Djihadisme: La Révolution aujourd’hui est, avant tout, islamique (War of the flea: It’s the little red book, stupid !)

31 janvier, 2015
https://i0.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/en/c/c6/Cultural_Revolution_poster.jpghttps://i1.wp.com/ecx.images-amazon.com/images/I/41QHUh3REfL.jpghttps://i2.wp.com/www.washingtonpost.com/rw/2010-2019/WashingtonPost/2015/01/27/Foreign/Graphics/foreignFighters-Jan14-GS.jpgJe suis et demeure un combattant révolutionnaire. Et la Révolution aujourd’hui est, avant tout, islamique. Illich Ramirez Sanchez (dit Carlos, 2004)
L’avenir ne doit pas appartenir à ceux qui calomnient le prophète de l’Islam. Barack Obama (siège de l’ONU, New York, 26.09.12)
Ce qu’on essaye de dire c’est que deux hommes ont tué 12 personnes dans une attaque contre les bureaux d’un magazine satirique. C’est assez, on sait ce que ça veut dire et ce que c’est. (…) Nous savons ce qu’est la violence politique, nous savons ce que sont des meurtres, des attentats et des fusillades et nous pouvons les décrire. Et cela explique bien plus de choses, à nos yeux, que d’utiliser le mot ‘terroriste. (…) Les Nations Unies ont bataillé pendant plus d’une décennie pour tenter de définir le mot et ils ont échoué. C’est très difficile de le faire. Tarik Kafala (BBC en arabe)
Le problème des fondamentalistes (…) n’est pas la différence culturelle (c’est-à-dire les efforts pour préserver leur identité). Au contraire, c’est que les fondamentalistes sont déjà comme nous, secrètement, ils ont déjà assimilé nos normes et s’y mesurent. (…) Le fondamentalisme est une réaction – une réaction fausse et déconcertante, évidemment – à un véritable défaut du libéralisme, c’est pourquoi il est constamment engendré par ce dernier. Laissé à lui-même, le libéralisme s’anéantira à petit feu – la seule chose qui peut sauver ses valeurs essentielles est un renouveau de la gauche. Pour la survie de son héritage clé, le libéralisme a besoin de l’aide amicale de la gauche radicale. C’est la seule façon de vaincre le fondamentalisme et de lui couper l’herbe sous le pied. Pour mener une réflexion après les assassinats de Paris, il faut abandonner l’autosatisfaction suffisante du libéral laxiste et accepter que le conflit entre le laxisme libéral et le fondamentalisme est en réalité un faux conflit – un cercle vicieux entre deux pôles interdépendants. La déclaration de Max Horkheimer dans les années 1930 sur le fascisme et le capitalisme – ceux qui ne veulent pas s’engager dans la critique du capitalisme doivent s’abstenir de débattre sur le fascisme – devrait être appliquée au fondamentalisme d’aujourd’hui : ceux qui ne veulent pas s’engager dans la critique de la démocratie libérale doivent aussi s’abstenir de débattre sur le fondamentalisme religieux. Slavoj Zizek
Why has transnational war volunteering increased so dramatically in the Muslim world since 1980? Standard explanations, which emphasize U.S.-Saudi support for the 1980s Afghan mujahideen, the growth of Islamism, or the spread of Wahhabism are insufficient. The increase in transnational war volunteering is better explained as the product of a pan-Islamic identity movement that grew strong in the 1970s Arab world from elite competition among exiled Islamists in international Islamic organizations and Muslim regimes. Seeking political relevance and increased budgets, Hijaz-based international activists propagated an alarmist discourse about external threats to the Muslim nation and established a global network of Islamic charities. This « soft » pan-Islamic discourse and network enabled Arabs invested in the 1980s Afghanistan war to recruit fighters in the name of inter-Muslim solidarity. The Arab-Afghan mobilization in turn produced a foreign fighter movement that still exists today, as a phenomenon partly distinct from al-Qaida. The analysis relies on a new data set on foreign fighter mobilizations, rare sources in Arabic, and interviews with former activists. Thomas Hegghammer
Les musulmans (…) savent que leur civilisation a été plus forte que la nôtre dans le passé, au Moyen Âge, et on ne manque pas de le leur rappeler d’ailleurs. Par la suite, c’est notre civilisation, avec ses avancées extraordinaires aux plans scientifique et technique qui a pris le dessus. Ils nous rappellent que nous sommes allés les dominer pendant plusieurs siècles avec nos techniques et nos armes. Mais tout récemment ils sont parvenus à nous chasser des territoires que nous leur avions pris, et avec le pétrole ils disposent à présent d’une arme redoutable contre nous. Ces peuples qui considèrent que nous les avons soumis, humiliés, pillés en exploitant à notre compte leurs richesses, ont le sentiment que nous les méprisons: ils ont commencé dans la seconde moitié du XXe siècle à prendre leur revanche, et leur ressentiment à l’égard de l’Occident est très fort. Comment veut-on donc que ces musulmans qui viennent s’installer en Europe pour des raisons de commodité et de confort aient envie de quitter sentimentalement leur monde, c’est-à-dire leur civilisation, à un moment où celle-ci prend précisément sa revanche sur la civilisation occidentale, pour devenir «traîtreusement» des «Occidentaux»?  Claude Sicard
Ce sont des jeunes en quête d’aventure, en quête d’une contestation radicale de l’ordre établi. On le voit statistiquement par le nombre de convertis (…)  On a oublié notre passé. En Europe, depuis les années 1960, on a un espace de radicalisation de la jeunesse. C’était le maoïsme, c’était le trotskisme, c’était Che Guevara. Et les jeunes allaient dans les guérillas. Le grand mot, c’était la révolution avec un grand « R ». Tantôt c’était le Vietnam, tantôt c’était Castro, tantôt c’était la révolution culturelle chinoise. (…) la révolution avec un grand « R » a été remplacée par le djihad avec un grand « Dj »». C’est la même «fascination de type romantique, même si c’est violent et sanglant (…) Les Khmers rouges et la révolution culturelle n’étaient pas très humanistes. Et on a certainement « romantisé » des figures comme Che Guevara qui était dans ses pratiques militaires plus brutales que ce qu’on en dit maintenant. C’était la violence qui fascinait. C’était la révolution pour soi-même. Olivier Roy
Il s’agit d’abord d’une dérive. Dérive de jeunes souvent venus, mais pas toujours, des zones grises et fragiles de la société – seconde génération d’immigrés, en précarité sociale, ayant tâté de la petite délinquance. Mais la dérive peut être plus personnelle, plus psychologique et moins liée à l’environnement social, comme on le voit chez les convertis (qui représentent 22 % des jeunes Français qui rejoignent le djihad en Syrie). Ce n’est pas une partie de la population française musulmane qui se tourne vers le djihad et le terrorisme, c’est une collection d’individus, de solitaires, qui se resocialisent dans le cadre d’une petite bande ou d’un petit groupe qui se vit comme l’avant-garde d’une communauté musulmane, laquelle n’a pour eux aucune réalité sociale concrète, mais relève de l’imaginaire : aucun n’était inséré dans une sociabilité de masse, qu’elle soit religieuse, politique ou associative. Ils étaient polis mais invisibles : « avec eux, c’était juste bonjour-bonsoir » est un leitmotiv des voisins effarés. Ils parlent pêle-mêle de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Tchétchénie, des musulmans massacrés dans le monde, mais aucun n’évoque le racisme, l’exclusion sociale ou le chômage, et ils ne citent la Palestine que parmi la litanie des contentieux. Bref, il faut se méfier d’une explication, populaire à « gauche », selon laquelle l’exclusion sociale et le conflit israélo-palestinien radicaliseraient les jeunes. Terroristes ou djihadistes, ils se construisent un statut de héros, de guerriers qui vengent le Prophète, l’oumma, la femme musulmane ; ils se mettent en scène (vidéos, caméras GoPro), ne préparent ni leur fuite ni de lendemains qui chantent, et meurent en direct à la une des journaux télévisés, dans un bref spasme de toute-puissance. Leur nom est sur toutes les lèvres : héros ou barbares, ils s’en fichent, l’effet de terreur et de renommée est atteint. En ce sens, ils sont bien le produit d’une culture nihiliste et individualiste de la violence que l’on retrouve dans d’autres secteurs de la jeunesse (chez les jeunes qui attaquent leur propre école, le « syndrome de Columbine »). Il y a beaucoup de rebelles en quête d’une cause, mais la cause qu’ils peuvent choisir n’est évidemment pas neutre. Un meurtre au nom de l’islam a un autre impact qu’un mitraillage dans une école commis par un élève, ou qu’une séance de torture ordonnée par un petit trafiquant de drogue. (…) On pourrait s’interroger sur ce consensus national, dont on exclut le Front national. On pourrait se demander si les participants à la « Manif pour tous » en font partie, eux qui croient qu’il y a un sacré que la liberté des hommes ne saurait remettre en cause. On pourrait enfin se demander si la « laïcité » ne fabrique pas à son tour un sacré qui échapperait à la liberté d’expression. Mais revenons au « retour du religieux » et au communautarisme. Tout montre que ce religieux n’est pas importé d’une culture étrangère, mais est reconstruit à partir d’une déculturation profonde des nouvelles générations. Le salafisme, qui en est l’expression la plus pure, rejette toutes les cultures à commencer par la culture musulmane et sa propre histoire. L’Arabie saoudite vient de détruire tout ce qui reste des sites historiques et archéologiques de La Mecque pour y construire des centres commerciaux à l’américaine consacrés au consumérisme contemporain. La Mecque aujourd’hui, c’est Las Vegas plus la charia. Déculturation et absence de transmission conduisent toute une génération à se construire un islam réduit à des normes explicites (charia) et à des slogans détachés de tout contexte social (djihad) ; la « communauté » n’a aucune base sociologique réelle (institutions représentatives, réseaux scolaires ou associatifs) : elle est la mise en scène d’elle-même et rentre en ce sens dans la société du spectacle. Le fanatisme, c’est la religion qui n’a pas, pas encore ou plus de culture. Historiquement, l’islam comme le christianisme se sont « enculturés », aujourd’hui religion et culture se séparent.  La question est donc non pas de « réformer » l’islam, mais de « culturer » l’islam en l’insérant dans la société française. En mettant en avant une conception de la laïcité qui exclurait le religieux de l’espace public, on contribue à « fanatiser » le religieux. Olivier Roy
Les commentateurs ont vu dans le vote pour Syriza un référendum contre l’austérité et, partout dans le monde, la gauche «radicale» veut y voir un soulèvement populaire contre les banquiers et la finance. Il y a du vrai dans cette analyse, bien qu’il faille rappeler que l’austérité n’est pas infligée aux peuples de manière absolument arbitraire. Si la Grèce a subi encore plus durement que les autres pays la crise des dernières années, c’est qu’elle avait grossièrement truqué ses comptes publics. Il arrive que la réalité reprenne ses droits. Les Grecs peuvent peut-être se poser comme victimes du système européen. Ils devraient aussi se reconnaître victimes de l’incurie de leurs élites. Mais la dérive de la Grèce allait au-delà des tricheries que nous connaissons. Elle symbolise, à bien des égards, la crise de l’État social à la grandeur de l’Occident. Dans la plupart des pays, la dette publique est devenue terriblement préoccupante. La gauche radicale n’y voit pourtant qu’un fantasme idéologique entretenu par des ultralibéraux pour justifier la déconstruction des services sociaux. Elle est le résultat d’un dérèglement de l’État social, qui laisse croire qu’une société peut vivre durablement au-dessus de ses moyens, sans que le système n’éclate un jour, tôt ou tard. Il y a probablement un mauvais usage de l’austérité: on ne saurait pourtant contester le nécessaire désendettement public. Il y a des limites à la déresponsabilisation des peuples. Et pourtant, il faut aller au-delà de la seule protestation contre l’austérité pour comprendre l’excitation autour de Syriza, d’autant qu’elle va bien au-delà des alliés naturels de ce mouvement. Les élections européennes de mai 2014 ne mentaient pas: la tentation de la révolte couve sur le vieux continent et le vote grec vient le confirmer. Le système médiatique avait accueilli les résultats en associant le vote populaire à une nouvelle maladie politique, l’europhobie, manière comme une autre de pathologiser l’attachement à la souveraineté et à l’identité nationales. (…) D’ailleurs, on sent l’intelligentsia soulagée de constater que le soulèvement populaire peut se mener à gauche. On le croit alors authentique. Aurait-elle applaudi avec autant d’énergie un parti en protestation contre l’Europe «austéritaire» qui se camperait à droite? (…) La souveraineté populaire a été vidée de son contenu partout en Occident, et particulièrement en Europe, par les cours de justice et la technostructure supranationale. On pourrait ajouter à ce portrait les médias dominants, qui délimitent l’espace du pensable et les marchés, qui misent sur leur prétendue infaillibilité pour rétrécir les choix économiques. Mathieu Bock-Côté
On déclare que la France ne croit pas au « choc des civilisations », comme s’il suffisait de refuser le mot pour effacer la chose. Pour plus de sécurité on abolit jusqu’au concept de civilisation. C’est pourquoi on cherche à refouler à tout prix que la France partage la même civilisation que les Etats-Unis, en cultivant, à grande fanfare, nos relations avec la francophonie. C’est pourquoi aussi la droite française mène une politique de gauche, s’imaginant que le consensus obligatoire la mettra à l’abri du débordement des zones de non-droit. L’antiaméricanisme joue un rôle central dans ce dispositif. (…) Notre politique étrangère exprime donc une sorte de capitulation préventive. La France prend l’initiative de rompre avec le camp occidental dans l’espoir d’éviter une épreuve de force avec sa jeunesse ensauvagée et fanatisée, après avoir failli au devoir de la civiliser. Cette couardise profonde est dissimulée derrière le panache brandi du petit pays qui s’oppose au grand. Le mythe d’Astérix camoufle une réalité nettement plus sordide. L’anti-américanisme rend possible cette imposture, et la continuation d’une politique qui risque de rendre notre mal sans remède, et d’y faire sombrer toute l’Europe. Françoise Thom (2003)
Il faut se souvenir que le nazisme s’est lui-même présenté comme une lutte contre la violence: c’est en se posant en victime du traité de Versailles que Hitler a gagné son pouvoir. Et le communisme lui aussi s’est présenté comme une défense des victimes. Désormais, c’est donc seulement au nom de la lutte contre la violence qu’on peut commettre la violence. René Girard
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxismeRené Girard
Le « bazar » qu’est Al-Qaida – on ne peut en effet plus y distinguer une quelconque structure hiérarchique – est composé d’un cercle mondial de personnes qui commettent des attentats tout simplement nihilistes, puisqu’on ne décèle plus aucun objectif définissable pour lesquels ces acteurs se battent. (…) Ces gens sont complètement détachés des conflits: il s’agit d’une secte ou du moins d’une entité qui a le bagage idéologique d’une secte. Ce qui est dangereux, c’est qu’Internet permet justement à ces fanatiques de se regrouper, de s’organiser et de s’auto-encourager. (…) Al-Qaida est devenue une sorte d’agrégat dans lequel les relations personnelles avec les cadres ne sont plus nécessaires: il s’agit d’une pure idéologie, une idée selon laquelle le monde doit être « nettoyé » des infidèles et qu’il est en guerre, même dans des régions comme Casablanca, Madrid, Paris ou Londres où les gens n’ont pas le sentiment de vivre dans une situation de conflit. Si l’on considère Mohammed Siddique Khan et son message vidéo, on n’a l’impression qu’il se trouvait dans un autre pays qui s’appellerait par hasard « Angleterre ». Le monde est en guerre, et il s’agit de continuer la lutte. Ces gens sont complètement détachés des conflits: il s’agit d’une secte ou du moins d’une entité qui a le bagage idéologique d’une secte. Ce qui est dangereux, c’est qu’Internet permet justement à ces fanatiques de se regrouper, de s’organiser et de s’auto-encourager. (…) Les kamikazes de Casablanca, par exemple, sont allés à pied pour rejoindre le lieu de leur attentat: ils n’avaient pas les moyens de payer un taxi. Comment s’imaginer alors qu’ils aient eu suffisamment d’argent pour entreprendre un voyage en Irak? Je crois qu’il s’agit d’une erreur d’affirmer que les attentats d’Al-Qaida soient liés à une notion de territoire. Même en Irak, on observe depuis environ une année des combats massifs entre la résistance sunnite et des militants qui se sont établis comme Al-Qaida, du fait que sur place, Al-Qaida a assassiné tellement de sheiks, de personnalités locales dans les cercles radicaux que même leurs alliés se sont retournés contre eux plutôt que de perpétrer des attentats sur les Américains.(…) L’attentat-suicide constitue l’ultima ratio de la lutte, mais peut perdre sa valeur s’il est utilisé de manière indiscriminée, comme ce fut le cas durant la guerre Iran-Irak où des centaines de milliers d’enfants ont été envoyés à la mort. Dans ce dernier cas, presque la moitié des familles des quartiers pauvres de Téhéran pourraient prétendre au titre de familles de martyrs. Mais cela crée des conflits puisqu’il n’y pas assez d’argent et qu’il est difficile d’honorer la mémoire de 50.000 personnes chaque année, alors que dans le cas du LTTE et du Hezbollah, il existe des reliquaires pour les martyrs dont on fête l’anniversaire et dont on se souvient. Mais cela ne peut fonctionner que si l’on sacrifie une trentaine de personnes en l’espace de 25 ans, comme dans le cas du Hezbollah. Ce qui se passe en Irak est lié à la désintégration générale d’Al-Qaida. (…) Dans le cas d’Al-Qaida et de sa façon arbitraire et indiscriminée de frapper, ceci aura probablement pour conséquence que l’attrait de l’attentat-suicide va diminuer. On a assisté à un phénomène similaire en Iran après les vagues de kamikazes durant le conflit avec l’Irak: il n’y a plus jamais eu de kamikazes iraniens du fait que la valeur du phénomène a été complètement dévaluée. On peut observer une baisse de l’attrait, mais dans une proportion moindre, dans la société palestienne, où l’on a assisté à d’énormes fluctuations que ce soit au niveau de l’approbation des attentats ou de leur nombre. Par exemple, après le début de la seconde Intifada, les attaques étaient presque quotidiennes, alors que maintenant où l’on assiste à une certaine lassitude, leur nombre a baissé de manière drastique. Dans le cas d’Al-Qaida, cette « réaction à retardement » fonctionne de manière ralentie puisqu’il ne s’agit pas d’un groupe militants limité, mais de ce qu’on pourrait qualifier de « crème de la crème » des ultra-radicaux de toutes les sociétés musulmanes.(…) Il y aura peut-être un problème avec ce qu’on appelle « Al-Qaida », du fait qu’elle opère comme une secte isolée et que malgré son manque de succès, elle trouvera toujours des gens pour se faire sauter, peut-être moins en Irak, mais en Allemagne ou dans des endroits où les mesures de sécurité sont beaucoup plus faibles et que l’on peut facilement se mélanger à des foules nombreuses. En principe, rien ne serait plus facile que de perpétrer un attentat-suicide en Allemagne où dans tous les endroits où il est possible de s’approcher d’une foule avec une camionnette remplie d’explosifs, ce qui est devenu impossible en Irak puisqu’il y a partout ces barrières de béton. (…) La fierté – qui est en fait également très ambivalente puisqu’il s’agit d’une fierté officielle, mais qu’au niveau privé les familles sont souvent accablées – que l’on retrouve dans les familles palestiniennes n’a pas été observé dans les familles irakiennes du fait que les familles ne sont souvent pas au courant et qu’une telle approbation publique n’existe pas en Irak. (…) C’est difficile à dire étant donné que la situation ressemble au jet d’un cocktail Molotov dans une mer de flammes, c’est-à-dire que les attentats-suicides ne constituent qu’une partie de la situation qui perturbe beaucoup la population. A cela s’ajoutent les nettoyages ethniques, c’est-à-dire qu’on assiste à de véritables chasses contre les sunnites, les chiites, les chrétiens. Les escadrons de la mort des groupes de confession sunnite et chiite font la chasse aux membres des autres confessions. Les enlèvements ont atteint un niveau tel que même de pauvres chauffeurs de taxi sont kidnappés, étant donné que tous les gens riches ont déjà été enlevés. Christoph Reuter (2007)
Dans les pays occidentaux, nous avons partout ce système d’allocations sociales qui est à peine utilisé par la population locale. D’un autre côté, il y a cette population immigrante dont les femmes ne peuvent être compétitives sur le marché du travail local. Pour les Danoises et les Allemandes, les allocations sont trop faibles pour être attractives. Pas pour les immigrants. Ce que l’on voit donc en Angleterre, en France, en Allemagne et aux Pays-Bas, ce sont des femmes issues de l’immigration qui complètent leur éventuel petit salaire par les deniers publics. Ce n’est pas un revenu extraordinaire, mais ça leur suffit. Et cela crée un genre de « carrière » réservé aux femmes, un modèle que leurs filles suivront. Mais les fils n’ont pas ce choix. Ils ont grandi dans les basses couches de la société, sans les compétences intellectuelles nécessaires pour améliorer leur position. Ce sont ces garçons qui mettent le feu à Paris, ou dans des quartiers de Brême. Certains d’entre eux parviennent jusqu’à l’université et deviennent des leaders pour les autres – pas des pauvres, mais de jeunes hommes de rang social peu élevé, qui croient être opprimés à cause de leur confession musulmane, alors qu’en réalité c’est le système social qui a créé cette classe de perdants. Gunnar Heinsohn
C’est sous la tutelle de Yasser Arafat, le véritable père du terrorisme du Moyen-Orient moderne, les Palestiniens ont appris l’éthique flexible qui permet à des hommes de massacrer des femmes et des enfants et d’appeler cela de la « résistance. » Avec ce type de morale, le respect islamique traditionnel pour le martyre istishhad converti en cri de guerre moderne, l’évolution d’un combattant palestinien armé d’une mitraillette et de grenades en terroriste-suicide homme puis femme semble, rétrospectivement, inévitable. Entendre des mères musulmanes palestiniennes raconter fièrement comment elles avaient envoyé des fils mourir comme terroristes-suicide et se réjouir à présent à l’idée d’envoyer plus de fils ou de filles mourir pour la cause, on réalise la véritable horreur de ce que peut produire l’effacement des cultures traditionnelles par la face cachée de la modernité occidentale. Reuel Marc Gerecht
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
Nous ne savons pas si Hitler est sur le point de fonder un nouvel islam. Il est d’ores et déjà sur la voie; il ressemble à Mahomet. L’émotion en Allemagne est islamique, guerrière et islamique. Ils sont tous ivres d’un dieu farouche. Jung (1939)
Notre lutte est une lutte à mort. Ernesto Guevara (décembre 1964)
Il faut mener la guerre jusqu’où l’ennemi la mène: chez lui, dans ses lieux d’amusement; il faut la faire totalement. Ernesto Guevara (avril 1967)
Kidnapper des personnages célèbres pour leurs activités artistiques, sportives ou autres et qui n’ont pas exprimé d’opinions politiques peut vraisemblablement constituer une forme de propagande favorable aux révolutionnaires. ( …) Les médias modernes, par le simple fait qu’ils publient ce que font les révolutionnaires, sont d’importants instruments de propagande. La guerre des nerfs, ou guerre psychologique, est une technique de combat reposant sur l’emploi direct ou indirect des médias de masse. (…) Les attaques de banques, les embuscades, les désertions et les détournements d’armes, l’aide à l’évasion de prisonniers, les exécutions, les enlèvements, les sabotages, les actes terroristes et la guerre des nerfs sont des exemples. Les détournements d’avions en vol, les attaques et les prises de navires et de trains par les guérilleros peuvent également ne viser qu’à des effets de propagande. Carlos Marighela (Minimanuel de guerilla urbaine, 1969)
Nous avons constaté que le sport était la religion moderne du monde occidental. Nous savions que les publics anglais et américain assis devant leur poste de télévision ne regarderaient pas un programme exposant le sort des Palestiniens s’il y avait une manifestation sportive sur une autre chaîne. Nous avons donc décidé de nous servir des Jeux olympiques, cérémonie la plus sacrée de cette religion, pour obliger le monde à faire attention à nous. Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux du sport et de la télévision et ils ont répondu à nos prières. Terroriste palestinien (Jeux olympiques de Munich, 1972)
Comme au bon vieux temps de la Terreur, quand les gens venaient assister aux exécutions à la guillotine sur la place publique. Maintenant, c’est par médias interposés que la mort fait vibrer les émotions (…) Les médias filment la mort comme les réalisateurs de X filment les ébats sexuels. Bernard Dugué
Malgré eux, les islamistes sont des Occidentaux. Même en rejetant l’Occident, ils l’acceptent. Aussi réactionnaires que soient ses intentions, l’islamisme intègre non seulement les idées de l’Occident mais aussi ses institutions. Le rêve islamiste d’effacer le mode de vie occidental de la vie musulmane est, dans ces conditions, incapable de réussir. Le système hybride qui en résulte est plus solide qu’il n’y paraît. Les adversaires de l’islam militant souvent le rejettent en le qualifiant d’effort de repli pour éviter la vie moderne et ils se consolent avec la prédiction selon laquelle il est dès lors condamné à se trouver à la traîne des avancées de la modernisation qui a eu lieu. Mais cette attente est erronée. Car l’islamisme attire précisément les musulmans qui, aux prises avec les défis de la modernité, sont confrontés à des difficultés, et sa puissance et le nombre de ses adeptes ne cessent de croître. Les tendances actuelles donnent à penser que l’islam radical restera une force pendant un certain temps encore. Daniel Pipes
Il est malheureux que le Moyen-Orient ait rencontré pour la première fois la modernité occidentale à travers les échos de la Révolution française. Progressistes, égalitaristes et opposés à l’Eglise, Robespierre et les jacobins étaient des héros à même d’inspirer les radicaux arabes. Les modèles ultérieurs — Italie mussolinienne, Allemagne nazie, Union soviétique — furent encore plus désastreux. Ce qui rend l’entreprise terroriste des islamistes aussi dangereuse, ce n’est pas tant la haine religieuse qu’ils puisent dans des textes anciens — souvent au prix de distorsions grossières —, mais la synthèse qu’ils font entre fanatisme religieux et idéologie moderne. Ian Buruma et Avishai Margalit
La révolution iranienne fut en quelque sorte la version islamique et tiers-mondiste de la contre-culture occidentale. Il serait intéressant de mettre en exergue les analogies et les ressemblances que l’on retrouve dans le discours anti-consommateur, anti-technologique et anti-moderne des dirigeants islamiques de celui que l’on découvre chez les protagonistes les plus exaltés de la contre-culture occidentale. Daryiush Shayegan (Les Illusions de l’identité, 1992)
Hors de la Première guerre mondiale est venue une série de révoltes contre la civilisation libérale. Ces révoltes accusaient la civilisation libérale d’être non seulement hypocrite ou en faillite, mais d’être en fait la grande source du mal ou de la souffrance dans le monde. (…) [Avec] une fascination pathologique pour la mort de masse [qui] était elle-même le fait principal de la Première guerre mondiale, dans laquelle 9 ou 10 millions de personnes ont été tués sur une base industrielle. Et chacun des nouveaux mouvements s’est mis à reproduire cet événement au nom de leur opposition utopique aux complexités et aux incertitudes de la civilisation libérale. Les noms de ces mouvements ont changé comme les traits qu’ils ont manifestés – l’un s’est appelé bolchévisme, et un autre s’est appelé fascisme, un autre s’est appelé nazisme. (…) De même que les progressistes européens et américains doutaient des menaces de Hitler et de Staline, les Occidentaux éclairés sont aujourd’hui en danger de manquer l’urgence des idéologies violentes issues du monde musulman. Paul Berman
Le jihad n’est pas exigé si l’ennemi est deux fois plus puissant que les musulmans. (…) Quel intérêt y a-t-il à détruire un des édifices de votre ennemi si celui-ci anéantit ensuite un de vos pays ? A quoi sert de tuer l’un des siens si, en retour, il élimine un millier des vôtres ? Saïd Imam Al-Sharif alias Dr. Fadl (ex-idéologue d’Al Qaeda)
Il a attiré des convertis plus nombreux, plus jeunes, souvent issus des milieux populaires, qui voyaient en l’islam non plus une réalité extérieure, étrangère, voire exotique, mais au contraire un phénomène local et même souvent, de manière paradoxale, un facteur d’intégration! Paul Landau
Si les convertis jouent un rôle fondamental dans la stratégie islamiste, c’est parce qu’ils se trouvent justement à l’intersection de ces deux versants complémentaires de la stratégie de lutte contre l’Occident : certains deviennent des soldats du djihad, d’autres sont employés à des fonctions de da’wa. » (propagation de la foi) Paul Landau
Il y a, dans nos sociétés occidentales, un désaveu de la parole officielle et une suspicion généralisée de l’expertise et de l’innovation scientifique. (…) Il est de plus en plus difficile de cacher les choses et les complots. Mais paradoxalement, comme tout finit par se savoir, y compris les mensonges, le sentiment que l’on nous ment se développe. Gérald Bronner
Fin 2004, à partir d’une critique de l’hypercentralisme d’Al-Qaeda et surtout de la stratégie du 11 Septembre, qu’il estime politiquement néfaste car elle a permis aux Etats-Unis de détruire en réaction l’infrastructure afghane de Ben Laden, Al-Souri a construit les bases de ce qui deviendra ultérieurement le soi-disant Etat islamique, la dawla [«Etat» en arabe], comme on dit dans la jihadosphère. Il prônait la multiplication d’actes terroristes de vie quotidienne à des fins de provocations récurrentes dans les sociétés européennes, perpétrés par des musulmans européens visant juifs, intellectuels «impies», musulmans «apostats» et manifestations sportives pour affoler les sociétés occidentales et les faire surréagir – c’est la vieille rengaine gauchiste «provocation-répression-solidarité». A quoi s’ajoute l’idée que les Etats ne seront pas capables d’y faire face, que ça fera monter l’extrême droite qui va brûler les mosquées… et que l’Europe s’effondrera, avant de passer sous domination islamiste. C’est le primat du «rhizome» de Deleuze sur le centralisme léniniste – Al-Souri a vécu et étudié en France dans les années 80 -, projeté à l’ère de YouTube et décliné dans la grammaire du jihad. Il n’y a plus de «donneur d’ordre» et «d’exécutants», comme à l’époque de Ben Laden. Tout est endoctrinement, entraînement militaire et mise en œuvre, avec une assez large marge d’initiative pour de petites cellules fortement idéologisées par «l’inspiration» – d’où le titre du magazine en ligne anglophone d’Al-Qaeda dans la péninsule arabique, Inspire. Quand l’Américano-Yéménite Aulaqi l’a créé, Al-Qaeda était encore le brand le plus célèbre du monde avec Coca. Aujourd’hui, c’est – plus ou moins – Daech. Mais ils ont un problème de label, entre Daech, Isis, Isil et Dawla, qui finira par nuire à leur recherche de notoriété. (…) L’Etat islamique a un territoire, à la différence d’Al-Qaeda. En Irak, il s’est greffé sur la revendication arabo-sunnite de créer un «Sunnistan», à cheval aussi sur la Syrie, et, en ce sens, il aspire des sunnites du monde entier qui viennent l’aider dans sa guerre tribale contre les chiites, les Kurdes, les alaouites, les chrétiens – avant d’être réinjectés, une fois aguerris, pour mener le jihad dans leur pays de départ. Il y a articulation entre les divers territoires du jihad, unifiés par le miroir du monde virtuel : le dialogue ahurissant des frères Kouachi, traqués dans l’imprimerie de Dammartin-en-Goële [Seine-et-Marne], en direct avec BFM TV est en ligne et sous-titré en arabe, à des fins d’édification et de prosélytisme, sur de nombreux sites islamistes du Moyen-Orient. (…) C’est un bricolage sophistiqué qui s’attaque à un symbole très fort : aux valeurs et à la culture de l’adversaire, avec pour message basique : «On a su vous détruire là où vous nous aviez offensés.» Dans la jihadosphère, de même que Merah a eu des milliers de «likes», il y a un certain nombre de gens qui rendent gloire aux trois «héros». Du reste, à la fin de sa vidéo, Coulibaly raconte qu’il est allé faire la tournée des mosquées pleines d’Ile-de-France, qu’il y a vu des milliers de jeunes gens en bonne santé et qu’ils doivent suivre son exemple. L’objectif est l’émulation. Mais est-ce que les terroristes potentiels vont bénéficier d’un effet «poisson dans l’eau» ou, au contraire, seront-ils identifiés, marginalisés et dénoncés comme ce fut le cas dans l’Hexagone lorsque la guerre civile algérienne y a débordé ? La réponse politique doit certainement recréer ces conditions. Dans la communication des autorités, il est fondamental de rappeler à l’ensemble de notre société que, parmi les victimes de prédilection des jihadistes, il y a aussi les musulmans désignés par eux comme «apostats», comme c’est le cas du brigadier Ahmed Merabet qui a été délibérément abattu à terre boulevard Richard-Lenoir. Et que la plupart des victimes de Daech sont des musulmans…(…) Comment retisser un lien social plus prégnant aujourd’hui, c’est toute la question. A la guerre que Daech tente de mener en Europe, il ne faut pas répondre par la guerre mais par des opérations de police efficientes et par l’éducation. Les retours mitigés sur la réaction de certains élèves à la minute de silence en mémoire des victimes en rappellent la nécessité. Se pose aussi en urgence absolue la question du monde carcéral, qui est aujourd’hui l’école supérieure du jihadisme en France, comme l’ont démontré les itinéraires de Chérif Kouachi et Amédy Coulibaly, devenus ce que nous avons vu à cause de leur fréquentation de l’idéologue jihadiste Djamel Beghal en prison, puis lorsqu’il était assigné à résidence au cœur de notre France rurale. Gilles Kepel
The guerrilla fights the war of the flea, and his military enemy suffers the dog’s disadvantages: too much to defend; too small, ubiquitous, and agile an enemy to come to grips with. Robert Taber
Al-Suri pensait également que l’Afghanistan des Talibans était une sorte de véritable Etat islamique et que ce dernier devait constituer la base pour étendre la lutte. C’était une sorte «d’espace libéré», le premier dont les jihadistes bénéficiaient dans l’ère moderne après la chute de l’Empire ottoman. Zawahiri en parle également dans son livre Les Chevaliers sous la bannière du Prophète: l’objectif est de créer des zones libérées comme bases pour l’extension de la lutte. Ces «zones libérées» jouent donc un rôle fondamental dans la pensée de Suri et de Zawahiri ainsi que des idéologues plus récents comme Abu Bakr Nadji. C’était également une doctrine centrale de la pensée de gauche sur la guérilla. Al-Suri pensait que l’insistance de Ben Laden sur sa stratégie médias et son absence de consultation des Talibans ne constituait pas une stratégie intelligente. Al-Suri ne pensait pas qu’il était problématique de parler aux médias occidentaux. En fait c’est même lui qui avait organisé une rencontre de Ben Laden avec CNN et il a joué le rôle de conseiller médias de Ben Laden durant la période 1996-1997. Il semblerait donc qu’Al-Suri (et beaucoup d’autres) n’étaient pas très à l’aise avec les attaques du 11 septembre: le mouvement jihadiste n’y était pas préparé, le régime des Talibans n’y était pas préparé. Ces attaques ont ainsi été interprétées comme une «trahison» de l’hospitalité offerte par le régime des Talibans. Pourtant, même s’il est critique, Al-Suri est ambivalent sur ces attaques: d’un côté, ces attaques ont eu un impact phénoménal sur la situation mondiale et les Etats-Unis. Comme Al-Suri pensait que tôt ou tard une confrontation aurait été nécessaire avec les Etats-Unis, ces attaques allaient dans la bonne direction. Dans cette perspective, Ben Laden a tourné les yeux de tous les jihadistes vers un seul ennemi au lieu de se focaliser sur une multiplicité de problèmes et d’ennemis plus locaux. A cet égard, il s’agissait pour Al-Suri d’une attaque intelligente, même s’il ne la soutient pas totalement du fait du manque de préparation des jihadistes et de la perte de nombreux cadres et soutien. (…) Al-Suri a commencé à parler de cette nécessité d’une décentralisation du jihad au moins une décennie avant les attaques du 11 septembre. La première fois qu’il aborde ce besoin d’abandonner des organisations hiérarchiques régionales pour une approche plus globale, basée sur des réseaux plus ou moins sans leader, décentralisés, est en 1991 déjà dans le cadre de différents séminaires tenus à Peshawar. On peut également affirmer qu’à cette époque ses auditeurs n’avaient pas véritablement saisi cette idée. A l’époque où il commence à rédiger les premières ébauches de ce qui allait devenir L’Appel à la Résistance islamique globale, Al-Suri n’était pas considéré comme assez important dans la hiérarchie pour être pris suffisamment au sérieux. Il s’est fait mieux connaître dans les cercles jihadistes au milieu des années 1990, notamment en tant qu’auteur de l’ouvrage Al-Tajruba (ou Révolution Islamique Jihadiste en Syrie). Ce livre d’environ 900 pages sur l’expérience jihadiste syrienne, écrit à la fin des années 1980 et publié en 1991 à Peshawar représente son premier succès comme auteur jihadiste. La première esquisse de ce qui allait devenir L’Appel à la Résistance islamique globale a été élaborée dans un petit article d’une trentaine de pages, imprimé à 1.000 exemplaires à Peshawar en 1991 et diffusé à cette époque. Suri dit lui-même qu’en plus de cette publication, il a également discuté ses idées avec d’autres jihadistes à Londres au milieu des années 1990. A l’époque, Londres était la «capitale européenne» des jihadistes et des organisations comme le Jihad Islamique égyptien, des groupes jihadistes libyens, le Groupe Islamique Armé (GIA) algérien et d’autres y étaient représentés. Après la chute du Mur, le renforcement de la coopération anti-terroriste internationale a joué le rôle d’un détonateur et Al-Suri a commencé à répandre sa doctrine en argumentant que, du fait de cette coopération renforcée et de la fin de la Guerre Froide, il n’était plus possible de maintenir le modèle des tanzim, c’est-à-dire des organisations hiérarchiques régionales traditionnelles. De plus, les zones de repli et l’hospitalité de certains Etats qui avaient accueilli le leadership de certaines organisations étaient portées à disparaître du fait de la nouvelle situation internationale. Dans cette perspective, Suri parle beaucoup du «Nouvel Ordre Mondial» et de ses conséquences. C’est l’un des auteurs jihadistes qui se focalisent le plus sur la nouvelle donne géopolitique et ses implications. Et petit à petit, au fil des années 1990, un nombre croissant de gens ont commencé à considérer les idées d’Al-Suri comme correctes et surtout utiles. Outre le nouvel ordre mondial, un autre facteur qui a influencé la transformation et la décentralisation des organisations jihadistes a été l’émergence d’Internet. Dans ces années-là, Al-Suri a souligné l’importance de cet instrument. Il avait même mis en ligne son propre site avant 2001. Même si Internet n’était pas aussi développé dans les années 1990, celui-ci a tout de même influencé les jihadistes dans la mesure où ils ont adopté une approche plus orientée vers les réseaux que vers les organisations hiérarchiques. Quant aux références à Internet dans ses écrits, il cite «la toile» dans un entretien avec un journal arabe en 1999 et en 1996-1997 et il parle également de la nécessité de créer un site pour son bureau des médias de Londres. Il ne s’intéresse ici pas à la réalisation concrète, mais plutôt à Internet en tant qu’idée. C’est pour cela que j’ai intitulé mon livre Architect of Global Jihad, dans la mesure où Al-Suri est plutôt un stratège qui pose un cadre mais ne s’intéresse pas aux détails de la mise en œuvre. (…) Il est probable qu’Al-Suri ait lu les Turner Diaries de William Pierce. Dans tous les cas, il écrit qu’il aurait lu entre 50 et 60 livres sur la théorie de la guérilla lorsqu’il vivait en Espagne et en France au milieu des années 1980. Un livre qu’il utilise beaucoup est celui de Robert Taber, The War of the Flea traduit en arabe comme la «Guerre des opprimés» (harb al mustad’afin). Al-Suri a utilisé ce livre dans les camps d’entraînement en Afghanistan. Dans certains de ses cours, celui-ci va même jusqu’à lire cet ouvrage, à s’arrêter, à faire des commentaires et à continuer à lire. Al-Suri pensait donc qu’il s’agissait d’un livre très important. Il est intéressant de constater qu’il s’agit d’un livre écrit par un auteur américain et qu’Al-Suri a été critiqué par les franges salafistes les plus radicales et conservatrices pour avoir utilisé et parlé des expériences des guérillas d’extrême gauche. Ces franges n’étaient pas à l’aise avec le fait qu’Al-Suri parle des expériences de guérilla communistes, combattues pendant la guerre d’Afghanistan. Je n’ai cependant pas trouvé dans les écrits d’Al-Suri une référence explicite au concept de résistance sans leader de Beam. Al-Suri utilise le terme de «décentralisation» de manière répétée et consciente. On peut cependant dire qu’Al-Suri n’aurait probablement aucun problème idéologique à citer Beam. (…) Je pense que l’environnement qui prévaut depuis le 11 septembre – la surveillance accrue, le renforcement des mesures de lutte anti-terroriste, les nouvelles législations contre le financement du terrorisme, les nouvelles conditions de détention, la destruction des camps d’entraînement, la disparition des zones de repli à l’exception des zones tribales entre le Pakistan et l’Afghanistan – ont fortement restreint l’activité terroriste et les possibilités d’actions terroristes jihadistes. Pour le dire autrement, le monde tel qu’on le connaît depuis le 11 septembre a «imposé sa présence» au mouvement jihadiste et de ce fait la doctrine du nizam, la tanzim a commencé à être appliquée, souvent de manière inconsciente. Cette évolution a été également été dictée par la nécessité pour chaque organisation secrète d’une certaine «compartimentalisation» de ces activités afin d’en minimiser le degré de vulnérabilité. En d’autres termes, par sa conceptualisation du nizam, la tanzim, Al-Suri ne fait qu’expliciter, verbaliser une évolution qu’on retrouve sur le terrain, dictée par un nouvel environnement. Dans cette perspective, l’approche «historique» d’Al-Suri et sa volonté de tirer des leçons des erreurs passées est importante. Il ne faut cependant pas se focaliser uniquement sur le nizam, la tanzim et considérer qu’Al-Suri ne défend que le terrorisme du jihad individuel, la résistance jihadiste sans leader. En fait, il défend ce slogan et cette forme d’action individuelle uniquement lorsque les circonstances l’exigent et ne permettent aucune autre alternative, comme par exemple la mise sur pied de camps d’entraînements dans des zones «libérées» comme ce fut le cas en Afghanistan. Al-Suri insiste beaucoup sur la nécessité de créer une entité comparable à un Etat lorsque les conditions sont réunies, mais après la chute du régime taliban, il n’était pas très optimiste quant à cette possibilité. Il aurait très intéressant de savoir ce qu’auraient été ces commentaires, s’il avait écrit en 2008, à l’heure où il y aurait de nouveaux camps d’entraînement du côté pakistanais de la frontière. Il est également intéressant d’observer qu’il a changé sa perspective après le 11 septembre et qu’il est devenu plus pessimiste sur le futur et la possibilité de créer des territoires libérés. A l’heure actuelle, il aurait probablement retrouvé un peu d’optimisme. En fait, l’idée de résistance sans leader est considérée par Al-Suri comme l’option de dernier recours à utiliser lorsque toutes les autres formes de guerre échouent – ou ont échoué. Il ne dit en aucun cas qu’il s’agit de la meilleure option, mais il est très explicite sur le fait qu’il s’agit de l’option de dernier recours. En plus de la résistance sans leader, il parle également de la lutte sur des «fronts ouverts» (comme en Irak ou en Tchétchénie). Il argumente également en faveur d’attaques avec des armes de destruction massive ou du moins qu’il s’agit d’une option à explorer. En se focalisant sur la résistance sans leader, sur les actions par des individus au niveau local, Al-Suri étend la portée du jihad. Ce qui est fondamental ici, c’est que la lutte ne soit pas restreinte à une élite: Suri veut «démocratiser» le jihad, l’amener aux gens. Mais sa théorie ne s’intéresse pas uniquement à la lutte armée, mais également à d’autres activités comme le soutien politique, médiatique au mouvement jihadiste. Pour revenir à cette idée de démocratisation du jihad, Al-Suri pense qu’il doit être un mouvement de masse et non la lutte d’une petite élite – comme ce fut par exemple le cas du Jihad Islamique égyptien – du fait que cette élitisme est la cause de la défaite. (…) En fait, la faiblesse principale d’un terrorisme du jihad individuel est la difficulté d’organisation et d’action pour des individus qui agissent d’eux-mêmes sans avoir été entraînés. Cependant, les actions d’individus au niveau local, même s’ils ne font pas beaucoup de dégâts ou de victimes, le simple fait que des actions soient organisées de manière spontanée est une victoire en soi. Pour lui, l’objectif de ces actions spontanées est leur propagation d’un individu à un autre et l’inspiration fournie par l’exemple individuel. En considérant que la communauté musulmane, l’oumma, comprend 1,5 milliard d’individus, il n’est pas nécessaire qu’un fort pourcentage de la population agisse pour créer une vague de violence contre l’Occident. Du fait de l’attention médiatique suscitée par des événements terroristes, Al-Suri a, dans un certain sens, raison: une action violente n’a pas besoin d’être très importante pour susciter un large impact médiatique. (…) Cela dépend du «front» dont vous êtes en train de parler. Si l’on parle par exemple de l’Afrique du Nord, Al-Qa’ida a fait d’énormes progrès. Par contre, si vous parlez du front irakien, Al-Qa’ida devrait probablement concéder que la lutte n’est à l’heure actuelle pas un succès. Si, en revanche, vous prenez l’Afghanistan, le mouvement jihadiste s’y porte plutôt bien, à condition évidemment que l’alliance entre les Talibans et Al-Qa’ida se maintienne, ce que je ne pense pas. Dans le cas contraire, Al-Qa’ida sera en grand péril. (…) Si l’on considère que l’une des priorités d’Al-Qai’da était de frapper à nouveau aux Etats-Unis, on peut dire que le mouvement a lamentablement échoué, même s’il y a eu des tentatives mineures d’attentats. Une des différences avec la situation en Europe est la difficulté d’Al-Qa’ida de s’implanter aux Etats-Unis, et donc que leurs capacités dans ce pays sont réduites. Mais il est également possible qu’Al-Qa’ida ne veuille pas aider l’Administration américaine et offrir un soutien populaire à la guerre contre le terrorisme du président Bush en perpétrant un attentat sur sol américain. De plus, le document stratégique qui a été publié avant les attaques de Madrid fait clairement référence et insiste sur la nécessité d’attaquer les alliés américains plutôt que les Américains eux-mêmes pour les isoler et les priver de leurs alliés. Selon ce document, en cas d’isolement américain, la guerre en Irak et en Afghanistan deviendra tellement onéreuse qu’ils seront défaits économiquement. La stratégie économique d’Al-Qa’ida ne devrait pas être sous-estimée: le réseau de Ben Laden veut rendre cette campagne la plus coûteuse possible du fait que le pilier de la puissance militaire américaine est son économie. De ce fait, je pense que la question du succès d’Al-Qa’ida dépend de la manière d’interpréter sa stratégie: du point de vue de sa capacité à repousser les Etats-Unis hors du monde musulman, je pense qu’Al-Qa’ida a obtenu des succès raisonnables ces dernières années. Cependant, d’un point de vue idéologique, Al-Qa’ida est beaucoup plus faible actuellement qu’il y a quelques années. (…) Selon moi, Al-Qa’ida est toujours en mesure d’exercer une certaine pression sur les Etats européens. J’en veux pour preuve le retrait de troupes en Irak par certains alliés des Etats-Unis et les débats autour du maintien de la présence en Afghanistan. Ces derniers ont pris de l’ampleur dans de nombreux pays, y compris la Norvège. Après les attentats de Londres, on a assisté à un certain nombre de tentatives. Pourtant même si ces actions n’ont causé aucun mort, des pays comme la Grande-Bretagne ont continué à renforcer leur législation anti-terroriste et cette législation est en train d’aliéner les musulmans britanniques et crée une forme d’animosité au sein de la société britannique. De plus, les Etats européens continuent à engager des moyens considérables pour lutter contre l’extrémisme musulman et ceci montre que malgré l’absence d’attaques réussies, Al-Qa’ida est capable de créer une pression sur les Etats européens et, à long terme, peut affaiblir la volonté de ces Etats à s’engager dans la lutte contre le terrorisme en Irak ou en Afghanistan. Ce n’est donc pas un succès total, mais pas non plus un échec retentissant. Il est toujours difficile de dire pour les organisations de guérilla ou terroristes si elles ont échoué ou pas, cependant leur simple survie, malgré les moyens engagés pour mettre un terme à leurs activités est déjà en soi une victoire. Je crois qu’il y a une autre logique qui permette de mesurer la victoire ou la défaite de telles organisations. (…) Sageman (…) a beaucoup insisté sur le fait que son analyse n’était pas exclusive, c’est-à-dire que d’une part l’organisation centrale d’Al-Qa’ida est toujours en place et qu’il faut tout faire pour mettre un terme à cette organisation, mais il existe un autre jihad, le jihad sans leader qui est tout aussi important. Et je pense qu’il a raison. Son analyse ne prend cependant pas en considération le fait que l’organisation centrale d’Al-Qa’ida s’est renforcée ces dernières années par sa présence dans les zones frontalières entre l’Afghanistan et le Pakistan. Il s’agit là d’un développement majeur. Du fait de ce renforcement, il a été possible de recommencer à envoyer des gens dans des camps d’entraînement dans ces zones. Cela a par exemple été le cas pour les militants de l’Union du Jihad Islamique arrêtés l’an dernier en Allemagne. En conclusion, on a observé que toute organisation terroriste meurt à un moment ou à un autre. Je me souviens d’une discussion récente avec un membre d’un service de sécurité européen sur Al-Qa’ida et la culture des jeunes (youth culture). Selon lui, certains de ces militants veulent être cool et, dès le moment où être un jihadiste cessera d’être cool, le mouvement du jihad s’arrêtera. Ceci n’explique évidemment pas tout, mais je pense que c’est l’un des éléments de la problématique. Si l’on lit et écoute les discours de Ben Laden, on constate que ceux-ci sont principalement dirigés vers des hommes jeunes entre 15 et 25 ans. Je pense que la culture des jeunes joue un certain rôle dans le phénomène jihadiste en Europe occidentale. Brynjar Lia (2008)
When it comes to strategy, close readings of the documents suggest that Al Qaeda draws its ideas less from classical Islam than from a broad array of sources in 20th-century guerrilla warfare, as well as older European and Chinese military strategists. Its books and articles refer to the ideas of Mao, Che Guevara, Regis Debray, the Vietnamese strategist General Giap, Fidel Castro, and even the somewhat obscure Brazilian urban guerrilla Carlos Marighella. They are secular and analytic, and do not rely on religious arguments as a detailed guide to action. To study Al Qaeda’s strategic literature is to realize that we should understand it primarily as a new type of revolutionary group—one that is, in fact, less classically “Islamic” than Maoist. It is a modern ideology built on Al Qaeda’s distorted version of Islam, one that is rejected by mainstream Islamic scholars. And this deeper understanding may give us new tools in what is shaping up to be a long fight against Al Qaeda’s influence. (…) The most influential strategic documents appear to be anything but religious in origin. For example, Al Qaeda strategist and trainer Abu Mus‘ab al-Suri wrote in his voluminous “The Call to Global Islamic Resistance” that one of the most important books on guerrilla warfare has been written by an American. That book, published in 1965, is “War of the Flea,” by Robert Taber, an investigative journalist who covered Castro’s operations in the late 1950s. The title refers to Mao’s often-cited analogy that guerrilla warfare is like the attack of a weak flea against a powerful dog. The flea first agitates the dog with a few bites, and then the dog attacks itself in a frenzy but is unable to kill the flea; as the bites multiply and other fleas join, the dog is weakened and eventually dies. Taber’s book, a classic popular study of insurgencies, examines how guerrillas end up succeeding or failing in wars against overwhelmingly powerful enemies. The book’s title was translated into Arabic as, approximately, “The War of the Oppressed”; a more literal translation would be “the war of those thought to be weak.” The message is clear: If you feel weak, this book shows you how to be strong.(…) Al Qaeda’s fundamental approach, as multiple authors explain in various texts, mirrors classic Maoist three-stage strategy. First, small groups weaken a government’s hold on a remote area; then they establish themselves in villages or communities to consolidate their power and expand. Finally, they join with similar groups until a large area is under their control, as the government withdraws and ultimately falls. Such an effort is underway in North Africa, the Sinai, Syria, Iraq, and South Asia. The goal may be couched in Islamic terms, but the methods are profoundly secular. Violence for Al Qaeda, as in classic guerrilla strategy, always has a political objective.(…)  It is evident from their writings that, like Osama bin Laden in his last days, these authors know that ordinary Muslims find their violent tactics to be morally offensive. To this they have no real answer except that they are following the universal laws of war, which are the same to establish a religious state or a secular state. In other words, if you agree with their goal of establishing a strict Islamic state, then the ends justify the means. (…) During the Cold War, the country invested a great deal of effort in understanding the enemy’s ideology. But that battle of ideas was perhaps simpler. Our communist adversaries had a worldview that we understood and that had its origins in Western thinking; we were confident that our own system offered a more attractive model to the world. In the fight against Al Qaeda, the United States has largely stayed away from the ideological battle because of concerns that any information campaign would involve counterproductive arguments about Islam. Focusing on the secular origins of Al Qaeda’s violent strategies, however, gives the United States a new kind of leverage—an opening to publicize the worst aspects of Al Qaeda’s ideology, which are just as alien to our Muslim allies and American Muslims as they are to other Americans. Al Qaeda’s military doctrines have resulted in the deaths of many more Muslims than non-Muslims; their call for eternal jihadism is a recipe for endless urban and rural warfare. They have no theory of stable government beyond the clichés in their propaganda. What is clear, based on the intolerance and dedication to violence enshrined in its strategic literature, is that the communities most immediately at threat are the surrounding Muslim ones. That is not a sentiment likely to show up in the group’s public propaganda. But it’s a fact that the United States has a very good incentive to recognize and to communicate to the passive and sometimes sympathetic public that Al Qaeda depends on for its very existence. Once we have fully absorbed Al Qaeda’s strategic literature, it will give us ample material to use against them, in their own words. Michael W. S. Ryan

Attention: un livre peut en cacher un autre !

A l’heure où la menace terroriste se rapprochant, ce n’est pas tant charlie qu’israéliens que nous nous découvrons …

Et où pour ménager tant la rue arabe que nos riches amis saoudiens et qataris, nombre de nos dirigeants comme de nos médias se refusent toujours et même explicitement à appeler la menace islamiste par son nom …

Pendant que, devant la trahison à présent patente de leurs nouveaux damnés de la terre, nos néo-staliniens en France tentent de se raccrocher aux bonnes vieilles branches de l’anticapitalisme …

Et que la victimisation continue à faire recette tant en Grèce qu’en Espagne

Comment ne pas voir, comme le rappelait René Girard au lendemain des attentats du 11 septembre, qu’entre effacement des cultures traditionnelles et rivalité mimétique à l’échelle planétaire, que l’islam ne fait que « fournir aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme » ?

Et donc qu’à l’instar de leurs manuels stratégiques comme le confirme le chercheur américain Michael Ryan, les djihadistes ne sont pas autre chose que des occidentaux honteux ?

What Al Qaeda learned from Mao
The surprisingly secular guerrilla strategy behind the would-be Islamist revolution

Michael W.S. Ryan

Globe Correspondent

September 22, 2013

Twelve years after its horrifying attack on the United States and two years after Osama bin Laden’s death, Al Qaeda is still very much alive—dispersed, but with a critical role in the violence in Syria, Iraq, Yemen, and elsewhere. Its leaders and locations have changed, but its ideology has proved tenacious and adaptable.

We often misunderstand what that ideology is. Americans generally discuss Al Qaeda chiefly as an Islamist group, one fanatically dedicated to imposing its harsh version of Islamic law on the Middle East and to extinguishing all American presence there.

But there are many active Islamist organizations, and among them Al Qaeda is distinct—unique both in its single-minded focus on the United States and in its approach to violence. To fight its influence requires more than just tracking its personnel or analyzing its tactics: It requires grasping the deeper strategies and long-range thinking that set it apart and help create its mystique.

Al Qaeda’s strategic foundations are laid out in a variety of documents written by its ideologues and trainers. Originally produced secretly for training recruits and as a legacy for future generations of jihadi guerrillas, the documents began to emerge in the early 2000s—published on jihadist forums, stored on commercial websites, or confiscated from terrorist safe houses and training camps by local police or military.

What this body of work reveals might strike even informed readers as surprising. When it comes to strategy, close readings of the documents suggest that Al Qaeda draws its ideas less from classical Islam than from a broad array of sources in 20th-century guerrilla warfare, as well as older European and Chinese military strategists. Its books and articles refer to the ideas of Mao, Che Guevara, Regis Debray, the Vietnamese strategist General Giap, Fidel Castro, and even the somewhat obscure Brazilian urban guerrilla Carlos Marighella. They are secular and analytic, and do not rely on religious arguments as a detailed guide to action.

To study Al Qaeda’s strategic literature is to realize that we should understand it primarily as a new type of revolutionary group—one that is, in fact, less classically “Islamic” than Maoist. It is a modern ideology built on Al Qaeda’s distorted version of Islam, one that is rejected by mainstream Islamic scholars. And this deeper understanding may give us new tools in what is shaping up to be a long fight against Al Qaeda’s influence.

***

The first unclassified evidence of Al Qaeda’s thinking about guerrilla warfare surfaced in December 2001 after the American journalist Alan Cullison, assigned to cover events in Kabul, had an accident in the wilds of the Hindu Kush that destroyed his laptop. When he bought a used computer in Kabul, he came into possession of a hard drive previously owned by Ayman al-Zawahiri, then bin Laden’s deputy. Cullison bought it from a man who claimed he had stolen it the day before Al Qaeda’s leadership fled Kabul after the collapse of the Taliban government.

This hard drive contained a book written by al-Zawahiri about jihadist insurgencies in Egypt, titled “Knights Under the Prophet’s Banner.” It also included many other professional-grade documents about espionage and security. A section titled “The Future of the Jihadist Movement” outlined some of Al Qaeda’s long-range strategies and would later be the basis for further writings by the leadership’s advisers and lieutenants.

Thousands of pages of documents have emerged since then, laying out Al Qaeda’s ideology, military doctrine, and tactics. In 2004, the Norwegian scholars Brynjar Lia and Thomas Hegghammer coined the term now used to describe this body of writings: “jihadi strategic studies,” the collective efforts of a radical group to adapt the lessons of the past into a modern guide to action. Since 2008, I have been among the growing number of scholars and experts trying to unlock what they tell us about Al Qaeda.

The most influential strategic documents appear to be anything but religious in origin. For example, Al Qaeda strategist and trainer Abu Mus‘ab al-Suri wrote in his voluminous “The Call to Global Islamic Resistance” that one of the most important books on guerrilla warfare has been written by an American. That book, published in 1965, is “War of the Flea,” by Robert Taber, an investigative journalist who covered Castro’s operations in the late 1950s. The title refers to Mao’s often-cited analogy that guerrilla warfare is like the attack of a weak flea against a powerful dog. The flea first agitates the dog with a few bites, and then the dog attacks itself in a frenzy but is unable to kill the flea; as the bites multiply and other fleas join, the dog is weakened and eventually dies.

Taber’s book, a classic popular study of insurgencies, examines how guerrillas end up succeeding or failing in wars against overwhelmingly powerful enemies. The book’s title was translated into Arabic as, approximately, “The War of the Oppressed”; a more literal translation would be “the war of those thought to be weak.” The message is clear: If you feel weak, this book shows you how to be strong.

Except for history and military buffs, few Americans today read Taber’s book in English; similarly, few Al Qaeda terrorists would have read it in Arabic. But its lessons ended up embedded in Al Qaeda’s philosophy and insurgency campaigns. Al-Suri even recorded a lecture course on the book, and both the failed mid-2000s terrorist campaign in Saudi Arabia and the current war in Yemen bear its imprint.

Other Al Qaeda authors have drawn on guerrilla thinkers from very different parts of the globe. Abu Ubayd al-Qurashi (a pseudonym for a bin Laden adviser), in his article “Revolutionary Wars,” translates the Vietnamese General Giap’s characterization of guerrilla warfare in his book “People’s War People’s Army” into Arabic: “a type of war in which the weak side, with poor equipment, takes refuge among the masses to fight a powerful enemy, which possesses superior equipment and technology.” To al-Qurashi, the ultimate American withdrawal from Vietnam offers a lesson in how the psychological costs of guerrilla warfare can break a powerful nation’s will to keep fighting.

Al Qaeda’s fundamental approach, as multiple authors explain in various texts, mirrors classic Maoist three-stage strategy. First, small groups weaken a government’s hold on a remote area; then they establish themselves in villages or communities to consolidate their power and expand. Finally, they join with similar groups until a large area is under their control, as the government withdraws and ultimately falls. Such an effort is underway in North Africa, the Sinai, Syria, Iraq, and South Asia. The goal may be couched in Islamic terms, but the methods are profoundly secular. Violence for Al Qaeda, as in classic guerrilla strategy, always has a political objective.

Al Qaeda’s books and articles on strategy in Arabic and occasionally in translation can now be easily found on the Internet, if one knows where to look. Besides al-Suri’s “The Call to Global Islamic Resistance” and al-Qurashi’s articles “Revolutionary Wars” and “Fourth Generation Warfare,” they include Abu Bakr Naji’s “The Administration of Savagery,” Abdul Aziz al-Muqrin’s “A Practical Course for Guerrilla War,” and many more. All the authors mentioned here were active jihadists and close to Al Qaeda’s leadership; all were killed in insurgency operations or captured by local forces by 2006.

But their work survives. Though Al Qaeda is increasingly fragmented, and some observers see it less as a single organization than a banner for various insurgents to fight under, these strategies and Al Qaeda’s ideology do appear to bind them together. The current leader of Al Qaeda in Yemen, for example, has credited Naji’s book for the group’s strategy today while expounding Al Qaeda’s ideology in his propaganda.

The principles of warfare these writers espouse are by no means mainstream in the countries where they lived. It is evident from their writings that, like Osama bin Laden in his last days, these authors know that ordinary Muslims find their violent tactics to be morally offensive. To this they have no real answer except that they are following the universal laws of war, which are the same to establish a religious state or a secular state. In other words, if you agree with their goal of establishing a strict Islamic state, then the ends justify the means.

***

In the fight against Al Qaeda thus far, this strategic literature has taken a back seat to tracking its propaganda, tactics, and actual activities. This is understandable: Military and police operations against terrorist cells and groups depend on actionable information, and strategic writings don’t tell us where the group’s terrorists might strike next.

But in the long term, understanding its strategy is crucial. Perhaps Al Qaeda’s greatest strength has been its ability to rise out of the ashes of miserable defeat, recruit more young men, and continue its long war against the established order. Understanding the strategy, ideology, and “heroic” history its strategists write about is key to winning the deeper battle to prevent Al Qaeda from refilling its ranks when our operations decimate them.

This kind of analysis has helped the United States before. During the Cold War, the country invested a great deal of effort in understanding the enemy’s ideology. But that battle of ideas was perhaps simpler. Our communist adversaries had a worldview that we understood and that had its origins in Western thinking; we were confident that our own system offered a more attractive model to the world. In the fight against Al Qaeda, the United States has largely stayed away from the ideological battle because of concerns that any information campaign would involve counterproductive arguments about Islam.

Focusing on the secular origins of Al Qaeda’s violent strategies, however, gives the United States a new kind of leverage—an opening to publicize the worst aspects of Al Qaeda’s ideology, which are just as alien to our Muslim allies and American Muslims as they are to other Americans. Al Qaeda’s military doctrines have resulted in the deaths of many more Muslims than non-Muslims; their call for eternal jihadism is a recipe for endless urban and rural warfare. They have no theory of stable government beyond the clichés in their propaganda.

What is clear, based on the intolerance and dedication to violence enshrined in its strategic literature, is that the communities most immediately at threat are the surrounding Muslim ones. That is not a sentiment likely to show up in the group’s public propaganda. But it’s a fact that the United States has a very good incentive to recognize and to communicate to the passive and sometimes sympathetic public that Al Qaeda depends on for its very existence. Once we have fully absorbed Al Qaeda’s strategic literature, it will give us ample material to use against them, in their own words.

Michael W. S. Ryan is a senior fellow at the Jamestown Foundation and a Middle East Institute scholar. He studied Arabic for his PhD at Harvard and at the American University in Cairo, and is author of “Decoding Al Qaeda’s Strategy: The Deep Battle Against America,” published last month.

Voir aussi:

Abu Musab Al-Suri, architecte du jihad global – Entretien avec Brynjar Lia
Jean-Marc Flükigel
Terrorisme.net
25 juillet 2008

Arrêté en 2005, Mustafa Sethmariam Nasar, mieux connu sous le nom d’Abu Musab Al-Suri, est considéré comme le principal idéologue de la troisième génération du jihad salafiste. Moins connu en Occident que le numéro deux d’Al-Qa’ida Ayman Al-Zawahiri ou le Palestinien Abdullah Azzam, Abu Musab-Al-Suri n’en est pas moins extrêmement influent dans les sphères de la militance islamiste armée et a inspiré, par ses écrits, de nombreux jihadistes.

Dans la perspective d’une meilleure connaissance de cette figure centrale, Terrorisme.net propose à ses lecteurs une interview de Brynjar Lia, Professeur de recherches à l’Etablissement norvégien de recherches sur la défense. Brynjar Lia est l’auteur de l’ouvrage Architect of Global Jihad: The Life of Al Qaeda Strategist Abu Mus’ab Al-Suri (Columbia University Press, 2008), une biographie essentielle pour qui veut comprendre Abu-Musab Al-Suri.

Dans cet ouvrage original, Brynjar Lia propose également une traduction unique du chapitre principal de l’opus magnum d’Al-Suri, L’Appel à la Résistance Islamique Globale.

Abu Musab Al-Suri : éléments biographiques
Terrorisme.net – En guise d’introduction, pourriez-vous esquisser un portrait intellectuel d’Abu Musab Al-Suri?

Brynjar Lia – Abu Musab Al-Suri est arrivé sur la voie du jihad et de l’idéologie jihadiste en tant qu’expert militaire. Il s’est intéressé à la lutte très tôt, dès ses études au département d’ingénierie de l’université d’Aleppo, en Syrie. C’est à ce moment-là qu’il a rejoint l’organisation syrienne de l’Avant-Garde Combattante. Après quelques mois, la cellule à laquelle il appartenait a été découverte et il s’est enfui en Jordanie avec un grand nombre de Syriens. En Jordanie, puis plus tard en Irak, il a bénéficié d’un entraînement en techniques de guérilla urbaine.

Ce n’est que beaucoup plus tard qu’il a commencé à écrire sur le jihad dans une perspective plus intellectuelle. Al-Suri n’avait pas bénéficié d’une éducation religieuse et l’on observe dans ses écrits que ce qui l’intéresse le plus est de rendre le plus efficace possible le combat, la lutte, de renforcer au maximum l’impact de l’usage de la violence politique. Même s’il bénéficie de connaissances dans le domaine religieux, il n’est pas un théologien. Particulièrement intéressant est le fait qu’il adapte les théories des guérilla «de gauche» à un cadre islamiste, et c’est justement cette adaptation qui est particulièrement fructueuse.

Il faut également mentionner le fait qu’Al-Suri a bénéficié d’une formation universitaire en histoire et il manifeste, lorsqu’on lit ses écrits, qu’il veut tirer les leçons de l’histoire. Si l’on veut, il s’agit d’une historiographie fortement tournée vers la réflexion politique et qui veut en tirer des conclusions pour la lutte. C’est cette combinaison d’une connaissance intime du combat, de la manière de fabriquer des explosifs et des expériences passées d’autres organisations de guérilla qui fait l’intérêt des réflexions d’Al-Suri.

Personnellement, je pense que c’est cette expérience qui rend les écrits d’Al-Suri beaucoup plus accessibles à un esprit occidental que les écrits théologiques d’un Abu Muhammad Al-Maqdisi, d’Abu Qatada et de beaucoup d’autres idéologues islamistes.

Terrorisme.net – D’un point de vue religieux, on constate qu’il s’agit d’une personnalité extrêmement complexe: il souscrit certes à l’idéologie salafiste mais il a cependant attaqué en justice le journal «Al-Hayat» pour diffamation. Comment Al-Suri réconcilie-t-il une idéologie qui ne reconnaît que les tribunaux appliquant la sharia avec son recours à un tribunal appliquant une législation «occidentale»?

Brynjar Lia – C’est une question intéressante, et je crois que le fait d’avoir saisi un tribunal «occidental» montre le pragmatisme du personnage qui veut faire usage et exploiter toutes les possibilités pour faire avancer les jihadistes et leur cause, même si cela doit contredire des principes islamistes d’un point de vue religieux strict. Selon lui, il est possible de justifier le recours à des tribunaux occidentaux pour faire progresser la cause jihadiste.

Lorsqu’il en parle dans un entretien avec un journal arabe en 1999, il se réfère à Abdullah Azzam qui en avait parlé et considérait ceci comme légitime. Azzam était très pragmatique dans les questions pécuniaires et pensait qu’il était important de réunir tout le soutien possible pour les moujhahidines en Afghanistan, même si cela devait exiger des voyages aux Etats-Unis, dans les pays occidentaux afin de récolter de l’argent qui devait servir à un combattre un mal encore plus important, l’Union soviétique. Tous ses écrits font preuve de ce pragmatisme; Abdullah Azzam n’était pas nécessairement rigide dans l’interprétation de questions mineures qui pouvaient mettre un frein à la progression de la lutte. Al-Suri fait preuve du même pragmatisme lorsqu’il s’oppose aux courants salafistes plus rigoristes: il ne veut pas qu’une interprétation littérale du Coran ne devienne un obstacle à la cause.

Terrorisme.net – Généralement, on considère le mouvement jihadiste comme une sorte de «monolithe» avec une unité de doctrine. Pourtant, Abu Musab Al-Suri semble être beaucoup plus indépendant. Dans cette perspective, pourriez-vous esquisser les accords et désaccords d’Al-Suri avec Ben Laden sur les attaques du 11 septembre 2001?

Brynjar Lia – Abu Musab Al-Suri croyait profondément au régime des Talibans pour différentes raisons. C’est ce qui l’a également incité à collaborer avec eux lorsqu’il était en Afghanistan. Concernant les relations avec Ben Laden, Al-Suri était en conflit avec lui. En lisant plusieurs lettres adressées au Saoudien, on constate qu’Al-Suri avait de fortes réticences sur son style de direction (leadership). Ces réticences ont émergé très tôt, pour des raisons diverses: la grande expérience d’Al-Suri dans la lutte (c’est un vétéran) et son intelligence jouent un rôle. Il pensait que Ben Laden ne gérait pas bien Al-Qa’ida, qu’il ne consultait pas ses pairs de manière adéquate. Dans les lettres adressées à ce dernier en 1998, celui-ci critique la relation des «Arabes afghans» avec le régime des Talibans. Pour Al-Suri, le cœur du problème se situe dans la Déclaration du jihad contre les Croisés et les Juifs et le fait que Mollah Omar n’en avait pas été informé.

Dans ses lettres, il reproche à Ben Laden de mettre en danger la présence de ses co-religionaires arabes en Afghanistan qui pourraient être livrés aux Talibans, alors que Ben Laden, en tant que Saoudien, avait la possibilité de se repentir et de rentrer en Arabie Saoudite ou au Soudan.

De plus Al-Suri pensait également que l’Afghanistan des Talibans était une sorte de véritable Etat islamique et que ce dernier devait constituer la base pour étendre la lutte. C’était une sorte «d’espace libéré», le premier dont les jihadistes bénéficiaient dans l’ère moderne après la chute de l’Empire ottoman.

Zawahiri en parle également dans son livre Les Chevaliers sous la bannière du Prophète: l’objectif est de créer des zones libérées comme bases pour l’extension de la lutte. Ces «zones libérées» jouent donc un rôle fondamental dans la pensée de Suri et de Zawahiri ainsi que des idéologues plus récents comme Abu Bakr Nadji. C’était également une doctrine centrale de la pensée de gauche sur la guérilla. Al-Suri pensait que l’insistance de Ben Laden sur sa stratégie médias et son absence de consultation des Talibans ne constituait pas une stratégie intelligente. Al-Suri ne pensait pas qu’il était problématique de parler aux médias occidentaux. En fait c’est même lui qui avait organisé une rencontre de Ben Laden avec CNN et il a joué le rôle de conseiller médias de Ben Laden durant la période 1996-1997.

Il semblerait donc qu’Al-Suri (et beaucoup d’autres) n’étaient pas très à l’aise avec les attaques du 11 septembre: le mouvement jihadiste n’y était pas préparé, le régime des Talibans n’y était pas préparé. Ces attaques ont ainsi été interprétées comme une «trahison» de l’hospitalité offerte par le régime des Talibans. Pourtant, même s’il est critique, Al-Suri est ambivalent sur ces attaques: d’un côté, ces attaques ont eu un impact phénoménal sur la situation mondiale et les Etats-Unis. Comme Al-Suri pensait que tôt ou tard une confrontation aurait été nécessaire avec les Etats-Unis, ces attaques allaient dans la bonne direction. Dans cette perspective, Ben Laden a tourné les yeux de tous les jihadistes vers un seul ennemi au lieu de se focaliser sur une multiplicité de problèmes et d’ennemis plus locaux. A cet égard, il s’agissait pour Al-Suri d’une attaque intelligente, même s’il ne la soutient pas totalement du fait du manque de préparation des jihadistes et de la perte de nombreux cadres et soutien. C’est une attitude typique pour Al-Suri: il ne prend pas une position claire, il reste ambivalent et discute les avantages et désavantages de l’attaque, un peu à la manière d’un historien. Comme je l’ai déjà dit, c’est là que se trouve l’intérêt de la manière d’écrire d’Al-Suri, cette possibilité de discussion et de réflexion offerte au lecteur.

Abu Musab Al-Suri : perspectives stratégiques

Terrorisme.net – L’un des éléments centraux de la doctrine d’Al-Suri est ce concept ou slogan «nizam, la tanzim» («système, pas d’organisation»), c’est-à-dire cette volonté d’Al-Suri d’abandonner les organisations traditionnelles au profit d’une nouvelle forme de lutte moins hiérarchique. Quel est l’impact des attaques du 11 septembre sur la formulation et l’élaboration de ce concept?

Brynjar Lia – Al-Suri a commencé à parler de cette nécessité d’une décentralisation du jihad au moins une décennie avant les attaques du 11 septembre. La première fois qu’il aborde ce besoin d’abandonner des organisations hiérarchiques régionales pour une approche plus globale, basée sur des réseaux plus ou moins sans leader, décentralisés, est en 1991 déjà dans le cadre de différents séminaires tenus à Peshawar. On peut également affirmer qu’à cette époque ses auditeurs n’avaient pas véritablement saisi cette idée. A l’époque où il commence à rédiger les premières ébauches de ce qui allait devenir L’Appel à la Résistance islamique globale, Al-Suri n’était pas considéré comme assez important dans la hiérarchie pour être pris suffisamment au sérieux. Il s’est fait mieux connaître dans les cercles jihadistes au milieu des années 1990, notamment en tant qu’auteur de l’ouvrage Al-Tajruba (ou Révolution Islamique Jihadiste en Syrie). Ce livre d’environ 900 pages sur l’expérience jihadiste syrienne, écrit à la fin des années 1980 et publié en 1991 à Peshawar représente son premier succès comme auteur jihadiste.

La première esquisse de ce qui allait devenir L’Appel à la Résistance islamique globale a été élaborée dans un petit article d’une trentaine de pages, imprimé à 1.000 exemplaires à Peshawar en 1991 et diffusé à cette époque. Suri dit lui-même qu’en plus de cette publication, il a également discuté ses idées avec d’autres jihadistes à Londres au milieu des années 1990. A l’époque, Londres était la «capitale européenne» des jihadistes et des organisations comme le Jihad Islamique égyptien, des groupes jihadistes libyens, le Groupe Islamique Armé (GIA) algérien et d’autres y étaient représentés.

Après la chute du Mur, le renforcement de la coopération anti-terroriste internationale a joué le rôle d’un détonateur et Al-Suri a commencé à répandre sa doctrine en argumentant que, du fait de cette coopération renforcée et de la fin de la Guerre Froide, il n’était plus possible de maintenir le modèle des tanzim, c’est-à-dire des organisations hiérarchiques régionales traditionnelles. De plus, les zones de repli et l’hospitalité de certains Etats qui avaient accueilli le leadership de certaines organisations étaient portées à disparaître du fait de la nouvelle situation internationale. Dans cette perspective, Suri parle beaucoup du «Nouvel Ordre Mondial» et de ses conséquences. C’est l’un des auteurs jihadistes qui se focalisent le plus sur la nouvelle donne géopolitique et ses implications. Et petit à petit, au fil des années 1990, un nombre croissant de gens ont commencé à considérer les idées d’Al-Suri comme correctes et surtout utiles. Outre le nouvel ordre mondial, un autre facteur qui a influencé la transformation et la décentralisation des organisations jihadistes a été l’émergence d’Internet. Dans ces années-là, Al-Suri a souligné l’importance de cet instrument. Il avait même mis en ligne son propre site avant 2001. Même si Internet n’était pas aussi développé dans les années 1990, celui-ci a tout de même influencé les jihadistes dans la mesure où ils ont adopté une approche plus orientée vers les réseaux que vers les organisations hiérarchiques.

Quant aux références à Internet dans ses écrits, il cite «la toile» dans un entretien avec un journal arabe en 1999 et en 1996-1997 et il parle également de la nécessité de créer un site pour son bureau des médias de Londres. Il ne s’intéresse ici pas à la réalisation concrète, mais plutôt à Internet en tant qu’idée. C’est pour cela que j’ai intitulé mon livre Architect of Global Jihad, dans la mesure où Al-Suri est plutôt un stratège qui pose un cadre mais ne s’intéresse pas aux détails de la mise en œuvre.

Terrorisme.net – Vous mentionnez le fait que cette idée de «nizam, la tanzim» émerge au début des années 1990. Il est intéressant de constater que c’est plus ou moins à la même époque – en 1992 – que Louis Beam publie son fameux article sur la résistance sans leader («Leaderless Resistance»). Sachant qu’Al-Suri avait énormément lu, également des textes «occidentaux», est-il possible qu’il connaissait le texte de Beam et qu’il ait été influencé?

Brynjar Lia – C’est difficile à dire. Il est probable qu’Al-Suri ait lu les Turner Diaries de William Pierce. Dans tous les cas, il écrit qu’il aurait lu entre 50 et 60 livres sur la théorie de la guérilla lorsqu’il vivait en Espagne et en France au milieu des années 1980. Un livre qu’il utilise beaucoup est celui de Robert Taber, The War of the Flea traduit en arabe comme la «Guerre des opprimés» (harb al mustad’afin). Al-Suri a utilisé ce livre dans les camps d’entraînement en Afghanistan. Dans certains de ses cours, celui-ci va même jusqu’à lire cet ouvrage, à s’arrêter, à faire des commentaires et à continuer à lire. Al-Suri pensait donc qu’il s’agissait d’un livre très important. Il est intéressant de constater qu’il s’agit d’un livre écrit par un auteur américain et qu’Al-Suri a été critiqué par les franges salafistes les plus radicales et conservatrices pour avoir utilisé et parlé des expériences des guérillas d’extrême gauche. Ces franges n’étaient pas à l’aise avec le fait qu’Al-Suri parle des expériences de guérilla communistes, combattues pendant la guerre d’Afghanistan.

Je n’ai cependant pas trouvé dans les écrits d’Al-Suri une référence explicite au concept de résistance sans leader de Beam. Al-Suri utilise le terme de «décentralisation» de manière répétée et consciente. On peut cependant dire qu’Al-Suri n’aurait probablement aucun problème idéologique à citer Beam.

Terrorisme.net – Selon vous, le concept même de «nizam, la tanzim» proposé par Al-Suri a-t-il été appliqué et à quel moment a-t-il commencé à devenir influent?

Brynjar Lia – Je pense que l’environnement qui prévaut depuis le 11 septembre – la surveillance accrue, le renforcement des mesures de lutte anti-terroriste, les nouvelles législations contre le financement du terrorisme, les nouvelles conditions de détention, la destruction des camps d’entraînement, la disparition des zones de repli à l’exception des zones tribales entre le Pakistan et l’Afghanistan – ont fortement restreint l’activité terroriste et les possibilités d’actions terroristes jihadistes. Pour le dire autrement, le monde tel qu’on le connaît depuis le 11 septembre a «imposé sa présence» au mouvement jihadiste et de ce fait la doctrine du nizam, la tanzim a commencé à être appliquée, souvent de manière inconsciente. Cette évolution a été également été dictée par la nécessité pour chaque organisation secrète d’une certaine «compartimentalisation» de ces activités afin d’en minimiser le degré de vulnérabilité. En d’autres termes, par sa conceptualisation du nizam, la tanzim, Al-Suri ne fait qu’expliciter, verbaliser une évolution qu’on retrouve sur le terrain, dictée par un nouvel environnement. Dans cette perspective, l’approche «historique» d’Al-Suri et sa volonté de tirer des leçons des erreurs passées est importante.

Il ne faut cependant pas se focaliser uniquement sur le nizam, la tanzim et considérer qu’Al-Suri ne défend que le terrorisme du jihad individuel, la résistance jihadiste sans leader. En fait, il défend ce slogan et cette forme d’action individuelle uniquement lorsque les circonstances l’exigent et ne permettent aucune autre alternative, comme par exemple la mise sur pied de camps d’entraînements dans des zones «libérées» comme ce fut le cas en Afghanistan. Al-Suri insiste beaucoup sur la nécessité de créer une entité comparable à un Etat lorsque les conditions sont réunies, mais après la chute du régime taliban, il n’était pas très optimiste quant à cette possibilité. Il aurait très intéressant de savoir ce qu’auraient été ces commentaires, s’il avait écrit en 2008, à l’heure où il y aurait de nouveaux camps d’entraînement du côté pakistanais de la frontière. Il est également intéressant d’observer qu’il a changé sa perspective après le 11 septembre et qu’il est devenu plus pessimiste sur le futur et la possibilité de créer des territoires libérés. A l’heure actuelle, il aurait probablement retrouvé un peu d’optimisme.

En fait, l’idée de résistance sans leader est considérée par Al-Suri comme l’option de dernier recours à utiliser lorsque toutes les autres formes de guerre échouent – ou ont échoué. Il ne dit en aucun cas qu’il s’agit de la meilleure option, mais il est très explicite sur le fait qu’il s’agit de l’option de dernier recours. En plus de la résistance sans leader, il parle également de la lutte sur des «fronts ouverts» (comme en Irak ou en Tchétchénie). Il argumente également en faveur d’attaques avec des armes de destruction massive ou du moins qu’il s’agit d’une option à explorer. En se focalisant sur la résistance sans leader, sur les actions par des individus au niveau local, Al-Suri étend la portée du jihad. Ce qui est fondamental ici, c’est que la lutte ne soit pas restreinte à une élite: Suri veut «démocratiser» le jihad, l’amener aux gens.

