« Zoos humains »: Arte invente la théorie du complot pour tous (It’s domination and racism, stupid ! – From commercial ethnological to colonial and missionary exhibitions, looking back at the very problematic indiscriminate use of the concept of the “human zoo”)

30 septembre, 2018

bal negre

Poster of an ethnological exposition in 1885 (picture-alliance/akg-images)

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Theodor Wonja Michael's parents (Familie Michael)

Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous bâtissez les tombeaux des prophètes et ornez les sépulcres des justes, et que vous dites: Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour répandre le sang des prophètes. Vous témoignez ainsi contre vous-mêmes que vous êtes les fils de ceux qui ont tué les prophètes. Jésus (Matthieu 23: 29-31)
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
Je pense qu’il y a plus de barbarie à manger un homme vivant qu’à le manger mort, à déchirer par tourments et par géhennes un corps encore plein de sentiment, le faire rôtir par le menu, le faire mordre et meurtrir aux chiens et aux pourceaux (comme nous l’avons non seulement lu, mais vu de fraîche mémoire, non entre des ennemis anciens, mais entre des voisins et concitoyens, et, qui pis est, sous prétexte de piété et de religion), que de le rôtir et manger après qu’il est trépassé. Il ne faut pas juger à l’aune de nos critères. (…) Je trouve… qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. (…) Leur guerre est toute noble et généreuse, et a autant d’excuse et de beauté que cette maladie humaine en peut recevoir ; elle n’a d’autre fondement parmi eux que la seule jalousie de la vertu… Ils ne demandent à leurs prisonniers autre rançon que la confession et reconnaissance d’être vaincus ; mais il ne s’en trouve pas un, en tout un siècle, qui n’aime mieux la mort que de relâcher, ni par contenance, ni de parole, un seul point d’une grandeur de courage invincible ; il ne s’en voit aucun qui n’aime mieux être tué et mangé, que de requérir seulement de ne l’être pas. Ils les traitent en toute liberté, afin que la vie leur soit d’autant plus chère ; et les entretiennent communément des menaces de leur mort future, des tourments qu’ils y auront à souffrir, des apprêts qu’on dresse pour cet effet, du détranchement de leurs membres et du festin qui se fera à leurs dépens. Tout cela se fait pour cette seule fin d’arracher de leur bouche parole molle ou rabaissée, ou de leur donner envie de s’enfuir, pour gagner cet avantage de les avoir épouvantés, et d’avoir fait force à leur constance. Car aussi, à le bien prendre, c’est en ce seul point que consiste la vraie victoire. Montaigne
Etrange destinée, étrange préférence que celle de l’ethnographe, sinon de l’anthropologue, qui s’intéresse aux hommes des antipodes plutôt qu’à ses compatriotes, aux superstitions et aux mœurs les plus déconcertantes plutôt qu’aux siennes, comme si je ne sais quelle pudeur ou prudence l’en dissuadait au départ. Si je n’étais pas convaincu que les lumières de la psychanalyse sont fort douteuses, je me demanderais quel ressentiment se trouve sublimé dans cette fascination du lointain, étant bien entendu que refoulement et sublimation, loin d’entraîner de ma part quelque condamnation ou condescendance, me paraissent dans la plupart des cas authentiquement créateurs. (…) Peut-être cette sympathie fondamentale, indispensable pour le sérieux même du travail de l’ethnographe, celui-ci n’a-t-il aucun mal à l’acquérir. Il souffre plutôt d’un défaut symétrique de l’hostilité vulgaire que je relevais il y a un instant. Dès le début, Hérodote n’est pas avare d’éloges pour les Scythes, ni Tacite pour les Germains, dont il oppose complaisamment les vertus à la corruption impériale. Quoique évoque du Chiapas, Las Casas me semble plus occupé à défendre les Indiens qu’à les convertir. Il compare leur civilisation avec celle de l’antiquité gréco-latine et lui donne l’avantage. Les idoles, selon lui, résultent de l’obligation de recourir à des symboles communs à tous les fidèles. Quant aux sacrifices humains, explique-t-il, il ne convient pas de s’y opposer par la force, car ils témoignent de la grande et sincère piété des Mexicains qui, dans l’ignorance où ils se trouvent de la crucifixion du Sauveur, sont bien obligés de lui inventer un équivalent qui n’en soit pas indigne. Je ne pense pas que l’esprit missionnaire explique entièrement un parti-pris de compréhension, que rien ne rebute. La croyance au bon sauvage est peut-être congénitale de l’ethnologie. (…) Nous avons eu les oreilles rebattues de la sagesse des Chinois, inventant la poudre sans s’en servir que pour les feux d’artifice. Certes. Mais, d’une part l’Occident a connu lui aussi la poudre sans longtemps l’employer pour la guerre. Au IXe siècle, le Livre des Feux, de Marcus Graecus en contient déjà la formule ; il faudra attendre plusieurs centaines d’années pour son utilisation militaire, très exactement jusqu’à l’invention de la bombarde, qui permet d’en exploiter la puissance de déflagration. Quant aux Chinois, dès qu’ils ont connu les canons, ils en ont été acheteurs très empressés, avant qu’ils n’en fabriquent eux-mêmes, d’abord avec l’aide d’ingénieurs européens. Dans l’Afrique contemporaine, seule la pauvreté ralentit le remplacement du pilon par les appareils ménagers fabriqués à Saint-Étienne ou à Milan. Mais la misère n’interdit pas l’invasion des récipients en plastique au détriment des poteries et des vanneries traditionnelles. Les plus élégantes des coquettes Foulbé se vêtent de cotonnades imprimées venues des Pays-Bas ou du Japon. Le même phénomène se produit d’ailleurs de façon encore plus accélérée dans la civilisation scientifique et industrielle, béate d’admiration devant toute mécanique nouvelle et ordinateur à clignotants. (…) Je déplore autant qu’un autre la disparition progressive d’un tel capital d’art, de finesse, d’harmonie. Mais je suis tout aussi impuissant contre les avantages du béton et de l’électricité. Je ne me sens d’ailleurs pas le courage d’expliquer leur privilège à ceux qui en manquent. (…) Les indigènes ne se résignent pas à demeurer objets d’études et de musées, parfois habitants de réserves où l’on s’ingénie à les protéger du progrès. Étudiants, boursiers, ouvriers transplantés, ils n’ajoutent guère foi à l’éloquence des tentateurs, car ils en savent peu qui abandonnent leur civilisation pour cet état sauvage qu’ils louent avec effusion. Ils n’ignorent pas que ces savants sont venus les étudier avec sympathie, compréhension, admiration, qu’ils ont partagé leur vie. Mais la rancune leur suggère que leurs hôtes passagers étaient là d’abord pour écrire une thèse, pour conquérir un diplôme, puisqu’ils sont retournés enseigner à leurs élèves les coutumes étranges, « primitives », qu’ils avaient observées, et qu’ils ont retrouvé là-bas du même coup auto, téléphone, chauffage central, réfrigérateur, les mille commodités que la technique traîne après soi. Dès lors, comment ne pas être exaspéré d’entendre ces bons apôtres vanter les conditions de félicité rustique, d’équilibre et de sagesse simple que garantit l’analphabétisme ? Éveillées à des ambitions neuves, les générations qui étudient et qui naguère étaient étudiées, n’écoutent pas sans sarcasme ces discours flatteurs où ils croient reconnaître l’accent attendri des riches, quand ils expliquent aux pauvres que l’argent ne fait pas le bonheur, – encore moins, sans doute, ne le font les ressources de la civilisation industrielle. À d’autres. Roger Caillois (1974)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. René Girard
Nous sommes encore proches de cette période des grandes expositions internationales qui regardait de façon utopique la mondialisation comme l’Exposition de Londres – la « Fameuse » dont parle Dostoievski, les expositions de Paris… Plus on s’approche de la vraie mondialisation plus on s’aperçoit que la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante. On était encore dans cette idée selon laquelle on vivait dans le même monde: on n’est plus séparé par rien de ce qui séparait les hommes auparavant donc c’est forcément le paradis. Ce que voulait la Révolution française. Après la nuit du 4 août, plus de problème ! René Girard
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Malgré le titre général, en effet, dès l’article 1, seules la traite transatlantique et la traite qui, dans l’océan Indien, amena des Africains à l’île Maurice et à la Réunion sont considérées comme « crime contre l’humanité ». Ni la traite et l’esclavage arabes, ni la traite interafricaine, pourtant très importants et plus étalés dans le temps puisque certains ont duré jusque dans les années 1980 (au Mali et en Mauritanie par exemple), ne sont concernés. Le crime contre l’humanité qu’est l’esclavage est réduit, par la loi Taubira, à l’esclavage imposé par les Européens et à la traite transatlantique. (…) Faute d’avoir le droit de voter, comme les Parlements étrangers, des « résolutions », des voeux, bref des bonnes paroles, le Parlement français, lorsqu’il veut consoler ou faire plaisir, ne peut le faire que par la loi. (…) On a l’impression que la France se pose en gardienne de la mémoire universelle et qu’elle se repent, même à la place d’autrui, de tous les péchés du passé. Je ne sais si c’est la marque d’un orgueil excessif ou d’une excessive humilité mais, en tout cas, c’est excessif ! […] Ces lois, déjà votées ou proposées au Parlement, sont dangereuses parce qu’elles violent le droit et, parfois, l’histoire. La plupart d’entre elles, déjà, violent délibérément la Constitution, en particulier ses articles 34 et 37. (…) les parlementaires savent qu’ils violent la Constitution mais ils n’en ont cure. Pourquoi ? Parce que l’organe chargé de veiller au respect de la Constitution par le Parlement, c’est le Conseil constitutionnel. Or, qui peut le saisir ? Ni vous, ni moi : aucun citoyen, ni groupe de citoyens, aucun juge même, ne peut saisir le Conseil constitutionnel, et lui-même ne peut pas s’autosaisir. Il ne peut être saisi que par le président de la République, le Premier ministre, les présidents des Assemblées ou 60 députés. (…) La liberté d’expression, c’est fragile, récent, et ce n’est pas total : il est nécessaire de pouvoir punir, le cas échéant, la diffamation et les injures raciales, les incitations à la haine, l’atteinte à la mémoire des morts, etc. Tout cela, dans la loi sur la presse de 1881 modifiée, était poursuivi et puni bien avant les lois mémorielles. Françoise Chandernagor
La tendance à légiférer sur le passé (…) est née des procédures lancées, dans les années 1970, contre d’anciens nazis et collaborateurs ayant participé à l’extermination des juifs. Celles-ci utilisaient pour la première fois l’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité, votée en 1964. Elles devaient aboutir aux procès Barbie, Touvier et Papon. (…) L’innovation juridique des « procès pour la mémoire » se justifiait, certes, par l’importance et la singularité du génocide des juifs, dont la signification n’est apparue que deux générations plus tard. Elle exprimait cependant un changement radical dans la place que nos sociétés assignent à l’histoire, dont on n’a pas fini de prendre la mesure. Ces procès ont soulevé la question de savoir si, un demi-siècle après, les juges étaient toujours « contemporains » des faits incriminés. Ils ont montré à quel point la culture de la mémoire avait pris le pas, non seulement sur les politiques de l’oubli qui émergent après une guerre ou une guerre civile, afin de permettre une reconstruction, mais aussi sur la connaissance historique elle-même. L’illusion est ici de croire que la « mémoire » fabrique de l’identité sociale, qu’elle donne accès à la connaissance. Comment peut-on se souvenir de ce que l’on ignore, les historiens ayant précisément pour fonction, non de « remémorer » des faits, des acteurs, des processus du passé, mais bien de les établir ? Dans le cas du génocide des juifs, dans celui des Arméniens ou dans le cas de la guerre d’Algérie, encore pouvons-nous avoir le sentiment que ces faits appartiennent toujours au temps présent — que l’on soit ou non favorable aux « repentances ». L’identification reste possible de victimes précises, directes ou indirectes, et de bourreaux singuliers, individus ou Etats, à qui l’on peut demander réparation. Mais comment peut-on prétendre agir de la même manière sur des faits vieux de plusieurs siècles ? Comment penser sérieusement que l’on peut « réparer » les dommages causés par la traite négrière « à partir du XVe siècle » de la même manière que les crimes nazis, dont certains bourreaux habitent encore au coin de la rue ? (…) Pourquoi (…) promulguer une loi à seule fin rétroactive s’il n’y a aucune possibilité d’identifier des bourreaux, encore moins de les traîner devant un tribunal ? Pourquoi devons-nous être à ce point tributaires d’un passé qui nous est aussi étranger ? Pourquoi cette volonté d’abolir la distance temporelle et de proclamer que les crimes d’il y a quatre siècles ont des effets encore opérants ? Pourquoi cette réduction de l’histoire à la seule dimension criminelle et mortifère ? Et comment croire que les valeurs de notre temps sont à ce point estimables qu’elles puissent ainsi s’appliquer à tout ce qui nous a précédés ? En réalité, la plupart de ces initiatives relèvent de la surenchère politique. Elles sont la conséquence de la place que la plupart des pays démocratiques ont accordée au souvenir de la Shoah, érigé en symbole universel de la lutte contre toutes les formes de racisme. A l’évidence, le caractère universel de la démarche échappe à beaucoup. La mémoire de la Shoah est ainsi devenue un modèle jalousé, donc, à la fois, récusé et imitable : d’où l’urgence de recourir à la notion anachronique de crime contre l’humanité pour des faits vieux de trois ou quatre cents ans. Le passé n’est ici qu’un substitut, une construction artificielle — et dangereuse —, puisque le groupe n’est plus défini par une filiation passée ou une condition sociale présente, mais par un lien « historique » élaboré après coup, pour isoler une nouvelle catégorie à offrir à la compassion publique. Enfin, cette faiblesse s’exprime, une fois de plus, par un recours paradoxal à l’Etat, voie habituelle, en France, pour donner consistance à une « communauté » au sein de la nation. Sommé d’assumer tous les méfaits du passé, l’Etat se retrouve en même temps source du crime et source de rédemption. Outre la contradiction, cette « continuité » semble dire que l’histoire ne serait qu’un bloc, la diversité et l’évolution des hommes et des idées, une simple vue de l’esprit, et l’Etat, le seul garant d’une nouvelle histoire officielle « vertueuse ». C’est là une conception pour le moins réactionnaire de la liberté et du progrès. Henry Rousso
La loi (…) « portant reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés » risque, surtout en ses articles 1 et 4, de relancer une polémique dans laquelle les historiens ne se reconnaîtront guère. En officialisant le point de vue de groupes de mémoire liés à la colonisation, elle risque de générer en retour des simplismes symétriques, émanant de groupes de mémoire antagonistes, dont l' »histoire officielle » , telle que l’envisage cette loi, fait des exclus de l’histoire. Car, si les injonctions « colonialophiles » de la loi ne sont pas recevables, le discours victimisant ordinaire ne l’est pas davantage, ne serait-ce que parce qu’il permet commodément de mettre le mouchoir sur tant d’autres ignominies, actuelles ou anciennes, et qui ne sont pas forcément du ressort originel de l’impérialisme ou de ses formes historiques passées comme le(s) colonialisme(s). L’étude scientifique du passé ne peut se faire sous la coupe d’une victimisation et d’un culpabilisme corollaire. De ce point de vue, les débordements émotionnels portés par les »indigènes de la République » ne sont pas de mise. Des êtres humains ne sont pas responsables des ignominies commises par leurs ancêtres ­ – ou alors il faudrait que les Allemands continuent éternellement à payer leur épisode nazi. C’est une chose d’analyser, par exemple, les « zoos humains » de la colonisation. C’en est une autre que de confondre dans la commisération culpabilisante le « divers historique », lequel ne se réduit pas à des clichés médiatiquement martelés. Si la colonisation fut ressentie par les colonisés dans le rejet et la douleur, elle fut aussi vécue par certains dans l’ouverture, pour le modèle de société qu’elle offrait pour sortir de l’étouffoir communautaire. (…)Les historiens doivent travailler à reconstruire les faits et à les porter à la connaissance du public. Or ces faits établissent que la traite des esclaves, dans laquelle des Européens ont été impliqués (et encore, pas eux seuls), a porté sur environ 11 millions de personnes (27,5 % des 40 millions d’esclaves déportés), et que les trafiquants arabes s’y sont taillé la part du lion : la »traite orientale » fut responsable de la déportation de 17 millions de personnes (42,5 % d’entre eux) et la traite « interne » effectuée à l’intérieur de l’Afrique, porta, elle, sur 12 millions (30 %). Cela, ni Dieudonné ni les « Indigènes » , dans leur texte victimisant à sens unique, ne le disent ­ – même si, à l’évidence, la traite européenne fut plus concentrée dans le temps et plus rentable en termes de nombre de déportés par an. (…) L’historien ne se reconnaît pas dans l’affrontement des mémoires. Pour lui, elles ne sont que des documents historiques, à traiter comme tels. Il ne se reconnaît pas dans l’anachronisme, qui veut tout arrimer au passé ; il ne se reconnaît pas dans le manichéisme, qu’il provienne de la »nostalgérie » électoraliste vulgaire qui a présidé à la loi du 23 février 2005, ou qu’il provienne des simplismes symétriques qui surfent sur les duretés du présent pour emboucher les trompettes agressives d’un ressentiment déconnecté de son objet réel. Gilbert Meynier
The enigmatic showman Martin Couney showcased premature babies in incubators to early 20th century crowds on the Coney Island and Atlantic City boardwalks, and at expositions across the United States. A Prussian-born immigrant based on the East coast, Couney had no medical degree but called himself a physician, and his self-promoting carnival-barking incubator display exhibits actually ended up saving the lives of about 7,000 premature babies. These tiny infants would have died without Couney’s theatrics, but instead they grew into adulthood, had children, grandchildren, great grandchildren and lived into their 70s, 80s, and 90s. This extraordinary story reveals a great deal about neonatology, and about life. (…) Drawing on extraordinary archival research as well as interviews, [Raffel’s] narrative is enhanced by her own reflections as she balanced her shock over how Couney saved these premature infants and also managed to make a living by displaying them like little freaks to the vast crowds who came to see them. Couney’s work with premature infants began in Europe as a carnival barker at an incubator exposition. It was there he fell in love with preemies and met his head nurse Louise Recht. Still, even allowing for his evident affection, making the preemies incubation a public show seems exploitative. But was it? In the 21st century, hospital incubators and NICUs are taken for granted, but over a hundred years ago, incubators were rarely used in hospitals, and sometimes they did far more harm than good.  Premature infants often went blind because of too much oxygen pumped into the incubators (Raffel notes that Stevie Wonder, himself a preemie, lost his sight this way). Yet the preemies Couney and his nurses — his wife Maye, his daughter Hildegard, and lead nurse Louise, known in the show as “Madame Recht” — cared for retained their vision. The reason? Couney was worried enough about this problem to use incubators developed by M. Alexandre Lion in France, which regulated oxygen flow. Today it is widely accept that every baby – premature or ones born to term – should be saved.  Not so in Couney’s time. Preemies were referred to as “weaklings,” and even some doctors believed their lives were not worth saving. While Raffel’s tale is inspiring, it is also horrific. She does not shy away from people like Dr. Harry Haiselden who, unlike Couney, was an actual M.D., but “denied lifesaving treatment to infants he deemed ‘defective,’ deliberately watching them die even when they could have lived.” (…) True, he was a showman, and during most of his career, he earned a good living from his incubator babies show, but Couney, an elegant man who fluently spoke German, French and English, didn’t exploit his preemies (Hildegard was a preemie too).  He gave them a chance at the lives they might not have been allowed to live. Couney used his showmanship to support all of this life-saving. He put on shows for boardwalk crowds, but he also, despite not having a medical degree, maintained his incubators according to high medical standards. In many ways, Couney’s practices were incredibly advanced. Babies were fed with breast milk exclusively, nurses provided loving touches frequently, and the babies were held, changed and bathed. (…) Yet the efforts of Dr. Couney’s his nurses went largely ignored by the medical profession and were only mentioned once in a medical journal. As Raffel writes in her book’s final page, “There is nothing at his  grave to indicate that [Martin Couney] did anything of note.” The same goes for Maye, Louise and Hildegard. Louise’s name was misspelled on her shared tombstone (Louise’s remains are interred in another family’s crypt), and Hildegard, whose remains are interred with Louise’s, did not even have her own name engraved on the shared tombstone. With the exception of Chicago’s Dr. Julius Hess, who is considered the father of neonatology, the majority of the medical establishment patronized and excluded Couney. Hess, though, respected Couney’s work and built on it with his own scientific approach and research; in the preface to his book Premature and Congenitally Diseased Infants, Hess acknowledges Couney “‘for his many helpful suggestions in the preparation of the material for this book.’” But Couney cared more about the babies than professional respect. His was a single-minded focus: even when it financially devastated him to do so, he persisted, so his preemies could live. National Book Review
Carl Hagenbeck had the idea to open zoos that weren’t only filled with animals, but also people. People were excited to discover humans from abroad: Before television and color photography were available, it was their only way to see them. Anne Dreesbach
The main feature of these multiform varieties of public show, which became widespread in late-nineteenth and early-twentieth century Europe and the United States, was the live presence of individuals who were considered “primitive”. Whilst these native peoples sometimes gave demonstrations of their skills or produced manufactures for the audience, more often their role was simply as exhibits, to display their bodies and gestures, their different and singular condition. In this article, the three main forms of modern ethnic show (commercial, colonial and missionary) will be presented, together with a warning about the inadequacy of categorising all such spectacles under the label of “human zoos”, a term which has become common in both academic and media circles in recent years. Luis A. Sánchez-Gómez
Between the 29th of November 2011 and the 3rd of June 2012, the Quai de Branly Museum in Paris displayed an extraordinary exhibition, with the eye-catching title Exhibitions. L’invention du sauvage, which had a considerable social and media impact. Its “scientific curators” were the historian Pascal Blanchard and the museum’s curator Nanette Jacomijn Snoep, with Guadalupe-born former footballer Lilian Thuram acting as “commissioner general”. A popular sportsman, Thuram is also known in France for his staunch social and political commitment. The exhibition was the culmination (although probably not the end point) of a successful project which had started in Marseille in 2001 with the conference entitled Mémoire colonial: zoos humains? Corps Exotiques, corps enfermés, corps mesurés. Over time, successive publications of the papers presented at that first meeting have given rise to a genuine publishing saga, thus far including three French editions, one in Italian, one in English and another in German. This remarkable repertoire is completed by the impressive catalogue of the exhibition. All of the book titles (with the exception of the catalogue) make reference to “human zoos” as their object of study, although in none of them are the words followed by a question mark, as was the case at the Marseille conference. This would seem to define “human zoos” as a well-documented phenomenon, the essence of which has been well-established. Most significantly, despite reiterating the concept, neither the catalogue of the exhibition, nor the texts drawn up by the exhibit’s editorial authorities, provide a precise definition of what a human zoo is understood to be. Nevertheless, the editors seem to accept the concept as being applicable to all of the various forms of public show featured in the exhibition, all of which seem to have been designed with a shared contempt for and exclusion of the “other”. Therefore, the label “human zoo” implicitly applies to a variety of shows whose common aim was the public display of human beings, with the sole purpose of showing their peculiar morphological or ethnic condition. Both the typology of the events and the condition of the individuals shown vary widely: ranging from the (generally individual) presentation of persons with crippling pathologies (exotic or more often domestic freaks or “human monsters”) to singular physical conditions (giants, dwarves or extremely obese individuals) or the display of individuals, families or groups of exotic peoples or savages, arrived or more usually brought, from distant colonies. The purpose of the 2001 conference had been to present the available information about such shows, to encourage their study from an academic perspective and, most importantly, to publicly denounce these material and symbolic contexts of domination and stigmatisation, which would have had a prominent role in the complex and dense animalisation mechanisms of the colonised peoples by the “civilized West”. A scientific and editorial project guided by such intentions could not fail to draw widespread support from academic, social and journalistic quarters. Reviews of the original 2002 text and successive editions have, for the most part, been very positive, and praise for what was certainly an extraordinary exhibition (the one of 2012) has been even more unanimous. However, most commentators have limited their remarks to praising the important anti-racist content and criticisms of the colonial legacy, which are common to both undertakings. Only a few authors have drawn attention to certain conceptual and interpretative problems with the presumed object of study, the “human zoos”, problems which would undermine the project’s solidity. (…) Although the public display of human beings can be traced far back in history in many different contexts (war, funerals and sacred contexts, prisons, fairs, etc…) the configuration and expansion of different varieties of ethnic shows are closely and directly linked to two historical phenomena which lie at the very basis of modernity: exhibitions and colonialism. The former began to appear at national contests and competitions (both industrial and agricultural). These were organised in some European countries in the second half of the eighteenth century, but it was only in the century that followed that they acquired new and shocking material and symbolic dimensions, in the shape of the international or universal exhibition.The key date was 1851, when the Great Exhibition of the Works of Industry of All Nations was held in London. The triumph of the London event, its rapid and continuing success in France and the increasing participation (which will be outlined) of indigenous peoples from the colonies, paved the way from the 1880s for a new exhibition model: the colonial exhibition (whether official or private, national or international) which almost always featured the presence of indigenous human beings. However, less spectacular exhibitions had already been organised on a smaller scale for many years, since about the mid-nineteenth century. Some of these were truly impressive events, which in some cases also featured native peoples. These were the early missionary (or ethnological-missionary) exhibitions, which initially were mainly British and Protestant, but later also Catholic. Finally, the unsophisticated ethnological exhibitions which had been typical in England (particularly in London) in the early-nineteenth century, underwent a gradual transformation from the middle of the century, which saw them develop into the most popular form of commercial ethnological exhibition. These changes were initially influenced by the famous US circus impresario P.T. Barnum’s human exhibitions. Later on, from 1874, Barnum’s displays were successfully reinterpreted (through the incorporation of wild animals and groups of exotic individuals) by Carl Hagenbeck.The second factor which was decisive in shaping the modern ethnic show was imperial colonialism, which gathered in momentum from the 1870s. The propagandising effect of imperialism was facilitated by two emerging scientific disciplines, physical anthropology and ethnology, which propagated colonial images and mystifications amid the metropolitan population. This, coupled with robust new levels of consumerism amongst the bourgeoisie and the upper strata of the working classes, had a greater impact upon our subject than the economic and geostrategic consequences of imperialism overseas. In fact, the new context of geopolitical, scientific and economic expansion turned the formerly “mysterious savages” into a relatively accessible object of study for certain sections of society. Regardless of how much was written about their exotic ways of life, or strange religious beliefs, the public always wanted more: seeking participation in more “intense” and “true” encounters and to feel part of that network of forces (political, economic, military, academic and religious) that ruled even the farthest corners of the world and its most primitive inhabitants.It was precisely the convergence of this web of interests and opportunities within the new exhibition universe that had already consolidated by the end of the 1870s, and which was to become the defining factor in the transition. From the older, popular model of human exhibitions which had dominated so far, we see a reduction in the numbers of exhibitions of isolated individuals classified as strange, monstrous or simply exotic, in favour of adequately-staged displays of families and groups of peoples considered savage or primitive, authentic living examples of humanity from a bygone age. Of course, this new interest, this new desire to see and feel the “other” was fostered not only by exhibition impresarios, but by industrialists and merchants who traded in the colonies, by colonial administrators and missionary societies. In turn, the process was driven forward by the strongly positive reaction of the public, who asked for more: more exoticism, more colonial products, more civilising missions, more conversions, more native populations submitted to the white man’s power; ultimately, more spectacle. Despite the differences that can be observed within the catalogue of exhibitions, their success hinged to a great extent upon a single factor: the representation or display of human beings labelled as exotic or savage, which today strikes us as unsettling and distasteful. It can therefore be of little surprise that most, if not all, of the visitors to the Quai de Branly Museum exhibiton of 2012 reacted to the ethnic shows with a fundamental question: how was it possible that such repulsive shows had been organised? Although many would simply respond with two words, domination and racism, the question is certainly more complex. In order to provide an answer, the content and meanings of the three main models or varieties of the modern ethnic show –commercial ethnological exhibitions, colonial exhibitions and missionary exhibitions– will be studied. (…) The opposition that missionary societies encountered at nineteenth-century international exhibitions encouraged them to organise events of their own. The first autonomous missionary events were Protestant and possibly took place prior to 1851. In any case, this has been confirmed as the year that the Methodist Wesleyan Missionary Society organised a missionary exhibition (which took place at the same time as the International Exhibition). Small in size and very simple in structure, it was held for only two days during the month of June, although it provided the extraordinary opportunity to see and acquire shells, corals and varied ethnographic materials (including idols) from Tonga and Fiji. The exhibition’s aim was very specific: to make a profit from ticket sales and the materials exhibited and to seek general support for the missionary enterprise.Whether or not they were directly influenced by the international event of 1851, the modest British missionary exhibitions of the mid-nineteenth century began to evolve rapidly from the 1870s, reaching truly spectacular proportions in the first third of the twentieth century. This enormous success was due to a particular set of circumstances which were not true for the Catholic sphere. Firstly, the exhibits were a fantastic source of propaganda, and furthermore, they generated a direct and immediate cash income. This is significant considering that Protestant church societies and committees neither depended upon, nor were linked to (at least not directly or officially) civil administration and almost all revenue came from the personal contributions of the faithful. Secondly, because Protestants organised their own events, there was no reason for them to participate in the official colonial exhibitions, with which the Catholic missions became repeatedly involved once the old prejudices of government had fallen away by the later years of the nineteenth century. In this way, evangelical communities were able to maintain their independence from the imperial enterprise, yet in a manner that did not preclude them from collaborating with it whenever it was in their interests to do so.However, whether Catholic or Protestant, the main characteristic of the missionary exhibitions in the timeframe of the late-nineteenth and early-twentieth century, was their ethnological intent. The ethnographic objects of converted peoples (and of those who had yet to be converted) were noteworthy for their exoticism and rarity, and became a true magnet for audiences. They were also supposedly irrefutable proof of the “backward” and even “depraved” nature of such peoples, who had to be liberated by the redemptive missions which all Christians were expected to support spiritually and financially. But as tastes changed and the public began to lose interest, the exhibitions started to grow in size and complexity, and increasingly began to feature new attractions, such as dioramas and sculptures of native groups. Finally, the most sophisticated of them began to include the natives themselves as part of the show. It must be said that, but for rare exceptions, these were not exhibitions in the style of the famous German Völkerschauen or British ethnological exhibitions, but mere performances; in fact, the “guests” had already been baptized, were Christians, and allegedly willing to collaborate with their benefactors.Whilst the Protestant churches (British and North American alike) produced representations of indigenous peoples with the greatest frequency and intensity, it was (as far as we know) the (Italian) Catholic Church that had the dubious honour of being the first to display natives at a missionary exhibition, and did so in a clearly savagist and rudimentary fashion, which could even be described as brutal. This occurred in the religious section of the Italian-American Exhibition of Genoa in 1892. As a shocking addition to the usual ethnographic and missionary collections, seven natives were exhibited in front of the audience: four Fuegians and three Mapuches of both sexes (children, young and fully-grown adults) brought from America by missionaries. The Fuegians, who were dressed only in skins and armed with bows and arrows, spent their time inside a hut made from branches which had been built in the garden of the pavilion housing the missionary exhibition. The Mapuches were two young girls and a man; the three of them lived inside another hut, where they made handicrafts under the watchful eye of their keepers.The exhibition appears to have been a great success, but it must have been evident that the model was too simple in concept, and inhumanitarian in its approach to the indigenous people present. In fact, whilst subsequent exhibitions also featured a native presence (always Christianised) at the invitation of the clergy, the Catholic Church never again fell into such a rough presentation and representation of the obsolete and savage way of life of its converted. To provide an illustration of those times, now happily overcome by the missionary enterprise, Catholic congregations resorted to dioramas and sculptures, some of which were of superb technical and artistic quality.Although the Catholic Church may have organised the first live missionary exhibition, it should not be forgotten that they joined the exhibitional sphere much later than the evangelical churches. Also, a considerable number of their displays were associated with colonial events, something that the Protestant churches avoided. (…) Whilst it was the reformed churches that most readily incorporated native participation, they seemed to do so in a more sensitive and less brutalised manner than the Genoese Catholic Exhibition of 1892. (…) The exhibition model at these early-twentieth century Protestant events was very similar to the colonial model. Native villages were reconstructed and ethnographic collections were presented, alongside examples of local flora and fauna, and of course, an abundance of information about missionary work, in which its evangelising, educational, medical and welfare aspects were presented. Some of these were equally as attractive to the audience (irrespective of their religious beliefs) as contemporary colonial or commercial exhibitions. However, it may be noted that the participation of Christianised natives took a radically different form from those of the colonial and commercial world. Those who were most capable and had a good command of English served as guides in the sections corresponding to their places of origin, a task that they tended to carry out in traditional clothing. More frequently these new Christians assumed roles with less responsibility, such as the manufacture of handicrafts, the sale of exotic objects or the recreation of certain aspects of their previous way of life. The organisers justified their presence by claiming that they were merely actors, representing their now-forgotten savage way of life. This may very well have been the case. At the Protestant exhibitions of the 1920s and 1930s, the presence of indigens became progressively less common until it eventually disappeared. This notwithstanding, the organisers came to benefit from a living resource which complemented displays of ethnographic materials whilst being more attractive to the audience than the usual dioramas. This was a theatrical representation of the native way of life (combined with scenes of missionary interaction) by white volunteers (both men and women) who were duly made up and in some cases appeared alongside real natives. Some of these performances were short, but others consisted of several acts and featured dozens of characters on stage. Regardless of their form, these spectacles were inherent to almost any British and North American exhibition, although much less frequent in continental Europe.Since the 1960s, the Christian missionary exhibition (both Protestant and Catholic) has been conducted along very different lines from those which have been discussed here. All direct or indirect associations with colonialism have been definitively given up; it has broken with racial or ethnological interpretations of converted peoples, and strongly defends its reputed autonomy from any political groups or interests, without forgetting that the essence of evangelisation is to maximize the visibility of its educational and charitable work among the most disadvantaged. (…)The three most important categories of modern ethnic show –commercial ethnological exhibitions, colonial exhibitions and missionary exhibitions– have been examined. All three resorted, to varying degrees, to the exhibition of exotic human beings in order to capture the attention of their audience, and, ultimately, to achieve certain goals: be they success in business and personal enrichment, social, political or financial backing for the colonial enterprise, or support for missionary work. Whilst on occasion they coincided at the same point in time and within the same context of representation, the uniqueness of each form of exhibition has been emphasised. However, this does not mean that they are completely separate phenomena, or that their representation of exotic “otherness” is homogeneous.Missionary exhibitions displayed perhaps the most singular traits due to their spiritual vision. However, it is clear that many made a determined effort to produce direct, visual and emotional spectacles and some, in so doing, resorted to representations of natives which were very similar to those of colonial exhibitions. Can we speak then, of a convergence of designs and interests? I honestly do not think so. At many colonial exhibitions, organisers showed a clear intention to portray natives as fearsome, savage individuals (sometimes even describing them as cannibals) who somehow needed to be subjugated. Peoples who were considered, to a lesser or greater extent, to be civilised were also displayed (as at the interwar exhibitions). However, the purpose of this was often to publicise the success of the colonial enterprise in its campaign for “the domestication of the savage”, rather than to present a message of humanitarianism or universal fraternity. Missionary exhibitions provided information and material examples of the former way of life of the converted, in which natives demonstrated that they had abandoned their savage condition and participated in the exhibition for the greater glory of the evangelising mission. Moreover, they also became living evidence that something much more transcendent than any civilising process was taking place: that once they had been baptised, anyone, no matter how wild they had once been, could become part of the same universal Christian family.It is certainly true that the shows that the audiences enjoyed at all of these exhibitions (whether missionary, colonial or even commercial) were very similar. Yet in the case of the former, the act of exhibition took place in a significantly more humanitarian context than in the others. And while it is evident that indigenous cultures and peoples were clearly manipulated in their representation at missionary exhibitions, this did not mean that the exhibited native was merely a passive element in the game. And there is something more. The dominating and spectacular qualities present in almost all missionary exhibitions should not let us forget one last factor which was essential to their conception, their development and even their longevity: Christian faith. Without Christian faith there would have been no missionary exhibitions, and had anything similar been organised, it would not have had the same meaning. It was essential that authentic Christian faith existed within the ecclesiastical hierarchy and within those responsible for congregations, missionary societies and committees. But the faith that really made the exhibitions possible was the faith of the missionaries, of others who were involved in their implementation and, of course, of those who visited. Although it was never recognised as such, this was perhaps an uncritical faith, complacent in its acceptance of the ways in which human diversity was represented and with ethical values that occasionally came close to the limits of Christian morality. But it was a faith nonetheless, a faith which intensified and grew with each exhibition, which surely fuelled both Christian religiosity (Catholic and Protestant alike) and at least several years of missionary enterprise, years crucial for the imperialist expansionism of the West. It is an objective fact that the display of human beings at commercial and colonial shows was always much more explicit and degrading than at any missionary exhibition. To state what has just been proposed more bluntly: missionary exhibitions were not “human zoos”. However, it is less clear whether the remaining categories: are commercial and colonial exhibitions worthy of this assertion (human zoos), or were they polymorphic ethnic shows of a much greater complexity?The principal analytical obstacle to the use of the term “human zoo” is that it makes an immediate and direct association between all of these acts and contexts and the idea of a nineteenth-century zoo. The images of caged animals, growling and howling, may cause admiration, but also disgust; they may sometimes inspire tenderness, but are mainly something to be avoided and feared due to their savage and bestial condition. This was definitely the case for the organisers of the scientific and editorial project cited at the beginning of this article, so it can be no surprise that Carl Hagenbeck’s joint exhibitions of exotic animals and peoples were chosen as the frame of reference for human zoos. Although the authors state in the first edition that “the human zoo is not the exhibition of savagery but its construction” [“le zoo humain n’est pas l’exhibition de la sauvagerie, mais la construction de celle-ci”], the problem, as Blanckaert (2002) points out, is that this alleged construction or exhibitional structure was not present at most of the exhibitions under scrutiny, nor (and this is an added of mine) at those shown at the Exhibitions. Indeed, the expression “human zoo” establishes a model which does not fit with the meagre number of exhibitions of exotic individuals from the sixteenth, seventeenth or eighteenth centuries, nor with that of Saartjie Baartmann (the Hottentot Venus) of the early nineteenth century, much less with the freak shows of the twentieth century. Furthermore, this model can neither be compared to most of the nineteenth-century British human ethnological exhibitions, nor to most of the native villages of the colonial exhibitions, nor to the Wild West show of Buffalo Bill, let alone to the ruralist-traditionalist villages which were set up at many national and international exhibitions until the interwar period. Ultimately, their connection with many wandering “black villages” or “native villages” exhibited by impresarios at the end of the nineteenth century could also be disputed. Moreover, many of the shows organised by Hagenbeck number amongst the most professional in the exhibitional universe. The fact that they were held in zoos should not automatically imply that the circumstances in which they took place were more brutal or exploitative than those of any of the other ethnic shows.It is evident from all the shows which have been discussed, that the differential racial condition of the persons exhibited not only formed the basis of their exhibition, but may also have fostered and even founded racist reactions and attitudes held by the public. However, there are many other factors (political, economic and even aesthetic) which come into play and have barely been considered, which could be seen as encouraging admiration of the displays of bodies, gestures, skills, creations and knowledge which were seen as both exotic and seductive.In fact, the indiscriminate use of the very successful concept of “human zoo” generates two fundamental problems. Firstly it impedes our “true” knowledge of the object of study itself, that is, of the very varied ethnic shows which it intends to catalogue, given the great diversity of contexts, formats, persons in charge, objectives and materialisations that such enterprises have to offer. Secondly, the image of the zoo inevitably recreates the idea of an exhibition which is purely animalistic, where the only relationship is that which exists between exhibitor and exhibited: the complete domination of the latter (irrational beasts) by the former (rational beings). If we accept that the exhibited are treated merely as as more-or-less worthy animals, the consequences are twofold: a logical rejection of such shows past, present and future, and the visualization of the exhibited as passive victims of racism and capitalism in the West. It is therefore of no surprise that the research barely considers the role that these individuals may have played, the extent to which their participation in the show was voluntary and the interests which may have moved some of them to take part in these shows. Ultimately, no evaluation has been made of how these shows may have provided “opportunity contexts” for the exhibited, whether as commercial, colonial or missionary exhibitis. Whilst it is true that the exhibited peoples’ own voice is the hardest to record in any of these shows, greater effort could have been made in identifying and mapping them, as, when this happens, the results obtained are truly interesting. Before we conclude, it must be said that the proposed analysis does not intend to soften or justify the phenomenon of the ethnic show. Even in the least dramatic and exploitative cases it is evident that the essence of these shows was a marked inequality, in which every supposed “context of interaction” established a dichotomous relationship between black and white, North and South, colonisers and colonised, and ultimately, between dominators and dominated. My intention has been to propose a more-or-less classifying and clarifying approach to this varied world of human exhibitions, to make a basic inventory of their forms of representation and to determine which are the essential traits that define them, without losing sight of the contingent factors which they rely upon. Luis A. Sánchez-Gómez
Une théorie du complot (on parle aussi de conspirationnisme ou de complotisme) est un récit pseudo-scientifique, interprétant des faits réels comme étant le résultat de l’action d’un groupe caché, qui agirait secrètement et illégalement pour modifier le cours des événements en sa faveur, et au détriment de l’intérêt public. Incapable de faire la démonstration rigoureuse de ce qu’elle avance, la théorie du complot accuse ceux qui la remettent en cause d’être les complices de ce groupe caché. Elle contribue à semer la confusion, la désinformation, et la haine contre les individus ou groupes d’individus qu’elle stigmatise. (…) Derrière chaque actualité ayant des causes accidentelles ou naturelles (mort ou suicide d’une personnalité, crash d’avion, catastrophe naturelle, crise économique…), la théorie du complot cherche un ou des organisateurs secrets (gouvernement, communauté juive, francs-maçons…) qui auraient manipulé les événements dans l’ombre pour servir leurs intérêts : l’explication rationnelle ne suffit jamais. Et même si les événements ont une cause intentionnelle et des acteurs évidents (attentat, assassinat, révolution, guerre, coup d’État…), la théorie du complot va chercher à démontrer que cela a en réalité profité à un AUTRE groupe caché. C’est la méthode du bouc émissaire. (…) La théorie du complot voit les indices de celui-ci partout où vous ne les voyez pas, comme si les comploteurs laissaient volontairement des traces, visibles des seuls « initiés ». Messages cachés sur des paquets de cigarettes, visage du diable aperçu dans la fumée du World Trade Center, parcours de la manifestation Charlie Hebdo qui dessinerait la carte d’Israël… Tout devient prétexte à interprétation, sans preuve autre que l’imagination de celui qui croit découvrir ces symboles cachés. Comme le disait une série célèbre : « I want to believe ! » (…) La théorie du complot a le doute sélectif : elle critique systématiquement l’information émanant des autorités publiques ou scientifiques, tout en s’appuyant sur des certitudes ou des paroles « d’experts » qu’elle refuse de questionner. De même, pour expliquer un événement, elle monte en épingle des éléments secondaires en leur conférant une importance qu’ils n’ont pas, tout en écartant les éléments susceptibles de contrarier la thèse du complot. Son doute est à géométrie variable. (…) La théorie du complot tend à mélanger des faits et des spéculations sans distinguer entre les deux. Dans les « explications » qu’elle apporte aux événements, des éléments parfaitement avérés sont noués avec des éléments inexacts ou non vérifiés, invérifiables, voire carrément mensongers. Mais le fait qu’une argumentation ait des parties exactes n’a jamais suffi à la rendre dans son ensemble exacte !   (…) C’est une technique rhétorique qui vise à intimider celui qui y est confronté : il s’agit de le submerger par une série d’arguments empruntés à des champs très diversifiés de la connaissance, pour remplacer la qualité de l’argumentation par la quantité des (fausses) preuves. Histoire, géopolitique, physique, biologie… toutes les sciences sont convoquées – bien entendu, jamais de façon rigoureuse. Il s’agit de créer l’impression que, parmi tous les arguments avancés, « tout ne peut pas être faux », qu’ »il n’y a pas de fumée sans feu » (…) Incapables (et pour cause !) d’apporter la preuve définitive de ce qu’elle avance, la théorie du complot renverse la situation, en exigeant de ceux qui ne la partagent pas de prouver qu’ils ont raison. Mais comment démontrer que quelque chose qui n’existe pas… n’existe pas ? Un peu comme si on vous demandait de prouver que le Père Noël n’est pas réel. (…) A force de multiplier les procédés expliqués ci-dessus, les théories du complot peuvent être totalement incohérentes, recourant à des arguments qui ne peuvent tenir ensemble dans un même cadre logique, qui s’excluent mutuellement. Au fond, une seule chose importe : répéter, faute de pouvoir le démontrer, qu’on nous ment, qu’on nous cache quelque chose. #OnTeManipule !
Hoax[es], rumeurs, photos ou vidéos truquées… les fausses informations abondent sur internet. Parfois la désinformation va plus loin, et prend la forme de pseudo-théories à l’apparence scientifique qui vous mettent en garde : « On te manipule ! » A en croire ces « théoriciens » du complot, États, institutions et médias déploieraient des efforts systématiques pour tromper et manipuler les citoyens. Il faudrait ne croire personne… sauf ceux qui portent ces thèses complotistes ! Étrange, non ? Et si ceux qui dénoncent la manipulation étaient eux-mêmes en train de nous manipuler ? Oui, #OnTeManipule quand on invente des complots, quand on désigne des boucs émissaires, et quand on demande d’y croire, sans aucune preuve. Découvrez les bons réflexes à avoir pour garder son sens critique et prendre du recul par rapport aux informations qui circulent. On te manipule
Peintures, sculptures, affiches, cartes postales, films, photographies, moulages, dioramas, maquettes et costumes donnent un aperçu de l’étendue de ce phénomène et du succès de cette industrie du spectacle exotique qui a fasciné plus d’un milliard de visiteurs de 1800 à 1958 et a concerné près de 35 000 figurants dans le monde. À travers un vaste panorama composé de près de 600 oeuvres et de nombreuses projections de films d’archives, l’exposition montre comment ces spectacles, à la fois outil de propagande, objet scientifique et source de divertissement, ont formé le regard de l’Occident et profondément influencé la manière dont est appréhendé l’Autre depuis près de cinq siècles. L’exposition explore les frontières parfois ténues entre exotiques et monstres, science et voyeurisme, exhibition et spectacle, et questionne le visiteur sur ses propres préjugés dans le monde d’aujourd’hui. Si ces exhibitions disparaissent progressivement dans les années 30, elles auront alors accompli leur oeuvre : créer une frontière entre les exhibés et les visiteurs. Une frontière dont on peut se demander si elle existe toujours ? Musée du quai Branly
Pendant plus d’un siècle, les grandes puissances colonisatrices ont exhibé comme des bêtes sauvages des êtres humains arrachés à leur terre natale. Retracée dans ce passionnant documentaire, cette « pratique » a servi bien des intérêts. Ils se nomment Petite Capeline, Tambo, Moliko, Ota Benga, Marius Kaloïe et Jean Thiam. Fuégienne de Patagonie, Aborigène d’Australie, Kali’na de Guyane, Pygmée du Congo, Kanak de Nouvelle-Calédonie, ces six-là, comme 35 000 autres entre 1810 et 1940, ont été arrachés à leur terre lointaine pour répondre à la curiosité d’un public en mal d’exotisme, dans les grandes métropoles occidentales. Présentés comme des monstres de foire, voire comme des cannibales, exhibés dans de véritables zoos humains, ils ont été source de distraction pour plus d’un milliard et demi d’Européens et d’Américains, venus les découvrir en famille au cirque ou dans des villages indigènes reconstitués, lors des grandes expositions universelles et coloniales. S’appuyant sur de riches archives (photos, films, journaux…) ainsi que sur le témoignage inédit des descendants de plusieurs de ces exhibés involontaires, Pascal Blanchard et Bruno Victor-Pujebet restituent le phénomène des exhibitions ethnographiques dans leur contexte historique, de l’émergence à l’essor des grands empires coloniaux. Ponctué d’éclairages de spécialistes et d’universitaires, parmi lesquels l’anthropologue Gilles Boëtsch (CNRS, Dakar) et les historiens Benjamin Stora, Sandrine Lemaire et Fanny Robles, leur passionnant récit permet d’appréhender la façon dont nos sociétés se sont construites en fabriquant, lors de grandes fêtes populaires, une représentation stéréotypée du « sauvage ». Et comment, succédant au racisme scientifique des débuts, a pu s’instituer un racisme populaire légitimant la domination des grandes puissances sur les autres peuples du monde. Arte
On assiste au passage progressif d’un racisme scientifique à un racisme populaire, un passage qui n’est ni lié à la littérature ni au cinéma, puisque celui-ci n’existe pas encore, mais à la culture populaire, avec des spectateurs qu vont au zoo pour se divertir, sans le sentiment d’être idéologisés, manipulés. Pascal Blanchard
On payait pour voir des êtres hors norme, le frisson de la dangerosité faisait partie du spectacle. (… ) Imaginez ici des pirogues, un décorum de village lacustre wolof. Tout était fait pour donner au public l’illusion de voir le sauvage dans son biotope. C’est d’ailleurs dans ce décor factice que les frères Lumière tourneront leur douzième film, Baignade de nègres, comme s’ils étaient en Afrique… Pour le visiteur, cette représentation caricaturale du monde et de l’autre était perçue comme la réalité. (…) Ces articles et ces photos contribuent alors à la propagation de clichés et d’idées reçues sur le “sauvage”. Autant de représentations qui légitiment l’ordre colonial, popularisent la théorie et la hiérarchie des races, le concept de peuples “inférieurs” qu’il convient de faire entrer dans la lumière de la civilisation. (…) Ici, vous aviez la grande esplanade des exhibitions humaines. Celle-là même où avaient été placés les Fuégiens de Patagonie en 1881. Sur les photos que nous avons pu retrouver, on voit qu’ils sont installés sur une planche, en hauteur, sans doute à cause du froid et de l’humidité. Ils étaient arrivés en plein mois d’octobre et n’étaient quasiment pas vêtus. Beaucoup avaient attrapé des maladies pulmonaires. (…) Ils étaient enterrés sur place, dans le cimetière du zoo, au même rang que les animaux. Dans certains cas, les corps étaient envoyés à l’Institut médico-légal ou à la Société d’anthropologie de Paris, où le public payait pour assister à leur dissection. (…) Même pour les spécialistes, ce pan de l’histoire coloniale était considéré com­me un élément secondaire. (…) Il a fallu six mois pour obtenir l’autorisation de réaliser quelques séquences à l’intérieur du jardin, et nous ne l’avons eue que parce que nous avons menacé de filmer à travers les grilles… Pascal Blanchard
Grâce à l’historien Pascal Blanchard, que j’ai rencontré lors d’un colloque, à l’époque où je jouais à Barcelone. Après notre rencontre, il m’a envoyé un livre sur le sujet, et c’est comme ça que j’ai appris à connaître un peu mieux cette histoire des « zoos humains ». Une histoire extrêmement violente, dont les enjeux m’intéressent car elle permet de comprendre d’où vient le racisme, de saisir qu’il est lié à un conditionnement historique. (…) Les zoos humains sont le reflet d’un rapport de domination, celui de l’Occident sur le reste du monde. La domination de celui qui détient le pouvoir économique et militaire, et qui l’utilise pour que d’autres personnes, dominées, venues d’Asie, d’Océanie, d’Afrique, soient montrées comme des animaux dans des espaces clos, au nom notamment de la couleur de leur peau. (…) Ces exhibitions ont attiré des millions de spectateurs et ont ancré dans leur tête l’idée d’une hiérarchie entre les personnes, entre les prétendues « races » – la race blanche étant considérée comme supérieure. Les mécanismes de domination qui existent dans nos sociétés se sont construits petit à petit. La plupart des gens sont devenus racistes sans le savoir, ils ont été éduqués dans ce sens-là. Après avoir visité ces zoos humains, les populations occidentales étaient confortées dans l’idée qu’elles étaient supérieures, qu’elles incarnaient la « civilisation » face à des «  sauvages ». Lorsque je préparais l’exposition au Quai Branly, en 2011, je me suis rendu à Hambourg. Là-bas, sur le portail d’entrée du zoo, une sculpture représente des animaux et des hommes, mis au même niveau. C’est d’une violence totale. Mais cela permet aussi de comprendre pourquoi certains sont aujourd’hui encore dans le rejet de l’autre. Il reste des séquelles de ce passé, les barrières existent toujours dans nos sociétés. Comment ne pas penser à ces enclos quand on voit les murs qui se construisent autour de l’Europe ou aux Etats-Unis ? Les zoos humains permettent de nous éclairer sur ce que nous vivons aujourd’hui. (…) Mais ce n’est pas seulement l’évocation des zoos humains qui pose problème, c’est le passé en général. Ce passé lié à de la violence, au fait de s’accaparer des biens d’autrui. Mais, ce passé-là, nous devons nous l’approprier car il raconte l’histoire du monde actuel. Le regarder en face doit nous permettre de nous éclairer sur ce que nous sommes en train de vivre, pour essayer de choisir un futur différent. Dans nos sociétés, la chose la plus importante est-elle le profit, le fait de s’octroyer le bien des autres pour s’enrichir ? C’est important de se poser ces questions-là aujourd’hui. (…) Ces manifestations racistes dont vous parlez viennent directement des zoos humains. De cette histoire. Les gens ont été éduqués ainsi. Les cultures dans lesquelles il y a eu des zoos humains gardent ce complexe de supériorité, conscient ou inconscient, sur les autres cultures. Pour progresser, il faut savoir faire preuve d’autocritique. Dans le sport de haut niveau, c’est essentiel. Cela vaut aussi pour la société. Mais nos sociétés, françaises, européennes, portent très peu de critiques sur elles-mêmes. Très souvent, les gens ne veulent pas critiquer leur propre culture. Il n’y a pas si longtemps encore, l’Europe était persuadée d’être le phare de l’univers. Les zoos humains sont liés à l’histoire coloniale. Les gens ont souvent tendance à croire qu’après la colonisation il y a eu l’égalité. Mais non, il y a une culture de la domination qui perdure. Notre système économique ne fait-il pas en sorte qu’une minorité, qui vit bien, exploite une majorité, qui vit mal ? (…) Avant toute chose, je pense qu’il faut connaître notre passé pour mieux comprendre ce que nous vivons aujourd’hui. Pourquoi certaines personnes ne veulent-elles pas connaître cette histoire, de quoi ont-elles peur ? Le plus beau cadeau que l’on puisse faire à une société, c’est de lui apprendre à connaître son histoire. Il n’y a que sur des bases solides que l’on peut construire un présent et un futur solides. Lilian Thuram
Entre 1877 et 1937, des millions de Parisiens se bousculèrent ici, à la lisière du bois de Boulogne, pour assister au spectacle exotique de Nubiens, Sénégalais, Kali’nas, Fuégiens, Lapons exposés devant le public parés de leurs attributs « authentiques » (lances, peaux de bêtes, pirogues, masques, bijoux…). On se pressait pour voir les « sauvages », des hommes, des femmes et des enfants souvent parqués derrière des grillages ou des barreaux, comme les animaux qui faisaient jusqu’alors la réputation du Jardin zoologique d’acclimatation. D’étranges étrangers, supposés non civilisés et potentiellement menaçants, à l’image de ces Kanaks présentés comme des cannibales et exhibés… dans la fosse aux ours. (…) Lorsque le directeur du Jardin d’acclimatation, le naturaliste Geoffroy Saint-Hilaire, organise les tout premiers « spectacles ethnologiques » en 1877 avec des Nubiens et des Esquimaux, il est en quête de nouvelles attractions pour remettre à flot son établissement. Quelques mois plus tôt, à Hambourg, un certain Carl Hagenbeck, marchand d’animaux sauvages, a connu un succès phénoménal en présentant une troupe de Lapons. Au bois de Boulogne, le premier ethnic show fait courir les foules. La fréquentation du jardin double, pour atteindre un million de visiteurs en un an. Certains dimanches, plus de soixante-dix mille personnes se pressent dans les allées. C’est le début d’une mode qui va gagner le monde entier, d’expositions coloniales en expositions universelles. Trente-cinq mille individus seront ainsi exhibés, attirant près d’un milliard et demi de curieux de l’Allemagne aux Etats-Unis, de la Grande-Bretagne au Japon. Pour le promeneur de 2018, impossible de deviner ce passé sinistre derrière les contours ripolinés du parc d’attractions. Les bâtiments de l’époque ont été démolis. Quant aux villages exotiques qui servaient de cadre aux « indigènes », ils étaient éphémères, un ailleurs succédant à un autre. Mais Pascal Blanchard, qui a compulsé des kilos d’images d’archives, n’a aucun mal à en faire ressurgir le souvenir face à ce paisible plan d’eau où patientent des barques (…) Une réalité dont on pouvait conserver le souvenir en s’offrant, après le show, ses produits dérivés, cartes postales, gravures ou coquillages samoans signés de la main des indigènes. Les exhibitions coloniales font le bonheur des anthropologues, qui se bousculent chaque matin avant l’arrivée du public et payent pour pouvoir observer et examiner les « spécimens », publiant ensuite des articles dans les revues les plus sérieuses. S’inspirant des clichés anthropométriques de la police, le photographe Roland Bonaparte constitue, lui, un catalogue de plusieurs milliers d’images « ethnographiques », dans lequel puiseront des générations de scientifiques. (…) Nombre d’exhibés sont ainsi morts dans les zoos humains. On estime entre trente-deux et trente-quatre le nombre de ceux qui auraient péri au Jardin d’acclimatation. » L’acte de décès était déposé à la mairie de Neuilly, mais les morts n’avaient le plus souvent pas de nom. C’est à la lettre « F » comme Fuégienne que les chercheurs ont retrouvé, sur les registres, la trace d’une fillette de 2 ans morte peu après son arrivée à Paris. Une des pièces du puzzle qu’il a fallu patiemment assembler pour reconstituer la mémoire des zoos humains, longtemps ignorée de tous. (…) Aujourd’hui encore, le sujet reste sensible, y compris pour la direction du Jardin d’acclimatation (géré par le groupe LVMH), comme l’a constaté Pascal Blanchard lors du tournage de son documentaire (…) En 2013, au terme d’un combat de cinq ans, les historiens, soutenus par Didier Daeninckx, Lilian Thuram et des élus du Conseil de Paris, ont obtenu que soit posée au Jardin d’acclimatation une plaque commémorative faisant état de ce qu’avaient été les « zoos humains », « symboles d’une autre époque où l’autre avait été regardé comme un “animal” en Occident ». Mais le visiteur doit avoir l’œil bien ouvert pour remarquer la discrète inscription un peu cachée dans les herbes, à l’extérieur de l’enceinte du jardin… Comme le signe d’un passé refoulé qui peine encore à atteindre la lumière. Télérama
Après l’antisémitismeArte invente le conspirationnisme pour tous !

« Grandes puissances colonisatrices »,  « exhibés comme des bêtes sauvages »,  « êtres humains arrachés à leur terre natale », « servi bien des intérêts », « curiosité d’un public en mal d’exotisme », « présentés comme des monstres de foire, voire comme des cannibales, « véritables zoos humains », « théâtre de cruauté », « exhibés involontaires », « représentation stéréotypée du ‘sauvage' », « racisme scientifique », « racisme populaire légitimant la domination des grandes puissances sur les autres peuples du monde », « voyages dans wagons à bestiaux », « histoire inventée de toutes pièces » et « mise en scène pour promouvoir la hiérarchisation des races et justifier la colonisation du monde », « page sombre de notre histoire », « séquelles toujours vivaces » …

Au lendemain, après l’exposition du Quai Branly de 2011, de la diffusion d’un nouveau documentaire sur les « zoos humains » …

Où, à grands coups d’anachronismes et de raccourcis entre le narrateur de couleur de rigueur (le joueur de football guadeloupéen Lilian Thuram sautant allégrement des « zoos humains » aux cris de singe des hooligans des stades de football ou aux actuelles barrières de sécurité contre l’immigration llégale « Comment ne pas penser à ces enclos quand on voit les murs qui se construisent autour de l’Europe ou aux Etats-Unis ? »), la musique angoissante et les appels incessants à l’indignation, l’on nous déploie tout l’arsenal juridico-victimaire de l’histoire à la sauce tribunal de l’histoire …

Où faisant fi de toutes causes accidentelles ou naturelles (maladies, mort ou suicide), plus aucun fait ne peut être que le « résultat de l’action d’un groupe caché » au détriment de l’intérêt de populations qui ne peuvent autres que victimes …

Où la mise en épingle de certains éléments (colonisation, suprémacisme blanc) éclipse systématiquement tout élément susceptible de contrarier la thèse présentée (comme, au-delà par exemple de l’incohérence d’hommes âpres au gain censés mettre inconsidérément en danger à l’instar des esclavagistes dont l’on tient tant à les rapprocher la vie d’exhibés ramenés à grand frais d’Afrique ou de Nouvelle-Calédonie, les « exhibitions » non commerciales à fins humanitaires comme par exemple celles des sociétés missionnaires chrétiennes, l’implication ou la volonté, sans compter ceux qui décidèrent de rester en Europe et y compris à s’y marier avec des Européennes, de membres du groupe « victime » eux-mêmes comme le riche recruteur sénégalais Jean Thiam ou la danseuse nue au tutu de bananes du Bal nègre et future tenancière du « zoo humain » de Milandes présentant à la planète entière sa tribu arc en ciel recomposée d’enfants de toutes les races et ethnies du monde devient comme par enchantement « déconstructrice » de la facticité du mythe du sauvage) …

Où, écartant toute possibilité de véritable curiosité autre que morbide ou raciste (quel racisme attribuer à l’exhibition préalable et même parallèle des « monstres » blancs des « freak shows », dont le cas certes singulier du Dr. autoproclamé Couney sauvant ainsi des milliers de bébés incubés ? ou qui des actuels parcs ethnographiques ou de tourisme industriel où des artisans blancs dument costumés rejouent pour les visiteurs les gestes de leurs aïeux supposés ?), l’on impute invariablement les pires motivations aux méchants colons ou public voués de ce fait à l’exécration publique …

Comment ne pas reconnaitre, dans cette énième tentative d’absolution du péché originel de collusion de l’ethnologie avec l’ordre colonial, nombre des ingrédients des théories du complot que dénonce le site gouvernemental « #On te manipule »

Sauf que bien sûr on n’est plus cette fois dans la vulgaire théorie du complot ….

Mais – c’est pour une bonne cause (« Plus jamais ça ! ») – la théorie du complot vertueuse ?

Dans ce jardin, il y avait un “zoo humain”
Virginie Félix
Télérama
29/09/2018

Au Jardin d’acclimatation, de 1877 à 1937, on a parqué et exhibé des êtres humains venus d’ailleurs. L’historien Pascal Blanchard cosigne pour Arte un documentaire remarquable sur ces “zoos humains”, théâtres de cruauté. Et revient sur les lieux où le racisme s’exprimait sans vergogne. A voir samedi 29 septembre, 20h50.

Neuilly ronronne sous le soleil de septembre. En ce mardi de fin d’été, on pénètre dans les allées du Jardin d’acclimatation comme dans une parenthèse enchantée. Des haut-parleurs crachotent une mélodie guillerette, les brumisateurs nimbent l’air d’un brouillard vaporeux et quelques bambins tournicotent devant les manèges. Mais, au milieu des voix d’enfants, celle de l’historien Pascal Blanchard vient jeter une ombre sur ce décor insouciant. Pour le chercheur, qui nous guide ce matin-là parmi les carrousels et les autos tamponneuses, la féerie du parc d’attractions cache une autre histoire, plus ancienne, aussi sombre que méconnue. Celle des zoos humains, ces « exhibitions ethnographiques » qui attirèrent les foules sur les pelouses du Jardin d’acclimatation à l’orée du XXe siècle, et auxquels il vient de consacrer, avec Bruno Victor-Pujebet, un magistral documentaire pour Arte.

On se pressait pour voir les “sauvages” 

Entre 1877 et 1937, des millions de Parisiens se bousculèrent ici, à la lisière du bois de Boulogne, pour assister au spectacle exotique de Nubiens, Sénégalais, Kali’nas, Fuégiens, Lapons exposés devant le public parés de leurs attributs « authentiques » (lances, peaux de bêtes, pirogues, masques, bijoux…). On se pressait pour voir les « sauvages », des hommes, des femmes et des enfants souvent parqués derrière des grillages ou des barreaux, comme les animaux qui faisaient jusqu’alors la réputation du Jardin zoologique d’acclimatation. D’étranges étrangers, supposés non civilisés et potentiellement menaçants, à l’image de ces Kanaks présentés comme des cannibales et exhibés… dans la fosse aux ours. « On payait pour voir des êtres hors norme, le frisson de la dangerosité faisait partie du spectacle », explique l’historien.

Une mode qui va gagner le monde entier

Lorsque le directeur du Jardin d’acclimatation, le naturaliste Geoffroy Saint-Hilaire, organise les tout premiers « spectacles ethnologiques » en 1877 avec des Nubiens et des Esquimaux, il est en quête de nouvelles attractions pour remettre à flot son établissement. Quelques mois plus tôt, à Hambourg, un certain Carl Hagenbeck, marchand d’animaux sauvages, a connu un succès phénoménal en présentant une troupe de Lapons. Au bois de Boulogne, le premier ethnic show fait courir les foules. La fréquentation du jardin double, pour atteindre un million de visiteurs en un an. Certains dimanches, plus de soixante-dix mille personnes se pressent dans les allées. C’est le début d’une mode qui va gagner le monde entier, d’expositions coloniales en expositions universelles. Trente-cinq mille individus seront ainsi exhibés, attirant près d’un milliard et demi de curieux de l’Allemagne aux Etats-Unis, de la Grande-Bretagne au Japon.

L’illusion de voir l’“indigène” dans son biotope

Pour le promeneur de 2018, impossible de deviner ce passé sinistre derrière les contours ripolinés du parc d’attractions. Les bâtiments de l’époque ont été démolis. Quant aux villages exotiques qui servaient de cadre aux « indigènes », ils étaient éphémères, un ailleurs succédant à un autre. Mais Pascal Blanchard, qui a compulsé des kilos d’images d’archives, n’a aucun mal à en faire ressurgir le souvenir face à ce paisible plan d’eau où patientent des barques : « Imaginez ici des pirogues, un décorum de village lacustre wolof. Tout était fait pour donner au public l’illusion de voir le sauvage dans son biotope. C’est d’ailleurs dans ce décor factice que les frères Lumière tourneront leur douzième film, Baignade de nègres, comme s’ils étaient en Afrique… Pour le visiteur, cette représentation caricaturale du monde et de l’autre était perçue comme la réalité. » Une réalité dont on pouvait conserver le souvenir en s’offrant, après le show, ses produits dérivés, cartes postales, gravures ou coquillages samoans signés de la main des indigènes.

La légitimation de l’ordre colonial 

Les exhibitions coloniales font le bonheur des anthropologues, qui se bousculent chaque matin avant l’arrivée du public et payent pour pouvoir observer et examiner les « spécimens », publiant ensuite des articles dans les revues les plus sérieuses. S’inspirant des clichés anthropométriques de la police, le photographe Roland Bonaparte constitue, lui, un catalogue de plusieurs milliers d’images « ethnographiques », dans lequel puiseront des générations de scientifiques. « Ces articles et ces photos contribuent alors à la propagation de clichés et d’idées reçues sur le “sauvage”. Autant de représentations qui légitiment l’ordre colonial, popularisent la théorie et la hiérarchie des races, le concept de peuples “inférieurs” qu’il convient de faire entrer dans la lumière de la civilisation. »

Au pied de la Fondation Vuitton, Pascal Blanchard désigne une large pelouse. « Ici, vous aviez la grande esplanade des exhibitions humaines. Celle-là même où avaient été placés les Fuégiens de Patagonie en 1881. Sur les photos que nous avons pu retrouver, on voit qu’ils sont installés sur une planche, en hauteur, sans doute à cause du froid et de l’humidité. Ils étaient arrivés en plein mois d’octobre et n’étaient quasiment pas vêtus. Beaucoup avaient attrapé des maladies pulmonaires. »

Les morts, enterrés sur place, n’avaient le plus souvent pas de nom

Nombre d’exhibés sont ainsi morts dans les zoos humains. On estime entre trente-deux et trente-quatre le nombre de ceux qui auraient péri au Jardin d’acclimatation. « Ils étaient enterrés sur place, dans le cimetière du zoo, au même rang que les animaux. Dans certains cas, les corps étaient envoyés à l’Institut médico-légal ou à la Société d’anthropologie de Paris, où le public payait pour assister à leur dissection. » L’acte de décès était déposé à la mairie de Neuilly, mais les morts n’avaient le plus souvent pas de nom. C’est à la lettre « F » comme Fuégienne que les chercheurs ont retrouvé, sur les registres, la trace d’une fillette de 2 ans morte peu après son arrivée à Paris. Une des pièces du puzzle qu’il a fallu patiemment assembler pour reconstituer la mémoire des zoos humains, longtemps ignorée de tous. « Même pour les spécialistes, ce pan de l’histoire coloniale était considéré com­me un élément secondaire. » Aujourd’hui encore, le sujet reste sensible, y compris pour la direction du Jardin d’acclimatation (géré par le groupe LVMH), comme l’a constaté Pascal Blanchard lors du tournage de son documentaire : « Il a fallu six mois pour obtenir l’autorisation de réaliser quelques séquences à l’intérieur du jardin, et nous ne l’avons eue que parce que nous avons menacé de filmer à travers les grilles… »

En 2013, au terme d’un combat de cinq ans, les historiens, soutenus par Didier Daeninckx, Lilian Thuram et des élus du Conseil de Paris, ont obtenu que soit posée au Jardin d’acclimatation une plaque commémorative faisant état de ce qu’avaient été les « zoos humains », « symboles d’une autre époque où l’autre avait été regardé comme un “animal” en Occident ». Mais le visiteur doit avoir l’œil bien ouvert pour remarquer la discrète inscription un peu cachée dans les herbes, à l’extérieur de l’enceinte du jardin… Comme le signe d’un passé refoulé qui peine encore à atteindre la lumière.


on aime passionnément Sauvages, au coeur des zoos humains, samedi 29 septembre, 20h50, Arte.

Voir aussi:

Lilian Thuram : “Les zoos humains permettent de comprendre d’où vient le racisme »
Virginie Félix
Télérama
29/09/2018

Engagé dans la lutte contre le racisme, l’ancien footballeur a été le commissaire d’une exposition consacrée aux zoos humains au musée du Quai Branly. Il évoque cette page sombre de notre histoire, et ses séquelles toujours vivaces, à l’occasion d’un documentaire coup de poing diffusé sur Arte.

Depuis qu’il a raccroché les crampons, l’ex-défenseur de l’équipe de France Lilian Thuram joue les attaquants sur le terrain de la lutte contre le racisme. En 2011, il fut le commissaire d’une exposition consacrée aux « zoos humains » organisée au musée du Quai Branly, mettant en lumière la violence de ces exhibitions de « sauvages » qui firent courir les foules dans le monde entier à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Alors qu’Arte consacre cette semaine un documentaire coup de poing à cette page d’histoire méconnue (Sauvages, au cœur des zoos humains), le footballeur devenu « passeur » explique pourquoi il est essentiel de mettre en lumière un passé qui dérange pour mieux en tirer les leçons.

Comment avez-vous découvert l’histoire des « zoos humains » ?
Grâce à l’historien Pascal Blanchard, que j’ai rencontré lors d’un colloque, à l’époque où je jouais à Barcelone. Après notre rencontre, il m’a envoyé un livre sur le sujet, et c’est comme ça que j’ai appris à connaître un peu mieux cette histoire des « zoos humains ». Une histoire extrêmement violente, dont les enjeux m’intéressent car elle permet de comprendre d’où vient le racisme, de saisir qu’il est lié à un conditionnement historique.

Qu’est-ce qui peut expliquer que certaines personnes se retrouvent ainsi exhibées dans des zoos, et que d’autres soient des visiteurs, de l’autre côté des barrières ?
Les zoos humains sont le reflet d’un rapport de domination, celui de l’Occident sur le reste du monde. La domination de celui qui détient le pouvoir économique et militaire, et qui l’utilise pour que d’autres personnes, dominées, venues d’Asie, d’Océanie, d’Afrique, soient montrées comme des animaux dans des espaces clos, au nom notamment de la couleur de leur peau.

“Les zoos humains permettent de nous éclairer sur ce que nous vivons aujourd’hui.”

Comment les zoos humains ont-ils participé à la fabrication d’un racisme populaire ?
Ces exhibitions ont attiré des millions de spectateurs et ont ancré dans leur tête l’idée d’une hiérarchie entre les personnes, entre les prétendues « races » – la race blanche étant considérée comme supérieure. Les mécanismes de domination qui existent dans nos sociétés se sont construits petit à petit. La plupart des gens sont devenus racistes sans le savoir, ils ont été éduqués dans ce sens-là. Après avoir visité ces zoos humains, les populations occidentales étaient confortées dans l’idée qu’elles étaient supérieures, qu’elles incarnaient la « civilisation » face à des «  sauvages ».

