Rapports de police, interviews, articles des journaux locaux… Le Washington Post a publié ce week-end une vaste enquête sur les fusillades qui ont éclaté aux Etats Unis en 2015 entre la police et les citoyens. Conclusion : la police américaine a tué au moins 385 personnes depuis le mois de janvier soit, en moyenne, plus de deux personnes par jour.

Ce chiffre est bien plus élevé que celui fourni par les données fédérales officielles puisque les 18 000 agences de police d’Etats ou locales ne sont pas tenues de publier les statistiques sur ce type d’homicides. «Ces homicides sont largement sous évalués», affirme au journal Jim Bueermann, ancien chef de police aujourd’hui à la tête d’une ONG qui cherche à améliorer l’application des lois. «Nous ne réduirons pas le nombre d’homicides par la police si nous ne commençons pas par collecter correctement ces informations.»

C’est donc ce qu’a fait le Washington Post en épluchant tous les détails concernant les victimes, âgées de 16 à 83 ans, abattues par la police : étaient-elles armées ou non ? Dans quelles circonstances sont-elles décédées et quelles sont leurs origines ?

Noirs, pauvres et malades mentaux, bien plus victimes des tirs de policiers

Conclusion : selon le journal, la moitié des victimes de tirs policiers en 2015 sont des Blancs et l’autre moitié est issue des diverses minorités du pays. Parmi les victimes non armées abattues par la police, les deux tiers sont des Noirs ou des Hispaniques. La plupart des victimes sont pauvres, souvent connues des services de police pour des faits mineurs et souffrent souvent de problèmes psychologiques. Dans la moitié des cas, la police est intervenue pour répondre à un appel d’urgence : un SDF instable, un jeune qui tente de se suicider ou un ami menacé de violences. Près d’un quart des personnes tuées souffraient d’une maladie mentale.

Le Post raconte par exemple qu’une mère a un jour appelé la police en Floride parce que son fils, schizophrène, voulait rester dehors en caleçon en plein hiver. Il agitait un manche à balai quand les forces de l’ordre sont arrivées. Après avoir tenté de l’étourdir au moyen d’un taser, la police lui a tiré dessus. Ces homicides sont donc souvent le fruit d’altercations au départ mineures entre la police et des citoyens, explique le Washington Post.

Dans 16% des cas, les victimes n’étaient pas armées

Dans 16% des cas, les victimes ne sont pas armées ou portent un faux pistolet. Souvent, elles sont en train de fuir les forces de l’ordre quand elles sont abattues. Pourtant, un policier n’est autorisé à faire usage de son arme que lorsque sa vie, ou celle d’autrui, est en danger, souligne le Post. Or, sur les 385 cas mortels relevés par le journal, trois seulement ont donné lieu à des poursuites contre le policier auteur des tirs. Le Washington Post avait déjà révélé, dans une enquête réalisée en avril dernier, qu’en dix ans, seuls 54 policiers américains avaient été poursuivis pour homicide dans l’exercice de leur fonction, pour des milliers de morts.

Lorsque l’affaire passe en justice, il y a, dans la plupart des cas, un témoignage à charge, un tir dans le dos, une suspicion de maquillage d’une bavure ou une vidéo de l’incident. Comme c’est le cas de Michael Slager qui a abattu en avril dernier un homme noir en lui tirant dans le dos. Ces vidéos choc jouent de plus en plus un rôle crucial dans les affaires de violences policières. Malgré tout, Michael Slager ne sera peut-être jamais condamné puisque sur les 54 policiers poursuivis en dix ans, seuls onze agents ont été condamnés, révèle le Washington Post. Bien souvent, l’enquête de police conclut à la légitime défense.

Le Washington Post publie cette enquête au moment où le pays est secoué par un débat très vif sur le niveau des violences policières, notamment à l’encontre des communautés noire et latino. Des émeutes urbaines avaient éclaté après la mort en août 2014 de Michael Brown, un Noir de 18 ans, sous les balles de la police, à Ferguson, dans le Missouri.

Une affaire de bavure policière qui a marqué le pays. Depuis, la Maison Blanche a récemment rendu son rapport pour réformer les pratiques de la police. Elle préconise notamment de rapprocher les forces de l’ordre des minorités ou d’équiper les policiers de caméra embarquées. Et cela dans un contexte encore très tendu puisque d’autres manifestations ont éclaté dans le pays après la mort d’un jeune Noir interpellé par la police à Baltimore.

Selon le Post, le gouvernement fédéral devrait déjà systématiquement «analyser les tirs de la police». Aujourd’hui, le FBI ne recueille les données des personnes tuées par la police que sur la base du volontariat. Les départements de police ne sont pas obligés de les mettre à jour. «Nous voulons faire notre possible pour ne pas ôter la vie de quelqu’un, même dans les pires circonstances», explique le chef de la police d’Oklahoma City au Washington Post, tout en ajoutant que «certaines fusillades sont inévitables». Mais la police de cette ville a déjà tué quatre personnes depuis le début de l’année, dont un homme de 83 ans.

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