Mais sa théorie ne s’intéresse pas uniquement à la lutte armée, mais également à d’autres activités comme le soutien politique, médiatique au mouvement jihadiste. Pour revenir à cette idée de démocratisation du jihad, Al-Suri pense qu’il doit être un mouvement de masse et non la lutte d’une petite élite – comme ce fut par exemple le cas du Jihad Islamique égyptien – du fait que cette élitisme est la cause de la défaite.

Terrorisme.netAl-Suri parle des avantages de «nizam, la tanzim», de ce terrorisme du jihad individuel, mais est-il également conscient de ses faiblesses?

Brynjar Lia – Je pense qu’il l’est, même s’il aurait pu en parler un peu plus. En fait, la faiblesse principale d’un terrorisme du jihad individuel est la difficulté d’organisation et d’action pour des individus qui agissent d’eux-mêmes sans avoir été entraînés. Cependant, les actions d’individus au niveau local, même s’ils ne font pas beaucoup de dégâts ou de victimes, le simple fait que des actions soient organisées de manière spontanée est une victoire en soi. Pour lui, l’objectif de ces actions spontanées est leur propagation d’un individu à un autre et l’inspiration fournie par l’exemple individuel. En considérant que la communauté musulmane, l’oumma, comprend 1,5 milliard d’individus, il n’est pas nécessaire qu’un fort pourcentage de la population agisse pour créer une vague de violence contre l’Occident. Du fait de l’attention médiatique suscitée par des événements terroristes, Al-Suri a, dans un certain sens, raison: une action violente n’a pas besoin d’être très importante pour susciter un large impact médiatique.

L’avenir du mouvement jihadiste
Terrorisme.netIl semble que l’une des clés du succès d’un mouvement décentralisé de résistance sans leader doive être sa capacité à rendre publique et maintenir un flot continu d’actions. Pourtant si l’on considère le mouvement jihadiste, un très grand nombre d’actions ont échoué ces dernières années soit pour des raisons techniques, soit parce qu’elles ont été découvertes par les autorités. D’un point de vue stratégique, cette incapacité à alimenter les actions réussies par les jihadistes peut-il être considéré comme un échec ou une sorte de «crépuscule» du mouvement?

Brynjar Lia – Cela dépend du «front» dont vous êtes en train de parler. Si l’on parle par exemple de l’Afrique du Nord, Al-Qa’ida a fait d’énormes progrès. Par contre, si vous parlez du front irakien, Al-Qa’ida devrait probablement concéder que la lutte n’est à l’heure actuelle pas un succès. Si, en revanche, vous prenez l’Afghanistan, le mouvement jihadiste s’y porte plutôt bien, à condition évidemment que l’alliance entre les Talibans et Al-Qa’ida se maintienne, ce que je ne pense pas. Dans le cas contraire, Al-Qa’ida sera en grand péril.

Terrorisme.netQu’en est-il des Etats-Unis?

Brynjar Lia – Si l’on considère que l’une des priorités d’Al-Qai’da était de frapper à nouveau aux Etats-Unis, on peut dire que le mouvement a lamentablement échoué, même s’il y a eu des tentatives mineures d’attentats. Une des différences avec la situation en Europe est la difficulté d’Al-Qa’ida de s’implanter aux Etats-Unis, et donc que leurs capacités dans ce pays sont réduites. Mais il est également possible qu’Al-Qa’ida ne veuille pas aider l’Administration américaine et offrir un soutien populaire à la guerre contre le terrorisme du président Bush en perpétrant un attentat sur sol américain.
De plus, le document stratégique qui a été publié avant les attaques de Madrid fait clairement référence et insiste sur la nécessité d’attaquer les alliés américains plutôt que les Américains eux-mêmes pour les isoler et les priver de leurs alliés. Selon ce document, en cas d’isolement américain, la guerre en Irak et en Afghanistan deviendra tellement onéreuse qu’ils seront défaits économiquement. La stratégie économique d’Al-Qa’ida ne devrait pas être sous-estimée: le réseau de Ben Laden veut rendre cette campagne la plus coûteuse possible du fait que le pilier de la puissance militaire américaine est son économie. De ce fait, je pense que la question du succès d’Al-Qa’ida dépend de la manière d’interpréter sa stratégie: du point de vue de sa capacité à repousser les Etats-Unis hors du monde musulman, je pense qu’Al-Qa’ida a obtenu des succès raisonnables ces dernières années. Cependant, d’un point de vue idéologique, Al-Qa’ida est beaucoup plus faible actuellement qu’il y a quelques années.

Terrorisme.netDu point de vue européen, peut-on dire que l’incapacité à perpétrer des actions réussies depuis les attentats de Londres et les attaques déjouées depuis tendraient à montrer qu’Al-Qa’ida aurait échoué sur le Vieux Continent?

Brynjar Lia – Selon moi, Al-Qa’ida est toujours en mesure d’exercer une certaine pression sur les Etats européens. J’en veux pour preuve le retrait de troupes en Irak par certains alliés des Etats-Unis et les débats autour du maintien de la présence en Afghanistan. Ces derniers ont pris de l’ampleur dans de nombreux pays, y compris la Norvège. Après les attentats de Londres, on a assisté à un certain nombre de tentatives. Pourtant même si ces actions n’ont causé aucun mort, des pays comme la Grande-Bretagne ont continué à renforcer leur législation anti-terroriste et cette législation est en train d’aliéner les musulmans britanniques et crée une forme d’animosité au sein de la société britannique. De plus, les Etats européens continuent à engager des moyens considérables pour lutter contre l’extrémisme musulman et ceci montre que malgré l’absence d’attaques réussies, Al-Qa’ida est capable de créer une pression sur les Etats européens et, à long terme, peut affaiblir la volonté de ces Etats à s’engager dans la lutte contre le terrorisme en Irak ou en Afghanistan. Ce n’est donc pas un succès total, mais pas non plus un échec retentissant. Il est toujours difficile de dire pour les organisations de guérilla ou terroristes si elles ont échoué ou pas, cependant leur simple survie, malgré les moyens engagés pour mettre un terme à leurs activités est déjà en soi une victoire. Je crois qu’il y a une autre logique qui permette de mesurer la victoire ou la défaite de telles organisations.

Terrorisme.netEn fait, vous ne partagez pas les conclusions de Marc Sageman dans son dernier ouvrage qui affirme qu’en maintenant simplement la pression sur le réseau Al-Qa’ida, celui-ci va finir par disparaître de lui-même?

Brynjar Lia – J’ai lu quelques réponses et les critiques adressées par Bruce Hoffman dans le dernier numéro de Foreign Affairs. Sageman dans sa réponse a beaucoup insisté sur le fait que son analyse n’était pas exclusive, c’est-à-dire que d’une part l’organisation centrale d’Al-Qa’ida est toujours en place et qu’il faut tout faire pour mettre un terme à cette organisation, mais il existe un autre jihad, le jihad sans leader qui est tout aussi important. Et je pense qu’il a raison. Son analyse ne prend cependant pas en considération le fait que l’organisation centrale d’Al-Qa’ida s’est renforcée ces dernières années par sa présence dans les zones frontalières entre l’Afghanistan et le Pakistan. Il s’agit là d’un développement majeur. Du fait de ce renforcement, il a été possible de recommencer à envoyer des gens dans des camps d’entraînement dans ces zones. Cela a par exemple été le cas pour les militants de l’Union du Jihad Islamique arrêtés l’an dernier en Allemagne.

En conclusion, on a observé que toute organisation terroriste meurt à un moment ou à un autre. Je me souviens d’une discussion récente avec un membre d’un service de sécurité européen sur Al-Qa’ida et la culture des jeunes (youth culture). Selon lui, certains de ces militants veulent être cool et, dès le moment où être un jihadiste cessera d’être cool, le mouvement du jihad s’arrêtera. Ceci n’explique évidemment pas tout, mais je pense que c’est l’un des éléments de la problématique. Si l’on lit et écoute les discours de Ben Laden, on constate que ceux-ci sont principalement dirigés vers des hommes jeunes entre 15 et 25 ans. Je pense que la culture des jeunes joue un certain rôle dans le phénomène jihadiste en Europe occidentale.

Questions et traduction (de l’anglais): Jean-Marc Flükiger

Voir également:

RADICALISATION Un spécialiste de l’Islam met sur le même plan l’ultra-gauche des années 1960 et les jeunes djihadistes français…

VIDEO. Maoïstes, Che Guevara, djihadistes de Daesh… Mêmes combats?
Un djihadiste de Daesh dans la vidéo montrant l’exécution de Peter Kassig et de pilotes de l’armée syrienne. Vidéo de propagande. – anonyme
William Molinié
20 minutes
27.11.2014

Il y a 40 ans, la jeunesse radicale était fascinée par Che Guevara et Castro. Aujourd’hui, c’est l’organisation de l’Etat islamique (EI) -également appelé Daesh- qui attire. Faut-il y voir des similitudes? Olivier Roy, politologue, spécialiste de l’islam et auteur de En quête de l’Orient perdu (Seuil), met sur un même plan les jeunes djihadistes français qui rejoignent Daesh et la mouvance ultragauche des années 1960. Le chercheur, qui était ce jeudi matin l’invité du 7-9 de Patrick Cohen sur France Inter, est revenu sur les motivations qui poussent de jeunes français en rupture à la radicalisation islamique.

«Ce sont des jeunes en quête d’aventure, en quête d’une contestation radicale de l’ordre établi. On le voit statistiquement par le nombre de convertis», a-t-il expliqué. Selon lui, entre 20 et 25% des jeunes volontaires français partent rejoindre Daesh non pas parce qu’ils recherchent «une expérience mystique religieuse ou qu’ils ont fréquenté des mosquées» mais parce qu’ils sont en pleine rupture avec le «système».

«Fascination romantique»
«On a oublié notre passé. En Europe, depuis les années 1960, on a un espace de radicalisation de la jeunesse. C’était le maoïsme, c’était le trotskisme, c’était Che Guevara. Et les jeunes allaient dans les guérillas. Le grand mot, c’était la révolution avec un grand « R », poursuit Olivier Roy. Tantôt c’était le Vietnam, tantôt c’était Castro, tantôt c’était la révolution culturelle chinoise.»

Aujourd’hui, fait remarquer le spécialiste, «la révolution avec un grand « R » a été remplacée par le djihad avec un grand « Dj »». C’est la même «fascination de type romantique, même si c’est violent et sanglant», qui attire désormais une partie de la jeunesse française.

«La révolution pour soi-même»
Le journaliste, Patrick Cohen, lui fait cependant remarquer que derrière l’ultragauche française des années 1960, «il y avait un idéal humaniste qu’on a du mal à retrouver chez ceux qui s’engagent pour Daesh».

Réponse d’Olivier Roy: «Les Khmers rouges et la révolution culturelle n’étaient pas très humanistes. Et on a certainement « romantisé » des figures comme Che Guevara qui était dans ses pratiques militaires plus brutales que ce qu’on en dit maintenant». Et de conclure: «C’était la violence qui fascinait. C’était la révolution pour soi-même»

Voir encore:

Both Forgotten and Misread: Robert Taber’s The War of the Flea by Daniel N. White
October 5, 2009
Daniel N. White
Dandelion Salad
Oct. 5, 2009

Just finished re-reading the ’60’s counterinsurgency classic, War of the Flea, by Robert Taber. I think I read it back in high school, as it has that real familiar feel to it of a book you’d read years ago. The details were gone from my memory; if you’d asked me about it last week or earlier I couldn’t have told you jack about it. Right now it is being bruited about as a necessary and essential read in military/diplomatic circles. I’m tending to agree; the author aint dumb and aint blind neither. Most all the US written stuff in that time frame–the ’60’s–dealing with counterinsurgency and wars of national liberation and third world security issues was all puerile garbage. This aint. There’s more than a touch of wisdom to it.

Taber seems to have been forgotten almost like his books have. There aren’t any more details readily available on his life than the liner notes on his books, which state that he was an investigative journalist for CBS in the ’50’s, and was among the first journalists who searched out and interviewed Fidel Castro in the Sierra Maestra mountains in 1958. He wrote a book on that, M-26–Portrait of a Revolution, in 1960, and this book, in 1965. This book came to me courtesy of Trinity University via ILL, and it apparently has been checked out exactly once in its lifetime, in 1995.

The book is a quite well-written survey of all the major guerrilla movements in the 20th Century, up to 1965. Taber manages to keep the material lively, which isn’t generally the case for military writings, and also manages to keep it short, which is rare most everywhere. See for yourself–here’s some of Taber’s writings:

Taber, quoting our old friend Vo Nguyen Giap, the Vietnamese commanding general from 1944-1978, on guerillas fighting a conventional Western army:

“The enemy will pass slowly from the offensive to the defensive. The blitzkrieg will transform itself into a war of duration. Thus, the enemy will be caught in a dilemma: He has to drag out the war in order to win it, and does not possess, on the other hand, the psychological and political means to fight a long, drawn-out war.”
Couldn’t have said it better myself about our two wars ongoing. Giap’s apt turn of phrase–“the psychological and political means to fight a long, drawn-out war”–is something we overlook completely, both in our foes and in ourselves. We look to the power of our weapons and the prowess of our troops in using them. Giap looked to the soldier’s and citizen’s hearts, where individual will and patriotism reside, and he defeated us and the French both.

Taber quotes a news article dated 4-21-64, which pointed out that the number of ARVN (our South Vietnamese ally’s army) small-unit operations in the preceding week totaled 5190. Only 70 of them made contact with the enemy, and contact meant as little as a single bullet fired at them from a hedgerow. Shows that even back then, the truth was out in the open, if anyone had their eyes open to see it. Can’t say as anyone has produced similar statistics from Afghanistan or Iraq–haven’t heard of any, and the fact that nobody in the reportorial corps has tried to turn them up, as the percentage of contacts per operation, and the percentage of contacts you, and not the enemy, initiate, are probably THE key statistics in explaining how the war is going–shows what a bunch of military illiterates the fourth estate are, and how they haven’t learned anything from Vietnam, either.

Another one from Giap, this the classic dilemma of an invading foreign army:

“The nature and the very aim of the campaign the (colonialist) enemy is conducting oblige the enemy to split up his forces so as to be able to occupy the invaded territory…the enemy was thus faced with a contradiction: It was impossible for him to occupy the invaded territory without dividing his forces. By their dispersal, he created difficulties for himself. His scattered units thus became an easy prey for our troops and mobile forces.”
And one from Bernard B. Fall, from his The Two Vietnams:

“For the French, the Indochina War was lost then (after the RC-4 defeats in 1950) and there. That it was allowed to drag on inconclusively for another four years is a testimony to the shortsightedness of the civilian authorities who were charged with drawing the political conclusions from the hopeless military situation.”
So there it is. The United States, and our good friends the Limeys, have a political system more broken than the French Fourth Republic’s. We’ve been fighting more obviously lost wars for longer, and apparently are doubling down on one of them as we speak. Maybe starting a third one, too.

For all the talk of this book being greatly read in military circles, well, hell, it’s time to test the officer corps on their reading comprehension and see if it is up to a sixth-grader’s level. Maybe the State Department’s, too. Stuff like this not jumping off the page and hitting you square between the eyes–and making you wince at how little we learned from Vietnam then, or since, and how shamefully we are repeating ourselves in self-delusion and contempt for our foes’ intelligence, motivation, and bravery–well, hell, whatever happens to us bad we’ve got coming to us. The almighty might smile on fools and children, but to the best of my knowledge his mercy doesn’t extend to the stupid.

Part 2

Taber, in his War of the Flea, shows himself a first-rate analyst of political situations, both past historical ones and (then current) ones. Back when Flea was written, the United States, and other countries, Mao’s China foremost, were infatuated with the notion of guerrilla wars and wars of national liberation, wherein nationalist (per Mao) or Communist (per the US) guerilla forces would form up and attack and defeat the established post-colonial governments in the Third World, and establish some new (nationalist/communist) order. In the United States, theories of counterinsurgency, how to fight and win these wars of national liberation, were all in vogue throughout the 1960’s, and a great deal of forest products were wasted on books and articles on the subject. Most all stank. They were uncritically read then, and are completely unread today. It should be a permanently disqualifying embarrassment to cite Taber, harsh critic of US policies then, as an inspiration for US policy in our current wars, as the pundits are doing, but nobody has called them on it, alas.

At the time it was thought that quite potentially these wars would spread to older, more established countries with similar sets of problems of social inequality, such as the Latin American and Central American republics, and spread even to industrialized Western countries, like the US. As it was, nationalism proved the driving force in most of these wars, not the US feared desire for a communistic social order. Once the postwar questions of nationalism were sorted out, finally, in Africa (Insofar as they have been–the LRA {Lord’s Resistance Army} in Uganda, which is generally portrayed by the newsmedia as a lunatic band of child-soldier zombies led by Joseph Kony the African Manson, is fundamentally a guerrilla movement by the Acholi in northern Uganda against the central government.) the topic of guerrilla wars faded out from military and political discourse and fashion both.

Since our wars in Iraq and Afghanistan, counterinsurgency theory has come back into fashion, again. Most all the comments by military and pundits are a dreadful rehashing of the ’60’s American writers and theorists, without, as pointed out earlier, their having read them. A significant part of Flea is Taber’s discussion of these writers’ failings, and his writing on them is spot-on. From p. 173, Taber discusses the rationales for the guerrilla wars professed by counterinsurgency experts:

“Whether the primary cause of revolution is nationalism, or social justice, or the anticipation of material progress, the decision to fight and to sacrifice is a social and a moral decision. Insurgency is thus a matter not of manipulation but of inspiration.

I am aware that such conclusions are not compatible with the pictures of guerrilla operations and guerrilla motivations drawn by the counterinsurgency theorists who are so much in vogue today. But the counterinsurgency experts have yet to win a war. At this writing, they are certainly losing one.

Their picture is distorted because their premises are false and their observation faulty. They assume–perhaps their commitments require them to assume–that politics is mainly a manipulative science and insurgency mainly a politico-military technique to be countered by some other technique; whereas both are forms of social behavior, the latter being the mode of popular resistance to unpopular governments.”
Things haven’t changed any since 1965. Insurgency remains a matter of inspiration. No counterinsurgency expert has ever won a war. And dang but Taber cuts to the bone when he remarks then how US politicians regard politics as a manipulative science. We certainly haven’t changed there.

Taber’s analysis of the simple possibility of suppressing a war of national liberation, and more important, its desirability, from p 177:

“Conditions have changed in the world. What is wanted today is manpower and its products. The raw materials of the undeveloped areas are of no use to the industrial powers…without the human effort that makes them available; strategic bases require the services and the good will of large populations; industry requires both large labor pools and ever-expanding consumer markets.

Under such conditions, to try to suppress popular resistance movements by force is futile. If inadequate force is applied, the resistance grows. If the overwhelming force necessary to accomplish the task is applied, its object is destroyed. It is a case of shooting the horse because he refuses to pull the cart.”
Taber’s analysis of the US’ position in Viet Nam in 1965 is the best analysis I’ve ever read, and events proved him prophetic. From p. 177-8:

“The choices open to Washington in Viet Nam appear obvious. Unless the dissident Vietnamese population can be persuaded to embrace a solution acceptable to the United States (certainly a forlorn hope), the alternatives are: (1) to wage a relentless, full-scale war of subjugation against the Vietnamese people, with the aid of such Vietnamese allies as remain available; (2) seek a solution acceptable to the Vietnamese people, a step that would clearly entail negotiating with the Viet Cong; (3) quit the field and let the Vietnamese work out their own solution.

A fourth possibility does exist. Essentially it is a monstrous variation of the first. The United States can change the character of the war, or its apparent character, by expanding it; that is, by taking arms against Hanoi and, inevitably, against China. To do so, with the right kind of window dressing, could conceivably be justified in the minds of the American people and perhaps of their allies despite the tremendous expense and risk involved, where a losing war in the limited theater of South Viet Nam cannot be justified. Under cover of a general war, the two Viet Nams could, perhaps, be occupied and put under martial law, and the communist movement suppressed by overwhelmingly superior military force.

But then what? A southeast Asia held by American troops in the overwhelming numbers that would be required (and it would have to be all of Southeast Asia, not merely Viet Nam) would be a burden almost beyond endurance for the American economy and the American electorate, and would be of no conceivable use under such conditions except as a base for the ensuing war against China. War to what end? It staggers the imagination to think of the vast, interminable, and profitless conflict that would ensue, even assuming that it were confined to Asia–and we have no such assurance. The bloody, costly Korean war would appear as a child’s game by comparison.”

Our situation in Afghanistan and Iraq is a repeat of the above, except we don’t have to fear a bigger war from big-power China or Russia. Just a bigger war from smaller players Iran (pop. 70 million) or Pakistan, (pop. 180 million) {South Vietnam’s population in 1965 was all of 14 million}, that’s all. Change some of the nouns, and all the rest of Taber’s words read as well now as then. Nobody now in American politics sees things this clearly or talks this frankly about them. We have to ask again Taber’s question above about Vietnam–“War to what end?” about our two ongoing wars. “But then what”–suppose that we did in fact achieve our military objectives, then what? Iraq a basketcase military dictatorship that conveniently allows us to station, at great expense, a large number of soldiers, for some uncertain purpose. The idea of any military success in Afghanistan is just to ridiculous to contemplate, and the idea that that country is usefully a ward of the US, as it would have to be, for any good purpose is insanity. There’s no good end for our wars, and it is only a question of how long it takes us to pack up and leave, and whether or not we bother to negotiate some settlement with the locals before we do. That, and whether or not this time we have sense and are honest enough with ourselves to figure out why we did something so wrong and stupid twice in my lifetime.

Taber, alone of all the American writers on counterinsurgency from the 1960’s, is worth reading. It is sad that current events grant him the utmost relevance and may yet rescue him from obscurity, but we should all be thankful for his perceptive and accurate writings that are still of such great utility.

 Voir encore:

APRES CHARLIE

Slavoj Zizek : pourquoi les islamistes se sentent-ils menacés par les non-croyants ?
La foi des islamistes doit être bien fragile pour qu’ils se sentent menacés par une stupide caricature dans un hebdomadaire satirique, estime le célèbre philosophe slovène.

Slavoj Zizek

Publié dans le New Stateman

traduit par Courrier international

13 janvier 2015

C’est aujourd’hui, alors que nous sommes tous en état de choc après le massacre perpétré dans les locaux de Charlie Hebdo, qu’il faut rassembler le courage de réfléchir.

Naturellement, nous devons condamner pleinement ces meurtres, qui sont une atteinte à l’essence même de nos libertés, et nous devons les condamner sans la moindre réserve (sous forme de variantes comme “Charlie Hebdo provoquait et humiliait tout de même trop les musulmans”). Le pathos de la solidarité universelle n’est toutefois pas suffisant et nous devons pousser le raisonnement plus loin.

Cette réflexion n’a absolument rien à voir avec la relativisation bas de gamme du crime (le mantra selon lequel “qui sommes-nous en Occident, auteurs de terribles massacres dans les pays en développement, pour condamner de tels actes ?”).

Cette réflexion est encore plus éloignée de la peur pathologique de nombreux Occidentaux de la gauche libérale, qui craignent d’être coupables d’islamophobie. Pour ces faux partisans de la gauche, toute critique de l’islam est dénoncée comme étant une expression de l’islamophobie occidentale.

Le paradoxe du surmoi

On a reproché à Salman Rushdie d’avoir inutilement provoqué les musulmans et ainsi d’être responsable (du moins partiellement) de la fatwa le condamnant à mort. Le résultat de cette position est prévisible : plus les Occidentaux de la gauche libérale s’interrogent sur leur culpabilité, plus ils sont accusés par les fondamentalistes musulmans d’être des hypocrites qui cherchent à cacher leur haine de l’islam.

Cette constellation reproduit parfaitement le paradoxe du surmoi : plus on obéit à ce que l’autre exige de nous, plus on se sent coupable. Plus on tolère l’islam, plus il exerce une forte pression sur nous, semble-t-il…

C’est pour cette raison que les appels à la modération me semblent insuffisants. Simon Jenkins (dans le Guardian du 7 janvier) a fait valoir que notre rôle est “de ne pas réagir de façon excessive, de ne pas trop médiatiser les suites de l’attentat. Notre rôle est de traiter chaque événement comme un effroyable accident passager”.

L’attaque contre Charlie Hebdo n’est pas un simple “effroyable accident passager”. Elle est le résultat d’un programme religieux et politique précis et, en tant que tel, elle s’inscrit clairement dans le cadre d’un contexte bien plus global.

Evidemment qu’il ne faut pas réagir de façon excessive, si le journaliste veut dire par là qu’il ne faut pas succomber à une islamophobie aveugle. En revanche, il est nécessaire d’analyser rigoureusement le contexte global dont il est question.

La fracture actuelle entre libéraux anémiques et fondamentalistes fervents

Au lieu de diaboliser les terroristes pour en faire d’héroïques fanatiques suicidaires, il est plus urgent de briser ce mythe diabolique. Il y a longtemps, Friedrich Nietzsche a compris que la civilisation occidentale allait engendrer le “dernier homme”, une créature apathique sans aucune passion et sans le moindre engagement.

Incapable de rêver, fatigué de vivre, il ne prend aucun risque, il est uniquement à la recherche du confort et de la sécurité, il est une expression de tolérance envers autrui : “Un peu de poison de-ci de-là, pour se procurer des rêves agréables. Et beaucoup de poisons enfin, pour mourir agréablement. […] On a son petit plaisir pour le jour et son petit plaisir pour la nuit : mais on respecte la santé. ‘Nous avons inventé le bonheur’, disent les derniers hommes, et ils clignent de l’œil.”

En effet, il semble que la fracture entre le monde industrialisé laxiste et la réaction fondamentaliste corresponde de plus en plus à l’opposition entre une longue vie satisfaisante, riche des points de vue matériel et culturel, et une vie consacrée à une cause transcendantale. N’est-ce pas là l’antagonisme que Nietzsche appelait le nihilisme “passif” et “actif” ?

Nous, les Occidentaux, sommes les derniers hommes de Nietzsche, immergés dans de stupides plaisirs quotidiens, pendant que les musulmans radicaux sont prêts à tout risquer, investis dans une lutte au point de s’autodétruire. Le poème intitulé La Seconde Venue, du poète irlandais William Butler Yeats, semble illustrer parfaitement notre problème actuel : « Les meilleurs ne croient plus à rien, les pires se gonflent de l’ardeur des passions mauvaises.

« C’est une excellente description de la fracture actuelle entre libéraux anémiques et fondamentalistes fervents. “Les meilleurs” ne sont plus réellement capables de s’engager, pendant que “les pires” participent à un fanatisme raciste, religieux et sexiste.

Les fondamentalistes terroristes remplis de jalousie

Toutefois, les fondamentalistes terroristes correspondent-ils réellement à cette description ? Il leur manque manifestement une caractéristique que l’on retrouve facilement chez tous les authentiques fondamentalistes, des bouddhistes tibétains aux amish des Etats-Unis : l’absence de ressentiment et de jalousie, une profonde indifférence pour le mode de vie des non-croyants.

Si les fondamentalistes présumés d’aujourd’hui croyaient vraiment avoir trouvé leur chemin vers la vérité, pourquoi se sentiraient-ils menacés par les non-croyants, pourquoi les envieraient-ils ?

Lorsqu’un bouddhiste rencontre un hédoniste occidental, il ne le condamne aucunement. Il note avec bienveillance que la recherche du bonheur de l’hédoniste est une entreprise vouée à l’échec.

Contrairement aux véritables fondamentalistes, les terroristes pseudo-fondamentalistes sont profondément préoccupés, intrigués, fascinés par la vie immorale des non-croyants. On sent qu’en luttant contre les pécheurs ils luttent aussi contre leur propre tentation.

C’est à cet égard que le diagnostic de Yeats s’éloigne de notre embarras actuel : l’ardeur des passions des terroristes trahit un manque d’authentiques convictions. La foi des musulmans doit être bien fragile pour qu’ils se sentent menacés par une stupide caricature dans un hebdomadaire satirique.

La terreur du fondamentalisme islamique n’est pas ancrée dans la certitude des terroristes d’être supérieurs ou dans leur désir de protéger leur identité culturelle et religieuse contre l’assaut de la civilisation consumériste mondiale.

Le problème des fondamentalistes n’est pas que nous les jugeons inférieurs à nous, mais plutôt qu’ils se sentent secrètement inférieurs. C’est pourquoi nos assurances condescendantes politiquement correctes, selon lesquelles nous ne nous sentons pas supérieurs, ne parviennent qu’à les rendre plus furieux et à nourrir leur ressentiment.

Le problème n’est pas la différence culturelle (c’est-à-dire les efforts pour préserver leur identité). Au contraire, c’est que les fondamentalistes sont déjà comme nous, secrètement, ils ont déjà assimilé nos normes et s’y mesurent. Paradoxalement, il manque aux fondamentalistes une dose de la véritable conviction “raciste” de leur propre supériorité.

Le libéralisme a besoin de l’aide de la gauche radicale

Les vicissitudes récentes du fondamentalisme musulman confirment l’analyse ancienne de Walter Benjamin, selon lequel « chaque fascisme est l’envers d’une révolution ratée » : la recrudescence du fascisme est un échec de la gauche, mais c’est aussi la preuve d’un potentiel révolutionnaire, d’une insatisfaction que la gauche n’a pas su mobiliser.

N’en est-il pas de même pour le prétendu « islamo-fascisme » d’aujourd’hui ? La montée de l’islamisme radical n’est-elle pas l’exact corrélé de la disparition de la gauche laïque dans les pays musulmans ?

Au printemps 2009, lorsque les talibans ont conquis la vallée de Swat au Pakistan, le New York Times a expliqué qu’ils avaient fomenté “une révolte des classes exploitant de profondes fissures entre un petit groupe de riches propriétaires terriens et leurs locataires sans terre”.

Toutefois, si en “profitant” de la détresse des paysans, les talibans “donnent l’alarme sur les risques encourus par le Pakistan, notamment régi par un système féodal”, qu’est-ce qui empêche les démocrates libéraux du Pakistan et des Etats-Unis de « profiter » eux aussi de cette détresse pour essayer d’aider les paysans sans terre ? La triste implication de cette situation vient du fait que les forces féodales au Pakistan sont « l’allié naturel » de la démocratie libérale.

Il faut abandonner l’autosatisfaction suffisante du libéral laxiste

Qu’en est-il des valeurs essentielles du libéralisme : liberté, égalité, etc. ? Le paradoxe, c’est que le libéralisme n’est lui-même pas assez fort pour les sauver de l’assaut fondamentaliste. Le fondamentalisme est une réaction – une réaction fausse et déconcertante, évidemment – à un véritable défaut du libéralisme, c’est pourquoi il est constamment engendré par ce dernier.

Laissé à lui-même, le libéralisme s’anéantira à petit feu – la seule chose qui peut sauver ses valeurs essentielles est un renouveau de la gauche. Pour la survie de son héritage clé, le libéralisme a besoin de l’aide amicale de la gauche radicale. C’est la seule façon de vaincre le fondamentalisme et de lui couper l’herbe sous le pied.

Pour mener une réflexion après les assassinats de Paris, il faut abandonner l’autosatisfaction suffisante du libéral laxiste et accepter que le conflit entre le laxisme libéral et le fondamentalisme est en réalité un faux conflit – un cercle vicieux entre deux pôles interdépendants.

La déclaration de Max Horkheimer dans les années 1930 sur le fascisme et le capitalisme – ceux qui ne veulent pas s’engager dans la critique du capitalisme doivent s’abstenir de débattre sur le fascisme – devrait être appliquée au fondamentalisme d’aujourd’hui : ceux qui ne veulent pas s’engager dans la critique de la démocratie libérale doivent aussi s’abstenir de débattre sur le fondamentalisme religieux.

 Voir encore:

Un islam sans racines ni culture

Olivier Roy, politologue

Le 1 hebdo

19 janvier 2015

Il s’agit d’abord d’une dérive. Dérive de jeunes souvent venus, mais pas toujours, des zones grises et fragiles de la société – seconde génération d’immigrés, en précarité sociale, ayant tâté de la petite délinquance. Mais la dérive peut être plus personnelle, plus psychologique et moins liée à l’environnement social, comme on le voit chez les convertis (qui représentent 22 % des jeunes Français qui rejoignent le djihad en Syrie). Ce n’est pas une partie de la population française musulmane qui se tourne vers le djihad et le terrorisme, c’est une collection d’individus, de solitaires, qui se resocialisent dans le cadre d’une petite bande ou d’un petit groupe qui se vit comme l’avant-garde d’une communauté musulmane, laquelle n’a pour eux aucune réalité sociale concrète, mais relève de l’imaginaire : aucun n’était inséré dans une sociabilité de masse, qu’elle soit religieuse, politique ou associative. Ils étaient polis mais invisibles : « avec eux, c’était juste bonjour-bonsoir » est un leitmotiv des voisins effarés. Ils parlent pêle-mêle de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Tchétchénie, des musulmans massacrés dans le monde, mais aucun n’évoque le racisme, l’exclusion sociale ou le chômage, et ils ne citent la Palestine que parmi la litanie des contentieux. Bref, il faut se méfier d’une explication, populaire à « gauche », selon laquelle l’exclusion sociale et le conflit israélo-palestinien radicaliseraient les jeunes.

Terroristes ou djihadistes, ils se construisent un statut de héros, de guerriers qui vengent le Prophète, l’oumma, la femme musulmane ; ils se mettent en scène (vidéos, caméras GoPro), ne préparent ni leur fuite ni de lendemains qui chantent, et meurent en direct à la une des journaux télévisés, dans un bref spasme de toute-puissance. Leur nom est sur toutes les lèvres : héros ou barbares, ils s’en fichent, l’effet de terreur et de renommée est atteint. En ce sens, ils sont bien le produit d’une culture nihiliste et individualiste de la violence que l’on retrouve dans d’autres secteurs de la jeunesse (chez les jeunes qui attaquent leur propre école, le « syndrome de Columbine »).

Il y a beaucoup de rebelles en quête d’une cause, mais la cause qu’ils peuvent choisir n’est évidemment pas neutre. Un meurtre au nom de l’islam a un autre impact qu’un mitraillage dans une école commis par un élève, ou qu’une séance de torture ordonnée par un petit trafiquant de drogue.

Merah, les frères Kouachi ou le « djihadiste normand », Maxime Hauchard, se sont radicalisés selon une référence religieuse, celle de l’islam. Et dans cette mouvance ils ne sont pas les seuls. C’est cette radicalisation qu’on désigne sous le nom de « communautarisation ». On fait de la communautarisation une dérive collective et non plus individuelle, et qui serait dans le fond le terreau qui conduirait à « ça ». En somme, une partie de la population musulmane ferait sécession pour se replier sur une identité culturelle et religieuse qui en ferait désormais la cinquième colonne d’une civilisation musulmane en crise.

Le « retour du religieux » casserait ainsi le consensus national sur les valeurs de la République. La réponse spontanée de l’opinion publique et le discours explicite des dirigeants politiques ont consisté à mettre en avant un consensus national (tolérance, laïcité, citoyenneté) dont la manifestation du 11 janvier a été une remarquable « mise en scène » spontanée et populaire.

On pourrait s’interroger sur ce consensus national, dont on exclut le Front national. On pourrait se demander si les participants à la « Manif pour tous » en font partie, eux qui croient qu’il y a un sacré que la liberté des hommes ne saurait remettre en cause. On pourrait enfin se demander si la « laïcité » ne fabrique pas à son tour un sacré qui échapperait à la liberté d’expression.

Mais revenons au « retour du religieux » et au communautarisme. Tout montre que ce religieux n’est pas importé d’une culture étrangère, mais est reconstruit à partir d’une déculturation profonde des nouvelles générations. Le salafisme, qui en est l’expression la plus pure, rejette toutes les cultures à commencer par la culture musulmane et sa propre histoire. L’Arabie saoudite vient de détruire tout ce qui reste des sites historiques et archéologiques de La Mecque pour y construire des centres commerciaux à l’américaine consacrés au consumérisme contemporain. La Mecque aujourd’hui, c’est Las Vegas plus la charia.

Déculturation et absence de transmission conduisent toute une génération à se construire un islam réduit à des normes explicites (charia) et à des slogans détachés de tout contexte social (djihad) ; la « communauté » n’a aucune base sociologique réelle (institutions représentatives, réseaux scolaires ou associatifs) : elle est la mise en scène d’elle-même et rentre en ce sens dans la société du spectacle. Le fanatisme, c’est la religion qui n’a pas, pas encore ou plus de culture. Historiquement, l’islam comme le christianisme se sont « enculturés », aujourd’hui religion et culture se séparent.

La question est donc non pas de « réformer » l’islam, mais de « culturer » l’islam en l’insérant dans la société française. En mettant en avant une conception de la laïcité qui exclurait le religieux de l’espace public, on contribue à « fanatiser » le religieux.

Voir enfin:

Foreign fighter total in Syria/Iraq now exceeds 20,000; surpasses Afghanistan conflict in the 1980s

Peter R. Neumann, ICSR Director

The number of foreigners that have joined Sunni militant organizations in the Syria/Iraq conflict continues to rise. According to ICSR’s latest estimate, the total now exceeds 20,000 – of which nearly a fifth were residents or nationals of Western European countries.

The figures were produced in collaboration with the Munich Security Conference and will be included in the Munich Security Report – a new, annual digest on key developments in security and foreign policy.

They include estimates for 50 countries for which sufficient data and/or reliable government estimates were available. Southeast Asia remains a blind spot. Countries with 5 or less confirmed cases were omitted. With the exception of some Middle Eastern countries, all figures are based on data from the second half of 2014 and refer to the total number of travelers over the course of the entire conflict.

WESTERN EUROPE

Based on the 14 countries for which reliable data is available, we estimate that the number of foreigners from Western European countries has risen to almost 4,000. This is nearly double the figure we presented in December 2013, and exceeds the latest estimates by European Union officials.

The largest European countries – France, the UK, and Germany – also produce the largest numbers of fighters. Relative to population size, the most heavily affected countries are Belgium, Denmark, and Sweden.

Table 1: Western Europe

Country Estimate Per capita*
Austria 100-150 17
Belgium 440 40
Denmark 100-150 27
Finland 50-70 13
France 1,200 18
Germany 500-600 7.5
Ireland 30 7
Italy 80 1.5
Netherlands 200-250 14.5
Norway 60 12
Spain 50-100 2
Sweden 150-180 19
Switzerland 40 5
United Kingdom 500-600 9.5

*Up to; per million population.

REST OF THE WORLD

The estimated worldwide total is 20,730. This makes the conflict in Syria and Iraq the largest mobilization of foreigner fighters in Muslim majority countries since 1945. It now surpasses the Afghanistan conflict in the 1980s, which is thought to have attracted up to 20,000 foreigners.

With up to 11,000, the Middle East remains the dominant source of foreigners in the conflict. Another 3,000 were from countries of the former Soviet Union.

Table 2: Rest of the World

Country Estimate
Afghanistan 50
Albania 90
Algeria 200
Australia 100-250
Bahrain 12
Bosnia 330
Canada 100
China 300
Egypt 360
Israel/Palest. Territories 120
Jordan 1,500
Kazakhstan 250
Kosovo 100-150
Kuwait 70
Kyrgyzstan 100
Lebanon 900
Libya 600
Macedonia 12
Morocco 1,500
New Zealand 6
Pakistan 500
Qatar 15
Russia 800-1,500
Saudi-Arabia 1,500-2,500
Serbia 50-70
Somalia 70
Sudan 100
Tajikistan 190
Turkey 600
Turkmenistan 360
Tunisia 1,500-3,000
Ukraine 50
United Arab Emirates 15
United States of America 100
Uzbekistan 500
Yemen 110

RETURNEES

All figures are ‘conflict totals’. We estimate that between 5-10 per cent of the foreigners have died, and that a further 10-30 per cent have left the conflict zone, returning home or being stuck in transit countries. As a consequence, the number of foreigners that are currently on the ground in Syria and Iraq is likely to be significantly less than the figures provided.

BACKGROUND

ICSR has kept track of the number of foreign jihadist fighters in the Syrian/Iraqi conflict since 2012. We have published estimates in April and December 2013, and updated our figures in the run-up to UN Security Council Resolution 2178 in September 2014, for which ICSR served as external advisors.

As with previous estimates, it should be stressed that counting foreign fighters is no exact science. Our methodology has, in essence, remained the same (see here), except that we now have more experience in dealing with external sources and a greater number of credible government estimates. Other governmental and non-governmental organizations – working independently of us and using different sources and methods – have arrived at similar results.

 Voir par ailleurs:

Syriza vu du Québec
le Figaro
Mathieu Bock-Côté
30/01/2015

FIGAROVOX/CHRONIQUE – Chaque semaine, Mathieu Bock-Côté analyse, pour FigaroVox, l’actualité vue du Québec. Selon lui, la victoire de Syriza signifie un retour du politique qui passera par une remise à plat de la construction européenne.

Mathieu Bock-Côté est sociologue (Ph.D). Il est chargé de cours à HEC Montréal et chroniqueur au Journal de Montréal ainsi qu’à la radio de Radio-Canada. Il est l’auteur de plusieurs livres, parmi lesquels Exercices politiques (VLB, 2013), Fin de cycle: aux origines du malaise politique québécois (Boréal, 2012) et La dénationalisation tranquille: mémoire, identité et multiculturalisme dans le Québec post-référendaire (Boréal, 2007).

Les commentateurs ont vu dans le vote pour Syriza un référendum contre l’austérité et, partout dans le monde, la gauche «radicale» veut y voir un soulèvement populaire contre les banquiers et la finance. Il y a du vrai dans cette analyse, bien qu’il faille rappeler que l’austérité n’est pas infligée aux peuples de manière absolument arbitraire. Si la Grèce a subi encore plus durement que les autres pays la crise des dernières années, c’est qu’elle avait grossièrement truqué ses comptes publics. Il arrive que la réalité reprenne ses droits. Les Grecs peuvent peut-être se poser comme victimes du système européen. Ils devraient aussi se reconnaître victimes de l’incurie de leurs élites.

Mais la dérive de la Grèce allait au-delà des tricheries que nous connaissons. Elle symbolise, à bien des égards, la crise de l’État social à la grandeur de l’Occident. Dans la plupart des pays, la dette publique est devenue terriblement préoccupante. La gauche radicale n’y voit pourtant qu’un fantasme idéologique entretenu par des ultralibéraux pour justifier la déconstruction des services sociaux. Elle est le résultat d’un dérèglement de l’État social, qui laisse croire qu’une société peut vivre durablement au-dessus de ses moyens, sans que le système n’éclate un jour, tôt ou tard. Il y a probablement un mauvais usage de l’austérité: on ne saurait pourtant contester le nécessaire désendettement public. Il y a des limites à la déresponsabilisation des peuples.

Et pourtant, il faut aller au-delà de la seule protestation contre l’austérité pour comprendre l’excitation autour de Syriza, d’autant qu’elle va bien au-delà des alliés naturels de ce mouvement. Les élections européennes de mai 2014 ne mentaient pas: la tentation de la révolte couve sur le vieux continent et le vote grec vient le confirmer. Le système médiatique avait accueilli les résultats en associant le vote populaire à une nouvelle maladie politique, l’europhobie, manière comme une autre de pathologiser l’attachement à la souveraineté et à l’identité nationales.

Le cercle de la raison se rétrécissait encore un peu: un jour, tous ceux qui ne communieront pas à l’orthodoxie officielle seront phobes d’une manière ou d’une autre. N’assiste-t-on pas à la multiplication des phobies depuis une quinzaine d’années? Le désaccord idéologique est de moins en moins admis, ce qui entretient la colère des peuples, à qui on explique qu’ils doivent seulement s’adapter, le mieux possible, à un monde qu’ils ne peuvent plus construire de quelque manière que ce soit. Les élites politiques, dès lors, ne sont plus choisies selon leurs visions, mais selon leurs compétences, puisqu’elles auront à se plier à la seule politique possible.

La démocratie ne peut supporter durablement un tel assèchement de son imaginaire. À l’origine de cette révolte, il y a le sentiment d’une dépossession démocratique majeure, qui donne aux élites des partis consacrés l’allure d’équipes interchangeables, appliquant un même programme, qui est celui d’une mondialisation libérale qui pousse à la dissolution de la souveraineté nationale. Elle pousse aussi à la dissolution des identités nationales, même si ce thème n’était pas au cœur du discours de Syriza, qui en la matière, se campe indiscutablement à gauche. Mais faut-il parler de l’impuissance d’une classe politique particulière ou d’une impuissance du politique en général?

Avant d’opter une politique de gauche ou de droite, encore faut-il être capable de mener une politique. C’est probablement le sens de l’alliance circonstancielle entre la gauche radicale et la droite souverainiste, pour reconstituer une souveraineté grecque. On peut bien parler d’une révolte populiste, à condition de détacher ce terme de toute connotation négative. D’ailleurs, on sent l’intelligentsia soulagée de constater que le soulèvement populaire peut se mener à gauche. On le croit alors authentique. Aurait-elle applaudi avec autant d’énergie un parti en protestation contre l’Europe «austéritaire» qui se camperait à droite?

On connaît la prophétie souvent démentie de Francis Fukuyama sur la fin de l’histoire. L’histoire philosophique du monde se serait achevée avec la chute du communisme. La vieille question du régime qui alimentait la philosophie politique depuis l’Antiquité, aurait trouvé sa réponse définitive dans la démocratie de marché, et les peuples, désormais, pourraient simplement vaquer aux plaisirs rendus possibles par la prospérité mondialisée. Non seulement l’histoire se poursuit, avec sa fureur et ses violences, mais la question du régime s’est rouverte comme jamais.

On se fait croire, aujourd’hui, que nous vivons encore en démocratie. C’est naturellement faux. La souveraineté populaire a été vidée de son contenu partout en Occident, et particulièrement en Europe, par les cours de justice et la technostructure supranationale. On pourrait ajouter à ce portrait les médias dominants, qui délimitent l’espace du pensable et les marchés, qui misent sur leur prétendue infaillibilité pour rétrécir les choix économiques. On ne sera pas surpris de constater que l’appel à une renaissance démocratique passe en partie par un procès de la construction européenne. Sur quel principe fonder le pouvoir? Cette question s’impose à nouveau en remaniant les clivages idéologiques auxquels nous étions habitués.

Publicités

Star-spangled banner/200e: Des mots que personne ne peut se rappeler sur un air que personne ne peut chanter (A country made audible: From statement of national pride to vehicle for political protest, Francis Scott Key’s former drinking song celebrates its 200th birthday)

30 janvier, 2015

https://i1.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/e4/Ft._Henry_bombardement_1814.jpg

https://i0.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/39/By_Dawn%27s_Early_Light_1912.png

[The War of 1812] ‘s forgotten because the causes don’t resonate much today. We went to war to force the British to give up the removal of seamen from our ships and restrictions on our trade with Europe. Nowadays, nobody goes to war to uphold maritime rights. And to confuse the issues of causes, we invaded Canada. We could not challenge Britain on the high seas, so we thought we’d conquer Canada and force concessions on the maritime front. That made it look like a land grab, and that’s the way it’s looked at north of the border. (…)  The common view is that the war ended in a draw. But we invaded Canada in 1812 and in 1813, and in the west in 1814, and all three invasions pretty much ended in failure. It doesn’t look like we achieved our war aims. (…) Let me give you an old saw, a loose paraphrase of what a Canadian historian once said: Everybody’s happy with the outcome of the war. Americans are happy because they think they won, the Canadians are happy because they know they won and avoided being swallowed up by the United States, and the British are happiest because they’ve forgotten all about it. (…) I estimate the American deaths were 20,000, the British at 10,000, and Indians at maybe 7,500, but that was a much larger proportion of their population. (…) But (…) Canada wasn’t the end. It was the means. The end was to force Britain to give up their maritime activities. (…) The Republicans were anticipating what one anti-war Republican expected would be a holiday campaign — that Canada is to conquer herself through the principles of fraternity. (…) The popular view is that Washington D.C. was burned, but they only burned the White House, the Capitol, and the state and treasury department. We burned the Naval Yard to keep it out of their hands during our withdrawal. That was undoubtedly the low point of the war. But it was followed a month later by one of the high points, when the British threatened Baltimore but the Royal Navy couldn’t subdue Fort McHenry. That inspired the writing of « The Star Spangled Banner. » And then, in the last great campaign, the British were decisively defeated at New Orleans, and that was a game changer in how we remember the war. Don Hickey
And now they never meet in grove or green, by fountain clear or spangled starlight sheen. but they do square, that all their elves for fear creep into acorn cups and hide them there. Shakespeare (A Midsummer Night’s Dream, II, 2)
What stars do spangle heaven with such beauty as those two eyes become that heavenly face? Shakespeare (The taming of the shrew, IV, 5)
Je vous apporte, Messieurs, une cocarde qui fera le tour du monde et une institution civique et militaire qui doit triompher des vieilles tactiques de l’Europe et qui réduira les gouvernements arbitraires à l’alternative d’être battus s’ils ne l’imitent pas et renversés s’ils osent l’imiter. Lafayette
Qu’un sang impur abreuve nos sillons … Marseillaise
 Leur sang a purifié la terre qu’ils ont foulée … Et ce sera notre devise : « En Dieu est notre foi »… Star-Spangled Banner
O say, does that blood-striped banner still wave o’er the land of the fetter, and hut of the slave? Parodie abolitionniste
Oh say, do you hear, at the dawn’s early light, the shrieks of those Bondmen, whose blood is now streaming, from the merciless lash, while our banner in sight, with its stars mocking Freedom, is fitfully gleaming! Autre parodie abolitonniste
Oh! Who has not seen, by the dawn’s early light some poor bloated drunkard to his home weakly reeling with blear eyes and red nose most revolting to sight yet still in his breast not a throb of shame feeling? Parodie prohibitionniste
IT’S THE RANGE, STUPID ! (What can you expect from a « barroom ballad composed by a foreigner » and « words that nobody can remember to a tune nobody can sing » ?)

« It has a lot to do with the range. It’s a very wide range. Basically, the notes are very high.It’s traditionally sung in Bb major because going higher than that makes it hard for the altos and basses singing to get to the high note, and going lower makes it hard for the tenors and sopranos to manage.

Kenneth Slowik (Smithsonian Chamber Music Society)

http://americanhistory.si.edu/blog/2014/05/why-is-the-national-anthem-so-hard-to-sing.html

The Star-Spangled Banner” is actually a complex piece of classical music rife with challenges. It demands a one-and-a-half-octave vocal range, and its 19th-century lyrics trip singers up with archaic words like “ramparts. In a classical piece of music, the voice is taken to its extremes, from low to extremely high. That’s what makes it so exciting. ‘The Star-Spangled Banner’ has a very strong range, and it stays up in the high range for a long time. “pop music has a range of about four notes, and pop singers tend to get up to the high notes only by screaming. That’s the style. That’s what people have made millions of dollars doing. This can be treacherous, because pop singers generally “don’t have any real sense of pitch or key. They’re used to having an earphone playing music for them” onstage or during recordings. “If they’re going to hit the high note” — at the end of ‘land of the free’ — they have to start in the correct key. If they start in a key that’s too high, they don’t know it until they’re already in. They just crash and burn vocally. …  it becomes obvious that the singers don’t understand the meaning of the lyrics. The giveaway is when people sing the piece “with the biggest smile on their face that you’ve ever seen,” despite the fact that “the national anthem is not a happy song. They seem to be thinking, ‘If I just stand here and look emotional, I’m going to appear very American’ … or something. Michael Dean (Herb Albert School of Music)

It’s really not comfortable to sing. Most people have a limited range, and the song has a range that is so wide that most singers have a hard time with it. The national anthem requires a two-octave range, while most people are only comfortable singing within a single octave, Wilson said. Few can sing the melody perfectly. Right off the bat—’O say can you see’—it’s hard, » she said. « Then when you get into ‘And the rockets red glare,’ that’s pretty tricky because it’s so high. And then when singers attempt the high note on ‘The land of the free,’ sometimes it’s a disaster. Kathleen Wilson (music professor)

Some of the verses repeat, but the text is different, and you can easily interchange some of the words. For example, people often confuse gleaming (« twilight’s last gleaming ») and streaming (« The ramparts we watched were so gallantly streaming. ») Or in the case of Aguilera’s mangled version: « what so proudly we watched at the twilight’s last reaming. … Start the song out lower than what feels normal. The inordinately high note comes as a surprise if you start too high.
Robert Dundas  (FIU)

This was not during the pledge of allegiance. A woman was singing the Star Spangled Banner when that picture was taken. I was taught by my grandfather that you put your hand over your heart during the pledge, but during the Star Spangled Banner, you sing! (…) I have been pledging allegiance since I was a kid. (…) Just tell whoever sent it, they’re misinformed. Barack Hussein Obama

The truth is that right after 9/11, I had a pin. Shortly after 9/11, particularly because as we’re talking about the Iraq war, that became a substitute for, I think, true patriotism, which is speaking out on issues that are of importance to our national security. I decided I won’t wear that pin on my chest. Instead I’m going to try to tell the American people what I believe what will make this country great and hopefully that will be a testimony to my patriotism. Obama (Cedar Rapids, Iowa)
I think in the end it does have to be a broad us. It has to be democracy with a small ‘d.’ Obama (1995)
After a while, you start noticing people wearing a lapel pin, but not acting very patriotic. Not voting to provide veterans with resources that they need. Not voting to make sure that disability payments were coming out on time. My attitude is that I’m less concerned about what you’re wearing on your lapel than what’s in your heart. Obama (Independence, Iowa)
Whoever plays, sings or renders the “Star Spangled Banner” in any public place, theatre, motion picture hall, restaurant or café, or at any public entertainment, other than as a whole and separate composition or number, without embellishment or addition in the way of national or other melodies, or whoever plays, sings or renders the “Star Spangled Banner”, or any part thereof, as dance music, as an exit march or as a part of a medley of any kind, shall be punished by a fine of not more than one hundred dollars. Massachussets law (Section 9)
I think people who want to be a citizen of this country ought to learn English. And they ought to learn to sing the anthem in English. George W. Bush
Would the French accept people singing the La Marseillaise in English as a sign of French patriotism? Of course not. Mark Krikorian (Center for Immigration Studies)
Obama est le premier président américain élevé sans attaches culturelles, affectives ou intellectuelles avec la Grande-Bretagne ou l’Europe. Les Anglais et les Européens ont été tellement enchantés par le premier président américain noir qu’ils n’ont pu voir ce qu’il est vraiment: le premier président américain du Tiers-Monde. The Daily Mail
Culturellement, Obama déteste la Grande-Bretagne. Il a renvoyé le buste de Churchill sans la moindre feuille de vigne d’une excuse. Il a insulté la Reine et le Premier ministre en leur offrant les plus insignifiants des cadeaux. A un moment, il a même refusé de rencontrer le Premier ministre. Dr James Lucier (ancien directeur du comité des Affaire étrangères du sénat américain)
“The Anacreontic Song” was actually sung at the start of the Anacreontic Society’s meetings — a gentlemen’s club at the time. Though it was first performed at the Crown and Anchor Tavern in London, Clague claims that “It was a very fashionable restaurant. It had a ballroom that held 200 people which you could hold a two-hour symphony concert in — which was how you started a meeting of the Anacreontic Society. Modeling “The Star-Spangled Banner” after “The Anacreontic Song” would have been “hip and current,” at the time, according to Clague. ABC news
What is fascinating is just to revisit the use of text and words — how much information about social issues is being communicated in the text that wandered with the same melody but through different mutations and given different contexts. (…) I actually very much like our crazy tradition of the last 25 or 30 years of various genius contemporary pop musicians taking this tune and this moment, and turning it into something uniquely theirs at different events. I’m actually very amused and sometimes deeply moved. Thomas Hampson
It’s really sort of an amazing story of how the song has grown up alongside the country: You can really trace the history of the United States in the echoes of ‘The Star-Spangled Banner. (…) The song is a verb, and citizenship is a verb, and that these are part of a process of identity negotiation. (…) When people sing it, and when they put their whole heart and passion behind the song, they give voice to their own citizenship in a way that speaks of their vision of the country. (…) When you see the song [Jimi Hendrix’s famously unorthodox 1969 Woodstock rendition] as something that’s in the process of always becoming, you realize that it is our country — made audible. Mark  Clague
There was nothing obligatory about the early history of “The Star-Spangled Banner.” Behind Key’s words lay a melody — the so-called Anacreontic Song — endlessly adaptable to the causes of its day, from the French Revolution to abolition to temperance and women’s rights. Only in the last century has the anthem’s tune become inextricably connected to Key’s lyrics, and the lyrics to the sturdy patriotism of baseball and flag raising. The early struggle over the tune’s meaning will be captured in Mr. Hampson’s recital. “We will really tell the story of this song becoming so emblematic and, then eventually, officially, our national anthem, through its own story — its own broadsides, its own lyrics,” he said. (…) Star Spangled Music mainly focuses on K-12 educational projects teaching the history of the anthem. But it also tries to correct popular misconceptions — like the widespread assumption that the tune originated as a drinking song. “To Anacreon in Heaven,” as the melody was first known, had its debut around 1776 at a meeting of the Anacreontic Society, an amateur gentlemen’s music club in London. The song served as an after-dinner transition between a professional orchestral concert and participatory group singing. The society’s president wrote the original lyrics, an ode to the jovial Greek poet Anacreon. A trained tenor would perform the tune as a virtuoso set piece, with the conclusion of each refrain repeated heartily by the society’s member. (…) Its alcoholic repute was in part due to moralistic protests against the tune during the Prohibition era, when Congress was deciding whether to make it the official national anthem. Battling over the meaning of “The Star-Spangled Banner” is an essential — if overlooked — part of the song’s tradition. The Anacreontic Song was well known in the early American republic — most famously as “Adams and Liberty,” an impassioned defense of the second president. In 1793, an American Francophile published a new text for the song supporting the French Revolution; another writer countered with a version that suggested hanging the French ambassador. Key was familiar with the tune before he wrote the “Star-Spangled” verses, having already refashioned it as a paean to American naval heroics in 1805. Nine years later, stuck on a ship after negotiating the release of a prisoner, Key watched the British overnight siege of Baltimore during the War of 1812. When he saw the American flag still waving at dawn — an improbable victory — Key penned the stirring “Defense of Fort M’Henry,” with a rhyme scheme matched to the Anacreontic Song. (…) Perhaps more intriguing than the song’s origin, though, is its multifaceted and contentious American development. (…) Not until 1931 was it officially declared the national anthem. In the 19th century, the tune was regularly refashioned with lyrics to be, alternately, a rallying cry for abolitionists (“Oh, say do you hear, at the dawn’s early light, The shrieks of those bondmen, whose blood is now streaming”) or a temperance-movement indictment of alcohol (“Oh! who has not seen by the dawn’s early light, Some poor bloated drunkard to his home weakly reeling”). (…) Despite its initial wave of popularity, for several decades “The Star-Spangled Banner” ranked third behind “Hail Columbia” and “Yankee Doodle” as the default musical expression of national fervor. In the early days of the Civil War, the North and South both claimed the anthem — Key was, after all, a Maryland slave owner. Only during Reconstruction did it emerge as the predominant American hymn, entrenched by its association with flag-raising ceremonies practiced during the war. Complaints about the tune have remained mostly the same since that era — it’s foreign, it’s hard to sing, the words are not easy to remember. But even if the highest notes on “land of the free” are difficult to reach, the anthem’s hot-blooded history elevates it to the level of American iconography — a reminder that partisanship is crucial to democracy. The New York Times
Democracy is difficult and demanding. So is history. It can crack your voice; it can stir your soul; it can break your heart. The poem that Key wrote two hundred years ago, in a very different United States, ends with a question: Does the star-spangled banner yet wave over the land of the free and the home of the brave? The band plays; the band stops. But the song of democracy asks, of everyone who sings it, whether the brightest of our ideals have abided, through each dark and fierce night, into the faint and tender gleaming of dawn. Jill Lepore
The Star-Spangled Banner a un tel poids symbolique que la moindre déviation dans son interprétation se voit attribuer une signification particulière. Le 4 juillet 1941, sur toile de fond de Deuxième Guerre mondiale, le compositeur Igor Stravinsky a interprété pour la première fois un arrangement orchestral qui incorporait quelques harmonies inhabituelles. Cette interprétation a donné lieu à une altercation entre le musicien et la police de Boston, qui subodorait une infraction à la loi de l’État interdisant toute « altération » de l’hymne national. En 1968, pendant le championnat de baseball de la Major League, le chanteur portoricain José Feliciano a interprété The Star-Spangled Banner dans le style des chansons folkloriques contemporaines, en s’accompagnant à la guitare acoustique, et a déclenché une polémique. «Il y avait des gens qui voulaient me déporter, dira-t-il plus tard, comme si on pouvait être déporté à Porto-Rico. » (Porto-Rico est un territoire des États-Unis.) (…) Le style lent, spectral, aux accents de gospel qui était celui de Marvin Gaye quand il a interprété l’hymne national avant le début du match All-Star de la National Basketball Association en 1983, boîte à rythme à l’appui, a conféré à ce chant un caractère moderne surprenant. (…) Chanter The Star-Spangled Banner est la plupart du temps l’expression d’un sentiment de fierté nationale, mais à l’occasion c’est aussi une forme de protestation politique. En 2006, un enregistrement en espagnol (“Nuestro Himno”) se voulait une désapprobation de la politique d’immigration des États-Unis. L’interprétation de Jimi Hendrix au festival de musique de Woodstock en 1969 est devenue légendaire : son imitation de bombardements servant à dénoncer la guerre du Vietnam est l’adaptation radicale la plus connue de l’hymne national. (…) Au Super Bowl de 1991, quand Whitney Houston a chanté l’hymne national en ajoutant des fioritures au passage qui évoque sur des notes très élevées « la terre des gens libres » (“land of the free”), l’Amérique était en pleine guerre du Golfe, et elle a dédié son interprétation aux forces armées du pays. Douglas Wolk

Attention: un hymne national peut en cacher un autre !

Chant de guerre témoignage d’une victoire largement inattendue pour une guerre largement oubliée contre les Anglais, mélodie de chanson à boire britannique, auteur esclavagiste, hymne national aux multiples parodies et officiel depuis guère plus de 80 ans, paroles immémorisables et air inchantable, références aujourd’hui embarrassantes (et d’ailleurs plus chantées) tant au sang purificateur de l’ennemi (qui reste loin néanmoins du « sang impur » français) qu’au « Dieu en qui est notre foi »  …

Au lendemain du bicentenaire (que nous avions nous-même oublié) d’un hymne national aussi difficile à mémoriser qu’à chanter …

D’un pays qui s’en passera pendant un siècle et demi …

Et aujourd’hui dirigé par le premier président américain du Tiers-monde

Comment ne pas s’émerveiller, avec le site de l’ambassade des Etats-Unis …

De ce mélange si américain …

D’individualisme et d’unité comme de fierté nationale et de protestation politique …

Que ces interprétations particulières …

Qui de matches de baseball ou finales de basketball ou Superbowls …

Et entre la septième de dominante jugée sacrilège d’un Stravinsky et le patriotisme stratosphérique d’une Whitney Houston …

Les douceurs acoustiques d’un Jose Feliciano ou chaloupées d’un Marvin Gaye …

La dissidence explosive d’un Jimi Hendrix ou l’insurrection quasi-sécessioniste (« en español », s’il vous plait) d’une Olga Tanon

Sans compter la réécriture noire d’une René Marie ou le playback caché d’une Beyoncé

Apportent et « rendent audible », chacune à leur tour et avec leur touche chaque fois unique, au patrimoine (pour encore combien de temps) commun

De la Terre de la Liberté et du Pays des braves ?

Voir aussi:

L’hymne national américain: un défi vocal
Douglas Wolk

Ambasssade américaine

03 juillet 2014

Tradition oblige : on joue The Star-Spangled Banner (La bannière étoilée) au début de tous les matchs de baseball et de bien d’autres manifestations publiques. Il ne faut pas croire pour autant qu’il est facile à chanter, bien au contraire. Mais les interprètes qui ont les qualités vocales requises nous livrent au fil des ans des productions mémorables et uniques du symbole musical le plus marquant des États-Unis.

Quand il a été proclamé l’hymne national en 1931, le New York Herald Tribune l’a décrit en ces termes célèbres: « des mots que personne ne peut se rappeler sur un air que personne ne peut chanter ». La mélodie est une adaptation d’une chanson à boire britannique du XVIIIe siècle, et les paroles étaient au départ un poème rédigé il y a deux cents ans par Francis Scott Key (qui décrivait une bataille de la guerre de 1812). Il est terriblement difficile à chanter correctement parce qu’une octave et demie sépare les notes les plus basses des notes les plus élevées.

D’après un sondage réalisé en 2004, 39 % seulement des Américains sont capables de chanter correctement le troisième vers.

Franklin Bruno, parolier et auteur d’une histoire de la composition de chansons, The Inside of the Tune (à paraître), fait remarquer que l’hymne présageait l’avenir musical du pays à travers la manière dont le rythme et la rime interne du troisième distique (“And the rockets’ red glare, the bombs bursting in air …”) changent la tonalité du morceau en atténuant la qualité martiale des autres vers.

« Il est logique que notre hymne national ne suive pas exactement la forme de la ballade anglaise », estime Franklin Bruno.

The Star-Spangled Banner a un tel poids symbolique que la moindre déviation dans son interprétation se voit attribuer une signification particulière. Le 4 juillet 1941, sur toile de fond de Deuxième Guerre mondiale, le compositeur Igor Stravinsky a interprété pour la première fois un arrangement orchestral qui incorporait quelques harmonies inhabituelles. Cette interprétation a donné lieu à une altercation entre le musicien et la police de Boston, qui subodorait une infraction à la loi de l’État interdisant toute « altération » de l’hymne national.

En 1968, pendant le championnat de baseball de la Major League, le chanteur portoricain José Feliciano a interprété The Star-Spangled Banner dans le style des chansons folkloriques contemporaines, en s’accompagnant à la guitare acoustique, et a déclenché une polémique. «Il y avait des gens qui voulaient me déporter, dira-t-il plus tard, comme si on pouvait être déporté à Porto-Rico. » (Porto-Rico est un territoire des États-Unis.) Mais il a enregistré un single qui a connu un certain succès et, quand il a repris cette version à un match de championnat de baseball en 2012, le public a généralement vu dans son interprétation « un hymne de gratitude à un pays qui m’avait donné une chance ».

Le style lent, spectral, aux accents de gospel qui était celui de Marvin Gaye quand il a interprété l’hymne national avant le début du match All-Star de la National Basketball Association en 1983, boîte à rythme à l’appui, a conféré à ce chant un caractère moderne surprenant. Earvin “Magic” Johnson, la grande vedette de basket de l’équipe des Los Angeles Lakers, avait dit à l’époque que l’interprétation de Marvin Gaye l’avait empli de « fierté d’être Américain . . . on en aurait pleuré, tellement c’était bouleversant ».

Chanter The Star-Spangled Banner est la plupart du temps l’expression d’un sentiment de fierté nationale, mais à l’occasion c’est aussi une forme de protestation politique. En 2006, un enregistrement en espagnol (“Nuestro Himno”) se voulait une désapprobation de la politique d’immigration des États-Unis.

L’interprétation de Jimi Hendrix au festival de musique de Woodstock en 1969 est devenue légendaire : son imitation de bombardements servant à dénoncer la guerre du Vietnam est l’adaptation radicale la plus connue de l’hymne national. « Il n’y a rien de non orthodoxe », a-t-il déclaré à Dick Cavett en septembre 1969 qui l’interviewait dans une émission de télévision. « Je trouvais que c’était beau.»

Au Super Bowl de 1991, quand Whitney Houston a chanté l’hymne national en ajoutant des fioritures au passage qui évoque sur des notes très élevées « la terre des gens libres » (“land of the free”), l’Amérique était en pleine guerre du Golfe, et elle a dédié son interprétation aux forces armées du pays. Quelques semaines plus tard, sorti en single, c’était un tube. Son succès a été plus fulgurant encore quand il est sorti sur disque une deuxième fois dix ans plus tard, les recettes étant destinées aux pompiers et policiers de New York après les attentats du 11 Septembre. Les récentes interprétations de Beyoncé Knowles (notamment à l’investiture du président Obama en 2013) sont plus ou moins calquées sur le modèle de Whitney Houston, y compris l’enjolivement sur la note la plus élevée.

Après tout, ce n’est pas si mal que l’hymne soit difficile à chanter : les Américains jouissent de libertés qui ont été acquises à la dure. Au fil du temps, The Star-Spangled Banner est devenu un chant qui encourage l’expression de l’individualisme et de l’unité. Il y a quelque chose de logique là-dedans, aussi.

Voir aussi:

Oh, Say Can You Sing?
Douglas Wolk
US embassy
13 May 2014

Although “The Star-Spangled Banner” is performed before every baseball game and at many other public events, it’s notoriously hard to sing. But in its history, the song has allowed the performers who can sing it to create memorable and unique interpretations of the United States’ most prominent musical symbol.

When “The Star-Spangled Banner” became the national anthem in 1931, the New York Herald Tribune famously described it as “words that nobody can remember to a tune nobody can sing.” Its melody is adapted from an 18th-century drinking song, and its lyrics from a poem that Francis Scott Key wrote 200 years ago (describing a battle in the War of 1812). And it’s fiendishly hard to hit all the notes — the highest is an octave and a half above the lowest.

A 2004 poll found that only 39 percent of Americans could correctly complete the song’s third line.

Franklin Bruno, songwriter and author of a forthcoming history of songwriting, The Inside of the Tune, points out that the anthem anticipated the country’s musical future in the way the rhythm and rhyme scheme of each verse’s third couplet (“And the rockets’ red glare, the bombs bursting in air …”) change the song’s tone by softening the martial quality of the other lines.

“It’s fitting that our national anthem wouldn’t be in quite the strict English ballad form,” Bruno said.

The national anthem’s symbolic weight also means that when it is performed in anything but a straightforward way, listeners ascribe meaning to the deviation. On July 4, 1941, against the backdrop of World War II, composer Igor Stravinsky premiered an orchestral arrangement of the anthem that incorporated a few unusual harmonies. That performance led to a brief skirmish between Stravinsky and Boston police, who thought he’d violated a state law against “tampering” with the national anthem.

During the 1968 Major League Baseball World Series, Puerto Rican singer José Feliciano performed “The Star-Spangled Banner” in the style of a contemporary folk-pop song, accompanied by acoustic guitar. It caused a flurry of controversy: “Some people wanted me deported,” he later said, “as if you can be deported to Puerto Rico.” (Puerto Rico is a territory of the United States.) But Feliciano’s version became a minor hit single, and he said that by the time he reprised his version at a 2012 championship baseball game, it was generally understood by the audience as “an anthem of gratitude to a country that had given me a chance.”

Marvin Gaye’s slow, spectral, gospel-tinged rendition performed at the 1983 National Basketball Association All-Star game, accompanied by a drum machine, made the song sound shockingly modern. Former Los Angeles Lakers star Earvin “Magic” Johnson said Gaye’s performance gave him a feeling of “pride at being an American … you almost cried, it was so devastating.”

While singing “The Star-Spangled Banner” is most often a statement of national pride, it can also be a vehicle for political protest. A 2006 Spanish-language recording of the song (as “Nuestro Himno”) criticized American immigration policy.

Jimi Hendrix famously performed his rendition of the anthem at the 1969 Woodstock music festival as a protest against the Vietnam War. Complete with “bombing” sound effects, it is the best-known radical reworking of the anthem. “It’s not unorthodox,” Hendrix told television interviewer Dick Cavett in September 1969 about his interpretation of the anthem. “I thought it was beautiful.”

At the time of the 1991 Super Bowl, when Whitney Houston sang “The Star-Spangled Banner” — with a flourish on the high note of “land of the free” that propelled it even higher — America was in the middle of the Gulf War, and she dedicated her performance to the country’s military. It became a hit when it was released as a single a few weeks later. It was even more successful when it was re-released a decade later, with proceeds to benefit New York firefighters and police after the September 11, 2001, attacks. Beyoncé Knowles’ recent performances of the anthem (at President Obama’s 2013 inauguration, among other venues) have loosely followed Houston’s template, including its extra-high note.

That the anthem is hard to sing may be apt; Americans enjoy freedoms that have not come easily. Over time, “The Star-Spangled Banner” has become a song that invites expressions of individuality and of unity. There’s something fitting about that, too.

Voir également:

Music
How the National Anthem Has Unfurled
‘The Star-Spangled Banner’ Has Changed a Lot in 200 Years
William Robin

June 27, 2014

When the baritone Thomas Hampson sings “The Star-Spangled Banner” at the Library of Congress in Washington on Thursday, it won’t sound quite like the familiar tune belted out at ball games and presidential inaugurations.

A sprightly lilt will replace the usual slow waltz. A jaunty pickup will substitute for the stately descent of “O say.” The last two lines of each verse will be echoed by a septet of singers.

In short, it is how the anthem might have sounded 200 years ago, when Francis Scott Key wrote new lyrics to an old British melody aboard a ship in Baltimore’s harbor.

“Key wouldn’t really recognize what we sing today,” said the musicologist Mark Clague in a joint Skype interview with Mr. Hampson. “It’s missing a phrase of music, it’s at the wrong tempo, it’s much slower, it’s sung by a massed group of people instead of an individual soloist,” he added. A professor at the University of Michigan, Dr. Clague would know: He heads Star Spangled Music, an initiative celebrating the anthem’s bicentennial. While the actual anniversary is Sept. 14, Mr. Hampson’s recital allows for a Fourth of July tie-in.

“I hope that we can be part of something this year that reinvigorates a real connection to where this song came from, other than the obligatory tune that one sings before somebody throws a pitch,” Mr. Hampson said.

There was nothing obligatory about the early history of “The Star-Spangled Banner.” Behind Key’s words lay a melody — the so-called Anacreontic Song — endlessly adaptable to the causes of its day, from the French Revolution to abolition to temperance and women’s rights. Only in the last century has the anthem’s tune become inextricably connected to Key’s lyrics, and the lyrics to the sturdy patriotism of baseball and flag raising.

The early struggle over the tune’s meaning will be captured in Mr. Hampson’s recital. “We will really tell the story of this song becoming so emblematic and, then eventually, officially, our national anthem, through its own story — its own broadsides, its own lyrics,” he said.

For those unable to attend, that tale is audible on “Poets & Patriots,” a CD set that includes nearly 30 versions of the Anacreontic Song. There is also a forthcoming Star Spangled Songbook, with scores ready for performance. (New Yorkers can hear one of them, a Toscanini arrangement of the anthem, at the New York Philharmonic’s Star-Spangled Celebration concerts at Avery Fisher Hall next weekend.)

Star Spangled Music mainly focuses on K-12 educational projects teaching the history of the anthem. But it also tries to correct popular misconceptions — like the widespread assumption that the tune originated as a drinking song.

“To Anacreon in Heaven,” as the melody was first known, had its debut around 1776 at a meeting of the Anacreontic Society, an amateur gentlemen’s music club in London. The song served as an after-dinner transition between a professional orchestral concert and participatory group singing. The society’s president wrote the original lyrics, an ode to the jovial Greek poet Anacreon. A trained tenor would perform the tune as a virtuoso set piece, with the conclusion of each refrain repeated heartily by the society’s members

“It’s not a drinking song in the way its reputation would lead people to believe, in the sense of a pub ditty,” Dr. Clague said. “You had to have a harpsichord and four-part harmony, so it just doesn’t work very well in a pub.”

Its alcoholic repute was in part due to moralistic protests against the tune during the Prohibition era, when Congress was deciding whether to make it the official national anthem. Battling over the meaning of “The Star-Spangled Banner” is an essential — if overlooked — part of the song’s tradition.

The Anacreontic Song was well known in the early American republic — most famously as “Adams and Liberty,” an impassioned defense of the second president. In 1793, an American Francophile published a new text for the song supporting the French Revolution; another writer countered with a version that suggested hanging the French ambassador.

Key was familiar with the tune before he wrote the “Star-Spangled” verses, having already refashioned it as a paean to American naval heroics in 1805. Nine years later, stuck on a ship after negotiating the release of a prisoner, Key watched the British overnight siege of Baltimore during the War of 1812. When he saw the American flag still waving at dawn — an improbable victory — Key penned the stirring “Defense of Fort M’Henry,” with a rhyme scheme matched to the Anacreontic Song.

Within a week, the lyrics were printed in Baltimore newspapers, with an indication that they be paired to the familiar British melody. Key supervised a full musical arrangement by the composer and publisher Thomas Carr — issued as “The Star-Spangled Banner” — which Mr. Hampson will sing on Thursday.

About a dozen copies of the Carr arrangement are known to exist. One is on display at the Morgan Library & Museum in Manhattan through Sept. 7. Another is held by the Library of Congress, an institution entwined with the history of the anthem, which has an exhibition about the song running through July 7. “In many ways the story of the research into ‘The Star-Spangled Banner’ is the story of the music division of the Library of Congress,” Dr. Clague said.

In 1907, Oscar Sonneck — the music division’s first chief — began a full investigation of the anthem’s history. His scrupulous report raised as many questions about the song’s history as it answered: Sonneck urged his readers not to “accept a single statement of fact or argument unless the evidence submitted compels him to do so.”

Sonneck couldn’t conclusively identify the composer of the Anacreontic Song, then a musicological riddle. A later congressional librarian believed it was a military tune of obscure origins; others attributed it to Samuel Arnold, who had published a volume of Anacreontic melodies. Only in the 1970s did the librarian William Lichtenwanger — following the chance discovery of a diary entry hidden in a 10-volume manuscript — successfully attribute the tune to the composer John Stafford Smith, a hired hand who never actually joined the Anacreontic Society.

Perhaps more intriguing than the song’s origin, though, is its multifaceted and contentious American development. “It’s really sort of an amazing story of how the song has grown up alongside the country: You can really trace the history of the United States in the echoes of ‘The Star-Spangled Banner,’ ” Dr. Clague said.

Not until 1931 was it officially declared the national anthem. In the 19th century, the tune was regularly refashioned with lyrics to be, alternately, a rallying cry for abolitionists (“Oh, say do you hear, at the dawn’s early light, The shrieks of those bondmen, whose blood is now streaming”) or a temperance-movement indictment of alcohol (“Oh! who has not seen by the dawn’s early light, Some poor bloated drunkard to his home weakly reeling”).

“What is fascinating is just to revisit the use of text and words — how much information about social issues is being communicated in the text that wandered with the same melody but through different mutations and given different contexts,” Mr. Hampson said. “Quite frankly, the issues fall under what we would call human rights.”

Despite its initial wave of popularity, for several decades “The Star-Spangled Banner” ranked third behind “Hail Columbia” and “Yankee Doodle” as the default musical expression of national fervor. In the early days of the Civil War, the North and South both claimed the anthem — Key was, after all, a Maryland slave owner. Only during Reconstruction did it emerge as the predominant American hymn, entrenched by its association with flag-raising ceremonies practiced during the war.

Complaints about the tune have remained mostly the same since that era — it’s foreign, it’s hard to sing, the words are not easy to remember. But even if the highest notes on “land of the free” are difficult to reach, the anthem’s hot-blooded history elevates it to the level of American iconography — a reminder that partisanship is crucial to democracy. For Dr. Clague, it is a testament that “the song is a verb, and citizenship is a verb, and that these are part of a process of identity negotiation.”

“When people sing it, and when they put their whole heart and passion behind the song, they give voice to their own citizenship in a way that speaks of their vision of the country,” Dr. Clague said. If diva performances of the anthem by Beyoncé or Renée Fleming don’t quite embrace that ethos of national introspection, perhaps resurrecting the tune’s original multiplicity of meanings might.

Dr. Clague and Mr. Hampson, however, don’t want to overturn today’s patriotic conventions. “I actually very much like our crazy tradition of the last 25 or 30 years of various genius contemporary pop musicians taking this tune and this moment, and turning it into something uniquely theirs at different events,” Mr. Hampson said. “I’m actually very amused and sometimes deeply moved.”

And among other research interests, Dr. Clague has long been fascinated by Jimi Hendrix’s famously unorthodox 1969 Woodstock rendition. “When you see the song as something that’s in the process of always becoming,” he said, “you realize that it is our country — made audible.”

Voir encore:

The Gleaming
Jill Lepore
The New Yorker
June 16, 2014

At the first game of the 1918 World Series, in Chicago, Babe Ruth pitched for the Red Sox, and a leftie called Hippo Vaughn pitched for the Cubs. An American flag flew from the right-field pole, snapping in the wind like a whip. During the seventh-inning stretch, the band played a song never before played at a major-league baseball game: “The Star-Spangled Banner.” In the stands, fans scrambled to their feet and doffed their caps and sang as best they could, quietly at first. The poem that Francis Scott Key wrote in 1814 can be very hard to sing.

Key, a lawyer, wrote what came to be called “The Star-Spangled Banner” outside Baltimore, at the end of the War of 1812, after seeing, by the dawn’s early light, that the American flag, with its broad stripes and bright stars, was still flying over the ramparts of Fort McHenry, despite having been bombarded all through the night by British cannon fire—their rockets’ red glare, their bombs bursting in air. Set to music and published, Key’s poem got popular. From the start, people made up their own words. Key was a slaveholder and, as a U.S. Attorney, opposed abolition in print and in court. Abolitionists sang a song of protest: “O say, does that blood-striped banner still wave / O’er the land of the fetter, and hut of the slave?” Key died in 1843. In 1857, his brother-in-law and former law partner, U.S. Supreme Court Chief Justice Roger B. Taney, wrote the most infamous legal opinion in American history, in the case of Dred Scott v. Sandford: he said that Americans descended from Africans “are not included, and were not intended to be included, under the word ‘citizens’ in the Constitution.” Frederick Douglass called Taney’s decision monstrous. Abraham Lincoln said that the nation could not endure half slave and half free. In the civil war that followed, more than seven hundred thousand Americans died.

In 1917, the United States entered the First World War, and “The Star-Spangled Banner” became the official anthem of the Army and Navy. Many Americans opposed the war. Congress passed laws meant to silence that opposition; dissenters were jailed. At the 1918 World Series, when the band played “The Star-Spangled Banner” during the seventh-inning stretch, Fred Thomas, the Red Sox third baseman—a Navy sailor on furlough—stood at military attention. The applause was like thunder. There was more thunder to come. During the eighth inning, warplanes flew over the field. Babe Ruth pitched a shutout; the Red Sox won. But it was the singing of the song that everyone remembered. In 1931, Congress made “The Star-Spangled Banner” the national anthem. Before then, there hadn’t been one.

No nation has a single history, no people a single song. Woody Guthrie wrote “This Land Is Your Land,” a populist anthem about the poor and the needy, in 1940: “As they stood there hungry, I stood there asking / Is this land made for you and me?” In the nineteen-forties and nineteen-fifties, wars abroad were followed by struggles for justice at home. Civil-rights activists sang Guthrie’s song while they marched, walking that ribbon of highway, seeing that endless skyway.

Key’s song carried on. In the nineteen-sixties, what started as a song of war came to mean something more, something searching and grave. In 1969, at Woodstock, while Americans were fighting in Vietnam, Jimi Hendrix, who’d been honorably discharged from the 101st Airborne, played the national anthem on his guitar, angry and mournful and shattering. “I’m American, so I played it,” he said later. “I thought it was beautiful.” It became, in that moment, an anthem of dissent.

