Héritage Obama: Attention, un monstre peut en cacher un autre ! (The “Legacy of Obama” can be explained in one word: Trump)

20 février, 2017
osmonster obamaangel
ObamasteinLe monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois […] la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. Marx
Il faut constamment se battre pour voir ce qui se trouve au bout de son nez. George Orwell
Le plus difficile n’est pas de dire ce que l’on voit mais d’accepter de voir ce que l’on voit. Charles Péguy
Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage. La Fontaine
Nous crions d’un bout à l’autre de l’Afrique : Attention, l’Amérique a la rage. Tranchons tous les liens qui nous rattachent à elle, sinons nous serons à notre tour mordus et enragés. Sartre (1953)
The average reporter we talk to is 27 years old, and their only reporting experience consists of being around political campaigns. That’s a sea change. They literally know nothing. (…) We created an echo chamber. They were saying things that validated what we had given them to say. Ben Rhodes (conseiller du président Obama)
When a Republican congressman on MSNBC brought up a 2012 incident where President Barack Obama was caught on a hot mic promising to give Russia’s Vladimir Putin a little more “flexibility” after the election, NBC journalist and MSNBC host Katy Tur seemed not to recall the incident. Tur pressed Florida Representative Francis Rooney about the number of Donald Trump advisors with close tie to Russia. “I see a lot of folks within Donald Trump’s administration who have a friendlier view of Russia than maybe past administrations did,” she noted. “Well, I think it was Obama that leaned over to Putin and said, ‘I’ll have a little more flexibility to give you what you want after the re-election,’” Rooney responded. Tur paused for a moment. “I’m sorry, I don’t know what you’re referring to, Congressman,” she said. “Remember when he leaned over at a panel discussion or in a meeting, and he said, ‘I’ll have more flexibility after the election’?” Rooney asked. “No one pushed the president on what he meant by that, but I can only assume for a thug like Putin that it would embolden him,” which gave Tur pause, again. In Tur’s defense, Rooney is slightly off in his retelling: it was then-Russian President Dmitry Medvedev who Obama whispered to, who then promised to relay Obama’s message to Putin. But his recollection of the content of Obama’s message was accurate: “This is my last election. After my election I have more flexibility,” he told the Russians. Obama’s hot mic comments were major news at the time, receiving widespread coverage. Obama’s Republican opponent Mitt Romney seized upon the gaffe and worked it into his stump speeches, even bringing it up during one of the presidential debates. Mediaite
Chacun sait que notre époque de fausse liberté a accouché d’une tyrannie de la pensée dont la sage-femme devenue folle était déguisée en antiraciste diplômée. Valeurs Actuelles en a fait les frais en osant voiler Marianne pour défendre la laïcité républicaine contre les menées islamistes et Pascal Bruckner comme Georges Bensoussan payeront peut-être le prix pour des raisons voisines. Silence dans les rangs de la gauche paraît-il démocratique. Mais aujourd’hui vient d’éclater une tout autre affaire dans laquelle, au contraire, le racisme comme l’antisémitisme n’ont rien d’imaginaire. Et je prends le pari, qu’ici, précisément, les organisations prétendument antiracistes resteront aux abris. La vedette s’appelle Mehdi Meklat, hier encore il était la coqueluche de la famille islamo-gauchiste et de tous ses compagnons de chambrée. Dans le numéro du 1er février des Inrockuptibles il partageait la une avec l’icône Taubira. Il collaborait aussi avec le Bondy Blog, très engagé dans le combat actuel contre les policiers considérés uniment comme des tortionnaires racistes. Il était encore récemment chroniqueur de la radio active de service public France Inter. Oui mais voilà, patatras, on a retrouvé parmi les milliers de tweets qu’il n’a pas réussi à effacer des gazouillis racistes du dernier cri strident. Échantillons choisis : “je crache des glaires sur la sale gueule de Charb et tous ceux de Charlie hebdo”. “Sarkozy = la synagogue = les juifs = Shalom = oui, mon fils = l’argent”, “Faites entrer Hitler pour tuer les juifs”, “j’ai gagné 20 $ au PMU, je ne les ai pas rejoués parce que je suis un juif”, “les Blancs vous devez mourir asap” etc. Avec une touchante spontanéité, à présent qu’ils ont été découverts, voici ce que notre Mehdi a tweeté samedi dernier : “je m’excuse si ces tweets ont pu choquer certains d’entre vous : ils sont obsolètes”. Bah voyons, certains datent de 2012, autant dire le déluge. J’en connais qui vont fouiller les poubelles du père Le Pen, d’autres qui reprochent à un ancien conseiller de Sarkozy d’avoir dirigé Minute il y a 30 ans, mais dans notre cas, certains plaident déjà l’Antiquité… Gilles-William Goldnadel
Mehdi Meklat, 24 ans, était jusqu’ici connu pour son ton décalé. Du Bondy Blog, à France Inter en passant par Arte, le chroniqueur, journaliste et auteur, s’est taillé, avec son compère Badrou (« les Kids », époque France Inter) une réputation de porte-voix de la jeunesse, « à l’avant garde d’une nouvelle génération venue de banlieue » écrivaient encore Les Inrocks le 1er février. Sauf qu’entre temps, des internautes ont exhumé des tweets de Meklat : injures antisémites, homophobes, racistes, misogynes. Un florilège qui provoque la sidération. De son côte, le jeune homme s’excuse, dépublie, et assure qu’il s’agissait « de questionner la notion d’excès et de provocation » à travers un « personnage fictif ». Faire mentir les stéréotypes sur les-jeunes-de-banlieue. Sans rien renier de soi. Depuis ses débuts au Bondy Blog en 2008, c’est ce que Mehdi Meklat tente de faire, au gré d’une exposition médiatique précoce. A 24 ans désormais, après avoir fait ses premiers pas de journaliste au Bondy Blog à 16 ans, puis tenu chronique pendant six ans chez France Inter en duo avec son ami Badrou (« les Kids »), Meklat le touche à tout (réalisateur, blogueur, reporter) est en promo pour un second livre. Mehdi et Badrou « l’avant-garde d’une nouvelle génération venue de banlieue qui compte bien faire entendre sa voix » écrivaient les Inrocks qui leur consacraient une couverture le 1er février en compagnie de Christiane Taubira. Un binôme qui avait tapé dans l’œil de l’animatrice de France Inter Pascale Clark dès 2010, pour son ton « décalé », sa capacité à chroniquer avec autant d’acuité la vie de l’autre côté du périph (Meklat a grandi à Saint-Ouen, Badrou à la Courneuve) que le tout venant de l’actualité plus « médiatique ». Et voilà que depuis quelques jours, après son passage sur le plateau de l’émission la Grande Librairie (France 5) pour la promo de son second livre, le roman « Minute » (co-écrit avec Badrou), Meklat est dans l’œil du cyclone Twitter. Propulsé dans les sujets les plus discutés non pas pour la promotion de son nouvel ouvrage dédié à Adama Traoré. Mais pour des tweets, exhumés ces derniers jours par plusieurs internautes. Pas quelques tweets isolés. Mais des messages par dizaines, anciens (2012) et pour certains plus récents (2016) dans lesquels Meklat tape tous azimuts sur « les Français », « les juifs », « les homos », Alain Finkelkraut, Charlie Hebdo, les séropositifs, les « travelos »… La liste est longue, et les messages à même d’interpeller. Une prose en 140 signes qui tranche avec l’image de jeune talent à la plume « poétique » et acérée que Meklat s’était jusqu’ici taillée et qui lui a valu jusqu’à aujourd’hui des articles dithyrambiques dans la presse culturelle. Quelques heures auront suffit pour que, soient exhumés et massivement partagés des dizaines de messages issus de son compte twitter personnel @mehdi_meklat. (…) Parmi les premiers et les plus zélés chasseurs de tweets, la fachosphère s’est ruée sur l’occasion. Le blog d’extrême droite Fdesouche publie à tout-va plus d’une cinquantaine de messages de Meklat « journaliste homophobe et antisémite du Bondy blog ». Le site d’extrême droite Boulevard Voltaire, fondé par Robert Ménard, trouve là prétexte à acculer la « gauchosphère sous son vrai visage », quand l’ex-porte parole de génération identitaire s’en donne, lui aussi, à coeur joie. Très vite rejoint dans cette avalanche d’indignation par Marion Maréchal Le Pen. Ce dimanche, la twitta-éditorialiste du Figaro Eugénie Bastié y allait aussi de ses commentaires en 140 signes, suivis d’un article corrosif, soulignant bien au passage que Meklat avait fondé il y a peu avec le journaliste Mouloud Achour (CliqueTV) les « éditions du grand Remplacement » qui ont lancé en juin dernier un magazine baptisé « Téléramadan ». Cette nouvelle revue annuelle qui entend parler d’islam de façon dépassionnée, avait su trouver un titre pied-de-nez déjà à même de faire bondir certains. Mais dans le cas des tweets de Meklat, de fait, la sidération dépasse de loin la sphère des militants de droite et d’extrême droite. D’autres aussi s’indignent : de simples twittos, mais aussi des journalistes, tels Françoise Laborde, Claude Askolovitch, des élus PS comme la ministre de la Famille Laurence Rossignol, ou encore la conseillère municipale Elodie Jauneau sans compter le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme Gille Clavreul. Ils interpellent les Inrocks qui ont placé Meklat en Une de leur numéro du 1er février au côté de Taubira. Ils apostrophent également les éditions du Seuil où Meklat vient de publier son ouvrage, et font part de leur stupéfaction. A l’image de l’auteur de bande dessinée, romancier et réalisateur, Joann Sfar qui s’étrangle : « Je découvre tout ça ce matin, il semble que c’est authentique. Je trouve ça inexcusable quand on se veut représentant de la jeunesse. » Face à l’avalanche de messages indignés, sommé de s’expliquer, samedi après-midi, Meklat se fend finalement de quatre tweets d’excuse et d’explication : « je m’excuse si ces tweets ont pu choquer certains d’entre vous : ils sont obsolètes », assure Meklat qui supprimera dans la foulée la totalité de ses tweets d’avant février 2017 (plus de 30 000). Surtout, il affirme que ces messages ne reflètent en rien sa pensée. Il ne nie pas en être l’auteur, mais assure qu’il s’agit de messages parodiques. « Jusqu’en 2015, sous le pseudo Marcelin Deschamps, j’incarnais un personnage honteux raciste antisémite misogyne homophobe sur Twitter ». Marcellin Deschamps ? Un « personnage fictif », assure-t-il par lequel il avait entrepris de « questionner la notion d’excès et de provocation ». Mais, il l’affirme : les propos de ce personnage « ne représentent évidemment pas ma pensée et en sont tout l’inverse. » Sur Twitter, une fois troqué son pseudo contre son vrai patronyme, le jeune homme n’a pas supprimé ces anciens messages, apparaissant depuis sous son vrai nom Mehdi Meklat. Dans la foulée, ce samedi, l’animatrice radio Pascale Clark, ex chaperonne de Meklat à France Inter (2010-2015) a pris sa défense « Son personnage odieux, fictif, ne servait qu’à dénoncer », assure-t-elle sur Twitter avant de préciser dans un second message : « Les comiques font ça à longueur d’antenne et tout le monde applaudit ». Un peu facile de se cacher derrière un personnage fictif ? A la remarque de plusieurs internautes, le journaliste Claude Askolovitch tempère : « c’est même piteux. Mais cela ne change pas la nature de ses messages pourris – une énorme connerie, pas des appels au meurtre ». Si le journaliste ne cache pas son dégoût pour ces messages qu’il assimile à « des excréments verbaux », « des blagues absolument laides, impardonnables, perverses », « dans un jeu périlleux », il se refuse à y voir de « vraies prises de position ». Tout en tançant « un mec qui s’est cru assez malin pour twitter des immondices ». « Twitter des immondices », sous pseudo dans « un jeu périlleux » ? Yagg, le site de presse LGBT y avait vu davantage qu’un jeu. Le site avait bondi en mars 2014 quand Meklat écrivait sur Twitter : « Christophe Barbier a des enfants séropo ». Yagg le taxe alors d’ « humour sérophobe », « au goût douteux » (visant des personnes séropositives). Le site avait contacté Meklat pour qu’il s’en explique. Réponse de l’intéressé : « J’ai un pseudo sur Twitter, il ne faut pas faire d’amalgame entre mon personnage et moi-même ». Contacté par Yagg, il développait : « Je peux comprendre qu’on se sente insulté par mes tweets, car ils sont parfois extrêmes, provocants ou insultants, mais il ne faut pas en faire des tonnes(…) J’ai créé un personnage violent, provocant, méchant. Pourquoi? Je ne me l’explique pas à moi-même, alors je ne peux pas l’expliquer aux autres. Mais je ne suis pas du tout homophobe. » En octobre 2012, les Inrocks consacraient un portrait élogieux (comme beaucoup) aux gamins précoces Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah, alias « les Kids » de France inter qui entamaient leur quatrième saison sur les ondes de la radio publique. « Un matin, ils partent avec leur micro enregistrer la plainte de la vallée de Florange abandonnée, le lendemain ils sont à l’Elysée et tapent la discute avec Michael Haeneke » écrivent les Inrocks qui dressent le portrait de deux « gamins « talentueux », de « vrais passe-murailles ». Comme beaucoup, l’hebdo s’enthousiasme de leur « reportages poétiques » et de leur « style unique ». Les Inrocks notent : « ils attirent les sympathies ». Quant à Meklat ? Au passage, l’hebdo raconte que c’est « le plus provoc » de deux. « Il faut le voir sur Twitter, vaguement caché derrière un pseudo depuis longtemps éventé : c’est une vraie terreur. Il se pose en métallo furieux, insulte à tout va, se moque de tout et de tous avec une férocité indécente » écrivent les Inrocks qui commentent : « Ça peut aller trop loin (France Inter lui a déjà demandé de retirer un tweet) mais la plupart du temps, c’est drôle à mourir. » Et Meklat d’expliquer déjà que sur le réseau social il « joue un personnage » : « Je ne suis attaché à rien, je n’ai de comptes à rendre à personne, j’ai la liberté de dire ce que je veux. C’est un terrain de jeu, j’y abuse de tout, je ne me mets pas de limite. » Trois ans plus tard. Octobre 2015. Les « Kids » de Pascale Clark ont grandi. Lorsque Le Monde les interviewe pour la sortie de leur premier livre, la journaliste s’attarde sur le cas Meklat. « Si doux et poli à la ville, Mehdi s’est inventé sur Twitter un double diabolique, qui insulte à tout-va », écrit Le Monde. Meklat commente alors : « Tout est trop convenu, on n’ose plus s’énerver. L’idée de casser ça en étant méchant gratuitement me plaît ». En septembre 2016, dans un long article, la journaliste Marie-France Etchegoin revenait pour M le magazine du Monde sur le parcours et l’état d’esprit du tandem Mehdi-Badrou, « une nouvelle génération, à la fois cool et dure, investissant le champ de la culture plutôt que celui des partis politiques, et extrêmement engagée ». Engagée, brillante et convoitée. Comme l’explique M, le duo Mehdi-Badrou est sollicité de toutes parts, ces dernier temps. Ici pour pour un projet avec la Fondation Cartier, là pour écrire un dossier de presse pour un long-métrage avec Depardieu. Ou encore pour mettre en scène la pièce d’un auteur suédois. Quant à leur magazine Téléramadan, la revue annuelle « des musulmans qui ne veulent plus s’excuser d’exister », la journaliste explique que « Pierre Bergé mais aussi Agnès b ont accepté de soutenir la revue ». Parfait. Seul bémol dans la success story, observe la journaliste : « Les bonnes fées qui accompagnent les deux garçons depuis l’adolescence observent leur évolution, avec parfois une pointe d’inquiétude, qui n’empêche ni bienveillance ni compréhension. » Concrètement ? Il est question notamment de Meklat et de son usage de Twitter. « Un troll déchaîné qui déconne et dézingue à tout-va. «Giclez-lui sa mère», «On s’en bat les couilles», «Elle est pas morte, celle-là?» « , énumère la journaliste qui constate : « il se défoule sur des personnalités dont les manières ou les prises de position sur l’islam n’ont pas l’heur de lui plaire ». Certains parrains et autres bonnes fées, explique la journaliste, s’en soucient : « «Arrête ces Tweets! Tu n’es pas dans une cour de récréation!» Mouloud Achour le met en garde: «Les écrits restent, un jour on te les ressortira.». Quant à Mehdi, raconte la journaliste, il « se défend, la main sur le cœur: «Ce n’est pas moi, c’est un personnage que j’ai inventé», ne pouvant s’empêcher d’ajouter, comme dans un lapsus: «Mes Tweets sont des pulsions!» » Meklat et son avatar pulsionnel, une histoire qui ne date pas d’hier. Un double « je » qui ne semble pas géner Meklat, mais qui ne met pas tout le monde à l’aise. Ce dimanche, l’animateur de la Grande Librairie (France 5) François Busnel, qui avait invité Meklat cette semaine publie un communiqué pour prendre ses distances avec son invité. Busnel y affirme que si il avait eu connaissance de ces messages, il n’aurait pas invité le jeune homme dans son émission. Samedi, le Bondy Blog, pressé par une foule d’internautes de réagir, avait également publié un message sur Twitter , expliquant que « les tweets de Meklat n’engagent en aucun cas la responsabilité de la rédaction ». Et le média de préciser : « Puisqu’il y a des évidences qu’il faut affirmer, le Bondy Blog ne peut cautionner des propos antisémites, sexistes, homophobes, racistes, ou tout autre propos discriminatoires et stigmatisants, même sur le ton de l’humour ». Arrêt sur images
Des milliers de manifestants anti-Trump ont défilé à New York lundi et dans plusieurs villes américaines à l’occasion du « Presidents Day », un jour férié en l’honneur des présidents des Etats-Unis. Au cri de « Pas mon président! », quelque 10’000 manifestants  – selon une estimation officieuse de la police – de tous âges et toutes origines se sont rassemblés devant le Trump International Hotel de New York près de Central Park, pour exprimer une nouvelle fois leur opposition au milliardaire républicain un mois jour pour jour après son entrée en fonction.  Les activistes anti-Trump avaient appelé à détourner les célébrations du « Presidents Day » au profit d’un « Not My President Day » avec des rassemblements dans plusieurs villes, dont Los Angeles, Chicago, Atlanta et Washington. Par ailleurs, environ 7000 opposants à Donald Trump ont manifesté lundi aux abords du parlement britannique contre le projet de visite d’Etat du président américain à Londres. Cela au moment même où les députés débattaient du sujet. Une pétition demandant que sa visite ne soit pas « d’Etat » – ce qui pourrait mettre la reine dans l’embarras -, a recueilli 1,8 million de signatures. RTS info
Fuir Washington, le temps d’un week-end de trois jours. Donald Trump attendait impatiemment cette escapade en Floride, devant ses irréductibles supporteurs, fidèles de la première heure, qui se font si rares depuis un mois à Washington. Oublier le froid, le crachin pendant le discours d’investiture, ces médias «malhonnêtes», ces manifestants acrimonieux, les fuites des services secrets, la fronde de la Justice face à son décret sur l’immigration, celle du Congrès face à ses plans grandioses de mur à la frontière mexicaine, le limogeage à contrecœur du général Michael Flynn, son conseiller à la sécurité nationale, éclaboussé par la «Russian Connection», et les centaines de nominations gouvernementales en souffrance. Mais tout cela n’a que peu d’importance pour le «peuple de Trump». «Nous l’aimons et nous sommes venus le lui dire», s’exclame Sheila Gaylor, une résidente de Melbourne, où le président fait escale le temps d’un rassemblement populaire. Comme durant la campagne, lorsque l’adrénaline le poussait de l’avant. Cette ivresse s’est tarie, mais voici l’occasion de la ressusciter, grâce à un bain de foule régénérateur, et de remettre le tribun sur orbite, loin du «marigot» fédéral si difficile à «assécher». Dans le hangar 6 de l’aérodrome local, plusieurs milliers de Floridiens, blancs pour la plupart, se pressent pour apercevoir la tignasse blonde la plus célèbre du monde, et la silhouette élégante de sa femme, Melania. C’est ici, à Melbourne, en septembre 2016, que 15 000 supporteurs déchaînés ont offert au candidat républicain l’une de ses escales les plus mémorables. Peu importe que les opposants se fassent entendre au dehors, réclamant la destitution du président milliardaire.«Ils ne sont que quelques milliers, alors que nous sommes 50 000. Vous croyez que les médias malhonnêtes vont parler de quoi?» gronde une femme à crinière blonde, reprenant le discours officiel.Les pro-Trump ne sont en réalité que 9 000, selon la police de Melbourne sur Twitter, mais leur enthousiasme, débordant, est récompensé par un vrombissement dans le ciel: le Boeing présidentiel Air Force One surgit en rase-mottes, déclenchant les vivats. Le quadriréacteur s’immobilise dans le soleil couchant, et le couple présidentiel apparaît. Dans un tonnerre d’ovations, le chef de l’État s’empresse de révéler la raison de sa venue sur la Space Coast: «Je suis ici parce que je veux être parmi mes amis, et parmi le peuple. Je veux être au même endroit que des patriotes travailleurs qui aiment leur pays, qui saluent le drapeau et prient pour un avenir meilleur.» Ce même peuple qui l’a porté au pouvoir et continue de lui vouer une loyauté sans faille. Ce soutien est inestimable, et probablement fondamental: apprenant à naviguer dans l’air vicié de Washington, le milliardaire va devoir pérenniser sa base militante, surtout s’il compte briguer une réélection en 2020. C’est d’ailleurs son comité de soutien officiel, lancé le 20 janvier, qui finance l’événement du jour, annonciateur de raouts semblables à l’avenir. Bronzé et visiblement détendu, Donald Trump s’amuse avec la foule. Il recycle ses thèmes les plus populaires et désigne ses boucs émissaires habituels. (…) Un mot, un seul, à l’adresse des médias, une allusion (erronée) à «tous ces grands présidents, comme Thomas Jefferson, qui se sont souvent battus avec les médias, ont dénoncé leurs mensonges», et des centaines de poings rageurs se dressent vers la forêt de caméras. Que ses ouailles se rassurent: «La Maison-Blanche tourne comme sur des roulettes!» «CNN craint!» renchérit la foule en chœur. «Je peux vous parler directement, sans le filtre des fausses informations», poursuit Trump. (…) À l’applaudimètre, celui que «nous attendions depuis si longtemps», selon Claudia, une mère au foyer venue de Titusville, un rejeton assoupi dans les bras, ce «héros qui va se dresser», selon l’expression imprimée sur les badges d’accès, l’emporte en évoquant les emplois, le business, qui vont décoller sous son mandat, ces contrats militaires bons pour la région, et, surtout, ce «fichu islamisme radical que nous allons tenir à distance de notre pays». (…) «Il est vraiment formidable, il est comme nous, il parle comme nous, confient d’une seule voix Jake et Colleen, un couple de retraités débonnaire exhibant toute la panoplie du parfait petit supporteur, croisé dans la pénombre en bordure d’aérodrome, pour voir s’envoler le Boeing présidentiel. Il est en train de tenir toutes ses promesses, encore plus vite que prévu. Au-delà de toutes nos attentes!» Le Figaro
Thank you, President Barack Obama, for serving the country for the past eight years. (…) Thank you for the Iran deal. Before the deal, Iran was weeks from attaining nuclear bomb capability. Now the world has a decade before the mullahs have the capability of developing a bomb. (…) Thank you for killing Osama bin Laden. And for taking out al-Qaida’s senior leadership. And for stopping and reversing gains by ISIS. (…) Thank you for standing up to Vladimir Putin. You saw the expansionist, anti-democratic nature of Putin’s actions in Ukraine and quickly confronted him. Perhaps that opposition slowed what may have been an inevitable march through the Baltics. (….) Thank you for recognizing our Cuba embargo was a failed policy and that the time for change had come. Thank you for steering the country through the recession. Thank you for cutting unemployment in half. And for doing so in the face of Republican obstructionism on the kind of infrastructure bill that your successor now likely will get through. Thank you for doubling clean energy production. For recognizing that our dependence on fossil fuels can’t help but degrade our environment and hold us back from being competitive in the green energy future, and embolden corrupt and backward regimes from Venezuela to the Middle East to Russia. (…) Thank you for the Affordable Care Act. It has brought the security of health care to millions. It has saved lives. It has kept the rate of cost increases in premiums lower in the past eight years than they were in the previous eight years. It needs to be fixed — what doesn’t? — but only with better ideas, not worse ones. (…) Thank you for trying to get immigration reform through Congress, and for pursuing the policy known as Deferred Action for Childhood Arrivals, which let 5 million people already living and working here come out of the shadows. (…) Thank you for trying. You grappled with one great chaos after another, and sometimes you fell short. In Syria, you needed a smarter course of action. In Israeli-Palestinian peacemaking, you underestimated the need, early on, to deal with Israeli fears and Palestinian obstructionism. As for ending the Sudan embargo, the jury is out. (…) Thank you. Thank you for not embarrassing us, your family or yourself. Though your opponents and their friends at “Fox and Friends” tried to pin scandals to you, none could stick. In my lifetime, there has never been an administration so free from personal and professional moral stain. Thank you for the seriousness, dignity, grace, humor and cool you brought to the Oval Office. Thank you for being my president. Rob Eshman
I think it’s important not to dismiss the president’s reply simply as dumb. We ought to assume that it’s darkly brilliant — if not in intention than certainly in effect. The president is responding to a claim of fact not by denying the fact, but by denying the claim that facts are supposed to have on an argument. He isn’t telling O’Reilly that he’s got his facts wrong. He’s saying that, as far as he is concerned, facts, as most people understand the term, don’t matter: That they are indistinguishable from, and interchangeable with, opinion; and that statements of fact needn’t have any purchase against a man who is either sufficiently powerful to ignore them or sufficiently shameless to deny them — or, in his case, both. (…) But the most interesting conversation is not about why Donald Trump lies. Many public figures lie, and he’s only a severe example of a common type. The interesting conversation concerns how we come to accept those lies. Nearly 25 years ago, Daniel Patrick Moynihan, the great scholar and Democratic Senator from New York, coined the phrase, “defining deviancy down.” His topic at the time was crime, and how American society had come to accept ever-increasing rates of violent crime as normal. “We have been re-defining deviancy so as to exempt much conduct previously stigmatized, and also quietly raising the ‘normal’ level in categories where behavior is now abnormal by any earlier standard,” Moynihan wrote. You can point to all sorts of ways in which this redefinition of deviancy has also been the story of our politics over the past 30 years, a story with a fully bipartisan set of villains. I personally think we crossed a rubicon in the Clinton years, when three things happened: we decided that some types of presidential lies didn’t matter; we concluded that “character” was an over-rated consideration when it came to judging a president; and we allowed the lines between political culture and celebrity culture to become hopelessly blurred. But whatever else one might say about President Clinton, what we have now is the crack-cocaine version of that. If a public figure tells a whopping lie once in his life, it’ll haunt him into his grave. If he lies morning, noon and night, it will become almost impossible to remember any one particular lie. Outrage will fall victim to its own ubiquity. It’s the same truth contained in Stalin’s famous remark that the death of one man is a tragedy but the death of a million is a statistic. One of the most interesting phenomena during the presidential campaign was waiting for Trump to say that one thing that would surely break the back of his candidacy. Would it be his slander against Mexican immigrants? Or his slur about John McCain’s record as a POW? Or his lie about New Jersey Muslims celebrating 9/11? Or his attacks on Megyn Kelly, on a disabled New York Times reporter, on a Mexican-American judge? Would it be him tweeting quotations from Benito Mussolini, or his sly overtures to David Duke and the alt-right? Would it be his unwavering praise of Vladimir Putin? Would it be his refusal to release his tax returns, or the sham that seems to been perpetrated on the saps who signed up for his Trump U courses? Would it be the tape of him with Billy Bush? None of this made the slightest difference. On the contrary, it helped him. Some people became desensitized by the never-ending assaults on what was once quaintly known as “human decency.” Others seemed to positively admire the comments as refreshing examples of personal authenticity and political incorrectness. (…) Donald Trump’s was the greatest political strip-tease act in U.S. political history: the dirtier he got, the more skin he showed, the more his core supporters liked it. Abraham Lincoln, in his first inaugural address, called on Americans to summon “the better angels of our nature.” Donald Trump’s candidacy, and so far his presidency, has been Lincoln’s exhortation in reverse. Bret Stephens
Barack Obama is the Dr. Frankenstein of the supposed Trump monster. If a charismatic, Ivy League-educated, landmark president who entered office with unprecedented goodwill and both houses of Congress on his side could manage to wreck the Democratic Party while turning off 52 percent of the country, then many voters feel that a billionaire New York dealmaker could hardly do worse. If Obama had ruled from the center, dealt with the debt, addressed radical Islamic terrorism, dropped the politically correct euphemisms and pushed tax and entitlement reform rather than Obamacare, Trump might have little traction. A boring Hillary Clinton and a staid Jeb Bush would most likely be replaying the 1992 election between Bill Clinton and George H.W. Bush — with Trump as a watered-down version of third-party outsider Ross Perot. But America is in much worse shape than in 1992. And Obama has proved a far more divisive and incompetent president than George H.W. Bush. Little is more loathed by a majority of Americans than sanctimonious PC gobbledygook and its disciples in the media. And Trump claims to be PC’s symbolic antithesis. Making Machiavellian Mexico pay for a border fence or ejecting rude and interrupting Univision anchor Jorge Ramos from a press conference is no more absurd than allowing more than 300 sanctuary cities to ignore federal law by sheltering undocumented immigrants. Putting a hold on the immigration of Middle Eastern refugees is no more illiberal than welcoming into American communities tens of thousands of unvetted foreign nationals from terrorist-ridden Syria. In terms of messaging, is Trump’s crude bombast any more radical than Obama’s teleprompted scripts? Trump’s ridiculous view of Russian President Vladimir Putin as a sort of « Art of the Deal » geostrategic partner is no more silly than Obama insulting Putin as Russia gobbles up former Soviet republics with impunity. Obama callously dubbed his own grandmother a « typical white person, » introduced the nation to the racist and anti-Semitic rantings of the Rev. Jeremiah Wright, and petulantly wrote off small-town Pennsylvanians as near-Neanderthal « clingers. » Did Obama lower the bar for Trump’s disparagements? Certainly, Obama peddled a slogan, « hope and change, » that was as empty as Trump’s « make America great again. » (…) How does the establishment derail an out-of-control train for whom there are no gaffes, who has no fear of The New York Times, who offers no apologies for speaking what much of the country thinks — and who apparently needs neither money from Republicans nor politically correct approval from Democrats? Victor Davis Hanson
To me, the “Legacy of Obama” can be explained in one word: Trump. Hallie Lerman
Once hailed as a political genius, Obama’s radicalism led his party into disarray, and repeated electoral disaster, with some 1000 national and state legislative seats and many Governorships lost during his tenure. Ungenerous to his political opponents, he ultimately was quite uncaring about his own political party too. The black community faired quite economically poorly during his two terms. And, abandoning his roots, Barack Obama has sadly accepted no accountability for the years-long murder wave gripping Chi-town. Barack Hussein Obama chose purposefully to assail American allies abroad, befriend tyrannies, abandon dissidents and victims abroad, and attack traditional Americans and economic growth at home. He was also never a truth teller about Islamic Jihad and the challenge of radical Islam’s assaults on Americans within our own borders. His legacy is to have made America less safe and sovereign, less prosperous and entrepreneurial, and less united than the promised hope and change campaign of 2008. Larry Greenfield
Tiré à quatre épingles, col blanc éclatant et cravate rouge vif, l’homme grand, noir, élégant, fait son apparition sur scène devant des milliers de drapeaux américains portés par une marée humaine en délire. Des applaudissements se mélangent aux cris hystériques, pleurs et voix hurlant en chœur « Yes we can ». Les larmes coulent sur les joues du révérend Jesse Jackson qui vient d’apprendre que le rêve de Martin Luther King s’est réalisé en ce 4 novembre 2008. Et le monde entier assiste, le souffle coupé, à cette scène inédite de l’histoire. « Hello Chicago », lance le quadragénaire avec un sourire tiré des publicités de dentifrice. « S’il y a encore quelqu’un qui doute que l’Amérique est un endroit où tout est possible, ce soir, vous avez votre réponse. » Et la foule s’enflamme. Ce soir-là, Barack Obama a réussi son pari en devenant le premier président noir des Etats-Unis. Aux yeux de ses électeurs, il n’était pas seulement l’incarnation de l’ » American dream ». Il était aussi celui qui allait tendre l’oreille aux difficultés des minorités, sortir une nation de la pire crise économique depuis la Grande Dépression, ramasser les pots cassés de George W. Bush, soigner les plaies d’un pays hanté par la guerre et l’insécurité, rendre aux familles leurs soldats partis en Irak et en Afghanistan, offrir des soins de santé aux plus démunis… La liste est sans fin. (…) Les attentes étaient particulièrement grandes au sein de la communauté afro-américaine (…) « Tout le monde a cru qu’avec Obama nous allions rentrer dans une ère post-raciale. C’est donc assez ironique que la race soit devenue un problème majeur sous sa présidence », affirme Robert Shapiro, politologue à l’université new-yorkaise de Columbia. (…) Outre quelques discours, le Président se distingue par le peu d’initiatives prises en faveur de sa communauté. Certes, il a nommé un nombre sans précédent de juges noirs. Et, paradoxalement, cette reprise de la lutte pour l’égalité est parfois notée comme une victoire du Président, malgré lui. (…) Dans un premier temps, l’ancien sénateur a aussi suscité la colère des immigrés en situation irrégulière en autorisant un nombre record d’expulsions. Barack Obama finira par faire volte-face et s’engagera dans une lutte féroce pour faire passer au Congrès le « Dream Act », projet de loi légalisant 2 millions de jeunes sans-papiers. En vain. Furieux, le chef d’Etat signera alors un décret permettant à ceux-ci d’obtenir un permis de travail et donc de les protéger. Aussi, peu de présidents américains peuvent se targuer d’avoir fait autant progresser la protection des droits des homosexuels. En mai 2012, « Newsweek » surnommait Barack Obama « the first gay president », pour saluer sa décision de soutenir le mariage homosexuel. Quelques mois plus tard, la loi « Don’t ask, don’t tell », interdisant aux militaires d’afficher leur homosexualité, était abrogée. Et, en 2015, Barack Obama criait « victoire », alors que la Cour suprême venait de légaliser le mariage gay. Reste que le natif de Hawaii n’est pas parvenu à réduire les inégalités sociales et raciales qui sévissent toujours aux Etats-Unis. En 2012, 27,2 % des Afro-Américains et 25,6 % des Latinos vivaient sous le seuil de pauvreté, contre 9,7 % des Blancs. Autre épine dans le pied du Démocrate : la débâcle de la ville de Detroit, majoritairement peuplée par des Noirs et déclarée en banqueroute de 2013 à 2014. (…) Peut-être était-il trop dépensier. Surnommé « Monsieur 20 trillions », Barack Obama est accusé d’avoir doublé la dette publique. (…) L’histoire se souviendra d’Obama comme de celui qui aura doté les Etats-Unis d’un système d’assurance santé universelle. L’ »Affordable Care Act », lancé en 2010 après quinze mois de tractations, est « la » grande victoire du Démocrate. (…) Mais (…) le système montre-t-il ses limites puisque (…) il comprend (…) trop de personnes malades, nécessitant des soins, et pas assez de personnes en bonne santé. Ce problème est devenu récurrent et des compagnies d’assurances quittent le programme », explique Victor Fuchs, spécialiste américain de l’économie de la santé. (…) En 2009, le Président envoie 30 000 hommes supplémentaires en Afghanistan, pour ensuite déclarer la fin des opérations militaires en Irak, avant de bombarder la Libye. (…) Sa crédibilité en prend un coup lorsqu’il refuse de frapper la Syrie, même après que Bachar Al-Assad eut franchi la fameuse ligne rouge, tracée par Obama lui-même, en utilisant des armes chimiques contre les rebelles. En huit ans, le prix Nobel de la paix, arrivé au pouvoir comme un Président antiguerre, aura entériné le recours à la force militaire dans neuf pays (Afghanistan, Irak, Syrie, Pakistan, Libye, Yémen, Somalie, Ouganda et Cameroun). Le « New York Times » indique d’ailleurs que « si les Etats-Unis restent au combat en Afghanistan, Irak et Syrie jusqu’à la fin de son mandat […] il deviendra de façon assez improbable le seul président dans l’histoire du pays à accomplir deux mandats entiers à la tête d’un pays en guerre ». Le Congrès aura été le talon d’Achille de Barack Obama. (…) Résultat : l’adepte du « centrisme » laissera derrière lui un paysage politique plus polarisé que jamais. « Il n’y a pas une Amérique libérale et une Amérique conservatrice, il y a les Etats-Unis d’Amérique. Les érudits aiment à découper notre pays entre Etats rouges et Etats bleus […] mais j’ai une nouvelle pour eux. Nous formons un seul peuple », avait-il pourtant déclaré lors de la Convention démocrate de Boston le 27 juillet 2004. Ce jour-là, une star politique était née. Barack Obama avait tout : la rhétorique enflammée, le charisme hors norme, l’intelligence, le parcours au parfum de rêve américain et la famille idéale. Avec son style châtié, son allure juvénile, sa capacité à susciter l’enthousiasme des jeunes électeurs, il était le candidat parfait du XXIe siècle. Trop parfait, peut être. A tel point qu’il aura suscité plus d’espoirs qu’il ne pouvait en porter. « Il a été meilleur candidat en campagne qu’il n’a été président », regrette M. McKee. La Libre Belgique

Attention: un monstre peut en cacher un autre !

En ce Washington’s Day devenu Presidents’ Day

Et, si l’on en croit nos valeureux journalistes,  Not my Presidents’ Day

Pendant qu’en Floride la part maudite de l’Amérique encensait son élu …

Et qu’en France nos propres juges comme nos médias montrent le vrai prix, selon la tête du client, qu’ils attachent à la vérité

Comment ne pas voir …

Par l’un de ces effets de balancier dont l’histoire est friande …

La radicalité encouragée par la trop grande adulation et indulgence de toute une presse et finalement tant d’entre nous

D’un certain Dr. Frankenstein dont il ne serait au bout du compte que la créature ?

Voir aussi:

Le bilan Obama
Barack Obama, le président dont on attendait trop
Maria Udrescu
La Libre Belgique
2016

Le Président n’a pas pu sortir de baguette magique pour laisser derrière lui une Amérique idéale.

Tiré à quatre épingles, col blanc éclatant et cravate rouge vif, l’homme grand, noir, élégant, fait son apparition sur scène devant des milliers de drapeaux américains portés par une marée humaine en délire. Des applaudissements se mélangent aux cris hystériques, pleurs et voix hurlant en chœur « Yes we can ». Les larmes coulent sur les joues du révérend Jesse Jackson qui vient d’apprendre que le rêve de Martin Luther King s’est réalisé en ce 4 novembre 2008. Et le monde entier assiste, le souffle coupé, à cette scène inédite de l’histoire. « Hello Chicago », lance le quadragénaire avec un sourire tiré des publicités de dentifrice. « S’il y a encore quelqu’un qui doute que l’Amérique est un endroit où tout est possible, ce soir, vous avez votre réponse. » Et la foule s’enflamme.

Ce soir-là, Barack Obama a réussi son pari en devenant le premier président noir des Etats-Unis. Aux yeux de ses électeurs, il n’était pas seulement l’incarnation de l’ » American dream ». Il était aussi celui qui allait tendre l’oreille aux difficultés des minorités, sortir une nation de la pire crise économique depuis la Grande Dépression, ramasser les pots cassés de George W. Bush, soigner les plaies d’un pays hanté par la guerre et l’insécurité, rendre aux familles leurs soldats partis en Irak et en Afghanistan, offrir des soins de santé aux plus démunis…

La liste est sans fin. Et huit ans plus tard, d’aucuns applaudissent les réussites du Démocrate malgré un contexte hostile – un Congrès aux mains des Républicains – et une situation dramatique héritée de son prédécesseur. D’autres s’étonnent de voir que ce Président, qui aura suscité un enthousiasme quasi messianique, n’ait pas sorti sa baguette magique pour laisser derrière lui une Amérique idéale, ou même pour tenir toutes ses promesses de campagne.

La désillusion des minorités

Les attentes étaient particulièrement grandes au sein de la communauté afro-américaine, même si Barack Obama, né d’un père kenyan, ne s’est jamais présenté comme un « président des Noirs ». « Tout le monde a cru qu’avec Obama nous allions rentrer dans une ère post-raciale. C’est donc assez ironique que la race soit devenue un problème majeur sous sa présidence », affirme Robert Shapiro, politologue à l’université new-yorkaise de Columbia.

En 2014, des vagues de protestation ont secoué la ville de Ferguson après la mort de Michael Brown, un Afro-Américain tué par un policier blanc. Un an plus tôt, le « Black Lives Matter » naissait dans la foulée de l’acquittement de George Zimmerman, policier ayant abattu Trayvon Martin, un jeune Noir. Barack Obama avait alors célèbrement déclaré : « Trayvon Martin, ça aurait pu être moi il y a trente-cinq ans »

Outre quelques discours, le Président se distingue par le peu d’initiatives prises en faveur de sa communauté. Certes, il a nommé un nombre sans précédent de juges noirs. Et, paradoxalement, cette reprise de la lutte pour l’égalité est parfois notée comme une victoire du Président, malgré lui. « Le ‘Black Lives Matter’ rappelle enfin que des problèmes liés à l’héritage de discrimination raciale existent encore aux Etats-Unis, comme dans la justice ou la distribution des richesses », explique William Howell, professeur de sciences politiques à l’université de Chicago. Mais, « Barack Obama a été réticent à prendre des mesures qui affectent uniquement les Afro-Américains, au risque de voir les électeurs blancs l’accuser de se charger uniquement de ‘ses gens’ », observe Seth McKee, de la Texas Tech University. Dans un premier temps, l’ancien sénateur a aussi suscité la colère des immigrés en situation irrégulière en autorisant un nombre record d’expulsions. Barack Obama finira par faire volte-face et s’engagera dans une lutte féroce pour faire passer au Congrès le « Dream Act », projet de loi légalisant 2 millions de jeunes sans-papiers. En vain. Furieux, le chef d’Etat signera alors un décret permettant à ceux-ci d’obtenir un permis de travail et donc de les protéger.

Aussi, peu de présidents américains peuvent se targuer d’avoir fait autant progresser la protection des droits des homosexuels. En mai 2012, « Newsweek » surnommait Barack Obama « the first gay president », pour saluer sa décision de soutenir le mariage homosexuel. Quelques mois plus tard, la loi « Don’t ask, don’t tell », interdisant aux militaires d’afficher leur homosexualité, était abrogée. Et, en 2015, Barack Obama criait « victoire », alors que la Cour suprême venait de légaliser le mariage gay.

Une croissance florissante, mais inégale

Reste que le natif de Hawaii n’est pas parvenu à réduire les inégalités sociales et raciales qui sévissent toujours aux Etats-Unis. En 2012, 27,2 % des Afro-Américains et 25,6 % des Latinos vivaient sous le seuil de pauvreté, contre 9,7 % des Blancs. Autre épine dans le pied du Démocrate : la débâcle de la ville de Detroit, majoritairement peuplée par des Noirs et déclarée en banqueroute de 2013 à 2014.

Barack Obama peut néanmoins rétorquer que c’est le bien-être économique de tout un pays qu’il a dû relever, à la sueur de son front. En effet, »personne ne peut dire, objectivement, que l’économie est dans un pire état aujourd’hui que lorsqu’Obama est devenu président. En 2008, le taux de chômage présentait deux chiffres, la Bourse était en chute libre, les banques fermaient, c’était un chaos total », rappelle M. Howell. Aujourd’hui, l’Amérique s’est remise de la grande récession de 2008, présentant un taux de chômage de 5 %, une croissance de 2,4 % et une Bourse au plus haut. Pendant ses mandats, l’Amérique a créé près de 16 millions d’emplois et le rachat de General Motors et Chrysler en a sauvé 3 millions.

Peut-être aurait-il pu faire plus. « Mais gardez à l’esprit qu’il a dû faire avec un Congrès qui ne voulait lui accorder aucune victoire », rappelle M. Howell. A défaut de convaincre les Républicains de relever le salaire minimum bloqué à 7,25 dollars de l’heure, le Président a dû se résoudre à le faire par décret pour les employés des sociétés privées au service de l’Etat.

Peut-être était-il trop dépensier. Surnommé « Monsieur 20 trillions », Barack Obama est accusé d’avoir doublé la dette publique. Mais ce phénomène est en grande partie dû aux dépenses liées au paiement des retraites et, surtout, à la santé.

L’Obamacare, légendaire, mais sur la sellette

L’histoire se souviendra d’Obama comme de celui qui aura doté les Etats-Unis d’un système d’assurance santé universelle. L’ »Affordable Care Act », lancé en 2010 après quinze mois de tractations, est « la » grande victoire du Démocrate. Honni des Républicains et traîné par trois fois devant la Cour suprême, l’Obamacare a malgré tout accordé une couverture médicale à près de 20 millions de personnes. « La réforme a aussi interdit aux compagnies d’assurances de refuser de couvrir une personne en raison de son état de santé et relevé l’âge en dessous duquel les enfants peuvent être couverts par l’assurance de leurs parents. Mais est-ce tout ce dont Obama a rêvé ? Sûrement pas. Est-ce que ça a résolu la crise des soins de santé aux Etats-Unis ? Sûrement pas », analyse M. Howell.

Tout d’abord parce que la Cour suprême a donné, en 2012, le choix aux Etats d’adopter ou non Medicaid, assurance santé destinée aux Américains les plus pauvres. Aussi, le système montre-t-il ses limites puisque « l’amende infligée à ceux qui n’y participent pas n’est pas suffisamment élevée (1 % du salaire brut la première année et en augmentation les années suivantes, NdlR). Il comprend donc trop de personnes malades, nécessitant des soins, et pas assez de personnes en bonne santé. Ce problème est devenu récurrent et des compagnies d’assurances quittent le programme », explique Victor Fuchs, spécialiste américain de l’économie de la santé.

De façon générale, selon Seth McKee, « l’‘Affordable Care Act’ est une législation polarisante. Mais c’est une réforme massive telle qu’on n’en a plus vu depuis le président Johnson, dans les années 60 ».

Un Président engagé contre le réchauffement climatique

Le locataire de la Maison-Blanche s’était aussi lancé le défi de convaincre les Etats-Unis de mieux préserver la planète. En juin 2008, Obama s’exclamait : « Nous pourrons nous souvenir de ce jour et dire à nos enfants qu’alors la montée des océans a commencé à ralentir et la planète à guérir ».

Huit ans plus tard, les Américains sont loin d’avoir adopté un esprit vert, malgré des signes alarmants tels que la sécheresse en Californie ou les inondations en Louisiane. La majorité des tentatives du chef d’Etat pour limiter la pollution – comme son projet de loi plafonnant les émissions de carbone – ont été torpillées par les Républicains.

Mais Barack Obama n’en est pas au point de décoller son étiquette de « green president ». Ainsi, le « New York Times » l’a-t-il surnommé le « monument maker », soulignant que le Démocrate a créé 23 espaces protégés et la plus grande réserve naturelle marine au monde. Il a été le premier chef d’Etat américain à se rendre en Alaska pour y mettre en relief les effets du changement climatique, même si, peu après sa visite, il décida maladroitement d’autoriser Shell à forer dans la mer des Tchouktches. En novembre 2015, il a mis son veto à l’oléoduc Keystone, qui devait relier le Canada au golfe du Mexique. « Last but not least », le président américain a convaincu Pékin de s’engager à ses côtés pour permettre aux négociations climatiques d’aboutir à Paris.

Une diplomatie tantôt gauche, tantôt fructueuse

La politique internationale est d’ailleurs le domaine où Barack Obama a accumulé le plus de victoires… et d’échecs. Ni messianique ni indifférent, le Démocrate dit être un « réaliste », prêt à faire la balance entre les intérêts des Etats-Unis et ceux de ses alliés. Lorsqu’il prend place derrière le Bureau ovale, l’Amérique a mauvaise presse. Le pays avait sorti le plus grand mensonge de l’histoire de l’espionnage pour envahir l’Irak et était en passe de perdre une guerre en Afghanistan.

Les premiers pas du leader américain sur la scène internationale sont prometteurs. Quelques mois après son investiture, il prononce le discours du Caire visant à améliorer les relations entre Washington et le monde musulman. Mais entre une Amérique plus modeste, recentrée sur ses défis nationaux, et un interventionnisme militaire digne de la plus grande puissance mondiale, son cœur balance.

En 2009, le Président envoie 30 000 hommes supplémentaires en Afghanistan, pour ensuite déclarer la fin des opérations militaires en Irak, avant de bombarder la Libye. Barack Obama avait pourtant promis de tourner la page des années George W. Bush. Et l’exécution d’Oussama Ben Laden, le chef d’Al Qaïda, devait y mettre le point final. Mais le printemps arabe lui force la main et rappelle les Etats-Unis au Proche-Orient. Sa crédibilité en prend un coup lorsqu’il refuse de frapper la Syrie, même après que Bachar Al-Assad eut franchi la fameuse ligne rouge, tracée par Obama lui-même, en utilisant des armes chimiques contre les rebelles.

En huit ans, le prix Nobel de la paix, arrivé au pouvoir comme un Président antiguerre, aura entériné le recours à la force militaire dans neuf pays (Afghanistan, Irak, Syrie, Pakistan, Libye, Yémen, Somalie, Ouganda et Cameroun). Le « New York Times » indique d’ailleurs que « si les Etats-Unis restent au combat en Afghanistan, Irak et Syrie jusqu’à la fin de son mandat […] il deviendra de façon assez improbable le seul président dans l’histoire du pays à accomplir deux mandats entiers à la tête d’un pays en guerre ».

Le dirigeant américain ne manque pas pour autant de faire honneur à son prix Nobel. Le 10 décembre 2013, il échange une poignée de main historique avec le dirigeant cubain Raúl Castro. C’est le début du dégel des relations entre les deux pays, après plus d’un demi-siècle d’animosités et de sanctions économiques. Autre grand succès diplomatique de l’ancien sénateur : l’accord sur le nucléaire iranien, que les Républicains n’ont pas réussi à bloquer.

Ces derniers parviendront par contre à tuer dans l’œuf un autre de ses projets : la fermeture de Guantanamo. S’il ne reste plus que 61 prisonniers dans le centre ouvert à Cuba en 2002, Barack Obama aura échoué à verrouiller définitivement les portes de ce site.

Une Amérique divisée

Le Congrès aura été le talon d’Achille de Barack Obama. La droite ne pouvait avaler sa double défaite face à un Démocrate, noir et fils d’un immigré musulman, qui plus est. Le cœur du Parti républicain a presque fait de la dénonciation du Président son seul programme politique. « De façon générale, pour toute une partie de l’Amérique, avoir un Président afro-américain, issu des grandes universités de la côte Est, qui est ouvert sur le monde et prône le multiculturalisme et la tolérance vis-à-vis de l’islam, c’est insupportable », observe Marie-Cécile Naves, chercheuse associée à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

De son côté, Barack Obama a voulu effacer ce qui avait fait de lui l’homme providentiel, symbole d’une nouvelle ère, pour apparaître comme un « président normal ». Aussi, « il n’a pas eu la motivation suffisante de travailler avec le Congrès, raison pour laquelle il ne s’est pas donné les moyens de le faire. Il a presque abandonné avant même d’essayer », estime Seth McKee. Résultat : l’adepte du « centrisme » laissera derrière lui un paysage politique plus polarisé que jamais.

« Il n’y a pas une Amérique libérale et une Amérique conservatrice, il y a les Etats-Unis d’Amérique. Les érudits aiment à découper notre pays entre Etats rouges et Etats bleus […] mais j’ai une nouvelle pour eux. Nous formons un seul peuple », avait-il pourtant déclaré lors de la Convention démocrate de Boston le 27 juillet 2004. Ce jour-là, une star politique était née. Barack Obama avait tout : la rhétorique enflammée, le charisme hors norme, l’intelligence, le parcours au parfum de rêve américain et la famille idéale. Avec son style châtié, son allure juvénile, sa capacité à susciter l’enthousiasme des jeunes électeurs, il était le candidat parfait du XXIe siècle. Trop parfait, peut être. A tel point qu’il aura suscité plus d’espoirs qu’il ne pouvait en porter. « Il a été meilleur candidat en campagne qu’il n’a été président », regrette M. McKee.

« Barack Obama ne figurera pas sur la liste des grands présidents américains, réservée à ceux qui étaient en fonction pendant les grandes guerres », estime M. Shapiro. « Mais plutôt sur celle des bons présidents, aux côtés de Truman, Reagan ou encore Jefferson. Parce qu’il a engrangé beaucoup de réussites, parce qu’il a fait face à de grands défis économiques et militaires, et parce qu’il est le premier Président noir des Etats-Unis. »

Voir aussi:

A legacy of O
Larry Greenfield
JTA
Jan 17, 2017

When he ran for President, Barack Obama promoted “we are not red states or blue states, but the United States.” He didn’t mean it.

Radicalized by his prolific communist mentor Frank Marshall Davis, Barry (Soetero) enjoyed his pot-smoking “choom gang” in high school, and then regularly attended socialist conferences while in college.

He became a community organizer in Chicago and close friend of the radical Rev. Jeremiah Wright, and the domestic terrorist Bill Ayers, his philosophical and political influencers. Obama’s “Dreams from My Father” were calculations against the American Dream.

As Presidential candidate in 2008, Senator Obama declared the cumulative national debt, at 8 Trillion dollars, “unpatriotic.” But his unprecedented generational assault on America’s children has now resulted in a staggering debt of 20 Trillion dollars, and all-time high levels of government dependency in “food stamp nation”.

For that bill, taxpayers could have easily covered all the medical care of the uninsured without imposing the Obamacare disaster. But the Affordable Care Act was never about affordability, access, reducing health care costs, or keeping your insurance or your doctor.  It was always about federal control and a path to socialized health care through an eventual single-payer system.

Obama’s legacy therefore is a decline of consumer choice and health care competition, with providers and doctors walking away, and middle class Americans shocked at their skyrocketing insurance premiums and extremely high insurance deductibles.

Since 1790, the annual average domestic economic growth rate in our nation is just under 4%. Having never worked in the private sector, Barack Obama has presided over the poorest-ever 8 year national economic performance, a mere 1.5% annual growth.

Declaring “I won”, President Obama promoted an extreme and often petty partisanship, incessantly castigating, and never compromising with Congress.

He demoralized entrepreneurs (“you didn’t build that”), demonized the “bitter clingers” to their guns and religion, opposed domestic energy production (Keystone pipeline) and ridiculed doctors “seeking profit”.

A former adjunct law professor, Obama’s executive over-reach was repeatedly repudiated by the Courts.

Mr. Obama promised transparency, but his administration produced a stunning collection of scandals:

Fast & Furious gun running to Mexican drug lords, the IRS assault on Conservatives, the targeting of James Rosen and AP reporters, released GITMO terrorists returning to battle, the Benghazi failure to anticipate, protect, defend, or admit the truth about the planned 9/11 anniversary assault on U.S. assets, Healthcare Insurance Fraud, the woeful Bo Berghdahl trade, Auto Dealergate, the DOJ Black Panther whitewash, the NEA Art scandal, the Sestak affair, Inspector General Gerald Walpin’s firing, the mis-spending of Stimulus Funds , the DOJ propaganda unit, Solyndra, the Attorney General held in contempt of Congress, and massive failures at the Veterans Administration, the CDC, and the Secret Service.  The list goes on and on.

As Commander in Chief, Mr. Obama, absent any national security experience or credentials, called our troops “corpsemen” and oversaw significant declines in military preparedness and troops, tanks, planes, and warship levels.

His human rights record is a disaster — diffidence about assaults on Christians, and Yazidi and Nigerian girls sold into slavery without rescue, and unforgivable decisions to side against dissidents from Tehran to Eastern Europe.  Mr. Obama took the wrong side in Honduras and Egypt (Moslem Brotherhood), and sought to appease and empower the Castro regime in Cuba and the Mullah tyranny in Iran.  He didn’t extract concessions; he conceded, over and over, to our enemies.

The Russian re-set was an historic blunder (“Tell Vladimir I’ll have more flexibility after I’m re-elected”) and Obama failed to retaliate against Chinese cyber hacking, a lesson Russians must have learned.

The Nobel Peace Prize winner managed a tripling of US combat deaths in Afghanistan over his predecessor, and his most unfortunate withdrawal of all U.S. troops from Iraq, which VP Biden had declared stable, helped to unleash the barbarism of ISIS (“a JV Team”, “contained”).

Secretaries of State Clinton and Kerry exhibited remarkable ineffectiveness in promoting stability in the Middle East, encouraging Palestinian irredentism and resulting in failed states in Libya and Yemen.

UN Ambassador Samantha Power who literally wrote the book on R2P, the “responsibility to protect” against genocide, failed her mission. Responsibility was abandoned to beg favor with the Iranians, who received not further sanction but billions of American dollars and a green light to continue regional domination and terror, support of Assad in Syria, and threats against Israel.

Most egregiously, President Obama failed to enforce his own red line in Syria or even create no fly zones, after the Assad regime used chemical weapons. There is no more Syrian state, 500,000 are dead, and millions of refugees are flooding into Europe, destabilizing the West.  History will judge this administration harshly.

The Obama Doctrine (“offend friends and hug thugs”) was perhaps most calculated to undermine Bibi Netanyahu, (including Obama sending his political team and U.S. taxpayer funds to influence the Israeli elections).  Seeking “daylight” between special allies, Mr. Obama used every opportunity to destroy the bi-partisan tradition of U.S. diplomatic and political support for the Jewish state.  During the Iran Deal debate, Mr. Obama sank to new lows, castigating opponents (the majority in Congress and in public opinion) as dual loyalists.

Once hailed as a political genius, Obama’s radicalism led his party into disarray, and repeated electoral disaster, with some 1000 national and state legislative seats and many Governorships lost during his tenure. Ungenerous to his political opponents, he ultimately was quite uncaring about his own political party too.

The black community faired quite economically poorly during his two terms.  And, abandoning his roots, Barack Obama has sadly accepted no accountability for the years-long murder wave gripping Chi-town.

Barack Hussein Obama chose purposefully to assail American allies abroad, befriend tyrannies, abandon dissidents and victims abroad, and attack traditional Americans and economic growth at home.

He was also never a truth teller about Islamic Jihad and the challenge of radical Islam’s assaults on Americans within our own borders.

His legacy is to have made America less safe and sovereign, less prosperous and entrepreneurial, and less united than the promised hope and change campaign of 2008.


Larry Greenfield has served as executive director of the Reagan Legacy Foundation, the Jewish Institute for National Security Affairs, and the Republican Jewish Coalition of California. He is long associated with the Claremont Institute for the Study of Statesmanship & Political Philosophy.

Voir également:

Thank you, Obama

Thank you, President Barack Obama, for serving the country for the past eight years.

Thank you, Obama, for not moving the American embassy in Tel Aviv to Jerusalem. You were wise enough to follow the lead of your Democratic and Republican predecessors and realize the chaos such a move could cause would not be worth the cost. There is no doubt the embassy should be in Jerusalem. There is no question that Jerusalem is the eternal and contemporary capital of Israel. But thank you for knowing that not every right must be claimed at any cost.

Thank you for protecting Israel when and where it mattered most: with off-budget millions for Iron Dome, for standing up for Israel’s right to defend itself in the Gaza war, for a record-setting $38 billion in aid.

Thank you for declaring as eloquently as any president ever has, and in as many international forums as possible, the value and justice of a Jewish state. Thank you for trying to protect that state from pursuing policies that will endanger its own existence.

Thank you for the Iran deal. Before the deal, Iran was weeks from attaining nuclear bomb capability. Now the world has a decade before the mullahs have the capability of developing a bomb. You tackled a problem that only had gotten worse under previous American and Israeli leaders. Despite fierce opposition, you found a solution that even those Israelis who hated it have grown to see as beneficial.

Thank you for killing Osama bin Laden. And for taking out al-Qaida’s senior leadership. And for stopping and reversing gains by ISIS. You know who’s really happy to see you go? Abu Bakr al-Baghdadi.

Thank you for standing up to Vladimir Putin. You saw the expansionist, anti-democratic nature of Putin’s actions in Ukraine and quickly confronted him. Perhaps that opposition slowed what may have been an inevitable march through the Baltics. There is nothing wrong with having positive relations with Russia, but “positive” cannot mean giving the Putin regime a pass.

Thank you for recognizing our Cuba embargo was a failed policy and that the time for change had come.

Thank you for steering the country through the recession. Thank you for cutting unemployment in half. And for doing so in the face of Republican obstructionism on the kind of infrastructure bill that your successor now likely will get through.

Thank you for doubling clean energy production. For recognizing that our dependence on fossil fuels can’t help but degrade our environment and hold us back from being competitive in the green energy future, and embolden corrupt and backward regimes from Venezuela to the Middle East to Russia.

Thank you for saving the American auto industry. You revived General Motors with $50 billion in loans, saving 1.2 million jobs and creating $35 billion in tax revenue so far. Have you checked out GM’s Chevy Bolt? All electric, 240 miles per charge, drives like a rocket and made in Detroit. They should call it the “Obamacar.”

Thank you for the Paris Agreement to address climate change. Thank you for throwing America’s lot in with the rest of the planet.

Thank you for the Affordable Care Act. It has brought the security of health care to millions. It has saved lives. It has kept the rate of cost increases in premiums lower in the past eight years than they were in the previous eight years. It needs to be fixed — what doesn’t? — but only with better ideas, not worse ones.

Thank you for Merrick Garland. It was a great idea while it lasted.

Thank you for trying to get immigration reform through Congress, and for pursuing the policy known as Deferred Action for Childhood Arrivals, which let 5 million people already living and working here come out of the shadows.

Thanks for Michelle. Not just her brains and biceps, but her choice of causes. Your wife saw all the good the food movement had accomplished from the grass roots up and planted it squarely in the front yard of the White House, where it would grow even more from the top down.

Thank you for trying. You grappled with one great chaos after another, and sometimes you fell short. In Syria, you needed a smarter course of action. In Israeli-Palestinian peacemaking, you underestimated the need, early on, to deal with Israeli fears and Palestinian obstructionism. As for ending the Sudan embargo, the jury is out. Stateside, your administration should have put some of the bad guys of the recession behind bars and found fixes that better addressed the wealth gap.

Time will reveal more blemishes — and heal some of the scars. But in the meantime:

Thank you. Thank you for not embarrassing us, your family or yourself. Though your opponents and their friends at “Fox and Friends” tried to pin scandals to you, none could stick. In my lifetime, there has never been an administration so free from personal and professional moral stain.

Thank you for the seriousness, dignity, grace, humor and cool you brought to the Oval Office. Thank you for being my president.


ROB ESHMAN is publisher and editor-in-chief of TRIBE Media Corp./Jewish Journal. Email him at robe@jewishjournal.com. You can follow him on Instagram and Twitter @foodaism and @RobEshman.

Voir encore:

Media
Bret Stephens
Time
Feb 18, 2017

Bret Stephens writes the foreign-affairs column of the Wall Street Journal, for which he won the 2013 Pulitzer Prize for commentary.

Bret Stephens delivered the Daniel Pearl Memorial Lecture this week at the University of California, Los Angeles. Read the full text of his remarks below:

I’m profoundly honored to have this opportunity to celebrate the legacy of Danny Pearl, my colleague at The Wall Street Journal.

My topic this evening is intellectual integrity in the age of Donald Trump. I suspect this is a theme that would have resonated with Danny.

When you work at The Wall Street Journal, the coins of the realm are truth and trust — the latter flowing exclusively from the former. When you read a story in the Journal, you do so with the assurance that immense reportorial and editorial effort has been expended to ensure that what you read is factual.

Not probably factual. Not partially factual. Not alternatively factual. I mean fundamentally, comprehensively and exclusively factual. And therefore trustworthy.

This is how we operate. This is how Danny operated. This is how he died, losing his life in an effort to nail down a story.

In the 15 years since Danny’s death, the list of murdered journalists has grown long.

Paul Klebnikov and Anna Politkovskaya in Russia.

Zahra Kazemi and Sattar Behesti in Iran.

Jim Foley and Steve Sotloff in Syria.

Five journalists in Turkey. Twenty-six in Mexico. More than 100 in Iraq.

When we honor Danny, we honor them, too.

We do more than that.

We honor the central idea of journalism — the conviction, as my old boss Peter Kann once said, “that facts are facts; that they are ascertainable through honest, open-minded and diligent reporting; that truth is attainable by laying fact upon fact, much like the construction of a cathedral; and that truth is not merely in the eye of the beholder.”

And we honor the responsibility to separate truth from falsehood, which is never more important than when powerful people insist that falsehoods are truths, or that there is no such thing as truth to begin with.

So that’s the business we’re in: the business of journalism. Or, as the 45th president of the United States likes to call us, the “disgusting and corrupt media.”

Some of you may have noticed that we’re living through a period in which the executive branch of government is engaged in a systematic effort to create a climate of opinion against the news business.

The President routinely describes reporting he dislikes as FAKE NEWS. The Administration calls the press “the opposition party,” ridicules news organizations it doesn’t like as business failures, and calls for journalists to be fired. Mr. Trump has called for rewriting libel laws in order to more easily sue the press.

This isn’t unprecedented in U.S. history, though you might have to go back to the Administration of John Adams to see something quite like it. And so far the rhetorical salvos haven’t been matched by legal or regulatory action. Maybe they never will be.

But the question of what Mr. Trump might yet do by political methods against the media matters a great deal less than what he is attempting to do by ideological and philosophical methods.

Ideologically, the president is trying to depose so-called mainstream media in favor of the media he likes — Breitbart News and the rest. Another way of making this point is to say that he’s trying to substitute news for propaganda, information for boosterism.

His objection to, say, the New York Times, isn’t that there’s a liberal bias in the paper that gets in the way of its objectivity, which I think would be a fair criticism. His objection is to objectivity itself. He’s perfectly happy for the media to be disgusting and corrupt — so long as it’s on his side.

But again, that’s not all the president is doing.

Consider this recent exchange he had with Bill O’Reilly. O’Reilly asks:

Is there any validity to the criticism of you that you say things that you can’t back up factually, and as the President you say there are three million illegal aliens who voted and you don’t have the data to back that up, some people are going to say that it’s irresponsible for the President to say that.

To which the president replies:

Many people have come out and said I’m right.

Now many people also say Jim Morrison faked his own death. Many people say Barack Obama was born in Kenya. “Many people say” is what’s known as an argumentum ad populum. If we were a nation of logicians, we would dismiss the argument as dumb.

We are not a nation of logicians.

I think it’s important not to dismiss the president’s reply simply as dumb. We ought to assume that it’s darkly brilliant — if not in intention than certainly in effect. The president is responding to a claim of fact not by denying the fact, but by denying the claim that facts are supposed to have on an argument.

He isn’t telling O’Reilly that he’s got his facts wrong. He’s saying that, as far as he is concerned, facts, as most people understand the term, don’t matter: That they are indistinguishable from, and interchangeable with, opinion; and that statements of fact needn’t have any purchase against a man who is either sufficiently powerful to ignore them or sufficiently shameless to deny them — or, in his case, both.

If some of you in this room are students of political philosophy, you know where this argument originates. This is a version of Thrasymachus’s argument in Plato’s Republic that justice is the advantage of the stronger and that injustice “if it is on a large enough scale, is stronger, freer, and more masterly than justice.”

Substitute the words “truth” and “falsehood” for “justice” and “injustice,” and there you have the Trumpian view of the world. If I had to sum it up in a single sentence, it would be this: Truth is what you can get away with.

If you can sell condos by claiming your building is 90% occupied when it’s only 20% occupied, well, then—it’s 90% occupied. If you can convince a sufficient number of people that you really did win the popular vote, or that your inauguration crowds were the biggest—well then, what do the statistical data and aerial photographs matter?

Now, we could have some interesting conversations about why this is happening—and why it seems to be happening all of a sudden.

Today we have “dis-intermediating” technologies such as Twitter, which have cut out the media as the middleman between politicians and the public. Today, just 17% of adults aged 18-24 read a newspaper daily, down from 42% at the turn of the century. Today there are fewer than 33,000 full-time newsroom employees, a drop from 55,000 just 20 years ago.

When Trump attacks the news media, he’s kicking a wounded animal.

But the most interesting conversation is not about why Donald Trump lies. Many public figures lie, and he’s only a severe example of a common type.

The interesting conversation concerns how we come to accept those lies.

Nearly 25 years ago, Daniel Patrick Moynihan, the great scholar and Democratic Senator from New York, coined the phrase, “defining deviancy down.” His topic at the time was crime, and how American society had come to accept ever-increasing rates of violent crime as normal.

“We have been re-defining deviancy so as to exempt much conduct previously stigmatized, and also quietly raising the ‘normal’ level in categories where behavior is now abnormal by any earlier standard,” Moynihan wrote.

You can point to all sorts of ways in which this redefinition of deviancy has also been the story of our politics over the past 30 years, a story with a fully bipartisan set of villains.

I personally think we crossed a rubicon in the Clinton years, when three things happened: we decided that some types of presidential lies didn’t matter; we concluded that “character” was an over-rated consideration when it came to judging a president; and we allowed the lines between political culture and celebrity culture to become hopelessly blurred.

But whatever else one might say about President Clinton, what we have now is the crack-cocaine version of that.

If a public figure tells a whopping lie once in his life, it’ll haunt him into his grave. If he lies morning, noon and night, it will become almost impossible to remember any one particular lie. Outrage will fall victim to its own ubiquity. It’s the same truth contained in Stalin’s famous remark that the death of one man is a tragedy but the death of a million is a statistic.

One of the most interesting phenomena during the presidential campaign was waiting for Trump to say that one thing that would surely break the back of his candidacy.

Would it be his slander against Mexican immigrants? Or his slur about John McCain’s record as a POW? Or his lie about New Jersey Muslims celebrating 9/11? Or his attacks on Megyn Kelly, on a disabled New York Times reporter, on a Mexican-American judge? Would it be him tweeting quotations from Benito Mussolini, or his sly overtures to David Duke and the alt-right? Would it be his unwavering praise of Vladimir Putin? Would it be his refusal to release his tax returns, or the sham that seems to been perpetrated on the saps who signed up for his Trump U courses? Would it be the tape of him with Billy Bush?

None of this made the slightest difference. On the contrary, it helped him. Some people became desensitized by the never-ending assaults on what was once quaintly known as “human decency.” Others seemed to positively admire the comments as refreshing examples of personal authenticity and political incorrectness.

Shameless rhetoric will always find a receptive audience with shameless people. Donald Trump’s was the greatest political strip-tease act in U.S. political history: the dirtier he got, the more skin he showed, the more his core supporters liked it.

Abraham Lincoln, in his first inaugural address, called on Americans to summon “the better angels of our nature.” Donald Trump’s candidacy, and so far his presidency, has been Lincoln’s exhortation in reverse.

Here’s a simple truth about a politics of dishonesty, insult and scandal: It’s entertaining. Politics as we’ve had it for most of my life has, with just a few exceptions, been distant and dull.

Now it’s all we can talk about. If you like Trump, his presence in the White House is a daily extravaganza of sticking it to pompous elites and querulous reporters. If you hate Trump, you wake up every day with some fresh outrage to turn over in your head and text your friends about.

Whichever way, it’s exhilarating. Haven’t all of us noticed that everything feels speeded up, more vivid, more intense and consequential? One of the benefits of an alternative-facts administration is that fiction can take you anywhere.

Earlier today, at his press conference, the president claimed his administration is running like a “fine-tuned machine.” In actual fact, he just lost his Labor Secretary nominee, his National Security Adviser was forced out in disgrace, and the Intelligence Community is refusing to fully brief the president for fear he might compromise sources and methods.

But who cares? Since when in Washington has there been a presidential press conference like that? Since when has the denial of reality been taken to such a bald-faced extreme?

At some point, it becomes increasingly easy for people to mistake the reality of the performance for reality itself. If Trump can get through a press conference like that without showing a hint of embarrassment, remorse or misgiving—well, then, that becomes a new basis on which the president can now be judged.

To tell a lie is wrong. But to tell a lie with brass takes skill. Ultimately, Trump’s press conference will be judged not on some kind of Olympic point system, but on whether he “won”—which is to say, whether he brazened his way through it. And the answer to that is almost certainly yes.

So far, I’ve offered you three ideas about how it is that we have come to accept the president’s behavior.

The first is that we normalize it, simply by becoming inured to constant repetition of the same bad behavior.

The second is that at some level it excites and entertains us. By putting aside our usual moral filters—the ones that tell us that truth matters, that upright conduct matters, that things ought to be done in a certain way—we have been given tickets to a spectacle, in which all you want to do is watch.

And the third is that we adopt new metrics of judgment, in which politics becomes more about perceptions than performance—of how a given action is perceived as being perceived. If a reporter for the New York Times says that Trump’s press conference probably plays well in Peoria, then that increases the chances that it will play well in Peoria.

Let me add a fourth point here: our tendency to rationalize.

One of the more fascinating aspects of last year’s presidential campaign was the rise of a class of pundits I call the “TrumpXplainers.” For instance, Trump would give a speech or offer an answer in a debate that amounted to little more than a word jumble.

But rather than quote Trump, or point out that what he had said was grammatically and logically nonsensical, the TrumpXplainers would tell us what he had allegedly meant to say. They became our political semioticians, ascribing pattern and meaning to the rune-stones of Trump’s mind.

If Trump said he’d get Mexico to pay for his wall, you could count on someone to provide a complex tariff scheme to make good on the promise. If Trump said that we should not have gone into Iraq but that, once there, we should have “taken the oil,” we’d have a similarly high-flown explanation as to how we could engineer this theft.

A year ago, when he was trying to explain his idea of a foreign policy to the New York Times’s David Sanger, the reporter asked him whether it didn’t amount to a kind of “America First policy”—a reference to the isolationist and anti-Semitic America First Committee that tried to prevent U.S. entry into World War II. Trump clearly had never heard of the group, but he liked the phrase and made it his own. And that’s how we got the return of America First.

More recently, I came across this headline in the conservative Washington Times: “How Trump’s ‘disarray’ may be merely a strategy,” by Wesley Pruden, the paper’s former editor-in-chief. In his view, the president’s first disastrous month in office is, in fact, evidence of a refreshing openness to dissent, reminiscent of Washington and Lincoln’s cabinet of rivals. Sure.

Overall, the process is one in which explanation becomes rationalization, which in turn becomes justification. Trump says X. What he really means is Y. And while you might not like it, he’s giving voice to the angers and anxieties of Z. Who, by the way, you’re not allowed to question or criticize, because anxiety and anger are their own justifications these days.

Watching this process unfold has been particularly painful for me as a conservative columnist. I find myself in the awkward position of having recently become popular among some of my liberal peers—precisely because I haven’t changed my opinions about anything.

By contrast, I’ve become suddenly unpopular among some of my former fans on the right—again, because I’ve stuck to my views. It is almost amusing to be accused of suffering from something called “Trump Derangement Syndrome” simply because I feel an obligation to raise my voice against, say, the president suggesting a moral equivalency between the U.S. and Vladimir Putin’s Russia.

The most painful aspect of this has been to watch people I previously considered thoughtful and principled conservatives give themselves over to a species of illiberal politics from which I once thought they were immune.

In his 1953 masterpiece, “The Captive Mind,” the Polish poet and dissident Czeslaw Milosz analyzed the psychological and intellectual pathways through which some of his former colleagues in Poland’s post-war Communist regime allowed themselves to be converted into ardent Stalinists. In none of the cases that Milosz analyzed was coercion the main reason for the conversion.

They wanted to believe. They were willing to adapt. They thought they could do more good from the inside. They convinced themselves that their former principles didn’t fit with the march of history, or that to hold fast to one’s beliefs was a sign of priggishness and pig-headedness. They felt that to reject the new order of things was to relegate themselves to irrelevance and oblivion. They mocked their former friends who refused to join the new order as morally vain reactionaries. They convinced themselves that, brutal and capricious as Stalinism might be, it couldn’t possibly be worse than the exploitative capitalism of the West.

I fear we are witnessing a similar process unfold among many conservative intellectuals on the right. It has been stunning to watch a movement that once believed in the benefits of free trade and free enterprise merrily give itself over to a champion of protectionism whose economic instincts recall the corporatism of 1930s Italy or 1950s Argentina. It is no less stunning to watch people who once mocked Obama for being too soft on Russia suddenly discover the virtues of Trump’s “pragmatism” on the subject.

And it is nothing short of amazing to watch the party of onetime moral majoritarians, who spent a decade fulminating about Bill Clinton’s sexual habits, suddenly find complete comfort with the idea that character and temperament are irrelevant qualifications for high office.

The mental pathways by which the new Trumpian conservatives have made their peace with their new political master aren’t so different from Milosz’s former colleagues.

There’s the same desperate desire for political influence; the same belief that Trump represents a historical force to which they ought to belong; the same willingness to bend or discard principles they once considered sacred; the same fear of seeming out-of-touch with the mood of the public; the same tendency to look the other way at comments or actions that they cannot possibly justify; the same belief that you do more good by joining than by opposing; the same Manichean belief that, if Hillary Clinton had been elected, the United States would have all-but ended as a country.

