1917-2017: Au secours, Lénine revient ! (A la veille du premier tour d’une élection présidentielle décisive, un essayiste qui a connu la dictature de Ceausescu met en garde contre les conséquences potentiellement désastreuses de l’étrange obsession antilibérale française)

23 avril, 2017

« Mélenchon, Poutou et Arthaud ne me font pas rire : moi, le communisme, je l'ai vécu ! »

La consternation des Vénézuéliens de Paris face à MélenchonNo automatic alt text available.Image may contain: textFondé sous l’égide de Jean-Paul Sartre, le journal paraît pour la première fois le 18 avril 1973 et reprend le nom d’un titre de presse similaire créé en 1927 par le libertaire Jules Vignes, nom qui sera également celui d’un des journaux de la Résistance dirigé par Emmanuel d’Astier de La Vigerie. Situé à l’extrême gauche à ses débuts, Libération évolue vers la gauche sociale-démocrate à la fin des années 1970 après la démission de Jean-Paul Sartre en 1974. En 1978, le journal n’a déjà plus rien de maoïste : Serge July le décrit alors comme « libéral-libertaire ». Aujourd’hui, sa ligne éditoriale est toujours de centre gauche ou de gauche sociale-démocrate, selon l’échiquier politique français habituellement utilisé, et son lectorat est majoritairement de gauche. Wikipedia
Sale temps pour les sondages. Paniqués à l’idée de « rater » le premier tour de l’élection présidentielle, les voici challengés par de nouveaux venus : les spécialistes du big data, qui utilisent l’analyse des données à grande échelle pour établir une autre cartographie de l’opinion. Première mauvaise nouvelle pour les sondeurs, dont la méthodologie est ouvertement contestée : contrairement à eux, ces concurrents du big data ont su prédire la qualification de François Fillon au premier tour de la primaire à droite. Et aussi l’élection de Donald Trump et, pour Vigiglobe, la victoire du Brexit. Trois échecs cuisants pour les instituts de sondages. Deuxième mauvaise nouvelle : les prédictions de Filteris, de Vigiglobe et de l’algorithme Predict My President ne valident pas celles des sondages. Ceux-ci ne cessent d’annoncer un duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Au contraire, les trois initiatives misent sur la qualification de François Fillon. Ils diffèrent par contre sur le ou la candidate qui l’accompagnera au second tour. Une question de méthodologie qui révèle aussi les limites de l’exercice. [Filteris] Dans sa dernière mesure du vendredi 21 avril, François Fillon arrive en tête avec 22,09%. Il est suivi par Marine Le Pen, avec 21,75%, puis Jean-Luc Mélenchon (21,11%) et enfin Emmanuel Macron (19,92%). Les quatre candidats se tiennent à un peu plus de deux points. Autrement dit, dans un mouchoir de poche. C’est la 16è mesure d’opinion de Filteris depuis le 3 avril. Les 14 premières indiquaient que François Fillon et Marine Le Pen figureraient au second tour. Seule la 15è, du jeudi 20 avril, anticipait un second tour Fillon-Mélenchon. (…) Filteris a correctement prédit la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine. L’entreprise n’a pas travaillé sur le Brexit. Contrairement aux sondages, Filteris a su prédire la première place de François Fillon à la primaire de la droite. Mais l’entreprise attendait Nicolas Sarkozy en deuxième position, alors que c’est Alain Juppé qui s’est qualifié. Elle s’est en outre trompée sur le premier tour de la primaire de la gauche : Benoît Hamon, qui est arrivé en première position, était donné troisième, derrière Manuel Valls et Arnaud Montebourg. (…) Contrairement à ses concurrents, Vigiglobe ne se risque pas au jeu des prédictions. En revanche, la startup estimait, jeudi 20 avril, que François Fillon a « de grandes chances de se qualifier pour le second tour ». Ses algorithmes d’analyse du sentiment voient se dégager un trio de tête dans un mouchoir de poche : François Fillon (qui dispose en plus du plus grand nombre de messages positifs), Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Contrairement aux sondages et aux autres spécialistes du big data, Vigiglobe estime que Marine Le Pen est en sérieuse perte de vitesse, et qu’elle pourrait, par conséquent, ne pas se qualifier pour le second tour. Leendert de Voogd, le Pdg, précise toutefois que l’attaque des Champs-Elysées profitait vendredi 21 avril à François Fillon et à Marine Le Pen, en nette hausse par rapport aux jours précédents. (…) Vigiglobe a correctement identifié les dynamiques portant à l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, à la victoire du Brexit au Royaume-Uni, de François Fillon à la primaire de la droite, et de Benoît Hamon à celle de la gauche. (…) Predict My President est un programme mené depuis plusieurs mois par cinq étudiants de l’école Télécom Paris tech pour l’hebdomadaire Le Point. L’objectif est de pallier les « failles » des sondages en remplaçant les enquêtes d’opinion par une analyse socio-économique des électeurs, couplée à une analyse de la popularité des candidats sur la Toile. (…) Le 19 avril, Predict My President voyait se profiler un duel entre Marine Le Pen (24,13%) et François Fillon (21,77%). Emmanuel Macron arriverait troisième avec 20,32%, suivi par Jean-Luc Mélenchon avec 18,66%. (…) les sondages (…) Dans la dernière ligne droite, tous notent une progression de François Fillon, confirmant ainsi la dynamique relevée par les spécialistes du big data, mais pas suffisamment pour atteindre le second tour. Tous les instituts le donnent troisième derrière Emmanuel Macron et Marine Le Pen. La Tribune
La situation est tragique mais les forces en présence au Moyen-Orient font qu’au long terme, Israël, comme autrefois les Royaumes francs, finira par disparaître. Cette région a toujours rejeté les corps étrangers. Dominique de Villepin (2001)
La droite républicaine a besoin d’une colonne vertébrale. Villepin (2017)
Nous ne croyons pas à un peuple supérieur aux autres. Jean-Luc Mélenchon
Le Venezuela avait une politique sociale-démocrate. Personne n’a été exproprié. Il n’y a jamais eu de nationalisation non plus. J’ai soutenu Chavez contre l’agression des Américains. Et aujourd’hui le problème de ce pays, c’est d’abord la baisse du prix du pétrole. Je n’y suis pour rien! Jean-Luc Mélenchon
[Chávez et Castro] sont morts tous les deux. Je les ai défendus dans des circonstances où ils étaient attaqués. Cuba a défendu tous les mouvements de libération nationale d’Amérique latine et dû subir l’embargo des États-Unis, pourtant condamné par l’Onu. Mais je n’ai jamais approuvé la façon dont était organisée politiquement Cuba. Je n’ai pas l’intention de faire Cuba en France. (…) Le Venezuela avait une politique de social-démocrate. Personne n’a été exproprié. Il n’y a pas eu de nationalisations non plus. J’ai soutenu Chávez contre l’agression des Américains. Aujourd’hui, le problème de ce pays, c’est d’abord la baisse du prix du pétrole. Je n’y suis pour rien. Je trouve que c’est un signe d’extrême désarroi intellectuel de m’affronter sur un terrain pareil avec une telle caricature. Jean-Luc Mélenchon
Il s’est passé à l’époque quelque chose qui m’intéressait beaucoup, qui était un gouvernement qui partageait la rente pétrolière avec le peuple et avec les pauvres, si bien que des millions de gens ont été sortis de la pauvreté. Mais je ne suis pas gouvernant du Venezuela. Je voyais un partage extrêmement intéressant et fécond entre le partage de la rente pétrolière au Venezuela, et l’accaparation de cette même richesse au Qatar ou en Arabie Saoudite où les pauvres gens n’ont accès à rien. (…) Et bien oui ce sont des manifestations d’opposition (…) Vous ne m’interrogez pas sur Bahreïn, sur le Yémen Monsieur Bourdin, vous avez vos prédilections… Vous avez vos massacres préférés. (…) Vous passez votre temps, vous et quelques autres, à essayer d’effrayer à mon sujet (…) Je ne fais pas campagne au Venezuela, je suis en train de faire campagne en France. Jean-Luc Mélenchon
Je n’ai pas regardé précisément ce point 62. (…) Ecoutez, je vais regarder dans le détail ce point-là. (…) Je ne sais pas exactement ce qui a conduit à ce point 62. (…) Ce qui compte, c’est la logique générale. Clémentine Autain
Monsieur Villepin ne déçoit jamais dans sa capacité à marquer des buts contre son camp. C’est l’homme de la dissolution qui a amené Lionel Jospin au pouvoir, c’est l’homme des coups bas contre Nicolas Sarkozy. Il poursuit aujourd’hui dans la collaboration avec Emmanuel Macron. Eric Ciotti
Vous vous moquiez des codes. Vous étiez peu enclin aux règles du jeu politique traditionnel. Vous disiez que vous n’aimiez pas le microcosme. Vous étiez atypique dans ce milieu ». Vous disiez que vous aviez l’intention d’aller le plus loin possible. Vous vouliez renverser la table, changer la vie, faire la Révolution. Vous savez comment on vous surnomme (…) ? On vous surnomme « Monsieur ‘et en même temps’ « Vous savez comment vous êtes surnommé monsieur Macron ? Vous vouliez supprimer l’ISF et en même temps vous avez préféré le garder dans une version patrimoniale. Vous vouliez supprimer les 35 heures et en même temps vous vous êtes dit qu’il valait mieux rechercher des accords d’entreprises. Vous disiez vouloir préparer une réforme de la fonction publique et vous attaquer au statut des fonctionnaires et en même temps vous avez décidé de ne pas vous attaquer à ce statut mais de le moderniser ». (…) Sur Notre-Dame-des-Landes, vous avez dit qu’il y avait eu un référendum et qu’il fallait le respecter et en même temps vous avez proposé de nommer un médiateur. Sur la colonisation vous avez parlé de crimes contre l’humanité et en même temps, après avoir réfléchi vous avez déclaré qu’il s’agissait plutôt de crimes contre l’humain. Vous avez jugé que les anti-mariage pour tous ont été humiliés et en même temps vous avez estimé que l’humiliation avait été aussi du côté des pro-mariage. Et sur la peopolisation, vous avez déclaré que vous aviez fait une erreur de vous exposer avec votre épouse et en même temps vous avez continuez à vous prêter au jeu. (…) Sous vos airs polis, vous avez dit beaucoup de choses et leurs contraires. Alba Ventura
Son parti s’est effondré, le candidat PS Benoit Hamon est crédité de moins de 10% dans les sondages, le chômage est toujours au plus haut, les tensions identitaires et religieuses, notamment liées à l’islam politique, sont extrêmement vives. Mais le “Premier secrétaire de la République” se vante. “Je laisserai à mon successeur un pays en bien meilleur état que celui que j’ai trouvé”. Valeurs actuelles
Emmanuel Macron aime à dire qu’il bénéficie de soutiens de gauche, du centre, comme de droite. Ce n’est pas faux, même si ce n’est pas dans la même proportion : la très grande majorité de ses soutiens, comme des électeurs qui se prononceront pour lui dimanche prochain, vient d’un centre-gauche gestionnaire et responsable. Reste que les soutiens à la « macronie » venus de la droite existent bel et bien. Ces soutiens, cependant, sont loin d’être issus uniformément des différentes écoles qui composent la droite française. L’immense majorité d’entre eux vient d’un seul cercle : celui qui entourait l’ancien Président Jacques Chirac, chef de l’Etat entre 1995 et 2007, que l’âge et la maladie empêchent désormais de participer au débat politique. (…) Plus ambiguë est la position de deux anciens Premiers ministres de Chirac, Alain Juppé et Dominique de Villepin. Le premier, après avoir perdu contre François Fillon lors des primaires de la droite et du centre, a officiellement annoncé, après s’être fait prier, qu’il soutiendrait le candidat de son propre camp. Mais il multiplie les migraines de diva quand il s’agit de venir prouver ce soutien sur le terrain ou devant les caméras, et les mises en garde ronchonnent quand on lui en parle. Après avoir parlé des militants de son propre parti, soutiens de son propre candidat, comme d’un « noyau radicalisé » de militants (une expression généralement réservée aux soutiens de l’Etat islamique), Juppé, avant-hier, a déclaré qu’il se « retrouverait dans l’opposition » si un Président Fillon faisait entrer au gouvernement des représentants de la droite catholique conservatrice. (…) Quant à Villepin, Premier ministre de Chirac entre 2004 et 2007, sa politique semble être de tout faire pour indiquer son soutien à Macron, sauf de l’annoncer explicitement. Les deux hommes se déclarent réciproquement leur amitié à l’antenne, dans l’intimité de quelques millions d’auditeurs. Lundi dernier, BFM (surnommée « radio Macron » pour son engagement constant et caricatural en faveur du candidat) a suggéré que Villepin ferait un bon Premier ministre pour un Président Macron. Et Macron n’a pas dit le contraire. Ce ralliement massif, qu’il soit explicite ou implicite, de chiraquiens à Macron est-il l’indice d’une orientation idéologique particulière du candidat ? Probablement pas – ne serait-ce que parce qu’Emmanuel Macron, tout occupé qu’il est à mettre sa personne au centre de l’image, n’accorde pas la moindre importance à la cohérence idéologique. Il a annoncé successivement que la colonisation avait été un crime contre l’humanité, et qu’il fallait en assumer les aspects positifs. Qu’il n’y a pas de culture française et que la France ne serait jamais, sous son principat, un pays multiculturel. Que les opposants au mariage pour tous ont été injustement humiliés par le Président Hollande, et que l’idée même de donner à l’un d’entre eux un secrétariat d’Etat au Sport est le signe d’une insupportable radicalité. Qu’il renvoyait un de ses correspondants départementaux convaincu de sympathie islamiste, puis qu’il ne le renvoyait pas, puis qu’il l’écartait, ce qui, semble-t-il, est très différent et revient exactement au même, selon la personne à qui on s’adresse. Mais si Macron n’a aucune cohérence idéologique, aucune colonne vertébrale mentale, les chiraquiens, eux, en ont une. Leur entrée en masse dans les équipes Macron, avec la chasse aux postes qui en résulterait nécessairement s’il était élu, fera revenir au pouvoir des réflexes et des raisonnements caractéristiques de toute cette école de la droite française. Tout d’abord, les chiraquiens – à l’exemple de leur maître, lorsqu’il était encore lucide – sont des partisans résolus du multiculturalisme. S’il y a une chose sur laquelle Jacques Chirac n’a jamais varié, c’est sur l’idée que toutes les cultures se valent, que toutes doivent être également respectées, et que seule une arrogance raciste peut conduire les Occidentaux à préférer leur propre culture à celle des autres. Dans une déclaration restée fameuse, parce qu’aussi fausse en fait qu’elle était psychologiquement révélatrice, le président Chirac avait affirmé en 2003 à un homme politique catholique, Philippe de Villiers, que « les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes ». Au nom de cette vision fantasmatique de l’histoire, la France de Chirac avait bloqué la tentative d’autres pays européens de faire figurer dans le préambule du projet de Constitution européenne une référence à ces « racines chrétiennes », historiquement exactes mais politiquement déplacées. Multiculturalistes de principe, les chiraquiens ont aussi une attitude, disons, sans sévérité excessive en matière de morale financière. Là encore, l’exemple vient du sommet. L’ancien président vit, depuis qu’il a quitté l’Elysée, dans un appartement parisien appartenant à l’actuel Premier ministre libanais Saad Hariri, qui le met gratuitement à sa disposition. De nombreux témoins, à Paris, rapportent en confidence que cette dépendance financière personnelle envers des intérêts étrangers était déjà en place lorsque Jacques Chirac et le père de Saad, Rafic Hariri, étaient tous deux aux affaires. (…) Les bonnes habitudes ne se perdant pas si facilement, Dominique de Villepin, depuis qu’il a pris sa retraite de la politique, vit une existence de millionnaire grâce à des missions d’avocat et de conseil. Parmi ses clients les plus généreux figure, en première place, l’Emirat du Qatar. On ne peut pas exclure que si Villepin, comme la macronie le laisse désormais entendre, devenait le Premier ministre ou le ministre des Affaires Etrangères d’un jeune président sans expérience internationale, les intérêts géopolitiques de ses bienveillants parrains auraient au moins autant d’influence sur son action que ceux de la France. Enfin, le mélange de multiculturalisme de principe et de vénalité à la bonne franquette des chiraquiens les conduit presque tous à ne pas avoir une vision particulièrement favorable de l’Etat d’Israël en particulier et des Juifs en général. Jacques Chirac a une rue à son nom à Ramallah – un hommage généralement réservé aux dictateurs sunnites ou aux auteurs d’attentats suicide. Une de nos sources régulières à Paris, qui travaillait alors à l’Elysée, a personnellement entendu Villepin, pendant la deuxième Intifada, expliquer – tout en regrettant les assassinats suicide – que ceux-ci étaient inévitables car « le Moyen-Orient a toujours rejeté les éléments étrangers ». En parfait accord avec cette vision fantasmagorique de l’histoire, la présidence de Chirac, surtout lorsque Villepin était son Premier ministre, a caractérisé le point le plus bas de toute l’histoire des relations franco-israéliennes. (…) S’il reste aujourd’hui des nostalgiques de cette époque, il y a pour eux une bonne nouvelle : presque tous ceux qui étaient aux commandes, en politique comme dans la presse, sont encore vaillants et prêts à reprendre du service. Et tous, en masse, se sont ralliés à la candidature Macron – un candidat trop profondément ignorant de ces questions pour pouvoir contrer leur influence s’il était élu. Amram Castellion
La France se rend aux urnes pour une élection plus incertaine que jamais, qui pourrait voir la gauche écartée du second tour laissant face à face droite réac et extrême droite. (…) Voter pour qui? Certainement pas pour les diviseurs des Français qui récupèrent le drame pour achalander leur douteuse boutique. Libération
Le monde entier a montré sa solidarité avec l’opposition vénézuélienne et condamné l’attitude du pouvoir chaviste. Et Mélenchon continue à défendre un régime coupable de multiples violations des droits de l’homme. Chaque fois qu’il en parle, Mélenchon décrit Chavez comme un grand humaniste. Tout le monde sait que c’est faux. Il ment quand il dit qu’il n’y a pas eu d’expropriations. Il doit le savoir! Il est venu si souvent dans mon pays. Avec un menteur comme lui, il n’y a pas de discussion possible. Aujourd’hui, au Venezuela, des gens fouillent dans les poubelles pour trouver à manger. Paula Osorio
Mélenchon est comme un mari trompé qui ne veut pas voir que sa femme lui est infidèle. Il nie la réalité alors qu’il la connaît. Il se ment à lui-même car il a trouvé dans son soutien à Chavez une part de romantisme qui le nourrit dans son combat politique. Mélenchon ne peut pas être un bon président s’il continue à vivre dans une utopie. Et pourtant de nombreux points de son programme me plaisent. Mais cet aveuglement sur mon pays est insultant pour tous les Vénézuéliens qui souffrent. Francisco Moreno (ancien cadre de la compagnie nationale pétrolière vénézuélienne PDVSA)
Mélenchon parle d’un Venezuela qui n’existe pas. Il nourrit ses fantasmes de révolution sud-américaine de l’histoire d’un pays où certains habitants n’ont même plus la possibilité de se soigner car il n’y a plus de médicaments dans les pharmacies et les hôpitaux depuis des mois. Manifestant vénézuélien à Paris
Alors que l’opposition vénézuélienne défile en masse dans les rues de Caracas pour demander l’organisation d’élections, de nombreux Vénézuéliens parisiens s’offusquent des déclarations de Jean-Luc Mélenchon sur leur pays. Ils dénoncent les contre-vérités exprimées par le candidat à la présidentielle. (…) Par ailleurs, à une question sur France Info sur le point 62 du programme de Mélenchon qui prône l’adhésion de la France l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (Alba), Clémentine Autain a montré qu’elle ne connaissait pas ce point du programme du candidat dont elle est la porte-parole. L’Alba est une organisation fondée par Hugo Chavez qui visait à créer des solidarités avec les pays latino-américains et caraïbes adhérents aux préceptes du socialisme du XXIe siècle (Cuba, Bolivie, Nicaragua, République dominicaine, Équateur, notamment). Cette alliance est en train de péricliter. La rente pétrolière vénézuélienne ayant fondu, Caracas ne peut plus apporter son aide aux pays membres. La proposition d’adhésion de la France à cette alliance est pour le moins incongrue.  (…) Mercredi 19 avril, dans la cour de la reine dans le 8e arrondissement de Paris, les opposants au régime chaviste se sont réunis au pied de la statue de Simon Bolivar pour montrer leur solidarité avec leurs compatriotes qui défilaient dans les rues de Caracas au même moment. Au milieu des slogans demandant le respect des droits à manifester et de la constitution ainsi que la libération des prisonniers politiques, la colère contre Jean-Luc Mélenchon était présente. La plupart des participants exprimaient spontanément leur consternation face aux «contre-vérités» exprimées par le candidat de la France insoumise sur le Venezuela. Le Figaro
C’était par les yeux de la France que je commençais à voir. Rudyard Kipling
[Le maoïsme], c’était de la poésie. Philippe Solers
Suite à la tribune de 25 prix Nobel d’économie rappelant l’erreur que constituerait une sortie de l’UE, un recours au protectionnisme ou à la dévaluation, une centaine d’économistes a décidé de prendre la plume pour signer, à son tour, une tribune en faveur du programme de Jean-Luc Mélenchon. Sans doute ont-ils ressenti le message des « Nobel » comme une menace pour leur champion. Que nous apprend cette démarche qui interpelle davantage par le nombre de signataires que par le fond de leur analyse ? Il faut d’abord noter le pathétique de cette décision. Lorsque 25 Nobel, ayant des opinions politiques diverses et des méthodologies très différentes, rappellent que certains faits économiques sont indiscutables, ils démontrent qu’il existe un consensus scientifique qui dépasse les croyances individuelles. En s’opposant frontalement à leurs conclusions, pour mieux soutenir leur candidat, ces « économistes » relèguent la science économique au rang de simple débat d’idées. Selon eux, l’économie serait affaire de goûts et relèverait davantage de discussion de cafés du commerce que de science. Cela en dit long sur l’estime qu’ils ont de leur profession. Mais il y a plus grave. Un tel comportement favorise le relativisme ambiant qui, en matière économique, empêche tout consensus et donc toute discussion rationnelle et dépassionnée sur la pertinence des programmes électoraux. Voilà déjà un point choquant. Pourtant, celui-ci n’est rien en regard de ce que cette tribune révèle sur le système universitaire français. Parmi ces signataires, plusieurs appartiennent au mouvement des Economistes Atterrés qui n’a jamais caché son penchant anticapitaliste, anti-marché et révolutionnaire. Ceux-là sont donc dans leur rôle (sic) lorsqu’ils soutiennent le candidat qui pleure Castro et appelle de ses vœux un rapprochement avec l’Alliance Bolivarienne. Ceux qui le sont moins sont les nombreux signataires membres du CNU – Conseil National des Universités. Le CNU est l’institution déterminante pour la carrière des jeunes universitaires. Il délivre les précieuses « qualifications » sans lesquelles un docteur ne peut intégrer l’université au titre de Maître de Conférences. Et depuis peu, il est aussi l’instance qui octroie le prestigieux statut de Professeur. Or, comme en témoigne la liste des signataires soutenant cette tribune, ce Conseil sensé évaluer la recherche scientifique est composé, pour partie, d’idéologues niant les conclusions des Nobels et considérant au moins implicitement, que l’économie serait un art au service d’un idéal politique plus vaste. Voilà pourquoi l’économie est de moins en moins bien enseignée à l’université. Et voilà pourquoi les Français sont si ignorants en matière économique. Ce qui devrait être le temple de l’excellence scientifique est devenu l’arrière-boutique d’une idéologie dépassée, où se décident les carrières des futurs professeurs, non selon la qualité de leurs travaux mais selon leurs opinions politiques. Devenue un instrument politique au sein d’une institution dépossédée de sa nature scientifique, l’économie perd inévitablement son statut et son importance dans le débat politique, interdisant toute réforme qui pourrait réconcilier la France avec l’emploi, l’innovation et la prospérité. On s’interroge souvent sur les causes du marasme économique français. L’inculture et le relativisme économiques en sont les principales. Pour comprendre l’économie, pour choisir un programme économique plutôt qu’un autre, il faut déjà accepter que l’économie est une science, avec ses règles et ses mécanismes. Or, cela même les membres des plus hautes instances universitaires semblent l’avoir oublié, en faisant passer leur idéologie avant la réalité des faits, telle qu’énoncée par 25 Nobels ! Tant que les gardiens du temple seront des idéologues, favorables à un système qui n’a jamais fonctionné qui plus est, il n’y aura aucun débat rationnel. Et la France ne s’en remettra pas. Pierre Bentata (Université Panthéon Assas)
Quand je suis arrivé en France au début des années 1990, je pensais avoir laissé derrière moi le cauchemar de l’idéologie communiste. Je pensais ne plus revivre l’atmosphère sombre et pesante de l’époque, la tension et la peur permanentes, les files interminables devant les magasins vides et les pénuries – de la boîte d’allumettes jusqu’au papier hygiénique – et cette sensation terrible qu’on ne s’en sortirait jamais. Je croyais que c’en était fini des deux heures de télé par jour sur la seule chaîne, deux heures consacrées en grande partie au «Conducator bien aimé», le dictateur Ceausescu. (…) Plus de 25 ans après la chute du communisme, je suis en train de vivre une expérience que je n’aurais jamais pensé retrouver: la France, mon pays de cœur et d’adoption, manifeste une sympathie incorrigible pour les idées communistes que je n’ai cessé de combattre depuis mon enfance! Quelle ironie du sort: en 2017, sur onze candidats à l’élection présidentielle, neuf affichent clairement leurs penchants léninistes et leurs programmes marxisants. Sommes-nous en 2017 ou en 1917? (…) Quel décalage avec la France d’aujourd’hui! Un pays qui fait la couverture des magazines pour son taux de chômage qui bat des records ou pour sa bureaucratie sans équivalent dans les grands pays riches et démocratiques. Un pays dont l’économie étouffe sous la pression d’un État omniprésent et qui voit ses jeunes partir en masse à l’étranger. Un pays qui a envoyé aux oubliettes les vraies valeurs de l’école et les a remplacées par le pédagogisme et la sociologie égalitariste de Pierre Bourdieu ; une école phagocytée par les syndicats de gauche qui n’acceptent aucune réforme et par des enseignants complètement éloignés du monde de l’entreprise. Un pays qui chasse les jeunes, les chefs d’entreprise, les riches et qui n’attire plus les élites. Un pays dirigé par une classe politique en très grande partie déconsidérée et biberonnée à l’étatisme. Un pays où un parti dit d’extrême droite puise son programme dans les idées marxistes et obtient des scores électoraux impressionnants, un pays où plusieurs autres partis et candidats, enfin, se déclarent ouvertement communistes. Quel est ce pays qui renie ses racines chrétiennes et ses valeurs historiques? Qui a transformé l’antilibéralisme et l’antiaméricanisme en repères moraux? Qui passe son temps à insulter l’Europe et les présidents américains, parfaits boucs émissaires, et dresse des lauriers à des criminels comme Mao, Castro ou Che Guevara? (…) En France, le socialisme a toujours baigné dans la bienveillance, alors que le libéralisme a toujours souffert d’une présomption d’injustice et de culpabilité. L’étatisme marxisant bénéficie de la clause de l’idéologie la plus favorisée et c’est ce qui tue la France encore aujourd’hui. D’autres pays s’en sont sortis, en saisissant toutes les bouées de sauvetage que nous, nous repoussons. Souffririons-nous du syndrome de Stockholm à l’échelle nationale? D’une inconscience infantile qui pourrait se révéler lourde de conséquences? Où est la France de mon enfance? Bogdan Calinescu

Attention: un retour vers le futur peut en cacher un autre !

A l’heure où après des mois d’une véritable machination juridico-médiatique contre le seul candidat de la véritable alternance

Pour avoir, avec une centaine de ses collègues députés, tiré parti d’un système effectivement douteux mais à l’époque légal …

Et profitant de son titre prestigieux (repris d’un journal de résistance certes fondé par des compagnons de route  du PCF et refondés par des maoïstes) …

Le principal journal de gauche français appelle à voter littéralement n’importe quoi

Pour contrer dans le plus éhonté des amalgames « droite réac » et extrême droite …
Pendant qu’au nom du relativisme le plus échevelé et au moment même où à Caracas les manifestants tombent sous les balles du chavisme …
Une centaine d’économistes apportent leur soutien à l’appel, par un candidat ouvertement castriste et chaviste, à un rapprochement de la France avec l’Alliance bolivarienne
Encourageant de fait, comme le rappelle le chercheur en économie  Pierre Bentata, non seulement la notoire inculture des Français en matière économique …
Mais « interdisant toute réforme qui pourrait réconcilier la France avec l’emploi, l’innovation et la prospérité » …
Et qu’au prétendu centre et sur fond de sondages largement relativisés par une masse inédite d’indécis, un Monsieur Et en même temps nous ressort les restes quasi-momifiés d’une Chiraquie que l’on croyait morte et enterrée …
Comment ne pas voir  …
Avec l’essayiste Nicolas Lecaussin qui a connu, lui, la dictature sous le Ceausescu de sa Roumanie natale …
L’étrange obsession antilibérale d’un pays qui, en ce triste centenaire de l’idéologie la plus meurtrière de l’histoire …
 Aligne à l’élection présidentielle et entre deux attentats ou menaces djihadistes …
Pas moins de neuf candidats sur onze « affichant clairement leurs penchants léninistes et programmes marxisants » ?

« Mélenchon, Poutou et Arthaud ne me font pas rire : moi, le communisme, je l’ai vécu ! »
Nicolas Lecaussin
Le Figaro
21/04/2017

FIGAROVOX/TRIBUNE- A deux jours du premier tour de l’élection présidentielle, l’essayiste Nicolas Lecaussin, qui a connu la dictature de Ceausescu en Roumanie, met en garde contre les candidats d’extrême gauche et l’état marxisant qu’ils souhaitent mettre en place.


Bogdan Calinescu publie en France sous le pseudonyme de Nicolas Lecaussin. Il est directeur de l’IREF et a écrit plusieurs essais dont Cet État qui tue la France, L’absolutisme efficace, Au secours, ils veulent la peau du capitalisme, L’obsession antilibérale française, et Échec de l’État (coauteur).


Quand je suis arrivé en France au début des années 1990, je pensais avoir laissé derrière moi le cauchemar de l’idéologie communiste. Je pensais ne plus revivre l’atmosphère sombre et pesante de l’époque, la tension et la peur permanentes, les files interminables devant les magasins vides et les pénuries – de la boîte d’allumettes jusqu’au papier hygiénique – et cette sensation terrible qu’on ne s’en sortirait jamais. Je croyais que c’en était fini des deux heures de télé par jour sur la seule chaîne, deux heures consacrées en grande partie au «Conducator bien aimé», le dictateur Ceausescu.

Enfant, je voyais mon père, intellectuel, enseignant la littérature française, prendre d’énormes risques en critiquant le régime et je me rappelle très bien comment, lors d’une perquisition de la police politique chez nous, à 6 heures du matin, il avait réussi à glisser dans mon cartable, avant que je ne parte à l’école, quelques documents «compromettants» qui auraient pu lui coûter cher… En les déposant chez un ami de la famille qui les a brûlés tout de suite, j’avais – déjà, à 13 ans – la satisfaction d’avoir accompli l’acte d’un véritable résistant au régime. Malgré l’ubuesque et l’impitoyable dictature de Ceausescu, j’ai eu la chance de grandir dans une atmosphère francophile, j’ai eu la chance de pouvoir déchiffrer le monde libre, sa littérature, son actualité.

Plus de 25 ans après la chute du communisme, je suis en train de vivre une expérience que je n’aurais jamais pensé retrouver: la France, mon pays de cœur et d’adoption, manifeste une sympathie incorrigible pour les idées communistes que je n’ai cessé de combattre depuis mon enfance! Quelle ironie du sort: en 2017, sur onze candidats à l’élection présidentielle, neuf affichent clairement leurs penchants léninistes et leurs programmes marxisants. Sommes-nous en 2017 ou en 1917?

Je me souviens très bien du moment où la France est devenue pour moi l’objectif à atteindre, l’endroit où je devais absolument vivre. Adolescent, je suis tombé sur ce texte de Rudyard Kipling qui, en 1878, à l’âge de 12 ans, visite Paris avec son père. Il a l’occasion de grimper dans la statue de la Liberté qui n’avait pas encore été envoyée à New York. En regardant de l’intérieur à travers ses yeux, il comprend: «C’était par les yeux de la France que je commençais à voir»… Des années plus tard, en 1922, lors d’un discours à la Royal Society of St. George, ce grand amoureux de la France affirmait: «Les Français représentent le seul autre (avec les Anglais) peuple dans le monde qui compte.» Néanmoins, l’Angleterre devrait suivre l’exemple de la France… Et Kipling d’énumérer les atouts de notre pays: l’éthique du travail, son économie, la simplicité, l’autodiscipline et la discipline extérieure ainsi que «la vie rude qui fortifie l’être moral». «La France est un exemple pour le monde entier»!

Quel décalage avec la France d’aujourd’hui! Un pays qui fait la couverture des magazines pour son taux de chômage qui bat des records ou pour sa bureaucratie sans équivalent dans les grands pays riches et démocratiques. Un pays dont l’économie étouffe sous la pression d’un État omniprésent et qui voit ses jeunes partir en masse à l’étranger. Un pays qui a envoyé aux oubliettes les vraies valeurs de l’école et les a remplacées par le pédagogisme et la sociologie égalitariste de Pierre Bourdieu ; une école phagocytée par les syndicats de gauche qui n’acceptent aucune réforme et par des enseignants complètement éloignés du monde de l’entreprise. Un pays qui chasse les jeunes, les chefs d’entreprise, les riches et qui n’attire plus les élites. Un pays dirigé par une classe politique en très grande partie déconsidérée et biberonnée à l’étatisme. Un pays où un parti dit d’extrême droite puise son programme dans les idées marxistes et obtient des scores électoraux impressionnants, un pays où plusieurs autres partis et candidats, enfin, se déclarent ouvertement communistes.

Quel est ce pays qui renie ses racines chrétiennes et ses valeurs historiques? Qui a transformé l’antilibéralisme et l’antiaméricanisme en repères moraux? Qui passe son temps à insulter l’Europe et les présidents américains, parfaits boucs émissaires, et dresse des lauriers à des criminels comme Mao, Castro ou Che Guevara? Je me souviendrai toujours de ce que m’avait dit l’intellectuel Philippe Sollers lorsque je lui avais demandé pourquoi il avait été maoïste: «C’était de la poésie», m’avait-il répondu en balayant d’un revers de main sa sympathie pour le plus grand criminel de l’Histoire. Alors, les admirateurs d’Hitler, c’était aussi de la poésie? En France, le socialisme a toujours baigné dans la bienveillance, alors que le libéralisme a toujours souffert d’une présomption d’injustice et de culpabilité.

L’étatisme marxisant bénéficie de la clause de l’idéologie la plus favorisée et c’est ce qui tue la France encore aujourd’hui. D’autres pays s’en sont sortis, en saisissant toutes les bouées de sauvetage que nous, nous repoussons. Souffririons-nous du syndrome de Stockholm à l’échelle nationale? D’une inconscience infantile qui pourrait se révéler lourde de conséquences? Où est la France de mon enfance?

Voir aussi:

MÉDIAS
« Tout sauf eux »: La Une engagée de Libération à la veille du premier tour de la présidentielle
Dans le viseur du quotidien, François Fillon et Marine Le Pen, « droite réac » et « extrême droite ».
Jade Toussay
Huffington post.fr
22/04/2017

PRÉSIDENTIELLE 2017 – « Tout sauf eux ». Eux, c’est-à-dire Marine Le Pen et François Fillon, qui s’affichent ce samedi 22 avril à la Une de l’édition week-end de Libération, dominée par le scrutin du premier tour de dimanche.

« La France se rend aux urnes pour une élection plus incertaine que jamais, qui pourrait voir la gauche écartée du second tour laissant face à face droite réac et extrême droite. » A la veille d’un scrutin décisif pour la France, le quotidien renoue avec l’une de ses grandes traditions éditorialistes et prend clairement position dans la campagne.

Sur la Une et dans l’éditorial « Voter c’est se battre » de Laurent Joffrin, le journal d’opinion appelle les électeurs français à voter. « Voter pour qui? Certainement pas pour les diviseurs des Français qui récupèrent le drame pour achalander leur douteuse boutique », assène le directeur de la rédaction, en faisant allusion aux réactions politiques qui ont suivi l’attentat sur les Champs-Elysées jeudi 20 avril.

Un avertissement, un cri du cœur, qui n’est sans rappeler la prise de position de certains autres quotidiens nationaux, qui ont, au cours de la campagne, pris plusieurs fois position contre la candidate frontiste et le candidat de la droite.

« Voilà deux possibles futurs présidents de la République »

Le 18 avril, Le Monde publiait un éditorial cinglant contre Marine Le Pen, accusée d’avoir franchi « la frontière de l’indécence ». En ligne de mire la déclaration polémique de la présidente du FN sur la sécurité nationale et le terrorisme: « Avec moi, il n’y aurait pas eu de Mohamed Merah, Français grâce au droit du sol, il n’y aurait pas eu les attentats du Bataclan et Stade de France. »

Sauf qu' »on ne récolte pas de voix sur le dos des morts », comme le martèle le texte publié le lendemain sur le site du Monde. « C’est une sorte de ligne rouge d’ordre moral – et qui préserve l’avenir. Cette ligne rouge, la chef du Front national, Marine Le Pen, vient de la franchir. »

Le quotidien n’épargne pas non plus François Fillon, englué dans des scandales politique, financier et surtout moral. « François Fillon, Marine Le Pen: même au mépris de la loi », s’intitule ainsi un autre éditorial, paru cette fois le 15 mars, au lendemain de la mise en examen du candidat de la droite, et alors que la candidate frontiste est elle aussi visée par des soupçons d’emplois fictifs au Parlement Européen.

« Voilà deux possibles futurs présidents de la République –et, à ce titre, gardiens des institutions– qui invoquent sans vergogne le verdict des électeurs pour mieux écarter le jugement des magistrats. Voilà une campagne définitivement empoisonnée et le débat présidentiel torpillé par ces affaires. Voilà enfin, c’est inévitable, les Français confortés dans leur défiance à l’égard de la parole publique et dans leur rejet, voire leur dégoût, des responsables politiques. De cela, en tout cas, François Fillon et Marine Le Pen sont dès à présent coupables », tranche ainsi le journal.

Voir également:

Un rappel aux économistes qui soutiennent Mélenchon
Pierre Bentata
La Tribune
20/04/2017

Les 100 économistes signataires de la tribune pro-Mélenchon sont le révélateur d’un malaise dans l’enseignement de l’économie en France. Par Pierre Bentata, chercheur en économie à l’Université Panthéon Assas

Suite à la tribune de 25 prix Nobel d’économie rappelant l’erreur que constituerait une sortie de l’UE, un recours au protectionnisme ou à la dévaluation, une centaine d’économistes a décidé de prendre la plume pour signer, à son tour, une tribune en faveur du programme de Jean-Luc Mélenchon. Sans doute ont-ils ressenti le message des « Nobel » comme une menace pour leur champion.

Que nous apprend cette démarche qui interpelle davantage par le nombre de signataires que par le fond de leur analyse ?

Consensus scientifique

Il faut d’abord noter le pathétique de cette décision. Lorsque 25 Nobel, ayant des opinions politiques diverses et des méthodologies très différentes, rappellent que certains faits économiques sont indiscutables, ils démontrent qu’il existe un consensus scientifique qui dépasse les croyances individuelles. En s’opposant frontalement à leurs conclusions, pour mieux soutenir leur candidat, ces « économistes » relèguent la science économique au rang de simple débat d’idées. Selon eux, l’économie serait affaire de goûts et relèverait davantage de discussion de cafés du commerce que de science. Cela en dit long sur l’estime qu’ils ont de leur profession.

Mais il y a plus grave. Un tel comportement favorise le relativisme ambiant qui, en matière économique, empêche tout consensus et donc toute discussion rationnelle et dépassionnée sur la pertinence des programmes électoraux. Voilà déjà un point choquant. Pourtant, celui-ci n’est rien en regard de ce que cette tribune révèle sur le système universitaire français.

Parmi ces signataires, plusieurs appartiennent au mouvement des Economistes Atterrés qui n’a jamais caché son penchant anticapitaliste, anti-marché et révolutionnaire. Ceux-là sont donc dans leur rôle (sic) lorsqu’ils soutiennent le candidat qui pleure Castro et appelle de ses vœux un rapprochement avec l’Alliance Bolivarienne. Ceux qui le sont moins sont les nombreux signataires membres du CNU – Conseil National des Universités. Le CNU est l’institution déterminante pour la carrière des jeunes universitaires. Il délivre les précieuses « qualifications » sans lesquelles un docteur ne peut intégrer l’université au titre de Maître de Conférences. Et depuis peu, il est aussi l’instance qui octroie le prestigieux statut de Professeur. Or, comme en témoigne la liste des signataires soutenant cette tribune, ce Conseil sensé évaluer la recherche scientifique est composé, pour partie, d’idéologues niant les conclusions des Nobels et considérant au moins implicitement, que l’économie serait un art au service d’un idéal politique plus vaste.

L’arrière-boutique d’une idéologie dépassée

Voilà pourquoi l’économie est de moins en moins bien enseignée à l’université. Et voilà pourquoi les Français sont si ignorants en matière économique. Ce qui devrait être le temple de l’excellence scientifique est devenu l’arrière-boutique d’une idéologie dépassée, où se décident les carrières des futurs professeurs, non selon la qualité de leurs travaux mais selon leurs opinions politiques. Devenue un instrument politique au sein d’une institution dépossédée de sa nature scientifique, l’économie perd inévitablement son statut et son importance dans le débat politique, interdisant toute réforme qui pourrait réconcilier la France avec l’emploi, l’innovation et la prospérité.

On s’interroge souvent sur les causes du marasme économique français. L’inculture et le relativisme économiques en sont les principales. Pour comprendre l’économie, pour choisir un programme économique plutôt qu’un autre, il faut déjà accepter que l’économie est une science, avec ses règles et ses mécanismes. Or, cela même les membres des plus hautes instances universitaires semblent l’avoir oublié, en faisant passer leur idéologie avant la réalité des faits, telle qu’énoncée par 25 Nobels !

Tant que les gardiens du temple seront des idéologues, favorables à un système qui n’a jamais fonctionné qui plus est, il n’y aura aucun débat rationnel. Et la France ne s’en remettra pas.

Voir encore:

La consternation des Vénézuéliens de Paris face à Mélenchon
Le candidat de la France insoumise érige le régime chaviste en modèle et a inscrit l’adhésion de la France à l’Alliance bolivarienne pour les Amériques dans son programme.
Patrick Bèle
Le Figaro
20/04/2017

Alors que l’opposition vénézuélienne défile en masse dans les rues de Caracas pour demander l’organisation d’élections, de nombreux Vénézuéliens parisiens s’offusquent des déclarations de Jean-Luc Mélenchon sur leur pays. Ils dénoncent les contre-vérités exprimées par le candidat à la présidentielle. Dans un entretien accordé à Ouest France la semaine dernière, il déclarait: «Le Venezuela avait une politique sociale-démocrate. Personne n’a été exproprié. Il n’y a jamais eu de nationalisation non plus. J’ai soutenu Chavez contre l’agression des Américains. Et aujourd’hui le problème de ce pays, c’est d’abord la baisse du prix du pétrole. Je n’y suis pour rien!» «Six affirmations et quatre purs mensonges», déplore Jose Ocariz, qui vit en France depuis une quinzaine d’années.

Une alliance en train de péricliter

Par ailleurs, à une question sur France Info sur le point 62 du programme de Mélenchon qui prône l’adhésion de la France l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (Alba), Clémentine Autain a montré qu’elle ne connaissait pas ce point du programme du candidat dont elle est la porte-parole. L’Alba est une organisation fondée par Hugo Chavez qui visait à créer des solidarités avec les pays latino-américains et caraïbes adhérents aux préceptes du socialisme du XXIe siècle (Cuba, Bolivie, Nicaragua, République dominicaine, Équateur, notamment).

Cette alliance est en train de péricliter. La rente pétrolière vénézuélienne ayant fondu, Caracas ne peut plus apporter son aide aux pays membres. La proposition d’adhésion de la France à cette alliance est pour le moins incongrue. «Le monde entier a montré sa solidarité avec l’opposition vénézuélienne et condamné l’attitude du pouvoir chaviste, explique Paula Osorio, en France depuis dix ans. Et Mélenchon continue à défendre un régime coupable de multiples violations des droits de l’homme. Chaque fois qu’il en parle, Mélenchon décrit Chavez comme un grand humaniste. Tout le monde sait que c’est faux. Il ment quand il dit qu’il n’y a pas eu d’expropriations. Il doit le savoir! Il est venu si souvent dans mon pays. Avec un menteur comme lui, il n’y a pas de discussion possible. Aujourd’hui, au Venezuela, des gens fouillent dans les poubelles pour trouver à manger.»

Consternation face aux «contre-vérités»

Pour Francisco Moreno, ancien cadre de PDVSA, le géant pétrolier appartenant à l’État vénézuélien, qui a quitté le pays au moment de la grande purge de la compagnie au début des années 2000, Mélenchon est «comme un mari trompé qui ne veut pas voir que sa femme lui est infidèle. Il nie la réalité alors qu’il la connaît. Il se ment à lui-même car il a trouvé dans son soutien à Chavez une part de romantisme qui le nourrit dans son combat politique. Mélenchon ne peut pas être un bon président s’il continue à vivre dans une utopie. Et pourtant de nombreux points de son programme me plaisent. Mais cet aveuglement sur mon pays est insultant pour tous les Vénézuéliens qui souffrent».

Jose Ocariz, qui se place plutôt à gauche, s’étonne lui aussi des «mensonges» de Jean-Luc Mélenchon. «Personne n’a été exproprié? Il suffit de taper «Expropiese» sur un moteur de recherche pour trouver de nombreux extraits des shows de télé réalité du colonel Chavez. Il s’agit d’humiliation publique, montrant des personnes réduites au silence à l’annonce en live de leur ruine car expropriés, suivie d’une salve d’applaudissements serviles.»

Mercredi 19 avril, dans la cour de la reine dans le 8e arrondissement de Paris, les opposants au régime chaviste se sont réunis au pied de la statue de Simon Bolivar pour montrer leur solidarité avec leurs compatriotes qui défilaient dans les rues de Caracas au même moment. Au milieu des slogans demandant le respect des droits à manifester et de la constitution ainsi que la libération des prisonniers politiques, la colère contre Jean-Luc Mélenchon était présente.

La plupart des participants exprimaient spontanément leur consternation face aux «contre-vérités» exprimées par le candidat de la France insoumise sur le Venezuela. «Mélenchon parle d’un Venezuela qui n’existe pas, s’insurgeait un participant qui préfère rester anonyme. Il nourrit ses fantasmes de révolution sud-américaine de l’histoire d’un pays où certains habitants n’ont même plus la possibilité de se soigner car il n’y a plus de médicaments dans les pharmacies et les hôpitaux depuis des mois.»

Voir par ailleurs:

Présidentielle 2017 : le big data donne Fillon au second tour, pas les sondages. Qui aura raison ?

Sylvain Rolland
La Tribune
21/04/2017
Filteris, Vigiglobe et Predict My President, trois initiatives différentes dans leur méthodologie de big data électoral, prédisent la qualification de François Fillon au second tour de l’élection présidentielle. Les derniers sondages, eux, continuent d’anticiper un duel Macron-Le Pen. Explications.

Sale temps pour les sondages. Paniqués à l’idée de « rater » le premier tour de l’élection présidentielle, les voici challengés par de nouveaux venus : les spécialistes du big data, qui utilisent l’analyse des données à grande échelle pour établir une autre cartographie de l’opinion.

Première mauvaise nouvelle pour les sondeurs, dont la méthodologie est ouvertement contestée : contrairement à eux, ces concurrents du big data ont su prédire la qualification de François Fillon au premier tour de la primaire à droite. Et aussi l’élection de Donald Trump et, pour Vigiglobe, la victoire du Brexit. Trois échecs cuisants pour les instituts de sondages.

Deuxième mauvaise nouvelle : les prédictions de Filteris, de Vigiglobe et de l’algorithme Predict My President ne valident pas celles des sondages. Ceux-ci ne cessent d’annoncer un duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Au contraire, les trois initiatives misent sur la qualification de François Fillon. Ils diffèrent par contre sur le ou la candidate qui l’accompagnera au second tour. Une question de méthodologie qui révèle aussi les limites de l’exercice.

Retour sur ces trois trublions de la campagne, leur méthodologie, leur crédibilité, leurs prédictions. Puis celles, très différentes, des tout derniers sondages.

Filteris : un second tour Fillon / Le Pen

Qu’est-ce que c’est ? Filteris est une société canadienne créée en 2002 par Jérôme Coutard et Isabelle Dornic, tous deux docteurs en sciences sociales. L’entreprise est spécialisée dans l’analyse d’image, la gestion et la sécurisation de l’identité numérique des entreprises, institutions et personnalités. Depuis 2007, Filteris a développé une expertise dans l’analyse du buzz généré sur le web et les réseaux sociaux dans des contextes électoraux, baptisée BuzzPol.

Quelle méthodologie ?  BuzzPol réalise, comme les sondages, des mesures régulières de l’opinion. Mais contrairement aux sondeurs, BuzzPol ne se base pas sur le recueil d’intentions de vote auprès d’un public représentatif, mais sur l’analyse à grande échelle des perceptions, avis et opinions exprimés sur le web et les réseaux sociaux. Son algorithme permet d’analyser ces points de vue de manière quantitative et qualitative, puis de générer un score sur 100, réparti entre les candidats.

Quel est son pronostic ? Dans sa dernière mesure du vendredi 21 avril, François Fillon arrive en tête avec 22,09%. Il est suivi par Marine Le Pen, avec 21,75%, puis Jean-Luc Mélenchon (21,11%) et enfin Emmanuel Macron (19,92%). Les quatre candidats se tiennent à un peu plus de deux points. Autrement dit, dans un mouchoir de poche.

C’est la 16è mesure d’opinion de Filteris depuis le 3 avril. Les 14 premières indiquaient que François Fillon et Marine Le Pen figureraient au second tour. Seule la 15è, du jeudi 20 avril, anticipait un second tour Fillon-Mélenchon.

Quelle crédibilité ? Filteris a correctement prédit la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine. L’entreprise n’a pas travaillé sur le Brexit. Contrairement aux sondages, Filteris a su prédire la première place de François Fillon à la primaire de la droite. Mais l’entreprise attendait Nicolas Sarkozy en deuxième position, alors que c’est Alain Juppé qui s’est qualifié. Elle s’est en outre trompée sur le premier tour de la primaire de la gauche : Benoît Hamon, qui est arrivé en première position, était donné troisième, derrière Manuel Valls et Arnaud Montebourg.

Vigiblobe : Fillon probablement qualifié, Macron et Mélenchon en embuscade, Le Pen hors de l’équation

Qu’est-ce que c’est ? Vigiglobe est une startup française dirigée par Leendert de Voogd, un ancien directeur mondial de l’institut de sondage TNS. Son credo : l’analyse des réseaux sociaux Twitter et Facebook pour repérer les tendances émergentes afin d’orienter la communication de ses clients, les marques. La startup a aussi développé des outils d’analyse spécialement conçus pour les élections, afin de repérer les signaux faibles qui traduisent des dynamiques qui échappent aux sondeurs – ou que ces derniers perçoivent trop tard.

Quelle méthodologie ? Vigiglobe utilise des algorithmes, développés en interne, de machine learning (apprentissage par la machine à base d’intelligence artificielle), capables d’analyser à la fois quantitativement (qui suscite le plus de réactions ?) et qualitativement (quelle tonalité ?) les messages postés sur les réseaux sociaux. Grâce à des partenariats exclusifs avec Facebook et Twitter, la startup a accès à l’ensemble des contenus publiés. La moitié des Français est sur Facebook, et Twitter revendique 15 millions de comptes en France.

Quel est son pronostic ? Contrairement à ses concurrents, Vigiglobe ne se risque pas au jeu des prédictions. En revanche, la startup estimait, jeudi 20 avril, que François Fillon a « de grandes chances de se qualifier pour le second tour ». Ses algorithmes d’analyse du sentiment voient se dégager un trio de tête dans un mouchoir de poche : François Fillon (qui dispose en plus du plus grand nombre de messages positifs), Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon.

Contrairement aux sondages et aux autres spécialistes du big data, Vigiglobe estime que Marine Le Pen est en sérieuse perte de vitesse, et qu’elle pourrait, par conséquent, ne pas se qualifier pour le second tour. Leendert de Voogd, le Pdg, précise toutefois que l’attaque des Champs-Elysées profitait vendredi 21 avril à François Fillon et à Marine Le Pen, en nette hausse par rapport aux jours précédents.

Quelle crédibilité ? Vigiglobe a correctement identifié les dynamiques portant à l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, à la victoire du Brexit au Royaume-Uni, de François Fillon à la primaire de la droite, et de Benoît Hamon à celle de la gauche.

Predict My President : Le Pen et Fillon au second tour

Qu’est-ce que c’est ? Predict My President est un programme mené depuis plusieurs mois par cinq étudiants de l’école Télécom Paris tech pour l’hebdomadaire Le Point. L’objectif est de pallier les « failles » des sondages en remplaçant les enquêtes d’opinion par une analyse socio-économique des électeurs, couplée à une analyse de la popularité des candidats sur la Toile.

Quelle méthodologie ? Les élèves ont bâti un logiciel nourri à partir des données numériques issues du réseau social Twitter et des recherches des internautes sur Google, pour déceler la popularité des candidats et analyser le contenu des messages les concernant. Ces data sont croisées par des données socio-économiques remontant jusqu’à 1981 (taux de chômage par département, résultats des élections locales, etc.), issues des plateformes gouvernementales d’open data et de l’Insee. Un algorithme pondère les différentes analyses et aboutit à des prédictions de vote. Ou quand le big data et l’analyse socio-économique remplacent les sondages.

Quel est le pronostic ? Le 19 avril, Predict My President voyait se profiler un duel entre Marine Le Pen (24,13%) et François Fillon (21,77%). Emmanuel Macron arriverait troisième avec 20,32%, suivi par Jean-Luc Mélenchon avec 18,66%.

Quelle crédibilité ? Verdict dimanche.

Et les sondages ?

Dans la dernière ligne droite, tous notent une progression de François Fillon, confirmant ainsi la dynamique relevée par les spécialistes du big data, mais pas suffisamment pour atteindre le second tour. Tous les instituts le donnent troisième derrière Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

Voici les résultats des derniers sondages publiés le vendredi 21 avril:

  • Odoxa pour Le Point

Emmanuel Macron (24,5%) vs Marine Le Pen (23%). François Fillon et Jean-Luc Mélenchon sont tous les deux à 19%.

  • BVA pour La Dépêche du Midi

Emmanuel Macron (24%) vs Marine Le Pen (23%). François Fillon et Jean-Luc Mélenchon sont tous les deux à 19%.

  • OpinionWay-ORPI pour Les Echos et Radio Classique

Emmanuel Macron (23%) vs Marine Le Pen (22%). François Fillon est troisième avec 21%, Jean-Luc Mélenchon est quatrième avec 18%.

  • Ifop-Fiducial pour Paris Match, CNews et Sud Radio

Emmanuel Macron (24,5%) vs Marine Le Pen (22,5%). François Fillon est troisième avec 19,5%, Jean-Luc Mélenchon est quatrième avec 18,5%.

  • Elabe pour BFMTV et L’Express

Emmanuel Macron (24%) vs Marine Le Pen (21,5%). François Fillon est troisième avec 20%, Jean-Luc Mélenchon est quatrième avec 19,5%.


Présidentielle 2017: Vous avez dit retour vers le futur ? (L’étrange béguin des Chiraquiens pour Macron)

21 avril, 2017
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Je suis le seul à avoir mené neuf réformes législatives. Quand on fera le bilan de Chirac, on ne se souviendra de rien. Sauf de mes réformes. Je vais m’investir à fond dans l’UMP, préparer les échéances futures pour Nicolas Sarkozy en 2007. En me virant du gouvernement, ils ont fait de moi un directeur de campagne avant l’heure. François Fillon (2005)
La situation est tragique mais les forces en présence au Moyen-Orient font qu’au long terme, Israël, comme autrefois les Royaumes francs, finira par disparaître. Cette région a toujours rejeté les corps étrangers. Dominique de Villepin (Paris, automne 2001)
Il y a à Gaza l’aboutissement d’un engrenage dont Israël est prisonnier, l’éternel engrenage de la force. (…) Cette logique mène à la surenchère, toujours plus d’usage de la force, toujours plus de transgression du droit, toujours plus d’acceptation de l’inacceptable. (…) Après le 11-Septembre, l’Amérique a été livrée, elle aussi, à la peur. Son aspiration à la sécurité était justifiée. Mais, en s’engageant dans l’aventure irakienne, les Etats-Unis ont fait primer la force sur le droit, s’enfermant dans un conflit qu’ils ne peuvent gagner. (…) On le voit en Cisjordanie, un autre avenir est possible. (…) Ce chemin passe par la création d’un Etat palestinien, car seule la reconnaissance d’un Etat palestinien souverain peut être le point de départ d’un nouvel élan pour la région. Dans ce processus, tout le monde le sait bien, il faudra impliquer le Hamas dans la dynamique de paix. Comme pour tout mouvement radical, chaque défaite devant la force est une victoire dans les esprits, par un effet de levier imparable. L’enjeu, c’est bien aujourd’hui d’avancer vers une unité palestinienne qui offre un interlocuteur crédible pour la paix. (…) C’est un enjeu pour la stabilité du Moyen-Orient. Car ceux qui veulent œuvrer à la stabilité du Moyen-Orient sont affaiblis par la logique de force. La spirale sert de justification à d’autres spirales, comme celle de la prolifération nucléaire en Iran. Villepin
Dans l’immédiat, notre attention doit se porter en priorité sur les domaines biologique et chimique. C’est là que nos présomptions vis-à-vis de l’Iraq sont les plus significatives : sur le chimique, nous avons des indices d’une capacité de production de VX et d’ypérite ; sur le biologique, nos indices portent sur la détention possible de stocks significatifs de bacille du charbon et de toxine botulique, et une éventuelle capacité de production.  Dominique De Villepin (05.02.03)
Les visées militaires du programme nucléaire iranien ne font plus de doute mais les possibilités de négociations avec le régime de Téhéran n’ont pas été épuisées. (…) De l’avis des experts, d’ici deux à trois ans, l’Iran pourrait être en possession d’une arme nucléaire. Rapport parlementaire français (17 décembre 2008)
La droite républicaine a besoin d’une colonne vertébrale. Villepin
Nous ne croyons pas à un peuple supérieur aux autres. Jean-Luc Mélenchon
C’est un Corrézien qui avait succédé en 1995 à François Mitterrand. Je veux croire qu’en 2012, ce sera aussi un autre Corrézien qui reprendra le fil du changement. François Hollande
Je laisserai à mon successeur un pays en bien meilleur état que celui que j’ai trouvé. François Hollande
When I turn over the keys to the next occupant, one thing I’m confident about, and maybe why I don’t feel obliged to yearn for a third term, is I’m very confident I’ll be able to say that things are a lot better now than they were when I came into office. And, you know, that’s a pretty good eight years’ worth of work. Barack Hussein Obama
Il s’est passé à l’époque quelque chose qui m’intéressait beaucoup, qui était un gouvernement qui partageait la rente pétrolière avec le peuple et avec les pauvres, si bien que des millions de gens ont été sortis de la pauvreté. Mais je ne suis pas gouvernant du Venezuela. Je voyais un partage extrêmement intéressant et fécond entre le partage de la rente pétrolière au Venezuela, et l’accaparation de cette même richesse au Qatar ou en Arabie Saoudite où les pauvres gens n’ont accès à rien. (…) «Et bien oui ce sont des manifestations d’opposition»(…)«Vous ne m’interrogez pas sur Bahreïn, sur le Yémen Monsieur Bourdin, vous avez vos prédilections… Vous avez vos massacres préférés.» «Vous passez votre temps, vous et quelques autres, à essayer d’effrayer à mon sujet» (…) «Je ne fais pas campagne au Venezuela, je suis en train de faire campagne en France. Jean-Luc Mélenchon

Monsieur Villepin ne déçoit jamais dans sa capacité à marquer des buts contre son camp. C’est l’homme de la dissolution qui a amené Lionel Jospin au pouvoir, c’est l’homme des coups bas contre Nicolas Sarkozy. Il poursuit aujourd’hui dans la collaboration avec Emmanuel Macron. Eric Ciotti
Son parti s’est effondré, le candidat PS Benoit Hamon est crédité de moins de 10% dans les sondages, le chômage est toujours au plus haut, les tensions identitaires et religieuses, notamment liées à l’islam politique, sont extrêmement vives. Mais le “Premier secrétaire de la République” se vante. “Je laisserai à mon successeur un pays en bien meilleur état que celui que j’ai trouvé”. Valeurs actuelles
L’ancien président américain Barack Obama s’est entretenu aujourd’hui avec Emmanuel Macron pour évoquer « l’importante élection présidentielle à venir en France », a indiqué son porte-parole, précisant que l’objet de cet appel n’était pas d’apporter un soutien au candidat centriste du mouvement « En Marche ». Le candidat de 39 ans, qui est l’un des favoris du scrutin présidentiel, a « chaleureusement remercié Barack Obama pour son appel amical », selon son équipe de campagne. Barack Obama, qui s’est montré très discret depuis son départ de la Maison Blanche le 20 janvier, a « apprécié l’occasion d’entendre Macron évoquer sa campagne et l’importante élection présidentielle en France », a indiqué son porte-parole, Kevin Lewis. Ce dernier a souligné l’importance que l’ex-président démocrate accordait à la France, « en tant que proche allié des Etats-Unis » et en raison de son rôle dans la défense « des valeurs progressistes en Europe et à travers le monde ». Lewis a précisé que Obama n’apporterait son « soutien officiel » à aucun candidat avant le premier tour de l’élection, prévu dimanche. Le Figaro
Le président américain Barack Obama a écrit une lettre à Jacques Chirac, confirme à nouvelobs.com le cabinet de l’ancien président français, vendredi 20 mars. La nouvelle avait d’abord été annoncée par Le Figaro. « Je suis certain que nous pourrons au cours des quatre années à venir collaborer ensemble dans un esprit de paix et d’amitié afin de construire un monde plus sûr », a écrit le successeur de George W. Bush. Jacques Chirac a qualifié ce courrier de « très sympathique », selon Le Figaro. « L’échange de courrier date de la mi-mars », précise le cabinet de Jacques Chirac, qui confirme également à nouvelobs.com le contenu de l’échange. L’ancien président français avait d’abord écrit à Barack Obama après son élection. Cette relation épistolaire peut-elle déboucher sur des projets communs? Pour l’instant, aucune rencontre n’est prévue entre les deux hommes, qui ne se connaissent pas personnellement. Mais les objectifs de la Fondation Chirac – développement durable et dialogue entre les civilisations – rejoignent les préoccupations du président américain. Les deux hommes ont également en commun de s’être opposés à la guerre en Irak, qui a débuté il y a tout juste 5 ans, le 20 mars 2003. Le Nouvel Obs (mars 2009)
Sarko a fait passer des messages à l’équipe Macron : il appellera à voter Macron dès dimanche, 20h15 », en cas de second tour Macron-Le Pen à l’élection présidentielle, affirme au JDD un proche du candidat d’En Marche!. En cas d’élimination de François Fillon dès le premier tour de la présidentielle, Nicolas Sarkozy s’exprimera « dès dimanche soir », confirment de leur côté plusieurs sources sarkozystes. Le JDD
Je n’ai pas regardé précisément ce point 62. (…) Ecoutez, je vais regarder dans le détail ce point-là. (…) Je ne sais pas exactement ce qui a conduit à ce point 62. (…) Ce qui compte, c’est la logique générale. Clémentine Autain
L’élection présidentielle de 2012 se jouait sur des clivages droite/gauche traditionnels. Nicolas Sarkozy portait les valeurs classiques de la droite (autorité, identité, mérite valeur travail) et François Hollande incarnait quant à lui les symboles de la gauche traditionnelle, à savoir: l’égalité et le travail comme moyen d’émancipation sociale. On était dans un débat frontal qui se jouait sur des visions quasi antagonistes. Aujourd’hui, on observe trois candidats -Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon- qui ont chacun des discours transversaux par rapport au clivage traditionnel entre la droite et la gauche. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon opposent ainsi davantage le peuple aux élites, la souveraineté populaire à l’union européenne ou bien encore les classes populaires aux classes dirigeantes. Emmanuel Macron, le candidat de la conciliation, brouille pour sa part les clivages par son discours qui fait la synthèse entre la droite et la gauche. (…) Tous les candidats ont des points aveugles. Chez Benoît Hamon ou Jean-Luc Mélenchon, par exemple, on ne retrouve pas les mots «islamisme» ou «immigration». Le candidat de La France insoumise préférera utiliser les termes «les violents» ou «les criminels» au terme «les terroristes». À droite ou à l’extrême droite, on note par contre un grand silence autour des mots «environnement» («pesticide» ou «réchauffement climatique» sont quasi absents). (…) Le mot «liberté» est surreprésenté chez le candidat des Républicains. Un concept qu’il emploie presque uniquement dans son sens économique. Il n’est pas question ici des libertés individuelles ou sociétales, mais de la liberté d’entreprendre. On observe aussi la fréquence du mot sécurité dans ses discours depuis la réorientation de sa campagne de ces derniers mois. (…) Le candidat du parti En Marche! procède par couplage de mots. Il accole par exemple les termes «liberté» et «protection». «La liberté» reprend un mot-valeur de la droite (la liberté d’entreprendre et économique) tandis que «la protection» renvoie pour sa part à des marqueurs de gauche. Emmanuel Macron est le candidat de la synthèse, il cherche toujours à mettre en couple des concepts qui sont traditionnellement opposés. C’est son credo. Il veut montrer qu’il est à la fois de droite et de gauche. Et cette volonté se manifeste très clairement dans ses discours. S’il dit par exemple qu’«il faut être extrêmement ferme sur la laïcité» il ajoutera immédiatement «et respectueux de la liberté religieuse des uns et des autres». Emmanuel Macron a un vocabulaire émotionnel très développé et use d’un registre très positif. Il est dans le coaching de ses électeurs, dans l’émotion et la bienveillance. Il a parfois même un vocabulaire à la Johnny, intimant à ses supporters d’avoir «l’envie». On peut d’ailleurs comparer ses discours à ceux d‘un Obama et de son slogan de campagne Yes We Can. Macron semble nous dire avec son énergie: «Oui, on peut y arriver». Mais comme ses mots sont extrêmement abstraits et vagues, on a parfois l’impression d’un discours qui tourne à vide. (…) Celui qui utilisait par le passé un vocabulaire issu de la sphère trotskiste, socialiste et d’extrême gauche est aujourd’hui dans un discours populiste. Ce concept de science politique signifie que son discours n’utilise plus le vocabulaire et les symboles de la gauche radicale (drapeau rouge, «prolétariat», «classes») mais une rhétorique fondée sur l’opposition entre un «peuple souverain» qui serait spolié de son pouvoir et «l’oligarchie», représentée par les «puissances d’argent» et «l’union européenne». Jean-Luc Mélenchon ne parle plus beaucoup de capitalisme, ni des travailleurs. Il parle aujourd’hui de «peuple», un concept plus attrayant car plus beaucoup plus vague. (…) Presque tous les candidats ont conscience aujourd’hui qu’un mot de trop pourrait leur coûter énormément politiquement. Ils savent aussi que s’ils parviennent à imposer leur formulation des problèmes contemporains, le gain politique sera assuré. Imposer sa grille de lecture du monde ou son vocabulaire à l’opinion publique, c’est imposer aussi ses propres solutions comme naturelles donc in fine gagner sa voix. Cécile Alduy
 « D’expérience, ce ne sont pas nos indicateurs publiés juste avant une élection qui sont les plus précis mais plutôt ceux datant de cinq jours avant le jour du scrutin », prévient Jérôme Coutard. Celui en date du 18 avril prévoit un quarté François Fillon-Marine Le Pen-Jean-Luc Mélenchon-Emmanuel Macron. Verdict dimanche soir. Les Echos
Emmanuel Macron aime à dire qu’il bénéficie de soutiens de gauche, du centre, comme de droite. Ce n’est pas faux, même si ce n’est pas dans la même proportion : la très grande majorité de ses soutiens, comme des électeurs qui se prononceront pour lui dimanche prochain, vient d’un centre-gauche gestionnaire et responsable. Reste que les soutiens à la « macronie » venus de la droite existent bel et bien. Ces soutiens, cependant, sont loin d’être issus uniformément des différentes écoles qui composent la droite française. L’immense majorité d’entre eux vient d’un seul cercle : celui qui entourait l’ancien Président Jacques Chirac, chef de l’Etat entre 1995 et 2007, que l’âge et la maladie empêchent désormais de participer au débat politique. (…) Plus ambiguë est la position de deux anciens Premiers ministres de Chirac, Alain Juppé et Dominique de Villepin. Le premier, après avoir perdu contre François Fillon lors des primaires de la droite et du centre, a officiellement annoncé, après s’être fait prier, qu’il soutiendrait le candidat de son propre camp. Mais il multiplie les migraines de diva quand il s’agit de venir prouver ce soutien sur le terrain ou devant les caméras, et les mises en garde ronchonnent quand on lui en parle. Après avoir parlé des militants de son propre parti, soutiens de son propre candidat, comme d’un « noyau radicalisé » de militants (une expression généralement réservée aux soutiens de l’Etat islamique), Juppé, avant-hier, a déclaré qu’il se « retrouverait dans l’opposition » si un Président Fillon faisait entrer au gouvernement des représentants de la droite catholique conservatrice. (…) Quant à Villepin, Premier ministre de Chirac entre 2004 et 2007, sa politique semble être de tout faire pour indiquer son soutien à Macron, sauf de l’annoncer explicitement. Les deux hommes se déclarent réciproquement leur amitié à l’antenne, dans l’intimité de quelques millions d’auditeurs. Lundi dernier, BFM (surnommée « radio Macron » pour son engagement constant et caricatural en faveur du candidat) a suggéré que Villepin ferait un bon Premier ministre pour un Président Macron. Et Macron n’a pas dit le contraire. Ce ralliement massif, qu’il soit explicite ou implicite, de chiraquiens à Macron est-il l’indice d’une orientation idéologique particulière du candidat ? Probablement pas – ne serait-ce que parce qu’Emmanuel Macron, tout occupé qu’il est à mettre sa personne au centre de l’image, n’accorde pas la moindre importance à la cohérence idéologique. Il a annoncé successivement que la colonisation avait été un crime contre l’humanité, et qu’il fallait en assumer les aspects positifs. Qu’il n’y a pas de culture française et que la France ne serait jamais, sous son principat, un pays multiculturel. Que les opposants au mariage pour tous ont été injustement humiliés par le Président Hollande, et que l’idée même de donner à l’un d’entre eux un secrétariat d’Etat au Sport est le signe d’une insupportable radicalité. Qu’il renvoyait un de ses correspondants départementaux convaincu de sympathie islamiste, puis qu’il ne le renvoyait pas, puis qu’il l’écartait, ce qui, semble-t-il, est très différent et revient exactement au même, selon la personne à qui on s’adresse. Mais si Macron n’a aucune cohérence idéologique, aucune colonne vertébrale mentale, les chiraquiens, eux, en ont une. Leur entrée en masse dans les équipes Macron, avec la chasse aux postes qui en résulterait nécessairement s’il était élu, fera revenir au pouvoir des réflexes et des raisonnements caractéristiques de toute cette école de la droite française. Tout d’abord, les chiraquiens – à l’exemple de leur maître, lorsqu’il était encore lucide – sont des partisans résolus du multiculturalisme. S’il y a une chose sur laquelle Jacques Chirac n’a jamais varié, c’est sur l’idée que toutes les cultures se valent, que toutes doivent être également respectées, et que seule une arrogance raciste peut conduire les Occidentaux à préférer leur propre culture à celle des autres. Dans une déclaration restée fameuse, parce qu’aussi fausse en fait qu’elle était psychologiquement révélatrice, le président Chirac avait affirmé en 2003 à un homme politique catholique, Philippe de Villiers, que « les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes ». Au nom de cette vision fantasmatique de l’histoire, la France de Chirac avait bloqué la tentative d’autres pays européens de faire figurer dans le préambule du projet de Constitution européenne une référence à ces « racines chrétiennes », historiquement exactes mais politiquement déplacées. Multiculturalistes de principe, les chiraquiens ont aussi une attitude, disons, sans sévérité excessive en matière de morale financière. Là encore, l’exemple vient du sommet. L’ancien président vit, depuis qu’il a quitté l’Elysée, dans un appartement parisien appartenant à l’actuel Premier ministre libanais Saad Hariri, qui le met gratuitement à sa disposition. De nombreux témoins, à Paris, rapportent en confidence que cette dépendance financière personnelle envers des intérêts étrangers était déjà en place lorsque Jacques Chirac et le père de Saad, Rafic Hariri, étaient tous deux aux affaires. (…) Les bonnes habitudes ne se perdant pas si facilement, Dominique de Villepin, depuis qu’il a pris sa retraite de la politique, vit une existence de millionnaire grâce à des missions d’avocat et de conseil. Parmi ses clients les plus généreux figure, en première place, l’Emirat du Qatar. On ne peut pas exclure que si Villepin, comme la macronie le laisse désormais entendre, devenait le Premier ministre ou le ministre des Affaires Etrangères d’un jeune président sans expérience internationale, les intérêts géopolitiques de ses bienveillants parrains auraient au moins autant d’influence sur son action que ceux de la France. Enfin, le mélange de multiculturalisme de principe et de vénalité à la bonne franquette des chiraquiens les conduit presque tous à ne pas avoir une vision particulièrement favorable de l’Etat d’Israël en particulier et des Juifs en général. Jacques Chirac a une rue à son nom à Ramallah – un hommage généralement réservé aux dictateurs sunnites ou aux auteurs d’attentats suicide. Une de nos sources régulières à Paris, qui travaillait alors à l’Elysée, a personnellement entendu Villepin, pendant la deuxième Intifada, expliquer – tout en regrettant les assassinats suicide – que ceux-ci étaient inévitables car « le Moyen-Orient a toujours rejeté les éléments étrangers ». En parfait accord avec cette vision fantasmagorique de l’histoire, la présidence de Chirac, surtout lorsque Villepin était son Premier ministre, a caractérisé le point le plus bas de toute l’histoire des relations franco-israéliennes. (…) S’il reste aujourd’hui des nostalgiques de cette époque, il y a pour eux une bonne nouvelle : presque tous ceux qui étaient aux commandes, en politique comme dans la presse, sont encore vaillants et prêts à reprendre du service. Et tous, en masse, se sont ralliés à la candidature Macron – un candidat trop profondément ignorant de ces questions pour pouvoir contrer leur influence s’il était élu. Amram Castellion

Au secours ! La Chiraquie revient !

Dissolution imposant la cohabitation à Chirac, coups tordus de l’affaire Clearstream contre Sarkozy, trahison des alliés historiques israéliens et américains de la France, fricotage de haut vol et contre espèces sonnantes et trébuchantes pour le compte de nos amis et fourriers notoires du djihadisme qataris, saoudiens ou iraniens …

Alors qu’à trois jours à peine du premier tour d’une élection présidentielle …

Aussi inédite que décisive entre deux attaques ou menaces terroristes …

Et après les cinq années d’immobilisme de la présidence Hollande …

Devinez qui nous sort de son chapeau …

Pour corriger son statut désormais un peu trop voyant de dauphin de François Hollande …

Et contrer le seul candidat d’une véritable alternance

Le champion supposé d’un renouveau depuis si longtemps espéré ?

L’étrange béguin des Chiraquiens pour Macron
Amram Castellion
Metullah press Agency

20 avril 2017

Emmanuel Macron aime à dire qu’il bénéficie de soutiens de gauche, du centre, comme de droite. Ce n’est pas faux, même si ce n’est pas dans la même proportion : la très grande majorité de ses soutiens, comme des électeurs qui se prononceront pour lui dimanche prochain, vient d’un centre-gauche gestionnaire et responsable.

Reste que les soutiens à la « macronie » venus de la droite existent bel et bien. Ces soutiens, cependant, sont loin d’être issus uniformément des différentes écoles qui composent la droite française. L’immense majorité d’entre eux vient d’un seul cercle : celui qui entourait l’ancien Président Jacques Chirac, chef de l’Etat entre 1995 et 2007, que l’âge et la maladie empêchent désormais de participer au débat politique.

Plusieurs de ces soutiens sont explicites et officiels. Jean-Paul Delevoye, ancien ministre de la Fonction Publique de Chirac, est chargé de la sélection des futurs candidats du parti macroniste aux législatives de juin prochain. Un ancien ministre des Affaires Etrangères de Chirac, Philippe Douste-Blazy, et un ancien ministre de l’Economie, Jean Arthuis, se sont également prononcés pour le candidat du « ni droite ni gauche ». D’autres anciens ministres macronisés incluent Jean-Jacques Aillagon, Anne-Marie Idrac, Dominique Perben et Noëlle Lenoir.

En plus de ces ralliements ministériels, d’autres membres du cercle de proches de l’ancien président se sont engagés pour le jeune candidat. C’est le cas dans sa famille ; son petit-fils, Martin Chirac, a rejoint le parti macroniste. Sa fille, Claude Chirac, et son gendre, Frédéric Salat-Baroux, n’ont pas franchi le pas, mais ne cachent pas, dans les dîners en ville, le bien qu’ils pensent de l’impétrant. La famille de l’ancien maire de Paris, Jacques Tibéri, qui avait succédé à Chirac avec sa bénédiction à la mairie de la capitale, s’est elle aussi macronifiée.

Plus ambiguë est la position de deux anciens Premiers ministres de Chirac, Alain Juppé et Dominique de Villepin. Le premier, après avoir perdu contre François Fillon lors des primaires de la droite et du centre, a officiellement annoncé, après s’être fait prier, qu’il soutiendrait le candidat de son propre camp. Mais il multiplie les migraines de diva quand il s’agit de venir prouver ce soutien sur le terrain ou devant les caméras, et les mises en garde ronchonnent quand on lui en parle.

Après avoir parlé des militants de son propre parti, soutiens de son propre candidat, comme d’un « noyau radicalisé » de militants (une expression généralement réservée aux soutiens de l’Etat islamique), Juppé, avant-hier, a déclaré qu’il se « retrouverait dans l’opposition » si un Président Fillon faisait entrer au gouvernement des représentants de la droite catholique conservatrice. Comme par exemple Christine Boutin, qui fut déjà ministre du Logement pendant deux ans, entre 2007 et 2009, sans que la France subisse exactement les affres d’une terreur blanche.

Quant à Villepin, Premier ministre de Chirac entre 2004 et 2007, sa politique semble être de tout faire pour indiquer son soutien à Macron, sauf de l’annoncer explicitement. Les deux hommes se déclarent réciproquement leur amitié à l’antenne, dans l’intimité de quelques millions d’auditeurs.

Lundi dernier, BFM (surnommée « radio Macron » pour son engagement constant et caricatural en faveur du candidat) a suggéré que Villepin ferait un bon Premier ministre pour un Président Macron. Et Macron n’a pas dit le contraire.

Ce ralliement massif, qu’il soit explicite ou implicite, de chiraquiens à Macron est-il l’indice d’une orientation idéologique particulière du candidat ? Probablement pas – ne serait-ce que parce qu’Emmanuel Macron, tout occupé qu’il est à mettre sa personne au centre de l’image, n’accorde pas la moindre importance à la cohérence idéologique. Il a annoncé successivement que la colonisation avait été un crime contre l’humanité, et qu’il fallait en assumer les aspects positifs. Qu’il n’y a pas de culture française et que la France ne serait jamais, sous son principat, un pays multiculturel. Que les opposants au mariage pour tous ont été injustement humiliés par le Président Hollande, et que l’idée même de donner à l’un d’entre eux un secrétariat d’Etat au Sport est le signe d’une insupportable radicalité. Qu’il renvoyait un de ses correspondants départementaux convaincu de sympathie islamiste, puis qu’il ne le renvoyait pas, puis qu’il l’écartait, ce qui, semble-t-il, est très différent et revient exactement au même, selon la personne à qui on s’adresse.

Mais si Macron n’a aucune cohérence idéologique, aucune colonne vertébrale mentale, les chiraquiens, eux, en ont une. Leur entrée en masse dans les équipes Macron, avec la chasse aux postes qui en résulterait nécessairement s’il était élu, fera revenir au pouvoir des réflexes et des raisonnements caractéristiques de toute cette école de la droite française.

Tout d’abord, les chiraquiens – à l’exemple de leur maître, lorsqu’il était encore lucide – sont des partisans résolus du multiculturalisme. S’il y a une chose sur laquelle Jacques Chirac n’a jamais varié, c’est sur l’idée que toutes les cultures se valent, que toutes doivent être également respectées, et que seule une arrogance raciste peut conduire les Occidentaux à préférer leur propre culture à celle des autres.

Dans une déclaration restée fameuse, parce qu’aussi fausse en fait qu’elle était psychologiquement révélatrice, le président Chirac avait affirmé en 2003 à un homme politique catholique, Philippe de Villiers, que « les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes ». Au nom de cette vision fantasmatique de l’histoire, la France de Chirac avait bloqué la tentative d’autres pays européens de faire figurer dans le préambule du projet de Constitution européenne une référence à ces « racines chrétiennes », historiquement exactes mais politiquement déplacées.

Multiculturalistes de principe, les chiraquiens ont aussi une attitude, disons, sans sévérité excessive en matière de morale financière. Là encore, l’exemple vient du sommet. L’ancien président vit, depuis qu’il a quitté l’Elysée, dans un appartement parisien appartenant à l’actuel Premier ministre libanais Saad Hariri, qui le met gratuitement à sa disposition. De nombreux témoins, à Paris, rapportent en confidence que cette dépendance financière personnelle envers des intérêts étrangers était déjà en place lorsque Jacques Chirac et le père de Saad, Rafic Hariri, étaient tous deux aux affaires.

Si cela est exact, cela signifie que la politique extérieure de la France a été définie en fonction de paiements personnels d’un dirigeant à l’autre. On ne peut que constater, qu’au Moyen-Orient, la politique française sous Chirac a suivi les virages des intérêts de la famille Hariri : fortement pro-syrienne jusqu’à 2004, puis en première ligne contre la république baathiste après la rupture entre Bachar Assad et Rafiq Hariri la même année et l’assassinat du second sur l’ordre du premier en 2005.

Les bonnes habitudes ne se perdant pas si facilement, Dominique de Villepin, depuis qu’il a pris sa retraite de la politique, vit une existence de millionnaire grâce à des missions d’avocat et de conseil. Parmi ses clients les plus généreux figure, en première place, l’Emirat du Qatar. On ne peut pas exclure que si Villepin, comme la macronie le laisse désormais entendre, devenait le Premier ministre ou le ministre des Affaires Etrangères d’un jeune président sans expérience internationale, les intérêts géopolitiques de ses bienveillants parrains auraient au moins autant d’influence sur son action que ceux de la France.