Democracy is difficult and demanding. So is history. It can crack your voice; it can stir your soul; it can break your heart. The poem that Key wrote two hundred years ago, in a very different United States, ends with a question: Does the star-spangled banner yet wave over the land of the free and the home of the brave? The band plays; the band stops. But the song of democracy asks, of everyone who sings it, whether the brightest of our ideals have abided, through each dark and fierce night, into the faint and tender gleaming of dawn.

Voir aussi:

Spanish ‘Banner’ draws protest
USA Today
4/29/2006

MIAMI (AP) — British music producer Adam Kidron says he just wanted to honor the millions of immigrants seeking a better life in the U.S. when he came up with the idea of a Spanish-language version of the national anthem.
The initial version of Nuestro Himno, or Our Anthem comes out Friday and features artists such as Wyclef Jean, hip-hop star Pitbull and Puerto Rican singers Carlos Ponce and Olga Tanon.

Some Internet bloggers and others are infuriated by the thought of The Star-Spangled Banner sung in a language other than English, and the version of the song has already been the target of a fierce backlash.

« Would the French accept people singing the La Marseillaise in English as a sign of French patriotism? Of course not, » said Mark Krikorian, head of the Washington-based Center for Immigration Studies, a think tank that supports tighter immigration controls.

Nuestro Himno uses lyrics based closely on the English-language original, said Kidron, who heads the record label Urban Box Office.

Pro-immigration protests are planned around the country for Monday, and the record label is urging Hispanic radio stations nationwide to play the cut at 7 p.m. ET Friday in a sign of solidarity.

A remix to be released in June will contain several lines in English that condemn U.S. immigration laws. Among them: « These kids have no parents, cause all of these mean laws … let’s not start a war with all these hard workers, they can’t help where they were born. »

Bryanna Bevens of Hanford, Calif., who writes for the immigration-focused Web magazine Vdare.com, said the remix particularly upset her.

« It’s very whiny. If you want to say all those things, by all means, put them on your poster board, but don’t put them on the national anthem, » she said.

Kidron, a U.S. resident for 16 years, maintains the changes are fitting. After all, he notes, American immigrants borrowed the melody of the Star Spangled Banner from an English drinking song.

« There’s no attempt to usurp anything. The intent is to communicate, » Kidron said. « I wanted to show my thanks to these people who buy my records and listen to the music we release and do the jobs I don’t want to do. »

Kidron said the song also will be featured on the album Somos Americanos, which will sell for $10, with $1 going to the National Capital Immigration Coalition, a Washington group.

James Gardner, an associate director of the Smithsonian’s National Museum of American History, said Americans have long enjoyed different interpretations of the Star Spangled Banner, including country or gospel arrangements.

« There are a number of renditions that people aren’t happy with, but that’s part of it — that it means enough for people to try to sing, » he said.

Pitbull, whose real name is Armando Perez, said this country was built by immigrants, and « the meaning of the American dream is in that record: struggle, freedom, opportunity, everything they are trying to shut down on us. »

At least one prominent American said the national anthem should be performed in its original language.

When the president was asked whether the anthem should be sung in Spanish, he replied: « I think the national anthem ought to be sung in English, » President Bush said Friday at a Rose Garden question-and-answer session with reporters.

Immigrants aiming for citizenship should learn English, Bush said.

« One of the important things here is that we not lose our national soul, » he said.

The president’s comments came amid a burgeoning national debate — and congressional fight — over legislation pending in Congress, and pushed by Bush, to overhaul U.S. immigration law. Large numbers of immigrant groups have planned an economic boycott next week to dramatize their call for legislation providing legal status for millions of people in the United States illegally.

« I am not a supporter of boycotts, » Bush said. « I am a supporter of comprehensive immigration reform. … I think that most Americans agree that we’ve got to enforce our border. »

Voir également:

Spanish ‘Star Spangled Banner’ — Touting the American Dream or Offensive Rewrite?
Jim Avila
ABC
April 27, 2006

« The Star Spangled Banner » has provided the soundtrack to our national pastime since 1918, when the spirited tune debuted at a baseball game.

Now there is a new version with changes to the time-honored lyrics.

A group of Spanish music stars has presented its own take on the national anthem for Latino immigrants, in their native language, titled « Nuestro Himno » or « Our Anthem. »

The idea came from music executive Adam Kidron, who sympathized with the recent immigrant demonstrations but was troubled by the number of Mexican flags in the crowd.

He hopes the new Spanish-language version of the national anthem will demonstrate Latino patriotism and encourage more American flags at the demonstrations.

« It has the passion, it has the respect, it has all of the things that you really want an anthem to have and it carries the melody, » said Kidron.

Altered Lyrics Tone Down Battle
« The Star Spangled Banner » has endured some extreme versions — from Jimmy Hendrix’s explosive guitar rendition to one from soul signer Marvin Gaye — since Francis Scott Key first wrote the poem while watching the British bombard an American fort during the War of 1812.

The current version will likely spark debate, because it is not an exact translation. Some of the classic lyrics have been changed for rhyming reasons while other phrases were altered to soften war references. For example:

English version: And the rockets red glare, bombs bursting in air gave proof through the night that our flag was still there.

Spanish version: In the fierce combat, the sign of victory, the flame of battle in step with liberty through the night it was said it was being defended.

The original author’s great-great grandson, Charles Key, finds the Spanish version unpatriotic and is adamant that it should be sung only in English.

« I think its a despicable thing that someone is going into our society from another country and … changing our national anthem, » Key said.

Those behind the new song say Key and others miss the point. The Spanish version is meant to show immigrant pride in a new country where they live and work.

It will be heard across the country at 7 p.m. ET tomorrow, debuting simultaneously on more than 700 Spanish language radio stations.

Voir encore:

An Anthem’s Discordant Notes
Spanish Version of ‘Star-Spangled Banner’ Draws Strong Reactions
David Montgomery
The Washington Post
April 28, 2006

Oh say can you see — a la luz de la aurora?

The national anthem that once endured the radical transformation administered by Jimi Hendrix’s fuzzed and frantic Stratocaster now faces an artistic dare at least as extreme: translation into Spanish.

The new take is scheduled to hit the airwaves today. It’s called « Nuestro Himno » — « Our Anthem » — and it was recorded over the past week by Latin pop stars including Ivy Queen, Gloria Trevi, Carlos Ponce, Tito « El Bambino, » Olga Tañon and the group Aventura. Joining and singing in Spanish is Haitian American artist Wyclef Jean.

The different voices contribute lines the way 1985’s « We Are the World » was put together by an ensemble of stars. The national anthem’s familiar melody and structure are preserved, while the rhythms and instrumentation come straight out of Latin pop.

Can « The Star-Spangled Banner, » and the republic for which it stands, survive? Outrage over what’s being called « The Illegal Alien Anthem » is already building in the blogosphere and among conservative commentators.

Timed to debut the week Congress returned to debate immigration reform, with the country riven by the issue, « Nuestro Himno » is intended to be an anthem of solidarity for the movement that has drawn hundreds of thousands of people to march peacefully for immigrant rights in Washington and cities across the country, says Adam Kidron, president of Urban Box Office, the New York-based entertainment company that launched the project.

« It’s the one thing everybody has in common, the aspiration to have a relationship with the United States . . . and also to express gratitude and patriotism to the United States for providing the opportunity, » says Kidron.

The song was being prepared for e-mailing as MP3 packages to scores of Latino radio stations and other media last night, and Kidron was calling for stations to play the song simultaneously at 7 Eastern time this evening.

However, the same advance buzz that drew singers to scramble for inclusion in the recording sessions this week in New York, Miami, Texas, Mexico, Puerto Rico and the Dominican Republic has also spurred critics who say rendering the song in Spanish is a rejection of assimilation into the United States.

Even some movement supporters are puzzled by the use of Spanish.

« Even our Spanish media are saying, ‘Why are we doing this, what are you trying to do?’  » said Pedro Biaggi, the morning host with El Zol (99.1 FM), the most popular Hispanic radio station in the Washington area. « It’s not for us to be going around singing the national anthem in Spanish. . . . We don’t want to impose, we don’t own the place. . . . We want to be accepted. »

Still, Biaggi says he will play « Nuestro Himno » this morning if the song reaches the station in time. But he will talk about the language issue on the air and solicit listeners’ views. He says he accepts the producers’ explanation that the purpose is to spread the values of the anthem to a wider audience. He adds he will also play a version of « The Star-Spangled Banner » in English — as he aired the Whitney Houston version earlier this week, when the controversy was beginning to brew.

In the Spanish version, the translation of the first stanza is relatively faithful to the spirit of the original, though Kidron says the producers wanted to avoid references to bombs and rockets. Instead, there is « fierce combat. » The translation of the more obscure second stanza is almost a rewrite, with phrases such as « we are equal, we are brothers. »

An alternate version to be released next month includes a rap in English that never occurred to Francis Scott Key:

Let’s not start a war

With all these hard workers

They can’t help where they were born

« Nuestro Himno » is as fraught with controversial cultural messages as the psychedelic « Banner » Hendrix delivered at the height of the Vietnam War.

Pressed on what he was trying to say with his Woodstock performance in 1969, Hendrix replied (according to biographer Charles Cross), « We’re all Americans. . . . It was like ‘Go America!’ . . . We play it the way the air is in America today. »

Now the national anthem is being remade again according to the way the air is in America, and the people behind « Nuestro Himno » say the message once more is: We’re all Americans. It will be the lead track on an album about the immigrant experience called « Somos Americanos, » due for release May 16. One dollar from each sale will go to immigrant rights groups, including the National Capital Immigration Coalition, which organized the march on the Mall on April 10.

But critics including columnist Michelle Malkin, who coined « The Illegal Alien Anthem » nickname, say the rendition crosses a line that Hendrix never stepped over with his instrumental version. Transforming the musical idiom of « The Star-Spangled Banner » is one thing, argue the skeptics, but translating the words sends the opposite message: We are not Americans.

« I’m really appalled. . . . We are not a bilingual nation, » said George Taplin, director of the Virginia Chapter of the Minuteman Civil Defense Corps, part of a national countermovement that emphasizes border control and tougher enforcement, and objects to public funding for day-laborer sites. « When people are talking about becoming a part of this country, they should assimilate to the norm that’s already here, » Taplin said. « What we’re talking about here is a sovereign nation with our ideals and our national identity, and that [anthem] is one of the icons of our nation’s identity. I believe it should be in English as it was penned. »

Yet, even in English, 61 percent of adults don’t know all the words, a recent Harris poll found.

Appealing to such symbols of national identity to plug into their profound potency is how new movements compete for space within that identity. During the rally on the Mall, the immigrants and their supporters also waved thousands of American flags and recited the Pledge of Allegiance. But they didn’t translate the pledge into Spanish. They said it in English.

Juan Carlos Ruiz, the general coordinator of the National Capital Immigration Coalition, said there’s not a contradiction. The pledge was printed phonetically for Spanish speakers, and many reciting the sounds may not have understood the meaning. Putting the anthem in Spanish is a way to relay the meaning to people who haven’t learned English yet, Ruiz said.

« It’s part of the process to learn English, » not a rejection of English, he said.

While critics sketch a nightmare scenario of a Canada-like land with an anthem sung in two languages, immigrant rights advocates say they agree learning English is essential. Studies of immigrant families suggest the process is inevitable: Eighty-two percent to 90 percent of the children of immigrants prefer English.

« The first step to understanding something is to understand it in the language you understand, and then you can understand it in another language, » said Leo Chavez, director of Chicano/Latino Studies at the University of California at Irvine. « What this song represents at this moment is a communal shout, that the dream of America, which is represented by the song, is their dream, too. »

Since its origins as the melody to an English drinking song called « To Anacreon in Heaven, » circa 1780, « The Star-Spangled Banner » has had a long, strange trip. Key wrote the poem after watching the bombardment of Fort McHenry in 1814. It became the national anthem in 1931.

At least 389 versions have been recorded, according to Allmusic.com, a quick reference used by musicologists to get a sense of what’s on the market. Now that Hendrix’s « Banner » has mellowed into classic rock, it’s hard to imagine that once some considered it disrespectful. The other recordings embrace a vast musical universe: from Duke Ellington to Dolly Parton to Tiny Tim. But musicologists cannot name another foreign-language version.

« America is a pluralistic society, but the anthem is a way that we can express our unity. If that’s done in a different language, that doesn’t seem to me personally to be a bad thing, » said Michael Blakeslee, deputy executive director of the National Association for Music Education, which is leading a National Anthem Project to highlight the song and the school bands that play it in every style, from mariachi to steel drum.

« I assume the intent is one of making a statement about ‘we are a part of this nation,’ and those are wonderful sentiments and a noble intent, » said Dan Sheehy, director of Smithsonian Folkways Recordings.

Benigno « Benny » Layton wonders. He’s the leader of Los Hermanos Layton, a band of conjunto- and Tejano-style musicians in Elsa, Tex., 22 miles from Mexico. After the Sept. 11, 2001, attacks, he recorded a traditional conjunto version of « The Star-Spangled Banner. » It was instrumental.

« I’m a second-generation American, » Layton said. « I love my country, and I love my [Mexican musical] heritage, and I try to keep it alive. But some things are sacred that you don’t do. And translating the national anthem is one of them. »

Staff writer Richard Harrington contributed to this report.

Voir également:

Poetic License Raises A Star-Spangled Debate
Lara Pellegrinelli
The New York Times

July 03, 2009

Patriotism can mean different things to different people.

On July 1, 2008, jazz singer Rene Marie, flanked by elected officials and civil servants, calmly approached the microphone before Denver’s State of the City address. She was there to perform a time-honored ritual: the singing of the national anthem.

But her arrangement of the Star Spangled Banner left residents divided. The melody was the same, but the words she chose were written by James Weldon Johnson in 1899. They belong to the song « Lift Every Voice and Sing, » also known as « The Black National Anthem. »

Marie is one of the rare artists today who invites comparison with Civil Rights-era singers Nina Simone and Abbey Lincoln. Like them, her devotion to social issues has threatened her career, and raised questions about the role of the artist in society and what it means to be patriotic and African-American.

Indeed, it didn’t take long for state and local politicians to denounce Marie’s Denver performance. Some called it a disgrace.

With a little more than a month until the city hosted the Democratic National convention, then-presidential hopeful Barack Obama was even asked about the incident by the now defunct Rocky Mountain News.

« If she was asked to sing the national anthem, she should have sung that, » Obama said. « ‘Lift Every Voice and Sing’ is a beautiful song, but we only have one national anthem. »

The Power Of Words

To be clear, Marie was specifically invited to sing the national anthem. But she did not sign a contract, and she’d been performing her arrangement for several months. She says the governor and officials from the mayor’s office even heard her sing it at an earlier event.

Marie rejects the idea that dishonesty was at the center of the uproar.

« I can see why they would say it, » Marie says. « But I think if I had sung ‘America the Beautiful’ or ‘My Country ‘Tis of Thee’ instead of the national anthem, nobody would have had anything to say about there being any dishonesty. So it’s not about that. It’s about what I sang. »

Marc Lamont Hill, one of the few news commentators sympathetic to Marie’s actions, says Marie’s Denver performance embodies black patriotism.

« It’s celebrating black progress, black hope, black pride, » Hill says. « But it’s also keenly — fundamentally, even — preoccupied with the obstacles that lay in front of us. That’s reflected not just in that moment, but in the broader political moment, where people are celebrating Barack Obama as president. People are excited that the country has moved forward — but people [are] still keenly aware that there are many, many forms of inequality, unfreedom, suffering [and] marginalization that continue to proliferate in this nation. »

The Source Of Strength

Marie was born in Virginia, a child of the Civil Rights era. All of the schools she attended were segregated. Her mother and father, both teachers, helped integrate a local lunch counter when their daughter was around 8 years old.

« At the Frost Diner — on the bypass in Warrenton, Va., which is still there — there was a sign on the door that said ‘no dogs and no n——s,' » Marie remembers. « And they went in and they were refused service, but no violent incident came about as a result. But the incident that did happen was my father lost his job. He was blackballed and never rehired to teach in the county again. »

A Jehovah’s Witness, Marie began performing professionally only when she left the church — and her marriage — at the age of 42. She had a recording contract within months.

Her compositions take on homelessness, religion and racial injustice. Her arrangement of « The Star-Spangled Banner » with « Lift Every Voice and Sing » is part of a larger suite she calls Voice of My Beautiful Country, which she has made available as a free download.

Fan Mail

The sales of her recordings have been modest, but the response to her performance in Denver was startling: more than 1,600 e-mails. Many African-Americans were offended by her use of the national anthem; some objected to her adaptation of « Lift Every Voice and Sing. »

Other e-mails were laced with racial slurs. A handful were death threats.

« I’ve had so many e-mails, » Marie says, « some of the e-mails saying that ‘The Star Spangled Banner’ is sacred. Oh, really. Maybe it’s sacred to you. That’s fine, that’s cool. But it’s not sacred to me. The guy, the dude who wrote it, he’s a slave owner. »

Francis Scott Key was a plantation owner, and the melody, which so many consider sacred, was borrowed from an English drinking tune. In addition to the e-mails, Marie got phone calls — which she answered.

« I learned a lot, » Marie says. « And I had some really good phone calls from complete strangers. A lot didn’t expect me to answer the phone. They kind of sputtered for the first few seconds. ‘Well, I just wanted to tell you what I thought about it.’ ‘OK, tell me, I’m listening.’

« That’s when I realized you don’t have to agree, but listening sure does go a long way toward peaceful relations — when people feel they are being heard. »

And that’s all Rene Marie is really asking for.

Voir de plus:

Bush Says Anthem Should Be in English
John Holusha
The New York Times
April 28, 2006

President Bush said today that he thought the national anthem should be sung in English, not the Spanish language version released by a recording company recently.

The song, recorded by a chorus of Latin pop stars, is being distributed to Spanish-language radio stations to be played Monday morning to coincide with immigrant rights demonstrations that are scheduled in many cities across the nation.

Speaking to reporters in the White House Rose Garden, Mr. Bush made it clear that he considered the language difference as part of the immigration issue.

After saying he did not consider the anthem sung in Spanish to have the same value as the anthem sung in English, Mr. Bush said: « I think people who want to be a citizen of this country ought to learn English. And they ought to learn to sing the anthem in English. »

Mr. Bush was responding to a question following the release today of the Spanish-language version of the song called « Nuestro Himno » or « Our Anthem. »

Adam Kidron, the British music producer who released the song, responded to Mr. Bush’s comments by saying that it was not intended « to discourage immigrants from learning English and embracing American culture, » according to The Associated Press. « We instead view `Nuestro Himno’ as a song that affords those immigrants that have not yet learned the English language the opportunity to fully understand the character of « The Star-Spangled Banner, » the American flag and the ideals of freedom that they represent. Mr. Bush also addressed one of the goals of Monday’s demonstrations: a show of force by immigrants who hope to demonstrate their economic power by staying home from work and boycotting stores.

« I am not a supporter of boycotts, » Mr. Bush said. « I am a supporter of comprehensive immigration reform. »

Congress is currently wrangling over the question of how to deal with people who, though not legal residents of the country, provide vital labor in agriculture, construction and service industries.

The House of Representatives has passed a bill that would strengthen border security and make being in the country illegally a felony. The Senate has considered, but not yet adopted a milder approach, that would provide a path to citizenship for those who have been in the country the longest. Mr. Bush has said he prefers the Senate version.

Voir de même:

Investiture: Beyoncé a fait du playback
Le Figaro/AFP
31/01/2013

La chanteuse Beyoncé a affirmé aujourd’hui avoir chanté l’hymne national, lors de l’investiture du président Barack Obama, sur sa propre voix déjà enregistrée. Mais « je chanterai en direct dimanche », lors du spectacle à la mi-temps du Super Bowl dont elle est la vedette, a affirmé la chanteuse lors de la conférence de presse consacrée à la finale de la Ligue professionnelle de football américain (NFL) qui a lieu à la Nouvelle-Orléans (Louisiane, sud).

La chanteuse était soupçonnée d’avoir chanté le « Star Spangled Banner » en play-back devant les centaines de milliers de personnes présentes à Washington le 21 janvier pour l’investiture du président, après que le corps des Marines eut indiqué que son orchestre avait joué en play-back. « Je chante toujours en direct », a-t-elle affirmé, « mais je n’ai malheureusement pas pu répéter pour l’investiture avec l’orchestre (des Marines) parce que j’étais en train de répéter pour le Super Bowl ».

« Dans ces cas-là, on vous fait enregistrer une bande, au cas où il y ait un problème, j’ai donc chanté sur la bande enregistrée », a-t-elle dit. Pour montrer sa belle voix jeudi, Beyoncé a démarré son intervention lors de sa grande conférence de presse par un « Star Spangled Banner » chanté a cappella après avoir demandé à la presse de se lever.

Voir aussi:

Obama Says Flag Flap a Dirty Trick
Ed O’Keefe
ABC News
Nov 7, 2007

ABC News’ David Wright and Sunlen Miller Report: At a town hall meeting Wednesday an Iowa voter asked Senator Barack Obama, D-Ill., about the numerous emails she has received with photos purporting to show Obama « refusing » to pledge allegiance to the flag.

« You’re standing with your arms folded and Hillary’s got her hand on her heart, » she said, adding that she received so many of these emails she is sick of them.

Obama shook his head and smiled.

« This was not during the pledge of allegiance, » Obama said of the picture taken at Senator Tom Harkin’s, D-Iowa, annual steak fry and first published by Time.  « A woman was singing the Star Spangled Banner when that picture was taken.

See the original photo by clicking here.

« I was taught by my grandfather that you put your hand over your heart during the pledge, but during the Star Spangled Banner, you sing! » Obama said.

ABC News has video of the event in question which can be viewed by clicking here.

Obama called the circulation of such pictures a « dirty trick » and mentioned other emails accusing him of being « a Muslim plant. »

« I have been pledging allegiance since I was a kid, » Obama said.

Obama advised his supporters who receive such emails to ignore them.

« Just tell whoever sent it, » Obama told the crowd, « they’re misinformed. »

Voir de plus:

Obama’s Flag Pin Flip-Flop?
Jay Newton-Small/Washington
Time
May 14, 2008

In case you missed it, Barack Obama’s American flag lapel pin is back. How long it will stay on is anyone’s guess.

This week, after eschewing the patriotic symbol for quite some time, Obama started wearing the pin to selected events. On Tuesday, he was sans pin on the Senate floor, but then later donned it while speaking to working-class voters in Missouri during the evening. « I haven’t been making such a big deal about it. Others have. Sometimes I wear it, sometimes I don’t, » Obama said. « We were talking with a group of veterans yesterday. Over the last several weeks people have been handing me flag pins. I thought it was appropriate. » Asked if he will continue to wear the pin, Obama said, « If it ends up being on another suit, I might leave it one day, but it’s something that I’ve done before and I’ll certainly wear it again. »

Obama may make it sound like just a random fashion choice, but there is a large swath of Americans who take symbols like the pledge of allegiance, the national anthem, and, yes, the flag in its many iterations very seriously. And, as former Clinton adviser Doug Schoen pointed out in an op-ed in the Wall Street Journal this week, these are people — mostly white working-class folk — whom Obama can ill afford to offend given his losses in Ohio, Pennsylvania and West Virginia.

The pin saga started on October 3, 2007 when a local ABC reporter asked Obama why he didn’t wear one. Instead of the standard Beltway refrain, « My patriotism speaks for itself, » Obama launched into a long explanation of his decision-making process: « The truth is that right after 9/11, I had a pin. Shortly after 9/11, particularly because as we’re talking about the Iraq war, that became a substitute for, I think, true patriotism, which is speaking out on issues that are of importance to our national security, » Obama said in Cedar Rapids, Iowa. « I decided I won’t wear that pin on my chest. Instead I’m going to try to tell the American people what I believe what will make this country great and hopefully that will be a testimony to my patriotism. »

It didn’t take long for opponents and Republicans to jump on the idea that Obama wasn’t as patriotic as he could be, prompting the Illinois Senator the next day to clarify his remarks. « After a while, you start noticing people wearing a lapel pin, but not acting very patriotic. Not voting to provide veterans with resources that they need. Not voting to make sure that disability payments were coming out on time, » he told a crowd in Independence, Iowa. « My attitude is that I’m less concerned about what you’re wearing on your lapel than what’s in your heart. »

The furor died down and Obama went pin-less for the better part of six months until April 15, when a veteran in a town hall meeting outside of Pittsburgh handed him a pin and asked him to wear it, which Obama did for the rest of that day. The reemergence of the pin led to a much-ridiculed question on the issue at a much-ridiculed ABC debate later that week. « I have never said that I don’t wear flag pins or refuse to wear flag pins, » Obama explained. « This is the kind of manufactured issue that our politics has become obsessed with and, once again, distracts us from what should be my job when I’m commander-in-chief, which is going to be figuring out how we get our troops out of Iraq and how we actually make our economy better for the American people. »

Obama is not the only candidate to wear the pin intermittently. Rival Hillary Clinton is often without it. When asked she simply says, « There are many ways to show your patriotism. » The only G.O.P. candidate to wear the pin faithfully was Rudy Giuliani. Is it fair that Obama is singled out for pin scrutiny? Probably not. But it’s likely that Obama’s pin will keep sticking him until he brings some consistency to his lapels.

Voir par ailleurs:

Star Spangled Banner Myths Debunked
Scott Wilson
ABC news

Jul 4, 2014

Have you ever heard that the national anthem was originally written as a drinking song? Or that its writer came up with the lyrics as he was held prisoner aboard a British ship?

This year marks the 200th anniversary of “The Star-Spangled Banner,” written by Francis Scott Key in 1814.

To celebrate the occasion, the Library of Congress held a symposium examining the origins of the ballad, featuring one expert who attempted to debunk many misconceptions about the patriotic tune.

MYTH ONE: “Francis Scott Key was held prisoner aboard a British ship during the Battle of Baltimore.”

Key was actually aboard an American ship during the Battle of Baltimore. He was on a diplomatic mission to negotiate with the British before the battle.

“When the battle starts they move him back to his American ship, which is fully crewed for a diplomatic mission,” Mark Clague, associate professor of Music, American Culture, and African American Studies at the University of Michigan, recounted. “The idea we have that he was sort of locked in his cell, lonely, reaching into his pocket for a scrap of paper — you don’t show up in a diplomatic mission without lots of paper to write the next treaty.”

MYTH TWO: “Francis Scott Key wrote a poem later set to music by someone else.”

Clague argued that this commonly held belief is also a myth. “The Star-Spangled Banner” was actually written by Key to the melody of “When the Warrior Returns,” Clague said, adding that Key’s initial intent was for a fast-tempo anthem, as evident by Keys’ original notes, which called for “con spirito,” which means with spirit.

“The Star-Spangled Banner” shares a very unique rhyme scheme with “The Anacreontic Song,” a popular melody at the time, Clague noted, asserting that this must have been intentional.

MYTH THREE: “The national anthem is based on a bawdy old drinking song.”

“The Anacreontic Song” was actually sung at the start of the Anacreontic Society’s meetings — a gentlemen’s club at the time. Though it was first performed at the Crown and Anchor Tavern in London, Clague claims that “It was a very fashionable restaurant. It had a ballroom that held 200 people which you could hold a two-hour symphony concert in — which was how you started a meeting of the Anacreontic Society.”

Modeling “The Star-Spangled Banner” after “The Anacreontic Song” would have been “hip and current,” at the time, according to Clague.

Following the symposium, the Library of Congress celebrated the national anthem with a concert where internationally renowned baritone Thomas Hampton preformed a set of American patriotic music, including “Yankee Doodle,” “America the Beautiful,” and of course, “The Star-Spangled Banner.”

Hampton’s vocals were accompanied by piano, the University of Michigan Alumni Chorus, as well as encouraged audience participation.

And the star-spangled fun is not over yet. On July 4, conductor John Williams is debuting a new arrangement of “The Star-Spangled Banner,” featuring choirs, trumpets, an orchestra and cannons on the National Mall, the Associated Press reports.

Voir aussi:

The Many Sides Of ‘The Star Spangled Banner’
Felix Contreras

January 20, 2009

The symbols of patriotism are everywhere in the nation’s capital, marking this week’s historic transition of power. Flags fly high and historic monuments gleam white in the chilly air; soon, music will flow from loudspeakers and from real musicians. It’s almost certain that, at some point, the shivering masses in attendance will be treated to a rousing rendition of « The Star Spangled Banner. » It signals the start of most sporting events, so why not a new presidential administration?

The story of Francis Scott Key’s « Star Spangled Banner » is the stuff of grade-school history books. But the song has inspired some memorable interpretations in the recent past, as each performer imbues it with a personal take on patriotism. Here are five (among many others) that stand out.
The Many Sides Of ‘The Star Spangled Banner’

Jimi Hendrix
Artist: Jimi Hendrix
The Star Spangled Banner
From: Jimi Hendrix at Woodstock 1969
It’s obvious what all the fuss was about over Jimi Hendrix’s performance during the closing hours of Woodstock in August 1969. Some saw it as an update on patriotism — stars and stripes turned psychedelic — while others couldn’t even recognize the melody. Hendrix famously told talk-show host Dick Cavett that he didn’t mean any harm by it; that, in fact, he thought it was « pretty. » Many still hear in it the tragic power of bombs bursting and rockets glaring. A whole new generation experiencing another controversial war can hear the bittersweet emotion of men and women dying for their country through the tenderness of his interpretation of the melody. Musically, it was a shot heard ’round the world, as it changed « The Star-Spangled Banner » from a marching-band piece into a vehicle for solo electric guitar.

Watch Hendrix perform at Woodstock in 1969.

Jose Feliciano
Artist: Jose Feliciano
The Star Spangled Banner
From: Jose Feliciano at the 1968 World Series
Jose Feliciano became a pop-music crossover hitmaker after 1968’s Feliciano, seeded with his spellbinding reworking of The Doors’ « Light My Fire, » hit the Top 5. That same year, his performance of « The Star-Spangled Banner » at the start of the fifth game of the World Series in Detroit set off a controversy. He didn’t change the words, he didn’t alter the melody, and he didn’t sing it in Spanish. But, during a time when our country was intensely divided over the Vietnam War, the « us vs. them » mentality spread to a blind Puerto Rican pop star offering a guitar-and-voice interpretation of the National Anthem. Radio stations stopped playing his records after that, and he’s said that he continues to receive negative feedback. Today, it’s hard to hear what the fuss was about: The performance was a perfect mix of folk, soul and love of country.

Watch Feliciano perform at the World Series in 1968.

Marvin Gaye
Artist: Marvin Gaye
The Star Spangled Banner
From: Marvin Gave at the 1983 NBA All-Star Game
Marvin Gaye’s take on « The Star Spangled Banner » during the 1983 NBA All-Star game was a perfect example of his complicated genius. The duality of an artist capable of writing anthems to urban angst (« What’s Going On ») and to the pleasures of the flesh (« Let’s Get It On ») is magnificently reflected in a performance that made patriotism almost sensual. Consider the particulars of the performance: The NBA was experiencing probably its greatest popularity, and Marvin Gaye had just scored yet another career revival with his uber-hit « Sexual Healing. » With a slow-burning rhythm track, Gaye used every nuance of his vocal talent to bring the crowd to a rapturous celebration of our collective history. Still, there were many who found it offensive at best, a disgrace at worst. But listen to the crowd at the end. Are they cheering Gaye, or the sentiment of living in the home of the brave?

Watch Gaye perform at the 1983 NBA All-Star game.

Rene Marie
Artist: Rene Marie
The Star Spangled Banner
From: Rene Marie at Denver’s State of the City mayoral address 2008
Last year, jazz vocalist Rene Marie was invited to perform « The Star-Spangled Banner » before the city of Denver’s State of the City mayoral address. Which is sort of what happened. Marie did indeed sing the melody we all recognize, but she inserted the words to « Lift Every Voice and Sing » into it. « Lift Every Voice, » also known as « The Negro National Anthem, » was written as a poem by James Weldon Johnson and then set to music by his brother, John Rosamond, in the early 1900s. It was adopted by the NAACP in 1919 and eventually became widely popular during the American civil-rights movement. Marie’s substitution set off a firestorm of controversy; the governor of Colorado called it « disrespectful. » Marie, who grew up in a segregated town, says that the arrangement is part of a larger suite incorporating various patriotic songs — all meant as her expression of love and hope for the country.

Watch Marie perform at Denver’s State of the City mayoral address in 2008.

Whitney Houston
Artist: Whitney Houston
The Star Spangled Banner
From: Whitney Houston at Super Bowl XXV in 1991
The 1991 Super Bowl included what should have been a routine pre-game performance by yet another talented vocalist taking on the challenge of a notoriously difficult tune. But something happened. Maybe it was the pre-song dedication to the soldiers fighting in the Gulf War, maybe it was the brilliant arrangement of the orchestra and singer, maybe it was Whitney Houston’s vocal prowess, and maybe it was the roar of the crowd as Houston worked her way through the emotions of all of the above. Whatever it was, the end result was a performance so inspirational that it was released commercially (for charity) and climbed to No. 20 on the Billboard pop charts. It was reissued 10 years later after Sept. 11, 2001, and climbed all the way to No. 6.

Watch Houston perform at the Super Bowl in 1991.

Voir par ailleurs:

Books Chapter & Verse
Why America forgets the War of 1812
Author Don Hickey discusses the reasons for the conflict and how it’s remembered by our northern neighbors.

Randy Dotinga

The Christian Science monitor

June 8, 2012

Quiz time! Remember that famous movie about the War of 1812? You know, the one with that one big star and the other big star?

You don’t. No one does since there hasn’t been one. In fact, the conflict has only inspired two or three films, and those are largely forgotten. (It probably didn’t help that the 1958 one starring 12,000 extras and Charlton Heston as Andrew Jackson was envisioned as a musical.)

It wasn’t that the War of 1812 lacked drama. Our nation’s capital actually got invaded, and the Battle of New Orleans actually occurred after a peace treaty has been signed thanks to the lack of rapid communication.

Even so, the war — which actually lasted from 1812-1815 — just hasn’t fired up our imaginations.
What gives? As the war reaches its bicentennial this month, I called Don Hickey, professor of history at Wayne State College in Nebraska, to ask him that question.

He’s the author of 1989’s epic « War of 1812: A Forgotten Conflict, » which was updated and revised for a reissue this year. Hickey talked about the reasons for the war, the way our neighbors to the north look at it (they got invaded, after all) and the reasons why we could have avoided this conflict entirely.

Q: Why don’t we remember the War of 1812 very well?

A: It’s forgotten because the causes don’t resonate much today.

We went to war to force the British to give up the removal of seamen from our ships and restrictions on our trade with Europe.

Nowadays, nobody goes to war to uphold maritime rights.

And to confuse the issues of causes, we invaded Canada.

We could not challenge Britain on the high seas, so we thought we’d conquer Canada and force concessions on the maritime front. That made it look like a land grab, and that’s the way it’s looked at north of the border.

Q: Do you think we lost the War of 1812, making it one of very few defeats for the United States in major conflicts?

A: By my count, we lost the War of 1812 and we lost Vietnam.

That’s not a widely held opinion in the United States about the War of 1812. The common view is that the war ended in a draw.

But we invaded Canada in 1812 and in 1813, and in the west in 1814, and all three invasions pretty much ended in failure. It doesn’t look like we achieved our war aims.

Q: At the time, Britain was busy with a giant conflict of its own, a war with France that made it crack down on shipping. But the war definitely concentrated minds in Canada, which got invaded. How is the war remembered in Britain and Canada?

A: Let me give you an old saw, a loose paraphrase of what a Canadian historian once said: Everybody’s happy with the outcome of the war. Americans are happy because they think they won, the Canadians are happy because they know they won and avoided being swallowed up by the United States, and the British are happiest because they’ve forgotten all about it.

He didn’t mention the biggest losers, who were the Indians.

Q: What happened to the Indians?

A: I estimate the American deaths were 20,000, the British at 10,000, and Indians at maybe 7,500, but that was a much larger proportion of their population.

They lost two decisive wars, one in the old Northwest (the area around Ohio, Indiana, Illinois, Michigan and Wisconsin) and one in the old Southwest (mostly Alabama, Georgia and Mississippi). That really opened the door to American expansion, and they were left without any allies that they could line up with against the U.S.

Q: Other American wars in the 19th century were largely about grabbing territories. Was that the case here?

A: If you think of this as a land grab, it fits into a larger history of American expansion. But that’s not what caused this war.

Canada wasn’t the end. It was the means. The end was to force Britain to give up their maritime activities.

Q: What can we learn from this war today?

A: The importance of military preparedness.

We were woefully unprepared for this war. The Republicans were anticipating what one anti-war Republican expected would be a holiday campaign — that Canada is to conquer herself through the principles of fraternity.

Q: Sounds like something that we heard from Vice President Dick Cheney about the Iraq War, that we’d be « greeted as liberators, » right?

A: That was the view. Also, we had a huge 15-1 population advantage.

Q: What went wrong?

A: Our military establishment was woefully unprepared and there were a lot of incompetent officers. Soldiers were recent enlistees who were ill-trained and without combat experience.

We faced a formidable foe — a tough army in Canada aided by Indian allies who played a significant role in the defense of Canada — and the logistical challenges of waging war on a distant frontier.

Q: Outside of the Revolutionary War, this is the only war in which the U.S. was invaded by a foreign power. Many people know about the burning of the White House in 1814, and the first lady, Dolley Madison, is often credited with saving the portrait of George Washington. Is there anything about the invasion that we misunderstand today?

A: The popular view is that Washington D.C. was burned, but they only burned the White House, the Capitol, and the state and treasury department. We burned the Naval Yard to keep it out of their hands during our withdrawal.

That was undoubtedly the low point of the war. But it was followed a month later by one of the high points, when the British threatened Baltimore but the Royal Navy couldn’t subdue Fort McHenry. That inspired the writing of « The Star Spangled Banner. »

And then, in the last great campaign, the British were decisively defeated at New Orleans, and that was a game changer in how we remember the war.

Q: Why does this war fascinate you?

A: I was intrigued because as a graduate student, it seemed to me that it was an ill-advised war. But people in academia thought it was just ducky even though they were dead set against the war in Vietnam.

The Federalists made the anti-war argument in the 1812 era, and these modern academics regarded them as a bunch of throwbacks and elitists. That’s not true. They had a pretty coherent program of military and financial preparedness and avoiding war with Great Britain.

Q: What alternative was there to war in 1812?

A: Peace is the alternative. You don’t have to go to war.

You live with the consequences of the world war in Europe. We’re making money, we’re doing OK, and our rights are going to be encroached on by both sides. That’s life in the big city. Nobody really threatened our independence. You just wait for the war in Europe to end, and the problems go away.

Randy Dotinga is a Monitor contributor

Voir enfin:

9 Weird Facts You Probably Didn’t Know about the Star-Spangled Banner

Today the Star Spangled Banner celebrates its 200th birthday and here are a few factoids about the tune that became our national anthem.

1.The Star Spangled Banner didn’t become the national anthem until after a Mrs. Holloway and Congressman Charles Linthicum of Baltimore, Maryland spent 20 years lobbying for it to happen.

The songs “Hail Columbia” and “Yankee Doodle” were the patriotic songs following the War of 1812, but as the Civil War began, the Union troops adopted it as their song

2. It took 40 attempts to pass the bill declaring the “Star-Spangled Banner” our national anthem, before it was finally signed by President Herbert Hoover in 1931.

http://www.cbsnews.com/common/video/cbsnews_video.swf

3. Like many writers, Francis Scott Key kinda plagiarized some stuff from Shakespeare…

A Midsummer Night’s Dream: “by spangled star-light sheen”
The Taming of the Shrew: “what stars do spangle heaven with such beauty”

4. Rosanne actually really regrets the way she sang the song that one time…

http://www.cnn.com/video/api/embed.html#/video/us/2012/08/10/piers-intv-roseanne-career-regret.cnn
“I wish I had done it better,” said a remorseful Rosanne to Piers Morgan on CNN. “Of course, the ‘Star Spangled Banner’ is a huge regret that pretty much was hard to come back from. A huge – like, you know, something probably I regret that as for my career mistakes. And in my personal life, there are about 3,000 things I regret and wish I’d done better.”

5. The line on our money “In God We Trust” is actually not from the Illuminati but instead the song’s 4th verse.

“Then conquer we must, when our cause it is just, And this be our motto: ‘In God is our trust.’”

6. There is no 6th verse about beating people with chains and burning eyes out with flames… that was from the Onion.

http://www.theonion.com/videos/embed?id=324

7. It sat rotting in some dude’s attic for years with people taking little clippings off of it. We’re still locating fragments today.

StarSpangledBanner
“It was such a monumental moment in time that people felt they wanted to hold a piece of that history,” said Jennifer Jones, a curator who oversees the flag at the Smithsonian’s National Museum of American History.

8. It’s not an easy song to sing, the stakes are high, and there are a ton of people usually waiting for you to mess it up.

Watch for the 50 second mark here as Michael Bolton illustrates:

He totally pulls a Sarah Palin. In 2006 my friend Jana and I were at a women’s event on behalf of a candidate way out in somewhere Kansas. The woman hosting the event mentioned the woman who was supposed to sing the Star-Spangled Banner didn’t show up. Jana studied music and had an amazing voice. While she warmed up over a cigarette outside with the US Senate candidate at the time he wished her luck saying, “Don’t forget the words.” It happened for her on the lines “oh say does that star-spangled banner yet wave.”

My favorite comedian Eddie Izzard has a few pointers if you ever have to sing it (fast forward to the 30 second mark and then the 3:30 mark):

9. The right-wing ice cream alternative to Ben & Jerry’s is called Star Spangled Ice Cream.

Once located in Arlington, Virginia, the Star Spangled Ice Cream Company offered flavers like: I hate the French Vanilla, Iraqi Road, Smaller GovernMint, and Nutty EniviroMintalist. It’s unclear if they’re still in business, as they don’t have a website or any news stories about them for the last several years. But… that’s the good old fashioned free market for ya!

BONUS: Robin Williams AS the American Flag:

H/T: CTVNews, FreeRepublic

The Star-Spangled Banner (La Bannière étoilée)


O say, can you see by the dawn’s early light Ô, dites-moi, voyez-vous aux premières lueurs de l’aube
What so proudly we hailed at the twilight’s last gleaming? Ce que nous acclamions si fièrement aux dernières lueurs du crépuscule ?
Whose broad stripes and bright stars through the perilous fight, Dont les larges bandes et les étoiles brillantes, que durant la bataille périlleuse,
O’er the ramparts we watched were so gallantly streaming? Par-dessus les remparts nous regardions, flottaient si fièrement ?
And the rocket’s red glare, the bombs bursting in air Et l’éclat rouge des fusées, les bombes explosant dans les airs,
Gave proof through the night that our flag was still there. Prouvaient tout au long de la nuit que notre drapeau était toujours là.
O, say does that star-spangled banner yet wave Ô, dites-moi, est-ce que la bannière étoilée flotte encore
O’er the land of the free and the home of the brave? Sur la terre de la Liberté et la patrie des courageux ?
On the shore, dimly seen through the mists of the deep Sur nos côtes, cachées par les brumes épaisses,
Where the foe’s haughty host in dread silence reposes, Où les orgueilleuses armées ennemies reposent dans un silence de mort,
What is that which the breeze, o’er the towering steep, Qu’est-ce que cette brise intermittente, le long du versant,
As it fitfully blows, half conceals, half discloses? Nous dévoile et nous cache ?
Now it catches the gleam of the morning’s first beam, À présent elle capture l’éclat du premier rayon de soleil,
In full glory reflected now shines in the stream Nous le renvoie dans toute sa gloire, maintenant elle brille dans le vent
Tis the star-spangled banner! Oh long may it wave C’est la bannière étoilée ! Oh puisse-t-elle longtemps flotter
O’er the land of the free and the home of the brave. Sur la terre de la Liberté et la patrie des courageux.
And where is that band who so vauntingly swore Et où est cette horde qui jurait dédaigneusement
That the havoc of war and the battle’s confusion, Que les foudres de la guerre et la désolation des combats
A home and a country should leave us no more! Ne nous laisseraient ni terre ni patrie !
Their blood has washed out of their foul footsteps’ pollution. Leur sang a purifié la terre qu’ils ont foulée.
No refuge could save the hireling and slave Aucun refuge n’a pu sauver leurs mercenaires et leurs esclaves
From the terror of flight and the gloom of the grave De la terrible déroute et de la misère de la tombe
And the star-spangled banner in triumph doth wave Et la bannière étoilée dans son triomphe flotte
O’er the land of the free and the home of the brave. Sur la terre de la Liberté et la patrie des courageux.
O! thus be it ever, when freemen shall stand Ô ! Qu’il en soit toujours ainsi, que les hommes libres protègent
Between their loved home and the war’s desolation! Leur patrie chérie des désolations de la guerre !
Bles’t with victory and peace, may the heaven rescued land Bénie par la victoire et la paix, que la patrie protégée par le ciel
Praise the Power that hath made and preserved us a nation. Loue le Puissant qui a créé et préservé notre nation.
Then conquer we must, when our cause it is just, Alors nous vaincrons, car notre cause est juste,
And this be our motto: « In God is our trust ». Et ce sera notre devise : « En Dieu est notre foi ».
And the star-spangled banner in triumph shall wave Et la bannière étoilée dans son triomphe flottera
O’er the land of the free and the home of the brave. Sur la terre de la Liberté et la patrie des courageux.

American sniper: Attention, un tueur peut en cacher un autre (If killing 160 with a sniper rifle is murder, what do you call killing more people with drones than died on 9/11 ?)

28 janvier, 2015
https://i0.wp.com/i1.mirror.co.uk/incoming/article5016926.ece/alternates/s615/American-sniper-murder-poster.jpg
https://i1.wp.com/www.outsidethebeltway.com/wp-content/uploads/2014/11/500-drone-strikes-detailed-estimates-us-targeted-killings-and-fatalities.jpghttps://i1.wp.com/www.bokbluster.com/wp-content/uploads/2012/06/120601obama-kill-cards.jpghttps://i0.wp.com/www.bollyn.com/public/Obama_as_Judge_Jury_Executioner.jpghttps://jcdurbant.files.wordpress.com/2012/06/dr-strange-drone-cartoonkhalilbendib-creativecommons.jpg?w=450&h=335O-Roosevelt-Drone
Les frères Jonas sont ici ; ils sont là quelque part. Sasha et Malia sont de grandes fans. Mais les gars, allez pas vous faire des idées. J’ai deux mots pour vous: « predator drones ». Vous les verrez même pas venir. Vous croyez que je plaisante, hein ? Barack Obama
C’est comme si on avait créé un énorme marteau qui cherche frénétiquement des clous à enfoncer. Membre du JSOC
The ideal thing would be if I knew the number of lives I saved, because that’s something I’d love to be known for. But you can’t calculate that. Chris Kyle
Mon oncle a été tué par un sniper pendant la Seconde Guerre mondiale. On nous apprenait que les snipers étaient des lâches. Qu’ils vous tiraient dans le dos. Les snipers ne sont pas des héros. Et les envahisseurs sont pires. Michael Moore
Ce qu’on essaye de dire c’est que deux hommes ont tué 12 personnes dans une attaque contre les bureaux d’un magazine satirique. C’est assez, on sait ce que ça veut dire et ce que c’est. (…) Nous savons ce qu’est la violence politique, nous savons ce que sont des meurtres, des attentats et des fusillades et nous pouvons les décrire. Et cela explique bien plus de choses, à nos yeux, que d’utiliser le mot ‘terroriste. (…) Les Nations Unies ont bataillé pendant plus d’une décennie pour tenter de définir le mot et ils ont échoué. C’est très difficile de le faire. Tarik Kafala (BBC en arabe)
Selon Tarik Kafala, on peut très bien rendre compte de « l’horreur » et « des conséquences humaines » d’un « acte de terreur » sans employer le fameux mot. Le patron de la version arabophone est ainsi assez proche des règles strictes d’emploi de ce mot définies par la BBC. La charte utilisée par le groupe de télévision britannique, si elle ne bannit pas le terme, invite ainsi ses journalistes à « bien réfléchir » avant de l’utiliser à l’antenne. The Independent
« Il n’y a pas d’interdiction du mot ‘terroriste à la BBC’. Nous préférons cependant une description la plus précise possible », a précisé un porte-parole du groupe audiovisuel au Daily Mail. Et d’ajouter : « Le patron de la version arabophone ne faisait que rappeler les directives éditoriales de la charte de la BBC ». Daily Mail
Aux Etats-Unis, un vaste mouvement pour obtenir la déclassification de documents secrets concernant les attentats du 11 septembre 2001 prend une ampleur sans précédent. L’objet de la polémique tient en 28 pages dans le rapport du Congrès de 585 pages sur la tragédie qui ont été censurées avant sa parution en décembre 2002. Ce court passage pointerait les responsabilités directes ou indirectes de l’Arabie Saoudite, allié traditionnel des Etats-Unis au Moyen-Orient, dans ces attentats. (…) D’après le sénateur Bob Graham, les 28 pages censurées à la demande de l’administration Bush, démontreraient que l’Arabie Saoudite aurait participé au financement des attaques terroristes de 2001. Toujours selon Bob Graham, les documents mettraient en cause le consulat saoudien à Los Angeles, l’ambassade d’Arabie Saoudite à Washington ainsi que de riches Saoudiens installés à Sarasota en Floride. Paris Match
Qu’est donc devenu cet artisan de paix récompensé par un prix Nobel, ce président favorable au désarmement nucléaire, cet homme qui s’était excusé aux yeux du monde des agissements honteux de ces Etats-Unis qui infligeaient des interrogatoires musclés à ces mêmes personnes qu’il n’hésite pas aujourd’hui à liquider ? Il ne s’agit pas de condamner les attaques de drones. Sur le principe, elles sont complètement justifiées. Il n’y a aucune pitié à avoir à l’égard de terroristes qui s’habillent en civils, se cachent parmi les civils et n’hésitent pas à entraîner la mort de civils. Non, le plus répugnant, c’est sans doute cette amnésie morale qui frappe tous ceux dont la délicate sensibilité était mise à mal par les méthodes de Bush et qui aujourd’hui se montrent des plus compréhensifs à l’égard de la campagne d’assassinats téléguidés d’Obama. Charles Krauthammer
Les drones américains ont liquidé plus de monde que le nombre total des détenus de Guantanamo. Pouvons nous être certains qu’il n’y avait parmi eux aucun cas d’erreurs sur la personne ou de morts innocentes ? Les prisonniers de Guantanamo avaient au moins une chance d’établir leur identité, d’être examinés par un Comité de surveillance et, dans la plupart des cas, d’être relâchés. Ceux qui restent à Guantanamo ont été contrôlés et, finalement, devront faire face à une forme quelconque de procédure judiciaire. Ceux qui ont été tués par des frappes de drones, quels qu’ils aient été, ont disparu. Un point c’est tout. Kurt Volker
Mr. Obama had approved not only “personality” strikes aimed at named, high-value terrorists, but “signature” strikes that targeted training camps and suspicious compounds in areas controlled by militants. (…) But some State Department officials have complained to the White House that the criteria used by the C.I.A. for identifying a terrorist “signature” were too lax. The joke was that when the C.I.A. sees “three guys doing jumping jacks,” the agency thinks it is a terrorist training camp, said one senior official. Men loading a truck with fertilizer could be bombmakers — but they might also be farmers, skeptics argued. NYT
NATO didn’t just target the Taliban leadership, but also eliminated mid- and lower-level members of the group on a large scale. Some Afghans were only on the list because, as drug dealers, they were allegedly supporting the insurgents. (…) The operations were based on the lists maintained by the CIA and NATO — Obama’s lists. The White House dubbed the strategy “escalate and exit.” McChrystal’s successor, General David Petraeus, documented the strategy in “Field Manual 3-24″ on fighting insurgencies, which remains a standard work today. Petraeus outlined three stages in fighting guerilla organizations like the Taliban. The first was a cleansing phase …. Behind closed doors, Petraeus and his staff explained exactly what was meant by “cleansing.” German politicians recall something that Michael T. Flynn, the head of ISAF intelligence in Afghanistan, once said during a briefing: “The only good Talib is a dead Talib.” Under Petraeus, a merciless campaign began to hunt down the so-called shadow governors and local supporters aligned with the Islamists.(…) According to the NSA document, in October 2008 the NATO defense ministers made the momentous decision that drug networks would now be “legitimate targets” for ISAF troops. “Narcotics traffickers were added to the Joint Prioritized Effects List (JPEL) list for the first time,” the report reads. In the opinion of American commanders like Bantz John Craddock, there was no need to prove that drug money was being funneled to the Taliban to declare farmers, couriers and dealers as legitimate targets of NATO strikes. In early 2009, Craddock, NATO’s Supreme Allied Commander for Europe at the time, issued an order to expand the targeted killings of Taliban officials to drug producers.(…) The documents, [attorney Jennifer Gibson] notes, also show that the “war on terror” was virtually conflated with the “war on drugs.” Der Spiegel
The problem I have with drone strikes using metadata only is that they are not making sure of their targets this way. You need to have content not just metadata to know that it is your target. Humint could point you to a bad guy; but, even then, you still need to have content to insure that is the same guy using the phone or originating the e-mail. This is why I call the strikes by metadata alone an “undisciplined slaughter.” Bill Binney
Using media reporting and anonymous leaks by US, Pakistani, and Yemeni officials, Reprieve identified 41 men who have been targeted for death as part of President Obama’s personally supervised Kill List. Reprieve found that each of these men “was targeted and/or reported killed more than three times on average before they were actually killed.” But while these individuals survived several attempts on their lives, others were reported dead. This led Reprieve to ask, “With each failed attempt to assassinate a man on the Kill List, who filled the body bag in his place?” Reprieve thoroughly answers that question. In attempting to kill 41 identified men, as many as 1,147 people may have been killed or – according to Bureau of Investigative Journalism research – one quarter of the total 4,400 people killed in drone strikes in Pakistan and Yemen. A further calculation tells us that strikes focused on the Kill List “killed on average 28 other people before they actually succeeded in killing their target.” Reprieve concludes that seven of the 41 men are likely still alive, and one other died of natural causes. If this is true, it would mean that 1,147 people have been killed in order to kill 33 individuals on President Obama’s Kill List – or 35 « other people” for each of the 33. Twenty-four of the 41 men targeted were in Pakistan. In the numerous attempts on their lives, 874 others were killed of whom 142 were children. This bears repeating. In an effort to assassinate 24 men, 142 children were killed. There are four individual Pakistani cases in Reprieve’s report that stand out as particularly disturbing. The attempts to target these four resulted in 213 others killed, including 103 children. Three of the four men are likely still alive, and the fourth is the man who died of natural causes previously mentioned. What does all this mean? Whether we apply international humanitarian law (also known as the laws of war) or international human rights law, it seems clear that the Obama administration has egregiously violated international law. The Obama administration insists that international humanitarian law (IHL) is the applicable law because it claims the US is involved in an armed conflict. IHL has weaker restraints on the use of lethal force than does international human rights law, but it does require that lethal force be discriminate and proportionate. The principles of distinction and proportionality are recognized as customary law and are codified by the Geneva Conventions. The principle of distinction requires that when determining whether to launch an attack against a perceived threat, civilians must be distinguished from combatants. The principle of proportionality prohibits “an attack which may be expected to cause incidental loss of civilian life, injury to civilians, damage to civilian objects, or a combination thereof, which would be excessive in relation to the concrete and direct military advantage anticipated.” (…) I would argue that the repeated attempts to kill each of these 41 men, despite the large number of innocent people being killed, demonstrate that these were not isolated incidents carried out by rogue drone pilots. Based on IHL’s requirements and the severity of the violations, these could be classified as war crimes. While the Obama administration claims that IHL is the only law that applies to drone strikes in Pakistan and Yemen, Christof Heyns, UN Special Rapporteur on Extrajudicial, Summary or Arbitrary Executions, has made it clear that “international human rights law continues to apply during armed conflict, as a complement to international humanitarian law.” This does not mean that human rights law restricts the use of lethal force against known participants in hostilities. What it does mean, however, is that the most fundamental of human rights -— the right to life —- is not discarded when waging war. Yet, the Obama administration has arbitrarily deprived hundreds of children of their lives in attempts to kill 41 men. Following the shocking murder of more than 130 children by the Taliban in Pakistan, Secretary of State John Kerry said: “[T]his morning, wherever you live, wherever you are, those are our children, and this is the world’s loss. This act of terror angers and shakes all people of conscience, and we condemn it in the strongest terms possible. The perpetrators must be brought to justice.” Secretary Kerry and the Obama administration seem incapable of recognizing their own hypocrisy. Apparently, empathy for the loss of innocent lives is reserved for those killed by “the enemy.” Of course, the response to such criticism is easily anticipated: “They [the Taliban] intend to kill innocent people; we only kill innocent people by accident.” Years from now, will the Senate issue a “targeted drone attack” report? Even if there is a “drone report,” how will our public debate be framed? Will the debate be framed as one over the effectiveness of drone strikes? Or, rather, over the immorality and illegality of treating innocent civilians – including children – as expendable objects? Jeff Bachman
Obama vastly expanded the use of targeted killing – with drones, manned bombers and military raids [and] has killed more people with drones than died on 9/11. Many of those killed were civilians, and only a tiny percentage of the dead were al-Qaeda or Taliban leaders. Obama’s targeted killings off the battlefield are not only illegal and immoral; they also make us less safe due to the blowback from those who have lost family and friends. There was not much opposition to these killings among the American people. But when a Department of Justice white paper was leaked and Americans learned that US citizens could also be targeted, people were outraged. That selective outrage motivated Archbishop Desmond Tutu to write a letter to The New York Times pointing out the hypocrisy. I thus invited him to write the foreword to the book, and he graciously agreed. I thought a collection with contributions on different aspects of this policy would be useful. The book explores legal, moral and geopolitical issues raised by the US policy of targeted killing. (…) Like torture, the use of targeted killing off the battlefield is illegal. Both practices are immoral as well. We have seen the atrocious program of torture conducted during the Bush administration. Drones flying overhead terrorize entire communities. They kill thousands of people. The US government engages in « double taps, » in which those rescuing the wounded from the first strike are targeted. This practice should be called the « triple tap, » as mourners at funerals for those fallen by the drone bombs are also targeted. Neither torture nor targeted killings make us safer; in fact, they increase hatred against the United States. Professor Richard Falk discusses in his chapter why drones are more dangerous than nuclear weapons. Nuclear weapons have not been used since 1945 except for deterrence and coercive diplomacy. But drones are unconstrained by any system of regulation. (…) The United Nations special rapporteurs on extrajudicial killing have written extensively about the dangers and illegality of targeted killing off the battlefield, especially the new technology of lethal automated robots, where there is no operator directing the drones; the computer itself decides who, when and where to target. Although most countries use surveillance drones (the United States and Israel use armed drones), the proliferation of armed drones will inevitably spread to other countries. (…) The US government learned from the Vietnam War that Americans were disturbed by the graphic images of the carnage the US government wrought against the Vietnamese, and that outrage fueled the antiwar movement. The images and stories of drone victims are not part of our national discourse. Medea Benjamin personalizes the victims in her chapter. (…) Americans are justifiably outraged about the beheading of US journalists (although gays in Saudi Arabia, a close US ally, are also beheaded). But if Americans were to see photographs of the body parts of children blown to bits by US drone bombs, it would not sit well. It is incumbent on us to pressure our elected officials to rein in this deadly policy – by letters, emails, phone calls, sit-ins, op-eds and letters to the editor. Now that we have seen how the CIA lied about the necessity for and results of the Bush torture program, we should demand that the CIA get out of the killer drone business. And just as those responsible for the torture must be prosecuted, Obama must be brought to justice for his illegal targeted killing program. Accountability requires information, so we should educate ourselves about what our government is doing in our name. Marjorie Cohn
The Council on Foreign Relations estimates that U.S. drone strikes outside of Iraq and Afghanistan have killed 3,674 people. The Bureau of Investigative Journalism reports that up to 4,404 people have been killed – just in Pakistan and Yemen alone – between 2004 and 2014. While it’s hard to estimate how many additional people have been killed by drone in Iraq and Afghanistan, a December 2012 report by the Bureau of Investigative Journalism found that US and UK forces had carried out over 1,000 drone strikes in Afghanistan over the previous five years.  Given that numerous people are often killed by  each drone strike, it is reasonable to assume that several thousand people have been killed by drone in that country. And many Iraqis have also been killed by drones … long before ISIS even appeared on the scene.    So – altogether – the number of people killed by drone is probably well above five thousand. In contrast,  under 3,000 people were killed on 9/11. But aren’t drone strikes targeted attacks on terrorists … unlike 9/11, which was an attack on civilians? Unfortunately, no … The West is intentionally targeting farmers, small-time drug dealers and very low-level Taliban members with drone assassination. And the process for deciding who to put on the “kill list” is flawed.     People are often targeted by the metadata on their phones, a process which a former top NSA official called the drone assassination program “undisciplined slaughter.” And people are targeted for insanely loose reasons.  As the New York Times reported in 2012: Mr. Obama had approved not only “personality” strikes aimed at named, high-value terrorists, but “signature” strikes that targeted training camps and suspicious compounds in areas controlled by militants. But some State Department officials have complained to the White House that the criteria used by the C.I.A. for identifying a terrorist “signature” were too lax. The joke was that when the C.I.A. sees “three guys doing jumping jacks,” the agency thinks it is a terrorist training camp, said one senior official. Men loading a truck with fertilizer could be bombmakers — but they might also be farmers, skeptics argued. And then there are “double taps” … where the family members, friends or neighbors who try to rescue someone hit by a drone missile are themselves targeted for assassination. And – even when the West is actually targeting high-level terrorists – there is massive slaughter of innocent civilians as “collateral damage”.  Washington blogs
De même que George W. Bush restera dans l’histoire comme le  » président des guerres  » de l’après-11-Septembre en Afghanistan et en Irak, Barack Obama pourrait passer à la postérité comme le  » président des drones « , autrement dit le chef d’une guerre secrète, menée avec des armes que les Etats-Unis sont, parmi les grandes puissances, les seuls à posséder. Rarement moment politique et innovation technologique auront si parfaitement correspondu : lorsque le président démocrate est élu en 2008 par des Américains las des conflits, il dispose d’un moyen tout neuf pour poursuivre, dans la plus grande discrétion, la lutte contre les « ennemis de l’Amérique » sans risquer la vie de citoyens de son pays : les drones. L’utilisation militaire d’engins volants téléguidés par les Américains n’est pas nouvelle : pendant la guerre du Vietnam, des drones de reconnaissance avaient patrouillé. Mais l’armement de ces avions sans pilote à partir de 2001 en Afghanistan marque un changement d’époque. Au point que le tout premier Predator armé à avoir frappé des cibles après les attaques du 11-Septembre, immatriculé 3034, a aujourd’hui les honneurs du Musée de l’air et de l’espace, à Washington. Leur montée en puissance aura été fulgurante : alors que le Pentagone ne disposait que de 50 drones au début des années 2000, il en possède aujourd’hui près de 7 500. Dans l’US Air Force, un aéronef sur trois est sans pilote. George W. Bush, artisan d’un large déploiement sur le terrain, utilisera modérément ces nouveaux engins létaux. Barack Obama y recourra six fois plus souvent pendant son seul premier mandat que son prédécesseur pendant les deux siens. M. Obama, qui, en recevant le prix Nobel de la paix en décembre 2009, revendiquait une Amérique au « comportement exemplaire dans la conduite de la guerre », banalisera la pratique des « assassinats ciblés », parfois fondés sur de simples présomptions et décidés par lui-même dans un secret absolu. Tandis que les militaires guident les drones dans l’Afghanistan en guerre, c’est jusqu’à présent la très opaque CIA qui opère partout ailleurs (au Yémen, au Pakistan, en Somalie, en Libye). C’est au Yémen en 2002 que la campagne d' »assassinats ciblés » a débuté. Le Pakistan suit dès 2004. Barack Obama y multiplie les frappes. Certaines missions, menées à l’insu des autorités pakistanaises, soulèvent de lourdes questions de souveraineté. D’autres, les goodwill kills (« homicides de bonne volonté »), le sont avec l’accord du gouvernement local. Tandis que les frappes de drones militaires sont simplement « secrètes », celles opérées par la CIA sont « covert », ce qui signifie que les Etats-Unis n’en reconnaissent même pas l’existence. Dans ce contexte, établir des statistiques est difficile. Selon le Bureau of Investigative Journalism, une ONG britannique, les attaques au Pakistan ont fait entre 2 548 et 3 549 victimes, dont 411 à 884 sont des civils, et 168 à 197 des enfants. En termes statistiques, la campagne de drones est un succès : les Etats-Unis revendiquent l’élimination de plus d’une cinquantaine de hauts responsables d’Al-Qaida et de talibans. D’où la nette diminution du nombre de cibles potentielles et du rythme des frappes, passées de 128 en 2010 (une tous les trois jours) à 48 en 2012 au Pakistan. Car le secret total et son cortège de dénégations ne pouvaient durer éternellement. En mai 2012, le New York Times a révélé l’implication personnelle de M. Obama dans la confection des kill lists. Après une décennie de silence et de mensonges officiels, la réalité a dû être admise. En particulier au début de l’année, lorsque le débat public s’est focalisé sur l’autorisation, donnée par le ministre de la justice, Eric Holder, d’éliminer un citoyen américain responsable de la branche yéménite d’Al-Qaida. L’imam Anouar Al-Aulaqi avait été abattu le 30 septembre 2011 au Yémen par un drone de la CIA lancé depuis l’Arabie saoudite. Le droit de tuer un concitoyen a nourri une intense controverse. D’autant que la même opération avait causé des « dégâts collatéraux » : Samir Khan, responsable du magazine jihadiste Inspire, et Abdulrahman, 16 ans, fils d’Al-Aulaqui, tous deux américains et ne figurant ni l’un ni l’autre sur la kill list, ont trouvé la mort. Aux yeux des opposants, l’adolescent personnifie désormais l’arbitraire de la guerre des drones. La révélation par la presse des contorsions juridiques imaginées par les conseillers du président pour justifier a posteriori l’assassinat d’un Américain n’a fait qu’alimenter les revendications de transparence. La fronde s’est concrétisée par le blocage au Sénat, plusieurs semaines durant, de la nomination à la tête de la CIA de John Brennan, auparavant grand ordonnateur à la Maison Blanche de la politique d’assassinats ciblés. Une orientation pourfendue, presque treize heures durant, le 6 mars, par le spectaculaire discours du sénateur libertarien Rand Paul. Très attendu, le grand exercice de clarification a eu lieu le 23 mai devant la National Defense University de Washington. Barack Obama y a prononcé un important discours sur la « guerre juste », affichant enfin une doctrine en matière d’usage des drones. Il était temps : plusieurs organisations de défense des libertés publiques avaient réclamé en justice la communication des documents justifiant les assassinats ciblés. Une directive présidentielle, signée la veille, précise les critères de recours aux frappes à visée mortelle : une « menace continue et imminente contre la population des Etats-Unis », le fait qu' »aucun autre gouvernement ne soit en mesure d'[y] répondre ou ne la prenne en compte effectivement » et une « quasi-certitude » qu’il n’y aura pas de victimes civiles. Pour la première fois, Barack Obama a reconnu l’existence des assassinats ciblés, y compris ceux ayant visé des Américains, assurant que ces morts le « hanteraient » toute sa vie. Le président a annoncé que les militaires, plutôt que la CIA, auraient désormais la main. Il a aussi repris l’idée de créer une instance judiciaire ou administrative de contrôle des frappes. Mais il a renvoyé au Congrès la mission, incertaine, de créer cette institution. Le président, tout en reconnaissant que l’usage des drones pose de « profondes questions » – de « légalité », de « morale », de « responsabilité « , sans compter « le risque de créer de nouveaux ennemis » -, l’a justifié par son efficacité : « Ces frappes ont sauvé des vies. » Six jours après ce discours, l’assassinat par un drone de Wali ur-Rehman, le numéro deux des talibans pakistanais, en a montré les limites. Ce leader visait plutôt le Pakistan que « la population des Etats-Unis ». Tout porte donc à croire que les critères limitatifs énoncés par Barack Obama ne s’appliquent pas au Pakistan, du moins aussi longtemps qu’il restera des troupes américaines dans l’Afghanistan voisin. Et que les « Signature strikes », ces frappes visant des groupes d’hommes armés non identifiés mais présumés extrémistes, seront poursuivies. Les drones n’ont donc pas fini de mettre en lumière les contradictions de Barack Obama : président antiguerre, champion de la transparence, de la légalité et de la main tendue à l’islam, il a multiplié dans l’ombre les assassinats ciblés, provoquant la colère de musulmans. Or les drones armés, s’ils s’avèrent terriblement efficaces pour éliminer de véritables fauteurs de terreur et, parfois, pour tuer des innocents, le sont nettement moins pour traiter les racines des violences antiaméricaines. Leur usage opaque apparaît comme un précédent encourageant pour les Etats (tels la Chine, la Russie, l’Inde, le Pakistan ou l’Iran) qui vont acquérir ces matériels dans l’avenir. En paraissant considérer les aéronefs pilotés à distance comme l’arme fatale indispensable, le « président des drones » aura enclenché l’engrenage de ce futur incertain. Le Monde
Mon livre traite des drones « chasseurs-tueurs », justifiés par une logique très retorse : leurs partisans voient en eux un progrès majeur dans la technologie humanitaire, puisqu’ils permettent de sauver des vies. Personne ne meurt, si ce n’est l’ennemi… Mais comment qualifier d’humanitaire une machine à tuer ? Emblème de la « guerre sans risque », le drone fait éclater toute réciprocité : avec lui, on peut voir sans être vu, et surtout tuer sans être tué. Il modifie ainsi en profondeur la structure traditionnelle du rapport d’hostilité (tuer en pouvant soi-même être tué). L’écusson du drone MQ-9 Reaper, qui figure la faucheuse, rictus inquiétant et gouttes de sang sur sa lame, le dit clairement avec sa terrifiante devise : « Que les autres meurent »… (…) Un Etat ne peut pas tuer qui bon lui semble n’importe où dans le monde. Or, en utilisant leurs drones hors zone de conflit armé, au Yémen ou au Pakistan, les Etats-Unis s’arrogent pourtant ce droit : faire du corps de l’ennemi un champ de bataille mobile, et du monde un terrain de chasse – la guerre dégénère en abattage, en mise à mort. Autre principe du droit : on ne peut cibler directement que des combattants. Mais lorsqu’on remplace les troupes au sol par des drones, il n’y a plus de combat. A quoi peut-on reconnaître, depuis le ciel, la silhouette d’un combattant sans combat ? De fait, la plupart des frappes de drones visent des individus inconnus, que leur « forme de vie » signale comme des « militants » potentiels, soupçonnés d’appartenir à une organisation hostile. On ne combat plus l’ennemi, on le tire comme un lapin. Sur le plan du droit, on glisse de la catégorie de combattants à celle, très élastique, de militants présumés. Cela revient à légaliser les exécutions extrajudiciaires.(…) On assiste au passage d’une éthique officielle à une autre, de celle du courage et du sacrifice à celle de l’autopréservation et de la lâcheté plus ou moins assumée. Le drone, c’est l’antikamikaze : arme sans corps et mort impossible, d’un ­côté ; arme-corps et mort certaine, de l’autre. Au sein de l’armée américaine, le drone a été très critiqué, tant il incarne la fin de l’héroïsme guerrier, viril. Alors que l’éthique s’est classiquement définie comme une doctrine du bien-vivre et du bien-mourir, la « nécroéthique » du drone se présente comme une doctrine du bien-tuer. On disserte sur les procédés « humains » d’homicide. Cela donne des discours abjects, qui moralisent le meurtre, et qu’il est urgent de critiquer. (…) Un drone, ça ne fait pas de prisonniers. C’est l’instrument de la doctrine antiterroriste officieuse du Président : « Tuer plutôt que capturer. » Predator plutôt que Guantá­namo. Le ministère français de la Défense est aujourd’hui en pourparlers avec les Etats-Unis pour l’achat de drones Reaper. Si l’entourage du ministre Jean-Yves Le Drian avait annoncé qu’il envisageait d’importer en France les méthodes de torture de la CIA, il aurait sans doute déclenché un tollé. Mais la nouvelle est parue dans un silence assourdissant. L’opinion publique française est mal informée sur la question des drones. Grégoire Chamayou

Attention: un tueur peut en cacher un autre !

A l’heure où l‘hommage de Clint Eastwood au tireur d’élite le plus décoré de toute l’histoire militaire des États-Unis (160 ennemis tués) se voit accusé de propagande et d’apologie du meurtre …

Que dire d’un prix Nobel de la paix et objet de toutes les attentions de nos médias …

Qui ne pouvant toujours pas se résoudre, comme la BBC elle-même, à prononcer le nom de ses ennemis

Brille par son absence à Paris contre le terrorisme et se précipite à Ryadh pleurer la perte d’un parrain notoire du djihad

Mais qui de son bureau et entre ses drones automatisés et sa « kill list » personnelle …

S’est fait un tableau de chasse qui, dans l’indifférence générale, ferait pâlir d’envie (même ses propres pilotes n’arrivent pas à suivre !) les terroristes mêmes du 11 septembre ?

Documentaire
“Dirty Wars”, la sale guerre d’Obama
Marc Belpois
Télérama

15/03/2014

En Irak, au Yémen ou au Pakistan, les Etats-Unis ont recours aux assassinats ciblés au nom de la lutte contre le terrorisme. Enquête en première ligne d’un journaliste qui frappe fort, Jeremy Scahill.
Voilà un film qui porte des accusations extrêmement graves : l’Amérique d’Obama a enfanté une machine folle, meurtrière. Chaque jour, au nom de la lutte contre le terrorisme, des commandos des forces spéciales US et des drones armés de missiles traquent leurs « cibles ». En Irak, en Afghanistan, en Somalie, mais aussi hors les zones de guerre, comme au Pakistan ou au Yémen, ils tuent des cadres d’al-Qaida… mais aussi des militants présumés, voire en devenir. Ils donnent la mort de façon préventive, donc. Et ils tirent parfois « dans le tas », massacrant l’entourage de la cible, femmes, enfants, bétail, voisins, vieillards…

D’accord, ce n’est pas tout à fait un scoop. Le programme d’assassinats ciblés de la Maison-Blanche a fait l’objet d’enquêtes et d’articles – y compris dans Télérama. Les fameuses kill lists, et l’implication personnelle de Barack Obama dans l’établissement de ces « listes des hommes à abattre », ont été révélées par le New York Times en mai 2012. Les « domma­ges collatéraux » de ces missions secrètes sont régulièrement dénoncés par Amnesty International et par Human Rights Watch.

N’empêche, Dirty Wars (1) fait l’effet d’un électrochoc. Ce n’est pas un rapport distancié, froid et détaché, mais une plongée dans le vif du sujet, auprès de familles anéanties, qui hésitent entre le deuil passif et le djihad contre l’Amérique sanguinaire. Et c’est un coup de projecteur sur les activités effrayantes du Joint Special Operations Command (JSOC), ce corps d’armée aux ordres directs de la Maison-Blanche, détenteur du permis de tuer en toute impunité et pour qui le monde entier est un champ de bataille.

Le réquisitoire est d’autant plus saisissant qu’il prend la forme d’un thriller. Une investigation fiévreuse menée tambour battant par Jeremy Scahill, journaliste d’investigation américain que la caméra du réalisateur Rick Rowley suit à la trace, risquant sa vie dans des régions hostiles d’Asie centrale ou obtenant les confidences d’agents de la CIA et de membres du JSOC. Jeremy Scahill surjoue le reporter de guerre qui, enquêtant sur les circonstances d’un bain de sang dans un coin d’Afghanistan (plusieurs villageois abattus, dont deux femmes enceintes), découvre peu à peu le pot aux roses, un programme d’assassinats à grande échelle et en roue libre.

Il « surjoue » car cette histoire de journaliste démasquant sous nos yeux une vérité qui l’horrifie, c’est du flan. En réalité, Jeremy Scahill, 39 ans, connaît le sujet par cœur. Longtemps spécialiste du contre-terrorisme américain (notamment pour l’hebdomadaire The Nation et l’émission Democracy now !), auteur en 2008 d’un livre-enquête retentissant sur la société militaire privée Blackwater (2), Scahill s’est illustré le 10 février dernier en lançant The In­tercept – avec les journalistes Glenn Greenwald et Laura Poitras. Un magazine en ligne qui ambitionne de mener un journalisme de combat, en particulier dans les domaines de la corruption et des dérives sécuritaires, et entend publier les fameux documents ultra secrets sur les programmes de surveillance de la NSA (le renseignement américain) fournis par Edward Snowden.

Jeremy Scahill se complaît-il dans la posture du journaliste seul contre tous, ultime rempart contre la barbarie ? Peu importe. Dirty Wars est un pavé jeté dans la mare, façon drone Predator. Ce film est taillé pour faire du bruit – en sus du prix du documentaire au Festival du film de Sundance, il a été nominé aux Oscars. Et même si on ne se fait guère d’illusions sur son impact réel auprès d’une opinion politique, médiatique et publique étonnamment amorphe, c’est un gros caillou dans l’engrenage de cette machine folle, qui nourrit le terrorisme plus qu’elle ne le combat. Comme le dit un membre masqué du JSOC, « c’est comme si on avait créé un énorme marteau qui cherche frénétiquement des clous à enfoncer ». Gare à l’effet boomerang.

(1) En marge du film, Jeremy Scahill publie fin avril Dirty Wars, le nouvel art de la guerre (éd. Lux).
(2) Blackwater, éd. Actes Sud.
A voir

Dirty Wars, mardi 18 mars 2014, à 22h45 sur Canal+

Voir aussi:

Entretien
“Un drone, ça ne fait pas de prisonniers”, Grégoire Chamayou, chercheur au CNRS
Propos recueillis par Juliette Cerf
Télérama

18/05/2013

Avec les drones, on peut tuer sans être tué. Ces engins bouleversent les règles de la guerre, nous explique le philosophe Grégoire Chamayou.
Les travaux de Grégoire Chamayou, chercheur au CNRS, croisent histoire des techniques et histoire des rationalités politiques. Il vient de publier Théorie du drone (éd. La Fabrique), un essai passionnant qui interroge les implications éthiques, juridiques et politiques de cette technologie militaire.

A quel type de drones vous êtes-vous intéressé ?
Mon livre traite des drones « chasseurs-tueurs », justifiés par une logique très retorse : leurs partisans voient en eux un progrès majeur dans la technologie humanitaire, puisqu’ils permettent de sauver des vies. Personne ne meurt, si ce n’est l’ennemi… Mais comment qualifier d’humanitaire une machine à tuer ?

Emblème de la « guerre sans risque », le drone fait éclater toute réciprocité : avec lui, on peut voir sans être vu, et surtout tuer sans être tué. Il modifie ainsi en profondeur la structure traditionnelle du rapport d’hostilité (tuer en pouvant soi-même être tué). L’écusson du drone MQ-9 Reaper, qui figure la faucheuse, rictus inquiétant et gouttes de sang sur sa lame, le dit clairement avec sa terrifiante devise : « Que les autres meurent »…

“On ne combat plus l’ennemi,  on le tire comme un lapin.”

Le drone redéfinit-il le droit de la guerre ?
C’est, en tout cas, ce à quoi s’activent des armadas de juristes liés aux intérêts militaires. Un Etat ne peut pas tuer qui bon lui semble n’importe où dans le monde. Or, en utilisant leurs drones hors zone de conflit armé, au Yémen ou au Pakistan, les Etats-Unis s’arrogent pourtant ce droit : faire du corps de l’ennemi un champ de bataille mobile, et du monde un terrain de chasse – la guerre dégénère en abattage, en mise à mort.

Autre principe du droit : on ne peut cibler directement que des combattants. Mais lorsqu’on remplace les troupes au sol par des drones, il n’y a plus de combat. A quoi peut-on reconnaître, depuis le ciel, la silhouette d’un combattant sans combat ? De fait, la plupart des frappes de drones visent des individus inconnus, que leur « forme de vie » signale comme des « militants » potentiels, soupçonnés d’appartenir à une organisation hostile.

On ne combat plus l’ennemi, on le tire comme un lapin. Sur le plan du droit, on glisse de la catégorie de combattants à celle, très élastique, de militants présumés. Cela revient à légaliser les exécutions extrajudiciaires.

Quelle vision de la morale et de la vie les drones reflètent-ils ?
On assiste au passage d’une éthique officielle à une autre, de celle du courage et du sacrifice à celle de l’autopréservation et de la lâcheté plus ou moins assumée. Le drone, c’est l’antikamikaze : arme sans corps et mort impossible, d’un ­côté ; arme-corps et mort certaine, de l’autre. Au sein de l’armée américaine, le drone a été très critiqué, tant il incarne la fin de l’héroïsme guerrier, viril. Alors que l’éthique s’est classiquement définie comme une doctrine du bien-vivre et du bien-mourir, la « nécroéthique » du drone se présente comme une doctrine du bien-tuer. On disserte sur les procédés « humains » d’homicide. Cela donne des discours abjects, qui moralisent le meurtre, et qu’il est urgent de critiquer.

“L’opinion publique française  est mal informée sur  la question des drones.”

Le drone, c’est l’arme d’Obama. Comment comprendre cela ?
Un drone, ça ne fait pas de prisonniers. C’est l’instrument de la doctrine antiterroriste officieuse du Président : « Tuer plutôt que capturer. » Predator plutôt que Guantá­namo. Le ministère français de la Défense est aujourd’hui en pourparlers avec les Etats-Unis pour l’achat de drones Reaper. Si l’entourage du ministre Jean-Yves Le Drian avait annoncé qu’il envisageait d’importer en France les méthodes de torture de la CIA, il aurait sans doute déclenché un tollé. Mais la nouvelle est parue dans un silence assourdissant. L’opinion publique française est mal informée sur la question des drones.
A lire

Théorie du drone, de Grégoire Chamayou, éd. La Fabrique, 368 p., 14 €.

Voir également:

Barack Obama, président des drones
Philippe Bernard

Le Monde

8.06.2013

De même que George W. Bush restera dans l’histoire comme le  » président des guerres  » de l’après-11-Septembre en Afghanistan et en Irak, Barack Obama pourrait passer à la postérité comme le  » président des drones « , autrement dit le chef d’une guerre secrète, menée avec des armes que les Etats-Unis sont, parmi les grandes puissances, les seuls à posséder.

Rarement moment politique et innovation technologique auront si parfaitement correspondu : lorsque le président démocrate est élu en 2008 par des Américains las des conflits, il dispose d’un moyen tout neuf pour poursuivre, dans la plus grande discrétion, la lutte contre les « ennemis de l’Amérique » sans risquer la vie de citoyens de son pays : les drones.

L’utilisation militaire d’engins volants téléguidés par les Américains n’est pas nouvelle : pendant la guerre du Vietnam, des drones de reconnaissance avaient patrouillé. Mais l’armement de ces avions sans pilote à partir de 2001 en Afghanistan marque un changement d’époque. Au point que le tout premier Predator armé à avoir frappé des cibles après les attaques du 11-Septembre, immatriculé 3034, a aujourd’hui les honneurs du Musée de l’air et de l’espace, à Washington. Leur montée en puissance aura été fulgurante : alors que le Pentagone ne disposait que de 50 drones au début des années 2000, il en possède aujourd’hui près de 7 500. Dans l’US Air Force, un aéronef sur trois est sans pilote.