This is supposed to be the road of pragmatism, of turning lemons into lemonade. I would counter that it’s the road of ignominy, of hitching a ride with a drunk driver.

So, then, to the subject that brings me here today: Maintaining intellectual integrity in the age of Trump.

When Judea wrote me last summer to ask if I’d be this year’s speaker, I got my copy of Danny’s collected writings, “At Home in the World,” and began to read him all over again. It brought back to me the fact that, the reason we honor Danny’s memory isn’t that he’s a martyred journalist. It’s that he was a great journalist.

Let me show you what I mean. Here’s something Danny wrote in February 2001, almost exactly a year before his death, from the site of an earthquake disaster in the Indian town of Anjar.

What is India’s earthquake zone really like? It smells. It reeks. You can’t imagine the odor of several hundred bodies decaying for five days as search teams pick away at slabs of crumbled buildings in this town. Even if you’ve never smelled it before, the brain knows what it is, and orders you to get away. After a day, the nose gets stuffed up in self-defense. But the brain has registered the scent, and picks it up in innocent places: lip balm, sweet candy, stale breath, an airplane seat.

What stands out for me in this passage is that it shows that Danny was a writer who observed with all his senses. He saw. He listened. He smelled. He bore down. He reflected. He understood that what the reader had to know about Anjar wasn’t a collection of statistics; it was the visceral reality of a massive human tragedy. And he was able to express all this in language that was compact, unadorned, compelling and deeply true.

George Orwell wrote, “To see what is in front of one’s nose needs a constant struggle.” Danny saw what was in front of his nose.

We each have our obligations to see what’s in front of one’s nose, whether we’re reporters, columnists, or anything else. This is the essence of intellectual integrity.

Not to look around, or beyond, or away from the facts, but to look straight at them, to recognize and call them for what they are, nothing more or less. To see things as they are before we re-interpret them into what we’d like them to be. To believe in an epistemology that can distinguish between truth and falsity, facts and opinions, evidence and wishes. To defend habits of mind and institutions of society, above all a free press, which preserve that epistemology. To hold fast to a set of intellectual standards and moral convictions that won’t waver amid changes of political fashion or tides of unfavorable opinion. To speak the truth irrespective of what it means for our popularity or influence.

The legacy of Danny Pearl is that he died for this. We are being asked to do much less. We have no excuse not to do it.

Thank you.

Voir par ailleurs:

Trump retrouve «son» peuple, le temps d’un meeting en Floride

Maurin Picard

19/02/2017

VIDÉO – À Melbourne, le président américain s’est remis sur orbite le temps d’une escale devant des supporters de la première heure, soutien inestimable.

De notre envoyé spécial à Melbourne (Floride)

Fuir Washington, le temps d’un week-end de trois jours. Donald Trump attendait impatiemment cette escapade en Floride, devant ses irréductibles supporteurs, fidèles de la première heure, qui se font si rares depuis un mois à Washington. Oublier le froid, le crachin pendant le discours d’investiture, ces médias «malhonnêtes», ces manifestants acrimonieux, les fuites des services secrets, la fronde de la Justice face à son décret sur l’immigration, celle du Congrès face à ses plans grandioses de mur à la frontière mexicaine, le limogeage à contrecœur du général Michael Flynn, son conseiller à la sécurité nationale, éclaboussé par la «Russian Connection», et les centaines de nominations gouvernementales en souffrance.

Mais tout cela n’a que peu d’importance pour le «peuple de Trump». «Nous l’aimons et nous sommes venus le lui dire», s’exclame Sheila Gaylor, une résidente de Melbourne, où le président fait escale le temps d’un rassemblement populaire. Comme durant la campagne, lorsque l’adrénaline le poussait de l’avant. Cette ivresse s’est tarie, mais voici l’occasion de la ressusciter, grâce à un bain de foule régénérateur, et de remettre le tribun sur orbite, loin du «marigot» fédéral si difficile à «assécher».

Dans le hangar 6 de l’aérodrome local, plusieurs milliers de Floridiens, blancs pour la plupart, se pressent pour apercevoir la tignasse blonde la plus célèbre du monde, et la silhouette élégante de sa femme, Melania. C’est ici, à Melbourne, en septembre 2016, que 15 000 supporteurs déchaînés ont offert au candidat républicain l’une de ses escales les plus mémorables. Peu importe que les opposants se fassent entendre au dehors, réclamant la destitution du président milliardaire.«Ils ne sont que quelques milliers, alors que nous sommes 50 000. Vous croyez que les médias malhonnêtes vont parler de quoi?» gronde une femme à crinière blonde, reprenant le discours officiel.Les pro-Trumpne sont en réalité que 9 000, selon la police de Melbourne sur Twitter, mais leur enthousiasme, débordant, est récompensé par un vrombissement dans le ciel: le Boeing présidentiel Air Force One surgit en rase-mottes, déclenchant les vivats. Le quadriréacteur s’immobilise dans le soleil couchant, et le couple présidentiel apparaît. Dans un tonnerre d’ovations, le chef de l’État s’empresse de révéler la raison de sa venue sur la Space Coast: «Je suis ici parce que je veux être parmi mes amis, et parmi le peuple. Je veux être au même endroit que des patriotes travailleurs qui aiment leur pays, qui saluent le drapeau et prient pour un avenir meilleur.» Ce même peuple qui l’a porté au pouvoir et continue de lui vouer une loyauté sans faille. Ce soutien est inestimable, et probablement fondamental: apprenant à naviguer dans l’air vicié de Washington, le milliardaire va devoir pérenniser sa base militante, surtout s’il compte briguer une réélection en 2020. C’est d’ailleurs son comité de soutien officiel, lancé le 20 janvier, qui finance l’événement du jour, annonciateur de raouts semblables à l’avenir.

Bronzé et visiblement détendu, Donald Trump s’amuse avec la foule. Il recycle ses thèmes les plus populaires et désigne ses boucs émissaires habituels. Puis, il invite à ses côtés Gene Huber, un inconditionnel fier d’avoir patienté depuis 4 heures du matin et autorisé par le président en personne à enjamber la barrière, au grand dam du Secret Service. Un mot, un seul, à l’adresse des médias, une allusion (erronée) à «tous ces grands présidents, comme Thomas Jefferson, qui se sont souvent battus avec les médias, ont dénoncé leurs mensonges», et des centaines de poings rageurs se dressent vers la forêt de caméras. Que ses ouailles se rassurent: «La Maison-Blanche tourne comme sur des roulettes!» «CNN craint!» renchérit la foule en chœur. «Je peux vous parler directement, sans le filtre des fausses informations», poursuit Trump. «Je ne regarde même plus le Saturday Night Live!» s’esclaffe une supportrice tout de rouge vêtue, affichant son soutien au site conspirationniste infowars.com.

À l’applaudimètre, celui que «nous attendions depuis si longtemps», selon Claudia, une mère au foyer venue de Titusville, un rejeton assoupi dans les bras, ce «héros qui va se dresser», selon l’expression imprimée sur les badges d’accès, l’emporte en évoquant les emplois, le business, qui vont décoller sous son mandat, ces contrats militaires bons pour la région, et, surtout, ce «fichu islamisme radical que nous allons tenir à distance de notre pays». «Ce gouvernement va tenir toutes ses promesses», martèle le chef de l’État, sur un air des Rolling Stones, avant de rembarquer à bord d’Air Force One.

«Il est vraiment formidable, il est comme nous, il parle comme nous, confient d’une seule voix Jake et Colleen, un couple de retraités débonnaire exhibant toute la panoplie du parfait petit supporteur, croisé dans la pénombre en bordure d’aérodrome, pour voir s’envoler le Boeing présidentiel. Il est en train de tenir toutes ses promesses, encore plus vite que prévu. Au-delà de toutes nos attentes!»

Voir enfin:

‘I Don’t Know What You’re Referring To’: NBC’s Katy Tur Doesn’t Remember Obama Promising Putin ‘Flexibility’

 Alex Griswold

When a Republican congressman on MSNBC brought up a 2012 incident where President Barack Obama was caught on a hot mic promising to give Russia’s Vladimir Putin a little more “flexibility” after the election, NBC journalist and MSNBC host Katy Tur seemed not to recall the incident.

Tur pressed Florida Representative Francis Rooney about the number of Donald Trump advisors with close tie to Russia. “I see a lot of folks within Donald Trump’s administration who have a friendlier view of Russia than maybe past administrations did,” she noted.

“Well, I think it was Obama that leaned over to Putin and said, ‘I’ll have a little more flexibility to give you what you want after the re-election,’” Rooney responded.

Tur paused for a moment. “I’m sorry, I don’t know what you’re referring to, Congressman,” she said.

“Remember when he leaned over at a panel discussion or in a meeting, and he said, ‘I’ll have more flexibility after the election’?” Rooney asked. “No one pushed the president on what he meant by that, but I can only assume for a thug like Putin that it would embolden him,” which gave Tur pause, again.

In Tur’s defense, Rooney is slightly off in his retelling: it was then-Russian President Dmitry Medvedev who Obama whispered to, who then promised to relay Obama’s message to Putin. But his recollection of the content of Obama’s message was accurate: “This is my last election. After my election I have more flexibility,” he told the Russians.

Obama’s hot mic comments were major news at the time, receiving widespread coverage. Obama’s Republican opponent Mitt Romney seized upon the gaffe and worked it into his stump speeches, even bringing it up during one of the presidential debates.

Voir par ailleurs:

Goldnadel : “Lorque Medhi s’éclate…”

Gilles-William Goldnadel

Valeurs actuelles

20 février 2017

Il y a évidemment pire que les excès de la liberté d’expression : son absence. Mais il y a le pire du pire: la liberté d’expression à la tête du client. Du racisme à l’état pur. L’hypocrisie en prime. Chacun sait que notre époque de fausse liberté a accouché d’une tyrannie de la pensée dont la sage-femme devenue folle était déguisée en antiraciste diplômée. Valeurs Actuelles en a fait les frais en osant voiler Marianne pour défendre la laïcité républicaine contre les menées islamistes et Pascal Bruckner comme Georges Bensoussan payeront peut-être le prix pour des raisons voisines. Silence dans les rangs de la gauche paraît-il démocratique. Mais aujourd’hui vient d’éclater une tout autre affaire dans laquelle, au contraire, le racisme comme l’antisémitisme n’ont rien d’imaginaire. Et je prends le pari, qu’ici , précisément, les organisations prétendument antiracistes resteront aux abris. La vedette s’appelle Mehdi Meklat, hier encore il était la coqueluche de la famille islamo-gauchiste et de tous ses compagnons de chambrée. Dans le numéro du 1er février des Inrockuptibles il partageait la une avec l’icône Taubira. Il collaborait aussi avec le Bondy Blog, très engagé dans le combat actuel contre les policiers considérés uniment comme des tortionnaires racistes. Il était encore récemment chroniqueur de la radio active de service public France Inter.

Oui mais voilà, patatras, on a retrouvé parmi les milliers de tweets qu’il n’a pas réussi à effacer des gazouillis racistes du dernier cri strident. Échantillons choisis : “je crache des glaires sur la sale gueule de Charb et tous ceux de Charlie hebdo”. “Sarkozy = la synagogue = les juifs = Shalom = oui, mon fils = l’argent”, “Faites entrer Hitler pour tuer les juifs”, “j’ai gagné 20 $ au PMU, je ne les ai pas rejoués parce que je suis un juif”, “les Blancs vous devez mourir asap” etc.

Avec une touchante spontanéité, à présent qu’ils ont été découverts, voici ce que notre Mehdi a tweeté samedi dernier : “je m’excuse si ces tweets ont pu choquer certains d’entre vous : ils sont obsolètes”.

Bah voyons, certains datent de 2012, autant dire le déluge. J’en connais qui vont fouiller les poubelles du père Le Pen, d’autres qui reprochent à un ancien conseiller de Sarkozy d’avoir dirigé Minute il y a 30 ans, mais dans notre cas, certains plaident déjà l’Antiquité.

Car le plus grave n’habite pas dans la tête dérangée d’un islamo-gauchiste finalement assez classique, il demeure dans le silence gêné de la gauche donneuse de leçons. Il réside plus encore dans les combles du gauchisme médiatique façon France Inter. Ainsi, Pascale Clark maîtresse d’école antiraciste en chef et qui a eu l’effronterie de tenter d’expliquer que son petit Mehdi était dans la provocation… D’autres expliquent qu’il faut prendre cela au troisième degré… Evidemment, puisque c’est de gauche , c’est plus subtil… Il arrive parfois que l’ignoble atteigne les sommets du sublime.

Que cela plaise ou non à Madame Clark, Mehdi Meklat a rejoint Messieurs de Lesquen et Bourbon dans le même bataillon. Il y a encore pire que l’absence de liberté d’expression : la liberté d’expression à la tête du client.

Voir de même:

Mehdi Meklat, jeune écrivain prodige, et son double antisémite et homophobe
L’ex-chroniqueur (France Inter, Bondy Blog) pris à son double « Je » : sidération sur Twitter

Manuel Vicuña

Arrêt sur images

20/02/2017

Mehdi Meklat, 24 ans, était jusqu’ici connu pour son ton décalé. Du Bondy Blog, à France Inter en passant par Arte, le chroniqueur, journaliste et auteur, s’est taillé, avec son compère Badrou (« les Kids », époque France Inter) une réputation de porte-voix de la jeunesse, « à l’avant garde d’une nouvelle génération venue de banlieue » écrivaient encore Les Inrocks le 1er février. Sauf qu’entre temps, des internautes ont exhumé des tweets de Meklat : injures antisémites, homophobes, racistes, misogynes. Un florilège qui provoque la sidération. De son côte, le jeune homme s’excuse, dépublie, et assure qu’il s’agissait « de questionner la notion d’excès et de provocation » à travers un « personnage fictif ».

Faire mentir les stéréotypes sur les-jeunes-de-banlieue. Sans rien renier de soi. Depuis ses débuts au Bondy Blog en 2008, c’est ce que Mehdi Meklat tente de faire, au gré d’une exposition médiatique précoce. A 24 ans désormais, après avoir fait ses premiers pas de journaliste au Bondy Blog à 16 ans, puis tenu chronique pendant six ans chez France Inter en duo avec son ami Badrou (« les Kids »), Meklat le touche à tout (réalisateur, blogueur, reporter) est en promo pour un second livre. Mehdi et Badrou « l’avant-garde d’une nouvelle génération venue de banlieue qui compte bien faire entendre sa voix » écrivaient les Inrocks qui leur consacraient une couverture le 1er février en compagnie de Christiane Taubira. Un binôme qui avait tapé dans l’œil de l’animatrice de France Inter Pascale Clark dès 2010, pour son ton « décalé », sa capacité à chroniquer avec autant d’acuité la vie de l’autre côté du périph (Meklat a grandi à Saint-Ouen, Badrou à la Courneuve) que le tout venant de l’actualité plus « médiatique ».

Et voilà que depuis quelques jours, après son passage sur le plateau de l’émission la Grande Librairie (France 5) pour la promo de son second livre, le roman « Minute » (co-écrit avec Badrou), Meklat est dans l’œil du cyclone Twitter. Propulsé dans les sujets les plus discutés non pas pour la promotion de son nouvel ouvrage dédié à Adama Traoré. Mais pour des tweets, exhumés ces derniers jours par plusieurs internautes.

Pas quelques tweets isolés. Mais des messages par dizaines, anciens (2012) et pour certains plus récents (2016) dans lesquels Meklat tape tous azimuts sur « les Français », « les juifs », « les homos », Alain Finkelkraut, Charlie Hebdo, les séropositifs, les « travelos »… La liste est longue, et les messages à même d’interpeller. Une prose en 140 signes qui tranche avec l’image de jeune talent à la plume « poétique » et acérée que Meklat s’était jusqu’ici taillée et qui lui a valu jusqu’à aujourd’hui des articles dithyrambiques dans la presse culturelle. Quelques heures auront suffit pour que, soient exhumés et massivement partagés des dizaines de messages issus de son compte twitter personnel @mehdi_meklat.

Ici un tweet de 2011 dans lequel Meklat « regrette que Ben Laden soit mort. Il aurait pu tout faire péter ». Là, Meklat au sujet du dessinateur de Charlie Hebdo, Charb : « Je crache des glaires sur la sale gueule de Charb et de Charlie Hebdo » (le 30 décembre 2012, avant la tuerie qui a décimé la rédaction). Plus récemment, Alain Finkelkraut qui pointe son nez à un rassemblement de Nuit Debout en avril 2016 : « fallait lui casser la jambe à ce fils de putes ». Plus en amont dans son fil Twitter : « Vive les PD vive le sida avec Hollande » (3 décembre 2013). La campagne de Sarkozy en 2012 ? « Sarkozy = la synagogue = les juifs = shalom = oui, mon fils = l’argent ». La remise des Césars la même année ? « Faites entrer Hitler pour tuer les juifs » (24/02/2012). Toute cette vaste littérature en 140 caractères est subitement remontée à la surface de Twitter et a été, depuis, copieusement documentée.

Parmi les premiers et les plus zélés chasseurs de tweets, la fachosphère s’est ruée sur l’occasion. Le blog d’extrême droite Fdesouche publie à tout-va plus d’une cinquantaine de messages de Meklat « journaliste homophobe et antisémite du Bondy blog ». Le site d’extrême droite Boulevard Voltaire, fondé par Robert Ménard, trouve là prétexte à acculer la « gauchosphère sous son vrai visage », quand l’ex-porte parole de génération identitaire s’en donne, lui aussi, à coeur joie. Très vite rejoint dans cette avalanche d’indignation par Marion Maréchal Le Pen.

Ce dimanche, la twitta-éditorialiste du Figaro Eugénie Bastié y allait aussi de ses commentaires en 140 signes, suivis d’un article corrosif, soulignant bien au passage que Meklat avait fondé il y a peu avec le journaliste Mouloud Achour (CliqueTV) les « éditions du grand Remplacement » qui ont lancé en juin dernier un magazine baptisé « Téléramadan ». Cette nouvelle revue annuelle qui entend parler d’islam de façon dépassionnée, avait su trouver un titre pied-de-nez déjà à même de faire bondir certains.

« excréments verbaux »

Mais dans le cas des tweets de Meklat, de fait, la sidération dépasse de loin la sphère des militants de droite et d’extrême droite. D’autres aussi s’indignent : de simples twittos, mais aussi des journalistes, tels Françoise Laborde, Claude Askolovitch, des élus PS comme la ministre de la Famille Laurence Rossignol, ou encore la conseillère municipale Elodie Jauneau sans compter le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme Gille Clavreul.

Ils interpellent les Inrocks qui ont placé Meklat en Une de leur numéro du 1er février au côté de Taubira. Ils apostrophent également les éditions du Seuil où Meklat vient de publier son ouvrage, et font part de leur stupéfaction. A l’image de l’auteur de bande dessinée, romancier et réalisateur, Joann Sfar qui s’étrangle : « Je découvre tout ça ce matin, il semble que c’est authentique. Je trouve ça inexcusable quand on se veut représentant de la jeunesse. »

Face à l’avalanche de messages indignés, sommé de s’expliquer, samedi après-midi, Meklat se fend finalement de quatre tweets d’excuse et d’explication : « je m’excuse si ces tweets ont pu choquer certains d’entre vous : ils sont obsolètes », assure Meklat qui supprimera dans la foulée la totalité de ses tweets d’avant février 2017 (plus de 30 000). Surtout, il affirme que ces messages ne reflètent en rien sa pensée. Il ne nie pas en être l’auteur, mais assure qu’il s’agit de messages parodiques. « Jusqu’en 2015, sous le pseudo Marcelin Deschamps, j’incarnais un personnage honteux raciste antisémite misogyne homophobe sur Twitter ».

Marcellin Deschamps ? Un « personnage fictif », assure-t-il par lequel il avait entrepris de « questionner la notion d’excès et de provocation ». Mais, il l’affirme : les propos de ce personnage « ne représentent évidemment pas ma pensée et en sont tout l’inverse. » Sur Twitter, une fois troqué son pseudo contre son vrai patronyme, le jeune homme n’a pas supprimé ces anciens messages, apparaissant depuis sous son vrai nom Mehdi Meklat.

Dans la foulée, ce samedi, l’animatrice radio Pascale Clark, ex chaperonne de Meklat à France Inter (2010-2015) a pris sa défense « Son personnage odieux, fictif, ne servait qu’à dénoncer », assure-t-elle sur Twitter avant de préciser dans un second message : « Les comiques font ça à longueur d’antenne et tout le monde applaudit ».

Un peu facile de se cacher derrière un personnage fictif ? A la remarque de plusieurs internautes, le journaliste Claude Askolovitch tempère : « c’est même piteux. Mais cela ne change pas la nature de ses messages pourris – une énorme connerie, pas des appels au meurtre ». Si le journaliste ne cache pas son dégoût pour ces messages qu’il assimile à « des excréments verbaux », « des blagues absolument laides, impardonnables, perverses », « dans un jeu périlleux », il se refuse à y voir de « vraies prises de position ». Tout en tançant « un mec qui s’est cru assez malin pour twitter des immondices ».

« Twitter des immondices », sous pseudo dans « un jeu périlleux » ? Yagg, le site de presse LGBT y avait vu davantage qu’un jeu. Le site avait bondi en mars 2014 quand Meklat écrivait sur Twitter : « Christophe Barbier a des enfants séropo ». Yagg le taxe alors d’ « humour sérophobe », « au goût douteux » (visant des personnes séropositives). Le site avait contacté Meklat pour qu’il s’en explique. Réponse de l’intéressé : « J’ai un pseudo sur Twitter, il ne faut pas faire d’amalgame entre mon personnage et moi-même ». Contacté par Yagg, il développait : « Je peux comprendre qu’on se sente insulté par mes tweets, car ils sont parfois extrêmes, provocants ou insultants, mais il ne faut pas en faire des tonnes(…) J’ai créé un personnage violent, provocant, méchant. Pourquoi? Je ne me l’explique pas à moi-même, alors je ne peux pas l’expliquer aux autres. Mais je ne suis pas du tout homophobe. »

« C’est un terrain de jeu, j’y abuse de tout »

En octobre 2012, les Inrocks consacraient un portrait élogieux (comme beaucoup) aux gamins précoces Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah, alias « les Kids » de France inter qui entamaient leur quatrième saison sur les ondes de la radio publique. « Un matin, ils partent avec leur micro enregistrer la plainte de la vallée de Florange abandonnée, le lendemain ils sont à l’Elysée et tapent la discute avec Michael Haeneke » écrivent les Inrocks qui dressent le portrait de deux « gamins « talentueux », de « vrais passe-murailles ».

Comme beaucoup, l’hebdo s’enthousiasme de leur « reportages poétiques » et de leur « style unique ». Les Inrocks notent : « ils attirent les sympathies ». Quant à Meklat ? Au passage, l’hebdo raconte que c’est « le plus provoc » de deux. « Il faut le voir sur Twitter, vaguement caché derrière un pseudo depuis longtemps éventé : c’est une vraie terreur. Il se pose en métallo furieux, insulte à tout va, se moque de tout et de tous avec une férocité indécente » écrivent les Inrocks qui commentent : « Ça peut aller trop loin (France Inter lui a déjà demandé de retirer un tweet) mais la plupart du temps, c’est drôle à mourir. » Et Meklat d’expliquer déjà que sur le réseau social il « joue un personnage » : « Je ne suis attaché à rien, je n’ai de comptes à rendre à personne, j’ai la liberté de dire ce que je veux. C’est un terrain de jeu, j’y abuse de tout, je ne me mets pas de limite. »

Trois ans plus tard. Octobre 2015. Les « Kids » de Pascale Clark ont grandi. Lorsque Le Monde les interviewe pour la sortie de leur premier livre, la journaliste s’attarde sur le cas Meklat. « Si doux et poli à la ville, Mehdi s’est inventé sur Twitter un double diabolique, qui insulte à tout-va », écrit Le Monde. Meklat commente alors : « Tout est trop convenu, on n’ose plus s’énerver. L’idée de casser ça en étant méchant gratuitement me plaît ».

En septembre 2016, dans un long article, la journaliste Marie-France Etchegoin revenait pour M le magazine du Monde sur le parcours et l’état d’esprit du tandem Mehdi-Badrou, « une nouvelle génération, à la fois cool et dure, investissant le champ de la culture plutôt que celui des partis politiques, et extrêmement engagée ». Engagée, brillante et convoitée. Comme l’explique M, le duo Mehdi-Badrou est sollicité de toutes parts, ces dernier temps. Ici pour pour un projet avec la Fondation Cartier, là pour écrire un dossier de presse pour un long-métrage avec Depardieu. Ou encore pour mettre en scène la pièce d’un auteur suédois.

Quant à leur magazine Téléramadan, la revue annuelle « des musulmans qui ne veulent plus s’excuser d’exister », la journaliste explique que « Pierre Bergé mais aussi Agnès b ont accepté de soutenir la revue ». Parfait. Seul bémol dans la success story, observe la journaliste : « Les bonnes fées qui accompagnent les deux garçons depuis l’adolescence observent leur évolution, avec parfois une pointe d’inquiétude, qui n’empêche ni bienveillance ni compréhension. » Concrètement ? Il est question notamment de Meklat et de son usage de Twitter. « Un troll déchaîné qui déconne et dézingue à tout-va. «Giclez-lui sa mère», «On s’en bat les couilles», «Elle est pas morte, celle-là?» « , énumère la journaliste qui constate : « il se défoule sur des personnalités dont les manières ou les prises de position sur l’islam n’ont pas l’heur de lui plaire ». Certains parrains et autres bonnes fées, explique la journaliste, s’en soucient : « «Arrête ces Tweets! Tu n’es pas dans une cour de récréation!» Mouloud Achour le met en garde: «Les écrits restent, un jour on te les ressortira.». Quant à Mehdi, raconte la journaliste, il « se défend, la main sur le cœur: «Ce n’est pas moi, c’est un personnage que j’ai inventé», ne pouvant s’empêcher d’ajouter, comme dans un lapsus: «Mes Tweets sont des pulsions!» »

Meklat et son avatar pulsionnel, une histoire qui ne date pas d’hier. Un double « je » qui ne semble pas géner Meklat, mais qui ne met pas tout le monde à l’aise. Ce dimanche, l’animateur de la Grande Librairie (France 5) François Busnel, qui avait invité Meklat cette semaine publie un communiqué pour prendre ses distances avec son invité. Busnel y affirme que si il avait eu connaissance de ces messages, il n’aurait pas invité le jeune homme dans son émission.

Samedi, le Bondy Blog, pressé par une foule d’internautes de réagir, avait également publié un message sur Twitter , expliquant que « les tweets de Meklat n’engagent en aucun cas la responsabilité de la rédaction ».

Et le média de préciser : « Puisqu’il y a des évidences qu’il faut affirmer, le Bondy Blog ne peut cautionner des propos antisémites, sexistes, homophobes, racistes, ou tout autre propos discriminatoires et stigmatisants, même sur le ton de l’humour ».


Affaire Fillon: A qui profite le crime ? (French presidential election: Hope and change now so things can stay as they are tomorrow)

9 février, 2017

francois fillon penelope juges medias
Sondage : Macron le plus capable pour l\'Elysée, Hamon le plus honnête
https://www.thesun.co.uk/wp-content/uploads/2017/02/nintchdbpict000300125351.jpg?strip=all&w=960

‘All further migration from mainly Muslim countries should be stopped’

Il faut que tout change pour que rien ne change. Le Guépard
Is France on the brink of a political revolution? Already, four established candidates for the presidency — two former presidents and two former prime ministers — have backed out or been rejected by the voters, and another, François Fillon, is on the ropes. The campaign is being taken over by outsiders, principally the Front National’s Marine Le Pen and a youthful former banker, Emmanuel Macron, while the Socialists have chosen an eccentric radical, Benoît Hamon. Should we welcome a shake-up in the cradle of European revolutions? What kind of shake-up might it be — socialist (the least likely), liberal with Macron or nationalist with Le Pen? Or can the outsiders still be beaten by an electoral system designed to keep them out of power? France in its modern history has worn out five monarchies, five republics and 16 constitutions — and two of this year’s presidential hopefuls are demanding a 17th. Its people are still more ready than most to go into the streets. It was, and is, a country in which rhetoric and visions play a prominent part in politics. (…) This is because France fluctuates between short spasms of change and longer periods of immobility. It has developed institutional barriers and tacit compromises to hold things steady. Its current Fifth Republic is a ‘republican monarchy’, with parliament downgraded and a powerful president supposed to unite the nation — a task sadly beyond most politicians. Another, less noticed, institution goes back even further than Enjolras’s fictional death on the barricades: the two-round ballot, designed in the 1820s to prevent hotheads like him from winning elections. It gives voters and politicians a second chance, not so much to reconsider their own choices as to react against the choices of others. In the first round you vote for the person you want; in the second you vote against the person you fear. (…) Consider the long-term consequences of the two-round voting system. Many British commentators — and indeed some in France — call periodically for a ‘French Thatcher’ to sweep away institutional barriers to economic dynamism. Nicolas Sarkozy was one who briefly claimed this mantle. The latest is Emmanuel Macron, a former economics minister of Blairite tinge in François Hollande’s socialist government. But Margaret Thatcher could never have been elected in a French-style second round. The British system not only can but regularly does give power to a united minority over a divided majority. Mrs Thatcher could carry out a peaceful revolution without ever having the clear support of a majority of voters. In a French-style system, she and her parliamentary supporters would inevitably have been defeated in second-round ballots by a combination of Labour and the Liberals: Jim Callaghan would have been triumphantly re-elected. In short, precisely because of its turbulent political history, France has developed a series of barriers against radical change. A leading sociologist, Michel Crozier, described it in 1970 as a ‘société bloquée’ — a ‘stalemate society’. Of course, much in France does change: but the price of political stability is that certain fundamental rights and privileges remain untouched. Advantageous retirement rights and pensions. Certain influential professions. Farmers, sheltered by the Common Agricultural Policy. People in permanent employment, protected by laws penalising redundancy and limiting hours of work. The public sector — in French le service public, significantly in the singular — is the core of this system: schools, public hospitals, railways, universities, local government, the post office. All are arms of the state. Think of le service public as the NHS multiplied by five. The politics of its workforce, combining a real sense of public service with a jealous defence of rights and privileges, explains why France is the most anti-capitalist country in Europe. There are benefits. Many British people have happy memories of French hospitals, schools or trains. But one does not need very right-wing views to see the accumulating disadvantages. The highest taxes in the developed world, especially on businesses. Chronic unemployment, worst among the young and ethnic minorities. Slow growth, including among small companies afraid of the burden of regulation incurred by getting too big. Crumbling infrastructure. Anyone who arrives at the Gare du Nord must see that something is amiss. People in France do too, and have done for years. Even in the 1980s President Mitterrand lamented national ‘moroseness’. Bookshops have long been piled high with works by economists, politicians and academics warning that France was in accelerating decline. Young people emigrate, over 200,000 to London alone. On top of this chronic malaise has come the tension between republican secularism and Islam, sparked off three decades ago by a row about girls wearing headscarves in a provincial secondary school. It is a fraught mixture of cultural difference, social deprivation and historic mistrust, but none can doubt its brooding presence, hugely inflamed by a series of terrorist attacks. (…) None of these observations is unique to France. Characteristic of France, however, is the seeming inability of the political system to do much about them, even over many years. Here we come back to the ‘stalemate society’ problem. Even limited reforms — by British standards minor tinkering — with the education system or the labour market have caused huge and prolonged student demonstrations and sit-ins, and damaging strikes by public-sector unions. They often produce complicated half-measures that create a destabilising sense of unresolved problems and leave continuing tensions. A ‘French Thatcher’ — assuming that there is one, however diluted — faces not only the electoral barrier but a wider ideological polarisation than that of Britain in the 1980s. Then a large minority, even at times a majority, felt that something radical had to be done, and accepted that this included weakening the trade unions and increasing the freedom of the market. There is little sign that any such consensus exists in France, where both left and right are deeply suspicious of economic liberalism. Marine Le Pen thunders against free trade and ‘unfair’ competition. The very word ‘liberal’ has long been a political kiss of death: we shall see whether Macron is immune. So there is widespread dissatisfaction, but no accepted solution. Robert Tombs
If Macron’s unique selling point is unclear, his unique talking point is that he married his former school teacher, a lady 24 years older than him. This startling fact, when first encountered, tends to bring political discussion to a halt, while all pause for a few moments of profound reflection. His latest fan is Ségolène Royal. Ségolène is the current minister of the environment, and, by chance, she too is 24 years older than the dynamic new arrival. She has repeatedly spoken of her affection and admiration for Macron. Ségolène was the defeated Socialist presidential candidate of 2007, but last week she urged the party’s voters to ignore their own candidate, Benoît Hamon — a hardline leftist sacked as education minister by Valls in 2014 — and back Macron instead. Macron has not just divided the Socialists, he has replaced them. So how has this apparently isolated and underfunded individual managed all this in such a short time? It is clear that Macron has powerful supporters behind the scenes, and a clue may lie in the little-discussed fact that some years ago he was identified as a member of ‘les Gracques’ — a discreet centre-left pressure group loosely staffed by influential chief executives and civil service mandarins. They are pro-market socialists who long ago gave up on the Socialist party. Many are fellow ‘énarques’ (graduates of ENA) and every step of Macron’s career could have been directed by them. Spotted as a brilliant and charming student, Macron could first have been launched into the prestigious state Finance Inspectorate, then switched into Rothschild to gain business experience (and wealthy support) and then placed like a time bomb in Hollande’s outer office, where he ticked away until he could be moved into the heart of the Valls government. Last August he finally exploded into action at the perfect moment to cause maximum damage to Hollande, Valls and the entire Socialist presidential election campaign. Macron’s rise bears all the hallmarks of a classic ENA undercover operation, a fundamental part of the énarques’ stock-in-trade and one in which the country’s leading bureaucrats are cynically trained. Now that the Socialists have lumbered themselves with a dinosaur — Hamon — as their candidate, Macron is in an even stronger position. He will be able to tune his campaign to attract moderate Socialist voters as well as the centrists and centre-rightists who flock to his meetings and are having second thoughts about François Fillon. Mr Fillon and his British wife Penelope are currently under investigation for misuse of public funds. The Spectator
No one in France disputes Fillon’s right to have paid his wife as an “assistant” over the course of eight years. While nepotism laws in America prohibit such practices — unless you are president — not so in France. More than one-fifth of French parliamentary representatives — 115 of 577 — employ one or more family members as “assistants.” Yet, while it is not illegal for political officeholders in France to hire family members, it is illegal to create so-called emplois fictifs, or make-believe jobs where you pay relatives for work they have not, are not, and never intend to do. Herein lies the rub with the Fillons. Until the Canard’s scoop, there was no reason to believe that the Welsh-born Penelope Fillon devoted her life to anything other than her family of five (unless you count the five horses stabled near the family’s 12th-century chateau). Mme Fillon has previously conceded that she had extra time on her hands. (…) Fillon did not help his cause by revealing in the same interview that, while a senator, he had also paid two of his children to handle specific cases for him because of “their particular competence as lawyers.” (The problem, as several newspapers quickly pointed out, is that neither child was a lawyer yet; the latest Canard story reports that they were paid approximately $90,000 for their work.) Over the weekend, fresh news broke out that between 2005 and 2007, Fillon had written himself seven checks totaling about $28,000 from an account earmarked for paying assistants; then came the new revelations that his wife’s pay had been even more than first thought. The two pillars of Fillon’s candidacy have been the economic imperative of scaling back the state’s social protections, and the political imperative of being untouched by scandal. The two are interconnected; the former relies on the latter. That Penelope Fillon drew an exorbitant salary for reading her husband’s speeches before saddling up for a morning canter will not go down well with an electorate being asked to make financial sacrifices. At the same time, Fillon has always emphasized that his hands, unlike those of his fellow Gaullist contenders, were clean. (…) France is not a particularly corrupt country, in global terms, but in the West it is something of an outlier. According to Transparency International’s 2016 “corruption perception” index, France ranked 23rd among 176 nations, just behind Estonia and just ahead of the Bahamas. It is not, of course, Somalia or Syria. But neither is it Denmark, New Zealand, Canada, or even the United States. In Western Europe, it outranks only Portugal, Italy, and Spain. What may make matters worse is that French corruption is particularly high-profile: It doesn’t come in the form of cops asking for petty bribes, or companies buying off bureaucrats. Rather, thanks to the peculiarly French principle of a republican monarchy, French corruption involves vast sums and takes place at the highest levels of government. Created by De Gaulle in 1958, the Fifth Republic hands vast power and prestige to the presidency. The president, in principle, is not answerable to Parliament; the president, in essence, reigns and his ministers merely rule. While De Gaulle also endowed the office with his personal imperiousness and incorruptibility, his descendants have held tight to the former while mostly trashing the latter. From the late 1970s, when Central African Republic Emperor Jean-Bedel Bokassa showered Valéry Giscard d’Estaing with diamonds, through the 1980s, when Chirac, while mayor of Paris, embezzled public funds for his presidential campaign, to Sarkozy and the kaleidoscope of court cases confronting him, ranging from influence peddling to accepting $54 million in campaign financing from former Libyan dictator Muammar al-Qaddafi, the French presidency has been consistently mired in scandals worthy of the Bourbons. (François Hollande, for all his fecklessness, has — to give credit where it’s due — kept his hands relatively clean during his time in office; his scandals have been of the personal sort.) This relentless drip of scandals both dampens public attitudes toward the mainstream parties — a Transparency International poll taken late last year revealed that three-quarters of the French believe that parliamentary deputies and government ministers are corrupt — and continues to raise the boat of the far-right National Front (FN). Marine Le Pen’s party has its own instances of financial misbehavior: The European Union had determined that the FN defrauded the European Parliament budget of more than $324,000, which it used to illicitly pay FN staffers. Perhaps because the victim was Brussels, however, and because Le Pen was not enriching herself personally, the scandal has had little traction in France; this week, while Fillon was busy battling for his political life, Le Pen was scoffing at the notion that she might return the funds. More to the point, it hasn’t stopped Le Pen from positioning herself as the only candidate able to drain the French swamp. Given the steady 25 to 26 percent support her party attracts in polls, a sizable group, it seems, believes her. The reluctance of French governments to address the problem of corruption is well known. In 2014, a European Union report rapped France’s knuckles for its faulty firewalls in campaign financing, its judiciary’s relative lack of independence, and the absence of political willpower to tackle a culture of corruption. Until recently, moreover, the foot-dragging of politicians over these issues has not unduly bothered French voters. As Jean-Christophe Picard of the watchdog group Anticor notes, through the 1980s and 1990s the public mostly tolerated such wheeling and dealing. “In France, there is the idea that defrauding and wasting public money is not too serious a problem as long as there are no direct victims,” he said in a recent interview with the weekly French magazine L’Obs. There have been some recent attempts to remedy the problem: Last year, the country enacted the Sapin II Law, which, for the first time, creates an anti-corruption agency, requires members of Parliament to render public the names of everyone listed on their official payrolls, and affords fuller legal protection to lanceurs d’alerte, the rather awkward French term for whistleblowers. The law has been hailed as an important step by transparency advocacy groups, but much of the law is aimed at targets lower down than the Élysée. It is still too early to tell if the recent revelations will bar Fillon from the presidency, but it is looking increasingly likely. He has already vowed that he will end his campaign if formal charges are brought against him; on Tuesday, police were spotted at his parliamentary office looking for evidence. Even if the courts do not act before this spring’s election, Fillon’s reputation has already taken a serious hit. In an Odoxa poll taken after the Canard’s scoop, 61 percent of respondents had a bad opinion of Fillon, while just 38 percent thought favorably of him — a 4 percent drop since Jan. 8. An even more recent poll, conducted by Elabe, shows that Fillon is now in danger of not even making it past the first round of France’s two-stage election process. One of the beneficiaries of his decline will be Le Pen, who even before Penelope-gate had overtaken Fillon in a Le Monde poll; another may be Emmanuel Macron, the center-left independent whose campaign continues to gain momentum. French politics is looking more unpredictable than ever, and much can still happen between now and the first round of the election, which is slated for late April. But one thing does seem clear: With Penelope-gate, a long French tradition looks set to continue. Foreign Policy
Trois pays qui ont profondément modernisé leur administration dans les vingt dernières années, le Canada, la Suède et la Nouvelle-Zélande (…) ont en commun d’avoir mis en œuvre cette réforme en réponse justement à des situations de crise économique profonde. (…) L’expérience de ces trois pays montre que plusieurs éléments doivent se conjuguer pour mener à bien ces transformations : tout d’abord la légitimité sortie des urnes pour une équipe qui place le redressement de l’économie et la défense d’un contrat social comme objectif prioritaire à atteindre, la réforme de l’État n’étant qu’un moyen d’y parvenir. Ensuite, la prise de conscience à travers une grave crise économique et budgétaire de la rareté de la ressource publique et de la nécessité d’en « avoir pour son argent ». Désormais, les exigences des citoyens sont renforcées, ce qui rend impossible le maintien de prélèvements obligatoires élevés et le blocage des réformes indispensables. Enfin, la réforme implique une attitude pragmatique des parties prenantes : c’est la recherche d’une plus grande efficacité du modèle social qui doit être mise en avant par les pouvoirs publics, plus qu’une simple logique comptable. Pour les syndicats, c’est un changement de stratégie qui passe par la négociation des réformes plutôt qu’une opposition systématique. C’est au prix de ces efforts que l’on pourra, en France, réussir la réforme de l’État et des politiques publiques. Sandrine Gorreri (2009)
Il n’y a pas une culture française, il y a une culture en France et elle est diverse. Emmanuel Macron
Que voulez-vous que j’en pense? Il est cynique. Un peu homme, un peu femme, c’est la mode du moment. Androgyne. Ce qui vous plait chez Macron, c’est que vous aimez toujours ceux qui ne vous obligent pas à choisir. Nicolas Sarkozy
Sur les « qualités nécessaires » pour être chef de l’Etat, le candidat de la droite est certes à la deuxième place. L’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy est cité en premier ou deuxième par 36% des personnes interrogées. Seul Emmanuel Macron fait mieux, cité en premier ou deuxième par 46%. Benoît Hamon est cité par 34% des Français, devant Marine Le Pen (28%) et Jean-Luc Mélenchon (18%). François Fillon est même celui qui est le plus cité en premier, par 22% des personnes interrogées, contre 21% à l’ancien ministre de l’Economie de François Hollande. Sur la question de l’honnêteté, le palmarès est radicalement différent, même si Emmanuel Macron reste bien placé puisqu’il est sur la deuxième marche du podium, cité (en premier ou second) par 30% des Français. Cette-fois, c’est Benoît Hamon qui arrive en tête. Le candidat du PS est cité (toujours en premier ou deuxième) par 33% des personnes interrogées. Suivent Marine Le Pen (25%), Jean-Luc Mélenchon (23%) et François Bayrou (21%). Plombé par la polémique sur les emplois présumés fictifs de son épouse Penelope, François Fillon est à la peine : 17% seulement le citent en premier ou deuxième parmi les candidats « les plus honnêtes ». Il ne devance que les petits candidat (Nicolas Dupont-Aignan, Philippe Poutou, Nathalie Artaud, Jannick Jadot), qui pâtissent, eux, de leur manque de notoriété dans l’opinion. Les Echos (01.02.2017)
Poland showed the strongest opposition to migrants arriving from Muslim countries, with 71 per cent supporting the ban. Opposition to further migration was also intense in Austria (65 per cent), Belgium (64 per cent), Hungary (64 perc cent) and France (61 per cent) and Greece (58 per cent). The idea of a Trump-style ban also received support in Germany, with 53 per cent calling for increased curbs and 51 per cent in Italy. But there was not majority support in Britain or Spain, which was most opposed to the idea of a ban with only 41 per cent voicing support. Overall, across all ten of the European countries an average of 55 per cent agreed that all further migration from mainly Muslim countries should be stopped. The Sun
Selon une étude menée par l’institut de recherche britannique Chatham House, les Européens seraient majoritairement favorables à la fermeture de leurs frontières aux individus originaires de pays musulmans. 55% des personnes interrogées ont ainsi déclaré être d’accord avec cette affirmation : “Toute immigration supplémentaire venant de pays à majorité musulmane doit cesser”. Un chiffre impressionnant. Dans le commentaire de l’étude, l’institut livre ses conclusions : “Nos résultats sont frappants et donnent à réfléchir. Ils suggèrent que l’opposition à l’immigration venant de pays à majorité musulmane n’est pas confinée à l’électorat de Donald Trump aux Etats-Unis mais est largement répandue”. Largement, mais plus spécialement dans les pays qui “ont été au centre de la crise migratoire ou ont vécu des attaques terroristes ces dernières années”. La Pologne (71%), l’Autriche (65%), la Hongrie et la Belgique (64%), ainsi que la France (61%), sont ainsi parmi les plus favorables à l’assertion de départ. Valeurs actuelles
Jusqu’en 2012, les députés pouvaient conserver le reliquat du crédit collaborateurs qui leur était attribué. Vincent Goyet
Marine Le Pen bénéfice d’un électorat fidèle et déjà très mobilisé: 76% de ses anciens électeurs en 2012 se disent d’ores-et-déjà certains d’aller voter à la présidentielle, 90% de ses anciens électeurs en 2012 voteraient à nouveau pour elle en 2017 et parmi eux, près de huit sur dix se disent sûrs de leur choix. (…) Telle n’est pas la situation d’Emmanuel Macron, dont l’électorat potentiel apparaît sensiblement plus incertain, une personne sur deux exprimant une intention de vote en sa faveur nous disant qu’elle peut encore changer d’avis. Ceci s’explique par la nouveauté qu’incarne Emmanuel Macron et la structure politique de son électorat potentiel. Sa volonté de transcender les clivages politiques traditionnels séduit une partie des électeurs, et nos récents sondages attestent de sa capacité à attirer sur son nom d’anciens électeurs de François Hollande, de Nicolas Sarkozy et François Bayrou. Reste à savoir si cette alliance perdurera jusqu’au au premier tour de l’élection présidentielle, ce qui n’est pas acquis. Un moment de vérité sera certainement le jour où il dévoilera officiellement son programme, ce qui est annoncé pour fin février ou début mars. C’est à ce moment-là que l’on pourra juger avec davantage de certitude de sa capacité à fédérer sur son nom des électeurs venus de divers horizons politiques, et donc de la solidité de son électorat potentiel. (…) Dans notre enquête, ce sont 72% à 75% des électeurs potentiels de François Fillon qui se déclarent d’ores-et-déjà sûrs de leur choix. C’est un peu moins que Marine Le Pen, et nettement plus que pour Emmanuel Macron, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon. Ce résultat doit toutefois être mis en perspective avec l’érosion qu’a connue le socle électoral de François Fillon ces dernières semaines, nous rapprochant d’un noyau dur d’électeurs qui lui sont acquis quoiqu’il arrive. Ceci contribue à augmenter mécaniquement la proportion d’électeurs se disant certains de leur choix. Notons d’ailleurs que ceci tendrait à valider l’hypothèse selon laquelle le potentiel à la baisse pour François Fillon est désormais limité. Reste à savoir dans quelle mesure il lui sera possible, d’ici au premier tour, d’inverser la tendance et de regagner les parts de voix qu’il a subitement perdues. Alexis Feertchak
François Fillon (…) a vigoureusement posé les termes du débat et de l’affrontement. D’un côté le tribunal médiatique – il a affirmé sa confiance pour l’issue judiciaire -, de l’autre le peuple français. François Fillon de retour n’a été animé par rien d’autre que le souci de rendre à une part importante de celui-ci une victoire qu’on croyait déjà lui avoir volée. Philippe Bilger
Le lynchage médiatique de François Fillon et l’écho qu’il semble rencontrer dans l’opinion montrent à quel point le système politico-médiatico-judiciaire tombe en déliquescence. Mise à mal par le gouvernement des juges et des médias la démocratie représentative est en danger. (…) Il est stupéfiant de constater la façon dont certaines des allégations sorties par Le Canard enchaîné et Médiapart sont reprises en boucle par presque tous les médias. Ces affirmations sont totalement à charge et peu de rédactions osent donner des arguments à décharge, alors que ceux-ci existent et sont d’importance. Il est encore plus stupéfiant de constater que la justice s’est emparée de cette affaire alors que rien ne justifie qu’elle le fasse. (…) A tel point que même les plus ardents supporters de François Fillon se sont mis à douter de son honnêteté. Et l’information est devenue un feuilleton quotidien. (…) Pourquoi cette affaire sort-elle précisément en janvier 2017 alors que les faits reprochés remontent à plusieurs années ? Pourquoi la justice s’en empare-t-elle avec une telle diligence ? Quel objectif cherchent à atteindre ceux qui ont manipulé et fabriqué l’opinion, ceux qui l’ont mise sous tutelle ? La réponse est évidente. Dans un premier temps, il s’agit de faire baisser François Fillon dans les sondages et dans les intentions de vote pour arriver au constat que le candidat de la droite et du centre ne sera pas qualifié pour le second tour de l’élection présidentielle. L’objectif suivant étant de l’obliger, sous la pression des mauvais sondages, à renoncer à se présenter à l’élection pour laisser le champ libre au duel rêvé par les médias – entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron (ce dernier est d’ailleurs une pure fabrication du système médiatique). Dès que l’objectif sera atteint, la presse cessera de s’intéresser au cas de François Fillon. Le « PénélopeGate » disparaîtra immédiatement des radars médiatiques. Concernant la justice, notons que c’est le parquet national financier (PNF) qui s’est autosaisi de l’affaire, 24 heures seulement après les révélations du Canard enchaîné. Le PNF, présenté comme « autonome », a été installé par le gouvernement socialiste le 6 décembre 2013, et son procureur, la magistrate Éliane Houlette – une proche de Ségolène Royal – a été choisie et nommée à la discrétion de François Hollande. Marc Joncour
François Fillon fait l’objet d’un lynchage en règle depuis plusieurs semaines. Chaque nouvelle information sur lui, même la plus anodine, est présentée comme un délit potentiel. Quoi qu’il dise, on considère qu’il aggrave son cas. Les circonstances commanderaient pourtant que l’on fasse le tri entre ce qui doit lui être reproché et ce qui est sans conséquence, et que l’on aille jusqu’à faire l’effort de ne pas publier dans la presse les faits et gestes relevant de la seconde catégorie. Comment peut-on accepter que cet homme et sa famille soient scannés avec une telle obsession, un tel niveau de détails, une telle suspicion ? Ce délire donne la nausée. Si François Fillon a octroyé un emploi fictif à sa femme et/ou à ses enfants, il est normal qu’il soit sanctionné. La décision relèvera d’un tribunal et sera prise à la lumière du contexte dans lequel ces contrats ont été conclus, des éléments fournis par les personnes mises en cause et des éclairages apportés par les enquêteurs. Ce n’est pas aux journaux, même les plus prestigieux, d’en décider. En attendant, il conviendrait de ne pas faire preuve d’une mauvaise foi telle qu’elle ne pourrait que révéler une forme d’animosité. Certains ont écrit que la fille de M. Fillon, lorsqu’elle travaillait à ses côtés au Sénat, était sortie de ses fonctions en participant à l’écriture d’un ouvrage publié par son père, comme si François Fillon était le seul responsable politique à se faire aider pour écrire ses livres ! On a pareillement reproché au fils de M. Fillon d’avoir planché sur le programme … Charles Consigny
Les réseaux sociaux s’en donnent à cœur joie, ces temps-ci. Les twittos lynchent comme ils respirent. Bienvenue dans le monde de Dark Vador, chez les aigris, les haineux en furie. Dommage qu’on ne puisse pas marcher dessus, ça porterait bonheur. Il paraît que cette meute électronique incarne la modernité. Mille excuses, mais elle n’a pas le pouvoir qu’elle croit. Sous l’Occupation, ses ancêtres parvenaient à leurs fins quand ils envoyaient leurs lettres de dénonciation à la Kommandantur. Aujourd’hui, son hystérie a tendance à se retourner contre elle : l’élection de sa bête noire, Donald Trump l’a hélas confirmé. Nous voilà sommés de condamner sans autre forme de procès François Fillon, qui, de tout évidence,a fauté, comme nous l’avons écrit la semaine dernière.  Les bois de justice sont déjà dressés, il est urgent de raccourcir le prévenu. Depuis peu, il règne sur la France un climat qui rappelle, à certains égards, celui de la terreur de 1793. Sauf que la guillotine est devenue métaphorique. Les médias, ces nouveaux dieux ont soif. Franz-Olivier Giesbert
Macron, c’est tout ce que les Français sensibles à la fragilité du pays rejettent. Annoncer vouloir voter pour lui, même en dernier recours, est incompatible avec la défense d’une nation unifiée et assimilatrice. Son usage du mot « hexagone », vocabulaire désincarné qu’il partage avec Hamon, fait comprendre la froide distance qui sépare Macron de l’âme française. Samedi, à Lyon, le faux rebelle d’un Système qui le soutient a défendu le modèle multiculturel, qui est au cœur de la crise identitaire abordée par Fillon, mais aussi Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan. Il a déclaré : « Il n’y a pas une culture française ; il y a une culture en France : elle est diverse, elle est multiple ». Il a aussi dénoncé l’ »obscurantisme », mais il le voit chez Donald Trump, et non dans l’idéologie islamiste qui nargue la République et a pris le monde occidental pour cible. Macron dit refuser les murs, les quotas, les frontières, les conflits. Un tel homme à l’Elysée signifierait l’abandon de la société d’intégration au profit d’une « inclusion » dans un espace ouvert et bienveillant. Pour le leader d’En Marche!, le FN représente « une France qui n’a jamais existé ». Mais le communautariste qu’il avalise, et qui se consolide dans les cités, est celui qui produit les tensions et annonce les guerres civiles. Lundi soir, à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) des policiers encerclés ont dû tirer en l’air à balles réelles. Si la droite ne s’affirme pas, elle poussera nombre d’électeurs dans les bras de Marine. Ivan Rioufol
Dans l’affaire Fillon, le « plan B » s’appelle Marine Le Pen : voilà à quoi ont conduit les justiciers qui, depuis deux semaines, chargent le dossier contre le candidat de la droite, plébiscité par la primaire. S’il y a un scandale à ce stade c’est celui qui consiste à faire taire, à moins de trois mois de la présidentielle, un homme qui a su désigner le libéralisme comme allié et le totalitarisme islamique comme ennemi. La tentative de kidnapping du favori pour l’Elysée, devenu le symbole d’une classe politique déconnectée de la vie des gens, n’est pas plus respectable que les pratiques dénoncées, sans preuve pour l’instant, par les donneurs de leçons. Le spectacle donné par ceux qui, chez Les Républicains paniqués, pressent Fillon de céder la place, illustrent la pusillanimité qui habite les opportunistes et les carriéristes. Alain Juppé est resté, ce lundi, à la bonne hauteur quand il a une nouvelle fois rejeté les appels du pied pour remplacer Fillon : « Clairement et définitivement, c’est non ! ». Ni lui, ni Nicolas Sarkozy, ne seraient acceptés d’un électorat qui les a clairement éliminés, dans un jeu de massacre qui n’est pas terminé. Pour ces raisons, Fillon a raison de tenir bon. Lui qui refusait le « tribunal médiatique » donnera, ce lundi à 16 heures, une conférence de presse. Il est attendu de lui qu’il dise tout, de ses erreurs de jugement comme de ceux qui veulent l’abattre. Le hold-up électoral peut encore être déjoué, tant les méthodes de chasse à l’homme sont odieuses. Ivan Rioufol
Une constatation se dégage du « Pénélopegate » : le troublant amateurisme de François Fillon. Cette impréparation apparaît d’autant plus que, comme il l’a souligné mardi, il doit faire front à « une opération de calomnies très professionnelles, d’une extrême ampleur, sans précédent sous la Ve République ». Ses fautes de communication et ses imprécisions dans des faits qu’il a tardé à reconnaître s’ajoutent aux maladresses de ses porte-paroles qui, avant même cette affaire, avaient déjà laissé voir un manque de coordination et une impréparation au sommet. Face aux révélations du Canard Enchaîné, qui en remet une louche ce mercredi sur les sommes perçues par l’épouse du candidat Les Républicains (près d’un million d’euros au final) et deux de leurs enfants (84.000 euros), Fillon a fait le choix, erroné selon moi, de se draper dans sa dignité bafouée et sa présomption d’innocence. Or le tribunal médiatique, cette régression démocratique, est pareil aux anciens Comités de salut public : il juge et condamne sur le champ celui qui ne sait se défendre dans l’urgence. Ce qui est en cause ici dépasse le népotisme de Fillon, qui est commun à d’autres hommes politiques, de droite ou de gauche. François Mitterrand faisait travailler ses fils à l’Elysée, et Jacques Chirac sa fille. Le problème se situe dans les largesses annexes que se sont accordés les parlementaires, ces nouveaux fermiers généraux. Rien ne semblait interdire à Fillon de puiser dans les fonds mis à sa disposition pour rémunérer des assistants. Mais cette pratique doit être réformée. Sa position de nouveau « paria de la République », que dénonce Maxime Tandonnet, en fait le bouc-émissaire d’un système politique qui a trop longtemps vécu dans l’entre-soi des carriéristes. Cette relative injustice s’ajoute à l’acharnement visant à faire taire un homme ayant choisi de répondre à la crise identitaire qui taraude la société. Ceux qui, derrière Le Canard, veulent méthodiquement abattre Fillon, qui se défend mal pour l’instant, sont à deux doigts de réussir leur dessein. Les dégâts sont déjà considérables dans l’opinion. Cependant, la gauche à la manœuvre suit là une stratégie agressive à courte vue. Rien ne dit qu’elle sera profitable à Macron, cet avatar d’un hollandisme rhabillé de neuf. Seule Marine Le Pen partage avec Fillon, au-delà des divergences économiques, la même inquiétude sur la crise de civilisation et les moyens d’y répondre. Forcer Fillon à renoncer à représenter le courant conservateur, très majoritairement choisi par les électeurs de la primaire, donnerait au FN l’opportunité de se placer en recours pour la droite orpheline. La chasse à l’homme lancée par les Fouquier-Tinville peut amener Le Pen à l’Elysée. Ivan Rioufol
L’éviction de Valls laisse un boulevard aux défenseurs du multiculturalisme, cheval de Troie de la charia. Emmanuel Macron partage avec Hamon la vision irénique d’un « Hexagone » ouvert à tous. À droite, Alain Juppé défendait cette posture, qui récuse l’exigence d’assimilation. La large victoire de François Fillon à la primaire était venue porter un coup d’arrêt à cette défrancisation voulue par les « modernistes ». Mais, depuis, les accusations qu’il subit l’affaiblissent dangereusement. Oui, la droite, majoritaire dans le pays, peut perdre. Il suffit de lire les satisfactions de la twittosphère islamiste après l’élection de Hamon pour constater la proximité entre le candidat du PS et la partie militante de l’électorat musulman. La mouvance fondamentaliste peut se frotter les mains : l’élimination de Valls, coupable d’avoir nommé le djihadisme comme fauteur de guerre, est une aubaine qui s’ajoute à l’avenir incertain de Fillon, pourfendeur du nouveau totalitarisme coranique. L’autre jour, à Paris, l’historien de la Shoah, Georges Bensoussan, a comparu en correctionnelle pour avoir décrit l’antisémitisme culturel qui s’exprime dans des banlieues : à côté du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), qui milite pour rendre l’islam intouchable, s’étaient joints, comme accusateurs, la Licra, SOS-Racisme, le Mrap, la Ligue des droits de l’homme. Et c’est Bensoussan que la jeune procureur a éreinté. La trahison des mouvements antiracistes, qui trouvent chez des magistrats l’appui pour poursuivre ceux qui dénoncent la nouvelle judéophobie, fait mesurer l’emprise de l’idéologie conquérante sur les esprits… Ivan Rioufol
Une victoire de Macron en mai viendrait concrétiser la stratégie du trou de souris, cette opportunité que François Hollande se réservait pour lui-même. Macron serait surtout la victoire des minorités militantes qui voient dans la consolidation d’une France multiculturelle l’opportunité d’affirmer encore davantage leur visibilité. Ceux qui, de ce point de vue, soutiennent Hamon sont les mêmes qui espèrent en une victoire de Macron. C’est donc bien un choix de société, capital, qui est en jeu dans la présidentielle. Mais alors que la société civile fait savoir, majoritairement, son attachement à la nation unitaire et assimilatrice, l’option communautariste peut espérer l’emporter en jouant sur les droites divisées. Ivan Rioufol
Macron incarnerait la gauche moderne, européenne, mondialisée, affranchie des traditions politiques françaises : ceux qui rêvent du postnational l’adulent. D’un coup, n’importe quelle occasion semble bonne pour lui tresser des lauriers. La dernière en date, c’est ce discours en anglais, prononcé en Allemagne, qui selon l’expression employée par certains journalistes, aurait « ringardisé » la majorité de la classe politique … il y a dans les élites françaises une agaçante fascination pour l’anglais, et même une délirante anglomanie. À la télévision comme au quotidien, on parlera des « news », de son « smartphone », de la « battle de France », de la « society », du « Coca light », des « mails », des « guests », comme si ces termes ne trouvaient aucune correspondance en français. Qu’on me pardonne cette référence personnelle : on peut comprendre les Québécois d’intégrer plus de mots anglais qu’ils ne le devraient dans leur vocabulaire courant : ils vivent aux marches de l’empire américain, et, dans la mesure du possible, ils y résistent, même si la tentation est forte de s’y laisser dissoudre. Mais la France est moins soumise à l’impérialisme américain qu’elle ne semble hypnotisée par lui. Comment ne pas voir dans l’anglomanie des élites françaises une forme de dévalorisation de soi, comme si le français était la langue d’un monde déclassé ? Mathieu Bock-Côté
La droite française, déstabilisée à la première bourrasque alors qu’elle se veut, à juste titre, majoritaire dans le pays, devrait réfléchir à sa fragilité. Elle semble ne pas comprendre le moment historique, ni même savoir ce qu’elle est dans ce moment, au point que, incapable de faire bloc, elle se laisse manœuvrer par toutes les opérations de l’adversaire. Pourtant, la théorie gramscienne du «bloc historique», qu’on cite sans cesse mais en ne l’effleurant que du bout de l’aile, et sous son acception la plus lapidaire (l’idée que la pensée précède le combat politique – «Au fond des victoires d’Alexandre, on trouve toujours Aristote» comme disait de Gaulle) donnerait de fameuses clefs, si du moins on se donnait la peine de l’étudier de plus près. Le théoricien italien observait que les générations constituaient à tour de rôle des «blocs historiques» soudant l’ensemble d’une société autour de paradigmes communs – subversifs d’abord, puis peu à peu dominants, avant de se faner et décliner. Ces ensembles idéologiques sont d’abord élaborés par les «intellectuels centraux» (écrivains, universitaires, autorités morales qui, par des livres ou des revues, «donnent les mots») avant de faire peu à peu système et «d’infuser» par degrés l’ensemble de la population: les intellectuels de seconde ligne (professeurs, instituteurs, journalistes…), puis les dirigeants politiques, les hauts-fonctionnaires et les magistrats, les chefs d’entreprise, les professions libérales, et, par degrés, l’ensemble d’un peuple ainsi soudé autour de «points de communion». S’est de la sorte constitué, dans les années 70 (en France, les dates majeures sont 1968, 1974 et 1981), un bloc historique progressiste, fait de cette gauche particulière que Chevènement nomma «gauche américaine», celle qui tient que la «modernité» a toujours raison et le passé toujours tort, et qui croit même que l’on peut tout changer, peuples, hommes, femmes, institutions etc. -voir son slogan de 1974, «Tout est possible». En quelques années, une jeune escouade de «déconstructeurs» (de la langue, des codes et, surtout, du socle politique classique – Etat, nation, civilisation), donna mots et paradigmes à la vaste ruche des professions intellectuelles ; ils finirent par devenir omniprésents à l’université, dans l’édition, puis dans les médias, parmi les cléricatures et les magistratures, et même chez les grands patrons, lesquels trouvèrent grand intérêt au fameux «jouir sans entrave» qui fut le passeport du consumérisme à outrance, comme le «sans frontiérisme» festif fut celui du libre-échange généralisé. La doxa moderniste conquit finalement l’immense majorité des politiques, y compris de la dite «droite» – celle-ci finit même par accepter de se lire dans une typologie extérieure, et très contestable, celle de René Rémond dont deux des trois branches l’orléanisme et le bonapartisme sont en fait des centrismes… La droite perdit ainsi jusqu’à son nom, ce légitimisme ou, pour mieux dire, ce classicisme politique qui ne sut jamais actualiser ses paradigmes et mots de passe, ni conséquemment se rassembler, et qui, divisée, se laissa exclure du débat public. Une génération intellectuelle domine en général une trentaine d’années -telle la génération précédente, que l’on peut dire «de la reconstruction», qui fut dominante entre 1944 et 1970, déclinante ensuite. Celle qui prit tous les pouvoirs dans les années 70 et 80 devrait donc disparaître depuis quelques années. Certes, elle s’épuise: le Non de 2005 prit à angle droit la pensée unique – les oligarques se revanchant vite à Lisbonne. Plusieurs de ses bastions se lézardent: il n’est un secret pour personne que la presse de gauche vit sous perfusion d’argent public, tandis que celle de droite progresse. L’éclatante réussite de la Manif Pour Tous, celle du Puy du Fou exhumant l’archaïque national (est archaïque non ce qui est vieux et passé, mais au contraire ce qui fonde et ne passe pas), les succès de librairie de Patrick Buisson, Philippe de Villiers ou Eric Zemmour sont autant de signes ; par dessus tout, on voit peu à peu ressurgir une droite classique (Patrick Buisson parla de «révolution conservatrice») dont la manifestation fut la victoire aux «primaires» de François Fillon, le catholique qui refuse Babel, ne croit pas que les arbres montent au ciel ni que l’on puisse dépenser sans limite, qui entend restaurer les frontières, l’Europe des nations, les enseignements classiques -on pourrait dire un «identitaire», comme le fut de Gaulle. Hélas, si le grand reversement idéologique est différé, et si la victoire politique est conséquemment si difficile, c’est que la droite française, qui n’a soutenu nul écrivain, nulle revue, nul grand média capable de jouer le rôle décisif que joua par exemple, dans la génération précédente le Nouvel Observateur, a négligé un travail intellectuel qu’elle ne regarde encore qu’avec un profond mépris -ou non moins profonde paresse. (…)  On comprend la violence des jours que nous vivons, qui sont peut-être ceux de la crise maximale: le bloc UMPS disparaît (qui peut encore assimiler Hamon et Fillon?), la droite, en son cœur légitimiste, menace directement, et au moment crucial des présidentielles, un bloc soixante-huitard attardé qui jette ses dernières forces de ses derniers bastions et cela sans préparation idéologique sérieuse, de sorte que, comme on voit hélas, elle se débande assez vite – à commencer par les parlementaires «républicains» qui révèlent à cette occasion combien la presse de gauche a prise sur eux, et si profondément qu’ils utilisent le vocabulaire même de leur adversaire. Pendant ce temps, la complicité entre puissances d’argent, médias et magistrature joue encore à fond: un article le mercredi, une audition le vendredi, un mauvais sondage le dimanche, une perquisition le lundi puis vient le pilonnage médiatique, certes disproportionné (les problèmes qui font sous nos yeux disparaître la France comme nation, comme Etat et comme civilisation sont sans rapport de gravité avec la façon dont le candidat a utilisé son enveloppe parlementaire) mais capable de faire vaciller le favori, issu pour la première fois depuis longtemps d’une droite assumée – mais si mal préparée au combat idéologico-judiciaro-médiatique qu’elle n’a pour arme qu’internet, ou des manifestations de rue. Bref: les mains nues. C’est pour cela que M. Fillon doit tenir coûte que coûte ; et qu’il faut toutes affaires cessantes reconstruire une droite idéologique, à commencer par ses paradigmes, qui réunira ses composantes et permettra de conquérir les places décisives, à l’université, dans l’édition, dans les médias et la haute fonction publique sans lesquelles il n’est pas de légitimité forte, donc par de puissance de gouvernement. (Au passage, souhaitons que la droite étourdie, du coup la plus bête du monde, sache enfin sortir du piège de Mitterrand qui la coupant depuis trente ans en deux camps, en commençant par jouer des porosités avec le FN. Si, alors que la relève est pourtant là, et que les jeunes plumes ne manquent pas, nous échouons à opérer ce grand renversement qui est dans els rythmes mêmes de l’Histoire, il est possible qu’une nouvelle relève, un modernisme plus violent encore (tel le trans-humanisme) prenne sa place, et nous partons alors vers une «civilisation» qui n’aura plus rien à voir avec ce que nous appelons encore la France. Pendant ce temps la gauche perdure alors que toute sa matrice est disqualifiée, tirant encore de fameuses salves sur une droite sans leviers ni relais et plongée dans l’hébétude. Il est donc temps de lire Gramsci, puis, comme disait Boutang, de «reprendre le Pouvoir» -de le reprendre réellement, et de l’exercer. Paul-Marie Coûteaux Les masques tombent : l’affaire François Fillon se révèle être un véritable assassinat politique, mené tambour battant et avec une efficacité redoutable. (…) Ce matin, sur France Info, un journaliste s’indignait de la réaction de ceux qui critiquent la charge médiatique sur François Fillon en vociférant (enfin presque) « mais on fait notre travail de journaliste ! ». Cette proclamation « On fait notre travail de journaliste » m’a laissé rêveur quand on songe à ce que nous dit, en creux, cette affaire Fillon sur le mode de fonctionnement de notre démocratie. (…) La plupart des élus, si ce n’est la totalité, emploient des proches sur des postes directement rattachés à l’exercice de leur mandat électif : la femme, l’époux, les enfants, la maitresse ou l’amant et parfois d’autres parents, sont rémunérés sur des postes d’attaché parlementaire. La pratique est courante, non interdite par la loi et connue de la presse depuis des lustres. C’est légal, mais évidemment moralement douteux dans un pays où tant de gens sont au chômage et où on invoque à tout bout de champ la nécessité de faire ses preuves. Certains, dans notre République, bénéficient de piston, de rente de situation en étant les parents ou ami(e)s intimes d’un élu. C’est triste mais ce n’est affreusement pas nouveau. Ce que l’on peut reprocher à François Fillon sur ce point, c’est d’avoir été comme les autres élus, ni plus, ni moins vertueux. Or, on attend d’un candidat à la présidence de la République une droiture certaine et une exemplarité de fait. Bon, ça c’est dans un monde idéal. Dans nos démocraties du 21ème siècle, la droiture et la moralité sont en dose limitée dans le sang du politique. En somme, sur la question du principe de la rémunération de Pénélope Fillon par François Fillon, il est difficile de faire les vierges effarouchées qui découvrent comment on fait des enfants sauf à avoir une sacré dose d’hypocrisie. (…) Les parlementaires rémunèrent leurs collaborateurs en puisant dans une enveloppe mise à leur disposition par les institutions. Le montant mensuel de cette enveloppe est de 9 561 euros (si l’Assemblée Nationale est en charge de la gestion du contrat de travail et paye les charges sociales) ou de 14 341 euros (dans ce cas c’est l’élu qui gère le contrat de travail et qui verse lui-même les charges patronales à prélever dans cette enveloppe). Mme Fillon a été rémunérée de 1989 à 2013 pour un montant de 830 000 euros…..bruts ! Et oui, la presse brandit ce montant proche du million d’euros en omettant de préciser que la somme est en euros bruts. En net, Mme Fillon a perçu 639 000 euros et l’Etat a récupéré 191 000 euros ! En salaire mensuel net, sur la période considérée, Mme Fillon a donc perçu 2 218,75 euros. C’est une jolie somme, mais le travail d’un attaché parlementaire correspond à un travail d’agent de catégorie A de la fonction publique et le montant du salaire net n’est pas manifestement choquant ni déraisonnable. (…) François Fillon, à la différence de M. Macron, n’est pas un jeune nouveau dans le paysage politique. Il a détenu différents portefeuilles ministériels et il a été Premier ministre de Nicolas Sarkozy pendant cinq années… Cinq années au cours desquelles son épouse a perçu une rémunération d’attaché parlementaire. Etrange que la presse qui fait son travail ne se soit pas emparée de cette question à l’époque. Curieusement, ce sujet qui est un vrai sujet légitime, n’est évoqué qu’au lendemain de la primaire de la droite et à quelques mois de l’élection présidentielle. Les Français et les électeurs ne sont pas des gens dénués de sens critique. Il est clair que tout ce remue ménage à un but : tuer politiquement François Fillon. Pourquoi le tuer ? Assurément pour l’empêcher d’accéder au poste de Président de la République. Pour comprendre les vrais motifs du lynchage médiatique de François Fillon, il convient de voir en quoi François Fillon se distingue des autres candidats et quel(s) autre(s) candidat(s) à l’élection présidentielle est susceptible de tirer les marrons du feu. Sans se lancer dans une analyse approfondie du programme de François Fillon, ce qu’il conviendrait de faire pour mettre en parallèle ce programme avec celui du (des) candidat(s) avantagé(s) par cette affaire, on peut déjà identifier quelques lignes de force qui distingue François Fillon des autres : sa volonté de réforme, sa vision d’un monde multipolaire, son catholicisme affiché, sa volonté de renouer les liens avec Moscou et la Syrie, sortir le pays d’une situation d’endettement, l’idée de redonner à la France une place forte au sein de l’Union européenne. En clair, François Fillon est une « horreur » pour le système qui depuis des décennies est aux commandes. (…) Dans cette affaire, François Fillon a eu le tort de ne pas être le candidat du système en place. Les électeurs de la primaire ont placé en tête de leur choix un candidat qui ne satisfaisait pas aux critères du système. (…) La désignation inattendue de Fillon par les électeurs de la primaire a coupé l’herbe sous le pied de ceux qui attendaient la désignation d’Alain Juppé, un candidat en tout point conforme aux désirs du système. Il était donc nécessaire de virer Fillon et nous assistons aujourd’hui à son assassinat politique pour que ce dernier n’accède pas à la fonction présidentielle. Cette mise à l’écart de Fillon est d’autant plus nécessaire qu’un autre beau et jeune candidat, sorti de presque nulle part, est en vogue et correspond en tout point au profil du candidat du système : Emmanuel Macron. Méditons sur le beau travail des journalistes qui laissent dans l’ombre cette fameuse histoire des 120 000 euros (80% de l’enveloppe budgétaire de représentation du ministère de l’économie) consommée par Macron avant son départ de Bercy pour financer des prestations sans lien avec le ministère de l’économie mais en très fort lien avec la préparation de sa candidature présidentielle. Sur ce sujet, mutisme de la presse. On objectera que si 120 000 euros c’est une somme, elle est toujours inférieure aux 639 000 euros de Mme Fillon, heu pardon, reprenons la méthode de désinformation des médias… les 830 000 euros de Mme Fillon. C’est moins important mais cela s’est produit sur une échelle de temps bien plus courte. Mais vu l’efficacité de la dépense de M. Macron, je vous laisse calculer ce que cela aurait représenté sur 24 ans d’activités politiques…cela donne des frissons.. (…) Enfin la chronologie des évènements parle de façon assez claire : le 25 janvier 2017, le Canard enchaîné publie son article sur l’affaire « Pénélope Fillon », le 26 janvier 2017, le Parquet national financier ouvre une enquête judiciaire et le lendemain plusieurs témoins sont auditionnés….il faut vite virer Fillon. En conclusion, vous l’avez compris : la démocratie a « dérapé » en plaçant François Fillon candidat de la droite française. Le système a vite réagi pour sortir ce candidat gênant de la scène politique et tracer un boulevard à un autre candidat construit, façonné et adulé par le système. Si ce dernier candidat ne devait pas percer, alors ce n’est pas un problème car le nouveau candidat de la droite fera l’affaire car, quel qu’il soit, il sera forcement le candidat désigné de force par le système. Sauf erreur d’analyse de ma part, François Fillon va être sommé de renoncer à l’élection présidentielle pour être remplacé par un candidat cautionné par le système. Les millions d’électeurs qui se sont prononcés lors de la primaire sont donc désavoués et rappelés à l’ordre : vous deviez désigner celui qui était le favori des sondages ! Regis Desmarais 
Depuis janvier 2015, il a été le sujet de plus de 8 000 articles dans Libération, l’Obs, le Monde et l’Express. C’est plus que tout autre candidat, sans parler des multiples couvertures de Paris Match ou VSD façon couple glamour avec sa femme. Et personne ne pourra l’accuser de ne pas savoir trouver les mots qui font rêver et galvanisent les foules (…) De fait, trouver les mots, aussi creux soient-ils, fut le grand travail de sa campagne et dans ce domaine, rien ne fut laissé au hasard. Là encore, on ne pourra pas reprocher à Emmanuel Macron de ne pas avoir exploité à fond toutes les possibilités de la magie du verbe pour captiver un auditoire prêt à tomber en pâmoison. Au cours d’une « grande marche » qui s’est déroulée en porte-à-porte cet été, des « Marcheurs » ont eu « 100 000 conversations » et ont recueilli « 25 000 questionnaires », constituant autant de verbatim dont les mots – pardon on dit « prédicats » à présent – furent analysés via des algorithmes complexes, par la société Liegey Muller Pons, la « première start-up de stratégie électorale en Europe » et par Proxem dont le métier consiste à « changer les conversations en données » (au contraire des journalistes dont le métier consiste à transformer des conversations en courants d’air chaud). (…) Ce discours, ce style, ce show bien orchestré plaisent beaucoup, aux médias, aux socialistes en mal de représentation politique, à tous ceux qui cherchent une nouvelle tête, à tous ceux qui attendent un discours rassurant du type « Yes We Can », à tous ceux qui veulent gagner en liberté sans perdre en protection tutélaire de l’État, à tout ceux qui pensent qu’il suffit d’améliorer la gestion de nos structures sans les remettre en cause fondamentalement. Bonne pioche ! Emmanuel Macron se dit d’une « gauche qui se confronte au réel », c’est-à-dire typiquement d’une gauche sociale-démocrate façon Rocard et même Hollande, le style et la persuasion en plus. Forcément, ça attire : d’après les responsables, En marche ! aurait à ce jour 170 000 adhérents. L’adhésion gratuite, en ligne, ça aide. Bonne pioche toujours, lorsque Benoît Hamon est désigné candidat du PS. Bonne pioche encore, lorsque les affaires embourbent Fillon dans des emplois présumés fictifs. Et super bonne pioche, lorsque les sondages placent finalement notre héros en deuxième position au premier tour de la présidentielle ! (…) Aux grincheux qui pointent régulièrement l’absence d’un vrai programme politique derrière les envolées lyriques, les « Marcheurs », tendrement hypnotisés par leur candidat, rétorquent que si Macron les attire, c’est justement parce qu’il « fédère une vision, il y a une espèce de fluide ». Lubrifiant qui permet d’éviter les frottements douloureux et de rêver à son aise à un monde meilleur (…) C’est ainsi que les 35 heures sont « une avancée sociale non contestable » qui présente « un bilan contrasté » qu’il faudra « adapter sans remettre en cause le principe ». Jolie bourrasque d’air tiède. On souhaite bon courage au futur ministre de l’économie si d’aventure Emmanuel était élu ! Si le mystère reste entier quant au programme de gouvernement de Macron, on a cependant quelques idées sur ce qu’il sera en observant les soutiens qui s’agglutinent à lui. (…) À gauche, on peut citer Gérard Collomb et tous les députés socialistes orphelins de la candidature Valls, les hommes d’affaires Marc Simoncini (Meetic), Xavier Niel (Free) et Pierre Bergé, les deux derniers étant de plus co-propriétaires de l’Obs qui a largement ouvert ses pages à Macron, l’écrivain Erik Orsenna, ancienne plume de Mitterrand, Daniel Cohn-Bendit, Alain Minc, Bernard Kouchner, sans oublier Ségolène Royal qui apporte indirectement le parrainage de François Hollande et une caution de sérieux assez originale dans la gestion des affaires publiques, et sans oublier non plus Geneviève de Fontenay, génialissime caution populaire, venue spécialement à Lyon pour vérifier que Macron n’avait pas  ♥ «  une banque à la place du cœur  » ♥ ! À cette brochette de cadors, ajoutons la droite énarchiste et étatiste représentée par Renaud Dutreil, ancien ministre responsable de la création du pitoyable RSI (que Macron veut réformer, pas forcément pour le bien des Indépendants) et Anne-Marie Idrac, ancienne secrétaire d’État aux transports sous Chirac et ex-présidente de ces fleurons de la réussite nationale que sont la RATP et la SNCF. (…) Il n’en reste pas moins que le vide grandiloquent de ses propos associé au déjà-vu, au progressisme revendiqué et à l’étatisme assumé de l’équipe qui l’entoure fait irrésistiblement penser à la réflexion de Tancrède à son oncle le prince Salina dans le Guépard : « Il faut que tout change pour que rien ne change. » Nathalie MP et H16

Vous avez dit déjà vu ?