Enfin, le mélange de multiculturalisme de principe et de vénalité à la bonne franquette des chiraquiens les conduit presque tous à ne pas avoir une vision particulièrement favorable de l’Etat d’Israël en particulier et des Juifs en général. Jacques Chirac a une rue à son nom à Ramallah – un hommage généralement réservé aux dictateurs sunnites ou aux auteurs d’attentats suicide. Une de nos sources régulières à Paris, qui travaillait alors à l’Elysée, a personnellement entendu Villepin, pendant la deuxième Intifada, expliquer – tout en regrettant les assassinats suicide – que ceux-ci étaient inévitables car « le Moyen-Orient a toujours rejeté les éléments étrangers ».

En parfait accord avec cette vision fantasmagorique de l’histoire, la présidence de Chirac, surtout lorsque Villepin était son Premier ministre, a caractérisé le point le plus bas de toute l’histoire des relations franco-israéliennes. La France a condamné en 2002 l’opération Rempart – la vaste opération de sécurisation des territoires palestiniens qui a permis de mettre fin à la seconde Intifada. Elle a condamné l’attaque du Hezbollah par Israël en 2006, considérant sans doute que la violation de la frontière par le Hezb et l’assassinat spontané de huit soldats en territoire israélien constituaient un fait sans importance. Chirac s’était même permis, dans un premier temps, de critiquer le retrait de Gaza en 2005 pour son « unilatéralisme », avant de changer d’avis et de féliciter Sharon.

En France même, si les chiraquiens ont toujours maintenu un soutien sans faille des forces de l’ordre à la protection physique de la communauté juive, la période Chirac a été marquée par une intimidation intellectuelle systématique des pro-israéliens. C’est l’époque où la télévision d’Etat passait en boucle et à répétition des images falsifiées de « cruauté israélienne » dans les territoires, refusait de donner la moindre voix aux sceptiques, et présentait trois fois par jour la cause palestinienne comme l’accomplissement de la moralité universelle.

S’il reste aujourd’hui des nostalgiques de cette époque, il y a pour eux une bonne nouvelle : presque tous ceux qui étaient aux commandes, en politique comme dans la presse, sont encore vaillants et prêts à reprendre du service. Et tous, en masse, se sont ralliés à la candidature Macron – un candidat trop profondément ignorant de ces questions pour pouvoir contrer leur influence s’il était élu. Il appartiendra à tous les Français d’en tenir compte, dimanche, dans la solitude solennelle de l’isoloir.

Voir aussi:

Pour ses discours, Macron s’inspire d’Obama et de Johnny HallydayAlice Develey
Le Figaro
20/04/2017

INTERVIEW – Cécile Alduy, auteur et professeur à l’université de Stanford, a passé au crible les éléments de langage des cinq principaux candidats à la présidentielle.

Les candidats à la présidence de la République ont rivalisé ces derniers mois de mots percutants pour marquer les esprits. L’auteur de Ce qu’ils disent vraiment (Seuil), Cécile Alduy, a passé au scanner ces éléments de langage qui parsèment les discours des politiques. «Immigration», «liberté», «sécurité»… Elle revient pour Le Figaro sur leurs tactiques lexicales.

LE FIGARO. – Pour réaliser votre livre, Ce qu’ils disent vraiment, publié aux éditions Seuil, vous avez étudié plus de 1300 discours de nos hommes et femmes politiques français ces dernières années. Avez-vous constaté des changements de lexique entre la présidentielle de 2012 et celle de 2017?

Cécile ALDUY. – L’élection présidentielle de 2012 se jouait sur des clivages droite/gauche traditionnels. Nicolas Sarkozy portait les valeurs classiques de la droite (autorité, identité, mérite valeur travail) et François Hollande incarnait quant à lui les symboles de la gauche traditionnelle, à savoir: l’égalité et le travail comme moyen d’émancipation sociale . On était dans un débat frontal qui se jouait sur des visions quasi antagonistes.

Aujourd’hui, on observe trois candidats -Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon- qui ont chacun des discours transversaux par rapport au clivage traditionnel entre la droite et la gauche. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon opposent ainsi davantage le peuple aux élites, la souveraineté populaire à l’union européenne ou bien encore les classes populaires aux classes dirigeantes. Emmanuel Macron, le candidat de la conciliation, brouille pour sa part les clivages par son discours qui fait la synthèse entre la droite et la gauche.

Y a-t-il des mots tabous dans cette campagne présidentielle? Et si oui, quels sont-ils?

Tous les candidats ont des points aveugles. Chez Benoît Hamon ou Jean-Luc Mélenchon, par exemple, on ne retrouve pas les mots «islamisme» ou «immigration». Le candidat de La France insoumise préférera utiliser les termes «les violents» ou «les criminels» au terme «les terroristes». À droite ou à l’extrême droite, on note par contre un grand silence autour des mots «environnement» («pesticide» ou «réchauffement climatique» sont quasi absents).

Quels sont mots qui reviennent le plus souvent dans le discours de nos candidats?

● Marine Le Pen

On retrouve très nettement le mot «immigration». C’est un concept largement surutilisé chez elle. On note son retour toutes les minutes dans ses discours. Une récurrence sans commune mesure comparée aux discours des autres candidats.

● François Fillon

Le mot «liberté» est surreprésenté chez le candidat des Républicains. Un concept qu’il emploie presque uniquement dans son sens économique. Il n’est pas question ici des libertés individuelles ou sociétales, mais de la liberté d’entreprendre. On observe aussi la fréquence du mot sécurité dans ses discours depuis la réorientation de sa campagne de ces derniers mois.

● Emmanuel Macron

Le candidat du parti En Marche! procède par couplage de mots. Il accole par exemple les termes «liberté» et «protection». «La liberté» reprend un mot-valeur de la droite (la liberté d’entreprendre et économique) tandis que «la protection» renvoie pour sa part à des marqueurs de gauche. Emmanuel Macron est le candidat de la synthèse, il cherche toujours à mettre en couple des concepts qui sont traditionnellement opposés. C’est son credo. Il veut montrer qu’il est à la fois de droite et de gauche. Et cette volonté se manifeste très clairement dans ses discours. S’il dit par exemple qu’«il faut être extrêmement ferme sur la laïcité» il ajoutera immédiatement «et respectueux de la liberté religieuse des uns et des autres».

Emmanuel Macron a un vocabulaire émotionnel très développé et use d’un registre très positif. Il est dans le coaching de ses électeurs, dans l’émotion et la bienveillance. Il a parfois même un vocabulaire à la Johnny, intimant à ses supporters d’avoir «l’envie». On peut d’ailleurs comparer ses discours à ceux d‘un Obama et de son slogan de campagne Yes We Can. Macron semble nous dire avec son énergie: «Oui, on peut y arriver». Mais comme ses mots sont extrêmement abstraits et vagues, on a parfois l’impression d’un discours qui tourne à vide.

● Benoît Hamon

Le candidat du PS a repris un vocabulaire plus traditionnel à gauche, fondé sur des valeurs fondamentales de son camp politique: l’égalité et les luttes contre les discriminations. On retrouve notamment de façon récurrente dans son vocable les mots «social», «écologique», «démocratie» et «égalité». Son corpus fait le lien entre les discours du PS des années 1990 et l’écologie politique d’aujourd’hui.

● Jean-Luc Mélenchon

Celui qui utilisait par le passé un vocabulaire issu de la sphère trotskiste, socialiste et d’extrême gauche est aujourd’hui dans un discours populiste. Ce concept de science politique signifie que son discours n’utilise plus le vocabulaire et les symboles de la gauche radicale (drapeau rouge, «prolétariat», «classes») mais une rhétorique fondée sur l’opposition entre un «peuple souverain» qui serait spolié de son pouvoir et «l’oligarchie», représentée par les «puissances d’argent» et «l’union européenne». Jean-Luc Mélenchon ne parle plus beaucoup de capitalisme, ni des travailleurs. Il parle aujourd’hui de «peuple», un concept plus attrayant car plus beaucoup plus vague.

En quoi ces éléments de langage jouent-ils un rôle majeur dans la campagne présidentielle?

Presque tous les candidats ont conscience aujourd’hui qu’un mot de trop pourrait leur coûter énormément politiquement. Ils savent aussi que s’ils parviennent à imposer leur formulation des problèmes contemporains, le gain politique sera assuré. Imposer sa grille de lecture du monde ou son vocabulaire à l’opinion publique, c’est imposer aussi ses propres solutions comme naturelles donc in fine gagner sa voix.

Voir encore:

Le pro-BDS Mélenchon, les Juifs de France et Israël
Son accession à l’Elysée paraît moins improbable : retour sur ses positions radicalement anti-israéliennes, ses propos controversés – et ses amours
Olivier Chalautre
The Times of Israel
20 avril 2017

A quelques jours du premier tour de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon progresse dans les sondages avec 18 à 20 % des intentions de vote, à telle enseigne que sa présence au second tour semble possible. Il pourrait être opposé à Marine Le Pen.

L’éventualité d’un match entre la candidate d’extrême droite et le leader de la gauche radicale affole la classe politique modérée… et la plupart des Juifs de France. Du côté des institutions communautaires, on considère que l’élection de Jean-Luc Mélenchon à la magistrature suprême – probable s’il fait face à la patronne du Front national – serait une catastrophe et provoquerait une vague d’alyah massive.

Francis Kalifat, président du CRIF, a refusé de les inviter au dîner annuel de l’organisation, en février dernier, arguant « qu’ils trainaient dans la haine ». Tout comme le Consistoire, qui représente le culte juif dans l’Hexagone, le CRIF appelle au « rejet des extrêmes » lors des scrutins des 23 avril et 7 mai.

Soutien au BDS

L’inquiétude porte sur l’attitude hostile de Jean-Luc Mélenchon à l’encontre d’Israël et, au-delà, sur son soutien aux « islamo-gauchistes » dont les motivations antisémites, réelles ou supposées, sont inlassablement dénoncées par des intellectuels juifs aussi médiatisés qu’Alain Finkielkraut ou Bernard-Henri Lévy.

Melenchon, 65 ans, ancien ministre socialiste, est né de parents espagnols dans ce qu’est aujourd’hui le Maroc. Il soutient un boycott général contre Israël. Fidèle à son style oratoire populiste, il a déclaré que permettre à Israël de conserver même quelques implantations en Cisjordanie « est comme laisser les voleurs de banque garder l’argent ».

Le programme diplomatique du chef du Front de gauche pour Israël : création d’un état palestinien avec Jérusalem Est pour capitale, droit au retour des réfugiés de 1948.

Il préconise également l’abolition de la circulaire de 2010 interdisant tout appel au boycott d’Israël dans l’Hexagone et la suspension de l’accord d’association entre l’Union européenne et l’Etat juif.

Le Front de gauche milite officiellement pour le boycott depuis novembre 2013, aux côtés du mouvement BDS, « en réponse à la politique d’oppression » d’Israël.

A la même époque, le mouvement a condamné la « rigidité » du Quai d’Orsay dans les négociations internationales en vue d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme atomique, tout en réclamant la « dénucléarisation » de l’Etat hébreu.

Non au « peuple supérieur »

Pour le noyau dur du judaïsme français, l’un des plus mauvais souvenirs, concernant le candidat Mélenchon, date de fin août 2014. Peu après la guerre entre Israël et le Hamas, il a pourfendu « l’ennemi » israélien à l’occasion de l’université d’été de son parti.

À Grenoble, moins d’un mois après que neuf synagogues ont été attaquées en pleine vague de manifestations violentes et non autorisées contre Israël pendant et après la guerre contre le Hamas à Gaza pendant l’été 2014, Melenchon a salué les manifestants. Il a également condamné les Juifs français qui ont exprimé leur solidarité avec Israël lors d’un rassemblement de soutien devant l’ambassade d’Israël.

« Fidèles à la mémoire des meurtres de masse commis dans le passé, nous nous sommes portés aux avant-postes du soutien à la malheureuse population de Gaza », a-t-il dit avant de fustiger la frange militante de la communauté juive en ces termes : « Si nous avons quelque chose à dénoncer, ce sont nos compatriotes qui ont cru être bien inspirés en allant manifester devant l’ambassade d’un pays étranger [Israël, ndlr] ou servir sous ses couleurs les armes à la main ».

Et d’enfoncer le clou en lançant cette diatribe au sous-entendu nauséabond : « nous ne croyons pas à un peuple supérieur aux autres ».

A propos des rassemblements pro-palestiniens de cette période tendue, où des injures antisémites ont fusé, Jean-Luc Mélenchon a carrément loué « une jeunesse ayant su se mobiliser dans la discipline et incarner dignement les valeurs de la République […]. La République, c’est le contraire des communautés agressives qui font la leçon au reste du pays », a-t-il conclu en référence à l’attitude du CRIF.

Il a également accusé le CRIF d’avoir essayé de l’étiqueter comme un antisémite afin de discréditer ses critiques d’Israël.

« Nous en avons assez du CRIF », s’est écrié Melenchon.

Melenchon n’a pas mentionné les attaques de la synagogue et la vague d’agressions antisémites qui ont suivi les manifestations. Mais il a continué à critiquer les milliers de Juifs français qui soutiennent Israël.

Evoquant ces remarques et d’autres encore, François Heilbronn, un enseignant en science politique, a écrit récemment dans un article qu’il ne voterait ni pour Le Pen, qu’il considère comme l’héritière de ceux qui ont collaboré avec les nazis, « ni pour ceux qui ont encouragé les progromistes et les antisémites »en 2014, une référence claire à Melenchon. « Votez pour empêcher l’accession au pouvoir ces deux candidats qui haïssent les démocrates, la modernité et la liberté ».

Récemment, le candidat de la gauche radicale a critiqué Valérie Pécresse, présidente de Les Républicains de la région Ile-de-France, pour son « engagement communautariste » consistant à combattre les tentatives de boycott des produits provenant des implantations juives de Cisjordanie et du plateau du Golan.

« Islamo-gauchisme »

Dès 2010, l’égérie du mélenchonisme, la journaliste et élue de Sevran (Seine-Saint-Denis) Clémentine Autain co-signait une tribune dans Le Monde en faveur du boycott total d’Israël, y compris de ses structures académiques et sportives.

Le texte prenait exemple sur la campagne « noble et efficace » menée autrefois contre le régime raciste d’Afrique du Sud. Ce type d’amalgame, comme les accusations récurrentes de « fascisme » à l’endroit du gouvernement israélien ou la défense jugée inconditionnelle des musulmans français, ont provoqué des polémiques.

En 2015, le Premier ministre socialiste Manuel Valls et son secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen, ont dénoncé l’ « islamo-gauchisme » de Clémentine Autain et de ses amis, les accusant de complicité avec Tariq Ramadan, le fameux islamologue suisse qui se fend régulièrement de déclarations ambiguës sur le « lobby sioniste » et dont le frère, Hani, a récemment été expulsé de France.

Par ailleurs, certaines municipalités dirigées par le Parti communiste, composante du Front de gauche, ont élevé le leader palestinien Marwan Barghouthi au rang de « citoyen d’honneur ». Ce dernier est incarcéré en Israël pour avoir fomenté des attentats ayant causé la mort de dizaines de civils israéliens.

Ce genre d’initiative est source d’invectives et de procès à répétition entre les mélenchonistes et les associations juives communautaires, dont le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA).

Dérapages douteux

Il est vrai que la frontière entre critique radicale d’Israël et antisémitisme est parfois poreuse. De même, il est difficile de distinguer ce qui relève de l’anti-capitalisme et d’une forme de paranoïa « chaviste » (Jean-Luc Mélenchon soutient la « révolution vénézuélienne » d’Hugo Chavez) où les préjugés anti-juifs tiennent une place inquiétante.

En mars 2013, le candidat à la présidentielle de ce printemps 2017 fustigeait ainsi Pierre Moscovici, alors ministre socialiste de l’Economie : « Ce petit intelligent […] ne pense plus en français mais dans la langue de la finance internationale ».

Le PS a demandé immédiatement à Jean-Luc Mélenchon de « retirer ce vocabulaire des années 30 ». Pierre Moscovici a répliqué : « mes quatre grands-parents étaient étrangers. Mon père a été déporté. Et cette famille a choisi la France. Je suis français par tous mes pores ».

Le leader du Front de gauche n’a pas regretté sa sortie et a même prétendu qu’il « ignorait » la religion du ministre, pourtant connue. Cette excuse a été jugée hypocrite et inacceptable par les représentants de la communauté juive.

Bernard-Henri Levy, un intellectuel juif français de gauche, a établi des parallèles entre Le Pen et Melenchon. Ils ont « malheureusement souvent [le même] radicalisme anti-démocratique, antisioniste, [avec] des attitudes pro-Assad et pro-Poutine », a-t-il écrit dimanche sur Twitter.

Levy soutient Emmanuel Macron, un candidat centriste et un ancien banquier de la prestigieuse banque d’investissement Rothschild. Macron est en tête dans les sondages avant le premier tour avec environ 23 % d’intentions de vote et est légèrement en avance sur Le Pen. Le candidat Les Républicains Francois Fillon, dont la campagne a souffert en raison de l’affaire du Penelope Gate et sa mise en examen pour corruption, et Melenchon sont chacun crédités de 18 et 20 % d’intention de vote dans les sondages.

Étonnamment, ce ne sont pas seulement les Juifs qui trouvent qu’il y a une ressemblance entre les programmes de Melenchon et Le Pen. Le comédien Dieudonne M’bala M’bala, qui a été reconnu coupable de nombreuses fois de négationnisme et l’incitation à la haine des Juifs, pense que les politiciens d’extrême droite et d’extrême gauche se battent tous deux contre l’influence juive et extérieure.

« Certains disent que c’est une confrontation entre la vraie droite et la vraie gauche », a déclaré Dieudonne à propos de Le Pen et Melenchon dans une vidéo qu’il a publiée mardi et qui a été vue plus de 160 000 fois. « Je dis que c’est la vraie France qui combattra la France de Rothschild et du Qatar qui finance le terrorisme et la guerre dans le monde ».

Le Pen et Melenchon, a-t-il ajouté, « sont les candidats de la paix ».

JTA a contribué à cet article.

Voir enfin:

Présidentielle : le scrutin donnera-t-il raison aux pronostics décriés de Filteris ?
Nicolas Richaud
Les Echos
21/04/17

Depuis quelques semaines, cette société canadienne fait le buzz avec sa méthode de prévision atypique. C’est une partie de sa réputation qui se joue au premier tour de l’élection présidentielle.

« Qu’on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L’essentiel, c’est qu’on parle de moi. » Cette maxime, Filteris semble l’avoir faite sienne. Installée au Canada, cette société est sous le feu des projecteurs et des critiques depuis plusieurs semaines, en raison de la publication, plusieurs fois par semaine, du « poids numérique » de chacun des candidats à la présidentielle, qu’elle convertit en pronostic concernant le résultat de chacun lors du premier tour de dimanche soir.

Ce vendredi matin, Filteris a publié ses dernières anticipations qui donnent François Fillon en tête devant Marine Le Pen, Jean-Luc-Mélenchon et Emmanuel Macron.

Pourquoi ce groupe, qui décrit son coeur d’activité comme étant « l’analyse d’image, la surveillance, la gestion et la sécurisation de l’identité numérique », consacre-t-il autant d’énergie et de temps à l’élaboration de ces mesures ?  » Ces contextes électoraux permettent de tester nos indicateurs, puis de les mettre à jour et les faire évoluer si besoin« , répond Jérôme Coutard, président de Filteris, qu’il a fondé en 2002.

« Poids numérique des candidats »

« Depuis quelques semaines, tout le monde parle de nous, mais nous faisons cela depuis 2006 et les élections fédérales canadiennes de l’époque « , rembobine ce Français qui a fait ses valises pour le Canada il y a près de 25 ans.

En 2006, Facebook n’a que deux ans et Twitter éclot à peine. Axée sur l’analyse de données, la société va alors puiser celles-ci sur les forums et les blogs, ainsi que les commentaires publiés sous les articles des sites d’informations.

Aujourd’hui, elle absorbe de la data en provenance de Twitter, mais aussi de Facebook (quand les publications sont publiques) et toujours du côté des commentaires publiés sur les sites d’info. Voilà pour le traitement quantitatif des données.

Filteris utilise ensuite des algorithmes ayant pour finalité de classer la nature des contenus en valeur « positive » ou « négative », en vue de déterminer si cela dessert ou sert le candidat mentionné dans la publication. Elle repasse ensuite ses données à la moulinette pour déterminer le « poids numérique » des prétendants à l’élection, puis fait une hypothèse de corrélation avec les résultats à venir.

C’est de la charlatanerie moderne pure et simple

Pour quels résultats ? En 2012, Filteris avait visé relativement juste en ce qui concerne le résultat du premier tour de la présidentielle française. Un peu moins lors des Primaires des Républicains où la société plaçait certes François Fillon en tête, mais avec 22,1% des voix (contre 44,1% au final) avec Nicolas Sarkozy en deuxième position et pas Alain Juppé. Et pas du tout lors des Primaires de la gauche puisque la société avait fortement sous-estimé le score de Benoît Hamon.

« C’est de la charlatanerie moderne pure et simple. Hamon, c’était pourtant clair comme de l’eau de roche qu’il allait être en tête au premier tour, tout le monde l’avait vu venir« , tacle Nicolas Vanderbiest, assistant et doctorant à l’Université Catholique de Louvain, et dont le sujet de thèse est « les crises de réputation des organisations sur les médias sociaux ».

« Près de 90% de leurs données viennent de Twitter car c’est la seule plate-forme de masse à être totalement ouverte et publique. Et c’est un échantillon non représentatif de la population, dominé par les CSP+, le citoyen lambda n’est jamais compris dedans« .

Les limites des algorithmes

« Ils se servent d’algorithmes de tonalité permettant de classer la nature des publications. Or, par rapport à un être humain, on estime que ces algorithmes ont une marge d’erreur de 30% quant à l’évaluation de ces contenus. L’intelligence artificielle interprète encore mal l’ironie ou l’humour par exemple« , poursuit-il.

Même des géants de la tech comme Facebook ou Google (propriétaire de YouTube) qui misent sur cette technologie pour juguler la publication de « fake news » et surtout de contenus à caractère extrémiste et terroriste sur leurs plate-formes respectives, peinent encore à la rendre véritablement efficace.

La prolifération des bots

Autre biais : la prolifération des bots (un programme informatique automatisé) qui pourraient altérer fortement la précision des analyses de Filteris. D’après une étude menée par l’université de Southern California, près de 50 millions de comptes Twitter seraient des bots (sur 319 millions d’utilisateurs actifs mensuels).

« On a hésité à les exclure de nos analyses. Mais en même temps, 1.000 tweets identiques publiés instantanément, cela augmente tout de même la visibilité de la personne concernée par ce contenu et cela peut atteindre des gens qui ne connaissent pas le phénomène, quand bien même il s’agit dans ce cas précis d’une activité de pure propagande politique« , fait valoir Jérôme Coutard.

« Plus globalement, on est beaucoup attaqué sur des données publiées sur une journée en particulier. Mais ce qui est important, c’est la tendance. Je rappelle aussi que nous ne calculons pas des intentions de vote mais un « poids numérique » à travers lequel on tente de faire une corrélation avec le résultat à venir« , précise-t-il. « Notre société n’est pas spécialisée dans la politique. Ce n’est pas notre marché, nous ne gagnons pas d’argent avec ça. Nous ne sommes affiliés à aucun parti politique et pas en guerre contre les sondeurs. ».

Ce sont les soutiens de Jean-Luc Mélenchon qui relaient le plus nos contenus, en termes de volumes

Ce sont pourtant les revers successifs des instituts de sondages n’ayant su prévoir ni le Brexit, ni la victoire de Trump, ou encore l’écrasante victoire de François Fillon lors de la Primaire des Républicains qui peuvent expliquer la visibilité inédite dont bénéficie Filteris depuis quelques semaines.

Mais ce n’est pas la seule explication. A rebours des sondages justement, Filteris anticipe, depuis plusieurs semaines, la présence de François Fillon au second tour de l’élection. Des publications partagées en masse par ses soutiens et militants et repris aussi, à chaque fois, sur le site de « Valeurs Actuelles ».

« On est beaucoup critiqué par rapport à ça. Pourtant, ce sont les soutiens de Jean-Luc Mélenchon qui relaient le plus nos contenus, en termes de volumes« , avance Jérôme Coutard dont la société positionnait, ce jeudi, le candidat de la France Insoumise en deuxième position de son indicateur.

La non-divulgation de leur méthode est aussi passablement dénigrée. « Il serait temps que vous soyez transparent sur votre méthodologie« , a ainsi tweeté lundi, Laurence Parisot, l’ancienne présidente du Medef.

« Je comprends la question. Mais c’est le savoir-faire de notre entreprise et nous n’avons pas à divulguer nos recettes comme ça« , répond Jérôme Coutard. Autre critique : la présence au capital de Daniel Quéro, qui a été un administrateur de l’Automobile Club de l’Ouest pendant près de 20 ans. Or, cette entité, qui organise la course des 24 Heures du Mans, est présidée depuis plus de cinq ans par Pierre Fillon, le frère du candidat des Républicains.

Après un article de LCP.fr sur le sujet, son nom a été retiré de l’organigramme de Filteris, disponible sur le site où il était auparavant décrit comme étant le vice-président à la coordination des affaires en Europe. « Il est associé minoritaire de la société et n’intervient en rien dans nos analyses et l’élaboration de nos indicateurs pour la présidentielle actuelle« , assure Jérôme Coutard.

Un bon coup marketing

Au final, la société Filteris ne prend-elle pas plus de risque qu’autre chose en produisant et publiant ses indicateurs ? « Comme à chaque fois, ça nous inquiète car on ne saura que dimanche si nos analyses ont été les bonnes. Tout cela nous permet de nous faire connaître, mais on n’avait pas du tout prévu qu’on aurait autant de buzz. En s’exposant ainsi, on prend un risque mais nous sommes des entrepreneurs, cela fait partie du jeu« , relativise Jérôme Coutard.

« C’est le coup marketing de l’année« , estime, lui, Nicolas Vanderbiest. « Ils sont seulement une poignée à travailler dans cette société et ils prétendent faire mieux qu’un groupe comme Linkdinfluence, où ils sont 150 salariés« .

Depuis 15 ans, Filteris vend ses services à des PME, grands groupes et institutions publiques. « Pour chaque mandat, nous travaillons avec une quinzaine de consultants externes et cela peut monter jusqu’à une cinquantaine en fonction de la taille de notre client.« 

Lancement d’une application payante

La société propose notamment de dresser un audit sur la web-réputation d’une personne morale comme physique. « Les tarifs vont de 15.000 euros pour une PME à 100.000 euros pour un grand groupe sur ce volet-là. Nous proposons aussi de formuler des recommandations et conseils si jamais notre client n’est pas satisfait de son image« , détaille Jérôme Coutard.

Filteris dit générer 45% de son chiffre d’affaires au Canada, 30% en France et 25% dans d’autres pays européens. La société prévoit aussi de lancer, dans quelques mois, une application payante permettant à tout un chacun d’analyser son image sur le web. « Beaucoup de gens s’inquiètent de leur web-réputation« , note Jérôme Coutard.

En attendant, la société pourrait subir une nouvelle avalanche de critiques si ses indicateurs sont loin du résultat du premier tour. « D’expérience, ce ne sont pas nos indicateurs publiés juste avant une élection qui sont les plus précis mais plutôt ceux datant de cinq jours avant le jour du scrutin« , prévient Jérôme Coutard. Celui en date du 18 avril prévoit un quarté François Fillon-Marine Le Pen-Jean-Luc Mélenchon-Emmanuel Macron. Verdict dimanche soir.


Présidentielle 2017: Et si Fillon avait déjà gagné ?

19 avril, 2017

L’Europe devient tout autre chose que ce pour quoi elle a été conçue au départ, elle se transforme en laboratoire de la réalisation de l’utopie néolibérale dans son intégralité. Ce que les États-Unis, par exemple, ne permettent en aucun cas, en dépit de leur libéralisme constitutif à l’intérieur, parce qu’ils demeurent une nation et même aujourd’hui la nation par excellence, où le poids du politique, sous l’aspect du rayonnement américain, de la responsabilité extérieure, de l’ambition stratégique, est au cœur de la vie collective. (…) La construction européenne telle qu’elle existe aujourd’hui est un échec. De plus, c’est un échec français, au sens où c’est l’échec d’un projet spécialement voulu par les Français, donc spécialement dur à reconnaître et digérer pour la France. (…) Sur le plan économique, l’avantage compétitif de l’industrie allemande en matière de biens d’équipement est l’arbre qui cache la forêt. La monnaie unique et le libre-échange ne sont sûrement pas les instruments qui permettront à l’Europe de se tailler une place enviable dans l’économie mondiale de demain. (…) Politiquement, le constat du déficit démocratique est devenu un lieu commun, ce qui ne veut pas dire que l’on s’emploie à le corriger. (…) Le discours sur l’Europe est toujours incantatoire ; il ne porte pas sur la réalité… (…) S’ajoute à cela le faut que l’Europe est la chose des élites. Le communisme, même si l’idée a été partagée par une partie des élites, a d’abord été l’objet des masses. (…) Du côté des populations, joue une argumentation négative, rarement formulée comme telle mais d’une puissance considérable : la construction européenne est loin d’être une merveille, mais on ne peut pas en sortir. (…) L’estime de soi, de la part des Français d’aujourd’hui, est tombée à un niveau tellement bas qu’ils pensent que nous ne pourrions pas nous débrouiller par nos propres moyens. Les Suisses en sont capables, les Norvégiens ou les Islandais aussi, mais pas nous ! Ce pays, dans les profondeurs, n’a plus confiance en lui.  (…) Il ne suffit pas de proposer des réformes, si pertinentes soient-elles. Il faut commencer par les rendre possibles en faisant sauter le verrou qui les promet à l’échec. (…) il nous faut une nuit du 4 août de la nomenklatura française. (…) Le propos n’est pas de sortir de l’Europe, il est de la repenser de fond en comble, sur la base d’un bilan froid de ses acquis et de ses impasses. Celles-ci sont tous les jours sur le devant de la scène, les européistes grand teint concèdent eux-mêmes désormais qu’il y a sans doute pas mal de choses à revoir. À quand le moment d’en tirer les conséquences ? La France a été à l’origine du projet européen, l’Union européenne n’aurait plus de sens sans elle, et elle n’y pèse plus rien. Est-elle devenue incapable de reformuler un programme qui a dégénéré, au lieu de subir honteusement le joug de bureaucrates aberrants et de juges égarés ? » Marcel Gauchet
L’intuition de Marcel Gauchet rejoint nos propres observations : la civilisation européenne a tiré sa grandeur des qualités propres à chacune de ses composantes et à leur émulation. Tout le contraire de l’homogénéisation programmée par le traité de Maastricht. Au XVe siècle, les Portugais se sont lancés sur les mers avant que les Espagnols, puis les Hollandais et les Anglais ne viennent les concurrencer. Les Hollandais ont inventé le capitalisme, les Anglais la démocratie, les Français les droits de l’homme et du citoyen, les Allemands la science etc. Et le monde entier a pu profiter de ces différents apports. L’émulation entre les nations européennes leur a été bien plus profitable qu’elle ne leur a coûté en guerres, si on fait la comparaison avec par exemple l’empire chinois, périodiquement ravagé par des guerres civiles plus meurtrières que les derniers conflits européens ! Toute la question est de savoir si cette diversité qui a fait notre richesse sera laminée par la rage normalisatrice de Bruxelles, comme la diversité chinoise l’a été par le Premier Empereur… Marcel Gauchet voit l’origine de ce basculement dans l’émergence de l’idéologie néolibérale aux États-Unis, dans les années 1970. Cette idéologie fait de l’économie l’alpha et l’oméga de la vie publique. Avec le triomphe de la démocratie et de la paix universelles, les États n’ont plus d’autre mission que de garantir l’épanouissement personnel des individus et la liberté des flux de personnes, de marchandises et de capitaux. « Tout le monde est persuadé, désormais, au sein des partis de gouvernement, que c’est l’économie qui commande, qu’il faut la laisser faire, et que le politique n’est là que pour encadrer sans diriger. » Et pour que les entreprises puissent croître et prospérer, il faut faire pleine confiance à leurs actionnaires, nécessairement intéressés à leur prospérité… On s’apercevra très vite des limites de cette idéologie : D’une part, note l’historien, le néolibéralisme conduit à une excroissance monstrueuse de l’État : il doit en effet réglementer, contrôler et judiciariser à n’en plus finir les rapports entre les individus livrés à eux-mêmes. D’autre part, les actionnaires révèlent des intérêts à court terme opposés aux intérêts à long terme des entreprises, de leurs cadres et de leur salariés : soucieux de valoriser au plus vite leur mise, ils vendent les entreprises à la découpe et délocalisent les usines à tout va. La désindustrialisation et la perte de savoir-faire d’une bonne partie de l’Europe et des États-Unis sont le fruit amer de cette erreur de jugement. Les États-Unis ont néanmoins toujours manifesté des réserves à l’égard du néolibéralisme. En 2009, quand le constructeur automobile General Motors s’est trouvé au bord du dépôt de bilan, le gouvernement américain l’a nationalisé sans état d’âme, et en 2016, l’élection de Donald Trump a signifié la fin de l’utopie néolibérale et de l’ouverture tous azimuts. Curieusement, c’est en Europe, que le néolibéralisme a trouvé sa terre d’élection, en lien avec la déchristianisation du Vieux Continent selon Marcel Gauchet. L’historien est célèbre pour avoir défini le christianisme comme « la religion de la sortie de la religion », qui mène à la sécularisation de la société (Le Désenchantement du monde, 1985). Il observe que les États-Unis demeurent fortement structurés par la religion et la politique ; rien de tel par contre en Europe où l’affaiblissement des institutions tant religieuses que syndicales et politiques a rendu la société perméable à la nouvelle idéologie de l’individu-roi, défini par ses droits et ses intérêts. (…) Alors que la France n’est toujours pas sortie de la stagnation économique qui fait suite à la crise de 2007-2008, Emmanuel Macron et François Fillon veulent poursuivre et intensifier les politiques de coupes dans les dépenses publiques, de démantèlement de l’Etat social et du droit du travail, menées sans relâche par les gouvernements précédents. Ces politiques ne servent que les plus riches. Elles ne conduisent qu’à plonger le pays dans le cercle vicieux du chômage et de la précarité, terreau de la montée du FN dont le faux vernis social peine à cacher la nature profondément raciste et xénophobe et l’incohérence des propositions économiques. Joseph Savès
Les solutions proposées par Jean-Luc Mélenchon sont, à nos yeux, les seules capables de répondre aux cinq urgences majeures de notre temps. Elles forment un cadre cohérent et rigoureusement chiffré qui tient compte des équilibres budgétaires, non pas en se lançant dans une course à l’austérité, mais en proposant un programme économique précis et ambitieux reposant sur une plus grande justice fiscale, une politique d’investissement et une émancipation vis-à-vis des marchés financiers. (…) En répondant aux cinq urgences économiques majeures de notre temps, le programme économique de Jean-Luc Mélenchon nous donne aujourd’hui l’occasion historique de prouver qu’il y a des alternatives sérieuses, crédibles et désirables aux politiques absurdes menées avec acharnement lors des dernières décennies. Ce programme se réalisera dans le cadre d’une révolution démocratique, soutenue par la mise en place d’une assemblée constituante. Notre pays a aujourd’hui l’opportunité unique de renverser la logique mortifère qui mène l’Europe à l’implosion et de redonner un sens et du souffle au projet européen. Saisissons-la ! Un collectif d’universitaire
Pendant que la presse tente de relancer le feuilleton Fillon, c’est un tonnerre de silence qui a accueilli la révélation, ce week-end, du scandale Macron-Servier. Le laboratoire commercialisant le Mediator, et connu pour ses techniques occultes de lobbying, s’avère être l’inspirateur principal du volet « santé » du programme d’Emmanuel Macron, via un « expert » grassement rémunéré. Hasard ou conséquence, le leader d’En Marche plaidait quelques jours plus tôt pour mieux rembourser les médicaments vendus par… les laboratoires Servier. Heureusement, aucun journaliste n’a eu l’indélicatesse de demander à Emmanuel Macron si Servier faisait partie de la fameuse liste gardée secrète de ses généreux donateurs. Un cas d’école de la collusion entre les lobo pharmaceuriques, les politiques et les médias. Ce ne sont ni les valeureux enquêteurs du Canard, ni les fins limiers de Médiapart, ni même les expérimentés journalistes du Monde qui ont dévoilé le pot au rose, mais le docteur Irène Frachon. Connue du grand public pour avoir révélé le scandale du Mediator, et décorée par l’association Anticor du Prix éthique du Lanceur d’alerte citoyen, Irène Frachon a tiqué en relevant que le « représentant santé » (et principal inspirateur de son programme en la matière), Jean-Jacques Mourad, était en fait rémunéré par le laboratoire, pour des montants qui pourraient avoisiner le million d’euro pour la seule année 2016. Ce conflit d’intérêt caractérisé avait déjà été signalé durant le week-end par Formindep (Association Pour une Information Médicale Indépendante), une association non partisane et reconnue. Mais la presse n’avait pas daigné relever les faits avant l’intervention d’Irène Frachon, qui a du elle-même aller vérifier les bases de données du Ministère de la santé, qui répertorient les versements effectués par les laboratoires. Oui mais voilà, Jean-Jacques Mourad est aussi le frère de Bernard Mourad, l’un des piliers de la campagne d’Emmanuel Macron. C’est lui qui pilote pour Xavier Niel et Patrick Drahi les plus grands dossiers des médias qui appartiennent à ces patrons (soutiens eux aussi de Macron) : Le Monde, Libération, l’Express, BFM TV, RMC… Bref, un scandale de conflit d’intérêt sans équivalent par le passé, mais dont on risque d’assez peu entendre parler. Notre pronostic : un petit papier neutre (pour pas que ça se voit trop non plus) entre deux Unes sur Fillon (Fillon a dit « autiste », Fillon a emprunté des sous à un copain, Fillon a téléchargé illégalement Game of Thrones, Fillon a fait une faute d’accord sujet verbe….) et un papier hautain sur Mélenchon (qui ne se couche pas devant Hamon), et pas de follow-up. On prend les paris ? J. Berman
Emmanuel Macron, avec son équipe, s’est efforcé, sur tous les sujets, d’édifier un système en définitive facile à identifier : une sorte de centrisme et d’équilibre, ne rejetant rien absolument mais compensant ici ce qu’il enlève là, prenant ici ce qu’il va annuler ailleurs. Ce n’est pas une démarche médiocre mais, pour refuser la rectitude trop froide de mesures sans concession, elle donne l’impression parfois d’une synthèse instable entre ce qui est nécessaire et ce qui est proposé.Une conséquence négative de l’immense et contradictoire fourre-tout que paraît constituer aujourd’hui le vivier militant et humain au soutien de la cause d’Emmanuel Macron pourrait être d’infléchir dans un mauvais sens les avancées structurelles ou fortes que sa campagne a promues. Je suis par exemple inquiet que la présence de la gauche judiciaire altère ce qu’il y a de rigueur dans telle ou telle de ses propositions. C’est la rançon probable d’un salmigondis qui, perçu comme une richesse, risque de devenir un frein.Pour l’islam et sa perversion, l’islamisme, et son paroxysme, le terrorisme, le candidat d’En Marche ! donne l’impression, avec sa volonté de calme et de tranquillité, son refus de l’outrance et de la surenchère, son souci de l’apaisement, son désir respectable de ne jamais jeter de l’huile sur le feu social, qu’il serait prêt par accommodement à des faiblesses tactiques, à des compromis douteux. Qui feraient le lit des communautarismes plus qu’ils ne les interdiraient. Alors que François Fillon sur ce point capital, comme pour l’immigration et notre quotidienneté menacée, est plus rassurant, plus convaincant. Si son projet globalement emporte davantage l’adhésion, nous allons devoir tout de même oublier une personnalité qui a déçu le peuple de droite, quelles que soient les suites judiciaires des affaires et les péripéties vestimentaires entre autres. Notre problème qui manifestement n’a pas été le sien relève moins de la loi que de la décence. Il y a une forme d’inconscience ou de désinvolture – même si le donateur Bourgi par exemple a inquiété, mais trop tard – qui n’est pas loin d’une indifférence, voire pire, à l’égard du peuple et de son ordinaire. Quelque chose s’est cassé qui va conduire, sans enthousiasme, désabusé par l’homme, à espérer dans le président qu’il pourra être. Philippe Bilger
A quatre jour du premier tour de la présidentielle, jamais l’incertitude n’aura paru aussi grande. Le resserrement dans les sondages entre les quatre premiers – Marine Le  Pen, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, François Fillon –incite à la prudence. Mais au-delà des résultats en eux-mêmes, l’incertitude sur les sondages est bien présente, à plusieurs titres. Elle est en réalité double : celle due au choix des Français et celle liée aux sondages eux-mêmes. L’incertitude politique s’explique par « la phase de transition » actuelle, selon Emmanuel Rivière, directeur général France de Kantar Public (ex-TNS-Sofres). « Il y a un scénario possible où ni le candidat PS, ni le candidat LR, ne seraient au second tour. Le seul fait que ce soit possible montre bien qu’on est en train de passer d’un ordre politique à un autre. C’est probablement une élection de transition et ça crée une nouvelle incertitude. C’est dur à mesurer, sachant qu’il y a la possibilité d’une forme de réminiscence des structures anciennes », explique à publicsenat.fr le sondeur qui développe son idée dans une tribune publiée sur le site Délits d’opinion. La résistance de François Fillon, notamment dans l’électorat âgé, montre cette « réminiscence » des partis traditionnels. Mais les choses bougent. « Est-ce que nos sondages tardent à mesurer ce qui se passe ? » s’interroge avec franchise Emmanuel Rivière. « On ne sait pas dire à l’heure actuelle s’il y a surestimation ou une sousestimation du phénomène Macron, au regard de l’expérience. C’est un élément de nouveauté » ajoute le responsable de Kantar, selon qui « il faut être prudent et modeste ». Si bien qu’« il y a une vraie incertitude du scrutin » conclut Emmanuel Rivière. Cette « incertitude politique », Jérôme Sainte-Marie, président de l’institut Pollingvox, la résume ainsi : « Les Français peuvent tout simplement changer d’avis et des gens peuvent se mobiliser et faire changer l’ordre d’arrivée ». L’autre incertitude vient des sondages eux-mêmes. Sans faire un énième procès des instituts, les exemples d’écart entre chiffres des sondages et les résultats le jour de l’élection sont nombreux. Comment l’expliquer ? Il y a déjà la fameuse marge d’erreur. Si l’on n’en tient pas compte, on tombe dans un biais de lecture et de compréhension du sondage. Par exemple, selon un tableau publié sur le site de l’Ifop avec son sondage quotidien (le « rolling »), sur un échantillon de 1.500 personnes, la marge d’erreur est de +/- 2 points pour un score autour de 20%. Cette marge d’erreur augmente quand on s’approche des 50%, pour atteindre 2,5 points. Avec les résultats du 17 avril, cela donne Emmanuel Macron (23%), plutôt entre 21 et 25% avec la marge d’erreur, Marine Le Pen entre 20,5% et 24,5%, et François Fillon et Jean-Luc Mélenchon, donnés à égalité à 19,5%, plutôt entre 17,5 et 21,5%. Soit potentiellement Fillon et/ou Mélenchon devant Macron… voir Marine Le Pen. Ce qui donne une lecture complètement différente des sondages. Cette marge d’erreur devrait être annoncée et publiée par les médias à chaque sondage. C’est la loi qui le stipule. Elle n’est pourtant pas toujours respectée. Au grand dam du sénateur PS Jean-Pierre Sueur, auteur, avec le sénateur LR Hugues Portelli, d’une proposition de loi sur l’encadrement des sondages. (…) Pour le sénateur du Loiret, « quand on donne les chiffres absolus, on trompe toujours les gens. Il faut donner des fourchettes, mais je sais bien que c’est un problème commercial. Mélenchon qui passe devant Fillon, c’est haletant. La vérité, c’est qu’ils sont entre 17 et 21 ». Sondeurs et surtout journalistes préfèrent présenter la politique vue comme une course de petits chevaux en somme, plutôt que des tendances. (…) Autre biais : la représentativité des sondages. La méthode la plus généralement utilisée aujourd’hui est celle des sondages par Internet. Une pratique qui s’explique « pour des raisons de rapidité, de coût et de qualité qui est aussi bonne » assure Jérôme Sainte-Marie, « on peut avoir un énorme échantillon beaucoup plus facilement ». « Les sondages en face à face donnent toujours de bons résultats au niveau politique, car les sondés peuvent expliquer leur vote. Mais c’est long et cher et de plus en plus difficile à réaliser » ajoute le sondeur. « Les sondages en ligne sont politiquement plus représentatifs » confirme Emmanuel Rivière. Son institut s’y est converti pour les législatives de 2012. « Les résultats sont meilleurs, notamment sur le vote FN » explique le directeur général de Kantar Public, car « quand on répond par téléphone, on peut préférer ne pas répondre à un inconnu, on raccroche, et on peut se retrouver avec moins de sympathisants FN dans les enquêtes par téléphone ». Ce qui ne serait pas le cas dans les enquêtes en ligne, encore plus anonymes. Mais selon Nicolas Kaciaf, maître de conférences en science politique à Sciences Po Lille, « il y a des biais avec les sondages en ligne. Par exemple, l’échantillon d’âge risque de ne pas être représentatif sur les personnes âgées », moins connectées. Elles sont pourtant nombreuses à voter. « Il est compliqué de constituer un panel, car il y a beaucoup de conditions. Il faut avoir un accès fréquent à Internet, disposer d’un mail, tout un ensemble de conditions qui fait que la représentativité n’est pas garantie. Mais elle ne l’est plus depuis longtemps par téléphone non plus » ajoute le politiste. « Il n’y a pas de solution miracle », souligne Nicolas Kaciaf, « il y a un problème de représentativité qui touche les sondages en général, quelle que soit la méthode de composition de l’échantillon. Ou sinon il faudrait des techniques très lourdes, comme en utilise l’Insee ». Les sondeurs ne nient pas cette question de la représentativité. Jérôme Sainte-Marie : « Il y a le problème de la marge d’erreur, mais qui ne joue pas tant que ça. Le problème est plutôt un problème de recueil : est-ce qu’on couvre bien la population ? Est-ce que les populations les plus populaires, qui pourraient se mobiliser, sont bien couvertes ? On pourrait avoir un phénomène qui renforce Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen ». Le sondeur de Pollingvox ajoute : « Plus vous êtes intégré socialement, plus vous êtes représenté dans les échantillons des instituts. Moins vous êtes socialisé, moins vous êtes représentés dans les sondages. Par exemple, il y a toujours le risque qu’on ait des ouvriers d’un type particulier et qu’ils ne soient pas totalement représentatifs des ouvriers ». « Pour les plus âgés, c’est plus compliqué au-delà de 75 ans sur Internet. On peut s’interroger sur leur représentativité » confirme de son côté Emmanuel Rivière. Pour répondre à ce biais, les sondeurs ont trouvé la solution : payer, ou plutôt rétribuer les sondés. Une technique qui semble étonnante, pour ne pas dire contestable. Aux yeux des instituts de sondages, elle est justifiée et maîtrisée. « Toutes les enquêtes ont des biais. Mais celui-ci est moins fort qu’avoir uniquement dans nos panels ceux qui adorent répondre aux sondages ou ceux qui aiment la politique » répond Emmanuel Rivière. Autrement dit, ce serait un moindre mal (… ) Les instituts peuvent sous-traiter le recueil des réponses à des entreprises comme « Maximiles », qui développe des panels de fidélisation. Dès la page d’accueil de son site, l’entreprise annonce la couleur : « Vos habitudes vous rapportent », « votre avis récompensé ». En « répondant à des sondages », on cumule des points qu’on échange « contre les cadeaux de (son) choix ». François Vignal
Il y a une très forte poussée de popularité, une énorme dynamique pour François Fillon sur l’application GOV, qui est d’ailleurs mesurée par d’autres outils comme FILTERIS […] et je crois en effet que François Fillon sera au second tour de l’élection présidentielle. Bobby Demri
Je m’appuie sur deux composants.  Le premier considère que la dynamique  d’échange d’arguments au sein de petits  groupes d’individus obéit à une logique  rationnelle. Or, il peut arriver que les  arguments pour et contre se neutralisent.  C’est là qu’intervient le deuxième  composant, qu’on pourrait qualifier de  levier déterministe de notre inconscient  collectif. C’est un biais cognitif ou un  préjugé parmi ceux du groupe qui  s’active pour sélectionner  « naturellement » un des choix, de façon  consciente ou inconsciente. Par exemple… Quatre individus discutent d’une réforme de leur cadre de vie.  Si deux  la soutiennent  et deux s’y opposent, le groupe ne sait pas quoi choisir. Dans  ce cas, le biais cognitif qui va s’activer est  « dans le doute, mieux vaut s’abstenir ».  Finalement, tous rejettent la réforme.  Pour pouvoir appliquer le modèle, il faut  à chaque fois identifier les préjugés qui  pourraient être activés en cas  d’impuissance de la raison. (…) Le modèle intègre actuellement trois  types d’individus : les rationnels, qui  peuvent basculer d’un côté ou de l’autre,  les inflexibles qui ne bougent pas, et les  contrariants qui s’opposent aux choix  majoritaires. Actuellement je dois, en  combinant différents sondages et ma  perception des préjugés potentiellement  activables, décider lequel de ces trois  ingrédients est déterminant dans une  campagne d’opinion donnée. (…) Invité aux États-Unis en février 2016, j’y ai compris que Trump « innovait ».  Quand il lançait ses affirmations  choquantes, il réveillait des préjugés  endormis ou gelés, et cela bouleversait  la hiérarchie des préjugés mobilisés  en cas d’hésitation. Certains préjugés  jouaient contre lui, mais il réussissait  à en réveiller d’autres qui lui étaient  favorables. Du point de vue de la  dynamique, c’était simplement génial. (…) Ce sont paradoxalement les indignés, qui en provoquant les débats contre Trump, ont finalement permis à de  nombreux opposants de basculer en sa  faveur. Aux États-Unis, le fait que la  campagne ait été très longue a clairement  joué pour Trump en créant de plus en  plus de cas de doutes collectifs. Après chaque chute, sa popularité remontait. (…) Il fallait absolument qu’il continue  sa dynamique provocatrice mais en  modifiant le positionnement des préjugés  à activer. Alors que, pour les primaires,  il avait activé des préjugés présents chez  des républicains, pour la présidentielle,  il fallait qu’il touche des préjugés  présents à la fois chez des républicains et  des démocrates. Ce qu’il a réussi entre autres avec le sexisme. À l’inverse,  Obama a essayé de remettre en avant  le préjugé selon lequel il n’était « pas fait  pour le job », défavorable à Trump,  mais sans succès. (…) Fin 2016, je considérais que son élection [Marine Le Pen] était passée de impossible à improbable,  c’est-à-dire possible. Depuis un mois,  son élection est devenue très possible.  Une abstention différenciée non  excessive peut la faire gagner malgré  un plafond de verre toujours actif. (…) [L’abstention différenciée] C’est l’écart entre l’intention de vote déclarée dans les sondages et le vote  effectif. Je démontre par exemple  que si 56 % des électeurs annoncent  qu’ils vont voter contre Marine Le Pen,  ils ne le feront pas autant qu’ils le disent.  Car, pour la première fois, des électeurs  ont une aversion forte à l’égard  de celui qui sera probablement  en face d’elle (Macron ou Fillon).  Si ne serait-ce que 30 % des électeurs  qui ont annoncé qu’ils voteraient contre  Marine Le Pen ne le font pas  et choisissent l’abstention, cela suffira à la faire gagner. Grâce à cette abstention  différenciée, elle passerait  de 44 % d’intention de vote à 50,25 %  des suffrages exprimés dans l’hypothèse  où 10 % seulement de ses propres  électeurs s’abstiennent. (…) Dans mon modèle, François Fillon  a un avantage décisif sur Macron :  il peut s’appuyer sur ces électeurs  inflexibles qui font la différence. Macron  semble ne pas en avoir beaucoup.  Dans certains cas de figure, mon modèle  montre qu’il suffit d’avoir plus de 17,16 %  d’inflexibles pour passer la barre des  50 % des suffrages exprimés face  à un candidat qui n’en aurait pas.  Et Fillon a un socle qui se situe  précisément autour de cette valeur seuil.  Mais est-il au-dessus ou en dessous ?  Il suffira d’une légère variation soit pour  qu’il remonte inexorablement et atteigne  le second tour soit pour qu’il perde toute  chance d’être qualifié. Serge Galam
Plus Fillon que moi, tu meurs !
Candidats contraints de remballer, entre rameau d’olivier et visite au Secours catholique et sur fond de menace terroriste, une partie de leurs bimbeloteries les plus démagogiques et les plus voyantes contre la religion ou l’Europe
Social-traitres, de Sarkozy à Juppé, NKM ou Estrosi, forcés de retourner à nouveau leurs vestes avec le resserrement des sondages …
Economistes qui en sont à vanter les mérites du chavéziste et maitre toutes catégories de l’absentéisme européen
Feuilletonistes et maitres es pantalonnades qui nous ont si vite enterré les scandales de conflit d’intérêt de Macron ou du népotisme et des voitures de fonction indues de Mélenchon …
Réduits, après des mois et des semaines d’acharnement contre le seul Fillon, à de misérables révélations d’arrière-placard
Sondeurs qui,  après leurs désastres du Brexit ou de l’élection de Trump et entre les marges d’erreur et le taux d’indécis que l’on sait, n’ont plus pour distraire la galerie contre monnaie sonnante et trébuchante que le coupage de cheveux en quatre et la rémunération des sondés …

Comment ne pas voir …

Pour ceux qui ont des yeux pour voir et des oreilles pour entendre …

Et avec les analystes de poids numérique comme les chercheurs tels que Serge Galam

Qui avaient eux évité les erreurs de sondeurs traditionnels sur le Brexit, Trump ou la primaire de la droite et du centre …

Les signes qui ne trompent pas de la victoire à quatre jours à peine du premier tour …

Du seul candidat de la véritable alternance ?

Valeurs actuelles

8 avril 2017 

Présidentielle. Grâce à une méthode innovante qui allie plusieurs types de données, des étudiants de l’école Télécom Paris Tech ont établi que Marine Le Pen et François Fillon seraient tous deux au second tour.

Nouvelles technologies obligent, les sondages et leur inexactitude ne sont plus les seuls outils capables d’estimer les tendances, qu’elles soient politiques ou non. En combinant le big data, soit des flux de données brassées sur Internet, mais aussi les réseaux sociaux ou les sondages, cinq étudiants de l’école Télécom Paris Tech annoncent un second tour Marine Le Pen – François Fillon.

“Modéliser les élections mathématiquement en vue d’en prédire le résultat”

Entre Emmanuel Macron qui ne se revendique ni de droite ni de gauche ni du centre, la montée en flèche des extrêmes de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon et le Parti socialiste de Benoît Hamon au plus bas dans les sondages, les élections présidentielles de 2017 sont un réel casse-tête. Casse-tête que nous avons tenté de résoudre en modélisant les élections mathématiquement en vue d’en prédire le résultat”, expliquent les auteurs de ces travaux.

Ils rappellent aussi que les sondages “ont plusieurs fois montré leurs faiblesses”, comme lorsqu’ils “avaient donné Hillary Clinton largement vainqueur contre Donald Trump”, peut-on lire sur Le Point.fr. Dès lors, l’étude se base notamment sur “les données du Web, de l’Insee et de data.gouv” afin de “déterminer le résultat du premier tour par département, grâce à des données temporelles et départementales”.

François Fillon distancerait Emmanuel Macron

En outre, à partir de plusieurs hypothèses, mais aussi des sondages, ou encore des réseaux sociaux, les étudiants de l’école d’ingénieur estiment qu’au premier tour de l’élection présidentielle, Marine Le Pen engrangerait 24,13% des suffrages, contre 21,77% pour François Fillon, 20,32% pour Emmanuel Macron et 18,66% pour Jean-Luc Mélenchon, qualifiant donc les candidats du Front national et des Républicains au second tour.

Voir aussi:

Présidentielle : pourquoi Macron ne sera pas au second tour

Frédérique Voisin-Demery
CC BY 2.0

Nul ne peut prédire le résultat du premier tour de la présidentielle dimanche. Mais tout laisse à penser que Emmanuel Macron sera éliminé dès le premier tour.

Alexis Vintray

Disons le tout de suite, personne ne peut prédire avec certitude le résultat du premier tour de l’élection présidentielle de dimanche1. Aussi solides que soient les analyses des chiffres disponibles. Mais dur de ne pas voir les dernières tendances de fond…

Les sondages mettent déjà Fillon, Le Pen et Macron au même niveau

OpinionWay sort avec Les Échos et Radio Classique depuis plusieurs mois désormais un rolling, un sondage quotidien des intentions de vote des Français pour le premier tour de la présidentielle. En voici la dernière livraison : Macron et Le Pen continuent leur baisse ininterrompue, à 22%, et Fillon est en embuscade immédiatement derrière à 21%, alors qu’il y a eu jusqu’à 6% d’écart plus tôt dans la campagne (et près de 10% selon d’autres instituts) :

Plus intéressant encore, les tendances de long terme : baisse de Macron (depuis début avril) et de Le Pen (depuis mi-mars), remontée de Fillon (depuis début avril) et stabilisation de Mélenchon (depuis début avril) après un siphonnage des voix de Benoit Hamon :

Si l’on sort des variations quotidiennes et qu’on ne regarde que la tendance, la conclusion « graphique » est la suivante : 3 candidats à 21% le soir du premier tour pour un résultat imprévisible. Macron, Le Pen & Fillon peuvent tous accéder au deuxième tour, voire Mélenchon même si cela parait compliqué (mais dans les marges d’erreur). On est encore loin d’une absence de Macron au second tour me direz-vous à juste titre…

Les pronostics de victoire sont alignés avec ces variations : Macron en tête mais au plus bas depuis début mars, Fillon qui remonte à son niveau de début mars (17%) et Le Pen au plus bas (13%), au niveau de Mélenchon.

Pour les Français, l’issue de l’élection ne fait donc aucun doute, ce sera Macron qui l’emportera. Je suis convaincu, moi, qu’il ne sera même pas au second tour, comme je le disais déjà il y a une semaine. Pourquoi ?

Pourquoi Macron peut encore baisser

Malgré sa baisse des dernières semaines, Emmanuel Macron peut encore baisser significativement. D’une part, les soutiens malheureux continuent à le fragiliser : entre un Hollande impopulaire qui le soutient de manière à peine voilée, les ministres du gouvernement socialiste, un BHL qui a officialisé son soutien ou une Nicole Notat qui s’est engagée aujourd’hui, toute la nomenklatura parisienne semble s’engager pour lui. Ce soutien des élites est tout sauf une bonne nouvelle pour l’ancien ministre de Hollande dans un monde post Brexit ou post Trump. Pire, ces soutiens, quasi-exclusivement de gauche, décrédibilisent le message centriste qu’il entend porter.

À l’inverse à droite, la remontée de Fillon a fait stopper net la fuite des cadres. Quand Aurore Bergé (ex-Juppé, ex-Fillon avant de finir (?) chez Macron) réussit à dégoter une dizaine de conseillers de droite prêts à s’engager pour Macron, aucun n’a eu de responsabilités depuis 2010, et aucun des noms n’est connu du grand public (voire du public averti !).

Enfin, même aujourd’hui, Macron est selon BVA le candidat le plus souvent choisi « par défaut », par 27% de ses électeurs potentiels contre 17-18% pour Le Pen, Fillon ou Mélenchon. Une grosse part de vote utile aussi, en particulier pour éviter Le Pen. Ça vous rappelle Juppé – Fillon ? C’est normal, et inquiétant pour Macron.

Présidentielle : pourquoi Macron ne sera pas au second tour

L’effritement des intentions de vote de Macron et le spectre de son élimination dès le premier tour affaiblissent en effet très nettement l’intérêt de voter pour l’ancien ministre socialiste, en particulier au centre droit pour qui le vote Fillon redevient une option. Une évolution visible sur les intentions de vote de second tour : face à Le Pen, Macron serait à 64%, Fillon à 60%. La différence est devenue minime là où elle était de 10 points il y a peu…

Pourquoi Fillon peut encore monter

À l’inverse, l’électorat de Fillon semble plus solide : le cœur de son électorat est chez les plus de 60 ans, qui se déplacent toujours massivement à l’isoloir. 61% de ceux qui disent vouloir voter pour lui le font pour son programme (contre 39% pour Emmanuel Macron). Une différence qui tient bien sûr en partie aux affaires, mais pas seulement.

La montée de Mélenchon est également une aide singulière pour le camp Fillon : l’épouvantail de l’accession de l’extrême gauche au pouvoir est une arme efficace pour faire voter à droite, et plus précisément faire voter Fillon au lieu des petits candidats comme Nicolas Dupont-Aignant, Jean Lassale ou François Asselineau (5% cumulés).

Quid de Le Pen ou Mélenchon alors ? L’absence de la première au second tour semble improbable malgré sa fin de campagne calamiteuse : ses électeurs restent toujours aussi largement motivés. La présence de Mélenchon semble hautement improbable : le réservoir de voix Hamon est quasiment épuisé, les intentions de vote stagnent et surtout, à juste titre, le candidat fait peur pour ses propositions d’extrême gauche.

Rien n’est écrit pour dimanche, mais la présence d’Emmanuel Macron dans le duo de tête serait la vraie surprise, malgré ce qu’annoncent les médias depuis des mois.

  1. Et le titre de cet article est à prendre avec les pincettes nécessaires évidemment.

Voir également:

Valeurs actuelles

17 avril 2017 

Présidentielle. Interrogé sur FranceInfo mercredi 12 avril, le cofondateur de l’application GOV, qui sonde gratuitement des milliers de Français, annonce que “François Fillon sera au second tour”.

N’en déplaise aux principaux instituts qui les font, les sondages traditionnels ont montré leurs limites. Réalisées presque quotidiennement auprès d’un nombre de personnes réduit, ces études particulièrement prisées en période électorale ont déjà prouvé qu’on ne pouvait pas s’y fier, comme l’a montré l’élection de Donald Trump aux États-Unis. Pourtant, un nouveau type de sondages voit peu à peu le jour, comme ceux proposés par GOV, une application “gratuite” et dépourvue de “business”, comme l’explique un des cofondateurs.

Plus de 150.000 utilisateurs” sur GOV

Invité sur le plateau de FranceInfo, mercredi 12 avril, Bobby Demri a présenté le concept de GOV : “une application de démocratie participative où les Français viennent chaque jour voter en temps réel pour tous les hommes et femmes politiques et où ils viennent lancer des propositions, des idées, des débats”, même si l’entrepreneur se défend d’être un sondeur “parce qu’on ne veut pas s’institutionnaliser dans un monde institutionnel qui meurt”.

Et à l’inverse des instituts de sondage, l’outil au “plus de 150.000 utilisateurs”, comme l’explique Bobby Demri, est une “application gratuite, sans publicité : il n’y aucun business ! GOV est un leader français de la civic tech, c’est la technologie au service de l’intérêt général. C’est un modèle qui perturbe les sondeurs parce qu’on est enfin dans un outil de transparence.

Une énorme dynamique pour François Fillon

À partir de ce nouvel outil, l’entrepreneur a également fait part d’une tendance que les sondages traditionnels ne reflètent pas encore : la présence du candidat des Républicains parmi les deux candidats retenus par les Français le 23 avril : “sur l’application GOV, François Fillon sera au second tour”, affirme-t-il.

Et Bobby Demri de préciser : “Il y a une très forte poussée de popularité, une énorme dynamique pour François Fillon sur l’application GOV, qui est d’ailleurs mesurée par d’autres outils comme FILTERIS […] et je crois en effet que François Fillon sera au second tour de l’élection présidentielle”.

Voir encore:

Problèmes de représentativité, rétributions pour fidéliser les sondés, redressement, incertitude du vote… Les biais des sondages sont nombreux. Les résultats du premier tour pourraient ne pas refléter les sondages. Il convient de les prendre avec prudence et surtout de savoir les lire et connaître leur élaboration.

François Vignal
Public Sénat
19 avril 2017

A quatre jours du premier tour de la présidentielle, jamais l’incertitude n’aura paru aussi grande. Le resserrement dans les sondages entre les quatre premiers – Marine Le  Pen, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, François Fillon –incite à la prudence. Mais au-delà des résultats en eux-mêmes, l’incertitude sur les sondages est bien présente, à plusieurs titres. Elle est en réalité double : celle due au choix des Français et celle liée aux sondages eux-mêmes.

Une phase de transition politique cause d’incertitude

L’incertitude politique s’explique par « la phase de transition » actuelle, selon Emmanuel Rivière, directeur général France de Kantar Public (ex-TNS-Sofres). « Il y a un scénario possible où ni le candidat PS, ni le candidat LR, ne seraient au second tour. Le seul fait que ce soit possible montre bien qu’on est en train de passer d’un ordre politique à un autre. C’est probablement une élection de transition et ça crée une nouvelle incertitude. C’est dur à mesurer, sachant qu’il y a la possibilité d’une forme de réminiscence des structures anciennes », explique à publicsenat.fr le sondeur qui développe son idée dans une tribune publiée sur le site Délits d’opinion. La résistance de François Fillon, notamment dans l’électorat âgé, montre cette « réminiscence » des partis traditionnels.

Mais les choses bougent. « Est-ce que nos sondages tardent à mesurer ce qui se passe ? » s’interroge avec franchise Emmanuel Rivière. « On ne sait pas dire à l’heure actuelle s’il y a surestimation ou une sousestimation du phénomène Macron, au regard de l’expérience. C’est un élément de nouveauté » ajoute le responsable de Kantar, selon qui « il faut être prudent et modeste ». Si bien qu’« il y a une vraie incertitude du scrutin » conclut Emmanuel Rivière. Cette « incertitude politique », Jérôme Sainte-Marie, président de l’institut Pollingvox, la résume ainsi : « Les Français peuvent tout simplement changer d’avis et des gens peuvent se mobiliser et faire changer l’ordre d’arrivée ».

La marge d’erreur : « Quand on donne les chiffres absolus, on trompe toujours les gens. Il faut donner des fourchettes »

L’autre incertitude vient des sondages eux-mêmes. Sans faire un énième procès des instituts, les exemples d’écart entre chiffres des sondages et les résultats le jour de l’élection sont nombreux. Comment l’expliquer ?

Il y a déjà la fameuse marge d’erreur. Si l’on n’en tient pas compte, on tombe dans un biais de lecture et de compréhension du sondage. Par exemple, selon un tableau publié sur le site de l’Ifop avec son sondage quotidien (le « rolling »), sur un échantillon de 1.500 personnes, la marge d’erreur est de +/- 2 points pour un score autour de 20%. Cette marge d’erreur augmente quand on s’approche des 50%, pour atteindre 2,5 points.

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Avec les résultats du 17 avril, cela donne Emmanuel Macron (23%), plutôt entre 21 et 25% avec la marge d’erreur, Marine Le Pen entre 20,5% et 24,5%, et François Fillon et Jean-Luc Mélenchon, donnés à égalité à 19,5%, plutôt entre 17,5 et 21,5%. Soit potentiellement Fillon et/ou Mélenchon devant Macron… voir Marine Le Pen. Ce qui donne une lecture complètement différente des sondages.

Cette marge d’erreur devrait être annoncée et publiée par les médias à chaque sondage. C’est la loi qui le stipule. Elle n’est pourtant pas toujours respectée. Au grand dam du sénateur PS Jean-Pierre Sueur, auteur, avec le sénateur LR Hugues Portelli, d’une proposition de loi sur l’encadrement des sondages. Adoptée à l’unanimité en 2011 par le Sénat, le texte n’a pas été examiné à l’Assemblée. Mais à la faveur de la loi sur les nouvelles règles de la présidentielle, l’essentiel du texte a pu être repris sous forme d’amendement. L’Elysée n’y était pas trop favorable, à la différence de Matignon.

« La loi dit que les marges d’erreur doivent être données par les medias en même temps que les sondages et les informations détaillées transmises à la commission des sondages. Mais les journaux n’appliquent pas la loi, dans la plupart des cas. Et la commission ne fait pas du tout ce qu’elle peut faire pour appliquer la loi, loin sans faut, car elle a la possibilité de faire des mises au point ou même de saisir la justice » explique Jean-Pierre Sueur. Pour le sénateur du Loiret, « quand on donne les chiffres absolus, on trompe toujours les gens. Il faut donner des fourchettes, mais je sais bien que c’est un problème commercial. Mélenchon qui passe devant Fillon, c’est haletant. La vérité, c’est qu’ils sont entre 17 et 21 ». Sondeurs et surtout journalistes préfèrent présenter la politique vue comme une course de petits chevaux en somme, plutôt que des tendances.

« Les sondages doivent être pris pour ce qu’ils sont et pas pour ce qu’on aimerait qu’ils soient. Ce ne sont pas des outils de prévision, mais des outils qui permettent d’indiquer. Et ils sont d’autant plus efficaces qu’on en comprend la dynamique, plutôt que mesurer au demi-point près le score de chacun des candidats » souligne Jean-Daniel Levy, directeur du département politique et opinion de l’Institut Harris Interactive (voir la vidéo, sujet de Samia Dechir).

« Il y a un problème de représentativité qui touche les sondages en général »

Autre biais : la représentativité des sondages. La méthode la plus généralement utilisée aujourd’hui est celle des sondages par Internet. Une pratique qui s’explique « pour des raisons de rapidité, de coût et de qualité qui est aussi bonne » assure Jérôme Sainte-Marie, « on peut avoir un énorme échantillon beaucoup plus facilement ». « Les sondages en face à face donnent toujours de bons résultats au niveau politique, car les sondés peuvent expliquer leur vote. Mais c’est long et cher et de plus en plus difficile à réaliser » ajoute le sondeur. « Les sondages en ligne sont politiquement plus représentatifs » confirme Emmanuel Rivière. Son institut s’y est converti pour les législatives de 2012. « Les résultats sont meilleurs, notamment sur le vote FN » explique le directeur général de Kantar Public, car « quand on répond par téléphone, on peut préférer ne pas répondre à un inconnu, on raccroche, et on peut se retrouver avec moins de sympathisants FN dans les enquêtes par téléphone ». Ce qui ne serait pas le cas dans les enquêtes en ligne, encore plus anonymes.

Mais selon Nicolas Kaciaf, maître de conférences en science politique à Sciences Po Lille, « il y a des biais avec les sondages en ligne. Par exemple, l’échantillon d’âge risque de ne pas être représentatif sur les personnes âgées », moins connectées. Elles sont pourtant nombreuses à voter. « Il est compliqué de constituer un panel, car il y a beaucoup de conditions. Il faut avoir un accès fréquent à Internet, disposer d’un mail, tout un ensemble de conditions qui fait que la représentativité n’est pas garantie. Mais elle ne l’est plus depuis longtemps par téléphone non plus » ajoute le politiste. « Il n’y a pas de solution miracle », souligne Nicolas Kaciaf, « il y a un problème de représentativité qui touche les sondages en général, quelle que soit la méthode de composition de l’échantillon. Ou sinon il faudrait des techniques très lourdes, comme en utilise l’Insee ».

Les sondeurs ne nient pas cette question de la représentativité. Jérôme Sainte-Marie :

« Il y a le problème de la marge d’erreur, mais qui ne joue pas tant que ça. Le problème est plutôt un problème de recueil : est-ce qu’on couvre bien la population ? Est-ce que les populations les plus populaires, qui pourraient se mobiliser, sont bien couvertes ? On pourrait avoir un phénomène qui renforce Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen ».

Le sondeur de Pollingvox ajoute : « Plus vous êtes intégré socialement, plus vous êtes représenté dans les échantillons des instituts. Moins vous êtes socialisé, moins vous êtes représentés dans les sondages. Par exemple, il y a toujours le risque qu’on ait des ouvriers d’un type particulier et qu’ils ne soient pas totalement représentatifs des ouvriers ». « Pour les plus âgés, c’est plus compliqué au-delà de 75 ans sur Internet. On peut s’interroger sur leur représentativité » confirme de son côté Emmanuel Rivière.

Des rétributions pour attirer les sondés : « 200 ou 300 euros maximum par an »

Pour répondre à ce biais, les sondeurs ont trouvé la solution : payer, ou plutôt rétribuer les sondés. Une technique qui semble étonnante, pour ne pas dire contestable. Aux yeux des instituts de sondages, elle est justifiée et maîtrisée.

« Il faut un petit effort supplémentaire sur les ouvriers et les jeunes pour avoir le bon quota. Ils ont tendance à répondre un peu moins. D’où le côté incitatif sous forme de points qu’on accumule. Nos panelistes recueillent des bons d’achat. Ça joue un peu plus chez les jeunes par exemple » explique, là encore avec une certaine transparence, Emmanuel Rivière. Le directeur général de Kantar Public précise bien que « ce n’est pas une manière d’arrondir ses fins de mois. C’est incitatif, juste un petit coup de pouce. Par exemple, ce sont des bons d’achat sur des boutiques en ligne. Tout cumulé, pour des gens assidus à nos enquêtes, c’est 200 ou 300 euros maximum par an ». Ce qui n’est pas totalement négligeable si les revenus sont faibles. Jérôme Sainte-Marie signale pour sa part que « la pratique de rémunération est totalement symbolique. C’est plutôt une compensation par rapport au temps passé. C’est une somme dérisoire, parfois un tirage au sort, des bons d’achat ».

Mais cette méthode n’a-t-elle pas des effets sur la qualité du sondage ? Ses effets sont-ils réellement neutres ? « Toutes les enquêtes ont des biais. Mais celui-ci est moins fort qu’avoir uniquement dans nos panels ceux qui adorent répondre aux sondages ou ceux qui aiment la politique » répond Emmanuel Rivière. Autrement dit, ce serait un moindre mal.

Profil bidonné

Les instituts peuvent sous-traiter le recueil des réponses à des entreprises comme « Maximiles », qui développe des panels de fidélisation. Dès la page d’accueil de son site, l’entreprise annonce la couleur : « Vos habitudes vous rapportent », « votre avis récompensé ». En « répondant à des sondages », on cumule des points qu’on échange « contre les cadeaux de (son) choix ».

Voir par ailleurs:

Fillon ou Macron : voter pour un programme ou pour un homme ?

Macron ou Fillon ? L’un a un programme fourre-tout mais il est servi par ce qu’il dégage ; l’autre semble politiquement plus aguerri mais a fait personnellement des erreurs. Alors, faut-il voter pour un homme ou pour un programme ?

Philippe Bilger

Contrepoints

Je sais, cette alternative est terriblement simpliste, sans doute le signe d’une immaturité politique qui ne sait pas s’attacher qu’aux seuls programmes comme les citoyens sérieux.

En même temps, pour moi qui rejette sur le bord de mon chemin démocratique Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, adversaires implacables mais étrangement semblables, on a le droit, dans un article d’opinion, d’exprimer ses états d’âme, ses doutes et, aussi, sa manière plus intuitive qu’élaborée de forger ses choix.

Je n’oublie pas la primaire de la droite et du centre que François Fillon n’avait pas gagnée seulement à cause de son propos sur l’intégrité mais grâce à la pertinence et à la cohérence de son programme qui visait, tous comptes faits, à ne plus faire vivre la France au-dessus de ses moyens.

Emmanuel Macron et son programme fourre-tout

Emmanuel Macron, avec son équipe, s’est efforcé, sur tous les sujets, d’édifier un système en définitive facile à identifier : une sorte de centrisme et d’équilibre, ne rejetant rien absolument mais compensant ici ce qu’il enlève là, prenant ici ce qu’il va annuler ailleurs. Ce n’est pas une démarche médiocre mais, pour refuser la rectitude trop froide de mesures sans concession, elle donne l’impression parfois d’une synthèse instable entre ce qui est nécessaire et ce qui est proposé.

Une conséquence négative de l’immense et contradictoire fourre-tout que paraît constituer aujourd’hui le vivier militant et humain au soutien de la cause d’Emmanuel Macron pourrait être d’infléchir dans un mauvais sens les avancées structurelles ou fortes que sa campagne a promues. Je suis par exemple inquiet que la présence de la gauche judiciaire altère ce qu’il y a de rigueur dans telle ou telle de ses propositions. C’est la rançon probable d’un salmigondis qui, perçu comme une richesse, risque de devenir un frein.

Sans sous-estimer le courage aussi bien intellectuel que physique d’Emmanuel Macron ni surestimer les enseignements et la sagesse d’une trop longue carrière politique, j’imagine davantage François Fillon qu’Emmanuel Macron dans les rapports de force internationaux et les crises susceptibles d’être créées par l’interventionnisme d’un Donald Trump. Parce qu’en l’occurrence l’expérience a du sens et la fraîcheur n’est pas forcément un atout.

Emmanuel Macron, par ailleurs, avec une spontanéité qui est sa face de lumière ou parfois d’ombre, sur la colonisation et la culture française a formulé quelques appréciations suffisamment provocatrices pour qu’il ait été contraint de les expliciter longuement et presque de les regretter.

Pour l’islam et sa perversion, l’islamisme, et son paroxysme, le terrorisme, le candidat d’En Marche ! donne l’impression, avec sa volonté de calme et de tranquillité, son refus de l’outrance et de la surenchère, son souci de l’apaisement, son désir respectable de ne jamais jeter de l’huile sur le feu social, qu’il serait prêt par accommodement à des faiblesses tactiques, à des compromis douteux. Qui feraient le lit des communautarismes plus qu’ils ne les interdiraient.

Alors que François Fillon sur ce point capital, comme pour l’immigration et notre quotidienneté menacée, est plus rassurant, plus convaincant.

Si son projet globalement emporte davantage l’adhésion, nous allons devoir tout de même oublier une personnalité qui a déçu le peuple de droite, quelles que soient les suites judiciaires des affaires et les péripéties vestimentaires entre autres. Notre problème qui manifestement n’a pas été le sien relève moins de la loi que de la décence. Il y a une forme d’inconscience ou de désinvolture – même si le donateur Bourgi par exemple a inquiété, mais trop tard – qui n’est pas loin d’une indifférence, voire pire, à l’égard du peuple et de son ordinaire. Quelque chose s’est cassé qui va conduire, sans enthousiasme, désabusé par l’homme, à espérer dans le président qu’il pourra être.

Le projet, on s’y tiendra, on votera pour lui, malgré François Fillon. Parce que le premier est bon et que le second nous a d’une certaine manière trahis. On ne pouvait pas deviner que cette splendide invocation de l’intégrité était de l’affichage pour gagner.

Emmanuel Macron, la séduction

Emmanuel Macron, à mon sens, est dans une configuration inverse. Il est un président de la République qu’on désirerait voir et avoir à la tête du pays. Son intelligence, sa culture, son empathie non fabriquée mais confirmée tout au long de son histoire, sa nature respectueuse, son aptitude républicaine, à quelques exceptions près qui sont pardonnables, à dialoguer et à accepter que le contradicteur ne soit pas un ennemi mortel et la démocratie une foire d’empoigne et de détestation, sa tenue, son honnêteté, sa jeunesse, tout garantirait une présidence, grâce à la personne qu’il est, aussi éloignée de celle frénétique de Nicolas Sarkozy que de celle faussement normale et tristement décevante de François Hollande. Contrairement à François Fillon, il vient au secours de son projet alors que celui-ci vient difficilement au secours de l’ancien Premier ministre.

François Hollande a implicitement avoué sa préférence pour Emmanuel Macron contre Hamon et Mélenchon. C’est un cadeau amer. Le président aurait mieux fait de ne pas se mêler de la campagne et de continuer à présider. C’est ce que lui avait conseillé avec culot Emmanuel Macron.

François Fillon : derrière l’homme, le programme

Malgré tout, François Fillon. Élu, sa réussite dans les premiers mois du quinquennat ferait oublier les lamentables épisodes en amont et la confiance des Français lui serait à nouveau acquise. Pas de meilleur remède que le succès !

Les Sarkozystes regroupés tactiquement autour de lui ont déjà fait une croix sur lui et intégré sa probable défaite. Ils ne sont préoccupés, sous l’égide du Parrain, que par les élections législatives. À toutes fins, ils se sont assurés de deux postes : François Baroin comme Premier ministre et Laurent Wauquiez comme chef du parti. Les Sarkozystes sortis par la porte de la primaire sont rentrés par la fenêtre de ses suites déprimantes.

Malgré tout donc, François Fillon au premier tour.

Depuis 2007, la personnalité des présidents ne pouvait qu’être appréhendée globalement. Il y avait leurs actes, leur politique, leur programme, les espérances, mais tout ensemble, leurs failles, leur tempérament, les déceptions, leurs faiblesses. L’action et le caractère.

Jamais, comme avec François Fillon et Emmanuel Macron, on n’avait eu aussi ostensiblement à dissocier le projet et la personne. À aimer autant la subjectivité sympathique et chaleureuse de l’un et la valeur objective du programme de l’autre. Décidément cette campagne est unique.

Voir enfin:

Comprendre le malheur français
Marcel Gauchet au chevet de l’Europe néolibérale

Joseph Savès

Hérodote

17.04. 2017

Dans le brouillard qui envahit les citoyens français à la veille des élections présidentielles, ce livre de Marcel Gauchet apporte une lumière bienvenue sur la tempête qui se prépare…

Publié l’an dernier, aujourd’hui disponible en édition de poche, Comprendre le malheur français est un livre clair et synthétique dans lequel l’illustre historien analyse avec perspicacité les bouleversements des dernières décennies et les resitue dans l’Histoire longue.

Marcel Gauchet part du constat que les Français seraient dans l’ensemble plus pessimistes que quiconque sur l’avenir de leur pays. Sans doute mais ils ont des raisons à cela. En premier lieu le fait que leurs élites ont tourné le dos à la nation et à ce qui a fait sa singularité au cours des siècles : sa capacité à développer des solutions originales et performantes, transposables à l’univers entier.