George W. Bush, artisan d’un large déploiement sur le terrain, utilisera modérément ces nouveaux engins létaux. Barack Obama y recourra six fois plus souvent pendant son seul premier mandat que son prédécesseur pendant les deux siens. M. Obama, qui, en recevant le prix Nobel de la paix en décembre 2009, revendiquait une Amérique au « comportement exemplaire dans la conduite de la guerre », banalisera la pratique des « assassinats ciblés », parfois fondés sur de simples présomptions et décidés par lui-même dans un secret absolu.

LES FRAPPES OPÉRÉES PAR LA CIA SONT « COVERT »

Tandis que les militaires guident les drones dans l’Afghanistan en guerre, c’est jusqu’à présent la très opaque CIA qui opère partout ailleurs (au Yémen, au Pakistan, en Somalie, en Libye). C’est au Yémen en 2002 que la campagne d' »assassinats ciblés » a débuté. Le Pakistan suit dès 2004. Barack Obama y multiplie les frappes. Certaines missions, menées à l’insu des autorités pakistanaises, soulèvent de lourdes questions de souveraineté. D’autres, les goodwill kills (« homicides de bonne volonté »), le sont avec l’accord du gouvernement local. Tandis que les frappes de drones militaires sont simplement « secrètes », celles opérées par la CIA sont « covert », ce qui signifie que les Etats-Unis n’en reconnaissent même pas l’existence.

Dans ce contexte, établir des statistiques est difficile. Selon le Bureau of Investigative Journalism, une ONG britannique, les attaques au Pakistan ont fait entre 2 548 et 3 549 victimes, dont 411 à 884 sont des civils, et 168 à 197 des enfants. En termes statistiques, la campagne de drones est un succès : les Etats-Unis revendiquent l’élimination de plus d’une cinquantaine de hauts responsables d’Al-Qaida et de talibans. D’où la nette diminution du nombre de cibles potentielles et du rythme des frappes, passées de 128 en 2010 (une tous les trois jours) à 48 en 2012 au Pakistan.

Car le secret total et son cortège de dénégations ne pouvaient durer éternellement. En mai 2012, le New York Times a révélé l’implication personnelle de M. Obama dans la confection des kill lists. Après une décennie de silence et de mensonges officiels, la réalité a dû être admise. En particulier au début de l’année, lorsque le débat public s’est focalisé sur l’autorisation, donnée par le ministre de la justice, Eric Holder, d’éliminer un citoyen américain responsable de la branche yéménite d’Al-Qaida. L’imam Anouar Al-Aulaqi avait été abattu le 30 septembre 2011 au Yémen par un drone de la CIA lancé depuis l’Arabie saoudite. Le droit de tuer un concitoyen a nourri une intense controverse. D’autant que la même opération avait causé des « dégâts collatéraux » : Samir Khan, responsable du magazine jihadiste Inspire, et Abdulrahman, 16 ans, fils d’Al-Aulaqui, tous deux américains et ne figurant ni l’un ni l’autre sur la kill list, ont trouvé la mort. Aux yeux des opposants, l’adolescent personnifie désormais l’arbitraire de la guerre des drones.

La révélation par la presse des contorsions juridiques imaginées par les conseillers du président pour justifier a posteriori l’assassinat d’un Américain n’a fait qu’alimenter les revendications de transparence. La fronde s’est concrétisée par le blocage au Sénat, plusieurs semaines durant, de la nomination à la tête de la CIA de John Brennan, auparavant grand ordonnateur à la Maison Blanche de la politique d’assassinats ciblés. Une orientation pourfendue, presque treize heures durant, le 6 mars, par le spectaculaire discours du sénateur libertarien Rand Paul.

UN IMPORTANT DISCOURS SUR LA « GUERRE JUSTE »

Très attendu, le grand exercice de clarification a eu lieu le 23 mai devant la National Defense University de Washington. Barack Obama y a prononcé un important discours sur la « guerre juste », affichant enfin une doctrine en matière d’usage des drones. Il était temps : plusieurs organisations de défense des libertés publiques avaient réclamé en justice la communication des documents justifiant les assassinats ciblés.

Une directive présidentielle, signée la veille, précise les critères de recours aux frappes à visée mortelle : une « menace continue et imminente contre la population des Etats-Unis », le fait qu' »aucun autre gouvernement ne soit en mesure d'[y] répondre ou ne la prenne en compte effectivement » et une « quasi-certitude » qu’il n’y aura pas de victimes civiles. Pour la première fois, Barack Obama a reconnu l’existence des assassinats ciblés, y compris ceux ayant visé des Américains, assurant que ces morts le « hanteraient » toute sa vie. Le président a annoncé que les militaires, plutôt que la CIA, auraient désormais la main. Il a aussi repris l’idée de créer une instance judiciaire ou administrative de contrôle des frappes. Mais il a renvoyé au Congrès la mission, incertaine, de créer cette institution. Le président, tout en reconnaissant que l’usage des drones pose de « profondes questions » – de « légalité », de « morale », de « responsabilité « , sans compter « le risque de créer de nouveaux ennemis » -, l’a justifié par son efficacité : « Ces frappes ont sauvé des vies. »

Six jours après ce discours, l’assassinat par un drone de Wali ur-Rehman, le numéro deux des talibans pakistanais, en a montré les limites. Ce leader visait plutôt le Pakistan que « la population des Etats-Unis ». Tout porte donc à croire que les critères limitatifs énoncés par Barack Obama ne s’appliquent pas au Pakistan, du moins aussi longtemps qu’il restera des troupes américaines dans l’Afghanistan voisin. Et que les « Signature strikes », ces frappes visant des groupes d’hommes armés non identifiés mais présumés extrémistes, seront poursuivies.

Les drones n’ont donc pas fini de mettre en lumière les contradictions de Barack Obama : président antiguerre, champion de la transparence, de la légalité et de la main tendue à l’islam, il a multiplié dans l’ombre les assassinats ciblés, provoquant la colère de musulmans.

Or les drones armés, s’ils s’avèrent terriblement efficaces pour éliminer de véritables fauteurs de terreur et, parfois, pour tuer des innocents, le sont nettement moins pour traiter les racines des violences antiaméricaines. Leur usage opaque apparaît comme un précédent encourageant pour les Etats (tels la Chine, la Russie, l’Inde, le Pakistan ou l’Iran) qui vont acquérir ces matériels dans l’avenir. En paraissant considérer les aéronefs pilotés à distance comme l’arme fatale indispensable, le « président des drones » aura enclenché l’engrenage de ce futur incertain.

Voir encore:

Marjorie Cohn on Drone Warfare: Illegal, Immoral and Ineffective

Leslie Thatcher

Truthout | Interview

23 December 2014

In this anthology edited by Marjorie Cohn – law professor, Truthout contributor and human rights authority – the clarity of the case against drones used for assassinations is persuasively made. Get this book now, with an introduction by Archbishop Desmond Tutu.

Law professor, writer and social critic Marjorie Cohn explores human rights and US foreign policy, and the frequent contradiction between the two in her monthly Truthout column, « Human Rights and Global Wrongs. » She agreed to an interview with Leslie Thatcher recently about her new book, Drones and Targeted Killing: Legal, Moral, and Geopolitical Issues.

Leslie Thatcher: Marjorie, could you describe the genesis of this project?

Marjorie Cohn: George W. Bush prosecuted two illegal wars in which thousands of Americans, Iraqis and Afghans were killed. Although Barack Obama continued those wars, eventually he reduced the numbers of US troops in Iraq and Afghanistan. But Obama vastly expanded the use of targeted killing – with drones, manned bombers and military raids.

Obama has killed more people with drones than died on 9/11. Many of those killed were civilians, and only a tiny percentage of the dead were al-Qaeda or Taliban leaders. Obama’s targeted killings off the battlefield are not only illegal and immoral; they also make us less safe due to the blowback from those who have lost family and friends. There was not much opposition to these killings among the American people.

But when a Department of Justice white paper was leaked and Americans learned that US citizens could also be targeted, people were outraged. That selective outrage motivated Archbishop Desmond Tutu to write a letter to The New York Times pointing out the hypocrisy. I thus invited him to write the foreword to the book, and he graciously agreed. I thought a collection with contributions on different aspects of this policy would be useful. The book explores legal, moral and geopolitical issues raised by the US policy of targeted killing.

In this interdisciplinary collection, human rights and political activists, policy analysts, lawyers and legal scholars, a philosopher, a journalist and a sociologist examine different aspects of the US policy of targeted killing with drones and other methods. Contributors include Phyllis Bennis of the Institute for Policy Studies, Code Pink co-founder Medea Benjamin, former UN Special Rapporteur on Palestine Richard Falk, political activist Tom Hayden, Pardiss Kebriaei of the Center for Constitutional Rights, Jane Mayer of The New Yorker, Israeli human rights activist Ishai Menuchin, New York human rights lawyer Jeanne Mirer, sociology professor Tom Reifer, Alice Ross of the Bureau of Investigative Journalism, the ACLU’s Jay Stanley, philosophy professor Harry van der Linden, and myself.

Many of your contributors compare drone strikes to torture and one to nuclear weapons? Can you explain why?

Like torture, the use of targeted killing off the battlefield is illegal. Both practices are immoral as well. We have seen the atrocious program of torture conducted during the Bush administration. Drones flying overhead terrorize entire communities. They kill thousands of people. The US government engages in « double taps, » in which those rescuing the wounded from the first strike are targeted. This practice should be called the « triple tap, » as mourners at funerals for those fallen by the drone bombs are also targeted.

Neither torture nor targeted killings make us safer; in fact, they increase hatred against the United States. Professor Richard Falk discusses in his chapter why drones are more dangerous than nuclear weapons. Nuclear weapons have not been used since 1945 except for deterrence and coercive diplomacy. But drones are unconstrained by any system of regulation.

When even the CIA reports that drone strikes are counterproductive and legal experts seem to agree their use for assassination is illegal, how is it that a distinguished contributor to your book like Richard Falk remains so pessimistic about banning or even limiting their use?

The United Nations special rapporteurs on extrajudicial killing have written extensively about the dangers and illegality of targeted killing off the battlefield, especially the new technology of lethal automated robots, where there is no operator directing the drones; the computer itself decides who, when and where to target. Although most countries use surveillance drones (the United States and Israel use armed drones), the proliferation of armed drones will inevitably spread to other countries.

The Federal Aviation Administration is tasked with developing regulations for commercial drones within the United States. That is a tall order and it will be difficult to enforce. Unless the international community agrees on regulations for killer drones – which is highly unlikely – their use will continue unregulated. Even with regulation, enforcement would be very difficult.

What are your hopes for the future of drones and targeted killing? What will it take to realize them?

The US government learned from the Vietnam War that Americans were disturbed by the graphic images of the carnage the US government wrought against the Vietnamese, and that outrage fueled the antiwar movement. The images and stories of drone victims are not part of our national discourse. Medea Benjamin personalizes the victims in her chapter.

Americans are justifiably outraged about the beheading of US journalists (although gays in Saudi Arabia, a close US ally, are also beheaded). But if Americans were to see photographs of the body parts of children blown to bits by US drone bombs, it would not sit well. It is incumbent on us to pressure our elected officials to rein in this deadly policy – by letters, emails, phone calls, sit-ins, op-eds and letters to the editor.

Now that we have seen how the CIA lied about the necessity for and results of the Bush torture program, we should demand that the CIA get out of the killer drone business. And just as those responsible for the torture must be prosecuted, Obama must be brought to justice for his illegal targeted killing program. Accountability requires information, so we should educate ourselves about what our government is doing in our name. It is my hope this book will assist in that endeavor.

Voir aussi:

Obama Has Killed More People with Drones than Died On 9/11
Many Civilians Are Being Killed By Drones

WashingtonsBlog

January 6, 2015
Law school teacher Marjorie Cohn – president of the National Lawyers Guild – writes:

Obama has killed more people with drones than died on 9/11. Many of those killed were civilians, and only a tiny percentage of the dead were al-Qaeda or Taliban leaders.
She may be right …

The Council on Foreign Relations estimates that U.S. drone strikes outside of Iraq and Afghanistan have killed 3,674 people.

The Bureau of Investigative Journalism reports that up to 4,404 people have been killed – just in Pakistan and Yemen alone – between 2004 and 2014.

While it’s hard to estimate how many additional people have been killed by drone in Iraq and Afghanistan, a December 2012 report by the Bureau of Investigative Journalism found that US and UK forces had carried out over 1,000 drone strikes in Afghanistan over the previous five years.  Given that numerous people are often killed by  each drone strike, it is reasonable to assume that several thousand people have been killed by drone in that country.

And many Iraqis have also been killed by drones … long before ISIS even appeared on the scene.    So – altogether – the number of people killed by drone is probably well above five thousand.

In contrast,  under 3,000 people were killed on 9/11.

But aren’t drone strikes targeted attacks on terrorists … unlike 9/11, which was an attack on civilians?

Unfortunately, no …

The West is intentionally targeting farmers, small-time drug dealers and very low-level Taliban members with drone assassination.

And the process for deciding who to put on the “kill list” is flawed.     People are often targeted by the metadata on their phones, a process which a former top NSA official called the drone assassination program “undisciplined slaughter.”

And people are targeted for insanely loose reasons.  As the New York Times reported in 2012:

Mr. Obama had approved not only “personality” strikes aimed at named, high-value terrorists, but “signature” strikes that targeted training camps and suspicious compounds in areas controlled by militants.

But some State Department officials have complained to the White House that the criteria used by the C.I.A. for identifying a terrorist “signature” were too lax. The joke was that when the C.I.A. sees “three guys doing jumping jacks,” the agency thinks it is a terrorist training camp, said one senior official. Men loading a truck with fertilizer could be bombmakers — but they might also be farmers, skeptics argued.
And then there are “double taps” … where the family members, friends or neighbors who try to rescue someone hit by a drone missile are themselves targeted for assassination.

And – even when the West is actually targeting high-level terrorists – there is massive slaughter of innocent civilians as “collateral damage”.  For example, American University Professor Jeff Bachman reports:

Strikes focused on the Kill List “killed on average 28 other people before they actually succeeded in killing their target.”
The Brookings Institution also noted the high proportion of civilian deaths in 2009:

Critics correctly find many problems with this program, most of all the number of civilian casualties the strikes have incurred. Sourcing on civilian deaths is weak and the numbers are often exaggerated, but more than 600 civilians are likely to have died from the attacks. That number suggests that for every militant killed, 10 or so civilians also died.
The Costs of War Project – a nonpartisan, nonprofit, scholarly initiative based at Brown University’s Watson Institute for International Studies – notes:

In Iraq, over 70 percent of those who died of direct war violence have been civilians.
(Civilians usually suffer the most casualties.)

No wonder people all over the world are overwhelmingly opposed to drone strikes.

Indeed, even the CIA admits that the drone program might be counter-productive in fighting terrorism.

And the architect of America’s drone assassination program says it’s gone too far … creating terrorists rather than eliminating them.

Notes:  Obama has used drone strikes much more than Bush:

Obama has increased the number of drone attacks in Afghanistan, Pakistan, Yemen and elsewhere. Indeed, most people who have looked at the numbers believe that Obama has killed many more civilians with drone attacks than Bush did using the same method.
The former constitutional law teacher may or may not know that drone attacks are a war crime (more here and here).

Voir encore:

Obama’s Lists: A Dubious History of Targeted Killings in Afghanistan
SPIEGEL Staff

12/28/2014

Combat operations in Afghanistan may be coming to an end, but a look at secret NATO documents reveals that the US and the UK were far less scrupulous in choosing targets for killing than previously believed. Drug dealers were also on the lists.

Death is circling above Helmand Province on the morning of Feb. 7, 2011, in the form of a British Apache combat helicopter named « Ugly 50. » Its crew is searching for an Afghan named Mullah Niaz Mohammed. The pilot has orders to kill him.

The Afghan, who has been given the code name « Doody, » is a « mid-level commander » in the Taliban, according to a secret NATO list. The document lists enemy combatants the alliance has approved for targeted killings. « Doody » is number 3,673 on the list and NATO has assigned him a priority level of three on a scale of one to four. In other words, he isn’t particularly important within the Taliban leadership structure.

The operations center identified « Doody » at 10:17 a.m. But visibility is poor and the helicopter is forced to circle another time. Then the gunner fires a « Hellfire » missile. But he has lost sight of the mullah during the maneuver, and the missile strikes a man and his child instead. The boy is killed instantly and the father is severely wounded. When the pilot realizes that the wrong man has been targeted, he fires 100 rounds at « Doody » with his 30-mm gun, critically injuring the mullah.

The child and his father are two of the many victims of the dirty secret operations that NATO conducted for years in Afghanistan. Their fate is described in secret documents to which SPIEGEL was given access. Some of the documents concerning the International Security Assistance Force (ISAF) and the NSA and GCHQ intelligence services are from the archive of whistleblower Edward Snowden. Included is the first known complete list of the Western alliance’s « targeted killings » in Afghanistan. The documents show that the deadly missions were not just viewed as a last resort to prevent attacks, but were in fact part of everyday life in the guerilla war in Afghanistan.

The list, which included up to 750 people at times, proves for the first time that NATO didn’t just target the Taliban leadership, but also eliminated mid- and lower-level members of the group on a large scale. Some Afghans were only on the list because, as drug dealers, they were allegedly supporting the insurgents.

Rules of War

The 13-year combat mission in Afghanistan comes to an official end this week, but the kill lists raise legal and moral questions that extend far beyond Afghanistan. Can a democracy be allowed to kill its enemies in a targeted manner when the objective is not to prevent an imminent attack? And does the goal of eliminating as many Taliban as possible justify killing innocent bystanders?

Different rules apply in war than in fighting crime in times of peace. But for years the West tied its campaign in Afghanistan to the promise that it was fighting for different values there. A democracy that kills its enemies on the basis of nothing but suspicion squanders its claim to moral superiority, making itself complicit instead. This lesson from Afghanistan also applies to the conflicts in Syria, Iraq, Pakistan and Yemen.

The material SPIEGEL was able to review is from 2009 to 2011, and falls within the term of US President Barack Obama, who was inaugurated in January 2009. For Obama, Afghanistan was the « good » war and therefore legitimate — in contrast to the Iraq war. The president wanted to end the engagement in Iraq as quickly as possible, but in Afghanistan his aim was to win.

After Obama assumed office, the US government opted for a new strategy. In June 2009, then Defense Secretary Robert Gates installed Stanley McChrystal, a four-star general who had served in Iraq, as commander of US forces in Afghanistan. McChrystal promoted the aggressive pursuit of the Taliban.

Obama sent 33,000 additional troops to Afghanistan, but their deployment was tied to a demand that military officials provide a binding date for the withdrawal of US forces. At the same time, the president distanced himself from the grand objectives the West had proclaimed when it first marched into Kabul. The United States would not try to make Afghanistan « a perfect place, » said Obama. Its new main objective was to fight the insurgency.

‘Escalate and Exit’

This marked the beginning of one of the bloodiest phases of the war. Some 2,412 civilians died in Afghanistan in 2009. Two-thirds of them were killed by insurgents and 25 percent by NATO troops and Afghan security forces. The number of operations against the Taliban rose sharply, to between 10 and 15 a night. The operations were based on the lists maintained by the CIA and NATO — Obama’s lists. The White House dubbed the strategy « escalate and exit. »

McChrystal’s successor, General David Petraeus, documented the strategy in « Field Manual 3-24 » on fighting insurgencies, which remains a standard work today. Petraeus outlined three stages in fighting guerilla organizations like the Taliban. The first was a cleansing phase, in which the enemy leadership is weakened. After that, local forces were to regain control of the captured areas. The third phase was focused on reconstruction. Behind closed doors, Petraeus and his staff explained exactly what was meant by « cleansing. » German politicians recall something that Michael T. Flynn, the head of ISAF intelligence in Afghanistan, once said during a briefing: « The only good Talib is a dead Talib. »

Under Petraeus, a merciless campaign began to hunt down the so-called shadow governors and local supporters aligned with the Islamists. For the Americans, the fact that the operations often ended in killings was seen as a success. In August 2010, Petraeus proudly told diplomats in Kabul that he had noticed a shifting trend. The figures he presented as evidence made some of the ambassadors feel uneasy. At least 365 insurgent commanders, Petraeus explained, had been neutralized in the last three months, for an average of about four killings a day.

The existence of documents relating to the so-called Joint Prioritized Effects List (JPEL) has only been described in vague terms until now. The missions by US special units are mentioned but not discussed in detail in the US Army Afghanistan war logs published by WikiLeaks in 2010, together with the New York Times, the Guardian and SPIEGEL. The documents that have now become accessible provide, for the first time, a systematic view of the targeted killings. They outline the criteria used to determine who was placed on the list and why.

The case of an Afghan soldier named Hussein, number 3,341 on the list, shows how coldly NATO sometimes treated the lives of suspects. According to the documents, Hussein was suspected of involvement in an attack on ISAF forces in Helmand. A corporal in the Afghan army, he had allegedly deserted and was now on the run, presumably to join the Taliban.

NATO officials placed him on the list in the summer of 2010, as one of 669 individuals at the time. He was given the code name « Rumble » and assigned to priority level 2.

Adding a Name

The NATO soldiers discussed the pros and cons of his killing. « The removal of Hussein will eradicate a rogue ANA SNCO from the ranks and prevent his recruitment into the (insurgency), » the assessment reads. « It will also send a clear message to any other potential ‘sleepers’. » The killing of Hussein was intended primarily as a symbol of deterrence.

But, the internal assessment continues, a disadvantage of killing the deserter was that any information Hussein might have would be lost.

Adding a name to the list was preceded by a month’s-long process, in which evidence was gathered, including bugged phone conversations, reports by informants and photos. In the end, the respective ISAF regional commander decided whether a suspect should be added to the list.

Some of the JPEL candidates were only listed as being under observation or to be taken into custody. According to the current documents, in 2010 NATO even added Atta Mohammed Noor, a governor in northern Afghanistan, to the list. Noor, an ethnic Tajik and former warlord, had become wealthy through smuggling in the turmoil of war, and he was seen as someone who ruthlessly eliminated his enemies. He was listed as number 1,722 on the NATO list and given a priority level of three, but NATO merely collected information about Noor, rather than placing him on the kill list.

When an operation could potentially result in civilian casualties, ISAF headquarters in Kabul had to be involved. « The rule of thumb was that when there was estimated collateral damage of up to 10 civilians, the ISAF commander in Kabul was to decide whether the risk was justifiable, » says an ISAF officer who worked with the lists for years. If more potential civilian casualties were anticipated, the decision was left up to the relevant NATO headquarters office. Bodyguards, drivers and male attendants were viewed as enemy combatants, whether or not they actually were. Only women, children and the elderly were treated as civilians.

Even officers who were involved in the program admit that these guidelines were cynical. If a Taliban fighter was repeatedly involved in deadly attacks, a « weighing of interests » was performed. The military officials would then calculate how many human lives could be saved by the « kill, » and how many civilians would potentially be killed in an airstrike.

Switching on the Phones

The documents suggest that sometimes locating a mobile phone was all it took to set the military machinery in motion. The search for the Taliban phone signals was « central to the success of operations, » states a secret British report from October 2010.

As one document states, Predator drones and Eurofighter jets equipped with sensors were constantly searching for the radio signals from known telephone numbers tied to the Taliban. The hunt began as soon as the mobile phones were switched on.

Britain’s GCHQ and the US National Security Agency (NSA) maintained long lists of Afghan and Pakistani mobile phone numbers belonging to Taliban officials. A sophisticated mechanism was activated whenever a number was detected. If there was already a recording of the enemy combatant’s voice in the archives, it was used for identification purposes. If the pattern matched, preparations for an operation could begin. The attacks were so devastating for the Taliban that they instructed their fighters to stop using mobile phones.

The document also reveals how vague the basis for deadly operations apparently was. In the voice recognition procedure, it was sufficient if a suspect identified himself by name once during the monitored conversation. Within the next 24 hours, this voice recognition was treated as « positive target identification » and, therefore, as legitimate grounds for an airstrike. This greatly increased the risk of civilian casualties.

Probably one of the most controversial decisions by NATO in Afghanistan is the expansion of these operations to include drug dealers. According to an NSA document, the United Nations estimated that the Taliban was earning $300 million a year through the drug trade. The insurgents, the document continues, « could not be defeated without disrupting the drug trade. »

According to the NSA document, in October 2008 the NATO defense ministers made the momentous decision that drug networks would now be « legitimate targets » for ISAF troops. « Narcotics traffickers were added to the Joint Prioritized Effects List (JPEL) list for the first time, » the report reads.

In the opinion of American commanders like Bantz John Craddock, there was no need to prove that drug money was being funneled to the Taliban to declare farmers, couriers and dealers as legitimate targets of NATO strikes.

Targeting the Drug Trade

In early 2009, Craddock, NATO’s Supreme Allied Commander for Europe at the time, issued an order to expand the targeted killings of Taliban officials to drug producers. This led to heated discussions within NATO. German NATO General Egon Ramms declared the order « illegal » and a violation of international law. The power struggle within NATO finally led to a modification of Craddock’s directive: Targets related to the drug production at least had to be investigated as individual cases.

The top-secret dossier could be highly damaging to the German government. For years, German authorities have turned over the mobile phone numbers of German extremists in Afghanistan to the United States. At the same time, the German officials claimed that homing in on mobile phone signals was far too imprecise for targeted killings.

This is apparently an untenable argument. According to the 2010 document, both Eurofighters and drones had « the ability to geolocate a known GSM handset. » In other words, active mobile phones could serve as tracking devices for the special units.

In Afghanistan, Germany is a member of the « 14 Eyes » intelligence-sharing group. In addition to the Anglo-Saxon countries, the group includes Italy, Spain, Belgium, the Netherlands, Denmark, France, Sweden and Norway.

These countries operate their own technical platform in Afghanistan code-named « Center Ice, » which is used to monitor and exchange data. According to a 2009 NSA presentation, Center Ice was not just used to share intelligence about mobile phone conversations, but also information about targets.

When contacted, the BND, Germany’s foreign intelligence agency, admitted that Center Ice had been used to share mobile phone numbers, but it denied that they were suitable for use in drone target acquisition. Moreover, data was not shared if a given « individual’s interests worthy of protection outweighed the general interest in sharing intelligence. » In addition, the Germans say they have not supplied any information that could be used to develop profiles for targeted killings since 2005.

Legal Repercussions

This restrictive approach has led to numerous disagreements with the Americans. When Regional Command North, which was run by the German military, wanted to nominate a suspect for the JPEL, a detailed file containing evidence first had to be sent to the Joint Operations Command in Potsdam, outside Berlin, and then to the German Defense Ministry. For the Germans, a target could only be added to the list if the individual had ordered, prepared or participated in attacks. The Germans repeatedly urged their allies to remove suspects from the list. In September 2010, only 11 of the 744 targets were associated with northern Afghanistan, which the Germans controlled. « We Germans ran a stabilization mission, while the Americans conducted a war, » says retired General Ramms.

The classified documents could now have legal repercussions. The human rights organization Reprieve is weighing legal action against the British government. Reprieve believes it is especially relevant that the lists include Pakistanis who were located in Pakistan. « The British government has repeatedly stated that it is not pursuing targets in Pakistan and not doing air strikes on Pakistani territory, » says Reprieve attorney Jennifer Gibson. The documents, she notes, also show that the « war on terror » was virtually conflated with the « war on drugs. » « This is both new and extremely legally troubling, » says Gibson.

ISAF, which SPIEGEL presented with a list of the classified documents and asked for comment, does not wish to answer any questions on the subject, for « operational security considerations, » says a spokesman, who notes that ISAF missions are conducted in accordance with international law. The US Defense Department defers to ISAF when questioned.

A new chapter begins in Afghanistan next week. A new government has been elected, and the majority of NATO troops have been withdrawn. It is now up to the Afghans to decide what their future will look like. The West has achieved some of its goals. Al-Qaida has been defeated, at least in Afghanistan, and its former leader, Osama bin Laden, is dead. But the Taliban remains undefeated, as it demonstrated with the recent attack on a Pakistani school. It will be impossible to bring peace to Afghanistan without involving the Taliban.

A 2009 CIA study that addresses targeted killings of senior enemy officials worldwide reaches a bitter conclusion. Because of the Taliban’s centralized but flexible leadership, as well as its egalitarian tribal structures, the targeted killings were only moderately successful in Afghanistan. « Morover, the Taliban has a high overall ability to replace lost leaders, » the study finds.

By Jacob Appelbaum, Matthias Gebauer, Susanne Koelbl, Laura Poitras, Gordon Repinski, Marcel Rosenbach and Holger Stark

Translated from the German by Christopher Sultan

Voir de plus:

Drone strikes: are they Obama’s enhanced interrogation techniques?
Jeff Bachman

The Conversation

23 December 2014

On November 24, two weeks before the Senate Intelligence Committee released its “torture report,” Reprieve, a UK-based human rights NGO, published the results of its latest investigation into President Obama’s drone strike program. While Obama was preparing for the inevitable release of the Senate’s report which provided the most extensive insight yet into the CIA’s use of torture during the Bush administration, Reprieve provided insights of its own into the Obama administration’s equally disturbing targeted drone assassination program.

Using media reporting and anonymous leaks by US, Pakistani, and Yemeni officials, Reprieve identified 41 men who have been targeted for death as part of President Obama’s personally supervised Kill List.

Reprieve found that each of these men “was targeted and/or reported killed more than three times on average before they were actually killed.” But while these individuals survived several attempts on their lives, others were reported dead. This led Reprieve to ask, “With each failed attempt to assassinate a man on the Kill List, who filled the body bag in his place?”

Reprieve thoroughly answers that question. In attempting to kill 41 identified men, as many as 1,147 people may have been killed or – according to Bureau of Investigative Journalism research – one quarter of the total 4,400 people killed in drone strikes in Pakistan and Yemen.

A further calculation tells us that strikes focused on the Kill List “killed on average 28 other people before they actually succeeded in killing their target.” Reprieve concludes that seven of the 41 men are likely still alive, and one other died of natural causes. If this is true, it would mean that 1,147 people have been killed in order to kill 33 individuals on President Obama’s Kill List – or 35 « other people” for each of the 33.

Twenty-four of the 41 men targeted were in Pakistan. In the numerous attempts on their lives, 874 others were killed of whom 142 were children. This bears repeating. In an effort to assassinate 24 men, 142 children were killed.

There are four individual Pakistani cases in Reprieve’s report that stand out as particularly disturbing. The attempts to target these four resulted in 213 others killed, including 103 children. Three of the four men are likely still alive, and the fourth is the man who died of natural causes previously mentioned.

Questionable legality
What does all this mean? Whether we apply international humanitarian law (also known as the laws of war) or international human rights law, it seems clear that the Obama administration has egregiously violated international law.

The Obama administration insists that international humanitarian law (IHL) is the applicable law because it claims the US is involved in an armed conflict. IHL has weaker restraints on the use of lethal force than does international human rights law, but it does require that lethal force be discriminate and proportionate.

The principles of distinction and proportionality are recognized as customary law and are codified by the Geneva Conventions. The principle of distinction requires that when determining whether to launch an attack against a perceived threat, civilians must be distinguished from combatants. The principle of proportionality prohibits “an attack which may be expected to cause incidental loss of civilian life, injury to civilians, damage to civilian objects, or a combination thereof, which would be excessive in relation to the concrete and direct military advantage anticipated.”

According to Jeh Johnson, formerly General Counsel of the Department of Defense, the Obama administration has met its legal obligations: “We must apply, and we have applied, the law of armed conflict, including applicable provisions of the Geneva Conventions and customary international law, core principles of distinction and proportionality….”

However, I would argue that the repeated attempts to kill each of these 41 men, despite the large number of innocent people being killed, demonstrate that these were not isolated incidents carried out by rogue drone pilots. Based on IHL’s requirements and the severity of the violations, these could be classified as war crimes.

While the Obama administration claims that IHL is the only law that applies to drone strikes in Pakistan and Yemen, Christof Heyns, UN Special Rapporteur on Extrajudicial, Summary or Arbitrary Executions, has made it clear that “international human rights law continues to apply during armed conflict, as a complement to international humanitarian law.”

This does not mean that human rights law restricts the use of lethal force against known participants in hostilities. What it does mean, however, is that the most fundamental of human rights -— the right to life —- is not discarded when waging war. Yet, the Obama administration has arbitrarily deprived hundreds of children of their lives in attempts to kill 41 men.

Hypocrisy
Following the shocking murder of more than 130 children by the Taliban in Pakistan, Secretary of State John Kerry said:

“[T]his morning, wherever you live, wherever you are, those are our children, and this is the world’s loss. This act of terror angers and shakes all people of conscience, and we condemn it in the strongest terms possible. The perpetrators must be brought to justice.”
Secretary Kerry and the Obama administration seem incapable of recognizing their own hypocrisy. Apparently, empathy for the loss of innocent lives is reserved for those killed by “the enemy.” Of course, the response to such criticism is easily anticipated: “They [the Taliban] intend to kill innocent people; we only kill innocent people by accident.”

Years from now, will the Senate issue a “targeted drone attack” report? Even if there is a “drone report,” how will our public debate be framed? Will the debate be framed as one over the effectiveness of drone strikes? Or, rather, over the immorality and illegality of treating innocent civilians – including children – as expendable objects?

Unfortunately, I think we already know the answer.

Voir encore:

Obama à Riyad mais pas à Paris ? « C’est différent » répond la Maison Blanche
AFP
L’Orient le jour

26/01/2015

« C’est différent »: la Maison Blanche a rejeté lundi les critiques de ceux qui s’interrogent sur le déplacement annoncé du président Barack Obama à Riyad alors qu’il ne s’était pas déplacé à Paris lors de la manifestation contre le terrorisme.

« Les circonstances sont différentes », a souligné Ben Rhodes, conseiller de M. Obama, lors d’un point de presse à New Delhi où le président américain effectue une visite de trois jours.
« Il y a une période durant laquelle différents dirigeants peuvent se rendre en Arabie saoudite pour exprimer leurs condoléances (après le décès du roi Abdallah) et rencontrer le nouveau roi », a-t-il expliqué.
« Il y a donc une différence même si cela ne change rien au fait que nous avons clairement indiqué que nous aurions dû envoyer quelqu’un de plus haut niveau », à la marche de Paris, a-t-il poursuivi.

L’absence de M. Obama, ou de son vice-président ou de l’un de ses ministres lors de la marche contre le terrorisme qui a rassemblé des centaines de milliers de personnes et une cinquantaine de dirigeants du monde entier le 11 janvier à Paris a provoqué une avalanche de critiques aux Etats-Unis. Fait rare, la Maison Blanche a fait son mea culpa le lendemain.

Certains médias américains ont ironisé ces derniers jours sur le fait que M. Obama ait décidé de se rendre à Riyad mais n’ait pas envisagé, à l’inverse, le déplacement à Paris dans la foulée des attentats meurtriers qui ont frappé la capitale française.

Interrogé sur l’objectif de cette visite à Riyad, M. Rhodes a indiqué que M. Obama entendait d’abord « présenter ses condoléances (…) et rencontrer le nouveau roi Salmane ».
« Ils évoqueront les principaux sujets sur lesquels nous collaborons très étroitement avec l’Arabie Saoudite », a-t-il ajouté, citant en particulier la campagne contre l’organisation Etat islamique « dans laquelle les Saoudiens ont participé aux opérations militaires » et la situation au Yémen.
« Il est très probable que l’Iran soit également évoqué », a-t-il ajouté.

M. Obama a décidé d’écourter sa visite en Inde et d’annuler la visite qu’il devait effectuer mardi avec sa femme Michelle mardi au Taj Mahal, haut-lieu touristique indien, pour se rendre en Arabie saoudite.

Voir de même:

ROYAUME-UNI

Pour la BBC, il ne faut pas qualifier de « terroristes » les tueurs de « Charlie Hebdo »
Le responsable du service arabophone de la BBC refuse que les journalistes de la radio utilisent le terme de « terrorisme » pour parler des tueurs de Charlie Hebdo. C’est un terme trop connoté politiquement, a-t-il expliqué hier à The Independent.

Courrier international

27 janvier 2015

Non, les frères Kouachi ne sont pas des terroristes. Du moins pas aux yeux des journalistes du service arabophone de la BBC, le plus important service hors langue anglaise de la radio publique britannique, suivi chaque semaine par près de 36 millions d’auditeurs. Son responsable, Tarik Kafala, s’en est expliqué le 26 janvier dans une interview au quotidien The Independent : « Nous tentons d’éviter de décrire quelqu’un comme un terroriste, ou un geste comme étant terroriste. »

La raison ? La notion de « terrorisme » est politiquement trop connotée, note Tarik Kafala, qui explique que sa chaîne évite d’employer le terme « terroriste ». Dans le cas des attentats de Paris, on a immédiatement entendu parler d' »attaques terroristes » et du déploiement de la « police anti-terroriste » dans les rues de la capitale française. « Clairement, tous les officiels et les commentateurs utilisent ce mot pour qu’il soit repris par tous les médias », ajoute le journaliste.

Aucune définition internationale claire

D’une manière générale, la BBC a des règles éditoriales spécifiques concernant le terme « terrorisme », rappelle The Independent. Sans interdire l’utilisation de ce terme, la chaîne demande à ses journalistes d’être « très attentifs » lorsqu’ils évoquent des actes considérés comme des actes de terreur, expliquant qu’il y a des termes plus précis pour les expliquer que le mot « terrorisme ». En anglais, le mot « terroriste » n’a pas non plus été utilisé par la BBC pour désigner les frères Kouachi.

Même s’il est sans doute l’un des plus utilisés aujourd’hui dans le monde, le terme « terrorisme » ne fait l’objet d’aucune définition internationale claire, rappelle enfin Tarik Kafala : « Les Nations unies ont tenté pendant une décennie de définir ce mot, sans y parvenir. C’est très délicat. Nous savons ce qu’est la violence politique, nous savons ce que sont les meurtres, les attentats et les fusillades et nous pouvons les décrire. Et cela explique bien plus de choses, à nos yeux, qu’utiliser le mot ‘terrorisme’. »

Voir enfin:

USA: pas assez de pilotes de drones
Le Figaro avec AFP
20/08/2013

Les besoins en pilotes de drones augmentent plus rapidement que ce que l’armée de l’Air américaine est capable de former, un problème dû notamment au manque de volontaires pour cette spécialité, constate un colonel de l’Air Force dans une étude. Dans ce rapport rédigé pour le compte de la Brookings Institution, un centre de réflexion de Washington, le colonel Bradley Hoagland explique le problème par des perspectives de promotion moindres pour les pilotes de drones par rapport aux autres pilotes « traditionnels » et des « exigences opérationnelles » éprouvantes depuis une dizaine d’années.

En 2012, l’Air Force était censée entraîner 1.129 nouveaux pilotes « traditionnels » et 150 pilotes amenés à diriger depuis le sol les Predators, Reapers et autres Global Hawk. Le quota a été rempli pour les premiers mais seuls 82% des postes ont été pourvus pour les seconds « par manque de volontaires », déplore l’auteur.

L’armée de l’Air comptait fin 2012 1.300 pilotes de drones, comptant pour 8,5% de l’ensemble du corps des pilotes, contre 3,3% quatre ans plus tôt. Elle disposait alors de 152 Predators, 96 Reapers et 23 Global Hawk, pour un total de 61 « patrouilles de combat » (CAPs), selon un rapport du Pentagone.

La « patrouille de combat » constitue l’unité de mesure pour s’assurer d’une couverture 24 heures sur 24, sept jours sur sept d’une zone donnée par un drone. Il faut en général 3 ou 4 drones pour cela. « Le rythme de croissance des patrouilles de combat est plus rapide que la capacité de l’Air Force à former les personnels », dénonce le colonel Hoagland. Un des facteurs est un taux d’échec lors de la formation initiale « trois fois supérieur » à celui d’un pilote classique, un tiers des apprentis pilotes de drones abandonnant ou étant rejetés. Un autre est le rythme des opérations depuis plus d’une décennie. Il ne laisse pas de temps aux pilotes de drones pour se former à d’autres spécialités ou pour pouvoir monter en grade, ce qui donne le sentiment que piloter les drones mène sur une voie de garage, ajoute l’auteur.

Ces derniers ont ainsi un taux de promotion au rang de major (commandant) de 13% inférieur à celui des autres officiers. La plus faible progression dans la hiérarchie s’explique également selon lui par un « manque de reconnaissance » pour des pilotes qui « sont perçus comme ne risquant pas leur vie en pilotant leur appareil depuis le Nevada à 11.000 kilomètres » du terrain.

La tentative du Pentagone en février de créer une médaille saluant les « réalisations extraordinaires » des pilotes de drones était un « pas dans la bonne direction » vers davantage de reconnaissance, juge le colonel Hoagland. Mais deux mois plus tard, face à l’irritation provoquée chez les associations de vétérans qui dénonçaient une décoration pour des militaires ne mettant pas leur vie en jeu, le Pentagone a fait machine arrière.

COMPLEMENT:

Middle East
‘American Sniper’ misfires in Iraq
Liz Sly

The Washington Post

February 2, 2015

BAGHDAD — It is not only in America that Clint Eastwood’s Iraq war blockbuster “American Sniper” is proving controversial.

After just a handful of sometimes rowdy screenings, the film has been pulled from Baghdad’s only movie theater amid complaints from the Iraqi government — as well as viewers — that it “insults” Iraqis.

Similar allegations have clouded the film’s release in the United States, though not its box office success. Critics have hailed its gripping portrayal of real-life Navy SEAL sniper Chris Kyle and his exploits in Iraq as a cinematic triumph. Commentators have denounced it as being simplistic and giving a one-sided portrayal of the conflict.

In Iraq, the movie has come as a reminder of the vast gulf that divides Iraqi and U.S. perceptions of the bloody, complicated war, which left more than 4,000 Americans and well over 100,000 Iraqis dead — and is now drawing U.S. troops back.

“It glorifies Americans and makes Iraqis out to be nothing but terrorists,” said Ahmed Kamal, 27, a teacher, who downloaded the film for free on a pirate Web site because he didn’t want to pay to see a movie in which the hero refers to Iraqis as “savages.”

“I wasn’t prepared to spend money to see it,” he said. “It portrays Americans as strong and noble, and Iraqis as ignorant and violent.”

The movie also omitted to note that some Iraqis worked with the Americans, said Sarmad Moazzem, 32, who was one of them. He served alongside U.S. troops for five years in an Interior Ministry logistics division and now works as a security adviser at the theater that pulled the film.

“The film makes out that all Iraqis are terrorists — men, women and children,” he said, “whereas, actually, there are some people who loved the Americans and wanted them to stay to help rebuild our country. The movie didn’t show any of them.”

He listed numerous inaccuracies, such as the identification of Sadr City, the Baghdad neighborhood where Shiite militias battled U.S. troops on numerous occasions, as a stronghold of al-Qaeda — which is a Sunni group.

Moreover, a scene in which Iraqis, including a child, attempted to take out the sniper didn’t ring true, according to his experiences.

“No one would stick around if there was an American sniper in the area,” he said. “As soon as anyone knew there was a sniper, everyone would run and hide.”

That scene, in which a child picks up a rocket-propelled-grenade launcher, provoked a furious outburst at one of the screenings of the film. Three spectators sitting in the front row jumped up from their seats and started cursing, said Mohammed Laith, 27, who was sitting a few rows behind.

“They were shouting, ‘It’s all a lie,’ and ‘You are demeaning our culture,’ ” he recalled. After the three refused to sit down, security guards ejected them from the theater, he said.

The manager of the theater, located in Baghdad’s fancy new Mansour Mall, said he withdrew “American Sniper” last week after receiving a telephone call from a senior official at the Ministry of Culture warning him that he would face fines and possible closure if he continued to show it.

“He told me the film insults Iraqis,” said Fares Hilal, whose six-screen cinema opened last year and is the first to offer Iraqis an American-style moviegoing experience, including tubs of popcorn and the latest releases.

He immediately complied with the order, but with some regret.

“If we show it, we will be criticized. But if we don’t, we lose money,” he sighed. “A lot of people wanted to see this film.”

Nonetheless, many Iraqis seem to have seen it, mostly on Internet downloads.

And not all found it objectionable. Yasser Bakr, 17, who operates one of the mall’s carousels, was still a child when the events portrayed took place and only dimly recalls them. He said there was nothing in the film that gave him offense.

“It’s just a movie,” he shrugged. “About something that happened in the past.”

Mustafa Salim contributed to this report.

Liz Sly is the Post’s Beirut bureau chief. She has spent more than 15 years covering the Middle East, including the Iraq war. Other postings include Africa, China and Afghanistan.


Auschwitz/70e: Après Auschwitz plus résolument que jamais (The responsibility rests also indirectly upon the whole of humanity: Member of exiled Polish government revealed to an indifferent world « greatest crime in human history » three years before Auschwitz’s liberation)

27 janvier, 2015
News of the world (Queen, 1977)https://i0.wp.com/i.telegraph.co.uk/multimedia/archive/03177/DT1942_3177339a.jpg
https://i0.wp.com/i.dailymail.co.uk/i/pix/2015/01/27/0136D7B300000578-0-image-a-31_1422372985804.jpg

Et l’Éternel dit: J’exterminerai de la face de la terre l’homme que j’ai créé, depuis l’homme jusqu’au bétail, aux reptiles, et aux oiseaux du ciel; car je me repens de les avoir faits. Genèse 6: 7
Je suis l’Éternel, et il n’y en a point d’autre. Je forme la lumière, et je crée les ténèbres, Je donne la prospérité, et je crée l’adversité; Moi, l’Éternel, je fais toutes ces choses. Esaïe 45: 6-7
Ses disciples lui firent cette question: Rabbi, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle? Jésus répondit: Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché. Jean 9: 2-3
Quelques personnes qui se trouvaient là racontaient à Jésus ce qui était arrivé à des Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices. Il leur répondit: Croyez-vous que ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, parce qu’ils ont souffert de la sorte? (…) Ou bien, ces dix-huit personnes sur qui est tombée la tour de Siloé et qu’elle a tuées, croyez-vous qu’elles fussent plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem? Non, je vous le dis. Jésus (Luc 3: 1-5)
Le monothéisme devient une arme de guerre forgée tardivement pour permettre au peuple juif d’être et de durer, fût-ce au détriment des autres peuples. Il suppose une violence intrinsèque exterminatrice, intolérante, qui dure jusqu’aujourd’hui (…) les juifs inventent le génocide – le premier en date dans la littérature mondiale. Jean Soler
Le schéma judéo-chrétien s’impose, même à ceux qui se disent indemnes de cette religion. Jean Soler pense même le communisme et le nazisme dans la perspective schématique de ce modèle de pensée. Ainsi, chez Marx, le prolétariat joue le rôle du peuple élu, le monde y est vu en termes d’oppositions entre bien et mal, amis et ennemis, l’apocalypse (la guerre civile) annonce le millénarisme (la société sans classes). (…) Toujours selon Jean Soler, le monothéisme devient une arme de guerre forgée tardivement pour permettre au peuple juif d’être et de durer, fût-ce au détriment des autres peuples. Il suppose une violence intrinsèque exterminatrice, intolérante, qui dure jusqu’aujourd’hui. La vérité du judaïsme se trouve dans le christianisme qui universalise un discours d’abord nationaliste. (…) Bien sûr, il ne souhaite pas revenir au polythéisme antique, mais il propose que nous nous mettions enfin à l’école de la Grèce après plus de mille ans de domination judéo-chrétienne. Une Grèce qui ignore l’intolérance, la banalisation de la peine de mort, les guerres de destruction massive entre les cités ; une Grèce qui célèbre le culte des femmes ; une Grèce qui ignore le péché, la faute, la culpabilité ; une Grèce qui n’a pas souhaité l’extermination massive de ses adversaires ; une Grèce qui, à Athènes, où arrive saint Paul, avait édifié un autel au dieu inconnu comme preuve de sa générosité et de son hospitalité – cet autel fut décrété par Paul de Tarse l’autel de son dieu unique, le seul, le vrai. Constantin devait donner à Paul les moyens de son rêve. Michel Onfray
Quand ils sont venus chercher les juifs, je n’ai pas protesté, je n’étais pas juif … Martin Niemöller
Après Auschwitz, nous pouvons affirmer, plus résolument que jamais auparavant, qu’une divinité toute-puissante ou bien ne serait pas toute bonne, ou bien resterait entièrement incompréhensible (dans son gouvernement du monde, qui seul nous permet de la saisir). Mais si Dieu, d’une certaine manière et à un certain degré, doit être intelligible (et nous sommes obligés de nous y tenir), alors il faut que sa bonté soit compatible avec l’existence du mal, et il n’en va de la sorte que s’il n’est pas tout-puissant. C’est alors seulement que nous pouvons maintenir qu’il est compréhensible et bon, malgré le mal qu’il y a dans le monde. Hans Jonas
Auschwitz is (…) misunderstood — and that misunderstanding distorts what we think about the Holocaust, and about the Nazis themselves. Historical and popular accounts of the Holocaust tend to emphasize its brutal, bureaucratic efficiency, with Auschwitz as its technological pinnacle, whose industrial scale was not only emblematic of, but also necessary for, its success. But as existentially troubling as Auschwitz was and is, and as lethally portentous as it would have been had Nazi Germany won World War II, it was technically unnecessary for the commission of the Holocaust. Had the Nazis never created gassing installations at Auschwitz, Treblinka, Sobibor and elsewhere, they would still have killed around the same number of Jews and non-Jews. About half of the roughly six million Jews whom the Germans and their European collaborators slaughtered, and virtually all the millions of non-Jews the Germans murdered, they killed by nonindustrial means, mainly by shooting or starving them to death. The cliché “assembly line killing” belies the fact that rounding up Jews and shipping them, sometimes for many hundreds of miles, to a death factory was far less efficient than merely killing them where the Germans found them. The Nazi leadership created death factories not for expeditious reasons, but to distance the killers from their victims. Previous and subsequent genocidal assaults also belie the once reflexively intoned notion that modern technology made the Holocaust possible. Regimes and their executioners around the globe have conducted broad eliminationist assaults against targeted peoples, with the perpetrators’ using a variety of means, including mass murder, expulsion, forced conversion and the prevention of reproduction to rid themselves of hated or unwanted groups. In Rwanda in 1994, the Hutu perpetrators killed 800,000 Tutsi at a more intensive daily rate than the Germans did the Jews, using only the most primitive technological means, mainly machetes, knives and clubs. Focusing on Auschwitz’s mechanistic qualities as a precondition for the Holocaust’s vast destructiveness allows people to see the Nazis’ eliminationism as something uniquely modern — to believe that it takes a technically proficient, bureaucratically expert state to carry out such violence. And even though we all recognize that genocides can be unleashed without such advanced systems, people still too often assume that true eliminationism, with the intention of completely destroying another group, takes a relatively rare constellation of a state apparatus and technological means. (…) Rather, the crucial elements are the political leaders’ decision to commit genocide, the willing participation of a large population of perpetrators, the sympathy of an even broader civilian population — in the case of the Holocaust, principally ordinary Germans, but also many other Europeans — and, above all, the ideology that motivates them all to believe that annihilating the targeted people is necessary and right. This, rather than its technical specifications, is why Auschwitz is so important. Auschwitz is a symbol of the broader, and little understood, racist revolution that the Germans were bringing about in Europe that sought to overturn the fundamentals of Western civilization, including its core notion of a common humanity. Daniel Jonah Goldhagen
C’est comme une fête foraine, les jeux avec les pinces… Le monde est atroce, mais il y a bien pire : c’est Dieu. On ne peut pas comprendre Haïti. On ne peut même pas dire que Dieu est méchant, aucun méchant n’aurait fait cela. (…) Depuis quelques temps, je m’intéresse au doigt de Dieu, au hasard. Sous la nef s’élèvera une montagne de vêtements, haute d’environ dix mètres. Une grande pince au bout d’une grue prendra ces vêtements, les amènera jusqu’au ciel et les relâcher. Quand je marche dans une forêt, j’écrase sans le vouloir des fourmis à l’égard desquelles je ne nourris aucune animosité. Aujourd’hui je pense que Dieu, de la même manière, est indifférent. De temps en temps il écrase des choses en dessous de lui, mais sans désir de méchanceté. (…) Vous savez ce qu’on dit : le Russe bat le Polonais, le Polonais bat le Juif, le Juif bat son chien. On bat toujours plus bas que soi. Cet homme pourrait être nous, ou ne pas l’être. Ou pas encore. C’est le pouvoir sur l’homme qui est terrible. La loi française avait interdit aux Juifs d’avoir un chat. Notre voisin, un homme extrêmement sympathique, est venu un jour : si votre chat continue à m’embêter, je vous dénonce. Il n’était pas mauvais, mais on lui avait donné ce pouvoir. (…) Je ne cesse de penser au hasard, avec cette question, absurde, inexpliquée : pourquoi, moi, je suis encore vivant ? Et pourquoi mon voisin est-il mort ? Il n’y a aucune règle à tout ça, et cette chose m’obsède. Ma vie et mon oeuvre ont été très marqués par la Shoah – à ma naissance, en 1944, mes parents ont volontairement effacé leurs traces, et nous avons vécu dans un appartement parisien dissimulés sous le plancher de la maison -, et je crois que tous les survivants de la Shoah n’ont cessé de se poser la question: pourquoi j’ai survécu? Christian Boltanski
Elle est bien là, la mort estampillée XXe siècle, la mort hitlérienne, celle des industriels et des scientifiques qui se regroupaient autour d’une table pour discuter des moyens de rendre leur industrie rentable : comment tuer, à moindre coût et sans trop salir, le plus de monde possible, prisonniers des camps amenés par trains entiers. Une première dans l’histoire de la guerre ; ici l’horreur n’est plus barbarie, mais annihile l’émotion pour laisser place à un esprit logique, au sens de l’organisation. Lorraine Alexandre
Né dans une famille juive originaire de Russie, le père, médecin, s’est converti au christianisme. La mère, née dans une famille bourgeoise désargentée, atteinte de la polio à 22 ans, a abandonné ses études. La guerre survient et ses lois antijuives. Dans l’appartement du 7e arrondissement, une dispute éclate. Hurlements, claquements de porte. A la concierge, on explique que le père a abandonné le domicile familial. A Luc, 2 ans, que papa est parti. Le divorce est prononcé. A la Libération, l’enfant assiste « avec effroi » au retour du père. L’homme était caché dans un réduit, aménagé sous le plancher. « Il sortait la nuit, c’est même comme ça que j’ai été conçu », raconte Christian, né en 1944. Le Monde
J’aimerais profiter de ce jour, qui n’est pas seulement remarquable pour nous, Allemands : dans ma vie, j’ai souvent été prophète et, la plupart du temps, on ne m’a pas pris au sérieux (…) lorsque j’annonçais que (…) je résoudrais  (…) le problème juif (…) Je vais à nouveau être prophète, aujourd’hui : si la juiverie financière internationale, hors d’Europe et en Europe, réussissait à précipiter encore une fois les peuples dans une guerre mondiale, alors la conséquence n’en serait pas la bolchévisation de la terre et la victoire de la juiverie, mais l’anéantissement de la race juive en Europe. Adolf Hitler (Discours au Reichstag, 30 janvier 1939)
J’annonce au monde entier, sans la moindre hésitation, que si les dévoreurs du monde se dressent contre notre religion, nous nous dresserons contre leur monde entier et n’auront de cesse avant d’avoir annihilé la totalité d’entre eux. Ou nous tous obtiendrons la liberté, ou nous opterons pour la liberté plus grande encore du martyre. Ou nous applaudirons la victoire de l’Islam dans le monde, ou nous tous irons vers la vie éternelle et le martyre. Dans les deux cas, la victoire et le succès nous sont assurés. Ayatollah Khomeiny
A Auschwitz, par exemple, l’exécution du nouveau plan d’armement entraîna le départ de dizaines de milliers de Juifs, qui malheureusement ne gagnèrent guère au change. On les avait réunis dans la plus grande hâte, avec une précipitation vraiment incroyable, selon les instructions du préposé aux construction du Reich, et ils offraient un aspect vraiment lamentable. Arrivés au lieu de leur destination, ils se trouvaient astreints à un travail pénible et inaccoutumé, tandis que leur nourriture devenait totalement inexistante. Si on les avait expédiés directement dans les chambres à gaz, on leur aurait épargné beaucoup de souffrances. Ils mouraient au bout de très peu de temps sans avoir été de la moindre utilité pour l’industrie de réarmement. (…) Si on avait suivi mes conseils constamment répétés et si on avait sélectionné à Auschwitz les Juifs les plus forts et les mieux portants, les rapports auraient probablement indiqué un nombre inférieur de travailleurs disponibles ; mais dans ce cas, on aurait obtenu pour longtemps une main-d’œuvre vraiment utilisable. Tandis que maintenant les gros chiffres de ‟disponibles” s’étalaient uniquement sur le papier, en réalité on aurait pu, dès le début, en soustraire un pourcentage considérable. Ces hommes représentaient une charge pour les camps, prenaient la place et la nourriture de ceux qui étaient capables de travailler et ne servaient strictement à rien. Et à cause de leur présence d’autres affamés perdaient la capacité de travailler. (…) On m’a toujours accusé de ne pas avoir refusé d’exécuter les ordres d’extermination et d’avoir participé à ces horribles massacres de femmes et d’enfants. Ma réponse, je l’ai déjà donnée devant le tribunal de Nuremberg : que serait-il arrivé à un chef d’escadrille qui aurait refusé de diriger l’attaque sur une ville parce qu’il savait pertinemment qu’aucune entreprise d’armement, aucune installation militaire importante ne s’y trouvait et que ces bombes frapperaient avant tout des femmes et des enfants ? (…) Dans les camions découverts, des soldats SS morts reposaient paisiblement entre les corps des détenus. Les survivants étaient assis sur les cadavres et mâchaient leur morceau de pain. C’était un spectacle horrible qu’on aurait pu nous épargner. (…) J’arrivai juste à temps pour voir un soldat arrêter sa moto et tirer sur un détenu appuyé à un arbre. Je l’interpellai violemment en lui demandant pourquoi il avait abattu ce malheureux dont il n’avait pas la responsabilité. Il me répondit par un rire insolent et me déclara que cela ne me regardait pas. Je tenais mon revolver et je l’abattis à mon tour : c’était un Feldwebel des forces aériennes.(…) De toute façon, c’était une erreur de procéder à l’extermination de grandes parties des nations ennemies. On aurait pu réduire les mouvements de résistance par un traitement bienveillant et raisonnable de la population des territoires occupés. [l’anéantissement des Juifs] n’a été d’aucune utilité pour la cause antisémite, bien au contraire, il a permis à la juiverie de se rapprocher de son but final…(…) Je n’ai jamais été cruel et je ne me suis jamais laissé entraîner à des sévices. Bien des choses se sont produites à Auschwitz — soit disant en mon nom et sur mes ordres — dont je n’ai jamais rien su : je ne les aurais ni tolérées ni approuvées.(…) Je considère la doctrine philosophique, la Weltanschauung du national-socialisme, comme la seule appropriée à la nature du peuple allemand. Les SS étaient, à mon avis, les défenseurs actifs de cette philosophie et cela les rendait capables de ramener graduellement le peuple allemand tout entier à une vie conforme à sa nature. (…) J’étais un rouage inconscient de l’immense machine d’extermination du Troisième Reich (…) Que le grand public continue donc à me considérer comme une bête féroce, un sadique cruel, comme l’assassin de millions d’êtres humains : les masses ne sauraient se faire d’une autre idée de l’ancien commandant d’Auschwitz. Elles ne comprendront jamais que, moi aussi, j’avais un coeur… Rudolph Höss (1947)
Afin de dénoncer l’horreur nazie, on montre volontiers les images des bulldozers poussant des monceaux de corps nus et décharnés vers des fosses, sans toujours préciser en légende que ces images ont été prises à Bergen-Belsen, surpeuplé suite à l’évacuation d’autres camps. Les conducteurs de ces engins de travaux publics sont des soldats britanniques luttant contre une épidémie de typhus. Les poux étaient la terreur des SS. Les témoignages des survivants sont unanimes à ce sujet : ‟Eine Laus – Dein Tod !” (‟Un poux signifie ta mort !”) pouvait-on lire sur les murs de certains camps. Pour tenter d’enrayer l’épidémie, les Britanniques allèrent jusqu’à brûler les baraquements aux lance-flammes. Paradoxalement, cette horreur est le résultat de la désorganisation du système concentrationnaire nazi. Je signale par ailleurs que Bergen-Belsen était un camp très particulier au sein de ce système : il servit notamment au plus fort de la guerre de camp d’échange pour les Juifs des pays neutres. Dans l’enceinte même d’un camp nazi, l’extermination se voulait aussi discrète que possible. Ces images de Bergen-Belsen devenues emblématiques s’inscrivent donc en périphérie de l’entreprise génocidaire nazie. (…) Quant à l’anéantissement des Juifs, il reconnaît que ce fut une erreur totale. Pourquoi ? Rudolf Höss reste égal à lui-même avec sa petite logique implacable qui laisse le lecteur abasourdi : parce que cela a attiré sur l’Allemagne la haine du monde mais, surtout, parce que cet anéantissement ‟n’a été d’aucune utilité pour la cause antisémite, bien au contraire, il a permis à la juiverie de se rapprocher de son but final…” On suffoque à la lecture de telles déclarations, récurrentes dans cette autobiographie. On pourrait croire à de la provocation ; mais non, le commandant d’Auschwitz est un homme honnête et sérieux à sa manière. Si on développait sa dernière considération, on arriverait tout naturellement à la conclusion suivante : ce sont les Juifs eux-mêmes qui ont pensé la Solution finale puisqu’elle les rapprochait de leur but final (!?) On sent une fois encore l’influence des Protocoles (des Sages de Sion) : les Juifs sont tellement puissants que les nazis eux-mêmes n’ont été que leurs instruments. Logique dévoyée, logique infernale… Olivier Ypsilantis
A la fin de 1943, alors que, en règle générale, les ghettos avaient été nettoyés, que les déportations avaient été menées à bien dans la plupart des pays sous contrôle allemand et que les camps d’extermination de l’action Reinhardt avaient été démantelés et détruits – et les restes des victimes méticuleusement éliminés -, un bref communiqué parut dans le Völkischer Beobachter, indiquant au lecteur moyen toute l’étendue de l’application de la « solution » de la question juive : « Selon les estimations de la presse juive de Palestine, le nombre total des Juifs est de 13,5 millions. Dont 4,6 millions aux Etats-Unis, 425 000 en Angleterre, 200 000 au Canada, 100 000 en Afrique du Sud, 350 000 en Australie, 300 000 en Argentine et 300 000 dans tous les autres Etats des deux Amériques. D’après les Etats-Unis, la Palestine abriterait 550 000 Juifs, hébreux pour la plupart. Ces estimations ne tiennent évidemment pas compte des Juifs religieux. La moitié des Juifs soviétiques se trouveraient désormais à l’est de l’Oural. » Il suffisait alors de consulter le Grand Brockhaus pour constater que le nombre des Juifs à la fin des années 20 (…) oscillait entre 15 et 16 millions. La différence sautait donc immédiatement aux yeux, d’autant que le Brockhaus ne comptabilisait que 3,6 millions de Juifs pour les Etats-Unis (et non 4,8 millions). Mais un lecteur consciencieux aurait dû être frappé par le fait que dans ce bref communiqué, la Palestine était indiquée comme la deuxième région comptant le plus grand nombre de Juifs. Cela signifiait que les communautés présentes dans le Brockhaus, les 3,5 millions de Juifs polonais, les 2,75 millions de Juifs soviétiques, les 834 000 Juifs roumains, ainsi que les 564 000 Juifs allemands (auxquels il fallait ajouter théoriquement les 300 000 Juifs autrichiens depuis l’Anschluss) n’existaient plus, du moins dans cet ordre de grandeur. Peter Longerich (« Nous ne savions pas. » Les Allemands et la Solution finale. 1933 – 1945,  2008)
Les hommes âgés de 14 à 80 ans sont conduits dans un même endroit, souvent un square ou un cimetière, et sont tués avec un couteau, une arme à feu ou des grenades. Ils ont dû creuser leur propre tombe en amont. The Telegraph (juin 1942)
This is what they want from their leaders in the free countries of the world, this is what they told me to say: « Let them go to all the important English and American offices and agencies. Tell them not to leave until they obtain guarantees that a way has been decided upon to save the Jews. Let them accept no food or drink, let them die a slow death while the world is looking on. Let them die. This may shake the conscience of the world. » Leon Feiner (to Jan Karski)
The responsibility for the crime of the murder of the whole Jewish nationality in Poland rests first of all on those who are carrying it out. But indirectly it falls also upon the whole of humanity, on the peoples of the Allied nations and on their governments, who up to this day have not taken any real steps to halt this crime. By looking on passively upon this murder of defenceless millions tortured children, women and men they have become partners to the responsibility. Szmul Zygielbojm
It will actually be a shame to go on living, to belong to the human race, if steps are not taken to halt the greatest crime in human history. Szmul Zygielbojm
Par ma mort, je voudrais, pour la dernière fois, protester contre la passivité d’un monde qui assiste à l’extermination du peuple juif et l’admet. Szmul Zygielbojm

Quand le « Telegraph » révélait dès 1942 le « plus grand massacre de l’Histoire » …

En ce 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz …

Où, après la Marche républicaine de Paris, le prétendu chef du Monde libre a à nouveau brillé par son absence

Pendant qu’au Moyen-Orient et en Afrique ou même en Occident et après les ottomans en Turquie, les derniers djihadistes en date s’acharnent à appliquer, dans la plus grande indifférence, leur promesse de solution finale à la question juive et chrétienne

Ou, à l’instar de l’Iran, s’en fourbissent les armes …

Et avec cet article d’avant-dernière page du Telegraph (« Les Allemands tuent 700 000 Juifs en Pologne : chambres à gaz mobiles ») qui révélait, trois ans avant sa libération, l’existence de chambres à gaz et le massacre perpétré contre les Juifs par les nazis.

Comment oublier …

Le mur d’ « indifférence, de doutes et même de suspicions » auxquels se heurta …

Szmul Zygielbojm, le membre du gouvernement polonais en exil à Londres …

Qui, via un réseau de contacts clandestins en Pologne occupée, avait fourni les informations …

Et, en une ultime forme de protestation avec la mort de sa femme et de son fils lors de la révolte du Ghetto de Varsovie, s’en tua un an après ?

Mais aussi, avec Hans Jonas …

Et contre la logique dévoyée tant des génocideurs eux-mêmes que de nombre de lecteurs de la Bible encore aujourd’hui …

L’affirmation qu’ « après Auschwitz » …

Et malgré même ce que dans sa quête du Dieu unique, la Bible du Déluge avait pu en dire …

« Plus résolument que jamais auparavant, Dieu est bon, malgré le mal qu’il y a dans le monde » ?

Holocaust Memorial Day: Telegraph revealed Nazi gas chambers three years before liberation of Auschwitz
The Telegraph disclosed the existence of Nazi gas chambers and the “mass killing” of Jews almost three years before the liberation of Auschwitz on Jan 27, 1945
David Blair
The Telegraph

26 Jan 2015
It was under the headline “Germans murder 700,000 Jews in Poland”, that this newspaper reported the “greatest massacre in the world’s history” on June 25, 1942.

The story was remarkably detailed and accurate, yet the credit belongs neither to this newspaper nor the anonymous “Daily Telegraph reporter” who was the author. All the facts were supplied by Szmul Zygielbojm, a member of the Polish government in exile who made it his mission to inform the world about the Holocaust.

After arriving in London in 1942, Zygielbojm used a clandestine network of contacts across occupied Poland to gather eyewitness accounts of the fate of Jews. The particular information in The Daily Telegraph’s story was smuggled to London on microfilm hidden inside a key.

The newspaper was able to report that gas chambers were being used for industrialised murder from November 1941 onwards – and “an average 1,000 Jews were gassed daily”. The story methodically lists the death toll from massacres in seven different towns and cities.

“In many places Jews were deported to ‘unknown destinations’ and killed in neighbouring woods,” reads the story. “In Vilna 50,000 Jews were murdered in November. The total number slaughtered in this district and around Lithuanian Kovno is 300,000.”

Post-war investigation established that hundreds of thousands of Jews were killed in mass shootings in Nazi-occupied areas of the former Soviet Union – just as this story made clear. “In Rovne the murders began early in November. In three days and nights nearly 15,000 men, women and children were shot,” reads the report.

In the pages of The Daily Telegraph, Zygielbojm succeeded in revealing the mass murder of Jews. But he was dismayed by the lack of public reaction.

As early as August 1941, Winston Churchill had denounced the atrocities against the Jews as a “crime without a name”. Yet Zygielbojm detected no wave of revulsion sufficient for the Allies to take special steps to obstruct the Holocaust.

The Telegraph chose to report the “greatest massacre in the world’s history” on page five of a six-page newspaper.

Zygielbojm’s informants were taking immense risks and their reports were meticulously accurate, yet he often encountered indifference, disbelief or even suspicion.

When The Telegraph’s story appeared, Zygielbojm’s wife, Manya, and their son, Tuvia, were still living in occupied Poland as prisoners in the Warsaw Ghetto. Both died during the razing of the Ghetto in 1943.

Crushed by this tragedy – and by the weight of indifference towards the fate of the Jews – Zygielbojm took his own life on May 11, 1943.

“The responsibility for the crime of the murder of the whole Jewish nationality in Poland rests first of all on those who are carrying it out,” he wrote. “But indirectly it falls also upon the whole of humanity, on the peoples of the Allied nations and on their governments, who up to this day have not taken any real steps to halt this crime. By looking on passively upon this murder of defenceless millions tortured children, women and men they have become partners to the responsibility.”

 Voir aussi:

Tragic story of heroic Jew who exposed the holocaust to the world… then killed himself after his wife and son were murdered in Warsaw Ghetto uprising
Szmul Zygielbojm was the first to reveal full horror of the Holocaust in 1942
Adam Luck

MailOnline

27 January 2015

When Szmul Zygielbojm stood up and denounced ‘the greatest crime in history’ in 1942 the Polish politician was revealing to the world for the first time the full horror of the unfolding Holocaust.

Three years before the liberation of the death camps, Zygielbojm issued his clarion call but also sowed the seeds of his own destruction warning it would ‘be a shame to go on living’ if nothing were done.

Just a year later, the Jewish activist took his own life in his London apartment when he realised that Allied leaders and world opinion could not or would not do anything to stop the horror.

To compound his despair Zygielbojm had learnt that his own wife and child had perished at the hand of the Nazis during the uprising in the Warsaw Ghetto in the early part of 1943.

Until now, however, the extraordinary story of this left-wing activist and politician has remained cloaked in obscurity despite the fact that Zygielbojm’s secret network help expose the Final Solution.

Born in eastern Poland, Zygielbojm became heavily active within Jewish trade unions and when Germany invaded Poland in 1939 he took part in organising the Warsaw defence committee.

When the Nazis ordered Jewish leaders to help with the creation of a ghetto in the Polish capital, Zygielbojm publicly opposed the command – and was subsequently smuggled out of the city.

After travelling to Belgium, France and the US, where he spoke at a series of meetings to raise awareness about the plight of Jews, he eventually found himself in London in March 1942.

Realising that he was dealing with a sceptical non-Jewish public, Zygielbojm used British newspapers and the BBC to pass on detailed information he was being supplied with from occupied Europe.

In June 1942, The Daily Telegraph headline read ‘Germans murder 700,000 Jews in Poland’ and readers were told it was ‘the greatest massacre in the world’s history.’

The source for this story was Zygielbojm, by now a member of the Polish government in exile, who provided information that ‘an average of 1,000 Jews were being gassed daily’.

Zygielbojm’s network of informants had gathered eye-witness accounts from across Europe, not least the industrial scale of the mass murder with gas chambers being used.

Although Winston Churchill had denounced the Nazi crimes against the Jews as a ‘crime without a name’ as early as 1941, credible and detailed evidence was supplied by Zygielbojm and his network for the first time.

Speaking to the BBC, he said: ‘It will actually be a shame to go on living, to belong to the human race, if steps are not taken to halt the greatest crime in human history.

‘In the name of millions of helpless, innocent, doomed people in the ghettos, whose unseen hands are stretched out to the world, I beseech you, you whose conscience is still alive: Expunge the raging shame which is being perpetrated against the human race.’

One of the key pieces in this jigsaw was the Christian Jan Karski, who was the link between the Polish underground resistance and the Polish government in exile in London.

When he was in the Warsaw Ghetto, Karski relied on a guide called Leon Feiner, who also belonged to the Bund, the same Jewish left-wing organisation that Zygielbojm was a member of.

But when Karski relayed the situation to the British and American governments, as well as Zygielbojm, in late 1942 it became clear that the Allies were unable or unwilling to act.

When Zygielbojm asked Karski what message, if any, he had from the Jews trapped in the Warsaw Ghetto, Karski relayed a message from Zygielbojm’s comrade Leon Feiner.

Karski later revealed the message from Feiner: ‘This is what they want from their leaders in the free countries of the world, this is what they told me to say: « Let them go to all the important English and American offices and agencies. Tell them not to leave until they obtain guarantees that a way has been decided upon to save the Jews. Let them accept no food or drink, let them die a slow death while the world is looking on. Let them die. This may shake the conscience of the world. »‘

In April 1943, the US and UK governments met in Bermuda, supposedly to come up with answers to the unfolding plight of Jews in occupied Europe.

Ironically this happened just as the Jewish resistance rose up the Warsaw Ghetto despite facing overwhelming numbers of well armed Nazi troops.

An estimated 13,000 Jews died during the uprising and the 50,000 or so survivors were immediately shipped to extermination camps.

In May, Zygielbojm realised that the Allies were not going to act and then, to compound his despair, he learnt that his wife Manya and son Tuvla had died in Warsaw.

That month he took an overdose of sodium amytal at his home in west London and left a long and detailed suicide note, explaining his decision to take his own life.

He wrote: ‘I cannot continue to live and to be silent while the remnants of Polish Jewry, whose representative I am, are being murdered.

‘My comrades in the Warsaw ghetto fell with arms in their hands in the last heroic battle. I was not permitted to fall like them, together with them, but I belong with them, to their mass grave.

‘By my death, I wish to give expression to my most profound protest against the inaction in which the world watches and permits the destruction of the Jewish people.’

But he also issued a parting shot in the direction of world opinion and the Allied leaders who had singularly failed to act in any shape or form to try and bring a halt to the slaughter.

My comrades in the Warsaw ghetto fell with arms in their hands in the last heroic battle. I was not permitted to fall like them, together with them, but I belong with them, to their mass grave
Szmul Zygielbojm
He wrote: ‘The responsibility for the crime of the murder of the whole Jewish nationality in Poland rests first of all on those who are carrying it out, but indirectly it falls also upon the whole of humanity, on the peoples of the Allied nations and on their governments, who up to this day have not taken any real steps to halt this crime.

‘By looking on passively upon this murder of defenceless millions tortured children, women and men they have become partners to the responsibility.’

After the war Karski, who died in 2000, expressed his regret that he had ‘stupidly repeated the message which Feiner gave me’ and that Zygielbojm had then ‘lost control’.

When Karski heard of the death, he said: ‘I was crushed. I realised at that time at that time that everything is lost for the Jews. He was a soldier to the end. Yes, he was a genuine martyr.’

But the story doesn’t end on an entirely sad note because one of Zygielbojm’s children did survive.

Joseph became a leading light in the Polish resistance during the war and eventually made his way to the US where he became a scientist in the US space programme before he died in 1995.

Joseph’s sons Arthur and Paul both live in the US.

Voir également:

How Auschwitz Is Misunderstood
Daniel Jonah Goldhagen

The New York Times

Jan. 24, 2015

AUSCHWITZ was liberated 70 years ago, on Jan. 27, 1945, and news of its existence shocked the world. With its principal killing center at one of its main camps, Auschwitz-Birkenau, becoming fully operational in 1942, it was Germany’s largest and the most notorious extermination site. There the Germans slaughtered approximately 1.1 million people, a million of whom were Jews. Its mention evokes notions of evil and instant horror. Auschwitz was a death factory, an oxymoron that would have made no sense before the Holocaust, but that now is effortlessly comprehensible.

But Auschwitz is also misunderstood — and that misunderstanding distorts what we think about the Holocaust, and about the Nazis themselves.

Historical and popular accounts of the Holocaust tend to emphasize its brutal, bureaucratic efficiency, with Auschwitz as its technological pinnacle, whose industrial scale was not only emblematic of, but also necessary for, its success. But as existentially troubling as Auschwitz was and is, and as lethally portentous as it would have been had Nazi Germany won World War II, it was technically unnecessary for the commission of the Holocaust.

Had the Nazis never created gassing installations at Auschwitz, Treblinka, Sobibor and elsewhere, they would still have killed around the same number of Jews and non-Jews. About half of the roughly six million Jews whom the Germans and their European collaborators slaughtered, and virtually all the millions of non-Jews the Germans murdered, they killed by nonindustrial means, mainly by shooting or starving them to death.

The cliché “assembly line killing” belies the fact that rounding up Jews and shipping them, sometimes for many hundreds of miles, to a death factory was far less efficient than merely killing them where the Germans found them. The Nazi leadership created death factories not for expeditious reasons, but to distance the killers from their victims.

Previous and subsequent genocidal assaults also belie the once reflexively intoned notion that modern technology made the Holocaust possible. Regimes and their executioners around the globe have conducted broad eliminationist assaults against targeted peoples, with the perpetrators’ using a variety of means, including mass murder, expulsion, forced conversion and the prevention of reproduction to rid themselves of hated or unwanted groups. In Rwanda in 1994, the Hutu perpetrators killed 800,000 Tutsi at a more intensive daily rate than the Germans did the Jews, using only the most primitive technological means, mainly machetes, knives and clubs.

Focusing on Auschwitz’s mechanistic qualities as a precondition for the Holocaust’s vast destructiveness allows people to see the Nazis’ eliminationism as something uniquely modern — to believe that it takes a technically proficient, bureaucratically expert state to carry out such violence. And even though we all recognize that genocides can be unleashed without such advanced systems, people still too often assume that true eliminationism, with the intention of completely destroying another group, takes a relatively rare constellation of a state apparatus and technological means.

But that’s not true. To understand the politics of mass murder and eliminationism, the technical means of carrying out the deed are almost never the central issue. Rather, the crucial elements are the political leaders’ decision to commit genocide, the willing participation of a large population of perpetrators, the sympathy of an even broader civilian population — in the case of the Holocaust, principally ordinary Germans, but also many other Europeans — and, above all, the ideology that motivates them all to believe that annihilating the targeted people is necessary and right.

This, rather than its technical specifications, is why Auschwitz is so important. Auschwitz is a symbol of the broader, and little understood, racist revolution that the Germans were bringing about in Europe that sought to overturn the fundamentals of Western civilization, including its core notion of a common humanity.

The gassing installations that became Auschwitz’s emblem were but one part of Auschwitz’s system of more than 40 camps and sub-camps. These were run by thousands of German overlords who drove and brutalized hundreds of thousands of Jews, Russians and other “subhumans,” whom they used as slaves to work under horrifying conditions in the camps’ extensive and varied production facilities, making everything from agricultural products to chemicals to armaments.

Auschwitz was thus much more than just the gas chambers and crematories — taken as a whole, it was a microcosm, not so much of the specific mechanisms of the Holocaust, but of the Nazis’ ideological vision of a world to be ruled by a master race, resting on the collective graves of the Jewish people and of tens of millions of additional victims the Germans deemed demographically expendable, and served by an enormous population of slaves. It reveals that during the Holocaust, mass annihilation, as genocide always is, was part of a larger eliminationist agenda and, at its core, a mechanism for social and political transformation.

This commonality notwithstanding, Auschwitz still had its singular quality: It expressed the Nazis’ unparalleled vision that denied a common humanity everywhere, and global intent to eliminate or subjugate all nonmembers of the “master race.” Heinrich Himmler, the head of the SS and the man most responsible for putting the Germans’ plans in action, proudly announced in an address in 1943: “Whether nations live in prosperity or starve to death interests me only insofar as we need them as slaves for our culture.”

Such was the Nazis’ moral and mental mutation, the most profound in the history of Europe, that Auschwitz was built upon, and that, better than any other place, it symbolizes. When Europe’s leaders assemble at Auschwitz on Tuesday for the 70th anniversary commemoration, they should of course remember and mourn the Jewish and non-Jewish victims. They should also realize that they are gazing into the abyss that would have consumed their Continent and the world.

Daniel Jonah Goldhagen is the author of “Hitler’s Willing Executioners: Ordinary Germans and the Holocaust” and, most recently, “The Devil That Never Dies: The Rise and Threat of Global Anti-Semitism.”

Voir par ailleurs:

En lisant la confession de Rudolf Höss, commandant du KZ Auschwitz – 4/4

Maison de Rudolf Höss et sa famille à AuschwitzLa maison de Rudolf Höss et sa famille à Auschwitz

La logique de Rudolf Höss s’exprime clairement dans les lignes qui suivent : ‟A Auschwitz, par exemple, l’exécution du nouveau plan d’armement entraîna le départ de dizaines de milliers de Juifs, qui malheureusement ne gagnèrent guère au change. On les avait réunis dans la plus grande hâte, avec une précipitation vraiment incroyable, selon les instructions du préposé aux construction du Reich, et ils offraient un aspect vraiment lamentable. Arrivés au lieu de leur destination, ils se trouvaient astreints à un travail pénible et inaccoutumé, tandis que leur nourriture devenait totalement inexistante. Si on les avait expédiés directement dans les chambres à gaz, on leur aurait épargné beaucoup de souffrances. Ils mouraient au bout de très peu de temps sans avoir été de la moindre utilité pour l’industrie de réarmement.” Toute la logique nazie s’inscrit dans cette déclaration. Rudolf Höss ajoute avec son implacable logique : ‟Si on avait suivi mes conseils constamment répétés et si on avait sélectionné à Auschwitz les Juifs les plus forts et les mieux portants, les rapports auraient probablement indiqué un nombre inférieur de travailleurs disponibles ; mais dans ce cas, on aurait obtenu pour longtemps une main-d’œuvre vraiment utilisable. Tandis que maintenant les gros chiffres de ‟disponibles” s’étalaient uniquement sur le papier, en réalité on aurait pu, dès le début, en soustraire un pourcentage considérable. Ces hommes représentaient une charge pour les camps, prenaient la place et la nourriture de ceux qui étaient capables de travailler et ne servaient strictement à rien. Et à cause de leur présence d’autres affamés perdaient la capacité de travailler.” Implacable logique de gestionnaire. Froideur comptable. Aucune haine. Rien que l’efficacité et la soumission à des ordres… qui contredisent l’efficacité parce que contradictoires…

Les bombardement aériens.

Rudolf Höss prend note du grand nombre de victimes parmi les déportés travaillant dans les usines suite aux bombardements alliés. Le commandant du camp d’Auschwitz qui a sa logique (le nazi est quelqu’un de très logique à sa manière) écrit : ‟On m’a toujours accusé de ne pas avoir refusé d’exécuter les ordres d’extermination et d’avoir participé à ces horribles massacres de femmes et d’enfants. Ma réponse, je l’ai déjà donnée devant le tribunal de Nuremberg : que serait-il arrivé à un chef d’escadrille qui aurait refusé de diriger l’attaque sur une ville parce qu’il savait pertinemment qu’aucune entreprise d’armement, aucune installation militaire importante ne s’y trouvait et que ces bombes frapperaient avant tout des femmes et des enfants ?” Cette argumentation est encore mise en avant sur un mode tantôt explicite tantôt implicite par des individus qui s’efforcent de rééquilibrer des sommes de souffrances en partant de prémisses taillées à leur mesure…

L’évacuation des camps de concentration.