Lorsque je préparais l’exposition au Quai Branly, en 2011, je me suis rendu à Hambourg. Là-bas, sur le portail d’entrée du zoo, une sculpture représente des animaux et des hommes, mis au même niveau. C’est d’une violence totale. Mais cela permet aussi de comprendre pourquoi certains sont aujourd’hui encore dans le rejet de l’autre. Il reste des séquelles de ce passé, les barrières existent toujours dans nos sociétés. Comment ne pas penser à ces enclos quand on voit les murs qui se construisent autour de l’Europe ou aux Etats-Unis ? Les zoos humains permettent de nous éclairer sur ce que nous vivons aujourd’hui.

Avez-vous le sentiment que c’est aujourd’hui un sujet tabou, difficile à aborder ?Effectivement. Mais ce n’est pas seulement l’évocation des zoos humains qui pose problème, c’est le passé en général. Ce passé lié à de la violence, au fait de s’accaparer des biens d’autrui. Mais, ce passé-là, nous devons nous l’approprier car il raconte l’histoire du monde actuel. Le regarder en face doit nous permettre de nous éclairer sur ce que nous sommes en train de vivre, pour essayer de choisir un futur différent. Dans nos sociétés, la chose la plus importante est-elle le profit, le fait de s’octroyer le bien des autres pour s’enrichir ? C’est important de se poser ces questions-là aujourd’hui.

“Les gens ne veulent pas critiquer leur propre culture. Il n’y a pas si longtemps encore, l’Europe était persuadée d’être le phare de l’univers.”

Ce racisme populaire, en tant que footballeur, vous avez pu le voir s’exprimer dans les stades, par exemple à travers ces cris de singe des hooligans  ?
Ces manifestations racistes dont vous parlez viennent directement des zoos humains. De cette histoire. Les gens ont été éduqués ainsi. Les cultures dans lesquelles il y a eu des zoos humains gardent ce complexe de supériorité, conscient ou inconscient, sur les autres cultures.

Pour progresser, il faut savoir faire preuve d’autocritique. Dans le sport de haut niveau, c’est essentiel. Cela vaut aussi pour la société. Mais nos sociétés, françaises, européennes, portent très peu de critiques sur elles-mêmes. Très souvent, les gens ne veulent pas critiquer leur propre culture. Il n’y a pas si longtemps encore, l’Europe était persuadée d’être le phare de l’univers. Les zoos humains sont liés à l’histoire coloniale.

Les gens ont souvent tendance à croire qu’après la colonisation il y a eu l’égalité. Mais non, il y a une culture de la domination qui perdure. Notre système économique ne fait-il pas en sorte qu’une minorité, qui vit bien, exploite une majorité, qui vit mal ?

Le message que vous voulez faire passer est un message de réconciliation plutôt que de culpabilisation ?
Avant toute chose, je pense qu’il faut connaître notre passé pour mieux comprendre ce que nous vivons aujourd’hui. Pourquoi certaines personnes ne veulent-elles pas connaître cette histoire, de quoi ont-elles peur ? Le plus beau cadeau que l’on puisse faire à une société, c’est de lui apprendre à connaître son histoire. Il n’y a que sur des bases solides que l’on peut construire un présent et un futur solides.


on aime passionnément Sauvages, au cœur des zoos humains, samedi 29 septembre, à 20h50, sur Arte.

Voir de plus:

Exemple à suivre La fondation Lilian Thuram. Éducation contre le racisme

Lilian Thuram

D’origine guadeloupéenne, Lilian Thuram a mené une carrière prestigieuse de footballeur de haut niveau (Champion du monde 1998, Champion d’Europe 2000), il détient le record de sélections en équipe de France masculine. Il est membre du Haut conseil à l’intégration et du collectif antiraciste « Devoirs de mémoires ».

Si la Fondation Lilian Thuram-Education contre le racisme [1][1] Cf. site internet de la Fondation : www.thuram.org existe, c’est avant tout le fruit d’une rencontre à Barcelone, lorsque j’étais footballeur professionnel. Invité chez le Consul de France, je rencontrai un publicitaire espagnol qui me demanda ce que j’aimerais faire après le football. Je lui répondis : « changer le monde ». Il sourit et me dit : « vous le pensez parce que vous êtes jeune, c’est une tâche difficile, impossible ». Un débat s’ensuivit.

Il m’interroge sur ma vision des choses. Je lui explique que, pour moi, le racisme perdure parce qu’on n’a jamais pris le temps de déconstruire son mécanisme, que c’est avant tout une invention de l’homme. Toute forme de racisme est une construction sociale. Nous portons toutes et tous des lunettes culturelles : nous ne regardons jamais l’autre de façon innocente. Nous sommes marqués par l’éducation reçue, par nos religions, l’histoire racontée dans notre propre pays. Quelques jours après, cet homme me téléphone pour me dire que je l’ai convaincu, qu’il souhaite me rencontrer pour me faire part de son expérience professionnelle et m’aider dans cette tâche. Il me convainc de créer une fondation, ce que je fais en mars 2008, en Espagne, où je réside alors.

Du « boche » à l’« arabe »

Vous et moi, nous sommes conditionnés ; aujourd’hui, notre propre imaginaire est avant tout le fruit de notre éducation – parentale, scolaire, environnementale – et, pour toute analyse, nous faisons appel à notre connaissance et à nos croyances. Pour essayer de vous expliquer l’impact des croyances collectives, je vais vous raconter deux histoires. Un jour, parlant de « Mes étoiles noires »[2][2] Lilian Thuram, « Mes étoiles noires, de Lucy à Barack… à une pharmacienne, elle me dit que ses parents normands avaient vu pour la première fois un homme noir en 1944, durant le débarquement. Elle me dit aussi que pendant toute son enfance, son adolescence et sa vie d’adulte, elle avait été conditionnée à détester les « boches », et ce n’est que par la réflexion et la compréhension de cette histoire, qu’elle avait pu comprendre que tous les Allemands n’étaient pas méchants et, surtout, que les Allemands nés après cette guerre n’étaient pas responsables de ce qui s’était passé avant eux. Une autre histoire, celle de « Papy Dédé » : il a vingt ans quand on l’envoie faire la guerre en Algérie. Il explique qu’on l’a conditionné à détester l’« arabe ». Aujourd’hui il ne se dit pas Français, il se dit Homme du monde, car, selon lui, la France lui a menti.

« Les noirs sont forts en sport »

Le conditionnement se fait par la répétition. Répétée mille fois, une bêtise, quelle qu’elle soit, devient une vérité. Les scientifiques du XIXe siècle, les politiques, les intellectuels, les sociétés du spectacle, ont prétendu qu’il y avait plusieurs races ; aujourd’hui, tous les scientifiques sont d’accord pour affirmer qu’il n’y a qu’une espèce, l’Homo sapiens. Pourtant en 2010, les enfants, conditionnés par l’imaginaire collectif, disent qu’il existe une race noire, une jaune, une blanche, une rouge. A la question : « puisque vous pensez qu’il existe plusieurs races, quelles sont les qualités de chacune ? », ils répondent que « les Noirs sont plus forts en sport ». Est-ce anodin ? Sachant que dans notre imaginaire collectif, le corps est dissocié de l’esprit, si les noirs sont plus forts en sport, ils sont aussi moins intelligents. Mais n’est-ce pas compréhensible quand vous savez que c’est à l’école, par le biais de l’esclavage, de l’apartheid et de la colonisation que 80 % de la population française a entendu parler pour la première fois des Noirs ? Ne sommes-nous pas conditionnés de façon inconsciente à voir les personnes de couleur noire comme inférieures ?

Retour à Socrate

L’antisémitisme, par exemple, est d’abord une construction intellectuelle ; on a diabolisé les personnes de religion juive, on leur a attribué des caractéristiques précises à certaines époques de l’Histoire. Un autre exemple concerne les Amérindiens : les Espagnols débarquant aux Amériques avaient en tête tous les préjugés des Européens sur les autres peuples, ils les voyaient comme inférieurs, et c’est pour cela que toutes les entreprises de colonisation et d’esclavagisme ont été présentées comme autant d’œuvres civilisatrices. On prétend civiliser des personnes qui ne le sont pas ; dès lors, dans cette non-civilisation, se retrouve la construction d’une non-humanité de l’autre.

La Fondation veut expliquer avec insistance que le racisme n’est pas un phénomène naturel, c’est un phénomène intellectuel et culturel qui peut être éradiqué en profondeur. Mais cette éradication demande une vigilance car, dans toute société, il y a des tensions identitaires. Pourtant une idée simple pourrait nous aider dans cette éducation contre le racisme : « connais-toi toi-même », selon l’injonction de Socrate. Ce qui singularise notre espèce, c’est cette capacité exceptionnelle d’apprentissage : nous sommes programmés pour apprendre, ce qui explique l’origine de la diversité culturelle et pourquoi chaque être humain peut acquérir n’importe quelle culture. Cette idée doit être absolument développée dans tout discours sur la diversité humaine.

Ils sont ce qu’on leur a appris à être

La couleur de la peau d’une personne, son apparence physique n’ont rien à voir avec la langue qu’elle parle, la religion qu’elle pratique, les valeurs et les systèmes politiques qu’elle défend, ce qu’elle aime ou déteste.

C’est cette idée, pourtant simple, qu’un certain nombre de personnes ne comprend pas ou dont elles n’ont tout simplement pas conscience. Elles sont souvent essentialistes : elles croient, plus ou moins confusément, qu’une « nature physique » est reliée substantiellement à une « nature culturelle ». Elles naturalisent la culture. Un exemple de la version la plus radicale de cette croyance a été produit par l’idéologie nazie. Les racistes naturalisent la culture, comme le misogyne naturalise la femme (sa nature fait que sa place est déterminée), comme les homophobes naturalisent l’homosexualité (on naît homosexuel). C’est donc cette connexion « culture/nature » qu’il faut déconstruire.

Ce qu’il faut expliquer aux enfants, c’est qu’ils sont des constructions sociales et culturelles, qu’ils intègrent des modes de pensée, de façon consciente comme inconsciente, qu’ils sont bourrés de traits culturels qui n’ont rien à voir avec leurs patrimoines génétiques ni avec leur apparence physique. Ils sont ce qu’on leur a appris à être. Le problème fondamental du racisme est qu’il y a trop de personnes qui n’acceptent pas cette idée… Ils n’acceptent pas ou ne comprennent pas que les humains sont construits par d’autres humains.

Heureuse diversité

Nous devons apprendre vraiment à nous connaître nous-mêmes en tant qu’espèce, car nous sommes capables d’apprendre n’importe quoi, le pire comme le meilleur. Nous sommes très sensibles au conditionnement et avons, par nature, du mal à admettre que nous en sommes victimes et à accepter d’en changer. Nous sommes tous persuadés que nous détenons la Vérité. C’est ce qui explique que nous soyons parfois intolérants.

Fort heureusement, le côté positif de notre spécificité est de pouvoir « bricoler » ce qu’on apprend de nos semblables, d’où les changements culturels. Les femmes et les hommes d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec celles et ceux qui vivaient il y a quatre ou cinq générations ; nos ancêtres du Moyen Âge ne comprendraient rien au monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. On voudrait nous faire croire que nous vivons une période de régression du vivre ensemble, mais heureusement c’est tout le contraire : dans l’inconscient collectif, la diversité n’a jamais été aussi présente.

Les enfants d’abord

Avant tout, j’aime aller régulièrement à la rencontre des enfants, dans les écoles principalement, pour les écouter et les interroger, m’inspirer de leurs expériences. La première grande action de la fondation a été la publication en janvier dernier de « Mes étoiles noires ». Nous avons préparé pour la mi-octobre un outil pédagogique multimédia pour les enseignants de CM1-CM2 et leurs élèves. Ce sera une proposition de contribution à l’éducation contre le racisme sous la forme de deux DVD et d’un livret. Il sera envoyé gratuitement à tous les enseignants qui en feront la demande, le moment venu. La troisième grande action est une exposition consacrée aux exhibitions, qui, entre 1880 et 1931, ont vu défiler près d’un milliard d’occidentaux devant 40 000 « indigènes » montrés dans des « zoos humains ». L’exposition aura lieu au musée du quai Branly, de fin novembre 2011 à mai 2012. Elle participera à la déconstruction du racisme dans nos imaginaires. Elle voyagera ensuite en Espagne, en Allemagne et en Suisse, puis, nous l’espérons, en Angleterre et aux Etats-Unis.

Notes

[1]

Cf. site internet de la Fondation : www.thuram.org

[2]

Lilian Thuram, « Mes étoiles noires, de Lucy à Barack Obama », Editions Philippe Rey, 2010.

[3]

Avec le soutien de la banque CASDEN, de la MGEN (Mutuelle Générale de l’Education Nationale) et la Fondation du FC Barcelone.

Voir encore:

Human Zoos or Ethnic Shows? Essence and contingency in Living Ethnological Exhibitons
Luis A. Sánchez-Gómez
Facultad de Geografía e Historia, Universidad Complutense, Madrid, Spain
Culture & History Digital Journal
Dec. 22, 2013

INTRODUCTION

Between the 29th of November 2011 and the 3rd of June 2012, the Quai de Branly Museum in Paris displayed an extraordinary exhibition, with the eye-catching title Exhibitions. L’invention du sauvage, which had a considerable social and media impact. Its “scientific curators” were the historian Pascal Blanchard and the museum’s curator Nanette Jacomijn Snoep, with Guadalupe-born former footballer Lilian Thuram acting as “commissioner general”. A popular sportsman, Thuram is also known in France for his staunch social and political commitment. The exhibition was the culmination (although probably not the end point) of a successful project which had started in Marseille in 2001 with the conference entitled Mémoire colonial: zoos humains? Corps Exotiques, corps enfermés, corps mesurés. Over time, successive publications of the papers presented at that first meeting have given rise to a genuine publishing saga, thus far including three French editions (Bancel et al., 2002, 2004; Blanchard et al., 2011), one in Italian (Lemaire et al., 2003), one in English (Blanchard et al., 2008) and another in German (Blanchard et al., 2012). This remarkable repertoire is completed by the impressive catalogue of the exhibition (Blanchard; Boëtsch y Snoep, 2011). All of the book titles (with the exception of the catalogue) make reference to “human zoos” as their object of study, although in none of them are the words followed by a question mark, as was the case at the Marseille conference. This would seem to define “human zoos” as a well-documented phenomenon, the essence of which has been well-established. Most significantly, despite reiterating the concept, neither the catalogue of the exhibition, nor the texts drawn up by the exhibit’s editorial authorities, provide a precise definition of what a human zoo is understood to be. Nevertheless, the editors seem to accept the concept as being applicable to all of the various forms of public show featured in the exhibition, all of which seem to have been designed with a shared contempt for and exclusion of the “other”. Therefore, the label “human zoo” implicitly applies to a variety of shows whose common aim was the public display of human beings, with the sole purpose of showing their peculiar morphological or ethnic condition. Both the typology of the events and the condition of the individuals shown vary widely: ranging from the (generally individual) presentation of persons with crippling pathologies (exotic or more often domestic freaks or “human monsters”) to singular physical conditions (giants, dwarves or extremely obese individuals) or the display of individuals, families or groups of exotic peoples or savages, arrived or more usually brought, from distant colonies.[1]The purpose of the 2001 conference had been to present the available information about such shows, to encourage their study from an academic perspective and, most importantly, to publicly denounce these material and symbolic contexts of domination and stigmatisation, which would have had a prominent role in the complex and dense animalisation mechanisms of the colonised peoples by the “civilized West”. A scientific and editorial project guided by such intentions could not fail to draw widespread support from academic, social and journalistic quarters. Reviews of the original 2002 text and successive editions have, for the most part, been very positive, and praise for what was certainly an extraordinary exhibition (the one of 2012) has been even more unanimous.[2] However, most commentators have limited their remarks to praising the important anti-racist content and criticisms of the colonial legacy, which are common to both undertakings. Only a few authors have drawn attention to certain conceptual and interpretative problems with the presumed object of study, the “human zoos”, problems which would undermine the project’s solidity (Blanckaert, 2002; Jennings, 2005; Liauzu, 2005: 10; Parsons, 2010; McLean, 2012). Problems which may arise from the indiscriminate use of the concept of the “human zoo” will be discussed in detail at the end of this article.Firstly, however, a revision of the complex historical process underlying the polymorphic phenomenon of the living exhibition and its configurations will provide the background for more detailed study. This will consist of an outline of three groups which, in my view, are the most relevant exhibition categories. Although the public display of human beings can be traced far back in history in many different contexts (war, funerals and sacred contexts, prisons, fairs, etc…) the configuration and expansion of different varieties of ethnic shows are closely and directly linked to two historical phenomena which lie at the very basis of modernity: exhibitions and colonialism. The former began to appear at national contests and competitions (both industrial and agricultural). These were organised in some European countries in the second half of the eighteenth century, but it was only in the century that followed that they acquired new and shocking material and symbolic dimensions, in the shape of the international or universal exhibition.The key date was 1851, when the Great Exhibition of the Works of Industry of All Nations was held in London. The triumph of the London event, its rapid and continuing success in France and the increasing participation (which will be outlined) of indigenous peoples from the colonies, paved the way from the 1880s for a new exhibition model: the colonial exhibition (whether official or private, national or international) which almost always featured the presence of indigenous human beings. However, less spectacular exhibitions had already been organised on a smaller scale for many years, since about the mid-nineteenth century. Some of these were truly impressive events, which in some cases also featured native peoples. These were the early missionary (or ethnological-missionary) exhibitions, which initially were mainly British and Protestant, but later also Catholic.[3] Finally, the unsophisticated ethnological exhibitions which had been typical in England (particularly in London) in the early-nineteenth century, underwent a gradual transformation from the middle of the century, which saw them develop into the most popular form of commercial ethnological exhibition. These changes were initially influenced by the famous US circus impresario P.T. Barnum’s human exhibitions. Later on, from 1874, Barnum’s displays were successfully reinterpreted (through the incorporation of wild animals and groups of exotic individuals) by Carl Hagenbeck.The second factor which was decisive in shaping the modern ethnic show was imperial colonialism, which gathered in momentum from the 1870s. The propagandising effect of imperialism was facilitated by two emerging scientific disciplines, physical anthropology and ethnology, which propagated colonial images and mystifications amid the metropolitan population. This, coupled with robust new levels of consumerism amongst the bourgeoisie and the upper strata of the working classes, had a greater impact upon our subject than the economic and geostrategic consequences of imperialism overseas. In fact, the new context of geopolitical, scientific and economic expansion turned the formerly “mysterious savages” into a relatively accessible object of study for certain sections of society. Regardless of how much was written about their exotic ways of life, or strange religious beliefs, the public always wanted more: seeking participation in more “intense” and “true” encounters and to feel part of that network of forces (political, economic, military, academic and religious) that ruled even the farthest corners of the world and its most primitive inhabitants.It was precisely the convergence of this web of interests and opportunities within the new exhibition universe that had already consolidated by the end of the 1870s, and which was to become the defining factor in the transition. From the older, popular model of human exhibitions which had dominated so far, we see a reduction in the numbers of exhibitions of isolated individuals classified as strange, monstrous or simply exotic, in favour of adequately-staged displays of families and groups of peoples considered savage or primitive, authentic living examples of humanity from a bygone age. Of course, this new interest, this new desire to see and feel the “other” was fostered not only by exhibition impresarios, but by industrialists and merchants who traded in the colonies, by colonial administrators and missionary societies. In turn, the process was driven forward by the strongly positive reaction of the public, who asked for more: more exoticism, more colonial products, more civilising missions, more conversions, more native populations submitted to the white man’s power; ultimately, more spectacle.Despite the differences that can be observed within the catalogue of exhibitions, their success hinged to a great extent upon a single factor: the representation or display of human beings labelled as exotic or savage, which today strikes us as unsettling and distasteful. It can therefore be of little surprise that most, if not all, of the visitors to the Quai de Branly Museum exhibiton of 2012 reacted to the ethnic shows with a fundamental question: how was it possible that such repulsive shows had been organised? Although many would simply respond with two words, domination and racism, the question is certainly more complex. In order to provide an answer, the content and meanings of the three main models or varieties of the modern ethnic show –commercial ethnological exhibitions, colonial exhibitions and missionary exhibitions– will be studied.

ETHNOLOGICAL COMMERCIAL EXHIBITIONS: LEISURE, BUSINESS AND ANTHROPOLOGICAL SCIENCE

Commercial ethnological exhibitions were managed by private entrepreneurs, who very often acted as de facto owners of the individuals they exhibited. With the seemingly-noble purpose of bringing the inhabitants of exotic and faraway lands closer to the public and placing them under the scrutiny of anthropologists and scholarly minds, these individuals organised events with a rather carnival-like air, whose sole purpose was very simple: to make money. Such exhibitions were held more frequently than their colonial equivalents, which they predated and for which they served as an inspiration. In fact, in some countries where (overseas) colonial expansion was delayed or minimal –such as Germany (Thode-Arora, 1989; Kosok y Jamin, 1992; Klös, 2000; Dreesbach, 2005; Nagel, 2010), Austria (Schwarz, 2001) or Switzerland (Staehelin, 1993; Minder, 2008)– and even in some former colonies –such as Brazil (Sánchez-Arteaga and El-Hani, 2010)– they were regular and popular events and could still be seen in some places as late as the 1950s. Even in the case of overseas superpowers, commercial exhibitions were held more regularly than the strictly-colonial variety, although it is true that they sometimes overlapped and can be difficult to distinguish from one another. This was the case in France (Bergougniou, Clignet and David, 2001; David, s.d.) and to an even greater extent in Great Britain, with London becoming a privileged place to experience them throughout the nineteenth century (Qureshi, 2011).Almost all of these exhibitions attracted their audiences with a clever combination of racial spectacle, erotism and a few drops of anthropological science, although there was no single recipe for a successful show. Dances, leaps, chants, shouts, and the blood of sacrificed animals were the fundamental components of these events, although they were also part of colonial exhibitions. All of these acts, these strange and unusual rituals, were as incomprehensible as they were exciting; as shocking as they were repulsive to the civilised citizens of “advanced” Europe. It is unsurprising that spectators were prepared to pay the price of admission, which was not cheap, in order to gain access to such extraordinary sights as these “authentic savages”. Over time, the need to attract increasingly demanding audiences, who quickly became used to seeing “blacks and savages” of all kinds in a variety of settings, challenged the entrepreneurs to provide ever more compelling spectacles.For decades the most admired shows on European soil were organised by Carl Hagenbeck (1844–1913), a businessman from Hamburg who was a seasoned wild animal showman (Ames, 2008). His greatest success was founded on a truly spectacular innovation: the simultaneous exhibition in one space (a zoo or other outdoor enclosure) of wild animals and a group of natives, both supposedly from the same territory, in a setting that recreated the environment of their place of origin. The first exhibition of this type, organised in 1874, was a great success, despite the relatively low level of exoticism of the individuals displayed: a group of Sami (Lap) men and women accompanied by some reindeer. Whilst not all of Hagenbeck’s highly successful shows (of which there were over 50 in total) relied upon the juxtaposition of humans and animals, all presented a racial spectacle of exotic peoples typically displayed against a backdrop of huts, plants and domestic ware, and included indigenous groups from the distant territories of Africa, the Arctic, India, Ceylon, and Southeast Asia. For many scholars Hagenbeck’s Völkerschauen or Völkerausstellungen constituted the paradigmatic example of a human zoo, which is also accepted by the French historians who organised the project under the same name. They tended to combine displays of people and animals and took place in zoos, so the analogy could not be clearer. Furthermore, the performances of the exhibited peoples were limited to songs, dances and rituals, and for the most part their activities consisted of little more than day-to-day tasks and activities. Therefore, little importance was attached to their knowledge or skills, but rather to the scrutiny of their gestures, their distinctive bodies and behaviours, which were invariably exotic but not always wild.However, despite their obvious racial and largely-racist components, Hagenbeck’s shows cannot be simply dismissed as human zoos. As an entrepreneur, the German’s objective was obviously to profit from the display of animals and people alike, and yet we cannot conclude that the humans were reduced to the status of animals. In fact, the natives were always employed and seem to have received fair treatment. Likewise, their display was based upon a premise of exoticism rather than savagery, in which key ideas of difference, faraway lands and adventure were ultimately exalted. Hagenbeck’s employees were apparently healthy; sometimes slender, as were the Ethiopians, or even athletic, like the Sudanese. In some instances (for example, with people from India and Ceylon) their greatest appeal was their almost-fantastic exoticism, with their rich costumes and ritual gestures being regarded as remarkable and sophisticated.Nevertheless, on many other occasions, people were displayed for their distinctiveness and supposed primitivism, as was the case on the dramatic tour of the Inuit Abraham Ulrikab and his family, from the Labrador Peninsula, all of whom fell ill and died on their journey due to a lack of appropriate vaccination. This is undoubtedly one of the best-documented commercial exhibitions, not because of an abundance of details concerning its organisation, but owing to the existence of several letters and a brief diary written by Ulrikab himself (Lutz, 2005). As can easily be imagined, it is absolutely exceptional to find information originating from one of the very individuals who featured in an ethnic show; not an alleged oral testimony collected by a third party, but their own actual voice. The vast majority of such people did not know the language of their exhibitors and, even if they knew enough to communicate, it is highly unlikely that they would have been able to write in it. All of this, coupled with the fact that the documents have been preserved and remain accessible, is almost a miracle.However, in spite the tragic fate of Ulrikab and his family, other contemporary ethnic shows were far more exploitative and brutal. This was the case with several exhibitions that toured Europe towards the end of the 1870s, whose victims included Fuegians, Inuits, primitive Africans (especially Bushmen and Pygmies) or Australian aboriginal peoples. Some were complex and relatively sophisticated and included the recreation of native villages; in others, the entrepreneur simply portrayed his workers with their traditional clothes and weapons, emphasising their supposedly primitive condition. Slightly less dramatic than these, but more racially stigmatising than Hagenbeck’s shows, were the exhibitions held at the Jardin d’Aclimatation in Paris, between 1877 and the First World War. A highly-lucrative business camouflaged beneath a halo of anthropological scientifism, the exhibitions were organised by the director of the Jardin himself, the naturalist Albert Geoffroy Saint-Hilaire (Coutancier and Barthe, 1995; Mason, 2001: 19–54; David, n.d.; Schneider, 2002; Báez y Mason, 2006). This purported scientific and educational institution enjoyed the attention of French anthropologists for a time; however, after 1886, the Anthropological Society in Paris distanced itself from something that was little more than it appeared to be: a spectacle for popular recreation which was hard to justify from an ethical point of view. In the case of many private enterprises from the 1870s and 1880s, in particular, shows can be described as moving away from notions of fantasy, adventure and exotism and towards the most brutal forms of exploitation. However, despite what has been said about France, Qureshi (2011: 278–279) highlights the role that ethnologists and anthropologists (and their study societies) played in Great Britain in approving commercial exhibitions of this sort. This enabled exhibitions to claim legitimacy as spaces for scientific research, visitor education and, of course, the advancement of the colonial enterprise.Leaving aside the displays of isolated individuals in theatres, exhibition halls, or fairgrounds (where the alleged “savage” sometimes proved to be a fraud), photographs and surviving information about the aforementioned commercial ethnological shows speak volumes about the relations which existed between the exhibitors and the exhibited. In nearly all cases the impresario was a European or North American, who wielded almost absolute control over the lives of their “workers”. Formal contracts did exist and legal control became increasingly widespread, especially in Great Britain, (Qureshi, 2011: 273) as the nineteenth century progressed. It is also evident, nevertheless, that this contractual relationship could not mask the dominating, exploitative and almost penitentiary conditions of the bonds created. Whether Inuit, Bushmen, Australians, Pygmies, Samoans or Fuegians, it is hard to accept that all contracted peoples were aware of the implications of this legal binding with their employer. Whilst most were not captured or kidnapped (although this was documented on more than one occasion) it is reasonable to be skeptical about the voluntary nature of the commercial relationship. Moreover, those very same contracts (which they were probably unable to understand in the first place) committed the natives to conditions of travel, work and accommodation which were not always satisfactory. Very often their lives could be described as confined, not only when performances were taking place, but also when they were over. Exhibited individuals were very rarely given leave to move freely around the towns that the exhibitions visited.The exploitative and inhuman aspects of some of these spectacles were particularly flagrant when they included children, who either formed part of the initial contingent of people, or swelled the ranks of the group when they were born on tour. On the one hand, the more primitive the peoples exhibited were, the more brutal their exhibition became and the circumstances in which it took place grew more painful. Conversely, conditions seemed to improve, albeit only to a limited extent, when individuals belonged to an ethnic group which was more “evolved”, “prouder”, held warrior status, or belonged to a local elite. This was true of certain African groups who were particularly resistant to colonial domination, with the Ashanti being a case in point. In spite of this, their subordinate position did not change.There was, however, a certain type of commercial show in which the relations between the employer and the employees went beyond the merely commercial. More professionalised shows often required natives to demonstrate skills and give performances that would appeal to the audience. This was the case in some (of the more serious and elaborate) circus contexts and dramatised spectacles, the most notable of which was the acclaimed Wild West show. Directed by William Frederick Cody (1846–1917), the famous Buffalo Bill, the show featured cowboys, Mexicans, and members of various Native American ethnic groups (Kasson, 2000). This attraction, and many others that followed in the wake of its success, could be considered the predecessors of present-day theme park shows. Many of the shows which continued to endure during the interwar period were in some measure similar to those of the nineteenth century, although they were unable to match the popularity of yesteryear. Whilst the stages were still set with reproduction native villages, as had been the case in the late-nineteenth and early-twentieth century, the exhibition and presentation of natives acquired a more fair-like and circus-like character, which harked back to the spectacles of the early-nineteenth century. Although it seems contradictory, colonial exhibitions at this time were in fact much larger and more numerous, as we shall see in the following section. It was precisely then, in the mid-1930s, that Nazi Germany, a very modern country with the most intensely-racist government, produced an ethnic show which illustrates the complexity of the human zoo phenomenon. The Deutsche Afrika-Schau (German African Show) provides an excellent example of the peculiar game which was played between owners, employees and public administrators, concerning the display of exotic human beings. The show, a striking and an incongruous fusion of variety spectacle and Völkerschau, toured several German towns between 1935 and 1940 (Lewerenz, 2006). Originally a private and strictly commercial business, it soon became a peculiar semi-official event in which African and Samoan men and women, resident in Germany, were legally employed to take part. Complicated and unstable after its Nazification, the show aimed to facilitate the racial control of its participants while serving as a mechanism of ideological indoctrination and colonial propaganda. Incapable of profiting from the show, the Nazi regime would eventually abolish it.After the Second World War, ethnic shows entered a phase of obvious decline. They were no longer of interest as a platform for the wild and exotic, mainly due to increasing competition from new and more accessible channels of entertainment, ranging from cinema to the beginnings of overseas tourism within Europe and beyond. While the occasional spectacle tried to profit from the ancient curiosity about the morbid and the unusual as late as the 1950s and even the 1960s, they were little more than crude and clumsy representations, which generated little interest among the public. Nowadays, as before, there are still contexts and spaces in which unique persons are portrayed, whether this is related to ethnicity or any other factor. These spectacles often fall into the category of artistic performances or take the banal form of reality TV.

COLONIAL EXHIBITIONS: LEISURE, BUSINESS AND INDOCTRINATION
This category of exhibition was organised by either public administrations or private institutions linked to colonial enterprise, and very often featured some degree of collaboration between the two. The main aim of these events was to exhibit official colonial projects and private initiatives managed by entrepreneurs and colonial settlers, which were supposedly intended to bring the wealth and well-being of the metropolis to the colonies. The presentation also carried an educational message, intended not only to reinforce the “national-colonial conscience” among its citizens, but also to project a powerful image of the metropolis to competing powers abroad. Faced with the likelihood that such content would prove rather unexciting and potentially boring for visitors, the organisers resorted to various additions which were considered more attractive and engaging. Firstly they devised a museum of sorts, in which ethnographic materials of the colonised peoples: their traditional dress, day-to-day objects, idols and weapons, were exhibited. These exotic and unusual pieces did draw the interest of the public, but, fearing that this would not be sufficient, the organisers knew that they could potentially sell thousands of tickets by offering the live display of indigenous peoples. If the exhibition was official, the natives constituted the ideal means by which to deliver the colonial message to the masses. In the case of private exhibitions, they were seen as the fastest and safest way to guarantee a show’s financial success.Raw materials and a variety of other objects (including ethnographic exhibitions) from the colonies were already placed on show at the Great Exhibition of 1851 in London. These items were accompanied by a number of individuals originating from the same territories, either as visitors or as participants in the relevant section of the exhibition. However, such people cannot be considered as exhibits themselves; neither can similar colonial visitors at the Paris (1855) or London (1862) exhibitions; nor the Paris (1867) and (1878) exhibitions, which featured important colonial sections. It was only at the start of the 1880s that Europeans were able to enjoy the first colonial exhibitions proper, whether autonomous or connected (albeit with an identity and an entity of their own) to a universal or international exhibition. It could be argued that the Amsterdam International Colonial and Export Exhibition of 1883 acted as a letter of introduction for this model of event (Bloembergen, 2006), and it was quickly followed by the London Colonial and Indian Exhibition of 1886 (Mathur, 2000) and, to a lesser though important extent, by the Madrid Philippines Exhibition of 1887 (Sánchez-Gómez, 2003). All three housed reproductions of native villages and exhibited dozens of individuals brought from the colonies. This was precisely what attracted the thousands of people who packed the venues. Such success would not have been possible by simply assembling a display of historical documents, photographs or ethnographic materials, no matter how exotic.Thereafter, colonial exhibitions (almost all of which featured the live presence of native peoples) multiplied, whether they were autonomous or connected with national or international exhibitions. In France many municipalities and chambers of commerce began to organise their own exhibits, some of which (such as the Lyon Exhibition of 1894) were theoretically international in scope, although some of the most impressive exhibits held in the country were the colonial sections of the Paris Universal Exhibition of 1889 (Palermo, 2003; Tran, 2007; Wyss, 2010) and 1900 (Wilson, 1991; Mabire, 2000; Geppert, 2010: 62–100). Equally successful were the colonial sections of the Belgian exhibitions of the last quarter of the nineteenth century, which displayed the products and peoples of what was called the Congo Independent State (later the Belgian Congo), which until 1908 was a personal possession of King Leopold II. The most remarkable was probably the 1897 Tervuren Exhibition, an annex of the Brussels International Exposition of the same year (Wynants, 1997; Küster, 2006). In Germany, one of the European capitals of commercial ethnological shows, several colonial exhibitions were orchestrated as the overseas empire was being built between 1884 and 1918. Among them, the Erste Deutsche Kolonialausstellung or First German Colonial Exhibition, which was organised as a complement to the great Berlin Gewerbeausstellung (Industrial Exhibition) of 1896, was particularly successful (Arnold, 1995; Richter, 1995; Heyden, 2002).As far as the United States was concerned, the country’s late but impetuous arrival as a world power was almost immediately heralded by the phenomenon of the World’s Fair, and the respective colonial sections (Rydell, 1984 y 1993; Rydell, Findling y Pelle, 2000). Whilst a stunning variety of ethnic performances were already on show at the 1893 Chicago World’s Fair, it was at Omaha, (1898) Buffalo, (1901) and above all at the 1904 Saint Louis Exhibition, that hundreds of natives were enthusiastically displayed with the purpose of publicising and gathering support for the complex and “heavy” civilising task (“The White Man’s Burden”) that the North American nation had to undertake in its new overseas possessions (Kramer, 1999; Parezo y Fowler, 2007).In principle, those natives who took part in the live section of a colonial exhibition did so of their own accord, whether they were allegedly savage or civilised individuals, and regardless of whether the show had been organised through concessions to private company owners or those who indirectly depended on public agencies. Although neither violence nor kidnapping has been recorded, it is highly unlikely that most of the natives who took up the invitation were fully aware of its implications: again, the great distances they had to travel, the discomforts they would endure and the situations in which they would be involved upon arrival in the metropolis.Until the early-twentieth century, the sole purpose of native exhibitions was to attract an audience and to show, with the exemplar of a “real” image, the inferior condition of the colonised peoples and the need to continue the civilising mission in the faraway lands from which they came. In all cases their living conditions in the metropolis were unlikely to differ greatly from those of the participants in purely commercial shows: usually residing inside the exhibition venue, they were rarely free to leave without the express permission of their supervisors. However, it must be said that conditions were considerably better for the individuals exhibited when the shows were organised by government agencies, who always ensured that formal contracts were signed, and were probably unlikely to house people in the truly gruesome conditions present in some domains of the private sector. In some cases, added circumstances can be inferred which reveal a clear interest in “doing things properly”, by developing an ethical and responsible show, no matter how impossible this was in practice. Perhaps the clearest example of this kind of event is the Philippines Exhibition which was organized in Madrid in 1887.The most striking feature of this exhibition was its stated educational purpose, to present a sample of the ethnic and social diversity of the archipelago. Other colonial exhibitions attempted to do the same, but in this case the intentions of the Spanish appeared to be more authentic and credible. Of course the aim was not to provide a lesson in island ethnography, but to prove the extent to which the Catholic Church had managed to convert the native population, and to show where savage tribes still existed. Representing the latter were, among others, several Tinguian and Bontoc persons (generically known as Igorots by the Spanish) and an Aeta person, referred to as a Negrito. Several Muslim men and women from Mindanao and the Joló (Sulu) archipelago (known to the Spanish as Moros or “Moors”) also took part in the exhibition, not because they were considered savages but on account of their pagan and unredeemed condition. Finally, as an example of the benefits of the colonial enterprise, Christian Filipinos (both men and women) were invited to demonstrate their artistic skill and craftsmanship and to sell their artisan products from various structures within the venue. All were legally employed and received regular payment until their return to the Philippines, which was very unusual for an exhibition at that time.However, despite the “good intentions” of the administration, an obvious hierarchy can be inferred from the spatial pattern through which the Filipino presence in Madrid was organised. Individuals considered savage lived inside the exhibit enclosure and were under permanent control; they could visit the city but always in a scheduled and closely-directed way. Muslims, however, did not live inside the park, but in boarding houses and inns. Their movements were also restricted, but this was justified on the basis of their limited knowledge of their surroundings. Christians also lodged at inns, and although they did enjoy a certain autonomy, their status as “special guests” imposed a number of official commitments and the compulsory attendance of events. Such differences became even more obvious, especially for the audience, not just because the savages lived inside the ranchería or native village, where they were exhibited, but also because their only purpose was to dance, gesture, eat and display their half-naked bodies. Muslims were not exhibited, nor did they have a clear or specific task to perform beyond merely “representing”. Christian men and women (cigar makers and artisans) simply performed their professional tasks in front of the audience, and were expected to complete a given timetable and workload as would any other worker.In the light of the above, it may be concluded that the Philippines Exhibition of 1887 (specifically the live exhibition section) was conducted in a manner which questions the simplistic concept of a human zoo that many historians apply to these spectacles. Although there were certain similarities with commercial shows, we must admit that the Spanish government made considerable efforts to ensure that the exhibition, and above all the participation of the Filipinos, was carried out in a relatively dignified fashion. It must be reiterated that this is not intended to project a benevolent image of nineteenth-century Spanish colonialism. The position of some of the exhibited, especially those considered savages, was not only subordinate but almost subhuman (almost being the key word), in spite of the fact that they received due payment and were relatively well fed. Moreover, we cannot forget that three of the participants (a Carolino man and woman, and a Muslim woman) died from diseases which were directly related to the conditions of their stay on the exhibition premises.As the twentieth century advanced, colonial shows changed their direction and content, although it was some time before these changes took effect. The years prior to the First World War saw several national colonial exhibitions (Marseille and Paris in 1906; London in 1911),[4] two binational exhibitions (London, 1908 and 1910)[5] and a trinational (London, 1909),[6] which became benchmarks for exhibition organisers during the interwar years. The early twentieth century also saw several national colonial sections, wich had varying degrees of impact, in three universal exhibitions organised in Belgium: Liège (1905), Brussels (1910) and Ghent (1913) and in several exhibitions organised in three different Italian cities, although none of these included a native section.[7] However, it was during the 1920s and 1930s that a true eclosion of national and international exhibitions, whose main focus was colonial or which included important colonial elements, occurred.[8] The time was not only ripe for ostentatious reasons, but also because the tension originated by certain European powers, especially Italy, encouraged a vindication of overseas colonies through the propaganda that was deployed at these events.For all these reasons, and in addition to many other minor events, national colonial exhibitions were staged in Marseille (1922), Wembley (1924–25),[9] Stuttgart (1928),[10] Koln (1934), Oporto (1934), Freiburg im Breisgau (1935), Como (1937),[11] Glasgow (1938),[12] Dresden (1939), Vienna (1940) and Naples (1940).[13] At an international colonial level, the most important was the 1931 Parisian Exposition Coloniale Internationale et des Pays d’Outre Mer. In addition, although they were not specialised international colonial exhibitions, outstanding and relevant colonial sections could be found at the Turin National Exhibition of 1928, the Iberian-American Exhibition of 1929, the Brussels Universal Exhibition of 1935, the Paris International Exhibition of 1937 and the Lisbon National Exhibition of 1940.At most of these events, a revised perspective of overseas territories was projected. Although, with some exceptions, metropolises continued to import indigenous peoples and persisted in presenting them as exotic, the focus was now shifted on to the results of the civilising process, as opposed to strident representations of savagery. This meant that it was no longer necessary for exhibited peoples to live at the exhibition venue. The aim was now to show the most attractive side of empire, and displays of the skills of its inhabitants, such as singing or dancing continued, albeit in a more serious, professional fashion. In principle, natives taking part in these exhibitions could move around more freely; in addition, they were all employed as any other professional or worker would be. However, once again the ethnic factor came into play, materialising under many different guises. For example, at the at the Paris Exhibition of 1931, people who belonged to “oriental civilisations” appeared at liberty to move around the venue, they were not put on display, and devoted their time to the activities for which they had been contracted (such as traditional songs and dances, handicrafts or sale of products). Once their working day was completed, they were free to visit the exhibition or travel around Paris. However, the same could not be said for the Guineans arriving at the Seville Ibero-American Exhibition of 1929, where they were clearly depicted in a savagist context, similar to the way in which Africans had been displayed in colonial and even commercial exhibitions in the nineteenth century (Sánchez-Gómez, 2006).Another interwar colonial exhibition which was unable to free itself from nineteenth-century stereotypes was the one held in Oporto in 1934, which included several living villages inhabited by natives, children included (Serén, 2001). Their presence in the city and the fact that they were displayed and lived within the same exhibition space was something that neither the press nor contemporary politicians saw fit to criticise. In fact it was the pretos (black African men) and especially pretas (black African women) who were the main attraction for thousands of visitors who thronged to the event, which was probably related to the fact that all the natives were bare-chested. Interestingly, the Catholic Church did not take offense, perhaps interpreting the women shown as being merely “black savages” who had little to do with chaste Portuguese women. Of course they had no objections to the exhibition of human beings either.Two interwar exhibitions (Seville and Oporto) have been cited as examples where the management of indigenous participants markedly resembled the practices of the nineteenth century. However, this should not imply that other events refrained from the (more or less) sophisticated manipulation of the native presence. The most significant example was the Parisian International Colonial Exhibition of 1931.[14] Some historians highlight the fact that the general organiser, Marshall Lyautey, managed to impose his criterion that the exhibition should not include displays of the traditional “black villages” or “indigenous villages” inhabited by natives. Although it is true that the official (French and International) sections did not include this feature,[15] there can be little doubt that this was a gigantic ethnic spectacle, where hundreds of native peoples (who were present in the city as artists, artisans or simply as guests) were exhibited and manipulated as a source of propaganda of the highest order for the colonial enterprise. This is just one more example, although a particularly significant one, of the multi-faceted character that ethnic shows acquired. It is difficult to define these simply on the basis of their brutality or “animal” characteristics, their closeness to Hagenbeck’s Völkerschauen or the anthropological exhibitions that were organised at the Jardin d’Acclimatation in late-nineteenth century Paris.The last major European colonial exhibition took place in the anachronistic Belgian Congo section of the Brussels Universal Exhibition of 1958, the first to be held after the Second World War.[16] In principle, its contents were organised around a discourse which defended the moral values of interracial fraternity and which set out to convince both Belgian society and the Congolese that Belgians were only in Congo to civilise, and not to exploit. In order to prove the authenticity of this discourse, the organisers went to great pains to avoid the jingoistic exoticism which had characterised most colonial exhibits thus far. In accordance with this, the event did not include the traditional, demeaning spectacle of natives living within the exhibition space. However, it did include an exotic section, where several dozen Congolese artisans demonstrated their skills to the audience and sold the products manufactured there in a context which was intended to be purely commercial. Unfortunately, the good will of the organisers was betrayed by an element of the public, who could not help confronting the Africans in a manner reminiscent of their grandparents back in 1897. This resulted in the artisans abruptly leaving the exhibition for Congo after being shocked by the insolence and bad manners of some of the visitors.The Congolese presence in Brussels was not limited to these artisans: almost seven hundred Africans arrived, two hundred of which were tourists who had been invited with the specific purpose of visiting the exhibition. Most of them were members of the “Association of African Middle Classes”, that is, they were part of the “evolved elite”. The remaining figures were made up of people who were carrying out some sort of task in the colonial section of the exhibition, whether as specialised workers, dancers, guides or as assistants in the various sections, perhaps including some members of the Public Force, made up of natives. The presence in Brussels of the tourists, in particular, was part of a policy of association, which, according to the organisers, was intended to prepare “the Congolese population for the complete realisation of their human destiny.” The Belgian population, in turn, would have the chance to become better acquainted with these people through a “direct, personal and free contact with the civilised Congolese” (Delhalle, 1985: 44). Neither this specific measure nor any others taken to bring blacks and whites closer seem to have had any practical effect whatsoever. In fact, although the Congolese visitors were cared for relatively well (although not without differences or setbacks), their movements during their stay in Brussels were under constant scrutiny, to prevent them from being “contaminated” by the “bad habits” of the metropolitan citizens.Despite everything mentioned thus far, or perhaps even because of it, the 1958 exhibition was an enormous public success, on a par with the colonial events of the past. This time, as before, it was predicated on a largely negative image of the Congolese population. Barely any critical voices were heard against the exhibiting model or the abuses of the colonial system, not even from the political left. Finally, as with earlier colonial exhibitions, it is obvious that what was shown in Brussels had little to do with the reality of life in Congo. In fact, as the exhibition closed down, in October 1958, Patrice Lumumba founded the Congolese National Movement. On the 11th of January of 1959, repression of the struggles for independence escalated into the bloody killings of Léopoldville, the colonial capital. Barely one year later, on the 30th of June 1960, Belgium formally acknowledged the independence of the new Democratic Republic of Congo; two years later Rwanda and Burundi followed.
MISSIONARY EXHIBITIONS: DOMINATION, FAITH AND SPECTACLE
The excitement that exhibitions generated in the second half of the nineteenth century provoked reactions from many quarters, including Christian churches. Of course, the event which shook Protestant propagandist sensibilities the hardest (as Protestants were the first to take part in the exhibition game) was the 1851 London Exhibition. However, the interest which both the Anglican Church and many evangelical denominations expressed in participating in this great event was initially met with hesitation and even rejection by the organisers (Cantor, 2011). Finally their participation was accepted, but only two missionary societies were authorised to officially become an integral part of the exhibition, and they could only do so as editors of printed religious works.The problems that were documented in London in 1851 continued to affect events organised throughout the rest of the century; in fact, the presence of the Christian churches was permitted on only two occasions, both in Paris, at the exhibitions of 1867 and 1900. At the first of these, it was only Protestant organisations that participated, as the Catholic Church did not yet recognise the importance of such an event as an exhibitional showcase. By the time of the second, which was the last great exhibition of the nineteenth century and one of the most grandiose of all time, the situation had changed dramatically; both Protestants and Catholics participated and the latter (the French Church, to be precise) did so with greater success than its Protestant counterpart.[18]The opposition that missionary societies encountered at nineteenth-century international exhibitions encouraged them to organise events of their own. The first autonomous missionary events were Protestant and possibly took place prior to 1851. In any case, this has been confirmed as the year that the Methodist Wesleyan Missionary Society organised a missionary exhibition (which took place at the same time as the International Exhibition). Small in size and very simple in structure, it was held for only two days during the month of June, although it provided the extraordinary opportunity to see and acquire shells, corals and varied ethnographic materials (including idols) from Tonga and Fiji.[19] The exhibition’s aim was very specific: to make a profit from ticket sales and the materials exhibited and to seek general support for the missionary enterprise.Whether or not they were directly influenced by the international event of 1851, the modest British missionary exhibitions of the mid-nineteenth century began to evolve rapidly from the 1870s, reaching truly spectacular proportions in the first third of the twentieth century. This enormous success was due to a particular set of circumstances which were not true for the Catholic sphere. Firstly, the exhibits were a fantastic source of propaganda, and furthermore, they generated a direct and immediate cash income. This is significant considering that Protestant church societies and committees neither depended upon, nor were linked to (at least not directly or officially) civil administration and almost all revenue came from the personal contributions of the faithful. Secondly, because Protestants organised their own events, there was no reason for them to participate in the official colonial exhibitions, with which the Catholic missions became repeatedly involved once the old prejudices of government had fallen away by the later years of the nineteenth century. In this way, evangelical communities were able to maintain their independence from the imperial enterprise, yet in a manner that did not preclude them from collaborating with it whenever it was in their interests to do so.However, whether Catholic or Protestant, the main characteristic of the missionary exhibitions in the timeframe of the late-nineteenth and early-twentieth century, was their ethnological intent (Sánchez-Gómez, 2013). The ethnographic objects of converted peoples (and of those who had yet to be converted) were noteworthy for their exoticism and rarity, and became a true magnet for audiences. They were also supposedly irrefutable proof of the “backward” and even “depraved” nature of such peoples, who had to be liberated by the redemptive missions which all Christians were expected to support spiritually and financially. But as tastes changed and the public began to lose interest, the exhibitions started to grow in size and complexity, and increasingly began to feature new attractions, such as dioramas and sculptures of native groups. Finally, the most sophisticated of them began to include the natives themselves as part of the show. It must be said that, but for rare exceptions, these were not exhibitions in the style of the famous German Völkerschauen or British ethnological exhibitions, but mere performances; in fact, the “guests” had already been baptized, were Christians, and allegedly willing to collaborate with their benefactors.Whilst the Protestant churches (British and North American alike) produced representations of indigenous peoples with the greatest frequency and intensity, it was (as far as we know) the (Italian) Catholic Church that had the dubious honour of being the first to display natives at a missionary exhibition, and did so in a clearly savagist and rudimentary fashion, which could even be described as brutal. This occurred in the religious section of the Italian-American Exhibition of Genoa in 1892 (Bottaro, 1984; Perrone, n.d.). As a shocking addition to the usual ethnographic and missionary collections, seven natives were exhibited in front of the audience: four Fuegians and three Mapuches of both sexes (children, young and fully-grown adults) brought from America by missionaries. The Fuegians, who were dressed only in skins and armed with bows and arrows, spent their time inside a hut made from branches which had been built in the garden of the pavilion housing the missionary exhibition. The Mapuches were two young girls and a man; the three of them lived inside another hut, where they made handicrafts under the watchful eye of their keepers.The exhibition appears to have been a great success, but it must have been evident that the model was too simple in concept, and inhumanitarian in its approach to the indigenous people present. In fact, whilst subsequent exhibitions also featured a native presence (always Christianised) at the invitation of the clergy, the Catholic Church never again fell into such a rough presentation and representation of the obsolete and savage way of life of its converted. To provide an illustration of those times, now happily overcome by the missionary enterprise, Catholic congregations resorted to dioramas and sculptures, some of which were of superb technical and artistic quality.Although the Catholic Church may have organised the first live missionary exhibition, it should not be forgotten that they joined the exhibitional sphere much later than the evangelical churches. Also, a considerable number of their displays were associated with colonial events, something that the Protestant churches avoided. This happened, for example, at the colonial exhibitions of Lyon (1894), Berlin 1896 (although this also involved Protestant churches) and Brussels-Tervuren (1897), as well as at the National Exhibition of 1898 in Turin. Years later, the great colonial (national and international) exhibitions of the interwar period continued to receive the enthusiastic and uncritical participation of Catholic missions (although some, as in 1931, included Protestant missions too). The most remarkable examples were the Iberian-American Exhibition of Seville in 1929, the International Exhibitions held at Amberes (1930) and Paris (1931), and the Oporto (1934) and Lisbon (1937 and 1940) National Exhibitions.[20] This colonial-missionary association did not prevent the Catholic Church from organising its own autonomous exhibitions, through which it tried to emulate and even surpass its more experienced Protestant counterpart. Their belated effort culminated in two of the most spectacular Christian missionary exhibitions of all time: the Vatican Missionary Exhibition of 1925 and the Barcelona Missionary Exhibition of 1929, which was associated with the great international show of that year (Sánchez-Gómez, 2007 and 2006). Although both events documented native nuns and priests as visitors, no humans were exhibited. Again, dioramas and groups of sculptures were featured, representing both religious figures and indigenous peoples. Let us return to the Protestant world. Whilst it was the reformed churches that most readily incorporated native participation, they seemed to do so in a more sensitive and less brutalised manner than the Genoese Catholic Exhibition of 1892. We know of their presence at the first North American exhibitions: one of which was held at the Ecumenical Conference on Foreign Missions, celebrated in New York in 1909 and, most significantly, at the great interdenominational The World in Boston Exhibition, in 1911 (Hasinoff, 2011). Native participation has also been recorded at the two most important British contemporary exhibitions: The Orient in London (held by the London Missionary Society in 1908) and Africa in the East (organised by the Church Missionary Society in 1909). Both exhibitions toured a number of British towns until the late 1920s, although for the most part without indigenous participation (Coombes, 1994; Cheang, 2006–2007).[21] However, the most spectacular Protestant exhibition, with hundreds of natives, dozens of stands, countless parades, theatrical performances, the latest thrill rides and exotic animals on display, was the gigantic Centenary Exhibition of American Methodist Missions, celebrated in Columbus in 1919 and popularly known as the Methodist’s World Fair (Anderson, 2006).The exhibition model at these early-twentieth century Protestant events was very similar to the colonial model. Native villages were reconstructed and ethnographic collections were presented, alongside examples of local flora and fauna, and of course, an abundance of information about missionary work, in which its evangelising, educational, medical and welfare aspects were presented. Some of these were equally as attractive to the audience (irrespective of their religious beliefs) as contemporary colonial or commercial exhibitions. However, it may be noted that the participation of Christianised natives took a radically different form from those of the colonial and commercial world. Those who were most capable and had a good command of English served as guides in the sections corresponding to their places of origin, a task that they tended to carry out in traditional clothing. More frequently these new Christians assumed roles with less responsibility, such as the manufacture of handicrafts, the sale of exotic objects or the recreation of certain aspects of their previous way of life. The organisers justified their presence by claiming that they were merely actors, representing their now-forgotten savage way of life. This may very well have been the case.At the Protestant exhibitions of the 1920s and 1930s, the presence of indigens became progressively less common until it eventually disappeared. This notwithstanding, the organisers came to benefit from a living resource which complemented displays of ethnographic materials whilst being more attractive to the audience than the usual dioramas. This was a theatrical representation of the native way of life (combined with scenes of missionary interaction) by white volunteers (both men and women) who were duly made up and in some cases appeared alongside real natives. Some of these performances were short, but others consisted of several acts and featured dozens of characters on stage. Regardless of their form, these spectacles were inherent to almost any British and North American exhibition, although much less frequent in continental Europe.Since the 1960s, the Christian missionary exhibition (both Protestant and Catholic) has been conducted along very different lines from those which have been discussed here. All direct or indirect associations with colonialism have been definitively given up; it has broken with racial or ethnological interpretations of converted peoples, and strongly defends its reputed autonomy from any political groups or interests, without forgetting that the essence of evangelisation is to maximize the visibility of its educational and charitable work among the most disadvantaged.
FINAL WORD
The three most important categories of modern ethnic show –commercial ethnological exhibitions, colonial exhibitions and missionary exhibitions– have been examined. All three resorted, to varying degrees, to the exhibition of exotic human beings in order to capture the attention of their audience, and, ultimately, to achieve certain goals: be they success in business and personal enrichment, social, political or financial backing for the colonial enterprise, or support for missionary work. Whilst on occasion they coincided at the same point in time and within the same context of representation, the uniqueness of each form of exhibition has been emphasised. However, this does not mean that they are completely separate phenomena, or that their representation of exotic “otherness” is homogeneous.Missionary exhibitions displayed perhaps the most singular traits due to their spiritual vision. However, it is clear that many made a determined effort to produce direct, visual and emotional spectacles and some, in so doing, resorted to representations of natives which were very similar to those of colonial exhibitions. Can we speak then, of a convergence of designs and interests? I honestly do not think so. At many colonial exhibitions, organisers showed a clear intention to portray natives as fearsome, savage individuals (sometimes even describing them as cannibals) who somehow needed to be subjugated. Peoples who were considered, to a lesser or greater extent, to be civilised were also displayed (as at the interwar exhibitions). However, the purpose of this was often to publicise the success of the colonial enterprise in its campaign for “the domestication of the savage”, rather than to present a message of humanitarianism or universal fraternity. Missionary exhibitions provided information and material examples of the former way of life of the converted, in which natives demonstrated that they had abandoned their savage condition and participated in the exhibition for the greater glory of the evangelising mission. Moreover, they also became living evidence that something much more transcendent than any civilising process was taking place: that once they had been baptised, anyone, no matter how wild they had once been, could become part of the same universal Christian family.It is certainly true that the shows that the audiences enjoyed at all of these exhibitions (whether missionary, colonial or even commercial) were very similar. Yet in the case of the former, the act of exhibition took place in a significantly more humanitarian context than in the others. And while it is evident that indigenous cultures and peoples were clearly manipulated in their representation at missionary exhibitions, this did not mean that the exhibited native was merely a passive element in the game. And there is something more. The dominating and spectacular qualities present in almost all missionary exhibitions should not let us forget one last factor which was essential to their conception, their development and even their longevity: Christian faith. Without Christian faith there would have been no missionary exhibitions, and had anything similar been organised, it would not have had the same meaning. It was essential that authentic Christian faith existed within the ecclesiastical hierarchy and within those responsible for congregations, missionary societies and committees. But the faith that really made the exhibitions possible was the faith of the missionaries, of others who were involved in their implementation and, of course, of those who visited. Although it was never recognised as such, this was perhaps an uncritical faith, complacent in its acceptance of the ways in which human diversity was represented and with ethical values that occasionally came close to the limits of Christian morality. But it was a faith nonetheless, a faith which intensified and grew with each exhibition, which surely fuelled both Christian religiosity (Catholic and Protestant alike) and at least several years of missionary enterprise, years crucial for the imperialist expansionism of the West. It is an objective fact that the display of human beings at commercial and colonial shows was always much more explicit and degrading than at any missionary exhibition. To state what has just been proposed more bluntly: missionary exhibitions were not “human zoos”. However, it is less clear whether the remaining categories: are commercial and colonial exhibitions worthy of this assertion (human zoos), or were they polymorphic ethnic shows of a much greater complexity?The principal analytical obstacle to the use of the term “human zoo” is that it makes an immediate and direct association between all of these acts and contexts and the idea of a nineteenth-century zoo. The images of caged animals, growling and howling, may cause admiration, but also disgust; they may sometimes inspire tenderness, but are mainly something to be avoided and feared due to their savage and bestial condition. This was definitely the case for the organisers of the scientific and editorial project cited at the beginning of this article, so it can be no surprise that Carl Hagenbeck’s joint exhibitions of exotic animals and peoples were chosen as the frame of reference for human zoos. Although the authors state in the first edition that “the human zoo is not the exhibition of savagery but its construction” [“le zoo humain n’est pas l’exhibition de la sauvagerie, mais la construction de celle-ci”] (Bancel et al., 2002: 17), the problem, as Blanckaert (2002) points out, is that this alleged construction or exhibitional structure was not present at most of the exhibitions under scrutiny, nor (and this is an added of mine) at those shown at the Exhibitions. L’invention du sauvage exhibit.Indeed, the expression “human zoo” establishes a model which does not fit with the meagre number of exhibitions of exotic individuals from the sixteenth, seventeenth or eighteenth centuries, nor with that of Saartjie Baartmann (the Hottentot Venus) of the early nineteenth century, much less with the freak shows of the twentieth century. Furthermore, this model can neither be compared to most of the nineteenth-century British human ethnological exhibitions, nor to most of the native villages of the colonial exhibitions, nor to the Wild West show of Buffalo Bill, let alone to the ruralist-traditionalist villages which were set up at many national and international exhibitions until the interwar period. Ultimately, their connection with many wandering “black villages” or “native villages” exhibited by impresarios at the end of the nineteenth century could also be disputed. Moreover, many of the shows organised by Hagenbeck number amongst the most professional in the exhibitional universe. The fact that they were held in zoos should not automatically imply that the circumstances in which they took place were more brutal or exploitative than those of any of the other ethnic shows.It is evident from all the shows which have been discussed, that the differential racial condition of the persons exhibited not only formed the basis of their exhibition, but may also have fostered and even founded racist reactions and attitudes held by the public. However, there are many other factors (political, economic and even aesthetic) which come into play and have barely been considered, which could be seen as encouraging admiration of the displays of bodies, gestures, skills, creations and knowledge which were seen as both exotic and seductive.In fact, the indiscriminate use of the very successful concept of “human zoo” generates two fundamental problems. Firstly it impedes our “true” knowledge of the object of study itself, that is, of the very varied ethnic shows which it intends to catalogue, given the great diversity of contexts, formats, persons in charge, objectives and materialisations that such enterprises have to offer. Secondly, the image of the zoo inevitably recreates the idea of an exhibition which is purely animalistic, where the only relationship is that which exists between exhibitor and exhibited: the complete domination of the latter (irrational beasts) by the former (rational beings). If we accept that the exhibited are treated merely as as more-or-less worthy animals, the consequences are twofold: a logical rejection of such shows past, present and future, and the visualization of the exhibited as passive victims of racism and capitalism in the West. It is therefore of no surprise that the research barely considers the role that these individuals may have played, the extent to which their participation in the show was voluntary and the interests which may have moved some of them to take part in these shows. Ultimately, no evaluation has been made of how these shows may have provided “opportunity contexts” for the exhibited, whether as commercial, colonial or missionary exhibitis. Whilst it is true that the exhibited peoples’ own voice is the hardest to record in any of these shows, greater effort could have been made in identifying and mapping them, as, when this happens, the results obtained are truly interesting (Dreesbach, 2005: 78).Before we conclude, it must be said that the proposed analysis does not intend to soften or justify the phenomenon of the ethnic show. Even in the least dramatic and exploitative cases it is evident that the essence of these shows was a marked inequality, in which every supposed “context of interaction” established a dichotomous relationship between black and white, North and South, colonisers and colonised, and ultimately, between dominators and dominated. My intention has been to propose a more-or-less classifying and clarifying approach to this varied world of human exhibitions, to make a basic inventory of their forms of representation and to determine which are the essential traits that define them, without losing sight of the contingent factors which they rely upon.

NOTES

ABSTRACT
The aim of this article is to study the living ethnological exhibitions. The main feature of these multiform varieties of public show, which became widespread in late-nineteenth and early-twentieth century Europe and the United States, was the live presence of individuals who were considered “primitive”. Whilst these native peoples sometimes gave demonstrations of their skills or produced manufactures for the audience, more often their role was simply as exhibits, to display their bodies and gestures, their different and singular condition. In this article, the three main forms of modern ethnic show (commercial, colonial and missionary) will be presented, together with a warning about the inadequacy of categorising all such spectacles under the label of “human zoos”, a term which has become common in both academic and media circles in recent years.Figure 8.   Postcard from the Deutsche Colonial-Ausstellung, Gewerbe Ausstellung (German Colonial Exhibition, Industrial Exhibition, Berlin 1896). Historische Bildpostkarten, Universität Osnabrück, Sammlung Prof. Dr. S. Giesbrecht (http://www.bildpostkarten.uni-osnabrueck.de).

[1]In order to avoid loading the text through the excessive use of punctuation marks, I have decided not to put words as blacks, savages or primitives in inverted commas; but by no means does this mean my acceptance of their contemporary racist connotations.

[2]Apart from its magnificent catalogue, the contents of the exhibition are also available online: http://www.quaibranly.fr/uploads/tx_gayafeespacepresse/MQB_DP_Exhibitions_01.pdf [accessed 13/November/2012].

[3]Missionary exhibitions are not an integral part of the repertoire of exhibitions studied as part of the French project on “Human zoos”, nor do they appear at the great Quai de Branly exhibition of 2012.

[4]The Marseille and Paris exhibitions competed with each other. The Festival of Empire was organised in London to celebrate the coronation of George V, thus also being known as the Coronation Exhibition. For more information about these and other British colonial exhibitions, or exhibitions which had important colonial sections, organised between 1890 and 1914, see Coombes (1994: 85–108) and Mackenzie (2008).

[5]These were the Franco-British exhibition (1908) and the Japan-British Exhibition (1910); although their contents were not exclusively colonial these do make up an important part of the exhibitions. They are both private and run by the successful show businessman Imre Kiralfy. For the former, see Coombes (1994: 187–213), Leymarie (2009) and Geppert (2010: 101–133); and for the latter, Mutsu (2001).
[6]This was the International Imperial Exhibition, where the Great Britain, France and Russia took part, although other countries also had a minor presence. It was organized by the businessman Imre Kiralfy.
[7]The exhibition fever of those years even hit Japan, where colonial and anthropological exhibitions were organized in Osaka (1903) and Tokyo (1913). These showed Ainu peoples and persons from the newly incorporated territories of the Japanese Empire (Siddle, 1996; Nanta, 2011).
[8]For a good summary of the extensive colonial propaganda movement which spread around Europe during the interwar period (with detailed references to the exhibitions) see Stanard (2009).
[9]British Empire Exhibition.
[10]After its defeat in the Great War, the 119 Versailles Treaty article specified that Germany should give up all its overseas territories. Therefore, whenever exhibitions were celebrated during the interwar period Germany lacked any possessions whatsoever. Thus, German competitions mentioned (including Vienna) were nothing but mere patriotic exhibitions of colonial revisionism, which were celebrated during the Weimar Republic and reached their heyday in the Nazi era.
[11]This was the Mostra Coloniale Celebrativa della Vittoria Imperiale, a propagandist national-colonial exhibition of a strong rationalist character.
[12]This was the British Empire Exhibition.
[13]This was the grandiose Prima (and unique) mostra triennale delle Terre Italiane d’Oltremare, which was to be celebrated between the 9 of May and the 15 of October 1940, and which was suspended after a month owing to Mussolini’s declaration of war on France and Great Britain. See Kivelitz (1999: 162–171), Abbattista and Labanca (2008), Vargaftig (2010) and, more specifically, Dore (1992).
[14]The available literature on the exhibition of 1931 is very abundant. A very brief selection of titles could include the following: Ageron (1984), Blévis et al. (2008), Exposition Coloniale (2006), Hodeir and Pierre (1991), L’ Estoile (2007), Lebovics (2008) and Morton (2000).
[15]However, the organization of two purely commercial ethnological exhibitions was authorized.
[16]On the Congolese section of the 1958 Brussels exhibition, the works of Cornelis (2005), Halen (1995), and Stanard (2005 and 2011) can be used as references.
[17]The territory of Rwanda-Urundi (former German colony of Rwanda and Burundi) was administered as a trusteeship by Belgium from 1924, on accepting a League of Nations mandate which was renewed through the UN after the end of the Second World War.
[18]For the encounters and disagreements between Christian exhibitions and Universal exhibitions during the nineteenth century, see Sánchez-Gómez (2011).
[19]The New-Zealander (Auckland), 22 October 1851. Available at http://paperspast.natlib.govt.nz/cgi-bin/paperspast [accessed 3/April/2009].
[20]This was the Historical Exhibition of Occupation (1937) and the Exhibition of the Portuguese World (1940); For the Catholic Church’s participation in these events, see Sánchez-Gómez (2009).
[21]The presence of natives has not been recorded at Protestant exhibitions celebrated in France, Sweden, Switzerland or Germany during those years.

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Voir aussi:

Human zoos: When people were the exhibits
Annika Zeitler
Dw.com
10.03.2017

From the German Empire through the 1930s, humans were locked up and exhibited in zoos. These racist « ethnological expositions » remain a traumatizing experience for Theodor Wonja Michael.

« We went throughout Europe with circuses, and I was always traveling – from Paris to Riga, from Berne to Bucharest via Warsaw, » remembers Theodor Wonja Michael. He is the youngest son of a Cameroonian who left the then German colony at the turn of the century to live in the German Empire.

« We danced and performed along with fire-eaters and fakirs. I began hating taking part in these human zoos very early on, » says the now 92-year-old. For several years, did stopped talking about that period in his life. Then in 2013, Theodor Wonja Michael wrote about his and his family’s story in the book « Deutsch sein und schwarz dazu » (Being German and also Black).

Traveling with a human zoo

Theodor Wonja Michael’s father moved with his family from Cameroon to Europe at the end of the 19th century. In Berlin, he quickly realized that he wouldn’t be allowed to do normal jobs. The only available way of making a living was through ethnological expositions, also called human zoos.

At the time, performers of a human zoo would tour through Europe just like rock bands today. They were scheduled to do several presentations a day while visitors would gawk at them.

« In some cases, the performers had contracts, but they didn’t know what it meant to be part of Europe’s ethnological expositions, » says historian Anne Dreesbach. Most of them were homesick; some died because they didn’t manage to get vaccinated. That’s how an Inuit family, which was part of an exhibition, died of smallpox after shows in Hamburg and Berlin in 1880. Another group of Sioux Indians died of vertigo, measles and pneumonia.

Carl Hagenbeck’s exposition of ‘exotics’

A 1927 photo of Carl Hagenbeck, surrounded by the Somalians he put in a Hamburg zoo

Up until the 1930s, there were some 400 human zoos in Germany.

The first big ethnological exposition was organized in 1874 by a wild animal merchant from Hamburg, Carl Hagenbeck. « He had the idea to open zoos that weren’t only filled with animals, but also people. People were excited to discover humans from abroad: Before television and color photography were available, it was their only way to see them, » explains Anne Dreesbach, who published a book on the history of human zoos in Germany a few year ago.

An illusion of travel

The concept already existed in the early modern age, when European explorers brought back people from the new areas they had traveled to. Carl Hagenbeck took this one step further, staging the exhibitions to make them more attractive: Laplanders would appear accompanied by reindeer, Egyptians would ride camels in front of cardboard pyramids, Fuegians would be living in huts and had bones as accessories in their hair. « Carl Hagenbeck sold visitors an illusion of world travel with his human zoos, » says historian Hilke Thode-Arora from Munich’s ethnological museum.

How Theodor Wonja Michael experienced racism in Germany

« In these ethnological expositions, we embodied Europeans perception of ‘Africans’ in the 1920s and 30s – uneducated savages wearing raffia skirts, » explains Theodor Wonja Michael. He still remembers how strangers would stroke his curled hair: « They would smell me to check if I was real and talked to me in broken German or with signs. »

Hordes of visitors

Theodor Wonja Michael’s family was torn apart after the death of his mother, who was a German seamstress from East Prussia. A court determined that the father couldn’t properly raise his four children, and operators of a human zoo officially became the young Theodor’s foster parents in the 1920s. « Their only interest in us was for our labor, » explains Michael.

All four children were taken on by different operators of ethnological expositions and had to present and sell « a typical African lifestyle » for a curious public, like their father had done previously. For Theodor Wonja Michael, it was torture.

Just like fans want to see stars up close today, visitors at the time wanted to see Fuegians, Eskimos or Samoans. When one group decided to stay hidden in their hut during the last presentation of a day in a Berlin zoo in November 1881, thousands of visitors protested by pushing down fences and walls and destroying banks. « This shows what these expositions subconsciously triggered in people, » says Dreesbach.

Theodor Wonja Michael was nine years old when his father died in 1934, aged 55. He only has very few memories of him left. From his siblings’ stories, he knows that his father worked as an extra on silent films at the beginning of the 1920s. The whole family was brought with him to the studio and also hired as extras because they were viewed as « typically African. »

Several human zoos stopped running after the end of World War I. Hagenbeck organized his last show of « exotic people » in 1931 – but that didn’t end discrimination.

Theodor Wonja Michael’s book is available in German under the title, « Deutsch sein und Schwarz dazu. Erinnerungen eines Afro-Deutschen » (Being German and also Black. Memoires of an Afro-German).

Voir de même:

REVIEW: The Strange Tale of a Coney Island ‘Doctor’ Who Saved 7,000 Babies

The Strange Case of Dr. Couney: How a Mysterious European Showman Saved Thousands of American Babies by Dawn Raffel (Blue Rider Press, 284 pp.)