« Les Français n’ont jamais vécu leur manière d’être comme une exception, mais bien plutôt comme quelque chose destiné s’universaliser. Le sentiment français n’a jamais été celui du village gaulois assiégé par les Romains. Ce que les Français ont toujours ressenti, c’est l’idée d’une singularité bonne, donc susceptible d’être désirée hors de France, d’être universalisée. (…) Les gens savent bien que le monde a changé, mais leur rêve serait que nous restions ce que nous sommes en devenant modernes. »

Rien à voir avec la nostalgie de la puissance perdue. « La France ne sera jamais plus une grande puissance, c’est entendu, et il n’y a effectivement rien à regretter de ce côté-là. Toutefois, elle [pourrait] encore avoir son mot à dire, modestement, dans une invention moderne qui est loin d’être terminée. »

Mais ce n’est pas le chemin qu’elle prend car ses élites ont délibérément choisi de s’aligner sur les modèles étrangers sans d’ailleurs mesurer leur enracinement historique et culturel, qui les rend difficilement transposables. Par exemple, « l’idée qu’il y aurait un modèle allemand dont les autres devraient s’inspirer est une plaisanterie ! Sa force est dans sa singularité. On ne crée pas à volonté une société industrielle de type allemand. »

Ces élites se sont aussi détournées de leur propre langue au profit du globish. « Au lieu d’une langue universelle, nous n’avons plus qu’un patois local. Pour être barman dans une station touristique, il faut savoir l’anglais ! » L’historien déplore aussi leur trahison républicaine : « La partie la plus active de l’élite intellectuelle se met à cultiver une image noire du passé français. Comme s’il y avait eu une réactivation de l’imaginaire révolutionnaire où le passé républicain se met à faire figure d’Ancien Régime ! »

Fin de l’exception européenne

Le désarroi français s’est manifesté avec éclat en 1992, avec le référendum sur le traité de Maastricht, validé d’extrême justesse. C’est qu’avec ce traité, la construction européenne a changé de nature et, de coopérative (Airbus, Arianespace, Schengen, Erasmus), s’est faite directive.

« Le fait qu’à tout moment, dans quantité de métiers, une directive européenne soit introduite pour obliger à faire autrement qu’auparavant aboutit à écraser les uns et les autres sous des contraintes ubuesques. » Le philosophe donne en exemple une directive qui a mis fin à la profession d’infirmier psychiatrique, une spécificité française tout à fait appréciée, au profit d’une catégorie unique d’infirmier. « Comme si soigner un cancéreux en phase terminale et un schizophrène au long cours c’était la même chose ! »

« Alors que les gens avaient le sentiment d’avoir fait de considérables progrès dans toute une série de domaines, voilà que ces progrès semblent frappés de nullité par une insertion aussi incontrôlable qu’irréversible dans un monde extérieur qui les lamine. Avec au premier chef, l’injonction quotidienne et universelle de faire de l’argent à court terme. »

L’intuition de Marcel Gauchet rejoint nos propres observations : la civilisation européenne a tiré sa grandeur des qualités propres à chacune de ses composantes et à leur émulation. Tout le contraire de l’homogénéisation programmée par le traité de Maastricht. Au XVe siècle, les Portugais se sont lancés sur les mers avant que les Espagnols, puis les Hollandais et les Anglais ne viennent les concurrencer. Les Hollandais ont inventé le capitalisme, les Anglais la démocratie, les Français les droits de l’homme et du citoyen, les Allemands la science etc. Et le monde entier a pu profiter de ces différents apports.

L’émulation entre les nations européennes leur a été bien plus profitable qu’elle ne leur a coûté en guerres, si on fait la comparaison avec par exemple l’empire chinois, périodiquement ravagé par des guerres civiles plus meurtrières que les derniers conflits européens ! Toute la question est de savoir si cette diversité qui a fait notre richesse sera laminée par la rage normalisatrice de Bruxelles, comme la diversité chinoise l’a été par le Premier Empereur…

L’Europe, laboratoire du néolibéralisme

Marcel Gauchet voit l’origine de ce basculement dans l’émergence de l’idéologie néolibérale aux États-Unis, dans les années 1970.

Cette idéologie fait de l’économie l’alpha et l’oméga de la vie publique. Avec le triomphe de la démocratie et de la paix universelles, les États n’ont plus d’autre mission que de garantir l’épanouissement personnel des individus et la liberté des flux de personnes, de marchandises et de capitaux. « Tout le monde est persuadé, désormais, au sein des partis de gouvernement, que c’est l’économie qui commande, qu’il faut la laisser faire, et que le politique n’est là que pour encadrer sans diriger. » Et pour que les entreprises puissent croître et prospérer, il faut faire pleine confiance à leurs actionnaires, nécessairement intéressés à leur prospérité…

On s’apercevra très vite des limites de cette idéologie :

D’une part, note l’historien, le néolibéralisme conduit à une excroissance monstrueuse de l’État : il doit en effet réglementer, contrôler et judiciariser à n’en plus finir les rapports entre les individus livrés à eux-mêmes.

D’autre part, les actionnaires révèlent des intérêts à court terme opposés aux intérêts à long terme des entreprises, de leurs cadres et de leur salariés : soucieux de valoriser au plus vite leur mise, ils vendent les entreprises à la découpe et délocalisent les usines à tout va. La désindustrialisation et la perte de savoir-faire d’une bonne partie de l’Europe et des États-Unis sont le fruit amer de cette erreur de jugement.

Les États-Unis ont néanmoins toujours manifesté des réserves à l’égard du néolibéralisme. En 2009, quand le constructeur automobile General Motors s’est trouvé au bord du dépôt de bilan, le gouvernement américain l’a nationalisé sans état d’âme, et en 2016, l’élection de Donald Trump a signifié la fin de l’utopie néolibérale et de l’ouverture tous azimuts.

Curieusement, c’est en Europe, que le néolibéralisme a trouvé sa terre d’élection, en lien avec la déchristianisation du Vieux Continent selon Marcel Gauchet. L’historien est célèbre pour avoir défini le christianisme comme « la religion de la sortie de la religion », qui mène à la sécularisation de la société (Le Désenchantement du monde, 1985). Il observe que les États-Unis demeurent fortement structurés par la religion et la politique ; rien de tel par contre en Europe où l’affaiblissement des institutions tant religieuses que syndicales et politiques a rendu la société perméable à la nouvelle idéologie de l’individu-roi, défini par ses droits et ses intérêts.

« L’Europe devient tout autre chose que ce pour quoi elle a été conçue au départ, elle se transforme en laboratoire de la réalisation de l’utopie néolibérale dans son intégralité. Ce que les États-Unis, par exemple, ne permettent en aucun cas, en dépit de leur libéralisme constitutif à l’intérieur, parce qu’ils demeurent une nation et même aujourd’hui la nation par excellence, où le poids du politique, sous l’aspect du rayonnement américain, de la responsabilité extérieure, de l’ambition stratégique, est au cœur de la vie collective. »

Le résultat est sans appel pour Marcel Gauchet : « La construction européenne telle qu’elle existe aujourd’hui est un échec. De plus, c’est un échec français, au sens où c’est l’échec d’un projet spécialement voulu par les Français, donc spécialement dur à reconnaître et digérer pour la France. (…)
Sur le plan économique, l’avantage compétitif de l’industrie allemande en matière de biens d’équipement est l’arbre qui cache la forêt. La monnaie unique et le libre-échange ne sont sûrement pas les instruments qui permettront à l’Europe de se tailler une place enviable dans l’économie mondiale de demain. (…)
Politiquement, le constat du déficit démocratique est devenu un lieu commun, ce qui ne veut pas dire que l’on s’emploie à le corriger. »

L’historien, comme nous, ne craint pas de faire un parallèle entre l’URSS marxiste-léniniste et l’Europe néolibérale à quelques nuances près. « Le discours sur l’Europe est toujours incantatoire ; il ne porte pas sur la réalité… (…) S’ajoute à cela le faut que l’Europe est la chose des élites. Le communisme, même si l’idée a été partagée par une partie des élites, a d’abord été l’objet des masses. (…)
Du côté des populations, joue une argumentation négative, rarement formulée comme telle mais d’une puissance considérable : la construction européenne est loin d’être une merveille, mais on ne peut pas en sortir. (…)
L’estime de soi, de la part des Français d’aujourd’hui, est tombée à un niveau tellement bas qu’ils pensent que nous ne pourrions pas nous débrouiller par nos propres moyens. Les Suisses en sont capables, les Norvégiens ou les Islandais aussi, mais pas nous ! Ce pays, dans les profondeurs, n’a plus confiance en lui. »

Englués dans l’impasse d’une Europe néolibérale, les réformateurs de bonne volonté ont motif de désespérer : « Il ne suffit pas de proposer des réformes, si pertinentes soient-elles. Il faut commencer par les rendre possibles en faisant sauter le verrou qui les promet à l’échec. »

Mais une sortie par le haut est encore possible comme veut le croire Marcel Gauchet : « il nous faut une nuit du 4 août de la nomenklatura française. (…) Le propos n’est pas de sortir de l’Europe, il est de la repenser de fond en comble, sur la base d’un bilan froid de ses acquis et de ses impasses. Celles-ci sont tous les jours sur le devant de la scène, les européistes grand teint concèdent eux-mêmes désormais qu’il y a sans doute pas mal de choses à revoir. À quand le moment d’en tirer les conséquences ? La France a été à l’origine du projet européen, l’Union européenne n’aurait plus de sens sans elle, et elle n’y pèse plus rien. Est-elle devenue incapable de reformuler un programme qui a dégénéré, au lieu de subir honteusement le joug de bureaucrates aberrants et de juges égarés ? »


Présidentielle 2017: Pourquoi Fillon va gagner (Rêve de Buisson, cauchemar de Macron: la meilleure analyse de la désormais inéluctable victoire de Fillon)

15 avril, 2017

Capture d'écran du site http://operation-voscouleurs.fr/. https://jcdurbant.files.wordpress.com/2017/04/d7e78-1485996653955.jpg?w=450&h=312Nous allons vers une tripartition inédite du champ politique, avec un camp progressiste central, représenté par l’offre que nous proposons, avec une gauche conservatrice ou plus extrême, celle de Jean-Luc Mélenchon qui mange progressivement celle de Benoît Hamon, et avec une droite dure extrêmement conservatrice qui se rapproche de l’extrême droite. François Fillon est en train de réaliser le rêve de Patrick Buisson de la convergence entre l’extrême droite et une partie de la droite dite républicaine. Il a décidé que la droite française pouvait vivre ou se construire aux franges de la République, en faisant siffler les médias, en attaquant la justice, en invectivant ses compétiteurs, en considérant que nous étions dans un monde de postvérité… C’est-à-dire en revenant sur tous les fondamentaux de la droite républicaine. Cela aura nécessairement pour conséquence une recomposition entre une partie de la droite et l’extrême droite, que François Fillon le veuille ou non. Emmanuel Macron
Oui en marche, ça marche pour moi et toi. Comment ça marche ? Viens prendre le train en marche. Car toi et moi, ensemble, ça marche pour nous… Ensemble, on marche, ça marche, car tous ensemble, on rêve en marche… Travail, liberté, égalité, ouverture, fraternité »… Vidéo de soutien de Macron
Vous savez pourquoi le NPA est fichu ? Parce qu’on ne transforme pas un groupuscule d’intellectuels juifs du Quartier latin en parti de masse des banlieues musulmanes. Jean-Luc Mélenchon (2012)
Aujourd’hui, l’équilibre pour repousser Marine Le Pen et François Fillon est là. N’oublions pas que la droite ultrathatchérienne, réactionnaire et catholique, est toujours debout. Elle se fout des affaires autant que l’extrême droite qui soutient Le Pen. Aujourd’hui, le candidat pour se sortir de ce marasme, c’est plutôt Emmanuel Macron. Daniel Cohn-Bendit
Je suis venu vous parler de l’identité de notre nation, je suis venu vous parler de la France (…) Il y a un bien étrange tabou dans notre pays qui résonne, ainsi que l’écrivait l’historien Marc Bloch, comme une étrange défaite. Oui, on n’ose plus prononcer, aujourd’hui, les mots ‘d’identité’, de ‘France’, de ‘nation’, de ‘patrie’, de ‘racines’ et de ‘culture’. On est sommés de se faire discrets. Eh bien non,  ensemble, nous prenons la parole. François Fillon
On assiste à ce que j’appelle, la révolution conservatrice. C’est le mot de Napoléon à ses ministres : ‘N’ayez pas peur du peuple, il est encore plus conservateur que vous’. C’est en cela que Juppé, qui s’est fait le porte-parole de la modernité, tient un discours absolument ringard. Il ne se rend pas compte que cette révolution conservatrice est partout à l’œuvre dans la société occidentale. Fillon a fait une campagne qui, a sa manière – moins triviale, moins brutale que celle de Sarkozy -, était une campagne de transgression des tabous. Maurice Druon avait l’habitude de dire qu’en France, il y a deux partis de gauche dont l’un s’appelle la droite. C’est cette anomalie française qui est en train de prendre fin. Fillon assume une droite conservatrice. Juppé sera très probablement battu dimanche soir. Il représentait cette tradition de cette droite qui ne s’assume pas. Cette hypothèque qui pesait sur la droite est en train de sauter et c’est en cela que, dans l’histoire des idées, c’est un moment historique. Patrick Buisson (24.11.2016)
Le vote Macron est un simple désir d’appartenance sociale. Faire partie des vainqueurs. Patrick Buisson
Il a pastellisé la campagne. Il y a du rose, du jaune, du bleu ciel. On est revenu à Hélène et les garçons […] c’est la cantine de la fac. Stéphane Attal (Les Influenceurs)
Valéry Giscard d’Estaing serait-il mort sans que personne n’en ait été averti, pour que France Télévisions diffuse le 3 avril un documentaire à sa gloire, plus flatteur qu’aucune nécrologie ne saurait être ? Non, bien sûr que non… À moins que Giscard d’Estaing, de vous à moi n’ait été diffusé, à trois semaines du premier tour de la présidentielle, que pour mieux installer l’idée qu’après celui qui fut, à 48 ans, le plus jeune président de la Ve République, un homme plus jeune encore puisse prendre place à l’Élysée. Tout dans les traits de caractère mis en évidence dans le documentaire le suggère, comme pour mieux établir un parallèle sinon une fi liation. Giscard ? Un homme « à l’ascension politique fulgurante », nous dit Patrice Duhamel. Un « séducteur à la recherche obstinée de l’affection des Français ». « Ils sont surpris, séduits et parfois agacés par ce personnage atypique qui veut moderniser la France. » La voix off semble avoir été écrite pour Emmanuel Macron. Depuis qu’il a surgi sur la scène politique, avec l’ambition assumée de devenir le prochain président de la République, l’ancien ministre de l’Économie aura bénéficié, plus qu’aucun autre candidat, d’une campagne médiatique tout à son avantage. (…) Reste que la presse, qui se targue d’avoir encore beaucoup de pouvoir, ne sait plus que détruire ou affaiblir. François Fillon, comme d’autres avant lui, en a fait l’expérience douloureuse durant cette campagne. Elle est impuissante à créer ex nihilo un futur président, quand bien même certains, comme le politologue Thomas Guénolé, jugent que les médias ont « suscité artificiellement l’intérêt » et que « la bulle Macron est la conséquence d’un matraquage publicitaire massif ». Plus sûrement, la manière d’Emmanuel Macron d’assumer sans complexe son parcours, sa faculté à savoir raconter une histoire, à fabriquer de l’optimisme dans un environnement de plus en plus anxiogène et à se montrer raisonnablement transgressif, autant que sa jeunesse et son intelligence remarquable ont permis à l’ancien ministre de l’Économie d’être propulsé en tête de gondole des produits de communication qui marchent. « Je fais vendre du papier », avoue-t-il à Léa Salamé, avec un petit sourire satisfait. Valeurs actuelles
Les partis se servent des primaires comme d’une procédure de relégitimation pour tenter de remédier à leur profond discrédit. Leur seul objectif est de conserver le monopole de sélection des candidats à la présidentielle.Les primaires accentuent la dérive vers le suffrage censitaire. Ne vont voter que les inclus, les catégories favorisées, les retraités. Ce qui ne fait qu’aggraver la crise de la représentation en renforçant le poids politique des classes privilégiées, alors qu’il faudrait rouvrir le jeu démocratique. (…) Il y a une bonne et une mauvaise nouvelle pour la droite. La bonne, c’est que la droite redevient la droite en se libérant partiellement de l’hégémonie idéologique de la gauche avec l’écrasante défaite de Juppé. La mauvaise, c’est que la droite ne semble pas en mesure pour l’instant d’élargir sa base sociologique. La France sénatoriale et provinciale de François Fillon n’est pas la France en souffrance des catégories populaires, qui ne sont pas allées voter. Pour l’emporter en 2017, il doit impérativement sortir du ghetto des inclus et des privilégiés, s’il veut disputer l’électorat populaire à Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. C’est ce désenclavement sociologique qui a fait la fortune du gaullisme en 1947 avec le RPF, en 1958 avec le retour du Général et de Nicolas Sarkozy en 2007. C’est une équation très difficile à réaliser. (…) De sortir de sa contradiction qui est l’incompatibilité fondamentale entre libéralisme et conservatisme. Le risque pour Fillon, c’est d’être perçu comme le candidat du patronat et des classes dominantes, le candidat de la « mondialisation sauvage ». On voit bien l’espace carcéral symbolique dans lequel le FN et la gauche vont chercher à l’enfermer. Or, son succès s’explique par deux facteurs : il est apparu capable de restaurer la fonction présidentielle dans sa dignité et sa sobriété. Et il a attiré un électorat davantage préoccupé par l’abrogation de la loi Taubira que par la suppression de l’ISF. Croire que Fillon a été élu sur son programme économique est un contresens qui se paiera au prix fort. Le nom de l’ancien patron d’Axa, Henri de Castries, circule pour Bercy…Il circulait déjà du temps de Sarkozy. Je ne veux pas croire que s’il devait être élu, François Fillon enverrait un tel message de déséspérance au peuple français. (…) Il a été porté par un électorat conservateur et catholique qui n’était pas du tout tenté par le vote Le Pen compte tenu de ses positions sociétales. L’élection de Fillon ne dit rien sur le comportement des 20 millions d’électeurs de la « France périphérique » qui feront l’élection présidentielle. Et pour cause : ceux-là ne sont pas déplacés dimanche. (…) Remplir les salles, ce n’est pas remplir les urnes. Il a fait une campagne à contresens, grossièrement populiste, alors que l’électorat populaire n’était pas concerné par la primaire. On a dit que c’était la ligne Buisson, mais je ne me reconnais absolument pas dans cette campagne caricaturale et vulgaire avec la double portion de frites, les Gaulois etc. La seule chose qu’il sait faire, c’est habiller avantageusement ses déroutes. Qu’il se donne à admirer ou à plaindre, c’est toujours Narcisse qui parle. (…) Mon livre n’a fait que cristalliser un long processus antérieur. Avec Sarkozy , ce n’étaient pas les idées qui étaient décrédibilisées mais le médium qui était discrédité. Le Brexit, l’élection de Donald Trump. (…) C’est une protestation du peuple au sens d’un demos qui réclame plus de démocratie. Du Brexit à Trump, le peuple a compris que la démocratie de la classe dirigeante avait pour objet de l’empêcher de se mêler de ce qui le regarde ! Il ne le supporte plus. On réduit cela par confort au racisme des petits blancs. Quelle erreur d’analyse , quel aveuglement. Arrêtons de prendre les gens pour des imbéciles. Patrick Buisson
Buisson et Mélenchon se sont rencontrés au début de l’année 1993. Un jeune journaliste de Valeurs actuelles, Eric Branca, a décidé de s’atteler à une biographie de Philippe de Villiers. Patrick Buisson rejoint le projet en cours de route. Il donne au livre du souffle, du lyrisme, de la flamme. Lorsque l’ami Jean-Luc se décide à concourir à la présidentielle, son conseiller occulte le convainc, chiffres à l’appui, qu’il a un espace à conquérir à gauche du PS. Une alliance subliminale se scelle alors entre les deux hommes. Pour clore l’ouvrage, les deux auteurs demandent à quatre « hérétiques » qui « ne supportent ni les carcans ni les contraintes » de donner leur avis sur le vicomte vendéen. Buisson a choisi Raoul Girardet, Marie-France Garaud, Bernard Debré et Jean-Luc Mélenchon. La réflexion de ce philosophe de formation qui, à 41 ans, anime avec Julien Dray l’aile gauche du PS sonne agréablement à ses oreilles. « Mélenchon est l’un des derniers socialistes à se référer à une grille d’interprétation marxiste de l’économie et de la société, écrit Buisson après avoir reçu le texte du socialiste. Paradoxalement, ce n’est ni un brasseur de vulgate ni un adepte de la langue de bois. » Il est conquis. « Il faut absolument que tu me le présentes », demande-t‑il à Branca. Le début d’un long dialogue et d’une amitié. (…) Mélenchon a pris l’habitude de consulter son nouvel ami avant chaque décision stratégique. Buisson met avec plaisir sa science des sondages à son service. Il est de ceux qui l’encouragent à quitter le Parti socialiste en 2008. (…) Les conseils du collaborateur de Nicolas Sarkozy ne sont évidemment pas désintéressés : tout ce qui peut déstabiliser le Parti socialiste est bon à prendre. Lorsque l’ami Jean-Luc se décide à concourir à la présidentielle, son conseiller occulte le convainc, chiffres à l’appui, qu’il a un espace à conquérir à gauche du PS. Une alliance subliminale se scelle alors entre les deux hommes. Le président sortant cite son nom – la meilleure façon de le faire exister – et vante publiquement son tonus et son tempérament. De son côté, Mélenchon réserve ses flèches les plus venimeuses à François Hollande et à Marine Le Pen, qui menace de prendre des voix au candidat UMP. Il critique le quinquennat du sortant, mais sans s’en prendre personnellement à Nicolas Sarkozy, un « chef de guerre », salue-t-il. Ariane Chemin et Vanessa Schneider (Le Mauvais génie, 2015)
Depuis plusieurs années, déjà, la proximité entretenue par Jean-Luc Mélenchon et Patrick Buisson, exposée à plusieurs reprises par la presse, suscite la controverse. Les révélations sur l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy contenues dans la biographie Le Mauvais Génie (Fayard, 306 pages, 19 euros) que lui ont consacrée Ariane Chemin et Vanessa Schneider, journalistes au Monde – dont Le Monde du 17 mars a publié les bonnes feuilles –, ne font qu’ajouter un chapitre au débat. Elles établissent notamment que le député européen et l’ancien journaliste d’extrême droite ont échangé à des périodes-clés de la carrière de M. Mélenchon. M. Buisson, réputé fin connaisseur des sondages, aurait même joué à l’occasion le rôle de conseiller politique. Des faits réfutés dès mardi soir, sur Facebook, par le chef de file du Parti de gauche (PG), qui évoque une « pure invention ». Les deux hommes se connaissent de longue date. Leur première rencontre se déroule en 1993, par l’intermédiaire d’un journaliste de Valeurs actuelles, écrivent Ariane Chemin et Vanessa Schneider dans leur livre. Bien qu’opposés intellectuellement – l’un est issu du trotskisme, l’autre de l’extrême droite –, ils se vouent très vite une estime mutuelle, par amour de l’histoire et du débat politique. MM. Mélenchon et Buisson sont amenés à se revoir à de nombreuses reprises dans le cadre de l’émission « Politiquement show » que le second anime sur LCI. Le maurrassien, décoré de la Légion d’honneur par Nicolas Sarkozy au lendemain de l’élection présidentielle de 2007, invite Jean-Luc Mélenchon à sa cérémonie de remise de médaille. Ce dernier, qui appartient encore à cette époque au Parti socialiste, se rend à l’Elysée pour assister aux agapes, tout comme Jean-Christophe Cambadélis, l’actuel premier secrétaire du PS. Plus que ces années ponctuées de déjeuners et de coups de téléphone, ce sont surtout les échanges de nature politique dans des moments importants de la carrière de M. Mélenchon qui font réagir. « Il est de ceux qui l’encouragent à quitter le Parti socialiste en 2008 » et à fonder le Parti de gauche, écrivent nos consœurs, qui notent qu’une « alliance subliminale se scelle » entre les deux hommes à l’occasion de la campagne présidentielle de 2012. Pour le conseiller de Nicolas Sarkozy, « tout ce qui peut déstabiliser le Parti socialiste est bon à prendre ». Le Monde
La campagne Fillon favorise-t-elle l’«union des droites», le vieux «rêve de Patrick Buisson»? 20 minutes
Au sein de LR, la défaite de François Fillon est plus que pronostiquée. Actée. Il suffit pour s’en convaincre de constater la faiblesse des soutiens apportés par Sarkozy et Juppé. (…) Hormis quelques derniers acharnés, par exemple le sénateur Bruno Retailleau qui traverse cette campagne électorale tel un illuminé, les principaux responsables de la droite républicaine sont persuadés que, sauf « miracle politique », François Fillon sera éliminé dès le premier tour de l’élection présidentielle. Ils n’excluent pas davantage l’hypothèse selon laquelle leur « champion » pourrait finir au quatrième rang du premier tour, derrière Jean-Luc Mélenchon. La honte! Et le risque que LR, le principal parti de la droite républicaine, se disloque aussitôt après. Certes, ils seront tous présents ce dimanche après-midi Porte de Versailles à Paris lors du dernier grand meeting Fillon entourant « leur »candidat et assurant la claque comme il convient en pareilles circonstances, en particulier le si modéré Gérard Larcher, le président du Sénat, et le très droitier Laurent Wauquiez, François Baroin et Valérie Pécresse, incarnations de la tempérance en politique. Mais à y regarder de près, de plus près, de très près, ces quatre là, en principe les fers de lance de la campagne Fillon, seront restés sur leur quant-à-soi du premier au dernier instant. Service (ultra) minimum- une poignée de meetings, quelques interventions audiovisuelles, une présence discrète sur les réseaux sociaux, pas davantage, surtout pas. François Fillon est à ce point conscient de ce retrait à la fois politique et personnel qu’il n’adresse quasiment plus la parole à Larcher, ami intime depuis plusieurs décennies. Dans ce contexte plus que tourmenté, Nicolas Sarkozy puis Alain Juppé, les deux principales victimes de la primaire, se sont enfin décidés à intervenir. A quelques jours du premier tour, dans un contexte ultra difficile, il était grand temps. Sauf que là encore, les deux « références » et « référents » de la droite républicaine se sont contentés d’un double service minimum avec de multiples…arrière pensées. Utilisant sa page Facebook, l’ex-président exprime un  soutien d’une confondante…perversité! Parce qu’il pose d’emblée le postulat selon lequel François Fillon n’est pas, loin de là, le candidat idéal mais que, tant pis, trop tard, il faut faire avec. Lisons et relisons ces premiers mots, apparement emplis de bon sens, mais en réalité d’une infinie cruauté. « Il n’y a pas de place pour les hésitations ou les états d’âme », intime Sarkozy. Fort bien. Mais le rappeler si peu avant l’échéance, c’est une manière à peine détournée de remettre du sel sur les plaies, de signifier à nouveau que François Fillon- et lui seul- a pris la (lourde) décision de se maintenir et, conséquemment, de fracasser la droite, selon toute probabilité… (…) Alain Juppé sera pour sa part plus elliptique encore. Un tweet, quelques signes, pas davantage, expédié : « Le monde est dans la tourmente, la France a besoin d’un président expérimenté. François Fillon a cette expérience. Je lui confirme mon soutien ». Le maire de Bordeaux, claquemuré dans sa ville, ne supporte pas le soupçon de « trahison »: qu’il serait « le Valls de droite », qu’en sous-main il pourrait soutenir Emmanuel Macron, qu’au lendemain du premier tour une partie de son entourage rejoindrait le candidat d’En Marche, que son lieutenant Edouard Philippe, le maire du Havre, ferait un remarquable ministre du nouveau président. Alors un tweet pour couper court et retourner à la discrétion, au silence. Jusque cette « nuit des longs couteaux » qui ne devrait plus guère tarder. A ce jeu du grand massacre, il va de soi que Nicolas Sarkozy se prépare. Non pas tant qu’il veuille reprendre lui même un pouvoir direct sur une droite à la fois disloquée et dans l’opposition; mais l’ex-président entend être le maître d’œuvre d’un nouveau meccano mis en place pour éviter une déroute aux élections législatives. Pour cela, il voudrait confier le parti « Les Républicains » (sa chose, sa création…) et la campagne électorale à un tandem Baroin-Wauquiez qu’il influencerait en permanence. Encore faudrait-il que les deux impétrants le veuillent ou le puissent. Wauquiez, l’ultra-droitier, versus Baroin, le gaulliste-social disciple de Jacques Chirac. Maurice Szafran
Des participants au meeting de François Fillon ont été reconduits vers la sortie. Motif invoqué par le service de sécurité du candidat : « pas assez d’applaudissements ». (…) Contacté par France 3 Occitanie, l’entourage de François Fillon reconnait avoir procéder à l’exfiltration de 3 participants. L’attitude des expulsés et une question de sécurité sont invoquées : Les 3 personnes se trouvaient dans un endroit dangereux pour la sécurité du candidat. Ils avaient effectivement une attitude de neutralité qui pouvaient les rendre suspects. France 3
Suite à l’enfarinage de l’ancien Premier ministre François Fillon jeudi à Strasbourg, deux personnes, dont l’agresseur, sont toujours en garde à vue. (…) L’homme qui s’est fait passer pour un militant, a déversé sur le candidat de la droite un paquet rempli de farine, avant de se faire plaquer au sol par les services de sécurité. Il est fiché « S » mais pas pour des activités liées au terrorisme, précise le service police-justice de franceinfo. Le jeune homme était surveillé après des séjours dans des pays sensibles et un retour d’Afghanistan dans le cadre d’un voyage touristique en 2011 sans aucune preuve qu’il ait combattu dans ce pays, ont indiqué des sources policières et judiciaires. Il n’a d’ailleurs pas été incarcéré à son retour d’Afghanistan et il n’est plus suivi par les services de renseignement. Et n’est pas lié à la mouvance islamiste. Cet homme et un second individu ont été placés en garde à vue jeudi soir, après l’agression du candidat de la droite. les deux gardes à vue sont toujours en cours. Francetv info
Aujourd’hui le clivage droite/gauche n’est plus idéologique, mais philosophique et moral. (…) Quoiqu’ils en disent, les programmes respectifs de Nicolas Sarkozy et de François Hollande ne sont pas si éloignés que cela. L’époque où la droite et la gauche proposaient deux types de sociétés diamétralement opposées est révolue. Pour des raisons de fond, qu’on analysera pas ici, mais aussi pour des motifs plus conjoncturels: les caisses de l’Etat sont vides, les marges de manœuvre fort étroites, nombre de décisions ne se prennent plus à Paris mais à Bruxelles, et la mondialisation est passée par là. Est-ce à dire pour autant qu’il n’y a plus de droite ni de gauche? La réponse est clairement non. S’il est vrai que le libéralisme social de la droite (classique) et le socialisme libéral de la gauche (réformiste) se rejoignent aujourd’hui sur l’essentiel, on voit bien, à travers la personnalité et le style de leurs deux candidats, qu’il y a derrière deux visions du monde, de l’homme et de la société. Qui renvoient à des valeurs bien distinctes. Hervé Bentégeat
Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, donc tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi, à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste. D’abord le procès en fascisme à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la fois absurde et scandaleux. Je suis profondément attaché à l’identité nationale et je crois même ressentir et savoir ce qu’elle est, en tout cas pour moi. L’identité nationale, c’est notre bien commun, c’est une langue, c’est une histoire, c’est une mémoire, ce qui n’est pas exactement la même chose, c’est une culture, c’est-à-dire une littérature, des arts, la philo, les philosophies. Et puis, c’est une organisation politique avec ses principes et ses lois. Quand on vit en France, j’ajouterai : l’identité nationale, c’est aussi un art de vivre, peut-être, que cette identité nationale. Je crois profondément que les nations existent, existent encore, et en France, ce qui est frappant, c’est que nous sommes à la fois attachés à la multiplicité des expressions qui font notre nation, et à la singularité de notre propre nation. Et donc ce que je me dis, c’est que s’il y a aujourd’hui une crise de l’identité, crise de l’identité à travers notamment des institutions qui l’exprimaient, la représentaient, c’est peut-être parce qu’il y a une crise de la tradition, une crise de la transmission. Il faut que nous rappelions les éléments essentiels de notre identité nationale parce que si nous doutons de notre identité nationale, nous aurons évidemment beaucoup plus de mal à intégrer. Lionel Jospin (France Culture, 29.09.07)
En se joignant à la manifestation parisienne, le président de la République défendait l’idée que si la France devait « se ressaisir », c’était à l’État de donner l’impulsion. Par ce geste, il montrait également qu’il avait pris note des critiques formulées depuis l’annonce de la profanation, par voie de presse, à l’encontre de son gouvernement. En effet, pour nombre de journalistes, la profanation était symptomatique d’une France en crise. François Mitterrand a été réélu le 8 mai 1988 à la présidence de la République mais son parti est en déroute. « Le bilan des années Mitterrand aurait pu être positif s’il n’était entaché par une grave carence morale et […] un développement considérable de la corruption. » Le gouvernement et les parlementaires socialistes ont souffert d’un discrédit profond dans l’opinion, conséquence de l’enchaînement ininterrompu des « affaires »  Parmi celles-ci, citons les procédés illégaux de financement… . La série d’élections en 1988-1989 est un bon indicateur de la crise qu’ils traversent. Aux municipales et cantonales, on relève une augmentation de l’abstention et une réorientation du corps électoral vers le FN ou les Verts. Les élections européennes ne font que confirmer cette tendance. Quant à la droite, elle peine à se positionner sur l’échiquier politique français. Les éditoriaux du Figaro illustrent bien de quelle façon les proportions de l’événement Carpentras, rapportées à la morosité politique ambiante, ont été redimensionnées : « N’insistons pas sur le machiavélisme d’un pouvoir socialiste qui ne songe, depuis des années, qu’à gonfler les voiles de l’extrême droite. Plaignons-le, il aura des comptes à rendre à l’histoire » (Franz-Olivier Giesbert) . Le 14, Xavier Marchetti poursuit dans la même veine : « Il faut aussi faire la part de la pernicieuse dégradation de la vie politique. Elle entraîne moquerie et rejet »  (Xavier Marchetti). D’aucuns rétorqueront que Le Figaro, journal de droite, en a profité pour tirer à bout portant sur les socialistes. Mais leurs confrères de Libération ont aussi relié l’événement au climat général. Ils parlent d’« authentique désarroi » et citent Jacques Chirac qui voit dans cette profanation la manifestation d’une « crise dont nous sommes tous responsables » (Marc Kravetz). Au moment où les formations traditionnelles étaient en proie au malaise, sans réponse face aux problèmes de l’immigration À l’automne 1989, l’affaire du foulard islamique relance…  et de l’insécurité, le FN récoltait des voix. Qui veut comprendre la facilité avec laquelle s’est mise en place la rhétorique de culpabilisation du FN autour de la profanation de Carpentras doit la mettre en relation avec la visibilité croissante du parti dans le paysage politique français. Que l’acte ait eu lieu en Provence, terre d’élection du Front National, qu’il ait été commis, apparemment, dans la nuit du mercredi au jeudi Les premières conclusions de l’enquête ont débouché… [17] , juste après le passage de Jean-Marie Le Pen à L’Heure de vérité : ces données forment un faisceau d’indices qui désignent le parti d’extrême droite comme coupable pour la classe politique. (…) En septembre 1990, un article du sociologue Paul Yonnet dans la revue Le Débat relance la polémique : l’ancrage historique de l’événement aurait eu pour but d’assurer « la culpabilité récurrente de Le Pen »  Paul Yonnet, « La machine Carpentras », Le Débat, septembre-octobre… . Ce rebondissement vient étayer la thèse selon laquelle cette profanation est devenue presque instantanément un « récit médiatique » construit et imposé. Dès son exposition sur la scène publique, l’acte a échappé à ses protagonistes. Les médias et les pouvoirs publics se sont approprié l’information pour la reconstruire selon leurs interprétations, interdisant de la regarder comme une empreinte immédiate du réel. La profanation n’est pas la première du genre mais en mai 1990 à Carpentras le cadavre d’un homme juif a été exhumé et empalé (il s’agissait en fait d’un simulacre, comme le révélera l’enquête par la suite). Ce fait a joué de tout son poids dans la réception de la profanation. Il a constitué le motif sur lequel les instances de médiation ont pu unanimement greffer une trame aux tissages politique, historique et mémoriel. La conjonction de plusieurs éléments contextuels, désarticulation du corps social et climat politique délétère, ascension électorale du Front National, réactivation concomitante de la mémoire de la Shoah et de la mémoire de Vichy, permet seule de dénouer les fils du récit médiatique de la profanation de Carpentras. Émergeant dans une France profondément désorientée, l’acte perpétré a cristallisé les angoisses et les hantises du moment, en libérant les consciences et la parole. La manifestation du 14 mai 1990 a bien montré la valeur curative que l’on a prêtée à l’événement : expurger les maux de la société et la gangrène de la mémoire. Floriane Schneider
N’insistons pas sur le machiavélisme d’un pouvoir socialiste qui ne songe, depuis des années, qu’à gonfler les voiles de l’extrême droite. Plaignons-le, il aura des comptes à rendre à l’histoire. Franz-Olivier Giesbert
The Left in France has been using the rhetoric of “anti-racism” to give itself a moral agenda and place the mainstream Right on the defensive. Up to now, moreover, this tactic has been successful. At Carpentras, the Minister of the Interior (who has responsibilities comparable to our Attorney General) virtually accused Le Pen of being responsible for the outrage. Then, as if such blatant politicization of a criminal affair were not sufficient, the Interior Ministry proceeded thoroughly to botch the Carpentras investigation. Not only was evidence lost, but it developed that the desecration, undoubtedly disgusting, was not quite so gross in its physical details as the Minister (and his government colleagues) had at first let on. Whether they themselves had been deceived by misleading reports, or whether they were unable to resist an opportunity to make a public show of moral indignation, will probably never be known. What is known is that there is no extremist group in France, particularly on the far Right, that remains closed to the police, and if any such group had been implicated the fact would have emerged quickly. As Salomon Malka, a radio journalist, was forced to conclude, “We feel we’ve been cuckolded. I hope it’s not worse than that. But the crime certainly was manipulated for political ends. »  Beyond the calculations of domestic politics, public displays of “anti-anti-Semitism” in France, as the historian Annie Kriegel has noted, serve another purpose: “covering” a government foreign policy that is not well disposed toward Israel, and indeed has not been well disposed ever since the Six-Day War of 1967. (If anything, Mitterrand has been rather more sympathetic, at least at the level of gestures, than his predecessors.) Thus, just after Carpentras, the French government sent its human-rights man, Bernard Kouchner, to Israel to complain about its treatment of Arabs. Finally, and perhaps most importantly, the intellectuals in France (broadly speaking), despite their ritual “anti-anti-Semitism,” have permitted a public discourse to develop in which anti-Semitism nevertheless is a factor. Today, “certain things” can be said in France about the Jews that could not have been said twenty, let alone thirty or forty, years ago; and though these “certain things” are ritually denounced, they are seldom rebutted. What has happened in the intellectual world is that sentimental indignation often has taken the place of serious combat. The shifting attitudes of the French Left to Israel play an important role here. It was Liberation, the same paper that ran the headline “Outrage” after Carpentras, that in 1976 greeted Israel’s lifesaving raid on Entebbe with the headline, “Israel, Champion Terrorist.” The paper would almost certainly not do this today—after repeated demonstrations of the way Israel’s enemies behave, the French media have acquired a certain respect for that country’s security requirements. Yet the often virulently anti-Israel view which prevailed on the Left between the end of the Six-Day War and the withdrawal from Lebanon did make it easier to raise other “questions” about the Jewish people, past and present, and the poison of that earlier view still lingers in the air. No wonder, then, that French intellectuals, whose delicate consciences only yesterday were hurt by Israel’s insistence on defending itself, today often lack the lucidity needed to mount an effective argument in behalf of Israel in particular, and the Jewish people in general, and instead wander perplexedly about in what the historian François Furet has justly called the “desert of antiracism.” So there is an atmosphere in France—a tone, if you will—which, although hardly responsible for events like Carpentras, is very much part of the explanatory context in which such events take place. Richard Kaplan
Il y a d’abord l’immense frisson qui secoue la France. Frisson d’horreur, tant la profanation de Carpentras est odieuse, frisson de révolte face à l’antisémitisme. Le 14 mai, à Paris, une foule innombrable s’écoule de la République à la Bastille, et c’est la nation qu’elle incarne. Ce jour-là, pour la première fois depuis la Libération, un président de la République participe à une manifestation de rue: François Mitterrand accompagne le cortège quelques minutes. Tout l’éventail politique est au premier rang, en une ribambelle d’écharpes tricolores, et Jean-Marie Le Pen est rendu « responsable non pas des actes de Carpentras, mais de tout ce qui a été inspiré par la haine raciste depuis des années », comme le formule alors Pierre Joxe. Les piétinements de l’enquête ouvrent après l’été le chapitre du doute. Le sociologue Paul Yonnet le détaille, en septembre 1990, dans un article de la revue Le Débat intitulé « La machine Carpentras, histoire et sociologie d’un syndrome d’épuration ». Débordés par les progrès du lepénisme, les politiques auraient érigé Carpentras en drame national pour terrasser le Front national par un discrédit définitif. Et rétablir auprès de l’opinion une estime ruinée par la récente loi d’amnistie du financement politique. Dès la mi-juillet, Jean Hassoun, président de la communauté juive d’Avignon, avait confié cet état d’âme: « Nous nous demandons si nous n’avons pas fait l’objet d’une récupération politique. » Le malaise s’aggrave quand les pistes locales semblent emporter l’adhésion des enquêteurs. Messes noires qui auraient dégénéré, délinquance morbide de la jeunesse dorée de Carpentras, elles composent le troisième chapitre. Il va traîner en longueur, sans apporter aucun dénouement. (…) En s’enlisant, l’affaire Carpentras est en effet devenue une arme pour le Front National, un boomerang qu’il veut voir revenir à la face de l’ « establishment » politique. Dès le 10 mai 1991, un an après la profanation, Jean-Marie Le Pen porte une lettre à François Mitterrand, lui demandant de « réparer publiquement l’injustice dont le FN a été victime ». Et, le 11 novembre 1995, 7 000 militants d’extrême droite viennent à Carpentras réclamer des « excuses nationales ». « Carpentras, mensonge d’Etat », est alors en passe de devenir un argument majeur et récurrent de la rhétorique lepéniste. Les aveux brusques et tardifs du skinhead avignonnais, Yannick Garnier, imposent un épilogue qui est aussi un retour à la case départ. Politiquement, l’affaire, après avoir servi les intérêts du FN, se retourne contre lui. Les lepénistes hurlent déjà à la manipulation en affirmant que « les coupables sont presque parfaits », mais les faits, cette fois-ci, sont bien établis. (…) Trois types de profanations peuvent être distingués. Le premier est le vandalisme banal: en juin dernier, trois cimetières militaires de la Première Guerre mondiale ont été dévastés dans le Nord-Pas-de-Calais, et, le 26 juillet, cinq enfants âgés de dix à douze ans ont abîmé une centaine de tombes à Mulhouse. Le second type est la cérémonie satanique, comme, au début de juin, à Toulon, où les coupables ont été arrêtés. D’effroyables mises en scène accompagnent souvent ces actes, qui visent surtout les cimetières chrétiens, au nom de l’Antéchrist. A Toulon, un crucifix fut planté à l’envers dans le coeur du cadavre exhumé. Il y a enfin les profanations antisémites. Nombreuses, elles sont souvent gardées le plus secrètes possible par les autorités juives, pour éviter les « épidémies ». Dans le mois qui suivit Carpentras, 101 actes antisémites furent recensés, contre six par mois d’habitude. Christophe Barbier
Carpentras, c’était une manipulation. Hubert Védrine
[Yves Bertrand, le patron des RG] explique que au départ, les gens du CRIF (…) ne voulaient pas en faire une grande manifestation et que c’est Mitterrand lui-même qui a imposé la grande manifestation publique, qui a imposé l’itinéraire classique de gauche c’est-à-dire République-Bastille-Nation. Pour bien mettre ce combat dans les combats de la gauche et qui a ainsi manipulé tout le monde. Tout ça, pour empêcher évidemment une alliance entre  la droite – Chirac pour parler vite – et le Front national évidemment parce que si le Front national devenait une espèce de monstre nazi, évidemment on pouvait plus s’allier à lui. Et c’est la grande stratégie de Mitterrand sur quinze ans qui a permis à la gauche de rester au pouvoir pendant toutes ces années. Eric Zemmour
L’affaire avait provoqué une vive émotion au sein de la classe politique. Jacques Chirac avait condamné « avec force cet acte inqualifiable » et exprimé sa solidarité avec la communauté juive de France. Le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, s’était aussitôt rendu sur les lieux et avait rappelé que l’auteur de ce genre de fait encourait vingt ans de prison. Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, avait même parlé de « barbares » . Quant au ministre israélien des Affaires étrangères, Silvan Shalom, il avait exhorté les autorités françaises à se montrer « plus dures » face aux actes antisémites. On sait désormais que l’incendie qui, dans la nuit du 21 au 22 août, a ravagé le centre social juif de la rue Popincourt, dans le 11e arrondissement de Paris, n’est pas un acte antisémite. Son auteur, Raphaël Ben Moha, est un juif séfarade de 52 ans, originaire de Casablanca, au Maroc, qui aurait agi par vengeance. Comme dans l’affaire de la fausse agression antisémite du RER D, il y a deux mois, les policiers ont tout de suite eu la puce à l’oreille au vu des indices retrouvés dans les décombres : les croix gammées dessinées à l’envers et la quarantaine d’inscriptions incohérentes taguées au feutre rouge. (…). Fait troublant : un feuilleton de la série « PJ » a été tourné pendant un week-end dans le centre de la rue Popincourt. L’épisode mettait en scène un incendie criminel perpétré par un juif dans une école israélite. Sauf que cela se passait il y a un an et demi et qu’à l’époque Raphaël Ben Moha ne fréquentait pas encore le centre. Apparemment, Ben Moha en voulait à sa communauté, à laquelle il reprochait de ne pas l’avoir suffisamment aidé. (…) Une fois encore, la classe politique a fait preuve de précipitation pour dénoncer un acte antisémite, alors que les premiers éléments d’enquête incitaient à la prudence. Si nul ne peut mettre en doute la montée des actes antisémites en France – déjà 298 enregistrés depuis début 2004, contre 108 en 2003 -, qualifier d’antisémites des affaires qui ne le sont pas contribue à semer la confusion dans les esprits. D’où la réaction, lundi 30 août, du président du consistoire de Paris, Moïse Cohen, qui a appelé les juifs et les politiques « à un peu plus de raison » . Et d’insister : « C’est une erreur de réagir à un fait divers sans appliquer le principe de précaution. »  Le Point
Force est de constater qu’on a trop souvent dans le passé joué avec le Front national. À gauche, en l’instrumentalisant. À droite, en pratiquant le déni. Passez-moi le mot : il faut « reprioriser » les choses. Il y a aura toujours une droite et une gauche, des différences entre elles et aussi, bien sûr, des confrontations. Mais aujourd’hui, la priorité commune, c’est le combat contre le FN. La droite doit en finir avec les facilités qui ont été trop longtemps les siennes et ce degré de porosité avec le FN imputable aux « buissonneries » d’hier. La gauche, elle, doit cesser d’être naïve ou idéaliste. Quant à la gauche de la gauche, se rend-elle compte que ses outrances anti-économiques, sa haine de l’Europe et du capitalisme ont comme seul résultat de saper les fondements de la République? Je suis effrayé quand je lis dans Le Point sous la plume de Michel Onfray que mieux vaut Alain de Benoist plutôt que Bernard-Henri Lévy. Mais où va-t-on? Toutes ces dérives creusent le sillon de Marine Le Pen. Je dis à tous : ne soyez ni naïfs, ni opportunistes, ni sectaires. Reprenez-vous! Et je pourrais dire la même chose au patronat, aux syndicats, aux autorités religieuses et à beaucoup d’intellectuels. Jean-Marie Le Guen
Quand Manuel Valls, dimanche, « revendique la stigmatisation de Marine Le Pen », il érige en martyr du Système celle qui ne cesse de se présenter comme telle avec un succès croissant. Alors que la diabolisation du FN est une stratégie d’appareil qui perd de plus en plus ses effets d’intimidation auprès d’électeurs excédés, c’est pourtant vers cette solution contre-productive que se précipite à nouveau le premier ministre. Il explique : « Mon angoisse (…) : j’ai peur pour mon pays qu’il se fracasse sur le Front national ». Mais la France n’a pas eu besoin du FN pour s’être déjà fracassée sur le chômage, l’endettement, le matraquage fiscal, la paupérisation, l’insécurité, la déculturation, l’immigration de peuplement, etc. C’est parce que ces sujets ne cessent de s’amplifier, faute de réformes adéquates, que Marine Le Pen est passée en tête dans les sondages. Quand Valls s’alarme de la voir « gagner l’élection présidentielle de 2017 », il ferait mieux de se demander pourquoi, au lieu de sortir les gourdins. Un chef du gouvernement qui, en s’attaquant au FN, prend une conséquence pour une cause tient un raisonnement bancal qui annonce l’échec. (…) Illustration avec le diagnostic du premier ministre, établi le 20 janvier, sur « l’apartheid territorial, social, ethnique qui s’est imposé à notre pays ». Rien n’est plus faux que ce constat d’une politique voulue de séparation raciale, même si le communautarisme ethnique est bien une réalité. Or c’est sur cette assise idéologique, irréaliste dès le départ, que le gouvernement entend construire sa « politique de peuplement », dont les termes laissent poindre l’autoritarisme déplacé. Cette politique vise à imposer partout la « mixité sociale » (entendre : mixité ethnique) dans le cadre, explique Valls, d’un « projet de société répondant aux exigences des Français exprimées le 11 janvier », c’est-à-dire lors de la grande manifestation en solidarité aux victimes des attentats. Or non seulement cette instrumentalisation partisane du 11 janvier est choquante, mais il est irresponsable de déplorer les ghettos et de ne rien faire pour interrompre l’immigration du tiers-monde qui ne cesse de les consolider. Ivan Rioufol
C’est l’histoire d’une pièce de théâtre qui connut jadis un immense succès, mais dont le texte a vieilli. Les ficelles dramatiques paraissent convenues et désormais surjouées par un acteur grandiloquent devant une salle aux trois-quarts vides. C’est la République en danger, le fachisme ne passera pas ou, pour faire plaisir à l’acteur, « no pasaran ». Manuel Valls peut tout jouer, mal mais tout. Alors qu’il est en campagne pour des élections locales, il a déjà déclenché le programme spécial 21 avril 2002. Les loups sont entrés dans Paris. C’est trop tôt ou trop tard. A l’époque, le candidat vaincu Lionel Jospin n’avait pas tardé à reconnaître que tout cela était du théâtre, qu’aucun danger fasciste ne menaçait la République. En 2002, Manuel Valls était conseiller en communication du Premier ministre, et François Hollande, premier secrétaire du PS. Ah, ce n’est pas que les deux hommes ne désirent pas revivre un pareil séisme, mais ils veulent seulement que ce soit à leur profit. Car la seule chance de réélection de Hollande est de se retrouver au second tour face à Marine Le Pen. Le Président fait donc tout pour en faire la seule opposition, à la fois en majesté et diabolisée. Valls met son énergie et son sens de la démesure au service de cette tactique exclusive. Les deux hommes achèvent ainsi le travail commencé il y a trente ans par François Mitterrand: l’ancien président avait alors réussi à casser la droite en trois morceaux irréconciliables.  (…) La manoeuvre est limpide et poursuit trois objectifs successifs. 1) « réveiller et rameuter un peuple de gauche chauffé artificiellement au feu antifasciste ». 2) culpabiliser la gauche de la gauche, de Mélenchon à Duflot ». 3) préparer le troisième tour des départementales lors de l’élection des présidents des conseils généraux pour casser l’UMP entre ceux qui pactiseraient avec le diable. Eric Zemmour
Les électeurs du FN, en s’abstenant ou votant blanc, ont fait perdre la droite qui est redevenue la plus bête du monde : alors que le pays est culturellement et sociologiquement à droite, la majorité vient de payer son incapacité à s’adresser au peuple perdu. Les principaux leaders de l’UMP, qui ont cru malin de faire la fine bouche devant l’électorat de Marine Le Pen et ses inquiétudes, sont coresponsables de l’échec de Nicolas Sarkozy (48,38% contre 51,62% à François Hollande), le candidat vaincu payant lui-même ses promesses non tenues en 2007. Il est de bon ton dans les médias de critiquer la « ligne Buisson », du nom du conseiller présidentiel qui avait convaincu le candidat de faire, à côté de ses discours peu mobilisateurs sur le désendettement et le rapprochement franco-allemand, une campagne sur la défense de l’identité française. Je pense, pour ma part, que cette ligne était la bonne et qu’elle a permis à Sarkozy de faire une belle remontée jusqu’à espérer gagner au second tour. Mais cette stratégie à été décidée trop tard, laissant deviner un manque de conviction du candidat. Les réticences de nombreux ténors de la majorité à parler immigration ou communautarisme ont pu convaincre aussi de l’insincérité de la posture de Sarkozy.(…) En tout cas, l’élection de Hollande a eu pour premier mérite d’illustrer la réalité du communautarisme en France, ce sujet que le candidat a dit vouloir combattre tout en promettant de faire respecter la laïcité. Je ne pense pas avoir été le seul à avoir été choqué de voir, dimanche soir sur les télévisions, les multiples drapeaux étrangers brandis aux alentours de la colonne de la Bastille : algériens, marocains, palestiniens, etc. Ces manifestations d’appartenance sont à mettre en parallèle avec les excellents scores qu’Hollande enregistre dans les « quartiers populaires » (comprendre : quartiers musulmans). En Seine-Saint-Denis, il l’emporte massivement avec 65,32% des suffrages contre 34,68% pour Sarkozy. A Clichy-sous-Bois, d’où sont parties les émeutes de 2005, il enregistre 72,07%, et même 89,04% dans le quartier « sensible » du Val-Fourré à Mantes-la-Jolie. De semblables résultats se retrouvent jusque dans certains arrondissements de Paris, comme le XX e, le XVIII e ou le XIX e. Hollande s’est donné deux priorités : la justice et la jeunesse. Il n’a pas dit : le désendettement et le communautarisme… Ivan Rioufol
La majorité des Français sont à droite et pourtant la gauche aura bientôt tous les pouvoirs dans notre pays – faute d’un accord bien improbable passé entre les droites avant les élections législatives. (…) Les responsabilités de ce qui n’est pas une victoire de la gauche, mais une défaite des droites provoquée par leur désunion, est donc partagée entre la droite parlementaire et le Front national. Tant que la droite ne se sera pas débarrassée à la fois de la pusillanimité héritée du chiraquisme, et des rancœurs lepénistes, la gauche aura de beaux jours devant elle. Pierre Menou
Souvenons-nous qu’il y a un an Sarkozy était donné battu au premier tour et qu’il s’est finalement maintenu à un niveau élevé au premier tour, compte tenu de la performance de Marine Le Pen. Dès lors, et compte tenu de son bilan social, mais aussi en matière d’immigration et de sécurité, ainsi que de la puissance de l’anti-sarkozysme, le résultat est inespéré pour lui. Sociologiquement, Nicolas Sarkozy perd car contrairement à 2007, il n’a pas su capter le vote populaire. Ces catégories lui font notamment payer son échec sur la question sociale mais aussi sur les thématiques immigration/sécurité. D’ailleurs, si au premier tour les catégories populaires, notamment les ouvriers, avaient plutôt choisi Marine Le Pen, dimanche dernier elles se sont plutôt portées vers Hollande (par anti-sarkozysme plus que par adhésion), l’abstention et/ou le vote blanc. (..) Les résultats illustrent la déception des milieux ouvriers et employés qui estiment ne pas avoir été entendus ni sur la question sociale, ni sur les thématiques identitaires. En fait, contrairement à ce que l’on dit, Sarkozy a pris en compte bien trop tard l’importance du ressentiment et la place des thématiques identitaires en milieu populaire. (…) Le résultat du premier tour a validé cette stratégie. Sans cette stratégie, Nicolas Sarkozy aurait fait 20% au premier tour et 42-43% au second. Et puis que pouvait-il faire ? Compte tenu de la situation sociale, il n’allait quand même pas faire une campagne sur son bilan ou le pouvoir d’achat ! Il n’allait pas non plus faire la même campagne que François Hollande ! On peut d’ailleurs noter que, malgré cette « droitisation », Sarkozy a capté tranquillement les voix de François Bayrou… En fait, la « drôle de campagne » du 2e tour s’explique par le fait que les deux qualifiés étaient des représentants de la « France du Oui » une France encore plus minoritaire aujourd’hui qu’en 2005. Les deux candidats étaient aussi les représentants de partis qui ont accompagné l’adaptation de la société française au libre-échange et à la mondialisation, que les classes populaires rejettent depuis des années. Dans ce contexte, les deux candidats, qui ne proposent aucune véritable alternative économique et sociale à une France populaire fragilisée n’avaient d’autre solution que de cliver sur des thématiques d’ordre « socio-culturelles ». Or, s’il est évident que le camp sarkozyste est allé dans cette direction, on ne voit pas qu’en réalité la gauche a aussi fait ce choix, plus discrètement. On ne voit pas à ce titre à quel point la stratégie « Buisson » fait écho, et a contrario, à celle du think-tank Terra-Nova. Dans les deux cas, il s’agit d’opter pour le « socio-culturel ». A gauche, la stratégie Terra Nova centrée sur les bobos-minorités-grandes agglomérations a été très critiquée dans son propre camp. Même chose à droite avec Buisson. Mais si l’on fait l’analyse sociologique du vote, ces deux stratégies très contestées sont celles qui ont le mieux fonctionné dans les deux camps ! François Hollande fait le plein en banlieue, dans les dom-toms, dans les grandes villes, chez les catégories diplômées, etc. Inversement, Sarkozy réalise ses meilleurs résultats dans les espaces ruraux. (…) il existe désormais un clivage socio-culturel gigantesque au sein de la France : 48,38% des électeurs se sont tout de même positionnés sur une thématique qu’on a dit « fasciste » et identitaire. C’est une nouveauté. L’évolution socio-culturelle du pays évolue vers un clivage de plus en plus marqué. Surtout, il apparaît que cette dimension est désormais intégrée au discours politique. Si la droite a « cogné » très fort (je pense notamment aux sorties de Claude Guéant..), la gauche a aussi participé à cette ethnicisation du discours en fascisant Sarkozy. Les attaques d’Axel Kahn qui a déclaré dans l’entre-deux tours que la mobilisation autour de Nicolas Sarkozy au Trocadero c’était Nuremberg ou de Mélenchon qui traite Sarkozy de « petit blanc raciste » en sont une illustration. Si la droite a ciblé l’immigration musulmane, la gauche a fascisé Sarkozy et indirectement son électorat en sous entendant qu’il était xénophobe, blanc, etc. (…) Quelque chose est toutefois en place qui dépasse très largement les simples dynamiques de gauche ou de droite. C’est pourquoi l’évocation de mai 1981 à l’occasion de ce mois de mai 2012 me semble particulièrement hors sujet . Christophe Guilluy
Nicolas Sarkozy joue son va-tout sur la nation, les frontières, le travail – le vrai ou le faux, la famille – la vraie ou la fausse. Il lance contre la gauche la bataille qu’il n’a jamais menée en cinq ans. L’homme qui ne regrette pas d’avoir fait l’ouverture se rend compte, mais un peu tard, que la guerre politique est d’abord culturelle. Le président, qui se vantait d’avoir détruit le Front national, juge désormais anormal que les socialistes puissent traiter affectueusement l’extrême-gauche tandis que la droite est vouée aux gémonies si elle n’insulte pas l’extrême-droite. Sarkozy semble découvrir ingénument cette vieille exception française…  Zemmour
La mobilisation du peuple de droite voulue par Buisson, Guaino et Sarkozy a incontestablement payé. Longtemps scotché à 45% dans les sondages, Sarkozy finit à 48. Il pourra longtemps regretter de ne pas être parti plus tôt en campagne. Il pourra surtout regretter de ne pas avoir tenu les promesses faites en 2007, à l’électorat populaire qui avait misé sur lui. À l’époque aussi, il avait beaucoup parlé d’immigration, de laïcité, de patriotisme, de protection et de frontières. Il avait ainsi siphonné les voix du Front national en donnant à cet électorat populaire une porte de sortie gouvernementale, en leur apparaissant comme un Le Pen raisonnable, sans outrance verbale mais aussi sans faiblesse. Sarkozy n’a pas tenu ses promesses à cet électorat populaire, c’est la clef de sa défaite. La campagne Buisson ne pouvait pas rattraper complètement cinq ans de renoncements, d’incohérences, voire de trahisons. Pourtant, son discours de 2012 sur la frontière en a séduit plus d’un, si on en croit le résultat final. Zemmour
Le mépris dans lequel les tient la classe dirigeante a quelque chose de sidérant. Nos élites sont mues par une invraisemblable prolophobie dont elles n’ont parfois même pas conscience. (…) Les impensés de la gauche sur la sécurité et l’immigration témoignent d’un déni persévérant de celle-ci face à l’expression de certaines souffrances sociales. (…) Avant d’être une posture politique, le front républicain est d’abord un réflexe de classe et de caste. Patrick Buisson
François Hollande (…) est à peu près au niveau de premier tour où les instituts situaient Ségolène Royal en 2007 à pareille époque et tout indique qu’il rassemblera le 22 avril moins de suffrages que celle-ci. Il n’y a aucune dynamique en faveur du candidat PS. A la différence de la campagne de Mme Royal, celle de François Hollande ne suscite ni élan ni adhésion. On arrive même à une situation tout à fait paradoxale et inédite : c’est la première fois qu’un candidat recueille dans certaines enquêtes moins de souhaits de victoire que d’intentions de vote au premier tour. Les motivations du vote Hollande sont pour les deux tiers de battre le candidat sortant. Toute la stratégie du candidat socialiste a été bâtie sur l’idée que l’élection serait un référendum anti-Sarkozy et qu’il n’y avait pas besoin d’un moteur de secours. Rien n’a été prévu au cas où le moteur aurait des ratés et où le pseudo-référendum tournerait au duel. Avec le croisement des courbes du premier tour, François Hollande ne peut plus se comporter en gestionnaire pusillanime d’une rente virtuelle. Il va devoir prendre des risques. Ce n’est peut-être pas l’exercice où il est le meilleur. (…) Ce concept de « droitisation » est le plus sûr indice de la confusion mentale qui s’est emparée de certains esprits. Si la « droitisation » consiste à prendre en compte la souffrance sociale des Français les plus exposés et les plus vulnérables, c’est que les anciennes catégories politiques n’ont plus guère de sens… et que le PS est devenu – ce qui me paraît une évidence – l’expression des nouvelles classes dominantes. (…) Est-ce Nicolas Sarkozy qui se « droitise » en plaçant la maîtrise des flux migratoires au cœur de la question sociale ou la gauche qui se renie en substituant à la question sociale le combat sociétal en faveur d’un communautarisme multiculturel ? L’impensé du candidat socialiste sur l’immigration est tout sauf accidentel : il témoigne d’une contradiction à ce jour non résolue. L’idéologie du « transfrontiérisme » n’est pas celle des Français. Près de deux Français sur trois et près d’un sympathisant de gauche sur deux approuvent la proposition de Nicolas Sarkozy de réduire de moitié l’immigration légale. Le projet que porte Nicolas Sarkozy s’adresse à tout l’électorat populaire. Il est clairement le candidat d’une Europe des frontières. C’est en cela qu’il est le candidat du peuple qui souffre de l’absence de frontières et de ses conséquences en chaîne : libre-échangisme sans limites, concurrence déloyale, dumping social, délocalisation de l’emploi, déferlante migratoire. Les frontières, c’est la préoccupation des Français les plus vulnérables. Les frontières, c’est ce qui protège les plus pauvres. Les privilégiés, eux, ne comptent pas sur l’Etat pour construire des frontières. Ils n’ont eu besoin de personne pour se les acheter. Frontières spatiales et sécuritaires : ils habitent les beaux quartiers. Frontières scolaires : leurs enfants fréquentent les meilleurs établissements. Frontières sociales : leur position les met à l’abri de tous les désordres de la mondialisation et en situation d’en recueillir tous les bénéfices. Patrick Buisson
Ce concept de “droitisation” est le plus sûr indice de la confusion mentale qui s’est emparée de certains esprits. Si la “droitisation” consiste à prendre en compte la souffrance sociale des Français les plus exposés et les plus vulnérables, c’est que les anciennes catégories politiques n’ont plus guère de sens… et que le PS est devenu – ce qui me paraît une évidence – l’expression des nouvelles classes dominantes. (…) Est-ce Nicolas Sarkozy qui se “droitise” en plaçant la maîtrise des flux migratoires au cœur de la question sociale ou la gauche qui se renie en substituant à la question sociale le combat sociétal en faveur d’un communautarisme multiculturel ? L’impensé du candidat socialiste sur l’immigration est tout sauf accidentel : il témoigne d’une contradiction à ce jour non résolue. L’idéologie du “transfrontiérisme” n’est pas celle des Français. Près de deux Français sur trois et près d’un sympathisant de gauche sur deux approuvent la proposition de Nicolas Sarkozy de réduire de moitié l’immigration légale. Le projet que porte Nicolas Sarkozy s’adresse à tout l’électorat populaire. Il est clairement le candidat d’une Europe des frontières. C’est en cela qu’il est le candidat du peuple qui souffre de l’absence de frontières et de ses conséquences en chaîne : libre-échangisme sans limites, concurrence déloyale, dumping social, délocalisation de l’emploi, déferlante migratoire. Les frontières, c’est la préoccupation des Français les plus vulnérables. Les frontières, c’est ce qui protège les plus pauvres. Les privilégiés, eux, ne comptent pas sur l’Etat pour construire des frontières. Ils n’ont eu besoin de personne pour se les acheter. Frontières spatiales et sécuritaires : ils habitent les beaux quartiers. Frontières scolaires : leurs enfants fréquentent les meilleurs établissements. Frontières sociales : leur position les met à l’abri de tous les désordres de la mondialisation et en situation d’en recueillir tous les bénéfices. Patrick Buisson
On brode beaucoup sur la non intégration des jeunes de banlieue. En réalité, ils sont totalement intégrés culturellement. Leur culture, comme le rap, sert de référence à toute la jeunesse. Ils sont bien sûr confrontés à de nombreux problèmes mais sont dans une logique d’intégration culturelle à la société monde. Les jeunes ruraux, dont les loisirs se résument souvent à la bagnole, le foot et l’alcool, vivent dans une marginalité culturelle. En feignant de croire que l’immigration ne participe pas à la déstructuration des plus modestes (Français ou immigrés), la gauche accentue la fracture qui la sépare des catégories populaires. Fracture d’autant plus forte qu’une partie de la gauche continue d’associer cette France précarisée qui demande à être protégée de la mondialisation et de l’immigration à la « France raciste ». Dans le même temps, presque malgré elle, la gauche est de plus en plus plébiscitée par une « autre France », celle des grands centres urbains les plus actifs, les plus riches et les mieux intégrés à l’économie-monde ; sur ces territoires où se retrouvent les extrêmes de l’éventail social (du bobo à l’immigré), la mondialisation est une bénédiction. Christophe Guilluy
J’avais l’impression qu’il [Nicolas Sarkozy] avait déjà cette géographie sociale bien en tête. Comme s’il savait que cette France populaire, qui l’avait élu en 2007, allait être une nouvelle fois l’enjeu de cette présidentielle. (…) Je ne pense pas que le qualificatif de droitisation soit pertinent. Pour cette France-là, on est arrivé à la fin de la bipolarisation droite-gauche. Par exemple, en matière d’immigration, tout le monde pense grosso modo la même chose, à gauche comme à droite. Quand on regarde comment se comportent les Français – là où ils vont vivre, là où ils souhaitent scolariser leurs enfants -, on s’aperçoit que tout le monde évolue dans une même logique. Ce qui change, c’est le discours de justification de ses actes… Par ailleurs, cette France populaire reste très attachée à l’Etat providence, aux services publics, à la laïcité, aux thématiques traditionnelles de la gauche. (…) Ce qui définit cette classe qui se sent menacée de déclassement, c’est son incapacité à ériger des frontières symboliques avec un monde qu’elle juge menaçant. Le bobo de Belleville, qui habite en plein cœur d’un quartier très métissé, peut résider dans un immeuble de lofts, socialement homogène, et contourner la carte scolaire. Les prolétaires de la Picardie, eux, n’ont pas les moyens d’ériger ce type de frontière invisible. C’est pour ça que cette classe populaire exprime aujourd’hui une demande d’Etat fort et de protectionnisme. La question sociale est centrale pour elle, à la condition qu’elle se combine avec une question d’ordre culturel. (…) Sur ces questions culturelles et identitaires, la gauche tient un discours peu clair. Car elle a la trouille de dire les choses. Je pense qu’on vit désormais dans une société multiculturelle sans oser le dire. Pour la première fois dans notre histoire, dans certains espaces, se pose la question d’appartenir à une majorité ou à une minorité relative. C’est ce que révèle l’épisode sur la viande halal : au-delà la question de l’étiquetage, le sentiment diffus de pouvoir devenir, sans le savoir, minoritaire, est très présent. (…) C’est compliqué pour [François Hollande] car il ne faut pas désespérer «Boboland», c’est-à-dire ces classes intellectuelles et supérieures qui vivent en centre-ville, profitent des bienfaits de la mondialisation et votent en majorité pour la gauche. Je dis cela sans mépris. C’est une réalité sociologique importante pour la gauche. Il est difficile de tenir un discours pour cette France des centres-ville et celle rejetée à la périphérie. Un exemple : le protectionnisme européen. François Hollande avait la possibilité de reprendre à son compte les thèses qu’Arnaud Montebourg avait développées pendant la primaire. Mais aujourd’hui depuis le discours de Villepinte de Nicolas Sarkozy, je pense que c’est trop tard. Christophe Guilluy
Hollande est intéressé par nos analyses, mais ce n’est pas son logiciel de formation. Il y a encore chez lui beaucoup de tabous, notamment sur les questions identitaires. Or, il n’y a pas 36 solutions : on gagnera avec les ouvriers et employés ou alors on perdra cette élection. Laurent Bouvet (université de Versailles)
En 2007, Sarkozy, c’était Bonaparte au pont d’Arcole ! Il s’est emparé de thèmes, comme l’identité nationale, que Chirac avait totalement abandonnés. Il a désenclavé la droite en agrégeant un vote populaire au vote de droite traditionnel. Comme de Gaulle en 1958 ! Le problème, c’est qu’il manquait d’hommes pour appliquer la révolution culturelle qu’il incarnait, car la droite chiraquisée s’est soumise à l’hégémonie intellectuelle de la gauche depuis des décennies, au point de perdre ses repères. Alors que l’extrême gauche infiltrait le PS et le PCF tout en maintenant une expression politique autonome grâce à ses partis et ses associations, la droite n’a pas formé ses cadres ! On ne peut pas exiger d’un homme qu’il fasse en cinq ans ce que deux ou trois générations n’ont pas pu ou n’ont pas su faire avant lui !  Patrick Buisson
Le problème, c’est que cette droite, bien que majoritaire, continue d’être paralysée par la malédiction politico-morale pesant sur la prétendue « extrême droite ». Le fait que le programme de cette dernière ressemble comme deux gouttes d’eau à celui du RPR des années 80, que ses valeurs et ses références soient empruntées pour l’essentiel au général De Gaulle, que son leader, née 24 ans après la Libération, soit peu suspecte d’avoir collaboré avec les nazis, le fait enfin que bon nombre de ses cadres soient issus de la mouvance chevènementiste, n’y change rien. On ne dîne pas avec le diable, même avec une grande cuillère, et même quand ce n’est pas le diable : ce qui fait qu’en définitive, on ne mange pas très souvent. Le coup de génie de Mitterrand, plus machiavélique que jamais, qui permit au Front National de prendre son essor tout en prononçant un anathème perpétuel contre toute tentative d’alliance avec lui, a fragilisé la position de la droite depuis un quart de siècle- et ouvert régulièrement les portes du pouvoir à une gauche minoritaire. Mitterrand, qui croyait aux forces de l’esprit, en rigole encore. Le piège a fonctionné bien au-delà de ses espérances – avec la complicité résignée d’une droite dite républicaine qui n’a pas voulu prendre le risque de l’alliance et n’a en outre jamais osé retourner l’argument moral contre la gauche socialiste. En n’ayant pas eu l’audace de dénoncer l’alliance du PS avec le parti qui déclarait jadis que « Staline est l’homme que nous aimons le plus », la droite perdait automatiquement le droit de juger les autres. Frédéric Rouvillois
Il serait temps de comprendre que les millions de Français qui votent pour le FN ne veulent pas moins mais plus de République. Ils ont tort ? Admettons. Mais était-ce républicain de construire une Europe dans laquelle les décisions échappent largement aux élus du peuple ? Était-ce républicain d’inventer, au nom d’une conception mécanique de l’égalité, le collège unique dont la grande œuvre aura été de tirer les bons élèves vers le bas plutôt que les mauvais vers le haut ? Était-ce républicain de tergiverser pendant vingt ans avant d’interdire les signes religieux à l’école ? Était-ce républicain d’encourager l’idéologie de la repentance qui légitime la détestation de la France ? Était-ce républicain de prôner l’ouverture à tous les vents de la mondialisation, qu’elle fût économique ou culturelle ? Était-ce républicain de décréter que dans les écoles de Strasbourg on servirait “de la viande halal par respect pour la diversité, mais pas de poisson le vendredi par respect pour la laïcité” — impayable logique du maire socialiste de la ville ? Était-ce républicain de minimiser l’antisémitisme et le sexisme qui sévissaient et sévissent encore dans les “territoires perdus de la République” au motif que ceux qui les propageaient étaient victimes de l’exclusion sociale ? Était-ce républicain de traiter de salauds, de cons ou de fachos les électeurs qui, lassés d’être les cocus de la mondialisation, se sont tournés vers le FN ? Ou étaient-ils, durant toutes ces années, tous ces Républicains sourcilleux qui affichent aujourd’hui leurs âmes pures et leurs mains blanches ? Peut-être serait-il naïf ou imprudent de décerner à Marine Le Pen un brevet de vertu républicaine. En attendant, si la République semble aujourd’hui si mal en point, elle n’en est pas, loin s’en faut, la première responsable. Elisabeth Lévy
En 2012, la participation frôle les 80 %, ce qui est important. Si elle est de 4 points inférieure à celle de 2007, elle est très supérieure à ce que les instituts de sondage prévoyaient : un effondrement proche de 10 points ! A mon sens, on doit y voir la très forte mobilisation de la gauche dans son rejet du sarkozysme. L’autre manifestation de cette colère à l’égard du président sortant s’est traduite par une plus faible participation des villes où Nicolas Sarkozy avait fait le plein en 2007. Typiquement, le retraité qui a voté pour le candidat UMP, il y a cinq ans, s’est abstenu au premier tour cette fois-ci. Ce qui laisse une certaine marge de progression pour le convaincre de se déplacer au second tour. En revanche, François Hollande semble ne disposer que de peu de réserve parmi les abstentionnistes du premier tour. (…)  Si l’on met l’accent sur sa deuxième place, on pourrait conclure à un échec par rapport aux présidents sortants tous arrivés en tête. Seulement, en 2002, Jacques Chirac, dont le bilan est jugé comme inexistant, a certes respecté la règle en s’offrant la première marche du podium, mais en ne captant que moins de 20% des voix. Aussi dire que la stratégie Buisson, ou plutôt Buisson-Guaino a échoué, est-il, à mon sens une erreur d’analyse. Christophe Guilluy

Et si comme pour Trump, c’était Macron qui avait raison ?

En cette Pâque fondatrice de nos racines doublement et indissolublement juives et chrétiennes

Que de Jérusalem au Caire ou à Paris, l’on tente à nouveau de nier

Et après l’échec de Sarkozy en 2012

Comme face à la machination juridico-médiatique contre le seul candidat de l’alternance

Ou au piège historique de la neutralisation par diabolisation d’une partie de la droite française par les tenants de l’immobilisme

Et sans parler des folles chavezeries et robespierrades du néostalinien Mélenchon, ami lui aussi de Buisson  …

Alors que les traitres de classe Sarkozy comme Juppé ou Lemaire continuent à mégoter leur soutien …

Et que fidèles au poste, nos médias veillent à la désinformation de leur lectorat …

Devinez qui derrière l’embarrassante niaiserie de certains de ses soutiens comme, à l’instar de son slogan, de l’affligeante vacuité de son programme …

A finalement la meilleure analyse du succès plus que probable de François Fillon à la présidentielle dans une semaine ?

Pour Emmanuel Macron, François Fillon veut « réaliser le rêve de Patrick Buisson »
Le candidat d’En Marche! réplique dans une interview au « Monde » aux multiples attaques venant du camp Fillon.
Romain Herreros
The Huffington Post.fr
03/04/2017

POLITIQUE – Le candidat d’En Marche! sort ses griffes. Alors qu’il se retrouve sous les feux nourris de Benoît Hamon et François Fillon, qui multiplient les attaques à son encontre, Emmanuel Macron a voulu renvoyer la pareille, dans une interview-fleuve accordée ce lundi 3 avril au Monde.

Ciblant « une confusion très forte chez Benoît Hamon et François Fillon », le candidat estime que leurs attaques coordonnées aboutissent à « une perte de repères sur le plan républicain ». Pour autant, l’ex-locataire de Bercy a réservé ses sorties les plus saillantes au candidat de la droite, qu’il accuse de vouloir faire sauter la digue entre Les Républicains et le Front national.

« François Fillon est en train de réaliser le rêve de Patrick Buisson de la convergence entre l’extrême droite et une partie de la droite dite républicaine. Il a décidé que la droite française pouvait vivre ou se construire aux franges de la République, en faisant siffler les médias, en attaquant la justice, en invectivant ses compétiteurs, en considérant que nous étions dans un monde de post-vérité », fustige-t-il, en référence aux multiples saillies du camp Fillon à destination des journalistes, de la justice ou du fameux « cabinet noir ».

Autre angle d’attaque, la situation dans laquelle se retrouve le député de Paris, « amputé des trois quarts de sa majorité » et ayant adopté une position trop clivante pour rassembler. « Vous pensez une seule seconde que les gens de gauche iront massivement voter François Fillon s’il se retrouve face à Marine Le Pen au second tour? », interroge-t-il.

Côté programme, Emmanuel Macron s’alarme d’un « François Fillon qui recycle les vieilles recettes », aboutissant à « une offre extraordinairement brutale et injuste ». Surnommé « Emmanuel Hollande » par son adversaire de droite, le candidat d’En Marche! répond d’abord en attaquant le parcours du candidat LR, « héritier du système passé ». « Je remarque, en revanche, que François Fillon, qui pendant cinq ans a été le collaborateur de Nicolas Sarkozy, n’a jamais osé lui dire quoi que ce soit ni prendre ses responsabilités en partant. Pire, il est toujours sous la tutelle des sarkozystes, qui l’ont sauvé en participant à son opération du Trocadéro », tacle-t-il.

Voir aussi:

Emmanuel Macron : « Je ne prétends pas être un président normal »

Le candidat d’En marche ! à la présidentielle dénonce la banalisation du vote Marine Le Pen et se dit convaincu que, si lui l’emporte, «  la raison d’être du Front national sera très affaiblie ».

Propos recueillis par Bastien Bonnefous, Nicolas Chapuis, Cédric Pietralunga et Solenn de Royer

Le Monde

03.04.2017

A trois semaines du scrutin, Emmanuel Macron assure dans une interview au Monde qu’il est encore dans la position de « l’outsider », face à la « favorite », Marine Le Pen. Il dénonce la « confusion très forte » chez Benoît Hamon et François Fillon, qui ont fait de lui « la cible principale de leurs attaques ».

Craignez-vous d’être surévalué dans les sondages comme l’était Alain Juppé à la primaire de la droite ?

Mieux vaut être haut à trois semaines des élections et le rester que l’être quinze jours après le scrutin. Je ne suis pas dans la même situation qu’Alain Juppé. Lui était favori depuis le début, un an avant la primaire. Moi, je suis loin d’être le favori, je reste un outsider.

Alors qui est le favori de l’élection ?

Aujourd’hui, la favorite durable des sondages au premier tour et depuis longtemps, c’est Marine Le Pen.

Mais elle est donnée perdante au second tour…

Ceux qui disent que Marine Le Pen ne peut pas passer le second tour sont les mêmes qui disaient que Trump ne pourrait jamais gagner. Si elle arrive largement en tête du premier tour, on ne sait pas ce qui peut arriver. Il y a donc une confusion très forte chez Benoît Hamon et François Fillon, qui ont fait d’En marche ! et de moi la cible principale de leurs attaques. C’est une perte de repères sur le plan républicain. Il faut être lucide. Ce qui me frappe dans cette campagne, c’est qu’on a énormément banalisé Marine Le Pen, le fait qu’elle serait au second tour, et en même temps on ne veut pas réaliser qu’elle pourrait gagner. C’est le pire des risques. Moi, j’ai une offre politique qui est symétriquement contraire à la sienne. Elle est notre principale adversaire et le débat principal se joue entre elle et moi, c’est-à-dire entre patriotes et nationalistes. Elle marque la fermeture et le repli sur soi tandis que je défends l’ouverture et l’esprit de conquête.

Près de 50 % de vos électeurs se disent toujours indécis. N’est-ce pas inquiétant ?

Ce qui compte, c’est la dynamique. Elle est positive depuis des mois. La proportion d’électeurs sûrs de leur choix à mon endroit a progressé de vingt points en un mois. Mais le travail de conviction sera mené avec acharnement jusqu’à la dernière seconde.

Vous parlez de nationalistes et de patriotes. Est-ce le nouveau clivage que vous voulez installer à la place de la droite et de la gauche ?

Nous allons vers une tripartition inédite du champ politique, avec un camp progressiste central, représenté par l’offre que nous proposons, avec une gauche conservatrice ou plus extrême, celle de Jean-Luc Mélenchon qui mange progressivement celle de Benoît Hamon, et avec une droite dure extrêmement conservatrice qui se rapproche de l’extrême droite. François Fillon est en train de réaliser le rêve de Patrick Buisson de la convergence entre l’extrême droite et une partie de la droite dite républicaine. Il a décidé que la droite française pouvait vivre ou se construire aux franges de la République, en faisant siffler les médias, en attaquant la justice, en invectivant ses compétiteurs, en considérant que nous étions dans un monde de postvérité… C’est-à-dire en revenant sur tous les fondamentaux de la droite républicaine. Cela aura nécessairement pour conséquence une recomposition entre une partie de la droite et l’extrême droite, que François Fillon le veuille ou non.

L’affaiblissement du PS est-il une bonne ou une mauvaise nouvelle pour la démocratie ?

La très bonne nouvelle, c’est qu’il y a de jeunes mouvements politiques en bonne santé ! Rassurez-vous, la démocratie peut survivre au Parti socialiste ! Le PS et le parti Les Républicains sont devenus des coalitions de gens qui ne sont plus unis par une communauté de pensée. Sur l’Europe, la laïcité, la réforme économique et sociale, chacun de ces vieux camps est fracturé en son sein.

C’est la même chose dans votre mouvement…

Ce n’est pas vrai, c’est même l’inverse. Notre ligne politique est claire. Dans notre mouvement, tout le monde est pour l’Europe, pour la réforme économique et sociale radicale, pour le travail, pour l’éducation, pour la lutte contre les inégalités… Tout le monde est donc aligné sur les six chantiers prioritaires du contrat que nous proposons à la nation. Parce que nous avons fait les choses à partir d’une feuille blanche, et en partant d’abord du fond, pas des personnes. Mais qu’il y ait différentes sensibilités chez En marche !, je m’en réjouis.