C’est probablement la période la plus pénible pour ce haut fonctionnaire du système concentrationnaire qui se veut aussi homme de terrain, homme des tournées d’inspection. Ce bureaucrate assiste à l’effondrement du système concentrationnaire nazi, principalement sous la poussée soviétique. Il a participé à son édification et il en est fier. Il regrette simplement que des directives contradictoires, et au plus haut niveau, aient limité son efficacité, principalement dans la production d’armement.

Où diriger ces colonnes de détenus sans approvisionnement, dans le froid et la neige ? Le chaos est total. ‟Dans les camions découverts, des soldats SS morts reposaient paisiblement entre les corps des détenus. Les survivants étaient assis sur les cadavres et mâchaient leur morceau de pain. C’était un spectacle horrible qu’on aurait pu nous épargner.” Cette dernière phrase provoque chez le lecteur une sorte d’hallucination. Les maîtres-d’œuvre de l’industrie de la mort auraient aimé que le spectacle de la mort leur soit épargné. Ils tiennent à faire savoir qu’eux aussi ont un coeur et qu’il leur arrive d’être perturbés par certaines scènes. Mais dans leur logique, la question de la responsabilité et de la culpabilité ne se pose jamais, ce qui leur permet de poursuivre leur œuvre de mort. Rudolf Höss est un homme d’ordre. Exterminer, oui, si l’ordre lui en est donné, mais en lui épargnant tout désordre — cris et larmes.

Au cours de l’évacuation des camps, il avait donné l’ordre de ne pas abattre les détenus inaptes à poursuivre la marche et de les remettre au Volkssturm, sûrement pas par humanité mais pour ne pas ajouter du désordre au désordre. Il se montre intransigeant et rapporte ce qui suit : ‟J’arrivai juste à temps pour voir un soldat arrêter sa moto et tirer sur un détenu appuyé à un arbre. Je l’interpellai violemment en lui demandant pourquoi il avait abattu ce malheureux dont il n’avait pas la responsabilité. Il me répondit par un rire insolent et me déclara que cela ne me regardait pas. Je tenais mon revolver et je l’abattis à mon tour : c’était un Feldwebel des forces aériennes.” Ce passage mérite que l’on s’y attarde. Rudolf Höss aurait-il agi par pitié envers ‟ce malheureux” ? Rudolf Höss qui a un vieux fond d’honnêteté et d’ingénuité ajoute aussitôt : ‟dont il n’avait pas la responsabilité.” Ce Feldwebel est coupable de s’occuper d’un ‟malheureux” dont il n’a pas la responsabilité, c’est-à-dire d’ajouter du désordre au désordre et, pire, de faire preuve d’arrogance envers un supérieur… Car enfin, que pèse un Feldwebel (adjudant) face à un Obersturmbannführer (lieutenant-colonel) ?

Le rêve d’extermination nazi était un rêve froid, un rêve d’efficacité maximale. Les cris, l’affolement, le sang et j’en passe étaient une atteinte à l’efficacité des abattoirs. Ne pas perdre de temps, tayloriser la chaîne de mort… Par ailleurs, ainsi que nous l’avons vu, il s’agissait d’épargner les nerfs des tueurs, de leur éviter une dépression qui les faisait sombrer dans l’alcoolisme ou qui les poussait au suicide. Les nazis auraient aimé que l’extermination soit aussi rapide et aussi propre que dans nos plus modernes abattoirs…

Bergen-Belsen épouvante Rudolf Höss parce que le désordre y est à son comble. A ce propos, permettez-moi une remarque. Afin de dénoncer l’horreur nazie, on montre volontiers les images des bulldozers poussant des monceaux de corps nus et décharnés vers des fosses, sans toujours préciser en légende que ces images ont été prises à Bergen-Belsen, surpeuplé suite à l’évacuation d’autres camps. Les conducteurs de ces engins de travaux publics sont des soldats britanniques luttant contre une épidémie de typhus. Les poux étaient la terreur des SS. Les témoignages des survivants sont unanimes à ce sujet : ‟Eine Laus – Dein Tod !” (‟Un poux signifie ta mort !”) pouvait-on lire sur les murs de certains camps. Pour tenter d’enrayer l’épidémie, les Britanniques allèrent jusqu’à brûler les baraquements aux lance-flammes. Paradoxalement, cette horreur est le résultat de la désorganisation du système concentrationnaire nazi. Je signale par ailleurs que Bergen-Belsen était un camp très particulier au sein de ce système : il servit notamment au plus fort de la guerre de camp d’échange pour les Juifs des pays neutres. Dans l’enceinte même d’un camp nazi, l’extermination se voulait aussi discrète que possible. Ces images de Bergen-Belsen devenues emblématiques s’inscrivent donc en périphérie de l’entreprise génocidaire nazie.

Mon arrestation.

Rudolf Höss parvient à passer entre les mailles du filet et travaille comme ouvrier agricole dans une ferme des environs de Flensburg, tout près de la frontière danoise. ‟Le 11 mars 1946, à vingt-trois heures, on vint m’arrêter.” Interrogatoires musclés à Heide puis à Minden, centre des interrogatoires de la zone anglaise. Transféré par avion à Varsovie, il arrive à Cracovie le 30 juillet.

Conclusion.

Rudolf Höss se déclare fidèle au Parti mais il se demande si l’extension de l’Espace vital n’aurait pas pu se faire par des voies pacifiques. Il s’empresse toutefois d’ajouter que les guerres sont inévitables et que les camps de concentration sont nécessaires aussi longtemps qu’ils sont destinés à surveiller les ennemis de l’État et qu’ils restent ‟des lieux d’éducation pour les asociaux.” Il déplore que les camps soient devenus des lieux d’extermination directe ou indirecte. Dans une allusion aux prisonniers de guerre soviétiques, il écrit : ‟De toute façon, c’était une erreur de procéder à l’extermination de grandes parties des nations ennemies. On aurait pu réduire les mouvements de résistance par un traitement bienveillant et raisonnable de la population des territoires occupés.” Quant à l’anéantissement des Juifs, il reconnaît que ce fut une erreur totale. Pourquoi ? Rudolf Höss reste égal à lui-même avec sa petite logique implacable qui laisse le lecteur abasourdi : parce que cela a attiré sur l’Allemagne la haine du monde mais, surtout, parce que cet anéantissement ‟n’a été d’aucune utilité pour la cause antisémite, bien au contraire, il a permis à la juiverie de se rapprocher de son but final…” On suffoque à la lecture de telles déclarations, récurrentes dans cette autobiographie. On pourrait croire à de la provocation ; mais non, le commandant d’Auschwitz est un homme honnête et sérieux à sa manière. Si on développait sa dernière considération, on arriverait tout naturellement à la conclusion suivante : ce sont les Juifs eux-mêmes qui ont pensé la Solution finale puisqu’elle les rapprochait de leur but final (!?) On sent une fois encore l’influence des Protocoles (des Sages de Sion) : les Juifs sont tellement puissants que les nazis eux-mêmes n’ont été que leurs instruments. Logique dévoyée, logique infernale… Le nazi est un homme terriblement logique (à commencer par Rudolf Höss).

Rudolf Höss termine son autobiographie en insistant sur le fait qu’il n’a jamais brutalisé personnellement un détenu. De plus hautes instances de la Solution finale comme Heinrich Himmler, Reinhard Heydrich ou Adolf Eichmann auraient pu dire la même chose. Ces hommes ne se sentaient en rien responsables, ils ne faisaient qu’obéir aux ordres, c’est une litanie nazie. Rudolf Höss précise : ‟Je n’ai jamais été cruel et je ne me suis jamais laissé entraîner à des sévices. Bien des choses se sont produites à Auschwitz — soit disant en mon nom et sur mes ordres — dont je n’ai jamais rien su : je ne les aurais ni tolérées ni approuvées.” Il n’est pas nécessaire qu’il insiste, nous le croyons. La cruauté et les sévices sont des marques de désordre, or, redisons-le, Rudolf Höss est un homme d’ordre, un nazi fidèle : ‟Je considère la doctrine philosophique, la Weltanschauung du national-socialisme, comme la seule appropriée à la nature du peuple allemand. Les SS étaient, à mon avis, les défenseurs actifs de cette philosophie et cela les rendait capables de ramener graduellement le peuple allemand tout entier à une vie conforme à sa nature.” Qu’ajouter à de tels propos ? Comment attaquer une pensée aussi fermée, animée par une logique interne simple, dévoyée et efficace dans ses limites ? Que répondre à un homme qui déclare : ‟J’étais un rouage inconscient de l’immense machine d’extermination du Troisième Reich” ? Que répondre à un homme qui termine sa confession sur ces mots : ‟Que le grand public continue donc à me considérer comme une bête féroce, un sadique cruel, comme l’assassin de millions d’êtres humains : les masses ne sauraient se faire d’une autre idée de l’ancien commandant d’Auschwitz. Elles ne comprendront jamais que, moi aussi, j’avais un coeur… ” ?

A ces confessions fait suite une annexe, ‟La «solution finale» du problème juif dans le camp de concentration d’Auschwitz”, rédigée en novembre 1946, des pages riches en détails techniques sur les procédures de mise à mort et d’équarrissage. J’y ai appris qu’après une liquidation massive de Juifs, les montres ordinaires étaient envoyées à Sachsenhausen où des centaines de détenus les triaient et les réparaient et qu’elles étaient envoyées au front pour les besoins de la SS et de la Wehrmacht.

________________

Ci-joint, quelques liens :

– Le journal d’un SS tenu à Auschwitz, du 30 août au 18 novembre 1942 : Johann Paul Kremer. Le ton est identique à celui de Rudolf Höss. Johann Paul Kremer arrive à Auschwitz le 30 août 1942 pour remplacer un docteur tombé malade. Il se dit bouleversé par les ‟actions spéciales” et tient lui aussi à faire savoir qu’il n’est pas un sadique et qu’il n’éprouve aucune haine envers quiconque, à commencer par les Juifs, qu’il est un nazi korrekt. Ce choc ne l’empêche pas de nous détailler ses menus et de nous décrire son bien-être entre deux exécutions :

http://www.phdn.org/negation/steinberg/journal.html

– Une notice biographique sur Rudolf Höss (en anglais) éditée par ‟Jewish Virtual Library” :

http://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/biography/Hoess.html

– Un court extrait du procès de Nuremberg où Rudolf Höss témoigne (durée 1 mn 42) : ‟On m’avait fait venir à Nuremberg comme témoin à décharge de Kaltenbrunner, sur demande de son défenseur” :

http://www.youtube.com/watch?v=ANEYUQ22VSE

– J’ai hésité à faire figurer le lien suivant dans mon article, avant de m’y résoudre. Les confessions du commandant d’Auschwitz ont apporté de l’eau au moulin des révisionnistes et des négationnistes. Ci-joint, un article trouvé sur le blog de Robert Faurisson intitulé ‟Comment les Britanniques ont obtenu les aveux de Rudolf Höss, commandant d’Auschwitz” :

http://robertfaurisson.blogspot.com.es/1987/05/comment-les-britanniques-ont-obtenu-les.html

– Robert Faurisson s’exprime dans un documentaire intitulé ‟Les aveux de Rudolf Höss” (durée 12 mn 14). Je précise en passant que l’individu Robert Faurisson prend ses présupposés pour des vérités et commet plusieurs erreurs assez grossières par rapport au texte même rédigé par le commandant d’Auschwitz. Lisez le livre en question et comparez avec ce que dit le monsieur :

http://www.youtube.com/watch?v=uFhN6IZRqD4

La stratégie de Robert Faurisson est propre aux révisionnistes et plus encore aux négationnistes : il s’agit d’agir plus ou moins subtilement par rééquilibrage, en montrant que les responsables nazis ont eux aussi souffert. Observez Robert Faurisson, il cherche à nous faire larmoyer sur le sort de Rudolf Höss en commentant des photographies avant de nous les montrer. On retient son souffle, on s’attend à voir un visage tuméfié et  ensanglanté, on ne voit qu’un homme au visage un peu fatigué et mal rasé.

– See more at: http://zakhor-online.com/?p=6848#sthash.ZYQDchvC.dpuf

Voir enfin:

Rudolf HOESS, le commandant d’Auschwitz, parle.
AVERTISSEMENT

Rudolf Hoess a été pendu à Auschwitz en exécution du jugement du 4 avril 1947. C’est au cours de sa détention à la prison de Cracovie, et dans l’attente du procès, que l’ancien commandant du camp d’Auschwitz a rédigé cette autobiographie sur le conseil de ses avocats et des personnalités polonaises chargés de l’enquête sur les crimes de guerre nazis en Pologne. On peut en voir l’original au crayon dans les archives du Musée d’Auschwitz. Conçu dans un but de justification personnelle, mais avec le souci d’atténuer la responsabilité de son auteur en colorant le mieux possible son comportement, celui de ses égaux et des grands chefs S.S., ce document projette une lumière accablante sur la genèse et l’évolution de la «Solution finale » et du système concentrationnaire. Ce « compte rendu sincère » représente l’un des actes d’accusation les plus écrasants qu’il nous ait été donné de connaître contre le régime dont se réclame l’accusé, et au nom duquel il a sacrifié, comme ses pairs et ses supérieurs, des millions d’êtres humains en abdiquant sa propre humanité.

LE COMITÉ INTERNATIONAL D’AUSCHWITZ.

« (…)

Aux yeux d’Himmler, l’Allemagne était le seul État qui avait le droit d’exercer sa domination sur l’Europe. Tous les autres peuples étaient relégués au deuxième plan. Les nations au sang nordique prédominant devaient jouir d’un traitement privilégié afin qu’on puisse les englober, par la suite dans le corps de l’Allemagne. Les peuples de sang oriental, par contre, devaient être morcelés et réduits à néant, à l’état d’ilotes.

En s’inspirant de ces idées, on avait organisé, dès avant la guerre, des camps de concentration destinés à l’internement des ennemis de l’État. Grâce au procédé de la sélection, ils devinrent, par là même, des lieux d’éducation pour les asociaux et rendirent dans ce domaine des services précieux à la nation tout entière. Ils devinrent aussi un instrument utile pour la « lutte préventive » (1) contre la criminalité.

Mais, à partir de la déclaration de guerre, ces camps se transformèrent en lieux d’extermination directe et indirecte où allait être anéantie cette partie de la population des territoires conquis qui se rebellait contre ses conquérants et ses oppresseurs.

J’ai déjà longuement expliqué mon attitude personnelle à l’égard de ces « ennemis de l’État ».

De toute façon, c’était une erreur de procéder à l’extermination de grandes parties des nations ennemies. On aurait pu réduire les mouvements de résistance par un traitement bienveillant et raisonnable de la population des territoires occupés en fin de compte, le nombre des adversaires vraiment sérieux serait devenu insignifiant.

Aujourd’hui, je reconnais aussi que l’extermination des Juifs constituait une erreur, une erreur totale. C’est cet anéantissement en masse qui a attiré sur l’Allemagne la haine du monde entier. Il n’a été d’aucune utilité pour la cause antisémite, bien au contraire, il a permis à la juiverie de se rapprocher de son but final.

Quant à la direction de la Sécurité du Reich, ce n’était que l’organe d’exécution, le bras policier prolongé d’Himmler. Cette direction et les camps de concentration eux-mêmes n’étaient destinés qu’à servir la volonté d’Himmler et les intentions d’Adolf Hitler.

J’ai déjà amplement expliqué dans les pages précédentes l’origine des horreurs qui se sont produites dans les camps de concentration. Pour ma part, je ne les ai jamais approuvées. Je n’ai jamais maltraité un détenu ; je n’en ai jamais tué un seul de mes propres mains. Je n’ai jamais toléré les abus de mes subordonnés.

(…)

On voit donc que même dans une petite prison le directeur ne saurait empêcher les abus de ses subordonnés. Dans un camp de la dimension d’Auschwitz, c’était chose absolument impossible.

Certes, j’étais dur et sévère, souvent même trop dur et trop sévère comme je m’en aperçois aujourd’hui.

Dépité par les désordres ou les négligences, je me suis permis parfois des paroles méchantes dont j’aurais mieux fait de m’abstenir.

Mais je n’ai jamais été cruel et je ne me suis jamais laissé entraîner à des sévices.

Bien des choses se sont produites à Auschwitz – soi-disant en mon nom et sur mes ordres – dont je n’ai jamais rien su : je ne les aurais ni tolérées ni approuvées.

Mais puisque c’était à Auschwitz j’en suis responsable. Le règlement du camp le dit expressément : « Le commandant est entièrement responsable pour toute l’étendue de son camp. »

Je me trouve maintenant à la fin de ma vie.

J’ai exposé dans ces pages tout ce qui m’est arrivé d’essentiel, tout ce qui m’a influencé et impressionné. Je me suis exprimé en conformité avec la vérité et la réalité ; j’ai raconté ce que j’ai vu de mes yeux. J’ai laissé de côté les détails qui me paraissent secondaires ; il y a aussi beaucoup de choses que j’ai oubliées ou dont je ne me souviens que fort mal.

Je ne suis pas un écrivain et je n’ai pas beaucoup manié la plume. J’ai dû me répéter très certainement ; il est également probable que je me suis souvent mal exprimé.

Le calme et la sérénité qui m’auraient permis de me concentrer pour ce travail m’ont également manqué.

J’ai écrit au fil de la plume mais je n’ai pas eu recours à des artifices. Je me suis dépeint tel que j’étais, tel que je suis.

Mon existence a été colorée et variée. Mon destin m’a conduit sur les hauteurs et au fond des abîmes. La vie m’a souvent durement secoué, mais, partout, j’ai tenu bon et je n’ai jamais perdu courage.

Deux étoiles m’ont servi de guides à partir du moment où je suis rentré, adulte, d’une guerre dans laquelle je m’étais engagé gamin : ma patrie et ma famille.

Mon amour passionné de la patrie et ma conscience nationale m’ont conduit vers le parti national-socialiste et vers les S.S.

Je considère la doctrine philosophique, la Weltanschauung du national-socialisme, comme la seule appropriée à la nature du peuple allemand. Les S.S. étaient, à mon avis, les défenseurs actifs de cette philosophie et cela les rendait capables de ramener graduellement le peuple allemand tout entier à une vie conforme à sa nature.

Ma famille était pour moi une chose tout aussi sacrée ; j’y suis attaché par des liens indissolubles.

Je me suis toujours préoccupé de son avenir : la ferme devait devenir notre vraie maison. Pour ma femme et pour moi, nos enfants représentaient le but de notre existence. Nous voulions leur donner une bonne éducation et leur léguer une patrie puissante.

Aujourd’hui encore, toutes mes pensées tendent vers ma famille. Que vont-ils devenir ? L’incertitude que je ressens à ce propos rend ma détention particulièrement pénible.

J’ai fait le sacrifice de ma personne une fois pour toutes. La question est réglée, je ne m’en occupe plus. Mais que feront ma femme et mes enfants ?

Mon destin a été bizarre. Ma vie a souvent tenu à un fil, pendant la première guerre, pendant les combats des corps francs, au cours d’accidents du travail. Ma voiture a été tamponnée par un camion et j’ai failli être tué. Montant à cheval, je suis tombé sur une pierre et j’ai manqué être écrasé par ma monture : je m’en suis tiré avec quelques côtes fracturées. Pendant les bombardements aériens, j’ai souvent cru mon dernier moment venu et il ne m’est rien arrivé. Peu de temps avant l’évacuation de Ravensbrück, j’ai été victime d’un accident d’auto et tout le monde me tenait déjà pour mort ; une fois encore, je m’en suis bien sorti.

Ma fiole de poison s’est brisée juste avant mon arrestation.

Chaque fois le destin m’a épargné la mort pour me faire subir maintenant une fin dégradante. Combien j’envie mes camarades tombés en soldats au champ d’honneur !

J’étais un rouage inconscient de l’immense machine d’extermination du Troisième Reich. La machine est brisée, le moteur a disparu et je dois en faire autant.

Le monde l’exige.

Je n’aurais jamais consenti à dévoiler mes pensées les plus intimes, les plus secrètes, à exhiber ainsi mon « moi » si on ne m’avait pas traité ici avec tant de compréhension, tant d’humanité.

C’est pour répondre à cette attitude que je me devais de contribuer, dans la mesure où cela m’était possible, à éclaircir des points obscurs.

Mais, lorsqu’on utilisera cet exposé, je voudrais qu’on ne livrât pas à la publicité tous les passages qui concernent ma femme, ma famille, mes mouvements d’attendrissement et mes doutes secrets (2).

Que le grand public continue donc à me considérer comme une bête féroce, un sadique cruel, comme l’assassin de millions d’êtres humains : les masses ne sauraient se faire une autre idée de l’ancien commandant d’Auschwitz. Elles ne comprendront jamais que, moi, aussi, j’avais un coeur…

Cracovie, février 1947.

Rudolf Hoess. »

Rudolf HOESS, « Le commandant d’Auschwitz parle », PCM petite collection maspero, 1979 (Julliard, 1959), pp. 5, 250-251, 253-257


Cinéma: On ne peut calculer le nombre de vies sauvées (As the American left lashes out at the most lethal sniper in US history with 160 confirmed kills)

26 janvier, 2015
https://i0.wp.com/i1.mirror.co.uk/incoming/article5016926.ece/alternates/s615/American-sniper-murder-poster.jpghttps://scontent-a-ams.xx.fbcdn.net/hphotos-xfa1/t31.0-8/p526x296/10857147_10200218185374376_2109345813922156709_o.jpg
https://i0.wp.com/i.ytimg.com/vi/VDyvWwrnrLE/hqdefault.jpg
https://pbs.twimg.com/media/B7GBIvwIUAACjjr.jpg:large

18:31 – Bon boulot – Dominique, quinquagénaire, a applaudi « un tireur d’élite » quand elle l’a vu « perché sur un toit »: « on est contents qu’ils soient là pour protéger le bas peuple pendant la manif ». « Les gens ont une mauvaise opinion de la police en général, mais ils bossent dans des conditions difficiles, et quand il s’agit de sauver des êtres humains, ils font bien leur boulot », renchérit Joël, 64 ans, qui tenait « absolument » à les applaudir. Annick, elle, souligne « leur dévouement et ce qu’ils ont perdu comme vies aussi, et leurs blessés ». « Pour une fois qu’on les remercie… » Le Nouvel obs
Malgré la violence la plus crue, les explosions sanglantes et, littéralement, la boucherie humaine qui y est montrée, The Hurt locker est l’un des plus efficaces films de recrutement pour l’Armée américaine que j’ai jamais vu. Tara McKelvey (American prospect)
Mon oncle a été tué par un sniper pendant la Seconde Guerre mondiale. On nous apprenait que les snipers étaient des lâches. Qu’ils vous tiraient dans le dos. Les snipers ne sont pas des héros. Et les envahisseurs sont pires. Michael Moore
Je viens de voir American sniper. C’est un film puissant, le pendant de Coming Home (film sur la vie d’un prisonnier politique chinois après sa libération, ndlr). Bradley Cooper est sensationnel. Bravo Clint Eastwood. Jane Fonda
Quelle fin tragiquement ironique pour ce tireur d’élite qui a survécu à quatre déploiements en Irak. J’étais contre l’intervention américaine là-bas mais c’est une toile de fond intéressante pour y situer une histoire. J’ai déjà réalisé des films ayant la guerre comme sujet, mais pas comme celui-là, sur un conflit aussi controversé et montré ici sous un autre jour. À travers le regard de ce tireur d’élite, engagé volontaire, patriote invétéré rongé par le regret de n’avoir pu sauver plusieurs de ses frères d’armes, et dont le retour à la vie civile n’a pas été facile. Quand on tue autant de gens, même si on est entraîné pour et qu’on finit par être insensibilisé, ça doit forcément laisser des séquelles. Ça n’a pas été un film facile à faire, sans doute l’un des plus ardus de ma carrière. Le scénario était très complexe, avec plein de ramifications… Clint Eastwood
Les Irakiens, Chris Kyle ne les aime pas. Doux euphémisme. À ses yeux, ce sont tous «des sauvages» qui n’hésitent pas à envoyer des femmes et des enfants faire le sale boulot. Ses deux premières victimes furent une mère et son fils, justement. La première s’avançait vers un check point de marines, bardée d’une ceinture d’explosifs. Elle venait de confier une grenade à son rejeton. Chris Kyle dut abattre les deux, contraint et forcé, après avoir reçu le feu vert de ses supérieurs. Ce furent ses deux tirs les plus difficiles. «Après, confie-t-il, tuer des gens n’est pas très compliqué», surtout quand, selon lui, «ils incarnent le Mal», puisqu’ils veulent abattre des soldats américains. Le politiquement correct n’est pas le style de Kyle. Il avoue «aimer la guerre» et regrette seulement de «ne pas avoir abattu plus de salopards». En quatre séjours en Irak, il a bâti sa légende sur des tirs mémorables. À Sadr City (Bagdad) en 2008, juché sur un toit, Chris aperçoit un homme armé d’un RPG (lance-roquettes). À près de deux kilomètres de distance, le sniper fait mouche et atteint une notoriété quasi instantanée parmi ses pairs. «Dieu a soufflé sur cette balle et l’a touché», sourit le Texan, qui revendique fièrement sa culture chrétienne. Sur le haut du bras gauche, en dessous de l’épaule, à côté du trident des Seals, il a fait tatouer une énorme croix de templier rouge vif, qu’il dévoile volontiers. Élevé dans l’amour de Dieu, de la patrie et de la famille, Kyle assume: «Là-bas, je voulais que tout le monde sache que je suis chrétien, et que je suis un féroce guerrier de Dieu.» La foi chevillée au corps, il pense qu’il devra «peut-être patienter un peu plus longtemps que les autres en salle d’attente au purgatoire», mais garde la conscience tranquille. Ses «exploits», il a fini par les relater dans un livre*, qui caracole depuis trois mois en tête des ventes: 419 000 exemplaires déjà vendus. Devenu une légende vivante au sein de l’armée, Chris Kyle passe pour avoir sauvé des centaines de vies, armé de son seul fusil à lunette. L’usure nerveuse finit cependant par le rattraper lors de son quatrième déploiement en Irak. Il cède alors aux pressions de sa femme Taya, qui ne supporte plus ses absences prolongées. Un ultime coup de chance lors d’une fusillade dans Sadr City, dont il réchappe miraculeusement, lui font réaliser qu’il n’est «tout compte fait pas invincible», malgré ce fidèle «ange gardien» qui a longtemps veillé sur lui. Dans la foulée, il quitte l’armée pour «se consacrer enfin à sa famille». Mais il n’en a pas fini avec une notoriété grandissante. De retour au pays, des inconnus viennent le remercier pour leur avoir «sauvé la peau» tel jour à Faloudja. D’autres anonymes paient discrètement la facture lorsqu’il dîne au restaurant avec Taya. De partout, les sollicitations affluent. La Navy et la Garde nationale du Texas n’ont pas renoncé à le convaincre de rempiler. Les édiles locaux font des pieds et des mains pour qu’il s’engage en politique. Mais Chris Kyle n’a guère plus d’estime pour les hommes politiques que pour les insurgés irakiens. «Républicains comme démocrates, ce sont tous des escrocs», affirme-t-il sur un ton péremptoire. À défaut de carrière publique, c’est le monde du cinéma qui le courtise. Un scénario circule depuis quelque temps à Hollywood. Mais Kyle a posé ses conditions: il mettra son veto à tout acteur qui lui déplairait pour incarner son rôle. «Je ne veux pas d’un acteur comme Matt Damon et tous ces types qui ont exprimé leur opposition à la guerre en Irak», confesse ce grand nostalgique, qui préfère nettement Chuck Norris ou… Ronald Reagan. Le Figaro (09.04.12)
The very term “sniper” seems to stir passionate reactions on the left. The criticism misses the fundamental value that snipers add to the battlefield. Snipers engage individual threats. Rarely, if ever, do their actions cause collateral damage. Snipers may be the most humane of weapons in the military arsenal. The job also takes a huge emotional toll on the man behind the scope. The intimate connection between the shooter and the target can be hard to overcome for even the most emotionally mature warrior. The value of a sniper in warfare is beyond calculation. I witnessed the exceptional performance of SEAL, Army and Marine snipers on the battlefields of Iraq and Afghanistan. They struck psychological fear in our enemies and protected countless lives. Chris Kyle and the sniper teams I led made a habit of infiltrating dangerous areas of enemy-controlled ground, established shooting positions and coordinated security for large conventional-unit movement. More than half the time, the snipers didn’t need to shoot; over-watch and guidance to the ground troops was enough. But when called upon, snipers like Chris Kyle engaged enemy combatants and “cleared the path” for exposed troops to move effectively and safely in their arduous ground missions. These small sniper teams pulled the trigger at their own risk. If their position was discovered, they had little backup or support. Rorke Denver
The ideal thing would be if I knew the number of lives I saved, because that’s something I’d love to be known for. But you can’t calculate that. Chris Kyle
At this point I’d never killed anyone, so it definitely made me pause. But also the fact that it’s not a man — it was difficult. So we tried to radio the Marines to let them handle it. I didn’t want to have to be the one who had to take the woman’s life. We couldn’t raise them on the radio, so I ended up having to take the shot. Chris Kyle (about his very first kill in Iraq — a woman trying to blow up advancing Marines with a hidden grenade)
I don’t remember Michael Moore or any other Hollywood grandees objecting much to the 2001 war film Enemy at the Gates, which was supposedly loosely based on the controversial (and perhaps less than verifiable) career of the deadly sniper Vasily Zaitsev. That movie portrayed the expert Zaitsev as a hero in trying to cut down Wehrmacht officers and soldiers on behalf of the Soviet cause. It reminded audiences not just that Zaitsev’s sniping could save his fellow Russians, but that it was also a very dangerous business for the shooter: As the hunter, Zaitsev often very quickly became the hunted. Nor did Moore et al. object to the positive portrayal of the sniper Private Daniel Jackson (Barry Pepper) in Saving Private Ryan. Jackson, from his hidden perches, kills lots of unsuspecting Germans with his telescopic sniper rifle, saving members of hero John Miller’s company—until he himself is blown up by German tank fire. In Captain Phillips Navy SEAL snipers are portrayed as “marksmen” who nonetheless stealthily blow apart Somali pirates, and thereby save Phillips’s life. Hollywood and film critics were also quite enthusiastic about that movie, apparently including the final rescue of Phillips by skilled “snipers” (i.e., the targeted pirates never knew that they were being targeted and never knew what hit them). What has more likely caused some controversy over American Sniper is not the sniper profession per se of Chris Kyle (since snipers were not de facto deemed suspect in prior films), but three other considerations: a) American Sniper often portrays the Islamist insurgents as savage, and Kyle as complex, but nevertheless both patriotic and heroic in protecting other Americans from them; b) the movie does not serve as a blanket damnation of the Iraq war, at least as is otherwise typical for the Hollywood Iraq film genre; in this regard, unlike many recent Hollywood film titles with the proper noun American in them (e.g., American Hustle, American Gangster, American Psycho, American History X, American Beauty, etc.), the film quite unusually does not dwell on American pathologies; and c) perhaps most important, the film is very successful, and has resonated with the public at the precise time when other recent movies more welcomed by the establishment, such as Selma, have so far not. Victor Davis Hanson

Attention: une propagande peut en cacher une autre!

A l’heure où des policiers et des tireurs d’élite sur les toits parisiens se voient pour une fois …

Non hués mais salués par la population …

Comment ne pas voir pour ce qu’elle est …

La nouvelle polémique, après celles The Hurt locker et de Zero dark thirty, de nos gauchistes de service …

Contre le nouveau film de Clint Eastwood et hommage posthume (victime il y a deux ans d’un sous-officier de marine de 20 ans souffrant de stress post-traumatique dont il s’occupait) …

Au tireur d’élite le plus décoré de toute l’histoire militaire des États-Unis …

A savoir de la pure propagande ?

The Ideal Thing Would Be If I Knew the Number of Lives I Saved’: Chris Kyle Defends His Record

Brendan Bordelon
NRO

January 19, 2015

Michael Moore called him a “coward.” Peter Mass of Glenn Greenwald’s the Intercept slammed him for calling Iraqis “savages.” Former Daily Beast reporter Max Blumenthal described him as a “mass murderer” — a sentiment later echoed on a defaced billboard that’s advertising the most popular movie in America.

The American Left is frothing at the mouth over Clint Eastwood’s portrayal of decorated Navy SEAL Chris Kyle in American Sniper.

Murdered by a mentally ill veteran he was counseling in February 2013, Kyle is no longer here to defend himself. But a C-SPAN video from April 2012 does a pretty good job of putting the lie to the Left’s portrait of a remorseless sociopathic killer.

The most lethal sniper in American history, Kyle is credited with 160 confirmed kills during his four tours of duty in Iraq. But while his detractors would claim Kyle obsessed over that number as a badge of honor, the real American sniper’s focus for his work lay elsewhere. “The ideal thing would be if I knew the number of lives I saved, because that’s something I’d love to be known for,” he said. “But you can’t calculate that.”

Kyle also described his very first kill in Iraq — a woman trying to blow up advancing Marines with a hidden grenade. And while liberals have made much of Kyle’s written admission that he “enjoyed” taking lives, that was not at all the sentiment he expressed during the interview.

“At this point I’d never killed anyone, so it definitely made me pause,” he said. “But also the fact that it’s not a man — it was difficult. So we tried to radio the Marines to let them handle it. I didn’t want to have to be the one who had to take the woman’s life. We couldn’t raise them on the radio, so I ended up having to take the shot.”

Voir aussi:

What American Sniper Reveals About the Soldier at War and at Peace
Peter Simek

B+, Movies.

Jan 15, 2015

The best films about the Iraq and Afghanistan conflicts have been movies that are as concerned about the home front as they are about the field of battle. The latest is Clint Eastwood’s American Sniper, a film based on the life of Chris Kyle, the “deadliest sniper in U.S. history.” Kyle’s real life played out like a movie in its own right. For more on the real Kyle, check out Michael Mooney’s 2013 D Magazine feature here. For the purposes of this piece, though, I’m just going to reflect on the semi-fictional Kyle, played by Bradley Cooper in Eastwood’s new movie.

With American Sniper, Eastwood has used Kyle’s life to take a broader look at what it means to be a soldier. Kyle offers a readymade hero. A down-and-out guy from Texas who, after 9/11, decides to leave the bar and get serious about his life. He joins the Navy and eventual becomes a Navy SEAL. Even though he ends up in the most elite fighting force, importantly, the arc of Kyle’s military career is typical: he is not coming from much and has nothing to lose by signing up. He is driven by a sincere pride of country matched with a strong drive and sense of purpose provided by the military. It also turns out he is a good shot. And he discovers other hidden talents — a razor-sharp focus, fidelity to his fellow soldiers, and fearlessness — that make him uniquely lethal in the field of battle.

Before he’s sent off to war, Kyle meets his future wife, Taya (Sienna Miller), and their relationship helps frame Eastwood’s interest in exploring what it is like to be both a highly trained killer and a husband and (eventually) father. In the field of battle, Kyle is unstoppable. In a number of high-energy action sequences, American Sniper can feel like a well-made, if somewhat rudimentary action flick, replete with some cheesy G.I. Joe-style dialogue. Kyle kills bad guys just at the right time; he leads platoons of grunts into buildings and roots out the bad guys; we watch him get in and out of jams and melodramatic showdowns. Kyle kills to save lives — that much Eastwood wants to make extremely clear with these high-tension shoot-out scenes. Eastwood has to make sure we understand that Kyle’s killing is an act of saving because what makes American Sniper really click is the way it begins to register the weight of just what it means to kill, even when the killing seems to be entirely justified.

As we follow Kyle through successive tours, we begin to see the cost of war on his life, family, and psyche. He is distant to friends and family; he and his wife begin to fight. Cooper does a great job of slowly receding into himself. His speaking turns to grunts, and his posture and demeanor reflect an unspoken, unbearable weight of life at home. Kyle keeps returning for more tours, and he justifies it by saying he can’t stand being at home when he knows his fellow soldiers are in the field of battle. He is good at what he does, and he wants to do it and help his buds. But it also becomes obvious that he suffers from something many soldiers have described about their experience returning from Iraq and Afghanistan. The mundane everyday no longer seems like living when compared to the intense life-and-death reality of the field of battle.

This disconnect is brought together in most dramatic fashion in a scene when Kyle is on a satellite phone with his wife while perched in his sniper’s nest in Iraq. As they chat, a young Iraqi boy is dragged into a square by fighters and executed in front of his family. In the mayhem that ensues, Kyle drops his phone, and his wife stands on a suburban street in Texas listening to the hell of the firefight unfold through her cellphone. The scene is so emotionally wrought, so melodramatic, it almost feels garish and overdone. But at the same time, isn’t this how most of us have experienced these wars, with this paradoxical mix of intimacy and disconnect supplied by modern-day media?

This disconnect seems to be at the heart of what Eastwood is trying to work out in American Sniper. How can someone trained to excel in the field of combat adjust to life after combat? It is an ancient concern of war literature, going all the way back to Homer. Here, Eastwood approaches it through the lens of a society that continually honors and praises its troops, dragging them out to sporting events and sticking bumper stickers on cars, and yet, a society that, at the same time, has never been more insulated to the intimacies and costs of war.

In the end, as we know from everything that has been written about Kyle’s life, there is a gross irony in that he is eventually killed by a fellow veteran. In the movie, Eastwood doesn’t gloss over this tragic twist. Just when it looks like Kyle may be able to come to grips with life after war by mentoring fellow vets, he is killed by someone who can’t overcome his own psychological turmoil. It’s what makes the film’s closing moments, the actual footage of Kyle’s monumental funeral at Cowboys Stadium, both moving and difficult. Yes, we support our troops. We honor our fallen. Our soldiers have done heroic, important work. But as we watch Kyle honored on the Cowboys blue star on the 50-yard line, Eastwood reminds us that we still don’t seem to grasp the real solemnity and human cost of all of it.
Not sure which movie the author saw, but his writing contains enough factual errors (relative to the movie) to make me lose interest in whatever it is he’s trying to express. In the movie, Chris Kyle enlisted after seeing the 1998 attacks on US embassies in Dar es Salaam and Nairobi on TV. He had been in the service for three years by the time 9/11 happened.

Likewise, in the movie when Kyle drops his satellite phone during a firefight, his wife was listening in from a sidewalk in front of a medical facility she had just exited. There was no « suburban street » in that scene and it’s unclear if she was in Texas, California or elsewhere.

These might seem like minor points, but when the author cannot be counted on to get the minor points right it diminishes the strength of his entire message.

Voir également:

Snipers, Correct and Incorrect
Victor Davis Hanson

NRO

January 21, 2015

Were a confused Michael Moore and others faulting American Sniper on the argument that Chris Kyle was a sniper per se, or that he was an American sniper?

I don’t remember Michael Moore or any other Hollywood grandees objecting much to the 2001 war film Enemy at the Gates, which was supposedly loosely based on the controversial (and perhaps less than verifiable) career of the deadly sniper Vasily Zaitsev. That movie portrayed the expert Zaitsev as a hero in trying to cut down Wehrmacht officers and soldiers on behalf of the Soviet cause. It reminded audiences not just that Zaitsev’s sniping could save his fellow Russians, but that it was also a very dangerous business for the shooter: As the hunter, Zaitsev often very quickly became the hunted.

Nor did Moore et al. object to the positive portrayal of the sniper Private Daniel Jackson (Barry Pepper) in Saving Private Ryan. Jackson, from his hidden perches, kills lots of unsuspecting Germans with his telescopic sniper rifle, saving members of hero John Miller’s company—until he himself is blown up by German tank fire.

In Captain Phillips Navy SEAL snipers are portrayed as “marksmen” who nonetheless stealthily blow apart Somali pirates, and thereby save Phillips’s life. Hollywood and film critics were also quite enthusiastic about that movie, apparently including the final rescue of Phillips by skilled “snipers” (i.e., the targeted pirates never knew that they were being targeted and never knew what hit them).

What has more likely caused some controversy over American Sniper is not the sniper profession per se of Chris Kyle (since snipers were not de facto deemed suspect in prior films), but three other considerations:

a) American Sniper often portrays the Islamist insurgents as savage, and Kyle as complex, but nevertheless both patriotic and heroic in protecting other Americans from them;

b) the movie does not serve as a blanket damnation of the Iraq war, at least as is otherwise typical for the Hollywood Iraq film genre; in this regard, unlike many recent Hollywood film titles with the proper noun American in them (e.g., American Hustle, American Gangster, American Psycho, American History X, American Beauty, etc.), the film quite unusually does not dwell on American pathologies; and

c) perhaps most important, the film is very successful, and has resonated with the public at the precise time when other recent movies more welcomed by the establishment, such as Selma, have so far not.

Voir encore:

American sniper : le film de Clint Eastwood divise l’Amérique
Europe 1

21 janvier 2015

Le film American sniper de Clint Eastwood remporte un grand succès aux Etats-Unis. Mais il suscite aussi les critiques de certains qui l’assimilent à une œuvre de propagande pour l’armée.
Succès économique et source de polémique. Pas besoin de faire l’unanimité pour amasser des millions de dollars au box-office. Pour American sniper, le nouveau film de Clint Eastwood, c’est même l’inverse. Son énorme succès en salles depuis sa sortie outre-Atlantique -105 millions de dollars soit 90 millions d’euros en un week-end, ce qui en fait l’œuvre la plus rentable du célèbre acteur-réalisateur- s’accompagne de débats houleux qui divisent l’Amérique.

160 victimes au cours de sa carrière. La pomme de discorde ? Le traitement cinématographique privilégié par Clint Eastwood de l’histoire de Chris Kyle, tireur d’élite au sein des forces spéciales, les Navy Seals. Ce sniper, aujourd’hui décédé, est connu sous deux surnoms qui résument bien le personnage : Chris Kyle est « la légende » pour ses frères d’armes et « le diable » pour ses ennemis. Bien que ce titre soit difficilement vérifiable, ce soldat américain est en effet connu pour être le sniper le plus meurtrier de l’histoire militaire du pays. Le Pentagone lui « crédite » 160 morts, tandis que lui en revendique 255 dans son autobiographie dont le scénario s’inspire.

Un « féroce soldat de Dieu ». Chris Kyle est incarné par Bradley Cooper dans American sniper. Au long du film, le spectateur est confronté à la violence des scènes de guerre, mais aussi au difficile retour à la vie civile et familiale de ces soldats, souvent sujets au stress post-traumatique. Héroïsé par certains, largement médiatisé, Chris Kyle s’est fait connaître par ses sorties violentes. Au Figaro, il expliquait en avril 2012 que les Irakiens étaient des « sauvages, qui n’hésitent pas à envoyer des femmes et des enfants faire le sale boulot ». Il se considérait également comme « un féroce soldat de Dieu », content de savoir que chaque personne qu’il tuait « ne risquait pas de planter une bombe artisanale sous une route au passage d’un convoi américain ».

Hollywood divisé. Ajoutez à ces déclarations fracassantes un tatouage en forme de croix de templier rouge vif et un accent texan prononcé. Il n’en faut pas plus pour diviser les Etats-Unis autour du film qui campe le personnage. D’un côté, de nombreux médias et personnalités ont critiqué une œuvre qui esthétise la mort et joue le rôle de propagande de l’armée américaine. Parmi eux, le réalisateur de Bowling for Columbine Michael Moore, grand opposant à la guerre en Irak et au libre port d’armes aux Etats-Unis. « Mon oncle a été tué par un sniper pendant la Seconde Guerre mondiale. On nous apprenait que les snipers étaient des lâches. Qu’ils vous tiraient dans le dos. Les snipers ne sont pas des héros. Et les envahisseurs sont pires », martèle-t-il.

Avant Michael Moore, Jane Fonda avait été la première personnalité du cinéma américain à réagir, positivement elle, au film. « Je viens de voir American sniper. C’est un film puissant, le pendant de Coming Home (film sur la vie d’un prisonnier politique chinois après sa libération, ndlr). Bradley Cooper est sensationnel. Bravo Clint Eastwood. »

Campagne marketing ciblée. Comme le montre le Wall Street Journal (en anglais, édition abonnés), le film a été proportionnellement drainé moins de spectateurs dans les grandes aires urbaines des côtes est et ouest, majoritairement démocrates et libérales, comparé au franc succès qu’il a remporté dans le sud du pays et dans le Midwest, résolument républicains et conservateurs. Un phénomène logique, et même voulu par le studio de production, comme en atteste le témoignage d’un employé dans The Hollywood Reporter cité par le blog du Monde Bigbrowser : une campagne marketing, tournée vers un public conservateur via des publicités sur Fox News et dans des magazines militaires a permis de faire de ce succès un « phénomène culturel »

Un phénomène culturel, mais aussi politique, puisque l’ex-sénatrice de l’Alaska et figure de la droite radicale américaine Sarah Palin a elle aussi réagi contre les « gauchos d’Hollywood » qui « crachent sur les tombes des combattants de la liberté qui vous permettent de faire ce que vous faites ».

Clint Eastwood dépassé ? Pourtant, dans un débat lors d’une avant-première le 8 décembre dernier, Clint Eastwood affirmait ne pas vouloir faire l’allégorie de la guerre avec American Sniper, commel’explique Première. Il avait même réaffirmé son opposition à la guerre en Irak, en parlant de « l’arrogance de vouloir entrer en guerre sans même se poser la question de sa justification, ni des conséquences tragiques qu’elle aurait pour tant de monde ». Le ralisateur rappelait qu’il avait grandi pendant la Seconde Guerre Mondiale, dans l’espoir qu’elle « finirait toutes les guerres ». Bradley Cooper, l’acteur principal du film, a lui aussi affirmé qu' »American sniper n’était pas un film politique » dans le Guardian.

Une Amérique coupée en deux ? Médias et opinion publique voient en American Sniper la ligne de fracture entre une Amérique de l’intérieur, conservatrice et républicaine, et une Amérique des côtes, élitiste et démocrate. Une opposition manichéenne que refusent de légitimer de nombreux éditorialistes américains. « Une partie des spectateurs du film l’ont-ils regardé à travers un prisme xénophobe et belliqueux? Sûrement. Et ces gens sont haineux et simplets. Mais ceux qui font de ces gens une population cohérente et identifiée qu’ils regardent avec mépris sont tout aussi bêtes que ceux qu’ils critiquent », peut-on lire notamment sur Flavorwire.

American Sniper ne laisse décidément personne indifférent, puisque le cours de la justice lui-même pourrait être perturbé par la sortie de ce film. En effet, Chris Kyle avait été tué près de chez lui au Texas en février 2013, lors d’un gala en faveur des vétérans de l’armée touchés par le syndrome de stress post-traumatique (PTSD). L’accusé, lui-même victime de PTSD, doit être jugé le 11 février prochain dans un procès où il risque la peine de mort. Son avocat estime que le film pose problème puisqu’il « pourrait influencer le jury », explique BFMTV.

Voir également:

Pourquoi le film American Sniper fait polémique
Victor Garcia

L’Express

20/01/2015

En salle le 18 février en France, American Sniper défraie déjà la chronique aux Etats-Unis. Entre succès au box-office et critiques, le film ne laisse pas indifférent. Certains lui reprochent d’être un film de propagande de l’armée américaine.

Succès et polémique. American Sniper nourrit les passions. Nommé six fois aux Oscars, dominant le box-office, le film réalisé par Clint Eastwood a engrangé 105 millions de dollars dès son premier week-end d’exploitation.

Au-delà de ce succès incontestable, plusieurs voix s’élèvent aux États-Unis, notamment celles de réalisateurs, qui estiment qu’American Sniper est un film de propagande pour l’armée américaine. D’autant plus malvenu compte-tenu du bilan de l’intervention américaine en Irak.

Quel est le scénario ?
American Sniper s’inspire de la vie de Chris Kyle, le sniper le plus meurtrier de l’histoire militaire américaine -mort depuis-, incarné par Bradley Cooper. Un tireur d’élite qui a été envoyé à quatre reprises en Irak, et qui a revendiqué 255 ennemis tués. Le Pentagone, quant à lui, en décompte 160.

American Sniper retrace le quotidien de cet homme sur le champ de bataille, les atrocités dont il est témoin, mais aussi sa vie de famille, avec laquelle il n’arrive plus à vivre normalement une fois de retour au pays. Le film reprend directement le scénario du livre autobiographique de celui qui est surnommé al-Shaitan (« le diable ») par ses ennemis et « La Légende » par ses frères d’armes des forces spéciales américaines, les Navy SEAL.

Que lui reprochent notamment Michael Moore et Seth Rogen?
La glorification de l’armée américaine et des forces spéciales ainsi que de son rôle en Irak n’est pas du goût de tout le monde. Michael Moore, le réalisateur de Bowling for Columbine et militant contre le port d’armes, n’y est pas allé de main morte. « Mon oncle a été tué par un sniper pendant la Seconde Guerre mondiale. On nous apprenait que les snipers étaient des lâches. Qu’ils vous tiraient dans le dos. Les snipers ne sont pas des héros. Et les envahisseurs sont pires », a-t-il lancé sur Twitter, remettant en cause directement l’intervention américaine en Irak.

Le réalisateur de The Interview, Seth Rogen, a de son côté estimé que American Sniper lui faisait penser « au film qui est montré dans la troisième partie d’Inglorious Basterds », réalisé par Quentin Tarentino.

Seth Rogen fait en fait référence à Nations Pride, un film -parodique- de propagande nazie imaginé par Quentin Tarentino dans Inglorious Basterds. Dans Nations Pride, un sniper nazi, perché en haut d’une tour, abat des centaines d’ennemis. Il devient alors le héros de toute la nation… Voir ci-dessous:

La réponse des « patriotes »
La réponse des défenseurs du film s’est faite notamment par le Daily Caller, rapporte le site Inquisitr.. Dans son éditorial, le journal estime qu' »Hollywood est majoritairement de gauche et a produit une série de films anti-guerre et anti-militaire qui ont été des flop au box-office. Dans ce monde, American Sniper est une anomalie. Il montre la vie de Kyle sans fard et sans jugement. Son succès est la preuve que les gens sont venus voir la vie de celui que la plupart considère comme un héros ».

Le site Metacritic.com, site référence de compilation de critiques de la presse américaine, attribue la note de 72 sur 100 à American Sniper, qui récolté 33 critiques « positives » et 12 « partagées ». 191 spectateurs ont également notés le film de Clint Eastwood, qui obtient une note de 7,1 sur 10, avec 142 critiques positives, 22 partagées et 27 négatives.

Voir encore:

Polémique
« American Sniper » accusé de propagande

Kahina Sekkai

Paris Match

22 janvier 2015

«American Sniper», le film de Clint Eastwood, relance le débat sur Chris Kyle, le sniper le plus meurtrier de l’armée américaine, et les tireurs d’élite. Certains spectateurs ont écrit de violentes insultes racistes sur les réseaux sociaux, mais les Républicains ont volé au secours du long-métrage.

Près de deux ans après la mort de Chris Kyle, la sortie du film «American Sniper» a déclenché une polémique aux Etats-Unis. Le sniper le plus meurtrier de l’histoire de l’armée américaine était-il un héros de guerre ou un «lâche»? Le film, selon de nombreux critiques, glorifie le rôle des snipers. Le réalisateur engagé Michael Moore a été un des premiers à dénoncer ces tireurs d’élite: «Les snipers ne sont pas des héros. Et les envahisseurs sont les pires», a-t-il écrit sur son compte Twitter, racontant que son oncle avait été tué par un sniper lors de la Seconde guerre mondiale.

Sur le site de microblogging, certains spectateurs ont vanté les mérites du film, mais du côté de la haine: « »American Sniper » me donne envie d’aller tirer sur des putains d’Arabes», écrit ainsi un certain @dezmondharmon. « »American Sniper m’a fait apprécier les soldats 100 fois plus et détester les musulmans 1 million de fois plus», complète #ItsReeceyYh. «Il est bon de voir un film où les Arabes sont représentés pour ce qu’ils sont vraiment –de la vermine pourrie qui veut nous détruire», assure de son côté @harshnewyorker. Ces commentaires ont été compilés par @LeslieK_nope:

Les Républicains défendent Chris Kyle et le film
L’acteur Seth Rogen a écrit sur Twitter qu’«American Sniper» lui «faisait un peu penser» au film de propagande tourné par les nazis et montré dans «Inglorious Basterds», de Quentin Tarantino.

Sarah Palin a rapidement pris la défense du film et de Chris Kyle, qu’elle connaissait personnellement: «Alors que vous caressez des trophées en plastique qui brille, que vous vous échangez en crachant sur la tombe des combattants de la liberté qui vous ont permis de le faire, sachez que le reste de l’Amérique considère que vous n’êtes pas dignes de cirer les bottes de combat de Chris Kyle», a écrit la candidate malheureuse républicaine à la vice-présidence sur Facebook. Newt Gingrich, l’ancien chef des Républicains à la Chambre des représentants, a pour sa part estimé que «Michael Moore devrait passer quelques semaines avec EI et Boko Haram, il apprécierait « American Sniper »».

La personnalité de Chris Kyle est depuis longtemps controversée. Il aurait tué plus de 255 personnes pendant ses dix années de service, et avait été surnommé «le diable de Ramadi» par les insurgés irakiens qu’il prenait pour cibles. Le directeur adjoint de la rédaction de Match l’avait rencontré en mai 2012, au Texas, où il avait fondé une société qui avait pour devise: «La violence résout les problèmes». «Quand je vois les massacres, les tortures et toutes les horreurs que nos ennemis ont commis, je n’ai aucun regret. J’ai fait ça pour mon peuple, pour défendre mes camarades et empêcher ces ordures de commettre davantage d’atrocités. Si j’avais pu en tuer davantage, je l’aurais fait.» «La guerre n’a rien d’amusant, pourtant il se trouve que je m’amusais», poursuivait-il.

Il était en 2012 en négociations afin que son livre «American Sniper» soit porté sur grand écran. Sur le choix de l’acteur qui l’interprétera, Chris Kyle avait rejeté en bloc Matt Damon: «Certainement pas. C’est moi qui décide, et ce n’est pas un opposant à la guerre qui jouera mon rôle.» Bradley Cooper a finalement été choisi –et figure parmi les nommés à l’Oscar du meilleur acteur. Le premier weekend de sa sortie en Amérique du Nord, «American Sniper» a rapporté plus de 90 millions de dollars.

Entre 1999 et 2009, Chris Kyle a été l’un des militaires les plus récompensés pour son service, recevant notamment deux Silver Stars et cinq Bronze Stars. Après avoir quitté le combat, il était devenu instructeur pour des équipes spéciales avant de quitter la Navy en 2009 et avait même écrit le manuel des snipers des Seals, le «Naval Special Warfare Sniper Doctrine». L’aide aux vétérans était l’un des piliers de la vie de Kyle, qui a notamment aidé à fonder l’association FITCO Cares Foundation. Il a été tué en février 2013 par Eddie Ray Rough, un frère d’armes victime du syndrome de stress post-traumatique qu’il tentait d’aider dans un stand de tir.

Voir aussi:

American Sniper dans le viseur de Michael Moore
Pierre-Emmanuel Mesqui
Le Figaro

19/01/2015

VIDÉO – Le réalisateur de Bowling for Columbine, connu pour ses prises de position controversées, a critiqué le nouveau film de Clint Eastwood.

Après avoir milité contre le port des armes dans son documentaire Bowling for Columbine et contre la guerre en Irak, Michael Moore revient à la charge en fustigeant le film American Sniper de Clint Eastwood, avec Bradley Cooper.

Sur Twitter, le réalisateur âgé de 60 ans est revenu sur un épisode marquant qui a touché un membre de sa famille: son oncle a été tué par un sniper lors de la Seconde Guerre mondiale. Il explique pourquoi ces soldats «ne doivent pas être considérés comme des héros».

Quelques heures après l’envoi de ce message, Michael Moore a néanmoins tenu à clarifier ses propos.

D’autres personnalités américaines d’Hollywood ont exprimé leur admiration devant l’œuvre de Clint Eastwood, comme Jane Fonda:

Pour le réalisateur de The Interview, Seth Rogen, le film American Sniper lui rappelle un passage d’Inglourious Basterds de Quentin Tarantino, lorsqu’un sniper allemand (Daniel Brühl) tue héroïquement de nombreux ennemis, dans un film de propagande.

American Sniper est l’adaptation du livre de Chris Kyle, un tireur d’élite des Navy SEAL, intitulé American Sniper: The Autobiography of the Most Lethal Sniper in U.S. Military History (William Morrow, 2012). Ayant servi pendant la guerre d’Irak, Chris Kyle (Bradley Cooper) est connu pour être le sniper le plus prolifique de l’histoire des États-Unis. Surnommé «La Légende», il aurait tué 160 personnes. Le film suit également son retour au pays et les conséquences de la guerre sur son moral et sa vie de famille.

Le long métrage de Clint Eastwood est un grand succès au box-office US. Il a déjà remporté plus de 90 millions de dollars de recettes ce week-end. Il a également été nommé aux Oscars 2015 dans six catégories dont celles du «meilleur film» et du «meilleur acteur» pour Bradley Cooper.

Voir encore:

Chris Kyle, le roi des snipers américains abattu au Texas
Maurin Picard
03/02/2013

Ex-membre des Navy Seal, ce tireur d’élite qui s’est illustré en Irak a été tué par un vétéran.

De notre correspondant à New York

Il s’attendait à connaître une fin violente, lors d’une embuscade en Irak, mais avait fini par croire en sa bonne étoile. Après onze ans de bons et loyaux services au sein des Navy Seals, les troupes d’élite de la marine américaine, Chris Kyle, le sniper le plus redoutable de l’armée américaine (255 «kills (ennemis tués)», dont 160 confirmés), avait raccroché son fusil de tireur d’élite, pour mieux se consacrer à sa famille.

Il a été abattu samedi près de chez lui au Texas par un de ses compatriotes, lors d’un gala de charité organisé à Glen Rose, près de Fort Worth, et consacré aux vétérans atteints de syndrome post-traumatique (ou PTSD, dans le jargon militaire). L’assassin, Eddie Ray Routh, était un de ces vétérans que Kyle se faisait un devoir d’assister lors de leur difficile retour à la vie civile, en organisant des week-ends de «réintégration» dans des ranchs du Texas ou de l’Oklahoma appartenant à d’anciens Seals. Agé de 25 ans, Routh serait retourné chez lui après avoir abattu Kyle et un de ses voisins, avant d’être arrêté par la police après une brève course-poursuite en voiture.

Prime sur sa tête, 80 000 dollars mort ou vif
Chris Kyle, 38 ans, avait reçu Le Figaro l’an passé (voir nos éditions du 10 avril 2012) à Dallas, pour la sortie de sa biographie en France. Il qualifiait les Irakiens de «sauvages, qui n’hésitent pas à envoyer des femmes et des enfants faire le sale boulot», une ceinture d’explosifs autour de la taille, et retroussait volontiers la manche de son bras gauche, recouvert de tatouages impressionnants. Un trident des Navy Seals y côtoyait une énorme croix de templier rouge vif, symbole de sa foi chevillée au corps. Élevé dans l’amour de Dieu, de la patrie et de la famille, Kyle, père de deux jeunes enfants, ne faisait pas mystère de ses motivations: «Là-bas, en Irak, je voulais que tout le monde sache que je suis chrétien, et un féroce guerrier de Dieu.» Il avait sa conscience pour lui car chaque insurgé qu’il éliminait «ne risquerait pas de planter une bombe improvisée sous une route au passage d’un convoi» américain.

Après ces exploits, Kyle avait hérité d’un surnom flatteur venant de l’insurrection sunnite, «al-shaitan Ramadi (le diable de Ramadi)», ainsi qu’une prime sur sa tête, 80.000 dollars mort ou vif. Pour ses camarades du «Navy Seals team 3», il était «The Legend (la légende)», depuis un tir à 1 800 m, en 2008 dans les bas-fonds de Saddam City (Bagdad), contre un Irakien sur le point de tirer une roquette contre un convoi de marines.

«Salle d’attente au Purgatoire»
Après avoir quitté le service actif en 2009, Kyle avait fondé Craft International, une firme spécialisée dans la formation des snipers. Son aura et son entregent lui avaient permis de transformer rapidement son entreprise en business lucratif.

Flairant le filon, les édiles républicains texans avaient bien tenté de le convaincre d’embrasser la carrière politique, mais lui n’affichait que mépris pour ceux qu’il qualifiait d’«escrocs», qu’ils soient républicains ou démocrates.

Chris Kyle avait confié au Figaro qu’une adaptation au cinéma était en cours de négociation avec des «majors» de Hollywood mais qu’il s’opposerait à ce qu’un «traître gauchiste» comme Matt Damon, coupable à ses yeux de s’opposer à la guerre en Irak en contestant lui aussi l’existence des armes de destruction massive (thème repris dans le film de Paul Greengrass, Green Zone en 2010), ne l’incarne à l’écran. Il avait finalement donné sa bénédiction au comédien Bradley Cooper et la société de production de ce dernier, 22nd & Indiana.

Relatant avec difficulté cette usure nerveuse qu’il avait ressentie lors de son quatrième et dernier tour d’opération en Mésopotamie en 2008, Chris Kyle reconnaissait avec un brin de mauvaise conscience qu’il devrait «peut-être patienter un peu plus longtemps que les autres en salle d’attente au Purgatoire».

Voir encore:

Le « diable » de Ramadi, héros américain

Maurin Picard
Le Figaro

09/04/2012

Chris Kyle, sniper d’élite de l’armée américaine, s’enorgueillit d’avoir éliminé 255 « terrotistes » en Irak. Sans l’ombre d’un état d’âme.

De notre envoyé spécial à Dallas

La barbe rousse et drue, les yeux rieurs qui dépassent d’une casquette de baseball bien vissée sur la tête, Chris Kyle ressemble à tous ces jeunes Américains sportifs et débonnaires, auxquels on donnerait le bon Dieu sans confession. Les apparences sont trompeuses. À 37 ans, Kyle est en réalité un vrai «badass» : un dur à cuire, en argot américain. Un tueur, au sens propre, comme en attestent les fusils d’assaut alignés derrière lui, un véritable arsenal dans ce bureau du quatorzième étage d’un immeuble d’affaires, en plein centre-ville de Dallas. Et un héros «bigger than life», hors norme, dans une Amérique éreintée par dix ans de guerres lointaines et impopulaires.

En onze ans de service actif au sein des prestigieux Navy Seals, les commandos de marine à l’origine de la mort d’Oussama Ben Laden en mai 2011, et quatre déploiements en Irak de 2003 à 2009, ce tireur d’élite a abattu 255 «terroristes». La Navy, très sourcilleuse sur les critères de validation, ne lui en reconnaît «que» 160. Cet étourdissant «palmarès» lui confère une place de choix parmi les plus célèbres snipers de l’histoire, derrière le Finlandais Simo Häyhä, qui tua 542 soldats soviétiques durant la Seconde Guerre mondiale. Si bien que, lorsqu’il a quitté le service actif en 2009, le sergent Kyle n’a eu aucun mal à fonder une firme spécialisée dans la formation des snipers, Craft International, avec le soutien enthousiaste de ses anciens frères d’armes. Dans l’armée américaine, il jouit d’une immense réputation, ce qui lui a permis de transformer rapidement Craft International en un business très lucratif. Chez les Seals, une fraternité pourtant avare en tressage de lauriers, le surnom qui lui colle à la peau en dit long sur son aura: «The Legend». Mais celui dont il est le plus fier, c’est le sobriquet décerné par les insurgés irakiens eux-mêmes, au plus fort des combats dans le triangle sunnite en 2006: «al-shaitan Ramadi», le diable de Ramadi. «Celui-là, j’en suis fier, sourit Kyle en lissant sa barbe. Ça veut dire que je les ai vraiment décimés.» Au plus fort de la bataille, les services de renseignements lui apprennent que sa tête a été mise à prix: 20 000 dollars, mort ou vif. Vers la fin des combats, elle en vaut 80 000.

«Des sauvages»
Les Irakiens, Chris Kyle ne les aime pas. Doux euphémisme. À ses yeux, ce sont tous «des sauvages» qui n’hésitent pas à envoyer des femmes et des enfants faire le sale boulot. Ses deux premières victimes furent une mère et son fils, justement.

La première s’avançait vers un check point de marines, bardée d’une ceinture d’explosifs. Elle venait de confier une grenade à son rejeton. Chris Kyle dut abattre les deux, contraint et forcé, après avoir reçu le feu vert de ses supérieurs. Ce furent ses deux tirs les plus difficiles. «Après, confie-t-il, tuer des gens n’est pas très compliqué», surtout quand, selon lui, «ils incarnent le Mal», puisqu’ils veulent abattre des soldats américains. Le politiquement correct n’est pas le style de Kyle. Il avoue «aimer la guerre» et regrette seulement de «ne pas avoir abattu plus de salopards». En quatre séjours en Irak, il a bâti sa légende sur des tirs mémorables. À Sadr City (Bagdad) en 2008, juché sur un toit, Chris aperçoit un homme armé d’un RPG (lance-roquettes). À près de deux kilomètres de distance, le sniper fait mouche et atteint une notoriété quasi instantanée parmi ses pairs. «Dieu a soufflé sur cette balle et l’a touché», sourit le Texan, qui revendique fièrement sa culture chrétienne.

Sur le haut du bras gauche, en dessous de l’épaule, à côté du trident des Seal, il a fait tatouer une énorme croix de templier rouge vif, qu’il dévoile volontiers. Élevé dans l’amour de Dieu, de la patrie et de la famille, Kyle assume: «Là-bas, je voulais que tout le monde sache que je suis chrétien, et que je suis un féroce guerrier de Dieu.» La foi chevillée au corps, il pense qu’il devra «peut-être patienter un peu plus longtemps que les autres en salle d’attente au purgatoire», mais garde la conscience tranquille.

Courtisé par le cinéma
Ses «exploits», il a fini par les relater dans un livre*, qui caracole depuis trois mois en tête des ventes: 419 000 exemplaires déjà vendus. Devenu une légende vivante au sein de l’armée, Chris Kyle passe pour avoir sauvé des centaines de vies, armé de son seul fusil à lunette. L’usure nerveuse finit cependant par le rattraper lors de son quatrième déploiement en Irak. Il cède alors aux pressions de sa femme Taya, qui ne supporte plus ses absences prolongées. Un ultime coup de chance lors d’une fusillade dans Sadr City, dont il réchappe miraculeusement, lui font réaliser qu’il n’est «tout compte fait pas invincible», malgré ce fidèle «ange gardien» qui a longtemps veillé sur lui. Dans la foulée, il quitte l’armée pour «se consacrer enfin à sa famille».

Mais il n’en a pas fini avec une notoriété grandissante. De retour au pays, des inconnus viennent le remercier pour leur avoir «sauvé la peau» tel jour à Faloudja. D’autres anonymes paient discrètement la facture lorsqu’il dîne au restaurant avec Taya. De partout, les sollicitations affluent. La Navy et la Garde nationale du Texas n’ont pas renoncé à le convaincre de rempiler. Les édiles locaux font des pieds et des mains pour qu’il s’engage en politique. Mais Chris Kyle n’a guère plus d’estime pour les hommes politiques que pour les insurgés irakiens. «Républicains comme démocrates, ce sont tous des escrocs», affirme-t-il sur un ton péremptoire.

À défaut de carrière publique, c’est le monde du cinéma qui le courtise. Un scénario circule depuis quelque temps à Hollywood. Mais Kyle a posé ses conditions: il mettra son veto à tout acteur qui lui déplairait pour incarner son rôle. «Je ne veux pas d’un acteur comme Matt Damon et tous ces types qui ont exprimé leur opposition à la guerre en Irak», confesse ce grand nostalgique, qui préfère nettement Chuck Norris ou… Ronald Reagan.

* «American Sniper», Éditions William Morrow (2011), traduction française sortie en mars aux éditions Nimrod.

Voir de plus:

The United States of ‘American Sniper’
Liberals’ criticism of my SEAL teammate Chris Kyle has had the ironic effect of honoring him.
Rorke Denver
WSJ

Jan. 26, 2015

‘American Sniper,” the new movie about Navy SEAL Chris Kyle, has opened to staggering box-office success and garnered multiple Academy Award nominations. But not all the attention has been positive. The most vocal criticism came in the form of disparaging quotes and tweets from actor-director Seth Rogen and documentary-maker Michael Moore . Both have since attempted to qualify their ugly comments, but similarly nasty observations continue to emanate from the left.

The bulk of Chris Kyle’s remarkable exploits took place in the Al Anbar province of Iraq in the summer of 2006. He and I were teammates at SEAL Team Three. Chris had always been a large figure in the SEAL teams. He became a legend before our eyes in Ramadi.

My fellow special-operations brothers might be shocked, but I think the comments by Messrs. Rogen and Moore have had the ironic effect of honoring Chris Kyle’s memory. They inadvertently paid Chris a tribute that joins the Texas funeral procession and “American Sniper” book sales and box office in testifying to the power of his story. I’ll get to the punch line shortly, but first please let me lay the groundwork.

The very term “sniper” seems to stir passionate reactions on the left. The criticism misses the fundamental value that snipers add to the battlefield. Snipers engage individual threats. Rarely, if ever, do their actions cause collateral damage. Snipers may be the most humane of weapons in the military arsenal. The job also takes a huge emotional toll on the man behind the scope. The intimate connection between the shooter and the target can be hard to overcome for even the most emotionally mature warrior. The value of a sniper in warfare is beyond calculation.

I witnessed the exceptional performance of SEAL, Army and Marine snipers on the battlefields of Iraq and Afghanistan. They struck psychological fear in our enemies and protected countless lives. Chris Kyle and the sniper teams I led made a habit of infiltrating dangerous areas of enemy-controlled ground, established shooting positions and coordinated security for large conventional-unit movement.

More than half the time, the snipers didn’t need to shoot; over-watch and guidance to the ground troops was enough. But when called upon, snipers like Chris Kyle engaged enemy combatants and “cleared the path” for exposed troops to move effectively and safely in their arduous ground missions. These small sniper teams pulled the trigger at their own risk. If their position was discovered, they had little backup or support.

As Navy SEALs, we have the privilege of using the best hardware the military has to offer. We have access to, and train with, the latest elite weapons. We operate with the world’s finest aviators, from multiple services, who transport us to and from targets and protect us from above with devastating firepower. Advanced drone platforms are at our disposal and wreak havoc on our enemies. The full complement of American battlefield ingenuity and capacity is at our disposal. Our enemies the world over know this well. They have experienced this awesome power and respect it.

But every U.S. fighting force possesses a weapon that frightens our enemies today more than any of those above. The Taliban, al Qaeda, Islamic State, jihadists everywhere—all those who oppose us fear and hate this weapon, and are haunted by its power to stop their own twisted plans for the world.

What is this weapon? The First Amendment to the Constitution of the United States.

It was written long ago by leaders of astonishing foresight and courage. It is what men like Chris Kyle fight and die for. It is what I immediately think of when someone burns a flag, shouts some hateful remark during a protest or criticizes the men and women who have volunteered for military service and willingly go into harm’s way.

When Seth Rogen and Michael Moore exercise this right, it is a tribute to those who serve. While I am revolted by their whiny, ill-informed opinions about Chris Kyle and “American Sniper,” I delight in the knowledge that the man they decry was a defender of their liberty to do so.

Mr. Denver, a commander in the U.S. Navy SEALs Reserves, is the author of “Damn Few: Making the Modern SEAL Warrior” (Hyperion, 2013).

Voir encore:

Michael Moore is wrong about ‘American Sniper’

Don Mann

CNN

January 23, 2015
As Americans, we are fortunate to have the right to speak our minds. Filmmaker Michael Moore did just that with his attack on the use of military snipers in warfare just before the release of the Oscar-nominated and devastating war/anti-war movie « American Sniper, » directed by Clint Eastwood.

Moore obviously has the same freedom of speech right that all Americans do. Some of what he has publicly stated in the past is opinion, some is fact and some is absolutely ludicrous. In an apparent reference to Navy SEAL Chris Kyle, credited with 160 enemy kills — the most in U.S. history — and the movie « American Sniper, » Moore commented on Twitter that his « uncle was killed by a sniper » and that he was « taught that all snipers were cowards. »

Moore explains snipers are ‘cowards’ tweet

To begin with, the reason Americans have the freedom of speech Moore was exercising is because brave men such as Kyle and other active-duty personnel and military veterans have fought to protect this precious right.

As far as the comment that « snipers are cowards, » that is beyond ludicrous and it is difficult to understand just how anybody could make such a comment.

Let’s look at some of the basic facts surrounding Kyle’s life as a Navy SEAL sniper. Kyle either trained for war or was deployed in war zones for more than 300 days a year during his service in the SEAL teams. SEAL wives basically raise their children alone. The divorce rate for SEALs is incredibly high. Many of the guys have been married multiple times. The children grow up not really knowing their dads because the dads go on frequent and often back-to-back deployments to war zones.

These guys seldom know when they are leaving or for how long. Their work involves going in harm’s way and fighting an enemy that is determined to do whatever it can to take away our way of life. After returning home from a deployment, these guys immediately go back to work preparing for the next deployment. Some are not so fortunate and are wounded or killed in the line of duty.

A sniper, who operates behind enemy lines, has one of the most demanding and dangerous duties in the Special Operations community. Snipers operating in Iraq, Afghanistan and a host of other countries often must crawl and make their way through treacherous urban or desert war-zone terrain for hours just to reach their position undetected, a position of over-watch, cover and concealment. Once they are on site, they sometimes stay in their position for days on end waiting for follow-on orders.

Why ‘American Sniper’ is a smash hit

Military snipers are not sociopaths, coldblooded killers. Snipers believe in their hearts that when they neutralize, or « take out, » a threat that they are saving the lives of their teammates, other military personnel or other innocent people. Their target hit lists typically include terrorists or people preparing to cause grave harm or death to the innocent.

As I cite in my book « The Modern Day Gunslinger, » Lt. Col. David Grossman uses the analogy of wolves, sheep and sheepdogs. Grossman, in his book « On Combat, » compares the average citizen as basically peaceful and nonthreatening — like sheep.

These are the majority of people and do not want to cause harm to others; they wish to live peacefully. The terrorist — the enemy, the « bad guy » — strikes terror and threatens to harm and kill the innocent, like the wolf who threatens the sheep. Fortunately, there are brave men and women who sacrifice much to protect those who wish to live day to day in peace. These protectors are the community sheepdogs.

Chris Kyle was a champion sheepdog. Every time Kyle pulled back on his trigger and fired a shot that neutralized a « wolf, » he was saving countless lives and protecting the sheep. Every wolf he put down was no longer capable of causing harm or death to the sheep, the innocents.

I ask, how can anybody consider a sniper, a Navy SEAL sniper, to be a coward? As much as I try to keep my mind open to all viewpoints — from the far left to the far right — I can only reach the conclusion that Michael Moore has no idea what he is talking about. His unfounded comments could not be further from the truth.

I am confident that if Moore had the courage to spend just one day in a war-zone « sniper hide, » waiting for the go signal to take out an enemy target his opinions on snipers and the military would change 180 degrees. I would go so far as to say if Moore would simply attend a one-day sniper-training course in the United States, his opinion would drastically change.

Yes, of course, he has the right to say whatever he wishes, but when a guy like Moore has the pulpit and the attention of the media, he should have a moral obligation to speak only on topics in which he has some basic knowledge of the facts.

Chris Kyle is an American war hero who has been credited and awarded for saving countless American and innocent lives. After what he did for our country, after all of his sacrifices, Kyle decided to get out of the Navy and assist those brothers in arms who returned from overseas with post-traumatic stress disorder. How incredibly sad and ironic that in February 2013, Kyle was killed and shot in the back, police say, by a former Marine suffering with PTSD whom he was trying to help and mentor.

Michael Moore, tell me: How was Chris Kyle a coward? How are snipers cowards?

When Kyle was killed, he left his loving and devoted wife, Taya, behind. She feels that « American Sniper » did a good job at portraying the struggles that Kyle endured as a Navy SEAL sniper as well as his roles as a husband and father. The movie illustrates the real-life story of heroism, patriotism and self-sacrifice of a remarkable American war hero.

Bradley Cooper, who portrayed Kyle, told NPR that the role was « nothing short of life-changing. It’s just not about me or Clint (Eastwood), or anybody else. … It’s a real human being. … So there’s a huge responsibility. But I saw it as an honor. … I felt like I lived with him for those six months in a very intimate way. … (H)e was the first voice I heard every morning and the last voice I heard going to bed. »

Kyle joins the elite ranks of other American sniper icons such as Carlos Hathcock, who was credited with 93 confirmed kills during the Vietnam War. Hathcock felt the same as Kyle did when it came to taking out threats. He simply understood that he was protecting his fellow Marines and other innocent people.

If there were not people like Kyle and Hathcock protecting our freedoms, Michael Moore, along with the rest of us, would live in a much more dangerous world. I remain deeply honored and humbled to be an American and to have been part of a community where heroes like Kyle have served.

Voir enfin:

The Legend of Chris Kyle
The deadliest sniper in U.S. history performed near miracles on the battlefield. Then he had to come home.
Michael J. Mooney

D Magazine April 2013

There’s a story about Chris Kyle: on a cold January morning in 2010, he pulled into a gas station somewhere along Highway 67, south of Dallas. He was driving his supercharged black Ford F350 outfitted with black rims and oversize knobby mudding tires. Kyle had replaced the Ford logo on the grill with a small chrome skull, similar to the Punisher emblem from the Marvel Comics series, and added a riot-ready aftermarket grill guard bearing the words ROAD ARMOR. He had just left the Navy and moved back to Texas.

Two guys approached him with pistols and demanded his money and the keys to his truck. With his hands in the air, he sized up which man seemed most confident with his gun.

Kyle knew what confidence with a gun looked like. He was the deadliest sniper in American history. He had at least 160 confirmed kills by the Pentagon’s count, but by his own count—and the accounts of his Navy SEAL teammates—the number was closer to twice that. In his four tours of duty in Iraq, Kyle earned two Silver Stars and five Bronze Stars with Valor. He survived six IED attacks, three gunshot wounds, two helicopter crashes, and more surgeries than he could remember. He was known among his SEAL brethren as The Legend and to his enemies as al-Shaitan, “the devil.”

He told the robbers that he just needed to reach back into the truck to get the keys. He turned around and reached under his winter coat instead, into his waistband. With his right hand, he grabbed his Colt 1911. He fired two shots under his left armpit, hitting the first man twice in the chest. Then he turned slightly and fired two more times, hitting the second man twice in the chest. Both men fell dead.

Kyle leaned on his truck and waited for the police.

When they arrived, they detained him while they ran his driver’s license. But instead of his name, address, and date of birth, what came up was a phone number at the Department of Defense. At the other end of the line was someone who explained that the police were in the presence of one of the most skilled fighters in U.S. military history. When they reviewed the surveillance footage, the officers found the incident had happened just as Kyle had described it. They were very understanding, and they didn’t want to drag a just-home, highly decorated veteran into a messy legal situation.

Kyle wasn’t unnerved or bothered. Quite the opposite. He’d been feeling depressed since he left the service, struggling to adjust to civilian life. This was an exciting reminder of the action he missed.

That night, talking on the phone to his wife, Taya, who was in the process of moving with their kids from California, he was a good husband. He asked how her day was. The way some people tell it, he got caught up in their conversation, and only right before they hung up did he remember his big news of the day: “Oh, yeah, I shot two guys trying to steal my truck today.”

A brief description of the incident appeared in fellow SEAL Marcus Luttrell’s 2012 book Service: a Navy SEAL at War— but not Kyle’s own best-seller, American Sniper—and there are mentions of it in various forums deep in the corners of the internet. Before Kyle’s murder at the hands of a fellow veteran in February, I asked him about that story during an interview in his office last year, as part of what was supposed to be an extended, in-depth magazine story about his service and how hard he worked to adjust back to this world—to become the great husband and father and Christian he’d always wanted to be.

He didn’t want to get into specifics about the gas station shooting, but I left that day believing it had happened.

• • •

By the official count, Chris Kyle racked up 160 confirmed kills as a Navy sniper. He pegged the actual number as twice that.

The offices of Craft International, the defense contractor where Chris Kyle was president until his death, were immaculate. You needed one of the broad-chested security guards from downstairs as an escort just to get to that floor of the building. Sitting under thick glass in the lobby, there was an exceptionally rare, original English translation of Galileo’s Dialogue (circa 1661). A conference room held a safe full of gigantic guns—guns illegal to own without a Department of Defense contract.

At 38, Kyle was a large man, 6-foot-2, 230 pounds, and the muscles in his neck and shoulders and forearms made him seem even bigger, like a scruffy-bearded giant. When he greeted me with a direct look in the eye and a firm handshake, his huge bear paw enveloped my hand. That day he had on boots, jeans, a black t-shirt, and a baseball cap. It’s the same thing he wore most days he came to the office, or when he watched his daughter’s ballet recitals, or during television interviews with Conan O’Brien or Bill O’Reilly.

This was one of the rare chances when he’d have a few hours to talk. Over the next three days, he would be teaching a sniper course to the Dallas SWAT teams and he had three book signings, one at a hospital in Tyler (for a terminal cancer patient whose doctor reached out to him), one at Ray’s Sporting Goods in Dallas, and one at the VA in Fort Worth. He’d also have to fly down to Austin for a shooting event Craft was putting on for Speaker of the House John Boehner and several other congressmen.

“We are not doing this for free,” he said, anticipating a question. “We accept Republicans and Democrats alike, as long as the money is good.”

A few weeks later, he would have to cancel a weekend meeting because he was invited to hang out with George W. Bush. “Sorry,” he said, when asked if anyone else might be able to join. “Not even my wife’s allowed to come.”

He loved the Dallas Cowboys and the University of Texas Longhorns. He loved going to the Alamo, looking at historic artifacts. The license plate on his truck had a picture of the flag used during the Texas Revolution, with a cannon, a star, and the words COME AND TAKE IT. Being in the military forced him to move a lot, and neither of his children was born in Texas. But for each birth, he had family send a box of dirt from home—so the first ground his kids’ feet touched would be Texas soil.

He was outspoken on a lot of issues. He believed strongly in the Second Amendment, politely decrying the “incredible stupidity” of gun control laws anytime he was asked. He said he was hesitant to see the movie Zero Dark Thirty because he’d heard that it was a lot of propaganda for the Obama administration. Once, he posted to his tens of thousands of Facebook fans: “If you don’t like what I have to say or post, you forget one thing, I don’t give a shit what you think. LOL.”
chris-kyle-wife-tanya-wedding.jpg Chris Kyle and his wife Taya on their wedding day. Courtesy of Taya Kyle

He didn’t worry about sounding politically incorrect. The Craft International company slogan, emblazoned around the Punisher skull on the logo: “Despite what your momma told you, violence does solve problems.”

His views were nuanced, though. “If you hate the war, that’s fine,” he told me. “But you should still support the troops. They don’t get to pick where they’re deployed. They just gave the American people a blank check for anything up to and including the value of their lives, and the least everyone else can do is be thankful. Buy them dinner. Mow their yard. Bake them cookies.”

“The best way to describe Chris,” his wife, Taya, says, “is extremely multifaceted.”

He was a brutal warrior but a gentle father and husband. He was a patient instructor, and he was a persistent, sophomoric jokester. If he had access to your Facebook account, he might announce to all your friends and family that you’re gay and finally coming out of the closet. If he wanted to make you squirm, he might get hold of your phone and scroll through your photos threatening to see if you kept naked pictures of your girlfriend.