By Laura Durnell

The National Book Review

8.15. 2018

With a couturier’s skill, Dawn Raffel’s The Strange Case of Dr. Couney: How a Mysterious European Showman Saved Thousands of American Babies threads facts and education into a dramatic and highly unusual narrative.  The enigmatic showman Martin Couney showcased premature babies in incubators to early 20th century crowds on the Coney Island and Atlantic City boardwalks, and at expositions across the United States. A Prussian-born immigrant based on the East coast, Couney had no medical degree but called himself a physician, and his self-promoting carnival-barking incubator display exhibits actually ended up saving the lives of about 7,000 premature babies. These tiny infants would have died without Couney’s theatrics, but instead they grew into adulthood, had children, grandchildren, great grandchildren and lived into their 70s, 80s, and 90s. This extraordinary story reveals a great deal about neonatology, and about life.

Raffel, a journalist, memoirist and short story writer, brings her literary sensibilities and great curiosity, to Couney’s fascinating tale. Drawing on extraordinary archival research as well as interviews, her narrative is enhanced by her own reflections as she balanced her shock over how Couney saved these premature infants and also managed to make a living by displaying them like little freaks to the vast crowds who came to see them. Couney’s work with premature infants began in Europe as a carnival barker at an incubator exposition. It was there he fell in love with preemies and met his head nurse Louise Recht. Still, even allowing for his evident affection, making the preemies incubation a public show seems exploitative.

But was it? In the 21st century, hospital incubators and NICUs are taken for granted, but over a hundred years ago, incubators were rarely used in hospitals, and sometimes they did far more harm than good.  Premature infants often went blind because of too much oxygen pumped into the incubators (Raffel notes that Stevie Wonder, himself a preemie, lost his sight this way). Yet the preemies Couney and his nurses — his wife Maye, his daughter Hildegard, and lead nurse Louise, known in the show as “Madame Recht” — cared for retained their vision. The reason? Couney was worried enough about this problem to use incubators developed by M. Alexandre Lion in France, which regulated oxygen flow.

Today it is widely accept that every baby – premature or ones born to term – should be saved.  Not so in Couney’s time. Preemies were referred to as “weaklings,” and even some doctors believed their lives were not worth saving. While Raffel’s tale is inspiring, it is also horrific. She does not shy away from people like Dr. Harry Haiselden who, unlike Couney, was an actual M.D., but “denied lifesaving treatment to infants he deemed ‘defective,’ deliberately watching them die even when they could have lived.”

Haiselden’s behavior and philosophy did not develop in a vacuum. Nazi Germany’s shadow looms large in Raffel’s book. Just as they did with America’s Jim Crow laws, Raffel acknowledges the Nazis took America’s late nineteenth and early twentieth century fascination with eugenics and applied it to monstrous ends in the T4 euthanasia program and the Holocaust. To better understand Haiselden’s attitude, Raffel explains the role eugenics played throughout Couney’s lifetime. She dispassionately explains the theory of eugenics, how its propaganda worked and how belief in eugenics manifested itself in 20th century America.

Ultimately, Couney’s compassion, advocacy, resilience, and careful maintenance of his self-created narrative to the public rose above this ignorant cruelty. True, he was a showman, and during most of his career, he earned a good living from his incubator babies show, but Couney, an elegant man who fluently spoke German, French and English, didn’t exploit his preemies (Hildegard was a preemie too).  He gave them a chance at the lives they might not have been allowed to live. Couney used his showmanship to support all of this life-saving. He put on shows for boardwalk crowds, but he also, despite not having a medical degree, maintained his incubators according to high medical standards.

In many ways, Couney’s practices were incredibly advanced. Babies were fed with breast milk exclusively, nurses provided loving touches frequently, and the babies were held, changed and bathed. “Every two hours, those who could suckle were carried upstairs on a tiny elevator and fed by breast by wet nurses who lived in the building,” Raffel writes.  “The rest got the funneled spoon.”

Yet the efforts of Dr. Couney’s his nurses went largely ignored by the medical profession and were only mentioned once in a medical journal. As Raffel writes in her book’s final page, “There is nothing at his  grave to indicate that [Martin Couney] did anything of note.” The same goes for Maye, Louise and Hildegard. Louise’s name was misspelled on her shared tombstone (Louise’s remains are interred in another family’s crypt), and Hildegard, whose remains are interred with Louise’s, did not even have her own name engraved on the shared tombstone.

With the exception of Chicago’s Dr. Julius Hess, who is considered the father of neonatology, the majority of the medical establishment patronized and excluded Couney. Hess, though, respected Couney’s work and built on it with his own scientific approach and research; in the preface to his book Premature and Congenitally Diseased Infants, Hess acknowledges Couney “‘for his many helpful suggestions in the preparation of the material for this book.’” But Couney cared more about the babies than professional respect. His was a single-minded focus: even when it financially devastated him to do so, he persisted, so his preemies could live.

A Talmud verse Raffel cites early in her book sums up Martin Couney: “If one saves a single life, it is as if one has saved the world.” The Strange Case of Dr. Couney gives Couney his due as a remarkable human being who used his promotional ability for the betterment of premature infants, and for, 7,000 times over, saving the world.


Laura Durnell’s work has appeared in The Huffington Post, Fifth Wednesday Journal, Room, The Antigonish Review, Women’s Media Center, Garnet News, others. She currently teaches at DePaul University, tutors at Wilbur Wright College, one of the City Colleges of Chicago, and is working on her first novel. Twitter handle:  @lauradurnell

Voir par ailleurs:

On te manipule

Une Théorie du complot, c’est quoi ?

Youtubeur cagoulé Une théorie du complot (on parle aussi de conspirationnisme ou de complotisme) est un récit pseudo-scientifique, interprétant des faits réels comme étant le résultat de l’action d’un groupe caché, qui agirait secrètement et illégalement pour modifier le cours des événements en sa faveur, et au détriment de l’intérêt public. Incapable de faire la démonstration rigoureuse de ce qu’elle avance, la théorie du complot accuse ceux qui la remettent en cause d’être les complices de ce groupe caché. Elle contribue à semer la confusion, la désinformation, et la haine contre les individus ou groupes d’individus qu’elle stigmatise.Les 7 commandements de la théorie du complot

1. Derrière chaque événement un organisateur caché tu inventeras

Bureau national des complotsDerrière chaque actualité ayant des causes accidentelles ou naturelles (mort ou suicide d’une personnalité, crash d’avion, catastrophe naturelle, crise économique…), la théorie du complot cherche un ou des organisateurs secrets (gouvernement, communauté juive, francs-maçons…) qui auraient manipulé les événements dans l’ombre pour servir leurs intérêts : l’explication rationnelle ne suffit jamais. Et même si les événements ont une cause intentionnelle et des acteurs évidents (attentat, assassinat, révolution, guerre, coup d’État…), la théorie du complot va chercher à démontrer que cela a en réalité profité à un AUTRE groupe caché. C’est la méthode du bouc émissaire.

2. Des signes du complot partout tu verras

Signe du complot La théorie du complot voit les indices de celui-ci partout où vous ne les voyez pas, comme si les comploteurs laissaient volontairement des traces, visibles des seuls « initiés ». Messages cachés sur des paquets de cigarettes, visage du diable aperçu dans la fumée du World Trade Center, parcours de la manifestation Charlie Hebdo qui dessinerait la carte d’Israël… Tout devient prétexte à interprétation, sans preuve autre que l’imagination de celui qui croit découvrir ces symboles cachés. Comme le disait une série célèbre : « I want to believe ! »

3. L’esprit critique tu auras… mais pas pour tout

La théorie du complot a le doute sélectif : elle critique systématiquement l’information émanant des autorités publiques ou scientifiques, tout en s’appuyant sur des certitudes ou des paroles « d’experts » qu’elle refuse de questionner. De même, pour expliquer un événement, elle monte en épingle des éléments secondaires en leur conférant une importance qu’ils n’ont pas, tout en écartant les éléments susceptibles de contrarier la thèse du complot. Son doute est à géométrie variable.

4. Le vrai et le faux tu mélangeras

Affiche "i want to believe"La théorie du complot tend à mélanger des faits et des spéculations sans distinguer entre les deux. Dans les « explications » qu’elle apporte aux événements, des éléments parfaitement avérés sont noués avec des éléments inexacts ou non vérifiés, invérifiables, voire carrément mensongers. Mais le fait qu’une argumentation ait des parties exactes n’a jamais suffi à la rendre dans son ensemble exacte !

5. Le « millefeuille argumentatif » tu pratiqueras

C’est une technique rhétorique qui vise à intimider celui qui y est confronté : il s’agit de le submerger par une série d’arguments empruntés à des champs très diversifiés de la connaissance, pour remplacer la qualité de l’argumentation par la quantité des (fausses) preuves. Histoire, géopolitique, physique, biologie… toutes les sciences sont convoquées – bien entendu, jamais de façon rigoureuse. Il s’agit de créer l’impression que, parmi tous les arguments avancés, « tout ne peut pas être faux », qu’ »il n’y a pas de fumée sans feu ».

6. La charge de la preuve tu inverseras

ILivre sur "la vérité"ncapables (et pour cause !) d’apporter la preuve définitive de ce qu’elle avance, la théorie du complot renverse la situation, en exigeant de ceux qui ne la partagent pas de prouver qu’ils ont raison. Mais comment démontrer que quelque chose qui n’existe pas… n’existe pas ? Un peu comme si on vous demandait de prouver que le Père Noël n’est pas réel.

7. La cohérence tu oublieras

A force de multiplier les procédés expliqués ci-dessus, les théories du complot peuvent être totalement incohérentes, recourant à des arguments qui ne peuvent tenir ensemble dans un même cadre logique, qui s’excluent mutuellement. Au fond, une seule chose importe : répéter, faute de pouvoir le démontrer, qu’on nous ment, qu’on nous cache quelque chose. #OnTeManipule !

Voir enfin:

« Le clip de Nick Conrad illustre la montée de la haine raciale en France »
Céline Pina
Le Figaro
28/09/2018

FIGAROVOX/TRIBUNE – Réagissant au clip du rappeur Nick Conrad appelant à massacrer des «Blancs», Céline Pina assure que cet épisode n’est que la partie visible d’une idéologie raciste de plus en plus violente, prenant les «Blancs» pour cible.

Ancienne élue locale, Céline Pina est essayiste et militante. Elle avait dénoncé en 2015 le salon de «la femme musulmane» de Pontoise et a récemment publié Silence Coupable (éd. Kero, 2016). Avec Fatiha Boutjalhat, elle est la fondatrice de Viv(r)e la République, mouvement citoyen laïque et républicain, appelant à lutter contre tous les totalitarismes et pour la promotion de l’indispensable universalité des valeurs républicaines.


«Je rentre dans des crèches, je tue des bébés blancs,

attrapez-les vite et pendez leurs parents

Écartelez-les pour passer le temps

Divertir les enfants noirs de tout âge, petits et grands.

Fouettez-les fort, faites-le franchement,

Que ça pue la mort, que ça pisse le sang»

Si vous pensez que l’État islamique donne maintenant ses ordres en rimes laborieuses ou que la nouvelle mode est de semer la haine et de lancer des appels au meurtre en chanson, c’est, d’après l’auteur de ce texte, que vous êtes plein de préjugés racistes. Certes tuer des enfants dans les écoles ou les crèches est bien un mot d’ordre que les terroristes islamistes ont lancé, certes le clip de ce rappeur appelle au meurtre de masse des Blancs, mais, selon ses défenseurs, il s’agit d’Art, de création, d’amour incompris. En fait, être choqués par ces paroles, témoignerait d’un refus collectif de prendre conscience de nos fautes et de celles de nos pères et serait un effet de notre racisme ontologique puisque le rappeur explique avoir voulu «inverser les rôles, (…) le système, de manière à ce que Blancs comme noirs puissent se rendre compte de la situation.». Son clip serait «une fiction qui montre des choses qui sont vraiment arrivées au peuple noir.». Rappelons qu’il s’agit ici de montrer des actes de torture, d’humiliation puis l’exécution d’un homme blanc, le tout filmé avec une jouissance sadique.

Au regard de la ligne de défense du rappeur on peut constater d’abord que s’il chante la haine, c’est qu’il la porte en lui. Il la légitime d’ailleurs par l’histoire. Dans son imaginaire et sa représentation du monde, tuer des «blancs» est une œuvre de justice pour un «noir» puisqu’il ne ferait que remettre les compteurs de l’histoire à zéro et venger les souffrances de son peuple, victime de l’esclavage. Sauf que pour raisonner ainsi il faut être profondément inculte et ne pas craindre la falsification historique. L’historien Olivier Petré-Grenouilleau a travaillé sur l’histoire des traites négrières. À l’époque il fut violemment attaqué car son travail déconstruisait un discours idéologique visant à réduire l’esclavage à la seule histoire de l’oppression de l’homme blanc sur l’homme noir. Or la réalité est bien plus diverse. Il y eut trois types de traite: la traite africaine, celle où des noirs capturaient et vendaient des esclaves noirs, on estime cette traite à 14 millions de personnes déportées. La traite arabo-musulmane où les marchands arabes capturaient et vendaient des esclaves noirs, celle-ci a concerné 17 millions d’individus et avait une particularité notable, la castration systématique de tous les hommes. Enfin la traite transatlantique, celle des «blancs», qui a concerné 11 millions d’individus.

Au vu de ce triste constat, nul ne peut pavoiser. Aucune couleur de peau ne peut revendiquer un quelconque avantage moral sur l’autre. En revanche, ce sont les Européens qui ont aboli les premiers l’esclavage, à l’issue d’un travail intellectuel et politique amorcé durant Les Lumières, qui changèrent la conception de l’homme et de la société. Grâce au concept d’égale dignité de l’être humain, il devenait impossible pour un homme d’en posséder un autre. Cette idée d’égalité est une construction, une représentation, une vision de l’homme et du monde qui rendit l’esclavage illégitime. En Europe, cette situation perdure car elle est liée à une perception du monde sur laquelle nous nous efforçons d’appuyer nos lois et nos mœurs. En Afrique et en Orient, l’esclavage existe encore (souvenez-vous des images du marché d’esclaves en Libye) et le combat pour l’abolir complètement est très discret, alors que la mémoire de l’esclavage, en Occident, finie par être instrumentalisée à des fins politiques douteuses. L’esclavage n’intéresse les idéologues gauchistes que pour faire le procès du blanc et justifier tous les passages à l’acte. Ce qui ne sert ni la connaissance historique, ni la lutte contre les discriminations.

Quant à l’excuse par l’art, mobilisée pour donner un boulevard à la haine et censurer ceux qui s’en indignent, elle a pour corollaire le droit de juger et de rejeter du spectateur. Elle a également pour limite l’appel au meurtre. Souvenez-vous de la radio Mille collines au Rwanda. Un bien joli nom pour une entreprise génocidaire. A coup d’appels enflammés et de texte haineux auquel celui-ci n’a rien à envier, elle sema sciemment la détestation et la mort. Et elle fut entendue. Largement.

C’est ce que fait à son niveau ce rappeur. Car son délire ne lui appartient pas en propre. Il relaie une logique, un discours de haine et un projet politique qui a été forgé d’abord aux États-Unis et qui revient ici porté par le PIR (Parti des Indigènes de la République), par l’extrême-gauche et par leurs alliés islamistes. Ce discours de haine raciale est légitimé et s’installe dans nos représentations car cette idéologie trouve des relais politiques et intellectuels. Elle se développe même au sein des universités à travers l’imposture du champ des études post-coloniales, où l’on préfère souvent former des activistes politiques, plutôt que s’astreindre à l’aride rigueur de la démarche scientifique. Ce discours est porté politiquement dans les banlieues où il construit les représentations des jeunes, il est accueilli dans les médias mainstream où les lectures raciales de la société se développent de plus en plus. Cette dérive violente est nourrie par un travail politique mené par des forces identifiables et il porte ses fruits: oui, il y a bien un racisme «anti-blancs» qui se développe dans les banlieues. Oui, on peut se faire agresser pour le seul crime d’être «blanc». Oui, la montée de la haine raciale aujourd’hui participe aux passages à l’acte et à l’explosion de la soi-disant violence gratuite.

Mais cela, une partie du système médiatique le nie, participant aussi à la légitimation de ceux qui font monter les tensions raciales. Imaginons juste qu’un chanteur ait chanté les mêmes horreurs à propos des noirs. Croyez-vous que la presse lui aurait ouvert ses colonnes pour qu’il se justifie? N’eût-il été immédiatement mis au ban par ses pairs? Quand les bien-pensants réclament qu’Eric Zemmour soit interdit d’antenne, alors que sa sortie ridicule n’a rien à voir de près ni de loin avec un appel au meurtre, ils sont curieusement muets quand il s’agit d’un rappeur pourtant indéfendable sur le fond et qui, lui, lance des appels à la haine.

Pire encore, pour ne pas avoir à se positionner sur des sujets épineux, ils vont jusqu’à nier la réalité. C’est Dominique Sopo, président de SOS Racisme, qui refuse de voir monter la haine raciale érigée en posture politique et estime que le racisme anti-blanc n’est qu’une invention de l’extrême-droite. Même son de cloche chez le député France insoumise Eric Cocquerel. En cela, la justification du rappeur qui prétend «inverser», mettre le blanc à la place du noir et évoque un clip copié sur le passage d’un film américain où deux membres du Klu Klux Klan font subir les mêmes atrocités à un homme noir, est calibrée pour fermer la bouche à ceux qui confondent gauche et repentance. Et cela marche. Pourtant le raisonnement sous-tendu par cette référence est stupide: les membres du KKK appartiennent à une idéologie particulière. Ils ne sont pas des références, ni des modèles, encore moins des exemples. Ils font honte à leurs concitoyens et leurs idées politiques sont combattues et rejetées. Ils ne représentent pas les «blancs». Leur donner une telle portée symbolique, c’est un peu comme confondre nazi et allemand ou islamistes et musulmans.

Quant à l’ultime provocation du rappeur, le fait que d’après lui, si on creuse un peu, derrière le couplet «pendez les blancs», c’est de l’amour que l’on entend, nous avons déjà eu droit à ce salmigondis stupide quand Houria Bouteldja a tenté de défendre son livre raciste: «les Blancs, les Juifs et nous». Et s’il fallait une preuve de ce que ce rappeur pense vraiment, la phrase de Malcom X qui clôt son clip nous le rappelle: «Le prix pour faire que les autres respectent vos droits humains est la mort.». Une phrase qui ne peut être entendue par les jeunes que comme un appel au meurtre dans le contexte du clip. Pire, même, qui voit dans le fait de donner la mort, la marque de ceux qui savent se faire respecter. Phrase toute aussi terrible et impressionnante que fausse: le prix pour faire que les autres respectent vos droits est la reconnaissance de l’égale dignité des êtres humains, la fraternité qui naît du partage de cette condition humaine et les devoirs qu’elle nous donne les uns envers les autres. Et la couleur de la peau n’a aucune importance dans cette histoire-là.

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Yom Kippour/5779: Attention, un Grand Pardon peut en cacher un autre (Yokes and chains: How much more mass immigration will the West have to endure to atone for its historical wrongs ?)

19 septembre, 2018
Et le bouc sur lequel est tombé le sort pour Azazel sera placé vivant devant l’Éternel, afin qu’il serve à faire l’expiation et qu’il soit lâché dans le désert pour Azazel. (…) Car en ce jour on fera l’expiation pour vous, afin de vous purifier: vous serez purifiés de tous vos péchés devant l’Éternel. Ce sera pour vous un sabbat, un jour de repos, et vous humilierez vos âmes. C’est une loi perpétuelle. Lévitique 16:10-31
Parce qu’aujourd’hui, chez les juifs, c’est le Kippour. Aujourd’hui dans le monde entier, tous les juifs, ils pardonnent à ceux qui leur ont fait du mal. Tous les juifs, sauf un. Moi. Moi, je pardonne pas. Raymond Bettoun
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Aujourd’hui on repère les boucs émissaires dans l’Angleterre victorienne et on ne les repère plus dans les sociétés archaïques. C’est défendu. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Malgré le titre général, en effet, dès l’article 1, seules la traite transatlantique et la traite qui, dans l’océan Indien, amena des Africains à l’île Maurice et à la Réunion sont considérées comme « crime contre l’humanité ». Ni la traite et l’esclavage arabes, ni la traite interafricaine, pourtant très importants et plus étalés dans le temps puisque certains ont duré jusque dans les années 1980 (au Mali et en Mauritanie par exemple), ne sont concernés. Le crime contre l’humanité qu’est l’esclavage est réduit, par la loi Taubira, à l’esclavage imposé par les Européens et à la traite transatlantique. (…) Faute d’avoir le droit de voter, comme les Parlements étrangers, des « résolutions », des voeux, bref des bonnes paroles, le Parlement français, lorsqu’il veut consoler ou faire plaisir, ne peut le faire que par la loi. (…) On a l’impression que la France se pose en gardienne de la mémoire universelle et qu’elle se repent, même à la place d’autrui, de tous les péchés du passé. Je ne sais si c’est la marque d’un orgueil excessif ou d’une excessive humilité mais, en tout cas, c’est excessif ! […] Ces lois, déjà votées ou proposées au Parlement, sont dangereuses parce qu’elles violent le droit et, parfois, l’histoire. La plupart d’entre elles, déjà, violent délibérément la Constitution, en particulier ses articles 34 et 37. (…) les parlementaires savent qu’ils violent la Constitution mais ils n’en ont cure. Pourquoi ? Parce que l’organe chargé de veiller au respect de la Constitution par le Parlement, c’est le Conseil constitutionnel. Or, qui peut le saisir ? Ni vous, ni moi : aucun citoyen, ni groupe de citoyens, aucun juge même, ne peut saisir le Conseil constitutionnel, et lui-même ne peut pas s’autosaisir. Il ne peut être saisi que par le président de la République, le Premier ministre, les présidents des Assemblées ou 60 députés. (…) La liberté d’expression, c’est fragile, récent, et ce n’est pas total : il est nécessaire de pouvoir punir, le cas échéant, la diffamation et les injures raciales, les incitations à la haine, l’atteinte à la mémoire des morts, etc. Tout cela, dans la loi sur la presse de 1881 modifiée, était poursuivi et puni bien avant les lois mémorielles. Françoise Chandernagor
Les « traites d’exportation » des Noirs hors d’Afrique remontent au VIIe siècle de notre ère, avec la constitution d’un vaste empire musulman qui est esclavagiste, comme la plupart des sociétés de l’époque. Comme on ne peut réduire un musulman en servitude, on répond par l’importation d’esclaves venant d’Asie, d’Europe centrale et d’Afrique subsaharienne. Olivier Pétré-Grenouilleau
A la différence de l’islam, le christianisme n’a pas entériné l’esclavage. Mais, comme il ne comportait aucune règle d’organisation sociale, il ne l’a pas non plus interdit. Pourtant, l’idée d’une égalité de tous les hommes en Dieu dont était porteur le christianisme a joué contre l’esclavage, qui disparaît de France avant l’an mil. Cependant, il ressurgit au XVIIe siècle aux Antilles françaises, bien que la législation royale y prescrive l’emploi d’une main-d’oeuvre libre venue de France. L’importation des premiers esclaves noirs, achetés à des Hollandais, se fait illégalement. Jean-Louis Harouel
Jusqu’ici – mais la vulgate perdure – les synthèses à propos de l’Afrique se limitaient ordinairement à une seule traite: la traite européenne atlantique entre l’Afrique et les Amériques, du XVe siècle à la première partie du XIXe siècle. En fait, jusqu’à la seconde moitié du de ce siècle puisque l’abolition ne met pas fin à la traite qui se poursuit illégalement. Or, le trafic ne s’est borné ni à ces quatre siècles convenus ni à l’Atlantique. La traite des Africains noirs a été pratiquée dans l’Antiquité et au Moyen Age; elle s’est prolongée jusqu’au XXe siècle et se manifeste encore sous divers avatars en ce début de XXIe siècle; elle s’est étendue à l’océan indien et au-delà; elle a été le fait non seulement des Européens, mais des Arabes et des Africains eux-mêmes. Pourtant, le programme de « La Route de l’esclave », élaboré par l’UNESCO et qui visait à briser le silence historique et scientifique observé sur la traite, véhicule, pour des raisons idéologiques (sous la pression des représentants du monde et des états africains), les mêmes distorsions. En effet, l’emploi du singulier (« La Route ») exclut de la reconnaissance et de la construction mémorielle aussi bien la traite interne à l’Afrique, la plus occultée, que les routes transsaharienne et orientale et montre à quel point l’histoire des traites est aujourd’hui un enjeu politique, en raison principalement des réparations que seul le Nord, parmi les régions impliquées, se devrait de verser. Roger Botte
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Le Parlement européen a approuvé, le 12 septembre 2018, par 448 contre 197 (avec 48 abstentions), le rapport de l’eurodéputée Sargentini constatant des « risques graves » de violation des « valeurs » de l’Union, selon les termes des articles 2 et 7 du Traité sur l’Union européenne. C’est le début d’une longue procédure qui pourrait, comme dans le cas de la Pologne le 20 décembre dernier, aboutir à l’adoption de sanctions (suspension des droits de vote) pour la Hongrie. (…) Toutefois (…) il est possible que les européistes aient remporté une victoire à la Pyrrhus. Au lendemain du vote, c’est toute l’Europe du groupe de Višegrad (V4) qui risque de se considérer comme mise à l’index. La Pologne, déjà visée en décembre dernier par la procédure de l’article 7, la Tchéquie et la Slovaquie ne peuvent que se solidariser avec la Hongrie au sein du V4. Et la coalition de gouvernement en Autriche ÖVP-FPÖ visée par l’article 7 en 1999 peut elle aussi, à terme, bloquer le processus. Mais surtout, ce revers au Parlement de Strasbourg consacre a contrario le leadership de la Hongrie en étendard d’un mouvement profond sur les échiquiers politiques nationaux qui dépasse le cadres de l’Europe centrale et orientale, comme en témoigne les convergences avec la Ligue de Salvini en Italie ou les Démocrates Suédois à Stockholm. (…) À Varsovie et à Rome, à Stockholm et à Athènes, la Hongrie peut maintenant fédérer tous ceux dénoncent les décisions de l’UE concernant la répartition obligatoire des réfugiés, tous ceux qui prétendent défendre l’identité de l’Europe contre l’islam et tous ceux qui promeuvent un retour des souverainetés nationales. Ce vote peut être le point de départ d’un nouvel élan pour la construction européenne. Il peut aussi devenir l’événement fondateur d’un leadership orbanien dans les opinions publiques des États membres. The Conversation
Dans ce livre, Douglas Murray analyse la situation actuelle de l’Europe dont son attitude à l’égard des migrations n’est que l’un des symptômes d’une fatigue d’être et d’un refus de persévérer dans son être. Advienne que pourra ! « Le Monde arrive en Europe précisément au moment où l’Europe a perdu de vue ce qu’elle est ». Ce qui aurait pu réussir dans une Europe sûre et fière d’elle-même, ne le peut pas dans une Europe blasée et finissante. L’Europe exalte aujourd’hui le respect, la tolérance et la diversité. Toutes les cultures sont les bienvenues sauf la sienne. « C’est comme si certains des fondements les plus indiscutables de la civilisation occidentale devenaient négociables… comme si le passé était à prendre », nous dit Douglas Murray. Seuls semblent échapper à celle langueur morbide et masochiste les anciens pays de la sphère soviétique. Peut-être que l’expérience totalitaire si proche les a vaccinés contre l’oubli de soi. Ils ont retrouvé leur identité et ne sont pas prêts à y renoncer. Peut-être gardent-ils le sens d’une cohésion nationale qui leur a permis d’émerger de la tutelle soviétique, dont les Européens de l’Ouest n’ont gardé qu’un vague souvenir. Peut-être ont-ils échappé au complexe de culpabilité dont l’Europe de l’Ouest se délecte et sont-ils trop contents d’avoir survécu au soviétisme pour se voir voler leur destin. Cette attitude classée à droite par l’Europe occidentale est vue, à l’Est, comme une attitude de survie, y compris à gauche comme en témoigne Robert Fico, le Premier ministre de gauche slovaque : «  j’ai le sentiment que, nous, en Europe, sommes en train de commettre un suicide rituel… L’islam n’a pas sa place en Slovaquie. Les migrants changent l’identité de notre pays. Nous ne voulons pas que l’identité de notre pays change. » (2016) Il y a un orgueil à se présenter comme les seuls vraiment méchants de la planète. Tout ce qui arrive, l’Europe en est responsable directement ou indirectement. Comme avant lui Pascal Bruckner, Douglas Murray brocarde l’auto-intoxication des Européens à la repentance. Les gens s’en imbibent, nous dit-il, parce qu’ils aiment ça. Ça leur procure élévation et exaltation. Ça leur donne de l’importance. Supportant tout le mal, la mission de rédemption de l’humanité leur revient. Ils s’autoproclament les représentants des vivants et des morts. Douglas Murray cite le cas d’Andrews Hawkins, un directeur de théâtre britannique qui, en 2006, au mi-temps de sa vie, se découvrit être le descendant d’un marchand d’esclaves du 16ème siècle. Pour se laver de la faute de son aïeul, il participa, avec d’autres dans le même cas originaires de divers pays, à une manifestation organisée dans le stade de Banjul en Gambie. Les participants enchainés, qui portaient des tee-shirts sur lesquels était inscrit « So Sorry », pleurèrent à genoux, s’excusèrent, avant d’être libérés de leurs chaines par  le Vice-Président  gambien. « Happy end », mais cette manie occidentale de l’auto-flagellation, si elle procure un sentiment pervers d’accomplissement, inspire du mépris à ceux qui n’en souffrent pas et les incitent à en jouer et à se dédouaner de leurs mauvaises actions. Pourquoi disputer aux Occidentaux ce mauvais rôle. Douglas Murray raconte une blague de Yasser Arafat qui fit bien rire l’assistance, alors qu’on lui annonçait l’arrivée d’une délégation américaine. Un journaliste présent lui demanda ce que venaient faire les Américains. Arafat lui répondit que la délégation américaine passait par là à l’occasion d’une tournée d’excuses à propos des croisades ! Cette attitude occidentale facilite le report sur les pays occidentaux de la responsabilité de crimes dont ils sont les victimes. Ce fut le cas avec le 11 septembre. Les thèses négationnistes fleurirent, alors qu’on se demandait aux États-Unis qu’est-ce qu’on avait bien pu faire pour mériter cela. Cette exclusivité dans le mal que les Occidentaux s’arrogent ruissèle jusques et y compris au niveau individuel. Après avoir été violé chez lui par un Somalien en avril 2016, un politicien norvégien, Karsten Nordal Hauken, exprima dans la presse la culpabilité qui était la sienne d’avoir privé ce pauvre Somalien, en le dénonçant, de sa vie en Norvège et renvoyé ainsi à un avenir incertain en Somalie. Comme l’explique Douglas Murray, si les masochistes ont toujours existé, célébrer une telle attitude comme une vertu est la recette pour fabriquer « une forte concentration de masochistes ». « Seuls les Européens sont contents de s’auto-dénigrer sur un marché international de sadiques ». Les dirigeants les moins fréquentables sont tellement habitués à notre autodénigrement qu’ils y voient un encouragement. En septembre 2015, le président Rouhani a eu le culot de faire la leçon aux Hongrois sur leur manque de générosité dans la crise des réfugiés. Que dire alors de la richissime Arabie saoudite qui a refusé de prêter les 100 000 tentes climatisées qui servent habituellement lors du pèlerinage et n’a accueilli aucun Syrien, alors qu’elle offrait de construire 200 mosquées en Allemagne ? La posture du salaud éternel, dans laquelle se complait l’Europe, la désarme complètement pour comprendre les assauts de violence dont elle fait l’objet et fonctionne comme une incitation. Beaucoup d’Européens, ce fut le cas d’Angela Merkel, ont cru voir, dans la crise migratoire de 2015, une mise au défi de laver le passé : « Le monde voit dans l’Allemagne une terre d’espoir et d’opportunités. Et ce ne fut pas toujours le cas » (A. Merkel, 31 août 2015). N’était-ce pas là l’occasion d’une rédemption de l’Allemagne qu’il ne fallait pas manquer ?  Douglas Murray décrit ces comités d’accueils enthousiastes qui ressemblaient à ceux que l’on réservait jusque là aux équipes de football victorieuses ou à des combattants rentrant de la guerre. Les analogies avec la période nazie fabriquent à peu de frais des héros. Lorsque la crise migratoire de 2015 survient il n’y a pas de frontière entre le Danemark et la Suède. Il suffisait donc de prendre le train pour passer d’un pays à l’autre. Pourtant, il s’est trouvé une jeune politicienne danoise de 24 ans – Annika Hom Nielsen – pour transporter à bord de son yacht, en écho à l’évacuation des juifs en 1943, des migrants qui préféraient la Suède au Danemark mais qui, pourtant, ne risquaient pas leur vie en restant au Danemark. Si beaucoup de pays expient l’expérience nazie, d’autres expient leur passé colonial. C’est ainsi que l’Australie a instauré le « National Sorry Day » en 1998. En 2008, les excuses du Premier ministre Kevin Rudd aux aborigènes furent suivies de celles du Premier ministre canadien aux peuples indigènes. Aux États-Unis, plusieurs villes américaines ont rebaptisé « Colombus Day » en « Indigenous People Day ». Comme l’écrit Douglas Murray, il n’y a rien de mal à faire des excuses, même si tous ceux à qui elles s’adressent sont morts. Mais, cette célébration de la culpabilité « transforme les sentiments patriotiques en honte ou à tout le moins, en sentiments profondément mitigés ». Si l’Europe doit expier ses crimes passés, pourquoi ne pas exiger de même de la Turquie ? Si la diversité est si extraordinaire, pourquoi la réserver à l’Europe et ne pas l’imposer à, disons, l’Arabie saoudite ? Où sont les démonstrations de culpabilité des Mongols pour la cruauté de leurs ascendants ? « il y a peu de crimes intellectuels en Europe pires que la généralisation et l’essentialisation d’un autre groupe dans le monde».  Mais le contraire n’est pas vrai. Il n’y a rien de mal à généraliser les pathologies européennes, et les Européens ne s’en privent pas eux-mêmes. Michèle Tribalat

Attention: un Grand Pardon peut en cacher un autre !

En cette journée pénitentielle de l’Expiation

Où pour s’assurer un bon nouveau départ dix jours après leur Nouvel An, nos amis juifs font en quelque sorte leur examen de conscience pour l’année précédente …

Comment ne pas repenser …

A cette institution qui donna au monde le terme et la théorie pour débusquer l’un des phénomènes les plus prégnants de notre modernité …

Mais aussi ne pas s’inquiéter …

De ces étranges perversions des vertus judéo-chrétiennes dont le monde moderne est décidément devenu si friand …

D’un Occcident et d’une Europe qui …

A l’image de ces processions de nouveaux flagellants

Qui des Etats-unis et du Royaume-Uni refont à l’envers le tristement fameux voyage de la seule traite atlantique

Pour, chaines aux pieds et jougs autour du cou, demander pardon – cherchez l’erreur ! – aux actuels descendants des esclavagistes africains

N’ont pas de mots assez durs pour fustiger les erreurs de leur propre passé …

Mais aussi, entre leurs classes populaires et les pays tout récemment délivrés du joug communiste, ces peuples …

Qui devant la véritable invasion migratoire qui leur est imposée, ne veulent tout simplement pas mourir ?

Film follows Camano Island family’s effort to atone
Krista J. Kapralos
Herald
February 19, 2008

“So sorry.”

Members of the Lienau family of Camano Island have walked hundreds of miles, over the course of four years and on four continents, to say those words.

Sometimes, there is more explanation:

“I want to apologize on behalf of the United States for the enslavement of African children,” Jacob Lienau said in 2006, when he was just 14 years old, in a stadium in Gambia.

“We’re apologizing for the legacy of the slave trade, particularly where Christians were involved,” Shari Lienau, mother of nine children, said at a Martin Luther King Jr. Day march in Everett that same year.

“I wanted to say I was sorry,” Anna Lienau said two years ago, when she was 12 years old and saving money to travel to Africa to apologize.

But most often, there are just the two simple words, and sometimes they’re not even spoken. When Michael and Shari Lienau and their children march, they wear black T-shirts with “So Sorry” emblazoned in white block letters.

It was in 2004 that filmmaker Michael Lienau and his family first joined Lifeline Expedition, an England-based organization dedicated, for the past seven years, to traveling the world and apologizing for the part of white Europeans and Americans in the African slave trade. The expedition has attracted a loyal group concerned with the long-term effects of slavery on relations among whites and blacks. In historic slave ports in the United States, South America, Caribbean islands, Great Britain and Africa, members of the group, including several Lienau children, allow themselves to be chained and yoked together in a jarring acknowledgment of the practice of human trade.

Michael Lienau documented many of the Lifeline Expedition’s trips and recently completed production on “Yokes and Chains: A Journey to Forgiveness and Freedom.”

The documentary will be shown Wednesday at Everett Community College as part of Black History Month.

Reporter Krista J. Kapralos: 425-339-3422 or kkapralos@heraldnet.com.

See the documentary

“Yokes and Chains: A Journey to Forgiveness and Freedom,” a documentary by Camano Island filmmaker Michael Lienau, is scheduled for 11 a.m. Wednesday at the Parks Building at Everett Community College, at 2000 Tower St., Everett.

To see a trailer for the documentary, go to http://www.yokesandchains.com. To read a 2006 Herald article on the Lienau family and the Lifeline Expedition and see photographs, go to http://www.heraldnet.com/article/20060521/NEWS01/605210777.

Voir aussi:

‘My ancestor traded in human misery’
Mario Cacciottolo
BBC News

Sorry is often said to be the hardest word but Andrew Hawkins felt compelled to apologise to a crowd of thousands of Africans.

His regret was not for his own actions but offered on behalf of his ancestor, who traded in African slaves 444 years ago.

Sir John Hawkins was a 16th Century English shipbuilder, merchant, pirate and slave trader.

He first captured natives of Sierra Leone in 1562 and sold them in the Caribbean. His cousin was Sir Francis Drake, who joined him on expeditions.

Hawkins is famed for reconstructing the design of English ships in the 1580s and commanded part of the fleet which repelled the Spanish Armada in 1588.

‘Family joke’

But it was his drive to acquire and sell African slaves which prompted Hawkins’s distant relation to take his own journey to that continent several centuries later.

Andrew Hawkins, of Liskeard, Cornwall, is a 37-year-old married father-of-three who runs a youth theatre company and claims to be the sailor’s descendant.

« It had always been part of the verbal history of our family, that we were related to Sir John Hawkins.

« It was a standing joke in the family that we had a pirate in the family.

« When I was a child I was quite pleased to learn of this family link and in Plymouth John Hawkins is a bit of a local hero.

« His picture used to be up in a subway there, along with Plymouth heroes. As a boy I used to be pleased to see it and to think I was related to him. »

‘Unjustifiable’

But in 2000 Andrew’s perspective was forever altered when he learned the truth about his ancestor.

« I heard David Pott, from the Lifeline Expedition, speak in 2000 and he mentioned how Hawkins was the first English slave trader.

« It was a bit of a shock and it really challenged me, particularly because Hawkins named his ships things like Jesus of Lubeck and the Grace of God.

SIR JOHN HAWKINS

Born Plymouth, 1535
Cousin of Sir Francis Drake
Famed for voyages to West Africa and South America
Trades slaves in the Caribbean in 1562, beginning England’s participation in slave trade
Helped fight the Spanish Armada in 1588 (Photo: National Maritime Museum)
« That really offended me, particularly the latter name. God’s grace has nothing to do with being chained up in the hold of a ship, lying in your own excrement for several months.

« So often things are done in the name of God that are horrific for mankind and I think God would consider what Sir John Hawkins did to be an abomination.

« It’s quite shocking that he could think it was justifiable. »

Andrew says slavery was never justifiable, even in the 16th Century, when people often say society « didn’t know any different ».

He says: « We don’t try to justify the Jewish Holocaust but this was an African Holocaust.

« We have to face our history and our own personal consequences. I went to show people that I didn’t think what happened was right and not everybody thought it was acceptable. »

Andrew and his fellow members from the Lifeline Expedition made their apology at The International Roots Festival, held in the Gambia in June.

This event, which runs for several weeks, encourages Africans to discover their ancestral identity.

Crowd hushed

The group of 27 spoke up at a football stadium in the capital Banjul, at the end of the festival’s opening ceremony.

They made their way to the stadium by walking through the streets laden in yokes and chains, before eventually speaking their words of atonement.

They included people from European nations such as England, France and Germany but there were also representatives from Jamaica, Barbados, Mali, the Ivory Coast and Sierra Leone.

The apologists walked to the stadium in chains and yokes
« Black people came to apologise because black people sold black people to Europeans, » Andrew said.

Andrew estimates the 25,000-capacity stadium was about two-thirds full, with delegates from African nations, Gambian vice-president, Isatou Njie-Saidy, and Rita Marley, widow of reggae legend Bob Marley, among the crowd.

He says: « The crowd died down to a hush. Some were looking at us, others were reading through their programmes to work out what we were doing.

« One lady at the front must have realised because she started applauding, then everyone did the same.

« That was a moving moment, because I wasn’t sure if they would be happy to see us. »

Multi-lingual apology

The group apologised in French, German and English – the languages of the nations responsible for much of the African slave trade.

It’s never too late to say you’re sorry

Andrew Hawkins
The apology had not been rehearsed. Andrew said: « It’s hard to remember what I said. I did say that as a member of the Hawkins family I did not accept what had happened was right.

« I said the slave trade was an abomination to God and I had come to ask the African people for their forgiveness. »

‘Emotional responses’

Vice-president Njie-Saidy joined them on stage and, in an impromptu speech, said she was « touched » by the apology before coming forward to help the group out of their chains.

Andrew says: « I was really overwhelmed with her generosity because she chose to forgive us, which is a very powerful thing.

« Afterwards people came on to the pitch to talk to us and there were some very emotional responses. »

But does Andrew really believe it was worth apologising for events that happened more than four centuries ago, on behalf of a relative who is so very distant?

« Yes. It’s never too late to say you’re sorry, » he said.

Voir également:

The March of the Abolitionists
Can reconciliation and forgiveness be achieved by wearing the yokes and chains of imprisonment? The abolition marchers believe their 250-mile walk will go at least some way toward promoting a greater understanding of our role in the slave trade.

Campaigners call it ‘an act of apology’ and as such, the March of the Abolitionists is being billed as the first major public event to mark the 200th anniversary of the Abolition of the Slave Trade Act.

Image: Lifeline Expedition website
Beginning in Hull on Friday 2nd March, hundreds of people will don yokes and chains and attempt the 250-mile journey from Humberside to London – the gruelling route taken by enslaved Africans during the period of the Atlantic Slave Trade.

Marching through the county
The abolition marchers’ route will link up sites throughout the country that played a significant role in the slave trade in the United Kingdom.

In Cambridgeshire, these include Wisbech, the birthplace of abolitionist Thomas Clarkson; Cambridge, where both Clarkson and William Wilberforce were educated; and Soham, where the African abolitionist Olaudah Equiano was married.

You’re welcome to walk with the marchers as they pass through your part of the county.

Route details
Monday 12th March – Holbeach to Wisbech
Tuesday 13th March – Wisbech to Wimblington
Wednesday 14th March – Wimblington to Sutton
Thursday 15th March – Sutton to Soham
Friday 16th March – Soham to Cambridge
Saturday 17th March – Cambridge to Royston
Sunday 18th March – Royston (rest day)
Monday 19th March – Royston to Buntingford
The march will culminate in an Anglican Apology event in Greenwich on Saturday 24th March.

Why and who?
The March of the Abolitionists is an initiative of the Lifeline Expedition in partnership with Anti-Slavery International, CARE, Church Mission Society, the Equiano Society, Northumbria Community, Peaceworks, USPG, Wilberforce 2007 (Hull) and Youth With A Mission. The march is also associated with the Set All Free and Stop the Traffik coalitions.

Image: Lifeline Expedition website
Marchers include a number of children aged between five and 15, two of whom will occasionally wear the yokes and chains.  The organisers stress that these children are aged 12 and 15 and have chosen to wear the yokes after seeing pictures of enslaved children.

The march of the Abolitionists aims to bring about an apology for the slave trade, and especially the role of the Church, and so help people deal with its legacy; to raise greater awareness of the true history of both slavery and abolition; remember and celebrate the work of both the black and white abolitionists; and promote greater understanding, reconciliation and forgiveness.


Harcèlement en ligne: Les journalistes ne devraient jamais oublier la responsabilité sociale qu’ils ont (As colonialism-themed bar learns colonialism will only yield to greater violence, cyberbullied journalist recalls the media’s social responsibility)

3 août, 2018

 