A l’heure où sur l’immigration, l’Europe vote Trump

Et où comme pour ledit Trump et à l’aide de violations sytématiques et continues du secret judiciaire, se déchaine la curée médiatique contre le seul véritable espoir d’alternative pour la prochaine présidentielle française …

Coupable certes d’avoir largement profité, avec nombre de ses confrères, de pratiques longtemps légales de maximisation (récupération comprise, jusqu’à 2012, des reliquats non utilisés ?) de ses enveloppes d’assistance parlementaire …

Mais seul, 20 ou 30 ans après la Suède, la Nouvelle-Zélande ou le Canada, à avoir le courage d’affronter enfin au nom d’une plus grande efficacité du modèle social …

La véritable réforme de l’État et des politiques publiques qui pourra enfin sortir notre pays du chômage de masse qui le mine …

Comment ne pas voir avec l’excellent billet de nos confrères des blog Nathalie MP et H16 …

Et face tant à l’irrationnalité mariniste qu’à l’honnêteté hamoniste à 300 milliards …

Le véritable bénéficiaire de tant d’acharnement et dernier avatar en date, après ses versions Obama, Hollande ou Trudeau …

A savoir, selon la formule du célébrissime film de Visconti

Celui du changement maintenant pour que rien ne change vraiment ?

Avec Macron, le changement, c’est mollement !

Nathalie MP
9 février 2017

Article écrit en commun par   h16 et Nathalie MP.

Personne ne pourra accuser Emmanuel Macron de ne pas soigner tous les détails de sa candidature présidentielle. Ainsi, fini les petits couinements et le passage aux ultrasons éraillés comme à la fin de son grand meeting de la porte de Versailles en décembre dernier : il suit maintenant les cours d’un chanteur d’opéra ! ♫♪♬ ! 

Macron Couv Maris Match 110816Personne ne pourra l’accuser non plus de négligence avec les médias. Depuis janvier 2015, il a été le sujet de plus de 8 000 articles dans Libération, l’Obs, le Monde et l’Express. C’est plus que tout autre candidat, sans parler des multiples couvertures de Paris Match ou VSD façon couple glamour avec sa femme.

Et personne ne pourra l’accuser de ne pas savoir trouver les mots qui font rêver et galvanisent les foules :

Notre révolution est En Marche… On ne peut plus faire comme avant, il faut dépasser les clivages, rebattre les cartes, remettre la France en mouvement, libérer les forces et apporter l’espérance… Je compte sur votre mobilisation et votre engagement, c’est notre force ! etc…

Pour Manu, qui s’adresse ♫♪♬ « à tous les recalés de l’âge et du chômage, les privés du gâteau, les exclus du partage » ♫♪♬,  il faut dépasser les clivages ♥ et le chacun pour soi. Quand il pense à eux, il pense à lui ❥ et la coïncidence avec les Restos du Cœur ♥ n’est pas tout à fait fortuite parce que c’est de cœur ♥qu’il s’agit, mes amis, mes amours, mes enfants, ♥♥♥♫♪♬ ! 

Voici en substance la teneur de ses appels (vidéo ci-dessous), voici ce qu’il martèle de meeting en meeting sous les applaudissements frénétiques (ou médusés) de milliards milliers de personnes.

Lorsqu’il parade au Palais des Sports de Lyon, des millions milliers de personnes viennent boire ses paroles : 8 000 selon les organisateurs, 800 000 selon les médias et plusieurs milliers d’autres, massées aux abords. Telle une rock-star, Macron fend la foule en musique (vidéo ci-dessous), voit dans « ce mur de présence » un désir d’avenir, une « démonstration d’envie de sa candidature », et, se prenant manifestement pour Napoléon Ier à Austerlitz et prenant visiblement ses « Marcheurs » (le petit nom des « adhérents ») pour les fantassins de sa campagne, lance avec cette modestie onctueuse de ceux qui osent tout (et c’est à ça qu’on les reconnaît) :

« Vous pourrez dire : ‘J’étais là’. Parce que nous allons changer les choses encore aujourd’hui et nous continuerons à avancer. Ensemble ! »

Dans la même veine, voici une petite vidéo hautement réjouissante alignant les « meilleurs moments » d’Emmanuel Macron aux instruments à vent : « Ce que nous ferons pour la culture, mes amis, c’est un chemin » – « Je veux réconcilier la France avec le Monde » – etc … etc…

De fait, trouver les mots, aussi creux soient-ils, fut le grand travail de sa campagne et dans ce domaine, rien ne fut laissé au hasard. Là encore, on ne pourra pas reprocher à Emmanuel Macron de ne pas avoir exploité à fond toutes les possibilités de la magie du verbe pour captiver un auditoire prêt à tomber en pâmoison.

Au cours d’une « grande marche » qui s’est déroulée en porte-à-porte cet été, des « Marcheurs » ont eu « 100 000 conversations » et ont recueilli « 25 000 questionnaires », constituant autant de verbatim dont les mots – pardon on dit « prédicats » à présent – furent analysés via des algorithmes complexes, par la société Liegey Muller Pons, la « première start-up de stratégie électorale en Europe » et par Proxem dont le métier consiste à « changer les conversations en données » (au contraire des journalistes dont le métier consiste à transformer des conversations en courants d’air chaud).

Cette « grande marche », au-delà du côté proximité, écoute et rencontre avec la France « vraie de vraie », a surtout eu pour objectif de définir au mieux le discours qui sera « le plus intelligible possible pour le plus de monde possible. » En clair, le discours qui ratissera le plus large, déclenchera le plus de réactions positives et transformera les auditeurs en adhérents scotchés.

Ajoutez qu’Emmanuel Macron est jeune, intelligent, tout beau et tout nouveau. Il n’a jamais été élu, mais l’Elysée direct, ça ne lui fait même pas peur ! Mieux encore : il est de gauche (il l’a dit cent fois) mais il peut aussi être de droite si besoin est, d’autant qu’il n’est plus membre du PS tout en étant socialiste, et ayant participé à un gouvernement de gauche, « mais quelle importance ? » (vidéo 01′ 10″) :

Ce discours, ce style, ce show bien orchestré plaisent beaucoup, aux médias, aux socialistes en mal de représentation politique, à tous ceux qui cherchent une nouvelle tête, à tous ceux qui attendent un discours rassurant du type « Yes We Can », à tous ceux qui veulent gagner en liberté sans perdre en protection tutélaire de l’État, à tout ceux qui pensent qu’il suffit d’améliorer la gestion de nos structures sans les remettre en cause fondamentalement.

Bonne pioche ! Emmanuel Macron se dit d’une « gauche qui se confronte au réel », c’est-à-dire typiquement d’une gauche sociale-démocrate façon Rocard et même Hollande, le style et la persuasion en plus. Forcément, ça attire : d’après les responsables, En marche ! aurait à ce jour 170 000 adhérents. L’adhésion gratuite, en ligne, ça aide.

Bonne pioche toujours, lorsque Benoît Hamon est désigné candidat du PS. Bonne pioche encore, lorsque les affaires embourbent Fillon dans des emplois présumés fictifs. Et super bonne pioche, lorsque les sondages placent finalement notre héros en deuxième position au premier tour de la présidentielle !

Décidément, Manu Macron, c’est de la très bonne pioche !

Aux grincheux qui pointent régulièrement l’absence d’un vrai programme politique derrière les envolées lyriques, les « Marcheurs », tendrement hypnotisés par leur candidat, rétorquent que si Macron les attire, c’est justement parce qu’il « fédère une vision, il y a une espèce de fluide ». Lubrifiant qui permet d’éviter les frottements douloureux et de rêver à son aise à un monde meilleur :

« Un président, ce n’est pas un épicier. L’important, c’est d’avoir une vision, pas forcément d’être dans les détails de la comptabilité. » (un participant au meeting de Lyon, 4 février 2017)

Malgré tout, ce programme trop diaphane gêne certains militants. Sa divulgation ayant été souvent annoncée puis repoussée, pour être finalement fixée à début mars, les « Jeunes avec Macron » ont pris sur eux de construire un site internet reprenant les principales déclarations de leur leader pour leur donner un semblant de consistance.

Ça ne s’invente pas, ce site s’appelle « Vision Macron » et surfe avec application sur un océan de lieux communs des plus vagues, dispatchés en une partie « Diagnostic » puis une partie « Action ». La partie « Réaction » est laissée comme exercice au lecteur.

C’est ainsi que les 35 heures sont « une avancée sociale non contestable » qui présente « un bilan contrasté » qu’il faudra « adapter sans remettre en cause le principe ». Jolie bourrasque d’air tiède. On souhaite bon courage au futur ministre de l’économie si d’aventure Emmanuel était élu !

Si le mystère reste entier quant au programme de gouvernement de Macron, on a cependant quelques idées sur ce qu’il sera en observant les soutiens qui s’agglutinent à lui.

Au-delà de sa tendresse pour le socialisme du réel qui signe son tropisme social-démocrate, on constate sans trop de surprise que les ralliements qu’il enregistre en nombre sont tous le fait d’individus extrêmement à l’aise dans « le système » dont il prétend s’affranchir et que certains d’entre eux sont de vieux routards de la politique depuis des dizaines d’années.

À gauche, on peut citer Gérard Collomb et tous les députés socialistes orphelins de la candidature Valls, les hommes d’affaires Marc Simoncini (Meetic), Xavier Niel (Free) et Pierre Bergé, les deux derniers étant de plus co-propriétaires de l’Obs qui a largement ouvert ses pages à Macron, l’écrivain Erik Orsenna, ancienne plume de Mitterrand, Daniel Cohn-Bendit, Alain Minc, Bernard Kouchner, sans oublier Ségolène Royal qui apporte indirectement le parrainage de François Hollande et une caution de sérieux assez originale dans la gestion des affaires publiques, et sans oublier non plus Geneviève de Fontenay, génialissime caution populaire, venue spécialement à Lyon pour vérifier que Macron n’avait pas  ♥ «  une banque à la place du cœur  » ♥ !

À cette brochette de cadors, ajoutons la droite énarchiste et étatiste représentée par Renaud Dutreil, ancien ministre responsable de la création du pitoyable RSI (que Macron veut réformer, pas forcément pour le bien des Indépendants) et Anne-Marie Idrac, ancienne secrétaire d’État aux transports sous Chirac et ex-présidente de ces fleurons de la réussite nationale que sont la RATP et la SNCF.

Le vrai défi, maintenant, consistera à croire que ce sont ces personnes qui seront capables de mettre en marche une révolution vertueuse, alors qu’elles sont toutes liées à tout ce que la France fait sans succès depuis quarante ans en terme de chômage, de dépenses publiques, de déficit et de dette.

Il va en falloir, de la foi, pour imaginer que l’État, gonflé d’orgueil à l’idée d’être stratège, va continuer à l’être sans se fracasser sur des catastrophes financières qui se chiffrent en milliards d’euros.

Il va en falloir, de la ferveur, pour voir en Emmanuel Macron l’artisan d’une transformation libérale de la France, lui dont le bilan se résume à des conseils catastrophiques pendant un quinquennat calamiteux et à une loi qui aura permis d’ouvrir quelques lignes d’autocars et quelques magasins un nombre limité de dimanches.

Conclusion

Certes, Emmanuel Macron s’est montré particulièrement habile à mobiliser médias et public autour de lui. Certes, il a su trouver les mots les plus susceptibles de toucher des Français désorientés et désireux de changement, mais aussi de protection et d’attention. Certes, il a su faire passer un message de nouveauté et de modernité en menant une campagne aussi originale que calibrée au millimètre comme s’il vendait le produit Macron à des consommateurs et non pas un programme politique à des électeurs. Soit.

Il n’en reste pas moins que le vide grandiloquent de ses propos associé au déjà-vu, au progressisme revendiqué et à l’étatisme assumé de l’équipe qui l’entoure fait irrésistiblement penser à la réflexion de Tancrède à son oncle le prince Salina dans le Guépard : « Il faut que tout change pour que rien ne change. »

Emmanuel Macron n’est rien d’autre que la nouvelle frimousse « hors-système » choisie par le « système », coterie de médias et de politiciens qui nous gouvernent. C’est un changement purement formel, sans rien de fondamental pour la France et les Français, qui préservera nos élites au pouvoir.

Le navire de gauche a coulé. Celui de droite prend l’eau. Les rats quittent ces navires incertains pour courir chez Macron, ce « révolutionnaire » qui rassure tous les étatistes et leur promet qu’il suffit de dire que tout va changer pour que finalement rien ne change. ♫♪♬ !

Voir aussi:

Lynchage de Fillon: la France est-elle encore une démocratie?

Non au gouvernement des juges et des médias
Marc Joncour est retraité de l’informatique.

09 février 2017

Le lynchage médiatique de François Fillon et l’écho qu’il semble rencontrer dans l’opinion montrent à quel point le système politico-médiatico-judiciaire tombe en déliquescence. Mise à mal par le gouvernement des juges et des médias la démocratie représentative est en danger

Jusqu’à une date récente, le lynchage médiatique était plutôt une spécialité anglo-saxonne. La presse française pouvait s’honorer d’être plus mesurée et plus équilibrée que ses consœurs britanniques ou américaines. Mais l’arrivée d’Internet, des réseaux sociaux, des chaînes d’informations permanentes, a bouleversé le paysage médiatique partout dans le monde. La France n’y échappe pas.

Il est stupéfiant de constater la façon dont certaines des allégations sorties par Le Canard enchaîné et Médiapart sont reprises en boucle par presque tous les médias. Ces affirmations sont totalement à charge et peu de rédactions osent donner des arguments à décharge, alors que ceux-ci existent et sont d’importance. Il est encore plus stupéfiant de constater que la justice s’est emparée de cette affaire alors que rien ne justifie qu’elle le fasse.

Quelles sont les accusations formulées ? François Fillon aurait employé son épouse et deux de ses enfants au cours de ses mandats successifs de député puis de sénateur. Et ces emplois ne seraient pas réels mais fictifs.

Collaborateur parlementaire, tout un métier

Quels sont les journalistes qui ont étudié la loi concernant le statut et les fonctions des collaborateurs parlementaires ? Quels sont les journalistes qui ont rapporté à leurs lecteurs ces éléments de base permettant de se faire une opinion éclairée sur les allégations formulées par les accusateurs ? Quasiment aucun ! Ce qui montre la partialité de la majorité des organes de presse et leur absence éhontée de déontologie !

Alors rappelons la loi telle qu’elle existe. Chaque député dispose d’un crédit mensuel forfaitaire de 9.561 € lui permettant de recruter et rémunérer jusqu’à cinq collaborateurs. Quant au sénateur, il dispose d’un crédit de 7.593 € pour la rémunération, lui aussi, d’un maximum de cinq collaborateurs. Pour la simplicité du propos, je me limite ci-après au seul cas des députés.

Chacun des députés a la qualité d’employeur. Le collaborateur est le salarié du député, non celui de l’Assemblée nationale. Les collaborateurs sont recrutés sur la base d’un contrat de travail de droit privé. Le député recrute librement ses collaborateurs, licencie, fixe les conditions de travail et le salaire de son personnel, dans le respect des dispositions du code du travail. Les contrats de travail comportent deux stipulations directement liées au mode de gestion du crédit collaborateur. La première, relative à l’objet du contrat, dispose que « le député-employeur, agissant pour son compte personnel, engage le salarié qui lui est juridiquement et directement subordonné et a toute sa confiance pour l’assister dans l’exercice de son mandat parlementaire ». La seconde précise que « la cessation, pour quelque cause que ce soit, du mandat du député-employeur constitue une juste cause de rupture automatique du contrat ». Depuis 1978, des indemnités de fin de contrat, financées par l’Assemblée nationale,  sont allouées aux collaborateurs en cas de cessation du mandat du député-employeur (ce qui justifie les indemnités – qualifiées de « licenciement » par le Canard enchaîné – perçues deux fois par Pénélope Fillon).

La fiction des emplois fictifs

Certains prétendent qu’il s’agirait d’emplois fictifs. Dès lors que les contrats de travail et les feuilles de paie existent en bonne et due forme – ce qui semble être le cas – il ne peut pas y avoir emploi fictif puisque la seule personne à pouvoir juger et contrôler le contenu et la valeur du travail effectué est le parlementaire lui-même. Imagine-t-on la justice intervenir dans une entreprise pour vérifier la réalité du travail d’un de ses salariés ? Seul l’employeur a qualité pour le faire.

On reproche à François Fillon de ne pas apporter de preuves du travail réel effectué par Pénélope. Peut-être en a-t-il d’ailleurs fourni à la justice. Mais en tout état de cause, comment prouver qu’on a préparé un discours du député, qu’on l’a corrigé à plusieurs reprises, qu’on a préparé les réponses aux nombreux courriers des administrés, qu’on a mené un travail de réflexion ou de recherche sur un sujet donné ?

La façon dont les médias ont traité cette affaire est assez exceptionnelle. Les accusations à l’encontre de François et Pénélope Fillon ont monopolisé depuis plus de deux semaines la quasi-totalité de l’information en France. Paul Valéry affirmait à juste titre : « Le mensonge et la crédulité s’accouplent et engendrent l’opinion ». Jamais ces paroles n’ont été aussi vraies. A tel point que même les plus ardents supporters de François Fillon se sont mis à douter de son honnêteté. Et l’information est devenue un feuilleton quotidien, chacun cherchant à justifier les propos de Samuel Butler, cet écrivain britannique du XIXe siècle : « Le meilleur menteur est celui qui fait servir le même mensonge le plus longtemps possible ».

L’opinion sous influence

Pourquoi cette affaire sort-elle précisément en janvier 2017 alors que les faits reprochés remontent à plusieurs années ? Pourquoi la justice s’en empare-t-elle avec une telle diligence ? Quel objectif cherchent à atteindre ceux qui ont manipulé et fabriqué l’opinion, ceux qui l’ont mise sous tutelle ?

La réponse est évidente. Dans un premier temps, il s’agit de faire baisser François Fillon dans les sondages et dans les intentions de vote pour arriver au constat que le candidat de la droite et du centre ne sera pas qualifié pour le second tour de l’élection présidentielle. L’objectif suivant étant de l’obliger, sous la pression des mauvais sondages, à renoncer à se présenter à l’élection pour laisser le champ libre au duel rêvé par les médias – entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron (ce dernier est d’ailleurs une pure fabrication du système médiatique). Dès que l’objectif sera atteint, la presse cessera de s’intéresser au cas de François Fillon. Le « PénélopeGate » disparaîtra immédiatement des radars médiatiques.

Concernant la justice, notons que c’est le parquet national financier (PNF) qui s’est autosaisi de l’affaire, 24 heures seulement après les révélations du Canard enchaîné. Le PNF, présenté comme « autonome », a été installé par le gouvernement socialiste le 6 décembre 2013, et son procureur, la magistrate Éliane Houlette – une proche de Ségolène Royal – a été choisie et nommée à la discrétion de François Hollande.

La démocratie confisquée

François Fillon risque d’être la dernière victime en date de cette presse uniquement motivée par la réussite des lynchages médiatiques qu’elle met en œuvre. Dans la série des assassinats politiques, il succédera ainsi à Jacques Chaban-Delmas (l’affaire de sa feuille de paye et de l’avoir fiscal), à Valéry Giscard d’Estaing (l’affaire des diamants de Bokassa), à Pierre Bérégovoy (l’affaire de son prêt à taux zéro qui le conduira au suicide), mais aussi à Dominique Baudis, Michèle Alliot-Marie ou Nicolas Sarkozy.

À propos de l’action du PNF dans l’affaire Fillon, un ancien juge interrogé par Valeurs actuelles dénonce une « très belle opération de déstabilisation » et « un coup d’État de droit ! ». Il ajoute : « Ces officines pensent qu’elles peuvent disqualifier un candidat à la présidentielle, c’est extrêmement choquant. » Dans le même journal, un ancien ministre s’indigne : « Pour la première fois dans l’histoire dela Ve République, on a créé un “cabinet noir légal” au service de l’exécutif. »

La question est désormais simple : sommes-nous en train de glisser vers une dictature des médias et des juges, auquel cas la démocratie représentative serait en grand danger ! Notre démocratie, qui donne au peuple le pouvoir ultime, va-t-elle être confisquée par ceux qui se prétendent être ses défenseurs, à savoir les juges et les médias ?

Quatre millions et demi de Français se sont déplacés au mois de novembre dernier pour désigner – à une très large majorité – François Fillon comme candidat de la droite et du centre à la prochaine élection présidentielle. Ils ont voté pour un programme et ils ont voté pour l’homme en capacité de le mener à bien. Si cet homme devait se trouver dans l’impossibilité de poursuivre sa candidature, le peuple français vivrait alors un véritable déni de démocratie.

Le risque, après toute cette affaire, c’est de faire le jeu de Marine Le Pen au second tour de l’élection, en amenant tous les électeurs qui se seront fait confisquer leur élection par le retrait forcé de François Fillon, à voter en masse pour elle. Dès lors, bonjour le destin de la France !

Voir également:

L’assassinat politique de François Fillon
Regis Desmarais
4 févr. 2017

Les masques tombent : l’affaire François Fillon se révèle être un véritable assassinat politique, mené tambour battant et avec une efficacité redoutable. Pourtant, un léger recul permet de voir cette affaire d’une façon différente et instructive. Ce qui se passe n’est rien de moins que la révélation des simulacres dans lesquels nos démocraties ont sombré.

Ce matin, sur France Info, un journaliste s’indignait de la réaction de ceux qui critiquent la charge médiatique sur François Fillon en vociférant (enfin presque) « mais on fait notre travail de journaliste ! ». Cette proclamation « On fait notre travail de journaliste » m’a laissé rêveur quand on songe à ce que nous dit, en creux, cette affaire Fillon sur le mode de fonctionnement de notre démocratie.

Pour décrypter et comprendre ce que cache l’affaire Fillon, il convient évidemment de s’abstraire du tumulte médiatique pour poser à plat les données de cette affaire, en apprécier la portée, voir les mécanismes de pouvoir en jeu et essayer d’identifier qui sera bénéficiaire de tout ce brouhaha médiatique.

Que se passe-t-il dans la maison Fillon ? La révélation, au moment où François Fillon est devenu le candidat de la droite à l’élection présidentielle française, d’une pratique commune dans le microcosme politique : rémunérer ses proches à des postes laissés à discrétion de l’élu.

La rémunération de Pénélope Fillon par François Fillon

M. Fillon a ainsi rémunéré sa femme sur un poste d’attaché parlementaire. Sur ce sujet, rien de neuf dans le monde politique. La plupart des élus, si ce n’est la totalité, emploient des proches sur des postes directement rattachés à l’exercice de leur mandat électif : la femme, l’époux, les enfants, la maitresse ou l’amant et parfois d’autres parents, sont rémunérés sur des postes d’attaché parlementaire. La pratique est courante, non interdite par la loi et connue de la presse depuis des lustres. C’est légal, mais évidemment moralement douteux dans un pays où tant de gens sont au chômage et où on invoque à tout bout de champ la nécessité de faire ses preuves. Certains, dans notre République, bénéficient de piston, de rente de situation en étant les parents ou ami(e)s intimes d’un élu. C’est triste mais ce n’est affreusement pas nouveau.

Ce que l’on peut reprocher à François Fillon sur ce point, c’est d’avoir été comme les autres élus, ni plus, ni moins vertueux. Or, on attend d’un candidat à la présidence de la République une droiture certaine et une exemplarité de fait. Bon, ça c’est dans un monde idéal. Dans nos démocraties du 21ème siècle, la droiture et la moralité sont en dose limitée dans le sang du politique. En somme, sur la question du principe de la rémunération de Pénélope Fillon par François Fillon, il est difficile de faire les vierges effarouchées qui découvrent comment on fait des enfants sauf à avoir une sacré dose d’hypocrisie.

Un autre argument est abondamment déversé par la presse afin d’effarer le citoyen électeur : le montant des salaires versés.

Des salaires pharamineux perçus par Mme Fillon ?

Les parlementaires rémunèrent leurs collaborateurs en puisant dans une enveloppe mise à leur disposition par les institutions. Le montant mensuel de cette enveloppe est de 9 561 euros (si l’Assemblée Nationale est en charge de la gestion du contrat de travail et paye les charges sociales) ou de 14 341 euros (dans ce cas c’est l’élu qui gère le contrat de travail et qui verse lui-même les charges patronales à prélever dans cette enveloppe).

Mme Fillon a été rémunérée de 1989 à 2013 pour un montant de 830 000 euros…..bruts ! Et oui, la presse brandit ce montant proche du million d’euros en omettant de préciser que la somme est en euros bruts. En net, Mme Fillon a perçu 639 000 euros et l’Etat a récupéré 191 000 euros ! En salaire mensuel net, sur la période considérée, Mme Fillon a donc perçu 2 218,75 euros. C’est une jolie somme, mais le travail d’un attaché parlementaire correspond à un travail d’agent de catégorie A de la fonction publique et le montant du salaire net n’est pas manifestement choquant ni déraisonnable.

Les salaires perçus par Mme Fillon sont-il pharamineux ? La réponse est non et cette réponse résulte des chiffres eux-mêmes et non d’un sentiment ou d’une opinion personnelle sur ce que devrait être le salaire d’un attaché parlementaire.

Autre argument avancé pour déstabiliser la candidature de François Fillon : l’effectivité du travail réalisé par Mme Fillon.

Mme Fillon a-t-elle perçu une rémunération de complaisance ?

Une interview de Mme Fillon circule dans laquelle elle dit qu’elle n’avait pas travaillé pour son mari. Là, c’est désastreux. Ou bien Mme Fillon a perçu 2 218,75 euros nets par mois pour un travail effectif ou bien elle a perçu cet argent sans contrepartie. Comment répondre à cette question à la place du principal et de la principale intéressée ? En essayant de suivre un raisonnement logique. Si Mme Fillon n’a pas travaillé pour son mari pendant 24 ans alors quelqu’un d’autre a exercé ces fonctions d’attaché parlementaire car il est impossible à un élu national d’exercer son mandat électif sans l’aide d’un attaché. Or, que pouvons-nous observer ? Un grand silence de la presse à ce sujet. Personne ne nous dit qui a réellement travaillé et surtout qui a travaillé pendant 24 ans pour les beaux yeux de François Fillon, c’est-à-dire gratuitement puisque l’enveloppe réservée à la rémunération de l’attaché parlementaire de M. Fillon servait à rémunérer une femme qui ne faisait rien.

Vous connaissez beaucoup de gens qui travaillent pendant 24 ans sans percevoir de salaire ? Moi non. La logique veut que Mme Fillon ait bel et bien travaillé pour son mari. Alors cette interview ? Rappelons que cette interview a été sortie de son contexte, est ancienne et est l’interview d’une femme qui ne considérait sans doute pas que travailler pour son mari était un travail classique, voire un travail tout court. Je ne vais pas écrire que le couple Fillon est innocent et que le travail a été effectif en l’absence de preuves matérielles mais le bon sens et la logique doivent nous interpeller et nous conduire à poser les bonnes questions. Qui aurait alors travaillé pendant 24 ans sans rémunération pour François Fillon ? Personne assurément. De fait, Mme Fillon n’est certainement pas restée inerte pendant toute cette période. Avant de hurler à la mort politique du candidat Fillon, les journalistes qui font leur travail devraient creuser cette question.

Tout ceci nous interpelle sur le contexte dans lequel surgit cette affaire…

Le contexte

François Fillon, à la différence de M. Macron, n’est pas un jeune nouveau dans le paysage politique. Il a détenu différents portefeuilles ministériels et il a été Premier ministre de Nicolas Sarkozy pendant cinq années… Cinq années au cours desquelles son épouse a perçu une rémunération d’attaché parlementaire. Etrange que la presse qui fait son travail ne se soit pas emparée de cette question à l’époque. Curieusement, ce sujet qui est un vrai sujet légitime, n’est évoqué qu’au lendemain de la primaire de la droite et à quelques mois de l’élection présidentielle. Les français et les électeurs ne sont pas des gens dénués de sens critique. Il est clair que tout ce remue ménage à un but : tuer politiquement François Fillon. Pourquoi le tuer ? Assurément pour l’empêcher d’accéder au poste de Président de la République. Pour comprendre les vrais motifs du lynchage médiatique de François Fillon, il convient de voir en quoi François Fillon se distingue des autres candidats et quel(s) autre(s) candidat(s) à l’élection présidentielle est susceptible de tirer les marrons du feu.

Sans se lancer dans une analyse approfondie du programme de François Fillon, ce qu’il conviendrait de faire pour mettre en parallèle ce programme avec celui du (des) candidat(s) avantagé(s) par cette affaire, on peut déjà identifier quelques lignes de force qui distingue François Fillon des autres : sa volonté de réforme, sa vision d’un monde multipolaire, son catholicisme affiché, sa volonté de renouer les liens avec Moscou et la Syrie, sortir le pays d’une situation d’endettement, l’idée de redonner à la France une place forte au sein de l’Union européenne. En clair, François Fillon est une « horreur » pour le système qui depuis des décennies est aux commandes. Quel est ce système : celui du monde financier dont le seul dieu est l’argent et dont le moteur est la consommation des masses sans cesse développée grâce à l’endettement. Système dont le rêve est celui d’un monde globalisé où les populations se distinguent par leur indistinction car toutes soumises au dictat de la dépense avec pour finalité à l’existence : consommer pour vivre et vivre pour s’endetter. Je sais, je force le trait mais il n’est pas nécessaire de trop appuyer le feutre sur le papier pour le forcer.

Dans cette affaire, François Fillon a eu le tort de ne pas être le candidat du système en place. Les électeurs de la primaire ont placé en tête de leur choix un candidat qui ne satisfaisait pas aux critères du système. Or, vous le savez bien, qui a l’argent possède le pouvoir. Dans un monde ou plus de 99% des richesses planétaires sont entre les mains de 1% de la population mondiale, il est hors de question que la démocratie, qui par nature est la loi de la majorité donc des moins fortunée, laisse passer des candidats qui ne sont pas autorisés et souhaités par le système. Ce que les électeurs citoyens doivent comprendre dans cette affaire, c’est que nos démocraties contemporaines sont des simulacres. Oui, on choisit les candidats puis celui qui occupe la fonction suprême mais à la condition que ces candidats soient validés et pré-filtrés par le système lequel est le système financier et le lieu de pouvoir de ces 1% de la population qui possède plus de 99% de la richesse mondiale (8 personnes au monde possèdent même en patrimoine ce que possède la moitié de la population planétaire la plus pauvre cela donne le vertige et permet de comprendre que nos démocraties sont aujourd’hui des simulacres).

La désignation inattendue de Fillon par les électeurs de la primaire a coupé l’herbe sous le pied de ceux qui attendaient la désignation d’Alain Juppé, un candidat en tout point conforme aux désirs du système. Il était donc nécessaire de virer Fillon et nous assistons aujourd’hui à son assassinat politique pour que ce dernier n’accède pas à la fonction présidentielle.

Cette mise à l’écart de Fillon est d’autant plus nécessaire qu’un autre beau et jeune candidat, sorti de presque nulle part, est en vogue et correspond en tout point au profil du candidat du système : Emmanuel Macron. Méditons sur le beau travail des journalistes qui laissent dans l’ombre cette fameuse histoire des 120 000 euros (80% de l’enveloppe budgétaire de représentation du ministère de l’économie) consommée par Macron avant son départ de Bercy pour financer des prestations sans lien avec le ministère de l’économie mais en très fort lien avec la préparation de sa candidature présidentielle. Sur ce sujet, mutisme de la presse. On objectera que si 120 000 euros c’est une somme, elle est toujours inférieure aux 639 000 euros de Mme Fillon, heu pardon, reprenons la méthode de désinformation des médias… les 830 000 euros de Mme Fillon. C’est moins important mais cela s’est produit sur une échelle de temps bien plus courte. Mais vu l’efficacité de la dépense de M. Macron, je vous laisse calculer ce que cela aurait représenté sur 24 ans d’activités politiques…cela donne des frissons.. M. Macron ne vient pas vraiment de nulle part mais de la banque Rothschild…eh oui M. Macron est un pur produit du système financier et du monde de l’argent. Regardons ses soutiens : Jacques Attali, Pierre Bergé ou le maire de Lyon qui récemment hurlait sa douleur existentielle en déclarant que vivre qu’avec 4 000 euros par mois était insupportable… Jamais un candidat se déclarant anti-système n’aura été un candidat à ce point issu du système et validé par ce système.

Enfin la chronologie des évènements parle de façon assez claire : le 25 janvier 2017, le Canard enchaîné publie son article sur l’affaire « Pénélope Fillon », le 26 janvier 2017, le Parquet national financier ouvre une enquête judiciaire et le lendemain plusieurs témoins sont auditionnés….il faut vite virer Fillon.

En conclusion, vous l’avez compris : la démocratie a « dérapé » en plaçant François Fillon candidat de la droite française. Le système a vite réagi pour sortir ce candidat gênant de la scène politique et tracer un boulevard à un autre candidat construit, façonné et adulé par le système. Si ce dernier candidat ne devait pas percer, alors ce n’est pas un problème car le nouveau candidat de la droite fera l’affaire car, quel qu’il soit, il sera forcement le candidat désigné de force par le système. Sauf erreur d’analyse de ma part, François Fillon va être sommé de renoncer à l’élection présidentielle pour être remplacé par un candidat cautionné par le système. Les millions d’électeurs qui se sont prononcés lors de la primaire sont donc désavoués et rappelés à l’ordre : vous deviez désigner celui qui était le favori des sondages ! Pour la première fois, jamais le simulacre de la démocratie ne se sera dévoilé avec autant de pertinence aux citoyens qui acceptent d’ouvrir les yeux et de raisonner en dehors de tout mouvement d’humeur. Un conseil, pour l’élection présidentielle, comme tout est joué d’avance, autant aller à la pêche et conserver en vous une place pour le souvenir de François Fillon, martyr du simulacre de démocratie.

Voir encore:

Philippe Bilger : «François Fillon est de retour !»
Philippe Bilger
Le Figaro

06/02/2017

FIGAROVOX/OPINION – Le magistrat honoraire, Philippe Bilger, a regardé la conférence de presse de François Fillon. Il a trouvé la plaidoirie du candidat LR convaincante.

Magistrat honoraire, président de l’Institut de la parole, Philippe Bilger a été plus de vingt ans avocat général à la Cour d’Assises de Paris. Auteur de très nombreux ouvrages, il tient le blog Justice au singulier et vient de publier La parole, rien qu’elle (éd. Le Cerf, 2017).
Depuis ses remarquables prestations politiques et médiatiques pour la primaire de la droite et du centre, François Fillon avait en quelque sorte disparu.

Comme si l’éclat de sa victoire l’avait presque déstabilisé à cause des immenses responsabilités qu’elle faisait peser sur lui.

Puis il y a eu l’article sur les prétendus emplois fictifs de son épouse Pénélope dans le Canard enchaîné du 25 janvier. Cet hebdomadaire, dont on aimerait qu’il s’attachât avec tant d’obstination et de malignité à d’autres responsables politiques de haut niveau, n’a jamais cessé de s’en prendre à François Fillon et ce depuis longtemps. Mediapart s’est associé à cette entreprise qui ressemblait plus à de la démolition qu’à de l’investigation.

Il y a eu, cette campagne lancée contre lui, un flot inouï d’attaques, d’insinuations, d’absurdités, de partialités et de trahisons qui avaient tous pour objectifs de présumer François Fillon coupable, de désespérer la droite qui avait enfin trouvé un candidat à la fois intègre, courageux et digne et de laisser croire à certains ambitieux qu’ils avaient leurs chances à sa place. Il faudra retenir leur nom si la campagne présidentielle confirme le prélude de la primaire.

Comment n’y aurait-il pas eu de la part de François Fillon plus qu’un flottement, comme un bouleversement, des variations, des tentatives presque désespérées pour faire admettre sa bonne foi et l’ignoble du procès médiatique intenté à la famille Fillon?

Qui aurait pu résister à ce terrifiant cumul d’une autorité judiciaire se saisissant dans l’urgence après un simple article, de quelques médias acharnés à sa perte, de la honte et de l’indignité déversées sur un couple et ses enfants, du lynchage voluptueux d’une personnalité à laquelle il fallait faire payer le fait qu’elle avait eu le droit de donner des leçons de morale, de prétendus soutiens se plaisant à distiller le doute et le soupçon à son encontre, d’un pouvoir qui à l’évidence n’était pas resté indifférent à ce qui se déroulait et qui aurait pu aboutir à rien de moins qu’à l’élimination du candidat de la droite honorable et heureusement radicale du second tour de l’élection présidentielle? Qui aurait pu affronter sans faiblesse ni approximations ce maelstrom de quelques jours?

D’autant plus que le moins qu’on puisse dire est que la cellule de communication auprès de François Fillon a connu des ratés qu’un amateur aurait su prévenir, notamment dans la distinction trop lentement appréhendée entre le légal et le décent, au cœur de l’affaire Fillon.

François Fillon a eu le courage de l’avouer lors de la conférence de presse qui a marqué son retour. Il a été assommé, il a pris un coup dans l’estomac et a perdu un temps sa réactivité et sa lucidité. Encore troublé, ému, affecté, mais sa maîtrise recouvrée, il a offert non seulement une défense mais une justification de qualité. Non seulement il n’a transgressé aucune loi mais il a toujours favorisé, par son action politique, l’élévation de la morale publique.

Je ne me fais aucune illusion. On ne le laissera quitte de rien. Les officines du pouvoir et les médias ne désirant l’impartialité que pour leurs amis continueront à le harceler.
Lors de cette rencontre avec les journalistes qui n’a duré que 45 minutes, il a été si convaincant, si clair, si net, si vigoureux dans certaines de ses répliques, si lucide dans l’analyse politique de cette machine de guerre lancée contre lui, son programme et donc le peuple de droite auquel on prétendait voler son enthousiasme d’avoir enfin une personnalité à soutenir par adhésion et non plus par défaut que les professionnels du questionnement sont vite demeurés cois.

Rien sur La Revue des Deux Mondes, des interrogations répétées sur un éventuel remboursement. S’ils n’ont pas été à la hauteur, cela tenait d’abord au fait qu’une baudruche enflée jusqu’à la démesure avait éclaté et surtout à ce constat qu’ayant enfin décidé de s’expliquer et de tout dire, François Fillon avait réduit à néant tout un dispositif qui se plaisait, sans véritable contradiction, à l’accabler alors que l’honnêteté, la sincérité et peut-être une certaine maladresse étaient de l’autre côté.

Pour ma part, j’ai apprécié que François Fillon ait maintenu sa phrase sur la mise en examen, qu’un remboursement serait injuste pour ses proches et qu’en définitive il soit parvenu à faire réapparaître celui qu’il avait été lors de la primaire.

Je ne me fais aucune illusion. On ne le laissera quitte de rien. Les officines du pouvoir et les médias ne désirant l’impartialité que pour leurs amis continueront à le harceler.

Mais quelque chose a changé.

Enfin il a compris. Il ne s’agissait pas seulement de Français troublés mais de bien plus. Il a présenté ses regrets, des excuses. Il l’a affirmé avec force: ce qui est légal peut être perçu comme peu moral.

Il a vigoureusement posé les termes du débat et de l’affrontement. D’un côté le tribunal médiatique – il a affirmé sa confiance pour l’issue judiciaire -, de l’autre le peuple français.

François Fillon de retour n’a été animé par rien d’autre que le souci de rendre à une part importante de celui-ci une victoire qu’on croyait déjà lui avoir volée.

Voir de plus:

«François Fillon doit lire Gramsci»

Paul-Marie Coûteaux

Le Figaro
06/02/2017

FIGAROVOX/TRIBUNE – Avec Benoît Hamon et François Fillon, l’opposition historique entre droite et gauche est redevenue maximale. Pour l’ancien eurodéputé souverainiste, «il faut toutes affaires cessantes reconstruire une droite idéologique».


Paul-Marie Coûteaux, né le 31 juillet 1956 à Paris, est un haut fonctionnaire, essayiste et homme politique français. Il a été député européen souverainiste de 1999 à 2009.


La droite française, déstabilisée à la première bourrasque alors qu’elle se veut, à juste titre, majoritaire dans le pays, devrait réfléchir à sa fragilité. Elle semble ne pas comprendre le moment historique, ni même savoir ce qu’elle est dans ce moment, au point que, incapable de faire bloc, elle se laisse manœuvrer par toutes les opérations de l’adversaire. Pourtant, la théorie gramscienne du «bloc historique», qu’on cite sans cesse mais en ne l’effleurant que du bout de l’aile, et sous son acception la plus lapidaire (l’idée que la pensée précède le combat politique – «Au fond des victoires d’Alexandre, on trouve toujours Aristote» comme disait de Gaulle) donnerait de fameuses clefs, si du moins on se donnait la peine de l’étudier de plus près.

Le théoricien italien observait que les générations constituaient à tour de rôle des «blocs historiques» soudant l’ensemble d’une société autour de paradigmes communs – subversifs d’abord, puis peu à peu dominants, avant de se faner et décliner. Ces ensembles idéologiques sont d’abord élaborés par les «intellectuels centraux» (écrivains, universitaires, autorités morales qui, par des livres ou des revues, «donnent les mots») avant de faire peu à peu système et «d’infuser» par degrés l’ensemble de la population: les intellectuels de seconde ligne (professeurs, instituteurs, journalistes…), puis les dirigeants politiques, les hauts-fonctionnaires et les magistrats, les chefs d’entreprise, les professions libérales, et, par degrés, l’ensemble d’un peuple ainsi soudé autour de «points de communion». S’est de la sorte constitué, dans les années 70 (en France, les dates majeures sont 1968, 1974 et 1981), un bloc historique progressiste, fait de cette gauche particulière que Chevènement nomma «gauche américaine», celle qui tient que la «modernité» a toujours raison et le passé toujours tort, et qui croit même que l’on peut tout changer, peuples, hommes, femmes, institutions etc. -voir son slogan de 1974, «Tout est possible».

En quelques années, une jeune escouade de «déconstructeurs» (de la langue, des codes et, surtout, du socle politique classique – Etat, nation, civilisation), donna mots et paradigmes à la vaste ruche des professions intellectuelles ; ils finirent par devenir omniprésents à l’université, dans l’édition, puis dans les médias, parmi les cléricatures et les magistratures, et même chez les grands patrons, lesquels trouvèrent grand intérêt au fameux «jouir sans entrave» qui fut le passeport du consumérisme à outrance, comme le «sans frontiérisme» festif fut celui du libre-échange généralisé. La doxa moderniste conquit finalement l’immense majorité des politiques, y compris de la dite «droite» – celle-ci finit même par accepter de se lire dans une typologie extérieure, et très contestable, celle de René Rémond dont deux des trois branches l’orléanisme et le bonapartisme sont en fait des centrismes… La droite perdit ainsi jusqu’à son nom, ce légitimisme ou, pour mieux dire, ce classicisme politique qui ne sut jamais actualiser ses paradigmes et mots de passe, ni conséquemment se rassembler, et qui, divisée, se laissa exclure du débat public.

Vers le grand renversement

Une génération intellectuelle domine en général une trentaine d’années -telle la génération précédente, que l’on peut dire «de la reconstruction», qui fut dominante entre 1944 et 1970, déclinante ensuite. Celle qui prit tous les pouvoirs dans les années 70 et 80 devrait donc disparaître depuis quelques années. Certes, elle s’épuise: le Non de 2005 prit à angle droit la pensée unique – les oligarques se revanchant vite à Lisbonne. Plusieurs de ses bastions se lézardent: il n’est un secret pour personne que la presse de gauche vit sous perfusion d’argent public, tandis que celle de droite progresse. L’éclatante réussite de la Manif Pour Tous, celle du Puy du Fou exhumant l’archaïque national (est archaïque non ce qui est vieux et passé, mais au contraire ce qui fonde et ne passe pas), les succès de librairie de Patrick Buisson, Philippe de Villiers ou Eric Zemmour sont autant de signes ; par dessus tout, on voit peu à peu ressurgir une droite classique (Patrick Buisson parla de «révolution conservatrice») dont la manifestation fut la victoire aux «primaires» de François Fillon, le catholique qui refuse Babel, ne croit pas que les arbres montent au ciel ni que l’on puisse dépenser sans limite, qui entend restaurer les frontières, l’Europe des nations, les enseignements classiques -on pourrait dire un «identitaire», comme le fut de Gaulle.

Hélas, si le grand reversement idéologique est différé, et si la victoire politique est conséquemment si difficile, c’est que la droite française, qui n’a soutenu nul écrivain, nulle revue, nul grand média capable de jouer le rôle décisif que joua par exemple, dans la génération précédente le Nouvel Observateur, a négligé un travail intellectuel qu’elle ne regarde encore qu’avec un profond mépris -ou non moins profonde paresse. Significative fut la mésaventure d’une revue lancée en 1998 par Philippe Séguin, Une certaine Idée, que j’eus l’honneur de diriger aux cotés de Jean de Boishue, et qui releva le gant du «débat d’idées» jusqu’à ce que, dès sa création, l’UMP la fasse disparaitre au profit d’une Fondation, la FondaPol, confiée à… un homme de gauche.

On comprend la violence des jours que nous vivons, qui sont peut-être ceux de la crise maximale: le bloc UMPS disparaît (qui peut encore assimiler Hamon et Fillon?), la droite, en son cœur légitimiste, menace directement, et au moment crucial des présidentielles, un bloc soixante-huitard attardé qui jette ses dernières forces de ses derniers bastions et cela sans préparation idéologique sérieuse, de sorte que, comme on voit hélas, elle se débande assez vite – à commencer par les parlementaires «républicains» qui révèlent à cette occasion combien la presse de gauche a prise sur eux, et si profondément qu’ils utilisent le vocabulaire même de leur adversaire. Pendant ce temps, la complicité entre puissances d’argent, médias et magistrature joue encore à fond: un article le mercredi, une audition le vendredi, un mauvais sondage le dimanche, une perquisition le lundi puis vient le pilonnage médiatique, certes disproportionné (les problèmes qui font sous nos yeux disparaître la France comme nation, comme Etat et comme civilisation sont sans rapport de gravité avec la façon dont le candidat a utilisé son enveloppe parlementaire) mais capable de faire vaciller le favori, issu pour la première fois depuis longtemps d’une droite assumée – mais si mal préparée au combat idéologico-judiciaro-médiatique qu’elle n’a pour arme qu’internet, ou des manifestations de rue. Bref: les mains nues.

C’est pour cela que M. Fillon doit tenir coûte que coûte ; et qu’il faut toutes affaires cessantes reconstruire une droite idéologique, à commencer par ses paradigmes, qui réunira ses composantes et permettra de conquérir les places décisives, à l’université, dans l’édition, dans les médias et la haute fonction publique sans lesquelles il n’est pas de légitimité forte, donc par de puissance de gouvernement. (Au passage, souhaitons que la droite étourdie, du coup la plus bête du monde, sache enfin sortir du piège de Mitterrand qui la coupant depuis trente ans en deux camps, en commençant par jouer des porosités avec le FN. Si, alors que la relève est pourtant là, et que les jeunes plumes ne manquent pas, nous échouons à opérer ce grand renversement qui est dans els rythmes mêmes de l’Histoire, il est possible qu’une nouvelle relève, un modernisme plus violent encore (tel le trans-humanisme) prenne sa place, et nous partons alors vers une «civilisation» qui n’aura plus rien à voir avec ce que nous appelons encore la France. Pendant ce temps la gauche perdure alors que toute sa matrice est disqualifiée, tirant encore de fameuses salves sur une droite sans leviers ni relais et plongée dans l’hébétude. Il est donc temps de lire Gramsci, puis, comme disait Boutang, de «reprendre le Pouvoir» -de le reprendre réellement, et de l’exercer.

Voir également:

Pourquoi M. Fillon sera élu président de la République
Maxime Tandonnet

7 février 2017

Paradoxalement, les événements de ces derniers jours me confortent dans l’idée que F Fillon sera élu président de la République en mai prochain. Sept raisons me font dire qu’il est aujourd’hui le mieux placé des grands candidats pour gagner la présidentielle.

Le lynchage médiatique qu’il subit depuis deux semaines a pris une tournure caricaturale. Presse, télévisions, radios, sites Internet, réseaux sociaux, dans une sorte de délire mimétique et d’acharnement, se livrent à une chasse à l’homme rituelle qui va provoquer une réaction naturelle de victimisation du paria et un retournement de l’opinion en sa faveur, en tant que gibier de potence d’un système politico-médiatique dont les Français ne veulent plus.

Malgré cette curée d’une violence sans précédent lors d’une campagne, il a tenu bon dans la tempête. Au plus fort de cette tentative d’assassinat politique, son niveau dans les sondages n’est pas descendu à moins de 18%, signe d’un socle de popularité solide.

L’opposition républicaine a tenu bon autour de lui, aucun des grands leaders battus des primaires n’a manqué à la solidarité, bien au contraire, notamment A. Juppé et N. Sarkozy qui lui ont apporté un soutien sans failles. L’assise politique est solide.

Le néant de ses principaux adversaires est effarant. Le succès de M. Macron est spectaculaire, mais au-delà de son visage avenant et de son sourire, nul n’a la moindre idée des orientations qu’il propose, surtout sur le régalien (sécurité, terrorisme, international, frontières). Les propositions lepénistes sont sidérantes d’irréalisme: par exemple le « référendum d’initiative populaire » à la demande de 500 000 signataires (à la portée de tout groupuscule et de toutes les démagogies) plongerait l’Etat de droit dans un chaos permanent et une banalisation destructrice de la procédure référendaire. Un jour ou l’autre, la torpeur générale à cet égard prendra fin.

Fillon est le seul à pouvoir espérer disposer d’une majorité parlementaire cohérente et à réussir l’alternance que souhaitent les Français. M. Macron qui se dit « ni droite ni gauche », détesté par une partie de la gauche,  ne disposerait pas d’une majorité socialiste stable et devrait compter sur une vague alliance centriste de circonstance, totalement instable. Quant à la candidate lepéniste, élue, elle se trouverait face à un Parlement  presque unanimement hostile et serait radicalement paralysée.

Seul F. Fillon se présente comme un personnage expérimenté, ayant une longue expérience du sommet de l’Etat et en politique étrangère. Or les Français n’attendent pas un président « zébulon », bavard et gesticulant, faute de pouvoir agir, mais une forme de sagesse et de recul à l’Elysée. Le temps des super communicants est passé et celui de la vérité et de l’action est venu. A cet égard, il semble mieux placé que les autres candidats pour rendre de la hauteur à la fonction présidentielle, même s’il doit encore donner des gages à ce sujet.

Lui seul offre une forme de troisième voie entre le repli nationaliste qu’exprime le lepénisme (thème de la « préférence nationale » ou de la taxe à 3% sur les importations qui entraînerait des représailles foudroyantes sur les exportations) et la grande ouverture à tous les vents, sans limite ni protection, que reflète M. Macron.

Voir de plus:

Affaire Fillon : un ex-attaché parlementaire témoigne

Vincent Goyet
02-02-2017

Titulaire à la Sorbonne d’une licence de philosophie politique et d’une maîtrise d’Histoire contemporaine, puis d’un master en stratégie et décision publiques et politiques de l’ISMaPP , Vincent Goyet a travaillé durant cinq ans, comme attaché parlementaire à l’Assemblée nationale. Il nous confie son témoignage.

Parce que j’ai été attaché parlementaire, beaucoup de ceux qui me connaissent m’ont demandé comment faire le tri entre tous les éléments qu’ils ont lus dans la presse ces derniers jours à propos du fonctionnement de l’équipe qui entoure chaque député. Je tiens à préciser tout de suite que si je soutiens François Fillon depuis la défaite et le départ de Nicolas Sarkozy en mai 2012, les éléments que je donne ci-dessous sont ma propre analyse et mon propre ressenti. Je laisse chacun y puiser ce qu’il voudra.

Avant tout, le cabinet parlementaire fonctionne de fait comme une TPE. Le député embauche et rémunère librement ses collaborateurs, sur la base de contrats de travail de droit privé, qui prennent automatiquement fin en cas d’interruption du mandat parlementaire. Pour rémunérer ses collaborateurs, chaque député dispose d’une enveloppe mensuelle de 9 561 € (lorsqu’il laisse l’Assemblée nationale gérer ces contrats et payer les charges patronales), 14 341 € s’il décide de tout gérer lui-même. Sur les 9 561 €, il doit donc encore acquitter les charges salariales (précision technique pour les puristes). Dans les faits, l’immense majorité des députés laisse l’Assemblée s’occuper de tout.

Chaque député organise à sa guise le travail de son équipe, avec des collaborateurs dont le travail peut être très divers : agenda, logistique, courriers, dossiers législatifs, dossiers locaux, réunions, questions au Gouvernement, amendements, relations presse, relations avec les élus, relations avec la population, communication, rendez-vous, représentation, conseil, etc. Ce travail répond en fait aux trois fonctions remplies par un parlementaire : 1/ il représente le peuple ; 2/ il vote les lois ; 3/ il contrôle l’action du Gouvernement et des administrations.                             Bref, le travail est gigantesque, et la politique est bien souvent le lieu où les militants viennent donner un coup de main bénévole (mise sous pli, distribution de documents à la population, logistique des réunions publiques, réseaux sociaux, etc.). Il y a plutôt trop de travail que pas assez !

François Fillon est aujourd’hui attaqué non pas pour avoir rémunéré son épouse et deux de ses enfants, mais parce que certains soupçonnent qu’il s’agirait d’emplois fictifs, sans travail réalisé en contrepartie. Comme je viens de le souligner, ce n’est pas le travail qui manque autour d’un député. J’ai croisé des dizaines et des dizaines de parlementaires, davantage encore de collaborateurs, et la plupart d’entre eux sont des passionnés, qui ne comptent pas leurs heures. De même, il est inimaginable qu’un élu fasse une carrière politique durant 35 ans (François Fillon a été élu pour la première fois en 1981) sans que sa / son conjoint(e) ne lui apporte au quotidien un soutien et une aide de tous les instants, surtout si elle / il n’a pas une autre activité professionnelle à côté.

Quid du niveau de rémunération pour le conjoint non salarié du chef d’entreprise ? Comme dans n’importe quelle TPE, il est fréquent que le conjoint participe de fait à l’activité sans percevoir de salaire. Quand la structure trouve l’espace d’une rémunération, il peut y avoir ensuite une forme de rattrapage salarial, en contrepartie de toutes les années de bénévolat. S’agissant de Pénélope Fillon, elle n’a pas été rémunérée entre 1981 et 1988. Puis elle a bénéficié d’un salaire comme attachée parlementaire jusqu’en 2013 (avec manifestement un rattrapage salarial). Elle a perçu 639 000 euros net sur cette période (les médias parlent en brut pour gonfler la somme). Ramené à 35 années de travail aux côtés de son mari, nous arrivons à l’équivalent d’un salaire net mensuel de 1521 €.                                                                                                            Tous ceux qui se scandalisent du montant de 830 000 € brut devraient méditer sur la période concernée… Si j’avais travaillé durant 35 ans aux côtés de François Fillon, sur la base du salaire de 2600 € net que je touchais en 2007, j’aurais coûté bien plus de 830 000 € brut (faites le calcul : 1,4 million d’euros brut – et par souci de simplicité, je n’ai pas tenu compte du 13e mois…).

Mais quel travail a donc bien pu réaliser Pénélope Fillon ? Sans doute un travail de petite main pour un grand nombre de courriers reçus au domicile (François Fillon n’avait pas de permanence parlementaire en circonscription). Un soutien logistique également. Un travail de conseil, relecture (c’est ce qui semble ressortir de la bouche de l’avocat de François Fillon). Un travail de représentation, aussi, accompagnant son mari, ou se substituant à lui quand il n’était pas disponible.                                                                                                                                   Pénélope Fillon n’aurait-elle pas pu remplir toutes ces tâches sans être rémunérée ? Si, sans doute. Mais en France, la loi autorise les parlementaires à salarier leurs proches. De très, très nombreux élus le font, ponctuellement ou de façon pérenne. C’est fréquemment le cas pour les enfants étudiants des députés ou sénateurs, dont les parents mettent ainsi le pied à l’étrier professionnel.

Mais alors, pourquoi cette brusque poussée de fièvre concernant François Fillon ? Qui ne voit pas l’opération de déstabilisation à quelques semaines de la présidentielle ? « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose » proclame Francis Bacon dans son Essai sur l’athéisme.

Interrogeons-nous maintenant sur le niveau de rémunération des enfants de parlementaires : n’est-il pas excessif ? On peut parfaitement le penser dans certains cas. Mais 1/ ce montant reste à la discrétion du parlementaire et 2/ on sort du débat sur le caractère fictif de l’emploi. Les enfants de Fillon avaient fait des études de droit, l’un d’eux a d’ailleurs obtenu son diplôme d’avocat l’année suivante. Ils avaient donc des compétences utiles pour aider leur père dans ses missions parlementaires. Il ne s’agit pas d’emplois fictifs. Or, c’est là-dessus que Fillon est attaqué.

Certains s’étonnent aussi que Pénélope Fillon n’avait pas de badge pour accéder à l’Assemblée, ni d’adresse e-mail personnalisée. J’ai travaillé durant 5 ans à l’Assemblée (entre 2002 et 2007), j’avais évidemment un badge pour accéder à mon lieu de travail, mais ce n’était pas le cas de tous mes collègues de circonscription. Je n’ai par ailleurs jamais eu d’adresse e-mail professionnelle à mon nom : j’ai toujours utilisé l’adresse des parlementaires pour lesquels j’ai travaillé.

Autres questions légitimes que se posent beaucoup de gens : pourquoi Pénélope Filllon a-t-elle été rémunérée par le suppléant de François Fillon ? A quel travail est-ce que cela correspond ? Pourquoi un salaire si élevé ? Lorsqu’un parlementaire devient ministre, il conserve un lien avec le territoire d’où il est originaire. Les collaborateurs du suppléant devenu député font souvent le lien et la navette entre la circonscription et le ministère. Et Pénélope Fillon a pu être d’autant plus sollicitée dans ce cadre que l’agenda de son mari le rendait beaucoup moins disponible. Le suppléant de François Fillon était par ailleurs peut-être davantage présent en circonscription qu’à Paris, n’ayant pas forcément les mêmes ambitions et appétences pour le travail législatif que son prédécesseur.                                                                                                                     Enfin, un élément important : jusqu’en 2012, les députés pouvaient conserver le reliquat du crédit collaborateurs qui leur était attribué. Cet argent ne serait donc pas resté dans les caisses de l’Assemblée. Ceux qui demandent à Pénélope Fillon de « rendre l’argent » ignorent manifestement qu’il s’agirait de le rendre… à François Fillon lui-même.

Mais alors, pourquoi Pénélope Filllon a-t-elle dit qu’elle ne travaillait pas et ne s’était jamais mêlée de politique ? Peut-être simplement parce qu’elle ne considérait pas son action comme un travail, mais comme un engagement aux côtés de son mari. Il n’empêche que si elle n’avait pas été là, toutes les tâches qu’elle a accomplies auraient dû l’être par quelqu’un d’autre. En outre, un attaché parlementaire ne fait pas de politique : il travaille dans le domaine politique, mais c’est le parlementaire qui fait de la politique. Pas ses collaborateurs.

Posons-nous maintenant la question de l’orchestration de cette affaire politico-médiatique :

– le mercredi 25 janvier, le Canard Enchaîné publie un article

– le jeudi 26 janvier, le Parquet national financier ouvre une enquête judiciaire

– le vendredi 27 janvier, ce même parquet auditionne plusieurs témoins

Une vitesse absolument stupéfiante !

Pour rappel, le parquet national financier a été créé par Christiane Taubira en 2014, qui y a placé ses amis : le procureur du PNF, Eliane Houlette, était commissaire du gouvernement auprès du Conseil des ventes volontaires. Elle doit son incroyable et fulgurante promotion au Garde des Sceaux de l’époque, laquelle a également constitué une équipe de procureurs adjoints et vice-procureurs parmi ses très proches (Michel Pelegry, Ulrika Delaunay-Weiss, Patrice Amar, Monica d’Onofrio…). Rappelons aussi qu’en France, le parquet (a fortiori le parquet national financier) n’est pas indépendant du pouvoir exécutif : les procureurs dépendent directement du ministre de la Justice, ce qui est d’ailleurs pointé du doigt par la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

La vitesse avec laquelle le parquet s’est jeté sur François Fillon ne manquera pas d’interpeller tous ceux qui déplorent les lenteurs habituelles de la Justice. La perquisition de l’Assemblée nationale qui a eu lieu hier après-midi relève là encore de l’exceptionnel. Parallèlement, quand des journalistes publient dans le livre « Nos très chers émirs » des accusations nominatives de corruption envers un ministre du Gouvernement, le même parquet reste curieusement muet. Pourquoi une telle différence de traitement ?

Face à cette situation, je suis persuadé de l’impossibilité pour Pénélope Fillon de ne pas avoir participé au travail parlementaire de son mari. Son travail n’a pas été fictif, et il dure depuis 35 ans. Je suis aussi persuadé que cette opération de déstabilisation a été sciemment préparée et orchestrée. Je n’ai pas voulu croire à une machination envers DSK en 2011, ses propres turpitudes étant suffisantes pour provoquer la chute d’un candidat annoncé par tous comme le prochain président français. La similitude de l’acharnement qu’il a subi alors, avec l’acharnement subi aujourd’hui par François Fillon, fait naître le doute. Les mêmes officines semblent à l’oeuvre. D’ailleurs, ce sont les mêmes qui en furent et en seraient les grands bénéficiaires : François Hollande et ses proches, du PS à Macron.

Et toute cette agitation éloigne les citoyens de ce qui devrait nous préoccuper à titre principal : la situation de la France, qui compte un nombre record de chômeurs, dont la dette n’a jamais été aussi élevée, et qui n’offre aux jeunes générations que le choix entre le déclassement ou l’émigration.

Voilà pourquoi je continue plus que jamais à soutenir François Fillon. Parce que le projet qu’il porte me semble nécessaire pour redresser notre pays. Parce qu’il faut desserrer l’étau de l’étatisme. Parce qu’il faut permettre à chacun de travailler davantage s’il le souhaite pour gagner davantage. Parce qu’il faut améliorer le financement et la couverture maladie de notre assurance sociale. Parce que la France doit redevenir un interlocuteur crédible sur la scène internationale. Et parce que je ne suis pas dupe du matraquage médiatique actuel.

Voir encore:

Sondage : Macron le plus capable pour l’Elysée, Hamon le plus honnête
Pierre-Alain Furbury

Les Echos

Le 01/02/17

EXCLUSIF + DOCUMENT et VIDEO – Pour les Français sondés par Elabe pour « Les Echos », le leader d’En Marche est celui qui a le plus « les capacités nécessaires » pour l’Elysée et le porte-drapeau du PS celui qui est le plus « honnête ». Victime de l’« affaire Penelope », Fillon apparaît capable, moins honnête.

Quels sont les candidats à la présidentielle qui ont, dans l’opinion publique, « les qualités nécessaires » pour être à l’Elysée ? Et quels sont « les plus honnêtes ». L’institut Elabe a interrogé ces lundi et mardi les Français et les résultats, pour « Les Echos » et Radio classique, illustrent à la fois la progression d’Emmanuel Macron et Benoît Hamon, qui accèdent respectivement à la deuxième et quatrième places dans les intentions de vote. Et la chute de François Fillon, qui, à 19-20%, serait aujourd’hui éliminé dès le premier tour .

Sur les « qualités nécessaires » pour être chef de l’Etat, le candidat de la droite est certes à la deuxième place. L’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy est cité en premier ou deuxième par 36% des personnes interrogées. Seul Emmanuel Macron fait mieux, cité en premier ou deuxième par 46%. Benoît Hamon est cité par 34% des Français, devant Marine Le Pen (28%) et Jean-Luc Mélenchon (18%). François Fillon est même celui qui est le plus cité en premier, par 22% des personnes interrogées, contre 21% à l’ancien ministre de l’Economie de François Hollande.

Sur la question de l’honnêteté, le palmarès est radicalement différent, même si Emmanuel Macron reste bien placé puisqu’il est sur la deuxième marche du podium, cité (en premier ou second) par 30% des Français. Cette-fois, c’est Benoît Hamon qui arrive en tête. Le candidat du PS est cité (toujours en premier ou deuxième) par 33% des personnes interrogées. Suivent Marine Le Pen (25%), Jean-Luc Mélenchon (23%) et François Bayrou (21%).

Plombé par la polémique sur les emplois présumés fictifs de son épouse Penelope, François Fillon est à la peine : 17% seulement le citent en premier ou deuxième parmi les candidats « les plus honnêtes ». Il ne devance que les petits candidat (Nicolas Dupont-Aignan, Philippe Poutou, Nathalie Artaud, Jannick Jadot), qui pâtissent, eux, de leur manque de notoriété dans l’opinion.

Voir par ailleurs:

Who’s behind the mysterious rise of Emmanuel Macron?

Until recently, he had no visible record of political commitment. But he might be about to destroy the Socialist party

The Spectator

4 February 2017

Before the horrified gaze of its militants, the French Socialist party — which has been a major force in French politics since 1981, and forms the present government — is falling to pieces.

There are many reasons behind this catastrophe. They go back to 2005 and the dithering leadership of the then secretary-general, François Hollande, at a time when the party was dangerously divided after the referendum on a European constitution. And they continue up to 1 December last year, when President Hollande, after again dithering for months, announced on national television, in tears, that he had bowed to the inevitable — his own failure and unpopularity — and would not run for re-election. But the most significant reason for the Socialist implosion is the sudden arrival of a man from nowhere called Emmanuel Macron.

Macron, at 39, would normally be considered at least 15 years too young to mount a serious presidential challenge in France, but the most recent polls show him in third place, just behind the front-runner, the far-right Front National’s leader, Marine Le Pen, and François Fillon, the candidate of the conservative party, Les Républicains.

His rapid rise makes Macron a genuine original in French politics and his opponents do not know what to make of him. Unlike all other serious contenders, he has no visible record of political commitment. In 2004 he graduated from the National School of Administration (ENA) and joined the upper civil service. Then, in 2008, he paid €50,000 to buy himself out of his government contract and became an investment banker with Rothschild, where he was highly regarded and quickly made a small fortune. Then, in 2012, with the election of President Hollande, his career took another unexpected change of direction: he left Rothschild to become deputy secretary-general at the Elysée. When Manuel Valls became Hollande’s second prime minister in 2014, with instructions to deregulate the French economy, Macron was catapulted into the economics ministry.

Hollande and Valls congratulated themselves on an imaginative choice, and Macron set out to please Brussels by cutting France’s deficit while encouraging business activity. In 2015 he introduced la loi Macron, a measure designed to stimulate growth by abolishing public service monopolies and union restrictions on hours. This had to be forced through the National Assembly by decree, against the opposition of Socialist deputies, an unpopular move that consecrated Macron as the bête noire of the left.

As the months in office passed, Macron openly developed a separate political agenda, often disagreeing in public with Valls. Soon after his appointment, a mysterious movement appeared called ‘Les Jeunes avec Macron’ (‘Young people for Macron’). This was launched as a ‘spontaneous’ internet site, but quickly grew into a well-organised group numbering several thousand activists whose average age was said to be 33.

Macron then began to dominate the debate on European and welfare policy — but Hollande and Valls did nothing to rein him in. In 2015, a few days after Hollande insisted that Macron was ‘respecting his authority’, the maverick minister attacked the wealth tax — a central plank of Socialist fiscal policy since it was introduced in 1989. Meanwhile, party leaders mocked his inexperience and lack of support on the left, and estimated his electoral appeal at 6 per cent.

Undaunted, the economics minister announced that he was forming his own political ‘movement’, ‘En Marche!’ (Let’s Go!), ‘open to everyone of progressive views’ and ‘aimed at younger voters’. Last August he started touring French holiday resorts appealing for a vision that would ‘re-forge the country’s politics, culture and ideology’. At the end of the month he announced his resignation, and in November he launched the presidential campaign that he must have been secretly preparing ever since he joined the government.

While the seven hapless candidates for the Socialist party’s nomination were struggling throughout December to achieve three-figure attendance at their meetings, Macron — with no party machine behind him — was attracting thousands. In Clermont-Ferrand it was 2,500, in Lille 4,000, and in Paris last month 12,000 people packed into the hall to hear him speak.

As a presidential candidate, Macron is seen as an outsider, someone who will ‘break the system’ and challenge the stifling consensus of unions, over-entitled functionaries and remarkably youthful pensioners that prevents France from responding to the challenges of globalisation. He usually describes himself as ‘centrist’ but he also objects to being called ‘anti-socialist’.

If Macron’s unique selling point is unclear, his unique talking point is that he married his former school teacher, a lady 24 years older than him. This startling fact, when first encountered, tends to bring political discussion to a halt, while all pause for a few moments of profound reflection. His latest fan is Ségolène Royal. Ségolène is the current minister of the environment, and, by chance, she too is 24 years older than the dynamic new arrival. She has repeatedly spoken of her affection and admiration for Macron. Ségolène was the defeated Socialist presidential candidate of 2007, but last week she urged the party’s voters to ignore their own candidate, Benoît Hamon — a hardline leftist sacked as education minister by Valls in 2014 — and back Macron instead.

Macron has not just divided the Socialists, he has replaced them. So how has this apparently isolated and underfunded individual managed all this in such a short time? It is clear that Macron has powerful supporters behind the scenes, and a clue may lie in the little-discussed fact that some years ago he was identified as a member of ‘les Gracques’ — a discreet centre-left pressure group loosely staffed by influential chief executives and civil service mandarins. They are pro-market socialists who long ago gave up on the Socialist party. Many are fellow ‘énarques’ (graduates of ENA) and every step of Macron’s career could have been directed by them. Spotted as a brilliant and charming student, Macron could first have been launched into the prestigious state Finance Inspectorate, then switched into Rothschild to gain business experience (and wealthy support) and then placed like a time bomb in Hollande’s outer office, where he ticked away until he could be moved into the heart of the Valls government. Last August he finally exploded into action at the perfect moment to cause maximum damage to Hollande, Valls and the entire Socialist presidential election campaign. Macron’s rise bears all the hallmarks of a classic ENA undercover operation, a fundamental part of the énarques’ stock-in-trade and one in which the country’s leading bureaucrats are cynically trained.

Now that the Socialists have lumbered themselves with a dinosaur — Hamon — as their candidate, Macron is in an even stronger position. He will be able to tune his campaign to attract moderate Socialist voters as well as the centrists and centre-rightists who flock to his meetings and are having second thoughts about François Fillon.

Mr Fillon and his British wife Penelope are currently under investigation for misuse of public funds. Both deny the accusations. Interestingly, the information that has placed him under suspicion seems to have come from dissident members of Les Républicains, his own party — angry that neither ex–president Nicolas Sarkozy nor Alain Juppé, mayor of Bordeaux, won the nomination. If Mr Fillon is formally charged, he has said that he will not run. In which case the most likely solution for his party, at this short notice, would be to select Mr Juppé in his place.

Voir encore:

The French election is now Marine Le Pen vs a collapsing French establishment

A Le Pen victory would be the worst crisis for half a century. Even if she doesn’t, the system is in deep trouble

The Spectator

11 February 2017

Is France on the brink of a political revolution? Already, four established candidates for the presidency — two former presidents and two former prime ministers — have backed out or been rejected by the voters, and another, François Fillon, is on the ropes. The campaign is being taken over by outsiders, principally the Front National’s Marine Le Pen and a youthful former banker, Emmanuel Macron, while the Socialists have chosen an eccentric radical, Benoît Hamon. Should we welcome a shake-up in the cradle of European revolutions? What kind of shake-up might it be — socialist (the least likely), liberal with Macron or nationalist with Le Pen? Or can the outsiders still be beaten by an electoral system designed to keep them out of power?

France in its modern history has worn out five monarchies, five republics and 16 constitutions — and two of this year’s presidential hopefuls are demanding a 17th. Its people are still more ready than most to go into the streets. It was, and is, a country in which rhetoric and visions play a prominent part in politics. In Victor Hugo’s Les Misérables, the romantic revolutionary Enjolras waxes lyrical from the top of his barricade about the glorious time when ‘thinkers will be completely free, believers completely equal, no more hatred, fraternity in the workshop and the school, jobs and rights for all’. But Enjolras gets killed, and his wish list is still at the top of the agenda nearly two centuries on.

This is because France fluctuates between short spasms of change and longer periods of immobility. It has developed institutional barriers and tacit compromises to hold things steady. Its current Fifth Republic is a ‘republican monarchy’, with parliament downgraded and a powerful president supposed to unite the nation — a task sadly beyond most politicians. Another, less noticed, institution goes back even further than Enjolras’s fictional death on the barricades: the two-round ballot, designed in the 1820s to prevent hotheads like him from winning elections. It gives voters and politicians a second chance, not so much to reconsider their own choices as to react against the choices of others. In the first round you vote for the person you want; in the second you vote against the person you fear.

This evolved historically into what was called ‘republican discipline’: in the first round there could be a range of competing candidates of all shades, but in the second round all loyal republicans, from the mildest liberal to the reddest communist, would vote for the candidate best placed to beat the enemy of the republic — usually a royalist or authoritarian nationalist. The apparition of Jean-Marie Le Pen’s Front National in the 1970s, combining traditionalist conservatives, embittered nationalists and nostalgic fascists, met the same response. When Le Pen shocked France by getting through to the second round of the 2002 presidential election, he was crushed by Jacques Chirac, who got 82 per cent of the vote. Good republicans rallied, including those on the far left: ‘Better a crook than a fascist’ said one slogan. The crucial question in this election is whether the republican reflex still operates. If not, Marine Le Pen could win.