Kyle liked when people thought of him as a dumb hillbilly, but he had a remarkable ability to retain information, whether it was a mission briefing, the details of a business meeting, or his encyclopedic knowledge of his own hero, Vietnam-era Marine sniper Carlos Hathcock. While on the sniper rifle, Kyle had to do complicated math, accounting for wind speed, the spin of a bullet, and the curvature and rotation of the Earth—and he had to do it quickly, under the most intense pressure imaginable. Those were the moments when he thrived.

The most common question he was asked was easy to answer. He said he never regretted any of his kills, which weren’t all men.

“I regret the people I couldn’t kill before they got to my boys,” he said. That’s how he referred to the men and women he served with, across the branches: “my boys.”

He said he didn’t enjoy killing, but he did like protecting Americans and allies and civilians. He was the angel of death, sprawled flat atop a roof, his University of Texas Longhorns ball cap turned backward as he picked off enemy targets one by one before they could hurt his boys. He was the guardian, assigned to watch over open-air street markets and elections, the places that might make good marks for insurgent terrorists.

“You don’t think of the people you kill as people,” he said. “They’re just targets. You can’t think of them as people with families and jobs. They rule by putting terror in the hearts of innocent people. The things they would do—beheadings, dragging Americans through the streets alive, the things they would do to little boys and women just to keep them terrified and quiet—” He paused for a moment and slowed down. “That part is easy. I definitely don’t have any regrets about that.”

He said he didn’t feel like a hero. “I’m just a regular guy,” he said. “I just did a job. I was in some badass situations, but it wasn’t just me. My teammates made it possible.” He wasn’t the best sniper in the SEALs teams, he said. “I’m probably middle of the pack. I was just in the right spots at the right times.”

The way he saw it, the most difficult thing he ever did was getting out of the Navy.

“I left knowing the guy who replaced me,” he said. “If he dies, or if he messes up and other people die, that’s on me. You really feel like you’re letting down these guys you’ve gone through hell with.”

Kyle said he didn’t feel like a hero. “I’m just a regular guy,” he said.

The hardest part? “Missing my boys. Missing being around them in the action. That’s your whole life, every day for years. I hate to say it, but when you’re back and you’re just walking around a mall or something, you feel like a pussy.” It nagged at him. “You hear someone whining about something at a stoplight, and it’s like, ‘Man, three weeks ago I was getting shot at, and you’re complaining about—I don’t even care what.’ ”

There was also the struggle to readjust to his family life. “When I got out, I realized I barely knew my kids,” he said. “I barely knew my wife. In the three years before I got out, I spent a total of six months at home. It’s hard to go from God, Country, Family to God, Family, Country.”

But three years after he left the SEALs, he had a job he liked. He could do (mildly) badass things: shoot big guns, detonate an occasional string of explosives, be around a lot of other former special-operations types. His marriage was finally back in a good place. He had a book on the best-seller list. And he had the chance to help veterans through a number of charities.

“A lot of these guys just miss being around their boys, too,” he said. “They need guys who speak their speak. They don’t need to be treated like they’re special.”

He’d often take vets out to the gun range. Being around people who understood what they’d been through, being able to relax and shoot off some rounds, it was a little like group therapy.

With his family, and with training people, helping people, he had found a new purpose. Chris Kyle could do anything if he had a purpose. He’d been like that since he was a little boy.

• • •

He was the son of a church deacon and a Sunday school teacher. His father’s job at Southwestern Bell had the family moving a lot, so he was born in Odessa, but he told people he grew up “all over Texas.” About the same time he was learning to read, he learned to love guns. He liked to hunt with his father and brother. For his birthday parties, he wanted to have BB gun wars. He perched on the roof of his parents’ house waiting for his friends to dart across the yard. He wasn’t a great shot back then, but at least one friend is still walking around with one of Kyle’s BBs in his hand.

In high school in Midlothian, he played football and baseball. He showed cows through the FFA. He and his buddies cruised for girls in nearby Waxahachie. He also liked to fight. His father warned him never to start a fight. Kyle said he lived by that code “most of the time.” He found that if he was sticking up for his friends, or for kids who couldn’t defend themselves, he got to fight and he got to be the good guy at the same time. Once he felt like he was standing up for something right, he would never back down.

Bryan Rury was a close friend of Kyle’s in high school. Rury was much smaller than his friend, but it seemed they were always standing next to each other. “I think Chris liked looking like a giant,” Rury says.

One time, there was a new kid in school who was trying to make a name for himself by picking on Rury. Kyle came into class one day to find Rury quiet, upset. “He asked me what was wrong, and I wouldn’t tell him,” Rury says. “But he figured it out on his own pretty fast.”

Kyle went over to the new kid’s desk and, in his not-so-subtle, Chris Kyle way, told him he better leave his friend alone. Or else. The kid stood up from his desk, and they went at it. Kyle almost never started the fight, his friends say, but he always ended it. “As they were taking him off to the principal’s office, I just remember him flashing me that giant smile of his,” Rury says.

After high school, he went to Tarleton State for two years, mostly to postpone the responsibilities of adulthood. He spent more time drinking than studying, and soon he decided he’d rather be working on a ranch full-time. But he knew his future was in the military—in the Marines, he thought, until a Navy recruiter told him about all the cool things he could potentially do as a SEAL—and he figured he shouldn’t waste any more time.

Kyle breezed through the Navy’s basic training. He only made it through BUD/S (Basic Underwater Demolition/SEAL) training by way of sheer resolve. He told stories about lying there on the beach, his arms linked with his friends’, their heads hovering above the frigid rising tide. He knew if he got up and rang the bell—if he quit—he could get hot coffee and a doughnut. The uncontrollable shivering—they called it “jackhammering”—lasted for hours, but he never wanted to stop. He joked that he was just lazy, that if the bell had only been a little closer, maybe his entire life would have been different. But the truth is, nothing could have kept him from his dream.

“He had more willpower than anyone I’ve ever met,” Taya says. “If he cared about something, he just wouldn’t ever quit. You can’t fail at something if you just never quit.”

Taya met Kyle in a bar in San Diego, just after he finished BUD/S. When she asked what he did—she suspected from the muscles and the swagger that he was in the military—he told her he drove an ice cream truck. She figured he’d be arrogant but was surprised to find him idealistic instead. But she was still skeptical. Taya’s sister had divorced a guy who was trying to become a SEAL, and she’d specifically said she could never marry someone like that.

But Kyle turned out to be quite sensitive. He was able to read her better than anyone she’d known. Even when she thought she was keeping something hidden behind a good facade, he could always see through it. That kept them from needing to talk about their emotions or constantly reassess their relationship. They got married shortly before he shipped out to Iraq for the first time.

• • •

It takes years to earn enough trust to be a SEAL sniper. Even after sniper school, Kyle had to prove himself again and again in the field, in the pressure of battle. He served other missions before Afghanistan and Iraq, in places he couldn’t discuss because the operations were classified.

As he would eventually describe in American Sniper, his first kill on the sniper rifle came in late March 2003, in Nasiriya, Iraq. It wasn’t long after the initial invasion, and his platoon—“Charlie” of SEAL Team 3—had taken a building earlier that day so they could provide overwatch for a unit of Marines thundering down the road. He was holding a bolt-action .300 Winchester Magnum that belonged to his platoon chief. He saw a woman about 50 yards away. As the Marines got closer, the woman pulled a grenade. Hollywood might have you believe that snipers aim for the head—“one shot, one kill”—but effective snipers aim for the middle of the chest, for center mass.

Kyle pulled the trigger twice.

“The public is soft,” he used to say. “They have no idea.” Because of that softness, he had to have that story, and others, cleared by the Department of Defense before he could include them in his book.

He wanted outsiders to know exactly what kind of evil the troops have had to deal with. But he understood why the Pentagon wouldn’t want to give America’s enemies any new propaganda. He knew the public didn’t want to hear about the brutal realities of war.

Kyle served four tours of duty in Iraq, participating in every major campaign of the war. He was on the ground for the initial invasion in 2003. He was in Fallujah in 2004. He went back, to Ramadi in 2006, and then again, to Baghdad in 2008, where he was called in to secure the Green Zone by going into Sadr City.

Most of his platoon was in the Pacific theater before the 2004 deployment. Kyle was sent early to assist Marines clearing insurgents in Fallujah. Tales of his success in combat trickled back to his team. He was originally supposed to watch over the American forces perched at a safe distance, but he thought he could provide more protection if he was on the street, going house to house with his boys. During one firefight, it was reported that Kyle ran through a hail of bullets to pull a wounded Marine to safety. His teammates, hearing these stories, started sarcastically referring to him as The Legend.

Those stories of bravery in battle proliferated on his third deployment. A younger SEAL was with Kyle at the top of a building in Ramadi when they came under heavy fire. The younger SEAL, who is still active in the teams and can’t be named, dropped to the ground and hid behind an interior wall. When he finally looked up, he saw Kyle standing there, glued to his weapon, covering his field of fire, calling out enemy positions as he engaged.

Kyle said the combat was the worst on his last deployment, to Sadr City in 2008. The enemy was better armed than before. Now it seemed like every time there was an attack, there were rocket-propelled grenades and fights that went on for days. This was also the deployment that produced Kyle’s longest confirmed kill.

He was on the second floor of a house on the edge of a village. With the scope of his .338 Lapua, he started scanning out farther into the distance, to the edge of the next village, a mile away. He saw a figure on the roof of a one-story building. The figure didn’t seem to be doing much, and at the moment he didn’t appear to have a weapon. But later that day, as an Army convoy approached, Kyle checked again and saw the man holding what looked like an RPG. At that distance, Kyle could only estimate his calculations.

He pulled the trigger and watched through his scope as the Iraqi, 2,100 yards away, fell off the roof. It was the world’s eighth-longest confirmed kill shot by a sniper. Later, Kyle called it a “really, really lucky shot.”

Chris Kyle didn’t fit the stereotype of the sullen, lone wolf sniper. In many ways, he was far from the model serviceman. While he always kept his weapons clean, the same was not true of his living space. The way some SEALs tell it, after one deployment, his room was in such a disgusting condition that it took two days to clean. There were six months worth of spent sunflower seed shells he had spit around the bed.

He was seldom seen in anything remotely resembling a military uniform. His teammates remember him painting the Punisher skull on his body armor, helmets, and even his guns. He also cut the sleeves off his shirts. He wore civilian hunting shoes instead of combat boots. Eschewing the protection of Kevlar headgear, he wore his old Longhorns baseball cap. He told people he wore that hat so that the enemy knew Texas was represented, that “Texans shoot straight.”

Kyle heard people call snipers cowards. He would point out that snipers, especially in urban warfare, decrease the number of civilian casualties. Plus, he said, “I will reach out and get you however I can if you’re threatening American lives.”

He terrorized his enemies in true folkhero fashion. In 2006, intelligence officers reported there was a $20,000 bounty on his head. Later it went up to $80,000. He joked that he was afraid to go home at one point. “I was worried my wife might turn me in,” he said.

Taya has been asked often over the years how she reconciles the two Chris Kyles: the trained killer and the loving husband and father—the man who rolled around on the floor with his kids and planned vacations to historical sites and called from wherever he could. (Once he thought his phone was off and she ended up overhearing a firefight.) She always worried about him, but understanding how he could do what he did was never hard.

“Chris was out there fighting for his brothers because he loved them,” she says. “He wanted to protect them and make sure they all got to go home to their families.”

He never cared to talk much about the number of confirmed kills he had. It’s likely considerably higher than what the Pentagon has released, but certain records could remain classified for decades. Besides, while the number garners a lot of attention, it doesn’t tell Kyle’s story. He told people he wished he could somehow calculate the number of people he had saved. “That’s the number I’d care about,” he said. “I’d put that everywhere.”

While seeing his enemies die never gave him much pause, losing his friends devastated him. When fellow Team 3 Charlie platoon member Marc Lee died in August of 2006—the first SEAL to die in the Iraq war—Kyle was inconsolable. All of Lee’s teammates prepared remarks for a memorial service in Ramadi. Kyle wrote out a speech, but when it came time to give it, he couldn’t talk. Every time he tried, he broke down, sobbing.

“He came up and hugged me afterwards,” an active SEAL says. “He apologized. He said, ‘I’m sorry. I wanted to, but I just couldn’t do it.’ ”

It was at a similar event later that year— a wake for fallen SEAL Michael Monsoor, who was posthumously awarded the Medal of Honor for throwing himself on a grenade to save the lives of fellow SEALs—when Kyle had his now-infamous confrontation with former Minnesota governor Jesse Ventura.

They were in a bar popular among SEALs in Coronado, California. Kyle said that Ventura, a former SEAL himself, was in town for an unrelated event and stopped by the wake. According to Kyle, Ventura disrespected the troops, saying something to the effect of, “You guys deserve to lose a few.” That was enough. Kyle punched him and left the bar. Ventura denied the entire incident and later filed a lawsuit against Kyle. But two other former SEALs, friends of Kyle’s, told me they were there that night, and it happened just the way Kyle said it did.

• • •

chris-kyle-deployment-children.jpg Kyle left the SEALs in 2009 so he could be a better husband to Taya and a better father to his two kids. ‘He loved being a dad,’ Taya said. Courtesy of Taya Kyle

By 2009, the life was taking its toll on Taya. She told him that, because he was gone so much, she would see him just as often if she lived somewhere else. He took that as an ultimatum. As Kyle pointed out in his book and in interviews, the divorce rate among Navy SEALs is over 90 percent. He knew he wouldn’t be able to do both. So he left his promising career, the dream job for which he felt exceptionally well-suited, the purpose that had kept him so motivated for 10 years.

“When I first got out, I had a lot of resentment,” he said. “I felt like she knew who I was when she met me. She knew I was a warrior. That was all I’d ever wanted to do.” He started drinking a lot. He stopped working out. He didn’t want to leave the house or make his usual jokes. He missed the rush of combat, the way being at war sets your priorities straight. He missed knowing that what he was doing mattered. More than anything, though, he missed his brothers in the SEALs. He wrote to them and called them. He told people it felt like a daze.

But when he wrote to his closest friends, he talked about the one benefit of being out of the Navy. In all those years at war, he’d had almost no time with his two children. And in his time out, he discovered there was something he liked even more than being a cowboy or valiant sniper.

“He loved being a dad,” Taya says. She noticed he could be rough and playful with their son and sweet and gentle with their daughter. “A lot of fathers play with their kids, but he was always on the floor with them, rolling around, making everyone giggle.”

Kyle began to feel better. He got sick of feeling sorry for himself. He didn’t want a divorce. He started working out again— “getting my mind right,” he called it.

When he met other vets who were feeling down, he told them they should try working out more, too. But many of them, especially the wounded men with missing limbs or prominent burns, explained that people stared too much. Gyms made them uncomfortable. That’s how he got the idea to put gym equipment in the homes of veterans. When he approached FITCO, the company that provides exercise machines for facilities all over the country, and asked for any used equipment, they said no. They donated new equipment instead and helped fund a nonprofit dedicated to Kyle’s mission.

“With helping people,” Taya says, “Chris found his new purpose.”

She watched him use the same willpower that had carried him through SEAL training and all those impossible missions, but now he was trying to become a better man. He started coaching his son’s tee-ball team and taking his daughter to dance practice. He’d always liked hunting, but he hated fishing. Still, when he learned that his son liked to fish, he dedicated himself to becoming a great fisherman, so they could bond the way he did with his own dad.

Kyle took the family to football games at Cowboys Stadium. He took them to church. Unless he was hanging out of a helicopter with a gun doing overwatch, he hated heights. But when his kids wanted to go, he took them to Six Flags to ride the roller coasters and to the State Fair for the Ferris wheel. His black truck became a familiar sight driving around Midlothian.

He started collecting replicas of Old West guns, like the ones the cowboys used in movies when he was a boy. Taya would find him practicing his quick draw and gun twirling skills. Sometimes they would sit on the couch, watching TV, and he would twirl an unloaded six-shooter around his finger. If she saw someone on the screen that she didn’t like, she would jokingly ask, “Can you shoot that guy?”

He’d point the pistol at the TV and pretend to fire.

“Got him, babe.”

J. Kyle Bass is a hedge fund manager in Dallas, the founder of Hayman Capital Management. He was featured prominently in the Michael Lewis book, Boomerang: Travels in the New Third World, which documented both his keen financial mind and his fantastically opulent lifestyle. A few years ago, Bass was feeling overweight and out of shape. A former college athlete, he wanted something intense, so he found a Navy SEAL reserve commander in California, a man who gets prospective SEALs prepared for BUD/S, and asked if they could tailor a short program for him. Bass found that he really liked hanging out with the future and active SEALs. He said if they knew any SEALs coming back to Texas, he’d love to meet them.

That’s how Bass met Chris Kyle. Bass was building a new house at the time, and he offered to fly in Kyle and pay him for some security consulting.

“I was just trying to come up with anything to help the guy out,” Bass says. “I was looking for ways to try and help him make this transition back into the real world.”
chris-kyle-portrait2.jpg Photography by Brandon Thibodeaux

Bass invited Kyle to live at his house with him while Taya finished selling their place in San Diego. He introduced Kyle to as many “big money” people as he could. And the wealthy men were enthralled by Chris Kyle. They loved being around the legend. They loved hearing his stories and invited him to go hunting on their ranches. Bass would hold an economic summit every year at his ranch in East Texas. He would kick off the festivities by introducing his sniper friends.

“I’d have Chris and other SEALs come out and do exhibition shoots,” Bass says. “They would take 600-yard shots at binary explosives, so when they hit them it’s this giant explosion that shakes the ground.” He smiles as he tells the story. “For all the people that manage money all over the world and on Wall Street to come to Texas and see a Navy SEAL sniper shoot a bomb, it’s about as cool as it gets.”

Bass and some business associates also helped start Craft International. They put the Craft offices on the same floor as Hayman, so the finance folks and the defense contractors often crossed paths. Despite working in a plush office building in downtown Dallas, Kyle didn’t change much. Even if he saw an important meeting, it wouldn’t stop him from grinning and flipping off an entire room of people.

The idea was to market Kyle’s skills. He could help train troops (a lot of military training is done by third-party contractors), and police officers, and wealthy businessmen who would pay top dollar for hands-on instruction from an elite warrior like Chris Kyle. He could take people out to Rough Creek Lodge in Glen Rose, a luxury resort with an extended shooting range. It’s the same place he would take buddies and wounded vets when they were feeling down and needed to unwind.

• • •

Kyle insisted that he never had any intention of writing of a book. He was told there were already other writers working on it, and he figured if it was going to happen anyway, he might as well participate. He wanted to give credit where he felt it was due.

He and Taya were flown to New York in the middle of winter, to meet writer Jim DeFelice and begin pouring out their story. The interviews were exhausting.

In 2006, intelligence officers reported there was a $20,000 bounty on his head. Later it went up to $80,000.

“He was not naturally loquacious,” DeFelice says. “Nor did he particularly like to talk about himself. When we first started working together, telling me what happened in the war put an enormous strain on him. He was reliving battles in great detail for the first time since he’d gotten out of the service. He could have been killed in any number of the situations he’d been in. That’s a reality that can be difficult to comprehend at the time, and even harder to understand later on.”

Kyle did find time at one point for a snowball fight with DeFelice’s 13-year-old son. The war hero claimed he’d had plenty of experience in snow, but on this day, the boy got the better of him. Kyle came running in and grabbed a beer.

“Okay, kid,” Kyle told him. “Now you can say you beat a Navy SEAL in a snowball fight.”

Kyle decided not to take a dime from American Sniper. As it became a best-seller, his share amounted to more than $1.5 million. He gave two-thirds to the families of fallen teammates and the rest to a charity that helped wounded veterans. It was something he and Taya discussed a lot.

“I would ask him, ‘How much is enough? Where does your family fit in?’ ” she says.

“But I understood.”

When the book came out, everyone wanted to interview him. He was on late-night talk shows, cable news, and radio. He did a number of reality TV shows related to shooting. (He rarely took much money from the appearances.) He always went on with a ball cap on his head and a wad of tobacco in his mouth.

He had 1,200 people at his first public book signing. It was similar in every town. He preferred to stand for the length of the book signings. “If y’all are standing, I can stand,” he said. He would wait until he signed every book he was asked to, even if it took hours. It often did, because he wanted to take a moment to talk with each person. He tried to personalize each book. He’d pose for photos, one after another.

As he became more famous, more people wanted to spend time with him. More politicians wanted to go shooting with him. At one point, he was at a range with Governor Rick Perry. Perry was about to shoot the sniper rifle and asked Kyle if he had an extra pad to put on the cement before he lay down. Kyle replied with a mock-serious tone.

“You know, Governor,” he said, “Ann Richards was out here not too far back, and she didn’t need a pad at all.”

A good friend once introduced him to the movie star Natalie Portman. He asked her what she did for a living. And, as the story goes, she liked him even more after that.

Then there is this story: Kyle had been invited to a luxury suite at a UT football game and decided to take a heartbroken buddy of his, a Dallas police officer who had recently caught his girlfriend making out with another guy. They were in the suite for a few hours, talking, drinking, when a former UT football star happened to walk in. At some point, Kyle realized that this former star was also the guy who had kissed his friend’s girlfriend.

Kyle’s friend knew what was coming. He begged him not to, but it was in vain.

“It’s man law,” Kyle said.

He had a party trick he liked to perform, a sleeper hold that would render a man unconscious in seconds. Kyle called it a “hug.” People would dare him to do it to them, saying they wouldn’t go down.

Sure enough, Kyle approached the former star and gave him a “hug” right there in the suite. As women were shrieking and wondering if the former UT great was dead, Kyle kept the hold for just a little longer than normal, causing the man to lose control of his bowels as he passed out.

It wasn’t just his friends he took care of. People wrote to him from all over the world, asking for favors or for his time, especially after he started appearing on TV. He did his best to accommodate every request he could, even when Taya was worried he was spreading himself too thin.

“He was so trusting,” she says. “He didn’t let himself worry about much.”

• • •

Jodi Rough, a teacher’s aide at anelementary school close to Kyle’s home, had a son, a former Marine, who needed help. She reached out to Kyle because she knew his history of caring for veterans. Kyle told people he and his friend, Chad Littlefield, were going to take the kid out to blow off some steam.

Littlefield was a quiet buddy Kyle had come to count on over the last few years. They worked out and went hunting together. He had come over a few nights earlier to have Kyle adjust the scope of his rifle. Kyle invited Littlefield to come with him to Rough Creek. They were going to take Jodi Routh’s son shooting. Littlefield had accompanied Kyle on similar trips dozens of times.

They were in Kyle’s big black truck when they showed up in the Dallas suburb of Lancaster, at the home Eddie Ray Routh shared with his parents. He was a stringy, scraggly 25-year-old. He’d spent four years in the Marines but in the last few months had twice been hospitalized for mental illness. His family worried that he was suicidal. They hoped time with a war hero, a legend like Chris Kyle, might help.

It was a little after lunch on Saturday, February 2, when they picked up Routh and headed west on Highway 67. They got to Rough Creek Lodge around 3:15 pm. They turned up a snaking, 3-mile road toward the lodge and let a Rough Creek employee know they were heading to the range, another mile and a half down a rocky, unpaved road.

This was a place Kyle loved. He had given many lessons here over the last three years. He’d spend hours working with anyone who showed an interest in shooting. This is where he would take his boys when they needed to get away. In the right light, the dry, blanched hills and cliffs looked a little like the places they’d been in Iraq. When a group went out there, away from the rest of the world, they could relax and enjoy the camaraderie so many of them missed.

We may never know exactly what happened next. They weren’t there long, police suspect, before Routh turned his semiautomatic pistol on Kyle and Littlefield. He took Kyle’s truck, left Rough Creek, and headed east on 67. Later he would tell his sister that he “traded his soul for a new truck.” A hunting guide from the lodge spotted two bodies covered in blood, both shot multiple times.

Routh drove to a friend’s house in Alvarado and called his sister. He drove to her house where, his sister told police, he was “out of his mind.” He told her he’d murdered two people, that he’d shot them “before they could kill him.” He said “people were sucking his soul” and that he could “smell the pigs.” She told him he needed to turn himself in.

From there, Routh drove home to Lancaster, where the police were waiting for him. When they tried to talk him out of the truck, he sped off. With the massive grill guard, he ripped through the front of a squad car. They chased Routh through Lancaster and into Dallas. He was headed north on I-35 when the motor of Kyle’s truck finally burned out, near Wheatland Road. Routh was arrested and charged with two counts of murder.

• • •

chris-kyle-memorial-cowboys-stadium.jpg Thousands of people attended Kyle’s memorial service at Cowboys Stadium. Courtesy of Taya Kyle

Chris Kyle’s memorial was held at Cowboys Stadium to accommodate the 7,000 people who wanted to pay their respects. Before the doors even opened that morning, there was a line wrapped halfway around the stadium, people standing patiently in the cold, damp air.

Plenty of people attending knew Kyle. But most didn’t. Some had read his book or seen him on television. Some had only heard of him after his death. Men missed work and took their boys out of school because they thought it was important. Families traveled from three states away.

Most people wore black. Many wore dress uniforms. His SEAL team was there, as were other SEALs and special-operations fighters from multiple generations. There were police officers and sheriff’s deputies and Texas Rangers. Veterans of World War II, some in wheelchairs, nodded to each other quietly as they made their way into the stadium. Some men had served in Korea, some in Vietnam, some in the first Gulf War. There were many servicemen who never served during a war and many people who had never served at all, but they all felt compelled to come.

Celebrities came, including Jerry Jones and Troy Aikman and Sarah Palin. Hundreds of motorcycle riders lined the outside of the field. Bagpipe players and drummers came from all over the state. A military choir stood at the ready the entire time.

A stage was set up in the middle of the football field. On the stage was a podium, some speakers, and a few microphone stands. At the front of the stage, amid a mound of flowers, were Kyle’s gun, his boots, his body armor, and his helmet.

Photos from Kyle’s life scrolled by on the gigantic screen overhead: a boy, getting a shotgun for Christmas. A young cowboy, riding a horse. A SEAL, clean-shaven and bright-eyed. In combat, scanning for targets. In the desert, flying a Texas flag. With his platoon, a fearsome image of American might. At home, hugging Taya, kissing the foot of his baby girl, holding the hand of his little boy.

His casket was draped with the American flag and placed on the giant star at the 50-yard line.

Randy Travis played “Whisper My Name,” and “Amazing Grace.” Joe Nichols played “The Impossible.” Kyle’s friend Scott Brown played a song called “Valor.” The public heard stories about what Kyle was like as a little boy. What he was like in training. What he was like at war. What he was like as a friend and business partner. Some people talked about the times they saw him cry. Fellow SEALs told stories about his resolve, his humor, his bravery. There were tales of his compassion, his intelligence, his dedication to God.

“Though we feel sadness and loss,” one of his former commanders said, “know this: legends never die. Chris Kyle is not gone. Chris Kyle is everywhere. He is the fabric of the freedom that blessed the people of this great nation. He is forever embodied in the strength and tenacity of the SEAL teams, where his courageous path will be followed and his memory is enshrined as SEALs continue to ruthlessly hunt down and destroy America’s enemies.”

Taya stood strong, surrounded by her husband’s SEAL brothers, and told the world about their love.

“God knew it would take the toughest and softest-hearted man on earth to get a hardheaded, cynical, hard-loving woman like me to see what God needed me to see, and he chose you for the job,” she said, her cracking voice filling the stadium. “He chose well.”

When the ceremony ended, uniformed pallbearers carried out the casket to the sounds of mournful bagpipes. Taya walked behind them with her children, hand in handThe next day, the casket was driven to Austin. There was a procession nearly 200 miles long—almost certainly the longest in American history. People lined the road in every town, waving flags and saluting. American flags were draped over every single bridge on I-35 between the Kyle home in Midlothian and the state capital.

• • •

People will tell stories about Chris Kyle for generations to come. Tales of his feats in battle, and of his antics and noble deeds, will probably swell. In a hundred years, people won’t know which stories are completely true and which were embellished over time. And, in the end, it may not matter too much, because people believe in legends for all their own reasons.

Since her husband’s death, Taya has been overwhelmed by the number of veterans who want to tell her that Chris Kyle saved their lives. A man with a 2-year-old girl wept recently as he explained that his daughter would not have been born had it not been for Chris Kyle rescuing him in Iraq. Years from now, men will still be telling stories about the moments when they were seconds or inches from death, when they thought it was all over—only to have a Chris Kyle bullet fly from the heavens and take out their enemies. They’ll tell their grandchildren to thank Chris Kyle in their prayers.

Because his legend is so large, because he personally protected so many people, there will surely be men who think they were saved by Kyle but owe their lives to a different sniper or to another serviceman. Of course, there will be no way to know for sure. Kyle credited his SEAL brothers any chance he could, but he also knew that he was an American hero, and he knew the complications that came with it.

During the interview in which he discussed the gas station incident, he didn’t say where it happened. Most versions of the story have him in Cleburne, not far from Fort Worth. The Cleburne police chief says that if such an incident did happen, it wasn’t in his town. Every other chief of police along Highway 67 says the same thing. Public information requests produced no police reports, no coroner reports, nothing from the Texas Rangers or the Department of Public Safety. I stopped at every gas station along 67, Business 67 in Cleburne, and 10 miles in either direction. Nobody had heard of anything like that happening.

A lot of people will believe that, because there are no public documents or witnesses to corroborate his story, Kyle must have been lying. But why would he lie? He was already one of the most decorated veterans of the Iraq war. Tales of his heroism on the battlefield were already lore in every branch of the armed forces.

People who never met Kyle will think there must have been too much pressure on him, a war hero who thought he might seem purposeless if he wasn’t killing bad guys. Conspiracy theorists will wonder if maybe every part of his life story—his incredible kills, his heroic tales of bravery in the face of death—was concocted by the propaganda wing of the Pentagon.

And, of course, other people—probably most people—will believe the story, because it was about Chris Kyle. He was one of the few men in the entire world capable of such a feat. He was one of the only people who might have had the connections to make something like that disappear—he did work regularly with the CIA. People will believe it because Chris Kyle was incredible, the most celebrated war hero of our time, a true American hero in every sense of the word. They’ll believe this story because there are already so many verified stories of his lethal abilities and astonishing valor, stories of him hanging out with presidents, and ribbing governors, and knocking out former football stars and billionaires and cocky frat boys.

They’ll believe it because Chris Kyle is already a legend, and sometimes we need to believe in legends.


Théories du complot: A Grigny, on n’est pas Charlie (Many of the weapons of social critique: The Homeric gods have been replaced by the Learned Elders of Zion)

24 janvier, 2015
https://i0.wp.com/www.antipasministries.com/images/antipaspapers/image070.jpg
Paul Gagnon's Protocols
https://pbs.twimg.com/media/B8COT85IQAA9M24.jpg
Une idée fausse, mais claire et précise, aura toujours plus de puissance dans le monde qu’une idée vraie, mais complexe. Tocqueville
Il existe – et c’est éclairant – une thèse opposée, que j’appellerai la thèse du complot, selon laquelle il suffirait, pour expliquer un phénomène social, de découvrir ceux qui ont intérêt à ce qu’il se produise. Elle part de l’idée erronée que tout ce qui se passe dans une société, guerre, chômage, pénurie, pauvreté, etc., résulte directement des desseins d’individus ou de groupes puissants. Idée très répandue et fort ancienne, dont découle l’historicisme ; c’est, sous sa forme moderne, la sécularisation des superstitions religieuses. Les dieux d’Homère, dont les complots expliquent la guerre de Troie, y sont remplacés par les monopoles, les capitalistes ou les impérialistes. Je ne nie évidemment pas l’existence de complots. Ceux-ci se multiplient même chaque fois que des gens croyant à leur efficacité accèdent au pouvoir. Cependant, il est rare que ces complots réussissent à atteindre le but recherché, car la vie sociale n’est pas une simple épreuve de force entre groupes opposés, mais une action qui se déroule dans le cadre plus ou moins rigide d’institutions et de coutumes, et qui produit maintes réactions inattendues. (…) Or, selon la théorie de la conspiration, tout ce qui arrive a été voulu par ceux à qui cela profite. Karl Popper
Les mondes anciens étaient comparables entre eux, le nôtre est vraiment unique. Sa supériorité dans tous les domaines est tellement écrasante, tellement évidente que, paradoxalement, il est interdit d’en faire état. René Girard
On apprend aux enfants qu’on a cessé de chasser les sorcières parce que la science s’est imposée aux hommes. Alors que c’est le contraire: la science s’est imposée aux hommes parce que, pour des raisons morales, religieuses, on a cessé de chasser les sorcières. (…) Si on a assez d’esclaves, comme dans la république d’Aristote, pour pousser les charrettes ou même pour jouer les baudets, pourquoi voulez-vous qu’on se casse la tête à inventer le camion à moteur? René Girard
Il y avait vraiment des gens qui s’agitaient devant des courts-bouillons de grenouilles et de scorpions, mais nous savons que leurs manigances n’empêcheraient pas les avions de voler (…) C’est bien pourquoi, même lorsqu’elles étaient condamnées, même lorsqu’elles étaient techniquement coupables, les sorcières étaient des boucs émissaires. René Girard
Qu’on le veuille ou non, les Promoteurs de la science moderne n’étaient ni païens, ni athées, ni même anti-catholiques en règle générale (ne l’étant, d’ailleurs, que dans la mesure où l’Église catholique leur paraissait encore entachée de paganisme). Ce que ces savants combattaient, c’est la Scholastique dans sa forme la plus évoluée, c’est-à-dire l’Aristotélisme restitué dans toute son authenticité païenne, dont l’incompatibilité avec la théologie chrétienne avait été clairement vue et montrée par les premiers précurseurs de la philosophie des temps nouveaux (qui, avec Descartes, essaya pour la première fois à devenir elle aussi chrétienne et qui le devint effectivement par et pour Kant). En bref et du moins en fait et pour nous, sinon pour eux-mêmes, c’est parce qu’ils ont combattu en leur qualité de chrétiens la science antique en tant que païenne, que les divers Galilée petits, moyens et grands ont pu élaborer leur nouvelle science, qui est encore «moderne» parce que la nôtre. Alexandre Kojève
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Ils ont tout, c’est connu. Vous êtes passé par le centre-ville de Metz ? Toutes les bijouteries appartiennent aux juifs. On le sait, c’est tout. Vous n’avez qu’à lire les noms israéliens sur les enseignes. Vous avez regardé une ancienne carte de la Palestine et une d’aujourd’hui ? Ils ont tout colonisé. Maintenant c’est les bijouteries. Ils sont partout, sauf en Chine parce que c’est communiste. Tous les gouvernements sont juifs, même François Hollande. Le monde est dirigé par les francs-maçons et les francs-maçons sont tous juifs. Ce qui est certain c’est que l’argent injecté par les francs-maçons est donné à Israël. Sur le site des Illuminatis, le plus surveillé du monde, tout est écrit. (…) On se renseigne mais on ne trouve pas ces infos à la télévision parce qu’elle appartient aux juifs aussi. Si Patrick Poivre d’Arvor a été jeté de TF1 alors que tout le monde l’aimait bien, c’est parce qu’il a été critique envers Nicolas Sarkozy, qui est juif… (…)  Mais nous n’avons pas de potes juifs. Pourquoi ils viendraient ici ? Ils habitent tous dans des petits pavillons dans le centre, vers Queuleu. Ils ne naissent pas pauvres. Ici, pour eux, c’est un zoo, c’est pire que l’Irak. Peut-être que si j’habitais dans le centre, j’aurais des amis juifs, mais je ne crois pas, je n’ai pas envie. J’ai une haine profonde. Pour moi, c’est la pire des races. Je vous le dis du fond du cœur, mais je ne suis pas raciste, c’est un sentiment. Faut voir ce qu’ils font aux Palestiniens, les massacres et tout. Mais bon, on ne va pas dire que tous les juifs sont des monstres. Pourquoi vouloir réunir les juifs et les musulmans ? Tout ça c’est politique. Cela ne va rien changer. C’est en Palestine qu’il faut aller, pas en France. Karim
Ce sont les cerveaux du monde. Tous les tableaux qui sont exposés au centre Pompidou appartiennent à des juifs. A Metz, tous les avocats et les procureurs sont juifs. Ils sont tous hauts placés et ils ne nous laisseront jamais monter dans la société. « Ils ont aussi Coca-Cola. Regardez une bouteille de Coca-Cola, quand on met le logo à l’envers on peut lire : « Non à Allah, non au prophète ». C’est pour cela que les arabes ont inventé le « Mecca-cola ». Au McDo c’est pareil. Pour chaque menu acheté, un euro est reversé à l’armée israélienne. Les juifs, ils ont même coincé les Saoudiens. Ils ont inventé les voitures électriques pour éviter d’acheter leur pétrole. C’est connu. On se renseigne. (…) Si Mohamed Merah n’avait pas été tué par le Raid, le Mossad s’en serait chargé. Il serait venu avec des avions privés. Ali
La crise semble être un bon moment pour les séances d’introspection. Et de plus en plus de personnes commencent à s’interroger quant à la place de la finance dans l’économie. Bref, c’est l’occasion de revenir aux fondamentaux. A savoir, la monnaie. Pour débuter cette réflexion, je vous propose cette vidéo intitulée « L’Argent Dette » de Paul Grignon (Money as Debt) qui circule déjà sur plusieurs sites. C’est un peu long, mais après l’avoir visionné, on se sent vraiment intelligent. Essayez… Nicolas Cori (blog Libération)
Comment la puissance américaine a-t-elle été contestée le 11 septembre 2001? Sujet de géographie du brevet francais (2005)
Aucun avion ne s’est écrasé sur le Pentagone.Thierry Meyssan
Moi j’ai tendance à être plutôt souvent de l’avis de la théorie du complot.(…) Parce que je pense qu’on nous ment sur énormément de choses: Coluche, le 11-Septembre. (…) c’était bourré d’or les tours du 11-Septembre, et puis c’était un gouffre à thunes parce ce que ça a été terminé, il me semble, en 73 et pour recâbler tout ça, pour mettre à l’heure de toute la technologie et tout, c’était beaucoup plus cher de faire les travaux que de les détruire. Marion Cotillard
[Est-ce que tu penses que Bush peut être à l’origine de ces attentats (les attentats du 11-Septembre) ?] Je pense que c’est possible. Je sais que les sites qui parlent de ce problème sont des sites qui ont les plus gros taux de visites. (…) Et donc je me dis, moi qui suis très sensibilisée au problème des nouvelles techniques de l’information et de la communication, que cette expression de la masse et du peuple ne peut pas être sans aucune vérité. (…) Je ne te dis pas que j’adhère à cette posture, mais disons que je m’interroge quand même un petit peu sur cette question.(…) C’est la responsabilité de chaque blogueur de se faire son idée. Christine Boutin (nov. 2006)
Je suis allée voir l’ambassadeur iranien à l’époque et il a dit que bien sûr c’était vrai.  (…) [Elle affirme donc que la CIA et d’autres agences étaient au courant qu’il y aurait quelque chose le 11 septembre?] Absolument. [Doit-on comprendre qu’il s’agit d’un complot interne US ou que al-Qaïda est le responsable?] Tout le monde est responsable. Si seulement vous en saviez plus, c’est encore plus déprimant. Juliette Binoche (sept. 2007)
Il est sûr et certain maintenant que les deux avions qui sont écrasés soit disant dans la forêt et au Pentagon n’existent pas, il n’y a jamais eu d’avions, ces deux avions volent encore, c’est un mensonge absolument énorme (…) et l’on commence à penser très sérieusement que ni al Qaida et ni aucun ben Laden n’a été responsable des attentats su 11 Septembre (…) Non, c’est un missile américain qui frappe le Pentagone, tout simplement donc ils ont provoqué eux mêmes, ils ont tué des Américains. (…) c’est une démolition programmée les tours du World Trade Center (…) tous les spécialistes de la terre sont d’accord là-dessus. Jean-Marie Bigard
Goebbels a dit: plus le mensonge est gros plus il passe. Donc on doit se poser la question de ce qui s’est passé le 11 septembre 2001. Matthieu Kassovitz
[Et tu penses qu’en France le Mossad pourrait attaquer les synagogues …?] Je ne sais pas si c’est le cas. Simplement, ce que je dis, c’est qu’il faut savoir à qui peut profiter le crime. José Bové (à Karl Zéro, Canal plus, avril 2002)
A la limite, c’est eux qui l’ont fait, mais c’est nous qui l’avons voulu. Jean Baudrillard (sept. 2001)
La plus grande oeuvre d’art jamais réalisée … Karlheinz Stockhausen (nov. 2001)
J’aurais été bien plus content si, le 11 septembre, le Pentagone avait été mis à terre et s’ils n’avaient pas manqué la Maison Blanche – au lieu de voir s’effondrer les Twin Towers remplies de milliers de travailleurs américains, parmi lesquels, paraît-il, se trouvaient presqu’un millier de clandestins. Toni Negri
On est des Arabes et des Noirs, faut qu’on se soutienne. (…) Les juifs sont les rois car ils bouffent l’argent de l’Etat et, moi, comme je suis noir, je suis considéré comme un esclave par l’Etat. Yousouf Fofana (février 2006)
Dans cette histoire, on retrouve tous les ingrédients du fonctionnement des ghettos : la logique du groupe qui fait commettre des actes qu’on ne commettrait pas individuellement, la présence d’un leader charismatique, la loi du silence, la peur, l’absence de solidarité avec des gens extérieurs au quartier et l’antisémitisme qui circule dans le groupe et d’une certaine façon le cimente, donnant à chacun l’illusion d’exister et d’être en possession d’une forme de compréhension supérieure qui échappe au commun des mortels. On est sur des logiques collectives assez classiques. (…) La focalisation sur les événements du Proche-Orient vient du fait que les gens sont antisémites, pas l’inverse. L’antisémitisme puise ses racines dans les conditions sociales et le vide politique qui règnent dans certaines banlieues. C’est une forme de ‘socialisme des imbéciles’ . Quand on écoute les gens tenir des propos antisémites, ils font leur portrait à l’envers : les juifs sont puissants, je suis faible ; ils sont partout, je suis nulle part; ils sont solidaires, je suis seul ; ils ont le droit de revendiquer leur identité, nous, au contraire, n’avons aucun droit, etc. Didier Lapeyronnie (sociologue)
Conspiracies occur, it must be admitted. But the striking fact which, in spite of their occurrence, disproved the conspiracy theory is that few of these conspiracies are ultimately successful. Conspirators rarely consummate their conspiracy. Karl Popper
Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé ; restent un homme mort et un homme libre. Sartre (préface des “Damnés de la terre” de Franz Fanon, 1961)
Peut-être que je prends trop au sérieux les théories du complot, mais je détecte avec inquiétude, dans ces mélanges fous d’incrédulité réflexe, ces exigences pointilleuses de preuves et cette utilisation gratuite de puissantes explications issues d’un pays imaginaire social, la plupart des armes de la critique sociale. Bruno Latour
C’est ça, l’Ouest, monsieur le sénateur:  quand la légende devient réalité, c’est la légende qu’il faut publier. Maxwell Scott  (journaliste dans ‘L’Homme qui tua Liberty Valance’, John Ford, 1962)
À Grigny, on n’est pas Charlie. D’ailleurs, personne n’est allé à la manifestation. C’est un truc fait pour les bourgeois, les Blancs. Vous en avez vu beaucoup des Noirs et des Arabes, là-bas? Moi non. Aminata (17 ans)
Grigny, je n’en peux plus. Je veux en partir mais je ne gagne pas assez pour louer ailleurs. J’en ai marre de cette violence perpétuelle, des cambriolages à répétition, de ces gens qui marchent tête baissée pour éviter de croiser un regard. Même les livreurs de pizzas ne viennent plus ici parce qu’ils se font tabasser. Moi, je pense que la France est trop gentille et j’ai la rage. Si j’étais restée en Haïti, je serais dans la misère, mariée, avec six enfants. Les gens ne se rendent pas assez compte de leur chance d’être en France. Habitante de Grigny
Je m’étonne de voir qu’ils ont oublié une carte d’identité. Cela me rappelle le passeport retrouvé intact lors des attentats du 11-Septembre. Tout comme je m’étonne que les terroristes aient choisi de sortir en tirant alors qu’ils auraient pu tenir longtemps face à la police.(…) Moi, je me borne à regarder les faits et je ne m’extasie pas devant les interprétations officielles du président et de ses ministres. (…) Oui, il y a des choses qui nous sont cachées. Le président de la République ne veut pas prononcer le mot d’islam radical pour masquer la responsabilité directe de l’immigration massive, de la décadence de l’Education nationale … Jean-Marie Le Pen
La France est en guerre avec des musulmans. Elle n’est pas en guerre contre les musulmans, mais avec des musulmans … Une 5e colonne puissante vit chez nous et peut se retourner à tout moment contre nous en cas de confrontation générale. (…) On nous dit qu’une majorité de musulmans est pacifique, certes. Mais une majorité d’Allemands l’était avant 1933 et le national-socialisme allemand. Une majorité de Russes, de Chinois, de Khmers étaient pacifiques avant qu’ils ne réalisent d’abominables crimes au nom du communisme. Quant le totalitarisme s’empare d’une minorité conséquente et active, l’argument de la majorité pacifique ne tient plus. Aymeric Chauprade
Malaise dans la fonction publique. Plusieurs agents ont refusé de respecter la minute de silence jeudi dernier en hommage aux victimes de Charlie Hebdo, assassinées en pleine conférence de rédaction par les frères Kouachi. Cette fois, il n’est plus question d’adolescents défiants ou en manque de repères, scolarisés dans les écoles de la République. Il s’agit d’adultes assermentés, recrutés par l’État. Pour l’heure, quatre cas ont été recensés sur le territoire. Les fonctionnaires sont originaires de Lille et Paris. Le Figaro
Si 20% des élèves croient à la théorie du complot, on ne connaît pas la proportion de profs qui y croient aussi. Guillaume Brossard
La duplicité occidentale est évidente. En tant que musulmans, nous n’avons jamais pris le parti de la terreur ou des massacres  : le racisme, les discours de haine, l’islamophobie sont derrière ces tueries. Les coupables sont clairs : les citoyens français ont commis ce massacre et les musulmans sont blâmés pour cela. Erdogan
Les Américains ont-ils semé la terreur à Paris ? Komsomolskaïa
Les conditionnements associés a une classe particulière de conditions d`existence produisent des habitus, systèmes de dispositions durables et transposables, structures structurées prédisposées à fonctionner comme structures structurantes, c’est-à-dire en tant que principes générateurs et organisateurs de pratiques et de représentations qui peuvent être objectivement adaptées à leur but sans supposer la visée consciente de fins et la maîtrise expresse des opérations nécessaires pour les atteindre, objectivement « réglées » et « régulières » sans être en rien le produit de l`obéissance à des règles, et, étant tout cela, collectivement orchestrées sans être le produit de l`action organisatrice d’un chef d`orchestre. Pierre Bourdieu
Un des principes de la sociologie est de récuser le fonctionnalisme du pire : les mécanismes sociaux ne sont pas le produit d’une intention machiavélique ; ils sont beaucoup plus intelligents que les plus intelligents des dominants. Pierre Bourdieu
Les grandes firmes multinationales et leurs conseils d’administrations internationaux, les grandes organisations internationales, OMC, FMI et Banque mondiale aux multiples subdivisions désignées par des sigles et des acronymes compliqués et souvent imprononçables, et toutes les réalités correspondantes, commissions et comités de technocrates non élus, peu connus du grand public, bref, tout ce gouvernement mondial qui s’est en quelques années institué et dont le pouvoir s’exerce sur les gouvernements nationaux eux-mêmes, est une instance inaperçue et inconnue du plus grand nombre. Cette sorte de Big Brother invisible, qui s’est doté de fichiers interconnectés sur toutes les institutions économiques et culturelles, est déjà là, agissant, efficient, décidant de ce que nous pourrons manger ou ne pas manger, lire ou ne pas lire, voir ou ne pas voir à la télévision et au cinéma, et ainsi de suite (…). A travers la maîtrise quasi absolue qu’ils détiennent sur les nouveaux instruments de communication, les nouveaux maîtres du monde tendent à concentrer tous les pouvoirs, économiques, culturels et symboliques, et ils sont ainsi en mesure d’imposer très largement une vision du monde conforme à leurs intérêts. Pierre Bourdieu
Des textes produits dans le plus grand secret, délibérément obscurs et édictant des mesures à effet retard, pareil à des virus informatiques, préparent l’avènement d’une sorte de gouvernement mondial invisible au service des puissances économiques dominantes …. Pierre Bourdieu
La « théorie du complot » ne vit que d’un fantasme : la manipulation occulte. Cette obsession croît exponentiellement : plus la vérité est importante, plus elle est cachée et plus complexes en sont les manipulations. (…) Le conspirationnisme a sa méthode : pour trouver la vérité cachée, il faut croire le contraire de ce qui est officiel. Il n’y a pas de preuves ! C’est qu’elles ont été dissimulées par les conspirateurs ! L’absence de preuves manifestes constitue un argument en faveur de la conspiration. Cette théorie dénonce aussi les manipulateurs. (…) Généralement ce sont les juifs. La négation du caractère terroriste des événements du 11-Septembre voit les juifs (appelés américano-sionistes) derrière la manipulation. Nier l’événement du 11-Septembre, c’est affirmer la culpabilité américano-sioniste. Avec des variantes connues – la banque, l’argent apatride -, ces métaphores du juif. Les versions contemporaines de la « théorie du complot » se coulent dans une matrice : Les Protocoles des sages de Sion. La théorie du complot est un ersatz des grands récits concernant le destin de l’humanité. Contre-grand récit, elle est une storytelling. Pouffer de rire devant son énonciation reste trop court. Sa parenté avec Les Protocoles des sages de Sion, son identité de structure intellectuelle avec la logique négationniste incitent à la méfiance : la théorie du complot est l’un des viscères réparés, renouvelés, du ventre d’où est sortie jadis la bête. Robert Redeker
En fait, les structures sociales n’ont besoin pour fonctionner ni d’une providentielle harmonie préétablie, ni d’une concertation de tous les instants entre les agents d’un même groupe ou d’une même classe. Il suffit de laisser faire l’habitus pour voir s’instaurer une véritable orchestration des pratiques sans chef d’orchestre, ou si l’on préfère avec un chef d’orchestre invisible qui s’appelle l’habitus. Celui-ci est le principe générateur de pratiques concertantes bien réglées sous une apparence d’improvisation spontanée. Portés par un même habitus de classe, les agents agissent comme des musiciens qui improvisent sur un même thème, chacun jouant quelque chose de différent qui s’accorde pourtant harmonieusement avec ce que joue chacun des autres. Alain Accardo
Bourdieu s’y efforce de pointer une « orchestration sans chefs d’orchestre » dans la contre-révolution néolibérale des années 1980-1990, mais s’adressant à des publics plus larges, non nécessairement dotés d’une culture sociologique minimale, il est conduit à simplifier, à trouver des images plus parlantes (comme « gouvernement mondial invisible », « Big Brother » ou « les nouveaux maîtres du monde »), qui tirent alors vers l’intentionnalisme et le « chef d’orchestre » pourtant sociologiquement récusé. Philippe Corcuff
Si vous travaillez pour la BBC ou National Geographic, vous aurez la surprise quelques semaines avant la diffusion de recevoir un coup fil d’un jeune assistant « fact checker » auquel vous devrez justifier vos sources. Par exemple, si votre commentaire assène que les biberons au bisphénol donnent le cancer aux nourrissons , il vous demandera de lui faxer les études vous permettant de dire ça. Rien de tel sur les chaines de télévision française. Là, le seul contrôle est celui de conformité aux idées générales c’est-à-dire la communion avec les opinions du commanditaire ou l’évitement des chausses trappes du politiquement correct. Sur le reste (par exemple les chiffres bruts) vous pouvez raconter absolument n’importe quoi sans que quiconque ne cille. Alexandre Delaigue
Depuis une dizaine d’années, pratiquement tous les docus économiques qui « marchent bien » (c’est à dire qui recueillent de bonnes critiques et font de l’écoute) sont à base idéologique « complotiste » et « horreur économique ». (…) Il y a mon avis plusieurs raisons qui convergent toutes. Certaines relèvent de la sociologie des organisations, d’autres des phénomènes d’idéologie dominante, d’autres enfin des règles de la dramaturgie. Du côté des responsables de chaînes commanditant les programmes, on notera qu’aucun n’a la moindre formation économique. Pour ceux qui ont des formations supérieures, presque tous sont des littéraires purs et durs (sociologie, lettres, psychologie, journalisme, droit, histoire, science politique au mieux). Il en est de même des journalistes qui écriront les critiques. Pas le moindre économiste, commercial ou spécialiste du marketing en vue… Politiquement, surtout sur les chaînes tous publics, Arte compris, la plupart des commanditaires ont un passé et même un présent de militant d’extrême gauche. (…) Par ailleurs, il faut bien reconnaître que le complotisme fait de la bonne dramaturgie. Il y a des bons et des méchants. Le réalisateur (et donc avec lui le spectateur) étant bien évidemment du côté des bons, on attend avec impatience la dénonciation et la défaite du « dark side of the force ». (…) Autre grand avantage du complot : c’est une valorisation par essence du spectateur. En effet, il est, comme le réalisateur, par définition toujours du côté des grands initiés, ceux qui ont su dessiller les yeux et voir le réel qu’on voulait leur cacher (…) Il faut bien reconnaître qu’il y a du plaisir et de l’exaltation à se convaincre qu’on est intelligent et qu’on fait partie de ceux qui ont su y voir clair. A l’inverse, l’économie ne fait pas le poids en termes d’affect et de dramaturgie car c’est un univers de la nuance et de la complexité. On y examine avec raison et froideur les moult effets pervers prêt à surgir au coin du bois. Trop compliqué et abstrait et donc au final peu bandant ! Alexandre Delaigue
Le sceptique, au sens noble du terme, examine les données d’un problème avec méthode et en essayant de s’affranchir de toute idée préconçue. Son instruction se fait à charge et à décharge. Le conspirationniste s’en distingue par le peu de cas qu’il fait des éléments susceptibles de contrarier sa thèse. Il va monter en épingle des faits prétendument troublants et passer sous silence des faits pourtant essentiels. Il y a là une mauvaise foi évidente. (…) D’abord, les théoriciens «professionnels», qui réécrivent l’histoire à des fins propagandistes. Il s’agit d’une véritable entreprise de politisation qui peut même avoir une dimension mercantile : certains vivent de la théorie du complot. A l’autre bout du spectre, il y a le quidam méfiant à l’égard des sources d’informations traditionnelles et qui tombe dans le panneau : le récit falsifié conforte sa vision du monde. Enfin, il y a des activistes qui, sans être des pros du complotisme, ont la conviction qu’«on» leur ment en permanence, que les élites traditionnelles sont toutes corrompues. Ils deviennent des vecteurs de la théorie du complot, par exemple en fabriquant chez eux une vidéo conspirationniste, en intervenant sur les réseaux sociaux ou les forums, etc. Les jeunes sont sans doute les plus vulnérables car ils ne disposent pas toujours des outils intellectuels leur permettant de résister à ces thèses. On sait qu’ils s’informent principalement sur Internet, sans forcément être à même de distinguer les sources d’information fiables et le reste. Depuis quelques années, les témoignages se multiplient d’enseignants et d’éducateurs dont la parole est remise en cause par des élèves qui développent des théories complotistes. Mais le conspirationnisme est loin de se limiter aux jeunes. Le phénomène traverse toute la société. Ce démon du soupçon ne se répandrait pas à une telle échelle s’il ne répondait pas à une demande sociale, peut-être à un besoin de «réenchantement du monde» par la théorie du complot. (…) C’est toujours le même type de raisonnement et d’argumentation. La seule chose qui varie, c’est l’histoire racontée. Et encore : les complots sioniste ou Illuminati sont des thèmes récurrents. De plus, le discours des complotistes se veut infaillible : l’absence de preuves pour étayer leur thèse est pour eux un indice supplémentaire du complot.(…) Les mythes complotistes renvoient à des discours de haine. La désignation de boucs émissaires est un vecteur de radicalisation politique. Il y a aussi un enjeu démocratique : quand on ne partage plus la même réalité, le débat public devient un dialogue de sourds. Pour endiguer le complotisme, notamment chez les jeunes, il faut développer une pédagogie autour du pouvoir politique et de la connaissance. Il faut également les sensibiliser aux médias et développer des outils critiques par rapport aux images. Réfléchir et penser, cela s’apprend. Rudy Reichstadt
La théorie du complot a comme caractéristique d’être fondée sur un effet millefeuille. Chaque argument est faux mais comme il y en a des centaines voire des milliers, cela rend les théories plus résistantes à la contradiction. On ne peut pas défaire tous ces arguments. Les tenants de ces thèses veulent susciter le doute plutôt qu’administrer la preuve, c’est une intelligence collective qui est à l’œuvre. On peut dire qu’on a affaire à un monstre argumentatif. Et cela est rendu beaucoup plus facile depuis que les réseaux sociaux existent. (…) Ces théories du complot se développent plus vite car elles sont la conséquence de la dérégulation du marché de l’information.  Cela affaiblit les ‘Gatekeepers’ comme les journalistes qui filtrent l’information. Ces théories démagogiques n’ont plus d’obstacles. Auparavant elles étaient confinées dans des espaces de radicalités à la diffusion réduite. Maintenant, elles surgissent de toute part à une rapidité impressionnante. (…) Il ne faut pas croire que tous ces gens sont idiots, ce serait le meilleur moyen de ne pas cerner ce phénomène. C’est vrai pour certains mais d’autres, beaucoup, ont des raisons de croire à cela, cela correspond à leur représentation géopolitique du monde, à leur désir. Par exemple, au moment de l’affaire DSK en mai 2011, un sondage montrait que les sympathisants socialistes étaient beaucoup plus nombreux à croire au complot que la moyenne de la population française. C’est un petit peu la même chose avec l’attentat de Charlie Hebdo puisque certains, notamment des musulmans, n’ont pas envie de croire à une version qui accuse une partie de l’islam, sa frange la plus extrémiste. (…) Il faut multiplier les sources de désintoxication et repenser le système éducatif en fonction de cette dérégulation du marché de l’information. Il faut surtout intégrer la notion d’esprit critique, se méfier de ses propres intuitions, avoir une pensée méthodique pour déconstruire cela. L’école ne le fait pas, elle devrait le faire et apporter une boussole intellectuelle à ces élèves. Gérald Bronner
Ces «théories» surgissent à chaque fois qu’un évènement est complexe à assimiler pour une société. Elles ont ainsi fleuri après l’assassinat de Kennedy ou après le 11 septembre. Chacun veut y aller de son interprétation, et montrer ainsi que sa vision est plus critique que celle des médias et des politiques. Les théories du complot ont un pouvoir attractif fort, car elles prétendent dévoiler la vérité. Il y a un grand plaisir à apparaître comme un «initié» face à une foule profane qui n’aurait rien compris. Celui qui dévoile le complot est celui qui sait. Elles sont également plus excitantes, plus inquiétantes et troublantes que les versions connues des faits. Elles trouvent aussi un écho chez les digital natives, pour qui ce qu’on trouve sur Internet est d’emblée vrai, comme c’était le cas avant avec la télévision. Certains jeunes ne font pas la distinction entre un travail universitaire ou journalistique, avec des sources sérieuses, et un texte basé sur de simples convictions. Tout a la même valeur. (…) Le taux de pénétration de ces théories auprès du public est très difficile à évaluer, mais ce qui est sûr, c’est qu’elles ne concernent pas que les jeunes de banlieue ou les publics peu diplômés. Elles sont aujourd’hui un phénomène de société. Les théories du complot ne sont pas des rumeurs ou des émanations farfelues d’anonymes. Elles sont un discours politique à part entière, au service d’une idéologie. Il suffit de regarder qui les propagent en France. Dieudonné notamment, qui aujourd’hui est un homme politique, il a présenté une liste aux élections européennes. Jacques Cheminade n’est autre que l’héritier français de Lyndon Larouche essayiste et homme politique radical, qui depuis des décennies dénonce le complot d’une oligarchie judéo-britannique, qui aurait poussé à la Seconde guerre mondiale, et provoquerait la crise financière actuelle. Or Jacques Cheminade était candidat à l’élection présidentielle de 2012. Construire une théorie du complot est une arme politique qui permet à des acteurs politiques extrêmes, marginaux ou faibles d’exister dans le champ médiatique ou politique à moindre coût. Ainsi, quand Jean-Marie Le Pen affirme sans avoir aucun élément pour l’étayer que l’attentat contre Charlie Hebdo émane «de services secrets», l’ensemble des médias le relaie. Il ne s’agit pas d’un délire de sa part, mais bien d’une prise de position conçue pour être efficace. (…) Il faut s’en inquiéter, car le discours conspirationisme vise à désigner des bouc-émissaires. Ces discours sont porteurs d’un message de haine, d’exclusion. Quand Alain Soral indique sur son site que les auteurs des attentats contre Charlie Hebdo «sont déjà en route pour Tel Aviv», il est porteur d’un message conspirationniste «antisioniste» laissant entendre que c’est un coup du Mossad et pas d’islamistes radicaux. Ces discours peuvent être un levier pour l’action, et pour l’action violente. On sait ainsi qu’au début du XXème siècle, une théorie selon laquelle les juifs menaient un vaste complot mondial pour prendre le pouvoir était particulièrement populaire. Ce mythe est incarné par les Protocoles des Sages de Sion, document dont on sait aujourd’hui qu’il s’agit d’un faux. Si cela ne suffit évidemment pas à expliquer la Shoah, on sait qu’Hitler avait lu ce texte et considérait les juifs comme des ennemis mortels. Les théories du complot nourrissent un discours politique de violence, de haine, tout en prétendant faire appel à l’esprit critique de celui qui y adhère. Emmanuel Taïeb
Plus qu’un cours supplémentaire au milieu de programmes surchargés, la plupart des pédagogues proposent d’intégrer la pratique de l’internet dans toutes les disciplines. « Dans tous les cours, il est possible de sensibiliser les élèves à la recherche documentaire. On peut commencer dès le primaire, on va taper ‘château fort’ sur Google, et on regarde à quoi correspond chacun des sites qui sont proposés », détaille le pédagogue Philippe Meirieu.(…) « L’algorithme de Google relève plus de la démagogie que de la démocratie, et dans cet immense amas d’informations, je pense que l’école doit jouer un rôle pour permettre aux élèves de distinguer le vrai du faux », estime Philippe Meirieu. « Une partie des enseignements devraient permettre d’apprendre aux élèves à comprendre les informations disponibles en ligne, les valider, les recouper », abonde Olivier Charbonnier, directeur du groupe Interface et cofondateur du laboratoire D-Sides, qui se donne pour mission d’analyser l’impact du numérique.(…)  Les enseignants s’attachent déjà à sensibiliser les élèves sur leurs recherches web, mais il est possible d’envisager de nouvelles pratiques. « L’étude d’un article de Wikipédia, par exemple, pourrait permettre d’exercer les élèves à appréhender un texte dont les sources sont vérifiées ou à l’inverse qui manque de références », illustre Philippe Meirieu. Lucien Marbœuf suggère un autre exercice qui pourrait permettre de faire ressortir la diversité des informations présentes en ligne tout en favorisant l’autonomie : « Il est possible d’imaginer des ateliers par groupe en demandant aux élèves d’écrire un article à partir de sources trouvées sur internet. Chaque groupe pourrait se concentrer sur un type de média (Wikipédia, sites d’info, blogs…) et, à la fin, on confronterait les versions. » (…) Beaucoup de choses peuvent être développées dès l’école élémentaire, avec l’intervention en classe de sémiologues ou de personnes formées à l’analyse de l’image. La solution est déjà appliquée par certains enseignants, puisque Guillaume Brossard ou Serge Tisseron, psychiatre et spécialiste des écrans, sont régulièrement invités devant des élèves. Mais elle mériterait d’être systématisée.(…) D’autres professionnels, comme les journalistes, sont également les bienvenus, car il faut éduquer les élèves aux médias traditionnels pour qu’ils puissent acquérir du recul sur les informations qu’ils captent sur internet. « Dans un monde où ils sont noyés sous la propagande politique et les publicités, il s’agit d’introduire une démarche scientifique pour développer leur capacité à éprouver les faits, à poser des hypothèses, détaille Olivier Charbonnier. Il faut qu’ils se confrontent au réel en étant capables de douter. » (…) « Sur ces questions complexes, la classe doit prendre la forme d’une discussion et non d’un cours magistral », considère Serge Tisseron. L’autorité morale des professeurs a perdu du poids au fil des années et les élèves n’hésitent plus à remettre en doute la parole des enseignants à partir d’informations trouvées au gré de leur navigation sur internet. Avec le rôle pris par les réseaux sociaux, le philosophe Marcel Gauchet parle même, sur France Inter, de « contre-culture anti-scolaire ». Les professeurs ne doivent donc pas tenter de délivrer une vérité brutale, prévient Serge Tisseron : « Internet renforce chacun dans ses a priori. De son côté, l’école doit donc créer le débat et confronter des idées, dans un climat de sécurité dont l’enseignant est le garant. » Mais comment faire quand la discussion glisse sur des questions sensibles, comme la religion ? « Dès la maternelle, il convient de montrer la différence entre le savoir et la croyance, c’est la meilleure manière d’aborder la laïcité », répond Philippe Meirieu. « Il ne faut pas avoir peur d’aborder les questions liées à l’islam ou à la religion, notamment en histoire. Dans le contexte actuel, ce sont des questions cruciales », complète Olivier Charbonnier. Quant aux théories du complot, les écarter d’emblée de la discussion peut être contre-productif. Il faut prendre en compte que ces théories sont d’autant plus puissantes qu’elles sont souvent séduisantes pour l’esprit. « Comme le montre le succès des sites satanistes ou des sites sur les soucoupes volantes, les adolescents ont besoin de merveilleux, d’extraordinaire », assure Philippe Meirieu. « La grande erreur serait de sous-estimer le pouvoir de fascination de ces images, qui utilisent toujours les deux mêmes ressorts : convaincre le spectateur qu’il est unique, et l’inviter à se rattacher à une communauté fraternelle », prévient Serge Tisseron. Il faut donc partir de cette fascination des élèves pour engager la discussion et leur apprendre à prendre du recul. Francetvinfo
La théorie du complot, c’est de dire: moins il y a de preuves, plus le complot est puissant, plus c’est vrai. Pierre-Henri Tavoillot
Les propos de Claude Guéant nous valent un nouveau procès en diabolisation. « Toutes les civilisations ne se valent pas », a donc dit notre affreux devant les étudiants de l’UNI en dénonçant le sinistre relativisme. Et la querelle est partie comme le lait sur le feu d’une manière aussi prévisible que lassante. Je ne suis pas certain que la gauche gagne à multiplier ces polémiques qui finissent par laisser penser qu’un ordre moral règne et que certaines questions (toutes les civilisations se valent-elles ?), certains mots (identité nationale, immigration…), certains arguments sont totalement proscrits de l’espace public. La délectation avec laquelle toutes les bonnes consciences morales montent à la tribune avec de somptueux effets de manche fait presque peine à voir au regard d’un propos que le péquin moyen – et je m’intègre sans vergogne à la liste – pourrait fort bien interpréter comme : « Je préfère vivre dans un pays des droits de l’homme et de la femme plutôt que dans une dictature théocratique. » Mais Guéant a eu le malheur d’utiliser le mot « civilisation » ! Grave crime en effet qui suggère l’idée d’un « choc des civilisations », qui rappelle l’idéologie du colonialisme, qui, donc, promeut le néo-colonialisme ! Pierre-Henri Tavoillot
le troisième critère (…) nous permettra d’affirmer haut et fort la supériorité de la civilisation occidentale ! Elle est la seule à parvenir à aussi bien se détester. C’est ainsi que l’on peut trouver une issue à la polémique actuelle : la supériorité de l’Occident, ce serait au fond sinon le relativisme lui-même (car le terme est à manier avec prudence), du moins cette capacité de se décentrer, de s’autocritiquer, voire de se haïr.
Cela commence avec Homère – très oriental au demeurant – qui dresse un portrait peu flatteur des Grecs dont il était pourtant censé raconter l’épopée : que valent Achille le colérique et Agamemnon le mesquin, à côté du bon et bel Hector ? Et cela n’a ensuite jamais cessé : critique chrétienne de Rome ; critique humaniste du christianisme ; critique « moderne » des humanités antiques ; critiques ultraconservatrices et hyperrévolutionnaire des droits de l’homme ; critiques occidentales de l’Occident colonial, etc. La liste est longue. L’Occident n’a jamais laissé aux autres le soin de le dénoncer. Et ce parcours fut balisé par la haine de soi, le sanglot de l’homme blanc, le débat sur la comparaison des civilisations, voire la culpabilité. Tels sont les traits caractéristiques de notre univers spirituel. Ils fonctionnent pour le meilleur comme pour le pire ! Le meilleur, c’est l’autoréflexion, la distance critique, le doute, l’intérêt aussi pour les autres civilisations qu’il s’agit de connaître, comprendre, préserver ; le pire, c’est quand la critique n’accepte plus la critique ; c’est quand le doute refuse d’être mis en doute… (…) Il reste encore une dernière marche à franchir, qui ne concerne pas seulement la civilisation autocritique de l’Occident, mais ce qu’on pourrait appeler la civilisation de la démocratie. En quoi consiste sa supériorité ? Eh bien, dans l’affirmation que les civilisations importent moins que les individus qui les constituent ; dans l’idée que leur liberté, leur égalité et leur fraternité méritent notre attention plus que tout autre chose. Cette civilisation-là, née en Occident, le dépasse désormais de beaucoup et a cessé de lui appartenir en propre : une telle largeur, voilà peut-être le signe de la vraie grandeur. Pierre-Henri Tavoillot
Nous allons assister à une reconfiguration profonde du débat intellectuel : les lignes vont bouger. La France superficielle va peut-être laisser plus de place à la « France profonde » : non pas celles des « ploucs » (comme on l’entend parfois), mais celle qui a de la profondeur ; celle qui entend penser entre le moralisme béat de la gauche et le cynisme abject de la droite, … et pas seulement les extrêmes des deux. Oui, la question de l’identité française (et pourquoi ne pas dire nationale ?) a du sens et même de l’urgence ; oui, une réflexion sur la tentation totalitaire de l’Islam a du sens et même de l’urgence ; non, la France ne s’est pas suicidée ; non, le paradigme culpabilisateur post-colonial ne suffit pas à expliquer les attaques dont la France est l’objet. Oui, la France a des ennemis à l’extérieur comme à l’intérieur qu’il s’agit de combattre avec rigueur, audace et puissance. Cette ouverture de questions, qui ont été trop longtemps laissées aux réponses sommaires du Front National, va devoir se faire sans mettre en péril l’unité qui vient d’être acquise. (…) Il faut se convaincre qu’après le nazisme et le stalinisme, la démocratie a un nouvel opposant, qui comme les précédents sait se nourrir aux mêmes sources qu’elle, hideux produit d’une autre dialectique de la modernité. Pierre-Henri Tavoillot
A égale distance du déni moralisateur de la gauche et du cynisme défaitiste de la droite, une exigence inédite a semblé surgir pour que les défis du présent soient formulés, pensés et relevés par des actes. Comment interpréter ce renouveau ? Il faut certainement beaucoup de prudence et de doigté pour tenter de le comprendre sans le trahir, mais il ne faut pas courir le risque de laisser les demandes s’enliser dans le retour du quotidien et ne pas oublier ce fait gênant : toute la France n’a pas pris part à la Marche républicaine. Dans ce contexte ambivalent, nous voyons au moins quatre chantiers intellectuels s’ouvrir, que certains avant nous avaient tenté de lancer comme on prêche dans le désert. De tabous, ils sont devenus évidents : 1) La question de l’identité française — Prétendre la poser avant ces trois jours tragiques à « faire le jeu du Front national ». On perçoit aujourd’hui enfin l’évidence de la penser entre un multiculturalisme béat et un nationalisme étroit. Comment prétendre être un pays d’accueil, comment espérer intégrer, voire assimiler (pour utiliser ce mot interdit) si l’on refuse de connaître et promouvoir la maison qu’on habite ? Le modèle d’une histoire post-coloniale marquée par la culpabilité, le « sanglot de l’homme blanc » et l’expiation du passé a fait long feu. Il a durablement tétanisé l’Europe occidentale et déresponsabilisé le Sud comme l’Orient, les empêchant de nouer entre eux des rapports rééquilibrés. Ce temps est révolu et les questions s’ouvrent : quelle est la part d’héritages et de projets communs qui animent notre « vouloir-vivre ensemble » en France, dans l’Europe et dans le Monde ? Qu’est-ce que l’Occident sinon la civilisation, qui, à travers la laïcité, entend conférer à tout adulte la majorité civile et civique de plein exercice ? On ne conçoit plus comment les défis majeurs de l’immigration, de la construction européenne et de la mondialisation ont pu si longtemps faire l’impasse sur le « qui sommes-nous aujourd’hui ? ». 2) La question de la tentation totalitaire de l’Islam (…) Là encore, ces interrogations étaient la semaine dernière inévitablement mise au compte d’une islamophobie « nauséabonde » ou d’un « amalgame » fallacieux. Elles sont aujourd’hui portées avec vigueur par nombre de musulmans. Car le « pas en mon nom » ne suffit pas ; il laisse place aujourd’hui au : « pourquoi, malgré moi, en mon nom ». Il faut comprendre et combattre l’antisémitisme désinhibé qui réapparaît dans le giron de cette idéologie sommaire de l’islamisme radical qui n’est pas une culture comme une autre mais une contre-culture voire une anti-culture. 3) La question des valeurs de la démocratie — La liberté et l’égalité sont-elles plus sacrées que la plus sacrée des religions ? Et si c’est le cas, comment comprendre qu’elles semblent, de l’extérieur, à géométrie variable : liberté pour les caricatures de Charlie Hebdo mais interdiction du spectacle de Dieudonné ? Contre cette confusion, il va falloir expliquer, encore et encore, que la liberté d’expression s’arrête quand commence l’appel à la haine et l’apologie du meurtre. C’est toute la différence entre des actes de dérision (qu’on a le droit de ne pas apprécier, voire de détester) et des incitations au terrorisme. Notre espace public est celui qui place la sacralité de l’homme au-dessus de celle de Dieu, parce que celle-là permet de vivre ensemble et que celle-ci relève du strict domaine de la foi privée. Cette valeur est non négociable dans la démocratie et elle constitue le fondement du pacte républicain. Quand je visite une mosquée j’enlève mes chaussures ; quand j’entre dans une synagogue je mets un kipa ; quand je pénètre dans une église, je veille à avoir une tenue décente ; et bien quand j’entre dans une République laïque : j’accepte de mettre mes croyances de côté et je m’efforce d’en respecter les lois. Et d’abord celle de la laïcité qui constitue l’ADN de notre vie commune. 4) La question des armes de la démocratie — Comment lutter face aux nouvelles menaces : à l’intérieur pour réintégrer les « territoires perdus de la République » qui sont aussi les territoires perdus de la Nation devenus des ghettos ethno-culturels ? A l’extérieur pour défendre et promouvoir des principes et surtout des populations qui aspirent à les adopter envers et contre toutes les menaces immondes. Ni la démocratie ni la laïcité ne peuvent être imposées de l’extérieur, mais cela ne saurait fournir la moindre excuse pour abandonner ceux qui y prétendent et risquent leur vie pour y parvenir. Ce combat commence au cœur notre pays, dans les « quartiers » où la clarification des idées doit précéder la fermeté de l’action. Eric Deschavanne (philosophe), Serge Guérin (sociologue), Pierre-Henri Tavoillot (philosophe)
Des incidents pendant la minute de silence et les jours suivants, il y en a eu beaucoup à Grigny même si l’éducation nationale demande aux enseignants et aux responsables d’établissements de ne pas communiquer sur le sujet avec les médias. Même l’inspection d’académie fait la sourde oreille. Sous couvert d’anonymat, des enseignants ne sont pas tous d’accord avec ces consignes qu’ils jugent «abusives». «Nous sommes en première ligne. Certains d’entre nous sont perturbés par ce qu’ils ont pu entendre en classe. Et la population a le droit de savoir ce qui se passe.» Dans des logorrhées rhétoriques, plus ou moins assimilées, leurs élèves invoquent la cause des Noirs, clament leur antisémitisme, comparent la Shoah à l’esclavage, le nazisme au sionisme. Dieudonné a un écho considérable dans les établissements. Les médias sont tous corrompus et la haine des Juifs est partout. Des élèves expliquent que les attentats n’en sont pas et qu’il s’agit d’un complot organisé par le gouvernement de François Hollande. «Parfois avec la complicité d’Israël ou des États-Unis en option.» Ces lycéens, convaincus, s’appuient sur des vidéos, des sites qu’ils montrent sur leur smartphone. «La grande majorité de nos élèves condamnent, heureusement, les assassinats. Mais ce qui revient le plus souvent, explique un enseignant, c’est que les journalistes et les terroristes ont autant tort les uns que les autres. (…) La théorie du complot, fortement teintée d’antisémitisme, flotte néanmoins partout dans Grigny. Et pas seulement chez les plus jeunes. «Ils sont riches, ils tiennent le monde. C’est eux qui sont aux manettes. Ils contrôlent les médias, les États-Unis. Il y a même des ministres juifs au gouvernement», récite, catégorique, Fatou, une auxiliaire de vie d’une vingtaine d’années, dans le vieux Grigny, pour expliquer «pourquoi Coulibaly en voulait aux Juifs». Vidéo «non censurée» de mauvaise qualité sur son smartphone à l’appui, elle affirme que Coulibaly «a été assassiné par les forces de l’ordre alors qu’il était menotté». Quant aux frères Kouachi, ils auraient été tués en Syrie avant une mise en scène des policiers destinée à faire croire à l’attentat! Beaucoup d’adultes ont heureusement une parole plus mesurée. C’est surtout la «honte», comme pour cette mère de famille de quatre enfants: «Je suis musulmane mais je n’ai rien à avoir avec ces actes. Je ne les comprends pas. Ces gens sont des fous, des dingues. Je n’ai même pas envie d’en parler. J’ai d’autant plus honte que ce terroriste venait de Grigny. Et qu’il est de la même origine que moi. Le Figaro

Attention: un conspirationnisme peut en cacher un autre !

A l’heure où se confirme entre refus de la minute de silence et métastasisation des théories du complot et de la bouche même des intéressés …

Que le début de sursaut du 11 janvier dernier n’incluait pas ceux qui, après les quenelles et aujourd’hui les doigts d’honneur, arboraient en juillet dernier le drapeau noir du djihad sue la place parisienne de la République …

Et qu’entre lois mémorielles (ne « pas faire porter » aux « jeunes Arabes » « tout le poids de l’héritage de méfaits des Arabes », dixit Christiane Taubira) et besoin de respectabilité, l’omerta ambiante semble même gagner le parti même des bonnes questions et des mauvaises réponses …

Pendant que, parmi nos propres anciens soldats, certains sont déjà passés de l’autre côté du miroir …

Et qu’un prétendu chef de file du Monde libre qui n’avait pas trouvé le temps, entre deux finales de football américain, de venir défendre la liberté d’expression à Paris …

S’empresse d’aller rendre hommage au feu roi d’un état qui continue à lapider ses femmes et à financer la guerre sainte …

Comment ne pas voir dans cette énième explosion du complotisme …

Avec le philosophe Pierre-Henri Tavoillot et selon le mot de Bruno Latour …

La reprise même de « la plupart des armes », forgées par nos intellectuels depuis quelque cinquante ans, de la « critique sociale » ?

Résister au complotisme : pour une «pédagogie du pouvoir»
Entretien avec Pierre-Henri Tavoillot
Conspiracy watch
31 Août 2012

Pierre-Henri Tavoillot
Conspiracy Watch : Né d’une réflexion sur les mécanismes de la rhétorique du complot, le petit ouvrage que vous venez de publier avec le journaliste Laurent Bazin (Tous paranos ?, éditions de l’Aube, 2012) tente de clarifier la raison pour laquelle « nous aimons tant croire aux complots ». Pour commencer, comment expliquez-vous la cohabitation, dans le conspirationnisme, de la méfiance la plus puissante et de la crédulité la plus désarmante ? En somme, le conspirationniste doute de tout sauf, justement, des doutes qu’il a décidé de faire siens une bonne fois pour toutes…

Pierre-Henri Tavoillot : Oui, le conspirationniste soupçonne tout et tout le monde ; mais il est tout à fait sûr de lui et de ses soupçons ! Le but de notre ouvrage est en effet de mettre au jour les mécanismes — la grammaire — du complotisme pour essayer d’en comprendre le fonctionnement et le succès grandissant. Car c’est très étonnant : on pouvait penser — c’était l’idée des Lumières — qu’à l’âge de l’opinion publique, des médias, de l’information, les complots étaient voués à s’exténuer. Or, c’est exactement le contraire qui se passe : plus nous savons de choses, plus nous sommes conduits à penser qu’on nous en cache beaucoup d’autres… Ce qui nous amène à penser que le complotisme correspond à un besoin profond, propre à notre univers désenchanté. A défaut de repères clairs, de discours fondateurs et éclairants sur le sens de notre monde toujours plus complexe, nous cherchons notre salut dans l’image fantasmée de volontés mauvaises qui, tapies dans l’ombre, régiraient le monde. Dénués de deus ex machina, nous nous inventons des diables : les juifs, les francs-maçons, les extra-terrestres, les laboratoires pharmaceutiques… ! Grâce à eux, nous gardons la conviction qu’une maîtrise des choses est encore possible : puisqu’il y a des gens qui, en secret, tirent les ficelles, il nous suffit de les dénoncer et de les vaincre ; tout alors ira mieux ! On a affaire ici à une forme d’utopie inversée : la dernière possible dans notre modernité tardive ?

C. W. : Beaucoup de ceux qui ont reçu une formation militante et ont une véritable colonne vertébrale idéologique, tendent à résister, pour cette raison même, aux interprétations complotistes. Le paradigme marxiste, qui appréhende la réalité sociale en termes de structures, et repose sur une philosophie déterministe de l’histoire comme vous le rappelez, fait parfois fonction d’antidote face aux explications intentionnalistes, volontaristes, et donc face à toutes les thèses qui naissent du fantasme d’un petit groupe d’individus complotant dans l’ombre. En même temps, il est difficile de donner tort à Karl Popper lorsqu’il identifie un « marxisme vulgaire » qui prépare le terrain à des visions du monde potentiellement, voire carrément, complotistes. On peut penser en particulier à la trajectoire d’un Fidel Castro reprenant à son compte les thèses les plus délirantes sur le groupe Bilderberg. Partagez-vous ce constat et, dans l’affirmative, comment expliquez-vous cette ambivalence du marxisme ?

P-H T. : Le marxisme est une philosophie du soupçon : sous les apparences (les superstructures idéologiques), il y a une réalité à l’œuvre qui nous dépasse (l’infrastructure socio-économique). Simplement, chez Marx, ce n’est jamais une volonté humaine qui décide ; toute décision n’est que le reflet fidèle d’une situation mettant en jeu des forces productives et des rapports de production. Si les hommes qui font l’histoire ne savent l’histoire qu’ils font, on ne voit pas comment un seul complot serait possible. Car, pour Marx, c’est l’histoire qui se sert des hommes et non l’inverse. Mais lorsque la science marxiste passe de la théorie à la pratique politique, la tentation est grande d’imputer à des groupes ou à des personnes (les bourgeois, les koulaks, les juifs encore…) les ralentissements de l’histoire prévue par la doctrine. C’est là que le conspirationnisme s’installe dans une pensée qui semblait s’en être immunisée.