Vous considérez-vous comme le vote utile face à Marine Le Pen ?

Je n’ai jamais utilisé cet argument.

Mais vos soutiens le font !

Je veux être le vote « pour », proposer une offre positive. Après, que certains utilisent cet argument pour justifier qu’ils quittent une fidélité de parti pour nous soutenir… Mais je n’en fais pas un argument. Parce que Marine Le Pen, on ne la battra que si on a un projet convaincant et réalisable.

Certains disent pourtant que vous feriez le plus mauvais candidat face à elle ?

Qui dit ça ? Benoît Hamon ? Il perd des soutiens tous les jours, il est dépassé par Jean-Luc Mélenchon. François Fillon ? Il est amputé des trois quarts de sa majorité. Je suis le seul candidat qui rassemble ! Vous pensez une seule seconde que les gens de gauche iront massivement voter François Fillon s’il se retrouve face à Marine Le Pen au second tour ? A l’inverse, j’espère que beaucoup de gens de droite comme de gauche iront voter si nous sommes au second tour. A ce moment-là, se posera la question du vote utile, pas avant.

Vous n’êtes pas Hillary Clinton face à Donald Trump ?

Résolument non. Je ne suis pas dans le système depuis trente ans.

Mme Le Pen dit pourtant que vous êtes son meilleur adversaire, celui qui incarne cette social-démocratie balayée partout en Europe. Cela ne vous inquiète pas ?

Pas une seule seconde. Parce que si je bats Marine Le Pen et que nous arrivons au bout de la recomposition de la vie politique et de notre action, je suis convaincu que la raison d’être du Front national sera très affaiblie. Parce qu’il se nourrit des inefficacités du système. Mais une droite très dure se consolidera sur ses dépouilles, avec François Fillon. Il faut bien voir ce qui s’est passé depuis plusieurs semaines : il a décidé de s’appuyer sur une droite qui rompt avec le respect des principes qui ont fait la République. Il trahit à cet égard ce que le général de Gaulle avait fait au sortir de la seconde guerre mondiale.

Incarnez-vous vraiment une rupture avec l’ordre actuel alors que votre offre politique est soutenue par toute la technostructure ?

La technostructure, je la connais, j’en viens. Mais moi je l’ai quittée, contrairement à beaucoup.

N’êtes-vous pas en cohérence avec ce qu’elle veut ?

La technostructure vit de l’alternance gauche-droite depuis des décennies. Un coup de cabinet, un coup dans le privé, une récompense ou une promotion… Je suis allé, pour ma part, me former dans le privé, dans un endroit où si vous ne réussissez pas, vous êtes rapidement remercié. J’ai décidé de revenir dans la fonction publique, et il n’y a pas beaucoup de banquiers d’affaires qui ont fait ce choix. Quand je suis parti de l’Elysée, je n’ai rien demandé, contrairement à tous les gens dont vous parlez. Je n’ai pas demandé qu’on me nomme à la tête d’une grande banque, de la Caisse des dépôts, ou à un poste prestigieux dans l’administration. Je suis parti parce que je récuse ce système.

Vous répondez sur votre parcours, mais vos idées sont-elles en décalage avec ce que veut Bercy ?

Mais le parcours est un élément fondamental de crédibilité personnelle, et cela fait partie de ce qui me distingue des autres. Sur le fond, je ne porte pas les idées de la technocratie, qui sont mieux représentées chez François Fillon. Je ne sais pas ce que vous sous-entendez par « ce que veut Bercy ». Si vous voulez parler de libéralisation tous azimuts ou de purge libérale alors c’est bien loin de mon programme. C’est plutôt le programme de François Fillon qui recycle les vieilles recettes. Je veux, au contraire, refonder nos grands équilibres. Prenez l’exemple des retraites. François Fillon veut allonger la durée de cotisations de deux ans pour tout le monde. Je veux au contraire refonder notre système et faire converger l’ensemble de nos systèmes de retraite vers un régime unique. J’ai une autre lecture de l’état et des nécessités de la société française. C’est ce qui me distingue de Benoît Hamon, dont l’offre marginalise le travail et dans laquelle les classes moyennes ne peuvent pas se retrouver, et de François Fillon, qui a une offre extraordinairement brutale et injuste. Il y a, enfin, la question de l’Europe. Les technocrates ne l’aiment pas plus que cela. Moi, si !

Si vous êtes élu, vous dites vouloir une majorité absolue au Parlement et refusez par avance tout accord d’appareil. N’est-ce pas trop orgueilleux ?

Non, c’est une condition d’efficacité. Si nous rentrions dans la logique des accords d’appareil, alors j’aurais une majorité de bric et de broc. Je souhaite une alternance profonde sur le fond comme sur la méthode, avec une orientation politique claire et une majorité politique cohérente. Je pense que nos institutions sont ainsi faites que l’élection présidentielle donne le cap. Nous ne sommes pas un régime parlementaire. Par ailleurs, l’application de la loi sur les cumuls va être un puissant accélérateur de renouvellement, parce qu’au moins un tiers du Parlement ne pourra pas se représenter.

Mais si, malgré tout, vous n’avez pas de majorité, que ferez-vous ?

La question se posera à tout le monde. Et, en réalité, beaucoup plus encore à Marine Le Pen, François Fillon ou Benoît Hamon qu’à moi. Ils subissent des défections tous les jours et comptent déjà dans leurs rangs leurs propres frondeurs, avant même les élections législatives !

Votre projet de transformation peut-il exister sans majorité absolue ?

Si les Français veulent ce changement, ils voteront pour moi et le confirmeront aux législatives.

Vous ne dramatisez pas le sujet en disant que vous ne pourrez rien faire sans majorité ?

Quelles que soient les situations politiques, notre Constitution a mis en place ce que l’on nomme un parlementarisme rationnalisé. Prenez l’exemple de la période 1988-1991. Beaucoup de choses ont été décidées et votées. C’est pour cela que Michel Rocard a autant utilisé le fameux 49.3.

Sans majorité, vous gouvernerez avec le 49.3 ?

J’ai toujours dit que je ne comptais pas retirer le 49.3 de notre Constitution. J’assume totalement les instruments qui ont été prévus par la constitution de 1958. Mais je demeure convaincu que si les Français votent pour m’élire président, ils me donneront une majorité à l’Assemblée nationale.

Au départ, vous avez dit que vous accepteriez des candidats aux législatives avec une double étiquette. Vous avez changé d’avis. N’est-ce pas piéger ceux qui vous ont déjà rejoint ?

Non, il n’y a pas de piège. J’ai toujours dit que la double étiquette était possible pour adhérer au mouvement En marche !.

Mais les élus avaient compris que cela valait aussi pour les législatives !

Présentez-moi l’élu qui aujourd’hui se plaint de ce qu’on est en train de faire.

Ils n’osent pas le dire…

Présentez-le moi. On ne crée pas un parti qui vous demande de quitter vos attaches. Mais la question est posée pour les législatives, car on doit légalement être rattaché à une seule formation au moment du dépôt officiel des candidatures.

Vous demandez aux socialistes de quitter le PS pour se présenter sous vos couleurs ?

Je vous le confirme. Je le fais par souci d’efficacité. Sinon, nous retomberions dans des jeux d’appareils.

Vous dites que vous n’êtes pas une « maison d’hôte ». Mais quelle est la cohérence entre Robert Hue et Alain Madelin, entre Manuel Valls et Xavière Tiberi, qui vous soutiennent ?

Beaucoup de gens éprouvent le sentiment de s’exprimer. Pouvez-vous les en empêcher ? Pour la plupart, je ne les ai pas sollicités.

Vous êtes victime de votre succès ?

Ils annoncent leur intention de vote, je ne peux pas les en empêcher.

Est-ce à dire que vous êtes prêt à accueillir tout le monde ?

Mais ai-je accueilli qui que ce soit ? Prenez l’exemple de Manuel Valls. Il dit « je vote Macron ». Dont acte. Je n’ai pas de raison de rejeter des marques de soutien à la condition qu’ils adhèrent à nos valeurs et à nos propositions. Mais ai-je dit qu’il serait député En marche ! ou ministre de mon gouvernement ? Non. Cela, ce serait l’accueillir. C’est un vrai distinguo.

Vous ne devrez donc rien à vos soutiens ?

Depuis un an, s’il y a quelqu’un qui ne doit rien aux hiérarques des partis, c’est bien moi. Parce que nous avons fait sans eux, et même contre eux.

Vous dites vouloir renouveler les visages de votre gouvernement mais vous avez parlé d’une « exception » pour Jean-Yves Le Drian. Qu’en est-il exactement ?

Ce sont des débats qui sont à la fois indécents et qui n’ont pas grand sens. Je suis en train de mener campagne pour l’élection présidentielle, pas de composer mon gouvernement. J’ai dit qu’il y aurait un renouveau des visages, je le maintiens, car c’est la condition aussi du renouvellement des pratiques et de l’efficacité. Nous n’avons pas fait tout cela pour reprendre les mêmes.

Ce n’est pas indécent, c’est une question de respect de la parole publique. François Hollande avait dit qu’aucun ministre ne cumulerait et puis, finalement, Jean-Yves Le Drian a cumulé le ministère de la défense et la présidence de la région Bretagne…

Chez moi, personne ne cumulera.

Vous avez posé une règle, y aura-t-il des exceptions ?

Je n’ai pas posé une règle, j’ai posé un principe.

Donc Jean-Yves Le Drian pourra être ministre dans votre gouvernement ?

Encore une fois, cette question ne se pose pas aujourd’hui. Le Drian a une spécificité : son approche en Bretagne est voisine dans sa volonté d’ouverture à ce que nous faisons dans En marche !. Il a construit une offre politique en cohérence avec ce que je représente.

La droite souligne que les gens qui vous entourent ont entouré M. Hollande. Etes-vous dans la continuité par rapport à lui ?

L’argument employé par la droite est croquignolesque ! Ceux qui disent que je suis l’héritier disent aussi que j’ai été un traître, un Brutus. C’est tellement absurde que ça en devient risible ! Pour ma part, j’ai rompu avec François Hollande, car nous avions des divergences de fond.

Je remarque, en revanche, que François Fillon, qui pendant cinq ans a été le collaborateur de Nicolas Sarkozy, n’a jamais osé lui dire quoi que ce soit ni prendre ses responsabilités en partant. Pire, il est toujours sous la tutelle des sarkozystes, qui l’ont sauvé en participant à son opération du Trocadéro. S’il y a un héritier du système passé, c’est donc bien lui ! Ensuite, la méthode que je propose est radicalement différente de celle de François Hollande. J’ai annoncé pendant la campagne les réformes en profondeur que je lancerai immédiatement après avoir été élu. Avec clarté.

Vous parlez d’une différence de méthode. Mais sur le fond, êtes-vous l’héritier du hollandisme ?

Une différence de méthode et de fond ! Sur le droit du travail, je ne propose pas un ajustement à la marge mais une transformation en profondeur en rapprochant le plus possible du terrain la négociation des conditions de travail. Sur l’école, c’est aussi une refondation que je porte, et qui ne se mesure pas au nombre d’enseignants en plus ou en moins. Il y a également un plan d’investissement que je lance tout de suite. Je propose enfin des réformes sur l’assurance-chômage, la formation professionnelle et le système des retraites qui n’ont jamais été faites, ni par la droite, ni par la gauche.

La gouvernance que je propose est également très différente. Je ne prétends pas être un président normal. Je compte être un président qui préside, un président engagé sans jamais être un président de l’anecdote, avec des décisions prises de manière rapide, des chantiers présidentiels suivis de manière prioritaire et un gouvernement qui gouverne. Je veux tourner deux pages. La page des cinq dernières années et la page des vingt dernières années.

Certains s’inquiètent de la façon dont vous voulez présider : un gouvernement resserré sans expérience politique, un Parlement qui ne légiférera que trois mois, des syndicats renvoyés dans les entreprises… N’est-ce pas une présidence césariste qui se dessine ?

Au contraire, je souhaite qu’on clarifie et qu’on responsabilise. Aujourd’hui, le pouvoir est déjà concentré à l’Elysée, beaucoup plus qu’on ne le croit. Je veux être un président garant du temps long, des institutions, du cap donné. A partir du moment où le président devient le débiteur des actions du quotidien, d’ajustements, comme cela s’est passé sous les précédents quinquennats, il s’affaiblit. De manière colossale.

Mais est-ce encore possible avec l’accélération du rythme politique et médiatique ?

Il s’agit juste d’accepter que ce ne sont ni les médias ni le système politique, qui donnent le la.

Donc vous aurez un premier ministre puissant…

Je choisirai un premier ministre qui mènera la politique du gouvernement, comme le prévoit la Constitution. Ce ne sera pas un collaborateur ni le porteur d’un agenda personnel.

Cette campagne est dominée par les affaires et le soupçon qui pèse sur la sphère politique. Vous concernant, les Français ne comprennent pas comment, après avoir été banquier d’affaires, votre patrimoine est à peu près le même que celui de Nathalie Arthaud, la candidate de Lutte ouvrière…

J’ai été dans la sphère privée, j’ai beaucoup travaillé, j’ai gagné de l’argent et j’en suis très fier. Je n’aime pas l’argent mais je ne le déteste pas. Les gens dangereux sont ceux qui ou l’adorent ou le détestent. Je me suis endetté pour des acquisitions et des travaux immobiliers. C’est cela qui est pris en compte dans les déclarations de patrimoine. J’ai été contrôlé minutieusement par les services fiscaux et la Haute Autorité pour la transparence. Ils ont confirmé mes déclarations, et heureusement.

A partir de ce moment, je n’ai pas à vous expliquer ce que j’ai fait et comment j’ai vécu avec l’argent gagné dans le secteur privé. Je lutterai jusqu’au bout contre la politique du soupçon et du voyeurisme.

Vous vous présentez devant les Français, ils peuvent avoir envie de savoir quel homme vous êtes…

Ils savent que j’ai été contrôlé fiscalement et par la Haute Autorité qui n’a rien trouvé à y redire, ils savent donc que j’ai fait les choses de manière régulière.

Après avoir découvert votre patrimoine, certains ont conclu que vu vos gains comme banquier d’affaires et haut fonctionnaire (3,3 millions d’euros avant impôts entre 2009 et 2014), vous avez dépensé environ 1 000 euros par jour. Etes-vous un homme qui dépense 1 000 euros par jour ?

Ce qu’ils prétendent est à la fois faux et diffamatoire. Quand on gagne de l’argent on paie beaucoup d’impôts et quand on est indépendant, comme c’était mon cas, beaucoup de cotisations sociales. C’est la loi et c’est très bien ainsi. Idem pour la prise en compte des travaux immobiliers. J’ai connu ces facilités, mais je suis si peu « accro » à l’argent que j’ai quitté cette vie, et que je suis revenu au service public en renonçant à ces revenus confortables. Connaissez-vous beaucoup de gens qui l’ont fait ?

Mais vous voyez la nature du débat que nous avons. Vous êtes journalistes dans un quotidien de référence et vous êtes amenés, parce que je suis candidat, à me demander ce que j’ai fait de l’argent gagné quand j’étais dans le secteur privé. Nous ne sommes plus là dans la transparence légitime.

Ce sont des questions que les Français se posent…

On a le droit de ne pas suivre les Français dans leurs interrogations. C’est pour répondre à ces interrogations que les obligations de transparence ont été considérablement renforcées : la déclaration de patrimoine est publique !

Les Français ont envie de savoir quel homme vous êtes, si vous êtes un homme dépensier…

Je ne suis pas un homme dépensier. Je ne dépense pas 1 000 euros par jour ! Si je dépendais de l’argent, je n’aurais pas décidé de diviser mes revenus par dix ou quinze pour devenir secrétaire général de l’Elysée en 2012, je n’aurais pas quitté l’Elysée pour rien en 2014. J’aurais refusé de devenir ministre. Je n’aurais pas quitté le gouvernement et la fonction publique pour mener campagne. Je ne suis pas dépensier car je n’ai pas de grands besoins.

Vous avez refusé de donner le nom des grands donateurs de votre campagne. Est-ce pour vous de la transparence illégitime ?

Bizarrement, étant candidat à la présidentielle, je souhaite respecter la loi. C’est étonnant ! Je n’ai bien sûr reçu aucun euro d’entreprises, c’est interdit. Par ailleurs, les dons des personnes privées sont plafonnés à 7 500 euros. La loi m’interdit de les rendre publics. Elle m’impose de transmettre la liste des noms à une commission nationale des comptes de campagne qui le vérifie.

Vous avez dit que 2 % de vos donateurs donnaient plus de 5 000 euros. Donc environ 600 personnes assurent un tiers de vos levées de fonds… Vous sentez-vous tenu par elles ?

Je ne suis dépendant de personne. J’ai emprunté aussi 8 millions d’euros à mes risques personnels. Je ne suis donc pas tenu par les dons d’aucun de nos plus de 35 000 donateurs. Je ne fais pas de la politique pour être insulté chaque jour.

Voir de même:

Patrick Buisson prévient Fillon : « Les catégories populaires ne sont pas allées voter »

Propos recueillis par Nathalie Schuck|
Le Parisien
28 novembre 2016

Patrick Buisson a été le conseiller de l’ombre de Nicolas Sarkozy, avant leur rupture. Auteur de « La Cause du peuple » (Perrin), il porte un regard critique sur la primaire de la droite.

LE PARISIEN. L’élection à droite est un succès. C’est une bonne nouvelle pour la démocratie ?

PATRICK BUISSON. Non, car les partis se servent des primaires comme d’une procédure de relégitimation pour tenter de remédier à leur profond discrédit. Leur seul objectif est de conserver le monopole de sélection des candidats à la présidentielle.Les primaires accentuent la dérive vers le suffrage censitaire. Ne vont voter que les inclus, les catégories favorisées, les retraités. Ce qui ne fait qu’aggraver la crise de la représentation en renforçant le poids politique des classes privilégiées, alors qu’il faudrait rouvrir le jeu démocratique.

Si on vous suit, François Fillon, c’est la droite sans le peuple…

Il y a une bonne et une mauvaise nouvelle pour la droite. La bonne, c’est que la droite redevient la droite en se libérant partiellement de l’hégémonie idéologique de la gauche avec l’écrasante défaite de Juppé. La mauvaise, c’est que la droite ne semble pas en mesure pour l’instant d’élargir sa base sociologique. La France sénatoriale et provinciale de François Fillon n’est pas la France en souffrance des catégories populaires, qui ne sont pas allées voter. Pour l’emporter en 2017, il doit impérativement sortir du ghetto des inclus et des privilégiés, s’il veut disputer l’électorat populaire à Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. C’est ce désenclavement sociologique qui a fait la fortune du gaullisme en 1947 avec le RPF, en 1958 avec le retour du Général et de Nicolas Sarkozy en 2007. C’est une équation très difficile à réaliser

Quel conseil lui donneriez-vous ?

De sortir de sa contradiction qui est l’incompatibilité fondamentale entre libéralisme et conservatisme. Le risque pour Fillon, c’est d’être perçu comme le candidat du patronat et des classes dominantes, le candidat de la « mondialisation sauvage ». On voit bien l’espace carcéral symbolique dans lequel le FN et la gauche vont chercher à l’enfermer. Or, son succès s’explique par deux facteurs : il est apparu capable de restaurer la fonction présidentielle dans sa dignité et sa sobriété. Et il a attiré un électorat davantage préoccupé par l’abrogation de la loi Taubira que par la suppression de l’ISF. Croire que Fillon a été élu sur son programme économique est un contresens qui se paiera au prix fort. Le nom de l’ancien patron d’Axa, Henri de Castries, circule pour Bercy…Il circulait déjà du temps de Sarkozy. Je ne veux pas croire que s’il devait être élu, François Fillon enverrait un tel message de déséspérance au peuple français.

Fillon est-il vraiment le meilleur bouclier contre le FN ?

Il a été porté par un électorat conservateur et catholique qui n’était pas du tout tenté par le vote Le Pen compte tenu de ses positions sociétales. L’élection de Fillon ne dit rien sur le comportement des 20 millions d’électeurs de la « France périphérique » qui feront l’élection présidentielle. Et pour cause : ceux-là ne sont pas déplacés dimanche.

François Hollande peut-il encore se présenter ?

Il a le choix entre deux formes d’humiliation : être éliminé à la primaire socialiste, ou au premier tour de la présidentielle avec un score inférieur à celui de Jospin en 2002. C’est cornélien : on ne sait quelle est la pire ?

«Sarkozy a fait une campagne grossièrement populiste»

Pourquoi, selon vous, Nicolas Sarkozy a-t-il été évincé ?

Remplir les salles, ce n’est pas remplir les urnes. Il a fait une campagne à contresens, grossièrement populiste, alors que l’électorat populaire n’était pas concerné par la primaire. On a dit que c’était la ligne Buisson, mais je ne me reconnais absolument pas dans cette campagne caricaturale et vulgaire avec la double portion de frites, les Gaulois etc. La seule chose qu’il sait faire, c’est habiller avantageusement ses déroutes. Qu’il se donne à admirer ou à plaindre, c’est toujours Narcisse qui parle.

Vous pensez avoir contribué à sa défaite avec votre livre ?

Mon livre n’a fait que cristalliser un long processus antérieur. Avec Sarkozy , ce n’étaient pas les idées qui étaient décrédibilisées mais le médium qui était discrédité. Le Brexit, l’élection de Donald Trump.

Quel message les électeurs ont-ils envoyé ?

C’est une protestation du peuple au sens d’un demos qui réclame plus de démocratie. Du Brexit à Trump, le peuple a compris que la démocratie de la classe dirigeante avait pour objet de l’empêcher de se mêler de ce qui le regarde ! Il ne le supporte plus. On réduit cela par confort au racisme des petits blancs. Quelle erreur d’analyse , quel aveuglement. Arrêtons de prendre les gens pour des imbéciles.

Voir également:

Elections

La campagne Fillon favorise-t-elle l’«union des droites», le vieux «rêve de Patrick Buisson»?

POLITIQUE D’après Emmanuel Macron, la campagne de Fillon devrait entraîner «une recomposition entre une partie de la droite et l’extrême droite»…

T.L.G.

20 minutes

08.04.2017

Vers une nouvelle démonstration de force ?  François Fillon tiendra un grand meeting parisien dimanche. Le dernier organisé dans la capitale avait sauvé la peau du candidat, mais il avait profondément divisé une partie de la droite. « Je suis surtout très préoccupé par ce rassemblement initialement organisé pour dresser le peuple contre la justice et la presse. Ça, c’est le propre de l’extrême droite, pas de la droite républicaine », jugeait alors Jean-Louis Debré.

Depuis janvier, l’ancien Premier ministre est régulièrement accusé d’avoir radicalisé son discours, et rapproché le noyau dur, qui le soutient contre vents et marées, des électeurs du Front national. Dans un entretien au Monde lundi, Emmanuel Macron en remet une couche, en estimant que « François Fillon est en train de réaliser le rêve de Patrick Buisson de la convergence entre l’extrême droite et une partie de la droite dite républicaine ».

Le leader d’En Marche estime que la campagne menée par le candidat LR entraînera « une recomposition entre une partie de la droite et l’extrême droite, que François Fillon le veuille ou non ». Qu’en est-il réellement ?

« Une partie des électeurs FN et LR défendent à 90 % les mêmes idées »

« L’union des droites », n’est pas une idée neuve. « Ce terme correspond à une aspiration des libéraux depuis la fin du 19e siècle, qui n’a d’ailleurs jamais réussi. Mais le rêve de Patrick Buisson est différent puisqu’il s’agit de regrouper toute la famille nationaliste dans une grande force politique dominante », avance Gilles Richard, historien et professeur des universités à Rennes 2.

Patrick Buisson, mais aussi Philippe de Villiers, Eric Zemmour, ou Robert Ménard, pour ne citer qu’eux, militent depuis plusieurs années pour une recomposition du paysage politique à droite. Le maire de Béziers précise à 20 Minutes :

« Je pense qu’une grande partie des électeurs LR, une bonne partie du FN, et tous ceux qui sont au milieu, les proches de De Villiers, du Cnip, de Nicolas Dupont-Aignan, et de Jean-Frédéric Poisson, défendent à 90 % les mêmes idées. A travers ce concept de l’union des droites, j’aspire donc à la création d’un grand parti conservateur ».

Ces derniers mois, l’ancien président de RSF a oeuvré pour un tel rapprochement, mais il s’est confronté à la réalité politique. En mai dernier, l’union des droites tourne même au vinaigre lorsque Marion Maréchal-Le Pen claque la porte du « Rendez-Vous de Béziers », le trouvant trop hostile au FN. En octobre, Jean-Frédéric Poisson, mis sous pression par Les Républicains, annule un meeting commun avec le maire de Béziers. A ces difficultés, s’ajoute l’impossibilité d’une alliance électorale, rejetée tant par les dirigeants LR et UDI que par ceux du Front National.

« Une union pas réaliste »

En septembre dernier, le collectif « Voscouleurs », fondé par d’anciens militants de la Manif pour tous, lance une pétition « pour réaliser l’union des droites, désigner leur candidat unique et définir le programme commun qui redressera la France dès 2017 ».

L’initiative est un échec, reconnaît aujourd’hui Joseph Pons, responsable presse du collectif. « Malgré nos 10.000 signatures, on s’est rendu compte qu’il était un peu tôt. Pour cette élection, les candidats ne sont pas assez mûrs. L’union des droites n’est pas d’actualité. François Fillon, que l’on a connu plus conservateur sur certains points lors de la primaire, s’attache aujourd’hui surtout à garder l’union du parti Les Républicains ».

Une union « pas réaliste », avait d’ailleurs jugé Henri Guaino, interrogé sur le mouvement, il y a quelques mois. « L’histoire de la droite est l’histoire de plusieurs familles politiques qui ont du mal à s’entendre, voire se détestent… Monsieur Ménard a essayé avec une partie de la droite, et vous avez vu le résultat ? C’est le même depuis 200 ans. Les gens se sont écharpés », avait répondu le député.

« Le rapprochement se fera à chaud après les élections »

« Ce que tente de faire François Fillon ne peut pas fonctionner, car comme Nicolas Sarkozy, il tente d’associer à son programme néolibéral un versant identitaire. Mais cette synthèse est impossible », abonde Gilles Richard, auteur de l’Histoire des droites en France (Perrin). « Plus François Fillon avance dans cette campagne, plus il creuse la faille qui coupe Les Républicains en deux », note-t-il toutefois.

En janvier dernier, Marine Le Pen elle-même enterrait toute possibilité de rapprochement dans une interview à Causeur. « Je pense que l’union des droites est un fantasme réducteur ! J’ai 48 ans et ça fait quarante ans que j’en entends parler. Le problème des gens qui défendent cette idée, c’est que la droite refuse de s’allier avec nous ».

Qu’importe le refus des partis concernés, ou la question de l’Euro, qui divise toujours les deux électorats, Robert Ménard reste convaincu que l’union est l’affaire de quelques semaines. «La base frontiste est moins hostile à l’Euro que certains dirigeants. Marine Le Pen a d’ailleurs déjà consenti à quelques inflexions, dans la sémantique. Mais le rapprochement ne doit pas être fait par les appareils. Je le vois plus comme un Podemos de droite», réplique l’élu de Béziers. «Il se fera à chaud dans la foulée des élections, et regroupera ceux qui, à froid, n’auront jamais pensé s’asseoir côte à côte. Et ce quel que soit le résultat en mai prochain ». A droite, la question pourrait d’ailleurs se poser dès le soir du premier tour, en cas d’élimination de François Fillon.

Voir encore:

Interview
Cohn-Bendit : «Macron, c’est un point d’équilibre pour repousser Fillon et Le Pen»
Rallié au candidat d’En marche, l’écologiste s’attend à «un changement d’ère politique» avec d’inévitables coalitions, et s’en prend à Mélenchon sur la Syrie et l’Europe
Matthieu Ecoiffier et Rachid Laïreche
Libération
13 avril 2017

Ex-leader de Mai 68, ancien coprésident du groupe vert au Parlement européen, cofondateur d’EE-LV – qu’il a quitté il y a trois ans -, Dany Cohn-Bendit a été suspendu de son poste de chroniqueur à Europe 1 en raison de son soutien à Emmanuel Macron. Il sera présent le 19 avril à Nantes à son grand meeting pour parler d’Europe.

Comment jugez-vous la tonalité de cette campagne ?

Je trouve que beaucoup de monde déraille. Je ne comprends pas bien les options des uns et des autres. Prenez par exemple Thomas Piketty, un grand économiste de renommée mondiale, qui conseille Benoît Hamon mais déclare aujourd’hui qu’au second tour il voterait Mélenchon et pas Macron. Cela revient à dire que le vote utile à gauche, c’est Mélenchon. Même Hamon a dit la même chose. C’est une désertion en rase campagne, un suicide en plein vol. Car il n’y aura jamais un second tour Mélenchon-Macron !

Vous retrouver avec Bayrou, Villepin ou Perben, ça vous fait pas bizarre ?

Mais arrêtez. Si j’étais avec le PS ou Mélenchon, je me retrouverais aussi avec des gens bizarres. Je dis simplement qu’aujourd’hui, l’équilibre pour repousser Marine Le Pen et François Fillon est là. N’oublions pas que la droite ultrathatchérienne, réactionnaire et catholique, est toujours debout. Elle se fout des affaires autant que l’extrême droite qui soutient Le Pen. Aujourd’hui, le candidat pour se sortir de ce marasme, c’est plutôt Emmanuel Macron. Mais je l’avoue franchement, se prononcer pour lui c’est prendre un risque.

Lequel ?

Le risque, c’est qu’Emmanuel Macron a un programme libéral-social ou social-libéral avec une plateforme écologique qui se défend, même si Hamon va plus loin. Moi je suis un soutien exigeant, pas un béni-oui-oui. Il est favorable à une réduction de la part du nucléaire à 50 % dans l’électricité en 2030 ? Ça veut dire qu’il faudra fermer plus qu’une centrale nucléaire. Pas seulement Fessenheim. Quand il dit qu’il va remettre une taxation écologique pour soulager celle du travail, il faudra le faire. Je serai exigeant.

Ne risque-t-il pas de se retrouver avec une majorité beaucoup plus à droite ou d’être condamné à l’immobilisme au centre ?

Oui, il y a un risque. Mais encore une fois qui aura une majorité ? Aucun élu le 7 mai n’aura une majorité absolue aux législatives. Il y aura vraisemblablement une forte représentation d’En marche à l’Assemblée si Macron est élu, mais il n’aura pas la majorité tout seul. Sa capacité à agir dépendra donc de l’intelligence politique des réformistes à gauche et à droite pour trouver un compromis pour gouverner. C’est cela qui est intéressant et nouveau dans la période politique actuelle.

Franchement, si Mélenchon gagne – inch’ Allah j’espère que cela n’arrivera pas ! -, vous croyez qu’il aura une majorité d’insoumis ? Hamon une majorité de frondeurs ? Ou Fillon une LR ? Faut pas rigoler. De toute façon en mai, on change d’ère politique. On va se retrouver après les législatives dans une situation où le président élu devra à mon sens tout de suite mettre sur la table l’introduction de la proportionnelle. Et faire un accord de gouvernement sur deux ans, au terme desquels il devra dissoudre pour faire élire une nouvelle Assemblée à la proportionnelle. Voilà ce dont je rêve.

Lorsque Macron annonce une réforme du code du travail par ordonnances, cela paraît autoritaire…

Je viens de l’appeler et nous en avons parlé tous les deux. Je lui ai dit : «Tes ordonnances, je ne comprends pas… Tu ne vas pas te mettre la CFDT sur le dos ?» Il m’a répondu que sur la loi travail, il ne faut pas des ordonnances mais une ordonnance qui renforce les possibilités de négociations d’accords d’entreprise. Ni plus ni moins. Je lui ai dit : «Tu ne peux pas, à la Fillon ou Juppé, te lancer dans une orgie d’ordonnances.»

Macron qualifie Mélenchon de candidat du Parti communiste. On croit entendre Giscard en 1974…

Le discours de Mélenchon à Marseille sur la paix, c’est Georges Marchais dans les années 60. C’est la même chose. Un pacifisme antiaméricain bête et méchant. Ce n’est pas comme cela que l’on va sauver la planète ou résoudre le problème de la Syrie, en se mettant d’accord avec Poutine et Assad. Je suis terrifié, j’ai des tas d’amis qui me disent : on va voter Mélenchon. Ils sont prêts à mettre une croix sur l’Europe, sur les exactions d’Assad soutenu par Poutine. Sans parler de l’autoritarisme du candidat Mélenchon, ses phobies bolivariennes…

Est-ce sur l’Europe que vous vous opposez le plus à Mélenchon ?

En disant «je renégocie les traités européens et en cas d’échec, je sors la France de l’euro», Mélenchon joue à la roulette russe sur l’Europe. Il dit «moi, le grand Jean-Luc Mélenchon, grand par le grand peuple français, je vais arriver à Bruxelles et mettre sur la table mon plan et dire « Madame Merkel, à genoux, tous à genoux ». Je vais imposer que la Banque centrale européenne rachète les dettes des Etats». Mais comment ? Vous croyez que M. Draghi ou son successeur lui dira : «Evidemment Monsieur Mélenchon, nous n’attendions que vous !»

Comme cela ne se fera pas, ce sera alors le plan B. C’est-à-dire que, pour lui, sortir de l’euro et sortir de l’Europe, c’est une perspective réelle. Ce sera sur mon cadavre, parce qu’on peut avoir des tas de critiques sur l’Europe, notre seule chance, la chance des Français et des Allemands dans le monde d’aujourd’hui, c’est de la transformer. On ne sacrifie pas l’Europe, on se bat pour qu’elle bouge.

Voir de plus:

Expulsés du meeting (toulousain) de François Fillon pour cause de… »manque d’enthousiasme »

Des participants au meeting de François Fillon ont été reconduits vers la sortie. Motif invoqué par le service de sécurité du candidat : « pas assez d’applaudissements ».

C’est vraiment une drôle de campagne. Jeudi 13 avril, François Fillon a tenu un meeting au Zénith de Toulouse. Quelques minutes après le début, un groupe de trois personnes quitte le bâtiment et traverse le parking. Sur leur route, ils croisent une équipe de France 3 Occitanie et racontent une histoire étonnante. Ils viennent d’être expulsés du Zénith. Selon leur témoignage, la sécurité leur a demandé de quitter les lieux. Pour les 3 « indésirables », c’est l’organisation du Zénith (sur ordre de l’équipe de François Fillon) qui a demandé leur expulsion.

Avant d’être raccompagnés vers la sortie, les 3 compagnons d’infortune ont demandé une explication. Elle a fini par tomber : « pas d’assez d’applaudissements« .

Les 3 expulsés reconnaissent eux-mêmes qu’ils ne débordaient pas d’enthousiasme. Simples curieux, ils souhaitaient simplement se faire un avis.  Au moment de leur « interpellation », la sécurité a demandé si les 3 « trublions » sont encartés chez Les Républicains. Ce n’est pas le cas. Il s’agit de 3 curieux, professions libérales dans la vie et à la ville. Ils souhaitaient juste « voir et écouter ».

Visiblement, ce n’est pas suffisant.

Le père de l’un des « refoulés » était présent dans la salle du meeting. Il confirme les faits et il ne cache pas sa colère.

Comme son fils, il n’a pas souhaité témoigner à visage découvert, face caméra.

Mais, quelques minutes après l’incident, le père a bombardé son entourage de sms rageurs.

Du côté de l’équipe toulousaine de François Fillon, la première réaction est : « c’est du délire« . La seconde est : « aucun écho de cette affaire. Faut voir avec l’équipe nationale« .

Contacté par France 3 Occitanie, l’entourage de François Fillon reconnait avoir procéder à l’exfiltration de 3 participants. L’attitude des expulsés et une question de sécurité sont invoquées :

Les 3 personnes se trouvaient dans un endroit dangereux pour la sécurité du candidat. Ils avaient effectivement une attitude de neutralité qui pouvaient les rendre suspects.

Les futurs participants aux meetings de François Fillon sont prévenus. Pour leur tranquillité, il est préférable d’applaudir et évidemment des deux mains.

Voir de même:

Fillon: derrière le grand meeting de façade, le poison Sarkozy-Juppé en coulisses

Au sein de LR, la défaite de François Fillon est plus que pronostiquée. Actée. Il suffit pour s’en convaincre de constater la faiblesse des soutiens apportés par Sarkozy et Juppé. S’il perd, Fillon paiera cher cette défaite, et la droite risque d’imploser.

Hormis quelques derniers acharnés, par exemple le sénateur Bruno Retailleau qui traverse cette campagne électorale tel un illuminé, les principaux responsables de la droite républicaine sont persuadés que, sauf « miracle politique », François Fillon sera éliminé dès le premier tour de l’élection présidentielle. Ils n’excluent pas davantage l’hypothèse selon laquelle leur « champion » pourrait finir au quatrième rang du premier tour, derrière Jean-Luc Mélenchon. La honte! Et le risque que LR, le principal parti de la droite républicaine, se disloque aussitôt après.

Certes, ils seront tous présents ce dimanche après-midi Porte de Versailles à Paris lors du dernier grand meeting Fillon entourant « leur »candidat et assurant la claque comme il convient en pareilles circonstances, en particulier le si modéré Gérard Larcher, le président du Sénat, et le très droitier Laurent Wauquiez, François Baroin et Valérie Pécresse, incarnations de la tempérance en politique. Mais à y regarder de près, de plus près, de très près, ces quatre là, en principe les fers de lance de la campagne Fillon, seront restés sur leur quant-à-soi du premier au dernier instant. Service (ultra) minimum- une poignée de meetings, quelques interventions audiovisuelles, une présence discrète sur les réseaux sociaux, pas davantage, surtout pas. François Fillon est à ce point conscient de ce retrait à la fois politique et personnel qu’il n’adresse quasiment plus la parole à Larcher, ami intime depuis plusieurs décennies.

Dans ce contexte plus que tourmenté, Nicolas Sarkozy puis Alain Juppé, les deux principales victimes de la primaire, se sont enfin décidés à intervenir. A quelques jours du premier tour, dans un contexte ultra difficile, il était grand temps. Sauf que là encore, les deux « références » et « référents » de la droite républicaine se sont contentés d’un double service minimum avec de multiples…arrière pensées.

Sarkozy, un soutien convenu et sans enthousiasme

Utilisant sa page Facebook, l’ex-président exprime un  soutien d’une confondante…perversité! Parce qu’il pose d’emblée le postulat selon lequel François Fillon n’est pas, loin de là, le candidat idéal mais que, tant pis, trop tard, il faut faire avec. Lisons et relisons ces premiers mots, apparement emplis de bon sens, mais en réalité d’une infinie cruauté. « Il n’y a pas de place pour les hésitations ou les états d’âme », intime Sarkozy. Fort bien. Mais le rappeler si peu avant l’échéance, c’est une manière à peine détournée de remettre du sel sur les plaies, de signifier à nouveau que François Fillon- et lui seul- a pris la (lourde) décision de se maintenir et, conséquemment, de fracasser la droite, selon toute probabilité…

Ceci dit, ceci précisé, Nicolas Sarkozy peut s’autoriser à enfiler toutes les idées convenues du moment, cet instant si particulier où la droite républicaine, ses cadres, ses électeurs, intègrent  qu’ils vont sans doute perdre l’élection présidentielle 2017, celle qui, par définition, était « gagnée d’avance »… Des mots donc, sans saveur, ni interêt, du Sarkozy plus terne que nature: « François Fillon est le seul parmi les candidats à avoir l’expérience qui lui permette d’incarner et de réussir l’alternance dont la France a tant besoin. J’appelle tous les Français à se mobiliser pour la victoire décidées de la droite républicaine et du centre, les seules en mesure de permettre le redressement ». Défense des « idées de la droite » et non pas enthousiasme pour un candidat et son programme, pourtant la définition même de l’élection présidentielle en 5 ème république « gaulliste ».

Juppé, un tweet sec et rien de plus

Alain Juppé sera pour sa part plus elliptique encore. Un tweet, quelques signes, pas davantage, expédié : « Le monde est dans la tourmente, la France a besoin d’un président expérimenté. François Fillon a cette expérience. Je lui confirme mon soutien ». Le maire de Bordeaux, claquemuré dans sa ville, ne supporte pas le soupçon de « trahison »: qu’il serait « le Valls de droite », qu’en sous-main il pourrait soutenir Emmanuel Macron, qu’au lendemain du premier tour une partie de son entourage rejoindrait le candidat d’En Marche, que son lieutenant Edouard Philippe, le maire du Havre, ferait un remarquable ministre du nouveau président. Alors un tweet pour couper court et retourner à la discrétion, au silence. Jusque cette « nuit des longs couteaux » qui ne devrait plus guère tarder.

Fillon, s’il perd, paiera la note

A ce jeu du grand massacre, il va de soi que Nicolas Sarkozy se prépare. Non pas tant qu’il veuille reprendre lui même un pouvoir direct sur une droite à la fois disloquée et dans l’opposition; mais l’ex-président entend être le maître d’œuvre d’un nouveau meccano mis en place pour éviter une déroute aux élections législatives. Pour cela, il voudrait confier le parti « Les Républicains » (sa chose, sa création…) et la campagne électorale à un tandem Baroin-Wauquiez qu’il influencerait en permanence. Encore faudrait-il que les deux impétrants le veuillent ou le puissent. Wauquiez, l’ultra-droitier, versus Baroin, le gaulliste-social disciple de Jacques Chirac. Les constructions politiques de Nicolas Sarkozy sont fréquemment tortueuses. Mais cela, les Français le savent et, désormais, ne le prennent plus guère au sérieux.

Toujours est-il que de ces constructions, François Fillon est absent. S’il perd, il paiera. Cher.

Voir par ailleurs:

Le clip qui dissuade définitivement de voter Macron

Parler de ce clip sans citer les paroles de la chanson serait gâcher la marchandise…
Jany Leroy

Auteur pour la télévision

Boulevard Voltaire

Lors des micro-trottoirs réalisés aux abords des meetings de Macron, les motivations des spectateurs font peine à voir. « Parce qu’il est jeune », disent certains. « Il est mignon… » « Il est nouveau… » Pourquoi pas : « Il a un beau costume » ? Un interviewé a trouvé le Graal : « Parce qu’il n’est soutenu par aucun parti politique. » Est-ce à dire qu’un candidat soutenu par un club de ping-pong avait toutes les chances d’obtenir sa voix ?

En vérité, Patrick Buisson nous le dit : « Le vote Macron est un simple désir d’appartenance sociale. Faire partie des vainqueurs. » Le profil du candidat réunit toutes les conditions pour séduire les masses indécises : jeune, ni pour ni contre, pseudo-moderne, discours creux prononcé avec enthousiasme… Le mouton accourt. Au premier rang. Derrière, d’autres le rejoignent. Le phénomène est enclenché. Le besoin « d’en être » est satisfait à peu de frais.

À l’attention de ceux qui ne seraient pas encore convaincus par cette analyse, quelques supporters du candidat-cornichon ont réalisé un clip musical qui a le mérite de ne dissimuler en rien la vacuité de la démarche.

 Un sommet de niaiserie gênante qu’il convient de décrire au préalable afin que les spectateurs potentiels ne soient pas trop secoués par son visionnage.

Voilà la scène : deux jeunes filles très agitées (car elles sont dynamiques) sont dans une voiture et se mettent à chanter en play-back une sorte de chanson dont les paroles expliquent à quel point il est réjouissant d’être en marche. Bien qu’elles roulent, mais peu importe. Puis un troisième larron les rejoint, puis encore deux autres, et tous sont extrêmement contents d’être en marche alors que, dans l’habitacle, l’oxygène doit commencer à se raréfier… Dans les cerveaux aussi, mais cette donnée est la condition de base pour monter dans la voiture. Certificat médical exigé.

Parler de ce clip sans citer les paroles de la chanson serait gâcher la marchandise : « Oui en marche, ça marche pour moi et toi. Comment ça marche ? » Nous sommes au bord de l’aveu, mais non… La solution arrive : « Viens prendre le train en marche. » L’affaire se corse. En marche dans une voiture, mais il faut les rejoindre dans un train… Peut-être roulent-elles vers la gare ? Nous attendons la suite avec anxiété… « Car toi et moi, ensemble, ça marche pour nous… » La situation s’enlise. « Ensemble, on marche, ça marche, car tous ensemble, on rêve en marche… » Les somnambules aussi sont avec Macron.

Puis quelques mots choisis au hasard dans le dictionnaire : Travail, liberté, égalité, ouverture, fraternité… Marabout, bout de ficelle, selle de cheval… Et retour au début du texte… Dans la voiture, l’enthousiasme est à son comble, la conductrice tombe dans les bras d’un passager, d’autres mangent la moquette… Le clip se termine avant que l’affaire tourne mal. Par la suite, tous sont allés consulter un « enmarchologue » pour tenter de sortir de là, mais fiers, tout de même, d’avoir réalisé une magnifique promo anti-Macron. À diffuser de toutes parts !

Voir de plus:

Macron, c’est un beau roman, une belle histoire…

Présidentielle. Il était le candidat que les médias s’étaient choisi. Celui que les sondages avaient élu. L’histoire, écrite par les faiseurs d’opinion, promettait l’Élysée à Macron. Voire…

Raphaël Stainville

Valeurs actuelles

15 avril 2017

Valéry Giscard d’Estaing seraitil mort sans que personne n’en ait été averti, pour que France Télévisions diff use le 3 avril un documentaire à sa gloire, plus fl atteur qu’aucune nécrologie ne saurait être ? Non, bien sûr que non… À moins que Giscard d’Estaing, de vous à moi n’ait été diff usé, à trois semaines du premier tour de la présidentielle, que pour mieux installer l’idée qu’après celui qui fut, à 48 ans, le plus jeune président de la Ve République, un homme plus jeune encore puisse prendre place à l’Élysée. Tout dans les traits de caractère mis en évidence dans le documentaire le suggère, comme pour mieux établir un parallèle sinon une fi liation. Giscard ? Un homme « à l’ascension politique fulgurante », nous dit Patrice Duhamel. Un « séducteur à la recherche obstinée de l’aff ection des Français ». « Ils sont surpris, séduits et parfois agacés par ce personnage atypique qui veut moderniser la France. » La voix off semble avoir été écrite pour Emmanuel Macron.

Depuis qu’il a surgi sur la scène politique, avec l’ambition assumée de devenir le prochain président de la République, l’ancien ministre de l’Économie aura bénéfi cié, plus qu’aucun autre candidat, d’une campagne médiatique tout à son avantage. Entre communication subtile et subliminale, semblable au documentaire de France 3, et propagande plus assumée, Emmanuel Macron est parvenu à se présenter en homme neuf, comme si la jeunesse fonctionnait pour lui comme une ardoise magique. Lui, « le plus pur produit du système », selon les mots d’Alain Minc, l’un de ses parrains, biberonné à l’Ena avant d’arriver chez Rothschild, est parvenu à faire accroire qu’il était un rebelle. Lui, l’enfant chéri du quinquennat de Hollande, le secrétaire général adjoint de la présidence devenu ministre de l’Économie, est parvenu pendant un temps à faire oublier qu’il avait été l’un des acteurs majeurs du désastre socialiste, le fi ls prodige du président.

À la manoeuvre, Mimi Marchand, dealeuse de cancans

Couvertures fl atteuses qui se répètent à l’infi ni. « Lui président ? », titre avec précaution l’Obs en février. Le Journal du dimanche, qui n’a pas les mêmes pudeurs, lui déroule le tapis rouge le week-end dernier dans une interview sobrement intitulée « Moi président… ». Jusqu’à la presse people qui s’entiche de ce couple si peu banal que composent les Macron : à la manoeuvre, Mimi Marchand, la reine des potins, qui, sur les conseils de Xavier Niel, copropriétaire du Monde, est venue se porter au secours d’Emmanuel Macron et de Brigitte Trogneux, après que de méchantes rumeurs eurent couru sur leur compte. Depuis, cette ancienne gérante de cabaret devenue dealeuse de cancans ne les lâche pas d’une semelle et met allégrement en scène leur vie privée, sans qu’Emmanuel Macron s’en indispose.

Reste que la presse, qui se targue d’avoir encore beaucoup de pouvoir, ne sait plus que détruire ou aff aiblir. François Fillon, comme d’autres avant lui, en a fait l’expérience douloureuse durant cette campagne. Elle est impuissante à créer ex nihilo un futur président, quand bien même certains, comme le politologue Thomas Guénolé, jugent que les médias ont « suscité artifi ciellement l’intérêt » et que « la bulle Macron est la conséquence d’un matraquage publicitaire massif ». Plus sûrement, la manière d’Emmanuel Macron d’assumer sans complexe son parcours, sa faculté à savoir raconter une histoire, à fabriquer de l’optimisme dans un environnement de plus en plus anxiogène et à se montrer raisonnablement transgressif, autant que sa jeunesse et son intelligence remarquable ont permis à l’ancien ministre de l’Économie d’être propulsé en tête de gondole des produits de communication qui marchent. « Je fais vendre du papier », avoue-t-il à Léa Salamé, avec un petit sourire satisfait.

Les félicitations de Pierre Bergé

Il est vrai que le système médiatique est d’autant plus enclin à promouvoir Emmanuel Macron qu’il se retrouve dans son discours et communie aux mêmes valeurs libérales et libertaires. Pour beaucoup, le candidat d’En marche! est une sorte de fantasme, celui de l’homme nouveau qui saurait guider le peuple dans les remous de la mondialisation. Certains ne s’en cachent pas et s’en ouvrent même publiquement, ivres de leur toute-puissance et persuadés de leur pouvoir. Pierre Bergé, l’actionnaire infl uent du Monde, en vient ainsi à féliciter publiquement l’un de ses éditorialistes, auteur « d’un remarquable papier qui prédit la victoire de Macron, un destin à la Blair ».

Mais, comme nous le fait remarquer Arnaud Benedetti, professeur associé à la Sorbonne, « rien ne démontre que la rencontre d’un homme avec la communication annonce cette autre rencontre d’un homme avec le peuple, rien ne démontre que cette visibilité et cette notoriété qu’Emmanuel Macron a acquises vont se traduire électoralement ». D’autant que, comme tend à le démontrer le dernier essai de Benedetti, la Fin de la com’ (Les Éditions du Cerf), « si la communication des politiques a longtemps été la langue des oligarchies, les peuples commencent à s’en aff ranchir ».

L’élection de Trump aux États-Unis, la victoire du Brexit n’ont été des surprises que pour les élites, sans qu’elles en tirent de vraies leçons… Emmanuel Macron, en surinvestissant dans les médias traditionnels largement discrédités et s’en remettant presque exclusivement aux faiseurs d’opinion pour assurer sa promotion, n’a pas senti l’indiff érence sinon la défi ance dont il est l’objet passé les périphériques des grandes agglomérations, quand ses concurrents ont largement investi les réseaux sociaux.

D’un duel annoncé à la bande des quatre

D’autant que la machine s’enraye parfois et que le capital bienveillance dont il bénéfi cie s’eff rite. C’est la Société des journalistes de Challenges qui dénonce le parti pris pro-Macron de leur direction et déplore, dans un communiqué, « les interventions multiples et déplacées de Maurice Szafran auprès de la direction et de l’équipe Web, suite à la parution d’un article critique à l’égard de Macron, paru le 14 mars sur le site : “Où sont les millions de Macron ? ” ». Ce sont trois communicants, invités de l’émission la Médiasphère, sur LCI, qui donnent libre cours à leur analyse pour fustiger le programme et les postures d’Emmanuel Macron au lendemain de son meeting marseillais. « Il a pastellisé la campagne. Il y a du rose, du jaune, du bleu ciel, moque Stéphane Attal, fondateur de l’agence Les Infl uenceurs. On est revenu à Hélène et les garçons […] c’est la cantine de la fac. » Anne-Claire Ruel, spécialiste en communication politique, n’est pas moins critique, qui dézingue ce « candidat manager », adepte du « team building » et qui ne fait que du « marketing politique ». Un côté attrape-tout qui relève « du triangle des Bermudes », selon un autre. Comme si, par eff raction, le voile se déchirait et qu’apparaissaient désormais les salles trop grandes pour accueillir les sympathisants de moins en moins fervents d’Emmanuel Macron.

Les sondages, qui lui prédisaient il y a encore un mois une élection de maréchal face à Marine Le Pen, se resserrent. Ils ne sont plus seulement deux à prétendre pouvoir se qualifi er au second tour de la présidentielle, mais une bande de quatre. François Fillon résiste, grignote son retard, tandis que Jean-Luc Mélenchon siphonne les derniers soutiens de Benoît Hamon. Mais la volatilité de l’électorat n’a jamais été aussi grande, la cristallisation aussi tardive. « Le corps électoral est liquide, confesse, désarmé, un ex-conseiller de l’Élysée, d’autant plus liquide que les électeurs sont de plus en plus désaffi liés politiquement. » Sur Filteris, qui analyse le poids numérique des candidats à la présidentielle, il y a longtemps maintenant qu’Emmanuel Macron est en marche arrière, dépassé par Marine Le Pen et François Fillon. Comme si, jour après jour, se précisait la prochaine défaite des prétendus faiseurs d’opinion. À défaut, leur dernière manipulation, leur ultime victoire

 

Voir encore:
Loin des banlieues, la misère invisible des villages français
Une sociologue auvergnate dresse un portrait vertigineux de la pauvreté dans le monde rural français
Jean Abbiateci
Le Temps
11 avril 2017

Loin de la misère souvent explosive des banlieues françaises, la pauvreté des campagnes est une réalité plus silencieuse, invisible. C’est toute l’utilité du travail d’Agnès Roche, sociologue à l’Université de Clermont Auvergne et que Le Temps a rencontrée, de mettre des mots sur ces «vies de pauvres» du monde rural, ces «sans-dents» moqués par François Hollande.

Le livre qui condense ce travail est une succession vertigineuse des vies chaotiques d’habitants des villages du Puy-de-Dôme: des paysans en difficulté, des ouvriers, des jeunes néoruraux sans le sou, des petits commerçants qui ont fait faillite. Chez ces gens-là, les fins de mois sont difficiles, le surendettement une épée de Damoclès – le banquier est une figure détestée chez les agriculteurs –, l’alcool ou le sommeil une échappatoire.

Logements indignes

Si cette pauvreté rurale trouve en partie son terreau dans la crise agricole, elle frappe aussi les jeunes des classes populaires – en France, la moitié des pauvres ont moins de 30 ans. Comme Julie et Simon, 23 et 20 ans qui vivent en couple dans un village du Puy-de-Dôme et dont la sociologue raconte l’histoire de vie. Simon a été bûcheron, mais se retrouve déjà en arrêt avec le dos en miettes: il refuse de travailler «dans un clapier» devant un ordinateur. «La priorité pour l’instant, c’est de manger à peu près à notre faim, le reste passe après…» Le tabac est le seul luxe du jeune couple: «Quand tu fumes, tu ne penses pas: «Putain, je suis dans la merde.»

Dans ces villages, les loyers sont certes très peu élevés – 290 euros pour Julie et Simon – mais les habitations sont souvent indignes et très mal isolées, dans un pays aux hivers redoutables. Simon: «On a été obligés d’installer un rideau sur la porte d’entrée pour couper le vent qui passe comme si on était dehors. Les fenêtres, c’est du simple vitrage, c’est du carton, les montants en bois prennent l’humidité, le bois gonfle, on ne peut pas ouvrir les fenêtres.» L’hiver, la température ne dépasse pas les 9 °C dans la petite maison.

Pour survivre, «c’est ici le règne de la débrouille» pour tous. Des missions d’intérim, de l’aide à domicile, des petits trafics, de la cueillette des champignons. «A l’année, on en fait pour 500 euros, c’est toujours cela.» Au fil des pages, ce sentiment de «clôture terrible et de soumission des destins» frappe le lecteur. Malgré quelques petits miracles: mère à 17 ans, Corinne et son compagnon Gérard se sont rencontrés dans la rue. Après des années de galère et un coup de pouce du destin – l’équivalent de 10 000 francs suisses gagnés au loto –, le couple a trouvé un équilibre fragile «dans leur petit cocon» à la campagne avec leurs six enfants. Corinne cultive un potager et élève des volailles: «Mon chemin, pour moi, c’est ma fierté.»


A LIRE. Agnès Roche, «Des Vies de pauvres. Les classes populaires dans le monde rural», Presses universitaires de Rennes, 2016, 340 pages.

Voir enfin:

Faith

Nearly 1 million Christians reportedly martyred for their faith in last decade
ChristianPost.com
Fox news
January 17, 2017

Over 900,000 Christians have been martyred in the last 10 years, a Christian research firm affiliated with Gordon-Conwell Theological Seminary in Massachusetts estimates.

Gordon-Conwell’s Center for the Study of Global Christianity recently released its annual report on the persecution of Christians, which found that as many as 90,000 Christians died for their faith in the last year.

Although the study was released this month, the finding that 90,000 Christians — or one Christian every six minutes — were killed in 2016 was leaked by a prominent Italian sociologist named Massimo Introvigne during an interview with Vatican Radio in December and the report received much media attention before it was even released.

Even though 90,000 Christian martyrs might seem like a lot in one year, the think tank maintains that 90,000 Christians have died each year on average from 2005 to 2015.

« In the last week, several news organizations reported on the persecution of Christians around the world and cited our figure of 90,000 Christian martyrs in 2016, » the organization said in an email to supporters. « The Center for the Study of Global Christianity has done extensive research on Christian martyrdom, both historical and contemporary. We estimate that between 2005 and 2015 there were 900,000 Christian martyrs worldwide — an average of 90,000 per year. »

It should be noted that 90,000 Christian martyrs per year is a very liberal estimate. In fact, the organization notes that only 30 percent of the 90,000 Christians were killed because of terrorism. Seventy-percent of the 90,000 Christians were actually killed in tribal conflicts in Africa, which raises the question of whether or not 70 percent of 90,000 Christians were actually killed over their faith or just victims of violent conflicts.

Voir par ailleurs:

Patrick Buisson, l’éminence noire de Nicolas Sarkozy

De leur rencontre à l’affaire du Dictaphone, Ariane Chemin et Vanessa Schneider racontent l’ascension puis la chute de l’ex-conseiller de Nicolas Sarkozy dans « Le Mauvais Génie », à paraître jeudi. Extraits.

Le Monde

17.03.2015

Il a été l’un des conseillers les plus influents de la Ve République. De 2006 à 2012, Patrick Buisson a travaillé main dans la main avec Nicolas Sarkozy, pour la campagne de 2007 d’abord, sans que personne alors ne le sache, puis durant tout le quinquennat.

Dans Le Mauvais Génie (Fayard, 304 p., 19 €), Ariane Chemin et Vanessa Schneider, grands reporters au Monde, révèlent comment cet ancien prof d’histoire, proche des « néofascistes » Alain Renault et François Duprat, a bénéficié d’une mansuétude fascinante au sein de la  Sarkozie. Patrick Buisson ne s’est pas contenté d’insuffler ses thèses identitaires au président de la République, il a irrigué toute la droite, fabriquant de nombreux « bébés Buisson ». Dans le sillage de l’ex-directeur de la rédaction de Minute, un inframonde politique, réactionnaire ou ultracatholique, a retrouvé le chemin du pouvoir.

Paranoïaque comme souvent à l’extrême droite, familier des chantages de toute sorte, Patrick Buisson a été rattrapé, début 2014, par une affaire  d’ « enregistrements » : il cachait un Dictaphone dans sa poche à chacune de ses réunions  – avec le chef de l’Etat, en tête-à-tête avec des ministres, des conseillers, ou encore à la direction de TF1. Une habitude héritée de ses années d’agitateur anti-Mai 68 à Nanterre, puis de journaliste. Mais quand la défaite de Nicolas Sarkozy a fait tomber les peurs et aiguisé les appétits de vengeance, il a été trahi.

Car Patrick Buisson n’exerçait pas seulement une forme d’emprise psychologique sur Nicolas Sarkozy, il a longtemps fait peser sur son fils, Georges Buisson, puis son assistante à LCI et à la chaîne Histoire, Pauline de Préval, une domination perverse. L’histoire de Patrick Buisson rappelle une nouvelle fois qu’en politique les affaires d’Etat se nouent parfois dans le secret de psychodrames intimes. Morceaux choisis.

L’emprise

Chez Patrick Buisson et Nicolas Sarkozy, le pacte se noue en février 2007. Qui s’en aperçoit sur le moment ? Personne, pas même le candidat. C’est une histoire d’hommes, un début de liaisons dangereuses par sondages interposés, un jeu de séduction qui dérive vers l’emprise. « Oui. OK. On se rappelle. Je t’embrasse. » Patrick Buisson repose son téléphone portable et mesure en même temps son effet sur son auditoire, réuni au Cardinal, une brasserie de fruits de mer de la porte de Saint-Cloud. Il y a ses habitudes depuis qu’il travaille à TF1 : toujours la même table, près de la fenêtre, derrière un rideau. Comme tous les hommes de secrets, Patrick Buisson est un voyeur qui déteste être vu.

« C’était Nicolas », précise-t-il. (…) D’autres fois, il soupire en raccrochant : « C’est le Nain », ou encore « le Petit ». D’autres encore, c’est « talonnettes », le « zinzin » ou « tête creuse ». « Je déjeune, tu me déranges, là », répond-il même parfois. Est-ce bien de Nicolas Sarkozy qu’il s’agit ? Aux incrédules, il tend un jour l’appareil, qui sonne de nouveau alors qu’il vient de mettre fin brutalement à la conversation. C’est la voix du président. Patrick Buisson soupire tout haut. « Il ne peut rien faire sans moi, Naboléon. » (…)

Pour un oui ou pour un non, [Nicolas Sarkozy lui] téléphone, comme il a l’habitude d’appeler sa seconde épouse Cécilia, puis, plus tard, Carla Bruni. Pour parler. Se rassurer. « Il est mon homme », « ma boussole », « mon hémisphère droit », dit-il. « Un génie », plaide-t-il devant Roselyne Bachelot. « Un homme unique », lâche-t-il à Bruno Le Maire. (…)

La chaîne Histoire

« S’il n’y a que ça pour lui faire plaisir ! », se réjouit Martin Bouygues en ce début d’été 2007. Nicolas Sarkozy vient de confier au patron du groupe de travaux publics, son vieux copain, le rêve que caresse Patrick Buisson : une chaîne de télévision. Le nouveau président a le ton audacieux de ces amoureux prêts à mettre le monde aux pieds de ceux qu’ils redoutent de voir s’en aller. Il lui doit sa victoire, insiste-t-il, il faut le remercier. (…)

Martin Bouygues n’est pas fâché de cet arrangement. Le président lui en sera redevable, et TF1 comptera désormais en son sein un lien direct et privilégié avec l’Elysée. (…) Dès son arrivée, Patrick Buisson s’attelle à sa nouvelle grille. Il s’est toujours rêvé autant journaliste – et homme d’affaires – qu’historien. (…) Depuis ses années de faculté, rien de ce qui est publié sur Pétain, l’Indochine, la Vendée, le communisme ou la guerre d’Algérie [ne lui] échappe. Enfant, il a entendu son père rêver d’en finir avec une histoire de France écrite par les vainqueurs et les communistes, celle qui faisait la part trop belle au Front populaire de Léon Blum et à ses « grands meetings des tricots de corps et des miches assoupies », comme on disait des congés payés chez les Buisson. Il veut aujourd’hui soulever la chape de « l’historiquement correct » : « La télé remue‑-mémoire », cingle le slogan de la chaîne Histoire.

L’obole des ministres

Comme à Minute, comme à Valeurs, Patrick Buisson s’arrange avec le mélange des genres. Les ministres souhaitent rencontrer l’influent conseiller pour transmettre un message au Château ? Il se sert sans complexe de sa nouvelle carte de visite et la met au service de la chaîne pour trouver au cœur du pouvoir soutiens, subventions et parrainages. C’est l’époque où l’on ne refuse rien au patron de [la chaîne Histoire]. Sans bruit, Patrick Buisson met en place un système de conventions avec les ministères pour lancer des opérations spéciales, programmer des commémorations ou financer des documentaires. Il fait le tour du gouvernement. Comment refuser de verser son obole à celui dont on dit qu’il fait et défait les carrières ?

Entre 2008 et 2009, avait raconté Le Monde, la Rue de Valois dote ainsi la chaîne de 270 000 euros – son logo se trouvait même au générique des émissions « Vive le patrimoine ». Rien d’illégal. Mais, au cabinet de la ministre de la culture, on s’étonne de cette soudaine prodigalité. Patrick Buisson et Christine Albanel déjeunent régulièrement ensemble. Le premier n’a-t-il pas promis à la seconde son soutien auprès de Nicolas Sarkozy ?

Sur les conseils du chef de l’Etat, Frédéric Mitterrand, qui succède à Christine Albanel en juin 2009, s’attable, lui aussi, avec le patron de la chaîne Histoire et y va de sa subvention. Comme Hubert Falco. Le secrétaire d’Etat aux anciens combattants ne connaît pas le conseiller du président et ne dispose d’aucune entrée privilégiée à l’Elysée. Il doit mener un rude combat : maire de Toulon, ville arrachée au Front national, il veut déroger à la règle gouvernementale qui oblige les élus de grandes villes à démissionner s’ils choisissent de rester au gouvernement. Lorsque le conseiller de Nicolas Sarkozy lui demande de financer un film consacré à la guerre d’Algérie, il accepte de bon cœur : Toulon abrite une des plus grosses communautés de pieds-noirs de France, des électeurs qu’il soigne particulièrement. Mieux : le 3 novembre 2009, à l’occasion de la sortie des deux albums illustrés signés par le conseiller de Nicolas Sarkozy, publiés chez Albin Michel, le secrétaire d’Etat organise une cérémonie aux Invalides. (…)

Sous le dôme doré des Invalides, Buisson savoure la faveur qui lui est faite. Falco y va de son compliment : « En lisant vos deux livres, cher Patrick Buisson, on tire une leçon essentielle : les choses ne sont jamais simples. Lorsqu’on dit que la guerre d’Algérie est le dernier épisode de l’épopée coloniale, on n’a rien dit. Le premier défilé de la première harka féminine, les officiers qui se transforment en instituteurs dans le djebel, ce sont autant d’images qui nous racontent une histoire plus fine et plus sensible. » Fin et sensible, le portrait convient parfaitement à l’historien de l’Elysée.

Avec Hervé Novelli, les choses ont été plus simples encore. Les deux hommes se connaissent depuis 1968. Le secrétaire d’Etat au commerce et au tourisme était engagé dans les rangs du groupuscule d’extrême droite Occident, comme Alain Madelin, Gérard Longuet et Patrick Devedjian. Le deuxième dirigeait à Nanterre le syndicat étudiant FNEF, qui se battait contre Dany le Rouge. Le soir, Patrick Buisson venait retrouver la petite bande d’Occident au Café de l’Odéon, leur quartier général parisien.

C’est lui qui, en 2007, à l’heure du premier gouvernement, a soufflé le nom de son copain Novelli à Nicolas Sarkozy. Dès qu’il le peut, Buisson continue de chanter ses louanges auprès du président : quelle bonne idée, ce statut d’autoentrepreneur qu’« Hervé » vient de créer ! Quand le patron de la chaîne Histoire lui demande de subventionner plusieurs documentaires sur des [cités] historiques, le ministre signe sans se faire prier.

Parmi la liste de villes que la chaîne se propose d’honorer se glisse… Richelieu, 2 000 habitants, dont Novelli est le maire. On le voit à l’image vanter les halles et l’architecture XVIIe de la charmante commune d’Indre-et-Loire emplie d’hôtels particuliers et ceinte de remparts. Le maire Novelli interviewé dans un film sponsorisé par le ministre Novelli, il fallait y penser !

Le portrait de Pétain

Toute la rédaction de Minute a pris la pose dans la grande salle du dernier étage. C’est le photographe « maison » qui a pris le cliché. Patrick Buisson se trouve au deuxième rang, veste à carreaux seventies et cravate noire. Devant lui, un journaliste tient dans ses mains le portrait encadré de Philippe Pétain. Ils sont rares, tout de même, ceux qui, un quart de siècle après la guerre, tiennent le Maréchal pour une référence. Sur le cliché, ils ressemblent à un chœur de vieux enfants qui entonnerait le chant vichyste « Sauvons la France ». Patrick Buisson a rechigné quelques instants avant d’accepter la photo : le nouveau patron de l’hebdomadaire d’extrême droite aime fouiller la vie des autres, moins les preuves encombrantes qu’on laisse derrière soi. Mais comment dire non à une équipe dont (…) il vient de prendre la tête, en cette fin d’année 1986 ?

Auprès de lui, un grand garçon aux allures de spadassin, sourire narquois à la bouche. C’est Alain Renault, le « copain de toujours ». Pour Buisson, il joue le rôle de secrétaire général informel et ne recule devant aucune tâche, même les plus fastidieuses : éplucher factures et notes de frais, arranger de discrets contrats extérieurs, veiller sur les montages financiers de Publifact, ou encore servir d’antenne dans la rédaction. Une sorte d’alter ego. À une différence près : Alain Renault, du moins à cette époque, aime les partis, les cartes, les titres et les organigrammes. Patrick Buisson n’a jamais milité ailleurs qu’à Nanterre, quand il était étudiant. (…)

Figure également sur le cliché son allié dans la place, l’éditorialiste François Brigneau, une des plumes du journal. Un ancien milicien, maréchaliste convaincu et compagnon de cellule de Robert Brasillach en 1945 (…). Un peu plus loin, un jeune garçon arrivé à Minute deux ans plus tôt, diplômé de Sciences Po, Emmanuel Ratier. Il n’est pas encore l’auteur de la névrotique Encyclopédie des changements de noms, où il traque les juifs rebaptisés, mais déjà le complice des années Minute de Patrick Buisson. (…) C’est Ratier qui a prêté le portrait de Pétain autour duquel chacun a posé ; il traînait dans son bureau. Provocation ? Piège ? Blague ? Sur la photo de groupe, personne n’a l’air de beaucoup s’amuser. À l’extrême droite, les farces de potache ont toujours un arrière-goût de soupe à la grimace.

Le « salon vert »

Seuls les huissiers habitués à observer les allées et venues des visiteurs avaient noté ce parcours tout en chicanes. À l’époque, ils n’y avaient pas prêté beaucoup d’attention. Lorsqu’il arrivait à l’Elysée pour la réunion du « salon vert », Patrick Buisson demandait toujours à se laver les mains dans le cabinet de toilette, à mi-étage de l’escalier Murat. « Patrick, qu’est‑ce que tu as à nous dire ? » C’est par ces quelques mots que Nicolas Sarkozy a ouvert, pendant cinq ans, chacune ou presque des réunions qu’il tenait avec ses stratèges. Le Château a ses rituels. Celui du salon vert a ponctué le quinquennat de Nicolas Sarkozy, tout comme cette petite phrase et l’ordre de bienséance qui faisait du patron de la chaîne Histoire le premier de ses conseillers, quoique sans titre dans l’organigramme.

Autour de la table ovale couverte d’une nappe du même vert amande que les lourds rideaux se sont retrouvés chaque semaine les principaux conseillers du président. Dehors, le parc, le pépiement des oiseaux, le crissement des graviers sous les râteaux des jardiniers. Dedans, les lustres monumentaux dont le vent fait parfois cliqueter les pampilles, les tapis à ramages, le mobilier acajou doré à l’or fin. (…) Agenda, informations du jour, préparation et « débriefing » des déplacements, discours, interventions dans les médias, tout est passé en revue.

Réunion après réunion, chacun retrouve sa place et ses habitudes. Il y a là le sondeur Pierre Giacometti, Henri Guaino, la plume du cabinet, Franck Louvrier, le conseiller en communication, et le secrétaire général de l’Elysée Claude Guéant, auquel succédera Xavier Musca. Patrick Buisson, lui, est assis en face de Nicolas Sarkozy (…). [Il] ouvre la réunion par un de ces longs exposés qui ont fait son succès auprès du président : une argumentation mécanique et précise, truffée de chiffres issus de sondages et d’enquêtes d’opinion, arrimée à ces références historiques qui manquent tant au locataire de l’Elysée. Une explication et une interprétation pour chaque événement, ou presque. Un ton théâtral, un discours carré qui se ferme dans un raisonnement implacable et rassure celui qui doute. (…)

Faire et défaire les réputations, influer sur le cours du récit, les hommes, les nominations… Buisson est là à son aise. Laurent Wauquiez, le ministre qu’il conseille en sous-main, fait partie de ses poulains. Non qu’il le respecte – il le traite d’« ectoplasme » devant ses salariés de la chaîne Histoire –, mais il a décelé en lui un homme ambitieux sur lequel il peut mettre sa main. Nicolas Sarkozy, lui, l’a pris en grippe depuis que le ministre a annoncé le premier le sauvetage de l’entreprise de lingerie Lejaby, qui se trouve dans sa circonscription.

Doit-il rester au gouvernement ? À plusieurs reprises, dans le salon vert, Buisson défend son protégé avec une vigueur qui laisse ses voisins de table stupéfaits. Et sauve sa tête. Pour en éloigner d’autres, le scénario est aussi parfaitement huilé. Buisson commence par évoquer l’air de rien une étude d’opinion défavorable au président. Puis lâche sur un ton désolé :

« Si seulement Untel n’avait pas dit ça…

– Dit quoi ? », bondit le chef de l’Etat. Buisson exhume alors quelques mots du ministre dont il veut la peau, et passés en général inaperçus. Un procédé dont la garde des sceaux, Rachida Dati, que Buisson appelle la « voleuse de poules », et Michèle Alliot-Marie font régulièrement les frais. Brice Hortefeux aussi, l’ami de trente-cinq ans du président, ce « nul », remâche inlassablement Buisson.

Le clergé à l’Élysée

Que de couleurs et de moire, ce 13 mars 2011, dans la salle des fêtes de l’Elysée ! Mgr Thévenin [un ecclésiastique très proche de Benoît XVI] porte sur ses bas noirs sa soutane filetée et sa traditionnelle ceinture violette, mais a ajouté pour l’occasion un ferraiolo de soie à cordon et à glands amarante noué à son cou. Autour de lui virevoltent des robes de cérémonie et des cols romains, tandis que s’esquissent des apartés en italien. (…) On entend les soutanes froufrouter autour du président. Toute la hiérarchie ecclésiastique et les paroisses parisiennes se retrouvent sur le tapis du salon. Mgr Rey, l’évêque de Fréjus-Toulon, (…) côtoie Mgr Aillet, son confrère de Bayonne. Patrick Buisson a pris soin de convier aussi des journalistes amis. Philippe Maxence, le rédacteur en chef du bimensuel catholique L’Homme nouveau, chroniqueur à Radio Courtoisie, devise avec des piliers de Valeurs actuelles, comme son patron Guillaume Roquette. Le Figaro aussi a répondu présent. Du moins sa branche catholique traditionnelle, en discrète ascension dans la rédaction. (…)

Sous les yeux aveugles de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson joue les maîtres de cérémonie, goûtant son triomphe avec délectation, s’employant à faire défiler les invités un à un devant l’ecclésiastique. Une partie d’entre eux a déjà eu l’honneur de croiser le président, mais l’autre rêve de rencontrer Mgr Thévenin, dont l’influence est forte au Saint-Siège. Le patron du Fig’Mag, Alexis Brézet, grand défenseur de la messe en latin, s’entretient longuement avec Mgr Thévenin, le nouveau décoré [de la Légion d’honneur].

Le courtisan

Lorsque, dans les derniers jours de l’année 2010, le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, lui propose un rendez‑vous, Camille Pascal est euphorique. Un coup de téléphone du Château ! Presque le plus beau jour de sa vie. Sa joie a quelque chose de naïf et d’enfantin. Nicolas Sarkozy a besoin d’un nouveau conseiller pour écrire ses discours, notamment ses textes historiques. Claude Guéant, qui le reçoit fin décembre, est conquis par l’enthousiasme et la culture de l’historien. Il espère avoir trouvé celui qui l’aidera à « représidentialiser » Nicolas Sarkozy, l’obsession du moment rue du Faubourg‑Saint‑Honoré.

Le flot de louanges flatteuses que Camille Pascal chante à propos du président emporte la décision du secrétaire général. Dans cette cour qu’est devenu l’Elysée, on ne s’extasie jamais trop devant le chef de l’Etat. L’historien est prié de prendre ses nouvelles fonctions dès le 1er janvier 2011. (…) L’épreuve du feu ne tarde pas. Claude Guéant lui commande un discours sur les chrétiens d’Orient, que le président doit prononcer le 7 janvier à l’occasion des traditionnels vœux aux autorités religieuses. En élève consciencieux, la nouvelle recrue s’y attelle d’arrache-pied.

Catholique pratiquant, Pascal est à l’aise avec son sujet et truffe son texte de références historiques qui, espère‑t‑il, vont faire mouche. (…) Il ne sait pas encore qu’il s’est fait remarquer par un des hommes les plus influents de la Sarkozie. Patrick Buisson veut connaître l’auteur de ce discours et téléphone au nouveau conseiller pour le féliciter. « Enfin quelqu’un de cultivé dans cette équipe ! », se réjouit‑il, avant de l’inviter à déjeuner. Camille Pascal se rend au restaurant impatient et fébrile. Le politologue lui pose mille questions sur ses origines familiales. Le nouveau conseiller raconte son grand‑père résistant, décoré de la médaille des Justes à titre posthume. Mais c’est l’autre grand‑père, un des Croix‑de‑Feu du colonel de La Rocque, celui qui ne figure pas sur ses notices biographiques, qui intéresse Patrick Buisson.

Avec Camille Pascal, l’idéologue comprend tout de suite qu’il a trouvé l’allié qui lui manquait au Château. (…) « S’il n’y avait que des conseillers comme vous ! », flatte Buisson. C’est devant d’autres qu’il dira ce qu’il pense vraiment de Scènes de la vie quotidienne à l’Elysée, récit des deux courtes années passées au Château : « Le journal d’une femme de chambre ! » Double jeu, comme toujours.

Les années érotiques

« Ce bouquin est écrit par un grand pervers ! » Jean-Baptiste de Froment repose devant lui le premier tome d’une somme sur la seconde guerre mondiale qu’on lui a fait porter dans son bureau, à l’Elysée. Le jeune conseiller est entré au Château quelques mois plus tôt, à la veille de ses 30 ans. Cet élégant normalien, ancien professeur de philosophie à l’université de Nanterre, est encore sous l’émotion de sa lecture, en ce mois d’avril 2008. Il reprend dans ses mains le gros ouvrage qu’il a poussé devant ses collègues et en lit des passages à haute voix, partagé entre rire et malaise : « Le type qui a écrit ça a un énorme problème… »

Le « type », c’est Patrick Buisson. Jean-Baptiste de Froment ne le connaît que de réputation. Et pour cause : rue du Faubourg-Saint-Honoré, personne ou presque n’aperçoit jamais le visiteur du soir – les médias commencent seulement à s’intéresser à lui. (…) Le livre dans lequel Jean-Baptiste de Froment vient de se plonger s’intitule 1940-‑1945. Années érotiques. (…) L’ouvrage explore l’Occupation à travers un prisme bien particulier : celui de la sexualité. Sa thèse ? La France, « prise d’une fureur utérine », n’attendait en réalité qu’une chose : se faire « prendre » par les Allemands. « Pays femelle adore raclée », écrit Céline dans Les Beaux Draps, une citation que Buisson a placée en exergue d’un des chapitres. (…)« Moi qui le prenais pour un clergyman ! », s’amuse Jean-Marie Le Pen en parcourant le premier tome de l’ouvrage. Le président de la République, qui le pratique assidûment depuis deux ans, n’est pas le moins étonné : « J’ai pas lu le livre de Patrick, mais il est bizarre, non ? »

2012, les désaccords d’Évian

C’est quand tout va mal que les hommes se révèlent. Quand le péril guette que surgissent les idées les plus insensées. En ce printemps 2012, Nicolas Sarkozy reste distancé dans les enquêtes d’opinion par François Hollande. Il a comblé une partie de son retard, mais il lui faut pousser son avantage. Nicolas Sarkozy battu, c’est pour Patrick Buisson un monde qui s’effondre et une carrière qui bascule. Une manne financière qui s’assèche, aussi. Pour arracher une victoire de plus en plus improbable, le conseiller élyséen doit trouver une proposition iconoclaste qui séduise cet électorat populaire, lequel risque fort de manquer au candidat de l’UMP. Une annonce choc, donc, que Patrick Buisson, obsédé par le rejet de l’immigration, la montée de l’islamisme radical et ce qu’il appelle « l’Europe passoire », mûrit derrière les vitres de son bureau de la chaîne Histoire.

Qui peut imaginer que, en 2012, Nicolas Sarkozy a failli proposer de dénoncer les accords d’Evian qui ont mis fin à la guerre d’Algérie ? C’est l’idée qui a germé, à quelques semaines du premier tour, dans le cerveau du conseiller. Pour ce pourfendeur de la décolonisation, qui a consacré tant de livres et de films à cette période et a grandi dans la haine d’un général de Gaulle bradeur d’empire, la solution est à chercher dans le passé colonial de la France. Une proposition osée, qui fera à coup sûr hurler les bien-pensants, mais qui, il en est convaincu, peut permettre une victoire à l’arraché.

Son idée ? Revenir sur la disposition qui prévoit que « les ressortissants algériens résidant en France, et notamment les travailleurs, auront les mêmes droits que les nationaux français, à l’exception des droits politiques ». Ce régime privilégié a été revu à plusieurs reprises dans un sens plus restrictif, rapprochant les Algériens de la loi générale. Reste qu’ils peuvent encore obtenir un titre de séjour spécifique, le « certificat de résidence », qui permet de demeurer plus longtemps en France à condition de justifier d’une présence régulière sur le territoire, d’un emploi stable et de ressources suffisantes. C’est à ce « régime de faveur » que Patrick Buisson veut s’attaquer.

« Meluche »

« J’en suis sûr. Je suis écouté. » La voix de Jean-Luc Mélenchon a blanchi. Près de lui, à quelques mètres, un collaborateur voit des gouttes perler sur son front. Le candidat du Front de gauche à la présidentielle vient de raccrocher après quelques mots murmurés au téléphone, mais la conversation semble l’avoir plongé dans une angoisse irraisonnée. Comme si le seul fait de s’être entretenu avec ce mystérieux correspondant avait suffi à le plonger dans cet étrange accès de fébrilité. (…)

L’homme avec lequel Jean-Luc Mélenchon était en ligne n’est autre que Patrick Buisson. (…) Buisson et Mélenchon se sont rencontrés au début de l’année 1993. Un jeune journaliste de Valeurs actuelles, Eric Branca, a décidé de s’atteler à une biographie de Philippe de Villiers. Patrick Buisson rejoint le projet en cours de route. Il donne au livre du souffle, du lyrisme, de la flamme.

Lorsque l’ami Jean-Luc se décide à concourir à la présidentielle, son conseiller occulte le convainc, chiffres à l’appui, qu’il a un espace à conquérir à gauche du PS. Une alliance subliminale se scelle alors entre les deux hommes.