"Concerning Violence", un documentaire de Göran Hugo Olsson, © Happiness distribution
trump-targetPresque aucun des fidèles ne se retenait de s’esclaffer, et ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. Car l’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. C’est de la même façon que le peuple chasse ou acclame les rois. Marcel Proust
Pour qu’il y ait cette unanimité dans les deux sens, un mimétisme de foule doit chaque fois jouer. Les membres de la communauté s’influencent réciproquement, ils s’imitent les uns les autres dans l’adulation fanatique puis dans l’hostilité plus fanatique encore. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence. Frantz Fanon
La violence du colonisé, avons-nous dit, unifie le peuple. De par sa structure en effet, le colonialisme est séparatiste et régionaliste. Le colonialisme ne se contente pas de constater l’existence de tribus, il les renforce, les différencie. Le système colonial alimente les chefferies et réactive les vieilles confréries maraboutiques. La violence dans sa pratique est totalisante, nationale. De ce fait, elle comporte dans son intimité la liquidation du régionalisme et du tribalisme. Aussi les partis nationalistes se montrent-ils particulièrement impitoyables avec les caïds et les chefs coutumiers. La liquidation des caïds et des chefs est un préalable à l’unification du peuple. Frantz Fanon
Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé ; restent un homme mort et un homme libre. Sartre (préface des « Damnés de la terre » de Franz Fanon, 1961)
Je voulais surtout sortir de la spéculation – à l’époque, les livres de Franz Fanon, notamment Les damnés de la terre, étaient à la mode et ils me paraissaient à la fois faux et dangereux. Pierre Bourdieu
Ce que Fanon dit ne correspond à rien. Il est même dangereux de faire croire aux Algériens ce qu’il leur dit. Cela les conduirait à une utopie. Et je pense que ces personnes [Sartre et Fanon] ont leur part de responsabilité dans ce que l’Algérie est devenue, parce qu’ils ont raconté des histoires aux Algériens, qui ne connaissaient souvent pas mieux leur pays que les Français qui en parlaient. C’est pourquoi les Algériens ont continué à avoir une vision illusoire, utopique et irréaliste de l’Algérie (…). Du fait de cette irresponsabilité, les textes de Fanon et de Sartre ont quelque chose de terrifiant. Il fallait être mégalomane pour se croire autorisés à dire de telles absurdités. Pierre Bourdieu
« Concerning Violence » interroge les spectateurs sur le monde actuel, car le colonialisme est une donne fondamentale de la construction de l’Occident. Il s’agit d’une sorte d’essai filmique en 9 chapitres rythmé par la voix de Lauryn Hill. La chanteuse des Fugees, connue pour son engagement politique, a prêté sa voix à Frantz Fanon, en citant des extraits de ses textes. Des entretiens et des archives nous replongent dans l’Afrique d’avant la décolonisation, plus particulièrement au Mozambique et en Angola. Le réalisateur a tenté d’illustrer les propos de l’essayiste martiniquais avec des images tournées par des cinéastes lors des luttes socialistes anti-impérialistes en Afrique. La décolonisation s’est souvent faite dans le sang, avec des guerres d’indépendances menées avec passion par les anciennes colonies. C’est aussi cette violence de la colonisation, qui permet d’expliquer les tensions dans les pays concernés. A travers ce film, le réalisateur a voulu aussi montrer l’écho que pouvait donner les propos de Fanon aux problèmes actuels de nos sociétés. La violence y est encore présente, tout comme elle l’était dans la période de colonisation et la quête à l’indépendance. N’y a-t-il pas une sorte d’hypocrisie entre les valeurs humanistes de l’Occident et cette colonisation violente qui a donné le monde actuel ? France info Martinique
La colonisation est un crime contre l’humanité. Emmanuel Macron
Le truc qu’ont ces joueurs en commun, c’est que si vous retracez leur histoire, leurs ancêtres ont tous appris à parler français de la même manière. Ils ont tous quelque chose en commun. Si on se demande pourquoi leur familles ont commencé à parler français et qu’on remonte leur histoire on comprend vite pourquoi. Trevor Noah
C’est un moment génial de l’histoire de France. Toute la communauté issue de l’immigration adhère complètement à la position de la France. Tout d’un coup, il y a une espèce de ferment. Profitons de cet espace de francitude nouvelle. Jean-Louis Borloo (ministre délégué à la Ville, avril 2003)
Venez, on fait un autodafé du Nouvel Obs avec leur dossier “antisémite” de merde. Medhi Meklat (décembre 2002)
J’espère qu’on m’accordera le crédit de la fiction. Ce personnage [de Marcelin Deschamps] n’a pu exister que sur Twitter parce que c’était justement l’endroit de la fiction. (…) C’était un travail littéraire, artistique, on peut parler de travail sur l’horreur, en fait. Mehdi Meklat
Nous sommes le Grand Remplacement. Sûrement pas celui que les fous peuvent fantasmer. Nous sommes un grand remplacement naturel, celui d’une génération face aux « autres », du cycle de la vie. Nous sommes le présent. Nous sommes le Grand Remplacement d’un système archaïque, qui ne nous parle plus et qui ne nous a jamais considéré comme ses enfants. Nous sommes radicaux dans nos idées : nous irons au bout de la beauté. Nous écrirons quand vous voudrez qu’on se taise, et nous nous battrons quand vous aurez décidé qu’il est l’heure qu’on s’endorme. Nous reprendrons notre place, prise par ceux qu’on autorise à penser. Nous ne voulons parler qu’en NOTRE nom. De NOS gouts et de NOS couleurs. Nous sommes le Grand Remplacement d’une génération qui s’active sur Internet pour contrer les coups bas. D’artistes, seul au front, pour porter tous les combats. De révoltés d’une société qui ne sait plus se regarder dans les yeux et écouter les coeurs qui se battent. (…) Nous n’avions pas peur de créer des réactions puisque nous n’avions été que cela jusqu’ici : il fallait réagir aux approximations et aux humiliations diverses. Tous les jours, nous devions entendre « islam » à la télévision. Nous devions accepter « les débats » qui n’allaient nulle part ailleurs. Nous devions comprendre que « l’islamophobie » n’existait pas et que certains hommes politiques voulaient radier les musulmans de l’espace public. D’ailleurs, nous devions éviter de dire « musulman » pour ne pas effrayer les effarouchés. Téléramadan est né de ces frustrations. De ces « analyses » qui n’apportaient aucune réflexion à longueur de journaux. De ces chaines de télé qui comblaient le vide par l’hostilité. De ces mots qu’on lançait comme des bombes pour faire sursauter les âmes. (…) Il est temps de grand-remplacer ce présent qui nous oppresse, qui nous divise. Nous voulons grand-remplacer le désespoir par un idéal : l’écoute et la réflexion. Téléramadan n’est pas une démarche militante. C’est une démarche politique qui passe par la littérature, le regard et la poésie. Laissez-nous la naïveté de dire qu’on est les potes de personne, mais les frères de tout le monde. Bismillah. [Au nom de Dieu] Mouloud Achour, Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah
Depuis le temps qu’on lutte et espère le grand remplacement de la vieille France Bravo Meklat et Badrou ! Edouard Louis
Sur France Inter, ils ont longtemps relayé la voix des oubliés des banlieues. Dix ans après les émeutes de Clichy-sous-Bois, les jeunes reporters du Bondy Blog nous bousculent par leur ton libre et combatif. Ils sont les invités de “Télérama” cette semaine. Télérama
Mise à jour : Que savions nous des tweets de Mehdi Meklat lorsque nous l’avons interviewé, avec son compère Badroudine, en octobre 2015 ? En aucun cas, nous n’avions eu connaissance de ses messages antisémites, homophobes et racistes, récemment ressurgis des tréfonds de Twitter. Sinon, nous ne l’aurions pas cautionné. Cela va sans dire. Alors pourquoi le préciser ? Parce qu’au regard de ce qu’on sait aujourd’hui, une remarque, publiée dans cet entretien vieux d’un an et demi, prête malheureusement à confusion : « vous participez au bruit ambiant, disions-nous, en publiant sur Twitter des blagues parfois limites »… Sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps, Mehdi Meklat postait en effet des plaisanteries en cascade. Beaucoup étaient très drôles, mais d’autres étaient lestées d’une provocation aux franges de l’agressivité, ou d’une pointe de misogynie potache. C’est à cela que nous faisions allusion en parlant de « blagues limite ». A rien d’autre. Avons-nous à l’époque manqué de prudence ? Nous aurions pu passer des heures, voire des jours, à fouiller parmi ses dizaines de milliers de tweets déjà publiés, afin de vérifier qu’il ne s’y trouvait rien d’inacceptable. Mais pourquoi l’aurions-nous fait ? Tout, alors, dans sa production professionnelle (chroniques radio, documentaire, livre), témoignait au contraire d’un esprit d’ouverture qui nous a touchés. En octobre 2015, à nos yeux, Mehdi Meklat n’était absolument pas suspect d’intolérance. Découvrir aujourd’hui ses tweets haineux fut un choc pour nombre de nos lecteurs. Pour nous aussi. Ils sont aux antipodes des valeurs que Télérama défend numéro après numéro, depuis plus de soixante ans. Télérama
« La tolérance devient un crime lorsqu’elle s’étend au mal », écrit Thomas Mann dans La Montagne magique. Meh­di Meklat n’a pas seulement été toléré, il a été porté au pinacle par les organes du gauchisme culturel. Ceux-ci l’avaient élevé au rang de chantre ­semi-officiel de la «  culture de banlieue  ». Soit, pour eux, un mélange de cynisme roublard et de vulgarité ; la banalisation de l’insulte et de la menace ; le sens du «  respect  » dû au plus fort, au plus menaçant, au plus dangereux ; le mépris des femmes et des faibles, la haine des homosexuels. Bref, le côté «  racaille  » dans lequel ces journalistes à faible niveau culturel imaginent reconnaître les héritiers de la bohème antibourgeoise d’antan. Et qui sait  ? Une nouvelle avant-garde pleine de promesses. Il y avait un créneau. De petits malins dotés d’un fort sens du marketing se sont engouffrés dans la brèche. Ils ont compris qu’il y avait des places à prendre dans les médias pour peu que l’on puisse étaler une origine outre-­méditerranéenne et que l’on se conforme aux stéréotypes construits par le gauchisme culturel : «  racaille  », mais politisé. De la gauche qu’il faut. Pas celle qui a hérité des Lumières le goût de la raison droite et du savoir qui émancipe. Non, la gauche branchouille qui a métamorphosé l’antiracisme en multiculturalisme ; l’indifférence envers les origines et les couleurs de peau en autant d’«  identités  » reposant étrangement sur des détails anatomiques ; l’émancipation envers les origines en assignations identitaires. Une gauche aussi into­lérante et violente que ce «  fascisme  » dont elle ne cesse de poursuivre le fantôme. (…) Depuis longtemps, un certain nombre d’intellectuels, comme Pierre-André Taguieff, Alain Finkielkraut ou Georges Bensoussan, tentent de mettre en garde contre un des aspects les plus exécrables de cette soi-disant «  culture de banlieue  » : le racisme, l’antisémitisme. Mais leurs voix étaient couvertes, leurs propos dénoncés, quand ils n’étaient pas traînés en justice, comme Bensoussan et Pascal Bruckner, pour avoir dit que le roi est nu. (…) Il est entendu que, en Europe, en France, le racisme ne saurait provenir que de la société d’accueil. Du côté de l’immigration, il est convenu qu’on en est indemne et qu’on «  lutte pour ses droits  ». En outre, la théorie de la «  convergence des luttes  » implique que les combats des femmes, des homosexuels et des minorités ethniques se recoupent et se conjuguent, sous la direction éclairée d’une extrême gauche qui a trouvé dans ces «  minorités  » son prolétariat de substitution. (…) Mehdi Meklat avait franchi à une vitesse accélérée tous les échelons de la notoriété médiatique : rond de serviette chez Pascale Clark à France Inter, couverture de Télérama avec son compère Badrou («  les révoltés du Bondy Blog  »), «  textes  » publiés aux éditions du Seuil, adoubement par Christiane Taubira, qui a accepté de poser en couverture des Inrocks avec les deux compères sans se renseigner plus avant sur eux. Cette carrière fulgurante vient de dérailler alors qu’elle semblait toucher au sommet. Invité à La Grande Librairie sur France 5, l’«  enfant prodigue de Bondy  » est démasqué pour ses dizaines de milliers de tweets. Le dessinateur Joann Sfar et la journaliste Eugénie Bastié ont lancé une alerte : le héraut de la culture de banlieue avait tweeté des milliers de messages injurieux, menaçants, antisémites. Sous un pseudonyme – Marcelin Deschamps, que bien des gens connaissaient –, il avait appelé à tuer Charb et la rédaction de Charlie Hebdo, à «  enfoncer un violon dans le cul de madame Valls  », à «  enfoncer des ampoules brûlantes dans le cul de Brigitte Bardot. Jusqu’à ce qu’elle vomisse du sang  ». Il appelait à «  casser les jambes  » d’Alain Finkiel­kraut. Ajoutant : «  J’opte pour l’effet béquille pour Finkielkraut, car ainsi il pourra être immobilisé et souffrir dans l’indifférence générale.  » Il a tweeté : «  Sarkozy = la synagogue = les juifs = shalom = oui, mon fils = l’argent.  » Et «  LES BLANCS VOUS DEVEZ MOURIR ASAP  » (pour as soon as possible – dès que possible). On en est là  ? Oui, on en est là. Lentement mais sûrement, le niveau de tolérance envers les intolérants avait monté. La cote d’alerte était atteinte et nous ne l’avions pas vue. Si l’affaire Meklat pouvait au moins servir d’avertissement… Comme on le sait de triste expérience, le sort réservé aux juifs, dans toutes les sociétés, est comparable à ces canaris que les mineurs emportaient dans les mines de charbon. Le canari succombe par asphyxie avant que les mineurs aient pris conscience de la présence de gaz dans la galerie. Lorsque, dans une société donnée, la vie, pour les juifs, devient difficile ou dangereuse, c’est qu’elle est malade et menacée. C’est pourquoi il faut refuser absolument la banalisation de l’anti­judaïsme. Brice Couturier
Lors du traditionnel dîner des correspondants de la Maison Blanche à Washington (…) algré le contexte très formel et la présence de centaines d’invités, journalistes et politiques de tous bords, la comédienne de 32 ans, qui participe d’ordinaire au « Daily Show » de Trevor Noah (…) a (…) étrillé le président américain dans son discours. Seule représentante de l’administration Trump, la porte-parole Sarah Huckabee Sanders en a aussi pris pour son grade et c’est ce qui fait polémique. « Je vous adore dans le rôle de Tante Lydia dans La Servante écarlate », a balancé Michelle Wolf, en référence à ce personnage de matrone sadique interprétée par la sexagénaire Ann Dowd dans la série télévisée d’anticipation. Avant de la comparer au personnage de principal de « La Case de l’oncle Tom », controversé de nos jours car vu comme un esclave complice de ses maîtres… Un peu plus tard, elle s’est moquée de la porte-parole en lançant : « Elle brûle les faits pour s’en faire du fard à paupières » ! Le Parisien
J’ai été expulsée d’un restaurant ! Hier soir, la propriétaire du Red Hen à Lexington, en Virginie, m’a demandé de partir parce que je travaillais pour @POTUS (le président des Etats-Unis, ndlr) et je suis partie poliment. Ses actions en disent beaucoup plus sur elle que sur moi. Je fais toujours de mon mieux pour traiter les gens, y compris ceux avec qui je ne suis pas d’accord, respectueusement et je continuerai à le faire. Sarah Sanders (porte-parole de la Maison blanche)
La porte-parole de la Maison-Blanche va bénéficier d’une protection officielle. Selon CNN, qui invoque deux sources distinctes, Sarah Sanders sera protégée à son domicile dès ce mercredi par le « Secret service ». La durée de cette protection n’est pas spécifiée. Le « Secret service » assure habituellement la protection du président des États-Unis, du vice-président, de leurs familles, des anciens présidents, de la Maison-Blanche et des autres résidences officielles. Les collaborateurs des présidents ne sont en principe pas protégés à leur porte. A l’origine de cette décision, la déconvenue dont Sarah Sanders a été l’objet et qui a fait polémique aux Etats-Unis. Vendredi soir, la « press secretary » de Donald Trump et son mari ont été priés de quitter le restaurant où ils comptaient dîner. La restauratrice et son personnel, opposés à la politique migratoire du président, notamment la séparation des familles de migrants lors de leur entrée clandestine sur le sol américain, les ont priés de sortir. Le Parisien
I was asked to leave because I worked for President Trump. We are allowed to disagree but we should be able to do so freely and without fear of harm, and this goes for all people regardless of politics. Healthy debate on ideas and political philosophy is important, but the calls for harassment and push for any Trump supporter to avoid the public is unacceptable. Sarah Sanders (porte-parole de la Maison Blanche)
“La Première Plantation” est un cocktail-bar né de l’imagination de deux barmen passionnés, Gabriel Desvallées et Matthieu Henry. Ce nouvel établissement idéal pour une soirée conviviale a ouvert cet été au croisement des rues Bossuet et Professeur Weill. Pas encore trentenaires, les deux compères se sont croisés au cours de leurs carrières déjà bien remplies. C’est d’une rencontre avec la ville de Berlin qu’est née leur envie d’ouvrir leur établissement. Un lieu décontracté à l’ambiance tropicale où l’on déguste des cocktails maison d’après des recettes originales à base d’ingrédients rares, avec une carte qui évolue au rythme des saisons. La maison propose une sélection de vins, bières et cocktails sans alcool. Le Progrès
Envie de déguster un cocktail dans un endroit authentique et différent ? La Première Plantation saura vous satisfaire… (…) Ce bar à cocktails est un endroit vivant avec une atmosphère plutôt industrielle et végétale à la fois. Un mix surprenant où les clients seront accueillis chaleureusement et dans une ambiance assez funky ! (…) Les deux entrepreneurs, Gabriel Desvallées et Matthieu Henry sont des habitués du domaine de la restauration. Sachez que ces professionnels ne vous décevront pas car, avant de se lancer dans La Première Plantation, ils ont participé à plusieurs concours en agitant leurs shakers préférés ! Gabriel Desvallées a été à la 3ème place nationale au trophée du bar en 2014, quant à Matthieu Henry, il est le vainqueur France et finaliste monde à la Bacardi Legacy en 2016. La Première Plantation est un endroit jeune, dynamique, à l’image des deux jeunes hommes. Ils sauront vous faire voyager à travers le décor décalé de leur bar et grâce à leur cocktails. Fourniresto
Une oasis tropicale où la nature a tous les droits ; Un bar sans chichis, magnifique mais à la cool ; on aime la déco tropico-industrielle, qui réussit le pari d’être belle, moderne et pas cliché. Inside-lyon
Chaleur, douceur des îles, parfum des Caraïbes et cocktails au rhum. Plutôt que de parcourir des milliers de kilomètres jusqu’au bout du monde, on vous propose un dépaysant voyage à seulement quelques stations de métro. Prochain arrêt : La Première Plantation. (…) a décidé de changer la rue Bossuet en une majestueuse jungle tropicalo-industrielle. Dans une déco réussie et envoûtante chargée de plantes et arbres exotiques du sol au plafond, La Première Plantation (LPP) est avant tout un bonheur pour les yeux. D’un côté, une luxuriante verdure nous plonge au fin fond de la forêt tropicale. De l’autre, des lampes suspendues et des tuyaux de cuivre créent une ambiance industrielle feutrée dans laquelle se perdre des heures durant. Pour sublimer cette déco de folie, LPP invite ses clients à déguster une immense et succulente carte de cocktails rares. (…) Avec un tel nom, l’adresse se devait de faire honneur à l’alcool le plus exotique qui soit : le rhum. Originaires du monde entier ou faits maison, les rhums made in LPP se dégustent à toutes les sauces. (…) Alors enfilez votre chemisette à fleurs, enfilez vos claquettes (sans chaussettes, pour l’amour du ciel…) et offrez-vous un voyage supersonique à La Première Plantation, ce petit morceau de Bahamas où les cocktails sont encore meilleurs. Le Bonbon
In 2016, Henry was the French representative at Bacardi Legacy; Desvallees came with him to Berlin, where Henry was to highlight his cocktail “The Epicurean.” They discovered the Monkey Bar at the 25hours Hotel, looking out over the Zoo, which would be the starting point of their inspiration for the new bar.(…)  La Première Plantation. The bar is a tribute to their common passion, rum, and a demonstration of their skills and prowess in a classical bar scene largely dominated by two personalities: Marc Bonneton, winner of Bacardi Legacy in 2011, and owner of L’Antiquaire and Redwood, and Arnaud Gosset, the musician barman, owner of Soda Bar, Monkey Club and Casa Jaguar. (…) But it hasn’t all been easy. They’ve had their fair share of hurdles so far, too: “We had to be tenacious to get the funding of our bar because we take the place of a hostess bar. A sulphurous reputation that must now be forgotten.” Such an unseemly beginning could be a sign of greater things to come – after all, the now successful Tiki bar Dirty Dick opened in an old brothel on rue Frochot, in the infamous Paris district of Pigalle. La Première Plantation will be the second Lyon bar specializing in rum after Redwood. The bar is marked by the identity of these audacious owners but also by the new codes of the French bar today: entrepreneurship, creativity, freedom, audacity and aestheticism. (…) It’s still a bit difficult to imagine the décor of this “street bar” with immaculate walls, but the architectural plans show a creative combination. Like a highly exotic trip without the kitsch side of the tiki bar: a real indoor jungle mixing palm trees and hanging succulent plants will contrast with rough walls and exposed beams, giving an industrial feel. “Here, the jungle takes precedence over the city in a colonial spirit of the eighteenth century,” the pair explain. The design is being overseen by Desvallees’s father, an architect. All in all, it’s a totally new concept and atmosphere, which reflects the creativity of a new generation of bartenders operating outside the Parisian landscape. Mixology
Mon nom, La Première Plantation, est une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir. (…)[cool] Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. (…) [et la partie esclaves] Ah, on a mis quelques photos dans les toilettes. Gabriel Desvallées
Nous faisons suite à l’article posté le 12 septembre 2017 sur Le Petit Bulletin signé par madame Julie Hainaut. Si nous acceptons les critiques constructives sur notre travail, en revanche cet article appelle de notre part les observations suivantes. Nous sommes ouverts depuis le 21 août 2017, il s’agit de notre première affaire.  Notre volonté a été d’ouvrir un bar à cocktails, un lieu d’échanges, de partages, convivial autour du rhum, sa culture et son histoire.  Contrairement à ce que a été retranscrit dans l’article, notre établissement n’a jamais eu la volonté de faire une quelconque apologie de la période colonialiste, période que nous condamnons. Le nom « Première Plantation » est une référence aux plantations de canne à sucre dont le rhum est issu. Ce nom fait également référence au fait que cette ouverture est une première pour nous, une première plante, notre premier établissement. Le mot plantation n’a dans notre esprit aucune connotation péjorative. S’agissant des photos dans les toilettes, ce sont d’anciennes gravures du 18e et 19e siècles de bouteilles de rhum, d’une maison victorienne et d’un champ de production d’ananas, ce qui n’a rien d’offensant envers quiconque. Notre bar à cocktails est un hommage à la culture du rhum et à la culture caribéenne. En conclusion, nous ne pouvons que déplorer que ce quiproquo manifeste entre la journaliste et nous-mêmes l’ai conduite à rédiger un article dont les conséquences sont aujourd’hui gravement préjudiciables pour nous tant sur le plan professionnel que personnel. Nous espérons que ces explications dissiperons ce regrettable malentendu. Henry Matthieu et Gabriel Desvallees (La Première Plantation)
Notre métier c’est le cocktail, nous ne possédons pas un doctorat en Histoire, nous avons donc un gros manque de connaissances à ce niveau là. Nous sommes désolés (…) et n’avons aucune nostalgie de cette période là. (…) Il n’y a pas de photographies d’esclaves, simplement celle d’une maison blanche victorienne, et celle d’un champ d’ananas. (…) le nom du bar va être changé afin de « partir sur des bases saines. (…) Nous sommes les victimes dans cette histoire. Henry Matthieu et Gabriel Desvallees (La Première Plantation)
Les faits rapportés dans l’article ne sont pas, comme j’ai pu le lire, « le fruit de l’imagination de la journaliste qui veut nuire personnellement au lieu » mais bien des faits, justement. (…) Je n’approuve en aucun cas l’appel à la violence envers les propriétaires du lieu. (…) L’interview a été enregistrée. Les propos de l’article sont avérés. Il n’y a aucune volonté de nuire, simplement celle de rapporter des faits et de vérifier l’info, l’essence même de mon métier. (…) Les photos aujourd’hui affichées dans ces fameuses toilettes ne montrent pas d’esclaves. Celle le jour de ma venue, si. Mais la question n’est pas là. La réponse « On a mis des photos dans les toilettes » à la question « Et les esclaves ? » suffit à poser les choses. Julie Hainaut
Si la France se targue d’être le « pays des Droits de l’Homme », force est de constater qu’elle abrite encore en son sein une certaine nostalgie pour des temps coloniaux qui – faut-il le rappeler ? – furent tissés d’atrocités, de crimes contre l’humanité, de pillages et de barbarie. C’est en effet avec horreur, tristesse et déception que nous découvrions ce 12 septembre l’entretien promotionnel donné au Petit Bulletin par Gabriel Desvallées et Matthieu Henry, les propriétaires du bar La Première Plantation. Dans l’établissement nouvellement ouvert, l’article nous décrit deux hommes déterminés à « retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir, […] une période sympathique [où] il y avait du travail ». Nous, des Raciné.e.s, qui sommes issus des migrations mais aussi de quatre siècles d’esclavage, nous, citoyens et enfants des départements français, sommes outrés de constater un tel mépris pour la dignité humaine la plus fondamentale. Par delà les déclarations outrancières des propriétaires, nous affirmons que le modèle d’affaires d’une entreprise qui s’attribue gratuitement, à des fins promotionnelles et décoratives, l’histoire douloureuse de siècles d’oppression, d’exploitation, de sévices et d’humiliations est inacceptable. En faisant de cette histoire leur fonds de commerce, MM. Desvallées et Henry ont décidé d’exploiter ce qui pourrait au mieux être qualifié de négationnisme et, plus raisonnablement, d’apologie de crime contre l’humanité. Au titre de la loi du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité et de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de presse, Chapitre IV, Paragraphe 1er, articles 23 et 24, nous rappelons que MM. Desvallées et Henry pourraient être condamnés à hauteur de 45000€ d’amende et cinq ans d’emprisonnement. Pour que ce crime cesse, nous exigeons la fermeture immédiate de La Première Plantation. Collectif Desracinées
Nous sommes à la fois consterné·e·s, en colère et, paradoxalement, désabusé·e·s. Ces propos sont aussi choquants qu’ils sont communs, malheureusement (…) Quant aux personnes qui, comme le prétendent les gérants, ignorent tout de la période coloniale, c’est une preuve de plus que le racisme de notre société est si ancré que l’on se permet d’ignorer des siècles d’histoire et de maintenir la mémoire de peuples entiers dans l’oubli. Collectif Desracinées
La Première Plantation est un bar à cocktails qui a ouvert cet été dans le sixième arrondissement. Une dizaine d’articles de la presse généraliste ou spécialisée a célébré cette ouverture, sans interroger les gérants sur le choix du nom du lieu. Le 12 septembre, une journaliste du Petit Bulletin qui écrit sur les nouveaux lieux « branchés » a questionné les gérants qui ont alors tenu des propos racistes surréalistes en expliquant qu’il souhaitait rappeler l’esprit colonial, « un esprit à la cool », « une époque où l’on savait recevoir »… Certain.es pensaient naïvement que les références au « temps béni des colonies » ou aux « bienfaits de la colonisation » et autres célébrations du « ya bon banania » appartenaient à un temps révolu ou à une autre génération ayant directement participé à la colonisation. Gabriel Desvallées et Matthieu Henry, jeunes trentenaires branchés nous rappellent le contraire. Ces jeunes gens branchés ont choisi de faire du colonialisme la base de leur stratégie commerciale. Ils viennent d’ouvrir un bar à cocktails au 22 rue Professeur Weill, dans le sixième arrondissement de Lyon. Ils l’ont baptisé La Première Plantation. (…) « une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises » (…) « l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir. » On vomit à la lecture de ces propos racistes, qui nient l’esclavage et les violences intrinsèques du rapport colonial infligées par les grandes puissances européennes aux peuples des pays colonisés. On pourrait donc, au bénéfice du doute, penser à l’ignorance des gérants du bar, mais pourtant ce n’est pas fini car ils surenchérissent, entre clichés, mépris et racisme. (…) « une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. » (…) [l’esclavage] « Ah, on a mis quelques photos dans les toilettes. » (…) L’indécence de ces propos est inqualifiable. Et leur violence rend inutile le moindre commentaire. Tout comme le font certains avec l’utilisation du Blackface pour faire rire, La Première Plantation appuie sa communication sur une idéologie fondée sur les clichés racistes. Ceux-ci sont tournés en dérision et même promus par cet établissement dont la démarche commerciale se conjugue avec une vision politique rance et réactionnaire, niant à la fois l’horreur historique de cette période et balayant d’un revers de main toutes les luttes d’esclaves ayant amené à sa fin. En 2017, les gérants d’un bar branché poussent ainsi le cynisme au point de faire de l’apologie du colonialisme et du mépris des ravages de l’esclavage des preuves de leur « coolitude ». De la rencontre du capitalisme hype et du racisme le plus bas du front ne peuvent naître que des horreurs, et elles font peur à voir. On s’inquiète aussi que plusieurs médias se soient fait écho de l’ouverture du lieu, sans rien n’avoir trouvé à redire à ce choix commercial choquant. (…) Nous terminerons à l’adresse des patrons de ce bar qui n’ont rien compris à l’histoire par une citation de Franz Fanon : « Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence. » Rebellyon
While it would have been nice to keep my branding and have an accurate descriptor of the cuisine, I recognize that this is taking the focus off of what I want to do with food. My mission in opening this restaurant is to celebrate the wonderful multi-cultural aspects of food in a beautiful and multi-cultural part of Portland: my hometown, and a city that I love. Highlighting historical recipes and the development of dishes through the light of different countries and their relationships with England was a personal journey for me, after living in Asia and being immersed in a large population of English Expats for 20 years. As I have said, I love history and historic recipes, how food has developed and changed over time, and have developed many of these recipes in conjunction with the people I worked with from all over Asia and England to get them exactly right. So I’m hoping the new name, BORC, is a fun name to represent this concept. It is an acronym for British Overseas Restaurant Corporation and a tongue-in-cheek reference to the precursor to British Airways: BOAC, on which many Expatriates traveled. I’m sincerely hoping that this name change will allow us to focus on serving great food in a warm and positive environment. Sally Krantz
Before it even opened, Saffron Colonial on North Williams caused controversy when many in the Portland community accused it of glorifying colonialism, and now, owner Sally Krantz tells Eater she will change the name of her bakery and restaurant to BORC, which stands for British Overseas Restaurant Corporation. The new name is a play on British Overseas Airways Corporation (BOAC), a former British airline. Two protests have been held at the restaurant formerly named Saffron Colonial, and among the recommendations presented by protestors were that Saffron Colonial change its name and remove all references to plantations from its menus. (…) When Eater asked Krantz whether the restaurant had removed all « colonial » and « plantation » references, Krantz said it had, adding that the words had each appeared only once at the restaurant: once on a chalk sign, and once on a cocktail menu. She says the chalkboard was erased prior to the protest and the cocktail menu was erased in response to the first protest, while the protesters were in the restaurant. Since the Saffron Colonial controversy became public, Ristretto Roasters, who had been the restaurant’s coffee supplier and also sold Saffron Colonial baked goods in its cafes, severed ties with the bakery. Other local companies have been reported to have withheld or stopped distributing their goods to Saffron Colonial, including Steven Smith Teamaker and Ex Novo Brewing. Eater
A new bar in Lyon, France, is drawing anger for its nostalgic use of French colonialism (and its attendant atrocities, including slavery) as a theme. La Première Plantation (“The First Plantation” in English) opened recently in the city’s wealthy and predominantly white sixth arrondissement. Various elements of the bar invoke French colonial activity in the Caribbean, from images of slaves in the bathrooms, to drinks with names like “Trader’s Punch.” The bar’s name references French sugar cane plantations — colonies like Saint-Domingue (now Haiti) were major producers of sugar, and from the mid-1600s, relied heavily on slaves for production and trade of sugar. Official descriptions of the bar say that “you’re not in the heart of Lyon, you’re in a new neighborhood: the Jungle District.”) The bar started drawing negative attention after an article from local journalist Julie Hainaut, who wrote that she found the owners’ explanations of the bar’s concept to be “questionable.” Speaking to Hainaut, owners Gabriel Desvallées and Matthieu Henry said “[they] wanted to revive the colonial spirit, a spirit of coolness, and a time when people really knew how to entertain.” Hainaut wrote that she thought she had misheard (“I thought someone had drugged my cocktail”), and sought clarification by asking if colonialism was “cool.” The owners replied, “In its spirit, yes, it was a nice period.” She then asked about the role that slaves played in French colonization. The owners noted in response that there were pictures of slaves in the bar’s bathrooms. The backlash was swift. The bar’s Facebook (now deactivated) was inundated with negative reviews, and a local anti-racism collective Le Collectif des Raciné-e-s demanded the immediate closure of the bar, launching a petition that now counts thousands of signatures. The petition states that “colonial times were rife with atrocities, crimes against humanity, looting and barbarism… this period should in no way be described as ‘cool’ and used for commercial gain in a ‘trendy’ bar.” The owners wrote a response to the criticism on Facebook, saying that they never intended to be apologists for colonization, and that “the word plantation has no negative connotations in our minds.” (…) Speaking to another local publication, Henry said the bar would change its name in response to the backlash, although with no mention of whether the theme would change. This isn’t the first time an establishment has settled for some sort of colonial theme: in 2016, a Portland bakery-restaurant, Saffron Colonial, faced a similar response, although it arguably didn’t delve into the theme quite so heavily (that is, no pictures of slaves in the bathrooms). Similarly, that restaurant tried to deflect criticism by changing its name to British Overseas Restaurant Corporation, or BORC. Eater
La question de la portée des violences coloniales ainsi que celles des guerres d’indépendance dans l’après, une fois que la colonie s’est défait du joug pesant sur elle parfois depuis des dizaines d’années, comme dans le cas algérien, est couramment appréhendée sur le modèle du traumatisme psychologique, fondant une description en trois temps : traumatisme, oubli, résurgence. Pourtant, la transposition de ce schéma à l’échelle collective interroge : en quoi, pourquoi et comment une société y répondrait-elle ? L’analyse fine de la mémoire de certains événements – comme celle de la répression sauvage de la mobilisation des Algériens à Paris, le 17 octobre 1961 – plaide au contraire pour une approche privilégiant des mécanismes d’ordre socio-politique : la dispersion des groupes ayant vécu cette histoire, leur subalternité dans la société où ils vivaient, la confiscation de la parole par un pouvoir usant politiquement de l’histoire ou encore le confinement du souvenir de la répression dans des groupes ultra-minoritaires, à l’extrême gauche de l’échiquier politique, ont été les facteurs de l’absence de l’événement sur la place publique pendant une trentaine d’années avant que le mouvement antiraciste s’en empare, l’inclue dans son argumentaire et le fasse resurgir à la faveur de son combat contre l’extrême droite. C’est donc à une histoire des usages politiques du passé et à une sociologie des témoins porteurs du souvenir que j’appelle, en tant qu’historienne. À l’échelle de la Cité, il y a occultation volontaire plus qu’oubli, entretien d’une mémoire souterraine plus que refoulement, combat pour la reconnaissance plus que résurgence. Laissons aux spécialistes de la psyché le soin des consciences et des inconscients individuels blessés pour aller, au titre des sciences humaines et sociales, vers un travail collectif de connaissance et de remémoration du passé dans un objectif clair d’éducation citoyenne. Sylvie Thénault
L’article que nous avons publié mardi sur notre site, évoquant le bar La Nouvelle Plantation, a interpellé plusieurs de nos lecteurs, scandalisés par certains des propos tenus par les interviewés. L’ampleur prise par le bad buzz et les insultes voire menaces physiques envers les patrons du lieu qui en découlent nous amènent à revenir sur ce sujet. L’article en question, rédigé par Julie Hainaut, correspond à des faits : elle s’est rendue sur place, s’est présentée en tant que journaliste du Petit Bulletin et les propos cités, enregistrés, ont été prononcés lors de l’interview. Il ne s’agit pas ici de réfuter l’information initiale : nous assumons pleinement notre travail de journaliste et cet article. Pour reprendre une citation fort connue d’Albert Londres, il est de notre devoir de porter la plume dans la plaie. Faire de la période coloniale un argument de communication, c’est une plaie qu’il fallait mettre à jour.  Nous sommes retournés (Sébastien Broquet, rédacteur en chef du journal) voir les deux gérants de La Première Plantation, Gabriel Desvallées et Matthieu Henry, ce jeudi matin. Pour discuter, de nouveau, de leurs propos et de leur positionnement. Nous avons rencontré deux personnes abattues, conscientes de la maladresse totale des propos cités, mais réfutant – et nous les croyons totalement après cette rencontre – tout racisme ou toute ambiguïté de leur part sur l’esclavage. Aucun d’eux n’est raciste ou soupçonné de complaisance envers l’esclavage. Les propos tenus lors de l’interview publiée mardi et le positionnement de leur lieu sont visiblement la conséquence d’une méconnaissance de cette période de l’Histoire, de légèreté sans doute quand à leurs recherches sur cette époque, dont ils ont voulu mettre en valeur l’esthétique par leur décoration et surtout, leur passion : le rhum. Nous avons aussi vu les photographies affichées dans les toilettes : contrairement à ce qui est déclaré dans l’interview par eux-mêmes (et retranscrit par nous), nous n’avons pas vu ce matin de photos d’esclaves mais deux clichés encadrés : une maison de maître victorienne et un champ d’ananas. Dépassés par la maladresse de leur propos, ils ne méritent certainement pas la violence du traitement qui leur est infligé aujourd’hui. Il était de notre devoir de journaliste d’écrire ce malaise ressenti par l’utilisation d’éléments évoquant l’époque coloniale pour décrire leur bar et son ambiance. Manipuler ces références à une époque douloureuse de l’histoire de France était pour le moins malvenu d’autant que le sujet est sensible et aujourd’hui débattu au plus haut niveau : le Président de la République lui-même l’a clairement exprimé avant l’été (…) Les réseaux sociaux ont transformé cette information en vindicte populaire contre La Première Plantation : c’est indéfendable. Sébastien Broquet
Tout démarre avec une chronique publiée dans le Petit Bulletin, hebdo culturel/loisirs (par ailleurs partenaire de Rue89Lyon), intitulée « La Première Plantation, ou l’art de se planter ». Dans sa rubrique dédiée aux restos et bons spots, il n’y a habituellement que des plans recommandés par la rédac. Après sa visite, la journaliste sort estomaquée de son entrevue avec les néo-entrepreneurs. Ce ne sont pas les cocktails au rhum qui ne passent pas, mais les propos du duo. Elle retranscrit leur projet dans les citations attribuées à l’un des deux patrons (…) Après les échanges traditionnels avec la rédaction en chef, qu’impose le circuit de tout article de presse, il est décidé de publier le papier. Mais la désinvolture avec laquelle les barmen ont répondu choque et sont repris dans la presse en ligne. De grosses salves de critiques mais aussi d’insultes, telles que le web sait les multiplier, sont écrites notamment sur la page Facebook de la Première plantation (elle a été complètement supprimée depuis). Des menaces pleuvent également. Le débat passe par moult circonvolutions : « oui mais les cocktails sont-ils bons ? » ; « comment ça, l’assiette végé n’est pas assez copieuse ? », etc. La journaliste, qui collabore en tant que pigiste avec le Petit Bulletin, n’est pas épargnée : elle est accusée de façon lapidaire et violente de vouloir nuire personnellement au lieu ou encore tout simplement de mentir. Après un rendez-vous avec le rédacteur en chef, les patrons du bar se fendent d’un droit de réponse, sans tellement de fioritures ni plus d’explications sur le fond  (…) Les jeunes barmen continuent de patauger, en parlant d’ « invitation au voyage et à l’exotisme ». Avant de déplorer, évidemment, « les conséquences […] préjudiciables [pour eux] tant sur le plan professionnel que personnel ». Le rédacteur en chef du Petit Bulletin fait, en introduction du droit de réponse, cette analyse : « Les propos tenus lors de l’interview publiée mardi et le positionnement de leur lieu sont visiblement la conséquence d’une méconnaissance de cette période de l’Histoire, de légèreté sans doute quand à leurs recherches sur cette époque. » Pas racistes, les petits gars, mais juste ignorants. Reste que la polémique ne désenfle pas, s’amplifie même avec les partages sur les réseaux sociaux. Les soutiens du bar sont parfois des personnes se présentant le bras levé ou tenant eux-mêmes des propos racistes, ce qui dessert encore la volonté des tenanciers de ne pas passer pour des défenseurs du colonialisme. La journaliste et le rédacteur en chef trouvent leurs soutiens mais voient aussi leur travail descendu en flèche, devant assurer le service anti-trolls (qu’il ne faut pas nourrir, on le sait) très chronophage. Depuis la parution de l’article sur La Première Plantation hier, des centaines de commentaires inondent les réseaux sociaux. La chroniqueuse parvient à conserver son calme et à tenter de donner des explications, toujours via les réseaux sociaux : Une pétition a finalement été lancée par le collectif Des Raciné.e.s contre « l’apologie de l’esclavagisme à Lyon », pointant directement le bar, et a recueilli en quelques heures, ce vendredi matin, plus de 3300 signatures. Le bar la Première Plantation a certes fait parler de lui mais s’est en effet bien planté. Dalya Daoud
« Ce nouvel établissement idéal pour une soirée conviviale a ouvert cet été », écrivait le 11 septembre Le Progrès, à propos d’un nouveau bar lyonnais, « La Première Plantation ». Une première publicité plutôt élogieuse pour ce bar à cocktails du 6e arrondissement de la ville, qui a ouvert ses portes le 21 août. Mais entre temps, un autre article a été publié dans Le Petit Bulletin de Lyon, offrant une bien moins bonne publicité au bar. La journaliste qui a écrit l’article en question cite les deux créateurs du lieu racontant comment le nom du bar a été choisi. « Mon nom, La Première Plantation, est une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir », expliquent-t-ils face à la journaliste qui dit être « restée interdite » et lui demande, « indignée », « c’était cool, la colonisation? » Réponse: « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante ». Et de préciser que des photos d’esclaves sont affichées dans les toilettes. Les propos n’ont pas manqué de scandaliser sur les réseaux sociaux, qui accusent le bar de faire l’apologie de la colonisation et de l’esclavage. (…) Les gérants ont répondu aux critiques ce jeudi sur Facebook, expliquant n’avoir « jamais eu la volonté de faire une quelconque apologie de la période colonialiste, période que nous condamnons ». Ils précisent que « le mot plantation n’a dans notre esprit aucune connotation péjorative » ou encore que « notre bar à cocktails est un hommage à la culture du rhum et à la culture caribéenne ». (…) Contacté par Le HuffPost, Matthieu Henry, l’un des deux créateurs du lieu, regrette cette polémique et ne cautionne pas tous les dires de la journaliste. « Nous n’avons pas voulu dire ces choses-là dans ce sens-là. Nous ne voulons en aucun cas faire l’apologie de l’esclavage mais de celle du rhum, de la culture caraïbéenne », précise-t-il. Par le « à la cool » cité dans l’article du Petit Bulletin, il voulait « parler du bar, du service, de notre attitude ». Il dément aussi que des photos d’esclaves soient affichées dans les toilettes. « Il s’agit de gravures de bouteilles de rhum, de champs d’ananas », ajoute-t-il. Huffington Post
« L’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir ». Le bar à cocktail lyonnais « La Première plantation » est accusé de faire l’apologie de l’esclavage après des propos rapportés par une journaliste. (…) « La Première Plantation ». Sur le coup, on a pensé à une blague un peu douteuse, voire carrément déplacée… Mais non, c’est bien comme ça que des barmans du 6e arrondissement de Lyon ont décidé d’appeler leur nouveau bar à cocktails en « référence aux plantations de canne à sucre dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir », expliquent les deux gérants dans un article du Petit Bulletin paru mardi 12 septembre. S’ensuit un dialogue surréaliste : alors que la journaliste demande des explications concernant la qualification de « cool », les gérants assument : « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. » Quid des esclaves et des atrocités commis à leur égard ? « On a mis quelques photos dans les toilettes ». Des propos qui laissent paraître une nostalgie du temps des colonies, tout en s’en servant comme argument marketing. Face aux vives réactions déclenchées sur la toile, la journaliste à l’origine de l’article a tenu à préciser, via Twitter, que les propos rapportés sont bel et bien authentiques : «Les faits rapportés dans l’article ne sont pas, comme j’ai pu le lire, ‘le fruit de l’imagination de la journaliste qui veut nuire personnellement au lieu’ mais bien des faits, justement. Je n’approuve en aucun cas l’appel à la violence envers les propriétaires du lieu ». Elle précise aussi avoir bien vu les photos en question dans les toilettes. Contactés par Les Inrockuptibles, les gérants de La Première Plantation fustigent « le manque de bon sens de la journaliste qui nous [leur] a posé des questions à 19h, en plein moment de rush ». « Nous écoutions à peine les questions car nous devions servir les clients en même temps », expliquent-ils avant d’ajouter : »Notre métier c’est le cocktail, nous ne possédons pas un doctorat en Histoire, nous avons donc un gros manque de connaissances à ce niveau là ». Tous deux se disent « désolés » de la tournure qu’a pris cette polémique et assurent n’avoir « aucune nostalgie de cette période là ». Concernant les photographies disposées dans les toilettes ils expliquent : « Il n’y a pas de photographies d’esclaves, simplement celle d’une maison blanche victorienne, et celle d’un champ d’ananas ». Ils nous assurent que le nom du bar va être changé afin de « partir sur des bases saines ». Et concluent par : « Nous sommes les victimes dans cette histoire ». De son côté la journaliste confirme avoir bien vu des photos d’esclaves, et assure que l’interview a été enregistrée. A la suite de la publication de l’article, le collectif des Raciné.e.s, une association féministe et décoloniale lyonnaise, a lancé une pétition en ligne (signée par 3 500 personnes à l’heure où nous écrivons ces lignes), notamment co-signée par la journaliste Amandine Gay, la créatrice de Paye ta Shnek Anaïs Bourdet, le youtubeur Usul, ou encore les journalistes Sihame Assbague, et Johanna Luyssen (Libération). (…) Contacté par Les Inrockuptibles, le collectifdes Raciné.e.s se dit « à la fois consterné·e·s, en colère et, paradoxalement, désabusé·e·s ». (…) De son côté, Le Petit Bulletin a publié ce jeudi soir une mise au point et a laissé un droit de réponse aux gérants de « La Première Plantation ». Les Inrocks
L’enjeu, c’est de faire savoir qu’il y a des vrais gens d’un côté et de l’autre du clavier. Lorsque Nadia Daam reçoit des menaces de mort, cela n’a rien de virtuel pour elle. Et cela n’aura rien de virtuel non plus pour ses harceleurs, lorsqu’ils seront en chair et en os à la barre du tribunal. C’est la fin du virtuel et l’irruption du réel. Eric Morain
Le harcèlement en ligne est un phénomène qui se propage à l’échelle mondiale et qui constitue aujourd’hui l’une des pires menaces contre la liberté de la presse. On découvre que les guerres de l’information ne sont pas menées seulement entre pays sur le plan international mais que les prédateurs du journalisme mettent en place des armées de trolls pour traquer et affaiblir tous ceux qui recherchent honnêtement les faits. Ces despotes laissent leurs mercenaires cibler les journalistes et leur tirer dessus à balles réelles sur le terrain virtuel comme d’autres le font sur les terrains de guerre. Christophe Deloire (Reporters sans frontières)
Nous demandons à ce qu’une enquête approfondie soit menée sur les menaces en ligne reçues par Julie Hainaut. Au moment où les autorités légifèrent sur les violences sexistes et sexuelles parmi lesquelles figure le cyber-harcèlement, il est fondamental qu’elles prennent la mesure de la gravité de cette nouvelle menace qui pèse sur les journalistes. Les campagnes d’insultes, les menaces, la diffusion d’informations personnelles détournées dans l’objectif de nuire… toutes ces cabales en ligne ont pour objectif de faire taire les journalistes. Elodie Vialle (RSF)
Alors que s’ouvre mardi le procès de deux cyber-harceleurs de la journaliste française Nadia Daam, Reporters sans frontières (RSF) regrette que la plupart des cas de harcèlement en ligne de journalistes ne donnent lieu à aucune poursuite judiciaire. Une condamnation « juste mais ferme ». C’est ce que réclame la journaliste française Nadia Daam à l’encontre des deux cyber-harceleurs poursuivis parmi les sept identifiés, ce mardi 5 juin devant le tribunal correctionnel de Paris. En novembre dernier, la journaliste avait porté plainte après avoir été victime de menaces en ligne à la suite de l’une de ses chroniques sur Europe1, dans laquelle elle dénonçait les méthodes de trolls. (…) Si RSF salue la tenue de ce procès, l’organisation rappelle que d’autres journalistes attendent toujours qu’une suite judiciaire soit donnée à leur affaire. C’est le cas de Julie Hainaut. En septembre dernier, la journaliste lyonnaise se retrouve plongée au coeur d’une tempête médiatique d’une violence inouïe pour avoir rapporté et désapprouvé, dans le petit Bulletin de Lyon, les propos néo-colonialistes des tenanciers d’un nouveau bar, “la première plantation”. “Je suis inondée d’insultes et de menaces. Ils “cherchent mon adresse”[…] Je respire difficilement, je dors peu. J’ai peur”, témoigne-t-elle dans Libération. Elle reçoit alors un courrier de soutien du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb et porte plainte à trois reprises. Depuis, plus rien. “Je ne me sens pas écoutée”, témoigne la journaliste qui a reçu en mars de nouvelles menaces. Et a dû porter plainte de nouveau. (…) RSF observe de plus en plus de cas de cyber-harcèlement. Un phénomène qui existe dans quasiment tous les pays et touche prioritairement les femmes journalistes et les journalistes d’investigation. RSF a ainsi récemment appelé les autorités indiennes à protéger Rana Ayyub, une journaliste d’investigation indienne victime de campagnes de harcèlement en ligne menées par les armées de trolls du Premier ministre indien Narendra Modi. RSF
Jeudi 26 juillet, Reporters Sans Frontières a publié un rapport intitulé « Harcèlement en ligne des journalistes : quand les trolls lancent l’assaut ». Celui-ci entendait, comme son nom l’indique, alerter sur les « trolls » usant d’injures et de menaces vis-à-vis des gens de la profession. Mais il avait aussi et surtout pour objet de dénoncer les Etats ayant une politique peu amène vis-à-vis du concept de liberté de la presse, en analysant plus spécifiquement leurs stratégies informatiques. (…) En revanche, on ne manquera pas de sourire devant les stratégies humoristiques mises en œuvre par les rédacteurs du rapport pour discréditer ceux qui n’ont pas leurs faveurs : par exemple, Donald Trump, évoqué dans un hasardeux photomontage page 17, voyant Hassan Rohani, Vladimir Poutine, Xi Jinping et Nicolas Maduro le congratuler pour ses déclarations sur les médias. En légende, on lit : « ‘Bravo Donald !’ : les prédateurs de la liberté de la presse saluent les efforts de Donald Trump pour dénigrer les journalistes ». La coalition des méchants despotes contre la presse libre et indépendante, c’est un peu gros, mais après tout, on ne s’offusquera pas : c’est de bonne guerre. Plus pernicieuse est la confusion volontaire faite entre les journalistes et les militants droits-de-l’hommistes. La figure du journaliste, censé être là pour informer ses concitoyens sur ce qui se passe autour d’eux, se mêle dans une brume évanescente à l’idée romancée du courageux justicier luttant contre la dictature. Le rapport de RSF n’a pas manqué d’être diffusé immédiatement par la presse. On a ainsi vu proliférer jeudi des articles parfaitement interchangeables, reprenant avec une unanimité confondante les différents points qui avaient été résumés dans une dépêche AFP. Tous les grands médias se sont ainsi saisis du sujet du cyberharcèlement des confrères, notamment quand il s’agit de consœurs. Découvre-t-on la lune ? Pas chez Causeur, où la polémique sur le Manifeste des 343 salauds contre la pénalisation des clients de prostituées avait provoqué une polémique pas toujours civilisée. Ainsi, le site « 343 connards » recensait les noms et les photos (mais pas les adresses, il y a des bottins pour ça) des méchants pétitionnaires et fournissait même un kit d’injures prêt à l’emploi sur Twitter. Il n’y avait plus qu’à cliquer sur leur photo pour que les individus incriminés reçoivent ce message lyrique : « Salut XXX, aucune femme n’est ta pute, connard!».Au rythme de plusieurs dizaines de tweets par jour, est-ce du harcèlement ? Les auteurs de ce site qualifieraient sans doute plutôt leur geste d’ « initiative citoyenne », nimbés de leurs certitudes de militants féministes. Tout comme, à l’époque, les médias qui relayaient l’adresse du site d’insultes, comme pour inviter à passer y faire un tour. Des médias qui montrent aujourd’hui une si touchante résolution à dénoncer, à la suite de RSF, le cyberharcèlement lorsqu’il touche des journalistes… innocents. Gabrielle Périer (Causeur)
Forcément, les propos ont fait le tour du web. Sur la base de cet article, sont tombées des centaines de réactions outrées, dénonçant une « audace crasse », une « apologie de l’esclavagisme », une « horreur déprimante ». La page Facebook du lieu, qui a dû fermer depuis, a reçu un torrent d’insultes ou de commentaire négatifs. Des collectifs se sont aussi emparés de l’histoire, y voyant « une nouvelle manière de décomplexer la #négrophobie tout en faisant autrement l’apologie de la colonisation et de l’esclavage-négrier-occidentalo-chrétien ».  Le collectif Des Racinés a lancé une pétition, demandant la fermeture du lieu. « En faisant de cette histoire leur fond de commerce, les gérants ont décidé d’exploiter ce qui pourrait au mieux être qualifié de négationnisme et, plus raisonnablement, d’apologie de crime contre l’humanité », estime-il.  Ont aussi fleuri des appels à la violence contre les deux gérants. Devant la tempête, d’autres tentent de raison garder. Et de tenter de discerner le vrai du faux. Comme Romain Blachier, élu local, qui a décidé de se « faire son idée par moi-même ».  Après entrevue, il penche pour l’ignorance des deux patrons, il est vrai, particulièrement malheureuse lorsqu’on se lance dans une affaire comme celle-là. « Ils m’ont confirmé être opposés au colonialisme, condamner tout racisme et ont sans doute été un peu maladroits et pas très au fait de l’Histoire tragique du colonialisme », écrit l’élu sur Facebook. Ont-ils eux-mêmes été dépassés par l’ampleur du bad buzz qu’ils ont contribué à créer ? En tout cas, ils condamnent les réactions disproportionnées. Deux jours après, les journalistes du Petit bulletin ont mis en ligne un nouvel article, de mise au point.  Le rédacteur en chef explique être retourné dans le café pour s’expliquer. « Il ne s’agit pas ici de réfuter l’information initiale », précisent les journalistes sur leur site. « Nous assumons pleinement notre travail de journaliste et cet article […]. Faire de la période coloniale un argument de communication, c’est une plaie qu’il fallait mettre à jour. » Et détaillent leur entrevue avec les deux gérants : « Nous avons rencontré deux personnes abattues, conscientes de la maladresse totale des propos cités, mais réfutant – et nous les croyons totalement après cette rencontre – tout racisme ou toute ambiguïté de leur part sur l’esclavage. Aucun d’eux n’est raciste ou soupçonné de complaisance envers l’esclavage », précise le Petit bulletin. Pour eux, le diagnostic est formel : « Les propos tenus lors de l’interview publiée mardi et le positionnement de leur lieu sont visiblement la conséquence d’une méconnaissance de cette période de l’Histoire, de légèreté sans doute quant à leurs recherches sur cette époque, dont ils ont voulu mettre en valeur l’esthétique par leur décoration et surtout, leur passion : le rhum. » Précision, aussi, sur les »photos d’esclaves » dans les toilettes mentionnées par les barmans, que les journalistes ont retranscrit : les journalistes sont allés voir, et « n’ont pas vu de photos d’esclaves mais deux clichés encadrés : une maison de maître victorienne et un champ d’ananas », reconnaissent les journalistes. Qui plaident donc pour la clémence envers les deux gérants : « Dépassés par la maladresse de leur propos, ils ne méritent certainement pas la violence du traitement qui leur est infligé aujourd’hui. Il était de notre devoir de journaliste d’écrire ce malaise ressenti par l’utilisation d’éléments évoquant l’époque coloniale pour décrire leur bar et son ambiance », mais « les réseaux sociaux ont transformé cette information en vindicte populaire contre La Première Plantation : c’est indéfendable. » LCI
Julie Hainaut, qui chronique entre autres l’ouverture de nouveaux spots dans la ville, avait pointé l’attitude désinvolte de jeunes patrons d’un bar à rhum qui estimaient que l’esthétique de la colonisation était « plutôt cool ». Les tenanciers du lieu s’en étaient alors pris plein la figure et, depuis, ils ont tenté de faire amende honorable ; pendant ce temps, Julie Hainaut est quant à elle devenue la cible d’attaques de la part d’internautes racistes et/ou d’écervelés oisifs, de harceleurs. Un site clairement revendiqué « super-raciste », intitulé democratieparticipative, s’est montré le plus virulent. On trouve sur cette plateforme hébergée en dehors de la France une multitude d’articles injurieux et répréhensibles pénalement. Ceux qui concernent Julie Hainaut n’ont de cesse de ré-apparaître. Au climax, le conseiller spécial de Gérard Collomb -ministre dont personne ne peut ignorer l’origine lyonnaise– avait joint Rue89Lyon pour expliquer que l’affaire était prise très au sérieux. Le procureur de la République de Lyon n’a pas su de quoi il retournait lorsque nous l’avions joint. La DILCRAH (Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT) a aussi été informée, mais semble tourner autour de sa propre impuissance. Julie Hainaut est régulièrement contactée par des personnes harcelées sur le web, lui demandant conseil ou aide. Ces derniers temps, elle voit aussi un entourage plus ou moins proche, las ou inquiet, lui demander de « lâcher l’affaire ». Dalya Daoud
Je me suis retrouvée au cœur d’une tempête numérique et médiatique d’une violence inouïe. Très vite, une quinzaine de médias ont relayé l’information, avec parfois des titres bien plus accrocheurs qu’informatifs, et parfois des propos déformés qui n’avaient au final plus beaucoup de rapport avec l’article initial. Au risque de me répéter, les mots ont un sens. Sur les réseaux sociaux, les simples commentaires sont devenus des appels à la haine. Contre les barmen d’abord, ce que je désapprouve fermement, bien évidemment. Contre moi ensuite. Le 16 septembre, le site néonazi démocratieparticipative.biz publie un article intitulé «Lyon : une pute à nègres féministe veut détruire un bar à rhum « colonialiste », mobilisation !». Vient alors le temps des mots dénués de sens. Parce qu’à un moment, leur en donner, c’est leur faire trop d’honneur. Les fines plumes du site évoquent la «vaginocratie négrophile», me qualifient – entre autres – de «grosse pute», «vermine», «putain à nègre hystérique», «femelle négrophile», «hyène puante» et appellent à inonder mon fil Twitter et ma boîte mail, en dévoilant des photos volées, le tout illustré – entre autres – par une vidéo de Goebbels et un GIF d’Hitler. Je dépose immédiatement une plainte pour injure publique et diffamation. Je suis inondée d’insultes et de menaces. Ils «cherchent mon adresse». Je complète ma plainte pour harcèlement. Je respire difficilement, je dors peu, j’ai peur. «Il ne faut pas le dire, Julie, sinon ils ont gagné». Tant pis, je le dis. J’ai peur. Un élan de soutien émerge sur Twitter. Ça fait du bien. Le site est signalé sur Pharos (la Plateforme d’harmonisation, d’analyse, de recoupement et d’orientation des signalements du ministère de l’Intérieur) et ferme. Puis renaît. Deux autres articles sont publiés. Il est désormais question de ma «négrophilie pathologique». Et c’est reparti. «Hyène terroriste», «pue-la-pisse», «prostituée». Vous en voulez encore ? J’en ai en stock. «Obsédée par les nègres», «serpillière à foutre africain». J’ai la nausée. Je complète néanmoins une nouvelle fois ma plainte, j’y dépose de nouvelles pièces, de nouveaux mots. Le site est signalé une nouvelle fois sur Pharos mais réapparaît par intermittence. Savoir de quoi l’esthétisation de la période coloniale est le symptôme ne fait pas partie de mon domaine de compétence. Mais je sais que les mots ont un sens. Entre autres parce qu’ils provoquent des émotions. Et on sous-estime bien trop souvent leur haut pouvoir en nitroglycérine. Depuis une semaine, certains m’ont réconfortée, d’autres m’ont outrageusement blessée. J’ai vu des personnes applaudir, ravies de ce ramassis sexiste, raciste, diffamatoire et injurieux menaçant la liberté d’expression et mon intégrité physique tout en appelant à la violence sous fond d’apologie du nazisme. Tous ces mots pour mes mots à moi. Enfin, surtout leurs mots à eux. C’était assourdissant, tous ces mots. Pour tenir bon, j’ai dû très vite apprendre à vider de leur sens ceux qui m’écorchent et à voir toute la force que me confèrent ceux, mille fois plus nombreux, que m’adressent des inconnus en soutien. Les mots ont un sens. Et c’est avec justesse qu’ils se doivent d’être choisis. Parce que des petits mots tout bêtes peuvent devenir de grosses blessures. Ces mots sur la partie la moins glorieuse de notre histoire, celle durant laquelle l’on enchaînait des humains, on les mutilait et pillait leur pays. Ou ces mots pour me décrire. Des mots d’une violence misogyne inouïe. Des mots tout sales et humiliants, pour se venger de celle qui les rapporte. Un peu de respect pour les mots. Ils sont puissants. Et dans ce flot d’insultes et de menaces de mort, le pouvoir des mots gentils m’est apparu comme une bouée de sauvetage. Merci pour vos mots, en réaction aux miens. J’ai appris que le meilleur est mille fois plus puissant que le pire. Mes batteries sont rechargées. Au boulot. Julie Hainaut
J’ai reçu un mail avec les sempiternelles « sale pute à nègre » et « traitresse à ta race », une dose de « on sait qui tu es et où tu vis, tu vas passer les années à venir la peur au ventre », et un charmant « Sieg Heil » (salut fasciste) en conclusion. C’était juste avant de me rendre à Grenoble pour recevoir le prix « Coup de cœur du jury » et participer à la table ronde sur les discours haineux sur les réseaux sociaux. Je n’avais pas eu de mails aussi violents depuis quelques mois – les insultes et injures sont plus fréquentes, elles, mais les menaces de mort ou de viols sont assez sporadiques. Et malgré ce que j’ai pu entendre, non, ça n’a rien de virtuel. Le harcèlement numérique n’est pas virtuel. Il est réel. Et ses effets sont très concrets. Le cyberharcèlement est aussi violent qu’un coup de poing. (…) Ça a été très violent, même si, là, je suis sortie du cœur de la tempête. Ce qui a été presque plus pénible à vivre, ce sont les gens qui m’ont dit que je devais m’y attendre, ou que j’avais provoqué, ou que j’aurais dû m’abstenir. Pire, ceux qui pensent que je l’ai fait exprès pour faire le buzz. C’est le même mécanisme que dire à une victime de viol que c’est sa faute parce qu’elle porte une jupe. J’ai rencontré des journalistes spécialisés sur le cyberharcèlement, qui m’ont beaucoup aidée à sortir de ce mécanisme de culpabilité, à accepter que dans ce cas-ci, j’étais bel et bien une victime et que je n’avais rien à me reprocher. Ce victim-blaming est insupportable. La victime n’est jamais responsable, ni de son harcèlement, ni de son agression. (…) combien de fois ai-je entendu cette phrase « Tu es passée à autre chose j’espère ? ». Je sais que ça ne part pas d’un mauvais sentiment mais je ne vois pas très bien le but. Nous sommes dans une société où tout va vite, une indignation succède à une autre, un buzz efface le précédent. Mais derrière ces histoires, il y a des humains. Et des sentiments, ça ne se zappe pas. Et puis cette injonction à « passer à autre chose (et vite si possible) » suggère que si je n’y arrive pas, je stagne, je reste coincée. En vérité je refuse de me résigner, je refuse de passer outre les propos sexistes, racistes, diffamatoires, injurieux, menaçant la liberté d’expression et mon intégrité physique tout en appelant à la violence sous fond d’apologie du nazisme et des crimes de réduction en esclavage. Je refuse que ça passe comme ça. Je poursuivrai ces personnes jusqu’au bout, peu importe le temps que cela prendra. Refuser de « sortir de cette histoire » ne signifie pas « ne plus vivre ». Refuser de « sortir de cette histoire », c’est avant tout vouloir que justice soit faite. Pour l’instant, c’est seule, avec mon avocat, et sur fonds propres, que je mène ce combat intervenu dans un cadre professionnel. (…) Dès le début j’ai été soutenue par le SNJ (Syndicat National des Journalistes), de nombreux médias, mais pas tous, hélas. Certains ont créé des titres alléchants. D’autres ont publié des informations erronées sans les vérifier – ce qui est pourtant l’essence même de notre métier –, ce qui a contribué à la vague de haine que j’ai subie. Les journalistes ne devraient jamais oublier la responsabilité sociale qu’ils ont. Nous pouvons faire et défaire, sublimer ou abîmer. Sans déontologie ni éthique personnelle, nous pouvons être dangereux. Cet épisode m’aura en tout cas appris que pour beaucoup d’internautes, il est plus acceptable de tenir des propos racistes que de les dénoncer. (…) J’ai déposé trois plaintes contre X pour injures publiques, diffamation et harcèlement en septembre, et une plainte pour menaces de mort il y a quelques jours. Je souhaite que le site ferme, bien évidemment. Mais je sais bien que s’il ferme demain, il rouvrira après-demain. Le plus important est de retrouver le ou les auteurs. Les plaintes sont toujours au stade d’enquête. C’est long. (…) J’ai fait mon enquête. J’ai vérifié et recoupé les infos, j’ai fait une veille sur les réseaux sociaux. Toutes les informations ont été fournies à la police, au Procureur de Lyon, au ministère de l’Intérieur et à la DILCRAH [Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT, ndlr]. Au-delà de mon cas, qui n’en est qu’un parmi tant d’autres – le site s’acharne sur tout type de personnes, d’inconnus à Omar Sy en passant par Jeremstar ou Aurélien Enthoven –, je considère que c’est une affaire dont devrait s’emparer la sphère politique. (…) J’ai encore reçu un mail la semaine dernière d’une victime complètement perdue, que l’on menace de mort, qui aurait déposé plainte, écrit au ministère de l’Intérieur, contacté des associations… en vain. Il s’est dit « humilié une seconde fois par ce silence ». Je le comprends. (…) Lutter contre la cyberhaine sur internet est effectivement une bonne chose. Mettre en place des amendes contre les réseaux sociaux ne retirant pas de propos haineux sous vingt-quatre heures comme en Allemagne le serait aussi. La fermeture des comptes posant problème aussi. Eduquer contre les préjugés, aussi. Mais il ne faut pas oublier le volet répression. Ces mesures ont été évoquées récemment, nous n’avons pas de recul pour voir si elles fonctionneront. Ce qui est certain, c’est que je constate qu’après six mois, le site « Democratie participartive » existe toujours, les personnes ayant alerté sur le sujet ne sont pas entendues, et le ou les auteurs n’ont pas été inquiétés. Le harcèlement sur Internet est un fléau. Un fléau qui touche particulièrement les femmes, un rapport de l’ONU l’a dit en 2015, un rapport d’Amnesty vient de le rappeler. Et au début de l’année, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes a remis un rapport accablant montrant que 73% sont victimes de violences en ligne. C’est un problème politique. Ça n’est pas aux victimes de se battre seules. (…) Lors de mes quatre plaintes, je ne me suis pas sentie écoutée à chaque fois. On m’a demandé ce qu’était Twitter. Quand j’ai parlé de « cyberharcèlement », je n’ai pas vraiment eu l’impression d’avoir été comprise. Je pense que la police n’est pas assez sensibilisée aux violences psychologiques, notamment via les réseaux sociaux. Encore une fois, elles sont numériques. Pas virtuelles. Et la violence psychologique est tout aussi inacceptable que la violence physique. Julie Hainaut

Attention: un harcèlement peut en cacher un autre !

En ces temps étranges où, pour tenter de juguler les forces que par leur imprudence et manque de jugement ils ont eux-mêmes déchainées …

Nos gouvernants multiplient, entre suppression du mot racisme de la constitution et criminalisation du harcèlement de rue ou de la désinformation sur les réseaux sociaux, les mesures aussi dérisoires les unes que les autres …

Pendant qu’entre deux appels à l’assassinat du président de l’autre côté de l’Atlantique, une porte-parole de la Maison Blanche se voit ridiculisée au Diner de la presse étrangère, expulsée d’un restaurant et peut-être pour la première fois dans l’histoire américaine, contrainte à une protection policière

Et qu’un humoriste métis sud-africain s’attribue en tant qu’Africain la Coupe du monde des Bleus tout en l’assignant dans la phrase d’après au colonialisme français

A l’heure où, malgré ou peut-être à cause de l’été et non sans rappeler la tristement fameuse chasse à l’homme anti-Fillon d’il y a deux ans, le feuilleton Benalla continue plus fort que jamais …

Et où l’association Reporters sans frontières pointe avec raison les ravages, entre militarisation étatique et agrégation spontanée de trolls, du cyberharcèlement des journalistes

Comment ne pas repenser …

A la fameuse formule de Proust sur la facilité avec laquelle la moindre blessure peut réveiller le goût du sang et la bande d’anthropophages qui, instinct d’imitation et absence de courage aidant, sommeillent dans notre société en général et en chacun de nous en particulier …

Que ce soit, d’un emballement à l’autre, pour aduler nos Mehdi Meklat appelant à « l’autodafé du Nouvel Obs avec leur dossier “antisémite” de merde » …

Ou lyncher nos Benalla et, derrière lui et après l’adulation qui l’a porté comme on sait au pouvoir, le président qu’il servait ?

Et surtout qui prend la peine de rappeler avec la journaliste lyonnaise Julie Hainaut …

Derrière l’inacceptable cyberharcèlement dont elle a été victime l’an dernier pour avoir relevé les problèmes éthiques que soulevait l’ouverture d’un bar à rhum (« La première plantation ») tentant de surfer sur la vogue de la décoration coloniale

Le lot tout aussi invraisemblable d’accusations d’apologie de l’esclavage et du colonialisme – jusqu’à l’invocation des appels au meurtre d’un Fanon – dont elle s’était bien malgré elle fait l’involontaire complice contre ces derniers pour leur maladresse finalement vite reconnue et réparée (rebaptisé L’Artchimiste) …

Et donc en fait la responsabilité sociale des journalistes qu’oublie tant de ses collègues ?

« Le cyberharcèlement est aussi violent qu’un coup de poing »
Entretien / Son article publié dans un journal culturel lyonnais avait suscité une véritable tempête. Médiatisée d’abord puis silencieuse avec le temps, cette bourrasque n’est pas finie ni moins violente aujourd’hui pour la journaliste
Dalya Daoud
Rue89Lyon
04/04/2018

Julie Hainaut, qui chronique entre autres l’ouverture de nouveaux spots dans la ville, avait pointé l’attitude désinvolte de jeunes patrons d’un bar à rhum qui estimaient que l’esthétique de la colonisation était « plutôt cool ».

Les tenanciers du lieu s’en étaient alors pris plein la figure et, depuis, ils ont tenté de faire amende honorable ; pendant ce temps, Julie Hainaut est quant à elle devenue la cible d’attaques de la part d’internautes racistes et/ou d’écervelés oisifs, de harceleurs. Un site clairement revendiqué « super-raciste », intitulé democratieparticipative, s’est montré le plus virulent.

On trouve sur cette plateforme hébergée en dehors de la France une multitude d’articles injurieux et répréhensibles pénalement. Ceux qui concernent Julie Hainaut n’ont de cesse de ré-apparaître.

Au climax, le conseiller spécial de Gérard Collomb -ministre dont personne ne peut ignorer l’origine lyonnaise– avait joint Rue89Lyon pour expliquer que l’affaire était prise très au sérieux. Le procureur de la République de Lyon n’a pas su de quoi il retournait lorsque nous l’avions joint. La DILCRAH (Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT) a aussi été informée, mais semble tourner autour de sa propre impuissance.

Julie Hainaut est régulièrement contactée par des personnes harcelées sur le web, lui demandant conseil ou aide. Ces derniers temps, elle voit aussi un entourage plus ou moins proche, las ou inquiet, lui demander de « lâcher l’affaire ».

« Sale pute à nègre, on sait qui tu es et où tu vis, tu vas passer les années à venir la peur au ventre »

Rue89Lyon : Le club de la presse de Grenoble vous a remis ce vendredi 23 mars un prix pour votre tribune publiée dans Libération, sur le cyberharcèlement. Le matin-même, vous avez reçu un mail de menaces particulièrement violent, dont l’expéditeur est sans doute rattaché au site néonazi « democratie participative ».  Cela signifie-t-il qu’il surveille toujours tout ce qui peut vous concerner ?

Julie Hainaut : J’ai reçu un mail avec les sempiternelles « sale pute à nègre » et « traitresse à ta race », une dose de « on sait qui tu es et où tu vis, tu vas passer les années à venir la peur au ventre », et un charmant « Sieg Heil » (salut fasciste) en conclusion.

C’était juste avant de me rendre à Grenoble pour recevoir le prix « Coup de cœur du jury » et participer à la table ronde sur les discours haineux sur les réseaux sociaux.

Je n’avais pas eu de mails aussi violents depuis quelques mois – les insultes et injures sont plus fréquentes, elles, mais les menaces de mort ou de viols sont assez sporadiques.

Et malgré ce que j’ai pu entendre, non, ça n’a rien de virtuel. Le harcèlement numérique n’est pas virtuel. Il est réel. Et ses effets sont très concrets. Le cyberharcèlement est aussi violent qu’un coup de poing.

« Le victim-blaming est insupportable. La victime n’est responsable ni de son harcèlement, ni de son agression »

Quel est l’impact aujourd’hui de ce type de pressions sur vous ?

Ça a été très violent, même si, là, je suis sortie du cœur de la tempête. Ce qui a été presque plus pénible à vivre, ce sont les gens qui m’ont dit que je devais m’y attendre, ou que j’avais provoqué, ou que j’aurais dû m’abstenir. Pire, ceux qui pensent que je l’ai fait exprès pour faire le buzz. C’est le même mécanisme que dire à une victime de viol que c’est sa faute parce qu’elle porte une jupe.

J’ai rencontré des journalistes spécialisés sur le cyberharcèlement, qui m’ont beaucoup aidée à sortir de ce mécanisme de culpabilité, à accepter que dans ce cas-ci, j’étais bel et bien une victime et que je n’avais rien à me reprocher.

Ce victim-blaming est insupportable. La victime n’est jamais responsable, ni de son harcèlement, ni de son agression.

« Refuser de « sortir de cette histoire », c’est avant tout vouloir que justice soit faite »

On vous enjoint souvent de « sortir de cette histoire ».

Oui, combien de fois ai-je entendu cette phrase « Tu es passée à autre chose j’espère ? ». Je sais que ça ne part pas d’un mauvais sentiment mais je ne vois pas très bien le but. Nous sommes dans une société où tout va vite, une indignation succède à une autre, un buzz efface le précédent. Mais derrière ces histoires, il y a des humains. Et des sentiments, ça ne se zappe pas.

Et puis cette injonction à « passer à autre chose (et vite si possible) » suggère que si je n’y arrive pas, je stagne, je reste coincée.

En vérité je refuse de me résigner, je refuse de passer outre les propos sexistes, racistes, diffamatoires, injurieux, menaçant la liberté d’expression et mon intégrité physique tout en appelant à la violence sous fond d’apologie du nazisme et des crimes de réduction en esclavage. Je refuse que ça passe comme ça.

Je poursuivrai ces personnes jusqu’au bout, peu importe le temps que cela prendra. Refuser de « sortir de cette histoire » ne signifie pas « ne plus vivre ».

Refuser de « sortir de cette histoire », c’est avant tout vouloir que justice soit faite. Pour l’instant, c’est seule, avec mon avocat, et sur fonds propres, que je mène ce combat intervenu dans un cadre professionnel.

Est-ce que le prix que vous avez reçu est important pour vous ?

Oui, clairement, et je tiens d’ailleurs à remercier le Club de la presse de Grenoble. Ça fait du bien de sentir que ma profession, mes confrères et consœurs sont à mes côtés et conscients du problème.

Dès le début j’ai été soutenue par le SNJ (Syndicat National des Journalistes), de nombreux médias, mais pas tous, hélas. Certains ont créé des titres alléchants. D’autres ont publié des informations erronées sans les vérifier – ce qui est pourtant l’essence même de notre métier –, ce qui a contribué à la vague de haine que j’ai subie.

Les journalistes ne devraient jamais oublier la responsabilité sociale qu’ils ont. Nous pouvons faire et défaire, sublimer ou abîmer. Sans déontologie ni éthique personnelle, nous pouvons être dangereux. Cet épisode m’aura en tout cas appris que pour beaucoup d’internautes, il est plus acceptable de tenir des propos racistes que de les dénoncer.

Depuis six mois, vous avez subi des attaques de la part d’activistes racistes, des menaces et des pressions directes ; vous avez tout tenté pour que le site pourvoyeur de ces propos répréhensibles ferme, en vain. Vous avez déposé quatre plaintes, que concernent-elles exactement et sur quel calendrier ?

J’ai déposé trois plaintes contre X pour injures publiques, diffamation et harcèlement en septembre, et une plainte pour menaces de mort il y a quelques jours. Je souhaite que le site ferme, bien évidemment. Mais je sais bien que s’il ferme demain, il rouvrira après-demain.

Le plus important est de retrouver le ou les auteurs. Les plaintes sont toujours au stade d’enquête. C’est long.

Vous avez remonté les sources pour tenter de trouver qui se cache derrière ce site néonazi : expliquez-nous ce que vous avez découvert.

J’ai fait mon enquête. J’ai vérifié et recoupé les infos, j’ai fait une veille sur les réseaux sociaux. Toutes les informations ont été fournies à la police, au Procureur de Lyon, au ministère de l’Intérieur et à la DILCRAH [Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT, ndlr].

Au-delà de mon cas, qui n’en est qu’un parmi tant d’autres – le site s’acharne sur tout type de personnes, d’inconnus à Omar Sy en passant par Jeremstar ou Aurélien Enthoven –, je considère que c’est une affaire dont devrait s’emparer la sphère politique.

Vous avez été contactée par un conseiller de Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, au lendemain des articles diffamatoires et injurieux publiés par ce site ; cela a-t-il abouti à d’autres échanges depuis ?

Effectivement, nous avons échangé en septembre suite au début du cyberharcèlement. Depuis, rien. Ce n’est pas faute d’avoir essayé de le recontacter en octobre, novembre et décembre, pour l’informer notamment de mails reçus par des personnes ayant également fait l’objet de menaces par le biais de ce site, se sentant isolées, démunies, et me demandant de l’aide.

J’ai encore reçu un mail la semaine dernière d’une victime complètement perdue, que l’on menace de mort, qui aurait déposé plainte, écrit au ministère de l’Intérieur, contacté des associations… en vain. Il s’est dit « humilié une seconde fois par ce silence ». Je le comprends.

« Ils m’ont dit prendre l’affaire au sérieux. J’ai envie de les croire. Mais j’attends les actes »

Vous avez été plus récemment reçue par un membre de la DILCRAH. Quelle a été la teneur des échanges et est-ce que vous en ressortez satisfaite ? Cette délégation vous semble-t-elle dotée de ressources suffisantes et à la hauteur de l’opération de communication qui a accompagné son lancement ?

J’ai interpellé Frédéric Potier, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH) sur Twitter, suite à l’un de ses tweets concernant le fameux site néonazi.

J’ai ensuite été reçue à Paris par Donatien Le Vaillant, le conseiller pour la justice et les relations internationales de la DILCRAH. Ils m’ont dit prendre l’affaire au sérieux. J’ai envie de les croire. Mais j’attends les actes.

« Le harcèlement sur Internet est un fléau qui touche particulièrement les femmes »

Les annonces politiques relatives à la lutte contre le cyberharcèlement et le racisme propagé notamment via le web ont été nombreuses ces dernières semaines. Avez-vous le sentiment qu’elles reflètent une réalité et un investissement concret, pensez-vous avoir été entendue ?

Lutter contre la cyberhaine sur internet est effectivement une bonne chose. Mettre en place des amendes contre les réseaux sociaux ne retirant pas de propos haineux sous vingt-quatre heures comme en Allemagne le serait aussi. La fermeture des comptes posant problème aussi. Eduquer contre les préjugés, aussi.

Mais il ne faut pas oublier le volet répression. Ces mesures ont été évoquées récemment, nous n’avons pas de recul pour voir si elles fonctionneront. Ce qui est certain, c’est que je constate qu’après six mois, le site « Democratie participartive » existe toujours, les personnes ayant alerté sur le sujet ne sont pas entendues, et le ou les auteurs n’ont pas été inquiétés.

Le harcèlement sur Internet est un fléau. Un fléau qui touche particulièrement les femmes, un rapport de l’ONU l’a dit en 2015, un rapport d’Amnesty vient de le rappeler. Et au début de l’année, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes a remis un rapport accablant montrant que 73% sont victimes de violences en ligne.

C’est un problème politique. Ça n’est pas aux victimes de se battre seules.

« La police n’est pas assez sensibilisée aux violences psychologiques, notamment via les réseaux sociaux »

Vous êtes retournée au commissariat à l’issue du dernier mail de menace de mort, datant d’il y a quelques jours. Pensez-vous que les agents soient formés ?

Lors de mes quatre plaintes, je ne me suis pas sentie écoutée à chaque fois. On m’a demandé ce qu’était Twitter. Quand j’ai parlé de « cyberharcèlement », je n’ai pas vraiment eu l’impression d’avoir été comprise.

Je pense que la police n’est pas assez sensibilisée aux violences psychologiques, notamment via les réseaux sociaux. Encore une fois, elles sont numériques. Pas virtuelles.

Et la violence psychologique est tout aussi inacceptable que la violence physique.

Voir aussi:

Cyberharcèlement : les mots ont un sens

Pour avoir rapporté les propos choquants sur l’époque coloniale des propriétaires d’un bar lyonnais, la journaliste Julie Hainaut a été harcelée, insultée et menacée sur Internet. Elle revient sur l’affaire et les mots, de soutien ou violents, qu’elle a reçus et entendus
Julie Hainaut
Libération

 

Depuis une semaine, j’en ai lu, des mots. Des beaux, des moches, des violents. J’ai été fascinée, mais aussi pétrifiée, par tous ces gens qui ont un avis sur tout, surtout sur celui des autres. Ceux qui jugent sans chercher l’information à la source. Ceux qui confondent presse et publicité, liberté d’expression et libération de la parole, déontologie et conséquentialisme, devoir d’information et droit de se taire.

Je m’appelle Julie Hainaut, je suis journaliste freelance depuis dix ans. Je travaille pour divers médias, dont le Petit Bulletin, un hebdomadaire culturel lyonnais.

Le 12 septembre paraissait mon article intitulé «La Première plantation, ou l’art de se planter», dans lequel je m’indignais des propos des patrons d’un bar à cocktails. Dans ce lieu, dont le nom fait «référence aux plantations de canne à sucre dans les colonies françaises», les patrons affirment «chercher à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir, une période sympathique où il y avait du travail». Les mots ont un sens. Pas besoin d’être journaliste pour le savoir.

Ces mots prononcés avec légèreté – et enregistrés sur bande-son avec le consentement des intéressés – sur ce qu’il convient d’appeler un crime contre l’humanité m’ont heurtée. Beaucoup. J’ai d’abord cru à un humour un peu gras ou un manque de connaissance, mais après plusieurs perches lancées, ils me confirment le sérieux de leurs propos lorsque j’évoque la partie «esclave» de la colonisation. «Ah, on a mis quelques photos de gens dans les toilettes», me disent-ils. Certes.

J’ai réécouté l’interview dix fois. Puis je l’ai retranscrite et j’ai exprimé ma désapprobation dans mon papier, de la même manière que je l’ai fait pendant l’interview. Mon article provoquera ensuite un véritable tollé. Les propriétaires ont souhaité avoir un droit de réponse, qu’ils ont bien évidemment obtenu. «Contrairement à ce qui a été retranscrit dans l’article, notre établissement n’a jamais eu la volonté de faire une quelconque apologie de la période colonialiste, période que nous condamnons.»

«L’affaire» aurait pu s’arrêter là. Mais non. Sur les réseaux sociaux, la façon dont l’interview s’est déroulée sera réécrite. Je serais venue en plein service, sournoisement, poser des questions auxquelles ils n’ont pu répondre avec attention parce qu’ils étaient occupés à faire leur boulot. J’ai beau préciser – et donc me justifier d’avoir retranscrit des faits, l’essence même de mon métier – être venue avant l’affluence et que l’interview a bien été enregistrée, l’engrenage continue. De nombreuses associations, dont le CRAN (Conseil représentatif des associations noires), condamnent fermement ces propos. Mais beaucoup d’internautes semblent penser qu’il est plus acceptable de les tenir que de les dénoncer.

Je ne suis pas l’Elise Lucet de la tapenade, l’Albert Londres du gin tonic, la Florence Aubenas de l’espuma. Avec la casquette du Petit Bulletin, je ne traque pas le scoop, je ne dénonce pas des injustices. Je viens – en toute indépendance – mettre en lumière des endroits de ma ville où l’on consomme (du boire, du manger, du vêtement, de la culture). Et pourtant, cette semaine, je me suis retrouvée au cœur d’une tempête numérique et médiatique d’une violence inouïe.

Très vite, une quinzaine de médias ont relayé l’information, avec parfois des titres bien plus accrocheurs qu’informatifs, et parfois des propos déformés qui n’avaient au final plus beaucoup de rapport avec l’article initial. Au risque de me répéter, les mots ont un sens. Sur les réseaux sociaux, les simples commentaires sont devenus des appels à la haine. Contre les barmen d’abord, ce que je désapprouve fermement, bien évidemment. Contre moi ensuite.

Le 16 septembre, le site néonazi démocratieparticipative.biz publie un article intitulé «Lyon : une pute à nègres féministe veut détruire un bar à rhum « colonialiste », mobilisation !». Vient alors le temps des mots dénués de sens. Parce qu’à un moment, leur en donner, c’est leur faire trop d’honneur. Les fines plumes du site évoquent la «vaginocratie négrophile», me qualifient – entre autres – de «grosse pute», «vermine», «putain à nègre hystérique», «femelle négrophile», «hyène puante» et appellent à inonder mon fil Twitter et ma boîte mail, en dévoilant des photos volées, le tout illustré – entre autres – par une vidéo de Goebbels et un GIF d’Hitler. Je dépose immédiatement une plainte pour injure publique et diffamation. Je suis inondée d’insultes et de menaces. Ils «cherchent mon adresse». Je complète ma plainte pour harcèlement. Je respire difficilement, je dors peu, j’ai peur. «Il ne faut pas le dire, Julie, sinon ils ont gagné». Tant pis, je le dis. J’ai peur.

Un élan de soutien émerge sur Twitter. Ça fait du bien. Le site est signalé sur Pharos (la Plateforme d’harmonisation, d’analyse, de recoupement et d’orientation des signalements du ministère de l’Intérieur) et ferme. Puis renaît. Deux autres articles sont publiés. Il est désormais question de ma «négrophilie pathologique». Et c’est reparti. «Hyène terroriste», «pue-la-pisse», «prostituée». Vous en voulez encore ? J’en ai en stock. «Obsédée par les nègres», «serpillière à foutre africain». J’ai la nausée. Je complète néanmoins une nouvelle fois ma plainte, j’y dépose de nouvelles pièces, de nouveaux mots. Le site est signalé une nouvelle fois sur Pharos mais réapparaît par intermittence.

Savoir de quoi l’esthétisation de la période coloniale est le symptôme ne fait pas partie de mon domaine de compétence. Mais je sais que les mots ont un sens. Entre autres parce qu’ils provoquent des émotions. Et on sous-estime bien trop souvent leur haut pouvoir en nitroglycérine. Depuis une semaine, certains m’ont réconfortée, d’autres m’ont outrageusement blessée. J’ai vu des personnes applaudir, ravies de ce ramassis sexiste, raciste, diffamatoire et injurieux menaçant la liberté d’expression et mon intégrité physique tout en appelant à la violence sous fond d’apologie du nazisme. Tous ces mots pour mes mots à moi. Enfin, surtout leurs mots à eux. C’était assourdissant, tous ces mots. Pour tenir bon, j’ai dû très vite apprendre à vider de leur sens ceux qui m’écorchent et à voir toute la force que me confèrent ceux, mille fois plus nombreux, que m’adressent des inconnus en soutien.

Les mots ont un sens. Et c’est avec justesse qu’ils se doivent d’être choisis. Parce que des petits mots tout bêtes peuvent devenir de grosses blessures. Ces mots sur la partie la moins glorieuse de notre histoire, celle durant laquelle l’on enchaînait des humains, on les mutilait et pillait leur pays. Ou ces mots pour me décrire. Des mots d’une violence misogyne inouïe. Des mots tout sales et humiliants, pour se venger de celle qui les rapporte. Un peu de respect pour les mots. Ils sont puissants. Et dans ce flot d’insultes et de menaces de mort, le pouvoir des mots gentils m’est apparu comme une bouée de sauvetage. Merci pour vos mots, en réaction aux miens. J’ai appris que le meilleur est mille fois plus puissant que le pire. Mes batteries sont rechargées. Au boulot.

 

Le cyberharcèlement des journalistes existe, « Causeur » l’a rencontré!
Reporters sans Frontières découvre la lune
Gabrielle Périer
Causeur
1 août 2018

Jeudi 26 juillet, Reporters Sans Frontières a publié un rapport intitulé « Harcèlement en ligne des journalistes : quand les trolls lancent l’assaut ». Celui-ci entendait, comme son nom l’indique, alerter sur les « trolls » usant d’injures et de menaces vis-à-vis des gens de la profession. Mais il avait aussi et surtout pour objet de dénoncer les Etats ayant une politique peu amène vis-à-vis du concept de liberté de la presse, en analysant plus spécifiquement leurs stratégies informatiques.

Armées de trolls et fake news

Même si ce rapport ne nous apprend pas grand-chose de fondamentalement nouveau, quelques points peuvent néanmoins renseigner le citoyen curieux. S’il tombe souvent dans une empathie psychologisante isolant des cas particuliers sans qu’une démonstration générale ne soit faite, on y lit cependant des développements intéressants sur le phénomène des « armées de trolls », équipes employées par certains Etats, comme la Chine ou l’Iran, pour propager des « fake news » et soutenir des idées sur les réseaux sociaux. Le raisonnement est poursuivi par un éclairage utile sur la façon dont se diffusent les informations sur Internet.

En revanche, on ne manquera pas de sourire devant les stratégies humoristiques mises en œuvre par les rédacteurs du rapport pour discréditer ceux qui n’ont pas leurs faveurs : par exemple, Donald Trump, évoqué dans un hasardeux photomontage page 17, voyant Hassan Rohani, Vladimir Poutine, Xi Jinping et Nicolas Maduro le congratuler pour ses déclarations sur les médias. En légende, on lit : « ‘Bravo Donald !’ : les prédateurs de la liberté de la presse saluent les efforts de Donald Trump pour dénigrer les journalistes ». La coalition des méchants despotes contre la presse libre et indépendante, c’est un peu gros, mais après tout, on ne s’offusquera pas : c’est de bonne guerre.

Journaliste ou militant?

Plus pernicieuse est la confusion volontaire faite entre les journalistes et les militants droits-de-l’hommistes. La figure du journaliste, censé être là pour informer ses concitoyens sur ce qui se passe autour d’eux, se mêle dans une brume évanescente à l’idée romancée du courageux justicier luttant contre la dictature. Un exemple parmi tant d’autres : page 9, on lit dans un encadré : « Au Pakistan, où 68% des journalistes ont été victimes de harcèlement en ligne, des femmes activistes et des féministes sont trollées et désignées comme étant des agents occidentaux ». On comprend ainsi que le journaliste, selon RSF, est investi d’une mission morale : propager les valeurs de liberté, de démocratie et de respect des droits humains. Tout comme les membres de Reporters Sans Frontières eux-mêmes d’ailleurs, qui n’hésitent pas à formuler des recommandations, au contenu si vague qu’il en est complètement venteux, aux Etats, aux institutions internationales et aux médias, dans la tradition prétentieuse de ce type d’ONG.Harceler des « salauds » en toute impunité : la horde contre Causeur

Le rapport de RSF n’a pas manqué d’être diffusé immédiatement par la presse. On a ainsi vu proliférer jeudi des articles parfaitement interchangeables, reprenant avec une unanimité confondante les différents points qui avaient été résumés dans une dépêche AFP. Tous les grands médias se sont ainsi saisis du sujet du cyberharcèlement des confrères, notamment quand il s’agit de consœurs. Découvre-t-on la lune ? Pas chez Causeur, où la polémique sur le Manifeste des 343 salauds contre la pénalisation des clients de prostituées avait provoqué une polémique pas toujours civilisée. Ainsi, le site « 343 connards » recensait les noms et les photos (mais pas les adresses, il y a des bottins pour ça) des méchants pétitionnaires et fournissait même un kit d’injures prêt à l’emploi sur Twitter. Il n’y avait plus qu’à cliquer sur leur photo pour que les individus incriminés reçoivent ce message lyrique : « Salut XXX, aucune femme n’est ta pute, connard!».

Au rythme de plusieurs dizaines de tweets par jour, est-ce du harcèlement ? Les auteurs de ce site qualifieraient sans doute plutôt leur geste d’ « initiative citoyenne », nimbés de leurs certitudes de militants féministes. Tout comme, à l’époque, les médias qui relayaient l’adresse du site d’insultes, comme pour inviter à passer y faire un tour. Des médias qui montrent aujourd’hui une si touchante résolution à dénoncer, à la suite de RSF, le cyberharcèlement lorsqu’il touche des journalistes… innocents.

Voir également:

RSF publie son rapport “Harcèlement en ligne des journalistes : quand les trolls lancent l’assaut”

RSF
26 juillet 2018
Dans son nouveau rapport, Reporters sans frontières (RSF) révèle l’ampleur d’une nouvelle menace qui pèse sur les journalistes : le cyberharcèlement perpétré massivement par des armées de trolls, individus isolés ou mercenaires à la solde d’Etats autoritaires.

LIRE LE RAPPORT sur le harcèlement en ligne

Reporters sans frontières publie, ce 26 juillet, son nouveau rapport intitulé “Harcèlement en ligne des journalistes : quand les trolls lancent l’assaut”, dans lequel l’organisation s’alarme de l’ampleur d’une nouvelle menace qui pèse sur la liberté de la presse : le harcèlement en ligne massif des journalistes.

Leurs auteurs ? De simples “haters”, individus ou communautés d’individus dissimulés derrière leur écran, ou des mercenaires de l’information en ligne, véritables “armées de trolls” mises en place par des régimes autoritaires.

Dans les deux cas, l’objectif est le même : faire taire ces journalistes dont les propos dérangent, quitte à user de méthodes d’une rare violence. Pendant des mois, RSF a documenté ces nouvelles attaques en ligne et analysé le mode opératoire de ces prédateurs de la liberté de la presse qui ont su utiliser les nouvelles technologies pour mieux étendre leur modèle répressif.

“Le harcèlement en ligne est un phénomène qui se propage à l’échelle mondiale et qui constitue aujourd’hui l’une des pires menaces contre la liberté de la presse, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières. On découvre que les guerres de l’information ne sont pas menées seulement entre pays sur le plan international mais que les prédateurs du journalisme mettent en place des armées de trolls pour traquer et affaiblir tous ceux qui recherchent honnêtement les faits. Ces despotes laissent leurs mercenaires cibler les journalistes et leur tirer dessus à balles réelles sur le terrain virtuel comme d’autres le font sur les terrains de guerre.”

Ce que révèle le rapport de RSF :

  • Difficile d’établir le lien direct entre les cabales en ligne à l’encontre des journalistes et les Etats. RSF a enquêté et documenté des cas de harcèlement en ligne de journalistes dans 32 pays, révélant ainsi des campagnes de haine orchestrées par des régimes autoritaires ou répressifs comme en Chine, en Russie, en Inde, en Turquie, au Vietnam, en Iran, en Algérie, etc.
  • RSF analyse et met en lumière le mode opératoire des Etats prédateurs de la liberté de la presse qui orchestrent ces attaques en ligne contre les journalistes en trois étapes :
  1. désinformation : le contenu journalistique est noyé sur les réseaux sociaux sous un flot de fausses nouvelles et de contenus en faveur du régime,
  2. amplification : ces contenus sont valorisés artificiellement via des commentateurs payés par les Etats pour laisser des messages sur les réseaux sociaux, ou bien via des programmes informatiques qui rediffusent automatiquement le contenu, les bots
  3. intimidation : les journalistes sont pris pour cibles personnellement, insultés et menacés de mort, pour les discréditer et les faire taire.
  • Les violentes campagnes de cyberharcèlement sont également lancées par des communautés d’individus ou des groupes politiques dans des pays dits démocratiques – au Mexique notamment, voire même dans des pays très bien notés au Classement mondial de la liberté de la presse, comme la Suède ou la Finlande.
  • Les conséquences sont parfois dramatiques : la plupart des journalistes victimes de cyberharcèlement interrogés par RSF sont pour beaucoup contraints à l’auto-censure face à cette vague de violence dont ils n’avaient pas imaginé l’ampleur.
  • En Inde par exemple, Rana Ayyub est la cible des soutiens du régime, les Yoddhas de Narendra Modi, qui attaquent la journaliste pour ses enquêtes sur l’accession au pouvoir du Premier ministre indien : “On m’a traitée de prostituée. Mon visage a été apposé à la photo d’un corps nu et la photo de ma mère a été prise sur mon compte Instagram et ‘photoshoppée’ de toutes les manières possibles.”
  • Aux Philippines, la journaliste Maria Ressa est également attaquée par les trolls, alors que le média qu’elle dirige, Rappler, doit faire face à un acharnement judiciaire. Depuis l’élection de Rodrigo Duterte à la présidence en 2016, les journalistes philippins qui mènent, comme elle, des enquêtes indépendantes sur le pouvoir sont constamment pris pour cible.
  • En France, deux individus ont été condamnés début juillet à six mois de prison avec sursis et 2000 euros d’amende pour avoir menacé en ligne la journaliste Nadia Daam. Un troisième, qui l’a menacée de mort à la suite du procès, a également été condamné à six mois de prison avec sursis.
  • Face à constat, Reporters sans frontières formule 25 recommandations envers les Etats, la communauté internationale, les plateformes, les médias et les annonceurs pour une meilleure prise en compte de ces nouvelles menaces numériques. RSF propose également dans son rapport un tutoriel intitulé “Journalistes : comment faire face aux armées de trolls”, dans lequel l’organisation rappelle les bonnes pratiques en matière de sécurité numérique.
Voir de même:
Procès des harceleurs présumés de Nadia Daam : le cyber-harcèlement à l’encontre des journalistes ne doit pas rester impuni
RSF
4 juin 2018
Alors que s’ouvre mardi le procès de deux cyber-harceleurs de la journaliste française Nadia Daam, Reporters sans frontières (RSF) regrette que la plupart des cas de harcèlement en ligne de journalistes ne donnent lieu à aucune poursuite judiciaire. Une condamnation « juste mais ferme ». C’est ce que réclame la journaliste française Nadia Daam à l’encontre des deux cyber-harceleurs poursuivis parmi les sept identifiés, ce mardi 5 juin devant le tribunal correctionnel de Paris. En novembre dernier, la journaliste avait porté plainte après avoir été victime de menaces en ligne à la suite de l’une de ses chroniques sur Europe1, dans laquelle elle dénonçait les méthodes de trolls. “L’enjeu, c’est de faire savoir qu’il y a des vrais gens d’un côté et de l’autre du clavier. Lorsque Nadia Daam reçoit des menaces de mort, cela n’a rien de virtuel pour elle. Et cela n’aura rien de virtuel non plus pour ses harceleurs, lorsqu’ils seront en chair et en os à la barre du tribunal. C’est la fin du virtuel et l’irruption du réel”, affirme à RSF son avocat, Eric Morain.