C. W. : Parmi les antidotes que vous prescrivez pour échapper à la logique du complotisme, vous préconisez une « pédagogie du pouvoir » doublée d’une « pédagogie des médias ». Qu’entendez-vous exactement par là ?

P-H T. : Il suffit d’avoir fait un peu de politique pour comprendre qu’il est très difficile de réussir un complot. Machiavel le notait déjà dans un chapitre génial — et d’ailleurs le plus long — de ses Discours sur la première décade de Tite-Live (1531). L’expérience du pouvoir est celle de la frustration : on croit être aux manettes, alors qu’on passe son temps à subir les événements, à changer de plans et de stratégies, à revoir ses décisions. Voilà la réalité du pouvoir : et d’autant plus à l’âge démocratique et médiatique. Or, en tant que citoyen, nous avons tendance à ignorer cette réalité et à projeter sur les décideurs politiques notre fantasme de toute-puissance. Il faut que le citoyen d’aujourd’hui intègre l’énorme difficulté de l’art politique de nos jours : voilà ce que j’appelle la « pédagogie du pouvoir ». Il en va de même pour les médias : Laurent Bazin montre de manière extrêmement profonde et subtile comment la paranoïa structure la vie médiatique et qu’il faut beaucoup de lucidité et de métier pour la maintenir dans des limites raisonnables.

C. W. : Comment peut-on, au nom de la démocratie, de ses valeurs, lutter contre la tentation conspirationniste alors que celle-ci trouve ses fondements, si l’on suit François Furet (Penser la Révolution française), dans un imaginaire du pouvoir qui, précisément, est celui de la démocratie moderne ? Est-ce que, finalement, la critique du conspirationnisme n’est pas une cause perdue d’avance ?

P-H T. : La démocratie installe la volonté des citoyens au centre de la vie de la cité : elle en devient le fondement légitime et incontestable. Mais cette « toute puissance du peuple » est constamment mise à défaut : il y a d’autres peuples, donc d’autres volontés ; il y a aussi les obstacles du réel (la nature, l’économie …) ; le peuple lui-même est souvent scindé en plusieurs orientations antagonistes… Bref, la démocratie semble toujours en échec. On le voit au moment des élections quand les candidats jouent « les gros bras » : « Moi, président, je materai les banques ; je soumettrai la Chine ; je trouverai l’argent là où il est ; j’imposerai mes choix à l’Allemagne… ! ». C’est inévitable face à un candidat sortant qui, forcément, n’a pas pu tout faire. Il faut faire renaître la promesse démocratique. Et cela passe par le repérage de volontés adverses, plus ou moins occultes, qui sont des obstacles à la réalisation démocratique. Le combat contre le « complot anti-démocratique » permet ainsi de remobiliser les troupes… Et, à la prochaine élection, il en ira de même. Il ne s’agit pas de dénoncer ce mécanisme, mais de comprendre son fonctionnement pour agir plus lucidement et pour avoir une vision plus modeste, mais du même coup aussi plus efficace, de la politique démocratique. Les rêves de toute puissance sont adolescents et nous nous devons de passer à l’âge adulte.

Résister au complotisme : pour une «pédagogie du pouvoir»
C. W. : Avec Laurent Bazin, vous récusez toute approche « hygiéniste » du conspirationnisme. Vous expliquez que le but de votre livre « n’est pas d’éradiquer le complotisme de l’espace public ou de le disqualifier comme pure maladie de l’esprit ». Selon vous, la libre expression des théories du complot sert à canaliser une forme d’agressivité. Elle fait office de « soupape de sécurité ». Certaines théories du complot apparaissent en effet comme bien inoffensives. Mais alors, ne faut-il pas aussi distinguer entre les théories du complot ? Valérie Igounet a montré en quoi le négationnisme de Robert Faurisson et de ses thuriféraires procédait, fondamentalement, d’une théorie du complot – la vieille théorie du « complot juif mondial ». Que fait-on face à cela ? Est-ce qu’on laisse dire ? Ou est-ce qu’on tend un cordon sanitaire ? Et est-ce que c’est verser dans l’« hygiénisme » que de lutter, intellectuellement, contre ce type d’affirmations fausses et calomnieuses ?

P-H T. : Si l’on pouvait éradiquer la théorie du complot, cela se saurait, depuis le temps. Il faut donc vivre avec en distinguant, vous avez raison de le souligner, les formes acceptables et les formes inacceptables de son expression. Quel est le critère de démarcation entre les deux ? Celui qui distingue la théorie et la pratique. En effet, le repérage du complot peut-être un simple jeu de l’esprit qui tente de trouver un sens dans un monde complexe et absurde : ça ne porte guère à conséquence tant qu’on en reste là. En revanche, lorsqu’il s’agit d’en déduire une action politique à l’encontre telle ou telle catégorie de la population, cela devient inacceptable. Je reconnais que la limite est fine entre les deux, mais elle n’en est pas moins claire. Dans le premier cas, on est dans le registre de l’argumentation qui relève des règles de l’espace public ; dans le second cas, on est dans le registre de l’action qui relève des lois de la République.

C. W. : Lorsqu’elle se transforme elle-même en une idéologie stérile que l’on pourrait appeler l’« anticonspirationnisme », la critique de la théorie du complot court le risque de se figer, de devenir une sorte de réflexe pavlovien, de dénonciation systématique et paresseuse de la moindre parole publique se risquant à formuler l’hypothèse d’un complot. C’est une tentation que l’on peut ou que l’on a pu trouver chez certains éditorialistes. L’expression de « théorie du complot » fonctionne alors comme une arme rhétorique visant à disqualifier l’adversaire. Mais certains voudraient aussi se débarrasser à bon compte de la critique du conspirationnisme en la réduisant à cette caricature et il existe une critique de l’anticonspirationnisme – que vous n’abordez pas dans le livre – qui consiste à présenter l’objet « théorie du complot » comme une mise en accusation de « la sociologie » (c’est la thèse de Luc Boltanski par exemple) ou comme une invention « libérale » dirigée spécifiquement contre la sociologie critique ou encore contre la « critique des médias » d’inspiration bourdieusienne. Comment vous-positionnez-vous en fin de compte par rapport à ce débat ? Faut-il jeter aux oubliettes ce concept de « théorie du complot » ou dit-il quelque chose de notre réalité sociale ?

P-H T. : Il y aurait donc un complot ourdi par ceux qui dénoncent les théories du complot ! Plus sérieusement, ce que Boltanski, en disciple de Bourdieu, ne perçoit pas à mon sens c’est qu’il existe trois manières de pratiquer la philosophie du soupçon. Une première philosophie du soupçon consiste à dénoncer les illusions du savoir vulgaire au nom d’un savoir supérieur ; à critiquer les préjugés au nom de la science. C’est ce qui faisait dire à Pierre Bourdieu : je dis la vérité parce que je suis sociologue ! Autrement dit, mon travail sociologique me permet d’avoir conscience de mes déterminations sociales, de mes intérêts, donc j’accède à un point de vue vrai, car désillusionné et exempt de préjugé. C’est ce que pourrait dire également un psychanalyste freudien : parce qu’il a été psychanalysé, il possède une position de recul ou de surplomb par rapport à ses propres pulsions inconscientes. Marx et Freud sont les grandes figures de cette philosophie du soupçon que j’appellerais dogmatique : au-delà des apparences ou des préjugés, il faut faire émerger le savoir véritable.

Il y a une autre philosophie du soupçon — inaugurée par Schopenhauer et poursuivie par Nietzsche — qui consiste à dire qu’il n’y a jamais de point de vue vrai : aucun point de vue ne peut se prévaloir d’être tout à fait désillusionné. On peut toujours soupçonner le soupçon… et ce à l’infini. On a ici affaire à un soupçon sceptique, développé par Nietzsche, par exemple, dans le grandiose paragraphe 274 du Gai Savoir intitulé « notre nouvel infini » : « il n’y a pas de faits, seulement des interprétations ».

Ces deux philosophies du soupçon (dogmatique et sceptique) se renvoient la balle sans fin. Pour Boltanski, les libéraux dénoncent la théorie du complot parce qu’ils ont peur de la sociologie critique (qui, selon lui, est vraie). Mais on pourrait fort bien se demander : pourquoi Boltanski a-t-il peur de la critique libérale de la sociologie critique ? On pourrait donc soupçonner le soupçon du soupçon… et ce, sans fin, sauf à prétendre à une vérité ultime.

La seule manière de sortir de cette spirale soupçonneuse consiste à dire à la fois qu’on ne pourra jamais atteindre de point de vue ultimement vrai (contre les dogmatiques), mais qu’on ne peut jamais renoncer tout à fait à l’espoir d’y parvenir (contre les sceptiques). Philosophiquement, cette troisième démarche correspond à la philosophie critique kantienne. Autrement dit, on ne pourra jamais éradiquer la « théorie du complot », mais on doit toujours s’efforcer de produire une autre compréhension du réel qui puisse concurrencer sa force de séduction. Au-delà de la critique, il y a donc un travail positif ou créatif à produire. Ajoutons cependant que, comme le note Woody Allen, il arrive parfois que « même les paranoïaques aient des ennemis » ! La naïveté ne doit pas être le prix à payer de la lutte contre le complotisme.

Pierre-Henri Tavoillot est maître de conférences en philosophie à la Sorbonne et président du Collège de Philosophie. Il a récemment publié Qui doit gouverner ? Une brève histoire de l’autorité (Grasset, 2011 ; site web) et, avec Laurent Bazin, journaliste à RTL et à « C dans l’air », Tous paranos ? Pourquoi nous aimons tant les complots (Editions de l’Aube, 2012).

Voir aussi:

Emmanuel Taïeb : «La théorie du complot est l’arme politique du faible»
Judith Duportail
Le Figaro

22/01/2015
INTERVIEW – Enseignant à Sciences Po Lyon et spécialiste du conspirationnisme, Emmanuel Taïeb analyse le succès des théories du complot après les attentats à Paris. Selon lui, elles peuvent pousser certains à l’action violente.

Le Figaro. – Pourquoi tant de théories de complot après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hypercacher ?

Emmmanuel Taïeb – Ces «théories» surgissent à chaque fois qu’un évènement est complexe à assimiler pour une société. Elles ont ainsi fleuri après l’assassinat de Kennedy ou après le 11 septembre. Chacun veut y aller de son interprétation, et montrer ainsi que sa vision est plus critique que celle des médias et des politiques. Les théories du complot ont un pouvoir attractif fort, car elles prétendent dévoiler la vérité. Il y a un grand plaisir à apparaître comme un «initié» face à une foule profane qui n’aurait rien compris. Celui qui dévoile le complot est celui qui sait. Elles sont également plus excitantes, plus inquiétantes et troublantes que les versions connues des faits. Elles trouvent aussi un écho chez les digital natives, pour qui ce qu’on trouve sur Internet est d’emblée vrai, comme c’était le cas avant avec la télévision. Certains jeunes ne font pas la distinction entre un travail universitaire ou journalistique, avec des sources sérieuses, et un texte basé sur de simples convictions. Tout a la même valeur.

-Les jeunes sont-ils plus réceptifs aux théories du complot?

Ils ne sont pas les seuls. Le taux de pénétration de ces théories auprès du public est très difficile à évaluer, mais ce qui est sûr, c’est qu’elles ne concernent pas que les jeunes de banlieue ou les publics peu diplômés. Elles sont aujourd’hui un phénomène de société. Les théories du complot ne sont pas des rumeurs ou des émanations farfelues d’anonymes. Elles sont un discours politique à part entière, au service d’une idéologie. Il suffit de regarder qui les propagent en France. Dieudonné notamment, qui aujourd’hui est un homme politique, il a présenté une liste aux élections européennes. Jacques Cheminade n’est autre que l’héritier français de Lyndon Larouche essayiste et homme politique radical, qui depuis des décennies dénonce le complot d’une oligarchie judéo-britannique, qui aurait poussé à la Seconde guerre mondiale, et provoquerait la crise financière actuelle. Or Jacques Cheminade était candidat à l’élection présidentielle de 2012. Construire une théorie du complot est une arme politique qui permet à des acteurs politiques extrêmes, marginaux ou faibles d’exister dans le champ médiatique ou politique à moindre coût. Ainsi, quand Jean-Marie Le Pen affirme sans avoir aucun élément pour l’étayer que l’attentat contre Charlie Hebdo émane «de services secrets», l’ensemble des médias le relaie. Il ne s’agit pas d’un délire de sa part, mais bien d’une prise de position conçue pour être efficace.

-Le conspirationisme est-il dangereux?

Il faut s’en inquiéter, car le discours conspirationisme vise à désigner des bouc-émissaires. Ces discours sont porteurs d’un message de haine, d’exclusion. Quand Alain Soral indique sur son site que les auteurs des attentats contre Charlie Hebdo «sont déjà en route pour Tel Aviv», il est porteur d’un message conspirationniste «antisioniste» laissant entendre que c’est un coup du Mossad et pas d’islamistes radicaux. Ces discours peuvent être un levier pour l’action, et pour l’action violente. On sait ainsi qu’au début du XXème siècle, une théorie selon laquelle les juifs menaient un vaste complot mondial pour prendre le pouvoir était particulièrement populaire. Ce mythe est incarné par les Protocoles des Sages de Sion, document dont on sait aujourd’hui qu’il s’agit d’un faux. Si cela ne suffit évidemment pas à expliquer la Shoah, on sait qu’Hitler avait lu ce texte et considérait les juifs comme des ennemis mortels. Les théories du complot nourrissent un discours politique de violence, de haine, tout en prétendant faire appel à l’esprit critique de celui qui y adhère.

Voir encore:

Théories du complot : 5 façons d’apprendre aux élèves à faire le tri sur internet
Dans le contexte des attentats qui ont visé la France début janvier, une partie des élèves semblent séduits par les théories du complot. Quelles réponses l’Education nationale peut-elle apporter à ce problème ?
Des lycéens testent un logiciel permettant de créer une ville, au lycée Koeberlé de Sélestat (Bas-Rhin), le 10 octobre 2012. (FREDERICK FLORIN / AFP)
Clément Parrot

Francetvinfo

22/01/2015

« C’est sûr, le gouvernement nous ment », « Y en a qui disent que c’était un coup monté », « On ne sait pas qui croire »… Ces paroles de lycéens, recueillies par France 2, illustrent bien le malaise qui s’est emparé de l’institution scolaire à la suite des attentats contre Charlie Hebdo, à Montrouge et à la porte de Vincennes. Pour y répondre, Najat Vallaud-Belkacem a lancé une concertation sur le numérique à l’école et devrait annoncer de premières mesures jeudi 22 janvier. Un défi immense pour la ministre de l’Education nationale, qui a affirmé sur RTL qu’un « jeune sur cinq adhère aux théories du complot ». Un chiffre non étayé, mais qui pose question.

Une situation d’autant plus complexe que la majorité de l’apprentissage d’un enfant passerait aujourd’hui par les écrans et non plus par le cadre scolaire et familial, a renchéri la ministre. Internet n’est pas responsable de tous les maux, mais reste une partie du problème. « Ne pas éduquer les enfants à l’utilisation d’internet, c’est un peu comme les laisser jouer avec une arme à feu », juge Guillaume Brossard, fondateur de Hoaxbuster, un site qui s’est donné comme mission de démonter les théories du complot.

Francetv info s’est penché sur la recette qui pourrait permettre à l’école de mieux armer les élèves pour affronter la jungle de l’internet.

1 Former les enseignants
L’Education nationale n’a pas découvert internet à l’occasion des récents événements. « Quand on regarde ce qui est prévu actuellement, tous les outils sont déjà disponibles, il faut juste appliquer les programmes », témoigne Lucien Marbœuf, professeur des écoles qui tient le blog L’Instit Humeurs. Effectivement, pour sensibiliser aux usages d’internet, des outils sont disponibles en ligne et les programmes prévoient d’aborder la question, notamment en éducation civique. Mais cela n’empêche pas le développement des théories du complot.

« Des outils comme le B2i [brevet informatique et internet] existent, mais les profs ne sont pas assez formés, estime Guillaume Brossard, sans compter que si 20% des élèves croient à la théorie du complot, on ne connaît pas la proportion de profs qui y croient aussi. » « Il est vrai que tous les enseignants ne sont pas à l’aise avec internet, surtout que c’est une charge de travail qui sort de nos habitudes », admet Lucien Marbœuf, qui insiste également sur le manque de moyens au sein de l’Education nationale. « Quand il faut amener 30 élèves dans une salle informatique, c’est toute une aventure. »

2 Utiliser internet dans toutes les matières
Plus qu’un cours supplémentaire au milieu de programmes surchargés, la plupart des pédagogues proposent d’intégrer la pratique de l’internet dans toutes les disciplines. « Dans tous les cours, il est possible de sensibiliser les élèves à la recherche documentaire. On peut commencer dès le primaire, on va taper ‘château fort’ sur Google, et on regarde à quoi correspond chacun des sites qui sont proposés », détaille le pédagogue Philippe Meirieu.

3 Apprendre aux élèves à recouper les sources
« L’algorithme de Google relève plus de la démagogie que de la démocratie, et dans cet immense amas d’informations, je pense que l’école doit jouer un rôle pour permettre aux élèves de distinguer le vrai du faux », estime Philippe Meirieu. « Une partie des enseignements devraient permettre d’apprendre aux élèves à comprendre les informations disponibles en ligne, les valider, les recouper », abonde Olivier Charbonnier, directeur du groupe Interface et cofondateur du laboratoire D-Sides, qui se donne pour mission d’analyser l’impact du numérique.

Les enseignants s’attachent déjà à sensibiliser les élèves sur leurs recherches web, mais il est possible d’envisager de nouvelles pratiques. « L’étude d’un article de Wikipédia, par exemple, pourrait permettre d’exercer les élèves à appréhender un texte dont les sources sont vérifiées ou à l’inverse qui manque de références », illustre Philippe Meirieu.

Lucien Marbœuf suggère un autre exercice qui pourrait permettre de faire ressortir la diversité des informations présentes en ligne tout en favorisant l’autonomie : « Il est possible d’imaginer des ateliers par groupe en demandant aux élèves d’écrire un article à partir de sources trouvées sur internet. Chaque groupe pourrait se concentrer sur un type de média (Wikipédia, sites d’info, blogs…) et, à la fin, on confronterait les versions. »

4 Faire intervenir des professionnels de l’information
Beaucoup de choses peuvent être développées dès l’école élémentaire, avec l’intervention en classe de sémiologues ou de personnes formées à l’analyse de l’image. La solution est déjà appliquée par certains enseignants, puisque Guillaume Brossard ou Serge Tisseron, psychiatre et spécialiste des écrans, sont régulièrement invités devant des élèves. Mais elle mériterait d’être systématisée.

D’autres professionnels, comme les journalistes, sont également les bienvenus, car il faut éduquer les élèves aux médias traditionnels pour qu’ils puissent acquérir du recul sur les informations qu’ils captent sur internet. « Dans un monde où ils sont noyés sous la propagande politique et les publicités, il s’agit d’introduire une démarche scientifique pour développer leur capacité à éprouver les faits, à poser des hypothèses, détaille Olivier Charbonnier. Il faut qu’ils se confrontent au réel en étant capables de douter. »

5 Susciter le débat
« Sur ces questions complexes, la classe doit prendre la forme d’une discussion et non d’un cours magistral », considère Serge Tisseron. L’autorité morale des professeurs a perdu du poids au fil des années et les élèves n’hésitent plus à remettre en doute la parole des enseignants à partir d’informations trouvées au gré de leur navigation sur internet. Avec le rôle pris par les réseaux sociaux, le philosophe Marcel Gauchet parle même, sur France Inter, de « contre-culture anti-scolaire ». Les professeurs ne doivent donc pas tenter de délivrer une vérité brutale, prévient Serge Tisseron : « Internet renforce chacun dans ses a priori. De son côté, l’école doit donc créer le débat et confronter des idées, dans un climat de sécurité dont l’enseignant est le garant. »

Mais comment faire quand la discussion glisse sur des questions sensibles, comme la religion ? « Dès la maternelle, il convient de montrer la différence entre le savoir et la croyance, c’est la meilleure manière d’aborder la laïcité », répond Philippe Meirieu. « Il ne faut pas avoir peur d’aborder les questions liées à l’islam ou à la religion, notamment en histoire. Dans le contexte actuel, ce sont des questions cruciales », complète Olivier Charbonnier.

Quant aux théories du complot, les écarter d’emblée de la discussion peut être contre-productif. Il faut prendre en compte que ces théories sont d’autant plus puissantes qu’elles sont souvent séduisantes pour l’esprit. « Comme le montre le succès des sites satanistes ou des sites sur les soucoupes volantes, les adolescents ont besoin de merveilleux, d’extraordinaire », assure Philippe Meirieu. « La grande erreur serait de sous-estimer le pouvoir de fascination de ces images, qui utilisent toujours les deux mêmes ressorts : convaincre le spectateur qu’il est unique, et l’inviter à se rattacher à une communauté fraternelle », prévient Serge Tisseron. Il faut donc partir de cette fascination des élèves pour engager la discussion et leur apprendre à prendre du recul.

Voir par ailleurs:

« Charlie Hebdo » : ce que vous pouvez répondre aux arguments complotistes

Donald Hébert

Le Nouvel Obs

15.01.15

Depuis l’attentat contre « Charlie Hebdo », les théories de complots fleurissent en Russie et en Turquie, sur les réseaux sociaux, mais aussi au zinc des cafés et dans les cours de récré. A tel point que trois organisations lycéennes (Fidl, UNL, SGL) ont décidé de lancer un site pour démonter ces fausses informations.

En questionnant la réalité, puis en réécrivant le déroulement des faits, les complotistes repoussent, pour ceux qui les croient, le temps de la compréhension et de l’acceptation de ce drame. Ils éloignent ainsi la possibilité d’en débattre et d’en tirer d’éventuelles leçons.

Il est toujours difficile de faire la preuve de l’évidence avec d’autres preuves, tout aussi évidentes. Mais mieux les faits sont décrits, plus les thèses conspirationnistes deviennent visiblement farfelues. Eléments de langage.

# Les rétroviseurs
L’indice trompeur
Sur deux photos de la Citroën utilisée par les auteurs de la tuerie de « Charlie Hebdo », certaines personnes ont remarqué que la couleur des rétroviseurs n’est pas la même.

LES RÉTROVISEURS DE LA C3 NE CORRESPONDENT PAS ! C’EST DONC 2 VOITURES C3 IDENTIQUES ET PAS UNE SEULE C3 !!…#RAID pic.twitter.com/6SpYxR0VSW

— vatoslocos (@unetuerie) January 8, 2015

Ce que l’on en déduit à tort : les auteurs de la tuerie de « Charlie Hebdo » ne sont pas repartis avec la même voiture que celle avec laquelle ils sont arrivés.

Ce que l’on invente pour l’expliquer : des hommes des services secrets – français ou d’un autre pays – sont les auteurs de l’attentat, ils sont arrivés avec la première voiture puis repartis discrètement, tandis que les frères Kouachi sont repartis avec une autre voiture, cette fois traquée par les forces de l’ordre. Dans ce cas, les frère Kouachi seraient innocents et le gouvernement –ou une autre autorité- serait coupable des attentats.

Pourquoi c’est faux
Comme le montre Challenges, la voiture photographiée est une Citroën C3 avec des rétroviseurs chromés, qui reflètent la lumière différemment selon l’angle de prise de vue. C’est la raison pour laquelle ils apparaissent plus foncés sur l’une des photos. Conclusion : il y a bien une seule voiture et les personnes pourchassées par la police sont bien les auteurs des attentats. Dans ce cas, il n’y a pas de raison de soupçonner une manipulation de services secrets.

# L’absence de sang
L’indice trompeur
Sur une vidéo extrêmement choquante montrant l’exécution par les auteurs de la tuerie de « Charlie Hebdo » du policier Ahmed Merabet, à terre dans la rue, on constate qu’il n’y a pas de sang, alors même que le tir a lieu à bout portant. Une page Facebook a même été créée à ce sujet, inaccessible depuis.

Ce que l’on en déduit à tort : la vidéo est truquée.

Ce que l’on invente pour l’expliquer : le policier n’a pas été tué par les auteurs de l’attentat mais par les services secrets, français ou étrangers, plus tard, pour étouffer l’affaire.

Pourquoi c’est faux
Il est tout à fait possible qu’aucun sang ne soit projeté lors d’un tir à bout portant à la tête. Dans ce cas, pas besoin de trucage. Pas besoin non plus d’imaginer comment ce policier a perdu la vie.

# La carte d’identité
L’indice trompeur
La police affirme avoir retrouvé la carte d’identité d’un des frères Kouachi dans une des voitures utilisées par les auteurs de l’attentat contre « Charlie Hebdo » lors de leur fuite, alors qu’on voit sur une vidéo, à un autre moment de leur opération, un des frères ramasser une chaussure de sport qui est tombée de la voiture.
Ce que l’on en déduit à tort : la carte d’identité n’était pas dans la voiture.

Ce que l’on invente pour l’expliquer : les pouvoirs publics ont placé cette carte d’identité dans la voiture, parce qu’ils connaissaient déjà le nom des personnes qu’ils recherchaient, dont ils sont complices. Ou parce qu’ils n’ont jamais retrouvé le nom des coupables et en ont inventé pour rassurer tout le monde.

Pourquoi c’est faux
Parce que les coupables des attentats ont été largement reconnus, pris en flagrant délit sans aucun doute possible, et que l’identité figurant sur la carte retrouvée a été ainsi confirmée. Les autorités ont expliqué que les terroristes ont en fait oublié dans la voiture un sac, juste après avoir eu un accident, alors qu’ils étaient en fuite, et que la carte d’identité était à l’intérieur de ce sac. Ce qui n’a rien d’invraisemblable, bien au contraire.

# Un coup d’Israël et du monde « médiatico-politique »
Les indices trompeurs
Il y en a à l’infini pour qui veut en trouver. Exemple : l’un des anagrammes de Charlie est Ichrael. Or en hébreu le « s » d’Israël s’écrit avec un « chin », une lettre prononcée parfois « s » parfois « ch ». Par ailleurs, le 7 janvier, jour de l’attentat à « Charlie Hebdo », peut s’écrire 1/7 en anglais, comme le 11 septembre s’écrit 9/11. Or, le 17 est le numéro de téléphone d’urgence de la police en France, le 911 étant celui aux Etats-Unis :

Autre exemple : « Charlie Hebdo » a été hébergé par « Libération » pour son dernier numéro, dont certains actionnaires sont d’origine juive. Ou encore : le parcours de la manifestation vu de haut, ressemble aux frontières d’Israël, si on tourne le plan.

Ce que l’on en déduit à tort : qu’il y a un lien secret et maléfique entre « Charlie Hebdo » et Israël, et que rien n’a été laissé au hasard, jusqu’au choix de la date, qui répond au 11 septembre 2001. Que les médias et les politiques ne disent pas tout ou mentent pour nuire.

Ce que l’on invente pour l’expliquer : beaucoup de choses ! Pour certains, cela signifie qu’attaquer Charlie équivaut à attaquer Israël. D’autres imaginent que « Je suis Charlie » est le nom d’une opération militaire lancée par l’Etat hébreu. Plus généralement, on imagine que les attentats sont liés à d’autres événements de l’histoire, que les terroristes sont incités au meurtre par d’autres organisations ou Etats que ceux qui sont désignés par les pouvoirs publics. Certains pensent que des pays occidentaux, en général les Etats-Unis ou Israël, ont provoqué les attentats pour susciter une réaction contre les musulmans. C’est le même genre de théorie que l’on a entendu après les attentats du World Trade Center.

Pourquoi c’est faux
D’abord parce qu’il est possible dans toutes les situations de trouver des liens entre des noms, des dates, et qu’ils ne prouvent rien sans bon sens. Ensuite, parce que les frères Kouachi ont eux-mêmes affirmé publiquement leur lien avec Al-Qaida au Yémen, et que cette organisation a aussi revendiqué les attentats.

Enfin parce que la raison d’exister des médias les oblige à une pratique aussi rigoureuse que possible de leur travail, et que même les erreurs qu’ils commettent ou les pressions dont ils sont victimes parfois ne les empêchent pas d’offrir à leurs publics des informations plus fiables que celles fournies sur internet par d’obscurs personnages.

Voir aussi:

À Grigny, la ville de Coulibaly, la théorie du complot va bon train
Marie-Estelle Pech
Le Figaro
14/01/2015

REPORTAGE – Pour certains élèves du quartier de la Grande Borne, les attentats ont été organisés par François Hollande, Israël et les États-Unis…

«On a tous fait pleurer la prof de maths en lui disant qu’on n’était pas Charlie! Avec les caricatures du Prophète, les journalistes l’ont bien cherché. Elle a renvoyé toute la classe mais on s’en fiche.» Approuvé, à quelques mètres d’un collège, par son petit groupe d’amis qui a «rigolé» pendant la minute de silence, cet adolescent de 15 ans d’origine malienne, comme Amedy Coulibaly, partage aussi son nom de famille avec le terroriste. Même s’il ne le connaît pas.

Comme lui il y a quinze ans, il grandit comme une herbe folle dans le quartier de la Grande Borne, à Grigny (Essonne), l’un des plus sensibles et des plus pauvres d’Île-de-France. «C’est un dialogue de sourds. Les profs ne nous comprennent pas, ne nous écoutent pas. Ils veulent toujours avoir le dernier mot. Je n’ai rien dit pendant la minute de silence parce que je n’avais pas le choix. Mais c’est n’importe quoi. Ces dessinateurs salissaient notre religion. Ils sont allés trop loin, ont été avertis plein de fois, pourquoi n’ont-ils pas arrêté?», lance Kellyna, 16 ans.

Mieux encore, pour Aminata, 17 ans: «À Grigny, on n’est pas Charlie. D’ailleurs, personne n’est allé à la manifestation. C’est un truc fait pour les bourgeois, les Blancs. Vous en avez vu beaucoup des Noirs et des Arabes, là-bas? Moi non.» Le policier musulman, Ahmed Merabet, n’est pas mort d’une balle dans la tête, affirme un lycéen, qui, comme ses copains, s’est repassé la vidéo de son assassinat en boucle. «Il est mort d’une crise cardiaque, c’est certain, sinon on aurait vu du sang. C’est une mise en scène, un complot pour nous monter les uns contre les autres. Un musulman n’attaque pas un autre musulman.»

Ces jeunes s’inquiètent aussi de la «haine qui va monter contre les musulmans» et pour la réputation de leur ville. «Déjà qu’on met directement nos CV à la poubelle même pour les stages de troisième! Être de la ville de Coulibaly, on s’en serait bien passés.» La Grande Borne, ce quartier gangrené depuis les années 1990 par la drogue et la violence, est toujours en pointe pour faire la une. Lors des émeutes de 2005, puis en 2008. L’attaque du RER D en 2013, c’était aussi à Grigny.

De jeunes trafiquants contrôlent, l’air de rien, les entrées et les sorties de ces immeubles colorés, qui, vus du ciel, ressemblent à des spaghettis géants. Depuis septembre, la violence est montée d’un cran, sur fond de règlements de comptes liés à des trafics de drogue. Deux jeunes hommes ont été grièvement blessés par des tessons de bouteilles et une batte de base-ball. Un autre a été tué. En octobre, un adolescent de 14 ans a reçu une balle dans le ventre. Des locaux associatifs et un gymnase ont été récemment brûlés.

Le maire communiste, Philippe Rio, a alerté le procureur et le préfet. En vain. Cette ville de 30.000 habitants, rappelle-t-il, n’a plus de commissariat au-delà de 18 heures depuis dix ans. Il voit plonger sa ville depuis les émeutes de 2005: «Ça empire. Les gens sont dans la défiance de l’État et des médias, de tout et de tous.»

Ces derniers jours, les réseaux sociaux conspirationnistes concurrencent largement la parole des parents sur les attentats. «Les enfants se font bourrer le chou par les réseaux sociaux. Ils sont complètement intoxiqués», explique le maire qui prend l’exemple de ce couple de parents choqué par le comportement de leur enfant pendant la minute de silence au collège, le 8 janvier. Ces derniers avaient pourtant fermement condamné les attentats. «Visiblement l’enfant n’avait rien écouté, rien cru. Il s’était informé via Internet», soupire le maire.

Des incidents pendant la minute de silence et les jours suivants, il y en a eu beaucoup à Grigny même si l’éducation nationale demande aux enseignants et aux responsables d’établissements de ne pas communiquer sur le sujet avec les médias. Même l’inspection d’académie fait la sourde oreille.

Sous couvert d’anonymat, des enseignants ne sont pas tous d’accord avec ces consignes qu’ils jugent «abusives». «Nous sommes en première ligne. Certains d’entre nous sont perturbés par ce qu’ils ont pu entendre en classe. Et la population a le droit de savoir ce qui se passe.» Dans des logorrhées rhétoriques, plus ou moins assimilées, leurs élèves invoquent la cause des Noirs, clament leur antisémitisme, comparent la Shoah à l’esclavage, le nazisme au sionisme.

Dieudonné a un écho considérable dans les établissements. Les médias sont tous corrompus et la haine des Juifs est partout. Des élèves expliquent que les attentats n’en sont pas et qu’il s’agit d’un complot organisé par le gouvernement de François Hollande. «Parfois avec la complicité d’Israël ou des États-Unis en option.» Ces lycéens, convaincus, s’appuient sur des vidéos, des sites qu’ils montrent sur leur smartphone. «La grande majorité de nos élèves condamnent, heureusement, les assassinats. Mais ce qui revient le plus souvent, explique un enseignant, c’est que les journalistes et les terroristes ont autant tort les uns que les autres. On arrive à leur faire entendre raison, au moins en partie, mais ça demande beaucoup de travail et d’énergie.»

La théorie du complot, fortement teintée d’antisémitisme, flotte néanmoins partout dans Grigny. Et pas seulement chez les plus jeunes. «Ils sont riches, ils tiennent le monde. C’est eux qui sont aux manettes. Ils contrôlent les médias, les États-Unis. Il y a même des ministres juifs au gouvernement», récite, catégorique, Fatou, une auxiliaire de vie d’une vingtaine d’années, dans le vieux Grigny, pour expliquer «pourquoi Coulibaly en voulait aux Juifs».

Vidéo «non censurée» de mauvaise qualité sur son smartphone à l’appui, elle affirme que Coulibaly «a été assassiné par les forces de l’ordre alors qu’il était menotté». Quant aux frères Kouachi, ils auraient été tués en Syrie avant une mise en scène des policiers destinée à faire croire à l’attentat! Soudain plus lucide, elle explique que «ce qui fait basculer les gens ici, c’est la prison. Ici, tu vas en prison dix-huit mois pour une barrette de shit. Tu attrapes la haine de l’État. Et si tu es un peu faible comme Coulibaly, les islamistes te repèrent tout de suite. Et t’entraînent un peu plus dans leur délire à chaque séjour. Certains de mes copains sont dans ce cas».

«Même les livreurs de pizzas ne viennent plus ici parce qu’ils se font tabasser. La France est trop gentille et j’ai la rage. Si j’étais restée en Haïti, je serais dans la misère, mariée, avec six enfants. Les gens ne se rendent pas assez compte de leur chance d’être ici»
Une habitante de Grigny

Beaucoup d’adultes ont heureusement une parole plus mesurée. C’est surtout la «honte», comme pour cette mère de famille de quatre enfants: «Je suis musulmane mais je n’ai rien à avoir avec ces actes. Je ne les comprends pas. Ces gens sont des fous, des dingues. Je n’ai même pas envie d’en parler. J’ai d’autant plus honte que ce terroriste venait de Grigny. Et qu’il est de la même origine que moi.»

Solange, aide-soignante en intérim d’origine haïtienne, n’est pas sortie de chez elle pendant une semaine: «Je ne suis pas allée travailler. J’avais peur. Grigny, je n’en peux plus. Je veux en partir mais je ne gagne pas assez pour louer ailleurs», raconte-t-elle. «J’en ai marre de cette violence perpétuelle, des cambriolages à répétition, de ces gens qui marchent tête baissée pour éviter de croiser un regard. Même les livreurs de pizzas ne viennent plus ici parce qu’ils se font tabasser. Moi, je pense que la France est trop gentille et j’ai la rage. Si j’étais restée en Haïti, je serais dans la misère, mariée, avec six enfants. Les gens ne se rendent pas assez compte de leur chance d’être en France.»

Voir par ailleurs:

Après le 11 janvier 2015
Pierre-Henri Tavoillot

11 janvier 2015

Il est 23h45. Difficile de quitter cette journée historique du 11 janvier 2015 sans tenter de la décrire. Ce n’est pas tant l’ampleur de cette « marche républicaine » qui est frappante, c’est sa tonalité : loin de l’esprit habituel des « manif. » ordinaires, cristallisées autour de la défense d’intérêts particuliers, animées par des sous-entendus politiques, remplies bien souvent de mauvaise foi et de colère étriquée, il y avait aujourd’hui une marche de gens désintéressés, sereine, digne, toute en nuances, évitant avec soin les slogans réducteurs, la soumission aux sonos des cortèges. Il régnait une sorte de prudence et de pudeur générales, une atmosphère de courtoisie et d’attention à l’autre. Même dans les métros surbondés, tout le monde était poli ! Seule une République laïque peut produire une telle communion des esprits réunissant tant de gens divers attachés en toute intelligence à des valeurs communes. C’est bien plus fort que la religion. Qui a dit que la démocratie était incapable de sacré ?

Elle était historique, cette journée, car elle a révélé une image insoupçonnée d’une société française qu’on croyait exténuée par la crise, épuisée par les égoïsmes, atrophiée par la défiance, voire les haines, tétanisée par les peurs ! Et on a eu l’image d’une nation harmonieuse, accueillante, forte, fière d’elle-même sans exagération, confiante en l’avenir et sereine dans son quotidien. C’était beau.

Cette journée était historique aussi parce qu’après une blessure terrible, elle est parvenue à donner du sens à des morts absurdes. Sans doute est-ce là une cicatrisation bien dérisoire devant tant de destins brisés par le délire totalitaire de trois pantins ineptes, mais il y a tout de même là une forme de consolation. On leur devait bien ça !

Cette journée était historique enfin parce qu’on a y senti un air de renouveau, quasi printanier en dépit du froid. C’est là pourtant où il faut être prudent. Nous allons assister à une reconfiguration profonde du débat intellectuel : les lignes vont bouger. La France superficielle va peut-être laisser plus de place à la « France profonde » : non pas celles des « ploucs » (comme on l’entend parfois), mais celle qui a de la profondeur ; celle qui entend penser entre le moralisme béat de la gauche et le cynisme abject de la droite, … et pas seulement les extrêmes des deux. Oui, la question de l’identité française (et pourquoi ne pas dire nationale ?) a du sens et même de l’urgence ; oui, une réflexion sur la tentation totalitaire de l’Islam a du sens et même de l’urgence ; non, la France ne s’est pas suicidée ; non, le paradigme culpabilisateur post-colonial ne suffit pas à expliquer les attaques dont la France est l’objet. Oui, la France a des ennemis à l’extérieur comme à l’intérieur qu’il s’agit de combattre avec rigueur, audace et puissance. Cette ouverture de questions, qui ont été trop longtemps laissées aux réponses sommaires du Front National, va devoir se faire sans mettre en péril l’unité qui vient d’être acquise. Le débat doit avoir lieu, mais il doit être respectueux de l’esprit du 11 janvier sauf à retomber dans les vieux démons. Et nos petites et grandes lâchetés passées auraient de quoi nourrir une fort ressentiment contre nous-mêmes peu propice à un débat sincère et surtout efficace. La clarification des esprits est nécessaire, mais l’action l’est encore plus devant un ennemi qui n’est pas une religion, mais une véritable idéologie totalitaire, dénuée de toute culture ; adversaire même de toute espèce de culture. Il faut se convaincre qu’après le nazisme et le stalinisme, la démocratie a un nouvel opposant, qui comme les précédents sait se nourrir aux mêmes sources qu’elle, hideux produit d’une autre dialectique de la modernité.

Le marxisme est une philosophie du soupçon : sous les apparences (les superstructures idéologiques), il y a une réalité à l’œuvre qui nous dépasse (l’infrastructure socio-économique). Simplement, chez Marx, ce n’est jamais une volonté humaine qui décide ; toute décision n’est que le reflet fidèle d’une situation mettant en jeu des forces productives et des rapports de production. Si les hommes qui font l’histoire ne savent l’histoire qu’ils font, on ne voit pas comment un seul complot serait possible. Car, pour Marx, c’est l’histoire qui se sert des hommes et non l’inverse. Mais lorsque la science marxiste passe de la théorie à la pratique politique, la tentation est grande d’imputer à des groupes ou à des personnes (les bourgeois, les koulaks, les juifs encore…) les ralentissements de l’histoire prévue par la doctrine. C’est là que le conspirationnisme s’installe dans une pensée qui semblait s’en être immunisée. (…) Il suffit d’avoir fait un peu de politique pour comprendre qu’il est très difficile de réussir un complot. Machiavel le notait déjà dans un chapitre génial — et d’ailleurs le plus long — de ses Discours sur la première décade de Tite-Live (1531). L’expérience du pouvoir est celle de la frustration : on croit être aux manettes, alors qu’on passe son temps à subir les événements, à changer de plans et de stratégies, à revoir ses décisions. Voilà la réalité du pouvoir : et d’autant plus à l’âge démocratique et médiatique. Or, en tant que citoyen, nous avons tendance à ignorer cette réalité et à projeter sur les décideurs politiques notre fantasme de toute-puissance. Il faut que le citoyen d’aujourd’hui intègre l’énorme difficulté de l’art politique de nos jours : voilà ce que j’appelle la « pédagogie du pouvoir ». Il en va de même pour les médias : Laurent Bazin montre de manière extrêmement profonde et subtile comment la paranoïa structure la vie médiatique et qu’il faut beaucoup de lucidité et de métier pour la maintenir dans des limites raisonnables. (…) La démocratie installe la volonté des citoyens au centre de la vie de la cité : elle en devient le fondement légitime et incontestable. Mais cette « toute puissance du peuple » est constamment mise à défaut : il y a d’autres peuples, donc d’autres volontés ; il y a aussi les obstacles du réel (la nature, l’économie …) ; le peuple lui-même est souvent scindé en plusieurs orientations antagonistes… Bref, la démocratie semble toujours en échec. On le voit au moment des élections quand les candidats jouent « les gros bras » : « Moi, président, je materai les banques ; je soumettrai la Chine ; je trouverai l’argent là où il est ; j’imposerai mes choix à l’Allemagne… ! ». C’est inévitable face à un candidat sortant qui, forcément, n’a pas pu tout faire. Il faut faire renaître la promesse démocratique. Et cela passe par le repérage de volontés adverses, plus ou moins occultes, qui sont des obstacles à la réalisation démocratique. Le combat contre le « complot anti-démocratique » permet ainsi de remobiliser les troupes… Et, à la prochaine élection, il en ira de même. Il ne s’agit pas de dénoncer ce mécanisme, mais de comprendre son fonctionnement pour agir plus lucidement et pour avoir une vision plus modeste, mais du même coup aussi plus efficace, de la politique démocratique. Les rêves de toute puissance sont adolescents et nous nous devons de passer à l’âge adulte.(…) Il faut donc vivre avec en distinguant (…) les formes acceptables et les formes inacceptables de son expression. Quel est le critère de démarcation entre les deux ? Celui qui distingue la théorie et la pratique. En effet, le repérage du complot peut-être un simple jeu de l’esprit qui tente de trouver un sens dans un monde complexe et absurde : ça ne porte guère à conséquence tant qu’on en reste là. En revanche, lorsqu’il s’agit d’en déduire une action politique à l’encontre telle ou telle catégorie de la population, cela devient inacceptable. Je reconnais que la limite est fine entre les deux, mais elle n’en est pas moins claire. Dans le premier cas, on est dans le registre de l’argumentation qui relève des règles de l’espace public ; dans le second cas, on est dans le registre de l’action qui relève des lois de la République.(…) La seule manière de sortir de cette spirale soupçonneuse consiste à dire à la fois qu’on ne pourra jamais atteindre de point de vue ultimement vrai (contre les dogmatiques), mais qu’on ne peut jamais renoncer tout à fait à l’espoir d’y parvenir (contre les sceptiques). Philosophiquement, cette troisième démarche correspond à la philosophie critique kantienne. Autrement dit, on ne pourra jamais éradiquer la « théorie du complot », mais on doit toujours s’efforcer de produire une autre compréhension du réel qui puisse concurrencer sa force de séduction. Au-delà de la critique, il y a donc un travail positif ou créatif à produire. Ajoutons cependant que, comme le note Woody Allen, il arrive parfois que « même les paranoïaques aient des ennemis » ! La naïveté ne doit pas être le prix à payer de la lutte contre le complotisme. Pierre-Henri Tavoillot

Voir également:

Les chantiers de l’après 11 janvier 2015

Pierre-Henri Tavoillot
22 janvier 2015

Dans le flux de l’information continue, on l’a déjà presque oublié. Mais il s’est passé quelque chose le 11 janvier 2015 ; quelque chose d’inattendu, d’inouïe et d’inespéré. Dans un climat morose, dans une économie déprimée, du sein d’une société pleine de défiance, un souffle d’espoir est né du peuple, balayant largement tous ceux qui s’en posaient comme son interprète attitré. En trois jours, les lignes de front politiques, stabilisées par une longue guerre de tranchées, ont été bouleversées imposant une reconfiguration du débat public. A égale distance du déni moralisateur de la gauche et du cynisme défaitiste de la droite, une exigence inédite a semblé surgir pour que les défis du présent soient formulés, pensés et relevés par des actes.

Comment interpréter ce renouveau ? Il faut certainement beaucoup de prudence et de doigté pour tenter de le comprendre sans le trahir, mais il ne faut pas courir le risque de laisser les demandes s’enliser dans le retour du quotidien et ne pas oublier ce fait gênant : toute la France n’a pas pris part à la Marche républicaine.

Dans ce contexte ambivalent, nous voyons au moins quatre chantiers intellectuels s’ouvrir, que certains avant nous avaient tenté de lancer comme on prêche dans le désert. De tabous, ils sont devenus évidents :

1) La question de l’identité française — Prétendre la poser avant ces trois jours tragiques à « faire le jeu du Front national ». On perçoit aujourd’hui enfin l’évidence de la penser entre un multiculturalisme béat et un nationalisme étroit. Comment prétendre être un pays d’accueil, comment espérer intégrer, voire assimiler (pour utiliser ce mot interdit) si l’on refuse de connaître et promouvoir la maison qu’on habite ? Le modèle d’une histoire post-coloniale marquée par la culpabilité, le « sanglot de l’homme blanc » et l’expiation du passé a fait long feu. Il a durablement tétanisé l’Europe occidentale et déresponsabilisé le Sud comme l’Orient, les empêchant de nouer entre eux des rapports rééquilibrés. Ce temps est révolu et les questions s’ouvrent : quelle est la part d’héritages et de projets communs qui animent notre « vouloir-vivre ensemble » en France, dans l’Europe et dans le Monde ? Qu’est-ce que l’Occident sinon la civilisation, qui, à travers la laïcité, entend conférer à tout adulte la majorité civile et civique de plein exercice ? On ne conçoit plus comment les défis majeurs de l’immigration, de la construction européenne et de la mondialisation ont pu si longtemps faire l’impasse sur le « qui sommes-nous aujourd’hui ? ».

2) La question de la tentation totalitaire de l’Islam — L’Islam est une grande religion et une immense civilisation qui a produit, dans l’histoire, des œuvres et des modes de vie d’un incroyable raffinement. Et pourtant c’est lui aujourd’hui qui prête son nom au visage hideux du terrorisme. Pourquoi l’Islam est-il tenté de se couper de son héritage civilisé pour se métamorphoser en une idéologie totalitaire ? Pourquoi a-t-il produit une barbarie dont les premières victimes sont les musulmans et les juifs les boucs émissaires ? Là encore, ces interrogations étaient la semaine dernière inévitablement mise au compte d’une islamophobie « nauséabonde » ou d’un « amalgame » fallacieux. Elles sont aujourd’hui portées avec vigueur par nombre de musulmans. Car le « pas en mon nom » ne suffit pas ; il laisse place aujourd’hui au : « pourquoi, malgré moi, en mon nom ». Il faut comprendre et combattre l’antisémitisme désinhibé qui réapparaît dans le giron de cette idéologie sommaire de l’islamisme radical qui n’est pas une culture comme une autre mais une contre-culture voire une anti-culture.

3) La question des valeurs de la démocratie — La liberté et l’égalité sont-elles plus sacrées que la plus sacrée des religions ? Et si c’est le cas, comment comprendre qu’elles semblent, de l’extérieur, à géométrie variable : liberté pour les caricatures de Charlie Hebdo mais interdiction du spectacle de Dieudonné ? Contre cette confusion, il va falloir expliquer, encore et encore, que la liberté d’expression s’arrête quand commence l’appel à la haine et l’apologie du meurtre. C’est toute la différence entre des actes de dérision (qu’on a le droit de ne pas apprécier, voire de détester) et des incitations au terrorisme. Notre espace public est celui qui place la sacralité de l’homme au-dessus de celle de Dieu, parce que celle-là permet de vivre ensemble et que celle-ci relève du strict domaine de la foi privée. Cette valeur est non négociable dans la démocratie et elle constitue le fondement du pacte républicain. Quand je visite une mosquée j’enlève mes chaussures ; quand j’entre dans une synagogue je mets un kipa ; quand je pénètre dans une église, je veille à avoir une tenue décente ; et bien quand j’entre dans une République laïque : j’accepte de mettre mes croyances de côté et je m’efforce d’en respecter les lois. Et d’abord celle de la laïcité qui constitue l’ADN de notre vie commune.

4) La question des armes de la démocratie — Comment lutter face aux nouvelles menaces : à l’intérieur pour réintégrer les « territoires perdus de la République » qui sont aussi les territoires perdus de la Nation devenus des ghettos ethno-culturels ? A l’extérieur pour défendre et promouvoir des principes et surtout des populations qui aspirent à les adopter envers et contre toutes les menaces immondes. Ni la démocratie ni la laïcité ne peuvent être imposées de l’extérieur, mais cela ne saurait fournir la moindre excuse pour abandonner ceux qui y prétendent et risquent leur vie pour y parvenir. Ce combat commence au cœur notre pays, dans les « quartiers » où la clarification des idées doit précéder la fermeté de l’action.

Il y a là, sous réserve d’inventaire, des tâches qui nous semblent immenses, urgentes et essentielles. Ce sont des chantiers que certains précurseurs avaient osé ouvrir au péril de leur réputation et de leur tranquillité avant les événements tragiques du mois de janvier 2015 — on doit leur rendre hommage ici — ; mais il faut désormais les faire avancer animé par la conviction que des résultats tangibles sont désormais attendus avec impatience des Français. C’est cela aussi qui s’est passé le 11 janvier 2015.

Texte signé par Eric Deschavanne (philosophe), Serge Guérin (sociologue), Pierre-Henri Tavoillot (philosophe).

Sommes-nous devenus trouillards ?
Pierre-Henri Tavoillot
Philosophie Magazine
Juin 2012.

Nos sociétés seraient-elles devenues trouillardes ? C’est ce qu’on pourrait croire en constatant la place paradoxale que la peur y occupe. Elle est paradoxale pour au moins trois raisons. Comment, tout d’abord, ne pas voir que nous vivons dans un monde où la sécurité règne comme jamais dans l’histoire de l’humanité ? La guerre s’est éloignée, la famine a disparu, l’homicide décline, l’espérance de vie augmente, la médecine n’a jamais été aussi efficace … et, au lieu de nous réjouir, c’est la trouille qui nous taraude dans tous les moments de notre vie quotidienne. On a peur de manger, de boire, de respirer, de faire l’amour, et de fumer ensuite … Ce sont d’innombrables petites phobies qui semblent avoir pris la place des terreurs d’autrefois. A ceci près pourtant que, dans notre univers laïque, rationnel et scientifique — et c’est un deuxième paradoxe — l’angoisse de l’apocalypse ne nous a pas quitté : effet du réchauffement climatique, catastrophe nucléaire, crash financier … l’évocation de ces risques, réels, retrouvent dans l’espace public des accents prophétiques bien au-delà de leur analyse rationnelle. Enfin, et c’est le plus surprenant, la peur s’est déculpabilisée. Jadis considérée comme une passion infantile (ou féminine !), elle était un vice dont l’adulte devait se libérer pour grandir. De nos jours, elle est devenue une vertu, presque un devoir. Condition de la lucidité, aiguillon de l’action, elle a presque acquis le statut de sagesse. Qui ne tremble pas commet le triple péché d’ignorance, d’insouciance et d’impuissance. Comment en est-on arrivé à une telle inversion ? On peut avancer trois types d’interprétation.

1) Une première (d’inspiration nietzschéenne) mettra cette crainte générale sur le compte du déclin de l’Occident. Face au dynamisme juvénile des pays émergeants, les sociétés de la modernité tardive seraient devenues frileuses, plaintives et timorées, à la fois vieilles et infantiles. D’un côté, le vieillissement démographique produirait une baisse de l’énergie et une paralysie des attentes ; de l’autre, la fonction protectrice de l’Etat infantiliserait la société en sur-assistant les personnes. Bref, le triomphe des peurs révélerait la lente agonie d’un Occident pourri-gâté.

2) Une seconde lecture (d’inspiration tocquevillienne) insistera sur notre appétit insatiable du bonheur et du confort. Alors que les régimes aristocratiques étaient guidés par l’honneur des « gens biens nés », qui englobait l’esprit de sacrifice et le courage, les sociétés démocratiques égalitaires recherchent avant tout le bien-être et la sécurité pour tous. Or, le bien-être ne connaît pas de borne et sa préservation ne sait aucune limite. D’où cette conséquence inévitable : plus nous possédons, plus nous craignons de perdre. La montée des peurs est donc un effet mécanique de l’égalisation et de l’amélioration des conditions.

3) Une troisième interprétation (d’inspiration freudienne) verra dans la multiplication des peurs un moyen de répondre au vide spirituel de notre temps. Car la peur donne du sens et des repères dans un univers qui semble ne plus en avoir. A défaut d’avoir un avenir radieux, une horizon béni, — et nous sommes immunisés en la matière ! — il reste très utile d’avoir un horizon de non-sens ou un avenir piteux. La débâcle climatique, la catastrophe financière, la figure diabolique d’un président honni, … tout cela permet de redonner sens à nos actions et à nos vies. Bref : la peur rassure ! C’est ce que disait Freud à propos des phobies : leur multiplication nous permet d’échapper à l’angoisse causée par des conflits psychiques insupportables. L’angoisse, qui ne porte sur rien, ne peut être combattue, tandis que les peurs, qui sont limitées, peuvent être apprivoisées. On préfère, donc, avoir peur de quelque chose, plutôt que d’être angoissé par rien, c’est-à-dire par tout. D’où cette idéologie de la peur si puissante aujourd’hui. Elle est une idéologie, car elle offre, au fond, tout ce qui manque à nos sociétés désenchantées : elle fait sens (tout s’explique !), elle fait lien (tous ensemble !) et elle fait programme (agissons !). J’ai peur, donc je suis.

Chacun pourra choisir entre ces trois interprétations et même tenter une habile motion de synthèse. Mais il ne faudrait pas non plus se mettre à avoir trop peur de la peur. Ce serait le comble !

Voir encore:

Oui, il est permis d’évaluer les cultures !
Pierre-Henri Tavoillot, président du Collège de philosophie
Le Monde
23.02.2012

Aujourd’hui que tout s’évalue – des hôpitaux aux grandes écoles, des chercheurs aux ministres, des placements financiers aux budgets des Etats -, pourquoi n’aurait-on pas le droit d’évaluer les civilisations ? Après tout, on pourrait fort bien attribuer des AAA+ à certaines et dégrader la note d’autres au fil de l’histoire et en fonction de l’air du temps…

C’est une boutade, bien sûr, mais qui vise à dédramatiser un peu la polémique récente – très surjouée à mes yeux, dans le contexte d’une campagne électorale dont on conviendra qu’il n’est guère propice au traitement des questions délicates. Or la question est délicate : est-il légitime ou non d’affirmer la supériorité de certaines civilisations, et notoirement de la nôtre ?

Coincé entre, d’une part, la conviction des bénéfices de la démocratie et des droits de l’homme et, d’autre part, la mauvaise conscience de l’impérialisme colonial, on reste comme tétanisé par ce qui ressemble fort à une question piège. Et pourtant une issue est possible pourvu que l’on distingue les différents registres, critères et sens du terme « civilisation » qui sont ici en jeu. En voici quatre différents.

1. Le premier nous est légué par l’ethnologie. Une civilisation désigne selon elle un ensemble de créations humaines (oeuvres, moeurs, règles, croyances, savoirs, savoir-faire…), qui témoignent d’un écart avec la nature. Le fait de cuisiner avant de manger ; le décalage entre la puberté physique et l’autorisation sociale de procréer ; la reconnaissance de la vieillesse, etc. : autant de traits qui désignent la civilisation comme une mise à distance du monde humain vis-à-vis du naturel brut.

De ce point de vue, toutes les civilisations sont équivalentes. Aucune ne peut être décrétée plus puérile, plus naturelle ou plus primitive que les autres, puisque toutes manifestent un degré analogue d’élaboration culturelle. Et même si la tentation est forte de considérer les tribus « sauvages » ou les peuples traditionnels comme étant plus proches de la nature (voire, dirait-on aujourd’hui, plus écologistes), les ethnologues nous ont convaincus que la complexité de leurs dispositifs culturels n’avait rien à envier aux nôtres. Mais pour autant cela ne nous autorise pas à affirmer que toutes les civilisations se valent, car nous sommes ici dans le registre de la stricte description d’un fait (le fait de la culture) et non dans celui de la mesure d’une valeur.

2. Pour juger, il faut recourir à un autre critère. Celui qui permettra de parler comme on le fait si souvent de « hautes » ou de « grandes » civilisations. Il ne s’agit plus de décrire la seule différence entre nature et culture, mais de mesurer ce qu’une époque ou un peuple ont apporté à l’humanité et à son histoire. Une civilisation est dite grande lorsqu’elle produit des oeuvres qui ne s’adressent pas seulement à elle-même mais concernent, touchent, parlent à l’ensemble de l’humanité.

En dépit de sa clarté apparente, ce critère est très incertain, ne serait-ce que parce que la plupart des peuples se sont eux-mêmes conçus comme les représentants les plus éminents de l’humanité dans son ensemble ; il ne leur venait même pas à l’esprit que l’idée d’universel puisse être relative. Et s’ils ont produit de grandes choses, c’était de manière parfaitement égoïste.

Or, aujourd’hui, nous avons appris à nous méfier de l’universel qui, pensons-nous spontanément, n’est jamais très loin de l’impérialisme, cette espèce de folie des grandeurs. Pour un individu, c’est se prendre pour Napoléon ; mais pour une civilisation, c’est se prendre elle-même pour l’universel ; et rejeter dans la barbarie le reste du monde. De ce point de vue, la grandeur n’est jamais très loin de l’horreur…

3. Nous touchons là le troisième critère qui nous permettra d’affirmer haut et fort la supériorité de la civilisation occidentale ! Elle est la seule à parvenir à aussi bien se détester. C’est ainsi que l’on peut trouver une issue à la polémique actuelle : la supériorité de l’Occident, ce serait au fond sinon le relativisme lui-même (car le terme est à manier avec prudence), du moins cette capacité de se décentrer, de s’autocritiquer, voire de se haïr.

Cela commence avec Homère – très oriental au demeurant – qui dresse un portrait peu flatteur des Grecs dont il était pourtant censé raconter l’épopée : que valent Achille le colérique et Agamemnon le mesquin, à côté du bon et bel Hector ? Et cela n’a ensuite jamais cessé : critique chrétienne de Rome ; critique humaniste du christianisme ; critique « moderne » des humanités antiques ; critiques ultraconservatrices et hyperrévolutionnaire des droits de l’homme ; critiques occidentales de l’Occident colonial, etc.

La liste est longue. L’Occident n’a jamais laissé aux autres le soin de le dénoncer. Et ce parcours fut balisé par la haine de soi, le sanglot de l’homme blanc, le débat sur la comparaison des civilisations, voire la culpabilité. Tels sont les traits caractéristiques de notre univers spirituel. Ils fonctionnent pour le meilleur comme pour le pire ! Le meilleur, c’est l’autoréflexion, la distance critique, le doute, l’intérêt aussi pour les autres civilisations qu’il s’agit de connaître, comprendre, préserver ; le pire, c’est quand la critique n’accepte plus la critique ; c’est quand le doute refuse d’être mis en doute…

4. Il reste encore une dernière marche à franchir, qui ne concerne pas seulement la civilisation autocritique de l’Occident, mais ce qu’on pourrait appeler la civilisation de la démocratie. En quoi consiste sa supériorité ? Eh bien, dans l’affirmation que les civilisations importent moins que les individus qui les constituent ; dans l’idée que leur liberté, leur égalité et leur fraternité méritent notre attention plus que tout autre chose. Cette civilisation-là, née en Occident, le dépasse désormais de beaucoup et a cessé de lui appartenir en propre : une telle largeur, voilà peut-être le signe de la vraie grandeur.
Pierre-Henri Tavoillot enseigne la philosophie à la Sorbonne et est membre du Conseil d’analysede la société. Il est l’auteur de « Qui doit gouverner ? Une brève histoire de l’autorité » (Grasset, 2011).

Pierre-Henri Tavoillot, président du Collège de philosophie

La nouvelle idéologie de la peur

Des lycéens qui disent — en rigolant — combien ils ont peur pour leurs retraites ; des militants écologistes qui, pleins de courage, bravent les forces de police, pour exprimer leurs peurs des déchets nucléaires. Tels sont les derniers exemples — étranges — du triomphe paradoxal de l’idéologie de la peur dans nos sociétés. Pourquoi paradoxal ? Pour au moins deux raisons. Il est d’abord frappant de constater combien se sont multipliées les peurs dans un monde devenu pourtant sûr comme jamais dans l’histoire. Ce ne sont plus, comme jadis, les guerres, les famines, la mort brutale et précoce, le diable ou l’enfer qui effraient, mais le mal manger, le mal respirer, le mal boire, le fumer (ça tue !). Ce sont les OGM, les nanotechnologies, les sautes de la météo, etc. Aux grandes causes d’effroi d’autrefois se sont substituées d’innombrables petites phobies envahissantes et d’autant plus terrorisantes que leur œuvre est discrète. Jamais, chez nous, la guerre n’a été aussi éloignée, jamais la famine plus improbable, jamais on n’a été aussi sûr de parcourir tous les âges de la vie, jamais la maîtrise de la santé n’a été plus efficace… et, au lieu de nous en réjouir, c’est la trouille qui nous taraude pour le présent comme pour l’avenir ! Et, en plus, — second paradoxe — nous n’en avons même pas honte. Autrefois considérée comme une passion infantile (ou féminine), la peur était un vice dont l’homme adulte devait se libérer pour grandir. De nos jours, elle est devenue une vertu, presque un devoir. Condition de la lucidité, aiguillon de l’action, elle a acquis le statut de sagesse. Qui ne tremble point commet de nos jours le triple péché d’ignorance, d’insouciance et d’impuissance. Comment en est-on arrivé à une telle inversion ?
On peut avancer trois types d’interprétation.
1) Une première (d’inspiration nietzschéenne) mettra cette montée des peurs déculpabilisées sur le compte du déclin de l’Occident. Face au dynamisme juvénile des pays émergeants, les sociétés de la modernité tardive seraient devenues frileuses, plaintives et timorées, à la fois vieilles et infantiles. D’un côté, le vieillissement démographique produirait une baisse de l’énergie et une paralysie des attentes ; de l’autre, la fonction protectrice de l’Etat infantiliserait la société en sur-assistant les personnes. Bref, le triomphe des peurs révélerait la lente agonie d’un Occident pourri-gâté.
2) Une seconde lecture (d’inspiration tocquevillienne) insistera sur notre appétit insatiable du bonheur et du confort. Alors que les régimes aristocratiques étaient guidés par l’honneur des « gens biens nés », qui englobait l’esprit de sacrifice et le courage, les sociétés démocratiques égalitaires recherchent avant tout le bien-être et la sécurité pour tous. Or, le bien-être ne connaît pas de borne et sa préservation ne sait aucune limite. D’où cette conséquence inévitable : plus nous possédons, plus nous craignons de perdre. La montée des peurs est donc un effet mécanique de l’égalisation et de l’amélioration des conditions.
3) Une troisième interprétation (d’inspiration freudienne) verra dans la multiplication des peurs un moyen de répondre au vide spirituel de notre temps. Car la peur donne du sens et des repères dans un univers qui semble ne plus en avoir. A défaut d’avoir un avenir radieux, une horizon béni, — et nous sommes immunisés en la matière ! — il reste très utile d’avoir un horizon de non-sens ou un avenir piteux. La débâcle climatique, la catastrophe financière, la figure diabolique d’un président honni, … tout cela permet de redonner sens à nos actions et à nos vies. Bref, et c’est le troisième paradoxe : la peur rassure ! C’est ce que disait Freud à propos des phobies : leur multiplication nous permet d’échapper à l’angoisse causée par des conflits psychiques insupportables. L’angoisse, qui ne porte sur rien, ne peut être combattue, tandis que les peurs, qui sont limitées, peuvent être apprivoisées. On préfère, donc, avoir peur de quelque chose, plutôt que d’être angoissé par rien, c’est-à-dire par tout. D’où cette idéologie de la peur si puissante aujourd’hui. Elle est une idéologie, car elle offre, au fond, tout ce qui manque à nos sociétés désenchantées : elle fait sens (tout s’explique !), elle fait lien (tous ensemble !) et elle fait programme (agissons !). J’ai peur, donc je suis.

Déclin de l’Occident, passion du bien-être ou quête de sens ? Il y a sans doute un peu de tout cela dans le phénomène. Chacun pourra proportionner la dose de ces trois interprétations à sa guise, mais elles montrent que l’anxiété est profonde. Cela dit, il ne faudrait pas non plus se mettre à avoir trop peur de la peur. Car ces craintes, pour être multiples, n’en restent pas moins limitées. Certes elles bloquent, ralentissent, énervent, mais, mis à part quelques prophéties d’illuminés, elles font aussi l’objet d’un examen critique assidu. Toutes sont médiatisées par un débat, qui est parfois rude (réchauffement climatique, OGM ou nanotechnologies), mais qui n’a rien à voir avec les paniques meurtrières que l’Europe a connues à l’aube des temps modernes et que le reste du monde n’a pas fini d’expérimenter. Ce qui amène d’ailleurs à penser que le déclin de l’Occident est en fait tout relatif !

Charlie Hebdo : comment se développent les théories du complot
Antoine Izambard

Challenges
19-01-2015
VIDEO Najat Vallaud-Belkacem a enjoint les médias à prendre « une part de responsabilité dans ce qu’ils rapportent », se déclarant « préoccupée » par les rumeurs et thèses conspirationnistes.
Plusieurs internautes s’attardent sur le plus petit détail pour douter de la version officielle Capture d’écran Twitter

Alors que la machine « complotiste » tourne à plein régime depuis la tuerie de Charlie Hebdo, Najat Vallaud-Belkacem a enjoint vendredi 23 janvier les médias à prendre « une part de responsabilité dans ce qu’ils rapportent », se déclarant « préoccupée » par les rumeurs et thèses conspirationnistes.

Lors d’une table ronde au collège Jean Moulin de Pontault-Combault (Seine-et-Marne), la ministre de l’Éducation a dit vouloir « profiter de la présence des médias » venus pour couvrir l’évènement, et a déclaré qu' »il [fallait] qu’ils prennent une part de responsabilité dans ce qu’ils rapportent ».

« Il faut se rendre compte de ce que les enfants retiennent en voyant les médias. L’imaginaire d’un enfant n’est pas suffisamment structuré (…) ça fait un magma d’information », a-t-elle alors expliqué, s’avouant « préoccupée quand je vois à quel point de vulnérabilité ils en sont ».

Depuis la tuerie de Charlie Hebdo, mercredi 7 janvier, les thèses conspirationnistes les plus improbables se sont multipliées à une vitesse incroyable sur les réseaux sociaux. Elles ont même parfois été relayées par les plus hautes autorités de certains États qui y voient l’œuvre du Mossad ou encore de la CIA. Tour d’horizon des questions que pose cette prolifération d’explications –fumeuses – à la vague d’attentats qui a secoué la France.

Qu’est-ce que la théorie du complot ?
C’est une thèse qui remet en question la version officielle d’un fait. Elle peut concerner tout type d’événement. Le premier homme à marcher sur la lune, les attentats du 11 septembre 2001, ou plus récemment le décès du patron de Total, Christophe de Margerie, ont fait l’objet de plusieurs explications conspirationnistes. « La théorie du complot a comme caractéristique d’être fondée sur un effet millefeuille, explique le sociologue Gérald Bronner, spécialiste des croyances collectives et auteur de La Démocratie des crédules. Chaque argument est faux mais comme il y en a des centaines voire des milliers, cela rend les théories plus résistantes à la contradiction. On ne peut pas défaire tous ces arguments. Les tenants de ces thèses veulent susciter le doute plutôt qu’administrer la preuve, c’est une intelligence collective qui est à l’œuvre. On peut dire qu’on a affaire à un monstre argumentatif. Et cela est rendu beaucoup plus facile depuis que les réseaux sociaux existent ».

Que trouve-t-on sur les réseaux sociaux ?
A l’instar du 11 septembre 2001, une fois les premières images de la fusillade diffusées sur les chaînes d’information et le web, la machine « complotiste » s’est mise en route. Parmi les arguments les plus utilisés figurent la présence de plusieurs véhicules utilisés par les frères Kouachi qui serait démontrée par des rétroviseurs blancs sur une image, près des lieux de l’attaque, et noirs plusieurs minutes plus tard, une fois la voiture abandonnée. Sauf que le modèle utilisé dispose de rétroviseurs chromés dont la couleur change en fonction de la lumière, ont expliqué les spécialistes.

D’autres ont pointé du doigt la vitesse avec laquelle François Hollande s’est rendu tout de suite après le drame dans les locaux de Charlie Hebdo depuis l’Élysée.  Le chef de l’État a effectué les 5,2 km en 15 minutes, trop vite selon certains. Pour appuyer leur démonstration, ils soutiennent que compte-tenu des conditions de circulation à Paris à cette heure-là (entre 12h et 14h), il aurait fallu 29 minutes à François Hollande pour rallier le siège de Charlie Hebdo situé dans le XIe arrondissement de Paris. Ces derniers omettant toutefois de préciser que leur calcul prend uniquement en compte les conditions s’appliquant à un automobiliste « normal » alors que le Président de la République peut utiliser un gyrophare et donc allez plus vite. En roulant à 60 km/h de moyenne, le trajet ne dure en effet que… cinq minutes.

Autres éléments qui alimentent la polémique : la carte d’identité perdue par un des frères Kouachi, le téléphone mal raccroché par Amédy Coulibaly dans l’Hyper Cacher de Vincennes ou encore le tracé de la marche républicaine du dimanche 11 janvier qui dessinait les frontières d’Israël… Plusieurs centaines de personnes s’en sont émus sur Twitter.

« Ces théories du complot se développent plus vite car elles sont la conséquence de la dérégulation du marché de l’information, soulève Gérald Bronner.  Cela affaiblit les ‘Gatekeepers’ comme les journalistes qui filtrent l’information. Ces théories démagogiques n’ont plus d’obstacles. Auparavant elles étaient confinées dans des espaces de radicalités à la diffusion réduite. Maintenant, elles surgissent de toute part à une rapidité impressionnante. »

Quel est le profil de ces « complotistes » ?
Le profil de ceux qui s’adonnent à ces thèses pose question. « Il ne faut pas croire que tous ces gens sont idiots, ce serait le meilleur moyen de ne pas cerner ce phénomène, poursuit Gérald Bronner. C’est vrai pour certains mais d’autres, beaucoup, ont des raisons de croire à cela, cela correspond à leur représentation géopolitique du monde, à leur désir. Par exemple, au moment de l’affaire DSK en mai 2011, un sondage montrait que les sympathisants socialistes étaient beaucoup plus nombreux à croire au complot que la moyenne de la population française. C’est un petit peu la même chose avec l’attentat de Charlie Hebdo puisque certains, notamment des musulmans, n’ont pas envie de croire à une version qui accuse une partie de l’islam, sa frange la plus extrémiste. »

Ces théories ont aussi trouvé un écho dans plusieurs écoles de France. Selon Najat Vallaud-Belkacem : « un jeune sur cinq adhère aux théories du complot ». Et dans la foulée des attentats, quelque 200 incidents ont eu lieu dans les établissements scolaires, dont une quarantaine signalés à la police et la justice. « Les jeunes semblent adopter plus facilement ces théories, indique Gérald Bronner. Ils sont plus nombreux que les autres sur les réseaux sociaux et ont souvent le sentiment que la vérité est ailleurs, sur internet, et pas dans les medias. »

Comment les enseignants peuvent-ils lutter contre ces thèses ? « Il faut multiplier les sources de désintoxication et repenser le système éducatif en fonction de cette dérégulation du marché de l’information, répond Gérald Bronner. Il faut surtout intégrer la notion d’esprit critique, se méfier de ses propres intuitions, avoir une pensée méthodique pour déconstruire cela. L’école ne le fait pas, elle devrait le faire et apporter une boussole intellectuelle à ces élèves ».

Comment la classe politique française réagit-elle à cette théorie ?
Seul Jean-Marie Le Pen a pour l’heure clairement pris position en faveur de cette théorie du complot. Dans une interview accordée au quotidien russe Komsomolskaya Pravda (« La vérité de la jeunesse communiste »), le 16 janvier, le président d’honneur du Front national a estimé que le massacre de Charlie Hebdo est « signé des services secrets ».

« La carte d’identité oubliée par les frères Kouachi me rappelle le passeport qui était tombé de l’avion en feu le 11-Septembre, avance-t-il. Tout New York brûlait et ce passeport était resté intact. On nous dit que les terroristes étaient des idiots et que c’est pour ça qu’ils auraient laissé le document dans la voiture. L’exécution de Charlie Hebdo porte la signature d’une opération des services secrets. Mais nous n’avons pas de preuves. Je ne pense pas que les organisateurs de ce crime soient les autorités françaises mais elles ont permis que ce crime ait lieu. Pour l’instant, ce ne sont que des soupçons. »

Vendredi, dans Le Monde  Jean-Marie Le Pen a expliqué ne pas se souvenir avoir parlé des services secrets, maintenant toutefois sa vision « complotiste ». Et ce lundi 19 janvier, le fondateur du FN a été désavoué par  Marine Le Pen. « Moi je vais vous dire ce que je pense de ces théories conspirationnistes fumeuses. Je les trouve dangereuses parce que tout ce qui éloigne les Français de la lucidité nécessaire sur les causes de ce qu’il s’est passé les éloigne du constat. Tout ce qui les éloigne du constat les éloigne des solutions » a-t-elle expliqué sur France Inter.

« Jean-Marie Le Pen a encore une fois voulu prendre le contre-pied du politiquement correct, précise le spécialiste de l’extrême-droite, Jean-Yves Camus, auteur d’un article dans le dernier numéro de Charlie Hebdo intitulé : ‘Les charognards du complot’. Il veut apparaître comme le seul homme politique qui pourfend l’establishment. Mais je pense qu’il est minoritaire dans son parti. Pour la plupart des militants du FN ces actes ont une origine et en plus cela colle assez bien au discours habituel du parti sur l’incompatibilité entre l’islam et la civilisation française. Il faut aussi signaler que même si l’extrême-gauche n’a pour l’instant pas versé dans ces théories, elle y a très souvent recours ».

Une étude publiée dans le Social Psychological & Personality Science journal, vient d’ailleurs appuyer ces propos. Selon celle-ci, ceux qui se situent à l’extrême-gauche ou à l’extrême-droite de l’échiquier politique seraient les plus enclins à relayer les thèses complotistes. « Ils perçoivent leurs idées politiques comme l’explication logique et unique aux problèmes de société » et ces thèses nourrissent selon eux « le désir de donner du sens à des événements sociétaux à partir d’un petit nombre d’idées tranchées sur le monde ».

Ces thèses se développent-elles dans d’autres pays ?
Oui. Dans d’autres États comme la Turquie ou la Russie ces théories fleurissent. Et pas seulement sur les réseaux sociaux. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a par exemple déclaré lors d’une conférence de presse, lundi 12 janvier, que « la duplicité occidentale est évidente ». « En tant que musulmans, nous n’avons jamais pris le parti de la terreur ou des massacres  : le racisme, les discours de haine, l’islamophobie sont derrière ces tueries (…). Les coupables sont clairs : les citoyens français ont commis ce massacre et les musulmans sont blâmés pour cela », a-t-il affirmé.

On retrouve également ces thèses conspirationnistes en Russie. « Les Américains sont-ils derrière les attaques terroristes à Paris ? » a publié par exemple en Une, Komsomolskaya Pravda. « Je suis sûr que des Américains ont supervisé ces attaques ou au moins les islamistes qui les ont perpétrées » affirme aussi le directeur de l’Institut International pour les nouveaux États, très proche du Kremlin.

« Depuis ces dix dernières années, ce que l’on nomme le terrorisme islamiste est sous le contrôle d’une des plus grandes agences de renseignement du monde (…).  Je suis sûr que certains Américains sont responsables des attentats terroristes à Paris, ou en tout cas des islamistes qui les ont perpétrés », a également affirmé Alexei Martynov, directeur d’un think-thank proche du Kremlin.

Attentats : les thèses conspirationnistes se multiplient en Turquie et en Russie
Florence Renard-Gourdon

Les Echos

13/01/15

En Turquie et en Russie, les théories du complot les plus folles foisonnent, appuyées parfois par des membres du gouvernement.

Au lendemain de la participation du Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, au rassemblement qui a eu lieu dimanche à Paris pour rendre hommage aux 17 victimes d’extrémistes islamistes, Recep Tayyip Erdogan, le président turc, a adopté un ton beaucoup moins consensuel, voire conflictuel. « La duplicité occidentale est évidente », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse organisée lundi soir, raconte le Financial Times . «  En tant que musulmans, nous n’avons jamais pris le parti de la terreur ou des massacres  : le racisme, les discours de haine, l’islamophobie sont derrière ces tueries », a lancé Erdogan. « Les coupables sont clairs : les citoyens français ont commis ce massacre et les musulmans sont blâmés pour cela », a-t-il ajouté. Et le président de se dire perplexe quant au manque d’efficacité des services de renseignement dans la traque des coupables.

Certes, les dirigeants politiques en Turquie ont à plusieurs reprises condamné les attentats perpétrés contre Charlie Hebdo, le supermarché juif et la femme policier. Mais un récit parallèle a émergé dans le pays, celui proféré par les théoriciens de la conspiration qui reportent la responsabilité des massacres sur les agences de renseignement étrangères plutôt que sur les islamistes radicaux.

Un phénomène similaire s’est produit en Russie, qui a envoyé son ministre des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, la représenter à la marche parisienne de dimanche.

« Blâmer les musulmans »
Phénomène particulièrement inquiétant, certaines de ces théories ont été approuvées par des personnalités des gouvernements turc et russe, signe de la montée du ressentiment et de la suspicion envers l’occident de ces deux pays très importants sur le plan géopolitique dans un contexte de tensions extrêmes sur l’Ukraine et le Moyen Orient.

En Turquie, le « double jeu » affiché par certaines personnalités est « dangereux », a fait observer au Financial Times Aron Stein, du Royal United Services Institute, un think-tank britannique. Tolérer « les opinions les plus folles » de votre base politique pose problème pour les condamnations qui se « jouent à l’échelle internationale », a-t-il expliqué.

Melih Gokcek, le maire d’Ankara affilié au parti au pouvoir AK, a ainsi assuré lundi que « le Mossad (les services de renseignement israéliens, ndlr) est certainement derrière ces incidents ». Il a également lié les attentats survenus en France à la reconnaissance de l’Etat palestinien.

Ali Sahin, membre du Parlement turc et porte-parole du parti AK, la semaine dernière, a pour sa part indiqué qu’il soupçonnait que ces massacres aient été commis dans le but de « blâmer les musulmans et l’islam ».

Les Etats-Unis montrés du doigt
En Russie, certains commentateurs pro-Kremlin désignent clairement les Etats-Unis. Le Komsomolskaïa Pravda, l’un des principaux tabloïds de la Russie, a ainsi titré : «Les Américains ont-ils semé la terreur à Paris ? » et posté sur son site une série d’interviews qui expliquent pourquoi Washington aurait pu organiser les attentats. Par exemple, Alexander Zhilin, un officiel du Kremlin, a assuré qu’ils avaient été commis par les Etats-Unis en représailles des propos tenus par le président François Hollande, qui, le 6 janvier dernier, réclamait de l’UE la levée des sanctions contre la Russie. Selon lui, Washington a diligenté les attentats pour consolider « rapidement » les intérêts américains et européens en Ukraine.

D’autres ont fait resurgir une théorie du complot populaire en Russie selon laquelle les services de renseignement américains étaient à l’origine de toute une série d’attentats terroristes, du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis aux tueries commises la semaine dernière à Paris.

« Depuis ces dix dernières années, ce que l’on nomme le terrorisme islamiste est sous le contrôle d’une des plus grandes agences de renseignement du monde », a affirmé pour sa part Alexei Martynov, directeur du think-thank International Institute for New States, à LIFEnews, un site Internet pro-Kremlin. « Je suis sûr que certains Américains sont responsables des attentats terroristes à Paris, ou en tout cas des islamistes qui les ont perpétré », a-t-il asséné.

Rudy Reichstadt: « Les jeunes sont les plus vulnérables »
Diana Saliceti

Libération

20 janvier 2015 à 20:06

INTERVIEW Pour Rudy Reichstadt, de Conspiracy Watch, les «mythes complotistes renvoient à des discours de haine» :

Fondateur du site internet Conspiracy Watch, qui se veut un «observatoire du conspirationnisme», Rudy Reichstadt décrypte les théories du complot.

Qu’est-ce qui distingue un complotiste d’un simple sceptique ?

Le sceptique, au sens noble du terme, examine les données d’un problème avec méthode et en essayant de s’affranchir de toute idée préconçue. Son instruction se fait à charge et à décharge. Le conspirationniste s’en distingue par le peu de cas qu’il fait des éléments susceptibles de contrarier sa thèse. Il va monter en épingle des faits prétendument troublants et passer sous silence des faits pourtant essentiels. Il y a là une mauvaise foi évidente.

Existe-t-il différents types de complotistes ?
Il y en a au moins trois. D’abord, les théoriciens «professionnels», qui réécrivent l’histoire à des fins propagandistes. Il s’agit d’une véritable entreprise de politisation qui peut même avoir une dimension mercantile : certains vivent de la théorie du complot. A l’autre bout du spectre, il y a le quidam méfiant à l’égard des sources d’informations traditionnelles et qui tombe dans le panneau : le récit falsifié conforte sa vision du monde. Enfin, il y a des activistes qui, sans être des pros du complotisme, ont la conviction qu’«on» leur ment en permanence, que les élites traditionnelles sont toutes corrompues. Ils deviennent des vecteurs de la théorie du complot, par exemple en fabriquant chez eux une vidéo conspirationniste, en intervenant sur les réseaux sociaux ou les forums, etc.