Consider the long-term consequences of the two-round voting system. Many British commentators — and indeed some in France — call periodically for a ‘French Thatcher’ to sweep away institutional barriers to economic dynamism. Nicolas Sarkozy was one who briefly claimed this mantle. The latest is Emmanuel Macron, a former economics minister of Blairite tinge in François Hollande’s socialist government. But Margaret Thatcher could never have been elected in a French-style second round. The British system not only can but regularly does give power to a united minority over a divided majority. Mrs Thatcher could carry out a peaceful revolution without ever having the clear support of a majority of voters. In a French-style system, she and her parliamentary supporters would inevitably have been defeated in second-round ballots by a combination of Labour and the Liberals: Jim Callaghan would have been triumphantly re-elected.

In short, precisely because of its turbulent political history, France has developed a series of barriers against radical change. A leading sociologist, Michel Crozier, described it in 1970 as a ‘société bloquée’ — a ‘stalemate society’. Of course, much in France does change: but the price of political stability is that certain fundamental rights and privileges remain untouched. Advantageous retirement rights and pensions. Certain influential professions. Farmers, sheltered by the Common Agricultural Policy. People in permanent employment, protected by laws penalising redundancy and limiting hours of work. The public sector — in French le service public, significantly in the singular — is the core of this system: schools, public hospitals, railways, universities, local government, the post office. All are arms of the state. Think of le service public as the NHS multiplied by five. The politics of its workforce, combining a real sense of public service with a jealous defence of rights and privileges, explains why France is the most anti-capitalist country in Europe.

There are benefits. Many British people have happy memories of French hospitals, schools or trains. But one does not need very right-wing views to see the accumulating disadvantages. The highest taxes in the developed world, especially on businesses. Chronic unemployment, worst among the young and ethnic minorities. Slow growth, including among small companies afraid of the burden of regulation incurred by getting too big. Crumbling infrastructure. Anyone who arrives at the Gare du Nord must see that something is amiss. People in France do too, and have done for years. Even in the 1980s President Mitterrand lamented national ‘moroseness’. Bookshops have long been piled high with works by economists, politicians and academics warning that France was in accelerating decline. Young people emigrate, over 200,000 to London alone.

On top of this chronic malaise has come the tension between republican secularism and Islam, sparked off three decades ago by a row about girls wearing headscarves in a provincial secondary school. It is a fraught mixture of cultural difference, social deprivation and historic mistrust, but none can doubt its brooding presence, hugely inflamed by a series of terrorist attacks. Had I risked forgetting this, I would have been dramatically reminded a few weeks ago when in a quiet street in Paris I walked into a 25-man military patrol in full combat gear.

None of these observations is unique to France. Characteristic of France, however, is the seeming inability of the political system to do much about them, even over many years. Here we come back to the ‘stalemate society’ problem. Even limited reforms — by British standards minor tinkering — with the education system or the labour market have caused huge and prolonged student demonstrations and sit-ins, and damaging strikes by public-sector unions. They often produce complicated half-measures that create a destabilising sense of unresolved problems and leave continuing tensions.

A ‘French Thatcher’ — assuming that there is one, however diluted — faces not only the electoral barrier but a wider ideological polarisation than that of Britain in the 1980s. Then a large minority, even at times a majority, felt that something radical had to be done, and accepted that this included weakening the trade unions and increasing the freedom of the market. There is little sign that any such consensus exists in France, where both left and right are deeply suspicious of economic liberalism. Marine Le Pen thunders against free trade and ‘unfair’ competition. The very word ‘liberal’ has long been a political kiss of death: we shall see whether Macron is immune. So there is widespread dissatisfaction, but no accepted solution.

The party structure, always weak in France, has struggled to produce agreed strategies or new generations of politicians. Party funding problems have produced endless financial scandals, in which Sarkozy is now again entangled. Many politicians have roots in local government, and in one way that’s a strength. But it also creates what the French call fiefs — feudal domains — which can provide impregnable political bases for big beasts and questionable sources of funds. Not untypical is Alain Juppé, mayor of the great city of Bordeaux — and, despite his advanced age and conviction for corruption, until recently regarded as the leading presidential candidate. He has memorably remarked that only death ends a political career in France: he might still prove it again.

Parties struggle to clear out the dead wood and choose new people. It is telling that the charismatic Macron, astonishingly young for French politics at 39, has never held elected office and must stand as an independent, having created his own party. However, the recent introduction of party primaries, which started with the Socialists, has unexpectedly let the frustrated grass roots see off a succession of ‘big-beast’ candidates including Juppé, Sarkozy and the former Socialist prime minister Manuel Valls, whose defeat marks the Corbynisation of the Socialist party under the evidently unelectable Benoît Hamon.

So is France in crisis? It remains one of the world’s richest, most powerful and most active states, which should make us beware excessive pessimism. The historian Emile Chabal has noted that the French often talk up crisis as ‘a key catalyst’ for change. But this time the crisis is more than just rhetoric: many voters really have lost faith in the established parties and see change as coming from outside the system. The main embodiment of disillusion is Marine Le Pen. Her Front National continues to grow in rust-belt regions and those with high levels of immigration, largely by attracting disaffected working-class voters. It is probably France’s largest party, supported by nearly a third of the electorate.

Le Pen has laboured since taking over from her father in 2011 to convince voters that the Front National, though still radical, is no longer ‘anti-republican’, and indeed is the staunchest upholder of republican secularism against Islamic encroachment. The message is that voting for her is not a betrayal of the republican heritage so central to France’s self-image.

She has added to her nationalist agenda vehement denunciation of the European Union as a foreign capitalist plot. Nearly the whole French establishment unquestioningly accepts the EU as France’s historic destiny. The Front National’s denunciation makes support for it a shibboleth of progressive values. The country is more polarised than Britain: more people strongly support the EU, but also more people strongly reject it. So while Brexit provoked some asperity in private and a few polite demonstrations in public, any attempt at a French exit would cause mayhem.

Le Pen will surely win through to the second round of the election, and it is quite possible that she will head the poll in the first round on 23 April. Fillon was supposed to be able to rally moderate conservative and moderate Socialist voters and beat her in the second round. But a tawdry financial scandal (which many suspect was leaked by a vengeful and still ambitious Sarkozy) has damaged and may eliminate him. He fought back by producing his diffident Welsh-born wife Penelope — accused of being paid for a fake job — at a rally where she tearfully held his hand while supporters shouted ‘Je suis Penelope!’ Polls indicate that two thirds of conservative voters still support him. How many of the other third might defect to Le Pen?

Brexit and Trump have created a sense that the unthinkable is possible, which could further weaken the taboo against voting for her. But it will mobilise her opponents too. I cannot believe that enough moderate voters will stay away from the second-round poll to let ‘the fascists’ win. ‘Republican discipline’ should still rally support for whoever polls best against Le Pen, which at the moment looks likely to be Macron.

Nevertheless, few now rule out a Le Pen victory completely, and if Macron’s campaign runs into serious trouble, all bets are off. Every new scandal or terrorist incident plays into her hands. If she did become president, France would face a genuine crisis, the worst for half a century. There would certainly be strikes and violent demonstrations by those who would see themselves as defending the republic against fascism. How she could form a viable government or win a majority in parliament is unclear. We would see a conflict between the Fifth Republic’s powerful president and its parliament under a constitutional system that one liberal critic has called dangerous even in the hands of a saint. The consequences for the euro, the EU, western security and Britain’s relations with one of its closest allies would be dire.

More likely is that a very different kind of outsider, Emmanuel Macron, will win in the second round. This would gain him goodwill and authority — for a time. But his, and France’s, problems would not be over. He is committed to liberal economic reforms likely to arouse widespread and even turbulent opposition. He is a one-man band, and established politicians of right and left have an interest in his failure. He himself will have won only because people who dislike him have seen him as a barrier to Le Pen. She will probably get a higher vote than ever and will continue working inexorably towards the next election. A French friend recently said to me, ‘I am not voting for anyone. I’m only voting against.’ This is the depressing mantra of French politics today.

Robert Tombs is professor of French history at St John’s College, Cambridge. He discusses the fate of the Fifth Republic in this week’s Spectator podcast, available at www.spectator.co.uk/podcast. He is the author of The English and Their History, and, with his wife, Isabelle, That Sweet Enemy: the British and the French from the Sun King to the Present.

Voir enfin:

Why Is France So Corrupt?
France’s lax ethical standards are catching up with Francois Fillon — and boosting Marine Le Pen’s campaign for president.
Robert Zaretsky
Foreign Policy
February 1, 2017

Last week, France’s Les Républicains had an American Republican moment — namely, they relived Richard Nixon’s televised 1952 Checkers speech. Just as the U.S. vice presidential candidate responded to charges that he and his family had dipped into a political campaign fund, so too did François Fillon, the French Républicains’ presidential candidate, appear on television to defend himself against similar charges.

Nixon’s gamble paid off. His remark that his wife, Pat, wore a “respectable Republican cloth coat” instead of mink won over enough Republican voters to salvage his place on Dwight Eisenhower’s ticket. Whether Fillon’s will do the same remains to be seen. He faces greater odds. As the satirical and investigative weekly Le Canard Enchaîné revealed last Wednesday, Fillon had funneled enough money — about $540,000 — from his taxpayer-funded parliamentary account into his wife’s private bank account for her to buy plenty of fur, should she so choose. One week later, the news got worse: turns out, according to Canard, the figure was closer to $900,000.

No one in France disputes Fillon’s right to have paid his wife as an “assistant” over the course of eight years. While nepotism laws in America prohibit such practices — unless you are president — not so in France. More than one-fifth of French parliamentary representatives — 115 of 577 — employ one or more family members as “assistants.” Yet, while it is not illegal for political officeholders in France to hire family members, it is illegal to create so-called emplois fictifs, or make-believe jobs where you pay relatives for work they have not, are not, and never intend to do. Herein lies the rub with the Fillons. Until the Canard’s scoop, there was no reason to believe that the Welsh-born Penelope Fillon devoted her life to anything other than her family of five (unless you count the five horses stabled near the family’s 12th-century chateau). Mme Fillon has previously conceded that she had extra time on her hands. In 2007, she told an interviewer with The Telegraph that she had just enrolled in a Shakespeare class: “I realized that my children have only known me as just a mother but I did a French degree, I qualified as a lawyer and I thought ‘Look here, I’m not that stupid.’ This will get me working and thinking again.”

During his televised interview, Fillon insisted that his wife’s work was real: Penelope Fillon reviewed his speeches, met with associates, gathered and collated news stories, and the like. And yet not only was she never seen in the halls of the National Assembly, even the residents of Sablé-sur-Sarthe (the village that is home to chateau Fillon ) were astonished to learn she was her husband’s assistant. As one local official told a journalist, “The separation was always clear: He took care of politics, she took care of the family.”

And if the goal of appearing on television was to contain the damage, it does not appear to have worked: Fillon did not help his cause by revealing in the same interview that, while a senator, he had also paid two of his children to handle specific cases for him because of “their particular competence as lawyers.” (The problem, as several newspapers quickly pointed out, is that neither child was a lawyer yet; the latest Canard story reports that they were paid approximately $90,000 for their work.) Over the weekend, fresh news broke out that between 2005 and 2007, Fillon had written himself seven checks totaling about $28,000 from an account earmarked for paying assistants; then came the new revelations that his wife’s pay had been even more than first thought.

The two pillars of Fillon’s candidacy have been the economic imperative of scaling back the state’s social protections, and the political imperative of being untouched by scandal. The two are interconnected; the former relies on the latter. That Penelope Fillon drew an exorbitant salary for reading her husband’s speeches before saddling up for a morning canter will not go down well with an electorate being asked to make financial sacrifices. At the same time, Fillon has always emphasized that his hands, unlike those of his fellow Gaullist contenders, were clean. During his primary debate with Alain Juppé, who was found guilty in 2004 of creating phony jobs while serving under Jacques Chirac, Fillon announced: “One cannot lead France if one is not irreproachable.” Fillon also blasted his rival Nicolas Sarkozy’s many entanglements over alleged campaign finance shenanigans by evoking the moral rectitude of the national conservative patriarch Charles de Gaulle: “Who could imagine the Général ever being taken in for a police questioning?” Now that finance inspectors have begun a preliminary investigation into Fillon’s case, the General seems more alone than ever.

France is not a particularly corrupt country, in global terms, but in the West it is something of an outlier. According to Transparency International’s 2016 “corruption perception” index, France ranked 23rd among 176 nations, just behind Estonia and just ahead of the Bahamas. It is not, of course, Somalia or Syria. But neither is it Denmark, New Zealand, Canada, or even the United States. In Western Europe, it outranks only Portugal, Italy, and Spain.

What may make matters worse is that French corruption is particularly high-profile: It doesn’t come in the form of cops asking for petty bribes, or companies buying off bureaucrats. Rather, thanks to the peculiarly French principle of a republican monarchy, French corruption involves vast sums and takes place at the highest levels of government. Created by De Gaulle in 1958, the Fifth Republic hands vast power and prestige to the presidency. The president, in principle, is not answerable to Parliament; the president, in essence, reigns and his ministers merely rule. While De Gaulle also endowed the office with his personal imperiousness and incorruptibility, his descendants have held tight to the former while mostly trashing the latter. From the late 1970s, when Central African Republic Emperor Jean-Bedel Bokassa showered Valéry Giscard d’Estaing with diamonds, through the 1980s, when Chirac, while mayor of Paris, embezzled public funds for his presidential campaign, to Sarkozy and the kaleidoscope of court cases confronting him, ranging from influence peddling to accepting $54 million in campaign financing from former Libyan dictator Muammar al-Qaddafi, the French presidency has been consistently mired in scandals worthy of the Bourbons. (François Hollande, for all his fecklessness, has — to give credit where it’s due — kept his hands relatively clean during his time in office; his scandals have been of the personal sort.)

This relentless drip of scandals both dampens public attitudes toward the mainstream parties — a Transparency International poll taken late last year revealed that three-quarters of the French believe that parliamentary deputies and government ministers are corrupt — and continues to raise the boat of the far-right National Front (FN). Marine Le Pen’s party has its own instances of financial misbehavior: The European Union had determined that the FN defrauded the European Parliament budget of more than $324,000, which it used to illicitly pay FN staffers. Perhaps because the victim was Brussels, however, and because Le Pen was not enriching herself personally, the scandal has had little traction in France; this week, while Fillon was busy battling for his political life, Le Pen was scoffing at the notion that she might return the funds. More to the point, it hasn’t stopped Le Pen from positioning herself as the only candidate able to drain the French swamp. Given the steady 25 to 26 percent support her party attracts in polls, a sizable group, it seems, believes her.

The reluctance of French governments to address the problem of corruption is well known. In 2014, a European Union report rapped France’s knuckles for its faulty firewalls in campaign financing, its judiciary’s relative lack of independence, and the absence of political willpower to tackle a culture of corruption. Until recently, moreover, the foot-dragging of politicians over these issues has not unduly bothered French voters. As Jean-Christophe Picard of the watchdog group Anticor notes, through the 1980s and 1990s the public mostly tolerated such wheeling and dealing. “In France, there is the idea that defrauding and wasting public money is not too serious a problem as long as there are no direct victims,” he said in a recent interview with the weekly French magazine L’Obs.

There have been some recent attempts to remedy the problem: Last year, the country enacted the Sapin II Law, which, for the first time, creates an anti-corruption agency, requires members of Parliament to render public the names of everyone listed on their official payrolls, and affords fuller legal protection to lanceurs d’alerte, the rather awkward French term for whistleblowers. The law has been hailed as an important step by transparency advocacy groups, but much of the law is aimed at targets lower down than the Élysée.

It is still too early to tell if the recent revelations will bar Fillon from the presidency, but it is looking increasingly likely. He has already vowed that he will end his campaign if formal charges are brought against him; on Tuesday, police were spotted at his parliamentary office looking for evidence. Even if the courts do not act before this spring’s election, Fillon’s reputation has already taken a serious hit. In an Odoxa poll taken after the Canard’s scoop, 61 percent of respondents had a bad opinion of Fillon, while just 38 percent thought favorably of him — a 4 percent drop since Jan. 8. An even more recent poll, conducted by Elabe, shows that Fillon is now in danger of not even making it past the first round of France’s two-stage election process. One of the beneficiaries of his decline will be Le Pen, who even before Penelope-gate had overtaken Fillon in a Le Monde poll; another may be Emmanuel Macron, the center-left independent whose campaign continues to gain momentum. French politics is looking more unpredictable than ever, and much can still happen between now and the first round of the election, which is slated for late April. But one thing does seem clear: With Penelope-gate, a long French tradition looks set to continue.


Trump: L’improbable champion d’une revanche des bouseux que personne n’avait vu venir (How a lifelong New Yorker became tribune of the rustics and deplorables)

25 janvier, 2017
trump-gothic chart-presidents-rankedamerican-tragedy
static2-politico-comstatic-politico-comAux États-Unis, les plus opulents citoyens ont bien soin de ne point s’isoler du peuple ; au contraire, ils s’en rapprochent sans cesse, ils l’écoutent volontiers et lui parlent tous les jours. Ils savent que les riches des démocraties ont toujours besoin des pauvres et que, dans les temps démocratiques, on s’attache le pauvre par les manières plus que par les bienfaits. La grandeur même des bienfaits, qui met en lumière la différence des conditions, cause une irritation secrète à ceux qui en profitent; mais la simplicité des manières a des charmes presque irrésistibles : leur familiarité entraîne et leur grossièreté même ne déplaît pas toujours. Ce n’est pas du premier coup que cette vérité pénètre dans l’esprit des riches. Ils y résistent d’ordinaire tant que dure la révolution démocratique, et ils ne l’abandonnent même point aussitôt après que cette révolution est accomplie. Ils consentent volontiers à faire du bien au peuple ; mais ils veulent continuer à le tenir à distance. Ils croient que cela suffit ; ils se trompent. Ils se ruineraient ainsi sans réchauffer le coeur de la population qui les environne. Ce n’est pas le sacrifice de leur argent qu’elle leur demande; c’est celui de leur orgueil. Tocqueville
Last night I stood at your doorstep, trying to figure out what went wrong. It’s gonna be a long walk home. Bruce Springsteen 
Les gens  attendaient  Trump  et  son  discours franc, qui dit les choses comme elles sont et qui promet de défendre les intérêts du peuple.  Il  ne  tourne  pas  autour  du  pot  et c’est ça qu’on aime. (…)  et même si Trump ne le sait pas,  je  suis  persuadé  qu’il  a  été  envoyé par Dieu pour réparer ce pays et lui rendre  sa  grandeur  !  Le  système  est  corrompu,  nous  devons  revenir  aux  fondamentaux  :  les  valeurs  américaines,  le travail, le respect. Obama  est  allé  s’excuser  autour  du  monde, et  résultat,  personne  ne  nous  respecte. Cela va changer. Kelly Lee
Les choses vont changer avec Trump car ce  n’est  pas  un  politicien,  il  ne  doit rien à cette élite qui vit entre elle depuis si longtemps. Mike Costello
Les médias sont en embuscade, mais nous ne sommes pas inquiets parce que le peuple a vraiment vu le vrai visage partisan  de  ces  médias.  Trump  ne  se  laissera pas  faire.  Au  début  j’ai  été  choquée  de voir   son   usage   de   Twitter   car   je   suis conservatrice. Mais maintenant, je comprends.  Il  déjouera  leurs  plans  et  dira aux gens ce qu’il pense vraiment s’ils déforment    ses    propos. Nous avons besoin de lois. Aujourd’hui, les  gardes-frontières  n’ont  pas  le  droit d’arrêter les illégaux et laissent des villes sanctuaires  les  protéger  sans  la  moindre sanction.  Est-ce  normal  ?  La  presse  dit que c’est raciste de penser ce que je vous dis,   mais   c’est   ridicule   !   Nous   serions donc devenus une nation de racistes par- ce   que   nous   ne   sommes   pas   d’accord avec  ce   laxisme ? Annette
Ce  qui  nous  plaît   chez Trump, c’est qu’il ne doit rien à personne. Il est milliardaire mais il accepte de faire  ce  job  pour  sauver  le  pays.  Il  n’en   avait pas besoin. C’est son atout. Car il va  pouvoir  se  concentrer  sur  l’essentiel,  au   lieu de penser à être réélu.  Obama  s’est  trop  excusé, nous devons montrer notre force. Nous espérons  que  Trump  sera  le  Reagan  de   notre  génération. James Mack (ouvrier machiniste de Pennsylvanie)
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
It’s not just visual: In interview after interview in all corners of the state, I’ve found that Trump’s support across the ideological spectrum remains strong. Democrats, Republicans, independents, people who have not voted in presidential elections for years — they have not wavered in their support. Two components of these voters’ answers and profiles remain consistent: They are middle-class, and they do not live in a big city. They are suburban to rural and are not poor — an element I found fascinating, until a Gallup survey last week confirmed that what I’ve gathered in interviews is more than just freakishly anecdotal. The Gallup analysis, based on 87,000 interviews over the past year, shows that while economic anxiety and Trump’s appeal are intertwined, his supporters for the most part do not make less than average Americans (not those in New York City or Washington, perhaps, but their Main Street peers) and are less likely to be unemployed. The study backs up what many of my interviews across the state found — that these people are more concerned about their children and grandchildren. While Trump supporters here are overwhelmingly white, their support has little to do with race (yes, you’ll always find one or two who make race the issue) but has a lot to do with a perceived loss of power. Not power in the way that Washington or Wall Street board rooms view power, but power in the sense that these people see a diminishing respect for them and their ways of life, their work ethic, their tendency to not be mobile (many live in the same eight square miles that their father’s father’s father lived in). Thirty years ago, such people determined the country’s standards in entertainment, music, food, clothing, politics, personal values. Today, they are the people who are accused of creating every social injustice imaginable; when anything in society fails, they get blamed. The places where they live lack economic opportunities for the next generation; they know their children and grandchildren will never experience the comfortable situations they had growing up — surrounded by family who lived next door, able to find a great job without going to college, both common traits among many successful small-business owners in the state. These Trump supporters are not the kind you find on Twitter saying dumb or racist things; many of them don’t have the time or the patience to engage in social media because they are too busy working and living life in real time. These are voters who are intellectually offended watching the Affordable Care Act crumble because they warned six years ago that it was an unworkable government overreach. They are the same people who wonder why President Obama has not taken a break from a week of golfing to address the devastating floods in Louisiana. (As one woman told me, “It appears as if he only makes statements during tragedies if there is political gain attached.”) Voice such a remark, and you risk being labeled a racist in many parts of America. The Joe-Six-Pack stereotype of a Trump supporter was not created in a vacuum; it’s real and it’s out there. Yet, if you dig down deep into the Gallup survey — or, better yet, take a drive 15 minutes outside of most cities in America — you will learn a different story. That is, if you look and listen. Salena Zito
America is coming apart. For most of our nation’s history, whatever the inequality in wealth between the richest and poorest citizens, we maintained a cultural equality known nowhere else in the world—for whites, anyway. (…) But t’s not true anymore, and it has been progressively less true since the 1960s. People are starting to notice the great divide. The tea party sees the aloofness in a political elite that thinks it knows best and orders the rest of America to fall in line. The Occupy movement sees it in an economic elite that lives in mansions and flies on private jets. Each is right about an aspect of the problem, but that problem is more pervasive than either political or economic inequality. What we now face is a problem of cultural inequality. When Americans used to brag about « the American way of life »—a phrase still in common use in 1960—they were talking about a civic culture that swept an extremely large proportion of Americans of all classes into its embrace. It was a culture encompassing shared experiences of daily life and shared assumptions about central American values involving marriage, honesty, hard work and religiosity. Over the past 50 years, that common civic culture has unraveled. We have developed a new upper class with advanced educations, often obtained at elite schools, sharing tastes and preferences that set them apart from mainstream America. At the same time, we have developed a new lower class, characterized not by poverty but by withdrawal from America’s core cultural institutions. (…) Why have these new lower and upper classes emerged? For explaining the formation of the new lower class, the easy explanations from the left don’t withstand scrutiny. It’s not that white working class males can no longer make a « family wage » that enables them to marry. The average male employed in a working-class occupation earned as much in 2010 as he did in 1960. It’s not that a bad job market led discouraged men to drop out of the labor force. Labor-force dropout increased just as fast during the boom years of the 1980s, 1990s and 2000s as it did during bad years. (…) As I’ve argued in much of my previous work, I think that the reforms of the 1960s jump-started the deterioration. Changes in social policy during the 1960s made it economically more feasible to have a child without having a husband if you were a woman or to get along without a job if you were a man; safer to commit crimes without suffering consequences; and easier to let the government deal with problems in your community that you and your neighbors formerly had to take care of. But, for practical purposes, understanding why the new lower class got started isn’t especially important. Once the deterioration was under way, a self-reinforcing loop took hold as traditionally powerful social norms broke down. Because the process has become self-reinforcing, repealing the reforms of the 1960s (something that’s not going to happen) would change the trends slowly at best. Meanwhile, the formation of the new upper class has been driven by forces that are nobody’s fault and resist manipulation. The economic value of brains in the marketplace will continue to increase no matter what, and the most successful of each generation will tend to marry each other no matter what. As a result, the most successful Americans will continue to trend toward consolidation and isolation as a class. Changes in marginal tax rates on the wealthy won’t make a difference. Increasing scholarships for working-class children won’t make a difference. The only thing that can make a difference is the recognition among Americans of all classes that a problem of cultural inequality exists and that something has to be done about it. That « something » has nothing to do with new government programs or regulations. Public policy has certainly affected the culture, unfortunately, but unintended consequences have been as grimly inevitable for conservative social engineering as for liberal social engineering. The « something » that I have in mind has to be defined in terms of individual American families acting in their own interests and the interests of their children. Doing that in Fishtown requires support from outside. There remains a core of civic virtue and involvement in working-class America that could make headway against its problems if the people who are trying to do the right things get the reinforcement they need—not in the form of government assistance, but in validation of the values and standards they continue to uphold. The best thing that the new upper class can do to provide that reinforcement is to drop its condescending « nonjudgmentalism. » Married, educated people who work hard and conscientiously raise their kids shouldn’t hesitate to voice their disapproval of those who defy these norms. When it comes to marriage and the work ethic, the new upper class must start preaching what it practices. Charles Murray
We’re in the midst of a rebellion. The bottom and middle are pushing against the top. It’s a throwing off of old claims and it’s been going on for a while, but we’re seeing it more sharply after New Hampshire. This is not politics as usual, which by its nature is full of surprise. There’s something deep, suggestive, even epochal about what’s happening now. I have thought for some time that there’s a kind of soft French Revolution going on in America, with the angry and blocked beginning to push hard against an oblivious elite. It is not only political. Yes, it is about the Democratic National Committee, that house of hacks, and about a Republican establishment owned by the donor class. But establishment journalism, which for eight months has been simultaneously at Donald Trump’s feet (“Of course you can call us on your cell from the bathtub for your Sunday show interview!”) and at his throat (“Trump supporters, many of whom are nativists and nationalists . . .”) is being rebelled against too. Their old standing as guides and gatekeepers? Gone, and not only because of multiplying platforms. (…) All this goes hand in hand with the general decline of America’s faith in its institutions. We feel less respect for almost all of them—the church, the professions, the presidency, the Supreme Court. The only formal national institution that continues to score high in terms of public respect (72% in the most recent Gallup poll) is the military (…) we are in a precarious position in the U.S. with so many of our institutions going down. Many of those pushing against the system have no idea how precarious it is or what they will be destroying. Those defending it don’t know how precarious its position is or even what they’re defending, or why. But people lose respect for a reason. (…) It’s said this is the year of anger but there’s a kind of grim practicality to Trump and Sanders supporters. They’re thinking: Let’s take a chance. Washington is incapable of reform or progress; it’s time to reach outside. Let’s take a chance on an old Brooklyn socialist. Let’s take a chance on the casino developer who talks on TV. In doing so, they accept a decline in traditional political standards. You don’t have to have a history of political effectiveness anymore; you don’t even have to have run for office! “You’re so weirdly outside the system, you may be what the system needs.” They are pouring their hope into uncertain vessels, and surely know it. Bernie Sanders is an actual radical: He would fundamentally change an economic system that imperfectly but for two centuries made America the wealthiest country in the history of the world. In the young his support is understandable: They have never been taught anything good about capitalism and in their lifetimes have seen it do nothing—nothing—to protect its own reputation. It is middle-aged Sanders supporters who are more interesting. They know what they’re turning their backs on. They know they’re throwing in the towel. My guess is they’re thinking something like: Don’t aim for great now, aim for safe. Terrorism, a world turning upside down, my kids won’t have it better—let’s just try to be safe, more communal. A shrewdness in Sanders and Trump backers: They share one faith in Washington, and that is in its ability to wear anything down. They think it will moderate Bernie, take the edges off Trump. For this reason they don’t see their choices as so radical. (…) The mainstream journalistic mantra is that the GOP is succumbing to nativism, nationalism and the culture of celebrity. That allows them to avoid taking seriously Mr. Trump’s issues: illegal immigration and Washington’s 15-year, bipartisan refusal to stop it; political correctness and how it is strangling a free people; and trade policies that have left the American working class displaced, adrift and denigrated. Mr. Trump’s popularity is propelled by those issues and enabled by his celebrity. (…) Mr. Trump is a clever man with his finger on the pulse, but his political future depends on two big questions. The first is: Is he at all a good man? Underneath the foul mouthed flamboyance is he in it for America? The second: Is he fully stable? He acts like a nut, calling people bimbos, flying off the handle with grievances. Is he mature, reliable? Is he at all a steady hand? Political professionals think these are side questions. “Let’s accuse him of not being conservative!” But they are the issue. Because America doesn’t deliberately elect people it thinks base, not to mention crazy. Peggy Noonan
The furor of ignored Europeans against their union is not just directed against rich and powerful government elites per se, or against the flood of mostly young male migrants from the war-torn Middle East. The rage also arises from the hypocrisy of a governing elite that never seems to be subject to the ramifications of its own top-down policies. The bureaucratic class that runs Europe from Brussels and Strasbourg too often lectures European voters on climate change, immigration, politically correct attitudes about diversity, and the constant need for more bureaucracy, more regulations, and more redistributive taxes. But Euro-managers are able to navigate around their own injunctions, enjoying private schools for their children; generous public pay, retirement packages and perks; frequent carbon-spewing jet travel; homes in non-diverse neighborhoods; and profitable revolving-door careers between government and business. The Western elite classes, both professedly liberal and conservative, square the circle of their privilege with politically correct sermonizing. They romanticize the distant “other” — usually immigrants and minorities — while condescendingly lecturing the middle and working classes, often the losers in globalization, about their lack of sensitivity. On this side of the Atlantic, President Obama has developed a curious habit of talking down to Americans about their supposedly reactionary opposition to rampant immigration, affirmative action, multiculturalism, and political correctness — most notably in his caricatures of the purported “clingers” of Pennsylvania. Yet Obama seems uncomfortable when confronted with the prospect of living out what he envisions for others. He prefers golfing with celebrities to bowling. He vacations in tony Martha’s Vineyard rather than returning home to his Chicago mansion. His travel entourage is royal and hardly green. And he insists on private prep schools for his children rather than enrolling them in the public schools of Washington, D.C., whose educators he so often shields from long-needed reform. In similar fashion, grandees such as Facebook billionaire Mark Zuckerberg and Univision anchorman Jorge Ramos do not live what they profess. They often lecture supposedly less sophisticated Americans on their backward opposition to illegal immigration. But both live in communities segregated from those they champion in the abstract. The Clintons often pontificate about “fairness” but somehow managed to amass a personal fortune of more than $100 million by speaking to and lobbying banks, Wall Street profiteers, and foreign entities. The pay-to-play rich were willing to brush aside the insincere, pro forma social-justice talk of the Clintons and reward Hillary and Bill with obscene fees that would presumably result in lucrative government attention. Consider the recent Orlando tragedy for more of the same paradoxes. The terrorist killer, Omar Mateen — a registered Democrat, proud radical Muslim, and occasional patron of gay dating sites — murdered 49 people and wounded even more in a gay nightclub. His profile and motive certainly did not fit the elite narrative that unsophisticated right-wing American gun owners were responsible because of their support for gun rights. No matter. The Obama administration and much of the media refused to attribute the horror in Orlando to Mateen’s self-confessed radical Islamist agenda. Instead, they blamed the shooter’s semi-automatic .223 caliber rifle and a purported climate of hate toward gays. (…) In sum, elites ignored the likely causes of the Orlando shooting: the appeal of ISIS-generated hatred to some young, second-generation radical Muslim men living in Western societies, and the politically correct inability of Western authorities to short-circuit that clear-cut connection. Instead, the establishment all but blamed Middle America for supposedly being anti-gay and pro-gun. In both the U.S. and Britain, such politically correct hypocrisy is superimposed on highly regulated, highly taxed, and highly governmentalized economies that are becoming ossified and stagnant. The tax-paying middle classes, who lack the romance of the poor and the connections of the elite, have become convenient whipping boys of both in order to leverage more government social programs and to assuage the guilt of the elites who have no desire to live out their utopian theories in the flesh. Victor Davis Hanson
Barack Obama is the Dr. Frankenstein of the supposed Trump monster. If a charismatic, Ivy League-educated, landmark president who entered office with unprecedented goodwill and both houses of Congress on his side could manage to wreck the Democratic Party while turning off 52 percent of the country, then many voters feel that a billionaire New York dealmaker could hardly do worse. If Obama had ruled from the center, dealt with the debt, addressed radical Islamic terrorism, dropped the politically correct euphemisms and pushed tax and entitlement reform rather than Obamacare, Trump might have little traction. A boring Hillary Clinton and a staid Jeb Bush would most likely be replaying the 1992 election between Bill Clinton and George H.W. Bush — with Trump as a watered-down version of third-party outsider Ross Perot. But America is in much worse shape than in 1992. And Obama has proved a far more divisive and incompetent president than George H.W. Bush. Little is more loathed by a majority of Americans than sanctimonious PC gobbledygook and its disciples in the media. And Trump claims to be PC’s symbolic antithesis. Making Machiavellian Mexico pay for a border fence or ejecting rude and interrupting Univision anchor Jorge Ramos from a press conference is no more absurd than allowing more than 300 sanctuary cities to ignore federal law by sheltering undocumented immigrants. Putting a hold on the immigration of Middle Eastern refugees is no more illiberal than welcoming into American communities tens of thousands of unvetted foreign nationals from terrorist-ridden Syria. In terms of messaging, is Trump’s crude bombast any more radical than Obama’s teleprompted scripts? Trump’s ridiculous view of Russian President Vladimir Putin as a sort of « Art of the Deal » geostrategic partner is no more silly than Obama insulting Putin as Russia gobbles up former Soviet republics with impunity. Obama callously dubbed his own grandmother a « typical white person, » introduced the nation to the racist and anti-Semitic rantings of the Rev. Jeremiah Wright, and petulantly wrote off small-town Pennsylvanians as near-Neanderthal « clingers. » Did Obama lower the bar for Trump’s disparagements? Certainly, Obama peddled a slogan, « hope and change, » that was as empty as Trump’s « make America great again. » (…) How does the establishment derail an out-of-control train for whom there are no gaffes, who has no fear of The New York Times, who offers no apologies for speaking what much of the country thinks — and who apparently needs neither money from Republicans nor politically correct approval from Democrats? Victor Davis Hanson
In 1978, the eminent sociologist William Julius Wilson argued confidently that class would soon displace race as the most important social variable in American life. As explicit legal barriers to minority advancement receded farther into the past, the fates of the working classes of different races would converge. By the mid 2000s, Wilson’s thesis looked pretty good: The black middle class was vibrant and growing as the average black wealth nearly doubled from 1995 to 2005. Race appeared to lose its salience as a political predictor: More and more blacks were voting Republican, reversing a decades-long trend, and in 2004 George W. Bush collected the highest share of the Latino (44 percent) vote of any Republican ever and a higher share of the Asian vote (43 percent) than he did in 2000. Our politics grew increasingly ideological and less racial: Progressives and the beneficiaries of a generous social-welfare state generally supported the Democratic party, while more prosperous voters were more likely to support Republicans. Stable majorities expressed satisfaction with the state of race relations. It wasn’t quite a post-racial politics, but it was certainly headed in that direction. But in the midst of the financial crisis of 2007, something happened. Both the white poor and the black poor began to struggle mightily, though for different reasons. And our politics changed dramatically in response. It’s ironic that the election of the first black president marked the end of our brief flirtation with a post-racial politics. By 2011, William Julius Wilson had published a slight revision of his earlier thesis, noting the continued importance of race. The black wealth of the 1990s, it turned out, was built on the mirage of house values. Inner-city murder rates, which had fallen for decades, began to tick upward in 2015. In one of the deadliest mass shootings in recent memory, a white supremacist murdered nine black people in a South Carolina church. And the ever-present antagonism between the police and black Americans — especially poor blacks whose neighborhoods are the most heavily policed — erupted into nationwide protests. Meanwhile, the white working class descended into an intense cultural malaise. Prescription-opioid abuse skyrocketed, and deaths from heroin overdoses clogged the obituaries of local papers. In the small, heavily white Ohio county where I grew up, overdoses overtook nature as the leading cause of death. A drug that for so long was associated with inner-city ghettos became the cultural inheritance of the southern and Appalachian white: White youths died from heroin significantly more often than their peers of other ethnicities. Incarceration and divorce rates increased steadily. Perhaps most strikingly, while the white working class continued to earn more than the working poor of other races, only 24 percent of white voters believed that the next generation would be “better off.” No other ethnic group expressed such alarming pessimism about its economic future. And even as each group struggled in its own way, common forces also influenced them. Rising automation in blue-collar industries deprived both groups of high-paying, low-skill jobs. Neighborhoods grew increasingly segregated — both by income and by race — ensuring that poor whites lived among poor whites while poor blacks lived among poor blacks. As a friend recently told me about San Francisco, Bull Connor himself couldn’t have designed a city with fewer black residents. Predictably, our politics began to match this new social reality. In 2012, Mitt Romney collected only 27 percent of the Latino vote. Asian Americans, a solid Republican constituency even in the days of Bob Dole, went for Obama by a three-to-one margin — a shocking demographic turn of events over two decades. Meanwhile, the black Republican became an endangered species. Republican failures to attract black voters fly in the face of Republican history. This was the party of Lincoln and Douglass. Eisenhower integrated the school in Little Rock at a time when the Dixiecrats were the defenders of the racial caste system.(…) For many progressives, the Sommers and Norton research confirms the worst stereotypes of American whites. Yet it also reflects, in some ways, the natural conclusions of an increasingly segregated white poor. (…) The reality is not that black Americans enjoy special privileges. In fact, the overwhelming weight of the evidence suggests that the opposite is true. Last month, for instance, the brilliant Harvard economist Roland Fryer published an exhaustive study of police uses of force. He found that even after controlling for crime rates and police presence in a given neighborhood, black youths were far likelier to be pushed, thrown to the ground, or harassed by police. (Notably, he also found no racial disparity in the use of lethal force.) (…) Getting whipped into a frenzy on conspiracy websites, or feeling that distant, faceless elites dislike you because of your white skin, doesn’t compare. But the great advantages of whiteness in America are invisible to the white poor, or are completely swallowed by the disadvantages of their class. The young man from West Virginia may be less likely to get questioned by Yale University police, but making it to Yale in the first place still requires a remarkable combination of luck and skill. In building a dialogue around “checking privilege,” the modern progressive elite is implicitly asking white America — especially the segregated white poor — for a level of social awareness unmatched in the history of the country. White failure to empathize with blacks is sometimes a failure of character, but it is increasingly a failure of geography and socialization. Poor whites in West Virginia don’t have the time or the inclination to read Harvard economics studies. And the privileges that matter — that is, the ones they see — are vanishing because of destitution: the privilege to pay for college without bankruptcy, the privilege to work a decent job, the privilege to put food on the table without the aid of food stamps, the privilege not to learn of yet another classmate’s premature death. (…) Because of this polarization, the racial conversation we’re having today is tribalistic. On one side are primarily white people, increasingly represented by the Republican party and the institutions of conservative media. On the other is a collection of different minority groups and a cosmopolitan — and usually wealthier — class of whites. These sides don’t even speak the same language: One side sees white privilege while the other sees anti-white racism. There is no room for agreement or even understanding. J. D. Vance
Est-ce le plus beau cadeau qu’Hillary Clinton ait fait à son adversaire ? En traitant “la moitié” des électeurs de Trump de “basket of deplorables”, Hillary a donné à l’équipe Trump un nouveau slogan de campagne : Les Deplorables (en français sur l’affiche avec le “e” sans accent, et aussi sur les t-shirts, sur les pots à café, dans la salle, etc.) ; avec depuis hier une affiche empruntée au formidable succès de scène de 2012 à Broadway Les Misérables (avec le “é” accentué, ou Les Mis’, tout cela en français sur l’affiche et sur la scène), et retouchée à la mesure-Trump (drapeau US à la place du drapeau français, bannière avec le nom de Trump). Grâce soit rendue à Hillary, le mot a une certaine noblesse et une signification à la fois, – étrangement, – précise et sophistiqué, dont le sens négatif peut aisément être retourné dans un contexte politique donné (le mot lui-même a, également en anglais, un sens négatif et un sens positif), surtout avec la référence au titre du livre de Hugo devenu si populaire aux USA depuis 2012…  L’équipe Trump reprend également la chanson-standard de la comédie musicale “Do You Hear the People Sing”, tout cela à partir d’une idée originale d’un partisan de Trump, un artiste-graphiste qui se désigne sous le nom de Keln : il a réalisé la composition graphique à partir de l’affiche des Misérables et l’a mise en ligne en espérant qu’elle serait utilisée par Trump. Depuis quelques jours déjà, les partisans de Trump se baptisent de plus en plus eux-mêmes Les Deplorables (comme l’on disait il y a 4-5 ans “les indignés”) et se reconnaissent entre eux grâce à ce mot devenu porte-drapeau et slogan et utilisé sur tous les produits habituels (“nous sommes tous des Deplorables”, comme d’autres disaient, dans le temps, “Nous sommes tous des juifs allemands”). De l’envolée de Clinton, – dont elle s’est excusée mais sans parvenir à contenir l’effet “déplorable” pour elle, ni l’effet-boomerang comme on commence à le mesurer, –nous écrivions ceci le 15 septembre : « L’expression (“panier” ou “paquet de déplorables”), qui qualifie à peu près une moitié des électeurs de Trump, est assez étrange, sinon arrogante et insultante, voire sophistiquée et devrait être très en vogue dans les salons progressistes et chez les milliardaires d’Hollywood ; elle s’accompagne bien entendu des autres qualificatifs classiques formant le minimum syndical de l’intellectuel-Système, dits explicitement par Hillary, de “racistes”, xénophobes”, et ajoutons comme sous-entendus “crétins absolus” ou bien “sous-hommes”, et ajoutons encore implicitement “irrécupérables” et de la sorte “à liquider” ou à envoyer en camp de rééducation ou plutôt à l’asile, comme l’éclairé Bacri conseille de faire avec Zemmour. » Récupéré par les électeurs de Trump eux-mêmes puis par l’équipe Trump, le slogan peu résonner comme un cri de révolte qui pourrait donner un formidable rythme et un atout considérable de communication à la campagne du candidat républicain. Philippe Grasset
In another eerie ditto of his infamous 2008 attack on the supposedly intolerant Pennsylvania “clingers,” Obama returned to his theme that ignorant Americans “typically” become xenophobic and racist: “Typically, when people feel stressed, they turn on others who don’t look like them.” (“Typically” is not a good Obama word to use in the context of racial relations, since he once dubbed his own grandmother a “typical white person.”) Too often Obama has gratuitously aroused racial animosities with inflammatory rhetoric such as “punish our enemies,” or injected himself into the middle of hot-button controversies like the Trayvon Martin case, the Henry Louis Gates melodrama, and the “hands up, don’t shoot” Ferguson mayhem. Most recently, Obama seemed to praise backup 49ers quarterback and multimillionaire Colin Kaepernick for his refusal to stand during the National Anthem, empathizing with Kaepernick’s claims of endemic American racism. (…) Even presidential nominee and former Secretary of State Hillary Clinton is not really defending the Obama administration’s past “red line” in Syria, the “reset” with Vladimir Putin’s Russia, the bombing of Libya, the Benghazi tragedy, the euphemistic rebranding of Islamic terrorism as mere “violent extremism,” the abrupt pullout from (and subsequent collapse of) Iraq, or the Iran nuclear deal that so far seems to have made the theocracy both rich and emboldened. (…) Racial relations in this country seem as bad as they have been in a half-century. (…) Following the Clinton model, a post-presidential Obama will no doubt garner huge fees as a “citizen of the world” — squaring the circle of becoming fabulously rich while offering sharp criticism of the cultural landscape of the capitalist West on everything from sports controversies to pending criminal trials. What, then, is the presidential legacy of Barack Obama? It will not be found in either foreign- or domestic-policy accomplishment. More likely, he will be viewed as an outspoken progressive who left office loudly in the same manner that he entered it — as a critic of the culture and country in which he has thrived. But there may be another, unspoken legacy of Obama, and it is his creation of the candidacy of Donald J. Trump. Trump is running as an angry populist, fueled by the promise that whatever supposed elites such as Obama have done to the country, he will largely undo. Obama’s only legacy seems to be that “hope and change” begat “make America great again.” Victor Davis Hanson
Hillary Clinton’s comment that half of Donald Trump’s supporters are “racist, sexist, homophobic, xenophobic, Islamophobic”—a heck of a lot of phobia for anyone to lug around all day—puts back in play what will be seen as one of the 2016 campaign’s defining forces: the revolt of the politically incorrect. They may not live at the level of Victor Hugo’s “Les Misérables,” but it was only a matter of time before les déplorables—our own writhing mass of unheard Americans—rebelled against the intellectual elites’ ancien régime of political correctness. (…) Mrs. Clinton’s (…) dismissal, at Barbra Streisand’s LGBT fundraiser, of uncounted millions of Americans as deplorables had the ring of genuine belief. Perhaps sensing that public knowledge of what she really thinks could be a political liability, Mrs. Clinton went on to describe “people who feel that the government has let them down, the economy has let them down, nobody cares about them . . . and they’re just desperate for change.” She is of course describing the people in Charles Murray’s recent and compelling book on cultural disintegration among the working class, “Coming Apart: The State of White America, 1960-2010.” This is indeed the bedrock of the broader Trump base. Mrs. Clinton is right that they feel the system has let them down. There is a legitimate argument over exactly when the rising digital economy started transferring income away from blue-collar workers and toward the “creative class” of Google and Facebook employees, no few of whom are smug progressives who think the landmass seen from business class between San Francisco and New York is pocked with deplorable, phobic Americans. Naturally, they’ll vote for the status quo, which is Hillary. But in the eight years available to Barack Obama to do something about what rankles the lower-middle class—white, black or brown—the non-employed and underemployed grew. A lot of them will vote for Donald Trump because they want a radical mid-course correction. (…) The progressive Democrats, a wholly public-sector party, have disconnected from the realities of the private economy, which exists as a mysterious revenue-producing abstraction. Hillary’s comments suggest they now see much of the population has a cultural and social abstraction. (…) Donald Trump’s appeal, in part, is that he cracks back at progressive cultural condescension in utterly crude terms. Nativists exist, and the sky is still blue. But the overwhelming majority of these people aren’t phobic about a modernizing America. They’re fed up with the relentless, moral superciliousness of Hillary, the Obamas, progressive pundits and 19-year-old campus activists. Evangelicals at last week’s Values Voter Summit said they’d look past Mr. Trump’s personal résumé. This is the reason. It’s not about him. The moral clarity that drove the original civil-rights movement or the women’s movement has degenerated into a confused moral narcissism. (…) It is a mistake, though, to blame Hillary alone for that derisive remark. It’s not just her. Hillary Clinton is the logical result of the Democratic Party’s new, progressive algorithm—a set of strict social rules that drives politics and the culture to one point of view. (…) Her supporters say it’s Donald Trump’s rhetoric that is “divisive.” Just so. But it’s rich to hear them claim that their words and politics are “inclusive.” So is the town dump. They have chopped American society into so many offendable identities that only a Yale freshman can name them all. If the Democrats lose behind Hillary Clinton, it will be in part because America’s les déplorables decided enough of this is enough. Bret Stephens
This year there’s a new name on our list of the Eight Greats: Israel. A small country in a chaotic part of the world, Israel is a rising power with a growing impact on world affairs. Although 2016 saw the passage of yet another condemnation of Israel at the United Nations, this time in the Security Council thanks to an American decision to abstain rather than veto, overall the Jewish state continues to develop diplomatic, economic and military power and to insert itself into the heart of regional politics. Three factors are powering Israel’s rise: economic developments, the regional crisis, and diplomatic ingenuity. Looking closely at these tells us something about how power works in the contemporary world. The economic developments behind Israel’s new stature are partly the result of luck and location, and partly the result of smart choices. As to the luck and location factor, large, off-shore discoveries of natural gas and oil are turning Israel into an energy exporter. Energy self-sufficiency is a boost to Israel’s economy; energy exports boost Israel’s foreign policy clout. In 2016 Erdogan’s Turkey turned on most of its NATO and Western allies; ties with Israel strengthened. Turkey’s Islamist ruler wants gas, and he wants to limit Turkey’s dependence on Russia. Israel is part of the answer. But beyond luck, Israel’s newfound clout on the world stage comes from the rise of industrial sectors and technologies that good Israeli schools, smart Israeli policies and talented Israeli thinkers and entrepreneurs have built up over many years. In particular, Israel’s decision to support the rise of a domestic cybersecurity and infotech economy has put Israel at the center of the ongoing revolution in military power based on the importance of information control and management to 21st century states. It is not just that private investors all over the world look to invest in Israel’s tech startups; access to Israeli technology (like the technology behind the Iron Dome missile system) matters to more and more countries. It’s not just America; India, China and Russia all want a piece of Israeli tech wizardry. Other, less glamorous Israeli industries, like the irrigation, desalinization and dry land farming tech that water poor Israel has developed over the decades play their part. Israel’s diplomatic outreach to Africa and its deepening (and increasingly public) relationship with India benefit from Israel’s ability to deliver what people in other countries and governments want. The second factor in Israel’s appearing on our list is the change in the Middle Eastern balance of power that has transformed Israel from a pariah state to a kingmaker. On the one hand, Syria, one of Israel’s most vociferous enemies and biggest security threats in the old days, has now been broken on the wheel. What has happened in Syria is a terrible human tragedy; but in the cold light of realpolitik the break up of Syria further entrenches Israel’s military supremacy in its immediate neighborhood. Egypt hates Hamas, ISIS and Islamic Jihad as much as Israel does; never has Egyptian-Israeli security cooperation been as close as it is today. Even more consequentially, the rise of Iran and its aspirations to regional hegemony on the one hand and the apparent support for its dreams from the Obama administration made Israel critical to the survival of the Sunni Arabs, including the Gulf states, who loathe Iran and fear a Shia victory in the religious conflict now raging across the Middle East. The Arab Establishment today has two frightening enemies: radical jihadi groups like ISIS on one side, and Iran on the other. Israel has a mix of intelligence and military capabilities that can help keep the regional balance stable; privately and even not so privately many prominent Arab officials today will say that Israeli support is necessary for the survival of Arab independence. Finally, Israel has managed, uncharacteristically, to advance its global political agenda through effective and even subtle diplomacy. Just as Israel was able to strengthen its relationship with Turkey even as Turkish-U.S. and Turkish EU relations grew distant, Israel has been able to build a realistic and fruitful relationship with Russia despite Russia’s standoff with the west over Ukraine, and Russia’s ties with Iran. The deepening Israel-India relationship has also required patience and skill. Israel’s diplomatic breakthroughs in relations with African countries who have been hostile to Israel since the 1967 war were also built through patient and subtle diplomacy, often working behind the scenes. That behind-the-scenes outreach diplomacy has also helped Israel achieve new levels of contact and collaboration with many Arab countries. It is not, of course, all sweetness and light. Hezbollah has tens of thousands of missiles aimed at Israel and, thanks to Iran’s victories in Syria, it can now enjoy much more reliable supplies from its patron. The Palestinian Question is as far from a solution as possible, and even as they fragment and squabble among themselves, the Palestinians continue to fight for Israel’s delegitimation in the UN and elsewhere. Israeli politics are as volatile and bitter as ever. The kaleidoscopic nature of Middle East politics means that today’s hero can be tomorrow’s goat. While the breakdown of regional order has so far been a net positive for Israel’s security and power, things could change fast. In ISIS coup in Saudi Arabia, the collapse of Jordan, the fall of the Sisi government in Egypt: it is not hard to come up with scenarios that would challenge Israel in new and dangerous ways. Former President Obama and his outgoing Secretary of State, John Kerry (neither widely regarded these days as a master of geopolitics), frequently warned Israel that its policies were leaving it isolated and vulnerable. This is to some degree true: European diplomats, American liberals and many American Jews are much less sympathetic to Israel today than they have been in the past. Future Israeli leaders may have to think hard about rebuilding links with American Democrats and American Jews. But for now at least, Israel can afford to ignore the dismal croaking of the outgoing American administration. One of a small handful of American allies to be assiduously courted by the Trump campaign, Israel begins 2017 as the keystone of a regional anti-Iran alliance, a most-favored-nation in the White House, and a country that enjoys good relations with all of the world’s major powers bar Iran. Teodor Herzl would be astonished to see what his dream has grown into; David Ben-Gurion would be astounded by the progress his poor and embattled nation has made.
We’re at a space shuttle moment. The most vulnerable time for the space shuttle is when it re-enters the environment, so that when it comes back into the environment it doesn’t blow up. The tiles need to be tight. I’m concerned about the tightness of the tiles on the space shuttle right now. We have to get through this heat. Atlanta Mayor Kasim Reed
What happened the next night shocked even the most pessimistic Democrats. But in another sense, it was the reckoning the party had been expecting for years. They were counting on a Clinton win to paper over a deeper rot they’ve been worrying about—and to buy them some time to start coming up with answers. In other words, it wasn’t just Donald Trump. Or the Russians. Or James Comey. Or all the problems with how Clinton and her aides ran the campaign. Win or lose, Democrats were facing an existential crisis in the years ahead—the result of years of complacency, ignoring the withering of the grass roots and the state parties, sitting by as Republicans racked up local win after local win. (…) What’s clear from interviews with several dozen top Democratic politicians and operatives at all levels, however, is that there is no comeback strategy—just a collection of half-formed ideas, all of them challenged by reality. And for whatever scheme they come up with, Democrats don’t even have a flag-carrier. Barack Obama? He doesn’t want the job. Hillary Clinton? Too damaged. Bernie Sanders? Too socialist. Joe Biden? Too tied to Obama. Nancy Pelosi and Chuck Schumer? Too Washington. Elizabeth Warren? Maybe. And all of them old, old, old. The Democrats’ desolation is staggering. But part of the problem is that it’s easy to point to signs that maybe things aren’t so bad. After all, Clinton did beat Trump by 2.8 million votes, Obama’s approval rating is nearly 60 percent, polls show Democrats way ahead of the GOP on many issues and demographics suggest that gap will only grow. But they are stuck in the minority in Congress with no end in sight, have only 16 governors left and face 32 state legislatures fully under GOP control. Their top leaders in the House are all over 70. Their top leaders in the Senate are all over 60. Under Obama, Democrats have lost 1,034 seats at the state and federal level—there’s no bench, no bench for a bench, virtually no one able to speak for the party as a whole. (…) There are now fewer than 700 days until Election Day 2018, as internal memos circulating among Democratic strategists point out with alarm. They differ in their prescriptions, but all boil down to the same inconvenient truth: If Republicans dominate the 2018 midterms, they will control the Senate (and with it, the Supreme Court) for years, and they will draw district lines in states that will lock in majorities in the House and across state capitals, killing the next generation of Democrats in the crib, setting up the GOP for an even more dominant 2020 and beyond. Most doubt Democrats have the stamina or the stomach for the kind of cohesive resistance that Republicans perfected over the years. In their guts, they want to say yes to government doing things, and they’re already getting drawn in by promises to work with Trump and the Republican majorities. They’re heading into the next elections with their brains scrambled by Trump’s win, side-eyeing one another over who’s going to sell out the rest, nervous the incoming president will keep outmaneuvering them in the media and throw up more targets than they could ever hope to shoot at—and all of this from an election that was supposed to cement their claim on the future. (…) everyone from Obama on down is talking about going local, focusing on the kinds of small races and party-building activities Republicans have been dominating for cycle after cycle. But all that took decades, and Democrats have no time. What are they going to do next? There hasn’t been an American political party in worse shape in living memory. And there may never have been a party less ready to confront it. Politico
Are you scratching your head and wondering, Since when did liberals and the Left embrace a sunny, light-filled vision of the United States? If so, you’re not misremembering things. These are the same liberal elites who have been telling us for decades that America is shot through with an ever-expanding array of hatreds and injustice that disenfranchise large portions of the population and force them to live in fear. (…) These thoroughly representative members — and products — of the cultural elite are the same people who have given us “safe spaces” and “allyship” on college campuses, under the preposterous notion that any American college student who is not white, male, and heterosexual is “unsafe.” The Left has developed a typology of American students as victims, their allies, and their presumed oppressors. (…) The press, the campus-rape bureaucracy, and an army of federal regulators proclaim that terrified college co-eds are living through a rape tsunami, which can be eradicated only by campus kangaroo courts. So rapidly does American oppression metastasize into new forms, in the eyes of the Left, that the Left is constantly forced to coin a new vocabulary for it: microaggression, intersectionality, institutional racism, white privilege, cis privilege, implicit bias, etc. The media’s contempt for Trump’s use of the phrase “carnage” to describe the rising violence in the inner city is particularly ludicrous. The press has slavishly amplified the Black Lives Matter claim that we are living through an epidemic of racist police shootings of black men. A New York Times editorial from July 2016 was titled “When Will the Killing Stop?” That same month, President Barack Obama asserted that black mothers and fathers were right to fear that their child will be killed by a cop — remarkably, he made this claim during the memorial service for five Dallas police officers gunned down by a Black Lives Matter–inspired assassin. (…) So if Trump is so contemptibly misguided in his description of the rising street violence over the last two years as “carnage,” how does that criminal violence compare with the supposed epidemic of cop killings of black men? In 2015, the last year for which we have official national data, more than 6,000 black males, according to the FBI, were killed by criminals, themselves overwhelmingly black. That is 900 more black males killed in 2015 than in the year before, but the number of black victims was undoubtedly higher even than that, since an additional 2,000 homicide victims were reported to the FBI without a racial identity. Black males make up about half of the nation’s homicide victims, so they presumably make up a similar share of racially unclassified homicide victims. According to several uncontradicted non-governmental estimates, homicides continued rising throughout 2016, thanks to what I have called the “Ferguson effect”: officers backing off proactive policing in minority neighborhoods, under the relentless charge of racism, and the resulting increase in violent crime. The year 2016, therefore, probably also saw well over 6,000 black males murdered on the streets. By contrast, the nation’s police fatally shot 16 “unarmed” black males and 20 “unarmed” white males in 2016, according to the Washington Post’s database of police killings. I have put “unarmed” in quotes because the Post’s classification of “unarmed” victims rarely conveys the violence that the suspect directed at the shooting officer. But even when we take the “unarmed” classification at face value, those 16 fatal police shootings of unarmed black men represent no more than 0.2 percent of all black male lives lost to homicide in 2016. If police shootings of allegedly unarmed black males represent a national epidemic of bloodshed, then what should we call the gunning down of over 375 times that number of black men by criminals? “Carnage” seems like a pretty good descriptor. In Chicago alone in 2016, 24 children under the age of twelve, overwhelmingly black, were shot. Trump has regularly denounced inner-city violence; he promised in his inaugural that that violence “stops right here and stops right now.” He invoked the “child . . . born in the urban sprawl of Detroit” or in the “windswept plains of Nebraska” as both looking up “at the same night sky” and deserving of the same public safety. President Obama scoffed at Trump’s concern over rising urban violence even as he regularly accused the cops of lethally discriminating against blacks. For truth-telling when it comes to the actual dangers in American society, I’ll take the current president over the former one and the cultural milieu from which he emerged. Heather Mac Donald
Obama, franchement il fait partie des gens qui détestent l’Amérique. Il a servi son idéologie mais pas l’Amérique. Je remets en cause son patriotisme et sa dévotion à l’église qu’il fréquentait. Je pense qu’il était en désaccord avec lui-même sur beaucoup de choses. Je pense qu’il était plus musulman dans son cœur que chrétien. Il n’a pas voulu prononcer le terme d’islamisme radical, ça lui écorchait les lèvres. Je pense que dans son cœur, il est musulman, mais on en a terminé avec lui, Dieu merci. Evelyne Joslain
Il n’y a évidemment que des coups à prendre – et ils sont nombreux – lorsque l’on dénonce les discours alarmistes qui visent l’Amérique de Donald J. Trump.  Mais, contrairement aux chiens de garde de BFMTV, la Rédaction de Marianne ne « dégage » pas ceux qui font entendre une voix dissonante (un cas de « délit d’opinion » s’y est produit ces jours derniers), ce qui est tout à l’honneur de Delphine Legouté et Renaud Dely, en particulier, mais également de TSF Jazz et Radio Nova qui ont régulièrement donné la parole à l’auteur de ce blog qui existe depuis mars 2012. La démocratie à l’épreuve du verbe est tout ce que ceux qui se revendiquent du camp des « progressistes » redoutent. L’histoire n’est pas nouvelle. Ceux qui se paient de mots et veulent censurer les mots des autres n’ont rien de différents de ces gens qui se rendent le dimanche à la messe et sont, pour quelques un, des salauds hors les murs de l’église ou trop souvent, des intolérants, et de ces autres dont Montaigne disait qu’ils «envoyent leur conscience au bordel, et tiennent leur contenance en règle». Le tout, c’est de conserver un langage agréable à l’oreille, d’afficher des convictions à vous faire croire que certains humains naissent naturellement purs de tout instinct grisâtre et de toute idée injuste et surtout, de défendre la belle idée plutôt que l’action qui elle, comporte toujours sa part de risque et d’échec. Les centaines de milliers de personnes qui viennent de défiler, aux Etats-Unis et à travers le monde, pour crier leur opposition voire leur haine contre le 45ème président des Etats-Unis sont tout à fait en droit de revendiquer, mais que revendiquent-ils au juste ? Ils disent s’opposer à la violence, et la chanteuse Madonna porte leur voix en disant qu’elle a pensé à « faire exploser la Maison-Blanche ». Ils veulent la paix dans le monde et ne se sont pas lancés dans les rues pour demander à « leur » président, Barack Obama, de traiter la montée de l’Etat Islamique et l’effondrement de la société syrienne avec le sérieux nécessaire. Ils demandent le respect vis-à-vis des immigrants mais on ne les a vu nulle part pour s’opposer à la plus grande vague d’expulsions jamais organisée et qui a marqué les deux mandats de Barack Obama, sans compter le travail des fameuses brigades « ICE », en charge de la traque des illégaux. On ne les a jamais vus, non plus, le long des 1300 kilomètres de mur déjà construit à la frontière avec le Mexique. Ils n’ont pas organisé de « sittings » géants pour demander la fin des exécutions capitales ou la grâce de Snowden, Manning ou Bregham. Pire : les « millennials », ainsi que l’on appelle les plus jeunes, ou les Afro-Américains, ont boudé les urnes et ont fait défaut à la candidate démocrate Hillary Clinton le 8 novembre. Ce sont les mêmes qui scandent « Trump n’est pas mon président ». Les femmes ? Offusquées, scandalisées par les propos et les attitudes de Trump, oui, mais leur colère date t-elle de son apparition dans le paysage politique américain ? Et cette colère, dont on ne sait plus ni les contours ni les messages tant ils sont portés par une rage totale, quelle est sa finalité, quelle mesure, quel changement, au juste, peuvent l’apaiser ? On ne sait plus. (…) Comment expliquer tant de frustrations, de colères, de fureurs, au terme de huit années de pouvoir d’un homme aussi célébré que Barack Obama ? On lui impute soudain mille législations et actions positives, alors que l’on dénonçait, hier encore, l’obstruction systématique des Républicains – élus, soit dit en passant, lors des élections intermédiaires – à toutes ses entreprises. On s’attaque à un système électoral que personne ne change depuis sa mise en place et que l’on ne dénonce pas quand il profite à son camp. On annonce une guerre totale contre l’administration Trump lorsqu’hier, on s’en prenait au manque d’esprit bipartite du camp républicain. Tout cela est incohérent. Toute cette séquence, en réalité, est de pure rhétorique. Certes, dans nos pays européens, à l’exception de l’Angleterre, où l’expression publique est bornée par des lois visant à contenir certains outrages, Donald J. Trump se serait exposé à de nombreuses plaintes sinon condamnations. Mais quelle ironie que de voir les Américains, qui vénèrent la liberté d’expression totale et méprisent nos entraves à cette liberté, s’émouvoir soudain des débordements de M. Trump. Le puritanisme américain a encore de beaux jours devant lui. C’est le même qui préside au sentiment de bien faire, d’exporter la démocratie dans le monde, tout en pilotant des drones meurtriers ou en fabriquant de futurs terroristes dans des geôles à Guantanamo ou ailleurs : l’important, c’est de faire les choses avec une bonne intention, de ne pas en parler et d’avoir bonne conscience, bref, de garder son exquise politesse. C’est au nom de cet état d’esprit que l’Amérique – et le monde – célèbre toujours un John Fitzgerald-Kennedy quand bien-même ce dernier fut le premier président autorisant fin août 1961, le premier usage du Napalm sur les paysans vietnamiens. Ce n’est pas une affaire strictement américaine : la France et son Indochine, avec son discours sur la patrie des droits de l’Homme et ses Sangatte, n’a pas de leçon à donner aux Yankees. Tout comme l’époque est au ricanement, comme le dit fort justement Alain Finkielkraut, tout comme l’époque est au souriant antisémitisme ou la célébration de tout ce qui est jeune, femme ou de couleur dans le camp des prétendu « progressistes », elle l’est au déni. Désormais, chaque action, chaque signature du nouveau président américain fera résonner le monde de colère et de condamnation, et la politique américaine va se résumer à un vaste complot visant à l’abattre et avec lui, son administration. C’est cela, désormais, la démocratie, la lutte des gens « bien » contre les méchants et les imbéciles. Le problème, c’est que les gens bien se plaignent de tout ce qu’ils on fait et n’ont pas fait lorsqu’ils en avaient le pouvoir, pour le reprocher à ceux auxquels il a été confié. Une histoire de fou. Stéphane Trano 
La photo comparant la foule présente à l’investiture de Donald J. Trump vendredi dernier et celle de Barack Obama en 2009 a fait le tour des réseaux sociaux ce week-end. Des chaines de télévision et des journaux influents se sont également laissé emporter par cette vague. Donald Trump est le président le moins populaire depuis Jimmy Carter, il y a 40 ans. Selon un sondage du Washington Post et  de ABC News, le nouveau président aurait moins de 40% d’opinions favorables. Certes, il est impopulaire. Certes, son investiture a regroupé moins de personnes que ce à quoi l’on s’attendait. Est-ce une raison pour comparer son investiture à celle de l’ancien président démocrate, Barack Obama? Tout cela serait une affaire de démographie. Depuis bien longtemps, le District de Columbia ainsi que les états autour, tels que la Virginie, le Maryland, la Pennsylvanie, la Caroline du Nord, le Delaware, etc. sont des états démocrates. Lorsqu’un président démocrate est élu, il est plus facile pour ces personnes de rejoindre Washington, puisqu’ils se trouvent relativement près de la capitale, contrairement à certaines personnes vivant dans des états républicains, plus éloignés. Donald J. Trump a misé sa campagne présidentielle sur l’économie et l’immigration, cherchant le vote de la classe moyenne et des minorités. Cette population gagne entre 46 000 et 86 000 euros par an. Après avoir payé les dettes, les impôts, le loyer, les courses et autres dépenses de la vie quotidienne, il ne reste plus rien. (…) Cette population se bat pour vivre normalement, et pour avoir un salaire décent. Selon le ministère du travail et de l’emploi, 5% de la population, soit 18 millions d’américains, auraient entre deux et trois emplois pour pouvoir subvenir aux besoins de leurs familles. Ils ne sont pas tous républicains, mais pour les ceux qui souhaitent s’offrir un weekend dans la capitale pour assister à l’investiture d’un président républicain, cela coûte cher et parait hors de portée. (…) Contrairement, un président démocrate a déjà un bon nombre de ses électeurs vivant dans les états autour de Waghington DC et qui peuvent venir dans la capitale plus facilement. Donald J. Trump n’arrive pas au pouvoir avec une popularité à son plus haut, mais cela est-il la raison d’une foule moins nombreuse lors de son investiture? Lorsque George W. Bush est devenu le 43e président des États-Unis en 2001, seulement 300 000 personnes se sont montrées pour son investiture et son taux de popularité était de 62% selon le site internet de la Maison-Blanche. En janvier 2005, entre 100 000 et 400 000 personnes ont assisté à son investiture. Au final, ce n’est pas la première fois qu’une investiture républicaine attire moins de monde qu’une investiture démocrate.  George W. Bush était plus populaire que Trump lors de ses investitures, mais plus de monde a assisté à celle de Donald J. Trump. (…) Selon le comité d’investiture, 700 000 personnes se seraient regroupées sur le Mall, la sécurité intérieure quant-à elle, estime qu’entre 800 000 et 900 000 personnes auraient été présentes ce jour là. Comparer une investiture d’un president démocrate et celle d’un républicain n’est pas représentatif de la popularité du president élu. Cependant, Obama était tout de même plus populaire que Trump lors de son investiture avec 78% de popularité et presque 2 millions de personnes à son investiture en 2009. Clémentine Boyer Duroselle
Le génie Trump a vu que la classe politique était un tigre de papier et que le pays était en colère. En prenant la main sur un parti politique américain majeur en tant qu’outsider, il a fait quelque chose de jamais vu, et c’est lui qui devrait gagner. Conrad Black
After the election, in liberal, urban America, one often heard Trump’s win described as the revenge of the yahoos in flyover country, fueled by their angry “isms” and “ias”: racism, anti-Semitism, nativism, homophobia, Islamophobia, and so on. Many liberals consoled themselves that Trump’s victory was the last hurrah of bigoted, Republican white America, soon to be swept away by vast forces beyond its control, such as global migration and the cultural transformation of America into something far from the Founders’ vision. As insurance, though, furious progressives also renewed calls to abolish the Electoral College, advocating for a constitutional amendment that would turn presidential elections into national plebiscites. Direct presidential voting would shift power to heavily urbanized areas—why waste time trying to reach more dispersed voters in less populated rural states?—and thus institutionalize the greater economic and cultural clout of the metropolitan blue-chip universities, the big banks, Wall Street, Silicon Valley, New York–Washington media, and Hollywood, Democrat-voting all. Barack Obama’s two electoral victories deluded the Democrats into thinking that it was politically wise to jettison their old blue-collar appeal to the working classes, mostly living outside the cities these days, in favor of an identity politics of a new multicultural, urban America. Yet Trump’s success represented more than simply a triumph of rural whites over multiracial urbanites. More ominously for liberals, it also suggested that a growing minority of blacks and Hispanics might be sympathetic with a “country” mind-set that rejects urban progressive elitism. For some minorities, sincerity and directness might be preferable to sloganeering by wealthy white urban progressives, who often seem more worried about assuaging their own guilt than about genuinely understanding people of different colors. Trump’s election underscored two other liberal miscalculations. First, Obama’s progressive agenda and cultural elitism prevailed not because of their ideological merits, as liberals believed, but because of his great appeal to urban minorities in 2008 and 2012, who voted in solidarity for the youthful first African-American president in numbers never seen before. That fealty wasn’t automatically transferable to liberal white candidates, including the multimillionaire 69-year-old Hillary Clinton. Obama had previously lost most of America’s red counties, but not by enough to keep him from winning two presidential elections, with sizable urban populations in Wisconsin, Michigan, Ohio, and Pennsylvania turning out to vote for the most left-wing presidential candidate since George McGovern. Second, rural America hadn’t fully raised its electoral head in anger in 2008 and 2012 because it didn’t see the Republican antidotes to Obama’s progressive internationalism as much better than the original malady. Socially moderate establishmentarians like the open-borders-supporting John McCain or wealthy businessman Mitt Romney didn’t resonate with the spirit of rural America—at least not enough to persuade millions to come to the polls instead of sitting the elections out. Trump connected with these rural voters with far greater success than liberals anticipated. Urban minorities failed in 2016 to vote en bloc, in their Obama-level numbers; and rural Americans, enthused by Trump, increased their turnout, so that even a shrinking American countryside still had enough clout to win. What is insufficiently understood is why a hurting rural America favored the urban, superrich Trump in 2016 and, more generally, tends to vote more conservative than liberal. Ostensibly, the answer is clear: an embittered red-state America has found itself left behind by elite-driven globalization, battered by unfettered trade and high-tech dislocations in the economy. In some of the most despairing counties, rural life has become a mirror image of the inner city, ravaged by drug use, criminality, and hopelessness. Yet if muscular work has seen a decline in its relative monetary worth, it has not necessarily lost its importance. After all, the elite in Washington and Menlo Park appreciate the fresh grapes and arugula that they purchase at Whole Foods. Someone mined the granite used in their expensive kitchen counters and cut the timber for their hardwood floors. The fuel in their hybrid cars continues to come from refined oil. The city remains as dependent on this elemental stuff—typically produced outside the suburbs and cities—as it always was. The two Palo Altoans at Starbucks might have forgotten that their overpriced homes included two-by-fours, circuit breakers, and four-inch sewer pipes, but somebody somewhere made those things and brought them into their world. In the twenty-first century, though, the exploitation of natural resources and the manufacturing of products are more easily outsourced than are the arts of finance, insurance, investments, higher education, entertainment, popular culture, and high technology, immaterial sectors typically pursued within metropolitan contexts and supercharged by the demands of increasingly affluent global consumers. A vast government sector, mostly urban, is likewise largely impervious to the leveling effects of a globalized economy, even as its exorbitant cost and extended regulatory reach make the outsourcing of material production more likely. Asian steel may have devastated Youngstown, but Chinese dumping had no immediate effect on the flourishing government enclaves in Washington, Maryland, and Virginia, filled with well-paid knowledge workers. Globalization, big government, and metastasizing regulations have enriched the American coasts, in other words, while damaging much of the nation’s interior. Few major political leaders before Trump seemed to care. He hammered home the point that elites rarely experienced the negative consequences of their own ideologies. New York Times columnists celebrating a “flat” world have yet to find themselves flattened by Chinese writers willing to write for a fraction of their per-word rate. Tenured Harvard professors hymning praise to global progressive culture don’t suddenly discover their positions drawn and quartered into four part-time lecturer positions. And senators and bureaucrats in Washington face no risk of having their roles usurped by low-wage Vietnamese politicians. Trump quickly discovered that millions of Americans were irate that the costs and benefits of our new economic reality were so unevenly distributed. As the nation became more urban and its wealth soared, the old Democratic commitment from the Roosevelt era to much of rural America—construction of water projects, rail, highways, land banks, and universities; deference to traditional values; and Grapes of Wrath–like empathy—has largely been forgotten. A confident, upbeat urban America promoted its ever more radical culture without worrying much about its effects on a mostly distant and silent small-town other. In 2008, gay marriage and women in combat were opposed, at least rhetorically, by both Barack Obama and Hillary Clinton in their respective presidential campaigns. By 2016, mere skepticism on these issues was viewed by urban elites as reactionary ignorance. In other words, it was bad enough that rural America was getting left behind economically; adding insult to injury, elite America (which is Democrat America) openly caricatured rural citizens’ traditional views and tried to force its own values on them. Lena Dunham’s loud sexual politics and Beyoncé’s uncritical evocation of the Black Panthers resonated in blue cities and on the coasts, not in the heartland. Only in today’s bifurcated America could billion-dollar sports conglomerates fail to sense that second-string San Francisco 49ers quarterback Colin Kaepernick’s protests of the national anthem would turn off a sizable percentage of the National Football League’s viewing audience, which is disproportionately conservative and middle American. These cultural themes, too, Trump addressed forcefully. In classical literature, patriotism and civic militarism were always closely linked with farming and country life. In the twenty-first century, this is still true. The incubator of the U.S. officer corps is red-state America. “Make America Great Again” reverberated in the pro-military countryside because it emphasized an exceptionalism at odds with the Left’s embrace of global values. Residents in Indiana and Wisconsin were unimpressed with the Democrats’ growing embrace of European-style “soft power,” socialism, and statism—all the more so in an age of European constitutional, financial, and immigration sclerosis. Trump’s slogan unabashedly expressed American individualism; Clinton’s “Stronger Together” gave off a whiff of European socialist solidarity. Trump, the billionaire Manhattanite wheeler-dealer, made an unlikely agrarian, true; but he came across during his presidential run as a clear advocate of old-style material jobs, praising vocational training and clearly enjoying his encounters with middle-American homemakers, welders, and carpenters. Trump talked more on the campaign about those who built his hotels than those who financed them. He could point to the fact that he made stuff, unlike Clinton, who got rich without any obvious profession other than leveraging her office. Give the thrice-married, orange-tanned, and dyed-haired Trump credit for his political savvy in promising to restore to the dispossessed of the Rust Belt their old jobs and to give back to farmers their diverted irrigation water, and for assuring small towns that arriving new Americans henceforth would be legal—and that, over time, they would become similar to their hosts in language, custom, and behavior. Ironically, part of Trump’s attraction for red-state America was his posture as a coastal-elite insider—but now enlisted on the side of the rustics. A guy who had built hotels all over the world, and understood how much money was made and lost through foreign investment, offered to put such expertise in the service of the heartland—against the supposed currency devaluers, trade cheats, and freeloaders of Europe, China, and Japan. Trump’s appeal to the interior had partly to do with his politically incorrect forthrightness. Each time Trump supposedly blundered in attacking a sacred cow—sloppily deprecating national hero John McCain’s wartime captivity or nastily attacking Fox superstar Megyn Kelly for her supposed unfairness—the coastal media wrote him off as a vulgar loser. Not Trump’s base. Seventy-five percent of his supporters polled that his crude pronouncements didn’t bother them. As one grape farmer told me after the Access Hollywood hot-mike recordings of Trump making sexually vulgar remarks had come to light, “Who cares? I’d take Trump on his worst day better than Hillary on her best.” Apparently red-state America was so sick of empty word-mongering that it appreciated Trump’s candor, even when it was sometimes inaccurate, crude, or cruel. Outside California and New York City and other elite blue areas, for example, foreigners who sneak into the country and reside here illegally are still “illegal aliens,” not “undocumented migrants,” a blue-state term that masks the truth of their actions. Trump’s Queens accent and frequent use of superlatives—“tremendous,” “fantastic,” “awesome”—weren’t viewed by red-state America as a sign of an impoverished vocabulary but proof that a few blunt words can capture reality. To the rural mind, verbal gymnastics reveal dishonest politicians, biased journalists, and conniving bureaucrats, who must hide what they really do and who they really are. Think of the arrogant condescension of Jonathan Gruber, one of the architects of the disastrous Obamacare law, who admitted that the bill was written deliberately in a “tortured way” to mislead the “stupid” American voter. To paraphrase Cicero on his preference for the direct Plato over the obscure Pythagoreans, rural Americans would have preferred to be wrong with the blunt-talking Trump than to be right with the mush-mouthed Hillary Clinton. One reason that Trump may have outperformed both McCain and Romney with minority voters was that they appreciated how much the way he spoke rankled condescending white urban liberals. Poorer, less cosmopolitan, rural people can also experience a sense of inferiority when they venture into the city, unlike smug urbanites visiting red-state America. The rural folk expect to be seen as deplorables, irredeemables, and clingers by city folk. My countryside neighbors do not wish to hear anything about Stanford University, where I work—except if by chance I note that Stanford people tend to be condescending and pompous, confirming my neighbors’ suspicions about city dwellers. And just as the urban poor have always had their tribunes, so, too, have rural residents flocked to an Andrew Jackson or a William Jennings Bryan, politicians who enjoyed getting back at the urban classes for perceived slights. The more Trump drew the hatred of PBS, NPR, ABC, NBC, CBS, the elite press, the universities, the foundations, and Hollywood, the more he triumphed in red-state America. Indeed, one irony of the 2016 election is that identity politics became a lethal boomerang for progressives. After years of seeing America reduced to a binary universe, with culpable white Christian males encircled by ascendant noble minorities, gays, feminists, and atheists—usually led by courageous white-male progressive crusaders—red-state America decided that two could play the identity-politics game. In 2016, rural folk did silently in the voting booth what urban America had done to them so publicly in countless sitcoms, movies, and political campaigns. In sum, Donald Trump captured the twenty-first-century malaise of a rural America left behind by globalized coastal elites and largely ignored by the establishments of both political parties. Central to Trump’s electoral success, too, were age-old rural habits and values that tend to make the interior broadly conservative. That a New York billionaire almost alone grasped how red-state America truly thought, talked, and acted, and adjusted his message and style accordingly, will remain one of the astonishing ironies of American political history. Victor Davis Hanson

Attention: un idiot du village peut en cacher un autre !