Pour clore l’ouvrage, les deux auteurs demandent à quatre « hérétiques » qui « ne supportent ni les carcans ni les contraintes » de donner leur avis sur le vicomte vendéen. Buisson a choisi Raoul Girardet, Marie-France Garaud, Bernard Debré et Jean-Luc Mélenchon. La réflexion de ce philosophe de formation qui, à 41 ans, anime avec Julien Dray l’aile gauche du PS sonne agréablement à ses oreilles. « Mélenchon est l’un des derniers socialistes à se référer à une grille d’interprétation marxiste de l’économie et de la société, écrit Buisson après avoir reçu le texte du socialiste. Paradoxalement, ce n’est ni un brasseur de vulgate ni un adepte de la langue de bois. » Il est conquis. « Il faut absolument que tu me le présentes », demande-t‑il à Branca. Le début d’un long dialogue et d’une amitié. (…)

Mélenchon a pris l’habitude de consulter son nouvel ami avant chaque décision stratégique. Buisson met avec plaisir sa science des sondages à son service. Il est de ceux qui l’encouragent à quitter le Parti socialiste en 2008. (…) Les conseils du collaborateur de Nicolas Sarkozy ne sont évidemment pas désintéressés : tout ce qui peut déstabiliser le Parti socialiste est bon à prendre.

Lorsque l’ami Jean-Luc se décide à concourir à la présidentielle, son conseiller occulte le convainc, chiffres à l’appui, qu’il a un espace à conquérir à gauche du PS. Une alliance subliminale se scelle alors entre les deux hommes. Le président sortant cite son nom – la meilleure façon de le faire exister – et vante publiquement son tonus et son tempérament. De son côté, Mélenchon réserve ses flèches les plus venimeuses à François Hollande et à Marine Le Pen, qui menace de prendre des voix au candidat UMP. Il critique le quinquennat du sortant, mais sans s’en prendre personnellement à Nicolas Sarkozy, un « chef de guerre », salue-t-il.

Père et fils

Lorsque Nonce Paolini apprend que Georges Buisson souhaite le rencontrer en cette fin d’année 2012, le patron de TF1 se demande ce que son employé peut bien avoir d’urgent à lui dire. Il ne connaît pas exactement sa fonction au sein du groupe, il n’a guère entendu parler de cet homme effacé et timide. Intrigué, il accepte néanmoins de le recevoir. Un père et un fils dans une entreprise, c’est toujours le risque de se voir plonger, malgré soi, dans des nœuds de vipères et d’inavouables secrets de famille. Et les Buisson ne sont pas vraiment des employés comme les autres. (…)

Tant que son père était le conseiller du prince, Georges rongeait son frein. La défaite de Nicolas Sarkozy lui a donné des ailes. (…) Georges, qui, à 25 ans, vivait encore chez son père, est tombé amoureux à l’orée des années 2000. Il a quitté la maison presque en cachette, pour se marier. Un choc. De son fils, Patrick Buisson savait tout. Il l’a regardé grandir, a filmé tous ses premiers gazouillis, les premiers Noëls, les premiers anniversaires. Quel bon père ! se disaient ceux qui observaient cet homme attentionné, sans comprendre que la vie de Georges était devenue une prison. (…)

Voilà longtemps que la colère et la révolte grondent dans le cœur du fils humilié. Qu’il en a assez de courber l’échine, de rendre service, d’être traité comme un factotum, un stagiaire, alors que, actionnaire à 40 % de Publifact [la société de conseil créée par Patrick Buisson], il se retrouve dans une position délicate. La publication du fameux rapport de la Cour des comptes sur les sondages de l’Elysée, en juillet 2009, a fait naître ses premières inquiétudes. Il est d’autant plus préoccupé qu’il a paraphé un contrat litigieux avec la présidence. « Qu’est-ce que c’est que cette histoire, s’est ému Nicolas Sarkozy. J’ai signé avec le père, pas avec le fils ! »

Une trahison à 10 000 euros

« Dans ma vie, j’en ai connu, des trahisons, mais comme celle-‑là, rarement ! » Le ton est glaçant, les mots tranchants. Jusque-là si prudent à propos d’un homme qui en sait tant sur lui, Nicolas Sarkozy n’a pas pu échapper à une question sur son ancien conseiller [ce 21 septembre 2014, au journal de France 2] (…). La fureur de l’ancien président est à la mesure du coup reçu. Du déni, aussi, dans lequel il s’était enveloppé, comme un amoureux qui refuse l’idée d’être trahi.

Après hésitation, il demande à son avocat Thierry Herzog d’attaquer son ex-conseiller et le site Atlantico, qui a publié des extraits des enregistrements. Son épouse demande à Me Richard Malka de porter plainte en son nom. Un référé d’heure en heure est lancé pour obtenir le retrait immédiat du site des extraits mis en ligne au nom de l’« atteinte à l’intimité de la vie privée ». Le 14 mars 2014, le tribunal de grande instance condamne Atlantico à retirer ses articles, et Patrick Buisson à verser 10 000 euros d’indemnités à chacun des époux Sarkozy. Le 3 juillet, la cour d’appel de Paris confirme le jugement.

Mais Patrick Buisson refuse de s’acquitter de la somme. Payer un homme qu’il a fait élire ! S’il y a un débiteur, c’est bien lui. Il fait passer des messages selon lesquels, si on le presse, il « parlera ». Carla Bruni s’obstine. Elle charge son avocat de recouvrer les 10 000 euros que lui doit l’ancien conseiller de son mari. Le 13 août, un huissier débarque chez le patron de la chaîne Histoire pour exiger le paiement. L’humiliation est totale. Patrick Buisson signe rageusement le chèque. Il s’épanche de nouveau pour expliquer, les yeux plissés par la paranoïa, que l’épouse du président est « à la manœuvre pour le détruire ». C’est elle, via l’éditeur Jean-Paul Enthoven, « son ancien amant et le grand-‑père de son fils, qui manipule Georges et le pousse à écrire un livre vengeur sur moi », ose-t-il devant ses visiteurs.

A Thierry Herzog, son avocat, Nicolas Sarkozy demande de ne pas réclamer à son ancien conseiller le chèque qui lui est destiné. « Il a payé Carla, ce n’est pas la peine d’en rajouter », explique l’ancien président. Prudence de politique ? Patrick Buisson raconte à qui veut l’entendre que, lorsque l’huissier est venu chercher son chèque, il y a joint cinq mots à l’intention du couple Sarkozy : « Pour solde de tout compte. »

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/politique/article/2015/03/17/patrick-buisson-l-eminence-noire-de-nicolas-sarkozy_4595368_823448.html#PDcCCWrB7amGF3ds.99


Syrie: Obama a menti, des gens sont morts (With Syria and Iran, we’re coming to grips with the human and strategic price of the Obama administration’s mendacity)

13 avril, 2017

Bush a menti, des gens sont morts. Slogan bien connu (2003)
Il est 3 heures du matin, le téléphone sonne à la Maison Blanche. Qui voulez-vous voir au bout du fil ? Hillary Clinton
Chemical and biological weapons which Saddam is endeavoring to conceal have been moved from Iraq to Syria. Ariel Sharon (Israel’s Channel 2, Dec. 23, 2002)
Dans l’immédiat, notre attention doit se porter en priorité sur les domaines biologique et chimique. C’est là que nos présomptions vis-à-vis de l’Iraq sont les plus significatives : sur le chimique, nous avons des indices d’une capacité de production de VX et d’ypérite ; sur le biologique, nos indices portent sur la détention possible de stocks significatifs de bacille du charbon et de toxine botulique, et une éventuelle capacité de production.  Dominique De Villepin (05.02.2003)
Damascus has an active CW development and testing program that relies on foreign suppliers for key controlled chemicals suitable for producing CW. George Tenet (CIA, March 2004)
Saddam transferred the chemical agents from Iraq to Syria. No one went to Syria to find it. Lieutenant General Moshe Yaalon
There are weapons of mass destruction gone out from Iraq to Syria, and they must be found and returned to safe hands. I am confident they were taken over. (…) Saddam realized, this time, the Americans are coming. They handed over the weapons of mass destruction to the Syrians. General Georges Sada (2006)
Comme l’exemple d’usage chimique contre les populations kurdes de 1987-1988 en avait apporté la preuve, ces armes avaient aussi un usage interne. Thérèse Delpech (mars 2003)
Les inspecteurs n’ont jamais pu vérifier ce qu’il était advenu de 3,9 tonnes de VX (…) dont la production entre 1988 et 1990 a été reconnue par l’Irak. Bagdad a déclaré que les destructions avaient eu lieu en 1990 mais n’en a pas fourni de preuves. En février 2003 (…) un document a été fourni [par Bagdad] à l’Unmovic pour tenter d’expliquer le devenir d’environ 63 % du VX manquant. Auparavant, les Irakiens prétendaient ne pas détenir un tel document. » Idem pour l’anthrax, dont l’Irak affirmait avoir détruit le stock en 1991. Mais, « en mars 2003, l’Unmovic concluait qu’il existait toujours, très probablement, 10 000 litres d’anthrax non détruits par l’Irak... Comme pour le VX, l’Irak a fourni à l’ONU, en février 2003, un document sur ce sujet qui ne pouvait permettre de conclure quelles quantités avaient été détruites … Thérèse Delpech (2004)
While Western governments were able to pressure Moscow to alter its weapons shipments, Bashar al-Assad may not have limited himself to over-the-counter weapons purchases. The Syrian military’s unconventional weapons arsenal already has a significant stockpile of sarin. The Syrian regime has also attempted to produce other toxic agents in order to advance its inventory of biological weapons. Several different intelligence sources raised red flags about suspicious truck convoys from Iraq to Syria in the days, weeks, and months prior to the March 2003 invasion of Iraq. These concerns first became public when, on December 23, 2002, Ariel Sharon stated on Israeli television, « Chemical and biological weapons which Saddam is endeavoring to conceal have been moved from Iraq to Syria. » About three weeks later, Israel’s foreign minister repeated the accusation. The U.S., British, and Australian governments issued similar statements. The Syrian foreign minister dismissed such charges as a U.S. attempt to divert attention from its problems in Iraq. But even if the Syrian regime were sincere, Bashar al-Assad’s previous statement— »I don’t do everything in this country, »—suggested that Iraqi chemical or biological weapons could cross the Syrian frontier without regime consent. Rather than exculpate the Syrian regime, such a scenario makes the presence of Iraqi weapons in Syria more worrisome, for it suggests that Assad might either eschew responsibility for their ultimate custody or may not actually be able to prevent their transfer to terrorist groups that enjoy close relations with officials in his regime. Two former United Nations weapon inspectors in Iraq reinforced concerns about illicit transfer of weapon components into Syria in the wake of Saddam Hussein’s fall. Richard Butler viewed overhead imagery and other intelligence suggesting that Iraqis transported some weapons components into Syria. Butler did not think « the Iraqis wanted to give them to Syria, but … just wanted to get them out of the territory, out of the range of our inspections. Syria was prepared to be the custodian of them. » Former Iraq Survey Group head David Kay obtained corroborating information from the interrogation of former Iraqi officials. He said that the missing components were small in quantity, but he, nevertheless, felt that U.S. intelligence officials needed to determine what reached Syria. Baghdad and Damascus may have long been rivals, but there was precedent for such Iraqi cooperation with regional competitors when faced with an outside threat. In the run-up to the 1991 Operation Desert Storm and the liberation of Kuwait, the Iraqi regime flew many of its jets to Iran, with which, just three years previous, it had been engaged in bitter trench warfare. Subsequent reports by the Iraq Survey Group at first glance threw cold water on some speculation about the fate of missing Iraqi weapons, but a closer read suggests that questions about a possible transfer to Syria remain open. The September 30, 2004 Duelfer report, while inconclusive, left open such a possibility. While Duelfer dismissed reports of official transfer of weapons material from Iraq into Syria, the Iraq Survey Group was not able to discount the unofficial movement of limited material. Duelfer described weapons smuggling between both countries prior to Saddam’s ouster. In one incident detailed by a leading British newspaper, intelligence sources assigned to monitor Baghdad’s air traffic raised suspicions that Iraqi authorities had smuggled centrifuge components out of Syria in June 2002. The parts were initially stored in the Syrian port of Tartus before being transported to Damascus International Airport. The transfer allegedly occurred when Iraqi authorities sent twenty-four planes with humanitarian assistance into Syria after a dam collapsed in June 2002, killing twenty people and leaving some 30,000 others homeless. Intelligence officials do not believe these planes returned to Iraq empty. Regardless of the merits of this one particular episode, it is well documented that Syria became the main conduit in Saddam Hussein’s attempt to rebuild his military under the 1990-2003 United Nations sanctions, and so the necessary contacts between regimes and along the border would already have been in place. Indeed, according to U.S. Defense Department sources, the weapons smuggling held such importance for the Syrian regime that the trade included Assad’s older sister and his brother-in-law, Assaf Shawqat, deputy chief of Syria’s military intelligence organization. Numerous reports also implicate Shawqat’s two brothers who participated in the Syrian-Iraqi trade during the two years before Saddam’s ouster. While the Duelfer report was inconclusive, part of its failure to tie up all loose ends was due to declining security conditions in Iraq, which forced the Iraq Survey Group to curtail its operations. The cloud of suspicion over the Syrian regime’s role in smuggling Iraq’s weapons—and speculation as to the nature of those weapons—will not dissipate until Damascus reveals the contents of truck convoys spotted entering Syria from Iraq in the run-up to the March 2003 U.S.-led invasion of Iraq. U.S. intelligence officials and policymakers also will not be able to end speculation until Bashar al-Assad completely and unconditionally allows international inspectors to search suspected depots and interview key participants in the Syrian-Iraqi weapons trade. Four repositories in Syria remain under suspicion. Anonymous U.S. sources have suggested that some components may have been kept in an ammunition facility adjacent to a military base close to Khan Abu Shamat, 30 miles (50 kilometers) west of Damascus. In addition, three sites in the western part of central Syria, an area where support for the Assad regime is strong, are reputed to house suspicious weapons components. These sites include an air force factory in the village of Tall as-Sinan; a mountainous tunnel near Al-Baydah, less than five miles from Al-Masyaf (Masyaf); and another location near Shanshar. While the Western media often focus on the fate of Iraqi weapons components, just as important to Syrian proliferation efforts has been the influx of Iraqi weapons scientists. The Daily Telegraph reported prior to the 2003 Iraq war that Iraq’s former special security organization and Shawqat arranged for the transfer into Syria of twelve mid-level Iraqi weapons specialists, along with their families and compact disks full of research material on their country’s nuclear initiatives. According to unnamed Western intelligence officials cited in the report, Assad turned around and offered to relocate the scientists to Iran, on the condition that Tehran would share the fruits of their research with Damascus. The Middle East Quarterly (Fall 2005)
Syria’s President Bashir al-Asad is in secret negotiations with Iran to secure a safe haven for a group of Iraqi nuclear scientists who were sent to Damascus before last year’s war to overthrow Saddam Hussein. Western intelligence officials believe that President Asad is desperate to get the Iraqi scientists out of his country before their presence prompts America to target Syria as part of the war on terrorism.The issue of moving the Iraqi scientists to Iran was raised when President Asad made a visit to Teheran in July. Intelligence officials understand that the Iranians have still to respond to the Syrian leader’s request.  A group of about 12 middle-ranking Iraqi nuclear technicians and their families were transported to Syria before the collapse of Saddam’s regime. The transfer was arranged under a combined operation by Saddam’s now defunct Special Security Organisation and Syrian Military Security, which is headed by Arif Shawqat, the Syrian president’s brother-in-law. The Iraqis, who brought with them CDs crammed with research data on Saddam’s nuclear programme, were given new identities, including Syrian citizenship papers and falsified birth, education and health certificates. Since then they have been hidden away at a secret Syrian military installation where they have been conducting research on behalf of their hosts. Growing political concern in Washington about Syria’s undeclared weapons of mass destruction programmes, however, has prompted President Asad to reconsider harbouring the Iraqis. American intelligence officials are concerned that Syria is secretly working on a number of WMD programmes. They have also uncovered evidence that Damascus has acquired a number of gas centrifuges – probably from North Korea – that can be used to enrich uranium for a nuclear bomb. Relations between Washington and Damascus have been strained since last year’s war in Iraq, with American commanders accusing the Syrians of allowing foreign fighters to cross the border into Iraq, where they carry out terrorist attacks against coalition forces. (…) Under the terms of the deal President Asad offered the Iranians, the Iraqi scientists and their families would be transferred to Teheran together with a small amount of essential materials. The Iraqi team would then assist Iranian scientists to develop a nuclear weapon. Apart from paying the relocation expenses, President Asad also wants the Iranians to agree to share the results of their atomic weapons research with Damascus. The Syrian offer comes at a time when Iran is under close scrutiny from the International Atomic Energy Agency (IAEA) which is investigating claims that Iran is maintaining a secret nuclear bomb programme.  The Daily Telegraph
The pilots told Mr. Sada that two Iraqi Airways Boeings were converted to cargo planes by removing the seats, Mr. Sada said. Then Special Republican Guard brigades loaded materials onto the planes, he said, including « yellow barrels with skull and crossbones on each barrel. » The pilots said there was also a ground convoy of trucks. The flights – 56 in total, Mr. Sada said – attracted little notice because they were thought to be civilian flights providing relief from Iraq to Syria, which had suffered a flood after a dam collapse in June of 2002. (…) Mr. Sada said that the Iraqi official responsible for transferring the weapons was a cousin of Saddam Hussein named Ali Hussein al-Majid, known as « Chemical Ali. » The Syrian official responsible for receiving them was a cousin of Bashar Assad who is known variously as General Abu Ali, Abu Himma, or Zulhimawe. (…) Syria is one of only eight countries that has not signed the Chemical Weapons Convention, a treaty that obligates nations not to stockpile or use chemical weapons. Syria’s chemical warfare program, apart from any weapons that may have been received from Iraq, has long been the source of concern to America, Israel, and Lebanon. The NY Sun
Even when viewed through a post-war lens, documentary evidence of messages are consistent with the Iraqi Survey Group’s conclusion that Saddam was at least keeping a WMD program primed for a quick re-start the moment the UN Security Council lifted sanctions. Iraqi Perpectives Project (March 2006)
By late 2003, even the Bush White House’s staunchest defenders were starting to give up on the idea that there were weapons of mass destruction in Iraq. But WikiLeaks’ newly-released Iraq war documents reveal that for years afterward, U.S. troops continued to find chemical weapons labs, encounter insurgent specialists in toxins and uncover weapons of mass destruction. Wired magazine (2010)
It’s more than a little ironic that, with its newest document dump from the Iraq campaign, WikiLeaks may have just bolstered one of the Bush administration’s most controversial claims about the Iraq war: that Iran supplied many of the Iraq insurgency’s deadliest weapons and worked hand-in-glove with some of its most lethal militias. The documents indicate that Iran was a major combatant in the Iraq war, as its elite Quds Force trained Iraqi Shiite insurgents and imported deadly weapons like the shape-charged Explosively Formed Projectile bombs into Iraq for use against civilians, Sunni militants and U.S. troops. A report from 2006 claims “neuroparalytic” chemical weapons from Iran were smuggled into Iraq. (It’s one of many, many documents recounting WMD efforts in Iraq.) Others indicate that Iran flooded Iraq with guns and rockets, including the Misagh-1 surface-to-air missile, .50 caliber rifles, rockets and much more. As the New York Times observes, Iranian agents plotted to kidnap U.S. troops from out of their Humvees — something that occurred in Karbala in 2007, leaving five U.S. troops dead. (It’s still not totally clear if the Iranians were responsible.) Wired (2010)
Les lamentations sur ce qui est advenu de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient passent à côté de l’essentiel. Le plus remarquable concernant la diplomatie du président Obama dans la région, c’est qu’elle est revenue au point de départ – jusqu’au début de sa présidence. La promesse d’ « ouverture » vers l’Iran, l’indulgence envers la tyrannie de Bashar Assad en Syrie, l’abandon des gains américains en Irak et le malaise systématique à l’égard d’Israël — tels étaient les traits distinctifs de l’approche du nouveau président en politique étrangère. A présent, nous ne faisons qu’assister aux conséquences alarmantes d’une perspective aussi malavisée que naïve. Fouad Ajami (oct. 2013)
The policy of “leading from behind” and the crudity of “We came, we saw, he [Qaddafi] died” have left a human tragedy in Libya. Backing the Muslim Brotherhood in Egypt was an inexplicable choice, and it almost ruined the country. The United States did not need to hound and jail an innocent video maker in order to concoct a myth to cover up the culpable lax security in Benghazi. Yemen was strangely declared a model of our anti-terrorism efforts — just weeks before it ignited into another Somalia or Congo. ISIS was airily written off as a jayvee bunch as it spread beyond Syria and Iraq. There is little need to do a detailed comparison of Iraq now and Iraq in February 2009 (when it was soon to be the administration’s “greatest achievement,” a “stable” and “self-reliant” nation); the mess in between is attributable to Obama’s use of the aftermath of the Iraq War for pre-election positioning. Ordering Assad to flee while ignoring the violence in Syria and proclaiming a faux red line has now tragically led to a million refugees in Europe (and another 4 million in the neighborhood) and more than 200,000 dead. Israel is now considered not an ally, not even a neutral, but apparently a hostile state worthy of more presidential invective than is Iran. We have few if any reliable friends any more in the Gulf. Iran will become a nuclear power. The only mystery over how that will happen is whether Obama was inept or whether he deliberately sought to make the theocracy some sort of a strategic power and U.S. ally. The Middle East over the next decade may see three or four additional new nuclear powers. The Russia of kleptocrat Vladimir Putin is seen in the region as a better friend than is the U.S. — and certainly a far more dangerous enemy to provoke. There is no easy cure for all this; it will take years just to sort out the mess. Victor Davis Hanson
Ce que les Rosenberg avaient fait pour Staline, Obama le fait aujourd’hui pour l’ayatollah Khamenei. Le méprisable accord nucléaire d’Obama avec l’Iran a déjà précipité l’agression iranienne dans la région. En réponse aux concessions faites par Obama, Hillary Clinton et John Kerry, l’Iran raidissait son attitude et devenait plus agressif. À l’heure actuelle, l’Iran est impliqué dans des guerres dans la région, entrainant déjà les États-Unis dans leur sillage. Si l’Iran se dote de l’arme nucléaire, ces guerres s’aggraveront et deviendront beaucoup plus dévastatrices. Ce n’est pas seulement Chamberlain. C’est Quisling et Philippe Pétain. Il ne s’agit nullement d’un mauvais jugement. Il s’agit d’une trahison. (…) En ouvrant à l’Iran la voie vers la bombe nucléaire, Obama a transformé les conflits lents du terrorisme classique en crise de civilisations catastrophique. Une bombe nucléaire iranienne ne se faufilera pas discrètement comme le fait la crise démographique de la migration musulmane avec son complément de terrorisme. Ce ne sera pas un problème progressif. Une course aux armes nucléaires entre sunnites et chiites impliquant des terroristes des deux côtés qui emploient des armes nucléaires rendra insoutenable toute la structure de la civilisation occidentale. L’attaque du 11/9 a vu l’usage de quelques jets pour dévaster une ville. La prochaine vague d’armes pourrait tuer des millions, pas des milliers. Les traîtres qui ont fait de l’URSS une puissance capable de détruire le monde étaient motivés par le même agenda caché des partisans à l’accord nucléaire iranien. Ils croyaient que le monopole nucléaire américain conduirait à l’arrogance et au bellicisme. Ils étaient convaincus que la puissance américaine devrait être surveillée en s’assurant que l’union soviétique puisse égaler l’oncle Sam, nucléaire pour nucléaire. Ceux qui ont ouvert les portes du nucléaire à Téhéran aujourd’hui croient qu’un Iran nucléaire aura un effet dissuasif contre l’impérialisme américain dans la région. Leur nombre inclut Barack Obama.(…) Obama a trahi l’Amérique. Il a trahi les victimes américaines du terrorisme iranien. Il a trahi les soldats américains qui ont été assassinés, mutilés et torturés par les armées terroristes iraniennes. Il a trahi des centaines de millions d’Américains dans leur patrie, et qui seront contraints d’élever leurs enfants sous l’égide de la terreur nucléaire iranienne. Sa trahison nucléaire est non seulement une trahison de l’Amérique. Pour la première fois depuis la fin de la guerre froide, elle ouvre les portes de l’assassinat en masse de millions d’américains par un ennemi vicieux. Obama a appauvri des millions d’Américains, il a le sang des soldats et des policiers sur ses mains, mais son héritage final peut être la collaboration dans un acte d’assassinat en masse qui pourrait rivaliser avec Adolf Hitler. Daniel Greenfield
Pour nous, la ligne rouge, c’est l’utilisation d’armes chimiques  ; ça changerait ma vision des choses. Barack Hussein Obama
Je suis convaincu que si cet accord-cadre mène à un accord total et définitif, notre pays, nos alliés et le monde seront plus en sécurité. L’Iran sera « plus inspecté que n’importe quel autre pays dans le monde. Si l’Iran triche, le monde le saura. Si nous voyons quelque chose de louche, nous mènerons des inspections.  Cet accord n’est pas basé sur la confiance, il est basé sur des vérifications sans précédent. Barack Hussein Obama (2015)
Il y a un manuel de stratégie à Washington que les présidents sont censés utiliser. (…) Et le manuel de stratégie prescrit des réponses aux différents événements, et ces réponses ont tendance à être des réponses militarisées. (…) Au milieu d’un défi international comme la Syrie, vous êtes jugé sévèrement si vous ne suivez pas le manuel de stratégie, même s’il y a de bonnes raisons. (…) Je suis très fier de ce moment.  Le poids écrasant de la sagesse conventionnelle et la machinerie de notre appareil de sécurité nationale était allés assez loin. La perception était que ma crédibilité était en jeu, que la crédibilité de l’Amérique était en jeu. Et donc pour moi d’appuyer sur le bouton arrêt à ce moment-là, je le savais, me coûterait cher politiquement. Le fait que je pouvais me débarrasser des pressions immédiates et réfléchir sur ce qui  était dans l’intérêt de l’Amérique, non seulement à l’égard de la Syrie, mais aussi à l’égard de notre démocratie, a été une décision très difficile – et je crois que finalement, ce fut la bonne décision à prendre. (…) Je suppose que vous pourriez me qualifier de réaliste qui croit que nous ne pouvons pas soulager toute la misère du monde. Barack Hussein Obama (2016)
Je ne regrette pas du tout d’avoir dit que si je voyais Bachar al-Assad utiliser des armes chimiques contre son peuple, cela changerait mon évaluation sur ce que nous étions prêts à faire ou pas en Syrie. J’aurais fait une plus grande erreur si j’avais dit ‘Eh, des armes chimiques. Ça ne change pas vraiment mes calculs’. Je pense qu’il était important pour moi en tant que président des États-Unis d’envoyer le message qu’il y a bien quelque chose de différent sur les armes chimiques. Et malgré la façon dont ça s’est fini (…) ce qui est vrai c’est qu’Assad s’est débarrassé de ses armes chimiques. Barack Hussein Obama (15.01.2017)
Nous avons réussi à faire en sorte que le gouvernement syrien abandonne volontairement et de manière évidente son stock d’armes chimiques. Susan Rice (16.01.2017)
Cette interrogation n’en finit pas de tourmenter  Barack Obama. A-t-il pris, ce jour-là, la bonne décision  ? De cette décision il a affirmé être  « fier », mais il a aussi assuré, dans une même interview, que  le dossier syrien est  «  son plus grand regret  ».  Par prudence, mieux vaut dire tout et son contraire, car il  sait ce qu’on en pense  : sa décision a changé la face  du monde. La plus grave attaque chimique depuis  la Seconde Guerre mondiale demeurée impunie  ? La  victoire de Bachar el-Assad  ? L’ascension des djihadistes  ? La montée en puissance des Russes au Moyen- Orient, en Europe et au-delà  ? L’effacement de l’Occident  ? Peut-être même la victoire de Donald Trump  ?  Tout partirait de son choix, de cette journée-là. Le 30 août 2013 (…) Le matin même,  il a annoncé publiquement réfléchir à  «  une action limitée contre Bachar  ».  Ses alliés français, la Ligue arabe,  l’Australie fourbissent leurs armes. Kerry a quasiment  annoncé la réplique américaine  :  « La crédibilité du président comme celle des Etats-Unis sont engagées.  »  Et même  :  « L’Histoire nous jugerait sévèrement si on ne faisait rien » … A  vrai  dire,  il  n’aurait  jamais  pensé  se  retrouver  dans cette situation. Autour de la table, chacun a en  tête  sa  conférence  de  presse  donnée  un  an  auparavant, presque jour pour jour, le 20 août 2012, et une  phrase. Un journaliste lui avait demandé ce qui pourrait infléchir sa position, pour le moins prudente, sur  le conflit syrien, lui qui refuse d’armer les rebelles.  «  Pour nous, la ligne rouge, c’est l’utilisation d’armes chimiques  ; ça changerait ma vision des choses  »,  avait-il  répondu. A question imprévue réponse non préparée. Ses  conseillers avaient été interloqués. Certes, El-Assad  avait été mis en garde par des canaux discrets, mais  rendre  publique  une  ligne  rouge  n’est  jamais  une   bonne chose. On s’était promptement rassuré  ; le régime  syrien  semblait  tellement  affaibli  qu’il  n’oserait pas s’attirer les foudres du président des Etats-Unis. Il a pourtant osé, comme en témoignent les schémas et les photos satellites qu’on diffuse dans la salle  de crise. Il y a eu d’abord de petites attaques chimiques  au printemps. Puis, devant l’absence de réactions, le  21 août 2013, cette attaque d’ampleur dans la banlieue  de Damas, plus tard contestée  (…).  Bachar  a-t-il voulu tester les Etats-Unis  ? Ou, simplement, son  armée n’avait-elle pas d’autres moyens de terrifier sa  population insurgée  ? On ne sait pas. Auprès de Philip Gordon, Obama a insisté  :  «  Il nous faut des preuves.  »  «  Le président était hanté par l’Irak et ne voulait pas entrer  en  guerre  sur  la  base  de  simples  suspicions» ,  témoigne   Gordon. Mais les preuves sont là. Les obus au gaz sarin tirés par le camp loyaliste ont tué environ 1  400  personnes, dont beaucoup d’enfants, selon une note de  la CIA dont chacun, dans la pièce, a reçu une copie.  Plus  contraignantes  que  les  preuves,  les  images.   Atroces, elles ont fait le tour du monde. Ce père qui  tient sa fillette morte dans les bras et qui l’interpelle,  lui, le président des Etats-Unis  :  «  Je vous en prie  ! Ce  ne sont que des enfants  ! Ils n’ont encore rien vu de la vie.  Du chimique ! »  Il est contraint de répondre. Un tabou,  depuis la Seconde Guerre mondiale, a été transgressé,  les traités internationaux ont été violés, l’ordre du  monde menacé, l’Amérique défiée. (….) Tout le pousse à intervenir… Mais… Le Parlement  britannique  a  mis  son  veto  la  veille.  C’est  une  première alerte. (…) Il converse  pendant trois quarts d’heure avec son plus proche allié,  le  Français  François  Hollande,  dont  les  Rafale   chargent leurs missiles de croisière Scalp. Il l’assure  que rien n’est changé. L’après-midi s’achève. (…) Il n’aime guère  les  choix  tranchés,  préférant  le  consensus. (…) Il propose à un homme  de confiance d’aller se promener dans le jardin de la  Maison-Blanche. Cet homme, c’est son chef de l’ad ministration, Denis McDonough  : ni un militaire ni  un diplomate, mais son collaborateur le plus loyal.  Pendant une heure, il lui livre ses doutes. Tout cela  est trop incertain. Ne va-t-il pas engager son pays dans  une nouvelle guerre alors qu’il a été élu pour se dé sengager de conflits coûteux  ? Et puis, cela ne risque- t-il pas de mettre en péril son grand œuvre, l’accord  nucléaire avec l’Iran  ? Trop de risques. Il teste une idée  auprès de McDonough  : demander une autorisation  préalable au Congrès. Une manière de reculer, car chacun sait qu’un soutien du Congrès est plus qu’incertain. (…) En  début  de  soirée,  il  convoque  à  nouveau  ses   conseillers dans son bureau. L’ambiance est décontractée. Il leur annonce la nouvelle. Ils n’en reviennent  pas. Ils insistent  :  «  Ce sera dévastateur pour votre autorité politique »,  le préviennent-ils. Il tient bon. Gordon  nous avoue avoir été estomaqué. Devant lui, Obama  raisonne en politique  :  «  Si ça ne dissuade pas Assad de  recommencer, si des inspecteurs de l’Onu sont pris comme  boucliers humains, si on perd un pilote, j’aurai l’opinion,  le Congrès sur le dos. On me reprochera tout et son contraire,  d’être intervenu, de ne pas être intervenu plus fortement,  de ne pas être intervenu plus légèrement.  »  Gordon se souvient  d’un  autre  argument  du  président   :  le  risque   d’engrenage.  Si  Assad  ou  ses  parrains  russes  et  iraniens  décidaient  d’une  nouvelle  attaque  chimique   «  trois semaines plus tard  »,  alors  «  on devrait frapper de nouveau, et plus fort, et ainsi de suite  ».  Il ne serait plus  maître du processus, craint-il, alors qu’Assad le serait.  Cela, cet homme qui veut tout contrôler ne peut l’accepter. Et rien n’est moins contrôlable qu’une guerre. (…) Il prévient Kerry, qui est furieux.  «  L’Histoire nous jugera  avec une sévérité extrême  »,  lâche ce dernier à ses collaborateurs et à certains de ses homologues étrangers.  Le lendemain, à 18 heures, quelques heures avant l’attaque, il contacte aussi Hollande, qui tombe de haut.  (…) Puis (…) sur le perron de la Maison-Blanche, Barack Obama tient une conférence de presse  : « J’ai décidé d’intervenir,  proclame-t-il, avant d’ajouter  :  mais je demanderai que cet usage de la force soit approuvé par le Congrès.  »  Il s’est donné du temps. C’est fini. Il vient de changer l’ordre du monde sans pouvoir, à cet instant, le  deviner.  Certains  comprennent  en  revanche  que  rien ne sera plus comme avant. Sur les hauteurs de Damas, Bachar el-Assad comprend qu’il n’a plus rien à craindre des Occidentaux.  Il se paiera même le luxe d’utiliser de nouveau des  armes  chimiques  deux  ans  plus  tard.  L’opposition   «  modérée  », autour de l’Armée syrienne libre, sent  que l’Occident l’abandonne. Les djihadistes, mieux  armés, recrutent les déçus et montent en puissance,  scellant le piège qui permettra au président syrien de se présenter comme rempart contre le chaos. Au Kremlin, Vladimir Poutine se jette sur l’occasion. Aux Américains il offre de convaincre El-Assad  de  détruire  ses  armes  chimiques  contre  l’abandon  de tout projet d’intervention. Comment refuser, après  avoir reculé le 30 août  ? La Russie prend la main en  Syrie.  Plus  tard,  Poutine  estimera  ne  rien  redouter  du  président  américain  et  envahira  la  Crimée.  Les   Républicains et un certain Donald Trump, admirateur  de  Poutine,  ne  cesseront  de  dénoncer  ce  nouveau  Munich  et  ce  président  qui  a  affaibli  une   Amérique qu’il faudrait rendre  « great  again ». Il ne lui reste que des questions sans réponses. Que  se serait-il passé s’il avait frappé  ? Ce 30 août 2013 est-il  le jour où Obama a mis fin au règne des Etats-Unis  comme seule superpuissance mondiale  ? Le jour où  le  camp  des  démocraties  a  dû  renoncer  à  se  battre  pour ses valeurs  ? Antoine Vatkine
This is the president’s mendacity continuing to a degree that is really quite remarkable. « There are people on both sides and beyond » – so he means Republicans at home and Israelis – « who are against the diplomatic resolution ». That’s a lie. They are against this diplomatic resolution, the deal he’s doing, that any observer will tell you paves the road to an Iranian nuclear weapon that is legitimate and accepted by the international community. It is a disaster. That’s why it is opposed. People are not opposed to diplomacy, they are opposed to a specific deal. And to address this to Iranians as if Iran is a democracy when it’s a dictatorship that put down a democratic revolution in 2009 of which he turned his face and never supported is disgraceful. Charles Krauthammer
The disgusting aspect of the last eight years is that Obama mistook the sidelines for the moral high ground. So he would use all this lofty rhetoric about red lines and he would stand there would be people killing each other, slaughtering each other, dead babies and he’d stand there with his hand on his hip giving a speech. And he stripped words of their meaning. And Trump isn’t as articulate. He isn’t as polished but his words have meaning. And to do that while is he having dinner with the Chinese. You said did he tell him over the salad bowl, as I understand it, he told him over the creme brulee or the tiramisu. How cool is that to actually make the Chinese politburo sit through a night of American targeted bombing? I think he’s accomplished certain things. He sent a message to the Chinese as they are sitting across the dinner table from him. He sent a message to Putin, and, thereby, incidentally also made all these stupid investigations of investigations of investigations that the Senate and the House are chasing their tails and look absolutely ridiculous. You know, he has picked a fight with Putin at a when Congress has spent and Susan Rice has spent a year investigating whether he is Putin stooge. How stupid do they look? I think they understand this is really — last night was inauguration day. That America is back in the world. Mark Steyn
L’actualité de ces dernières semaines a mené certains à douter de la maîtrise de Trump sur son personnel et sur sa politique intérieure, tandis que d’autres le disaient carrément indifférent aux affaires étrangères. D’abord le fiasco Ryancare. Fidèle à ses promesses, Trump a voulu abroger l’Obamacare, mais mal lui en a pris de faire confiance au si peu fiable Speaker de la Chambre, Paul Ryan, et de s’engager à ses côtés, croyant pouvoir ainsi gagner des votes démocrates. Le « plan en 3 phases » du technocrate Ryan, trop compliqué et n’abrogeant pas les pires mesures de la loi d’Obama, ne pouvait que rencontrer l’opposition ferme du Freedom Caucus, la trentaine de représentants les plus conservateurs de la base électorale de Trump. L’échec est pour Ryan. Trump s’en sort plutôt bien, même si le poids fiscal d’Obamacare perdure et va donc le gêner dans sa réforme fiscale d’envergure. Au moins a-t-il appris, sur le tas, qu’il ne servait à rien de courtiser des démocrates obtus et qu’il valait mieux pour lui s’impliquer le moins possible dans les jeux du Congrès. Puis, font désordre les disputes de personnel au sein des divers ministères et le fait que Trump, soi-disant complètement ballotté entre des avis divergents, tarderait à débarrasser son administration « des restes d’Obama », même à des postes élevés, parce que, en gros, il subirait l’influence de Tillerson, Mattis, McMaster et Kushner (le « Premier Gendre »), tous des centristes-interventionnistes, en opposition radicale au nationaliste-isolationniste Bannon… Tout cela sur fond de l’exécrable Russiagate, servi tous les jours par les démocrates dans l’espoir de délégitimer Trump et de l’empêcher de gouverner. Lassant, le feuilleton se retourne contre ses auteurs avec le scandale des écoutes de l’équipe de transition de Trump : ex-ambassadeur à l’ONU et ex-Conseiller à la Sécurité nationale, l’incroyable Susan Rice, après avoir nié (ce n’était jamais que la 4e fois qu’elle mentait pour protéger Obama), reconnaît avoir « dévoilé » l’identité de plusieurs personnes et autorisé des fuites à la presse… Rappelons que les démocrates ne s’émouvaient pas des ingérences russes lorsque celles-ci semblaient favoriser leur candidate et que ce sont eux qui ont un long passé de connivence avec la Russie : de Roosevelt et Staline aux espions à la solde de l’URSS sous Truman, jusqu’à la « flexibilité » promise par Obama en 2012 à Medvedev, concrétisée en 2013 par l’abandon pur et simple de ses responsabilités au Moyen-Orient à Poutine… La réalité est que Trump peuple ses agences de gens d’avis opposés, exprès, afin d’appréhender toutes les possibilités pour trancher par lui-même. Pragmatique, mais n’hésitant pas à prendre des risques, il vient de prouver qu’il était bien maître à bord. Tous les pourparlers à l’amiable ayant échoué, Trump riposte à l’intolérable par les frappes de 59 missiles Tomahawk sur la base syrienne de Shayrat, chargée du largage de gaz sarin. Fait remarquable : sans toucher aux 5 autres bases aériennes de l’armée syrienne et sans causer le moindre dommage aux installations russes. Simple avertissement, parfaitement ciblé et mesuré, destiné à protéger les quelque mille militaires américains présents sur le théâtre d’opérations et à montrer que l’Amérique est de retour et qu’il faut désormais compter avec sa détermination. La Syrie et l’État islamique, mais aussi la Chine, la Russie, l’Iran, la Corée du Nord peuvent en prendre note, tandis que les alliés traditionnels au Moyen-Orient et en Asie se rassurent, comme devraient se rassurer les Européens s’il leur restait quelque bon sens. Et c’est tout ! Il n’y a pas d’escalade, ni d’intention de régler les affaires de la Syrie, ni (hélas !) de reprendre le bâton de policier du monde. Seulement l’intention de ne plus rester passif face aux agressions… Evelyne Joslain
Syria is weird for reasons that transcend even the bizarre situation of bombing an abhorrent Bashar al-Assad who was bombing an abhorrent ISIS — as we de facto ally with Iran, the greater strategic threat, to defeat the more odious, but less long-term strategic threat, ISIS. Trump apparently hit a Syrian airfield to express Western outrage over the likely Syrian use of chemical weapons. Just as likely, he also sought to remind China, Russia, Iran, and North Korea that he is unpredictable and not restrained by self-imposed cultural, political, and ethical bridles that seemed to ensure that Obama would never do much over Chinese and Russian cyber-warfare, or Iranian interception of a U.S. warship or the ISIS terror campaign in the West or North Korea’s increasingly creepy and dangerous behavior. But the strike also raised as many questions as it may have answered. (…) Trump campaigned on not getting involved in Syria, deriding the Iraq War, and questioning the Afghan effort. Does his sudden strike signal a Jacksonian effort to hit back enemies if the mood comes upon us — and therefore acceptable to his base as a sort of one-off, don’t-tread-on-me hiss and rattle? Or does the strike that was so welcomed by the foreign-policy establishment worry his supporters that Trump is now putting his suddenly neocon nose in someone’s else’s business? And doing so without congressional authorizations or much exegesis? Does the Left trash Trump for using force or keep quiet, given the ostensible humanitarian basis for the strike, and the embarrassing contrast with Obama, whose reset with Russia led to inviting Putin into the Middle East to solve the WMD problem that we could not, and which Obama and Susan Rice not long ago assured us was indeed solved by our de facto friend at the time Putin? These dilemmas, apart from Obama’s prior confusion about Syria and Russia, arise in part because Trump never thought it wise or necessary to resolve contradictions in Trumpism — especially at what point the long overdue need to restore U.S. respect and deterrence to end “lead from behind” appeasement becomes overseas entanglements not commensurate with Trump’s “America First” assurances. Victor Davis Hanson
Now we’re coming to grips with the human and strategic price of the Obama administration’s mendacity. The sham agreement gave Assad confidence that he could continue to murder his opponents indefinitely without fear of Western reprisal. It fostered the view that his regime was preferable to its opponents. It showed Tehran that it could drive a hard diplomatic bargain over its nuclear file, given that the administration was so plainly desperate for face-saving excuses for inaction. And it left Mr. Obama’s successor with a lousy set of options. Rex Tillerson and Nikki Haley erred badly by announcing, just days before last week’s sarin attack, that the Trump administration had no plans to depose Assad. They gave the dictator reason to believe he had as little to fear from this U.S. president as he did from the last one. But, unlike their predecessors, the secretary of state and U.N. ambassador deserve credit for learning from that mistake—as does the president they serve. The core of the problem in Syria isn’t Islamic State, dreadful as it is. It’s a regime whose appetite for unlimited violence is one of the main reasons ISIS has thrived. To say there is no easy cure for Syria should not obscure the fact that there won’t be any possibility of a cure until Assad falls. Mr. Obama and his advisers will never run out of self-justifications for their policy in Syria. They can’t outrun responsibility for the consequences of their lies. Bret Stephens

Attention: un mensonge peut en cacher un autre !

Au terme d’une semaine à donner le tournis …

Où l’on redécouvre non seulement en Syrie les armes chimiques soi-disant inexistantes de Saddam Hussein

Mais où après avoir tant critiqué les guerres d’Irak – prétendus mensonges sur les ADM compris – et d’Afghanistan ou appelé à la retenue sur la Syrie …

Le champion de l’Amérique d’abord et de la non-ingérence surprend tout son monde …

Avec le bombardement d’une base aérienne syrienne d’où aurait été lancé une attaque chimique de populations civiles …

Comment au-delà des nombreuses questions que soulève le revirement du président Trump …

Ne pas voir l’incroyable propension au mensonge d’une Administration …

Qui sans compter la mise sur écoutes et l’autorisation de fuites à la presse concernant l’équipe de son futur successeur …

Se vantait jusqu’il y a trois mois de son accord d’élimination des ADM syriennes ?

Et surtout ne pas s’inquiéter de l’autre grand motif de fierté de ladite administration Obama …

A savoir l’accord prétendument sans faille sur le nucléaire iranien ?

The Price of Obama’s Mendacity
The consequences of his administration’s lies about Syria are becoming clear
Bret Stephens
The Wall Street Journal
April 10, 2017

Last week’s cruise-missile strike against a Syrian air base in response to Bashar Assad’s use of chemical weapons has reopened debate about the wisdom of Barack Obama’s decision to forgo a similar strike, under similar circumstances, in 2013.

But the real issue isn’t about wisdom. It’s about honesty.

On Sept. 10, 2013, President Obama delivered a televised address in which he warned of the dangers of not acting against Assad’s use of sarin gas, which had killed some 1,400 civilians in the Damascus suburb of Ghouta the previous month.

“If we fail to act, the Assad regime will see no reason to stop using chemical weapons,” Mr. Obama said. “As the ban against these weapons erodes, other tyrants will have no reason to think twice about acquiring poison gas, and using them. Over time, our troops would again face the prospect of chemical weapons on the battlefield. And it could be easier for terrorist organizations to obtain these weapons, and use them to attack civilians.”

It was a high-minded case for action that the president immediately disavowed for the least high-minded reason: It was politically unpopular. The administration punted a vote to an unwilling Congress. It punted a fix to the all-too-willing Russians. And it spent the rest of its time in office crowing about its success.

In July 2014 Secretary of State John Kerry claimed “we got 100% of the chemical weapons out.” In May 2015 Mr. Obama boasted that “Assad gave up his chemical weapons. That’s not speculation on our part. That, in fact, has been confirmed by the organization internationally that is charged with eliminating chemical weapons.” This January, then-National Security Adviser Susan Rice said “we were able to get the Syrian government to voluntarily and verifiably give up its chemical weapons stockpile.”

Today we know all this was untrue. Or, rather, now all of us know it. Anyone paying even slight attention has known it for years.

In June 2014 U.N. Ambassador Samantha Power noted “discrepancies and omissions related to the Syrian government’s declaration of its chemical weapons program.” But that hint of unease didn’t prevent her from celebrating the removal “of the final 8% of chemical weapons materials in Syria’s declaration” of its overall stockpile.

The following summer, The Wall Street Journal’s Adam Entous and Naftali Bendavid reported “U.S. intelligence agencies have concluded that the [Assad] regime didn’t give up all of the chemical weapons it was supposed to.” In February 2016, Director of National Intelligence James Clapper confirmed the Journal’s story, telling Congress “Syria has not declared all the elements of its chemical weapons program.”

Why did Mr. Obama and his senior officials stick to a script that they knew was untethered from the facts? Let’s speculate. They thought the gap between Assad’s “declared” and actual stockpile was close enough for government work. They figured a credulous press wouldn’t work up a sweat pointing out the difference. They didn’t imagine Assad would use what was left of his chemical arsenal for fear of provoking the U.S.

And they didn’t want to disturb the public narrative that multilateral diplomacy was a surer way than military action to disarm rogue Middle Eastern regimes of their illicit weapons. Two months after Mr. Obama’s climb-down with Syria, he signed on to the interim nuclear deal with Iran. The remainder of his term was spent trying not to upset the fragile beauty of his nuclear diplomacy.

Now we’re coming to grips with the human and strategic price of the Obama administration’s mendacity. The sham agreement gave Assad confidence that he could continue to murder his opponents indefinitely without fear of Western reprisal. It fostered the view that his regime was preferable to its opponents. It showed Tehran that it could drive a hard diplomatic bargain over its nuclear file, given that the administration was so plainly desperate for face-saving excuses for inaction.

And it left Mr. Obama’s successor with a lousy set of options.

Rex Tillerson and Nikki Haley erred badly by announcing, just days before last week’s sarin attack, that the Trump administration had no plans to depose Assad. They gave the dictator reason to believe he had as little to fear from this U.S. president as he did from the last one.

But, unlike their predecessors, the secretary of state and U.N. ambassador deserve credit for learning from that mistake—as does the president they serve. The core of the problem in Syria isn’t Islamic State, dreadful as it is. It’s a regime whose appetite for unlimited violence is one of the main reasons ISIS has thrived. To say there is no easy cure for Syria should not obscure the fact that there won’t be any possibility of a cure until Assad falls.

Mr. Obama and his advisers will never run out of self-justifications for their policy in Syria. They can’t outrun responsibility for the consequences of their lies.

Voir aussi:

Hall of Mirrors in Syria
Victor Davis Hanson
The National Review Corner
April 10, 2017

Syria is weird for reasons that transcend even the bizarre situation of bombing an abhorrent Bashar al-Assad who was bombing an abhorrent ISIS — as we de facto ally with Iran, the greater strategic threat, to defeat the more odious, but less long-term strategic threat, ISIS.

Trump apparently hit a Syrian airfield to express Western outrage over the likely Syrian use of chemical weapons. Just as likely, he also sought to remind China, Russia, Iran, and North Korea that he is unpredictable and not restrained by self-imposed cultural, political, and ethical bridles that seemed to ensure that Obama would never do much over Chinese and Russian cyber-warfare, or Iranian interception of a U.S. warship or the ISIS terror campaign in the West or North Korea’s increasingly creepy and dangerous behavior.

But the strike also raised as many questions as it may have answered.

Is Trump saying that he can send off a few missiles anywhere and anytime rogues go too far? If so, does that willingness to use force enhance deterrence? (probably); does it also risk further escalation to be effective? (perhaps); and does it solve the problem of an Assad or someone similar committing more atrocities? (no).

Was the reason we hit Assad, then, because he is an especially odious dictator and kills his own, or that the manner in which he did so was cruel and barbaric (after all, ISIS burns, drowns, and cuts apart its victims without much Western reprisals until recently)? Or is the reason instead that he used WMD, and since 1918 with a few exceptions (largely in the Middle East), “poison” gas has been a taboo weapon among the international community? (Had Assad publicly beheaded the same number who were gassed, would we have intervened?)

Do we continue to sort of allow ISIS to fight it out with Syria/Iran/Hezbollah in the manner of our shrug during the Iran-Iraq War and in the fashion until Pearl Harbor that we were okay with the Wehrmacht and the Red Army killing each other en masse for over five months in Russia? Or do we say to do so cynically dooms innocents in a fashion that they are not quite as doomed elsewhere, or at least not doomed without chance of help as is true in North Korea?

Trump campaigned on not getting involved in Syria, deriding the Iraq War, and questioning the Afghan effort. Does his sudden strike signal a Jacksonian effort to hit back enemies if the mood comes upon us — and therefore acceptable to his base as a sort of one-off, don’t-tread-on-me hiss and rattle?

Or does the strike that was so welcomed by the foreign-policy establishment worry his supporters that Trump is now putting his suddenly neocon nose in someone’s else’s business? And doing so without congressional authorizations or much exegesis?

Does the Left trash Trump for using force or keep quiet, given the ostensible humanitarian basis for the strike, and the embarrassing contrast with Obama, whose reset with Russia led to inviting Putin into the Middle East to solve the WMD problem that we could not, and which Obama and Susan Rice not long ago assured us was indeed solved by our de facto friend at the time Putin?

These dilemmas, apart from Obama’s prior confusion about Syria and Russia, arise in part because Trump never thought it wise or necessary to resolve contradictions in Trumpism — especially at what point the long overdue need to restore U.S. respect and deterrence to end “lead from behind” appeasement becomes overseas entanglements not commensurate with Trump’s “America First” assurances. At some point, does talking and tweeting toughly (“bomb the sh** out of ISIS”) require a Tomahawk missile to retain credibility? And does “Jacksonianism” still allow blowing some stuff up, but not doing so at great cost and for the ideals of consensual government rather than immediate U.S. security?

Most likely for now, Trump’s strike resembles Reagan’s 1986 Libyan bombing that expressed U.S. outrage over Libyan support for then recent attacks on Americans in Berlin. But Reagan’s dramatic act (in pursuit of U.S. interests, not international norms) did not really stop Moammar Qaddafi’s support for terrorists (cf. the 1988 likely Libyan-inspired retaliatory Lockerbie bombing) or do much else to muzzle Qaddafi.

About all we can say, then, about Trump’s action was that he felt like it was overdue — or like a high-school friend once put to me after unexpectedly unloading on a school bully who daily picked on weaklings, “It seemed a good idea at the time.”

Voir également:

La semaine de Trump.Virage à 180 degrés sur la Syrie
Gabriel Hassan
Courrier international
07/04/2017

Attaque à l’arme chimique en Syrie, rencontres avec les présidents égyptien et chinois : la semaine de Donald Trump a été très chargée sur le front diplomatique. Avec des déclarations à donner le tournis.

Le départ de Bachar El-Assad de Syrie ne faisait pas partie jusqu’ici des priorités du président Trump. L’attaque chimique qui a eu lieu dans la région d’Idlib pourrait changer les choses.

  • Les États-Unis attaquent Bachar El-Assad

Donald Trump change de cap. Trois jours après l’attaque chimique à Khan Cheikhoun, dans la région d’Idlib (nord-ouest de la Syrie), le président américain a ordonné le bombardement d’une base aérienne syrienne.

Dans la nuit de jeudi à vendredi – vers 20 h 40 heure de Washington – 59 missiles Tomahawk ont été tirés par la marine américaine. Il s’agit de “la première attaque américaine contre le régime de Bachar El-Assad depuis le début de la guerre en Syrie”, il y a six ans, souligne The Washington Post. Et de la première intervention militaire de la présidence Trump.

Le président américain a déclaré cette nuit qu’“il [était] dans l’intérêt national et vital des États-Unis de prévenir et de décourager la propagation et le recours aux armes chimiques mortelles”, rapporte The New York Times.

Réuni en urgence à l’Organisation des Nations unies mercredi soir, le Conseil de sécurité avait, à l’exception de la Russie, fermement condamné le régime de Bachar El-Assad. Brandissant des photos de victimes, l’ambassadrice américaine Nikki Haley avait assuré que les États-Unis étaient prêts à agir unilatéralement en cas de mésentente.

L’opération militaire de la nuit dernière constitue un revirement important. Il y a une semaine, Nikki Haley avait laissé entendre que Washington s’accommoderait de Bachar El-Assad, mais l’attaque à l’arme chimique perpétrée près d’Idlib, qui a fait des dizaines de victimes, semble avoir tout remis en question. Le 5 avril, Trump a déclaré que le président syrien avait franchi “beaucoup, beaucoup de lignes”, laissant ainsi entendre qu’il devrait peut-être partir.

  • Deux hommes forts en visite

Le président égyptien Abdelfattah Al-Sissi en début de semaine à la Maison-Blanche, le président chinois Xi Jinping jeudi 6 et vendredi 7 avril à Mar-a-Lago, en Floride : Trump aura reçu en quelques jours deux présidents très autoritaires.

Le dirigeant américain a fait un véritable éloge du leader égyptien, saluant son “boulot fantastique, dans une situation très difficile”. Pour une large partie de la presse américaine, ce soutien affiché à un régime brutal est une erreur, qui ne sert qu’en apparence les intérêts américains.

Les discussions s’annonçaient plus difficiles avec le président chinois, accueilli dans la résidence personnelle de Donald Trump en Floride. Sur Twitter, avant leur rencontre, le locataire de la Maison-Blanche avait mis la pression, car il a besoin de la coopération de Pékin en matière commerciale, et surtout concernant le brûlant dossier nord-coréen. Xi Jinping avait donc beaucoup de cartes en main. Et Trump ne pouvait pas cette fois pratiquer la “diplomatie du golf”, un sport mal vu chez les officiels chinois.

  • Lutte de clans à la Maison-Blanche

L’influence de Steve Bannon, l’éminence grise de Trump, n’est apparemment plus sans limite. Le stratège en chef de Donald Trump a été évincé le 5 avril du Conseil de sécurité nationale, où sa nomination avait fait polémique. Une victoire pour le conseiller de Trump pour la sécurité nationale, le lieutenant général H. R. McMaster.

À travers lui, c’est le clan des “nationalistes économiques”, tenants d’une ligne populiste, qui essuie un revers.

À l’inverse, Jared Kushner, gendre de Trump et membre, selon un chroniqueur du Washington Post, du clan des “New-Yorkais” ou “démocrates”, n’en finit plus d’accumuler les missions. À son programme : réformer l’État fédéral, instaurer la paix au Proche-Orient, servir d’intermédiaire avec la Chine ou le Mexique. Rien que cela… En visite en Irak en début de semaine, l’époux d’Ivanka Trump a même devancé le secrétaire d’État américain sur ce terrain hautement stratégique dans la lutte contre Daech.

  • Encore des accusations

Rares sont les semaines où Trump ne fait pas de déclaration polémique. Le président a encore émis des accusations sans preuve, visant cette fois Susan Rice, conseillère de Barack Obama pour la sécurité nationale. D’après lui, cette dernière pourrait avoir commis un crime en demandant à ce que soient dévoilés les noms de collaborateurs de Trump mentionnés de manière incidente dans des communications interceptées lors de la présidence d’Obama. Reprenant à son compte des accusations lancées par des médias conservateurs, Trump a déclaré au New York Times :

C’est une affaire tellement importante pour notre pays et pour le monde. C’est une des grandes affaires de notre temps.”

Pour ses détracteurs, cette assertion n’est que la dernière tentative en date pour détourner l’attention des questions au sujet des liens de son entourage avec la Russie. En mars, Trump avait accusé Obama de l’avoir “mis sur écoute” à la Trump Tower durant la campagne présidentielle.

  • Neil Gorsuch élu à la Cour suprême

C’était une promesse du candidat républicain Donald Trump : “Neil Gorsuch est devenu, vendredi 7 avril, le neuvième juge de la Cour suprême”, annonce le NewYork Times.

Depuis plus d’un an, démocrates et républicains s’opposaient sur le remplacement du juge Antonin Scalia, décédé soudainement en février 2016. Quelques jours après son investiture, le président américain avait annoncé la nomination de M. Gorsuch à laquelle s’opposaient farouchement les démocrates.

Minoritaires au Sénat – composé de 52 démocrates et 48 républicains – les partisans de Donald Trump avaient prévenu qu’ils passeraient en force. Chose faite ce vendredi : les républicains ont abaissé la majorité requise pour permettre ce scrutin, un changement historique des règles, explique le quotidien américain.

Favorables aux armes à feu et fermement opposé à l’avortement, Neil Gorsuch siégera donc dans la chambre haute du Congrès à partir de la mi-avril. Il a été nommé à vie.

  • Twitter poursuit Washington en justice

Le bras de fer se poursuit entre la Maison-Blanche et Twitter. Il y a quelques semaines, le président américain demandait au réseau social de lui fournir les données et l’identité des personnes qui se cachaient derrière les comptes hostiles à sa politique.

Mais, jeudi 6 avril, Twitter, refusant de fournir une quelconque information, a saisi la justice. La plateforme, citée par The Washington Post, rappelle que “les droits à la liberté d’expression accordés aux utilisateurs de Twitter et à Twitter lui-même en vertu du premier amendement de la Constitution incluent un droit à diffuser des propos politiques anonymes ou sous pseudonyme”. Donald Trump n’a, pour l’heure, pas rétorqué.

 Voir encore:

Trump peut-il gouverner ?
Evelyne Joslain
Les 4 vérités
10 avril, 2017

L’actualité de ces dernières semaines a mené certains à douter de la maîtrise de Trump sur son personnel et sur sa politique intérieure, tandis que d’autres le disaient carrément indifférent aux affaires étrangères.

D’abord le fiasco Ryancare. Fidèle à ses promesses, Trump a voulu abroger l’Obamacare, mais mal lui en a pris de faire confiance au si peu fiable Speaker de la Chambre, Paul Ryan, et de s’engager à ses côtés, croyant pouvoir ainsi gagner des votes démocrates.

Le « plan en 3 phases » du technocrate Ryan, trop compliqué et n’abrogeant pas les pires mesures de la loi d’Obama, ne pouvait que rencontrer l’opposition ferme du Freedom Caucus, la trentaine de représentants les plus conservateurs de la base électorale de Trump.

L’échec est pour Ryan. Trump s’en sort plutôt bien, même si le poids fiscal d’Obamacare perdure et va donc le gêner dans sa réforme fiscale d’envergure.

Au moins a-t-il appris, sur le tas, qu’il ne servait à rien de courtiser des démocrates obtus et qu’il valait mieux pour lui s’impliquer le moins possible dans les jeux du Congrès.

Puis, font désordre les disputes de personnel au sein des divers ministères et le fait que Trump, soi-disant complètement ballotté entre des avis divergents, tarderait à débarrasser son administration « des restes d’Obama », même à des postes élevés, parce que, en gros, il subirait l’influence de Tillerson, Mattis, McMaster et Kushner (le « Premier Gendre »), tous des centristes-interventionnistes, en opposition radicale au nationaliste-isolationniste Bannon…

Tout cela sur fond de l’exécrable Russiagate, servi tous les jours par les démocrates dans l’espoir de délégitimer Trump et de l’empêcher de gouverner. Lassant, le feuilleton se retourne contre ses auteurs avec le scandale des écoutes de l’équipe de transition de Trump : ex-ambassadeur à l’ONU et ex-Conseiller à la Sécurité nationale, l’incroyable Susan Rice, après avoir nié (ce n’était jamais que la 4e fois qu’elle mentait pour protéger Obama), reconnaît avoir « dévoilé » l’identité de plusieurs personnes et autorisé des fuites à la presse… Rappelons que les démocrates ne s’émouvaient pas des ingérences russes lorsque celles-ci semblaient favoriser leur candidate et que ce sont eux qui ont un long passé de connivence avec la Russie : de Roosevelt et Staline aux espions à la solde de l’URSS sous Truman, jusqu’à la « flexibilité » promise par Obama en 2012 à Medvedev, concrétisée en 2013 par l’abandon pur et simple de ses responsabilités au Moyen-Orient à Poutine…

La réalité est que Trump peuple ses agences de gens d’avis opposés, exprès, afin d’appréhender toutes les possibilités pour trancher par lui-même.

Pragmatique, mais n’hésitant pas à prendre des risques, il vient de prouver qu’il était bien maître à bord. Tous les pourparlers à l’amiable ayant échoué, Trump riposte à l’intolérable par les frappes de 59 missiles Tomahawk sur la base syrienne de Shayrat, chargée du largage de gaz sarin. Fait remarquable : sans toucher aux 5 autres bases aériennes de l’armée syrienne et sans causer le moindre dommage aux installations russes.

Simple avertissement, parfaitement ciblé et mesuré, destiné à protéger les quelque mille militaires américains présents sur le théâtre d’opérations et à montrer que l’Amérique est de retour et qu’il faut désormais compter avec sa détermination.

La Syrie et l’État islamique, mais aussi la Chine, la Russie, l’Iran, la Corée du Nord peuvent en prendre note, tandis que les alliés traditionnels au Moyen-Orient et en Asie se rassurent, comme devraient se rassurer les Européens s’il leur restait quelque bon sens.

Et c’est tout ! Il n’y a pas d’escalade, ni d’intention de régler les affaires de la Syrie, ni (hélas !) de reprendre le bâton de policier du monde. Seulement l’intention de ne plus rester passif face aux agressions…

Et Trump gouverne bel et bien, malgré les obstacles et les commentaires malveillants.

La liste de ses accomplissements est déjà longue. Signe de confiance, les indices boursiers sont bons. Les emplois reviennent grâce aux dérégulations signées par décret exécutif. Les syndicats du privé sont apaisés et le climat est redevenu favorable aux petites entreprises, tandis que sont mis en œuvre des moyens nouveaux pour réduire le poids de l’État fédéral. Des milliers de récidivistes illégaux ont été déportés, 1 500 hackers pédophiles arrêtés…

En fait, les bonnes nouvelles n’arrêtent pas !

Voir par ailleurs:

Le jour où Obama a flanché
Exclusif.  En 2013, l’ex-président américain renonçait, au dernier  moment et malgré sa promesse, à frapper El-Assad. Le documentariste  Antoine Vitkine nous révèle les coulisses de cette volte-face
Antoine Vitkine
Le Point
13 avril 2017

Cette interrogation n’en finit pas de tourmenter  Barack Obama. A-t-il pris, ce jour-là, la bonne décision  ? De cette décision il a affirmé être  « fier », mais il a aussi assuré, dans une même interview, que  le dossier syrien est  «  son plus grand regret  ».  Par prudence, mieux vaut dire tout et son contraire, car il  sait ce qu’on en pense  : sa décision a changé la face  du monde. La plus grave attaque chimique depuis  la Seconde Guerre mondiale demeurée impunie  ? La  victoire de Bachar el-Assad  ? L’ascension des djihadistes  ? La montée en puissance des Russes au Moyen- Orient, en Europe et au-delà  ? L’effacement de l’Occident  ? Peut-être même la victoire de Donald Trump  ?  Tout partirait de son choix, de cette journée-là.

Le 30 août 2013, l’été s’achève à Washington dans  une épuisante touffeur. Tout juste rentré de quelques  jours de vacances sur l’île de Martha’s Vineyard, où il  a fait du VTT avec Michelle, il lui faut de nouveau assumer une charge harassante. A quoi bon cette réunion  ? Le sort n’en est-il pas jeté  ? Ce vendredi, en début  d’après-midi, dans la salle de crise de la Maison-Blanche,  il participe à une ultime réunion du Conseil de sécurité consacrée à l’intervention militaire contre le régime syrien. Autour de lui, ses conseillers, dont Philip   Gordon, qui s’occupe du Moyen-Orient,  les dirigeants de l’armée, ses ministres les plus importants, dont John Kerry, son secrétaire d’Etat. Pour tous,  l’intervention ne fait aucun doute. Le matin même,  il a annoncé publiquement réfléchir à  «  une action limitée contre Bachar  ».  Ses alliés français, la Ligue arabe,  l’Australie fourbissent leurs armes. Kerry a quasiment  annoncé la réplique américaine  :  « La crédibilité du président comme celle des Etats-Unis sont engagées.  »  Et même  :  « L’Histoire nous jugerait sévèrement si on ne faisait rien » …

A  vrai  dire,  il  n’aurait  jamais  pensé  se  retrouver   dans cette situation. Autour de la table, chacun a en  tête  sa  conférence  de  presse  donnée  un  an  auparavant, presque jour pour jour, le 20 août 2012, et une  phrase. Un journaliste lui avait demandé ce qui pourrait infléchir sa position, pour le moins prudente, sur  le conflit syrien, lui qui refuse d’armer les rebelles.  «  Pour nous, la ligne rouge, c’est l’utilisation d’armes chimiques  ; ça changerait ma vision des choses  »,  avait-il  répondu. A question imprévue réponse non préparée. Ses  conseillers avaient été interloqués. Certes, El-Assad  avait été mis en garde par des canaux discrets, mais  rendre  publique  une  ligne  rouge  n’est  jamais  une   bonne chose. On s’était promptement rassuré  ; le régime  syrien  semblait  tellement  affaibli  qu’il  n’oserait pas s’attirer les foudres du président des Etats-Unis.

Il a pourtant osé, comme en témoignent les schémas et les photos satellites qu’on diffuse dans la salle  de crise. Il y a eu d’abord de petites attaques chimiques  au printemps. Puis, devant l’absence de réactions, le  21 août 2013, cette attaque d’ampleur dans la banlieue  de Damas, plus tard contestée  (voir ci-contre).  Bachar  a-t-il voulu tester les Etats-Unis  ? Ou, simplement, son  armée n’avait-elle pas d’autres moyens de terrifier sa  population insurgée  ? On ne sait pas. Auprès de Philip Gordon, Obama a insisté  :  «  Il nous faut des preuves.  »  «  Le président était hanté par l’Irak et ne voulait pas entrer  en  guerre  sur  la  base  de  simples  suspicions» ,  témoigne   Gordon. Mais les preuves sont là. Les obus au gaz sarin tirés par le camp loyaliste ont tué environ 1  400  personnes, dont beaucoup d’enfants, selon une note de  la CIA dont chacun, dans la pièce, a reçu une copie.  Plus  contraignantes  que  les  preuves,  les  images.   Atroces, elles ont fait le tour du monde. Ce père qui  tient sa fillette morte dans les bras et qui l’interpelle,  lui, le président des Etats-Unis  :  «  Je vous en prie  ! Ce  ne sont que des enfants  ! Ils n’ont encore rien vu de la vie.  Du chimique ! »  Il est contraint de répondre. Un tabou,  depuis la Seconde Guerre mondiale, a été transgressé,  les traités internationaux ont été violés, l’ordre du  monde menacé, l’Amérique défiée.

Devant ses conseillers, il assume sa phrase.  «  Il nous  a dit  : “Quand j’ai parlé d’une ligne rouge, c’est vraiment  ce  que  je  voulais  dire”   »,   se  souvient  Gordon.  Tous  le   poussent à agir, et d’abord les plus proches, les plus réalistes, Gordon, justement, ou l’avisé Antony Blinken, qui lâche  :  «  Une superpuissance ne bluffe pas.  » « La  frappe doit servir d’avertissement à l’Iran, au Hezbollah  ou à la Corée du Nord si un jour ils songeaient à recourir  à des armes de destruction massive  » , déclare pour sa part  Kerry. Ils lui présentent les différentes options. Le général Flynn, alors chef du renseignement militaire, a  participé à la sélection des cibles  : aéroports, centres  de commandement, bases militaires, dépôts d’armes.  «  Cela aurait été dévastateur et aurait considérablement  atténué la capacité du régime à frapper des non-combattants »,   nous  déclare-t-il.  Autour  de  la  table,  Martin   Dempsey, chef d’état-major, fait savoir  :  «  On a le doigt  sur la détente.  »  Faut-il une journée de frappes ou plusieurs  ? Les militaires prônent plusieurs jours d’intervention.  Il  suit  leur  avis.  Des  frappes  aériennes  en   Syrie seront déclenchées le lendemain dans la nuit, à  3  heures GMT. La réunion s’achève : les derniers choix  militaires  sont  arrêtés.  Les  conseillers  quittent  les   lieux. Remarquent-ils qu’il n’a pas donné d’ordre, qu’il  n’a pas dit  « allez-y »  et n’a pas encore signé d’ordre  ? Il  a laissé la décision se prendre toute seule, portée par  sa propre logique, se contentant de suivre l’avis géné ral. Il n’a rien dit des doutes qui l’assaillent.

Tout le pousse à intervenir… Mais… Le Parlement  britannique  a  mis  son  veto  la  veille.  C’est  une  première alerte. Et si le régime s’effondrait à la suite des  frappes  ? L’Amérique deviendrait responsable du chaos  qui pourrait en résulter, après l’Irak, après la Libye. Il  a entre les mains des rapports indiquant que le régime  syrien est plus fébrile que jamais. Des officiers expédient leurs familles hors de Damas. Les opposants se  disent prêts à fondre sur la capitale si le pouvoir, déjà  affaibli, flanchait. Quelle est l’alternative politique au  régime  ? Depuis plusieurs jours, les partisans du soutien à la rébellion ne ménagent pas leurs efforts pour  le rallier à leurs vues, comme Robert Ford, ex-ambassadeur américain à Damas  :  «  Au sein de l’administration,  certains  craignaient  que  les  djihadistes  prennent  le   pouvoir à Damas. Je n’y croyais pas. Les modérés étaient,  à ce moment-là, les plus forts  »,  explique-t-il. Quelques  jours plus tôt, il a rencontré Obama pour le persuader que  «  frapper convaincra le régime de négocier vraiment  à  Genève   ».   Ford  a  l’impression  d’avoir  réussi…   Gordon,  lui  aussi,  s’est  voulu  rassurant   :   « Quelques  jours de frappes ne suffiront pas à décapiter un régime qui  s’accroche au pouvoir.  »  Mais comment en être sûr  ?

L’agenda se rappelle à Barack Obama. Il converse  pendant trois quarts d’heure avec son plus proche allié,  le  Français  François  Hollande,  dont  les  Rafale   chargent leurs missiles de croisière Scalp. Il l’assure  que rien n’est changé. L’après-midi s’achève. Son emploi du temps lui laisse enfin un répit. Il n’aime guère  les  choix  tranchés,  préférant  le  consensus.  Mais  la   machine est lancée. Il est président, il peut encore faire marche arrière, mais il faut aller vite  et, cette fois, se décider.  «  J’ai dit  : “Pause. On réfléchit.  J’ai voulu m’extraire des pressions”  »,  confiera-t-il en 2016  au  journaliste  Jeffrey  Goldberg.  Il  a  besoin  de  marcher pour avoir les idées claires. Il propose à un homme  de confiance d’aller se promener dans le jardin de la  Maison-Blanche. Cet homme, c’est son chef de l’ad ministration, Denis McDonough  : ni un militaire ni  un diplomate, mais son collaborateur le plus loyal.  Pendant une heure, il lui livre ses doutes. Tout cela  est trop incertain. Ne va-t-il pas engager son pays dans  une nouvelle guerre alors qu’il a été élu pour se dé sengager de conflits coûteux  ? Et puis, cela ne risque- t-il pas de mettre en péril son grand œuvre, l’accord  nucléaire avec l’Iran  ? Trop de risques. Il teste une idée  auprès de McDonough  : demander une autorisation  préalable au Congrès. Une manière de reculer, car chacun sait qu’un soutien du Congrès est plus qu’incertain. McDonough approuve la prudence de son boss.

En  début  de  soirée,  il  convoque  à  nouveau  ses   conseillers dans son bureau. L’ambiance est décontractée. Il leur annonce la nouvelle. Ils n’en reviennent  pas. Ils insistent  :  «  Ce sera dévastateur pour votre autorité politique »,  le préviennent-ils. Il tient bon. Gordon  nous avoue avoir été estomaqué. Devant lui, Obama  raisonne en politique  :  «  Si ça ne dissuade pas Assad de  recommencer, si des inspecteurs de l’Onu sont pris comme  boucliers humains, si on perd un pilote, j’aurai l’opinion,  le Congrès sur le dos. On me reprochera tout et son contraire,  d’être intervenu, de ne pas être intervenu plus fortement,  de ne pas être intervenu plus légèrement.  »  Gordon se souvient  d’un  autre  argument  du  président   :  le  risque   d’engrenage.  Si  Assad  ou  ses  parrains  russes  et  iraniens  décidaient  d’une  nouvelle  attaque  chimique   «  trois semaines plus tard  »,  alors  «  on devrait frapper de nouveau, et plus fort, et ainsi de suite  ».  Il ne serait plus  maître du processus, craint-il, alors qu’Assad le serait.  Cela, cet homme qui veut tout contrôler ne peut l’accepter. Et rien n’est moins contrôlable qu’une guerre.

Il a désormais quelques annonces délicates à faire.  Il prévient Kerry, qui est furieux.  «  L’Histoire nous jugera  avec une sévérité extrême  »,  lâche ce dernier à ses collaborateurs et à certains de ses homologues étrangers.  Le lendemain, à 18 heures, quelques heures avant l’attaque, il contacte aussi Hollande, qui tombe de haut.  Présent, Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, nous résume le contenu de la conversation  :  « Il  nous a dit  : c’est plus difficile que prévu, il faut que je consulte…  Bref, plus de ligne rouge. Il n’était pas question pour la  France d’agir seule. Le château de cartes s’est effondré.  » Puis, dans la fournaise d’une fin de journée d’été,  sur le perron de la Maison-Blanche, Barack Obama  tient une conférence de presse  : « J’ai décidé d’intervenir,  proclame-t-il, avant d’ajouter  :  mais je demanderai que cet usage de la force soit approuvé par le Congrès.  »  Il s’est donné du temps. C’est fini. Il vient de changer l’ordre du monde sans pouvoir, à cet instant, le  deviner.  Certains  comprennent  en  revanche  que  rien ne sera plus comme avant.

Sur les hauteurs de Damas, Bachar el-Assad comprend qu’il n’a plus rien à craindre des Occidentaux.  Il se paiera même le luxe d’utiliser de nouveau des  armes  chimiques  deux  ans  plus  tard.  L’opposition   «  modérée  », autour de l’Armée syrienne libre, sent  que l’Occident l’abandonne. Les djihadistes, mieux  armés, recrutent les déçus et montent en puissance,  scellant le piège qui permettra au président syrien de se présenter comme rempart contre le chaos.

Au Kremlin, Vladimir Poutine se jette sur l’occasion. Aux Américains il offre de convaincre El-Assad  de  détruire  ses  armes  chimiques  contre  l’abandon  de tout projet d’intervention. Comment refuser, après  avoir reculé le 30 août  ? La Russie prend la main en  Syrie.  Plus  tard,  Poutine  estimera  ne  rien  redouter  du  président  américain  et  envahira  la  Crimée.  Les   Républicains et un certain Donald Trump, admirateur  de  Poutine,  ne  cesseront  de  dénoncer  ce  nouveau  Munich  et  ce  président  qui  a  affaibli  une   Amérique qu’il faudrait rendre  « great  again ».

Il ne lui reste que des questions sans réponses. Que  se serait-il passé s’il avait frappé  ? Ce 30 août 2013 est-il  le jour où Obama a mis fin au règne des Etats-Unis  comme seule superpuissance mondiale  ? Le jour où  le  camp  des  démocraties  a  dû  renoncer  à  se  battre  pour ses valeurs  ? A-t-il été trop raisonnable dans une  période troublée où un homme d’Etat ne devrait pas  l’être  ? Ou bien est-ce le jour où lui, un sage président,  a évité au Moyen-Orient de vivre un chaos supplémentaire et à l’Amérique de s’y trouver empêtrée  ?

* Ecrivain, documentariste, a réalisé «  Bachar, moi ou le chaos. »


Présidentielle 2017: Fichez nous la paix avec la religion ! (No wealth, please, we’re French: Guess where we got our current instincts and anxieties about the compatibility of wealth and social responsibility ?)