Quel public est le plus susceptible d’être touché ?
Les jeunes sont sans doute les plus vulnérables car ils ne disposent pas toujours des outils intellectuels leur permettant de résister à ces thèses. On sait qu’ils s’informent principalement sur Internet, sans forcément être à même de distinguer les sources d’information fiables et le reste. Depuis quelques années, les témoignages se multiplient d’enseignants et d’éducateurs dont la parole est remise en cause par des élèves qui développent des théories complotistes. Mais le conspirationnisme est loin de se limiter aux jeunes. Le phénomène traverse toute la société. Ce démon du soupçon ne se répandrait pas à une telle échelle s’il ne répondait pas à une demande sociale, peut-être à un besoin de «réenchantement du monde» par la théorie du complot.

Le registre s’est-il renouvelé ces dernières années ?
Pas vraiment. C’est toujours le même type de raisonnement et d’argumentation. La seule chose qui varie, c’est l’histoire racontée. Et encore : les complots sioniste ou Illuminati sont des thèmes récurrents. De plus, le discours des complotistes se veut infaillible : l’absence de preuves pour étayer leur thèse est pour eux un indice supplémentaire du complot.

Le complotisme est-il dangereux ?
Les mythes complotistes renvoient à des discours de haine. La désignation de boucs émissaires est un vecteur de radicalisation politique. Il y a aussi un enjeu démocratique : quand on ne partage plus la même réalité, le débat public devient un dialogue de sourds. Pour endiguer le complotisme, notamment chez les jeunes, il faut développer une pédagogie autour du pouvoir politique et de la connaissance. Il faut également les sensibiliser aux médias et développer des outils critiques par rapport aux images. Réfléchir et penser, cela s’apprend.

Recueilli par Diana SALICETI

Voir enfin:

Karl Popper : « Les dieux d’Homère remplacés par les monopoles, les capitalistes ou les impérialistes »
La société ouverte et ses ennemis, de Karl R. Popper
Extraits de Karl Popper, La société ouverte et ses ennemis (t. 2 : Hegel et Marx), éditions du Seuil, 1979 [1962-1966], pp. 67-68 (chapitre 14) :

Il existe – et c’est éclairant – une thèse opposée, que j’appellerai la thèse du complot (1), selon laquelle il suffirait, pour expliquer un phénomène social, de découvrir ceux qui ont intérêt à ce qu’il se produise. Elle part de l’idée erronée que tout ce qui se passe dans une société, guerre, chômage, pénurie, pauvreté, etc., résulte directement des desseins d’individus ou de groupes puissants. Idée très répandue et fort ancienne, dont découle l’historicisme ; c’est, sous sa forme moderne, la sécularisation des superstitions religieuses. Les dieux d’Homère, dont les complots expliquent la guerre de Troie, y sont remplacés par les monopoles, les capitalistes ou les impérialistes.

Je ne nie évidemment pas l’existence de complots. Ceux-ci se multiplient même chaque fois que des gens croyant à leur efficacité accèdent au pouvoir. Cependant, il est rare que ces complots réussissent à atteindre le but recherché, car la vie sociale n’est pas une simple épreuve de force entre groupes opposés, mais une action qui se déroule dans le cadre plus ou moins rigide d’institutions et de coutumes, et qui produit maintes réactions inattendues. Le rôle principal des sciences sociales est, à mon avis, d’analyser ces réactions et de les prévoir dans toute la mesure du possible.

Prenons un exemple simple de répercussions involontaires de nos actes : un homme qui veut acquérir une maison ne souhaite manifestement pas faire monter le prix des propriétés bâties ; pourtant, sa seule apparition sur le marché à titre d’acheteur agira en ce sens. En revanche, il est possible que, par un accroissement de leurs achats, les consommateurs contribuent à la baisse du prix de certains objets, en rendant plus profitable leur production en série. Or, selon la théorie de la conspiration, tout ce qui arrive a été voulu par ceux à qui cela profite. Opposés au psychologisme, ces exemples sont moins probants, car on peut y objecter que les répercussions constatées sont bien dues à des facteurs psychologiques : la connaissance par les vendeurs de l’intention des acheteurs et leur espoir d’en tirer des bénéfices. Reste que ce ne sont pas là des éléments fondamentaux de la nature humaine : ils dépendent de la situation de la société, et, plus précisément ici, de celle du marché.

Psychologism, Historicism and Conspiricy theories

Marx’s Method: Chapter 14: The Automony of Sociology

Extract from « The Open Society and Its Enemies Volume 2: Hegel and Marx » by Karl Raimund Popper (Originally published 1945) (Edition extracts taken from version published by Routledge and Kegan Paul, 5th Edition, 1973 reprint, ISBN 0 7100 4626 X) (Page 94 to 96)
(Ordering Routledge books) | (Also refer to versions published by Princton University Press – Open Society Vol 1. | Open Society Vol 2.)

« The fact that psychologism is forced to operate with the idea of a psychological origin of society constitutes in my opinion a decisive argument against it. But it is not the only one. Perhaps the most important criticism of psychologism is that it fails to understand the main task of explanatory social sciences.

This task is not, as the historicist believes, the prophecy of the future course of history. It is, rather, the discovery and explanation of the less obvious dependencies, which stand in the way of social action – the study, as it were, of the unwieldiness, the resilence or the brittleness of the social stuff, or its resistance to our attempts to mould it and to work with it.

In order to make my point clear, I shall briefly describe a theory which is widely help but which assumes what I consider the very opposite of the true aim of social sciences; I call it the ‘conspiracy theory of society’. It is the view that an explanation of a social phenomenon consists in the discovery of the men or groups who are interested in the occurrence of this phenomenon (sometimes it is a hidden interest which has first to be revealed), and who have planned and conspired to bring it about.

This view of the aims of the social sciences arises, of course, from the mistaken theory, that, whatever happens in society – especially happenings such as war, unemployment, poverty, shortages, which people as a rule dislike – is the result of direct design by some poweful individuals and groups. This theory is widely help; it is older even than historicism (which, as shown by its primitive theistic form, is a derivative of the conspiracy theory). In its modern forms it is, like modern historicism, and a certain modern attitude towards ‘natural laws’, a typical result of the secularisation of a religious superstition. The belief in the Homeric gods whose conspiracies explain the history of the Trojan War is gone. The gods are abandoned. But their place if filled by powerful men or groups – sinister pressure groups whose wickedness is responsible for all the evils we suffer from – such as the Learned Elders of Zion, or the monopolists, or the capitalists, or the imperialists.

I do not wish to imply that conspiracies never happen. On the contrary, they are typical social phenomena. They become important, for example, whenever people who believe in the conspiracy theory get into power. And people who sincerely believe that they know how to make heaven on earth are most likely to adopt the conspiracy teory, and to get involved in a counter-conspiracy theory against non-existing conspirators. For the only explanation of their failure to produce their heaven is the evil intention of the Devil, who has a vested interest in hell.

Conspiracies occur, it must be admitted. But the striking fact which, in spite of their occurrence, disproved the conspiracy theory is that few of these conspiracies are ultimately successful. Conspirators rarely consummate their conspiracy.

Why is this so? Why do achievements differ so widely from aspirations? Because this is usually the case in social life, conspiracy or no conspiracy. Social life is not only a trial of strength between opposing groups: it is action within a more or less resilent or brittle framework of institutions and traditions, and it creates – apart from any conscious counter-action – many unforseen reactions in this framework, some of them perhaps even unforseeable.

To try to analyse these reactions and to forsee them as far as possible is, I believe, the main task of the social sciences. It is the task of analysing the unintended social repercussions of intentional human actions – those repercussions whose significance is neglected both by conspiracy theory and by psychologism, as already indicated. An action which proceeds precisely according to intention does nto create a problem for social science (except that there may be a need to explain why is this particular case no unintended repercussions occurred). One of the most primative economic actions may serve as an example in order to make the idea of unintended consequences of our actions quite clear. If a man wishes urgently to buy a house, we can safely assume that he does not wish to raise the market price of houses. But the very fact that he appears on the market as a buyer will tend to raise market prices. And analogous remarks hold for the seller. Or to take an example from a very different field, if a man decides to insure his life, he is unlikely to have the intention of encouraging some people to invest their money in insurance shares. But he will do so nevertheless. We see here clearly that not all consequences of our actions are intended consequences; and accordingly, that the conspiracy theory of society cannot be true because it amounts to the assertion that all results, even those which at first sight do not seem to be intended by anybody, are the intended results of the actions of people who are interested in these results.

The examples given do not refute psychologism as easily as they refute the conspiracy theory, for one can argue that it is the seller’s knowledge of the buyer’s presence in the market, and their hope of getting a higher price – in other words, psychological factors – which explain the reprecussions described. This, of course, is quite true; but we must not forget that this knowledge and this hope are not ultimate data of human nature, and that they are, in their turn, explicable in terms of the social situation – the market situation. »

Voir par ailleurs:

Charlie Hebdo: des fonctionnaires aussi ont refusé de respecter la minute de silence
Sabah Kemel Kaddouri
Le Figaro

15/01/2015 à 18:14

Signalés à Lille et à Paris, les quatre agents ont été suspendus de leurs fonctions et risquent la radiation. L’un d’eux est sous le coup d’une plainte pour apologie du terrorisme après avoir jugé «compréhensible» l’acte meurtrier des frères Kouachi.

Malaise dans la fonction publique. Plusieurs agents ont refusé de respecter la minute de silence jeudi dernier en hommage aux victimes de Charlie Hebdo, assassinées en pleine conférence de rédaction par les frères Kouachi. Cette fois, il n’est plus question d’adolescents défiants ou en manque de repères, scolarisés dans les écoles de la République. Il s’agit d’adultes assermentés, recrutés par l’État. Pour l’heure, quatre cas ont été recensés sur le territoire. Les fonctionnaires sont originaires de Lille et Paris.

Jeudi, Martine Aubry, la maire PS de Lille, s’est emparée de l’affaire. Les personnes incriminées évoluent comme animateurs dans des écoles primaires. «Il s’avère qu’il y a trois personnes, vacataires, qui pour deux n’ont pas souhaité faire la minute de silence, sont sortis et l’ont expliqué. Le troisième a fait l’apologie du terrorisme en parlant d’un acte compréhensible au sujet de ces assassinats odieux de la part de ces fous», explique ce poids lourd du parti socialiste. Une procédure de radiation à leur encontre est en cours. «Dans un cas, nous avons porté plainte ce jeudi pour apologie du terrorisme», a ajouté Martine Aubry en marge de ses voeux à la presse. L’ancienne ministre du Travail a expliqué que «globalement, les choses [s’étaient] bien passées» dans les écoles de la ville. Au personnel municipal, elle a voulu rappelé sa volonté de «continuer à bien vivre ensemble, de respecter chacun», tout en opposant «fermeté» aux contrevenants.

Dans la capitale, la personne mise en cause est un agent de surveillance remplissant les missions de «pervenche». Cette dernière a ostensiblement refusé, devant ses collègues, d’observer l’hommage rendu par l’ensemble de ses confrères. Un proche d’Anne Hidalgo affirme au Figaro qu’à sa connaissance, «il n’y a aucun autre cas signalé dans Paris». La réponse de la préfecture de police n’a pas tardé. La contractuelle a été suspendue et devrait «rapidement» être traduite «en conseil de discipline». Elle risque la révocation. La hiérarchie décrit une employée «radicalisée, et qui se présentait assez souvent lors d’entretiens en portant le voile».

De Lille à Paris, les pouvoirs publics parlent «d’une faute grave». Le ministère de la Fonction publique, contacté par le Figaro, n’a pas encore réagi.

Voir aussi:

France: d’anciens militaires parmi les jihadistes français
David Thomson
RFI

C’est une information RFI. Une dizaine d’anciens militaires français sont aujourd’hui au combat sous une bannière jihadiste en Syrie en Irak. Ce matin en conférence de presse, Jean-Yves Le Drian confirme cette information RFI et parle de cas «extrêmement rares».
Une dizaine d’anciens militaires français sont aujourd’hui au combat sous une bannière jihadiste en Syrie et en Irak et la plupart combattent actuellement dans les rangs du groupe Etat islamique. L’un d’eux a d’ailleurs mis ses compétences militaires acquises sous le drapeau français au service d’un encadrement de jeunes jihadistes français. Il est en effet actuellement émir d’un groupe de Français dans la région de Deir Ezzor où il commande un groupe d’une dizaine de combattants français qu’il a formé au combat.

D’autres sont experts en explosifs, il s’agit de jeunes d’une vingtaine d’années. Certains sont convertis, d’autres issus de culture arabo-musulmane. Et parmi eux, il y a des anciens de la Légion étrangère ou d’anciens parachutistes. Certains de ces jihadistes ont eux-mêmes annoncé être d’anciens soldats français sur les réseaux sociaux. Ce mercredi matin, l’armée confirme l’existence de ces cas « très rares » au sein de l’armée.

Des individus évidemment plus dangereux que les autres puisqu’ils ont été formés en France. Ils connaissent les secrets de l’armée et ils font planer la crainte d’un attentat de type Fort Hood aux Etats-Unis lorsqu’en 2009, un soldat américain proche d’al-Qaïda avait ouvert le feu sur ses camarades qui partaient pour l’Afghanistan. Treize soldats américains avaient été tués dans cet attentat.

Voir de plus:

Russian and Turkish conspiracy theories swirl after Paris attacks

Daniel Dombey in Istanbul and Courtney Weaver in Moscow

The Financial Times

January 12, 2015

Barely 24 hours after Ahmet Davutoglu, Turkey’s prime minister, joined millions marching in Paris to pay tribute to the 17 people killed by Islamist extremists, the country’s president struck a much more confrontational tone.

“The duplicity of the west is obvious,” Recep Tayyip Erdogan said at a press conference on Monday evening. “As Muslims we have never sided with terror or massacres: racism, hate speech, Islamophobia are behind these massacres.”

“The culprits are clear: French citizens undertook this massacre and Muslims were blamed for it,” he added.

Although political leaders in Turkey have repeatedly condemned the attacks on the Charlie Hebdo magazine, a Jewish supermarket and a policewoman, a parallel narrative has emerged in the country, with conspiracy theorists blaming the murders on foreign intelligence agencies rather than radical Islamists.

A similar phenomenon has occurred in Russia, which sent Sergei Lavrov, foreign minister, to Sunday’s march.

Some such theories have been endorsed by pro-government figures — highlighting the growing resentment and suspicion of the west in two strategically important countries at a time of rising tensions over Ukraine and the Middle East.

“In Turkey, at least, it looks dangerously like people are playing a double game,” said Aaron Stein of the Royal United Services Institute, a UK think-tank. “Issue condemnations that play internationally, even as you tolerate supporters pushing crazy opinions that appeal to your political base.”

Melih Gokcek, mayor of Ankara for the ruling AK party, said on Monday that “Mossad [the Israeli intelligence service] is definitely behind such incidents . . . it is boosting enmity towards Islam.” Mr Gokcek linked the attacks to French moves towards recognising Palestine.

Ali Sahin, a member of Turkey’s parliament and foreign affairs spokesman for the AK party, last week set out eight reasons why he suspected the killings were staged so that “the attack will be blamed on Muslims and Islam”.

Mehmet Gormez, director of the state-run religious affairs directorate, described the attacks as a “perception operation” that cynically used the symbols of Islam, although he later appeared to tone down his comments.

In his own remarks on Monday, Mr Erdogan added: “Games are being played throughout the Islamic world”. He expressed bewilderment that French intelligence services had not followed the culprits more effectively. However, he has mainly appeared to hint at a conspiracy behind the depiction of the killings rather than the murders themselves.

In Russia, some pro-Kremlin commentators sought to link the killings to geopolitical machinations by the US.

Komsomolskaya Pravda, one of Russia’s leading tabloids, ran the headline: “Did the Americans stage the terror attack in Paris?” and posted a series of interviews on its website that presented various reasons why Washington might have organised the attack.

 Voir enfin:

Why Has Critique Run out of Steam? From Matters of Fact to Matters of Concern
Bruno Latour

Critical Inquiry 30

The University of Chicago

Winter 2004

For Graham Harman. This text was written for the Stanford presidential lecture held at the humanities center, 7 Apr. 2003. I warmly thank Harvard history of science doctoral students for many ideas exchanged on those topics during this semester.

Wars. So many wars. Wars outside and wars inside.Culturalwars,science wars, and wars against terrorism. Wars against poverty and wars against the poor. Wars against ignorance and wars out of ignorance. My question is simple: Should we be at war, too, we, the scholars, the intellectuals? Is it really our duty to add fresh ruins to fields of ruins? Is it really the task of the humanities to add deconstruction to destruction? More iconoclasm to iconoclasm? What has become of the critical spirit? Has it run out of steam?

Quite simply, my worry is that it might not be aiming at the right target. To remain in the metaphorical atmosphere of the time, military experts constantly revise their strategic doctrines, their contingency plans, the size, direction, and technology of their projectiles, their smart bombs, their mis­siles; I wonder why we, we alone, would be saved from those sorts of revi­sions. It does not seem to me that we have been as quick, in academia, to prepare ourselves for new threats, new dangers, new tasks, new targets. Are we not like those mechanical toys thatendlesslymakethesamegesturewhen everything else has changed around them? Would it not be rather terrible if we were still training young kids—yes, young recruits, young cadets—for wars that are no longer possible, fighting enemies long gone, conquering territories that no longer exist, leaving them ill-equipped in the face of threats we had not anticipated, for which we are so thoroughly unprepared? Generals have always been accused of being on the ready one war late— especially French generals, especially these days. Would it be so surprising,

after all, if intellectuals were also one war late, one critique late—especially French intellectuals, especially now? It has been a long time, after all, since intellectuals were in the vanguard. Indeed, it has been a long time since the very notion of the avant-garde—the proletariat, the artistic—passed away, pushed aside by other forces, moved to the rear guard, or maybe lumped with the baggage train.1 We are still able to go through the motions of a critical avant-garde, but is not the spirit gone?

In these most depressing of times, these are some of the issues I want to press, not to depress the reader but to press ahead, to redirect our meager capacities as fast as possible. To prove my point, I have, not exactly facts, but rather tiny cues, nagging doubts, disturbing telltale signs. What has be­come of critique, I wonder, when an editorial in the New York Times con-tains the following quote?
Most scientists believe that [global] warming is caused largely by man-made pollutants that require strict regulation. Mr. Luntz [a Republican strategist] seems to acknowledge as much when he says that “the scien­tific debate is closing against us.” His advice, however, is to emphasize that the evidence is not complete.

“Should the public come to believe that the scientific issues are set­tled,” he writes, “their views about global warming will change accord­ingly. Therefore, you need to continue to make the lack of scientific certainty a primary issue.”2

Fancy that? An artificially maintained scientific controversy to favor a “brownlash,” as Paul and Anne Ehrlich would say.3
1.       On what happened to the avant-garde and critique generally, see Iconoclash: Beyond the Image Wars in Science, Religion, and Art, ed. Bruno Latour and Peter Weibel (Cambridge, Mass., 2002). This article is very much an exploration of what could happen beyond the image wars.

2.       “Environmental Word Games,” New York Times, 15 Mar. 2003, p. A16. Luntz seems to have been very successful; I read later in an editorial in the Wall Street Journal:

There is a better way [than passing a law that restricts business], which is to keep fighting on the merits. There is no scientific consensus that greenhouse gases cause the world’s modest global warming trend, much less whether that warming will do more harm than good, or whether we can even do anything about it.
Once Republicans concede that greenhouse gases must be controlled, it will only be a matter of time before they end up endorsing more economically damaging regulation. They could always stand on principle and attempt to educate the public instead. [“A Republican Kyoto,” Wall Street Journal, 8 Apr. 2003, p. A14.]
And the same publication complains about the “pathological relation” of the “Arab street” with truth!
3. Paul R. and Anne H. Ehrlich, Betrayal of Science and Reason: How Anti-Environmental Rhetoric Threatens Our Future (Washington, D.C., 1997), p. 1.
´
Bruno Latour teaches sociology at the E cole des Mines in Paris.

Do you see why I am worried? I myself have spent some time in the past trying to show “‘the lack of scientific certainty’” inherent in the construction of facts. I too made it a “‘primary issue.’” But I did not exactly aim at fooling the public by obscuring the certainty of a closed argument—or did I? After all, I have been accused of just that sin. Still, I’d like to believe that, on the contrary, I intended to emancipate the public from prematurely naturalized objectified facts. Was I foolishly mistaken? Have things changed so fast?
In which case the danger would no longer be coming from an excessive confidence in ideological arguments posturing as matters of fact—as we have learned to combat so efficiently in the past—but from an excessive distrust of good matters of fact disguised as bad ideological biases! While we spent years trying to detect the real prejudices hidden behind the ap­pearance of objective statements, do we now have to reveal the real objective and incontrovertible facts hidden behind the illusion of prejudices? And yet entire Ph.D. programs are still running to make sure that good American kids are learning the hard way that facts are made up, that there is no such thing as natural, unmediated, unbiased access to truth, that we are always prisoners of language, that we always speak from a particular standpoint, and so on, while dangerous extremists are using the very same argument of social construction to destroy hard-won evidence that could save our lives. Was I wrong to participate in the invention of this field known as science studies? Is it enough to say that we did not really mean what we said? Why does it burn my tongue to say that global warming is a fact whether you like it or not? Why can’t I simply say that the argument is closed for good?
Should I reassure myself by simply saying that bad guys can use any weapon at hand, naturalized facts when it suitsthemandsocialconstruction when it suits them? Should we apologize for having been wrong all along? Or should we rather bring the sword of criticism to criticism itself and do a bit of soul-searching here: what were we really after when we were sointent on showing the social construction of scientific facts? Nothing guarantees, after all, that we should be right all the time. There is no sure ground even for criticism.4 Isn’t this what criticism intended to say: that there is no sure ground anywhere? But what does it mean when this lack of sure ground is taken away from us by the worst possible fellows as an argument against the things we cherish?
Artificially maintained controversies are not the only worrying sign.

4. The metaphor of shifting sand was used by neomodernists in their critique of science studies; see A House Built on Sand: Exposing Postmodernist Myths about Science, ed. Noretta Koertge (Oxford, 1998). The problem is that the authors of this book looked backward, attempting to reenter the solid rock castle of modernism, and not forward to what I call, for lack of a better term, nonmodernism.
What has critique become when a French general, no, a marshal of critique, namely, Jean Baudrillard, claims in a published book that the Twin Towers destroyed themselves under their own weight, so to speak, undermined by the utter nihilism inherent in capitalism itself—as if the terrorist planes were pulled to suicide by the powerful attraction of this black hole of noth­ingness?5 What has become of critique when a book that claims that no plane ever crashed into the Pentagon can be a bestseller? I am ashamed to say that the author was French, too.6 Remember the good old days when revisionism arrived very late, after the facts had been thoroughly estab­lished, decades after bodies of evidence had accumulated? Now we have the benefit of what can be called instant revisionism. The smoke of the event has not yet finished settling before dozens of conspiracy theories begin revising the official account, adding even more ruins to the ruins, adding even more smoke to the smoke. What has become of critique when my neighbor in the little Bourbonnais village where I live looks down on me as someone hopelessly naı¨ve because I believe that the United States had been attacked by terrorists? Remember the good old days when university professors could look down on unsophisticated folks because those hillbillies naı¨vely believed in church, motherhood, and apple pie? Things have changed a lot, at least in my village. I am now the one who naı¨vely believes in some facts because I am educated, while the other guys are too unsophisticated to be gullible: “Where have you been? Don’t you know that the Mossad and the CIA did it?” What has become of critique when someone as eminent as Stanley Fish, the “enemy of promises” as Lindsay Waters calls him, believes he defends science studies, my field, by comparing the laws of physics to the rules of baseball?7 What has become of critique when there is a whole in­dustry denying that the Apollo program landed on the moon? What has become of critique when DARPA uses for its Total Information Awareness project the Baconian slogan Scientia est potentia? Didn’t I read that some­where in Michel Foucault? Has knowledge-slash-power been co-opted of late by the National Security Agency? Has Discipline and Punish become the bedtime reading of Mr. Ridge (fig. 1)?
Let me be mean for a second. What’s the real difference between con­spiracists and a popularized, that is a teachable version of social critique inspired by a too quick reading of, let’s say, a sociologist as eminent asPierre
1.       See Jean Baudrillard, “The Spirit of Terrorism” and “Requiem for the Twin Towers” (New York, 2002).

2.       See Thierry Meyssan, 911: The Big Lie (London, 2002). Conspiracy theories have always existed; what is new in instant revisionism is how much scientific proof they claim to imitate.

3.       See Lindsay Waters, Enemy of Promises (forthcoming); see also Nick Paumgarten, “Dept. of Super Slo-Mo: No Flag on the Play,” The New Yorker, 20 Jan. 2003, p. 32.

figure 1.
Bourdieu (to be polite I will stick with the French field commanders)? In both cases, you have to learn to become suspicious of everything people say because of course we all know that they live in the thralls of a completeillusio of their real motives. Then, after disbelief has struck and an explanation is requested for what is really going on, in both cases again it is the sameappeal to powerful agents hidden in the dark acting always consistently, continu­ously, relentlessly. Of course, we in the academy like to use more elevated causes—society, discourse, knowledge-slash-power, fields of forces, em­pires, capitalism—while conspiracists like to portray a miserable bunch of greedy people with dark intents, but I find something troublingly similar in the structure of the explanation, in the first movement of disbelief and, then, in the wheeling of causal explanations coming out of the deep dark below. What if explanations resorting automatically to power, society, dis-course had outlived their usefulness and deteriorated to the point of now
feeding the most gullible sort of critique?8 Maybe I am taking conspiracy theories too seriously, but it worries me to detect, in those mad mixtures of knee-jerk disbelief, punctilious demands for proofs, and free use of pow­erful explanation from the social neverland many of the weapons of social critique. Of course conspiracy theories are an absurd deformation of our own arguments, but, like weapons smuggled through a fuzzy border to the wrong party, these are our weapons nonetheless. In spite of all the defor­mations, it is easy to recognize, still burnt in the steel, our trademark: Made in Criticalland.
Do you see why I am worried? Threats might have changed so much that we might still be directing all our arsenal east or west while the enemy has now moved to a very different place. After all, masses of atomic missiles are transformed into a huge pile of junk once the question becomes how to defend against militants armed with box cutters or dirty bombs. Whywould it not be the same with our critical arsenal, with the neutron bombs of de-construction, with the missiles of discourse analysis? Or maybe it is that critique has been miniaturized like computers have. I have always fancied that what took great effort, occupied huge rooms, cost a lot of sweat and money, for people like Nietzsche and Benjamin, can be had for nothing, much like the supercomputers of the 1950s, which used to fill large halls and expend a vast amount of electricity and heat, but now are accessible for a dime and no bigger than a fingernail. As the recent advertisement of a Hol­lywood film proclaimed, “Everything is suspect . . . Everyone is for sale . . . And nothing is what it seems.”
What’s happening to me, you may wonder? Is this a case of midlife crisis? No, alas, I passed middle age quite a long time ago. Is this a patrician spite for the popularization of critique? As if critique should be reserved for the elite and remain difficult and strenuous, like mountain climbing or yacht­ing, and is no longer worth the trouble if everyone can do it for a nickel? What would be so bad with critique for the people? We have been com­plaining so much about the gullible masses, swallowing naturalized facts, it would be really unfair to now discredit the same masses for their, what should I call it, gullible criticism? Or could this be a case of radicalism gone mad, as when a revolution swallows its progeny? Or, rather, havewebehaved
8. Their serious as well as their popularized versions have the defect of using society as an already existing cause instead of as a possible consequence. This was the critique that Gabriel Tarde always made against Durkheim. It is probably the whole notion of social and society that is responsible for the weakening of critique. I have tried to show that in Latour, “Gabriel Tarde and the End of the Social,” in The Social in Question: New Bearings in History and the Social Sciences, ed. Patrick Joyce (London, 2002), pp. 117–32.
like mad scientists who have let the virus of critique out of the confines of their laboratories and cannot do anything now to limit its deleterious ef­fects; it mutates now, gnawing everything up, even the vessels in which it is contained? Or is it an another case of the famed power of capitalism for recycling everything aimed at its destruction? As Luc Boltanski and Eve Chiapello say, the new spirit of capitalism has put to good use the artistic critique that was supposed to destroy it.9 If the dense and moralist cigar­smoking reactionary bourgeois can transform him-or herself into a free­floating agnostic bohemian, moving opinions, capital, and networks from one end of the planet to the other without attachment, why would he or she not be able to absorb the most sophisticated tools of deconstruction, social construction, discourse analysis, postmodernism, postology?
In spite of my tone, I am not trying to reverse course, to become reac­tionary, to regret what I have done, to swear that I will never be a construc­tivist any more. I simply want to do what every good military officer, at regular periods, would do: retest the linkages between the new threats he or she has to face and the equipment and training he or she should have in order to meet them—and, if necessary, to revise from scratch the whole paraphernalia. This does not mean for us any more than it does for the officer that we were wrong, but simply that history changes quickly and that there is no greater intellectual crime than to address with the equipment of an older period the challenges of the present one. Whatever the case, our critical equipment deserves as much critical scrutiny as the Pentagon budget.

My argument is that a certain form of critical spirit has sent us down the wrong path, encouraging us to fight the wrong enemies and, worst of all, to be considered as friends by the wrong sort of allies because of a little mistake in the definition of its main target. The question was never to get away from facts but closer to them, not fighting empiricism but, on the con­trary, renewing empiricism.
What I am going to argue is that the critical mind, if it is to renew itself and be relevant again, is to be found in the cultivation of a stubbornlyrealist attitude—to speak like William James—but a realism dealing with what I will call matters of concern, not matters of fact. The mistake we made, the mistake I made, was to believe that there was no efficient way to criticize matters of fact except by moving away from them and directing one’s at­tention toward the conditions that made them possible. But this meant ac­cepting much too uncritically what matters of fact were. Thiswas remaining too faithful to the unfortunate solution inherited from the philosophy of
9. See Luc Boltanski and Eve Chiapello, Le Nouvel Esprit du capitalisme (Paris, 1999).
Immanuel Kant. Critique has not been critical enough in spite of all its sore­scratching. Reality is not defined by matters of fact. Matters of fact are not all that is given in experience. Matters of fact are only very partial and, I would argue, very polemical, very political renderings of matters ofconcern and only a subset of what could also be called statesof affairs. It is thissecond empiricism, this return to the realist attitude, that I’d like to offer as the next task for the critically minded.
To indicate the direction of the argument, I want to show that while the Enlightenment profited largely from the disposition of a very powerful de­scriptive tool, that of matters of fact, which were excellent for debunking quite a lot of beliefs, powers, and illusions, it found itself totally disarmed once matters of fact, in turn, were eaten up by the same debunking impetus. After that, the lights of the Enlightenment were slowly turned off, and some sort of darkness appears to have fallen on campuses. My question is thus: Can we devise another powerful descriptive tool that deals this time with matters of concern and whose import then will no longer be to debunk but to protect and to care, as Donna Haraway would put it? Is it really possible to transform the critical urge in the ethos of someone who adds reality to matters of fact and not subtract reality? To put it another way, what’s the difference between deconstruction and constructivism?
“So far,” you could object, “the prospect doesn’t look verygood, andyou, Monsieur Latour, seem the person the least able to deliver on this promise because you spent your life debunking what the other more polite critics had at least respected until then, namely matters of fact and science itself. You can dust your hands with flour as much as you wish, the black fur of the critical wolf will always betray you; your deconstructing teeth have been sharpened on too many of our innocent labs—I mean lambs!—for us to believe you.” Well, see, that’s just the problem: I have written about a dozen books to inspire respect for, some people have said to uncritically glorify, the objects of science and technology, of art, religion, and, more recently, law, showing every time in great detail the complete implausibility of their being socially explained, and yet the only noise readers hear is the snapping of the wolf’s teeth. Is it really impossible to solve the question,towritenot matter-of-factually but, how should I say it, in a matter-of-concern way?10
Martin Heidegger, as every philosopher knows, has meditated many times on the ancient etymology of the word thing. We are now all aware that in all the European languages, including Russian, there is a strong connec­
10. This is the achievement of the great novelist Richard Powers, whose stories are a careful and, in my view, masterful enquiry into this new “realism.” Especially relevant for this paper is Richard Powers, Plowing the Dark (New York, 2000).
tion between the words for thing and a quasi-judiciary assembly. Icelanders boast of having the oldest Parliament, which they call Althing, and you can still visit in many Scandinavian countries assembly places that are desig­nated by the word Ding or Thing. Now, is this not extraordinary that the banal term we use for designating what is out there, unquestionably,athing, what lies out of any dispute, out of language, is also the oldest word we all have used to designate the oldest of the sites in which our ancestors didtheir dealing and tried to settle their disputes?11 A thing is, in one sense, an object out there and, in another sense, an issue very much in there, at any rate, a gathering. To use the term I introduced earlier now more precisely, the same word thing designates matters of fact and matters of concern.
Needless to say, although he develops this etymology at length, this is not the path that Heidegger has taken. On the contrary, all his writing aims to make as sharp a distinction as possible between, on the one hand, objects, Gegenstand, and, on the other, the celebrated Thing. The handmade jug can be a thing, while the industrially made can of Coke remains an object. While the latter is abandoned to the empty mastery of science and technology, only the former, cradled in the respectful idiom of art, craftsmanship, and poetry, could deploy and gather its rich set of connections.12 This bifurca­tion is marked many times but in a decisive way in his book on Kant:
Up to this hour such questions have been open. Their questionability is concealed by the results and the progress of scientific work. One of these burning questions concerns the justification and limits of mathe­
matical formalism in contrast to the demand for an immediate return  to intuitively given nature.13
What has happened to those who, like Heidegger, have tried to find their ways in immediacy, in intuition, in nature would be too sad to retell—and is well known anyway. What is certain is that those pathmarks off the beaten track led indeed nowhere. And, yet, Heidegger, when he takes the jug se­riously, offers a powerful vocabulary to talk also about the object hedespises so much. What would happen, I wonder, if we tried to talk about the object of science and technology, the Gegenstand, as if it had the rich and com­plicated qualities of the celebrated Thing?
The problem with philosophers is that because their jobs are so hard they
11. See the erudite study by the remarkable French scholar of Roman law, Yan Thomas, “Res, chose et patrimoine (note sur le rapport sujet-objet en droit romain),” Archives de philosophie du droit 25 (1980): 413–26.
12. See Graham Harman, Tool-Being: Heidegger and the Metaphysics of Objects (Chicago, 2002).
13. Martin Heidegger, What Is a Thing? trans. W. B. Barton, Jr., and Vera Deutsch (Chicago, 1967), p. 95.
drink a lot of coffee and thus use in their arguments an inordinate quantity of pots, mugs, and jugs—to which, sometimes, they might add the occa­sional rock. But, as Ludwik Fleck remarked long ago, their objects

are never complicated enough; more precisely, they are never simultaneously made through a complex history and new, real, and interesting participants in the universe.14 Philosophy never deals with the sort of beings we in science studies have dealt with. And that’s why the debates between realism and relativism never go anywhere. As Ian Hacking has recently shown, the en­gagement of a rock in philosophical talk is utterly different if you take a banal rock to make your point (usually to lapidate a passing relativist!) or if you take, for instance, dolomite, as he has done so beautifully.15 The first can be turned into a matter of fact but not the second. Dolomite is so beau­tifully complex and entangled that it resists being treated as a matter of fact. It too can be described as a gathering; it too can be seen as engaging the fourfold. Why not try to portray it with the same enthusiasm, engagement, and complexity as the Heideggerian jug? Heidegger’s mistake is not to have treated the jug too well, but to have traced a dichotomy between Gegenstand and Thing that was justified by nothing except the crassest of prejudices.
Several years ago another philosopher, much closer to the history of sci­ence, namely Michel Serres, also French, but this time as foreign to critique as one can get, meditated on what it would mean to take objects of science in a serious anthropological and ontological fashion. It is interestingtonote that every time a philosopher gets closer to an object of science that is at once historical and interesting, his or her philosophy changes, and the spec­ifications for a realist attitude become, at once, more stringent and com­pletely different from the so-called realist philosophy of science concerned with routine or boring objects. I was reading his passage on the Challenger disaster in his book Statues when another shuttle, Columbia, in early 2003 offered me a tragic instantiation of yet another metamorphosis of an object into a thing.16
What else would you call this sudden transformation of a completely mastered, perfectly understood, quite forgotten by the media, taken-for­granted, matter-of-factual projectile into a sudden shower of debris falling
1.       Although Fleck is the founder of science studies, the impact of his work is still very much in the future because he has been so deeply misunderstood by Thomas Kuhn; see Thomas Kuhn, foreword to Ludwik Fleck, Genesis and Development of a Scientific Fact (1935; Chicago, 1979), pp. vii–xi.

2.       See Ian Hacking, The Social Construction of What? (Cambridge, Mass., 1999), in particular the last chapter.

3.       See Michel Serres, Statues: Le Second Livre des fondations (Paris, 1987). On the reason why Serres was never critical, see Serres with Latour, Conversations on Science, Culture, and Time, trans. Roxanne Lapidus (Ann Arbor, Mich., 1995).

on the United States, which thousands of people tried to salvage in the mud and rain and collect in a huge hall to serve as so many clues in a judicial scientific investigation? Here, suddenly, in a stroke, an object had become a thing, a matter of fact was considered as a matter of great concern. If a thing is a gathering, as Heidegger says, how striking to see how it can sud­denly disband. If the “thinging of the thing” is a gathering that always con­nects the “united four, earth and sky, divinities and mortals, in the simple onefold of their self-unified fourfold,”17 how couldthere be abetterexample of this making and unmaking than this catastrophe unfolding all its thou­sands of folds? How could we see it as a normal accident of technology when, in his eulogy for the unfortunate victims, your president said: “The crew of the shuttle Columbia did not return safely to Earth; yet we can pray that all are safely home”?18 As if no shuttle ever moved simply in space, but also always in heaven.
This was on C-Span 1, but on C-Span 2, at the very same time, early February 2003, another extraordinary parallel event was occurring. This time a Thing—with a capital T—was assembled to try to coalesce, to gather in one decision, one object, one projection of force: a military strike against Iraq. Again, it was hard to tell whether this gathering was a tribunal, a par­liament, a command-and-control war room, a rich man’s club, a scientific congress, or a TV stage. But certainly it was an assembly where matters of great concern were debated and proven—except there was much puzzle-ment about which type of proofs should be given and how accurate they were. The difference between C-Span 1 and C-Span 2, as I watched them with bewilderment, was that while in the case of Columbiawe hadaperfectly mastered object that suddenly was transformed into a shower of burning debris that was used as so much evidence in an investigation, there, at the United Nations, we had an investigation that tried to coalesce, in one uni­fying, unanimous, solid, mastered object, masses of people, opinions, and might. In one case the object was metamorphosed into a thing; in the sec­ond, the thing was attempting to turn into an object. We could witness, in one case, the head, in another, the tail of the trajectory through which mat­ters of fact emerge out of matters of concern. In both cases we were offered a unique window into the number of things that have to participate in the gathering of an object. Heidegger was not a very good anthropologist of science and technology; he had only four folds, while the smallest shuttle, the shortest war, has millions. How many gods, passions, controls, insti­
1.       Heidegger, “The Thing,” Poetry, Language, Thought, trans. Albert Hofstadter (New York, 1971), p. 178.

2.       “Bush Talking More about Religion: Faith to Solve the Nation’s Problems,” CNN website, 18 Feb. 2003, http://www.cnn.com/2003/ALLPOLITICS/02/18/bush.faith/

tutions, techniques, diplomacies, wits have to be folded to connect “earth and sky, divinities and mortals”—oh yes, especially mortals. (Frightening omen, to launch such a complicated war, just when such a beautifully mas­tered object as the shuttle disintegrated into thousands of pieces of debris raining down from the sky—but the omen was not heeded; gods nowadays are invoked for convenience only.)
My point is thus very simple: things have become Things again, objects have reentered the arena, the Thing, in which they have to be gathered first in order to exist later as what stands apart. The parenthesis that we can call the modern parenthesis during which we had, on the one hand, a world of objects, Gegenstand, out there, unconcerned by any sort of parliament, fo­rum, agora, congress, court and, on the other, a whole set of forums, meet­ing places, town halls where people debated, has come to a close. What the etymology of the word thing—chose, causa, res, aitia—had conserved for us mysteriously as a sort of fabulous and mythical past has now become, for all to see, our most ordinary present. Things are gathered again. Was it not extraordinarily moving to see, for instance, in the lower Manhattan recon­struction project, the long crowds, the angry messages, the passionate emails, the huge agoras, the long editorials that connected so many people to so many variations of the project to replace the Twin Towers? As the architect Daniel Libeskind said a few days before the decision, building will never be the same.
I could open the newspaper and unfold the number of former objects that have become things again, from the global warming case I mentioned earlier to the hormonal treatment of menopause, to the work of Tim Lenoir, the primate studies of Linda Fedigan and Shirley Strum, or the hyenas of my friend Steven Glickman.19
Nor are those gatherings limited to the present period as if only recently objects had become so obviously things. Every day historians ofsciencehelp us realize to what extent we have never been modern because they keep revising every single element of past matters of fact from Mario Biagioli’s Galileo, Steven Shapin’s Boyle, and Simon Schaffer’s Newton, to the in­credibly intricate linkages between Einstein and Poincare´ that Peter Galison has narrated in his latest masterpiece.20 Many others of course could be cited, but the crucial point for me now is that what allowed historians, phi­
19. Serres proposed the word quasi-object to cover this intermediary phase between things and objects—a philosophical question much more interesting than the tired old one of the relation between words and worlds. On the new way animals appear to scientists and the debate it triggers, see Primate Encounters: Models of Science, Gender, and Society, ed. Shirley Strum and Linda Fedigan (Chicago, 2000), and Vinciane Despret, Quand le loup habitera avec l’agneau (Paris, 2002).

20. See Peter Galison, Einstein’s Clocks, Poincare´’s Maps: Empires of Time (New York, 2003).
losophers, humanists, and critics to trace the difference between modern and premodern, namely, the sudden and somewhat miraculousappearance of matters of fact, is now thrown into doubt with the merging of matters of fact into highly complex, historically situated, richly diverse matters of concern. You can do one sort of thing with mugs, jugs, rocks, swans, cats, mats but not with Einstein’s Patent Bureau electric coordination of clocks in Bern. Things that gather cannot be thrown at you like objects.

And, yet, I know full well that this is not enough because, no matter what we do, when we try to reconnect scientific objects with their aura, their crown, their web of associations, when we accompany them back to their gathering, we always appear to weaken them, not to strengthen their claim to reality. I know, I know, we are acting with the best intentions intheworld, we want to add reality to scientific objects, but, inevitably, through a sort of tragic bias, we seem always to be subtracting some bit from it. Like a clumsy waiter setting plates on a slanted table, every nice dish slides down and crashes on the ground. Why can we never discover the same stubborn­ness, the same solid realism by bringing out the obviously webby, “thingy” qualities of matters of concern? Why can’t we ever counteract the claim of realists that only a fare of matters of fact can satisfy their appetite and that matters of concern are much like nouvelle cuisine—nice to look at but not fit for voracious appetites?
One reason is of course the position objects have been given in most social sciences, a position that is so ridiculously useless that if it is employed, even in a small way, for dealing with science, technology, religion, law, or literature it will make absolutely impossible any serious consideration of objectivity—I mean of “thinginess.” Why is this so? Let me try to portray the critical landscape in its ordinary and routine state.21
We can summarize, I estimate, 90 percent of the contemporary critical scene by the following series of diagrams that fixate the object at only two positions, what I have called the fact position and the fairy position—fact and fairy are etymologically related but I won’t develop this point here. The fairy position is very well known and is used over and over again by many social scientists who associate criticism with antifetishism. The role of the critic is then to show that what the naı¨ve believers are doing with objects is simply a projection of their wishes onto a material entity that does nothing at all by itself. Here they have diverted to their petty use the prophetic ful­
21. I summarize here some of the results of my already long anthropological inquiry into the iconoclastic gesture, from Latour, We Have Never Been Modern, trans. Catherine Porter (Cambridge, Mass., 1993) to Pandora’s Hope: Essays on the Reality of Science Studies (Cambridge, Mass., 1999) and of course Iconoclash.

figure 2.
mination against idols “they have mouths and speak not, they have ears and hear not,” but they use this prophecy to decry the very objects of belief— gods, fashion, poetry, sport, desire, you name it—to which naı¨ve believers cling with so much intensity.22 And then the courageous critic, who alone remains aware and attentive, who never sleeps, turns those false objectsinto fetishes that are supposed to be nothing but mere empty white screens on which is projected the power of society, domination, whatever. The naı¨ve believer has received a first salvo (fig. 2).
But, wait, a second salvo is in the offing, and this time it comes from the fact pole. This time it is the poor bloke, again taken aback, whose be­havior is now “explained” by the powerful effects of indisputable matters of fact: “You, ordinary fetishists, believe you are free but, in reality, you are acted on by forces you are not conscious of. Look at them, look, you blind idiot” (and here you insert whichever pet facts the social scientists fancy to work with, taking them from economic infrastructure, fields of discourse, social domination, race, class, and gender, maybe throwing in some neurobiology, evolutionary psychology, whatever, provided they act as indisputable facts whose origin, fabrication, mode of development are left unexamined) (fig. 3).
Do you see now why it feels so good to be a critical mind? Why critique,
22. See William Pietz, “The Problem of the Fetish, I,” Res 9 (Spring 1985): 5–17, “The Problem of the Fetish, II: The Origin of the Fetish” Res 13 (Spring 1987): 23–45, and “The Problem of the Fetish, IIIa: Bosman’s Guinea and the Enlightenment Theory of Fetishism,” Res 16 (Autumn 1988): 105–23.

figure 3.
this most ambiguous pharmakon, has become such a potent euphoricdrug? You are always right! When naı¨ve believers are clinging forcefully to their objects, claiming that they are made to do things because of their gods, their poetry, their cherished objects, you can turn all of those attachments into so many fetishes and humiliate all the believers by showing that it is nothing but their own projection, that you, yes you alone, can see. But as soon as naı¨ve believers are thus inflated by some belief in their own importance, in their own projective capacity, you strike them by a second uppercut and humiliate them again, this time by showing that, whatever they think, their behavior is entirely determined by the action of powerful causalitiescoming from objective reality they don’t see, but that you, yesyou, theneversleeping critic, alone can see. Isn’t this fabulous? Isn’t it really worth going to gradu­ate school to study critique? “Enter here, you poor folks. After arduousyears of reading turgid prose, you will be always right, you will never be taken in any more; no one, no matter how powerful, will be able to accuse you of naı¨vete´, that supreme sin, any longer? Better equipped than Zeus himself you rule alone, striking from above with the salvo of antifetishism in one hand and the solid causality of objectivity in the other.” The only loser is the naı¨ve believer, the great unwashed, always caught off balance (fig. 4).
Is it so surprising, after all, that with such positions given to the object, the humanities have lost the hearts of their fellow citizens, that they had to retreat year after year, entrenching themselves always further in the narrow barracks left to them by more and more stingy deans? The Zeus of Critique rules absolutely, to be sure, but over a desert.

figure 4.
One thing is clear, not one of us readers would like to see our own most cherished objects treated in this way. We would recoil in horror at the mere suggestion of having them socially explained, whether we deal in poetry or robots, stem cells, blacks holes, or impressionism, whether we are patriots, revolutionaries, or lawyers, whether we pray to God or put our hope in neuroscience. This is why, in my opinion, those of us who tried to portray sciences as matters of concern so often failed to convince; readers have con­fused the treatment we give of the former matters of fact with the terrible fate of objects processed through the hands of sociology, cultural studies, and so on. And I can’t blame our readers. What social scientists do to our favorite objects is so horrific that certainly we don’t want them to come any nearer. “Please,” we exclaim, “don’t touch them at all! Don’t try to explain them!” Or we might suggest more politely: “Why don’t you go furtherdown the corridor to this other department? They have bad facts to account for; why don’t you explain away those ones instead of ours?” And this is the reason why, when we want respect, solidity, obstinacy, robustness, we all prefer to stick to the language of matters of fact no matter its well-known defects.
And yet this is not the only way because the cruel treatment objects un­dergo in the hands of what I’d like to call critical barbarity is rather easy to undo. If the critical barbarian appears so powerful, it is because the two mechanisms I have just sketched are never put together in one single dia­gram (fig. 5). Antifetishists debunk objects they don’t believe in by showing the productive and projective forces of people; then, without ever making

figure 5.
the connection, they use objects they do believe in to resort to the causalist or mechanist explanation and debunk conscious capacities of people whose behavior they don’t approve of. The whole rather poor trick that allows critique to go on, although we would never confine our own valuables to their sordid pawnshop, is that there is never any crossover between the two lists of objects in the fact position and the fairy position. This is why you can be at once and without even sensing any contradiction (1) an antifetishist for everything you don’t believe in—for the most part religion, popular culture, art, politics, and so on; (2) an unrepentant positivist for all the sci­ences you believe in—sociology, economics, conspiracy theory, genetics, evolutionary psychology, semiotics, just pick your preferred field of study; and (3) a perfectly healthy sturdy realist for what you really cherish—and of course it might be criticism itself, but also painting, bird-watching, Shakespeare, baboons, proteins, and so on.
If you think I am exaggerating in my somewhat dismal portrayal of the critical landscape, it is because we have had in effect almost no occasion so far to detect the total mismatch of the three contradictory repertoires— antifetishism, positivism, realism—because we carefully manage to apply them on different topics. We explain the objects we don’t approve of by treating them as fetishes; we account for behaviors we don’t like by disci­pline whose makeup we don’t examine; and we concentrate our passionate interest on only those things that are for us worthwhile matters of concern. But of course such a cavalier attitude with such contradictory repertoires is not possible for those of us, in science studies, who have to deal with states

of affairs that fit neither in the list of plausible fetishes—because everyone, including us, does believe very strongly in them—nor in the list of undis­putable facts because we are witnessing their birth, their slow construction, their fascinating emergence as matters of concern. The metaphor of the Copernican revolution, so tied to the destiny of critique, has always been for us, science students, simply moot. This is why, with more than a good dose of field chauvinism, I consider this tiny field so important; it is the little rock in the shoe that might render the routine patrol of the critical barbar­ians more and more painful.
The mistake would be to believe that we too have given a social expla­nation of scientific facts. No, even though it is true that at first we tried, like good critics trained in the good schools, to use the armaments handed to us by our betters and elders to crack open—one of their favorite expres­sions, meaning to destroy—religion, power, discourse, hegemony. But, for­tunately (yes, fortunately!), one after the other, we witnessed that the black boxes of science remained closed and that it was rather the tools that lay in the dust of our workshop, disjointed and broken. Put simply, critique was useless against objects of some solidity. You can try the projective game on UFOs or exotic divinities, but don’t try it on neurotransmitters, on gravi­tation, on Monte Carlo calculations. But critique is also useless when it be­gins to use the results of one science uncritically, be it sociology itself, or economics, or postimperialism, to account for the behavior of people. You can try to play this miserable game of explaining aggression by invoking the genetic makeup of violent people, but try to do that while dragging in, at the same time, the many controversies in genetics, including evolutionary theories in which geneticists find themselves so thoroughly embroiled.23
On both accounts, matters of concern never occupy the two positions left for them by critical barbarity. Objects are much too strong to be treated as fetishes and much too weak to be treated as indisputable causal expla­nations of some unconscious action. And this is not true of scientific states of affairs only; this is our great discovery, what made science studiescommit such a felicitous mistake, such a felix culpa. Once you realize that scientific objects cannot be socially explained, then you realize too that the so-called weak objects, those that appear to be candidates for the accusation of an­tifetishism, were never mere projections on an empty screen either.24 They
1.       For a striking example, see Jean-Jacques Kupiec and Pierre Sonigo, Ni Dieu ni ge`ne: Pour une autre the´orie de l’he´re´dite´ (Paris, 2000); see also Evelyn Fox-Keller, The Century of the Gene (Cambridge, Mass., 2000).

2.       I have attempted to use this argument recently on two most difficult types of entities, Christian divinities (Latour, Jubiler ou les tourments de la parole religieuse [Paris, 2002]) and law (Latour, La Fabrique du droit: Une Ethnographie du Conseil d’E ´tat [Paris, 2002]).

too act, they too do things, they too make you do things. It is not only the objects of science that resist, but all the others as well, those that were sup­posed to have been ground to dust by the powerful teeth of automated re­flex-action deconstructors. To accuse something of being a fetish is the ultimate gratuitous, disrespectful, insane, and barbarous gesture.25
Is it not time for some progress? To the fact position, to the fairyposition, why not add a third position, a fair position? Is it really asking too much from our collective intellectual life to devise, at least once a century, some new critical tools? Should we not be thoroughly humiliated to see that mili­tary personnel are more alert, more vigilant, more innovative than we, the pride of academia, the cre`medelacre`me, who go on ceaselessly transform­ing the whole rest of the world into naı¨ve believers, into fetishists, into hap­less victims of domination, while at the same time turning them into the mere superficial consequences of powerful hidden causalities coming from infrastructures whose makeup is never interrogated? All the while being intimately certain that the things really close to our hearts would in no way fit any of those roles. Are you not all tired of those “explanations”? I am, I have always been, when I know, for instance, that the God to whom I pray, the works of art I cherish, the colon cancer I have been fighting, the piece of law I am studying, the desire I feel, indeed, the very book I am writing could in no way be accounted for by fetish or fact, nor by any combination of those two absurd positions?
To retrieve a realist attitude, it is not enough to dismantle critical weap­ons so uncritically built up by our predecessors as we would obsolete but still dangerous atomic silos. If we had to dismantle social theory only, it would be a rather simple affair; like the Soviet empire, those big totalities have feet of clay. But the difficulty lies in the fact that they are built on top of a much older philosophy, so that whenever we try to replace matters of fact by matters of concern, we seem to lose something along the way. It is like trying to fill the mythical Danaid’s barrel—no matter what we put in it, the level of realism never increases. As long as we have not sealed the leaks, the realist attitude will always be split; matters of fact take the best part, and matters of concern are limited to a rich but essentially void or irrelevant history. More will always seem less. Although I wish to keep this paper short, I need to take a few more pages to deal with ways to overcome this bifurcation.

Alfred North Whitehead famously said, “The recourse to metaphysics is
25. The exhibition in Karlsruhe, Germany, Iconoclash, was a sort of belated ritual in order to atone for so much wanton destruction.
like throwing a match into a powder magazine. It blows up the whole arena.”26 I cannot avoid getting into it because I have talked so much about weapon systems, explosions, iconoclasm, and arenas.Of all themodernphi­losophers who tried to overcome matters of fact, Whitehead is the only one who, instead of taking the path of critique and directing his attention away from facts to what makes them possible as Kant did; or adding something to their bare bones as Husserl did; or avoiding the fate of their domination, their Gestell, as much as possible as Heidegger did; tried to get closer to them or, more exactly, to see through them the reality that requested a new re­spectful realist attitude. No one is less a critic than Whitehead, in all the meanings of the word, and it’s amusing to notice that the only pique he ever directed against someone else was against the other W., the one considered, wrongly in my view, as the greatest philosopher of the twentieth century, not W. as in Bush but W. as in Wittgenstein.
What set Whitehead completely apart and straight on our path is that he considered matters of fact to be a very poor rendering of what is given in experience and something that muddles entirely the question, What is there? with the question, How do we know it? as Isabelle Stengers hasshown recently in a major book about Whitehead’s philosophy.27 Those who now mock his philosophy don’t understand that they have resigned themselves to what he called the “bifurcation of nature.” They have entirely forgotten what it would require if we were to take this incredible sentence seriously: “For natural philosophy everything perceived is in nature. We may not pick up and choose. For us the red glow of the sunset should be as much part of nature as are the molecules and electric waves by which men of science would explain the phenomenon” (CN, pp. 28–29).

All subsequent philosophies have done exactly the opposite: they have picked and chosen, and, worse, they have remained content with that lim­ited choice. The solution to this bifurcation is not, as phenomenologists would have it, adding to the boring electric waves the rich lived world of the glowing sun. This would simply make the bifurcation greater. The so­lution or, rather, the adventure, according to Whitehead, is to dig much further into the realist attitude and to realize that matters of fact are totally implausible, unrealistic, unjustified definitions of what it is to deal with things:
1.       Alfred North Whitehead, The Concept of Nature (Cambridge, 1920), p. 29; hereafter abbreviated CN.

2.       See Isabelle Stengers, Penser avec Whitehead: Une Libre et sauvage cre´ation de concepts (Paris, 2002), a book which has the great advantage of taking seriously Whitehead’s science as well as his theory of God.

Thus matter represents the refusal to think away spatial and temporal characteristics and to arrive at the bare concept of an individual entity.  It is this refusal which has caused the muddle of importing the mere pro­cedure of thought into the fact of nature. The entity, bared of all charac­teristics except those of space and time, has acquired a physical status as  the ultimate texture of nature; so that the course of nature is conceived  as being merely the fortunes of matter in its adventure through space.
[CN,p.20]

It is not the case that there would exist solid matters of fact and that the next step would be for us to decide whether they will be used to explain something. It is not the case either that the other solution is to attack, criti­cize, expose, historicize those matters of fact, to show that they are made up, interpreted, flexible. It is not the case that we should rather flee out of them into the mind or add to them symbolic or cultural dimensions; the question is that matters of fact are a poor proxy of experience and of ex­perimentation and, I would add, a confusing bundle of polemics, of epis­temology, of modernist politics that can in no way claim to represent what is requested by a realist attitude.28

Whitehead is not an author known for keeping the reader wide awake, but I want to indicate at least the direction of the new critical attitude with which I wish to replace the tired routines of most social theories.
The solution lies, it seems to me, in this promising word gathering that Heidegger had introduced to account for the “thingness of the thing.”Now, I know very well that Heidegger and Whitehead would have nothing to say to one another, and, yet, the word the latter used in Process and Reality to describe “actual occasions,” his word for my matters of concern, is the word societies. It is also, by the way, the word used by Gabriel Tarde, the real founder of French sociology, to describe all sorts of entities. It is close enough to the word association that I have used all along to describe the objects of science and technology. Andrew Pickering would use the words “mangle of practice.”29 Whatever the words, what is presented here is an entirely different attitude than the critical one, not a flight into the condi­tions of possibility of a given matter of fact, not the addition of something

28. That matters of fact represent now a rather rare and complicated historical rendering of experience has been made powerfully clear by many writers; see, for telling segments of this history, Christian Licoppe, La Formation de la pratique scientifique: Le Discours de l’expe´rience en France et en Angleterre (1630–1820) (Paris, 1996); Mary Poovey, A History of the Modern Fact: Problems of Knowledge in the Sciences of Wealth and Society (Chicago, 1999); Lorraine Daston and Katherine Park, Wonders and the Order of Nature, 1150–1750 (New York, 1998); and Picturing Science, Producing Art, ed. Caroline A. Jones, Galison, and Amy Slaton (New York, 1998).
29. See Andrew Pickering, The Mangle of Practice: Time, Agency, and Science (Chicago, 1995).

more human that the inhumane matters of fact would have missed, but, rather, a multifarious inquiry launched with the tools of anthropology, philosophy, metaphysics, history, sociology to detect how many participants are gathered in a thing to make it exist and to maintain its existence.Objects are simply a gathering that has failed—a fact that has not been assembled according to due process.30 The stubbornness of matters of fact in the usual scenography of the rock-kicking objector—“It is there whether you like it or not”—is much like the stubbornness of political demonstrators: “the U.S., love it or leave it,” that is, a very poor substitute for any sort of vibrant, articulate, sturdy, decent, long-term existence.31 A gathering, thatis,athing, an issue, inside a Thing, an arena, can be very sturdy, too, on the condition that the number of its participants, its ingredients, nonhumans as well as humans, not be limited in advance.32 It is entirely wrong to divide the col­lective, as I call it, into the sturdy matters of fact, on the one hand, and the dispensable crowds, on the other. Archimedes spoke for a whole tradition when he exclaimed: “Give me one fixed point and I will move the Earth,” but am I not speaking for another, much less prestigious but maybe as re­spectable tradition, if I exclaim in turn “Give me one matter of concern and I will show you the whole earth and heavens that have to be gathered tohold it firmly in place”? For me it makes no sense to reserve the realist vocabulary for the first one only. The critic is not the one who debunks, but the one who assembles. The critic is not the one who lifts the rugs from under the feet of the naı¨ve believers, but the one who offers the participants arenas in which to gather. The critic is not the one who alternates haphazardly be­tween antifetishism and positivism like the drunk iconoclast drawn by Goya, but the one for whom, if something is constructed, then it means it is fragile and thus in great need of care and caution. I am aware that to get at the heart of this argument one would have to renew also what it means to be a constructivist, but I have said enough to indicate the direction of critique, not away but toward the gathering, the Thing.33 Not westward,but, so to speak, eastward.34
1.       See Latour, Politics of Nature: How to Bring the Sciences into Democracy, trans. Porter (Cambridge, Mass., 2004).

2.       See the marvelously funny rendering of the realist gesture in Malcolm Ashmore, Derek Edwards, and Jonathan Potter, “The Bottom Line: The Rhetoric of Reality Demonstrations,” Configurations 2 (Winter 1994): 1–14.

3.       This is the challenge of a new exhibition I am curating with Peter Weibel in Karlsruhe and that is supposed to take place in 2004 under the provisional title “Making Things Public.” This exhibition will explore what Iconoclash had simply pointed at, namely, beyond the image wars.

4.       This paper is a companion of another one: Latour, “The Promises of Constructivism,” in Chasing Technoscience: Matrix for Materiality, ed. Don Ihde and Evan Selinger (Bloomington, Ind., 2003), pp. 27–46.

5.       This is why, although I share all of the worries of Thomas de Zengotita, “Common Ground: Finding Our Way Back to the Enlightenment,” Harper’s 306 (Jan. 2003): 35–45, I think he is

The practical problem we face, if we try to go that new route, is to as­sociate the word criticism with a whole set of new positive metaphors, ges­tures, attitudes, knee-jerk reactions, habits of thoughts. To begin with this new habit forming, I’d like to extract another definition of critique from the most unlikely source, namely, Allan Turing’s original paper on thinking machines.35 I have a good reason for that: here is the typical paper about formalism, here is the origin of one of the icons—to use a cliche´ of anti­fetishism—of the contemporary age, namely, the computer, and yet, if you read this paper, it is so baroque, so kitsch, it assembles such an astounding number of metaphors, beings, hypotheses, allusions, that there is no chance that it would be accepted nowadays by any journal. Even Social Text would reject it out of hand as another hoax! “Not again,” they would certainly say, “once bitten, twice shy.” Who would take a paper seriously that statessome­where after having spoken of Muslim women, punishment of boys, extra­sensory perception: “In attempting to construct such machines we should not be irreverently usurping [God’s] power of creating souls, any more than we are in the procreation of children: rather we are, in either case, instru­ments of His will providing mansions for the souls that He creates” (“CM,”
p. 443).
Lots of gods, always in machines. Remember how Bush eulogized the crew of the Columbia for reaching home in heaven, if not home on earth? Here Turing too cannot avoid mentioning God’s creative power when talk­ing of this most mastered machine, the computer that he has invented. That’s precisely his point. The computer is in for many surprises; you get out of it much more than you put into it. In the most dramatic way,Turing’s paper demonstrates, once again, that all objects are born things, all matters of fact require, in order to exist, a bewildering variety of matters of con­cern.36 The surprising result is that we don’t master what we, ourselves,have fabricated, the object of this definition of critique:37

entirely mistaken in the direction of the move he proposes back to the future; to go back to the “natural” attitude is a sign of nostalgia.
35. See A.M. Turing, “Computing Machinery and Intelligence,” Mind 59 (Oct. 1950): 433–60; hereafter abbreviated “CM.” See also what Powers in Galatea 2.2 (New York, 1995) did with this paper; this is critique in the most generous sense of the word. For the context of this paper, see Andrew Hodges, Alan Turing: The Enigma (New York, 1983).
36. A nonformalist definition of formalism has been proposed by Brian Rotman, Ad Infinitum: The Ghost in Turing’s Machine: Taking God out of Mathematics and Putting the Body Back In (Stanford, Calif., 1993).
37. Since Turing can be taken as the first and best programmer, those who believe in defining machines by inputs and outputs should meditate his confession:
Machines take me by surprise with great frequency. This is largely because I do not do sufficient calculation to decide what to expect them to do, or rather because, although I do a calculation, I do it in a hurried, slipshod fashion, taking risks. Perhaps I say to myself, “I suppose the voltage here ought to be the same as there: anyway let’s assume it is.” Naturally I
Let us return for a moment to Lady Lovelace’s objection, which stated that the machine can only do what we tell it to do. One could say that a man can “inject” an idea into the machine, and that it will respond to a certain extent and then drop into quiescence, like a piano string struck by a hammer. Another simile would be an atomic pile of less than criti­cal size: an injected idea is to correspond to a neutron entering the pile from without. Each such neutron will cause a certain disturbance which eventually dies away. If, however, the size of the pile is sufficiently in­creased, the disturbance caused by such an incoming neutron will very likely go on and on increasing until the whole pile is destroyed. Is there a corresponding phenomenon for minds, and is there one for ma­chines? There does seem to be one for the human mind. The majority of them seem to be “sub-critical,” i.e. to correspond in this analogy to piles of sub-critical size. An idea presented to such a mind will on average give rise to less than one idea in reply. A smallish proportion are super­critical. An idea presented to such a mind may give rise to a whole “the­ory” consisting of secondary, tertiary and more remote ideas. Animals’ minds seem to be very definitely sub-critical. Adhering to this analogy we ask, “Can a machine be made to be super-critical?” [“CM,” p. 454]
We all know subcritical minds, that’s for sure! What would critique do if it could be associated with more, not with less, with multiplication, not subtraction. Critical theory died away long ago; can we become critical again, in the sense here offered by Turing? That is, generating more ideas than we have received, inheriting from a prestigious critical tradition but not letting it die away, or “dropping into quiescence” like a piano no longer struck. This would require that all entities, including computers, cease to be objects defined simply by their inputs and outputs and become again things, mediating, assembling, gathering many more folds than the “united four.” If this were possible then we could let the critics come ever closer to the matters of concern we cherish, and then at last we could tell them: “Yes, please, touch them, explain them, deploy them.” Then we would have gone for good beyond iconoclasm.
am often wrong, and the result is a surprise for me for by the time the experiment is done these assumptions have been forgotten. These admissions lay me open to lectures on the subject of my vicious ways, but do not throw any doubt on my credibility when I testify to the surprises I experience. [“CM,” pp. 450–51]
On this nonformalist definition of computers, see Brian Cantwell Smith, On the Origin of Objects (Cambridge, Mass., 1997).


Apartheid social: Nous étions tous en route pour Abilene et nous ne le savions pas ! (France finds the road to Abilene is paved with good intentions)

22 janvier, 2015
wite-flight.1187642110.jpg
French riots map (Nov. 2005)
http://giavellireport.files.wordpress.com/2012/10/parisriots1.jpg?w=640
https://pgranof.files.wordpress.com/2011/09/cropped-abilene1.jpg?w=450&h=117Nous appelions l’Amérique de nos voeux et nous sommes exaucés: même nos « problèmes », désormais, sont américains. René Girard
 Here we were, four reasonably sensible people who, of our own volition, had just taken a 106-mile trip across a godforsaken desert in a furnace-like temperature through a cloud-like dust storm to eat unpalatable food at a hole-in-the-wall cafeteria in Abilene, when none of us had really wanted to go. In fact, to be more accurate, we’d done just the opposite of what we wanted to do. The whole situation simply didn’t make sense. At least it didn’t make sense at the time. But since that day in Coleman, I have observed, consulted with, and been a part of more than one organization that has been caught in the same situation. As a result, they have either taken a side-trip, or, occasionally, a terminal journey to Abilene, when Dallas or Houston or Tokyo was where they really wanted to go. And for most of those organizations, the negative consequences of such trips, measured in terms of both human misery and economic loss, have been much greater than for our little Abilene group.(…) Organizations frequently take actions in contradiction to what they really want to do and therefore defeat the very purposes they are trying to achieve. [And] a major corollary of the paradox (…) is that the inability to manage agreement is a major source of organization dysfunction. Jerry B. Harvey (1974)
Dans le cas où un carreau cassé n’est pas remplacé, tous les autres carreaux connaîtront le même sort. John Wilson et George Kelling (Théorie du carreau cassé)
Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé ; restent un homme mort et un homme libre. Sartre (préface des “Damnés de la terre” de Franz Fanon, 1961)
C’était la guérilla ! On a scié les poteaux téléphoniques. C’était un peu ce que faisaient les fellaghas en Algérie aussi. En Algérie, toutes les nuits, les poteaux étaient coupés… Il fallait faire quelque chose. Ce n’était pas très populaire bien sûr, mais c’était un moyen de semer le désordre (..) Cela marquait, parce que cela créait une ambiance de désordre, de tension » Jean-Marie Saillour (militant paysan et ex-parachutiste en Algérie, 1961)
A Morlaix, c’est moi qu’ai été désigné donc, pour dire « Faites tout ce que vous voulez. Coupez les poteaux téléphoniques ». J’avais voulu faire référence à l’Algérie (..) en disant « là-bas, ça réussit », parce qu’on sentait que ça réussissait déjà (..) Pierre Abéguilé (syndicaliste paysan, 1961)
C’est un moment génial de l’histoire de France. Toute la communauté issue de l’immigration adhère complètement à la position de la France. Tout d’un coup, il y a une espèce de ferment. Profitons de cet espace de francitude nouvelle. Jean-Louis Borloo (avril 2003)
Pendant cinq ans, des musulmans français irrités ont ingurgité un régime régulier de violence ô combien “romantique” – le jihad-Intifada en Israel, le jihad-insurrection en Irak, le jihad-insurrection en Afghanistan. Quand ils ont commencé à brûler des synagogues et à molester des juifs à l’automne 2000, les médias ont dûment signalé que ces voyous étaient les produits de la “frustration” ressentie du fait des traitements des musulmans du Moyen-Orient et d’Asie centrale. Leur propre gouvernement ne multipliait-il pas au même moment les imprécations contre les Américains? Les protestataires étaient on ne peut plus dans le ton. (…) Au sein des élites françaises, l’ennemi était clairement identifié: non l’slamisme ou l’slamofascisme, non les foules déchainées des banlieues parisiennes, non Saddam Hussein, non Al-Qaeda, mais les troupes britanniques et américaines en Irak. Les voitures et les bâtiments brûlés dont sont pleins les rues françaises sont le résidu intérieur du culte du jihad dont ces musulmans français ont été “drogués” par Al-Jazeera, et qui a été légitimé par une classe intellectuelle française qui a toujours eu une vision si “romantique” de la résistance sous toutes ses formes.(…) Peut-être que certains de ces journalistes, chercheurs, intellectuels et hauts fonctionnaires qui colportaient ces choses pensaient qu’elles resteraient une diversion idéologique abstraite. La France est loin de l’Irak, après tout. Mais maintenant que le militantisme s’est retourné contre l’Etat français lui-même, ils sont brusquement choqués de ce qu’ils ont semé. Nidra Poller
Il semble que le Danemark et tous les autres pays européens auront leurs bandes de Gaza. Etant donné ce trait psychologique fondamental des cultures islamiques -que des cultures et des religions différentes ne peuvent en aucun cas être égales – ces sociétés parallèles ne pourront jamais vivre en harmonie avec leur voisinage. Nicolai Sennels (psychologue danois ayant travaillé dans les quartiers à majorité musulmane)
Ils ont mis le feu à un bâtiment scolaire (…) Ils ont essayé d’incendier le commissariat, d’autres bâtiments ainsi que des voitures, mais essentiellement ils ont jeté des pierres et des briques sur la police et les pompiers. Personne n’a été blessé. Tout a débuté parce qu’un groupe de jeunes adultes s’est vu interdire de pénétrer dans une fête dans un collège. Ils se sont énervés et ont commencé à jeter des pierres à travers les vitres de l’école. Mats Eriksson (porte-parole de la police de l’ouest de Stockholm, 09.06.10)
J’ai participé aux émeutes, j’ai renversé une voiture, fracassé la Banque de Montréal, les arrêts d’autobus… Une grosse soirée! Sienna St-Laurent (14 ans, Vancouver, Canada, 2011)
Que veut, en fait, Dieudonné ? Il veut un ‘Holocauste’ pour les Arabes et pour les noirs aussi. (…) La noble idée de « la guerre contre le racisme » se transforme graduellement en une idéologie hideusement mensongère. Et cet antiracisme sera, pour le XXIe siècle, ce qu’a été le communisme pour le XXe. Alain Finkielkraut
Contrairement au grand banditisme classique (…) composé d’individus de toutes origines ayant opté seuls pour la voie criminelle, ce nouveau milieu des cités est grégaire, issu de, et implanté dans des secteurs précis ; il est enfin ethnique, car composé d’éléments issus des seconde et troisième générations de flux migratoires venus d’anciennes colonies africaines et nord-africaines de la France. Xavier Raufer (avril 2007)
Les discriminations sont encore plus dommageables quand elles sont implicites. Esther Dufilo
On nous demandait de ne citer aucun prénom. C’était considéré comme trop stigmatisant. Communicant sous Jospin
En France, nous ne parvenons pas à dire certaines choses parfois pour des raisons louables. Il en est ainsi de la surdélinquance des jeunes issus de l’immigration qui a longtemps été niée, sous prétexte de ne pas stigmatiser. On a attendu que la réalité des quartiers, des commissariats, des tribunaux, des prisons, impose l’évidence de cette surreprésentation pour la reconnaître publiquement. Et encore, les politiques ne savent pas encore en parler. Christian Delorme (dit « curé des Minguettes »)
En vérité, c’est l’échec de l’intégration qui nourrit l’immigration d’aujourd’hui. Dans les cours de récréation de nos écoles, les enfants se regroupent par clans ethniques qui s’ignorent ou se détestent : « Les rebeus, les reunois, les feujs, les noichs ou les caifrans ». Et l’insulte suprême est : « Sale Français ! » Les enfants juifs sont interdits d’école publique dans nombre de banlieues et sont contraints de se replier sur les écoles confessionnelles. Les bandes ethniques s’affrontent à la gare du Nord. Lors de la présidentielle, on a vu à l’oeuvre un terrifiant vote ethnique, comme l’a justement noté Jérôme Jaffré (Le Monde du 8 juin) : 94 % des électeurs qui se disent musulmans ont voté Ségolène Royal ; 77 % de ceux qui se disent catholiques pratiquants ont voté Nicolas Sarkozy. Eric Zemmour (2007)
Les Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes… C’est un fait. Eric Zemmour
Je connais trop la souffrance réelle de mes compatriotes «Arabes et noirs», honnêtes travailleurs, parents intègres, qui se sentent «salis» par les exactions des bandes de jeunes gens qui ont la même origine qu’eux. Je le sais d’autant mieux qu’avec mon patronyme, je me souviens du temps pas si lointain – les années 70- où une bande de truands célèbres – les frères Zemour – défrayaient la chronique criminelle, la honte dans les yeux de mon grand-père; et accessoirement, l’attente interminable dans les aéroports pour la vérification vétilleuse – et sans ordinateur- de mon identité. Mon grand-père souffrait en silence pour «son nom traîné dans la boue», mais il n’a jamais prétendu que nos homonymes n’étaient pas des brigands de grand chemin! Eric Zemmour
Je propose à un citoyen de bonne foi de venir assister aux audiences correctionnelles et parfois criminelles à Paris et il ne pourra que constater la validité de ce “fait”, la justesse de cette intuition qui, aujourd’hui, confirment un mouvement né il y a quelques années. Tous les Noirs et tous les Arabes ne sont pas des trafiquants, mais beaucoup de ceux-ci sont noirs et arabes. Philippe Bliger (Avocat général près la cour d’appel de Paris)
Certes, 80% des jeunes délinquants d’origine maghrébine ont des parents ouvriers ou employés. Mais, à niveau socio-économique équivalent, les enfants d’immigrés sont plus délinquants que les autres. Sébastian Roché
Derrière les mis en cause il existe des victimes, habitant les mêmes espaces, originaires de mêmes pays, et souvent de situation sociale comparable. Alain Bauer
La police, t’es foutue le Hamas est dans la rue! Slogan (manifestation pro-Hamas, Paris, 2009)
C’est finalement très banal qu’un président de la République aille dans un quartier de nos villes. Pourquoi ça devient un événement ? Pourquoi c’est à ce point dangereux qu’il faudrait qu’il n’y ait pas de médias? Pourquoi ça se passe sans que le maire de la commune en soit lui-même informé? C’est une «curieuse conception de la République. (…) il y aurait donc des zones de non-droit où il y aurait presque péril pour le président. François Hollande (Europe 1)
Vas te faire enculer connard, ici t’es chez moi! Jeune de 21 ans (Mot de bienvenue au président Sarkozy à la gare de St Denis)
On baise la France ! (…) Juifs dans les fours ! (…) Sarkozy le petit Juif ! (…) Obama le nègre des Juifs ! (…) Presse sioniste, presse collabo ! Cris de manifestants devant l’ambassade d’Israël, Paris, 31.05.10)
Tous sur les Champs, on va tout casser. Cris de casseurs du Trocadéro (mai 2013)
Paris est à nous ! Cris des émeutiers du Trocadéro
On est en guerre contre ce pays (…) Ce pays, on le quittera quand il nous rendra ce qu’on nous doit. (…) On n’est pas là parce qu’on aime la Tour Eiffel. Tribu Ka
Les barbares des cités, il n’y a plus à tergiverser, il faut leur rentrer dedans, taper fort, les vaincre, reprendre le contrôle des territoires qui leur ont été abandonnés par des élus en mal de tranquillité. Et vite ! Malekh Boutih (SOS Racisme)
Le discours de l’excuse s’est alors trouvé survalorisé, les prises de position normatives ont été rejetées comme politiquement incorrectes et les policiers ont fait office de boucs émissaires. Lucienne Bui Trong
La société est devenue d’abord plus tolérante vis-à-vis des déviances mineures. Nous sommes de plus en plus individualistes; le contrôle social s’est affaibli, on ne vit plus sous le regard d’une seule communauté comme autrefois. Et puis, l’opinion des parents sur la conduite de leurs enfants est devenue plus indulgente. Ils sont plus laxistes sur la morale quotidienne, et ce dans tous les milieux. (…) Pour être efficace, la réparation doit être immédiate. Or, dans les lycées, la norme veut que l’on ne répare les casiers abîmés qu’au troisième. Au prétexte que le coût unitaire est trop élevé. De même, tous les offices d’HLM ne sont pas convaincus de l’utilité des poubelles ignifugées ou des produits antitags. Sébastian Roché
Les mineurs délinquants cumulent les handicaps, expliquent Monique Dagnaud et Sebastian Roché. L’immigration de fraîche date, associée aux difficultés à trouver un emploi ou à la ghettoïsation de l’habitat, en fait partie, sans qu’il soit possible de mesurer l’importance respective des différents facteurs qui peuvent éclairer les parcours délictueux. D’une façon générale, la pauvreté économique concerne 60 % des familles. Les pères sont, à 26 %, inactifs. Ceux qui ont un travail sont en majorité des ouvriers (59 %), les mères des employées (46 %). Le contexte familial, difficile, éclaire aussi les parcours des mineurs. Les deux tiers sont issus de fratries de quatre frères et soeurs ou plus. Près de 40 % des dossiers judiciaires font état de violence familiale ; 20 % évoquent un père alcoolique. Seuls 54,5 % de ces mineurs vivent avec leurs deux parents ; 11 % sont hébergés en foyer. Dans 9,3 % des cas, ces adolescents ont un de leurs parents décédé. Enfin, leur situation scolaire est sinistrée : 79 % ont redoublé, 55 % plusieurs fois et près de 60 % ont fait l’objet d’une ou de plusieurs exclusions. Les mineurs d’origine étrangère « cumulent encore plus que les autres les traits de désavantage socio-économique », notent les chercheurs. Le Monde
N’est-on pas allé jusqu’à interpréter les tags qui maculaient les trains de banlieue comme « une revendication de vie », voire comme « une agression carnavalesque contre l’ordre établi »? Le Point
L’affaire des abus sexuels commis à Rotherham sur au moins 1 400 enfants est particulièrement choquante par son ampleur, mais aussi du fait de l’inaction des autorités. En cause : leur peur d’être accusées de racisme et leur tendance à dissimuler leurs défaillances. (…) Selon l’ancienne inspectrice des affaires sociales, au moins 1 400 enfants ont été victimes d’exploitation sexuelle entre 1997 et 2013. Nombre d’entre eux ont subi des viols à répétition de la part des membres de bandes dont les agissements étaient connus ou auraient dû l’être. Les enfants qui résistaient étaient battus. Ceux qui osaient parler était traités avec mépris par les adultes censés les protéger. (…) Personne à la mairie, dit-on, n’a osé dénoncer les bandes majoritairement asiatiques qui ont commis ces violences, de crainte d’être accusé de racisme. Force est de reconnaître que le racisme, même inconscient (tout comme le sexisme et l’homophobie), est aujourd’hui montré du doigt dans les services publics. Au point que beaucoup préfèrent fermer les yeux sur des viols d’enfants plutôt que de prendre le risque de subir ce type d’accusations. The Spectator
Ne sommes-nous pas tous en route pour Abilene, persuadés que les autres veulent y aller et que nous serions seuls à exprimer une divergence ? L’évolution actuelle de nos entreprises, de notre monde dans son ensemble, n’est-elle pas, sous bien des aspects, l’autoroute vers une destination dont nous ne voulons pas, dont pas un homme ne veut vraiment ? Thierry Groussin
 Le silence est à la fois un outil très économique de communication et un puissant facteur de décisions absurdes. Christian Morel
Un Américain a observé que les randonnées de ski hors piste avec un guide avaient au moins autant d’accident que sans guide. L’explication est qu’il vaut mieux une discussion de groupe sans leader qu’un leader sans discussion. Christian Morel
Un autre type d’enchaînement vers l’absurde se produit lorsqu’il y a une anticipation croisée défectueuse, par exemple dans l’accident survenu entre deux pétroliers qui, cherchant à s’éviter, se sont détournés de leur trajectoire et sont entrés en collision – accident du reste relativement fréquent. (…) C’est ce qu’a souligné un consultant en management, J.-B. Harvey, à travers ce qu’il appelle le paradoxe d’Abilene. Un dimanche, par une chaleur étouffante, un couple, leur fils et leur belle-fille jouent à un jeu de société sur la terrasse de leur ranch, au frais, en consommant des boissons désaltérantes. Ils prennent collectivement la décision de se rendre à la ville d’Abilene en parcourant deux cents kilomètres dans la chaleur et la poussière, pour avaler un mauvais déjeuner. Quand ils rentrent, ils sont épuisés et maussades ; alors qu’ils se sont affalés dans les fauteuils, l’un d’entre eux avoue qu’il n’a accepté d’aller à Abilene que parce que les autres en avaient envie, mais que lui-même n’y tenait pas du tout ; et ils se rendent alors compte qu’en fait aucun d’entre eux n’en avait envie et qu’ils ont simplement mal anticipé les souhaits les uns des autres. Cet enchaî