En ce lendemain d’une investiture

Qui ressemble de plus en plus à une gueule de bois pour une gauche aussi mauvaise perdante qu’imbue d’elle-même …

Qui n’a de cesse, comme elle l’avait fait pour Reagan ou Bush, de moquer le prétendu idiot du village

Au moment même où commence à apparaitre au grand jour le bilan proprement catastrophique, pour son pays comme pour son propre parti, de son soi-disant brillant prédecesseur …

Et où un petit Etat sur lequel l’Administration Obama avait jusqu’à son dernier souffle tant craché fait son entrée dans le monde très select des huit plus grandes puissances de la planète …

Comment ne pas voir avec l’historien militaire américain Victor Davis Hanson et l’un des rares analystes à l’avoir perçue …

La revanche de ces bouseux que ces derniers avaient si longtemps méprisée ?

Mais aussi avec l’homme d’affaires britannique Conrad Black …

Le véritable génie de leur improbable multi-milliardaire et hédoniste new-yorkais de champion  …

Quasiment seul contre l’establishment des médias, de l’université ou du monde du spectacle ou même de son propre parti à l’avoir reconnue ?

Trump and the American Divide

How a lifelong New Yorker became tribune of the rustics and deplorables

Victor Davis Hanson
City Journal

Winter 2017

At 7 AM in California’s rural Central Valley, not long before the recent presidential election, I stopped to talk with an elderly irrigator on the shared border alleyway of my farm. His face was a wrinkled latticework, his false teeth yellow. His truck smelled of cigarettes, its cab overflowing with flotsam and jetsam: butts, scribbled notes, drip-irrigation parts, and empty soda cans. He rolled down the window and muttered something about the plunging water-table level and whether a weak front would bring any rain. And then, this dinosaur put one finger up on the wheel as a salutation and drove off in a dust cloud.

Five hours later, and just 180 miles distant, I bought a coffee at a Starbucks on University Avenue in Palo Alto, the heart of Silicon Valley, the spawn of Stanford University. Two young men sat at the table next to me, tight “high-water” pants rising above their ankles, coat cuffs drawn up their forearms, and shirts buttoned all the way to the top, in retro-nerd style. Their voices were nasal, their conversation rapid-fire— politics, cars, houses, vacations, fashion, and restaurants all came up. They were speaking English, but of a very different kind from the irrigator’s, accentuating a sense of being on the move and upbeat about the booming reality surrounding them.

I hadn’t just left one part of America to visit another, it seemed, but instead blasted off from one solar system to enter another cosmos, light-years distant. And to make the contrast even more radical, the man in the truck in Fresno County was Mexican-American and said that he was voting for Trump, while the two in Palo Alto were white, clearly affluent—and seemed enthused about Hillary Clinton’s sure win to come.

The postelection map of Republican and Democratic counties mirrored my geographical disconnect. The Donald Trump nation of conservative red spanned the country, to within a few miles of the two coasts, covering 85 percent of the nation’s land area. Yet Clinton won the popular vote, drawing most of her support in razor-thin, densely populated blue ribbons up and down the East and West Coast corridors and in the Great Lakes nexus. As disgruntled liberal commentator Henry Grabar summed up the election result: “We now have a rural party and an urban party. The rural party won.” This time around, anyway.

The urban party has been getting beat up a lot, even before Trump’s surprising victory. Not only have the Democrats surrendered Congress; they now control just 13 state legislatures and 15 governorships—far below where they were pre–Barack Obama. Over the past decade, more than 1,000 elected Democratic state lawmakers have lost their jobs, with most of the hemorrhaging taking place outside the cities. As political analyst Ron Brownstein puts it, “Of all the overlapping generational, racial, and educational divides that explained Trump’s stunning upset over Hillary Clinton . . . none proved more powerful than the distance between the Democrats’ continued dominance of the largest metropolitan areas, and the stampede toward the GOP almost everywhere else.”

“Everywhere else” basically means anywhere but the two coasts. After the election, in liberal, urban America, one often heard Trump’s win described as the revenge of the yahoos in flyover country, fueled by their angry “isms” and “ias”: racism, anti-Semitism, nativism, homophobia, Islamophobia, and so on. Many liberals consoled themselves that Trump’s victory was the last hurrah of bigoted, Republican white America, soon to be swept away by vast forces beyond its control, such as global migration and the cultural transformation of America into something far from the Founders’ vision.

As insurance, though, furious progressives also renewed calls to abolish the Electoral College, advocating for a constitutional amendment that would turn presidential elections into national plebiscites. Direct presidential voting would shift power to heavily urbanized areas—why waste time trying to reach more dispersed voters in less populated rural states?—and thus institutionalize the greater economic and cultural clout of the metropolitan blue-chip universities, the big banks, Wall Street, Silicon Valley, New York–Washington media, and Hollywood, Democrat-voting all.

Barack Obama’s two electoral victories deluded the Democrats into thinking that it was politically wise to jettison their old blue-collar appeal to the working classes, mostly living outside the cities these days, in favor of an identity politics of a new multicultural, urban America. Yet Trump’s success represented more than simply a triumph of rural whites over multiracial urbanites. More ominously for liberals, it also suggested that a growing minority of blacks and Hispanics might be sympathetic with a “country” mind-set that rejects urban progressive elitism. For some minorities, sincerity and directness might be preferable to sloganeering by wealthy white urban progressives, who often seem more worried about assuaging their own guilt than about genuinely understanding people of different colors.

Trump’s election underscored two other liberal miscalculations. First, Obama’s progressive agenda and cultural elitism prevailed not because of their ideological merits, as liberals believed, but because of his great appeal to urban minorities in 2008 and 2012, who voted in solidarity for the youthful first African-American president in numbers never seen before. That fealty wasn’t automatically transferable to liberal white candidates, including the multimillionaire 69-year-old Hillary Clinton. Obama had previously lost most of America’s red counties, but not by enough to keep him from winning two presidential elections, with sizable urban populations in Wisconsin, Michigan, Ohio, and Pennsylvania turning out to vote for the most left-wing presidential candidate since George McGovern.

The city remains as dependent on elemental stuff—typically produced outside the suburbs and cities—as ever

Second, rural America hadn’t fully raised its electoral head in anger in 2008 and 2012 because it didn’t see the Republican antidotes to Obama’s progressive internationalism as much better than the original malady. Socially moderate establishmentarians like the open-borders-supporting John McCain or wealthy businessman Mitt Romney didn’t resonate with the spirit of rural America—at least not enough to persuade millions to come to the polls instead of sitting the elections out. Trump connected with these rural voters with far greater success than liberals anticipated. Urban minorities failed in 2016 to vote en bloc, in their Obama-level numbers; and rural Americans, enthused by Trump, increased their turnout, so that even a shrinking American countryside still had enough clout to win.

What is insufficiently understood is why a hurting rural America favored the urban, superrich Trump in 2016 and, more generally, tends to vote more conservative than liberal. Ostensibly, the answer is clear: an embittered red-state America has found itself left behind by elite-driven globalization, battered by unfettered trade and high-tech dislocations in the economy. In some of the most despairing counties, rural life has become a mirror image of the inner city, ravaged by drug use, criminality, and hopelessness.

Yet if muscular work has seen a decline in its relative monetary worth, it has not necessarily lost its importance. After all, the elite in Washington and Menlo Park appreciate the fresh grapes and arugula that they purchase at Whole Foods. Someone mined the granite used in their expensive kitchen counters and cut the timber for their hardwood floors. The fuel in their hybrid cars continues to come from refined oil. The city remains as dependent on this elemental stuff—typically produced outside the suburbs and cities—as it always was. The two Palo Altoans at Starbucks might have forgotten that their overpriced homes included two-by-fours, circuit breakers, and four-inch sewer pipes, but somebody somewhere made those things and brought them into their world.

In the twenty-first century, though, the exploitation of natural resources and the manufacturing of products are more easily outsourced than are the arts of finance, insurance, investments, higher education, entertainment, popular culture, and high technology, immaterial sectors typically pursued within metropolitan contexts and supercharged by the demands of increasingly affluent global consumers. A vast government sector, mostly urban, is likewise largely impervious to the leveling effects of a globalized economy, even as its exorbitant cost and extended regulatory reach make the outsourcing of material production more likely. Asian steel may have devastated Youngstown, but Chinese dumping had no immediate effect on the flourishing government enclaves in Washington, Maryland, and Virginia, filled with well-paid knowledge workers. Globalization, big government, and metastasizing regulations have enriched the American coasts, in other words, while damaging much of the nation’s interior.

Few major political leaders before Trump seemed to care. He hammered home the point that elites rarely experienced the negative consequences of their own ideologies. New York Times columnists celebrating a “flat” world have yet to find themselves flattened by Chinese writers willing to write for a fraction of their per-word rate. Tenured Harvard professors hymning praise to global progressive culture don’t suddenly discover their positions drawn and quartered into four part-time lecturer positions. And senators and bureaucrats in Washington face no risk of having their roles usurped by low-wage Vietnamese politicians. Trump quickly discovered that millions of Americans were irate that the costs and benefits of our new economic reality were so unevenly distributed.

As the nation became more urban and its wealth soared, the old Democratic commitment from the Roosevelt era to much of rural America—construction of water projects, rail, highways, land banks, and universities; deference to traditional values; and Grapes of Wrath–like empathy—has largely been forgotten. A confident, upbeat urban America promoted its ever more radical culture without worrying much about its effects on a mostly distant and silent small-town other. In 2008, gay marriage and women in combat were opposed, at least rhetorically, by both Barack Obama and Hillary Clinton in their respective presidential campaigns. By 2016, mere skepticism on these issues was viewed by urban elites as reactionary ignorance. In other words, it was bad enough that rural America was getting left behind economically; adding insult to injury, elite America (which is Democrat America) openly caricatured rural citizens’ traditional views and tried to force its own values on them. Lena Dunham’s loud sexual politics and Beyoncé’s uncritical evocation of the Black Panthers resonated in blue cities and on the coasts, not in the heartland. Only in today’s bifurcated America could billion-dollar sports conglomerates fail to sense that second-string San Francisco 49ers quarterback Colin Kaepernick’s protests of the national anthem would turn off a sizable percentage of the National Football League’s viewing audience, which is disproportionately conservative and middle American. These cultural themes, too, Trump addressed forcefully.

Is there something about the land itself that promotes conservatism? The answer is as old as Western civilization. For the classical Greeks, the asteios (“astute”; astu: city) was the sophisticated “city-like” man, while the agroikos (“agrarian”; agros: farm/field) was synonymous with roughness. And yet there was ambiguity as well in the Greek city/country dichotomy: city folk were also laughed at in the comedies of Aristophanes as too impractical and too clever for their own good, while the unpolished often displayed a more grounded sensibility. In the Roman world, the urbanus (“urbane”; urbs: city) was sometimes too sophisticated, while the rusticus (“rustic”; rus: countryside) was often balanced and pragmatic.

Country people in the Western tradition lived in a shame culture. Family reputation hinged on close-knit assessments of personal behavior only possible in small communities of the like-minded and tribal. The rural ethos could not afford radical changes in lifestyles when the narrow margins of farming safety rested on what had worked in the past. By contrast, self-reinvention and social experimentation were possible only in large cities of anonymous souls and varieties of income and enrichment. Rural people, that is, don’t honor tradition and habit because they’re somehow better human beings than their urban counterparts; a face-to-face, rooted society offers practical reinforcement for doing so.

In classical literature, patriotism and civic militarism were always closely linked with farming and country life. In the twenty-first century, this is still true. The incubator of the U.S. officer corps is red-state America. “Make America Great Again” reverberated in the pro-military countryside because it emphasized an exceptionalism at odds with the Left’s embrace of global values. Residents in Indiana and Wisconsin were unimpressed with the Democrats’ growing embrace of European-style “soft power,” socialism, and statism—all the more so in an age of European constitutional, financial, and immigration sclerosis. Trump’s slogan unabashedly expressed American individualism; Clinton’s “Stronger Together” gave off a whiff of European socialist solidarity.

Farming, animal husbandry, mining, logging—these traditional bodily tasks were often praised in the past as epitomes of the proper balance between physical and mental, nature and culture, fact and theory. In classical pastoral and Georgic poetry, the city-bound often romanticized the countryside, even if, on arrival, they found the flies and dirt of Arcadia bothersome. Theocritus and Virgil reflected that, in the trade-offs imposed by transforming classical societies, the earthiness lost by city dwellers was more grievous to their souls than the absence of erudition and sophistication was to the souls of simpler farmers and shepherds.

Trump, the billionaire Manhattanite wheeler-dealer, made an unlikely agrarian, true; but he came across during his presidential run as a clear advocate of old-style material jobs, praising vocational training and clearly enjoying his encounters with middle-American homemakers, welders, and carpenters. Trump talked more on the campaign about those who built his hotels than those who financed them. He could point to the fact that he made stuff, unlike Clinton, who got rich without any obvious profession other than leveraging her office.

Give the thrice-married, orange-tanned, and dyed-haired Trump credit for his political savvy in promising to restore to the dispossessed of the Rust Belt their old jobs and to give back to farmers their diverted irrigation water, and for assuring small towns that arriving new Americans henceforth would be legal—and that, over time, they would become similar to their hosts in language, custom, and behavior.

Changes come more slowly to rural interior areas, given that the sea, the historical importer of strange people and weird ideas, is far away. Maritime Athens was liberal, democratic, and cosmopolitan; its antithesis, landlocked Sparta, was oligarchic, provincial, and tradition-bound. In the same way, rural upstate New York isn’t Manhattan, and Provo isn’t Portland. Rural people rarely meet—and tend not to wish to meet—the traders, foreigners, and importers who arrive at ports with their foreign money and exotic customs.

The “Old Oligarch”—a name given to the author of a treatise by an anonymous right-wing grouch of fifth-century BC Athens—described the subversive hustle and the cornucopia of imported goods evident every day at the port of Piraeus. If one wished to destroy the purity of rural, conservative society, his odd rant went, then the Athens of Pericles would be just about the best model to follow. Ironically, part of Trump’s attraction for red-state America was his posture as a coastal-elite insider—but now enlisted on the side of the rustics. A guy who had built hotels all over the world, and understood how much money was made and lost through foreign investment, offered to put such expertise in the service of the heartland—against the supposed currency devaluers, trade cheats, and freeloaders of Europe, China, and Japan.

Language is also different in the countryside. Rural speech serves, by its very brevity and directness, as an enhancement to action. Verbosity and rhetoric, associated with urbanites, were always rural targets in classical literature, precisely because they were seen as ways to disguise reality so as to advance impractical or subversive political agendas. Thucydides, nearly 2,500 years before George Orwell’s warnings about linguistic distortion, feared how, in times of strife, words changed their meanings, with the more polished and urbane subverting the truth by masking it in rhetoric that didn’t reflect reality. In the countryside, by contrast, crops either grow or wither; olive trees either yield or remain barren; rain either arrives or is scarce. Words can’t change these existential facts, upon which living even one more day often depends. For the rural mind, language must convey what is seen and heard; it is less likely to indulge adornment.

Today’s rural-minded Americans are little different. Trump’s appeal to the interior had partly to do with his politically incorrect forthrightness. Each time Trump supposedly blundered in attacking a sacred cow—sloppily deprecating national hero John McCain’s wartime captivity or nastily attacking Fox superstar Megyn Kelly for her supposed unfairness—the coastal media wrote him off as a vulgar loser. Not Trump’s base. Seventy-five percent of his supporters polled that his crude pronouncements didn’t bother them. As one grape farmer told me after the Access Hollywood hot-mike recordings of Trump making sexually vulgar remarks had come to light, “Who cares? I’d take Trump on his worst day better than Hillary on her best.” Apparently red-state America was so sick of empty word-mongering that it appreciated Trump’s candor, even when it was sometimes inaccurate, crude, or cruel. Outside California and New York City and other elite blue areas, for example, foreigners who sneak into the country and reside here illegally are still “illegal aliens,” not “undocumented migrants,” a blue-state term that masks the truth of their actions. Trump’s Queens accent and frequent use of superlatives—“tremendous,” “fantastic,” “awesome”—weren’t viewed by red-state America as a sign of an impoverished vocabulary but proof that a few blunt words can capture reality.

To the rural mind, verbal gymnastics reveal dishonest politicians, biased journalists, and conniving bureaucrats, who must hide what they really do and who they really are. Think of the arrogant condescension of Jonathan Gruber, one of the architects of the disastrous Obamacare law, who admitted that the bill was written deliberately in a “tortured way” to mislead the “stupid” American voter. To paraphrase Cicero on his preference for the direct Plato over the obscure Pythagoreans, rural Americans would have preferred to be wrong with the blunt-talking Trump than to be right with the mush-mouthed Hillary Clinton. One reason that Trump may have outperformed both McCain and Romney with minority voters was that they appreciated how much the way he spoke rankled condescending white urban liberals.

Poorer, less cosmopolitan, rural people can also experience a sense of inferiority when they venture into the city, unlike smug urbanites visiting red-state America. The rural folk expect to be seen as deplorables, irredeemables, and clingers by city folk. My countryside neighbors do not wish to hear anything about Stanford University, where I work—except if by chance I note that Stanford people tend to be condescending and pompous, confirming my neighbors’ suspicions about city dwellers. And just as the urban poor have always had their tribunes, so, too, have rural residents flocked to an Andrew Jackson or a William Jennings Bryan, politicians who enjoyed getting back at the urban classes for perceived slights. The more Trump drew the hatred of PBS, NPR, ABC, NBC, CBS, the elite press, the universities, the foundations, and Hollywood, the more he triumphed in red-state America.

Indeed, one irony of the 2016 election is that identity politics became a lethal boomerang for progressives. After years of seeing America reduced to a binary universe, with culpable white Christian males encircled by ascendant noble minorities, gays, feminists, and atheists—usually led by courageous white-male progressive crusaders—red-state America decided that two could play the identity-politics game. In 2016, rural folk did silently in the voting booth what urban America had done to them so publicly in countless sitcoms, movies, and political campaigns.

In sum, Donald Trump captured the twenty-first-century malaise of a rural America left behind by globalized coastal elites and largely ignored by the establishments of both political parties. Central to Trump’s electoral success, too, were age-old rural habits and values that tend to make the interior broadly conservative. That a New York billionaire almost alone grasped how red-state America truly thought, talked, and acted, and adjusted his message and style accordingly, will remain one of the astonishing ironies of American political history.

Voir aussi:

The brilliant Donald Trump deserves to win

His political achievements are already unprecedented, and his insight amounts to genius

Conrad Black
The Spectator

23 July 2016

Almost anyone who has followed the US presidential selection process closely could realise what a brilliant campaign Donald Trump has conducted. He saw that in its self-absorption, the US political class had completely failed to grasp the extent of public anger at the deterioration of almost everything. American public policy has brought about the greatest sequence of disasters since the 1920s, when the liquor business was given to gangsters by Prohibition, followed by the equities debt bubble and the Great Depression.

In the past 20 years, both parties shared in the creation of the housing bubble, which produced the greatest financial crisis since the 1930s, and a decade of war in the Middle East which, despite excellent military execution, Obama has turned into a victory for Iran and an immense humanitarian disaster. Further foreign policy humiliations have included the evaporating ‘red line’ in Syria, the 180-degree switch in official attitudes to Iran, culminating in a delayed green light to nuclear weapons (if Tehran chooses to wait).

Both political parties share the blame for the admission of 12 million unskilled workers into the US illegally, and for trade pacts with cheap-labour countries that appear to import unemployment. The political class and its media claque conducted business as usual while the welfare, education and justice systems became clogged with migrants, and the national debt of $9 trillion doubled in seven years. Barack Obama told the Joint Chiefs of Staff that climate change was the greatest threat to America and he and Hillary Clinton refuse to utter the words ‘Islamic terrorism’. (He called the San Bernardino massacre ‘workplace-related’.)

There has never been anything remotely like the rise of America from a small number of colonists to the most dominant power in history, and Americans are not philosophical about being held up to ridicule in the world. Nor have they ever tolerated a flatline on the country’s prosperity and prospects. Donald Trump, a great public figure — as the developer of famous buildings, an impresario and television host — saw the depth of American outrage at all this and as a non-politician was not complicit in any of it.

He paid for his own campaign and ran against the entire political class, facing 16 rivals for the Republican nomination. He won from the start, piling up astonishing pluralities as the commentariat slowly retreated. They claimed he could not aspire to more than 20, 30, 40 per cent of Republicans, would be sandbagged at the convention, would attract a Ross Perot-like third party to splinter the Republican vote, and would be routed in a horrible landslide by Hillary Clinton. The flabby Republican establishment backed Ted Cruz, an intelligent man who nevertheless told the world that God had commanded he run and who pitched his campaign to the Bible-thumping corn-cobbers with M-16s in the rear windows of their pick-up trucks. The media have remained smugly hostile to Trump, despite warnings that a majority of Americans despise the media too — and that they were just stoking a pro-Trump backlash.

As Trump has moved up, Hillary Clinton has had to move far to the left to hold off Bernie Sanders, a septuagenarian former Stalinist kibbutznik and socialist senator for Vermont. Trump’s genius has been to see, when no one else did, that the political class was a spavined paper tiger and the country was afire with rage; to scoop the Archie Bunker (Alf Garnett) vote with blue-collar political incorrectness and his comic talents, which won him the debates; and yet to remain centrist on everything but illegal immigration and bad trade deals. (Trump and Clinton both went to great lengths to maintain the centrists in control of both parties, against severe challenges from the far Republican right and Democratic left; but almost none of the media, foreign or domestic, has noticed.) The best is yet to come: the last refuge of his opponents is that Trump will be an undignified and frightening candidate. He will be the sane and educated man he is.

Hillary Clinton is carrying more baggage than the Queen Mary and Trump will carpet-bomb the country in September and October with a billion dollars of reminders of Benghazi (she slept while her ambassador was murdered), the televised apology to the world’s Muslims, the FBI director’s non-indictment indictment; the malodorous conflicts of the Clinton Foundation entwined with the Clinton State Department. Even Whitewater is due for a rerun. This is not Norman Rockwell’s or Walt Disney’s America, and it never was. American presidential politics is a jungle; the nominees are great beasts, but Donald Trump is larger and fiercer. In taking over a major US political party from the outside, he has done something that has never been done before, and he should win.

Voir encore:

Democrats in the Wilderness
Inside a decimated party’s not-so-certain revival strategy.
Edward-Isaac Dovere

Politico

January/February 2017

Standing with some 30,000 people in front of Independence Hall in Philadelphia the night before the election watching Hillary Clinton speak, exhausted aides were already worrying about what would come next. They expected her to win, of course, but they knew President Clinton was going to get thrashed in the 2018 midterms—the races were tilted in Republicans’ favor, and that’s when they thought the backlash would really hit. Many assumed she’d be a one-term president. They figured she’d get a primary challenge. Some of them had already started gaming out names for who it would be.

“Last night I stood at your doorstep / Trying to figure out what went wrong,” Bruce Springsteen sang quietly to the crowd in what he called “a prayer for post-election.” “It’s gonna be a long walk home.”

What happened the next night shocked even the most pessimistic Democrats. But in another sense, it was the reckoning the party had been expecting for years. They were counting on a Clinton win to paper over a deeper rot they’ve been worrying about—and to buy them some time to start coming up with answers. In other words, it wasn’t just Donald Trump. Or the Russians. Or James Comey. Or all the problems with how Clinton and her aides ran the campaign. Win or lose, Democrats were facing an existential crisis in the years ahead—the result of years of complacency, ignoring the withering of the grass roots and the state parties, sitting by as Republicans racked up local win after local win.

“The patient,” says Colorado Governor John Hickenlooper, “was clearly already sick.”

As Trump takes over the GOP and starts remaking its new identity as a nationalist, populist party, creating a new political pole in American politics for the first time in generations, all eyes are on the Democrats. How will they confront a suddenly awakened, and galvanized, white majority? What’s to stop Trump from doing whatever he wants? Who’s going to pull a coherent new vision together? Worried liberals are watching with trepidation, fearful that Trump is just the beginning of worse to come, desperate for a comeback strategy that can work.

What’s clear from interviews with several dozen top Democratic politicians and operatives at all levels, however, is that there is no comeback strategy—just a collection of half-formed ideas, all of them challenged by reality. And for whatever scheme they come up with, Democrats don’t even have a flag-carrier. Barack Obama? He doesn’t want the job. Hillary Clinton? Too damaged. Bernie Sanders? Too socialist. Joe Biden? Too tied to Obama. Nancy Pelosi and Chuck Schumer? Too Washington. Elizabeth Warren? Maybe. And all of them old, old, old.

The Democrats’ desolation is staggering. But part of the problem is that it’s easy to point to signs that maybe things aren’t so bad. After all, Clinton did beat Trump by 2.8 million votes, Obama’s approval rating is nearly 60 percent, polls show Democrats way ahead of the GOP on many issues and demographics suggest that gap will only grow. But they are stuck in the minority in Congress with no end in sight, have only 16 governors left and face 32 state legislatures fully under GOP control. Their top leaders in the House are all over 70. Their top leaders in the Senate are all over 60. Under Obama, Democrats have lost 1,034 seats at the state and federal level—there’s no bench, no bench for a bench, virtually no one able to speak for the party as a whole.

“The fact that our job should be easier just shows how poorly we’re doing the job,” says Massachusetts Representative Seth Moulton, an Iraq War veteran seen as one of the party’s rising stars.

The View From the Field
Rising Democratic stars around the country diagnose their party’s problems.

What did Democrats get wrong in the 2016 race?

“We arrived at this point through some combination of either outright offending or at least failing to inspire nearly every segment of our party’s base voters.”
—Tim Ryan, U.S. representative, Ohio

“Democrats failed to listen sufficiently to voters, appreciate their discontent with the status quo and articulate how they will fight for working Americans.”
—Gretchen Whitmer, former state senate Democratic leader, Michigan

“People and polls were unfairly distracted by unintelligent, racist banter centering on anti-establishment or anti-politically correct views.”
—Shavonda Sumter, state assemblywoman, New Jersey
There are now fewer than 700 days until Election Day 2018, as internal memos circulating among Democratic strategists point out with alarm. They differ in their prescriptions, but all boil down to the same inconvenient truth: If Republicans dominate the 2018 midterms, they will control the Senate (and with it, the Supreme Court) for years, and they will draw district lines in states that will lock in majorities in the House and across state capitals, killing the next generation of Democrats in the crib, setting up the GOP for an even more dominant 2020 and beyond.

Most doubt Democrats have the stamina or the stomach for the kind of cohesive resistance that Republicans perfected over the years. In their guts, they want to say yes to government doing things, and they’re already getting drawn in by promises to work with Trump and the Republican majorities. They’re heading into the next elections with their brains scrambled by Trump’s win, side-eyeing one another over who’s going to sell out the rest, nervous the incoming president will keep outmaneuvering them in the media and throw up more targets than they could ever hope to shoot at—and all of this from an election that was supposed to cement their claim on the future.

Some thinking has started to take shape. Obama is quickly reformatting his post-presidency to have a more political bent than he had planned. Vice President Joe Biden is beginning to structure his own thoughts on mentoring and guiding rising Democrats. (No one seems to be waiting to hear from Clinton.) At the law office of former Attorney General Eric Holder, which is serving as the base for the redistricting reform project he is heading for Obama, they’re getting swarmed with interest and checks. At the Democratic Governors Association, all of a sudden looking like the headquarters of the resistance, they’re sorting through a spike in interested candidates. And everyone from Obama on down is talking about going local, focusing on the kinds of small races and party-building activities Republicans have been dominating for cycle after cycle.

But all that took decades, and Democrats have no time. What are they going to do next? There hasn’t been an American political party in worse shape in living memory. And there may never have been a party less ready to confront it.

“We’re at a space shuttle moment,” says Atlanta Mayor Kasim Reed, who is widely expected to run statewide soon in Georgia. “The most vulnerable time for the space shuttle is when it re-enters the environment, so that when it comes back into the environment it doesn’t blow up. The tiles need to be tight. I’m concerned about the tightness of the tiles on the space shuttle right now. We have to get through this heat.”

***

Problem No. 1: Message

What scares many Democrats about Trump isn’t any particular campaign pledge—his promises to build a wall or keep out Muslims or shut down Obamacare. Those are fights they can wrap their heads around. No, the existential, hair-on-fire threat to the Democratic Party is just how easy it was for Trump to sneak around their flank and rob them of an issue they thought was theirs alone—economic populism—even as they partied at fundraisers in Hollywood and the Hamptons.

It so happens that the most prominent advocate of this view—Massachusetts Senator Elizabeth Warren—is, for the moment, the party’s most plausible standard-bearer in 2020. The mission now, Warren believes, can be summed up in five words: Take back populism from Trump. “The American people know what they want,” she said in an interview, urging an emphasis on economic opportunity. “If Donald Trump and his Republican Party can’t deliver on any of that, then the American people will see that he’s not on their side.”

The View From the Field
Rising Democratic stars around the country diagnose their party’s problems.

Why are Democrats lagging at the state and local levels?

“We’ve paid an enormous price for letting our local organizations atrophy to a point of near irrelevance.”
—Ruben Gallego, U.S. representative, Arizona

“In part, it’s because certain policy ambitions are best achieved on a national level. But that national focus has become myopic.”
—Stacey Abrams, Democratic leader, Georgia House of Representatives

“[Republicans] had a 50-state model approach to winning the redistricting battles. We didn’t.”
—Eric Swalwell, U.S. representative, California
Trump has made it easy by stacking his administration with millionaires and billionaires whose confirmation preparations included memorizing the price of milk so they don’t seem out of touch—people like Treasury pick Steven Mnuchin, whose bank once foreclosed on a 90-year-old woman’s house when she made a 27-cent payment error.

“Donald Trump with these appointments is saying squarely to the American people that he lied to them and his promise is worth nothing,” adds Warren. “That’s the point to keep making.”

Connecticut’s Chris Murphy, seen by many as a rising liberal leader of the Senate, makes a slightly different argument. The lesson from Trump’s win, in his eyes, is how sick voters are of the status quo and pragmatism. Murphy is all for saying no to Trump, but he argues that Democrats need to come up with their own proposals, however unrealistic, and say yes—big league. Entitlement reform? Forget it, Murphy says: Now’s the time to talk about expanding Social Security, not shrinking it. “A lot of Democrats laughed at Bernie Sanders when he proposed free college. First of all, that’s not impossible,” Murphy says, but more to the point, “it’s a way to communicate a really important issue in terms that people will understand.”

Illinois Representative Cheri Bustos, a former journalist who has been tapped to help lead House Democrats’ communications efforts, is urging her colleagues to go hyperlocal—a strategy informed by her own success in a bad year for the party. She won by 20 percentage points in a northwest Illinois district that Trump carried by half a point and Obama carried by 17 points in 2012. Bustos wants each member to identify constituents who will be affected by policy shifts under Trump and have district staff promote those people in local media. Tell their stories, she says.

Every path back to power runs through figuring out how to get voters to believe again that the Democratic Party, founded on and forever about a fairer economy, is aware that millions of Americans feel the economy’s been unfair to them and think Democrats have no real plans to do anything about it.

“Trump is talking about the economy of the past, bringing us backward to an economy that doesn’t exist anymore. Rather than going back into the coal mines, we’ve got to show how hardworking people in Appalachia can contribute to the new economy,” says Moulton, who is often talked about as a candidate for statewide office and beyond. “The message has to be: ‘We need you, we want you to be a part of the economy.’ We’re not going to pretend that it’s going to be 1955 again, but there’s a new economy coming and America’s not going to succeed if it’s not responding.”

This has echoes of how Bill Clinton campaigned in 1992—as a champion of globalization who would make it work better for ordinary Americans—but that was before so many of the factories had closed, before the culture felt different, before the internet made everything more immediate and more immediately infuriating. Yet Obama and his 21st-century Democrats beat back the Clinton restoration in 2008 in large part by running against the incremental, crabwise approach of the ’90s. Bill Clinton was a Southern Democrat who grew up in a world of political constraints, and there aren’t too many of those anymore; what the base wants now is Warren-like progressive passion, without any of the liberal self-loathing they sensed in the Clintons.

Over emails, texts and phone calls, ad hoc networks of younger Democrats have started to form, eager to talk about a new start for the party.

“Part of the work I’m doing right now is recognizing there is nobody left. It’s pulling together my peers,” says Eric Garcetti, a 45-year old Mexican-American Jewish mayor of Los Angeles who is widely assumed to be part of the party’s future in California and potentially beyond. He wanted Clinton to win. But there’s a certain freedom in moving past Clintonism.

“It’s maybe the end of … ‘The era of big government is over,’” he says.

***

Problem No. 2: The Politics of Obstruction

It’s been 10 years since Democrats didn’t control at least one wing of the federal government, and a lot of them, argues Ruben Gallego, an Arizona Democrat elected to the House in 2014, have forgotten what that’s like. Those who do, he says, are all basing their thinking on what they did to George W. Bush or what Mitch McConnell did to Obama. “They’re scared of the unknown. This is a new world for them. And they’re trying to find solace in what they know,” Gallego says.

Gallego points to his time as assistant minority leader in the Arizona legislature under an all GOP-controlled government, where Democrats held the line until splintered Republicans gave in, allowing them to preserve Obama’s Medicaid expansion. For what’s ahead in Washington, he’s pushing a kind of explanatory resistance, refusing any cooperation with Trump—“It’s very dangerous to give this man anything, because anything he does makes him more powerful, and he’s going to use power irresponsibly”—while using every fight as an opportunity to promote what the party stands for instead.

Trump’s pledge to spend $1 trillion on infrastructure is one of those opportunities, Gallego says. His idea: Make Trump release his taxes to show that he won’t personally benefit from any provision in the bill, while using whatever’s in the bill to make concrete and specific cases to voters about why the president and the Congress are hurting them, and why Democrats’ intransigence matters directly in people’s lives.

It sounds reasonable enough, except for one problem: There’s no way Republicans, who control every lever of power in the House, will allow it. And there’s no way the 70-year-old Trump, elected without releasing his taxes and feeling validated by every decision he has made so far, is going to suddenly become a new man once he’s sitting in the Oval Office.

“I worry that our caucus is going to pick way too many things to communicate, way too many things to display outrage about,” says Murphy.

The only mechanism Democrats have to actually shape what happens in Washington is the Senate—with 48 votes that give them an eight-vote margin for error on filibusters and the hope that three Republicans will break away on some votes to join them in the majority. Trump works best with a foil, and they’re determined not to serve themselves up to him as obstructionists.

And here, Democrats have more of a strategy than they are perhaps letting on. In essence, the idea is to focus on issues that drive a wedge through the Republican caucus. On Obamacare, they will step out of the way and let Republicans squirm among themselves. On infrastructure, the plan is to split Republicans between those leery of new spending and those who just want to get along with Trump. Either way, Democrats figure, they win: They could get a bill they support, or send the process into enough of a tailspin that GOP forces devour one another and there won’t be any bill at all. As for Trump, they will just wait him out. “If he comes much closer to where we are, we could work with him,” Senate Minority Leader Chuck Schumer said in an interview, “and that kind of issue unites our caucus and divides theirs.”

Many on the left view Schumer warily, suspicious of his breaks with Obama on Israel and Iran, his close ties to Wall Street and his reputation for cutting deals and hogging the spotlight. The base wants McConnell-style, uncaring and unapologetic obstruction, or at least the old Harry Reid, burn-the-place-down and taunt-the-flames kind of pushback. There’s already a vast library of liberal freak-out think pieces about Schumer’s refrain that he’s not going to say no to bills just because they have Trump’s name on them.

The View From the Field
Rising Democratic stars around the country diagnose their party’s problems.

What’s the Democratic Party’s greatest weakness right now?

“Our as yet unmet need for a standard-bearer to move us past the disappointments of 2016 and lead the opposition effort during the Trump presidency.”
—Cyrus Habib, lieutenant governor, Washington state

“[Democrats] are the true champions of economic empowerment for middle-class Americans and those who aspire to the middle class. … But that wasn’t successfully communicated in this election.”
—Elizabeth Brown, city councilmember, Columbus, Ohio

“Our inclination to over-learn some of the lessons from the last election. It would be a mistake to lose sight of what has made us the best party to represent a rapidly evolving nation: our inclusiveness.”
—Crisanta Duran, speaker of the House, Colorado State Assembly
Asked about what he’s been telling Trump in their private phone calls, Schumer is coy. “I said, ‘You ran against both the Democratic and Republican establishments—if you do that as president, you could get some things done, but if you just let the hard right capture your presidency, like with the Cabinet appointments,’” Schumer recounts, “‘it could well be a flop.’”

Relentless obstruction could easily be a trap, too. “My worry is that we lose focus. I don’t know what outrage to focus on a daily basis, and I worry that our caucus is going to pick way too many things to communicate, way too many things to display outrage about,” Murphy says, “and in the end, nothing will end up translating.”

***

Problem No. 3: The Midterms

If there’s anyone who can lay claim to having the worst job in Washington, it’s Chris Van Hollen. A freshman senator from Maryland, he has been charged with leading the Democrats’ efforts to retake the Senate in 2018. When Schumer, who is expected to stay central to fundraising and campaign strategy, announced Van Hollen’s role, he somewhat disingenuously described him as “our first choice”—as in first choice who didn’t say no.

Schumer and Van Hollen have a complex calculus ahead of them, driven not only by the need to keep the party base energized against Trump, but also the reality that 10 of their incumbents come from states Trump won and may often align with the president for their own survival. Senate Democrats were facing a terrible 2018 map before Trump, with 25 seats up for grabs, and their prospects have gotten notably worse, with races in already difficult spots like Missouri, North Dakota and West Virginia as the baseline, and potentially new territory opened up in Michigan, Ohio, Pennsylvania and Wisconsin, after Trump’s wins there. Republicans are defending eight seats, but only one in a state Clinton won.

A good way to make Van Hollen stop short and almost laugh is to ask him about candidate recruitment for next year. Sitting at a conference table in the Democratic Senatorial Campaign Committee’s headquarters on Capitol Hill, Van Hollen makes abundantly clear that the math he’s thinking about is how to stay as close to the current 48 as he can.

“Our focus,” he says, “will be on supporting our members, so we can hold the blue wall.”

Make it through 2018. Hope for 2020.

Van Hollen, who masterminded Democrats’ pickup of 21 House seats in 2008, only to lose 60 in the 2010 midterm wipeout, is seen as one of the party’s canniest strategists. It’s early days yet, but he and other top Democrats have already been studying the 2016 election returns in detail, searching for clues that can help them staunch the bleeding in 2018. One intriguing thing they’ve found: All those people who voted for both Obama and Trump look like reliable anti-Washington voters primed to boomerang against the GOP now that the other guys are in charge. Incumbents have been told to act as if they’re the mayors of their states. There’s talk of centralizing around a few easy and direct proposals, much shorter than the Republicans’ old Contract with America. Shortly before kicking off his candidacy, Van Hollen, notably, pitched a plan that would take $2,000 off the taxes of anyone earning less than $200,000 per year, reward savings and triple the child care tax credit.

As for those vexing red-state senators, “I don’t think anyone is running toward Trump. They’re running toward the issues that are important to the people in their states,” Van Hollen says. Maybe so. But get used to headlines about Heidi Heitkamp, Joe Manchin and Claire McCaskill going rogue.

If there is hope for the Democratic Party in the short term, it’s in the governors’ mansions they control now—and the ones they hope to control in the near future. Governors like Hickenlooper, Jay Inslee in Washington, Jerry Brown in California and Andrew Cuomo in New York are going to be blocking and tackling in their capitols, pushing state-level legislation on immigration, Medicare, environmental standards and reproductive rights. California Democrats have already hired Holder as a sort of warrior-lawyer, anticipating years of legal battles with Trump’s Washington.

On the other end of the spectrum is Montana Governor Steve Bullock, a Democrat who won reelection by 4 percentage points on the same day Trump won his state by more than 20, running on a record of Medicaid expansion, campaign finance reform, equal pay and expanding public education—on top of having issued more vetoes than any Montana governor in history. Instead of raging against Trump and the Republicans in Congress, Bullock wants to ignore them. “We as Democrats need to recognize that there’s no such thing as a national issue,” he says.

The View From the Field
Rising Democratic stars around the country diagnose their party’s problems.

What should the Democratic Party’s core message be?

“Donald Trump co-opted our core message, which is that voters want their leaders to step up and lead on their bread-and-butter issues. If Trump can’t deliver on his promises, we need to show that progressive economic polices are the pathway forward.”
—Lorena Gonzalez, state assemblywoman, California

“We are the party of opportunity and fairness. … Opportunity requires that Americans have a path to the middle class; fairness insists that path be open to all.”
—Mike Johnston, state senator, Colorado

“Trump wants to take us back to an economy of the past, which simply doesn’t exist anymore. Democrats have the opportunity to show how all Americans can be a part of the economy of the future, and how we need the diverse talents of all our people to be at our best.”
—Seth Moulton, U.S. representative, Massachusetts
All this positioning is building up to a heady 2017 and 2018, with governors’ races in nine swingy states where a Republican has been in charge the past eight years. Add in likely pickups in blue New Jersey this year and potentially Illinois, Maryland and Massachusetts next year, and Democrats could end up with a slew of new governors.

“You want models? I got models,” says Connecticut Governor Dannel Malloy, who’s doing another stint as chair of the Democratic Governors Association. Think Bullock in Montana, Roy Cooper in North Carolina and John Bel Edwards in Louisiana—Malloy argues that each 2018 race will need a tailored, locally smart strategy. But if there’s one tactic that binds them all together, it’s this: relentless aggression. Malloy blames 2016 on Democrats overestimating voters’ ability to see that they were being lied to by Trump and other Republicans. He has no intention of making the same mistake in 2018.

“We can’t assume anything,” Malloy says. “It’s going to be hand-to-hand combat.”

Some Democrats see a different lesson in 2016, with a takeaway best summed up by a Samuel L. Jackson line from Pulp Fiction: Personality goes a long way. On paper, Trump had none of the characteristics of a successful GOP nominee—a Manhattan billionaire who bragged about cheating on his first wife with the mistress who later became his second divorce, a closet full of skeletons and a history of cozying up to Democrats? But he was able to connect on such a visceral level that none of those liabilities mattered. What he also showed is how irrelevant parties are—before he pulled chunks of the Democratic base away from Clinton, he swallowed the strongest field of up-and-coming Republican leaders in decades, all while throwing conservative dogma in the toilet. Internalize that, Garcetti says, because “there’s no question that the next generation of voters for the next 50 years will be people who don’t wake up thinking about themselves as a Democrat or a Republican.”

Pick your movie analogy: People want more Jay Bulworth, less Tracy Flick. It often took a village of Clinton advisers just to produce one tweet; Trump pulls out his Android smartphone and lets loose. “Do your own social media for crying out loud. That authenticity is important,” New Jersey Senator Cory Booker advises. Democrats aren’t going to turn into Trump clones, dashing off grammatically challenged 140-character tirades at 3 a.m., but their politicians are trying to unlearn how to be politicians.

“Everybody who’s in elected office, who wants a future in this space, whatever you are, be it,” Atlanta’s Reed says. “Anybody can win right now. But I’ll tell you who will definitely lose: a fraud.”

***

Problem No. 4: The Obama Legacy

Several times since the election, between knocks on Clinton for running a low-energy campaign, Obama has compared this moment for Democrats to 2004, when George W. Bush was narrowly reelected, the House stayed Republican, and he and Ken Salazar were the only Democrats newly elected to a Republican-dominated Senate. Two years later, he points out, Democrats swept Congress. Two years after that, he’s the president.

What Obama conveniently leaves out is how significantly gerrymandering, enabled by state-level losses, has since tilted the House map for Republicans, how different that 2006 Senate map looked from what’s ahead, and how at this same point, four years out from Election Day 2008, it was pretty clear that Obama and Clinton and John Edwards and probably Biden and Bill Richardson and all the way down to Dennis Kucinich were going to run for president. Now, no one has any idea who the field will be in 2020, and no one outside Washington knows the names that get talked about in Washington.

“With Barack, we skipped a whole generation,” Biden told me in an interview in his West Wing office just over a week before Trump’s inauguration, when I asked him if he would run in 2020 and what that says about the party’s lack of young leaders. “There’s also been times when it looked like there were a lot of qualified people who were younger, and all of a sudden you turn to the older folks in the party.” He didn’t name any.

Warren might spark a movement, and she could almost certainly count on winning New Hampshire, but she would be 71 and make a lot of Democrats worry she would take the party too far left. Booker can, and likes to assert that he can, tap into an Obama-esque post-racial aspirationalism. Cuomo would have a socially progressive, fiscal centrist record to tout. Many are talking up Kamala Harris, though almost none of them know anything about the new California senator other than that she’s a multi-ethnic woman; few have heard her speak or couldn’t identify a single policy position she holds. Other names get tossed around—Hickenlooper, New York Senator Kirsten Gillibrand, Ohio Senator Sherrod Brown, former Massachusetts Governor Deval Patrick.

“There isn’t a clear tier-one level of elected officials jumping out right now,” says Mitch Stewart, Obama’s 2012 battleground states director and now a Democratic operative working with some of the up-and-coming talent. “There’s so much more oxygen in the run-up to this next election than there has been previously, that leaders in industry, leaders in nonprofit, leaders in service outside of politics can take a real look at the 2020 race.”

And so conversations tip to the likes of Sheryl Sandberg, Mark Zuckerberg, Mark Cuban, Tom Steyer, Tom Hanks. There’s always the George Clooney fantasy. Meryl Streep wasn’t even done with her Trump-bashing speech at the Golden Globes before that idea started going around, at least informally.

In the meantime, Democrats face a dangerous period in which it’s not clear who is calling the shots. Obama and Biden have both rethought their retirement plans to help shape the next generation of Democrats—Obama focused more on rebuilding party infrastructure, cultivating the grass roots and potentially meeting with presidential candidates as 2020 gets closer; Biden more engaged with nurturing talented up-and-comers. But both are determined to sit out day-to-day politics, people close to them say, though Trump could easily goad either or both of them back into the fray.

“What I was able to do during my campaigns, I wasn’t able to do during midterms,” Obama said. “I didn’t crack the code on that.”

Many Democrats want Obama now to be the field marshal on the campaign trail and the architect of the revival, if only out of penance for the eight years of Democratic decimation on his watch—a record that culminated in his sharing a limo from the White House to the Inauguration with a man once thought to be the most unelectable major-party nominee in generations.

“You’re right,” Obama said at his good-riddance-to-2016 news conference when I asked him about those critiques. “What I was able to do during my campaigns, I wasn’t able to do during midterms. It’s not that we didn’t put in time and effort into it. I spent time and effort into it, but the coalition I put together didn’t always turn out to be transferable.” Obama blamed some of the losses on the inherent pushback to one party being in power, some to “deep-standing traditional challenges for Democrats, like during off-year elections, the electorate is older and we do better with a younger electorate.”

“I didn’t crack the code on that,” Obama acknowledged, “and if other people have ideas about how to do that even better, I’m all for it.”

***

Problem No. 5: Trump

You could park Trump Force One in the gap between Democrats’ capabilities and their ambitions. They’re eager to crush Trump not just for the sake of stopping the changes he’s pursuing—they want to embarrass him personally, and they look at 2020 as a chance to pretend that he was never really elected, that America didn’t put him in the same seat as Abraham Lincoln and Teddy Roosevelt and Franklin D. Roosevelt and John F. Kennedy.

They are petrified that everyone will keep underestimating Trump and will be busy fighting over basic values while the president and his Republican majority roll over them and roll back most of what they fought for during the past eight years. Elections are usually won on pocketbook issues; nobody really knows how it would work to run on abstract concepts like freedom of the press or transparency—but many Democrats are tempted to turn their opposition to Trump into a crusade to save America itself.

“We’ve never had to have a conversation about reselling democracy,” says Murphy. “Liberals scoffed at his talk of jailing journalists and throwing out major portions of the Constitution, because we just sort of assumed that everybody’s on board with this thing called American democracy.”

“The conversations that I’m having in the cloakroom, in texts and on the phone, reflect a caucus that is not about politics right now,” agrees Booker. “This is a crisis moment in America.”

There is no time for any of it: no time to debate what the party should focus on, no time to recruit candidates, no time to identify new leaders, no time to rebuild Democrats’ core of operations, no time to unpack everything that went wrong in the 2016 campaign, no time to build a legislative strategy, no time to wrap their heads around how much change is coming to America and American politics.

After decades of neglect, there’s nothing else, either.

“The Democratic Party now is left literally at zero—zero dollars in the bank, zero infrastructure as the Clinton campaign closes up shop,” wrote Democratic National Committee consultant Donnie Fowler in a post-mortem ordered by outgoing interim chair Donna Brazile, “and, most importantly, zero majority control in Washington and in 33 of the states.”

On the other hand, Trump could be the Democrats’ salvation. He’s already deeply unpopular, and midterms tend to go badly for the party in the White House. It’s tempting for Democrats to think all they need to do is wait for their adversaries to defeat themselves. Or that some reporter will finally discover the Holy Grail of Donald Trump scoops—the story that will take him, and the GOP, down. Or that Republicans will continue to overreach and get eaten by a Trump tweet the way they did the very first day of this Congress with the attempt to scrap the Office of Congressional Ethics. Or that the savior candidate will come from nowhere and rescue the party by sheer force of personality—another Obama.

“Elections are only as bad as the next one,” Garcetti says, “when suddenly the impossible becomes possible.”

Whatever the truth of that statement, the next two and four years are going to be all about Trump. Anson Kaye, one of Clinton’s top media consultants, has been spending the weeks since the election giving a presentation on what happened and what he thinks has to happen now. It ends like this: “Trump is a radical. / Which makes him an opportunity. / Values first. / Stand up (for the little guy/against bullies/in the line of fire) / Talk like a normal person. / Protect the right to vote. / Treat 2018 like a national election. / Target governors and state legislators.”

Then on the final slide: “Be clear-eyed about the America we live in.”

Voir encore:

At the base of Trump’s support

Salena Zito

Trib Live
Aug. 20, 2016

RUFFSDALE

If you drive anywhere in Pennsylvania, from the turnpike to the old U.S. routes to the dirt roads connecting small towns like Hooversville with “bigger” small towns like Somerset, you might conclude that Donald Trump is ahead in this state by double digits.

Large signs, small signs, homemade signs, signs that wrap around barns, signs that go from one end of a fence to another, all dot the landscape with such frequency that, if you were playing the old-fashioned road-trip game of counting cows, you would hit 100 in just one small town like this one.

In Ruffsdale, I am pretty sure I saw more than 100 Trump signs.

It’s as if people here have not turned on the television to hear pundits drone on and on about how badly Trump is losing in Pennsylvania.

It’s not just visual: In interview after interview in all corners of the state, I’ve found that Trump’s support across the ideological spectrum remains strong. Democrats, Republicans, independents, people who have not voted in presidential elections for years — they have not wavered in their support.

Two components of these voters’ answers and profiles remain consistent: They are middle-class, and they do not live in a big city. They are suburban to rural and are not poor — an element I found fascinating, until a Gallup survey last week confirmed that what I’ve gathered in interviews is more than just freakishly anecdotal.

The Gallup analysis, based on 87,000 interviews over the past year, shows that while economic anxiety and Trump’s appeal are intertwined, his supporters for the most part do not make less than average Americans (not those in New York City or Washington, perhaps, but their Main Street peers) and are less likely to be unemployed.

The study backs up what many of my interviews across the state found — that these people are more concerned about their children and grandchildren.

While Trump supporters here are overwhelmingly white, their support has little to do with race (yes, you’ll always find one or two who make race the issue) but has a lot to do with a perceived loss of power.

Not power in the way that Washington or Wall Street board rooms view power, but power in the sense that these people see a diminishing respect for them and their ways of life, their work ethic, their tendency to not be mobile (many live in the same eight square miles that their father’s father’s father lived in).

Thirty years ago, such people determined the country’s standards in entertainment, music, food, clothing, politics, personal values. Today, they are the people who are accused of creating every social injustice imaginable; when anything in society fails, they get blamed.

The places where they live lack economic opportunities for the next generation; they know their children and grandchildren will never experience the comfortable situations they had growing up — surrounded by family who lived next door, able to find a great job without going to college, both common traits among many successful small-business owners in the state.

These Trump supporters are not the kind you find on Twitter saying dumb or racist things; many of them don’t have the time or the patience to engage in social media because they are too busy working and living life in real time.

These are voters who are intellectually offended watching the Affordable Care Act crumble because they warned six years ago that it was an unworkable government overreach. They are the same people who wonder why President Obama has not taken a break from a week of golfing to address the devastating floods in Louisiana. (As one woman told me, “It appears as if he only makes statements during tragedies if there is political gain attached.”)

Voice such a remark, and you risk being labeled a racist in many parts of America.

The Joe-Six-Pack stereotype of a Trump supporter was not created in a vacuum; it’s real and it’s out there. Yet, if you dig down deep into the Gallup survey — or, better yet, take a drive 15 minutes outside of most cities in America — you will learn a different story.

That is, if you look and listen.

Voir enfin:

Year In Review
The Eight Great Powers of 2017

In 2016, Russia surpassed Germany, and Israel joined the list for the first time

Walter Russell Mead & Sean Keeley

1. The United States of America

No surprise here: as it has for the last century, the United States remains the most powerful country on earth. America’s dynamic economy, its constitutional stability (even as we watch the Age of Trump unfold), its deep bench of strong allies and partners (including 5 of the 7 top powers listed below), and its overwhelming military superiority all ensure that the United States sits secure in its status on top of the greasy pole of international power politics.

Not that American power increased over the past year. 2016 may have been the worst year yet for the Obama Administration, bringing a string of foreign policy failures that further undermined American credibility across the world. In Syria, Russia brutally assisted Assad in consolidating control over Aleppo and sidelined Washington in the subsequent peace talks. China continued to defy the American-led international order, building up its military presence in the South China Sea and reaching out to American allies like the Philippines. Iran and its proxies continued their steady rise in the Middle East, while the Sunnis and Israel increasingly questioned Washington’s usefulness as an ally. Meanwhile, the widespread foreign perception that Donald Trump was unqualified to serve as the President of the United States contributed to a growing chorus of doubt as to whether the American people posses the wit and the wisdom to retain their international position. Those concerns seemed to be growing in the early weeks of 2017.

In the domestic realm, too, America’s leaders did little to address the country’s pressing long-term economic problems, nor did they inspire much confidence in the potential for effective bipartisan cooperation. The populist surge that almost gave the Democratic nomination to the Socialist senator Bernie Sanders and brought Donald J. Trump to the White House was a sign of just how alienated from politics as usual many Americans have become. Foreigners will be watching the United States closely in 2017 to see whether and how badly our internal divisions are affecting the country’s will and ability to pursue a broad international agenda.

Still, for all this gloom, there was good news to be had. Fracking was the gift that kept on giving, as the United States surpassed Saudi Arabia and Russia to become the country with the world’s largest recoverable oil assets and American businesses discovered new innovations to boost their output. The economy continued its steady growth and unemployment fell to a pre-financial crisis low, with the Fed’s year-end interest rate hike serving as a vote of confidence in the economy’s resilience.

As the Trump administration gets under way, the United States is poised for what could be the most consequential shift in American policy in several generations. On some issues, such as the shale revolution, Trump will build on the progress already made; in other areas, such as China’s maritime expansionism or domestic infrastructure, his policies may bring a welcome change; in others still, Trump’s impulsiveness could well usher in the dangerous consequences that his liberal detractors so fear.

But regardless of what change the coming year brings, it is important to remember that America’s strength does not derive solely or primarily from the whims of its leaders. America’s constitutional system, its business-friendly economy, and the innovation of its people are more lasting sources of power, proving Trump critics right on at least one count: America has never stopped being great.

2.  China (tie)

In 2016, China cemented its status as the world’s second greatest power and the greatest long-term challenger to the United States. In the face of American passivity, Beijing projected power in the South and East China Seas, built up its artificial outposts and snatched a U.S. military drone at year’s end. Aside from its own forceful actions, China also enjoyed several strokes of good fortune in 2016, from the election of a China-friendly populist in the Philippines to the demise of the Trans-Pacific Partnership, which will grant China a new opportunity to set the trade agenda in the Asia-Pacific.

China continued to alternate between intimidating and courting its neighbors, scoring some high-profile victories in the process. Most prominent was the turnaround from Manila, as the new Philippine president Rodrigo Duterte embraced China: in part because of his anti-Americanism, but also thanks to Chinese support for his anti-drug campaign and the promise of lucrative trade ties and a bilateral understanding on the South China Sea. Beijing also cannily exploited the Malaysian Prime Minister’s disillusionment with the United States to pull him closer into Beijing’s orbit, while pursuing cozier ties with Thailand and Cambodia.

Not all the news was good for Beijing last year. For every story pointing to Beijing’s growing clout on the world stage, there was another pointing to its inner weakness and economic instability. Over the course of the year, Chinese leaders found themselves coping with asset bubbles, massive capital flight, politically driven investment boondoggles, pension shortfalls, brain drain, and a turbulent bond market. The instinctual response of the Chinese leadership, more often than not, was for greater state intervention in the economy, while Xi sidelined reformers and consolidated his power. These signs do not suggest confidence in the soundness of China’s economic model.

And despite the gains made from flexing its military muscle, there have been real costs to China’s aggressive posture. In 2016, Vietnam militarized its own outposts in the South China Sea as it watched China do the same. Indonesia began to pick sides against China, staging a large-scale exercise in China-claimed waters. Japan and South Korea agreed to cooperate on intelligence sharing—largely in response to the threat from North Korea, but also, implicitly, as they both warily watch a rising Beijing. And India bolstered its military presence in the Indian Ocean in response to China’s ongoing “string of pearls” strategy to project power there. For all its power, then, China is also engendering some serious pushback in its neighborhood.

The new year finds China in an improved position but also a precarious one, as its economic model falters and it seeks to break out of its geopolitical straitjacket.

2. Japan (tie)

Here at TAI we have long argued that Japan is a perennially underrated global power whose influence has been steadily increasing over the past few years. 2016 saw that trend continue, thanks to smart diplomacy from Prime Minister Shinzo Abe and a widespread anxiety over China’s aggression that drove many of its neighbors toward greater cooperation with Tokyo.

In 2016, Japan continued to be at the forefront of opposition to China, pushing back against Chinese incursions and pursuing partnerships with other Asian states that are similarly troubled by China’s rise. In its own neighborhood, in the East China Sea, Japan upped its deterrence posture and announced plans to deploy a tactical ballistic missile shield. Tokyo also took a firmer stance on the South China Sea dispute (to which it is not a party) as it sought to rally claimants who are similarly fed up with China’s aggression. The threat from North Korea also strengthened Japan, allowing Tokyo and Seoul to find common ground on missile defense and an intelligence-sharing pact that infuriated Beijing. Farther abroad, Japan inked a landmark civil nuclear deal with India and continued to lay the groundwork for a promising partnership with New Delhi.

Not every Japanese initiative paid off: despite much hoopla about the Putin-Abe summit, Japan made little headway with Russia in their decades-old islands dispute. But on the whole, Abe can claim a remarkably successful year in foreign policy. Abe’s nationalist outlook and push for Japanese remilitarization remain controversial at home, but his record-high approval ratings and the ongoing reality of Chinese aggression have vindicated him for now.

America’s erratic course in the Pacific created both problems and opportunities for Japan. Obama’s dithering, Trump’s irascibility, and the collapse of American support for TPP meant that both friends and rivals became wary of an increasingly unpredictable United States. America’s unsteady course pushed Japan toward a more visible leadership role in the region, and Japan’s role in the construction of a maritime alliance to balance China took on a much higher profile than before. Japanese nationalists welcomed the country’s newly assertive regional stance, but they worried about the reliability of Japan’s most important ally.

On the economic front, Japan’s year was less successful. Economic growth continued to be sluggish for much of 2016, despite a better-than-expected third quarter. The demise of the Trans-Pacific Partnership was another setback, dealing a blow to Japan’s economic strategy and its efforts to contain China. Still, Japan remains the world’s third-largest economy, and it shrewdly wielded its financial clout in countries like Myanmar and Sri Lanka as it sought to counter China’s checkbook diplomacy. All in all, Japan in 2016 continued to prove its mettle, acting not only as a powerful balance against China but as a major power in its own right.

4. Russia

Russia rose in our power rankings this year as Vladimir Putin continued to punch above his weight, defying predictions of economic collapse and military quagmire. The country once dismissed by President Obama as a “regional power” acting out of weakness ran circles around the United States in Syria, held its ground in Ukraine, weathered an economic storm at home, watched cracks widen in the European Union, and inserted itself into the heart of the American presidential election.

Putin scored both tactical and symbolic victories in Syria, allowing Assad to retake Aleppo while repeatedly humiliating the United States in the process. Russia’s ability to sideline the U.S. in post-Aleppo peace talks only confirmed that Russia, not the U.S., has become the major power broker in the county. Meanwhile, Putin’s reconciliation with Erdogan, NATO’s most estranged ally, positions Russia well to drive a wedge between Turkey and the West while laying the groundwork for a favorable settlement in Syria.

Closer to home, Russian troops continued to forestall any lasting peace in Ukraine, rendering any talk of EU or NATO integration a moot point. Russia-friendly leaders were elected in Georgia, Estonia, and Moldova, while the EU was buffeted by the shocks of Brexit, Eurosceptic populist insurgencies across the continent, and an ongoing stream of refugees, created in large part by Russia’s actions in Syria.

Putin’s fortunes took another upturn in November, when the United States elected Donald Trump, who has consistently promised to pursue friendlier ties with Moscow. The post-election uproar over Russia’s hacking of the DNC, and the dubious assertion that Trump will be Putin’s Manchurian candidate also played right into Putin’s hands, creating an impression that the all-powerful Putin holds the American electoral process in his hands.

When faced with these victories, it is worth remembering Russia’s many underlying weaknesses. Russia remains a weakly institutionalized state, subject to the whims of its strongman leader, and torn by long-simmering ethnic divisions and vast inequality. Its economy is resource-dependent and highly vulnerable to price shocks. Its military capabilities are laughably out of sync with the superpower image it attempts to project around the world. None of these realities changed this year, and all of them undermine Russia’s long-term potential as a great power. But 2016 showed that in a world of weak opponents, Russia can punch well above its weight. In the country of the blind, the one-eyed man is king.

5. Germany

Germany was ahead of Russia in last year’s power rankings. This year, their positions are reversed. Partly, this is because Putin had a good year; partly, it is because Germany, and Germany’s project in Europe, had a bad one.

As we wrote last year, Germany is locked in a long-term fight with Russia over the future direction of Europe. Germany wants a Europe in which European policies and laws are decided by EU institutions without outside interference. Germany’s dream is Russia’s nightmare; for hundreds of years Russia has had a say in almost every important question in Europe. Russia’s most important economic interests and, historically at any rate, its most important security concerns are European. The idea that a bunch of bureaucrats in Brussels can decide what rules Gazprom must obey, or how Russian minorities in the Baltic states are to be treated strikes many Russians (even many of Putin’s opponents) as unacceptable. Russia wants to be involved in European decision making about defense, about trade, about migration and about the Middle East. It wants a veto over NATO and EU expansion, and it wants a larger say in how these institutions work. It wants to bring power back into European politics, and to revive the old fashioned games of balance of power. Russia wants to tear down the edifice that Germany is trying to build.

In 2016, the wrecking ball gained on the construction crew. It wasn’t just the Brexit vote, though that vote was a profound shock to the European system and its rippling aftershocks continue to shake the foundations of the EU. There were also the continuing gains in public opinion polls of parties (both on the right and on the left) who oppose the current version of the European project in countries like France, Italy and the Netherlands—all among the six original founding members of the EU. It was the continuing rise to power of “illiberal democrats” in countries like Poland and Hungary. It was the continuing impasse over the euro and the corrosive fallout of the eurocrisis. It was the shock of Syrian and North African migrants, flocking into Europe and setting the EU countries against one another, even as Chancellor Merkel weakened her authority at home and abroad by a poorly thought out if warm hearted response to the crisis. It was the abrupt deterioration in EU-Turkish relations, and the painful realization in Brussels and Berlin that the EU will have to swallow its pride and concerns for human rights in order to prevent Turkey’s emerging strongman from blackmailing Europe with the threat of opening the floodgates for migration from Syria, Afghanistan and other troubled Islamic countries.

Europe was less united, less confident and less strong at the end of 2016 than it was at the beginning. With the election of Donald Trump, a man whose sympathies seem to lie more with the wrecking ball than with the construction crew, Europe’s prospects could darken still more. And with them, Germany’s clout could diminish further.

6. India

Like Japan, India is often overlooked in lists of the world’s great powers, but it occupies a rare and enviable position on the world stage. India is the world’s largest democracy, home to the second-largest English-speaking population in the world and boasting a diversified and rapidly growing economy. On the geopolitical front, India has many suitors: China, Japan and the United States are all seeking to incorporate India into their preferred Asian security architecture, while the EU and Russia court New Delhi for lucrative trade and defense agreements. Under the leadership of Narendra Modi, India has deftly steered its way among these competing powers while seeking to unleash its potential with modernizing economic reforms.

Not that Modi’s economic reforms are going all that well; the public backlash resulting from Modi’s hasty demonetization policy this year showcases the perils of overzealous reform. And India’s rapid growth trajectory has brought other crises that the government has been ill-equipped to address, India’s accelerating air pollution being the most visible example. Meanwhile, the escalation of the Kashmir conflict with Pakistan threatened to edge two bitterly opposed nuclear powers to the brink of war.

Despite these internal problems and the Pakistan scare, India found its footing elsewhere in 2016. Long hesitant to pick sides, New Delhi took several clear steps this year to deter a rising and aggressive China, announcing that it would fast-track its defense infrastructure projects in the Indian Ocean, amid fears that China was trying to encircle India with a “string of pearls.” Likewise, Modi explored new naval cooperation with both the United States and Japan, and signed a host of defense deals with Russia, France and Israel to modernize the Indian military. From the Middle East and East Africa to Southeast Asia, India is making its presence felt in both economics and security policy in ways that traditional great powers like Britain and France only wish they could match.

7. Iran

The proxy wars between Saudi Arabia and Iran continued unabated throughout 2016, and as we enter the new year Iran has confidently taken the lead. Saudi Arabia remains a formidable power, but it was Iran that pulled ahead in the last 12 months.

Throughout 2016, Iranian proxies were on the march across the Middle East, and the Shi’a Crescent seemed closer to reality than ever before. In Lebanon, Tehran rejoiced at the growing clout of Hezbollah and the election of Shi’a-friendly Michel Aoun, while the Saudis bitterly cut off aid in a sign of their diminishing influence in Beirut. And in Syria, Shiite militias helped to retake Aleppo and turn the tide for Assad. Iran was also gaining ground in Iraq. More disquieting than all this, from the Saudi perspective, were developments in Yemen. Iran-backed Houthi rebels took the fight to the Saudi-backed government in a war that has already claimed 10,000 lives.

Meanwhile, the fruits of the nuclear deal continued to roll in: high-profile deals with Boeing and Airbus sent the message that Iran was open for business, while Tehran rapidly ramped up its oil output to pre-sanctions levels.

2017 may be a more difficult year for Tehran; one of the mullahs’ most important assets, President Obama, is no longer in office and, as far as anybody can tell, the Trump administration seems more concerned about rebuilding ties with traditional American allies in the region than in continuing Obama’s attempt to reach an understanding with Iran.

8. Israel

This year there’s a new name on our list of the Eight Greats: Israel. A small country in a chaotic part of the world, Israel is a rising power with a growing impact on world affairs. Although 2016 saw the passage of yet another condemnation of Israel at the United Nations, this time in the Security Council thanks to an American decision to abstain rather than veto, overall the Jewish state continues to develop diplomatic, economic and military power and to insert itself into the heart of regional politics.

Three factors are powering Israel’s rise: economic developments, the regional crisis, and diplomatic ingenuity. Looking closely at these tells us something about how power works in the contemporary world.

The economic developments behind Israel’s new stature are partly the result of luck and location, and partly the result of smart choices. As to the luck and location factor, large, off-shore discoveries of natural gas and oil are turning Israel into an energy exporter. Energy self-sufficiency is a boost to Israel’s economy; energy exports boost Israel’s foreign policy clout. In 2016 Erdogan’s Turkey turned on most of its NATO and Western allies; ties with Israel strengthened. Turkey’s Islamist ruler wants gas, and he wants to limit Turkey’s dependence on Russia. Israel is part of the answer.

But beyond luck, Israel’s newfound clout on the world stage comes from the rise of industrial sectors and technologies that good Israeli schools, smart Israeli policies and talented Israeli thinkers and entrepreneurs have built up over many years. In particular, Israel’s decision to support the rise of a domestic cybersecurity and infotech economy has put Israel at the center of the ongoing revolution in military power based on the importance of information control and management to 21st century states. It is not just that private investors all over the world look to invest in Israel’s tech startups; access to Israeli technology (like the technology behind the Iron Dome missile system) matters to more and more countries. It’s not just America; India, China and Russia all want a piece of Israeli tech wizardry.

Other, less glamorous Israeli industries, like the irrigation, desalinization and dry land farming tech that water poor Israel has developed over the decades play their part. Israel’s diplomatic outreach to Africa and its deepening (and increasingly public) relationship with India benefit from Israel’s ability to deliver what people in other countries and governments want.

The second factor in Israel’s appearing on our list is the change in the Middle Eastern balance of power that has transformed Israel from a pariah state to a kingmaker. On the one hand, Syria, one of Israel’s most vociferous enemies and biggest security threats in the old days, has now been broken on the wheel. What has happened in Syria is a terrible human tragedy; but in the cold light of realpolitik the break up of Syria further entrenches Israel’s military supremacy in its immediate neighborhood. Egypt hates Hamas, ISIS and Islamic Jihad as much as Israel does; never has Egyptian-Israeli security cooperation been as close as it is today. Even more consequentially, the rise of Iran and its aspirations to regional hegemony on the one hand and the apparent support for its dreams from the Obama administration made Israel critical to the survival of the Sunni Arabs, including the Gulf states, who loathe Iran and fear a Shia victory in the religious conflict now raging across the Middle East. The Arab Establishment today has two frightening enemies: radical jihadi groups like ISIS on one side, and Iran on the other. Israel has a mix of intelligence and military capabilities that can help keep the regional balance stable; privately and even not so privately many prominent Arab officials today will say that Israeli support is necessary for the survival of Arab independence.

Finally, Israel has managed, uncharacteristically, to advance its global political agenda through effective and even subtle diplomacy. Just as Israel was able to strengthen its relationship with Turkey even as Turkish-U.S. and Turkish EU relations grew distant, Israel has been able to build a realistic and fruitful relationship with Russia despite Russia’s standoff with the west over Ukraine, and Russia’s ties with Iran. The deepening Israel-India relationship has also required patience and skill. Israel’s diplomatic breakthroughs in relations with African countries who have been hostile to Israel since the 1967 war were also built through patient and subtle diplomacy, often working behind the scenes. That behind-the-scenes outreach diplomacy has also helped Israel achieve new levels of contact and collaboration with many Arab countries.

It is not, of course, all sweetness and light. Hezbollah has tens of thousands of missiles aimed at Israel and, thanks to Iran’s victories in Syria, it can now enjoy much more reliable supplies from its patron. The Palestinian Question is as far from a solution as possible, and even as they fragment and squabble among themselves, the Palestinians continue to fight for Israel’s delegitimation in the UN and elsewhere. Israeli politics are as volatile and bitter as ever. The kaleidoscopic nature of Middle East politics means that  today’s hero can be tomorrow’s goat. While the breakdown of regional order has so far been a net positive for Israel’s security and power, things could change fast. In ISIS coup in Saudi Arabia, the collapse of Jordan, the fall of the Sisi government in Egypt: it is not hard to come up with scenarios that would challenge Israel in new and dangerous ways.

Former President Obama and his outgoing Secretary of State, John Kerry (neither widely regarded these days as a master of geopolitics), frequently warned Israel that its policies were leaving it isolated and vulnerable. This is to some degree true: European diplomats, American liberals and many American Jews are much less sympathetic to Israel today than they have been in the past. Future Israeli leaders may have to think hard about rebuilding links with American Democrats and American Jews.

But for now at least, Israel can afford to ignore the dismal croaking of the outgoing American administration. One of a small handful of American allies to be assiduously courted by the Trump campaign, Israel begins 2017 as the keystone of a regional anti-Iran alliance, a most-favored-nation in the White House, and a country that enjoys good relations with all of the world’s major powers bar Iran. Teodor Herzl would be astonished to see what his dream has grown into; David Ben-Gurion would be astounded by the progress his poor and embattled nation has made.


Investiture Trump: Attention, un Roosevelt peut en cacher un autre (Will Trump be a Republican Roosevelt ?)