6 avril, 2017
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La carte du Washington Post à partir des données de l'étude Gallup montre la place des pays les plus athées dans le monde. https://i1.wp.com/www.gillespichavant.com/blog/wp-content/uploads/2016/01/2015-ath%C3%A9es.jpg

Les pourcentages des personnes ayant indiqué, en 2005, ne pas croire en un quelconque « Dieu, esprit ou force de vie », dans les pays européens

Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. Jésus (Matthieu 25: 40)
Je vous le dis encore, il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. Jésus (Mathieu 19: 24)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
Ils disent: nous avons mis à mort le Messie, Jésus fils de Marie, l’apôtre de dieu. Non ils ne l’ont point tué, ils ne l’ont point crucifié, un autre individu qui lui ressemblait lui fut substitué, et ceux qui disputaient à son sujet ont été eux-mêmes dans le doute, ils n’ont que des opinions, ils ne l’ont pas vraiment tué. Mais Dieu l’a haussé à lui, Dieu est le puissant, Dieu est le sage. Le Coran (Sourate IV, verset 157-158)
La soumission à l’Autre n’en est pas moins étroite lorsqu’elle prend des formes négatives. Le pantin n’est pas moins pantin lorsque les ficelles sont croisées. René GirardLe pantin n’est pas moins pantin lorsque les ficelles sont croisées. René Girard
La condition préalable à tout dialogue est que chacun soit honnête avec sa tradition. A l’égard de l’islam, les chrétiens ont battu leur coulpe. Au point d’oublier que le Coran a récupéré et transposé leur patrimoine symbolique. Les figures bibliques majeures (Abraham, Moïse, Jésus) sont en effet totalement transformées, islamisées, dans le but d’accuser les » juifs » et les » chrétiens » d’être des falsificateurs de la Révélation, de s’être volontairement détournés de la vérité qu’ils avaient reçue à l’origine. Il y a, dans le Coran, à la fois imitation et rejet du judéo-christianisme. (…) les chrétiens ont repris tel quel le corpus de la Bible hébraïque. Saint Paul parle de » greffe » du christianisme sur le judaïsme, ce qui est une façon de ne pas nier celui-ci. Et, au XXe siècle, les chrétiens ont eu une lucidité critique à l’égard du judaïsme, en reconnaissant qu’ils avaient pu faire une lecture abusive, antijuive de leurs Ecritures. Dans l’islam, le corpus biblique est, au contraire, totalement remanié pour lui faire dire tout autre chose que son sens initial : certains éléments sont montés en épingle, d’autres sont occultés. La récupération sous forme de torsion ne respecte pas le texte originel sur lequel, malgré tout, le Coran s’appuie. René Girard
Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques. René Girard
Je crois que le moment décisif en Occident est l’invention de l’hôpital. Les primitifs s’occupent de leurs propres morts. Ce qu’il y a de caractéristique dans l’hôpital c’est bien le fait de s’occuper de tout le monde. C’est l’hôtel-Dieu donc c’est la charité. Et c’est visiblement une invention du Moyen-Age. René Girard
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la « victime inconnue », comme on dirait aujourd’hui le « soldat inconnu ». Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
Il y a deux grandes attitudes à mon avis dans l’histoire humaine, il y a celle de la mythologie qui s’efforce de dissimuler la violence, car, en dernière analyse, c’est sur la violence injuste que les communautés humaines reposent. (…) Cette attitude est trop universelle pour être condamnée. C’est l’attitude d’ailleurs des plus grands philosophes grecs et en particulier de Platon, qui condamne Homère et tous les poètes parce qu’ils se permettent de décrire dans leurs oeuvres les violences attribuées par les mythes aux dieux de la cité. Le grand philosophe voit dans cette audacieuse révélation une source de désordre, un péril majeur pour toute la société. Cette attitude est certainement l’attitude religieuse la plus répandue, la plus normale, la plus naturelle à l’homme et, de nos jours, elle est plus universelle que jamais, car les croyants modernisés, aussi bien les chrétiens que les juifs, l’ont au moins partiellement adoptée. L’autre attitude est beaucoup plus rare et elle est même unique au monde. Elle est réservée tout entière aux grands moments de l’inspiration biblique et chrétienne. Elle consiste non pas à pudiquement dissimuler mais, au contraire, à révéler la violence dans toute son injustice et son mensonge, partout où il est possible de la repérer. C’est l’attitude du Livre de Job et c’est l’attitude des Evangiles. C’est la plus audacieuse des deux et, à mon avis, c’est la plus grande. C’est l’attitude qui nous a permis de découvrir l’innocence de la plupart des victimes que même les hommes les plus religieux, au cours de leur histoire, n’ont jamais cessé de massacrer et de persécuter. C’est là qu’est l’inspiration commune au judaïsme et au christianisme, et c’est la clef, il faut l’espérer, de leur réconciliation future. C’est la tendance héroïque à mettre la vérité au-dessus même de l’ordre social. René Girard
(Le 11 septembre,) je le vois comme un événement déterminant, et c’est très grave de le minimiser aujourd’hui. Le désir habituel d’être optimiste, de ne pas voir l’unicité de notre temps du point de vue de la violence, correspond à un désir futile et désespéré de penser notre temps comme la simple continuation de la violence du XXe siècle. . Je pense, personnellement, que nous avons affaire à une nouvelle dimension qui est mondiale. Ce que le communisme avait tenté de faire, une guerre vraiment mondiale, est maintenant réalisé, c’est l’actualité. Minimiser le 11 Septembre, c’est ne pas vouloir voir l’importance de cette nouvelle dimension. (…) Mais la menace actuelle va au-delà de la politique, puisqu’elle comporte un aspect religieux. Ainsi, l’idée qu’il puisse y avoir un conflit plus total que celui conçu par les peuples totalitaires, comme l’Allemagne nazie, et qui puisse devenir en quelque sorte la propriété de l’islam, est tout simplement stupéfiante, tellement contraire à ce que tout le monde croyait sur la politique. (…) Le problème religieux est plus radical dans la mesure où il dépasse les divisions idéologiques – que bien sûr, la plupart des intellectuels aujourd’hui ne sont pas prêts d’abandonner.(…) Il s’agit de notre incompréhension du rôle de la religion, et de notre propre monde ; c’est ne pas comprendre que ce qui nous unit est très fragile. Lorsque nous évoquons nos principes démocratiques, parlons-nous de l’égalité et des élections, ou bien parlons-nous de capitalisme, de consommation, de libre échange, etc. ? Je pense que dans les années à venir, l’Occident sera mis à l’épreuve. Comment réagira-t-il : avec force ou faiblesse ? Se dissoudra-t-il ? Les occidentaux devraient se poser la question de savoir s’ils ont de vrais principes, et si ceux-ci sont chrétiens ou bien purement consuméristes. Le consumérisme n’a pas d’emprise sur ceux qui se livrent aux attentats suicides. (…) Allah est contre le consumérisme, etc. En réalité, le musulman pense que les rituels de prohibition religieuse sont une force qui maintient l’unité de la communauté, ce qui a totalement disparu ou qui est en déclin en Occident. Les gens en Occident ne sont motivés que par le consumérisme, les bons salaires, etc. Les musulmans disent : « leurs armes sont terriblement dangereuses, mais comme peuple, ils sont tellement faibles que leur civilisation peut être facilement détruite ».(…) L’avenir apocalyptique n’est pas quelque chose d’historique. C’est quelque chose de religieux sans lequel on ne peut pas vivre. C’est ce que les chrétiens actuels ne comprennent pas. Parce que, dans l’avenir apocalyptique, le bien et le mal sont mélangés de telle manière que d’un point de vue chrétien, on ne peut pas parler de pessimisme. Cela est tout simplement contenu dans le christianisme. Pour le comprendre, lisons la Première Lettre aux Corinthiens : si les puissants, c’est-à-dire les puissants de ce monde, avaient su ce qui arriverait, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de la Gloire – car cela aurait signifié leur destruction (cf. 1 Co 2, 8). Car lorsque l’on crucifie le Seigneur de la Gloire, la magie des pouvoirs, qui est le mécanisme du bouc émissaire, est révélée. Montrer la crucifixion comme l’assassinat d’une victime innocente, c’est montrer le meurtre collectif et révéler ce phénomène mimétique. C’est finalement cette vérité qui entraîne les puissants à leur perte. Et toute l’histoire est simplement la réalisation de cette prophétie. Ceux qui prétendent que le christianisme est anarchiste ont un peu raison. Les chrétiens détruisent les pouvoirs de ce monde, car ils détruisent la légitimité de toute violence. Pour l’État, le christianisme est une force anarchique, surtout lorsqu’il retrouve sa puissance spirituelle d’autrefois. Ainsi, le conflit avec les musulmans est bien plus considérable que ce que croient les fondamentalistes. Les fondamentalistes pensent que l’apocalypse est la violence de Dieu. Alors qu’en lisant les chapitres apocalyptiques, on voit que l’apocalypse est la violence de l’homme déchaînée par la destruction des puissants, c’est-à-dire des États, comme nous le voyons en ce moment. Lorsque les puissances seront vaincues, la violence deviendra telle que la fin arrivera. Si l’on suit les chapitres apocalyptiques, c’est bien cela qu’ils annoncent. Il y aura des révolutions et des guerres. Les États s’élèveront contre les États, les nations contre les nations. Cela reflète la violence. Voilà le pouvoir anarchique que nous avons maintenant, avec des forces capables de détruire le monde entier. On peut donc voir l’apparition de l’apocalypse d’une manière qui n’était pas possible auparavant. Au début du christianisme, l’apocalypse semblait magique : le monde va finir ; nous irons tous au paradis, et tout sera sauvé ! L’erreur des premiers chrétiens était de croire que l’apocalypse était toute proche. Les premiers textes chronologiques chrétiens sont les Lettres aux Thessaloniciens qui répondent à la question : pourquoi le monde continue-t-il alors qu’on en a annoncé la fin ? Paul dit qu’il y a quelque chose qui retient les pouvoirs, le katochos (quelque chose qui retient). L’interprétation la plus commune est qu’il s’agit de l’Empire romain. La crucifixion n’a pas encore dissout tout l’ordre. Si l’on consulte les chapitres du christianisme, ils décrivent quelque chose comme le chaos actuel, qui n’était pas présent au début de l’Empire romain. (..) le monde actuel (…) confirme vraiment toutes les prédictions. On voit l’apocalypse s’étendre tous les jours : le pouvoir de détruire le monde, les armes de plus en plus fatales, et autres menaces qui se multiplient sous nos yeux. Nous croyons toujours que tous ces problèmes sont gérables par l’homme mais, dans une vision d’ensemble, c’est impossible. Ils ont une valeur quasi surnaturelle. Comme les fondamentalistes, beaucoup de lecteurs de l’Évangile reconnaissent la situation mondiale dans ces chapitres apocalyptiques. Mais les fondamentalistes croient que la violence ultime vient de Dieu, alors ils ne voient pas vraiment le rapport avec la situation actuelle – le rapport religieux. Cela montre combien ils sont peu chrétiens. La violence humaine, qui menace aujourd’hui le monde, est plus conforme au thème apocalyptique de l’Évangile qu’ils ne le pensent. René Girard
Certains trouvent encore intolérable d’admettre que le peuple juif se soit trouvé, à trois reprises, plus ou moins volontairement, un élément essentiel au patrimoine de l’humanité: le monothéisme, le marché et les lieux saints. Car il n’est pas faux de dire, même si c’est schématique, que les juifs ont été mis en situation d’avoir à prêter aux deux autres monothéismes, et à les partager avec eux, leur dieu, leur argent et leurs lieux saints. Et comme la meilleure façon de ne pas rembourser un créancier, c’est de le diaboliser et de l’éliminer, ceux qui, dans le christianisme et l’islam, n’acceptent toujours pas cette dette à l’égard du judaïsme, se sont, à intervalles réguliers, acharnés à le détruire, attendant pour recommencer que le souvenir de l’élimination précédente se soit estompé. (…) soixante ans après la Shoah, il redevient possible (…) pour des hommes [Alliot-Marie et surtout Villepin apprécieront !] politiques français de dire en privé (et de démentir en public) que l’Etat d’Israël n’a pas de légitimité historique. Il devient possible de banaliser la collaboration. Il devient possible, lors de l’anniversaire du Débarquement, d’embrasser des anciens combattants allemands portant le même uniforme que ceux qui, à la même minute, faisaient fonctionner les chambres à gaz. Il devient possible de mêler dans un même discours confus une opposition à Bush et à Sharon avec un antisionisme et un antisémitisme global, devenu réponse mythique à toutes les humiliations. Jacques Attali
La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion. Notre civilisation est incapable de construire un temple ou un tombeau. Elle sera contrainte de trouver sa valeur fondamentale, ou elle se décomposera. C’est le grand phénomène de notre époque que la violence de la poussée islamique. Sous-estimée par la plupart de nos contemporains, cette montée de l’islam est analogiquement comparable aux débuts du communisme du temps de Lénine. Les conséquences de ce phénomène sont encore imprévisibles. A l’origine de la révolution marxiste, on croyait pouvoir endiguer le courant par des solutions partielles. Ni le christianisme, ni les organisations patronales ou ouvrières n’ont trouvé la réponse. De même aujourd’hui, le monde occidental ne semble guère préparé à affronter le problème de l’islam. En théorie, la solution paraît d’ailleurs extrêmement difficile. Peut-être serait-elle possible en pratique si, pour nous borner à l’aspect français de la question, celle-ci était pensée et appliquée par un véritable homme d’Etat. Les données actuelles du problème portent à croire que des formes variées de dictature musulmane vont s’établir successivement à travers le monde arabe. Quand je dis «musulmane» je pense moins aux structures religieuses qu’aux structures temporelles découlant de la doctrine de Mahomet. Dès maintenant, le sultan du Maroc est dépassé et Bourguiba ne conservera le pouvoir qu’en devenant une sorte de dictateur. Peut-être des solutions partielles auraient-elles suffi à endiguer le courant de l’islam, si elles avaient été appliquées à temps. Actuellement, il est trop tard ! Les «misérables» ont d’ailleurs peu à perdre. Ils préféreront conserver leur misère à l’intérieur d’une communauté musulmane. Leur sort sans doute restera inchangé. Nous avons d’eux une conception trop occidentale. Aux bienfaits que nous prétendons pouvoir leur apporter, ils préféreront l’avenir de leur race. L’Afrique noire ne restera pas longtemps insensible à ce processus. Tout ce que nous pouvons faire, c’est prendre conscience de la gravité du phénomène et tenter d’en retarder l’évolution. André Malraux (1956)
Quand j’ai lu le livre de Houellebecq, quelques jours après les assassinats à Charlie Hebdo, il m’a semblé que ses intuitions sur la vie politique française étaient tout à fait correctes. Les élites françaises donnent souvent l’impression qu’elles seraient moins perturbées par un parti islamiste au pouvoir que par le Front national. La lecture du travail de Christophe Guilluy sur ces questions a aiguisé ma réflexion sur la politique européenne. Guilluy se demande pourquoi la classe moyenne est en déclin à Paris comme dans la plupart des grandes villes européennes et il répond: parce que les villes européennes n’ont pas vraiment besoin d’une classe moyenne. Les emplois occupés auparavant par les classes moyennes et populaires, principalement dans le secteur manufacturier, sont maintenant plus rentablement pourvus en Chine. Ce dont les grandes villes européennes ont besoin, c’est d’équipements et de services pour les categories aisées qui y vivent. Ces services sont aujourd’hui fournis par des immigrés. Les classes supérieures et les nouveaux arrivants s’accomodent plutôt bien de la mondialisation. Ils ont donc une certaine affinité, ils sont complices d’une certaine manière. Voilà ce que Houellebecq a vu. Les populistes européens ne parviennent pas toujours à développer une explication logique à leur perception de l’immigration comme origine principale de leurs maux, mais leurs points de vues ne sont pas non plus totalement absurdes. (…) ce qui se passe est un phénomène profond, anthropologique. Une culture – l’islam – qui apparaît, quels que soient ses défauts, comme jeune, dynamique, optimiste et surtout centrée sur la famille entre en conflit avec la culture que l’Europe a adoptée depuis la seconde guerre mondiale, celle de la «société ouverte» comme Charles Michel et Angela Merkel se sont empressés de la qualifier après les attentats du 22 Mars. En raison même de son postulat individualiste, cette culture est timide, confuse, et, surtout, hostile aux familles. Tel est le problème fondamental: l’Islam est plus jeune, plus fort et fait preuve d’une vitalité évidente. (…) Pierre Manent (…) a raison de dire que, comme pure question sociologique, l’Islam est désormais un fait en France. Manent est aussi extrêmement fin sur les failles de la laïcité comme moyen d’assimiler les musulmans, laïcité qui fut construite autour d’un problème très spécifique et bâtie comme un ensemble de dispositions destinées à démanteler les institutions par lesquelles l’Église catholique influençait la politique française il y a un siècle. Au fil du temps les arguments d’origine se sont transformés en simples slogans. La France invoque aujourd’hui, pour faire entrer les musulmans dans la communauté nationale, des règles destinées à expulser les catholiques de la vie politique. Il faut aussi se rappeler que Manent a fait sa proposition avant les attentats de novembre dernier. De plus, sa volonté d’offrir des accomodements à la religion musulmane était assortie d’une insistance à ce que l’Islam rejette les influences étrangères, ce qui à mon sens ne se fera pas. D’abord parce que ces attentats ayant eu lieu, la France paraîtrait faible et non pas généreuse, en proposant un tel accord. Et aussi parce que tant que l’immigration se poursuivra, favorisant un établissement inéluctable de l’islam en France, les instances musulmanes peuvent estimer qu’elles n’ont aucun intérêt à transiger. (…) L’Europe ne va pas disparaître. Il y a quelque chose d’immortel en elle. Mais elle sera diminuée. Je ne pense pas que l’on puisse en accuser l’Europe des Lumières, qui n’ a jamais été une menace fondamentale pour la continuité de l’Europe. La menace tient pour l’essentiel à cet objectif plus recent de «société ouverte» dont le principe moteur est de vider la société de toute métaphysique, héritée ou antérieure (ce qui soulève la question, très complexe, de la tendance du capitalisme à s’ériger lui-même en métaphysique). A certains égards, on comprend pourquoi des gens préfèrent cette société ouverte au christianisme culturel qu’elle remplace. Mais dans l’optique de la survie, elle se montre cependant nettement inférieure. Christopher Caldwell
Le plus intéressant et stimulant dans la situation actuelle  est la révolte des peuples, en France mais aussi dans le reste de l’Europe et même aux Etats – Unis. Nous sommes à la fin d’un cycle. Il nous faut nous donner les moyens de franchir l’étape  suivante, je tente de poser quelques jalons. Cet essai est né d’une colère, je m’en explique dès l’abord. Je suis née au début des années 1970, j’appartiens à cette première génération élevée  par des parents, formée par des professeurs qui,  dans le sillage de Mai 68, avaient renoncé à  assumer leur responsabilité d’adultes, à nous inscrire dans un monde plus ancien que nous, pour  faire de nous des cobayes, des sujets d’expérimentation d’une nouvelle figure d’humanité.  Depuis près d’un demi-siè cle, les besoins fondamentaux de l’être humain sont non seulement  méprisés  mais  disqualifiés,  diabolisés  par  l’idéologie  progressiste.  Le  besoin  de  racines  géographiques  et  historiques,  d’identité  nationale,  de  frontières,  toutes  ces  constantes  anthropologiques  sont  traitées par les  idéologues  contemporains  comme  de  la  frilosité,  de  la  crispation sur soi, comme un repli identitaire et xénophobe. Quelles qu’aient été les majorités  politiques depuis, le travail de sape s’est poursuivi, et le quinquennat qui a gonise aujourd’hui  en montre les fruits aboutis les plus délétères. Jusqu’à quand continuerons – nous à sacrifier les  générations à venir ? Au prix du sang versé, les attentats islamistes de janvier et novembre 2015 auraient pu changer  la  donne,  or  rien  de  tel n’est survenu. Alors que les autorités gesticulaient avec drapeau et  Marseillaise, la décomposition de la France s’accélérait, l’émotionnel prenant le pas sur toute  forme de réaction, de volonté de renaissance, ce qui a permis à l’idéologie dominante de se  maintenir  avec  son  cortège  de  mensonges,  d’intoxication,  d’anathèmes  et  de  dénis  politiquement corrects. Personne ne s’est saisi de ce qu’on peut appeler avec Simone Weil « le  patriotisme de compassion » pour lui donner un contenu qui aurait entraîné un sursaut national. (…) Par un mélange de mémoire pénitentielle, de tyrannie de la repentance, selon l’expression de  Pascal  Bruckner,  de  politique  de  reconnaissance  des  identités  particulières  venue  des  Etats – Unis, étrangère à notre histoire, et une idéologie progressiste confondant liberté et déliaison.  On a fait le pari que l’individu serait d’autant plus libre qu’on ne lui transmettrait plus l’héritage,  qu’on le laisserait à soi-même, prétendument riche d’une créativité et d’une originalité qui, en  réalité, ne sont pas originelles. Abandonné à lui-même, l’individu est voué au conformisme, il  n’a pas d’autre choix que de se conformer aux usages, à la doxa, il est comme incarcéré dans la  prison du présent. C’est là que la transmiss ion  du  passé  joue  un  rôle  capital,  elle  permet  d’acquérir une épaisseur temporelle qui n’est pas donnée avec la vie. Elle est de surcroît,  émancipatrice en cela que le passé vient rarement ratifier les évidences du présent, il les inquiète au contraire.  En ne lui fournissant aucun terreau, le progressisme a fait de l’humanité une cohorte d’individus hors sol, « sensibilisés » à tout, mais attachés et fidèles à rien. La liberté, l’égalité, la fraternité, dont on nous rebat les oreilles à longueur de célébrations  compassionnelles, n’ont plus guère de sens dès lors qu’on fait abstraction de toute singularité  historique. L’homme des « valeurs  républicaines », selon la clochette pavlovienne qu’on ne  cesse de faire retentir, est l’homme des droits de l’homme, il n ’est pas un citoyen français. Ces  valeurs s’incarnent dans une histoire, et c’est à cette histoire qu’il convient de s’identifier. Un  peuple déraciné, sans passé, sans mémoire, périclite, et quand la patrie est à terre, l’islamisme  n’a plus qu’à la ramasser. En novembre 2015, force fut d’admettre que nous étions visés en tant que civilisation, et, pour le dire avec les mots de Paul Valéry,  « si la France n’est pas morte,  elle s’est sentie périr » ; c’est donc comme civilisation qu’il nous faut renaître et résister. Or, sur ce terrain,  François  Hollande  et  le  gouvernement  Valls  ont  été  désespérément  absents,  comme le sont, pour le moment, les candidats à l’élection présidentielle. (…) Un seul mot d’ordre, l’assimilation pour tous. Pour tous, c’est – à – dire pour les Français d’origine  immigrée mais non moins pour les Français généalogiques, ou, si j’osais, « de  souche »,  car  voilà quarante – cinq années qu’on ne fabrique plus de Français, l’héritage n’étant plus transmis,  sinon de façon parcellaire et de toute façon jamais comme héritage, identité. Etre français ne  coule pas dans les veines, il ne suffit pas de se donner la peine de naître et rien de plus pour  l’être. Etre français, c’est une mémoire, qui ne commence pas en 1789. La transmission est la  condition sine qua non de la continuité d’une civilisation. L’école a un rôle majeur à jouer ici.  Or  le  quinquennat  Hollande,  qui  en  promettait  la  refondation,  ce  qui  aurait  dû  signifier  un  recentrage  sur  ses  missions  fondamentales,  en  a  parachevé  la  destruction.  Entreprise  menée  avec une hargne peu commune par la ministre Najat Vallaud – Belkacem. Notre tâche est double, il s’agit à la fois de soustraire les individus à l’empire du vide, ce vide  existentiel auquel quarante – cinq années d’idéologie progressiste active les a condamnés, et de  refabriquer un peuple français. La République française est assimilationniste, elle se singularise  par la passion du monde commun. C’est là notre exception, travaillons à la refonder. Pour ce  faire,  il  nous  faut  redevenir  accessibles  à  la  saveur  de  notre  héritage,  à  sa  fécondité.  On  ne  transmet pas le passé parce qu’il est passé mais en vertu de sa puissance de signification, des  lumières qu’il jette sur la condition humaine. Les professeurs doivent être restaurés dans leur  droit à donner à aimer la France, à aimer Molière et Balzac pour les trésors d’intelligence, de  vitalité qu’ils recèlent, plutôt que sommés de désosser et dessécher ces chefs – d’œuvre par le  recours aux instruments de linguistique, ou en transformant les élèves en tribunal des flagrants délits de racisme, sexisme, homophobie. Réveillons la passion du sens, du mot qui dit la chose,  aiguisons le sentiment de la langue. (…) Houellebecq nous tend un miroir terriblement ressemblant, il s’est fait le  romancier  de  cette  humanité  atomisée,  de  ces  voyageurs  sans  bagage  sortis  du  laboratoire  progressiste. Cependant, et c’est ce qu’indique la restriction de mon titre, à la différence des  « héros » de Houellebecq, nos contemporains se révoltent. Ce monde bâti par le progressisme  leur est inamical, c’est une litote, et ils ne craignent plus de le dire. La France ne se droitise pas  – ce qui aurait peut – être un sens si la droite s’était faite la gardienne de la transmission, de la  continuité historique de la nation, de sa souveraineté, ce qui n’a pas été  – , les Français ne virent  pas au cryptofascisme, ils font de nouveau droit à des besoins essentiels à l’homme en son  humanité, ainsi que je me suis efforcée de l’établir, et au premier d’entre eux, le besoin  d’enracinement,  d’inscription  dans  une  histoire  particulière  qui  donne  sens  à  une  vie,  signification et orientation : une histoire a été commencée qu’il nous appartient de prolonger. (…) Certaines voix politiques et médiatiques ont crié au scandale, affirmant que jamais un politique  d’envergure nationale n’avait fait valoir son catholicisme. C’est faux. Dans ses vœux pour 1969,  le général de Gaulle choisit de s’adresser à la jeunesse rebelle de 68, il se reproche d’avoir  privilégié les questions économiques, « comme s’il n’y avait que cela qui comptait à mes yeux  et aux vôtres, alors que je suis catholique, l’un des derniers chefs d’Etat à en faire ouvertement  profession ». Rappeler une identité religieuse qui est aussi historiquement celle de la France n’a pas à heurter, d’autant que François Fillon invoque son christianisme comme une ressource, il  n’entend pas l’ériger en religion d’Etat. Jamais l’invocation de l’identité musulmane ne suscite  de telles polémiques. Ce deux poids deux mesures est intolérable. D’autant qu’au point où nous en sommes, il faut  restaurer des préséances et refaire l’unité autour de la France et d’elle seule. Interrogé sur la  fonction de la Fondation de l’islam de France qu’il préside, Jean – Pierre Chevènement explique  que l’objectif est de faire connaître l’islam aux Français. Est – ce ainsi que nous reconquerrons  les territoires perdus de la République ? Donnons déjà à connaître et à aimer la France, après  nous verrons. Notre renoncement à fabriquer des Français a offert un terrain fertile à l’islam  radical. C’est en exaltant les identités multiples que nous avons creusé notre tombe. Fidèles à  l’ambition  républicaine,  ne  tenons  aucun  compte  de  qui  sont  nos compatriotes  d’origine  étrangère, ne cherchons pas à savoir d’où ils viennent, soucions – nous seulement de ce qu’ils ont  à devenir : des citoyens français, des êtres ouverts à une responsabilité, une responsabilité pour  notre civilisation. (…) Cette décision [autorisation donnée par le Conseil d’Etat d’installer des crèches de Noël dans certains lieux publics] plus qu’ambiguë a été interprétée comme une victoire, « une victoire française »,  saluaient François Fillon et Bruno Retailleau. Si c’ est une victoire, c’est une victoire à la  Pyrrhus. Les crèches sont autorisées au titre d’« éléments de décorations profanes, de symboles  culturels  ou  festifs »  – le  festif  érigé  en  principe  de  légitimation,  Philippe  Muray  doit  se  retourner dans sa tombe ! Que des esprits catholiques ou attachés à l’héritage chrétien puissent  se réjouir de cet abaissement de la Nativité à du folklore est pour le moins frappant. La crèche  renvoie au mystère de l’Incarnation, du Dieu fait homme, et célèbre, pour un chrétien,  la  naissance du Sauveur, du Messie  – réécoutons l’oratorio de Haendel, on mesurera ce que peut  signifier pour l’homme de foi cet Avènement ! Victoire à la Pyrrhus, et même défaite à plate couture. Le Conseil d’Etat, il suffit de se pencher  sur les décision s qu’il a rendues au cours des dernières décennies (se montrant favorable au port  du voile à l’école, à la burqa, au burkini), s’est mis au service de la conversion de la France au  multiculturalisme, c’est – à – dire de sa dislocation en communautés séparées vivant chacune selon  ses mœurs, son calendrier, ses lois. Toute atteinte à la loi de 1905, au principe de laïcité, à la  neutralité de l’espace public se fera au profit de l’islam, de sa visibilité et de ses revendications  et au détriment de la France « une  et indivisible ». Les  catholiques  doivent  en  outre  comprendre  que  toute  autorisation  de  manifester  son  appartenance religieuse dans l’espace public se retournera contre eux  – le catholicisme ne sera  plus qu’une composante parmi d’autres d’une entité qu’on  continuera d’appeler la France, mais  dont l’histoire aura été réécrite, dont on aura extirpé les racines chrétiennes, ainsi que s’y  emploient déjà des historiens adoubés par les médias, ainsi du médiéviste Patrick Boucheron,  maître d’œuvre d’une Histoire mondiale de la France, où Jeanne d’Arc par exemple, n’est plus  qu’une « invention de la IIIe République » et ne bénéficie d’aucune entrée à son nom. Bref, un  détail de notre histoire ! Bérénice Levet
Les statistiques ethniques ou sur l’appartenance religieuse étant très encadrées en France, le nombre exact de personnes sans religion est inconnu. Mais plusieurs sondages effectués au niveau mondial et européen en donnent une bonne estimation. En 2012, l’association de sondages WIN/Gallup International, spécialiste de la question, a demandé à plus de 50 000 personnes dans 57 pays si elles se considéraient « religieuses », « non religieuses » ou « athées convaincues ». A cette question, environ un tiers des Français répondent être « non religieux » et presque un autre tiers « athées ». On obtient donc 63 % de Français qui ne s’identifient à aucune religion contre seulement 37 % de Français religieux. (…) En 2010, un autre sondage a permis de dresser un portrait religieux de la France : l’Eurobaromètre commandé par la commission européenne. Les réponses sont assez proches de celle du premier sondage : 40 % des Français se déclarent athées et environ un tiers « croient en un esprit ou une force supérieure ». Un avis plus nuancé mais qui les place tout de même dans les personnes « sans religion ». Près de 70 % des Français sondés ne se réclament donc d’aucune religion précise, même si un tiers d’entre eux croit en une forme de divinité. La question de la religiosité d’un pays est sensible à aborder et potentiellement source d’erreur car les notions de religion, de foi et de spiritualité peuvent avoir des résonances différentes selon les personnes interrogées. Comme le précise l’étude de Gallup en annexe, une part importante de sondés appartenant à une religion déclarent avoir la foi mais ne pas se vivre comme une « personne religieuse ». De même, les personnes se déclarant athées ne font parfois pas la différence avec l’agnosticisme (personne déclarant ne pas pouvoir trancher sur l’existence d’un dieu) ou le déisme (croyance en un dieu sans se réclamer d’une religion). Certains chiffres sont en revanche catégoriques, comme ceux concernant le catholicisme collectés par l’IFOP : la part de Français pratiquants est en grande diminution. Seule une petite minorité, 4,5 %, assiste à la messe chaque semaine. Et, même si aujourd’hui encore près de 70 % de la population française est baptisée, les nouvelles générations renoncent pour la plupart à baptiser leurs enfants : on comptait 472 000 baptêmes en 1990, on n’en dénombre plus que 303 000 en 2010 (pour 800 000 naissances). Concernant l’islam, la pratique religieuse est plus régulière. Selon une enquête IFOP pour La Croix, 41 % des personnes « d’origine musulmane » se disaient « croyantes et pratiquantes » (contre 16 % chez les catholiques), et 34 % « croyantes mais non pratiquantes » (57 % des catholiques), 25 % se disant « sans religion ou seulement d’origine musulmane » (27 % des catholiques). Seuls 25 % des interrogés disaient aller « généralement à la mosquée le vendredi ». (…) La tendance à l’athéisme est mondiale d’après les critères établis par l’étude Gallup. Depuis 2005, date de leur précédent sondage, la part de personnes « religieuses » a baissé de 9 % et la part de personnes athées a augmenté de 3 %. Mais la situation française reste une exception dans un monde où la religion garde encore une place de premier plan : plus de la moitié (59 %) de la population mondiale se sent toujours « religieuse » et 13 % seulement se déclarent athées. Dans le top 5 des pays athées (parmi la cinquantaine de pays interrogés), la France tient la 4e place, derrière la Chine, le Japon et la République tchèque. L’étude met en corrélation ces résultats avec la richesse du pays concerné. Une grande partie des pays les plus religieux comptent également le plus petit revenu national brut : Ghana, Nigeria, Roumanie, Kenya, Afghanistan… A l’inverse,  les moins religieux sont souvent les plus aisés, comme la France, le Japon, la Suède, Hongkong, l’Australie, l’Allemagne ou les Pays-Bas. Le Monde (2015)
En trente ans, sa pratique, sa pénétration et son influence ont été divisées par trois : le ratio de baptêmes sur le nombre de naissances enregistré est passé de 80% à 36% – le ratio de confirmations est passé de 15% à 5% – le ratio de mariages catholiques sur le nombre d’unions civiles (mariages civils et Pacs) est passé de 35% à 9% – le nombre de prêtres est passé de 38 000 à 13 000 (dont largement plus de la moitié ont dépassé l’âge de la retraite) – le nombre de catholiques pratiquants « une fois par an au moins » est passé de 60% à 27%, celui de pratiquants « une fois par mois au moins » de 40% à 9%. Celui des pratiquants « une fois par semaine » a été divisé par 5, passant à 4%. La moitié des catholiques déclarés (45% de la population) affirment ne pas croire en Dieu, soit 23% de « catholiques athées » auxquels il faut ajouter une majorité des Français qui se déclarent sans religion (45% de la population aussi). Si on additionne « catholiques athées » et « sans religion athées » (certains « sans religion » sont peut-être déistes), on a sans doute largement plus de 50% des Français qui sont athées. Le reste de la population étant composé de 6 à 8% de musulmans, de 0,5% de juifs religieux (pratiquant ou respectant des prescriptions religieuses), de 1% de protestants déclarés, et de 1% de bouddhistes réguliers. On est donc passé en trente ans d’une situation où la religion catholique était dominante et incontestée (plus de 80% de la population grosso modo) à une situation ou plus de 50% des Français se déclarent athées, voire près de 70%  si l’on additionne les 23% de catholiques athées (c’est-à-dire des baptisés qui ne pratiquent pas leur religion et qui déclarent ne pas croire en Dieu) et les 45% de « sans religion ». Le « fait catholique », n’est donc plus un fait dominant, loin de là. On peut même imaginer, si l’on prolonge les courbes de tendance, qu’à l’horizon de 20 ou 30 ans, il n’y aura plus en France que 10% de catholiques. À côté de peut-être 10% de musulmans (si l’immigration ne progresse pas démesurément, sinon on peut imaginer un socle de près de 15% de musulmans). (…) Le fait religieux dominant, c’est l’athéisme. La France est devenue « fille aînée de l’athéisme » après avoir été celle de l’Église. Il est tout à fait envisageable, on l’a vu, d’imaginer à l’horizon 2050 une France composée de 80% d’athées ou de sans religion, de 10% de catholiques et de 10% de musulmans. Dans cette situation sans précédent, le catholicisme ne serait plus le fait dominant de notre nation, mais une de ses deux religions minoritaires, à égalité avec l’islam. Le fait dominant sera celui de l’athéisme, ou tout du moins d’une irréligiosité massive de la population. Dans cette perspective, la laïcité change de rôle. Elle n’est plus un instrument de combat pour réduire une religion dominante et la maîtriser mais la base d’un comportement très largement majoritaire qui s’impose à tous. Elle n’essaie plus d’écarter de l’espace public des comportements religieux pour les contraindre à rester dans le domaine privé car ils seront à l’avenir aussi très largement absents du domaine privé. Elle devient un état majoritaire et largement partagé par la population. Le débat ne se pose plus dès lors entre « séparatistes » (au sens de 1905) et « concordataires » (au sens de 1801) , puisqu’il n’y aura plus grand chose à séparer hormis les pratiques minoritaires de 10% de catholiques et de 10% de musulmans et qu’il n’y aura plus grand chose à protéger puisque la religion musulmane sera à égalité avec la religion catholique. En étant provocateur, on pourrait dire que le déclin de la religion catholique est une grande opportunité pour imposer la laïcité aux musulmans. Car à l’avenir elle n’apparaîtra plus comme l’instrument de domination d’une France blanche et chrétienne sur une France colorée et musulmane, mais comme l’état général et normal de la très grande majorité de la population. C’est pourquoi, ce n’est absolument pas le moment de renoncer ou d’aménager la laïcité au sens où elle a été mise en place en 1905. C’est au contraire le moment de réaffirmer ses valeurs parce qu’elles ont un avenir certain car la laïcité invite tous les Français à se conformer à quelques règles simples de bienséance : ne pas exposer sa religion en public par des signes ostentatoires – tolérer la critique de sa propre religion – ne pas imposer aux autres des règles qui ne les concernent en rien (le fait de dessiner Mahomet par exemple) – et sans doute laïciser aussi les jours fériés (en proposant à chaque français de disposer d’un stock de 5 jours fériés à utiliser à sa propre convenance, religieuse ou pas). Régis Debray a écrit que la religion chrétienne était en train de laisser la place à une nouvelle religion « athée » qu’il appelle la ROC (Religion de l’Occident Contemporain). Il se trompe sans doute en l’étendant à tout l’Occident car le continent américain en général et les USA en particulier restent très attachés au christianisme. Mais les signes sont très forts en Europe d’une évolution vers la ROC (ou de la REC, Religion de l’Europe Contemporaine). Ils le sont tout particulièrement en France car les 67% de Français qui se déclarent aujourd’hui athées ou sans religion et qui seront sans doute demain 80% de la population sont certainement à l’avant-garde de cette évolution. Sont-ils pour autant sans valeurs ? Non car ils partagent un certain nombre de principes qui sont au cœur de la laïcité : le respect de l’égalité (hommes-femmes) – le respect des minorités (sexuelles en particulier) – la défense des libertés individuelles et collectives – la tolérance. Ce sont les principes fondamentaux de cette religion des droits de l’homme. Ils s’imposent à tous. Causeur
A compter du lundi 10 avril, la présidentielle entrera dans la période dite de « campagne officielle » où un certain nombre de règles et traditions entrent en vigueur. Egalité stricte des temps de parole, affichage des panneaux électoraux, envoi des professions de foi et diffusion sur les antennes du service public des clips de campagne des candidats. Un exercice particulièrement surveillé par les autorités de régulation. A l’heure de YouTube et de l’essor de la vidéo en direct, les onze candidats à la présidence de la République enregistrent cette semaine une série de clips très officiels que diffuseront les antennes du service public. (…) Règlement pointilleux. Sauf qu’avec le début de la campagne officielle, la liberté de création va drastiquement se réduire. Le CSA a en effet donné aux différentes parties un document de onze pages fixant le cadre de production, programmation et diffusion de ces clips de campagne. Au total, 49 articles expliquent par le menu le bon fonctionnement de la période à venir. Le gendarme de l’audiovisuel s’y montre particulièrement pointilleux, au point même de réglementer le nombre de personnes pouvant accompagner le candidat en studio d’enregistrement ou en salle de montage. Mais ce qui a surpris l’ensemble des équipes de campagne se situe dans l’article 9 : interdiction de « faire apparaître tout emblème national ou européen ». Pas de drapeau donc dans ces vidéos. Ni français, ni étranger et pas plus d’hymne national. Une disposition jugée « incroyable » par Gautier Guignard, qui s’occupe des vidéos de François Fillon, obligé de « jeter un certain nombre d’images que nous avions sélectionnées ». Si la consigne existait en fait lors des scrutins précédents, le régulateur avait choisi de jouer la carte de la mansuétude. Une période visiblement révolue. La cause de ce changement de pied est la crainte que certaines campagnes ne « misent sur un nationalisme délirant », confie un bon connaisseur du dossier, rappelant qu’en 2012 un clip de Nicolas Sarkozy avait créé la polémique en montrant un panneau « douane » écrit en arabe. En proscrivant l’utilisation de tous les drapeaux, le CSA veut également se prémunir de la possibilité que certains puissent être « maltraités ou utilisés de manière négative ». L’Opinion
Après sa déclaration de candidature, de retour vers Paris, Emmanuel Macron a fait une halte là où les pierres parlent. Loin des caméras et des micros, le néo-candidat à l’élection présidentielle s’est arrêté en la Basilique de Saint-Denis, tombeau des Rois de France. Seul en son destin face aux Transis. Qu’est-il venu chercher là, dans ce grand silence de marbre où dort l’âme de la France? Conviction. Onction. Transmission. Inscription. Tout cela à la fois sans doute. Les voies qui mènent aux Forces de l’esprit sont impénétrables. Le geste de Macron rappelle qu’il est deux catégories de candidat à l’élection présidentielle: ceux qui hantent les lieux de mémoire, en quête d’encens, et ceux qui occupent les plateaux de télévision, en perte de sens. Challenges
Jeanne est dans cette France déchirée, coupée en deux, agitée par une guerre sans fin qui l’oppose au royaume d’Angleterre. Elle a su rassembler la France pour la défendre, dans un mouvement que rien n’imposait. Tant d’autres s’étaient habitués à cette guerre qu’ils avaient toujours connue. Elle a rassemblé des soldats de toutes origines. Et alors même que la France n’y croyait pas, se divisait contre elle-même, elle a eu l’intuition de son unité, de son rassemblement. Voilà pourquoi, les Français ont besoin de Jeanne d’Arc, car elle nous dit que le destin n’est pas écrit. Emmanuel Macron
Dans son dernier discours sur la culture, Marine Le Pen appelle de ses vœux une France qui retrouve sa grandeur. Mais l’art n’est pas fait pour servir la grandeur de la France, et c’est d’ailleurs bien ainsi qu’il la sert. Le Front national ne cesse de tirer à boulets rouges sur l’art contemporain, c’est-à-dire sur les formes de l’art sans précédent. C’est pourtant là que réside l’éminente fonction de l’art qu’est la subversion – qui va du léger déplacement au renversement scandaleux. La liberté de penser et de créer, la liberté d’inventer et d’affirmer, la liberté d’interpréter et de critiquer le monde comme il va ou ne va pas, sont choses précieuses, ô combien ! L’art comme fruit de ces libertés et des moyens qui lui sont offerts en France, c’est cela que le monde entier nous envie. Marine Le Pen présidente y mettrait un point d’arrêt. Comment s’en étonner quand le Front national promeut, quoi qu’il tâche de le faire oublier jusqu’à l’effacement, des idées racistes, antisémites, xénophobes et nationalistes ?Le Front national est aux portes du pouvoir. Nous appelons à faire barrage à Marine Le Pen lors de la prochaine élection présidentielle, puis aux législatives qui lui succéderont. Signataires : Archie Shepp, Léa Seydoux, André Wilms, Jean-Pierre et Luc Dardenne, Renaud, Jeanne Moreau, Matthieu Chedid, Annette Messager, Akhenaton, Shurik’n, Kheops, Imhotep et Kephren du groupe IAM, Vincent Elbaz, Valeria Bruni Tedeschi, Christian Boltanski, Cécile de France, Zazie, Abdellah Taïa, Anaïs Demoustier, Vincent Delerm, Anna Mouglalis, Vincent Macaigne, Kaoutar Harchi, Jérôme Ferrari, Mathilde Monnier, Karin Viard, Zabou Breitman, Laura Smet, Alexandre Chemetoff, Lolita Chammah, Marie Darrieussecq, Tahar Rahim, Emma de Caunes, Alysson Paradis, Denis Podalydès, Amos Gitaï, Georges Didi-Huberman, Romane Bohringer, Pascal Dusapin, Pascal Convert, Valérie Donzelli, Vincent Perez, Alain Françon, Théo Mercier, Charles Berling, Amira Casar, Jean-Michel Ribes, Alexis Jenni, Judith Chemla, Charles Fréger, Félix Moati, Albin de la Simone, Florence Loiret Caille, Laurent Bayle, La Grande Sophie, Magyd Cherfi, Ariane Ascaride, Jonathan Zaccaï, Antoine de Galbert, Béatrice Dalle, Jean-Pierre Vincent, Samir Guesmi, Olivier Py, Laurence Equilbey, Jules Sitruk, Paula Aisemberg, Jean-Noël Pancrazi, Renan Luce, Stéphane Foenkinos, Emmanuel Demarcy-Mota, Camélia Jordana, Brigitte Jaques-Wajeman, Zita Hanrot, François Regnault, Babx, Sofi Jeannin, Jérôme Kircher, Pauline Bastard, Francis Boespflug, André Markowicz, Claude Perron, Olivier Mantéi, Karen Vourc’h, Dominique Blanc, Olivier Rolin, Jeanne Cherhal, Gérard Wajcman, Jacky Ohayon, Rachel Arditi, Carine Tardieu, Stéphane Braunschweig, Marie Collin, Pascal Elbé, Farid Bentoumi, Laure Marsac, Émilie Brisavoine, Alexandre Tharaud, Irène Jacob, Yann Rabanier, Arthur Nauzyciel, Mathieu Chatenet, Brigitte Lefèvre, Sébastien Pouderoux, Élie Wajeman, Guillaume Gouix, Jean de Loisy, Laurent Gaudé, Philippe Quesne, Iván Argote, Arièle Butaux, Dominique Valadié, Elsa Lepoivre, André Engel, Corinne Bacharach, Anne Alvaro, Olivier Babinet, Yann Apperry, Thomas de Pourquery, Judith Henry, Sébastien Betbeder, Brigitte Sy, Gérard Lefort, Nicolas Bouchaud, Pierrick Sorin, Natalie Seroussi, Rodrigo Garcia, Anne-Lise Heimburger, Sylvie Ballul, Jean-François Sivadier, Anaëlle Lebovits-Quenehen, Isabelle Renauld, Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel, Yanowski, Vincent Winterhalter, Mathieu Bauer, Lise Wajeman, Marion Rampal, Cyril Descours, Olivier Cadiot, Stéphanie Murat, Daniel Jeanneteau, Océanerosemarie, Thomas Blanchard, Éric Génovèse, Richard Brunel, Françoise Lebrun, Rodolphe Dana, Sarah Petit, Emmanuel Noblet, Daniel Mesguich, Florence Thomassin, Olivier Gluzman, Ismaël Margain, Anne Marivin, Jean-Philippe Amar, Sigrid Bouaziz, Evelyne Didi, Guillaume Vincent, Caroline Deruas, Peter von Poehl, Jean-Luc Gaget, Cecile MacLorin Salvant, Thomas Enhco, Zaza Fournier, David Lescot, Micha Lescot, Marcel Bozonnet, Valérie Dréville, Laurent Poitrenaux, Michel Deutsch, Julia Piaton, Valérie Stroh, Yves-Noël Genod, Anne Paceo, Jean-Loup Rivière, Françoise Morvan, Odile Heimburger, Ludovic Lagarde, Samuel Achache, Jeanne Candel, Kyrie Kristmanson, Sarah Le Picard, Éric Génovèse, Julien Féret, Céline Gaudier, Mikaël Serre, Simon Jacquet, Bastien Lallemant, Charlotte Testu, Delphine Gleize, Fanny de Chaillé, Roxane Arnold, Raphaël Quenehen, Samuel Churin, Aram Kebabdjian, Jannick Thiroux, Marie Payen, Lola Gans, Raphaël Imbert, Servane Ducorps, Franck Krawczyk, Joëlle Petrasek, Yaron Herman, Marie Modiano, Zina Modiano, Lolita Sechan, Mona Achache, Caroline Guiela-Nguyen, Julie-Anne Roth, Sylvain George, Jean-Pierre Sarrazac, Natalie Beder, Alexis Pivot, Sarah Stern, Charlotte des Georges, Michèle Foucher, Maissiat, Catherine Frot, Yann Moix.
Foutez-nous la paix avec vos histoires de religion. (…) La France ne vas passer son temps à discuter de religion. Jean-Luc Mélenchon
Vous voulez mettre des symboles religieux dans nos mairies ? C’est ça, votre laïcité ? 60% des Français n’ont pas de religion. Fichez-nous la paix avec la religion ! Nous ne sommes pas obligés de subir vos foucades, vos trouvailles, vos manières de nous imposer à tous votre manière de vivre qui n’est pas la nôtre ! Jean-Luc Mélenchon
Je veux aussi protéger la culture et l’identité des Français. Et l’inscription dans la Constitution de cette phrase permettra de mettre des crèches dans les municipalités. La protection de ce patrimoine est essentiel, et les Français l’attendent parce qu’ils se sentent bousculés dans leur mode de vie, dans les moeurs. (…) On a parlé de protection contre le terrorisme, je veux aussi protéger la culture et l’identité des Français. La protection de ce patrimoine est essentiel. Les Français l’attendent parce qu’ils se sentent bousculés dans leur mode de vie, leurs codes, leurs mœurs, par la montée en puissance de revendications portées par des fondamentalistes islamistes. (…) les crèches dans les mairies comme les sapins de Noël dans les écoles, tout cela, ça ne participe pas exclusivement de la religion, ça participe de nos racines. Les racines de notre pays, de notre culture. Marine Le Pen
« Des centaines de parlementaires ont employé des membres de leur famille. (…) Je suis aujourd’hui favorable à ce qu’on interdise cette pratique. (…) « Qu’est-ce que c’est qu’un président exemplaire ? C’est un président qui dit la vérité aux Français sur la situation de France et la réalité du monde. Un président exemplaire, c’est un président qui ne se sert pas des moyens de l’Etat pour affaiblir ses adversaires. Un président exemplaire, c’est un président qui ne se confie pas aux journalistes. (…) Comme vous l’avez vous-même dit j’ai droit à la présomption d’innocence et vous devriez faire preuve d’une plus grande prudence. Non seulement je n’ai pas reconnu d’erreurs. Je refuse de répondre aux journalistes qui pendant deux mois et demis ont fait mon procès, on a voulu me faire taire, on a voulu m’éliminer, je suis toujours là, personne ne viendra m’intimider. Ce sont les Français qui porteront un jugement dans un peu moins de trois semaines. François Fillon
« Quand on est élu, on a plus de devoirs que les autres et on ne devrait pas avoir tous ces privilèges et ces passe-droits. Quand on entend Monsieur Fillon s’en prendre aux privilèges des cheminots quand lui-même s’accorde des, on va dire des largesses, ça choque. Je ne trouve pas ça normal. Vous avez avoué des erreurs, mais pour moins que ça les gens sont mis à la porte des entreprises. Quand on est travailleur, on doit rendre des comptes tous les jours. (…) Le décalage est insupportable. Si les travailleurs se levaient, demandaient des comptes il seraient en possibilité de changer la situation. J’ai un exemple : la Commune de paris en 1871. (…) Je suis pour revenir à cela. » Nathalie Arthaud
C’est vrai qu’on est servi depuis quelques temps  : Dassault, Balkany et depuis janvier Fillon que des histoires, plus on fouille, plus on sent la corruption et la triche. C’est un bonhomme qui nous explique qu’il faut faire la rigueur mais qui pioche dans les caisses publiques. Le Pen, c’est pareil, on pique dans les caisses publiques européennes. Le FN qui se dit anti-système se protège grâce au système et à l’immunité parlementaire. Nous quand on est convoqué par la police, on a pas d’immunité ouvrière. Le problème c’est la professionnalisation de la vie publique. Il y a trop de gens trop payés. Il faut limiter le salaire des politiciens au salaire moyen, au moins les gens courront moins après le poste. Plus de cumul des mandats. Plus de carrière politique. Philippe Poutou
Deux éléments peuvent expliquer ce succès : non seulement, à partir du règne de Constantin, les empereurs – exception faite de Julien l’Apostat (361-363) – soutiennent le christianisme et le financent fortement ; mais le christianisme a aussi une caractéristique exceptionnelle, et qui lui est propre : il est organisé comme une armée, avec un chef, des sous-chefs et des chefs locaux (archevêques, évêques, prêtres). De fait, cette organisation a permis de mettre en place un encadrement militaro-spirituel, si j’ose dire, de la population. J’ignore d’où vient cette organisation si particulière de la religion chrétienne, et qui mériterait d’être étudiée. (…) Il faut savoir que le paganisme était en crise depuis six ou sept siècles. Aux yeux des lettrés, il comportait trop de fables et de naïvetés, si bien que le païen lettré ne savait plus ce qu’il devait ou pouvait croire. De plus, l’argent et la puissance hiérarchique avaient changé de bord. Cela dit, le paganisme n’a pas totalement disparu : des régions entières sont restées longtemps païennes sans le dire. Ainsi, les fermiers, métayers et ouvriers agricoles qui travaillaient les grands domaines des seigneurs romains en Sardaigne étaient encore largement païens vers l’an 500. Mais on ne le disait pas trop : cela ne se faisait plus. Notons que l’on demandait à Dieu les mêmes choses qu’aux divinités païennes – de bonnes récoltes, par exemple. Les ex-voto chrétiens sont parfaitement comparables aux ex-voto païens. Néanmoins, pour les lettrés, la religion chrétienne avait une supériorité intellectuelle et spirituelle incomparable avec le paganisme, à tous points de vue. Amour et miséricorde infinie d’un Dieu profondément charismatique, moralisme qui pénètre tous les aspects de la vie du croyant et projet divin de la Création qui donne un sens à l’humanité : autant d’éléments qui ne pouvaient qu’attirer les élites. (…) Le christianisme est à mon sens la religion la plus géniale du monde – je le dis d’autant plus aisément que je ne suis pas croyant. La théologie, la spiritualité, l’inventivité de cette religion sont extraordinaires. Si Nietzsche y voit une « religion d’esclaves », c’est sans doute parce qu’un croyant est soumis à Dieu, à ses commandements, et est en quelque sorte l’esclave de Dieu. Pour ma part, je suis en admiration devant l’incroyable édifice intellectuel et spirituel élaboré par les penseurs chrétiens. (…) [La question des origines chrétiennes de la France] C’est le type même de la fausse question. Comme je l’ai écrit dans mon ouvrage Quand notre monde est devenu chrétien, « ce n’est pas le christianisme qui est à la racine de l’Europe, c’est l’Europe actuelle qui inspire le christianisme ou certaines de ses versions ». La religion est une des composantes d’une civilisation, et non la matrice – sinon, tous les pays de culture chrétienne se ressembleraient, ce qui est loin d’être le cas ; et ces sociétés resteraient figées dans le temps, ce qui n’est pas plus le cas. Certes, le christianisme a pu contribuer à préparer le terrain à certaines valeurs. Mais, de fait, il n’a cessé, au fil des siècles, de changer et de s’adapter. Voyez par exemple le courant des catholiques sociaux de gauche : ce christianisme charitable qui oeuvre pour le bien-être du prolétariat découle directement du mouvement ouvrier socialiste du XIXe siècle. De même, il existe des courants du christianisme qui se revendiquent féministes et laïques. Mais auraient-ils existé s’il n’y avait eu, auparavant, la révolution féministe ? Et la laïcité, ce ne sont pas les chrétiens qui l’ont inventée : ils s’y sont opposés en 1905 ! En réalité, le christianisme se transforme en fonction de ce que devient la culture française, et s’y adapte. (…) Aucune société, aucune culture, n’est fondée sur une doctrine unique. Comme toutes les civilisations, l’Europe s’est faite par étapes, aucune de ses composantes n’étant plus originelle qu’une autre. Tout évolue, tout change, sans arrêt.(…) Si, pour certains croyants, qui ne constituent qu’une toute petite élite, le christianisme correspond à une réalité vécue, force est de constater que pour l’immense majorité des autres, la religion n’est qu’un vaste conformisme, auquel ils adhèrent sans réellement s’y astreindre. C’est exactement la même chose que la notion de patrie avant 1914 : l’idée de « patrie française » tenait chaud au coeur. (…) Bien sûr que cet apport est immense. Autour de nous, le christianisme est partout : les cathédrales, les églises jusque dans les plus petits villages, une bonne partie de notre littérature – Blaise Pascal – et de notre musique – Bach. Mais pour la majorité d’entre nous, il s’agit là d’un héritage, d’un patrimoine qui appartient au passé, à l’instar de Versailles ou de la pensée de Descartes. Moi-même, je suis ému quand je rentre dans une église et je fais le signe de croix. Le déclin du christianisme, le fait qu’il soit sorti de notre culture, de nos croyances et de nos pratiques, a réellement commencé à toucher l’ensemble de la population au XIXe siècle. (…) L’Europe actuelle est démocrate, laïque, partisane de la liberté religieuse, des droits de l’Homme, de la liberté de pensée, de la liberté sexuelle, du féminisme et du socialisme. Toutes choses qui sont étrangères, voire opposées, au catholicisme d’hier et d’aujourd’hui. La morale chrétienne prêchait l’ascétisme et l’obéissance. L’individualisme de notre époque, par exemple, est aux antipodes de la soumission, de la piété et de l’obéissance chrétiennes. [les penseurs aux sources de notre culture] À l’évidence, cela me semble être l’époque des Lumières et la Révolution. Depuis la Révolution, songez qu’il n’existe plus de roi de droit divin : il s’agit désormais de monarchies constitutionnelles, comme en Angleterre. S’il fallait absolument nous trouver des pères spirituels, on pourrait nommer Kant ou Spinoza. (…) Les Grecs ont inventé la philosophie, le théâtre, et tant d’autres choses. Les Romains les ont répandus, ils ont hellénisé le monde en langue latine. Le christianisme lui-même a hérité de cette culture antique, à une différence énorme près : la notion d’un Dieu tout-puissant et éternel, créateur du monde, n’a rien de commun avec les dieux antiques. Ces derniers étaient exactement comme nous, mais immortels ; ils avaient les mêmes vices, les mêmes vertus, et n’étaient pas tout puissants. Le Dieu des juifs et des chrétiens est un apport culturel gigantesque que le paganisme n’a jamais été en mesure d’apporter. Mais si l’héritage chrétien apparaît de façon plus évidente à l’esprit de nos concitoyens, bien que déchristianisés, que l’immense patrimoine antique dont nous sommes aussi les héritiers, c’est que, chez nous, la religion chrétienne est présente visuellement partout. [le retour du thème de nos racines religieuses] Les raisons sont purement politiques. Parler de racines religieuses permet de se montrer vertueux, attaché à certaines valeurs comme la charité. C’est une manière de se faire bien voir. Je ne crois pas du tout au « retour du religieux » dont on parle en ce moment : les chiffres disent le contraire pour toute l’Europe, et plus encore pour la France. La moitié des Français ne sont plus baptisés. Paul Veyne
As with celibacy and virginity, the people we hear about are usually the more radical. They’re the ones with the really extreme solutions and some of the most passionate Christians and the most articulate Christians were often very wealthy people who had truly, in ways that stunned everyone, thrown away their wealth. That is, they really believed to have followed the command of Christ, “If you wish to be perfect, sell all that you have; come.” So this is a Christianity whose main stars are very much in that camp, but the more I studied it, the more I felt that the actual heroes and heroines were the much more average people, who very much the way Jews at the same time considered their wealth, what wealth they had and it often wasn’t much, a sort of gift from God and that they had to as well pay back, and to renounce one’s wealth actually wasn’t a way of paying back. It was much more important to see your wealth as a way of providentially given to you so that you could do good, so a notion for what we say, you know, nowadays in a rather general way, Christian stewardship, actually summed up a whole attitude to wealth, to the world of money, which, I think, we would gain in a recapturing. I think maybe, and here I think it’s important to realize that maybe our relative indifference to wealth isn’t just a sort of inheritance of a view that, you know, any consistent Christian must renounce wealth; therefore, Christians who don’t renounce wealth are sort of second class. I think in an odd way that has continued. I think it is also the economy of the Roman Empire it was a very agrarian economy, a very slow economy. Wealth didn’t consist in large banking concerns, which people actually buried their gold, which is why we can see so much in modern museums. Now this means to say that the care of the poor or, just as important, people like yourself who were in danger of becoming poor, was also summed up, not in sort of grand gestures—alms-giving, you know, huge handouts—but, you know, small gestures—offering low-interest loans, forgivable loans, finding somebody a job. So there is a whole penumbra of Christian charity that is below the sort of radar screen if you’re looking only in terms of banking, cash, checks. (…) You get a real distinction between the extremists who emphasize Jesus’ true challenge to the wealthy but very much in the gospels, very much in Matthew and Luke; then there’s the letters of Paul, which show a fervent fundraiser at work, show somebody who’s determined to be a fully self-supporting member of the community, and, at the same time, has almost a mystique of mutual help. (…) In the overwhelming majority of cases, wealth was land turned by labor into food, which in the case of the rich was turned into sufficient money to be turned into privilege and power. (…)  when land becomes food all the gods are involved. I think one must never underestimate what the sheer religious aura of every house, whether it’s Christian, Jewish, or pagan. (…) wealth’s like a sort of barium trace, it goes everywhere, and one of the things which wealth does ask always is, “How free are humans to actually change themselves and to change society?” And there I think Pelagius, because of his extreme view of the freedom of the will, really did think, or at least encouraged others to think, that wealth is just a bad habit and you can get rid of it much as you can as it were kick smoking. Augustine didn’t share that view at all. (…) one must never idealize the Roman Empire. It did great things, but it was still a very fragile state. It was tied by issues of logistics, of agrarian yield, so we’re looking at an empire which is almost doomed the moment it actually happens. I think one of the wisest things that Edward Gibbon said—this is one of the things that people usually remember—he said, “The fall of Rome was inevitable; what is remarkable is that the empire lasted so long.” I think that’s a much more fair way to see it. What I think, indeed, happened was that with the rise of Christianity there was the rise of what one might call a horizontal way of organizing society, interconnection, city to city, vertical connections rich and poor in each city, which it didn’t bring the empire down, but when the empire did fall for relatively straightforward reasons—you know, it couldn’t defeat the barbarians, it couldn’t bring taxes in—people found that the end of the empire wasn’t as much a disaster. So I think that the rise of Christianity didn’t bring down the empire; if anything it sort of pushed the fall. (…) with Western Christendom you get a world of much smaller political units, which at the same time manages to be thoughtlessly creative. I mean, the great gothic cathedrals of Northern France are as grand as any Hippodrome, any coliseum. They’re built with engineering skills that are quite extraordinary by Roman standards; things Romans never thought of. And yet they’re put up in territories which often are no more than a few departements in France. How has society managed to grow, managed to become a sort of set of such vivid micro-societies, having emerged out of a vast back row of society is one of the great problems. (…) the greatest surprise—and it only came upon me gradually and it came roughly three years before I finally completed it because until the surprise it didn’t quite make sense. First of all, the conversion of Constantine, though it made a great difference to the public profile of Christianity, you know the emperors really did favor it, did give it funding—the conversion of Constantine did not mark the real beginning of Christianity becoming a majority religion. And the real entry of the truly wealthy into the Christian church happened a whole two generations after the conversion and it was an almost a sort of grassroots movement. So that was a surprise. I think the other surprise was that up until about the year 500, the Christian churches in themselves, that is the actual money available to bishops, was much less than we had previously thought; that the average Christian bishop was still a relatively low-profile person and that the real strength of the church lay not in its upper echelons, although these were very dramatic people, people like Ambrose, people like Augustine, but in the sort of average Christians who I came to know more and more through almost accidental evidence—through inscriptions, through little piles of coins found in churches—so that I found that I was writing a history that had its stars, but the stars were not necessarily the real heroes. Peter Brown
Ce n’est en fin de compte ni en entretenant les très pauvres ni en persuadant les très riches de reporter leur générosité du cirque vers les églises que les évêques chrétiens devinrent prééminents dans la société, mais en gagnant l’entre-deux à leur cause. (…) A partir de ce moment les chrétiens, membres d’une religion ralliée par les riches et les puissants, purent commencer à penser l’impensable en envisageant la possibilité d’une société entièrement chrétienne. Peter Brown
Late antiquity poses a baffling problem. Why did Roman society, from the bottom to the very top, progressively adopt a religion that appeared to promote the surrender of worldly goods to the poor? And given that wealth continued to be as important as ever after Christianisation, how did the Roman world reconcile riches and moral austerity? Peter Brown’s dashing new book explores these questions for the Latin-speaking, western Roman empire. It’s an immensely learned and authoritative study; Brown has been for 40 years the world’s most eminent scholar of late antiquity. (…) But the wider story matters too, for the age he describes saw the making of Europe as we know it, and with it the development of many of our current instincts and anxieties around the compatibility of wealth and social responsibility. The story is built around two narrative strands, interwoven like a double helix. The first is the rise of Christianity in the fourth century AD from a niche cult in the multi-religious world of the Roman empire to the dominant religion of the west. The second is the collapse of centralised imperial authority in the fifth century, and the transition to what Brown calls a « local Roman empire ». These two combined processes allowed Christianity to move from a counterculture based around an ideology of renunciation of worldly goods to an institutional infrastructure built on corporate wealth. One of the most decisive hallucinations in history occurred in 312AD, when the hitherto polytheist Emperor Constantine saw a vision of the cross hanging in the sky above a battlefield just outside Rome. We’ll never know what Constantine’s real motives for conversion were; perhaps it was quite simply a religious experience. But this wasn’t the moment when the empire as a whole was transformed: Christianity remained one religion among many for some 60 years. Constantine’s major legacy to the empire was root-and-branch fiscal reform, which put efficient tax-collection at the heart of the entire bureaucratic system. Brown calls the fourth century the « age of gold », after the coin known as the solidus that symbolised the confidence of the imperial treasury. So, wealth was on everyone’s mind – mostly because 90% of the population didn’t have enough of it, while the remaining 10%, those on the inside of the tight-ravelled nexus of power, had riches beyond compare. Sound familiar? But this is only half of the story. If the imperial heart sucked resources towards the centre in relentless cycles, there was also a corresponding diastolic process that kept the people going. Local agriculture could not always feed local populations, especially in Italy; vast quantities of grain were imported to Rome (mostly from Egypt, the breadbasket of the Mediterranean), and then distributed in annual doles. Provincial elites competed to disburse wealth to the people, whether in the form of doles or the provision of entertainment to a populace as hungry for spectacles as it was for bread. This culture of largesse, Brown shows, paved the way for the Christian obsession with giving to the needy that gripped the empire from the 370s onwards. Augustine, for example, began a « war of giving » in 403, seeking to outdo the munificent games at Carthage with a huge church-building programme financed by sympathetic locals. The two systems were direct rivals. But Christian charity wasn’t just traditional « bread and circuses » in a new guise; rather, it signified a radically different way of conceptualising relations between individuals and society, and between individuals and their own wealth. When non-Christians gave, they gave to their fellow citizens (and usually expected public honours in return). This was an exercise in civic-mindedness, in generosity towards the state. When Christians gave, by contrast, wealth flowed from « the rich » to « the poor ». What was at stake in this shift? Why did it matter? These questions go to the heart of Brown’s thesis. « Rich » and « poor » were not, in Brown’s view, objective categories; rather, they were dramatic roles borrowed from the Psalms and the Prophets. There was no systematic redistribution from the 10% to the 90%. One of the book’s recurrent themes is that, while there were certainly super-wealthy Christians engaged in acts of ostentatious self-sacrifice, Christianity’s core clientele lay in the « middling » people. Christianity saw, in effect, the triumph of mediocrity: men and (unusually for the ancient world) women of modest means could now play in their churches the kind of generous role previously reserved only for mighty patrons. Conversely, the genuinely wealthy can be found playing the role of « the poor », as Jerome did in the late fourth century when sneering at Rome’s luxuries from a position of faux-penury; or as the fantastically wealthy Pinianus and Melania did when theatrically enlisting on the poor roll at the church of Jerusalem in 417. (…)  The rise of the church as an institution was, initially, dependent on this vital role as a point of redistribution of surplus wealth. But this role was transformed from the fifth century onwards, after successive barbarian invasions had smashed centralised authority in the west. Now that secular authorities in the regions had lost their key tax-collecting role, it was religious institutions that filled the institutional void, and became seats of worldly power too. Bishops such as Gregory of Tours (573-94) were managers of institutional wealth as much as they were spiritual leaders. It would be easy to see this transformation as a sell-out, a betrayal of the radical spirit of the fourth century, a pragmatic accommodation with mundane power. Churches and monasteries were now not only wealthy in their own right, but also characterised by routines, with a whole panoply of institutional garb (the sixth century saw the arrival of the tonsure and the habit). Brown, characteristically, is not content with such simple explanations. What had happened, rather, was a transformation of the understanding of what wealth was: it was « given a higher purpose », in his words, swept up into a new imagery of the church as the shepherd of the local congregation. It is hard for modern readers to shed their cynicism towards attempts to justify the hoarding of vast wealth, especially in the context of subsistence economies. What makes this such a fine book is, ultimately, the challenge it issues to overcome that cynicism and to enter a very different imaginative world – one where corporate wealth was not yet tainted with corruption and capitalist acquisitiveness, where the possibility of a divine purpose for riches was still alive. Tim Whitmarsh
L’historien Peter Brown raconte comment, dans un Empire romain fraîchement converti, l’impératif de charité a transformé la vision de l’argent et renforcé le pouvoir de l’Eglise. (…) Le don n’est en fait pas une pratique nouvelle pour les riches Romains qui l’ont toujours tenu en haute estime dans le cadre de la cité, sous forme de nourriture ou de divertissement. La nouveauté réside dans le dépassement de la division entre citoyens et non-citoyens, l’exigence chrétienne initiale étant de donner à tous les pauvres, catégorie universelle censée représenter le Christ, incluant les nombreux migrants et sans-logis vivant aux marges de la cité. Peter Brown montre cependant que, pendant longtemps, le message de l’Eglise n’atteint pas les classes supérieures, pas plus qu’il ne touche les plus démunis. Le christianisme ne fut d’abord que la religion des catégories intermédiaires. (…) La vraie christianisation de l’Europe ne se réalisa qu’à la fin du IVe siècle quand les riches, jusqu’alors souvent demeurés païens, accaparèrent au sein de l’Eglise les positions dominantes en tant qu’évêques et écrivains chrétiens. (…) L’intégration ne se fit pas sans mal et, entre 370 et 430, sont écrits une multitude de textes sur la richesse et son interprétation dans une perspective chrétienne. C’est aussi l’époque où des super-riches comme Paulin de Nole, habités et troublés par le message évangélique, décident de renoncer à leurs biens et de vivre, seul ou en communauté, dans un état de pauvreté. La crise du Ve siècle et l’appauvrissement général, lié en particulier aux invasions barbares qui fragmentèrent l’Empire romain en de multiples entités indépendantes, conduit à un abandon des critiques radicales contre la richesse. Du fait de l’appauvrissement des grands propriétaires et des élites romaines traditionnelles, c’est en effet l’Eglise qui apparaît comme une force riche et puissante, capable plus que l’Etat d’administrer et de garantir une certaine stabilité. Plus que les autres institutions, elle peut assurer l’aide aux pauvres et aux citoyens ordinaires de plus en plus menacés. C’est l’époque que Peter Brown qualifie d’âge des «évêques-administrateurs», comme Grégoire de Tours, très soucieux de protéger et d’accroître les richesses foncières de l’Eglise. Ces dernières ne cessent d’ailleurs de grossir car les nouvelles aristocraties barbares et romaines de l’Occident post-impérial prennent l’habitude, à partir de 500, de faire des legs au clergé pour s’assurer la paix dans l’au-delà, contribuant de ce fait à doter les clercs d’un nouveau pouvoir politique. C’est ce mouvement qui produisit le passage du monde antique au début du Moyen Age, «grand basculement vers l’autre monde», celui de la civilisation chrétienne. Libération
Dans À travers un trou d’aiguille, Peter Brown, le plus grand spécialiste de l’Anti­quité tardive, notion qu’il a contribué à forger pour succéder à celle de Bas-Empire, retrace la généalogie de cette lente victoire. Il la replace dans son contexte et rend toute leur épaisseur et toutes leurs ambiguïtés aux personnages qui l’ont rendue possible ou en furent les témoins. Ce triomphe, il le scrute à l’aune du rapport de l’Église à la richesse – une perspective-clé pour comprendre comment le christianisme a fini par s’imposer. Sa thèse pourrait se résumer ainsi : l’Église n’est pas devenue riche parce qu’elle avait pris le pouvoir, elle a pris le pouvoir parce qu’elle était ­devenue riche. C’est parce que les fonds se sont mis à affluer vers elle que l’institution a fini par occuper cette place unique en Occident. Quand intervient le tournant décisif ? Ce problème n’a cessé d’obséder les historiens. Il est clair que la conversion de l’empereur Constantin, en 312, s’est révélée cruciale. Dans A History of the Later Roman Empire, James Bury, cité par Brown, y voit « l’acte le plus audacieux jamais commis par un autocrate au mépris de la vaste majorité de ses sujets ». Un avis partagé par le grand historien français Paul Veyne : dans Quand notre monde est devenu chrétien, il note l’importance « gigantesque » de Constantin « dans le cours de l’histoire humaine ». Au ­début du IIIe siècle, les chrétiens ne représentent qu’un dixième de la population de l’Empire. Ils seraient, selon toute vraisemblance, restés une secte minoritaire sans la conversion inespérée de l’empereur. Mais celle-ci a-t-elle suffi ? Non. Veyne ­estime que si, en 364, après la mort prématurée de l’empereur Julien l’Apostat (qui était revenu au paganisme), l’armée n’avait pas désigné comme successeur le chrétien Valentinien (« pour mille raisons où la religion n’entrait guère ») plutôt qu’un païen, la nouvelle religion aurait très bien pu n’être qu’une « parenthèse historique ». Brown situe le point de non-­retour plus tard encore : « C’est l’accélération de l’entrée des riches dans les églises chrétiennes au cours de la période qui suivit 370 qui marqua le vrai début du catholicisme triomphant du Moyen Âge. » L’auteur montre que, si Constantin a protégé le clergé, il lui a refusé « en même temps toute emprise sur les classes supérieures de la société romaine ». Sous son règne, les chrétiens ne s’attendent qu’à demeurer une minorité favorisée. Il s’agit encore d’une religion de classes moyennes. « Les évêques et le clergé étaient privilégiés précisément parce qu’ils n’étaient pas censés être les égaux des riches, remarque Brown. Ils ne devaient pas chercher au-dessus d’eux en recrutant des membres de la classe curiale. Ils n’étaient pas même autorisés à recevoir de riches plébéiens dans le clergé. Leur travail était au contraire de regarder en bas vers les pauvres. » Pourquoi, alors, les plus aisés finirent-ils par se rallier à la religion nouvelle ? Parce que, « en dehors du règne court et glaçant de l’empereur païen Julien l’Apostat, les dirigeants du monde romain demeurèrent chrétiens », explique Brown. On ne doit pas sous-estimer la « douce violence » que fit peser sur la société des classes supérieures la présence permanente d’une cour chrétienne, même en des temps où les politiques des empereurs (et le choix de leurs serviteurs publics) tendirent à demeurer indifférents à la ­religion. Il n’en demeure pas moins que la richesse posait un problème épineux à la nouvelle croyance. Dans l’Évangile de saint ­Mathieu, un jeune homme riche demande au Christ ce qu’il doit faire pour être sauvé. ­Jésus lui répond : « Vendre tout et le donner aux pauvres », puis, voyant le jeune homme s’éloigner tristement, prononce la phrase fameuse (qui donne son titre à l’ouvrage de Brown) : « Il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume des Cieux. » Richesse et salut s’excluaient donc ? Le livre de Brown montre comment, peu à peu, l’Église est parvenue à lever cette diffi­culté et à faire passer les riches à travers ce « trou d’aiguille ». La solution consista notamment à redéfinir le concept de « don ». À l’évergétisme, c’est-à-dire à une libéralité s’adressant avant tout à des concitoyens (riches ou pauvres), succéda une générosité dirigée avant tout vers les pauvres (concitoyens ou non). Le terme de « pauvres » fut lui-même défini d’une façon toute particulière : il ne s’appliquait pas seulement aux vrais indigents, mais aux « moins riches », à ceux qui n’étaient ­démunis que par rapport aux très riches ou aux plus riches. Et l’Église ­finit par reven­diquer pour elle-même cette qualifi­cation, si bien que donner au clergé revint à donner aux pauvres. Le célibat des prêtres fut en partie conçu comme un moyen d’attirer les aumônes : il distinguait radi­calement le clergé des profanes et en faisait un groupe révéré qu’il était bon de soutenir ­financièrement. La date charnière pourrait donc être l’élection d’Ambroise comme évêque de ­Milan, en 374. On mesure mal le séisme qu’elle représenta à l’époque. C’était « une anomalie socio­logique », note Brown ; la première fois, dans l’Occident chrétien, qu’un aristocrate accédait à ce poste réservé jusqu’ici aux classes plus modestes. Avec lui émerge une génération nouvelle de dirigeants chrétiens – Paulin de Nole, Jérôme et bien entendu Augustin –, bien plus brillants que les cadres assez ternes qui présidaient jusqu’alors aux destinées de l’Église. C’en est fini du christianisme discret de l’époque constantinienne. C’en est fini, aussi, du dédain des nantis pour la religion nouvelle. La fortune d’un Paulin de Nole égale celle d’un Symmaque, autant dire d’un Rockefeller. Quand, en 395, il décide d’abandonner son existence de grand seigneur pour devenir non pas même évêque, mais simple prêtre, c’est un coup de tonnerre dans l’Empire. Il est le premier super-riche à franchir le pas. (Ambroise faisait certes également partie de l’aristocratie, mais de l’aristocratie récente.) (…) En relativisant le caractère décisif de la fin de l’Empire romain d’Occident, en 476, et en soulignant l’unité des siècles précédant cette date avec ceux qui la suivent, les tenants de l’Antiquité tardive ne proposent pas seulement une nouvelle pério­disation. Ils entendent réha­biliter une époque longtemps présentée comme une simple décadence. L’ouvrage de Brown, fruit du travail de toute une vie, rend compte de la solidité et des ressources étonnantes d’un empire qui, loin d’agoniser pendant des siècles, sut se renouveler, mettre en place un système fiscal sans équivalent avant l’âge moderne et surtout promouvoir de nouvelles élites. Ce n’est que lorsque cette dynamique se grippa que l’Empire vola en éclats : l’ascension sociale s’effectuant désormais mieux à l’échelle locale, les cours des monarques barbares devinrent les nouveaux centres de pouvoir. Les immenses fortunes de jadis s’évaporèrent. Dans ce monde appauvri, conclut Brown, « les chefs des Églises se rendirent compte que c’étaient eux – et non les grands propriétaires terriens laïcs dont les fortunes écrasaient auparavant celle des Églises – qui étaient enfin ­devenus très riches. » Books
 Cachez cette religion que je ne saurai voir !

A l’heure où en cette veille de Pâques l’on se gausse outre-manche d’une Première ministre tentant de défendre via le plus païen de ses symboles …

Les derniers vestiges honteux que le politiquement correct d’une industrie va jusqu’à cacher derrière ses emballages et en petits caractères …

Face à la montée d’un islam qui il y a un mois à peine transformait un Jamaïcain en faucheur de piétons devant Westminster …

Ou plus discrètement outre-atlantique faisait suspendre avant sa réintégration suite aux protestations des réseaux sociaux …

Un étudiant ayant osé protester contre une enseignante ayant, fidèle à une prétendue « religion du Livre » ayant falsifié la plupart des apports dont elle est issue, ravalé au rang de canular la crucifixion du Christ

Tandis que dans une campagne présidentielle dans ce qui est devenu la « fille aînée de l’athéisme »

Où, pour cause de « nationalisme délirant », drapeaux comme hymnes nationaux sont désormais bannis des vidéos de campagne …

Et où entre les cris de haine du riche trostkistes de prétendus représentants de la classe ouvrière …

Et la dernière croisade contre les crèches de Noël d’un bateleur fan de tout ce que la planète peut comporter de dictatures …

Ou encore un candidat qui, parti de la nécropole des rois de France et des hommages à Jeanne d’Arc ou au Puy du fou, en est à présent à nier, sauf pour l’accuser de crimes contre l’humanité,  jusqu’à l’existence même d’une culture française …

L’on rivalise de moralisme et transforme en nouveaux boucs émissaires …

Tant les puissances de l’argent auxquelles on doit justement, derrière ses excès mêmes, un degré de richesse généralisée complètement inédit dans l’histoire de l’humanité …

Qu’une candidate ayant eu le malheur de vouloir rappeler l’attachement de nombre de ses citoyens à la simple dimension culturelle de la fête de Noël …

Ou un autre candidat qui tout en ne s’y montrant pas toujours à la hauteur avait osé faire état de sa foi chrétienne …

Comment ne pas deviner derrière tant de haine exhibée …

Mais aussi cet étrange rapport à l’argent et ce singulier souci universel des victimes

Cette dette irrédimable que notre monde occidental s’évertue tant à cacher …

Que rappelle dans son dernier ouvrage le spécialiste irlandais de l’Antiquité tardive Peter Brown …

Mais sans laquelle deviennent tout simplement incompréhensibles …

Notre passion de l’égalité comme notre méfiance vis à vis de l’argent ?

Et les super-riches imposèrent le christianisme
La nouvelle secte ne triomphe vraiment dans l’Empire qu’à la fin du IVe siècle. Grâce au ralliement des nobles romains et à une génération de prosélytes exceptionnels.

À travers un trou d’aiguille par Peter Brown, Les Belles Lettres, 2016

Baptiste Touverey

Books
janvier / février 2017

Un homme seul mais digne, drapé dans sa toge de sénateur, qui s’oppose, vestige d’une époque révolue, aux flots montant d’un christianisme triomphant et tente en vain de sauver des ­fureurs de la religion nouvelle les anciens dieux de Rome : telle est l’image qu’a laissée Quintus Aurelius Symmachus, dit Symmaque. En 384, il conjure l’empereur Valentinien II de restaurer les privilèges des Vestales – ces gardiennes d’un culte presque aussi vieux que Rome –, supprimés par son prédécesseur Gratien (pour des raisons avant tout financières). Ambroise, l’évêque de Milan, s’insurge contre cette assistance à une religion condamnée, brandit la menace d’une excommunication et obtient gain de cause.

La défaite de Symmaque l’a figé dans ce rôle de grand perdant de l’histoire, d’aristocrate isolé, menant dans ses villas de Campanie une existence coupée d’un monde qu’il ne comprenait plus. Dans son Histoire du déclin et de la chute de l’Empire romain, Edward Gibbon en fait une figure quasi tragique, l’ultime défenseur du « paganisme expirant ». L’intéressé aurait pourtant été surpris d’apprendre qu’il était le « dernier des païens ». Comme l’explique Peter Brown dans son nouveau livre, Symmaque n’était pas cet archaïsme vivant, ­encore moins l’ennemi désespéré du christianisme. « Il entretint sans doute des relations personnelles avec Ambroise de Milan ; il patronna le jeune Augustin et fut un grand ami du poète [chrétien] Ausone. » Homme de réseaux, il se voyait avant tout comme un noble romain et portait sur le christianisme un regard bien trop condescendant pour nourrir envers lui une vraie hostilité. Seule comptait à ses yeux la majesté de Rome, conviction qui n’avait rien de marginal et était partagée par la plupart de ses concitoyens.

À la fin du ive siècle, l’opposition entre chrétiens et païens n’avait pas le caractère tranché que nous lui avons longtemps prêté. La victoire du christianisme s’annonçait à peine. Les contemporains ne pouvaient guère la discerner, encore moins s’en inquiéter. Dans À travers un trou d’aiguille, Peter Brown, le plus grand spécialiste de l’Anti­quité tardive, notion qu’il a contribué à forger pour succéder à celle de Bas-Empire, retrace la généalogie de cette lente victoire. Il la replace dans son contexte et rend toute leur épaisseur et toutes leurs ambiguïtés aux personnages qui l’ont rendue possible ou en furent les témoins. Ce triomphe, il le scrute à l’aune du rapport de l’Église à la richesse – une perspective-clé pour comprendre comment le christianisme a fini par s’imposer. Sa thèse pourrait se résumer ainsi : l’Église n’est pas devenue riche parce qu’elle avait pris le pouvoir, elle a pris le pouvoir parce qu’elle était ­devenue riche. C’est parce que les fonds se sont mis à affluer vers elle que l’institution a fini par occuper cette place unique en Occident.

Quand intervient le tournant décisif ? Ce problème n’a cessé d’obséder les historiens. Il est clair que la conversion de l’empereur Constantin, en 312, s’est révélée cruciale. Dans A History of the Later Roman Empire, James Bury, cité par Brown, y voit « l’acte le plus audacieux jamais commis par un autocrate au mépris de la vaste majorité de ses sujets ». Un avis partagé par le grand historien français Paul Veyne : dans Quand notre monde est devenu chrétien, il note l’importance « gigantesque » de Constantin « dans le cours de l’histoire humaine ». Au ­début du IIIe siècle, les chrétiens ne représentent qu’un dixième de la population de l’Empire. Ils seraient, selon toute vraisemblance, restés une secte minoritaire sans la conversion inespérée de l’empereur. Mais celle-ci a-t-elle suffi ? Non. Veyne ­estime que si, en 364, après la mort prématurée de l’empereur Julien l’Apostat (qui était revenu au paganisme), l’armée n’avait pas désigné comme successeur le chrétien Valentinien (« pour mille raisons où la religion n’entrait guère ») plutôt qu’un païen, la nouvelle religion aurait très bien pu n’être qu’une « parenthèse historique ».

Brown situe le point de non-­retour plus tard encore : « C’est l’accélération de l’entrée des riches dans les églises chrétiennes au cours de la période qui suivit 370 qui marqua le vrai début du catholicisme triomphant du Moyen Âge. » L’auteur montre que, si Constantin a protégé le clergé, il lui a refusé « en même temps toute emprise sur les classes supérieures de la société romaine ». Sous son règne, les chrétiens ne s’attendent qu’à demeurer une minorité favorisée. Il s’agit encore d’une religion de classes moyennes. « Les évêques et le clergé étaient privilégiés précisément parce qu’ils n’étaient pas censés être les égaux des riches, remarque Brown. Ils ne devaient pas chercher au-dessus d’eux en recrutant des membres de la classe curiale. Ils n’étaient pas même autorisés à recevoir de riches plébéiens dans le clergé. Leur travail était au contraire de regarder en bas vers les pauvres. » Pourquoi, alors, les plus aisés finirent-ils par se rallier à la religion nouvelle ? Parce que, « en dehors du règne court et glaçant de l’empereur païen Julien l’Apostat, les dirigeants du monde romain demeurèrent chrétiens », explique Brown. On ne doit pas sous-estimer la « douce violence » que fit peser sur la société des classes supérieures la présence permanente d’une cour chrétienne, même en des temps où les politiques des empereurs (et le choix de leurs serviteurs publics) tendirent à demeurer indifférents à la ­religion.