Des cabales en ligne destinées à museler les journalistes

Si RSF salue la tenue de ce procès, l’organisation rappelle que d’autres journalistes attendent toujours qu’une suite judiciaire soit donnée à leur affaire. C’est le cas de Julie Hainaut. En septembre dernier, la journaliste lyonnaise se retrouve plongée au coeur d’une tempête médiatique d’une violence inouïe pour avoir rapporté et désapprouvé, dans le petit Bulletin de Lyon, les propos néo-colonialistes des tenanciers d’un nouveau bar, “la première plantation”. “Je suis inondée d’insultes et de menaces. Ils “cherchent mon adresse”[…] Je respire difficilement, je dors peu. J’ai peur”, témoigne-t-elle dans Libération. Elle reçoit alors un courrier de soutien du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb et porte plainte à trois reprises. Depuis, plus rien. “Je ne me sens pas écoutée”, témoigne la journaliste qui a reçu en mars de nouvelles menaces. Et a dû porter plainte de nouveau.

“Nous demandons à ce qu’une enquête approfondie soit menée sur les menaces en ligne reçues par Julie Hainaut, déclare Elodie Vialle, responsable du Bureau Journalisme et Technologie de RSF. Au moment où les autorités légifèrent sur les violences sexistes et sexuelles parmi lesquelles figure le cyber-harcèlement, il est fondamental qu’elles prennent la mesure de la gravité de cette nouvelle menace qui pèse sur les journalistes. Les campagnes d’insultes, les menaces, la diffusion d’informations personnelles détournées dans l’objectif de nuire… toutes ces cabales en ligne ont pour objectif de faire taire les journalistes.”

RSF observe de plus en plus de cas de cyber-harcèlement. Un phénomène qui existe dans quasiment tous les pays et touche prioritairement les femmes journalistes et les journalistes d’investigation. RSF a ainsi récemment appelé les autorités indiennes à protéger Rana Ayyub, une journaliste d’investigation indienne victime de campagnes de harcèlement en ligne menées par les armées de trolls du Premier ministre indien Narendra Modi.

Voir de plus:

« L’esprit colonial, un esprit à la cool » : les gérants d’un bar lyonnais se défendent de faire l’apologie du colonialisme

BAD BUZZ – Visiblement, il s’agissait plutôt d’une énorme maladresse. Mais les deux gérants d’un bar appelé la Première plantation, située à Lyon, ont été vivement critiqués, accusées de faire l’apologie de l’esclavagisme, après des propos sur « l’esprit colonial ».
LCI

15 sept. 2017

L’histoire avait pourtant bien commencé. Ouverture d’un bar à cocktails, tourné vers le rhum, dans un quartier branché de Lyon. Une déco de bois brut, un esprit récup’, des supers cocktails. C’est d’ailleurs ce qui était mis en avant dans les magazines liftstyle qui ont parlé de la Première plantation à son ouverture. « La Première plantation, le bar à cocktail qui va te faire voyager très loin », titrait ainsi Le Bonbon. Carrément emballé : « Dans une déco réussie et envoûtante chargée de plantes et arbres exotiques du sol au plafond, La Première Plantation (LPP) est avant tout un bonheur pour les yeux », raconte le journaliste. Qui loue la « déco de folie », la « carte de cocktails rare », et n’hésite pas : « La Première Plantation, c’est un petit morceau de Bahamas où les cocktails sont encore meilleurs. » Le Progrès, quotidien local, est plus mesuré mais lui aussi bien conquis : « Un lieu décontracté à l’ambiance tropicale où l’on déguste des cocktails maison d’après des recettes originales à base d’ingrédients rares ».

Mais c’est un article paru ce mardi dans un guide de sorties locales, Le Petit bulletin, qui a déclenché la tornade. Intitulé « La Première Plantation ou l’art de se planter », la journaliste y raconte l’échange qu’elle a eu avec les jeunes gérants. Echange qui depuis a fait le tour du web. « Mon nom, La Première Plantation, est une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir », rapporte la journaliste dans son article.

Elle raconte encore, pas sûre d’avoir bien entendue, avoir demandé : « C’était cool, la colonisation ? » Ce à quoi les gérants ont répondu : « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. » Elle s’est indignée : « Et la partie esclaves, là-dedans ? » Référence à la traite des Noirs dans les Antilles à laquelle le gérant répond benoîtement : « Ah, on a mis quelques photos dans les toilettes. »

Réactions en chaîne
Forcément, les propos ont fait le tour du web. Sur la base de cet article, sont tombées des centaines de réactions outrées, dénonçant une « audace crasse », une « apologie de l’esclavagisme », une « horreur déprimante ». La page Facebook du lieu, qui a dû fermer depuis, a reçu un torrent d’insultes ou de commentaire négatifs. Des collectifs se sont aussi emparés de l’histoire, y voyant « une nouvelle manière de décomplexer la #négrophobie tout en faisant autrement l’apologie de la colonisation et de l’esclavage-négrier-occidentalo-chrétien ».  Le collectif Des Racinés a lancé une pétition, demandant la fermeture du lieu. « En faisant de cette histoire leur fond de commerce, les gérants ont décidé d’exploiter ce qui pourrait au mieux être qualifié de négationnisme et, plus raisonnablement, d’apologie de crime contre l’humanité », estime-il.  Ont aussi fleuri des appels à la violence contre les deux gérants.

Devant la tempête, d’autres tentent de raison garder. Et de tenter de discerner le vrai du faux. Comme Romain Blachier, élu local, qui a décidé de se « faire son idée par moi-même ».  Après entrevue, il penche pour l’ignorance des deux patrons, il est vrai, particulièrement malheureuse lorsqu’on se lance dans une affaire comme celle-là. « Ils m’ont confirmé être opposés au colonialisme, condamner tout racisme et ont sans doute été un peu maladroits et pas très au fait de l’Histoire tragique du colonialisme », écrit l’élu sur Facebook.

Ont-ils eux-mêmes été dépassés par l’ampleur du bad buzz qu’ils ont contribué à créer ? En tout cas, ils condamnent les réactions disproportionnées. Deux jours après, les journalistes du Petit bulletin ont mis en ligne un nouvel article, de mise au point.  Le rédacteur en chef explique être retourné dans le café pour s’expliquer. « Il ne s’agit pas ici de réfuter l’information initiale », précisent les journalistes sur leur site. « Nous assumons pleinement notre travail de journaliste et cet article […]. Faire de la période coloniale un argument de communication, c’est une plaie qu’il fallait mettre à jour. » Et détaillent leur entrevue avec les deux gérants : « Nous avons rencontré deux personnes abattues, conscientes de la maladresse totale des propos cités, mais réfutant – et nous les croyons totalement après cette rencontre – tout racisme ou toute ambiguïté de leur part sur l’esclavage. Aucun d’eux n’est raciste ou soupçonné de complaisance envers l’esclavage », précise le Petit bulletin.

Pour eux, le diagnostic est formel : « Les propos tenus lors de l’interview publiée mardi et le positionnement de leur lieu sont visiblement la conséquence d’une méconnaissance de cette période de l’Histoire, de légèreté sans doute quant à leurs recherches sur cette époque, dont ils ont voulu mettre en valeur l’esthétique par leur décoration et surtout, leur passion : le rhum. » Précision, aussi, sur les »photos d’esclaves » dans les toilettes mentionnées par les barmans, que les journalistes ont retranscrit : les journalistes sont allés voir, et « n’ont pas vu de photos d’esclaves mais deux clichés encadrés : une maison de maître victorienne et un champ d’ananas », reconnaissent les journalistes. Qui plaident donc pour la clémence envers les deux gérants : « Dépassés par la maladresse de leur propos, ils ne méritent certainement pas la violence du traitement qui leur est infligé aujourd’hui. Il était de notre devoir de journaliste d’écrire ce malaise ressenti par l’utilisation d’éléments évoquant l’époque coloniale pour décrire leur bar et son ambiance », mais « les réseaux sociaux ont transformé cette information en vindicte populaire contre La Première Plantation : c’est indéfendable. »

 

Voir encore:

Retour sur la polémique autour du bar lyonnais accusé de faire l’apologie de l’esclavage

Fanny Marlier
Les Inrocks
15/09/17
« L’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir ». Le bar à cocktail lyonnais « La Première plantation » est accusé de faire l’apologie de l’esclavage après des propos rapportés par une journaliste. On fait le point sur la polémique.

« La Première Plantation ». Sur le coup, on a pensé à une blague un peu douteuse, voire carrément déplacée… Mais non, c’est bien comme ça que des barmans du 6e arrondissement de Lyon ont décidé d’appeler leur nouveau bar à cocktails en « référence aux plantations de canne à sucre dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir », expliquent les deux gérants dans un article du Petit Bulletin paru mardi 12 septembre.

S’ensuit un dialogue surréaliste : alors que la journaliste demande des explications concernant la qualification de « cool », les gérants assument : « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. » Quid des esclaves et des atrocités commis à leur égard ? « On a mis quelques photos dans les toilettes ». Des propos qui laissent paraître une nostalgie du temps des colonies, tout en s’en servant comme argument marketing.

« Nous écoutions à peine les questions »

Face aux vives réactions déclenchées sur la toile, la journaliste à l’origine de l’article a tenu à préciser, via Twitter, que les propos rapportés sont bel et bien authentiques :

«Les faits rapportés dans l’article ne sont pas, comme j’ai pu le lire, ‘le fruit de l’imagination de la journaliste qui veut nuire personnellement au lieu’ mais bien des faits, justement. Je n’approuve en aucun cas l’appel à la violence envers les propriétaires du lieu ».

Elle précise aussi avoir bien vu les photos en question dans les toilettes.

Contactés par Les Inrockuptibles, les gérants de La Première Plantation fustigent « le manque de bon sens de la journaliste qui nous [leur] a posé des questions à 19h, en plein moment de rush ». « Nous écoutions à peine les questions car nous devions servir les clients en même temps », expliquent-ils avant d’ajouter :« Notre métier c’est le cocktail, nous ne possédons pas un doctorat en Histoire, nous avons donc un gros manque de connaissances à ce niveau là ». Tous deux se disent « désolés » de la tournure qu’a pris cette polémique et assurent n’avoir « aucune nostalgie de cette période là ».

Concernant les photographies disposées dans les toilettes ils expliquent : « Il n’y a pas de photographies d’esclaves, simplement celle d’une maison blanche victorienne, et celle d’un champ d’ananas ». Ils nous assurent que le nom du bar va être changé afin de « partir sur des bases saines ». Et concluent par : « Nous sommes les victimes dans cette histoire ».

De son côté la journaliste confirme avoir bien vu des photos d’esclaves, et assure que l’interview a été enregistrée.

« Négationnisme » et « apologie de crime contre l’humanité »

A la suite de la publication de l’article, le collectif des Raciné.e.s, une association féministe et décoloniale lyonnaise, a lancé une pétition en ligne (signée par 3 500 personnes à l’heure où nous écrivons ces lignes), notamment co-signée par la journaliste Amandine Gay, la créatrice de Paye ta Shnek Anaïs Bourdet, le youtubeur Usul, ou encore les journalistes Sihame Assbague, et Johanna Luyssen (Libération).

«Nous, des Raciné.e.s, qui sommes issus des migrations mais aussi de quatre siècles d’esclavage, nous, citoyens et enfants des départements français, sommes outrés de constater un tel mépris pour la dignité humaine la plus fondamentale. Par delà les déclarations outrancières des propriétaires, nous affirmons que le modèle d’affaires d’une entreprise qui s’attribue gratuitement, à des fins promotionnelles et décoratives, l’histoire douloureuse de siècles d’oppression, d’exploitation, de sévices et d’humiliations est inacceptable », dénoncent les signataires qui soulignent également l’exploitation de « ce qui pourrait au mieux être qualifié de négationnisme et, plus raisonnablement, d’apologie de crime contre l’humanité ».

Contacté par Les Inrockuptibles, le collectifdes Raciné.e.s se dit « à la fois consterné·e·s, en colère et, paradoxalement, désabusé·e·s ». Il ajoute :

«Ces propos sont aussi choquants qu’ils sont communs, malheureusement (…) Quant aux personnes qui, comme le prétendent les gérants, ignorent tout de la période coloniale, c’est une preuve de plus que le racisme de notre société est si ancré que l’on se permet d’ignorer des siècles d’histoire et de maintenir la mémoire de peuples entiers dans l’oubli.»

De son côté, Le Petit Bulletin a publié ce jeudi soir une mise au point et a laissé un droit de réponse aux gérants de « La Première Plantation » :

«Dépassés par la maladresse de leur propos, ils ne méritent certainement pas la violence du traitement qui leur est infligé aujourd’hui. Il était de notre devoir de journaliste d’écrire ce malaise ressenti par l’utilisation d’éléments évoquant l’époque coloniale pour décrire leur bar et son ambiance. Manipuler ces références à une époque douloureuse de l’histoire de France était pour le moins malvenu d’autant que le sujet est sensible et aujourd’hui débattu au plus haut niveau (…)»

Voir encore:

Polémique autour d’un bar lyonnais, « La Première Plantation », accusé de faire l’apologie de l’esclavage
« L’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir
Marine Le Breton
Huffington Post
14/09/2017

POLÉMIQUE – « Ce nouvel établissement idéal pour une soirée conviviale a ouvert cet été », écrivait le 11 septembre Le Progrès, à propos d’un nouveau bar lyonnais, « La Première Plantation« . Une première publicité plutôt élogieuse pour ce bar à cocktails du 6e arrondissement de la ville, qui a ouvert ses portes le 21 août.

Mais entre temps, un autre article a été publié dans Le Petit Bulletin de Lyon, offrant une bien moins bonne publicité au bar.

La journaliste qui a écrit l’article en question cite les deux créateurs du lieu racontant comment le nom du bar a été choisi. « Mon nom, La Première Plantation, est une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir », expliquent-t-ils face à la journaliste qui dit être « restée interdite » et lui demande, « indignée », « c’était cool, la colonisation? » Réponse: « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante ». Et de préciser que des photos d’esclaves sont affichées dans les toilettes.

Les propos n’ont pas manqué de scandaliser sur les réseaux sociaux, qui accusent le bar de faire l’apologie de la colonisation et de l’esclavage.

Amandine Gay, La réalisatrice du documentaire « Ouvrir la voix », qui donne la parole aux femmes noires, a notamment fait toute une série de tweets pour dénoncer ces propos.

Une pétition dénonçant « l’apologie de l’esclavagisme » a également été lancée sur le site Change.org par Le Collectif Des Raciné.e.s.

La journaliste, devant les centaines de commentaires en réactions aux propos des créateurs du lieu, a tenu a préciser ce jeudi 14 septembre que les propos cités dans son article sont bel et bien authentiques:

Plusieurs internautes, ainsi que Le Progrès, soulignent que les avis ont été supprimés de la page Facebook du bar depuis.

Les gérants ont répondu aux critiques ce jeudi sur Facebook, expliquant n’avoir « jamais eu la volonté de faire une quelconque apologie de la période colonialiste, période que nous condamnons ». Ils précisent que « le mot plantation n’a dans notre esprit aucune connotation péjorative » ou encore que « notre bar à cocktails est un hommage à la culture du rhum et à la culture caribéenne ». Au HuffPost, ils affirment que ce post sera publié dans Le Petit Bulletin, annoté par le directeur de la rédaction qui s’est rendu sur les lieux.

https://www.facebook.com/plugins/post.php?href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2Flapremiereplantation%2Fposts%2F275219106324041&width=500

Contacté par Le HuffPost, Matthieu Henry, l’un des deux créateurs du lieu, regrette cette polémique et ne cautionne pas tous les dires de la journaliste. « Nous n’avons pas voulu dire ces choses-là dans ce sens-là. Nous ne voulons en aucun cas faire l’apologie de l’esclavage mais de celle du rhum, de la culture caraïbéenne », précise-t-il. Par le « à la cool » cité dans l’article du Petit Bulletin, il voulait « parler du bar, du service, de notre attitude ». Il dément aussi que des photos d’esclaves soient affichées dans les toilettes. « Il s’agit de gravures de bouteilles de rhum, de champs d’ananas », ajoute-t-il.

Voir aussi:

La Première Plantation est un bar à cocktails qui a ouvert cet été dans le sixième arrondissement. Une dizaine d’articles de la presse généraliste ou spécialisée a célébré cette ouverture, sans interroger les gérants sur le choix du nom du lieu. Le 12 septembre, une journaliste du Petit Bulletin qui écrit sur les nouveaux lieux « branchés » a questionné les gérants qui ont alors tenu des propos racistes surréalistes en expliquant qu’il souhaitait rappeler l’esprit colonial, « un esprit à la cool », « une époque où l’on savait recevoir »…

Certain.es pensaient naïvement que les références au « temps béni des colonies » ou aux « bienfaits de la colonisation » et autres célébrations du « ya bon banania » appartenaient à un temps révolu ou à une autre génération ayant directement participé à la colonisation. Gabriel Desvallées et Matthieu Henry, jeunes trentenaires branchés nous rappellent le contraire.

Ces jeunes gens branchés ont choisi de faire du colonialisme la base de leur stratégie commerciale. Ils viennent d’ouvrir un bar à cocktails au 22 rue Professeur Weill, dans le sixième arrondissement de Lyon. Ils l’ont baptisé La Première Plantation. Pourquoi ? C’est Le Petit Bulletin qui le révèle dans un article intitulé « La Première Plantation, ou l’art de se planter ». Voici ce qu’ils ont confié à la rédactrice :

Mon nom, La Première Plantation, est une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir.

On vomit à la lecture de ces propos racistes, qui nient l’esclavage et les violences intrinsèques du rapport colonial infligées par les grandes puissances européennes aux peuples des pays colonisés.
On pourrait donc, au bénéfice du doute, penser à l’ignorance des gérants du bar, mais pourtant ce n’est pas fini car ils surenchérissent, entre clichés, mépris et racisme. La rédactrice du Petit Bulletin écrit ainsi :

Peut-être avais-je mal entendu, finalement. (…) Non. Il a persévéré. « C’était cool, la colonisation ? » me suis-je indignée. « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. » Je me suis offusquée : « et la partie esclaves, là-dedans ? ». « Ah, on a mis quelques photos dans les toilettes. » m’a-t-il rétorqué.

Pour ceux et celles qui douteraient de la réalité de ces propos, la journaliste les a confirmé sur twitter :

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L’indécence de ces propos est inqualifiable. Et leur violence rend inutile le moindre commentaire. Tout comme le font certain avec l’utilisation du Blackface pour faire rire, La Première Plantation appuie sa communication sur une idéologie fondée sur les clichés racistes. Ceux-ci sont tournées en dérision et même promus par cet établissement dont la démarche commerciale se conjugue avec une vision politique rance et réactionnaire, niant à la fois l’horreur historique de cette période et balayant d’un revers de main toutes les luttes d’esclaves ayant amené à sa fin.

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La colonisation en réalité

En 2017, les gérants d’un bar branché poussent ainsi le cynisme au point de faire de l’apologie du colonialisme et du mépris des ravages de l’esclavage des preuves de leur « coolitude ». De la rencontre du capitalisme hype et du racisme le plus bas du front ne peuvent naître que des horreurs, et elles font peur à voir.

On s’inquiète aussi que plusieurs médias se soient fait écho de l’ouverture du lieu, sans rien n’avoir trouvé à redire à ce choix commercial choquant. Petite revue de presse :

Fourniresto, le 21 août : « Ils sauront vous faire voyager à travers le décor décalé de leur bar et grâce à leur cocktails. »

- Inside-lyon, le 24 août : « une oasis tropicale où la nature a tous les droits ; Un bar sans chichis, magnifique mais à la cool ; on aime la déco tropico-industrielle, qui réussit le pari d’être belle, moderne et pas cliché »

- Mixology (en anglais), le 16 août : « Like a highly exotic trip without the kitsch side of the tiki bar : a real indoor jungle mixing palm trees and hanging succulent plants will contrast with rough walls and exposed beams, giving an industrial feel »

- Le Progrès, le 11 septembre : « idéal pour une soirée conviviale ».

Tous ces propos s’entendent donc à condition d’être blanc et raciste, sans doute…

Nous terminerons à l’adresse des patrons de ce bar qui n’ont rien compris à l’histoire par une citation de Franz Fanon :

« Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence. » [1]

Notes

[1Les Damnés de la Terre (1961), Frantz Fanon, éd. La Découverte poche, 2002, p. 61

Voir également:

L’« esprit cool » de la colonisation ou la pire stratégie marketing d’un bar lyonnais

Se démarquer de ses concurrents avec un style bien à soi, un objectif pour tout commerce cherchant à se faire connaître. La Première Plantation, bar à cocktails lyonnais ouvert cet été dans le 6e arrondissement à Lyon, vient de faire les frais de son positionnement : distiller un esprit colonial pour vendre du rhum, car la période selon eux était « à la cool » et « accueillante ».

Dalya Daoud
Rue89Lyon
15/09/2017

Tout démarre avec une chronique publiée dans le Petit Bulletin, hebdo culturel/loisirs (par ailleurs partenaire de Rue89Lyon), intitulée « La Première Plantation, ou l’art de se planter ». Dans sa rubrique dédiée aux restos et bons spots, il n’y a habituellement que des plans recommandés par la rédac.

Après sa visite, la journaliste sort estomaquée de son entrevue avec les néo-entrepreneurs. Ce ne sont pas les cocktails au rhum qui ne passent pas, mais les propos du duo.

Elle retranscrit leur projet dans les citations attribuées à l’un des deux patrons :

« Mon nom, La Première Plantation, est une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir. »

La journaliste s’étrangle :

« Je suis restée interdite,  j’ai cru qu’il avait ajouté de la drogue dans l’un des cocktails, j’ai repris mes esprits et j’ai creusé. Peut-être avais-je mal entendu, finalement. Peut-être avait-il prononcé « l’esprit commercial » et que la chute de la pression atmosphérique dans l’avion avait eu raison de mon ouïe.

Non. Il a persévéré. « C’était cool, la colonisation ? » me suis-je indignée. « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. » Je me suis offusquée : « et la partie esclaves, là-dedans ? ».« Ah, on a mis quelques photos dans les toilettes. » m’a-t-il rétorqué.

« Invitation au voyage et à l’exotisme »

Après les échanges traditionnels avec la rédaction en chef, qu’impose le circuit de tout article de presse, il est décidé de publier le papier. Mais la désinvolture avec laquelle les barmen ont répondu choque et sont repris dans la presse en ligne.

De grosses salves de critiques mais aussi d’insultes, telles que le web sait les multiplier, sont écrites notamment sur la page Facebook de la Première plantation (elle a été complètement supprimée depuis). Des menaces pleuvent également. Le débat passe par moult circonvolutions : « oui mais les cocktails sont-ils bons ? » ; « comment ça, l’assiette végé n’est pas assez copieuse ? », etc.

La journaliste, qui collabore en tant que pigiste avec le Petit Bulletin, n’est pas épargnée : elle est accusée de façon lapidaire et violente de vouloir nuire personnellement au lieu ou encore tout simplement de mentir.

Après un rendez-vous avec le rédacteur en chef, les patrons du bar se fendent d’un droit de réponse, sans tellement de fioritures ni plus d’explications sur le fond :

« Notre volonté a été d’ouvrir un bar à cocktails, un lieu d’échanges, de partages, convivial autour du rhum, sa culture et son histoire.

Contrairement à ce que a été retranscrit dans l’article, notre établissement n’a jamais eu la volonté de faire une quelconque apologie de la période colonialiste, période que nous condamnons. Le nom « Première Plantation » est une référence aux plantations de canne à sucre dont le rhum est issu.

Ce nom fait également référence au fait que cette ouverture est une première pour nous, une première plante, notre premier établissement. Le mot plantation n’a dans notre esprit aucune connotation péjorative. »

Les jeunes barmen continuent de patauger, en parlant d’ « invitation au voyage et à l’exotisme ». Avant de déplorer, évidemment, « les conséquences […] préjudiciables [pour eux] tant sur le plan professionnel que personnel ».

« Une méconnaissance de cette période de l’Histoire »

Le rédacteur en chef du Petit Bulletin fait, en introduction du droit de réponse, cette analyse :

« Les propos tenus lors de l’interview publiée mardi et le positionnement de leur lieu sont visiblement la conséquence d’une méconnaissance de cette période de l’Histoire, de légèreté sans doute quand à leurs recherches sur cette époque. »

Pas racistes, les petits gars, mais juste ignorants. Reste que la polémique ne désenfle pas, s’amplifie même avec les partages sur les réseaux sociaux. Les soutiens du bar sont parfois des personnes se présentant le bras levé ou tenant eux-mêmes des propos racistes, ce qui dessert encore la volonté des tenanciers de ne pas passer pour des défenseurs du colonialisme.

La journaliste et le rédacteur en chef trouvent leurs soutiens mais voient aussi leur travail descendu en flèche, devant assurer le service anti-trolls (qu’il ne faut pas nourrir, on le sait) très chronophage.

Depuis la parution de l’article sur La Première Plantation hier, des centaines de commentaires inondent les réseaux sociaux. La chroniqueuse parvient à conserver son calme et à tenter de donner des explications, toujours via les réseaux sociaux :

« – Les faits rapportés dans l’article ne sont pas, comme j’ai pu le lire, « le fruit de l’imagination de la journaliste qui veut nuire personnellement au lieu » mais bien des faits, justement.

– Je n’approuve en aucun cas l’appel à la violence envers les propriétaires du lieu. »

Puis encore :

« – L’interview a été enregistrée. Les propos de l’article sont avérés. Il n’y a aucune volonté de nuire, simplement celle de rapporter des faits et de vérifier l’info, l’essence même de mon métier.

– Les photos aujourd’hui affichées dans ces fameuses toilettes ne montrent pas d’esclaves. Celle le jour de ma venue, si. Mais la question n’est pas là. La réponse « On a mis des photos dans les toilettes » à la question « Et les esclaves ? » suffit à poser les choses. »

Une pétition a finalement été lancée par le collectif Des Raciné.e.s contre « l’apologie de l’esclavagisme à Lyon », pointant directement le bar, et a recueilli en quelques heures, ce vendredi matin, plus de 3300 signatures. Le bar la Première Plantation a certes fait parler de lui mais s’est en effet bien planté.

Voir de même:

La Première Plantation, ou l’art de se planter
Ne jamais se fier aux apparences : c’est ce qu’on retiendra de ce nouveau bar à cocktails spécialisé dans le rhum.
Julie Hainaut
Le Petit Bulletin
12 septembre 2017

Elle avait pourtant bien commencé, cette histoire. Lui et moi, on était fait pour s’entendre, c’était couru d’avance. Je rentrais de vacances, la tête dans les nuages, il était là, frais et dispo, prêt à me faire atterrir et revenir à la réalité en douceur.

Dès l’entrée, il m’avait séduite à coup de déco brute esprit récup’, de cocktails détonnants – le LPP Swizzle et The Epicurian sont idéaux pour contrer la canicule ou récupérer d’un jet lag –, et de mixtures improbables – la liqueur Falernum réalisée à partir de clous de girofles et de café, entre autres, est exquise.

L’assiette veggie (15 € pour trois artichauts marinés, cinq olives, deux grammes de courgettes marinées, une cuillère à café de houmous, une autre de tapenade) m’avait déçue, mais il avait su me réconforter : « les produits viennent d’Italie, la qualité est top » avait-il alors précisé, sous la houlette de ses deux créateurs, Gabriel Desvallées et Matthieu Henry.

Mais l’histoire s’est compliquée. Il disait avoir choisi de s’installer « dans un arrondissement underground. » Le 6e, underground, vraiment ? Il entendait imposer une ambiance de « jungle, là où les plantes prennent le dessus sur la ville ». À peine cinq se couraient après. Je n’ai rien dit, j’ai voulu laisser sa chance au produit.

Puis il a commencé à tenir des propos douteux.

« Mon nom, La Première Plantation, est une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir. »

Je suis restée interdite,  j’ai cru qu’il avait ajouté de la drogue dans l’un des cocktails, j’ai repris mes esprits et j’ai creusé. Peut-être avais-je mal entendu, finalement. Peut-être avait-il prononcé « l’esprit commercial » et que la chute de la pression atmosphérique dans l’avion avait eu raison de mon ouïe. Non. Il a persévéré. « C’était cool, la colonisation ? » me suis-je indignée. « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. » Je me suis offusquée : « et la partie esclaves, là-dedans ? ». « Ah, on a mis quelques photos dans les toilettes. » m’a-t-il rétorqué.

Des gouttes ont commencé à couler le long de mon visage – ce n’était pas la canicule mais un mélange de colère et de stupeur. J’ai quand même vérifié s’il n’y avait pas de caméra cachée – mon rédac chef est taquin –, il n’y en avait pas, j’ai payé, je suis allée me changer les idées à grand renfort de pintes et d’amis sur les quais, et je suis rentrée, la gorge nouée. Cette histoire qui avait si bien commencé avec des cocktails savoureux s’est mal terminée.

Voir de plus:

La Première Plantation
Droit de Réponse
Le Petit Bulletin
14 septembre 2017

Nous faisons suite à l’article posté le 12 septembre 2017 sur Le Petit Bulletin signé par madame Julie Hainaut.

Si nous acceptons les critiques constructives sur notre travail, en revanche cet article appelle de notre part les observations suivantes.

Nous sommes ouverts depuis le 21 août 2017, il s’agit de notre première affaire.

Notre volonté a été d’ouvrir un bar à cocktails, un lieu d’échanges, de partages, convivial autour du rhum, sa culture et son histoire.

Contrairement à ce que a été retranscrit dans l’article, notre établissement n’a jamais eu la volonté de faire une quelconque apologie de la période colonialiste, période que nous condamnons.

Le nom « Première Plantation » est une référence aux plantations de canne à sucre dont le rhum est issu.

Ce nom fait également référence au fait que cette ouverture est une première pour nous, une première plante, notre premier établissement.

Le mot plantation n’a dans notre esprit aucune connotation péjorative.

Henry Matthieu et Gabriel Desvallees, La Première Plantation
Voir encore:

Colonialism-Themed Bar in France Stokes Outrage

Backlash to La Première Plantation has been swift

A new bar in Lyon, France, is drawing anger for its nostalgic use of French colonialism (and its attendant atrocities, including slavery) as a theme.

La Première Plantation (“The First Plantation” in English) opened recently in the city’s wealthy and predominantly white sixth arrondissement. Various elements of the bar invoke French colonial activity in the Caribbean, from images of slaves in the bathrooms, to drinks with names like “Trader’s Punch.” The bar’s name references French sugar cane plantations — colonies like Saint-Domingue (now Haiti) were major producers of sugar, and from the mid-1600s, relied heavily on slaves for production and trade of sugar. Official descriptions of the bar say that “you’re not in the heart of Lyon, you’re in a new neighborhood: the Jungle District.”)

The bar started drawing negative attention after an article from local journalist Julie Hainaut, who wrote that she found the owners’ explanations of the bar’s concept to be “questionable.”

Speaking to Hainaut, owners Gabriel Desvallées and Matthieu Henry said “[they] wanted to revive the colonial spirit, a spirit of coolness, and a time when people really knew how to entertain.”

Hainaut wrote that she thought she had misheard (“I thought someone had drugged my cocktail”), and sought clarification by asking if colonialism was “cool.” The owners replied, “In its spirit, yes, it was a nice period.”

She then asked about the role that slaves played in French colonization. The owners noted in response that there were pictures of slaves in the bar’s bathrooms.

The backlash was swift. The bar’s Facebook (now deactivated) was inundated with negative reviews, and a local anti-racism collective Le Collectif des Raciné-e-s demanded the immediate closure of the bar, launching a petition that now counts thousands of signatures. The petition states that “colonial times were rife with atrocities, crimes against humanity, looting and barbarism… this period should in no way be described as ‘cool’ and used for commercial gain in a ‘trendy’ bar.”

The owners wrote a response to the criticism on Facebook, saying that they never intended to be apologists for colonization, and that “the word plantation has no negative connotations in our minds.” Henry spoke to the Huffington Post’s French edition, saying he refused to validate Hainaut’s report on the bar, implying that he had been quoted out of context.

Speaking to another local publication, Henry said the bar would change its name in response to the backlash, although with no mention of whether the theme would change.

This isn’t the first time an establishment has settled for some sort of colonial theme: in 2016, a Portland bakery-restaurant, Saffron Colonial, faced a similar response, although it arguably didn’t delve into the theme quite so heavily (that is, no pictures of slaves in the bathrooms). Similarly, that restaurant tried to deflect criticism by changing its name to British Overseas Restaurant Corporation, or BORC.

Voir de plus:

Controversial Colonial-Themed Restaurant Changes Name

Saffron Colonial is officially renamed British Overseas Restaurant Corporation

Before it even opened, Saffron Colonial on North Williams caused controversy when many in the Portland community accused it of glorifying colonialism, and now, owner Sally Krantz tells Eater she will change the name of her bakery and restaurant to BORC, which stands for British Overseas Restaurant Corporation. The new name is a play on British Overseas Airways Corporation (BOAC), a former British airline.

Two protests have been held at the restaurant formerly named Saffron Colonial, and among the recommendations presented by protestors were that Saffron Colonial change its name and remove all references to plantations from its menus.

In an email sent to Eater, Krantz explained why she made the name change:

While it would have been nice to keep my branding and have an accurate descriptor of the cuisine, I recognize that this is taking the focus off of what I want to do with food. My mission in opening this restaurant is to celebrate the wonderful multi-cultural aspects of food in a beautiful and multi-cultural part of Portland: my hometown, and a city that I love.

Highlighting historical recipes and the development of dishes through the light of different countries and their relationships with England was a personal journey for me, after living in Asia and being immersed in a large population of English Expats for 20 years. As I have said, I love history and historic recipes, how food has developed and changed over time, and have developed many of these recipes in conjunction with the people I worked with from all over Asia and England to get them exactly right.

So I’m hoping the new name, BORC, is a fun name to represent this concept. It is an acronym for British Overseas Restaurant Corporation and a tongue-in-cheek reference to the precursor to British Airways: BOAC, on which many Expatriates traveled. I’m sincerely hoping that this name change will allow us to focus on serving great food in a warm and positive environment.

When Eater asked Krantz whether the restaurant had removed all « colonial » and « plantation » references, Krantz said it had, adding that the words had each appeared only once at the restaurant: once on a chalk sign, and once on a cocktail menu. She says the chalkboard was erased prior to the protest and the cocktail menu was erased in response to the first protest, while the protesters were in the restaurant.

Since the Saffron Colonial controversy became public, Ristretto Roasters, who had been the restaurant’s coffee supplier and also sold Saffron Colonial baked goods in its cafes, severed ties with the bakery. Other local companies have been reported to have withheld or stopped distributing their goods to Saffron Colonial, including Steven Smith Teamaker and Ex Novo Brewing.

Voir encore:

Sylvie Thénault sur les violences coloniales : « Allons vers un travail collectif de connaissance du passé »

Sylvie Thénault est une historienne française spécialiste de la Guerre d’Algérie.
Penser le post-colonialisme
« Les écritures post-coloniales » se déroule du vendredi 2 au samedi 3 février 2018 au Théâtre National Populaire. Deux soirées pour penser le post-colonialisme en faisant dialoguer la littérature, l’histoire, la musique et la poésie.
Un événement organisé par la Villa Gillet avec le Théâtre National Populaire, l’Ambassade des Pays-Bas en France, le Fonds des lettres néerlandaises et Flanders Literature.
Tout le programme est ici.

La question de la portée des violences coloniales ainsi que celles des guerres d’indépendance dans l’après, une fois que la colonie s’est défait du joug pesant sur elle parfois depuis des dizaines d’années, comme dans le cas algérien, est couramment appréhendée sur le modèle du traumatisme psychologique, fondant une description en trois temps : traumatisme, oubli, résurgence.

Pourtant, la transposition de ce schéma à l’échelle collective interroge : en quoi, pourquoi et comment une société y répondrait-elle ?

L’analyse fine de la mémoire de certains événements – comme celle de la répression sauvage de la mobilisation des Algériens à Paris, le 17 octobre 1961 – plaide au contraire pour une approche privilégiant des mécanismes d’ordre socio-politique : la dispersion des groupes ayant vécu cette histoire, leur subalternité dans la société où ils vivaient, la confiscation de la parole par un pouvoir usant politiquement de l’histoire ou encore le confinement du souvenir de la répression dans des groupes ultra-minoritaires, à l’extrême gauche de l’échiquier politique, ont été les facteurs de l’absence de l’événement sur la place publique pendant une trentaine d’années avant que le mouvement antiraciste s’en empare, l’inclue dans son argumentaire et le fasse resurgir à la faveur de son combat contre l’extrême droite.

« Laissons aux spécialistes de la psyché le soin des consciences et des inconscients individuels blessés »

Sylvie Thénault, une spécialiste de la Guerre d’Algérie
Née en 1969, cette historienne française est agrégée d’histoire et directrice de recherche au CNRS, spécialiste de la guerre d’indépendance algérienne. Ses travaux portent sur le droit et la répression légale pendant la guerre d’indépendance algérienne. Elle a en particulier étudié des mesures ponctuelles, comme les couvre-feux en région parisienne et les camps d’internement français entre 1954 et 1962.

C’est donc à une histoire des usages politiques du passé et à une sociologie des témoins porteurs du souvenir que j’appelle, en tant qu’historienne. À l’échelle de la Cité, il y a occultation volontaire plus qu’oubli, entretien d’une mémoire souterraine plus que refoulement, combat pour la reconnaissance plus que résurgence.

Laissons aux spécialistes de la psyché le soin des consciences et des inconscients individuels blessés pour aller, au titre des sciences humaines et sociales, vers un travail collectif de connaissance et de remémoration du passé dans un objectif clair d’éducation citoyenne.

Voir enfin:

Le Martiniquais Frantz Fanon inspire un réalisateur suédois
« Les damnés de la terre » de Frantz Fanon est en filigrane de Concerning Violence, ce documentaire de Göran Hugo Olsson, qui s’est interrogé sur l’histoire des peuples africains pour accéder à l’indépendance. Un documentaire à voir actuellement à Madiana, Schoelcher.
Fabrice Théodose
France info Martinique
16/01/2015

« Concerning Violence » interroge les spectateurs sur le monde actuel, car le colonialisme est une donne fondamentale de la construction de l’Occident. Il s’agit d’une sorte d’essai filmique en 9 chapitres rythmé par la voix de Lauryn Hill. La chanteuse des Fugees, connue pour son engagement politique, a prêté sa voix à Frantz Fanon, en citant des extraits de ses textes.

Des entretiens et des archives nous replongent dans l’Afrique d’avant la décolonisation, plus particulièrement au Mozambique et en Angola. Le réalisateur a tenté d’illustrer les propos de l’essayiste martiniquais avec des images tournées par des cinéastes lors des luttes socialistes anti-impérialistes en Afrique.

Violence et décolonisation

« Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence » (Franz Fanon, Les Damnés de la Terre, 1961).

La décolonisation s’est souvent faite dans le sang, avec des guerres d’indépendances menées avec passion par les anciennes colonies. C’est aussi cette violence de la colonisation, qui permet d’expliquer les tensions dans les pays concernés.

A travers ce film, le réalisateur a voulu aussi montrer l’écho que pouvait donner les propos de Fanon aux problèmes actuels de nos sociétés. La violence y est encore présente, tout comme elle l’était dans la période de colonisation et la quête à l’indépendance. N’y a-t-il pas une sorte d’hypocrisie entre les valeurs humanistes de l’Occident et cette colonisation violente qui a donné le monde actuel ?

« Concerning Violence » de Göran Hugo Olsson, lundi 19 janvier à Madiana, à 19h30

Voir parallèlement:

Harcèlement de rue: «Les policiers savent très bien que cette loi est purement inapplicable!»
Etienne Campion
Le Figaro
31/07/2018

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Fonctionnaire de police et déléguée syndicale de l’Unité SGP Police, Linda Kebbab fait entendre le point de vue des forces de l’ordre sur le projet de loi de Marlène Schiappa qui prévoit de punir d’amendes l’outrage sexiste. Elle dénonce une loi inapplicable qui relève de la communication.

Linda Kebbab est déléguée nationale de l’Unité SGP Police. Elle a contribué cette année au numéro hors-série d’«Actu Police»: Femmes flics, héroïnes nationales<
FIGAROVOX.- Le secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, prévoit l’application de la loi de «lutte contre les violences sexistes et sexuelles» dès l’automne, rendant le harcèlement de rue verbalisable. En tant que représentante des forces de l’ordre, êtes-vous favorable à cette loi, et est-elle applicable?

Linda KEBBAB.- Favorables à une loi pour défendre les femmes dans l’espace public, nous le sommes évidemment dans le principe, c’est une noble cause. D’ailleurs, avant que le ministère de l’Intérieur s’engage dans le label «Égalité professionnelle entre les femmes et les hommes», notre organisation syndicale était sur le sujet depuis longtemps: nous avons par exemple sorti un numéro d’«ActuPolice» à l’attention des femmes policières mettant en avant les difficultés rencontrées au sein des forces de l’ordre en matière de discrimination. Donc c’est évidemment un sujet qui nous touche et pour lequel on s’estime précurseurs, bien avant le ministère de l’Intérieur et le gouvernement…

En revanche, la façon dont le problème a été abordé nous trouble particulièrement et nous sommes très pessimistes quant à l’application de cette loi dans l’espace public.

D’abord parce qu’il s’agit d’une contravention et non pas d’un délit. Le délit peut être rapporté et donner lieu à l’ouverture d’une enquête judiciaire: chacun peut rapporter les faits pour un délit dont il a été témoin ou victime. Ce qui n’est pas le cas pour une contravention.

Croire qu’on pourra mettre en place une police du flagrant délit pour ce genre de contraventions est totalement utopique.

Pour une contravention, il faut que l’agent de police ait constaté de ses propres yeux l’infraction, et qu’un citoyen la rapporte aux autorités ne changera rien. Aller dire à un agent de police qu’on s’est fait insulter ou harceler revient ainsi à lui rapporter qu’un chauffard a grillé un feu rouge: il sera d’accord pour dire que c’est mal, mais sans flagrant délit il ne pourra rien faire, hormis vous répondre qu’il n’a rien constaté. Car la contravention nécessite une constatation. Et en matière d’outrage sexiste, il est peu probable que les policiers déjà submergés – allons-nous devoir rallonger leurs journées? – puissent rester planqués au coin d’une rue ou patrouiller à pied dans l’attente de constater, et ce dans le plus grand des hasards, un outrage sexiste en flagrant délit. Croire qu’on pourra mettre en place une police du flagrant délit pour ce genre de contraventions est totalement utopique. Et les femmes ne pourront de toute façon pas saisir les policiers puisqu’il s’agit d’une contravention…

Comment les policiers perçoivent-ils ce potentiel nouveau rôle d’appréhension et de discernement de ce qui est, ou n’est pas, du harcèlement?

Les policiers disent tous qu’il s’agit d’une loi faite pour communiquer, totalement inapplicable, même si bien sûr ils ont conscience du problème et qu’ils ont l’habitude d’être sollicités pour cela. Mais c’est justement parce qu’ils ont conscience de ces réalités grâce au contact du terrain qu’ils considèrent que l’arrivée de cette loi relève de la pure communication: les policiers savent très bien qu’elle est purement inapplicable, ils ne l’affirment pas par plaisir! Et de toute façon, sauf si par hasard quelques cas ponctuels fonctionnent, ce n’est pas cela qui changera la société! Les policiers ont conscience que cette contravention ne modifiera en rien les rouages de la société et considèrent, de toute façon, que ce n’est pas à eux de le faire. Ce n’est en effet pas à eux de faire de la prévention et de l’admonestation – car si cette loi passe il s’agira bien pour les policiers de sermonner les dragueurs de rue… Les moyens n’ont pas été mis en amont dans l’éducation et la prévention et on nous demande à nous policiers d’expliquer à un homme comment il doit se comporter avec une femme!

C’est une question de société pour laquelle on n’a pas trouvé de réponses et qu’on demande à la police de régler !

Ce n’est pas aux policiers de faire de la pédagogie?

En effet, ce n’est pas leur travail. Et, de toute façon, même si nous le voulions, nous n’aurions pas les moyens pour le faire. Si on estime qu’il s’agit d’une vraie cause nationale, il aurait fallu en faire un délit pour permettre aux victimes de se plaindre et de vraiment pouvoir déposer plainte pour mesurer l’impact psychologique et les potentiels jours d’ITT afin de lancer des procédures judiciaires.

Et ce qui sera considéré comme du harcèlement chez certaines femmes ne le sera pas chez d’autres…

C’est une question de société pour laquelle on n’a pas trouvé de réponses et qu’on demande à la police de régler! On peut trouver scandaleux la «Tribune des cent femmes» et le droit d’importuner, mais si aujourd’hui une femme se fait siffler dans la rue et qu’un policier intervient, à quel moment la contravention devra être constatée? Quand l’homme aura répondu à la liste exhaustive des sifflements établis par le gouvernement? Mais comment fera-t-on si la jeune fille dit que c’est une drague qu’elle accepte? Le policier se trouvera en porte-à-faux… Ce n’est pas à un policier de résoudre des problèmes de société! Et les contraventions, qui sont des éléments objectifs (feu rouge grillé, tapage nocturne…), tiennent à des faits réprimés par la société dont on n’a pas à discuter. Tandis qu’un sifflement ou une remarque peuvent être acceptés par certaines femmes: ce n’est pas à un policier de le verbaliser.

Selon vous et au vu de votre expérience de terrain, comment faire pour lutter en profondeur contre le problème de la sécurité des femmes dans l’espace public?

C’est une question qui renvoie à l’éducation et à la prévention. Or, jamais dans cette loi il n’a été question de mesures éducatives et de prévention auprès des hommes. Les stages de sanctions complémentaires ne suffiront pas, et les policiers ne peuvent travailler que s’il y a une véritable œuvre de prévention en amont, ce qui n’est pas le cas. D’autant plus qu’ils ne peuvent dénoncer des pratiques qui sont à l’ordre du jour seulement depuis «#metoo»: on ne peut pas leur demander de devenir manichéens quant à des outrages qui n’étaient pas perçus comme tels il y a encore quelques mois.

L’« outrage sexiste » et les « regards appuyés » : il faudrait un policier à chaque coin de rue, c’est parfaitement utopique…

Par ailleurs, souvent dans les outrages sexistes, dès lors que la jeune fille se rebiffe, elle devient victime de violence. Comme pour le cas récent de Marie Laguerre, qui a eu raison de faire preuve de courage. Tout comme elle a eu aussi raison de dire que même les femmes policières sont victimes d’outrages, nous le constatons également à notre échelle. Il faut par ailleurs rappeler que dans le cas de cette femme qui a été agressée, si la police était intervenue et que l’homme avait été interpellé, cette affaire aurait pu rester à l’échelle de la contravention et être traitée entre les tapages nocturnes et les excès de vitesse… Elle est devenue un délit parce que l’homme, en lançant un cendrier au visage de Marie Laguerre, a fait usage d’une arme par destination. Ce qui a donné lieu à une circonstance aggravante.

Il est donc primordial que, au-delà des sifflements et des remarques de rue, le gouvernement prenne en compte la circonstance aggravante en fonction du genre de la personne atteinte. Car un homme qui frappe une femme aujourd’hui ne pâtit pas de circonstance aggravante, sauf lorsque c’est sa concubine.

On fait beaucoup de bruit pour des contraventions, mais la grosse erreur du gouvernement est d’être complètement passé à côté de cette question des circonstances aggravantes en fonction de l’appartenance à un genre, et de ne même pas y avoir songé.

Nous n’avons pas été entendus, hormis quelques invitations symboliques, le gouvernement ne prend absolument pas en compte le terrain et se contente de communiquer par des lois inapplicables. L’«outrage sexiste» et les «regards appuyés»: il faudrait un policier à chaque coin de rue, c’est parfaitement utopique…

La loi sur les fake news : vaine, liberticide ou utile ?

La proposition de loi, voulue par Macron et portée par les députés LREM, arrive devant l’Assemblée. Les avis sont souvent tranchés sur son utilité.

Thierry Noisette

Les députés lois examinent, à partir de ce jeudi 7 juin, en séance publique les deux propositions de loi « anti-fake news » (leur appellation officielle est « lutte contre les fausses informations »).

Il s’agit en fait d’un projet de loi maquillé en propositions, puisque l’on sait qu’il a été voulu par le président de la République et préparé au ministère de la Culture, même s’il est présenté formellement par des députés LREM.

Un texte examiné en accéléré

Lors de ses vœux à la presse, le 3 janvier, Emmanuel Macron déclarait : « En période électorale, en cas de propagation d’une fausse nouvelle, il sera possible de saisir le juge à travers une nouvelle action en référé. »

Le gouvernement ayant engagé la procédure accélérée sur ces deux textes (proposition de loi organique n° 772 et proposition de loi n° 799), ils ne feront donc l’objet que d’une seule lecture à l’Assemblée puis au Sénat.

Ce projet a suscité de nombreuses réactions, souvent critiques. Deux reproches sont fréquemment adressés aux deux textes : ils ajoutent encore une loi alors qu’il existe déjà dans le droit français un délit de diffusion de fausses nouvelles (article 27 de la loi de 1881 sur la liberté de la presse), et ils vont confier à un juge, en procédure d’urgence, la tâche de déterminer si une nouvelle est fausse ou non.

Lors de l’audition de la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, mardi 22 mai par les députés, rapporte Euractiv, le député Nouvelle Gauche Hervé Saulignac s’est inquiété : « Comment un juge en 48 heures peut-il qualifier une information ? […] Va-t-on remettre en cause le secret des sources ? »

« Un concept fourre-tout »

La rapporteure pour la commission des lois, Naïma Moutchou, a annoncé que des précisions seraient apportées au texte au travers d’amendements notamment pour définir clairement le terme de « fausse information ».

Nicolas Vanderbiest, animateur du blog Reputatio Lab, qui analyse les crises et l’e-réputation sur les réseaux sociaux, était très critique lors de l’annonce présidentielle, sur le terme même de fake news :

« C’est un mot qui ne devrait même pas exister. C’est un concept fourre-tout qui a le sens qu’on lui donne. Est-ce une rumeur ? Une fausse information ? Une opération de déstabilisation comme on a pu en voir pendant l’élection présidentielle ? »

Et il ajoutait sur son blog : « Il n’y a aucun accord sur la définition de fake news, ce mot étant une coquille vide. Ensuite parce que la réalité des fake news ne peut être combattue uniquement par une loi. Le parallèle avec le piratage est criant. C’est illégal, mais tout le monde le pratique. »

« Liberticide, démagogique »

L’avocat Emmanuel Pierrat, le 4 mars sur BFMTV (à 16h30), mettait en avant l’ancienneté des textes existants (la loi du 27 juillet 1849, article 4, interdisait déjà « la publication ou reproduction, faite de mauvaise foi, de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées, ou mensongèrement attribuées à des tiers, lorsque ces nouvelles ou pièces seront de nature à troubler la paix publique ») :

« Il y a déjà en droit français presque 400 textes qui encadrent la liberté d’expression. […] Depuis 1850, il existe un délit de fausses nouvelles en France. Quelle est l’utilité de créer un délit de fake news qui ressemble peu ou prou au délit de fausses nouvelles ? […] On rend le juge responsable de dire la vérité, et en urgence. […] C’est une loi liberticide, démagogique, qui ne servira à rien. »

Après l’annonce présidentielle de janvier, la présidente du Syndicat de la magistrature, Katia Dubreuil, déclarait à « Libération » : « Il ne paraît pas du tout évident de vérifier ce qui relève ou non de la fausse information dans le cadre de l’urgence. »

Les actuelles propositions de loi sur les fake news ont cependant une spécificité, celle de viser les périodes préélectorales et électorales (en imposant aux plateformes « des obligations de transparence renforcées en vue de permettre » aux autorités de détecter des campagnes de déstabilisation par la diffusion de fausses informations, et aux internautes de connaître l’annonceur des contenus sponsorisés.

« Ne pas ouvrir la boîte de Pandore »

Interrogé début mai par « le Nouveau Magazine littéraire », Pierre Haski, président de Reporters sans frontières et chroniqueur à « l’Obs », déclarait :

« Qu’un Etat veuille protéger son débat public d’une ingérence étrangère cachée ne me choque pas. Durant la campagne électorale américaine, 126 millions d’Américains ont été exposés à des contenus sponsorisés achetés par la Russie sans apparaître comme tel mais sous un prête-nom. Cela pose un grave problème démocratique dans la mesure où il y a manipulation d’un processus électoral. Si l’Etat français veut imposer un encadrement et une transparence de ces pratiques, je n’y suis pas opposé sur le principe. Mais il faudra être extrêmement vigilant sur la formulation d’un tel texte de loi pour ne pas ouvrir la boîte de Pandore. »

Lorsque « le Monde » retrace l’histoire de la loi de 1881 sur la liberté de la presse et de sa répression des fausses nouvelles, il cite l’historien de la presse Patrick Eveno. Ce dernier note qu’en pratique, les poursuites contre les journaux accusés d’avoir publié des fausses nouvelles furent très rares :

« Il faut montrer qu’il y a eu une intention de ­publier une fausse nouvelle et faire le lien entre celle-ci et un trouble à la paix publique, ce qui est très compliqué. Si bien que le délit de fausse nouvelle a été peu invoqué par les parquets. Mais il l’a été pendant la guerre d’Algérie. En termes de droit, le juge est démuni : produire des fausses nouvelles afin de convaincre les gens de voter pour Macron ou Le Pen ne trouble pas la paix publique. »

Alors, inutile ou comblant un réel vide juridique ? Limité ou dangereux pour la liberté de la presse ? Les débats à l’Assemblée et au Sénat ne manqueront pas d’intérêt pour tenter de répondre à ces interrogations.

Et les réseaux sociaux ?

Reste aussi à savoir si ces textes ont une chance de répondre au défi du partage de fausses nouvelles sur les réseaux sociaux : en mars, le sociologue spécialiste d’Internet Antonio Casilli le relevait dans « l’Obs » :

« Les modèles économiques des plateformes numériques ne favorisent pas tant la militance spontanée émanant de la base d’un parti, que des campagnes de propagande et de dénigrement montées de toute pièce. » « Les grands médias sociaux jouent un rôle extrêmement ambigu dans cette économie du clic. D’une part, Facebook et Google s’engagent depuis 2016 dans des remaniements réguliers de leurs algorithmes de référencement et de ciblage publicitaire afin de corriger les biais qui ont permis aux fake news de se répandre et ils s’adonnent depuis toujours à des ‘purges’ de faux profils, voire proscrivent les utilisateurs ayant recours aux plateformes de crowdturfing. Mais, d’autre part, le réseau de Mark Zuckerberg semble fonctionner grâce à des mécanismes d’achat de visibilité qui entretiennent de nombreuses similitudes avec le fonctionnement des usines à faux clics. »

Voir également:

Sur Twitter, les fake news se propagent beaucoup plus vite que la vérité

Elles se diffusent beaucoup plus rapidement et touchent davantage de gens : trois chercheurs du MIT décortiquent le mécanisme de propagation des fausses nouvelles.

Jean-Paul Fritz

L’ère Trump est celle des « fake news », mais peu d’éléments scientifiques étaient jusqu’à présent disponibles sur la manière dont elles se propagent. Aujourd’hui, trois chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT), Soroush Vosoughi, Deb Roy et Sinan Aral, réparent ce manque en publiant une étude à grande échelle sur la diffusion des fausses nouvelles, ce que l’on désigne souvent par l’anglicisme « fake news ».

Dans cette étude, parue jeudi soir dans le magazine « Science », ces spécialistes des interactions homme-machine et de l’analyse des mécanismes des réseaux sociaux ont décortiqué la transmission de l’information, révélant des éléments pour le moins surprenants.

Après l’attentat de Boston

A l’origine de cette étude, un constat effectué par Soroush Vosoughi lors de l’attentat du marathon de Boston en avril 2013. « Twitter est devenu notre source principale d’informations », explique le chercheur. « J’ai réalisé qu’une bonne partie de ce que je lisais sur les réseaux sociaux était des rumeurs, des fausses nouvelles. » Avec son professeur de l’époque et d’autres collègues, il a commencé à étudier la propagation des nouvelles, vraies et fausses.

Dans l’étude publiée ce jeudi, plutôt que de se focaliser sur le chemin suivi par quelques événements significatifs, les chercheurs ont misé sur la quantité pour déterminer, indépendamment des thèmes véhiculés, ce qui pouvait différencier la propagation d’une fausse nouvelle par rapport à une vraie ou même une « mixte », une nouvelle comportant des éléments vrais et des éléments faux.

« Même si les expressions ‘fake news’ et ‘désinformation’ impliquent également une distorsion volontaire de la vérité, nous ne prétendons rien sur les intentions des pourvoyeurs des informations que nous avons analysées. Nous concentrons plutôt notre attention sur la véracité et sur les histoires qui ont été vérifiées comme vraies ou fausses, » avertissent les auteurs de l’étude.

Des rumeurs en cascade

Le mécanisme de diffusion d’une nouvelle sur les réseaux sociaux est organisé en « cascades ». Une cascade débute lorsqu’un utilisateur va diffuser une information, vraie ou fausse. Cette information sera ensuite reprise par d’autres utilisateurs dans une sorte d’effet boule de neige. Mais une même nouvelle peut faire l’objet de plusieurs cascades, lorsque des utilisateurs différents vont de manière indépendante commencer à diffuser la même information ou rumeur.

Par exemple, si je découvre une information intéressante sur un site et que j’en tweete le lien (ou que je le partage sur une autre plateforme), je démarre une cascade sur cette information qui va éventuellement provoquer des retweets qui eux-mêmes déclencheront d’autres retweets. Mais d’autres personnes peuvent avoir également tweeté le même lien de leur côté, déclenchant des cascades séparées.

Pour chaque cascade, les chercheurs ont notamment déterminé la profondeur (nombre de retweets par d’autres utilisateurs depuis l’origine), la taille (le nombre d’utilisateurs impliqués dans la cascade), la largeur (nombre maximum d’utilisateurs à un moment donné)…

« Plus loin, plus vite, plus largement »

Les auteurs de l’étude ont pu constater que les fausses nouvelles sont diffusées « significativement plus loin, plus vite, plus profondément et plus largement que la vérité dans toutes les catégories d’information ».

Pour une même cascade, les fausses informations ont ainsi touché beaucoup plus de personnes que les vraies. « Alors que la vérité est rarement diffusée à plus de 1.000 personnes, le top 1% des cascades de fausses nouvelles touche généralement entre 1.000 et 100.000 personnes », précise l’étude. Le constat est que beaucoup plus de personnes retweetent des informations fausses que la vérité. C’est cette diffusion virale, qui ne passe pas par les canaux habituels de transmission verticale d’informations, qui va faire la différence.

Les fausses nouvelles auraient ainsi 70% de chances supplémentaires d’être retweetées que les véritables informations, et par un beaucoup plus grand nombre d’utilisateurs uniques.

La diffusion des fausses nouvelles est également rapide : « Il faut à la vérité à peu près six fois plus longtemps que la fausseté pour toucher 1.500 personnes », expliquent les scientifiques.

Les informations (vraies ou fausses) les plus diffusées appartiennent en premier à la catégorie politique. Viennent ensuite les légendes urbaines, les affaires, le terrorisme, la science, les loisirs et les catastrophes naturelles.  Ce n’est pas vraiment une surprise, mais les fake news politiques sont celles qui touchent le plus de monde et sont les plus virales : « Elles touchent 20.000 personnes en trois fois moins de temps qu’il en faut à une vraie nouvelle pour en toucher 10.000. »

Les influenceurs et les robots n’y sont pour rien

On pourrait croire que des influenceurs sont à l’origine de la propagation large et rapide des fausses nouvelles, mais il n’en est rien. Ce ne sont pas ceux qui ont le plus d’abonnés à leur fil Twitter, qui postent le plus souvent ou qui sont « vérifiés » qui expliquent ce mouvement, au contraire. Ceux qui diffusent les fausses nouvelles ont moins de « followers », suivent moins de personnes et sont moins actifs (et moins vérifiés).

Les robots, ces programmes automatisés qui font du retweet à la chaîne, sont aussi souvent suspectés. L’étude montre qu’ils n’y sont pas pour grand-chose. Les trois chercheurs ont identifié les « bots » et ont effectué des analyses avec et sans eux sans que cela ne change les résultats : « Les fausses nouvelles se diffusent plus loin, plus vite, plus profondément et plus largement que la vérité parce que les humains, et pas les robots, ont plus de chances de les répandre », affirme l’étude. Le terreau des fake news, ce serait donc monsieur et madame-tout-le-monde…

Les fausses nouvelles plus originales que les vraies ?

En modélisant les probabilités d’être retweeté, les auteurs ont donc découvert que les fausses informations avaient 70% de chances supplémentaires d’être retweetées que la vérité. Pourquoi un tel écart ? La réponse pourrait être « l’originalité ». « La nouveauté attire l’attention, contribue à une prise de décision productive et encourage le partage de l’information parce que la nouveauté met à jour notre compréhension du monde, » décryptent les auteurs.

Ils ont ainsi analysé les différences entre les tweets auxquels était exposé un échantillon d’utilisateurs avant qu’ils ne diffusent une information. En comparaison, « les fausses nouvelles étaient, de manière significative, plus originales que la vérité, en exhibant une unicité d’information nettement plus importante ».

« Les fausses nouvelles sont plus originales, et les gens ont plus de chances de partager des informations originales », explique Sinan Aral. Sur les réseaux sociaux, les personnes qui sont les premières à diffuser une information jusque-là inconnue attirent l’attention. Ils « semblent être au courant ». Même si l’information en question se révèle fausse.

Pour les auteurs, « même si nous ne pouvons pas affirmer que l’originalité provoque les retweets ou que la nouveauté est la seule raison pour laquelle les fausses nouvelles sont retweetées plus souvent, nous avons découvert que les fausses nouvelles sont plus novatrices et que cette information originale a plus de chances d’être retweetée ».

Ils ont également étudié les émotions associées aux fausses nouvelles (déterminées par le vocabulaire des utilisateurs qui les rediffusaient). Surprise et dégoût étaient en tête chez les fake news, alors que les véritables informations inspiraient davantage de tristesse, d’anticipation, de joie et de confiance. Pour les trois chercheurs, « les émotions exprimées en réponse aux fausses informations pourraient éclairer des facteurs additionnels, en plus de la nouveauté, qui inspirent les gens à partager des fausses nouvelles ».

Que faire contre les fake news ?

Si elle a pour ambition de décortiquer certains mécanismes de la diffusion des fake news, l’étude du MIT n’offre pas de solutions miracle. « Il faut davantage de recherches sur les explications comportementales des différences de diffusion entre les vraies et fausses nouvelles », admettent les auteurs. « Comprendre comment les fausses nouvelles se diffusent est la première étape pour les contenir. »

Pour Vosoughi, Roy et Aral, les résultats de leur étude donnent cependant une piste importante : il faut s’occuper du comportement des utilisateurs, alors que « s’il s’agissait juste de robots, nous aurions eu besoin d’une solution technologique ».

« Si des personnes diffusent volontairement des fausses nouvelles alors que d’autres le font sans le savoir, le phénomène est double et nécessite de multiples tactiques pour y répondre », suggère Soroush Vosoughi. 

En tant qu’utilisateur, on peut également appliquer une solution de bon sens suggérée par Deb Roy : « Réfléchir avant de retweeter. »

Une étude à grande échelle

Soroush Vosoughi, Deb Roy et Sinan Aral ont étudié la manière dont des nouvelles, fausses et vraies, ont été diffusées sur Twitter entre 2006 et 2017. Ils ont analysé le parcours de 126.000 d’entre elles, rediffusées plus de 4,5 millions de fois par 3 millions de personnes.

Pour déterminer si les nouvelles étaient vraies ou fausses, les trois chercheurs ont fait appel à six organisations indépendantes spécialisées dans le fact-checking. Le résultat est ce que certains qualifient déjà comme « la plus grande étude longitudinale [suivie dans le temps] jamais réalisée sur la diffusion des fausses nouvelles en ligne ».

Le but avoué des trois chercheurs est de répondre aux « deux des questions scientifiques les plus importantes : comment la vérité et la fausseté se diffusent de manière différente, et quels facteurs du jugement humain expliquent ces différences ».

Voir encore:

Washington : la comédienne anti-Trump en a-t-elle trop fait ?

Michelle Wolf a fait un discours très mordant lors du traditionnel dîner des correspondants de la Maison-Blanche.

Le Parisien
30 avril 2018

« Comme dit une star porno lorsqu’elle se met au lit avec Trump, finissons-en au plus vite ! » C’est ainsi que Michelle Wolf a commencé son discours, samedi, lors du traditionnel dîner des correspondants de la Maison Blanche à Washington.

Comme l’année dernière, Donald Trump avait rompu avec la tradition en refusant de participer à ce rituel où son administration est toujours plus ou moins vilipendée.

Malgré le contexte très formel et la présence de centaines d’invités, journalistes et politiques de tous bords, la comédienne de 32 ans, qui participe d’ordinaire au « Daily Show » de Trevor Noah, n’avait rien perdu de son mordant. Bien au contraire. Elle a donc étrillé le président américain dans son discours.

« Elle brûle les faits pour s’en faire du fard à paupières »

Seule représentante de l’administration Trump, la porte-parole Sarah Huckabee Sanders en a aussi pris pour son grade et c’est ce qui fait polémique. « Je vous adore dans le rôle de Tante Lydia dans La Servante écarlate », a balancé Michelle Wolf, en référence à ce personnage de matrone sadique interprétée par la sexagénaire Ann Dowd dans la série télévisée d’anticipation. Avant de la comparer au personnage de principal de « La Case de l’oncle Tom », controversé de nos jours car vu comme un esclave complice de ses maîtres…

Un peu plus tard, elle s’est moquée de la porte-parole en lançant : « Elle brûle les faits pour s’en faire du fard à paupières » !

« Une honte »

Selon des commentateurs, la comédienne serait allée un peu trop loin dans la « mise en boîte ». Même si certains ont trouvé cela « courageux », d’autres, pas tendres avec l’administration Trump, ont trouvé ces plaisanteries « pas drôles, voire méchantes ou insultantes ».

« J’ai complimenté son sens du maquillage, au contraire ! » a plaisanté la comédienne sur Twitter, répondant à ses critiques. Elle s’est permis également de répondre d’un « merci ! » au prédécesseur de Sarah Sanders, Sean Spicer qui avait écrit que ce discours était « une honte ».

Voir également:

Etats-Unis : un restaurant refuse de servir sa porte-parole, Donald Trump se venge sur Twitter

PERSONA NON GRATA – Par les temps qui courent, il ne fait pas bon travailler pour Donald Trump. Sarah Sanders, la porte-parole de la Maison-Blanche en a fait les frais vendredi en se faisant virer d’un restaurant où elle devait dîner. Ce qui a valu, lundi, un tweet matinal fracassant du président américain.
Virginie Fauroux
LCI
25 juin 2018

« J’ai été expulsée d’un restaurant ! ». Scandale outre-Atlantique, en pleine polémique sur la gestion de la crise migratoire, la porte-parole de la Maison blanche a indiqué qu’un restaurant de l’Etat de Virginie dans lequel elle souhaitait dîner vendredi soir avait refusé de la servir au motif qu’elle travaillait pour Donald Trump.

« Hier soir, la propriétaire du Red Hen à Lexington, en Virginie, m’a demandé de partir parce que je travaillais pour @POTUS (le président des Etats-Unis, ndlr) et je suis partie poliment », a expliqué Sarah Sanders sur son compte Twitter samedi matin. « Ses actions en disent beaucoup plus sur elle que sur moi. Je fais toujours de mon mieux pour traiter les gens, y compris ceux avec qui je ne suis pas d’accord, respectueusement et je continuerai à le faire », a-t-elle ajouté.

Trump en colère

Comme le rapporte CBS News, l’incident a été révélé sur Facebook par un homme affirmant être un employé de l’établissement, qui a précisé dans son message avoir servi Sarah Sanders « lors d’une durée totale de deux minutes ». Ce post a été tweeté par Brennan Gilmore, le directeur exécutif du groupe environnemental Clean Virginia.

La propriétaire du restaurant, Stéphanie Wilkinson, a confirmé l’information au Washington Post et expliqué qu’elle ne regrettait pas sa décision : « Je ne suis pas une grande fan de la confrontation », a-t-elle déclaré. « Mais il est grand temps dans notre démocratie que les gens prennent des mesures, même inconfortables, pour défendre leur moralité. J’aurais refait la même chose », a-t-elle poursuivi. « Nous pensons juste qu’il y a des moments où il faut être fidèle à ses convictions ».

La mésaventure de sa porte-parole a suscité la colère de Donald Trump, qui s’est vengé lundi dans un tweet, comme il en a l’habitude. « Le restaurant Red Hend devrait se concentrer sur le nettoyage de ses verrières, portes et fenêtres crasseux plutôt que de refuser de servir une personne bien comme Sarah Huckabee Sanders. J’avais une règle, si un restaurant est dégoûtant de l’extérieur, il l’est à l’intérieur ».

Voir enfin:

Politique migratoire de Trump : sa porte-parole protégée par le Secret service

Vendredi 22 juin, Sarah Sanders avait été congédiée d’un restaurant à cause des idées et de la politique de son patron.
J.Cl.
Le Parisien
27 juin 2018

Cinq jours après sa mésaventure du week-end, la porte-parole de la Maison-Blanche va bénéficier d’une protection officielle. Selon CNN, qui invoque deux sources distinctes, Sarah Sanders sera protégée à son domicile dès ce mercredi par le « Secret service ». La durée de cette protection n’est pas spécifiée.

Le « Secret service » assure habituellement la protection du président des États-Unis, du vice-président, de leurs familles, des anciens présidents, de la Maison-Blanche et des autres résidences officielles. Les collaborateurs des présidents ne sont en principe pas protégés à leur porte.

A l’origine de cette décision, la déconvenue dont Sarah Sanders a été l’objet et qui a fait polémique aux Etats-Unis. Vendredi soir, la « press secretary » de Donald Trump et son mari ont été priés de quitter le restaurant où ils comptaient dîner. La restauratrice et son personnel, opposés à la politique migratoire du président, notamment la séparation des familles de migrants lors de leur entrée clandestine sur le sol américain, les ont priés de sortir. Trump avait pris la défense de Sanders dans un tweet rageur.


Politiquement correct: Attention, un esclavage peut en cacher un autre (No white slaves, please, we’re Americans !)

