques. Les Églises établies critiquent en effet fortement la pastorale des méthodistes et des baptistes, leurs pasteurs non-professionnels ou leurs prédicateurs itinérants, les célèbres circuit-riders dont Francis Ashbury (1745-1816) fut un des modèles. Sont donc visés pêle-mêle les tournées de prédication, les camps d’été où les fidèles se retrouvent, ainsi que le système des free churches. Les sermons prêchés sur un mode dynamique et passionnel par des pasteurs non gradués en théologie apparaissent surtout incorrects et scandaleux au clergé traditionnel de la côte Est.

16Or, lorsque ces nouvelles congrégations se stabilisent et adoptent le mode de fonctionnement des premières (méthodistes et baptistes du Nord à partir de 1850), elles entament leur propre décadence.

17Rodney Stark démontre ainsi, mais il ne fait en cela que suivre l’enseignement de Max Weber, que la secte des témoins de Jéhovah est entrée sur la voie de l’assimilation car une partie d’elle-même commence à transiger avec le monde, en acceptant par exemple la transfusion sanguine. À mesure qu’elle passe du rang de secte (au sens weberien) à celui d’Église, elle perd par contrecoup une part de son pouvoir d’attraction.

18Tout l’intérêt de la notion de tension est qu’elle donne du poids au choix rationnel du croyant en accordant un prix à l’engagement. Choisir telle ou telle confession, mais aussi en changer n’est pas anodin en termes de coût personnel et de capital social (autre notion importante trop ignorée des historiens). Un vieux proverbe communiste, transférable ici, ne disait-il pas que plus on donne de travail à un militant et plus cela lui coûte d’efforts, d’abnégation et d’épreuves (prisons, coups, regard des autres et rejet de la part de la société), plus l’individu demeure attaché au Parti et aux liens qui le relient aux autres adhérents. Les nouveaux convertis iraient donc en priorité vers des cultes à la forte visibilité sociale, ceux dont les exigences sont suffisamment fortes pour les mettre en situation de rupture avec la société ambiante, voire avec leurs propres familles. Ainsi, on note depuis vingt ans une augmentation régulière des conversions d’Américains au judaïsme. Les raisons en sont multiples, mais les efforts demandés ne sont pas sans lien avec l’intérêt de la conversion.

  • 32 Rodney Stark & Reid L. Neilson (Ed.), The Rise of Mormonism, New York, Columbia University Press, 2 (…)

19Notre regard s’est peut-être donc trop attardé sur la religion à la carte et les cultes peu exigeants qui facilitent le zapping et le turn over des fidèles, un mot qui d’ailleurs n’a plus de sens au sein de ces organisations. Ceux-ci auraient caché les vrais mouvements de fond dont on voit seulement maintenant émerger quelques parties, en particulier la face fondamentaliste à rebours de la prétendue sécularisation. Toute une relecture de l’histoire des Mormons, dont Rodney Stark est aussi l’un des spécialistes32, est en train d’être faite à partir de la notion de tension. On pourrait également appliquer le même raisonnement à l’Islam européen et aux nouveaux musulmans, non pas issus de l’immigration, mais des familles de souche. Ceux-ci se montrent en effet souvent « plus royalistes que le roi ».

20C’est donc moins dans le contexte, même si les tenants de la théorie du marché religieux ne l’évacuent jamais, que dans l’économie interne des mouvements qu’il faut chercher les clefs de leurs succès ou de leur déclin.

Un grand livre d’histoire écrit par deux sociologues : The Churching of America – 1776-2005

  • 33 Rodney Stark & Roger Finke, The churching of America – 1776-2005 – Winners and losers in our religi (…)
  • 34 Jeu de mots sur le sens originel qui signifie « relevailles » et l’idée d’encadrement croissant de (…)

21Le plus grand apport du maître ouvrage que Rodney Stark et son élève Roger Finke ont consacré à l’histoire des Églises américaines depuis 177633, est de casser le double mythe du May Flowers et de la Petite maison dans la prairie. Contrairement aux idées reçues, l’Amérique des Pères fondateurs n’était pas une nouvelle Jérusalem constituée de puritains soucieux de construire la cité de Dieu sur terre. Cette vision est une reconstruction a posteriori à laquelle les historiens américains classiques ont donné crédit. Au moment de la guerre d’Indépendance, seulement 17 % des habitants des États-Unis reconnaissaient appartenir à une Église et ce taux, qui a peiné à monter à un tiers de la population après 1800, demeura stable malgré l’immigration dans la deuxième moitié du xixe siècle. La critique rétorquera que croire et adhérer à une Église sont deux choses différentes. C’est pourtant le même argument que celui que l’on oppose aujourd’hui, en Europe, aux partisans de la sécularisation lorsque l’on compare le déclin des cultes organisés, celui des Églises officielles, et le maintien de certaines croyances révélé par les études d’opinion. Tardivement, à partir de 1890, l’Amérique aborde une nouvelle étape de son histoire religieuse avec la croissance régulière et durable de son taux d’encadrement des fidèles, d’où le titre du livre des deux sociologues et l’utilisation du mot churching34. Ce taux passe de 41 % en 1906 à 59 % en 1952 et presque 70 % aujourd’hui avec le phénomène très médiatisé des born again (en raison notamment de la personne du président des États-Unis) qui constitueraient près du tiers des fidèles américains. L’analyse donnée par les deux sociologues a pour nous le grand avantage de replacer les réalités actuelles au sein d’une longue histoire et de montrer sur quoi elles s’appuient.