Il n’en demeure pas moins que la richesse posait un problème épineux à la nouvelle croyance. Dans l’Évangile de saint ­Mathieu, un jeune homme riche demande au Christ ce qu’il doit faire pour être sauvé. ­Jésus lui répond : « Vendre tout et le donner aux pauvres », puis, voyant le jeune homme s’éloigner tristement, prononce la phrase fameuse (qui donne son titre à l’ouvrage de Brown) : « Il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume des Cieux. » Richesse et salut s’excluaient donc ? Le livre de Brown montre comment, peu à peu, l’Église est parvenue à lever cette diffi­culté et à faire passer les riches à travers ce « trou d’aiguille ». La solution consista notamment à redéfinir le concept de « don ». À l’évergétisme, c’est-à-dire à une libéralité s’adressant avant tout à des concitoyens (riches ou pauvres), succéda une générosité dirigée avant tout vers les pauvres (concitoyens ou non). Le terme de « pauvres » fut lui-même défini d’une façon toute particulière : il ne s’appliquait pas seulement aux vrais indigents, mais aux « moins riches », à ceux qui n’étaient ­démunis que par rapport aux très riches ou aux plus riches. Et l’Église ­finit par reven­diquer pour elle-même cette qualifi­cation, si bien que donner au clergé revint à donner aux pauvres. Le célibat des prêtres fut en partie conçu comme un moyen d’attirer les aumônes : il distinguait radi­calement le clergé des profanes et en faisait un groupe révéré qu’il était bon de soutenir ­financièrement.

La date charnière pourrait donc être l’élection d’Ambroise comme évêque de ­Milan, en 374. On mesure mal le séisme qu’elle représenta à l’époque. C’était « une anomalie socio­logique », note Brown ; la première fois, dans l’Occident chrétien, qu’un aristocrate accédait à ce poste réservé jusqu’ici aux classes plus modestes. Avec lui émerge une génération nouvelle de dirigeants chrétiens – Paulin de Nole, Jérôme et bien entendu Augustin –, bien plus brillants que les cadres assez ternes qui présidaient jusqu’alors aux destinées de l’Église. C’en est fini du christianisme discret de l’époque constantinienne. C’en est fini, aussi, du dédain des nantis pour la religion nouvelle. La fortune d’un Paulin de Nole égale celle d’un Symmaque, autant dire d’un Rockefeller. Quand, en 395, il décide d’abandonner son existence de grand seigneur pour devenir non pas même évêque, mais simple prêtre, c’est un coup de tonnerre dans l’Empire. Il est le premier super-riche à franchir le pas. (Ambroise faisait certes également partie de l’aristocratie, mais de l’aristocratie récente.)

Jérôme, qui traduisit la Bible en latin et écrivit des épitres dans lesquelles il fustige la richesse, vient lui aussi d’une bonne ­famille, et Brown montre à que point son image d’ermite correspond peu à la réalité de son existence. Citant une étude de Megan Williams, il relève que Jérôme « semble avoir été plus attiré par l’idée ascétique que par la vie ascétique ». Son existence, il la passa en fait bien moins dans un dénuement complet, écrasé par le soleil du désert, qu’« à l’ombre de grandes bibliothèques ». « Il était irrévocablement attaché à des personnes riches qui payaient les collections dont dépendaient ses entreprises littéraires. […] Mais Jérôme n’aurait pas été Jérôme s’il n’avait pas été ­capable de masquer, sous d’ingénieuses fioritures rhétoriques, le paradoxe que constituait la combinaison d’une persona monastique prônant l’extrême pauvreté et d’un érudit lié à des livres coûteux. »

Dans cette galaxie de riches notables ayant choisi de rejoindre les rangs de l’Église, le plus ­illustre, Augustin, fait figure de parent pauvre. Son statut social est confus. Pour autant, il « ne fut jamais un moins que rien », écrit Brown. Sa famille « était proche du sommet de la petite pyramide de Thagaste », une ville très secondaire d’Afrique du Nord, il est vrai. En fait, le futur évêque d’Hippone ­venait d’un groupe d’autant plus entre­prenant qu’il avait le statut précaire de la petite bourgeoisie. « Loin d’être celle d’un prodige solitaire, la carrière d’Augustin fut représentative des ­espoirs de toute une classe. Tel le bourdonnement d’un essaim de frelons sortant de leur nid, l’effervescence que produisaient les personnes de cette espèce communiqua une énergie inégalée à la vie culturelle et religieuse du monde latin aux ive  et ve siècles. »

En relativisant le caractère décisif de la fin de l’Empire romain d’Occident, en 476, et en soulignant l’unité des siècles précédant cette date avec ceux qui la suivent, les tenants de l’Antiquité tardive ne proposent pas seulement une nouvelle pério­disation. Ils entendent réha­biliter une époque longtemps présentée comme une simple décadence. L’ouvrage de Brown, fruit du travail de toute une vie, rend compte de la solidité et des ressources étonnantes d’un empire qui, loin d’agoniser pendant des siècles, sut se renouveler, mettre en place un système fiscal sans équivalent avant l’âge moderne et surtout promouvoir de nouvelles élites. Ce n’est que lorsque cette dynamique se grippa que l’Empire vola en éclats : l’ascension sociale s’effectuant désormais mieux à l’échelle locale, les cours des monarques barbares devinrent les nouveaux centres de pouvoir. Les immenses fortunes de jadis s’évaporèrent. Dans ce monde appauvri, conclut Brown, « les chefs des Églises se rendirent compte que c’étaient eux – et non les grands propriétaires terriens laïcs dont les fortunes écrasaient auparavant celle des Églises – qui étaient enfin ­devenus très riches. »

Voir aussi:
Histoire

«A travers un trou d’aiguille», le don de foi

Jean-Yves Grenier

Libération

4 janvier 2017 

L’historien Peter Brown raconte comment, dans un Empire romain fraîchement converti, l’impératif de charité a transformé la vision de l’argent et renforcé le pouvoir de l’Eglise.

Dans une somme impressionnante, mais passionnante de bout en bout, Peter Brown, professeur à Princeton et grand spécialiste de l’Antiquité tardive, s’interroge sur la façon dont le christianisme a abordé la question de la richesse entre le IVe et le VIe siècle de notre ère. Depuis la conversion de Constantin en 312, l’Empire romain est devenu chrétien. Un nouveau rapport à l’argent apparaît, marqué par le souci de charité et l’exhortation faite aux riches pour qu’ils donnent aux pauvres. Le don n’est en fait pas une pratique nouvelle pour les riches Romains qui l’ont toujours tenu en haute estime dans le cadre de la cité, sous forme de nourriture ou de divertissement.

Démunis.

La nouveauté réside dans le dépassement de la division entre citoyens et non-citoyens, l’exigence chrétienne initiale étant de donner à tous les pauvres, catégorie universelle censée représenter le Christ, incluant les nombreux migrants et sans-logis vivant aux marges de la cité. Peter Brown montre cependant que, pendant longtemps, le message de l’Eglise n’atteint pas les classes supérieures, pas plus qu’il ne touche les plus démunis. Le christianisme ne fut d’abord que la religion des catégories intermédiaires. «Ce n’est en fin de compte ni en entretenant les très pauvres ni en persuadant les très riches de reporter leur générosité du cirque vers les églises que les évêques chrétiens devinrent prééminents dans la société, mais en gagnant l’entre-deux à leur cause.»

La vraie christianisation de l’Europe ne se réalisa qu’à la fin du IVe siècle quand les riches, jusqu’alors souvent demeurés païens, accaparèrent au sein de l’Eglise les positions dominantes en tant qu’évêques et écrivains chrétiens. «A partir de ce moment les chrétiens, membres d’une religion ralliée par les riches et les puissants, purent commencer à penser l’impensable en envisageant la possibilité d’une société entièrement chrétienne.» L’intégration ne se fit pas sans mal et, entre 370 et 430, sont écrits une multitude de textes sur la richesse et son interprétation dans une perspective chrétienne. C’est aussi l’époque où des super-riches comme Paulin de Nole, habités et troublés par le message évangélique, décident de renoncer à leurs biens et de vivre, seul ou en communauté, dans un état de pauvreté. La crise du Ve siècle et l’appauvrissement général, lié en particulier aux invasions barbares qui fragmentèrent l’Empire romain en de multiples entités indépendantes, conduit à un abandon des critiques radicales contre la richesse.

Au-delà.

Du fait de l’appauvrissement des grands propriétaires et des élites romaines traditionnelles, c’est en effet l’Eglise qui apparaît comme une force riche et puissante, capable plus que l’Etat d’administrer et de garantir une certaine stabilité. Plus que les autres institutions, elle peut assurer l’aide aux pauvres et aux citoyens ordinaires de plus en plus menacés.

C’est l’époque que Peter Brown qualifie d’âge des «évêques-administrateurs», comme Grégoire de Tours, très soucieux de protéger et d’accroître les richesses foncières de l’Eglise. Ces dernières ne cessent d’ailleurs de grossir car les nouvelles aristocraties barbares et romaines de l’Occident post-impérial prennent l’habitude, à partir de 500, de faire des legs au clergé pour s’assurer la paix dans l’au-delà, contribuant de ce fait à doter les clercs d’un nouveau pouvoir politique. C’est ce mouvement qui produisit le passage du monde antique au début du Moyen Age, «grand basculement vers l’autre monde», celui de la civilisation chrétienne.

Peter Brown À travers un trou d’aiguille. La richesse, la chute de Rome et la formation du christianisme Les Belles Lettres, 814 pp., 29,50 €.

Voir de plus:

Through the Eye of a Needle by Peter Brown – review
Tim Whitmarsh on a sparkling book that rethinks the history of the Christian church
Tim Whitmarsh
The Guardian
7 December 2012

Historians, those most cynical students of human behaviour, struggle to explain altruism. Politics, economics and war are the staples of history precisely because they allow for the acquisition, consolidation or failure of power. The genetic code unlocked by the historian is a selfish one. Yet late antiquity poses a baffling problem. Why did Roman society, from the bottom to the very top, progressively adopt a religion that appeared to promote the surrender of worldly goods to the poor? And given that wealth continued to be as important as ever after Christianisation, how did the Roman world reconcile riches and moral austerity?

Peter Brown’s dashing new book explores these questions for the Latin-speaking, western Roman empire. It’s an immensely learned and authoritative study; Brown has been for 40 years the world’s most eminent scholar of late antiquity. Yet it is far from a work of arid scholasticism. His sparkling prose, laced with humour and humanity, brings his subjects to life with an uncommon sympathy and feeling for their situation. But the wider story matters too, for the age he describes saw the making of Europe as we know it, and with it the development of many of our current instincts and anxieties around the compatibility of wealth and social responsibility.

The story is built around two narrative strands, interwoven like a double helix. The first is the rise of Christianity in the fourth century AD from a niche cult in the multi-religious world of the Roman empire to the dominant religion of the west. The second is the collapse of centralised imperial authority in the fifth century, and the transition to what Brown calls a « local Roman empire ». These two combined processes allowed Christianity to move from a counterculture based around an ideology of renunciation of worldly goods to an institutional infrastructure built on corporate wealth.

One of the most decisive hallucinations in history occurred in 312AD, when the hitherto polytheist Emperor Constantine saw a vision of the cross hanging in the sky above a battlefield just outside Rome. We’ll never know what Constantine’s real motives for conversion were; perhaps it was quite simply a religious experience. But this wasn’t the moment when the empire as a whole was transformed: Christianity remained one religion among many for some 60 years. Constantine’s major legacy to the empire was root-and-branch fiscal reform, which put efficient tax-collection at the heart of the entire bureaucratic system. Brown calls the fourth century the « age of gold », after the coin known as the solidus that symbolised the confidence of the imperial treasury.

So, wealth was on everyone’s mind – mostly because 90% of the population didn’t have enough of it, while the remaining 10%, those on the inside of the tight-ravelled nexus of power, had riches beyond compare. Sound familiar? But this is only half of the story. If the imperial heart sucked resources towards the centre in relentless cycles, there was also a corresponding diastolic process that kept the people going. Local agriculture could not always feed local populations, especially in Italy; vast quantities of grain were imported to Rome (mostly from Egypt, the breadbasket of the Mediterranean), and then distributed in annual doles. Provincial elites competed to disburse wealth to the people, whether in the form of doles or the provision of entertainment to a populace as hungry for spectacles as it was for bread.

This culture of largesse, Brown shows, paved the way for the Christian obsession with giving to the needy that gripped the empire from the 370s onwards. Augustine, for example, began a « war of giving » in 403, seeking to outdo the munificent games at Carthage with a huge church-building programme financed by sympathetic locals. The two systems were direct rivals. But Christian charity wasn’t just traditional « bread and circuses » in a new guise; rather, it signified a radically different way of conceptualising relations between individuals and society, and between individuals and their own wealth. When non-Christians gave, they gave to their fellow citizens (and usually expected public honours in return). This was an exercise in civic-mindedness, in generosity towards the state. When Christians gave, by contrast, wealth flowed from « the rich » to « the poor ».

What was at stake in this shift? Why did it matter? These questions go to the heart of Brown’s thesis. « Rich » and « poor » were not, in Brown’s view, objective categories; rather, they were dramatic roles borrowed from the Psalms and the Prophets. There was no systematic redistribution from the 10% to the 90%. One of the book’s recurrent themes is that, while there were certainly super-wealthy Christians engaged in acts of ostentatious self-sacrifice, Christianity’s core clientele lay in the « middling » people. Christianity saw, in effect, the triumph of mediocrity: men and (unusually for the ancient world) women of modest means could now play in their churches the kind of generous role previously reserved only for mighty patrons. Conversely, the genuinely wealthy can be found playing the role of « the poor », as Jerome did in the late fourth century when sneering at Rome’s luxuries from a position of faux-penury; or as the fantastically wealthy Pinianus and Melania did when theatrically enlisting on the poor roll at the church of Jerusalem in 417.

Crucially, Christian giving did not necessarily go directly to « the poor ». When Augustine, Jerome and others counselled the renunciation of worldly goods, they were in practice fundraising for churches and monasteries. The rise of the church as an institution was, initially, dependent on this vital role as a point of redistribution of surplus wealth. But this role was transformed from the fifth century onwards, after successive barbarian invasions had smashed centralised authority in the west. Now that secular authorities in the regions had lost their key tax-collecting role, it was religious institutions that filled the institutional void, and became seats of worldly power too. Bishops such as Gregory of Tours (573-94) were managers of institutional wealth as much as they were spiritual leaders.

It would be easy to see this transformation as a sell-out, a betrayal of the radical spirit of the fourth century, a pragmatic accommodation with mundane power. Churches and monasteries were now not only wealthy in their own right, but also characterised by routines, with a whole panoply of institutional garb (the sixth century saw the arrival of the tonsure and the habit). Brown, characteristically, is not content with such simple explanations. What had happened, rather, was a transformation of the understanding of what wealth was: it was « given a higher purpose », in his words, swept up into a new imagery of the church as the shepherd of the local congregation.

It is hard for modern readers to shed their cynicism towards attempts to justify the hoarding of vast wealth, especially in the context of subsistence economies. What makes this such a fine book is, ultimately, the challenge it issues to overcome that cynicism and to enter a very different imaginative world – one where corporate wealth was not yet tainted with corruption and capitalist acquisitiveness, where the possibility of a divine purpose for riches was still alive.

Tim Whitmarsh’s Narrative and Identity in the Ancient Greek Novel is published by Cambridge.

Voir encore:

Quelles sont nos racines religieuses ?

Paul Veyne : «La question des origines chrétiennes de la France est un faux débat»

Pour l’historien Paul Veyne, la religion n’est qu’un des éléments d’une civilisation, et non sa matrice. Et si le christianisme est omniprésent dans notre paysage, il n’est pour beaucoup d’entre nous qu’un patrimoine venu du passé.

Historien aussi génial qu’hors norme, tant dans son parcours que dans sa personnalité, Paul Veyne est l’un des meilleurs spécialistes du monde antique. Si son domaine de prédilection reste la Rome païenne, le professeur émérite au Collège de France a également publié de passionnants travaux sur le processus qui a conduit l’Occident à devenir chrétien. Et c’est avec le recul de l’érudit que Paul Veyne revisite pour nous les héritages culturels qui ont façonné l’Europe.
Dans votre livre Quand notre monde est devenu chrétien, vous notez qu’au début du IVe siècle, l’Empire romain compte à peine 10 % de chrétiens. Deux siècles plus tard, c’est le paganisme qui est résiduel. Comment expliquer ce formidable succès du christianisme ?

Deux éléments peuvent expliquer ce succès : non seulement, à partir du règne de Constantin, les empereurs – exception faite de Julien l’Apostat (361-363) – soutiennent le christianisme et le financent fortement ; mais le christianisme a aussi une caractéristique exceptionnelle, et qui lui est propre : il est organisé comme une armée, avec un chef, des sous-chefs et des chefs locaux (archevêques, évêques, prêtres). De fait, cette organisation a permis de mettre en place un encadrement militaro-spirituel, si j’ose dire, de la population. J’ignore d’où vient cette organisation si particulière de la religion chrétienne, et qui mériterait d’être étudiée.

À l’inverse, comment expliquer que le paganisme soit aussi rapidement passé aux oubliettes ?

Il faut savoir que le paganisme était en crise depuis six ou sept siècles. Aux yeux des lettrés, il comportait trop de fables et de naïvetés, si bien que le païen lettré ne savait plus ce qu’il devait ou pouvait croire. De plus, l’argent et la puissance hiérarchique avaient changé de bord. Cela dit, le paganisme n’a pas totalement disparu : des régions entières sont restées longtemps païennes sans le dire. Ainsi, les fermiers, métayers et ouvriers agricoles qui travaillaient les grands domaines des seigneurs romains en Sardaigne étaient encore largement païens vers l’an 500. Mais on ne le disait pas trop : cela ne se faisait plus. Notons que l’on demandait à Dieu les mêmes choses qu’aux divinités païennes – de bonnes récoltes, par exemple. Les ex-voto chrétiens sont parfaitement comparables aux ex-voto païens. Néanmoins, pour les lettrés, la religion chrétienne avait une supériorité intellectuelle et spirituelle incomparable avec le paganisme, à tous points de vue. Amour et miséricorde infinie d’un Dieu profondément charismatique, moralisme qui pénètre tous les aspects de la vie du croyant et projet divin de la Création qui donne un sens à l’humanité : autant d’éléments qui ne pouvaient qu’attirer les élites.

Alors que Nietzsche voyait dans le christianisme une « religion d’esclaves », vous voyez une « religion d’élite », un « chef-d’oeuvre ». Pourquoi ?

Le christianisme est à mon sens la religion la plus géniale du monde – je le dis d’autant plus aisément que je ne suis pas croyant. La théologie, la spiritualité, l’inventivité de cette religion sont extraordinaires. Si Nietzsche y voit une « religion d’esclaves », c’est sans doute parce qu’un croyant est soumis à Dieu, à ses commandements, et est en quelque sorte l’esclave de Dieu. Pour ma part, je suis en admiration devant l’incroyable édifice intellectuel et spirituel élaboré par les penseurs chrétiens. Je dis dans un de mes livres que le christianisme est un best-seller qui appartient au genre du thriller. En effet, sa promesse du Paradis se conjugue avec la terreur qu’inspire l’idée de l’Enfer… Les hommes passent leur temps à se demander de quel côté ils vont basculer. Un tel récit ne peut que « prendre aux tripes » ses lecteurs.

La question des origines chrétiennes de la France continue d’agiter le débat public. Quelle est votre opinion sur la question ?

C’est le type même de la fausse question. Comme je l’ai écrit dans mon ouvrage Quand notre monde est devenu chrétien, « ce n’est pas le christianisme qui est à la racine de l’Europe, c’est l’Europe actuelle qui inspire le christianisme ou certaines de ses versions ». La religion est une des composantes d’une civilisation, et non la matrice – sinon, tous les pays de culture chrétienne se ressembleraient, ce qui est loin d’être le cas ; et ces sociétés resteraient figées dans le temps, ce qui n’est pas plus le cas. Certes, le christianisme a pu contribuer à préparer le terrain à certaines valeurs. Mais, de fait, il n’a cessé, au fil des siècles, de changer et de s’adapter. Voyez par exemple le courant des catholiques sociaux de gauche : ce christianisme charitable qui oeuvre pour le bien-être du prolétariat découle directement du mouvement ouvrier socialiste du XIXe siècle. De même, il existe des courants du christianisme qui se revendiquent féministes et laïques. Mais auraient-ils existé s’il n’y avait eu, auparavant, la révolution féministe ? Et la laïcité, ce ne sont pas les chrétiens qui l’ont inventée : ils s’y sont opposés en 1905 ! En réalité, le christianisme se transforme en fonction de ce que devient la culture française, et s’y adapte.

Vous allez jusqu’à contester l’idée même de « racines ».

Aucune société, aucune culture, n’est fondée sur une doctrine unique. Comme toutes les civilisations, l’Europe s’est faite par étapes, aucune de ses composantes n’étant plus originelle qu’une autre. Tout évolue, tout change, sans arrêt.

Vous relayez également l’interrogation du sociologue (pourtant croyant) Gabriel Le Bras, « la France a-t-elle été jamais christianisée ? », tant la pratique religieuse a, de tout temps, été défaillante.

Absolument. Si, pour certains croyants, qui ne constituent qu’une toute petite élite, le christianisme correspond à une réalité vécue, force est de constater que pour l’immense majorité des autres, la religion n’est qu’un vaste conformisme, auquel ils adhèrent sans réellement s’y astreindre. C’est exactement la même chose que la notion de patrie avant 1914 : l’idée de « patrie française » tenait chaud au coeur.

Néanmoins, on ne peut nier l’apport réel du christianisme à notre culture.

Bien sûr que cet apport est immense. Autour de nous, le christianisme est partout : les cathédrales, les églises jusque dans les plus petits villages, une bonne partie de notre littérature – Blaise Pascal – et de notre musique – Bach. Mais pour la majorité d’entre nous, il s’agit là d’un héritage, d’un patrimoine qui appartient au passé, à l’instar de Versailles ou de la pensée de Descartes. Moi-même, je suis ému quand je rentre dans une église et je fais le signe de croix. Le déclin du christianisme, le fait qu’il soit sorti de notre culture, de nos croyances et de nos pratiques, a réellement commencé à toucher l’ensemble de la population au XIXe siècle.

Vous écrivez que notre culture est aux antipodes des valeurs chrétiennes. Pourquoi ?

L’Europe actuelle est démocrate, laïque, partisane de la liberté religieuse, des droits de l’Homme, de la liberté de pensée, de la liberté sexuelle, du féminisme et du socialisme. Toutes choses qui sont étrangères, voire opposées, au catholicisme d’hier et d’aujourd’hui. La morale chrétienne prêchait l’ascétisme et l’obéissance. L’individualisme de notre époque, par exemple, est aux antipodes de la soumission, de la piété et de l’obéissance chrétiennes.

Plus que Jésus ou Paul, quels sont, selon vous, les penseurs aux sources de notre culture ?

À l’évidence, cela me semble être l’époque des Lumières et la Révolution. Depuis la Révolution, songez qu’il n’existe plus de roi de droit divin : il s’agit désormais de monarchies constitutionnelles, comme en Angleterre. S’il fallait absolument nous trouver des pères spirituels, on pourrait nommer Kant ou Spinoza.

Quid de l’apport immense de la culture antique sur nos mentalités ?

Les Grecs ont inventé la philosophie, le théâtre, et tant d’autres choses. Les Romains les ont répandus, ils ont hellénisé le monde en langue latine. Le christianisme lui-même a hérité de cette culture antique, à une différence énorme près : la notion d’un Dieu tout-puissant et éternel, créateur du monde, n’a rien de commun avec les dieux antiques. Ces derniers étaient exactement comme nous, mais immortels ; ils avaient les mêmes vices, les mêmes vertus, et n’étaient pas tout puissants. Le Dieu des juifs et des chrétiens est un apport culturel gigantesque que le paganisme n’a jamais été en mesure d’apporter. Mais si l’héritage chrétien apparaît de façon plus évidente à l’esprit de nos concitoyens, bien que déchristianisés, que l’immense patrimoine antique dont nous sommes aussi les héritiers, c’est que, chez nous, la religion chrétienne est présente visuellement partout.

Comment interprétez-vous le fait que le thème de nos racines religieuses revienne si souvent sur le tapis depuis quelques décennies, malgré la sécularisation de la société ?

Les raisons sontpurementpolitiques. Parler de racines religieuses permet de se montrer vertueux, attaché à certaines valeurs comme la charité. C’est une manière de se faire bien voir. Je ne crois pas du tout au « retour du religieux » dont on parle en ce moment : les chiffres disent le contraire pour toute l’Europe, et plus encore pour la France. La moitié des Français ne sont plus baptisés.

Dans votre livre Et dans l’éternité je ne m’ennuierai pas, vous écrivez : « Le Moyen Âge n’a rien de romanesque ; il est chrétien et fait donc partie de notre monde ennuyeux. » Voilà un jugement paradoxal au vu de ce que vous dites être le génie du christianisme !

Quand j’étais petit, c’était mon sentiment. Je m’ennuyais à la messe ; par conséquent, à mes yeux, le Moyen Âge chrétien n’avait rien d’exaltant. Le paganisme, au contraire, était un monde totalement autre. J’aurais pu tout aussi bien m’intéresser au Japon, qui est également un monde radicalement autre. La société païenne antique est atroce, cruelle, effrayante. Si les supplices et les massacres ne m’attirent nullement, cette civilisation m’a fasciné. Sur le plan religieux, cependant, les sociétés païennes étaient plus pragmatiques, pour la simple raison que tous les dieux étaient considérés comme vrais : lorsqu’un Romain ou un Grec, en voyage à l’étranger, apprenait qu’on y vénérait tel ou tel dieu, il se disait qu’il serait peut-être utile de l’importer, de la même manière qu’on importait des plantes ou des denrées des pays étrangers. Il ne s’agissait pas de tolérance, mais d’une conception différente de la vérité. L’islam, qui a pris la mauvaise habitude d’être aussi intolérant que le christianisme, ferait bien de s’en inspirer. Car ni l’islam, ni le christianisme, ne disent que les dieux des autres peuples sont aussi vrais que le leur. Non, c’est leur Dieu qui est le vrai, et le seul.

Que vous inspirent les polémiques actuelles sur l’islam ?

Je pense qu’en vertu de la laïcité, de la tolérance et du fait qu’il existe des gens pour qui la religion est importante, il faut intégralement leur ficher la paix dans ce domaine. On a le droit d’avoir une religion. C’est quelque chose de très intime, une sorte de besoin ou de penchant naturel qu’il faut respecter. Pour ma part, comme il ne me reste plus beaucoup de temps à vivre, j’aimerais me convertir tout à coup : hélas, je n’y arrive pas (rires). Pour autant, il faut évidemment combattre les dérives religieuses, car malheureusement, certains abusent.

Vous qui avez tant étudié l’histoire, comment jugez-vous notre époque ?

Depuis qu’il n’y a plus de guerres mondiales en Occident, l’évolution est très positive. Certes, il y aura toujours des esprits chagrins pour dire que « c’était mieux avant ». Comme cette rengaine éculée est banale ! Rome a été fondée en 753 avant notre ère, et l’idée de la décadence a commencé dès 552… Cela fait 2 000 ans qu’on nous parle de décadence ! Pour ce qui nous concerne, je ne crois pas du tout à la décadence, au contraire. Il ne se passe pas une journée sans que l’on apprenne une bonne nouvelle. Ces cinquante dernières années, les progrès – en matière sociale ou de moeurs, notamment – ont été immenses. Je ne peux que m’en réjouir.

En quelques dates

1930 Naissance à Aix-en-Provence dans un milieu modeste
1951 Entre à l’École normale supérieure
1955-57 Membre de l’École française de Rome
1961-1975  Enseigne à l’université d’Aix-en-Provence
1970 Publie Comment on écrit l’histoire, essai d’épistémologie
1976 Publie Le Pain et le Cirque
1975-1998 Professeur au Collège de France, chaire d’Histoire de Rome
2007 Publie Quand notre monde est devenu chrétien (312-394)

À lire de Paul Veyne

Comment on écrit l’histoire (Seuil, 1970 ; Points histoire, 1996)
Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ? Essai sur l’imagination constituante (Seuil, 1983 ; Points histoire, 1992)
Quand notre monde est devenu chrétien (Albin Michel, 2007 ; Le Livre de Poche, 2010)
Et dans l’éternité je ne m’ennuierai pas, souvenirs (Albin Michel, 2014)
Palmyre, l’irremplaçable trésor (Albin Michel, 2015)

Paul Veyne Historien spécialiste de l’Antiquité romaine, Paul Veyne est professeur émérite au Collège de France, titulaire de la chaire d’Histoire de Rome.

Voir par ailleurs:

Bérénice Levet: «C’est comme civilisation qu’il nous faut renaître et résister»
Propos recueillis par Patrice De Méritens
Le Figaro
30/01/2017

La philosophie peut – elle sauver  le monde ? Dans son nouvel essai, « Le Crépuscule des idoles progressistes », Bérénice Levet  s’y emploie avec énergie, diagnostiquant le mal français de notre XXIe siècle, débusquant ses  origines, démontant ses mécanismes mortifères, pour y apporter des remèdes qu’elle détaille,  au fil des pages, dans une prose de combat. Docteur  en  philosophie,  Bérénice  Levet  s’est  fait  connaître  avec  Le  Musée  imaginaire  d’Hannah Arendt (Stock, 2011) et un essai percutant, La Théorie du genre ou le Monde rêvé  des anges (Grasset, 2014). Elle fait partie de cette relève intellectuelle qui, brisant les chaînes  de l’idéologie progressiste dominante, veut refonder la France.

Les temps ont changé : alors qu’être un intellectuel conservateur équivalait il y a encore peu à  être un demi – fasciste « moisi » et  « nauséabond », cette jeune génération entrée en résistance  est devenue promesse de renaissance. Avec leurs divers ouvrages, les philosophes, sociologues,  économistes, sexologues et essayistes tels que François – Xavier Bellamy, Mathieu Bock – Côté,  Agnès  Verdier – Molinié,  Natacha  Polony,  Marianne  Durano,  Gaultier  Bès,  Laetitia  Strauch – Bonart, Thérèse Hargot et Bérénice Levet ont obtenu de réels succès d’édition. Les projecteurs  des  plateaux  de  télévision  sont  braqués  sur  eux,  car  les  voici  enfin  passés  du  bon  côté  de  l’Histoire : la tyrannie d’une humanité festive, plurielle et métissée célébrant le relativisme  sexuel,  la  reconnaissance  de  droits  sociétaux  infinis  associés  à  un  consumérisme  des  désirs  individuels, a montré ses limites, au point que la survie de la nation elle – même est désormais  en question.

Avec  Le  Crépuscule  des  idoles  progressistes,  Bérénice  Levet  explique  comment  sa  propre  génération  – celle des années 70  – a été le laboratoire d’une idéologie de la désidentification et  d’une renonciation à la transmission du monde sous prétexte de liberté. Un plaidoyer pour la  réhabilitation de la nécessité de frontières, d’histoire, de passé et d’identité que l’idéologie  progressiste a stigmatisée.

Le titre même de votre ouvrage est un clin d’œil au Crépuscule des dieux de Wagner, et,  plus  particulièrement,  au  Crépuscule  des  idoles  de  Nietzsche.  Avez – vous,  comme  lui,  l’intention de « philosopher avec un marteau » ?

Les  coups  de  marteau  de  Nietzsche  visaient  assurément  à  détruire  les  fausses  idoles ! J’ai  d’abord songé, au regard de la catastrophe anthropologique et civilisationnelle causée par  quarante – cinq années de progressisme, à intituler mon livre « C’est de l’homme qu’il s’agit »,  en référence à  Saint – John Perse, mais le plus intéressant et stimulant dans la situation actuelle  est la révolte des peuples, en France mais aussi dans le reste de l’Europe et même aux Etats – Unis. Nous sommes à la fin d’un cycle. Il nous faut nous donner les moyens de fr anchir l’étape  suivante, je tente de poser quelques jalons. Cet essai est né d’une colère, je m’en explique dès  l’abord. Je suis née au début des années 1970, j’appartiens à cette première génération élevée  par des parents, formée par des professeurs qui,  dans le sillage de Mai 68, avaient renoncé à  assumer leur responsabilité d’adultes, à nous inscrire dans un monde plus ancien que nous, pour  faire de nous des cobayes, des sujets d’expérimentation d’une nouvelle figure d’humanité.  Depuis près d’un demi – siè cle, les besoins fondamentaux de l’être humain sont non seulement  méprisés  mais  disqualifiés,  diabolisés  par  l’idéologie  progressiste.  Le  besoin  de  racines  géographiques  et  historiques,  d’identité  nationale,  de  frontières,  toutes  ces  constantes  anthropolog iques  sont  traitées  par  les  idéologues  contemporains  comme  de  la  frilosité,  de  la  crispation sur soi, comme un repli identitaire et xénophobe. Quelles qu’aient été les majorités  politiques depuis, le travail de sape s’est poursuivi, et le quinquennat qui a gonise aujourd’hui  en montre les fruits aboutis les plus délétères. Jusqu’à quand continuerons – nous à sacrifier les  générations à venir ? Au prix du sang versé, les attentats islamistes de janvier et novembre 2015 auraient pu changer  la  donne,  or  rien  de  t el n’est survenu. Alors que les autorités gesticulaient avec drapeau et  Marseillaise, la décomposition de la France s’accélérait, l’émotionnel prenant le pas sur toute  forme de réaction, de volonté de renaissance, ce qui a permis à l’idéologie dominante de se  maintenir  avec  son  cortège  de  mensonges,  d’intoxication,  d’anathèmes  et  de  dénis  politiquement corrects. Personne ne s’est saisi de ce qu’on peut appeler avec Simone Weil « le  patriotisme de compassion » pour lui donner un contenu qui aurait entraîné u n sursaut national.

Comment en est – on arrivé là ?

Par un mélange de mémoire pénitentielle, de tyrannie de la repentance, selon l’expression de  Pascal  Bruckner,  de  politique  de  reconnaissance  des  identités  particulières  venue  des  Etats – Unis, étrangère à not re histoire, et une idéologie progressiste confondant liberté et déliaison.  On a fait le pari que l’individu serait d’autant plus libre qu’on ne lui transmettrait plus l’héritage,  qu’on le laisserait à soi – même, prétendument riche d’une créativité et d’une originalité qui, en  réalité, ne sont pas originelles. Abandonné à lui – même, l’individu est voué au conformisme, il  n’a pas d’autre choix que de se conformer aux usages, à la doxa, il est comme incarcéré dans la  prison du présent. C’est là que la transmiss ion  du  passé  joue  un  rôle  capital,  elle  permet  d’acquérir une épaisseur temporelle qui n’est pas donnée avec la vie. Elle est de surcroît,  émancipatrice en cela que le passé vient rarement ratifier les évidences du présent, il les inquiète  au  contraire.  En ne lui fournissant aucun terreau, le progressisme a fait de l’humanité une  cohorte d’individus hors sol, « sensibilisés » à tout, mais attachés et fidèles à rien. La liberté, l’égalité, la fraternité, dont on nous rebat les oreilles à longueur de célébrat ions  compassionnelles, n’ont plus guère de sens dès lors qu’on fait abstraction de toute singularité  historique. L’homme des « valeurs  républicaines », selon la clochette pavlovienne qu’on ne  cesse de faire retentir, est l’homme des droits de l’homme, il n ’est pas un citoyen français. Ces  valeurs s’incarnent dans une histoire, et c’est à cette histoire qu’il convient de s’identifier. Un  peuple déraciné, sans passé, sans mémoire, périclite, et quand la patrie est à terre, l’islamisme  n’a plus qu’à la ramasse r. En novembre 2015, force fut d’admettre que nous étions visés en tant  que civilisation, et, pour le dire avec les mots de Paul Valéry,  « si la France n’est pas morte,  elle s’est sentie périr » ; c’est donc comme civilisation qu’il nous faut renaître et r ésister. Or,  sur  ce  terrain,  François  Hollande  et  le  gouvernement  Valls  ont  été  désespérément  absents,  comme le sont, pour le moment, les candidats à l’élection présidentielle.

Quelles sont vos solutions ?

Un seul mot d’ordre, l’assimilation pour tous. Pou r tous, c’est – à – dire pour les Français d’origine  immigrée mais non moins pour les Français généalogiques, ou, si j’osais, « de  souche »,  car  voilà quarante – cinq années qu’on ne fabrique plus de Français, l’héritage n’étant plus transmis,  sinon de façon par cellaire et de toute façon jamais comme héritage, identité. Etre français ne  coule pas dans les veines, il ne suffit pas de se donner la peine de naître et rien de plus pour  l’être. Etre français, c’est une mémoire, qui ne commence pas en 1789. La transmis sion est la  condition sine qua non de la continuité d’une civilisation. L’école a un rôle majeur à jouer ici.  Or  le  quinquennat  Hollande,  qui  en  promettait  la  refondation,  ce  qui  aurait  dû  signifier  un  recentrage  sur  ses  missions  fondamentales,  en  a  parach evé  la  destruction.  Entreprise  menée  avec une hargne peu commune par la ministre Najat Vallaud – Belkacem. Notre tâche est double, il s’agit à la fois de soustraire les individus à l’empire du vide, ce vide  existentiel auquel quarante – cinq années d’idéologie progressiste active les a condamnés, et de  refabriquer un peuple français. La République française est assimilationniste, elle se singularise  par la passion du monde commun. C’est là notre exception, travaillons à la refonder. Pour ce  faire,  il  nous  faut  redevenir  accessibles  à  la  saveur  de  notre  héritage,  à  sa  fécondité.  On  ne  transmet pas le passé parce qu’il est passé mais en vertu de sa puissance de signification, des  lumières qu’il jette sur la condition humaine. Les professeurs doivent être restaurés dans leur  droit à donner à aimer la France, à aimer Molière et Balzac pour les trésors d’intelligence, de  vitalité qu’ils recèlent, plutôt que sommés de désosser et dessécher ces chefs – d’œuvre par le  recours aux instruments de linguistique, ou en transfor mant les élèves en tribunal des flagrants  délits de racisme, sexisme, homophobie. Réveillons la passion du sens, du mot qui dit la chose,  aiguisons le sentiment de la langue.

Votre angoisse, n’est – ce pas le monde selon Houellebecq, d’Extension du domaine de la  lutte à Soumission ?

J’ai en effet intitulé un des chapitres de mon essai, « Les protagonistes de Michel Houellebecq,  c’est presque nous ! » Houellebecq nous tend un miroir terriblement ressemblant, il s’est fait le  romancier  de  cette  humanité  atomisé e,  de  ces  voyageurs  sans  bagage  sortis  du  laboratoire  progressiste. Cependant, et c’est ce qu’indique la restriction de mon titre, à la différence des  « héros » de Houellebecq, nos contemporains se révoltent. Ce monde bâti par le progressisme  leur est inam ical, c’est une litote, et ils ne craignent plus de le dire. La France ne se droitise pas  – ce qui aurait peut – être un sens si la droite s’était faite la gardienne de la transmission, de la  continuité historique de la nation, de sa souveraineté, ce qui n’a pas été  – , les Français ne virent  pas au cryptofascisme, ils font de nouveau droit à des besoins essentiels à l’homme en son  humanité, ainsi que je me suis efforcée de l’établir, et au premier d’entre eux, le besoin  d’enracinement,  d’inscription  dans  une  histoire  particulière  qui  donne  sens  à  une  vie,  signification et orientation : une histoire a été commencée qu’il nous appartient de prolonger.

Peut-on,  comme  François  Fillon,  être  un  potentiel  président  de  la  République  et  dire  publiquement : « Je suis catholique » ?

Certaines voix politiques et médiatiques ont crié au scandale, affirmant que jamais un politique  d’envergure nationale n’avait fait valoir son catholicisme. C’est faux. Dans ses vœux pour 1969,  le général de Gaulle choisit de s’adresser à la j eunesse rebelle de 68, il se reproche d’avoir  privilégié les questions économiques, « comme s’il n’y avait que cela qui comptait à mes yeux  et aux vôtres, alors que je suis catholique, l’un des derniers chefs d’Etat à en faire ouvertement  profession ». Rap peler une identité religieuse qui est aussi historiquement celle de la France n’a  pas à heurter, d’autant que François Fillon invoque son christianisme comme une ressource, il  n’entend pas l’ériger en religion d’Etat. Jamais l’invocation de l’identité musu lmane ne suscite  de telles polémiques. Ce deux poids deux mesures est intolérable. D’autant qu’au point où nous en sommes, il faut  restaurer des préséances et refaire l’unité autour de la France et d’elle seule. Interrogé sur la  fonction de la Fondation de l’islam de France qu’il préside, Jean – Pierre Chevènement explique  que l’objectif est de faire connaître l’islam aux Français. Est – ce ainsi que nous reconquerrons  les territoires perdus de la République ? Donnons déjà à connaître et à aimer la France, aprè s  nous verrons. Notre renoncement à fabriquer des Français a offert un terrain fertile à l’islam  radical. C’est en exaltant les identités multiples que nous avons creusé notre tombe. Fidèles à  l’ambition  républicaine,  ne  tenons  aucun  compte  de  qui  sont  nos compatriotes  d’origine  étrangère, ne cherchons pas à savoir d’où ils viennent, soucions – nous seulement de ce qu’ils ont  à devenir : des citoyens français, des êtres ouverts à une responsabilité, une responsabilité pour  notre civilisation.

Que  vous  inspire l’autorisation donnée par le Conseil d’Etat d’installer des crèches de  Noël dans certains lieux publics ?

Cette décision plus qu’ambiguë a été interprétée comme une victoire, « une victoire française »,  saluaient François Fillon et Bruno Retailleau. Si c’ est une victoire, c’est une victoire à la  Pyrrhus. Les crèches sont autorisées au titre d’« éléments de décorations profanes, de symboles  culturels  ou  festifs »  – le  festif  érigé  en  principe  de  légitimation,  Philippe  Muray  doit  se  retourner dans sa tombe ! Que des esprits catholiques ou attachés à l’héritage chrétien puissent  se réjouir de cet abaissement de la Nativité à du folklore est pour le moins frappant. La crèche  renvoie au mystère de l’Incarnation, du Dieu fait homme, et célèbre, pour un chrétien,  la  naissance du Sauveur, du Messie  – réécoutons l’oratorio de Haendel, on mesurera ce que peut  signifier pour l’homme de foi cet Avènement ! Victoire à la Pyrrhus, et même défaite à plate couture. Le Conseil d’Etat, il suffit de se pencher  sur les décision s qu’il a rendues au cours des dernières décennies (se montrant favorable au port  du voile à l’école, à la burqa, au burkini), s’est mis au service de la conversion de la France au  multiculturalisme, c’est – à – dire de sa dislocation en communautés séparées v ivant chacune selon  ses mœurs, son calendrier, ses lois. Toute atteinte à la loi de 1905, au principe de laïcité, à la  neutralité de l’espace public se fera au profit de l’islam, de sa visibilité et de ses revendications  et au détriment de la France « une  et indivisible ». Les  catholiques  doivent  en  outre  comprendre  que  toute  autorisation  de  manifester  son  appartenance religieuse dans l’espace public se retournera contre eux  – le catholicisme ne sera  plus qu’une composante parmi d’autres d’une entité qu’on  continuera d’appeler la France, mais  dont l’histoire aura été réécrite, dont on aura extirpé les racines chrétiennes, ainsi que s’y  emploient déjà des historiens adoubés par les médias, ainsi du médiéviste Patrick Boucheron,  maître d’œuvre d’une Histoire m ondiale de la France, où Jeanne d’Arc par exemple, n’est plus  qu’une « invention de la IIIe République » et ne bénéficie d’aucune entrée à son nom. Bref, un  détail de notre histoire !

Voir de plus:

Ce n’est pas Jésus qui revient, mais les valeurs de la France

Réponse à “Libération”

Théophane Le Méné
Causeur

26 novembre 2016

« Au secours, Jésus revient » titrent nos amis de Libération à quelques heures du second tour des primaires qui oppose François Fillon à Alain Juppé. Depuis que l’homme de la Sarthe a pris l’avantage sur le maire de Bordeaux, la guerre fait rage entre les deux camps mais pas seulement. L’ensemble de la classe politique et le microcosme médiatique a décidé de prendre part à la bataille en soutenant l’agnostique Juppé contre le catholique Fillon. Et dans un fol espoir qui confine au désespoir, voilà que l’on ressort l’épouvantail du religieux comme une objection dirimante au choix d’une large majorité de la droite de voir l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy concourir à la fonction présidentielle. L’Eglise catholique ne s’est-elle pas prononcée contre le mariage pour tous ? L’avortement n’est-il pas considéré comme un péché grave comme l’a récemment rappelé le pape François dans la droite ligne de ses prédécesseurs ? Et, au risque de se répéter, Fillon n’est-il pas catholique ?  (…) Les têtes de gondole de l’idéologie dominante ont beau se contorsionner dans une posture digne de celle de la Lanterne, elles sont hors-sujet. Qu’on le veuille ou non, ce n’est pas un catholicisme de combat qui anime les gens ordinaires mais la volonté d’un retour aux valeurs d’une France qui fut. Qu’on le veuille ou non, ils ne rappellent pas à eux l’Eglise, mais le clocher, le bistrot et l’atelier de la place du village. Qu’on le veuille ou non, ce ne sont pas des règles monastiques qu’ils réclament, mais ce que Orwell appelait de la « common decency », ce sens commun qui nous avertit qu’il y a des choses qui ne se font pas. Le progrès parlait d’un vivre-ensemble que l’on n’a jamais vu, sinon dans l’entre-soi ; le conservatisme en revient à la famille, ultime refuge dans un monde impitoyable, « dernier bastion des modes de pensée et du sentiment précapitalistes » selon l’analyse de Christopher Lasch. « Nous voulons retourner dans l’ancienne demeure / Où nos pères ont vécu sous l’aile d’un archange », semble en définitive chanter une certaine France avec Houellebecq dans sa Poursuite du bonheur. Dans cette critique des mutations métaphysiques détruisant les ordres séculaires, le christianisme médiéval interprété comme un système théologique complet de l’homme et de l’univers dans un gouvernement des peuples ou le distributisme d’un Chesterton refont surface. Et qu’on le veuille ou non, François Fillon, peut-être même malgré lui, incarne cela. Reste à savoir si ceux qui n’ont su prévoir le Brexit, les élections américaines et même l’extraordinaire poussée du député de Paris sont à même de comprendre que nonobstant sa foi qui ne regarde que lui, l’homme entend simplement rendre à la France ce qui est à la France.

Voir également:

La France, fille aînée de l’athéisme

Le catholicisme n’est plus la première religion nationale

Xavier Théry
Causeur

14 mars 2015

Après les attentats du mois de janvier, un débat s’est instauré sur les moyens à envisager pour permettre à la religion musulmane de s’intégrer dans la société française. Parmi les sujets abordés, celui de la laïcité « à la française ». Celle-ci s’oppose à la conception anglo-saxonne (américaine surtout) de la laïcité, notamment par le fait qu’elle privilégie un espace public où les religions doivent se montrer discrètes, voire absentes, à une société où les religions sont à la fois valorisées et mises sur un pied d’égalité. Comment les évolutions sociologiques récentes de la société française peuvent-elles nous amener à réexaminer cette question ?

Le reproche fait à la loi de 1905 repose sur le fait qu’elle a été établie pour contraindre la religion catholique à s’intégrer à la République alors que cette religion avait été ultra-majoritaire pendant des siècles. Et qu’elle ne faisait qu’entériner cette situation de domination en la contraignant à rester dans les limites de la loi. Dans cette logique, l’islam ne pourrait trouver, selon les contempteurs de la loi de 1905, sa place sur un pied d’égalité réelle. Principalement à cause de la quasi-impossibilité de construire des lieux de culte nouveaux.

Mais qu’en est-il de cette situation de domination aujourd’hui ? Regardons de plus près les chiffres. En trente ans, sa pratique, sa pénétration et son influence ont été divisées par trois : le ratio de baptêmes sur le nombre de naissances enregistré est passé de 80% à 36% – le ratio de confirmations est passé de 15% à 5% – le ratio de mariages catholiques sur le nombre d’unions civiles (mariages civils et Pacs) est passé de 35% à 9% – le nombre de prêtres est passé de 38 000 à 13 000 (dont largement plus de la moitié ont dépassé l’âge de la retraite) – le nombre de catholiques pratiquants « une fois par an au moins » est passé de 60% à 27%, celui de pratiquants « une fois par mois au moins » de 40% à 9%. Celui des pratiquants « une fois par semaine » a été divisé par 5, passant à 4%.

La moitié des catholiques déclarés (45% de la population) affirment ne pas croire en Dieu, soit 23% de « catholiques athées » auxquels il faut ajouter une majorité des Français qui se déclarent sans religion (45% de la population aussi). Si on additionne « catholiques athées » et « sans religion athées » (certains « sans religion » sont peut-être déistes), on a sans doute largement plus de 50% des Français qui sont athées. Le reste de la population étant composé de 6 à 8% de musulmans, de 0,5% de juifs religieux (pratiquant ou respectant des prescriptions religieuses), de 1% de protestants déclarés, et de 1% de bouddhistes réguliers.

On est donc passé en trente ans d’une situation où la religion catholique était dominante et incontestée (plus de 80% de la population grosso modo) à une situation ou plus de 50% des Français se déclarent athées, voire près de 70%  si l’on additionne les 23% de catholiques athées (c’est-à-dire des baptisés qui ne pratiquent pas leur religion et qui déclarent ne pas croire en Dieu) et les 45% de « sans religion ». Le « fait catholique », n’est donc plus un fait dominant, loin de là. On peut même imaginer, si l’on prolonge les courbes de tendance, qu’à l’horizon de 20 ou 30 ans, il n’y aura plus en France que 10% de catholiques. À côté de peut-être 10% de musulmans (si l’immigration ne progresse pas démesurément, sinon on peut imaginer un socle de près de 15% de musulmans).
Ceux qui veulent exonérer les musulmans des efforts à faire pour s’adapter à la République française mettent volontiers en avant une situation française où la religion musulmane serait dominée par la religion catholique. Cette situation de domination religieuse étant le reflet d’une situation de domination sociale et culturelle. Mais on a vu que la structure religieuse française n’était plus celle-ci. Et qu’elle le sera encore moins à l’avenir. Le fait religieux dominant, c’est l’athéisme. La France est devenue « fille aînée de l’athéisme » après avoir été celle de l’Église. Il est tout à fait envisageable, on l’a vu, d’imaginer à l’horizon 2050 une France composée de 80% d’athées ou de sans religion, de 10% de catholiques et de 10% de musulmans.

Dans cette situation sans précédent, le catholicisme ne serait plus le fait dominant de notre nation, mais une de ses deux religions minoritaires, à égalité avec l’islam. Le fait dominant sera celui de l’athéisme, ou tout du moins d’une irréligiosité massive de la population. Dans cette perspective, la laïcité change de rôle. Elle n’est plus un instrument de combat pour réduire une religion dominante et la maîtriser mais la base d’un comportement très largement majoritaire qui s’impose à tous. Elle n’essaie plus d’écarter de l’espace public des comportements religieux pour les contraindre à rester dans le domaine privé car ils seront à l’avenir aussi très largement absents du domaine privé. Elle devient un état majoritaire et largement partagé par la population. Le débat ne se pose plus dès lors entre « séparatistes » (au sens de 1905) et « concordataires » (au sens de 1801) , puisqu’il n’y aura plus grand chose à séparer hormis les pratiques minoritaires de 10% de catholiques et de 10% de musulmans et qu’il n’y aura plus grand chose à protéger puisque la religion musulmane sera à égalité avec la religion catholique.

En étant provocateur, on pourrait dire que le déclin de la religion catholique est une grande opportunité pour imposer la laïcité aux musulmans. Car à l’avenir elle n’apparaîtra plus comme l’instrument de domination d’une France blanche et chrétienne sur une France colorée et musulmane, mais comme l’état général et normal de la très grande majorité de la population. C’est pourquoi, ce n’est absolument pas le moment de renoncer ou d’aménager la laïcité au sens où elle a été mise en place en 1905. C’est au contraire le moment de réaffirmer ses valeurs parce qu’elles ont un avenir certain car la laïcité invite tous les Français à se conformer à quelques règles simples de bienséance : ne pas exposer sa religion en public par des signes ostentatoires – tolérer la critique de sa propre religion – ne pas imposer aux autres des règles qui ne les concernent en rien (le fait de dessiner Mahomet par exemple) – et sans doute laïciser aussi les jours fériés (en proposant à chaque français de disposer d’un stock de 5 jours fériés à utiliser à sa propre convenance, religieuse ou pas).

Régis Debray a écrit que la religion chrétienne était en train de laisser la place à une nouvelle religion « athée » qu’il appelle la ROC (Religion de l’Occident Contemporain). Il se trompe sans doute en l’étendant à tout l’Occident car le continent américain en général et les USA en particulier restent très attachés au christianisme. Mais les signes sont très forts en Europe d’une évolution vers la ROC (ou de la REC, Religion de l’Europe Contemporaine). Ils le sont tout particulièrement en France car les 67% de Français qui se déclarent aujourd’hui athées ou sans religion et qui seront sans doute demain 80% de la population sont certainement à l’avant-garde de cette évolution. Sont-ils pour autant sans valeurs ? Non car ils partagent un certain nombre de principes qui sont au cœur de la laïcité : le respect de l’égalité (hommes-femmes) – le respect des minorités (sexuelles en particulier) – la défense des libertés individuelles et collectives – la tolérance. Ce sont les principes fondamentaux de cette religion des droits de l’homme. Ils s’imposent à tous.

Dans un article récent sur Atlantico, Michel Maffesoli décrit une France évoluant vers une forme de tribalisme fondé sur les affinités électives. Il a certainement raison sur le plan culturel, comportemental, vestimentaire, alimentaire… Mais il omet de voir que sur le plan religieux, une tribu dominera très largement les autres : celles des athées sans religion qui représentera 80% de la population. C’est pourquoi il comment une erreur historique en désignant la laïcité comme l’obstacle à l’harmonie globale de la nation. Il veut « une République multiple et tolérante pour que la France ne soit plus une machine à produire des djihadistes ». Oublions le fait qu’il culpabilise inutilement la République laïque comme responsable des crimes commis par ceux qui réfutent la laïcité, nous avons déjà fait un sort à ces mauvaises interprétations du djihadisme, pour considérer qu’il s’interdit d’imaginer que la laïcité peut être vecteur de tolérance. Il n’est pourtant pas difficile d’entrevoir que des citoyens peuvent – doivent – se respecter pour ce qu’ils ont en commun plus que s’interpeller sur ce qui les différencie. Surtout quand 80% d’entre eux n’ont pas de différences à affirmer au plan religieux.

Avec Régis Debray, on peut au contraire envisager la laïcité non pas comme un obstacle à l’épanouissement de l’individu mais comme un projet pour cimenter une nation en déclin spirituel. La laïcité n’est sans doute plus l’ennemie de la religion chrétienne. Elle ne doit pas devenir l’ennemie de la religion musulmane. La France, parce qu’elle a une vocation universelle et parce qu’elle a la première exprimé le désir de liberté, d’égalité et de fraternité sans lesquelles la laïcité n’existe pas, peut jouer un rôle de premier plan pour faire de l’Europe un espace laïc et tolérant dans un monde en proie à l’intolérance et au désordre. Elle peut montrer la voie si elle est sûre d’elle-même et si elle trouve la force de faire partager son projet à tous.

Voir de même:

Plus de la moitié des Français ne se réclament d’aucune religion

La question religieuse est au cœur du débat public depuis les attentats de janvier. Pourtant, la France est l’un des pays qui comptent le plus d’athées au monde.

Le Monde

Leila Marchand

07.05.2015

Les attentats de janvier ont ravivé la question de la place du religieux en France. Comment faire cohabiter différentes croyances ? Comment vivre sa religion dans un pays laïque ? L’importance que prend ce débat est d’autant plus paradoxale que la majorité des Français se sentent aujourd’hui loin de toute appartenance religieuse.

Les statistiques ethniques ou sur l’appartenance religieuse étant très encadrées en France, le nombre exact de personnes sans religion est inconnu. Mais plusieurs sondages effectués au niveau mondial et européen en donnent une bonne estimation.

Un tiers des Français « non religieux »

En 2012, l’association de sondages WIN/Gallup International, spécialiste de la question, a demandé à plus de 50 000 personnes dans 57 pays si elles se considéraient « religieuses », « non religieuses » ou « athées convaincues ». A cette question, environ un tiers des Français répondent être « non religieux » et presque un autre tiers « athées ». On obtient donc 63 % de Français qui ne s’identifient à aucune religion contre seulement 37 % de Français religieux.

La France compte une majorité d’athées et de personnes « sans religion »
Ces résultats ont été obtenus à partir d’une enquête publiée en 2012 à partir des réponses de 1671 personnes

37 %37 %34 %34 %29 %29 %1 %1 %Se déclarant religieuxSe déclarant non religieuxAthée convaincuNe sait pas / pas de réponse

Athée convaincu
● Position face à la religion en France: 29

40 % des Français se considèrent comme athées

En 2010, un autre sondage a permis de dresser un portrait religieux de la France : l’Eurobaromètre commandé par la commission européenne. Les réponses sont assez proches de celle du premier sondage : 40 % des Français se déclarent athées et environ un tiers « croient en un esprit ou une force supérieure ». Un avis plus nuancé mais qui les place tout de même dans les personnes « sans religion ». Près de 70 % des Français sondés ne se réclament donc d’aucune religion précise, même si un tiers d’entre eux croit en une forme de divinité.

4,5 % de Français catholiques vont encore à la messe

La question de la religiosité d’un pays est sensible à aborder et potentiellement source d’erreur car les notions de religion, de foi et de spiritualité peuvent avoir des résonances différentes selon les personnes interrogées. Comme le précise l’étude de Gallup en annexe, une part importante de sondés appartenant à une religion déclarent avoir la foi mais ne pas se vivre comme une « personne religieuse ». De même, les personnes se déclarant athées ne font parfois pas la différence avec l’agnosticisme (personne déclarant ne pas pouvoir trancher sur l’existence d’un dieu) ou le déisme (croyance en un dieu sans se réclamer d’une religion).

Certains chiffres sont en revanche catégoriques, comme ceux concernant le catholicisme collectés par l’IFOP : la part de Français pratiquants est en grande diminution. Seule une petite minorité, 4,5 %, assiste à la messe chaque semaine. Et, même si aujourd’hui encore près de 70 % de la population française est baptisée, les nouvelles générations renoncent pour la plupart à baptiser leurs enfants : on comptait 472 000 baptêmes en 1990, on n’en dénombre plus que 303 000 en 2010 (pour 800 000 naissances).

Concernant l’islam, la pratique religieuse est plus régulière. Selon une enquête IFOP pour La Croix, 41 % des personnes « d’origine musulmane » se disaient « croyantes et pratiquantes » (contre 16 % chez les catholiques), et 34 % « croyantes mais non pratiquantes » (57 % des catholiques), 25 % se disant « sans religion ou seulement d’origine musulmane » (27 % des catholiques). Seuls 25 % des interrogés disaient aller « généralement à la mosquée le vendredi ».

La France, un des pays les plus athées au monde

La tendance à l’athéisme est mondiale d’après les critères établis par l’étude Gallup. Depuis 2005, date de leur précédent sondage, la part de personnes « religieuses » a baissé de 9 % et la part de personnes athées a augmenté de 3 %. Mais la situation française reste une exception dans un monde où la religion garde encore une place de premier plan : plus de la moitié (59 %) de la population mondiale se sent toujours « religieuse » et 13 % seulement se déclarent athée.

Dans le top 5 des pays athées (parmi la cinquantaine de pays interrogés), la France tient la 4e place, derrière la Chine, le Japon et la République tchèque. L’étude met en corrélation ces résultats avec la richesse du pays concerné. Une grande partie des pays les plus religieux comptent également le plus petit revenu national brut : Ghana, Nigeria, Roumanie, Kenya, Afghanistan… A l’inverse,  les moins religieux sont souvent les plus aisés, comme la France, le Japon, la Suède, Hongkong, l’Australie, l’Allemagne ou les Pays-Bas.

Voir encore:

Sans drapeau ni trompette

Les clips de campagne, un objet hautement réglementé

A compter du lundi 10 avril, la présidentielle entrera dans la période dite de « campagne officielle » où un certain nombre de règles et traditions entrent en vigueur. Egalité stricte des temps de parole, affichage des panneaux électoraux, envoi des professions de foi et diffusion sur les antennes du service public des clips de campagne des candidats. Un exercice particulièrement surveillé par les autorités de régulation.

A l’heure de YouTube et de l’essor de la vidéo en direct, les onze candidats à la présidence de la République enregistrent cette semaine une série de clips très officiels que diffuseront les antennes du service public. Un exercice presque désuet mais pas sans intérêt. En 2012, les 74 spots diffusés en boucle avant le premier tour et entre les deux tours ont touché 48 % de la population des 4 ans et plus sur France Télévisions. Soit un peu plus de 28 millions de personnes ! Une visibilité exceptionnelle même à l’heure d’Internet. « Cette répétition permet de toucher au-delà de ceux qui suivent notre campagne », reconnaît d’ailleurs Sophia Chikirou, en charge de la communication de Jean-Luc Mélenchon.

Le leader de La France insoumise, à la tête d’une chaîne YouTube à laquelle sont abonnées plus de 260 000 personnes, semble a priori être des mieux armés pour parfaire à cet exercice imposé. Ses revues de la semaine – souvent vues plus de 200 000 fois – ou la présentation de son programme lors d’un direct de cinq heures lui ont permis de trouver son style face à la caméra.

Règlement pointilleux. Sauf qu’avec le début de la campagne officielle, la liberté de création va drastiquement se réduire. Le CSA a en effet donné aux différentes parties un document de onze pages fixant le cadre de production, programmation et diffusion de ces clips de campagne. Au total, 49 articles expliquent par le menu le bon fonctionnement de la période à venir. Le gendarme de l’audiovisuel s’y montre particulièrement pointilleux, au point même de réglementer le nombre de personnes pouvant accompagner le candidat en studio d’enregistrement ou en salle de montage.

Mais ce qui a surpris l’ensemble des équipes de campagne se situe dans l’article 9 : interdiction de « faire apparaître tout emblème national ou européen ». Pas de drapeau donc dans ces vidéos. Ni français, ni étranger et pas plus d’hymne national. Une disposition jugée « incroyable » par Gautier Guignard, qui s’occupe des vidéos de François Fillon, obligé de « jeter un certain nombre d’images que nous avions sélectionnées ».

Si la consigne existait en fait lors des scrutins précédents, le régulateur avait choisi de jouer la carte de la mansuétude. Une période visiblement révolue. La cause de ce changement de pied est la crainte que certaines campagnes ne « misent sur un nationalisme délirant », confie un bon connaisseur du dossier, rappelant qu’en 2012 un clip de Nicolas Sarkozy avait créé la polémique en montrant un panneau « douane » écrit en arabe. En proscrivant l’utilisation de tous les drapeaux, le CSA veut également se prémunir de la possibilité que certains puissent être « maltraités ou utilisés de manière négative ».

Des règles qui mériteraient d’être « assouplies », selon Laurent Jacobelli, porte-parole de Nicolas Dupont-Aignan. « La télévision et l’administration ont chacune des codes qui lorsqu’ils se rencontrent ne font pas toujours bon ménage », ironise celui qui fut il y a quelques années patron des programmes et des antennes de TV5. Laurent Jacobelli regrette également les délais « très courts » accordés aux équipes pour se préparer : une semaine seulement entre la publication des règles et le tournage et à peine trois jours pour tourner et monter les vidéos.

Esprit de web-série. Debout la France! se contentera pourtant de ne faire que deux clips, un pour chaque format demandé par le CSA. Une vidéo d’une minute trente et une autre de trois minutes trente. Il devrait y en avoir entre trois et cinq dans le camp Fillon et dix-huit pour Jean-Luc Mélenchon ! Celui-ci a décidé d’investir autant que possible cet espace de diffusion. Il s’est attaché les services d’Henri Poulain, un réalisateur de télévision et de cinéma. Coût de l’opération : autour de 30 000 euros. Sophia Chirikou promet de « renouveler l’exercice dans un esprit de web-série ». Quant à Emmanuel Macron, il s’est attaché les services de l’agence de communication Jésus et Gabriel. Sacré programme.

Tous les candidats n’ont pas ce genre de moyens. Pour être certain que les onze soient sur un pied d’égalité, le CSA exige également que les productions pour le premier tour soient pour moitié réalisées avec les moyens de France Télévisions. Au service public de mettre à disposition ses équipes de tournage, ses studios de tournage et de montage ou encore ses infographistes et de jouer, en prime, le rôle de coordinateurs pour permettre à tout ce petit monde de travailler dans les meilleures conditions.

Autant de réglementations qui feraient croire que la France ne vit pas sur la même planète que les Etats-Unis, où tous les coups sont permis. Pour la seule dernière semaine du duel entre Hillary Clinton et Donald Trump, les groupes de soutiens des deux camps ont dépensé en tout 75 millions de dollars pour des publicités télévisées. L’équipe Clinton a mis sur la table 32,4 millions de dollars. Pas de quoi garantir le succès.

Voir encore:

Royaume-Uni: Theresa May, Cadbury et les œufs de la discorde

Véronique le Jeune (avec AFP)

GeopolisFTV

06/04/2017

Shocking! Le choix du géant chocolatier Cadbury d’enlever toute référence à la fête chrétienne de Pâques de sa célèbre chasse aux œufs annuelle a provoqué la colère de la Première ministre Theresa May. «C’est complètement ridicule», a-t-elle lancé à la télévision. Le confiseur a quant à lui expliqué qu’il voulait ouvrir l’événement aux «personnes de toutes les confessions».

La chasse aux œufs de Pâques est depuis des décennies le rendez-vous de centaines de milliers d’enfants à travers tout le Royaume-Uni. Un divertissement traditionnel organisé chaque année pendant le week-end pascal en collaboration avec l’association caritative National Trust.

«Pâques est une fête très importante pour la foi chrétienne, pour des millions de personnes dans le monde. Alors ce que fait le National Trust est complètement ridicule. Je ne sais pas à quoi il pense franchement», a insisté Mme May, elle-même membre de National Trust.

Ouvrir le divertissement à «toutes les confessions»
De son côté, l’archevêque de York, John Sentamu, seconde figure de l’Eglise anglicane, est allé plus loin dans ses accusations tout en rendant hommage à l’hisoire des Cadbury. «Les Cadbury étaient de grands industriels Quaker. Si vous visitez Birmingham aujourd’hui (…), vous verrez combien leur foi religieuse a influencé l’activité industrielle», a-t-il déclaré au Daily Telegraph. «Abandonner la référence à Pâques de la chasse aux œufs de Cadbury revient à cracher sur sa tombe», selon l’ecclésiastique.
Cette année, la chasse s’appelle simplement «Grande chasse aux œufs britannique de Cadbury», au lieu de «Chasse aux œufs de Pâques de Cadbury». Le chocolatier, bientôt centenaire, a répliqué dans le Telegraph que la compagnie souhaitait ouvrir le divertissement «aux personnes de toutes les confessions y compris celles qui n’en ont pas».L’œuf symbole de résurrection pour les chrétiens
Le National Trust a lui jugé «absurdes» les accusations selon lesquelles il rabaisserait l’importance de Pâques. Sur le site de Cadbury, l’exercice est présenté comme un «Easter Fun» (divertissement de Pâques). Quelque 300 chasses aux œufs sont prévues sur les propriétés appartenant au National Trust.Dans la religion chrétienne, l’œuf symbolise la résurrection et indique la fin des des quarante jours de jeûne du Carême. Pendant cette période, les poules continuent à pondre et et on a trouvé à Pâques le moyen de les écouler. L’œuf en chocolat, lui, est apparu au XIXe siècle dans un but commercial et n’a jamais cessé depuis de régaler les palais.

Voir enfin:

 Interviews Thinking in Public

Peter Brown, Author, Through the Eye of the Needle: Wealth, the Fall of Rome, and the Making of Christianity in the West

Thinking in Public

December 17, 2012

Mohler:            This is “Thinking in Public”, a program dedicated to intelligent conversation about frontline theological and cultural issues with the people who are shaping them.  I’m Albert Mohler, your host, and President of The Southern Baptist Theological Seminary in Louisville, Kentucky.

Peter Brown is one of the world’s most respected historians. He currently serves as the Philip and Buelah Rollins Professor of History Emeritus at Princeton University. A native of Ireland, Professor Brown taught at Oxford University until 1975 and was a fellow of All Souls College. He joined the Princeton faculty in 1986 after teaching at the University of London and the University of California at Berkeley. He has been the recipient of a MacArthur Fellowship, a GuggenheimFellowship, and the Mellon Foundation’s Distinguished Achievement Award. Professor Brown is credited with having created an entire field of academic study referred to as late antiquity, covering the years from 250 to 800 AD. His latest work is Through the Eye of the Needle: Wealth, the Fall of Rome, and the Making of Christianity in the West, 350-550 AD.

Professor Peter Brown, welcome to Thinking in Public.

Mohler:            Professor Brown, when I think of your work I think, first of all, of the fact that you have basically invented an entire new field of history. How did you come up with this designation of “late antiquity?”

Brown:            I tell you why, you know, I’m obviously not the only person; I simply use this as a title of a book at a time when it had been used, but it hadn’t been, you know, turned into a major concept. I was concerned largely because when we look back at the history of the Christian church, particularly, it’s very easy to see Christianity of the Reformation period, Christianity of the Middle Ages, and, obviously, everyone is interested in Christianity in its earliest times—in the times of Jesus, in the times of the gospels. But then, you note, there was a lot of Christianity in between and this was a Christianity which although it was very new in the Roman world somehow grew out of the Roman world. That is, one would put it this way, the sort of air people breathed, even if they were Christians, even if they were very aware that they were living in a time of change, even if many of the more leading ones were heavily committed to bringing about change. Nonetheless, just as we modern people breathe the modern air they breathed an air that was still that of the ancient world.

Mohler:            Yes; you have argued rather convincingly that most of us, not only in terms of the popular imagination, but also in terms of scholarship tend to misread the Roman Empire and its fall, and your work is a massive reconstruction of that history. And I’d love for you to tell the story of how you found your way into that as a historian.

Brown:            Well I think I found into it from sort of two ways. First of all, I wasn’t trained as an ancient historian. My main training wasn’t in what we would call “the classics;” I was much more interested in modern history and in medieval history. So I never regarded the Roman Empire as the absolute apex of history, as indeed some people used to; I was much more interested in as it were what they in the future. That is, what began in the Roman Empire, but kept on happening and became part of the medieval world and then was passed on through the Reformation, through the Renaissance to the modern world.

Mohler:            Well in that work you’ve spent so much time looking at particular figures, such as Aurelius Augustine. And, once again, you have had such a fruitful and long career as a scholar that you’ve had the opportunity to even go back and revisit Augustine. Can you tell us of, first of all, Augustine’s role and how you have reconsidered both August and his role in history?

Brown:            Oh, wow. I mean, since he’s such a large figure that one is always reconsidering him, I think the way one does it, and you know what one’s talking about is the old fashioned thing that one actually grows older, one hopes that one grows wiser. Certainly much more work on Augustine has been done, very important Augustinian documents, 29 totally new letters which I did not know when I first wrote, 27 totally new sermons which we only knew about only ten years ago, so there was always the reason to change one’s mind. And I think also as one grows older there are certain aspects of a person which one was rather blind to.

Mohler:            Well I was amazed in reading your second edition of Augustine and also how you elaborate many of these same themes in your most recent book, and how you demonstrate something about Augustine that is also true of many other figures in history and, in particular, in church history. Many years ago when I was doing my own doctoral work, my major professor in the area historical theology, Dr. Timothy George, required me to do something that I thought was very unusual. He required me to write a paper on Calvin’s doctrinal declarations concerning the providence of God as compared with his pastoral ministry.

Brown:            Oh that’s a wonderful subject.

Mohler:            Yes; it was. And it was a very clever assignment because what I discovered is that in, for instance, his theological declarations, Calvin would say such things as, “You should never say that God permits anything. A Sovereign doesn’t permit; He ordains and He commands,” and, yet, in his pastoral ministry, Calvin would do the very same thing he said you should not do. He would say, “God permitted this awful thing to happen,” and it’s because it’s pastorally necessary and it’s also true. And you demonstrated that Augustine does more or less the same thing. For instance, on issues of sexuality he says incredibly hard things, but then pastorally he makes a more generous application.

Brown:            Oh I think that is absolutely right, and I think that I myself have changed. And, you know, just not only myself, but the whole field in scholarship has changed throughout the period, and not only in relation to Augustine, we’re much more interested in what the preachers actually said. That is, we go back to Augustine’s sermons again and again and again. The new discovered sermons were absolutely wonderful because they were very popular. He preached one sermon two and a half hours long at the height of a major celebration of the pagan calends in Carthage. You could almost hear the noise off the streets and, yet, he’s both got the earthly touch and has no hesitation about dealing with, you know, what we would have thought were very elevated topics at exactly the same time.

Mohler:            I think when people think of Augustine and, for instance, the issue of sexuality, what they recall is his statements on sexuality. For instance, this is found in The City of God in which he makes very clear that even within the context of marriage where he limited, of course, human sexuality, it was to be a matter entirely directed towards procreation and that it was sin for it to have any other purpose or enjoyment. And, yet, as you demonstrated, in his sermons he allowed for the fact that married couples ought to be engaged in a life that included sexuality and, furthermore, that even though it was sin for sex ever to have anything other than a procreative purpose, it was not a major sin.

Brown:            I think you’re very right there, Doctor; you’re absolutely right. And I think it’s something we tend to really misunderstand. I mean, I think one of his most remarkable statements because he himself was somebody who had opted for celibacy after a hard struggle. He had very much opted for a rather high view virginity and celibacy and, yet, he said the Apostle Paul, although he had been swept up into the third heaven, also at other times stooped to view the marriage bed and was concerned with basically average marriage couples.

Mohler:            One of the things that you also point out is something that I think modern people often, even scholars, will just not think about, lacking a certain historical self-consciousness. It’s because we would judge Augustine over against the sexual openness of our society and, where you point out, he actually is modifying those who claimed that what Christianity would require is a complete renunciation of sexuality. Augustine should be seen against that background in which he actually holds a far more holistic and healthy position.

Brown:            Oh, I would certainly, certainly agree with that, and I think one of his real triumphs is that he really could embrace the two options. He himself was part of a very sort of vocal movement. I think the sheer zeal of some Christians for celibacy, for virginity, was extremely strong at this time, and he belonged to that side in part of it, but he knew that as a conscientious pastor, and also somebody who believed that God’s providence extended to everyone, he went out of his way to redress a balance, which he must have felt in his own self.

Mohler:            Well you demonstrate this with amazing historical detail, but also with what I think many people would find to be an amazing self-consciousness as an historian and especially in the appendices. Kind of like Augustine’s own Retracciones, his Retractions, when in the second addition, after a span of decades of studying Augustine and his era, you come back to say, “I think we have to consider the fact that we have been misreading Augustine,” and I found that a very intellectually courageous act.

Brown:            Well this was obviously something, wasn’t it? Don’t forget that Augustine is one’s best exemplar. He himself was constantly aware that his mind was changing. He wrote his retractations simply so as to actually plot the way in which his mind actually had changed, so in some ways if I was to prepare to change my own mind, I’d be, as it were, not living up to the standard which Augustine had set me.

Mohler:            In both the most recent work, which we’re going to discuss, Through the Eye of the Needle: Wealth, the Fall of Rome, and the Making of Christianity in the West, and in your work on Augustine, you deal with something I think many of us wouldn’t even be able to picture. And that is the actual preaching context and method of Augustine. You point out that, first of all, in ways that do not mark many living bishops or even medieval bishops, bishops in the early church, especially in Augustine’s era of late antiquity were preachers, first and foremost.

Brown:            First and foremost; absolutely first and foremost.

Mohler:            And you point out that Augustine the preacher did not preach from a pulpit; he did not preach to a calm, seated congregation; he preached to a mass of people standing, coming in and out of the marketplace, bringing their children and who knows what else with him, bringing in spectators. Tell us about what that would have looked and sounded like.

Brown:            Oh, I would have loved—I mean, if you gave me a time machine, that’s one of the first places I would go to. It would be much more like—I mean, I think you have to realize that the Romans were used to people speaking in public in front of big crowds in a real open place. Every Roman law court was an open law court. The Christian churches of this time, you know that design called a basilica design, was very much like what a Roman law court was. That is, the judge would have been at one end and, you know, the accused, the lawyers, they would be grouped round him, and then a huge crowd, like sort of Great Central Station almost, a large, moving crowd under a sort of high roof. So you’ve got to get a sense that a sermon was truly not a performance from a pulpit, but a real dialogue with the crowd.

Mohler:            I can tell you really enjoyed at one point demonstrating an occasion in which Augustine found himself actually on the defensive over against his congregation.

Brown:            I loved that. I loved that and that came from one of those newly published sermons. We had had no inclining of that previously.

Mohler:            You also deal with Augustine the pastor, and I think that most contemporary pastors would immediately identify with the kinds of things that Augustine had to deal with without recognizing when you look at someone like Augustine, he had the pastoral responsibilities dealing with the same human problems. And in two different places in your writings, you, for instance, deal with the fact that he had incredible interest in people. I love the section where you talk about his interest in the homework of a teenage boy, “The Little Greek” he called him.

Brown:            Oh, yeah, that’s extraordinary.

Mohler:            Tell us the story.

Brown:            Well the story’s actually a background for a rather interesting story. Again, it’s a story we couldn’t have told twenty years ago. It came from one of the newly discovered letters. It’s written in almost the last year of Augustine’s life. It’s written to a very well-to-do Carthaginian, who has read a lot of Christianity but hasn’t got baptized. His wife has got baptized; he hasn’t got baptized. So he’s one of these strangely open people and what happened only three years ago is they discovered in an inscription in the Hippodrome of Carthage his name on one of the reserved seats for the town counselors. So here is Augustine, coming regularly to preach from Hippo to Carthage, which is about a ten-day journey at that time, must have met Furnas, must have given Furnas copies of the City of God, and, I think, truly and sincerely was interested in Furnas, Furnas’ family, Furnas’ son, and we suddenly get a glimpse of an influential person who is one of those half-way people. His wife had become a full Christian. His son may well have been baptized. Furnas had read a lot. He’d read Augustine’s City of God up to Book Ten, which is quite a large read, but he still had to be persuaded.

Mohler:            And you see Augustine, the pastor, the evangelist, you might even say the apologist, seeking to convince this man, and, as a sign of pastoral interest, showing interest in his teenage son, and in his school work because Augustine was the reigning intellectual. And by showing that attention to the man’s son, he would be showing the man attention as well. It’s an incredible vignette.

Brown:            And I think that the really lasting message in that interchange is what he says about the son, which is, “Yes, he can go ahead. He can learn Latin rhetoric, Latin grammar [you know, the old fashioned curriculum], as long as he uses it well.”

Mohler:            The conversation thus far is pointing to one of my favorite features of Professor Peter Brown’s new book: how it reveals far more than the economic realities behind the triumph of the Christian church in the Christian West. What he’s talking about here within the context of the Roman Empire is also giving us an understanding of someone like Bishop Augustine, in terms of his pastoral responsibility. We see a window into the early church and, in particular, into this most influential of the church fathers in a way that no previous work has actually helped us to understand. But we shouldn’t be surprised at this. After all, Peter Brown is also the most magisterial biographer of Augustine himself. That’s what makes this new book, in so many ways, a continuation of the story he began telling long ago.

One of the things that you demonstrate in this latest book, and it is a massive exhibition of scholarship, the title again is, Through the Eye of a Needle: Wealth, the Fall of Rome, and the Making Christianity in the West, 350-550 AD. Professor Brown, it seems to me that this is something of the capstone of your work in defining this era known as late antiquity.

Brown:            Well, you know, a big book isn’t always what you first planned; it rather grows upon you. But I had felt for a long time, at least ten years, that this period and these people, some of them like Augustine who I’ve now known for almost 50 years, they sort of needed somebody to actually give them a voice on an important topic. And I think the topic of wealth I chose on purpose because issues of wealth affect everyone: the poor because they feel they don’t have it; the rich because they do.

Mohler:            I think the average person looking at this title would think the book less important than it is, and the reason for that is I think most of us take economics and wealth as something of merely secular importance. I think that’s something that is the fault, the intellectual fault, of many Christians, and, yet, you really demonstrate that the story of wealth and how the church grew to understand how it would handle wealth is indispensable to demonstrating how the church ended up as the church we know it in the medieval world.

Brown:            Oh I would certainly say that. Looking back on this, I found myself asking, “Why hadn’t people seen this so much?” And I think it was partly Christians themselves to blame at that time. Again, as with celibacy and virginity, the people we hear about are usually the more radical. They’re the ones with the really extreme solutions and some of the most passionate Christians and the most articulate Christians were often very wealthy people who had truly, in ways that stunned everyone, thrown away their wealth. That is, they really believed to have followed the command of Christ, “If you wish to be perfect, sell all that you have; come.” So this is a Christianity whose main stars are very much in that camp, but the more I studied it, the more I felt that the actual heroes and heroines were the much more average people, who very much the way Jews at the same time considered their wealth, what wealth they had and it often wasn’t much, a sort of gift from God and that they had to as well pay back, and to renounce one’s wealth actually wasn’t a way of paying back. It was much more important to see your wealth as a way of providentially given to you so that you could do good, so a notion for what we say, you know, nowadays in a rather general way, Christian stewardship, actually summed up a whole attitude to wealth, to the world of money, which, I think, we would gain in a recapturing.

Mohler:            Yes. You know the way you lay this out is with such exquisite detail that in a conversation like this 99% of it is going to be left on the table and just a very small percentage can be possibly be discussed, but I have to tell you that if I were to summarize your thesis, at least in the central part of the book, I think it would come down to this. And, as I was thinking about this conversation, it seems to be that the church had to make a decision in renunciation—the renunciation of sexuality and the renunciation of wealth—and, as you point out, in many ways the histories written of the church in the medieval era and beyond really make the heroes and heroines those who renunciated. But you point out that Augustine in a very sophisticated way, along with others, really modifies that because, in Augustine’s view, to put it simplisticly, you can renunciate once, but you can be a steward for the entirety of your life.

Brown:            I think so. Precisely.

Mohler:            So when you look at Augustine on wealth, Augustine seems to have a very sophisticated economic understanding, he also, as you demonstrate, is a rather agile mind. He is moving along with the culture around him and, of course, it’s a seismically-shifting culture. But the church had to come to an understanding that wealth could be and would have to be used for the glory of God and for the good of people as—if I read your argument correctly—the church began to take on something of the shape of the empire itself. Whereas the empire had been made up of cities with dispersed political power, the bishops took on that role and the churches continued.