23 janvier, 2017
Campaign Posters3
vetoesobama-fdr-new-new-dealdemo-reagantrump-roosevelt-jpg
chart-presidents-ranked2016electionresults2016_presidential_election_by_county-svgdc-by-raceSans malveillance envers quiconque, avec charité pour tous, avec fermeté dans la justice, pour autant que Dieu nous accorde de voir ce qui est juste, efforçons-nous d’achever l’ouvrage dans lequel nous sommes engagés, de panser les plaies de la nation. Abraham Lincoln (second discours d’investiture, 1864)
La seule chose dont nous devons avoir peur est la peur elle-même — l’indéfinissable, la déraisonnable, l’injustifiable terreur qui paralyse les efforts nécessaires pour convertir la déroute en marche en avant. Franklin D. Roosevelt
Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous; demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays. John F. Kennedy (1961)
Dans cette crise actuelle, l’État n’est pas la solution à notre problème ; l’État est le problème. De temps en temps nous avons été tentés de croire que la société est devenue trop complexe pour être contrôlée par la discipline de chacun, que le gouvernement par une élite était supérieur au gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. Et bien, si personne parmi nous n’est capable de se gouverner lui-même, alors qui parmi nous a la capacité d’en gouverner un autre ? Ronald Reagan
Nous sommes toujours une nation jeune, mais, dans les mots de la Sainte Ecriture : le temps est venu de mettre de côté les choses de l’enfance. Barack Hussein Obama (janvier 2009)
Aujourd’hui non seulement nous transférons le pouvoir d’une administration à une autre ou d’un parti à un autre, mais nous transférons le pouvoir de la capitale Washington et le donnons à nouveau à vous, le peuple Américain. (…) Le temps des paroles creuses est fini. Maintenant, c’est l’heure de l’action. (…) Une nouvelle fierté nationale va animer nos âmes, élever nos regards et guérir nos divisions. Il est temps de se remémorer ce vieux dicton que nos soldats n’oublieront jamais: que l’on soit noir, métis ou blanc, le même sang patriote court dans nos veines, nous jouissons tous des mêmes libertés et nous saluons tous le même grand drapeau américain. Et qu’un enfant soit né dans la banlieue de Detroit ou dans les plaines balayées par les vents du Nebraska, ils regardent tous le même ciel la nuit, leur coeur est plein des mêmes rêves et ils sont habités du même souffle de vie du Créateur tout-puissant. Ainsi, à tous les Américains, dans chaque ville, qu’elle soit proche ou lointaine, petite ou grande, d’une montagne à l’autre, d’un océan à l’autre, entendez ces mots: vous ne serez plus jamais ignorés. (…) Ensemble nous allons rendre à l’Amérique sa force. Nous allons rendre à l’Amérique sa prospérité. Nous allons rendre à l’Amérique sa fierté. Nous allons rendre à l’Amérique sa sécurité. Et oui, ensemble, nous allons rendre à l’Amérique sa grandeur. Donald J. Trump
 Nous avons dû lutter contre les vieux ennemis de la paix, le monopole industriel et financier, la spéculation, la banque véreuse, l’antagonisme de classe, l’esprit de clan, les profiteurs de guerre. Ils avaient commencé à considérer le gouvernement des Etats-Unis comme un simple appendice de leurs affaires privées. Nous savons aujourd’hui qu’il est tout aussi dangereux d’être gouverné par l’argent organisé que par le crime organisé. Franklin Roosevelt (1936)
L’establishment de Washington et les corporations financières qui l’ont financé existent pour une seule raison : se protéger et s’enrichir eux-mêmes. Cet establishment politique défaillant et corrompu est responsable des désastreux accords commerciaux. Il a détruit nos usines et nos emplois, qui ont fui vers la Chine, le Mexique et d’autres pays .. C’est une structure de pouvoir globale dont les décisions économiques ont pillé la classe ouvrière, dépouillé notre pays de sa richesse et mis cet argent dans les poches de grandes corporations et d’entités politiques. Donald Trump
We are the only country in the advanced world that makes it harder to vote rather than easier. And that dates back—there’s an ugly history to that. That we should not be shy about talking about … I’m talking about voting rights. The reason we are the only country among advanced democracies that makes it harder to vote is that it traces directly back to Jim Crow and the legacy of slavery. And it became sort of acceptable to restrict the franchise. And that’s not who we are. That shouldn’t be who we are. That’s not when America works best. So I hope that people pay a lot of attention to making sure that everybody has a chance to vote. Make it easier, not harder. This whole notion of voting fraud—this is something that is constantly has been disproved. This is fake news. The notion that there are a whole bunch of people out there who are going out there and not eligible to vote and want to vote. We have the opposite problem. We have a whole bunch of people who are eligible to vote who don’t vote. And so the idea we put in place the idea of a whole bunch of barriers to people voting doesn’t make sense. Barack Hussein Obama
President Obama says the effort to ensure ballot integrity “traces directly back to Jim Crow and the legacy of slavery.” This is idiotic. When Democrats imposed Jim Crow laws across the South in the wake of Reconstruction, they relied on poll taxes and ridiculously difficult or ambiguous tests — administered only, apparently, to African Americans who hadn’t finished a certain grade level — to maintain Democratic Party control. Voter ID had nothing to do with it. But no one ever said that Barack Obama knows anything about history. John Hinderaker
We already ask that people prove who they are in order to rent a car, buy a mortgage, or travel abroad — and I believe we should go further by taking the same approach to protect voting rights. In many other transactions, ID is an essential requirement — voting for a democratically elected government, your MP, or your councillor is one of the most important transactions someone can make and it is right that in turn their identity and the security of their vote should be protected. Chris Skidmore (Britain’s minister for the Constitution)
At his final press conference, Obama promised that he would continue to fight voter-ID laws and other measures designed to improve voting integrity. The U.S. is “the only country among advanced democracies that makes it harder to vote,” he claimed. “It traces directly back to Jim Crow and the legacy of slavery, and it became sort of acceptable to restrict the franchise. . . . This whole notion of election-voting fraud, this is something that has constantly been disproved. This is fake news.” The argument over whether or not there is voter fraud will rage on, in part because the Obama administration has spent eight years blocking states from gaining access to federal lists of non-citizen and other possibly illegal voters. Even so, there is abundant evidence that voter fraud is easy to commit. The Heritage Foundation’s website contains hundreds of recent examples of people convicted of stealing votes. But Obama’s first statement, that the U.S. is unique in trying to enforce ballot integrity, is demonstrably false. All industrialized democracies — and most that are not — require voters to prove their identity before voting. Britain was a holdout, but last month it announced that persistent examples of voter fraud will require officials to see passports or other documentation from voters in areas prone to corruption. In 2012, I attended a conference in Washington, D.C., of election officials from more than 60 countries; they convened there to observe the U.S. presidential election. Most were astonished that so many U.S. states don’t require voter ID. Lawyers with whom I spoke are also astonished to see Obama link voter ID with the Jim Crow era. (…) Which is precisely why it’s so disappointing to see Barack Obama use it to raise baseless fears that voter ID is a racist form of voter suppression. Even as he leaves office, the president who promised to unify us is continuing his level best to polarize and divide us. John Fund
Are you scratching your head and wondering, Since when did liberals and the Left embrace a sunny, light-filled vision of the United States? If so, you’re not misremembering things. These are the same liberal elites who have been telling us for decades that America is shot through with an ever-expanding array of hatreds and injustice that disenfranchise large portions of the population and force them to live in fear. (…) These thoroughly representative members — and products — of the cultural elite are the same people who have given us “safe spaces” and “allyship” on college campuses, under the preposterous notion that any American college student who is not white, male, and heterosexual is “unsafe.” The Left has developed a typology of American students as victims, their allies, and their presumed oppressors. (…) The press, the campus-rape bureaucracy, and an army of federal regulators proclaim that terrified college co-eds are living through a rape tsunami, which can be eradicated only by campus kangaroo courts. So rapidly does American oppression metastasize into new forms, in the eyes of the Left, that the Left is constantly forced to coin a new vocabulary for it: microaggression, intersectionality, institutional racism, white privilege, cis privilege, implicit bias, etc. The media’s contempt for Trump’s use of the phrase “carnage” to describe the rising violence in the inner city is particularly ludicrous. The press has slavishly amplified the Black Lives Matter claim that we are living through an epidemic of racist police shootings of black men. A New York Times editorial from July 2016 was titled “When Will the Killing Stop?” That same month, President Barack Obama asserted that black mothers and fathers were right to fear that their child will be killed by a cop — remarkably, he made this claim during the memorial service for five Dallas police officers gunned down by a Black Lives Matter–inspired assassin. (…) So if Trump is so contemptibly misguided in his description of the rising street violence over the last two years as “carnage,” how does that criminal violence compare with the supposed epidemic of cop killings of black men? In 2015, the last year for which we have official national data, more than 6,000 black males, according to the FBI, were killed by criminals, themselves overwhelmingly black. That is 900 more black males killed in 2015 than in the year before, but the number of black victims was undoubtedly higher even than that, since an additional 2,000 homicide victims were reported to the FBI without a racial identity. Black males make up about half of the nation’s homicide victims, so they presumably make up a similar share of racially unclassified homicide victims. According to several uncontradicted non-governmental estimates, homicides continued rising throughout 2016, thanks to what I have called the “Ferguson effect”: officers backing off proactive policing in minority neighborhoods, under the relentless charge of racism, and the resulting increase in violent crime. The year 2016, therefore, probably also saw well over 6,000 black males murdered on the streets. By contrast, the nation’s police fatally shot 16 “unarmed” black males and 20 “unarmed” white males in 2016, according to the Washington Post’s database of police killings. I have put “unarmed” in quotes because the Post’s classification of “unarmed” victims rarely conveys the violence that the suspect directed at the shooting officer. But even when we take the “unarmed” classification at face value, those 16 fatal police shootings of unarmed black men represent no more than 0.2 percent of all black male lives lost to homicide in 2016. If police shootings of allegedly unarmed black males represent a national epidemic of bloodshed, then what should we call the gunning down of over 375 times that number of black men by criminals? “Carnage” seems like a pretty good descriptor. In Chicago alone in 2016, 24 children under the age of twelve, overwhelmingly black, were shot. Trump has regularly denounced inner-city violence; he promised in his inaugural that that violence “stops right here and stops right now.” He invoked the “child . . . born in the urban sprawl of Detroit” or in the “windswept plains of Nebraska” as both looking up “at the same night sky” and deserving of the same public safety. President Obama scoffed at Trump’s concern over rising urban violence even as he regularly accused the cops of lethally discriminating against blacks. For truth-telling when it comes to the actual dangers in American society, I’ll take the current president over the former one and the cultural milieu from which he emerged. Heather Mac Donald
La photo comparant la foule présente à l’investiture de Donald J. Trump vendredi dernier et celle de Barack Obama en 2009 a fait le tour des réseaux sociaux ce week-end. Des chaines de télévision et des journaux influents se sont également laissé emporter par cette vague. Donald Trump est le président le moins populaire depuis Jimmy Carter, il y a 40 ans. Selon un sondage du Washington Post et  de ABC News, le nouveau président aurait moins de 40% d’opinions favorables. Certes, il est impopulaire. Certes, son investiture a regroupé moins de personnes que ce à quoi l’on s’attendait. Est-ce une raison pour comparer son investiture à celle de l’ancien président démocrate, Barack Obama? Tout cela serait une affaire de démographie. Depuis bien longtemps, le District de Columbia ainsi que les états autour, tels que la Virginie, le Maryland, la Pennsylvanie, la Caroline du Nord, le Delaware, etc. sont des états démocrates. Lorsqu’un président démocrate est élu, il est plus facile pour ces personnes de rejoindre Washington, puisqu’ils se trouvent relativement près de la capitale, contrairement à certaines personnes vivant dans des états républicains, plus éloignés. Donald J. Trump a misé sa campagne présidentielle sur l’économie et l’immigration, cherchant le vote de la classe moyenne et des minorités. Cette population gagne entre 46 000 et 86 000 euros par an. Après avoir payé les dettes, les impôts, le loyer, les courses et autres dépenses de la vie quotidienne, il ne reste plus rien. (…) Cette population se bat pour vivre normalement, et pour avoir un salaire décent. Selon le ministère du travail et de l’emploi, 5% de la population, soit 18 millions d’américains, auraient entre deux et trois emplois pour pouvoir subvenir aux besoins de leurs familles. Ils ne sont pas tous républicains, mais pour les ceux qui souhaitent s’offrir un weekend dans la capitale pour assister à l’investiture d’un président républicain, cela coûte cher et parait hors de portée. (…) Contrairement, un président démocrate a déjà un bon nombre de ses électeurs vivant dans les états autour de Waghington DC et qui peuvent venir dans la capitale plus facilement. Donald J. Trump n’arrive pas au pouvoir avec une popularité à son plus haut, mais cela est-il la raison d’une foule moins nombreuse lors de son investiture? Lorsque George W. Bush est devenu le 43e président des États-Unis en 2001, seulement 300 000 personnes se sont montrées pour son investiture et son taux de popularité était de 62% selon le site internet de la Maison-Blanche. En janvier 2005, entre 100 000 et 400 000 personnes ont assisté à son investiture. Au final, ce n’est pas la première fois qu’une investiture républicaine attire moins de monde qu’une investiture démocrate.  George W. Bush était plus populaire que Trump lors de ses investitures, mais plus de monde a assisté à celle de Donald J. Trump. (…) Selon le comité d’investiture, 700 000 personnes se seraient regroupées sur le Mall, la sécurité intérieure quant-à elle, estime qu’entre 800 000 et 900 000 personnes auraient été présentes ce jour là. Comparer une investiture d’un president démocrate et celle d’un républicain n’est pas représentatif de la popularité du president élu. Cependant, Obama était tout de même plus populaire que Trump lors de son investiture avec 78% de popularité et presque 2 millions de personnes à son investiture en 2009. Clémentine Boyer Duroselle
Avec le discours d’investiture, le nouveau président présente habituellement sa vision de l’Amérique et les objectifs de son mandat. Le discours le plus court de l’histoire, 135 mots, a été prononcé par George Washington, lors de son assemtnation pour son second mandat, le 4 mars 1793. Le plus long, avec 8495 mots, l’a été par William Henry Harrisson, le 4 mars 1841. Ce dernier a parlé pendant près de deux heures, sans manteau ni chapeau, en pleine tempête de neige. Il est mort peu de temps après, et on a longtemps cru que c’était parce qu’il avait pris froid ce jour-là. Les historiens modernes croient plutôt qu’il est mort après avoir bu l’eau contaminée par les égouts à la Maison-Blanche. Parmi les discours les plus marquants, celui d’Abraham Lincoln. En 1865, il a exhorté les Américains, déchirés par la guerre civile, à considérer l’avenir « sans malveillance envers quiconque, avec charité pour tous ». En 1933, Franklin Delano Roosevelt a dit aux Américains ébranlés par la Grande Dépression : « La seule chose dont nous devons avoir peur est la peur elle-même. » Quant à John F. Kennedy, il a lancé à ses concitoyens en 1961 cette phrase devenue historique : « Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous; demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays. » Radio-Canada
C’est l’insulte à la mode, l’insulte tendance, l’insulte qui vous classe dans les dîners parisiens. Avant, on disait fasciste ou pétainiste, on évoquait Hitler, Mussolini, Franco. (…) Enfin, Poutine et Orban connurent il y a peu leur moment de consécration: incarner le mal absolu aux yeux des pensants du boulevard Saint-Germain. Désormais, c’est Trump. Gare à la trumpisation de la vie politique nous prévient François Hollande. Le Brexit gagne en Angleterre ? C’est Trump. Marine Le Pen est donnée au second tour de la présidentielle dans tous les sondages ? Encore Trump. Sarkozy évoque nos ancêtres les Gaulois ? Encore et toujours Trump.  Trump veut dire à la fois populiste, raciste, nationaliste, misogyne, islamophobe, ringard, vulgaire, stupide, beauf, plouc. La droite extrême et l’extrême droite, la droite dure. Les contempteurs du Donald font ce qu’ils reprochent à Trump : ils s’attachent à l’image, à la forme, à la superficie des choses. Ils ne regardent que le style de Trump, pas son programme. Eh oui, n’en déplaise à beaucoup, Trump a un programme électoral. On y retrouve le fameux mur qu’il veut édifier pour arrêter l’immigration mexicaine. Mais pas seulement. Trump prévoit également de lancer de grands travaux d’infrastructures qui sont, comme on sait, très vétustes en Amérique. Il ne faut pas oublier que dans une première vie Trump fut promoteur immobilier. Et puis, Trump n’aime pas beaucoup Wall Street qu’il propose de taxer lourdement. Le candidat républicain augmenterait aussi l’impôt des plus riches. On comprend que l’establishment de son parti le renie. Trump est un partisan du protectionnisme commercial pour relocaliser les usines américaines parties au Mexique ou en Asie. Trump rétablirait enfin la séparation entre banques d’investissement et banques de dépot qu’avait établie le président Roosevelt en 1932 et qu’avait abolie Bill Clinton dans les années 90. Et tout ça, n’est pas un hasard. Le programme de Trump ressemble comme un frère – ou plutôt un petit-fils – à celui de Roosevelt et son fameux new deal. C’est un programme de gauche, mais la gauche des années 30. Une gauche qui refusait l’immigration pour défendre les emplois des ouvriers américains. Une gauche patriotique et républicaine, dirait-on en France. Hillary Clinton incarne aussi la gauche, mais la gauche des minorités raciales et sexuelles, des féministes, du libéralisme, du cosmopolitisme, de l’individualisme. La gauche qui a fini par faire amie-amie avec Wall Street. La gauche du libéralisme, de l’individualisme. La gauche du libre-échange et des interventions militaires au nom des droits de l’homme. La gauche des années 60.  l’affrontement entre Trump et Clinton n’est donc pas un combat entre le menteur et la voleuse, entre la droite et la gauche, ni même entre la droite populiste et la droite libérale, mais bien entre deux gauches : la gauche des années 30 contre la gauche des années 60. Une Amérique qui veut rester américaine contre une Amérique qui veut devenir un pays monde. Entre deux pays, deux peuples. Une Amérique périphérique et vaincue de la mondialisation contre une Amérique des vainqueurs vivant dans les grandes métropoles. Deux Amériques comme il y a deux Angleterre et comme il y a deux France. Eric Zemmour
Pourquoi tant de haine? Pourquoi tant de mépris, de dérision? Pourquoi tant de sarcasmes, d’invectives, d’insultes? Pourquoi cette hostilité unanime des élites, économiques, politiques, intellectuelles, artistiques, médiatiques? Pourquoi Donald Trump a-t-il subi un tel ostracisme, jusqu’au sein de son propre parti? Ce n’était pas l’objet premier de son livre, mais André Bercoff y répond quand même à la fin: «Le multimilliardaire se range résolument du côté des déclassés et des laissés-pour-compte, de ceux qu’on appelle en douce France les beaufs, les ploucs, les Dupont-Lajoie. En clair, les réactionnaires. Là est la trahison de Trump que le camp d’en face ne lui pardonne pas.» (…) Trump, c’est la version instinctive et vulgaire de la critique universitaire sophistiquée faite par Samuel Huntington de la déconstruction américaine préparée dans les campus américains des années 1960, et mise en oeuvre dans les années 1990. Trump, c’est le paradoxal retour à la synthèse du New Deal des années 1930 détruit par les héritiers « de gauche » libéraux et libertaires et l’alliance de Wall Street et des néo-conservateurs. (…) Le meurtre par la gauche de sa base sociologique – ce qu’elle appelait naguère avec emphase « le peuple » ! – a fini par créer son anticorps. Le programme de Trump, c’est celui de Roosevelt en 1932 : protectionnisme, grands travaux d’infrastructure, immigration zéro (Roosevelt n’a pas remis en cause les quotas très stricts mis en place dans les années 1920 et qui ne seront supprimés que dans les années 1960 !), hausse des impôts pour les plus riches, véritable système de sécurité sociale et la mise sous tutelle de Wall Street et des financiers. L’ennemi de Trump est vraiment la finance. En politique étrangère, et au-delà des provocations et des invectives de campagne électorale, Trump achèverait la révolution engagée par Obama : L’Amérique abandonnerait les théâtres subalternes pour se concentrer sur la seule défense du marché principal des grandes entreprises américaines : l’Asie; et affronter le seul rival dangereux : la Chine, à l’instar encore de Roosevelt, privilégiant la guerre contre l’Allemagne nazie afin de « libérer » le principal marché américain : l’Europe. Quitte à sous-traiter à la Russie le Proche-Orient, voire l’Afrique à la France. Trump, où le petit-fils caché de Roosevelt. La preuve par l’absurde de la trahison de la gauche. On comprend mieux soudain la haine que suscite Trump au sein des élites américaines et européennes. Alors, mieux vaut continuer à se moquer de sa chevelure ridicule et de ses blagues de garçon de coiffeur. Eric Zemmour

Trump sera-t-il un Roosevelt républicain ?

Au lendemain de l’investiture d’une nouvelle présidence américaine …

Qui après l’arrogance et l’accident industriel Obama et ses huit longues années d’abaissement de la puissance américaine …

Et alors qu’entre deux dénonciations de son fascisme supposé ou de sa revendication du contrôle d’identité dans les bureaux  de vote (voire de sa moindre foule à une inauguration dans une capitale – sans compter les états alentour – à plus de 90% démocrate depuis plus de 50 ans et à quelque 60% non-blanche), les élites protégées des médias ou du monde du spectacle continuent leur entreprise de déligitimation du choix de toute une partie de l’Amérique jusqu’ici oubliée et dénigrée …

S’annonce, avec ses accents reaganiens comme ses appels à la reconstruction du pays, pleine d’espoir mais aussi, avec la nouvelle page vide que représente l’homme d’affaires Donald Trump et l’incroyable extension de pouvoir que lui a léguée son prédécesseur, d’une certaine incertitude …

Retour sur une présidence à laquelle l’on doit nombre des acquis sociaux les plus importants de l’histoire américaine …
Mais aussi la formidable expansion de la puissance étatique dénoncée aujourd’hui par le nouveau président Trump …
A savoir celle d’un président qui, entre la plus grande dépression et la plus grande guerre que son pays ait connues, prendra et quittera le pouvoir quasiment en même temps qu’un certain Adolf Hitler …
Et finira par devenir le président le plus mandaté de l’histoire américaine – pas moins de quatre élections au compteur pour 12 ans de règne pour celui qui appelera ses concitoyens à « n’avoir peur que de la peur elle-même » …
Tout en ne manquant pas, avec sa popularité record d’inventeur des « causeries autour du feu » et croisé tardif de la fin de la Prohibition comme de l’abandon du principe des deux mandats inauguré dès le départ par Washington lui-même mais aussi la nationalisation et la socialisation massives de l’économie du « New Deal », de faire des jaloux et des envieux …
Ou plus tard avec l’ouverture des archives, le racisme supposé (l’internement de minorités notamment japonaise, la non-reconnaissance du médaillé noir de Berlin Jessis Owens), la naïveté face à Staline et l’abandon de l’Europe de l’est au communisme, le refus de bombarder Auschwitz (et de fournir à Hitler une occasion d’accuser les Alliés de crimes de guerre alors que la priorité était à la victoire ?) ou même les pas moins de cinq maitresses, de nourrir les critiques posthumes …
Donald Trump, petit-fils caché de Roosevelt
«Trump, c’est le paradoxal retour à la synthèse du New Deal des années 1930 détruite par les héritiers ‘‘de gauche » libéraux et libertaires et l’alliance de Wall Street et des néo-conservateurs.»
Eric Zemmour
Le Figaro
14/09/2016
LA CHRONIQUE D’ÉRIC ZEMMOUR – Un portrait haut en couleur du candidat républicain à la Maison-Blanche. Sans les habituels a priori hostiles des médias.Pourquoi tant de haine? Pourquoi tant de mépris, de dérision? Pourquoi tant de sarcasmes, d’invectives, d’insultes? Pourquoi cette hostilité unanime des élites, économiques, politiques, intellectuelles, artistiques, médiatiques? Pourquoi Donald Trump a-t-il subi un tel ostracisme, jusqu’au sein de son propre parti? Ce n’était pas l’objet premier de son livre, mais André Bercoff y répond quand même à la fin: «Le multimilliardaire se range résolument du côté des déclassés et des laissés-pour-compte, de ceux qu’on appelle en douce France les beaufs, les ploucs, les Dupont-Lajoie. En clair, les réactionnaires. Là est la trahison de Trump que le camp d’en face ne lui pardonne pas.»Trahison: le grand mot est lâché. Trahison du baby-boomer qui se retourne contre sa génération. Trahison du patron de l’immobilier qui dénonce la corruption des politiques qu’il a lui-même beaucoup corrompus pour bâtir son empire de briques et de verre. Trahison d’un establishment dont il fut longtemps une figure de proue pour devenir la voix de l’Amérique « périphérique ».

Trump est le traître parfait. Un traître de comédie dans une époque qui nie la lutte des classes pour mieux protéger et dissimuler la victoire implacable des riches. Un vainqueur qui s’est mis à défendre les perdants. Comme un bourgeois du XIXe siècle se battant aux côtés des ouvriers. Pour découvrir ce secret de la présidentielles américaine, il fallait un journaliste vacciné contre les a priori idélogiques des journalistes; et un écrivain françias vacciné contre l’anti-américanisme. André Bercoff était cet homme-là. Bercoff fut l’un des rares journalistes européens (le seul ?) à interviewer Trump au début de la campagne des primaires alors que tous les « spécialistes »  ne donnaient pas cher de sa peau. Bercoff a gardé ce temps d’avance pour nous conter le parcours haut en couleur de ce magnat de l’immobilier des années 1980 devenu une star de la télé-ralité. Il le fait avec ses qualités (sens de la formule) et ses défauts (sens de la formule). A le lire, on comprend qu’un Trump français serait bien au-delà de la facile comparaison avec Bernard Tapie: l’enfant qu’aurait eu Francis Bouygues avec Loana !

Stendhal disait que « la caractéristique des Français est de ne pas être dupe ». Bercoff est très français. Séduit, bluffé, oui, mais pas dupe. De sa vulgarité, de son narcissisme, de ses vantardises, de ses roublardises, de son cynisme aussi de VRP de lui-même et de la marque Trump. « Ma vie est une bande dessinnée dont je suis le héros et ça me plait », dit Trump. Napoléon disait: « Quel roman que ma vie ». La différence de style est la même qu’entre les « comics » et Chateaubriand. En deux siècles, l’armée a été remplacée par la télévision. La fortune de Trump serait en France un obstacle rédhibitoire à toute carrière politique; elle le sert aux Etats-Unis, non seulement parce qu’elle authentifie le rêve américain qui est devenu un cauchemar pour une classe moyenne larguée par l’extraordinaire accroissement des inégalités depuis trente ans, mais aussi, et surtout parce qu’elle rend imperméable aux pressions des lobbyistes qui ont acheté une vie politique américaine revenue au degré inouï de corruption des temps héroïques de la conquête de l’Ouest et des « grands voleurs ».

Quand il dit, goguenard, « si je cherchais un premier emploi aujourd’hui je serais heureux d’être un Noir hautement diplomé parce qu’il bénéficie d’un véritable avantage », Trump résume le mal-être d’une classe moyenne blanche, prise en tenailles entre la globalisation (et la délocalisation de ses emplois en Chine) et la discrimination positive en faveur des minorités raciales et sexuelles.

Trump, c’est la version instinctive et vulgaire de la critique universitaire sophistiquée faite par Samuel Huntington de la déconstruction américaine préparée dans les campus américains des années 1960, et mise en oeuvre dans les années 1990.

Trump, c’est le paradoxal retour à la synthèse du New Deal des années 1930 détruit par les héritiers « de gauche » libéraux et libertaires et l’alliance de Wall Street et des néo-conservateurs.

Bercoof le pressent lorsqu’il met le programme de Trump en relation avec le « fabriquez français » de Montebourg ou le « travailler et vivre au pays » du communiste Georges Marchais qui réclamait déjà l’arrêt de toute immigration en 1980; mais il pourrait aller plus loin dans son analyse que le classique: « les extrêmes se touchent ». Le meurtre par la gauche de sa base sociologique – ce qu’elle appelait naguère avec emphase « le peuple » ! – a fini par créer son anticorps.

Le programme de Trump, c’est celui de Roosevelt en 1932 : protectionnisme, grands travaux d’infrastructure, immigration zéro (Roosevelt n’a pas remis en cause les quotas très stricts mis en place dans les années 1920 et qui ne seront supprimés que dans les années 1960 !), hausse des impôts pour les plus riches, véritable système de sécurité sociale et la mise sous tutelle de Wall Street et des financiers. L’ennemi de Trump est vraiment la finance.

En politique étrangère, et au-delà des provocations et des invectives de campagne électorale, Trump achèverait la révolution engagée par Obama : L’Amérique abandonnerait les théâtres subalternes pour se concentrer sur la seule défense du marché principal des grandes entreprises américaines : l’Asie; et affronter le seul rival dangereux : la Chine, à l’instar encore de Roosevelt, privilégiant la guerre contre l’Allemagne nazie afin de « libérer » le principal marché américain : l’Europe. Quitte à sous-traiter à la Russie le Proche-Orient, voire l’Afrique à la France. Trump, où le petit-fils caché de Roosevelt. La preuve par l’absurde de la trahison de la gauche.

On comprend mieux soudain la haine que suscite Trump au sein des élites américaines et européennes. Alors, mieux vaut continuer à se moquer de sa chevelure ridicule et de ses blagues de garçon de coiffeur.

Voir aussi:

Franklin Delano Roosevelt (1882 – 1945)

Un président pour changer l’Amérique : Roosevelt

Demain, 20 janvier 2017, sera investi le nouveau président des États-Unis. C’est l’occasion de revenir sur l’histoire des 45 présidents américains et de l’un des plus illustres, Franklin Delano Roosevelt.

Nous vous racontons son combat titanesque contre la Crise et le Mal nazi. Mais aussi ses secrets de famille longtemps restés dans l’ombre.

Nous revenons aussi sur l’histoire méconnue de son successeur, Truman. Modeste fabricant de chemises sans instruction ni expérience, il a pris les plus graves décisions que puisse prendre un chef d’État…

Hérodote

Président de guerre

Franklin Delano Roosevelt devient en 1933 le 32e président des États-Unis, alors que sévit depuis 1929 la plus grave crise économique de l’époque moderne.

Huit ans après son entrée à la Maison Blanche, le redressement est à peine engagé que l’Europe entre en guerre.

Les États-Unis sont eux-mêmes attaqués par le Japon, allié de l’Allemagne hitlérienne. En première ligne dans la lutte, le président meurt brutalement le 12 avril 1945, dans sa treizième année à la Maison Blanche (un record !), à la veille de la victoire finale.

Son quadruple mandat a installé les États-Unis dans le statut inédit de superpuissance

André Larané
Rétrospective sur Franklin Delano Roosevelt (Les Actualités Françaises 1945),  source : INA

La crise

Herbert Clark Hoover (10 août 1874, West Branch, Iowa ; 20 octobre 1964, New York)Avec le krach boursier d’octobre 1929, les États-Unis et, à leur suite, le reste du monde occidental entrent dans une crise économique majeure. Les faillites bancaires et industrielles se multiplient, le crédit s’effondre (« credit crunch ») et, avec lui, la consommation.

Lors des élections présidentielles de novembre 1932, les États-Unis, première puissance mondiale avec 123 millions d’habitants, comptent déjà 13 à 14 millions de chômeurs et leur production industrielle a été divisée par deux en 3 ans !

Le président sortant Herbert Hoover persiste à croire aux vertus régulatrices du marché et croit voir « la prospérité au coin de la rue ». Le parti démocrate lui oppose le gouverneur de l’État de New York Franklin Delanoo Roosevelt (50 ans) qui, lui, est partisan d’une intervention musclée de l’État.

Une famille compliquée

Franklin Delano Roosevelt à 18 ans (1900)Issu d’une famille patricienne de la côte Est, Franklin Roosevelt est un lointain cousin de l’ancien président Théodore Roosevelt, dont il a épousé la nièce Eleanor le 17 mars 1905. Le couple aura cinq enfants.

Réservée autant que son mari est extraverti, Eleanor doit compter avec la présence envahissante de sa belle-mère qui n’a jamais accepté leur union.

Elle trouve un réconfort dans la présence à ses côtés de sa secrétaire Lucy Mercer, enjouée et dévouée à la famille.

Arrive ce qui devait arriver : dès 1916, Lucy entame une liaison adultérine avec Franklin. Eleanor découvre leur correspondance amoureuse deux ans plus tard en défaisant les bagages de son mari, de retour d’un voyage en Europe.

Franklin et Eleanor Roosevelt en famille

Il est question de divorce. Une éventualité catastrophique pour le jeune homme auquel tous les espoirs sont permis. On convient donc d’un arrangement : le couple fait chambre à part, Franklin renonce à revoir Lucy… et Eleanor met toute son énergie (et sa fortune) à soutenir la carrière de son mari.

Lucy Mercer, 1915 (26 avril 1891 ; 31 juillet 1948)Lucy s’éloigne et épouse un riche veuf dont elle a une fille. Mais elle reste en correspondance avec Franklin et le retrouvera au plus fort de la guerre. Elle sera à ses côtés le jour de sa mort.

Quant à Eleanor, elle tient parole au-delà de toute espérance. Quand son mari connaîtra les premières atteintes de la polio, elle le remplacera dans les réunions publiques. À la Maison Blanche, elle gagnera par sa dignité et son engagement dans les oeuvres sociales le qualificatif de First Lady (« Première Dame »), une première. Après la chute du nazisme, elle mettra son nom et sa réputation au service des Nations Unies et participera à la rédaction de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme.

Un jeune homme prometteur

Après ses études à Harvard et dans l’école de droit de Columbia, Franklin Roosevelt s’est engagé très tôt en politique. En 1910, il devient sénateur de l’État de New York et en 1913, à seulement 31 ans, entre dans le cabinet du président Wilson comme secrétaire d’État adjoint à la Marine.

Franklin Roosevelt, jeune Secrétaire d'État adjoint à la Marine (1913)

Sa jeune notoriété lui vaut de figurer sur le ticket démocrate en novembre 1920 comme vice-président du candidat James Cox. Mais celui-ci, qui est partisan d’engager les États-Unis dans la Société des Nations, est battu par le candidat républicain Warren Harding, partisan d’un retour à l’isolationnisme.

Comble de malheur, le 10 août 1921, alors qu’il fait de la voile dans le Nouveau-Brunswick, Roosevelt tombe à l’eau, victime d’une soudaine paralysie. Les médecins diagnostiquent une première attaque de poliomyélite. La maladie va le priver de l’usage de ses jambes. Il s’en remet très partiellement et surmonte son handicap avec un courage qui lui vaut le respect…

Notons que les photographes veilleront à dissimuler son handicap à l’opinion publique : Franklin Roosevelt sera toujours montré assis ou appuyé à l’épaule d’un ami. Les photographes témoigneront de la même réserve concernant sa vie privée, y compris lorsque Roosevelt les recevra dans son bureau en présence de sa maîtresse Lucy.

En 1928, grâce à la médiation de son épouse, Roosevelt fait un retour triomphal en politique en se faisant élire gouverneur de l’État de New York. Quand éclate la crise, il organise des opérations de secours à grande échelle et multiplie les innovations sociales et économiques. Aussi suscite-t-il un immense espoir aux élections de 1932 malgré la rudesse de ses opposants, tant dans le camp républicain que dans son propre parti démocrate.

Hoover avertit que « si FDR est élu, l’herbe poussera bientôt dans des centaines de villes et des milliers de localités ». Les intellectuels progressistes comme John Dos Passos et Erskine Caldwell l’accusent quant à eux de ne présenter « qu’une version démagogique du républicanisme ».

Les élections du 8 novembre lui valent néanmoins une victoire sans appel avec 57,41% du vote populaire et 472 grands électeurs contre 59 à son rival Hoover.

Débute alors une période de transition cruciale jusqu’à l’intronisation officielle, le 4 mars 1933. Le Congrès et les États en profitent pour voter un 20e amendement à la Constitution qui ramène au 20 janvier la passation des pouvoirs.

Discours d'investiture de Franklin Roosevelt le 5 mars 1933 (DR)

Le « New Deal » (en français Nouvelle donne)

Le nouveau président, qui s’est entouré d’un « Brain trust » (groupe informel de jeunes intellectuels), a préparé sans attendre un ensemble de mesures interventionnistes, avant tout pragmatiques, destinées à sortir le pays de la crise. C’est le « New Deal » (Nouvelle Donne). Il va les faire voter tambour battant par le Congrès au cours d’une extraordinaire session de cent jours, du 9 mars au 16 juin 1933.

Franklin Roosevelt signe l'Emergency Banking Act (10 mars 1933) sous le regard de son Secrétaire d'État au Trésor William Woodwin (DR)Dès le lendemain de son entrée à la Maison Blanche, il proclame l’état d’urgence (une première en temps de paix) et ferme temporairement les banques. Il interdit les exportations d’or et d’argent puis signe l’Emergency Banking Act, le 10 mars. Trois jours plus tard, 400 banques sont déjà en état de rouvrir leurs portes.

Pour éviter le renouvellement d’une crise de confiance, le gouvernement encadre l’activité bancaire avec le Federal Securities Act (27 mai 1933) et le Banking Act (16 juin 1933).

Plus important que tout, il abandonne l’étalon-or le 19 avril 1933 et dévalue le dollar de 40% : pour l’économiste Alfred Sauvy, cette mesure conventionnelle et peu médiatique aura un impact positif sur la reprise économique autrement plus important que toutes les lois du New Deal !

Le 12 mai 1933, l’Agricultural Adjustment Act (AAA) vise à mettre fin à la surproduction (coton, blé, tabac, maïs) et relever les prix agricoles pour soutenir le niveau de vie des fermiers. Il préconise une réduction des cultures et des cheptels en échange de subventions. Ainsi se met en place une politique massive de soutien de la culture du coton… aujourd’hui accusée de léser gravement les cultivateurs africains.

Le mois suivant, le 16 juin 1933, l’équivalent se met en place dans l’industrie avec le National Industrial Recovery Act (NIRA) qui tend à réduire les heures de travail dans l’industrie et augmenter les salaires. Un Bureau national du travail (National Recovery Administration, NRA) sert de médiateur dans les conflits entre patrons et ouvriers.

Le président Roosevelt debout (adossé à une balustrade) à côté de son épouse EleanorLast but not least, le 5 décembre 1933, le gouvernement fait voter le 21e amendement qui… annule le 18e et met fin à la Prohibition de l’alcool : coup dur pour la grande criminalité.

Contre le chômage, qui ne bénéficie encore d’aucune mutuelle d’assurance, Roosevelt met 500 millions de dollars à la disposition de la Federal Emergency Relief Administration. Il confie aussi un vaste programme de travaux publics d’un total de 3 500 millions de dollars à l’Emergency Public Works Administration. La réalisation emblématique est l’aménagement hydraulique de la vallée du Tennessee par la Tennessee Valley Authority fondée le 18 mai 1933.

L’année suivante est mise en place une Securities and Exchange Commission chargée de surveiller la validité des transactions boursières. Tout cela va de pair avec un considérable renforcement de l’admistration fédérale, passée de 600 000 à près d’un million de fonctionnaires entre 1933 et 1939.

Le président, qui est arrivé au pouvoir en même temps que Hitler (et mourra quelques jours avant lui), se montre comme le dictateur adepte des nouvelles techniques de communication : il explique volontiers son action politique à la radio, au cours de longues « causeries au coin du feu ». Il fait volontiers la Une de Time Magazine de son ami Henry Luce. Il innove aussi par l’utilisation des sondages avec l’institut Gallup.

Le président Roosevelt en chaise roulante dans l'intimité de sa propriété de Hyde Park (NY)Cela ne désarme pas les opposants. Au Congrès, les républicains et même les démocrates font obstacle aux projets législatifs de la Maison Blanche, obligeant le président à opposer pas moins de 635 fois son veto aux lois de l’assemblée. Un record ! La Cour Suprême, de son côté, n’admet pas que l’État s’entiche de diriger l’économie. Aussi invalide-t-elle en mai 1935 plusieurs mesures du New Deal dont le NIRA (aides à l’industrie). En janvier 1936, c’est au tour de l’AAA d’être invalidé !

C’est au moment où les attaques contre le New Deal se font les plus vives que la production industrielle rebondit enfin. Elle retrouve en 1936 90% de son niveau de 1929. Aux élections de novembre 1936, le président démocrate est reconduit avec 60,80% du vote populaire et 523 grands électeurs contre… 8 à son rival républicain Alf Landon !

C’est l’amorce d’une recomposition du paysage politique : le parti démocrate séduit les citadins, intellectuels et ouvriers, mais aussi les noirs du Sud qui commencent à délaisser le parti républicain du président Lincoln.

L’inquiétude

Il n’était que temps. L’année suivante, en 1937, l’activité économique rechute très brutalement avec une baisse de 40% de la production industrielle. C’est qu’en marge des mesures de rétorsion de la Cour Suprême, le gouvernement lui-même croit le moment venu de redresser les comptes publics en réduisant les dépenses et augmentant les impôts ! Il est obligé de faire machine arrière…

Le chômage ne disparaîtra qu’avec la Seconde Guerre mondiale, lorsque l’État inondera les industriels de commandes en vue d’un réarmement à marches forcées. C’est qu’en attendant, le deuxième mandat de Franklin Roosevelt est tout entier dominé par les menaces internationales.

Dès son accession au pouvoir, Roosevelt et son Secrétaire d’État Cordell Hull ont pratiqué une politique de bon voisinage en reconnaissant dès novembre 1933 le gouvernement soviétique et en renonçant à la politique du « gros bâton » en Amérique centrale.

Le président, soucieux d’exprimer le pacifisme de ses concitoyens, promulgue aussi en 1935 le Neutrality Act par lequel il s’interdit de fournir des armes à tout belligérant. Mais avec la montée des tensions internationales, cet isolationnisme lui apparaît de plus en plus irresponsable.

En octobre 1939, alors que vient d’éclater la Seconde Guerre mondiale, il fait amender le Neutrality Act en introduisant la clause cash and carry : des belligérants peuvent acheter des armes aux États-Unis à condition de les payer comptant et d’en assurer le transport. Cette clause avantage le Royaume-Uni et la France qui, seuls, peuvent envisager de transporter des armes en sécurité dans l’océan Atlantique.

Mais les citoyens américains n’en restent pas moins hostiles à toute intervention dans le conflit européen. Peu leur chaut que la Tchécoslovaquie, la Pologne, la Belgique, les Pays-Bas et la France soient agressés et envahis par Hitler…

Le président Roosevelt en couverture de Time (29 novembre 1943)Contre l’usage, Roosevelt, au vu de la situation internationale, prend la liberté de solliciter un troisième mandat. Sa décision fait débat au sein de son propre camp, au point qu’il doit modifier son ticket et remplacer son vice-président J.N. Garner par Henry Wallace. Son rival républicain Wendell Wilkie fait campagne pour la paix et contre le « faiseur de guerre ».  Il ne peut empêcher la réélection de Roosevelt mais celui-ci doit se satisfaire d’un résultat plus modeste que la fois précédente avec 54% du vote populaire et 449 grands électeurs contre 82 à son rival.

Le président a dès lors les mains plus libres en matière géopolitique. Décidé à soutenir le camp des démocraties, il obtient en mars 1941 le vote de la loi « prêt-bail » (Lend-Lease Act) qui facilite les ventes d’armes aux Britanniques et peut les étendre à « tout pays dont le président jugerait la défense essentielle pour la sécurité des États-Unis ».

Alors que le Royaume-Uni de Winston Churchill est encore contraint de lutter seul contre l’Allemagne de Hitler, l’industrie américaine se met toute entière à son service.

Oubliée la récession. Les États-Unis entrent dans une phase d’expansion et de prospérité sans précédent qui va leur assurer la suprématie mondiale pour plusieurs générations. Financées par les commandes publiques et les emprunts britanniques, les usines tournent à plein régime pour fabriquer non plus des voitures mais des tanks, des canons, des avions et des bateaux.

Le 22 juin 1941, avec l’invasion de l’URSS par la Wehrmacht, la guerre sur le continent européen est relancée et change d’échelle.

Roosevelt, plus que jamais convaincu de l’urgence d’intervenir, organise une rencontre spectaculaire avec le Premier ministre Winston Churchill, « quelque part en mer », au large de Terre-Neuve, le 14 août 1941. Cette première rencontre entre les deux hommes d’État est destinée à préparer les Américains à une alliance avec leurs cousins anglo-saxons avec des buts de guerre honorables. De fait, les deux hommes s’engagent sur des principes moraux destinés à soutenir l’effort de guerre et préparer le monde futur. C’est la Charte de l’Atlantique, à l’origine de la charte des Nations Unies.

Dès le mois suivant,  la loi « prêt-bail » est étendue à l’URSS de Staline, alliée obligée des démocraties. Le 16 septembre 1941, usant de ses pouvoirs de commandant en chef, Roosevelt autorise aussi la flotte de guerre à escorter les cargos américains à destination des îles britanniques, pour leur éviter les attaques des sous-marins. Ce n’est pas la guerre mais ça y ressemble.

En définitive, il faudra rien moins que l’attaque japonaise sur Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, pour faire basculer l’opinion américaine ! Cette attaque avait été rendue inéluctable par l’embargo de Roosevelt sur les livraisons au Japon de pétrole, caoutchouc et autres matières stratégiques. Entravé dans ses projets de conquête de l’Asie, le Japon impérialiste s’était alors vu dans la nécessité de lancer un avertissement aux Américains : se préparer à une guerre douloureuse ou se retirer d’Extrême-Orient et du Pacifique. Un avertissement illusoire compte tenu de la disproportion des forces entre le petit Japon et la première puissance économique mondiale.

La guerre inaugure le Siècle américain

Dès le lendemain de Pearl Harbor, le 8 décembre, le Congrès déclare la guerre au Japon. Il ne peut faire moins. Mais le 11 décembre, c’est l’Allemagne qui, en soutien de son très lointain « allié » japonais, déclare à son tour la guerre aux États-Unis. Curieuse maladresse de Hitler qui aurait pu se garder de cette provocation…

La Marine et l’aéronavale engagent leurs premiers combats dans des attaques tous azimuts contre les Japonais pour sauver ce qui peut l’être de leurs possessions du Pacifique. Contre toute attente, elles essuient d’humiliants revers avec la perte des Philippines qui s’ajoute à celles de Singapour et de l’Indonésie. L’expansion nipponne est stoppée cependant par la bataille de Midway, du 3 au 6 juin 1942.

Conscient que la plus grande menace est l’Allemagne, Roosevelt décide de donner alors la priorité à la guerre européenne : « Germany first ». Les pilotes américains participent aux raids sur l’Allemagne et l’armée prépare les attaques périphériques sur l’Afrique du Nord. Le tournant décisif est la bataille d’El Alamein, à l’automne 1942. Vient ensuite le débarquement en Sicile en juillet 1943 puis le débarquement de Normandie en juin 1944. Des opérations finalement secondaires par rapport aux batailles de titans que se livrent Allemands et Soviétiques dans les plaines de l’Est, à Stalingrad et Koursk.

Dès 1942, le président des États-Unis s’affirme comme le chef de la coalition antiallemande. Churchill, le « Vieux Lion », est condamné à jouer les utilités tandis que Staline, s’il se montre prodigue du sang de son peuple, ne peut se passer de l’immense machine de guerre américaine.

Deux mois après le débarquement anglo-saxon en Afrique du nord, il organise une première conférence interalliée à Casablanca (Maroc), dans l’hôtel Anfa (12-24 janvier 1943). Avec Churchill, il met au point le prochain débarquement de Sicile et l’aide à l’URSS. Il impose surtout l’objectif d’une capitulation sans condition de l’Allemagne, en rupture avec les traditions diplomatiques européennes, ce qui a pour résultat de renforcer l’union de l’armée et du peuple allemands autour de Hitler ! Roosevelt, qui cache mal par ailleurs son antipathie pour de Gaulle, échoue à le réconcilier avec le général Henri Giraud, un opportuniste falot auquel il aurait préféré confié la direction de la France libre.

Le 22 novembre 1943, Roosevelt et Churchill se retrouvent au Caire où ils rencontre Tchang Kaï-chek, le président de la Chine nationaliste en guerre contre le Japon. Ils se mettent d’abord sur les buts de guerre dans le Pacifique. Là-dessus, les deux dirigeants anglo-saxons reprennent l’avion pour l’Iran.

Le 28 novembre 1943, Roosevelt rencontre enfin Staline à la conférence de Téhéran. Le président est ébranlé et séduit par le dictateur. Il croit pouvoir l’amener à démocratiser son régime et se prend à rêver d’un condominium américano-soviétique sur le monde ! En attendant, il convient avec lui de l’ouverture d’un second front à l’Ouest. Ce sera le débarquement de Normandie. Par-dessus la tête de Churchill, les deux alliés préparent aussi le démembrement de l’Allemagne.

Deux mois plus tard, les mêmes hommes se retrouvent à la conférence de Yalta, en Crimée, pour régler le sort de l’Allemagne et du Japon. Roosevelt, déjà très malade, est chaperonné par Staline qui le manipule à loisir. Le président américain, impatient d’en finir avec le Japon, se montre prêt à toutes les concessions en échange d’une participation de l’URSS à l’invasion de l’archipel ! Plein d’illusions sur la parole de Staline, à la grande fureur de Churchill, il lui consent d’importants abandons en Europe orientale, notamment en Pologne.

Sur le retour, le président s’arrête à Suez pour mettre sur pied une alliance avec un autre chef aussi peu recommandable, le roi d’Arabie Ibn Séoud. Ce pacte du Quincy va perdurer jusqu’en ce XXIe siècle.

Épilogue

Franklin Delanoo Roosevelt en 1944Trois mois plus tôt, en novembre 1944, les Américains n’ont pas refusé à Roosevelt un quatrième mandat, malgré un état de santé des plus alarmants. Il a été réélu sans difficulté face au républicain Thomas E. Dewey avec 53,4% du vote populaire.

L’élément important de l’élection fut le choix du nouveau vice-président, vu qu’il devait être appelé à gouverner à brève échéance. Ni les leaders du parti démocrate ni le président lui-même ne souhaitent une trop forte personnalité ! C’est sur Harry S. Truman que leur choix se porte. Né le 8 mai 1884 dans le Missouri, il n’a pas fait d’études supérieures. Fermier, employé, combattant sur le front français en 1917, il ouvre une chemiserie qui fait faillite et, en 1922, commence enfin une carrière politique. Il se montre un sénateur consciencieux et honnête.

L’inéluctable survient : épuisé et malade, Franklin Delano Roosevelt meurt d’une hémorragie cérébrale le 12 avril 1945, à 63 ans, quelques semaines avant le suicide de Hitler et la capitulation de l’Allemagne.

Funérailles du président Franklin Roosevelt, Pennsylavania Av., Washington (photo : Librairie du Congrès)

Il revient à son successeur, Harry S. Truman, de conclure la guerre et bâtir la paix au pied levé, ayant eu à peine l’occasion d’en débattre avec le président dans les semaines qui ont précédé sa mort. « J’ai cru que la lune, les étoiles et toutes les planètes m’étaient tombées dessus », confiera-t-il aux journalistes… En dépit de son impréparation, il va relever le défi et confirmer les États-Unis comme superpuissance.

Voir aussi:

The Uncanny Parallels Between Donald Trump And FDR

The New Deal’s executor held many positions similar to those of to one Donald J. Trump.

Julian Adorney

Imagine a U.S. president who is bombastic, egotistical, and just a little racist. He worries opening the borders will mean an influx of undesirables. He implements capricious executive orders, and seems more concerned with his own power than with the Constitution. He’s often called a fascist by people who know what the term means.

No, I’m not talking about Donald Trump. I’m talking about Franklin Delano Roosevelt.

Debate raged last December about whether President Trump would be a fascist. Steve Horwitz and Martin O’Malley, among others, claimed he would be. Not so fast, said Megan McArdle at Bloomberg View. A fascist president could never take power in America, McArdle argues, because, among other things, “America has neither the weak institutions nor the revolutionary organizations necessary for a Trump Reich to fester.”

But that’s not quite true. FDR may not have been Hitler or Mussolini. But the difference was one of degree, not of kind. And now Trump is following in his footsteps.

Suspicious of Americans, Immigrants, and Refugees

FDR spied on political dissidents in the name of national security. In May 1940, he warned of a “fifth column” in America (a military term for civilian rebels), and claimed refugees might be enemy agents.

FDR was also hostile towards refugees. When Jews sought to escape from Nazi Germany, FDR barred the gates.

In “FDR Goes to War,” noted historians Burton and Anita Folsom tell the story of how FDR used the Internal Revenue Service, Federal Bureau of Investigation, and attorney general to go after his political enemies. He wiretapped phones, ordered tax audits of dissidents, and created a personal spy group to collect incriminating information about political rivals.

All of this was before FDR rounded up almost 122,000 Japanese-Americans and forced them into internment camps. While national security concerns were cited, FDR also considered Asians biologically untrustworthy.

FDR was also hostile towards refugees. When Jews sought to escape from Nazi Germany, FDR barred the gates. The State Department cut refugee immigration by 75 percent by imposing burdensome regulations. FDR defended his actions on the grounds that “among the refugees there are some spies….” But as with the internment camps, a darker motive also played in: FDR was an anti-Semite who waved away pleas to let in Jewish refugees as “Jewish wailing.”

This isn’t to suggest that all opposition to immigration is fascist. Many reasonable Americans favor immigration restrictions. But FDR’s immigration ideas, summed up in his claim that immigrants ought to have “blood of the right sort,” were clearly prejudicial. So is Trump’s rhetoric about Mexicans.

The New Deal’s Not So Different from Fascism

Economically too, FDR’s ideology closely resembled the fascist policies of Mussolini’s Italy. With the creation of the National Recovery Association (NRA), FDR set up a system that pushed each industry into a cartel that cooperated with the federal government to set wages, prices, and “fair practices.” One NRA report even stated directly, “The Fascist Principles are very similar to those we have been evolving here in America.”

FDR saw himself as a benevolent dictator, and his actions reflect that grandiosity. Trump has made a campaign of this same sort of grandiosity.

This similarity was not accidental. Rexford Tugwell, one of the architects of the New Deal, wrote that Mussolini had done “many of the things which seem to me necessary.”

Roosevelt said he was “deeply impressed by what [Mussolini] has accomplished.” Mussolini returned the favor in his review of FDR’s 1933 book “Looking Forward,” noting that, “Reminiscent of Fascism is (FDR’s) principle that the state no longer leaves the economy to its own devices.”

Like Trump, FDR had little respect for the separation of powers. When he tried to pass a 99.5 percent marginal tax rate on income above $100,000, Congress rebuffed him. So he issued an executive order mandating a 100 percent marginal tax rate, and lowered the ceiling to incomes of $25,000 per year (which Congress later rescinded). His attempt to do a similar end-run around the Supreme Court, the court-packing scheme, is infamous.

Paul Warburg, one of FDR’s first-term advisors, claimed, “I believe that Mr. Roosevelt is so charmed with the fun of brandishing the band leader’s baton at the head of the parade, so pleased with the picture he sees of himself, that he is no longer capable of recognizing that the human power to lead is limited.” FDR saw himself as a benevolent dictator, and his actions reflect that grandiosity. Trump has made a campaign of this same sort of grandiosity.

It’s true that FDR didn’t take total power in the United States, and that U.S. institutions prevented him from doing so. The Supreme Court struck down his ideas, especially before 1937. When he tried to pack the court with allies, the public rallied against him. Congress also refused to pass certain laws on his agenda.

The Dictatorial Type Keeps Resurfacing

But FDR was both powerful and destructive. He was not Mussolini, but he ran roughshod over the rule of law, and dramatically transformed American politics—which should serve as an example of what a Trump presidency might look like.

In fact, a Trump presidency could be even more dangerous, because the powers of the presidency have expanded. The White House can place citizens on terrorist watch lists—spying on them and preventing them from flying. The president can order U.S. citizens who are abroad, like Anwar Al-Awlaki, to be assassinated without a trial. The National Security Agency allows the president to spy on political dissidents such as Faisal Gill (a Muslim Republican) and Nihad Awab (director of a Muslim civil rights organization), or even to wiretap news outletslike the Associated Press.

This doesn’t mean a Trump presidency would lead to brown shirts on the street. But there is more to fascism than goose-stepping and military style uniforms, and Trump, like FDR, displays many such characteristics. So when people look at Trump’s agenda and claim “it can’t happen here,” they’re ignoring history that’s not even a century old. Not only could such things happen, they already have.

The only sure way to guard against Trump is to roll back the enormous power of the government that he would be managing. History, even in the United States, shows that dangerous men dupe voters and take power. We should shrink government so that when they’re elected, they take as little power as possible.

Voir également:
Anmnews

January 27, 2014

It is undeniable that in America today our federal government is over sized, overpowered and out of control. The more power, wealth it controls and aspects of our lives it micromanages translates to diminishing economic and individual liberty. Most Americans of sound mind are aware of the infringements on our 1st, 2nd and 4th Amendment rights. When Barack Hussein Obama was elected he promised to fundamentally transform America and that’s the one promise he’s kept.

Subverting and perverting the constitution is nothing new in our government. As the federal government has grown over the last 80 years, it has drifted further and further from the Republic our founders’ framed us to be. Some argue that we ceased to be a Republic shortly after the Great Depression.

I recently read a book written in 1955 titled, “The Decline of the American Republic”, by John T. Flynn. In one passage he wrote:

The American Republic the founders described existed for 144 years. In the 22 years since 1933 it has been subjected to profound change, accomplished without any change in the actual words of the Constitution. It has been done by sheer usurpation by power of the federal government. This could not, of course, have been brought about without favoring circumstances. The chief influence was what has come to be known as the Great Depression of 1929.

FDR’s recovery from the Great Depression involved the so-called “New Deal”, a series of economic programs. These economic programs were a massive power grab and elevated FDR’s administration to something resembling the fascism of Mussolini. The progressive movement was in full swing jam packed with socialist revolutionaries.

When Flynn wrote his book in 1955 he offered solutions he felt could restore the American Republic and stop the march to a socialist state. It struck me while reading this that his time in history is a microcosm of modern day America under our current oppressive regime and all it’s thuggery. Obama has accelerated this entire deconstruction of America to Mach 10 with no end in site.

We The People are the only solution to the problem. We were intended to be masters of the federal government, not servants. Every day it becomes more certain to me that we need to use Article V to call a Convention of States and amend the Constitution. We could stop the misuses of power, the out of control spending and power grabs of the federal courts. The era we live in now is precisely what the Founders feared and the reason why they injected these protective measures to use. We have a duty to use them!

We’re Americans, we don’t give up easy. It’s time to rise up and support the Convention of States. They are seeking volunteers and monetary support. Alabama and New Mexico recently joined the fight and Georgia is on the brink. This brings total to six states and they’re just getting started. We owe it to all of the brave men and women that have fought over the last 250 years to secure and protect our freedom!

Voir encore:

10 choses à savoir sur l’investiture de Donald TrumpDanielle BeaudoinRadio Canada19 janvier 2017

Journée de la déclaration des droits/225e: Ces dons de Dieu sont antérieurs et supérieurs à toute législation humaine (Happy Bill of Rights Day !)