  • 35 Andrew Greeley, « Ethnic Variations in Religious Commitment » in Robert Wuthnow (Ed.), The Religiou (…)

22Les auteurs prouvent surtout que les réussites ou les échecs des différentes Églises ne sont pas seulement le produit de l’immigration, beaucoup de nouveaux Américains étant au départ détachés de la religion ou bien rompant avec leurs origines. Plus du tiers des immigrants catholiques d’origine européenne ne demeurent ainsi pas fidèles à leur culte maternel. Stark et Finke, à la suite d’Andrew Greeley, montrent également que nombre d’Irlandais venus en Amérique n’étaient pas des catholiques, mais des protestants émigrés des comtés d’Hulster35. D’ailleurs, les deux phénomènes s’additionnant, la majorité des descendants d’Irlandais (mais aussi de Français) qui vivent aujourd’hui aux États-Unis sont protestants. Cette approche s’oppose donc aux idées toutes faites sur les causes du succès catholique aux États-Unis car beaucoup de catholiques actuels, notamment dans le Middle West, ne sont pas des fidèles de souche de l’obédience romaine mais des descendants de protestants. Au bon moment, dans la seconde moitié du xixe siècle, et alors même que la dynamique méthodiste commençait à retomber, l’Église catholique a su faire évoluer son organisation et sa pastorale au contact des mouvements évangéliques en imitant ce qui permettait à ceux-ci de réussir. Ainsi, le père Francis Xavier Wenniger (1805-1888) adopta pratiquement l’existence et les manières de prêcher d’un circuit-rider méthodiste. Active dans la compétition, elle put reprendre à son compte une part appréciable du marché religieux.

23Pour ce qui est des cultes protestants, il est intéressant de noter que les Églises qui se développèrent le plus sont à la fois celles pour lesquelles la rigidité du dogme est importante et celles chez qui demeure l’image d’un Dieu fort. Nous sommes loin des Unitariens qui n’obligent pas même à croire en Dieu. Elles sont les moins centralisées et elles détiennent le clergé le moins bien formé (souvent rien d’autre que l’école primaire) et le moins bien payé (d’où l’obligation d’avoir un emploi). Moins une Église est instituée, plus elle réussit. Et lorsque l’une d’entre-elles négocie avec le siècle, décide d’élever le niveau d’éducation de ses pasteurs, notamment en théologie, en créant lycées, séminaires, et universités, de construire des chapelles fixes et de les fédérer, elle commence à perdre de l’influence. Ainsi s’expliquent, à la n du xviiie ou dans la première moitié du xixe siècle, les progrès du Méthodisme aux dépens de la Main Line, le groupe d’Églises officielles, puis ensuite la montée en puissance des Baptistes. Ceux du Sud progressent beaucoup plus que ceux du Nord, qui ont adopté le mode de fonctionnement dominant et lorsque les Églises méthodistes renoncent à ce qui avait fait leur succès depuis l’époque du Grand Réveil, ils deviennent la première dénomination religieuse aux États-Unis.

L’économie religieuse et la théorie de l’offre

  • 36 Chao Hsing-Kuang, « The Converts in Taiwanese Immigrant Church », Soochow Journal of Sociology 9, M (…)

24Les croyances seraient moins importantes que les organisations, la sociabilité et les phénomènes de groupe qui conduisent les fidèles vers certains cultes et non vers d’autres. C’est pourquoi les enquêtes s’orientent de plus en plus vers l’analyse des phénomènes sectaires. Le sociologue Chao Hsing-Kuang a ainsi démontré que les conversions d’immigrés chinois en faveur d’un groupe sectaire protestant de San Francisco étaient guidées par une revue, mais que ce n’était pas les articles de fond, le dogme et les croyances, mais les petites annonces annexées au journal qui servaient de support à la création de réseaux de soutien mutuel préalables au changement religieux36.

  • 37 Frédéric Schwindt, La communauté et la foi, op. cit. Archives départementales de la Meuse 616 PER.

25Au début du xxe siècle, le diocèse de Verdun, dans l’Est de la France, tente une relance organisée de la sorte37. Un journal mensuel, l’Etincelle, tiré à 20 000 exemplaires, sert à faire circuler l’information et à créer des liens entre 360 associations du Sacré-Cœur réparties dans les 550 paroisses. Les confréries regroupent environ 30 000 membres, ce qui est énorme pour un département de moins de 300 000 âmes. L’élite du mouvement est formée de zélatrices qui, comme les Témoins de Jéhovah, livrent la revue aux membres et font la tournée du village pour trouver de nouveaux membres. Le journal donne en exemple les meilleurs prosélytes et propose un service de petites annonces qui permet d’assurer une multitude de services. Par ce moyen, l’Église catholique, loin d’être victime de la loi de Séparation, passe à l’offensive grâce à une stratégie qui lui apporte un sérieux atout « commercial ».

  • 38 Laurence R. Iannacone, « Religious Participation: A Human Capital Approach », Journal for the Scien (…)

26Rodney Stark et ses collègues appliquent donc à la religion le concept d’économie religieuse parfois décliné sur le mode de la théorie de l’offre. C’est une théorie issue directement des sciences économiques, qui s’appuie tout naturellement sur les notions de choix rationnel et de coût présentées plus haut, mais aussi de compétition. Dans cette démarche, le sociologue de l’université Baylor a retrouvé l’économiste californien Laurence R. Iannacone, précurseur des recherches dans ce domaine38. Appeler une théorie « le marché de la religion » a suscité de nombreuses critiques, notamment celle de banaliser la foi en s’abaissant à l’étudier à l’aune de la concurrence. Bien sûr, ces critiques sont surtout venues de ceux qui pensaient que la religion est un fait irrationnel, un reste d’obscurantisme, voire même le symptôme d’une grave psychopathologie. Bien entendu, l’économie religieuse est bien plus subtile qu’une simple description des pratiques commerciales à l’œuvre au sein des Églises américaines, pratiques qui expliquent l’acceptation officielle d