Brown:            Yes, very much so, and I think maybe, and here I think it’s important to realize that maybe our relative indifference to wealth isn’t just a sort of inheritance of a view that, you know, any consistent Christian must renounce wealth; therefore, Christians who don’t renounce wealth are sort of second class. I think in an odd way that has continued. I think it is also the economy of the Roman Empire it was a very agrarian economy, a very slow economy. Wealth didn’t consist in large banking concerns, which people actually buried their gold, which is why we can see so much in modern museums. Now this means to say that the care of the poor or, just as important, people like yourself who were in danger of becoming poor, was also summed up, not in sort of grand gestures—alms-giving, you know, huge handouts—but, you know, small gestures—offering low-interest loans, forgivable loans, finding somebody a job. So there is a whole penumbra of Christian charity that is below the sort of radar screen if you’re looking only in terms of banking, cash, checks.

Mohler:            Yes. And, of course, you had a church made up of Christians, many of them newly converted from paganism and, as you point out, some of them not quite so converted from paganism as well, in terms of their worldview, and they’re trying to deal with the teachings of Jesus: how difficult it is for a wealthy person to enter the kingdom of heaven. That’s the title of your book: Through the Eye of the Needle. And so I read your book having recently read some very perceptive economic history as well, and even though you didn’t go in this very direction, you imply it. And, that is, Augustine must have come, along with others, to the conclusion also that to renunciate certain wealth is actually to destroy it because the wealth just evaporates and isn’t any good to anyone.

Brown:            I think that’s what many contemporaries fail to—as you probably noticed in one incident which was initially on his backdoor, that is, the great Roman senatorial lady, Melania, he and a few other African bishops intervened saying, “Hold it, Buddy; don’t throw it away.”

Mohler:            Because it would just be destroyed and could do no good. And Augustine also had a confidence that there were many texts in Scripture that demonstrated how money could be used for great good.

Brown:            Precisely; there I think his readings of Paul was terribly important. You get a real distinction between the extremists who emphasize Jesus’ true challenge to the wealthy but very much in the gospels, very much in Matthew and Luke; then there’s the letters of Paul, which show a fervent fundraiser at work, show somebody who’s determined to be a fully self-supporting member of the community, and, at the same time, has almost a mystique of mutual help.

Mohler:            Professor Brown, you also point out that wealth itself—and you said this just a moment ago—was something that was developed very slowly in an agrarian context, and I want to pull one sentence out of your book because I think this is one of those sentences that resets our imagination of an era. You write, “In the overwhelming majority of cases, wealth was land turned by labor into food, which in the case of the rich was turned into sufficient money to be turned into privilege and power.” I thought that formula was so transformative of understanding that wealth wasn’t the kind of financial speculation that is on the front pages of our newspapers. It was, instead, land turned by labor into food.

Brown:            Oh, yes, of course, when land becomes food all the gods are involved. I think one must never underestimate what the sheer religious aura of every house, whether it’s Christian, Jewish, or pagan.

Mohler:            One of the other very transformative arguments of your book is that as these issues are played out in the culture and in what we might call the political life of the bishops trying to figure these things out administratively, there was a theological dimension here as well and so we shouldn’t be surprised that even as Augustine and Pelagius found themselves involved in one of the most formative theological battles of the church it had to do with wealth as well.

Brown:            Oh yes. Because wealth’s like a sort of barium trace, it goes everywhere, and one of the things which wealth does ask always is, “How free are humans to actually change themselves and to change society?” And there I think Pelagius, because of his extreme view of the freedom of the will, really did think, or at least encouraged others to think, that wealth is just a bad habit and you can get rid of it much as you can as it were kick smoking. Augustine didn’t share that view at all.

Mohler:            That’s a very interesting metaphor. Well you rightly point out that Pelagius saw what we would call Orthodox Christianity as lax, as soft, as he suggested, to say that we need grace is just a cop-out because it just demonstrates a lax commitment. And so for Pelagius, the renunciation of sex and the renunciation of money was one way in which the supposedly absolutely free will could demonstrate its worthiness before a righteous Judge.

Brown:            Precisely.

Mohler:            I wanted to ask, so if Pelagius had won the argument—going back to the great debate between Augustine and Pelagius—had Pelagius won the argument, the history of the church, in terms of its institutional shape, would have been radically different.

Brown:            It could very well have been and I’m constantly wondering—one of my little science-fiction side —one wonders what it actually would have been like. I think it might have ended up with a much more monastic church

Mohler:            Yes; which by definition renunciates.

Brown:            Which by definition renunciates, and if you’re free to do it, do it. It’s interesting that we might have a glimpse of that future—it’s only a glimpse; I don’t want to put too much on it—in Bressian Whales Island at this time where we knew Pelagian ideas continued to circulate and which at exactly this time produced a particularly aphesic form of Christianity where the leaders and the sort of abbots of the great monasteries had much more prestige than the sort of average bishops.

Mohler:            When you look at the entire span of your historical investigation and your scholarship, you really have redefined, in many ways, our understanding of the way the Roman Empire fell and the meaning of its fall. Could you just describe a bit of that because this is where you have actually kind of upset the entire marketplace of ideas, in terms of the world of history?

Brown:            Well, I think there are two ways of seeing it. First of all, one must never idealize the Roman Empire. It did great things, but it was still a very fragile state. It was tied by issues of logistics, of agrarian yield, so we’re looking at an empire which is almost doomed the moment it actually happens. I think one of the wisest things that Edward Gibbon said—this is one of the things that people usually remember—he said, “The fall of Rome was inevitable; what is remarkable is that the empire lasted so long.” I think that’s a much more fair way to see it. What I think, indeed, happened was that with the rise of Christianity there was the rise of what one might call a horizontal way of organizing society, interconnection, city to city, vertical connections rich and poor in each city, which it didn’t bring the empire down, but when the empire did fall for relatively straightforward reasons—you know, it couldn’t defeat the barbarians, it couldn’t bring taxes in—people found that the end of the empire wasn’t as much a disaster. So I think that the rise of Christianity didn’t bring down the empire; if anything it sort of pushed the fall.

Mohler:            Well, one of the points you make very powerfully in many of your works is that the fall of Rome, as an empire, was disastrous for Romans but not necessarily for those in the rest of the empire. Rome suffered greatly but the empire in many ways flourished and gave birth to what we would call the medieval world and Western Christendom.

Brown:            I would think that would be what happens because with Western Christendom you get a world of much smaller political units, which at the same time manages to be thoughtlessly creative. I mean, the great gothic cathedrals of Northern France are as grand as any Hippodrome, any coliseum. They’re built with engineering skills that are quite extraordinary by Roman standards; things Romans never thought of. And yet they’re put up in territories which often are no more than a few departement in France. How has society managed to grow, managed to become a sort of set of such vivid micro-societies, having emerged out of a vast back row of society is one of the great problems.

Mohler:            Let me ask you a question about this most recent work and there are so many questions I’d love to ask you about the book, just in terms of its specific content, but reading it I was prompted to want to ask you: what was your greatest surprise in the writing of this book?

Brown:            I think the greatest surprise—and it only came upon me gradually and it came roughly three years before I finally completed it because until the surprise it didn’t quite make sense. First of all, the conversion of Constantine, though it made a great difference to the public profile of Christianity, you know the emperors really did favor it, did give it funding—the conversion of Constantine did not mark the real beginning of Christianity becoming a majority religion. And the real entry of the truly wealthy into the Christian church happened a whole two generations after the conversion and it was an almost a sort of grassroots movement. So that was a surprise. I think the other surprise was that up until about the year 500, the Christian churches in themselves, that is the actual money available to bishops, was much less than we had previously thought; that the average Christian bishop was still a relatively low-profile person and that the real strength of the church lay not in its upper echelons, although these were very dramatic people, people like Ambrose, people like Augustine, but in the sort of average Christians who I came to know more and more through almost accidental evidence—through inscriptions, through little piles of coins found in churches—so that I found that I was writing a history that had its stars, but the stars were not necessarily the real heroes.

Mohler:            You have been writing in this field, you have pioneered this entire field of history known as late antiquity; you’ve redefined so many of the terms and reset our understanding. This most recent book is massive. It’s about 500 pages of text and 200 pages of notes. I just have to ask you, knowing that a work like this spawns yet another, what is your area of historical interest in and research after this book?

Brown:            I think I’d like—don’t forget this was very much about Western Europe—I’d like to return to the Middle East, that is to the Greek, the Syriac, the Coptic world. In terms of sheer numbers, there were far more Christians in the Middle East at this time than there ever were in the West. And I would like to do two things, I think: deal with the finances of the church in the slightly earlier period, that is, from the time of St. Paul onward, and look at the way in which the rise of Egyptian monasticism, particularly Egyptian monasticism, created an image of the monk as a working person. That is one of the really rather remarkable aspects of Egyptian monasticism is that the monk was expected, as indeed Paul expected, to work with his hands.

Mohler:            Professor Brown, I assure that when this next book comes out, I want to be first in line to read it. We are all in your debt. As I said at the beginning, I began much of my work in historical theology reading your work on Augustine and then following your arguments, and it is a tremendous honor to speak with you today.

Brown:            Well I greatly enjoyed it, Doctor.

Mohler:            God bless you, sir.

One of the most pleasing aspects of the experience of reading a book is discovering that it includes far more than we expect. That’s true of any worthy volume, and it is certainly true of this new work by Professor Peter Brown. It promises to tell us the story of how the Christian church negotiated some of the most difficult issues related to Christian faith and economics during the time the Roman Empire itself was entering that period of late antiquity and going through its own rather remarkable transformation. And what you also discover is what many people, historians and economists included, would often neglect, and that is the fact that there is an intersection between theology and economics. And that tells at least part of the story of how Christianity triumphed in the Roman Empire. For instance, the issue of how the church would be related to wealth was never merely a pragmatic issue; it was deeply theological. And we owe Peter Brown the analysis of understanding how the distinction between Augustine and the Pelagians in matters of the gospel itself led to two different understandings of the role the Christian faith when it came to personal wealth and what it meant to renounce materialism. As Augustine made very clear, you could renounce all wealth one time and then much of it simply disappeared, or that wealth could be put to the service of the church in what can only be described as a faithful stewardship. The triumph of the Christian church, Peter Brown helps us to understand its institutional rise and survival through the demise of the Roman Empire, was at least partly made possible by the fact that the church could own material goods, that it could indeed collect and become the steward of wealth. And even as we can see that the church sometimes failed in what that responsibility would entail, without taking on that responsibility the church institutionally could not have survived through these difficult centuries. But the church did survive and, of course, we can be thankful that Augustine’s theology survived as well. Behind the telling of a great story, and especially at the hands of a great historian, is a mass not only of patterns and theories, but also of incredible documentation.

One of the things I most appreciate about Peter Brown is how much he obviously loves the details, and reading his book is to be immersed in historical details that seem to come alive. You feel like you’re there in Carthage as Augustine is preaching in a city not his own and as he is having to contend with a crowd, a hostile crowd at times, that doesn’t like his message. We can, all of the sudden, understand through his pastoral responsibility, even to a father of a young son, how, indeed, Augustine was negotiating these issues, trying to find a way to be deeply faithful and a good steward of all that Christ had entrusted to him at the very time that the Roman Empire was itself falling apart.

Peter Brown is one of the world’s most respected historians. He’s been generous with his time to involve himself in this conversation about his new book. My hope is that many evangelical Christians will read this book and then want to know more. Well turn to Peter Brown’s biography of Augustine and begin to learn more about this crucial era in the history of the Christian church where we understand that the debate, for example, between Augustine and the Pelagians isn’t over. These great theological debates are never over and that’s why we have to revisit them from time to time to make certain we know what is actually at stake. What’s at stake in terms of reading a book like this is getting everything out of it we possibly can, and that means a book like this one deserves to be read, not only once, but read again.

Thanks again to Professor Peter Brown for joining me and thinking with me today. Before I close I want to direct your attention to my new book, The Conviction to Lead: 25 Principles for Leadership That Matters. My concern is to develop effective leaders who have more than mere administrative skill, who develop more than just vision. Leaders need to be able to change the hearts and minds of those they lead. In other words, they need to develop the conviction to lead.

Thank you for joining me for Thinking in Public. Until next time, keep thinking. I’m Albert Mohler.


Présidentielle 2017: Attention, un racisme peut en cacher un autre ! (After Brexit and Trump, will France’s supposed progressives finally realize you can’t put the Trumpian genie back in its bottle ?)

4 avril, 2017
https://pbs.twimg.com/media/C8hiR22XkAEYqDF.pnghttps://pbs.twimg.com/media/C8hic2nXkAAS-zW.pngCe ne sont pas les différences qui provoquent les conflits mais leur effacement. René Girard
Ne serait-il plus simple de dissoudre le peuple et d’en élire un autre? Bertold Brecht
Toutes les stratégies que les intellectuels et les artistes produisent contre les « bourgeois » tendent inévitablement, en dehors de toute intention expresse et en vertu même de la structure de l’espace dans lequel elles s’engendrent, à être à double effet et dirigées indistinctement contre toutes les formes de soumission aux intérêts matériels, populaires aussi bien que bourgeoises.  Bourdieu
En présence de la diversité, nous nous replions sur nous-mêmes. Nous agissons comme des tortues. L’effet de la diversité est pire que ce qui avait été imaginé. Et ce n’est pas seulement que nous ne faisons plus confiance à ceux qui ne sont pas comme nous. Dans les communautés diverses, nous ne faisons plus confiance à ceux qui nous ressemblent. Robert Putnam
Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, donc tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi, à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste. D’abord le procès en fascisme à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la fois absurde et scandaleux. Je suis profondément attaché à l’identité nationale et je crois même ressentir et savoir ce qu’elle est, en tout cas pour moi. L’identité nationale, c’est notre bien commun, c’est une langue, c’est une histoire, c’est une mémoire, ce qui n’est pas exactement la même chose, c’est une culture, c’est-à-dire une littérature, des arts, la philo, les philosophies. Et puis, c’est une organisation politique avec ses principes et ses lois. Quand on vit en France, j’ajouterai : l’identité nationale, c’est aussi un art de vivre, peut-être, que cette identité nationale. Je crois profondément que les nations existent, existent encore, et en France, ce qui est frappant, c’est que nous sommes à la fois attachés à la multiplicité des expressions qui font notre nation, et à la singularité de notre propre nation. Et donc ce que je me dis, c’est que s’il y a aujourd’hui une crise de l’identité, crise de l’identité à travers notamment des institutions qui l’exprimaient, la représentaient, c’est peut-être parce qu’il y a une crise de la tradition, une crise de la transmission. Il faut que nous rappelions les éléments essentiels de notre identité nationale parce que si nous doutons de notre identité nationale, nous aurons évidemment beaucoup plus de mal à intégrer. Lionel Jospin (France Culture, 29.09.07)
Force est de constater qu’on a trop souvent dans le passé joué avec le Front national. À gauche, en l’instrumentalisant. À droite, en pratiquant le déni. Passez-moi le mot : il faut « reprioriser » les choses. Il y a aura toujours une droite et une gauche, des différences entre elles et aussi, bien sûr, des confrontations. Mais aujourd’hui, la priorité commune, c’est le combat contre le FN. La droite doit en finir avec les facilités qui ont été trop longtemps les siennes et ce degré de porosité avec le FN imputable aux « buissonneries » d’hier. La gauche, elle, doit cesser d’être naïve ou idéaliste. Quant à la gauche de la gauche, se rend-elle compte que ses outrances anti-économiques, sa haine de l’Europe et du capitalisme ont comme seul résultat de saper les fondements de la République? Je suis effrayé quand je lis dans Le Point sous la plume de Michel Onfray que mieux vaut Alain de Benoist plutôt que Bernard-Henri Lévy. Mais où va-t-on? Toutes ces dérives creusent le sillon de Marine Le Pen. Je dis à tous : ne soyez ni naïfs, ni opportunistes, ni sectaires. Reprenez-vous! Et je pourrais dire la même chose au patronat, aux syndicats, aux autorités religieuses et à beaucoup d’intellectuels. Jean-Marie Le Guen
Quand Manuel Valls, dimanche, « revendique la stigmatisation de Marine Le Pen », il érige en martyr du Système celle qui ne cesse de se présenter comme telle avec un succès croissant. Alors que la diabolisation du FN est une stratégie d’appareil qui perd de plus en plus ses effets d’intimidation auprès d’électeurs excédés, c’est pourtant vers cette solution contre-productive que se précipite à nouveau le premier ministre. Il explique : « Mon angoisse (…) : j’ai peur pour mon pays qu’il se fracasse sur le Front national ». Mais la France n’a pas eu besoin du FN pour s’être déjà fracassée sur le chômage, l’endettement, le matraquage fiscal, la paupérisation, l’insécurité, la déculturation, l’immigration de peuplement, etc. C’est parce que ces sujets ne cessent de s’amplifier, faute de réformes adéquates, que Marine Le Pen est passée en tête dans les sondages. Quand Valls s’alarme de la voir « gagner l’élection présidentielle de 2017 », il ferait mieux de se demander pourquoi, au lieu de sortir les gourdins. Un chef du gouvernement qui, en s’attaquant au FN, prend une conséquence pour une cause tient un raisonnement bancal qui annonce l’échec. (…) Illustration avec le diagnostic du premier ministre, établi le 20 janvier, sur « l’apartheid territorial, social, ethnique qui s’est imposé à notre pays ». Rien n’est plus faux que ce constat d’une politique voulue de séparation raciale, même si le communautarisme ethnique est bien une réalité. Or c’est sur cette assise idéologique, irréaliste dès le départ, que le gouvernement entend construire sa « politique de peuplement », dont les termes laissent poindre l’autoritarisme déplacé. Cette politique vise à imposer partout la « mixité sociale » (entendre : mixité ethnique) dans le cadre, explique Valls, d’un « projet de société répondant aux exigences des Français exprimées le 11 janvier », c’est-à-dire lors de la grande manifestation en solidarité aux victimes des attentats. Or non seulement cette instrumentalisation partisane du 11 janvier est choquante, mais il est irresponsable de déplorer les ghettos et de ne rien faire pour interrompre l’immigration du tiers-monde qui ne cesse de les consolider. Ivan Rioufol
[Yves Bertrand, le patron des RG] explique que au départ, les gens du CRIF (…) ne voulaient pas en faire une grande manifestation et que c’est Mitterrand lui-même qui a imposé la grande manifestation publique, qui a imposé l’itinéraire classique de gauche c’est-à-dire République-Bastille-Nation. Pour bien mettre ce combat dans les combats de la gauche et qui a ainsi manipulé tout le monde. Tout ça, pour empêcher évidemment une alliance entre  la droite – Chirac pour parler vite – et le Front national évidemment parce que si le Front national devenait une espèce de monstre nazi, évidemment on pouvait plus s’allier à lui. Et c’est la grande stratégie de Mitterrand sur quinze ans qui a permis à la gauche de rester au pouvoir pendant toutes ces années. Eric Zemmour
C’est l’histoire d’une pièce de théâtre qui connut jadis un immense succès, mais dont le texte a vieilli. Les ficelles dramatiques paraissent convenues et désormais surjouées par un acteur grandiloquent devant une salle aux trois-quarts vides. C’est la République en danger, le fachisme ne passera pas ou, pour faire plaisir à l’acteur, « no pasaran ». Manuel Valls peut tout jouer, mal mais tout. Alors qu’il est en campagne pour des élections locales, il a déjà déclenché le programme spécial 21 avril 2002. Les loups sont entrés dans Paris. C’est trop tôt ou trop tard. A l’époque, le candidat vaincu Lionel Jospin n’avait pas tardé à reconnaître que tout cela était du théâtre, qu’aucun danger fasciste ne menaçait la République. En 2002, Manuel Valls était conseiller en communication du Premier ministre, et François Hollande, premier secrétaire du PS. Ah, ce n’est pas que les deux hommes ne désirent pas revivre un pareil séisme, mais ils veulent seulement que ce soit à leur profit. Car la seule chance de réélection de Hollande est de se retrouver au second tour face à Marine Le Pen. Le Président fait donc tout pour en faire la seule opposition, à la fois en majesté et diabolisée. Valls met son énergie et son sens de la démesure au service de cette tactique exclusive. Les deux hommes achèvent ainsi le travail commencé il y a trente ans par François Mitterrand: l’ancien président avait alors réussi à casser la droite en trois morceaux irréconciliables.  (…) La manoeuvre est limpide et poursuit trois objectifs successifs. 1) « réveiller et rameuter un peuple de gauche chauffé artificiellement au feu antifasciste ». 2) culpabiliser la gauche de la gauche, de Mélenchon à Duflot ». 3) préparer le troisième tour des départementales lors de l’élection des présidents des conseils généraux pour casser l’UMP entre ceux qui pactiseraient avec le diable. Eric Zemmour
Les « beaufs » vous remercient pour vos commentaires. Ces donneurs de leçon, sûrement lecteurs de Télérama, aiment les films hongrois, sous-titrés polonais et dont la scène essentielle du film est un plan fixe sur un pot de fleur rouge… Réaction à un commentaire de Bienvenue chez les cht’is (site FNAC)
Si la classe moyenne supérieure critique le succès des ch’tis avec tant de passion, c’est aussi que le film peut être interprété comme une satire sociale faite au nom de ces valeurs populaires contre les valeurs de la classe moyenne. (…) La satire sociale est un genre littéraire fréquent en France mais en général elle se fait au détriment de la classe populaire, du Roman de Renard aux Deschiens : il a fallu deux acteurs, certes intégrés à la classe moyenne puisqu’ils sont acteurs, mais suffisamment distants du fait de leur origine algérienne pour Kad Merad et kabyle par son père pour Dany Boom, pour assumer de se moquer de cette classe moyenne qui est devenue la leur. Quant à la classe moyenne, elle a dû trouver une explication au succès populaire du film par le biais du battage médiatique, sans comprendre cet aspect de revanche sociale. Philippe Cibois
[L’imagerie par résonance magnétique (IRM)] nous a permis de confirmer que les jugements moraux proviennent bien de phénomènes qui se produisent dans le cerveau. Mais, le plus intéressant, c’est de voir quelles parties du cerveau sont particulièrement actives quand nous formons ces jugements. D’après l’étude initiale de Joshua Greene, et celle d’António Damásio avant lui dans les années 1990, les régions du cerveau associées aux émotions jouent un rôle prépondérant, alors que celles dédiées au raisonnement mettent parfois du temps à se manifester. Un des grands sujets du débat aujourd’hui est de savoir quelle part associer au raisonnement logique et quelle part associer aux émotions. Le cortex insulaire antérieur [ou insula frontale] enregistre un pic d’activité quand une chose nous répugne : je suis de ceux qui pensent que les réactions émotionnelles ont tendance à guider le raisonnement et je crois que la plupart des ouvrages de neurologie s’inscrivent aussi dans cette lignée. (…) Nous jugeons d’emblée. C’est une des grandes découvertes de la psychologie sociale ; on parle parfois de “révolution de l’automaticité”. Cela remonte à Wilhelm Wundt [psychologue et philosophe allemand], il y a cent vingt ans. En un quart de seconde, nous réagissons au visage des gens, aux mots, aux propositions. Le raisonnement n’intervient qu’ensuite, il est beaucoup plus lent. Robert Zajonc, le célèbre psychologue social, affirmait dans les années 1980 que “les préférences se passent de logique”. Par exemple, notre esprit réagit à la nouveauté, comme devant une œuvre d’art, et cette réaction contraint ensuite la nature de notre raisonnement. Nous avons du mal à cerner le tableau d’ensemble et à voir ce qu’il montre. En revanche, nous n’avons aucun mal à nous dire : “Voilà l’hypothèse à laquelle je veux croire ; voyons maintenant si je peux trouver des informations pour l’étayer. Et si je n’en trouve pas, tant pis, je la laisserai tomber…” Mais, comme vous le savez, nous parvenons généralement à trouver des éléments pour l’étayer. (…) Notre morale est contrainte par une multitude de facteurs, l’un des principaux étant notre appartenance à un camp. Tout le monde sait que les personnes politisées sont insensibles aux arguments du camp adverse. C’est ce qui conduit ce camp d’en face à penser que nous ne sommes pas sincères, que nous ne sommes pas “rationnels” ; et chaque camp pense la même chose de l’autre. Ce que vous pensez de l’avortement, des droits des homosexuels, de l’aptitude des mères célibataires à élever leurs enfants aussi bien que les couples mariés : toutes ces opinions vous rattachent à un camp et, si vous avez le malheur de changer d’avis, vous devenez un traître, vous ne serez plus invité aux soirées et vous risquez même de vous faire traiter de tous les noms. (…) ce que l’on constate, c’est que les gens ne sont pas spontanément utilitaristes. (…) les gens ont beaucoup d’intuitions morales et (…) les expériences menées sur la persuasion montrent qu’il est très difficile de convaincre les gens. (…) Ce qui m’a frappé en lisant tous ces livres d’ethnographie et en travaillant en Inde, où j’ai fait des recherches pendant trois mois, c’est à quel point certains schémas se retrouvaient partout dans le monde, alors que l’expression finale de la morale est souvent unique et extrêmement variable d’une culture à l’autre. Quels schémas fondamentaux l’évolution peut-elle expliquer ? On pense tout de suite à la réciprocité. [Le sociobiologiste] Robert Trivers a écrit [en 1971] un article resté célèbre sur l’“altruisme réciproque”. Certains affirment que le sens de l’équité et la réciprocité sont des constructions 100 % sociales, entièrement apprises de nos parents, mais cela ne tient pas. Même chose pour les attentions dont nous entourons notre vulnérable progéniture. Nous sommes des mammifères et nous avons les tendances des mammifères. Si vous considérez ces deux caractéristiques, la réciprocité et l’attention à la progéniture, vous constatez que le nativisme [théorie selon laquelle certaines facultés seraient présentes dans le cerveau à la naissance] a raison dans les deux cas. Mes confrères et moi-même y avons ajouté les catégories suivantes : la fidélité au groupe (nous sommes doués pour les alliances), le respect de l’autorité, et le sacré ou la pureté (l’idée que le corps est un temple). Ces catégories sont uniquement descriptives et non normatives. Ce sont les cinq dont nous sommes convaincus, mais il en existe beaucoup d’autres. Aujourd’hui, nous estimons que la liberté est à part. Je pense que, à l’avenir, nous verrons dans la propriété ou la possession un fondement moral : on le constate dans l’ensemble du règne animal avec la notion de territorialité, et plusieurs laboratoires ont montré récemment que les enfants de deux ou trois ans avaient conscience de la possession (ce qui est dans la main de l’autre et pas dans la leur) et la prenaient en compte. Ce que j’ai découvert dans mes premiers travaux, c’est que la classe sociale était un facteur qui comptait parfois plus que la nationalité. J’ai commencé à travailler sur la question, et c’est comme cela que mes confrères et moi sommes arrivés à cette liste de fondements moraux. J’étais en train de faire ces recherches sur la morale quand les démocrates ont perdu l’élection [présidentielle] de 2000 aux États-Unis, puis ont reperdu en 2004 [Al Gore puis John Kerry ont perdu face au républicain George Bush]. (…) À l’époque, j’étais un progressiste convaincu : je ne pouvais pas voir George Bush en peinture. Je voulais me servir de mes travaux pour aider les démocrates à comprendre la morale des Américains, parce que Bush la comprenait, mais pas Al Gore. (…) s’ils avaient perdu, ce n’était pas à cause de Karl Rove [le conseiller politique de George Bush], de subterfuges ou de sorts qu’on leur aurait jetés, mais parce que les démocrates (ou les progressistes) avaient un éventail de fondements moraux plus étriqué – ils se focalisent sur l’égalité et la protection sociale, mais ne comprennent pas ­ou ne communiquent pas sur les valeurs viscérales, patriotiques, religieuses, hiérarchiques, basées sur l’appartenance au groupe, qu’ont la plupart des Américains. (…) Je faisais un travail de terrain ethnographique : je lisais les journaux conservateurs, je m’étais abonné au câble pour pouvoir regarder Fox News [une chaîne américaine d’information en continu réputée pour ses positions conservatrices] et, au début, j’ai été choqué. (…) Et puis, quand j’ai commencé à comprendre, à voir qu’il y a une cohérence dans leurs points de vue, que si vous vous souciez vraiment de la responsabilité de chacun et que vous êtes vraiment indignés par les parasites, les assistés, les gens qui font n’importe quoi, vous n’avez pas envie que la société leur vienne en aide. En découvrant ces valeurs, j’ai compris pourquoi certains considéraient l’État providence comme une des inventions les plus scandaleuses qui soient. J’ai donc commencé à identifier les sujets sur lesquels chaque camp voyait juste, certaines menaces, certains problèmes. Une fois que vous faites partie d’un clan moral qui vous assujettit, vous ne voyez plus les autres réalités. Cela vous empêche de voir les faits qui ne cadrent pas avec votre réalité. J’étais en train d’écrire le chapitre 8 de The Righteous Mind, dans lequel j’essayais d’expliquer la vision qu’ont les conservateurs de l’équité et de la liberté. Je l’ai confié à ma femme pour qu’elle le relise en lui disant que je ne pouvais plus me considérer comme un progressiste, étant donné que, à mes yeux, chaque camp voyait juste sur certains sujets. (…) Étudier la morale revient à étudier le système d’exploitation de votre vie sociale. Comme le système d’exploitation du monde universitaire est très progressiste, ou disons de gauche, j’étais prisonnier du camp progressiste. (…) Une fois que vous faites partie d’un camp, le raisonnement militant et le “biais de confirmation” [biais cognitif consistant à privilégier les informations confirmant nos idées préconçues ou nos hypothèses] pèsent si lourd que vous trouvez des éléments pour étayer tout ce que vous avez envie de croire. (…) si vous êtes partisan, vous n’allez pas proposer une analyse équitable de la réalité. Une démarche scientifique rigoureuse n’implique pas nécessairement que nous soyons tous neutres et impartiaux. Si la science fonctionne aussi bien, ce n’est pas parce que les scientifiques sont rationnels, c’est parce que la science en tant qu’institution garantit que tout ce qui sera dit sera remis en cause. Tant que ce marché intellectuel fonctionne, tant qu’il y aura des gens pour prendre le contre-pied, des spécialistes de votre discipline pour réfuter ce que vous dites, la science pourra regorger d’opinions partisanes, ce ne sera pas gênant. Le problème, c’est quand tout le monde a les mêmes partis pris, il n’y a plus personne en face. Il y a alors des risques que le groupe parvienne à des conclusions qui sont tout bonnement erronées. C’est ce qui s’est produit, non pas sur tous les sujets, mais sur certains sujets sensibles, comme l’origine ethnique, le genre, et la politique. Jonathan Haidt
J’ai constaté que la France était victime d’une multitude de trahisons. Il en va de nombreux politiciens qui, durant ces dernières décennies, ont cohabité avec la « bête » (l’islam radical, ndlr) à des fins électoralistes, mais aussi d’intellectuels à la vision et à la pensée tronquée par le « tiers-mondisme » et le « droit-de-l’hommisme » ; tous des collaborateurs par inaction qui sacrifient leur pays sur l’autel d’un combat d’arrière-garde. (…) En refusant d’affronter l’islamisation, de peur d’être taxée d’islamophobe, en tolérant les violations de la laïcité, la société française est complice de l’essor du terrorisme en France. La classe politique, à la recherche du vote islamique, est également complice. (…) C’est à se demander qui est raciste. Celui qui veut défendre sa société et ses valeurs ou celui qui veut imposer ses valeurs ?  Waleed Al-Husseini
Les dirigeants du PS français et de la social-démocratie européenne, en effet, sont en général des personnages que je considère comme des poulets élevés en batterie. Ils sortent des grandes écoles, sans aucun passé militant dans les luttes populaires, et encore moins dans l’internationalisme politique. Ils montent les marches du pouvoir politique en croyant que leur discours de gestionnaires, c’est du socialisme. Et ils font croire que ça se résume à ça. Ces dirigeants n’ont jamais compris ce qui se passe en Amérique latine parce qu’ils ne se sentent pas concernés. Dans le meilleur des cas, ils se contentent de reproduire le discours de la propagande étasunienne, repris par la majorité des médias. (…) Le président Hugo Chavez note, comme moi : « Les gens ne veulent pas comprendre que pour redistribuer les richesses auprès des pauvres, il faut changer les institutions ». Et Chavez nous interpelle : « Parce qu’il existerait une alternative ? Et où se trouvent donc vos magnifiques modèles, vous les Européens, que l’on devrait prétendument imiter ? ». (…) C’est donc pour cela que j’ai demandé à ces dirigeants qu’ils se taisent, et qu’ils observent avec respect le chemin montré par Chavez, Evo Morales en Bolivie, Rafael Correa en Équateur ou José Mujica en Uruguay. Non pas pour les imiter, mais pour apprendre d’euxJean-Luc Mélenchon
Soljenitsyne était une baderne passéiste absurde et pontifiante, machiste, homophobe, et confis en bigoteries nostalgiques de la grande Russie féodale et croyante.(…) C’était un perroquet utile de la propagande « occidentale ». Utile car au contraire de tous ceux qui avaient dénoncé avant lui le goulag et les camps staliniens, Soljenitsyne était une voix de droite parmi les plus réactionnaire. Jean-Luc Mélenchon (sénateur membre du bureau national du PS, 04/08/08)
Dans son dernier discours sur la culture, Marine Le Pen appelle de ses vœux une France qui retrouve sa grandeur. Mais l’art n’est pas fait pour servir la grandeur de la France, et c’est d’ailleurs bien ainsi qu’il la sert. Le Front national ne cesse de tirer à boulets rouges sur l’art contemporain, c’est-à-dire sur les formes de l’art sans précédent. C’est pourtant là que réside l’éminente fonction de l’art qu’est la subversion – qui va du léger déplacement au renversement scandaleux. La liberté de penser et de créer, la liberté d’inventer et d’affirmer, la liberté d’interpréter et de critiquer le monde comme il va ou ne va pas, sont choses précieuses, ô combien ! L’art comme fruit de ces libertés et des moyens qui lui sont offerts en France, c’est cela que le monde entier nous envie. Marine Le Pen présidente y mettrait un point d’arrêt. Comment s’en étonner quand le Front national promeut, quoi qu’il tâche de le faire oublier jusqu’à l’effacement, des idées racistes, antisémites, xénophobes et nationalistes ?Le Front national est aux portes du pouvoir. Nous appelons à faire barrage à Marine Le Pen lors de la prochaine élection présidentielle, puis aux législatives qui lui succéderont. Signataires : Archie Shepp, Léa Seydoux, André Wilms, Jean-Pierre et Luc Dardenne, Renaud, Jeanne Moreau, Matthieu Chedid, Annette Messager, Akhenaton, Shurik’n, Kheops, Imhotep et Kephren du groupe IAM, Vincent Elbaz, Valeria Bruni Tedeschi, Christian Boltanski, Cécile de France, Zazie, Abdellah Taïa, Anaïs Demoustier, Vincent Delerm, Anna Mouglalis, Vincent Macaigne, Kaoutar Harchi, Jérôme Ferrari, Mathilde Monnier, Karin Viard, Zabou Breitman, Laura Smet, Alexandre Chemetoff, Lolita Chammah, Marie Darrieussecq, Tahar Rahim, Emma de Caunes, Alysson Paradis, Denis Podalydès, Amos Gitaï, Georges Didi-Huberman, Romane Bohringer, Pascal Dusapin, Pascal Convert, Valérie Donzelli, Vincent Perez, Alain Françon, Théo Mercier, Charles Berling, Amira Casar, Jean-Michel Ribes, Alexis Jenni, Judith Chemla, Charles Fréger, Félix Moati, Albin de la Simone, Florence Loiret Caille, Laurent Bayle, La Grande Sophie, Magyd Cherfi, Ariane Ascaride, Jonathan Zaccaï, Antoine de Galbert, Béatrice Dalle, Jean-Pierre Vincent, Samir Guesmi, Olivier Py, Laurence Equilbey, Jules Sitruk, Paula Aisemberg, Jean-Noël Pancrazi, Renan Luce, Stéphane Foenkinos, Emmanuel Demarcy-Mota, Camélia Jordana, Brigitte Jaques-Wajeman, Zita Hanrot, François Regnault, Babx, Sofi Jeannin, Jérôme Kircher, Pauline Bastard, Francis Boespflug, André Markowicz, Claude Perron, Olivier Mantéi, Karen Vourc’h, Dominique Blanc, Olivier Rolin, Jeanne Cherhal, Gérard Wajcman, Jacky Ohayon, Rachel Arditi, Carine Tardieu, Stéphane Braunschweig, Marie Collin, Pascal Elbé, Farid Bentoumi, Laure Marsac, Émilie Brisavoine, Alexandre Tharaud, Irène Jacob, Yann Rabanier, Arthur Nauzyciel, Mathieu Chatenet, Brigitte Lefèvre, Sébastien Pouderoux, Élie Wajeman, Guillaume Gouix, Jean de Loisy, Laurent Gaudé, Philippe Quesne, Iván Argote, Arièle Butaux, Dominique Valadié, Elsa Lepoivre, André Engel, Corinne Bacharach, Anne Alvaro, Olivier Babinet, Yann Apperry, Thomas de Pourquery, Judith Henry, Sébastien Betbeder, Brigitte Sy, Gérard Lefort, Nicolas Bouchaud, Pierrick Sorin, Natalie Seroussi, Rodrigo Garcia, Anne-Lise Heimburger, Sylvie Ballul, Jean-François Sivadier, Anaëlle Lebovits-Quenehen, Isabelle Renauld, Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel, Yanowski, Vincent Winterhalter, Mathieu Bauer, Lise Wajeman, Marion Rampal, Cyril Descours, Olivier Cadiot, Stéphanie Murat, Daniel Jeanneteau, Océanerosemarie, Thomas Blanchard, Éric Génovèse, Richard Brunel, Françoise Lebrun, Rodolphe Dana, Sarah Petit, Emmanuel Noblet, Daniel Mesguich, Florence Thomassin, Olivier Gluzman, Ismaël Margain, Anne Marivin, Jean-Philippe Amar, Sigrid Bouaziz, Evelyne Didi, Guillaume Vincent, Caroline Deruas, Peter von Poehl, Jean-Luc Gaget, Cecile MacLorin Salvant, Thomas Enhco, Zaza Fournier, David Lescot, Micha Lescot, Marcel Bozonnet, Valérie Dréville, Laurent Poitrenaux, Michel Deutsch, Julia Piaton, Valérie Stroh, Yves-Noël Genod, Anne Paceo, Jean-Loup Rivière, Françoise Morvan, Odile Heimburger, Ludovic Lagarde, Samuel Achache, Jeanne Candel, Kyrie Kristmanson, Sarah Le Picard, Éric Génovèse, Julien Féret, Céline Gaudier, Mikaël Serre, Simon Jacquet, Bastien Lallemant, Charlotte Testu, Delphine Gleize, Fanny de Chaillé, Roxane Arnold, Raphaël Quenehen, Samuel Churin, Aram Kebabdjian, Jannick Thiroux, Marie Payen, Lola Gans, Raphaël Imbert, Servane Ducorps, Franck Krawczyk, Joëlle Petrasek, Yaron Herman, Marie Modiano, Zina Modiano, Lolita Sechan, Mona Achache, Caroline Guiela-Nguyen, Julie-Anne Roth, Sylvain George, Jean-Pierre Sarrazac, Natalie Beder, Alexis Pivot, Sarah Stern, Charlotte des Georges, Michèle Foucher, Maissiat, Catherine Frot, Yann Moix.
37% des Français estiment que les chaines de télévision n’ont aucun candidat préféré. Le premier candidat évoqué est Emmanuel Macron, par 35% des Français, nettement devant les autres candidats. Sondage Harris-Téléstar
Il n’y a pas de culture française, il n’y a pas une culture française, il y a une culture en France et elle est diverse. Emmanuel Macron
Non, il n’y a pas de culture française, il n’y a pas de littérature française ou de rock français. François Bayrou
Les élites sont affligeantes mais le peuple est décevant. Les gens du Midi de la France n’ont aucune excuse pour voter FN parce qu’ils ne vivent pas dans le naufrage industriel. Les gens du Midi qui votent Front national doivent être jugés pour ce qu’ils sont : de purs racistes anti- Arabes. Quant aux ouvriers du Nord, ils pourraient lutter pour l’égalité en succès, pour mener à bien un changement aussi drastique, ce serait la solidarité nationale et la fraternité. L’épreuve est à aborder en commun, par tous les Français. Or, parmi les Français, il y a ceux qui sont d’origine arabe ou musulmane. Avant même l’épreuve, le Front national divise la société. À quelle condition pourrions-nous le prendre au sérieux ? Soyons réalistes, laissons-lui son fond de commerce anti-immigrés ; il ne faut pas rêver. On pourrait toutefois prendre Marine Le Pen au sérieux si, à la suite d’une crise spirituelle, elle traçait une ligne claire entre les Français d’origine maghrébine, qui sont des Français pleins et entiers, et l’immigration actuelle et à venir. Le FN ne serait toujours pas gentil, mais il révélerait au moins une envie sérieuse de gouverner. Emmanuel Todd
Un  récent  sondage  OpinionWay  montre  que 83 % des Français jugent la campagne  de  mauvaise  qualité.  Elle  est  vue  comme   un  spectacle  soit  désolant  (les  affaires),   soit  attrayant  (les  débats).  La  percée  de   popularité de Mélenchon se fait dans tous  les  électorats, comme  si  les  Français  saluaient l’artiste indépendamment du choix politique qui leur est proposé.  (…) L’indécision  touche  40  %  des  électeurs  là   où  d’habitude  à  ce  stade  de  la  campagne   elle  oscille  entre  25  et  30  %.  (…) L’abstention  est  évaluée  15  points  au- dessus de ce qu’elle était au même  moment  en  2012.  C’est  énorme.  Cela représente entre 6 et 7 millions  d’électeurs  supplémentaires  qui  ne   sont  pas  encore  mobilisés.  Ce  qui   prouve une extraordinaire  difficulté  des  Français  à   entrer  dans  l’élection  et   un   accroissement   de    leur   distance   vis-à- vis de la politique et  des  partis.  Parallèlement,  il  y  a   une   plus   forte    indécision   chez    les    votants    qui     déclarent  plus  volontiers pouvoir changer  d’avis,   ce   qui   traduit  une  distance vis-à-vis des  candidats.  C’est  le  poids  de  l’affaire   Fillon,  le  positionnement  volontairement   confus de Macron, la crise profonde des socialistes.  (…) Il  y  a  une  forte  indécision  à  gauche  qui   touche  en  particulier  les  électorats  Hamon  et  Macron.  Pour  deux  raisons  différentes. Pour le premier, il y a un doute sur  l’utilité de son vote en faveur du candidat  socialiste. Pour les électeurs Macron, il y a  un doute sur le sens de leur choix : qui est  réellement Macron, quelle est la nature de  son programme, avec qui va-t-il gouverner ? À droite, le problème est celui de la  dispersion.  (…) L’électorat  Sarkozy   2012  est  complètement  dispersé  !  (…) on  a  une  élection  hors  du  commun  avec un risque d’écroulement du PS qui dominait  la  gauche  depuis  quarante ans, la dispersion des électeurs  de  la  droite  qui  pourrait conduire  à  sa  défaite et paradoxalement la victoire possible d’un candidat du centre alors même  que  le  pays  se  droitise. Il est même possible que le scrutin dé- cisif cette année pour connaître l’orientation politique du pays soit les  législatives, pas  la  présidentielle. Jérome Jaffré
The fact that Trump is no ideologue does not mean he cannot be a conduit for a new ideology. The British political establishment learned this lesson the hard way. For years, conservatives and liberals alike underestimated Thatcherism. They failed to see that behind Margaret Thatcher’s blonde hair and shrill voice was a revolutionary politics that reflected and accelerated fundamental social and economic changes. Thatcher, like Trump, was no philosopher. But she didn’t have to be. She merely had to attract people capable of refining the ideology and policy program that would eventually bear her name. And that is precisely what she did. Apart from those ideologues, the first to grasp the significance of Thatcher’s political project were on the far left: the magazine Marxism Today coined the term “Thatcherism” in 1979. These left-wing figures saw what those in the mainstream didn’t: Thatcher’s fundamental challenge to the economic and social structures that had been widely accepted since World War II. (…) There are powerful parallels between the late 1970s and the present. Just as Thatcher recognized growing dissatisfaction with the old order and gave voice to ideas that had been languishing on the margins, Trump has acknowledged and, to some extent, vindicated the anguish and anger of a large segment of the working class who are fed up with long-established systems. Also like Thatcher, Trump has attracted ideologues ready and willing to define Trumpism for him. Front and center is Stephen Bannon, the former executive chairman of Breitbart News, the ultra-nationalist home of the racist alt-right, who now serves as Trump’s chief strategist. Speaking at the Conservative Political Action Conference, Bannon defined Trumpism in terms of national security and sovereignty, economic nationalism, and the “deconstruction of the administrative state.” As he put it, “[W]e’re a nation with an economy. Not an economy just in some global marketplace with open borders.” This reflects a fundamental conflict between Thatcherism and Trumpism: the latter aims to sweep away the neoliberal consensus of unregulated markets, privatization, free trade, and immigration that comprised the former. But, even if the ideas are different, the tactics are the same. To consolidate support, Thatcher would go head-to-head with carefully selected enemies – from British miners to Argentina’s president, General Leopoldo Galtieri, to the bureaucrats in Brussels. Similarly, as the Hudson Institute’s Craig Kennedy recently told me, “Bannon wants to radicalize the anti-Trump liberals into fighting for causes which alienate them from mainstream America.” Every time Trump’s opponents march for women, Muslims, or sexual minorities, they fortify Trump’s core support base. Jacques argues that the British Labour Party’s failure fully to come to terms with Thatcherism is the main reason it spent almost two decades in the political wilderness. He believes that Prime Minister Tony Blair was the first leader to recognize Thatcherism for what it was: a new ideology that upended long-held rules and assumptions. But, Jacques asserts, Blair merely adjusted to the new ideology, rather than attempting to change it. None of this bodes well for Trump’s opponents, who are still a long way from recognizing the ideological implications of his presidency. Indeed, they remain so distracted by Trump’s apparent lack of leadership skill and even mental capacity – which, to be sure, cannot compare to that displayed by Thatcher – that they have yet to grasp the depth of the divisions and neuroses that Trump has exposed. It might be cathartic to call Trump an idiot, to laugh at his misspelled tweets and taped-up tie, but the implications of his presidency are serious. If Trump’s progressive opponents fail to engage seriously with the forces that Trump’s victory reflected and reinforced – in particular, the backlash against neoliberalism – not even impeachment will be enough to put the Trumpian genie back in its bottle. Mark Leonard (European Council on Foreign Relations)

Vous avez dit racisme de classe ?

A l’heure où à la veille du deuxième débat d’une élection …

Qui a vu l’assassinat juridico-médiatique en direct du seul candidat de l’alternance

Mais où 37% des Français veulent encore croire que les médias n’ont aucun candidat préféré …

Nos dits médias et nos sondeurs ventriloques font mine de s’étonner …
Que plus de 40% des électeurs potentiels soient encore indécis à moins de trois semaines du premier tour …
Où qu’ils saluent les prestations d’un chantre de tout ce que la planète peut contenir de dictatures, Castro, Chavez et Chine compris …

Alors qu’enfermée dans ses privilèges et sa suffisance toute une classe de belles âmes de la politique et des médias…

Qui a non seulement imposé à tous des décennies entières de mesures dont elle n’a jamais eu à subir les conséquences …

Mais condamné à l’éternelle difficulté électorale par sa diabolisation de sa faction la plus populaire une droite de plus en plus majoritaire dans le pays …

S’apprête à nous refaire pour imposer leur nouveau candidat des bons sentiments le coup du front républicain contre le prétendu racisme du parti des bonnes questions …

Jusqu’à, pour nos « grands intellectuels » (sic) et malgré l’éléphant de la pièce toujours plus envahissant de l’islamisme, appeler au changement brechtien de peuple pour cause de malpensance raciste …

Comment ne pas voir …

Après les exemples coup sur coup du Brexit et de l’élection de Donald Trump …

Le véritable racisme de classe auquel on a en fait affaire …

Et partant si la voix dudit peuple était à nouveau ignorée …

Le retour de bâton encore plus massif auquel il faudrait alors se préparer ?

Trump the Ideologue?
Mark Leonard
Project syndicate
Mar 29, 2017

LONDON – Historians may come to see the American actor Alec Baldwin as US President Donald Trump’s most useful ally. Baldwin’s frequent and widely viewed impersonations of Trump on the comedy show “Saturday Night Live” turn Trumpism into a farce, blinding the president’s political opponents to the seriousness of his ideology.

Of course, politicians are parodied all the time. But with Trump, there is already a tendency not to take his politics seriously. The form of those politics – unhinged tweet-storms, bald-faced lies, racist and misogynistic pronouncements, and blatant nepotism – is so bizarre and repugnant to the bureaucratic class that it can overshadow the substance.

Even those who seem to take Trump seriously are failing to get to the root of Trumpism. Democrats are so infuriated by his misogyny and xenophobia that they fail to understand how he connects with many of their former supporters. As for establishment Republicans, they are so keen to have a “Republican” in office implementing traditional conservative policies – such as deregulation and tax cuts – that they overlook the elements of his agenda that upend their orthodoxies.

Part of the problem may be that Trump has come out on both sides of most major debates, championing a brand of politics that privileges intensity over consistency. This may cause Trump-watchers to dismiss attempts to establish an ideological foundation for Trumpism – such as Julius Krein’s new journal American Affairs – as hopelessly oxymoronic. But the fact that Trump is no ideologue does not mean he cannot be a conduit for a new ideology.

The British political establishment learned this lesson the hard way. For years, conservatives and liberals alike underestimated Thatcherism. They failed to see that behind Margaret Thatcher’s blonde hair and shrill voice was a revolutionary politics that reflected and accelerated fundamental social and economic changes.

Thatcher, like Trump, was no philosopher. But she didn’t have to be. She merely had to attract people capable of refining the ideology and policy program that would eventually bear her name. And that is precisely what she did.

Apart from those ideologues, the first to grasp the significance of Thatcher’s political project were on the far left: the magazine Marxism Today coined the term “Thatcherism” in 1979. These left-wing figures saw what those in the mainstream didn’t: Thatcher’s fundamental challenge to the economic and social structures that had been widely accepted since World War II.

An editor of that magazine, Martin Jacques, who did as much as anyone at the time to provide a theoretical understanding of Thatcherism, recently explained to me why its significance was so often overlooked. “Political analysis at that time was very psephological and institutional,” he said. With its focus on “the performance of political parties,” he explained, it missed “the deeper changes across society.”

There are powerful parallels between the late 1970s and the present. Just as Thatcher recognized growing dissatisfaction with the old order and gave voice to ideas that had been languishing on the margins, Trump has acknowledged and, to some extent, vindicated the anguish and anger of a large segment of the working class who are fed up with long-established systems.

Also like Thatcher, Trump has attracted ideologues ready and willing to define Trumpism for him. Front and center is Stephen Bannon, the former executive chairman of Breitbart News, the ultra-nationalist home of the racist alt-right, who now serves as Trump’s chief strategist.

Speaking at the Conservative Political Action Conference, Bannon defined Trumpism in terms of national security and sovereignty, economic nationalism, and the “deconstruction of the administrative state.” As he put it, “[W]e’re a nation with an economy. Not an economy just in some global marketplace with open borders.”

This reflects a fundamental conflict between Thatcherism and Trumpism: the latter aims to sweep away the neoliberal consensus of unregulated markets, privatization, free trade, and immigration that comprised the former. But, even if the ideas are different, the tactics are the same.

To consolidate support, Thatcher would go head-to-head with carefully selected enemies – from British miners to Argentina’s president, General Leopoldo Galtieri, to the bureaucrats in Brussels. Similarly, as the Hudson Institute’s Craig Kennedy recently told me, “Bannon wants to radicalize the anti-Trump liberals into fighting for causes which alienate them from mainstream America.” Every time Trump’s opponents march for women, Muslims, or sexual minorities, they fortify Trump’s core support base.

Jacques argues that the British Labour Party’s failure fully to come to terms with Thatcherism is the main reason it spent almost two decades in the political wilderness. He believes that Prime Minister Tony Blair was the first leader to recognize Thatcherism for what it was: a new ideology that upended long-held rules and assumptions. But, Jacques asserts, Blair merely adjusted to the new ideology, rather than attempting to change it.

None of this bodes well for Trump’s opponents, who are still a long way from recognizing the ideological implications of his presidency. Indeed, they remain so distracted by Trump’s apparent lack of leadership skill and even mental capacity – which, to be sure, cannot compare to that displayed by Thatcher – that they have yet to grasp the depth of the divisions and neuroses that Trump has exposed.

It might be cathartic to call Trump an idiot, to laugh at his misspelled tweets and taped-up tie, but the implications of his presidency are serious. If Trump’s progressive opponents fail to engage seriously with the forces that Trump’s victory reflected and reinforced – in particular, the backlash against neoliberalism – not even impeachment will be enough to put the Trumpian genie back in its bottle.

Voir aussi:

Entretien. “Notre morale est limitée par notre appartenance à un groupe”
Pacific- Santa-Barbara

Courrier international
09/12/2016
Lire l’article original

Ce sont des systèmes de valeurs différents qui opposent libéraux et conservateurs, assujettissent notre sens moral et empêchent chacun des clans de percevoir d’autres réalités, assure le psychologue américain Jonathan Haidt.

Jonathan Haidt est l’auteur de L’Hypothèse du bonheur : la redécouverte de la sagesse ancienne dans la science contemporaine [Mardaga, 2010] et du best-seller The Righteous Mind [“L’Esprit vertueux”, inédit en français]. Il travaille actuellement à l’écriture d’un ouvrage sur le capitalisme et la morale.

Le domaine qui nous intéresse aujourd’hui est la psychologie morale. On étudie généralement la morale dans les facultés de philosophie et non de psychologie. Qu’est-ce que la psychologie morale ?

Jonathan Haidt : Il ne fait aucun doute que les philosophes peuvent nous aider à méditer sur ce que nous devrions faire, mais ce que nous faisons réellement est du ressort des psychologues. Nous étudions des aspects très divers de la nature humaine, dont la morale, le jugement moral, l’attitude morale, l’hypocrisie et la vertu. Autant de grands thèmes qui sont au cœur de la vie politique et de notre vie quotidienne.

Pour un psychologue, cela implique sans doute de mener des expériences, ou tout au moins des observations ?

Tout à fait. Cela fait intervenir des méthodes scientifiques qui ne sont d’ailleurs pas nécessairement expérimentales. Comme tout domaine dont l’étude est ardue, il convient d’utiliser un éventail de différentes méthodes : le travail de terrain, la lecture d’ouvrages variés, les entretiens avec des personnes qui ont des conceptions du monde différentes sur le plan moral, et ainsi de suite. En ce sens, cela se rapproche un peu de l’anthropologie.

Ces dernières années, on a assisté à certaines évolutions intéressantes, l’imagerie par résonance magnétique (IRM) nous donnant désormais une idée de ce qui se passe sur le plan physiologique quand une personne prend une décision.

Oui. On peut noter deux choses. D’abord, cela nous a permis de confirmer que les jugements moraux proviennent bien de phénomènes qui se produisent dans le cerveau. Mais, le plus intéressant, c’est de voir quelles parties du cerveau sont particulièrement actives quand nous formons ces jugements. D’après l’étude initiale de Joshua Greene, et celle d’António Damásio avant lui dans les années 1990, les régions du cerveau associées aux émotions jouent un rôle prépondérant, alors que celles dédiées au raisonnement mettent parfois du temps à se manifester. Un des grands sujets du débat aujourd’hui est de savoir quelle part associer au raisonnement logique et quelle part associer aux émotions. Le cortex insulaire antérieur [ou insula frontale] enregistre un pic d’activité quand une chose nous répugne : je suis de ceux qui pensent que les réactions émotionnelles ont tendance à guider le raisonnement et je crois que la plupart des ouvrages de neurologie s’inscrivent aussi dans cette lignée.

Nous avons généralement tendance à nous dire que, lorsque nous prenons une décision d’ordre moral, il s’agit quelque part d’une décision rationnelle, qui ne relève donc pas uniquement de l’intuition viscérale. Êtes-vous en train de nous dire que c’est une forme d’aveuglement ?

Oui, exactement. Nous jugeons d’emblée. C’est une des grandes découvertes de la psychologie sociale ; on parle parfois de “révolution de l’automaticité”. Cela remonte à Wilhelm Wundt [psychologue et philosophe allemand], il y a cent vingt ans. En un quart de seconde, nous réagissons au visage des gens, aux mots, aux propositions. Le raisonnement n’intervient qu’ensuite, il est beaucoup plus lent. Robert Zajonc, le célèbre psychologue social, affirmait dans les années 1980 que “les préférences se passent de logique”.

Par exemple, notre esprit réagit à la nouveauté, comme devant une œuvre d’art, et cette réaction contraint ensuite la nature de notre raisonnement. Nous avons du mal à cerner le tableau d’ensemble et à voir ce qu’il montre. En revanche, nous n’avons aucun mal à nous dire : “Voilà l’hypothèse à laquelle je veux croire ; voyons maintenant si je peux trouver des informations pour l’étayer. Et si je n’en trouve pas, tant pis, je la laisserai tomber…” Mais, comme vous le savez, nous parvenons généralement à trouver des éléments pour l’étayer.

Donc vous êtes en train de dire que le raisonnement moral n’est qu’une forme de rationalisation ?

En grande partie, oui, quand nous concevons un raisonnement moral sur une chose qui nous concerne de près ou de loin. Certains prétendent que je nie l’existence de la rationalité, mais rien n’est plus faux. Nous sommes capables de raisonner sur toutes sortes de choses. Si je veux me rendre d’un point A à un point B, je vais chercher une solution, et si quelqu’un me contredit et m’affirme qu’il est plus rapide de passer par C, je le croirai.

Notre morale est contrainte par une multitude de facteurs, l’un des principaux étant notre appartenance à un camp. Tout le monde sait que les personnes politisées sont insensibles aux arguments du camp adverse. C’est ce qui conduit ce camp d’en face à penser que nous ne sommes pas sincères, que nous ne sommes pas “rationnels” ; et chaque camp pense la même chose de l’autre. Ce que vous pensez de l’avortement, des droits des homosexuels, de l’aptitude des mères célibataires à élever leurs enfants aussi bien que les couples mariés : toutes ces opinions vous rattachent à un camp et, si vous avez le malheur de changer d’avis, vous devenez un traître, vous ne serez plus invité aux soirées et vous risquez même de vous faire traiter de tous les noms.

Quelle preuve avez-vous que les jugements moraux ne sont pas rationnels ?

J’ai commencé à me pencher sur ces questions quand j’étais en troisième cycle universitaire. Je lisais des tas de livres d’ethnographie sur la façon dont la notion de morale varie d’une culture à l’autre. Toutes les cultures avaient des codes moraux – sur le corps, les menstruations, les tabous alimentaires – je lisais aussi l’Ancien Testament et le Coran, tous ces écrits. La morale qu’on y trouve y semblait en grande partie viscérale et difficilement justifiable si l’on en compare les coûts et les avantages. Les utilitaristes nous disent : “En fait, ces gens ont tout bonnement tort ; la morale est une question de bien-être, et tout ce que nous avons à faire, c’est d’optimiser ce bien-être.”

Si la plupart des gens étaient utilitaristes par intuition, je pense que nous pourrions en effet tenir ce raisonnement. Mais ce que l’on constate, c’est que les gens ne sont pas spontanément utilitaristes. Encore une fois, je ne veux pas dire que l’utilitarisme est dans l’erreur. Je dis simplement que les gens ont beaucoup d’intuitions morales et que les expériences menées sur la persuasion montrent qu’il est très difficile de convaincre les gens.

Dans le cadre de mes recherches, j’ai proposé aux gens des scénarios dont les personnages commettaient des actes rebutants ou peu respectueux, mais ne faisaient de mal à personne. Exemple : une famille mange son chien après que celui-ci s’est fait écraser devant la maison. Face à un tel scénario, les étudiants de l’Ivy League [qui regroupe les universités les plus prestigieuses des États-Unis] jugeaient généralement que c’était acceptable – du moment que la famille l’avait choisi. Nous étions donc en présence d’un groupe qui était rationnel et utilitaire ou, pourrait-on dire, attaché à la notion de droit.
Mais la grande majorité des gens, en particulier ceux appartenant à la classe ouvrière, au Brésil comme aux États-Unis, disaient : “Non, c’est mal, c’est irrespectueux, ce n’est pas moral.” Donc, sur un plan purement descriptif, la plupart des gens ont des intuitions morales qui vont à l’encontre de l’utilitarisme. Quand vous les interrogez sur leurs intuitions, ou si vous réalisez des expériences dans lesquelles vous les manipulez, vous pouvez guider leur raisonnement pour révéler ces intuitions.

Vous divisez ces intuitions en cinq catégories. Pourriez-vous les récapituler ici ?

Ce qui m’a frappé en lisant tous ces livres d’ethnographie et en travaillant en Inde, où j’ai fait des recherches pendant trois mois, c’est à quel point certains schémas se retrouvaient partout dans le monde, alors que l’expression finale de la morale est souvent unique et extrêmement variable d’une culture à l’autre.

Quels schémas fondamentaux l’évolution peut-elle expliquer ? On pense tout de suite à la réciprocité. [Le sociobiologiste] Robert Trivers a écrit [en 1971] un article resté célèbre sur l’“altruisme réciproque”. Certains affirment que le sens de l’équité et la réciprocité sont des constructions 100 % sociales, entièrement apprises de nos parents, mais cela ne tient pas. Même chose pour les attentions dont nous entourons notre vulnérable progéniture. Nous sommes des mammifères et nous avons les tendances des mammifères. Si vous considérez ces deux caractéristiques, la réciprocité et l’attention à la progéniture, vous constatez que le nativisme [théorie selon laquelle certaines facultés seraient présentes dans le cerveau à la naissance] a raison dans les deux cas.

Mes confrères et moi-même y avons ajouté les catégories suivantes : la fidélité au groupe (nous sommes doués pour les alliances), le respect de l’autorité, et le sacré ou la pureté (l’idée que le corps est un temple). Ces catégories sont uniquement descriptives et non normatives. Ce sont les cinq dont nous sommes convaincus, mais il en existe beaucoup d’autres. Aujourd’hui, nous estimons que la liberté est à part. Je pense que, à l’avenir, nous verrons dans la propriété ou la possession un fondement moral : on le constate dans l’ensemble du règne animal avec la notion de territorialité, et plusieurs laboratoires ont montré récemment que les enfants de deux ou trois ans avaient conscience de la possession (ce qui est dans la main de l’autre et pas dans la leur) et la prenaient en compte.

Une des observations intéressantes de vos travaux est que progressistes et conservateurs sont liés à des systèmes de valeurs différents.

Ce n’était pas l’objectif de départ. Je m’intéressais à la façon dont la culture variait d’un pays à l’autre, notamment au contraste entre l’Inde et les États-Unis. Ce que j’ai découvert dans mes premiers travaux, c’est que la classe sociale était un facteur qui comptait parfois plus que la nationalité. J’ai commencé à travailler sur la question, et c’est comme cela que mes confrères et moi sommes arrivés à cette liste de fondements moraux. J’étais en train de faire ces recherches sur la morale quand les démocrates ont perdu l’élection [présidentielle] de 2000 aux États-Unis, puis ont reperdu en 2004 [Al Gore puis John Kerry ont perdu face au républicain George Bush].

À l’époque, j’étais un progressiste convaincu : je ne pouvais pas voir George Bush en peinture. Je voulais me servir de mes travaux pour aider les démocrates à comprendre la morale des Américains, parce que Bush la comprenait, mais pas Al Gore. Donc, quand on m’a invité à prononcer un discours devant les démocrates de Charlottesville en 2004, juste après l’élection, j’ai pris ma théorie transculturelle et je l’ai appliquée à la gauche et à la droite, comme s’il s’agissait de cultures différentes.

Cela a bien fonctionné. Je m’attendais à me faire manger tout cru : en gros, j’étais en train de dire à une salle remplie de démocrates que, s’ils avaient perdu, ce n’était pas à cause de Karl Rove [le conseiller politique de George Bush], de subterfuges ou de sorts qu’on leur aurait jetés, mais parce que les démocrates (ou les progressistes) avaient un éventail de fondements moraux plus étriqué – ils se focalisent sur l’égalité et la protection sociale, mais ne comprennent pas ­ou ne communiquent pas sur les valeurs viscérales, patriotiques, religieuses, hiérarchiques, basées sur l’appartenance au groupe, qu’ont la plupart des Américains.

Cela sous-entend que vous avez aidé les démocrates à reprendre à leur compte des vertus ou des raisonnements moraux qui ne leur sont pas naturels. C’est un peu comme si vous leur suggériez de faire preuve d’hypocrisie dans la transmission de leurs idées.

Au départ, je voulais simplement faire gagner les démocrates. Fallait-il leur conseiller d’exploiter une vertu (qu’ils la possèdent ou non) ? La question était posée. Ce qui est sûr, c’est que mon opinion évoluait à mesure que j’avançais. Je faisais un travail de terrain ethnographique : je lisais les journaux conservateurs, je m’étais abonné au câble pour pouvoir regarder Fox News [une chaîne américaine d’information en continu réputée pour ses positions conservatrices] et, au début, j’ai été choqué.

Et puis, quand j’ai commencé à comprendre, à voir qu’il y a une cohérence dans leurs points de vue, que si vous vous souciez vraiment de la responsabilité de chacun et que vous êtes vraiment indignés par les parasites, les assistés, les gens qui font n’importe quoi, vous n’avez pas envie que la société leur vienne en aide. En découvrant ces valeurs, j’ai compris pourquoi certains considéraient l’État providence comme une des inventions les plus scandaleuses qui soient. J’ai donc commencé à identifier les sujets sur lesquels chaque camp voyait juste, certaines menaces, certains problèmes.

Une fois que vous faites partie d’un clan moral qui vous assujettit, vous ne voyez plus les autres réalités. Cela vous empêche de voir les faits qui ne cadrent pas avec votre réalité. J’étais en train d’écrire le chapitre 8 de The Righteous Mind, dans lequel j’essayais d’expliquer la vision qu’ont les conservateurs de l’équité et de la liberté. Je l’ai confié à ma femme pour qu’elle le relise en lui disant que je ne pouvais plus me considérer comme un progressiste, étant donné que, à mes yeux, chaque camp voyait juste sur certains sujets.

Le lien de cause à effet entre vos recherches empiriques et votre revirement politique a donc été assez direct ?

Absolument. Étudier la morale revient à étudier le système d’exploitation de votre vie sociale. Comme le système d’exploitation du monde universitaire est très progressiste, ou disons de gauche, j’étais prisonnier du camp progressiste. J’essayais d’aider mon camp à gagner, comme l’aurait fait un militant. Nous débattons beaucoup en psychologie sociale de la question de savoir s’il est acceptable de militer, parce que beaucoup de psychologues sociaux le font, notamment sur les questions relatives à l’origine ethnique et au genre, et la plupart des gens pensent que cela ne pose pas de problème. Mais j’ai fini par me dire que c’en était un.

Une fois que vous faites partie d’un camp, le raisonnement militant et le “biais de confirmation” [biais cognitif consistant à privilégier les informations confirmant nos idées préconçues ou nos hypothèses] pèsent si lourd que vous trouvez des éléments pour étayer tout ce que vous avez envie de croire. J’aimerais me dire que mes travaux, au bout du compte, m’auront aidé à quitter le camp auquel j’appartenais pour devenir un électron libre.

Tirez-vous une généralité de votre propre expérience ? Ou bien êtes-vous en train de dire que les sociologues devraient se tenir à l’écart de la vie politique ?

Ce que je suis en train de dire, c’est que, si vous êtes partisan, vous n’allez pas proposer une analyse équitable de la réalité. Une démarche scientifique rigoureuse n’implique pas nécessairement que nous soyons tous neutres et impartiaux. Si la science fonctionne aussi bien, ce n’est pas parce que les scientifiques sont rationnels, c’est parce que la science en tant qu’institution garantit que tout ce qui sera dit sera remis en cause.

Tant que ce marché intellectuel fonctionne, tant qu’il y aura des gens pour prendre le contre-pied, des spécialistes de votre discipline pour réfuter ce que vous dites, la science pourra regorger d’opinions partisanes, ce ne sera pas gênant. Le problème, c’est quand tout le monde a les mêmes partis pris, il n’y a plus personne en face. Il y a alors des risques que le groupe parvienne à des conclusions qui sont tout bonnement erronées. C’est ce qui s’est produit, non pas sur tous les sujets, mais sur certains sujets sensibles, comme l’origine ethnique, le genre, et la politique.

Vous êtes psychologue de formation et la psychologie est généralement considérée comme une science sociale. Vous voyez-vous comme un sociologue ?

Oui, j’étudie la morale et, à ce titre, je suis sociopsychologue. Mais comme j’étudie un sujet précis sous une multitude d’angles différents, certains de mes écrits préférés sont l’œuvre d’historiens, d’économistes, d’anthropologues et de philosophes, notamment de philosophes qui lisent de la littérature empirique. Je me considère presque autant sociologue que psychologue social.

Y a-t-il un trait distinctif du sociologue que l’on ne retrouve pas chez le scientifique ou chez le philosophe ?

Les sciences naturelles sont le prototype de ce que nous pensons qu’est la science. Si vous étudiez les roches ou les quarks [des particules élémentaires de la matière], et qu’il existe une expérience définitive à réaliser, que vous préparez l’expérience en question, que vous obtenez des résultats, les choses sont claires, faciles à comprendre. Les roches et les quarks font exactement ce que les lois de la physique leur disent de faire. Les sciences sociales sont nécessaires parce que nos sujets d’étude ont une conscience et des intentions. Ce sont des “propriétés émergentes” que les roches et les quarks ne possèdent pas. L’étude des gens et des systèmes sociaux nécessite une boîte à outils différente et des modes de pensée différents, et vous ne pouvez pas éviter la question du sens. Si la notion de sens n’est pas pertinente en sciences naturelles, elle est incontournable en sciences sociales.

David Edmonds et Nigel Warburton

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Le cavalier et l’éléphant

Dans son ouvrage The Happiness Hypothesis (L’Hypothèse du bonheur : la redécouverte de la sagesse ancienne dans la science contemporaine, paru au éditions Mardaga en 2010) , Jonathan Haidt explique que, selon lui, l’esprit est divisé en plusieurs parties. Ce qu’il exprime à l’aide d’une métaphore devenue célèbre, où notre cerveau serait comme un cavalier juché sur un éléphant. Le cavalier représente la partie rationnelle, la part de nous qui planifie, résout des problèmes, décide d’aller dans telle direction, mais c’est l’éléphant, représentant le système émotionnel, qui fournit l’énergie nécessaire au voyage. Ce déséquilibre entre le petit cavalier et l’énorme éléphant souligne la prépondérance du rôle de nos émotions dans les processus de prise de décision.

2,5 millions

C’est le nombre de fois qu’a été vue la vidéo dans laquelle Jonathan Haidt évoque les racines morales des libéraux et des conservateurs. Il s’agit d’une conférence de 18 minutes filmée en 2008 dans le cadre de ce que propose depuis 1984 l’organisation à but non lucratif TED. Dans la vidéo mise en ligne le 8 novembre 2016 sur la plateforme TED, à la veille de l’élection de Donald Trump aux États-Unis, le psychologue social s’interroge sur la façon dont le pays pourra se remettre d’une élection présidentielle particulièrement “négative et partisane”. Deux semaines plus tard, cette vidéo comptait déjà plus de 900 000 vues.

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Jérôme Jaffré : « Le sens du vote a perdu en clarté »
PROPOS RECUEILLIS PAR ALBERT ZENNOU
LE FIGARO.- Dans cette présidentielle  totalement atypique, le nombre d’indécis  à 20 jours du scrutin n’a jamais été aussi  élevé. Comment l’expliquez-vous ?
Jérôme  JAFFRÉ.   –  Beaucoup de Français  ne reconnaissent plus l’élection présidentielle telle qu’elle est fixée par la Ve République, c’est-à-dire le moment d’un choix décisif  et  clair  sur  l’orientation  du  pays.   Un  récent  sondage  OpinionWay  montre  que 83 % des Français jugent la campagne  de  mauvaise  qualité.  Elle  est  vue  comme   un  spectacle  soit  désolant  (les  affaires),   soit  attrayant  (les  débats).  La  percée  de   popularité de Mélenchon se fait dans tous  les  électorats, comme  si  les  Français  saluaient l’artiste indépendamment du choix politique qui leur est proposé.
Que traduit cette indécision ? 
L’indécision  touche  40  %  des  électeurs  là   où  d’habitude  à  ce  stade  de  la  campagne   elle  oscille  entre  25  et  30  %.  Le  poids  des   partis a diminué avec à la clé des électorats  beaucoup plus flottants. Au surplus, le sens  du vote dans cette élection a perdu en clarté. Deux repères habituels sont émoussés :  le   vote-sanction,   qui   avait   poussé   par    exemple beaucoup d’électeurs à se mobiliser contre Sarkozy en 2012. Or, le retrait de François  Hollande  a  amoindri  cette  dimension. Il n’y a pas non plus de vote-espoir.  Les  sondages  montrent  que  quel  que   soit l’élu, les Français ont le sentiment que  la situation du pays ne s’améliorera pas.
Peut-on faire le lien entre indécision  et abstention ?
Il existe un lien entre les deux. L’abstention  est  évaluée  15  points  au- dessus de ce qu’elle était au même  moment  en  2012.  C’est  énorme.  Cela représente entre 6 et 7 millions  d’électeurs  supplémentaires  qui  ne   sont  pas  encore  mobilisés.  Ce  qui   prouve une extraordinaire  difficulté  des  Français  à   entrer  dans  l’élection  et   un   accroissement   de    leur   distance   vis-à- vis de la politique et  des  partis.  Paral- lèlement,  il  y  a   une   plus   forte    indécision   chez    les    votants    qui     déclarent  plus  volontiers pouvoir changer  d’avis,   ce   qui   traduit  une  distance vis-à-vis des  candidats.  C’est  le  poids  de  l’affaire   Fillon,  le  positionnement  volontairement   confus de Macron, la crise profonde des socialistes.   Mais   une   distinction   doit   être    opérée.  Ainsi  Marine  Le  Pen,  dont  on  sait   qu’elle  possède  l’électorat  le  plus  solide,  a   un  concurrent  naturel  :  l’abstention.  Elle   s’appuie  en  effet  beaucoup  sur  les  catégories populaires qui sont plus abstentionnistes. A contrario, les électeurs les plus éduqués et appartenant aux catégories sociales  les  plus  élevées  sont  aujourd’hui  plus  mobilisés mais aussi plus indécis. Selon Ipsos,  41  %  des  cadres  le  sont  contre  seulement   27 % des ouvriers.
Y a-t-il aujourd’hui une indécision  de droite et une indécision de gauche ?
Il  y  a  une  forte  indécision  à  gauche  qui   touche  en  particulier  les  électorats  Hamon  et  Macron.  Pour  deux  raisons  différentes. Pour le premier, il y a un doute sur  l’utilité de son vote en faveur du candidat  socialiste. Pour les électeurs Macron, il y a  un doute sur le sens de leur choix : qui est  réellement Macron, quelle est la nature de  son programme, avec qui va-t-il gouverner ? À droite, le problème est celui de la  dispersion.  Analyser  le  devenir  des  électeurs  Sarkozy  du  1 er   tour  de  2012  est  instructif.  Sur  les  27  %  obtenus  par  l’ancien   président, 15 points se portent sur Fillon,  6 sur Macron, 4 sur Marine Le Pen et 2 sur  les  autres  candidats.  L’électorat  Sarkozy   2012  est  complètement  dispersé  !  Fillon  a   un  électorat  très  solide  mais  installé  sur   une base trop étroite. L’urgence pour lui,  c’est  moins  de  rechercher  un  supposé   vote  caché  que  de  faire  revenir  derrière  lui les électeurs de droite.
Le favori des sondages est rarement élu…
C’est assez vrai mais surtout à six mois du  scrutin,  pas  à  trois  semaines  !  Mais  on  a  une  élection  hors  du  commun  avec un risque d’écroulement du PS qui dominait  la  gauche  depuis  quarante ans, la dispersion des électeurs  de  la  droite  qui  pourrait conduire  à  sa  défaite et paradoxalement la victoire possible d’un candidat du centre alors même  que  le  pays  se  droitise. Il est même possible que le scrutin dé- cisif cette année pour connaître l’orientation politique du pays soit les  législatives, pas  la  présidentielle. De  quoi  faire  se  retourner dans sa tombe le général de Gaulle !

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«Une trahison française», le brûlot de Waleed Al-Husseini face à l’islamisme

Waleed Al-Husseini, Palestinien réfugié en France, sort son deuxième ouvrage. Dans Une trahison française, il dénonce avec véhémence cette France qui s’accommode, voire s’acoquine, avec l’islamisme. Au risque de mettre en péril les valeurs de cette République qui l’a tant fait rêver.

Le jeune Waleed Al-Husseini a mûri. Peut-être est-ce grâce, ou à cause, de son quotidien pour le moins laborieux sur le sol français. Dans son premier ouvrage, Blasphémateur ! Les prisons d’Allah, le jeune palestinien racontait son histoire de blogueur incarcéré puis torturé en Cisjordanie pour avoir osé critiquer l’islam. Le jeune homme évoquait sa joie d’être arrivé, grâce aux autorités françaises, dans la patrie des Lumières en 2012.

Quel ne fut pas son désenchantement. La tristesse de Waleed Al-Husseini devenu réfugié politique s’est convertie en colère pour ne pas dire en rage. Pour l’auteur, l’islamisme qu’il a quitté en s’exilant de Palestine imprègne de manière croissante la France de Voltaire, non pas parce qu’il est supérieur, mais parce que la société française et ses politiques se taisent, s’y habituent, voire l’utilisent à des fins électoralistes. Dans Une trahison française, sous-titrée « Les collaborationnistes de l’islam radical dévoilés », Waleed Al-Husseini a décidé de tirer la sonnette d’alarme face à cette dangereuse complaisance. Il pousse un cri pour que les Français « sauvegardent leur liberté d’expression et de foi ».

« Tous des collaborateurs par inaction »

En 280 pages, le jeune Palestinien dresse un état des lieux de son pays d’accueil, il s’interroge, analyse – et il sait de quoi il parle puisqu’il était musulman avant de devenir athée – et supplie les dirigeants de son pays d’adoption d’ouvrir les yeux. « J’ai constaté que la France était victime d’une multitude de trahisons. Il en va de nombreux politiciens qui, durant ces dernières décennies, ont cohabité avec la « bête » (l’islam radical, ndlr) à des fins électoralistes, mais aussi d’intellectuels à la vision et à la pensée tronquée par le « tiers-mondisme » et le « droit-de-l’hommisme » ; tous des collaborateurs par inaction qui sacrifient leur pays sur l’autel d’un combat d’arrière-garde. »

Préserver la paix civile et pratiquer la politique de l’autruche en évitant la confrontation politique, intellectuelle et spirituelle est loin d’être la solution, elle ne peut que mener à la perte de la liberté d’expression. Et le jeune réfugié politique de dénoncer tour à tour le halal que les islamistes veulent imposer dans les cantines scolaires, les horaires de piscine aménagés pour les femmes, etc.

Waleed Al-Husseini décortique avec virulence la situation : la laïcité est en péril et l’islamisme s’immisce dans la société française. Parce que l’islam en France n’est plus une simple religion, une « affaire personnelle », mais tente de faire de la politique et du social. Et cet islam politique vise à faire passer la charia au-dessus des lois de la République.

« Islamophobie », un mot dont usent les islamistes

Et l’auteur d’évoquer l’utilisation croissante du terme « islamophobie », un mot qui « fait le jeu des islamistes » qui se posent alors en victimes. « Pourquoi ne pas avoir de haine envers ceux qui propagent la haine ? », s’interroge le réfugié politique. Dès lors, comment oser parler de « vivre ensemble » alors que l’islamisme, qui entend l’application de la charia dans tous les domaines, ne peut respecter la République et ses lois ? « En refusant d’affronter l’islamisation, de peur d’être taxée d’islamophobe, en tolérant les violations de la laïcité, la société française est complice de l’essor du terrorisme en France. La classe politique, à la recherche du vote islamique, est également complice. »

Dernier exemple en date, évoqué avec Waleed Al-Husseini, le spectacle tiré du texte posthume de Charb – l’une des nombreuses victimes de Charlie Hebdo – qui a été annulé à Lille sur demande de la Ligue des droits de l’homme. Lettres aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes, qui répond à ceux qui accusaient le journal satirique de provocations envers les musulmans, est pourtant lue depuis plus d’un an en milieu scolaire. En cause ? Une « crainte de débordements » du côté de Lille. Une pierre de plus à l’édifice du réfugié palestinien pour démontrer que la liberté d’expression a bel et bien du plomb dans l’aile en République française. Et de citer en exemple la polémique sur le voile, un thème sur lequel plusieurs politiques ont été pour le moins flous, voulant « adapter » le port du voile à la France : « Comment peut-on imaginer que cet anéantissement de l’individualité puisse relever du choix ? »

Ouvrir les yeux

Pour Waleed Al-Husseini, ce n’est ni la pauvreté ni la marginalisation qui transforme des citoyens en terroristes, c’est l’islamisation. Et les politiques de tous bords ne doivent pas « adapter » la loi de 1905 à l’islam, mais la faire respecter dans son intégralité. S’ils ne le font pas, s’ils continuent de fermer les yeux, l’auteur est convaincu que le pire est à venir, en matière de terrorisme principalement.

L’autre problème majeur constaté par le jeune essayiste est que la majorité des musulmans de France se sentent d’abord musulmans avant de se sentir français, et cela parce que nombre d’imams incontrôlés et incontrôlables prêchent cette doctrine-là. La charte de l’imam adoptée ce 29 mars en témoigne.

Fustigeant à tout-va la gauche française, et dans une moindre mesure la droite (Benoît Hamon, Nicolas Sarkozy, entre autres), on se demande si Waleed Al-Husseini ne fait pas le jeu des extrêmes et n’est pas raciste. Il se défend : « C’est à se demander qui est raciste. Celui qui veut défendre sa société et ses valeurs ou celui qui veut imposer ses valeurs ? » Et le jeune écrivain d’arguer qu’au contraire, l’expansion de l’islamisme fait aussi le jeu de l’extrême-droite qui l’utilise à des fins électoralistes.

Waleed Al-Husseini fait une prière : que tous les musulmans qui souhaitent la modernité réclament le droit élémentaire à la liberté d’expression, s’insurgent contre leurs institutions rétrogrades et adhèrent pleinement aux valeurs de la République.

Aujourd’hui, Waleed Al-Husseini est menacé, oralement et physiquement. Il vit sous protection policière. Il regrette amèrement que la vie d’athée/ex-musulman en France soit de plus en plus difficile à vivre pour certains de ses compatriotes. Une trahison française risque d’accroître sa liste de pourfendeurs et il en est conscient. « Cette entreprise dressera contre moi une grande partie de la communauté musulmane et l’ensemble des organisations islamiques, religieuses et politiques », écrit-il. Mais rien ne l’arrête et le jeune polémiste entend bien continuer son combat pour, dit-il, agir avant qu’il ne soit trop tard.

♦ Une trahison française, Ring Editions, sortie le 30 mars 2017. 18 euros.


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