15 décembre, 2016
christy-four-freedomsCrédits Photo: Sébastien SORIANO/LE FIGARO
Sans doute vous m’appliquerez ce proverbe: Médecin, guéris-toi toi-même; et vous me direz: Fais ici, dans ta patrie, tout ce que nous avons appris que tu as fait à Capernaüm. Mais je vous le dis en vérité, aucun prophète n’est bien reçu dans sa patrie. Jésus (Luc 4:23-24)
Afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Jésus
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre,  il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. Paul
Tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Préambule de la Déclaration d’indépendance (le 4 juillet 1776)
 Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (article premier, 1789)
Il n’y a que l’Occident chrétien qui ait jamais trouvé la perspective et ce réalisme photographique dont on dit tant de mal: c’est également lui qui a inventé les caméras. Jamais les autres univers n’ont découvert ça. Un chercheur qui travaille dans ce domaine me faisait remarquer que, dans le trompe l’oeil occidental, tous les objets sont déformés d’après les mêmes principes par rapport à la lumière et à l’espace: c’est l’équivalent pictural du Dieu qui fait briller son soleil et tomber sa pluie sur les justes comme sur les injustes. On cesse de représenter en grand les gens importants socialement et en petit les autres. C’est l’égalité absolue dans la perception. René Girard
Il n’y a pas en littérature de beaux sujets d’art, et qu’Yvetot donc vaut Constantinople ; et qu’en conséquence l’on peut écrire n’importe quoi aussi bien que quoi que ce soit. L’artiste doit tout élever ; il est comme une pompe, il a en lui un grand tuyau qui descend aux entrailles des choses, dans les couches profondes. Il aspire et fait jaillir au soleil en gerbes géantes ce qui était plat sous terre et qu’on ne voyait pas.Gustave Flaubert (lettre à Louise Colet, 25 juin 1853
La bonne et la mauvaise société doivent être étudiées. La vérité est dans tout. Flaubert (à Ernest Chevalier. 24 février 1842)
Il n’y a ni beaux ni vilains sujets et on pourrait presque établir comme axiome, en se posant au point de vue de l’Art pur, qu’il n’y en a aucun, le style étant à lui tout seul une manière absolue de voir les choses. Flaubert (à Louise Colet, 16 janvier 1852)
Une bonne partie de ce que nous observons dans les relations entre la France et les Etats-Unis est le produit d’une structure de relations que l’on doit penser comme la confrontation entre deux impérialismes de l’universel. (…) La France est une sorte d’idéologie réalisée: être français, c’est se sentir en droit d’universaliser son intérêt particulier, cet intérêt particulier qui a pour particularité d’être universel. Et doublement en quelque sorte: universel en matière de politique, avec le modèle pur de la révolution universelle, universel en matière de culture, avec le modèle de chic (de Paris). On comprend que, bien que son monopole de l’universel soit fortement contesté, en particulier par les Etats-Unis, la France reste l’arbitre des élégances en matière de radical chic, comme on dit outre-Atlantique ; elle continue à donner le spectacle des jeux de l’universel, et, en particulier, de cet art de la transgression qui fait les avant-gardes politiques et/ou artistiques, de cette manière (qui se sent inimitable) de se sentir toujours au-delà, et au-delà du delà, de jouer avec virtuosité de tous les registres, difficile à accorder, de l’avant-gardisme politique et de l’avant-gardisme culturel (…) C’est dire que nombre des choses qui s’écrivent ou se disent, à propos de la France ou des USA ou de leurs rapports, sont le produit de l’affrontement entre deux impérialismes, entre un impérialisme en ascension et un impérialisme en déclin, et doivent sans doute beaucoup à des sentiments de revanche ou de ressentiment, sans qu’il soit exclu qu’une partie des réactions que l’on serait porté à classer dans l’antiaméricanisme du ressentiment puissent et doivent être comprises comme des stratégies de résistance légitime à des formes nouvelles d’impérialisme… (…) En fait, on ne peut attendre un progrès vers une culture réellement universelle – c’est-à-dire une culture faite de multiples traditions culturelles unifiées par la reconnaissance qu’elles s’accordent mutuellement – que des luttes entre les impérialismes de l’universel. Ces impérialismes, à travers les hommages plus ou moins hypocrites qu’ils doivent rendre à l’universel pour s’imposer, tendent à le faire avancer et, à tout le moins, à le constituer en recours susceptible d’être invoqué contre les impérialismes mêmes qui s’en réclament. Pierre Bourdieu (1992)
La Révolution n’a fait que catalyser un tricolore qui était déjà dans l’air du temps, porté depuis plusieurs années par ceux qui se revendiquaient de la révolution américaine. Michel Pastoureau
En fait, la Révolution française n’est qu’un aspect d’une révolution occidentale, ou plus exactement atlantique, qui a commencé dans les colonies anglaises d’Amérique peu après 1763, s’est prolongée par les révolutions de Suisse, des Pays-Bas, d’Irlande avant d’atteindre la France en 1787 et 1789. Jacques Godechot
La Révolution américaine qui précéda la Révolution française, a influencé les débats de l’Assemblée constituante française autour de la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen. Parmi les députés siégeaient en effet treize hommes qui sont allés en Amérique du Nord ou qui admirent la Révolution américaine : ce groupe informel des « Américains » est constitué des nobles envoyés en Amérique, comme officiers, par le Roi Louis XVI pour soutenir la guerre d’indépendance américaine. Il comprenait le marquis de La Fayette, le vicomte de Noailles (qui proposa la fin des privilèges et des droits seigneuriaux le 4 août 1789), les frères Lameth, le marquis de Ségur, le comte Mathieu de Montmorency, le duc de la Rochefoucauld d’Enville (qui traduit la Constitution américaine de 1787 en français) ; on peut ajouter le marquis de Condorcet qui publia De l’influence de la révolution de l’Amérique sur l’Europe. (…), l’influence américaine est surtout l’exemple de la mise en œuvre de principes révolutionnaires énoncés dans sa déclaration d’indépendance, Condorcet admettant, en introduction, que ces principes sont issus des philosophes Européens. La Déclaration des Droits américaine est l’un des éléments ayant pu inspirer la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen ; La Fayette fut le premier à présenter un projet de Déclaration en France, projet qui avait été discuté avec Thomas Jefferson, l’un des Pères fondateurs des États-Unis. Cependant, en dépit de l’autorité de tous ces auteurs, il faut convenir que, si la paternité américaine de la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen est une très belle idée, elle ne tient pas à l’examen. D’abord, la Déclaration américaine des droits de 1791 est postérieure de deux ans à son équivalent français. D’autre part, contrairement aux Américains, les Français ont rédigé la Déclaration avant de rédiger une nouvelle constitution (1791). Enfin, elle ne comprend pas les mêmes dispositions et ne propose pas du tout la même philosophie politique. La Déclaration française peut toutefois être rapprochée et comparée au Préambule de la Déclaration d’indépendance des États-Unis de 1776, en particulier « tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur ». Cependant, en dépit de l’autorité de tous ces auteurs, il faut convenir que, si la paternité américaine de la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen est une très belle idée, elle ne tient pas à l’examen. D’abord, la Déclaration américaine des droits de 1791 est postérieure de deux ans à son équivalent français. D’autre part, contrairement aux Américains, les Français ont rédigé la Déclaration avant de rédiger une nouvelle constitution (1791). Enfin, elle ne comprend pas les mêmes dispositions et ne propose pas du tout la même philosophie politique. La Déclaration française peut toutefois être rapprochée et comparée au Préambule de la Déclaration d’indépendance des États-Unis de 1776, en particulier « tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur ». Cependant, en dépit de l’autorité de tous ces auteurs, il faut convenir que, si la paternité américaine de la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen est une très belle idée, elle ne tient pas à l’examen. D’abord, la Déclaration américaine des droits de 1791 est postérieure de deux ans à son équivalent français. D’autre part, contrairement aux Américains, les Français ont rédigé la Déclaration avant de rédiger une nouvelle constitution (1791). Enfin, elle ne comprend pas les mêmes dispositions et ne propose pas du tout la même philosophie politique. La Déclaration française peut toutefois être rapprochée et comparée au Préambule de la Déclaration d’indépendance des États-Unis de 1776, en particulier « tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur ». Wikipedia
They preached equality because they believed in the fatherhood of God and the brotherhood of man. They justified freedom by the text that we are all created in the divine image, all partakers of the divine spirit.  From this teaching flowed the emerging American rejection of monarchy and our bold embrace of democratic self-government. (…) If we are to maintain the great heritage which has been bequeathed to us, we must be like-minded as the fathers who created it. (…) Equality, liberty, popular sovereignty, the rights of man . . . are ideals. They have their source and their roots in the religious convictions. . . . Unless the faith of the American people in these religious convictions is to endure, the principles of our Declaration will perish. (…) We live in an age of science and of abounding accumulation of material things. These did not create our Declaration. Our Declaration created them. The things of the spirit come first. . . . If we are to maintain the great heritage which has been bequeathed to us, we must be like-minded as the fathers who created it.  President Calvin Coolidge (150th anniversary of the Declaration of Independence, 1926)
Like Tocqueville, who attributed America’s strength to its unique fusion of the spirit of liberty and the spirit of religion, Coolidge is rightly concerned about what will happen to the sturdy tree of liberty should its cultural roots decay. It is a question worth some attention as we eat our barbecue and watch the fireworks. Leon Kass
 ‘Le genre humain avait perdu ses titres: Montesquieu les a retrouvés et les lui a rendus’ (Voltaire). Mais il ne suffit pas qu’ils soient écrits dans les livres des philosophes et dans le coeur des hommes vertueux, il faut que l’homme ignorant ou faible puisse les lire dans l’exemple d’un grand peuple. L’Amérique nous a donné cet exemple. (…) Le spectacle d’un grand peuple où les droits de l’homme sont respectés, est utile à tous les autres, malgré la différence des climats, des moeurs et des constitutions. Il apprend que ces droits sont partout les mêmes. (…)  Tels sont les biens que l’humanité entière doit attendre de l’exemple de l’Amérique, et nous serions surpris qu’on regardât comme chimériques ces avantages, parce qu’ils n’ont pas une influence immédiate et physique sur le sort des individus. Ce serait ignorer que le bonheur des hommes réunis en société dépend presque uniquement des bonnes lois, et que, s’ils doivent leur premier hommage au législateur qui réunit à la sagesse de les concevoir la volonté et le pouvoir de les prescrire, ceux qui, par leur exemple ou par leurs leçons, indiquent à chaque législateur les lois qu’il doit faire, deviennent après lui les premiers bienfaiteurs des peuples. Condorcet (1786
Il n’y a rien de moins indépendant qu’un citoyen libre. Alexis de Tocqueville
Il y a quatre droits naturels que le prince est obligé de conserver à chacun de ses sujets ; ils ne les tiennent que de Dieu et ils sont antérieurs à toute loi politique et civile : la vie, l’honneur, la liberté et la propriété. Louis XVI
En me replongeant dans les écrits de Bastiat, j’ai découvert une défense de la liberté et de l’autonomie individuelle à la fois élégante et puissante. (…) Bastiat nous a rappelé que le sens du pouvoir va des individus vers le haut, et non de l’État vers le bas. C’est un message de tous les temps. Margaret Thatcher
Le libéralisme, ce serait aussi désastreux que le communisme. Jacques Chirac (Le Figaro, 16 mars 2005)
Beaucoup d’entre vous connaissent certainement le nom de l’économiste français Fréderic Bastiat et sa célèbre Pétition des marchands de chandelles, qui est devenue un texte connu et aujourd’hui déjà classique dans les manuels démontrant l’absurdité de l’ingérence politique dans l’économie. Le 14 novembre 2008, la Commission européenne a exaucé la pétition réelle et non fictive des marchands de chandelles en grevant les chandelles importées de Chine de droits de douane de 66%. Je ne croyais pas qu’un texte littéraire écrit il y a 160 ans puisse devenir une réalité, mais cela est arrivé. Václav Klaus (président de la République tchèque, devant le Parlement européen, le 20 février 2009)
Le libéralisme est un ensemble de courants de philosophie politique visant à faire reconnaître la primauté des principes de liberté et de responsabilité individuelle sur l’autorité du souverain (que ce souverain soit un monarque ou le peuple). Le vocable de libéralisme fait son apparition au début du XIXe siècle (on trouve le mot dans le Journal de Maine de Biran en 1818, et le terme de liberalism se trouve dans le New English Dictionary dès 1819). Les racines du libéralisme sont plus anciennes. L’opposition à la dictature de l’absolutisme du souverain est développée au fil des siècles notamment par la montée du scepticisme face au droit divin dans l’Europe des Lumières (XVIIIe siècle), mais aussi auparavant par la scolastique de l’École de Salamanque (XVIe siècle) faisant obligation morale au souverain de respecter les droits fondamentaux de chaque être humain au motif de sa nature de créature de Dieu, ou plus anciennement par les chartes médiévales (telles la Magna Carta) introduisant des droits fondamentaux dont le respect est exigé du souverain, ou encore par certains pans de la philosophie thomiste. La date des débuts formels du libéralisme ou de ses composantes politiques, économiques ou religieuses diffère selon les auteurs. De nombreux auteurs font débuter le libéralisme avec la Lettre sur la tolérance de John Locke (1689) qui complète les racines préexistantes.  Sur le plan politique, le libéralisme ne cherche pas à déterminer qui doit détenir le pouvoir : il fixe des limites à l’autorité politique, les moyens qu’elle peut ou ne peut pas utiliser. Cela a d’abord été une réponse à l’absolutisme des régimes de droit divin qui octroyait tous les pouvoirs aux monarques; par la suite, même la démocratie a vu émerger des structures politiques qui pouvaient aussi restreindre les prérogatives individuelles. Le libéralisme politique est consécutivement la doctrine politique visant à limiter les pouvoirs de l’État pour ramener celui-ci à la protection des droits et libertés individuelles. Sur le plan économique le libéralisme économique donne une grande place au principe de propriété individuelle et s’oppose aux pouvoirs qui perturbent le libre jeu de la concurrence. C’est tout autant l’étatisme ou l’État-providence qui instaurent des barrières au commerce, que la constitution de conglomérats ou ententes industriels qui acquièrent une position hégémonique sur le marché. L’accusation contemporaine la plus commune qui est portée contre le concept de libéralisme[1] comme pour sa pratique est qu’il n’accorderait quasiment aucune valeur à la réduction des inégalités et considérerait les politiques de solidarité comme dangereuses. Pour les libéraux, il s’agit de distinguer le fonctionnement de l’économie de la politique sociale, deux domaines ayant leurs propres objectifs. Ils considèrent que les mélanger crée des confusions, opacités et effets pervers au détriment des deux.(…) Ces droits, selon les libéraux, ne découlent pas d’une définition législative, ce sont des droits inhérents à la nature humaine et dont la légitimité est supérieure à toute loi. Le libéralisme économique n’en est qu’une conséquence directe, depuis le « laissez faire, laissez passer », mot d’ordre des physiocrates français au XVIIIe siècle en faveur de la libre circulation des biens et des marchandises, jusqu’à l’École autrichienne d’économie au XXe siècle. Les libéralismes social et moral sont aussi des conséquences, même si on les sépare du libéralisme économique car tout le monde n’adhère pas forcément simultanément aux trois. La thèse des droits naturels (droit à la vie, à la liberté et à la propriété) est largement développée par John Locke. De cette théorie est issue la conception moderne des droits de l’homme qui a fourni historiquement la justification idéologique de la Révolution américaine et de la Révolution française, sans pour autant préconiser la démocratie, de crainte que la « tyrannie de la majorité » (selon l’expression de Tocqueville) ne vienne limiter les droits individuels. Plusieurs libéraux contestent la thèse des droits naturels, et affirment que ces droits ne sont que des valeurs politiques (voir libéralisme politique). Les libéraux classiques soutiennent qu’en ce cas la société (via la démocratie) peut très bien limiter ou supprimer complètement la liberté de l’individu de façon tout à fait légale et démocratique (ce qui s’est produit par exemple avec l’accession d’Adolf Hitler au pouvoir). Pour les tenants de la thèse des droits naturels (qualifiés également d’imprescriptibles dans la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen), il est clair que ces droits sont antérieurs et supérieurs à tout droit politique ainsi qu’à la démocratie. Il subsiste ainsi une différence marquée entre libéraux partisans du jusnaturalisme (la Raison comme source du droit : le droit naturel), et libéraux partisans du droit positif (l’État comme source du droit), les premiers étant parfois accusés de faire de la métaphysique, les derniers étant taxés de relativisme ou de soumission à l’État. Toutefois, tous les libéraux admettent l’insuffisance du seul droit positif : Hayek distingue la loi et la « règle de la loi » ; Bastiat affirme que « Personnalité, Liberté, Propriété (…) sont antérieures et supérieures à toute législation humaine.» Ces droits ont un caractère universel, applicable à tous les hommes, sans égard au lieu ni à l’époque, ce qui les distingue de « droits » arbitraires fictifs : par exemple un droit au logement ne saurait être un droit naturel, car il est impossible à réaliser sans prendre aux uns pour donner aux autres, ce qui lui ôte tout caractère universel. Les droits des uns ne peuvent s’exercer aux dépens des droits des autres, plus précisément un droit ne peut s’exercer aux dépens d’une personne non consentante. Il faut noter que ces droits étaient déjà reconnus sous la monarchie : « il y a quatre droits naturels que le prince est obligé de conserver à chacun de ses sujets ; ils ne les tiennent que de Dieu et ils sont antérieurs à toute loi politique et civile : la vie, l’honneur, la liberté et la propriété. » (Louis XVI) L’éthique libérale découle des droits naturels, elle se ramène au principe de non-agression : ne pas voler autrui, ne pas utiliser la coercition ou la violence envers autrui, sauf pour se défendre d’une agression. C’est donc une éthique de tolérance, contraire au relativisme moral du collectivisme (selon lequel la fin justifie les moyens ou l’intérêt général doit prévaloir sur les options individuelles) La tradition libérale dont se réclament les libéraux remonte jusqu’au taoïsme original en Chine, à Aristote puis aux stoïques en Grèce. Au XVIe siècle, l’école de Salamanque, Montaigne, La Boétie et d’autres humanistes. Au XVIIe siècle, les levellers de la révolution anglaise, John Locke (qui fonde la philosophie libérale moderne). Au XVIIIe siècle, Montesquieu, Voltaire, les physiocrates, Turgot, Adam Smith, David Hume. La révolution américaine est riche d’auteurs libéraux, de Benjamin Franklin à Thomas Paine. Durant la Révolution française, les Girondins représentent le courant libéral, victimes de la Terreur étatique des Jacobins, et parmi ceux-là des factions de la Montagne. Quand ils ne sont pas combattus par la révolution ou par Napoléon, les libéraux sont dans l’opposition pacifique : Destutt de Tracy, Benjamin Constant (qui formalise l’essence du libéralisme). Au XIXe siècle, Jean-Baptiste Say, Charles Comte, Charles Dunoyer, Alexis de Tocqueville, Frédéric Bastiat (le classique par excellence), Gustave de Molinari; en Angleterre, Richard Cobden, John Stuart Mill, Lord Acton. Au XXe siècle, l’école autrichienne culmine avec Ludwig von Mises et Friedrich Hayek, l’objectiviste Ayn Rand cristallise les valeurs libérales, Murray Rothbard popularise le libertarianisme; on citera aussi Henry Hazlitt, Leonard Read, David Friedman, Antony de Jasay, etc.; en France, Jacques Rueff, Raymond Aron, Jean-François Revel, Pascal Salin, Henri Lepage, etc. Il n’y a pas une école unique du libéralisme, d’autorité ni de fondateur. Il y a par exemple de grandes différences entre Hayek et Aristote, Frédéric Bastiat et Thomas Paine ou John Stuart Mill. Friedrich Hayek écrit ainsi que : « Il n’y a rien dans les principes du libéralisme qui permette d’en faire un dogme immuable; il n’y a pas de règles stables, fixées une fois pour toutes. Il y a un principe fondamental : à savoir que dans la conduite de nos affaires nous devons faire le plus grand usage possible des forces sociales spontanées et recourir le moins possible à la coercition. » Certains libéraux, les utilitaristes (par exemple Maurice Allais), sans prendre parti sur les prémisses philosophiques du libéralisme, justifient le libéralisme parce qu’il engendre les organisations sociales les plus efficaces d’un point de vue économique. Le libéralisme politique, expression qui est pour certains libéraux un oxymore, désigne une réalité variable selon les pays. Aujourd’hui aux États-Unis le liberalism désigne une tradition politique militant pour la démocratie et le régime constitutionnel, favorable en général aux libertés civiles et à l’économie de marché, mais souvent aussi interventionniste, et qui s’oppose à celle des conservateurs ou des socialistes ; dans ce sens le terme anglais liberal équivaut à centre-gauche, réformiste, démocrate ou social-démocrate (Jean-François Revel emploie le terme de progressiste), ce qui a peu de choses à voir avec le sens premier. Originellement, le libéralisme politique est le courant de pensée qui, depuis Locke, Hobbes et Montesquieu, est attaché à circonscrire l’action du pouvoir et de l’État, et à définir les rapports de la sphère politique avec l’individu (séparation des pouvoirs, « contre-pouvoirs », etc.). En général est préconisée la démocratie libérale, que l’on connaît depuis le XIXe siècle dans la plupart des états occidentaux. Les libéraux les plus radicaux, les anarcho-capitalistes, affirment que la sphère des attributions légitimes du pouvoir politique est vide. Les libéraux plus modérés, les minarchistes, pensent qu’il existe des fonctions légitimes de l’État, qu’ils identifient souvent aux fonctions régaliennes: sécurité, police, justice, défense du territoire. La plupart des libéraux ne se posent pas ces questions de principes ; leur opinion est que le pouvoir politique est bien trop étendu, et s’étend sans cesse. Ils cherchent donc les moyens de restreindre et d’inverser cette expansion de l’État, la question de savoir où on s’arrêtera étant prématurée. Wikilibéral
Le fait que le libéralisme accorde une réelle valeur à l’expérience a entraîné une réévaluation continuelle des idées d’individualité et de liberté. John Dewey (1935)
Une étude du CEVIPOF de 2016, réalisée pendant les débats sur la loi Travail, montre qu’un tiers seulement des électeurs sont libéraux au sens économique. De Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon comme à l’intérieur des partis dits de gouvernement, il est de bon ton de critiquer une «révolution néolibérale» responsable des maux économiques du pays. À l’inverse, très peu d’hommes politiques assumeront en France un programme libéral. La France a-t-elle un problème avec le libéralisme? Alexis Feertchak
Jean Tirole rappelle aussi que les Américains sont deux fois plus nombreux que les Français à trouver des vertus aux marchés. La dénonciation du «grand méchant marché», pour reprendre le titre d’Augustin Landier et David Thesmar (2007), est un lieu commun politiquement d’autant plus séduisant qu’il permet de faire retomber la responsabilité de nos difficultés sur le monde extérieur «néolibéral»: l’Europe, la City, etc. Je ne dirai pas pour autant que la France a un problème avec le libéralisme, terme qui se pense mal au singulier. Il y a des traditions nationales différentes parmi les libéraux. Il est vrai que nous sommes héritiers d’une tradition qui pense que la vie économique doit être encadrée par le politique. Les Français, aujourd’hui comme hier, se méfient du marché, s’inquiètent des conséquences sociales de l’individualisme radical ; ils craignent une «société qui tombe en poussière», pour reprendre une métaphore postrévolutionnaire. Cette dénonciation française de l’individualisme lié au monde de l’argent vient des contre-révolutionnaires et des catholiques, et se trouve reprise par les premiers socialistes. La tradition anglo-américaine, protestante, est très différente: le mot «individualisme» en anglais est d’emblée positif, les Américains valorisent l’héroïsme entrepreneurial. En français le mot «individualisme» qui apparaît vers 1820 est resté très généralement négatif. Aussi bien coexistent en France à la fois une tradition illibérale, étatiste, et une tradition libérale qui dès le XVIIIème siècle défend l’individu moderne émancipé, valorise les initiatives individuelles tout en repoussant l’individualisme et en souhaitant un encadrement politique de l’économie. Lisez les admirables chapitres de Tocqueville en 1840 sur l’individualisme, ce «sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables, et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis ; de telle sorte que, après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même». Tocqueville en vient à redouter l’émergence d’une nouvelle «aristocratie manufacturière», qui «après avoir appauvri et abruti les hommes dont elle se sert, les livre en temps de crise à la charité publique pour les nourrir». La description qu’il fait des usines de Manchester est tout aussi horrifique que celle que donnent le catholique Montalembert ou les socialistes – ce qui ne l’empêche nullement de dénoncer dans l’étatisme économique la «route de la servitude». Il est donc vrai qu’il y a dans notre tradition peu de partisans d’un marché sans régulation forte de l’État, peu de partisans d’un «État Croupion» ou du laissez faire – Frédéric Bastiat, malgré son talent, est peu écouté. L’attachement aux libertés politiques a suscité historiquement chez nous plus de combats que la liberté d’entreprendre, le politique prime sur l’économique – ce n’est pas nécessairement ilibéral… (…) le libéralisme se pense d’abord comme l’émancipation de l’individu par rapport à la tutelle de l’Église et à celle du souverain absolu, plus tard aussi par rapport à la tyrannie de la majorité que dénonce Tocqueville aux États-Unis. Ce qu’il y a de commun entre tous les penseurs libéraux, c’est l’idée que la liberté n’est pas un moyen mais une fin, ce qui peut se décliner dans des secteurs très divers: religieux, culturel, politique, économique… (…) ce n’est pas une doctrine, peut être pas même une philosophie, mais un attachement à un principe qui est l’autonomie de l’individu. Les libéraux français, si divers, mettent leur pensée à l’épreuve des responsabilités: Malesherbes (l’arrière-grand-père de Tocqueville) réclamant de la monarchie plus de transparence fiscale et luttant pour la reconnaissance des droits des protestants ; Benjamin Constant grand orateur parlementaire sous la Restauration, Guizot, Tocqueville, députés et ministres, Laboulaye… Raymond Aron est un «spectateur engagé». Une génération est plus sensible à l’urgence d’obtenir des garanties pour les individus (sous l’Empire, Mme de Stael ou Constant, sous le second Empire Laboulaye et Jules Ferry), une autre sera plus soucieuse d’assurer l’ordre (Guizot sous la monarchie de juillet). Il y a des moments libéraux et des générations libérales plus qu’un libéralisme, du fait même de cette volonté d’adaptation aux circonstances. (…) Le principe de liberté se déploie dans des secteurs très divers ; la reconnaissance de la singularité individuelle dans l’ordre culturel ou sociétal est aujourd’hui un enjeu considérable. Mais les libéraux du 19ème siècle (Constant, Tocqueville notamment) étaient déjà des défenseurs acharnés de la liberté des associations, de la presse, et des cultes… Le progressisme est une autre catégorie: on peut vouloir le progrès en opprimant les individus. Parmi les libéraux, il y a des «progressistes» qui réclament une extension des libertés – sous la Restauration par exemple contre l’emprise du clergé et d’une noblesse conservatrice ; plus tard les orléanistes comme Guizot ou les libéraux de la fin du siècle tendent à penser qu’ils ont atteint la fin de l’histoire et leur libéralisme tourne à l’immobilisme… cette tension se retrouve dans toute l’histoire des libéraux. (…) Pour Tocqueville, la préférence pour l’égalité caractérise toutes les démocraties, mais elle est bien plus forte chez les Français car elle résulte de l’éducation politique que leur a donnée la monarchie. Les rois ont accaparé tous les pouvoirs et divisé pour mieux régner: en donnant une multitude de petits privilèges, ils ont attisé l’envie entre les Français, tout en les privant de toute expérience pratique de la liberté. Si bien que la Révolution – dont Tocqueville admire l’élan en 1789 vers la liberté – a vite renoué avec la tradition absolutiste ; c’est à ce peu de goût pour la liberté et au désir insatiable de l’égalité que Tocqueville attribue la récurrence des révolutions en France et la fascination pour des régimes autoritaires comme celui de Napoléon III. Tocqueville fait néanmoins à la fin de sa vie de cette culture révolutionnaire et despotique un trait du continent européen plus que spécifiquement français: l’aire germanique lui semble ressembler à la France d’ancien régime (il apprend l’allemand pour aller voir en 1854 de l’autre côté du Rhin l’ancien régime encore tout vivant) ; la Russie qu’il ne connaît que par les livres lui semble un exemple extrême d’égalité dans la servitude. Il y a une histoire longue du continent européen qui enracine nos politiques dans l’expérience des anciens régimes. Cela dit, ni Tocqueville ni aucun des penseurs libéraux ne tombent durablement dans l’illusion d’une malédiction des origines qui rendrait impossible la liberté sur le continent européen. (…) Il y a en effet un illibéralisme originel de la démocratie française qui tient à l’ancienneté de la centralisation, à la tradition catholique aussi, qui a longtemps soumis la conscience individuelle aux droits de la vérité et au magistère du clergé. La première comme la seconde république ont repris l’idéal d’unanimité du catholicisme et de la monarchie. La pluralité des opinions est perçue comme suspecte. Et l’idée est très prégnante qu’entre le fort et le faible, c’est l’État qui protège. Cela dit, en pratique la centralisation de l’ancien régime n’est pas si forte qu’on le dit parfois: Tocqueville reconnaît que la règle est dure mais la pratique molle… ce qui peut se dire des régimes suivants. Aujourdhui, l’attachement à l’État n’empêche pas une forte revendication d’autonomie. (…) ce qui nous frappe tous aujourd’hui est la perte de confiance dans le personnel politique, la crise de la représentation et le doute sur la capacité de l’État à défendre un bien commun. L’enjeu aujourd’hui est de fonder précisément ce que Tocqueville cherchait à fonder: une communauté de citoyens, une revalorisation de la décision politique, une participation de tous à la vie publique. À ceci près que Tocqueville comme ses contemporains pensait une démocratie guidée par des notables, et qu’il nous faut penser à nouveaux frais la question des «élites» en évitant la confiscation du politique.  (…) Cela dit, la différence avec les pays anglo-saxons tient à l’histoire particulière des relations entre l’État et les religions en France ; la France a longtemps vécu sous un système concordaire depuis le concordat de Bologne en 1516 dont on célèbre l’anniversaire cette année et le concordat de 1801, complété par les articles organiques incluant les protestants (auxquels on ajoute les juifs en 1808) et ce jusqu’à la séparation de 1905. Le concordat reconnaît aux religions «reconnues» une mission publique, les protège en contrepartie d’un contrôle très tatillon (l’État propose au pape les nominations d’évêques, finance les cultes reconnus, surveille les réunions, le clergé doit prêter serment de fidélité etc.). Pour les libéraux (et aussi pour les catholiques à partir de 1830) cette forme de religion politique est une contrainte insupportable, mais ils réclament rarement avant la fin du 19ème siècle une séparation complète et immédiate comme aux États Unis, pour des raisons d’ordre public et aussi parce qu’ils pensent, comme Tocqueville, le maintien des croyances indispensable à la moralité et la cohésion: «pour qu’un peuple soit libre il faut qu’il croie». La loi de 1905 adoptée à la suite d’un conflit séculaire a été dans la pratique une loi de liberté: elle a mis fin à la fonction sociale et politique des religions tout en reconnaissant l’exercice public des cultes. Ce très long travail, très conflictuel, de la séparation explique la vigilance particulière des Français à l’égard de toute affirmation publique d’une religion qui menacerait l’espace commun de coexistence. Le deuxième aspect tient en effet à notre modèle social républicain qui se veut très intégrateur et redistributif: on sait que la redistribution est plus poussée quand les populations se perçoivent comme homogènes. L’acceptation de la redistribution et le consentement à l’impôt sont liés à ce que Tocqueville met au cœur de l’anthropologie démocratique: le sentiment de la similitude. Aux États-Unis, la faiblesse historique de l’État providence et de la redistribution va de pair avec la fragmentation sociale et l’acceptation des singularités ou du communautarisme ; en France le poids de la redistribution et l’ambition du projet intégrateur sont inséparables d’un fort sentiment de ce qui est commun, sentiment qui est blessé par tout ce qui est perçu – à tort ou à raison – comme une volonté de sécession. Toute la difficulté est aujourd’hui de combiner l’acceptation du pluralisme et de la distinction avec l’affirmation vigoureuse de la similitude sur l’essentiel et d’un projet commun. (…) Le refus du libéralisme par certains intellectuels n’est pas une nouveauté dans la tradition française – et la dénonciation de l’illibéralisme des penseurs français par les anglo-saxons est aussi une tradition. Friedrich Hayek s’en était pris très violemment à la tradition continentale européenne dans La route de la servitude en 1944 (titre emprunté à Tocqueville dans son grand discours contre le droit du travail en 1848): parmi les Européens infestés selon lui de rousseauisme il ne trouve à sauver que Kant, Constant et Tocqueville qu’il juge du reste peu français et pas exempt de toute contamination. Plus près de nous et dans un autre contexte idéologique, Tony Judt, s’en prend en 1992 dans Past imperfect French intellectuals 1944-1956 (trad. Fayard, 1992) à la fascination des penseurs français pour le marxisme. Les libéraux français n’ont pas dans notre univers intellectuel la position dominante qu’ils ont en Angleterre ou aux États-Unis pour les raisons historiques que j’ai données ; ils n’en ont pas moins un rôle essentiel quoique discontinu. Ils sont souvent meilleurs dans l’opposition…: sous le premier ou le second Empire, sous la Restauration. En France il y a dans les années 1970/1980 un grand moment libéral qui permet de penser le communisme ou le passé d’une illusion pour parler comme François Furet. (…) Tocqueville écrivait en 1835: «Il faut une science politique nouvelle à un monde tout nouveau»… La crise de la politique désormais n’est plus pensable comme une exception française. Mais l’intelligence de cette crise nouvelle gagne à la méditation des grands classiques. Marc Bloch rappelait que «l »ignorance du passé ne se borne pas à nuire à la connaissance du présent, elle compromet, dans le présent, l’action même». Françoise Melonio
Me voilà discrédité à tout jamais; et il est maintenant reçu que je suis un homme sans cœur et sans entrailles, un philosophe sec, un individualiste, un bourgeois, et, pour tout dire en un mot, un économiste de l’école anglaise ou américaine. Frédéric Bastiat
Et cette grande chimère, nous l’avons placée, pour l’édification du peuple, au frontispice de la Constitution. Voici les premiers mots du préambule: « La France s’est constituée en République pour… appeler tous les citoyens à un degré toujours plus élevé de moralité, de lumière et de bien-être. »  Ainsi, c’est la France ou l’abstraction, qui appelle les Français ou les réalités à la moralité, au bien-être, etc. N’est-ce pas abonder dans le sens de cette bizarre illusion qui nous porte à tout attendre d’une autre énergie que la nôtre? N’est-ce pas donner à entendre qu’il y a, à côté et en dehors des Français, un être vertueux, éclairé, riche, qui peut et doit verser sur eux ses bienfaits? N’est-ce pas supposer, et certes bien gratuitement, qu’il y a entre la France et les Français, entre la simple dénomination abrégée, abstraite, de toutes les individualités et ces individualités mêmes, des rapports de père à fils, de tuteur à pupille, de professeur à écolier?(…) Les Américains se faisaient une autre idée des relations des citoyens avec l’État, quand ils placèrent en tête de leur Constitution ces simples paroles: « Nous, le peuple des États-Unis, pour former une union plus parfaite, établir la justice, assurer la tranquillité intérieure, pourvoir à la défense commune, accroître le bien-être général et assurer les bienfaits de la liberté à nous-mêmes et à notre postérité, décrétons, etc. » Ici point de création chimérique, point d’abstraction à laquelle les citoyens demandent tout. Ils n’attendent rien que d’eux-mêmes et de leur propre énergie. Si je me suis permis de critiquer les premières paroles de notre Constitution, c’est qu’il ne s’agit pas, comme on pourrait le croire, d’une pure subtilité métaphysique. Je prétends que cette personnification de l’État a été dans le passé et sera dans l’avenir une source féconde de calamités et de révolutions. Bastiat
Je ne désire pas pour mon pays autant le free-trade que l’esprit du free-trade. Le free-trade, c’est un peu plus de richesse ; l’esprit du free-trade, c’est la réforme de l’intelligence même, c’est-à-dire la source de toutes les réformes. Frédéric Bastiat (Lettre à Cobden, le 20 mars 1847)
La cause que nous servons ne se renferme pas dans les limites d’une nation. Elle est universelle et ne trouvera sa solution que dans l’adhésion de tous les peuples. (…) Les difficultés s’accumulent autour de nous ; nous n’avons pas pour adversaires seulement des intérêts. L’ignorance publique se révèle maintenant dans toute sa triste étendue. En outre, les partis ont besoin de nous abattre. (…) Tous aspirent au même but : la Tyrannie. Ils ne diffèrent que sur la question de savoir en quelles mains l’arbitraire sera déposé. Aussi, ce qu’ils redoutent le plus, c’est l’esprit de la vraie liberté. (…) Ce qui m’afflige surtout, moi qui porte au cœur le sentiment démocratique dans toute son universalité, c’est de voir la démocratie française en tête de l’opposition à la liberté du commerce. Bastiat (Lettre à Cobden, 9 novembre 1847)
De grands obstacles nous viennent aussi de votre côté de la Manche. Mon cher Cobden, il faut que je vous parle en toute franchise. En adoptant le Libre-Echange, l’Angleterre n’a pas adopté la politique qui dérive logiquement du Libre-Échange. Le fera-t-elle ? Je n’en doute pas ; mais quand ? (…) On dit souvent qu’il ne faut pas confondre les nations avec leurs gouvernements. Il y a du vrai et du faux dans cette maxime ; et j’ose dire qu’elle est fausse à l’égard des peuples qui ont des moyens constitutionnels de faire prévaloir l’opinion. Considérez que la France n’a pas d’instruction économique. Lors donc qu’elle lit l’histoire, lorsqu’elle y voit les envahissements successifs de l’Angleterre, quand elle étudie les moyens diplomatiques qui ont amené ces envahissements, quand elle voit un système séculaire suivi avec persévérance, soit que les wighs ou les torys tiennent le timon de l’État, quand elle lit dans vos journaux qu’en ce moment l’Angleterre a 34,000 marins à bord des vaisseaux de guerre, comment voulez-vous qu’elle se fie, pour un changement dans votre politique, à la force d’un principe que d’ailleurs elle ne comprend pas ?  Bastiat (Lettre à Cobden, 15 octobre 1847)
Mon ami, l’ignorance et l’indifférence dans ce pays, en matière d’économie politique, dépassent tout ce que j’aurais pu me figurer. Ce n’est pas une raison pour se décourager, au contraire, c’en est une pour nous donner le sentiment de l’utilité, de l’urgence même de nos efforts. Mais je comprends aujourd’hui une chose : c’est que la liberté commerciale est un résultat trop éloigné pour nous. Heureux si nous pouvons déblayer la route de quelques obstacles. — Le plus grand n’est pas le parti protectionniste, mais le socialisme avec ses nombreuses ramifications. — S’il n’y avait que les monopoleurs, ils ne résisteraient pas à la discussion. — Mais le socialisme leur vient en aide. Celui-ci admet la liberté en principe et renvoie l’exécution après l’époque où le monde sera constitué sur le plan de Fourier ou tout autre inventeur de société. — Et, chose singulière, pour prouver que jusque-là la liberté sera nuisible, ils reprennent tous les arguments des monopoleurs : balance du commerce, exportation du numéraire, supériorité de l’Angleterre, etc., etc. D’après cela, vous me direz que combattre les monopoleurs, c’est combattre les socialistes. — Non. — Les socialistes ont une théorie sur la nature oppressive du capital, par laquelle ils expliquent l’inégalité des conditions, et toutes les souffrances des classes pauvres. Ils parlent aux passions, aux sentiments, et même aux meilleurs instincts des hommes. Ils séduisent la jeunesse, montrant le mal et affirmant qu’ils possèdent le remède. Ce remède consiste en une organisation sociale artificielle de leur invention, qui rendra tous les hommes heureux et égaux, sans qu’ils aient besoin de lumières et de vertus. — Encore si tous les socialistes étaient d’accord sur ce plan d’organisation, on pourrait espérer de le ruiner dans les intelligences. Mais vous comprenez que, dans cet ordre d’idées, et du moment qu’il s’agit de pétrir une société, chacun fait la sienne, et tous les matins nous sommes assaillis par des inventions nouvelles. Nous avons donc à combattre une hydre à qui il repousse dix têtes quand nous lui en coupons une. Le malheur est que cette méthode a un puissant attrait pour la  (jeunesse. On lui montre des souffrances ; et par là on commence par toucher son cœur. Ensuite on lui dit que tout peut se guérir, au moyen de quelques combinaisons artificielles ; et par là on met son imagination en campagne. Bastiat (Lettre à Cobden, 5 juillet 1847)
On nous accuse, dans le parti démocratique et socialiste, d’être voués au culte des intérêts matériels et de tout ramener à des questions de richesses. J’avoue que lorsqu’il s’agit des masses, je n’ai pas ce dédain stoïque pour la richesse. Ce mot ne veut pas dire quelques écus de plus ; il signifie du pain pour ceux qui ont faim, des vêtements pour ceux qui ont froid, de l’éducation, de l’indépendance, de la dignité. — Mais, après tout, si le résultat du libre-échange devait être uniquement d’accroître la richesse publique, je ne m’en occuperais pas plus que de toute autre question agricole ou industrielle. Ce que je vois surtout dans notre agitation, c’est l’occasion de combattre quelques préjugés et de faire pénétrer dans le public quelques idées justes. C’est là un bien indirect cent fois supérieur aux avantages directs de la liberté commerciale (…) Si la liberté était proclamée demain, le public resterait dans l’ornière où il est sous tous les autres rapports ; mais, au début, je suis obligé de ne toucher qu’avec un extrême ménagement à ces idées accessoires, afin de ne pas heurter nos propres collègues. Aussi je consacre mes efforts à élucider le problème économique. Ce sera le point de départ de vues plus élevées. Bastiat (Lettre à Cobden, le 20 avril 1847)
La révolution de février a été certainement plus héroïque que celle de juillet ; rien d’admirable comme le courage, l’ordre, le calme, la modération de la population parisienne. Mais quelles en seront les suites ? Depuis dix ans, de fausses doctrines, fort en vogue, nourrissent les classes laborieuses d’absurdes illusions. Elles sont maintenant convaincues que l’État est obligé de donner du pain, du travail, de l’instruction à tout le monde. Le gouvernement provisoire en a fait la promesse solennelle ; il sera donc forcé de renforcer tous les impôts pour essayer de tenir cette promesse, et, malgré cela, il ne la tiendra pas. Je n’ai pas besoin de te dire l’avenir que cela nous prépare. (…) Il est évident que toutes ces promesses aboutiront à ruiner la province pour satisfaire la population de Paris ; car le gouvernement n’entreprendra jamais de nourrir tous les métayers, ouvriers et artisans des départements, et surtout des campagnes. (…) Pauvre peuple ! que de déceptions on lui a préparées ! Il était si simple et si juste de le soulager par la diminution des taxes ; on veut le faire par la profusion, et il ne voit pas que tout le mécanisme consiste à lui prendre dix pour lui donner huit, sans compter la liberté réelle qui succombera à l’opération (…) Comment, comment lutter contre une école qui a la force en main et qui promet le bonheur parfait à tout le monde ? Ami, si l’on me disait : Tu vas faire prévaloir ton idée aujourd’hui, et demain tu mourras dans l’obscurité, j’accepterais de suite ; mais lutter sans chance, sans être même écouté, quelle rude tâche ! Adieu, les élections sont prochaines, nous nous verrons alors ; en attendant, dis-moi si tu remarques quelques bonnes dispositions en ma faveur. Bastiat (Lettre à M. Félix Coudroy, 29 février 1848)
We hold from God the gift which includes all others. This gift is life — physical, intellectual, and moral life. But life cannot maintain itself alone. The Creator of life has entrusted us with the responsibility of preserving, developing, and perfecting it. In order that we may accomplish this, He has provided us with a collection of marvelous faculties. And He has put us in the midst of a variety of natural resources. By the application of our faculties to these natural resources we convert them into products, and use them. This process is necessary in order that life may run its appointed course. Life, faculties, production — in other words, individuality, liberty, property — this is man. And in spite of the cunning of artful political leaders, these three gifts from God precede all human legislation, and are superior to it. Life, liberty, and property do not exist because men have made laws. On the contrary, it was the fact that life, liberty, and property existed beforehand that caused men to make laws in the first place. Bastiat
Nous tenons de Dieu le don qui pour nous les renferme tous, la Vie, — la vie physique, intellectuelle et morale. Mais la vie ne se soutient pas d’elle-même. Celui qui nous l’a donnée nous a laissé le soin de l’entretenir, de la développer, de la perfectionner. Pour cela, il nous a pourvus d’un ensemble de Facultés merveilleuses ; il nous a plongés dans un milieu d’éléments divers. C’est par l’application de nos facultés à ces éléments que se réalise le phénomène de l’Assimilation, de l’Appropriation, par lequel la vie parcourt le cercle qui lui a été assigné. Existence, Facultés, Assimilation — en d’autres termes, Personnalité, Liberté, Propriété, — voilà l’homme. C’est de ces trois choses qu’on peut dire, en dehors de toute subtilité démagogique, qu’elles sont antérieures et supérieures à toute législation humaine. Ce n’est pas parce que les hommes ont édicté des Lois que la Personnalité, la Liberté et la Propriété existent. Au contraire, c’est parce que la Personnalité, la Liberté et la Propriété préexistent que les hommes font des Lois. Bastiat

Et si on relisait Bastiat ?

En ce 225e anniversaire de la Déclaration des droits américaine …

Qui inspira largement la nôtre …

Au lendemain de la disparition  d’un des pires dictateurs de la planète qui a donné lieu aux ignominies que l’on sait …

Et à l’heure où, sur fond de réveil des peuples contre leurs élites mais aussi de manoeuvres d’intimidation des forces de la réaction …

Recule déjà une droite qui venait tout juste de commençait enfin à s’assumer comme telle …

Refuse toujours l’obstacle une gauche qui n’a toujours pas réussi à faire son aggiornamento …

Et continue à se gauchiser une extrême-droite toujours plus tentée par l’étatisme et l’interventionnisme …

Retour avec le récent entretien du Figaro de l’historienne des idées Françoise Mélonio …

Sur cette difficulté si particulière, catholicisme et monarchie absolue obligent, avec le libéralisme …

Dont ne semble décidément vouloir se défaire la terre de Tocqueville, Constant et Bastiat …

Et redécouverte justement avec le fameux texte de Bastiat sur la loi …

De cette si farouche volonté de maintenir hors de portée humaine comme don divin, la précédence et la prééminence de la liberté sur le politique …

Les Français ont-ils un problème avec le libéralisme ?
Alexis Feertchak
Le Figaro
16/09/2016

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Alors que de nouvelles manifestations ont eu lieu contre la loi Travail, l’historienne des idées Françoise Mélonio a accordé au FigaroVox un entretien fleuve pour éclairer le rapport ambigu des Français avec le libéralisme.

Docteur d’État et agrégée de Lettres, normalienne, Françoise Mélonio est professeur de Littérature à l’Université Paris-Sorbonne. Ancienne directrice adjointe (Lettres) de l’École normale supérieure (Ulm), elle a été doyenne du Collège universitaire puis directrice des Études et de la Scolarité de Sciences Po Paris. Spécialiste de Tocqueville, elle a notamment dirigé la collection d’Histoire culturelle de la France publiée aux éditions du Seuil.

FIGAROVOX. – Une étude du CEVIPOF de 2016, réalisée pendant les débats sur la loi Travail, montre qu’un tiers seulement des électeurs sont libéraux au sens économique. De Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon comme à l’intérieur des partis dits de gouvernement, il est de bon ton de critiquer une «révolution néolibérale» responsable des maux économiques du pays. À l’inverse, très peu d’hommes politiques assumeront en France un programme libéral. La France a-t-elle un problème avec le libéralisme?

Françoise MELONIO. – Jean Tirole rappelle aussi (1) que les Américains sont deux fois plus nombreux que les Français à trouver des vertus aux marchés. La dénonciation du «grand méchant marché», pour reprendre le titre d’Augustin Landier et David Thesmar (2007), est un lieu commun politiquement d’autant plus séduisant qu’il permet de faire retomber la responsabilité de nos difficultés sur le monde extérieur «néolibéral»: l’Europe, la City, etc.

Je ne dirai pas pour autant que la France a un problème avec le libéralisme, terme qui se pense mal au singulier. Il y a des traditions nationales différentes parmi les libéraux. Il est vrai que nous sommes héritiers d’une tradition qui pense que la vie économique doit être encadrée par le politique. Les Français, aujourd’hui comme hier, se méfient du marché, s’inquiètent des conséquences sociales de l’individualisme radical ; ils craignent une «société qui tombe en poussière», pour reprendre une métaphore postrévolutionnaire. Cette dénonciation française de l’individualisme lié au monde de l’argent vient des contre-révolutionnaires et des catholiques, et se trouve reprise par les premiers socialistes. La tradition anglo-américaine, protestante, est très différente: le mot «individualisme» en anglais est d’emblée positif, les Américains valorisent l’héroïsme entrepreneurial. En français le mot «individualisme» qui apparaît vers 1820 est resté très généralement négatif. Aussi bien coexistent en France à la fois une tradition illibérale, étatiste, et une tradition libérale qui dès le XVIIIème siècle défend l’individu moderne émancipé, valorise les initiatives individuelles tout en repoussant l’individualisme et en souhaitant un encadrement politique de l’économie.

Lisez les admirables chapitres de Tocqueville en 1840 sur l’individualisme, ce «sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables, et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis ; de telle sorte que, après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même». Tocqueville en vient à redouter l’émergence d’une nouvelle «aristocratie manufacturière», qui «après avoir appauvri et abruti les hommes dont elle se sert, les livre en temps de crise à la charité publique pour les nourrir». La description qu’il fait des usines de Manchester est tout aussi horrifique que celle que donnent le catholique Montalembert ou les socialistes – ce qui ne l’empêche nullement de dénoncer dans l’étatisme économique la «route de la servitude». Il est donc vrai qu’il y a dans notre tradition peu de partisans d’un marché sans régulation forte de l’État, peu de partisans d’un «État Croupion» ou du laissez faire – Frédéric Bastiat, malgré son talent, est peu écouté. L’attachement aux libertés politiques a suscité historiquement chez nous plus de combats que la liberté d’entreprendre, le politique prime sur l’économique – ce n’est pas nécessairement ilibéral…

N’a-t-on pas aussi tendance à oublier que le libéralisme n’est pas d’abord une doctrine économique de «laisser-aller», mais qu’il est au départ une doctrine philosophique, politique et juridique relative au rapport entre les individus, la société et l’État?

En effet le libéralisme se pense d’abord comme l’émancipation de l’individu par rapport à la tutelle de l’Église et à celle du souverain absolu, plus tard aussi par rapport à la tyrannie de la majorité que dénonce Tocqueville aux États-Unis. Ce qu’il y a de commun entre tous les penseurs libéraux, c’est l’idée que la liberté n’est pas un moyen mais une fin, ce qui peut se décliner dans des secteurs très divers: religieux, culturel, politique, économique…

John Dewey estimait en 1935 que «le fait que le libéralisme accorde une réelle valeur à l’expérience a entraîné une réévaluation continuelle des idées d’individualité et de liberté» (2). L’adaptation est-elle la première force du libéralisme?

Oui sans doute, parce que ce n’est pas une doctrine, peut être pas même une philosophie, mais un attachement à un principe qui est l’autonomie de l’individu. Les libéraux français, si divers, mettent leur pensée à l’épreuve des responsabilités: Malesherbes (l’arrière-grand-père de Tocqueville) réclamant de la monarchie plus de transparence fiscale et luttant pour la reconnaissance des droits des protestants ; Benjamin Constant grand orateur parlementaire sous la Restauration, Guizot, Tocqueville, députés et ministres, Laboulaye… Raymond Aron est un «spectateur engagé». Une génération est plus sensible à l’urgence d’obtenir des garanties pour les individus (sous l’Empire, Mme de Stael ou Constant, sous le second Empire Laboulaye et Jules Ferry), une autre sera plus soucieuse d’assurer l’ordre (Guizot sous la monarchie de juillet). Il y a des moments libéraux et des générations libérales plus qu’un libéralisme, du fait même de cette volonté d’adaptation aux circonstances.

N’existe-t-il pas aujourd’hui un libéralisme culturel ou sociétal, qui s’ajoute à la division traditionnelle entre libéralismes économique et politique? Quel est le lien entre libéralisme et progressisme?

Le principe de liberté se déploie dans des secteurs très divers ; la reconnaissance de la singularité individuelle dans l’ordre culturel ou sociétal est aujourd’hui un enjeu considérable. Mais les libéraux du 19ème siècle (Constant, Tocqueville notamment) étaient déjà des défenseurs acharnés de la liberté des associations, de la presse, et des cultes… Le progressisme est une autre catégorie: on peut vouloir le progrès en opprimant les individus. Parmi les libéraux, il y a des «progressistes» qui réclament une extension des libertés – sous la Restauration par exemple contre l’emprise du clergé et d’une noblesse conservatrice ; plus tard les orléanistes comme Guizot ou les libéraux de la fin du siècle tendent à penser qu’ils ont atteint la fin de l’histoire et leur libéralisme tourne à l’immobilisme… cette tension se retrouve dans toute l’histoire des libéraux.

Se référant à Tocqueville, Lucien Jaume estime qu’historiquement, les Français sont davantage attachés à l’égalité qu’à la liberté. Cela peut-il expliquer un certain antilibéralisme de l’Hexagone?

En effet Lucien Jaume met très vigoureusement ce point en lumière dans ses travaux sur l’histoire du libéralisme. Pour Tocqueville, la préférence pour l’égalité caractérise toutes les démocraties, mais elle est bien plus forte chez les Français car elle résulte de l’éducation politique que leur a donnée la monarchie. Les rois ont accaparé tous les pouvoirs et divisé pour mieux régner: en donnant une multitude de petits privilèges, ils ont attisé l’envie entre les Français, tout en les privant de toute expérience pratique de la liberté. Si bien que la Révolution – dont Tocqueville admire l’élan en 1789 vers la liberté – a vite renoué avec la tradition absolutiste ; c’est à ce peu de goût pour la liberté et au désir insatiable de l’égalité que Tocqueville attribue la récurrence des révolutions en France et la fascination pour des régimes autoritaires comme celui de Napoléon III.

Tocqueville fait néanmoins à la fin de sa vie de cette culture révolutionnaire et despotique un trait du continent européen plus que spécifiquement français: l’aire germanique lui semble ressembler à la France d’ancien régime (il apprend l’allemand pour aller voir en 1854 de l’autre côté du Rhin l’ancien régime encore tout vivant) ; la Russie qu’il ne connaît que par les livres lui semble un exemple extrême d’égalité dans la servitude. Il y a une histoire longue du continent européen qui enracine nos politiques dans l’expérience des anciens régimes. Cela dit, ni Tocqueville ni aucun des penseurs libéraux ne tombent durablement dans l’illusion d’une malédiction des origines qui rendrait impossible la liberté sur le continent européen.

La France est l’un des plus anciens États centralisés au monde, tradition que la Révolution française n’a fait qu’amplifier. Cet attachement à l’État participe-t-il du même mouvement de méfiance à l’endroit du libéralisme?

Il y a en effet un illibéralisme originel de la démocratie française qui tient à l’ancienneté de la centralisation, à la tradition catholique aussi, qui a longtemps soumis la conscience individuelle aux droits de la vérité et au magistère du clergé. La première comme la seconde république ont repris l’idéal d’unanimité du catholicisme et de la monarchie. La pluralité des opinions est perçue comme suspecte. Et l’idée est très prégnante qu’entre le fort et le faible, c’est l’État qui protège. Cela dit, en pratique la centralisation de l’ancien régime n’est pas si forte qu’on le dit parfois: Tocqueville reconnaît que la règle est dure mais la pratique molle… ce qui peut se dire des régimes suivants. Aujourdhui, l’attachement à l’État n’empêche pas une forte revendication d’autonomie.

Historiquement, la France est aussi un pays de petits propriétaires, très attachés à leur liberté par rapport à l’État, mais aussi par rapport aux différentes «puissances», qu’elles soient économiques, politiques ou financières. Comment expliquer la conjonction entre ce phénomène et l’attachement à un État fort?

La glorification de la petite propriété (rurale surtout) est un lieu commun libéral. Locke en fait le moyen pour chacun d’assurer sa conservation et son indépendance ; en France les petits propriétaires ayant bénéficié de la vente des biens nationaux et de l’abolition des droits féodaux, la petite propriété apparaît comme une conquête révolutionnaire. Jusque sous la troisième république, on trouve des éloges de la moralité des petits propriétaires, qui tient justement à leur indépendance. Mais c’est de l’État que le petit propriétaire attend la garantie dans ses transactions – et aussi le maintien de l’ordre qui assure le respect de la propriété. Guizot et Tocqueville sont protectionnistes et très attachés à l’ordre social… Je ne vois donc pas de contradiction entre le goût de l’indépendance et l’attachement aux garanties apportées par un État fort.

Ne retrouve-t-on pas aujourd’hui cette ambivalence au sein du Front national entre une vision étatiste et interventionniste dans les anciens territoires ouvriers et une vision davantage poujadiste parmi les artisans, les commerçants, les indépendants et les petits patrons, notamment dans le sud de la France?

Je ne m’aventurerai pas dans un commentaire sur les électeurs du Front national sur lesquels il y a d’excellentes études (Dominique Reynié, Pascal Perrineau).

Au-delà du cas spécifique de cet électorat, ce qui nous frappe tous aujourd’hui est la perte de confiance dans le personnel politique, la crise de la représentation et le doute sur la capacité de l’État à défendre un bien commun. L’enjeu aujourd’hui est de fonder précisément ce que Tocqueville cherchait à fonder: une communauté de citoyens, une revalorisation de la décision politique, une participation de tous à la vie publique. À ceci près que Tocqueville comme ses contemporains pensait une démocratie guidée par des notables, et qu’il nous faut penser à nouveaux frais la question des «élites» en évitant la confiscation du politique. J’aime à citer cette phrase de L’ancien régime et la Révolution: «ll n’y a rien de moins indépendant qu’un citoyen libre».

Il y a quelques années, la loi française anti-Burka déclenchait un tollé dans les pays anglo-saxons, ce qui est arrivé derechef avec les arrêtés anti-burkini cet été. Le modèle républicain à la française vient-il se heurter au libéralisme politique?

La question est compliquée par la menace terroriste, et le disgracieux burkini n’est pas, je crois, l’objet le plus adéquat pour s’interroger sur la place du religieux dans nos démocraties libérales.

Cela dit, la différence avec les pays anglo-saxons tient à l’histoire particulière des relations entre l’État et les religions en France ; la France a longtemps vécu sous un système concordaire depuis le concordat de Bologne en 1516 dont on célèbre l’anniversaire cette année et le concordat de 1801, complété par les articles organiques incluant les protestants (auxquels on ajoute les juifs en 1808) et ce jusqu’à la séparation de 1905. Le concordat reconnaît aux religions «reconnues» une mission publique, les protège en contrepartie d’un contrôle très tatillon (l’État propose au pape les nominations d’évêques, finance les cultes reconnus, surveille les réunions, le clergé doit prêter serment de fidélité etc.). Pour les libéraux (et aussi pour les catholiques à partir de 1830) cette forme de religion politique est une contrainte insupportable, mais ils réclament rarement avant la fin du 19ème siècle une séparation complète et immédiate comme aux États Unis, pour des raisons d’ordre public et aussi parce qu’ils pensent, comme Tocqueville, le maintien des croyances indispensable à la moralité et la cohésion: «pour qu’un peuple soit libre il faut qu’il croie». La loi de 1905 adoptée à la suite d’un conflit séculaire a été dans la pratique une loi de liberté: elle a mis fin à la fonction sociale et politique des religions tout en reconnaissant l’exercice public des cultes. Ce très long travail, très conflictuel, de la séparation explique la vigilance particulière des Français à l’égard de toute affirmation publique d’une religion qui menacerait l’espace commun de coexistence.

Le deuxième aspect tient en effet à notre modèle social républicain qui se veut très intégrateur et redistributif: on sait que la redistribution est plus poussée quand les populations se perçoivent comme homogènes. L’acceptation de la redistribution et le consentement à l’impôt sont liés à ce que Tocqueville met au cœur de l’anthropologie démocratique: le sentiment de la similitude. Aux États-Unis, la faiblesse historique de l’État providence et de la redistribution va de pair avec la fragmentation sociale et l’acceptation des singularités ou du communautarisme ; en France le poids de la redistribution et l’ambition du projet intégrateur sont inséparables d’un fort sentiment de ce qui est commun, sentiment qui est blessé par tout ce qui est perçu – à tort ou à raison – comme une volonté de sécession. Toute la difficulté est aujourd’hui de combiner l’acceptation du pluralisme et de la distinction avec l’affirmation vigoureuse de la similitude sur l’essentiel et d’un projet commun.

Alexis de Tocqueville, Benjamin Constant, Germaine de Staël, Victor Cousin, Hippolyte Taine, etc. la France a compté parmi les premiers intellectuels libéraux. Comment expliquer l’antilibéralisme qui siège aujourd’hui depuis longtemps parmi les «intellectuels» français?

Le refus du libéralisme par certains intellectuels n’est pas une nouveauté dans la tradition française – et la dénonciation de l’illibéralisme des penseurs français par les anglo-saxons est aussi une tradition. Friedrich Hayek s’en était pris très violemment à la tradition continentale européenne dans La route de la servitude en 1944 (titre emprunté à Tocqueville dans son grand discours contre le droit du travail en 1848): parmi les Européens infestés selon lui de rousseauisme il ne trouve à sauver que Kant, Constant et Tocqueville qu’il juge du reste peu français et pas exempt de toute contamination. Plus près de nous et dans un autre contexte idéologique, Tony Judt, s’en prend en 1992 dans Past imperfect french intellectuals 1944-1956 (trad. Fayard, 1992) à la fascination des penseurs français pour le marxisme.

Les libéraux français n’ont pas dans notre univers intellectuel la position dominante qu’ils ont en Angleterre ou aux États Unis pour les raisons historiques que j’ai données ; ils n’en ont pas moins un rôle essentiel quoique discontinu. Ils sont souvent meilleurs dans l’opposition…: sous le premier ou le second Empire, sous la Restauration. En France il y a dans les années 1970/1980 un grand moment libéral qui permet de penser le communisme ou le passé d’une illusion pour parler comme François Furet.

Donald Trump aux États-Unis, victoire du Brexit aux États-Unis, succès des partis populistes partout en Europe, éclosion de «démocratures» dans de nombreux pays émergents, le libéralisme ne connaît-il pas une crise profonde en tant que modèle politique? Dans Suis-je un libéral (1925), John Maynard Keynes écrivait: «Il nous faut inventer une nouvelle sagesse pour une époque nouvelle». N’est-ce pas aujourd’hui le défi du libéralisme pour se réinventer?

Tocqueville écrivait en 1835: «Il faut une science politique nouvelle à un monde tout nouveau»… La crise de la politique désormais n’est plus pensable comme une exception française. Mais l’intelligence de cette crise nouvelle gagne à la méditation des grands classiques. Marc Bloch rappelait que «l »ignorance du passé ne se borne pas à nuire à la connaissance du présent, elle compromet, dans le présent, l’action même».


(1) Jean TIROLE, Économie du bien commun, p. 58, éd. PUF, 2016.

(2) John DEWEY, The future of liberalism, éd. Later Works, 1935

Voir aussi:

« The Law »
A selected essay reprint
Frédéric Bastiat
Bastiat, Frédéric
(1801-1850)
Introduction

Walter E. Williams*

I must have been forty years old before reading Frederic Bastiat’s classic The Law. An anonymous person, to whom I shall eternally be in debt, mailed me an unsolicited copy. After reading the book I was convinced that a liberal-arts education without an encounter with Bastiat is incomplete. Reading Bastiat made me keenly aware of all the time wasted, along with the frustrations of going down one blind alley after another, organizing my philosophy of life. The Law did not produce a philosophical conversion for me as much as it created order in my thinking about liberty and just human conduct.

Many philosophers have made important contributions to the discourse on liberty, Bastiat among them. But Bastiat’s greatest contribution is that he took the discourse out of the ivory tower and made ideas on liberty so clear that even the unlettered can understand them and statists cannot obfuscate them. Clarity is crucial to persuading our fellowman of the moral superiority of personal liberty.

Like others, Bastiat recognized the greatest single threat to liberty is government. Notice the clarity he employs to help us identify and understand evil government acts such as legalized plunder. Bastiat says, « See if the law takes from some persons what belongs to them, and gives it to other persons to whom it does not belong. See if the law benefits one citizen at the expense of another by doing what the citizen himself cannot do without committing a crime. » With such an accurate description of legalized plunder, we cannot deny the conclusion that most government activities, including ours, are legalized plunder, or for the sake of modernity, legalized theft.

Frederic Bastiat could have easily been a fellow traveler of the signers of our Declaration of Independence. The signers’ vision of liberty and the proper role of government was captured in the immortal words: « We hold these truths to be self-evident, that all men are created equal, that they are endowed by their Creator with certain Unalienable Rights, that among these are Life, Liberty and the pursuit of Happiness. That to secure these rights, governments are instituted among Men…. » Bastiat echoes the identical vision, saying, « Life, faculties, production—in other words individuality, liberty, property—that is man. And in spite of the cunning of artful political leaders, these three gifts from God precede all human legislation, and are superior to it. » Bastiat gave the same rationale for government as did our Founders, saying, « Life, liberty and property do not exist because men have made laws. On the contrary, it is the fact that life, liberty and property existed beforehand that caused men to make laws in the first place. » No finer statements of natural or God-given rights have been made than those found in our Declaration of Independence and The Law.

Bastiat pinned his hopes for liberty on the United States saying, « …look at the United States. There is no country in the world where the law is kept more within its proper domain: the protection of every person’s liberty and property. As a consequence of this, there appears to be no country in the world where the social order rests on a firmer foundation. » Writing in 1850, Bastiat noted two areas where the United States fell short: « Slavery is a violation, by law, of liberty. The protective tariff is a violation, by law, of property. »

If Bastiat were alive today, he would be disappointed with our failure to keep the law within its proper domain. Over the course of a century and a half, we have created more than 50,000 laws. Most of them permit the state to initiate violence against those who have not initiated violence against others. These laws range from anti-smoking laws for private establishments and Social Security « contributions » to licensure laws and minimum wage laws. In each case, the person who resolutely demands and defends his God-given right to be left alone can ultimately suffer death at the hands of our government.*1

Bastiat explains the call for laws that restrict peaceable, voluntary exchange and punish the desire to be left alone by saying that socialists want to play God. Socialists look upon people as raw material to be formed into social combinations. To them—the elite— »the relationship between persons and the legislator appears to be the same as the relationship between the clay and the potter. » And for people who have this vision, Bastiat displays the only anger I find in The Law when he lashes out at do-gooders and would-be rulers of mankind, « Ah, you miserable creatures! You who think that you are so great! You who judge humanity to be so small! You who wish to reform everything! Why don’t you reform yourselves? That task would be sufficient enough. »

Bastiat was an optimist who thought that eloquent arguments in defense of liberty might save the day; but history is not on his side. Mankind’s history is one of systematic, arbitrary abuse and control by the elite acting privately, through the church, but mostly through government. It is a tragic history where hundreds of millions of unfortunate souls have been slaughtered, mostly by their own government. A historian writing 200 or 300 years from now might view the liberties that existed for a tiny portion of mankind’s population, mostly in the western world, for only a tiny portion of its history, the last century or two, as a historical curiosity that defies explanation. That historian might also observe that the curiosity was only a temporary phenomenon and mankind reverted back to the traditional state of affairs—arbitrary control and abuse.

Hopefully, history will prove that pessimistic assessment false. The worldwide collapse of the respectability of the ideas of socialism and communism suggests that there is a glimmer of hope. Another hopeful sign is the technological innovations that make it more difficult for government to gain information on and control its citizens. Innovations such as information access, communication and electronic monetary transactions will make government attempts at control more costly and less probable. These technological innovations will increasingly make it possible for world citizens to communicate and exchange with one another without government knowledge, sanction or permission.

Collapse of communism, technological innovations, accompanied by robust free-market organizations promoting Bastiat’s ideas, are the most optimistic things I can say about the future of liberty in the United States. Americans share an awesome burden and moral responsibility. If liberty dies in the United States, it is destined to die everywhere. A greater familiarity with Bastiat’s clear ideas about liberty would be an important step in rekindling respect and love, and allowing the resuscitation of the spirit of liberty among our fellow Americans.


Notes for this chapter

Walter E. Williams, John M. Olin Distinguished Professor of Economics and Chairman of the Economics Department at George Mason University, Fairfax, Virginia.

Death is not the stated penalty for disobedience; however, death can occur if the person refuses to submit to government sanctions for his disobedience.The Law

Foreword

Sheldon Richman

The state is that great fiction by which everyone tries to live at the expense of everyone else.

—Frederic Bastiat

Frederic Bastiat (1801-1850) holds a special place in the hearts and minds of the friends of liberty. There is no mystery here to be solved. The key to Bastiat’s appeal is the integrity and elegance of his message. His writing exhibits a purity and a reasoned passion that are rare in the modern world. He always wrote to be understood, to persuade, not to impress or to obfuscate.

Through the device of the fable, Bastiat deftly shattered the misconceptions about economics for his French contemporaries. When today, in modern America, we continue to be told, by intellectuals as well as by politicians, that the free entry of foreign-made products impoverishes us or that destructive earthquakes and hurricanes create prosperity by creating demand for rebuilding, we are seeing the results of a culture ignorant of Frederic Bastiat.

But to think of Bastiat as just an economist is to insufficiently appreciate him. Bastiat was a legal philosopher of the first rank. What made him so is The Law. Writing as France was being seduced by the false promises of socialism, Bastiat was concerned with law in the classical sense; he directs his reason to the discovery of the principles of social organization best suited to human beings.

He begins by recognizing that individuals must act to maintain their lives. They do so by applying their faculties to the natural world and transforming its components into useful products. « Life, faculties, production—in other words, individuality, liberty, property—this is man, » Bastiat writes. And since they are at the very core of human nature, they « precede all human legislation, and are superior to it. » Too few people understand that point. Legal positivism, the notion that there is no right and wrong prior to the enactment of legislation, sadly afflicts even some advocates of individual liberty (the utilitarian descendants of Bentham, for example). But, Bastiat reminds us, « Life, liberty, and property do not exist because men have made laws. On the contrary, it was the fact that life, liberty, and property existed beforehand that caused men to make laws in the first place. »

For Bastiat, law is a negative. He agreed with a friend who pointed out that it is imprecise to say that law should create justice. In truth, the law should prevent injustice. « Justice is achieved only when injustice is absent. » That may strike some readers as dubious. But on reflection, one can see that a free and just society is what results when forcible intervention against individuals does not occur; when they are left alone.

The purpose of law is the defense of life, liberty, and property. It is, says Bastiat, « the collective organization of the individual right of lawful defense. » Each individual has the right to defend his life, liberty, and property. A group of individuals, therefore, may be said to have « collective right » to pool their resources to defend themselves. « Thus the principle of collective right—its reason for existing, its lawfulness—is based on individual right. And this common force that protects this collective right cannot logically have any other purpose or any other mission than that for which it acts as a substitute. » If the very purpose of law is the protection of individual rights, then law may not be used—without contradiction—to accomplish what individuals have no right to do. « Such a perversion of force would be… contrary to our premise. » The result would be unlawful law.

A society based on a proper conception of law would be orderly and prosperous. But unfortunately, some will choose plunder over production if the former requires less effort than the latter. A grave danger arises when the class of people who make the law (legislation) turns to plunder. The result, Bastiat writes, is « lawful plunder. » At first, only the small group of lawmakers practices legal plunder. But that may set in motion a process in which the plundered classes, rather than seeking to abolish the perversion of law, instead strive to get in on it. « It is as if it were necessary, before a reign of justice appears, for everyone to suffer a cruel retribution—some for their evilness, and some for their lack of understanding. »

The result of generalized legal plunder is moral chaos precisely because law and morality have been set at odds. « When law and morality contradict each other, the citizen has the cruel alternative of either losing his moral sense or losing his respect for the law. » Bastiat points out that for many people, what is legal is legitimate. So they are plunged into confusion. And conflict.

As long as it is admitted that the law may be diverted from its true purpose-that it may violate property instead of protecting it-then everyone will want to participate in making the law, either to protect himself against plunder or to use it for plunder. Political questions will always be prejudicial, dominant, and all-absorbing. There will be fighting at the door of the Legislative Palace, and the struggle within will be no less furious.

Sound familiar?

Bastiat finds another motive—besides the desire for booty—behind legal plunder: « false philanthropy. » Again, he sees a contradiction. If philanthropy is not voluntary, it destroys liberty and justice. The law can give nothing that has not first been taken from its owner. He applies that analysis to all forms of government intervention, from tariffs to so-called public education.

Bastiat’s words are as fresh as if they were written today. He explains that one can identify legal plunder by looking for laws that authorize that one person’s property be given to someone else. Such laws should be abolished « without delay. » But, he warns, « the person who profits from such law will complain bitterly, defending his acquired rights, » his entitlements. Bastiat’s advice is direct: « Do not listen to this sophistry by vested interests. The acceptance of these arguments will build legal plunder into a whole system. In fact, this has already occurred. The present-day delusion is an attempt to enrich everyone at the expense of everyone else. »

The world view that underlies the distortion of law, Bastiat writes, holds man as a passive entity, lacking a motor of his own and awaiting the hand and plan of the wise legislator. He quotes Rousseau: « The legislator is the mechanic who invents the machine. » Saint-Just: « The legislator commands the future. It is for him to will the good of mankind. It is for him to make men what he wills them to be. » And the razor-sharp Robespierre: « The function of government is to direct the physical and morale powers of the nation toward the end for which the commonwealth has come into being. »

Bastiat echoes Adam Smith’s condemnation of the « man of system, » who sees people as mere pieces to be moved about a chessboard. To accomplish his objectives, the legislator must stamp out human differences, for they impede the plan. Forced conformity (is there any other kind?) is the order of the day. Bastiat quotes several writers in this vein, then replies:

Oh, sublime writers! Please remember sometimes that this clay, this sand, and this manure which you so arbitrarily dispose of, are men! They are your equals! They are intelligent and free human beings like yourselves! As you have, they too have received from God the faculty to observe, to plan ahead, to think, and to judge for themselves!

After quoting several of those writers who are so willing to devote themselves to reinventing people, Bastiat can no longer control his outrage: « Ah, you miserable creatures! You think you are so great! You who judge humanity to be so small! You who wish to reform everything! Why don’t you reform yourselves? That would be sufficient enough. »

Nor does Bastiat allow unrestrained democracy to escape his grasp. With his usual elegance, he goes right to the core of the issue. The democrat hails the people’s wisdom. In what does that wisdom consist? The ability to pick all-powerful legislators—and that is all. « The people who, during the election, were so wise, so moral, so perfect, now have no tendencies whatever; or if they have any, they are tendencies that lead downward to degradation …. If people are as incapable, as immoral, and as ignorant as the politicians indicate, then why is the right of these same people to vote defended with such passionate insistence? » And « if the natural tendencies of mankind are so bad that it is not safe to permit people to be free, how is it that the tendencies of these organizers are always good? »

Bastiat closes his volume with a clarion call for freedom and a rejection of all proposals to impose unnatural social arrangements on people. He implores all « legislators and do-gooders [to] reject all systems, and try liberty. »

In the years since The Law was first published, little has been written in the classical liberal tradition that can approach its purity, its power, its nearly poetic quality. Alas, the world is far from having learned the lessons of The Law. Bastiat would be saddened by what America has become. He warned us. He identified the principles indispensable for proper human society and made them accessible to all. In the struggle to end the legalized plunder of statism and to defend individual liberty, how much more could be asked of one man?

—SHELDON RICHMAN,

November 1995

Voir enfin:

La Loi
Frédéric Bastiat
Œuvres complètes, vol. 4, p. 342.
Juin 1850.

La loi pervertie ! La loi — et à sa suite toutes les forces collectives de la nation, — la Loi, dis-je, non seulement détournée de son but, mais appliquée à poursuivre un but directement contraire ! La Loi devenue l’instrument de toutes les cupidités, au lieu d’en être le frein ! La Loi accomplissant elle-même l’iniquité qu’elle avait pour mission de punir ! Certes, c’est là un fait grave, s’il existe, et sur lequel il doit m’être permis d’appeler l’attention de mes concitoyens.

Nous tenons de Dieu le don qui pour nous les renferme tous, la Vie, — la vie physique, intellectuelle et morale.

Mais la vie ne se soutient pas d’elle-même. Celui qui nous l’a donnée nous a laissé le soin de l’entretenir, de la développer, de la perfectionner.

Pour cela, il nous a pourvus d’un ensemble de Facultés merveilleuses ; il nous a plongés dans un milieu d’éléments divers. C’est par l’application de nos facultés à ces éléments que se réalise le phénomène de l’Assimilation, de l’Appropriation, par lequel la vie parcourt le cercle qui lui a été assigné.

Existence, Facultés, Assimilation — en d’autres termes, Personnalité, Liberté, Propriété, — voilà l’homme.

C’est de ces trois choses qu’on peut dire, en dehors de toute subtilité démagogique, qu’elles sont antérieures et supérieures à toute législation humaine.

Ce n’est pas parce que les hommes ont édicté des Lois que la Personnalité, la Liberté et la Propriété existent. Au contraire, c’est parce que la Personnalité, la Liberté et la Propriété préexistent que les hommes font des Lois.

Qu’est-ce donc que la Loi ? Ainsi que je l’ai dit ailleurs, c’est l’organisation collective du Droit individuel de légitime défense.

Chacun de nous tient certainement de la nature, de Dieu, le droit de défendre sa Personne, sa Liberté, sa Propriété, puisque ce sont les trois éléments constitutifs ou conservateurs de la Vie, éléments qui se complètent l’un par l’autre et ne se peuvent comprendre l’un sans l’autre. Car que sont nos Facultés, sinon un prolongement de notre Personnalité, et qu’est-ce que la Propriété si ce n’est un prolongement de nos Facultés ?

Si chaque homme a le droit de défendre, même par la force, sa Personne, sa Liberté, sa Propriété, plusieurs hommes ont le Droit de se concerter, de s’entendre, d’organiser une Force commune pour pourvoir régulièrement à cette défense.

Le Droit collectif a donc son principe, sa raison d’être, sa légitimité dans le Droit individuel ; et la Force commune ne peut avoir rationnellement d’autre but, d’autre mission que les forces isolées auxquelles elle se substitue.

Ainsi, comme la Force d’un individu ne peut légitimement attenter à la Personne, à la Liberté, à la Propriété d’un autre individu, par la même raison la Force commune ne peut être légitimement appliquée à détruire la Personne, la Liberté, la Propriété des individus ou des classes.

Car cette perversion de la Force serait, en un cas comme dans l’autre, en contradiction avec nos prémisses. Qui osera dire que la Force nous a été donnée non pour défendre nos Droits, mais pour anéantir les Droits égaux de nos frères ? Et si cela n’est pas vrai de chaque force individuelle, agissant isolément, comment cela serait-il vrai de la force collective, qui n’est que l’union organisée des forces isolées ?

Donc, s’il est une chose évidente, c’est celle-ci : La Loi, c’est l’organisation du Droit naturel de légitime défense ; c’est la substitution de la force collective aux forces individuelles, pour agir dans le cercle où celles-ci ont le droit d’agir, pour faire ce que celles-ci ont le droit de faire, pour garantir les Personnes, les Libertés, les Propriétés, pour maintenir chacun dans son Droit, pour faire régner entre tous la Justice.

Et s’il existait un peuple constitué sur cette base, il me semble que l’ordre y prévaudrait dans les faits comme dans les idées. Il me semble que ce peuple aurait le gouvernement le plus simple, le plus économique, le moins lourd, le moins senti, le moins responsable, le plus juste, et par conséquent le plus solide qu’on puisse imaginer, quelle que fût d’ailleurs sa forme politique.

Car, sous un tel régime, chacun comprendrait bien qu’il a toute la plénitude comme toute la responsabilité de son Existence. Pourvu que la personne fût respectée, le travail libre et les fruits du travail garantis contre toute injuste atteinte, nul n’aurait rien à démêler avec l’État. Heureux, nous n’aurions pas, il est vrai, à le remercier de nos succès ; mais malheureux, nous ne nous en prendrions pas plus à lui de nos revers que nos paysans ne lui attribuent la grêle ou la gelée. Nous ne le connaîtrions que par l’inestimable bienfait de la Sûreté.

On peut affirmer encore que, grâce à la non-intervention de l’État dans les affaires privées, les Besoins et les Satisfactions se développeraient dans l’ordre naturel. On ne verrait point les familles pauvres chercher l’instruction littéraire avant d’avoir du pain. On ne verrait point la ville se peupler aux dépens des campagnes, ou les campagnes aux dépens des villes. On ne verrait pas ces grands déplacements de capitaux, de travail, de population, provoqués par des mesures législatives, déplacements qui rendent si incertaines et si précaires les sources mêmes de l’existence, et aggravent par là, dans une si grande mesure, la responsabilité des gouvernements.

Par malheur, il s’en faut que la Loi se soit renfermée dans son rôle. Même il s’en faut qu’elle ne s’en soit écartée que dans des vues neutres et discutables. Elle a fait pis : elle a agi contrairement à sa propre fin ; elle a détruit son propre but ; elle s’est appliquée à anéantir cette Justice qu’elle devait faire régner, à effacer, entre les Droits, cette limite que sa mission était de faire respecter ; elle a mis la force collective au service de ceux qui veulent exploiter, sans risque et sans scrupule, la Personne, la Liberté ou la Propriété d’autrui ; elle a converti la Spoliation en Droit, pour la protéger, et la légitime défense en crime, pour la punir.

Comment cette perversion de la Loi s’est-elle accomplie ? Quelles en ont été les conséquences ?

La Loi s’est pervertie sous l’influence de deux causes bien différentes : l’égoïsme inintelligent et la fausse philanthropie.

Parlons de la première.

Se conserver, se développer, c’est l’aspiration commune à tous les hommes, de telle sorte que si chacun jouissait du libre exercice de ses facultés et de la libre disposition de leurs produits, le progrès social serait incessant, ininterrompu, infaillible.

Mais il est une autre disposition qui leur est aussi commune. C’est de vivre et de se développer, quand ils le peuvent, aux dépens les uns des autres. Ce n’est pas là une imputation hasardée, émanée d’un esprit chagrin et pessimiste. L’histoire en rend témoignage par les guerres incessantes, les migrations de peuples, les oppressions sacerdotales, l’universalité de l’esclavage, les fraudes industrielles et les monopoles dont ses annales sont remplies.

Cette disposition funeste prend naissance dans la constitution même de l’homme, dans ce sentiment primitif, universel, invincible, qui le pousse vers le bien-être et lui fait fuir la douleur.

L’homme ne peut vivre et jouir que par une assimilation, une appropriation perpétuelle, c’est-à-dire par une perpétuelle application de ses facultés sur les choses, ou par le travail. De là la Propriété.

Mais, en fait, il peut vivre et jouir en s’assimilant, en s’appropriant le produit des facultés de son semblable. De là la Spoliation.

Or, le travail étant en lui-même une peine, et l’homme étant naturellement porté à fuir la peine, il s’ensuit, l’histoire est là pour le prouver, que partout où la spoliation est moins onéreuse que le travail, elle prévaut ; elle prévaut sans que ni religion ni morale puissent, dans ce cas, l’empêcher.

Quand donc s’arrête la spoliation ? Quand elle devient plus onéreuse, plus dangereuse que le travail.

Il est bien évident que la Loi devrait avoir pour but d’opposer le puissant obstacle de la force collective à cette funeste tendance ; qu’elle devrait prendre parti pour la propriété contre la Spoliation.

Mais la Loi est faite, le plus souvent, par un homme ou par une classe d’hommes. Et la Loi n’existant point sans sanction, sans l’appui d’une force prépondérante, il ne se peut pas qu’elle ne mette en définitive cette force aux mains de ceux qui légifèrent.

Ce phénomène inévitable, combiné avec le funeste penchant que nous avons constaté dans le cœur de l’homme, explique la perversion à peu près universelle de la Loi. On conçoit comment, au lieu d’être un frein à l’injustice, elle devient un instrument et le plus invincible instrument d’injustice. On conçoit que, selon la puissance du législateur, elle détruit, à son profit, et à divers degrés, chez le reste des hommes, la Personnalité par l’esclavage, la Liberté par l’oppression, la Propriété par la spoliation.

Il est dans la nature des hommes de réagir contre l’iniquité dont ils sont victimes. Lors donc que la Spoliation est organisée par la Loi, au profit des classes qui la font, toutes les classes spoliées tendent, par des voies pacifiques ou par des voies révolutionnaires, à entrer pour quelque chose dans la confection des Lois. Ces classes, selon le degré de lumière où elles sont parvenues, peuvent se proposer deux buts bien différents quand elles poursuivent ainsi la conquête de leurs droits politiques : ou elles veulent faire cesser la spoliation légale, ou elles aspirent à y prendre part.

Malheur, trois fois malheur aux nations où cette dernière pensée domine dans les masses, au moment où elles s’emparent à leur tour de la puissance législative !

Jusqu’à cette époque la spoliation légale s’exerçait par le petit nombre sur le grand nombre, ainsi que cela se voit chez les peuples où le droit de légiférer est concentré en quelques mains. Mais le voilà devenu universel, et l’on cherche l’équilibre dans la spoliation universelle. Au lieu d’extirper ce que la société contenait d’injustice, on la généralise. Aussitôt que les classes déshéritées ont recouvré leurs droits politiques, la première pensée qui les saisit n’est pas de se délivrer de la spoliation (cela supposerait en elles des lumières qu’elles ne peuvent avoir), mais d’organiser, contre les autres classes et à leur propre détriment, un système de représailles, — comme s’il fallait, avant que le règne de la justice arrive, qu’une cruelle rétribution vînt les frapper toutes, les unes à cause de leur iniquité, les autres à cause de leur ignorance.

Il ne pouvait donc s’introduire dans la Société un plus grand changement et un plus grand malheur que celui-là : la Loi convertie en instrument de spoliation.

Quelles sont les conséquences d’une telle perturbation ? Il faudrait des volumes pour les décrire toutes. Contentons-nous d’indiquer les plus saillantes.

La première, c’est d’effacer dans les consciences la notion du juste et de l’injuste.

Aucune société ne peut exister si le respect des Lois n’y règne à quelque degré ; mais le plus sûr, pour que les lois soient respectées, c’est qu’elles soient respectables. Quand la Loi et la Morale sont en contradiction, le citoyen se trouve dans la cruelle alternative ou de perdre la notion de Morale ou de perdre le respect de la Loi, deux malheurs aussi grands l’un que l’autre et entre lesquels il est difficile de choisir.

Il est tellement de la nature de la Loi de faire régner la Justice, que Loi et Justice, c’est tout un, dans l’esprit des masses. Nous avons tous une forte disposition à regarder ce qui est légal comme légitime, à ce point qu’il y en a beaucoup qui font découler faussement toute justice de la Loi. Il suffit donc que la Loi ordonne et consacre la Spoliation pour que la spoliation semble juste et sacrée à beaucoup de consciences. L’esclavage, la restriction, le monopole trouvent des défenseurs non seulement dans ceux qui en profitent, mais encore dans ceux qui en souffrent. Essayez de proposer quelques doutes sur la moralité de ces institutions. « Vous êtes, dira-t-on, un novateur dangereux, un utopiste, un théoricien, un contempteur des lois ; vous ébranlez la base sur laquelle repose la société. » Faites-vous un cours de morale, ou d’économie politique ? Il se trouvera des corps officiels pour faire parvenir au gouvernement ce vœu :

« Que la science soit désormais enseignée, non plus au seul point de vue du Libre-Échange (de la Liberté, de la Propriété, de la Justice), ainsi que cela a eu lieu jusqu’ici, mais aussi et surtout au point de vue des faits et de la législation (contraire à la Liberté, à la Propriété, à la Justice) qui régit l’industrie française. »

« Que, dans les chaires publiques salariées par le Trésor, le professeur s’abstienne rigoureusement de porter la moindre atteinte au respect dû aux lois en vigueur

, etc. »

En sorte que s’il existe une loi qui sanctionne l’esclavage ou le monopole, l’oppression ou la spoliation sous une forme quelconque, il ne faudra pas même en parler ; car comment en parler sans ébranler le respect qu’elle inspire ? Bien plus, il faudra enseigner la morale et l’économie politique au point de vue de cette loi, c’est-à-dire sur la supposition qu’elle est juste par cela seul qu’elle est Loi.

Un autre effet de cette déplorable perversion de la Loi, c’est de donner aux passions et aux luttes politiques, et, en général, à la politique proprement dite, une prépondérance exagérée.

Je pourrais prouver cette proposition de mille manières. Je me bornerai, par voie d’exemple, à la rapprocher du sujet qui a récemment occupé tous les esprits : le suffrage universel.

Quoi qu’en pensent les adeptes de l’École de Rousseau, laquelle se dit très avancée et que je crois reculée de vingt siècles, le suffrage universel (en prenant ce mot dans son acception rigoureuse) n’est pas un de ces dogmes sacrés, à l’égard desquels l’examen et le doute même sont des crimes.

On peut lui opposer de graves objections.

D’abord le mot universel cache un grossier sophisme. Il y a en France trente-six millions d’habitants. Pour que le droit de suffrage fût universel, il faudrait qu’il fût reconnu à trente-six millions d’électeurs. Dans le système le plus large, on ne le reconnaît qu’à neuf millions. Trois personnes sur quatre sont donc exclues et, qui plus est, elles le sont par cette quatrième. Sur quel principe se fonde cette exclusion ? sur le principe de l’Incapacité. Suffrage universel veut dire : suffrage universel des capables. Restent ces questions de fait : quels sont les capables ? l’âge, le sexe, les condamnations judiciaires sont-ils les seuls signes auxquels on puisse reconnaître l’incapacité ?

Si l’on y regarde de près, on aperçoit bien vite le motif pour lequel le droit de suffrage repose sur la présomption de capacité, le système le plus large ne différant à cet égard du plus restreint que par l’appréciation des signes auxquels cette capacité peut se reconnaître, ce qui ne constitue pas une différence de principe, mais de degré.

Ce motif, c’est que l’électeur ne stipule pas pour lui, mais pour tout le monde.

Si, comme le prétendent les républicains de la teinte grecque et romaine, le droit de suffrage nous était échu avec la vie, il serait inique aux adultes d’empêcher les femmes et les enfants de voter. Pourquoi les empêche-t-on ? Parce qu’on les présume incapables. Et pourquoi l’Incapacité est-elle un motif d’exclusion ? Parce que l’électeur ne recueille pas seul la responsabilité de son vote ; parce que chaque vote engage et affecte la communauté tout entière ; parce que la communauté a bien le droit d’exiger quelques garanties, quant aux actes d’où dépendent son bien-être et son existence.

Je sais ce qu’on peut répondre. Je sais aussi ce qu’on pourrait répliquer. Ce n’est pas ici le lieu d’épuiser une telle controverse. Ce que je veux faire observer, c’est que cette controverse même (aussi bien que la plupart des questions politiques) qui agite, passionne et bouleverse les peuples, perdrait presque toute son importance, si la Loi avait toujours été ce qu’elle devrait être.

En effet, si la Loi se bornait à faire respecter toutes les Personnes, toutes les Libertés, toutes les Propriétés, si elle n’était que l’organisation du Droit individuel de légitime défense, l’obstacle, le frein, le châtiment opposé à toutes les oppressions, à toutes les spoliations, croit-on que nous nous disputerions beaucoup, entre citoyens, à propos du suffrage plus ou moins universel ? Croit-on qu’il mettrait en question le plus grand des biens, la paix publique ? Croit-on que les classes exclues n’attendraient pas paisiblement leur tour ? Croit-on que les classes admises seraient très-jalouses de leur privilége ? Et n’est-il pas clair que l’intérêt étant identique et commun, les uns agiraient, sans grand inconvénient, pour les autres ?

Mais que ce principe funeste vienne à s’introduire, que, sous prétexte d’organisation, de réglementation, de protection, d’encouragement, la Loi peut prendre aux uns pour donner aux autres, puiser dans la richesse acquise par toutes les classes pour augmenter celle d’une classe, tantôt celle des agriculteurs, tantôt celle des manufacturiers, des négociants, des armateurs, des artistes, des comédiens ; oh ! certes, en ce cas, il n’y a pas de classe qui ne prétende, avec raison, mettre, elle aussi, la main sur la Loi ; qui ne revendique avec fureur son droit d’élection et d’éligibilité ; qui ne bouleverse la société plutôt que de ne pas l’obtenir. Les mendiants et les vagabonds eux-mêmes vous prouveront qu’ils ont des titres incontestables. Ils vous diront : « Nous n’achetons jamais de vin, de tabac, de sel, sans payer l’impôt, et une part de cet impôt est donnée législativement en primes, en subventions à des hommes plus riches que nous. D’autres font servir la Loi à élever artificiellement le prix du pain, de la viande, du fer, du drap. Puisque chacun exploite la Loi à son profit, nous voulons l’exploiter aussi. Nous voulons en faire sortir le Droit à l’assistance, qui est la part de spoliation du pauvre. Pour cela, il faut que nous soyons électeurs et législateurs, afin que nous organisions en grand l’Aumône pour notre classe, comme vous avez organisé en grand la Protection pour la vôtre. Ne nous dites pas que vous nous ferez notre part, que vous nous jetterez, selon la proposition de M. Mimerel, une somme de 600,000 francs pour nous faire taire et comme un os à ronger. Nous avons d’autres prétentions et, en tout cas, nous voulons stipuler pour nous-mêmes comme les autres classes ont stipulé pour elles-mêmes ! »

Que peut-on répondre à cet argument ? Oui, tant qu’il sera admis en principe que la Loi peut être détournée de sa vraie mission, qu’elle peut violer les propriétés au lieu de les garantir, chaque classe voudra faire la Loi, soit pour se défendre contre la spoliation, soit pour l’organiser aussi à son profit. La question politique sera toujours préjudicielle, dominante, absorbante ; en un mot, on se battra à la porte du Palais législatif. La lutte ne sera pas moins acharnée au-dedans. Pour en être convaincu, il est à peine nécessaire de regarder ce qui se passe dans les Chambres en France et en Angleterre ; il suffit de savoir comment la question y est posée.

Est-il besoin de prouver que cette odieuse perversion de la Loi est une cause perpétuelle de haine, de discorde, pouvant aller jusqu’à la désorganisation sociale ? Jetez les yeux sur les États-Unis. C’est le pays du monde où la Loi reste le plus dans son rôle, qui est de garantir à chacun sa liberté et sa propriété. Aussi c’est le pays du monde où l’ordre social paraît reposer sur les bases les plus stables. Cependant, aux États-Unis même, il est deux questions, et il n’en est que deux, qui, depuis l’origine, ont mis plusieurs fois l’ordre politique en péril. Et quelles sont ces deux questions ? Celle de l’Esclavage et celle des Tarifs, c’est-à-dire précisément les deux seules questions où, contrairement à l’esprit général de cette république, la Loi a pris le caractère spoliateur. L’Esclavage est une violation, sanctionnée par la loi, des droits de la Personne. La Protection est une violation, perpétrée par la loi, du droit de Propriété ; et certes, il est bien remarquable qu’au milieu de tant d’autres débats, ce double fléau légal, triste héritage de l’ancien monde, soit le seul qui puisse amener et amènera peut-être la rupture de l’Union. C’est qu’en effet on ne saurait imaginer, au sein d’une société, un fait plus considérable que celui-ci : La Loi devenue un instrument d’injustice. Et si ce fait engendre des conséquences si formidables aux États-Unis, où il n’est qu’une exception, que doit-ce être dans notre Europe, où il est un Principe, un Système ?