24 avril, 2018
Slave-table
A worksheet given to an eigth&nbsp;
Penny Lane is in my ears and in my eyes There beneath the blue suburban skies… Paul McCartney (1967)
In America you’ll get food to eat Won’t have to run through the jungle And scuff up your feet You’ll just sing about Jesus and drink wine  all day It’s great to be an American Ain’t no lions or tigers ain’t no mamba snake Just the sweet watermelon and the buckwheat cake Everybody is as happy as a man can be Climb aboard little wog sail away with me. Randy Newman
I wrote about slave trade from the view of the recruiter from the slave trade. He is talking, you know, come to America and then talks about using that and I didn’t see another way to do it. I mean, you could say the slave trade is bad, horrendous or a great crime of the nation, but I chose to do differently. Randy Newman
I had this idea of a slave ship and a sea shanty – this guy standing in a clearing, singing to a crowd of natives. These people in my songs don’t know they’re bad. They think they’re fine. I didn’t just want to say, ‘Slavery is awful.’ It’s too easy. I wasn’t doing Roots. Randy Newman
Aujourd’hui on repère les boucs émissaires dans l’Angleterre victorienne et on ne les repère plus dans les sociétés archaïques. C’est défendu. René Girard
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Malgré le titre général, en effet, dès l’article 1, seules la traite transatlantique et la traite qui, dans l’océan Indien, amena des Africains à l’île Maurice et à la Réunion sont considérées comme « crime contre l’humanité ». Ni la traite et l’esclavage arabes, ni la traite interafricaine, pourtant très importants et plus étalés dans le temps puisque certains ont duré jusque dans les années 1980 (au Mali et en Mauritanie par exemple), ne sont concernés. Le crime contre l’humanité qu’est l’esclavage est réduit, par la loi Taubira, à l’esclavage imposé par les Européens et à la traite transatlantique. (…) Faute d’avoir le droit de voter, comme les Parlements étrangers, des « résolutions », des voeux, bref des bonnes paroles, le Parlement français, lorsqu’il veut consoler ou faire plaisir, ne peut le faire que par la loi. (…) On a l’impression que la France se pose en gardienne de la mémoire universelle et qu’elle se repent, même à la place d’autrui, de tous les péchés du passé. Je ne sais si c’est la marque d’un orgueil excessif ou d’une excessive humilité mais, en tout cas, c’est excessif ! […] Ces lois, déjà votées ou proposées au Parlement, sont dangereuses parce qu’elles violent le droit et, parfois, l’histoire. La plupart d’entre elles, déjà, violent délibérément la Constitution, en particulier ses articles 34 et 37. (…) les parlementaires savent qu’ils violent la Constitution mais ils n’en ont cure. Pourquoi ? Parce que l’organe chargé de veiller au respect de la Constitution par le Parlement, c’est le Conseil constitutionnel. Or, qui peut le saisir ? Ni vous, ni moi : aucun citoyen, ni groupe de citoyens, aucun juge même, ne peut saisir le Conseil constitutionnel, et lui-même ne peut pas s’autosaisir. Il ne peut être saisi que par le président de la République, le Premier ministre, les présidents des Assemblées ou 60 députés. (…) La liberté d’expression, c’est fragile, récent, et ce n’est pas total : il est nécessaire de pouvoir punir, le cas échéant, la diffamation et les injures raciales, les incitations à la haine, l’atteinte à la mémoire des morts, etc. Tout cela, dans la loi sur la presse de 1881 modifiée, était poursuivi et puni bien avant les lois mémorielles. Françoise Chandernagor
Les « traites d’exportation » des Noirs hors d’Afrique remontent au VIIe siècle de notre ère, avec la constitution d’un vaste empire musulman qui est esclavagiste, comme la plupart des sociétés de l’époque. Comme on ne peut réduire un musulman en servitude, on répond par l’importation d’esclaves venant d’Asie, d’Europe centrale et d’Afrique subsaharienne. Olivier Pétré-Grenouilleau
A la différence de l’islam, le christianisme n’a pas entériné l’esclavage. Mais, comme il ne comportait aucune règle d’organisation sociale, il ne l’a pas non plus interdit. Pourtant, l’idée d’une égalité de tous les hommes en Dieu dont était porteur le christianisme a joué contre l’esclavage, qui disparaît de France avant l’an mil. Cependant, il ressurgit au XVIIe siècle aux Antilles françaises, bien que la législation royale y prescrive l’emploi d’une main-d’oeuvre libre venue de France. L’importation des premiers esclaves noirs, achetés à des Hollandais, se fait illégalement. Jean-Louis Harouel
Si Dieudonné plaçait l’Histoire au-dessus de son fantasme mémoriel, comment l’humoriste franco-camerounais, né dans la banlieue parisienne, pourrait-il se revendiquer « descendant d’esclave »?  Géraldine Faes et Stephen Smith
Concernant le passé, les historiens s’inquiètent pour la vérité historique et pour leur liberté de recherche du fait de l’intrusion du législateur et du juge dans leur domaine. La loi Taubira procède en effet d’une lecture partielle en n’évoquant que «la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe». D’une tragédie qui appartient à la longue histoire de l’humanité elle ne retient, sur une séquence courte, que les faits imputables aux seuls Blancs européens, laissant de côté la majorité des victimes de l’esclavage. La terrible traite transatlantique, du XVe au XIXe siècle, ne constitue malheureusement qu’une partie de l’histoire de l’esclavage, qui comprend également la traite arabo-musulmane, laquelle a duré du VIIe au XXe siècle, et la traite intra-africaine, toutes deux plus meurtrières. Le risque de voir cette histoire partielle, donc partiale, devenir histoire officielle a mobilisé les historiens quand l’un des meilleurs spécialistes actuels des traites négrières, Olivier Pétré-Grenouilleau, a été attaqué en justice au nom de la loi Taubira. Parce qu’il rappelait que la quasi-totalité des esclaves africains avaient été razziés non par des Blancs, mais par des négriers africains et que le commerce des esclaves était une routine sur le continent noir bien avant l’arrivée des négriers européens. Il lui était aussi reproché de réfuter l’application du terme de «génocide» aux traites négrières, contredisant ainsi le parallèle implicite entre l’esclavage et l’extermination des juifs qu’évoque l’exposé des motifs de la loi Taubira. (…) Les enjeux du présent expliquent ces relectures du passé. Christiane Taubira déclare sans ambages qu’il ne faut pas trop évoquer la traite négrière arabo-musulmane pour que les «jeunes Arabes» «ne portent pas sur leur dos tout le poids de l’héritage des méfaits des Arabes». Ces logiques communautaires influent aussi sur le projet mémoriel La Route de l’esclave, décidé en 1993 par l’Unesco: Roger Botte, chercheur au Centre d’études africaines du CNRS, constate qu’il privilégie également la traite transatlantique du fait de «la pression des représentants du monde arabe et des Etats africains». Les démarches identitaires d’associations revendiquant le statut de victimes de l’Histoire transforment les débats. Dieudonné et les Indigènes de la République ont ainsi avancé l’expression très problématique de «descendant d’esclave». Empruntée aux Noirs américains – chez qui elle correspond à une réalité historique – cette notion ne peut, avec des nuances, s’appliquer en France qu’aux populations originaires des départements d’outre-mer, mais pas à celles de l’immigration africaine, n’ayant aucun rapport généalogique avec l’esclavage, sinon une éventuelle filiation avec des marchands d’esclaves. (…) Que signifie en effet revendiquer une identité victimaire et invoquer une «souffrance» avec cinq ou six générations de décalage? Est-elle assimilable aux souffrances et traumatismes transmis ou vécus directement, d’une génération à l’autre ou entre contemporains, qu’ont connus juifs, Arméniens, Bosniaques, Rwandais ou victimes du communisme? Et à quoi correspond l’application, à des siècles de distance, de la notion de «crime contre l’humanité», définie en 1945? Là réside le paradoxe le plus gênant, quand l’obsession pour un passé réinventé sert de substitut aux urgences du présent: le concept de crime contre l’humanité est une catégorie pénale dont l’objet est la poursuite de criminels; elle a ainsi permis de pourchasser au bout du monde les derniers criminels nazis. Or les criminels esclavagistes n’appartiennent malheureusement pas tous au passé lointain. Si l’histoire des traites européennes, qui se caractérise par sa relative brièveté et par leur abolition, est terminée depuis plus d’un siècle et demi, l’esclavage s’est prolongé dans de nombreux pays (dont l’Arabie saoudite) jusqu’au milieu du XXe siècle – c’est pour le dénoncer qu’Hergé a publié Coke en stock, en 1958. Et il persiste de nos jours dans certains pays, dont le Soudan, le Niger et la Mauritanie, qui l’a pourtant aboli officiellement en 1960, et de nouveau en 1980. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, il y aurait toujours plusieurs millions d’adultes en esclavage dans le monde et plusieurs associations humanitaires ont aujourd’hui pour objet le rachat d’esclaves: l’une d’elles a récemment racheté, au Soudan, un millier d’esclaves à raison de 50 dollars chacun dans la province de Bar el-Ghazal et, au Niger, les membres de Timidria continuent de lutter contre l’esclavage, malgré son abolition, en 1999 (…). Ces militants anonymes ont le tort de vouloir libérer les victimes oubliées d’une histoire qui écrase encore plutôt que d’instrumentaliser une histoire révolue. Eric Conan
The slaves were not meant to be killed, or even worked to death (though many did die); there was no effort to wipe out a race. Still, as the writer William St Clair points out, in one way the analogy with Nazi death camps works—in “the organised fictions, hypocrisies and self-deceptions that enabled otherwise reasonably decent people to condone, to participate and to benefit.” For most Europeans the existence of the slave trade, and slavery itself, was barely known. In England there was no slavery, so there was no particular reason for most people to face the ugly truth. The means by which sugar lumps arrived on tables in polite society were carefully hidden. (…) Those fine feelings were spared from reality by careful euphemisms. There were no slave-traders; only “adventurers” in the “Africa” or “Guinea” trade. Prints of the gleaming white Cape Coast Castle made it look like a European palace; there was no hint at its real role. Shackles used to string captives together were just “collars”. The “Company of Merchants”, which ran Britain’s slave trade, had on its logo an elephant and a beehive—denoting Africa and America—but nothing about slaves. (…) But there was still a pervasive feeling that, despite all the evasions, those involved in the trade were doing something deeply wrong. In the courtyard of Cape Coast Castle lies the tomb of Philip Quaque, the chaplain to the officers and men of the castle for 42 years in the second half of the 18th century. During all that time he failed to bring a single officer to the Christian rite of Holy Communion. In a letter he reflected that this had nothing to do with his (black) skin-colour, and more to do with a mood of shame: “The only plea they offer is that while they are here acting against Light and Conscience they dare not come to that holy Table.” This sense of guilt was to prove the Achilles heel of the slave trade in Europe. The task the abolitionists set themselves was to expose the reality of the trade to an ignorant public. They thought the moral sense of ordinary people would do the rest, and in part they were right. But lighting the spark of conscience needs brave individuals—like Thomas Clarkson, the moving spirit behind the founding of the Society for Effecting the Abolition of Slavery in 1787. He had been a student at Cambridge University two years before. He entered the university’s Latin essay contest, set by a vice-chancellor who was also an early abolitionist. The title was: Is it lawful to make slaves of others against their will? After two months’ research, he not only won the prize but also dedicated the rest of his long life to the cause of abolition. (…) Even the Quakers, the first abolitionists, were impressed by his zeal. It was essentially the alliance of Clarkson, an Anglican, and the Quakers, with their existing network of preachers and supporters, that made up the abolitionist movement; in an ironic nod to their success, slavers would call their ships the Willing Quaker and the Accomplished Quaker. Clarkson fixed the strategy of the campaign. His first task was to gather evidence about the slave trade, not easy when things were so hidden from public view. He spent long periods in Liverpool and Bristol, trying to gather testimony from the captains or doctors of slave ships, or freed slaves. Almost nobody would talk to him, but over the years small chinks opened in the wall of silence. One who came forward was John Newton, a former slave captain turned Anglican priest. His descriptions of the trade were very influential. Just as important was Clarkson’s gathering of the physical evidence of the slave trade to confirm the oral and written accounts he collected. In Liverpool he picked up “collars”, thumbscrews and a device for force-feeding slaves, which he would display at the hundreds of public lectures that he gave all over Britain, and France too. But Clarkson’s greatest coup was to get hold of a “plate”, or diagram, of the slave-ship Brookes, owned by a Liverpool family of that name, which operated between the Gold Coast and Jamaica. Clarkson and others reworked the plate to show the Brookes loaded with 482 slaves, lined up in rows and squashed together. As always, Clarkson and the abolitionists were strictly accurate; the ship had once carried over 600 slaves in even closer confinement, but they did not want to be accused of exaggeration. In 1789 they published 700 posters of this image and it was a sensation; nobody could now deny the horrors of the “middle passage”, during which many slaves either killed themselves or died of disease, starvation and cruel treatment. It became the abiding image of the campaign, rather like the thin and haunting faces of the newly freed inmates of the Belsen concentration camp. Clarkson also organised what was probably the first ever consumer-goods boycott, of slave-grown sugar, to bring home to ordinary Britons at their tea tables the message that they were paying a dreadful price in human cruelty for indulging a sweet tooth. At one time more than 300,000 people joined the boycott, also designed to hit the profits of the plantation owners. And he inspired the parliamentary movement against slavery, recruiting as spokesman a young Tory, William Wilberforce (see article), who brought successive bills before Parliament to abolish the slave trade until one was passed in 1807. (…) For all the fervour of its opponents, the slave trade would not have collapsed without rebellions by the victims. The most important was in 1791 on St Domingue. Within two months the slaves had taken control of the island, led by the remarkable Toussaint L’Ouverture. His guerrillas saw off the two greatest imperial armies of the day, the French and British; this led to the establishment of the republic of Haiti in 1804 and to the emancipation of about 500,000 slaves. It was clear that European armies would find it hard to contain many more uprisings, a point proved again on the British islands of Grenada and Barbados. Samuel Sharpe’s uprising on Jamaica in 1831 was put down at great cost; the British feared that if slavery continued, they would lose some colonies altogether. So in 1833 slavery was abolished throughout their empire. Britain was not the first to outlaw the slave trade in its territory; the Danes had done so in 1803, the French temporarily in 1794 and several northern American states had also done so before 1807. But as Britain was the big sea power of the day, it alone could enforce abolition throughout the world, as its navy resolutely tried to do for the rest of the 19th century. Other European nations, notably the Portuguese, persisted with the trade into the 1860s. (…) Most European states have tried to face up to the past, but slavery’s legacy is in some ways even more poisonous in places like modern Ghana. A smokescreen still covers the African role in this pernicious trade. It is an awkward fact that the traffic could not have existed without African chiefs and traders. Europeans rarely went far from their forts; slaves were brought to them. Indeed, when the Europeans arrived the slave trade and slavery were already integral parts of local tribal economies. One of the few Ghanaian historians to touch these issues, Akosua Adoma Perbi, writes that “slavery became an important part of the Asante state [the Gold Coast’s most powerful] right from its inception. For three centuries, Asante became the largest slave-trading, slave-owning and slave-dealing state in Ghana.” (…) Most of the slaves sold to Europeans in later centuries were men and women captured in battles between tribes like the Asante and the Acan. Many of the captives were kept as slaves by the victors, where they were treated relatively well and could gain some social standing within their new families. Still, the proliferation of wars between the tribes was, as Ms Perbi writes, “mostly aimed at acquiring slaves for sale to the European companies and individual European merchants”. So integral did the slave trade become to the local chiefs’ welfare that its abolition hit hard. In 1872, long after abolition, Zey, the king of Asante, wrote to the British monarch asking for the slave trade to be renewed. Yaw Bedwa of the University of Ghana says there has been a “general amnesia in Ghana about slavery”. The role of the chiefs is particularly sensitive, as they still play a big role in Ghana. “We don’t discuss slavery,” says Barima Kwame Nkye XII, a paramount chief in the town of Assin Mauso. He defends domestic slavery in the past as a generally benevolent institution, and insists that the chiefs had little to do with the slave trade. (…) Mr Bedwa faces anger from African-Americans who come to Ghana looking for roots, only to be confronted with the role of Africans in the slave trade. Mr Bedwa tells them that Africans who did not suffer from slavery were still victims of colonialism, poverty and disease. But, as in every exploitative system, some had it worse than others. The Economist
La déportation pénale est un procédure pénale consistant à transporter une personne condamnée hors d’un pays vers un bagne. La France a envoyé des condamnés à l’Île du Diable et en Nouvelle-Calédonie. Le Royaume-Uni, des années 1610 jusqu’aux années 1770, a aussi déporté des condamnés vers ses colonies américaines, puis vers l’Australie entre 1788 et 1868. Wikipedia
L’engagisme est à l’origine un concept juridique de l’Ancien Régime français et une réalité sociale, dans les colonies françaises et britanniques, notamment en Amérique du Nord et dans les Antilles, et apparenté au servage1. Dans le cas de la France il fut pratiqué dans le peuplement européen de la Nouvelle-France et des Antilles. À la suite de son abolition pendant la Révolution française, c’est devenu une forme de salariat de travailleurs natifs des colonies (anciens esclaves) ou immigrés provenant principalement d’Afrique, d’Inde, ou du bassin asiatique pour les grands propriétaires terriens des Antilles françaises et des Mascareignes qui ont été confrontés à des problèmes de main-d’œuvre à la suite de l’abolition de l’esclavage en France en 1848. L’indenture est un système équivalent dans le monde anglo-saxon. Afin de fournir une main-d’œuvre qualifiée et à bon marché aux seigneuries de la Nouvelle-France, le Royaume de France fit appel à des engagés. On les appelait alors les « trente-six mois ». Cette méthode de recrutement fut très populaire au XVIIe siècle, puis redevint à la mode peu après le traité d’Utrecht. Le 20 mars 1714, une ordonnance royale ordonna aux capitaines de navires marchands de transporter aux Amériques « depuis trois engagés jusqu’à six suivant le port de leurs vaisseaux ». Une surveillance se faisait tant au départ de la France qu’à l’arrivée à Québec. Une fois la période de trente-six mois écoulée, les engagés étaient libres d’acheter des terres s’ils disposaient d’argent, de devenir censitaires, ou bien de retourner en France. Le nombre d’engagés vers la Nouvelle-France fut toutefois peu élevé, la majorité d’entre eux choisissant les Antilles comme destination. Wikipedia
La déportation pénale est un procédure pénale consistant à transporter une personne condamnée hors d’un pays vers un bagnenote. La France a envoyé des condamnés à l’Île du Diable et en Nouvelle-Calédonie. Le Royaume-Uni, des années 1610 jusqu’aux années 1770, a aussi déporté des condamnés vers ses colonies américaines, puis vers l’Australie entre 1788 et 1868. Wikipedia
From the early 1600s until the American Revolution of 1776, the British colonies in North America received transported British criminals. In the 17th century transportation was carried out at the expense of the convicts or the shipowners. The Transportation Act 1717 allowed courts to sentence convicts to seven years’ transportation to America. In 1720, an extension authorised payments by the Crown to merchants contracted to take the convicts to America. The Transportation Act made returning from transportation a capital offence. The number of convicts transported to North America is not verified – John Dunmore Lang has estimated 50,000, and Thomas Keneally has proposed 120,000. Maryland received a larger felon quota than any other province. Many prisoners were taken in battle from Ireland or Scotland and sold into indentured servitude, usually for a number of years. The American Revolution brought transportation to an end. The remaining British colonies in what is now Canada were close to the new United States of America, thus prisoners sent there might have become hostile to British authorities. British gaols became overcrowded, and dilapidated ships moored in various ports were pressed into service as floating gaols known as « hulks ». An experiment in transporting convicted prisoners to West Africa proved unsuccessful. As a result, the British Government decided to look elsewhere. In 1787, the « First Fleet » of convict ships departed from England to establish the first British settlement in Australia, as a penal colony. The fleet arrived at Port Jackson (Sydney) on 26 January 1788, a date now celebrated as Australia Day. Wikipedia
In 1620, four small children, under the age of eight, were brought to New England shores as indentured servants to work as planters in Virginia. Ellen More was only eight; Jasper was seven, Richard, six, and Mary was four years old. The siblings were listed as servants. Three of the More children died during the bitter cold, one winter onboard the Mayflower anchored in the harbor, and six-year old Richard More was the only survivor of the four siblings. (…) The story of how these four children came to be on the Mayflower is heartbreaking. Their father purposely disposed of the children by banishing them to work the fields of Virginia. London was a microcosm of Britain’s social ills, decrepit laws, and those left in the wake of the pursuit of 17th century expansionism. The gentrified landowners paid laborers a pittance, and the death and neglect of unwanted children was rampant. Beggar waifs blighted the streets, and to rid cities of crime, authorities rounded up little children and condemned them to labor in the colonies. But the four More children aboard the Mayflower were not poor street waifs, as their families were wealthy landowners. (…) When Samuel More discovered that wife, Katherine, had committed adultery with tenant Jacob Blaskeway, he denied the four children were his kin, disowning them by claiming a strong likeness to the putative father, Jacob. Katherine admitted her illegal liaison, and confirmed they were Jacob’s children. Enraged, Samuel approached Lord Zouche, head of Privy Council, and an investor in the Virginia Company in America. They devised a plan for the disposal of the four ‘bastard’ children in retaliation against his wife’s betrayal. Samuel More also cut the children from all inheritance, and denied their very existence. (…) The More children were put in the care of four families as indentured servants aboard the vessel. Alive magazine
A Place Called Freedom is a work of historical fiction by Ken Follett. Set in 1767, it follows the adventures of an idealistic young coal miner from Scotland who believes there must be more to life than working down the pit. The miner, Mack McAsh, eventually runs away in order to find work and a new life in London. Eventually McAsh becomes a leader amongst the working classes of the city and becomes a target for those vested interest groups who do not share his point of view. McAsh is framed for a crime he did not commit and sent to serve seven years hard labour in the Colony of Virginia where he is forced to find a new life. The novel initially deals with subject of the Payment of Arles, a form of serfdom for miners in the 18th century which meant that once a miner started work in a coal mine he was bound to the mine for the rest of his life. It was a custom for the master or landowner of the mine to give a gift to parents at the time of a child’s baptism. The gift would then bind the child to work alongside the parents when they came of age. (…) After being caught in the middle of a riot, McAsh is captured and sentenced to transportation to America, a form of punishment which was often seen as an effective alternative to the death penalty during that period. Once arriving in the Colony of Virginia, McAsh is made to work as a field hand before escaping to the West. Wikipedia
Livar told HuffPost that Great Hearts staff invited his family and other concerned parents to a meeting on Thursday to discuss the matter, and that Manu was “commended for his action of bringing this to light and was even told he was ‘very brave.’” However, he noted that his son has been “attacked by many at his school” for supposedly harming its reputation. Livar, who said he and his family are Mexican-American and identify as Chicano, chalked the whole ordeal up to a lack of diversity at the school among the student body and staff. He added that he sees what happened as a sign of problems stemming beyond his son’s school. “These issues are not isolated to one school or one book,” Livar said. “These issues are systemic and continue up the chain all the way to the Texas School Board of Education”. Huffington Post
Relations between the rulers and the working class in the 18th century were so appalling that, even if you’re a modern conservative, you have to sympathise with the rebels. The main character, Mack McAsh, is a coal miner. At that time, coal miners were slaves in Scotland. Mack escapes to London and ends up in America. I set out to write an adventure story about a man coming from a very narrow environment, (a mining village in Scotland), and crossing the world to become a pioneer in America. The prologue, about finding an iron collar in a twentieth-century garden, is quite unusual and people often ask me if it’s true. It’s not. Many 18th century novels pretended to be real and the prologue uses the same literary device. It gives the reader a sense of how much time has elapsed since the historical period of the story. People who know me realise I couldn’t possibly have found a collar in a flower bed because I’ve never done any gardening in my life. I used a similar device at the end of The Man from St Petersburg, when I said that Charlotte is still alive and you can go see her. The idea is to remind the reader that someone who was a young woman in 1914 might still be alive today. Ken Follett
Defoe bluntly stated that the white servant was a slave. He was not. The servant’s loss of liberty was of limited duration, the Negro was [a] slave for life. The servant’s status could not descend to his offspring, Negro children took the status of the mother. The master at no time had absolute control over the person and liberty of his servant as he had over his slave. The servant had rights, limited but recognised by law and inserted into a contract. He enjoyed, for instance, a limited right to property. In actual law the conception of the servant as a piece of property never went beyond that of personal estate and never reached the stage of a chattel or real estate. The laws in the colonies maintained this rigid distinction and visited co-habitation between the races with severe penalties. The servant could aspire, at the end of his term, to a plot of land, though, as Wertenbaker points out for Virginia, it was not a legal right, and conditions varied from colony to colony. The serf in Europe could therefore hope for an early freedom in America which villeinage could not afford. The freed servants became small yeoman farmers, settled in the back country, a democratic force in a society of large aristocratic plantation owners, and were pioneers in westward expansion. Eric Williams (Capitalism and Slavery, 1944)
Unlike the slave the indentured servant was bound to labor for his master merely for the period of time expressly stated in his contract or, in the absence of a formal contract, as laid down by custom or statute. At the expiration of his service he was a free man. Richard B. Morris (Government and Labor in Early America, 1946)
Contemporary slavery is the complete control of a person, for economic exploitation, by violence, or the threat of violence. Kevin Bales
“Slavery (…) the “peculiar institution” is one of humanity’s oldest. It has, however, evolved and manifested itself quite distinctly in different periods of history. In contrast to historical views of slavery that are associated with Chattel Slavery, numerous forms fall under the umbrella term of contemporary slavery. The United Nations (U.N.) Working Group recognizes such radically new forms as: child labor, children in conflict, trafficking in persons, sexual exploitation, and the sale of children. The International Labor Office (ILO) approaches the topic through the lens of forced labor. The ILO recognizes slavery and abductions, compulsory participation in public works projects, forced labor in agriculture, domestic workers, bonded labor, forced labor imposed by the military, forced labor in the trafficking of persons, as well as some aspects of prison labor and rehabilitation through work. (…) Economic conditions are decisive in the formation of slavery. Chattel slavery emerged as a disturbing manifestation of a push for labor-intensive goods created in the new world. Slaves were seen as property—as a form of investment. The ensuing ownership created a myriad of costs for slave traders and owners. These costs included cargo, shipment, and insurance during delivery, as well as the costs of maintaining the investment (food, medical treatment, and clothing) on behalf of the slave owner. Nearly forty million Africans lost their lives due to horrific conditions on slaving vessels (Anti-Slavery International 2005). Massive slave insurrections significantly added to the costs nations incurred in enforcing the trade. These economic realities, coupled with strong domestic opposition, eventually led slave traders and politicians in Great Britain to re-evaluate the desirability of the trade. This ultimately led to slavery’s abolition in Great Britain and in subsequent countries around the world. A new set of economic forces arose from the ashes of the Trans-Atlantic trade, as slave traders demonstrated their ability to adapt to a changing environment. During the post-abolition era, the colonial holdings of the world’s imperial powers began to display an evolution towards slave-like practices. Forced labor by the state, debt bondage, and prison labor emerged to take the place of chattel slavery. These forms were markedly different for exactly what they lacked—namely, the immense costs and direct legal involvement in a trade that had been officially abolished. Imperial powers found these advantages to be economically and socially attractive. However, two devastating wars and the era of decolonization all but ended this period by the 1970s. (…) Massive inequality and poverty have set the stage for the most profitable form of slave trading ever seen. Slaves today are, in purely economic terms, short term, low-capital investments with incredibly high rates of return. For example, slaves in the U.S. Antebellum South cost, in real terms, around $40,000; today, a slave goes for around $90 (…). This is due to the enormous supply of slaves on the market today. In contrast to chattel slavery, ownership is now officially avoided. However, illegitimate contracts are used to keep victims in subjugation. Although a dizzying array of slave-like practices are recognized, the dominating form of slavery today is debt bondage. It is estimated that a staggering fifteen million of the world’s slaves can be found in India, Nepal, Pakistan, and Bangladesh combined (…)  The economic power wielded by the modern age slave holder is due to the seemingly unlimited supply of slaves in the world. According to the U.N., half of the world’s six and a half billion people survive on less than two dollars per day. It is from this mass of desperately poor people that the world’s slaves are culled. Never in history has there b een a segment of society that is as vulnerable as today’s poor. (…) As opposed to the later eighteenth and early nineteenth centuries, when slavery was confined to colonies and peripheral territorial holdings, contemporary slavery has permeated countries at every level of development in the global economy. Conservative estimates put the number of modern slaves alive today at 27 million (…). Some human rights organizations have the number as high as 200 million (…). This is more than all of the slaves who were captured and forced into slavery during the entirety of the Trans-Atlantic slave trade. Justin Guay
Popular among racists, white supremacists, neo-Nazis, white nationalists and neo-confederate groups, the “Irish slave” trope is often accompanied by statements to the effect of, “Our ancestors suffered and we got over it, why can’t you?” According to Liam Hogan — a librarian and scholar who has tracked the myth — references to these “Irish slaves” are used to derail conversations about racism and inequity. “The principle aim of this propaganda, which aligns with that of the international far-right, is to empty the history of the transatlantic slave trade of its racial element,” says Hogan. The meme has become increasingly visible since 2013. Its trajectory has paralleled the rise of Black Lives Matter and has even used that movement’s language with graphics, t-shirts and Facebook groups that proclaim, “Irish Lives Matter.” (…) Those who traffic in this lie minimize and ignore the realities that made slavery distinct from other forms of servitude in the British colonies. African slaves were considered property; Irish indentured servants were not. And though they faced inhumane working conditions, Irish indentured servants could typically decide if they wanted to enter into their labor contracts. Unlike the Africans forced to come to the US as slaves, the servitude of Irish people in the US did not span their entire lifetimes, and did not bind their children to a life of servitude. The Irish-as-slaves meme has a curious anatomy that Hogan has traced back to self-published books, family genealogy blogs and white supremacist news sites. He attributes much of the misinformation behind the meme to an article published by the Centre for Research on Globalization, a Canadian-based organization that touts its focus on education and humanitarianism. (…) The Global Research article is illustrated by the cover of a book, “White Cargo: The Forgotten History of Britain’s White Slaves in America,” which was published by NYU Press in 2008. The book’s cover, dramatically illustrated with two white fists bound by rope manacles, often appears alongside articles that perpetuate the “Irish slave” myth. The authors of the book are British filmmakers Don Jordan and Michael Walsh, who argue that slavery is more a feeling than a system. “Slavery,” they claim, “is not defined by time but by the experience of the subject.” Scholars discredit this assessment. In a review in “The Historian,” Dr. Dixie Ray Haggard says the book uses sound primary sources to draw conclusions that are plagued by “fatal flaws.” The most egregious, he writes, is that it “deliberately conflates indentured servitude with slavery. … Rather than explore the complexity of labor and social relations in colonial America and increase our understanding of these institutions, these authors chose to oversimplify and confuse.” Still, the book was reviewed favorably in mainstream news outlets including The New York Times, Publishers Weekly and The New York Review of Books. Co-author Walsh qualified his claims in an interview with NPR that “We’re not saying the Whites ever suffered quite as much as the worst treated Blacks.” Yet the book helped popularize the idea that Irish indentured servants had it just as bad, if not worse, than African slaves. This “Irish slave” narrative is the latest in a long history of Irish Americans affirming their own group identity at the expense of black people. In his book, “How the Irish Became White,” Noel Ignatiev shows how in 19th century America, when racial identities had as much to do with national origin as skin color, Irish immigrants strove to be socially classed as white. In order to achieve this status and the privileges that came with it, they routinely and deliberately differentiated themselves from black people by — at times violently — forcing them into an even lower ranking in the American social order. They sought to minimize the horrors of slavery then too. Irish workers in antebellum America self-identified as “wage slaves,” claiming they had it far worse than actual slaves because they weren’t entitled to “benefits” like the material comfort and the assurance of work they said slaves enjoyed. Decades later in 1921, W.E.B. Du Bois wrote that Irish anti-blackness has been expressed so “continuously and emphatically” that “there can be no doubt of the hostility of a large proportion of Irish Americans toward Negroes.” PRI
High school American history classes present indentured servitude as a benignly paternalistic system whereby colonial immigrants spent a few years working off their passage and went on to better things. Not so, this impassioned history argues: the indentured servitude of whites was comparable in most respects to the slavery endured by blacks. Voluntary indentures arriving in colonial America from Britain were sold on the block, subjected to backbreaking work on plantations, poorly fed and clothed, savagely punished for any disobedience, forbidden to marry without their master’s permission, and whipped and branded for running away. Nor were indentures always voluntary: tens of thousands of convicts, beggars, homeless children and other undesirable Britons were transported to America against their will. Given the hideous mortality rates, the authors argue, indentured contracts often amounted to a life sentence at hard labor—some convicts asked to be hanged rather than be sent to Virginia. The authors, both television documentarians, don’t attempt a systematic survey of the subject, and their episodic narrative often loses its way in colorful but extraneous digressions. Still, their exposé of unfree labor in the British colonies paints an arresting portrait of early America as gulag. Publishers weekly
In my view the most damning feature of this book it that it does not inform the reader in a coherent or timely manner what the profound differences are between racialised chattel slavery and indentured servitude or penal servitude. I believe that this was purposefully done to gird support for the book’s thesis that “white slavery” preceded “black slavery” in Colonial America. Their narrative of a supposed transition from a system of “white slavery” to black slavery is not supported by the historical evidence and this narrative’s inherent false equivalence is as ahistorical as it is troubling. The transition that occurred was from white indentured servitude to black chattel slavery. It is worth noting that the transition is related to which bonded labour system dominated, not which preceded the other, for Africans were held in lifetime bondage in Anglo America from the very beginning and indentured servitude was reintroduced in the British West Indies after the abolition of slavery in the 1830s. To be sure, these institutions were interrelated; they existed on the same continuum of unfreedom and labour exploitation in colonial realms. But they are not interchangeable and they cannot be equated or conflated without doing enormous damage to the historical record. (…) The authors of White Cargo try to get around this by concluding that one should refer to indentured servants in Colonial America (both voluntary and involuntary) as “white slaves” by (1) redefining slavery in this context as a “feeling” and not a socio-legal status and (2) arguing that servants should be called “slaves” because Daniel Defoe said so. (…) as Williams clarified over seventy years ago, indentured servitude was never racialised, was mostly voluntary and always time-limited. Colonial Slavery in the Early Modern Atlantic world was perpetual, hereditary and was justified and sustained by anti-black racism. (…) Frustratingly the authors of White Cargo are all too aware of the fundamental differences between slavery and servitude. A closer review reveals that these differences are buried in an erratic fashion throughout the book but never explained in any detail. It must be immensely confusing for any reader (especially those unfamiliar with the issues) to follow what is going on when after approximately one hundred pages of conflation the authors redraw their definitions by explaining that “one of the fundamental differences drawn between white indentured servitude and black slavery [is that black slavery means forever].” While it is not until page 176 that they admit that there was no transition from “white slavery” to black slavery as instead they note that there was a “shift from time-limited servitude of Englishmen to the lifetime slavery of Africans” which of course contradicts the book’s central thesis. These inconsistencies are present at various points throughout the text. To put it bluntly, White Cargo’s simplistic “servants were slaves, convicts were slaves and slaves were slaves” rationale is historically and semantically insupportable. Such reductionism and lack of adequate qualification or nuance collapses the distinctions between these different forms of bondage by default. (…) This confusion is also reflected in some of the uncritical media coverage the book received when it was first published. NPR labelled their promotional piece “America’s First Slaves: Whites” and then concurred with the authors that “the slavery of Europeans was a prelude to the mass slavery of Africans in the Americas.” NPR thus used White Cargo to present this false equivalence of slavery and servitude to their audience as being historically legitimate, yet by the second sentence they refer to it as “white indentured servitude.” Liam Hogan
In April 1775, two days after the American War of Independence began, a notice appeared in the Virginia Gazette offering rewards for the return of 10 runaways. Two were « Negro slaves », but the other eight were white servants, including Thomas Pearce, a 20-year-old Bristol joiner, and William Webster, a middle-aged Scottish brick-maker. Whether they were ever found remains a mystery; almost nothing is known about them but their names. But their irate master was to become very famous indeed, for the man pursuing his absconding servants was called George Washington. Pearce and Webster were indentured servants, the kind of people often ignored in patriotic accounts of colonial America. In the 17th and 18th centuries, tens of thousands of men, women and children lived as ill-paid, ill-treated chattels, bound in servitude to their colonial masters. It is a sobering illustration of human gullibility that, in return for vague promises of a better life, men would sign away their lives for 10 years or more. Once in the New World, they were effectively items of property to be treated as their masters saw fit. Brutal corporal punishment was ubiquitous: every Virginia settlement had its own whipping post. One man was publicly scourged for four days with his ears nailed to the post. He had been flirting with a servant girl. Briskly written by Don Jordan and Michael Walsh, a pair of television documentary producers, White Cargo is harrowing reading. For while thousands of servants signed up for the colonies of their own will, thousands more were shipped across by force. We associate transportation with Australia but, by the time of independence, perhaps one in 100 Americans was a convict. English officials were open in their determination to send the « scum » of their booming cities to the colonies. During the Georgian era they exiled 1,000 prisoners across the Atlantic every year. Some of these people were hardened criminals, but not all. Hundreds of girls sent over in the 1620s were probably child prostitutes dragged off the London streets. James I ordered that 100 « rowdy youths » from Newmarket be shipped across to Virginia; in fact, they were just exuberant local lads whose horseplay had annoyed the king. Most shocking of all, thousands of poor London children were rounded up by the constables and thrown on to the nearest ship. Urchins as young as five were shipped to America, where they spent most of their lives in backbreaking service. Few lived long enough to reach adulthood. And yet this horrifying enterprise had some impressive advocates. « It shall sweep your streets, and wash your doors, from idle persons, and the children of idle persons, » declared the poet John Donne. Yet although Jordan and Walsh present their material in a breezy fashion, this is an unsatisfying book. (…) The book is subtitled and marketed as the « forgotten history of Britain’s white slaves in America ». Yet as the authors admit, indentured servants were not slaves. It is true that they were dreadfully treated; indeed, Barbados planters often treated their slaves better than their servants, because the former were so vital to their economic success. The authors are right to remind us that African slavery was one form of bondage among many, rather than a unique and unprecedented condition. All the same, it was almost always much better to be a European servant than an African slave. Not only were servants transported in better conditions, they could also hope to be free men, if they survived their term of service. Above all, they were white, which meant that they were automatically different from the West African slaves. As the servants would have pointed out, the racial codes of the American colonies were a lot more than window-dressing. Dominic Sandbrook 

Attention: un esclavage peut en cacher un autre !

En ces temps étranges …

Où entre concurrence victimaire et mimétisme ambiant, il faut à nouveau pour réussir son suicide le djihadiser et entrainer avec soi le maximum de victimes …

Et en ce toujours plus étrange Occident …

Dont les racines sont issues, fait unique dans l’Histoire humaine, d’une culture se revendiquant fille d’esclaves affranchis

Où entre esclavage sexuel et extortion de fonds, un mouvement sectaire peut prospérer, en plein coeur des Etats-Unis et dans la plus grande indifférence, pendant plus de 20 ans …

Mais où des enseignants peuvent se voir mis à pied pour avoir voulu faire réfléchir leurs élèves aux éventuels bénéfices de l’esclavage y compris pour ses victimes …

Retour en cette veille de commémoration de l’abolition, 15 ans après la Grande-Bretagne, de l’esclavage en France …

Où faisant l’impasse à l’instar de l’infâme loi Taubira sur les traites intra-africaine et arabe beaucoup plus importantes et prolongées dans le temps …

L’on va encore ne nous parler que de la seule traite transatlantique (14% du total quand même pour la seule partie française parquée discrètement dans ses DOMTOM, soit   1, 6 million  vs. 500 000 pour les Etats-Unis) …

Sur ces écrivains et journalistes récemment mis au pilori eux aussi pour avoir qualifié d’esclavage (certes temporaire) les conditions de travail de certains mineurs de l’Europe de la Révolution industrielle …

Ou, censés nettoyer Londres ou Paris de leurs « classes dangereuses » (repris de justice mais aussi filles ou enfants de rue – Mayflower compris),  d’ « engagés » et de « déportés pénaux » des Amériques …

Alors que contrairement à ce que nous présente la – compréhensible et nécessaire – propagande anti-esclavagiste, on ne voit pas bien l’intérêt de l’interminable série de sévices que leur vie était censée alors être quand les historiens nous apprennent qu’ils pouvaient représenter  pour leurs propriétaires un investissement et un capital se chiffrant en dizaines de milliers de nos dollars actuels …

Et que les instances mêmes d’organisme internationaux comme les Nations unies parlent allégrement aujourd’hui d’esclavage moderne pour des victimes qui ne présentent pourtant pas la caractéristique jusqu’ici déclarée nécessaire pour le faire de transmission héréditaire de leur condition …

Mais dont on peut effectivement imaginer les conditions de vie quand on sait qu’entre l’augmentation exponentielle de leur nombre et la réduction drastique de leur coût de transport, la valeur a été ramenée à quelque 90 dollars …

The forgotten history of Britain’s white slaves

Dominic Sandbrook reviews White Cargo: the Forgotten History of Britain’s White Slaves in America by Don Jordan and Michael Walsh

The Daily Telegraph

03 May 2007

In April 1775, two days after the American War of Independence began, a notice appeared in the Virginia Gazette offering rewards for the return of 10 runaways. Two were « Negro slaves », but the other eight were white servants, including Thomas Pearce, a 20-year-old Bristol joiner, and William Webster, a middle-aged Scottish brick-maker. Whether they were ever found remains a mystery; almost nothing is known about them but their names. But their irate master was to become very famous indeed, for the man pursuing his absconding servants was called George Washington.Pearce and Webster were indentured servants, the kind of people often ignored in patriotic accounts of colonial America. In the 17th and 18th centuries, tens of thousands of men, women and children lived as ill-paid, ill-treated chattels, bound in servitude to their colonial masters. It is a sobering illustration of human gullibility that, in return for vague promises of a better life, men would sign away their lives for 10 years or more. Once in the New World, they were effectively items of property to be treated as their masters saw fit. Brutal corporal punishment was ubiquitous: every Virginia settlement had its own whipping post. One man was publicly scourged for four days with his ears nailed to the post. He had been flirting with a servant girl.Briskly written by Don Jordan and Michael Walsh, a pair of television documentary producers, White Cargo is harrowing reading. For while thousands of servants signed up for the colonies of their own will, thousands more were shipped across by force. We associate transportation with Australia but, by the time of independence, perhaps one in 100 Americans was a convict. English officials were open in their determination to send the « scum » of their booming cities to the colonies. During the Georgian era they exiled 1,000 prisoners across the Atlantic every year.Some of these people were hardened criminals, but not all. Hundreds of girls sent over in the 1620s were probably child prostitutes dragged off the London streets. James I ordered that 100 « rowdy youths » from Newmarket be shipped across to Virginia; in fact, they were just exuberant local lads whose horseplay had annoyed the king.Most shocking of all, thousands of poor London children were rounded up by the constables and thrown on to the nearest ship. Urchins as young as five were shipped to America, where they spent most of their lives in backbreaking service. Few lived long enough to reach adulthood. And yet this horrifying enterprise had some impressive advocates. « It shall sweep your streets, and wash your doors, from idle persons, and the children of idle persons, » declared the poet John Donne.Yet although Jordan and Walsh present their material in a breezy fashion, this is an unsatisfying book. For one thing, the narrative feels very disjointed, not least because chapters of six pages or fewer are too short for a work of this kind. There are some splendid anecdotes, but they never knit into a coherent story or argument. It is telling that the book ends with a perfunctory two-paragraph conclusion that vaguely wonders whether the « present-day American psyche » owes something to « the harsh conditions of those early settlements », but doesn’t really provide an answer.A more serious problem is the whole business of slavery. The book is subtitled and marketed as the « forgotten history of Britain’s white slaves in America ». Yet as the authors admit, indentured servants were not slaves. It is true that they were dreadfully treated; indeed, Barbados planters often treated their slaves better than their servants, because the former were so vital to their economic success. The authors are right to remind us that African slavery was one form of bondage among many, rather than a unique and unprecedented condition.All the same, it was almost always much better to be a European servant than an African slave. Not only were servants transported in better conditions, they could also hope to be free men, if they survived their term of service. Above all, they were white, which meant that they were automatically different from the West African slaves. As the servants would have pointed out, the racial codes of the American colonies were a lot more than window-dressing. Calling them slaves might be a marketing ploy, but it stretches the meaning of slavery beyond breaking point.

Voir aussi:

The curious origins of the ‘Irish slaves’ myth

PRI’s The World

March 17, 2017

Natasha Varner

Irish Americans were slaves once too — or so a historically inaccurate and dangerously misleading internet meme would have you believe.
The meme comes in many varieties but the basic formula is this: old photos, paintings and engravings from all over the world are combined with text suggesting they are historic images of forgotten “Irish slaves.”

The myth underlying the meme holds that the Irish — not Africans — were the first American slaves. It rests on the idea that 17th century American indentured servitude was essentially an extension of the transatlantic slave trade.

Popular among racists, white supremacists, neo-Nazis, white nationalists and neo-confederate groups, the “Irish slave” trope is often accompanied by statements to the effect of, “Our ancestors suffered and we got over it, why can’t you?” According to Liam Hogan — a librarian and scholar who has tracked the myth — references to these “Irish slaves” are used to derail conversations about racism and inequity.

“The principle aim of this propaganda, which aligns with that of the international far-right, is to empty the history of the transatlantic slave trade of its racial element,” says Hogan.

The meme has become increasingly visible since 2013. Its trajectory has paralleled the rise of Black Lives Matter and has even used that movement’s language with graphics, t-shirts and Facebook groups that proclaim, “Irish Lives Matter.”

In a six-part series on Medium, Hogan deconstructs the images and claims that have fueled the meme. That picture of “Irish slave” children? That’s actually a photo of young coal mine workers in Pennsylvania in 1911. The one of the “Irish” man being beaten to death in front of a crowd in the 1800s? That’s really a black man tied to a whipping post and being tortured in the 1920s.While there is a growing awareness that these arguments are based on misinformation, the fiction is now seen by many as fact thanks to a strange web of mutually reinforcing lies. The lies have also taken on a life beyond the internet.

At a Confederate flag rally in Mississippi in July 2015 one protester told a reporter, “There were more white Irish slaves then there were blacks. And the Irish slaves were treated a lot worse than the black slaves.”

Those who traffic in this lie minimize and ignore the realities that made slavery distinct from other forms of servitude in the British colonies. African slaves were considered property; Irish indentured servants were not. And though they faced inhumane working conditions, Irish indentured servants could typically decide if they wanted to enter into their labor contracts. Unlike the Africans forced to come to the US as slaves, the servitude of Irish people in the US did not span their entire lifetimes, and did not bind their children to a life of servitude.

The Irish-as-slaves meme has a curious anatomy that Hogan has traced back to self-published books, family genealogy blogs and white supremacist news sites. He attributes much of the misinformation behind the meme to an article published by the Centre for Research on Globalization, a Canadian-based organization that touts its focus on education and humanitarianism. Hogan says that their frequently referenced 2008 article, “The Irish Slave Trade — The Forgotten ‘White’ Slaves,” has an outsized impact but “does not contain a single historically accurate claim or sentence.”

Even so, the article has been cited by mainstream news sites like Scientific American, Irish Examiner and Irish Central. In response, more than 80 scholars and supporters have signed an open letter debunking the Global Research article and asking the media to stop their practice of uncritically citing it and related sources. Scientific American responded by heavily revising their story on the topic and the Irish Examiner removed theirs altogether. But Irish Central has made no such revisions and did not respond to a request to comment for this story.

Screenshots of an article on GlobalResearch.ca, as archived by the Internet Archive on January 31, 2017 and March 3, 2017, after PRI reached out to them for comment on the article.
The editor of Global Research, Michel Chossudovsky, defends their decision to keep the story on their website. He wrote in an email that it was, “originally published by OpEd News, we do not necessarily endorse it, we have also published critiques of that article by several historians with a view to promoting debate.”

Shortly after he replied to PRI’s questions, the article was updated with a lengthy editorial note and links to the articles that “promote debate” on the basis of long-since discredited claims.

The Global Research article is illustrated by the cover of a book, “White Cargo: The Forgotten History of Britain’s White Slaves in America,” which was published by NYU Press in 2008. The book’s cover, dramatically illustrated with two white fists bound by rope manacles, often appears alongside articles that perpetuate the “Irish slave” myth.

The authors of the book are British filmmakers Don Jordan and Michael Walsh, who argue that slavery is more a feeling than a system. “Slavery,” they claim, “is not defined by time but by the experience of the subject.”

Scholars discredit this assessment. In a review in “The Historian,” Dr. Dixie Ray Haggard says the book uses sound primary sources to draw conclusions that are plagued by “fatal flaws.” The most egregious, he writes, is that it “deliberately conflates indentured servitude with slavery. … Rather than explore the complexity of labor and social relations in colonial America and increase our understanding of these institutions, these authors chose to oversimplify and confuse.”

Still, the book was reviewed favorably in mainstream news outlets including The New York Times, Publishers Weekly and The New York Review of Books. Co-author Walsh qualified his claims in an interview with NPR that “We’re not saying the Whites ever suffered quite as much as the worst treated Blacks.” Yet the book helped popularize the idea that Irish indentured servants had it just as bad, if not worse, than African slaves.

This “Irish slave” narrative is the latest in a long history of Irish Americans affirming their own group identity at the expense of black people. In his book, “How the Irish Became White,” Noel Ignatiev shows how in 19th century America, when racial identities had as much to do with national origin as skin color, Irish immigrants strove to be socially classed as white. In order to achieve this status and the privileges that came with it, they routinely and deliberately differentiated themselves from black people by — at times violently — forcing them into an even lower ranking in the American social order.

They sought to minimize the horrors of slavery then too. Irish workers in antebellum America self-identified as “wage slaves,” claiming they had it far worse than actual slaves because they weren’t entitled to “benefits” like the material comfort and the assurance of work they said slaves enjoyed.

Decades later in 1921, W.E.B. Du Bois wrote that Irish anti-blackness has been expressed so “continuously and emphatically” that “there can be no doubt of the hostility of a large proportion of Irish Americans toward Negroes.”

Now, as the “Irish slave” myth festers online and beyond, there is no visibly Irish American movement to answer it. There is no Irish American equivalent to Asians for Black Lives. Irish Americans participate in movements for the rights of African Americans, but they do not announce their heritage as loudly as do proponents of the “Irish slave” myth.

Leaders within the Catholic church, which has historically served as the moral compass for many Irish Americans, are beginning to grapple with this legacy of anti-blackness. Dr. Kevin Considine, professor of theology at Calumet College of St. Joseph, called for direct responses to “implicit, insidious racism” in an essay for US Catholic last summer.

“Do black lives matter to white Catholics? If so, we need to do more than say the right words,” he wrote.

Voir également:

White Cargo: The Forgotten History of Britain’s White Slaves in America by Don Jordan and Michael Walsh was published by the New York University Press in 2007. It is a work of popular history authored by a filmmaker and a journalist about what they claim is the “forgotten history” of unfree European labour in Colonial America, or as the authors now call them, “white slaves”. The blurb of the book asserts without qualification that white indentured servants were “chattels”, that white convicts were sold like “livestock” and that this history of “white slavery” has been “submerged under the overwhelming memory of black slavery.” The introduction goes on to state that “white servants were the first slaves in America” and that “today, tens of millions of white Americans are descended from such chattels.” Jordan and Walsh also claim that the brutalities associated with black slavery alone were perpetuated on whites throughout British rule.”To put it mildly these are simplistic, decontextualised and historically problematic assertions. Despite the author’s haphazard disclaimers to the contrary, their argument unavoidably draws a false equivalence between colonial slavery and colonial servitude. The book’s sensationalist and oversimplified approach to this complex topic means that this attempt at a relative comparison becomes an absolute equivalence in a general discussion. Since its publication ten years ago White Cargo has helped popularise the reductive fallacy that “slavery was slavery” in the history of British America. It has thus aided the growth of a deep misunderstanding and confusion about this history in wider society and has been seized upon at the fringes by White Nationalists and Neo-Confederates as “evidence” in their attempts to legitimate their racist worldview.

Academic criticism points towards a “Fatal Flaw”

I do not doubt that the authors’ hearts were in the right place and I’m convinced that White Cargo had the potential to be an important and accessible work about the broad history of unfree labour in British America and the exploitation of the poor and the vulnerable. Alas the fundamentally misguided decision to conflate the plight of its subjects with the history of racialised chattel slavery, while no doubt helping to garner greater media attention and sales, has critically damaged the book’s import. The American historian Dr. Dixie Ray Haggard noted this “fatal flaw” when he reviewed the book for The Historian journal in 2011 and he concluded how“This book deliberately conflates indentured servitude with slavery. The authors use a general definition of slavery, rather than an academic one, to prove their point that indentured servants were in essence slaves because of the way they were treated. They fail to acknowledge, or maybe understand, that each institution, slavery and indentured servitude, had its own purpose and position within the colonial economy and society.”Haggard also noted the book’s poor use of modern literature and scholarship and that the authors predominantly leaned on secondary sources, of which many were published in the mid-twentieth century.Prof Jerome Handler and Dr Matthew Reilly, scholars of the history of slavery in Barbados, singled out White Cargo in a recent academic article contesting the growing narrative of “white slavery” in the Caribbean. They argued that White Cargo has been “influential amongst transatlantic audiences in its central thesis” that slavery in British America was imposed “first for whites, then for blacks.” Handler and Reilly assessed that the book’s strategy to simplistically refer to white servants as slaves “deflects the experiences of millions of persons of African birth or descent.”Likewise the economic historian of slavery Dr. Stephen Mullen criticised the book’s “sensationalist interpretations” and he cited the American historian Michael Guasco who “recently suggested the text should be read in ‘conjunction with more analytical and thoroughly contextualised works’ — a diplomatic way of urging caution when considering the authors’ conclusions.” Mullen observed that some of the book’s sources were questionable, pointing out that the section about the transportation of Scottish Jacobites to the Americas in the 1700s relied almost exclusively on John Prebble’s “pseudo-historiographical victimology” rather than objective history. Correspondingly White Cargo lists Sean O’Callaghan’s pseudo-history To Hell or Barbados (2000) in its bibliography. I critiqued this work and found that O’Callaghan had jumbled history and fantasy together to help laminate a perfect victimology that equated indentured servitude with chattel slavery. Prof Don Akenson recently described O’Callaghan’s work as “an end-of-the-pier-act that is just a shade short of being hate literature” while Handler and Reilly delineated how To Hell or Barbados is

“…replete with historical inaccuracies, the frequent extension of documented information on enslaved Africans to all indentured servants without explanation or justification, distorted embellishments of historical incidents, reliance on questionable sources, and unsupported statements of alleged historical facts…”

British historian Dr. Dominic Sandbrook reviewedWhite Cargo for the Daily Telegraph and found it “unsatisfying” as it was built on “disjointed narratives” and anecdotes. He felt that its most “serious problem” was its decontextualisation of the term ‘slavery’ for polemical purposes. He concluded that “calling them slaves might be a marketing ploy, but it stretches the meaning of slavery beyond breaking point.”Although not referring to White Cargo directly, the Scottish historian Sir T.M. Devine also dealt with this increasingly popular conflation of servitude and slavery in the very first page of his introduction to Scotland’s Slavery Past: The Caribbean Connection (2015)

“Those modern skeptics who consider…the indentured white servants in the transatlantic colonies, to be just as oppressed as black slaves, fail to take into account that stark and fundamental distinction. Colonial servants were bondsmen, indentured to labour, often under harsh conditions, but their contracts were not for life but for specific periods, usually an average of four to seven years, and were enforceable at law.”

These are the only academic criticisms of White Cargo and its thesis that I could find and just one is a full length academic review. It was published four years after the book was available for sale and currently languishes behind a paywall. It is therefore understandable that so many people have been greatly influenced by this book in the wake of a subdued and much delayed critical response by professional historians.

A (brief) critique

In my view the most damning feature of this book it that it does not inform the reader in a coherent or timely manner what the profound differences are between racialised chattel slavery and indentured servitude or penal servitude. I believe that this was purposefully done to gird support for the book’s thesis that “white slavery” preceded “black slavery” in Colonial America. Their narrative of a supposed transition from a system of “white slavery” to black slavery is not supported by the historical evidence and this narrative’s inherent false equivalence is as ahistorical as it is troubling. The transition that occurred was from white indentured servitude to black chattel slavery. It is worth noting that the transition is related to which bonded labour system dominated, not which preceded the other, for Africans were held in lifetime bondage in Anglo America from the very beginning and indentured servitude was reintroduced in the British West Indies after the abolition of slavery in the 1830s.To be sure, these institutions were interrelated; they existed on the same continuum of unfreedom and labour exploitation in colonial realms. But they are not interchangeable and they cannot be equated or conflated without doing enormous damage to the historical record. Which is why Prof Gad Heuman and Prof Trevor Burnard, specialists of the history of plantation slavery in the Americas, take care to elucidate how

Slavery is a form of labour exploitation connected to, but significantly different from, other forms of labour exploitation, such as indentured servitude… (The Routledge History of Slavery, p. 7)

The authors of White Cargo try to get around this by concluding that one should refer to indentured servants in Colonial America (both voluntary and involuntary) as “white slaves” by (1) redefining slavery in this context as a “feeling” and not a socio-legal status and (2) arguing that servants should be called “slaves” because Daniel Defoe said so. The authors disagree with Dr Eric Williams who directly challenged Defoe’s view in Capitalism and Slavery (1944)

“Defoe bluntly stated that the white servant was a slave. He was not. The servant’s loss of liberty was of limited duration, the Negro was [a] slave for life. The servant’s status could not descend to his offspring, Negro children took the status of the mother. The master at no time had absolute control over the person and liberty of his servant as he had over his slave. The servant had rights, limited but recognised by law and inserted into a contract.”

Thus as Williams clarified over seventy years ago, indentured servitude was never racialised, was mostly voluntary and always time-limited. Colonial Slavery in the Early Modern Atlantic world was perpetual, hereditary and was justified and sustained by anti-black racism. Richard B. Morris, an economic historian and former president of the American Historical Association, also alluded to Defoe’s claim in Government and Labor in Early America, 1946.

“To the author of Moll Flanders white servitude and slavery were identical. In fact, the system of indentured servitude differed in certain important essentials from Negro slavery.”

In a prior section Morris spelled out one of these essential distinctions.

“Unlike the slave the indentured servant was bound to labor for his master merely for the period of time expressly stated in his contract or, in the absence of a formal contract, as laid down by custom or statute. At the expiration of his service he was a free man.”

Frustratingly the authors of White Cargo are all too aware of the fundamental differences between slavery and servitude. A closer review reveals that these differences are buried in an erratic fashion throughout the book but never explained in any detail. It must be immensely confusing for any reader (especially those unfamiliar with the issues) to follow what is going on when after approximately one hundred pages of conflation the authors redraw their definitions by explaining that

“one of the fundamental differences drawn between white indentured servitude and black slavery [is that black slavery means forever].”

While it is not until page 176 that they admit that there was no transition from “white slavery” to black slavery as instead they note that there was a “shift from time-limited servitude of Englishmen to the lifetime slavery of Africans” which of course contradicts the book’s central thesis. These inconsistencies are present at various points throughout the text.To put it bluntly, White Cargo’s simplistic “servants were slaves, convicts were slaves and slaves were slaves” rationale is historically and semantically insupportable. Such reductionism and lack of adequate qualification or nuance collapses the distinctions between these different forms of bondage by default. This extreme revisionist methodology inevitably leads to an unsustainable ahistorical narrative which explains why White Cargo repeatedly refers to “white slaves” as being “indentured servants” in the text. The irony is not lost on this writer that the only way the authors can clarify that they are referring to “white slaves” throughout the book (rather than actual slaves) is to refer to them as indentured servants, which they were to begin with.This confusion is also reflected in some of the uncritical media coverage the book received when it was first published. NPR labelled their promotional piece “America’s First Slaves: Whites” and then concurred with the authors that “the slavery of Europeans was a prelude to the mass slavery of Africans in the Americas.” NPR thus used White Cargo to present this false equivalence of slavery and servitude to their audience as being historically legitimate, yet by the second sentence they refer to it as “white indentured servitude.” Which is it, NPR? Is it not “white slavery”? If NPR already swallowed the false equivalence then why is there this immediate need to qualify it?

Sensationalism with sparse context = bad history

White Cargo contains a multitude of over-the-top declarations and bizarre anachronistic comparisons that only become possible when a writer is trying to string a narrative together rather than contextualise, interrogate and understand the primary sources. In one jaw-dropping case they find it necessary to follow the activist Theodore W. Allen down the rabbit hole by trawling back to thirteenth century Ireland in an attempt to equate the abuse of the Gaelic Irish by Anglo-Normans with the experience of racialised chattel slaves in Colonial America in the eighteenth century. This false analogy that spans half a millennium omits the basic historical context, which means that it’s not historical writing they are producing, it’s rhetoric.Their decision to include ‘Arbeilt [sic] Macht Frei’ in the text, implying that indentured servitude (whether voluntary or forced) in Barbados in the mid-seventeenth century could be as futile as the exterminating slave labour enforced at death camps during the Holocaust, is dramatic comparison at its most puerile. Indentured labour in Barbados was a brutal station, especially so when the plantations transitioned to the more labour intensive sugarcane. The various laws that were passed in the colonies to protect servants illustrates how many were abused. The very nature of this system of servitude meant that they were treated as a sort of commodity while bound and undoubtedly in the first few decades of settlement significant numbers of servants died of disease before their indenture had expired.But the author’s quip of “if only” in reference to the servant’s hope of being free goes way too far. The Cromwellian officer Colonel William Brayne wrote to Secretary Thurloe from Barbados on the 10 January 1657 and he noted that servants who had served out their time were being “continually made free” and that they were leaving Barbados on a daily basis to no doubt find paid work and possibly even some land in another colony. Underscoring this is the approximation that 17,000 whites voluntarily left Barbados between 1650 and 1666. Many of this number were undoubtedly former servants in search of better opportunities. This was a possibility that a slave could never have.

Voir de même:

The story of slavery in black and white
Val Hennessy
The Daily Mail
30 April 2007

Here’s a shock revelation: slavery was not confined to the black population. In fact, during the 17th and 18th centuries, thousands of white Britons were marketed like cattle and transported to Britain’s American colonies to work in the fields.With the aim of emptying England’s prisons and clearing up the city streets, the authorities rounded up vagrants, orphans, prostitutes, beggars and criminals, and sold them into servitude.In theory, they would be ‘indentured servants’ to their masters for four to ten years. In practice, many of those shipped abroad perished on the journey or within two years of beginning forced labour.As the authors make clear in their riveting history, ‘for decades this underclass was treated just as savagely as black slaves and, indeed, toiled, suffered and rebelled alongside them.’ The white slave trade was prompted by fears that England was in danger of being overwhelmed by the poor and lawless.During Elizabeth I’s reign, her favourites grew rich while recurring harvest disasters and land-grabbing left hordes of peasants and labourers on the edge of survival.In 1570, in Coventry alone there were 2,000 beggars on the streets. A desperate crowd of 20,000 hungry people congregated at a grand funeral begging for bread.What was to be done? Enter bloodstained villain Humphrey Gilbert, of whom your reviewer has never heard and who makes no appearance in school history books.Half-brother to Sir Walter Raleigh, he was sent to command English troops in Ireland. Ordered to seize Irish land for the Queen, he launched a gory ‘ethnic cleansing’ campaign to replace native Irish with England’s surplus peasants.As he gloated: ‘I slew all those that did belong to, feed, accompany or maintain any outlaws or traitors… putting man, woman and child to the sword.’ His victims’ heads were stuck on rows of pikes.Thousands died. Gilbert was knighted. Thus were seeded the Irish Troubles, as well as the practice of offloading the troublesome English to work the land in the Queen’s colonies.With information gleaned from contemporary letters, journals and court archives, White Cargo is packed with proof that the brutalities usually associated with black slavery were, for centuries, also inflicted on whites.For example, of 1,200 whites shipped to America in 1619, 800 perished in the first year, killed by native Americans, disease, beatings, starvation, and infections caught on ship.Particularly harrowing are details of the mass street roundups of vagrant children to be transported overseas.The city paid the masters £5 a head to take them off its hands as ‘apprentices’, ostensibly to learn a trade.In reality, most were destined for tobacco plantations. Few lived long enough to reach adulthood. Of the first 300 children shipped, only 12 were still alive four years on. Their sad fate is largely forgotten, yet they arrived on the plantations four months before the first shipload of West Indian slaves about whom book after book has been written.Those whites transported as ‘indentured servants’ or who volunteered as ‘good-willers’ after being promised better lives were, in theory at least, supposed to gain their freedom after completing their agreed stint.In practice, most of them died before their time was up, or had penalty years imposed for misbehaviour. Escape attempts or becoming a father, for example, meant three extra years.Becoming a mother meant your child became the plantation owner’s chattel until he or she was 21.The authors explain ‘the rape of a female slave was not a crime, but a mere trespass on the master’s property’. Discipline was barbaric – a mutinous servant, for instance, was sent to the pillory for four days, his ears nailed to the post and given daily public whippings.Libraries and archives are full of details of lashings and beatings. A white girl field worker was beaten to death in 1625. A youth died from a blow to the head by his master.By the 1640s, Irish and Scottish workers were being shipped to the Caribbean to clear tropical forests and plant sugar cane.Interestingly, by mid-1660, a high proportion of the working population in Barbados was Irish. To this day, people there have Irish names and are known as Red Legs, because of their blistering fair skin.This book will certainly make readers re-evaluate all the recent appeasement and hype about apologising for the slave trade.Where do you begin? How do you apologise to long-dead and exploited street children? It is sobering to remind ourselves that the wealth of America and Britain came about because thousands of powerless workers were made to sacrifice their rights and freedom so that others could become rich.Those workers hoped and believed that one day their turn would come, too. Sadly, for most of them, they died unremembered and in terrible servitude.

Voir aussi:

Master and Servant

Every schoolchild recognizes certain images of this nation’s darker side: slaves kidnapped from their native lands, shipped in disease-ridden holds, traded like animals, and then whipped and worked on America’s plantations.

Don Jordan and Michael Walsh, both of whom have made documentaries and both of whom live in London, retell that familiar tale — although the victims here are not Africans but English, Irish and Scottish people, sent to the colonies largely against their will in the 17th and 18th centuries.

School Apologizes For Asking Students To List ‘Positive Aspects’ Of Slavery

“To be clear, there is no debate about slavery. It is immoral and a crime against humanity,” the superintendent said in a statement. 

A charter school network has apologized for an assignment asking students to list the positive and negative aspects of slavery, calling the worksheet a “clear mistake.”

“To be clear, there is no debate about slavery,” Aaron Kindel, superintendent of Great Hearts Texas, said in a statement posted on Facebook Thursday. “It is immoral and a crime against humanity.”

On Wednesday, Roberto Livar posted a photo of a worksheet he said his son, Manu, was asked to complete in his eighth-grade American history class at Great Hearts Monte Vista in San Antonio. The worksheet is titled, “The Life of Slaves: A Balanced View.”

Livar told HuffPost that his son was uneasy about the nature of the assignment and felt compelled to bring it home and show his parents. Livar said he was “pissed” as soon as he saw the worksheet.

“We are fully aware that there is a concerted effort by the far-right nationally to reframe slavery as being ‘not that bad’ and trying to revise the civil war as being about ‘states rights’ and not about slavery,” he told HuffPost in a Facebook message. “We were concerned that this assignment fell in line with that ideology and were naturally concerned, as well as other parents.”

Other families and members of the community upset about the worksheet began sharing Livar’s post, including Rep. Joaquin Castro (D-Texas). Castro called the assignment “absolutely unacceptable” in a tweet on Thursday.

Kindel said in his statement that the incident was “limited to one teacher at just one campus,” and that the teacher has been put on leave while Great Hearts “collect[s] all the facts.”  He added that Great Hearts will “conduct an audit” of the book that inspired the worksheet to see if it should be permanently replaced.

Livar told HuffPost that Great Hearts staff invited his family and other concerned parents to a meeting on Thursday to discuss the matter, and that Manu was “commended for his action of bringing this to light and was even told he was ‘very brave.’”

However, he noted that his son has been “attacked by many at his school” for supposedly harming its reputation.

Livar, who said he and his family are Mexican-American and identify as Chicano, chalked the whole ordeal up to a lack of diversity at the school among the student body and staff.

He added that he sees what happened as a sign of problems stemming beyond his son’s school.

“These issues are not isolated to one school or one book,” Livar said. “These issues are systemic and continue up the chain all the way to the Texas School Board of Education.

Voir par ailleurs:

Debunking the imagery of the “Irish slaves” meme

Those that promote the myth of Irish perpetual hereditary chattel slavery in Colonial America use a variety of images entirely unrelated to indentured servitude to accompany their anti-history. I examined a selection of them.

(This is part one of my six-part series debunking the meme. See Part Two, Part Three, Part Four, Part Five and Part Six)


1. Sale of a Slave Girl in Rome by Jean-Léon Gérôme (1884)

The is the most common image that accompanies spurious “Irish: the Forgotten White Slaves” articles. It is cropped from a painting by Jean-Léon Gérôme. In this work, Gérôme imagined a scene in a Roman slave market from about two thousand years ago.

The original

2. The “Redlegs” of Barbados

The “Irish slaves” meme has been embraced by racists and white nationalists. The meme below was shared by a Tea Party Leader in 2013. It accompanied her advice to African Americans to “move on” from slavery.

But this photograph is not from the U.S., nor does it depict “White Irish slaves.”

Historian Matthew C. Reilly has done extensive research on the “poor white” community of Barbados. This photo was taken in Barbados in 1908, and as Reilly has noted none of those pictured have Irish surnames and these families appear to have both African and European ancestry. Reilly writes

“Photograph locally known as “The ‘Redlegs’ of Barbados”. Pictured are fishermen residents of Bath in the parish of St. John taken in 1908. Photo courtesy of Mr. Richard Goddard.”

“The photograph is widely known amongst island history buffs as well as those interested in family genealogy. On several occasions I encountered individuals who had traced their ancestry to one of the impoverished men pictured in the 1908 portrait of the “Redleg” fishermen. Until my conversation with Fred Watson (Figure 7.2), however, I had never heard it referred to as a “family photograph”. Represented are members of the Watson, Goddard, King, and Haynes families, surnames popular amongst the “Redleg” population for several generations and still present in St. John today. Fred was able to identify several of his father’s and mother’s brothers that were pictured in the photograph including his mother’s brother Simeon Goddard found on the lower left and his father’s brother Joe Watson found in center of the back row. The revelation that the photograph depicts an extended matrilineal kinship network was made more significant by the realization that phenotypes indicate that this network involved Afro-Barbadian as well as “poor white” genealogies.”

3. Survivors of a Japanese POW camp during World War Two


4. Union Army soldier on his release from Andersonville Prison in May, 1865

Probably the most perverse co-option of all. Victims of the horror of the Confederate Andersonville prison appropriated by Neo-Confederates to support their racist meme. N.B. the Ferguson hashtag.


5. Child labourers on a Texan farm, 1913

This is another popular image. It is used here to promote an “Irish Slave Trade” movie idea. This photo of child labourers was taken in 1913 by the great Lewis Hine. The children were working on H.M. Lane’s farm near Bells, Texas. Their father (and uncle for some of the children) was working the plough nearby. This photo is sometimes used on Stormfront when discussing “white slaves.”


6. The East India Company logo

The ongoing “we were slaves too!” appropriation of the Atlantic Slave Trade led to this misfire. The East India Company logo tattooed as an “Irish slave” branding. I asked this tattooist about the relevance of the tattoo and he referred me to an inactive (and since deleted) Facebook page named “We Were Irish and Slaves”. This Facebook page was the source and inspiration for the tattoo design. The featured branding irons (first and second images) are from the Wilberforce Museum. The third image, the one that the tattoo is based on, is a stamp of the East India Company, not a branding iron. It goes without saying that indentured servants were not branded like slaves on their arrival in the colonies.


7. Former Enslaved Children in New Orleans, 1864

The comfort and ease at which some Irish and Irish-Americans appropriate the history of black chattel slavery is remarkable and disturbing. Guilty of the appropriation below is the “Ireland Long Held in Chains” Facebook page. They shared this photo of former “white” slave children in New Orleans and labelled it “Irish Slavery — Three Slaves”. This piece of anti-slavery propaganda during the American Civil War was aimed at a Northern white audience. These enslaved children were “the offspring of white fathers through two or three generations.” The fact that many slave owners in Louisiana were of Irish descent only makes this appropriation more reprehensible. In my review of Irish surnames and slave-ownership I found that 159 different Irish surnames were represented among slave owners in Louisiana in 1850. These included Brady, Burke, Carroll, Connolly, Collins, Cullen, Crowley, Darcy, Devane, Hickey, Hogan, Keane, Lynch, Mahoney, McCormack, and Murphy. You can read about the history of these photographs in Mary Niall Mitchell’s article in the New York Times.


8. Group portrait of child labourers in Port Royal, South Carolina (1911)

This “white slavery” meme (which appropriates the Zong Massacre) uses one of Lewis Hine’s photographs. Its caption reads “Group portrait of young girls working as oyster shuckers at the canning company at Port Royal, SC, 1911. From left to right: Josie, six years old, Bertha, six years old, and Sophie, 10 years old.”

Here is the original photograph.

This unbelievably ahistorical meme also suggests that in seventeenth Ireland “it was was no more [a] sin to kill an Irishman than a dog or any other brute.” This quote is not from the seventeenth century but the fourteenth, which makes it a full 300 years out of context. The original quote was made in 1317 in the Remonstrance of the Irish Chiefs to Pope John XXII. According to Diarmuid Scully (University College Cork) the Remonstrance described Domhnall, its author, as the ‘King of Ulster and by hereditary right the true heir to the whole of Ireland’ who “claims the support of the Irish élite and people, calls for papal backing against English rule and offers the kingship of Ireland to Edward Bruce of Scotland.” It wished to revoke the Laudabiliter. The Remonstrance accuses “the monks of the Cistercian order of Granard, in Ardagh diocese, so too the monks of Inch, of the same order, in Down diocese, shamelessly fulfil in deed what they proclaim in word. For, bearing arms publicly, they attack the Irish and slay them, and nevertheless they celebrate their masses.” This is to illustrate to the papal powers that some of the Christian orders in Ireland were murderous, heretical and did not warrant the Pope’s backing. This was a propagandic retort to Gerald of Wales’ infamous assertion that the English lay claim to Ireland as the Irish were not truly civilised or Christian. The Remonstrance inverts these slanderous justifications for the Cambro-Norman conquest of Ireland. William Petty alluded to this brutal 14th century colonial reality in the Political Anatomy of Ireland (1672)

“The English in Ireland before Henry the VII’s time, lived in Ireland as the Europeans do in America, or as several Nations do now upon the same Continent; so as an Englishman was not punishable for killing an Irish-man, and they were governed by different Laws; the Irish by the Brehon-Law, and the English there by the Laws of England…[then] English in Ireland, growing poor and discontented, degenerate into Irish; & vice versa; Irish, growing into Wealth and Favour, reconcile to the English.”


9. The HMS Owen Glendower, an anti-slave trade frigate

Irish Central decided to use a painting of the HMS Glendower to accompany their article about “forgotten white slaves”. It states that this ship was used to bring “human cargo to South American[sic] and the Indies.” This article repeats the absurd claim that an “Irish slave trade” ended in 1839. But the HMS Glendower was not a slave ship. In fact it was used from 1821 to 1824 to suppress the slave trade.