M. de Montalembert, s’appropriant la pensée d’une proclamation fameuse de M. Carlier, disait : Il faut faire la guerre au Socialisme. — Et par Socialisme, il faut croire que, selon la définition de M. Charles Dupin, il désignait la Spoliation.

Mais de quelle Spoliation voulait-il parler ? Car il y en a de deux sortes. Il y a la spoliation extra-légale et la spoliation légale.

Quant à la spoliation extra-légale, celle qu’on appelle vol, escroquerie, celle qui est définie, prévue et punie par le Code pénal, en vérité, je ne pense pas qu’on la puisse décorer du nom de Socialisme. Ce n’est pas celle qui menace systématiquement la société dans ses bases. D’ailleurs, la guerre contre ce genre de spoliation n’a pas attendu le signal de M. de Montalembert ou de M. Carlier. Elle se poursuit depuis le commencement du monde ; la France y avait pourvu, dès longtemps avant la révolution de février, dès longtemps avant l’apparition du Socialisme, par tout un appareil de magistrature, de police, de gendarmerie, de prisons, de bagnes et d’échafauds. C’est la Loi elle-même qui conduit cette guerre, et ce qui serait, selon moi, à désirer, c’est que la Loi gardât toujours cette attitude à l’égard de la Spoliation.

Mais il n’en est pas ainsi. La Loi prend quelquefois parti pour elle. Quelquefois elle l’accomplit de ses propres mains, afin d’en épargner au bénéficiaire la honte, le danger et le scrupule. Quelquefois elle met tout cet appareil de magistrature, police, gendarmerie et prison au service du spoliateur, et traite en criminel le spolié qui se défend. En un mot, il y a la spoliation légale, et c’est de celle-là sans doute que parle M. de Montalembert.

Cette spoliation peut n’être, dans la législation d’un peuple, qu’une tache exceptionnelle et, dans ce cas, ce qu’il y a de mieux à faire, sans tant de déclamations et de jérémiades, c’est de l’y effacer le plus tôt possible, malgré les clameurs des intéressés. Comment la reconnaître ? C’est bien simple. Il faut examiner si la Loi prend aux uns ce qui leur appartient pour donner aux autres ce qui ne leur appartient pas. Il faut examiner si la Loi accomplit, au profit d’un citoyen et au détriment des autres, un acte que ce citoyen ne pourrait accomplir lui-même sans crime. Hâtez-vous d’abroger cette Loi ; elle n’est pas seulement une iniquité, elle est une source féconde d’iniquités ; car elle appelle les représailles, et si vous n’y prenez garde, le fait exceptionnel s’étendra, se multipliera et deviendra systématique. Sans doute, le bénéficiaire jettera les hauts cris ; il invoquera les droits acquis. Il dira que l’État doit Protection et Encouragement à son industrie ; il alléguera qu’il est bon que l’État l’enrichisse, parce qu’étant plus riche il dépense davantage, et répand ainsi une pluie de salaires sur les pauvres ouvriers. Gardez-vous d’écouter ce sophiste, car c’est justement par la systématisation de ces arguments que se systématisera la spoliation légale.

C’est ce qui est arrivé. La chimère du jour est d’enrichir toutes les classes aux dépens les unes des autres ; c’est de généraliser la Spoliation sous prétexte de l’organiser. Or, la spoliation légale peut s’exercer d’une multitude infinie de manières ; de là une multitude infinie de plans d’organisation : tarifs, protection, primes, subventions, encouragements, impôt progressif, instruction gratuite, Droit au travail, Droit au profit, Droit au salaire, Droit à l’assistance, Droit aux instruments de travail, gratuité du crédit, etc. Et c’est l’ensemble de tous ces plans, en ce qu’ils ont de commun, la spoliation légale, qui prend le nom de Socialisme.

Or le Socialisme, ainsi défini, formant un corps de doctrine, quelle guerre voulez-vous lui faire, si ce n’est une guerre de doctrine ? Vous trouvez cette doctrine fausse, absurde, abominable. Réfutez-la. Cela vous sera d’autant plus aisé qu’elle est plus fausse, plus absurde, plus abominable. Surtout, si vous voulez être fort, commencez par extirper de votre législation tout ce qui a pu s’y glisser de Socialisme, — et l’œuvre n’est pas petite.

On a reproché à M. de Montalembert de vouloir tourner contre le Socialisme la force brutale. C’est un reproche dont il doit être exonéré, car il a dit formellement : il faut faire au Socialisme la guerre qui est compatible avec la loi, l’honneur et la justice.

Mais comment M. de Montalembert ne s’aperçoit-il pas qu’il se place dans un cercle vicieux ? Vous voulez opposer au Socialisme la Loi ? Mais précisément le Socialisme invoque la Loi. Il n’aspire pas à la spoliation extra-légale, mais à la spoliation légale. C’est de la Loi même, à l’instar des monopoleurs de toute sorte, qu’il prétend se faire un instrument ; et une fois qu’il aura la Loi pour lui, comment voulez-vous tourner la Loi contre lui ? Comment voulez-vous le placer sous le coup de vos tribunaux, de vos gendarmes, de vos prisons ?

Aussi que faites-vous ? Vous voulez l’empêcher de mettre la main à la confection des Lois. Vous voulez le tenir en dehors du Palais législatif. Vous n’y réussirez pas, j’ose vous le prédire, tandis qu’au-dedans on légiférera sur le principe de la Spoliation légale. C’est trop inique, c’est trop absurde.

Il faut absolument que cette question de Spoliation légale se vide, et il n’y a que trois solutions.

Que le petit nombre spolie le grand nombre.

Que tout le monde spolie tout le monde.

Que personne ne spolie personne.

Spoliation partielle, Spoliation universelle, absence de Spoliation, il faut choisir. La Loi ne peut poursuivre qu’un de ces trois résultats.

Spoliation partielle, — c’est le système qui a prévalu tant que l’électorat a été partiel, système auquel on revient pour éviter l’invasion du Socialisme.

Spoliation universelle, — c’est le système dont nous avons été menacés quand l’électorat est devenu universel, la masse ayant conçu l’idée de légiférer sur le principe des législateurs qui l’ont précédée.

Absence de Spoliation, — c’est le principe de justice, de paix, d’ordre, de stabilité, de conciliation, de bon sens que je proclamerai de toute la force, hélas ! bien insuffisante, de mes poumons, jusqu’à mon dernier souffle.

Et, sincèrement, peut-on demander autre chose à la Loi ? La Loi, ayant pour sanction nécessaire la Force, peut-elle être raisonnablement employée à autre chose qu’à maintenir chacun dans son Droit ? Je défie qu’on la fasse sortir de ce cercle, sans la tourner, et, par conséquent, sans tourner la Force contre le Droit. Et comme c’est là la plus funeste, la plus illogique perturbation sociale qui se puisse imaginer, il faut bien reconnaître que la véritable solution, tant cherchée, du problème social est renfermée dans ces simples mots : la Loi, c’est la Justice organisée.

Or, remarquons-le bien : organiser la Justice par la Loi, c’est-à-dire par la Force, exclut l’idée d’organiser par la Loi ou par la Force une manifestation quelconque de l’activité humaine : Travail, Charité, Agriculture, Commerce, Industrie, Instruction, Beaux-Arts, Religion ; car il n’est pas possible qu’une de ces organisations secondaires n’anéantisse l’organisation essentielle. Comment imaginer, en effet, la Force entreprenant sur la Liberté des citoyens, sans porter atteinte à la Justice, sans agir contre son propre but ?

Ici je me heurte au plus populaire des préjugés de notre époque. On ne veut pas seulement que la Loi soit juste ; on veut encore qu’elle soit philanthropique. On ne se contente pas qu’elle garantisse à chaque citoyen le libre et inoffensif exercice de ses facultés, appliquées à son développement physique, intellectuel et moral ; on exige d’elle qu’elle répande directement sur la nation le bien-être, l’instruction et la moralité. C’est le côté séduisant du Socialisme.

Mais, je le répète, ces deux missions de la Loi se contredisent. Il faut opter. Le citoyen ne peut en même temps être libre et ne l’être pas. M. de Lamartine m’écrivait un jour : « Votre doctrine n’est que la moitié de mon programme ; vous en êtes resté à la Liberté, j’en suis à la Fraternité. » Je lui répondis : « La seconde moitié de votre programme détruira la première. » Et, en effet, il m’est tout à fait impossible de séparer le mot fraternité du mot volontaire. Il m’est tout à fait impossible de concevoir la Fraternité légalement forcée, sans que la Liberté soit légalement détruite, et la Justice légalement foulée aux pieds.

La Spoliation légale a deux racines : l’une, nous venons de le voir, est dans l’Égoïsme humain ; l’autre est dans la fausse Philanthropie.

Avant d’aller plus loin, je crois devoir m’expliquer sur le mot Spoliation.

Je ne le prends pas, ainsi qu’on le fait trop souvent, dans une acception vague, indéterminée, approximative, métaphorique : je m’en sers au sens tout à fait scientifique, et comme exprimant l’idée opposée à celle de la Propriété. Quand une portion de richesses passe de celui qui l’a acquise, sans son consentement et sans compensation, à celui qui ne l’a pas créée, que ce soit par force ou par ruse, je dis qu’il y a atteinte à la Propriété, qu’il y a Spoliation. Je dis que c’est là justement ce que la Loi devrait réprimer partout et toujours. Que si la Loi accomplit elle-même l’acte qu’elle devrait réprimer, je dis qu’il n’y a pas moins Spoliation, et même, socialement parlant, avec circonstance aggravante. Seulement, en ce cas, ce n’est pas celui qui profite de la Spoliation qui en est responsable, c’est la Loi, c’est le législateur, c’est la société, et c’est ce qui en fait le danger politique.

Il est fâcheux que ce mot ait quelque chose de blessant. J’en ai vainement cherché un autre, car en aucun temps, et moins aujourd’hui que jamais, je ne voudrais jeter au milieu de nos discordes une parole irritante. Aussi, qu’on le croie ou non, je déclare que je n’entends accuser les intentions ni la moralité de qui que ce soit. J’attaque une idée que je crois fausse, un système qui me semble injuste, et cela tellement en dehors des intentions, que chacun de nous en profite sans le vouloir et en souffre sans le savoir. Il faut écrire sous l’influence de l’esprit de parti ou de la peur pour révoquer en doute la sincérité du Protectionnisme, du Socialisme et même du Communisme, qui ne sont qu’une seule et même plante, à trois périodes diverses de sa croissance. Tout ce qu’on pourrait dire, c’est que la Spoliation est plus visible, par sa partialité, dans le Protectionnisme

, par son universalité, dans le Communisme ; d’où il suit que des trois systèmes le Socialisme est encore le plus vague, le plus indécis, et par conséquent le plus sincère.

Quoi qu’il en soit, convenir que la spoliation légale a une de ses racines dans la fausse philanthropie, c’est mettre évidemment les intentions hors de cause.

Ceci entendu, examinons ce que vaut, d’où vient et où aboutit cette aspiration populaire qui prétend réaliser le Bien général par la Spoliation générale.

Les socialistes nous disent : puisque la Loi organise la justice, pourquoi n’organiserait-elle pas le travail, l’enseignement, la religion ?

Pourquoi ? Parce qu’elle ne saurait organiser le travail, l’enseignement, la religion, sans désorganiser la Justice.

Remarquez donc que la Loi, c’est la Force, et que, par conséquent, le domaine de la Loi ne saurait dépasser légitimement le légitime domaine de la Force.

Quand la loi et la Force retiennent un homme dans la Justice, elles ne lui imposent rien qu’une pure négation. Elles ne lui imposent que l’abstention de nuire. Elles n’attentent ni à sa Personnalité, ni à sa Liberté, ni à sa Propriété. Seulement elles sauvegardent la Personnalité, la Liberté et la Propriété d’autrui. Elles se tiennent sur la défensive ; elles défendent le Droit égal de tous. Elles remplissent une mission dont l’innocuité est évidente, l’utilité palpable, et la légitimité incontestée.

Cela est si vrai qu’ainsi qu’un de mes amis me le faisait remarquer dire que le but de la Loi est de faire régner la Justice, c’est se servir d’une expression qui n’est pas rigoureusement exacte. Il faudrait dire : Le but de la Loi est d’empêcher l’Injustice de régner. En effet, ce n’est pas la Justice qui a une existence propre, c’est l’Injustice. L’une résulte de l’absence de l’autre.

Mais quand la Loi, — par l’intermédiaire de son agent nécessaire, la Force, — impose un mode de travail, une méthode ou une matière d’enseignement, une foi ou un culte, ce n’est plus négativement, c’est positivement qu’elle agit sur les hommes. Elle substitue la volonté du législateur à leur propre volonté, l’initiative du législateur à leur propre initiative. Ils n’ont plus à se consulter, à comparer, à prévoir ; la Loi fait tout cela pour eux. L’intelligence leur devient un meuble inutile ; ils cessent d’être hommes ; ils perdent leur Personnalité, leur Liberté, leur Propriété.

Essayez d’imaginer une forme de travail imposée par la Force, qui ne soit une atteinte à la Liberté ; une transmission de richesse imposée par la Force, qui ne soit une atteinte à la Propriété. Si vous n’y parvenez pas, convenez donc que la Loi ne peut organiser le travail et l’industrie sans organiser l’Injustice.

Lorsque, du fond de son cabinet, un publiciste promène ses regards sur la société, il est frappé du spectacle d’inégalité qui s’offre à lui. Il gémit sur les souffrances qui sont le lot d’un si grand nombre de nos frères, souffrances dont l’aspect est rendu plus attristant encore par le contraste du luxe et de l’opulence.

Il devrait peut-être se demander si un tel état social n’a pas pour cause d’anciennes Spoliations, exercées par voie de conquête, et des Spoliations nouvelles, exercées par l’intermédiaire des Lois. Il devrait se demander si, l’aspiration de tous les hommes vers le bien-être et le perfectionnement étant donnée, le règne de la justice ne suffit pas pour réaliser la plus grande activité de Progrès et la plus grande somme d’Égalité, compatibles avec cette responsabilité individuelle que Dieu a ménagée comme juste rétribution des vertus et des vices.

Il n’y songe seulement pas. Sa pensée se porte vers des combinaisons, des arrangements, des organisations légales ou factices. Il cherche le remède dans la perpétuité et l’exagération de ce qui a produit le mal.

Car, en dehors de la Justice, qui, comme nous l’avons vu, n’est qu’une véritable négation, est-il aucun de ces arrangements légaux qui ne renferme le principe de la Spoliation ?

Vous dites : « Voilà des hommes qui manquent de richesses, » — et vous vous adressez à la Loi. Mais la Loi n’est pas une mamelle qui se remplisse d’elle-même, ou dont les veines lactifères aillent puiser ailleurs que dans la société. Il n’entre rien au trésor public, en faveur d’un citoyen ou d’une classe, que ce que les autres citoyens et les autres classes ont été forcés d’y mettre. Si chacun n’y puise que l’équivalent de ce qu’il y a versé, votre Loi, il est vrai, n’est pas spoliatrice, mais elle ne fait rien pour ces hommes qui manquent de richesses, elle ne fait rien pour l’égalité. Elle ne peut être un instrument d’égalisation qu’autant qu’elle prend aux uns pour donner aux autres, et alors elle est un instrument de Spoliation. Examinez à ce point de vue la Protection des tarifs, les primes d’encouragement, le Droit au profit, le Droit au travail, le Droit à l’assistance, le Droit à l’instruction, l’impôt progressif, la gratuité du crédit, l’atelier social, toujours vous trouverez au fond la Spoliation légale, l’injustice organisée.

Vous dites : « Voilà des hommes qui manquent de lumières, » — et vous vous adressez à la Loi. Mais la Loi n’est pas un flambeau répandant au loin une clarté qui lui soit propre. Elle plane sur une société où il y a des hommes qui savent et d’autres qui ne savent pas ; des citoyens qui ont besoin d’apprendre et d’autres qui sont disposés à enseigner. Elle ne peut faire que de deux choses l’une : ou laisser s’opérer librement ce genre de transactions, laisser se satisfaire librement cette nature de besoins ; ou bien forcer à cet égard les volontés et prendre aux uns de quoi payer des professeurs chargés d’instruire gratuitement les autres. Mais elle ne peut pas faire qu’il n’y ait, au second cas, atteinte à la Liberté et à la Propriété, Spoliation légale.

Vous dites : « Voilà des hommes qui manquent de moralité ou de religion, » — et vous vous adressez à la Loi. Mais la Loi c’est la Force, et ai-je besoin de dire combien c’est une entreprise violente et folle que de faire intervenir la force en ces matières ?

Au bout de ses systèmes et de ses efforts, il semble que le Socialisme, quelque complaisance qu’il ait pour lui-même, ne puisse s’empêcher d’apercevoir le monstre de la Spoliation légale. Mais que fait-il ? Il le déguise habilement à tous les yeux, même aux siens, sous les noms séducteurs de Fraternité, Solidarité, Organisation, Association. Et parce que nous ne demandons pas tant à la Loi, parce que nous n’exigeons d’elle que Justice, il suppose que nous repoussons la fraternité, la solidarité, l’organisation, l’association, et nous jette à la face l’épithète d’individualistes.

Qu’il sache donc que ce que nous repoussons, ce n’est pas l’organisation naturelle, mais l’organisation forcée.

Ce n’est pas l’association libre, mais les formes d’association qu’il prétend nous imposer.

Ce n’est pas la fraternité spontanée, mais la fraternité légale.

Ce n’est pas la solidarité providentielle, mais la solidarité artificielle, qui n’est qu’un déplacement injuste de Responsabilité.

Le Socialisme, comme la vieille politique d’où il émane, confond le Gouvernement et la Société. C’est pourquoi, chaque fois que nous ne voulons pas qu’une chose soit faite par le Gouvernement, il en conclut que nous ne voulons pas que cette chose soit faite du tout. Nous repoussons l’instruction par l’État ; donc nous ne voulons pas d’instruction. Nous repoussons une religion d’État ; donc nous ne voulons pas de religion. Nous repoussons l’égalisation par l’État ; donc nous ne voulons pas d’égalité, etc., etc. C’est comme s’il nous accusait de ne vouloir pas que les hommes mangent, parce que nous repoussons la culture du blé par l’État.

Comment a pu prévaloir, dans le monde politique, l’idée bizarre de faire découler de la Loi ce qui n’y est pas : le Bien, en mode positif, la Richesse, la Science, la Religion ?

Les publicistes modernes, particulièrement ceux de l’école socialiste, fondent leurs théories diverses sur une hypothèse commune, et assurément la plus étrange, la plus orgueilleuse qui puisse tomber dans un cerveau humain.

Ils divisent l’humanité en deux parts. L’universalité des hommes, moins un, forme la première ; le publiciste, à lui tout seul, forme la seconde et, de beaucoup, la plus importante.

En effet, ils commencent par supposer que les hommes ne portent en eux-mêmes ni un principe d’action, ni un moyen de discernement ; qu’ils sont dépourvus d’initiative ; qu’ils sont de la matière inerte, des molécules passives, des atomes sans spontanéité, tout au plus une végétation indifférente à son propre mode d’existence, susceptible de recevoir, d’une volonté et d’une main extérieures, un nombre infini de formes plus ou moins symétriques, artistiques, perfectionnées.

Ensuite chacun d’eux suppose sans façon qu’il est lui-même, sous les noms d’Organisateur, de Révélateur, de Législateur, d’Instituteur, de Fondateur, cette volonté et cette main, ce mobile universel, cette puissance créatrice dont la sublime mission est de réunir en société ces matériaux épars, qui sont des hommes.

Partant de cette donnée, comme chaque jardinier, selon son caprice, taille ses arbres en pyramides, en parasols, en cubes, en cônes, en vases, en espaliers, en quenouilles, en éventails, chaque socialiste, suivant sa chimère, taille la pauvre humanité en groupes, en séries, en centres, en sous-centres, en alvéoles, en ateliers sociaux, harmoniques, contrastés, etc., etc.

Et de même que le jardinier, pour opérer la taille des arbres, a besoin de haches, de scies, de serpettes et de ciseaux, le publiciste, pour arranger sa société, a besoin de forces qu’il ne peut trouver que dans les Lois ; loi de douane, loi d’impôt, loi d’assistance, loi d’instruction.

Il est si vrai que les socialistes considèrent l’humanité comme matière à combinaisons sociales, que si, par hasard, ils ne sont pas bien sûrs du succès de ces combinaisons, ils réclament du moins une parcelle d’humanité comme matière à expériences : on sait combien est populaire parmi eux l’idée d’expérimenter tous les systèmes, et on a vu un de leurs chefs venir sérieusement demander à l’assemblée constituante une commune avec tous ses habitants, pour faire son essai.

C’est ainsi que tout inventeur fait sa machine en petit avant de la faire en grand. C’est ainsi que le chimiste sacrifie quelques réactifs, que l’agriculteur sacrifie quelques semences et un coin de son champ pour faire l’épreuve d’une idée.

Mais quelle distance incommensurable entre le jardinier et ses arbres, entre l’inventeur et sa machine, entre le chimiste et ses réactifs, entre l’agriculteur et ses semences !… Le socialiste croit de bonne foi que la même distance le sépare de l’humanité.

Il ne faut pas s’étonner que les publicistes du dix-neuvième siècle considèrent la société comme une création artificielle sortie du génie du Législateur.

Cette idée, fruit de l’éducation classique, a dominé tous les penseurs, tous les grands écrivains de notre pays.

Tous ont vu entre l’humanité et le législateur les mêmes rapports qui existent entre l’argile et le potier.

Bien plus, s’ils ont consenti à reconnaître, dans le cœur de l’homme, un principe d’action et, dans son intelligence, un principe de discernement, ils ont pensé que Dieu lui avait fait, en cela, un don funeste, et que l’humanité, sous l’influence de ces deux moteurs, tendait fatalement vers sa dégradation. Ils ont posé en fait qu’abandonnée à ses penchants l’humanité ne s’occuperait de religion que pour aboutir à l’athéisme, d’enseignement que pour arriver à l’ignorance, de travail et d’échanges que pour s’éteindre dans la misère.

Heureusement, selon ces mêmes écrivains, il y a quelques hommes, nommés Gouvernants, Législateurs, qui ont reçu du ciel, non-seulement pour eux-mêmes, mais pour tous les autres, des tendances opposées.

Pendant que l’humanité penche vers le Mal, eux inclinent au Bien ; pendant que l’humanité marche vers les ténèbres, eux aspirent à la lumière ; pendant que l’humanité est entraînée vers le vice, eux sont attirés par la vertu. Et, cela posé, ils réclament la Force, afin qu’elle les mette à même de substituer leurs propres tendances aux tendances du genre humain.

Il suffit d’ouvrir, à peu près au hasard, un livre de philosophie, de politique ou d’histoire pour voir combien est fortement enracinée dans notre pays cette idée, fille des études classiques et mère du Socialisme, que l’humanité est une matière inerte recevant du pouvoir la vie, l’organisation, la moralité et la richesse ; ou bien, ce qui est encore pis, que d’elle-même l’humanité tend vers sa dégradation et n’est arrêtée sur cette pente que par la main mystérieuse du Législateur. Partout le Conventionalisme classique nous montre, derrière la société passive, une puissance occulte qui, sous les noms de Loi, Législateur, ou sous cette expression plus commode et plus vague de on, meut l’humanité, l’anime, l’enrichit et la moralise.

Bossuet. — « Une des choses qu’on (qui ?) imprimait le plus fortement dans l’esprit des Égyptiens, c’était l’amour de la patrie… Il n’était pas permis d’être inutile à l’État ; la Loi assignait à chacun son emploi, qui se perpétuait de père en fils. On ne pouvait ni en avoir deux ni changer de profession… Mais il y avait une occupation qui devait être commune, c’était l’étude des lois et de la sagesse. L’ignorance de la religion et de la police du pays n’était excusée en aucun état. Au reste, chaque profession avait son canton qui lui était assigné (par qui ?)… Parmi de bonnes lois, ce qu’il y avait de meilleur, c’est que tout le monde était nourri (par qui ?) dans l’esprit de les observer… Leurs mercures ont rempli l’Égypte d’inventions merveilleuses, et ne lui avaient presque rien laissé ignorer de ce qui pouvait rendre la vie commode et tranquille. »

Ainsi, les hommes, selon Bossuet, ne tirent rien d’eux-mêmes : patriotisme, richesses, activité, sagesse, inventions, labourage, sciences, tout leur venait par l’opération des Lois ou des Rois. Il ne s’agissait pour eux que de se laisser faire. C’est à ce point que Diodore ayant accusé les Égyptiens de rejeter la lutte et la musique, Bossuet l’en reprend. Comment cela est-il possible, dit-il, puisque ces arts avaient été inventés par Trismégiste ?

De même chez les Perses :

« Un des premiers soins du prince était de faire fleurir l’agriculture… Comme il y avait des charges établies pour la conduite des armées, il y en avait aussi pour veiller aux travaux rustiques… Le respect qu’on inspirait aux Perses pour l’autorité royale allait jusqu’à l’excès. »

Les Grecs, quoique pleins d’esprit, n’en étaient pas moins étrangers à leurs propres destinées, jusque-là que, d’eux-mêmes, ils ne se seraient pas élevés, comme les chiens et les chevaux, à la hauteur des jeux les plus simples. Classiquement, c’est une chose convenue que tout vient du dehors aux peuples.

« Les Grecs, naturellement pleins d’esprit et de courage, avaient été cultivés de bonne heure par des Rois et des colonies venues d’Égypte. C’est de là qu’ils avaient appris les exercices du corps, la course à pied, à cheval et sur des chariots… Ce que les Égyptiens leur avaient appris de meilleur était à se rendre dociles, à se laisser former par des lois pour le bien public. »

Fénelon. — Nourri dans l’étude et l’admiration de l’antiquité, témoin de la puissance de Louis XIV, Fénelon ne pouvait guère échapper à cette idée que l’humanité est passive, et que ses malheurs comme ses prospérités, ses vertus comme ses vices lui viennent d’une action extérieure, exercée sur elle par la Loi ou celui qui la fait. Aussi, dans son utopique Salente, met-il les hommes, avec leurs intérêts, leurs facultés, leurs désirs et leurs biens, à la discrétion absolue du Législateur. En quelque matière que ce soit, ce ne sont jamais eux qui jugent pour eux-mêmes, c’est le Prince. La nation n’est qu’une matière informe, dont le Prince est l’âme. C’est en lui que résident la pensée, la prévoyance, le principe de toute organisation, de tout progrès et, par conséquent, la Responsabilité.

Pour prouver cette assertion, il me faudrait transcrire ici tout le Xme livre de Télémaque. J’y renvoie le lecteur, et me contente de citer quelques passages pris au hasard dans ce célèbre poème, auquel, sous tout autre rapport, je suis le premier à rendre justice.

Avec cette crédulité surprenante qui caractérise les classiques, Fénelon admet, malgré l’autorité du raisonnement et des faits, la félicité générale des Égyptiens, et il l’attribue, non à leur propre sagesse, mais à celle de leurs Rois.

« Nous ne pouvions jeter les yeux sur les deux rivages sans apercevoir des villes opulentes, des maisons de campagne agréablement situées, des terres qui se couvrent tous les ans d’une moisson dorée, sans se reposer jamais ; des prairies pleines de troupeaux ; des laboureurs accablés sous le poids des fruits que la terre épanchait de son sein ; des bergers qui faisaient répéter les doux sons de leurs flûtes et de leurs chalumeaux à tous les échos d’alentour. Heureux, disait Mentor, le peuple qui est conduit par un sage Roi.

« Ensuite Mentor me faisait remarquer la joie et l’abondance répandues dans toute la campagne d’Égypte, où l’on comptait jusqu’à vingt-deux mille villes ; la justice exercée en faveur du pauvre contre le riche ; la bonne éducation des enfants qu’on accoutumait à l’obéissance, au travail, à la sobriété, à l’amour des arts et des lettres ; l’exactitude pour toutes les cérémonies de la religion, le désintéressement, le désir de l’honneur, la fidélité pour les hommes et la crainte pour les dieux, que chaque père inspirait à ses enfants. Il ne se lassait point d’admirer ce bel ordre. Heureux, me disait-il, le peuple qu’un sage Roi conduit ainsi. »

Fénelon fait, sur la Crète, une idylle encore plus séduisante. Puis il ajoute, par la bouche de Mentor :

« Tout ce que vous verrez dans cette île merveilleuse est le fruit des lois de Minos. L’éducation qu’il faisait donner aux enfants rend le corps sain et robuste. On les accoutume d’abord à une vie simple, frugale et laborieuse ; on suppose que toute volupté amollit le corps et l’esprit ; on ne leur propose jamais d’autre plaisir que celui d’être invincibles par la vertu et d’acquérir beaucoup de gloire… Ici on punit trois vices qui sont impunis chez les autres peuples, l’ingratitude, la dissimulation et l’avarice. Pour le faste et la mollesse, on n’a jamais besoin de les réprimer, car ils sont inconnus en Crète… on n’y souffre ni meubles précieux, ni habits magnifiques, ni festins délicieux, ni palais dorés. »

C’est ainsi que Mentor prépare son élève à triturer et manipuler, dans les vues les plus philanthropiques sans doute, le peuple d’Ithaque, et, pour plus de sûreté, il lui en donne l’exemple à Salente.

Voilà comment nous recevons nos premières notions politiques. On nous enseigne à traiter les hommes à peu près comme Olivier de Serres enseigne aux agriculteurs à traiter et mélanger les terres.

Montesquieu. — « Pour maintenir l’esprit de commerce, il faut que toutes les lois le favorisent ; que ces mêmes lois, par leurs dispositions, divisant les fortunes à mesure que le commerce les grossit, mettent chaque citoyen pauvre dans une assez grande aisance pour pouvoir travailler comme les autres, et chaque citoyen riche dans une telle médiocrité qu’il ait besoin de travailler pour conserver ou pour acquérir… »

Ainsi les Lois disposent de toutes les fortunes.

« Quoique dans la démocratie l’égalité réelle soit l’âme de l’État, cependant elle est si difficile à établir qu’une exactitude extrême à cet égard ne conviendrait pas toujours. Il suffit que l’on établisse un cens qui réduise ou fixe les différences à un certain point. Après quoi c’est à des lois particulières à égaliser pour ainsi dire les inégalités, par les charges qu’elles imposent aux riches et le soulagement qu’elles accordent aux pauvres… »

C’est bien là encore l’égalisation des fortunes par la loi, par la force.

« Il y avait dans la Grèce deux sortes de républiques. Les unes étaient militaires, comme Lacédémone ; d’autres étaient commerçantes, comme Athènes. Dans les unes on voulait que les citoyens fussent oisifs ; dans les autres on cherchait à donner de l’amour pour le travail. »

« Je prie qu’on fasse un peu d’attention à l’étendue du génie qu’il fallut à ces législateurs pour voir qu’en choquant tous les usages reçus, en confondant toutes les vertus, ils montreraient à l’univers leur sagesse. Lycurgue, mêlant le larcin avec l’esprit de justice, le plus dur esclavage avec l’extrême liberté, les sentiments les plus atroces avec la plus grande modération, donna de la stabilité à sa ville. Il sembla lui ôter toutes les ressources, les arts, le commerce, l’argent, les murailles : on y a de l’ambition sans espérance d’être mieux ; on y a les sentiments naturels, et on n’y est ni enfant, ni mari, ni père ; la pudeur même est ôtée à la chasteté. C’est par ce chemin que Sparte est menée à la grandeur et à la gloire… »

« Cet extraordinaire que l’on voyait dans les institutions de la Grèce, nous l’avons vu dans la lie et la corruption des temps modernes. Un législateur honnête homme a formé un peuple où la probité parait aussi naturelle que la bravoure chez les Spartiates. M. Penn est un véritable Lycurgue, et quoique le premier ait eu la paix pour objet comme l’autre a eu la guerre, ils se ressemblent dans la voie singulière où ils ont mis leur peuple, dans l’ascendant qu’ils ont eu sur des hommes libres, dans les préjugés qu’ils ont vaincus, dans les passions qu’ils ont soumises. »

« Le Paraguay peut nous fournir un autre exemple. On a voulu en faire un crime à la Société, qui regarde le plaisir de commander comme le seul bien de la vie ; mais il sera toujours beau de gouverner les hommes en les rendant plus heureux… »

« Ceux qui voudront faire des institutions pareilles établiront la communauté des biens de la République de Platon, ce respect qu’il demandait pour les dieux, cette séparation d’avec les étrangers pour la conservation des mœurs, et la cité faisant le commerce et non pas les citoyens ; ils donneront nos arts sans notre luxe, et nos besoins sans nos désirs. »

L’engouement vulgaire aura beau s’écrier : c’est du Montesquieu, donc c’est magnifique ! c’est sublime ! j’aurai le courage de mon opinion et de dire :

Quoi ! vous avez le front de trouver cela beau ! *

Mais c’est affreux ! abominable ! et ces extraits, que je pourrais multiplier, montrent que, dans les idées de Montesquieu, les personnes, les libertés, les propriétés, l’humanité entière ne sont que des matériaux propres à exercer la sagacité du Législateur.

Rousseau. — Bien que ce publiciste, suprême autorité des démocrates, fasse reposer l’édifice social sur la volonté générale, personne n’a admis aussi complètement que lui l’hypothèse de l’entière passivité du genre humain en présence du Législateur.

« S’il est vrai qu’un grand prince est un homme rare, que sera-ce d’un grand législateur ? Le premier n’a qu’à suivre le modèle que l’autre doit proposer. Celui-ci est le mécanicien qui invente la machine, celui-là n’est que l’ouvrier qui la monte et la fait marcher. »

Et que sont les hommes en tout ceci ? La machine qu’on monte et qui marche, ou plutôt la matière brute dont la machine est faite !

Ainsi entre le Législateur et le Prince, entre le Prince et les sujets, il y a les mêmes rapports qu’entre l’agronome et l’agriculteur, l’agriculteur et la glèbe. À quelle hauteur au-dessus de l’humanité est donc placé le publiciste, qui régente les Législateurs eux-mêmes et leur enseigne leur métier en ces termes impératifs :

« Voulez-vous donner de la consistance à l’État ? rapprochez les degrés extrêmes autant qu’il est possible. Ne souffrez ni des gens opulents ni des gueux.

« Le sol est-il ingrat ou stérile, ou le pays trop serré pour les habitants, tournez-vous du côté de l’industrie et des arts, dont vous échangerez les productions contre les denrées qui vous manquent… Dans un bon terrain, manquez-vous d’habitants, donnez tous vos soins à l’agriculture, qui multiplie les hommes, et chassez les arts, qui ne feraient qu’achever de dépeupler le pays… Occupez-vous des rivages étendus et commodes, couvrez la mer de vaisseaux, vous aurez une existence brillante et courte. La mer ne baigne-t-elle sur vos côtes que des rochers inaccessibles, restez barbares et ichthyophages, vous en vivrez plus tranquilles, meilleurs peut-être, et, à coup sûr, plus heureux. En un mot, outre les maximes communes à tous, chaque peuple renferme en lui quelque cause qui les ordonne d’une manière particulière, et rend sa législation propre à lui seul. C’est ainsi qu’autrefois les Hébreux, et récemment les Arabes, ont eu pour principal objet la religion ; les Athéniens, les lettres ; Carthage et Tyr, le commerce ; Rhodes, la marine ; Sparte, la guerre, et Rome, la vertu. L’auteur de l’Esprit des Lois a montré par quel art le législateur dirige l’institution vers chacun de ces objets… Mais si le législateur, se trompant dans son objet, prend un principe différent de celui qui naît de la nature des choses, que l’un tende à la servitude et l’autre à la liberté ; l’un aux richesses, l’autre à la population ; l’un à la paix, l’autre aux conquêtes, on verra les lois s’affaiblir insensiblement, la constitution s’altérer, et l’État ne cessera d’être agité jusqu’à ce qu’il soit détruit ou changé, et que l’invincible nature ait repris son empire.

Mais si la nature est assez invincible pour reprendre son empire, pourquoi Rousseau n’admet-il pas qu’elle n’avait pas besoin du Législateur pour prendre cet empire dès l’origine ? Pourquoi n’admet-il pas qu’obéissant à leur propre initiative les hommes se tourneront d’eux-mêmes vers le commerce sur des rivages étendus et commodes, sans qu’un Lycurgue, un Solon, un Rousseau s’en mêlent, au risque de se tromper ?

Quoi qu’il en soit, on comprend la terrible responsabilité que Rousseau fait peser sur les inventeurs, instituteurs, conducteurs, législateurs et manipulateurs de Sociétés. Aussi est-il, à leur égard, très exigeant.

« Celui qui ose entreprendre d’instituer un peuple doit se sentir en état de changer, pour ainsi dire, la nature humaine, de transformer chaque individu qui, par lui-même, est un tout parfait et solitaire, en partie d’un plus grand tout, dont cet individu reçoive, en tout ou en partie, sa vie et son être ; d’altérer la constitution de l’homme pour la renforcer, de substituer une existence partielle et morale à l’existence physique et indépendante que nous avons tous reçue de la nature. Il faut, en un mot, qu’il ôte à l’homme ses propres forces pour lui en donner qui lui soient étrangères… »

Pauvre espèce humaine, que feraient de ta dignité les adeptes de Rousseau ?

Raynal. — « Le climat, c’est-à-dire le ciel et le sol, est la première règle du législateur. Ses ressources lui dictent ses devoirs. C’est d’abord sa position locale qu’il doit consulter. Une peuplade jetée sur les côtes maritimes aura des lois relatives à la navigation… Si la colonie est portée dans les terres, un législateur doit prévoir et leur genre et leur degré de fécondité… »

« C’est surtout dans la distribution de la propriété qu’éclatera la sagesse de la législation. En général, et dans tous les pays du monde, quand on fonde une colonie, il faut donner des terres à tous les hommes, c’est-à-dire à chacun une étendue suffisante pour l’entretien d’une famille… »

« Dans une île sauvage qu’on peuplerait d’enfants, on n’aurait qu’à laisser éclore les germes de la vérité dans les développements de la raison… Mais quand on établit un peuple déjà vieux dans un pays nouveau, l’habileté consiste à ne lui laisser que les opinions et les habitudes nuisibles dont on ne peut le guérir et le corriger. Veut-on empêcher qu’elles ne se transmettent, on veillera sur la seconde génération par une éducation commune et publique des enfants. Un prince, un législateur, ne devrait jamais fonder une colonie sans y envoyer d’avance des hommes sages pour l’instruction de la jeunesse… Dans une colonie naissante, toutes les facilités sont ouvertes aux précautions du Législateur qui veut épurer le sang et les mœurs d’un peuple. Qu’il ait du génie et de la vertu, les terres et les hommes qu’il aura dans ses mains inspireront à son âme un plan de société, qu’un écrivain ne peut jamais tracer que d’une manière vague et sujette à l’instabilité des hypothèses, qui varient et se compliquent avec une infinité de circonstances trop difficiles à prévoir et à combiner… »

Ne semble-t-il pas entendre un professeur d’agriculture dire à ses élèves : « Le climat est la première règle de l’agriculteur. Ses ressources lui dictent ses devoirs. C’est d’abord sa position locale qu’il doit consulter. Est-il sur un sol argileux, il doit se conduire de telle façon. A-t-il affaire à du sable, voici comment il doit s’y prendre. Toutes les facilités sont ouvertes à l’agriculteur qui veut nettoyer et améliorer son sol. Qu’il ait de l’habileté, les terres, les engrais qu’il aura dans ses mains lui inspireront un plan d’exploitation, qu’un professeur ne peut jamais tracer que d’une manière vague et sujette à l’instabilité des hypothèses, qui varient et se compliquent avec une infinité de circonstances trop difficiles à prévoir et à combiner. »

Mais, ô sublimes écrivains, veuillez donc vous souvenir quelquefois que cette argile, ce sable, ce fumier, dont vous disposez si arbitrairement, ce sont des Hommes, vos égaux, des êtres intelligents et libres comme vous, qui ont reçu de Dieu, comme vous, la faculté de voir, de prévoir, de penser et de juger pour eux-mêmes !

Mably. — (Il suppose les lois usées par la rouille du temps, la négligence de la sécurité, et poursuit ainsi :)

« Dans ces circonstances, il faut être convaincu que les ressorts du gouvernement se sont relâchés. Donnez-leur une nouvelle tension (c’est au lecteur que Mably s’adresse), et le mal sera guéri… Songez moins à punir des fautes qu’à encourager les vertus dont vous avez besoin. Par cette méthode vous rendrez à votre république la vigueur de la jeunesse. C’est pour n’avoir pas été connue des peuples libres qu’ils ont perdu la liberté ! Mais si les progrès du mal sont tels que les magistrats ordinaires ne puissent y remédier efficacement, ayez recours à une magistrature extraordinaire, dont le temps soit court et la puissance considérable. L’imagination des citoyens a besoin alors d’être frappée… »

Et tout dans ce goût durant vingt volumes.

Il a été une époque où, sous l’influence de tels enseignements, qui sont le fond de l’éducation classique, chacun a voulu se placer en dehors et au-dessus de l’humanité, pour l’arranger, l’organiser et l’instituer à sa guise.

Condillac. — « Érigez-vous, Monseigneur, en Lycurgue ou en Solon. Avant que de poursuivre la lecture de cet écrit, amusez-vous à donner des lois à quelque peuple sauvage d’Amérique ou d’Afrique. Établissez dans des demeures fixes ces hommes errants ; apprenez-leur à nourrir des troupeaux… ; travaillez à développer les qualités sociales que la nature a mises en eux… Ordonnez-leur de commencer à pratiquer les devoirs de l’humanité… Empoisonnez par des châtiments les plaisirs que promettent les passions, et vous verrez ces barbares, à chaque article de votre législation, perdre un vice et prendre une vertu. »

« Tous les peuples ont eu des lois. Mais peu d’entre eux ont été heureux. Quelle en est la cause ? C’est que les législateurs ont presque toujours ignoré que l’objet de la société est d’unir les familles par un intérêt commun. »

« L’impartialité des lois consiste en deux choses : à établir l’égalité dans la fortune et dans la dignité des citoyens… À mesure que vos lois établiront une plus grande égalité, elles deviendront plus chères à chaque citoyen… Comment l’avarice, l’ambition, la volupté, la paresse, l’oisiveté, l’envie, la haine, la jalousie agiteraient-elles des hommes égaux en fortune et en dignité, et à qui les lois ne laisseraient pas l’espérance de rompre l’égalité ? » (Suit l’idylle.)

« Ce qu’on vous a dit de la République de Sparte doit vous donner de grandes lumières sur cette question. Aucun autre État n’a jamais eu des lois plus conformes à l’ordre de la nature et de l’égalité. »

Il n’est pas surprenant que les dix-septième et dix-huitième siècles aient considéré le genre humain comme une matière inerte attendant, recevant tout, forme, figure, impulsion, mouvement et vie d’un grand Prince, d’un grand Législateur, d’un grand Génie. Ces siècles étaient nourris de l’étude de l’Antiquité, et l’Antiquité nous offre en effet partout, en Égypte, en Perse, en Grèce, à Rome, le spectacle de quelques hommes manipulant à leur gré l’humanité asservie par la force ou par l’imposture. Qu’est-ce que cela prouve ? Que, parce que l’homme et la société sont perfectibles, l’erreur, l’ignorance, le despotisme, l’esclavage, la superstition doivent s’accumuler davantage au commencement des temps. Le tort des écrivains que j’ai cités n’est pas d’avoir constaté le fait, mais de l’avoir proposé, comme règle, à l’admiration et à l’imitation des races futures. Leur tort est d’avoir, avec une inconcevable absence de critique, et sur la foi d’un conventionalisme puéril, admis ce qui est inadmissible, à savoir la grandeur, la dignité, la moralité et le bien-être de ces sociétés factices de l’ancien monde ; de n’avoir pas compris que le temps produit et propage la lumière ; qu’à mesure que la lumière se fait, la force passe du côté du Droit et la société reprend possession d’elle-même.

Et en effet, quel est le travail politique auquel nous assistons ? Il n’est autre que l’effort instinctif de tous les peuples vers la liberté

. Et qu’est-ce que la Liberté, ce mot qui a la puissance de faire battre tous les cœurs et d’agiter le monde, si ce n’est l’ensemble de toutes les libertés, liberté de conscience, d’enseignement, d’association, de presse, de locomotion, de travail, d’échange ; d’autres termes, le franc exercice, pour tous, de toutes les facultés inoffensives ; en d’autres termes encore, la destruction de tous les despotismes, même le despotisme légal, et la réduction de la Loi à sa seule attribution rationnelle, qui est de régulariser le Droit individuel de légitime défense ou de réprimer l’injustice ?

Cette tendance du genre humain, il faut en convenir, est grandement contrariée, particulièrement dans notre patrie, par la funeste disposition, — fruit de l’enseignement classique, — commune à tous les publicistes, de se placer en dehors de l’humanité pour l’arranger, l’organiser et l’instituer à leur guise.

Car, pendant que la société s’agite pour réaliser la Liberté, les grands hommes qui se placent à sa tête, imbus des principes des dix-septième et dix-huitième siècles, ne songent qu’à la courber sous le philanthropique despotisme de leurs inventions sociales et à lui faire porter docilement, selon l’expression de Rousseau, le joug de la félicité publique, telle qu’ils l’ont imaginée.

On le vit bien en 1789. À peine l’Ancien Régime légal fut-il détruit, qu’on s’occupa de soumettre la société nouvelle à d’autres arrangements artificiels, toujours en partant de ce point convenu : l’omnipotence de la Loi.

Saint-Just. — « Le Législateur commande à l’avenir. C’est à lui de vouloir le bien. C’est à lui de rendre les hommes ce qu’il veut qu’ils soient. »

Robespierre. « La fonction du gouvernement est de diriger les forces physiques et morales de la nation vers le but de son institution. »

Billaud-Varennes. « Il faut recréer le peuple qu’on veut rendre à la liberté. Puisqu’il faut détruire d’anciens préjugés, changer d’antiques habitudes, perfectionner des affections dépravées, restreindre des besoins superflus, extirper des vices invétérés ; il faut donc une action forte, une impulsion véhémente… Citoyens, l’inflexible austérité de Lycurgue devint à Sparte la base inébranlable de la République ; le caractère faible et confiant de Solon replongea Athènes dans l’esclavage. Ce parallèle renferme toute la science du gouvernement. »

Lepelletier. « Considérant à quel point l’espèce humaine est dégradée, je me suis convaincu de la nécessité d’opérer une entière régénération et, si je puis m’exprimer ainsi, de créer un nouveau peuple. »

On le voit, les hommes ne sont rien que de vils matériaux. Ce n’est pas à eux de vouloir le bien ; — ils en sont incapables, — c’est au Législateur, selon Saint-Just. Les hommes ne sont que ce qu’il veut qu’ils soient.

Suivant Robespierre, qui copie littéralement Rousseau, le Législateur commence par assigner le but de l’institution de la nation. Ensuite les gouvernements n’ont plus qu’à diriger vers ce but toutes les forces physiques et morales. La nation elle-même reste toujours passive en tout ceci, et Billaud-Varennes nous enseigne qu’elle ne doit avoir que les préjugés, les habitudes, les affections et les besoins que le Législateur autorise. Il va jusqu’à dire que l’inflexible austérité d’un homme est la base de la république.

On a vu que, dans le cas où le mal est si grand que les magistrats ordinaires n’y peuvent remédier, Mably conseillait la dictature pour faire fleurir la vertu. « Ayez recours, dit-il, à une magistrature extraordinaire, dont le temps soit court et la puissance considérable. L’imagination des citoyens a besoin d’être frappée. » Cette doctrine n’a pas été perdue. Écoutons Robespierre :

« Le principe du gouvernement républicain, c’est la vertu, et son moyen, pendant qu’il s’établit, la terreur. Nous voulons substituer, dans notre pays, la morale à l’égoïsme, la probité à l’honneur, les principes aux usages, les devoirs aux bienséances, l’empire de la raison à la tyrannie de la mode, le mépris du vice au mépris du malheur, la fierté à l’insolence, la grandeur d’âme à la vanité, l’amour de la gloire à l’amour de l’argent, les bonnes gens à la bonne compagnie, le mérite à l’intrigue, le génie au bel esprit, la vérité à l’éclat, le charme du bonheur aux ennuis de la volupté, la grandeur de l’homme à la petitesse des grands, un peuple magnanime, puissant, heureux, à un peuple aimable, frivole, misérable ; c’est-à-dire toutes les vertus et tous les miracles de la République à tous les vices et à tous les ridicules de la monarchie. »

À quelle hauteur au-dessus du reste de l’humanité se place ici Robespierre ! Et remarquez la circonstance dans laquelle il parle. Il ne se borne pas à exprimer le vœu d’une grande rénovation du cœur humain ; il ne s’attend même pas à ce qu’elle résultera d’un gouvernement régulier. Non, il veut l’opérer lui-même et par la terreur. Le discours d’où est extrait ce puéril et laborieux amas d’antithèses avait pour objet d’exposer les principes de morale qui doivent diriger un gouvernement révolutionnaire. Remarquez que, lorsque Robespierre vient demander la dictature, ce n’est pas seulement pour repousser l’étranger et combattre les factions ; c’est bien pour faire prévaloir par la terreur, et préalablement au jeu de la Constitution, ses propres principes de morale. Sa prétention ne va à rien moins que d’extirper du pays, par la terreur, l’égoïsme, l’honneur, les usages, les bienséances, la mode, la vanité, l’amour de l’argent, la bonne compagnie, l’intrigue, le bel esprit, la volupté et la misère. Ce n’est qu’après que lui, Robespierre, aura accompli ces miracles, — comme il les appelle avec raison, — qu’il permettra aux lois de reprendre leur empire. — Eh ! misérables, qui vous croyez si grands, qui jugez l’humanité si petite, qui voulez tout réformer, réformez-vous vous-mêmes, cette tâche vous suffit.

Cependant, en général, messieurs les Réformateurs, Législateurs et Publicistes ne demandent pas à exercer sur l’humanité un despotisme immédiat. Non, ils sont trop modérés et trop philanthropes pour cela. Ils ne réclament que le despotisme, l’absolutisme, l’omnipotence de la Loi. Seulement ils aspirent à faire la Loi.

Pour montrer combien cette disposition étrange des esprits a été universelle, en France, de même qu’il m’aurait fallu copier tout Mably, tout Raynal, tout Rousseau, tout Fénelon, et de longs extraits de Bossuet et Montesquieu, il me faudrait aussi reproduire le procès-verbal tout entier des séances de la Convention. Je m’en garderai bien et j’y renvoie le lecteur.

On pense bien que cette idée dut sourire à Bonaparte. Il l’embrassa avec ardeur et la mit énergiquement en pratique. Se considérant comme un chimiste, il ne vit dans l’Europe qu’une matière à expériences. Mais bientôt cette matière se manifesta comme un réactif puissant. Aux trois quarts désabusé, Bonaparte, à Sainte-Hélène, parut reconnaître qu’il y a quelque initiative dans les peuples, et il se montra moins hostile à la liberté. Cela ne l’empêcha pas cependant de donner par son testament cette leçon à son fils : « Gouverner, c’est répandre la moralité, l’instruction et le bien-être. »

Est-il nécessaire maintenant de faire voir par de fastidieuses citations d’où procèdent Morelly, Babeuf, Owen, Saint-Simon, Fourier ? Je me bornerai à soumettre au lecteur quelques extraits du livre de Louis Blanc sur l’organisation du travail.

« Dans notre projet, la société reçoit l’impulsion du pouvoir ». (Page 126.)

En quoi consiste l’impulsion que le Pouvoir donne à la société ? À imposer le projet de M. L. Blanc.

D’un autre coté, la société, c’est le genre humain.

Donc, en définitive, le genre humain reçoit l’impulsion de M. L. Blanc.

Libre à lui, dira-t-on. Sans doute le genre humain est libre de suivre les conseils de qui que ce soit. Mais ce n’est pas ainsi que M. L. Blanc comprend la chose. Il entend que son projet soit converti en Loi, et par conséquent imposé de force par le pouvoir.

« Dans notre projet, l’État ne fait que donner au travail une législation (excusez du peu), en vertu de laquelle le mouvement industriel peut et doit s’accomplir en toute liberté. Il (l’État) ne fait que placer la liberté sur une pente (rien que cela) qu’elle descend, une fois qu’elle y est placée, par la seule force des choses et par une suite naturelle du mécanisme établi. »

Mais quelle est cette pente ? — Celle indiquée par M. L. Blanc. — Ne conduit-elle pas aux abîmes ? — Non, elle conduit au bonheur. — Comment donc la société ne s’y place-t-elle pas d’elle-même ? — Parce qu’elle ne sait ce qu’elle veut et qu’elle a besoin d’impulsion. — Qui lui donnera cette impulsion ? — Le pouvoir. — Et qui donnera l’impulsion au pouvoir ? — L’inventeur du mécanisme, M. L. Blanc.

Nous ne sortons jamais de ce cercle : l’humanité passive et un grand homme qui la meut par l’intervention de la Loi.

Une fois sur cette pente, la société jouirait-elle au moins de quelque liberté ? — Sans doute. — Et qu’est-ce que la liberté ?

« Disons-le une fois pour toutes : la liberté consiste non pas seulement dans le Droit accordé, mais dans le Pouvoir donné à l’homme d’exercer, de développer ses facultés, sous l’empire de la justice et sous la sauvegarde de la loi. »

« Et ce n’est point là une distinction vaine : le sens en est profond, les conséquences en sont immenses. Car dès qu’on admet qu’il faut à l’homme, pour être vraiment libre, le Pouvoir d’exercer et de développer ses facultés, il en résulte que la société doit à chacun de ses membres l’instruction convenable, sans laquelle l’esprit humain ne peut se déployer, et les instruments de travail, sans lesquels l’activité humaine ne peut se donner carrière. Or, par l’intervention de qui la société donnera-t-elle à chacun de ses membres l’instruction convenable et les instruments de travail nécessaires, si ce n’est par l’intervention de l’État ? »

Ainsi la liberté, c’est le pouvoir. — En quoi consiste ce Pouvoir ? — À posséder l’instruction et les instruments de travail. — Qui donnera l’instruction et les instruments de travail ? — La société, qui les doit. — Par l’intervention de qui la société donnera-t-elle des instruments de travail à ceux qui n’en ont pas ? — Par l’intervention de l’État. — À qui l’État les prendra-t-il ?

C’est au lecteur de faire la réponse et de voir où tout ceci aboutit.

Un des phénomènes les plus étranges de notre temps, et qui étonnera probablement beaucoup nos neveux, c’est que la doctrine qui se fonde sur cette triple hypothèse : l’inertie radicale de l’humanité ; l’omnipotence de la Loi ; l’infaillibilité du Législateur ; soit le symbole sacré du parti qui se proclame exclusivement démocratique.

Il est vrai qu’il se dit aussi social.

En tant que démocratique, il a une foi sans limite en l’humanité.

Comme social, il la met au-dessous de la boue.

S’agit-il de droits politiques, s’agit-il de faire sortir de son sein le Législateur, oh ! alors, selon lui, le peuple a la science infuse ; il est doué d’un tact admirable ; sa volonté est toujours droite, la volonté générale ne peut errer. Le suffrage ne saurait être trop universel. Nul ne doit à la société aucune garantie. La volonté et la capacité de bien choisir sont toujours supposées. Est-ce que le peuple peut se tromper ? Est-ce que nous ne sommes pas dans le siècle des lumières ? Quoi donc ! Le peuple sera-t-il éternellement en tutelle ? N’a-t-il pas conquis ses droits par assez d’efforts et de sacrifices ? N’a-t-il pas donné assez de preuves de son intelligence et de sa sagesse ? N’est-il pas arrivé à sa maturité ? N’est-il pas en état de juger pour lui-même ? Ne connaît-il pas ses intérêts ? Y a-t-il un homme ou une classe qui ose revendiquer le droit de se substituer au peuple, de décider et d’agir pour lui ? Non, non, le peuple veut être libre, et il le sera. Il veut diriger ses propres affaires, et il les dirigera.

Mais le Législateur est-il une fois dégagé des comices par l’élection, oh ! alors le langage change. La nation rentre dans la passivité, dans l’inertie, dans le néant, et le Législateur prend possession de l’omnipotence. À lui l’invention, à lui la direction, à lui l’impulsion, à lui l’organisation. L’humanité n’a plus qu’à se laisser faire ; l’heure du despotisme a sonné. Et remarquez que cela est fatal ; car ce peuple, tout à l’heure si éclairé, si moral, si parfait, n’a plus aucunes tendances, ou, s’il en a, elles l’entraînent toutes vers la dégradation. Et on lui laisserait un peu de Liberté ! Mais ne savez-vous pas que, selon M. Considérant, la liberté conduit fatalement au monopole ? Ne savez-vous pas que la liberté c’est la concurrence ? et que la concurrence, suivant M. L. Blanc, c’est pour le peuple un système d’extermination, pour la bourgeoisie une cause de ruine ? Que c’est pour cela que les peuples sont d’autant plus exterminés et ruinés qu’ils sont plus libres, témoin la Suisse, la Hollande, l’Angleterre et les États-Unis ? Ne savez-vous pas, toujours selon M. L. Blanc, que la concurrence conduit au monopole, et que, par la même raison, le bon marché conduit à l’exagération des prix ? Que la concurrence tend à tarir les sources de la consommation et pousse la production à une activité dévorante ? Que la concurrence force la production à s’accroître et la consommation à décroître ; d’où il suit que les peuples libres produisent pour ne pas consommer ; qu’elle est tout à la fois oppression et démence, et qu’il faut absolument que M. L. Blanc s’en mêle ?

Quelle liberté, d’ailleurs, pourrait-on laisser aux hommes ? Serait-ce la liberté de conscience ? Mais on les verra tous profiter de la permission pour se faire athées. La liberté d’enseignement ? Mais les pères se hâteront de payer des professeurs pour enseigner à leurs fils l’immoralité et l’erreur ; d’ailleurs, à en croire M. Thiers, si l’enseignement était laissé à la liberté nationale, il cesserait d’être national, et nous élèverions nos enfants dans les idées des Turcs ou des Indous, au lieu que, grâce au despotisme légal de l’université, ils ont le bonheur d’être élevés dans les nobles idées des Romains. La liberté du travail ? Mais c’est la concurrence, qui a pour effet de laisser tous les produits non consommés, d’exterminer le peuple et de ruiner la bourgeoisie. La liberté d’échanger ? Mais on sait bien, les protectionistes l’ont démontré à satiété, qu’un homme se ruine quand il échange librement et que, pour s’enrichir, il faut échanger sans liberté. La liberté d’association ? Mais, d’après la doctrine socialiste, liberté et association s’excluent, puisque précisément on n’aspire à ravir aux hommes leur liberté que pour les forcer de s’associer.

Vous voyez donc bien que les démocrates-socialistes ne peuvent, en bonne conscience, laisser aux hommes aucune liberté, puisque, par leur nature propre, et si ces messieurs n’y mettent ordre, ils tendent, de toute part, à tous les genres de dégradation et de démoralisation.

Reste à deviner, en ce cas, sur quel fondement on réclame pour eux, avec tant d’instance, le suffrage universel.

Les prétentions des organisateurs soulèvent une autre question, que je leur ai souvent adressée, et à laquelle, que je sache, ils n’ont jamais répondu. Puisque les tendances naturelles de l’humanité sont assez mauvaises pour qu’on doive lui ôter sa liberté, comment se fait-il que les tendances des organisateurs soient bonnes ? Les Législateurs et leurs agents ne font-ils pas partie du genre humain ? Se croient-ils pétris d’un autre limon que le reste des hommes ? Ils disent que la société, abandonnée à elle-même, court fatalement aux abîmes parce que ses instincts sont pervers. Ils prétendent l’arrêter sur cette pente et lui imprimer une meilleure direction. Ils ont donc reçu du ciel une intelligence et des vertus qui les placent en dehors et au-dessus de l’humanité ; qu’ils montrent leurs titres. Ils veulent être bergers, ils veulent que nous soyons troupeau. Cet arrangement présuppose en eux une supériorité de nature, dont nous avons bien le droit de demander la preuve préalable.

Remarquez que ce que je leur conteste, ce n’est pas le droit d’inventer des combinaisons sociales, de les propager, de les conseiller, de les expérimenter sur eux-mêmes, à leurs frais et risques ; mais bien le droit de nous les imposer par l’intermédiaire de la Loi, c’est-à-dire des forces et des contributions publiques.

Je demande que les Cabétistes, les Fouriéristes, les Proudhoniens, les Universitaires, les Protectionistes renoncent non à leurs idées spéciales, mais à cette idée qui leur est commune, de nous assujettir de force à leurs groupes et séries, à leurs ateliers sociaux, à leur banque gratuite, à leur moralité gréco-romaine, à leurs entraves commerciales. Ce que je leur demande, c’est de nous laisser la faculté de juger leurs plans et de ne pas nous y associer, directement ou indirectement, si nous trouvons qu’ils froissent nos intérêts, ou s’ils répugnent à notre conscience.

Car la prétention de faire intervenir le pouvoir et l’impôt, outre qu’elle est oppressive et spoliatrice, implique encore cette hypothèse préjudicielle : l’infaillibilité de l’organisateur et l’incompétence de l’humanité.

Et si l’humanité est incompétente à juger pour elle-même, que vient-on nous parler de suffrage universel ?

Cette contradiction dans les idées s’est malheureusement reproduite dans les faits, et pendant que le peuple français a devancé tous les autres dans la conquête de ses droits, ou plutôt de ses garanties politiques, il n’en est pas moins resté le plus gouverné, dirigé, administré, imposé, entravé et exploité de tous les peuples.

Il est aussi celui de tous où les révolutions sont le plus imminentes, et cela doit être.

Dès qu’on part de cette idée, admise par tous nos publicistes et si énergiquement exprimée par M. L. Blanc en ces mots : « La société reçoit l’impulsion du pouvoir ; » dès que les hommes se considèrent eux-mêmes comme sensibles mais passifs, incapables de s’élever par leur propre discernement et par leur propre énergie à aucune moralité, à aucun bien-être, et réduits à tout attendre de la Loi ; en un mot, quand ils admettent que leurs rapports avec l’État sont ceux du troupeau avec le berger, il est clair que la responsabilité du pouvoir est immense. Les biens et les maux, les vertus et les vices, l’égalité et l’inégalité, l’opulence et la misère, tout découle de lui. Il est chargé de tout, il entreprend tout, il fait tout ; donc il répond de tout. Si nous sommes heureux, il réclame à bon droit notre reconnaissance ; mais si nous sommes misérables, nous ne pouvons nous en prendre qu’à lui. Ne dispose-t-il pas, en principe, de nos personnes et de nos biens ? La Loi n’est-elle pas omnipotente ? En créant le monopole universitaire, il s’est fait fort de répondre aux espérances des pères de famille privés de liberté ; et si ces espérances sont déçues, à qui la faute ? En réglementant l’industrie, il s’est fait fort de la faire prospérer, sinon il eût été absurde de lui ôter sa liberté ; et si elle souffre, à qui la faute ? En se mêlant de pondérer la balance du commerce, par le jeu des tarifs, il s’est fait fort de le faire fleurir ; et si, loin de fleurir, il se meurt, à qui la faute ? En accordant aux armements maritimes sa protection en échange de leur liberté, il s’est fait fort de les rendre lucratifs ; et s’ils sont onéreux, à qui la faute ?

Ainsi, il n’y a pas une douleur dans la nation dont le gouvernement ne se soit volontairement rendu responsable. Faut-il s’étonner que chaque souffrance soit une cause de révolution ?

Et quel est le remède qu’on propose ? C’est d’élargir indéfiniment le domaine de la Loi, c’est-à-dire la Responsabilité du gouvernement.

Mais si le gouvernement se charge d’élever et de régler les salaires et qu’il ne le puisse ; s’il se charge d’assister toutes les infortunes et qu’il ne le puisse ; s’il se charge d’assurer des retraites à tous les travailleurs et qu’il ne le puisse ; s’il se charge de fournir à tous les ouvriers des instruments de travail et qu’il ne le puisse ; s’il se charge d’ouvrir à tous les affamés d’emprunts un crédit gratuit et qu’il ne le puisse ; si, selon les paroles que nous avons vues avec regret échapper à la plume de M. de Lamartine, « l’État se donne la mission d’éclairer, de développer, d’agrandir, de fortifier, de spiritualiser, et de sanctifier l’âme des peuples, » et qu’il échoue ; ne voit-on pas qu’au bout de chaque déception, hélas ! plus que probable, il y a une non moins inévitable révolution ?

Je reprends ma thèse et je dis : immédiatement après la science économique et à l’entrée de la science politique

, se présente une question dominante. C’est celle-ci :

Qu’est-ce que la Loi ? que doit-elle être ? quel est son domaine ? quelles sont ses limites ? où s’arrêtent, par suite, les attributions du Législateur ?

Je n’hésite pas à répondre : La Loi, c’est la force commune organisée pour faire obstacle à l’Injustice — et pour abréger, la Loi, c’est la Justice.

Il n’est pas vrai que le Législateur ait sur nos personnes et nos propriétés une puissance absolue, puisqu’elles préexistent et que son œuvre est de les entourer de garanties.

Il n’est pas vrai que la Loi ait pour mission de régir nos consciences, nos idées, nos volontés, notre instruction, nos sentiments, nos travaux, nos échanges, nos dons, nos jouissances.

Sa mission est d’empêcher qu’en aucune de ces matières le droit de l’un n’usurpe le droit de l’autre.

La Loi, parce qu’elle a pour sanction nécessaire la Force, ne peut avoir pour domaine légitime que le légitime domaine de la force, à savoir : la Justice.

Et comme chaque individu n’a le droit de recourir à la force que dans le cas de légitime défense, la force collective, qui n’est que la réunion des forces individuelles, ne saurait être rationnellement appliquée à une autre fin.

La Loi, c’est donc uniquement l’organisation du droit individuel préexistant de légitime défense.

La Loi, c’est la Justice.

Il est si faux qu’elle puisse opprimer les personnes ou spolier les propriétés, même dans un but philanthropique, que sa mission est de les protéger.

Et qu’on ne dise pas qu’elle peut au moins être philanthropique, pourvu qu’elle s’abstienne de toute oppression, de toute spoliation ; cela est contradictoire. La Loi ne peut pas ne pas agir sur nos personnes ou nos biens ; si elle ne les garantit, elle les viole par cela seul qu’elle agit, par cela seul qu’elle est.

La Loi, c’est la Justice.

Voilà qui est clair, simple, parfaitement défini et délimité, accessible à toute intelligence, visible à tout œil, car la Justice est une quantité donnée, immuable, inaltérable, qui n’admet ni plus ni moins.

Sortez de là, faites la Loi religieuse, fraternitaire, égalitaire, philanthropique, industrielle, littéraire, artistique, aussitôt vous êtes dans l’infini, dans l’incertain, dans l’inconnu, dans l’utopie imposée, ou, qui pis est, dans la multitude des utopies combattant pour s’emparer de la Loi et s’imposer ; car la fraternité, la philanthropie n’ont pas comme la justice des limites fixes. Où vous arrêterez-vous ? Où s’arrêtera la Loi ? L’un, comme M. de Saint-Cricq, n’étendra sa philanthropie que sur quelques classes d’industriels, et il demandera à la Loi qu’elle dispose des consommateurs en faveur des producteurs. L’autre, comme M. Considérant, prendra en main la cause des travailleurs et réclamera pour eux de la Loi un minimum assuré, le vêtement, le logement, la nourriture et toutes choses nécessaires à l’entretien de la vie. Un troisième, M. L. Blanc, dira, avec raison, que ce n’est là qu’une fraternité ébauchée et que la Loi doit donner à tous les instruments de travail et l’instruction. Un quatrième fera observer qu’un tel arrangement laisse encore place à l’inégalité et que la Loi doit faire pénétrer, dans les hameaux les plus reculés, le luxe, la littérature et les arts. Vous serez conduits ainsi jusqu’au communisme, ou plutôt la législation sera… ce qu’elle est déjà : — le champ de bataille de toutes les rêveries et de toutes les cupidités.

La Loi, c’est la Justice.

Dans ce cercle, on conçoit un gouvernement simple, inébranlable. Et je défie qu’on me dise d’où pourrait venir la pensée d’une révolution, d’une insurrection, d’une simple émeute contre une force publique bornée à réprimer l’injustice. Sous un tel régime, il y aurait plus de bien-être, le bien-être serait plus également réparti, et quant aux souffrances inséparables de l’humanité, nul ne songerait à en accuser le gouvernement, qui y serait aussi étranger qu’il l’est aux variations de la température. A-t-on jamais vu le peuple s’insurger contre la cour de cassation ou faire irruption dans le prétoire du juge de paix pour réclamer le minimum de salaires, le crédit gratuit, les instruments de travail, les faveurs du tarif, ou l’atelier social ? Il sait bien que ces combinaisons sont hors de la puissance du juge, et il apprendrait de même qu’elles sont hors de la puissance de la Loi.

Mais faites la Loi sur le principe fraternitaire, proclamez que c’est d’elle que découlent les biens et les maux, qu’elle est responsable de toute douleur individuelle, de toute inégalité sociale, et vous ouvrez la porte à une série sans fin de plaintes, de haines, de troubles et de révolutions.

La Loi, c’est la Justice.

Et il serait bien étrange qu’elle pût être équitablement autre chose ! Est-ce que la justice n’est pas le droit ? Est-ce que les droits ne sont pas égaux ? Comment donc la Loi interviendrait-elle pour me soumettre aux plans sociaux de MM. Mimerel, de Melun, Thiers, Louis Blanc, plutôt que pour soumettre ces messieurs à mes plans ? Croit-on que je n’aie pas reçu de la nature assez d’imagination pour inventer aussi une utopie ? Est-ce que c’est le rôle de la Loi de faire un choix entre tant de chimères et de mettre la force publique au service de l’une d’elles ?

La Loi, c’est la Justice.

Et qu’on ne dise pas, comme on le fait sans cesse, qu’ainsi conçue la Loi, athée, individualiste et sans entrailles, ferait l’humanité à son image. C’est là une déduction absurde, bien digne de cet engouement gouvernemental qui voit l’humanité dans la Loi.

Quoi donc ! De ce que nous serons libres, s’ensuit-il que nous cesserons d’agir ? De ce que nous ne recevrons pas l’impulsion de la Loi, s’ensuit-il que nous serons dénués d’impulsion ? De ce que la Loi se bornera à nous garantir le libre exercice de nos facultés, s’ensuit-il que nos facultés seront frappées d’inertie ? De ce que la Loi ne nous imposera pas des formes de religion, des modes d’association, des méthodes d’enseignement, des procédés de travail, des directions d’échange, des plans de charité, s’ensuit-il que nous nous empresserons de nous plonger dans l’athéisme, l’isolement, l’ignorance, la misère et l’égoïsme ? S’ensuit-il que nous ne saurons plus reconnaître la puissance et la bonté de Dieu, nous associer, nous entraider, aimer et secourir nos frères malheureux, étudier les secrets de la nature, aspirer aux perfectionnements de notre être ?

La Loi, c’est la Justice.

Et c’est sous la Loi de justice, sous le régime du droit, sous l’influence de la liberté, de la sécurité, de la stabilité, de la responsabilité, que chaque homme arrivera à toute sa valeur, à toute la dignité de son être, et que l’humanité accomplira avec ordre, avec calme, lentement sans doute, mais avec certitude, le progrès, qui est sa destinée.

Il me semble que j’ai pour moi la théorie ; car quelque question que je soumette au raisonnement, qu’elle soit religieuse, philosophique, politique, économique ; qu’il s’agisse de bien-être, de moralité, d’égalité, de droit, de justice, de progrès, de responsabilité, de solidarité, de propriété, de travail, d’échange, de capital, de salaires, d’impôts, de population, de crédit, de gouvernement ; à quelque point de l’horizon scientifique que je place le point de départ de mes recherches, toujours invariablement j’aboutis à ceci : la solution du problème social est dans la Liberté.

Et n’ai-je pas aussi pour moi l’expérience ? Jetez les yeux sur le globe. Quels sont les peuples les plus heureux, les plus moraux, les plus paisibles ? Ceux où la Loi intervient le moins dans l’activité privée ; où le gouvernement se fait le moins sentir ; où l’individualité a le plus de ressort et l’opinion publique le plus d’influence ; où les rouages administratifs sont les moins nombreux et les moins compliqués ; les impôts les moins lourds et les moins inégaux ; les mécontentements populaires les moins excités et les moins justifiables ; où la responsabilité des individus et des classes est la plus agissante, et où, par suite, si les mœurs ne sont pas parfaites, elles tendent invinciblement à se rectifier ; où les transactions, les conventions, les associations sont le moins entravées ; où le travail, les capitaux, la population, subissent les moindres déplacements artificiels ; où l’humanité obéit le plus à sa propre pente ; où la pensée de Dieu prévaut le plus sur les inventions des hommes ; ceux, en un mot, qui approchent le plus de cette solution : dans les limites du droit, tout par la libre et perfectible spontanéité de l’homme ; rien par la Loi ou la force que la Justice universelle.

Il faut le dire : il y a trop de grands hommes dans le monde ; il y a trop de législateurs, organisateurs, instituteurs de sociétés, conducteurs de peuples, pères des nations, etc. Trop de gens se placent au-dessus de l’humanité pour la régenter, trop de gens font métier de s’occuper d’elle.

On me dira : Vous vous en occupez bien, vous qui parlez. C’est vrai. Mais on conviendra que c’est dans un sens et à un point de vue bien différents, et si je me mêle aux réformateurs c’est uniquement pour leur faire lâcher prise.

Je m’en occupe non comme Vaucanson de son automate, mais comme un physiologiste de l’organisme humain : pour l’étudier et l’admirer.

Je m’en occupe, dans l’esprit qui animait un voyageur célèbre.

Il arriva au milieu d’une tribu sauvage. Un enfant venait de naître et une foule de devins, de sorciers, d’empiriques l’entouraient, armés d’anneaux, de crochets et de liens. L’un disait : cet enfant ne flairera jamais le parfum d’un calumet, si je ne lui allonge les narines. Un autre : il sera privé du sens de l’ouïe, si je ne lui fais descendre les oreilles jusqu’aux épaules. Un troisième : il ne verra pas la lumière du soleil, si je ne donne à ses yeux une direction oblique. Un quatrième : il ne se tiendra jamais debout, si je ne lui courbe les jambes. Un cinquième : il ne pensera pas, si je ne comprime son cerveau. Arrière, dit le voyageur. Dieu fait bien ce qu’il fait ; ne prétendez pas en savoir plus que lui, et puisqu’il a donné des organes à cette frêle créature, laissez ses organes se développer, se fortifier par l’exercice, le tâtonnement, l’expérience et la Liberté.

Dieu a mis aussi dans l’humanité tout ce qu’il faut pour qu’elle accomplisse ses destinées. Il y a une physiologie sociale providentielle comme il y a une physiologie humaine providentielle. Les organes sociaux sont aussi constitués de manière à se développer harmoniquement au grand air de la Liberté. Arrière donc les empiriques et les organisateurs ! Arrière leurs anneaux, leurs chaînes, leurs crochets, leurs tenailles ! arrière leurs moyens artificiels ! arrière leur atelier social, leur phalanstère, leur gouvernementalisme, leur centralisation, leurs tarifs, leurs universités, leurs religions d’État, leurs banques gratuites ou leurs banques monopolisées, leurs compressions, leurs restrictions, leur moralisation ou leur égalisation par l’impôt ! Et puisqu’on a vainement infligé au corps social tant de systèmes, qu’on finisse par où l’on aurait dû commencer, qu’on repousse les systèmes, qu’on mette enfin à l’épreuve la Liberté, — la Liberté, qui est un acte de foi en Dieu et en son œuvre.

: Conseil général des manufactures, de l’agriculture et du commerce. (Séance du 6 mai 1850.)

: Si la protection n’était accordée, en France, qu’à une seule classe, par exemple, aux maîtres de forges, elle serait si absurdement spoliatrice qu’elle ne pourrait se maintenir. Aussi nous voyons toutes les industries protégées se liguer, faire cause commune et même se recruter de manière à paraître embrasser l’ensemble du travail national. Elles sentent instinctivement que la Spoliation se dissimule en se généralisant.

: Ici, l’éditeur renvoie à cette ébauche tirée des manuscrits de Bastiat.

: L’économie politique précède la politique ; celle-là dit si les intérêts humains sont naturellement harmoniques ou antagoniques ; ce que celle-ci devrait savoir avant de fixer les attributions du gouvernement.

Bastiat.org Le Libéralisme, le vrai Un site par François-René Rideau

 


Jackie: Faites que personne n’oublie Camelot (There will never be another Camelot: How with the media’s complicity, Jackie Kennedy durably distorted her husband and his party’s legacy)

4 décembre, 2016
shalott

jackie-movie-poster-natalie-portman

kennedy-jackie-first-lady