10. The Putumayo Atrocities, 1900s-1910s

The Ancient Order of Hibernians in Florida (State Board) appropriated an image of heavily chained Putumayo Indians, implying that they are “Irish slaves”.


11. Timucua men cultivating a field and Timucua women planting corn or beans (Florida, c. 1560)

This image of the Timucua people planting their fields appears on some “Irish slaves” and “white slaves” blogs. The Neo-Confederate Save Your Heritage website frames it as “white slaves” working in South Carolina.

Florida Indians planting seeds of beans or maize, c. 1560 by Theodor de Bry, (1528–1598) Engraver: Jacques Le Moyne de Morgues, (1533?-1588)

12. An illustration of Elizabeth Brownrigg, a torturer and murderer who was executed in England in 1767.

This “Irish slaves” meme uses an illustration of the infamous Elizabeth Brownrigg taken from The New Newgate Calendar, a sensationalist periodical which was published in England in the 1860s. The text of the meme is ridiculous; the values are apparently an invention, and it almost goes without saying that slaves were generally more expensive than servants because they were slaves. Lifetime ownership vs. 4–7 years indentures and slave-owners also claimed their children as their property. Although rare, in times of shortage (when labour demand/wages were high in Britain and thus migration unattractive) white servants’ contracts could be more expensive than slaves. It was a crime to murder a servant, but whipping was allowed as long as it was “moderate correction.” The claim that “African slaves were treated much better in Colonial America” is racist propaganda.

Here is the original image.


13. ‘Mulatto’ slave being whipped in an anti-slavery novel

This illustration is appropriated from the 19th century anti-slavery novel The White Slave; or, Memoirs of a Fugitive by Richard Hildreth. The protagonist being whipped is a ‘mulatto’ slave. His mother was enslaved and his father the enslaver.


14. Breaker boys working in Ewen Breaker of Pennsylvania Coal Co. (1911)

This is the newest version of the racist meme. It appeared online during Black History Month 2016 and has been shared 102,000 times so far. The photo does not depict “Irish slaves” but breaker boys working in Ewen Breaker of Pennsylvania Coal Co., South Pittston, Pennsylvania. The original photograph was taken by Lewis Hine in January 1911. Hine was the principle investigative photographer for National Child Labor Committee (NCLC).


15. A black man being whipped in Delaware (1920s)

This image is used by Neo-Nazis on this website to depict “Irish slaves”

from The Irish Slave Trade- White Cargo

Somehow it has made it from here into the mainstream.

But this image is clearly not an “Irish slave” in the 1800s. It was taken in Delaware in the 1920s and it shows an unnamed black man, fastened to a whipping post, being tortured.


16. A promotional photograph for a performance of Dion Boucicault’s play “The Octoroon” in London (c. 1862)

Here is a link to the original photograph. This satirical image was intended to challenge the audience by reversing racial stereotypes and it was used to promote the play during it’s run at the Adelphi theatre in London. Dion Boucicault is one of Ireland’s most famous playwrights and The Octoroon was his anti-slavery production based on Thomas Mayne Reid’s novel The Quadroon.


17. A stock photograph of a “crying black man” and a photo of Kevin Cunningham.

Racist meme that appeared on the “White History Month” Facebook Page (November 2015)

This exceptionally racist meme features a stock photograph and a photograph of Kevin Cunningham, an Irish-American who became famous after he started an online petition on change.org calling for the prosecution of George Zimmerman, the man who shot Trayvon Martin.


18. English Women being imported and sold to Planters in Colonial Virginia (1620s)

This meme of the “selling of Irish women” appears on multiple “Irish slaves” websites (inc. the Ancient Order of Hibernians) and across social media.

This image is actually taken from Barnes’ popular history of the United States of America

Barnes’ popular history of the United States of America, p. 38

The ratio of women to men was very low in the colony and so for the benefit of the colonial project, as Edmund S. Morgan describes it, a shipment was arranged by Virginia Company members “of a hundred willing maids, to be sold to the planters who could afford to buy a wife.” (American Slavery, American Freedom, p.95) So the image does not depict Irish women being sold into slavery. It depicts English women being sold into marriage. The planter was paying for the transport costs.

For more information about the role and limited rights of women in Colonial Virginia see Julie Richter’s overview.


19. Edwardian Servants, Byfield, Northamptonshire (c. 1920)

Some of these websites take the term ‘indentured servants’ literally…They turned this image of two maids photographed in a house in Byfield, Northamptonshire, sometime between 1896 and 1920….

…and made it into an awful “white slavery” meme.

from the Irish Slave Trade, Ancient Order of Hibernians (Florida)

20. Two women setting seed potatoes in Co. Antrim (1890s)

This is not an image of “Irish slaves” or indentured servants but of two women in Glenshesk, Co. Antrim planting potatoes. The photograph was taken by Robert J. Welch for the Congested Districts Boards in the late 1890s.


21. The Damm family, Los Angeles, 1987

The “Irish slaves” meme is also used to deny the existence of white privilege. It is often accompanied by an image of the Damm family taken by the photographer Mary Ellen Mark in Los Angeles in 1987.


22. Italian Miners in Belgium (c. 1900)

This photograph was recently published on the far-right “Against Globalist Agenda” Facebook page and appended with the title “Irish slaves imported to America”

But this photo actually depicts miners in Belgium in the early 20th century.


23. A photograph of the Cliffs of Moher

This meme uses a wistful photograph of the Cliffs of Moher. Here is the uncropped original.


24. An advert for two runaway Irish servants

“Make a toast to all the Irish Slaves who died making America great.”

“It says indented servants?”

“Shut up.”


25. An image from a Human Trafficking website and a photograph of President Obama’s visit to Moneygall, Ireland

This meme was created by conservative artist JP Hawkins in 2o13. https://twitter.com/jphawkins2009/status/615982442361413632
The caption reads “Obama visits Ireland, but fails to point out that the Irish were 1st slaves! Why?” The background image is a stock image taken from the Shutter Stock website and is tagged ‘Domestic Violence’.

26. A photo of the Irish actor Cillian Murphy

I know what you are thinking. I have no idea either.



12 years a slave: Hollywood récompensera-il le premier film bondage sur l’esclavage de l’histoire ? (Uncle Tom’s cabin meets Justine: is history really served when slavery flicks go from spaghetti western to torture porn ?)

22 février, 2014
https://i0.wp.com/screenrobot.com/wp-content/uploads/2014/01/12-years-a-slave-solomon-new-york.jpghttps://i1.wp.com/www-deadline-com.vimg.net/wp-content/uploads/2014/01/12-Years-a-Slave-Hanging-Scene__140129072127.jpgIl faut avoir le courage de vouloir le mal et pour cela il faut commencer par rompre avec le comportement grossièrement humanitaire qui fait partie de l’héritage chrétien. (..) Nous sommes avec ceux qui tuent. André Breton
Bien avant qu’un intellectuel nazi ait annoncé ‘quand j’entends le mot culture je sors mon revolver’, les poètes avaient proclamé leur dégoût pour cette saleté de culture et politiquement invité Barbares, Scythes, Nègres, Indiens, ô vous tous, à la piétiner. Hannah Arendt (1949)
Après Auschwitz, nous pouvons affirmer, plus résolument que jamais auparavant, qu’une divinité toute-puissante ou bien ne serait pas toute bonne, ou bien resterait entièrement incompréhensible (dans son gouvernement du monde, qui seul nous permet de la saisir). Mais si Dieu, d’une certaine manière et à un certain degré, doit être intelligible (et nous sommes obligés de nous y tenir), alors il faut que sa bonté soit compatible avec l’existence du mal, et il n’en va de la sorte que s’il n’est pas tout-puissant. C’est alors seulement que nous pouvons maintenir qu’il est compréhensible et bon, malgré le mal qu’il y a dans le monde. Hans Jonas
Christs, Vierges, Pietàs, Crucifixions, enfers, paradis, offrandes, chutes, dons, échanges: la vision chrétienne du monde semble revenir en force. Où? Dans le domaine de l’art le plus contemporain. (…) L’homme y est réinterprété comme corps incarné, faible, en échec. Cette religion insiste sur l’ordinaire et l’accessible, elle est hantée par la dérision, la mort et le deuil. Après une modernité désincarnée proposant ses icônes majestueuses, on en revient à une image incarnée, une image d’après la chute. En profondeur, il se dit là un renversement des modèles de l’art lui-même: A Prométhée succède Sisyphe ou mieux le Christ souffrant, un homme sans modèle, sans lien, inscrit dans une condition humaine à laquelle il ne peut échapper. Yves Michaud (4e de couverture, L’art contemporain est-il chrétien, Catherine Grenier)
C’est comme une fête foraine, les jeux avec les pinces… Le monde est atroce, mais il y a bien pire : c’est Dieu. On ne peut pas comprendre Haïti. On ne peut même pas dire que Dieu est méchant, aucun méchant n’aurait fait cela. Christian Boltanski
Le grand ennemi de la vérité n’est très souvent pas le mensonge – délibéré, artificiel et malhonnête – mais le mythe – persistant, persuasif et irréaliste. John Kennedy
Cette Administration met en avant un faux choix entre les libertés que nous chérissons et la sécurité que nous procurons… Je vais donner à nos agences de renseignement et de sécurité les outils dont ils ont besoin pour surveiller et éliminer les terroristes sans nuire à notre Constitution et à notre liberté. Cela signifie l’arrêt des écoutes téléphoniques illégales de citoyens américains, l’arrêt des lettres de sécurité nationale pour espionner les citoyens américains qui ne sont pas soupçonnés d’un crime. L’arrêt de la surveillance des citoyens qui ne font rien de plus que protester contre une mauvaise guerre. L’arrêt de l’ignorance de la loi quand cela est incommode. Obama (août 2007)
Qu’est donc devenu cet artisan de paix récompensé par un prix Nobel, ce président favorable au désarmement nucléaire, cet homme qui s’était excusé aux yeux du monde des agissements honteux de ces Etats-Unis qui infligeaient des interrogatoires musclés à ces mêmes personnes qu’il n’hésite pas aujourd’hui à liquider ? Il ne s’agit pas de condamner les attaques de drones. Sur le principe, elles sont complètement justifiées. Il n’y a aucune pitié à avoir à l’égard de terroristes qui s’habillent en civils, se cachent parmi les civils et n’hésitent pas à entraîner la mort de civils. Non, le plus répugnant, c’est sans doute cette amnésie morale qui frappe tous ceux dont la délicate sensibilité était mise à mal par les méthodes de Bush et qui aujourd’hui se montrent des plus compréhensifs à l’égard de la campagne d’assassinats téléguidés d’Obama. Charles Krauthammer
Les drones américains ont liquidé plus de monde que le nombre total des détenus de Guantanamo. Pouvons nous être certains qu’il n’y avait parmi eux aucun cas d’erreurs sur la personne ou de morts innocentes ? Les prisonniers de Guantanamo avaient au moins une chance d’établir leur identité, d’être examinés par un Comité de surveillance et, dans la plupart des cas, d’être relâchés. Ceux qui restent à Guantanamo ont été contrôlés et, finalement, devront faire face à une forme quelconque de procédure judiciaire. Ceux qui ont été tués par des frappes de drones, quels qu’ils aient été, ont disparu. Un point c’est tout. Kurt Volker
L’abolition est due au grand réveil religieux: sous l’impulsion des pasteurs, des centaines de milliers d’Anglais signent des pétitions contre l’esclavage. Olivier Pétré-Grenouilleau (…) Le système esclavagiste était rentable et il aurait pu s’adapter à la nouvelle période. On a même calculé que la productivité d’un esclave pouvait être équivalente, voire supérieure, à celle d’un salarié. Olivier Pétré-Grenouilleau
La traite n’avait pas pour but d’exterminer un peuple. L’esclave était un bien qui avait une valeur marchande qu’on voulait faire travailler le plus possible. Olivier Pétré-Grenouilleau
« Cargaison » précieuse face au risque financier que prenait l’armateur, leurs conditions de détention s’améliorèrent au cours des siècles, leur taux de mortalité étant de 10 % à 20 %, avec des pics à 40 %. Pour les historiens, l’estimation la plus probable s’établit à 13 % sur les quatre siècles que dure la traite alors que la mortalité moyenne d’un équipage était tout juste inférieure. Wikipedia
On dispose de peu d’éléments sur le nombre de captifs décédés sur le sol africain. (…) Raymond L. Cohn, un professeur d’économie dont les recherches sont centrées sur l’histoire économique et les migrations internationales estime que 20 à 40 % des captifs mouraient au cours de leur transport à marche forcée vers la côte, et que 3 à 10 % disparaissaient en y attendant les navires négriers. On arrive à un total compris entre 23 et 50 %. (…) À la fin du XVIIIe siècle, en Guadeloupe, le taux de mortalité des esclaves oscillait entre 30 et 50 pour mille. En métropole, le taux de mortalité était compris entre 30 et 38 pour mille.  (…) Pour les négriers nantais, la mortalité moyenne était de 17,8 %. Il ne s’agit que d’une moyenne. Certaines traversées pouvaient se faire sans aucun décès tandis que d’autres pouvaient enregistrer une mortalité de 80 % voire davantage. Wikipedia
Pour le XVIe siècle, le nombre des esclaves chrétiens razziés par les musulmans est supérieur à celui des Africains déportés aux Amériques. Il est vrai que la traite des Noirs ne prendra vraiment son essor qu’à la fin du XVIIe siècle, avec la révolution sucrière dans les Antilles. Mais, selon Davis, il y aurait eu environ un million de Blancs chrétiens réduits en esclavage par les barbaresques entre 1530 et 1780. Mais il ne faut pas se focaliser sur la question des chiffres, afin d’établir une sorte d’échelle de Richter des esclavages. Ce que le travail de Davis permet d’affirmer, c’est que cet esclavage des chrétiens entre le XVIe et le XVIIIe siècle renvoie à une réalité non négligeable. Rien de plus. S’il est resté pour une large part ignoré, c’est qu’il n’a pas laissé beaucoup de traces. Les esclaves blancs étaient en effet principalement, à 90%, des hommes, qui ne faisaient pas souche en terre d’Islam, à l’inverse des Africains aux Amériques. C’est aussi que le questionnement est souvent premier en histoire (on se pose des questions, puis l’on recherche les sources permettant éventuellement d’y répondre) et que cet esclavage n’a pas beaucoup intéressé les historiens. (…) Il est différent à plusieurs titres. Tout d’abord, cet esclavage ne répond pas à la même logique. Au départ, les barbaresques se livrent à des opérations de course et de piraterie sur les côtes de la Méditerranée, comme c’est l’usage chez certains peuples marins depuis la plus Haute Antiquité. On avait pris l’habitude depuis l’époque byzantine de rédiger des traités prévoyant l’échange réciproque d’esclaves. Puis, les chrétiens se mobilisant pour «racheter» leurs proches tombés en esclavage, l’affaire devint plus rentable pour les razzieurs. C’est paradoxalement cette perspective financière qui accentua les raids musulmans à partir du XVIe siècle. En devenant directement et assez facilement monnayables, les esclaves devinrent des proies plus séduisantes que les navires ou les cargaisons. Les barbaresques se mirent alors à multiplier leurs razzias sur les côtes de la Méditerranée, notamment en Italie du Sud. Dans le cas de la traite transatlantique, l’esclavage répondait à un autre but : fournir une main-d’oeuvre bon marché aux colonies. Les Noirs ne pouvaient être rachetés mais seulement – rarement – se racheter eux-mêmes. Ils firent souche en Amérique, ce qui ne fut jamais le cas des chrétiens. (…) On ne devrait pas en effet parler d’une «traite» des Blancs car les musulmans cherchaient de l’argent plus ou moins rapidement, ils ne se sont pas livrés à un trafic de main-d’oeuvre. Au bout de quelques années, les esclaves chrétiens étaient soit rachetés et ils rentraient chez eux, ou ils disparaissaient. Le taux de mortalité était assez fort. Autour de 15%, selon Davis. Olivier Pétré-Grenouilleau
A la différence de l’islam, le christianisme n’a pas entériné l’esclavage. Mais, comme il ne comportait aucune règle d’organisation sociale, il ne l’a pas non plus interdit. Pourtant, l’idée d’une égalité de tous les hommes en Dieu dont était porteur le christianisme a joué contre l’esclavage, qui disparaît de France avant l’an mil. Cependant, il ressurgit au XVIIe siècle aux Antilles françaises, bien que la législation royale y prescrive l’emploi d’une main-d’oeuvre libre venue de France. L’importation des premiers esclaves noirs, achetés à des Hollandais, se fait illégalement. (…) Le mouvement part d’Angleterre, le pays qui a déporté au XVIIIe siècle le plus de Noirs vers l’Amérique. La force du mouvement abolitionniste anglais repose principalement sur la prédication des pasteurs évangélistes. Il en résulte une interdiction de la traite par l’Angleterre (1806) et les autres puissances occidentales (France, 1817), puis une abolition de l’esclavage lui-même dans les colonies anglaises (1833) et françaises (1848). Décidée par l’Europe, la suppression de la traite atlantique est imposée par elle aux Etats pourvoyeurs d’esclaves de l’Afrique occidentale. (…) Cependant, rien de pareil n’a eu lieu dans le monde musulman. L’esclavage étant prévu par l’islam, il eût été impie de le remettre en cause. Aussi, l’autre grande forme de la traite vers l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient continua de plus belle au XIXe siècle, qui correspondit à son apogée. Et, parallèlement, des Européens continuaient d’être razziés en Méditerranée et réduits en esclavage à Alger, Oran, Tunis ou Salé (Rabat). D’où l’expédition de 1830 à Alger. Finalement, ce fut la colonisation qui mit presque entièrement fin à la traite musulmane. Jean-Louis Harouel
How likely is it that the chief White House butler not only witnessed his mother raped and his father murdered by a plantation owner’s racist son but also had an intermittently estranged son of his own who became, first, one of the Fisk University student heroes of the Nashville lunch-counter sit-ins; second, one of the original Freedom Riders; third, so close an aide to King that he was in the Memphis motel room with Ralph Abernathy, Andrew Young, and Jesse Jackson when King was assassinated; fourth, a beret-wearing Black Panther in Oakland; fifth, an unsuccessful candidate for Congress; sixth, a leader of the South Africa divestment movement; and, seventh, a successful candidate for Congress? Hendrik Hertzberg
The Butler is fiction, although its audience may assume otherwise. Those cagey words “inspired by a true story” can be deceptive. The script was triggered by Wil Haygood’s 2008 Washington Post article “A Butler Well Served by This Election.” Published after Obama’s landmark victory, and later spun into a book, it unearthed the story of former White House butler Eugene Allen, who served American presidents for 34 years. But screenwriter Danny Strong (HBO’s Game Change) has created a fictional butler named Cecil Gaines (Forest Whitaker), whose life mirrors the drama of the civil rights movement with cut-glass symmetry. Straining to serve an overcharged agenda, The Butler is a broadly entertaining, bluntly inspirational history lesson wrapped around a family saga that gives new resonance to the term “domestic drama.” Director Lee Daniels (Precious, The Paperboy) is not known for subtlety, and this movie is no exception. But at the heart of its sprawling narrative, he has corralled some fine performances. Whitaker navigates gracefully between his public and private personae—White House butlers he says, have two faces: their own “and the ones we got to show the white man.” As Cecil stoically weathers the upheavals of history, and his splintered family, we can feel him being gradually crushed under the weight of his own quiet dignity, yet mustering shy increments of resistance over the decades. Between his role as a virtually mute servant/sage in the White House and a beleaguered patriarch trying to hold together his middle-class family, this a character with a lot on his plate. The story’s long march begins with Cecil’s boyhood on a cotton plantation in the South in 1926, where he sees his father shot dead in a field for looking the wrong way at a white man. Cecil is adopted by a thin-lipped matriarch who tells him, “I’m going to teach you how to be a house nigger.” Which sounds strange coming from the mouth of Vanessa Redgrave. The term “house nigger,” and the n-word in general, recurs again and again, shocking us each time, and never letting us forget that there’s no higher house than the White House. A model of shrewd obedience, Cecil learns to make the perfect martini, to be invisible in a room, and to overhear affairs of estate in stony silence—unless asked for his opinion, which he’ll pretend to offer with a wry, Delphic diplomacy that makes the questioner feel validated. The script goes out of its way to ennoble Cecil’s work, plucking a quote from Rev. Martin Luther King Jr. —”the black domestic defies racial stereotyping by being hardworking and trustworthy … though subservient, they are subversive without even knowing it.” The Uncle Tom issue is front and centre, especially in Cecil’s feud with his radicalized son Louis (David Oyelowo), who rejects his father as a race traitor. The conflict comes to a head amid a family debate about the merits of Sidney Poitier, a legendary actor brashly dismissed by Louis as “a white man’s fantasy of what he wants us to be.” The fondly nostalgic references to In the Heat of the Night and Guess Who’s Coming to Dinner may fly over the heads of younger viewers. But it’s a lovely scene, mixing rancour and wit and a deft touch. Although this is a movie on a mission, it does have a sense of humour. When Cecil’s eldest son, shows up to dinner in his Black Panther beret and black leather, with a girlfriend sporting a vast Angela Davis Afro, it’s pure caricature as Daniels presents a whole other take on Guess Who’s Coming to Dinner, played as both drama and farce. Brian D. Johnson
The best aspect about America is its egalitarianism. The country respects and rewards the talented and the sincere. And despite serious racial issues, we saw America electing a black President, creating history. And as Hollywood runs up to the Academy Awards on March 2, one of the questions is, will Steve McQueen be the first black director to win the Oscar. Interestingly, his 12 Years A Slave is all about the struggle of one black man to escape humiliating captivity he faces in the white man’s den. At the moment, McQueen – though with an emotionally engaging film behind him – is not the favourite to walk away with the best director statuette. But if he does, he would be the first black helmer to actually clinch this Oscar, although there have been two other black directors who were nominated in the past. One of them was John Singleton for the 1992 Boyz n the Hood, and the other was Lee Daniels in 2009 for Precious. McQueen’s win could be as historic as Kathryn Bigelow’s 2009 triumph with The Hurt Locker. She was the first woman director to have won the best director Oscar. In a way, McQueen’s nomination comes in a year when black moviemakers have done exceedingly well. Fruitvale Station – about a real incident where a black teenager was killed by the police in Oakland — got the big prize at the Sundance Film Festival. And works like 42 (the black baseball player, Jackie Robinson biopic) and The Butler (probing the African American role in U.S. history) have been, along with 12 Years A Slave, lauded by critics. On top of this, Hollywood and the Academy of Motion Picture Arts and Sciences have been talking about lack of diversity in the race for the Oscars. The Hindustan Times
Cheryl Boone Isaacs … est la première Afro-américaine à prendre la direction de la prestigieuse Académie des Arts et des Sciences du Cinéma à Hollywood, et la troisième femme choisie pour le job. Cheryl Boone Isaacs vient d’être élue au poste suprême du comité des Oscars. Gala
12 Years a Slave a définitivement enterré Le Majordome L’une des surprises des Oscars 2014, c’est l’absence du Majordome qui n’a donc aucune nomination. Eliminé des Golden Globes, on pouvait encore imaginer que le film de Lee Daniels soit présent dans la course aux Oscars. Raté. Le Majordome est peut-être sorti trop tôt (en août aux USA) et surtout, il s’est fait enterrer par le drame de Steve McQueen. Sur un sujet proche (l’esclavage et le combat pour les droits civiques), la fresque de Lee Daniels semble bien sage face au déchaînement de violence, de conscience et de surcinéma du film de McQueen. Avec son sujet édifiant, ses performances intenses et sa mise en scène puissante, 12 Years a Slave a le profil type du « film à Oscars ». Mais on sait que certains votants risquent d’être rebutés par sa violence. Finalement, Lee Daniels aurait été un bon compromis avec ses prestations moins agressives et ses stars plus facilement oscarisables (Oprah Winfrey, ignoré pour son retour au ciné après Beloved et quinze ans d’absence, et surtout Forest Whitaker). Première
Avec ce grand spectacle typiquement hollywoodien (les oscars vont pleuvoir !), le cinéaste réussit l’osmose délicate entre le film commercial et le cinéma d’auteur. Depuis Hunger, par exemple, on sait qu’à l’instar de Theo Angelopoulos ou Andreï Tarkovski il adore les plans fixes démesurément étirés, mais calculés à la seconde près, qui créent une réalité parallèle, plus vraie que la vraie. On en a plusieurs ici, dont celui, totalement incongru dans un film américain, où le héros, lynché, est suspendu à une corde, ses pieds touchant le sol par intermittence. Il attend. Il entend des enfants jouer et rire au loin. La durée même de cette séquence magnifique fait naître la peur. On dirait un suspense à la Hitchcock… Question sadisme, Steve McQueen est un orfèvre : dans Hunger, on le sentait radieux de détailler, une à une, les plaies sur le corps meurtri de Michael Fassbender. Il ne semble pas mécontent, ici, de filmer un à un les coups de fouet reçus par la bien-aimée du frustré. Mais curieusement, ce pointillisme lui permet, à chaque film, de fuir le réalisme. Son art repose sur l’artifice. Sous sa caméra, le destin de Solomon Northup n’est plus un fait divers, mais une abstraction lyrique. Presque un opéra. Télérama
Je peux dire que j’aimé ce film. Bien sur il est très didactique et manichéen ( les gentils blancs du nord, le héros Brad Pitt quand même très gonflé de se donner le rôle du sauveur en tant que producteur du film!!!!) mais c est un film qui reste très fort , tres beau et plein d humanités , avec une belle réalisation , de bons acteurs, une lenteur assumée et salutaire . L intérêt de ce film pour moi est surtout que j y ai emmené ma fille de 14 ans et qu elle a beaucoup aimé. Ce genre de film est un bon rappel de ce dont est capable l humanité lorsqu il n y a pas d égalité entre les gens, lorsque les lois permettent à certains de se croire supérieur , nul est à l abris de devenir un bourreau lorsque l on le laisse faire !!! Cela paraît évident mais dans un contexte mondial de montée des intolérances , du racisme, dans un pays Côme la France où certains trouvent comique de comparer une ministre à une guenon , je pense malheureusement que ce film à encore un rôle à jouer!!! Un film scolaire disent certains, c est vrai! A faire voire au scolaire!! Oui Paulineeliane | 21/02/2014 à 11h51
Difficile de trouver plus contradictoire que Django Unchained de Quentin Tarantino et 12 Years A Slave de Steve McQueen : les deux films – dans lesquels figurent d’ailleurs Brad Pitt et Michael Fassbender – revisitent la même histoire sombre (l’esclavagisme) avec une approche si différente qu’ils se révèlent complémentaires. Autrement dit, ici, chez Steve McQueen, on n’est pas venu pour rire. Chose que l’on savait déjà pour avoir vu ses précédents films, Hunger et Shame qui avaient autant à voir avec des spectacles de Florence Foresti que Véronique Sanson avec un groupe de métal allemand. (…) Comme dans Hunger et Shame, qui parlaient d’oppression et de claustration – l’univers carcéral pour le premier, l’addition sexuelle pour le second -, la mise en scène de Steve McQueen se révèle aussi virtuose que discutable comme lors de ce plan-séquence qui semble durer une vie et qui nous rapproche de la mort. On y voit Solomon pendu à une corde, sur la pointe des pieds, pataugeant dans la boue pour éviter l’asphyxie. McQueen obtient sur la durée un vrai malaise. Tout circule, tout y est montré, dénoncé : le voyeurisme, la passivité, l’indifférence, l’exploitation, l’obscénité, la cruauté ordinaire etc. On est bien loin de la fresque académique, policée. Et, en même temps, il y a un tour de force ostentatoire, une volonté de s’afficher en grand cinéaste rétif aux normes et aux conventions, au-dessus de ce qu’il doit filmer. Steve McQueen avoue dans le dossier de presse : « Je ne voulais pas minimiser ce qui lui est arrivé. Il ne s’agit pas de choquer les gens – cela ne m’intéresse pas -, mais il s’agit de faire preuve de responsabilité face à cette histoire. » TF1
Fidèle à ses motifs favoris, le dolorisme et l’incarcération, physique ou mentale (l’agonie de l’activiste irlandais Bobby Sands dans Hunger, l’aliénation au sexe dans Shame), McQueen concentre son propos sur la réalité crue des sévices dont étaient quotidiennement victimes des millions d’individus. Passages à tabac, viols, tortures, assassinats ou travail forcé entraînant la mort, séparation des familles, humiliation permanente sans oublier le maintien systématique dans l’analphabétisme. Le cinéaste joue sur toute la gamme de la révulsion, alternant chocs brutaux (long plan séquence d’une flagellation) et insoutenable immobilisme (scène de pendaison où, tandis que l’homme agonise en se hissant sur les orteils, une normalité écœurante bourdonne autour de lui). Toutefois, McQueen a pris le parti de faire de cette addition d’horreurs l’exclusif argument de son réquisitoire. Cette virulence rageuse finit par occulter involontairement une dimension essentielle. L’ignominie de l’esclavage est tout entière contenue dans son caractère institutionnel, dans le fait qu’il répondait à des besoins économiques précis. Le droit des planteurs à disposer des individus à leur guise, pour se remplir les poches ou pour assouvir leurs pires pulsions, en est la conséquence. Or, représenter les esclavagistes comme des sadiques compulsifs (Michael Fassbender en roue libre) revient à faire le procès de l’anomalie, d’une folie sanguinaire dont cette institution a toléré l’existence. Comme si la dénonciation de la mécanique d’un système abominable ne suffisait pas, et que pour susciter l’émotion – une vertu américaine -, il fallait renoncer à pointer du doigt la source du mal pour n’en montrer que les effets pervers. Libération
12 Years a Slave uses sadistic art to patronize history Brutality, violence and misery get confused with history in 12 Years a Slave, British director Steve McQueen’s adaptation of the 1853 American slave narrative by Solomon Northup, who claims that in 1841, away from his home in Saratoga Springs, N.Y., he was kidnapped and taken South where he was sold into hellish servitude and dehumanizing cruelty. 12-years-a-slave-filmFor McQueen, cruelty is the juicy-arty part; it continues the filmmaker’s interest in sado-masochistic display, highlighted in his previous features Hunger and Shame. Brutality is McQueen’s forte. As with his fine-arts background, McQueen’s films resemble museum installations: the stories are always abstracted into a series of shocking, unsettling events. With Northup (played by Chiwetel Ejiofor), McQueen chronicles the conscious sufferance of unrelenting physical and psychological pain. A methodically measured narrative slowly advances through Northup’s years of captivity, showcasing various injustices that drive home the terrors Black Africans experienced in the U.S. during what’s been called “the peculiar institution.” Depicting slavery as a horror show, McQueen has made the most unpleasant American movie since William Friedkin’s1973 The Exorcist. That’s right, 12 Years a Slave belongs to the torture porn genre with Hostel, The Human Centipede and the Saw franchise but it is being sold (and mistaken) as part of the recent spate of movies that pretend “a conversation about race.” (…) For commercial distributor Fox Searchlight, 12 Years a Slave appears at an opportune moment when film culture–five years into the Obama administration–indulges stories about Black victimization such as Precious, The Help, The Butler, Fruitvale Station and Blue Caprice. (What promoter Harvey Weinstein has called “The Obama Effect.”) This is not part of social or historical enlightenment–the too-knowing race-hustlers behind 12 Years a Slave, screenwriter John Ridley and historical advisor Henry Louis Gates, are not above profiting from the misfortunes of African-American history as part of their own career advancement. But McQueen is a different, apolitical, art-minded animal. The sociological aspects of 12 Years a Slave have as little significance for him as the political issues behind IRA prisoner Bobby Sands’ hunger strike amidst prison brutality visualized in Hunger, or the pervy tour of urban “sexual addiction” in Shame. McQueen takes on the slave system’s depravity as proof of human depravity. (…) It proves the ahistorical ignorance of this era that 12 Years a Slave’s constant misery is excused as an acceptable version of the slave experience. McQueen, Ridley and Gates’ cast of existential victims won’t do. Northup-renamed-Platt and especially the weeping mother Liza (Adepero Oduye) and multiply-abused Patsey (Lupita Nyong‘o), are human whipping posts–beaten, humiliated, raped for our delectation just like Hirst’s cut-up equine. (…) These tortures might satisfy the resentment some Black people feel about slave stories (“It makes me angry”), further aggravating their sense of helplessness, grievance–and martyrdom. It’s the flipside of the aberrant warmth some Blacks claim in response to the superficial uplift of The Help and The Butler. And the perversion continues among those whites and non-Blacks who need a shock fest like 12 Years a Slave to rouse them from complacency with American racism and American history. But, as with The Exorcist, there is no victory in filmmaking this merciless. The fact that McQueen’s harshness was trending among Festivalgoers (in Toronto, Telluride and New York) suggests that denial still obscures the history of slavery: Northup’s travail merely makes it possible for some viewers to feel good about feeling bad (as wags complained about Spielberg’s Schindler’s List as an “official” Holocaust movie–which very few people wanted to see twice). McQueen’s fraudulence further accustoms moviegoers to violence and brutality.The very artsiness of 12 Years a Slave is part of its offense. The clear, classical imagery embarrasses Quentin Tarantino’s attempt at visual poetry in Django Unchained yet this “clarity” (like Hans Zimmer’s effective percussion score) is ultimately depressing. McQueen uses that art staple “duration” to prolong North’s lynching on tiptoe and later, in endless, tearful anticipation; emphasis on a hot furnace and roiling waves adds nature’s discomfort; an ugly close-up of a cotton worm symbolizes drudgery; a slave chant (“Run, Nigger, Run,”) contrasts ineffectual Bible-reading; and a shot of North’s handwritten plea burns to embers. But good art doesn’t work this way. Art elates and edifies–one might even prefer Q.T.’s jokey ridiculousness in Django Unchained, a different kind of sadism. (…) Steve McQueen’s post-racial art games and taste for cruelty play into cultural chaos. The story in 12 Years a Slave didn’t need to be filmed this way and I wish I never saw it. Armand White
As is the case with “Django Unchained”, McQueen’s film is a vehicle for his preoccupations. With Tarantino, these primarily revolve around revenge, a theme common to so many of the Hong Kong gangster or samurai movies that he has absorbed. For McQueen, the chief interest is in depicting pain with some of the most dramatic scenes involving whippings and other forms of punishment. I was expecting the worst after seeing McQueen’s “Hunger”, a film about the Provo IRA hunger strike led by Bobby Sands that was more about bedsores and beatings than politics. Thankfully, the latest film is a lot more restrained than I had expected but still mostly focused on the physical torments of being a slave. I found myself wondering if the casting of Sarah Paulson as the sadistic wife of a sadistic plantation owner was deliberate since she is part of the company of actors featured on “American Horror Story”, the AMC cable TV show that pushes the envelope in terms of graphic scenes of torture, dismemberment, etc. This season Paulson is playing a witch, as part of a series on Black witches taking revenge on their white witch enemies who had tormented them during slavery. I half expected Paulson’s character to stick a pin in a Solomon Northup voodoo doll. While one cannot gainsay the importance of Solomon Northup’s memoir that was used by the abolitionist movement in the same way that “Uncle Tom’s Cabin” was, I have to wonder whether McQueen’s film was hampered by a story that was essentially one-dimensional. If you take the opportunity to read “12 Years a Slave” , you will be struck by the underdeveloped relationships between Northup and other characters. Both Parks and McQueen take liberties with the memoir to flesh out the film with such relationships but there is still something missing. In the memoir and in the films, there is never any sense of the emotional pain of being separated from your family—something that cuts far deeper than a whip. Louis Proyect
When the abolitionists invited an ex-slave to tell his story of experience in slavery to an antislavery convention, and when they subsequently sponsored the appearance of that story in print, they had certain clear expectations, well understood by themselves and well understood by the ex-slave, too. (…) We may think it pretty fine writing and awfully literary, but the fine writer is clearly David Wilson rather than Solomon Northup. (…) The dedication, like the pervasive style, calls into serious question the status of ‘Twelve Years a Slave’ as autobiography and/or literature. James Olney
The prominent New York politician and abolitionist, Henry Northup, sensed an opportunity. Henry had helped Solomon escape from Louisiana, and as a descendant of the family that originally owned Solomon’s ancestors, perhaps felt personally responsible for him as well. But Henry was also a politician with an agenda. He wanted to promote the abolitionist cause and gain media attention for a lawsuit he hoped to file against Solomon’s kidnappers. Put simply, the book was written “with a purpose,” as the historian Ira Berlin puts it in his introduction to the new Penguin edition. (The media strategy worked, though only partially: The kidnappers were soon arrested but acquitted four years later after the media had moved on.) Perhaps more cynically, some people wanted to cash in on Northup’s story. Henry asked a lawyer and fledging poet, David Wilson, if he’d be willing to interview Solomon and turn his story into a book. Though a respected legal figure, the 32-year-old Wilson had little success as a writer and jumped at the chance. Thus, “12 Years a Slave” wasn’t even written by Solomon Northup but by a white amanuensis. Eric Herschthal
There were four million slaves in the U.S. in 1860 and several hundred thousand slave owners. It wasn’t just a homogeneous system. It had every kind of human variation you can imagine. There were black plantation owners in Louisiana, black slave owners. (…) Remember, this book is one of the most remarkable first-person accounts of slavery. But it’s also a piece of propaganda. It’s written to persuade people that slavery needs to be abolished. He doesn’t say anything about sexual relations he may have had as a slave. There’s no place for such a discussion because of the purpose of the book. (…) Harriet Jacobs was condemned by many people for revealing this, even antislavery people. (…) Obviously, it wasn’t a best seller. Maybe it will be now. But it’s widely known. It’s used all over the place in history courses. Along with Frederick Douglass and Harriet Jacobs, this is probably the most widely read of what we call the slave narratives. (…) The daddy, I suppose, of all this was “Glory,” which came out in the late ‘80s. “Roots,” of course, comes before that. All of them suffer from what I see as the problem of Hollywood history. Even in this movie, there’s a tendency toward: You’ve got to have one hero or one figure. That’s why historians tend to be a little skeptical about Hollywood history, because you lose the sense of group or mass. (…) I think this movie is much more real, to choose a word like that, than most of the history you see in the cinema. It gets you into the real world of slavery. That’s not easy to do. Also, there are little touches that are very revealing, like a flashback where a slave walks into a shop in Saratoga. Yes, absolutely, Southerners brought slaves into New York State. People went on vacation, and they brought a slave. Foner
La Seconde Guerre mondiale a duré cinq ans, mais il y a des centaines et des centaines de films sur cette guerre et sur l’Holocauste. L’esclavage a duré quatre siècles, mais moins de 20 films y sont consacrés. Steve McQueen
I am British. My parents are from Grenada. My mother was born in Trinidad. Grenada is where Malcolm X’s mother comes from. Stokely Carmichael is Trinidadian. We could go on and on. It’s about that diaspora. (…) I made this film because I wanted to visualize a time in history that hadn’t been visualized that way. I wanted to see the lash on someone’s back. I wanted to see the aftermath of that, psychological and physical. I feel sometimes people take slavery very lightly, to be honest. I hope it could be a starting point for them to delve into the history and somehow reflect on the position where they are now. (…) I think people are ready. With Trayvon Martin, voting rights, the 150th anniversary of the abolition of slavery, 50th anniversary of the March on Washington and a black president, I think there’s a sort of perfect storm of events. I think people actually want to reflect on that horrendous recent past in order to go forward. Steve McQueen
When I was in Savannah, Ga., they were telling me how they used to have special chains for the Igbos [a Nigerian ethnic group]. I told the man, “I’m Igbo.” Not having any sense of the internationalism of this event is a bad thing. I loved the fact that there were people from different places coming together to tell this story. Chiwetel Ejiofor
We’re talking about the reduction of truth to accuracy. What matters ultimately in a work of narrative is if the world and characters created feels true and complete enough for the work’s purposes. Isaac Butler
This is a minor point, but I felt the film possibly over-emphasised Solomon Northup’s social standing in New York state prior to his enslavement. In the film, Northup appears as a wealthy, successful individual, making a good living as a carpenter and musician. He wears smart clothes and appears to live in a tolerant, racially integrated community where skin colour does not matter. But in reality, Northern black people were everyday victims of white racism and discrimination, and in the free states of the North, black people were typically the ‘last hired and first fired’. Notably, in his autobiography Northup himself describes the everyday “obstacle of color” in his life prior to his kidnapping and subsequent enslavement. Nevertheless, I can understand why the filmmakers wanted to present a strong juxtaposition between Northup’s life as a free man in the North and the physical and mental trauma he endured while enslaved in the South. Emma McFarnon
At the beginning of 12 Years a Slave, the kidnapped freeman Solomon Northup (Chiwetel Ejiofor), has a painful sexual encounter with an unnamed female slave in which she uses his hand to bring herself to orgasm before turning away in tears. The woman’s desperation, Solomon’s reserve, and the fierce sadness of both, is depicted with an unflinching still camera which documents a moment of human contact and bitter comfort in the face of slavery’s systematic dehumanization. (…) And yet, for all its verisimilitude, the encounter never happened. It appears nowhere in Northup’s autobiography, and it’s likely he would be horrified at the suggestion that he was anything less than absolutely faithful to his wife. Director Steve McQueen has said that he included the sexual encounter to show « a bit of tenderness … Then after she’s climaxes, she’s back … in hell. » The sequence is an effort to present nuance and psychological depth — to make the film’s depiction of slavery seem more real. But it creates that psychological truth by interpolating an incident that isn’t factually true. This embellishment is by no means an isolated case in the film. For instance, in the film version, shortly after Northup is kidnapped, he is on a ship bound south. A sailor enters the hold and is about to rape one of the slave women when a male slave intervenes. The sailor unhesitatingly stabs and kills him. This seems unlikely on its face—slaves are valuable, and the sailor is not the owner. And, sure enough, the scene is not in the book. A slave did die on the trip south, but from smallpox, rather than from stabbing. Northup himself contracted the disease, permanently scarring his face. It seems likely, therefore, that in this instance the original text was abandoned so that Ejiofor’s beautiful, expressive, haunting features would not go through the entire movie covered with artificial Hollywood scar make-up. Instead of faithfulness to the text, the film chooses faithfulness to Ejiofor’s face, unaltered by trickery. Other changes seem less intentional. Perhaps the most striking scene in the film involves Patsey, a slave who is repeatedly raped by her master, Epps, and who as a consequence is jealously and obsessively brutalized by Mistress Epps. In the movie version, Patsey (Lupita Nyong’o) comes to Northup in the middle of the night and begs him, in vivid horrific detail, to drown her in the swamp and release her from her troubles. (…) in the book, it is Mistress Epps who wants to bribe Northup to drown Patsey. Patsey wants to escape, but not to drown herself. The film seems to have misread the line, attributing the mistress’s desires to Patsey. (…) In short, it seems quite likely that the single most powerful moment in the film was based on a misunderstood antecedent. (…) Often published by abolitionist presses or in explicit support of the abolitionist cause, slave narratives represented themselves as accurate, first-person accounts of life under slavery. Yet, as University of North Carolina professor William Andrews has discussed in To Tell a Free Story: The First Century of Afro-American Autobiography, the representation of accuracy, and, for that matter, of first-person account, required a good deal of artifice. To single out just the most obvious point, Andrews notes that many slave narratives were told to editors, who wrote down the oral account and prepared them for publication. Andrews concludes that « It would be naïve to accord dictated oral narratives the same discursive status as autobiographies composed and written by the subjects of the stories themselves. »  12 Years a Slave is just such an oral account. Though Northup was literate, his autobiography was written by David Wilson, a white lawyer and state legislator from Glens Falls, New York. While the incidents in Northup’s life have been corroborated by legal documents and much research, Andrews points out that the impact of the autobiography—its sense of truth—is actually based in no small part on the fact that it is not told by Northup, but by Wilson, who had already written two books of local history. Because he was experienced, Andrews says, Wilson’s « fictionalizing … does not call attention to itself so much » as other slave narratives, which tend to be steeped in a sentimental tradition « that often discomfits and annoys 20th-century critics. » Northup’s autobiography feels less like fiction, in other words, because its writer is so experienced with fiction. Similarly, McQueen’s film feels true because it is so good at manipulating our sense of accuracy. The first sex scene, for example, speaks to our post-Freud, post-sexual-revolution belief that, isolated for 12 years far from home, Northup would be bound to have some sort of sexual encounters, even if (especially if?) he does not discuss them in his autobiography. The difference between book and movie, then, isn’t that one is true and the other false, but rather that the tropes and tactics they use to create a feeling of truth are different. The autobiography, for instance, actually includes many legal documents as appendices. It also features lengthy descriptions of the methods of cotton farming. No doubt this dispassionate, minute accounting of detail was meant to show Northup’s knowledge of the regions where he stayed, and so validate the truth of his account. To modern readers, though, the touristy attention to local customs can make Northup sound more like a traveling reporter than like a man who is himself in bondage. Some anthropological asides are even more jarring; in one case, Northup refers to a slave rebel named Lew Cheney as « a shrewd, cunning negro, more intelligent than the generality of his race. » That description would sound condescending and prejudiced if a white man wrote it. Which, of course, a white man named David Wilson did. A story about slavery, a real, horrible crime, inevitably involves an appeal to reality—the story has to seem accurate if it is to be accepted as true. But that seeming accuracy requires artifice and fiction—a cool distance in one case, an acknowledgement of sexuality in another. And then, even with the best will in the world, there are bound to be mistakes and discrepancies, as with Mistress Epps’s plea for murder transforming into Patsey’s wish for death. Given the difficulties and contradictions, one might conclude that it would be better to openly acknowledge fiction. From this perspective, Django Unchained, which deliberately treats slavery as genre, or Octavia Butler’s Kindred, which acknowledges the role of the present in shaping the past through a fantasy time-travel narrative, are, more true than 12 Years a Slave or Glory precisely because they do not make a claim to historical accuracy. But refusing to try to recapture the experience and instead deciding to, say, treat slavery as a genre Western, can be presumptuous in its own way as well. The writers of the original slave narratives knew that to end injustice, you must first acknowledge that injustice exists. Accurate stories about slavery—or, more precisely, stories that carried the conviction of accuracy, were vital to the abolitionist cause. And, for that matter, they’re still vital. Outright lies about slavery and its aftermath, from Birth of a Nation to Gone With the Wind, have defaced American cinema for a long time. To go forward more honestly, we need accounts of our past that, like the slave narratives themselves, use accuracy and art in the interest of being more true. That’s what McQueen, Ejiofor, and the rest of the cast and crew are trying to do in 12 Years a Slave. Pointing out the complexity of the task is not meant to belittle their attempt, but to honor it. Noah Berlatsky

Oncle Tom ou les infortunes de la vertu ?

Réalisateur plasticien d’avant garde britannique récemment venu au cinéma avec deux films célébrant le martyre des prisonniers de l’IRA en grève de la faim (« Hunger« ) et les joies tristes de l’addiction à la pornographie (« Shame« ), radicalité et sauvagerie digne des meilleures installations ou vidéos d’avant-garde (masturbation à deux, flagellations esquisement dolorisantes à la Mel Gibson, viol en plan jouissivement subjectif, pendaison lente à souhait),  film tournant rapidement entre morceaux de bravoure et interminables plans séquences  au concours de sévices, adaptation du même titre d’une célèbre histoire d’esclave en fuite (Douze ans d’esclavage, brûlot abolitionniste écrit en fait par un avocat blanc (un certain David Wilson) un an après et avec le même succès que La Case de l’Oncle Tom), infortuné héros passant d’une improbable bourgeoisie à un monde de dégénérés où l’on massacre au moindre caprice des hommes et des femmes qu’il avait alors coûté une petite fortune de faire venir d’Afrique, étiquette de rigueur « inspirée d’une histoire vraie », dérision systématique du christianisme sans lequel il n’y aurait pas eu d’abolition, omerta systématique des fournisseurs africains et arabes de la traite sans parler des razzias en Europe, réalisateur et acteurs d’origine africaine ou habitués des films d’horreur ou de perversion, brève et ultime caution de l’acteur-producteur Brad Pitt en sauveur venu de nulle part, nouvelle présidente noire des oscars …

Alors qu’avec la pluie de récompenses qui, à une semaine d’oscars pour la première fois dirigés par une personne de couleur, continue à pleuvoir sur le chef d’oeuvre absolu sur l’esclavage que nous ont annoncé les critiques, la pression monte sur Hollywood pour consacrer le premier réalisateur noir de l’histoire …

Et qu’un an après après les deux oscars du western spaghetti de l’esclavage de Tarantino (et deux des mêmes acteurs: Pitt et Fassbender), le pauvre « Majordome » n’a toujours pas récolté la moindre nomination

Comment ne pas voir avec l’auteur même de ce véritable concours de sévices de deux heures qu’il va désormais falloir infliger aux enfants de nos écoles …

L’ultime effet de la présidence d’un homme qui, dès avant même sa prise de fonction, avait non seulement déjà donné au monde le prix Nobel de la paix le plus rapide de l’histoire …

Mais réussi à reprendre et amplifier, des  liquidations ciblées à la mise sur écoutes de la planète entière, à peu près l’ensemble des mesures politiques de son prédécesseur honni ?

« 12 Years a Slave » : l’esclave se rebiffe

McQueen résume l’esclavage américain à un concours de sévices.

Bruno Icher

Libération

21 janvier 2014

En un peu plus d’un an, le cinéma américain aura donc produit trois films de grande envergure consacrés à ce pan d’histoire toujours incandescent qu’est la monstruosité de l’esclavage : Django Unchained de Quentin Tarantino, Lincoln de Steven Spielberg et, enfin, 12 Years a Slave de Steve McQueen. Un curieux triptyque, hétérogène et discordant, mais dont la proximité tient davantage du symptôme que de la coïncidence, comme pour souligner que la question est loin d’être réglée dans le pays dont Barack Obama est le président depuis cinq ans.

Cible. Cette lacune mémorielle relève, du moins dans la représentation populaire qui en a été faite, de l’évidence. Depuis près d’un siècle, en gros depuis le révisionniste Naissance d’une nation de David Wark Griffith, et même en comptant le très aimable Autant en emporte le vent et l’Esclave libre de Raoul Walsh, le cinéma s’obstine à regarder ailleurs, vouant à l’oubli, voire au déni, cette honte nationale, contrairement au génocide indien, l’autre péché originel de l’Amérique.

La liste est longue des événements et des personnalités dont l’industrie s’est toujours pudiquement détournée, depuis les grandes révoltes d’esclaves en Virginie ou en Louisiane (Nat Turner, Charles Deslondes, Denmark Vesey…) jusqu’aux pionniers de l’abolitionnisme dont Frederick Douglass, premier homme politique noir américain. Steve McQueen a d’ailleurs parfaitement résumé le contexte dans une interview au Guardian : «Hollywood a fait plus de films sur les esclaves romains que sur les esclaves américains.»

C’est donc probablement avec le désir de pulvériser un des derniers tabous du cinéma que le réalisateur britannique s’est lancé dans le projet, mettant tant de force dans ses coups qu’il a pris le risque de manquer sa cible. Il a adapté le livre de Solomon Northup, charpentier et musicien noir de l’Etat de New York, kidnappé et vendu en 1841 par deux escrocs. Miraculeusement sauvé en 1853, l’homme a passé le reste de son existence à raconter le calvaire de ces douze années de captivité dans des plantations de Louisiane où il fut la victime et le témoin de l’atroce condition des esclaves.

Fidèle à ses motifs favoris, le dolorisme et l’incarcération, physique ou mentale (l’agonie de l’activiste irlandais Bobby Sands dans Hunger, l’aliénation au sexe dans Shame), McQueen concentre son propos sur la réalité crue des sévices dont étaient quotidiennement victimes des millions d’individus. Passages à tabac, viols, tortures, assassinats ou travail forcé entraînant la mort, séparation des familles, humiliation permanente sans oublier le maintien systématique dans l’analphabétisme. Le cinéaste joue sur toute la gamme de la révulsion, alternant chocs brutaux (long plan séquence d’une flagellation) et insoutenable immobilisme (scène de pendaison où, tandis que l’homme agonise en se hissant sur les orteils, une normalité écœurante bourdonne autour de lui).

Sadiques.

Toutefois, McQueen a pris le parti de faire de cette addition d’horreurs l’exclusif argument de son réquisitoire. Cette virulence rageuse finit par occulter involontairement une dimension essentielle. L’ignominie de l’esclavage est tout entière contenue dans son caractère institutionnel, dans le fait qu’il répondait à des besoins économiques précis. Le droit des planteurs à disposer des individus à leur guise, pour se remplir les poches ou pour assouvir leurs pires pulsions, en est la conséquence.

Or, représenter les esclavagistes comme des sadiques compulsifs (Michael Fassbender en roue libre) revient à faire le procès de l’anomalie, d’une folie sanguinaire dont cette institution a toléré l’existence. Comme si la dénonciation de la mécanique d’un système abominable ne suffisait pas, et que pour susciter l’émotion – une vertu américaine -, il fallait renoncer à pointer du doigt la source du mal pour n’en montrer que les effets pervers.

Voir aussi:

12 Years a Slave

TF1

05 décembre 2013

22/01/2014

Les États-Unis, quelques années avant la guerre de Sécession. Solomon Northup, jeune homme noir originaire de l’État de New York, est enlevé et vendu comme esclave. Face à la cruauté d’un propriétaire de plantation de coton, Solomon se bat pour rester en vie et garder sa dignité. Douze ans plus tard, il va croiser un abolitionniste canadien et cette rencontre va changer sa vie…

La critique : Puissant mais forcément douteux.

Difficile de trouver plus contradictoire que Django Unchained de Quentin Tarantino et 12 Years A Slave de Steve McQueen : les deux films – dans lesquels figurent d’ailleurs Brad Pitt et Michael Fassbender – revisitent la même histoire sombre (l’esclavagisme) avec une approche si différente qu’ils se révèlent complémentaires. Autrement dit, ici, chez Steve McQueen, on n’est pas venu pour rire. Chose que l’on savait déjà pour avoir vu ses précédents films, Hunger et Shame qui avaient autant à voir avec des spectacles de Florence Foresti que Véronique Sanson avec un groupe de métal allemand.

En effet, le parcours de Solomon Northup, soutenu par l’interprétation émotionnelle de Chiwetel Ejiofor, mari et père de famille riche, vivant dans un état de New York, drogué, kidnappé puis réduit à travailler comme esclave dans des champs de coton en Louisiane, met sens dessus dessous. Comme dans Hunger et Shame, qui parlaient d’oppression et de claustration – l’univers carcéral pour le premier, l’addition sexuelle pour le second -, la mise en scène de Steve McQueen se révèle aussi virtuose que discutable comme lors de ce plan-séquence qui semble durer une vie et qui nous rapproche de la mort. On y voit Solomon pendu à une corde, sur la pointe des pieds, pataugeant dans la boue pour éviter l’asphyxie. McQueen obtient sur la durée un vrai malaise. Tout circule, tout y est montré, dénoncé : le voyeurisme, la passivité, l’indifférence, l’exploitation, l’obscénité, la cruauté ordinaire etc. On est bien loin de la fresque académique, policée. Et, en même temps, il y a un tour de force ostentatoire, une volonté de s’afficher en grand cinéaste rétif aux normes et aux conventions, au-dessus de ce qu’il doit filmer. Steve McQueen avoue dans le dossier de presse : « Je ne voulais pas minimiser ce qui lui est arrivé. Il ne s’agit pas de choquer les gens – cela ne m’intéresse pas -, mais il s’agit de faire preuve de responsabilité face à cette histoire. »

McQueen ne cherche pas l’apitoiement, le pleurnichage. Il préfère intimider. C’est exactement ce que Abdellatif Kechiche recherchait avec Vénus Noire, le film qu’il avait réalisé avant La vie d’Adèle et qui, moins linéaire, plus complexe, affichait une radicalité et une sauvagerie encore plus inouïes. Kechiche proposait une expérience infiniment plus forte, plus métaphysique, que celle, plus physique, de McQueen. Comme la Vénus Hottentote de Kechiche, Solomon plante ses yeux dans les nôtres. Le passé regarde le présent, en lambeaux.

Romain LE VERN

12 Years a Slave

Bien des livres et des films, depuis longtemps, ont raconté l’esclavage en Amérique. On sait moins, cependant, ou pas assez, qu’avant même la guerre de Sécession, à la frontière invisible entre Etats abolitionnistes et esclavagistes (fifty-fifty, semble-t-il), des hommes de main, sortes de marchands de sommeil de l’époque, kidnappaient des Blacks, libres citoyens américains, et les vendaient à des propriétaires terriens sans scrupule. Solomon Northup (Chiwetel Ejiofor) a réellement existé (1) . Son sort est d’autant plus tragique qu’il se croit, non sans inconscience, à l’abri de l’horreur. Il vit dans l’Etat de New York, s’habille comme les bourgeois blancs qu’il fréquente et savoure, avec femme et enfants, sa renommée naissante de musicien. D’où sa stupéfaction de se retrouver, soudain, victime d’un piège ourdi en Louisiane par deux tristes sires et plongé dans un cauchemar qu’il pensait réservé aux autres. Un corps, il n’est plus que ce corps anonyme sans la moindre parcelle d’âme, balancé d’une plantation l’autre, selon les revers de fortune de ses divers propriétaires. Son calvaire va durer douze ans, de 1841 à 1853…

C’est ce temps immobile que filme le cinéaste, cette lente chute du héros à travers plusieurs cercles de l’enfer. Il observe, surtout, les ravages du mal sur des esprits dits civilisés. L’inconscience des bourreaux le trouble et leurs failles le fascinent. Le film faiblit, d’ailleurs, lorsqu’il s’attarde sur des silhouettes à la psychologie simplette : saint Brad Pitt, archange miraculeux qui libère le héros, ou Paul Dano, jeune démon sans nuances, qui l’enfonce. C’est à son comédien favori, Michael Fassbender, que le cinéaste réserve le rôle le plus soigné, le plus ambigu, le plus maléfique. Après en avoir fait un nouveau Messie (dans Hunger) et un pharisien moderne ( dans Shame), il le métamorphose en nid à complexes, en paratonnerre de frustrations : un patient du Dr Freud avant la lettre. Un être apeuré de ne pas se montrer à la hauteur d’une classe sociale qu’il méprise. Et totalement dominé par des pulsions sexuelles qui le poussent à se punir en châtiant l’objet de ses désirs — une jeune esclave noire qu’il adore et détruit. Il est clair, pour Steve McQueen, que c’est la frustration qui engendre le mal : l’aveuglement sur soi et la haine de l’autre sont indissolublement liés, comme le couteau et la plaie.

Avec ce grand spectacle typiquement hollywoodien (les oscars vont pleuvoir !), le cinéaste réussit l’osmose délicate entre le film commercial et le cinéma d’auteur. Depuis Hunger, par exemple, on sait qu’à l’instar de Theo Angelopoulos ou Andreï Tarkovski il adore les plans fixes démesurément étirés, mais calculés à la seconde près, qui créent une réalité parallèle, plus vraie que la vraie. On en a plusieurs ici, dont celui, totalement incongru dans un film américain, où le héros, lynché, est suspendu à une corde, ses pieds touchant le sol par intermittence. Il attend. Il entend des enfants jouer et rire au loin. La durée même de cette séquence magnifique fait naître la peur. On dirait un suspense à la Hitchcock…

Question sadisme, Steve McQueen est un orfèvre : dans Hunger, on le sentait radieux de détailler, une à une, les plaies sur le corps meurtri de Michael Fassbender. Il ne semble pas mécontent, ici, de filmer un à un les coups de fouet reçus par la bien-aimée du frustré. Mais curieusement, ce pointillisme lui permet, à chaque film, de fuir le réalisme. Son art repose sur l’artifice. Sous sa caméra, le destin de Solomon Northup n’est plus un fait divers, mais une abstraction lyrique. Presque un opéra. — Pierre Murat

(1) Solomon Northup a relaté son aventure dans un livre, Twelve Years a slave.

“Je veux faire des films, pas de l’argent”, Steve McQueen, cinéaste intransigeant

Entretien | Il enflamme Hollywood en réveillant la violence d’histoires vraies enfouies dans les mémoires. Rencontre avec Steve McQueen, réalisateur de “12 Years a slave”.

Télérama

25/01/2014

Propos recueillis par Frédéric Strauss – Télérama n° 3341

Son homonymie avec un acteur célèbre aurait pu lui sembler malencontreuse, ou simplement peu pratique. Mais Steve McQueen ignore superbement la star qui l’a précédé. « Question suivante », répond-il quand on l’invite à nous ­parler de son patronyme. Et quand on s’enquiert de sa famille, originaire de la Grenade : « Question suivante. » On ose demander ce que faisaient ses parents : « Ils travaillaient ! »

Massif, ce cinéaste britannique de 44 ans impressionne aussi par un tempérament étonnamment irascible. L’atmosphère est ­tendue ; la rencontre, dans un hôtel parisien, un mauvais moment à passer… Mais, au fond, qu’importe, puisque la parole malgré tout se livre, aussi réfléchie, généreuse et profonde qu’elle se plaît à être cassante et lapidaire.

L’intransigeance de ce Steve McQueen pas du tout séducteur exprime aussi une attitude envers le cinéma. Il n’y est venu qu’en 2008, alors qu’il était depuis plusieurs années un créateur reconnu dans le domaine des installations vidéo, un artiste d’envergure célébré par le prix Turner en 1999. C’est avec cette autorité qu’il a abordé la réalisation. Montrant d’emblée une maîtrise impressionnante. Et s’attaquant à des sujets ambitieux, chargés de vérité, de souffrance : dans Hunger, la grève de la faim de l’Irlandais Bobby Sands, membre de l’IRA ; dans Shame, l’addiction maladive à la pornographie.

Et aujourd’hui, l’esclavage dans 12 Years a slave, adaptation d’un récit publié aux Etats-Unis en 1853 (et désormais disponible sous le titre Douze Ans d’esclavage, aux éditions Entremonde). Avec ce nouveau film, qui a touché aux Etats-Unis un large public, Steve McQueen laisse sa grande rigueur formelle évoluer vers une forme de cinéma plus classique. Mais il ne relâche en rien la tension de son regard, qui continue à nous faire voir la réalité en face. Avec une dureté salutaire, naturelle chez lui.

Il semble que vous ayez gardé un souvenir assez dur de votre scolarité à Londres : est-ce parce que vous avez été victime d’attitudes racistes ?

Pas d’attaques personnelles, non. Mais les élèves étaient encore prisonniers de leur classe sociale. Quand je suis ­retourné dans mon lycée, pour une ­remise de prix, il y a onze ans, le directeur a fait un discours disant que, dans les années 80, à l’époque où j’y étais, ce lycée était institutionnellement raciste, car les seuls élèves dont on se préoccupait vraiment étaient ceux qui, venant de milieux favorisés, avaient des chances d’aller à Cambridge. Les élèves noirs ou de milieux défavorisés ne comptaient pas. C’était quelque chose que je savais, mais de l’entendre dit à voix haute et très officiellement, c’était à la fois étrange et très intéressant.

Quand avez-vous compris que vous pourriez trouver votre voie dans l’expression visuelle ?

Depuis le tout premier jour ! J’ai toujours dessiné, c’était dans mes gènes. Il n’y a pas eu de révélation me faisant soudain comprendre que j’étais un artiste. J’ai simplement fait ce que j’aimais, toujours. Après le lycée, je suis entré dans une école d’art, j’ai passé une année pendant laquelle tout le monde était libre d’imaginer devenir photographe, graphiste, peintre… J’ai choisi les beaux-arts. Je voulais peindre. Mais du jour où j’ai mis la main sur une caméra, tout a changé. Je n’ai plus pensé qu’à faire des films, faire de l’art avec le langage du cinéma.

“Le cinéma, c’est le pouvoir du récit, comme le roman.”

Vous avez tourné trois films de cinéma après avoir réalisé, quinze années durant, des films d’art et des installations vidéo. Votre regard change-t-il d’une discipline à l’autre ?

Non, je suis un artiste, c’est tout. La différence, c’est que l’art est abstrait, comme la poésie, qui se sert du langage d’une manière fragmentée. Le cinéma, c’est le pouvoir du récit, comme le roman. On utilise donc les mêmes mots, qu’on fasse des films d’art ou des films commerciaux, mais on utilise ces mots différemment. Les écrivains qui sont aussi des poètes ont la même expérience que moi.

Dans une de vos créations les plus connues, Charlotte (2004), vous filmez en gros plan l’œil de Charlotte Rampling et votre doigt qui le touche. Est-ce une volonté de déranger, justement, le regard ?

Mon envie n’était pas de déranger. Je n’avais jamais rencontré Charlotte Rampling. Je l’avais bien sûr vue au ­cinéma et dans les magazines, mais toujours dans des images. Ce qui m’intéressait, c’était d’accéder à son visage directement, comme si je retraversais à l’envers toutes les images d’elle, pour arriver à sa présence réelle. Quand j’ai touché son œil, j’ai eu une décharge électrique, et Charlotte aussi. C’était très étrange. La peau autour de l’œil de Charlotte était lourde. C’était comme un bijou dont la beauté se cachait sous un voile.

Tous vos films de cinéma racontent des expériences humaines extrêmes. Il y a quand même là une envie de défi ?

Oui et non. Pour que je tourne un film de cinéma, et que j’accepte donc tous les sacrifices que ça représente, il me faut une raison très forte. Par exemple, l’histoire de Bobby Sands et des grévistes de la faim, que je racontais dans Hunger. Une histoire forte parce qu’elle n’avait jamais été racontée. Dix hommes étaient morts dans une prison britannique après avoir cessé de s’alimenter en signe de protestation, et tout le monde faisait comme si ça n’avait jamais existé. Voilà pourquoi il fallait faire ce film. Ça a peut-être quelque chose d’un défi, mais il s’agit d’abord pour moi d’exprimer ce qui fait surgir des émotions violentes.

Vos films donnent le sentiment que vous montrez des choses jusque-là invisibles…

Effectivement. Quand Hunger est sorti, les Anglais ont reconnu pour la première fois les atrocités commises dans la prison de Maze, en Irlande du Nord. Le film a permis de libérer une parole, des gens ont admis ce qu’ils avaient toujours refusé de reconnaître. La même chose se produit avec 12 Years a slave, qui ouvre une discussion sur l’esclavage qui n’avait jamais eu lieu. C’est comme une pierre qu’on jette à la surface d’un lac et qui déclenche un effet de vague.

“Je veux raconter les histoires qu’on cache sous le tapis.”

Le pouvoir du cinéma est de nous obliger à voir ?

Le pouvoir du cinéma est énorme. Mais je ne suis pas engagé dans une croisade. Je suis un cinéaste, un conteur d’histoires. Je participe à l’industrie du divertissement. Avec la volonté de raconter les histoires qu’on cache sous le tapis.

Montrer l’esclavage, c’est faire apparaître ce qui était caché ?

Je n’avais vu aucun film montrant vraiment la réalité de l’esclavage, qui a pourtant duré quatre cents ans. La Seconde Guerre mondiale n’a duré que cinq ans, et les films sur cette guerre et sur l’Holocauste sont devenus un genre à part entière, et des classiques du cinéma. Mais des films sur l’esclavage, il y en a eu si peu, à peine une vingtaine. Les gens ont toujours eu peur de cette période de l’Histoire, et c’est compréhensible car c’était horrible, violent, infâme. Ça ne peut qu’embarrasser tout le monde, mais il faut pourtant regarder les choses en face, montrer ce passé pour comprendre notre présent et comprendre aussi, possiblement, notre avenir.

Michael Fassbender et Chiwetel Ejiofor, dans le dernier film

Michael Fassbender et Chiwetel Ejiofor, dans le dernier film du Britannique, 12 Years a slave. © DR

Comment en êtes-vous venu à raconter l’histoire vraie que retrace 12 Years a slave ?

Je voulais parler d’un Noir américain qui vivait libre dans le Nord des Etats-Unis et était arraché à la vie normale qu’il menait pour être réduit à l’état d’esclave, dans le Sud. Un homme auquel tout le monde pouvait s’identifier. Mon idée n’était pas de raconter le destin d’un Noir venu d’Afrique, car cela avait été fait dans la série télé Racines, en 1977. Le scénario n’était pas facile à développer.

Ma femme, Bianca Stigter, qui est historienne, a commencé des recherches et a découvert ce livre, 12 Years a slave, de Solomon Northup. Elle me l’a apporté en me disant :« Je crois que j’ai trouvé ce que tu veux. » C’était vraiment un euphémisme, car chaque page de ce livre racontait exactement ce que j’avais voulu faire sans y parvenir. Les détails donnés, le sentiment d’un récit lyrique, tout était à couper le souffle. Quand j’ai terminé cette lecture, je m’en suis voulu de n’avoir pas eu connaissance de l’existence d’un tel livre. Et puis j’ai réalisé que personne, autour de moi, ne le connaissait.

Un téléfilm adapté du même livre avait été diffusé en 1984 par la télé américaine, mais il a été oublié, aussi…

Sans même s’arrêter à ce téléfilm de Gordon Parks, Solomon Northup’s Odyssey, on doit souligner que le livre a été publié il y a cent soixante ans. Et pendant tout ce temps, il est resté dans l’ombre. Pourquoi est-ce que je connais Anne Frank et pas Solomon Northup ? Pour moi, ce livre était l’équivalent, dans l’histoire de l’Amérique, du Journal d’Anne Frank.

“L’esclavage était une industrie mondiale qui dépassait largement les Etats-Unis.”

Il fallait donc un cinéaste extérieur aux Etats-Unis pour dire toute l’importance de ce livre ?

Je ne me considère pas comme quelqu’un d’extérieur aux Etats-Unis. Mes parents sont venus des Antilles, et je fais partie de cette diaspora. La seule différence entre moi et des Noirs américains, c’est que leurs ancêtres ont pris le chemin qui partait à droite et les miens, celui qui partait à gauche. La mère de Malcom X venait de la Grenade, où mes parents sont nés. Colin Powell, Sidney Poitier, Marcus Garvey, Harry Belafonte, tous ces gens-là sont issus de familles des Antilles. L’esclavage était une industrie mondiale qui dépassait largement les Etats-Unis.

Votre film montre un monde où les sentiments n’ont plus leur place : tout est haine ou indifférence, endurcissement…

Non, il y a des sentiments très profonds dans ce film ! Bien sûr, pour survivre, Solomon doit mettre ses sentiments de côté. Mais il ne peut pas devenir aussi inhumain que le monde où il se retrouve. S’endurcir totalement lui est impossible. Il reste un être humain. Les forces de l’esprit lui permettent de tenir. C’était, de toute façon, le seul choix qui restait aux esclaves, mes ancêtres : décider de ne pas mourir. Subir des ­situations inhumaines, endurer la souffrance, mais vivre. Tenir bon, pour l’amour de leurs enfants.

Une scène très impressionnante montre Solomon pendu, ses pieds touchant à peine le sol, et les autres esclaves obligés de l’ignorer…

S’ils décident de l’aider, ils seront pendus à côté de lui. Avec cette scène, je voulais montrer l’esclavage comme une torture physique et mentale. Je me souviens d’avoir tourné un film dans une mine en Afrique du Sud et res­senti ce climat de terreur : les gens faisaient comme s’ils ne nous voyaient pas, ils avaient été habitués à obéir à une loi. C’est quelque chose qui a existé dans tous les pays où la terreur a régné, dans les régimes fascistes, dans la France occupée. Et ça existe encore.

Vous semblez avoir voulu éviter le sentimentalisme d’un certain cinéma américain…

Oui, ce qui m’intéresse, c’est la réalité, montrer ce qu’elle était et ne pas utiliser cette reconstitution à une autre fin. Soit on fait vraiment un film sur l’esclavage, soit on ne fait rien. Je ne voulais pas d’une vision édulcorée. Pourtant, l’histoire semble un conte. Un conte très sombre qu’auraient pu écrire les frères Grimm. Solomon est jeté dans un monde tellement terrible que ça ne semble pas réel. Quand j’ai lu le livre, je me disais : est-ce de la science-fiction ? Cela a-t-il bel et bien eu lieu ?

Votre film arrive après Le Majordome et d’autres films signés par des cinéastes noirs abordant la question des discriminations raciales. Le signe d’un vrai changement ?

Absolument, quelque chose s’est produit. Je ne sais pas combien de temps cela durera. On ne peut mésestimer, dans ce phénomène, le rôle du président Obama. Avec ce président noir, une autre perspective est apparue, le droit à une expression nouvelle a été donné. Ceux qui ne voulaient pas soutenir ce genre de projets le font. Et peut-être même que certains se disent que ces histoires ont aujourd’hui des atouts commerciaux. Il y a encore beaucoup de films à faire sur l’esclavage. Non pas que ce soit une obligation morale. Mais il s’agit d’histoires très prenantes, très fortes, voilà pourquoi il faut les raconter. Parce que les gens voudront ­aller au cinéma pour voir quelque chose de jamais vu.

Le retentissement de 12 Years a slave aux Etats-Unis vous ouvre les portes de Hollywood : êtes-vous intéressé par cette opportunité ?

Les gens pensent qu’il n’y a que cette voie, Hollywood. C’est une illusion. Ma motivation n’est pas là. Je veux seulement faire les meilleurs films possibles. A Hollywood ou ailleurs. De toute façon, je ne sais pas ce que c’est, Hollywood. J’y suis peu allé. J’y ai rencontré des gens très bien, curieusement. Mais ça reste loin de moi, car je n’ai jamais mêlé l’art au monde des affaires. Sinon, je porterais des chemises à rayures avec des bretelles, je travaillerais à Wall Street ou à la City de Londres. Mais l’argent est la dernière chose à laquelle je pense. Le fait que 12 Years a slave soit devenu un tel succès est une surprise. Je comprends que ça intéresse beaucoup de gens, qui me voient comme un cinéaste capable de faire un succès au box-office. Mais je veux faire des films, pas de l’argent.

Steve McQueen en quelques dates

1969 Naissance à Londres

1993 Bear, premier film d’art qui le fait connaître.

2003 Exposition au musée d’Art moderne de la Ville de Paris.

2008 Hunger, premier film de cinéma, Caméra d’or au festival de Cannes.

2013 Grande rétrospective de ses créations d’art contemporain au Schaulager de Bâle.

2014 12 Years a slave dans la course aux oscars.

12 years a slave

Ecran large

Simon Riaux

22 nov. 2013

Un blanc au cou tanné par le soleil explique à une douzaine d’esclaves comment récolter la canne à sucre. Un homme ingère mécaniquement un repas frugal, avant de tenter une expérience calligraphique à l’aide de jus de mûres. Dans l’obscurité du cabanon où lui et ses semblables s’entassent pour dormir, une compagne d’infortune essaie de lui soutirer une affection tarie depuis longtemps. Les images s’entrechoquent, s’affrontent et s’annulent, difficile d’en retirer un sens, une temporalité, leur unité se dérobe à nos yeux. En quelques plans et moins de cinq minutes, Steve McQueen se casse volontairement les dents sur un impossible défi : retranscrire la réalité de l’esclavage. Puisque nous ne pouvons appréhender les tenants et aboutissants de cette condition, le réalisateur effectue un retour en arrière pour faire sien le dispositif du texte autobiographique dont s’inspire 12 Years a slave, soit l’histoire d’un homme libre, parfaitement étranger au concept de servitude, transformé du jour au lendemain en simple objet amputé de sa moindre parcelle d’humanité.

Ce principe, très loin de n’être qu’un simple dispositif articulant le récit, s’avère le moteur essentiel de son sens. Car le caractère et la personnalité de Solomon Northup permettent au spectateur de s’identifier tout à fait à cet individu libre, heureux, qui a tout fait pour préserver son quotidien des turpitudes de l’époque. Il y est parvenu et autorise le public, quelque soit ses connaissances du sujet abordé, son rapport à l’histoire ou à son propre passé d’embarquer à ses côtés. Steve McQueen et son œuvre se situent ainsi aux antipodes d’un Majordome désireux de flatter le public, de lui infliger une caresse de cathéchèse qui n’a d’universelle que le nom.

Le film n’en deviendra que plus terrible et impitoyable. Nous ne sommes pas ici face à un simple drame historique, ni même à une tragédie brillamment construite et exécutée. Ce qui se joue sous nos yeux est la déconstruction systématique du rêve américain. Ce rêve que Solomon vit sans en être tout à fait conscient, dont toutes les figures se retrouveront brisées à ses pieds. D’abord convaincu que le piège dans lequel il est tombé ne se refermera pas tout à fait sur lui, il se persuadera ensuite que son instruction pourra le prémunir des pires traitements, il lui faudra enfin accepter que son courage, son humanité comme sa persévérance ne pourront rien contre ceux qui le possèdent désormais. Cet itinéraire d’une noirceur absolue, le métrage le balise de séquences simultanément splendides et implacables, à l’image de cet homme tout juste lynché puis pendu, dont les orteils s’étirent pour lui offrir un sursis de vie, alors qu’autour de lui celle de la plantation se déroule imperturbable. On pense bien évidemment au Strange Fruit de Billie Holliday, tétanisé par une horreur cristalline, dont l’acuité pure nous saisit à la gorge.

Mais McQueen, non content de parsemer son film de nombreux morceaux de bravoure et autres plans séquences, n’oublie jamais qu’il traite de personnages avant de manier concepts et figures mythologiques. À la manière de Hunger ou Shame, ce sont l’enfermement et les rapports de domination qui innervent le scénario, les relations éminemment perverses de déprédation qui motivent cette étude d’une période aussi ténébreuse que mal connue. Servi par des acteurs magnétiques, baignés dans la lumière crue et irréelle de Louisiane, le récit explore pour mieux les révéler les tréfonds d’un mal sans fin, dont on ne se relève pas. Car, et c’est là le plus terrible message délivré par 12 Years a slave, on ne sort pas de l’esclavage. Si Solomon sera ultimement sauvé des griffes de l’ogre Epps (impérial Fassbender), il ne retrouvera jamais sa fierté d’homme ou sa dignité de citoyen. En témoigne la dernière réplique du personnage, réduit à s’excuser d’être une victime intégrale. La phagotrophie de l’homme par l’homme est une plaie qui ne se referme pas, une indignité qui ne connaît pas l’oubli. Point de commémoration ou de réconciliation chez McQueen, mais le dévoilement impudique d’une cicatrice véritable.

Can’t Trust It

Armond White

City arts

Oct 16, 2013

12 Years a Slave uses sadistic art to patronize history

Brutality, violence and misery get confused with history in 12 Years a Slave, British director Steve McQueen’s adaptation of the 1853 American slave narrative by Solomon Northup, who claims that in 1841, away from his home in Saratoga Springs, N.Y., he was kidnapped and taken South where he was sold into hellish servitude and dehumanizing cruelty.

12-years-a-slave-filmFor McQueen, cruelty is the juicy-arty part; it continues the filmmaker’s interest in sado-masochistic display, highlighted in his previous features Hunger and Shame. Brutality is McQueen’s forte. As with his fine-arts background, McQueen’s films resemble museum installations: the stories are always abstracted into a series of shocking, unsettling events. With Northup (played by Chiwetel Ejiofor), McQueen chronicles the conscious sufferance of unrelenting physical and psychological pain. A methodically measured narrative slowly advances through Northup’s years of captivity, showcasing various injustices that drive home the terrors Black Africans experienced in the U.S. during what’s been called “the peculiar institution.”

Depicting slavery as a horror show, McQueen has made the most unpleasant American movie since William Friedkin’s1973 The Exorcist. That’s right, 12 Years a Slave belongs to the torture porn genre with Hostel, The Human Centipede and the Saw franchise but it is being sold (and mistaken) as part of the recent spate of movies that pretend “a conversation about race.” The only conversation this film inspires would contain howls of discomfort.

For commercial distributor Fox Searchlight, 12 Years a Slave appears at an opportune moment when film culture–five years into the Obama administration–indulges stories about Black victimization such as Precious, The Help, The Butler, Fruitvale Station and Blue Caprice. (What promoter Harvey Weinstein has called “The Obama Effect.”) This is not part of social or historical enlightenment–the too-knowing race-hustlers behind 12 Years a Slave, screenwriter John Ridley and historical advisor Henry Louis Gates, are not above profiting from the misfortunes of African-American history as part of their own career advancement.

But McQueen is a different, apolitical, art-minded animal. The sociological aspects of 12 Years a Slave have as little significance for him as the political issues behind IRA prisoner Bobby Sands’ hunger strike amidst prison brutality visualized in Hunger, or the pervy tour of urban “sexual addiction” in Shame. McQueen takes on the slave system’s depravity as proof of human depravity. This is less a drama than an inhumane analysis–like the cross-sectional cut-up of a horse in Damien Hirst’s infamous 1996 museum installation “Some Comfort Gained From the Acceptance of the Inherent Lies in Everything.”

hirst some comfort gained

Because 12 Years of Slave is such a repugnant experience, a sensible viewer might be reasonably suspicious about many of the atrocities shown–or at least scoff at the one-sided masochism: Northup talks about survival but he has no spiritual resource or political drive–the means typically revealed when slave narratives are usually recounted. From Mandingo and Roots to Sankofa, Amistad, Nightjohn and Beloved, the capacity for spiritual sustenance, inherited from the legacy of slavery and survival, was essential (as with Baby Sugg’s sermon-in-the-woods in Beloved and John Quincy Adams and Cinque’s reference to ancestors in Amistad) in order to verify and make bearable the otherwise dehumanizing tales.

It proves the ahistorical ignorance of this era that 12 Years a Slave’s constant misery is excused as an acceptable version of the slave experience. McQueen, Ridley and Gates’ cast of existential victims won’t do. Northup-renamed-Platt and especially the weeping mother Liza (Adepero Oduye) and multiply-abused Patsey (Lupita Nyong‘o), are human whipping posts–beaten, humiliated, raped for our delectation just like Hirst’s cut-up equine. Hirst knew his culture: Some will no doubt take comfort from McQueen’s inherently warped, dishonest, insensitive fiction.

These tortures might satisfy the resentment some Black people feel about slave stories (“It makes me angry”), further aggravating their sense of helplessness, grievance–and martyrdom. It’s the flipside of the aberrant warmth some Blacks claim in response to the superficial uplift of The Help and The Butler. And the perversion continues among those whites and non-Blacks who need a shock fest like 12 Years a Slave to rouse them from complacency with American racism and American history. But, as with The Exorcist, there is no victory in filmmaking this merciless. The fact that McQueen’s harshness was trending among Festivalgoers (in Toronto, Telluride and New York) suggests that denial still obscures the history of slavery: Northup’s travail merely makes it possible for some viewers to feel good about feeling bad (as wags complained about Spielberg’s Schindler’s List as an “official” Holocaust movie–which very few people wanted to see twice). McQueen’s fraudulence further accustoms moviegoers to violence and brutality.

The very artsiness of 12 Years a Slave is part of its offense. The clear, classical imagery embarrasses Quentin Tarantino’s attempt at visual poetry in Django Unchained yet this “clarity” (like Hans Zimmer’s effective percussion score) is ultimately depressing. McQueen uses that art staple “duration” to prolong North’s lynching on tiptoe and later, in endless, tearful anticipation; emphasis on a hot furnace and roiling waves adds nature’s discomfort; an ugly close-up of a cotton worm symbolizes drudgery; a slave chant (“Run, Nigger, Run,”) contrasts ineffectual Bible-reading; and a shot of North’s handwritten plea burns to embers. But good art doesn’t work this way. Art elates and edifies–one might even prefer Q.T.’s jokey ridiculousness in Django Unchained, a different kind of sadism.

Chiwetel Ejiofor in AmistadMcQueen’s art-world background recalls Peter Greenaway’s high-mindedness; he’s incapable of Q.T.’s stupid showmanship. (He may simply be blind to American ambivalence about the slave era and might do better focusing on the crimes of British imperialism.) Instead, every character here drags us into assorted sick melancholies–as Northup/Platt, Ejiofor’s sensitive manner makes a lousy protagonist; the benevolent intelligence that worked so well for him as the translator in Amistad is too passive here; he succumbs to fate, anguish and torment according to McQueen’s pre-ordained pessimism. Michael Fassbender’s Edwin Epps, a twisted slaveholder (“a nigger-breaker”) isn’t a sexy selfish lover as Lee Daniels flirtatiously showed in The Butler; Epps perverts love in his nasty miscegenation with Patsey (whose name should be Pathos).

And Alfre Woodard as a self-aware Black plantation mistress rapidly sinks into unrescuable psychosis. Ironically, Woodard’s performance is weird comic relief–a neurotic tribute to Butterfly McQueen’s frivolous Hollywood inanity but from a no-fun perspective. By denying Woodard a second appearance, director McQueen proves his insensitivity. He avoids any hopefulness, preferring to emphasize scenes devoted to annihilating Nyong’o’s body and soul. Patsey’s completely unfathomable longing for death is just art-world cynicism. McQueen’s “sympathy” lacks appropriate disgust and outrage but basks in repulsion and pity–including close-up wounds and oblivion. Patsey’s pathetic corner-of-the-screen farewell faint is a nihilistic trope. Nothing in The Exorcist was more flagrantly sadistic.

***

Some of the most racist people I know are bowled over by this movie. They may have forgotten Roots, never seen Sankofa or Nightjohn, disliked Amistad, dismissed Beloved and even decried the violence in The Passion of the Christ, yet 12 Years a Slave lets them congratulate themselves for “being aghast at slavery.” This film has become a new, easy reproof to Holocaust deniers. But remember how in Public Enemy’s “Can’t Truss It,” pop culture’s most magnificent account of the Middle Passage, Chuck D warned against the appropriation of historical catastrophe for self-aggrandizement: “The Holocaust /I’m talkin’ ‘bout the one still goin’ on!”

The egregious inhumanity of 12 Years a Slave (featuring the most mawkish and meaningless fade-out in recent Hollywood history) only serves to perpetuate Hollywood’s disenfranchisement of Black people’s humanity. Brad Pitt, one of the film’s producers, appears in a small role as a helpful pacifist—as if to save face with his real-life multicultural adopted family. But Pitt’s good intentions (his character promises “There will be a reckoning”) contradict McQueen, Ridley and Gates’ self-serving motives. The finite numeral in the title of 12 Years a Slave compliments the fallacy that we look back from a post-racial age, that all is in ascent. But 12 Years a Slave is ultimate proof that Hollywood’s respect for Black humanity is in absurd, patronizing, Oscar-winning decline.

Steve McQueen’s post-racial art games and taste for cruelty play into cultural chaos. The story in 12 Years a Slave didn’t need to be filmed this way and I wish I never saw it.

7 Films About Slavery

Screening Slavery

Louis Proyect

Counterpunch

December 20-22, 2013

In a podcast discussion between veteran film critic Armond White and two younger film journalists focused on their differences over “12 Years a Slave” (White, an African-American with a contrarian bent hated it), White argued in favor of benchmarks. How could the two other discussants rave about Steve McQueen’s film without knowing what preceded it? That was all the motivation I needed to see the two films White deemed superior to McQueen’s—“Beloved” and “Amistad”—as well as other films about slavery that I had not seen before, or in the case of Gillo Pontecorvo’s “Queimada” and Kenji Mizoguchi’s “Sansho the Bailiff” films I had not seen in many years. This survey is not meant as a definitive guide to all films about the “peculiar institution” but only ones that are most familiar. Even if I characterize a film as poorly made, I still recommend a look at all of them since as a body of work they shed light on the complex interaction of art and politics, a topic presumably of some interest to CounterPunch readers.

“Django Unchained”

Since I walked out of Tarantino’s film after twenty minutes at a press screening last year, I only decided to watch it in its entirety to complete this survey. As is the case with “12 Years a Slave”, which was voted best film of 2013 by my colleagues in New York Film Critics Online, Tarantino’s film was considered a Major Statement about slavery a year earlier.

As I sat through the first twenty minutes last year, I found myself growing increasingly uneasy with the frequency of the word “nigger”. Yes, I understood that the Old South was full of racists but I could not help but feel that it was just Tarantino up to his old tricks of using the word in a kind of “bad boy” gesture to ramp up his mostly young, white, and male audience especially when the word was used by white characters, including ones played by Tarantino himself. This year I could not help but be reminded of Miami Dolphins Richie Incognito’s bullying messages to teammate Jonathan Martin.

I say this as someone who has enjoyed Tarantino’s past work, with their trademark mash-up of pop culture and ultra-violence. This time around the jokes seemed stale and the violence gratuitous. For example, there’s a scene in which a posse of racists led by plantation owner Don Johnson advance on Django and his fellow bounty-hunter played by Christoph Waltz. The posse is wearing KKK-type hoods for reasons not exactly clear to me. Why would there be a need in a Slavocracy to conceal your identity when lynchings took place in broad daylight, often administered by the cops? Apparently the hoods were a comic prop for Jonah Hill, who in a cameo role complained about not being able to see properly through the eyeholes. This Mel Brooks type shtick went on for what seemed an eternity. If I had been one of Tarantino’s trusted advisers, I would have told him that it was bad enough to use such a lame joke and even worse to keep it going so long. But when you have generated millions of dollars for Harvey Weinstein, nobody is in such a position. What Tarantino wants, Tarantino gets.

Having sat through the entire film this go-round, I could devote thousands of words to what was wrong but will just offer just one brief observation. Samuel Jackson played a “house Negro”, who as Malcolm X used to put it “loved the master more than they loved themselves.” What Tarantino has done is transform this into “hating Black people more than he hates himself”. As Stephen, Leonard DiCaprio’s servant, Jackson demonstrates a sadistic pleasure in seeing “niggers” beaten and killed. Is there any evidence from the history of slave society that any Black servant ever descended into such a degraded and psychopathic state? Tarantino’s excuse, of course, is that he is not making history—only a movie. I could buy this if the movie was wittier and more quickly paced. At 165 minutes, it is sixty minutes too long. But as a Major Statement on slavery, it is not.

“12 Years a Slave”

Despite the perception that Steve McQueen was the first to make a film based on his “discovery” of a neglected memoir by the main character, there was an earlier version made by Gordon Parks for PBS American Playhouse in 1985 titled “Solomon Northup’s Odyssey” that can be seen on Amazon.com. Parks took greater liberties with Solomon Northup’s memoir than McQueen but essentially they tell the same story.

Parks is best known for “Shaft”, the 1971 “blaxploitation” classic. His version of Solomon Northup is somewhat evocative of the genre since his hero is heavily muscled and equal to any man, Black or white, in a fist fight. Adding his own concerns to the memoir, Parks depicts Northup as the object of resentment from other slaves for his literacy, vocabulary, and generally sounding like a white man. They want to drag him down to their level, something he resists.

McQueen takes similar liberties, transforming Harriet Shaw, the Black wife of a cruel plantation owner, into someone with snarling contempt for her own people in the absence of any such evidence in Northup’s memoir.

As is the case with “Django Unchained”, McQueen’s film is a vehicle for his preoccupations. With Tarantino, these primarily revolve around revenge, a theme common to so many of the Hong Kong gangster or samurai movies that he has absorbed. For McQueen, the chief interest is in depicting pain with some of the most dramatic scenes involving whippings and other forms of punishment.

I was expecting the worst after seeing McQueen’s “Hunger”, a film about the Provo IRA hunger strike led by Bobby Sands that was more about bedsores and beatings than politics. Thankfully, the latest film is a lot more restrained than I had expected but still mostly focused on the physical torments of being a slave. I found myself wondering if the casting of Sarah Paulson as the sadistic wife of a sadistic plantation owner was deliberate since she is part of the company of actors featured on “American Horror Story”, the AMC cable TV show that pushes the envelope in terms of graphic scenes of torture, dismemberment, etc. This season Paulson is playing a witch, as part of a series on Black witches taking revenge on their white witch enemies who had tormented them during slavery. I half expected Paulson’s character to stick a pin in a Solomon Northup voodoo doll.

While one cannot gainsay the importance of Solomon Northup’s memoir that was used by the abolitionist movement in the same way that “Uncle Tom’s Cabin” was, I have to wonder whether McQueen’s film was hampered by a story that was essentially one-dimensional. If you take the opportunity to read “12 Years a Slave” , you will be struck by the underdeveloped relationships between Northup and other characters. Both Parks and McQueen take liberties with the memoir to flesh out the film with such relationships but there is still something missing. In the memoir and in the films, there is never any sense of the emotional pain of being separated from your family—something that cuts far deeper than a whip. Northup comes across as someone completely outraged by the injustice of being kidnapped and sold into slavery and little else. Who can blame him? But much more is needed to create the kind of drama found in “Sansho the Bailiff” that is discussed later.

“Beloved”

Just 8 minutes short of three hours, this Jonathan Demme film based on a Toni Morrison novel is as overextended and self-indulgent as “Django Unchained” but much worse. It was produced by Oprah Winfrey and features her in the role of Sethe, a former slave living in the outskirts of Cincinnati. In the opening scene, household utensils are hurled about by poltergeists in a manner now familiar from films like…like “Poltergeist” actually.

Not long afterwards Paul D. (Danny Glover) shows up to save the day. As a former slave from the same plantation as Sethe, he is looking for work and to rekindle a relationship with her. It helps that he is able to quell the poltergeists, the answer to a haunted woman’s dreams.

But that’s not the end of Sethe’s woes. About an hour into the film, Sethe and Paul D. return home to discover a young woman has materialized on their front lawn out of nowhere. Essentially she takes over from the poltergeists creating a strange bond with Sethe based on a kind of craving for attention so extreme that Sethe’s teenaged daughter Denver is tempted to run away, just as her two younger brothers did after the poltergeist intervention of the opening scene.

Eventually we discover that Beloved, the name of the mysterious young woman, is a supernatural presence spawned by a tragic event that took place on the plantation Sethe fled. Although the screenwriter and the director did not intend it as such, I found Beloved so weird that it was hard for me to get deeper into the troubled relationship between Sethe and her new quasi-adopted daughter.

Perhaps that’s a function of a misbegotten adaptation of Morrison’s novel but just as likely it is my reaction to a heavy dose of magical realism that suffuses the novel and the film. As anybody who has read my critique of “Beasts of the Southern Wild” understands, magical realism makes me break out in hives even when it is the work of Nobelists like Toni Morrison or Gabriel García Márquez.

The overripe aesthetics, however, cannot compensate for what is essentially the same fare as “12 Years a Slave”, namely a horror show about beatings, degradation, and racism. Unlike “Django Unchained” and “12 Years a Slave”, “Beloved” was not hailed as a great film when it came out. Some critics viewed it as a sign of Jonathan Demme’s decline; others saw it as the result of Oprah Winfrey’s vanity. With such an enormous emotional and financial commitment to the film, Winfrey underwent a major bout of depression when it bombed at the box office and in the press. People like Jeff St. Clair, whose film savvy I hold in high regard, are fans of “Beloved”. That’s reason enough to give it a shot on Amazon.com. I can’t imagine myself watching it again, however.

“Amistad”

If you are looking for evidence that Stephen Spielberg is one of the few genuine auteurs on the scene today (a term coined by François Truffaut to describe how certain directors shape their films according to a unique creative vision), there’s no better place to look than this 1997 film based on an historical event, the slave revolt of 1839 that led to a historic trial with a happy ending.

The slaves function pretty much as ET did, strange creatures only wishing to go home while John Quincy Adams, the ex-president who argued their case before the Supreme Court, is a kind of prequel to Abraham Lincoln—an enlightened white politician who frees the slaves. What’s missing, however, is the viewpoint of the slaves. Unlike ET, they are capable of seeing the world just like us. But David Franzoni’s script treats them as exotic objects, all the more unknowable through their use of a native language that frequently goes un-subtitled. This is all the more egregious in the opening scene of the film when they commandeer the ship, murdering the entire crew except for the captain and his mate who are ordered to sail them back to Africa. In this scene, not a single word comes out of the slaves’ mouths except at the maximum volume and accompanied by grimacing of the sort seen on the faces of arch-villains in the silent movies of the 1920s. One imagines Spielberg directing his Black actors, “Louder…and arch your eyebrows higher”. I suspect that Paul Greenglass, the director of “Captain Phillips”, must have studied the film carefully in order to develop an approach to his Somali pirate characters.

“Amistad” is basically courtroom drama with Matthew McConaughey as the defense attorney (upon appeal, John Quincy Adams played by Anthony Hopkins takes over.) He argues on strictly legalistic grounds that the slaves were taken from Sierra Leone, a colony of Great Britain that had declared slavery illegal. It has all the dramatic intensity of the debate in the House of Representatives that occupied the final hour of “Lincoln”. If that is your cup of tea, the film is worth watching.

“Sansho the Bailiff”

Despite the fact that this film took place under feudalism, the major characters were slaves rather than peasants paying tribute of the sort dramatized in “The Seven Samurai” and other classics. Furthermore, even if they were Japanese, they had much in common with Solomon Northup insofar as they were free people kidnapped and sold into slavery.

The film was made by Kenji Mizoguchi in 1954 and is regarded as one of the greatest ever made in Japan. I would include it in my list of the ten greatest ever made.

After a feudal governor is banished to a far-off province because of his too generous treatment of the serfs, his wife Tamaki, his young son Zushio, and Zushio’s younger sister Anju proceed on foot to the distant home of a family relative. On their way, they are delivered by a supposedly well-meaning older woman into the arms of slavers who sell the two children to Sansho the Bailiff and the mother to a remote brothel on an island. They were victims just as was Solomon Northup who went to Washington, DC to play his fiddle for good wages at a circus but ended up on the auction block.

Unlike “12 Years a Slave”, the relationships between brother and sister are extremely well-developed. That, of course, is the license afforded by fiction. You are not bounded by the need to be accurate. Imagination rules. There’s a scene that mirrors the one in McQueen’s film in which Northup is forced to whip Patsey for a trivial offense. In “Sansho the Bailiff”, Zushio is ordered to brand the forehead of a seventy-year old slave who tried to run away. Unlike Northup, he has become so hardened by the punishment meted out to him by Sansho’s thugs that he follows this order unflinchingly. Afterwards Anju cries out to him that he has forsaken the values that their father taught them: “Without mercy, man is not a human being.”

Throughout their ordeal, brother and sister never forget their mother. They (and we) pine for their reunion. Eventually Zushio escapes Sansho’s compound, and makes his way to a feudal lord who felt remorse over his father’s treatment, so much so that he promotes him governor over Sansho as repentance. Zushio’s first act is to free all the slaves, even if this means violating feudal laws and resigning from his post.

Apart from the human drama, Mizoguchi was a great visual poet who made the Japanese countryside his greatest protagonist alongside the enslaved children and their long-lost mother. Although I am not that impressed with Anthony Lane’s film reviews in the New Yorker magazine, I am happy to repeat his words about “Sansho the Bailiff” as reported in Wikipedia: “I have seen Sansho only once, a decade ago, emerging from the cinema a broken man but calm in my conviction that I had never seen anything better; I have not dared watch it again, reluctant to ruin the spell, but also because the human heart was not designed to weather such an ordeal.”

“Queimada”

That’s the title of the 1969 Italian film directed by Gillo Pontecorvo, best known for “Battle of Algiers”, that can now be seen for free on Youtube. The English version is titled “Burn!” and though unfortunately missing about 20 minutes from the uncut version still fairly serviceable.

There is probably no other film that conveys the complexity of the colonial revolution than “Queimada”, which means burned in Italian. This is the name of a fictional Caribbean island that bears a striking resemblance to Cuba and Haiti even if it is ruled by Portuguese rather than the Spanish or French. It got its name from the peasant revolts that frequently led to sugar crops being burned.

Sir William Walker, played by Marlin Brando as if he was reprising his Fletcher Christian role, is a functionary of a British sugar company sent to Queimada to manipulate the slaves into overthrowing their masters. Unlike his American Filibuster namesake who went to Nicaragua to reinstate slavery, the British mercenary saw the benefits of abolishing slavery just as Great Britain did long before Lincoln. In a meeting with Portuguese plantation owners, Walker makes the case for free labor in distinctly non-abolitionist terms:

Gentlemen, let me ask you a question. Now, my metaphor may seem a trifle impertinent, but I think it’s very much to the point. Which do you prefer – or should I say, which do you find more convenient – a wife, or one of these mulatto girls? No, no, please don’t misunderstand: I am talking strictly in terms of economics. What is the cost of the product? What is the product yield? The product, in this case, being love – uh, purely physical love, since sentiments obviously play no part in economics.

Quite. Now, a wife must be provided with a home, with food, with dresses, with medical attention, etc, etc. You’re obliged to keep her a whole lifetime even when she’s grown old and perhaps a trifle unproductive. And then, of course, if you have the bad luck to survive her, you have to pay for the funeral!

It’s true, isn’t it? Gentlemen, I know it’s amusing, but those are the facts, aren’t they? Now with a prostitute, on the other hand, it’s quite a different matter, isn’t it? You see, there’s no need to lodge her or feed her, certainly no need to dress her or to bury her, thank God. She’s yours only when you need her, you pay her only for that service, and you pay her by the hour! Which, gentlemen, is more important – and more convenient: a slave or a paid worker?

This is mostly a film about the villainous but charismatic Sir William Walker but there is also a lot more of the viewpoint and agency of the slaves than in “Amistad”. That is to be expected when the screenwriter is somebody like Franco Solinas, who was a partisan during WWII and a long-time member of the CP. But one certainly would have not suspected that Solinas also wrote Spaghetti Westerns of the sort that inspired “Django Unchained”. In an eye-opening profile of “un-American Westerns” by J. Hoberman in the New York Review of Books, we learn that these were Spaghetti Westerns with a difference:

Déclassé, outlandish, and brutal, The Big Gundown has the standard Spaghetti Western virtues; its originality lay in making its true protagonist the fugitive. The irrepressible Cuchillo (played by Tomas Milian) turns out to be a disillusioned supporter of Benito Juarez with a class analysis (he is in fact an innocent witness to the crime). Van Cleef’s character realizes that he is the tool of ruthless plutocrats and capitalist running dogs. Thus, Solinas would use the Western as an arena in which to play out the struggle dramatized in The Battle of Algiers. “Political films are useful on the one hand if they contain a correct analysis of reality and on the other if they are made in such a way to have that analysis reach the largest possible audience,” he told an interviewer in 1967.

Too bad this angle was missing in “Django Unchained”. It would have made for a better film as well as better politically.

“Quilombo”

This amounts to saving the best for last. Like “Burn!”, this subtitled 1984 Brazilian film can be watched for free on Youtube. Quilombo is the word for escaped slave settlement. After seeing this joyous celebration of African freedom, I feel like presenting a petition to the Hollywood studios that they make movies about slave revolts or liberation struggles next year rather than another Major Statement about how terrible slavery was.

Based on historical events, the escape of slaves to the mountains of Palmares in 17th century Brazil, the film is a celebration of Afro-Brazilian culture with children using the capoeira against their would-be Portuguese captors. This high-kicking form of martial arts was disguised as a dance in order to prevent its practitioners being punished for developing combat skills.

The escaped slaves reconstitute themselves as African communities in the highlands and freely choose kings to lead them in struggle against a much better armed foe. The finale of the film depicts a battle in the Palmares that is as exciting as anything I have seen in a Japanese or American costume drama like “Braveheart” or “Seven Samurai”.

And throughout, there is the film score by Gilberto Gil that contains some of the greatest music he ever composed, including the song “Quilombo.”

Your first reaction to “Quilombo” is to question whether such a scenario could apply to the United States since we never saw a Palmares, or did we? While the immediate post-Civil War period under Reconstruction was not an attempt to recreate African life in the wilderness, the net effect was even more emancipating—to use the right word.

Hollywood has never made a single film about Black Power in the Deep South until 1873 when the Democrats and Republicans cut a deal to put the racists back into power in Dixie. Well, I take that back. There were a couple, now that I remember, one called “Gone with the Wind” and the other “Birth of a Nation”. Isn’t it about time that we had a movie with sympathetic major characters that are Black legislators in Mississippi or Alabama to atone for the racist crap of the past? Someone get Oprah Winfrey on the phone and line up a couple of million dollars or so. That’s all we need to make a great movie, since the reality it is based on is so inspiring.

Louis Proyect blogs at http://louisproyect.org and is the moderator of the Marxism mailing list. In his spare time, he reviews films for CounterPunch.

12 Years as Slave

Bruce Bennet

Mad about movies

Jan, 2014

Wince-inducing statement film

The much-heralded “12 Years a Slave” takes the most brutal and dehumanizing acts of the antebellum American South and displays them in an unrelenting fashion, making it both an incredibly uncomfortable and unforgettable movie.

But the question remains: To what end are these events depicted?

Devoid of any meaningful psychological analysis of either the slave owners who perpetuated unspeakable atrocities or of the slaves who were their victims, “12 Years a Slave” serves primarily as a graphic, suffocating sad collection of horrendous images that pummels the audience for over two hours.

For that you can bet there will be many industry accolades–the film is already the frontrunner to take home the best picture Oscar at next month’s Academy Awards. Hollywood, after all, loves to recognize those films it deems IMPORTANT.

For its shock value and the subject material involved, “12 Years” is groundbreaking and worthy of discussion. But shouldn’t there be more to the “hard truth” than simply being hard to watch?

Director Spike Jonze is known for his art-house films that often portray the myriad indignities a human body can suffer, and it appears he’s culled from Solomon Northrup’s 1853 memoir all the lynchings, beatings, rapings, and other abominations and made a well-crafted, superbly-acted horror show.

Northrup is portrayed nobly and sensitively by terrific British actor Chiwetel Ejiofor, (Outstanding in “Dirty Pretty Things”) and the screenplay written by John Ridley describes how the New York-born “free negro” was kidnapped in 1841 and sold into slavery to work on the plantations of Louisiana. Forced to take another name and not reveal his true identity or details about his wife and family, Northrup works for several plantation owners, including a malevolent sadist (Michael Fassbender) and another who is less cruel (Benedict Cumberbatch). Northrup decides to (mostly) cooperate, incredulously witnessing that this is by no means a guarantee of mercy.

No doubt “12 Years a Slave” will provoke comparison to films like “Schindler’s List” that have attempted to make a visceral statement about evil men perpetrating vile acts against other men. But while Spielberg weaved a complex story with layered emotional complexity around his occasionally graphic imagery, Jonze’s film appears obsessed with the gruesomeness of the act itself. Many scenes go on so long that the initial shock wears off and the viewer’s attention is distracted from the grotesque nature of the scene itself to the unbridled determination of the filmmakers to make a statement.

Indeed, “12 Years a Slave” is an unsettling film to watch. Sometimes challenging, even shocking material can have profound merit in the realm of artistic endeavor. Examining an important topic like slavery, an adaptation of Northrup’s memoir could have had remarkable educational, even inspirational value.

But “12 Years a Slave” is generally more concerned with making its audience wince than with forging an indelible imprint on the soul.

Rated R for violence/cruelty, some nudity and sexuality.

Grade: C+

Bruce Bennett has been the primary contributor to Mad About Movies since it began in 2003. He is an award winning film and theater critic who, since 2000, has been writing a weekly column in The Spectrum daily newspaper in southern Utah as well as serving as a contributing editor of “The Independent,” a monthly entertainment magazine. He is also the co-host of “Film Fanatics” a movie review show which earned a Telly in 2009. Bruce is also a featured contributor at: RottenTomatoes.com

His motto: « I see bad movies so you don’t have to. »

Will Steve McQueen be the first black director to win an Oscar?

Gautaman Bhaskaran

Hindustan Times

February 08, 2014

The best aspect about America is its egalitarianism. The country respects and rewards the talented and the sincere. And despite serious racial issues, we saw America electing a black President, creating history.

And as Hollywood runs up to the Academy Awards on March 2, one of the questions is, will Steve McQueen be the first black director to win the Oscar. Interestingly, his 12 Years A Slave is all about the struggle of one black man to escape humiliating captivity he faces in the white man’s den.

At the moment, McQueen – though with an emotionally engaging film behind him – is not the favourite to walk away with the best director statuette. But if he does, he would be the first black helmer to actually clinch this Oscar, although there have been two other black directors who were nominated in the past. One of them was John Singleton for the 1992 Boyz n the Hood, and the other was Lee Daniels in 2009 for Precious.

McQueen’s win could be as historic as Kathryn Bigelow’s 2009 triumph with The Hurt Locker. She was the first woman director to have won the best director Oscar.

In a way, McQueen’s nomination comes in a year when black moviemakers have done exceedingly well. Fruitvale Station – about a real incident where a black teenager was killed by the police in Oakland — got the big prize at the Sundance Film Festival. And works like 42 (the black baseball player, Jackie Robinson biopic) and The Butler (probing the African American role in U.S. history) have been, along with 12 Years A Slave, lauded by critics.

On top of this, Hollywood and the Academy of Motion Picture Arts and Sciences have been talking about lack of diversity in the race for the Oscars.

Curiously, while black American helmers have done poorly, black actors have fared very well.

Chiwetel Ejiofor plays the protagonist Solomon Northup in 12 Years A Slave.

Solomon Northup (played by Ejiofor) was a free man who was abducted and sold into slavery.

Benedict Cumberbatch will also be seen in this film portraying the role of the benevolent slave master William Ford.

A shocking still with Sarah Paulson and Lupita Nyong’o.

Lupita Nyong’o has been appreciated for her stellar performance in the film.

Hattie McDaniel was the first black actor to win an Oscar in a supporting role way back in 1939 for Gone with the Wind – that brilliant movie on the American Civil War adapted from Margaret Mitchell’s only novel.

During the 1960s, Sidney Poitier took the best actor Oscar for Lilies of the Field. He was remarkable as a handyman helping some nuns to raise a chapel in a desert. Black actors, however, had to wait 40 long years before the Oscar went to Denzel Washington – Training Day in 2001. That year came as double whammy for black artists. Halle Berry became the first black to win the best actress Oscar for Monster’s Ball.

More recently, the likes of Morgan Freeman, Forest Whitaker and Viola Davis have been nominated for Academy Awards, and have won in some cases.

But no Oscar has ever rolled on to a black producer’s lap. Ditto, a black director. Will McQueen change this by beating his rivals?

An Escape From Slavery, Now a Movie, Has Long Intrigued Historians

Michael Cieply

The NYT

September 22, 2013

LOS ANGELES — In the age of “Argo” and “Zero Dark Thirty,” questions about the accuracy of nonfiction films have become routine. With “12 Years a Slave,” based on a memoir published 160 years ago, the answers are anything but routine.

Written by John Ridley and directed by Steve McQueen, “12 Years a Slave,” a leading contender for honors during the coming movie awards season, tells a story that was summarized in the 33-word title of its underlying material.

Published by Derby & Miller in 1853, the book was called: “Twelve Years a Slave: Narrative of Solomon Northup, a Citizen of New-York, Kidnapped in Washington City in 1841, and Rescued in 1853, From a Cotton Plantation Near the Red River, in Louisiana.”

The real Solomon Northup — and years of scholarly research attest to his reality — fought an unsuccessful legal battle against his abductors. But he enjoyed a lasting triumph that began with the sale of some 30,000 copies of his book when it first appeared, and continued with its republication in 1968 by the historians Sue Eakin and Joseph Logsdon.

Speaking on Friday, Mr. Ridley said he decided simply to “stick with the facts” in adapting Northup’s book for the film, which is set for release on Oct. 18 by Fox Searchlight Pictures. Mr. Ridley said he was helped by voluminous footnotes and documentation that were included with Ms. Eakin’s and Mr. Logsdon’s edition of the book.

For decades, however, scholars have been trying to untangle the literal truth of Mr. Northup’s account from the conventions of the antislavery literary genre.

The difficulties are detailed in “The Slave’s Narrative,” a compilation of essays that was published by the Oxford University Press in 1985, and edited by Charles T. Davis and Henry Louis Gates Jr. (Mr. Gates is now credited as a consultant to the film, and he edited a recent edition of “Twelve Years a Slave.”)

“When the abolitionists invited an ex-slave to tell his story of experience in slavery to an antislavery convention, and when they subsequently sponsored the appearance of that story in print, they had certain clear expectations, well understood by themselves and well understood by the ex-slave, too,” wrote one scholar, James Olney.

Mr. Olney was explaining pressures that created a certain uniformity of content in the popular slave narratives, with recurring themes that involved insistence on sometimes questioned personal identity, harrowing descriptions of oppression, and open advocacy for the abolitionist cause.

In his essay, called “I Was Born: Slave Narratives, Their Status as Autobiography and as Literature,” Mr. Olney contended that Solomon Northup’s real voice was usurped by David Wilson, the white “amanuensis” to whom he dictated his tale, and who gave the book a preface in the same florid style that informs the memoir.

“We may think it pretty fine writing and awfully literary, but the fine writer is clearly David Wilson rather than Solomon Northup,” Mr. Olney wrote.

In another essay from the 1985 collection, titled “I Rose and Found My Voice: Narration, Authentication, and Authorial Control in Four Slave Narratives,” Robert Burns Stepto, a professor at Yale, detected textual evidence — assurances, disclaimers and such — that Solomon Northup expected some to doubt his story.

“Clearly, Northup felt that the authenticity of his tale would not be taken for granted, and that, on a certain peculiar but familiar level enforced by rituals along the color line, his narrative would be viewed as a fiction competing with other fictions,” wrote Mr. Stepto.

Mr. Stepto did not question Mr. Northup’s veracity; but he spotted one prominent example of a story point that conformed neatly to expectations. Mr. Northup’s account of being saved with the help of a Canadian named Samuel Bass (played in the film by Brad Pitt), wrote Mr. Stepto, “represents a variation on the archetype of deliverance in Canada.”

In an interview by phone on Friday, David A. Fiske — who recently joined Clifford W. Brown Jr. and Rachel Seligman in writing “Solomon Northup: The Complete Story of the Author of Twelve Years a Slave” — said he believed he had now identified an Ontario-born man as the actual Samuel Bass to whom Northup referred.

Mr. Fiske, who did some paid research for the film, said that overall he had high confidence in the accuracy of Northup’s account. “He had a literalist approach to recording events,” he said.

Both Mr. Olney and Mr. Stepto had a further reservation, however. Each noted that a dedication page added to “Twelve Years a Slave” — which devoted the book to Harriet Beecher Stowe, and called it “another key” to her novel, “Uncle Tom’s Cabin” — helped blur the line between literal and literary truth.

“The dedication, like the pervasive style, calls into serious question the status of ‘Twelve Years a Slave’ as autobiography and/or literature,” Mr. Olney wrote.

Still, Mr. Ridley said the heavily documented story, with its many twists and turns, had an unpredictability that is a hallmark of the real.

“Life happens, it’s a lot stranger than the false beats that occur when people try to jam a narrative” into an expected framework, he said.

Voir aussi:

How 12 Years a Slave Gets History Right: By Getting It Wrong

Steve McQueen’s film fudges several details of Solomon Northup’s autobiography—both intentionally and not—to more completely portray the horrors of slavery.

Noah Berlatsky

Oct 28 2013

At the beginning of 12 Years a Slave, the kidnapped freeman Solomon Northup (Chiwetel Ejiofor), has a painful sexual encounter with an unnamed female slave in which she uses his hand to bring herself to orgasm before turning away in tears. The woman’s desperation, Solomon’s reserve, and the fierce sadness of both, is depicted with an unflinching still camera which documents a moment of human contact and bitter comfort in the face of slavery’s systematic dehumanization. It’s scenes like these in the film, surely, that lead critic Susan Wloszczyna to state that watching 12 Years a Slave makes you feel you have « actually witnessed American slavery in all its appalling horror for the first time. »

And yet, for all its verisimilitude, the encounter never happened. It appears nowhere in Northup’s autobiography, and it’s likely he would be horrified at the suggestion that he was anything less than absolutely faithful to his wife. Director Steve McQueen has said that he included the sexual encounter to show « a bit of tenderness … Then after she’s climaxes, she’s back … in hell. » The sequence is an effort to present nuance and psychological depth — to make the film’s depiction of slavery seem more real. But it creates that psychological truth by interpolating an incident that isn’t factually true.

This embellishment is by no means an isolated case in the film. For instance, in the film version, shortly after Northup is kidnapped, he is on a ship bound south. A sailor enters the hold and is about to rape one of the slave women when a male slave intervenes. The sailor unhesitatingly stabs and kills him. This seems unlikely on its face—slaves are valuable, and the sailor is not the owner. And, sure enough, the scene is not in the book. A slave did die on the trip south, but from smallpox, rather than from stabbing. Northup himself contracted the disease, permanently scarring his face. It seems likely, therefore, that in this instance the original text was abandoned so that Ejiofor’s beautiful, expressive, haunting features would not go through the entire movie covered with artificial Hollywood scar make-up. Instead of faithfulness to the text, the film chooses faithfulness to Ejiofor’s face, unaltered by trickery.

It seems quite likely that the single most powerful moment in the film was based on a misunderstood antecedent.

Other changes seem less intentional. Perhaps the most striking scene in the film involves Patsey, a slave who is repeatedly raped by her master, Epps, and who as a consequence is jealously and obsessively brutalized by Mistress Epps. In the movie version, Patsey (Lupita Nyong’o) comes to Northup in the middle of the night and begs him, in vivid horrific detail, to drown her in the swamp and release her from her troubles. This scene derives from the following passage at the end of Chapter 13 of the autobiography:

Nothing delighted the mistress so much as to see [Patsey] suffer, and more than once, when Epps had refused to sell her, has she tempted me with bribes to put her secretly to death, and bury her body in some lonely place in the margin of the swamp. Gladly would Patsey have appeased this unforgiving spirit, if it had been in her power, but not like Joseph, dared she escape from Master Epps, leaving her garment in his hand.

As you can see, in the book, it is Mistress Epps who wants to bribe Northup to drown Patsey. Patsey wants to escape, but not to drown herself. The film seems to have misread the line, attributing the mistress’s desires to Patsey. Slate, following the lead of scholar David Fiske (see both the article and the correction) does the same. In short, it seems quite likely that the single most powerful moment in the film was based on a misunderstood antecedent.

Critic Isaac Butler recently wrote a post attacking what he calls the « realism canard »—the practice of judging fiction by how well it conforms to reality. « We’re talking about the reduction of truth to accuracy, » Butler argues, and adds, « What matters ultimately in a work of narrative is if the world and characters created feels true and complete enough for the work’s purposes. » (Emphasis is Butler’s.)

His point is well-taken. But it’s worth adding that whether something « feels true » is often closely related to whether the work manages to create an illusion not just of truth, but also of accuracy. Whether it’s period detail in a costume romance or the brutal cruelty of the drug trade in Breaking Bad, fiction makes insistent claims not just to general overarching truth, but to specific, accurate detail. The critics Butler discusses may sometimes reduce the first to the second, but they do so in part because works of fiction themselves often rely on a claim to accuracy in order to make themselves appear true.

This is nowhere more the case than in slave narratives themselves. Often published by abolitionist presses or in explicit support of the abolitionist cause, slave narratives represented themselves as accurate, first-person accounts of life under slavery. Yet, as University of North Carolina professor William Andrews has discussed in To Tell a Free Story: The First Century of Afro-American Autobiography, the representation of accuracy, and, for that matter, of first-person account, required a good deal of artifice. To single out just the most obvious point, Andrews notes that many slave narratives were told to editors, who wrote down the oral account and prepared them for publication. Andrews concludes that « It would be naïve to accord dictated oral narratives the same discursive status as autobiographies composed and written by the subjects of the stories themselves. »

12 Years a Slave is just such an oral account. Though Northup was literate, his autobiography was written by David Wilson, a white lawyer and state legislator from Glens Falls, New York. While the incidents in Northup’s life have been corroborated by legal documents and much research, Andrews points out that the impact of the autobiography—its sense of truth—is actually based in no small part on the fact that it is not told by Northup, but by Wilson, who had already written two books of local history. Because he was experienced, Andrews says, Wilson’s « fictionalizing … does not call attention to itself so much » as other slave narratives, which tend to be steeped in a sentimental tradition « that often discomfits and annoys 20th-century critics. » Northup’s autobiography feels less like fiction, in other words, because its writer is so experienced with fiction. Similarly, McQueen’s film feels true because it is so good at manipulating our sense of accuracy. The first sex scene, for example, speaks to our post-Freud, post-sexual-revolution belief that, isolated for 12 years far from home, Northup would be bound to have some sort of sexual encounters, even if (especially if?) he does not discuss them in his autobiography.

We can’t « actually witness … American slavery » on film or in a book. You can only experience it by experiencing it. Pretending otherwise is presumptuous.

The difference between book and movie, then, isn’t that one is true and the other false, but rather that the tropes and tactics they use to create a feeling of truth are different. The autobiography, for instance, actually includes many legal documents as appendices. It also features lengthy descriptions of the methods of cotton farming. No doubt this dispassionate, minute accounting of detail was meant to show Northup’s knowledge of the regions where he stayed, and so validate the truth of his account. To modern readers, though, the touristy attention to local customs can make Northup sound more like a traveling reporter than like a man who is himself in bondage. Some anthropological asides are even more jarring; in one case, Northup refers to a slave rebel named Lew Cheney as « a shrewd, cunning negro, more intelligent than the generality of his race. » That description would sound condescending and prejudiced if a white man wrote it. Which, of course, a white man named David Wilson did.

A story about slavery, a real, horrible crime, inevitably involves an appeal to reality—the story has to seem accurate if it is to be accepted as true. But that seeming accuracy requires artifice and fiction—a cool distance in one case, an acknowledgement of sexuality in another. And then, even with the best will in the world, there are bound to be mistakes and discrepancies, as with Mistress Epps’s plea for murder transforming into Patsey’s wish for death. Given the difficulties and contradictions, one might conclude that it would be better to openly acknowledge fiction. From this perspective, Django Unchained, which deliberately treats slavery as genre, or Octavia Butler’s Kindred, which acknowledges the role of the present in shaping the past through a fantasy time-travel narrative, are, more true than 12 Years a Slave or Glory precisely because they do not make a claim to historical accuracy. We can’t « actually witness … American slavery » on film or in a book. You can only experience it by experiencing it. Pretending otherwise is presumptuous.

But refusing to try to recapture the experience and instead deciding to, say, treat slavery as a genre Western, can be presumptuous in its own way as well. The writers of the original slave narratives knew that to end injustice, you must first acknowledge that injustice exists. Accurate stories about slavery—or, more precisely, stories that carried the conviction of accuracy, were vital to the abolitionist cause.

And, for that matter, they’re still vital. Outright lies about slavery and its aftermath, from Birth of a Nation to Gone With the Wind, have defaced American cinema for a long time. To go forward more honestly, we need accounts of our past that, like the slave narratives themselves, use accuracy and art in the interest of being more true. That’s what McQueen, Ejiofor, and the rest of the cast and crew are trying to do in 12 Years a Slave. Pointing out the complexity of the task is not meant to belittle their attempt, but to honor it.

Voir également:

How Accurate Is 12 Years a Slave?

12 Years a Slave We’ve sorted out what’s fact and what’s fiction in the new Steve McQueen movie.

Forrest Wickman

Slate

Steve McQueen’s devastating new movie, 12 Years a Slave, begins with the words “based on a true story” and ends with a description of what happened to Solomon Northup and his assailants after he was restored to freedom. What happens in between, as Northup is kidnapped into 12 years of slavery in the South, frequently beggars the imagination. Should you believe even the most incredible details of its story?

With a few rare exceptions, yes. 12 Years a Slave is based on the book of the same name, which was written by Northup with the help of his “amanuensis” and ghostwriter, David Wilson. Aspects of the story’s telling have been questioned by some historians for matching the conventions of the slave narrative genre a little too neatly, but its salient facts were authenticated by the historian Sue Eakin and Joseph Logsdon for their landmark 1968 edition of the book. (They were also reported at the time of the book’s release—in the New York Times and elsewhere.)

As adapted by screenwriter John Ridley from Northup’s book and Eakin and Logsdon’s footnotes, the film adaptation hews very closely to Northup’s telling. While much of the story is condensed, and a few small scenes are invented, nearly all of the most unbelievable details come straight from the book, and many lines are taken verbatim. As Frederick Douglass wrote of the book upon its release in 1853, “Its truth is stranger than fiction.”

Solomon Northup was the son of Mintus Northup, who was a slave in Rhode Island and New York until his master freed him in his will. Solomon was born a free man and received an unusually good education for a black man of his time, eventually coming to work as a violinist and a carpenter. As in the movie, he was married to Anne Hampton, who was of mixed race, and they had three children—Elizabeth, Margaret, and Alonzo. His wife and children were away when he was offered an unusually profitable gig from his eventual kidnappers, who called themselves Hamilton and Brown.

The movie prefaces its scenes of Northup in New York with a flash-forward that is McQueen and Ridley’s invention: Solomon, while enslaved, turns to find an unidentified woman in bed with him. She grabs his hand and uses it to bring herself to orgasm. McQueen has said of the scene: “I just wanted a bit of tenderness—the idea of this woman reaching out for sexual healing in a way, to quote Marvin Gaye. She takes control of her own body. Then after she’s climaxed, she’s back where she was. She’s back in hell, and that’s when she turns and cries.

In his book, Northup refused to say whether Hamilton and Brown were guilty of his kidnapping. He notes that he got extraordinary headaches after having a drink with them one night, and became sick and delirious soon afterward, but cannot conclude with assurety that he was poisoned. “Though suspicions of Brown and Hamilton were not unfrequent,” he writes, “I could not reconcile myself to the idea that they were instrumental to my imprisonment.”

Northup came around to accepting their role in his kidnapping and unlawful sale—an unusual occurrence, but not unique to Northup—soon after the book was published. “Hamilton” and “Brown” weren’t even their real names. A judge, Thaddeus St. John of New York, read the book soon after its release, and realized that he himself had run into the two kidnappers when they were with Northup. Their real names were Alexander Merrill and Joseph Russell, but they asked that St. John, who knew them, not use their real names around Northup. The next time St. John saw them, they had come into some newfound wealth: They carried ivory canes and sported gold watches. Northup and St. John eventually met up, recognized each other immediately, and brought their case against Merrill and Russell. (A note about the case appeared in the New York Times.) Merrill and Russell apparently got off unpunished, after their case was dropped on technicalities.

The Journey Into Slavery

The movie’s telling of Northup’s journey into slavery in Louisiana matches Northup’s account almost exactly. Northup says he was beaten with a paddle until the paddle broke, only to be whipped after that, all just for asserting his true identity. We see this in the movie. But an attempted mutiny by Northup and others ends much differently in the film than it does in his own account.

Northup did hatch an elaborate plan to take over a ship with a freeman named Arthur and a slave named Robert (played in the movie by Michael K. Williams). But that plan did not end with Robert coming to the defense of Eliza (Adepero Oduye) against an apparent rape attempt by a sailor, and then being stabbed by that sailor. What foiled their plans was simpler: Robert got smallpox and died.

Northup gives a more charitable account of his onetime master, William Ford, than the movie does. “There never was a more kind, noble, candid, Christian man than William Ford,” Northup writes, adding that Ford’s circumstances “blinded [Ford] to the inherent wrong at the bottom of the system of Slavery.” The movie, on the other hand, frequently undermines Ford, highlighting his hypocrisy by, for example, overlaying his sermons with the mournful screams of his slave Eliza.

Northup actually had two violent encounters with Tibeats. The first scuffle, over a set of nails, is shown in the movie: According to Northup, Tibeats tried to whip him, Northup resisted, and eventually Northup grabbed Tibeats’ whip and beat his aggressor. Afterward, Northup was left bound and on the point of hanging for several hours, before Ford rescued him.

In the book, there is a second brawl over another of Tibeats’ unreasonable demands. According to Northup, he again prevailed, but was afraid of the repercussions, and so this time attempted to run away. Unable to survive on his own in the surrounding swamps, he eventually returned in tatters to Ford, who had mercy on him.

Judging from Northup’s book, Epps was even more villainous and repulsive than the movie suggests. In addition to his cruel “dancing moods”—during which he would force the exhausted slaves to dance, screaming “Dance, niggers, dance,” and whipping them if they tried to rest—Epps also had his “whipping moods.” When he would come home drunk and overcome with one of these moods, he would drive the slaves around the yard, whipping them for fun.

There’s another small change. The scene that introduces Epps—his reading of Luke 12:47 as a warning to slaves—is actually borrowed from another of the book’s characters: Ford’s brother-in-law, Peter Tanner. In the movie, Northup’s time with Tanner—with whom he lived after his first fight with Tibeats—is omitted.

Northup does not portray the relationship between Epps and Patsey as explicitly as the movie does, but he does refer to Epps’ “lewd intentions” toward her. As we see in the film, Mistress Epps encourages Master Epps to whip her, out of her own jealousy. This culminates in the horrible whipping shown in the movie, which Northup describes as “the most cruel whipping that ever I was doomed to witness,” saying she was “literally flayed.” Her request afterward that Northup kill her, to put her out of her misery, is the movie’s own invention, but it’s a logical one: Patsey is described as falling into a deep depression and, it’s implied, dreaming of the relief death would offer her.*

As in the book, Mistress Shaw is the black wife of a plantation owner. However, Patsey’s conversation with Shaw is invented. McQueen and Ridley said they wanted to give Woodard’s character a voice.

As unlikely as his character is—an abolitionist in Louisiana, and a contrarian who everyone likes—Bass is drawn straight from the book’s account. His argument with Epps (“but begging the law’s pardon, it lies,” “There will be a reckoning yet”) is reproduced almost verbatim.

The real Bass, in fact, did more for Northup, sending multiple letters on his behalf, meeting with him in the middle of the night to hear his story, and—when they initially got no response from their letters—vowing to travel up to New York himself, to secure Northup’s freedom. The process took months, and Northup’s freedom eventually came from Bass’s first letter after all, so the movie understandably chooses to elide all this.

The Return Home

Northup’s return home is much as it is in the book, including Solomon’s learning that his daughter Margaret (who was 7 years old when he last saw her) now had a child of her own, named Solomon Northup. One devastating detail is left out: After 12 years apart, Margaret did not recognize her father.

*Correction, Nov. 4, 2013: This post was corrected to suggest a scene from the movie 12 Years a Slave was drawn from the book. The original article was accurate: Patsey’s plea for Northup to kill her was an invention of the movie. The original language has been restored.

Voir encore:

Historian at the Movies: 12 Years a Slave reviewed

Emma McFarnon

13th January 2014

As part of our new series, Dr Emily West, an associate professor of history at the University of Reading, reviews 12 Years a Slave – a true story about a free black man from upstate New York who is abducted and sold into slavery

Q: Did you enjoy the film?

A: The subject matter made 12 Years a Slave a very uncomfortable film to watch, although some of the actors gave astonishing performances.

I thought Chiwetel Ejiofor (as Solomon Northup) acted with incredible intensity, as did Michael Fassbender, who played Northup’s violent and sadistic master, Edwin Epps.

Steve McQueen’s unique direction used lingering close ups and poignant imagery of rural Louisiana in the days of slavery, which only added to the great tragedy of Northup’s harrowing story.

Enslaved people commonly described having ‘trees of scars’ on their backs – the result of brutal whippings they received from their masters or other people, and this film shockingly displayed the regularity of such treatment.

Moreover, we also witnessed, in truly horrific fashion, the myriad of circumstances under which enslaved men and women’s ‘trees of scars’ came into being. In one incident, Edwin Epps forces Solomon Northup at gunpoint to whip another slave, Patsey, until she collapses from pain. Yet Patsey’s only ‘crime’ was to leave her plantation in search of a bar of soap to clean herself.

Overall, I was pleased to see the highly realistic depictions of enslaved women’s lives in this film, especially the often-brutal sexual assaults they endured at the hands of white men. For example, Edwin Epps rapes Patsey and takes a sadistic pleasure in seeing her whipped. Mrs Epps, the plantation mistress, reacts in a typically jealous fashion by ‘blaming the victim’, and lashing out violently against Patsey.

White women rarely sought to help their enslaved women enduring sexual abuse.

Q: Was the film historically accurate?

A: I have never seen a film represent slavery so accurately. The film starkly and powerfully unveiled the sights and sounds of enslavement – from slaves picking cotton as they sang in the fields, to the crack of the lash down people’s backs.

I found the scene in the New Orleans slave market especially moving because of the juxtaposition between the refined, mid-19th-century house, from which a trader sold enslaved people, and the raw nakedness and commodification of the black bodies within it.

The trader made men and women strip naked for potential purchasers who looked inside slaves’ mouths to check the quality of their teeth. Buyers also ran their hands down slaves’ backs and arms to check for physical strength and agility, and no doubt they also viewed the naked enslaved women in terms of their sexual attractiveness and childbearing ability.

It was heartbreaking to see Solomon Northup’s friend, Eliza, so cruelly separated from her two children, Emily and Randall, as they were all sold to different owners.

We also heard a lot about the ideology behind enslavement. Masters such as William Ford (played by Benedict Cumberbatch) and Edwin Epps, although very different characters, both used an interpretation of Christianity to justify their ownership of slaves. They believed the Bible sanctioned slavery, and that it was their ‘Christian duty’ to preach the scriptures to their slaves.

Q: What did the film get right?

A: The film depicted the overall slave regime and all its horrors extremely well, but it also added depth and nuance to our understanding of slavery’s complexities. Masters such as Edwin Epps commonly hired out their slaves in times of economic need, and in the film we see Solomon Northup and other enslaved men being hired to a man to chop sugar cane – a crop grown primarily in Louisiana in the United States.

I was also impressed by the film’s awareness of social class: Solomon Northup comes into contact with various white men of lower social standing, some of whom are paid by Epps to labour alongside slaves. Indeed, it is one of these men, known only as ‘Bass’ (played by Brad Pitt), who helps Northup escape his ordeal. Bass brings an acquaintance of Solomon Northup to the plantation to confirm his free status, after which Northup returns to his family.

The film also got the smaller details right. For example, all enslaved people leaving their plantations had to have a written pass, in case they came across white patrollers (people employed to track down runaway slaves). When Solomon Northup leaves his plantation on an errand for Mrs Epps, he wore such a pass around his neck.

The film also succeeded in highlighting the stark visual contrast between the opulence of plantations mansions and the dingy, cramped, over-crowded quarters of the enslaved.

Q: What did it miss?

A: This is a minor point, but I felt the film possibly over-emphasised Solomon Northup’s social standing in New York state prior to his enslavement. In the film, Northup appears as a wealthy, successful individual, making a good living as a carpenter and musician. He wears smart clothes and appears to live in a tolerant, racially integrated community where skin colour does not matter.

But in reality, Northern black people were everyday victims of white racism and discrimination, and in the free states of the North, black people were typically the ‘last hired and first fired’. Notably, in his autobiography Northup himself describes the everyday “obstacle of color” in his life prior to his kidnapping and subsequent enslavement.

Nevertheless, I can understand why the filmmakers wanted to present a strong juxtaposition between Northup’s life as a free man in the North and the physical and mental trauma he endured while enslaved in the South.

Voir encore:

An Essentially American Narrative

A Discussion of Steve McQueen’s Film ‘12 Years a Slave’

Interviews by NELSON GEORGE

The NYT

October 11, 2013

Amid comic book epics, bromantic comedies and sequels of sequels, films about America’s tortured racial history have recently emerged as a surprisingly lucrative Hollywood staple. In the last two years, “The Help,” “Lincoln, » »Django Unchained, » »42” and “Lee Daniels’ The Butler” have performed well at the box office, gathering awards in some cases and drawing varying degrees of critical acclaim.

The latest entry in this unlikely genre is “12 Years a Slave,” the director Steve McQueen’s adaptation of Solomon Northup’s 1853 memoir. A free black man living in Saratoga, N.Y., Northup (played by Chiwetel Ejiofor) was kidnapped in 1841 and sold into brutal servitude in the Deep South. During his ordeal, he labors at different plantations, including the one owned by the sadistic Edwin Epps (Michael Fassbender), who has a tortured sexual relationship with the slave Patsey (Lupita Nyong’o).

Following a buzzed-about preview screening at the Telluride Film Festival and the audience award at the Toronto International Film Festival, “12 Years a Slave” arrives in theaters Friday amid much online chatter that it may be headed for Oscar nominations. But Mr. Ejiofor, who portrays Northup, and Mr. McQueen, known for the bracingly austere “Hunger” and “Shame,” both say that getting audiences to see an uncompromisingly violent and quietly meditative film about America’s “peculiar institution” is still a challenge even with the presence of a producer, Brad Pitt, in a small role.

While the material was developed by Americans (including the screenwriter John Ridley) the director and most of the major cast members are British, a topic of concern among some early black commentators.

On a sweltering afternoon in SoHo last month, the author and filmmaker Nelson George led a round-table discussion at the Crosby Street Hotel with Mr. Ejiofor and Mr. McQueen. Joining them to provide a wider historical and artistic context were the Columbia University professor Eric Foner, author of the Pulitzer Prize-winning “Fiery Trial: Abraham Lincoln and American Slavery,” among other books; and the artist Kara Walker, whose room-size tableaus of the Old South employing silhouettes have redefined how history and slavery are depicted in contemporary art and influenced many, including the “12 Years a Slave” production team. Current civil rights issues including the New York police practice of stop and frisk, recently declared unconstitutional; sexuality and slavery; Hollywood’s version of American history; and the themes of Obama-era cinema were among the topics of the sharp but polite dialogue. These are excerpts from the conversation.

Mr. Ejiofor, center, in the film &ldquo;12 Years a Slave.&rdquo;

Jaap Buitendijk/Fox Searchlight Pictures

Mr. Ejiofor, center, in the film “12 Years a Slave.”

Q. I wanted to start with contemporary analogues. One thing that came to mind was stop and frisk, a way the New York City police could stop a black or Latino male. I thought of Solomon as a character who, for a lot of contemporary audiences, would be that young black person. [To Mr. McQueen and Mr. Ejiofor] When you were seeking a way into the slave story, was what happens now part of that?

Steve McQueen Absolutely. History has a funny thing of repeating itself. Also, it’s the whole idea of once you’ve left the cinema, the story continues. Over a century and a half to the present day. I mean, you see the evidence of slavery as you walk down the street.

What do you mean?

McQueen The prison population, mental illness, poverty, education. We could go on forever.

Chiwetel, how did you balance what’s going on in the world with [Northup’s] reality?

Chiwetel Ejiofor That wasn’t the approach for me. I was trying to tell the story of Solomon Northup as he experienced his life. He didn’t know where all this was going. My journey started finishing a film in Nigeria. The last day, I went to the slave museum in Calabar, which was four or five rooms and some books, some interesting drawings of what they thought happened to people when the boats took them over. I left the following day and came to Louisiana. In my own way, I traveled that route.

Professor, your reaction to the film, its place in the contemporary discussion about slavery.

Eric Foner I believe this is a piece of history that everybody — black, white, Asian, everybody — has to know. You cannot understand the United States without knowing about the history of slavery. Having said that, I don’t think we should go too far in drawing parallels to the present. Slavery was a horrific institution, and it is not the same thing as stop and frisk. In a way, putting it back to slavery takes the burden off the present. The guys who are acting in ways that lead to inequality today are not like the plantation owner. They’re guys in three-piece suits. They’re bankers who are pushing African-Americans into subprime mortgages.

Kara, what are your thoughts on this?

Kara Walker There’s a uniquely American exuberance for violence or an exuberance for getting ahead in the world and making a name for themselves. I’m talking about the sort of plantation class that fought for the entrenchment of the slave system. That’s not something that can be overlooked when you think about the mythology of what it means to be an American, that one can become a self-made man if one is white and male and able.

Foner One of the things I liked about the movie and the way it portrayed violence, it’s pretty hard to take sometimes. But what it really highlights is the capriciousness of it. The owners, at one moment they’re trying to be pleasant, and the next moment they’re whipping you. You’re always kind of on this edge of not knowing. In fact slavery is like that at large. You don’t know when you’re going to be sold away from your family. People like to have some kind of stability in their life, but you can’t as a slave.

Servitude and Sexuality

There’s a lot of things to say about sex in the film, but one of the things that is going to leap out is Alfre Woodard’s character [Mistress Shaw, described in the book as the black wife of a white plantation owner].

McQueen In the book, she doesn’t say anything. I had a conversation with John Ridley, and I said: “Look, we need a scene with this woman. I want her to have tea.” It was very simple. Give her a voice.

Walker It’s not that it was that uncommon. That planter would be sort of the crazy one, the eccentric one, and she’s getting by.

Ejiofor It was against the law to marry, but it did happen.

Foner There were four million slaves in the U.S. in 1860 and several hundred thousand slave owners. It wasn’t just a homogeneous system. It had every kind of human variation you can imagine. There were black plantation owners in Louisiana, black slave owners.

Walker I was going to ask a question about a black woman who appears, a mysterious woman Solomon has sex with. She has sex with him, rather. I thought she was going to be a character in the film, and then she wasn’t.

McQueen Slaves are working all day. Their lives are owned, but those moments, they have to themselves. I just wanted a bit of tenderness — the idea of this woman reaching out for sexual healing in a way, to quote Marvin Gaye. She takes control of her own body. Then after she’s climaxed, she’s back where she was. She’s back in hell, and that’s when she turns and cries.

Solomon has a wife beforehand. In the film it seems as if he lived with Eliza [a fellow slave]. Then obviously [he has] some kind of relationship with Patsey, a friendship. But I wondered about Solomon’s own sexual expression.

Ejiofor His sexuality felt slightly more of a tangent. I think the real story is where sex is in terms of power.

Foner Remember, this book is one of the most remarkable first-person accounts of slavery. But it’s also a piece of propaganda. It’s written to persuade people that slavery needs to be abolished. He doesn’t say anything about sexual relations he may have had as a slave. There’s no place for such a discussion because of the purpose of the book.

Walker But in “Incidents in the Life of a Slave Girl” [by Harriet Ann Jacobs] and other slave narratives written by women, that’s always kind of the subtext, because there are children that are produced, relationships that are formed or allegiances that are formed with white men in order to have freedom.

Foner Harriet Jacobs was condemned by many people for revealing this, even antislavery people.

Walker Yes, but it’s always the subtext. Even “Uncle Tom’s Cabin.” It’s like, there’s little mulatto children, and that’s the evidence.

Unlike most American directors, you’re not cutting all over the place. You put the camera there, and you let us experience the moment that is part of the lore of America, the slave master raping the black female slave [Patsey].

McQueen I didn’t want people to get out of it. Within that you see his actual love for her in a way. Obviously, the love isn’t given back to him, and it’s a horrendous rape.

Walker Staying on that scene and coming back to Patsey over and over, she is abused and deteriorating and wanting to die. We don’t need to see that scene over and over again.

McQueen I have huge sympathy for Epps, though. He’s in love with this woman and he doesn’t understand it. Why is he in love with this slave? He goes about trying to destroy his love for her by destroying her. The madness starts.

A View From Abroad

One of the things that has come up in early response to the film is a question from some black folks in America about the perspective, the fact that you are both foreigners, as it were.

Walker It will never be right for the black folks in America, I’m sorry. You can say it’s a historical document ——

McQueen Can I jump in there, please? I am British. My parents are from Grenada. My mother was born in Trinidad. Grenada is where Malcolm X’s mother comes from. Stokely Carmichael is Trinidadian. We could go on and on. It’s about that diaspora.

Ejiofor When I was in Savannah, Ga., they were telling me how they used to have special chains for the Igbos [a Nigerian ethnic group]. I told the man, “I’m Igbo.” Not having any sense of the internationalism of this event is a bad thing. I loved the fact that there were people from different places coming together to tell this story.

McQueen The only thing you can say about it is: Why was this book lost in America?

Foner Obviously, it wasn’t a best seller. Maybe it will be now. But it’s widely known. It’s used all over the place in history courses. Along with Frederick Douglass and Harriet Jacobs, this is probably the most widely read of what we call the slave narratives.

The Past in Hollywood’s Lens

Foner [To McQueen] I think it’s good that you are not a Hollywood director. Most Hollywood history is self-important in a way that this movie is not.

Walker The audience is intelligent. They could actually stand in Solomon’s shoes and go through the adventure together instead of the kind of voice-over Hollywood black Americana thing. That’s what I’m talking about with ownership. Over the years, you have this kind of heavy-handed style of narration. Cicely Tyson comes out with the makeup on and tells her story in “The Autobiography of Miss Jane Pittman.”

Can I bring up those heavy-handed Hollywood movies, since we’re on that topic? “Lincoln” as well as, obviously, “Django.” It seems like in the last few years, there have been black historical dramas that have been made out of Hollywood. We can throw in “The Help,” “The Butler.” There’s one theory that this is all a reaction to Obama’s presidency.

Ejiofor There’s probably not one cause. I’d say that’s true for a couple of those movies. Obama gets elected. People think we haven’t done the Jackie Robinson story yet. And some of these stories are great stories. The received idea has been it doesn’t sell well. But you have a couple of movies do incredibly good business.

Walker But Obama also wrote his autobiography. I think that might be a part of it, not just that there’s a person in power, but that he’s a best-selling author, getting large portions of America — black, white and other — to become a part of his story.

Foner The daddy, I suppose, of all this was “Glory,” which came out in the late ‘80s. “Roots,” of course, comes before that. All of them suffer from what I see as the problem of Hollywood history. Even in this movie, there’s a tendency toward: You’ve got to have one hero or one figure. That’s why historians tend to be a little skeptical about Hollywood history, because you lose the sense of group or mass.

Ejiofor But that’s movies as well.

Walker I was going to disagree a little bit. I didn’t find him particularly heroic, in that Frederick Douglass sense. He’s a little bit more compromised by more than just slavery. There’s this past, what he does or doesn’t do for Patsey. All of that makes him a much more complicated figure in a way.

McQueen I don’t think we should underplay Obama’s presidency and the effect of these films coming to fruition. The problem is: When he’s not the president anymore, will these films still exist?

The Historical Moment

[To the filmmakers] There’s a lot of talk about awards for the film. Is that relevant to you?

Ejiofor I’m always nervous when people start talking about hype and heat. It’s a story about a man who went through something remarkable. I feel like that still deserves its own reflection.

McQueen I made this film because I wanted to visualize a time in history that hadn’t been visualized that way. I wanted to see the lash on someone’s back. I wanted to see the aftermath of that, psychological and physical. I feel sometimes people take slavery very lightly, to be honest. I hope it could be a starting point for them to delve into the history and somehow reflect